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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: Théodore de Neuhoff - Roi de Corse - -Author: André Joseph Ghislain Le Glay - -Release Date: December 12, 2017 [EBook #56173] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Thanks to Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THÉODORE DE NEUHOFF *** - - - - - - - - - - - - - - - -MÉMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES PUBLIÉS PAR ORDRE DE S. A. S. LE -PRINCE ALBERT Ier DE MONACO - - -THÉODORE DE NEUHOFF ROI DE CORSE - -PAR - -ANDRÉ LE GLAY - -_Ouvrage couronné par l'Académie française._ - -[Illustration] - -MONACO IMPRIMERIE DE MONACO Place de la Visitation PARIS LIBRAIRIE -ALPHONSE PICARD 82, rue Bonaparte 1907 - - -[Illustration] Portrait de THÉODORE DE NEUHOFF. D'après une gravure du -Cabinet des Estampes à la Bibliothèque Nationale de Paris. - - - - - COLLECTION - DE - MÉMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES - - PUBLIÉS - - PAR ORDRE DE S. A. S. LE PRINCE ALBERT Ier - - PRINCE SOUVERAIN DE MONACO - - - - - -THÉODORE DE NEUHOFF -ROI DE CORSE - -PAR - -ANDRÉ LE GLAY - - -MONACO -IMPRIMERIE DE MONACO -Place de la Visitation - -PARIS -LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS -82, rue Bonaparte - -1907 - - - - - -AVANT-PROPOS - - -Théodore de Neuhoff n'est pas un aventurier de haute envergure. Les -combinaisons qu'il élabore dénotent un homme plus porté à l'intrigue -qu'à l'action. Il a de l'imagination; il est ambitieux; il ne voit les -choses que par en dessous. Il est insinuant; son intelligence est vive, -mais fausse. La bravoure lui manque. Ses plans ont pour base le mensonge -et s'écroulent. Il n'a pas l'énergie nécessaire pour les faire réussir. -Il se fait proclamer roi de Corse par les insulaires mécontents en leur -faisant des promesses; seulement il ne sait pas maintenir la couronne -sur sa tête. Il monte une affaire commerciale avec sa royauté. Prudent à -l'excès, il fuit quand il faut agir. Il se déguise et se cache. Il a -toujours la plume à la main, jamais l'épée. Il conspire: il se faufile -auprès de hauts personnages; on se sert de lui pour des entreprises -louches; tous les projets avortent. Il est l'homme des antichambres et -des cabinets secrets et non des champs de bataille. Quand il faudrait se -battre, il négocie. Il sait faire de belles phrases, mais pas le beau -geste qui en impose. - -Né dans les dernières années du XVIIe siècle, Théodore de Neuhoff a fait -ses premières armes à la cour du Régent. Il a été employé par Goertz, -par Alberoni et par Ripperda. Il a bien la mentalité des aventuriers du -XVIIIe siècle, aptes à toutes les besognes, ayant le cerveau toujours en -ébullition, mal équilibré. Ce sont les courtiers marrons de la -diplomatie occulte qui se fait dans les pièces intimes des princes, en -dehors des bureaux officiels. Ils ont des plans ingénieux ou -extravagants, toujours dénués de scrupules. Ils se font écouter; on se -sert d'eux, on les paye, puis on les rejette. Cette diplomatie -s'enchevêtre dans un réseau des négociations obscures et de -compromissions. - -L'histoire de Théodore de Neuhoff n'offrirait par elle-même qu'un -médiocre intérêt, si elle ne montrait aussi un côté curieux des mœurs -politiques et diplomatiques du XVIIIe siècle. - -J'ai essayé de faire revivre la véritable figure de cet aventurier et de -retracer le tableau des intrigues qui se nouèrent autour de son équipée, -d'après des documents dont un grand nombre sont inédits et que leur -source permet de regarder comme véridiques. Ils sont, pour la plupart, -tirés des archives du Ministère des affaires étrangères et des archives -d'État de Gênes et de Turin. - -A Paris, les correspondances de Gênes, de Corse, de Florence, de Naples, -de Rome, de Hollande, d'Angleterre et de Cologne m'ont fourni des -renseignements définitifs et complets sur les aventures et les menées de -Neuhoff en ces différents pays. Les dépêches des représentants de la -France auprès des divers gouvernements nous indiquent les inquiétudes -que souleva son débarquement en Corse. Elles nous font assister aux -négociations qui se poursuivirent entre Gênes et Versailles pour la -première expédition française en Corse. C'est, en quelque sorte, la -genèse de l'annexion de l'île à la France. - -Les documents puisés à Gênes m'ont permis, non seulement de contrôler -les pièces françaises, mais aussi de suivre tous les mouvements de la -diplomatie génoise en cette affaire, mouvements tortueux et sombres, -parfois dramatiques, souvent amusants. La volumineuse correspondance -interceptée par les agents génois dévoile les marchés honteux proposés -par les fripons qui gravitaient autour de Neuhoff; elle met à nu les -ambitions malsaines que fit naître cette aventure. Les décisions prises -par les inquisiteurs d'État, par les différents conseils qui -s'occupaient des affaires de Corse précisent les sanctions données aux -offres faites à la république pour livrer les secrets de Théodore ou -pour le tuer. - -J'ai trouvé aux archives d'État de Turin, classée sous ce titre: _Carte -diverse relative al regno di Teodoro Neuhoff in Corsica_, la -correspondance autographe des principaux chefs insulaires et ministres -du roi de Corse pendant son règne éphémère. Cette correspondance est -entièrement inédite. A Turin également, figure une relation de -l'arrestation de Théodore de Neuhoff en Hollande. Les cartons _Levata -truppe straniere_; _Lettere ministri Toscana_ contiennent les pièces -concernant les offres de service faites par l'aventurier au gouvernement -sarde et toutes les négociations qui se nouèrent à cette occasion. - -Ce qu'on pourrait appeler la _Geste du roi Théodore en Corse_, fut -écrite par un témoin de sa vie, Sébastien Costa, qui fut son plus intime -confident et son grand chancelier. Un historien, M. Théodore J. Bent, a -traduit en anglais et publié dans _The historical review_[1], des -extraits du journal de Costa; il en avait pris connaissance à Bastia -sur le manuscrit original qui se trouve en la possession d'une famille -descendant du fidèle partisan de Neuhoff. - - [1] Numéro du mois de janvier 1886. - -La Société des sciences historiques et naturelles de la Corse qui, sous -l'intelligente direction de M. l'abbé Letteron, a réuni tant de -documents intéressants pour l'histoire de l'île, n'a pas, -malheureusement, publié ce document si important. Je suis donc contraint -d'emprunter à la version de M. Théodore J. Bent les citations que je -fais de ce récit, dont l'authenticité et la véracité n'ont jamais été -mises en doute, que je sache. - -Les _Mémoires de Rostini_, traduits et publiés par M. l'abbé Letteron -(Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la -Corse), confirment bien des faits contenus dans les extraits du journal -de Costa donnés par l'historien anglais. J'y ai puisé en outre des -renseignements utiles et quelques détails curieux. - -M. l'abbé Letteron a publié, également dans le même Bulletin, deux -recueils qui m'ont grandement servi. Le premier: _Correspondance des -agents de France à Gênes avec le ministère_ depuis le commencement de -l'année 1730 jusqu'à la fin de 1741. Le second: _Pièces et documents -divers pour servir à l'histoire de la Corse pendant les années -1737-1739_, est tiré de la Correspondance de Corse aux archives du -Ministère des affaires étrangères et des archives du ministère de la -guerre. - -Je citerai encore parmi les publications de la Société des sciences -historiques et naturelles de la Corse que j'ai consultées: _les Mémoires -du Père Bonfiglio Guelfucci_, dont le texte a été revu par MM. P.-L. -Lucciana, et _Théodore Ier, roi de Corse_, de Varnhagen, traduit de -l'allemand par M. Pierre Farinole. Ce dernier ouvrage, un peu trop -partial, contient des faits qu'il ne faut accepter qu'avec réserve. - -J'ai complètement laissé de côté les _Mémoires pour servir à l'histoire -de Corse_, publiés à Londres en 1768 par le colonel Frédéric, qui disait -être le fils de Théodore de Neuhoff. Les historiens qui, de nos jours, -se sont occupés de l'aventurier ont trop facilement accepté les dires de -cet individu; Frédéric ne fut sans doute jamais colonel, mais ce qu'il y -a de bien certain c'est qu'il n'était pas le fils du roi de Corse. Je -donne dans l'appendice une note sur ce personnage, en révélant sa -véritable identité, d'après des documents tirés des archives d'État de -Gênes. - -Un livre publié à La Haye en 1738, c'est-à-dire deux ans après le -débarquement du baron de Neuhoff en Corse, sous le titre: _Histoire des -révolutions de l'île de Corse et de l'élévation de Théodore Ier sur le -trône de cet État, tirée des mémoires tant secrets que publics_, -contient des détails dont j'ai pu contrôler la véracité au moyen des -rapports français et génois. L'ouvrage de Jaussin, apothicaire de -l'armée française d'expédition, intitulé: _Mémoires historiques -militaires et politiques sur les principaux événements arrivés dans -l'île et royaume de Corse depuis le commencement de l'année 1738 jusques -à la fin de l'année 1741_ (Lausanne, 1758), peut être consulté avec -fruit, non seulement en ce qui concerne l'expédition française en 1738, -mais aussi sur quelques-unes des intrigues de Théodore. - -Je citerai encore parmi les ouvrages du XVIIIe siècle qui traitent de -l'histoire de la Corse: un livre publié à Londres en 1743 intitulé: _The -history of Theodore I, king of Corsica_.... et qui contient des -particularités intéressantes et très vraisemblables sur les antécédents -de Théodore de Neuhoff; l'_Histoire des révolutions de Corse_, par -l'abbé de Germanes (Paris, 1776); l'_Histoire de l'isle de Corse_, par -Pommereul (Berne, 1779); _Istoria del regno di Corsica_, par Cambiagi -(1771); l'_Histoire de l'île de Corse_, éditée à Nancy en 1749 et -attribuée à François-Antoine Chevrier. Le livre de Bosswel, _An account -of Corsica_, paru à Londres en 1768 et traduit en italien sous le titre -_Relazione della Corsica_, renferme peu de détails sur l'aventurier. - -D'autres ouvrages de la même époque, sur la Corse, rapportent des faits -identiques, mais qui demandent à être sérieusement contrôlés. Le nombre -de ces livres, dont quelques-uns sont rédigés en forme de pamphlet, -permet d'affirmer que l'aventure du baron de Neuhoff intéressa ou amusa -ses contemporains. Tout en ne négligeant pas les manifestations de -l'opinion publique sous leurs diverses formes, je me suis principalement -attaché à rechercher la vérité parfois un peu embrouillée, en m'appuyant -sur les documents d'archives. Il y a, en effet, à côté des intrigues du -personnage, divers épisodes d'histoire diplomatique qu'il était -intéressant de mettre au jour. - -M. Antonio Battistella, dans son livre _Ritagli e scampoli_ (Voghera, -1890), a consacré une étude bien documentée sur Théodore de Neuhoff: _Re -Teodoro di Corsica_. Ce travail, un peu restreint, a été fait -principalement d'après des papiers des archives de Gênes. Mais cet -historien n'a pas consulté tous les dossiers, d'ailleurs très nombreux, -qui se trouvent à Gênes. - -L'ouvrage de M. Percy Fitzgerald: _Theodore of Corsica_, m'a fourni des -renseignements précieux sur les dernières années du baron de Neuhoff à -Londres. - -L'étude de M. Giuseppe Roberti: _Carlo-Emmanuelle III_ _e la Corsica al -tempo della guerra di successione austriaca_, m'a donné d'utiles -indications sur les intrigues de l'aventurier à la cour de Sardaigne; -j'ai pu compléter le tableau avec les documents des archives d'État de -Turin. - -Quelques notices, forcément très succinctes sur le même individu, ont -paru dans diverses publications périodiques. L'article le plus récent -est dû à M. Paul Gaulot (_Un Roi de Corse au XVIIIe siècle._ Supplément -littéraire du _Figaro_, du 17 novembre 1906). - -Quelques reproductions de gravures: portraits ou pamphlets, un -fac-similé d'écriture, une planche de monnaies d'après des moulages, -complètent les documents que j'ai pu recueillir sur Théodore de Neuhoff. - - -S. A. S. le Prince Albert Ier de Monaco a daigné accueillir cet ouvrage -pour inaugurer la nouvelle _Collection de mémoires et documents publiés -par Son ordre_. Je souhaiterais que cette étude ne fût pas jugée trop -indigne de cet honneur. Je prie Son Altesse Sérénissime de vouloir bien -agréer l'hommage de ma plus respectueuse gratitude. - -Mon ami, M. Gustave Saige, le regretté conservateur des archives du -Palais de Monaco, a été enlevé avant d'avoir vu l'achèvement -typographique de ce livre qu'il avait présenté au Prince. M. Saige fut -pour moi, non seulement un ami affectueux, mais encore un guide sûr et -éclairé. C'est avec un profond serrement de cœur que je donne ici à sa -mémoire pieusement conservée, le souvenir ému de ma reconnaissance. - -J'ai trouvé auprès de son successeur, M. L.-H. Labande, le plus amical -accueil. Il a dirigé la plus grande partie de l'impression de cet -ouvrage auquel il a pris un bienveillant intérêt. Je suis heureux de lui -dire ici combien j'ai été touché de ses attentions et de ses conseils. - -M. Louis Farges, chef de la section historique au Ministère des affaires -étrangères, a guidé mes recherches avec une cordiale obligeance. Il a -droit à ma reconnaissance et je ne saurais manquer à l'agréable devoir -de la lui témoigner. - -J'ai rencontré auprès de MM. les directeurs des archives d'État de Gênes -et de Turin, et de leurs attachés, une complaisance qui a singulièrement -facilité ma tâche. Qu'ils me permettent de leur exprimer tous mes -remerciements. - - - - -THÉODORE DE NEUHOFF - -ROI DE CORSE - - - - -CHAPITRE PREMIER - - La Corse à l'arrivée de Théodore.--Révolutions.--Evénements de - 1729.--Intervention allemande.--Le peuple corse attend un sauveur. - - La famille de Neuhoff.--Les parents de Théodore.--Sa jeunesse.--A - la Cour de France.--Goertz, Alberoni et Ripperda.--Théodore en - Hollande et en Italie.--Sa rencontre avec les prisonniers - corses.--Il accepte d'être le sauveur.--Voyage et séjour à - Tunis.--Il s'embarque pour la Corse. - - -Le 12 mars 1736, un navire battant pavillon anglais jetait l'ancre -devant Aléria, sur la côte orientale de la Corse. Un homme en descendit -dans un accoutrement bizarre, qui faisait songer au costume de -mamamouchi dont M. Jourdain est affublé dans le _Bourgeois gentilhomme_. - -Les informations des gazettes, les rapports que la Sérénissime -République de Gênes, souveraine de la Corse, reçut de ses espions, -donnèrent du mystérieux passager un signalement uniforme et exact. On -variait un peu au sujet de l'habit, variantes sans importance, une -question de nuance, tout au plus, et de coupe. Les uns l'habillaient «à -la turque»; d'autres «à la persane»; pour un certain nombre, il était -vêtu «à la franque», c'est-à-dire à la façon des chrétiens vivant dans -les États du Grand Seigneur. - -Le déguisement eut du succès; le mystère appela l'attention. L'homme -devait être de ces gens qui s'entendent à emboucher les trompettes de la -Renommée,--comme on disait alors,--à manier la réclame, dirions-nous -aujourd'hui. - -Les salves, dont ce turc de contrebande entoura son débarquement fait en -fraude, firent résonner des échos plus lointains que ceux des maquis -d'Aléria. Tout auprès, à San Pellegrino, il y avait un fort génois dont -la garnison ne bougea pas. - -Bastia, centre de la domination génoise, fut dans la terreur; Gênes, -elle-même, trembla. La Sérénissime République crut que l'homme d'Aléria -allait lui ravir la Corse. - -On ne tarda pas à savoir que cet oriental était tout simplement un baron -de la Westphalie, Théodore de Neuhoff. - -L'histoire a conservé son nom et le souvenir de sa personnalité falote, -indécise et remuante. Voltaire lui a consacré une page dans _Candide_; -elle est classique: à Venise, dans une auberge, au moment du carnaval, -quelques rois en exil racontent leurs malheurs, et Théodore, le plus -piteux de tous, reçoit l'aumône de Candide. L'élève de Pangloss aurait -eu les meilleures raisons du monde pour secourir Neuhoff, car c'était -son compatriote. - -Le sarcasme de Voltaire est ce qui a le plus fait revivre le nom de -Théodore, mais à la façon d'une belle caricature. - -N'en déplaise au grand écrivain, il n'y avait pas là seulement matière à -simple plaisanterie. Les conjonctures qui avaient permis à une pareille -entreprise de se produire, pouvaient seules expliquer comment une aussi -extraordinaire équipée avait pu dégénérer en un gros événement -politique. Et cette observation se justifie puisque nous allons voir la -diplomatie des principales puissances européennes, celles -qu'intéressaient la domination de la Méditerranée et l'influence -politique ou commerciale dans le Midi de l'Europe, prendre sérieusement -position à propos d'un incident d'apparence si ridicule, après coup, aux -yeux de Voltaire. - - -I - -Au moment du débarquement théâtral du baron de Neuhoff sur la plage -d'Aléria, la Corse subissait cette suite ininterrompue de révolutions, -de conquêtes et de luttes qui, depuis des siècles, caractérisait sa -destinée. - -La prophétie légendaire rapportée par Giovanni della Grossa s'était -réalisée: - -Le vieux chroniqueur corse raconte qu'en l'an mil, lorsque le comte -Arrigo, surnommé _il bel Messere_, périt assassiné avec ses sept fils, -une voix se fit entendre dans toute l'île: - - «_E morto il conte Arrigo, Bel Messere,_ «_E Corsica sarà di male in - peggio._ - -«Il est mort le comte Arrigo, le beau Messire--et la Corse ira de mal en -pis[2]». - - [2] Chronique de Giovanni della Grossa, publiée par la Société - des Sciences historiques et naturelles de la Corse. Traduction de - M. l'abbé Letteron.--Bastia, 1888, _Histoire de la Corse_, t. I, - p. 122. - -La Corse, en effet, changea souvent de maîtres, mais elle ne trouva -jamais la paix. Tour à tour, elle avait appartenu au Saint-Siège, à -Pise, à Gênes, à la Maison de Saint-Georges, puis de nouveau à Gênes. La -haine entre les deux peuples avait grandi de siècle en siècle. Les -révoltes se renouvelaient; suivies de représailles implacables. - -L'année 1729 marqua la recrudescence de cette hostilité, le point de -cristallisation, en quelque sorte, qui devait modifier complètement -l'état politique de ce petit peuple. Près de quarante ans devaient -s'écouler avant que l'annexion française ne vînt fixer cet état et lui -donner un commencement de paix civile. Il semblerait alors que le destin -se plaise à sceller l'incorporation de la Corse à la France par la -naissance de Bonaparte. - -Alfieri a dit que cette époque de luttes, qui va de 1729 à 1768, était -l'Iliade de la Corse. Il y a là une de ces exagérations qui sonnent faux -pour quiconque étudie impartialement les événements. La discorde fut -obstinée, mais, du côté des Corses, comme du côté des Génois, on y -chercherait vainement quelque grandeur. - -Ce soulèvement de 1729, qui aurait dû anéantir l'un des deux peuples, ne -ruina pas la Corse parce qu'elle n'avait pas de quoi être ruinée, mais -il plongea l'île dans cet état de détresse où tout changement vaut mieux -que ce qui existe. A ces moments, une nation appelle le sauveur, aspire -à l'inconnu; elle attend le miracle. Au commencement du XVIIIe siècle, -la Corse en était à cette époque d'attente messianique, comme la Judée -au temps des Macchabées et la France avant les voix de Jeanne d'Arc. - -Il y avait une absolue incompatibilité d'humeur entre les Corses et les -Génois. La Sérénissime République était, avant tout, une vaste maison de -commerce; elle ne gouvernait pas la Corse, elle l'exploitait. - -Les gouverneurs que Gênes envoyait dans l'île, avec un mandat de deux -ans seulement, étaient généralement des nobles ruinés, qui ne voyaient -dans leurs fonctions qu'un moyen de refaire leur fortune. Il fallait -agir rapidement avant l'arrivée d'un successeur pressé, lui aussi; «des -ministres de rapine», dit un prêtre corse, Bonfiglio Guelfucci, dans ses -mémoires. - -C'est pourquoi au commencement du XVIIIe siècle, l'île était peu peuplée -et tout le pays «ne présentait qu'un horrible aspect de marais, de bois -et de forêts impénétrables dans les meilleurs terrains et les plus -féconds.» Les insulaires ignoraient tout en fait d'art et jusqu'aux -métiers les plus vulgaires et les plus utiles[3]. - - [3] _Mémoires du Père Bonfiglio Guelfucci de Belgodère_, publiés - par la Société des Sciences historiques et naturelles de la - Corse, p. 4.--Bastia, 1882. - -La république craignait de voir la Corse devenir trop puissante si elle -favorisait dans l'île le développement intellectuel et le goût de -l'industrie; aussi l'écrasait-elle sous sa tyrannie fiscale, la plus -insupportable de toutes. - -Un commissaire général qui avait les pleins pouvoirs du Sénat, des -collecteurs de tailles chargés de percevoir des impôts, dont la plus -grande partie n'arrivait pas dans ses caisses, enfin des barigels et des -sbires pour lui faire des rapports de police, tels étaient les éléments -au moyen desquels la république prétendait gouverner la Corse. -L'arbitraire seul régnait. Les Génois tenaient leurs sujets pour des -barbares indignes d'avoir des lois raisonnables et justes comme les -autres peuples. - -Sous l'administration génoise aucun travail ne fut entrepris pour le -bien-être des insulaires. Des routes furent faites seulement dans l'île -par les Français quand ils y vinrent[4]. - - [4] Pommereul, _Histoire de l'isle de Corse. Description abrégée - de l'île de Corse_, t. I, p. 92.--Berne, 1779. - -Les gouverneurs génois ne cherchaient pas à avoir le moindre contact -avec les insulaires pour connaître leurs besoins et leurs aspirations. -La citadelle de Bastia renfermait tout ce qui formait leur gouvernement, -et le château, résidence du commissaire général, était lui-même enclavé -dans un retranchement de la citadelle[5]. - - [5] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 81. - -Ce triple camp retranché, au milieu duquel s'abrite le gouverneur, -symbolise bien l'administration génoise en Corse, se résumant en trois -mots: arbitraire, méfiance, exactions. - -On peut s'étonner, avec Voltaire, de voir que les Corses n'arrivaient -pas à secouer un joug qui leur était odieux. «C'était plutôt aux Corses -à conquérir Pise et Gênes, qu'à Gênes et Pise de subjuguer les Corses, -car ces insulaires étaient plus robustes et plus braves que leurs -dominateurs; ils n'avaient rien à perdre; une république de guerriers -pauvres et féroces devait vaincre aisément des marchands de Ligurie, -par la même raison que les Huns, les Goths, les Hérules, les Vandales -qui n'avaient que du fer, avaient subjugué les nations qui possédaient -l'or. Mais les Corses ayant toujours été désunis et sans discipline, -partagés en factions mortellement ennemies, furent toujours subjugués -par leur faute[6]». - - [6] Voltaire, t. XXV. _Précis du siècle de Louis XV._--De la - Corse, ch. XL, p. 452.--Ed. de 1785. - -Les Corses, en effet, ne sont pas sans avoir quelques vertus; ils sont -sobres et courageux, ils pratiquent l'hospitalité et ont l'amour du sol -natal; mais ils ont, comme peuple, de terribles défauts. Les questions -de personnalité priment chez eux les questions de principes. «Le peuple -corse, écrivait Volney, ne conçoit pas l'idée abstraite d'un principe.» - -Tout était--et restera longtemps--chez eux subordonné aux intérêts -particuliers de quelques petites collectivités remuantes. Ils forment -des clans qui se jalousent. Ce sont autant de partis politiques qui -rivaliseront d'influence et en viendront souvent aux mains pour exercer -quelques menues suprématies locales. De longues et sanglantes -dissensions éclatent pour des causes futiles entre les familles -dirigeantes. La clientèle la plus nombreuse ou la plus agissante donne -la victoire, et les vaincus ne songent qu'à la revanche. - -Gênes laisse faire. Au lieu d'apaiser ces querelles, elle les attise; -pour mauvais et impolitiques qu'ils soient, la république a des -principes et elle s'y tient. - -Napoléon, en 1796, écrivait, en parlant de la république de Gênes: «Elle -a plus de génie et de force que l'on ne croit.» Les Génois, en effet, -ont déployé une farouche énergie lorsqu'il s'est agi, en 1746, de -chasser les Autrichiens de leur territoire; mais ils ne se sont jamais -donnés la peine d'établir, en Corse, un gouvernement raisonnable destiné -à prévenir les révoltes, plutôt qu'à les réprimer, à protéger les -insulaires contre eux-mêmes, au lieu d'entretenir les inimitiés. - -La république considérait la Corse comme une province de maigre rapport, -et elle était trop avare pour s'engager dans une voie civilisatrice qui -lui aurait coûté très cher sans rémunération immédiate. C'est cette -avarice qui la perdra ou qui, du moins, lui fera perdre la Corse. - -Quels titres avait-elle à la possession de cette île? La question serait -peut-être oiseuse, même aujourd'hui, où, en fait d'occupation -territoriale, toute possession vaut titre. Mais les Corses contestaient -ces titres avec une âpreté qui ne se contredira jamais pendant des -siècles. Peut-être ici verrait-on poindre un principe chez eux, principe -d'une persistance telle qu'il constituerait toute l'éthique de leurs -rébellions. Ce serait, alors, l'éternel honneur des Corses d'avoir les -premiers revendiqué le droit qu'ont les peuples de disposer d'eux-mêmes. -Malheureusement leur incurable esprit de parti empêcha ce principe, qui -était une belle force, de produire un résultat. - -Nous voyons, en effet, les Corses s'offrir tour à tour aux États dont le -crédit et l'importance en Europe paraissent devoir leur procurer le plus -d'éclat et de bénéfice, mais toujours à l'instigation de quelques -intérêts particuliers, pour suivre le parti qui, dans le moment, domine. -Offre purement platonique, d'ailleurs, et généralement sans écho! - -A la suite de la grande révolution de 1729[7], la république de Gênes, -ne pouvant maîtriser ses sujets, entama des négociations auprès de -l'Empereur pour avoir des secours en munitions et en soldats. Les Génois -insinuèrent à Charles VI que l'Espagne et la France soutenaient les -rebelles, en lui procurant l'une des vaisseaux, l'autre des troupes[8]. -L'insinuation porta ses fruits. L'Empereur avait tout intérêt à fermer -les portes de l'Italie aux Espagnols et aux Français. Il promit à la -république les secours nécessaires pour rétablir la paix en Corse[9]. - - [7] Voir pour toute la période qui suit la révolution de 1729: - _La Correspondance des agents de France à Gênes avec le Ministère - (ann. 1730 et suiv.)_ tirée des archives du Ministère des - affaires étrangères et publiée par M. l'abbé Letteron... Bulletin - de la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse. - Bastia, 1902. - - [8] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 169. - - [9] Abbé de Germanes, _Histoire des Révolutions de - Corse_.--Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 167.--Cambiagi, _Istoria - del Regno di Corsica_, t. III, p. 30.--_Histoire des Révolutions - de l'isle de Corse et de l'élévation de Théodore Ier sur le trône - de cet État_ (Anonyme), p. 151.--_Mémoires du Père Bonfiglio - Guelfucci._--Accinelli, _Compendio delle storie di Genova_, t. - II, p. 38.--Gênes, 1851. - -Quelques régiments impériaux se trouvaient disponibles en Lombardie. -Charles VI proposa à Gênes de lui fournir huit mille hommes de troupes. -Par mesure d'économie, le Sénat n'en accepta que quatre mille[10]. - - [10] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 30.--_Histoire des - Révolutions de l'isle de Corse_, _op. cit._, p. 151. - -Ces troupes débarquèrent à Bastia le 10 août 1731, sous le commandement -du général baron de Wachtendonck[11]. - - [11] La république payait à l'Empereur, pour ces troupes, 30,000 - florins par mois et 100 écus pour chaque homme mort, disparu ou - déserteur. - -Les rebelles furent obligés de lever le siège de Bastia, et tous leurs -dépôts, situés aux environs de la ville, furent brûlés. Les chefs de la -révolte adoptèrent alors le vieux plan de campagne de Sampiero, lorsque -celui-ci, deux siècles auparavant, avait entamé une lutte gigantesque -contre les Génois. Ce plan consistait à ramener la guerre dans -l'intérieur de l'île et à décimer le corps d'occupation par une série de -combats d'embuscade à laquelle se prêtait cette région montagneuse. Les -Allemands et les Génois subirent ainsi, sur différents points de l'île, -des échecs, qui leur occasionnèrent des pertes considérables[12]. - - [12] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 31.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 177.--Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 27. - -La république de Gênes dut faire des sacrifices; elle prit tout l'argent -déposé dans la banque de Saint-Georges, établit des taxes et vendit des -titres de noblesse[13]. Puis elle demanda à Vienne de nouveaux secours. -Ceux-ci, se montant à six mille hommes environ, débarquèrent au -commencement d'avril 1732 sur les côtes de la Balagne, sous les ordres -du prince Louis de Wurtemberg. Ce dernier--suivant les instructions de -l'Empereur--devait employer tous les moyens de conciliation avant de -combattre les insulaires; mais il se heurta à l'énergique entêtement -corse. La nation ne voulait pas désarmer; les négociations échouèrent. -Le prince envoya son lieutenant, le comte de Schmetaw, occuper le Nebbio -avec cinq mille hommes[14]. - - [13] Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 39. - - [14] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 41.--Pommereul, _op cit._, - t. I, p. 182.--Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 29.--De - Germanes, _op. cit._ - -Les Corses remportèrent quelques petits succès sur les troupes -allemandes, mais celles-ci, reprenant bientôt l'avantage, harcelèrent -les rebelles jusque dans leurs montagnes[15]. Le prince de Wurtemberg -fit alors publier un édit pour offrir aux Corses la paix reposant sur la -médiation impériale et sur une amnistie générale accordée par la -république[16]. - - [15] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 184.--De Germanes, _op. - cit._ - - [16] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 44.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 184.--De Germanes, _op. cit._--Bonfiglio Guelfucci, _op. - cit._, p. 30.--D'après Cambiagi et Guelfucci, l'édit du prince de - Wurtemberg porterait la date du 1er mai 1732. - -Louis Giafferi et André Ceccaldi, deux des principaux parmi les chefs, -se présentèrent devant le prince. Ils étaient disposés à traiter. Il fut -décidé que des délégués allemands, génois et corses se réuniraient à -Corte pour discuter les bases de la paix. Ce congrès, sous la présidence -du prince de Wurtemberg, s'ouvrit le 8 mai 1732. Ses délibérations -durèrent plusieurs jours; l'évêque d'Aleria, Mgr Mari, assistait aux -séances, et, de part et d'autre, on échangea de longs discours[17]. -Celui que prononça le corse Giafferi se terminait par ces belles -paroles: «L'exemple des peuples de Corse doit apprendre aux souverains à -ne point opprimer leurs sujets, mais à se souvenir que, partageant avec -eux la qualité d'hommes mortels, ils sont originairement égaux; la -distinction où le sort les a placés n'est point vaine; les souverains -sont élevés au-dessus des peuples par la force des lois, mais ils -doivent s'y soutenir par des sentiments de justice et d'humanité; la -modération est leur plus fort appui, la tyrannie, la chose la plus -contraire à leurs intérêts; et, en voulant trop étendre leur autorité, -ils vont toujours à leur ruine[18]». - - [17] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 45.--D'après Cambiagi, les - délégués de l'Empereur étaient, outre le prince de Wurtemberg, - président, le prince de Culmback, le prince de Waldeck, le baron - de Wachtendonck et le comte de Ligneville; pour Gênes: Camille - Doria, François Grimaldi et Paul Baptiste Rivarola; pour la - Corse: Louis Giafferi, André Ceccaldi, Simon Raffaelli, Charles - Alessandrini et Evariste Piccioli. - - [18] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 45.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 185.--De Germanes, _op. cit._ - -Le discours de Giafferi, nouveau _paysan du Danube_, fit une certaine -impression dans l'assemblée, sauf cependant sur les délégués génois qui -ne devaient pas comprendre ce langage. - -Pour terminer ses travaux, le congrès élabora un traité dont l'exécution -était placée sous la garantie de l'Empereur. Une chambre de justice, -établie à Bastia, serait appelée à discuter et à trancher tous les -différends survenant entre les Corses et les Génois. Les insulaires -devaient, en outre, remettre au Sénat tous les papiers qu'ils -possédaient et cachaient à Vescovato[19]. - - [19] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 46.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 186.--De Germanes, _op. cit._ - -Les travaux du congrès se terminèrent à quatre heures du matin. Un grand -banquet suivit[20]. L'empereur rappela ses troupes, le prince de -Wurtemberg fit une entrée triomphale à Gênes, où le Sénat lui offrit de -riches présents[21]. On pouvait croire l'île désormais pacifiée, mais -comme le dit Accinelli, le chroniqueur génois, «le feu de la rébellion -n'était qu'enterré sous les cendres des 30 millions que la république -avait dépensés[22]». - - [20] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 51. - - [21] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 188.--Cambiagi, _op. cit._, - t. III, p. 51.--Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 43.--Bonfiglio - Guelfucci, _op. cit._, p. 32. - - [22] Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 43. - -Le Sénat tenait beaucoup à avoir les papiers des rebelles, car il -espérait y trouver des documents prouvant la complicité de quelques -génois dans les révolutions de l'île. Le major Gentile et le riche -banquier Lanfranchi, tous deux sujets de Gênes, avaient, en effet, des -liaisons et des rapports suspects avec les rebelles[23]. - - [23] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 187.--De Germanes, _op. - cit._ - -Raffaelli, à qui certains auteurs du temps donnent le titre de marquis, -était le dépositaire de tous les papiers des mécontents. Il crut prudent -de ne tenir aucun compte de la promesse d'amnistie générale faite par le -Sénat et de mettre tout au moins sa personne en sûreté. Il disparut. Le -gouverneur génois, alarmé de cette fuite à cause des papiers auxquels le -Sénat tenait tant, fit immédiatement arrêter quatre des principaux chefs -corses: Louis Giafferi, Jérôme Ceccaldi, Simon Aitelli et Simon -Raffaelli, frère du marquis. Ils furent mis en prison à Bastia, puis -transférés bientôt à Gênes et enfin à la forteresse de Savone[24]. - - [24] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 52.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 189.--De Germanes, _op. cit._--Le 11 octobre, d'après - Cambiagi. - -C'était là une violation flagrante du traité. Les généraux allemands, -indignés, protestèrent, et l'Empereur fit faire des remontrances à -Gênes. Mais la république n'en tint aucun compte; elle conserva ses -prisonniers. - -Une nouvelle sédition éclata en Corse. Les clauses du traité devenaient -lettre morte. D'un côté et d'autre on discuta longuement. Les Allemands -réclamaient énergiquement la mise en liberté des insulaires. Le Sénat -répondait qu'il avait agi pour la sûreté de la république, en vertu -d'une raison d'État supérieure à tous les principes[25]. - - [25] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 53.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 189.--De Germanes, _op. cit._ - -Les papiers des rebelles avaient été retrouvés. Il fut prouvé en outre -que les quatre chefs arrêtés n'avaient en aucune manière facilité la -fuite du marquis Raffaelli. Néanmoins, les malheureux restaient -enfermés. Les Corses intriguaient un peu partout en faveur de leurs -compatriotes victimes innocentes de la haine des Génois. Louis XV fit -dire à Doria, ambassadeur de Gênes à Versailles, qu'il _désirait_ que -les quatre corses fussent remis en liberté. Le prince Eugène de Savoie -fit de son côté des démarches en faveur des prisonniers[26]. Enfin, le -22 avril 1733, ceux-ci furent libérés; le 8 mai, ils firent leur -soumission devant le Sénat. Giafferi eut le vice-commandement de Savone -avec 3600 livres de pension, mais il abandonna bientôt ces avantages et -s'en vint à Livourne. Ceccaldi prit du service auprès de Don Carlos; -l'abbé Aitelli se rendit à Livourne; Simon Raffaelli fut nommé par le -Pape auditeur du Tribunal de Monte Citorio. Celui qui avait été la cause -de l'emprisonnement de ses amis, le marquis Raffaelli, devint, par la -suite, l'un des secrétaires du cabinet du grand duc de Toscane, -Jean-Gaston de Médicis, avec 1200 écus de pension[27]. - - [26] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 53.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 189.--De Germanes, _op. cit._ - - [27] _Ibidem._ - -La république se consola difficilement de la mise en liberté des -prisonniers, car elle y voyait un échec pour sa politique. Accinelli se -fait l'écho de ces sentiments en lançant des insinuations peu exactes, -mais d'une perfidie dans laquelle se donne libre cours la rancune de -Gênes. Il prétend que le prince de Wurtemberg aurait pris en main le -parti des prisonniers parce que les Corses lui auraient donné des sommes -importantes[28]. Cela n'est pas vraisemblable. Les insulaires étaient -trop pauvres pour lutter à coup d'or contre leurs ennemis; jamais ils -n'y songèrent. Du reste, Gênes parlera plus tard avec amertume des -sommes que Wurtemberg et Wachtendonck leur a coûtées. D'un autre côté, -les insulaires prétendaient que les quatre prisonniers avaient été -trahis et livrés par Wurtemberg moyennant finances[29]. Il est difficile -d'établir une juste appréciation au milieu de ces insinuations dictées -de part et d'autre par la haine. - - [28] Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 43. - - [29] Pommereul, _op. cit._ t. I, p. 192. - - - -Quand les prisonniers corses furent mis en liberté, l'Empereur rappela -Wachtendonck qui était resté dans l'île avec quelques troupes. Avant de -partir (juin 1733), le général fit une proclamation dans laquelle il -donnait de bonnes paroles aux insulaires. - -Les dissensions qui divisaient les Corses et les Génois étaient trop -profondes pour que la paix fût durable. La république d'ailleurs avait -pour ses sujets une haine faite d'orgueil blessé, et, les Allemands -partis, elle entendit n'exécuter qu'à son profit le traité conclu. Au -commencement de 1734, les Corses se soulevèrent de nouveau. La -responsabilité de cette reprise d'hostilité doit, en grande partie, -retomber sur Gênes, dont les exigences et la mauvaise foi exaspérèrent -les insulaires[30]. - - [30] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 64.--Pommereul, _op. cit._, - t. I, p. 194.--Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 55. - -Cette nouvelle sédition éclata à Rostino, patrie d'Hyacinthe Paoli[31], -qui prit la direction du mouvement populaire. Les anciens chefs, -notamment Giafferi, étaient revenus en Corse. Leur présence attisa la -révolte. Les insulaires, préférant se mettre sous la domination d'un -état quelconque plutôt que de rester sous le joug de Gênes, se -tournèrent vers l'Espagne. Ils envoyèrent à Madrid le chanoine Orticoni, -homme intelligent, habile diplomate, pour offrir la souveraineté de -l'île à la couronne espagnole. Philippe V, jugeant que les Corses, -sujets de la république de Gênes, n'avaient pas le droit de disposer -d'eux-mêmes, rejeta, sans même les discuter, les propositions -d'Orticoni. Voyant qu'aucune puissance terrestre ne voulaient d'eux, les -Corses finirent par se donner à la Sainte Vierge. Les principaux de la -nation, réunis en assemblée générale, le 30 janvier 1735, instituèrent -de nouvelles lois sous ce titre: _Nouvelles lois du Royaume et -République de Corse_. - - [31] Père du fameux Pascal Paoli. - -L'assemblée, en premier lieu, proclama «l'Immaculée Conception de la -vierge Marie», protectrice du royaume, et décréta que son image serait -peinte sur les armes et sur les drapeaux de la nation. Puis elle abolit -tout ce qui pouvait rester du gouvernement génois, dont les lois et les -statuts devaient être brûlés publiquement. Elle institua une -administration nationale et une diète composée des députés de chaque -ville et de chaque village. André Ceccaldi, Hyacinthe Paoli et Louis -Giafferi étaient nommés _Primats_ de la nouvelle république avec le -titre d'Altesse Royale. La Diète recevait la Sérénité. Les emplois -subalternes donneraient les titres d'Excellence et d'Illustrissime[32]. - - [32] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 71, _Histoire des - Révolutions de l'île de Corse et de l'élévation de Théodore Ier - sur le trône de cet État_, p. 177.--Pommereul, _op. cit._, t. I, - p. 197.--De Germanes, _op. cit._ - -Et cette assemblée de farouches libertaires décréta la peine de mort -contre quiconque oserait tourner ces titres en dérision[33]. - - [33] _Ibidem._ - -Mais cette constitution ne pouvait qu'accroître l'anarchie. Il fallait à -la Corse un sauveur. Le pays était dans les conditions voulues pour -accueillir ce sauveur, quel qu'il fut; malheureusement il était -impossible qu'il sortit de son sein. Aucun des chefs n'avait assez -d'autorité pour organiser un mouvement général qui eût définitivement -chassé les Génois. Chacun d'eux avait son clan et sa clientèle. Il était -difficile à l'un des chefs d'imposer aux autres la prépondérance de son -parti sans éveiller des jalousies, qui dans ce malheureux pays, -dégénéraient toujours en luttes armées. Le sauveur ne pouvait donc venir -que du dehors. - -Il se présenta aux quatre corses qui sortaient des prisons génoises sous -les traits d'un milord anglais. Ce milord était en réalité un baron -allemand, Théodore de Neuhoff. - -Il faut maintenant examiner les antécédents de ce gentilhomme qui allait -jouer un rôle dans l'histoire du peuple corse. - - -II - -A la fin du XVIIe siècle, on voyait encore, en Westphalie, de ces barons -Thunder-ten-Trunck et de ces hobereaux grotesques dont parle Taine[34]. -Pauvres, pleines d'orgueil, attachées à leurs préjugés de caste, ces -familles de barons vivaient dans leurs gentilhommières qui conservaient, -bien amoindri pourtant, l'aspect des burgs de la vieille Allemagne. -Elles se mariaient entre elles pour garder intacte la pureté de leur -sang féodal, et leurs fils s'en allaient guerroyer à la solde des -princes étrangers. - - [34] _Les Origines de la France contemporaine. L'Ancien Régime_, - t. I, p. 189. - -Telle était la famille des barons de Neuhoff: des gens d'ancienne -souche, très infatués de leur noblesse, sans doute, mais, à coup sûr, -sans fortune patrimoniale. - -Cette fierté d'un côté, cette pauvreté de l'autre, contribuèrent à les -pousser aux aventures. Déjà avec Antoine de Neuhoff, le père de -Théodore, nous voyons se manifester ces tendances de chevaliers errants. -Dans Théodore, il y a du Don Quichotte avec trop d'ambition dans le -rêve. - -Le fief des barons de Neuhoff, au XVIIe siècle, semble avoir été une -terre d'assez mince importance, située dans le comté de Marck en -Westphalie[35]. - - [35] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 81.--Pommereul, _op. cit._, - t. I. p. 202.--_Histoire des Révolutions de l'île de Corse_, _op. - cit._, p. 207. Édit de la République de Gênes contre le baron de - Neuhoff, communiqué par Campredon, ministre de France à Gênes. - Correspondance de Gênes, vol. 97, archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Antoine de Neuhoff, jeune homme aux manières avenantes, beau cavalier, -mais sans fortune comme tous les siens, était capitaine aux gardes du -corps de l'évêque de Munster. Son père avait commandé un régiment sous -Bernard de Galen[36], ce farouche prélat, véritable «soudard mitré[37]». - - [36] Gregorovius, _Corsica_, traduction de M. P. Lucciana, t. II, - p. 322. Bulletin de la Société des Sciences historiques et - naturelles de la Corse.--Bastia, 1888-1884. - - [37] Pierre de Ségur, _Gens d'autrefois_, p. 4. - -Les préjugés féodaux, à partir de cet héritier, furent moins forts. -Antoine ne tarda pas à s'en défaire. Il quitta le service militaire de -l'évêque de Munster et chercha à redorer son blason par un mariage -avantageux; il n'arriva qu'à se mésallier sans profit. Le drapier de -Viseu, en Liégeois, dont il épousa la fille, mourut un an après le -mariage, ne laissant que onze mille florins. - -La famille d'Antoine ne voulut plus le revoir. Il quitta l'Allemagne -avec sa femme[38]. - - [38] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 202. _Histoire des - Révolutions de l'île de Corse_, _op. cit._, p. 207. - -S'il fallait chercher dans les lois encore obscures de l'atavisme moral -l'explication des mobiles qui font agir un être humain, nous verrions -Théodore soumis à une double influence dont les courants mal équilibrés -contrarièrent perpétuellement sa destinée. De sa mère, Amélie, la fille -du vieux drapier liégeois, il tenait cet esprit fertile en ressources -commerciales qui lui permit d'intéresser à son crédit des juifs et des -traitants hollandais; par le sang des routiers allemands qui coulait -dans ses veines, il fut poussé à l'audacieuse entreprise qui, un moment, -alarma Gênes et surprit l'Europe. - -Antoine de Neuhoff, qui était venu s'établir dans les environs de Metz, -mourut obscurément en 1695. Il laissait deux enfants: Elisabeth qui -épousa le comte de Trévoux, et Théodore-Etienne, le héros d'Aléria. La -veuve d'Antoine se remaria à un commis des douanes à Metz, nommé -Marneau. Une fille naquit de ce mariage. Elle épousa dans la suite Gomé -Delagrange, conseiller au Parlement de Metz[39]. - - [39] Marneau à M. le C..., Metz, 23 avril 1736.--Lettre - communiquée par Sorba, ministre de Gênes à Paris. (_Francia_, - mazzo 45, anni 1734-37). Archives d'État à Gênes, archives - secrètes. - -Théodore Etienne, baron de Neuhoff, naquit à Cologne, dans la nuit du 24 -au 25 août 1694[40], quelques mois seulement avant la mort de son père. - - [40] Quelques biographes le font naître à Metz et varient au - sujet de la date de sa naissance. J'ai eu la bonne fortune de - trouver dans le _Mercure historique et politique de Hollande_ la - reproduction d'une pièce émanée du baron de Neuhoff et publiée à - Cologne en 1740. Elle contrÉdit des faits acceptés par les - biographes du personnage, mais il y a tout lieu de croire à la - sincérité du baron de Neuhoff. Ce ne sont plus des pièces - destinées à éblouir de promesses fallacieuses et de titres - ronflants quelques montagnards crédules. Le baron est revenu dans - le pays qui fut le berceau de sa famille: il y avait des parents - et des alliés. C'était le dernier endroit du monde où il eut pu - sciemment raconter sur ses origines des choses erronées. Là, plus - qu'ailleurs, la contradiction était facile. Elle n'a pas, que je - sache, été présentée. J'ai donc accepté le lieu de naissance et - la date portés dans le document publié dans le _Mercure - historique et politique de Hollande_. Le jour de sa naissance - est, au surplus, indiqué par Théodore lui-même dans le - post-scriptum d'une lettre autographe adressée le 25 août 1748 à - la religieuse Fonseça à Rome. Cette lettre, interceptée par les - Génois, se trouve dans les archives d'État à Gênes. _Ribellione - di Corsica_, filza 14/3102. - - - -Un parent de Westphalie, le baron Drost, prit soin de la première -enfance de Théodore[41]. A dix ans, il entra chez les jésuites de -Munster. Un trop enthousiaste biographe[42] affirme qu'il fut un élève -intelligent et studieux, faisant ses délices de la lecture de Plutarque. -Il ne devait que de très loin en imiter les héros! - - [41] Lettre de Théodore au baron de Drost, de Corse, le 18 mars - 1736, publiée notamment par Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 83, - et dans l'_Histoire des Révolutions de l'île de Corse_, _op. - cit._, p. 202. - - [42] Varnhagen, _Théodore Ier, roi de Corse_, traduit de - l'allemand par M. Pierre Farinole. Bulletin de la Société des - Sciences historiques et naturelles de la Corse, p. 3. Bastia, - 1894. - -Théodore serait resté pendant six ans chez les jésuites de Munster. Au -collège, il s'était lié--dit-on--avec un jeune homme issu, comme lui, -d'une famille westphalienne. Neuhoff et son camarade auraient alors été -mis en pension à Cologne chez un professeur pour achever leurs études. -On a publié une lettre du compagnon de Théodore, qui donne ces détails, -et qui raconte un épisode tragique après lequel Neuhoff dût -s'enfuir[43]. - - [43] Cette lettre a été publiée par Gregorovius dans _Corsica_, - t. II, p. 321. Traduction de M. P. Lucciana. Bulletin de la - Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 2 - vol., Bastia, 1883-1884. Gregorovius affirme avoir tiré cette - lettre, du compagnon de Théodore à un de ses amis en Hollande, - d'un petit livre allemand imprimé à Francfort en 1736 et - intitulé: _Sur la vie et les gestes du baron Théodore de Neuhoff - et sur la République de Gênes par lui offensée. Relation de - Giovanni de San Fiorenzo_. - -Le professeur avait une femme et deux filles jolies et sages. L'aînée -se nommait Marianne. C'était un de ces paisibles intérieurs allemands, -aux mœurs familiales, où la vie s'écoulait monotone, coupée par des -récréations honnêtes, quelques promenades au jardin, des lectures -permises et sans doute un peu de sentiment. - -Cette existence patriarcale dura deux ans; elle fut troublée par -l'arrivée d'un gentilhomme titré et riche. Il se mit à faire une cour -assidue à Marianne. Théodore était lui-même amoureux de cette jeune -personne, mais il soupirait en silence. Les assiduités du comte -exaspèrent Neuhoff. Bien qu'il n'eût jamais déclaré sa flamme et que sa -position ne lui permît pas de rivaliser avec le seigneur, il n'en -ressentit pas moins une violente jalousie. Un soir, après une fête de -famille, pour l'anniversaire de Marianne, Théodore provoqua le comte et -le tua. Au milieu du trouble, causé par ce drame, Neuhoff s'était enfui -«par une porte de derrière». Ce sera son habitude. - -Mais il n'est guère possible d'ajouter foi à cette sombre histoire -d'amour. Théodore devait avoir alors dix-huit ans, puisqu'au dire de son -compagnon il aurait été mis chez les jésuites de Munster à dix ans, -qu'il y serait resté six ans, et qu'il aurait séjourné deux ans chez le -professeur de Cologne. Or, à l'âge de quinze ans, en 1709, Théodore se -trouvait à Versailles parmi les pages de Madame, duchesse d'Orléans[44]. -La preuve est formelle; c'est bien du futur héros de Corse dont il -s'agit. Les détails que la princesse donne sur lui dans sa -correspondance ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. - - [44] Princesse palatine, seconde femme de Monsieur, frère de - Louis XIV, mère du Régent. - - «.....Je vous remercie bien des gazettes. Elles me divertissent - fort, et quand je les ai lues, je les donne à deux pages allemands - que j'ai, un Neuhoff et un Keversberg, pour qu'ils conservent - l'habitude de l'allemand et n'oublient pas leur langue.....» - - _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ Traduction et - notes par Ernest Jaeglé. 3 vol., Paris, 1890, t. II, p. 96. - - Neuhoff est également porté sur l'_État de la France_, parmi les - pages de la princesse. - - - -D'après Madame, le jeune Théodore avait une tournure agréable, une jolie -figure et l'esprit éveillé. Il savait «causer»[45]. Il fut vite initié à -la vie et aux intrigues de la cour. Il acquit une grande souplesse et de -la rouerie; le mot est de l'époque. La princesse n'eut qu'à se louer du -service de son page[46]. Sans doute elle regrettait de trouver chez lui -la trace des qualités françaises plutôt que ces grosses vertus -germaniques, qu'elle mettait au-dessus de tout, comme elle eut donné -toutes les «délicatesses» de la cuisine française, pour une bonne soupe -au lard ou une choucroute largement garnie. Très allemande, elle -s'efforçait d'inculquer à Neuhoff des goûts allemands. Mais le petit -page prit surtout ce qu'il y avait de mauvais à la cour. La farouche -vertu de Madame ne lui laissa aucune empreinte. - - [45] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._, - t. III, p. 85. - - [46] _Ibidem._ - -Quand Neuhoff fut en âge de servir, il vint en Bavière[47] où, sur la -recommandation de la princesse, l'Electeur lui donna une bonne -compagnie. Mais Théodore était joueur; sa passion l'entraîna à commettre -des indélicatesses; il contracta des dettes et fit son apprentissage -dans l'art de ne pas les payer. Il devint «un coquin, un _excrocq_». -Deux chevaliers de Malte lui prêtèrent un jour de l'argent; pour les -tranquilliser, Théodore leur dit: «J'ai encore un oncle et une tante -chez Madame. Mon oncle, c'est M. de Wendt[48], et ma tante, Mme de -Rathsamhausen[49]; je vais vous donner une lettre pour l'un et l'autre; -ils vous payeront immédiatement.» - - [47] Marneau, le second mari de la mère de Théodore, prétend que - son beau-fils aurait servi dans les régiments de Navarre et de - Courcillon avant de prendre du service en Bavière. (Marneau à M. - le C..., Metz, le 26 avril 1736. _Loc. cit._, Archives d'État à - Gênes. Archives secrètes). Mais il faut s'en tenir à l'assertion - de Madame, puisque c'est elle-même qui recommanda, à l'Electeur - de Bavière, son page Neuhoff. - - [48] Ecuyer de la duchesse d'Orléans. - - [49] Léonore de Rathsamhausen était une amie d'enfance de la - princesse. Elle faisait chaque année de longs séjours auprès - d'elle. - -Il leur remit, en effet, des plis cachetés; les chevaliers arrivèrent à -Versailles et présentèrent à M. de Wendt et à Mme de Rathsamhausen les -lettres de leur neveu Neuhoff. «Nous connaissons fort bien Neuhoff, -répondirent-ils; il a été page de Madame, mais il n'est pas notre -parent.» On ouvrit les paquets: ils ne contenaient que du papier blanc. -Les deux chevaliers étaient volés; ils s'adressèrent à Madame: «Cet -homme, dit-elle, n'est plus à mon service. Faites en ce que vous -voudrez.....[50]». - - [50] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._, - t. III, p. 85. - -Harcelé par ses créanciers, Théodore quitta la Bavière et vint à Paris -auprès de son beau-frère et de sa sœur, le comte et la comtesse de -Trévoux. Ses parents voulurent lui faire de la morale; mais le «gentil -enfant», prenant fort mal la chose, «tenta d'assassiner» son beau-frère. -Sur le point d'être arrêté, il s'enfuit et gagna l'Angleterre[51]. - - [51] _Ibidem._ - -Il y a lieu de croire, quoiqu'en dise Madame, que cette tentative de -meurtre ne fut pas bien caractérisée. Elle n'empêchera pas Neuhoff de -revenir plus tard à Paris où personne ne songera à l'inquiéter; il sera -même reçu chez Trévoux. - -Le séjour de Théodore, en Angleterre, reste mystérieux. Madame a -reproché à son ancien page d'avoir épousé une jeune anglaise éprise de -lui, alors qu'il s'était déjà marié en Bavière[52]. - - [52] _Ibidem._--J'ignore sur quoi est basé ce nouveau - réquisitoire de la Palatine. Si le baron de Neuhoff a contracté - plusieurs mariages au cours de son aventureuse existence, il n'en - a jamais avoué qu'un: celui avec lady Sarsfield qu'il épousa en - Espagne quelques années plus tard. - -Cette éclipse ne fut pas de longue durée. On retrouve bientôt après -l'ingénieux baron mêlé à la conspiration de Goertz et Gyllenborg. - -La Suède avait un roi qui ne s'occupait que de guerre et un ministre qui -ne faisait que de la politique. On aurait pu s'attendre à voir le -petit-fils du compagnon de Bernard de Galen servir Charles XII. Il -préféra se mettre sous les ordres de Goertz qui avait rêvé d'être -Richelieu et qui finit comme Cinq-Mars. - -Quel fut exactement le rôle de Théodore auprès du ministre suédois? - -En réalité, rien de bien défini. Au service de Goertz, comme après en -Espagne, comme aussi plus tard dans sa grande aventure de Corse, Neuhoff -fut un courtier marron de la politique internationale, un de ces agents -secrets qu'on emploie, qu'on paye, mais qu'on désavoue et qu'on remercie -quand ils sont brûlés. Ce rôle convenait bien à ce baron allemand -intrigant et besogneux, qui, à l'obstination massive de ceux de sa race, -mêlait les grâces persuasives, les manières insinuantes, tout le -raffinement vicieux d'un page de Versailles, devenu un _roué_ de la -Régence. - -On trouve quelques détails sur cette partie de sa vie dans un livre -publié à Londres en 1743[53], à l'époque où Théodore, réfugié en -Toscane, était presque ouvertement un agent de l'Angleterre. Cet -ouvrage, écrit dans le but de favoriser les intrigues de Théodore, à ce -moment-là, m'a paru être plus sérieusement documenté sur les antécédents -politiques de Neuhoff que ses biographes du XIXe siècle, trop pressés de -s'en rapporter aux mémoires du colonel Frédéric, un faussaire avéré. - - [53] _The history of Theodore I, King of Corsica, containing - genuine and impartial memoirs of his private life and adventures - in France, Spain, Holland, England, etc. The rise and consequence - of the troubles in Corsica, and the resolution of its inhabitants - to shake off the government of the Genoese. The interposition of - the Imperialists and French in favour of the Republic and the - causes of their quitting the Island and also the true spring of - this last revolution, and the motives of King Theodore's present - expédition._--Londres, 1743. - -D'après l'auteur du livre de 1743, le baron, avant de quitter Paris, -poursuivi par l'anathème de Madame, aurait rendu à certains ministres -étrangers des services importants que ceux-ci lui payaient; même, il ne -serait pas impossible qu'il fut, dès cette époque, entré en rapport avec -Goertz, qui se trouvait à Paris au commencement de 1717[54]. - - [54] Gabriel Syveton, _L'erreur de Goertz_. Revue d'histoire - diplomatique, 1896, no 2, p. 244. - -Quand il fut obligé de quitter la France, Neuhoff, d'après le livre -anglais, n'aurait eu d'autres ressources que dans les intrigues -auxquelles il fut mêlé. Goertz, alors ministre du roi de Suède en -Hollande, avait été arrêté à Arnheim, sur la demande du roi -d'Angleterre. Les Anglais accusaient Goertz de conspirer avec les -jacobites afin d'amener une révolution en Angleterre. Le comte de -Gyllenborg, ministre de Suède à Londres, fut arrêté en même temps. Le -duc d'Orléans obtint, par ses démarches, la mise en liberté des -ministres suédois[55]. Le Régent affectait de ne pas croire à ce -complot; il persuada à Georges Ier que le roi de Suède n'y avait pris -aucune part. En réalité, la présence de Goertz, en Hollande, était -motivée par une négociation délicate; il s'agissait de traiter avec le -tzar Pierre Ier, qui se trouvait dans les Pays-Bas, d'une paix séparée -entre la Suède et la Russie. Le baron de Neuhoff aurait été chargé de -porter à Goertz des dépêches relatives à cette négociation[56]. Malgré -sa jeunesse,--il avait alors 24 ans--Théodore remplit si bien sa mission -et sut se rendre si agréable au ministre, que celui-ci le prit pour -secrétaire et bientôt après pour son «principal confident[57]». - - [55] Goertz et Gyllenborg restèrent emprisonnés pendant cinq - mois. - - [56] Ces négociations aboutirent au congrès d'Aland. L'auteur du - livre, publié à Londres en 1743, ne dit pas par qui Neuhoff fut - chargé de porter des dépêches à Goertz après son emprisonnement. - Comme cette mission coïncide avec son départ de France, il est à - peu près certain que Théodore porta à Gyllenborg, en Angleterre, - et à Goertz, en Hollande, les dépêches du comte Erik Sparre, - ministre de Charles XII, en France. - - [57] _The history of Theodore I, King of Corsica. Op. cit._ - -Dans les derniers mois de 1718, Goertz envoya Neuhoff en mission auprès -d'Alberoni. A peine avait-il entamé les négociations que le roi de Suède -mourut[58]. Bientôt après, Goertz était décapité[59]. Théodore se -«trouva donc sans ressources dans un pays dont il ignorait la langue, et -privé de l'appui de la maison d'Orléans, puisqu'il était entré dans des -plans qui portaient préjudice aux intérêts de cette famille[60]». - - [58] Le 30 novembre 1718. - - [59] Le 2 mars 1719. - - [60] _The history of Theodore I, King of Corsica. Op. cit._ - -Cependant Théodore devait encore surnager après ce nouveau naufrage. - -La Cour d'Espagne, remplie d'intrigues d'antichambre, avec une dynastie -nouvelle et étrangère qu'entourait une foule d'aventuriers cosmopolites, -constituait bien le milieu voulu pour l'ambition inquiète et peu -scrupuleuse du petit baron de Westphalie. Ripperda, qui, plus tard, -devait devenir premier ministre, commençait à jouir d'une grande faveur -à l'Escurial. Fidèle à ses ondoyants principes, l'intrigant habile -qu'était Neuhoff ne manqua pas d'aller lui faire sa cour. Ils se -plurent. Ripperda, dit-on, lui fit obtenir le grade de colonel avec une -pension de six cents pistoles[61]. - - [61] Percy Fitzgerald, _King Theodore of Corsica_, p. - 28.--_Histoire des Révolutions de l'île de Corse et de - l'élévation de Théodore Ier sur le trône de cet État_, p. 206. - -Mais Neuhoff n'avait pas renoncé à ses goûts dispendieux. Il était -souvent gêné, et Alberoni dut, à plusieurs reprises, lui venir en aide. -La fortune cependant lui sourit encore. Sur les conseils de Ripperda et -grâce à son appui, il épousa une des demoiselles d'honneur de la reine -d'Espagne, lady Sarsfield, fille de lord Kilmallock, jacobite réfugié à -Madrid, parent du duc d'Ormond[62]. - - [62] _Histoire des révolutions de l'île de Corse._ _Op. cit._, p. - 208.--Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 203.--Percy Fitzgerald, - _op. cit._, p. 28. - -Ce mariage, qui aurait dû fixer Théodore, paraît avoir été une déception -pour lui. Il fut quelque chose de plus pour sa femme. Lady Sarsfield -était laide et vaniteuse; l'ancien page de Madame était volage, et -milady n'avait rien de ce qu'il fallait pour retenir l'humeur -inconstante de son mari. Cela fit un déplorable ménage. - -Rostini, dans ses _Mémoires_, dit ceci: «Théodore épousa, dit-on, une -parente du duc de Sales actuel, alors marquis de Monte Allegro.» - -Or, en 1738, nous verrons le ministre du roi de Naples, le marquis de -Montalègre, accorder, à Théodore, sa protection d'une façon absolue, -surtout lors d'un incident touchant des vaisseaux hollandais affretés -par le baron. La protection qu'exerça à ce moment Montalègre vis-à-vis -de Théodore, est d'autant plus extraordinaire que le bon droit n'était -certes pas du côté de l'aventurier.--Les dépêches diplomatiques de -Montalègre, en 1738, sont, la plupart du temps, signées: _El marques de -Salas_. - -Alberoni était tombé du pouvoir, méprisé de l'Europe entière. Neuhoff -perdait en lui un protecteur puissant. Ripperda, cependant, lui restait; -mais Théodore, qui ne pouvait s'astreindre à un genre de vie en rapport -avec ses moyens, eut encore des besoins d'argent qui le perdirent. - -On raconte que Ripperda lui ayant confié des sommes importantes pour le -règlement de fournitures militaires, il les détourna pour ses dépenses -personnelles[63]. - - [63] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 29. - -Quoiqu'il en soit, Neuhoff, à cette époque, quitta l'Espagne -subrepticement, abandonnant sa femme, grosse alors. La baronne mourut à -Paris en 1724, ainsi que sa fille née de ce mariage[64]. - - [64] _Mercure historique et politique de Hollande_, avril 1740. - Généalogie publiée à Cologne par Théodore de Neuhoff. - -L'aventurier avait profité du séjour de sa femme à l'Escurial avec la -cour, pour quitter Madrid la nuit, en emportant tous ses bijoux. Il -s'embarqua à Carthagène pour la France, et bientôt il arriva à -Paris[65]. - - [65] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 29--_Histoire des - révolutions de l'île de Corse._ _Op. cit._, p. 209. - -A la chute d'Alberoni, Théodore, ne sachant que devenir, avait écrit à -la duchesse d'Orléans, pour la prier de le reprendre à son service. -Madame ne répondit pas; mais à peine débarqué à Paris, l'aventurier -sollicita de nouveau son ancienne protectrice. Celle-ci lui fit défendre -de se présenter devant elle. La princesse, un jour, se rendait aux -Carmélites; son carrosse croisa une voiture dans laquelle se trouvait -Théodore. Madame s'écria: «Voilà cet honnête garçon de Neuhoff!» Il -entendit l'apostrophe, baissa les yeux et pâlit[66]. - - [66] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._, - t. III, p. 86. - -Paris était alors en pleine fièvre de spéculation. Law faisait merveille -avec son _Système_. - -La fureur de l'agiotage avait pénétré dans toutes les classes de la -société. Il y avait là de quoi tenter l'esprit aventureux de Neuhoff, -toujours harcelé par les besoins d'argent; mais il est peu probable, -comme certains l'ont prétendu, que Théodore soit entré en relations -directes avec Law. L'Ecossais d'origine obscure, devenu le grand -financier, dispensateur des deniers de l'État et de la fortune publique -en France, dont l'antichambre était encombrée de ducs, dont la femme -parlait toilette avec les princesses, dont le fils, qu'on appelait le -_Chevalier Système_[67], fréquentait la jeunesse dorée de la cour, -n'avait pas le temps de se commettre avec le baron westphalien. Les -aventuriers, quand ils sont _arrivés_, dédaignent leurs semblables. Que -Théodore ait spéculé, comme tout le monde, à l'époque, c'est très -probable, mais non pas avec Law lui-même, alors à l'apogée de sa -puissance. Peut-être, en intrigant habile, sût-il se faufiler dans -l'entourage du financier. Madame rapporte, en effet, que la rumeur -publique accusait son ancien page d'avoir pris un million au frère de -Law[68]. - - [67] _Journal et Mémoires de Mathieu Marais_, publié par M. de - Lescure, 4 vol. Paris, 1864, t. I, p. 264. - - [68] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._, - t. III, p. 86. - -Le livre anglais, que j'ai déjà cité, dit qu'il eût à Paris plusieurs -aventures étranges. Il avait rompu avec la plupart de ses anciens amis -qui le connaissaient trop, mais il parvint à entrer en rapports avec -quelques personnes de distinction qui le connaissaient moins. Ses -relations avec Alberoni et Ripperda, les ennemis de la famille -d'Orléans, lui fermaient les portes de la cour. Il ne s'attarda pas à -rentrer en grâce auprès de Madame, qui, du reste, l'avait rejeté de la -façon la plus formelle. Il aima mieux devenir un courtier marron de la -diplomatie. C'était un emploi qui lui convenait à merveille. La -délicatesse ne l'embarrassait pas; aucun principe ne le gênait; il -n'avait qu'un but: se procurer de l'argent. - -Le baron qui, de bonne heure, avait été à l'école des Goertz, des -Alberoni et des Ripperda, trouva le moyen de donner à quelques ministres -étrangers des renseignements qui lui furent très bien payés. Il entra -également en correspondance avec des diplomates du dehors. Sans lui -créer une position définie, ni surtout avouable, ces manœuvres lui -fournirent les moyens de subvenir à ses besoins toujours fort grands. -Mais ces choses-là ne peuvent pas durer; on se lasse vite d'un agent -louche. Théodore savait que tout ce qu'il faisait pouvait le mener en -prison, et l'ombre de la Bastille le hantait. Il résolut donc de quitter -Paris, et, d'après le livre anglais, il serait parti deux jours -seulement avant que ses intrigues ne fussent découvertes. Il aurait -gagné la Hollande en emportant divers secrets surpris dans les -antichambres diplomatiques qu'il fréquentait, entr'autres toute la trame -d'une mystérieuse négociation engagée à Turin et dont il comptait se -servir auprès de la cour impériale pour en tirer profit[69]. - - [69] _The history of Theodore I, King of Corsica. Op. cit._ - -Madame, qui avait l'âme d'un greffier, donne une autre version du départ -de Théodore; les motifs en sont encore moins honorables. Neuhoff, dans -un moment de détresse, ne sachant que devenir, aurait fait un sérieux -retour sur lui-même. Désirant rentrer en grâce auprès de sa famille, il -confessa ses erreurs passées et promit de mener, à l'avenir, une vie -régulière, plus conforme à son rang de gentilhomme. Durant un certain -temps, il se conduisit bien. Il était reçu chez sa sœur[70]. Un -lieutenant-colonel du régiment de La Marck, beau-frère de la comtesse -d'Appremont, rencontra plusieurs fois Théodore à dîner chez Mme de -Trévoux[71]. - - [71] Lettre à la comtesse d'Appremont, communiquée au Sérénissime - Collège, par J.-B. de Mari. Turin, le 27 juin 1736. _Ribellioni - de' Corsi_, filza 14/3012. Archives d'État à Gênes, archives - secrètes.--Cette lettre a été publiée par M. Antonio Battistella, - _Re Teodoro di Corsica. Ritagli e scampoli._ Voghera, 1890, p. - 167. - - [70] _Correspondance complète de Madame, duchesse d'Orléans._ - Édit. Brunet, t. II, p. 278. - - Varnhagen, le trop partial biographe de Théodore, dit que Mme de - Trévoux aida son frère, avec l'aide de «l'ambassadeur suédois, le - comte de La Marck». Il y a là une erreur évidente. Tout le monde - sait, en effet, que le comte de La Marck n'était pas le - représentant du roi de Suède en France, mais bien le ministre de - France en Suède. - -Un jour, Théodore déclare qu'il a reçu des lettres lui annonçant que sa -femme, quittant l'Espagne, était en route pour Paris. Il lui paraît -convenable d'aller à sa rencontre. Sous ce prétexte, il part pendant la -nuit. «Le matin, on découvre qu'il a tout enlevé à sa sœur et à son -beau-frère. Il leur a pris deux cent mille livres. Personne ne sait de -quel coté il a passé. Sa sœur, Mme de Trévoux, est désespérée[72].» - - [72] _Correspondance complète de Madame, duchesse d'Orléans_, - édition Brunet, t. II, p. 279. - -Je n'ai pu trouver nulle part la confirmation de ce vol. - -Quoiqu'il en soit, il est certain que Théodore quitta Paris vers le -milieu de 1720, et arriva en Hollande. A La Haye, il se serait rendu -auprès du ministre impérial. Il lui remit un pli en le priant de le -faire tenir d'une façon sûre au comte de Zinzendorf, chancelier de -Charles VI. Les explications qu'il donna à l'ambassadeur autrichien -furent sans doute très explicites, car la réponse de Vienne ne se fit -pas attendre. Elle consistait en une lettre de change de cinq mille -florins. Les renseignements dérobés à Paris, au sujet de la mystérieuse -négociation entamée à Turin, auraient été reconnus exacts à Vienne et -seraient arrivés dans un moment opportun: d'où la récompense -immédiate[73]. Théodore était, ce qu'on pourrait appeler, un crocheteur -de la diplomatie. - - [73] _The history of Theodore I, King of Corsica._ Op. cit. - -Puis il se serait mis en rapport avec un personnage, de passage en -Hollande, et qui allait à Londres représenter une petite cour allemande. -Ce personnage passait pour un très habile homme, mais Théodore était -plus fin encore. Il ne tarda pas à reconnaître que les capacités qu'on -prêtait au diplomate étaient toutes en façade. Se sentant plus apte à -remplir les fonctions destinées au ministre allemand, Neuhoff aurait -tenté de le supplanter en allant lui-même à Londres; mais ses manœuvres -furent découvertes, et l'homme qu'il cherchait à léser partit pour -l'Angleterre après avoir raconté son histoire partout, ce qui fit du -tort à Théodore. Personne ne voulut plus l'employer. - -La misère vint alors. L'argent fondait entre ses mains; partout il avait -des créanciers. - -En attendant un emploi, il apprit l'anglais. L'historien anonyme nous -dit que «jamais, sauf M. de Voltaire, aucun étranger n'arriva aussi bien -ni aussi vite à comprendre l'anglais». Mais, malgré toute son -intelligence, il était à bout de ressource et de crédit. Pour se -procurer le pain quotidien, il se fit virtuose, chimiste, «_connoisseur -en painture_». Ces diverses tentatives ne furent pas couronnées de -succès. Ni la musique, ni les sciences, ni la critique d'art ne lui -donnèrent les moyens de subvenir à ses besoins[74]. Bien des hommes, -avant de trouver leur voie, se sont essayés dans les différentes -branches de l'activité humaine: professions, métiers ou arts. Je ne -crois pas qu'il s'en soit jamais trouvé un seul qui ait poussé ces -essais plus loin que Théodore, puisqu'il devait aller jusqu'à la -royauté, métier qui d'ailleurs ne lui donna pas de quoi vivre. - - [74] _The history of Theodore I, King of Corsica._ Op. cit. - -Si à Paris la Bastille troublait son sommeil, en Hollande il voyait se -dresser devant lui la prison pour dettes. La diplomatie lui fournit de -nouveau quelques ressources ou tout au moins lui permit de fuir ses -créanciers. Un personnage, établi dans les Pays-Bas, cherchait pour le -compte de l'Empereur un homme retors et habile, capable d'accomplir une -mission secrète en Italie. Il s'agissait de découvrir les intrigues que, -disait-on, la France et l'Espagne entretenaient dans la péninsule. Le -personnage trouva son homme en Théodore. Celui-ci partit. Il s'embarqua -dans l'île de Voorne, et deux ou trois mois après on le vit parcourant -l'Italie[75]. - - [75] _Ibidem._ - -Ce pays, partagé en petits États, livré à toutes les convoitises -étrangères, neuf pour lui, ouvrait un vaste champ à son ambition mal -équilibrée. Que fit-il réellement en Italie? La question est difficile à -résoudre. La renommée ne l'avait pas atteint encore et les certitudes -manquent sur cette période de sa vie. La mission dont il aurait été -chargé était sans doute peu importante, mais, pendant son séjour en -Italie, Théodore allait faire des relations qui devaient avoir une -singulière influence sur sa destinée. - -On vit Neuhoff à Rome et on sut plus tard qu'il s'y faisait appeler le -baron Etienne Romberg[76]. Dans cette ville, il fit la connaissance des -dames Fonseca, religieuses au couvent des Saints Dominique et Sixte, qui -eurent toujours une foi aveugle dans l'aventurier et qui devaient le -soutenir avec le plus touchant dévouement dans l'adversité. Il connut -aussi à Rome un marquis, un comte, un docteur ès-lois, un simple -drapier, toujours en quête de nouvelles protections ou à l'affût de -dupes faciles. Son imagination, jamais à court, le poussa à se lier avec -un moine qui cherchait le secret de la pierre philosophale[77]. - - [76] _Mémoires historiques, militaires et politiques sur les - principaux événements arrivés dans l'isle et royaume de Corse - depuis le commencement de l'année 1738 jusque à la fin de l'année - 1741_, par Jaussin, ancien apothicaire major des camps et armées - de S. M. très chrétienne, t. I, p. 296.--Lausanne, 1758. - - [77] _Ibidem._ - -C'était un de ces moines errants, comme il y en avait beaucoup en -Italie. Ces religieux, rejetés d'un couvent, réfugiés dans un autre qui -ne les gardait pas, vagabonds allant de cloître en auberge, étaient de -tristes hères qui formaient ce que l'on pourrait appeler la bohême de -l'église. Beaucoup étaient des détraqués tombés dans la magie noire, le -grand œuvre et l'escroquerie. - -Mais Théodore était l'homme des résultats positifs, tangibles et -immédiats. Il avait bien pu s'en aller, le soir, dans les ruelles -sombres, enveloppé d'un long manteau, retrouver son moine alchimiste. -Tous deux, penchés sur les fourneaux mal éclairés d'une cire jaune, ils -avaient pu épier le mystérieux travail de l'athanor et des cornues, au -milieu de vieux grimoires à demi-rongés par les rats et couverts de fils -d'araignée. Mais, comme la transmutation était lente, l'impatient baron -se lassa. Il dit adieu au moine alchimiste et à la pierre philosophale -et courut à Florence, toujours inquiet, furetant, combinant. - -En 1727, Théodore se trouvait de nouveau à Paris. Un décret de prise de -corps pour dettes fut rendu contre lui[78]. Il s'enfuit assez à temps -pour éviter la prison. - - [78] Sorba, ministre de Gênes en France, au Sérénissime Collège. - Paris, le 30 avril 1736. _Francia_, mazzo 45, anni 1734-1737. - Archives d'État à Gênes, archives secrètes. - -Vers la même époque, il parut à Londres. Il aurait pris logement _aux -Armes d'Ipswich_, dans Cullum Street, puis dans un café où il se serait -tenu caché. Jamais il ne sortait, restant au lit, sous prétexte de -maladie[79]. Craignait-il encore la poursuite de créanciers? C'est -probable. Un rapport de police rapporte qu'il aurait filouté des -marchands de Londres et qu'il aurait été obligé de fuir en toute -hâte[80]. - - [79] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 30. - - [80] _Ibidem._--L'auteur ne croit pas à la sincérité de ce - rapport de police. Il estime que ces histoires auraient été - fabriquées après coup par des espions génois pour noircir - Théodore. Les rapports de police valaient à l'époque ce qu'ils - valent de nos jours; on pouvait y trouver tout ce qu'on voulait - pour perdre quelqu'un. On avait du reste beau jeu à accuser - Théodore de filouterie; il était maître en cet art. - -Le baron de Neuhoff reparut bientôt en Italie. On a prétendu qu'alors il -aurait trouvé de puissants protecteurs à la cour du grand-duc de Toscane -et qu'il aurait été «sur le point de lever un régiment pour le compte de -l'Empereur[81]». Comme état de services, il faut avouer que cette quasi -mission mérite peu d'être signalée. Mais ce n'est pas sans surprise -qu'on lit dans le même auteur qu'en 1732 Théodore était résident de -l'empereur Charles VI, à Florence[82]. Le fait est matériellement faux. -Ce qui est plus vraisemblable, c'est l'histoire qui, vers la même -époque, aurait signalé son passage à Livourne. Ce fut un coup de -commerce, avatar assez naturel dans lequel réapparaissait le petit fils -du drapier liégeois. En réalité, il fit une nouvelle dupe. Il y eut -quelque mérite. Sa victime fut un banquier de Livourne, nommé Jabach. - - [81] Varnhagen, _op. cit._, p. 11. - - [82] _Ibidem._ - -Les historiographes de Théodore ont dit que les Jabach étaient juifs. Il -n'en est rien. Ils appartenaient à une famille de riches banquiers de -Cologne, véritable dynastie financière qui donna, entr'autres, le fameux -Everhard Jabach, qui fut connu à Paris comme banquier et collectionneur, -au XVIIe siècle[83]. Les membres de cette famille, disséminés en France -et en Italie, étaient catholiques. Quelques-uns d'entre eux avaient fait -leurs études chez les jésuites de Cologne. Jean Engelbert Jabach fut -chanoine capitulaire de l'archevêché de Cologne, chancelier de -l'Université de cette ville, et le Pape lui conféra la dignité de -protonotaire. François-Antoine fut banquier à Livourne où il mourut en -1761[84]. - - [83] M. le vicomte de Grouchy, dans les _Mémoires de la Société - de l'Histoire de Paris et de l'île de France_, t. XXI, 1894, - donne la généalogie de cette famille dans une intéressante notice - consacrée à Everhard Jabach. - - [84] Vicomte de Grouchy, _op. cit._ - -Ce fut avec ce dernier, sans doute, que Théodore eût des rapports dont -la maison Jabach ne paraît pas avoir eu à se louer. - -Neuhoff, dont la famille avait des attaches à Cologne (son cousin Drost -y était grand commandeur de l'Ordre Teutonique), avait dû trouver des -facilités pour nouer des relations avec ses riches compatriotes établis -à Livourne. - -A cette époque, un banquier était déjà un personnage important et -méfiant, peu accessible aux entreprises chimériques. Mais le baron avait -un talent particulier d'insinuation. Soit qu'il se laissât prendre aux -belles paroles de l'aventurier, soit qu'il y fut poussé par d'anciens -souvenirs de famille, Jabach avança à Théodore des sommes importantes -sous prétexte d'affaires commerciales. Le banquier s'aperçut vite qu'il -était trompé, et, ne pouvant rentrer dans ses découverts, il fit mettre -son client en prison. Celui-ci tomba malade et on dut le transférer à -l'hôpital. - -Comment désintéressa-t-il son créancier? Il est probable que Jabach eût -pitié de lui et qu'il ne poursuivit pas la contrainte. Toujours est-il -qu'au sortir de l'hospice, Théodore ne réintégra pas la prison. Il -continua sa vie errante à la poursuite de la fortune. - -C'est ainsi qu'il arriva à Gênes. - -Le livre anglais, auquel j'ai déjà fait plusieurs emprunts, nous dit que -Neuhoff était chargé par la cour impériale de prendre des renseignements -aussi précis que possible sur l'état de la Corse. Charles VI, après être -intervenu dans les affaires de l'île, recevait de ses agents des -rapports bien différents et inexacts. Le baron ayant appris que les -représentants des Corses étaient Ceccaldi et Raffaelli, se serait -abouché avec eux. Ce fut à la suite d'un rapport de Théodore, adressé à -Vienne, que l'Empereur aurait ordonné au prince de Wurtemberg de -conclure avec la république un traité qui, tout en laissant la Corse aux -Génois, donnerait quelques libertés aux insulaires[85]. - - [85] _The history of Theodore I, King of Corsica._ - -Il est plus vraisemblable de penser que Théodore à ce moment-là était un -agent secret du duc François de Lorraine, gendre de Charles VI. L'époux -de Marie-Thérèse se commettait volontiers avec les aventuriers, qu'il -recevait dans les pièces les plus intimes de ses appartements. Il -écoutait les propositions les plus extraordinaires. Il avait une -politique à lui, qui s'élaborait en secret avec des agents interlopes. -Ayant des vues de mesquine ambition sur la Corse, il était entré en -rapports avec le baron[86]. Il nous faudra revenir sur les projets -louches de François de Lorraine. - - [86] _Correspondances de Corse_, vol. I. Archives du ministère - des affaires étrangères. - -Il est d'ailleurs certain que les entrevues de Neuhoff avec les Corses -n'eurent pas le caractère presque officiel que leur donne le livre -anglais. Elles furent au contraire entourées du plus grand mystère. - - -III - -Théodore changeait souvent de déguisement; c'était une nécessité pour -lui. Il laissait des dettes partout où il passait, et il lui fallait -s'ingénier à dépister des créanciers assez indiscrets pour chercher à le -découvrir. En 1732, à Gênes, il s'était transformé en milord anglais. - -Un certain Ruffino, corse, natif de Farinole, frère lai franciscain, de -l'ordre appelé Observantin dans l'île, habitait Gênes depuis longtemps. -C'était un de ces moines chirurgiens comme on en voyait beaucoup alors. -Praticiens peu habiles et ignorants, ils gagnaient leur misérable -existence à faire quelques menues opérations, apprises par routine. -Ruffino se rendait souvent au Grand Hôpital où il exerçait son art -rudimentaire. - -Un jour il rencontra le milord. Le hasard fut-il la seule cause de cette -rencontre? Y eut-il d'un côté ou de l'autre un calcul? On ne saurait le -dire. Toujours est-il que le moine et l'_Anglais_ se plurent. Ils -parlèrent politique et la conversation tomba fort à propos sur les -affaires de Corse[87]. - - [87] _Mémoires de Rostini_, publiés et traduits par M. l'abbé - Letteron.--Bulletin de la Société des Sciences historiques et - naturelles de la Corse, 2 vol. - -Sans prendre aucune précaution oratoire, le milord déclara au religieux -qu'il avait les moyens et le pouvoir de délivrer l'île de l'oppression -génoise; mais Gênes était un mauvais endroit pour parler politique et -surtout des choses de Corse, «de même qu'à Babylone on ne chantait pas -les cantiques sacrés et que les chefs du peuple élu n'étaient pas libres -pour traiter». Théodore conseilla donc à Ruffino d'aller à Livourne. Il -se rendit également dans cette ville[88]. Ils purent désormais causer à -l'aise, à l'abri des espions dont les rues de Gênes étaient remplies. - - [88] _Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -Le moine s'aboucha avec Ceccaldi, Giafferi et Aitelli. Ces corses, qui -sortaient des prisons de la Sérénissime République, était animés d'un -vif ressentiment à l'égard des Génois. Ruffino leur parla du milord avec -enthousiasme. Théodore l'avait complètement convaincu, et il le -représenta aux chefs comme le «Rédempteur» du peuple corse. Les -insulaires attendaient un Messie; le milord arrivait à propos. Le moine -le mit en rapport avec ses amis; Neuhoff fit sans doute connaître, -alors, sa véritable identité. Il eut avec les chefs de nombreuses et -longues conférences. Quels arguments fit-il valoir? Par quels artifices -parvint-il à persuader aux Corses qu'il avait le pouvoir de délivrer -leur pays? On l'ignore[89]. Toujours est-il qu'ils furent bien -convaincus que le moine ne les avait pas trompés, et qu'ils tenaient, -enfin, un «Rédempteur». - - [89] _Ibidem._ - -Théodore possédait une grande facilité d'élocution; il était insinuant -et il savait mentir avec cet aplomb et cette force de persuasion qui en -impose. Arrivé à ce degré, le mensonge est un art; il y était maître. Et -puis, les Corses se trouvaient dans une disposition d'esprit où ils ne -demandaient qu'à être convaincus. Le baron leur parla, sans doute, des -secours qu'il se faisait fort d'obtenir de certaines puissances. C'était -toucher la corde sensible; car les insulaires avaient cette idée fixe: -obtenir l'aide d'un grand état quelconque. Il leur promit aussi -probablement des canons, des fusils, de la poudre et des balles. Les -Corses possédaient un goût très prononcé pour toutes sortes d'engins de -guerre; du reste, ils avaient besoin de munitions pour faire la guerre -aux Génois et les chasser de l'île. Il dut encore laisser entrevoir à -ses nouveaux amis qu'il avait beaucoup d'argent à sa disposition; c'est -un argument qui a toujours été décisif. Bref, il n'oublia rien de ce -qui constituait son rôle de sauveur. Il se montra ému des malheurs du -peuple corse; il parut, aux chefs, généreux, grand, superbe. Et comme -ils étaient arrivés à un moment où ils avaient besoin de croire en -quelqu'un et d'espérer en quelque chose, ils crurent en ce faux milord; -ils espérèrent qu'il leur donnerait la liberté. - -Les conférences de Théodore avec les Corses peuvent vraisemblablement se -résumer ainsi. Il est probable encore que ces réunions ne se terminèrent -pas sans que, de part et d'autre, on eût pris «certains -engagements»[90]. - - [90] _Mémoires de Rostini._ _Op. cit._ - -Quand il fut décidé que la Corse serait sauvée par le baron de Neuhoff, -on annonça la chose au comte de Charny, commandant des troupes -espagnoles arrivées quelque temps auparavant avec l'infant Don Carlos. -On fit croire au général que le baron agissait pour le compte de -l'Angleterre[91]; mais en attendant que la Corse fût délivrée, le pauvre -frère Ruffino fut arrêté et mis en prison. Il est toujours dangereux de -vouloir sauver un peuple. Théodore jugea prudent de ne pas insister; il -partit pour Florence[92]. - - [91] _Ibidem._ - - [92] _Ibidem._ - -Il est vraisemblable de supposer que, dès cette époque, il ait été en -relation à Livourne avec le chanoine Orticoni et avec Dominique -Rivarola[93], tous deux agents des Corses en Italie. - - [93] Il ne faut pas confondre Dominique Rivarola avec le - gouverneur génois de Bastia, du même nom. Voici d'ailleurs les - détails biographiques que donne l'abbé Rostini sur ce personnage: - «Ce Rivarola, originaire de Chiavari, de l'État de Gênes, et, - semble-t-il, d'une bonne famille (puisqu'il obtint un arrêt - favorable à propos de quelques places dans certain collége de - Sienne, destinées aux descendants d'une bonne famille, des - Rivarola de Gênes), s'était établi depuis longtemps à Bastia, et, - par une double parenté, s'était uni à la maison Frediani. - Plusieurs fois il avait participé à des gains illicites, à des - ventes par autorité de justice, comme en font les commissaires - génois, comme il y en eut particulièrement sous le gouvernement - de Nicolò Durazzo. Il était consul d'Espagne lorsque l'infant Don - Carlos passa en Toscane, et que les galères qui le conduisaient - ayant été dispersées par la tempête, celle sur laquelle était - monté le marquis de Monte-Allegro, aujourd'hui duc de Sales, - arriva à Bastia. Le marquis eut avec Rivarola plusieurs - conférences, et s'éclaira, dit-on, sur ce qu'on pensait des - affaires de la Corse. Ce qu'il y a de certain, c'est que, depuis - cette époque, Dominique Rivarola se montra toujours ouvertement - dévoué aux intérêts de la Corse. Soit hasard, soit politique, il - fut relevé de sa charge de consul; il restait à Livourne, où il - s'occupait spécialement de faire venir de Corse des recrues, - surtout pour le régiment corse au service de l'Espagne, dans - lequel était lieutenant-colonel, Francisco, son fils, jeune homme - de grand talent emporté à Naples par une mort prématurée. Nous - retrouvons ce même Dominique Rivarola, colonel, au service de S. - M. sarde, et commandant du siége lorsque les Anglais bombardèrent - Bastia.»--_Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -Que fit réellement Neuhoff pendant les quatre années qui suivirent les -entrevues de Livourne? Il les employa évidemment à préparer son -débarquement en Corse. On a prétendu que le grand-duc de Toscane, -Jean-Gaston de Médicis, lui aurait donné quelques sequins et une lettre -de recommandation pour un certain Buongiorno qui exerçait la médecine à -Tunis[94]. Il est vrai que Théodore a connu ce Buongiorno à Tunis, soit -sous les auspices de Jean-Gaston de Médicis, soit de toute autre façon. - - [94] _Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -On a prétendu aussi que le baron, en quittant la Toscane, serait allé à -Constantinople où il aurait été en rapport avec François Rakoczy, prince -de Transylvanie, et avec le comte de Bonneval, un aventurier fameux qui, -après avoir couru le monde, finit par prendre le turban et le nom -d'Achmet-Pacha. On a échafaudé tout un roman sur les relations de -Théodore avec ces deux personnages[95]. Il était digne d'être l'ami de -Bonneval, ce grand agité, qui fut enterré dans un couvent de derviches -tourneurs! - - [95] Varnhagen, _op. cit._, p. 21. - -On a dit encore que Neuhoff avait été reçu presque solennellement par le -bey de Tunis. Le gouvernement ottoman aurait même ordonné au bey, non -seulement d'encourager les projets du baron, mais encore de lui fournir -des armes et des munitions, de mettre enfin un trésor à sa -disposition[96]. L'entreprise se présente ainsi sous un aspect -imposant. Il y aurait eu là un effort considérable pour chasser les -Génois de l'île, et très certainement cet effort eut pu être couronné de -succès. Mais tout cela rentre dans le domaine de la légende. Théodore ne -fut jamais officiellement accrédité à Tunis. Il ne vit pas le bey. -Celui-ci ne lui fournit aucun secours. Il est certain que le -débarquement théâtral du baron de Neuhoff, à Aléria, fut machiné à -Tunis; ce fut de Tunis qu'il partit; mais les préparatifs de -l'entreprise n'eurent pas cette envergure qu'on leur prête. - - [96] _Ibidem_, p. 24. - -Grâce à un document qui se trouve dans les archives d'État à Gênes, nous -avons des renseignements précis sur le séjour de Théodore à Tunis et sur -ses intrigues[97]. Les faits rapportés sont tellement conformes à sa -manière d'agir qu'il faut nous en tenir à ce document. - - [97] Cette pièce n'a été citée par aucun des historiens qui se - sont occupés de Théodore de Neuhoff. C'est la déposition faite - sous serment, à Gênes, le 3 juin 1736, par deux esclaves - rachetés: Michel Varalzi et Pierre Varsi, natifs de Bonifacio. - -Cette pièce est cotée sous ce titre: - -_Copia delle deposizioni fatte nella cancelleria del illustrissimo -magistrato del Riscatto de' schiavi._--_Ribellione de' Corsi_, filza -11/3009. Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Un bâtiment français, provenant de Livourne, débarqua, un jour à Tunis, -un personnage étranger. Ce personnage était le baron de Neuhoff, qui -alla, dès son arrivée, loger chez Léonard Buongiorno[98]. Fidèle à ses -habitudes de prudence, Théodore conserva l'incognito pendant un certain -temps. Il fit répandre le bruit qu'il était venu à Tunis pour racheter -tous les Corses qui y gémissaient dans l'esclavage. Ce rachat devait se -faire avec de l'argent qu'il tenait d'un legs pieux. Il eut de longues -et sécrètes conférences avec Buongiorno, avec le Père administrateur de -l'hôpital espagnol et avec le trésorier du bey. - - [98] Les déposants n'indiquent pas l'année où aurait eu lieu - cette arrivée; ils se contentent de dire que le personnage arriva - vers le milieu du mois de mars et qu'il resta chez Buongiorno - jusqu'à la fin d'avril. Comme les esclaves rachetés ont fait - leurs dépositions en 1736, il semble résulter qu'ils paraissent - indiquer cette année-là comme celle où Théodore serait arrivé à - Tunis. Or, le 12 mars 1736, il jetait l'ancre devant Aléria. Ou - les esclaves rachetés se sont trompés de mois, ou ils ont voulu - parler d'une année antérieure. - -Le but avoué de ces conférences était de débattre le prix des esclaves. -Mais comme on pouvait s'étonner de ne jamais voir le charitable -personnage donner le moindre argent, il déclara n'être venu à Tunis que -pour fixer le prix des Corses prisonniers. Les fonds étaient déposés à -Livourne. Quand on se serait mis d'accord, il irait chercher l'argent -qu'il rapporterait plus tard. Il aimait sans doute à marchander, car les -entrevues se multiplièrent. Mais Théodore et ses trois compères -parlaient certainement de toute autre chose que des esclaves. - -Buongiorno était sicilien. Il habitait Tunis avec sa famille depuis -plusieurs années. Chargé par sa nation de racheter des esclaves, il -avait conservé pour lui l'argent destiné à ce rachat. Après cette belle -action, il s'était bien gardé de retourner dans son pays. Les malheureux -siciliens avaient continué leur dur esclavage. Mais lui, il avait ouvert -un cabinet de médecin et il jouissait à Tunis d'une certaine -considération. Dans ce cabinet, on ne s'occupait pas seulement de guérir -les malades: on y faisait un peu de tout. Pour l'instant, chez -Buongiorno, entre un allemand, un sicilien, un espagnol et un tunisien, -s'élaborait le grand dessein d'arracher la Corse à la tyrannie génoise! - -Ripperda, alors réfugié au Maroc, aurait également trempé dans le -complot en essayant d'entraîner les Marocains dans une alliance avec les -Tunisiens pour favoriser l'entreprise de Neuhoff[99]. - - [99] Gabriel Syveton, _Une Cour et un Aventurier au XVIIIe - siècle--Le baron de Ripperda_, p. 230.--Paris, 1896. - -Théodore n'avait pas d'argent. Il essaya d'emprunter aux Français -quarante à cinquante mille francs; mais les Français ne se laissèrent -pas faire. Buongiorno aboucha son ami avec des marchands grecs. Sous la -caution du médecin et sous celle du Révérend Père espagnol, il obtint -diverses marchandises et munitions: trois caisses de canons de fusils; -deux caisses de lames de sabres; plusieurs barils de poudre et de -balles; mille cinq cents bottes turques, dont la tige montait à -mi-jambe. Le consul anglais, à Tunis, se serait également porté garant -du payement de ces marchandises. Ces munitions furent embarquées sur un -navire battant pavillon britannique et commandé par le capitaine Dick, -fils naturel du consul. - -Théodore racheta, également à crédit, deux esclaves corses, promettant -sur son honneur de les payer plus tard. Ce mode de règlement était dans -ses habitudes. Les deux corses se nommaient Quilico Fascianello, -d'Aléria, et Patrone Francesco, du Cap Corse. Ils furent embarqués sur -le bâtiment. Le frère du médecin, Cristoforo Buongiorno, et un certain -Bigani, fils du capitaine du bagne de Livourne, faisaient aussi partie -de l'expédition. Quand tout fut prêt, Neuhoff monta sur le navire. Avant -de s'embarquer, il donna son véritable nom. - -A peine le navire eut-il pris le large que le médecin Buongiorno fit une -déclaration dont le bruit se répandit bientôt à Tunis. Le baron Théodore -faisait voile vers la Corse avec armes et munitions pour assister les -insulaires. L'infant Don Carlos, d'Espagne, lui avait promis son aide -afin de délivrer l'île. Bientôt on devait voir arriver, sur les côtes -corses, plusieurs navires destinés à empêcher l'accès de l'île aux -Génois[100]. Ceux qui y demeureraient, n'ayant plus aucun secours, -seraient aisément chassés. - - [100] _Dépositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de - l'illustrissime magistrat du rachat des esclaves._ _Loc. cit._ - Archives d'État à Gênes, archives secrètes. - -Pour un si grand projet, Neuhoff ne possédait que des moyens très -restreints: un peu d'argent et quelques munitions extorquées à des -trafiquants trop confiants; mais il avait confiance dans son étoile. Il -allait ceindre une couronne, et, pour la circonstance, il s'était revêtu -d'un beau costume oriental. - -[Illustration: Gravure reproduite d'après le livre: «_Histoire des -Révolutions de l'Île de Corse et de l'élévation de Théodore Ier sur le -trône de cet État._» (La Haye, 1738.)] - - - - -CHAPITRE II - - - Débarquement du baron de Neuhoff à Aléria.--Il est proclamé roi de - Corse.--Son couronnement.--Théodore Ier notifie son élévation à sa - famille.--Opinions et inquiétudes des diplomates.--Le roi nomme les - grands dignitaires de la Cour.--Jalousies et querelles des chefs - corses.--Premières opérations contre les Génois.--Trahison de - Luccioni.--Sa condamnation et son exécution. - - -I - -Si certaines parties de la vie de Théodore sont restées dans une -obscurité d'où il est bien difficile, pour un historien scrupuleux, de -les faire sortir, par contre, je n'ose dire par compensation, les -détails abondent sur son arrivée en Corse. - -A la nouvelle du débarquement d'un étranger à Aléria, la république de -Gênes, très alarmée, mit en mouvement tout son personnel diplomatique et -administratif pour avoir des renseignements sur cet inconnu et sur sa -famille. On peut facilement se rendre compte des craintes qui -s'emparèrent du gouvernement génois en compulsant les volumineux -dossiers concernant Théodore dans les archives d'État à Gênes. Les -inquisiteurs, le grand et le petit Conseil, la junte de Corse, toutes -ces différentes branches du gouvernement s'occupèrent de lui. Sorba, -ministre de Gênes à Paris, eut, au sujet du baron, des conférences avec -le cardinal Fleury, Chauvelin et Maurepas. - -L'opinion publique s'intéressa à l'aventure. Les gazettes publièrent des -articles sur cet événement à sensation. Un livre anonyme[101], imprimé à -La Haye, en 1738, chez Pierre Paupie[102], publia une _Relation de la -descente d'un étranger en l'île de Corse_. Cette relation donna des -détails qui furent d'accord avec les rapports des agents génois. - - [101] _Histoire des révolutions de l'île de Corse et de - l'élévation de Théodore Ier sur le trône de cet État, tirée des - Mémoires tant secrets que publics. Op. cit._ - - [102] Pierre Paupie était l'éditeur de la _Gazette d'Amsterdam_. - -On commença par se demander quel était le personnage qui se trouvait à -bord du bâtiment anglais[103]. Les gazettes mirent plusieurs noms en -avant: le fils aîné du chevalier de Saint-Georges, le prince Rakoczy, le -duc de Ripperda[104], le comte de Bonneval[105]. On finit par savoir que -l'inconnu s'appelait Théodore, baron de Neuhoff, gentilhomme -westphalien; mais comme ce nom, par lui-même, n'évoquait pas l'idée -d'une force suffisante pour accomplir les grandes choses dont ce -débarquement devait être le prélude, on chercha à savoir quelles -combinaisons il pouvait bien y avoir derrière tout cela. Le chemin était -ouvert aux suppositions. On entrevoyait que de graves desseins allaient -bientôt être mis à exécution sous le couvert de cet agent. - - [103] Le livre anglais anonyme dit que le pavillon du navire qui - amena Théodore en Corse était bleu avec des raies blanches. - - [104] «J'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte de l'arrivée - en cette île d'un personnage inconnu qui y a fait beaucoup de - bruit..... Quelques-uns s'imaginent que ce pourrait être M. de - Ripperda, d'autres que ce n'est qu'un corse travesti. Quoiqu'il - en soit, cette aventure inquiète fort la république et elle fera - partir incessamment trois galères pour se rendre à la - Bastie.»--Campredon à Maurepas, ministre de la Marine. Gênes, le - 19 avril 1736.--Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - - [105] _Histoire des révolutions de l'île de Corse._ _Op. cit._, - p. 198.--_Lettres juives_, t. II, p. 265. - -Jusqu'au commencement du XVIIIe siècle, «la Corse était à peu près aussi -inconnue que la Californie et le Japon»[106]. L'Europe cependant -commençait à tourner les yeux du côté de cette île, non qu'elle -s'intéressât beaucoup aux démêlés de la république de Gênes avec ses -sujets, mais la Corse, par sa position, formant pour ainsi dire -l'avant-poste de l'Italie, pouvait faire naître les convoitises les plus -explicables, comme les craintes les mieux justifiées, surtout au milieu -de cette paix mal définie qui suivit la guerre de la succession -d'Espagne. - - [106] _Histoire des révolutions de l'île de Corse. Op. cit._, - préface, p. 2. - -Le vaisseau anglais était muni d'un passe-port délivré par le consul -anglais à Tunis. Aléria avait été choisi pour attérir parce que ce port -était dans la possession des mécontents. Le navire tira quelques salves -auxquelles l'écho du maquis seul répondit. - -Les moindres détails concernant les grands personnages ont toujours eu -de l'attrait pour la foule. Le 12 mars 1736, Théodore entrait dans -l'histoire; on ne savait pas encore quel rôle il allait jouer, mais il -était intéressant de connaître le costume qu'il portait. Il était vêtu, -dit le chroniqueur de La Haye, «d'un long habit d'écarlate doublé de -fourrure, couvert d'une perruque cavalière et d'un chapeau retroussé à -larges bords, et portant au côté une longue épée à l'espagnole et à la -main une canne à bec de corbin»[107]. - - [107] _Histoire des révolutions de l'île de Corse. Op. cit._, - p. 193. - -Il se donnait les titres de grand d'Espagne, de lord d'Angleterre, de -pair de France, de baron du Saint-Empire et prince du Trône romain. - -Ces titres ronflants et cosmopolites ne paraient pas d'habitude un même -individu; mais ils pouvaient impressionner les Corses. Une satire -disait: «Son épée à l'espagnole tient la place de la Toison d'or; sa -perruque à l'anglaise, de la Jarretière; sa canne à bec de corbin, de -cordon bleu; son grand chapeau à l'allemande désigne la qualité de baron -du Saint-Empire, et sa grande robe d'écarlate dénote un diminutif de -cardinal, ou, si l'on veut, un prince romain[108].» - - [108] _Lettres juives. Op. cit._, t. II, p. 264. - -La canne, en tous cas, tiendra lieu de sceptre au nouveau roi. Il -l'étendra plus d'une fois pour apaiser les disputes éclatant au milieu -de ses sujets et même pour taper sur les plus récalcitrants. - -Théodore avait alors quarante-deux ans. Il paraissait plus vieux que son -âge, car les gens qui le virent à Tunis s'accordaient à lui donner entre -quarante-huit et cinquante ans. Il avait la figure ronde et le teint -coloré. Sa barbe châtain, tirant sur le roux, commençait à blanchir. Il -était de taille ordinaire et de corpulence tendant à l'embonpoint. Deux -dents de devant lui manquaient: une à la mâchoire supérieure, l'autre à -la mâchoire inférieure[109]. - - [109] _Dépositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de - l'illustrissime magistrat du rachat des esclaves. Loc. cit._ - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Outre les individus qui s'étaient embarqués avec lui à Tunis[110], sa -suite comprenait encore trois turcs aux costumes bizarres, armés à la -façon barbaresque[111], dont l'un se nommait Monte-Christo[112], et les -deux esclaves corses rachetés à crédit. - - [110] Voir le chapitre précédent. - - [111] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 167. - - [112] _Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -L'existence du baron de Neuhoff s'était passée à conspirer d'une façon -peu heureuse, nous l'avons vu. Aussi apportait-il, dans tous les actes -de sa vie, des manières, on pourrait dire des manies, de conspirateur. -Sa méfiance lui faisait voir partout des ennemis, des espions, des -pièges; sa prudence lui dictait une conduite propre à les éviter. - -Une vignette qui sert de frontispice au livre imprimé à La Haye, montre -Théodore sur le rivage corse dans son merveilleux costume, tandis que, -dans le fond, le vaisseau qui l'a amené, s'entoure d'un nuage de fumée, -et qu'un fort, dominant la rade, répond aux salves. - -Mais le baron n'avait pas débarqué quand le navire eut jeté l'ancre. Sa -prudence l'emporta sur sa vaine gloriole. Il attendit à bord la réponse -à une lettre qu'il venait d'écrire. - -Cette lettre était adressée à Giafferi, un des principaux agents de la -révolte. Celui-ci convoqua immédiatement ses amis en assemblée secrète à -Matra, près d'Aléria, dans la maison d'un patriote, Xavier dit de Matra. -Cette réunion se composait, en outre de Sébastien Costa, avocat, -d'Hyacinthe Paoli, et de Giappiconi. - -Les Corses étaient très las; la révolte commençait à s'user. Mais -l'arrivée du navire à Aléria rendit courage aux chefs. Les indifférents -comme Xavier Matra, ou bien ceux qui jusqu'alors avaient favorisé les -Génois, tels les Panzani, accueillirent avec enthousiasme le personnage -qui leur venait de Tunis[113]. - - [113] _Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -Quand le conseil fut au complet et les portes soigneusement closes, -Giafferi donna lecture de la lettre de Théodore. Elle était ainsi -conçue: - - «Très illustre seigneur Giafferi, - - «Je viens d'atteindre enfin les rivages de la Corse, appelé par vos - prières et vos lettres répétées. Le constant amour ainsi que la - fidélité que vous et les Corses m'avez témoignés pendant plus de - deux ans m'ont poussé à surmonter mon aversion pour la mer et ma - crainte du mauvais temps qui règne d'habitude pendant cette saison - de l'année. Le ciel, qui jusqu'ici m'a favorisé, a rendu mes - voyages prospères. Je suis ici pour porter tout le secours qui est - en mon pouvoir à votre royaume opprimé et pour le délivrer, avec la - volonté de Dieu, du joug de Gênes. Ne craignez pas que je puisse - jamais négliger en aucune façon mon devoir envers vous, si vous - m'êtes fidèles. Si vous me choisissez comme votre roi, je demande - seulement le droit de modifier une loi parmi vous, c'est-à-dire - d'accorder la liberté de conscience aux hommes des autres - nationalités et des autres croyances qui pourraient venir ici pour - nous assister dans nos entreprises. Venez tous tant que vous êtes, - à Aléria, sans délai, Costa, Paoli et les autres, afin que nous - puissions nous concerter et établir notre base d'action. - - «Votre dévoué, - - «THÉODORE»[114]. - - - [114] Cette lettre est tirée du _Journal de Costa_.--Extraits - traduits en anglais et publiés par M. Theodore J. Bent dans _The - historical review_.--Janvier 1886. - - Rostini, dans ses mémoires, reproduit cette lettre dans des termes - identiques, sauf qu'il indique Paoli comme le destinataire au lieu - de Giafferi. - - Je préfère m'en tenir à la version de Costa, parce que: 1º Costa a - été témoin oculaire des faits; 2º Giafferi figurait, on l'a vu, - parmi les prisonniers détenus à Gênes en 1733. C'était eux que - Théodore avait connus, et non pas ceux qui étaient restés dans - l'île, tels que Paoli. - -Cette lecture provoqua dans l'assemblée un vif enthousiasme. Les -patriotes s'écrièrent: «Vive Théodore notre Roi!» - -«On commençait à appeler le baron allemand Théodore, parce que la lettre -était signée de ce nom», dit naïvement Rostini dans ses _Mémoires_. Des -présents destinés à Mme Matra, accompagnaient le message: «des dattes, -des boutargues et des langues»[115]. - - [115] _Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -Il y avait aussi pour les patriotes «des bouteilles de véritable vin du -Rhin»[116]. - - [116] _Journal de Costa. Op. cit._ - -Ce vin, chose inconnue alors en Corse, réjouit les chefs et -particulièrement le bon Costa, qui s'attendrira toujours devant des mets -succulents ou de fines boissons. - -Il y eut cependant, au milieu de ce concert d'enthousiasme, une note -discordante. Ce fut Hyacinthe Paoli qui la fit entendre; il sera -coutumier du fait. - -«Paoli, nous dit Costa, était un homme jaloux qui aurait voulu avoir -pour lui seul la confiance de l'étranger et dominer ainsi les autres. Il -déclara qu'il n'aimait pas la liberté de conscience que demandait ce -personnage[117].» - - [117] _Ibidem.--Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -A première vue, cette question de liberté de conscience pouvait paraître -superflue dans un pays où il n'y avait pas de cultes dissidents, sauf le -rite orthodoxe observé par la colonie de grecs maïnotes établie en 1676 -à Cargèse, petite ville sur la côte occidentale de l'île. - -Théodore reviendra souvent sur cette question, avec une insistance qui -étonne de la part d'un homme plus porté à user d'expédients qu'à agir en -vue d'un principe; mais cette apparence de principe rentrait dans la -catégorie de ses expédients. La liberté de conscience était, sans doute, -pour lui, le mandat impératif auquel ses bailleurs de fonds l'avaient -contraint. Neuhoff, seul, n'eût pas songé, en arrivant en Corse, à -faire cet _Édit de Nantes_. - -Cependant, la déclaration de Paoli avait jeté le trouble dans les -esprits. L'assemblée eut recours aux lumières du chanoine Albertini, un -parfait théologien, qui se trouvait justement à Matra[118]. - - [118] _Journal de Costa. Op. cit._ - -Le chanoine se prononça sans l'aide d'aucun livre de théologie. Il fit -d'abord remarquer que le Pape accordait, aux Juifs dans Rome, la liberté -de conscience et le libre exercice de leur culte. Il déclara ensuite que -les Corses devaient accepter le personnage quel qu'il puisse être, car -il était envoyé par le ciel, pour que la Corse ne pérît dans la détresse -où elle se débattait. La main de Dieu était visible dans cet événement. -Il fallait considérer cette arrivée comme un miracle. Le seigneur -Théodore atteignait, en effet, les rives de Corse «dans les jours où -l'Eglise célèbre l'Annonciation de la Vierge Marie, laquelle avait été -le fondement de la Rédemption universelle»[119]. - - [119] _Ibidem.--Mémoires de Rostini. Op. cit._ - -Ces paroles répondaient au sentiment de la majorité. Elles furent -accueillies avec enthousiasme, et la voix de l'opposant fut étouffée -sous les applaudissements. Paoli dut se résigner. Dans ce nouveau régime -auquel il fait mine d'adhérer, son ambition inquiète et envieuse lui -fera jouer un rôle d'opposition continuelle, pour ne pas dire de -trahison. - -L'assemblée décida que les chefs iraient à Aléria souhaiter la bienvenue -au seigneur Théodore. Mais, dans la crainte de quelque tentative des -Génois, on résolut d'opérer dans le plus grand secret. - -Les corses passèrent la nuit à Matra. A l'aube, ils se mirent en route. -Ces gens qui s'en allaient au devant de leur messie, chantèrent en -cheminant des chansons patriotiques. Paoli lui-même chantait. Il était -poète et avait composé la plupart de ces _ballate_ vibrantes[120]. - - [120] _Journal de Costa. Op. cit._ - -Son Excellence reçut les chefs à merveille. Neuhoff se rendit avec eux -dans une maison du village où un souper fut préparé. Ce repas «réjouit -les cœurs» des patriotes. Le linge était d'une blancheur irréprochable, -les dattes exquises, les vins parfaits. Théodore racontait fort bien, et -ses «charmantes histoires de voyages rendirent la boisson plus agréable -et les viandes plus savoureuses»[121]. Après le repas, Neuhoff dut -paraître au balcon. Il se montra au peuple entouré des chefs corses et -escorté de ses esclaves maures portant des lumières. La foule l'acclama. -Puis, il passa toute la nuit avec ses nouveaux amis, continuant la -narration de ses aventures ébauchée au souper, d'une façon plus -favorable à sa cause, assurément, que conforme à la vérité. Sous le -rapport de la parole, il était doué et il éblouissait ses auditeurs. Les -manières affinées de l'ancien page de Versailles étaient faites pour -impressionner les natures frustes de ces insulaires. L'aube interrompit -ces entretiens. Giafferi et ses amis se retirèrent enthousiasmés, -laissant leur messie s'endormir sous la garde des sentinelles. - - [121] _Ibidem._ - -En venant, dans la matinée, rendre hommage à Son Excellence, les -patriotes la trouvèrent au lit, encore fatiguée de la veillée et des -libations de la nuit précédente[122]. Neuhoff, qui avait l'habitude des -cours, les retint dans sa ruelle pour son petit lever. Il s'entretint -longuement avec ceux qui déjà lui constituaient une cour. - - [122] _Ibidem._ - -Théodore demanda aux chefs quelques détails sur la situation et les -engagea à formuler leur avis. Ils répondirent: «Il ne reste rien à faire -à Votre Excellence que de notifier ces faits au peuple et vous serez élu -roi d'un consentement universel[123].» - - [123] _Ibidem._ - -Le baron les interrompit; dès son arrivée il entendait parler en -maître[124]. - - [124] _Mémoires de Rostini._ - -«Il ne faut rien précipiter, dit-il, nous devons, d'ailleurs, attendre -l'arrivée d'Arrighi et de Fabiani, de Corte et de la Balagne. Je leur ai -déjà écrit et si leur opinion est pareille à la vôtre, nous -continuerons, alors, à parler des affaires d'état. Pour l'instant, -prenons deux jours de repos et de plaisirs pour nous préparer à la -lourde tâche qui nous incombe»[125]. - - [125] _Journal de Costa._ - -Les patriotes admirèrent cette prudence. - -Il entrait évidemment dans les vues de Théodore d'avoir, avec lui, tous -les chefs reconnus des mécontents, pour s'assurer le concours unanime -des insulaires. Ne mettait-il pas aussi une certaine coquetterie à se -faire prier d'accepter une couronne dont il ne voulait, disait-il, que -pour le bonheur du peuple corse dont les malheurs l'avaient si ému? - -Après son discours, Neuhoff se leva, et «une demi-heure après, dit le -fidèle chroniqueur de cette arrivée à sensation, Son Excellence parut -devant les généraux et leurs amis. Le baron avait grand air dans son -vêtement écarlate et sous sa majestueuse perruque. Il portait une épée -au côté et tenait sa fameuse canne en main. Six intendants, un -chambellan et trois esclaves l'accompagnaient.» Les chefs étaient -assemblés sur son passage; il les salua avec cette grâce un peu hautaine -dont usent les princes. Puis il manifesta le désir de sortir de la ville -pour admirer la belle et vaste plaine qui s'étendait aux alentours[126]. - - [126] _Ibidem._ - -Dans son journal, le bon Costa se montre d'un enthousiasme débordant -pour les moindres actions du seigneur Théodore. Il les relate heure par -heure avec les plus minutieux détails. Un peu naïf comme écrivain, mais, -par cela même, d'une sincérité qui rend son témoignage historique -précieux, il fut, dès les premiers jours, entièrement dévoué à Neuhoff. -Garde des sceaux, grand chancelier de ce royaume éphémère, il est le -fidèle serviteur de l'aventurier dans les heures lumineuses où tous -acclament cet étranger qui semblait personnifier les suprêmes -espérances; il restera son compagnon dévoué dans les jours misérables, -quand, la désillusion venue, chacun abandonnera le maître qui n'a pas -réussi. S'il fut le Blondel d'un Richard peu grandiose, Costa n'en est -pas moins une figure touchante. - -Les deux premiers jours furent employés en promenades. - -Pendant ces visites aux environs, on débarquait la cargaison du navire. -Le baron fit faire une distribution de sequins, de fusils et de -chaussures au peuple[127]. Ces chaussures de bon cuir étaient, a-t-on -dit, «une magnificence ignorée en Corse»[128]. Il est vrai que les -insulaires n'avaient pas l'habitude de porter des bottes à l'orientale. - - [127] _Journal de Costa._ - - [128] Voltaire, _Œuvres_, t. XXV. _Précis du siècle de Louis - XV_: De la Corse, ch. XL, p. 458. - -Neuhoff, du reste, laissait planer, sur les munitions et sur l'argent -qu'il apportait, un mystère favorable aux suppositions les plus -avantageuses; mais les ressources dont il disposait étaient très -modestes. Les Corses devaient bien vite s'en apercevoir, et ils le lui -firent sentir. - -Tandis qu'on faisait ces petites distributions, Paoli et les autres -chefs haranguaient le peuple. Et quand Théodore paraissait, on -commençait déjà à crier: _Viva il nostro Re!_[129]. - - [129] _Journal de Costa._ - -Cependant Arrighi et Fabiani n'arrivaient pas. Il fut décidé que -Théodore et ses conseillers se rendraient dans la montagne, au village -de Cervione. C'est là que le couronnement devait avoir lieu[130]. Et -puis, la prudence commandait ce déplacement. Les côtes de l'île -n'étaient pas à l'abri d'un coup de main des Génois. Le fort de San -Pellegrino, où ils tenaient garnison, se trouvait près d'Aléria. -L'intérieur des terres, avec ses hauteurs, ses villages retranchés et -ses maquis, offrait toute la sécurité désirable pour préparer l'entrée -en campagne. - - [130] _Ibidem._ - -On allait se mettre en route lorsqu'une querelle s'éleva entre les -partisans de Paoli et ceux de Giafferi, pour une question de préséance. -La dispute s'éloigna bientôt des vaines subtilités du protocole pour -dégénérer en bataille; des coups de fusils furent échangés. Théodore se -précipita au milieu des combattants en brandissant sa fameuse canne à -bec de corbin. «Que prétendez-vous par cette folie? s'écria-t-il. Si je -dois être le chef parmi vous, je réglerai les honneurs et la préséance -suivant les mérites. Si les agresseurs, dans cette dispute, ne viennent -pas immédiatement faire leur soumission, demain je retournerai à mon -bord et je mettrai à la voile pour le continent»[131]. Ce discours fit -tout rentrer momentanément dans l'ordre; mais cet incident avait retardé -le départ. Le cortège ne put se mettre en marche qu'à la tombée du jour. -Neuhoff ne voulait pas arriver pendant la nuit à Cervione; son effet -aurait été manqué. La cour s'arrêta sur les bords de la Bravona. Une -cabane de berger se trouvait là; on s'y installa tant bien que mal pour -y attendre le jour. La cahute fut réservée à Son Excellence; la suite -resta au dehors, «tandis que les horreurs de la nuit étaient dissipées -par la multitude des feux qui avaient été allumés»[132]. - - [131] _Journal de Costa._ - - [132] _Ibidem._ - -Vers midi, Théodore et ses vaillants compagnons arrivèrent à Cervione. -Le peuple était assemblé sur la place; de longues acclamations -retentirent. On salua le personnage de salves de mousqueterie si -nourries que l'écho en arriva jusqu'au fort génois de San Pellegrino. Le -commandant se demanda avec anxiété ce que tout ce tapage voulait bien -dire. Et comme les coups de fusil ne s'arrêtaient pas, paraissant au -contraire augmenter, il eut peur. Il fit mettre une felouque à la mer et -l'envoya à Bastia pour informer du fait Rivarola, le gouverneur -génois[133]. - - [133] _Journal de Costa._ - -Mais, de part et d'autre, c'est-à-dire entre gens de Cervione et soldats -de San Pellegrino, les hostilités se bornèrent là. L'Iliade de la Corse -abonde en traits de ce genre. - -Neuhoff fut solennellement conduit au palais épiscopal abandonné par -l'évêque d'Aléria depuis plusieurs années[134]. Ce prélat, Mgr Mari, -issu d'une famille génoise, avait sa résidence à Cervione à cause du -mauvais air des basses terres. Il y a lieu de croire que l'air, en ce -moment, ne lui semblait pas meilleur sur les hauteurs, car il restait à -Gênes. - - [134] _Ibidem._ - -Tandis qu'on préparait le souper, les moines du couvent se rendirent -auprès de Son Excellence et la remercièrent de venir de si loin pour les -assister. Des Franciscains suivirent, portant comme présents de -bienvenue quelques produits indigènes: des oranges, des citrons et «des -flacons de vin vieux de deux ans». Théodore eut une parole aimable, un -encouragement pour chacun; tous se retiraient sous le charme[135]. De -son côté, il dut être satisfait de l'accueil des Corses. - - [135] _Ibidem._ - -On continuait à décharger la cargaison du navire anglais. Quelques -pièces de canon furent débarquées, et Théodore envoya quarante hommes de -Cervione avec des mulets pour effectuer le transport de cette artillerie -jusqu'au village. Les plus grosses pièces furent laissées pour la nuit -au bas de la colline, les plus petites, au nombre de quatre, furent -placées devant la demeure de Son Excellence avec des sentinelles, ce qui -donna un certain air de grandeur à l'ancien évêché, qui allait bientôt -devenir palais royal. Au matin, toute la population se rendit au bas de -la colline pour assister au transport des canons. - -Neuhoff éprouvait de grandes difficultés suscitées par la jalousie des -chefs. Il y avait eu des tiraillements lorsqu'il s'était agi d'assigner -les chambres dans le palais épiscopal. Paoli voulait occuper la pièce -contiguë à l'appartement de Son Excellence. Giafferi la désirait -également, d'où des disputes que Théodore apaisa en menaçant les Corses -de partir de suite pour le continent. L'ordre se rétablit; Paoli eut la -chambre qu'il convoitait; Giafferi se calma. Quant au doux Costa, comme -il ne demandait rien, il partagea le logement de Giappiconi. Puis, eut -lieu une autre aventure qui faillit tourner au tragique. - -Un des maures, venus de Tunis, avait donné un soufflet à un Corse qui, -pour se venger, administra une raclée au Turc sous les yeux du baron qui -était à sa fenêtre. Celui-ci fit enfermer l'insulaire. A grands cris, -ses compatriotes réclamèrent sa mise en liberté; un tumulte violent -s'éleva; Théodore se vit entouré d'une foule hostile. Il prit une torche -allumée, monta sur un baril de poudre, prêt à se faire sauter plutôt que -de se laisser molester par ses futurs sujets. Les chefs arrivèrent -heureusement et purent apaiser la fureur du peuple. Neuhoff consentit à -descendre de son baril et tout rentra dans l'ordre[136]. - - [136] Lettre d'Angelo, vice-consul de France à Bastia, à - Campredon, Bastia, le 12 avril 1736, communiquée avec la lettre - de Campredon du 10 mai: Correspondance de Gênes, vol. 97. - Archives du Ministère des affaires étrangères.--Cette lettre a - été publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 278. - -Il s'occupa ensuite de l'organisation militaire. Cinq jours furent -consacrés à ce travail; tous les soldats enrôlés reçurent une avance de -solde. Théodore nomma Paoli trésorier en chef; son emploi consistait à -distribuer la monnaie d'or apportée de Tunis, et, comme entrée en -fonctions, il reçut un présent de deux cents sequins[137]. Sa fidélité -était assurée pour quelque temps. - - [137] _Journal de Costa._ - -Ces préparatifs étaient insuffisants pour entamer une action sérieuse, -d'autant plus qu'Arrighi et Fabiani ne donnaient pas signe de vie. Aussi -le baron déclara-t-il à son entourage qu'il voulait attendre le retour -de son navire qu'il avait envoyé à Livourne. Un de ses lieutenants -devait en effet, disait-il, revenir avec de nouvelles munitions[138] et -une couronne pour le sacre[139]. Mais en attendant, il annonça aux chefs -qu'il avait l'intention d'aller passer quelques jours sur la côte, à -Matra, pour se reposer de son voyage. Il leur déclara que si, à son -retour, l'armée était organisée et si les patriotes n'avaient pas changé -d'avis, il se laisserait couronner roi. Il partit avec Giafferi et -Giappiconi[140]. - - [138] _Mémoires de Rostini._ - - [139] _Journal de Costa._ - - [140] _Ibidem._ - -Costa, qui avait l'habitude d'approuver toutes les actions de son -maître, trouva ce déplacement très sage. A peine arrivé, et quand de si -impérieuses raisons l'obligeaient à résider dans l'intérieur, pourquoi -Théodore songeait-il à rallier la côte, comme s'il eût voulu être prêt à -partir à la moindre alerte? Cette retraite semble énigmatique. Elle dura -peu; il resta six jours seulement à Matra. A son retour, il trouva deux -cent seize compagnies organisées par Costa et Paoli. Chacune d'elles -devait être commandée par un capitaine. Ces officiers de hasard furent -individuellement présentés à Théodore[141]. - - [141] _Ibidem._ - -Tout semblait donc prêt pour le couronnement, mais le futur roi -attendait avec anxiété l'arrivée du navire. Comme ce bâtiment tardait, -il consentit à se laisser couronner, car il était urgent d'entrer en -campagne. D'ailleurs la présence d'Arrighi et de Fabiani, enfin arrivés, -complétait la réunion des principaux chefs. - -Fabiani avait avec lui une escorte de cent hommes. Ses chevaux étaient -richement harnachés, car la Balagne, sa province, considérée comme le -jardin de l'île, produisait de bon vin et des huiles excellentes[142]. - - [142] _Ibidem._ - -Le couvent d'Alesani, qui se trouvait dans une vallée derrière -Cervione, fut choisi pour le sacre. L'endroit était plus accessible que -le village. La Cour s'y rendit donc et fut «commodément logée, grâce à -M. Giovanni Pasquino»[143]. - - [143] _Journal de Costa._ - -Les chefs se réunissaient dans la grande salle du couvent, où de longues -discussions avaient lieu. Arrighi proposa une chose fort sage. A son -avis, il convenait de surseoir au couronnement du roi jusqu'à ce qu'un -succès important fût remporté sur les Génois[144]. La majorité de -l'assemblée ne partagea pas cet avis. Mais les chefs corses furent -unanimes sur un point: ils ne donnaient à Neuhoff que le titre -platonique de roi et conservaient pour eux toute l'autorité effective. -Théodore dut jurer fidélité à la constitution que lui imposaient ceux -que plus tard on appela les magnats du royaume de Corse. - - [144] _Ibidem._ - -Voici comment se résumait cette constitution. - -«Le Seigneur Théodore, baron libre de Neuhoff, est déclaré souverain et -premier Roi du roïaume». La succession était réglée suivant l'ordre de -primogéniture pour les descendants mâles et, à défaut, dans le même -ordre pour les filles[145]. Le souverain et ses successeurs devaient -pratiquer la religion catholique romaine. - - [145] Hérédité possible par un mariage postérieur. Il faut - remarquer que si Théodore avait eu un fils de son mariage avec - lady Sarsfield, comme on l'a généralement prétendu, il n'aurait - pas manqué d'en faire mention dans la Constitution approuvée par - lui. Il eût fait déclarer ce fils Prince héréditaire, chose très - naturelle, et les Corses n'y auraient pu faire objection, - puisqu'ils admettaient le principe de l'hérédité dynastique. - -Cet article confessionnel ne devait pas beaucoup gêner le roi. Né -protestant, il se serait converti au catholicisme en Espagne à cause des -emplois qu'il y occupait[146]. S'il ne pratiquait pas, il faisait du -moins mine de suivre le culte catholique. A son arrivée en Corse il -entendait, disait-on, trois messes par jour[147]. Henri IV avait taxé -Paris à une messe, Théodore renchérissait. - - [146] Le comte Rivera, ministre du roi de Sardaigne à Gênes, au - roi. Gênes, le 5 mai 1736: _Genova_, _Lettere ministri_, mazzo - 15. Archives d'État de Turin. - - [147] _Lettres juives_, t. II, p. 265. - -A défaut de descendants, le baron pourrait, dès son vivant, désigner un -successeur dans sa parenté masculine ou féminine, à condition que ce -successeur fût catholique romain et qu'il résidât dans le royaume. - -Si la famille de Théodore et de ses successeurs venait à s'éteindre, les -Corses seraient libres de disposer d'eux-mêmes et de choisir le -gouvernement qui leur plairait. - -Le cinquième article instituait une Diète composée de vingt-quatre -membres, pris parmi les sujets «les plus qualifiés et les plus -méritants», soit seize pour les provinces d'en deçà des monts, et huit -pour celles d'au delà. Trois membres de la Diète résideraient à la cour -et «le roi ne pourra rien résoudre sans leur consentement, soit par -rapport aux impôts et gabelles, soit par rapport à la paix ou à la -guerre». L'autorité de cette Diète s'étendrait à toutes les branches -administratives. Seuls, les Corses, à l'exclusion de tout étranger, -seraient appelés aux dignités, fonctions ou emplois à créer dans le -royaume. - -Dès que les Génois seraient chassés et la paix établie, le roi avait la -faculté d'employer douze cents hommes de troupes étrangères. Au delà de -ce nombre, le souverain avait besoin du consentement de la Diète. Quant -à sa garde personnelle, Sa Majesté pourrait avoir auprès de sa personne -des soldats corses ou étrangers, à son choix. Exception était faite pour -les Génois que la constitution proclamait à jamais bannis de Corse. -Leurs biens étaient confisqués ainsi que ceux des Grecs établis, près -d'un siècle auparavant, à Cargèse. Cette dernière éviction n'était pas -un acte d'intolérance religieuse, mais elle rentrait dans les mesures de -représailles politiques qu'on appliquait aux Génois, dont ces Grecs -s'étaient toujours montrés les loyaux sujets. - -La constitution réglait les impôts, tailles et gabelles dont les veuves -étaient exemptées. Elle fixait le prix du sel, les poids et les mesures. -Une université publique pour les études du droit et de la physique -serait établie dans l'une des villes du royaume. Le roi, d'accord avec -la Diète, devait assurer à cette institution les revenus suffisants pour -subsister et lui accorder les mêmes privilèges qu'aux autres universités -publiques. L'article 17 portait que le roi créera incessamment un ordre -de «vraie noblesse» pour l'honneur du royaume et de «divers nationaux». - -Enfin, les bois et les terres labourables demeureraient, dans le présent -et dans l'avenir, la propriété exclusive des Corses. Le roi n'y aurait -d'autre droit que celui dont jouissait la république[148]. - - [148] _Élection de Théodore et lois établies pour le gouvernement - du royaume._ Publié par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. - 278 à 281, d'après le manuscrit des archives du Ministère des - affaires étrangères: Correspondance de Gênes, vol. 97.--Publié - également dans _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. - 212-220, et par Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 86-89. - -Cette constitution ne laissait pas beaucoup d'initiative au souverain. -Après avoir été approuvée par tous, il fut décidé que le couronnement -aurait lieu sans retard. - -Le samedi 14 avril, la grand'messe fut célébrée au couvent d'Alesani. -L'office terminé, en signe de réjouissance, le peuple tira de si -nombreux coups de fusil que la garnison génoise de San Pellegrino eut -peur encore une fois, mais elle ne bougea pas[149]. Si les Corses -avaient employé toute la poudre qu'ils brûlaient en l'honneur de -Théodore à faire le coup de feu contre les Génois, ils les auraient -chassés de l'île. - - [149] _Journal de Costa._ - -Le lendemain--le dimanche 15 avril[150],--jour fixé pour le sacre, la -grand'messe fut de nouveau chantée. Paoli harangua le peuple. Le baron -parut à son balcon. Des acclamations accompagnées de salves nourries -retentirent[151]. - - [150] Costa indique la date du 2 mai 1736. C'est évidemment une - erreur. L'acte du couronnement, rapporté d'une façon identique - par plusieurs historiens, est bien daté du 15 avril 1736. - D'ailleurs les copies de cet acte qui se trouvent à Gênes et aux - archives du Ministère des affaires étrangères portent toutes - cette même date. - - [151] _Journal de Costa._ - -Puis les magnats de Corse se réunirent dans le réfectoire du couvent où -un festin de cent couverts était préparé. Suivant la coutume, Théodore -fut salué par des complaintes improvisées en son honneur. Elles étaient -si nombreuses, dit l'historiographe Costa, «qu'on pouvait toutes les -confondre». Mais la cantate que Paoli, expert en poésie, déclama à la -fin du repas avec M. Garchi, verre en main, fut accueillie par un -tonnerre d'applaudissements[152]. Le banquet terminé, la cérémonie du -couronnement commença. - - [152] _Journal de Costa._ - -Au milieu de la place du village, on avait érigé une estrade à laquelle -trois marches donnaient accès. Sur cette plateforme, recouverte -d'étoffes aux couleurs bariolées, on avait placé un trône, c'est-à-dire -le siège le plus majestueux qu'on ait pu trouver. Deux chaises -encadraient ce siège. Le sol était jonché de fleurs sauvages du maquis -aux senteurs pénétrantes. - -Les généraux vinrent chercher Son Excellence et l'accompagnèrent jusque -sur la plateforme. Théodore en gravit les degrés avec dignité et s'assit -sur le trône. Paoli prit place à droite, Giafferi à gauche. Le peuple se -tenait debout, encadrant l'estrade. On avait préparé pour le sacre une -couronne de châtaignier ornée de rubans. Fabiani la trouvant indigne du -roi, la prit et la jeta en disant «qu'il fallait lui en procurer une -plus convenable à son rang»[153]. On confectionna alors «une splendide -couronne de laurier»[154], que les chefs apportèrent et posèrent sur la -tête du baron. Costa fit un discours. Giafferi donna lecture de la -constitution. Le peuple, de nouveau, tira des salves de mousqueterie au -milieu de frénétiques applaudissements. Les généraux se levèrent, mirent -un genou en terre et rendirent hommage à leur roi. Chaque homme, à tour -de rôle, en fit autant. Le procès-verbal de l'élection fut rédigé «au -nom et à la gloire de la très Sainte-Trinité, le Père, le Fils et le -Saint-Esprit et de la Vierge Marie Immaculée». Sa Majesté descendit -enfin de son trône et pénétra dans l'église, suivie de tous les chefs et -d'un grand concours de population. Le prêtre présenta le livre des -Saints Évangiles; Théodore étendit la main et jura obéissance à la -constitution. Les chefs prêtèrent serment de fidélité au roi, tandis que -le peuple poussait de longues acclamations. Le prêtre, avec toute la -pompe possible, entonna le _Te Deum_ qui fut ensuite repris par deux -chœurs. L'officiant donna enfin la bénédiction au milieu des coups de -fusil. Après quoi, le roi gagna ses appartements accompagné par ses -sujets. Lentement la foule se dispersa[155]. Le soir un souper fut -servi. Le repas se prolongea dans le calme, «parce qu'il n'y avait plus -rien à faire relativement à la création d'une majesté»[156]. - - [153] D'Angelo, vice-consul de France à Bastia, à Campredon, le - 12 avril 1736: Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 276. Cette - lettre est datée du 12 avril par erreur, puisqu'elle rend compte - de ce qui s'est passé le 15 et le 16. - - [154] _Journal de Costa._ - - [155] _Journal de Costa._ - - [156] _Mémoires de Rostini._ - -Les Corses avaient ajouté une page à leur histoire. Ils s'étaient offert -un roi vêtu à la turque, sur la tête duquel ils avaient posé une -couronne de laurier que rien ne justifiait. - - -II - -Les insulaires étaient-ils sincères en couronnant le baron de Neuhoff? -Ils ont prétendu que, dans leur pensée, cette élection n'avait jamais -été sérieuse. Un chroniqueur corse--très corse même--fait ces -réflexions: «Les Corses les plus sages et les plus sensés n'ont jamais -prétendu faire de Théodore un roi; mais comme les populations étaient -fatiguées par la guerre et endormies par le commissaire Rivarola qu'on -appelait pour cette raison _Sirène enchanteresse_, il fallait, pour les -tirer de leur léthargie et de leur abattement, quelque chose qui fît du -bruit. Or, rien n'était plus propre à faire du bruit que l'élection d'un -roi étranger qui, avec un seul vaisseau et de minces provisions, était -venu débarquer sur la côte. Les Corses voulaient encore faire entendre -par là, à tous les princes de l'Europe, qu'ils étaient disposés à -embrasser le parti le plus étrange qui se présenterait à eux, fût-ce -celui du Turc (puisque Théodore venait de Tunis), plutôt que de se -soumettre aux Génois»[157]. Il est vrai que ces réflexions ont été -écrites après coup. Mais elles reflètent bien l'état d'esprit des -insulaires. Trop orgueilleux pour avouer qu'ils avaient été séduits et -trompés par un monsieur vêtu à l'orientale, ils préféraient insinuer -qu'en posant une couronne de laurier sur sa tête, ils s'étaient moqués -de lui. - - [157] _Mémoires de Rostini._ - -Le vice-consul de France à Bastia, d'Angelo, affirmait que le -couronnement de Théodore était une ruse des chefs, «qui pour n'être pas -inquiétés par les puissances étrangères, ont élu un roi de carnaval». Il -citait un fait comme preuve. Un Corse avait publiquement témoigné son -mépris pour la nouvelle majesté. Le roi le fit mettre en prison et le -condamna à mort. Mais il dut lui rendre la liberté devant les menaces de -ses camarades. «Il est aisé de juger après cela du pouvoir de Sa -Majesté, et ce n'est que pour avoir la bride sur le col qu'on a inventé -un nouveau stratagème»[158]. - - [158] D'Angelo à Campredon, Bastia, le 12 avril 1736: Abbé - Letteron, _Correspondance_, p. 277. - -Quant au baron, il se charge lui-même de nous dépeindre son état -d'âme,--comme diraient les psychologues modernes,--après son -débarquement en Corse. On a publié une lettre de lui à son cousin de -Westphalie, le baron de Drost, datée du 18 mars 1736[159], pour lui -notifier son élévation au trône. Quelques jours plus tard, le 26 mars, -il écrivit à son beau-père Marneau[160] pour lui faire part de son -_avancement_[161]. - - [159] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. - 202-206.--Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 85. - - [160] La mère de Théodore avait--nous l'avons vu--épousé en - secondes noces, Marneau, employé des douanes à Metz. - - [161] La lettre de Théodore à Marneau est inédite. Elle se trouve - dans les Archives d'État à Gênes. Sorba, ministre de Gênes, en - France, l'avait eue par Schmerling, ambassadeur de l'Empereur à - Paris, qui la tenait lui même d'un de ses amis, ainsi qu'une - lettre de Marneau envoyant à M. le C.... (?) la lettre de son - beau-fils. Sorba adressa le 21 mai 1736 les copies de ces deux - lettres à son gouvernement, en expliquant comment il en avait eu - connaissance.--_Francia_, mazzo 43 (anni 1734-37). Archives - d'État, see p. 61, 55, 53, etc. de Gênes, archives secrètes. - -Pendant de longues années, l'aventurier, à la recherche de la fortune, -traqué de pays en pays par ses créanciers, oublie sa famille dont il -sait ne pouvoir tirer que des réprobations. Quand il croit avoir enfin -fixé le sort et atteint un but inespéré, puisqu'un peuple le supplie -d'accepter une couronne, il se retourne vers les siens, justifie sa -conduite passée par le résultat présent. Il va même jusqu'à leur offrir -sa protection sur un ton dégagé. Il escompte la fin de son aventure, se -donnant déjà le titre de roi de Corse sous le nom de _Teodoro il primo_, -tandis que vis à vis des mécontents, il use de coquetterie, se montrant -peu pressé d'accepter la royauté. - -Mais une autre question devait le préoccuper. D'une race étrangère, d'un -tempérament différent, il se sentait sans doute isolé au milieu de ses -nouveaux sujets. L'inconstance politique dont les Corses avaient déjà -donné tant de preuves dans le cours de leur histoire, l'inquiétait. Il -pouvait se dire qu'au fond rien ne l'attachait à ce pays. Qu'avait-il -fait pour mériter les acclamations et la couronne? Il profitait de la -lassitude des insulaires, de leurs rancunes et de leurs ambitions. Son -crédit n'était basé sur aucun service rendu. Il n'avait pour lui que -l'engouement irréfléchi d'un peuple mécontent. Il songeait à fixer sa -popularité par la stabilité du principe dynastique; c'est pourquoi il -exprimait le désir d'avoir auprès de lui quelqu'un de sa famille[162]. - - [162] Cela prouve--si la preuve avait encore besoin d'en être - faite--que celui qui se fit appeler le colonel Fréderick ne fut - pas son fils; il l'aurait fait venir en Corse de préférence à un - neveu. - -Dans sa lettre à son beau-père, comme aussi dans une épître adressée le -22 avril au comte de la Marc (_sic_)[163], Théodore demande qu'on lui -obtienne l'assistance du roi de France. Il propose même d'accréditer un -représentant auprès du gouvernement français! L'aventurier avait cela de -remarquable dans son caractère que rien ne l'arrêtait. L'idée de traiter -de pair avec Louis XV, dénotait chez lui une véritable folie des -grandeurs. - - [163] Au comte de la Marck--son ancien protecteur--sans aucun - doute. Cette lettre extraite des archives du Ministère des - affaires étrangères (volume Corse) a été publiée dans le Bulletin - des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 1883-1884. - -Marneau--un brave employé--ne répondit pas à son beau-fils. Il se -contenta de hausser les épaules, de juger comme elle le méritait -l'équipée de Théodore, et de trouver d'un comique achevé la pensée -d'avoir un roi dans sa famille[164]. - - [164] Marneau à M. le C... Metz, le 26 avril 1736. _Loc. cit._ - Archives d'État à Gênes, archives secrètes. - -Au premier récit du débarquement du baron en Corse et de son -couronnement on s'était posé cette question: d'où vient l'argent? -Théodore n'avait aucune ressource personnelle: il était criblé de -dettes. Qui lui avait fourni de l'argent et des munitions? S'il ne -s'était agi dans l'aventure que des éternels démêlés entre les Corses et -les Génois, on se fût peut-être contenté de s'amuser au spectacle dont -la Sérénissime République payait, de fort mauvaise grâce, les frais. -Mais on pouvait craindre que la Corse ne passât en d'autres mains. - -Depuis la révolution de 1729, le gouvernement français se préoccupait de -cette question. On prévoyait que si les Génois venaient à être chassés -de l'île, une autre puissance s'y établirait. Au moment même de -l'arrivée de Théodore, et avant qu'il n'en eût connaissance, Campredon, -envoyé de France à Gênes, signalait l'état déplorable dans lequel se -trouvaient les affaires de la république en Corse. Les Génois -arriveraient difficilement à réduire les mécontents[165]. Chauvelin, de -son côté, recommandait à Campredon de prendre sur ces événements «des -informations exactes»[166]. - - [165] Campredon à Chauvelin, Gênes les 15 et 29 mars 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [166] Chauvelin à Campredon, Versailles le 2 mai 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Ce n'était pas facile d'avoir, à Gênes, des renseignements précis sur -les affaires, et, en particulier sur celles de Corse. On en était réduit -aux bruits qui circulaient, aux informations colportées, souvent à un -réel labeur de suppositions et de conjectures. C'était dans les réunions -et à table, que Campredon recueillait les nouvelles. Quelques-unes aussi -lui étaient apportées, avec des airs mystérieux et cet amour de -conspirer pour des futilités, que les vieilles républiques italiennes -ont dans le sang. - -Il n'était pas seul à suivre de près les affaires de Corse. Le comte -Rivera, envoyé du roi de Sardaigne, paraissait aussi s'y intéresser -d'une façon toute particulière. Il transmettait à son gouvernement tous -les renseignements qu'il pouvait avoir[167]. Campredon ne se faisait pas -scrupule de lui communiquer les nouvelles mandées par le vice-consul de -France à Bastia, puisqu'en somme, ces nouvelles n'avaient rien de -secret. - - [167] Les rapports du comte Rivera qui se trouvent aux archives - d'État de Turin (_Genova._ _Lettere ministri._ Mazzo 15), - racontent, au sujet de Théodore, les mêmes faits que les dépêches - de Campredon au gouvernement français. - -Rivera pensait que l'affaire était fort sérieuse, malgré l'optimisme -qu'affectaient les Génois. Ils s'ingéniaient à détruire toutes les -légendes qui se formaient autour de Neuhoff, et s'efforçaient de faire -croire que leur situation en Corse était moins mauvaise qu'on ne le -disait, et que l'équipée n'avait aucune importance. Selon certains, -l'aventurier était appuyé par une puissance étrangère. On ne soupçonnait -pas la France, mais on disait que derrière Théodore il y avait ou -l'Espagne ou l'Angleterre. L'étendard espagnol devait être arboré sur -la première ville que prendraient des révoltés[168]. A Bastia, on -faisait courir le bruit que tout l'argent que ce «turc» distribuait -était faux[169], et on était convaincu qu'il «n'était qu'un -masque»[170]. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que cette opinion eût -cours en Corse. - - [168] «Le comte Rivera (envoyé piémontais à Gênes)..... paraît - s'intéresser fort aux affaires de Corse..... Je lui communique - sans difficulté les nouvelles que je tiens de notre vice-consul, - car elles sont publiques..... Il croit que l'aventure est plus - sérieuse que les Génois ne font semblant d'en être persuadés et - si je dois ajouter foi aux discours de Farinacci et à ceux d'un - officier vallon que je rencontrai hier cher M. Cornejo (envoyé - d'Espagne à Gênes), Nehof est appuyé par une puissance étrangère. - On ne nous soupçonne point; mais on est persuadé que c'est la - reine d'Espagne ou les Anglois, parce que depuis peu il est - arrivé en Corse quatre bâtiments de cette nation avec des - munitions..... L'abbé Michel m'avertit qu'une barque venue en - vingt-quatre heures de la Bastie porte la nouvelle que les - révoltés au nombre de 5 à 6 mille se sont avancés à deux portées - de canon de la Bastie. Farinacci m'a dit que d'ordre de la reine - catholique, Nehof doit arborer l'étendard d'Espagne à la première - ville dont il pourrait s'emparer.... La République a ordonné au - capitaine de la galère, partie hier, de ne pas aborder à la - Bastie, mais à Ajaccio.....» - - Campredon à Chauvelin, Gênes, le 3 mai 1736: Correspondance de - Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. - - [169] Lettre de Bastia du 16 avril 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 282-284. - - [170] D'Angelo, vice-consul de France à Bastia, à Campredon. - Bastia, le 7 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives - du Ministère des affaires étrangères, publiée par M. l'abbé - Letteron, _op. cit._, p. 287. - -L'un des principaux arguments avec lesquels le baron avait séduit les -Corses, n'était-il pas, en effet, la promesse d'un appui étranger. Mais -avant que le masque ne tombât de lui-même, la diplomatie tâchait de le -soulever. Elle n'arrivait cependant pas à satisfaire sa curiosité, -d'autant plus que les Génois ne faisaient rien pour aider à éclaircir le -mystère. Pourtant la question les intéressait plus que qui que ce soit; -mais ils sentaient fort bien que les ministres étrangers, en s'occupant -de l'aventure, n'agissaient pas seulement dans un but platonique. - -Les Génois se donnaient beaucoup de mal pour affirmer que Théodore -n'était «qu'un fantôme qui tombera au premier dégoût d'une populace -tumultueuse et toujours avide de nouveauté». Mais la diplomatie voulait -voir en lui autre chose qu'un _fantôme_; elle tenait pour le -_masque_[171]. - - [171] «Il n'est pas vraisemblable que Neuhoff ait de son fonds ni - de celui des révoltés les sommes considérables en lisbonnines et - louis d'or qu'il distribue avec assez d'abondance. Bien des gens - soupçonnent les Anglais. L'île de Corse entre leurs mains - donnerait le dernier coup au commerce de la Méditerranée dont la - France a tant d'intérêt de maintenir la liberté.» - - Campredon à Chauvelin, Gênes le 10 mai 1736: Correspondance de - Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Chauvelin s'inquiétait fort de ces bruits. L'installation des Anglais en -Corse porterait un très grand préjudice au commerce de la France en -Méditerranée[172]. - - [172] «Si l'on pouvait croire que quelque puissance eût part à ce - qui se passe en Corse, les soupçons devraient principalement - tomber sur les Anglais... Nous sentons combien il serait nuisible - à notre commerce et même à celui de tout le reste de l'Europe, - que cette île se trouvât entre les mains des Anglais. Nous devons - être aussi attentifs que les Génois peuvent être de leur côté - inquiets du dénouement de cette aventure qui peut nous intéresser - beaucoup si elle était suscitée par les Anglais ou quelque autre - puissance.» - - Chauvelin à Campredon, Versailles le 5 juin 1736: Correspondance - de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Il eût également été très nuisible aux intérêts français que l'Espagne -s'établît en Corse. La possession de l'île assurerait sa prépondérance -en Italie et dans la Méditerranée; il n'était donc pas invraisemblable -qu'elle y pensât. Déjà Campredon avait fait part à son ministre de -l'attitude qu'avait Cornejo, son collègue d'Espagne à Gênes. Il se -montrait fort attentif aux nouvelles de Corse. Mais l'envoyé de Sa -Majesté Catholique déclara que «l'Espagne et Naples n'étaient pour rien -dans les affaires de Théodore»[173]. - - [173] Copie d'une lettre de Cornejo à Trévino, 4 juin 1736, - communiquée par Campredon: Correspondance de Gênes, vol. 97. - Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Mais on se demandait d'où venait l'argent qui avait servi à Théodore -pour son équipée. On reconnaissait à l'aventurier de l'esprit, de la -hardiesse, mais on savait qu'il ne possédait rien «et que les Corses, -épuisés par une longue guerre, également pillés par les Génois et par -les Allemands», n'avaient aucune ressource. Campredon s'obstinait à voir -les Anglais ou les Espagnols sous le baron. L'envoyé impérial, -Guicciardi, partageait aussi cette manière de voir[174]. - - [174] Campredon à Chauvelin. Gênes, le 14 juin 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Voilà, en quelques mots, d'un côté l'état d'esprit des Corses et celui -du baron, de l'autre les préoccupations de l'Europe au début de cette -aventure. Mais les craintes des diplomates étaient vaines; pour -l'instant, aucune puissance ne protégeait Théodore. Il avait tout -simplement filouté des trafiquants européens en Tunisie et quelques -mahométans crédules, comme plus tard il filoutera des juifs hollandais. - - -III - -Le lendemain du sacre, le roi se trouva très fatigué. Il se sentait -fébricitant et ce fut de son lit qu'il remplit les premiers devoirs de -sa royauté. Il réunit les chefs dans sa ruelle, forma son ministère et -distribua avec générosité des titres et des emplois. - -Il nomma Paoli et Giafferi généraux et premiers ministres. L'avancement -était médiocre. Nous savons, en effet, qu'en faisant des lois -républicaines, ils avaient pris les titres de primats et d'altesses -royales. Costa devint grand chancelier, secrétaire d'État et garde des -sceaux. Giappiconi fut nommé secrétaire de la guerre[175]. - - [175] _Journal de Costa._ - -Un historien fait remarquer que «beaucoup de comtes et marquis émanèrent -de cette première promotion»[176]. - - [176] Abbé de Germanes, _Histoire des révolutions de l'île de - Corse_. - -Le roi avait écrit cette liste de sa main. Quand il notifia ces -nominations aux intéressés, ceux-ci, nous dit Costa, se montrèrent très -touchés. Théodore tint ensuite réception dans sa chambre à coucher. -«Pendant cette réception, des tasses de chocolat furent passées à la -ronde et beaucoup de personnes vinrent pour s'incliner devant le -souverain et boire le délicieux breuvage»[177]. - - [177] _Journal de Costa._ - -Paoli et Giafferi ne furent pas contents des titres et des situations -donnés aux autres; ils voulaient tout pour eux. En sortant de la chambre -royale, ils allèrent sur la place pour examiner de plus près le décret -que le roi avait fait placarder devant sa porte. Cette longue liste -d'honneurs octroyés les mit en fureur. Ils déchirèrent l'arrêté royal. -Théodore, informé du fait, sortit immédiatement. Il était fort en colère -et exigea des excuses publiques. Costa reçut l'ordre d'écrire une copie -du décret et de l'afficher à l'endroit même où l'autre avait été -lacéré[178]. - - [178] _Ibidem._ - -Paoli créa au roi de nouvelles difficultés avec les exigences de son -ambition inquiète. Théodore avait conféré à Fabiani les fonctions de -vice-président du conseil de guerre. Paoli convoitait cette position -pour concentrer toute l'autorité entre ses mains. Il rassembla ses -hommes et, allant trouver le roi, il lui manifesta son mécontentement. -Il ajouta que si satisfaction ne lui était pas donnée sur le champ, il -se retirerait dans la montagne. Neuhoff essaya de le calmer tout en -restant inébranlable. Paoli ne partit pas et la nomination de Fabiani -fut maintenue[179]. - - [179] _Ibidem._ - -Le soir, à table, avec beaucoup d'à-propos et un sourire aimable aux -lèvres, le roi fit «tomber la conversation sur la faiblesse de certains -hommes, qui se laissent emporter par de vaines susceptibilités, et avait -expliqué que certaines dignités sont inséparables du titre de -comte»[180]. - - [180] _Mémoires de Rostini._ - -Aussitôt après avoir créé les grands dignitaires de la couronne, le roi -avait signé un décret ordonnant aux cantons d'Ampugnani et de -Casacconi, sous peine d'être déclarés rebelles, de rassembler tous les -hommes armés à Casinca, le 20 avril, afin de traiter une affaire -importante pour le bien public. Chaque homme devait apporter des vivres -pour quatre jours au moins. Il enjoignait aux chefs de lui signaler tous -ceux qui n'obéiraient pas. Sa volonté était que le décret fût lu dans -les villages et affiché à la porte des églises paroissiales. - -A la fin, l'édit portait: «On doit savoir que le sceau du dit roi est -formé d'une chaîne à trois cercles seulement»[181]. - - [181] Décret donné à Alesani, le 16 avril 1736. Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 281. - -Après que le bâtiment anglais, commandé par le capitaine Dick, eut -débarqué Théodore à Aléria et déchargé quelques munitions, il avait -repris la mer, faisant voile vers Livourne. Il y arriva au commencement -du mois d'avril. - -L'envoyé anglais en Toscane, Fane, se trouvait alors à Livourne. Le -consul de Gênes se rendit aussitôt chez lui pour protester, au nom de -son gouvernement, contre les secours apportés aux révoltés par ce -navire. Le diplomate anglais répondit que certainement le capitaine Dick -avait enfreint les ordres du roi, et qu'il en écrirait à l'Amirauté. -Fane, pour terminer, conseilla au consul génois «de ne pas faire -beaucoup de bruit de cette contravention qui était la première.» -D'abord, le capitaine pourrait facilement se justifier en alléguant que -le mauvais temps l'avait forcé à aborder en Corse, ensuite, parce qu'on -donnerait à l'affaire une trop grande importance. Rentré à Florence, le -résident anglais alla trouver le comte Lorenzi, envoyé de France en -Toscane, et lui dit que le capitaine Dick affirmait que Théodore avait -une lettre du roi d'Angleterre; mais Fane se hâta d'ajouter qu'il n'y -croyait absolument pas[182]. - - [182] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 14 avril 1736: - Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'envoyé anglais avait conseillé au capitaine de ne pas retourner dans -l'île. Il appuya cet avis de la défense que le roi d'Angleterre avait -faite à ses sujets d'aider en quoi que ce soit les rebelles de Corse. -Mais Dick persuadé que la cour de Londres prenait une part active dans -les affaires de Théodore, malgré les dénégations diplomatiques de Fane, -était parti pour la Corse avec quelques maigres munitions dans la cale -de son navire[183]. - - [183] «L'on m'écrit de Florence et de Livourne que le capitaine - de cette nation (anglais), qui a fait un second voyage en Corse, - après y avoir débarqué Neof, sur la défense que M. Fane, ministre - d'Angleterre lui a faite d'y retourner, a produit une lettre du - roi de la Grande Bretagne qui l'y autorise et c'est apparemment - ce qui a causé la mission de M. François Brignole à Londres, où - il s'est rendu en poste. Ces circonstances jointes à celles de - l'examen des ports de la Corse par un bâtiment anglais donnent - des soupçons fondés...».--Campredon à Chauvelin. Gênes, le 24 mai - 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. Cette lettre a été publiée par M. l'abbé - Letteron, _Correspondance_, p. 293-294. - -Cette fois les plaintes des Génois furent plus vives; elles étaient -justifiées. Fane écrivit au consul anglais, à Livourne, afin de retirer -le passeport du capitaine, dans le cas où il reviendrait. Dans cette -éventualité, l'envoyé anglais priait le gouvernement toscan de refuser -au navire le billet de santé. Le bâtiment resterait à Livourne jusqu'à -la réception des instructions demandées à Londres. Fane affirmait la -parfaite neutralité de son gouvernement en cette affaire. Le public, qui -veut toujours tout savoir, ne croyait pas à cette affirmation[184]. - - [184] Lorenzi à Chauvelin. Florence, le 12 mai 1736: - Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Pendant que ces négociations se poursuivaient, Théodore avait donné des -instructions pour l'organisation de l'armée. Il nomma vingt-quatre -capitaines, qui furent chargés de parcourir le pays afin de lever chacun -une compagnie de trois cents hommes. En attendant les recrues, il fut -décidé que la cour retournerait à Cervione. - -Avant de quitter Alesani, on apprit que le bâtiment du capitaine Dick -était arrivé. Outre des munitions, il portait, au dire de Costa, une -couronne destinée au sacre. Le roi envoya Fabiani, avec trois des -compagnies nouvellement formées, pour prendre les munitions à Aléria et -les transporter à Cervione. Elles consistaient en douze sacs de balles -et six barils de poudre[185]. - - [185] _Journal de Costa._ - -La vue de ces munitions exalta la fièvre belliqueuse des Corses; mais -cette fois-ci encore, ce ne fut pas au détriment des Génois. Des -disputes s'élevèrent parmi les hommes de Fabiani, relativement au -partage. La querelle tourna au tragique. «Des mots ils en arrivèrent aux -voies de fait et des voies de fait aux coups de fusil». Fabiani -s'interposa et ne put obtenir du calme qu'en promettant de ne pas -rapporter au roi cette déplorable querelle[186]. - - [186] _Ibidem._ - -Mais les coups de fusil que les Corses tiraient avec tant d'ardeur, soit -en l'honneur de leur roi, soit pour vider leurs différends, finirent par -attirer l'attention des postes génois qui surveillaient la côte. Ce -navire anglais parut suspect. Comme un canot se détachait du bord pour -atterrir, et tandis que les Corses se battaient, une felouque génoise -armée en course, s'approcha de l'esquif et s'en empara. Les Génois -amenèrent leur capture à Bastia. Outre les objets personnels destinés au -roi et les munitions, on saisit un certain nombre de lettres au moyen -desquelles, dit Costa, on pouvait couper toutes les communications de -Théodore avec le continent[187]. - - [187] _Journal de Costa._--Lettre de Bastia du 16 avril 1736 - jointe à la lettre de Campredon du 26: Correspondance de Gênes, - vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.--Cette - lettre, publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 284, - porte que Rafaelli, «grand chancelier de Corse», était à bord de - l'esquif avec un capucin et six autres Corses. Cet esquif aurait - débarqué «huit barils de poudre, trois caisses de fusils et - plusieurs autres choses qu'on ne sait pas». - -Fabiani et sa troupe durent revenir à Cervione, très penauds de cette -aventure qui rappelait la fable de l'_Ane et les Voleurs_, et où les -Génois avaient joué le rôle du troisième larron. Théodore, cependant, ne -laissa percer aucune marque extérieure de chagrin[188]. - - [188] _Journal de Costa._ - -Les cinq matelots qui montaient l'embarcation capturée furent conduits -devant Rivarola, commissaire général de la république à Bastia. -L'interrogatoire auquel ils furent soumis, et dont les Génois -attendaient sans doute un résultat décisif, ne prouva rien. Les marins -ne savaient pas grand'chose et ils ne comprenaient pas le langage qu'on -leur parlait. Ils se contentèrent de menacer les Génois de la colère de -Sa Majesté Britannique si on ne les relâchait pas immédiatement. - -Sur la demande du consul anglais ils furent remis en liberté, mais le -capitaine reçut un blâme pour sa conduite[189]. Quelque temps après Dick -alla à Smyrne, où persuadé que le gouvernement anglais voulait le faire -arrêter, il se brûla la cervelle[190]. - - [189] _Journal de Costa._ - - [190] Note de l'éditeur des _Mémoires du Père Bonfiglio - Guelfucci_, _op. cit._, p. 66. - -Le 17 avril, Théodore se mit en route pour Cervione avec une escorte de -cinq cents hommes. Son arrivée à Alesani avait été saluée par des cris -de joie, son départ eut lieu au milieu des acclamations. Dans les -villages que traversa le cortège royal, des arcs de triomphe étaient -dressés; des guirlandes de fleurs ornaient les maisons et les notables -venaient au devant de Sa Majesté et lui offraient, comme présents, de -l'huile, du vin et des oranges. Les principales familles étaient admises -à baiser les mains du roi, tandis que les hommes du commun, la tête -découverte, ployaient un genou devant lui et criaient: _Viva!_ - -En chemin, Théodore et sa cour s'arrêtèrent dans un couvent. Les moines -présentèrent au roi, comme rafraîchissements, du vin et des fruits. Sans -prendre la collation offerte, Sa Majesté se remit promptement en route. -Les «bons moines» accompagnèrent le cortège, en distribuant leur vin et -leurs fruits aux gens de la suite. Bientôt la cour arriva au «palais.» -Le peuple attendait le souverain et chacun demanda à être admis à -l'honneur du baise-main. La foule était si compacte qu'on dut placer -deux capitaines, l'un dans l'atrium, l'autre à la porte de -l'appartement royal, pour assurer l'ordre dans les entrées et les -sorties[191]. - - [191] _Journal de Costa._ - -Théodore fit une proclamation pour donner à son peuple la preuve de son -«amour paternel» et de sa «clémence». Il accordait une amnistie générale -à tous les rebelles, c'est-à-dire aux Corses au service de la -république. Ceux-ci seront reçus par lui «avec toute la cordialité -possible»; le passé sera oublié. Il leur donnait dix jours pour faire -leur soumission et se présenter devant lui. Passé ce délai, leurs biens -seraient confisqués. Si ces égarés restaient sourds à l'appel de Sa -Majesté, ils ne devaient plus espérer le pardon dans l'avenir et ils -«seront très sévèrement punis si on les attrape»[192]. - - [192] Fait à Cervione, le 19 avril 1736, signé: Costa, grand - chancelier: Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du - Ministère des affaires étrangères, publié par M. l'abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 284-285. - -Mais la monarchie naissante ne pouvait se confiner dans l'oisiveté, et -Neuhoff aimait le changement. Il fut décidé que, pour être mieux à -portée de prendre contact avec les forces génoises, le roi -transporterait sa résidence à Venzolasca, village situé non loin du fort -de San Pellegrino. Un Corse nommé Castineta fut envoyé pour faire -préparer un logement habitable. Au premier étage se trouvaient quatre -chambres. La meilleure fut aménagée pour Sa Majesté; la seconde fut -attribuée à Giafferi, la troisième à Giappiconi; Costa et Buongiorno se -logèrent dans la quatrième. Le rez-de-chaussée se composait d'une -chambre pour le chapelain, de deux pièces pour les valets et d'une -cuisine. La maison adjacente fut destinée aux généraux. - -En voyant qu'il n'était pas logé dans la même maison que le roi, Paoli -eut un accès d'indignation. Il s'écria: «Quittons cette demeure; ce -n'est pas la place des généraux. Mieux vaudrait se retirer dans une -confrérie et laisser le grand chancelier et le capitaine de la garde en -possession du palais. Nous les avons assez vus!» Les clients de -l'irascible patriote reprirent comme un écho: «Hors du palais, hommes -de Rostino[193]; nous ne voulons pas d'autre roi que notre général.» - - [193] Village natal de Paoli. - -Au bruit de cette nouvelle sédition, Théodore sortit du palais en -brandissant sa canne à bec de corbin. Il en frappa un des hommes, -Capone, qui criait plus fort que les autres. Les serviteurs accourus se -saisirent de cet énergumène, que le roi condamna à mort séance tenante. -Cette mesure de rigueur surexcita les esprits. Les amis de Capone -s'élancèrent vers la demeure royale pour y mettre feu; on put les -arrêter à temps. Enfin, comme tout paraissait terminé, Théodore rentra -chez lui. Paoli, de son côté, pensant avoir suffisamment montré son -pouvoir, vint trouver le roi qui l'accueillit fort mal. Bien qu'il eût -tous les torts, le général s'attendait sans doute à une autre réception. -Furieux de voir que Neuhoff lui tenait tête, il s'élança sur Sa Majesté -et «essaya de la jeter par la fenêtre». Les ministres intervinrent: pour -calmer Théodore, ils firent valoir «la grossièreté native de Capone», -cause première de cet incident regrettable. Ils parlèrent raison à -Paoli[194], lui remontrant sans doute qu'il n'était pas d'usage dans les -cours de jeter le roi par la fenêtre. - - [194] _Journal de Costa._ - -Cette tragi-comédie eut le dénouement de _Cinna_. Théodore, avec une -grandeur d'âme, à laquelle il était bien un peu contraint, fit grâce à -Capone, qui fut remis en liberté. La question des logements reçut une -solution amiable. On plaça Giafferi et Giappiconi dans une même chambre, -et Paoli put ainsi être logé dans la maison royale. Costa, qui se tenait -toujours à l'écart de ces disputes, nous dit, en terminant le récit de -cette scène: «Au moment du souper, les choses étaient rentrées dans -l'ordre et nous eûmes tous ensemble un agréable repas»[195]. - - [195] _Ibidem._ - -Ces éternelles disputes menaçaient de tout compromettre. - -Une diversion s'imposait: la plus logique était de commencer sans -retard les opérations contre les Génois. Théodore fit son plan de -campagne. Il fallait avant tout se rendre maître de Bastia, siège du -gouvernement ennemi; mais pour arriver à mettre le blocus, on devait -d'abord s'emparer du village de Furiani, aux portes de la ville. Malgré -l'hostilité qu'il témoignait à Neuhoff, Paoli fut désigné pour cette -expédition. Quelques soldats sous le commandement de Luccioni partirent -vers le sud, afin d'intimider les habitants de Bonifacio favorables aux -Génois. Fabiani eut mission de se rendre en Balagne, sa province, pour -soulever les populations et tâcher de prendre Calvi. Arrighi fut envoyé -dans le Nebbio. Il devait occuper Saint-Florent, petite ville maritime -considérée alors comme la clef de la Corse. Théodore qui ne tenait pas à -s'exposer beaucoup, se réserva le siège de San Pellegrino. Il prit le -capitaine Ortoli sous ses ordres[196]. - - [196] _Journal de Costa._ - -Les troupes de Paoli purent s'avancer jusqu'auprès de Bastia sans -rencontrer de résistance. Mais elles furent arrêtées dans leur marche -par le petit fort des Capucins, situé aux portes de la ville. Paoli dut -attaquer cette position; durant trois jours il tenta de l'enlever. Le -succès trompa ses efforts et il fut obligé de commander la retraite. Les -troupes rebelles purent cependant rester dans les environs. - -A l'intérieur de la ville une grande inquiétude régnait, malgré la -présence de quatre mille hommes armés, tant soldats que paysans. - -«Les Corses se sont vantés que, s'ils peuvent une fois entrer dans la -ville, ils nous feraient passer au fil de l'épée. Dieu nous garde de -pareils événements!»[197]. - - [197] D'Angelo à Campredon. Bastia, le 5 mai 1736: Correspondance - de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères, - publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 286. - -On racontait que les mécontents avaient fait empaler un nommé Periale et -son neveu, parce qu'ils paraissaient être du parti des Génois. Des -billets circulaient dans la ville, promettant de faire un «carnage -horrible» des bourgeois qui prendraient les armes contre les patriotes. -Les femmes et les enfants ne seraient pas épargnés. Le gouverneur avait -donné «vingt sols» à chaque ouvrier pour détruire l'effet de ces -menaces, puis on avait fait des dépôts d'armes dans chaque quartier afin -que chacun pût se défendre[198]. - - [198] Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 287. - -Les quelques patriotes qui se trouvaient à l'intérieur de la ville -s'agitaient beaucoup. La nouvelle du couronnement d'un beau seigneur, -richement vêtu, distribuant des pièces d'or, les avait exaltés. Malgré -les «menaces les plus foudroyantes» des Génois, ils ne pouvaient -contenir leurs sentiments. Les Corses au service de la République «se -mordaient les lèvres», parce que bien certainement ils ne -participeraient pas comme les autres aux faveurs que le roi allait faire -pleuvoir sur ceux qui étaient restés fidèles à la cause nationale. Quant -aux Bastiais «les plus perfides», c'est-à-dire ceux qui étaient -franchement génois, eux aussi ils «eussent bien voulu posséder la grâce, -parce qu'ils ignoraient réellement quel était ce personnage, quelles -étaient ses forces, sa mission, à quels ordres il obéissait». Le -gouverneur ne savait pas grand'chose et, pour se donner une contenance, -il traitait Théodore «d'Arlequin déguisé en roi»[199]. - - [199] _Mémoires de Rostini._ - -La situation dans Bastia était donc très troublée. Après avoir résisté -aux rebelles, à l'attaque du fort des Capucins, les Génois ne tentèrent -plus rien pour les écraser définitivement. La peur semblait à tel point -paralyser leurs efforts qu'ils songeaient à peine à se défendre. C'est -ainsi que Paoli put s'emparer du poste de Saint-Joseph, à proximité de -Bastia. Le capitaine Franchi, au service des Génois, qui commandait ce -poste, n'opposa aucune résistance. Il se replia dans la ville en -abandonnant sa poudre et ses grenades[200]. Ce succès encouragea les -Corses; ils essayèrent de surprendre Bastia par une attaque de nuit. -Cette opération échoua, car Paoli, apprenant que son père venait de -mourir, était subitement parti pour Orezza, afin d'assister aux -funérailles, sans se soucier de l'abandon dans lequel il laissait ses -troupes[201]. - - [200] Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. - 97. Archives du Ministère des affaires étrangères, publiée par M. - l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 287. - - [201] _Journal de Costa._ - -Cette désertion devant l'ennemi affecta vivement le roi. Il voulut -condamner Paoli à mort, mais Giafferi s'interposa en disant que rendre -les derniers devoirs aux siens était une coutume séculaire en Corse; -aucune circonstance ne pouvait empêcher l'accomplissement de cet acte de -piété filiale. Neuhoff s'indigna de voir combien la discipline manquait -parmi les Corses. Il déclara que si les choses ne changeaient pas, il -quitterait le pays, car il n'y avait rien à faire avec de pareils -errements[202]. Paoli ne fut pas condamné; Théodore commençait à sentir -qu'il n'était pas le plus fort, et si parfois il était tenté de -l'oublier, les Corses se chargeaient de le lui rappeler. Sa royauté -naissante était battue en brèche par ceux-là mêmes qui l'avaient -couronné. - - [202] _Ibidem._ - -Un désastre vint cependant fournir à Théodore l'occasion de faire preuve -d'autorité. - -Pendant qu'il disposait ses troupes pour commencer l'attaque du fort de -San Pellegrino, soudain un messager, hors d'haleine, ayant brûlé les -étapes, arriva au camp. Il demanda à voir le roi sur le champ. Conduit -devant Sa Majesté, il lui annonça que Luccioni venait de livrer -Porto-Vecchio aux Génois. Il leur avait en outre révélé tous ses plans. -Trente sequins avait été le prix de cette trahison; et ce marché une -fois conclu, le traître s'était mis en marche pour aller retrouver -Théodore. Il voulait l'engager à se rendre dans le sud, afin d'y -présider les opérations. En donnant ce conseil au roi, Luccioni voulait -l'attirer loin de ses partisans et le livrer aux Génois[203]. - - [203] _Journal de Costa._ - -La nouvelle de la reddition de Porto-Vecchio fut confirmée et comme le -messager l'avait annoncé, Luccioni arriva bientôt et se présenta devant -Sa Majesté. Costa, témoin de l'entrevue, fut frappé de la colère qui se -peignait sur les traits de Théodore. La scène fut poignante. Le roi -rassembla les capitaines et les soldats. Devant tous, il déclara -Luccioni coupable de haute trahison et le condamna à mort, puis il -envoya quérir un prêtre et donna au traître un quart d'heure pour se -préparer[204]. - - [204] _Ibidem._ - -C'était l'heure du dîner. Théodore et ses compagnons se mirent à table. -Le crime de Luccioni et la sentence prononcée contre lui jetaient un -voile de deuil sur le camp. Le repas fut silencieux et triste. Les -Corses fixaient leurs regards sur le roi pour essayer de surprendre un -signe d'indulgence; mais les traits du souverain restaient impassibles. -Giafferi et Giappiconi élevèrent la voix pour demander un répit à -l'exécution. Costa, debout, un verre en main, dit: «Longue vie au roi! -que la justice triomphe, mais que la clémence trouve place!» La -physionomie de Neuhoff ne broncha pas; il paraissait calme et résolu. -Devant cette attitude, aucun des convives ne crut devoir appuyer l'appel -à la clémence que venait de formuler le grand chancelier. - -Après le dîner, Luccioni fut amené sur la place. Des soldats, le fusil -chargé, formaient le peloton d'exécution. Les gens du peuple se mirent à -genoux, et, les mains jointes, ils supplièrent le roi de pardonner. -Théodore fut inexorable et ordonna le feu. Le corps de Luccioni roula -jusqu'au seuil de la demeure royale[205]. - - [205] _Journal de Costa.--Mémoires de Rostini._ - -En livrant Porto-Vecchio aux Génois, Luccioni leur donnait la clef du -sud de l'île. Située au fond d'un golfe abrité, cette petite ville -pouvait être considérée comme un centre de ravitaillement. Il fallait -que Théodore possédât des notions de stratégie, et eût sérieusement -étudié la configuration de la Corse, pour avoir envoyé des troupes -occuper cette position. En cela ses vues étaient justes. - -Luccioni avait pris Porto-Vecchio sans coup férir. Les Génois s'étaient -aperçus trop tard de l'avantage de cette position. Ils avaient tenté de -la reprendre, mais, plus habiles aux négociations qu'aux choses de la -guerre, ils avaient préféré acheter--pas cher d'ailleurs--le capitaine -avec ses plans et la personne du roi par dessus le marché. - -Un chroniqueur corse a donné une autre version de la condamnation de -Luccioni. D'après lui, Théodore s'était un jour trouvé offensé des -propos ironiques que Luccioni tenait au sujet des secours sans cesse -attendus et n'arrivant jamais. Arrêté sur l'ordre de Neuhoff, le -railleur avait subi le dernier supplice, malgré les représentations des -chefs, témoins de la scène[206]. - - [206] Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 67. - -Cette version est fausse. Il faut s'en tenir au témoignage de Costa et -de Rostini, dont la bonne foi ne saurait être suspectée. Je serai -d'ailleurs obligé de revenir sur cette affaire, à propos de l'assassinat -de Fabiani commis quelque temps après. Le testament politique de -Fabiani, rédigé par le chanoine Orticoni, l'âme de la révolte en Corse, -confirme la trahison de Luccioni. - -La perte de Porto Vecchio, survenant dans le moment même où Paoli -abandonnait les opérations devant Bastia, dut sans doute abattre le -courage de Neuhoff. - -Au surplus, l'exécution du traître lui créa beaucoup de difficultés. Il -eut d'abord contre lui toute la clientèle de Luccioni, qui, mettant la -question de personnes au-dessus de tout principe national, n'eut qu'un -désir: venger le mort, sans s'inquiéter si le châtiment n'avait pas été -inspiré par un intérêt patriotique. Les Corses, en dehors de la famille, -murmurèrent contre l'exécution du traître. Ils trouvèrent que la justice -du roi était trop sommaire et, dès ce moment, Théodore commença à -ressentir les effets de la _vendetta_[207]. - - [207] _Journal de Costa._ - - - - -CHAPITRE III - - Édit du Sénat de Gênes.--Réponse de Théodore.--Le roi dans le - Nebbio et en Balagne.--Tribulations de Costa.--Frappe de la - monnaie. - - Affaire de Monte-Maggiore.--Théodore devant Corte.--Il prend la - ville sur ses généraux.--Assassinat de Fabiani.--Discours du roi à - Venzolasca. - - Le ministre de Gênes en France.--Affaire Nayssen.--Les libelles - satiriques à Gênes.--Le roi et la paysanne. - - Théodore a peur.--Départ pour Sartène.--Institution de _l'Ordre de - la Délivrance_.--Lois nouvelles.--Le dernier mensonge.--La - fuite.--Débarquement à Livourne. - - -I - -A Gênes, les membres du gouvernement se demandaient ce qu'ils pourraient -faire pour détruire l'effet produit par le fâcheux débarquement de -Théodore en Corse. Cet événement avait redonné courage aux mécontents. -La république pressentait qu'elle aurait à soutenir de nouveaux combats -pour conserver la possession de l'île. Les Corses lui coûtaient déjà -beaucoup d'argent[208], il faudrait sans doute en dépenser encore. Le -Sénat s'assembla pour parer à cette triste éventualité. Après dix -longues séances, on se mit d'accord sur un moyen économique. Il fut -décidé qu'on publierait un édit contre le baron de Neuhoff. Cet édit -fut affiché dans les rues, et communiqué aux représentants des -puissances étrangères et à la presse[209]. - - [208] «Ce même abbé (l'abbé Michel Robert), qui a eu tout le - détail des dépenses pour la Corse, m'a assuré qu'actuellement - elles se montaient à soixante mille livres par mois, sans compter - les provisions de bouche, que la république n'était pas en état - de continuer cette dépense, qu'aussi délibérait-on d'abandonner - tout le plat pays pour ne garder que les quatre villes - fortifiées». - - Campredon à Maurepas. Gênes, 2 mars 1736: Correspondance de Gênes, - vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. Cette - lettre a été publiée in-extenso par M. l'abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 275. - - Si au commencement de 1736 les dépenses de Gênes pour la Corse se - montaient à soixante mille livres par mois, elles durent - certainement s'élever à un chiffre supérieur après le débarquement - de Théodore. - - L'abbé Michel Robert, prêtre français, était secrétaire de Félix - Pinelli. Cet ecclésiastique alla en Corse en 1735 avec son maître, - lorsque celui-ci fut nommé commissaire général de l'île. Campredon - avait eu soin de se ménager les confidences de cet abbé en toute - sûreté. «C'est une des meilleures acquisitions que j'eusse pu - faire en ce pays-là pour le service du roi, disait-il, et - j'espère, Monseigneur, que vous en reconnaîtrez l'utilité et le - mérite». - - Campredon au ministre, le 16 juin 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 229. - - [209] L'édit, signé par le doge Giuseppe Maria, est daté du 9 mai - 1736. Il fut imprimé chez Franchelli. Ce placard porte en tête - l'écu de Gênes avec la croix et la couronne ducale soutenues par - deux griffons. Communiqué avec la lettre de Campredon du 17 mai: - Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. Voir également: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 287; Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 86; - _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 222 et suiv. La - traduction de cet édit parut dans les gazettes de Hollande (juin - 1736). - -Le factum génois était long. Il noircissait ce «personnage fameux -habillé à l'asiatique» de toutes les friponneries. Il passait en revue -le passé de «cet anonyme, qui quoiqu'inconnu avait trouvé le moyen de -s'insinuer auprès des chefs des soulevés». Il traitait Théodore de -vagabond, d'astrologue et de cabaliste. Il le montrait changeant de nom -et de nationalité dans chaque endroit où il passait; escroquant tout le -monde, sans cesse à court d'argent. Il l'accusait d'avoir eu commerce -avec des mahométans, et de n'avoir dans son entourage que des coquins. -Comme sanction, l'édit proclamait Théodore de Neuhoff «séducteur des -peuples, perturbateur de la tranquillité publique, coupable de haute -trahison au premier chef». Comme tel il tombait sous les rigueurs des -lois génoises. Quiconque entretiendrait correspondance avec lui serait -également puni. - -Cet édit fut trouvé plaisant; mais on jugea que c'était un piètre moyen -pour arrêter la révolte en Corse[210]. - - [210] «L'abbé Michel me dit que les choses (en Corse) sont sans - remède..... Je ne vois cependant pas que le Sénat se donne - beaucoup de mal pour y en apporter. Il s'est contenté jusqu'à - présent de faire publier le manifeste ci-joint contre le sieur - Théodore de Neuhoff et cette belle pièce a été le fruit de dix - conseils tenus exprès pour délibérer si elle aurait lieu, en - sorte que l'on peut dire que c'est proprement dans le Sénat que - subsiste la guerre et la division».--Campredon à Chauvelin, - Gênes, le 17 mai 1736. - - Le ministre répondit: «C'est une faible ressource contre les - progrès de Neuhoff que la pièce qu'on s'est déterminé à publier - contre lui».--Chauvelin à Campredon, le 29 mai 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - En reproduisant l'édit du Sénat dans son numéro du mois de juin - 1736, _le Mercure historique et politique de Hollande_ disait: - «_Qui nimis probat nihil probat_». - -Neuhoff répondit par un manifeste. Il considérait les invectives -génoises comme les cris «des chiens qui aboient à la lune». Il se -sentait fort du choix librement fait par les Corses de sa personne, pour -les aider à secouer la tyrannie génoise. Il avait été élevé au trône par -la volonté spontanée et unanime du peuple. Il trouvait ridicule -l'accusation de perturbateur du repos public, puisque la révolte -existait en Corse bien longtemps avant son arrivée. C'étaient eux qui -avaient la responsabilité de tout le mal. Les Génois prétendaient qu'il -n'avait apporté que de faibles munitions et peu d'argent. Mais ces -ressources, si modiques fussent-elles, avaient «suffi pour racheter la -liberté d'un royaume» tyrannisé par eux. Il se déclarait «ministre du -Saint-Siège», dont les Corses et lui-même étaient «les enfants très -fidèles et très soumis». Il se confiait en la Divine Providence pour -mener à bien la tâche qu'il avait entreprise. Dieu l'inspirerait et -ferait de lui le libérateur d'un peuple à l'exemple de Moïse. David et -Tamerlan étaient d'une naissance fort au-dessous de la sienne. Condamné -par les Génois aux peines réservées aux traîtres, il les condamnait à -son tour à tous les justes châtiments, en vertu des pouvoirs qu'il -tenait des Corses. Il déclarait enfin les Génois bannis à tout jamais de -l'île, sous peine de vie et débiteurs du trésor du royaume pour les -revenus dont ils avaient joui[211]. - - [211] Fait au Patrimoine de Nebbio le 2 juin 1736. Ce manifeste, - publié par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 397, se - trouve dans la Correspondance de Gênes, vol. 97, aux archives du - Ministère des affaires étrangères. Les journaux de Hollande en - reproduisirent un texte approchant dans leur numéro de juin. Voir - également Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 93 et _Histoire des - révolutions de l'île de Corse_, p. 230. - -Mais le fait de proclamer les Génois ses débiteurs ne mettait pas de -l'argent dans ses poches. Il continuait à faire miroiter aux yeux de ses -partisans l'espérance de prompts et puissants secours, pour les retenir -dans la poursuite de sa chimérique entreprise. Les procédés par lesquels -il essayait de les leurrer étaient de ceux qu'emploient les aventuriers -pour éblouir leurs dupes: un semblant d'action, les simulacres d'une -influence, un crédit imaginaire. - -Parfois il observait la mer pendant de longues heures, scrutant -l'horizon, pour faire croire qu'il attendait des vaisseaux apportant des -munitions. Souvent il se renfermait chez lui pour dépouiller, -prétendait-il, une volumineuse correspondance avec les cours -étrangères[212]. Mais les secours n'arrivaient pas, et pour cause. - - [212] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 209. - -Le rêve, la chimère conduisent certains hommes, les laissant jusqu'au -bout insoucieux ou inconscients des contingences humaines. Ceux-là sont -souvent de grands esprits, dont le tort est de voir trop haut, trop en -dehors dans les choses de la vie. Avec sa pensée sans envergure, son -ambition têtue et son égoïsme naïf, le baron de Neuhoff n'était qu'un -visionnaire incorrigible auquel nulle leçon ne profitait. Il aurait -voulu faire partager ses illusions à ses sujets; mais les Corses étaient -trop pratiques pour s'adonner longtemps au rêve. Ils ne se laissaient -guère impressionner par la mise en scène de leur roi: elle était, il est -vrai, un pauvre expédient. - -Théodore, cependant, résolut de quitter le camp établi devant San -Pellegrino. Il désirait faire une tournée dans l'île en commençant par -le Nebbio et la Balagne. Costa fut désigné pour continuer -l'investissement du fort génois et diriger les affaires du royaume. Il -reçut le titre provisoire de vice-roi[213]. - - [213] _Journal de Costa._ - -Mais les ressources personnelles de Neuhoff étaient fort diminuées. Il -lui fallait de l'argent. Il avait fait faire des démarches auprès de -certains curés de village qui passaient pour avoir quelques biens. Le 28 -mai, il écrivit à son fidèle partisan, Xavier de Matra, auquel il avait -donné le titre de marquis, pour activer ces démarches. Le 30 mai, le -marquis répondit qu'il n'avait pas attendu la lettre de Sa Majesté pour -envoyer un archiprêtre à Ghisoni avec la mission d'attendrir le curé, -c'est-à-dire d'obtenir quelques fonds. Matra ne s'était pas borné à -cette démarche; il avait écrit dans le même but à plusieurs de ses amis. - -Si respectueux fût-il de la volonté souveraine, le marquis n'approuvait -pas le déplacement projeté, à moins cependant que Fabiani et Arrighi -n'eussent donné des renseignements certains sur l'opportunité de ce -voyage. Matra craignait pour la vie du roi, car les Génois entretenaient -dans ces provinces plus de soldats et d'espions que dans les autres. Et -le prudent marquis ajoutait cette réflexion pleine de bon sens: «Si on -ne remporte pas là-bas quelque victoire, il pourrait en résulter un -grand trouble dans le royaume». - -Sur l'ordre du roi, Matra avait envoyé le commandant de sa _pieve_ dans -les cantons voisins à la recherche d'or, d'argent et de cuivre[214]. Le -chef était revenu chez le marquis les mains vides. «Ce sont des pas -jetés au vent». L'émissaire n'avait trouvé partout qu'une grande misère -et les quelques habitants qui possédaient un peu de cuivre ne voulaient -pas s'en dessaisir. Mais Matra se hâtait d'ajouter que le commandant -allait entreprendre une nouvelle tournée, «parce que Sa Majesté doit -être servie selon ses très vénérés commandements[215]». - - [214] Les gens de Bastia étaient tellement affolés qu'ils - prétendaient que Théodore payait argent comptant le métal qu'on - recherchait. Il fallait le connaître bien mal pour faire une - supposition pareille! Ils exagéraient du reste singulièrement son - butin. - - «Il prend toute la vaisselle d'argent ou monnaie, de même que le - cuivre, dont il paie la valeur comptant en or et fait ensuite - marquer toute cette monnaie à son coin; en un mot il est obéi et - respecté comme pourrait l'être le plus légitime monarque; cela - passe l'imagination. Cependant nous sommes ici sans forces et sans - provisions de bouche, sans espérance de récolte, tout le plat pays - étant au pouvoir des rebelles. Dans les seuls districts de - Vescovato et de Procoli, ils ont pris ou confisqué pour plus de - six cent mille livres d'effets, jugez du reste et de notre - situation. Dieu le pardonne à ceux qui en sont la cause». Lettre - de Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97. - Archives du Ministère des affaires étrangères, publiée par M. - l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 295. - - [215] Xavier Matra à Théodore, Matra, le 30 mai 1736: _Materie - politiche--Negoziazione colla Corsica--Carte diverse relative al - regno di Teodoro Neuhoff in Corsica_, mazzo 3, inserto II. - Archives d'État de Turin. - -Avant son départ, Théodore avait songé à exercer l'une des principales -prérogatives du pouvoir royal: la frappe des monnaies. Mais la matière -première manquait et c'était pour s'en procurer, qu'il avait fait faire -les démarches, dont Matra lui mandait l'insuccès. Néanmoins un couvent -de Corte envoya des candélabres et des crucifix pour être convertis en -pièces[216]. - - [216] _Journal de Costa._ - -Le roi fit écrire au curé de Rostino, Don Matteo d'Ortiporio, pour lui -demander de venir frapper les sous et les écus. Cet ecclésiastique avait -déjà, disait-on, «battu monnaie pour son bon évêque Saluzzi[217]». Selon -d'autres, il était connu comme faux monnayeur et «n'avait pas honte de -l'avouer[218]». - - [217] _Mémoires de Rostini._ - - [218] _Journal de Costa._ - -Malgré son absence, Gaffori fut nommé président de la monnaie, poste -appelé à devenir une sinécure. - -Le roi parti[219], Costa eut bien des tribulations. Presque -journellement il écrivait au roi[220] pour lui rendre compte de ce qui -se passait. Il éprouvait un grand chagrin du départ de Sa Majesté, -cependant il devait s'incliner devant ses volontés. L'habit du roi était -prêt, mais on le conservera jusqu'au retour du monarque dans le Nebbio. -Tous les jours on expédiait des provisions et quelques munitions au -camp[221], mais l'argent manquait, et Costa donna quatre sequins de sa -poche aux soldats. Il s'efforçait, avec le concours de Matra, de lever -des compagnies. Il écrivait, à cet effet, dans plusieurs endroits, mais -il se heurtait à des «difficultés insurmontables», car les paysans -faisaient leurs moissons. Le curé de Rostino ne répondait pas à ses -lettres, et Gaffori, malade dans son village, ne pourrait pas se mettre -en route avant quelques jours[222]. Costa, en faisant des miracles, -parvint à embaucher six ouvriers. Tout le voisinage était rempli de -_Vittoli_[223], embusqués par les Génois, ce qui rendait presque -impossible le recrutement parce que chacun voulait se garder -personnellement et défendre les siens. Chaque jour les mêmes difficultés -renaissaient. Les gens des plaines disaient qu'ils étaient prêts à -servir après les montagnards, qui faisaient leurs récoltes plus tard. -Mais Costa était obligé d'avouer son impuissance à remédier à toutes ces -choses[224]. - - [219] D'après une lettre de Bastia du 7 mai 1736, Théodore serait - allé dans le Nebbio dès le commencement de mai. Il aurait logé - «dans la maison du feu comte Masimo qui est située entre La - Bastie et San Fiorenzo»: Correspondance de Gênes, vol. 97. - Archives du Ministère des affaires étrangères. Cette lettre a été - publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 287. - - Sur une adresse de la main de Théodore à Costa, qui se trouve à la - bibliothèque municipale de Turin (collection Cossila), figure un - petit cachet en cire rouge qui représente un écusson coupé. D'un - côté, d'argent, le buste d'un homme; de l'autre, de sable, un - dessin qui semble représenter le monogramme du roi. - - [220] Costa, comme la plupart des lieutenants de Théodore, - commence toutes ses lettres selon les règles du protocole par le - mot _Sire_. - - [221] Un nommé Pietri de Tavagna expédiait lui aussi des bestiaux - et des denrées au camp établi devant San Pellegrino.--Pietri à - Théodore, Tavagna, le 31 mai 1736: _loc. cit._ Archives d'État de - Turin. - - [222] Costa à Théodore, Orneto, le 6 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - - [223] On appelait ainsi, en Corse, les traîtres et les assassins - soudoyés par les Génois, du nom de Vittolo, qui, le 17 janvier - 1567, à l'instigation de Gênes et moyennant, dit-on, cent - cinquante écus, assassina Sampiero, le héros corse, dont il était - écuyer. Voir la chronique d'Anton Pietro Philippini traduite et - publiée par M. l'abbé Letteron, dans le _Bulletin de la Société - des sciences historiques et naturelles de la Corse_, Bastia, - 1890. _Histoire de la Corse_, t. III, p. 230-236. - - [224] Costa à Théodore, Orneto, le 7 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Le comte Poggi, à Zicavo, s'occupait à lever des soldats. Mais dans la -montagne cela était aussi difficile que dans la plaine. Il mandait au -roi qu'il pourrait mettre seulement cent hommes à sa disposition sans -compter quelques Corses au service de Gênes et revenus à de meilleurs -sentiments. Il se répandait en protestations dévouées. Lui, au moins, il -n'était pas comme les autres, qui jouaient double jeu. Sa vie ne -comptait pour rien; il ne demandait que des armes. Et pour prouver sans -doute sa sincérité, il envoyait à Sa Majesté le fromage qu'il lui avait -promis[225]. - - [225] Poggi à Théodore, Zicavo, le 8 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Le 8 juin, cinq navires parurent au large; la joie fut grande dans le -peuple. Les voilà donc, enfin, les munitions attendues depuis si -longtemps. Hélas! les bateaux étaient passés sans rien débarquer[226]. -Sa Majesté devait se hâter de faire venir la felouque avec quelques -armes. Le moindre secours suffirait à ranimer le courage du peuple, dont -la foi commençait à faiblir. Le vice-roi craignait qu'il ne la perdît -bientôt complétement. Chacun voulait de l'argent, mais il n'y en avait -pas. L'absence du roi causait un grand préjudice. Les Génois avaient -publié un placard infâme contre lui. Devant Saint-Florent, après un -combat assez vif, les Corses avaient été mis en déroute, en infligeant -des pertes à l'ennemi. Devant San Pellegrino les mules manquaient pour -transporter le canon. Personne ne voulait obéir[227]. - - [226] Costa à Théodore, Orneto, le 9 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - - [227] Costa à Théodore, Orneto, le 13 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Le 15 juin, Costa envoya un exprès à Sa Majesté pour lui notifier que si -elle tardait encore deux jours à revenir tout était perdu. Il en coûtait -au malheureux vice-roi de faire cette déclaration, mais la discorde -régnait dans les villages. Non seulement on ne pouvait lever aucune -compagnie nouvelle, mais celles qui existaient s'étaient dissoutes. Le -bruit courait que le roi allait partir après avoir pris de l'argent à -l'un et à l'autre, que les secours n'arriveraient pas, qu'on ne pourrait -jamais vaincre les Génois et mille autres infamies[228]. - - [228] Costa à Théodore, Orneto, le 15 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Et cependant, si on avait du monde, on pourrait faire de grandes choses; -chaque jour des soldats, allemands pour la plupart, s'échappaient du -camp ennemi, sans leurs fusils malheureusement. Ils disaient que les -Génois étaient dans la consternation, car tous leurs gens, y compris les -Corses à leur service, déserteraient si la moindre barque apportait des -armes aux patriotes. Seul avec seize hommes, sans force et sans -autorité, Costa, entouré de périls, ne savait que devenir. Les médisants -triomphaient. Sa Majesté écrivait de donner de l'argent au camp, mais la -monnaie n'en faisait pas. On avait «sué la sueur de la mort» pour payer -les soldats. Le vice-roi avait encore donné, le 18 juin, deux cent -vingt-quatre livres en pistoles de ses deniers; il ne lui restait plus -rien[229]. Les journées passées sans nouvelles du roi, semblaient, au -malheureux Costa, longues comme des siècles. Il fallait absolument que -Sa Majesté fît venir Gaffori pour la monnaie. Buongiorno avait du cœur, -mais il ne réussissait pas, il était trop libéral et puis il se mêlait -toujours des affaires du Tribunal. Pour ne pas le décourager, Costa ne -voulait lui faire aucun reproche. Il suppliait Sa Majesté de n'en rien -dire; s'il lui en parlait, c'est qu'Elle devait être instruite de -tout[230]. - - [229] Costa à Théodore, Orneto, le 19 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - - [230] Costa à Théodore, Orneto, le 29 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Le vice-roi envoya quelques jours plus tard Buongiorno en courrier -auprès de Théodore. Il lui faisait tenir en même temps une autre lettre -dans laquelle il disait que ce même Buongiorno avait distribué à tort et -à travers des balles et de la poudre, à tous ceux qui se disaient ses -amis ou qui le flattaient, sans songer que certains Corses «voleraient -jusque dans le ciel». Ce qu'il disait des munitions pouvait également -s'appliquer aux vivres. Sa Majesté verra ainsi le «bel état» dans lequel -il se trouvait[231]. - - [231] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Les gens qui composaient la cour de Théodore se jalousaient tous entre -eux. Leur correspondance était une suite de médisances, de bruits -rapportés. Si on blâmait Buongiorno, celui-ci se plaignait des autres, -mais il exaltait ses propres mérites. En adressant au roi son habit neuf -et trois bandages, il faisait son apologie, se confondait en humbles -respects. Un autre jour, il demandait à Sa Majesté en termes indignés de -châtier ses calomniateurs[232]. - - [232] Cristoforo Buongiorno à Théodore, Orneto, les 13 et 22 juin - 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -De tous les côtés la délation s'insinuait. «La Souveraine Majesté de -Théodore premier, roi de Corse» reçut une lettre anonyme. L'écrivain -donnait à Neuhoff des conseils pour réussir dans son entreprise, et lui -recommandait de recourir souvent aux sacrements, parce que sur les -champs de batailles la mort guette les combattants. Mais le principal -but de cette lettre était de dénoncer un nommé Fabiani--le général -probablement--. Le roi devait se méfier de cet individu, qui ne méritait -aucune estime et qui personnifiait la bassesse et la lâcheté[233]. - - [233] Lettre anonyme sans date, mais certainement écrite dans le - courant de 1736, puisqu'elle a été adressée à Théodore pendant - qu'il était en Corse: Bibliothèque municipale de Turin, - collection d'autographes Cossilla, mazzo 28. - -Gaffori arriva enfin. La fabrication de la monnaie devait se faire dans -le couvent de Tavagna, où l'on avait réuni tous les instruments -nécessaires. Une équipe d'ouvriers venus d'Orezza avait pour chef un -certain Giulio Francesco, surnommé _sette cervelle_ (sept cervelles), -car il était très habile dans son art. Il savait fort bien frapper des -écus aux armes de Gênes[234]. - - [234] _Mémoires de Rostini._--_Journal de Costa._ - -Gaffori commença par faire construire des fours et un fourneau à -réverbération pour la fonte du cuivre, car les premiers creusets ne -pouvaient résister au feu. Sur douze, il n'en avait trouvé qu'un seul à -son arrivée. Il espérait, d'ailleurs, obtenir ainsi une frappe -meilleure, les plaques étant plus fortes. Mais les grosses difficultés -provenaient du mauvais vouloir des artisans. Ils travaillaient à -contre-cœur, prétendant ne pouvoir toujours rester devant le fourneau, -et ils demandaient à être remplacés de temps en temps. Le président -n'avait pas cru devoir accueillir cette demande sans l'autorisation du -roi. Deux d'entre eux étaient retournés à Orezza sans permission; avec -l'aide de Costa, il faisait tous ses efforts pour empêcher les -défections. Il avait promis aux ouvriers le payement du travail fait -jusqu'alors et un salaire de trente _soldi_ par jour à l'avenir; ils -n'étaient jamais satisfaits. Buongiorno se disposait à rejoindre le roi -et Gaffori le chargeait de lui dire ce qu'était cette engeance. Le -président suppliait Sa Majesté de renvoyer Buongiorno dès qu'Elle -pourra se passer de ses services: avec son savoir et son habileté, il -sera très utile parmi ces récalcitrants. Le travail marchait avec une -lenteur désespérante. Sur cinq empreintes, quatre furent détériorées, -soit par malveillance, soit par négligence. Celle qui restait avait -besoin d'être retouchée. - -[Illustration] -No 1 No 2 Reproduction des monnaies de Théodore de -Neuhoff d'après les moulages des pièces qui se trouvent au Cabinet des -Médailles à la Bibliothèque Nationale de Paris. - -La fabrication de la monnaie d'argent n'avançait guère non plus. -Cependant Gaffori espérait pouvoir bientôt en envoyer quelques spécimens -à Sa Majesté. Dans cette partie aussi, les ouvriers manquaient de zèle. -Il fallait être toujours près d'eux, les surveiller, les forcer à -travailler. Mais, en revanche, ils ne cessaient de demander de l'argent. -Un jour, exaspéré par cette canaille, Gaffori voulut faire mettre tout -le monde en prison. Costa calma sa fureur en lui faisant remarquer que -cet acte de rigueur ne serait ni prudent ni politique[235]. - - [235] Pietro Gaffori à Théodore, Tavagna, les 26 et 30 juin 1736: - _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Gaffori, comme chacun, se plaignait de ses compagnons. «La malignité de -nous autres Corses, écrivait-il, est si grande et si rusée que celui qui -veut tuer son compétiteur n'agit pas en face, mais il emploie un canal -lointain par où passe l'envie et la passion, déguisées sous le masque du -dévouement. Avec le temps, Votre Majesté connaîtra la sincérité de mes -sentiments et saura punir. _Tolluntur in altum ut lapsu graviore ruant._ -Ainsi fait Dieu, dont les rois sont la plus parfaite image sur la -terre!»[236]. - - [236] Gaffori à Théodore, Tavagna, le 30 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Mais, s'il faut en croire le vice-roi, le beau zèle du président était -simulé. «Gaffori, écrit-il au roi, fait mine de travailler, mais c'est -une fille: un seul jour de présence au travail a suffi pour l'ennuyer... -Gaffori est très froid, et rien d'autre». Quant au curé de Rostino, qui -s'était enfin décidé à venir, Costa affirme qu'il n'avait jamais vu -quelqu'un de plus lâche que lui[237]. - - [237] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin; Couvent de Tavagna, - le 29 juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Malgré tout, on parvint à frapper quelques pièces. La monnaie de cuivre -était de deux valeurs différentes: l'une de _2 soldi 1/2_, l'autre de _5 -soldi_. Sur la face, elles portaient les initiales T. R. entourées de -palmes et surmontées d'une couronne royale. Au-dessous, se trouvait la -date, 1736. Sur le revers, figurait la valeur entourée par cette -légende: _Pro bono publico. Ro. Ce._[238]. - - [238] E. Cartier, _Monnaies frappées en Corse par Théodore et - Paoli_, dans la _Revue numismatique_, 1812, p. - 193-212.--Campredon envoya à Chauvelin une pièce de deux soldi et - demi avec sa dépêche du 28 juin: Correspondance de Gênes, vol. - 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -[Illustration] -MONNAIE DE CUIVRE - -Ces pièces, qu'on pourrait classer dans la catégorie des _monnaies de -nécessité_, étaient très minces et d'une frappe grossière. Deux ans -seulement après leur fabrication, elles étaient usées et on en -distinguait difficilement la légende[239]. - - [239] Jaussin, l'apothicaire de l'armée française pendant - l'expédition de 1738, dit: «Je fis l'acquisition de deux pièces - de monnaie de ce roi de nèfles. Quelque viles qu'elles fussent à - cause du sujet et de la matière, elles étaient pourtant rares; - elles eurent un peu de cours dans plusieurs _pieve_ rebelles. - Cette monnaie était de billon, de la plus basse valeur, petite, - mince et mal fabriquée. On n'y voyait point de portrait et il - était impossible d'en déchiffrer la légende; on apercevait - seulement une couronne fermée et au-dessous un grand T et une - grande R qui signifiaient sans doute THÉODORE ROI». Mais là où - Jaussin se trompait c'est quand il ajoutait: «_On frappa aussi - quelques pièces d'or et d'argent_, mais je ne pus jamais en - avoir, vu leur extrême rareté.» _Op. cit._, t. 1, liv. II, p. - 274-275. - -Le T. R. signifiait _Théodore Roi_. C'est ainsi que le traduisaient les -partisans de Sa Majesté. Les Corses hostiles disaient: _tutto rame_, -tout cuivre; les Génois: _tutti ribelli_, tous rebelles[240]. - - [240] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 208.--E. Cartier, _op. - cit._ - -Il fut décidé que les pièces d'argent porteraient sur la face les armes -de la Corse, c'est-à-dire la tête de maure ceinte d'une couronne fermée -d'où pendait une chaîne à trois chaînons. La légende serait THEODORUS -REX CORSICE. Sur le revers devait figurer l'image de la Vierge, nimbée -de cinq étoiles; sur le milieu, partagée en deux, la date 1736, et comme -légende MONSTRA TE ESSE MATREM S. P. Ces écus auraient valu trois -livres[241]. Mais, au dire de Costa, un seul fut frappé[242]. - - [241] _Mémoires de Rostini._ - - [242] _Journal de Costa._ - -[Illustration] -MONNAIE D'ARGENT[243] - - [243] La reproduction de la monnaie de Théodore a été faite - d'après l'ouvrage du colonel Maillet: _Catalogue descriptif de - toutes les monnaies obsidionales et de nécessité_. Bruxelles, - 1870-73, 2 vol. in-8º et 2 atlas oblongs avec 218 planches. - - M. J. Protat, de Mâcon, collectionneur et numismate des plus - érudits, a bien voulu me donner ce dessin et les clichés - typographiques dont il a surveillé lui-même la confection. J'ai le - regret de n'avoir pu lui témoigner ma sincère gratitude avant sa - disparition prématurée. Qu'il me soit au moins permis de donner à - sa mémoire un souvenir reconnaissant. - - Comparez ce dessin, qui représente les pièces comme elles auraient - dû être, avec la planche d'après les moulages. - -Cependant, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de -Paris, on peut en voir deux exemplaires. D'après E. Cartier, l'un d'eux -serait faux[244]. - - [244] E. Cartier, _op. cit._ - -Dès le début, les pièces de Théodore furent rares. Les numismates et les -collectionneurs les recherchèrent comme objets de curiosité. Sur le -continent une spéculation s'établit; elles atteignirent un prix élevé -et, à Naples, on en fabriqua de fausses[245]. Il n'y aurait donc rien -d'étonnant à ce qu'un des exemplaires du Cabinet des médailles provînt -de la fabrique napolitaine et non du couvent de Tavagna, l'_Hôtel de la -Monnaie_ de Sa Majesté Théodore Ier[246]. - - [245] E. Cartier, _op. cit._--_Relazione della Corsica di Giacomo - Boswell scudiere, trasportata in italiano dall'originale - inglese_, p. 112.--Note de l'éditeur des _Mémoires du Père - Bonfiglio Guelfucci_, p. 67. - - [246] Il y a une différence très sensible entre les deux - spécimens en argent de la Bibliothèque nationale. L'un paraît - être d'un métal très inférieur à l'autre et d'une frappe plus - grossière. On aperçoit parfaitement dans l'une de ces pièces (no - 1 de la planche d'après les moulages) comme une hésitation dans - la gravure, des doubles traits, ce qui laisserait supposer qu'on - s'y serait repris à deux fois et pas au même endroit. La - circonférence est plus irrégulière; sur l'un des bords de la - face, il y a une saillie du métal très caractérisée provenant - sans doute de ce que le coin aurait été appliqué d'une façon très - imparfaite. La défectuosité de l'outillage dont se servaient les - ouvriers de Théodore, la rareté de l'argent qu'ils avaient à leur - disposition, donnent à penser que l'exemplaire le plus grossier - comme frappe et le plus bas comme titre serait le vrai. - -Mais si les chercheurs et les curieux achetaient très cher ces pièces, -les ouvriers, les soldats, les paysans, en général tous ceux qui -voulaient être réellement payés, les refusaient avec énergie. - -Théodore avait donné l'ordre de payer les troupes avec ses sous. Mais, -dès leur apparition, ces _assignats_ de cuivre furent très dépréciés. -Les soldats murmurèrent et refusèrent de recevoir cette monnaie de -mauvais aloi. Un jour, un tumulte éclata à ce sujet. Les récalcitrants -prirent leurs fusils et Costa, avec les seize hommes qui composaient sa -garde, dut les désarmer pour éviter un malheur[247]. - - [247] _Journal de Costa._ - -Les ouvriers de la monnaie eux-mêmes ne voulurent pas recevoir en -payement les pièces qu'ils fabriquaient[248]. Ces artisans avaient une -excuse: ils savaient trop comment elles étaient faites. - - [248] Giacomo Francesco Pietri à Théodore, Couvent de Tavagna, le - 17 juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Quelque temps après, devant Théodore lui-même, deux femmes de la -montagne, qui avaient apporté des provisions au camp, refusèrent, en -échange, la monnaie frappée au T. R. Elles se fâchèrent et «se servirent -d'un langage peu convenable pour leur sexe». Le roi parut et ordonna de -les mettre immédiatement en prison. Sous la menace, elles se calmèrent -et repartirent en emportant les sous de Sa Majesté. Cette sévérité -effraya les villageois qui firent pendant un certain temps moins de -difficultés pour être payés ainsi[249]. Malgré ce _cours forcé_, les -gens d'Orezza continuèrent à se moquer des colères royales. Ils tinrent -une réunion et décidèrent de n'accepter que de bons écus contre «le sel, -les chaussures et le drap» qu'ils vendaient à Théodore. Comme ces -articles manquaient dans les villages placés sous le contrôle immédiat -du camp, «ce fut très gênant»[250]. - - [249] _Journal de Costa._ - - [250] _Ibidem._ «... La monnaie qu'il avait fait battre depuis - peu n'avait aucun cours parce que personne ne voulait la - recevoir. Tout ceci fait juger que ces peuples, naturellement - féroces et peu patients, pourraient bien tourner toute leur - fureur contre le sieur Théodore et ses adhérents; ce serait un - grand coup pour la république qui ne saurait mieux faire que de - semer la division parmi eux; c'est l'unique moyen de rétablir son - autorité». Lettre de Bastia, du 16 juillet 1736, publiée par M. - l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 309. - -Chaque jour la révolte s'étendait. Dans le canton d'Orezza les hommes -avaient juré de ne plus obéir à Théodore. Les villages d'Ampugnani et de -Rostino se soulevaient. Quelques-uns des chefs perdaient la foi, tel le -marquis de Matra, qui, selon Costa, se laissait aller à écouter les -calomnies répandues contre le souverain. Le pauvre vice-roi ne savait -plus où donner de la tête; il aurait fatalement succombé sous le poids -des difficultés, s'il n'avait été soutenu par son inébranlable -dévouement. Mais il suppliait Neuhoff de revenir au plus tôt, sans quoi -tout était perdu. Et, au milieu des pires angoisses, il pensait encore -à faire rechercher, mais en vain, les pantoufles du roi qui avaient été -égarées[251]. - - [251] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin; Tavagna, les 29 et 30 - juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Dans le Sud également, des gens prêchaient la révolte en termes -passionnés et grossiers. Jean-Paul Costa, de Sainte-Marie d'Ornano, -dénonçait à son oncle un certain Luca, qui devenait chaque jour plus -dangereux et plus violent. S'il n'avait l'habitude de craindre la mort, -il aurait ouvertement embrassé le parti des Génois. Il avait promis à -ceux-ci d'empêcher le blocus d'Ajaccio par les troupes de Théodore, et -il favorisait les rafles que les ennemis faisaient sur les côtes «de -biens meubles, de gros et de petit bétail». Il disait n'avoir en vue que -le bien public et le peuple l'écoutait. Un soir Luca «laissa sortir de -sa bouche que dans le canton c'était lui le roi et que le souverain -était le roi des c....»[252]. Il avait ajouté que le grand chancelier -méritait d'être lapidé et que si, dans quelques jours les vaisseaux de -secours n'arrivaient pas, les peuples le «mettraient en pièces». La rage -de Luca se serait retournée contre le jeune Costa, si celui-ci n'avait -été protégé par ses amis. Jean-Paul faisait tout ce qu'il pouvait. Dans -la Rocca il levait des contributions volontaires ou non. A Levie il -avait pris un cheval. Cet animal lui était réclamé comme appartenant à -un fidèle partisan; néanmoins il le gardait jusqu'à nouvel ordre. On ne -pourrait jamais rien faire de bon tant que Luca «ne serait pas hors de -ce monde». La famille Lusinchi était également hostile au roi. Il -faudrait encore prendre un arrêt contre Martin Tasso, son fils et ses -clients, car eux aussi, ils fomentaient la révolte et servaient -d'espions aux Génois. En traçant dans de longues pages ce lamentable -tableau, le jeune Costa s'excusait de ne pouvoir envoyer à son oncle de -plus amples détails, car il avait la tête malade[253]. - - [252] «L'altra sera si lasciò sortir di bocca che di qua e re da - se et che il nostro re e re de' coglioni.» - - [253] Jean-Paul Costa à son oncle, Sainte-Marie d'Ornano, le 25 - juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - - -II - -Théodore avait pris position à Monte-Maggiore, près de Calenzana. Paoli, -qui, nous l'avons vu, avait abandonné les opérations devant Bastia pour -aller aux funérailles de son père, avait reçu la mission d'enrôler des -soldats. Le 27 juin, le général écrivit au roi pour lui dire les -difficultés qu'il rencontrait. On faisait les moissons; les hommes -étaient aux champs et il fallait rentrer les grains. Dans huit jours, -les récoltes achevées, peut-être pourra-t-il se mettre en route avec -quelques recrues. Et il suggérait au souverain l'idée de traîner les -opérations en longueur pour gagner du temps[254]. - - [254] Hyacinthe Paoli à Théodore, Rostino, le 27 juin 1736: _loc. - cit._ Archives d'État de Turin. - -S'il faut en croire Costa, Paoli était peu disposé à lever des renforts -pour venir aider le roi en Balagne, car il craignait que si les Corses -remportaient une victoire dans ce canton, la situation du général -Fabiani ne devînt prépondérante[255]. Neuhoff parvint, cependant, à -donner un vigoureux assaut à Calenzana. Ce fut la plus sérieuse attaque -qu'il ait jamais dirigée contre les Génois. Il s'en fallut de bien peu -que la victoire ne couronnât ses efforts. La ville était sur le point de -tomber en son pouvoir lorsqu'il dut battre en retraite, faute de -munitions et par suite de l'éternelle jalousie qui divisait les chefs -corses. Cette jalousie--comme le fait remarquer Costa--était un ennemi -bien plus redoutable que les Génois[256]. - - [255] _Journal de Costa._ - - [256] _Ibidem._ - -Les Corses assiégeaient aussi Algajola, petite ville fortifiée. Le -capitaine génois Bembo, avec trois cent cinquante hommes, avait opéré -une sortie et attaqué les retranchements des insulaires. Ceux-ci -s'étaient enfuis en abandonnant un canon, cinq fusils, un pistolet, un -tambour, une corne, qui leur servait de trompette, et des provisions. Le -brave Bembo, ne pouvant emporter le canon, le fit éclater et envoya les -autres dépouilles des rebelles, «en grande pompe», à Bastia. Le -gouverneur donna l'ordre de chanter le _Te Deum_ dans Algajola pour -célébrer cette brillante action[257] qui, d'ailleurs, ne pouvait avoir -aucun résultat décisif. - -Les opérations devant Bastia n'avançaient guère. Arrighi, qui les -conduisait, déclarait ne pouvoir ni investir la place ni s'emparer des -récoltes aux alentours de la ville. Il avait cent soixante hommes -seulement sous ses ordres; les balles et la poudre manquaient. Le -détachement de Saint-Florent était rempli d'ardeur, mais là aussi les -munitions faisaient défaut. Arrighi terminait ainsi: «Je ne puis -comprendre d'où vient le bruit des intelligences dont on m'accuse, mais -je ferai tous mes efforts pour le découvrir»[258]. Costa, en effet, -accusait le général d'entretenir des rapports suspects avec les -ennemis[259]. - -Théodore tremblait. Il était tombé malade et avait pris le lit[260]. Le -mauvais vouloir, les jalousies, les trahisons qu'il voyait autour de lui -l'effrayaient. Tous ceux qui le soutenaient ou qui faisaient mine d'être -des siens, voulaient des titres et des honneurs. Il dut faire une -proclamation pour dire que tout le monde ne pouvait pas être général ou -comte[261]. Craignant pour sa vie, il écrivit à Costa de lui envoyer -quarante hommes sûrs, comme gardes du corps[262]. - -Cependant, il cherchait toujours à éblouir les Corses et à les tromper. -Il ordonna au grand chancelier de faire hisser sur la tour de Paduella, -près de San Pellegrino, des pavillons coloriés pour guider les navires -qui devaient apparaître au large. Il lui recommandait d'entretenir les -Corses dans la croyance que des secours allaient arriver[263]. Mais ces -bâtiments--véritables vaisseaux fantômes--ne sortaient jamais des brumes -de la haute mer et les pavillons claquaient au vent, sur la tour, -inutiles comme de misérables loques. - - [257] Lettre de Bastia, du 18 juin 1736, publiée par M. l'abbé - Letteron, _Correspondance_, p. 304-305. - - [258] Arrighi à Théodore, du camp de Bastia le 24 juin 1736: - _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - - [259] _Journal de Costa._ - - [260] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - - [261] _Journal de Costa._ - - [262] _Ibidem._ - - [263] _Journal de Costa._ - -A la fin de juin, Théodore se trouvait devant Corte. Au pont de -Rossicio, Giappiconi et les autres l'avaient abandonné. Le roi demanda à -Costa un secours immédiat. Si des hommes fidèles n'arrivaient sans -retard, il était perdu. «La nation se sera donnée la réputation et la -renommée d'avoir froidement assassiné son roi et père.» Gaffori seul -était accouru vers lui et l'avait conduit dans le couvent de -Saint-François[264]. Le comte Arrighi se cachait. Tout allait de -travers. Costa et le comte Giafferi devaient venir avec des renforts -armés. Théodore désirait retourner en Balagne, tant pour secourir ses -partisans, que pour châtier les infâmes, qui voulaient le livrer mort ou -vivant[265]. - - [264] Aujourd'hui le petit séminaire de Corte. - - [265] Théodore à Costa, Corte, le 2 juillet 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Il résolut de soumettre Corte à son obéissance. Avec quelques hommes qui -s'entêtaient à lui rester fidèles, il voulut pénétrer dans la ville. -Arrighi, sorti de sa retraite, lui en refusa l'entrée. Théodore -s'emporta. La querelle dégénéra bientôt en bataille. Il y eut des morts -dans chaque camp. Enfin, le parti du roi triompha. Par son ordre, tandis -qu'on se battait, un nommé Schietto aurait mis le feu à la ville; -trente-six maisons furent brûlées, dit-on; d'autres pillées. Un renfort -étant arrivé à Neuhoff, Arrighi se sauva au-delà des monts[266]. Les -gens de Corte firent leur soumission et quelques chefs, qui s'étaient -séparés du roi, revinrent rendre hommage. A leur tête, se trouvait -Paoli avec ses clients[267]. Celui-ci, il faut le reconnaître, avait -une merveilleuse souplesse pour se retourner du côté du plus fort. - - [266] A Vico selon Rostini, à Bogognano suivant une lettre de - Bastia du 31 juillet 1736, publiée par M. l'abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 309-311. - - [267] _Journal de Costa._--_Mémoires de Rostini._--Lettre écrite - de Bastia, le 31 juillet 1736, publiée par M. l'abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 309-311. - -Théodore informa Costa de son prochain retour sur la côte orientale. Le -grand chancelier fit venir des ouvriers pour orner et décorer le couvent -des Franciscains où Sa Majesté devait descendre. Un homme d'Ampugnani, -artiste habile, peignit les armoiries du roi et celles du royaume au -fronton des portes et sur des étendards, pour lesquels Costa avait -acheté de la toile avec son argent[268]. Des guirlandes de fleurs -entouraient les écussons. On tendit des portières en soie de différentes -couleurs; la couche royale fut ornée de rideaux en soie également. Les -deux chambres pour les officiers furent arrangées dans le même goût. -Costa se montra satisfait. Cette décoration, qui «semblait être faite de -fleurs», dit-il, était destinée à donner à la Cour un air imposant et à -voiler la pauvreté qui s'étalait derrière ces ornements[269]. - - [268] Costa à Théodore, Orneto (sans date): _loc. cit._ Archives - d'État de Turin. - - [269] _Journal de Costa._ - -Tandis que Neuhoff combattait en Balagne contre les Génois et à Corte -contre ses généraux, un malheur l'atteignit: Fabiani, un de ses plus -fidèles lieutenants était assassiné. - -Les parents de Luccioni ne pardonnaient pas à Théodore l'exécution du -traître. Ils voulaient venger le mort. Mais, au lieu de déclarer -ouvertement et loyalement la _vendetta_, selon la coutume corse, ils -avaient feint d'accepter la condamnation, comme la juste expiation du -crime. On disait dans Bastia que cette famille, par l'intermédiaire de -Fabiani, s'était soumise et avait juré fidélité au roi. Celui-ci conféra -même à quelques-uns les titres de marquis et de comte[270]. Les Génois, -dont la politique consistait à entretenir les inimitiés, s'alarmèrent -de cette réconciliation, que le temps et les circonstances pourraient -rendre sincère et qui apporterait quelques partisans à Neuhoff. - - [270] «Les parents du feu Luccioni qu'ils ont fait mourir, bien - loin d'en témoigner du ressentiment, comme on s'était flatté ici, - se sont réunis au nouveau roy sur la parole de Fabiani qui lui - conduit des otages de leur part. En cette considération, il les a - créés marquis et comtes, à savoir Paviani de Matra, et Martinetti - d'Aléria, après quoi Théodore les a congédiés...». Lettre de - Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97. - Archives du Ministère des affaires étrangères, publiée par M. - l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 295. - -Ils inspirèrent aux Luccioni le désir de la vengeance. Leurs -exhortations tombèrent dans un terrain préparé; elles portèrent leurs -fruits. Comme il était difficile d'atteindre Théodore lui-même, ils -résolurent de frapper son meilleur général; représaille injuste et -lâche, car Fabiani n'était pour rien dans la condamnation du traître; il -se trouvait en Balagne lorsqu'elle fut prononcée. Les Génois voulaient -des victimes. Fabiani était sur leur liste d'exécution. L'occasion se -présenta de se venger: ils la saisirent[271]. - - [271] _Mémoires de Rostini._ - -Poggi avait promis--nous l'avons vu--de recruter des hommes dans les -pays au-delà des monts. Comme ces renforts tardaient à arriver, Fabiani -s'était rendu à Orezza, village natal de sa femme et où il comptait -beaucoup de parents et d'amis. Les partisans de Luccioni habitaient ce -canton. Ils vinrent complimenter le général; sans méfiance, celui-ci -leur fit bon accueil. Ils lui dirent qu'ils avaient des griefs contre -Costa, mais qu'ils étaient prêts à s'unir à lui pour aller combattre en -Balagne. Fabiani les engagea à faire une tournée dans le canton avec -lui, pour compléter les enrôlements. A Stazzona il les invita à souper, -puis, continuant son voyage, toujours suivi par les traîtres, il -descendit à Valle d'Orezza, passa la nuit aux Piazzole et revint à -Stazzona, d'où il devait regagner la Balagne. - -Un peu au-delà du village, des hommes armés se tenaient embusqués -derrière un moulin en ruines. La chronique a conservé leurs noms: -Hyacinthe Petrignani, de Venzolasca, Jean-Baptiste et Fratelongo, son -frère, appelés les Turcati de Carcheto. A peine Fabiani avait-il -traversé la rivière, que ces hommes déchargèrent sur lui leurs fusils. -Il reçut trois ou quatre balles dans la poitrine, dans les côtes et -dans le flanc. Ses parents et ses amis, saisis de stupeur, laissèrent -fuir les assassins. - -Le premier moment d'effarement passé, ils voulurent s'élancer à leur -poursuite, mais le général, qui n'avait pas perdu connaissance, les -retint et les supplia de ne pas l'abandonner. Il craignait que ses -meurtriers ne revinssent pour lui couper la tête afin de la porter en -triomphe à Bastia. Fabiani fut transporté à Stazzona, où il mourut après -une agonie de vingt-quatre heures[272]. - - [272] _Mémoires de Rostini._ - -Ce tragique événement eut lieu vraisemblablement le 15 juillet[273]. - - [273] Cette date est celle du testament politique de Fabiani dont - je parle plus loin. - -Les assassins, aussitôt le crime accompli, se rendirent à Bastia pour -recevoir le prix convenu[274]. Les Génois célébrèrent ce forfait comme -un triomphe. Jusqu'alors inactifs, ils commencèrent à prendre -l'offensive. Ils effectuèrent une sortie et dispersèrent les cent -soixante hommes de Neuhoff campés devant la ville[275]. - - [274] _Journal de Costa._--_Mémoires de Rostini._ - - [275] _Journal de Costa._ - -Après la mort tragique du général balanais, le chanoine Orticoni, -adversaire acharné des Génois, rédigea un appel aux Corses sous la forme -d'un _testament politique de Simon Fabiani_[276]. - - [276] Cet écrit a été publié dans le _Bulletin de la Société des - sciences historiques et naturelles de la Corse_ (IXe année, 1889, - 103e, 104e, 105e et 106e fascicules, p. 576-600). D'après une - note de l'éditeur, le testament politique de Fabiani serait resté - manuscrit jusqu'alors. Il avait été communiqué à la Société par - des descendants du général qui habitent Santa Reparata. Il y a là - une erreur. Le testament politique de Simon Fabiani a été imprimé - après l'assassinat. Il se trouve en effet aux archives du - Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Gênes, vol. - 98, année 1736, fol. 27 à 34, un exemplaire imprimé de cet écrit - qui porte pour titre: _Simone Fabiani, tenente generale dell'armi - de' malcontenti di Corsica, ferito a morte da sicarj, scrive a' - Corsi suoi compagni, ed a quei Corsi, che sono dentro e fuori del - Regno_. L'écrit porte à la fin: _Da Piazzole di Orezza, li 15 di - luglio 1736_. L'imprimé qui se trouve à Paris fut communiqué par - Campredon au Ministère le 15 novembre 1736. Voir: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 323. - -Cet écrit très long était une sorte d'homélie ampoulée et emphatique, -mais qui contenait des vérités que les Corses auraient sagement fait de -méditer. - -Le chanoine adjurait ses compatriotes d'être unis dans un effort commun -pour délivrer la patrie. Ceux qui, après avoir reçu des titres et des -honneurs, vivaient dans l'indifférence auraient à rougir de n'avoir pas -donné leur sang et leurs biens pour la cause nationale. Il s'élevait -contre la déplorable habitude qu'avaient les Corses de quitter l'île -pour aller vendre leur énergie, leur activité et leur intelligence à -l'étranger. Si ceux-là péchaient contre la patrie, combien plus -coupables encore étaient ceux qui entraient au service de Gênes, séduits -par des avances trompeuses, que chacun devait repousser avec force. Et -il citait l'exemple des grands patriotes de jadis! - -Tandis que ce drame sanglant se déroulait à Orezza, le prêtre Grégoire -Salvini informait Théodore que «grâce à Dieu, à la très sainte Vierge de -la Visitation et aux âmes du Purgatoire», il avait débarqué sain et sauf -à l'Ile Rousse, malgré la rencontre en mer d'une «gondole» génoise. Le -petit bâtiment, qui l'avait amené de Livourne, apportait vingt-deux -barils de poudre, dix-sept sacs de balles et quelques fusils. Pour se -procurer ces munitions et afin de ne pas risquer de l'argent, il avait -dû, disait-il, employer mille ruses, faire mille promesses aux -marchands. Il avait donné sa parole d'honneur pour garantir la justice -et la bonne foi de Sa Majesté. Il s'était aussi engagé à venir en -personne surveiller la vente et le payement de ces marchandises. Il -n'aurait rien obtenu sans ces promesses formelles, car «les marchands -craignaient la rapacité bien connue des Corses». Il remettait enfin à -Théodore deux lettres d'Amsterdam, que lui avait consignées le sieur -Thomas Brackwell, de Livourne[277]. - - [277] Grégoire Salvini à Théodore, Monticello, le 1er juillet - 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Quelques jours plus tard, Salvini écrivit encore au roi pour lui dire -que les choses allaient bien mal en Balagne faute d'hommes. Il suppliait -Sa Majesté «par les entrailles de Jésus» de lui envoyer la plus grande -partie de ses soldats, sans quoi ses compagnons et lui allaient -infailliblement périr. Le mieux serait que le roi revînt en Balagne avec -une bonne troupe. Il n'avait rien à craindre pour sa vie, car les -Balanais étaient prêts à mourir pour la défense de la patrie et de la -personne sacrée de leur souverain[278]. - - [278] Grégoire Salvini à Théodore de Neuhoff, Ville, le 18 - juillet 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Les Corses, cependant, remportèrent quelques petits succès[279]. Le plus -important eut lieu devant l'Île Rousse. Le colonel génois Marchelli, à -la tête de quatre cents hommes, avait fait une descente, pour surprendre -la tour fortifiée par les rebelles. Ceux-ci ayant paru, les soldats de -la république s'enfuirent. Ils se jetèrent à la mer pour gagner le -bâtiment qui se trouvait à quelques encâblures du rivage. Ne sachant pas -nager, ils se noyèrent pour la plupart; d'autres furent tués et cent -trente faits prisonniers. Une des chaloupes de la galère, venue pour -porter secours, s'échoua et les Corses s'emparèrent de tout ce qu'elle -contenait[280]. Marchelli et son lieutenant avaient prudemment fui dès -le début de l'action. Le Sénat les fit mettre aux arrêts. Mais ils -arrivèrent à se disculper, d'autant plus facilement que la république -n'avait pas d'officiers meilleurs à mettre à leur place. - - [279] _Journal de Costa._ - - [280] Lettre du 5 août 1736: Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 311. - -Théodore profita de cet avantage pour sommer le gouverneur de Bastia -d'avoir à lui renvoyer dans les huit jours les prisonniers corses, faute -de quoi, il ferait arquebuser les cent trente génois pris à l'Île -Rousse[281]. - - [281] Lettre de Campredon, du 23 août 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 312. - -A Ajaccio, Ornano avait attiré les Génois dans une embuscade et tué -trois cents des leurs. - -Dans cette guerre d'escarmouches, ces affaires prenaient une grande -importance et mettaient du baume dans le cœur de Sa Majesté[282]. Les -gens de Bastia étaient consternés. Le bruit circulait en ville que le -roi recevait tous les jours des munitions; qu'un certain Balanais nommé -Salvetti lui avait apporté de Rome huit mille piastres en or et qu'on -voyait circuler des sequins turcs[283]. - - [282] _Journal de Costa._ - - [283] Lettre de Bastia du 23 août 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 312-313. - -A la vérité, la popularité de Théodore décroissait chaque jour; sa cour -se dégarnissait. «La nation commençait à se croire jouée par lui»[284]. - - [284] Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 67. - -Il essaya de remplacer par des mots et par des titres les secours -tangibles qu'il avait promis aux Corses. Il invita les populations à -venir à Venzolasca pour entendre un discours. Il érigea certains -districts en marquisats. Il créa de nouveaux comtes et marquis, dont il -nomma les fils «chevaliers de la Clé d'or»[285]. Ces chevaliers -constituaient le premier contingent de l'ordre de chevalerie qu'il se -proposait d'instituer. Costa, qui se qualifie du plus humble des -serviteurs, fut également anobli[286]. - - [285] _Journal de Costa._ - - [286] _Ibidem._ - -Le discours était, nous dit-on, une production extraordinaire. Le roi -expliquait comment les princes étaient semblables à des lois vivantes et -pareils à des miroirs brillants, où les sujets devaient regarder de près -pour prendre des exemples[287]. - -L'éloquence du roi fut reçue par des applaudissements[288]. Sur le -moment même, le peuple applaudit toujours aux phrases; mais après..... - - [287] _Ibidem._ - - [288] _Ibidem._ - - -III - -Le ministre de Gênes en France, Sorba, était corse[289]. Diplomate -habile et zélé, il servait, malgré son origine, la république avec -dévouement. Il n'épargnait ni son temps, ni sa peine pour se procurer -sur les antécédents et sur la famille de Théodore les renseignements les -plus précis. - - [289] Sorba, écrivait Campredon, n'a «contre lui que le péché - originel de sa naissance qui est d'être corse». Campredon à - Amelot, Gênes, le 18 juillet 1737: Correspondance de Gênes, vol. - 100. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -On avait appris à Gênes qu'un capitaine du régiment de La Marck, en -garnison dans les Trois-évêchés, était en correspondance très suivie -avec Neuhoff, dont il se disait l'oncle[290]. Cet officier, nommé -Nayssen, avait écrit, de Pignerol, au «nouveau roi de Corse» qu'il lui -donnerait tous les secours en son pouvoir; qu'il lui fournirait -principalement des troupes et des officiers. La république priait donc -le gouvernement français de faire punir sévèrement ce capitaine, dont la -conduite était si coupable[291]. - - [290] Lettre à la comtesse d'Apremont communiquée par J.-B. Mari, - ministre de Gênes à Turin. Turin, le 27 juin 1736: _loc. cit._ - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. Cette lettre a été - publiée par M. Antonio Battistella, _op. cit._, p. 167. - - [291] Mémoire remis par la république de Gênes à Campredon et - transmis par celui-ci en original et en traduction au ministre. - Campredon à Chauvelin, Gênes, le 31 mai 1736: Correspondance de - Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Sorba, sur les ordres du Sénat fit, au sujet de cette affaire, une -démarche auprès du ministre de la guerre, d'Angervilliers. Celui-ci -promit à l'envoyé génois de faire le nécessaire. Il lui semblait -cependant peu vraisemblable qu'un officier étranger, dont la solde était -plus élevée que celle d'un français, ait pu se laisser tenter par un -aventurier sans ressources. Dans la même dépêche, Sorba disait avoir eu -avec Fleury une conversation sur les affaires de Corse. Il avait exposé -au cardinal la crainte de la république relativement à l'appui que les -Barbaresques donnaient à Théodore. Celui-ci ayant jadis commandé, par -intérim, le régiment de Castellara, en Espagne, et ayant connu le fameux -duc de Ripperda, réfugié à Tanger après sa disgrâce, cette crainte -paraissait fondée. Fleury répondit que Ripperda était un grand -visionnaire. Neuhoff l'avait connu en Espagne certainement, mais comment -l'aurait-il rejoint et avec quelles promesses aurait-il obtenu l'aide -des Barbaresques? Cela semblait un épisode de roman[292]. - - [292] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 2 juillet 1736: - _Francia_, mazzo 45 (anni 1734-37). Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -La conspiration de Nayssen n'était pas plus sérieuse que le complot de -Théodore avec les Barbaresques. La république s'alarmait en cette -affaire des moindres choses. Vertement réprimandé, le capitaine écrivit -d'Embrun au garde des sceaux pour se justifier. La lettre fut -communiquée à Sorba. Nayssen avouait qu'il avait reçu quelques lettres -de son neveu Théodore. Il confessait aussi lui avoir répondu, car il -supposait que la Cour lui accorderait la permission d'aller en Corse si -Neuhoff lui envoyait de l'argent pour faire le voyage. Mais il jurait -qu'il n'avait jamais eu l'intention de quitter le service du roi. Il -considérait l'entreprise de son neveu comme une vraie folie. Il avait -tourné en ridicule l'invitation de son royal parent auprès de ses -camarades, auxquels il montrait cette correspondance sans aucun -mystère[293]. - - [293] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 23 juillet 1736: - _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Sorba était tenace; quelques mois plus tard, il revint à la charge, -demandant à Chauvelin et à d'Angervilliers s'il y avait quelque -fondement dans le bruit que Nayssen était parti pour aller rejoindre -Théodore avec un neveu de celui-ci, le jeune Trévoux, officier dans la -compagnie des Gardes royales. Les ministres déclarèrent que cette -supposition était stupide. D'Angervilliers ajouta que Nayssen venait -justement de lui faire parvenir une lettre de Théodore à un certain -Gregorio, de Livourne, lettre par laquelle l'aventurier, dans un -dénûment extrême, demandait de l'argent et des munitions[294]. - - [294] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, les 8 et 14 octobre - 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Nayssen vint à Paris pour le règlement d'affaires personnelles. Il fut -reçu par d'Angervilliers. Le ministre dit en plaisantant à Sorba qu'il -croyait le capitaine résolu à aller en Corse pour disputer la couronne à -son parent. Puis, redevevant sérieux et mettant du baume dans le cœur -de l'ambassadeur corse de la république, il lui dit que Nayssen tenait -Théodore pour le plus grand escroc et le plus grand fou du monde. -Néanmoins Sorba allait s'enquérir de l'endroit où logeait le capitaine, -afin de le faire surveiller[295]. - - [295] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 12 novembre 1736: - _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -A Paris, d'ailleurs, tout le monde tournait en ridicule le roi de Corse; -son propre neveu, Trévoux, était le premier à rire à ses dépens[296]. - - [296] Mme de Trévoux, sœur du baron de Neuhoff, était morte - quelques années auparavant, laissant un fils et une fille. Le - fils était officier aux Gardes françaises. La fille se trouvait - encore au couvent en 1736. On la disait fiancée à un certain - Desnoyers, de Normandie.--Sorba au Sérénissime Collège, Paris, - les 13 et 20 août 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -Une lettre de J.-B. de Mari, envoyé de Gênes à Turin, dut plonger le -Sénat dans un trouble profond. D'après cette lettre, Théodore aurait -reçu trente mille piastres par l'intermédiaire d'un banquier de -Livourne, Huigens de Cologne, et qui avait Bertoletti pour associé[297]. - - [297] J.-B. de Mari au Sérénissime Collège, Turin, le 5 septembre - 1736. _Filza Ribellione di Corsica_, N. Gle 14-3012. Archives - d'État de Gênes, archives secrètes.--Lorenzi à Chauvelin, - Florence, le 25 août 1736: Correspondance de Florence, vol. 87. - Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Ce fait paraît sujet à caution. Théodore se trouvait à ce moment-là très -dépourvu d'argent. Il en demandait un peu partout et certainement, s'il -avait eu un secours financier important, les Corses ne se seraient pas -détachés de lui. Et les défections dans son entourage devenaient chaque -jour plus nombreuses. - -Tandis que les diplomates génois mettaient tout en œuvre pour fournir -des renseignements plus ou moins vrais, ou pour déjouer des complots qui -n'existaient pas, la république avait eu un autre sujet d'alarme. Au -commencement de juin, un frère cordelier avait quitté Gênes pour se -rendre en Corse. Ce moine était un marocain mahométan converti. On -supposa que ce devait être un agent de Théodore, car les matelots de la -barque, sur laquelle il avait pris passage, disaient qu'il était un -scélérat fieffé. Le moine, enfin, ayant parlé de Théodore avec -enthousiasme, le podestat de Sestri le tint pour suspect et l'envoya -enchaîné à Gênes. On trouva sur lui des lettres pour Neuhoff, écrites en -arabe, et quarante livres d'or en lingots. Campredon, en mandant ces -détails, ajoutait cette appréciation qui, au premier abord, peut -paraître paradoxale, mais qui était absolument juste: «Il ne serait pas -fort extraordinaire que quelques Génois contribuassent au soulèvement de -la Corse. C'est assez la coutume des républicains de ne suivre d'autre -principe que celui de leurs intérêts particuliers»[298]. - - [298] Campredon à Chauvelin, Gênes, le 14 juin 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 306. - -A Gênes, il y avait trois partis. En premier lieu, venaient les hommes à -la tête du gouvernement, traînant à leur suite tous les salariés de -l'État, qui faisaient répandre ou laissaient circuler les bruits faux, -mais avantageux pour la république; puis les marchands qui, trouvant -leur intérêt dans la continuation de la guerre, approvisionnaient les -rebelles; enfin les gens qui faisaient de l'opposition pour arriver à -prendre la place des autres et qui calmaient leurs impatiences ou -satisfaisaient leurs rancunes en écrivant des pamphlets. Ces libelles, -qui circulaient sous le manteau, arrivaient jusqu'aux gazettes de -Hollande. - -Au mois d'août 1736, on se passait de main en main, à Gênes, un -manifeste de Théodore en réponse à l'édit lancé contre lui[299]. Cet -écrit, que plusieurs auteurs ont cité[300], n'émane pas du baron[301]. - - [299] Campredon envoya la copie de ce manifeste à Chauvelin avec - sa dépêche du 23 août 1736: Correspondance de Gênes, vol. 98. - Archives du Ministère des affaires étrangères. - - [300] Gregorius, _Corsica_, t. II, p. 334-338.--_Histoire des - révolutions de l'île de Corse_, p. 249-260.--Cambiagi, _op. - cit._, t. III, p. 98-101. - - [301] «Beaucoup de personnes doutèrent fort de l'authenticité de - cette lettre, et, en effet, elle a tout l'air d'avoir été - fabriquée par des gens disposés à se divertir aux dépens des - Génois.»--_Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 249. - -C'est une satire fine et spirituelle qui ne ressemble pas, dans la -forme, aux écrits de Neuhoff que nous connaissons. Il n'avait pas ce ton -dégagé ni cette ironie. Son style était pompeux, emphatique parfois, -mais toujours pesant, encombré par les lieux communs, obstrué de -rÉdites. Les Corses, non plus, ne mettaient pas cette verve dans les -proclamations qu'ils lançaient à tous moments contre leur ennemi -séculaire. Violents dans leur style comme dans leurs mœurs, ils se -laissaient aller à écrire de grandes phrases, mais jamais il ne leur -arrivait de faire des mots. - -Le manifeste débute sur un ton de persiflage. Le baron dit que, las de -voyager et d'errer, il a «résolu de se choisir une petite habitation -dans l'île de Corse». En bon voisin, il fait part aux Génois de cette -résolution, s'ils ne l'ont déjà apprise par la renommée ou par les -«relations ampoulées» de leurs gouverneurs qui, du reste, passent leur -temps à les tromper. Perturbateur du repos public, lui qui a trouvé à -son arrivée un pays si profondément troublé! Coupable de haute trahison? -On ne trahit généralement que ses amis. Il n'y a rien de commun entre -les Génois et lui. «Dieu me préserve d'aimer jamais une nation qui a si -peu d'amis!» Crime de lèze-majesté? Il faudrait d'abord qu'il y eût une -majesté. Et celle de Gênes on peut la chercher partout, on ne la -trouvera pas. «Peut-être avez-vous rapporté d'Espagne cette majesté sur -vos épaules? Peut-être a-t-elle été transportée d'Angleterre sur vos -terres, par certain vaisseau anglais à un de vos bourgeois élu Doge -auquel il était ainsi adressé: _A Monsieur N. N..., Doge de Gênes et -marchand en diverses sortes de marchandises_!» Quant aux dettes que le -baron a laissées en différents endroits, elles seront payées, et -largement payées, avec les biens confisqués à ses ennemis. Il termine en -demandant à la république la grâce de se mesurer avec ses troupes. On ne -voit jamais de soldats génois quand il faut se battre. - -Un second libelle circula à Gênes[302]. C'était encore l'œuvre de -Génois lancés dans l'opposition[303]. Il était intitulé: _Harangue de -Théodore Ier, roi de Corse, faite à la Diète de convocation à Balagne_. -Cet écrit, fort long, rééditait les mêmes plaisanteries, décochait les -mêmes traits moqueurs contre le gouvernement. Le tout était relevé de -citations historiques très exactes, qui dénotaient chez son auteur une -certaine érudition. - - [302] «Il y a un second libelle qu'on attribue aux Corses, mais - si peu revêtu de ressemblance que je le crois fabriqué à - Gênes.»--Campredon à Chauvelin, Gênes, le 30 août 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 98. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [303] «La république de Gênes est sans doute fondée à cacher - autant qu'elle peut les désavantages qu'elle essuie en Corse; - mais elle a dans son sein bien des mécontents qui se portent à - l'autre extrémité pour dévoiler tous les mystères, et les - feudataires de l'empereur ou du roi de Sardaigne ne se font pas - un scrupule pour trahir le bien public pour leurs intérêts - particuliers. C'est par un de ces canaux que j'ai eu la pièce - ci-jointe... La personne qui m'a confié ces pièces s'exprime en - ces termes: «Je satisfais plus à mon devoir qu'à votre curiosité - en vous envoyant les deux derniers mémoires ou libelles de - Théodore. Ils sortent de la même plume que le précédent; j'ai eu - de la répugnance à les lire et du regret à les communiquer, car - s'ils contiennent vérité, nous aurions de la honte vous et moi à - passer notre vie auprès de tels princes». En effet, les Génois y - sont bien mal traités; mais à l'esprit de satire près qui y règne - d'un bout à l'autre, l'auteur cite des faits historiques anciens - et modernes qui sont sans réplique.»--Campredon à Chauvelin, - Gênes, le 20 septembre 1736: Correspondance de Gênes, vol. 98. - Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Si à Gênes des gens s'amusaient, les Génois enfermés dans Bastia ne -riaient pas. Ils étaient en proie à une peur continuelle. Le gouverneur -réclamait des secours à grands cris; mais la république n'avait pas de -troupes. Quand il fallut envoyer des renforts dans l'île, elle avait dû -dégarnir ses garnisons de la Rivière du Ponent. Pour remplacer ces -soldats, elle avait engagé des paysans auxquels elle était obligée de -promettre par écrit qu'ils n'iraient pas en Corse[304], si intense était -la frayeur que les insulaires inspiraient. Les vivres également -manquaient à Bastia, tandis que dans certaines parties de l'île, les -Corses faisaient tranquillement la moisson et regorgeaient de denrées. - - [304] Campredon à Chauvelin, Gênes, le 19 juillet 1736: - Correspondance de Gênes, vol. 98. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'avantage semblait donc devoir être pour les mécontents, et il eût -suffi d'une action énergique pour culbuter les troupes génoises et -chasser le gouverneur avec toute l'administration de la Sérénissime -République. Malheureusement, les jalousies et les querelles paralysaient -les efforts. Les Corses n'avaient plus confiance en celui à qui il -s'étaient donnés. - -Des historiens ont donné comme cause de cette désaffection un fait -scandaleux qui se serait passé au cours d'une tournée de Sa Majesté dans -les montagnes. - -Une jeune paysanne, fraîche et piquante comme un fruit sauvage, s'était -trouvée sur le passage du roi. Celui-ci la remarqua et jugea qu'elle -serait digne de distraire le monarque le plus blasé. Il le lui dit sans -détour. La jeune fille fut, comme toute femme, sensible à cet hommage -rendu à sa beauté: sa vanité fut flattée, et elle aurait succombé si son -frère n'était survenu au moment opportun pour sauver l'honneur de la -famille. Ce frère, l'un des gardes du corps du roi, fit grand tapage, -menaçant de tuer le roi et sa sœur. Les Corses n'ont jamais plaisanté -sur ces choses. Cela se passait avant le dîner. Neuhoff s'était mis à -table avec ses généraux, croyant l'incident clos et se promettant bien -d'éloigner, à la première occasion, ce frère gênant. Pendant le repas on -vint lui dire que le paysan était en train d'administrer une correction -à sa sœur. Furieux, Théodore se leva, fit empoigner son garde et le fit -amener devant lui. Comme s'il parlait à un égal, le soldat traita le roi -avec la dernière insolence. Sa Majesté ordonna qu'on pendît le coupable -à la fenêtre. Il y eut un moment de stupeur. Personne ne se leva pour -exécuter l'ordre. Frémissant d'indignation, Neuhoff s'avança pour faire -justice lui-même. L'homme était robuste; il saisit une chaise, la -balança sur la tête couronnée, prêt à lui en asséner un coup à fendre le -crâne. Les généraux se précipitèrent. Les camarades du soldat étaient -accourus. Ce furent des cris, des vociférations. La mêlée devint -générale. Le roi au milieu de ses sujets parait aux coups. «La Majesté -du trône fut profanée». Théodore put enfin se sauver par la fenêtre. Il -alla se réfugie dans une maison voisine, où il resta sous la garde de -quelques dévoués serviteurs jusqu'à ce que le tumulte fût apaisé. Ses -généraux lui conseillèrent de mettre désormais un frein à ses passions, -ou du moins de ne pas choisir ses maîtresses parmi les jeunes filles du -pays. «Il profita du conseil et se borna à une française qui l'avait -suivi en Corse»[305]. - - [305] Abbé de Germanes, _op. cit._--P. P. Pompei, _État actuel de - la Corse. Caractères et mœurs de ses habitants_, Paris, 1821, p. 189. - - Nous verrons dans la suite que Théodore était en rapports assez - suivis avec une Mme de Champigny habitant Paris. Ils échangeaient - des lettres fort tendres. Serait-ce cette dame qui aurait été la - maîtresse royale attitrée? - -L'historien, qui rapporte ces détails, ajoute avec ingénuité: «Ce qui -venait de lui arriver le convainquit du refroidissement de la -nation»[306]. - - [306] Abbé de Germanes, _op. cit._ - -Cet incident passionnel est-il exact? Costa n'en parle pas. Les autres -chroniques et correspondances de l'époque sont muettes également à ce -sujet. Quoi qu'il en soit, le détachement des Corses avait une autre -cause. Les secours promis n'arrivaient pas et il n'avait plus -d'argent[307]. Chaque jour l'étoile du roi pâlissait davantage, le -scintillement disparaissait pour laisser place à la lueur indécise et -tremblante d'un flambeau près de s'éteindre et qui déjà n'éclaire plus. - - [307] «Les promesses sont des arguments usés à l'égard de ces - insulaires qui ne s'y laisseront plus surprendre».--Campredon à - Chauvelin, Gênes, le 23 août 1736: Correspondance de Gênes, vol. - 98. Archives du Ministère des affaires étrangères. - - -IV - -Au milieu d'août, Théodore se trouvait dans le canton de Verde. Il -demandait à l'un de ses partisans, Jean-Charles Cottone, de lui envoyer -du vin, des choux-fleurs, des citrons, deux vaches ou, à défaut, une -génisse et quelques moutons. Il promettait de payer ces denrées et ces -bestiaux en blé ou en espèces dans le délai d'un mois[308]. - - [308] Théodore à Jean-Charles Cottone, Verde, les 16 et 29 août - 1736: _loc. cit._ Bibliothèque municipale de Turin. - -Mais le roi craignait le ressentiment de ses sujets. Pour fuir les -incessantes querelles de ses ministres et surtout pour mettre sa vie en -sûreté, il résolut de traverser les montagnes[309]. Au commencement de -septembre, il partit pour Sartène avec le fidèle Costa. Le voyage fut -long et pénible. On peut se figurer ce qu'il dut être dans une contrée -sauvage, sans routes, embroussaillée. Il fallut gravir des montagnes aux -flancs escarpés, franchir des torrents, marcher longtemps dans les -grandes forêts et frayer le chemin au travers du maquis. Les voyageurs -vraisemblablement, côtoyèrent les gigantesques rochers du _Kyrie_ et du -_Christe Eleison_[310]. Théodore, sans doute, ne considérait pas la -majesté du paysage ni la beauté de son royaume. Il ne pensait pas au -symbole de ces aiguilles, dont le nom montait vers le ciel, comme une -prière. Il avait peur. - - [309] _Journal de Costa._ - - [310] Ces rochers ont une élévation de plus de 1,500 mètres. - -On ne rencontrait aucune habitation pour se reposer et parfois la -nourriture manquait. Costa, aidé par quelques serviteurs, faisait à son -souverain un lit de branches vertes. Mais le roi préférait ne pas -dormir, et, pour se tenir éveillé, il discourait toute la nuit avec -chacun de ses compagnons, à tour de rôle. Au jour, la caravane se -remettait en route. Théodore, toujours enveloppé de sa robe écarlate, ne -quittait jamais sa canne à bec de corbin, qui représentait tous les -attributs de sa royauté[311]. - - [311] _Journal de Costa._ - -Vers le sommet des montagnes, un orage épouvantable surprit les -voyageurs. Costa en fut très effrayé. Les éclairs déchiraient le ciel; -le tonnerre éclatait en grondements sonores, et la pluie tombait si drue -que, malgré sa longue robe, le roi fut mouillé jusqu'à la peau[312]. - - [312] _Ibidem._ - -Théodore et sa suite arrivèrent enfin dans un village. Les habitants -s'empressèrent autour du monarque et lui firent une réception -enthousiaste[313]. Neuhoff, qui commençait à être déshabitué des -acclamations, dut être sensible à cet accueil, qui lui donnait -l'illusion de la popularité. Un habitant, M. Giudicelli, mit sa maison à -la disposition du roi. Celui-ci accepta et resta deux jours dans cette -demeure. Les voyageurs avaient besoin de repos. Un feu pétillait dans -l'âtre; tous se tenaient autour du foyer, formant «un groupe -étrange»[314], heureux de pouvoir sécher leurs vêtements. - - [313] _Ibidem._ Le chroniqueur n'indique pas le nom du village. - Peut-être ne le savait-il même pas. - - [314] _Ibidem._ - -Avant de partir, le roi, pour reconnaître l'hospitalité, exempta -Giudicelli de toutes taxes et le nomma chevalier dans l'ordre qu'il se -proposait de créer dès son arrivée[315]. Le cortège qui, hélas! -ressemblait si peu à celui du couronnement, se remit en route. La cour -put, enfin, atteindre la ville. - -Le peuple fit un bon accueil au souverain[316]. Peut-être, Neuhoff -espéra-t-il retrouver la popularité dans un centre nouveau, où il -n'était pas usé, loin de ses premiers compagnons, qui lui avaient créé -tant de difficultés. L'illusion ne devait pas durer longtemps: son règne -touchait à sa fin. - - [315] _Ibidem._ - - [316] _Ibidem._ - -Le premier soin de Théodore fut d'instituer l'ordre de noblesse et de -chevalerie, qu'il avait promis de créer dans les capitulations signées -lors de son couronnement. Son but était de donner un nouvel éclat à sa -royauté et d'abuser encore les Corses par de vains titres et des -honneurs fictifs. C'était également un moyen de se procurer de l'argent -par les contributions, que devaient payer les chevaliers. _L'Ordre de la -Délivrance_ fut créé par un édit[317]. Des règles auxquelles les -dignitaires étaient tenus de se conformer furent établies[318]. - - [317] Le 16 septembre 1736. - - [318] L'édit comportait seize articles et les règles annexées - neuf. - -_L'Ordre de la Délivrance_ était institué «tant pour la gloire du -royaume que pour la consolation des sujets» et afin de rendre -respectable dans toute l'Europe la noblesse de cette île, dont la valeur -était si connue. Le roi promettait de faire tous ses efforts «pour -obtenir du pape la confirmation de cet ordre». En attendant, Théodore -déclarait nobles, non seulement en Corse, mais aussi dans tous les pays, -ceux qui auraient l'honneur d'être faits chevaliers. Ceux-ci «porteront -un habit bleu céleste avec une croix et une étoile émaillée en or sur -laquelle sera représentée la justice, tenant d'une main une balance, -sous laquelle sera un triangle au milieu duquel on mettra un T; et, de -l'autre main, elle tiendra une épée sous laquelle sera un globe surmonté -d'une croix et, dans les angles, on mettra les armes de la famille -roïale». Les chevaliers seraient obligés de porter ce costume le jour de -leur investiture et dans toutes les cérémonies publiques. Dans le -courant de la vie, ils pourraient être vêtus à leur guise, pourvu que -leur tenue fût décente. - -Le roi, grand-maître de l'Ordre, devait présider en personne à -l'installation des chevaliers. Ceux-ci jureraient fidélité et obéissance -à Sa Majesté; ce serment ne les engageait pas seulement leur vie -durant; il s'étendait à leurs descendants. Les dignitaires étaient -déclarés nobles de première classe. Le rang de chevalier conférait la -qualité d'Illustrissime, et le grade de commandeur celle d'Excellence. -Les chevaliers étaient exemptés de tous impôts ordinaires et -extraordinaires. Le roi déclarait leur demeure inviolable. Aucun -tribunal ne pouvait «les molester» pour quelque cause que ce fût, civile -ou criminelle, sauf pour le crime de lèze-majesté. Les dignitaires -avaient leur entrée à la cour jusque dans l'antichambre du roi. Les -capitaines des galères et des vaisseaux de guerre royaux, les -commandants des forts et places de la garnison ne pouvaient être choisis -que parmi les chevaliers. Afin de maintenir l'éclat et l'honneur de -l'Ordre, les dignitaires tombés dans l'indigence seraient secourus et -fournis d'habits décents. D'ailleurs, pour entrer dans l'Ordre, il -fallait avoir des moyens d'existence et justifier qu'on descendait de -parents honnêtes. Ceux qui exerçaient un métier quelconque, ou dont les -ascendants se seraient livrés au négoce et à l'industrie, étaient exclus -de l'institution. Par contre, les étrangers de toute religion étaient -admis. Chaque chevalier devait, lors de son admission, verser une -contribution de mille écus, dont il recevrait intérêt à dix pour cent, -sa vie durant. Les membres de _l'Ordre de la Délivrance_ étaient tenus -de réciter chaque jour le psaume LXX et le psaume XL, sous peine -d'amende. Les chevaliers ne pouvaient refuser aucun poste sur terre ou -sur mer que le roi jugerait utile de leur confier. Ils devaient suivre -le souverain à la guerre et former sa garde du corps. Chaque dignitaire -était obligé d'entretenir à ses frais deux soldats pour le service du -roi. Il leur était interdit de se mêler des affaires de l'État. Le port -du ruban vert, signe distinctif de l'Ordre, était obligatoire. Aucun -membre ne pouvait servir à l'étranger sans le consentement du roi. Le -cérémonial de réception était ainsi fixé: le postulant se mettrait à -genoux devant Sa Majesté qui lui dirait: «Je vous fais chevalier du -noble _Ordre de la Délivrance_. Vous devez souffrir de Nous seul que -Nous vous touchions trois fois avec l'épée nue, et vous serez obéissant -en toute chose jusqu'à la mort». Après avoir juré sur l'Évangile, le -nouveau chevalier se relèverait et recevrait l'accolade des dignitaires -présents, qui lui donneraient le titre de frère. Les chevaliers devaient -toujours porter l'épée, et pendant la messe, ils la tiendraient -constamment hors du fourreau. Les protestants eux-mêmes n'étaient pas -exemptés de la messe[319]. - - [319] Cambiagi, _loc. cit._, t. III, p. 109-112.--_Histoire des - révolutions de l'île de Corse_, p. 262-272. - - Après avoir institué l'_Ordre de la Délivrance_, le roi conféra - les titres de marquis et de comte aux habitants influents de la - contrée[320]. Mais c'étaient de piètres expédients. Le peuple se - détachait de plus en plus; Sa Majesté songea à autre chose. Elle - établit des lois, dont quelques-unes opportunes, comme celle qui - avait pour but la répression de la _vendetta_[321]. - - [320] _Journal de Costa._ - - [321] _Ibidem._ - -Afin d'attirer les étrangers dans l'île, Théodore proclama la liberté de -conscience. Des privilèges considérables devaient être accordés à ces -étrangers[322]. Le roi déclarait vouloir favoriser l'industrie, à peu -près inconnue en Corse[323]. - - [322] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 272. - - [323] «Toute l'île était si dépourvue d'artisans, qu'à peine y - pouvait-on trouver un tonnelier; en sorte qu'ils (les Corses) - étaient obligés de mettre leur huile et leur vin dans des cruches - ou dans des outres»: _Histoire des révolutions de l'île de - Corse_, p. 276. - -Voici la description que donne ce livre de l'insigne de l'_Ordre de la -Délivrance_. Il est à supposer d'ailleurs que cet insigne resta toujours -à l'état de projet: «La croix ou étoile de cet ordre est un champ de -sinople, arec un ourlet d'argent ou blanc. Les sept pointes de la croix -ou étoile, et l'anneau par lequel elle est attachée, sont d'or ou -jaunes; et les sept autres petites pointes de sable et chargées des -armes du roi blanches ou d'argent; et le bord de la croix jaune ou d'or. -Dans le milieu de l'étoile est la justice, couleur de chair, représentée -par une femme qui a une ceinture d'où pend une feuille de figuier d'or. -Elle tient de la main droite une épée d'acier, et de la gauche une -balance, dans un des bassins triangulaires de laquelle est une tache -rouge et dans l'autre une couleur de plomb. Au-dessous de la main, qui -tient l'épée, est un globe d'or surmonté d'une croix; et au-dessous de -la main, qui tient la balance, est un triangle d'or au milieu duquel est -un T.» - -En 1757, Pascal Paoli créa également un ordre de chevalerie composé de -cinquante _braves_, qui s'appelaient entre eux _confrères_. L'insigne -consistait en une médaille représentant Sainte Dévote: Pommereul, _op. -cit._, t. II, p. 19. - -Il autorisait également la fabrication du sel que Gênes avait prohibée. -Il réglementait la pêche dans les rivières, les étangs et sur les côtes -de la mer. Jusqu'alors la pêche était affermée aux Catalans et défendue -aux indigènes[324]. - - [324] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 277. - -Mais ces dispositions, excellentes en elles-mêmes, ne ramenaient pas la -popularité, toujours plus facile à faire naître qu'à ressaisir, quand le -désenchantement est venu. Théodore espérait gagner du temps en amusant -les Corses avec des lois, jusqu'à l'arrivée des secours qu'il -s'obstinait à promettre. - -A mesure que le temps passait, les gens de Sartène devenaient plus -impatients. Au commencement du mois de novembre, le roi était découragé. -Un attentat avait été dirigé contre lui; le commandant génois d'Ajaccio -se montrait agressif[325]. Peu à peu chacun s'éloignait de la cour; les -provisions s'épuisaient; l'argent manquait pour s'en procurer et pour -payer la solde des quelques soldats attachés à la personne de Sa -Majesté[326]. - - [325] _Journal de Costa._ - - [326] _Ibidem._ - -Ne sachant plus que devenir, Théodore prit un parti suprême. Il se -décida à partir pour le continent. Il tremblait pour sa précieuse -existence et il avait hâte de mettre la Méditerranée entre ses sujets et -lui. Il fit part de cette décision à ses compagnons, disant qu'il allait -en Italie afin de chercher lui-même des secours. Le 4 novembre, il -publia un édit pour annoncer son départ aux populations et organiser la -régence pendant son absence[327]. Hyacinthe Paoli et Louis Giafferi -reçurent le commandement en chef des provinces au-delà des monts; Luc -Ornano fut nommé gouverneur des provinces en-deçà. - - [327] «Ayant délibéré de passer en terre ferme afin de chasser - les Génois, nos ennemis, des places fortes de notre royaume, - craignant d'être trompé par ceux qui seraient chargés de nos - affaires en notre absence; et voyant, d'ailleurs, les mois - s'écouler sans qu'il vienne de secours et sans que nous sachions - d'où provient ce retardement, nous avons cru qu'il était de notre - devoir de consoler nos peuples avant notre départ, non seulement - en leur faisant connaître les justes motifs de ce voyage, mais - aussi en pourvoyant toutes les places et provinces de bons et - fidèles commandants; de manière que le gouvernement de notre - royaume ne souffre point de notre absence, et que toutes les - munitions de guerre que nous y enverrons avant notre retour, - soient reçues en toute sûreté. C'est pourquoi, en vertu de notre - présente ordonnance royale, nous avons élu, comme nous élisons - pour commandants extraordinaires les ci-après nommés, auxquels - nous confions toute notre autorité royale, en ce qui concerne le - gouvernement de nos peuples dans les places et provinces - respectives. Ordonnons, en conséquence, à tous nos peuples de - rendre l'obéissance due à nos commandants et à nos officiers, que - nous leur enjoignons de reconnaître comme tels, et de les - assister lorsqu'il sera nécessaire, sous peine de notre - indignation royale. Nous déclarons qu'autant, à notre retour, - nous saurons bon gré à ceux qui auront été fidèles et obéissants, - autant sommes-nous résolu de châtier et de punir avec toute la - sévérité possible ceux qui seront coupables de désobéissance. A - cette fin, et pour que la présente délibération vienne à la - connaissance de tous et soit un sujet de consolation pour les - bons et un motif de crainte pour les méchants, nous voulons que - cette ordonnance soit publiée dans tous les lieux du pays, par - ces mêmes commandants que nous chargeons de notre puissance - royale. Et afin de donner plus de validité à notre présente - ordonnance, nous l'avons signée de notre propre main et munie de - notre sceau royal. - - »Donné à artène. - - «THÉODORE. - - «Comte Costa, secrétaire d'État, grand chancelier et garde des - sceaux». - - Suit la liste des différents commandants institués. Cambiagi, _op. - cit._, t. III, p. 115-117.--_Histoire des révolutions de l'île de - Corse_, p. 281-284. Cet auteur porte que l'édit est daté du 14 - novembre. Cambiagi indique le 10. Ce sont des erreurs matérielles. - Théodore est arrivé le 12 novembre à Livourne. La date du 4 - novembre est formellement indiquée sur l'exemplaire de - l'ordonnance, envoyé au ministre par Campredon: Correspondance de - Gênes, vol. 98. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Aux yeux des populations, il colora sa fuite avec des paroles pompeuses -et de belles promesses. Il avait leurré les Corses à son arrivée et tout -le long de son règne; il les trompait encore au moment de s'en aller. Et -il partait parce qu'il en était réduit à son dernier mensonge. - -Théodore se mit en route, emmenant avec lui le fidèle Costa, le neveu de -celui-ci et quelques serviteurs dévoués. Il fallait gagner Solenzara sur -la côte orientale, où l'on espérait pouvoir embarquer pour Livourne. Le -froid se faisait déjà sentir dans les montagnes. Les défilés et les -sentiers se blanchissaient des premières neiges. Les pluies de l'automne -ravinaient les pentes. Les arbres pleuraient leurs feuilles mortes. Les -torrents étaient grossis. Tout laissait prévoir un voyage long et -pénible; mais le roi préférait affronter les rigueurs de la saison que -le ressentiment des Corses, qu'il prévoyait proche et implacable. - -En quittant Sartène, Théodore et sa suite s'enfoncèrent dans les défilés -tortueux de la montagne. C'était la région sombre où planait encore, -comme une malédiction, le souvenir des orgies démoniaques des -Giovannali[328]. - - [328] Voir sur la secte des Giovannali et sur leurs pratiques: - _Chronique de Giovanni della Grossa_, p. 220. - -La petite troupe dut ensuite traverser la forêt de Bavella. Ces forêts -de l'intérieur, pour ainsi dire vierges alors, entremêlées de pins et de -chênes, n'avaient aucun sentier tracé. Des blocs granitiques gisaient au -milieu des arrachements de terrain. Les aiguilles gigantesques de -l'Asinao s'élançaient vers le ciel. Les pentes étaient escarpées. A -chaque instant les difficultés renaissaient. Les fugitifs devaient -chercher leur route, tourner, aller de l'avant, revenir sur leurs pas, -n'ayant fait que peu de chemin après bien des fatigues. - -On atteignit enfin Coscione, un endroit «froid en cette saison, mais -assez agréable en été». Là, dans la belle saison, les bergers menaient -paître leurs troupeaux[329]. Maintenant, c'était un pays désolé, sans -ressources. - - [329] _Journal de Costa._ - -Théodore avait hâte d'arriver sur le rivage de la mer, dont parfois, -dans une éclaircie de paysage, il entrevoyait la raie bleue. Il pressait -ses compagnons. - -Après la forêt, ce furent des maquis impénétrables, où les arbousiers -enchevêtraient leurs branches aux myrthes et aux cytises. La solitude -était partout: rien de vivant, sauf parfois, le cri des oiseaux -effarouchés. Les provisions s'épuisaient et les voyageurs furent heureux -de trouver quelques fromages et du _broccio_[330]. Costa, toujours -préoccupé du bien-être de son maître, se mit en quête d'une cabane de -bergers. Il y alluma un grand feu, afin, dit-il, «que le roi eût le -plaisir de se chauffer»[331]. - - [330] Lait de chèvre caillé. - - [331] _Journal de Costa._ - -Neuhoff et sa suite arrivèrent à Solaro, un pauvre hameau. Les habitants -prirent cette troupe pour un clan ennemi, venant de l'autre versant de -la montagne. Ils s'échappèrent dans le maquis. Il fallut courir après -eux et Costa les désabusa. Le grand-chancelier leur apprit que c'était -le roi Théodore et ses gens qui se trouvaient parmi eux. Les paysans, à -demi-rassurés, rentrèrent au village. Ils se mirent à contempler avec -curiosité les traits de ce souverain, dont ils avaient vaguement entendu -parler. Ils lui rendirent hommage avec de grandes marques de respect et -lui offrirent tout ce dont il pouvait avoir besoin. L'un d'eux tua un -mouton qu'il fit rôtir, tandis que d'autres apportaient quelques -provisions[332]. Le roi se sentit un peu réconforté par les soins de ces -braves gens. Le souper fut «pastoral, mais agréable». Les malheureux -purent se coucher dans de vrais lits. A la vérité «ils étaient durs, -mais propres». Cette nuit fut douce et, pour bercer le sommeil de Sa -Majesté, les gens de Solaro, selon la coutume, improvisèrent des -chansons[333]. - - [332] _Journal de Costa._ - - [333] _Ibidem._ - -Le lendemain, la caravane se remit en route. Les difficultés -recommencèrent. Pendant trois jours les fugitifs endurèrent de grandes -fatigues. Ils souffraient; les nuits étaient froides. Le roi essayait de -se garantir avec son manteau de pourpre déteinte et sa fourrure usée. Ce -n'était plus le brillant seigneur portant fièrement la perruque -cavalière et l'épée espagnole, distribuant des mirlitons d'or. - -Les voyageurs atteignirent enfin une petite ville sur le bord de la mer, -près de Solenzara[334]. Voulant dépister les espions génois, Théodore -avait pris un habit ecclésiastique. Après une attente longue et pleine -d'anxiété, une voile parut enfin. C'était une barque provençale de -Saint-Tropez, commandée par le patron Décugis[335]. Ce bâtiment avait -été frété pour transporter, sur le continent, des déserteurs espagnols -réfugiés en Corse et que des officiers de Sa Majesté Catholique étaient -venus réclamer. - - [334] _Ibidem._ - - [335] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 117.--Lettre de Campredon - du 22 novembre, publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, - p. 323. - -Théodore et Costa s'embarquèrent tristement. Le roi remercia ses -compagnons; il leur donna la poudre et les balles qu'il avait avec lui -et leur remit un exemplaire de son manifeste pour être publié[336]. - - [336] _Journal de Costa._ - -La barque partit; peu à peu la terre de Corse s'effaça pour ne devenir -bientôt qu'une ombre indécise, comme avait été la royauté du baron de -Neuhoff. - -Pendant la traversée, Théodore fut sur le point de tomber entre les -mains des Génois. Le gouverneur Rivarola, informé par ses espions de la -fuite du roi, avait envoyé une felouque armée en guerre croiser devant -Aléria. Le bâtiment génois aperçut la barque provençale faisant route -vers les côtes de Toscane. Sans se soucier du pavillon français, la -felouque avait donné la chasse au bateau qui portait Neuhoff, et -l'accosta. Les Génois voulurent opérer une perquisition, mais un -officier espagnol s'interposa en leur conseillant de respecter le -pavillon d'une nation amie. Les Génois s'éloignèrent[337]. - - [337] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. - 287.--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 83. - -Théodore débarqua à Livourne le 14 novembre, à quatre heures de -l'après-midi, en s'entourant du plus grand mystère[338]. Il n'avait plus -rien avec lui, sauf quelques bribes d'argenterie, restes d'une splendeur -éphémère. - - [338] _Journal de Costa._ - - - - -CHAPITRE IV - - La fuite de Théodore et les gazettes.--Séjour à Florence.--Jean-Gaston - de Médicis et le roi de Corse.--Inquiétude des Génois.--Leurs - démarches à Paris.--Passage de Théodore en France. - - Son arrivée en Hollande.--Son arrestation pour dettes.--Il est mis - en liberté. - - Il monte une opération commerciale.--Ses commanditaires.--Il frète - des navires.--Son voyage sur _la Demoiselle Agathe_.--Ses aventures - à Lisbonne et à Oran.--Sa fuite en pleine mer. - - _La Demoiselle Agathe_ à Livourne.--Denis Richard.--Aventure - tragique du _Yong-Rombout_.--Intrigues à Naples.--Protestation des - Génois.--Réponse des États-Généraux de Hollande.--Mort de Costa. - - -I - -La fuite de Théodore avait été promptement connue en Europe. Les -gazettes en racontèrent les péripéties. Mais aussitôt après le -débarquement des fugitifs à Livourne, on avait perdu leurs traces[339]. - - [339] Le consul de France à Livourne fit mettre le patron Décugis - aux arrêts. La république de Gênes avait, en effet, demandé aux - puissances maritimes d'interdire à leurs nationaux de faire le - commerce avec les rebelles. Néanmoins Décugis fut promptement - remis en liberté. - - Maurepas à Campredon, le 13 décembre 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 328.--_Histoire des révolutions de l'île de - Corse_, p. 287. - -Le marquis de Rivarola, vice-roi de Sardaigne,[340] avait fait saisir au -mois de novembre un paquet de lettres de Théodore. Cette correspondance -avait été envoyée par un certain Mela à sa femme, avec recommandation de -la faire tenir au consul d'Angleterre. Il y avait deux lettres pour -Livourne, deux à destination d'Alger et enfin une pour le consul -anglais, dans laquelle Neuhoff lui promettait une forte récompense s'il -pouvait lui fournir de l'artillerie et des munitions et il affirmait -qu'il était d'accord en cela avec la cour de Londres[341]. - - [340] Il faut distinguer le marquis de Rivarola des deux - personnages dont j'ai déjà eu occasion de parler: Rivarola, le - gouverneur génois à Bastia, et Dominique Rivarola, l'agent des - Corses à Naples. - - [341] Le marquis de Rivarola au comte Trivera, le 27 novembre - 1736, _Genova. Lettere Ministri 1737-1745_, mazzo 16. Archives - d'État de Turin. - -Avant même de savoir ce que Neuhoff allait faire, on «tympanisait fort -sa conduite», disaient les feuilles publiques. «Après avoir commencé, il -ne devait pas finir aussi honteusement..... Il s'expose à la risée de -l'Europe ou à passer pour un lâche»[342]. - - [342] _Mercure politique et historique de Hollande_, décembre - 1736. - -Ces accès d'indignation ne dureront pas. Il y aura dans les gazettes de -Hollande un revirement étrange en faveur du baron. - -Trois jours après l'arrivée à Livourne du roi fugitif déguisé en prêtre, -le comte Lorenzi, envoyé de France à Florence écrivait: «Il est -vraisemblable qu'on en aura bientôt des nouvelles, car une personne si -remuante ne pourra pas se tenir longtemps cachée»[343]. On ne tarda pas -à savoir, en effet, qu'aussitôt débarqué, Théodore s'était rendu dans -une maison de campagne à Pescia, petite ville située à quelques lieues -de Lucques. Dans sa retraite il écrivit beaucoup et il dépêcha vers Rome -un courrier, auquel il donna vingt sequins. Il se rendit bientôt dans -une maison à deux lieues de Florence, puis il vint résider en ville, -changeant souvent d'habit et de demeure[344], pour dépister les -recherches des Génois, gens fort indiscrets. Ceux-ci se donnaient un mal -énorme pour avoir des renseignements sur lui. Sorba, envoyé de Gênes à -Paris, alla trouver Maurepas, ministre de la marine, et lui demanda de -faire arrêter le fugitif et ses compagnons s'ils venaient en France. Les -cinq esclaves turcs, qui avaient accompagné le baron, s'étaient rendus à -Marseille. Sorba exigeait qu'ils fussent livrés à la république. -Maurepas répondit que, par suite des traités existant entre la France et -la Porte Ottomane, tout sujet musulman devenait libre en mettant le -pied sur le territoire français. Comme l'envoyé de Gênes insistait, le -ministre finit par dire que les turcs devaient avoir déjà quitté -Marseille pour retourner dans leur pays[345]. - - [343] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 17 novembre 1736: - Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [344] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 1er décembre 1736: - _Ibidem_. - - [345] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 17 décembre 1736: - Correspondance de France, _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -Augustin Viale, ce négociant génois, qui représentait à Florence la -république, insista auprès des autorités grand-ducales pour que Théodore -fût mis en lieu sûr. On demanda à ce diplomate si son gouvernement lui -avait ordonné de faire cette démarche. Viale répondit qu'il n'avait pas -encore d'instructions précises à cet égard, mais que très certainement -il allait en recevoir. On lui dit d'attendre; quand ces instructions lui -seraient parvenues, on verrait ce qu'on pourrait faire[346]. - - [346] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 8 décembre 1736: - Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Les ordres de la république arrivèrent. Muni des pouvoirs réguliers, -Viale réclama officiellement au gouvernement toscan l'arrestation de -Neuhoff et de trois chefs corses qui l'accompagnaient. Après en avoir -référé au grand-duc, les ministres répondirent à l'envoyé génois que sa -requête était admise et que des ordres avaient été donnés en -conséquence. Viale garda le secret afin que le misérable ne pût pas -s'échapper. Au nom de son gouvernement, il promit quatre cents pistoles -au chef des archers s'il capturait Théodore et sa bande. Mais l'envoyé -génois n'avait aucune confiance dans les promesses du gouvernement -toscan. Il ne se trompait pas[347]. - - [347] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 15 décembre 1736: _Ibidem_. - -La république avait, en attendant, fait arrêter le confesseur du baron -et le tenait en prison, espérant le faire parler; mais le confesseur -s'était, selon son devoir, renfermé dans un silence absolu[348]. - - [348] Campredon à Maurepas, 20 décembre 1736: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 328. Ce confesseur devait être un de ces - prêtres qui entouraient le roi et auquel celui-ci aurait donné ce - titre purement honorifique, car il est vraisemblable que Sa - Majesté ne pratiquait pas beaucoup. - -Théodore avait à Florence, comme ami, un certain Baglioni, qui était le -valet de chambre favori du grand-duc[349]. Par son intermédiaire, il -obtint une audience du prince. Jean-Gaston était le dernier rejeton des -Médicis. N'ayant pas d'héritier, sa succession était promise à François -de Lorraine. Aussi ses dernières années s'écoulaient-elles dans -l'oisiveté au milieu des plaisirs les plus licencieux. Matérialiste, -Jean-Gaston aurait donné quelques mois plus tard le triste spectacle -d'une fin athée, si sa vertueuse sœur n'avait eu soin, pendant sa -dernière maladie, de faire tenir un jésuite en permanence dans sa -garde-robe, prêt à administrer le moribond au moment voulu. Comme tout -bon toscan, Jean-Gaston détestait les Génois. Cette haine venait de ce -que les Génois avaient toujours essayé de ruiner le commerce de -Livourne, pour l'attirer à eux[350]. Le dernier des Médicis se fit donc -un malin plaisir de recevoir Théodore. Le roi demanda au prince sa -protection. Celui-ci la lui accorda, à condition qu'il se tiendrait -caché et qu'il congédierait les Corses, qui étaient avec lui[351]. -Jean-Gaston aurait même donné au souverain cent sequins en lui disant -ironiquement: «_Fra noi Principi scaduti queste galanterie si possono -fare._ Entre nous princes déchus, ces galanteries peuvent se -faire»[352]. - - [349] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 174. - - [350] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 26 janvier 1737: - Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [351] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 15 décembre 1736, vol. - 87: _Ibidem_. - - [352] Le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France à Rome, à - Chauvelin, Rome, le 28 décembre 1736: Correspondance de Rome, - vol. 759.--Campredon à Chauvelin, Gênes, le 17 janvier 1737: - Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Viale attendait l'arrestation de Théodore. Mais, les jours s'écoulaient -et il ne voyait rien venir. Il alla conter ses peines à Lorenzi. Il se -croyait, disait-il, berné par le grand-duc. Ce mauvais vouloir -paralysait tous ses efforts; il était découragé. Aussi ne se mettait-il -plus en mouvement pour savoir ce que devenait l'aventurier[353]. -Jean-Gaston, poussant l'ironie jusqu'au bout, fit dire au malheureux -agent génois que sa république faisait vraiment trop d'honneur à un -pauvre roi détrôné[354]. - - [353] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 5 janvier 1737, vol. 88: - Correspondance de Florence. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - - [354] Campredon à Chauvelin, Gênes, le 17 janvier 1737, vol. 99: - Correspondance de Gênes. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -A Florence, tout le monde, sauf Viale le plus intéressé dans la -question, était au courant des faits et gestes du roi errant. - -Le Père Ascanio, ministre d'Espagne, paraissait particulièrement bien -informé. Le chanoine Orticoni, que Lorenzi déclarait être «un des plus -habiles des Corses révoltés», s'était embarqué à Livourne, le 4 -décembre, sur la chaloupe du consul espagnol. Cette circonstance était -d'autant plus significative qu'Orticoni s'était rendu à deux reprises à -Madrid. Il avait aussi fait un séjour à la cour du roi des Deux-Siciles, -qui l'avait nommé son aumônier d'honneur avec pension. Les Corses, qui -se trouvaient auprès de Théodore, avaient subitement disparu, et leur -disparition coïncidait avec le départ d'Orticoni. Lorenzi fut frappé de -cette coïncidence. Une entrevue que le Père Ascanio avait eue avec Costa -quelque temps auparavant, donnait une certaine importance à ce fait. -L'envoyé de France voulut en avoir le cœur net et alla trouver le Père -Ascanio. Celui-ci parut tout d'abord un peu embarrassé; puis il finit -par dire qu'il n'avait pas vu Costa lui-même, mais bien son neveu, -auquel il aurait déclaré que les Corses, n'étant pour l'instant pas -libres de disposer d'eux-mêmes, ne devaient pas offrir, comme ils -l'avaient fait, la souveraineté de leur île au roi des Deux-Siciles. -D'ailleurs, il ne convenait pas à ce prince de succéder au baron -Théodore. Lorenzi dut se contenter de cette réponse; mais il écrivait au -ministre qu'il croyait positivement que l'entretien du Père Ascanio avec -le neveu de Costa n'avait pas seulement roulé sur ce sujet. Ce qui -confirmait Lorenzi dans cette opinion c'est que, durant le séjour des -Corses à Florence, le religieux avait envoyé mystérieusement une -estafette à Naples et son cocher à Livourne. - -Peu de temps après, le roi d'Espagne, inquiet sans doute des démarches -compromettantes de son représentant, donna l'ordre au Père Ascanio de -déclarer que Leurs Majestés Catholiques n'avaient promis aucun secours à -Neuhoff[355]. - - [355] Lorenzi à Chauvelin, Florence, les 1er et 22 décembre 1736: - Correspondance de Florence, vol. 38. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - De son côté Campredon écrivait à Chauvelin: «Si la conduite du - consul espagnol à Livourne a eu pour objet la compassion dans ce - qu'il a fait en faveur du baron de Neuhoff l'on ne peut pas dire - la même chose de ce qui a rapport au chanoine Orticoni, aumônier - du roi des Deux-Siciles et son pensionnaire; il ne paraît guère - vraisemblable que de cette part on eût approuvé tacitement la - démarche du consul, s'il avait, comme on le dit, surpris le - commandant de Livourne lorsqu'il lui a demandé de faire sortir de - nuit sa felouque pour une expédition qui regardait le service de - la cour de Naples. Quoi qu'il en soit, l'on voit que depuis - l'arrivée d'Orticoni en Corse, les révoltés ont redoublé - d'animosité et de courage... - - «Je suis bien persuadé que la cour de Naples ne leur donne encore - aucun secours ouvertement, sous le prétexte de religion, de ne - point envahir le bien d'autrui, mais il y a de bonnes raisons pour - croire que si Orticoni vient à bout d'occuper quelques villes où - il y a un bon port, et à rendre son parti supérieur, le roi de - Naples acceptera l'offre que lui feront les Corses de se donner à - lui...» - - Gênes, le 17 janvier 1737: Correspondance de Gênes, vol. 99. - Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Nous verrons beaucoup de démentis pareils dans l'histoire de Théodore. -Il faut les signaler, tout en faisant des réserves sur leur valeur, car -on sait ce que valent les démentis diplomatiques. - -Vers le même temps, le hasard mit Lorenzi en rapport avec une personne -chez qui Neuhoff avait logé pendant huit ou dix jours. Ce particulier -lui apprit que le roi de Corse entretenait de grandes espérances; il se -flattait d'avoir l'appui du bey de Tunis, du roi de Sardaigne et d'une -puissante compagnie de marchands juifs hollandais. Il avait beaucoup -écrit, selon son habitude, et il avait dépêché deux hommes, l'un à -Bologne, l'autre dans la Calabre à un évêque maronite. Pour l'instant, -l'aventurier se trouvait bien muni d'argent[356]. - - [356] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 22 décembre 1736: - Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Ne pouvant mettre la main sur son ennemi, le Sénat de Gênes avait lancé -un manifeste pour le déconsidérer aux yeux des Corses, en lui imputant -toutes les lâchetés et toutes les friponneries. Cet écrit fut répandu à -profusion dans l'île. Les insulaires reçurent ce factum fort mal, comme -d'ailleurs tout ce qui venait de Gênes. La république se trompait -étrangement en croyant achever le malheureux Théodore avec ses édits; -elle lui donna un regain de popularité. Paoli, Giafferi et d'Ornano, qui -avaient été plus ou moins hostiles au roi pendant son règne, -s'indignèrent; s'étant réunis à Corte, ils expédièrent à la Sérénissime -République une véhémente protestation. Entr'autres, ils disaient: -«Ainsi, nous prenons à témoin le Tout-Puissant, qui voit nos cœurs et -connaît la justice de notre cause, et nous déclarons à la face de tout -l'univers que Sa Majesté le roi Théodore Ier, n'ayant travaillé depuis -son arrivée en Corse qu'à faire le bonheur de cette illustre nation, et -n'étant parti que pour assurer l'heureux terme, qui doit mettre le sceau -à notre prospérité et la rendre durable, nous continuons à lui demeurer -attachés par une affection des plus tendres et par une fidélité des plus -inviolables...»[357]. Voilà assurément de belles paroles; mais ce -n'étaient que des mots. Ou bien les Corses pensaient tout le contraire -de ce qu'ils écrivaient, ou bien, par un prodige d'inconstance, ils -s'étaient pris d'une belle passion pour leur roi, le jour où celui-ci -les avait fuis. - - [357] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. - 296-297.--Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 120-123. - - «Les révoltés paraissent plus animés et plus unis qu'avant le - départ du baron de Neuhoff.» Campredon à Maurepas, 6 décembre - 1736: Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 325. - -Le Sénat, voyant que son manifeste avait produit un effet diamétralement -opposé à celui qu'il en attendait, rendit un décret pour mettre à prix -la tête de Théodore et celle de ses complices. «Ainsi, nous avons -assigné et fixé une récompense de deux mille genuines, ou écus d'or, -pour quiconque livrera entre les mains de notre justice, ou tuera -quelqu'un des sus-nommés. Cette somme sera payée sur le champ par le -tribunal de nos Inquisiteurs d'État. Promettons en outre et donnons -toutes sortes d'assurances de ne jamais faire connaître celui qui aura -livré ou tué aucun d'eux et de n'en pas révéler la moindre chose»[358]. - - [358] Les personnages dont la république mettait la tête à prix - étaient: Théodore de Neuhoff, Costa père et fils et Durazzo. En - ce qui concernait le jeune Costa, le Sénat se trompait; il - n'était pas le fils, mais bien le neveu du fidèle compagnon de - Théodore. - -Ce décret fut lu dans les rues de Gênes par le crieur public et affiché -sur les places[359]. - - [359] Campredon à Maurepas, 10 janvier 1737: Abbé Letteron, - _Correspondance_, p.321. - -Vers la fin du mois de janvier 1737, un navire battant pavillon -hollandais apporta en Corse une lettre de Théodore aux trois régents. Le -capitaine ne voulut pas dire dans quel endroit il l'avait reçue. Elle ne -contenait rien d'intéressant; le roi se répandait en vagues généralités, -sans rien préciser ni quant à son retour ni quant aux secours, qu'il -était allé chercher sur le continent[360]. - - [360] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 126-197.--_Histoire des - révolutions de l'île de Corse_, p. 307-378. - -Ne voulant pas s'exposer à être livré ou tué par quelque misérable, que -la récompense promise par le Sénat de Gênes aurait alléché, Théodore -quitta Florence au mois de décembre 1736. Il se rendit à Rome, où il -avait deux fidèles amies, les dames Cassandre et Angélique Fonseca, -religieuses au couvent des Saints Dominique et Sixte, situé sur le mont -Quirinal. Ces bonnes sœurs, nous l'avons vu, connaissaient Neuhoff -depuis quelques années. Il se servait souvent de leur intermédiaire pour -faire passer sa correspondance. Elles lui remirent quelque argent; il -quitta Rome. Il se trouvait, le 2 janvier, à Turin[361]. - - [361] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 175. - -Gastaldi, le ministre de Gênes en Angleterre, avait écrit à Sorba qu'il -croyait que Théodore se trouvait à Londres avec Costa. Il n'en était -rien; mais, pensant que l'aventurier viendrait à Paris, Sorba fit des -démarches pour que le lieutenant général de police, Hérault, le fît -arrêter[362]. Le baron, en effet, fit un court séjour à Paris et on -raconte qu'il y fut l'objet d'un attentat suscité par les Génois. Comme -il passait en carrosse, il aurait essuyé deux coups de feu[363]. Il est -plus vraisemblable de supposer que le gouvernement lui intima l'ordre de -quitter le royaume sans retard[364]. - - [362] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 14 janvier 1737: - _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - - [363] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 313. - - [364] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 91. - -En apprenant que Théodore avait passé par Paris et que la police ne -l'avait pas pris, Sorba fut furieux. Il alla trouver le cardinal Fleury, -qui lui répondit en protestant que la France ne s'était jamais mêlée -dans la révolte de Corse. Sorba se rendit chez Hérault. En termes -vagues, le lieutenant général de police lui laissa entendre qu'en effet -Théodore avait passé deux jours à Paris à la fin du mois de janvier. -L'aventurier était seul et dans l'auberge où il était descendu, il avait -dit qu'il allait s'embarquer. Sorba demanda s'il était parti par la -route du Languedoc ou par celle de Provence. Hérault répondit que -c'était par le côté opposé. Le ministre insista pour savoir ce qu'il -fallait entendre par le _côté opposé_. Le chef de la police déclara que -le cardinal, quand il le jugera à propos, pourra satisfaire sa -curiosité[365]. - - [365] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 4 mars 1737: _loc. - cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -En quittant Paris, Théodore se dirigea vers la Hollande. Il prit passage -à Rouen, après avoir fait répandre le bruit qu'il allait s'embarquer à -Marseille. Il arriva à La Haye, où il séjourna, environ une quinzaine de -jours, chez un juif nommé Tellano, demeurant dans «le cul-de-sac de la -Comédie-Française». Il se rendit ensuite en Zélande et, au commencement -du mois de mars, il arriva à Amsterdam[366]. - - [366] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 313-314.--Percy - Fitzgerald, _op. cit._, p. 91. - - -II - -«Sa Majesté très chimérique l'illustre roi des Corses», comme une lettre -d'Amsterdam appelle le baron, prit un logement chez un nommé Ham, qui -tenait sur le port une auberge, où descendaient habituellement les -capitaines de navire. Théodore, qui paraissait avoir de l'argent, se -donnait pour un marchand quoiqu'il reçût nombre de lettres avec cette -adresse: _au baron de Savoye_. Il avait avec lui cinq domestiques, -qualifiés gentilshommes. Ceux-ci, valets ou chambellans, témoignaient au -roi un profond respect. A tour de rôle, ils se tenaient en faction -devant la porte de l'auberge et examinaient soigneusement les gens qui -entraient ou qui sortaient[367]. - - [367] Lettre écrite d'Amsterdam le 16 mars 1737: Correspondance - de Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Neuhoff avait à Amsterdam de vieilles dettes se montant à un chiffre -très élevé[368]. Un marchand lui avait jadis prêté cinq mille florins. -Ce commerçant était mort; les tuteurs de ses enfants avaient trouvé dans -ses papiers l'obligation du baron. Apprenant par la rumeur publique que -celui-ci était incognito à Amsterdam, ils essayèrent, mais en vain, de -le découvrir. Théodore avait bien un appartement chez l'aubergiste Ham, -seulement il n'y couchait jamais. Prétextant des voyages, il logeait -pendant quelques jours à une extrémité de la ville, pendant une autre -semaine, il gîtait dans un quartier tout à fait opposé; il était -introuvable. Les créanciers s'adressèrent à un «malheureux fainéant», -nommé Van Hochum, qui rôdait à travers les rues. Ils lui donnèrent le -signalement exact de leur débiteur. Ils vêtirent «superbement» le -mendiant et le lâchèrent après lui avoir promis cent ducats, s'il -parvenait à découvrir Neuhoff et à le faire arrêter. - - [368] De la Ville, faisant l'intérim de Fénélon, ministre de - France à La Haye, à Amelot, La Haye, le 23 avril 1737: - Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Le comte Borré de la Chavanne, ministre - sarde à La Haye, au roi de Sardaigne, La Haye, le 23 avril 1737: - _Lettere ministri_, mazzo Olanda, mazzo 33. Archives d'État de - Turin.--Suivant ces deux ministres, les dettes de Théodore, en - Hollande, se montaient à dix-sept mille florins. Une relation de - l'arrestation de Théodore indique le chiffre de trente mille - florins. - -Déguisé en seigneur, Van Hochum était méconnaissable. Il se mit à -parcourir la ville, furetant dans les estaminets et dans les auberges. -Il apprit bientôt que Théodore logeait, pour l'instant, au cabaret du -_Cerf rouge_. Le coquin l'y trouva et le reconnut; mais, voulant -s'assurer de son identité, il s'insinua auprès de lui et se mit à lui -débiter toutes sortes de fables. - -Le roi se tenait sur la réserve; il ne s'était pas nommé. Cependant «il -goba» toutes les histoires du traître. Celui-ci--un homme -retors--employa un moyen infaillible pour faire jaser le baron: il lui -proposa de l'argent. Il désirait, dit-il, obtenir un brevet de -capitaine, en échange duquel il remettrait quatre-vingt mille florins -comme garantie de sa bonne conduite. - -Une pareille proposition impressionna Neuhoff. Sa prudence s'effaça -devant la perspective de la forte somme. Il déclara ses noms, titres et -qualités et dit qu'il était disposé à délivrer le brevet en question -revêtu de son sceau royal. Le mendiant, certain de tenir son homme, -revint le lendemain au _Cerf rouge_. Il arriva hors d'haleine et se -précipita tout essoufflé dans la chambre du roi en criant: «Sauvez-moi; -je suis perdu; cachez-moi. Les archers sont à mes trousses!» -Effectivement, la police le suivait; c'était lui qui l'avait fait venir. -Van Hochum feignit de mettre l'épée à la main pour se défendre. Les -archers, sans s'occuper de lui, allèrent directement à Théodore, et le -chef, lui mettant la main sur l'épaule, lui déclara qu'il l'arrêtait -pour dettes. Durant toute la journée, le malheureux souverain fut gardé -à vue par un _bode_, sorte d'huissier. Le lendemain, on transféra le -prisonnier dans un autre cabaret situé près de l'Église Neuve, dans -lequel on mettait ceux qu'on tenait en arrêt civil. Cela se passait le -17 avril. - -Cette arrestation fit quelque bruit. Le triste sort du roi de Corse -excita «la compassion de tous les honnêtes gens». Plusieurs personnes de -qualité vinrent le voir. - -Il reçut les visiteurs avec dignité, mais «très laconiquement». On le -trouva bel homme; il était haut de cinq pieds et demi, fort, d'une -carrure toute germanique; il avait l'air hardi en même temps que -spirituel. Il parlait couramment sept langues[369]. - - [369] _Relazione del modo con cui vienne scoperto nella città - d'Amsterdam il barone Teodoro di Neuhoff, re di Corsica, e - dell'arresto fattone eseguire dai vari crÉditori del medesimo: - Materie politiche, negoziazioni colla Corsica_, mazzo 1º - d'addizione. Archives d'État de Turin. - -Dans sa détresse, Théodore écrivit au marquis de Saint-Gill, ambassadeur -d'Espagne à La Haye. Il offrait de céder au roi des Deux-Siciles tous -ses droits sur la Corse aux conditions suivantes: - -«1e Sa Majesté Catholique lui donnera quelque commandement dans les -troupes espagnoles destinées contre les Africains; - -«2e Le marquis de Saint-Gill engagera le consul résident d'Espagne, à -Amsterdam, à le cautionner, lui, baron de Neuhoff, pour la somme de -trois mille pistoles». - -Il demandait à l'ambassadeur d'envoyer sans délai un exprès à Madrid -pour porter ses propositions et de lui accorder asile dans l'hôtel -d'Espagne, à La Haye, jusqu'à la réponse. Cette lettre, datée du 19 -avril, surprit M. de Saint-Gill; il hésita un instant sur le parti qu'il -devait prendre. Il se décida enfin à répondre au baron qu'il ne pouvait -rien faire pour lui[370]. - - [370] De la Ville à Amelot, La Haye, le 23 avril 1737: - Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le prisonnier allait être transféré à la maison de ville, lorsque -plusieurs personnes, émues de voir ce misérable monarque traîné en -cachot, se concertèrent pour le tirer de ce fâcheux pas. - -S'il n'y avait eu que les cinq mille florins réclamés par les héritiers -du marchand, les bonnes âmes auraient pu garantir cette somme. Mais, dès -que l'arrestation du baron fut connue, une nuée de créanciers surgit. Il -en vint de tous les côtés, qui prirent arrêt contre lui, si bien qu'il -se trouva écroué pour une somme de dix-huit à vingt mille florins. Les -amis du prisonnier ne se découragèrent pas; ils tinrent plusieurs -conférences. Ils décidèrent, dans un superbe accord, de désintéresser -les créanciers du roi pour obtenir son élargissement, et ils allaient -compter l'argent lorsqu'arrivèrent de nouveaux créanciers. Un mardi, à -cinq heures trois quarts, on obtint un nouvel écrou contre Théodore pour -cinq cents livres sterling, le lendemain un autre pour six cents -florins. Décidément ils étaient trop. Malgré leur bonne volonté, les -amis charitables durent renoncer à leur projet, parce que, nous dit-on, -ils s'aperçurent que «c'était la mer à boire»[371]. - - [371] _Relazione_: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -Un mercredi matin, à huit heures et demie, l'infortuné baron fut mis -dans la prison de la maison de ville, où l'on incarcérait les débiteurs -récalcitrants. On le logea dans une cellule séparée et on le traîta avec -égard. Le nombre de ses dettes laissait supposer qu'il resterait -longtemps sous les verrous[372]. - - [372] «Chaque jour de nouveaux créanciers se produisent, qui - aggravent son écrou et il ne lui sera pas aisé de trouver les - sommes qu'on lui demande».--De la Ville à Amelot, La Haye, le 7 - mai 1737: Correspondance de Hollande, vol. 423. Archives du - Ministère des affaires étrangères.--Borré de la Chavanne au roi - de Sardaigne, La Haye, le 7 mai 1737: _loc. cit._ Archives d'État - de Turin. - - Le jour même où le ministre de France et le ministre sarde - signalaient à leur gouvernement la difficulté pour Théodore de se - libérer promptement, celui-ci sortait de prison. - -Van Hochum ne s'était pas contenté des cent ducats stipulés par les -héritiers du marchand; il avait écrit au Sénat de Gênes pour l'informer -de la détention de Théodore et demander la récompense promise[373]. Il -est vraisemblable de croire que la république fit la sourde oreille. - - [373] _Relazione_: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -On s'attendait à voir les Génois réclamer impérieusement le prisonnier -aux États Généraux. La question était de savoir si leurs Hautes -Puissances feraient droit à cette requête. - -Théodore était un personnage encombrant pour le gouvernement hollandais. -Celui-ci répugnait à l'idée de le livrer entre les mains de ses ennemis. -D'un autre côté, il ne voulait pas froisser ouvertement les Génois. -Aussi disait-on que les autorités ne feraient rien pour empêcher son -évasion. Les gazetiers reçurent l'ordre de ne pas parler de Neuhoff dans -leurs feuilles. Plusieurs membres du gouvernement allèrent jusqu'à dire -que le roi de Corse ne se trouvait pas en Hollande[374]. - - [374] _Relazione_: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.--De la - Ville à Amelot, La Haye, le 25 avril 1737: Correspondance de - Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Borré de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye, - le 30 avril 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - -La nouvelle de l'arrestation du roi fut apportée dans l'île par le comte -Antoine Colonna et Jean-Baptiste Sinibaldi. Ces deux individus qui se -donnaient, l'un, le titre de colonel d'infanterie, l'autre, celui de -capitaine dans le régiment des gardes corses de Théodore, s'étaient -embarqués à Nice sur une felouque. Arrivés à Aléria, ils se rendirent au -milieu des rebelles campés devant Bastia. La nouvelle fut accueillie -avec consternation, car Neuhoff n'avait jamais eu plus de popularité -parmi les Corses que depuis son départ. Colonna et Sinibaldi -apportaient, dit-on, à Orticoni et à Paoli des lettres de Théodore leur -racontant son aventure. - -On apprit dans Bastia l'emprisonnement du roi. Le gouverneur génois, -Rivarola, essaya d'en tirer parti. La situation devenait de plus en plus -précaire. Il était impossible de se ravitailler et on devait faire venir -de Gênes toutes les provisions nécessaires. Rivarola fit faire du haut -des remparts une proclamation promettant aux rebelles un pardon général. -Il leur proposa d'envoyer des députés pour discuter les conditions de la -paix basée sur la convention passée avec l'empereur. Les mécontents -écoutèrent en silence. Pendant un instant, ils se recueillirent, -laissant au héraut le temps d'espérer une réponse favorable. Subitement, -un immense cri retentit: «Vive le roi Théodore notre père!» Puis, ils -firent dire au gouverneur qu'ils espéraient toujours en leur souverain -et que si celui-ci ne se trouvait plus en état de les aider, quelqu'un -des siens viendrait sûrement les secourir. Ils appuyèrent cette réponse -d'une fusillade nourrie qui dura trois heures. L'alarme se répandit dans -Bastia; on organisa la résistance. Finalement, les Corses firent -prisonniers sept ou huit malheureux Génois qui se trouvaient dans un -poste avancé[375]. - - [375] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 316-318. - -La joie fut grande à Gênes lorsqu'on apprit l'incarcération du roi de -Corse. Si les magistrats ne l'avaient empêché, les particuliers auraient -illuminé. Mais, comme dit un journal, ce n'eût été que des «feux de -paille»[376]. En effet, on apprit bientôt l'élargissement de Théodore. A -Gênes, on voulait absolument que ce fût l'ambassadeur d'Espagne, à La -Haye, qui l'eût fait mettre en liberté. On disait que si officiellement -il avait déclaré ne pouvoir accorder sa protection au baron, il se -serait entremis secrètement en sa faveur[377]. Les Génois voyaient des -conspirations partout. Cette fois-ci, la protestation officielle disait -vrai. Théodore, pour l'instant, semblait avoir renoncé aux intrigues -politiques; il allait faire de sa royauté une vaste entreprise -commerciale[378]. - - [376] _Mercure historique et politique de Hollande_, numéro de - juin 1737. - - [377] Campredon à Amelot, Gênes, le 16 mai 1737: Correspondance - de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 353. - - [378] J'ai dû reconstituer cette partie de la vie de Théodore - avec des documents très postérieurs. - - Au moment où l'expédition française, en Corse, se préparait, - c'est-à-dire à la fin de l'année 1737, Amelot envoya à Livourne le - sieur Pignon. Celui-ci avait pour mission spéciale de se tenir au - courant de tous les faits et gestes des Corses un peu influents - dont Livourne était le rendez-vous. Pignon se trouva en rapport - avec un insulaire très au courant des démarches de Théodore en - Hollande après sa captivité. Dans une lettre datée du 13 janvier - 1738, Pignon rapportait tous ces détails à Amelot. Du reste, - Campredon, le 2 octobre 1738, fournit à Amelot des renseignements - très précis sur les intrigues de Théodore au sortir de prison. Il - tenait ces détails--nous verrons comment--d'un des secrétaires de - Théodore. Les récits de Pignon et de Campredon concordent - absolument. Ce sont ces rapports qui m'ont servi pour cette - période. La correspondance de Pignon figure dans le volume _Corse_ - no 1 aux archives du Ministère des affaires étrangères. Elle a été - publiée par M. l'abbé Letteron dans: _Pièces et documents divers - pour servir à l'histoire de la Corse pendant les années - 1737-1739_. Bulletin de la Société des Sciences historiques et - naturelles de la Corse; Bastia, 1893. - -Il avait pour ami, à Amsterdam, le sieur Lucas Boon, député aux États -pour la province de Gueldre, négociant, adonné à l'alchimie, intrigant, -âpre aux affaires et parfaitement fait pour s'entendre avec le -petit-fils du drapier de Liège. - -Lucas Boon alla plusieurs fois à la prison rendre visite au roi. -Celui-ci parla de son royaume et éblouit le marchand en énumérant toutes -les richesses qu'on pourrait tirer d'un pays neuf et fertile. Boon se -mit en rapport avec les sieurs César Tronchin, Daniel Dedieu, ancien -président des Échevins d'Amsterdam et un autre négociant nommé -Neufville. Le député alchimiste leur insinua que Théodore serait en -mesure de chasser les Génois de la Corse s'il trouvait quelque argent -pour acheter des munitions. Le baron s'engagerait à rendre les sommes -qui lui seraient avancées en fournissant de l'huile d'excellente qualité -et calculée à très bas prix. Boon déclara que cette marchandise était -abondante en Corse. L'île appartenait presqu'entièrement au roi et les -Génois étaient impuissants à lui ravir ses possessions. - -Ces marchands, pour la plupart israélites, furent séduits par la -perspective de bénéfices considérables. Le prix de l'huile fut débattu -et l'affaire conclue. Tronchin, Dedieu, Neufville et Boon s'associèrent -pour commanditer Théodore. Il s'agissait d'une somme assez considérable. -Boon, qui avant tout était un homme d'affaires, loin d'avoir fourni sa -quote-part dans l'association, aurait retenu une commission sur l'argent -avancé au roi. Il fut entendu qu'on organiserait, sans retard, -l'expédition destinée à porter les armes et les munitions en Corse en -échange de l'huile. Boon se fit charger de la correspondance à laquelle -l'expédition donnerait lieu[379]. - - [379] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99. - -D'après une lettre d'Amsterdam plusieurs personnes s'étaient mises en -mouvement pour obtenir l'élargissement du roi. Le comte de Golowkin, -ministre de Russie à La Haye, pendant un séjour qu'il fit à Amsterdam, -eut plusieurs conférences avec Dedieu, qui avait représenté la Hollande -en Russie. Ces deux personnages auraient contribué, par leurs démarches, -à la mise en liberté de Théodore. Les créanciers durent se contenter -d'une «caution juratoire», c'est-à-dire de la promesse faite sous -serment par leur débiteur de les payer dès qu'il le pourrait. Le baron -aurait, à cet effet, élu domicile à Amsterdam. Ces dispositions -regardaient les créanciers étrangers. Quant à ceux de Hollande, il -paraîtrait que l'arrêt, qu'ils avaient obtenu contre Théodore, n'était -pas dans les formes voulues. Ils durent, dans ces conditions, renoncer -aux poursuites. D'ailleurs, il ne niait aucune dette. Il demandait -seulement du temps pour s'acquitter[380]. - - [380] Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737, - communiquée le 14 mai par de la Ville à Amelot: Correspondance de - Hollande, vol. 423. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Il est probable que Théodore paya, avec l'argent mis à sa disposition -par les marchands, quelques-uns de ses créanciers les plus impatients. -Il fut cité devant la chambre des Échevins. Ayant toujours le -sentiment--on pourrait dire la folie--des grandeurs, il demanda à -comparaître avec son chapeau, son épée, sa canne et ses gants. Cette -satisfaction lui ayant été accordée, il arriva à l'audience et se tint -debout. Le tribunal se leva et resta debout également. Jamais les -magistrats n'avaient agi ainsi. Le cas n'était pas banal: les échevins -voyant rarement un souverain comparaître devant eux. On déféra le -serment à Théodore. Il jura de régler ses dettes dès qu'il se -trouverait en état de le faire. Cette promesse enregistrée et toutes les -formalités accomplies, il se retira. - -Une foule énorme s'était amassée devant la maison de ville pour voir un -homme, dont le nom avait fait tant de bruit dans le monde. On -l'attendait à la sortie principale. La curiosité populaire fut déçue, -car, suivant son habitude, il se déroba par une porte de derrière. Un -carrosse l'attendait; il y monta et disparut. Il alla se reposer chez -ses amis, sans doute dans la maison de campagne de Daniel Dedieu[381]. - - [381] Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737, - communiquée le 14 mai par de la Ville à Amelot: Correspondance de - Hollande, vol. 123. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Borré de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye, - le 14 mai 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.--_Histoire - des révolutions de l'île de Corse_, p. 315-316. - - -III - -Il faut croire que la défense qui avait été faite aux gazetiers de -parler de Théodore n'était pas bien sérieuse. Les feuilles continuèrent -à mentionner ses hauts faits; seulement, le ton avait changé. Au mépris -et à l'ironie, avec lesquels ils avaient flétri le départ de Corse, -succédaient des termes flatteurs. Les notes insérées dans les journaux -prenaient un air de réclame. Les commerçants, commanditaires du roi, -savaient que le concours de la presse est chose indispensable quand on -lance une affaire. Ils s'étaient arrangés de façon à l'avoir. - -Lucas Boon fréta, à Flessingue, un petit bâtiment nommé _La Demoiselle -Agathe_, commandé par le capitaine Gustave Barentz et portant onze -hommes. Le navire vint à l'île du Texel pour faire son chargement. Le -négociant fit embarquer deux canons en fer, quelques barils de poudre, -de l'acier, du plomb, des barres de fer, une caisse de papier à écrire, -de l'amidon, des fusils, des mousquets, des pistolets, des trompettes, -des étoffes, des souliers «et autres bagatelles en petite -quantité»[382]. - - [382] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99. - -Au mois de mai, Théodore prit à son service, comme secrétaire, un -anglais natif de Guernesey, appelé Denis Richard. C'était un garçon -d'esprit et très capable. Neuhoff avait également engagé un nommé -Giraud, dit Keverberg, fils d'un capitaine de dragons hollandais. - -Le 26 juin, Denis Richard et Keverberg reçurent l'ordre de se rendre au -Helder, petite ville située à une lieue environ de l'île du Texel. Là -ils devaient descendre à l'auberge «les armes d'Amsterdam» et attendre -un personnage, qui leur donnerait de nouveaux ordres. Tronchin avait -bien recommandé aux deux employés de ne pas trahir l'incognito de Sa -Majesté, qui désirait passer pour un gentilhomme nommé Villeneuve. -Richard et Keverberg arrivèrent au Helder le 27 juin, vers midi. Le même -jour, à trois heures, une chaise de poste amena le personnage annoncé. -Celui-ci descendit à l'auberge et fit demander Richard et Keverberg. Ils -se rendirent dans sa chambre. Après les salutations, l'individu, qui -était Lucas Boon, remit aux deux secrétaires une lettre de Tronchin leur -ordonnant de suivre ponctuellement toutes les instructions qui leur -seraient données. Boon et Keverberg s'embarquèrent pour le Texel; ils -trouvèrent le navire en rade, prêt à mettre à la voile au premier vent -favorable. - -Mais Lucas Boon était fort «tribulé», car il vit beaucoup de gens -étrangers à la mine suspecte. Il écrivit sur le champ à Théodore qu'il -ne serait pas prudent pour lui de venir s'embarquer au Texel. Il -l'engagea à se rendre à Wyk-aan-Zée, à douze lieues de l'île; là il -prendrait une barque de pêcheur pour le conduire en mer où il trouverait -le navire. _La Demoiselle_ _Agathe_ devait arborer au grand mât une -flamme aux couleurs anglaises. Il lui envoyait un pavillon pareil pour -la barque. Keverberg, chargé de la commission, partit en chaise. Il se -rendit chez Daniel Dedieu, où il prit Sa Majesté. Le 29 juin, à l'aube, -Boon et Richard s'embarquèrent. A neuf heures du matin, on leva l'ancre -pour aller en mer à la rencontre de la barque portant Théodore. Un vent -violent se mit à souffler. Le pilote déclara qu'il ne pouvait pas -diriger le navire dans la direction de Wyk-aan-Zée. Il fallait ou gagner -la haute mer ou rentrer au Texel. Boon donna l'ordre de revenir. -Aussitôt le navire ancré au port--vers midi--le négociant partit en -poste pour courir à la recherche de Théodore. Il arriva à Wyk-aan-Zée, -où il apprit que le seigneur et son secrétaire avaient pris une barque -et qu'ils étaient en mer depuis le matin. - -Théodore et Keverberg avaient navigué toute la journée à la recherche de -_La Demoiselle Agathe_. La nuit était venue: le patron décida qu'on -irait au Texel. A onze heures du soir, la barque arriva et Sa Majesté -s'embarqua sur _La Demoiselle Agathe_. - -Pendant ce temps là, Boon, très marri, cherchait Neuhoff. Il revint au -Texel, le 30, vers neuf heures du matin et éprouva une grande joie en -voyant le roi installé à bord. - -A quatre heures de l'après-midi, _La Demoiselle Agathe_ mit à la -voile[383]. - - [383] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe, - _maistre Gustavius Barentz, parti de Texel le 30e juin et arrivé - à la rade de Livourne le 13e septembre de 1737_: _Corsica - 1737-1738_ N. 1/2121. Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - - Ce journal a été rédigé par Denis Richard, qui ensuite le livra au - gouvernement génois.--Antonio Battistella, _op. cit._, p. 176. - -Maître Gustave Barentz commandait pour la première fois un bâtiment. A -son inexpérience, il joignait, paraît-il, un «jugement très limité» et -n'avait «aucune pénétration». Il ne se doutait pas qu'il avait le roi de -Corse comme passager. Boon lui avait dit que le monsieur embarqué était -un certain Bookmann associé du sieur Evers, négociant à Livourne[384]. -Keverberg passait pour inspecteur des magasins et Richard pour le -secrétaire général de l'entreprise commerciale. Le capitaine crut -facilement toutes ces histoires. Du reste, le navire avait été -officiellement frété pour Livourne. - - [384] Bookmann et Evers existaient réellement. Ils étaient à - Livourne les correspondants de Lucas Boon.--Pignon à Amelot, le - 13 janvier 1738: Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. - 95-99.--_Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._ - -A neuf heures du soir, quand le navire fut en pleine mer, Lucas Boon -débarqua, en recommandant à Barentz d'avoir le plus grand soin du -monsieur. Il ajouta que celui-ci lui donnerait en route une lettre -contenant de nouvelles instructions[385]. - - [385] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._ - -Le 13 juillet, en arrivant devant les îles Berlenga, sur la côte de -Portugal, Théodore remit à Barentz une lettre dans laquelle Lucas Boon -dévoilait la véritable identité du soi-disant Bookmann. Le bon capitaine -fut très surpris et la pensée d'avoir à son bord un si grand personnage -«lui causa une grande admiration». Le baron lui ordonna de relâcher à -Lisbonne. Le 15 juillet, à onze heures du matin, _La Demoiselle Agathe_ -mouilla devant Belem. Dans l'après-midi, sur les quatre heures, le -bateau de la santé arriva. Tous les hommes du bord furent passés en -revue. Théodore, qui n'aimait pas beaucoup à se montrer, était resté -dans sa cabine. Les inspecteurs demandèrent ce qu'était devenu le -passager qui manquait à l'appel. On leur répondit que le marchand se -trouvait incommodé par la goutte. Ils exigèrent qu'il montât sur le -pont. Le baron arriva, soutenu par Richard et Keverberg, feignant une -grande difficulté à marcher. Il portait une robe de chambre en soie -indienne, qui laissait voir une chemise garnie; aux pieds il avait des -pantoufles de maroquin et son bonnet blanc était recouvert d'un chapeau -en castor. On le trouva bien élégant pour un malade. A sa mine -florissante, le médecin le déclara en parfaite santé. Tout cela sembla -louche. Le bruit se répandit qu'un grand personnage se trouvait à bord -de _La Demoiselle Agathe_, et on ne tarda pas à savoir que c'était le -roi de Corse. On donnait de lui ce signalement: «un homme de haute -stature, bien fait, âgé d'environ cinquante ans, d'une prestance -superbe, avec le visage blanc et arrondi»[386]. - - [386] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._--Lettre écrite de Lisbonne le 30 juillet 1737 à Joseph - Buonaroti, à Gênes, et communiquée par celui-ci au Sérénissime - Collège. Filza 1737-38, No generale 1/2121. Archives d'État de - Gènes, archives secrètes. - -La renommée, qui s'attachait à ses pas, l'inquiétait, car il avait -toujours peur d'être assassiné par quelque émissaire des Génois ou, tout -au moins, de voir surgir un créancier hargneux; aussi se tenait-il dans -sa cabine. - -Lucas Boon avait aussi recommandé Théodore sous le faux nom de Bookmann -à ses correspondants de Lisbonne, les sieurs Bruyn Vernais et Cloots, -marchands droguistes, qui devaient compléter la cargaison[387]. - - [387] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.--_Journal du voyage du - navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. cit._ - -Le roi était agité d'une perpétuelle frayeur. Le vendredi 19 juillet, il -envoya Keverberg chez le résident de Hollande, Van Sil, qui était très -lié avec le père du jeune homme. Celui-ci fut reçu à bras ouverts. -Suivant les instructions de Neuhoff, il dit qu'il se rendait en Italie, -en France et en Allemagne avec deux gentilshommes, ses amis, venus avec -lui de Hollande. Ses camarades ne connaissant pas le Portugal, se -tenaient à bord du bâtiment, qui les avait amenés tous les trois. Van -Sil invita Keverberg à venir passer quelques jours dans sa maison de -campagne de la baie Sainte-Catherine avec ses compagnons. - -Cette invitation causa une grande joie à Neuhoff, car il la désirait. Il -se rendit chez Van Sil sous le nom de baron Kepre. Ce pseudonyme ne -donna pas le change au résident hollandais; il savait parfaitement quel -était l'individu qu'il recevait, mais il feignit de l'ignorer[388]. - - [388] Viganego, consul de Gênes, à Lisbonne au Sérénissime - Collège, le 30 juillet 1737: _loc. cit._ Archives d'État de - Gênes, archives secrètes. - -Richard, trouvant que tout cela était louche, était resté à bord sous le -prétexte que son «humeur était plus disposée pour le cabinet que pour -des agitations _incessables_». Cet anglais était un sage. - -Keverberg faisait la navette entre la baie Sainte-Catherine et Lisbonne -pour savoir ce qui se passait sur le navire. Il accomplissait ses -messages à cheval. On ne voyait que lui, courant tous les jours: cela -fit jaser en ville. Dans ses courses, il rencontra quatorze déserteurs -de l'armée espagnole. Il les embaucha facilement, sans leur dire -toutefois qu'ils auraient l'honneur de servir le roi de Corse allant -reconquérir son royaume. Ils s'embarquèrent le lundi 22 juillet, amenant -un enfant avec eux. Théodore fut très satisfait. - -Keverberg avait, pendant la traversée, rempli l'office de cuisinier. -Mais Neuhoff trouvant que sa cuisine était mauvaise, engagea comme -maître-coq un provençal, nommé Joseph Paris, aux appointements de deux -monnaies d'or par mois. Le 25 juillet, dans la matinée, le nouveau -cuisinier vint à bord. Il avait grand air: il portait une veste -écarlate, l'épée au côté et une perruque à queue. - -On avait embarqué sur le navire des épiceries, du café, du chocolat, -deux caisses contenant cent trente canons de fusil, une grande bouteille -d'eau forte et trente-six seringues[389]. - - [389] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._ - -Théodore ayant appris que Viganego, le consul de Gênes, avait eu une -longue conférence avec son collègue anglais, fut consterné. - -Viganego avait non seulement conféré avec le représentant d'Angleterre, -mais encore avec le baron d'Albreet, résident impérial. Puis, il avait -envoyé un certain Pisarello avec deux camarades, comme espions, à bord -de _La Demoiselle Agathe_. Mais ils ne purent rien voir, car toutes les -ouvertures étaient soigneusement closes. Ils aperçurent seulement, -derrière une vitre, la tête d'un homme, qui semblait en faction. Les -traîtres génois s'étaient, en outre, mis en rapport avec les deux autres -passagers--Richard et Keverberg sans doute--et les entraînèrent à -l'estaminet pour essayer de les faire parler et voir s'il n'y aurait pas -moyen de faire «un bon coup». Ils virent embarquer les quatorze -déserteurs; mais, malgré leur bonne volonté, ils ne firent rien -d'utile[390]. - - [390] Viganego au Sérénissime Collège, Lisbonne, le 30 juillet - 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Théodore avait ordonné au capitaine de croiser devant la baie -Sainte-Catherine et de venir le chercher avec une garde sûre et bien -armée. Le soir, au souper, il déclara à Van Sil qu'il était le roi -Théodore Ier, souverain de la Corse. Le résident, qui savait -parfaitement à quoi s'en tenir, simula la stupéfaction et se confondit -en marques de respect[391]. - - [391] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._ - -Neuhoff dit au résident qu'il ne comprenait pas pourquoi les Génois -s'acharnaient contre lui et en voulaient à son existence. Il n'avait -rien fait de mal. Appelé par les Corses, il ne s'était livré à aucune -sollicitation pour obtenir la couronne. Il avait pour mission de les -secourir dans leur détresse; il ne saurait manquer à ce devoir de -charité. Il se proposait d'ouvrir l'île au commerce étranger et -d'accorder la liberté de conscience[392]. - - [392] Lettre de Lisbonne du 30 juillet 1737 à Joseph Buonaroti: - _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.--Antonio - Battistella, _op. cit._, p. 177. - -Le 27 juillet, à deux heures après-midi, Neuhoff se rendit à bord de son -navire, accompagné par son escorte et par Van Sil, à qui il offrit des -rafraîchissements dans sa cabine. Les adieux furent solennels. A quatre -heures, _La Demoiselle Agathe_ leva l'ancre et tira des salves[393]. - - [393] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._--Pignon à Amelot, le 13 janvier 1738: Abbé Letteron, - _Pièces et documents_, p. 95-99. - -Des sbires, régulièrement requis, se rendirent au port pour saisir le -navire; ils arrivèrent trop tard. _La Demoiselle Agathe_ voguait, toutes -voiles dehors, vers la haute mer. Le bruit courut qu'un passager avait -débarqué et était parti mystérieusement vers l'Espagne. On crut que -c'était Théodore[394]. Mais le roi se trouvait réellement sur le -bâtiment. - - [394] Viganego au Sérénissime Collège, Lisbonne, le 30 juillet - 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -De Lisbonne en Méditerranée, la traversée eut lieu sans encombre. La mer -était calme; le bateau naviguait lentement. Pour passer le temps, le -baron rassembla ses gens sur le pont; il déclara aux déserteurs qu'il -était roi de la Corse et leur demanda s'ils consentaient à le servir. -«Oui! oui!» répondirent-ils. Il leur fit donner à chacun une chemise, -une paire de bas et des souliers. Les soldats se montrèrent très -satisfaits de cette largesse. - -Neuhoff ordonna à Barentz de mettre le cap sur la Corse; il lui remit -une carte scellée de ses armes, en lui disant de méditer sur la manière -la plus convenable d'aborder. Le capitaine fut très embarrassé; il ne -savait pas où se trouvait l'île. Il dut confesser son ignorance au -pilote et lui dévoiler les projets. Le marin eut un mouvement de -surprise et de «dégoût». Bien que plus âgé et plus brave que Barentz, il -fit valoir les difficultés que présentait l'entreprise. Il avoua que -lui, non plus, ne connaissait pas les ports de la Corse, et jugeait que -le navire n'était pas suffisamment armé pour se défendre contre les -Génois, en cas d'attaque. Théodore intervint et, à force de belles -paroles et de promesses, il endormit les craintes du pilote. Il fit -confectionner des cocardes, dont il gratifia son état-major. Il fit -faire également deux paires de baguettes, une pour Keverberg, l'autre -pour Richard. Ce dernier, selon le roi, était un honnête homme, très -apte au commerce et aux finances; il connaissait plusieurs langues. Cela -était parfait, mais il fallait qu'il devînt un guerrier; tout irait bien -alors. Sur l'ordre du roi, on tailla dans des toiles un pavillon de -Corse, qui fut hissé à la poupe du navire. Pendant une demi-heure, -l'étendard royal flotta au vent, tandis que Sa Majesté se promenait sur -le pont, remplie «de gloire et de contentement», distribuant des emplois -à chacun. Théodore jugea bon de ne pas continuer cette scène trop -longtemps. Sa vanité satisfaite, il reprit ses habitudes de prudence, -fit descendre le drapeau et rentra dans sa cabine. - -Le 3 août, un bâtiment suédois parut. On lui demanda des nouvelles. Il -signala la présence de trois barques qui, selon toute probabilité, -étaient montées par des Maures et qui lui avaient donné la chasse. Le 6, -à l'aube, par un temps calme, _La Demoiselle Agathe_ était en vue -d'Oran. A neuf heures, le capitaine aperçut sous le vent, trois barques -et une galère. Certainement c'étaient les Maures. Comme cette flotille -cinglait vers le navire et qu'on ne pouvait pas fuir, Barentz jugea -inutile de virer de bord. Il fit arborer le pavillon anglais et cacher -les soldats à fond de cale. Soudain, _La Demoiselle Agathe_ essuya un -coup de canon à boulet et les quatre navires hissèrent le pavillon -espagnol. Le bâtiment de Théodore amena ses voiles et Barentz dut aller -à bord de la galère pour montrer ses papiers. Pendant ce temps-là, -Théodore avait fait retirer le pavillon anglais et mettre, à sa place, -celui de Hollande. Cela parut très louche. Le commandant de la flotille -envoya des hommes armés à bord de _La Demoiselle Agathe_ pour opérer une -perquisition. Les caisses de fusils furent découvertes; on cria: «Des -armes! Des armes!» Le navire hollandais fut envahi; des sentinelles, -sabre en main, montèrent la garde sur le pont. Il s'ensuivit un grand -tumulte; les gens de Théodore se crurent entourés par les «barbares»; -les Espagnols injurièrent tout l'équipage. Le roi avait cet air -d'autorité, qu'il savait prendre dans les grandes circonstances, ce qui -ne l'empêcha pas d'être insulté comme le dernier des matelots. -L'arrogance des Espagnols le fit entrer dans une grande fureur. Malgré -le passeport hollandais, dont le capitaine était muni, _La Demoiselle -Agathe_ fut conduite à Oran, où on arriva le 7 août à 6 heures du matin. -Pendant toute la traversée, Sa Majesté n'avait pas décoléré. - -Théodore écrivit au marquis de Vallejo, gouverneur général, pour lui -dire qui il était, en lui demandant le secret, aide et assistance[395]. - - [395] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._--Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99. - -Dans la crainte de voir certaines puissances favoriser les Maures à son -détriment, le gouvernement espagnol faisait exercer une surveillance -étroite sur les côtes d'Afrique et imposait la visite aux bâtiments -suspects de porter des armes ou des munitions. Le fait d'avoir tiré à -boulet sur _La Demoiselle Agathe_, sans aucun avertissement préalable, -et avant même que le bateau hollandais eût fait mine de résister, -constituait un acte d'hostilité grave. Le gouverneur le reconnut, mais -il n'en déclara pas moins le navire de bonne prise. Il envoya un -détachement de grenadiers avec leurs officiers pour garder _La -Demoiselle Agathe_, après y avoir fait mettre les scellés. L'équipage et -les quatorze soldats, qui étaient restés à fond de cale pendant -vingt-quatre heures, sans boire ni manger, furent conduits au château -Saint-Jacques. - -Je n'aurai garde d'omettre ce détail que je trouve dans le journal de -voyage; il dépeint bien le personnage. «La grandeur d'esprit de Monsieur -Théodore était si grande qu'afin de ne pas se lever pour saluer ces -officiers, il feignit avoir la goutte, se faisant mettre un coussin à -terre pour appuyer sa jambe droite. Mais quand il fut habillé, -apparemment il s'était oublié de la goutte, ou il se figura que ces -messieurs étaient tous aveugles, vu qu'il marchait ferme et -cavalièrement». - -Le roi se rendit chez le marquis de Vallejo, qui le reçut fort -civilement. Le gouverneur lui dit qu'il allait envoyer sans tarder un -courrier à Madrid pour demander des instructions. Il poussa la -complaisance jusqu'à écrire sa lettre devant Théodore. Celui-ci donna -quatre-vingts sequins à l'émissaire pour qu'il partît sur le champ. En -attendant la réponse de la Cour, Vallejo se voyait contraint de loger Sa -Majesté au château Saint-Charles. Le gouverneur entoura cette -déclaration des plus grandes honnêtetés. Il fit venir son cheval afin -que Neuhoff se rendît le plus commodément possible à la résidence qui -lui était assignée. Puis, il recommanda à Don André Villalonga, -gouverneur du château, de traiter son hôte avec toute «la splendeur» et -les égards possibles. Le soir même, Richard, Keverberg et le cuisinier -rejoignaient le monarque en prison. _La Demoiselle Agathe_ fut conduite -à Marsa, où on lui enleva son gouvernail et ses voiles. - -La détention fut douce; Vallejo et Théodore se comblèrent de politesses. -Le gouverneur avait demandé à son prisonnier s'il ne possédait pas, à -bord de son navire, quelques bouteilles de vin du Rhin. Le roi répondit -qu'il en avait sept. Il les fit prendre avec quelques autres flacons, -des confitures et des épices et envoya le tout à Son Excellence. Le -gouverneur s'émerveilla de cette générosité; mais il eut des scrupules: -le fait d'accepter des présents d'un détenu n'était pas très correct. Il -prit seulement une bouteille de vin du Rhin et renvoya le reste à -Théodore. Il y joignit douze flacons de Malaga, de Malvoisie et de -Bourgogne et un billet aimable. - -Quand on célébrait la messe au château, Théodore prenait, à la chapelle, -la droite du gouverneur. Richard et Keverberg étaient protestants; mais -ce dernier, très accommodant, allait également à l'office pour faire la -cour à son maître. Richard était intransigeant; pour un empire, il -n'aurait mis les pieds dans une église catholique. Il trouva la -faiblesse de son ami très coupable et le lui dit. Du reste, il -s'étonnait que Neuhoff allât à la messe, car, d'après les conversations -qu'il avait eues avec lui, il le croyait aussi éloigné de la religion -romaine que «l'est le ciel de la terre»[396]. Pourtant Théodore, en -arrivant en Corse, s'était posé comme catholique; on a même été jusqu'à -dire, nous l'avons vu, qu'il entendait trois messes par jour. Il n'était -donc pas à une messe près. En tous cas, il ne se laissa jamais -embarrasser par aucun principe religieux, de quelque confession que ce -fût. Il ne faut voir dans les pratiques pieuses du baron au château -Saint-Charles qu'un peu de cette hypocrisie qu'il savait manier à -merveille. - - [396] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._ - -Malgré toutes les prévenances dont on l'entourait, Théodore n'était pas -rassuré. Il craignait que la cour de Madrid, circonvenue par les Génois, -ne le fît rester en prison ou amener sous escorte à Madrid. Il n'en fut -rien heureusement. - -Le 17 août, au matin, la réponse du gouvernement espagnol arriva. -Vallejo avait ordre de remettre Neuhoff en liberté avec tous ses gens, -de lui rendre son bâtiment et de lui rembourser les dépenses qu'il avait -faites. Le gouverneur transmit cette bonne nouvelle à son prisonnier. -Celui-ci en fut si heureux qu'il donna un louis d'or au messager et -qu'il distribua d'autres gratifications. Vallejo envoya de nouveau son -cheval au roi. En arrivant sur le navire, il trouva tout son monde. Ses -soldats avaient perdu leurs bas et leurs souliers; il leur en fit donner -d'autres. Il voulut faire acheter des boulets, mais on n'en trouva pas. -Le 19 août, _La Demoiselle Agathe_ mit à la voile. - -Neuhoff était très contrarié d'avoir perdu quelques jours à Oran. Il -pensait que les Génois auraient eu le temps d'apprendre ses projets; ils -pourraient donc empêcher son débarquement dans l'île. Il était nerveux, -inquiet, ne pouvant reposer ni le jour ni la nuit. En mer, on rencontra -un bâtiment anglais se rendant à Lisbonne. On lui demanda s'il avait -aperçu quelque navire. L'anglais répondit non; Théodore lui fit dire de -se méfier lorsqu'il se trouverait à la hauteur d'Oran. Tandis qu'il -donnait ce conseil, il fit monter tous ses soldats dans les cordages et -l'anglais, voyant qu'un si petit bâtiment portait autant d'hommes, fut -dans une profonde admiration. Malgré ses anxiétés et ses craintes, le -roi se mit à rire, car il était très satisfait d'avoir joué un bon tour. - -Le 2 septembre, vers neuf heures du matin, alors que _La Demoiselle -Agathe_ devait, selon le capitaine, se trouver à seize lieues environ -des côtes de Sardaigne, le baron eut une grande frayeur en apercevant -une voile à l'horizon. Il crut que c'était un bâtiment génois lancé à sa -poursuite. Mais, bientôt, il se remit de cette alarme car le navire -arbora le pavillon suédois. Théodore dit à ses deux acolytes: «Voilà une -belle opportunité pour me sauver». Et, de suite, il prit ses mesures -pour mettre ce projet à exécution. Il ordonna à Keverberg de le suivre, -tandis que Richard resterait à bord de _La Demoiselle Agathe_ pour aller -en Corse débarquer les munitions. Neuhoff déclara à ses gens que, lui -absent, ce leur serait plus facile. On se rapprocha donc du navire -suédois, qui s'appelait _Le Grand Christophe_, commandé par le capitaine -Jonas Hee Kerhoet. Ce bâtiment avait pris un chargement de sel à -Cagliari à destination de Stockholm. Barentz demanda à son collègue -quelles étaient les nouvelles de la guerre entre les Russes et les -Turcs. Jonas Kerhoet répondit qu'en Sardaigne on ne parlait que du roi -Théodore. On savait qu'il se trouvait à bord d'un bâtiment hollandais -faisant voile vers la Corse. Des navires génois croisaient autour de -l'île afin de le prendre sûrement. Barentz fit la grimace, mais il ne -dévoila rien. Cette conversation encouragea Sa Majesté dans son dessein -de prendre le large. Le capitaine suédois demanda, à son tour, pourquoi -deux des passagers de _La Demoiselle Agathe_ désiraient s'embarquer à -son bord. On lui répondit que le navire ayant été pris par les -Espagnols, et l'équipage molesté, les deux personnages voulaient -interrompre leur voyage à Livourne pour aller en Angleterre et en -Hollande porter leurs plaintes et obtenir réparation. Kerhoet consentit -à les prendre moyennant vingt sequins et il s'engagea à les déposer -dans un port d'Angleterre ou de Hollande. Après avoir écrit trois -lettres pour des chefs corses, Théodore fit ses dernières -recommandations à Richard en lui prodiguant les plus séduisantes -promesses. Il monta sur le navire suédois avec Keverberg. Les deux -bâtiments se séparèrent après s'être mutuellement salués. _Le Grand -Christophe_ mit le cap sur Gibraltar, tandis que _La Demoiselle Agathe_ -se dirigeait vers la Corse[397]. - - [397] _Journal de voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._--Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1737: Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.--Antonio Battistella, - _op. cit._ p. 179. - -La fuite du baron plongea Richard dans d'amères réflexions. Il les a -consignées dans son journal et je les transcris ici en respectant son -style: «Je m'avais depuis longtemps revêtu de patience, mais uniquement -je ne faisais que me repentir d'avoir jamais vu ou connu Monsieur -Théodore. Je lui fus recommandé par des amis en Hollande, qui, en même -temps me firent des promesses qu'en peu de temps je ferais fortune, -désignèrent sa personne pour un oracle, ce que je laisse à décider à -ceux dont leur connaissance avec lui est plus vieille que la mienne qui -n'est que de quatre mois. Mais le contenu de ce qui reste dit dans ce -journal est assez suffisant pour convaincre à tous jugements impartiaux, -que toute sa conduite dans ce voyage ne porte pas des marques d'un -esprit judicieux»[398]. - - [398] _Journal de voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. - cit._ - -Richard ne fut pas le seul à qui le départ du roi causa un -désappointement; le capitaine se trouva dans un cruel embarras. Malgré -tout, on poursuivit le voyage. Le 6 septembre, à midi, on aperçut la -Corse et, vers le soir, _La Demoiselle Agathe_ se trouva à quatre lieues -de l'île. Le vent était favorable, le temps splendide; la nuit il y eut -un beau clair de lune; aucune voile n'apparaissait à l'horizon; la route -était libre. Mais le capitaine s'agitait comme un fou, il allait et -venait avec le pilote, descendait dans sa cabine pour consulter la -carte, que lui avait remise le roi, puis il remontait sur le pont, se -frappant la poitrine en s'écriant qu'il n'était jamais venu en Corse, -qu'il n'avait presque pas entendu parler de cette île et qu'il n'en -connaissait ni les ports, ni les atterrages. Il risquait donc de perdre -son navire et d'exposer sa vie et celle de ses matelots. Le pilote, «qui -était un vieux renard», dit qu'il avait prévu tout cela dès le début de -l'expédition. Pour l'instant, il n'y avait qu'à choisir entre deux -partis: aller en Corse, ou prendre la mer dans la direction de Livourne. -Maître Barentz se mit alors à récriminer contre Lucas Boon. La nuit -approchant, on remit la solution au lendemain. Le soir, au souper, le -capitaine demanda à Richard quel était son avis. Le secrétaire de -Théodore partit d'un éclat de rire, «mais en vérité, dit-il, c'était une -risée plus pleine de chagrin que celle de Démocrite». Barentz trouva -qu'il n'y avait rien de risible dans la situation et que cette gaîté -n'était pas le fait d'un homme spirituel. «Non, non, mon ami, répliqua -Richard, ce n'est pas à présent que le bon esprit est capable de -raccommoder les inadvertances que l'on a ci-devant commises; et je ris -parce que de la première heure, depuis notre départ de Lisbonne, j'ai -prévu que nous entrerions autant dans l'île que d'aller à -Constantinople». Et il ajouta qu'il était absolument convaincu que -Théodore n'avait jamais eu l'intention d'aller en Corse. Le commandant -se contenta de répondre: «Le temps nous apprendra autrement». - -Le lendemain, le brouillard cachait l'île. Le capitaine déclara que la -brume l'empêchait d'atterrir. Dans l'après-midi, on aperçut deux barques -génoises; Barentz fut consterné. Il voyait déjà son navire coulé, ses -hommes et lui capturés et livrés au supplice. Voulant faire disparaître -toute trace du passage de Théodore, il fit rassembler les objets -compromettants: le pavillon de Corse, les cocardes, la carte scellée aux -armes royales, la bouteille d'eau forte et les seringues. Il enferma -toutes ces pièces à conviction dans un sac attaché par un boulet et -ordonna de le jeter à la mer à la première alerte. Il fit jurer à son -équipage et aux soldats de garder le secret et déclara qu'il ne se -défendrait pas. Le 10, une troisième barque vint se joindre aux deux -autres. Le capitaine affolé, s'écria: «Pour Livourne! je ne veux pas -être dupé par tous les messieurs Boon et les autres». Il fit prendre -aussitôt la direction de l'Italie; les bâtiments génois suivaient. Le -12, devant l'île de Gorgona, on les perdit de vue et le 13 septembre, à -huit heures du matin, _La Demoiselle Agathe_ jeta l'ancre en rade de -Livourne. Le navire fut envoyé pendant quinze jours en quarantaine. La -santé s'aperçut que deux passagers manquaient et demanda des -explications. Le capitaine répondit qu'ayant relâché à Oran pour prendre -de l'eau, ces deux passagers étaient descendus à terre et qu'ils -n'avaient plus reparu. Ils les avaient vainement attendus pendant un -jour. Il se garda bien de dévoiler l'identité des deux absents, et de -raconter leurs mésaventures sur les côtes africaines. Les inspecteurs, -bien qu'incrédules, ne soulevèrent aucune objection. Mis au courant, le -vice-consul hollandais approuva le capitaine d'avoir gardé le secret. -Bookmann et Evers, les consignataires, furent de cet avis. Mais, -qu'allait-on faire du bâtiment? Le capitaine eut plusieurs conférences -avec les négociants. La question était de savoir si _La Demoiselle -Agathe_ irait en Corse. Barentz montrait beaucoup de répugnance à se -rendre dans l'île. Un matin, il reçut de Bookmann et Evers un billet lui -ordonnant d'aller le lendemain au lazaret. Là, il trouverait un individu -de grande taille, habillé de noir et qui lui dirait ce mot: «C'est -l'homme!». Il fut exact au rendez-vous et trouva le personnage. -Celui-ci, sans se nommer, déclara être un des plus intimes confidents du -«seigneur roi». L'homme dit au capitaine qu'il devait se préparer à -mettre à la voile pour la Corse, qu'il n'y avait aucun danger à courir. -Lui-même prendrait, avec neuf compagnons, passage sur le navire. Barentz -ne fut pas convaincu. Il fit valoir les difficultés et les périls de -cette entreprise. Finalement, il déclara que le projet était -impraticable et qu'il fallait trouver autre chose. Il fit partager cet -avis à Bookmann et Evers. - -L'inconnu revint à la charge. Puisque le commandant se refusait à se -rendre en Corse, il fallait fréter deux felouques et y charger les armes -et les munitions. On embarquerait pendant la nuit les soldats; l'inconnu -prendrait passage avec ses neuf compagnons et on mettrait à la voile -pour aller reconquérir le royaume du seigneur Théodore. Richard devait -faire partie de l'expédition. Le jeune homme fit mine d'accepter; mais -il était bien décidé à ne pas prendre part à une nouvelle entreprise -dangereuse et sans profits. La tentative en resta là. Richard et les -soldats débarquèrent; _La Demoiselle Agathe_ fut frétée pour Hambourg. -Richard fut logé à l'hôtel de l'Écu de France et défrayé par Bookmann et -Evers, en attendant les ordres de Lucas Boon[399]. - - [399] _Journal de voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. cit._ - - -IV - -L'arrivée du navire avait fait quelque bruit à Livourne. Le Sénat de -Gênes fit des démarches pour en obtenir la saisie. Wachtendonck, qui -commandait les troupes impériales en Toscane, s'y refusa énergiquement -parce que Livourne était un port franc. Le duc de Lorraine, en succédant -au dernier des Médicis, avait confirmé cette franchise[400]. La -république ne se tint pas pour battue; elle envoya une barque qui jeta -l'ancre à côté de _La Demoiselle Agathe_, afin de voir ce qui se -passait. Pour donner un semblant de satisfaction aux Génois, les -autorités toscanes firent subir un interrogatoire aux matelots. La -république eut la douleur d'apprendre que Théodore s'était bien -embarqué sur le bâtiment, mais qu'il avait fui en pleine mer[401]. - - [400] Lorenzi à Amelot, Florence, le 14 septembre 1737: - Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [401] Lorenzi à Amelot, Florence, les 18 septembre et 12 octobre - 1737: Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère - des affaires étrangères. - -Les gens du baron se dispersèrent sans bruit après avoir reçu quelques -secours des négociants; ils avaient tout intérêt à disparaître, car la -ville de Livourne était remplie d'espions génois. Les soldats entrèrent -au service de l'empereur[402]. - - [402] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99. - -Je dois ici anticiper sur les événements pour dire ce que devint Denis -Richard. Confiant dans l'étoile du seigneur Théodore, alléché par ses -promesses, Richard n'avait pas hésité à aller tenter fortune dans -l'entreprise montée par les traitants hollandais. Ce jeune anglais était -un déclassé. Instruit, intelligent, il ne lui avait manqué que la chance -pour réussir. Le mauvais sort voulut qu'il rencontrât le baron sur son -chemin. La désillusion était vite arrivée. Seul, sans appui à Livourne, -dans un pays inconnu pour lui, il se trouvait à la merci de deux -négociants qui se lasseraient peut-être de lui venir en aide. Comme il -savait beaucoup de choses, que les Génois se donnaient un mal infini -pour apprendre, il voulut tirer parti des documents qu'il avait eu -l'habileté de garder. - -Il alla donc trouver Gavi, consul de Gênes à Livourne. Il lui raconta -les aventures de _La Demoiselle Agathe_; lui dit qu'il possédait le -journal de voyage et demanda un secours en protestant de son dévouement -pour la république. Gavi en référa à son gouvernement. Les Génois -étaient toujours très disposés à recevoir les délations, mais ils -n'entendaient pas payer cher ceux qui les apportaient. Ils commencèrent -donc par faire la sourde oreille. Richard retourna chez le consul. -Enfin, le 27 novembre, ne voyant rien venir, il envoya une requête au -Sénat pour réclamer aide et secours. Il témoigna de son zèle pour le -bien de la république, déclara en termes soumis qu'il était entièrement -attaché à Leurs Sérénités. Il se disait tout disposé à servir d'espion -et à communiquer au Sénat ce qu'il pourrait apprendre encore concernant -Théodore[403]. Il était, en effet, resté en relations avec Bookmann et -Evers, et, par eux, il se trouvait à même de connaître les secrets. - - [403] _Mémoire que Denis Richard présente avec soubmission aux - Sérénissimes Doge, gouverneur et procurateur de la Sérénissime - République de Gênes._ Livourne, le 27 novembre 1737: _Ribellione - di Corsica, Filza_, N. Gle 13-3011. Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -Sur ces entrefaites, Lucas Boon écrivit à ses correspondants de -Livourne. Le projet d'une descente dans l'île n'était pas abandonné. Le -commerçant voulait faire passer en Corse la cargaison de _La Demoiselle -Agathe_, sous la conduite de Richard. «Vous pouvez l'assurer, disait -Boon, que l'on a pris tout le soin pour son intérêt et avantage, et vu -qu'il aura encore dix autres messieurs qui s'embarqueront avec lui, il -peut le faire aussi sans crainte, car les autres aiment autant leur vie -qu'il peut le faire à la sienne. Je vous recommande de l'assister avec -tout ce qu'il aura besoin pour se préparer à faire ce voyage, mais au -cas qu'il répugne à vouloir aller, alors vous ne lui donneriez aucune -chose de plus, car il a convenu ici d'aller à l'île et si à présent il -ne veut pas aller, nous ne sommes dans l'obligation de lui fournir -aucune subsistance». - -Cette lettre fut communiquée à Richard. Elle était datée d'Amsterdam le -6 décembre 1737. Il en prit une copie qu'il adressa le 25 à Gênes, en -mettant en note qu'on lui avait donné quarante-huit heures pour se -décider. Deux bâtiments ancrés dans le port de Livourne se tenaient à la -disposition de Bookmann et Evers. Richard ajoutait qu'il était urgent de -surveiller ces navires, comme toutes les barques et felouques, qui -pouvaient se trouver dans le voisinage des côtes de la Corse[404]. - - [404] Récapitulation d'une lettre écrite le 6 décembre 1737 par - Lucas Boon d'Amsterdam à Bookmann et Evers, à Livourne: _loc. - cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -La relation du voyage de _La Demoiselle Agathe_ fut remise par Richard à -Gavi. Le consul en envoya une copie à Gênes et une autre à Mari, -gouverneur en Corse. Le Sénat fit venir Richard à Gênes. Celui-ci fut -interrogé longuement, et on lui promit une belle récompense. Mais quand -les inquisiteurs eurent tiré de Richard tout ce qu'ils voulaient savoir, -ils se bornèrent à lui donner quelques sequins, en lui octroyant la -permission de se retirer où il voudrait. Le malheureux, dupé une seconde -fois, vint trouver le ministre de France et lui conta ses mésaventures. -Au cours de la conversation, Campredon demanda à Richard ce que Neuhoff -comptait faire des trente-six seringues embarquées sur _La Demoiselle -Agathe_. «C'était, répondit-il, pour seringuer de l'eau-forte, dont il -fait bonne provision, dans les yeux des Génois qu'on pourra surprendre, -comme des sentinelles qui se trouveront par là hors de combat sans que -le bruit que feraient les coups de fusil donnent l'alarme». Richard se -flattait de pouvoir rendre des services en France. Il demanda un secours -à Campredon. Le ministre lui remit quelque argent. Le 30 septembre 1738, -Denis Richard quitta Gênes[405]. Il disparut sans qu'on ait plus jamais -entendu parler de lui, comme la plupart des collaborateurs éphémères de -l'aventurier. - - [405] Campredon à Amelot, Gênes, le 2 octobre 1738: - Correspondance de Gênes, vol. 101. Archives du Ministère des - affaires étrangères; publiée par M. l'abbé Letteron: - _Correspondance_, p. 423-426. - -_La Demoiselle Agathe_ n'était pas le seul bâtiment frété par les -commanditaires du roi pour porter des munitions en Corse. Le 23 juin -1737, Théodore donnait pouvoir à un de ses secrétaires, un florentin, -nommé François de Agata, pour fréter un second navire[406]. Ce vaisseau -était _Le Yong-Rombout_, capitaine Antoine Bevers. Il appartenait aux -sieurs Splenter, Van Doorn et Abraham Louxissen; il portait dix-huit -canons. Le nolissement était fait à raison de seize cents florins de -Hollande par mois. Quatre mois d'emploi lui étaient assurés[407]. - - [406] _Copie du pouvoir du roi Théodore, traduit de sa main du - hollandais en italien, donné à François de Agata, son secrétaire, - pour fréter un bâtiment à Amsterdam, le 23 juin 1737_: - Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des - affaires étrangères. Ce document est court et sans intérêt. - - [407] Contrat de nolissement du _Yong-Rombout_: Correspondance de - Gênes, vol. 101. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -_Le Yong-Rombout_ devait rejoindre _La Demoiselle Agathe_ sur les côtes -de la Corse. La traversée s'effectua bien. Mais, si aucun incident n'en -vint marquer le cours, elle se termina d'une façon tragique. Vers le -mois d'octobre, le bâtiment arriva devant l'Île-Rousse. Le capitaine -croyait que ce port était en la possession des mécontents et pensait -pouvoir y débarquer son chargement en toute sécurité. Il se trompait; -cette ville était occupée par les Génois. Ceux-ci, toujours méfiants, -s'alarmèrent; en l'espèce, ils n'avaient pas tort. Ils apprirent que _Le -Yong-Rombout_ avait été frété en Hollande par Théodore. Cela suffisait -pour que tous ceux qui se trouvaient à bord fussent déclarés ennemis et -traités comme tels. Les Génois parvinrent à s'emparer d'Agata et le -malheureux fut pendu sans autre forme de procès. Bevers, ne voulant pas -exposer son équipage et lui-même à un traitement pareil, s'empressa de -prendre la mer, en remportant les munitions destinées aux rebelles. Il -ne tenta même pas de débarquer sa cargaison sur un autre point. _Le -Yong-Rombout_ mit à la voile et arriva à Naples au commencement du mois -de novembre[408]. - - [408] Pignon à Amelot, Livourne, les 23 décembre 1737 et 13 - janvier 1738: Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 88-95-99. - -L'aventure tragique du navire causa une vive émotion aux commanditaires -du roi. Lucas Boon n'y comprenait rien. Le capitaine était un homme -expert, connaissant parfaitement la Corse. Comment avait-il commis la -faute d'aller à l'Île-Rousse, dans un port appartenant aux Génois? Ces -deux expéditions, manquées coup sur coup, dérangeaient les affaires. Sa -Majesté devait en être très marrie; mais les négociants comptaient bien -ne pas l'abandonner. Ils la consolaient et lui promettaient leur amitié -et leur dévouement[409]. - - [409] Lucas Boon à Bookmann et Evers, le 13 décembre 1737: _loc. - cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Dominique Rivarola, ancien vice-consul d'Espagne à Bastia, était l'agent -des Corses à Naples. A l'arrivée du navire, il engagea le capitaine -Bevers à retourner en Corse pour y débarquer les armes et les munitions -fournies par les commerçants hollandais, «les croupiers de Théodore», -comme Pignon les appelle. Bevers répondit qu'il ferait voile pour la -Corse lorsqu'il lui serait possible d'aborder à Porto-Vecchio. Rivarola -écrivit aux chefs des mécontents de tenter la prise de ce port. Il -envoya ses lettres par une felouque de Lipari ayant vingt-deux hommes et -sur laquelle il embarqua quelques fusils, de la poudre et du plomb. -L'argent nécessaire à ces achats avait été fourni par des officiers -siciliens, contre la promesse faite par Rivarola de leur fournir des -recrues corses. Le 7 janvier, à la hauteur de Monte-Christo, dix -matelots, craignant les représailles des Génois, demandèrent à être mis -à terre. La felouque arriva en Corse le 13 janvier et débarqua sa -cargaison[410]. - - [410] Pignon à Amelot, les 13 et 20 janvier 1738: Abbé Letteron, - _Pièces et documents_, p. 95-99, 101 et 103. - -Le marquis de Puisieux, ambassadeur de France à Naples, apprenant -l'arrivée du _Yong-Rombout_ chargé de munitions pour les rebelles, et -étant informé des démarches qu'on faisait auprès du capitaine pour le -décider à retourner en Corse, pria le consul de Hollande, Valembergh, de -venir chez lui et lui représenta qu'il devait empêcher le bâtiment -d'aller porter des armes destinées à combattre la république de Gênes -avec laquelle les États-Généraux n'étaient pas en guerre. Puisieux fit -aussi remarquer que le roi prenait un intérêt tout particulier à la -pacification de l'île et que le gouvernement hollandais ne -désapprouverait certainement pas son consul d'avoir tenu compte des -représentations légitimes de la France. Valembergh répondit d'une façon -si évasive que Puisieux crut devoir informer Campredon de ce qui se -passait. Il s'adressa également à Montalègre, ministre du roi des -Deux-Siciles; celui-ci déclara que les munitions n'ayant pas été -achetées dans les États de Sa Majesté sicilienne et que Louis XV n'ayant -point déclaré la guerre aux Corses, il ne pouvait pas faire arrêter le -bâtiment. Le ministre promit cependant de parler au consul de Hollande -et de faire peur aux insulaires qui se trouvaient à Naples[411]. - - [411] Puisieux à Amelot, Naples, le 7 janvier 1738: - Correspondance de Naples, vol. 35. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Adroitement et sans paraître y prendre part, Puisieux fit jeter le -trouble dans l'esprit de Bevers, en lui faisant voir le danger qu'il y -aurait pour lui à retourner en Corse. S'il avait eu quelque velléité -d'aller débarquer son chargement dans l'île, la crainte salutaire qui -lui fut inspirée devait le faire renoncer à son projet. Puisieux avait -d'autant plus de raison de se méfier, qu'il apprit qu'en 1732 Théodore -était venu à Naples, où il avait séjourné pendant quelque temps chez -Valembergh[412]. - - [412] Du même au même, même date: _Ibidem_. - -Valentin Tadei, florentin, embarqué à bord du navire zélandais, alla -trouver le marquis Grimaldi, envoyé génois à Naples, et lui dit son -repentir. Il implora sa miséricorde, c'est-à-dire quelque argent pour -lui permettre de s'en retourner à Pise. Il ne voulait plus se mêler, à -l'avenir, des affaires du baron. Tadei remit à Grimaldi les polices de -chargement, le contrat d'affrètement, le pouvoir authentique de Neuhoff -et enfin le projet d'une nouvelle convention préparée par Rivarola pour -le voyage éventuel du bâtiment à Porto-Vecchio[413]. - - [413] Ce contrat ne fut jamais signé. Puisieux à Amelot, Naples, - le 21 janvier 1738: _Ibidem_.--Le projet de contrat se trouve - dans la Correspondance de Gênes au fol. 26 du vol. 101. - -Au commencement du mois de mars, _Le Yong-Rombout_ était à Gaète. Le -capitaine reçut l'ordre des commerçants hollandais de retourner en -Zélande, après avoir remis son chargement à un négociant de Livourne. - -Bevers vint à Naples et supplia Puisieux de lui délivrer un passeport -pour remplir sa mission. L'ambassadeur s'y refusa[414]. - - [414] Puisieux à Amelot, Naples, les 4, 18, 25 mars et 1er avril - 1738: Correspondance de Naples, vol. 35. Archives du Ministère - des affaires étrangères. - -Nous avons vu qu'au moment où Théodore fut arrêté à Amsterdam, la -république de Gênes avait demandé qu'on le gardât en prison le temps -suffisant pour qu'elle pût le réclamer. Les États Généraux n'avaient pas -voulu donner satisfaction aux Génois. Une note insérée au mois de juin -dans _Le Mercure historique et politique_, note paraissant émaner d'une -source officieuse, expliquait les motifs pour lesquels Leurs Hautes -Puissances ne pouvaient pas intervenir, malgré le désir qu'elles avaient -d'être agréables à la Sérénissime République. Le baron de Neuhoff avait -été emprisonné à la demande de certains particuliers. Les créanciers -étaient toujours libres de faire sortir leur débiteur quand bon leur -semblait. Théodore n'étant pas sujet de Gênes, le gouvernement -hollandais ne pouvait au surplus prendre aucune mesure contre lui à la -demande du Sénat. Du reste, les États Généraux se défendaient d'avoir -favorisé ses projets en quoi que ce fût[415]. - - [415] L'opinion que les États Généraux de Hollande favorisaient - en secret l'entreprise du baron de Neuhoff, était cependant assez - répandue. Dans un document intitulé: _Mémoires de certaines - intrigues de Théodore_, qui se trouve aux Archives du Ministère - des affaires étrangères, dans la Correspondance de Corse, vol. 2, - on lit: «Il (Théodore) fut arrêté pour dettes en arrivant à - Amsterdam, mais ayant trouvé un des juifs avec lequel il avait - fait un traité de leur remettre San Fiorenzo ou Portovecchio, - selon qu'il leur conviendrait, ce juif, dis-je, paya pour lui et - le produisit à ses correspondants Lucas Boon, Tronchin et - Neufville, qui firent un fonds en marchandises et munitions de - cinq millions. Il est à présumer que ces marchands n'étaient que - procureurs dans cette affaire, puisque Théodore s'obligeait de - leur donner pour sûreté de leurs avances Ajaccio jusqu'à l'entier - payement de la somme. Quelles troupes ont des marchands pour - garder une forteresse dans un pays où la guerre est actuellement, - si les États eux-mêmes n'y avaient pris des engagements secrets. - De plus, l'armement des trois vaisseaux qui s'étaient présentés - sur les côtes de Corse, s'était fait assez publiquement en - Hollande pour que les États ne l'eussent pas ignoré». - -A la nouvelle de l'armement des navires _La Demoiselle Agathe_ et _Le -Yong-Rombout_, la république avait protesté plus vivement que jamais. -Leurs Hautes Puissances répondirent en élevant des réclamations sur la -façon dont les Génois avaient traité les marins hollandais des navires -qu'on soupçonnait aller en Corse porter des munitions aux -mécontents[416]. Contre tout droit des gens, dans le port franc de -Livourne, ils s'étaient livrés à des investigations hostiles. Les États -Généraux ne pouvaient pas admettre la surveillance, les délations--voire -les vexations, dont leurs nationaux avaient été victimes. En agissant -ainsi, les Génois portaient un grave préjudice au libre exercice du -commerce. Quant à tout ce qui avait été dit sur les passagers et la -cargaison de _La Demoiselle Agathe_, ce n'était que des fables. On ne -possédait pour prouver ces racontars que des papiers sans valeur -fabriqués pour les besoins de la cause. Leurs Hautes Puissances -demandaient donc à la république de respecter davantage à l'avenir leurs -nationaux et leur trafic[417]. - - [416] La lettre des États Généraux à la République de Gênes parle - d'un autre navire qui se serait trouvé dans le même cas que _La - Demoiselle Agathe_, _Le Maria Jacoba_, capitaine Cornelius Roos. - Ce bâtiment avait été surveillé et visité par les Génois à - Livourne contre tout droit. - - [417] Les États Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas à la - Sérénissime République de Gênes. La Haye, le 23 novembre 1737, - _Filza_ I, 2121 (1737-1738). Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -Dans certains cas, les gouvernements doivent nier même les choses -évidentes. Les États Généraux ne pouvaient pas avouer que Théodore avait -pris passage à bord de _La Demoiselle Agathe_. - -Van Sil crut aussi devoir se justifier de ses accointances avec -Théodore, lors du passage de ce dernier à Lisbonne[418]. - - [418] Lettre de Van Sil du 15 octobre 1737 sans nom de - destinataire: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -Qu'était devenu le baron tandis que se déroulaient ces événements? Il se -tenait soigneusement caché. - -Au mois d'octobre, un émissaire de Théodore arriva à Amsterdam. Il -était chargé de recruter des garçons boulangers et autres artisans. Il -eut plusieurs conférences avec Dedieu, mais il ne révéla pas la retraite -du roi. Sa véritable mission consistait à faire prendre patience aux -commanditaires de Sa Majesté. Les denrées de Corse ne devaient pas -encore arriver, car on n'avait aucun bâtiment pour les expédier. Les -embarquements se feraient dès qu'on aurait un navire. Le seigneur -Théodore, objet d'une surveillance incessante, ne pouvait pas donner de -ses nouvelles. Les secours promis par la France à la république ne -l'effrayaient pas. Il avait pleine confiance en l'avenir[419]. - - [419] Copie d'une lettre d'Amsterdam du 23 octobre 1737, - communiquée avec la lettre de Fénelon à Amelot du 29 octobre: - Correspondance de Hollande, vol. 424. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - En envoyant cette copie Fénelon écrivait: - - «Je joins ici la copie d'une lettre qui a été écrite d'Amsterdam - et qui m'a été confiée. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a été - fourni par la ville d'Amsterdam pour premier commissaire aux - conférences d'Anvers et pour qui l'agent arrivé de Corse avait une - commission, et bien d'autres particularités qui se peuvent - joindre, ont assurément de quoi donner de fortes indices que - l'Angleterre s'est intéressée pour procurer les facilités que le - baron de Neuhoff a trouvées non seulement pour se tirer des mains - de ses créanciers qui l'avaient fait arrêter à Amsterdam, mais - encore pour s'y pourvoir de tout ce qu'il en a tiré en munitions, - armes, etc... et qui ont suivi ou devancé son retour en Corse. - L'Angleterre n'aura pas pris cet intérêt sans vue (en chiffres). - Celle de prendre le contrepied de nous dans une affaire qu'elle - croirait propre à nous mettre moins bien avec l'Espagne serait - remarquable.» - - La diplomatie française voulait voir dans l'équipée de Théodore - des menées anglaises. Ses craintes ne semblaient pas justifiées. - Plus tard, l'Angleterre favorisera les entreprises de Théodore. - Pour l'instant, ce n'était qu'un coup de commerce tenté par des - trafiquants trop crédules. - -Théodore pouvait aisément tromper ses commanditaires par un aussi -grossier mensonge, car on ignorait encore à Amsterdam et sa fuite en -pleine mer et l'avortement de l'expédition. Bookmann et Evers reçurent, -le 5 janvier 1738, des lettres de Lucas Boon. Dans ce courrier, il y -avait une missive pour Neuhoff, sous le nom de Villeneuve. On ne devait -la lui remettre qu'en mains propres. Le trafiquant ignorait, comme les -autres, où était passé le roi, son associé. Cependant, le mois -précédent, Vernais et Cloots, les correspondants de Lucas Boon à -Lisbonne, avaient écrit à Livourne que Keverberg était arrivé en leur -ville et qu'on supposait que le baron s'y trouvait également. Il se -cachait sans doute très soigneusement; car on n'avait pas pu découvrir -sa trace. Les négociants ajoutaient qu'il faisait bien de ne pas se -montrer, car plusieurs personnes étaient munies de contraintes par corps -délivrées contre lui à la requête de certains créanciers -hollandais[420]. - - [420] Pignon à Amelot, Livourne, 13 janvier 1738: Abbé Letteron, - _Pièces et documents_, p. 95-99. - - [421] Puisieux à Amelot, Naples, le 2 janvier 1738: - Correspondance de Naples, vol. 35. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Si Théodore n'écrivait pas à ses associés, il était en correspondance -avec Rivarola, le plus intrigant des agents corses. Ces lettres -parvenaient par l'intermédiaire de la fidèle amie, la sœur -Fonseca[421]. - -Quant à ceux dont il n'avait plus besoin, il les abandonnait lâchement. -Pour ne pas mourir de faim, Richard avait été obligé de vendre, contre -quelques sequins, les secrets de l'entreprise; Agata avait été pendu; -Costa, enfin, le bon et loyal serviteur, mourait misérablement à -Livourne[422], dans un exil qu'il avait accepté par dévouement. Il -s'éteignit sans avoir eu une pensée du souverain auquel il avait tout -sacrifié. - - [422] Lorenzi à Amelot, Florence, le 12 octobre 1737: - Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - - - -CHAPITRE V - - La république de Gênes est impuissante à réprimer la révolte en - Corse.--Négociations avec la France.--Traité de Fontainebleau.--La - mission de Pignon.--Expédition française.--Duplicité des - Génois.--Théodore revient en Hollande.--Mathieu Drost. - - La réclame dans les gazettes de Hollande.--Nouvelle entreprise - commerciale.--Enrôlement des colons.--La cargaison des - navires.--Relâche à Malaga et Alicante.--La flotte de Théodore à - Cagliari.--Arrivée en Corse.--Le roi malgré lui.--Exécution d'un - traître.--Théodore s'en va.--Aventures de ses officiers. - - Arrivée de _l'Africain_ à Naples.--Le consul de - Hollande.--Arrestation du capitaine Keelmann.--Théodore est arrêté - et conduit à Gaète.--Le gouvernement français et les États Généraux - de Hollande. - - Mort de Boissieux.--Il est remplacé par le marquis de - Maillebois.--Nouvelles instructions.--La guerre dans les - montagnes.--Frédéric de Neuhoff.--Son odyssée. - - -I - -La révolte en Corse continuait. La république était débordée; elle -n'avait plus ni vaisseaux, ni soldats. Ses finances s'épuisaient. Ses -agents, dans l'île, la trahissaient. Des trafiquants génois, mettant -l'intérêt de leur négoce au dessus de tout principe patriotique, -entretenaient la guerre en fournissant aux rebelles des vivres et des -munitions[423]. Chaque jour on se battait sous les murs de Bastia. - - [423] «La république a fait arrêter un bâtiment génois qui - portait des provisions de bouche et même quelques armes aux - révoltés. La chose ne serait point surprenante, puisque tous ceux - qui gagnent aux emplois, en Corse, ou qui sont chargés de la - fourniture des vivres qu'on est dans la nécessité d'y envoyer, - sont bien éloignés de désirer que cette guerre finisse, dût-elle - achever de ruiner le trésor public...» - - Campredon à Maurepas, Gênes, le 4 avril 1737: Correspondance de - Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Cette situation préoccupait la cour de Versailles. La pensée d'acheter -la Corse perçait, dès cette époque, dans les instructions adressées à -Campredon. Tant que la république serait en état de conserver l'île, le -gouvernement français n'élèverait aucune compétition; mais le jour où -les Génois seraient amenés, par la force des choses, à vendre la Corse, -la France ne pourrait permettre à aucune autre puissance d'en faire -l'acquisition[424]. - - [424] «Les deux lettres, Monsieur, que vous avez écrites à M. - Chauvelin, le 14 du mois dernier, confirment beaucoup les - soupçons qu'on avait déjà que les révoltés de l'île de Corse - étaient soutenus par la cour de Madrid et par celle de Naples, et - c'est un objet assez intéressant pour que vous deviez employer - toute votre adresse à en découvrir la vérité. Vos conjectures - deviendraient plus que vraisemblables si l'on effectue la - résolution d'envoyer M. Augustin Grimaldi à Madrid. Il serait à - désirer que la république fût, comme on vous l'a assuré, dans la - disposition de vendre cette île. Le roi n'y aurait jamais porté - ses vues, tant qu'elle serait demeurée au pouvoir des Génois, et - Sa Majesté n'avait pas même jugé à propos, jusques à présent, de - prendre part à cette révolution sur laquelle on ne pouvait former - que des conjectures fort incertaines; mais lorsqu'il s'agira de - traiter de la vente de cette île, il ne conviendrait pas aux - intérêts de la France qu'aucune autre puissance en fît - l'acquisition; c'est pourquoi je vous prie de veiller exactement - sur ce qui se passe à ce sujet et de m'informer de ce que vous - apprendrez. Vous comprenez bien que ce qu'on offrirait aux Génois - ne serait payé qu'après que la France en serait entrée en - possession et vous pouvez faire sentir, sans trop vous expliquer, - que la France ne verrait pas tranquillement qu'une autre - puissance voulût s'en rendre maîtresse. - - «L'Espagne n'est pas la seule qui ait des vues sur l'île de Corse. - Le mémoire que j'ai reçu de Vienne et dont je vous envoie une - copie, vous fera connaître que le duc de Lorraine peut être - soupçonné d'y prétendre et de vouloir y exciter un parti en sa - faveur, et il est à propos que vous trouviez moyen de rendre ce - mémoire public sans que vous paraissiez y avoir pris part.» - - Amelot à Campredon, 5 mars 1737: Correspondance de Gênes, vol. 99. - Archives du Ministère des affaires étrangères. - -L'envoyé d'Espagne à Gênes, Cornejo, ne restait pas inactif. Tout en -déclarant que sa cour n'avait aucune ambition sur la Corse, il avait des -conférences secrètes avec Augustin Grimaldi, un des membres influents du -gouvernement génois, chez les jésuites, dans l'appartement du Père -Tambin[425]. - - [425] Campredon à Amelot, Gênes, les 4 mars et 18 avril 1737: - Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le ministre de France essayait de déjouer ces intrigues; mais ce n'était -pas chose aisée, car il se heurtait à une mauvaise foi insigne et à -l'hostilité non déguisée de certains personnages génois. Le gouvernement -faisait arrêter les courriers pour prendre connaissance de la -correspondance échangée entre Campredon et Amelot[426]. La cour de Turin -s'alarmait; l'envoyé de l'Empereur, Guicciardi, s'agitait et se montrait -inquiet, car on prévoyait que, malgré tout, la république serait forcée -de demander des secours à Louis XV, seul souverain en Europe en état de -l'aider efficacement[427]. - - [426] Campredon à Amelot, Gênes, le 4 avril 1737. Correspondance - de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires étrangères. - - [427] Le même au même, le 27 juin 1737: _Ibidem_. - -Des négociations se nouèrent en effet entre Gênes et Versailles. Sorba -reçut les pleins pouvoirs pour traiter; on lui adjoignit Brignole, comme -envoyé extraordinaire, et Emmanuel Durazzo. D'Angervilliers, de son -côté, envoya à Gênes Peloux, en qualité de commissaire ordonnateur des -guerres en Corse[428]. - - [428] Le même au même, les 19 et 26 septembre 1737: - Correspondance de Gênes, vol. 100. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Il n'y a pas lieu de relater ici dans ses détails l'intervention -française dans l'île. Je me contenterai de rappeler brièvement les faits -qui sont indispensables pour suivre l'histoire de Théodore. - -Le 12 juillet 1737, Schmerling, envoyé de l'Empereur, et Amelot, -signèrent, à Versailles, une déclaration par laquelle Leurs Majestés -Impériale et Très Chrétienne se promettaient «réciproquement qu'elles ne -souffriront pas que l'île de Corse sorte de la domination génoise sous -quelque prétexte ou pour quelque cause que ce puisse être». Les deux -puissances déclaraient en outre qu'elles concerteront et prendront à cet -égard les mesures qu'elles jugeront les meilleures[429]. - - [429] Déclaration signée le 12 juillet 1737 au nom du Roi et de - l'Empereur: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du - Ministère des affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et - documents_, p. 2. - -La France, d'accord avec l'Empereur, proposait donc à la république de -Gênes l'envoi en Corse de trois mille hommes de troupes françaises pour -soumettre les rebelles. Le 10 novembre 1737, une convention définitive -passée entre la France et la république, régla les conditions de cette -intervention. Si les trois mille hommes ne suffisaient pas à faire -rentrer les Corses dans l'obéissance, la cour de Versailles s'engageait -à envoyer un nouveau corps de cinq mille hommes. Les Génois devaient -payer à la France une indemnité de deux millions de livres en monnaie -courante de France[430]. - - [430] Convention entre la république de Gênes et la cour de - France, Fontainebleau, le 10 novembre 1737: Correspondance de - Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 61. - -Tandis que l'expédition se préparait, la cour de Versailles envoyait le -sieur Pignon, précédemment consul de France à Tunis, en mission spéciale -à Livourne, où se trouvaient les principaux chefs corses et où les -révoltés avaient un représentant, le prêtre Grégoire Salvini. Celui-ci -était muni d'un pouvoir donné, le 6 août 1736, sous les signatures de -Hyacinthe Paoli, général du royaume, de Louis Giafferi, de Jean-Jacques -Ambroggi, de Paul-Marie Paoli et de Jean-Thomas Giulani, ne faisant -aucune mention du roi Théodore Ier[431]. Il avait été sans doute donné à -son insu et cependant, Neuhoff, à cette époque-là, régnait encore dans -l'île. Les chefs, qui l'avaient acclamé comme un sauveur, ne se -souciaient plus de lui. Si elle avait besoin d'être démontrée davantage, -l'inconstance politique des Corses ressortirait ici d'une façon -frappante. - - [431] Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 1. - -La mission confiée à Pignon avait eu pour principe une lettre écrite par -Salvini au cardinal Fleury, exposant les griefs des insulaires et -justifiant leur révolution. Louis XV avait cru devoir profiter de cette -confiance «pour inspirer des sentiments de paix et les instruire par des -voies sûres et secrètes». Pignon se mettrait donc en relations avec -Salvini pour préparer les «voies de conciliation» que la France -«préférait aux voies de rigueur». La mission de Pignon devait être -ignorée des Génois, car son véritable but était de déjouer les -négociations que les Corses entamaient à Livourne avec des puissances -étrangères. L'agent secret devait rendre visite au général Wachtendonck -dès son arrivée; seulement il était inutile de mettre le représentant de -l'Empereur au courant de toutes les démarches que lui, Pignon, ferait -auprès des Corses[432]. - - [432] Instructions pour le sieur Pignon, Fontainebleau, le 13 - novembre 1737: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du - Ministère des affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et - documents_, p. 65-69. - -La flotte française destinée à transporter en Corse le corps -expéditionnaire se rassembla à Antibes. Le départ avait été fixé au 1er -janvier 1738, mais il ne put avoir lieu qu'un mois plus tard, le samedi -1er février. Le temps était beau. A trois heures de l'après-midi, _La -Flore_, frégate de trente canons, portant le comte de Pardaillan, chef -d'escadre, fit les signaux de départ et la flotte cingla vers Bastia. -_La Flore_ avait également à son bord le comte de Boissieux, général en -chef de l'expédition et son état-major[433]. - - [433] Jaussin, _op. cit._, t. I, p. 18-21. - -La flotte française doubla le Cap Corse, le 6 février à cinq heures du -matin. Elle mouilla devant Bastia, le même jour à quatre heures de -l'après-midi[434]. Le débarquement commença aussitôt. - - [434] _Idem_, _ibidem_, p. 24. - -Campredon avait demandé au ministre de défendre aux officiers, dans leur -intérêt, de se livrer aux jeux de hasard, en Corse, car «M. Mari, qui -est grand joueur, les dépouillera jusqu'au dernier sol»[435]. - - [435] Campredon à Amelot, Gênes, le 12 décembre 1737: - Correspondance de Gênes, vol. 100. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le gouverneur génois était aussi «un grand charlatan, qui sous les -apparences d'une franchise extrêmement ouverte et dans laquelle il -affecte de ne faire entrer que du badinage et des discours de -galanterie, cache le dessein de pénétrer dans la joie la plus -licencieuse ce que pensent ceux avec qui il entre en société». Se -trouvant à Gênes à la fin de 1737, il était allé voir Campredon. Il se -répandit en protestations dévouées à l'égard des Français. Il désirait -conserver son poste aussi longtemps que ceux-ci resteraient dans l'île, -fût-ce dix ans. Il déclara vouloir vivre sur le pied d'une parfaite -intimité avec les principaux officiers. Il comptait «leur faire bonne -chère et même les loger au château auprès de lui, parce que le temps le -plus propre à traiter d'affaires était celui de la robe de chambre». Et -Campredon concluait: «Cette insinuation avait deux objets, le premier de -me sonder sur le séjour que les troupes du roi pourraient faire en -Corse, le second était d'avoir, sous prétexte de politesse, toujours M. -de Boissieux sous les yeux»[436]. Cette appréciation se trouva -justifiée. - - [436] Campredon à Amelot, Gênes, le 26 décembre 1737: - Correspondance de Gênes, vol. 100. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -En effet, des conflits ne tardèrent pas à surgir. Boissieux devait -essayer de tous les moyens d'apaisement avant de recourir aux -armes[437]. Mari ne l'entendait pas ainsi; il voulait que le général -français traitât les rebelles avec la dernière rigueur. Aussi ne -dissimulait-il pas son dépit. Il déclarait publiquement qu'il allait -prendre le commandement des troupes «pour mettre tout à feu et à sang». -Ces bruits étaient répandus dans le dessein d'empêcher les Corses de se -soumettre aux Français. Il faisait surveiller, par des sbires, les -maisons où habitaient Boissieux et les officiers généraux. Il avait -posté des corps de garde sur les routes de façon à intercepter les -correspondances destinées au général. Ceux qu'on prenait porteurs de -lettres étaient arrêtés, mis en prison et envoyés à Gênes. Le consul de -France, lui aussi, eut à subir des vexations de tout genre. Il dut -demander la protection de Boissieux[438]. - - [437] Instructions pour le comte de Boissieux: Abbé Letteron, - _Pièces et documents_, p. 73-76. - - [438] Traduction d'une lettre d'Angelo, vice-consul de France à - Bastia, le 25 février 1738: Correspondance de Gênes, vol. 101. - Archives du Ministère des affaires étrangères.--Abbé Letteron, - _Correspondance_, p. 398-400. - -Le logement des troupes que, par traité, la république devait assurer -d'une façon convenable, fut des plus défectueux. Les officiers avaient -été logés dans les «cloaques les plus infâmes». Dans ces taudis, les -Génois, avaient, par surcroît, pratiqué des «dégradations préméditées». -Chez Boissieux on avait enlevé jusqu'aux serrures, et Mari, sur sa -réclamation, dut lui en envoyer deux nouvelles pour sa chambre[439]. - - [439] Boissieux à Campredon, Bastia, le 27 février 1738: - Correspondance de Gênes, vol. 101. Archives des affaires - étrangères.--Abbé letteron, _Corespondance, p. 401-402_ - -L'expédition française en Corse semblait devoir anéantir les projets de -Théodore. Les côtes étaient étroitement surveillées; toute tentative de -débarquement paraissait impossible. Du reste, depuis quelques mois, le -baron avait donné très peu signe de vie. On disait que ses affaires se -trouvaient dans le plus piteux état. Il n'osait se montrer nulle part à -cause des innombrables créanciers qu'il avait semés sur sa route. Les -négociants de Hollande, trompés dans leurs espérances et filoutés de -sommes importantes, devaient, d'après les bruits qui circulaient, en -vouloir beaucoup à leur associé[440]. On ne savait pas au juste où il -était. On avait signalé sa présence dans le Luxembourg et sur les bords -du Rhin. On prétendait aussi qu'il se tenait caché dans une auberge à -Bologne[441]. Les chefs corses ne croyaient plus à un retour du roi. -Salvini écrivit au chanoine Orticoni pour le supplier d'engager les -mécontents à accepter la médiation des Français. «Je ne vous dirai rien -de Théodore, disait-il, parce que vous savez ma façon de penser à son -sujet, si ce n'est que vous et moi n'avons pas été sa dupe»[442]. Cette -lettre du représentant des révoltés à Livourne fut envoyée à Boissieux, -qui devait la faire tenir secrètement à Orticoni[443]. - - [440] Pignon à Amelot, Livourne, 2 janvier 1738: Correspondance - de Corse, vol. 1 Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents, p. 101-103._ - - [441] Antonio Batistella: op. cit., p. 180. - - [442] Salvini à Opticoni, Livourne, 8 février 1738. Communiquée - avec la lettre de Pignon à Amelor du 10 février: Correspondance - de Corse, vol. 1 Archives du du Ministère des Affaires - étrangères--Abbé Letteron, Pièces et documents, p. 114-117. - - [443] Il n'y avait dans cette façon d'agir rien de contraire à la - loyauté, puisque Salvini, en recommandant aux rebelles de s'en - remettre à Louis XV, entrait dans les vues du gouvernement - français. Les instructions de Boissieux étaient formelles--nous - l'avons vu--; il devait employer tous les moyens de conciliation - avant de recourir aux armes. Les Génois voulaient au contraire - que les insulaires fussent sévèrement réprimés et c'est pourquoi - Boissieux était en droit de favoriser secrètement la - correspondance des chefs, quand celle-ci avait pour but d'amener - l'apaisement. - -Le chanoine répondit par la même voie: - -«Je ferai tout mon possible, non parce que nous n'avons rien à espérer -du baron Théodore, en lequel je n'ai jamais eu confiance, ni que, depuis -plusieurs années, je ne sois persuadé que l'Espagne ne veut pas -s'occuper de nous, mais seulement en raison de la vénération que l'île a -depuis les temps les plus anciens pour le nom sacré et adoré du roi de -France»[444]. Cela n'empêchera pas les Corses de combattre les Français -à outrance. - - [444] Orticoni à Salvini, Casinca, le 19 février 1738. Lettre - jointe à celle de Pignon à Amelot du 28 février: Correspondance - de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 130-135. - -Malgré toutes les suppositions, Théodore reparut en Hollande au -commencement de 1738. Il expédia un navire en Corse avec son acolyte -Buongiorno. Celui-ci parvint à débarquer près d'Aléria. Il portait des -lettres du roi aux principaux chefs et quelques petites munitions. -Neuhoff, comme toujours, promettait de prompts et de puissants secours. -Il se donnait, disait-il, beaucoup de mal et faisait de grosses dépenses -pour la délivrance des insulaires. Il demandait, en retour, qu'on -l'aidât un peu. Il fallait imposer les peuples et lui fournir de l'huile -en échange des munitions[445]. - - [445] Pignon à Amelot, Livourne, le 20 février 1738: - Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - archives étrangères.--Anné Letteron, _Pièces et documents_, p. - 135-136. - -Sur ces entrefaites, Pignon reçut l'ordre de quitter Livourne. Il devait -se rendre à Bastia et se mettre à la disposition de Boissieux[446]. -Amelot jugeait que la mission de son représentant en Toscane, auprès des -chefs corses, avait donné tout ce qu'on en pouvait espérer et que les -négociations se poursuivraient plus utilement dans le pays même. Pignon -arriva en Corse le 8 mars. Mais le général et l'envoyé ne purent pas -s'entendre. Boissieux accusait Pignon d'être beaucoup trop lié avec les -Génois. Celui-ci écrivait au ministre que le général se laissait tromper -par les insulaires. Il envoyait presque journellement à Amelot tous les -bruits qui circulaient, les donnant pour nouvelles certaines. Il -affirmait, contre toute vérité, que Théodore était arrivé à Aléria, -qu'il se tenait caché chez Xavier de Matra et qu'il avait beaucoup -vieilli. Il critiquait le général de ne s'être pas fait livrer le -baron[447]. - - [446] Pignon à Amelot, Bastia, les 4, 7, 13 et 14 mai 1738: - Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. - 173-176, 193-194, 201, 204. - - [447] Amelot à Pignon, Versailles, le 11 février 1738: - Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. - 118-119. - -Ce zèle excessif ennuyait singulièrement Boissieux. Ils en arrivèrent à -ne plus se voir. Le 13 mai, Pignon fut rappelé en France[448]. - - [448] Amelot à Pignon, Versailles, le 13 mai 1738: Correspondance - de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 200. - -Un nouvel agent de Théodore était débarqué dans l'île. Cet individu se -faisait appeler Mathieu Drost, mais il n'avait aucun lien de parenté -avec le baron[449]. - - [449] Le baron de Neuhoff n'avait comme parent du nom de Drost - que le grand commandeur de l'Ordre Teutonique à Cologne. - - [450] Pignon à Amelot, Bastia, le 14 mai 1738: Correspondance de - Corse. Archives du Ministère des affaires étrangères.--Abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 203. - -Drost portait quelques lettres et paquets du roi. Il se rendit à -Casinca, où les chefs étaient réunis. L'émissaire de Théodore croyait -que les Corses étaient fidèlement attachés à leur souverain; il -s'aperçut vite du contraire, car il fut très mal reçu. A peine arrivé, -il n'eut qu'une idée: quitter l'île au plus tôt. Il écrivit à Boissieux, -demandant des passeports pour lui et pour ses compagnons. Le général ne -répondit pas à cette requête. Drost parvint à s'embarquer. Il arriva à -Livourne, où il se tint caché dans la maison d'un prêtre corse. - -Pour en finir avec cet aventurier, je dirai--en intervertissant un peu -l'ordre chronologique des événements--qu'au mois de juin, par -l'intermédiaire d'un certain del Negro, il avait fait demander à la -religieuse Fonseca une somme de huit à dix sequins pour envoyer une -felouque en Corse. La sœur renvoya l'émissaire sans rien lui -donner[451]. Le 10 août, Drost fut arrêté dans la maison d'un métayer du -Grand-Duc, chez qui Théodore avait logé. On saisit ses papiers, dans -lesquels on ne trouva pas grand chose d'intéressant. Mis au secret dans -la citadelle, sa détention ne prit fin que le 6 octobre. On lui rendit -ses effets et il se hâta de s'embarquer pour Naples[452]. - - [451] La sœur Fonseca à Bigani, Rome, le 14 juin 1738. - _Ribellione di Corsica_, filza 13/3011. Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - - [452] Lorenzi à Amelot, Florence, les 13 septembre, 4 et 11 - octobre 1738: Correspondance de Florence, vol. 89. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -Pendant ce temps, les Génois avaient arrêté aux environs de Savone et -conduit sous escorte à Gênes un individu qu'on croyait être Théodore et -auquel la populace fit «mille avanies». C'était un malheureux fou, -bourgeois de Casalmajor, qui depuis plusieurs mois errait dans les -montagnes, vivant d'aumônes. «Ce qui a paru plaisant en cette aventure -est que le gouvernement de Gênes ait pu soupçonner le baron de Neuhoff -de la folle témérité de venir se livrer à des ennemis grièvement -offensés et qui ont mis sa tête à prix»[453]. - - -II - -Les gazettes hollandaises faisaient une grande réclame au roi Théodore. -Le _Mercure historique et politique_ se distinguait par l'ardeur qu'il -mettait à proclamer la grandeur d'âme, la générosité, l'intelligence de -Sa Majesté. Neuhoff devait, écrivait-on, vaincre facilement les -Français. Il n'avait qu'une ambition: rendre la liberté à un peuple -opprimé. Rien ne lui coûterait pour atteindre ce but, pas même le -sacrifice de sa couronne. Le journal faisait ensuite ressortir les -avantages qui résulteraient d'un trafic suivi et bien organisé avec la -Corse. L'abondance des vins, de l'huile et des grains rendait les prix -dérisoires. Cette île, si peu connue jusqu'alors, était appelée à -prendre une place importante dans le monde; elle le devrait à Dieu et à -son _Libérateur_[454]. - -L'affaire, qui avait si piteusement échoué en 1737, allait être reprise -sur de nouvelles bases. Théodore n'avait pas craint de revenir en -Hollande. Ses associés ne lui gardaient pas rancune. Au contraire, ils -étaient plus que jamais décidés à faire de la royauté du baron une vaste -opération commerciale. La campagne de presse préparait les voies. Des -prospectus alléchants furent lancés pour enrôler des colons, car il -fallait du monde pour mener à bien l'entreprise. Les négociants, Boon et -Dedieu, s'étaient adjoint un nommé Fandermil. Il avait été entendu avec -le roi que la nouvelle expédition comporterait quatre navires[455]. - - [454] _Mercure historique et politique de Hollande_, numéro du - mois de janvier 1738. - - [455] Les détails de la seconde expédition de Théodore nous sont - connus par des documents qui se trouvent dans les archives du - Ministère des affaires étrangères (Correspondance de Corse, vol. - 1-2). Ces pièces sont: - - 1e _Déclaration faite au consulat d'Alicante par le nommé François - Vastel, le 7 novembre 1738_; - - 2e _Rapport du Commissaire provincial des guerres La - Villeheurnois_; - - 3e _Précis de l'extrait du journal de voyage du nommé Riesenberg - (allemand de nation)_; - - 4e _Extrait des interrogatoires de dix personnes de la suite de - Théodore restées en Corse et qui ont depuis été envoyées à - Toulon._ - - Les trois premiers documents ont été publiés par M. l'abbé - Letteron, _Pièces et documents_, p. 283-286, 287-290, 334-346. - - Les documents ci-dessus relatifs à la seconde expédition de - Théodore, émanent de gens qui faisaient partie de cette expédition - à des titres différents. François Vastel était matelot à bord d'un - des navires; Riesenberg se trouvait parmi les gens au service de - Neuhoff. - - Quant aux dix personnes, dont les interrogatoires furent envoyés à - Versailles, c'étaient de pauvres diables engagés en Hollande par - les agents de Théodore et qui furent pris en Corse. Ces - interrogatoires sont précédés de cette note: «Lors de la prise que - fit M. de Sabran, commandant la frégate _La Flore_, sur la côte de - Corse, de quelques bâtiments de la suite de Théodore, il se trouva - à terre une trentaine de personnes, dont dix manquant de tout - allèrent se rendre à M. de Sabran, sur la parole qu'il leur donna - que leur vie serait en sûreté. Ces dix personnes ont été conduites - dans les prisons de Toulon où elles sont actuellement. M. le duc - de Villars a envoyé les interrogatoires qui lui ont été faits le - 23 janvier dernier (1739) par les maires-consuls». - -La présence des troupes françaises dans l'île rendait la chose plus -difficile, mais on espérait trouver un port où les navires pourraient -décharger leurs cargaisons en toute sécurité. - -Ce fut au commencement de 1738 que l'expédition s'organisa. Les quatre -navires nolisés étaient: _L'Agathe_[456], capitaine Adolphe Peresen, -portant douze gros canons et quatre petits; _Le Jacob et -Christine_[457], armé de douze canons, commandant Cornelius Roos; _Le -Kothenau_ dit _L'Africain_, vaisseau de quarante canons, capitaine -Pierre Keelmann; enfin _Le Preterod_, commandé par le capitaine -Alexandre Frentzel et portant soixante canons[458]. Ce dernier bâtiment -appartenait à la marine de guerre hollandaise. Il était destiné à -convoyer les trois autres. - -Tandis que les négociants s'occupaient à rassembler les munitions, le -seigneur Théodore se tenait soigneusement caché. Il n'aimait pas se -mettre en avant. - -A Amsterdam, on recrutait des colons. Le baron avait pour cette besogne -plusieurs agents: Jonias von Bessel, natif de Prusse, un de ses -secrétaires; le capitaine Ludik, prussien également et qui avait été en -prison pour dettes en Hollande, peut-être un ancien compagnon -d'infortune du roi; un nommé Kraam et une femme[459]. - - [456] Ce navire, on s'en souvient, faisait partie de l'expédition - de 1737. On le nommait _La Demoiselle Agathe_. - - [457] Dans le journal de Reisenberg ce navire est appelé _Le - Marie-Jacobé_, capitaine Cornélie Rose. - - [458] Vastel appelle ce navire _Le Briderose_; d'autres le - nomment _Le Breterod_. - - [459] _Rapport de La Villeheurnois._--_Déposition des gens - arrêtés par M. de Sabran_: _loc. cit._--Abbé Letteron, _Pièces et - documents_, _loc. cit._ - -Parmi les malheureux enrôlés, il y avait un certain Jean-Godofredus -Vater, saxon, âgé de trente-huit ans, avec sa femme Marie, et son fils -Jean-Policarpe, un enfant de onze ans. Lieutenant réformé d'un régiment -impérial, il était venu à Amsterdam pour chercher un emploi. Il -rencontra le capitaine Ludik. L'agent de Théodore l'engagea, le 10 mai, -en qualité de capitaine en lui promettant cinquante _gulden_ par mois -d'appointements. Ludik lui affirma qu'aussitôt arrivé en Corse il aurait -une compagnie sur les trois mille hommes de troupes que le roi -entretenait dans l'île. Vater ne vit pas Théodore à Amsterdam; il ne -l'aperçut que lorsqu'ils furent en pleine mer. - -Johann-Gottlieb Reusse, saxon, étudiait le génie à Leyde lorsqu'il eut -la fantaisie d'aller à Amsterdam où se trouvait Kraam, son parent. -Celui-ci le présenta au baron, qui persuada au jeune homme d'aller en -Corse avec lui. Il le nomma officier et ingénieur, aux appointements -mensuels de vingt-cinq _gulden_. Avant de s'embarquer, Reusse remarqua -que Théodore recevait souvent les bourgmestres et que ceux-ci avaient -fait faire des prospectus pour attirer des gens. - -Le nommé Tobias-Fredericus Bollet, natif du Wurtemberg, âgé de vingt -ans, n'était pas venu au hasard à Amsterdam. Ayant servi comme cadet en -Allemagne, il avait entendu dire que Neuhoff levait des troupes; alléché -par les promesses que le roi répandait dans ses prospectus, il était -accouru. Il fut nommé officier aux appointements de vingt-cinq _gulden_ -par mois. Il connut également les relations de Théodore avec les -bourgmestres et déclara que les imprimés circulaient avec la permission -des autorités hollandaises. - -Un certain Gaspard Wort, de Cologne, était venu à Amsterdam dans -l'intention de s'embarquer pour les Indes. A son arrivée, le navire -était parti. Comme il errait par les rues, il rencontra une femme qui le -présenta à un seigneur dont il ignorait le nom. Ce personnage, qui -voulait voyager, admit Wort parmi ses gens en lui promettant quatorze -_gulden_ d'appointements mensuels. Wort fut embarqué à bord de l'un des -navires et il ne sut rien ni à Amsterdam, ni en route. - -Théodore avait engagé comme domestiques quatre pauvres diables -d'allemands, qui furent très surpris en arrivant en Corse d'apprendre -qu'ils avaient été recrutés comme soldats au service d'un roi voulant -reconquérir sa couronne. - -Bien d'autres malheureux furent enrôlés; la plupart se sauvèrent à -l'arrivée des navires dans l'île[460]. - - [460] _Déposition des gens arrêtés par M. de Sabran_: _loc. cit._ - -Ces gens disaient que la valeur des cargaisons était estimée, par les -capitaines, à quatre millions. Cette évaluation est très exagérée. Les -traitants hollandais avaient été trompés une première fois par le baron. -En préparant une seconde expédition, ils voulurent avoir un mandataire -de confiance pour sauvegarder leurs intérêts. Ils choisirent le -capitaine Keelmann, commandant de _L'Africain_, homme énergique, qui -était lui-même engagé dans l'entreprise pour un quart, soit cent mille -florins. Les marchandises embarquées représentaient donc une somme de -quatre cent mille florins. Les négociants comptaient retirer, en -échange, pour huit cent mille florins de denrées[461]. L'opération était -alléchante. - - [461] Extrait d'une lettre de Naples du 16 décembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'apothicaire Jaussin a donné le détail des cargaisons d'après une liste -que Théodore fit répandre en Corse. Une copie de cet inventaire figure -aux archives d'État de Gênes[462]. - - [462] _Cargaison des vaisseaux de Théodore, suivant la liste - qu'il en avait répandue_: - - Douze pièces de canon de vingt-quatre livres de balles, trois mille - six cents boulets; - Trois grandes couleuvrines de dix-huit livres de balles, sept cents - boulets; - Douze pièces de canon de douze livres de balles, quatre cents boulets; - Six mille fusils, dont deux mille avec baïonnettes; - Mille grands mousquets et trois cent quatre-vingts mousquetons; - Deux mille paires de pistolets; - Quatre-vingt mille livres de poudre à canon; - Cent mille livres de poudre fine; - Deux cent mille livres de plomb; - Quatre cent mille pierres à fusil; - Cinquante mille livres de fer; - Deux mille pics et autres outils; - Quatre cents tonneaux avec des cercles de fer; - Quatre mille livres de plomb en saumon; - Cinquante caisses de tambour; une timbale; vingt-quatre trompettes; - habits pour deux cents gardes; - Six mille paires de souliers et de bas; du cuir pour la valeur de - trois mille florins; de la toile pour mille paillasses et mille - tentes; - Bandoulières, fourniments, ceinturons, gibecières au nombre de deux - mille; trois cents fusils pour les officiers, trois cents couteaux - de chasse; Cinquante drapeaux et étendards; - Six grandes seringues de cuivre, quatre cuves d'étain; - Deux mille grenades chargées, sept cents bombes de bois chargées; - Quatre-vingts tant coffres, malles que caisses, contenant - l'équipage du roi dont la maison est composée de cinquante - officiers; - Un secrétaire, un commissaire, un maître d'hôtel, deux chirurgiens, - deux valets de chambre, deux cuisiniers, deux écuyers, quatre - chasseurs et six valets de pied. - - Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 265-266.--Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -On sait combien le baron était porté à l'exagération; il convient donc -de faire des réserves sur cette nomenclature. Elle n'est cependant pas -invraisemblable. Amsterdam était alors le principal centre de commerce -pour les munitions de guerre. La cargaison des navires avait dû être -composée, en majeure partie, avec les chargements de _L'Agathe_ et du -_Yong-Rombout_ formant l'expédition avortée de l'année précédente. A -côté de canons de plusieurs calibres, de couleuvrines, de fusils, de -mousquets, de boulets, de grenades, de balles et de poudre, on voit -figurer des tonneaux pour rapporter en Hollande l'huile de Corse; puis, -comme en 1737, des seringues destinées à arroser d'eau-forte les Génois. -Théodore n'avait pas renoncé à user, pour combattre ses ennemis, de la -stratégie à l'acide nitrique qu'il avait inventée. On n'avait pas oublié -les habits pour les gardes du corps, les fourniments assortis, les -drapeaux et les étendards de Sa Majesté. Il y avait encore cinquante -tambours, une timbale et vingt-quatre trompettes. Six mille paires de -souliers et de bas, de la toile à paillasses et à tentes, des outils -divers complétaient le chargement. Le roi avait eu soin de porter sur la -liste ses bagages personnels composés de quatre-vingts coffres, malles -ou caisses et d'indiquer les gens à son service: «un secrétaire, un -commissaire, un maître d'hôtel, deux chirurgiens, deux valets de -chambre, deux cuisiniers, deux écuyers, quatre chasseurs et six valets -de pied». - -Vers le milieu du mois de mai, les navires étaient prêts à mettre à la -voile. Le 20, _Le Preterod_ partit d'Amsterdam, accompagné par _Le Jacob -et Christine_. Les deux bâtiments allèrent mouiller au Texel[463]. -Théodore et un de ses neveux, Neuhoff, prirent passage à bord du -_Preterod_. Sur ce bateau, se trouvait François Vastel, matelot, qui -aurait été embarqué «forcément» au mois de mars 1738[464]. _L'Agathe_ -quitta Amsterdam le 23 mai et se rendit également au Texel. Le 1er juin, -les deux navires marchands et le vaisseau de guerre appareillèrent, -allant directement à Malaga. Pendant ce temps, _L'Africain_ complétait -son chargement; il devait rejoindre les autres à Cagliari, en Sardaigne. - - [463] Petite île située à vingt milles d'Amsterdam. - - [464] _Déclaration faite au consulat d'Alicante par le nommé - François Vastel_: _loc. cit._--Abbé Letteron, _Pièces et - documents_, p. 283-286. - -Les bâtiments jetèrent l'ancre devant Malaga après vingt jours de -traversée[465]. Le consul de Hollande eut deux conférences avec le -second capitaine du _Preterod_. La flotille se dirigea ensuite vers -Alicante. Dans cette ville, Frentzel et son lieutenant firent de -fréquentes visites à leur consul, qui, de son côté, vint plusieurs fois -à bord. Il dîna avec les officiers et avec le roi, «qui se retirait en -son particulier à la fin des repas»[466]. - - [465] François Vastel, dans sa déclaration, n'indique pas les - mêmes dates que celles qui sont portées dans le rapport de La - Villeheurnois et dans le journal de Riesenberg. D'après lui, _Le - Preterod_ ne serait arrivé à Malaga que le 5 ou le 6 juillet à - une heure et demie de l'après-midi. - - [466] _Déclaration de François Vastel_: _loc. cit._ - -Théodore avait promis de verser une somme aux capitaines soit à Malaga, -soit à Alicante. Dans aucun de ces deux ports, il ne put faire honneur -à ses engagements. Les commandants ne voulurent pas aller plus loin, -mais le baron qui, à défaut d'argent, n'était jamais à court -d'arguments, déclara qu'aussitôt arrivé dans son royaume il fournirait, -contre les munitions, des denrées de première qualité en grande -abondance. Les officiers hollandais furent convaincus, et l'espérance au -cœur, ils décidèrent de se rendre en Corse[467]. - - [467] Puisieux à Amelot, Naples, le 11 novembre 1738: - Correspondance de Naples, Vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Pendant la traversée, Théodore causait volontiers avec Vastel. Il lui -donna deux ducats et lui promit de le nommer colonel ou commandant d'un -navire, s'il consentait à le suivre. Il apaisa une querelle que ce marin -eut avec un officier pour une question religieuse: Vastel était -catholique romain et il avait formellement refusé d'assister au prêche -protestant. Neuhoff obtint que son protégé fût exempté de l'office -luthérien[468]. - - [468] _Déclaration de François Vastel_: _loc. cit._ - -Après avoir renouvelé leur provision d'eau en Espagne, les navires -allèrent à Alger. Le _Le Preterod_ entra seul dans le port, tandis que -_L'Agathe_ et le _Jacob et Christine_ louvoyaient au large. Dès que le -_Preterod_ eut jeté l'ancre, le consul hollandais se rendit à bord dans -une embarcation battant pavillon des États Généraux et conduite par -vingt maures et un esclave français. Le capitaine reçut le consul à -l'échelle du navire et l'introduisit immédiatement dans sa cabine où se -trouvait le baron. Les trois personnages eurent une conférence qui dura -trois heures. Le consul revint, y dîna quatre fois et resta deux jours -entiers à causer avec Théodore[469]. - - [469] _Déclaration de François Vastel._--_Rapport du Commissaire - provincial des guerres La Villeheurnois_: _loc. cit._ - - La Villeheurnois donne, d'après les témoignages recueillis, la - cause de la présence si fréquente du consul hollandais à bord du - _Preterod_: «Deux tailleurs, embarqués alors sur ce bâtiment, ont - rapporté que le capitaine de Frentzel avait ordre d'y aller (à - Alger) pour conclure un traité de paix entre les États Généraux, - le roi d'Alger et le bey de Tunis». Il ajoutait «que le roi - d'Alger est venu plusieurs fois à bord du _Preterod_». - -Après un séjour de deux semaines, _Le Preterod_ quitta Alger et -rejoignit les deux navires restés en rade[470]. La flotille arriva le 14 -août à Cagliari[471]. Deux jours plus tard, _L'Africain_, parti -d'Amsterdam après les autres bâtiments, jeta l'ancre également dans le -port sarde. - - [470] D'après Vastel, les navires seraient restés à Alger de - vingt-et-un à vingt-deux jours; selon La Villeheurnois quatorze - jours seulement. - - [471] Cette date du 14 août est indiquée dans le _Rapport_ de La - Villeheurnois ainsi que dans le _Journal de Riesenberg_. Vastel, - dans sa déclaration, donne le 18 septembre, comme date d'arrivée - à Cagliari. D'ailleurs la date du 14 août est confirmée, par les - lettres de Mongiardino, consul de Gênes à Cagliari, à Mari (17 et - 20 août 1738), par une de Paget, consul de France, écrite à - Boissieux (20 août 1738), enfin par une relation du marquis de - Rivarola, vice-roi de Sardaigne, envoyée également à Boissieux - (21 août 1738): Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 238-249. - -L'arrivée de ces vaisseaux éveilla les soupçons des consuls français et -génois. Ce dernier, Mongiardino, écrivit à Mari le 17 août. Il envoya -son rapport par un courrier spécial, qui partit un dimanche, à la pointe -du jour. Il avait conservé un duplicata de sa lettre et se disposait, -trois jours plus tard, à expédier cette copie lorsqu'il apprit bien des -choses qui lui permirent de compléter ses renseignements. Il savait que -le baron de Neuhoff se trouvait à bord d'un des bâtiments et l'opinion -générale était que l'aventurier préparait une nouvelle descente en -Corse. Mongiardino eut plusieurs conférences avec Paget, le consul de -France. Celui-ci écrivit le 20 août à Boissieux, pour lui signaler la -présence de Théodore dans les eaux sardes. Le vice-roi de Sardaigne, le -marquis de Rivarola, envoya également le 21 août une relation à -Boissieux sur l'arrivée de la flotille hollandaise[472]. - - [472] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 233-249.--_Ribellione de' - Corsi_, filza 12/3010. Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -Le 19 août, _L'Agathe_ et _Le Jacob et Christine_ appareillèrent. _Le -Preterod_ et _L'Africain_ demeurèrent à Cagliari pour «ne pas faire -semblant d'être du convoi»[473]. Les deux premiers bâtiments restèrent -en vue pendant toute la journée du 20. Dans la nuit du 20 au 21, _Le -Preterod_ et _L'Africain_ les rejoignirent[474]. - - [473] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ - - [474] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 249. - -Théodore et sa suite quittèrent le vaisseau de guerre et se rendirent à -bord de _L'Africain_. Selon les uns, le capitaine Frentzel aurait -déclaré que les ordres qu'il avait l'empêchaient d'aller plus loin. -D'après Vastel, le baron changea de navire à cause d'une épidémie. -Toujours est-il que _Le Preterod_ se rendit à Port-Mahon. Arrivé là, -François Vastel s'enfuit, pendant la nuit, à deux heures. Il gagna à la -nage une tartane française des Martigues. _Le Saint-Antoine_, patron -Alexandre Boyer, qui conduisit le déserteur à Alicante où, le 6 novembre -1738, il fit sa déclaration devant le consul de France[475]. - - [475] _Déclaration de François Vastel_: _loc. cit._ - -Neuhoff ne désirait pas beaucoup revoir ses sujets. A peine fut-il sur -_L'Africain_ qu'il donna l'ordre au capitaine Keelmann de faire route -directement sur Naples. Le commandant s'y refusa. Ses instructions -l'obligeaient à se rendre en Corse. Bon gré, mal gré, on irait. Le roi -dut se résigner à rentrer dans son royaume[476]. - - [476] _Journal du capitaine Keelmann, hollandais, commandant le - vaisseau_ L'Africain _de quarante canons_: Correspondance de - Naples, vol. 36. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Les trois bâtiments, composant désormais la flotte du roi, parurent en -vue de la Corse, le 14 septembre[477]. - - [477] Le 14, suivant Riesenberg; le 15, d'après les gens - interrogés par La Villeheurnois. - -Comme _L'Africain_ approchait des côtes, un oiseau se mit à voleter -autour du mât. Soudain, il tomba inanimé aux pieds de Théodore. Au même -moment, le navire donna contre un écueil. On crut qu'il allait sombrer, -mais il reprit bientôt sa route. Le roi avait relevé la bête au plumage -coloré; il la prit dans ses mains et la montra à ses officiers. L'oiseau -revint à la vie et prit bientôt son vol vers l'île. Les compagnons du -baron virent dans ce fait un signe de mauvais augure. Riesenberg, qui -était un esprit fort, se moqua de ces gens superstitieux[478]. - - [478] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ - -Les navires jetèrent l'ancre devant un port que Riesenberg et les gens -interrogés appelèrent Rose ou Rossi et qui était Sorraco, près de -Porto-Vecchio[479]. - - [479] _Journal de Riesenberg._--_Rapport de La Villeheurnois_: - _loc. cit._--_Vera relazione dello sbarco felice del re Teodore - nel porto di Sorracho del suo regno di Corsica._ Abbé Letteron: - _Correspondance_, p. 419-422. - - Tous les documents indiquent Sorraco comme l'endroit où mouilla le - navire de Théodore. Cependant, celui-ci date une lettre citée plus - loin de _la plage d'Aléria_. Il donnait sans doute ce nom à une - grande partie de la côte orientale, sur laquelle était situé ce - port. - -Le premier soin de Neuhoff fut d'écrire à Matra: «Grâces à Dieu, mon -cher marquis, en dépit de toutes les persécutions et trahisons que j'ai -essuyées, me voici de retour sain et sauf. Venez me voir avec tous vos -fidèles amis, je vous attends et vous recevrai à bras ouverts». Il lui -demandait des chevaux pour lui et pour sa suite et deux cents bêtes de -somme pour les bagages. Les autres navires, séparés par la tempête, -arriveraient bientôt. «Je salue, disait-il, de tout mon cœur, madame la -marquise et j'embrasse mon filleul». Et, dans un post-scriptum plus long -que la lettre elle-même, il réclamait des gens armés ou non. Sa Majesté -n'oubliait pas son petit commerce. «Je donnerai gratis des armes, de la -poudre, du plomb et des frondes, mais le cuir, le fer, les étoffes, la -toile et autres marchandises, chacun pourra les acheter ou donner en -échange d'autres choses produites par le pays.» Puis il recommandait -qu'on levât des impôts en vin, grains et bestiaux. Surtout il fallait se -hâter[480]. - - [480] Cette lettre fut interceptée et remise à Boissieux le 14 - septembre 1738. Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 260-262. - -Il écrivit également au révérend Napoleoni, curé de Zonza et de -Porto-Vecchio, dont les paroissiens persistaient à prendre le parti des -Génois. Le roi exhortait le pasteur à faire rentrer ses ouailles dans le -devoir. Il promettait à ces égarés un généreux pardon et la paye qu'ils -recevaient de l'ennemi. Mais il voulait des otages; ceux-ci seraient -traités avec générosité. Si les habitants s'obstinaient dans leur -rebellion, ils seraient punis sévèrement. Avant de les châtier comme ils -le méritaient, il attendrait la réponse du curé, dont il saurait -reconnaître les services[481]. - - [481] Théodore au Rév. Napoleoni, curé de Zonza et de - Porto-Vecchio, de la plage d'Aleria le 14 septembre 1738. Copie - d'une lettre interceptée: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. Jaussin donne également la traduction de cette - lettre, mais il l'indique datée du 15 septembre au lieu du 14: - _op. cit._, t. I, p. 267-269. - -Cependant, à l'arrivée des navires, quelques Corses dévoués à Théodore -se présentèrent sur le rivage en agitant des drapeaux blancs. Pour -manifester leur joie, ils tirèrent des salves et crièrent «Vive le roi!» -Une chaloupe les amena à bord. Le roi leur donna audience et les -congédia après leur avoir distribué des fusils et des cocardes. A la -nuit, deux barques siciliennes rejoignirent _L'Africain_ et le saluèrent -de plusieurs coups de canon. Les jours suivants, d'autres barques de -même nation accostèrent les navires[482]. - - [482] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._--_Rapport de La - Villeheurnois_: _loc. cit._--Les gens interrogés par La - Villeheurnois ne croyaient pas que «les petits bâtiments - siciliens aient été forcés à servir Théodore.» - -Quand il fallait agir, le baron tremblait. Il avait peur de tout le -monde, des Français, des Génois, des équipages hollandais, des Corses. -Il n'avait aucune envie de batailler dans les montagnes; rendre la -liberté à son peuple était le dernier de ses soucis. Dans l'entreprise -commerciale, il avait apporté, comme part, le mensonge, les promesses -trompeuses qui sentent l'escroquerie. Il avait acheté à crédit des -marchandises qu'il voulait sans doute vendre en quelque endroit pour -s'en faire de l'argent; mais pas dans l'île, car ses sujets étaient -pauvres. Seulement, les traitants d'Amsterdam avaient commandité un -monarque; ils spéculaient sur sa couronne et ils voulaient que leur -associé fît acte de souverain. Il ne pouvait leur servir qu'en tant que -Majesté. Théodore fut obligé de jouer le roi malgré lui. Les lettres -qu'il écrivit, les petites distributions qu'il fit, les airs de grandeur -qu'il se donna, tout cela constituait son rôle dans la comédie. Il s'en -acquittait, d'ailleurs, avec assez de naturel pour faire croire à la -réalité. Mais, quand il fallut en venir à la scène capitale, au -débarquement, il ne savait plus un mot. Keelmann ne l'entendait pas -ainsi. Il eut avec le baron une altercation violente. La dispute -s'étendit entre les matelots et les gens de Théodore. De part et -d'autre, on dégaîna et le malheureux dut promettre de descendre à terre, -car il n'était pas le plus fort[483]. - - [483] _Journal du capitaine Keelmann_: _loc. cit._ - -Le 18 septembre, à huit heures du matin, les officiers vinrent sur le -rivage pour préparer la réception du souverain. A trois heures de -l'après-midi, le roi débarqua à son tour au milieu des salves de -mousqueterie. Les Corses, accourus en grand nombre, l'acclamèrent et lui -rendirent hommage. Les notables s'entretinrent avec lui et le -complimentèrent. Après les réceptions, une exécution capitale eut lieu. -Le capitaine Wickmannshausen, arrêté pendant la traversée sur -_L'Africain_, était accusé d'avoir voulu attenter à la vie de Théodore -en mettant le feu à bord. Cet individu, qui se donnait le titre de -baron, avait été simplement cafetier en Westphalie. Il avait essayé de -tuer Neuhoff une première fois à Amsterdam; n'ayant pu y réussir, il -avait attendu d'être en mer pour mettre son projet à exécution. -Convaincu de tentative criminelle, Wickmannshausen fut condamné à mort. -Amené sur le rivage et attaché à un pin, il fut fusillé. Devant le -cadavre, Théodore s'adressant aux insulaires: «Vous voyez, dit-il, comme -je punis mes propres officiers; que ne ferais-je pas à votre égard, si -vous vous avisiez de me manquer de fidélité!»[484]. - - [484] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._--_Rapport de La - Villeheurnois_: _loc. cit._--Bonfiglio Guelfucci: _op. cit._, p. - 79. Le Père Guelfucci dit que l'officier hollandais, en voulant - tuer le baron de Neuhoff, avait été séduit par la prime de deux - mille genuines offerte par la république de Gênes pour la tête de - l'aventurier. - -Varnhagen, l'apologiste de Neuhoff, raconte à ce sujet une légende. -Théodore aurait été averti des intentions coupables de son officier par -sainte Julie, patronne de la Corse, qui lui était apparue. Il aurait -ainsi pu déjouer cet infernal dessein. L'historien allemand ajoute: -«Après ce miracle évident, il fallait s'attendre à voir toutes les -puissances le reconnaître comme roi.»[485]. - - [485] Varnhagen, _op. cit._, p. 55. - -_Le Mercure historique et politique de Hollande_, toujours dévoué à -Neuhoff, dit, pour excuser cette exécution sommaire, que l'officier -avait été condamné à être brûlé, mais «il fut seulement empalé»[486]. - - [486] Numéro de novembre 1738.--Abbé Letteron: _Correspondance_, - p. 414-422. - -Le soir même, Théodore rentra à bord, car il n'avait aucune envie de -passer la nuit au milieu de ses fidèles sujets. Le lendemain, le -généralissime Ornano, suivi de deux prêtres et de ses partisans, vint -sur le rivage. Il y eut une nouvelle distribution de fusils et de -pistolets. Deux ou trois mille insulaires se trouvèrent réunis et -formèrent une sorte de camp. Un détachement fut envoyé sur Porto-Vecchio -et on apprit que ces braves avaient réussi à couper la conduite d'eau de -la ville et qu'ils avaient mis en fuite quelques Génois[487]. - - [487] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ - -On avait commencé à débarquer les munitions; mais les Corses -n'apportaient aucune denrée en échange, suivant les promesses de -Théodore. Keelmann se méfia; il assembla les officiers, on tint conseil -et il fut décidé que le débarquement cesserait et qu'on irait à -Naples[488]. Il n'y avait rien à faire avec ce roi. - - [488] Puisieux à Amelot, Naples, le 11 novembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le 23 septembre, les navires mirent à la voile, en compagnie des quatre -barques siciliennes. Les matelots crurent qu'on allait mouiller devant -Porto-Vecchio. Quand ils virent que la flotille dépassait la ville, et -que le vent les poussait vers la Sardaigne, ils ne surent que penser. -Les bâtiments louvoyèrent entre les deux îles et furent bientôt en vue -de Bonifacio. - -Riesenberg avait quitté _L'Africain_ et s'était embarqué, par ordre, -sur un pinque nommé _Jesus-Maria-Joseph, l'anime del purgatorio_, et -dont le patron était Roch Malato[489]. Théodore avait frété cette barque -à Sorraco, le 22 septembre, au prix de quatre-vingt-cinq sequins -payables d'avance[490]. - - [489] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ - - [490] _Accord fait entre Théodore et un des patrons du bâtiment - pris par M. de Sabran._ Jaussin: _op. cit._, t. II, p. 267-268. - -Le neveu de Théodore, Frédéric de Neuhoff, qui se donnait le titre de -colonel, monta, avec quelques officiers, sur le pinque et les quatre -barques siciliennes. Le 24, les pilotes reçurent l'ordre de se rendre à -bord de _L'Africain_. Ils en ramenèrent deux tailleurs, la femme de l'un -d'eux, un chasseur et la blanchisseuse du roi. Ils apportèrent également -quelques provisions. Théodore ordonna aux gens, qui se trouvaient sur le -pinque et les quatre barques, d'atterrir à un village de la côte, où il -viendrait les rejoindre avant peu. Dans la journée, les trois navires -disparurent vers la haute mer. Sur le soir, les embarcations jetèrent -l'ancre près d'Ajaccio. Là, le colonel de Neuhoff reçut, des mains d'un -nommé Runsweig, une lettre de Bessel, secrétaire de Sa Majesté, -enjoignant aux officiers de débarquer le lendemain et de rejoindre le -général Ornano. Au reçu de cet ordre, Frédéric entra dans une violente -colère, disant qu'il ne pouvait rien faire, n'ayant ni vivres ni argent. -Dès le 25, en effet, les provisions manquèrent, et sur les barques, les -hommes se mendiaient réciproquement du pain. Des rumeurs s'élevèrent, et -le bruit se répandit que le roi avait fait voile pour Livourne. Dans la -soirée du 26, six barques génoises parurent à l'horizon. Les gens de -Théodore furent très effrayés. Le colonel donna l'ordre de gagner -immédiatement la terre. Un des capitaines, qui était corse, et les -matelots furent d'un avis contraire, car, disaient-ils, les Génois -n'oseraient pas attaquer les barques que protégeait le pavillon -espagnol. Frédéric fit, néanmoins, débarquer tout le monde. Riesenberg -commente dans son journal ces événements avec sarcasme et constate que -le corps d'armée du roi se composait de «dix-huit officiers en pied, -sept subalternes, trois trompettes, trois tailleurs et un -lapidaire»[491]. - - [491] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ - -Le capitaine, persistant à affirmer qu'on ne courait aucun danger, le -colonel et sa petite troupe se rembarquèrent le lendemain. - -Le 28, ils mirent à la voile vers la haute mer. Trois vaisseaux -apparurent à l'horizon. Croyant que ces navires étaient ceux de -Théodore, ils se dirigèrent de leur côté, mais sans pouvoir les -atteindre, à cause du vent contraire. Le jour suivant, on se remit à la -recherche des bâtiments; ils avaient disparu. Une tempête s'éleva. Les -barques, en danger, durent regagner la côte. Le 30, une pluie -torrentielle inonda ces malheureux, que la faim commençait à torturer. -Ils se plaignirent amèrement, laissant leurs rancunes s'échapper en -bruyantes récriminations. Le baron les avait indignement trompés et -s'ils l'avaient cru capable de les abandonner aussi lâchement, dépourvus -de tout, ils ne l'auraient certes pas suivi. Les vivres manquant de plus -en plus, les marins refusèrent la nourriture aux officiers. Ceux-ci ne -purent obtenir de quoi manger qu'à force de supplications. - -Enfin, le 3 octobre, vers le soir, les felouques jetèrent l'ancre devant -Sagone. Le surlendemain, cinq galères génoises furent en vue. La -présence des partisans du roi à bord des barques était compromettante, -aussi les matelots leur conseillèrent-ils de se réfugier à terre, dans -le village de Vico à cinq milles de la côte. Le _corps d'armée_ de -Théodore se prépara au débarquement. Riesenberg endossa son uniforme, -prit son fusil et se mit en marche avec ses compagnons sous la conduite -du colonel Frédéric[492]. - - [492] _Ibidem._ - -Le chemin fut long. Tandis qu'ils marchaient, des paysans armés les -entourèrent, leur demandant d'où ils venaient. Ils répondirent qu'ils -appartenaient au roi Théodore; les Corses les laissèrent passer. A Vico, -ils allèrent frapper à la porte d'un prêtre et lui demandèrent aide et -assistance. Pour appuyer leur requête, ils exhibèrent les brevets signés -par le baron. Mais ces pauvres gens tombaient mal; l'ecclésiastique -était du parti génois: il refusa de les recevoir. Le mépris que l'abbé -affichait pour la signature du souverain irrita les paysans; ils -voulurent le corriger. Frédéric et ses compagnons s'interposèrent et -s'en vinrent chercher un asile dans le couvent des Franciscains. Là, les -hommes de Théodore couchèrent un peu partout, jusqu'au pied des autels. - -Le lendemain, de nombreux habitants, le fusil sur l'épaule, un pistolet -et un grand coutelas à la ceinture, envahirent le monastère. Ils -demandèrent si le roi allait bientôt venir et s'il apporterait «des -armes pour eux, leurs femmes et leurs enfants». Les jeunes moines -déclarèrent que, dès l'arrivée du souverain, ils se lèveraient contre -les Génois. Les malheureux abandonnés durent être bien embarrassés pour -répondre. - -Le prieur, homme prudent et peut-être aussi partisan secret des Génois, -ne voulut pas héberger plus longtemps l'armée du roi Théodore. Le 7 -octobre, il signifia aux officiers d'avoir à chercher un autre abri. Sur -ces entrefaites, un frère apporta une nouvelle: le chanoine Ilario de -Quango[493], proche parent d'Ornano, venait d'arriver avec quelques -paysans pour conduire les gens de Neuhoff auprès du général. Frédéric -envoya un officier complimenter le chanoine. Celui-ci se présenta dans -la matinée du 11. Il promit des vivres «et tout le nécessaire», si le -colonel et ses compagnons consentaient à le suivre. Quelques-uns, -instruits par la dure expérience, se méfièrent. Ils auraient préféré -demeurer à Vico. Mais la majorité étant d'un avis contraire, la troupe -se mit en marche et arriva à Murcia[494]. Les habitants reçurent à -merveille les voyageurs et leur offrirent les mets qu'il estimaient être -les meilleurs: des petits pains avec des écuelles d'huile. Le curé, un -brave homme, vint après souper s'entretenir avec eux; il leur proposa sa -maison pour y passer la nuit, ce qu'ils acceptèrent avec empressement. -Le prêtre leur déclara sans détour qu'ils auraient mieux fait de rester -à Vico, que le chanoine Ilario était un fourbe, aux promesses duquel il -ne fallait pas se fier, et que le village où il les conduisait était le -repaire «des fripons et des filous». Ce discours ébranla un peu les gens -du roi. Mais ils conservaient encore des illusions; au jour levant, ils -se mirent en route avec Ilario. Pour atteindre Guagno ils durent -franchir les montagnes «les plus affreuses». A l'arrivée, le chanoine -leur fit distribuer des petits pains et un peu de fromage; puis il les -envoya loger chez les paysans. - - [493] Guagno, sans doute. - - [494] Murzo, très certainement. - -La prédiction du bon curé se réalisa: la misère commença pour l'armée, -errant à la recherche de son chef. Pendant quatre jours, les malheureux -ne reçurent pas un morceau de pain. Ils durent se contenter de -châtaignes et d'eau. Riesenberg, dont la santé s'altérait à ce régime, -vendit son fusil au prix de six écus pour avoir de quoi manger; ses -camarades en firent autant. - -On était au 22 octobre; l'automne venait. Cette saison, âpre dans les -montagnes, laissait entrevoir des souffrances plus dures encore. -Riesenberg et Vater, auxquels s'étaient joints Boller et un autre -officier, formèrent le projet de retourner à Vico, d'écrire au consul de -France à Ajaccio, pour lui demander un sauf-conduit et se mettre sous sa -protection. Lorsque Frédéric apprit ce complot, il entra dans une -violente colère et menaça ceux qui voulaient s'en aller. Rien n'y fit. -Les récalcitrants se réfugièrent chez un habitant, auquel Riesenberg -donne le titre de comte et qui les protégea contre les fureurs du -colonel. Le 1er novembre, au nombre de cinq, ils se mirent en route, -accompagnés par le comte et par son fils, qui, paraît-il, exposèrent -leur vie pour eux. Ils arrivèrent le lendemain à Vico, mais, comme -leurs sauveurs étaient retournés chez eux, ils furent en butte à la -risée et aux mauvais traitements des habitants. Un prêtre, ému de pitié, -les recueillit. Le 4, ils apprirent que leurs deux «anges gardiens» -étaient arrivés sains et saufs chez eux et «que pour se venger du -chanoine Ilario, ils lui avaient tué deux ânes devant sa porte»[495]. - - [495] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ - -Boissieux, ayant appris les mouvements de Neuhoff sur les côtes de -Corse, lança, le 31 octobre, une proclamation aux communes, prescrivant -de «courre sus à Théodore et à ceux de sa suite». Le général en chef -ordonnait de les prendre et de les livrer; il déclarait rebelles tous -ceux qui leur donneraient asile ou auraient commerce avec eux, «soit -personnellement, soit par écrit.» Ceux qui enfreindraient ces ordres -seraient punis avec la dernière rigueur et leurs maisons rasées[496]. -Riesenberg et ses camarades furent très émus. Le prêtre, qui les -hébergeait et qui était chargé de porter cet édit à la connaissance des -habitants, consentit à retarder la publication jusqu'au moment où ils -recevraient la réponse du consul de France; elle arriva le 7 novembre. -Les gens de Théodore auraient la vie sauve à condition qu'ils vinssent -se livrer sans retard. M. de Sabran, chevalier de Malte, commandant la -frégate _La Flore_ en rade d'Ajaccio, confirma cette promesse. - - [496] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 286-288. Cette proclamation, - datée de Bastia le 31 octobre 1738, arriva le 5 novembre dans - l'intérieur de l'île. - -Ils arrivèrent le 14 novembre. Conduits au corps de garde, on les -désarma. Le 15, ils furent transférés à bord de _La Flore_, où M. de -Sabran les reçut avec bienveillance. Après leur avoir fait servir un -repas,--chose à laquelle ces malheureux n'étaient plus habitués,--il les -interrogea devant le consul. Au nom du roi de France, il leur promit une -entière liberté et leur déclara qu'ils seraient conduits à Bastia, où M. -de Boissieux leur fournirait les moyens de gagner le continent. Partis -le 18, ils arrivèrent le 25 après une traversée si mauvaise qu'ils -manquèrent périr. Ils furent accueillis avec «politesse» par le -commissaire de guerre. Le 26, ils comparurent devant Boissieux. Celui-ci -leur fit distribuer des vivres et quelques secours en argent. Ces -pauvres gens étaient tellement reconnaissants de la façon dont le -général français les traitait qu'ils lui proposèrent de s'enrôler parmi -ses troupes pour faire le coup de feu contre les rebelles. Boissieux ne -crut pas devoir accepter leur offre. Ils furent transférés à Toulon, où -on leur remit encore quelque argent[497]. - - [497] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ Ce journal s'arrête à - la date du 21 janvier 1739. - -Arrivés sur le continent, ces hommes regagnèrent leurs foyers, plus -pauvres et plus désabusés. Un jeune garçon de seize ans, nommé Kel -Morene, embarqué à Amsterdam sur _L'Africain_, avait pris passage à -Sorraco sur l'une des barques siciliennes. Tombé malade, il n'avait pas -pu, comme les autres, se réfugier à terre. Il fut pris par la frégate du -roi et fit une déposition qui confirma en partie le journal de -Riesenberg. Mais le pauvre enfant, trop faible pour résister aux -privations et à la maladie, mourut le 15 octobre 1738[498]. - - [498] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 283-286. - -Pendant ce temps-là, le baron arrivait tranquillement à Naples sans -s'inquiéter des malheureux qu'il s'était engagé à soutenir, ni sans se -soucier des misères qu'il laissait derrière lui. - - -III - -Le 7 octobre, _L'Africain_ mouilla devant Procida[499]. Le bruit courut -aussitôt qu'un personnage, qui ne désirait pas être connu, se trouvait à -bord. Il avait à sa suite une douzaine de domestiques en habits verts. -Sa table comportait sept à huit couverts. On ne laissait approcher qui -que ce fût de sa cabine[500]. - - [499] _Journal de Keelmann_: _loc. cit._ - - [500] Puisieux à Amelot, Naples, le 21 octobre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -La rumeur publique disait que cet individu, aux allures de conspirateur, -ne pouvait être que le roi de Corse. Elle ne se trompait pas. On -commençait à le connaître dans le monde. - -Cependant, l'arrivée de Théodore n'était pas un mystère pour tout le -monde. Dès le lendemain, il eut une longue conférence avec le consul de -Hollande, Joseph Valembergh. Celui-ci ordonna à Keelmann de se rendre à -Baïa, où Neuhoff devait lui payer la cargaison. L'entrée ayant été -refusée au navire, le capitaine se dirigea sur Naples, où il trouva les -capitaines Peresen et Roos. _L'Agathe_ et le _Jacob et Christine_ -avaient, en effet, rejoint _L'Africain_ à Naples. - -Le consul avait chaque jour d'interminables entretiens avec le baron. -Keelmann exigeait le règlement des marchandises, mais le roi remettait -sans cesse au jour suivant. Le 21 octobre, vers le soir, les sieurs -Chartes et Rivarola, agents des Corses, vinrent à bord de _L'Africain_ -et dirent au capitaine que, par ordre du marquis de Montalègre, Neuhoff -devait débarquer pendant la nuit. Keelmann laissa partir Théodore sous -la promesse que le lendemain il toucherait son argent. Le 23, Valembergh -ordonna au capitaine de mettre son chargement à terre et de partir -aussitôt après. Keelmann ne l'entendait pas ainsi. Il répondit qu'il -n'avait déjà que trop livré de marchandises en Corse et exprima sa -surprise de voir le consul prendre plutôt les intérêts de Théodore que -celui des négociants hollandais. Deux jours après, le consul revint à -bord. Il venait, disait-il, chercher Keelmann pour le conduire chez le -baron. Le capitaine, espérant enfin toucher son argent, descendit à -terre. Sur la place du château, tout près de l'église Saint-Jacques, il -se trouva tout à coup entouré par quinze sbires qui l'arrêtèrent et le -conduisirent en prison. On le plaça dans le cachot réservé aux -criminels. A peine y était-il, qu'on lui proposa sa liberté s'il -consentait à retourner en Corse. Le capitaine refusa énergiquement. Vers -le soir, Valembergh, accompagné par le vice-consul et par un secrétaire -de Théodore, vint trouver Keelmann et lui déclara que, s'il persistait -dans son refus, on le mettrait aux fers. Il répondit qu'il était prêt à -souffrir tout plutôt que de trahir ses associés. Neuhoff n'avait nulle -envie de retourner en Corse, il voulait seulement se faire remettre les -marchandises pour les vendre. - -Valembergh exerça sur le commandant la pression la plus éhontée; chaque -jour il se rendait à la prison où il l'invectivait et le menaçait des -pires disgrâces, s'il ne consentait pas à délivrer sa cargaison au -baron. Le consul alla jusqu'à dire qu'il avait reçu,--chose peu -vraisemblable,--des instructions formelles à ce sujet, non seulement de -son gouvernement, mais aussi de Lucas Boon. Aucune menace ne put fléchir -l'intraitable Keelmann. Irrité de la mauvaise foi de Valembergh, il -s'adressa à M. de Montalègre pour obtenir justice. Le ministre du roi -des Deux-Siciles répondit vertement que cette affaire regardait -entièrement le consul et qu'il ne voulait pas en entendre parler[501]. - - [501] _Journal de Keelmann_: _loc. cit._ Nous avons vu, d'après - Rostini, que la femme de Théodore était parente du marquis de - Montalègre. Comment se fait-il que le baron ayant si odieusement - abandonné sa femme enceinte, ce ministre ait consenti à lui - accorder sa protection? - -Puisieux apprit l'arrestation du commandant sans surprise. Il avait été -témoin l'année précédente d'une violente dispute entre Valembergh et le -capitaine de _La Demoiselle Agathe_, parce que celui-ci ne voulait pas -retourner en Corse[502]. Le consul comprenait d'une singulière façon la -protection qu'il devait à ses nationaux. - - [502] Puisieux à Amelot, Naples, le 28 octobre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'ambassadeur de France, instruit de toutes ces intrigues par des -matelots hollandais, trouva moyen de communiquer en secret avec -Keelmann. Il lui conseilla de signer tout ce qu'on exigerait de lui en -prison. Remis en liberté, il pourrait mettre aussitôt à la voile et, -quand il aurait gagné la haute mer, se diriger vers un port français. -Keelmann aurait sans doute suivi cet avis «si M. l'envoyé de Gênes, qui -n'a pas encore toute la prudence d'un ministre consommé, n'avait tenu -indiscrètement quelques discours qui ont mis le consul de Hollande et -Théodore en méfiance contre le capitaine». Celui-ci fut surveillé plus -étroitement que jamais[503]. - - [503] Puisieux à Amelot (en chiffres), Naples, le 11 novembre - 1738: Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère - des affaires étrangères. - -Le 30 octobre, Valembergh arracha au capitaine un ordre écrit pour -permettre au baron de prendre à bord les effets qu'il réclamait. Le -consul fit en outre emprisonner les capitaines Peresen et Roos, parce -qu'ils refusaient de vendre à Neuhoff leurs cargaisons. Ils savaient -parfaitement qu'ils ne seraient jamais payés. - -Keelmann prétendait que les négociants hollandais et lui-même pouvaient -s'estimer heureux si la perte de l'expédition ne dépassait pas deux cent -mille florins[504]. C'était bien suffisant pour avoir commandité un roi. - - [504] Extrait d'une lettre de Naples du 16 décembre 1738: - _Ibidem_. - -L'équipage de _L'Africain_ s'était ému des mauvais traitements qu'on -faisait subir à son commandant. Le 15 novembre, les marins signèrent, -par devant notaire, une protestation contre les manœuvres du -consul[505]. - - [505] _Journal de Keelmann_: _loc. cit._--_Traduction de la - protestation faite par l'équipage du vaisseau hollandais_ - L'Africain, _contre le consul des États Généraux établi à Naples, - du 15 novembre 1738_: _Ibidem_. L'original de la protestation - accompagne la traduction. - -La conduite de celui-ci, l'inertie suspecte des ministres du roi des -Deux-Siciles, qui laissaient commettre une injustice flagrante sans rien -dire, émurent le cabinet de Versailles. Amelot écrivit à Puisieux pour -lui recommander de faire à Montalègre les plus sérieuses -représentations. Le ministre se proposait de demander à l'ambassadeur -des États Généraux à Paris une explication sur les faits et gestes de -leur étrange représentant à Naples[506]. La France, qui s'était engagée -vis-à-vis de la république de Gênes à pacifier la Corse, ne pouvait pas -admettre qu'aucune puissance favorisât un aventurier. - - [506] «S. M. souhaite que vous ne différiez pas un moment - d'instruire M. le marquis de Montalègre du procédé du consul de - Hollande. Le roi ne peut pas se persuader que les liaisons - d'intérêt, de sang et d'amitié qui doivent être entre S. M. et le - roi des Deux-Siciles, puissent laisser S. M. S. dans - l'incertitude du parti qu'Elle doit prendre dans une affaire qui - intéresse également l'honneur de la France et les droits de tous - les souverains».--Amelot à Puisieux, le 2 décembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le 5 décembre, Keelmann fut remis en liberté[507]. - - [507] «Un volume ne suffirait pas pour détailler les manèges et - les injustices dont on a usé à son égard pendant sa - prison».--Puisieux à Amelot, Naples, le 9 décembre 1738: - _Ibidem_. - -Le gouvernement des Deux-Siciles entreprit des démarches pour acheter la -cargaison des navires. Le capitaine se méfia et ne voulut pas consentir -à ce marché[508]. - - [508] Puisieux à Amelot, Naples, le 30 décembre 1738: _Ibidem_. - -Au mois de février, il partit pour Smyrne et pour Constantinople. Il -vint demander à Puisieux une lettre de recommandation pour l'ambassadeur -de France en Turquie. Sa requête ne fut pas accueillie[509]. - - [509] Puisieux à Amelot, Naples, le 3 février 1739: _Ibidem_, - vol. 37. - -Les intrigues de Valembergh avaient donné lieu à une critique sévère. Il -crut devoir se justifier auprès de son collègue de Livourne, François -Bouver. Keelmann, après s'être entendu avec les Génois, aurait perpétré -des attentats si _énormes_ qu'on ne pouvait les décrire dans une lettre. -A Amsterdam, il aurait commis de nombreux méfaits, qui étaient une honte -pour la nation hollandaise. Ces turpitudes avaient été découvertes après -son départ et les correspondants de Valembergh en faisaient un tableau -sinistre. Keelmann aurait tenté de vendre en sous-main le navire et -toute la cargaison. Dans ce but, il recevait à son bord, pendant la -nuit, des gens suspects et travestis. Le consul disait qu'il avait fait -mettre Keelmann en prison et qu'il le faisait étroitement surveiller -pour sauvegarder les intérêts des commerçants. Il serait trop long de -raconter toutes les ruses qu'il avait employées pour sortir de prison. -Un autre capitaine, Cornelius Roos, homme insolent et ami du vin, avait -pris bruyamment le parti de Keelmann. Valembergh avait dû également le -faire incarcérer. Le consul, en finissant, demandait à son collègue des -nouvelles de Corse et le priait de faire tous ses compliments à Salvini, -l'agent des révoltés à Livourne, et à cet individu taré, qui se faisait -passer pour le neveu de Théodore, sous le nom de Drost[510]. Cette -lettre ne prouvait qu'une chose, c'est que le consul avait des liens -d'amitié non seulement avec Théodore, mais encore avec ses partisans les -moins recommandables. - - [510] Joseph Valembergh à François Bouver, consul de Hollande à - Livourne, le 11 novembre 1738. Copie d'une lettre interceptée: - _Ribellioni di Corsica_, filza 13-3011. Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -Le baron avait toujours peur. Il écrivit à la sœur Fonseca; il avouait -les cruelles inquiétudes qui le torturaient et demandait qu'elle lui -procurât à Naples un abri sûr. La bonne sœur avait immédiatement prié -une religieuse de cette ville, Mme Anne-Marie della Leonessa, de donner -asile au roi de Corse. Il n'avait besoin que d'une chambre; il se -procurerait lui-même la nourriture, il ne gênerait en rien les pieux -exercices du couvent; du reste il ne comptait pas rester longtemps dans -sa retraite. L'essentiel était qu'il pût se mettre en sûreté contre ses -ennemis. Il avait été trahi par les capitaines hollandais et il ne -savait plus à qui se fier[511]. - - [511] La sœur Fonseca à la sœur Anne-Marie della Leonessa, le - 14 novembre 1738. Copie d'une lettre interceptée: _loc. cit._ - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Théodore, en débarquant de _L'Africain_, se rendit donc au monastère où -la sœur Fonseca lui avait ménagé une demeure. Il s'y tenait renfermé -tout le jour, ne sortant que la nuit déguisé en moine. Il serait -ensuite allé loger dans un autre cloître[512], s'entourant de mystère. -Enfin, pensant que les saintes femmes ne le garantissaient pas -suffisamment contre les représailles de tous ceux qu'il avait dupés, il -vint se réfugier dans le logis de son ami Valembergh, où il avait fait -mettre tous ses papiers. Chez le consul, il trouva Mathieu Drost et un -autre individu, qui lui aussi se faisait passer pour un neveu de Sa -Majesté. Le consulat de Hollande à Naples était décidément un bien -mauvais lieu. - - [512] Puisieux à Amelot, Naples, le 18 novembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Il s'y joua une comédie burlesque, dans laquelle Valembergh ne craignit -pas d'achever de se compromettre. Sur les réclamations pressantes du -gouvernement français, le consul de Hollande se vit obligé de remettre -Keelmann en liberté. Théodore tremblait de plus en plus et il supplia -son ami de le sauver. Voici ce qui fut imaginé. Dans la nuit du 2 au 3 -décembre, Perelli, conseiller du roi des Deux-Siciles, et Ulloa, -auditeur général de l'armée, se présentèrent au consulat accompagnés de -quarante grenadiers. Ils arrêtèrent le baron et les deux individus qui -se trouvaient avec lui. Ils saisirent tous les papiers. C'était une -façon ingénieuse de les empêcher d'être pris par des gens indiscrets. -Des chaises à porteur attendaient dans la rue. Les captifs y furent -placés et conduits à Chiaïa. On les embarqua à bord d'une galiote qui -leva l'ancre aussitôt et fit voile vers Gaète. Un détachement de soldats -commandés par quatre officiers reçut les prisonniers à leur débarquement -et les amena à la citadelle. Théodore et ses deux acolytes furent -traités avec tous les égards[513]. On assura au baron trois ducats par -jour pour sa subsistance[514]. - - [513] _Gazette d'Amsterdam_, numéros des 2 janvier et 20 mars - 1739.--_Mercure politique et historique de Hollande_, janvier, - février et mars 1739.--_The annals of the year 1739._ Londres, 2 - vol. in-8º. - - [514] Puisieux à Amelot, Naples, le 16 décembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Lorsque la nouvelle en fut connue à Naples, on insinua que l'arrestation -du baron de Neuhoff avait été faite à la requête du marquis de Puisieux. -Mais, plus celui-ci affirmait qu'il n'y était pour rien, plus on lui -attribuait cette mesure. On découvrit bientôt la trame de cette comédie -inventée par Théodore et Valembergh, de complicité avec les autorités -siciliennes. Pour calmer ses frayeurs le baron s'était fait arrêter et -conduire sous bonne escorte hors du royaume de Naples. Lorsqu'il fut -appréhendé, Neuhoff avait poussé l'effronterie jusqu'à demander aux -sbires s'il y avait sûreté pour sa vie[515]. C'était une de ces ruses un -peu grosses, dont il était coutumier. - - [515] (En chiffres). «Cet aventurier demanda alors qu'il fut - arrêté, s'il y avait sûreté pour sa vie, question que j'imagine - qu'il ne fit que pour persuader qu'il n'était pas prévenu sur ce - qu'il devait lui arriver, mais il y a toute apparence qu'il en - avait été averti et quoique M. de Sangro, gouverneur de Gaète, - ait ordre de le veiller de près, je crois cependant que - l'intention du ministre n'est pas de le garder toujours et que - l'on pourra bien se contenter de le faire conduire dans quelque - temps hors du royaume. Il a écrit à un de ses plus zélés - adhérents, qui est resté ici, de ne se point alarmer de son - aventure, qu'il reparaîtrait au premier jour avec plus d'éclat, - et que tout ceci ne se faisait que pour endormir une certaine - puissance.» Puisieux à Amelot, Naples, le 9 décembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -On disait qu'il se trouvait si bien à Gaète qu'il avait prié le roi des -Deux-Siciles de l'y laisser[516]. Mais, c'était un personnage gênant; -aussi eut-on hâte de s'en débarrasser. Pendant la nuit du 16 au 17 -décembre, il fut extrait du château et conduit à la frontière de l'État? -ecclésiastique[517]. - - [516] Lorenzi à Amelot, Florence, le 20 décembre 1738: - Correspondance de Florence, vol. 89. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [517] Puisieux à Amelot, Naples, le 23 décembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Les événements qui avaient suivi l'arrivée à Naples des navires -hollandais soulevèrent les protestations du gouvernement français. -Amelot prescrivit à Fénelon, ambassadeur de France à La Haye, de faire -les plus vives remontrances aux États Généraux. Ce n'était pas la -première fois que le baron de Neuhoff avait trouvé aide et secours dans -les Pays-Bas. En 1737, comme en 1738, il avait paru en Méditerranée sur -des bâtiments hollandais avec armes et munitions. La conduite de -Valembergh était blâmable au dernier point. «La république ne peut -disconvenir combien l'impunité d'un pareil procédé de la part de son -consul marquerait peu d'égards pour le roi et pour ce qu'elle doit à -l'amitié de Sa Majesté. Si ce qui fait le motif de nos plaintes ne -portait que sur quelques particuliers non avoués, nous pourrions y -donner moins d'attention, mais la chose est fort différente et bien plus -répréhensible lorsqu'on voit un consul hollandais contribuer -publiquement à de pareilles entreprises.» Amelot demandait donc que -Valembergh fût sévèrement puni et il formulait sa requête dans la forme -d'un ultimatum[518]. Le ministre accentua son désir, en faisant une -démarche auprès de Van Hoëy, envoyé de Hollande à Paris. Les États -Généraux ne purent faire autrement que de donner satisfaction au -gouvernement français, en désavouant et en révoquant leur consul à -Naples[519]. - - [518] Amelot à Fénelon, Versailles, le 7 décembre 1738: - Correspondance de Hollande, vol. 429. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [519] Extrait de la résolution du 2 décembre 1738 prise par L. H. - P. les États Généraux relativement au consul de Naples: - _Ibidem_.--Puisieux à Amelot, Naples, le 20 janvier 1739: - Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Amelot envoya à Fénelon la copie de la déclaration faite par Vastel à -Alicante[520]. L'envoyé de France communiqua cette pièce au -Pensionnaire, qui répondit que les faits rapportés dans ce document -devaient être très exagérés, car il n'était pas vraisemblable qu'un -subalterne pût être aussi bien informé. «Il n'aurait pas été mieux -instruit quand il aurait été du conseil. Les ordres d'un capitaine de -vaisseau à l'autre se donnaient-ils tout haut pour qu'un simple matelot -pût les savoir avec tant de précision, et les gens de cette sorte -tenaient-ils un journal pour pouvoir rapporter exactement les jours et -jusqu'aux heures où chaque chose s'était faite?»[521]. Nous savons -cependant que la déposition de ce simple matelot était parfaitement -vraie. - - [520] Amelot à Fénelon, Versailles, le 14 décembre 1738: - Correspondance de Hollande, vol. 429. - - [521] Fénelon à Amelot, le 23 décembre 1738: _Ibidem_. - -Amelot eut une nouvelle entrevue avec Van Hoëy. Celui-ci fut très -embarrassé et ne put que répondre d'une façon vague. Le ministre fut -convaincu que, si les États Généraux ne voulaient pas rechercher à fond -les responsabilités dans cette affaire, c'était dans «la crainte de -découvrir des complices qu'on soupçonne et qu'on veut cacher.» L'envoyé -de Hollande alla «jusqu'à faire entendre clairement qu'on obligerait le -Pensionnaire personnellement en ne poussant point cette affaire»[522]. - - [522] Amelot à Fénelon, Versailles, le 1er janvier 1739: - Correspondance de Hollande, vol. 429. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Du reste, Fénelon s'efforçait de justifier le Pensionnaire de toute -influence directe dans les intrigues de Théodore. Il en accusait -certains personnages des Pays-Bas, dévoués à la politique du roi -d'Angleterre[523]. - - [523] Correspondance de Fénelon: _Ibidem_. - -Au commencement de janvier 1739, le bruit courait à Naples que Théodore -était revenu. «J'en ai parlé à M. de Montalègre, qui me l'a nié de façon -à me confirmer dans mes soupçons», écrivait Puisieux[524]. Cette rumeur -prenait une telle consistance que le gouvernement sicilien tâchait d'en -détruire l'effet en faisant arrêter de temps en temps quelques partisans -du roi de Corse; mais sa sévérité ne tombait que sur ceux qui étaient -capables de trahir l'aventurier. On laissait bien tranquille ce Drost -que Puisieux, cependant, avait recommandé d'une façon toute particulière -à Montalègre, comme étant l'un des plus fripons de cette bande de -coquins[525]. - - [524] Puisieux à Amelot, Naples, le 6 janvier 1739: - Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [525] «Plus je vais en avant, et plus je me confirme dans les - soupçons que j'ai eus sur le retour du baron de Neuhoff dans ce - royaume. (En chiffres.) Ce gouvernement tâche de les détruire en - faisant arrêter de temps en temps quelques partisans de cet - aventurier, mais je remarque que cette sévérité ne tombe que sur - ceux de la fidélité desquels l'on croit devoir se méfier, témoin - le baron de Drost qui est toujours ici, quoique je l'eusse - recommandé très particulièrement, le regardant comme l'agent du - baron de Neuhoff en cette ville. Je ne doute point que ce - dernier, informé de l'opiniâtreté des rebelles, ne fasse une - seconde tentative pour retourner en Corse, ce qui ne déplairait - nullement à cette Cour.»--Puisieux à Amelot, Naples, le 20 - janvier 1739, _Ibidem_. - -Si Théodore était rentré dans le royaume napolitain, il se tenait bien -caché, car il ne faisait pas parler de lui. Il chargeait ses complices -de s'agiter à sa place. - -Ils menaient grand bruit sur un prétendu désastre que les Corses -auraient infligé aux troupes françaises, le 13 décembre, à Borgo. Il -s'agissait tout simplement d'un détachement qui avait été surpris; les -hommes de Boissieux, après s'être énergiquement défendus, avaient pu se -replier en bon ordre sur Bastia[526]. Cette affaire était peu -importante, mais ils répandirent une relation ampoulée et exagérée de -cette bataille: «... Notre général, habillé à la turque, marchait -toujours en avant et l'on entendait continuellement des cris -d'allégresse et: Vive notre général et le roi des Espagnes... Nous -sommes dans ces environs dans l'attente une seconde fois des Français, -qui nous ont paru des hommes de bois à la façon dont ils ont été -étrillés, quoiqu'ils eussent l'avantage du terrain»[527]. - - [526] Jaussin: _op. cit._, t. I, p. 347. - - [527] _Traduction de la relation répandue à Naples par quelques - adhérents du baron de Neuhoff qui y sont actuellement, de la - victoire qu'ils prétendent que les rebelles corses ont remportée - sur les troupes du Roi les 12 et 13 décembre 1738_: - Correspondance de Gênes, vol. 101. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Les Génois, de leur côté, furent enchantés de ce qu'ils appelaient le -désastre de Borgo. A Gênes, on fit à ce sujet des pasquinades d'un goût -douteux[528]. - - [528] Campredon à Maurepas, Gênes, le 1er janvier 1739: _Ibidem_, - vol. 102.--Abbé Letteron: _Correspondance_, p. 427-431. - -Ce grand succès des rebelles corses n'empêcha pas Dominique Rivarola, -leur plus fidèle agent, d'aller trouver le marquis Spinola, envoyé de -Gênes à Naples. Il lui proposa de faire rentrer la Corse «sous -l'obéissance de la république, si l'on voulait lui accorder un bon -parti»[529]. Il ne fixa pas de prix à sa trahison; il s'en remettait à -la générosité des Génois. Mais ceux-ci n'avaient pas l'habitude de -payer. Ils voulaient bien profiter de toutes les vilenies, mais à -condition que cela ne leur coûtât rien. Quelques années plus tard, -Dominique Rivarola se vendra aux Anglais et aux Sardes avec plus de -succès. - - [529] Puisieux à Amelot, Naples, le 30 décembre 1738: - Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Au mois de février 1739, les partisans de Théodore, sauf Drost, -quittèrent Naples. Ils allèrent à Livourne porter leurs intrigues et -leurs ambitions malpropres[530]. - - [530] Puisieux à Amelot, Naples, le 3 février 1739: - Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - -IV - -Le général de Boissieux, malade depuis longtemps, mourut à Bastia dans -la nuit du 1er au 2 février 1739[531]. Son successeur fut le marquis de -Maillebois. Parti de Toulon le 19 mars, il débarqua à Calvi le 21[532]. - - [531] Il fut inhumé dans l'église Saint-Jean de Bastia.--Jaussin: - _op. cit._, t. I, p. 352. - - [532] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Calvi, le 22 mars 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 423. - -La durée de la révolte, les difficultés d'une campagne dans un pays -montagneux avaient forcé le gouvernement français à expédier de -nouvelles troupes. Toutes les tentatives de médiation pacifique avaient -échoué. Les insulaires s'obstinaient avec une belle énergie à ne pas -vouloir reconnaître la domination génoise. Les instructions remises à -Maillebois ne furent pas rédigées dans cet esprit de modération qui -formait la base de la mission de Boissieux[533]. Il ne fallait pas, sous -prétexte de mansuétude, imposer à l'armée française une inaction pouvant -porter atteinte à son prestige aux yeux des rebelles et aux yeux des -Génois. - - [533] Instructions pour M. le marquis de Maillebois, le 14 - février 1739: Abbé Letteron, _Ibidem_, p. 351-356. - -Maillebois commença par établir une surveillance plus active sur les -côtes pour empêcher autant que possible les Corses d'avoir des rapports -avec le continent. Campredon avait quelques bonnes raisons de penser que -les insulaires trouvaient des secours à Gênes même. Si ces soupçons -étaient justifiés, la France aurait joué un rôle de dupe et c'est ce -qu'il fallait éviter. Amelot écrivit à Campredon que le cardinal Fleury -désirerait vivement qu'on pût avoir des preuves sur les secours en armes -et munitions fournis par des Génois aux Corses[534]. Mais il est -toujours assez difficile d'avoir des certitudes dans une pareille -question. Les Génois étaient très méfiants et certainement ceux qui -faisaient la contrebande de guerre opéraient dans le plus grand secret. - - [534] Amelot à Campredon, Versailles, le 31 mars 1739: - Correspondance de Gênes, vol. 102. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 450. - -Après ses aventures à Naples, Théodore était resté en Italie, vivant -très probablement dans quelque mystérieuse retraite, peut-être même à -Rome auprès de sa protectrice la bonne sœur Fonseca. Néanmoins il -essayait de réchauffer le zèle de ses partisans en Corse par de -nombreuses lettres, tout en ayant soin de ne jamais dire où il se -trouvait. - -Un dimanche, le 19 avril, une felouque arriva sur les côtes corses et -jeta l'ancre devant la tour d'Alistro, non loin d'Aleria. Quinze à -dix-huit hommes débarquèrent, parmi ceux-ci se trouvait un neveu de -Théodore, le baron Frédéric de Neuhoff[535]. - - [535] Plusieurs historiens et même des correspondances de - l'époque ont donné, par erreur, le nom de Drost à ce personnage. - On l'a confondu avec l'individu qui, en 1738, était arrivé en - Corse en se faisant appeler Mathieu Drost et qui fut arrêté à - Livourne, nous l'avons vu. Le colonel de Neuhoff, qui l'année - précédente s'était embarqué avec Théodore, en Hollande, et qui - l'avait rejoint à Naples, n'était pas non plus le même individu - que Frédéric. Dans une correspondance postérieure et que nous - verrons plus loin, Théodore fera la distinction entre ses deux - neveux et Drost. Il faut nous en tenir à son témoignage, qui est - formel à ce sujet. - -A l'arrivée du bâtiment, le consul de Fiumorbo, Vincent Martinetti, fit -arrêter un paysan qui portait plusieurs paquets cachetés du sceau de -Théodore. Parmi les papiers il y avait quatre lettres du roi adressées à -différents personnages résidant au-delà des monts. Maillebois transmit -la copie et la traduction de ces lettres à Versailles[536]. - - [536] Maillebois à Fleury, Bastia, le 25 avril 1739: - Correspondance de Gênes, vol. 102. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Maillebois à Amelot, Bastia, le 25 avril - 1739.--Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 25 avril 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 367-368, 449-453. - -La première était adressée à «l'illustrissime lieutenant général, le -comte Zenobio Peretti, commandant général de Zicavo». Neuhoff annonçait -que son neveu, Frédéric, baron libre de Neuhoff, seigneur de -Rauschenburg, venait en Corse pour annoncer aux fidèles partisans son -prochain retour avec des munitions. Mais avant tout il fallait s'assurer -d'un port et Théodore commandait à Peretti de prendre Porto-Vecchio et -d'en fortifier les tours. Il se plaignait vivement des Corses qui se -trouvaient sur le continent et qui espionnaient toutes ses démarches -pour en rendre compte aux Génois. Aussi devait-on considérer comme -traîtres au roi et à la patrie tous ceux qui quittaient l'île pour aller -prendre du service à l'étranger. Enfin, il prêchait l'union et la -concorde entre tous les insulaires[537]. - - [537] Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. - 356-357. - -La seconde lettre de Théodore était adressée au «comte Paul François -d'Ornano, colonel d'infanterie à S. Maria d'Ornano.» Elle portait la -date du 11 mars. Le roi donnait l'ordre d'enfermer l'ennemi dans -Ajaccio. Il fallait agir avec vigueur, sans ménagements pour personne. -Il déplorait de n'avoir pas pu s'embarquer avec son neveu à cause, -disait-il, «des peines et des embarras qu'on m'a fait avec mes lettres -de change.» Au premier jour, un vaisseau chargé de munitions arriverait -dans l'île. Il recommandait de faire la distribution des armes «avec -amour et régularité» et d'éviter que les insulaires n'agissent en -«sauvages», ce qui leur ferait un grand tort. Théodore demandait enfin à -tous ses officiers restés en Corse et pourvus de chevaux d'aller à la -rencontre de Frédéric[538]. - - [538] Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. - 358. - -Les deux autres lettres, datées des 14 et 16 mars, étaient adressées à -un prêtre, Gio-Maria Balizone Teodorini, que le baron appelle son -premier chapelain. Dans la première, après avoir confirmé l'arrivée de -son neveu, il disait que les navires de Naples chargés de munitions -étaient en route. Un autre de ses bâtiments, parti de Tunis, avait été -jeté à la côte par la tempête. Il revenait sur son idée: prendre -Porto-Vecchio, coûte que coûte. Il fallait aussi, par quelque -stratagème, s'emparer de Campomoro[539]. Les Corses devaient, à -l'avenir, vivre «comme d'honnêtes gens bien disciplinés et non comme des -sauvages et des voleurs.» Son plus cher désir était de soustraire le -pays à la tyrannie génoise; mais il fallait qu'on l'aidât. Tout ce qu'il -avait souffert pour parvenir à son but serait trop long à écrire; il -passait. Il voulait que chacun respectât ses lois. Là, il parle en -souverain et en maître. Ce passage a de l'allure: «Assurez les peuples -que je ne me relâcherai point pour leur délivrance, mais je veux -obéissance et fidélité, qu'on observe ma loi et qu'on punisse -promptement de mort les infidèles et ceux qui ont correspondance et -connivence avec l'ennemi. Ensuite, il faut amener une union fraternelle, -sincère et parfaite, et laisser aller librement ceux qui sont -inconstants. Croyez-moi, si les Corses sont bien convaincus de la -nécessité d'être unis et de l'irrévocable résolution des peuples de -vouloir maintenir, comme ils le doivent, leur élection en ma personne, -ils seront appuyés et secourus, mais d'entrer en traité, puis vouloir se -donner tantôt à l'un et tantôt à l'autre, comme certains infidèles qui -sont en terre ferme ont fait, tout cela refroidit et retarde les secours -qui ont été arrangés par moi». Et il ajoutait cette phrase qui résumait -toute l'histoire des malheurs de la Corse. «Tant que chacun cherchera à -opérer pour sa propre utilité, les peuples resteront dans la misère et -seront tyrannisés par l'ennemi, toutes mes dépenses et toutes mes peines -ne serviront à rien.» Dominique Rivarola et son frère, soudoyés par les -Génois, faisaient, à Rome, le métier d'espions[540]. - - [539] Village situé dans le golfe Valinco, sur la côte - occidentale. - - [540] Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. - 339-364. - -Dans la seconde lettre, très courte, Théodore approuvait les Corses -d'avoir retiré leur confiance au chanoine Orticoni, à Salvini, à Arrighi -et à Hyacinthe Paoli. Il considérait ces chefs comme ses pires ennemis -et il les croyait capables de remettre la Corse «dans les chaînes de -Gênes.» Il ratifiait la déchéance de Paoli, son ancien ministre[541]. On -avait saisi d'autres lettres de Théodore à divers chefs, mais elles ne -contenaient rien qui ne fût dans les premières[542]. - - [541] Abbé Letteron, p. 364.--Duchâtel au comte de Belle-Isle: - _Ibidem_, p. 449-453.--En envoyant à Versailles les copies des - lettres interceptées, Maillebois avait ajouté cette note: «Le - mécontentement que Théodore a contre Hyacinthe Paoli vient de ce - que l'on assure que le susdit Paoli est à la tête d'une cabale, - conjointement avec le chanoine Orticoni pour livrer l'île au roi - de Naples et que Théodore est très opposé à ce projet par les - raisons que voici: la première est qu'il a pris des engagements à - Amsterdam avec les juifs de cette ville pour leur livrer des - établissements dans l'île de Corse et l'on prétend même que la - république de Hollande en a aussi à cet égard. La seconde raison - vient aussi, dit-on, des quelques engagements qu'il a pris avec - les Tunisiens pour leur fournir un asile dans cette île, et tous - ces engagements pris à la condition d'en être reconnu le légitime - souverain.» Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - - [542] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 453-458. - -Frédéric fut, à son arrivée dans l'intérieur, reçu avec acclamation. -Mais l'enthousiasme des populations ne devait pas être long. Pour fêter -la bienvenue du neveu du roi, quelques-uns des chefs organisèrent en son -honneur une chasse au sanglier. Frédéric arriva avec les notables au -rendez-vous. Au moment d'attaquer la bête, un déserteur français du -régiment de Nivernais surgit tout à coup parmi les chasseurs. Cet homme -fut arrêté; les Corses lui demandèrent où résidait le général en chef et -s'il attendait de nouvelles troupes. Le soldat répondit que Maillebois -se trouvait à Bastia et que cinquante mille hommes de renfort allaient -arriver dans l'île. A cette nouvelle, les paysans postés dans le bois -pour la battue s'éclipsèrent comme par enchantement. Le sanglier lui -aussi s'était sauvé; la chasse fut manquée. Frédéric revint chez lui. Il -trouva sa maison dévastée. On lui avait tout pris: une bourse contenant -huit à neuf cents sequins destinés à subvenir aux premiers frais de la -guerre, ses vêtements et jusqu'à ses chemises. Il obtint la restitution -de quelques chemises, mais l'argent resta dans les mains de ceux qui -l'avaient pris. «Voilà ce qui s'appelle d'honnêtes gens et de fidèles -sujets de Théodore»[543]. - - [543] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 453-458.--Jaussin: _op. - cit._, t. II, p. 312. - -Ils n'avaient pas dérobé les effets et l'argent du «premier prince du -sang de Théodore»[544] dans un unique but de rapine. Les rebelles, qui -avaient vu tant de fois les promesses du roi s'évanouir, voulaient bien -croire encore à son prochain retour avec des secours, comme il -l'écrivait, mais il leur fallait des gages. Ils entendaient avoir -Frédéric pour otage, et, afin de le garder plus étroitement, ils lui -avaient tout pris. - - [544] C'est ainsi que Duchâtel appelle ironiquement Frédéric. - Cela prouverait une fois de plus que l'existence d'un fils de - Théodore est purement imaginaire. D'ailleurs, aucun document - sérieux de l'époque ne fait mention de ce fils. Cette légende - naquit plus tard. - -Dans une réunion les chefs de la Balagne avaient décidé de le mettre à -mort dans le cas où le roi ne tiendrait pas sa parole et ne viendrait -pas en personne au mois de mai apporter les importants secours qu'il -faisait espérer depuis si longtemps[545]. - - [545] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: - _loc. cit._ - -Frédéric avait plus d'énergie que son oncle. Il ne se laissa pas -intimider par l'hostilité qu'il sentait autour de lui. Il ne songea pas -un instant à se dérober; il alla de l'avant. Le 6 mai, les principaux -chefs se réunirent à Venzolasca pour délibérer sur les affaires du pays. -Résolument, Frédéric se rendit à cette réunion, décidé à affronter les -haines et les colères des rebelles. Les débats se prolongèrent pendant -deux jours «avec beaucoup d'aigreur et un grand partage d'opinions». La -majorité de l'assemblée pensait que le moment fût venu où toute -résistance devenait inutile. On devait envoyer des députés pour offrir -au général français la soumission du peuple corse. Frédéric se leva et -prit la parole. Il promit sur sa tête que le roi arriverait bientôt dans -l'île avec des secours considérables en troupes, en argent et en -munitions fournis par les puissances maritimes de l'Europe y compris -l'Espagne. Il se mettrait en personne à la tête de la nation armée et -les Génois seraient définitivement écrasés. Les Corses ne devaient donc -pas capituler. Soutenu par les plus acharnés, ce discours retourna -l'assemblée. Les paroles vibrantes de Frédéric trouvèrent un écho chez -les plus irrésolus. La résistance fut votée d'acclamation au cri de: -«Vive le roi Théodore!» Avant de se séparer, les chefs firent le serment -d'être à jamais fidèles au souverain qu'ils s'étaient donné trois ans -auparavant. - -Mais cette belle unanimité de sentiments n'était qu'apparente. Les -Corses étaient trop désunis pour que les Français pussent craindre un -soulèvement général. Et Théodore serait même arrivé en ce moment, qu'il -aurait risqué d'être abandonné, trahi par tous, tué peut-être, s'il -n'apportait pas avec lui les secours promis[546]. - - [546] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 9 mai 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 458-462. - -Le consul de Gênes, à Livourne, informa Maillebois qu'une felouque -suspecte se trouvait dans le port et qu'on croyait que ce bâtiment avait -été frété pour transporter le baron dans l'île. Malgré -l'invraisemblance d'un retour du roi, le général français voulut -s'assurer du fait. Il envoya la barque _La Légère_ à Livourne. Le -commandant, M. de la Vilarselle, devait surveiller le bateau signalé, -s'en emparer s'il prenait la mer, et l'amener à Bastia, afin qu'on -interrogeât son équipage et qu'on visitât sa cargaison[547]. Mais, selon -leur habitude, les Génois s'étaient alarmés trop tôt. Théodore n'avait -alors ni les moyens ni l'envie de retourner dans son royaume. On -n'entendit plus parler de lui pendant quelque temps. - - [547] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 15 mai 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 462-464. - -Bien convaincu que le baron de Neuhoff ne viendrait pas activer la -révolte par sa présence, Maillebois prit ses dispositions pour amener -une prompte pacification de la Corse. Il ne s'agissait plus maintenant -de négocier avec les insulaires; il fallait porter les armes jusque dans -les cantons montagneux de l'intérieur. Le général en chef décida de -commencer les opérations par la Balagne, la province la plus riche et la -plus rebelle. Frédéric s'y était rendu avec quelques partisans pour -prêcher et organiser la résistance. Sous son impulsion, les Corses s'y -préparèrent avec intelligence. Ils donnèrent de l'occupation aux troupes -françaises, qui eurent à surmonter bien des obstacles tenant à la -configuration du pays et au manque de routes praticables. Ces -difficultés étaient accrues par l'hostilité sourde des populations qui -paraissaient soumises et par la mauvaise foi des Génois. On se sentait -entouré d'espions et de traîtres[548]. - - [548] «Les mesures qu'on leur voit prendre sont de se fortifier - dans Lento et dans tous les postes que nous pourrions avoir envie - d'occuper, d'inonder par leur multitude les frontières du Nebbio - et de nous présenter partout des têtes pour nous faire croire - qu'ils veulent sans cesse nous attaquer. Cette conduite dans des - gens de cette espèce n'est pas déraisonnable; ils nous donnent, - en effet, de l'occupation; ils nous forcent à faire de fréquents - détachements et nous tiennent dans un mouvement continuel et - pénible à cause de l'âpreté des marches dans un pays si - difficile... On ne sait d'ailleurs ici à qui se fier; on se - trouve environné de gens suspects, dont les protestations d'union - et d'amitié sont autant de mensonges, dont tous les conseils sont - des trahisons et les avis des pièges faits pour vous précipiter - dans quelque entreprise téméraire et funeste.»--Duchâtel au comte - de Belle-Isle, Bastia, le 27 mai 1739: Abbé Letteron, _Pièces et - documents_, p. 477-480. - -Malgré tout, la Balagne fut promptement réduite. La prise de Lento et de -Bigorno assura l'occupation presque complète de la vallée du Golo. -Frédéric se réfugia plus avant dans l'intérieur, désirant arrêter les -Français par une guerre d'embuscade. Peut-être espérait-il encore que -son oncle arriverait avec des secours. Il voulait énergiquement tenir -jusqu'à ce moment-là. Son fol entêtement ne manquait pas de hardiesse. - -Après la soumission de la Balagne, Maillebois se rendit à Corte. Tout le -nord de l'île était pacifié et même désarmé; restait le sud. On pouvait -craindre que cette région, encombrée de montagnes et de rochers, -couverte d'inextricables forêts, ne présentât à l'expédition les plus -graves difficultés. Un canton surtout, celui de Zicavo, semblait vouloir -opposer une résistance acharnée. Frédéric s'était réfugié dans ce -village, qui domine la vallée du Taravo. Là, le prévôt de la _piève_, -prêtre fanatique, avait armé onze à douze cents hommes résolus. Les -ayant rassemblés en présence de Frédéric, il leur fit jurer sur -l'Évangile de mourir jusqu'au dernier plutôt que de manquer de fidélité -à Théodore. Ces rudes montagnards firent plus encore que de prêter le -serment qu'on leur demandait: ils menacèrent de brûler dans les cantons -voisins les maisons de tous ceux qui seraient portés à se soumettre aux -Français[549]. Ces menaces jetèrent le trouble parmi les populations. -Elles prirent les armes en masse. A la vérité, tous ces gens ne -connaissaient pas le fantôme de roi qui avait régné pendant quelques -mois sur eux. Jamais ils n'avaient ressenti le moindre bienfait de -l'équipée du baron de Neuhoff. Aucun intérêt ne les poussait à prolonger -une résistance qui pouvait leur coûter cher. Ils étaient poussés par une -faction fanatique, et, dans le nombre, il s'en trouvait qui murmuraient. -Cette division aurait facilité la tâche de Maillebois si le manque de -routes n'avait contrarié la marche des troupes et leur ravitaillement. - - [549] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 juillet 1739: - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 495-499.--Jaussin, _op. - cit._, t. I, p. 447. - -Frédéric sentait combien l'inconstance des Corses, toujours prêts à un -revirement, rendait sa position précaire. Il semblait découragé. Le -temps passait; son oncle ne donnait plus signe de vie. Ce silence -exaspérait ceux que ses promesses avaient entraînés. Chaque jour sa vie -était en danger. Et que pouvait-il faire, seul, au centre de l'île, sans -communications avec le continent? Au mois de juillet, il fit demander à -Maillebois un sauf-conduit qui lui permît de quitter l'île sans crainte -d'être inquiété par les Génois. Le général refusa les passeports, ne -voulant pas compromettre la dignité du roi, son maître, en traitant avec -un personnage considéré comme un vulgaire aventurier, qui, de sa propre -autorité, s'était mis à la tête d'un mouvement insurrectionnel. Le -maréchal de camp, Duchâtel, croyait, au contraire, que ce serait faire -acte de bonne politique en facilitant ce départ. Mais Maillebois promit -seulement de fermer les yeux sur les tentatives que ferait Frédéric pour -gagner le continent[550]. N'ayant pas obtenu la garantie qu'il désirait, -le neveu de Théodore préféra continuer une résistance désespérée que de -courir les risques d'une fuite. - - [550] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Ajaccio, le 30 juillet - 1739: Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 499-501. - -Malgré le découragement des uns, les inimitiés qui divisaient les -autres, la soumission de Zicavo et du pays environnant fut longue. -Maillebois n'entra à Zicavo que le 22 septembre. Le village était -désert. Frédéric, le prévôt, les habitants avec femmes et enfants -s'étaient réfugiés sur la montagne appelée Coscione, emportant leurs -objets les plus précieux. Ils n'étaient que trois cents hommes armés, -mais doués d'une «opiniâtreté inconcevable». Le général décida de -poursuivre les rebelles jusque dans leur retraite. Son plan était de les -cerner et de les réduire par la famine. Cette expédition fut confiée à -quatre bataillons sous le commandement de M. de Larnage[551]. - - [551] Le même au même, Sartène, le 27 septembre 1739: _Ibidem_, - p. 514-516. - -C'est à travers cette même montagne de Coscione--on s'en souvient--que -Théodore avait fui trois ans auparavant, craignant le ressentiment des -Corses leurrés par ses promesses. Là aussi son neveu, à bout de -ressources, se réfugiait, redoutant davantage ceux qu'il avait soulevés -que les Français. - -La résistance des derniers révoltés à Coscione dura un mois environ. -Vers le milieu du mois d'octobre, le prévôt de Zicavo se rendit[552]. -Frédéric se sauva avec sept ou huit compagnons. Il se mit à errer à -travers les montagnes et les forêts, se cachant, évitant les villages -occupés par les Français, comme ceux où il ne se trouvait que des -Corses. Pendant un an il mena l'existence d'un vagabond. Il avait troqué -son habit de gentilhomme contre un accoutrement grossier de poils de -chèvre. Blotti dans une caverne, il se nourrissait des provisions que -les Corses déposaient dans la montagne pour les bandits. Souvent la faim -le chassait hors de son gîte. Il parcourait la campagne en quête de -nourriture et, pour se la procurer, il commit des rapines. - - [552] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 octobre 1739. - Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 519-521. - -Après la soumission du canton de Zicavo, Maillebois fit désarmer et -surveiller étroitement les habitants de Porto-Vecchio, car il craignait -que Théodore ne choisît ce port pour tenter un débarquement. Des -colonnes volantes parcouraient les montagnes pour prendre Frédéric. Mais -celui-ci fuyait toujours. On prétend qu'au mois de mai 1740, harcelé par -la faim, il dévalisa un couvent. Traqué entre Quenza et Bonifacio, il se -sauva en se laissant glisser entre des rochers[553]. Pendant quelques -mois encore il vécut ainsi. Chaque jour sa troupe se désagrégeait. -Maillebois, pour en terminer, fit publier qu'une récompense de trois -mille livres serait donnée à celui qui le livrerait; mais aucun Corse ne -le dénonça. Enfin, par l'intermédiaire d'un prêtre, le général français -parvint à décider Frédéric et ses derniers partisans à quitter la Corse. - - [553] Pajol, _Les guerres sous Louis XV._--Comme la plupart des - historiens, Pajol donne à Frédéric le nom de Drost. Nous avons vu - que c'était une erreur. - -Au mois d'octobre 1740, on voyait circuler dans les rues de Livourne une -quinzaine d'hommes déguenillés: c'était Frédéric, un gentilhomme -prussien et quelques bandits corses[554]. - - [554] Pajol, _op. cit._--Pajol dit que Frédéric arriva à Livourne - le 19 octobre. Dans sa correspondance, Lorenzi indique la date du 8. - -Le neveu de Théodore fut reçu par les autorités toscanes, mieux qu'il -n'aurait pu l'espérer. Le général Wachtendonck l'invita à dîner et les -officiers impériaux lui témoignèrent la plus vive sympathie[555]. - - [555] Lorenzi à Amelot, Florence, le 15 octobre 1740: - Correspondance de Florence, vol. 92. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - - - -CHAPITRE VI - - Espions et traîtres.--L'envoyé de Gênes, Sorba et le lieutenant - Guillaume.--Le chevalier de Champigny livre au gouvernement - français la correspondance de sa mère.--Le docteur Spitzlaer et la - police.--Sauveur Ginestra.--L'écriture de Théodore.--Son faux - portrait.--Sa caricature. - - Le couvent de Rome.--La sœur Fonseca.--Son enthousiasme et son - dévouement.--Sa correspondance avec Bigani.--Avec Lucas Boon.--Son - homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.--Les entrevues du - chevalier avec le ministre de Gênes.--Il lui communique la - correspondance de la religieuse.--Il lui propose «un bon - coup».--Mort de la sœur Angélique Cassandre Fonseca. - - François de Lorraine.--Il veut avoir la Corse.--Un concurrent à - Théodore: le comte de Beaujeu.--Ses rapports avec François.--Les - instructions du duc.--La _retirade_.--Beaujeu meurt en - prison.--Intrigues des lieutenants de François.--Mort de l'empereur - Charles VI. - - -I - -L'équipée du baron de Neuhoff avait fait surgir des bas-fonds de la -société une tourbe de gens sans aveu, espions, traîtres, escrocs, -aventuriers, prêts à vendre des secrets réels ou simulés, aptes aux -besognes les plus répugnantes. La Sérénissime République de Gênes -entrait volontiers en pourparlers avec ces agents interlopes, mais son -avarice la faisait reculer au moment décisif. Très certainement, si elle -eût voulu y mettre le prix, elle se serait promptement débarrassée de -Théodore; elle aurait même pu l'acheter. - -Le 6 septembre 1737, un sieur Guillaume, se disant lieutenant réformé, -logé à la Grande-Sainte-Catherine, à Dunkerque, écrivit à Sorba. Il -pensait que le ministre de Gênes, à Paris, recevrait comme «un service -important» l'avis qu'il venait lui donner. Il supposait que le -diplomate était un homme d'honneur, incapable de se servir de ses -confidences contre lui. Donc, le hasard lui avait fait rencontrer un -individu avec lequel il s'était lié. Ce personnage, qui venait de -Hollande, devait passer en Corse, chargé par le baron de Neuhoff de -porter aux mécontents diverses lettres et instructions. L'homme -paraissait avoir la confiance de Théodore; il savait où il était[556], -connaissait tous ses secrets et pouvait ainsi faire avorter ses -desseins. - - [556] Ceci est faux puisqu'à ce moment-là, Théodore voguait sur - _Le Grand Christophe_, après avoir abandonné _La Demoiselle - Agathe_ et qu'il ne savait pas encore lui-même où il aborderait. - -Guillaume avait un amour très vif pour la république; son zèle à la -servir était infini. Aussi se fit-il un devoir de pousser son ami à -renoncer à ses projets. Il lui démontra les dangers de l'entreprise. Les -Génois, aidés par la France et par l'Empereur, feraient tôt ou tard un -«mauvais parti» aux rebelles. Il pourrait se trouver englobé dans ces -exécutions. Au contraire, s'il agissait loyalement, c'est-à-dire s'il -remettait au Sénat tous ses papiers et fournissait à la police génoise -les moyens de prendre le baron, il était certain d'avoir une honnête -récompense qui le mettrait à l'abri du besoin pour le restant de ses -jours. L'homme ne dit pas non, mais il déclara à Guillaume que s'il se -décidait à trahir son maître, il ne lui fallait pas des promesses, mais -des garanties et une somme d'argent comptant. Le lieutenant réformé -avait fait rester, sous prétexte de maladie, son ami dans l'endroit où -il l'avait rencontré et où il irait le rejoindre si Son Excellence -entrait dans ces vues. Il demandait donc à Sorba une réponse immédiate, -lui offrait ses services pour la conclusion de cette petite affaire, -l'assurait, enfin, de son dévouement, qui le pousserait à négliger ses -propres intérêts pendant quelques jours pour servir la république[557]. - - [557] Guillaume à Sorba, Dunkerque, le 3 septembre 1737: _Busta - Francia_, mazzo 45-2221. Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -Le ministre de Gênes répondit sans tarder à Guillaume. «Il est digne, -dit-il, d'un honnête homme, le conseil, que par votre obligeante lettre -du 3 de ce mois, vous me faîtes l'honneur de me dire avoir donné à la -personne que le hasard vous a fait connaître, chargée de papiers et de -notions qui peuvent être très utiles à ma république.» Mais il avouait -l'embarras où il se trouvait d'entamer à distance une négociation de -cette nature. Il ne pouvait pas donner de l'argent ni même en promettre -avant d'avoir vu les papiers. Si donc la personne en question voulait -bien venir à Paris, on pourrait s'entendre. Le ministre donnait sa -parole d'honneur à Guillaume et à son ami qu'il ferait obtenir à ce -dernier une récompense. Il lui en donnerait même des «assurances -réelles» quand il serait à Paris. L'ancien lieutenant devait donc -engager son homme à faire le voyage. Sorba terminait en disant qu'il -s'emploierait de tout son pouvoir à faire sentir à Guillaume -personnellement «les effets de la reconnaissance de la république», le -priant de le croire, en attendant, «avec toute la considération -possible, son très humble et très obéissant serviteur»[558]. - - [558] Sorba à Guillaume, Paris, le 6 septembre 1737: _loc. cit._ - -Dès la réception de la dépêche du diplomate, le lieutenant envoya, -prétend-il, un exprès à Ostende où se trouvait l'homme de Théodore pour -l'engager à venir conférer avec lui à Furnes. Guillaume et son ami -avaient lu et relu ensemble la lettre de Sorba. A distance, il était -assez difficile d'entamer une négociation «sur un pied solide», mais la -réponse du ministre soulevait des objections que l'ancien lieutenant se -faisait un devoir de présenter à Son Excellence. D'abord, si _l'on_ -venait à Paris, le ministre de Gênes pourrait, par l'intermédiaire du -gouvernement français, qui protégeait la république[559], forcer le -particulier à livrer tous ses papiers. Il risquerait même d'aller en -prison et «ce serait peut-être là toute sa récompense». - - [559] La république de Gênes traitait alors avec la cour de - Versailles de la médiation armée de la France pour mettre fin à - la révolte en Corse. - -En second lieu, l'homme ne pouvait pas avancer les frais du voyage, car -ce serait de l'argent perdu pour lui si on ne concluait pas l'affaire. -Du reste, il avait juste ce qu'il lui fallait «pour se rendre en Italie -avec les équipages du duc de Lorraine, où l'on doit, dit-il, -l'embarquer. Enfin, pour une dernière observation, il m'a remarqué que -si une fois il vous découvrait tout ce qu'il sait après s'être ainsi -livré, il serait entièrement libre à vous de le traiter de la façon dont -vous le jugeriez à propos, sans qu'il eût rien à dire qu'à se plaindre à -lui-même de son trop de confiance, à quoi il ajoute que votre lettre -même semblait renvoyer le soin de sa récompense au corps de la -république, qui peut n'être pas bien d'accord là-dessus, y ayant bien de -la différence d'obliger un prince souverain et despotique qui -d'ordinaire se pique de générosité ou d'avoir à faire à un nombre de -personnes, qui souvent payent mal les services qu'on leur rend.» - -Ces objections avaient embarrassé Guillaume; néanmoins, il avait fait -observer à son ami que la parole d'honneur donnée par Sorba devait le -garantir de tout acte arbitraire et violent. Mais _on_ s'était obstiné -et _on_ exigeait non seulement des garanties, mais encore un acompte -comme provision. Cet argent Sorba pouvait l'envoyer à Guillaume, qui le -ferait tenir à son ami. On pourrait aussi tirer une lettre de change sur -Son Excellence. En outre, le particulier n'entendait pas venir en France -où il ne se trouvait pas suffisamment en sûreté. Il irait volontiers -traiter l'affaire à Londres avec M. Gastaldi, l'envoyé génois. Guillaume -demandait donc à Sorba de lui envoyer ses instructions par le retour du -courrier, en protestant que personnellement il n'avait aucun intérêt -dans l'affaire[560]. - - [560] Guillaume à Sorba, Dunkerque, le 11 septembre 1737: _loc. - cit._ - -Sorba ne répondit pas à la seconde lettre. Si Guillaume et son individu -n'avaient pas confiance dans la bonne foi des républicains, le ministre -n'entendait pas se laisser tromper par un aigrefin. Néanmoins, il envoya -cette correspondance au Sénat. Le lieutenant ne se tint pas pour battu, -il vint à Paris et fit plusieurs démarches pour voir Sorba, qui se -trouvait alors à Fontainebleau. A son retour, le diplomate reçut -Guillaume, qui lui parut être l'un des plus intimes confidents de -Théodore. Ses offres n'étaient pas méprisables et il serait peut-être à -propos de l'aboucher avec l'envoyé Brignole[561], afin qu'on pût voir ce -qu'il conviendrait de faire. Sorba regrettait de ne pouvoir parler plus -longuement de cet homme, mais il lui fallait auparavant un nouveau -chiffre[562]. Il est probable que Guillaume et son ami ne faisaient -qu'un même individu. L'affaire en resta là. Ce qui caractérise les -rapports du gouvernement génois avec ses espions attitrés et avec ceux -de rencontre c'est, de part et d'autre, une méfiance poussée à -l'extrême. - - [561] François Brignole, un des membres les plus influents du - Conseil, avait été, nous l'avons vu, envoyé à Paris en mission - extraordinaire lors des négociations entamées pour l'expédition - française en Corse. - - [562] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 16 novembre 1737: - _Busta Francia_, mazzo 45-2221. Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -Aussi quelques individus préférèrent-ils adresser leurs offres de -service à Versailles, car on savait que l'expédition en Corse était -décidée. Ils espéraient sans doute que les ministres de Louis XV -payeraient mieux que la république. - -Un sieur de Champigny se disant gentilhomme de Son Altesse Sérénissime -Électorale de Cologne s'était, dans le courant de l'année 1737, mis en -rapport avec Amelot sous différents prétextes. Il affectait un amour -tout particulier pour la France; son dévouement était extrême. Il ne -tarda donc pas à demander au cardinal Fleury et à Amelot d'intercéder en -sa faveur pour qu'il obtienne la place de chambellan de l'Électeur de -Cologne[563]. Quelque temps après, pour affirmer son zèle, il envoya à -Amelot deux lettres autographes du baron de Neuhoff[564]. - - [563] Champigny au cardinal Fleury et à Amelot, Zerbst au pays - d'Anhalt, le 27 décembre 1737: Correspondance de Cologne, vol. - 72. Archives du Ministère des affaires étrangères. - - [564] - - «Monsieur, - - «Une erreur de nom est cause que j'ai reçu deux lettres originales - du soi-disant roi Théodore, apparemment qu'elles ont été mises à - un bureau de poste où ma mère et ma femme sont connues et que cela - a occasionné qu'elles me sont parvenues; mon zèle ordinaire pour - les intérêts de Sa Majesté me fait croire que je ne puis me - dispenser de vous les adresser. Monsieur, je vous supplie de m'en - accuser réception et d'être persuadé que j'étudierai jusqu'au - moindre événement pour vous convaincre du respect avec lequel je - suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. - - «LE CHEVALIER DE CHAMPIGNY, - «Gentilhomme de S. A. S. E. de Cologne. - «21 janvier 1738.» - - Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Il n'avait pas eu de peine à se les procurer, car il les avait dérobées -à sa mère, qui était en relations suivies avec Théodore. Champigny -lui-même, malgré son affirmation contraire, connaissait parfaitement le -baron. En 1736, il était officier dans les gardes royales et il avait -pour camarade dans sa compagnie le jeune Trévoux, fils de la sœur de -Théodore[565]. Il avait également, étant en garnison à Metz, connu la -famille de Neuhoff[566]. - - [565] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 8 octobre 1736: - _loc. cit._ - - [566] Saint-Martin à Théodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie - d'une lettre interceptée: _Ribellione di Corsica_, filza 13/3011. - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Avant d'envoyer à Amelot les lettres du baron, Champigny avait enlevé -les pages où se trouvaient les adresses. Mais il se ravisa et expédia le -tout au ministre. Il ajouta ce post-scriptum: «Je me résous à vous -envoyer, Monsieur, l'original de l'adresse, le revers est de l'écriture -de ma mère»[567]. Il avouait ainsi ce qu'il niait dans sa lettre. -D'ailleurs, en proposant plus tard à Amelot de lui livrer de nouvelles -lettres du baron, il disait qu'il les tenait de quelqu'un de son -entourage en correspondance régulière avec le roi de Corse. - - [567] L'adresse est ainsi libellée: - - «En mains propres. - - «A Madame de Champigny, rue de la Poterie, près la Grève, chez - Monsieur Richard, marchand en gros d'épicerie, à Paris.» - -Champigny avait barré ce que sa mère avait écrit au verso d'une des -adresses. Mais, depuis l'époque, les traits d'encre ont pâli et j'ai pu -reconstituer les mots écrits par l'amie de Théodore. Nous verrons plus -loin ces quelques lignes, qui semblent être un projet de réponse. - -Les deux épîtres de Neuhoff étaient datées des 22 et 29 novembre de -l'année 1737, sans aucun doute, et ne portaient pas l'indication de -l'endroit d'où il écrivait. Elles étaient banales comme tout ce qui -sortait de sa plume. Il s'étonnait auprès de «sa très chère dame» de -n'avoir pas reçu de réponse à deux lettres qu'il lui avait précédemment -envoyées sous le couvert de M. Doyen (?). Comme il possédait maintenant -son adresse exacte, il espérait que sa missive lui parviendrait en mains -propres. Il craignait que sa correspondance n'eût été interceptée. Il -recommandait à Mme de Champigny de lui écrire par l'intermédiaire de M. -le baron de Drost à Scaden, seigneur de Morsbrock, grand-commandeur de -l'Ordre Teutonique à Cologne. Informé du traité conclu entre la France -et la république de Gênes, il demandait si la nouvelle d'une expédition -française en Corse était vraie: «Informez-moi de ce que l'on dit -touchant le prétendu débarquement en faveur de ces infâmes Génois; -j'espère que cet orage se détournera, sinon je prévois grand sang, les -peuples sont constants et fidèles et plutôt mourir que de rompre le -serment à moi juré.» - -Dans sa seconde lettre, Théodore fait des recommandations touchantes à -Mme de Champigny: «Soyez du reste de bonne humeur et des plus assurées -que je soutiendrai jusqu'au dernier soupir mes démarches. Faites-moi -savoir si l'on a écrit à Tunis et ce que fait mon neveu[568]». - - [568] Jointes à la lettre de Champigny à Amelot du 21 janvier - 1738: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Il ne signait presque jamais ses lettres. Il les terminait par un -paraphe en forme de T, mais tracé d'une façon si bizarre qu'on aurait pu -le prendre pour un 8. Le baron, qui s'était adonné à la kabale, se -rappelait-il que le 8 est le signe de l'infini? - -A ces deux documents autographes, Champigny joignit une pièce datée de -Dresde le 2 novembre (1737, certainement). Ce factum ne semble pas être -de la main du baron, mais il est d'un format identique aux deux lettres, -écrit de même encre et plié d'une façon semblable. On peut en conclure -qu'au mois de novembre 1737, Neuhoff se trouvait à Dresde. Ce document, -dont l'auteur était sans doute un des acolytes de l'aventurier, était -une circulaire concernant l'ordre de la Délivrance, une note destinée -aux gazettes. Cette pièce ne contenait pas un mot de vrai. Les quatre -cents chevaliers qu'elle mentionne existaient seulement dans -l'imagination du grand-maître, qui essayait de battre monnaie avec son -ordre[569]. - - [569] - - «Dresde, le 2 du novembre. - - «Il a paru en ces jours passés une lettre circulaire du roi - Théodore par laquelle il ordonne à tous ceux qui sont inscrits - dans son ordre de la Rédemption, de se rendre tous vers le mois de - mars prochain dans les villes et ports différents déjà leur - prescrits et que chaque chevalier ait à conduire avec soi cinq - hommes affidés. Selon la liste ils sont plus grande partie - Suédois, Prussiens, Livoniens et Westphaliens, l'on y compte - trente-et-un seigneurs anglais, quarante-deux Italiens, vingt-sept - Français, dix-sept Espagnols, neuf Polonais, onze Hollandais et - sept Grecs de Morée, en tout quatre cents chevaliers. Le nombre - des nationaux n'y est pas spécifié. Ces démarches jointes à - d'autres préparatifs de guerre qu'il fait donne que trop à - connaître qu'il est sûr de la fidélité et constance des Corses à - maintenir inviolablement leur élection en sa personne et qu'ils ne - se départiront jamais ni lui ni eux du serment mutuel juré - solennellement le jour de son élection à Alesani, le 15 d'avril - 1736.» - - Pièce jointe à la lettre de Champigny du 21 janvier 1738: - Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Les lignes écrites par Mme de Champigny étaient les suivantes; j'en -respecte le style et l'orthographe: - -«J'ai cru devoir vous anvoier ancor le papier des nouvelles quoiqu'il dû -m'an couter comme pour le recevoir, j'ai versé un torrant de larme en -escrivant et si je n'avais destourné mes yeux j'aurais mis le papier -hors d'estat d'estre anvoié. Je nage dans la doulleur, que ne puis-je -devenir insensible comme bien d'autres! Vous vous faites vos maux pour -ne vouloir pas conduire vos affaires à propos et je n'en sens pas moins -vos peines. Madame de Tée est parfaitement remise et aussy ce pirituel -que jamais ce qui fait plaisir à tout le monde.» - -Quel était ce _papier de nouvelles_ qu'il en coûtait à la bonne dame -d'envoyer au baron? L'annonce de l'échec d'un emprunt sans doute. C'est -ce qui pouvait lui être le plus pénible. - -Il est bien difficile de préciser la nature des relations de Mme de -Champigny avec l'aventurier. Ces fragments de correspondance, volés par -le fils, laissent bien entrevoir que ces relations étaient fort intimes, -mais rien ne permet d'affirmer la chose. Un historien a avancé que le -baron avait amené avec lui, en Corse, une française comme -maîtresse[570]. Il serait téméraire d'affirmer que ce fût Mme de -Champigny, et, d'ailleurs, la question n'offre qu'un intérêt secondaire. - - [570] Abbé de Germanes, _op. cit._, t. I, liv. V, p. 281 à 283. - -Les documents fournis par Champigny n'avaient pas d'importance pour le -gouvernement français[571]. Amelot n'en fit pas accuser réception. -Quémandeur acharné, ne reculant devant aucune besogne malpropre pour -obtenir une faveur ou un bénéfice quelconque, il revint à la charge. De -Bonn-sur-le-Rhin, il écrivit le 23 mars 1738 à Amelot. - - [571] Jaussin publie ces lettres de Théodore à Mme de Champigny, - sans donner le nom de la destinataire et avec quelques variantes - dans le texte. Le fond est le même. Il donne à ces lettres les - dates des 2 et 24 novembre, ce qui est erroné. Nous l'avons vu - par les originaux. - - Le cardinal Fleury avait refusé de le recommander à Son Altesse - Électorale, mais cela ne refroidissait en rien son zèle «pour le - service et l'intérêt du roi». Il insistait afin de savoir si le - ministre avait bien reçu les deux lettres de sa mère: - - «Daignez donc, Monsieur, me tranquilliser sur leur destinée, s'il - vous plaît; après quoi, si vous l'ordonnez, je vous donnerai avis - du lieu où ce monarque de nouvelle édition se tient, et des - projets qu'il forme, étant à même d'en être instruit par une - personne à qui il écrit toutes les semaines. Si les lettres en - question ne vous étaient pas parvenues, je pourrais vous en - envoyer des copies que j'ai gardées. Je continue à implorer - l'honneur de votre protection[572].» - - [572] Le chevalier de Champigny à Amelot, Bonn-sur-le-Rhin, le 28 - mars 1738: Correspondance de Cologne, vol. 73. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -Amelot laissa la seconde lettre de Champigny sans réponse. Il -connaissait trop le personnage. Pendant trois ans, le chevalier ne se -lassa pas de solliciter auprès du gouvernement français et de faire des -propositions de tout genre. En 1741, le ministre, écœuré, écrivit au -comte de Sade, envoyé de France à Cologne, pour le mettre en garde -contre l'aventurier. Allant de cour en cour, quémandant partout, il -était absolument déshonoré. Ses friponneries lui avaient attiré un grand -nombre de mauvaises affaires. Et Amelot recommandait au comte de Sade de -jeter impitoyablement à la porte ce chevalier d'industrie s'il se -présentait chez lui[573]. - - [573] Amelot au comte de Sade, Versailles, le 20 avril 1741: - _Ibidem_. - -Hérault, le lieutenant de police, recevait également, de gens empressés, -des renseignements sur Théodore. Il s'en trouvait un qui livrait sa -propre correspondance avec le baron: c'était un sieur Spitzlaer, dont la -complaisance et le zèle étaient fort appréciés par la police[574]. - - [574] «J'ai l'honneur de vous adresser une lettre signée du - seigneur Théodore et une autre écrite de Rome concernant un - détail sur les projets de ce capitaine, lesquelles m'ont été - communiquées par le sieur Spitzlaer, médecin allemand établi en - France depuis un grand nombre d'années et en qui, Monsieur, vous - pouvez prendre la confiance la plus entière. Il m'a toujours - communiqué ce qu'il a reçu du seigneur Théodore dans le temps que - M. Chauvelin était en place et il y a tout lieu de se louer de sa - fidélité. Le docteur V. Spitzlaer aura l'honneur de vous en - renouveler lui-même les assurances.» - - Hérault à Amelot, Paris, le 28 janvier 1738: Correspondance de - Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Jaussin indique bien que ces lettres étaient adressées «à un particulier -qui demeurait chez un épicier auprès de la Grève, rue de la Poterie». Il -en a publié une troisième datée du 9 décembre 1737, que Théodore aurait -écrite à la même personne alors à Metz. Dans cette dernière épître, le -roi déclarait envoyer la liste des chevaliers de son ordre: la pièce que -nous avons vue sans doute. Théodore terminait cette lettre ainsi: «Si -vous avez réponse de Tunis, mandez-le-moi, on m'a remis soixante florins -à Amsterdam: quand cela aura pris un pli fixe, je ne m'occuperai plus -que du soin de votre satisfaction.» _Op. cit._, t. I, p. 297-29. - -La lettre de Théodore n'offre rien d'intéressant: toujours un style -lourd et prolixe. Les mêmes phrases reviennent sans cesse dans sa -correspondance. Il semblait n'avoir d'imagination qu'en paroles. Il -demandait des nouvelles du chevalier de Kermoysan, dont il attendait une -«réponse positive». Déjà dans les lettres livrées par Champigny, il -parlait de ce Kermoysan. Spitzlaer négligea de dire à Hérault ce -qu'était cet individu; sans doute un de ces agents marrons, qui -gravitaient autour du baron. - -La seconde pièce était datée de Rome, 30 décembre. Elle ne semble pas -avoir été écrite par Théodore, quoique le papier soit de même format que -sa lettre autographe et qu'elle soit pliée d'une façon identique. Ce -document, très long, était une apologie du roi de Corse. L'auteur--un -des secrétaires du monarque sans doute--disait que, pendant son règne, -il avait promulgué des lois excellentes pour le bien du pays. Il passait -en revue ces mesures et concluait que les Corses devaient garder une -fidélité absolue à leur souverain. Il est évident que si Neuhoff avait -réellement accompli les réformes que lui prête cet écrit, les insulaires -auraient dû avoir la plus grande reconnaissance envers le roi qui leur -était tombé des nues; mais son œuvre s'était bornée à de magnifiques -promesses jamais réalisées. - -Le fond et la forme de ce document ne rappellent en rien la manière de -Théodore. Les idées sont justes et sagement énoncées. Les réformes qu'on -lui attribue ont, contrairement aux règles de l'administration génoise, -le principe national pour base. Et ce plaidoyer, qui aurait pu être un -programme, n'était qu'une réclame ajoutée à tant d'autres. - -Un Corse, Sauveur Ginestra, fit, à pied, le voyage de Turin à Paris pour -proposer au cardinal Fleury de lui dévoiler les desseins mystérieux du -roi de Corse. La famille Ginestra, originaire de Provence, établie à -Bastia depuis plusieurs siècles, avait, sous François Ier, prouvé dans -les guerres son dévouement à la couronne de France. Le sang des -ancêtres, «légitimement et purement passé» dans ses veines, le poussait -à faire part au ministre des invitations qu'il avait reçues[575]. Mais, -la marche longue et pénible qu'il avait faite, lui avait tellement -«offensé les nerfs de la jambe gauche», qu'il ne pouvait plus marcher. -Il en était réduit à prendre la plume pour présenter ses offres à Son -Éminence. Il joignit à sa lettre une épître de Théodore et se déclara, -plus qu'aucun autre Corse, en mesure de fournir des documents -intéressants. Il était l'ami intime de l'un des secrétaires de Neuhoff -et son père entretenait des relations cordiales avec le consul de -Hollande à Naples. Ginestra père trafiquait, en effet, dans l'entourage -de Théodore. Sauveur irait partout où l'on voudrait, en Italie ou en -Hollande, dès que sa jambe serait guérie, car il mourait du désir de -servir Louis XV et le cardinal dont il baisait en terminant «la sacrée -pourpre»[576]. - - [575] En marge: «Ces invitations tendent à l'obliger, lui et les - autres partisans de Théodore, à revenir en Corse pour - l'assister.» - - [576] Traduction de la lettre de Ginestra à Fleury, Paris, le 19 - novembre 1738: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -En envoyant cette lettre, Ginestra avait eu soin d'effacer à l'encre -quelques mots, entr'autres le nom de la ville où elle avait été écrite -et de découper la signature. C'était l'éternel appel à ses partisans, -les mêmes promesses de secours importants, le grand mot de liberté jeté -au milieu d'un verbiage emphatique[577]. - - [577] Lettre en italien du 20 ou 29 septembre 1738, jointe à la - lettre de Ginestra à Fleury. - -Ginestra en fut pour ses frais; le cardinal Fleury ne se montra pas -disposé à utiliser les aptitudes policières de cet insulaire. - -Si, à Versailles, on jugea inutile d'acheter de vagues renseignements -sur l'aventurier, il n'en fut pas de même ailleurs. Le consul -d'Angleterre à Livourne recevait de Corse des documents qu'il payait -très cher et qu'il transmettait à sa cour[578]. - - [578] Lorenzi à Amelot, Florence, le 10 janvier 1739: - Correspondance de Florence, vol. 90. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -[Illustration] -THEODORUS PRIMUS CORSICAE REX -Portrait de JABACH. - - Peint par Van Dyck vers 1635, gravé par Michel Lasne, et reproduit - avec la fausse indication de Théodore Ier, Roi de Corse. (_Collection - particulière._) - -La célébrité du roi de Corse s'était étendue dans le monde. La gravure -avait popularisé ses traits. On trouve encore une estampe le -représentant en costume Louis XIII. Le regard est fier; la pose noble. -De longs cheveux retombent sur ses épaules, il est vêtu de satin; sa -main droite repose sur sa poitrine. La légende porte majestueusement: -«_Theodorus primus Corsicæ rex_», le latin convenant seul pour désigner -cette Majesté. Dans un coin, se trouvent les initiales du graveur: M. A. -F. Tout cela a une certaine allure, et cette gravure, répandue un peu -partout, pouvait produire de l'effet. Il n'y a qu'un malheur, c'est que -ce portrait n'est pas celui de Théodore. Il représente l'illustre -Jabach, le grand collectionneur du XVIIe siècle, peint par Van Dyck vers -1635. Les trois lettres M. A. F. signifient _Michael Asinius fecit_, -c'est-à-dire gravé par Michel Lasne[579], et ne sont, en aucune façon, -comme on pourrait le croire, les initiales de Marc-Antoine Franceschini, -le célèbre peintre bolonais[580]. - - [579] Graveur du XVIIe siècle. - - [580] Le Cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale possède - les deux pièces: celle avec l'indication réelle de Jabach et - celle avec la fausse mention de Théodore Ier, roi de Corse. Ce - renseignement m'a été fourni par M. Henri Bouchot, membre de - l'Institut, conservateur du Cabinet des estampes. Au moment où je - corrigeais les épreuves de ce passage, j'ai appris la mort - prématurée de M. Bouchot; je tiens à donner à sa mémoire - l'expression de ma sincère gratitude. J'ai en ma possession la - gravure portant la fausse indication. - -Ces substitutions dans les portraits n'étaient pas rares aux XVIIe et -XVIIIe siècles; mais il est piquant de remarquer qu'on avait justement -choisi, pour représenter le roi de Corse, Jabach, dont il filouta le -descendant, le banquier de Livourne. Cette escroquerie valut la prison à -Théodore--on se le rappelle. L'ironie fut-elle préméditée? Le hasard, -plus sarcastique parfois que les hommes, fut, sans doute seul, la cause -de cette rencontre. - -La gloire de Théodore Ier eût été incomplète sans la caricature. C'est -le couronnement de toute renommée. Une gravure allemande, intitulée: - - _Le satyre corse visionnaire_ - _ou_ - _le rêve à l'état de veille,_ - _dont l'image représente_ - _dérisoirement_ - _Théodore_ - _premier et dernier en sa_ - _personne pseudo-roi des Corses rebelles._ - -montre dans le lointain la mer de Toscane. Deux villes en sont baignées: -Bastia et Aléria. Le baron débarque; les Corses lui souhaitent la -bienvenue et le proclament roi. Il se tient au milieu du peuple, la tête -ceinte de laurier. Les armes de Corse lui sont présentées à genoux, -tandis qu'un individu portant les armes de Gênes au bout d'un bâton est -chassé. Au premier plan, un satyre, symbolisant l'inconstance, repose -sur des branches de roses aux nombreuses épines. Il tient à la main une -longue vue développée pour voir l'avenir. Le génie de la vanité lui -souffle dans la main une bulle de savon. Au-dessus de ce génie, figurent -ces mots: _quod cito fit cito perit_. Un médaillon à droite, surmonté de -la légende: _Eventus laboris_, représente un singe, qui, auprès d'un -fourneau, fait partir des pétards; dans la fumée se trouve écrit le mot -_fourberie_. Deux autres singes, l'un portant une couronne de feuillage -et une petite épée au côté, l'autre un bonnet, jouent aux cartes près -d'un socle à demi renversé où se lit cette inscription: _Male parta -pessime dilabuntur_. Le singe couronné abat le roi vert, tandis que -l'autre gagne avec l'as de cœur et ramasse la mise. - -Entre le titre et l'explication, se trouve une pièce de vers, puis un -passeport ironique en diverses langues portant tous les titres que se -donnait Théodore, et enfin, en gros caractères, ces mots: «Fait -parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a été proclamé par -quelques Corses[581]». - - [581] Voir la traduction de la pièce de vers et le _passeport_ - aux pièces justificatives. - -[Illustration] -Gravure reproduite d'après un pamphlet allemand intitulé: - - «_Le Satyre Corse ou le Rêve à l'état de veille, dont l'image représente - dérisoirement Théodore Ier et dernier en sa personne pseudo-Roi des - Corses rebelles._» - - (_Collection particulière._) - -Le portrait faux et la caricature durent avoir du succès. Les éditeurs, -qui les avaient lancés, firent sans doute de bonnes affaires. Ces -gravures constituaient, en tous cas, une réclame pour Théodore. Et, -tandis que sa gloire était soutenue par le dessin, des gens pleins de -bonne volonté conspiraient dans l'ombre pour lui. - - -II - -Le principal centre où se nouaient les intrigues du baron de Neuhoff -était, à Rome, le couvent des Saints-Dominique et Sixte, sur le mont -Quirinal. La sous-prieure, Mme Angélique-Cassandre Fonseca, les -dirigeait. C'était une femme intelligente et lettrée. Elle écrivait -également bien le français et l'italien. Sa famille était originaire -d'Avignon. J'ai déjà eu l'occasion de dire que cette religieuse -professait depuis longtemps un sérieux attachement à l'égard de -l'aventurier. Elle l'avait connu bien avant son équipée de Corse, mais -ce fut surtout après qu'il eut quitté son royaume que son dévouement put -s'exercer. Lors de ses séjours à Rome, il logeait dans un jardin -appartenant au frère de Mme Fonseca, attenant au couvent et voisin de -Saint-Jean de Latran[582]. - - [582] Gavi, consul de Gênes à Livourne, au Sérénissime Collège, - Livourne, le 18 octobre 1741: _Ribellione di Corsica_, filza - 14/3012. Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - - Au commencement de 1740, le pape avait refusé de nommer visiteur - apostolique des monastères corses Mgr Mari, évêque d'Aléria, parce - que celui-ci était génois. Le cardinal de Tencin proposa Mgr - Fonseca, évêque d'Iesy, gentilhomme d'Avignon. Maillebois fit - remarquer que ce choix n'était pas heureux, ce prélat étant le - parent de la dame Fonseca, religieuse à Rome, qui soutenait - ouvertement Théodore.--Maillebois au Ministre, le 10 février 1740: - Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Elle avait su faire partager son admiration à sa sœur, Mme -Françoise-Constance Fonseca, et à Mme Marie-Constance Cavalieri, toutes -deux religieuses dans le même couvent. L'aumônier, l'abbé Punciani, et -d'autres personnages servaient également d'intermédiaires pour les -correspondances secrètes du baron. Ses lettres arrivaient à Rome chez le -comte Fedi ou chez le comte Orsini. Ceux-ci faisaient les plis et les -mettaient dans quatre enveloppes, la première pour le sieur Valentini, -la seconde pour le baron de Stos, la troisième pour le consul -d'Angleterre à Venise, et enfin la quatrième pour le baron Étienne -Romberg, qui était Théodore lui-même[583]. - - [583] _Direction des lettres que Théodore écrit à Rome_: - Correspondance de Corse, janvier 1740, vol. 2. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -A leur enthousiasme naïf, à leur foi ardente dans les hautes destinées -qui étaient réservées à l'aventurier, ces religieuses ajoutaient une -tendre sentimentalité féminine. Le 9 novembre, fête de saint Théodore, -«martyr, grand soldat du Christ», la communauté se réunissait au -parloir, et buvait à la santé et aux succès «du roi Théodore». La -sous-prieure ajoutait: «De tout cœur, je suis là pour le servir[584]». -Et, comme symbole de sa fidélité, elle scellait ses lettres à Neuhoff -d'un cachet représentant un petit chien[585]. Les affiliés à la bande de -Théodore avaient un signal pour se reconnaître. C'était un carré de -papier avec son nom écrit en lettres moulées, au-dessous duquel se -trouvait un sceau de cire rouge figurant Cupidon monté sur un lion[586]. - - [584] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca au capitaine Bigani à - Livourne, Rome, le 9 novembre 1737. Copie d'une lettre - interceptée transmise par Bernabo, agent de Gênes à Rome, le 9 - novembre 1737: _Ribellione di Corsica_, filza 13/3011. Archives - d'État de Gênes, archives secrètes. - - [585] La même à Théodore, à Naples, Rome, le 7 novembre 1738. - Copie d'une lettre interceptée transmise par Bernabo le 15 - novembre 1738: _loc. cit._ - - [586] _Direction des lettres que Théodore écrit à Rome_: _loc. - cit._ - -L'un des principaux correspondants de la bonne sœur était un nommé -Rainieri Bigani, ancien commandant du bagne à Livourne et qu'on appelait -le capitaine Bigani[587]. Pour correspondre avec la religieuse, cet -individu se servait d'un ecclésiastique, l'abbé Luc-Antoine Varnesi. -D'ailleurs, Mme Fonseca avait à sa dévotion plusieurs prêtres, des -moines et des prélats. - - [587] Le fils de Bigani, nous l'avons vu, s'était embarqué à - Tunis pour la Corse avec Théodore en 1736. - -Elle n'eut pas toujours à se louer de Bigani, qui parfois se laissait -aller à écouter les propos fallacieux des espions génois. Livourne en -était rempli. Mais ces gens, paraît-il, travaillaient fort mal et ne -fournissaient à la république que des renseignements sans valeur[588]. -De l'espionnage au rabais! Bigani avait été pendant longtemps en -correspondance avec Théodore. Le général Wachtendonck lui avait fait à -ce sujet des remontrances sévères en le menaçant de le faire mettre -«dans un château», c'est-à-dire en prison, s'il persistait à avoir des -relations avec l'aventurier[589]. Cela ne l'empêcha pas de continuer à -servir le baron et même à le trahir au besoin. - - [588] Le comte de Wachtendonck au marquis Étienne Lomellini, à - Gênes, Livourne, le 15 août 1737: _Ribellione di Corsica_, filza - 1-2121. Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - - [589] Même lettre du comte de Wachtendonck au marquis Étienne - Lomellini. - -Mme Fonseca, qui s'occupait volontiers des affaires commerciales du roi, -avait fait charger de l'orge en Sicile sur un bâtiment destiné à porter -cette marchandise en Corse aux mécontents après avoir relâché à -Livourne. Bigani devait recevoir le navire et le diriger sur l'île. -Quand le bateau fut dans les eaux toscanes, il n'eut rien de plus pressé -que de vendre la cargaison au consul de Gênes. Un tel procédé indigna la -bonne sœur. Elle écrivit au capitaine une lettre de reproches, dont -l'amertume était voilée d'une mansuétude toute monacale. «Ah! Monsieur -le capitaine, qui vous eût jamais cru capable de tromper et de trahir le -roi! Est-il possible qu'un homme bien né se laisse gagner par l'argent -des Génois!» Et il n'était pas le seul sur qui les écus de Gênes avaient -fait impression; elle le savait. Bigani avait aussi été la cause de -l'emprisonnement de plusieurs fidèles adhérents de Sa Majesté. Quel -sujet d'affliction! Mais elle priait Dieu de pardonner au capitaine et -de remédier à ces tristes choses[590]. - - [590] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Bigani, Rome, le 14 - septembre 1737. Copie d'une lettre interceptée transmise à Gênes, - le 14 septembre, par Bernabo: _loc. cit._ - -Malgré la noirceur d'âme de Bigani, Mme Fonseca n'en continua pas moins -à correspondre avec lui, à lui confier tout ce qu'on disait à Rome sur -Théodore. Elle lui écrivait toutes les espérances que ses entreprises -faisaient naître chez ses partisans. Jamais son enthousiasme et sa foi -ne faiblissaient. Plus elle voyait de trahison autour de son roi, plus -son dévouement s'exaltait. Elle n'avait qu'un but: le servir toujours, -le soutenir jusqu'au bout, envers et contre tous. Son œuvre -n'était-elle pas sublime: délivrer ces pauvres Corses opprimés du joug -des infâmes Génois? Aussi ne se laissait-elle rebuter par rien. Bigani -usait parfois vis-à-vis d'elle de procédés un peu cavaliers, comme de -lui faire écrire par son fils. Elle trouvait cette manière d'agir peu -convenable à l'égard d'une dame; mais elle pardonnait volontiers à cause -du roi et elle saluait le père et le fils de tout cœur. Au moins, -devait-il lui envoyer des nouvelles. On disait à Rome que le capitaine -du navire avait été mis en prison, parce que trente hommes de son bord -s'étaient sauvés mystérieusement. Le bruit courait aussi que Théodore -avait heureusement débarqué en Corse avec une suite et des munitions. -Dieu le veuille! Cependant la bonne sœur était dans une inquiétude -mortelle, car la dernière lettre du souverain était datée de Lisbonne. - -Elle se tenait en relations à Rome avec tous les amis de Neuhoff. Elle -se faisait l'intermédiaire de leurs correspondances; elle entretenait -leur zèle, trouvant des paroles douces et encourageantes pour chacun. -C'est ainsi qu'en envoyant à Bigani une lettre d'un certain abbé Joseph -Colonna pour Mme Virginie Costa, elle priait le capitaine de dire à -cette dernière qu'elle avait pour elle le plus vif attachement en -souvenir de l'affection que son mari portait à Sa Majesté. Mais la -bonne sœur ne pouvait se résigner à voir des Corses trahir leurs -compatriotes. Quelle honte! En revanche, les expéditions qu'on faisait à -Naples, pour aider les insulaires, la consolaient un peu[591]. - - [591] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Bigani, Rome, le 9 - novembre 1737. Copie d'une lettre interceptée, transmise le 9 - novembre, à Gênes, par Bernabo: _loc. cit._ - -Lorsque les troupes françaises débarquèrent en Corse, Mme Fonseca fut -très alarmée. Elle confia ses peines à Bigani, qu'elle s'obstinait à -croire fidèle et dévoué. Drost devrait retourner dans l'île pour -soutenir la foi des peuples en leur souverain. Elle craignait que les -insulaires ne fussent séduits par la douceur et par la politique des -Français. Le but poursuivi par ces derniers n'apparaissait pas -clairement à la religieuse. Étaient-ils allés dans l'île pour y -maintenir la domination génoise ou bien dans leur propre intérêt? -D'après elle, le chanoine Orticoni et Salvini avaient compromis la cause -du roi. Ils n'étaient, du reste, plus en faveur auprès de Sa Majesté. -Salvini n'avait même pas daigné venir au couvent lors de son dernier -voyage à Rome. Cependant, rien ne pouvait ébranler la confiance de la -sous-prieure; la chute des ennemis de Théodore était prochaine. «Il -tempo è galantuomo», le temps est galant homme. Elle avait toujours la -plume à la main: elle avait laissé deux dames à la porte pour pouvoir -faire sa correspondance[592]. - - [592] La même au même, Rome, le 7 juin 1738. Copie d'une lettre - interceptée transmise le 14 juin, à Gênes, par Bernabo: _loc. - cit._ - -Le capitaine, d'ailleurs, jouissait auprès de Neuhoff d'un grand crédit. -Le roi ne paraissait pas lui tenir rigueur de ses opérations -commerciales avec les Génois. Il continua à lui témoigner sa confiance -et à verser ses chagrins dans son sein. A sa sortie du château de Gaète, -il lui écrivit qu'il se sentait abandonné et trahi par tous. Il lui -demandait des nouvelles en le priant de faire tenir sa réponse sous le -couvert de son fidèle ami Joseph Valembergh, le consul de Hollande à -Naples[593]. - - [593] Théodore à Bigani, le 20 décembre 1738. Copie d'une lettre - interceptée, transmise le 27 décembre, à Gênes, par Bernabo: - _loc. cit._ - -Mme Fonseca correspondait aussi avec Lucas Boon à Amsterdam[594]. Il -était nécessaire, en effet, de relever, auprès des traitants hollandais, -le crédit fortement ébranlé de Théodore. Elle avait écrit en français et -en italien à Boon, car elle savait qu'il connaissait ces deux langues. -Après avoir laissé plusieurs lettres sans réponse, il s'était enfin -décidé à lui écrire en hollandais. Elle n'avait pas pu lire cette -lettre, car elle ignorait cette langue; et la pauvre sœur suppliait le -négociant de lui envoyer quelques nouvelles dans un langage à sa portée. - - [594] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Lucas Boon, sans date, - mais du mois de septembre 1738 très certainement. Lettre - autographe interceptée, transmise le 27 septembre, à Gênes, par - Bernabo: _loc. cit._ - -Sa confiance dans tous ceux qui se disaient partisans du souverain était -infinie. Avec quelques mots de louange pour son héros, tous les -aigrefins trouvaient le chemin de son cœur et de sa bourse. Elle -n'était pas bête cependant. Elle jugeait les autres d'après elle-même. -Sa crédulité, allant parfois jusqu'à la naïveté, provenait de son -excessive vénération pour son roi. Elle ne pouvait pas s'imaginer que -des gens fussent assez indignes pour le tromper. C'était bon pour les -Génois! - -Elle fut aussi en correspondance très amicale avec ce Mathieu Drost, un -farceur doublé d'un escroc, que Théodore lui-même traitait de traître et -d'espion, soudoyé par la république[595]. Elle le soutint avec cette -bonté ingénue qu'elle mettait au service des aventuriers, qui lui -soutiraient de l'argent. Elle aurait voulu communiquer à cet individu un -peu de cette foi robuste dont elle était animée. «Soyez certain, lui -écrivait-elle, que Sa Majesté arrivera bientôt en Corse largement -pourvue en toutes choses[596]». - - [595] Théodore à Gomé Delagrange, conseiller au Parlement de - Metz, 11 décembre 1740: Correspondance de Corse, vol. 2. Archives - du Ministère des affaires étrangères. - - [596] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Drost, Rome, le 7 juin - 1738. Copie d'une lettre interceptée, transmise le 14 juin, à - Gênes, par Bernabo: _loc. cit._ - -D'autres personnages de moindre importance s'agitaient autour du couvent -des Saints-Dominique et Sixte. Il y avait, parmi eux, un nommé Jean -Ludovici, ami du fameux consul hollandais à Naples, qui, avec l'abbé -Varnesi, servait parfois d'intermédiaire pour la correspondance[597]. - - [597] Jean Ludovici à Théodore, à sœur Fonseca, à Joseph - Valembergh, Rome, le 11 novembre 1738. Lettres interceptées - transmises le 15 novembre, à Gênes, par Bernabo: _loc. cit._ - -Un certain Duffour, qui se disait «lieutenant colonel et ingénieur de Sa -Majesté des Corses», implorait la protection de Mme Fonseca. On l'avait -desservi dans l'esprit de Sa Majesté et il tenait à reconquérir son -estime par son attachement, sa fidélité et son obéissance[598]. - - [598] Duffour à sœur Angélique-Cassandre Fonseca, Livourne, le - 27 juillet 1737. Copie d'une lettre interceptée, filza 1/2121 aux - archives d'État de Gênes. - -La bonne sœur croyait à toutes ces protestations. Elle les accueillait -avec reconnaissance. Elle devait souffrir dans son dévouement de ne -pouvoir aider son roi, d'une manière plus active, à _bouter_ les Génois -hors du royaume de Corse. Son rôle se bornait à écrire partout pour la -bonne cause; elle ne s'en privait pas. Elle centralisait toutes les -correspondances; elle était une boîte aux lettres. Un homme, qui avait -toute sa confiance, se chargeait de faire parvenir les missives. Cet -individu, le chevalier Saint-Martin, était, d'ailleurs, le fripon le -plus achevé. - -En réalité, il s'appelait Bigou. Il était né à Paris de parents -protestants. Il avait séjourné en Angleterre pour y professer sa -religion, et s'était fait naturaliser anglais. Puis, voulant se -convertir, il avait fait le voyage de Rome où il désirait s'établir. Il -se disait piémontais et portait des décorations. Il sollicitait du pape -un emploi quelconque[599]. A la suite de sa conversion, il avait, pour -commencer, obtenu une petite pension du Saint-Père[600]. Mais, -l'allocation pontificale n'étant pas suffisante, il eut recours à -l'espionnage, afin de pouvoir vivre honnêtement. - - [599] Le duc de Saint-Aignan à Amelot, Rome, le 27 septembre - 1738: Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [600] Saint-Martin à Théodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie - d'une lettre interceptée transmise par Bernabo à Gênes: _loc. - cit._ - -Dans l'entourage du roi de Corse, composé de traîtres et de filous, -Saint-Martin était tout désigné pour prendre l'un des premiers rangs. Il -complétait la collection. Il n'avait pas eu de peine à se lier avec le -baron, toujours bien disposé à accueillir les hommes de bonne volonté, -qui se présentaient à lui. Le chevalier s'offrit comme intermédiaire -pour la correspondance royale. Il entra de suite dans les bonnes grâces -de Mme Fonseca. Sa conversion récente, l'enthousiasme qu'il déployait à -l'égard de Sa Majesté lui valurent l'affection de la religieuse. A toute -heure, il était admis auprès d'elle, et souvent la sœur tourière -entre-bâillait, pour lui, la nuit, la petite porte du couvent. Mme -Saint-Martin, restée à Livourne, s'occupait aussi de transmettre les -lettres secrètes échangées entre le monastère et les partisans de -Théodore. Mme Fonseca envoya cette dame porter à Mathieu Drost une -épître de consolations dans la forteresse de Livourne. L'aventurier -reçut la missive, mais ne possédant plus un écu, il n'avait pas pu -récompenser la messagère: il profita de la circonstance pour demander à -la bonne sœur de lui envoyer cent sequins[601]. - - [601] Mathieu Drost à la sœur Fonseca, Livourne, le 14 septembre - 1738. Copie d'une lettre interceptée transmise par Bernabo à - Gênes, le 27 septembre: _loc. cit._ - -Mme Fonseca avait aussi recommandé l'excellente Mme Saint-Martin à -Bigani. Mais celui-ci s'excusa de n'avoir pas pu la recevoir -honnêtement. Depuis neuf jours, sa maison était occupée par le greffier -du tribunal, le barigel et quatre sbires. Ces gens opéraient chez lui -une perquisition et, au moment où il mandait ces détails, à quatre -heures du matin, ils étaient encore là. La police ne trouverait rien -d'intéressant, malgré le soin qu'elle mettait à fouiller partout. -Néanmoins, le capitaine se lamentait très fort. Mme Bigani était tombée -malade à la suite de cette descente de justice et lui-même avait des -vertiges, car il ne cessait d'avoir le cœur ému et inquiet--il aurait -pu dire plus justement la conscience. Et, selon la coutume de ces gens -qui se rejetaient mutuellement leurs turpitudes, il accusait Mathieu -Drost d'avoir fait tout le mal. Comme il fallait, pour toucher la bonne -sœur et lui faire donner de l'argent, montrer quelques sentiments de -résignation chrétienne, Bigani ajoutait qu'il priait Dieu de pardonner -au coupable[602]. - - [602] Bigani à la sœur Fonseca, Livourne, le 16 septembre 1738. - Copie d'une lettre interceptée transmise par Bernabo à Gênes, le - 27 septembre: _loc. cit._ - -Mme Saint-Martin revint à Rome, contre le gré de son mari, qui, sans -doute, désirait travailler sans témoins. Elle était, paraît-il, -«beaucoup plus sensée que lui»[603]. Aussi disparut-elle bientôt. En -effet, on ne la trouve plus mêlée aux intrigues du couvent des -Saints-Dominique et Sixte. Il est vrai que le chevalier faisait de la -besogne pour deux. - - [603] Le duc de Saint-Aignan à Amelot, Rome, le 27 septembre - 1738: Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Théodore qui avait, il faut le reconnaître, des lueurs de bon sens, ne -partageait pas la confiance aveugle de son amie à l'égard de -Saint-Martin. A plusieurs reprises, il lui écrivit de ne pas se fier à -cet individu. Cependant, au mois de mai 1738, il était dans les -meilleurs termes avec le chevalier. Il lui demandait de venir le -retrouver en Hollande, de lui procurer quelque bon officier -d'artillerie, et lui disait qu'il n'aurait jamais lieu de regretter de -s'être attaché à lui. Il l'assurait de ses sincères sentiments de bonne -amitié[604]; mais il avait ouvert les yeux. Saint-Martin, sentant que -Neuhoff se méfiait de lui, voulut se justifier. Il lui écrivit une belle -lettre, selon toutes les formules du protocole. Malgré les propos -calomnieux qui l'avaient desservi dans l'esprit du roi, il tenait à -confesser bien haut les sentiments de respect et de fidélité dont il -était animé. Sa dernière entrevue avec le souverain, à Rome, avait -fortement imprimé ces sentiments dans son cœur. Il applaudissait donc -à son heureuse arrivée dans les mers italiennes. Par ses hauts faits, le -roi étonnait le monde et lui seul savait enseigner le grand art de -régner. Il se félicitait de vivre dans un siècle, sur lequel les vertus -de Sa Majesté jetaient un lustre si brillant. C'était donc bien -injustement qu'on l'accusait de trahison. Son innocence et ses principes -assuraient la paix de son âme. Bien entendu, il rejetait sur quelqu'un -toutes ces infamies. C'était un sieur Valentin Tadei, qui avait dû se -rétracter, non seulement devant lui, mais en présence de plusieurs amis -du roi. Toujours, même au péril de sa vie, il tiendrait à honneur -d'obéir à Sa Majesté, et, comme les autres, il priait Dieu de conserver -ses précieux jours. En terminant il lui offrait les très humbles -respects et les services de M. de Champigny. Elle daignerait -certainement agréer les compliments de cet homme vertueux et probe[605]. -Nous avons vu quelles étaient la vertu et la probité de M. de Champigny. - - [604] Copie d'une lettre de Théodore à Saint-Martin, du 16 mai - 1738. Communiquée à M. de Fénelon, ambassadeur de France en - Hollande, par le duc de Saint-Aignan, ambassadeur à Rome, le 18 - octobre 1738: Correspondance de Hollande, vol. 427. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - - [605] Saint-Martin à Théodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie - d'une lettre interceptée, transmise par Bernabo à Gênes, le 15 - novembre: _loc. cit._ - -Pour compléter l'effet que devait produire cette lettre éloquente, -Saint-Martin se fit donner un certificat par la bonne sœur. Elle -joignit en effet un billet à l'épître du chevalier. Bien que Sa Majesté -lui eût toujours écrit de se méfier de «Monsieur Saint-Martin», elle -pouvait répondre de sa fidélité, l'ayant mise à l'épreuve. Il était -certainement l'un des plus dévoués et des plus affectionnés serviteurs -du monarque. Parmi tous les partisans corses, elle n'avait jamais pu -trouver aucun homme qui lui inspirât autant de confiance. Il se -chargeait de toute sa correspondance. Il l'attendait pendant des heures -entières, le jour ou la nuit, par la pluie ou par la grêle. Ainsi tandis -qu'elle écrivait ce billet, à deux heures du matin, le chevalier était à -son poste. Elle lui confiait une petite boîte pour le roi[606]. - - [606] Billet de sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Théodore, - joint à la lettre de Saint-Martin, Rome, le 7 novembre 1738: - _loc. cit._ - -Si Saint-Martin montrait un dévouement extrême pour les intérêts du -baron, il déployait un zèle non moins grand pour servir la république. -Il était entré en rapports avec Bernabo, agent de Gênes à Rome. Ces -relations furent amicales et suivies. Au mois de juin 1738, Bernabo -répondant à une question du Sérénissime Collège, disait que pour -transmettre à un certain chanoine--qu'il ne nommait pas--une lettre du -chevalier, il s'était servi d'un cachet imaginé, ne pouvant employer le -sceau de Saint-Martin orné d'armoiries et d'une couronne, car il ne -savait si ces armes lui appartenaient vraiment ou si elles étaient -usurpées. Mais l'agent génois avait fait un cachet d'une circonférence -égale à celui du chevalier. Pour le moment, le fidèle intermédiaire de -Mme Fonseca ne se trouvait pas à Rome. Bernabo ignorait où il était allé -et si son absence ne cachait pas quelque expédition adroitement -combinée. A son domicile, le domestique avait dit qu'il attendait son -maître d'un jour à l'autre[607]. - - [607] Bernabo au Sérénissime Collège, Rome, le 14 juin 1738: - _loc. cit._ - -Le diplomate comptait donc tirer quelques profits des tournées -mystérieuses de Saint-Martin. - -Le chevalier revint bientôt. Il écrivit à son ami Bernabo: «Il est de la -dernière conséquence que j'aie l'honneur de vous voir aujourd'hui avant -la nuit, et comme je ne puis dans la circonstance aller chez vous, il -faut que vous vous rendiez à vingt-et-une heures d'Italie, ou plus tôt -si vous voulez, au jardin de Jésus-et-Marie au Cours.» Il s'agissait de -trois lettres qu'il avait en main: une de Mme Fonseca à Lucas Boon, -qu'il était chargé de faire parvenir à Amsterdam; les deux autres, de -Drost et de Bigani à la religieuse, que sa femme avait apportées de -Livourne. Il le priait de lui faire tenir sa réponse par Mme Joseph -avant les vingt-et-une heures[608]. - - [608] Saint-Martin à Bernabo sans date, transmise le 27 septembre - à Gênes, par Bernabo: _loc. cit._ - -Bernabo alla au rendez-vous. Dans un endroit écarté, l'agent de Gênes -et le chevalier causèrent. Au cours de l'entretien, Saint-Martin exhiba -les lettres des amis de Théodore. Son désir de servir la Sérénissime -République était extrême, aussi avant de faire parvenir cette -correspondance à destination, avait-il tenu à la communiquer au -représentant du gouvernement génois. Bernabo témoigna quelque répugnance -à prendre connaissance de ces lettres. Il se laissa prier pour les -accepter. Néanmoins, il les retint. Rentré chez lui, il fit prendre -copie de deux d'entre elles et les retourna le soir même convenablement -recachetées à son espion. Il expédia ces copies aux inquisiteurs d'État, -ainsi que la lettre originale de Mme Fonseca à Lucas Boon que, d'accord -avec le chevalier, il avait gardée. Bernabo concluait en disant que son -zèle pour le service public le poussait à déclarer qu'il ne conviendrait -pas d'abandonner Saint-Martin. Ce dernier était prêt à fournir tout ce -qui lui passerait par les mains. Si jusqu'à présent, il n'avait donné -que des renseignements sans grande importance, il pourrait sans doute -faire mieux dans l'avenir. En tous cas, il importait de le tenir en -haleine de façon à ce qu'il remplît ses engagements[609]. Le chevalier, -du reste, faisait bien son métier; il remettait à Bernabo les lettres -aussitôt que la bonne sœur les confiait à sa fidélité. Le ministre -pouvait donc envoyer à son gouvernement les papiers volés le jour même -où ils avaient été écrits. - - [609] Bernabo au Sérénissime Collège, Rome, le 27 septembre 1738: - _loc. cit._ - - [610] Délibération des inquisiteurs d'État, du 10 octobre 1738: - _loc. cit._ - -Les inquisiteurs délibérèrent sur cet envoi. Il fut décidé que les -copies seraient classées et qu'on expédierait à Amsterdam la lettre -autographe de Mme Fonseca à Lucas Boon[610]. Les magistrats en firent -conserver la traduction. - -Saint-Martin demanda, un jour, audience à l'ambassadeur de France. Le -duc de Saint-Aignan le reçut. Il désirait effacer, disait-il, les -impressions fâcheuses qu'on avait sur lui. Ses intrigues commençaient à -être connues; Bernabo ayant avoué à Saint-Aignan qu'il avait gagné -Saint-Martin et que celui-ci lui fournissait, en secret, la -correspondance des amis de Théodore[611]. - - [611] Le duc de Saint-Aignan à Amelot, Rome, les 27 septembre et - 4 octobre 1738: Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -Le but réel de la visite du chevalier était sans doute d'essayer de -vendre quelques papiers volés. Il en fut pour sa visite. Peu de temps -après, Saint-Martin affirmait à Théodore son dévouement en termes -pompeux et se faisait délivrer, par Mme Fonseca, un certificat de -fidélité. Il en avait besoin! - -Au mois de décembre, Saint-Martin proposa au Sérénissime Collège un bon -coup. - -Ce traître avait jugé que l'incarcération du baron au château de Gaëte -était une affaire sérieuse et que cet événement devait mettre fin aux -troubles qui agitaient la république. Il avait pensé que ses humbles -services allaient désormais devenir inutiles. Mais, l'élargissement de -Théodore avait subitement changé la face des choses. Son attention avait -été éveillée; son ardeur de servir Gênes s'était accrue. «Je suis à -portée de rendre à la république le plus signalé service qu'elle puisse -espérer. Ne me demandez pas où ni comment; car je suis dans la -résolution de ne le communiquer à qui que ce soit, que dans le temps de -l'exécution même. Il suffit que Vos Excellences me croyent homme -d'honneur et fidèle comme elles ont lieu de le faire.» - -Mais pour mettre son projet à exécution, il avait besoin de se rendre à -Naples avec une autre personne. Il lui fallait en outre une felouque, -qui se tiendrait à tout moment à sa disposition. «Pour tout cela, je -n'ai pas un sol. Je vous demande donc par grâce spéciale, mes seigneurs, -de me faire donner en toute diligence au moins cent sequins, au moyen de -quoi je veux bien perdre la tête si je manque mon coup.» Il aura sans -doute besoin de s'entendre avec le marquis de Puisieux et avec le duc -de Saint-Aignan, car Théodore veut être assuré d'un «certain état en -France, au moins voilà sur quel ton il s'est jusques ici expliqué, car -pour la taille de la république il n'en veut pas entendre parler.» En -terminant, Saint-Martin donnait comme référence M. François-Marie -Grimaldi, qui le connaissait personnellement et qui pourrait fournir sur -lui les meilleurs renseignements. Il suppliait enfin les inquisiteurs de -hâter leur décision, car les moments étaient précieux[612]. - - [612] Saint-Martin au Sérénissime Collège, Rome, le 27 décembre - 1738, transmise par Bernabo à Gênes, le 27 décembre: _loc. cit._ - -Théodore aurait donc consenti à traiter avec la France, c'est-à-dire à -jouer le rôle de roi déchu auquel on alloue une pension. Et, s'il ne -voulait pas avoir à faire à la république, c'est qu'il trouvait celle-ci -trop avare. - -Je ne sais si les inquisiteurs jugèrent Saint-Martin suffisamment homme -d'honneur pour mener quelque affaire utile à la république. Il ne disait -pas en quoi consistait le bon coup qu'il projetait. Sa demande fut -classée, comme toutes les requêtes similaires. On suit très bien dans -les papiers d'État la correspondance de Gênes avec ces espions -d'occasion. On voit le gouvernement toujours disposé à écouter les -délations, à lire en conseil les documents volés. Quand ses -représentants lui envoient des paquets de lettres interceptées, il leur -en fait accuser réception avec louanges; il les charge de continuer. Au -besoin, l'agent officiel s'abouche avec ces misérables aventuriers, -prend avec eux des rendez-vous mystérieux, les rencontre la nuit dans -des endroits écartés. Mais, dès qu'un de ces coquins formule une demande -d'argent précise, la correspondance s'arrête brusquement. Il est -impossible de trouver la suite donnée à l'affaire ébauchée. Gênes recule -toujours au moment où il faut payer. En revanche, les décisions portent -généralement des éloges pour l'agent. Bernabo les méritait; il gagnait -bien ses émoluments de diplomate. - -Au mois de juin 1739, Saint-Martin se trouvait à Naples. Il essayait -encore de tromper tout le monde. Il disait à Molinelli, secrétaire de -Gênes, que Neuhoff se tenait caché dans un couvent de Chartreux. Ce -renseignement était faux[613]. - - [613] Ticquet (intérimaire de Puisieux) à Amelot, Naples, les 2, - 9 et 23 juin 1739: Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -Saint-Martin disparut, comme disparaissent les escrocs, en silence, -allant offrir ailleurs leurs services lorsqu'ils se sentent _brûlés_ ou -trop compromis. - -Mme Angélique-Cassandre Fonseca mourut vers le milieu de l'année 1740. -Sa sœur Françoise-Constance hérita de sa foi naïve en l'étoile du roi -Théodore. Elle resta en relation avec la plupart des fidèles agents de -Sa Majesté[614]. Il y avait sans doute encore quelque argent dans le -couvent du Mont-Quirinal. - - [614] Bernabo au Sérénissime Collège, Rome, le 8 octobre 1740: - _loc. cit._ - - Par le même courrier, Bernabo envoya à Gênes une lettre de Bigani - à la sœur Françoise-Constance. Le capitaine disait qu'il ne - pouvait soutenir plus longtemps les partisans du roi. C'était une - demande d'argent déguisée. - - -III - -L'équipée du baron de Neuhoff n'avait pas seulement fait surgir des -fripons, prêts à pêcher en eau trouble, elle avait aussi excité les -convoitises de hauts personnages classés généralement dans la catégorie -des honnêtes gens. Parmi ceux-ci, il faut citer François de Lorraine, -l'époux de Marie-Thérèse d'Autriche. Pendant que de bonnes sœurs -conspiraient dans leur couvent, le futur empereur complotait dans la -pièce la plus intime de ses appartements, la _Retirade_. Là, en -tête-à-tête avec quelque aventurier, il écoutait les plans les plus -extraordinaires, donnait de mystérieuses instructions à l'abri de toute -oreille indiscrète, loin du cabinet officiel[615]. - - [615] Voir mon article: _La politique de la Retirade_, dans la - _Revue d'histoire diplomatique_, année 1898, nos 2 et 3. - -La politique élaborée dans le cloître avait sur celle de la _Retirade_ -l'avantage de n'être pas égoïste. Les religieuses travaillaient pour la -gloire de leur roi; François complotait pour lui. - -Au mois de mai 1736, un sieur Humbert de Beaujeu arriva à Florence, -portant plusieurs lettres de personnages autrichiens. Ces lettres, qui -contenaient des instructions au sujet des affaires de Corse, émanaient -du secrétaire de Zinzendorf, de feu le prince Eugène et d'un conseiller -aulique. Les allures louches de cet individu donnèrent à penser qu'il -était un partisan de Théodore[616]. Des voyages qu'il fit à Livourne, sa -correspondance volumineuse, l'argent qu'il dépensait confirmèrent ces -soupçons[617]. - - [616] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 12 mai 1736: - Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [617] Du même au même, les 26 mai et 16 juin 1736: _Ibidem_. - -C'était un triste sire que ce Beaujeu. Moine défroqué, il s'était marié -et avait abandonné sa femme après avoir mangé la dot; déserteur de -l'armée française, il avait pris du service en Autriche et il cherchait -sa voie maintenant dans les complots et dans les trahisons. Cela lui -rapportait quelque argent, et, entre temps, lui valait la prison. - -En 1724, il était venu à Monaco. Mis avec élégance, parlant bien, -portant le titre de comte, accompagné de valets parfaitement stylés, il -avait donné l'impression d'un personnage. Il se disait chargé par la -cour d'Espagne d'une mission à Rome. Le prince Antoine Ier s'était méfié -et il avait demandé des renseignements à son ami le maréchal de Tessé, -qui se trouvait alors à Madrid comme ambassadeur extraordinaire de -France. Les renseignements furent déplorables; mais le prince de Monaco -avait fait arrêter Beaujeu avant même de les recevoir[618]. - - [618] Le prince Antoine de Monaco au maréchal de Tessé, les 6 et - 10 octobre 1724. Archives du palais de Monaco, Ce 60.--Le - maréchal de Tessé au prince Antoine, Madrid, le 30 octobre 1724: - _Ibidem_, Co 24. - - Le Beaujeu de Madrid, de Monaco et de Florence, comme plus tard de - Vienne, est bien le même personnage. Les renseignements fournis, - en 1724 par Tessé, et en 1737 par Campredon, portent des deux - côtés que cet individu était le fils d'un marchand de bois ou - charpentier de Lyon. - -Quand il fut relâché, il se rendit sans doute en Italie pour chercher -quelque fructueuse opération. Il se sentait capable de tout, et il -voulait utiliser ses talents. - -Lorsque Théodore eut terminé piteusement son règne par la fuite, Beaujeu -vint à Vienne où nous le trouvons dans la _Retirade_ de François de -Lorraine, qui voulait être roi de Corse. Un mémoire tombé entre les -mains du gouvernement français relatait la chose. Cet écrit provenait de -Beaujeu lui-même. Les confidences du prince valaient de l'argent; tout -au moins, espérait-il obtenir quelque protection utile en les dévoilant. -Ce mémoire était intitulé: «Ce sont ici les premiers ordres que S. A. R. -le grand-duc de Toscane[619], lorsqu'elle voulut me charger de la -commission d'aller en Corse à la place du sieur Théodore, qui y avait -échoué après sa première descente du 20 mars 1736[620].» Puis, venait le -récit de l'entretien entre le prince et l'aventurier. - - [619] François de Lorraine n'était pas encore grand-duc de - Toscane, mais la succession de Jean-Gaston de Médicis lui était - promise et on le considérait déjà comme tel. Quelques mois plus - tard, Jean-Gaston mourut et François eut le grand-duché. - - [620] Théodore arriva à Aléria le 12 mars. - -«Le 23 décembre 1736, ce prince m'envoya ordre de me rendre à trois -heures après midi dans son cabinet ou _Retirade_, où il me dit mot pour -mot tout ce qui suit: «Il faut, Monsieur, aller en Corse, je veux avoir -ce pays selon les moyens et les voies que vous m'avez fait connaître, je -les trouve bonnes (_sic_) et elles me conviennent. Je ne veux absolument -pas que l'Empereur sache rien de cette entreprise: il a ses affaires et -moi les miennes. - -«Ne faites pas, Monsieur, comme le sieur Théodore: n'en sortez jamais, -je vous le défends; il faut vaincre et avoir le pays; vous avez vos -chefs, il faut les animer et encourager dès à présent, c'est-à-dire leur -faire savoir que vous irez bientôt à leur secours; je vous fournirai -tout le nécessaire; je vous enverrai Toussaint et Richecourt chez vous, -non pour prendre les mesures de l'exécution, car c'est sur vous seul -que je compte, mais pour vous faire passer tout le nécessaire. Voilà, -Monsieur, mes intentions et mes volontés. Je vous en crois capable; -c'est pourquoi ce n'est que sur vous seul que je compte dans cette -affaire. Vos idées sur ce pays sont justes; je ne le connaissais pas -comme vous me l'avez fait connaître, et Théodore s'y est mal pris; mais -je ne veux rien épargner pour l'avoir. - -«Vous pouvez, Monsieur, compter sur la vice-royauté à perpétuité dans -votre famille, sans aucun rendement de compte des fonds que je vous -aurai fournis pour consommer cet ouvrage. - -«Ne venez plus ici pour éviter tout soupçon et afin qu'on ne s'aperçoive -de rien. Lorsque je serai à Presbourg, venez-y me trouver et là nous -parlerons de cette affaire plus au long. - -«J'ai voulu aujourd'hui vous faire savoir mes volontés, afin que vous -vous y préparassiez, et vous déclarer que ce n'est que sur vous seul que -je compte dans cette affaire; c'est sur vous seul que je compte. -Laissez-moi, je vous prie, la carte que vous m'avez remise, afin que je -connaisse les endroits où vous agirez, cela me fera plaisir. Adieu, -Monsieur, c'est sur vous seul que je compte[621].» - - [621] Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Quelle créance pouvait-on donner à ce mémoire qu'on n'hésita pas à -attribuer à Beaujeu? Il parut assez sérieux à Amelot pour qu'il le -transmît à Campredon, en lui recommandant de le rendre public sans -paraître y prendre part[622]. Et, s'il y a dans ce factum quelque -exagération quant aux ordres donnés à l'aventurier, les relations du duc -avec Beaujeu ne sauraient faire aucun doute. Campredon fut à même de les -certifier[623]. Il est certain que François voulait absolument avoir la -Corse: la couronne grand-ducale, qui lui était promise, ne lui suffisait -pas; il désirait la rehausser du titre de roi. L'envoyé français à Gênes -put, en outre, fournir des renseignements, qui confirmaient les -accointances de Beaujeu avec les plus hauts personnages de la cour -autrichienne. Le moine défroqué montrait un brevet d'aide de camp -général, qui lui avait été délivré par le prince Eugène. Au surplus, les -papiers de ce dernier attestèrent une dette de quatre-vingt mille -florins contractée envers Beaujeu. La Banque de Vienne, au début de -l'année 1737, avait remboursé cent mille écus à l'aventurier, sous le -vague prétexte de récompense pour services rendus; mais Beaujeu avait -exigé que le contrat de remboursement stipulât la nature véritable de sa -créance, c'est-à-dire: argent prêté pour la subsistance des troupes -allemandes en Italie. L'aventurier avait encore reçu une gratification -de «deux mille et quelques cents ducats». Cette gratification prouverait -à elle seule les relations de François avec l'ancien moine. On ne donne -pas de l'argent aux gens qu'on n'emploie pas. Campredon affirmait aussi -que les entretiens de cet individu avec le duc étaient fréquents. -Beaujeu avait persuadé au prince que la Corse avait jadis appartenu, en -partie, à la maison de Lorraine, et il se disposait à partir pour -Presbourg afin de poursuivre ses complots. Ce voyage confirmait les -dires du mémoire que Campredon n'avait pas encore sous les yeux. Beaujeu -ne se contentait pas de faire à François des propositions que celui-ci -acceptait, il voyait aussi l'Empereur en secret. Dans la _Retirade_ -impériale, il s'était vanté de connaître la capacité de tous les -généraux français[624]. Il s'était même excusé auprès de Charles VI de -n'avoir pas réussi à enlever l'infant Don Carlos à son passage à Pise, -par suite de la défection d'un officier qui lui avait promis trente -hommes pour ce bon coup. Campredon disait qu'on pouvait s'attendre à -tout de la part d'un misérable renégat, sur la tête duquel on voyait -encore les marques de la tonsure et qui paraissait être très fort en -théologie[625]. - - [622] Amelot à Campredon, Gênes, le 5 mars 1737: Correspondance - de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires - étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 335-336. - - [623] Le même au même, le 5 mars 1737: _Ibidem_. La lettre du - ministre transmettant le mémoire et les renseignements fournis - par Campredon sont du même jour. Les intrigues de Beaujeu étaient - donc connues à Versailles et à Gênes en même temps. - - [624] Les relations de Beaujeu avec l'Empereur et son gendre sont - confirmées par un rapport transmis au gouvernement génois et que - nous verrons dans un instant. - - [625] Campredon à Amelot, Gênes, le 5 mars 1737. Lettre déjà - citée. - - Dans une autre dépêche, datée du 3 avril, Campredon affirmait à - nouveau les relations de François avec Beaujeu. «L'on vous aura - sans doute donné avis comme à moi, Monseigneur, que le sieur - Beaujeu de la Salle, ci-devant aide de camp de M. le maréchal de - Coigny et reconnu pour avoir servi d'espion à la cour de Vienne - pendant la dernière guerre, avait ordre du duc de Lorraine de - passer en Corse pour y porter des propositions aux mécontents.» - Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'envoyé de France fit, suivant les instructions qu'il avait reçues, -répandre discrètement le mémoire de Beaujeu dans Gênes. Le comte -Giucciardi, ministre impérial, vint trouver Campredon. Il amena la -conversation sur cette nouvelle «qu'il croyait inventée, comme beaucoup -d'autres, sachant qu'à la cour de Vienne on est fort réservé à donner -croyance à ces sortes de coureurs». Campredon répliqua que Beaujeu était -un espion avéré et qu'à son retour de Guastalla, il n'avait évité la -potence qu'en simulant la folie, grâce à la complaisance d'un chirurgien -peu scrupuleux. Des lettres de Rome et de Vienne, que l'envoyé de France -avait lues, portaient que cet individu devait passer en Corse avec les -propositions du duc pour les révoltés. Giucciardi réfuta ces choses très -faiblement, disant que si le gendre de l'Empereur avait quelque vue sur -la Corse, ce serait pour empêcher que l'île ne tombât en d'autres mains. -En somme, les dénégations du ministre impérial étaient si embarrassées -qu'elles équivalaient à un aveu[626]. - - [626] Campredon à Amelot, Gênes, le 18 avril 1737: - _Ibidem_.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 342-343. - -En Corse, les chefs affirmaient que Théodore allait revenir avec Beaujeu -et Boieri, colonel au service de l'Espagne. Ces trois personnages, -d'après Orticoni, étaient envoyés par le duc de Lorraine. Ginestra, dont -le fils devait, quelques mois plus tard, proposer au cardinal Fleury de -lui vendre les secrets de Neuhoff, et Ciabaldini, étaient allés à Matra, -chez Xavier, dit le marquis de Matra, pour l'avertir de cette arrivée -prochaine. Le fidèle marquis avait fait préparer sa maison sans -tarder[627]. De son côté Giucciardi, pour donner le change, affirmait -que Beaujeu et Théodore allaient s'embarquer ensemble pour la -Corse[628]. - -Mais ce n'étaient là que des racontars. François voulait faire -travailler Beaujeu pour lui seul; il n'entendait pas partager le trône -avec le baron. Quant à ce dernier, sortant à peine des prisons -d'Amsterdam, il était occupé à soutirer de l'argent à des juifs: besogne -particulièrement absorbante et délicate. - -D'après un mémoire qui se trouve à Gênes, Beaujeu avait servi en Corse -sous le prince de Wurtemberg et le général Wachtendonck. Lorsque les -Deux-Siciles furent données à l'infant Don Carlos, le prince Eugène -aurait chargé Beaujeu de traiter avec les mécontents. L'île devait se -mettre en république sous la protection de l'Empereur. En arrivant à -Vienne pour rendre compte de sa mission à Charles VI, le moine, devenu -soldat et diplomate, fut appelé par le duc de Lorraine. Le prince -déclara sans ambages qu'il voulait être roi de Corse. Il comptait sur -Beaujeu pour satisfaire l'ambition qu'il avait de succéder au baron -Théodore. Il lui ordonna de négocier cette affaire. L'aventurier fut, -paraît-il, fort étonné d'une pareille proposition. Il se récria; il -était venu à Vienne pour rendre compte de sa mission à l'Empereur et non -pour trahir sa confiance. François répliqua que la chose lui paraissait -fort simple. Beaujeu n'avait qu'à y songer avant de faire savoir son -arrivée à Sa Majesté. Il y pensa, en effet, et revint trouver le duc. -Les mystérieuses entrevues de la _Retirade_ sont donc confirmées. Le -moine défroqué, en homme d'honneur, déclara qu'il ne pouvait pas manquer -de parole à l'Empereur. Il lui était donc impossible de servir le duc. -Celui-ci fut stupéfait. Il recommanda le secret à Beaujeu et lui donna -quelques jours pour réfléchir[629]. Quand la conscience est en jeu, les -réflexions sont inutiles. C'était pour le prince une manière polie de -demander à l'aventurier le prix de ses scrupules. Pendant ce temps-là, -Charles VI négociait officiellement à Paris les conditions de -l'intervention française en Corse. Il est vrai que la politique de la -_Retirade_ était bien différente de celle qu'élaboraient les ministres. -Sans cela, les deux cabinets auraient pu se confondre. Soudain, Beaujeu -fut mis en prison, à l'instigation du duc de Lorraine, disait-on, et -sous le prétexte élastique d'affaire d'État. On saisit tous ses papiers -et on le condamna au secret le plus absolu[630]. - - [627] Lettres de Bastia des 8 et 18 mai 1737, communiquées par - Campredon: _Ibidem_.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. - 349-351, 354-355. - - [628] Campredon à Amelot, Gênes, le 16 mai 1737: _Ibidem_.--Abbé - Letteron, _Correspondance_, p. 352-353. - - [629] _Memoria di tutto cio che è stato fatto dal signor comte - Humberto di Beaujeu, ministro de' Corsi del anno 1736, sino al - presente 1744 in Corsica, Vienne, Francoforte, Londra, Amburgo, - Venezia, Constantinopoli e Tunis._ Filza Corsica 1744, 1/2122. - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - - [630] _Ibidem._ - -Beaujeu fut-il incarcéré pour avoir refusé de servir le gendre ou pour -avoir trompé le beau-père? Ce serait, dans ce cas, une victime de la -_Retirade_; mais il y a tout lieu de croire que si le moine défroqué fut -mis en lieu sûr c'est qu'il trahissait tout le monde. A la mort de -Charles VI, Marie-Thérèse le fit relâcher. Il n'eut plus alors qu'une -idée: se venger du duc de Lorraine. Il exerça contre lui, en Toscane, le -chantage le plus éhonté. Il alla ensuite proposer la Corse au Grand Turc -et au Bey de Tunis. Les flibustiers, surgis des bas-fonds à la suite de -l'équipée de Théodore, avaient la marotte de faire prendre le turban aux -Corses mécontents. En 1744, Beaujeu fut arrêté à Livourne à la requête -du gouvernement sarde. François de Lorraine, grand-duc de Toscane, qui -n'avait pas oublié ses entretiens dans la _Retirade_, fit faire le -silence autour du prisonnier. Il mourut chrétiennement en 1746 et fut -enterré avec le mystère dont on avait entouré sa détention[631]. - - [631] _La politique de la Retirade_, dans la _Revue d'histoire - diplomatique_, année 1898, nos 2 et 3. J'ai donné en détail, dans - cet article, le récit des complots de Beaujeu. J'ai cru devoir - les rappeler ici, car ils se rattachent intimement à l'histoire - de Théodore. - -Malgré son élévation au grand-duché, François, qui avait l'ambition -têtue, songeait toujours à la Corse. Seulement, dégoûté, pour le moment, -des clients interlopes de la _Retirade_, il confia ses projets à ses -lieutenants. Wachtendonck, commandant des troupes autrichiennes en -Toscane, dirigeait ces intrigues à Livourne. Le général avait été un -partisan fougueux de Gênes, dont il aimait passionnément les -sequins[632]. Il montrait un tel zèle pour la république qu'il signalait -l'insuffisance des espions génois à Livourne et qu'il menaçait -bruyamment les amis de Théodore de la prison; mais il avait changé -d'opinion. - - [632] Campredon à Amelot, Gênes, le 21 février 1737: - Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -En 1740, il réunissait des capitaines de navires anglais et les chefs -des corses rebelles en des conciliabules secrets et nocturnes. Les -conférences se tenaient au consulat britannique. Wachtendonck était un -homme imprudent et indiscret; il se donnait les allures d'un petit -maître allemand, «quoiqu'il ne fût plus en âge de l'être». A force de -conspirer chez le consul anglais, il était devenu l'amant de sa -femme[633]. Sous prétexte de rétablir sa santé, il partit pour Pise. -Dans ses équipages se trouvaient le consul d'Angleterre et sa femme. -«Cet article de bagage ne me surprend point», écrivait Maillebois; mais, -ce qui pouvait paraître au moins étrange, c'était une démarche que le -général et son ami avaient faite auprès des Corses rebelles bannis de -l'île par les Français pour les rassurer sur l'inquiétude que ce départ -leur causait. Ils leur déclarèrent, en outre, qu'ils auraient -satisfaction avant peu de temps[634]. - - [633] Maillebois au marquis de Mirepoix, le 14 avril 1740: - Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [634] Maillebois à Amelot, le 19 mai 1740: _Ibidem_. - -Pour que le général se compromît jusqu'à faire de pareilles promesses, -il fallait qu'il eût reçu des instructions formelles. François s'étant -débarrassé de Beaujeu, peut-être trop exigeant, se retournait vers -Théodore. On avait prétendu que le gouvernement génois, par l'entremise -de Viale, son représentant à Florence, aurait volontiers vendu la Corse -au grand-duc, mais l'état financier de celui-ci n'inspirait pas grande -confiance[635]. Plus tard, on parla de l'échange d'une partie de la -province de Massa, appartenant à la Toscane, contre la Corse[636]. Mais -François voulait avoir l'île pour rien, ou du moins, à bon marché. Il -pensait que ce serait moins coûteux de payer un Théodore, un Beaujeu et -quelques insulaires, que de négocier avec les Génois un achat ou un -échange. - - [635] Lorenzi à Amelot, Florence, le 21 février 1739: - Correspondance de Florence, vol. 90. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [636] Lorenzi à Amelot, Florence, les 14 mai et 18 juin 1740: - _Ibidem_, vol. 91. - -En 1740, on disait à Florence que quinze mille fusils destinés à -Théodore allaient arriver d'Allemagne. L'opinion que le grand-duc -soutenait le baron était si répandue que les Corses affluaient à -Livourne. Il en venait de tous les côtés et Lorenzi s'étonnait que la -police permît une telle agglomération de gens «accoutumés à toutes -sortes de crimes et sans aveu»[637]. Une lettre de Vienne affirmait que -Neuhoff insistait vivement auprès de François pour l'envoi de troupes -impériales en Corse. Il s'engageait, moyennant ce secours, à lui donner -l'île. Le duc avait chargé le baron d'obtenir l'appui de l'Angleterre, -mais celui-ci n'avait pas pu réussir dans ses démarches. Trois ans plus -tard, Théodore allait, avec la protection des Anglais, essayer de -reconquérir la Corse, en mettant de côté le duc de Lorraine engagé dans -la guerre de la succession d'Autriche. Pour l'instant, François -insistait auprès des ministres impériaux, qui lui étaient dévoués, afin -de décider l'Empereur à envoyer des soldats dans l'île. Il offrait même -de prendre à sa charge la plus grande partie des frais que cette -expédition occasionnerait. Il recommandait à Théodore d'entretenir, en -attendant, la confiance de ses partisans[638]. - - [637] Lorenzi à Amelot, Florence, le 9 juillet 1740: _Ibidem_, - vol. 92. - - [638] Copie d'une lettre de Vienne du 3 septembre 1740: - Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -La mort de Charles VI, survenue quelques semaines plus tard[639], fit -ajourner tous ces beaux projets. - - [639] Le 20 octobre 1740. - - - - -CHAPITRE VII - - Théodore à Cologne.--Entretien secret avec le Grand-Commandeur de - l'Ordre Teutonique.--Correspondance de Neuhoff avec son beau-frère - Gomé-Delagrange.--Le roi de Corse veut traiter avec le roi de - France.--Louis de Grœben. - - Théodore arrive en Méditerranée avec une escadre anglaise.--Horace - Mann.--_Le mystère._--Le _Vinces_ en Corse.--Neuhoff en vue de son - royaume.--Sa proclamation.--Il ne débarque pas.--L'affaire du - _Saint-Isidore_.--Protestation des Génois.--Réponse du gouvernement - anglais. - - Les entrevues secrètes de Mann avec Théodore.--Un diplomate - ennuyé.--La Cour de Turin.--Augustin Viale, résident génois en - Toscane.--Mariani.--Les inquisiteurs de Gênes.--Ils décident de - faire tuer Théodore.--Scrupules de Viale.--Ses propositions.--San - Cristofano.--La kabale de Pic de la Mirandole. - - -I - -Au mois de février 1740, Théodore arriva à Cologne. Son équipage -consistait en deux chaises de poste et des chevaux de relais. Il se -trouvait dans la première avec trois individus vêtus à la prussienne. Il -se fit conduire à l'hôtel de la commanderie de l'Ordre Teutonique, chez -son cousin, le baron de Drost. Sans descendre, il fit appeler le -secrétaire de son parent. Celui-ci s'étant approché de la portière, -Neuhoff dit ce seul mot: _Deuterum_ (?). Le secrétaire introduisit -aussitôt le roi de Corse dans les appartements du Grand-Commandeur. Il -était suivi par l'un des trois personnages qui l'accompagnaient. Cet -homme s'arrêta dans l'antichambre, tandis que Théodore entretenait son -cousin en secret. La conversation terminée, Neuhoff regagna sa chaise -avec mystère. Puis, les deux voitures disparurent sans qu'on ait pu -découvrir où elles se rendaient. La seconde chaise était hermétiquement -close; on ne sut si elle contenait des voyageurs ou simplement des -bagages. - -Le Grand-Commandeur, une religieuse de la famille Drost, un ami -d'enfance, le baron Slein, furent les seules personnes que vit Théodore -pendant son séjour à Cologne. Il écrivit et reçut beaucoup de lettres. -Il était bien muni d'argent et entra en pourparlers avec un entrepreneur -pour la confection de mille uniformes de soldats. Il affirmait que sa -royauté avait un caractère aussi ineffaçable que la prêtrise. - -Il ne resta que trois semaines à Cologne. Il en partit, le 29 février, -dans un fiacre de louage, accompagné par un seul domestique. Il déclara -qu'il se rendait à Dantzig pour y négocier un embarquement. On apprit -qu'il avait passé par Hanovre, se rendant à Copenhague[640]. - - [640] Extrait d'une lettre de Cologne du mois d'avril 1740. - Communiqué le 21 mai par le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de - France à Rome: Correspondance de Cologne, vol. 73. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -Après sa visite à Cologne, Théodore resta caché. On perd sa trace -pendant quelques mois. Il se recueillait sans doute. - -L'exploitation commerciale de sa couronne ne lui avait donné que de -maigres bénéfices. Si les traitants hollandais s'étaient laissés duper, -il ne leur avait pas, à vrai dire, extorqué autant d'argent qu'il l'eût -désiré. Il lui fallait maintenant essayer autre chose. Il allait tenter -de l'escroquerie politique. Il espérait peut-être réussir à tromper plus -facilement des hommes d'État que des juifs. - -D'abord, il désirait traiter avec la France. Il s'était adressé dans ce -but à son beau-frère, Gomé-Delagrange, conseiller au Parlement de -Metz[641]. Il lui avait envoyé plusieurs lettres qui ne parvinrent pas à -destination. Il insista et écrivit le 1er octobre 1740, afin de savoir -au juste quelles étaient les intentions de la France au sujet des -Corses. Il faisait appel à son bon cœur pour avoir une prompte réponse. -Il ne pouvait croire encore que Louis XV voulût favoriser les Génois et -opprimer des innocents. Ses ennemis étaient sans cesse à ses trousses. -Tout leur jeu, disait-il, «est de me faire enlever mes lettres et -d'envoyer des espions de papier contre moi». Puis, venaient les -éternelles protestations et les mêmes promesses pour les siens[642]. -Delagrange reçut la lettre, cette fois, mais il répondit à son -beau-frère qu'il ne lui convenait pas de se mêler de ses affaires. - - [641] Théodore à Gomé-Delagrange, le 1er octobre 1740: - Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [642] Gomé-Delagrange avait épousé la demi-sœur de Théodore, née - du second mariage de la mère de celui-ci avec M. Marneau. - -Cette réponse ne plut pas au roi. Il témoigna à son beau-frère la -surprise qu'elle lui causait: «comme, écrivait-il, s'il était très -délicat de se mêler de mes affaires, terme que je ne m'attendais de -personne, encore moins de vous, mes actions étant applaudies et -respectées même de l'ennemi.» Il demandait à son parent d'être son -intermédiaire auprès de la cour de France. Son rôle n'était pas achevé -et il se trouvait en mesure, plus que jamais, de refaire ce qu'il avait -fait. «Sa chère famille» acquerrait donc gloire et mérite en entrant -dans ses combinaisons. D'ailleurs, aucune puissance ne pouvait -intervenir en Corse en dehors de lui. Outre son élection qui était -«réelle et juste», il possédait légitimement presque toutes les terres -au sud de l'île: c'étaient les fiefs donnés à ses ancêtres en «ligne -droite aînée». Ces fiefs étaient déjà, en 931, entre les mains d'un -Neuhoff, dernier vice-roi de Corse. La sépulture de ce personnage se -voyait encore à Aléria. «J'ai fait caver et sous-terrer l'endroit, -disait Théodore, et trouvé et le dépôt du corps et l'inscription de son -nom, Neuhoff, avec nos propres armes[643].» Mais il ajoutait bien vite: -«Enfin le détail en serait trop long.» Puis, il revenait sur sa -royauté; elle était et resterait intangible. On n'avait qu'à respecter -ses faits et gestes. Il ne se départirait jamais de ces sentiments. -Mais, comme ses fidèles sujets ne voulaient, en aucune manière, rentrer -sous la domination génoise, si le roi très chrétien, en intervenant dans -l'île, avait une autre intention, il devait s'expliquer avec lui. Il -donnerait son concours à Louis XV, car il n'avait qu'un but: maintenir -ses prérogatives et assurer le bonheur des Corses. Son beau-frère devait -donc obtenir, à Versailles, des éclaircissements précis et définitifs. -L'heure était venue où chacun voulait «pêcher dans l'eau trouble». Et, -après tout ce qu'il avait fait, pouvait-on le croire réduit à -l'impuissance? Il faudrait qu'on ignorât le sincère et inaltérable -attachement des Corses à son égard. Certes, il avait été trahi, même par -les siens. Son cousin germain, Jean-Frédéric de Neuhoff, s'était attiré -le mépris universel en quittant la Corse. Il ne lui pardonnait pas cette -conduite lâche[644]. Son neveu, Jean-Frédéric de Neuhoff, seigneur de -Rauschenbourg, «une belle baronnie sur la Lippe en Westphalie», avait -bien tenté une action sérieuse dans l'île, mais il était parti -aussi[645]. Théodore, pour l'instant, mettait toutes ses espérances sur -le frère de ce dernier, un jeune homme très résolu. Quant à celui qu'on -appelait Drost dans les gazettes, il n'appartenait pas à sa famille et -avait usurpé ce nom. C'était un traître et un espion soudoyé par les -Génois. Le baron comptait partir au plus tôt afin de saisir la première -occasion favorable de débarquer en Corse et aussi pour mettre sa -personne en sûreté. Gênes avait lancé à ses trousses plusieurs assassins -gagés. A sept reprises, il avait reçu du poison ou essuyé des coups de -feu. Les gens de l'ambassadeur de France, à Venise, s'étaient laissés -suborner jusqu'à tirer sur lui[646]. Au mois de juillet, en Holstein, -ceux qui le poursuivaient avaient payé leurs attentats «avec la corde au -gibet. Voilà la guerre que Gênes sait mener.» Mais la Providence le -protégeait et il s'en remettait à la justice divine pour châtier les -coupables comme ils le méritaient. Têtu jusqu'à la folie, il insistait -encore pour que son beau-frère lui fît connaître les intentions -formelles de la France. «Soyez assuré que je donnerai les mains à tout, -si ma réputation et le bien de mes peuples fidèles ne sont lésés, -surtout qu'il ne s'agit de Gênes.» Puis, après ses salutations -affectueuses, il s'excusait en post-scriptum--précaution nécessaire--sur -son «mal écrire». Il avait chaque jour un nombre extraordinaire de -lettres à expédier; toutes les affaires lui passaient par les mains et -il n'était pas très familiarisé avec le style français[647]. - - [643] Il n'est pas besoin de faire ressortir l'invraisemblance de - cette ascendance. C'était un grossier mensonge destiné à éblouir - ceux qu'il voulait duper. Au dixième siècle, la Corse était, - d'après les vieux chroniqueurs, sous la domination des comtes de - la famille Colonna. Ils descendaient d'Ugo qui avait chassé les - Sarrazins. Pendant quatre-vingts ans environ ils se succédèrent - de père en fils. Ce furent Bianco, Orlando, Ridolfo et Guido dont - le fils Arrigo, surnommé Bel Messere à cause de sa beauté, mourut - assassiné en l'an 1000 avec tous ses fils. L'épopée du Bel - Messere est restée légendaire en Corse: _Chronique de Giovanni - della Grossa_: _Op. cit._, p. 117 à 122. - - [644] Ce Jean-Frédéric de Neuhoff était celui qui faisait partie - de l'expédition de 1738 et qui se trouvait parmi les malheureux - abandonnés par Théodore et rapatriés par les Français. - - [645] Cet autre Neuhoff était celui qui avait abordé en Corse en - 1739 et avait essayé d'organiser une résistance énergique dans - l'intérieur de l'île contre les Français. J'ai raconté - précédemment son équipée qui ne manquait pas de grandeur (voir - chapitre V). - - [646] Dans son numéro du mois de mars 1740 _le Mercure historique - et politique de Hollande_ portait que Théodore avait été vu à - Venise. - - [647] Théodore de Neuhoff à Gomé-Delagrange, le 11 décembre 1740: - Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Comme d'habitude, Théodore ne mit pas - l'endroit d'où il écrivait. - -Au lieu d'entamer des négociations à Versailles, Gomé-Delagrange envoya -les lettres de son beau-frère à Amelot. Il manda au ministre qu'il avait -déclaré au baron de Neuhoff qu'il ne voulait pas intervenir dans ses -affaires. Mais Théodore insistait pour qu'il entrât en pourparlers avec -la cour et il jugeait cette proposition si ridicule qu'il se faisait un -devoir de transmettre au gouvernement ces épîtres. Il comptait ne pas y -répondre à moins que le ministre ne lui donnât l'ordre contraire[648]. - - [648] Gomé-Delagrange à Amelot, Thionville, le 14 janvier 1741: - _Ibidem_. - -Amelot remercia Gomé-Delagrange et lui dit qu'il avait lu les lettres au -cardinal Fleury. Son Éminence savait gré de l'attention; elle jugeait -qu'il ne fallait faire aucun cas de ces écrits et qu'il convenait de les -laisser sans réponse[649]. - - [649] Amelot à Gomé-Delagrange, 24 janvier 1741: _Ibidem_. - -Amelot avait retourné les lettres au conseiller. Quelques jours plus -tard il les lui redemanda ayant, disait-il, «quelques raisons de les -voir encore[650]». - - [650] Amelot à Gomé-Delagrange, 10 février 1741: Correspondance - de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Le beau-frère de Théodore renvoya les papiers[651]. Cette fois, ils -restèrent définitivement entre les mains du ministre. Gomé-Delagrange -n'entendit plus parler de son royal parent. - - [651] Gomé-Delagrange à Amelot, Lunéville, le 23 février 1741: - _Ibidem_. - -Louis de Grœben, ce capitaine prussien qui avait fidèlement suivi -Frédéric dans son équipée à travers les montagnes de l'île, était à -Livourne au mois de septembre 1741. Les Génois le surveillaient et leur -consul, Gavi, un corse, homme capable de tout pour son intérêt[652], -intercepta deux de ses lettres. La première était écrite à Bigani, qui, -à force de conspirer avec Théodore et de le trahir, avait obtenu un -poste important du roi des Deux-Siciles[653]. Le capitaine, désirant -faire tenir une missive au baron, s'était adressé à Grœben par -l'intermédiaire d'un certain Giordani. Grœben mandait qu'il l'avait -transmise au roi qui se trouvait alors à Sienne, mais Sa Majesté ne se -hâtait pas de répondre. «Vous le connaissez, écrivait le prussien, qu'il -est paresseux pour écrire.» Puis, il félicitait son correspondant sur -son avancement. Il regrettait de ne pouvoir aller visiter Mlle Bigani au -couvent, les règles monastiques s'y opposant. Il s'occupait de lever des -compagnies corses qui étaient à peu près complètes. Les insulaires, -voyant partir les troupes françaises, se soulevaient; avant six mois la -rébellion serait générale[654]. - - [652] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - - [653] Cette lettre de Grœben est adressée à «Monsieur le - capitaine Bigani, consul général de la Levante et Barbarie pour - le service de Sa Majesté le Roy de Naples et Sicile». - - [654] Grœben à Bigani, Livourne, le 18 septembre 1741. - Communiquée par Gavi avec sa lettre du 18 octobre: _Ribellione - de' Corsi_, filza 14-3012. Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -La seconde lettre de Grœben était pour Mme Françoise-Constance Fonseca, -qui continuait, après sa sœur, la correspondance avec les partisans de -Théodore. Il suppliait la religieuse de dire à «son ami» que le moment -était favorable pour agir énergiquement. S'il laissait fuir l'occasion, -il ne la retrouverait plus. Il fallait mener cette action de fait et non -par écrit ou en paroles. S'il tardait à paraître dans l'île avec des -secours, un autre prendrait sa place; il devrait renoncer à la couronne -à tout jamais. - -Les insulaires avaient fait une grande perte dans la personne de -Wachtendonck, qui, hélas! était mort[655]. - - [655] Louis de Grœben à la sœur Françoise-Constance Fonseca, - Livourne, le 18 septembre 1741, communiquée par Gavi avec sa - lettre du 18 octobre: _loc. cit._ - -Théodore ne se pressait pas. Il mûrissait ses projets avec une sage -lenteur. L'Europe était alors engagée dans la guerre de la succession -d'Autriche. La Corse disparaissait au milieu de la conflagration -générale, mais il pouvait espérer faire quelque fructueuse entreprise à -la faveur de ces conflits. Vers la fin de 1742, il se trouvait à -Londres, se préparant à frapper un coup qu'il jugeait décisif. Il y -avait plus d'un an qu'on n'entendait plus parler de lui, lorsque -soudain, au mois de janvier 1743, il apparut dans la Méditerranée sur un -navire de Sa Majesté britannique, _Le Revenger_, capitaine Barckley. - - -II - -Parti d'Angleterre au mois de novembre 1742, _Le Revenger_ arriva à -Livourne le 7 janvier 1743 après avoir touché à Lisbonne et à -Villefranche[656]. Le général Breitwitz, commandant des troupes -autrichiennes en Toscane, alla voir Théodore à bord du _Revenger_ avec -Richecourt, vice-président du Conseil de Régence, et Goldworthy, consul -d'Angleterre à Livourne. Un manifeste, que l'ancien roi devait lancer -aux Corses, fut préparé dans cette conférence. - - [656] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 187. - - J'ai publié dans la _Revue d'histoire diplomatique_ toute cette - partie qui a trait à l'arrivée de Théodore sur _Le Revenger_, - ainsi que le récit des épisodes qui suivirent. Je retranche ici - quelques lignes qui servaient de préambule nécessaire et j'ai - ajouté des détails nouveaux. - -Horace Mann, ministre de George II à Florence, déclara qu'il était -totalement étranger à cette affaire. Cette déclaration n'avait pas -seulement un caractère diplomatique; chose qui peut sembler étrange, -elle était l'expression de la vérité. - -Goldworthy s'était excusé auprès de son chef hiérarchique de lui avoir -caché l'arrivée de Théodore dans les eaux toscanes. Pour justifier sa -conduite, le consul alléguait que son intention était de mettre Mann au -courant, mais que le capitaine Barckley s'y était refusé en disant que -cela ne concordait pas avec ses instructions. D'ailleurs, le commandant -en chef des forces anglaises dans la Méditerranée, l'amiral Matthews, ne -connut l'affaire que par Théodore. - -Il y avait là une compromission que le ministère anglais n'osait pas -avouer[657]. - - [657] Lorenzi à Amelot, Florence, le 9 février 1743: - Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Horace Mann représentait l'Angleterre depuis 1740 à la cour du grand-duc -de Toscane. Il avait succédé à Fane, un vieux fonctionnaire très -correct, qui poussait le respect du protocole jusqu'à la dévotion. Ne -s'était-il pas alité pendant six semaines, en proie à une véritable -maladie, parce que le duc de Newcastle, lui écrivant, avait terminé sa -lettre par les mots _Yours humble servant_, au lieu de _Yours very -humble servant_, dont il se servait d'habitude! - -Mann était un esprit délicat, fin, lettré, diplomate à l'excès. Un -pointe d'humour relevait chez lui les qualités d'analyse et -d'observation. Son style caustique, mais avec bonhomie, trahit le -pessimisme aimable du XVIIIe siècle. - -Pendant quarante-six ans, il demeura à Florence, menant dans la _casa -Manetti_, près du pont _della Trinità_[658], l'existence d'un patricien -florentin tout en restant un gentleman anglais. Il était intimement lié -avec Horace Walpole, ce grand seigneur sceptique, dont la froide ironie -aimait à disséquer tous les ridicules. - - [658] De ses fenêtres, écrit le poète Gray, qui fut son hôte, - nous pouvons pêcher dans l'Arno. - -Horace Walpole était venu à Florence où il avait connu Mann en 1741. -Après son départ, une correspondance régulière s'établit entre eux. Elle -dura quarante-six ans, jusqu'à la mort du diplomate. Les deux amis ne se -revirent pourtant jamais. «Il n'y a pas d'exemple pareil dans l'histoire -de la poste», disait Walpole. - -Lorsque _Le Revenger_ arriva à Livourne, au mois de janvier 1743, avec -le mystère que l'on sait, le ministre anglais se posa cette question: -Quel est le personnage qui se trouve incognito à bord? Les noms les plus -fantaisistes circulaient. Était-ce le roi de Sardaigne, l'amiral -Matthews, Théodore de Neuhoff, ou bien..... Robert Walpole, le père -d'Horace[659]? On ne tarda pas à savoir que ceux qui mettaient en avant -le nom de Théodore avaient seuls raison. Du reste, le secret était -largement divulgué. Goldworthy en avait fait la confidence à tout le -monde, sauf à Mann, son chef. - - [659] _Mann and Manners at the court of Florence 1740-1786_, par - le Dr Doran F. S. A., Londres, 1876. - -Cette incorrection du consul fit la joie de Walpole et, à son tour, il -confia à son ami, sous le sceau du secret, que le mystérieux passager du -_Revenger_ n'était pas sir Robert Walpole[660]. - - [660] Horace Walpole à Mann, 13 février 1743: _The letters of - Horace Walpole_, 9 vol. in-8º, London, 1891. - -Mann avait surtout pour mission de surveiller, en Italie et -principalement en Toscane, les menées du prétendant Stuart. Néanmoins, -pour sa gouverne, il eût désiré connaître les idées du ministère anglais -au sujet de Théodore. - -Dans toutes ses lettres à Horace Walpole, il lui parle du _mystère_. Le -_mystère_ ou bien le _fantôme_ (the ghost), tels sont les noms de -convention dont il affuble le prétendant au trône de Corse, tandis que -l'amiral Matthews ne cessera d'être _Il furibondo_. C'est d'ailleurs le -sobriquet que lui avait fait donner, en Italie, son caractère borné et -irascible. - -Mann envoya à son ami le manifeste de Neuhoff, dont quelques exemplaires -circulaient dans Florence. «Je vous remercie de la déclaration du roi -Théodore», répondit Walpole, «je lui souhaite succès de tout mon cœur. -Je déteste les Génois; ils ont fait d'une république la plus diabolique -de toutes les tyrannies[661].» - - [661] Horace Walpole à Mann, 13 février 1743: _op. cit._ - -Mais, pendant cet échange de lettres, les événements avaient marché. -Après s'être concerté avec Goldworthy et les représentants du grand-duc, -Théodore se disposa à regagner son royaume. Dans la nuit du 18 janvier, -un vaisseau anglais, _Le Vinces_, portant cinquante canons, était parti -pour la Corse emmenant le secrétaire du roi. Cet individu devait -préparer le retour de Sa Majesté dans ses États; il portait des lettres -à plusieurs chefs[662]. - - [662] Les lettres de Théodore étaient adressées à Thomas Giulani, - à Paul-Marie Paoli, à Ambroise Quilici de Speluncato, au prêtre - Croce de Lavatoggio, à Gafforio de Corte, à Ciabaldini d'Orezza - et à Zerbino du Niolo. - -_Le Vinces_ apparut au large de l'Île Rousse le 19, vers le soir. Après -avoir salué la tour, le capitaine envoya les papiers et convoqua les -chefs de la Balagne. - -Théodore accordait une amnistie générale pour les offenses qui lui avait -été faites pendant son règne, et il annonçait son retour en Balagne pour -le 26 janvier. Quelques habitants de Monticello montèrent à bord pour -avoir des fusils et des balles. Après cette distribution, un officier -débarqua. Bel homme, une barbe naissante au menton, vêtu à l'anglaise, -il parlait latin pour se faire comprendre. Il déclara aux Corses que les -événements les plus heureux pour eux allaient arriver. Il leur demanda -s'ils étaient toujours en révolte ou bien s'ils reconnaissaient la -domination génoise. Dans le premier cas, étaient-ils disposés à recevoir -leur roi? Selon leur réponse, celui-ci viendrait bientôt pour les -secourir avec des armes et des munitions. Les insulaires, gens peu -spéculatifs, n'avaient pas grande confiance; néanmoins, ils dirent -qu'ils accueilleraient volontiers Théodore et ils prièrent l'officier de -lui faire connaître leurs bonnes dispositions. Les lettres royales -furent expédiées dans la montagne avec quelques fusils et il fut décidé -qu'une assemblée se tiendrait le dimanche suivant afin de délibérer sur -ces choses. Ayant reçu les déclarations des chefs, le bâtiment mit à la -voile pour Livourne. L'officier anglais resta à terre[663]. - - [663] Ozero, vice-consul de France à Calvi, à Jonville, Calvi, le - 21 janvier 1743.--Extrait de quelques lettres du consul de Gênes - à Livourne, communiqué par Lorenzi: Correspondance de Gênes, vol. - 112. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Théodore n'avait pas débarqué à Livourne; de la ville, on pouvait le -voir se promener sur le pont du _Revenger_. Des Corses, excités par cet -événement, accouraient pour se mettre à la disposition de leur roi. -Parmi les plus enragés, se trouvaient le prévôt de Zicavo et le frère du -prêtre Croce. On recommandait à tous les insulaires de se tenir prêts à -embarquer sur le bâtiment anglais. Gavi, le consul de Gênes, très -alarmé, avait fait armer un bateau pour aller, au premier signe, à -Bastia, informer le gouverneur. Les négociants anglais affirmaient que -Théodore n'attendait que le retour du _Vinces_ pour mettre à la voile. -Le 30 janvier, à onze heures du soir, Gavi fit partir sa felouque, car -il venait d'apprendre que les Corses s'étaient embarqués avec leurs -bagages[664]. _Le Revenger_, portant soixante-dix canons, et _Le -Salisbury_, armé de cinquante pièces, avaient, en effet, mis à la voile -dans la nuit du 29 au 30 janvier. Plusieurs autres vaisseaux de guerre -anglais se trouvaient déjà dans les eaux corses. La flotte comprenait -ainsi dix ou douze unités[665]. Le roi Théodore rentrait en grande pompe -dans son royaume sous le couvert du pavillon britannique; on prétendait -qu'il avait les poches bien garnies, ayant reçu vingt mille livres -sterling à Londres[666], chose qui n'aurait pas nui à son prestige. On -disait aussi que Michel Jabach, chez qui avaient été consignés dix-huit -canons de fer fin faisant partie de la cargaison du _Yong-Rombout_ après -la tentative avortée de 1738, avait reçu de Hollande l'ordre de tenir -ces pièces à la disposition de Neuhoff. Le prince d'Orange avait -approuvé tout cela. Mais les négociants hollandais, n'oubliant jamais -leurs intérêts, avaient stipulé que les canons devaient être remis au -roi en échange d'huiles, pour une valeur équivalente[667]. - - [664] Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le 30 janvier 1743: - _Ribellione de' Corsi_, filza 14/3012. Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - - [665] Jonville à Amelot, Gênes, le 13 février 1743: - Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [666] Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le 6 février 1743: - _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - - [667] Lorenzi à Amelot, Florence, le 16 février 1743: - Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères.--Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le - 13 février 1743: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -La flotte portant Théodore parut devant l'Île Rousse le 1er février. Le -peuple se rassembla sur la plage pour avoir, comme toujours, des fusils -et des balles. Une chaloupe aborda et débarqua un baril de poudre et -quelques boulets. Puis, deux officiers descendirent à terre et -rejoignirent leur camarade, qui était resté après le départ du _Vinces_. -Les trois officiers dirent alors que si les Corses étaient toujours -animés de bonnes intentions, les principaux devaient se rendre sur _Le -Revenger_ pour rendre hommage au roi. Les chefs vinrent aussitôt -complimenter Théodore; et cette cérémonie terminée, ils regagnèrent la -terre. Après leur départ, la flotte mit à la voile, car le souverain -voulait faire le tour de l'île pour s'assurer des dispositions des -peuples. Les Anglais déclarèrent aux chefs, un peu ahuris par ce départ -si prompt, que Théodore, après cette tournée, débarquerait avec des -hommes, des armes et des munitions. Aidé par l'Angleterre et les -puissances alliées, il ferait le bonheur de ses sujets[668]. - - [668] Extrait de quelques lettres du consul de Gênes à Livourne. - Communiqué par Lorenzi: Correspondance de Gênes, vol. 112. - -Pour appuyer ces déclarations, Neuhoff, avant son départ, lança son édit -préparé d'avance à Livourne après entente avec le consul anglais et les -autorités grand-ducales. Cette proclamation était datée de Santa -Reparata de Balagne, le 30 janvier 1743, la septième année de son règne. -Il comptait--nous l'avons vu--arriver dans les eaux corses avant cette -date. Cet écrit fort long, mais d'un style noble, débutait par une -action de grâces envers la Providence. Malgré les monstrueuses infamies -et les noirs complots de ses ennemis les Génois, malgré aussi les -procédés iniques et diaboliques des chefs corses, il avait réussi à -rentrer dans son royaume avec les secours nécessaires. Il était persuadé -que les insulaires avaient ouvert les yeux, et, plein de confiance dans -ses sujets, qui jadis lui avaient juré fidélité, il venait à eux. -Voulant donner une preuve de sa souveraine et paternelle clémence, il -accordait le pardon pour tous les attentats commis contre sa personne -royale, contre ses droits et contre le bien public du royaume. -Cependant, il excluait de cette amnistie les infâmes sicaires qui -avaient assassiné le très affectionné général, comte Simon Fabiani, dont -la mémoire était bénie, et les parjures, félons et traîtres: Hyacinthe -Paoli, le chanoine Érasme Orticoni et le prêtre Grégoire Salvini. Ces -hommes étaient non seulement à jamais bannis de l'île, mais leurs biens -étaient confisqués au profit des veuves et des orphelins laissés par les -sujets fidèles, morts en défendant les droits du roi et de la patrie. -Théodore vouait le nom de ces bandits à l'exécration de la postérité et, -s'ils osaient remettre les pieds en Corse, la mort la plus ignominieuse -qu'on pourrait inventer leur était réservée. Tous ceux qui protégeraient -les susdits bandits seraient également punis de mort. Les Corses qui, en -Italie, servaient Naples et l'Espagne devaient rentrer sous son -obéissance dans le délai de six semaines, ceux qui se trouvaient en -France et en Espagne dans celui de trois mois, sous peine de voir leurs -biens confisqués, toujours au profit des veuves et des orphelins. Par -contre, il ordonnait aux insulaires attachés au duc de Lorraine, -grand-duc de Toscane, de continuer à témoigner à S. A. R. leur zèle et -leur dévouement, car il entendait donner aide et assistance, dans la -plus grande mesure, à la reine de Hongrie et de Bohême[669] pour la -défense des États qu'elle tenait de son auguste père, l'Empereur. Les -Corses attachés au Souverain Pontife et à la république de Venise, -avaient, les premiers, un mois, et les seconds trois mois pour faire -leur soumission. Quant à ses sujets qui n'avaient pas craint d'embrasser -l'indigne parti de Gênes, un jour de rémission était accordé à ceux qui -se trouvaient dans les places injustement détenues par l'ennemi, et huit -jours à ceux qui séjournaient sur le territoire de la république. Il -promettait pleine et entière amnistie à tous les égarés qui rentreraient -dans le royaume pour concourir à la défense de la patrie. Il les -emploierait selon leurs capacités. Il espérait que cet appel à l'union -ne serait pas vain et que tous viendraient se ranger sous son étendard. -Il ordonnait enfin que cet édit, écrit de sa propre main, muni du sceau -royal, fût lu et affiché dans tout le royaume[670]. - - [669] Marie-Thérèse. - - [670] Cet édit se trouve aux archives d'État de Turin: _Materie - politiche, Negoziazione colla Corsica_, mazzo no 2.--Gavi le - transmit au Sérénissime Collège le 13 février 1743: _loc. - cit._--Lorenzi et Jonville en adressèrent également des copies au - gouvernement français, les 2, 13 et 16 février: Correspondance de - Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Cette proclamation, qui avait été, disait-on, imprimée à Pise, par les -soins du docteur Sauveur Olmetta, fut répandue non seulement en Corse -mais aussi en Italie. On le vendait dans les rues de Livourne[671]. - - [671] Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le 13 février 1743: - _loc. cit._ - -Après avoir reçu l'hommage des chefs sur _Le Revenger_, Théodore quitta -ce navire et prit passage sur _Le Folkestone_, capitaine Balchen. Les -bâtiments se séparèrent. L'un d'eux se rendit à Ajaccio, un autre, celui -sur lequel se trouvait le roi, sans doute, déposa quelques munitions à -Campo-Moro. Sa Majesté, du reste, ne mit jamais le pied à terre[672]. -Elle demeura prudemment à bord. C'était ce qu'Elle appelait rentrer dans -ses États. D'ailleurs, Théodore faisait toujours les plus belles -promesses. Il attendait sept vaisseaux anglais et hollandais portant un -chargement complet d'armes et de provisions. Deux de ces navires étaient -déjà arrivés à Port-Mahon et il débarquerait aussitôt qu'il aurait -rassemblé sa flotte[673]. - - [672] Extrait de quelques lettres du consul de Gênes à Livourne à - M. Viale, communiqué par Lorenzi le 23 février: Correspondance de - Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des affaires étrangères. - - [673] _Ibidem._ - -Le 10 février, _Le Folkestone_ revint à l'Île Rousse avec Théodore et -les chefs balanais. Ceux-ci allèrent à terre avec tout un arsenal: -fusils, sabres, pistolets, cartouches, balles et poudre. Quelques -déserteurs allemands, qui se trouvaient en Balagne, furent enrôlés et -embarqués. Vingt-deux français se présentèrent aussi, mais le roi les -refusa parce qu'ils étaient catholiques, lui, qui entendait plusieurs -messes par jour! Pour le moment, il s'agissait de plaire aux anglais -protestants. Quelques bateaux chargés d'huile furent capturés et -renvoyés à vide avec leurs équipages. Puis, Théodore profita de ce qu'il -était en sûreté pour accomplir un acte énergique. Il écrivit au -capitaine Bertelli, commandant la tour et le fortin de l'Île Rousse, -pour le prier de décamper[674]. - - [674] Ozero, vice-consul de France à Calvi, à Jonville, le 13 - février 1743: Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - - - «Monsieur, - -«Au reçu de la présente, Votre Seigneurie évacuera la tour et le fortin -de l'Île Rousse, et enverra à cet effet deux otages à Monticello. Je -promets sur ma parole que Votre Seigneurie, ses officiers et ses soldats -auront la liberté de se retirer avec leurs armes et baïonnettes, qu'ils -ne seront pas molestés et qu'ils pourront s'embarquer pour le continent -avec leurs bagages. Si vous voulez attendre l'attaque, sachez qu'il ne -sera fait aucun quartier. - -«Quant aux officiers et soldats qui voudraient rester à notre service, -nous les accueillerons et nous leur donnerons même de -l'avancement.....[675]» - - [675] Traduction de la lettre écrite par Théodore au capitaine - Bertelli, commandant de l'Île Rousse, le 10 février, filza - 41/2050, _Corsica_, 1743. Archives d'État de Gênes, archives - secrètes. - -Le commissaire génois, affolé devant cette sommation, ordonna aussitôt -au capitaine de se retirer. Le brave commandant ne se le fit pas dire -deux fois; il se hâta de déguerpir avec armes, bagages et provisions. -Cette retraite stupéfiante donna à penser que Théodore pouvait bien être -de connivence avec la république. Il est certain que le roi et les -Génois étaient parfaitement d'accord pour fuir les uns devant les -autres. Mais Neuhoff se vanta, après cela, de prendre Calvi sans coup -férir, pour en faire la base de sa domination. Néanmoins, son ardeur -belliqueuse en resta là. Voyant, dès le 11, que le gros de la flotte ne -l'avait pas suivi, il fit mettre à la voile pendant la nuit[676]. - - [676] Ozero à Jonville, le 13 février 1743: _loc. cit._ - -Le 14 février, _Le Folkestone_ parut devant Livourne. Le capitaine -Balchen envoya aussitôt une lettre de Théodore à Breitwitz pour demander -des secours. En attendant les ordres du grand-duc, le navire retourna -dans les eaux corses portant toujours le roi[677], qui aimait fort à -admirer son royaume en se promenant sur le pont d'un vaisseau. _Le -Folkestone_ s'en vint à Ajaccio où les navires anglais se préparaient à -commettre un attentat, que seule leur supériorité numérique justifiait. -Il s'agissait de détruire un bâtiment de guerre espagnol, _Le -Saint-Isidore_. Cet attentat fut prémédité. Dès le 6 février, Gavi, le -consul génois à Livourne, signalait à son gouvernement l'intention des -Anglais[678]. Le 10, lorsque _Le Folkestone_ se trouvait devant l'Île -Rousse, parmi toutes les vantardises destinées à séduire les insulaires, -Théodore avait lancé celle de brûler le navire espagnol[679]. Par -extraordinaire, les dires de Sa Majesté reçurent confirmation. Il est -vrai qu'il s'agissait d'une vilaine action à commettre. - - [677] Lorenzi à Amelot, Florence, le 16 février 1743: - Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [678] Gavi au Sérénissime Collège, Calvi, le 6 février 1743: - _loc. cit._ - - [679] Ozero à Jonville, Calvi, le 13 février 1743: _loc. cit._ - -Le 28 février, l'escadre anglaise se trouvait à dix milles d'Ajaccio. -Une chaloupe se détacha et amena à terre le secrétaire de Neuhoff qui, -sur-le-champ, alla conférer avec le gouverneur. Ce dernier autorisa -l'individu à reconnaître le camp et les magasins de marine que les -Espagnols possédaient à terre. Il fournit même deux officiers de la -garnison, les frères Giannetti, pour faciliter cette reconnaissance. -Quand elle fut achevée, la chaloupe rejoignit la flotte. - -Dans la nuit du 1er au 2 mars, les bâtiments anglais s'approchèrent de -terre. Il y avait deux navires de haut bord et une frégate de quarante -canons. Le lendemain matin, un vaisseau de ligne se joignit aux autres, -tandis que _Le Folkestone_, avec le roi, se tenait au large. L'escadre, -avançant toujours, arriva à une portée de fusil du _Saint-Isidore_. Une -chaloupe avec un officier accosta le navire espagnol et somma le -commandant, le chevalier de Lage, de se rendre sans tarder, sinon il ne -serait fait aucun quartier ni à lui, ni à son équipage. Le chevalier -répondit qu'on ne faisait pas une pareille proposition à un homme comme -lui; il connaissait son devoir. Capitaine d'un vaisseau de Sa Majesté -catholique, il saurait se défendre. Les Anglais pouvaient faire ce -qu'ils voulaient: il ne se rendrait pas. Aussitôt que l'embarcation du -parlementaire se fut éloignée, de Lage fit donner toute son artillerie -contre les navires ennemis. Celui qui portait le commandant de l'escadre -fut très maltraité. Il perdit un mât et reçut une large blessure dans le -flanc avec huit pieds d'eau dans la cale; il lui fut désormais -impossible de manœuvrer. Le chevalier, voyant le bon effet de son tir, -s'apprêtait à le renouveler lorsqu'il s'aperçut que la flotte anglaise -l'entourait, s'apprêtant à cribler son navire. Il courait le danger de -sacrifier son équipage et de voir les ennemis capturer son bâtiment. Il -fit faire une nouvelle décharge et ordonna à ses hommes de quitter le -bord. Les matelots et lui-même se sauvèrent à la nage, après avoir mis -le feu au _Saint-Isidore_, qui fut bientôt tout en flammes. Trente -marins se noyèrent; cinq autres furent tués par le canon. Le gouverneur -refusa au chevalier et à ses hommes, un asile dans la place. De Lage se -retira, pendant la nuit, dans la montagne. Les Anglais ne purent prendre -qu'une épave fumante. A l'abri des coups, Théodore, sur _Le Folkestone_, -assistait à cette glorieuse équipée[680]. - - [680] _Relation de ce qui s'est passé à Ajaccio, le 2 mars 1743 - entre le vaisseau de guerre espagnol_ Le Saint-Isidore _et les - vaisseaux de guerre anglais_. Cette relation a été faite par le - consul d'Espagne, à Livourne, sur la déposition des matelots du - vaisseau espagnol et traduit de l'espagnol, Livourne, ce 21 mars - 1743: Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du Ministère - des affaires étrangères. - -Pendant ce temps, les chefs de la Balagne consultaient leurs docteurs en -théologie pour savoir si l'on devait recevoir le roi. Comme les -théologiens corses étaient les plus exaltés parmi les rebelles, on -pensait que leur avis serait favorable à Théodore[681]. Mais celui-ci -préférait exercer son autorité royale à distance; il ne débarqua pas. Il -est vrai que l'enthousiasme de certains n'était pas partagé par les -populations. Il y avait en Corse un parti très important pour l'infant -Don Philippe d'Espagne, et le fait d'arriver sous le couvert du -pavillon anglais ne pouvait pas rendre la popularité au roi, surtout -pour la question de religion[682]. Vers le milieu de mars, _Le -Folkestone_ ramena Neuhoff dans les eaux toscanes, cette fois-ci -définitivement. Le capitaine Balchen le fit déposer, dans la nuit du 16 -au 17, à l'embouchure de l'Arno, où Richecourt, le vice-président du -Conseil de régence, vint conférer avec lui[683]. - - [681] Ozero à Jonville, Calvi, le 3 mars 1743: _loc. cit._ - - [682] Lorenzi à Amelot, Florence, le 16 février 1743: - Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [683] Extrait d'une lettre du 18 mars 1743 de Bertellet, consul - de France à Livourne.--Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril - 1743: _Ibidem_. - -On disait que les Anglais avaient été promptement désabusés sur le -compte de Théodore, qui leur avait promis des choses qu'il ne pouvait -pas tenir. On prétendait aussi qu'ils s'étaient servis du baron comme -d'un «épouvantail», à l'usage des Génois, «pour les empêcher de protéger -le _Saint-Isidore_ et que toute cette levée de boucliers, la plus -indécente qu'ait jamais faite une couronne, n'avait pour point de vue -que de brûler ou de prendre le vaisseau espagnol dans le port d'Ajaccio -et sous le canon de la forteresse sans qu'elle s'y opposât, et que cette -affaire étant consommée par le parti que M. de Lage a pris de donner feu -à son vaisseau, Théodore leur est devenu inutile et ils ont pris le -parti de s'en débarrasser cavalièrement.» On présumait que Neuhoff, -après avoir été si piteusement abandonné sur la plage italienne par ses -bons amis les Anglais, irait continuer ailleurs «le roman de sa -vie»[684]. - - [684] Extrait d'une lettre, déjà citée, du 18 mars 1743, écrite - par le consul Bertellet. - -Gavi, le consul de Gênes à Livourne était corse; homme très habile, -d'ailleurs, et capable de tout faire pour son intérêt. Il était très lié -avec Richecourt et il fréquentait dans l'intimité les plus chauds -partisans de Théodore en Toscane. Il pouvait ainsi renseigner utilement -son gouvernement sur toutes les intrigues. C'était un agent -précieux[685]. - - [685] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -La république de Gênes fut très alarmée de cette nouvelle équipée. Elle -paraissait plus sérieuse que les précédentes. N'était-elle pas, en -effet, ouvertement protégée par l'Angleterre? L'envoyé génois, à Turin, -dans un entretien avec le marquis d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel -III, se plaignit des manœuvres anglaises en Corse, car, malgré sa -réserve, on considérait le roi de Sardaigne comme l'allié des -Autrichiens et des Anglais. D'Ormea répondit en récriminant plus fort -contre les Anglais. - -Étant donné les relations amicales qui existaient entre George II et -Charles-Emmanuel, d'Ormea n'admettait pas que la cour de Londres formât -un projet quelconque sur la Corse sans y faire participer son maître. -Cette réponse était une défaite, mais elle ne manquait ni d'habileté ni -d'arrogance. La république n'en fut pas dupe, et si des doutes -subsistaient encore dans son esprit, au sujet de l'appui, tout au moins -tacite, donné par le roi de Sardaigne aux entreprises anglaises, cette -conversation était de nature à les faire évanouir. - -Jonville, qui donnait à Amelot le résumé de cette conférence, terminait -par cette appréciation: «Peut-être les Génois sont-ils d'intelligence -sur le projet en question avec les Anglais et ce qui me le fait penser, -c'est que cette république sentant que la Corse est la cause de sa -ruine, et que les peuples de cette île ne se soumettront jamais à la -république, elle voudrait peut-être trouver le moyen de vendre ou -d'échanger cette île et pour ne pas nous donner occasion de nous -plaindre, elle est capable d'avoir conseillé aux Anglais de s'en rendre -maîtres[686].» - - [686] Jonville à Amelot, Gênes, 20 février 1743: _loc. cit._ - -Quoi qu'il en soit, la république protesta officiellement auprès de -George II contre le concours prêté à Théodore par les bâtiments anglais; -pour faire disparaître en France tout soupçon de mauvaise foi, Doria, -envoyé génois auprès de Louis XV, remit à Amelot une copie de la -protestation. Cet écrit faisait l'historique de l'intervention -française avec la garantie de l'Empereur, puis il relatait les incidents -de l'arrivée de Neuhoff en Corse accompagné par une escadre anglaise. Il -jugeait l'édit de l'aventurier, daté de la septième année de son règne, -séditieux et injurieux pour les couronnes de l'Europe[687]. - - [687] Note de la république au roi d'Angleterre, février 1743: - Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Amelot, après avoir lu cette note, trouva les arguments des Génois bien -fondés. «Et je ne sais pas, écrivait-il à Jonville, comment les Anglais -s'y prendront pour pallier aux yeux de l'Europe, je ne dis pas même -justifier, une entreprise aussi odieuse[688].» - - [688] Amelot à Jonville, Versailles, 5 mars 1743: _Ibidem_. - -La Cour de Londres n'était pas embarrassée pour si peu. Newcastle -répondit le 17 mars à Gastaldi, envoyé de Gênes en Angleterre, que tout -ce qui s'était passé avait été fait non seulement sans l'ordre du roi, -mais contre ses intentions. Le ministre promettait de faire ouvrir une -enquête, «afin que Sa Majesté étant pleinement informée du cas, puisse -prendre, à cet égard, les mesures qu'elle jugera à propos»[689]. Les -enquêtes valaient à cette époque ce qu'elles valent aujourd'hui. Cette -réponse était une fin de non recevoir rédigée en termes diplomatiques. - - [689] Newcastle à Gastaldi, Whitehall, 17 mars 1743: _Corsica_, - 1743; filza 41/2050. Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - - -III - -On riait en Italie--ailleurs qu'à Gênes--des aventures de Théodore. -L'amitié inconsidérée que Breitwitz lui avait témoignée faisait dire aux -plaisants que le baron était le chevalier protecteur de Marie-Thérèse. -Les gens plus sérieux regrettaient que la reine de Hongrie eût choisi -comme allié «ce roi de comédie»[690]. La lourdeur tudesque de Breitwitz -finit par s'émouvoir de ces épigrammes. Comme les autres, il renia -Neuhoff. Il avait remarqué, disait-il, que c'était «un babillard qui se -flattait de bien des choses qui étaient chimériques»[691]. - - [690] Lorenzi à Amelot, Florence, le 30 mars 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - - [691] Lorenzi à Amelot, Florence, le 2 mars 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -De l'embouchure de l'Arno, Théodore se rendit à Florence et sa première -visite fut pour Breitwitz. Le général autrichien avait d'autant plus -peur de se compromettre que le baron avait échoué piteusement dans sa -dernière tentative. A quoi bon voir cet incorrigible hâbleur? Il fit -dire par son valet à l'aventurier que, se trouvant incommodé, il ne -pouvait pas le recevoir, mais qu'il l'engageait à aller trouver le -résident anglais pour l'entretenir de ses affaires. - -L'amiral Matthews--_il furibondo_--de son côté, criait bien fort qu'il -n'entrait pas dans les intrigues de Théodore[692]. Personne ne voulait -plus connaître ce misérable qui n'était pas capable de réussir. - - [692] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: _Ibidem_. - -Mann était toujours dans la plus complète ignorance. Il pressa son ami -Walpole de le renseigner. Celui-ci ne put lui fournir aucune donnée -précise. Il n'avait entendu dire que des banalités au sujet du -_mystère_. L'aventurier avait expédié plusieurs de ses prospectus en -Angleterre et envoyé une couronne à lady Lucy Stanhope[693], dont il -était tombé amoureux pendant son dernier séjour en Angleterre[694]. - - [693] Sœur de Philippe, deuxième comte de Stanhope. - - [694] Horace Walpole à Horace Mann, 14 mars 1743. - -Lorsque cette lettre arriva, Horace Mann s'était rendu chez Théodore. -Cette entrevue eut lieu le 18 mars, c'est-à-dire aussitôt après -l'arrivée du baron. Nous avons vu, en effet, que le capitaine Balchen -l'avait débarqué dans la nuit du 16 au 17 mars. Neuhoff, suivant le -conseil que Breitwitz lui avait donné par l'intermédiaire de son laquais -pour s'en débarrasser, était donc entré en rapports avec Mann, à peine -arrivé à Florence. Le diplomate a laissé dans sa correspondance le -récit de sa conférence secrète et nocturne avec l'aventurier. - -Il sortit seul, à pied, recouvert d'un manteau, une lanterne sourde à la -main, comme un traître de mélodrame. Tout d'abord, il jeta dans la rue -un regard inquiet pour voir si aucun œil indiscret ne l'épiait. Rassuré -de ce côté, il longea l'Arno, puis il s'engagea dans les ruelles -sombres, rasant les murs, évitant les passants attardés. La dignité -anglaise recevait un rude assaut. «Je ne suis pas habitué à cette façon -d'agir et ne l'approuve pas[695]». - - [695] _Mann and Manners at the court of Florence, 1740._ - -L'entrevue avec le _fantôme_ dura quatre heures. Théodore, qui avait de -l'imagination, raconta beaucoup de choses. Il prétendait être l'oncle de -lady Yarmouth; il se disait l'ami intime de lord Carteret; mais celui -des grands seigneurs anglais, qui lui témoignait le plus d'attachement -et s'intéressait plus particulièrement à ses actions, était lord Orford, -le propre père d'Horace Walpole. - -Théodore rapporta à Mann un fait qui pouvait en quelque sorte justifier -sa liaison avec lord Carteret. Ce dernier lui aurait dit que lady -Walpole avait prié un personnage de Hanovre de demander au roi -d'Angleterre de la prendre en pitié. Le diplomate fut surpris et -l'arrêta, en répliquant que Sa Majesté était trop juste pour se mêler -d'affaires privées. Neuhoff faisait allusion au bruit qui courait en -Toscane que lady Walpole était la maîtresse de Richecourt. Les -circonstances dont l'aventurier appuya son récit persuadèrent à Mann -qu'il disait presque la vérité[696]. - - [696] _Ibidem._ - -Il fallait que Théodore possédât une forte dose d'inconscience ou -d'audace pour affirmer de pareilles choses. D'ailleurs, pour appuyer ses -dires, il remit à Mann une lettre adressée à lord Carteret. Le résident -anglais promit d'envoyer la missive à Londres par le premier courrier. -Il pensait que si le ministre répondait, cela lui donnerait enfin la -clef du mystère. - -Mais, en attendant des instructions de Londres, ou tout au moins des -nouvelles, Mann essaya de s'éclairer sur place. Il revit Théodore. Le -spirituel ambassadeur mettait dans ses rapports avec le baron un certain -dilettantisme, agissant en homme sceptique et froid. Il croyait être -assez sûr de lui-même pour ne pas se livrer. Par contre, Neuhoff était -intarissable. Il prétendait que l'entreprise avait échoué par la faute -des officiers subalternes de la flotte et Mann pensa qu'il pouvait avoir -raison si le roi d'Angleterre et ses ministres eussent donné l'ordre -positif au commandant de la petite escadre de soutenir le roi de Corse. -Il écrivit à l'amiral Matthews[697]. - - [697] _Mann and Manners._ - -_Il furibondo_ ne savait rien non plus, car cette affaire avait cela de -particulier que les chefs étaient moins bien renseignés que les -inférieurs. Mann jugea que le mieux était d'attendre. Mais Théodore -tenait son confident; il n'allait pas le lâcher ainsi. - -Ce dernier n'avait plus un instant de repos. Le baron lui écrivait des -lettres d'une longueur effrayante. Rien n'égalait sa prolixité, si ce -n'est son écriture détestable, mal formée, comme les idées qu'élaborait -son cerveau. Il fallait se livrer à un véritable travail pour déchiffrer -ses épîtres vraiment par trop fréquentes. Dans une seule journée, Mann -en reçut quatre. Il y avait là de quoi énerver le plus flegmatique des -diplomates anglais. Le résident trouvait qu'il payait cher sa curiosité. - -Il ne tarda pas à être fatigué des incessantes importunités dont Neuhoff -l'accablait. «Il me rend complètement fou», écrit-il, «car je ne peux -rien faire pour lui, ne connaissant de ses affaires que ce qu'il m'en -dit. C'est un visionnaire au dernier degré». Du reste, Carteret et -Newcastle ne lui répondirent jamais au sujet de Théodore. - -Mû par un sentiment de pitié et aussi peut-être pour se débarrasser de -l'intrigant, il voulait qu'il quittât Florence où il se trouvait en -danger. - -La Sérénissime République le poursuivait toujours de sa haine et Mann -était persuadé qu'elle ne reculerait devant aucun moyen pour en finir -avec lui. Il ne se trompait pas. - -Mais, tout en cessant de voir Neuhoff dans la crainte de trahir par ses -visites le lieu de sa retraite, il faisait des vœux pour lui. «Je -désire son succès», écrivait-il à la date du 26 mars, «mais ma -délicatesse me fait un devoir de souhaiter que l'Angleterre ne s'y mêle -pas[698]». - - [698] _Mann and Manners._ - -Il était cependant très ennuyé, car, malgré les précautions prises, ses -entrevues mystérieuses avec Théodore n'étaient plus un secret pour -personne. Il se tira de cette situation difficile en affirmant qu'il lui -avait simplement rendu des «services d'humanité[699]». - - [699] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -La situation vraiment précaire du roi de Corse rendait l'excuse fort -plausible. - -La cour de Turin ne se désintéressait pas de l'aventure. Quel rôle -jouait-elle? Charles-Emmanuel se réservait encore. Sa politique -consistait à louvoyer, pour voir de quel côté serait son intérêt dans la -guerre engagée. Son ambition constante était d'obtenir un agrandissement -de territoire en Italie. La république de Gênes, affaiblie, déchue de -son antique splendeur, lui semblait une proie facile. La Corse serait un -beau fleuron pour la couronne de Sardaigne et de Piémont. En attendant, -toutes les sympathies de Charles-Emmanuel allaient vers la coalition -anglo-autrichienne. A ce sujet, Lorenzi se livra dans sa dépêche à -Amelot, du 13 avril 1743, à des réflexions qui ont tout le mérite d'une -prophétie aujourd'hui réalisée. - -«Il ne faut pas douter», écrit-il, «qu'à moins que les affaires -d'Italie ne changent considérablement de face, le roi de Sardaigne, à la -fin de cette guerre, soit d'un côté ou de l'autre, n'augmente -notablement ses États, et il ne manquera pas alors de donner tous ses -soins à l'acquisition d'une partie de l'État de Gênes à laquelle il vise -depuis longtemps et à laquelle il médite actuellement. S'il y parvient, -comme il est fort probable, il sera d'autant plus difficile d'empêcher -qu'il ne devienne bientôt le maître de toute l'Italie, que les Italiens -se soumettront volontiers à sa domination dès qu'ils le verront en état -de pouvoir rendre à leur nation son ancienne gloire et de la délivrer -des puissances étrangères qui la dominent depuis plus de deux siècles. -Il est même à présumer que plusieurs contribueront à la réussite de ce -dessein, car ils conçoivent bien, et leurs plus pénétrants politiques -l'ont depuis longtemps remarqué, que l'Italie ne sera jamais solidement -heureuse que lorsqu'elle sera sous la domination d'un seul -souverain[700].» - - [700] Lorenzi à Amelot, Florence, le 13 avril 1743: - Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'Angleterre n'était donc pas seule à avoir des visées secrètes sur la -Corse. On savait que François de Lorraine avait, à plusieurs reprises, -jeté les yeux sur elle. Les graves événements qui se déroulaient en -Europe et où il était directement mêlé, ne l'empêchaient pas de -convoiter la possession de l'île. Le grand-duc n'avait pas désavoué -Breitwitz et Richecourt au sujet des rapports qu'ils avaient entretenus -avec Théodore. Il voulut être tenu au courant de tout ce qui avait trait -à l'entreprise. D'ailleurs, Lorenzi croyait pouvoir affirmer que les -Autrichiens et les Anglais marchaient d'accord dans cette affaire[701]. - - [701] Lorenzi à Amelot, Florence, le 27 avril 1743: _Ibidem_. - -Mais il n'est pas invraisemblable de penser que l'Angleterre entendait -bénéficier seule du résultat. Et c'est là, sans doute, qu'il faut -chercher la cause du silence que le duc de Newcastle gardait vis-à-vis -de ses agents à l'étranger. Villettes, résident à Turin, ne pouvait, -pas plus que Mann, obtenir de Londres un éclaircissement quelconque au -sujet de Théodore. Les deux diplomates en étaient réduits à se -communiquer réciproquement leurs conjectures. La réserve exagérée du -cabinet anglais produisit l'effet le plus déplorable. Aucun démenti -n'arrivant, l'opinion publique jugeait fort sévèrement la conduite de -l'Angleterre. Et Neuhoff, qui ne se croyait pas tenu à la même -discrétion, assurait que son entreprise avait été concertée avec les -cours de Londres et de Vienne et que celles-ci «étaient convenues de le -soutenir»[702]. - - [702] Même dépêche de Lorenzi à Amelot. - -Le 4 mai, Lorenzi donna à Amelot cette information en chiffre: «J'ai -appris avec toute la certitude possible que la cour de Londres avait -effectivement fait une convention avec cet aventurier qu'elle regardait -comme fort avantageuse, mais que présentement elle l'a abandonné et -qu'elle se borne seulement à protéger par humanité la personne de -Théodore, parce qu'elle voit qu'il l'a trompée, particulièrement en lui -faisant accroire qu'il avait à sa disposition douze vaisseaux chargés -d'armes et munitions et une centaine d'officiers expérimentés. J'ose -vous supplier très humblement, Monseigneur, du secret sur tout ceci, par -rapport au grand danger auquel se trouverait exposée la personne qui me -l'a confié si on pouvait la soupçonner de l'avoir fait[703].» - - [703] Lorenzi à Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Quelle était la personne qui avait fait cette confidence à Lorenzi? -Celui-ci ne le dit pas. Il n'y avait évidemment qu'un homme occupant une -position qui pût craindre les conséquences d'une indiscrétion de cette -nature. Nous verrons dans un instant que le propre secrétaire de Mann -donnait à l'envoyé génois, des avis précis sur les faits et gestes de -Théodore. Il est probable qu'il fournissait également au ministre de -France des renseignements puisés dans les papiers de son maître. - -Neuhoff avait quitté Florence le 18 avril pour aller à Pise, et, de là, -gagner Livourne pour prendre passage sur _Le Folkestone_. Il écrivit à -ce sujet au capitaine Balchen. Ce dernier répondit qu'il le recevrait -volontiers à son bord, mais qu'il lui serait impossible de le traiter -comme par le passé. Cette réponse déplut fort au baron, qui voulait -avoir les égards dûs à un souverain[704]. Il renonça à s'embarquer. -Peut-être, à la réflexion, eut-il peur d'être à tout jamais gardé par -les Anglais. Il est dangereux de se mettre à la merci des gens avec qui -on a comploté de vilaines choses. - - [704] Lorenzi à Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Ne pouvant plus compter sur ses bons amis et craignant d'être assassiné -par les Génois, Théodore quitta Pise et alla se cacher chez un prêtre, à -Cigoli, aux environs de Florence. - -La précaution n'était pas inutile. - -Pendant que Théodore entretenait en Toscane des rapports secrets avec -les Anglais et avec les Autrichiens, Augustin Viale, représentant de la -république, fit preuve de zèle. Grâce à lui, le Sérénissime Collège, -l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs d'État furent exactement -renseignés sur les moindres faits du baron. - -Malgré l'édit de Gênes mettant sa tête à prix, l'aventurier vivait -encore. Le gouvernement génois, cependant, désirait plus que jamais le -voir disparaître. On le savait en Italie, aussi à plusieurs reprises des -offres furent-elles adressées à la république par des individus désireux -de remplir cette mission de confiance. - -Il n'est pas sans intérêt de faire connaître en quels termes ces -propositions d'assassinat étaient faites et de quelle façon elles -étaient reçues et étudiées à Gênes. Il se dégage en effet de la lecture -de ces documents, tirés des archives secrètes de Gênes, une notion très -exacte des idées et des sentiments qui dirigeaient la politique à la -fois timorée et impitoyable de la Sérénissime République[705]. - - [705] J'ai eu la bonne fortune de trouver dans la partie des - archives d'État à Gênes, classée sous le titre d'_Archivio - secreto_, non seulement tous les documents concernant cette - curieuse histoire, mais aussi les décisions du Sérénissime - Collège et celles de l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs - d'État touchant les faits signalés. Lus d'abord devant le - collège, ces documents étaient ensuite transmis aux inquisiteurs - à qui incombait tout spécialement l'examen des affaires - concernant Théodore. Cette transmission se faisait avec toutes - sortes de protocoles. Invariablement chaque envoi se terminait - par cette formule: _Per Serenississima Collegia ad Calculos_. - -Un Corse, absent de sa patrie depuis vingt-quatre ans, Dominique -Mariani, habitant Milan dans le quartier Sainte-Euphémie, vis-à-vis le -palais du comte de Bron, écrivit, le 1er avril 1743, au gouvernement -génois. Fidèle sujet de la république, il n'avait jamais eu l'occasion -de prouver son zèle et son dévouement. Ils étaient tellement grands -qu'il brûlait de les témoigner. Il proposait donc d'enlever la vie à -Théodore. En délivrant la république de ce misérable, il rendrait la -paix à sa patrie en la faisant rentrer dans l'obéissance. Il tuera -volontiers, non seulement le baron, mais encore quiconque les Excellents -inquisiteurs d'État voudront bien lui désigner. En homme habitué à ces -sortes d'opérations, Mariani se permettait de proposer aux Génois les -procédés que son expérience lui conseillait pour conserver à cette -affaire l'obscurité nécessaire. On consent à courir des risques pour -servir ses maîtres, mais il faut s'entourer de quelques précautions. Si -les inquisiteurs agréaient cette proposition, ils n'auraient qu'à lui -envoyer une paire de gants. Mariani chargeait l'Illustrissime abbé -Jacques Durazzo de remettre sa supplique à la Junte de Corse, sans lui -en dévoiler le contenu. Si le gouvernement désirait lui répondre par -écrit, il pourrait remettre sa lettre au susdit ecclésiastique ou la lui -faire tenir par le marquis de Caravaggio ou bien par M. Joseph Foglia. -En tous cas, les ordres qu'on voudra bien lui donner seront reçus avec -gratitude. Afin de ne compromettre personne, si leurs Excellences -consentaient à entrer dans l'affaire, Mariani se ferait remettre des -lettres de recommandation pour le général Breitwitz à Livourne et pour -d'autres notabilités[706]. - - [706] Dominique Mariani à l'Excellentissime et Illustrissime - Junte de Corse à Gênes, Milan, le 1er avril 1743: _loc. cit._ - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Le 3 avril, les inquisiteurs d'État délibérèrent sur cette lettre. Ils -acceptèrent en principe les offres de Mariani, mais il était -indispensable que ce dernier se rendît à Gênes pour développer en -personne ses idées et indiquer les mesures qu'il comptait prendre pour -mettre son plan à exécution--et Théodore aussi. Il fut décidé qu'on -écrirait au susdit Mariani dans le plus bref délai possible. Ses frais -de voyage lui seront immédiatement remboursés. A son arrivée, il devra -se présenter à M. Étienne Monza et ne faire connaître son nom qu'à ce -seul personnage. Le député du mois écrira cela par l'intermédiaire de -Joseph Foglia selon la formule ordinaire, en mettant dans la confidence -l'Excellentissime Laurent de Mari, parce qu'il a l'habitude de -correspondre avec Foglia, mais seul Monza aura à préparer l'arrivée à -Gênes de Mariani et à l'entendre[707]. - - [707] Délibération des inquisiteurs d'État sur la lettre de - Mariani, le 3 avril 1743: _loc. cit._ - -Quel était ce Foglia avec qui Mari correspondait? Un individu qui, sans -doute, se chargeait des commissions malpropres de l'Excellentissime -Tribunal. - -L'affaire en resta là, car le fidèle sujet corse de la Sérénissime -république ne vint pas à Gênes. Son expérience de la politique génoise -lui avait fait voir probablement tout le danger qu'il y aurait pour lui -à se trouver sous la main des inquisiteurs, dans le cas où il ne -tomberait pas d'accord avec eux sur les conditions de l'entreprise. - -Bientôt les Génois engagèrent l'affaire d'un autre côté. C'est ici que -Viale doit jouer un rôle. - -L'agent de Gênes s'efforçait de savoir où se cachait Théodore. Mann -avait affirmé à un chevalier, ami de Viale, qu'il se trouvait chez un -ecclésiastique des environs. Par scrupule et par délicatesse, le -chevalier n'avait pas voulu révéler au résident l'endroit exact où était -l'aventurier. Malgré ses prières et ses instances répétées, Viale ne put -fléchir son ami; mais, avec cet esprit policier particulier aux Génois, -il suggérait au Sérénissime Collège un moyen de découvrir la retraite du -fugitif; c'était de faire surveiller, par des hommes de confiance, les -allées et venues du docteur Olmeta, un corse, qui se rendait parfois -auprès du baron[708]. - - [708] Viale au Sérénissime Collège, Florence, le 10 mai 1743: - _loc. cit._ - -Le 21 mai, Viale, malgré ses diligentes recherches, n'avait rien de neuf -à mander à Gênes, lorsqu'au moment où il rédigeait sa dépêche, il reçut -un billet, émanant «d'un ministre qui a l'habitude d'être bien renseigné -et qui est chargé de surveiller les actions de Théodore». On peut -aisément deviner que ce ministre n'était autre que Mann. Viale, avec un -instinct qui prouvait chez lui des aptitudes diplomatiques, disait, en -envoyant la note, qu'il ne savait pas jusqu'à quel point on devait -ajouter foi à son contenu. Elle portait, en effet, que Neuhoff, d'après -certains indices, devait se trouver à Rome. Les Anglais avaient tout -intérêt à laisser cette opinion s'accréditer et n'entendaient pas que -l'aventurier tombât, avec ses papiers, entre les mains des Génois. - -Après la lecture au Collège, la lettre de Viale fut transmise dans les -règles ordinaires, «avec faculté aux inquisiteurs d'État de donner au -Magnifique Augustin Viale les ordres et les instructions qu'il jugera -convenables». - -La décision prise par le tribunal est à citer en entier. - -«Il a été décrété que l'Illustrissime Augustin Viale[709] aura la charge -d'écrire au susdit Magnifique Augustin Viale de Florence, qu'on estime -superflu de donner aucune récompense pour la seule connaissance de la -demeure dudit Théodore; toutefois, on remettrait la prime fixée à celui -qui, en donnant cette indication, la ferait suivre de l'_extinction_ du -susdit Théodore. L'Illustrissime Augustin Viale rédigera cette lettre de -façon à ce que, venant à tomber entre les mains de qui que ce soit et -ouverte, on n'en puisse saisir le véritable sens, faisant en cela valoir -son expérience, ses capacités et sa prudence. _Per Excellentissimum et -Illustrissimum Magistratum Inquisitorum status ad Calculos[710]._ - - [709] C'était un homonyme du résident génois à Florence. - L'inquisiteur portait le titre d'_Illustrissime_, l'autre celui - de _Magnifique_. - - [710] Lettre d'Augustin Viale au Sérénissime Collège, Florence, - le 21 mai 1743, suivie de la délibération du tribunal des - inquisiteurs d'État du 24 mai: _loc. cit._ - -Tandis que les inquisiteurs d'État décidaient le meurtre de leur ennemi, -l'activité de Viale ne se ralentissait pas. Il continuait ses -recherches, ayant maintenant un auxiliaire précieux dans le secrétaire -de Mann. Ce fidèle employé servait tout le monde et trahissait son -maître avec le même zèle. - -Avant que l'étrange délibération du tribunal, prise le 27 mai, lui fût -parvenue, Viale écrivait le 28 au Magnifique Sartorio, qu'il était -parvenu à savoir par une personne habile, amie du secrétaire du ministre -anglais, que Théodore n'était plus retourné à Florence. Le lundi, 20 -mai, l'aventurier se trouvait à Cigoli, dans la maison du prêtre -Baldanzi. Viale ajoutait un autre détail. Le Révérend Père, qui avait -prêché le Carême dernier en l'église du Carmel, allait fréquemment voir -Neuhoff. Il lui avait prêté ou donné son habit de moine. Le baron s'en -était revêtu pour sortir de la ville, et très probablement, il s'en -servirait encore à l'occasion. Après avoir donné cette indication qui, -au besoin, pouvait servir de signalement, Viale ajoutait: «Ce Père -prédicateur n'est pas carme, mais il appartient au couvent de -Sainte-Marie-Majeure, correspondant à celui des Anges de la Congrégation -de Mantoue. Je m'imagine que votre Seigneurie Illustrissime comprendra -facilement combien j'ai à cœur de ne jamais voir divulguer ce qui a été -révélé par le secrétaire du ministre d'Angleterre, non seulement pour -le préjudice que cela lui causerait, mais encore parce que je ne -pourrais plus avoir de nouvelles de Théodore par son intermédiaire, -moyen que je considère comme des plus sûrs, car je suis informé avec -toute certitude que Théodore entretient un continuel commerce de lettres -avec lÉdit ministre. Celui-ci ne cesse de protester qu'il ne le fait que -par charité et humanité». - -Nous avons vu que c'était la raison que Mann donnait de ses rapports -avec le baron de Neuhoff. - -Viale terminait sa lettre en disant que tous les bâtiments de guerre -anglais ancrés à Livourne étaient partis[711]. - - [711] Viale à Sartorio, Florence, le 28 mai 1743: _loc. cit._ - -La crainte d'une tentative de débarquement en Corse se trouvait donc -momentanément écartée; mais à Gênes l'inquiétude subsistait. Tant que -Théodore vivait, un retour offensif était toujours possible. Ce que -l'Angleterre avait tenté avec lui, une autre puissance pouvait le faire. -Les Génois avaient la peur des faibles, la peur qui ne raisonne pas et -qui engendre toutes les témérités. - -Viale ne répondit pas à la lettre que, sur l'ordre des inquisiteurs -d'État, son homonyme de Gênes lui avait écrite au sujet de -l'_extinction_ de Théodore. Peut-être ne lui était-elle pas parvenue, -car il arrivait fréquemment que des courriers étaient interceptés. Il -pouvait aussi n'en avoir pas saisi le véritable sens, puisqu'elle était, -à dessein, rédigée en termes obscurs. Le résident continuait ses -recherches pour découvrir l'endroit où se cachait Neuhoff. Celui-ci -recevait la _Gazette de Berne_ et le _Mercure de Hollande_. Les journaux -portaient son adresse exacte à Cigoli. Par ce moyen, il n'était pas -difficile de se la procurer[712]. - - [712] Viale au Sérénissime Collège, Florence, le 23 juin 1743: - _loc. cit._ - -En réponse à cette lettre, les inquisiteurs d'État précisèrent. Le 8 -juillet, le tribunal s'assembla et prit cette décision: - -«Il a été décrété que l'illustrissime Benoît de Franchi, député du -mois, prendra la peine d'assurer la correspondance avec le Magnifique -Augustin Viale de Florence. Il l'informera que si on trouve une personne -qui veuille prendre l'engagement d'_occire_ (uccidere) lÉdit Théodore, -on lui payera aussitôt ce meurtre accompli la somme de deux mille écus -argent, prime fixée par l'édit public, dont on pourra transmettre un -exemplaire. A cet effet, la lettre sera écrite suivant la teneur des -discours. _Per Excellentissimum et Illustrissimum Magistratum -Inquisitorum status ad Calculos[713]._» - - [713] Délibération des inquisiteurs d'État prise le 28 juin à la - suite de la lettre de Viale du 23 juin: _loc. cit._ - -Cette fois, la dépêche portant à Viale la décision des inquisiteurs -d'État ne fut pas rédigée en termes ambigus. Le diplomate comprit--il ne -pouvait pas faire autrement;--mais il fit ses réserves. Il écrivit sur -le champ à de Franchi. Il commençait en disant que l'Excellentissime -Tribunal, au sein duquel de Franchi siégeait si dignement, devait être -pleinement assuré de son zèle pour le bien public. Quoique sans mandat, -il n'avait reculé devant aucune démarche, aucune fatigue, afin de se -procurer les indications nécessaires pour amener la découverte de la -retraite de Théodore, car il pensait que ces renseignements étaient d'un -grand prix pour le tribunal. Il ajoutait: «Et cependant je ne vois pas -qu'il me soit possible d'accepter la commission dont veut bien me -charger votre Seigneurie Illustrissime dans sa très vénérée lettre du -13, non par manque de ce zèle qui ne cessera qu'avec ma vie, mais parce -que je ne suis revêtu d'aucun caractère qui puisse sauver ma personne -dans le cas où l'exécuteur viendrait à être arrêté ou qu'il fût -indiscret avant le meurtre. Je courrais ainsi un trop grand péril. Ce -motif est tellement appréciable que je pense que l'Excellentissime -Tribunal et votre Illustrissime Seigneurie ne le trouveront pas -déraisonnable. A cette difficulté je dois en ajouter une autre. D'après -mes dernières nouvelles, Théodore est bien gardé: une seule personne ne -sera pas capable de le tuer, et il sera très dangereux de confier le -secret à plusieurs. Il conviendrait, en outre, de fournir à ces -personnes les moyens de subsister jusqu'au moment où elles auraient -réussi à _faire le coup_. Pour de bons motifs, je ne pourrais me charger -de cette dernière commission si j'avais de l'argent, ce dont je manque -entièrement, et quand bien même on me ferait l'avance des fonds. Ce qui -me pousse à cette délicatesse, ce sont les embarras bien connus dans -lesquels je me trouve.» Pour terminer, il affirmait de nouveau son zèle -et son dévouement[714]. La délicatesse de Viale était d'autant plus en -émoi qu'il n'avait pas d'argent et que son gouvernement ne paraissait -pas avoir l'intention de lui en donner. Il ne pouvait pourtant pas se -charger des frais qu'occasionnerait l'affaire. Et puis, il était -rétribué pour faire de la diplomatie et non pour assurer la disparition -des gens désagréables à ses chefs. Des commissions de ce genre se payent -en plus. - - [714] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 16 juillet 1743: - _loc. cit._ - -Cette dépêche est datée du 16 juillet. Elle fut lue le 22 devant le -tribunal des inquisiteurs d'État. La décision prise à la suite de cette -lecture est assez inattendue. On décréta, en effet, après discussion, -qu'il serait accusé réception de cette lettre avec éloges et -remerciements. En outre, on informerait Viale que les magistrats -trouvaient ses raisons justes et ses réflexions bien fondées, touchant -les difficultés que présentait l'entreprise[715]. - - [715] Délibération des inquisiteurs d'État prise le 22 juillet à - la suite de la lettre de Viale du 16: _loc. cit._ - -Puisque Viale refusait, d'une manière qui paraissait positive, d'assumer -la responsabilité de l'assassinat, les inquisiteurs ne pouvaient rien -faire. L'agent ne se jugeait pas assez garanti. Il y avait encore cette -fâcheuse question d'argent qui faisait toujours reculer les Génois au -moment psychologique. Ils avaient fait un effort en promettant deux -mille écus pour la tête de Théodore; d'après eux, elle ne valait pas -davantage. Les insinuations de leur représentant leur laissaient -entrevoir des frais supplémentaires. Il fallait donc couper court. - -Le plus curieux de l'affaire c'est que Viale allait de lui-même faire -des propositions au moins étranges à l'Excellentissime Tribunal. - -Le 23 juillet, avant même que la décision des inquisiteurs lui fût -parvenue, il écrivit à de Franchi pour lui dire qu'aux motifs invoqués -par lui dans sa dernière lettre pour ne pas accepter la commission dont -on l'avait chargé, il se joignait une autre considération--un -scrupule--: «le coup pourrait tomber sur une personne innocente, car -nous ne possédons pas un signalement suffisamment exact de la personne à -qui le coup est destiné.» - -Le négociant diplomate, «afin d'éviter une erreur aussi grave», -suggérait une idée pratique. On mettrait à sa disposition deux sbires -courageux qu'il aboucherait avec un certain San Cristofano, «car trois -hommes ne seront pas de trop pour faire le coup». - -Le Magnifique résident de la Sérénissime République donnait sur San -Cristofano les meilleures références. - -Ce Saltabadil était un honnête employé des douanes du grand-duché, qui -avait été banni de Gênes pour une peccadille: il avait tué, deux mois -auparavant, un caporal corse. Afin de se faire pardonner cette erreur, -San Cristofano déclarait qu'il était prêt à tout, disposé à courir les -plus grands dangers, même à aller en Corse. Il connaissait à fond la -Toscane, c'était un homme résolu, un vrai brave, et pour peu qu'on lui -adjoignît deux aides solides, il se faisait fort d'expédier son homme. - -Mais il fallait manœuvrer avec beaucoup d'habileté; «l'imposteur est -sur ses gardes, ainsi que l'Excellentissime Tribunal pourra s'en -convaincre, par les renseignements ci-inclus qui me parviennent d'une -source très sûre, d'où il résulte qu'un homme seul n'est pas suffisant -pour mener à bonne fin une affaire de cette importance.» - -Viale concluait en disant qu'il était nécessaire d'attendre le moment -opportun, dût-on y employer plusieurs jours. «Mais pendant ce temps-là, -il faudrait fournir aux exécuteurs les moyens de subsister et, le coup -fait, faciliter leur fuite. Je ne peux, concluait le ministre, et qu'il -me soit permis d'ajouter: je ne veux toucher à cette question[716].» - - [716] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 23 juillet 1743: - _loc. cit._ - -Les inquisiteurs d'État enregistrèrent cette lettre sans commentaires. - -Viale écrivit de nouveau à de Franchi le 6 août. Il dit qu'il n'a pas -reçu la lettre que le tribunal a dû le charger d'écrire en réponse à sa -dépêche du 23. Il y avait sans aucun doute de bonnes raisons pour cela. -Les inquisiteurs, par une prudence de plus en plus caractérisée, ne -donnèrent pas mission à de Franchi de répondre à Viale. La copie de la -lettre ne se trouve pas dans les archives de Gênes et l'on peut penser -que la poste ne l'a point égarée. - -Cela n'empêchait pas Viale de continuer à transmettre au Sérénissime -Collège toutes les informations que le secrétaire de Mann lui apportait -avec une constance louable. - -Théodore était toujours à Cigoli. Il avait écrit au général Breitwitz -afin d'obtenir de l'argent pour se rendre en Angleterre où il voulait -porter sa plainte au roi contre l'amiral Matthews. «Peut-être aussi -va-t-il s'en retourner dans son pays, car l'imposteur voit s'évanouir -toutes ses idées téméraires.» - -L'envoyé revenait à son plan d'assassinat. Pour éviter la quarantaine -qu'il serait obligé de faire à l'entrée des États Pontificaux, il ne -restait à Théodore que la route de Sarzana, par Pontremoli, et celle de -Massa, par le mont Pellegrino, conduisant dans le Modanais. - -Viale présumait qu'il prendrait cette dernière route. «Le passage du -mont Pellegrino serait très commode pour faire le coup»; l'endroit rêvé -pour assassiner proprement un homme. - -Malheureusement, le Magnifique commerçant, envoyé de la république, -avait peur de ne pas avoir «l'avis nécessaire à temps», d'autant plus, -dit-il, «que j'ai présentement une très forte fluxion dans la tête qui -m'empêche de marcher[717].» - - [717] Viale à de Franchi, Florence, le 6 août 1743: _loc. cit._ - -Est-ce aux hésitations des inquisiteurs, aux exigences de San -Cristofano, ou à la fluxion de Viale que Théodore dut d'avoir la vie -sauve? Les archives secrètes de Gênes ne nous ont pas livré le mot de -cette énigme. - -Mais, en compensation, nous y trouvons, immédiatement après le document -ci-dessus, une pièce qui ne manque pas de saveur. C'est une lettre de M. -de Mari, ambassadeur de la république de Gênes à Venise, à Ansaldo -Grimaldi, datée du 10 août 1743. - - «Excellence, - -«J'ai reçu votre très estimée lettre sans date, mais que je crois être -du 3 courant et je vous en remercie infiniment. Je vous envoie la kabale -de Pic de la Mirandole pour voir si nous pouvons frapper juste. Si -Théodore est à Pise, l'affaire est faite. La quarantaine m'ennuie; j'ai -un ami à Pise dans lequel je peux avoir confiance. _Si tu vales bene -est; ego quidem valeo._ Dans quelque temps je pourrai vous dire la -réponse que l'on m'aura donnée de Londres au sujet de la montre à -répétition dont vous m'avez parlé[718].» - - [718] De Mari à Ansaldo Grimaldi, Venise, le 10 août 1743: _loc. - cit._ - -Le 17 août, le procès-verbal porte après lecture et discussion que -l'Illustrissime Ansaldo Grimaldi répondrait au susdit ambassadeur de -Mari avec sa prudence bien connue[719]. On voit que si Théodore était -prudent, les inquisiteurs ne l'étaient pas moins. - - [719] Délibération prise le 17 août à la suite de la lettre de de - Mari: _loc. cit._ - -Le baron de Neuhoff échappa à la kabale de Pic de la Mirandole, comme il -avait échappé au poignard de San Cristofano. L'essai d'envoûtement en -resta là, comme la tentative d'assassinat. - -L'aventurier continuait à demeurer chez le curé de campagne. Il avait -auprès de lui quatre personnes pour le garder. Il écrivait sans cesse à -lord Carteret et à l'amiral Matthews; mais les Anglais ne lui -répondaient plus[720]. Pour l'instant, ils avaient des occupations plus -sérieuses que de rendre la couronne à un individu dont ils ne pouvaient -rien tirer, pour lequel les Corses se montraient peu enthousiastes et -qui n'avait aucune ressource personnelle[721]. L'amiral reçut ordre -«d'éviter de donner la moindre plainte par rapport à Théodore et il -parut fermement résolu de ne point se mêler en aucune façon de ce qui -regarde cet aventurier»[722]. - - [720] Lorenzi à Amelot, Florence, le 22 juin 1743: Correspondance - de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - - [721] Amelot à Lorenzi, Versailles, les 21 mai et 9 juillet: - _Ibidem_. - - [722] Lorenzi à Amelot, Florence, le 29 juin 1743: _Ibidem_. - -Celui-ci se trouvait à bout de moyens; il en était réduit à vendre son -linge. Il songeait, disait-on, à s'en aller et Viale regrettait -amèrement que l'on perdît une si belle occasion, parce qu'une fois parti -de Toscane, il lui serait bien difficile de revenir. Cependant, il -s'entêtait dans ses pensées louches, il avait encore l'espérance de -réussir un jour. «Ce ne sont que des songes, écrivait le ministre, mais -cela est suffisant pour inquiéter le gouvernement[723].» - - [723] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 13 août 1743: _loc. - cit._ - -Quelques jours plus tard, il insistait encore. Il affirmait que Théodore -était absolument dénué de tout. En vendant ses hardes, il aurait juste -de quoi aller en Allemagne. Une fois parti, il n'y aurait plus rien à -faire[724]. - - [724] _Ibidem._ - -Les inquisiteurs lisaient en conseil les dépêches de Viale. -Consciencieusement, on lui répondait en lui envoyant des éloges et des -remerciements. On le priait de continuer. Mais il n'était plus question -de l'affaire. En se confondant en marques de gratitude pour les paroles -gracieuses dont le tribunal l'accablait, le féroce diplomate -n'abandonnait pas son plan d'assassinat. Le départ prochain de -l'aventurier était certain. Deux routes s'offraient à lui: l'une par -Pistoia, l'autre par Massa-Carrare. Le temps pressait; si on voulait -agir et réussir, il fallait se hâter. Viale n'avait qu'une crainte, -c'est qu'on arrivât trop tard. Il demandait donc de promptes -instructions[725]. - - [725] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 17 septembre 1743: - _loc. cit._ - -Les inquisiteurs enregistrèrent cette lettre sans commentaires. - -On prétendait, en effet, que Théodore allait partir pour se rendre en -Allemagne auprès du roi d'Angleterre[726]. C'était un faux bruit; -Neuhoff devait continuer à vivre quelques années encore en Toscane, -tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Plus tard, Viale transmettait à -son gouvernement un billet émanant d'une «personne sûre», qui tenait ce -détail du ministre anglais. Ce billet disait: «L'ami est certainement -allé du côté de Livourne, où il se tient dans les environs sans qu'on -sache exactement où. Il attend de pouvoir s'embarquer[727].» _L'ami_ -avait quitté Cigoli. Le prêtre chez qui il logeait, las d'héberger ce -roi encombrant qui mentait toujours, l'avait mis à la porte. Il s'était -alors dirigé vers Livourne. Il écrivit encore à l'amiral Matthews pour -lui demander de le conduire à Port-Mahon, où, disait-il, il serait en -état de tenir «les grandes promesses qu'il avait faites à milord -Carteret». _Il furibondo_ refusa en termes énergiques. Richecourt ne -voulut pas lui donner un passeport. Théodore n'avait plus un sou, tout -le monde l'abandonnait[728]. C'était la misère avec son inévitable -compagnon: l'isolement! - - [726] Lorenzi à Amelot, Florence, le 17 septembre 1743: - Correspondance de Florence, vol. 98. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [727] Viale à Sorba, Florence, le 17 décembre 1743: _loc. cit._ - - [728] Lorenzi à Amelot, Florence, les 21 et 28 décembre 1743: - Correspondance de Florence, vol. 98. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Dans sa détresse, il éprouva le besoin de s'épancher. Il écrivit une -belle lettre au Père Colonna. Obligé de changer de demeure pour sa -sûreté, il s'excusait du retard qu'il mettait à répondre au religieux, -qui s'occupait de quelques affaires le concernant. Il demandait au Père -si le sieur Vaccaro, à qui il avait confié des marchandises et une -pendule, avait exactement remis la note de tout ce qu'il avait en mains. -La vente de la pendule suffirait à indemniser Vaccaro--principal et -intérêts--de ses avances, et il comptait sur l'honnêteté de ce dernier -pour lui rendre ses marchandises. Puis, passant à un sujet plus élevé, -il se plaignait de toutes les intrigues dont on l'avait entouré, aussi -bien en Corse que sur le continent. Ces cabales ne servaient qu'à -plonger ses sujets et lui-même dans l'abîme. Elles refroidissaient ses -amis et l'empêchaient de faire tout ce qu'il désirait. Malgré ces -machinations, il restait ferme. Si les Corses lui conservaient leur -fidélité, il vaincrait sûrement. Le Père devait donc faire cesser les -trahisons et montrer aux insulaires leur devoir; ils avaient pris un -engagement solennel devant Dieu et devant le monde. Obligé de se cacher -pour ne pas être assassiné, traqué en tous endroits pendant sept mois, -la Providence l'avait protégé au milieu de tous ces périls. Pour qui -donc avait-il ainsi exposé sa vie si ce n'était pour ses sujets? En -vendant ce qu'il possède, il pourrait s'en retourner dans son pays et -jouir tranquillement de la vie sans avoir besoin de personne. «J'ai -souffert, s'écriait-il, et je souffre encore pour vous autres. J'ai -remédié et je peux encore remédier à tout, mais l'inconstance des -peuples me paralyse.» Il espérait que Dieu aurait enfin pitié de ce -malheureux pays et qu'Il l'illuminerait pour son plus grand bien. Il -terminait en se recommandant aux bonnes prières du moine[729]. - - [729] Théodore au Père Colonna, le 27 décembre 1743: _loc. cit._ - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Neuhoff ne voulait pas s'avouer vaincu. Il n'était pas homme à se -laisser oublier ni à abandonner ses rêves et ses chimères. - -[Illustration] -THEODORUS OP STELTE. Gravure reproduite d'après le -pamphlet hollandais: «_De Dwaalende Moff of vervolg van Theodorus op -Stelten._» (Londres, British Museum.) - - - - -CHAPITRE VIII - -/# - Théodore en Toscane.--Il veut entamer des négociations avec la cour - de Turin.--Ses lettres à d'Ormea.--Dominique Rivarola.--Mann joue - double jeu.--Rivarola traite avec le gouvernement - sarde.--L'expédition de Corse décidée. - - Théodore touche une forte somme.--D'où vient l'argent?--Le comte de - la Vague.--Rivarola prépare l'expédition.--Théodore proteste. - - Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.--Mann empêche ce - départ.--Proclamation du roi de Sardaigne.--L'escadre anglaise - devant Bastia.--Bombardement.--Rivarola sous les murs de - Bastia.--Capitulation de la ville.--Les Anglais renoncent à - l'entreprise sur la Corse. - - Le roi de Sardaigne et Théodore.--Dénûment du roi de Corse.--La - cour de Vienne songe à Neuhoff.--Le projet est abandonné.--Théodore - est expulsé de Toscane. - - -I - -«Le baron Théodore, suivant ce qu'on m'assure de très bonne part, va -reparaître sur la scène sous les auspices du roi de Sardaigne.» Lorenzi -qui, à la fin d'avril 1744, donnait cette information, ajoutait que -Charles-Emmanuel III devait fournir une petite flotte à Neuhoff pour lui -permettre de reconquérir la Corse. Le grand-duc de Toscane, François de -Lorraine, entrait dans ce projet. L'aventurier se trouvait dans une -maison de campagne aux environs de Sienne et se tenait prêt à partir, -avec dix ou douze personnes qui étaient auprès de lui. Il avait reçu -mille sequins et écrivait fréquemment de longues lettres au ministre -anglais. Puis, pendant plusieurs jours, il s'était caché dans Sienne, où -deux compagnies franches du grand-duc, composées de Corses et commandées -par deux de ses parents, tenaient garnison[730]. Ces troupes se mirent -en route le 4 mai et se rendirent à Livourne. On présumait que Théodore, -sur un avis de Richecourt, devait aussi gagner le port. Il se faisait -appeler le baron de Bergheim. Son entourage l'entourait de respect. Son -air arrogant montrait qu'il était hautement protégé. Il dépensait -largement et on sut que l'argent qu'il avait lui venait du consul -anglais à Livourne[731]. - - [730] Lorenzi à Amelot, Florence, le 30 avril 1744: - Correspondance de Florence, vol. 99. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [731] Lorenzi à Amelot, Florence, le 7 mai 1744: _Ibidem_. - -Profitant de la guerre qui agitait l'Europe, les Anglais reprenaient, -avec la complicité du gouvernement sarde, leurs intrigues pour la -possession de la Corse. Mais, cette fois, ils allaient susciter un -concurrent à Théodore. - -Neuhoff avait comme ami un certain baron de Salis. Par son -intermédiaire, au commencement de 1744, il faisait des propositions au -marquis d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel III. Il s'agissait de -lever un ou plusieurs régiments corses[732]. La correspondance de -Théodore à ce sujet passait par les mains de Mann et de Villettes[733]. - - [732] Giuseppe Roberti, _Carlo Emmanuele III e la Corsica al - tempo della guerra di successione austriaca_ (Turin, 1890), p. 6. - - [733] Dans les archives d'État de Turin, on trouve quatre lettres - autographes de Théodore datées des 16 avril, 11 et 14 mai et 1er - juin 1744. Ces lettres mentionnées par M. Giuseppe Roberti, en - note dans l'ouvrage cité plus haut (p. 7), ne portent pas le nom - de la personne à qui elles étaient adressées. Il est probable que - le destinataire était Mann avec qui le baron était resté en - relations épistolaires. En effet, Neuhoff, dans celle du 15 - avril, donne des renseignements sur le fils du prétendant Stuart - que Mann avait pour mission spéciale de surveiller en Italie. - Quoi qu'il en soit, les réponses parvenaient à Théodore par - l'intermédiaire de Villettes et de Mann. - -Le 15 avril, Théodore mandait qu'il pouvait disposer de six à sept mille -hommes au moins, prêts à être dirigés sur la Corse. Il faisait demander -à l'amiral Matthews les bâtiments nécessaires pour le transport de ces -troupes. Les vingt-quatre navires anglais qui se trouvaient à -Villefranche pourraient servir à cet usage. Neuhoff marcherait à leur -tête. L'amiral devait être assuré que le roi de Sardaigne approuvait et -favorisait ce projet[734]. - - [734] Lettre de Théodore du 15 avril: _Materie militare, Levata - truppe straniere_, mazzo 2. Archives d'État de Turin. - -Il était en correspondance suivie avec le baron de Salis, mais ses -affaires n'avançaient pas. Il se plaignait de la lenteur qu'on mettait à -Turin pour prendre des décisions. Le temps pressait, car ses ennemis ne -restaient point inactifs et l'entouraient d'intrigues qui finiraient par -paralyser ses efforts. L'Espagne voulait faire proclamer Don Philippe -souverain de la Corse. Comme ce prétendant avait un parti assez puissant -dans l'île et à Gênes même, Théodore disait qu'il fallait à tout prix -écarter cette éventualité. Elle se produirait fatalement si on ne le -mettait pas à même d'aller dans le pays dissiper ces manœuvres. Il ne -comprenait rien non plus au silence des «seigneurs de Londres». Pourtant -on lui avait promis aide et assistance, mais maintenant on ne faisait -plus cas de lui et on l'abandonnait. Ses sentiments d'honneur, son -dévouement et sa fidélité, tout cela était méconnu. Cette indifférence -lui causait de la peine et il s'en _rongeait_ l'âme. Il lui fallait -trois vaisseaux entièrement à ses ordres. Les Anglais occuperaient les -ports de l'île ou se tiendraient dans le golfe de la Spezzia, tandis -qu'il marcherait sus aux Génois. Tel était son plan. «Si puis l'on -continue en Italie à être sourd, je dois m'efforcer à faire, pour -l'avenir, le muet, et me retirer du tout, laissant le champ libre à tous -mes ennemis.» Il envoyait un état des Corses servant en Italie. Il -savait les noms de chacun et les officiers qui les commandaient lui -avaient assuré qu'au premier signal ils viendraient tous se joindre à -lui. «Aucun ne restera en arrière quand il s'agira d'être à mes ordres -et moi à leur tête[735].» Les officiers ne s'engageaient pas à -grand'chose. - - [735] - État des Corses dispersés en Italie, au service du - Pape, officiers, soldats et autres, sans emplois 742 - Au service de Venise 885 - » de l'Espagne et de Naples, en Italie 911 - » de la France 409 - » du Piémont 89 - » de la Toscane 83 - » de Gênes 1.481 - ------ - 4.600 - ====== - - L'état porte un total de 4.381, ce qui est une erreur. - - Lettre de Théodore du 11 mai 1744: _loc. cit._ Archives d'État de - Turin. - -Théodore voulait obtenir du général Breitwitz un congé pour les Corses -servant dans les troupes toscanes. Cela ne devait soulever aucune -difficulté, car la cour de Vienne serait charmée de voir ces hommes -employés au service du roi de Sardaigne. Les hésitations de Turin -effrayaient le baron. Si au moins il avait eu le moyen d'envoyer -quelqu'un ou mieux d'y aller lui-même; n'ayant plus un sou, il ne -pouvait pas se mouvoir. Personne, ami ou ennemi, ne voulait plus lui -prêter, même sur gages. Il avait bien des polices de change endossées à -son ordre, mais ne sachant plus à qui se fier, voyant au surplus tous -ceux qui l'entouraient insensibles à ses demandes et ravis de le plonger -davantage dans les embarras, il devait «avaler ces pillules.». - -Si l'amiral Matthews était bien inspiré, il seconderait ses vues et -l'aiderait à châtier les Génois, qui avaient poussé les Gallispans[736] -contre l'Angleterre. «Mes fidèles et sincères remontrances se vérifient -journalièrement (_sic_) de plus en plus. Depuis l'année passée tout se -pouvait prévenir, mais que ne cause la présomption et le mépris dans ce -monde!» Si l'amiral consentait à s'entendre de bonne foi avec lui, les -affaires avanceraient plus en un mois qu'elles ne l'avaient fait pendant -deux ans sur les rapports des consuls anglais, tous jacobites et très -mal informés. - - [736] Nom donné aux troupes franco-espagnoles. - -Il en revenait à son plan. Huit jours suffisaient pour procéder à -l'embarquement de six à huit mille hommes. Il se faisait fort de prendre -la Spezzia sans difficulté. Laissant une garnison anglaise dans ce port, -il irait ensuite à la poursuite des Génois. Il avait écrit tout cela au -baron de Salis, à milord Carteret et à ses amis de Londres. Mais, dans -ces graves circonstances, il lui était cruel de ne pouvoir envoyer -personne à la cour sarde, ni s'y rendre lui-même pour traiter, faute -d'argent. Il demandait donc qu'on lui facilitât l'emprunt de cent -sequins. Il rembourserait ponctuellement cette somme dès son arrivée à -Turin, car il y avait de bons amis[737]. - - [737] Lettre de Théodore du 14 mai 1744: _loc. cit._ Archives - d'État de Turin. - - Dans sa lettre Théodore demande à son correspondant de mettre ses - amis de Londres en garde contre les agissements du chevalier de - Champigny, envoyé de l'électeur de Cologne. Il l'accuse d'être un - espion de la France--ce qui est faux--puisqu'en effet nous avons - vu que le ministre avait recommandé au résident de France à - Cologne de mettre ce chevalier d'industrie à la porte s'il se - présentait chez lui. Champigny, qui avait livré les lettres de sa - mère, continuait ses exploits à Londres, et Théodore demandait - qu'on le dénonçât en son nom. - -Le baron de Salis lui écrivit le 20 mai: «Vous aurez vu par ma lettre de -l'ordinaire dernier qu'on n'est pas content de vos manières d'agir, -surtout en réfléchissant que vous vous avisez seulement à présent de -demander un projet de capitulation, au lieu que vous auriez dû en faire -un vous-même dès le commencement. Comme vous êtes à portée de M. Mann, -qui est en correspondance avec M. de Villettes, cette voie est la plus -commode et la plus courte pour faire vos affaires. Je suis fâché d'être -hors d'état de vous rendre service[738].» - - [738] Copie d'une lettre de M. de Salis au baron Théodore de - Neuhoff, ce 20 mai 1744: _Ibidem_. - -Pour hâter les négociations, le roi de Corse écrivit directement au -marquis d'Ormea, le 24 mai. La lettre est à citer en entier, car c'est -le résumé de toutes ces intrigues et un véritable plan de campagne. - -«J'ai différé jusqu'ici à m'adresser en droiture à Votre Excellence avec -une de mes lettres, dans l'espérance de pouvoir me rendre en personne en -sa présence, ou du moins y envoyer quelqu'un de ma part, comme il lui a -plu de notifier au baron de Salis, être nécessaire pour conclure la -capitulation de la levée du régiment, mais je n'ai pu jusqu'ici, à mon -grand regret, effectuer ni l'un ni l'autre, comme j'en ai fait part en -toute confiance audit baron de Salis. Si Votre Excellence m'avait -indiqué un quartier d'assemblée, comme je l'ai demandé dans ma première -réponse faite audit de Salis en janvier passé, il s'y trouverait déjà un -nombre de mes gens à la disposition de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, -et serais déchargé, moi, en ces quartiers de quantité, qui, par zèle, -ont anticipé mes ordres pour me joindre. - -«Ayez donc la bonté, Monsieur, de m'informer de la résolution de Sa -Majesté et de lui représenter que je livrerai non seulement ces trois -bataillons, mais sept à huit mille hommes, si Sa Majesté daigne induire -l'amiral Matthews à m'envoyer à Livourne trois à quatre de ses frégates, -tant pour me conduire et m'appuyer en Corse que pour escorter, puis les -bâtiments de transport chargés de ce monde pour aller débarquer en -droiture dans le golfe de la Spezzia, duquel je me fais fort, moi à la -tête de mes gens, de me rendre maître bien vite, laissant puis garnison -anglaise dans le fort dudit lazaret de la Spezzia, étant important et -très nécessaire que la flotte anglaise soit maître (_sic_) dudit poste, -comme aussi du golfe de San Fiorenzo en Corse, pour anéantir toutes les -mesures que les Gallispans ont concertées avec Gênes. - -«Me trouvant puis débarqué à la Spezzia, je suis très assuré d'être -bientôt joint de tous les Corses dispersés en toute l'Italie et d'être -en état de pouvoir agir efficacement de concert avec les troupes de Sa -Majesté et de ses royaux alliés, contre les Gallispans et alliés, comme -de me faire livrer aussi de Gênes même tout ce qui me sera nécessaire -pour maintenir et faire subsister mes gens sans être à charge à Sa -Majesté et à ses alliés; mais dans ma situation suscitée par ce cruel -ennemi de Gênes, je me trouve obligé à faire instance d'une petite -avance à pouvoir assister et attirer certains de mes gens des plus -accablés; laquelle avance, je prie Votre Excellence de vouloir bien me -procurer de Sa Majesté, et de me le remettre à Florence à M. le -chevalier Mann, ministre résident de Sa Majesté Britannique en Toscane, -sous le couvert duquel et à l'adresse de Van Haagen daignez me donner un -mot de réponse. Interposez donc tous vos bons offices auprès de Sa -Majesté, pour qu'elle me fasse la grâce de faire savoir à l'amiral -Matthews de m'assister sans perte de temps avec trois à quatre frégates -pour la susdite expédition, laquelle au péril de ma vie propre et de mes -fidèles s'effectuera certainement à la satisfaction et avantage de Sa -Majesté le Roi de Sardaigne et de ses royaux alliés, pour lesquels je -n'ai rien de plus à cœur que de me sacrifier pour mériter l'honneur de -leurs bonnes grâces et haut appui. - -«Votre Excellence me permette enfin de lui recommander mes intérêts, -lesquels avec mon dessein je lui remets à sa bonne direction la priant -d'être convaincue qu'elle ne se repentira jamais de s'être bien voulu -employer pour moi, et qu'elle me trouvera toujours avec un attachement -des plus sincères, tout dévoué à Elle. - - «TEODORO. - - «Votre Excellence m'obligera aussi de présenter à Sa Majesté mes - assurances de mon respectueux et inviolable attachement pour Sa - Royale Personne et royaux intérêts. - - «Ce 14 mai 1744[739].» - - [739] Lettre autographe de Théodore au marquis d'Ormea, le 24 mai - 1744: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.--Cette lettre a été - citée en partie par M. Giuseppe Roberti dans son étude, p. 7-8. - -Théodore n'oubliait rien: les préambules diplomatiques, le plan des -opérations militaires, la petite avance, ses respects et ses -protestations dévouées pour Charles-Emmanuel. - -Quelques jours plus tard, il écrivit encore à d'Ormea. Pensant que -l'officier qu'il avait désigné pour aller négocier en son nom à Turin -tarderait à revenir de Corse, il avait expédié son secrétaire à Vérone -et à Brescia pour remettre ses instructions au comte Marc-Antoine -Giappiconi, colonel d'un régiment au service de Venise. Il ordonnait à -ce colonel de se rendre sans tarder et en secret à Turin, avec son -frère, pour traiter avec d'Ormea et lui faire signer la capitulation. -Les frères Giappiconi étaient fidèles et zélés; ils avaient de nombreux -amis en Corse. Le choix qu'il en faisait pour plénipotentiaires serait -certainement agréé par le ministre. Ils avaient pleins pouvoirs pour -conclure. - -Marc-Antoine Giappiconi avait accepté le commandement du régiment qu'on -devait lever. Le baron priait donc d'Ormea de le faire nommer -général-major par Sa Majesté ou, à défaut, son frère. Leurs longs -services, leurs mérites personnels, leur attachement, autorisaient cette -faveur. Ils avaient refusé les offres les plus brillantes en France et -en Espagne pour ne pas abandonner leur roi. «Votre Excellence s'assure -de mon attention à composer ce régiment de l'élite de mes gens.» Et il -terminait en rappelant au ministre sa lettre du 24 mai[740]. - - [740] Lettre autographe de Théodore à d'Ormea, le 5 juin 1744: - Bibliothèque municipale de Turin. Collection d'autographes - Cossilla.--Cette lettre, mentionnée en note par M. Giuseppe - Roberti (p. 8), se trouve également en copie aux archives d'État, - _Materie militare, Levata truppe straniere_, mazzo 2. - -Je ne sais si le fait d'être dévoué aux intérêts de Théodore était une -recommandation pour d'Ormea. Mais, ce qu'il y a de certain, c'est qu'à -Turin on avait sérieusement songé à se servir de lui pour mener les -intrigues destinées à s'emparer de la Corse. Pour quel motif fut-il -écarté? On peut supposer que ce fut à cause de ses exigences -financières. Il demandait toujours de l'argent! - -Sur les conseils de Mann, le ministre allait mettre Neuhoff de côté et -traiter avec un concurrent: Dominique Rivarola, l'intrigant agent des -révoltés en Italie; celui-là même qui avait essayé de s'aboucher avec -les Génois moyennant une honnête récompense. Et s'il n'avait pas trahi -ses amis alors, c'est qu'il ne s'était pas entendu avec la république -sur la somme. - -Mann s'intéressait beaucoup aux affaires de Corse; il désirait la voir -enlever aux Génois en faveur des Anglais et de leurs alliés les Sardes. -Il s'employait avec zèle à ce dessein. Aussi, après avoir plus ou moins -conspiré avec Théodore et après avoir vu que celui-ci n'était pas -l'homme de la besogne, avait-il jeté les yeux sur un autre, tout en -conservant des relations avec le baron. Les courriers du roi de -Sardaigne, qui allaient à Rome, passaient par Florence, justement dans -la rue où demeurait Mann. Celui-ci en profitait pour correspondre sans -danger avec Villettes et pour recevoir les instructions de Son -Excellence le marquis d'Ormea. «Je me ferai, disait-il, un devoir en -toute occasion d'obéir aux ordres dont Elle m'honorera, bien persuadé -que rien n'est plus capable de m'attirer l'approbation du roi, mon -maître, que de m'employer utilement, si je puis, pour le service de Sa -Majesté sarde dont les intérêts sont si unis aux siens.» Mann avait -communiqué à un de ses amis ce qu'on disait à Turin sur «l'auteur des -propositions» (Rivarola). On devait l'engager à venir à Florence. -Jusqu'à présent le résident et son ami n'avaient pas jugé à propos de -«lui donner la moindre connaissance de l'affaire», mais puisque les -offres étaient acceptées en principe, on ne se trouvait plus tenu à la -même réserve. Mann voulait lui persuader d'aller à Turin. «C'est -assurément le plus sage parti. On réglera plus de choses avec lui en -personne en deux jours, qu'on ne ferait dans un mois par lettres, outre -qu'en traitant avec lui, les ministres du roi de Sardaigne pourront -mieux juger de sa capacité et de ce qu'il est en état de faire.» -Rivarola avait été présenté à Mann par le général Breitwitz. Ce dernier -désirait n'être nommé qu'à d'Ormea; car la cour de Vienne et le -grand-duc pourraient prendre ombrage de le voir s'occuper de cette -entreprise sans leur participation. Le général affirmait qu'il serait -approuvé par ses maîtres, s'il les mettait au courant; seulement, il les -laissait dans l'ignorance. Breitwitz, quelques années auparavant, -s'était fait l'intermédiaire de propositions semblables auprès de -Marie-Thérèse; mais celle-ci n'y avait pas prêté attention. Mann avait -en mains l'écrit original signé par «l'auteur» et scellé de ses armes, -contenant ses projets et les conditions où ils pourraient être réalisés. -Il n'avait pas envoyé cet écrit à Turin, de crainte qu'il ne vînt à -s'égarer ou à être intercepté, mais il le tenait à la disposition des -ministres sardes. «Je souhaite ardemment que le succès de cette affaire -réponde à l'attente de vos amis», disait-il à Villettes. - -«Je vous ai envoyé, continuait-il, par le dernier ordinaire, une lettre -de mon correspondant secret--il s'agit de Théodore--à M. le marquis -d'Ormea. Dans une autre qu'il m'a écrite en m'en envoyant une pour -l'amiral, il me dit: _A la fin, M. l'amiral a eu ordre de m'assister et -de m'appuyer_. Je ne puis rien dire de ce fait jusqu'à ce que l'amiral -l'explique. Je suis toujours obligé de répondre au grand nombre de -lettres qu'il continue de m'écrire, mais je le fais toujours en termes -généraux, en lui disant que je n'ai point reçu d'instructions sur ses -affaires, ni aucune réponse de votre part ni de l'amiral; cependant -cette méthode ne mettra jamais fin à notre correspondance.» Mann tenait -à ce que le baron de Salis ne fût pas informé de ce qu'il disait sur -Neuhoff, ce personnage étant absolument prévenu en faveur de -l'aventurier. Cet engouement l'étonnait et le fils Salis en était aussi -surpris que lui. «Il a peut-être des raisons que nous ignorons[741].» - - [741] Traduction d'une lettre de M. Mann à M. de Villettes, - écrite de Florence, le 30 mai 1744: _loc. cit._, mazzo 2. - Archives d'État de Turin. - -Cette dernière phrase pouvait s'appliquer à Mann lui-même. Quelles -étaient les raisons qui l'obligeaient à continuer de correspondre avec -Théodore? Pourquoi n'avait-il pas déjà rompu avec un homme qui pouvait -le compromettre, sur lequel on ne devait pas compter et qu'il qualifiera -lui-même de dangereux? Quand on a commencé à se commettre avec de -certaines gens, on est pris dans un engrenage dont il est difficile de -sortir. On les a vus mystérieusement; on a prêté l'oreille à leurs -discours; on a écouté, sans se fâcher, des propositions louches; on a -pensé en tirer parti; les relations se sont nouées; on pensait être -toujours à temps de les cesser lorsqu'elles deviendraient trop -compromettantes; on leur a écrit; on leur a donné de l'argent: ils vous -tiennent. Neuhoff avait causé, à Londres, avec lord Carteret, qui était -entré dans ses combinaisons. A Florence, Mann crut faire de la -diplomatie en voyant l'aventurier; il ne fut que le complice de ses -manœuvres malhonnêtes, car en somme, tout se résumait pour Théodore à -se procurer de l'argent. Une fois pris, le résident ne pouvait plus se -libérer. Il craignait peut-être que le roi de Corse n'en vînt à dévoiler -des choses qu'on ne tient généralement pas à voir étalées au grand jour. -Il le ménageait. Ou bien, en diplomate rusé, le gardait-il sous la main -pour en faire peur aux alliés de son maître, si ceux-ci ne voulaient pas -faire bonne part dans les profits qu'on se promettait. - -Quoi qu'il en soit, les affaires de Rivarola prenaient bonne tournure. -La Corse était une proie tentante! - -Breitwitz avait fait venir Rivarola à Florence et Mann avait eu une -conférence avec lui. Il était disposé à aller à Turin pour traiter. Il -se faisait fort de lever le corps de troupes nécessaire pour -l'expédition. Le ministre anglais disait: «J'avoue qu'au premier coup -d'œil, à voir son âge et sa figure, il ne m'a point paru fort propre à -faire réussir une pareille entreprise; mais après plusieurs -conversations que j'ai eues avec lui, et par les informations que j'ai -prises sur son compte, j'ai trouvé que c'était un homme fort accrédité -en Corse, et celui de tous les chefs auquel les mécontents de cette île -s'adressent le plus volontiers.» Les Génois l'avaient toujours opprimé, -ses biens dans l'île--où sa femme se trouvait encore--étaient confisqués -et il avait mené pendant plusieurs années sur le continent une existence -misérable. Mann l'interrogea sur ses aptitudes à commander un régiment. -Il répondit «naïvement» qu'il n'avait pas beaucoup d'expérience pour -conduire des troupes régulières. Mais il avait passé une grande partie -de sa vie les armes à la main et, pour suppléer à son manque de -capacités, il demanda que le roi de Sardaigne nommât un major qui serait -à la tête du régiment et des officiers pour maintenir la discipline. On -ne devait pas oublier que les insulaires n'obéiraient qu'à un chef de la -nation. - -Breitwitz avait eu aussi d'excellentes références sur Rivarola. Il en -parla à Mann en ces termes: «C'est un homme qui a grand crédit en Corse. -Il ne tiendra qu'à lui de faire venir la plus grande partie des Corses -qui sont au service de la république de Gênes à celui de Sa Majesté le -Roi de Sardaigne, ce qui ferait un double effet.» Et le général pensait -que la cour de Vienne et le grand-duc ne soulèveraient aucune difficulté -pour permettre aux insulaires qui se trouvaient dans les deux compagnies -toscanes de passer dans ce nouveau régiment. Selon Mann, il y avait un -officier, Joseph Costa, et soixante soldats corses. - -Rivarola était pauvre; ses malheurs et son long exil avaient délabré ses -affaires. Il demanda donc que ses frais de voyage à Turin lui fussent -payés. Mann, trouvant cette requête justifiée, suppliait Villettes -d'arranger la chose--toujours la petite avance! Il est vrai qu'on aurait -difficilement trouvé un homme qui eût une situation honorable et assurée -pour se lancer dans une entreprise à la Théodore! Rivarola, d'ailleurs, -n'attendait pour partir que l'arrivée de son fils et les habits, «qui -autant que j'en puis juger, disait Mann, ne feront pas une brillante -figure. Il m'a dit qu'il voulait se faire faire un habit avant de se -présenter à M. le marquis d'Ormea. J'ai tâché de l'en dissuader, -l'assurant que ce ministre ne jugera pas de lui par la façon dont il -sera mis.» Le résident s'en remettait entièrement à son collègue de -Turin pour régler les conférences que d'Ormea devait avoir avec -Rivarola. Ce dernier voyagerait sous le nom de Dominique Santini. - -Mann avait connu par Villettes l'épître de Théodore à d'Ormea. Il -n'était surpris, ni de son contenu, ni de la manière dont elle avait été -reçue. Neuhoff n'était pas satisfait; la lettre du baron de Salis[742], -que Mann lui avait transmise, l'avait fortement piqué. «Je ne répondrai -nullement, disait-il, ne me mettant en nulle peine pour son contenu si -peu digéré, étant d'ailleurs sûr que votre ministère traite cette -affaire. Enfin les réponses de Turin en décideront en huit jours et si -l'on a changé de sentiment, patience! j'en serai pour les faux frais. -Mon secrétaire est parti dimanche passé.--Voilà la substance de sa -lettre, écrivait Mann. Je vous disais dans ma dernière, qu'il avait fait -partir son secrétaire, circonstance qui ne peut que déplaire. J'avoue -néanmoins qu'il ne me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude; -car, quoique ses propositions soient mal digérées et qu'il ne paraisse -pas probable qu'elles puissent mener à rien, et quoiqu'il n'y ait -peut-être pas beaucoup de fond à faire sur ce qu'il dit des grandes -dépenses qu'il prétend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on -continue à le bercer de vaines espérances. Quant aux affaires de Corse, -je sais qu'il y a encore un parti considérable dans cette île, qui le -recevrait avec beaucoup d'empressement s'il y paraissait avec quelque -secours réel. Mais il les a trompés si souvent, qu'ils ne se fient plus -à ses promesses. J'apprends cependant que ce parti est résolu de lui -rester fidèle encore quelques mois, et si après ce temps-là, ils -s'aperçoivent qu'il n'est pas réellement soutenu, ils l'abandonneront à -coup sûr, sans pourtant se soumettre aux Génois.» - - [742] J'en ai donné le texte plus haut. Mann avait envoyé une - copie de cette lettre à Villettes. - -Mann avait appris que Barckley, commandant du _Revenger_, qui avait -amené Théodore d'Angleterre en Italie, s'était informé avec soin où se -trouvait son ex-passager. Le capitaine déclarait que s'il pouvait -découvrir sa retraite, soit en Toscane, soit à Rome, il irait le trouver -en personne. Un individu, qui avait entendu ce propos, l'avait écrit à -Théodore. Celui-ci s'était empressé de transmettre cette lettre à Mann. -Le ministre ne savait pas pourquoi Barckley tenait tant à voir le -personnage; mais il était étonnant qu'il ne se fût pas adressé à lui, -car il aurait pu donner des nouvelles de l'aventurier. - -Tandis que Mann écrivait, Rivarola était revenu chez lui pour le -prévenir qu'il avait dépêché un homme à Sienne afin de ramener son -fils. En faisant la plus grande diligence, ils ne pourraient être à -Turin que le 15 juin. Rivarola avait fait des frais; Villettes devait -donc obtenir qu'il fût indemnisé aussitôt arrivé. Mais à la réflexion, -Mann pensa qu'il valait mieux que Rivarola n'attendît pas son fils, car -ce serait perdre un temps précieux. On lui avait trouvé comme compagnon -de route un «jeune homme discret» et capable, nommé Charles Testori. Ils -partiraient le lendemain matin, 8 juin, à la première heure[743]. - - [743] Traduction d'une lettre de M. Mann à M. de Villettes, du 7 - juin 1744: _loc. cit._ Archives d'État de Turin. - - M. Giuseppe Roberti a cité en partie cette lettre dans son étude, - p. 9. - -Ces détails que Mann donnait à son collègue Villettes étaient destinés à -passer sous les yeux de d'Ormea. Il agitait en conséquence le spectre de -Théodore et le parti considérable que celui-ci avait en Corse afin de -maintenir le ministre sarde dans le droit chemin, c'est-à-dire dans de -bonnes dispositions pour l'Angleterre. Mann jouait double jeu, et, s'il -n'approuvait pas qu'on amusât Théodore, il n'avait qu'à se dégager -vis-à-vis de lui. Au contraire, il continuera, pendant longtemps encore, -une correspondance qu'aucune utilité apparente ne justifiait. - -Arrivé à Turin, Rivarola trouva toutes choses préparées. Le 11 juillet, -la capitulation pour la levée d'un régiment d'infanterie corse fut -signée. Charles-Emmanuel conféra, le 1er août, le titre de colonel de ce -nouveau régiment à Rivarola avec un traitement annuel de trois mille -sept cent vingt livres de Piémont et une pension de douze cent -quatre-vingts livres à partir du jour où il aurait formé les deux -premiers bataillons[744]. - - [744] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 10. - -Rivarola avait donc supplanté son roi. - - «La Savoie et son duc sont pleins de précipices»[745]. - - [745] Victor Hugo, _Ruy-Blas_. - -D'Ormea était un de ces précipices; Théodore était tombé dedans. - - -II - -Théodore continuait à vivre aux environs de Sienne, en s'entourant -d'ombre et de mystère. Cette retraite sûre lui avait été procurée par -Richecourt. Il dépensait largement. Le gouverneur de Sienne lui faisait -de fréquentes visites, et ce fonctionnaire trouvait très mauvais qu'on -cherchât à avoir des nouvelles de l'aventurier. Lorenzi croyait pouvoir -affirmer que Richecourt et le frère de celui-ci, qui était au service du -roi de Sardaigne, intriguaient fortement en faveur de Neuhoff[746]. - - [746] Lorenzi à Amelot, Florence, le 11 juin 1744: Correspondance - de Florence, vol. 99. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Au commencement de juillet, Théodore alla demeurer à Terrazano chez un -certain Adrien Franchi. Il payait cinq sequins par mois pour le mobilier -et le linge. Son secrétaire était, disait-on, revenu de Venise, en -annonçant l'arrivée prochaine de deux officiers avec une forte somme, -mais on ne savait pas quel était le souverain qui devait la lui donner. -Sur cet avis, le baron avait commandé douze habits de chevalier. -Voulait-il éclipser Rivarola? Mais cette commande avait été faite si -mystérieusement qu'on ne savait au juste si ces habits étaient tous -pareils ou de couleurs différentes[747]. - - [747] Viale au Sérénissime Collège avec la copie d'une lettre de - Sienne du 6 juillet 1744. Florence, le 7 juillet 1744: _loc. - cit._ Archives d'État de Gênes. Archives secrètes.--Lorenzi à - Amelot, Florence, le 7 juillet 1744: Correspondance de Florence, - vol. 100. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Ce renseignement important fut communiqué dans les formes aux -inquisiteurs qui le prirent en considération parce qu'il concernait cet -individu «qui troublait tellement la quiétude du gouvernement»[748]. - - [748] Délibération des inquisiteurs d'État du 12 juillet 1744, - prise à la suite de la lettre de Viale du 7 juillet: _loc. cit._ - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Les uniformes commandés par Théodore ne causaient certainement pas à eux -seuls l'inquiétude du Sérénissime Collège. Une autre question -préoccupait, sans doute, davantage les Génois. On apprit en effet que le -baron avait réellement touché des fonds[749]. - - [749] Lorenzi à Amelot, 19 juillet 1744: Correspondance de - Florence, vol. 100. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Dans la vie mouvementée de Théodore la question de savoir qui lui -donnait de l'argent se pose avec une irritante persistance. Il y avait -là des compromissions qu'il serait curieux de mettre au jour, mais dont -on ne peut avoir la preuve absolue. Certains services--le silence -surtout--se payent de la main à la main. On ne fait pas signer de reçus -aux maîtres chanteurs. Pendant plusieurs mois le baron ne fit pas parler -de lui. Mann n'écrivait plus rien à son sujet. Quand il avait quelque -argent devant lui, Neuhoff restait coi, ne cherchant qu'à se cacher. -Lorsque la disette venait, il sortait de sa tanière et harcelait tout le -monde de ses plaintes et de ses récriminations. Il faisait si bien le -mort qu'on le disait gravement malade sans espoir de guérison[750]. Si -les Génois préparèrent des illuminations, ils en furent pour leurs -frais. Théodore ne devait pas encore mourir. Il avait tout simplement -une légère attaque de goutte, dont il fut vite remis. - - [750] Lettre du consul de Gênes à Livourne, du 28 octobre 1744, - au Sérénissime Collège: _Ribellione di Corsica_, filza 14/3012. - Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Il circulait à Florence un manifeste des Corses, proclamant leur -fidélité absolue au baron de Neuhoff, le roi qu'ils avaient élu. On -n'attribuait pas grande importance à cette pièce, car on la disait -fabriquée par les insulaires réfugiés en Toscane[751]. - - [751] Cette pièce est datée de Corte, le 11 juin 1744. Elle fut - communiquée par Lorenzi, le 12 août: Correspondance de Gênes, - vol. 116. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Au mois de septembre, un vaisseau hollandais venant de Tunis arriva à -Livourne. Un personnage mystérieux se trouvait à bord. Cet individu se -faisait appeler le comte de la Vague. Il avait cinquante ans environ; il -était petit et laid. Se doutant qu'on le guettait à terre, il déclara -qu'il ferait la quarantaine sur le navire. Le gouverneur exigea son -débarquement, mais il refusa de se conformer à cet ordre. Le capitaine -le fit mettre de force dans une chaloupe et conduire au lazaret. A peine -avait-il mis pied à terre que huit grenadiers l'arrêtèrent et le -conduisirent sur le champ dans la citadelle. Le personnage qui se -cachait sous le pseudonyme de la Vague n'était autre que Beaujeu. Il -avait fait un traité à Tunis au sujet de la Corse. La comédie de 1736 -allait-elle recommencer? Les Corses ont bien manqué de devenir -musulmans. Beaujeu avait été incarcéré à la demande de la cour de Turin. -Charles-Emmanuel n'admettait pas de compétiteur. L'aventurier fut mis au -secret le plus absolu et resta en prison jusqu'à sa mort. - -Beaujeu avait été dénoncé par son secrétaire. Celui-ci était un moine -défroqué, qui se faisait appeler Drakselts et qui, pour se ménager des -protections dans le but de se réconcilier avec l'Église, avait livré à -d'Ormea tous les papiers de Beaujeu. Parmi eux se trouvaient les traités -passés à Constantinople et à Tunis pour faire prendre le turban aux -Corses[752]. - - [752] Voir chapitre VI. - -Revenu en Toscane, Rivarola s'occupait de former son régiment. Il -attisait la révolte en Corse, en se maintenant en relations suivies avec -les chefs auxquels il promettait--comme Théodore--l'aide d'une -puissance[753]. Cette fois-ci, la promesse n'était pas un mensonge. - - [753] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 10. - -Pendant ce temps-là, Théodore mangeait son argent. Il le dépensait même -si bien qu'au mois de décembre il ne lui en restait plus. Son -propriétaire, furieux de n'être pas payé, montrait les dents. Le roi, à -défaut de monnaie, lui donnait de belles assurances. Un personnage -devait lui apporter des fonds et il avait recommandé au maître de la -poste d'introduire cet intéressant visiteur aussitôt son arrivée. On y -est toujours pour les gens qui ont de l'argent à vous remettre. Il -avait une petite cour: le comte Poggi, un secrétaire, un camérier, deux -domestiques et une cuisinière. Un fournisseur s'était fait remettre ses -bagages en garantie de son dû, mais, sur l'ordre du Conseil de Régence, -le créancier avait rendu les hardes[754]. - - [754] Viale au Sérénissime Collège, le 8 décembre 1744: _loc. - cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Les jeunes nobles de Sienne se moquaient de Théodore. Celui-ci, très -sensible aux quolibets, parlait de pourfendre cette jeunesse peu -respectueuse. Il préféra s'en aller. Il prit logement à Radicondoli, à -cinq milles de Volterra, chez un pauvre habitant. Un peu d'argent lui -était arrivé: il avait reçu plusieurs personnes à sa table. Il envoyait -mystérieusement des émissaires en différents endroits, et, à son -ordinaire, il écrivait toujours[755]. - - [755] Viale au Sérénissime Collège, les 15 décembre 1744 et 12 - janvier 1745: _Ibidem_. - -Pendant six mois le baron vécut sans tapage. Au mois de juin 1745, il -s'avisa que les démarches de Rivarola pourraient lui faire du tort. Il -se plaignit amèrement; il ne devait plus avoir un sou. Il écrivit au -marquis d'Ormea. Il se permettait de s'adresser en toute confiance à Son -Excellence, pour savoir si réellement le roi de Sardaigne avait autorisé -Dominique Rivarola à insinuer aux insulaires qu'il allait leur envoyer -des troupes pour les délivrer de la tyrannie génoise, à condition qu'ils -reconnussent Sa Majesté comme souverain légitime. Ce Rivarola était bien -connu en Italie et en Corse pour avoir fait, à différentes reprises, des -propositions malhonnêtes aux mécontents au nom de la France, de -l'Espagne, de Massa, de Modène, du feu prince Octavien de Médicis et -même de Ragoczy. Toutes ces intrigues étaient nouées dans un but -d'ambition personnelle. Au lieu d'apporter le bonheur, elles ne -favorisaient que la désunion et des «homicides énormes» pour le plus -grand avantage des Génois. «Votre Excellence daigne donc imposer silence -à cet homme inquiet et variable et me confier à moi les royales -intentions de Sa Majesté, auxquelles je me conformerai pour la -convaincre de mon attachement inviolable pour ses royaux intérêts et -ceux de ses hauts alliés.» - -Théodore rappelait ensuite à d'Ormea la lettre qu'il lui avait écrite -l'année précédente, «touchant la levée du régiment que M. de Salis lui -proposa de sa part». En attendant les instructions de Son Excellence, il -n'avait épargné ni peines ni dépenses. La capitulation signée avec -Rivarola lui causait un grand préjudice. Il résumait son plan et ses -idées sur l'expédition qu'il avait en vue. Il demandait une réponse sous -le couvert de M. Mann. Si le ministre le désirait, il irait lui-même -incognito à Turin sous le nom de baron de Haagen. Il aurait fait ce -voyage l'année précédente s'il en avait eu les moyens. Il terminait en -disant qu'on n'aurait jamais à se repentir de s'être intéressé à lui ni -d'avoir appuyé ses desseins[756]. - - [756] Théodore au marquis d'Ormea, le 4 juin 1745: _Materie - militare, Levata truppe straniere_, mazzo 2. Archives d'État de - Turin.--Cette lettre a été citée par M. Giuseppe Roberti, _op. - cit._, p. 11. - -Malheureusement lorsque Théodore écrivait, d'Ormea était mort[757]. Son -successeur pour les affaires extérieures, le marquis de Gorzegno, -continuera les intrigues relatives à la Corse. - - [757] D'Ormea mourut le 24 mai. Théodore pouvait donc ignorer cet - événement lorsqu'il écrivait le 4 juin. Le marquis d'Argenson - écrivait le 4 mai à Lorenzi: «On nous assure que le marquis - d'Ormea se meurt. Je rabaterois beaucoup de son habileté s'il - n'avait pas su connaître ce qu'est le baron de Neuhoff. On ne l'a - jamais regardé ici que comme un misérable et un poltron incapable - de soutenir le rôle d'aventurier qu'il a voulu jouer»: - Correspondance de Florence, vol. 101. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Mann avait été chargé de représenter temporairement le roi de Sardaigne -à Florence; il favorisait ces intrigues de tout cœur. Théodore -l'accablait toujours de demandes d'argent. Le diplomate trouvait -décidément que c'était un «homme dangereux et sans fondement»[758]. - - [758] Lettre de Mann au marquis de Gorzegno, du 27 juillet 1745, - citée par M. Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 11. - -Le 5 juillet, un nommé Paul-François Sarri, de Bastia, capitaine du -régiment corse au service du Piémont, et un certain docteur, Ange de -Bonis, d'origine corse, arrivèrent à Turin. Dans la nuit du 5 au 6, ils -furent reçus par Charles-Emmanuel auquel ils présentèrent un projet -d'expédition en Corse. Le roi soumit ce projet au comte de -Saint-Laurent, qui eut pour mission spéciale de s'entendre à ce sujet -avec Villettes. Saint-Laurent conseilla d'avoir tout au moins l'appui -apparent des alliés, «pour ne pas faire retomber toute la haine sur le -roi en cas que le projet ne réussît pas». On se méfiait, à Turin, du -grand-duc de Toscane, que l'on supposait être favorable à Théodore. -Saint-Laurent eut, le 21 septembre, une conférence avec le ministre -anglais. Villettes trouvait l'expédition «très aisée et utile à la cause -commune». Comme le fait très bien remarquer M. Giuseppe Roberti, auquel -j'emprunte ces détails, l'anglais voyait surtout dans cette entreprise -l'intérêt du commerce de sa nation[759]. «Son sentiment est que l'on -commence cette affaire par protéger ouvertement les Corses pour les -mettre en leur pleine liberté, moyennant qu'ils laissent tous leurs -ports francs pour le commerce général avec des franchises particulières -pour celui des puissances alliées. Après cela, le coup réussissant, -comme il n'en doute point, l'on portera les Corses à se soumettre de -plein gré au roi, lorsqu'on démêlera la fusée: disant qu'il ne convient -pas de faire, pour à présent, envisager cette expédition comme une -conquête pour le roi à la cour de Vienne, qui pourrait en faire un grand -cas pour un équivalent ou autres prétentions ailleurs[760].» Rivarola, -dans la coulisse, tenait tous les fils de cette intrigue. Son plan était -à peu près le même que celui de Neuhoff. L'affaire se préparait. - - [759] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 11 à 14. - - [760] Relation d'une conférence que le comte de Saint-Laurent a - eue avec M. de Villettes, à Turin, le 21 septembre 1745: - _Negoziazioni colla Corsica. Materie politiche_, mazzo 1. - Archives d'État de Turin.--Citée par M. Giuseppe Roberti, _op. - cit._, p. 14. - -Pendant ce temps-là, Théodore intriguait à Londres. Il y avait deux -amis, «Messieurs Salwey», qui habitaient Leadenhall-street. Le baron -leur écrivit le 9 septembre 1745. Cette lettre, banale en apparence, -mérite cependant l'attention. Elle montre que l'aventurier se croyait, -par des relations antérieures et sans doute par des promesses, autorisé -à écrire à tous les personnages anglais, pour les entretenir de ses -affaires. - -«A quoi dois-je attribuer, mes chers Messieurs Salwey, votre silence, -lequel je vous proteste de m'être d'une très sensible mortification. -Nonobstant, je me flatte de votre amitié que vous continuez à prendre -mes affaires à cœur. Dans cette pleine confiance, je viens par cette -[lettre] vous prier de vouloir bien passer chez Milord Carteret, le -saluer distinctement de ma part et le prier de me faire savoir, sans -déguisement, si je puis espérer de Sa Majesté Britannique et de votre -nation, l'assistance si nécessaire pour pouvoir repasser auprès de mes -fidèles et m'opposer aux vues des Gallispans; même y étant, je puis -assurer de les anéantir et de mettre ensemble un corps de dix à douze -mille hommes à faire une bonne diversion aux ennemis en terre ferme, en -me procurant à cet effet les bâtiments de transport escortés par des -vaisseaux de guerre. J'en ai écrit plusieurs fois à Milord Harrington, -mais n'ai la satisfaction de recevoir un mot de réponse, ni le ministre -de Sa Majesté Britannique à Florence, M. le chevalier Mann, qui a eu la -bonté d'en écrire au duc de Newcastle et à Milord Harrington, mais ne -reçoit sur ce chapitre aucune réponse. Jugez de mes embarras mortels, -environné par ici de tant d'émissaires, lesquels me détournent tout. -Recommandez donc mes intérêts à Milord Carteret et à Milord Vinchelsea -et procurez des ordres à l'amiral Rowley pour m'assister. Certainement, -si l'on m'avait appuyé, les affaires en ces quartiers ne seraient pas -dans cette présente extrémité. Et donnez-moi de vos chères nouvelles -sous le couvert de M. le chevalier Mann, ministre de Sa Majesté -Britannique à Florence et pressez vivement une résolution favorable, car -il n'y a pas de temps à perdre, si l'on veut remédier aux affaires de -ces quartiers très dérangés comme vous serez bien informés. - -«J'ai aussi écrit deux fois à Milord duc de Newcastle, mais n'ai la -satisfaction de recevoir un mot de réponse; faites-m'en savoir la raison -sans déguisement. - -«Vous aurez su que dans ces dix-huit mois j'ai été emprisonné trois fois -et quatre mois passés, j'ai essuyé le cartel de quatre infâmes qui -étaient envoyés pour m'assassiner dans ma maison. Je les désarmai et, -par la fenêtre, ils se sauvèrent. D'où depuis, il me reste un -tremblement dans la main qu'à peine puis-je écrire[761].» - - [761] Cette lettre, datée du 9 septembre 1745, est signée Haagen. - Une note mise après la signature porte: «C'est un nom que - Théodore a pris.» Nous avons vu en effet que c'était un de ses - pseudonymes. Correspondance de Gênes, vol. 119. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -On ne trouve trace nulle part, ni de ce triple emprisonnement, ni de cet -attentat. Théodore voulait sans doute attendrir ses correspondants. Je -ne sais non plus ce qu'étaient ces Messieurs Salwey, qui avaient accès -auprès de lord Carteret. Si les hommes politiques anglais rejetaient -maintenant l'aventurier comme un individu dont on ne peut rien attendre -et lui faisaient faire quelques aumônes pour qu'il restât tranquille, il -n'en est pas moins vrai qu'ils avaient écouté ses propositions et -avaient favorisé ses desseins. Le silence obstiné qu'ils gardaient, même -vis-à-vis de Mann, prouverait leur complicité dans les combinaisons du -baron, si cette preuve avait besoin d'être faite. Quand on n'a rien à se -reprocher, on peut toujours se débarrasser d'un agent taré. Il valait -mieux pour la dignité des nobles lords que Neuhoff ne parlât pas; c'est -pour cela qu'ils ne pouvaient pas rompre bruyamment avec lui. - - -III - -Au milieu de septembre, Lorenzi mandait que Théodore était sur le point -de quitter sa retraite; on disait qu'il allait s'embarquer pour la -Corse. Il avait avec lui un lorrain, inspecteur de la douane de Sienne. -Le baron et son compagnon devaient voyager la nuit et on croyait que le -retard apporté dans ce départ ne venait «que de la peur qu'il (Théodore) -a à recommencer sa scène»[762]. Assurément, il n'était pas brave. Il -n'avait aucune vocation pour donner ou recevoir des coups. Néanmoins, on -pouvait encore le faire marcher pour un peu d'argent. Sa royauté -retombait parfois lourdement sur ses épaules. Pour avoir le pain -quotidien, il lui fallait jouer le rôle de roi, c'est-à-dire accomplir -un semblant d'action. Et s'il songeait encore en 1745 à partir pour la -Corse, c'est qu'il était poussé par quelqu'un; je veux dire payé. Les -alliés anglo-sardes n'avaient pas tout à fait tort de se méfier du -grand-duc François. Ce prince était bien capable de ressusciter une -nouvelle fois Théodore pour le faire servir à son ambition. L'aventurier -jouissait en Toscane de la protection évidente des autorités--on l'a vu. -Son compagnon de route était lorrain--un fonctionnaire. Tout cela permet -de supposer que si le pantin se remuait encore, c'est que François en -tenait les fils. - - [762] Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, les 16 et 23 - septembre 1745: Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du - Ministère des affaires étrangères. - -Théodore quitta Sienne le 23 avec quatre chaises. Il s'arrêta à Florence -pour conférer avec Mann[763], puis il arriva à Livourne, où il commença -par se cacher. Le 6 octobre, il alla demeurer dans une maison de -campagne appartenant à un négociant anglais, agent de la flotte. Il -devait s'embarquer sur un vaisseau de guerre, dont le départ pour la -Corse aurait lieu au premier bon vent. Des officiers de la marine -britannique étaient allés trouver Mann à Florence pour lui demander -s'il avait des instructions relativement à Théodore, car celui-ci -affirmait que tout était arrangé entre lui et le résident. Ce dernier -répondit qu'il ne savait rien[764]. Néanmoins, on persistait à croire -que Neuhoff se rendait en Corse avec Rivarola et les autres chefs de -l'expédition et on disait que le départ avait eu lieu[765]. Cette -nouvelle faisait dire à d'Argenson que «le passage du baron de Neuhoff -en Corse, s'il a réellement lieu, sera une pauvre ressource pour le roi -de Sardaigne»[766]. - - [763] Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, le 30 septembre - 1745: _Ibidem_. - - [764] Lorenzi à d'Argenson, Florence, les 14 et 21 octobre 1745: - Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des - Affaires Étrangères. - - [765] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 28 octobre 1745: - _Ibidem_. - - [766] D'Argenson à Lorenzi, Versailles, le 2 novembre 1745: - _Ibidem_. - -Rivarola et ses compagnons--ses complices pourrait-on dire--étaient -effectivement partis sur un bâtiment anglais pour aller conquérir la -Corse au profit de Charles-Emmanuel, mais Théodore ne se trouvait pas -parmi les conquérants. Mann s'était arrangé de façon à ce qu'il demeurât -à terre. Il ne dit pas malheureusement les moyens qu'il avait employés -pour cela. «Je suis charmé, écrivait-il au marquis de Gorzegno, d'avoir -prévenu l'inconvénient si Théodore se fût embarqué, dont j'ai prié M. -Villettes de vous rendre compte[767].» Les arguments que Mann fit valoir -furent sans doute irréfutables--comme, par exemple, un versement--car le -baron ne fit plus mine d'aller revoir ses sujets. Il revint vivre dans -la retraite en Toscane, chez le curé de campagne qui l'avait déjà -hébergé[768]. - - [767] Mann à Gorzegno, Florence, le 26 octobre 1745: _Lettere - ministri Toscana_, mazzo 1. Archives d'État de Turin. - - [768] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 2 décembre 1745: - Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le gouvernement sarde avait publié des lettres patentes par lesquelles -Charles-Emmanuel accordait sa protection aux Corses, de concert avec -l'Autriche et l'Angleterre ses alliés. Cette proclamation promettait aux -insulaires de les aider dans la guerre qu'ils soutenaient contre les -Génois. Le roi de Sardaigne avait uniquement pour but de soustraire des -peuples malheureux à un joug odieux et il avait pleine confiance dans la -sagesse des Corses qui l'aideraient de tout leur pouvoir dans l'œuvre -entreprise[769]. - - [769] Cette proclamation datée du quartier général de Casale, le - 2 octobre 1745, fut transmise le 20 décembre 1745 au gouvernement - français par Du Pont intérimaire à Gênes: Correspondance de - Gênes, vol. 119. Archives du Ministère des affaires étrangères. - Elle a été publiée in extenso d'après les Archives d'État de - Turin par M. Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 15-17. - -L'escadre anglaise, après un court séjour en Sardaigne, arriva le 2 -novembre sur les côtes de la Balagne, où Rivarola prit terre pour -préparer le siège de Bastia[770]. A l'Île Rousse, une centaine -d'insulaires et quelques Génois mécontents allèrent à bord des bâtiments -pour s'enrôler[771]. Cette escadre composée de huit bâtiments de guerre, -de quatre palandres et de quatre transports, commandée par M. Cooper, -parut devant Bastia, le 17 novembre, et jeta l'ancre vis-à-vis du -château. Le commandant fit une proclamation pour inviter les Corses à -secouer la domination génoise. Il leur déclara que le roi d'Angleterre, -son maître, lui avait ordonné de se présenter en force à eux pour les -aider à reconquérir leur liberté! Il envoya aussitôt une chaloupe avec -le pavillon blanc au commissaire génois Mari, pour le sommer de se -rendre, sinon la ville serait détruite. Mari répondit ce qu'on répond -généralement en pareille circonstance: son devoir l'obligeait à refuser -énergiquement de semblables propositions. Il se défendrait. - - [770] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 18. - - [771] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 18 novembre 1745: - Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le 18, les Génois canonnèrent l'escadre. Celle-ci fit feu aussitôt. Les -bâtiments eurent l'ordre de diriger le tir contre le château et -d'épargner la ville, car les habitants, si l'on détruisait leurs -maisons, pourraient considérer leurs libérateurs comme des ennemis. -Néanmoins, des bombes et des boulets rouges tombèrent dans Bastia. Le -duel d'artillerie dura jusqu'au 19 au matin. De part et d'autre, les -dommages furent grands. La conduite de Mari fut, dit-on, héroïque. La -flotte, ayant beaucoup souffert, mit à la voile après avoir laissé trois -bâtiments dans les eaux corses. Elle arriva le 21 à Livourne pour faire -des provisions et réparer ses avaries. Les officiers anglais -prétendaient que Bastia avait été «réduite en cendres» et qu'ils -auraient, du même coup, pris toute l'île si «Rivarola avait rempli son -devoir». Il avait en effet promis d'investir la place avec quatre mille -hommes, tandis que les vaisseaux bombarderaient, mais il n'avait pas -paru. Et Lorenzi, en envoyant ces détails, concluait: «On est cependant -généralement persuadé que si cette violente entreprise avait eu le -succès que vante ce chef d'escadre, il ne l'aurait pas quittée, comme il -a fait, avant d'en voir la fin[772].» - -Mann, qui avait reçu par une estafette la nouvelle de cette action plus -bruyante que brillante, écrivit à Gorzegno en faisant de judicieuses -réflexions. «Si les habitants de la Corse, disait-il, n'assistent point -à chasser les Génois, une flotte ne pourra jamais en venir à bout. Il -est vrai que les vaisseaux et les bombes peuvent détruire les villes, -mais cela aigrira en même temps ceux qui sont mécontents des Génois, -puisqu'ils souffriront également par la destruction de leurs maisons.» -Les Espagnols avaient un grand parti dans l'île. Si jamais ils venaient -à s'en emparer, cela causerait un préjudice considérable aux Anglais et -aux Sardes. Il insistait donc sur la nécessité, pour les insulaires, de -coopérer aux opérations de l'escadre. «La flotte a fait tout ce qu'elle -a pu en détruisant la ville quasi, mais à moins que M. Rivarola, avec -les mécontents, en peuvent prendre possession, l'entreprise n'aboutira -pas à grand chose[773].» - - [772] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 25 novembre - 1745.--_Relation de ce qui s'est passé à la prise de la Bastie_, - transmise par Lorenzi le 2 décembre: Correspondance de Florence, - vol. 102. Archives du Ministère des affaires étrangères. - - [773] Mann à Gorzegno, Florence, le 23 novembre 1745: _Lettere - ministri, Toscana_, mazzo 1. Archives d'État de Turin. - -Les Anglais commençaient déjà à récriminer contre Rivarola. Ils allaient -bientôt le juger aussi lâche et aussi inutile que Théodore. - -A peine les navires étaient-ils partis que Rivarola, descendu de la -montagne avec quatorze cents mécontents, arriva devant Bastia. Il fit -aussitôt ouvrir le feu, et lança un manifeste. Il disait qu'il venait au -nom du roi de Sardaigne et de ses alliés pour donner la liberté à la -Corse. Elle pourrait former une république sous la protection des -nations coalisées. Toujours égoïstes, les Anglais n'avaient parlé qu'au -nom de leur souverain. Mais, si la Corse ne devenait pas libre, ce -n'était pas faute de sauveurs et ce serait à désespérer de la vertu des -proclamations. Mari, le gouverneur héroïque, ne persista pas dans son -héroïsme devant les forces de Rivarola. Il craignait un soulèvement -parmi les Bastiais. Il assembla les plus influents en conseil pour -savoir si on «pouvait se fier aux bourgeois et espérer qu'ils se -défendissent avec chaleur contre les rebelles». Les chefs répondirent -qu'assurément les habitants résisteraient le plus possible, mais que si -l'escadre anglaise revenait, il faudrait capituler honorablement pour -éviter à la ville une destruction complète. Mari trouva la réponse «si -ambiguë» qu'il ne fut pas rassuré. Un de ses amis lui conseilla de se -méfier. Le gouverneur pensa donc qu'il était plus sage de s'en aller. -Dans la nuit du 20 au 21, il s'embarqua clandestinement sur une felouque -avec quelques domestiques, vingt barils de poudre et son trésor: deux -cent mille livres. Il laissa un major pour défendre la place. Le -lendemain matin, les Bastiais se réveillèrent sans gouverneur. Ils -jugèrent la situation si grave qu'ils demandèrent à capituler, à -condition qu'ils auraient la vie sauve et qu'ils conserveraient leurs -biens et leurs privilèges. Rivarola accepta. La garnison génoise, cinq -cents hommes, fut faite prisonnière et le vainqueur s'installa dans -Bastia[774]. - - [774] _Relation de ce qui s'est passé à la prise de la Bastie_: - Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Mann fut ravi. Il pensait qu'il fallait poursuivre énergiquement -l'entreprise. Il pressait l'amiral Townshend de renvoyer ses navires en -Corse. «Je félicite de tout mon cœur Votre Excellence, écrivait-il à -Gorzegno, de cet événement, ne doutant point que les autres places -suivront l'exemple de la capitale.» Puis, il donnait son avis pour tirer -de l'affaire le plus grand avantage. «Il faudrait pour cela du concert, -et des gens capables de ranger les affaires avec système pour assister -M. Rivarola, soit pour se tenir en possession de ce qui est acquis et de -ce qui naturellement suivra, soit de transporter du monde sur les terres -des Génois, car je crois qu'on ne doit pas douter que les Corses ne -demandent rien avec tant d'empressement que de ravager le pays de leurs -maîtres odieux, et si on ne profite pas de leur emportement dans la -conjoncture présente, jamais une si belle occasion se présentera. La -sagesse de Votre Excellence lui dictera tout ce qui est nécessaire dans -le cas présent, ainsi je demande pardon de lui avoir offert mes petites -idées, mais mon zèle pour l'entier succès de cette affaire, comme aussi -pour en tirer tous les avantages possibles, me transporte.» - -Malheureusement l'escadre anglaise était retenue à Livourne par les -temps contraires et cela désespérait Mann qui ne rêvait que plaies et -bosses[775]. - -Malgré son entrée dans Bastia, Rivarola était très sévèrement jugé par -les Anglais. «Son peu d'expérience eu égard à la manière de procéder -dans l'entreprise dont il s'est chargé, écrivait Townshend à Mann, avait -jeté les chefs dans une confusion générale. Les choses en étaient au -point entre eux par l'amour excessif de ces peuples pour la liberté -qu'ils étaient déterminés, plutôt que de s'assujétir à un nouveau -maître, de rester sous le joug des Génois. Lorsque je débarquais, ils -étaient sur le point de se séparer avec cette belle résolution[776].» - - [775] Mann à Gorzegno, Florence, le 27 novembre 1745: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - - [776] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 19-20. - -Les chefs corses, tels Gaffori et Matra, plus désunis que jamais, -adressaient à la cour de Turin et aux Anglais les plaintes les plus -vives contre Rivarola. Celui-ci répondait en disant que ses anciens amis -avaient été corrompus par l'or des Génois[777]. - - [777] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 20-21. - -A Gênes on était inquiet. Le 20 février 1746, la république lança en -Corse un manifeste pour protester contre les manœuvres des Anglo-Sardes -et menacer des peines les plus sévères ceux qui leur prêteraient -assistance[778]. Mais les membres du gouvernement affectaient -l'indifférence. Les Génois avaient l'habitude de ne pas parler des -choses qui leur étaient désagréables et ils espéraient que leur alliance -avec la France les protégerait contre tout danger[779]. - - [778] _Ibidem_, p. 22. - - [779] «Je n'ai rien de certain à vous marquer, Monseigneur, par - rapport à Théodore. Quoiqu'on ne paraisse point douter ici qu'il - ne se soit embarqué pour passer en Corse, je n'entends point dire - qu'il y ait ici d'avis positif de son débarquement dans cette - île. Il est vrai que ceux du gouvernement évitent de parler de - cet aventurier, soit qu'ils veuillent tenir la chose secrète, - soit qu'ils comptent sur notre alliance pour avoir, par la suite, - raison de cette affaire, et c'est sans doute cette considération - qui les tranquillise sur le danger où ils sont de perdre cette - île par les manœuvres du roi de Sardaigne et des Anglais.»--Du - Pont à d'Argenson, Gênes, le 1er novembre 1745: Correspondance de - Gênes, vol. 119. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Le gouvernement français se préoccupait de ces intrigues et d'Argenson, -le ministre, recommandait à son agent, à Gênes, de suivre attentivement -les affaires de Corse[780]. - - [780] «Continuez à vous instruire avec le plus de précision qu'il - vous sera possible de ce qui regarde les affaires de Corse. Je - vous ai déjà mandé combien il serait dangereux que les Anglais - pussent se former quelque établissement dans cette - île.»--D'Argenson à du Pont, Paris, le 8 février 1746: - Correspondance de Gênes, vol. 120. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'envoyé de France ne ménageait pas sa peine; mais sa tâche était ardue. -Il devait lutter contre la méfiance des Génois. Il s'efforçait de se -ménager les bonnes grâces du secrétaire d'État par des attentions -délicates. «L'usage que j'ai introduit de lui donner deux ou trois -tasses de café quand il vient chez moi ne paraît pas lui déplaire. C'est -ainsi que je lui adoucis les choses qui peuvent n'être pas de son goût. -Cette façon d'agir convient bien à l'esprit de la nation. Cependant, il -peut se rencontrer des circonstances, où il faut leur montrer de la -fermeté et de la hauteur, autrement on n'en tirerait rien[781].» Et -tandis que le secrétaire d'État faisait de la diplomatie avec l'envoyé -de France en buvant des tasses de café, les beaux esprits lançaient des -pasquinades contre le roi de Sardaigne. - - [781] Guymont à d'Argenson, Gênes, le 19 juin 1746: - Correspondance de Gênes, vol. 120. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Au moment où les affaires de Corse paraissaient devenir sérieuses, -Théodore reprit la plume: instrument qu'il maniait plus volontiers que -l'arme. Le 17 octobre, il écrivit à un nommé Ange-Brando Suzini pour lui -confirmer des lettres envoyées le mois précédent. Il recommandait aux -Corses d'être fidèles au serment qu'ils lui avaient juré et de demeurer -inébranlables dans leur attachement. Cela était indispensable pour -remédier aux tristes choses du passé. Si les insulaires restaient -sourds, il prévoyait les pires malheurs. Ils s'abîmeraient avec lui-même -dans un précipice. Et il ajoutait cette phrase qui, écrite par lui, -était jolie: «Ne vous laissez donc pas endormir par des flatteries -étudiées et de vagues promesses[782].» - - [782] Théodore à Ange-Brando Suzini, le 17 octobre 1745: _loc. - cit._ Bibliothèque municipale de Turin. - -Deux mois plus tard, il se plaignait au comte Bradimente Mari de ne -jamais recevoir de réponse à ses missives. Il comptait cependant sur la -fidélité de ses sujets. Il ordonnait aux chefs de déclarer, au nom de -tous, que les populations avaient toujours le plus solide dévouement -pour la personne de leur souverain légitime, le roi Théodore, et -d'attester, à la face du ciel, que Dominique Rivarola n'avait reçu aucun -mandat régulier pour traiter avec la cour de Turin. Les insulaires -devaient témoigner à Charles-Emmanuel une véritable reconnaissance pour -l'intention qu'il avait de les délivrer de la tyrannie génoise, tout en -affirmant leur ferme résolution de ne vouloir pour maître que le -monarque qu'ils s'étaient librement donné. Les Corses pouvaient -promettre au roi de Sardaigne et à ses alliés leur concours le plus -actif et lui fournir les hommes nécessaires afin de lui permettre de -soutenir la guerre contre les Génois, à condition que ces troupes -fussent placées sous le commandement de leur roi, Théodore. Cette armée -nationale irait jusqu'en Italie pour envahir et saccager les territoires -de la république. Les conquêtes seraient remises à Charles-Emmanuel. Le -manifeste des insulaires devait donc avoir un double but: mériter la -protection de Sa Majesté sarde et de ses alliés par un dévouement -sincère et affirmer leur inviolable fidélité à leur souverain. Il -fallait déclarer qu'ils donneraient jusqu'à la dernière goutte de leur -sang pour respecter le serment solennel qu'ils avaient prêté. La Corse -ne pourrait jamais se trouver à l'abri de toutes les dissensions -intestines qui la ruinaient et la mettaient à la merci des Génois,--race -détestable devant Dieu et devant le monde,--que sous la sage -administration de son roi. - -Il terminait en ordonnant que ce manifeste fût rédigé et publié sans -retard. On devait lui en envoyer des copies authentiques par deux -députés. Il promettait enfin de remédier à toutes choses et disait qu'un -de ses lieutenants, François Agostini, allait partir pour Tunis avec ses -instructions[783]. - - [783] Théodore au comte Bradimente Mari, le 23 décembre 1745: - _Materie politiche, negoziazioni colla Corsica_, mazzo 3. - Archives d'État de Turin. - -Un mois plus tard, il renouvela ces ordres d'une façon pressante[784]. -Mais ses lettres restaient toujours sans réponse. Il est vrai que, la -plupart du temps, elles étaient interceptées. - - [784] Théodore au comte Bradimente Mari, le 25 janvier 1746: - _Ibidem_. - -Il n'avait pas attendu que ses sujets fissent le manifeste qu'il -demandait. Il en avait rédigé un lui-même que, pour plus de -vraisemblance, il avait daté de Vescovato, en Corse[785]. - - [785] Le 15 décembre 1745, Lorenzi en communiquant ce document au - gouvernement français, disait qu'en Toscane on était persuadé - qu'il avait été fait par Théodore lui-même. Florence, le 20 - janvier 1746: Correspondance de Florence, vol. 103.--Du Pont à - d'Argenson, Gênes, le 30 janvier 1746: Correspondance de Gênes, - vol. 120. Archives du Ministère des affaires étrangères. - -Les insulaires eussent-ils reçu les épîtres de Théodore, que très -probablement ils n'y auraient pas répondu davantage. Ils n'en voulaient -plus. Dans les nouvelles qui parvenaient à Gênes, on ne parlait jamais -de lui. Les chefs qui, dix ans auparavant, étaient de ses plus zélés -partisans, avaient changé d'opinion. Luc Ornano, entr'autres, s'était -enrôlé dans le parti des Génois et avait donné à la république des -marques sérieuses d'attachement[786]. - - [786] Du Pont à d'Argenson, Gênes, les 16 et 30 janvier 1746: - Correspondance de Gênes, vol. 120. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -L'Angleterre ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle avait fait fausse route -en s'engageant, à la suite de Charles-Emmanuel, dans une entreprise -remplie de difficultés. En vérité, pour la mener à bien, il aurait fallu -des hommes autrement énergiques que Théodore ou Rivarola. «J'ai été -pleinement informé, écrivait Mann à Gorzegno, par la lettre de Votre -Excellence et par celle de M. Villettes, de la résolution de notre cour -de renoncer à l'entreprise de la Corse par le peu de probabilité d'y -réussir et par la nécessité qu'elle a d'employer ses vaisseaux de guerre -ailleurs, et de la déférence que Sa Majesté le roi de Sardaigne a bien -voulu montrer en cette occasion à ces sentiments nonobstant les motifs -qu'il aurait au contraire.» Il fallait informer les insulaires de cette -résolution, qui certainement leur causerait une grande désillusion. On -devait également pourvoir à la sécurité de tous ceux qui avaient été -compromis dans l'affaire et les soustraire aux représailles que la -république ne manquerait pas d'exercer. Mann exécuterait fidèlement les -ordres du roi de Sardaigne et il s'estimerait très heureux «de pouvoir -réussir à rendre efficaces les mouvements d'humanité dont Sa Majesté est -touchée». Il conseillait de prendre quelques Génois d'importance. -C'était le meilleur moyen de «rendre la république plus traitable, par -rapport à ceux qui auraient à l'avenir le malheur de tomber entre ses -mains». Et le diplomate ajoutait qu'il ferait tout ce qu'il dépendait -de lui pour terminer cette affaire «de la manière la moins -désavantageuse pour les mécontents et la plus convenable à la dignité -des cours intéressées»[787]. - - [787] Mann à Gorzegno, le 7 juin 1746: _loc. cit._ Archives - d'État de Turin. - -Tous les projets sur la Corse furent donc abandonnés, et l'escadre -anglaise quitta les côtes de l'île pour aller dans les eaux espagnoles. - -En termes polis et diplomatiques, Mann avait déclaré à Gorzegno que le -roi de Sardaigne devait accepter sans récriminer la décision de -l'Angleterre touchant la Corse. Charles-Emmanuel fut néanmoins très -mécontent de la défection de ses alliés. Il ne renonça pas à son -dessein. Il se retourna du côté de Théodore--et, chose étrange--par -l'intermédiaire de Mann. - - -IV - -Neuhoff, dans les premiers mois de 1746, logeait à Livourne chez un -hanovrien[788]. On disait qu'il se préparait à passer en Corse; mais à -Gênes on ne se montrait pas effrayé de cette menace[789]. -Périodiquement, le baron faisait répandre le bruit qu'il allait rentrer -dans son royaume; seulement, il ne partait jamais. On commençait à être -habitué à ses mensonges. - - [788] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746: - Correspondance de Florence, vol. 103. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [789] Guymont à d'Argenson, Gênes, le 25 avril 1746: - Correspondance de Gênes, vol. 120. _Ibidem._ - -Cependant, le gouvernement génois avait tout lieu de se méfier. La -régence de Toscane signifia à Viale un ordre du grand-duc, lui -enjoignant de quitter le territoire dans le délai de trois jours. Le -malheureux diplomate, âgé et malade, dut demander un sursis[790]. - - [790] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746: - Correspondance de Florence, vol. 103. _Ibidem._ - -On apprit quelque temps après que le chevalier Farinacci se trouvait à -Vienne et qu'il complotait avec un français, pour amener les Corses à se -donner à la reine de Hongrie. On leur avait donné de l'argent qu'ils -devaient distribuer aux insulaires. Par mesure de prudence, la cour de -Vienne avait nommé deux commissaires pour surveiller l'emploi des -fonds[791]. - - [791] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 9 juin 1746: - Correspondance de Florence. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Dans ces intrigues rien de précis ne s'élaborait. Il n'y avait que de -vagues combinaisons avec des individus tarés, qui n'avaient même pas les -raffinements de scélératesse nécessaires pour conduire une aventure: des -sous-Théodore. Les hommes politiques les écoutaient, puis les -rejetaient, parce qu'ils paraissaient trop veules. Et le baron de -Neuhoff restait le seul sur qui les ambitions pussent encore s'arrêter, -malgré les preuves d'incapacité qu'il avait données. Celui-là au moins -avait une idée fixe. Il écrivait tellement et avec un si imperturbable -aplomb, qu'on pouvait, à la rigueur, fonder quelque espérance sur lui. -Et faute de mieux..... - -Son échec à Turin ne l'avait pas découragé. Il continuait à vivre en -Toscane, toujours en relations avec Mann. Celui-ci le déclarait -insupportable, mais il ne faisait rien pour s'en débarrasser. On savait -qu'il était en faveur à la cour de Vienne. François de Lorraine causait -volontiers avec tous les aventuriers; à tour de rôle, il les éconduisait -sans motif apparent, puis il les reprenait sans plus de raisons. Pour -l'instant, Théodore avait des accointances avec le prince de Craon, -président du Conseil de Régence de Toscane. Mann n'ignorait rien de tout -cela. S'il méprisait le baron, il n'entendait pas qu'il pût servir les -desseins d'autres personnages. - -Un jour, Neuhoff vint le trouver et lui demanda son appui pour obtenir -l'autorisation de passer à la cour de Turin. Malgré tout ce qu'il avait -écrit à son sujet, Mann ne fit aucune difficulté pour transmettre cette -requête: «Théodore est ici depuis quelques jours. Il a donné des lettres -au prince de Craon pour Vienne et m'a demandé avec instance une lettre à -quelque capitaine de vaisseau de guerre pour le faire transporter aux -côtes de Gênes, sous prétexte qu'il a nécessité de se présenter à Sa -Majesté Sarde et à M. de Botta. Je lui ai dit que sans permission je ne -pouvais pas la lui donner, et il m'a prié de la demander à Votre -Excellence[792].» - - [792] Mann à Gorzegno, Florence, le 10 octobre 1746: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Mann écrivit cela le 10 octobre 1746, quatre mois après avoir signifié à -la cour de Turin que l'Angleterre renonçait à toute entreprise sur la -Corse! Quinze jours plus tard il insista: «Théodore est encore ici dans -l'espérance, à ce qu'il me dit, que Sa Majesté Sarde lui donnera la -permission de passer auprès d'Elle. J'évite de le voir, mais il m'écrit -des billets continuellement et se trouve dans le plus grand besoin -d'argent[793].» - - [793] Mann à Gorzegno, Florence, le 25 octobre 1746: _Ibidem_. - -Neuhoff étant à bout de ressources, on pouvait, moyennant quelques -fonds, se servir de lui. L'aventurier, quand il était aux abois, aurait -fait n'importe quoi. Il se serait même embarqué pour la Corse, quitte à -ne pas descendre à terre une fois arrivé. Nous avons vu maintes fois, -que ses résolutions énergiques, son désir ardent de donner la liberté -aux Corses, s'affichaient toujours dans les crises de détresse -financière. Mann le connaissait bien, et en terminant sa lettre par la -phrase où il disait qu'il se trouvait _dans le plus grand besoin -d'argent_, il insinuait que si on voulait, de nouveau, l'utiliser, le -moment était favorable. Peut-être même pourrait-on avoir cela à bon -compte. Charles-Emmanuel comprit et se décida à recevoir Neuhoff. Le 31 -octobre, Mann écrivait à Turin: «Je me suis bien douté que Votre -Excellence serait du sentiment de faciliter le passage de Théodore -auprès de Sa Majesté. Si M. le marquis Botta le voudra, il trouvera des -moyens pour cela; mais pour moi, je ne crois pas nécessaire de lui en -écrire[794].» - - [794] Mann à Gorzegno, Florence, le 31 octobre 1746: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Mann avait bien voulu transmettre la demande de Théodore, mais, quand -elle fut accueillie, il n'entendait pas aller plus loin dans son rôle -d'intermédiaire. Puisque l'entrevue était décidée, le roi de Sardaigne -pouvait donner directement au roi de Corse les moyens d'aller à Turin. -Les deux majestés n'avaient qu'à concerter toutes choses entre elles. -Sait-on à l'avance comment tourneront ces sortes de combinaisons? Le -diplomate ne voulait avoir dans l'affaire qu'une responsabilité limitée; -juste ce qu'il faut pour tirer avantage d'un succès, et pas assez pour -être engagé dans quelque aventure désagréable. Il y avait là une nuance; -il la saisit pour mettre ses scrupules et sa dignité d'accord avec -l'intérêt. L'Angleterre avait renoncé à ses projets sur la Corse; mais -elle n'aurait pas admis que ses alliés fissent quelque nouvelle -entreprise sur l'île sans elle. Il était donc difficile à son -représentant de favoriser trop ouvertement les intrigues isolées du -gouvernement sarde. Charles-Emmanuel pouvait être promptement désabusé -sur le compte de l'aventurier, et il reprocherait peut-être quelque jour -à Mann d'avoir trop bien suivi ses instructions. On en veut généralement -aux gens à qui l'on fait faire des démarches compromettantes et qui -exécutent trop fidèlement certains ordres. Il est plus habile de -s'abstenir. Enfin, si Théodore ne trouvait pas à la cour de Turin ce -qu'il espérait, il harcèlerait le résident de ses plaintes et de ses -récriminations. Celui-ci savait par expérience que pour faire taire le -baron il fallait lui donner de l'argent. - -Mann se retira donc avec élégance d'une affaire qu'il avait engagée, -tout en restant le maître de la situation pour le cas où les choses -viendraient à tourner heureusement. - -Le diplomate avait été bien inspiré en se tenant sur la réserve. Le -projet n'aboutit pas. Théodore alla-t-il à Turin et eut-il une -conférence avec Charles-Emmanuel? Il est très probable que cette -entrevue eut lieu, puisque le gouvernement sarde, d'après la lettre de -Mann, était décidé à s'entendre avec l'aventurier. Le roi de Sardaigne -s'aperçut-il, dès la première conversation, que Neuhoff n'avait rien de -ce qu'il fallait pour entreprendre une action énergique? Les exigences -pécuniaires de Théodore furent-elles jugées exagérées? On peut le -croire. D'ailleurs, le baron n'était plus jeune. Sa vie avait été une -suite d'aventures et d'intrigues. Il s'était beaucoup remué et son -audace devait être émoussée. Il revint en Toscane avec une désillusion -de plus. Il ne lui restait plus que des espérances du côté de Vienne. - -Au début de l'année 1747, Théodore était à Florence, attendant des -réponses de la cour d'Autriche, à laquelle il avait exposé ses plans. Il -allait souvent chez Mann, s'obstinant à vouloir lui faire goûter ses -combinaisons; mais le résident anglais faisait de plus en plus la sourde -oreille, «sachant que sa cour n'en veut plus rien savoir». Le discrédit -du baron auprès des Corses était complet, et puis il se trouvait dans un -état si misérable que cela pourrait coûter cher d'entendre ses -histoires[795]. - - [795] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 7 janvier 1747: - Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -De jour en jour, sa détresse augmentait. Il était logé pauvrement. -Parfois, il n'avait même pas de pain et il en était réduit à tendre la -main. Au mois de février, Mann écrivait à Turin: «Le baron de Neuhoff, -connu par le nom de Théodore, est encore ici et réduit à la dernière -misère, jusqu'à demander qu'on fasse des contributions pour le soutenir. -Il ne sort jamais d'une petite auberge où il est logé et dont le maître -a souvent refusé de lui donner à manger. Il me tourmente tous les jours -par des lettres et messages, mais je ne suis pas en état de le -soulager[796].» - - [796] Mann à Gorzegno, Florence, le 20 février 1747: _loc. cit._ - Archives d'État de Turin. - -Le malheureux roi, pour avoir le nécessaire, avait engagé ses sceaux -d'argent. De Vienne, on continuait à le bercer de folles espérances. -Pour mettre ses projets à exécution, il réclamait deux barques armées en -guerre, un régiment et de l'argent[797]. - - [797] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 18 février 1747: - Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -A Florence, on avait formé le nouveau _régiment de marine_. Le grand-duc -François avait pris le titre de colonel de ce régiment et on équipait -deux bateaux pour le transporter à Porto-Ferraio. On assurait que ce -n'était pas là sa véritable destination; on gardait le secret sur -celle-ci. Comme ces armements concordaient avec la demande de Théodore, -on concluait qu'ils avaient été faits pour servir ses desseins. Le 24 -février, le chevalier Farinacci était arrivé à Florence, venant de -Venise. C'était cet aventurier, qui avait conspiré, à Vienne et à Turin, -pour donner la Corse à qui voudrait la prendre. A son entrée en ville, -il avait été arrêté, d'après un mandat délivré quelques jours -auparavant, car on l'attendait. Il était venu à Florence, disait-on, -pour tuer Théodore et toucher ainsi la prime promise par le Sénat de -Gênes, suivant l'édit toujours en vigueur[798]. Si des coquins ne -parvenaient pas à faire leurs affaires en entrant dans les combinaisons -du baron, ils avaient au moins la ressource de gagner quelque argent en -l'assassinant. - - [798] Lorenzi à Maurepas, Florence, le 4 mars 1747: _Ibidem_. - -Un jour Théodore disparut. De suite, le bruit se répandit qu'il était -allé à Livourne pour s'embarquer. Les deux barques, qui avaient conduit -le régiment de marine à Porto-Ferraio, venaient justement de rentrer -dans ce port[799]. Le pauvre baron n'était pas cependant en état de se -mettre à la tête de quelque entreprise, car, si on ne le voyait plus, -c'est qu'il était malade. Lorenzi avait su, par une personne très au -courant de ces intrigues, que la cour de Vienne s'obstinait dans ses -projets sur la Corse et qu'elle comptait toujours mettre à contribution -la bonne volonté de Théodore pour les mener à bien. Seulement, on -hésitait encore un peu, car on n'avait plus grande confiance dans la -popularité du roi dans l'île. Il avait tellement trompé les -insulaires[800]! - - [799] Lorenzi à Puisieux, qui avait remplacé d'Argenson aux - affaires étrangères, Florence, le 11 mars 1747: _Ibidem_. - - [800] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 18 mars 1747: - Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Cependant, les desseins de l'Autriche prenaient de la consistance. -Neuhoff fut bientôt guéri. Il disait qu'il comptait s'embarquer dans un -mois et demi. On affirmait de plus en plus que le régiment de marine -n'avait été envoyé à Porto-Ferraio que pour masquer sa véritable -destination: la Corse[801]. - - [801] Lorenzi à Puisieux, Florence, les 25 mars et 15 avril 1747: - _Ibidem_. - -Le gouvernement français finit par s'émouvoir de ces manœuvres louches. -Lorenzi reçut l'ordre de s'éclairer et d'envoyer sans retard des -renseignements précis[802]. - - [802] «Vous sentez combien il est intéressant pour nous d'être - exactement et promptement instruits des suites que pourrait avoir - le projet qui paraît avoir été formé contre la Corse; et je ne - crois pas avoir besoin d'exciter à cet égard votre vigilance et - votre zèle». Puisieux à Lorenzi, Paris, le 25 avril 1747: - _Ibidem_. - -Voici ce que l'envoyé apprit d'une façon sûre. - -Quelques mois auparavant, les insulaires avaient présenté un mémoire à -la reine de Hongrie. Ils proposaient de se soulever en sa faveur si on -leur fournissait des armes et des munitions. La cour de Vienne avait -agréé cette offre et expédié un matériel de guerre en Toscane. C'était -pour cette entreprise qu'on avait levé le régiment de marine; quatre -autres, de mille hommes chacun, étaient en formation. L'Angleterre, qui -avait retiré son concours au roi de Sardaigne, quand l'affaire était en -train, se trouvait mêlée à cette nouvelle combinaison. Une escadre -anglaise devait appuyer l'expédition autrichienne et forcer Bastia et -Calvi à se rendre à Marie-Thérèse. Tout était prêt, et on allait passer -à l'exécution de ce projet, lorsque surgirent des difficultés. Elles -provenaient des chefs corses qui ne pouvaient pas s'entendre. Les uns -voulaient se donner à la reine de Hongrie, les autres s'opposaient -énergiquement à la chose. On attendait qu'ils se fussent mis d'accord. -Au surplus, le siège de Gênes par les Autrichiens durait toujours; on -espérait que la ville capitulerait bientôt et, dès qu'elle serait -tombée, l'expédition de Corse aurait lieu. Le consul de France à -Livourne avait écrit qu'on attendait Théodore. Il devait passer à -Porto-Ferraio, et, de là, dans son royaume. «On lui avait préparé -vingt-quatre habits de livrée verte, parements jaunes et vestes -galonnées d'argent, pour lui faire sans doute jouer son rôle plus -décemment.» On espérait que ses sujets tomberaient en admiration devant -cette mascarade. Un colonel lorrain, au service du grand-duc, était -désigné pour prendre le commandement des troupes dans l'île. On se -méfiait, non sans raison, des aptitudes militaires du baron. En -attendant que tout fût réglé, il se tenait caché dans Florence. Peu de -personnes parvenaient jusqu'à lui; mais il n'était pas difficile de se -rendre compte que le gouvernement toscan le protégeait. «L'on voit par -là que la cour de Vienne met en œuvre, pour augmenter sa puissance, -toutes sortes de moyens sans trop en examiner la justice ni la -décence[803].» - - [803] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 6 mai 1747: Correspondance - de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des affaires - étrangères. - -Une expédition n'aurait pas été complète sans une proclamation du roi à -ses sujets. Du reste, tant qu'il ne s'agissait que de faire des phrases, -on était sûr de le trouver disposé. Il rédigea donc un édit par lequel -il promettait son pardon à tous les Corses qui auraient embrassé le -parti de la république, pourvu qu'ils prissent les armes en faveur de -Marie-Thérèse. Le gouverneur de l'île d'Elbe, tandis que le régiment de -marine se préparait, avait fait armer une felouque qu'on pensait -destinée à transporter Théodore, car les huit rameurs qui la montaient -étaient habillés de bleu et coiffés de bonnets noirs, à la mode -anglaise[804]. On envoya trois cents bombes de Livourne à Porto-Ferraio, -et Neuhoff disait qu'il se mettrait en route dès que Richecourt lui -aurait remis la somme convenue. Il prétendait aussi que les insulaires -avaient menacé Rivarola de le pendre s'il ne quittait pas l'île de -suite[805]. - - [804] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 13 mai 1747: - Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [805] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 20 mai 1747: _Ibidem_. - -Les semaines s'écoulaient et l'expédition ne partait pas. Les chefs -corses étaient plus désunis que jamais[806]. Théodore continuait à vivre -mystérieusement à Florence[807]. Pourtant, il avait touché ses fonds, -car il avait retiré ses sceaux d'argent, qui étaient en gage chez -quelque usurier. Cette opération s'était effectuée par l'entremise des -officiers généraux au service du grand-duc. Ceux-ci le pressaient -vivement de partir[808]. - - [806] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 17 mai 1747: _Ibidem_. - - [807] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: _Ibidem_. - - [808] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 26 août 1747: _Ibidem_, - vol. 106. - -A la fin d'août, Neuhoff avait quitté Florence et était allé dans une -maison de campagne aux environs de Pistoia. Il avait fait ce voyage, -disait-on, pour s'entendre avec un anglais nommé Mills. Cet individu -venait de Vienne. Il avait été recommandé par Richecourt à un certain -Yharce, anglais également, capitaine du port de Livourne. Mills avait -résidé à Pise jusqu'à l'arrivée de Richecourt. Il s'était alors rendu à -Florence, où il avait eu de nombreuses conférences avec le conseiller de -la Régence. Il se disait colonel au service de l'Autriche. Mann n'avait -pu avoir aucun renseignement précis sur lui. On supposait qu'il était -destiné à commander l'expédition de Corse[809]. - - [809] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: _Ibidem_, - vol. 105. - -Cependant, l'exécution de ce projet devenait chaque jour plus -incertaine. On parlait du roi Théodore avec un profond mépris[810]. - - [810] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 2 septembre 1747: - Correspondance de Florence, vol. 106. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Soudain, une nouvelle à sensation se répandit dans Florence. Le baron de -Neuhoff, par l'ordre du grand-duc, avait été chassé de Toscane et -renvoyé chez lui, en Westphalie. Le gouvernement, écrivait Lorenzi, a -été «bien aise de s'en défaire sur ce qu'il en a reconnu l'inutilité». -L'appui que la France donnait aux Génois rendait au surplus très -difficile toute entreprise sur l'île[811]. - - [811] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 26 septembre 1747: - _Ibidem_. - -L'expulsion de Théodore surprit tout le monde. Puisieux demanda à son -agent de vérifier le fait et de découvrir le motif exact de cette -mesure[812]. - - [812] «Je voudrais que vous puissiez vérifier si en effet le - baron de Neuhoff a été renvoyé en Westphalie et quel a été le - motif qui a déterminé le grand-duc à le chasser de ses états» (en - chiffres). Puisieux à Lorenzi, Fontainebleau, le 17 octobre 1747: - _Ibidem_. - -Lorenzi envoya son rapport. «J'ai toute la certitude qu'on peut avoir -dans ces matières que le baron de Neuhoff a été renvoyé en Westphalie, -car, outre l'avis de son départ, j'ai appris par ceux qui y ont eu la -main, qu'il était arrivé dans ce pays-là, ainsi que vous aurez pu le -voir, Monseigneur, dans l'extrait de ma lettre à M. le comte de Maurepas -du 24 du mois dernier[813]. Ce renvoi a été fait, selon mes notions, -d'assez bonne grâce et avec l'argent de M. le grand-duc. A l'égard du -motif qui a déterminé ce prince à se défaire de cet aventurier, j'ai -tout lieu de croire qu'il est dérivé de ce qu'il est tombé dans le plus -grand mépris, tant auprès des Anglais que des Corses, et qu'on ne lui -trouvait point de talent pour recouvrer son crédit, tellement qu'on le -jugeait absolument inutile, tandis qu'il causait à son gouvernement de -la dépense et de l'embarras. Au reste, vous aurez vu, Monseigneur, par -ma dernière, que la révolte dans la Corse est devenue des plus -sérieuses, si les cours de Vienne, de Turin et de Londres fournissent -aux rebelles les secours dont ils ont besoin[814].» - - [813] «Ces Lorrains qui ont renvoyé le baron Théodore chez lui, - ont eu avis qu'il y est arrivé. Il paraît que les ennemis ont - abandonné, au moins pour le présent, leurs projets sur la Corse». - Lorenzi à Maurepas, Florence, le 24 octobre 1747: _Ibidem_. - - [814] Lorenzi à Puisieux (en chiffres), Florence, le 7 novembre - 1747: Correspondance de Florence, vol. 106. Archives du Ministère - des affaires étrangères. - -Le ministre fut satisfait de ces renseignements et déclara que toute -nouvelle recherche devenait inutile[815]. - - [815] Puisieux à Lorenzi, Paris, le 28 novembre 1747: _Ibidem_. - -François de Lorraine faisait emprisonner ou expulser ceux avec qui il -conspirait. Il n'avait pas trouvé dans les habitués de sa _Retirade_ le -fripon d'une assez haute envergure pour servir utilement ses ambitions. -Il devait ceindre bientôt la couronne impériale. Il se consola peut-être -alors de n'avoir pas pu avoir celle de Corse. - -Mann dut pousser un soupir de soulagement. - -Quant à Théodore, son rôle politique était fini. Les temps sombres -allaient commencer; le calvaire de la misère se dressait devant lui. -Pendant neuf ans, il le gravira degré par degré, jusqu'au bout. - - - - -CHAPITRE IX - - Théodore en Hollande et en Allemagne.--Il ne veut pas - abdiquer.--Ses griefs contre les Corses.--Le récit de Mouvet.--Le - moine et le diplomate. - - Le roi de Corse arrive à Londres.--Démarches du ministre de - Gênes.--Théodore est reçu dans la haute société.--Une - soirée.--Neuhoff est arrêté pour dettes.--Il reçoit des - visiteurs.--Un spectacle attrayant.--_Les ténèbres de Corse._ - - Des membres de la Chambre des Communes vont voir Théodore en - prison.--Un article de journal.--L'acteur Garrick et le _Roi - Lear_.--Théodore recouvre la liberté.--Il abandonne le royaume de - Corse à ses créanciers.--On le remet en prison.--Il en sort - définitivement.--Le roi et l'ouvrier.--Mort de Théodore.--Le - marchand d'huile.--Épitaphe.--Un opéra-bouffe. - - -I - -Après avoir été chassé de Toscane, Théodore mena en Allemagne et en -Hollande une existence misérable. Pendant deux ans, on n'entendit guère -parler de lui. Ses grands projets, ses intrigues avec les puissances qui -désiraient s'emparer de la Corse, tout cela avait piteusement avorté. Le -rêve et la chimère avaient dû, dans son esprit, céder la place aux -brutales préoccupations de la vie matérielle. Il ne s'agissait plus, -maintenant, de reconquérir un trône; il fallait pourvoir au pain de -chaque jour. Tous les matins la même besogne devait recommencer: la -chasse aux écus, l'escroquerie quotidienne. - -Le soir, son esprit s'ingéniait sans doute à songer avec quel mensonge -il pourrait, le lendemain, faire une nouvelle dupe. Mais, parfois, son -incorrigible ambition reprenait le dessus. Malgré toutes les -désillusions, il se croyait encore appelé à jouer le rôle de sauveur -dans les destinées du peuple corse. Qui pensait à lui dans l'île? Douze -ans s'étaient écoulés depuis que les insulaires avaient posé sur sa tête -une couronne de laurier. Et douze ans c'est bien long pour conserver la -fidélité d'un peuple, surtout quand on n'a pas d'argent. - -La dernière survivante des dames Fonseca, la sœur Françoise Constance -recevait parfois des nouvelles du baron. Elle restait sa confidente. Il -s'épanchait en phrases sonores lorsque des crises d'ambition le -torturaient encore; il laissait couler sous sa plume les récriminations -amères d'un homme, qui, arrivé au déclin de sa vie, ne voit dans son -passé que des agitations stériles. Dans la paix du cloître, la -religieuse avait médité sur la vanité des grandeurs de ce monde, car, le -22 juin 1748, elle écrivit à son roi pour lui conseiller de renoncer à -ses desseins. - -Le 25 juillet, il répondit à sa «très chère cousine et amie». La plupart -de ses lettres étaient interceptées. Celui qui se rendait coupable de -ces manœuvres déloyales était son correspondant de Cologne, qui avait -été suborné par le nonce du pape. Cet ambassadeur remplissait plus -volontiers la charge d'agent de Gênes que celle de ministre du -Saint-Siège. Il ne recevait aucune nouvelle de Corse. Cependant, il -avait envoyé quelques munitions dans l'île par un bâtiment anglais. -Elles avaient été débarquées près d'Aléria; il le savait sûrement. Les -insulaires semblaient être abandonnés de Dieu. Leur inconstance leur -portait un grand préjudice. Ils avaient dans les cours une détestable -réputation. Ses amis lui reprochaient les dépenses qu'il avait faites -pour ces ingrats. Actuellement, il se trouvait à la campagne, chez un de -ses parents; après quelques jours de repos, il comptait se rendre à -Amsterdam. Il continuerait à travailler pour son peuple. «Du reste, -votre conseil, ma bien chère amie, est bel et bon; mais l'honneur de mon -nom est engagé de soutenir l'affaire au péril de ma vie.» Tous les -Corses n'étaient pas perfides. Et quand même le seraient-ils sans -exception, il voulait n'avoir rien à se reprocher. Il entendait leur -laisser entièrement l'odieux d'un parjure. Lui, il ne faillirait pas! -«Enfin, c'est une vilaine tragédie.» Une grande et fatale destinée -pesait sur son existence. Être né pour un «pareil exploit», quelle -misère! Ces malheureux opprimés ne l'avaient payé qu'en trahisons et -maintenant ils étaient «bien justement châtiés de cette manière par -décret certain de Dieu». L'histoire des païens et des sauvages n'offrait -rien de semblable à la conduite de ses sujets envers lui[816]. - - [816] Théodore à la sœur Françoise-Constance Fonseca, le 15 - juillet 1748: _Ribellione di Corsica_, filza no 14/3012. Archives - d'État de Gênes, archives secrètes. - -En allant de Hambourg à Amsterdam, dans le courant du mois d'août, la -chaise de poste, où était Théodore, versa. Par miracle, il en fut quitte -avec quelques contusions à une épaule, à un bras et à la main droite. Il -allait sans cesse par «voie et par chemin» pour mettre ses affaires en -ordre; ce n'était pas chose facile: elles étaient toujours bien -embrouillées. La sœur Fonseca, qui, à certains moments de -recueillement, souhaitait que le roi renonçât aux vaines grandeurs, émue -par ses paroles ardentes, reprenait parfois confiance dans les -contingences humaines. Le 19 juillet, elle lui manda qu'on ne savait -rien à son sujet, en Corse. Et, cependant, il ne manquait jamais -d'écrire à chaque occasion. Il avait, au surplus, essayé de faire valoir -ses droits au congrès tenu à Aix-la-Chapelle, pour mettre fin à la -guerre de la succession d'Autriche; mais les plénipotentiaires n'avaient -pas voulu les reconnaître. Tout cela n'était pas gai. Des souvenirs -mélancoliques lui revenaient à l'esprit. «Cette nuit j'ai fait jour de -ma naissance, disait-il, et j'espère que l'année que j'entre me sera -plus heureuse que la passée[817].» - - [817] Théodore à la sœur Françoise-Constance Fonseca, le 25 août - 1748: _loc. cit._ - -Que fit-il exactement pendant son séjour en Allemagne et en Hollande, de -1747 à 1749? Il est difficile de déterminer ce point d'une façon -précise. - -Un moine du Brabant, qui, pour vivre, donnait des répétitions de droit -public aux étudiants de l'Université de Leyde, a écrit la vie de -Théodore à cette époque. Il a intitulé son factum: _Anecdotes de la vie -du fameux aventurier Théodore, baron de Neuhoff, pendant les années -1747, 1748, 1749_[818]. Mais il faut accepter ce récit avec méfiance. Il -a été composé pour être vendu à la république de Gênes qui, d'ailleurs, -selon son habitude, a trouvé le moyen de se le procurer sans bourse -délier. Le moine, pour faire sa cour aux Génois, a noirci Théodore de -toutes les friponneries. C'est un réquisitoire. Néanmoins, Mouvet, ayant -fréquenté le baron, pouvait parfaitement avoir connu certaines -particularités. Seulement, pour en faire de l'argent, il les a -amplifiées. Il n'aurait eu aucune chance de vendre un panégyrique. - - [818] Archives d'État de Gênes, archives secrètes. - -Il raconte que le premier soin du baron, en arrivant à Cologne, après -son départ forcé de Toscane, aurait été de se faire héberger, pendant -deux mois, par une dame pieuse, la baronne de E. V..... Pour émouvoir sa -compassion, il lui raconta une histoire de voleurs. Ses gens, durant son -voyage, l'avaient totalement dépouillé, ne lui laissant que l'habit -rouge qu'il avait sur le dos. La bonne dame lui remit neuf cents ducats. -Elle eut, pour récompense, la satisfaction de payer un nombre infini de -ports de lettres, car son hôte écrivait sans cesse, à tous les grands de -la terre, disait-il. - -A La Haye, il se serait fait avancer mille ducats par M. Rademacker, -trésorier du prince d'Orange. Il demandait qu'on lui fournît des -munitions pour lui permettre de rentrer dans son royaume. Il s'agitait; -il s'insinuait auprès de tous les personnages et mentait toujours. Il -avait fait, disait-il, des recrues en soldats et en officiers qu'il -comptait revêtir d'uniformes bleus, verts et rouges. Il commanda même le -drap nécessaire à l'équipement de six mille hommes. Cela est assez -vraisemblable. Il avait l'habitude de faire faire des uniformes pour des -troupes qui n'existaient que dans son imagination. - -En Allemagne, il se retrouva avec d'anciennes connaissances, M. et Mme -Borscherd, de Cologne. Quelques années auparavant, ceux-ci avaient déjà -donné l'hospitalité au baron, qui s'était fait remettre par ces bons -bourgeois des sommes assez rondes, sous prétexte de rechercher des -trésors cachés dans leurs terres. Il affirmait qu'un esprit habitait -dans leur propriété. Il fréquentait toutes les sorcières et tous les -magiciens du voisinage pour donner quelque poids à ses dires. La -désillusion ne put vaincre l'admiration que ces braves gens eurent -toujours pour leur hôte. Ils payaient sans marchander. - -Dans la suite, Théodore aurait essayé de se glisser jusque dans -l'entourage du prince d'Orange par l'entremise de Lansberg, représentant -des États-Généraux à Cologne, dont il avait su se faire un ami en -l'éblouissant de ses hautes protections. C'était au moment où se tenait -le congrès d'Aix-la-Chapelle. Le baron, parlant en souverain, avait -déclaré que les députés des Corses, ses sujets, allaient arriver pour -prendre part aux conférences, et faire reconnaître solennellement ses -droits. Les députés ne vinrent pas, mais l'effet était produit. Il parla -de cette intervention si souvent et avec une telle assurance, qu'on -finissait par le croire. Après le congrès, Théodore aurait tenté -l'escroquerie religieuse. En Hollande, il serait allé trouver des -pasteurs protestants et leur aurait promis, moyennant une honnête somme, -de faire embrasser aux Corses le culte réformé. Il avait en même temps -de graves entretiens avec des prêtres catholiques. La situation -religieuse dans l'île était sérieuse, par suite de l'ambition qu'avaient -les Anglais de s'emparer du pays. Une fois maîtres de la Corse, ils -arriveraient peu à peu à implanter le protestantisme. Mais, avec dix -mille florins, il saurait empêcher cette éventualité de se produire. Il -remettrait en gage le sceau de son royaume. Les prêtres effrayés -s'occupèrent de réunir cette somme. Mais ils n'arrivèrent qu'à donner au -baron de faibles acomptes, qu'il encaissait, en attendant le reste, afin -de montrer son zèle pour la religion romaine. - -A Leyde, il vint trouver un moine, le Père Paul. Celui-ci avait été -avisé qu'il recevrait la visite d'un seigneur. Théodore, selon son -habitude, ne s'était pas fait connaître. On causa; le Révérend Père -était bavard. Il raconta bien des histoires qui circulaient dans le -pays: on débitait, entr'autres choses, que Sa Majesté corse «faisait -l'amour à une demoiselle». «Jarnebleu, s'écria Théodore, c'est moi qui -suis le roi de Corse, et si cela était je le saurais sans doute.» Et il -se retira en faisant claquer la porte. Le moine se précipita derrière -lui, en se confondant en excuses sur son intempérance de langage. Le -religieux fut tellement saisi de cette aventure, qu'il en tomba malade. -Au milieu de son trouble, un sentiment cependant dominait: la joie -d'avoir reçu la visite d'une personne «tant caractérisée, honorable et -respectable». Le Révérend Père racheta sa faute en avançant, ou en -faisant prêter, par des personnes pieuses, des sommes d'argent au -monarque. - -Afin, sans doute, de compléter la série des filouteries, Théodore aurait -essayé de l'escroquerie au mariage. Il se serait adressé à différents -ecclésiastiques, en leur demandant si, parmi leurs dévotes pénitentes, -il ne se trouverait pas quelque dame possédant du bien, qui voulût être -reine. Il paraît que les candidates au trône n'auraient pas manqué. Des -prêtres essayèrent de lui ménager une union sortable. Il n'était pas -difficile; peu lui importaient l'âge, la naissance, la beauté. Il ne -regardait qu'à la dot pour soutenir l'éclat de sa couronne. Néanmoins, -l'affaire du mariage n'aboutit pas. Il ne devait jamais y avoir une -reine de Corse. - -Il faut, dans tous ces racontars de Mouvet, faire la part de -l'exagération. Il ne faut pas oublier, non plus, que le moine, ayant -entrepris la difficile et ingrate besogne de soutirer de l'argent à la -république de Gênes, avait dû agrémenter son récit pour en faire un -écrit vendable. Il est cependant certain que le nombre de gens dupés par -Théodore, en Hollande, fut très grand. - -Villavecchia, ministre de Gênes à La Haye, avait, suivant les -instructions de son gouvernement, ouvert une enquête sur les faits et -gestes du baron dans les Pays-Bas. Le 18 juillet 1749, il transmit au -Sérénissime Collège un volumineux rapport, dans lequel il donnait des -détails précis sur Neuhoff et où il racontait ses entrevues avec Mouvet. - -Théodore quitta la Hollande au commencement de 1749. Après son départ, -il continua à entretenir une active correspondance avec des officiers -des troupes néerlandaises. Ces officiers, ayant peut-être peu de profits -à servir les États-Généraux, avides de nouveauté, ou bien impressionnés -par sa faconde, paraissaient avoir une inébranlable confiance en ses -mirifiques promesses. D'ailleurs, les gens, qui avaient une foi aveugle -dans sa haute destinée, étaient si nombreux qu'un aventurier de bas -étage essaya de s'aboucher avec lui pour faire une association. Théodore -n'accepta pas la combinaison: il ne voulait pas se commettre avec de -vulgaires escrocs. Il désirait travailler seul. Après le départ du -baron, cet individu chercha à se faire passer pour le roi de Corse, tant -à La Haye qu'à Amsterdam. Rien ne manquait à la renommée de Neuhoff, pas -même la contrefaçon. Et Villavecchia se gaussait de cette «imposture -faite contre un autre imposteur». Il garantissait le fait. - -Théodore recevait, pendant son séjour en Hollande, une grande quantité -de lettres sous un nom d'emprunt: le baron de Berghen. Par surcroît de -précaution, la correspondance était envoyée au baron Sporchen, envoyé -extraordinaire du roi d'Angleterre, en qualité d'Électeur de Hanovre, -auprès des États-Généraux. Il transmettait ensuite les lettres à -Théodore. Ce commerce dura jusqu'après le départ de Neuhoff. Le résident -de Gênes vit un certain nombre de missives adressées à l'aventurier sous -le couvert du ministre. Théodore laissait à ce dernier le soin de payer -les frais de poste. L'envoyé extraordinaire en fut bientôt pour cent -florins, sans pouvoir obtenir aucun remboursement. Le baron Sporchen, au -dire de Villavecchia, était un homme «avare comme un juif et capable de -tout sacrifier à l'intérêt». Fatigué de payer sans cesse pour Théodore, -il écrivit aux correspondants de celui-ci de ne plus faire passer leurs -lettres par son intermédiaire. Il avait encore quelques dépêches -destinées à Neuhoff. Il les conserva, espérant ainsi se faire -rembourser. - -Mouvet entre ici en scène. - -Le moine avait été l'un des confidents de Théodore en Hollande. Or, le -baron Sporchen lui devait un peu d'argent. A quelle besogne le diplomate -l'avait-il donc employé pour être son débiteur? La chose est restée dans -l'ombre, pour le plus grand bien de la morale politique, sans aucun -doute. Le moine voulut, un jour, se faire payer. L'envoyé lui remit, en -fait d'argent, la correspondance adressée à Théodore, qu'il avait gardée -en garantie de ses débours. Cette histoire est peut-être une invention -du religieux, qui aurait simplement dérobé les lettres. Toujours est-il -qu'il essaya de battre monnaie avec ces papiers. Il vint trouver le -ministre de Gênes, et les lui montra. Les représentants de la -Sérénissime République n'avaient pas l'habitude de payer à guichets -ouverts. La conversation s'engagea. Mouvet avoua que Théodore l'avait -nommé son chapelain, et pendant trois ans, lui avait accordé toute sa -confiance. Il était redevable de cette distinction à sa réputation -d'homme intrigant, rusé, hardi, apte aux plus habiles négociations. -C'était une confession. Mais le moine voulait sans doute en imposer au -ministre par des apparences de franchise. Chargé par Théodore de -diverses missions délicates, il l'avait servi fidèlement. C'est ainsi -qu'il s'était rendu à Aix-la-Chapelle, auprès du comte de Bentinck, -plénipotentiaire des États-Généraux. Il se trouvait donc être le -dépositaire de tous les secrets du roi de Corse. Celui-ci était parti en -le trompant comme tant d'autres, sans payer ce qu'il lui devait. Cette -conduite était tellement infâme qu'il voulait, non seulement n'avoir -plus rien de commun avec l'aventurier, mais il désirait s'employer à -démasquer cet homme indigne et pernicieux, afin de l'empêcher de faire -encore du mal en trompant quiconque l'approchait. C'est dans cette bonne -intention qu'il était venu trouver le représentant de la Sérénissime -République, pour lui faire toutes ces confidences. Et l'honnête moine -tendit à Villavecchia un cahier de papier, où, dit-il, il avait consigné -un aperçu de la vie et des fourberies de ce scélérat. Le ministre pensa -qu'il ne saurait s'entourer de trop de précautions vis-à-vis d'un -individu inconnu, qui--sans en être prié--se reconnaissait plein de -malice, qui confessait avoir prêté la main à des friponneries: le -confident et le complice de Théodore, en somme. C'était bien le rôle -qu'il avait joué, car Villavecchia voyait que ses dires concordaient -avec les informations qu'il avait eues d'autre part. Mais il fit -semblant de ne pas croire à «tant de belles choses». Il ne parut -convaincu ni des bonnes intentions de Mouvet de punir l'aventurier, ni -de l'efficacité des moyens pour amener ce châtiment. Il n'était pas -disposé, au surplus, à se casser la tête avec toutes ces nouvelles. Le -Sérénissime Collège méprisait les machinations d'un malheureux et -impuissant aventurier. La république était au-dessus de ces misérables -intrigues. Elle les connaissait parfaitement et, par dignité et par -clémence, elle ne ferait rien pour en interrompre le cours. La vendetta -guettait Neuhoff. Il le savait; et, s'il parlait encore de la fidélité -que lui conservaient les insulaires, c'était uniquement pour faire des -dupes. Les rebelles, dans un moment d'égarement, trompés par ses -promesses, l'avaient pris pour chef, mais, cruellement désillusionnés, -ils auraient exercé contre lui la plus implacable vengeance s'il ne -s'était pas enfui à temps. La république considérait avec sérénité les -tristes effets de la crédulité des révoltés. Elle attendait avec calme -le moment où ses sujets reviendraient d'eux-mêmes à une plus saine -appréciation des hommes et des choses. Leurs yeux s'ouvriraient et, si -jamais Théodore s'avisait de rentrer en Corse, il trouverait, sûrement, -la punition de ses crimes. - -Villavecchia débita son discours sur un ton sincère et dégagé. Il essaya -de mettre dans ses paroles la répugnance qu'il éprouvait à s'occuper de -ces affaires.--C'est lui qui le dit.--Le moine insista, reprenant en -détail tout ce qu'il prétendait savoir afin de persuader son -interlocuteur et d'exciter sa curiosité. Il racontait ses histoires en -graduant ses effets et en pratiquant l'art des réticences après avoir -glissé quelque détail alléchant. L'agent de Gênes essaya de le mettre en -contradiction avec lui-même, pour voir s'il disait la vérité. Il fut -assez rusé pour ne pas tomber dans le piège. Néanmoins, le ministre se -tint sur ses gardes, car il s'aperçut que la démarche du religieux avait -pour but d'obtenir une récompense en bons écus. Le désir d'empêcher de -nouvelles fourberies, en dévoilant les turpitudes de ce misérable, -passait au second plan. Les diplomates génois étaient fort perspicaces -en général. Mouvet insista pour que le résident prît connaissance de son -écrit; il lui dit qu'il reviendrait dans deux jours afin de savoir la -réponse de Son Excellence. Villavecchia fit le dégoûté et reçut le -cahier du bout des doigts. Mais, à peine le moine était-il sorti, que -l'agent de Gênes appela ses scribes et fit faire deux copies du long -mémoire. Il en transmit une au Sérénissime Collège et conserva l'autre. -Lorsque le religieux revint, Villavecchia lui rendit son élucubration, -disant qu'il l'avait parcourue à la hâte et non sans fatigue, en raison -de son état de maladie. Il montra encore le peu de cas qu'il faisait de -cette littérature, de façon à ce que Mouvet ne pût pas soupçonner que -son écrit eût été copié. La plupart des noms propres étaient restés en -blanc sur l'original. Au cours de la conversation, le ministre essaya -d'amener le moine à des révélations qui lui permissent de rétablir les -noms. Il y réussit, et le récit put être complété. Après en avoir tiré -ce qu'il désirait savoir, Villavecchia répéta à son interlocuteur tout -ce qu'il lui avait dit dans leur première conférence. Celui-ci ne put -cacher sa déception. Il proposa de développer son écrit; la matière -était inépuisable. Il pourrait aussi préciser davantage, et, au besoin, -le traduire en latin. Le diplomate refusa. Mouvet répliqua que la -république aurait tort de mépriser les intrigues de Théodore. Celui-ci -ne désarmait pas. Actuellement, à la vérité, il ne pouvait faire aucun -tort aux Génois; mais un jour viendrait peut-être, où l'on serait obligé -de compter avec lui. Il était bien vu à la cour de Londres. Le duc de -Newcastle était son ami. Il avait des intelligences en Corse et en -Italie. Des négociants, des officiers, de simples particuliers, des -personnages politiques paraissaient, un peu partout, disposés à lui -donner leur appui et à lui fournir de l'argent. Six cent mille livres de -poudre étaient prêtes à embarquer à Amsterdam. - -Villavecchia demanda au moine pourquoi il lui disait toutes ces choses; -où il voulait en venir. Le professeur de droit s'embarrassa dans les -faux-fuyants, dans un maquis de paroles vagues, protestant de ses bonnes -intentions. Il avait seulement en vue le profit que la république -pourrait tirer de ses confidences. Puis, se rapprochant du ministre, il -lui dit qu'il était à même de ruser avec Théodore. Sous le prétexte -d'une aide puissante s'offrant à lui, on pourrait facilement l'attirer -en Hollande, ou ailleurs, et là, on le traiterait comme on traite un -perturbateur de la tranquillité publique pour l'empêcher de nuire. -Villavecchia répondit qu'il n'en voyait pas la nécessité. Son -gouvernement n'entrerait sûrement pas dans cette voie et lui, -personnellement, n'était pas disposé à se mêler d'une pareille affaire. -L'entretien prit fin. Mais l'agent de Gênes désirait ne pas décourager -complètement le moine; il tenait à l'avoir sous la main; il l'engagea -donc à revenir le trouver si jamais il apprenait quelque nouvelle -sérieuse, digne d'attention, et dont on pourrait facilement vérifier -l'exactitude. Si réellement ses intentions de servir la république -étaient sincères, si ses actes s'inspiraient toujours de la plus entière -loyauté, on verrait alors ce qu'on pourrait faire en sa faveur. L'ironie -était d'autant plus cruelle que, dans la main qui le congédiait, il n'y -avait point d'argent. Mouvet en fut pour sa trahison; et le -représentant de Gênes eut la conscience tranquille d'un homme qui a -filouté un fripon. Sans donner un sou, il avait eu l'écrit que le -traître se proposait de lui vendre. Et il terminait son rapport en -témoignant le peu de confiance qu'il avait en cet homme[819]. - - [819] Félix-Vincent Villavecchia au Sérénissime Collège, La Haye, - le 18 juillet 1749: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, - archives secrètes. - -Quant au roi de Corse, à bout de ressources, ne sachant plus à qui -demander, il partit pour aller s'asseoir au foyer britannique. Il -voulait encore solliciter les grands seigneurs anglais pour avoir au -moins le gîte et le pain quotidien. Il devait trouver l'un et l'autre en -prison. - - -II - -Théodore était arrivé à Londres au commencement de janvier 1749, -accompagné de deux piémontais «Bersin et Monmartin»[820]. Gastaldi, -ministre de Gênes en Angleterre, dans une dépêche à son gouvernement, -nomme ainsi les acolytes du baron. Bersin nous est inconnu. Il restera -dans l'ombre. Nous n'y perdrons pas grand'chose, car on connaît la -valeur morale de ceux qui entouraient le monarque déchu. Dans -_Monmartin_, on retrouve aisément le chevalier Saint-Martin, qui avait -des rendez-vous nocturnes dans les jardins publics de Rome avec l'agent -de la république, et qui communiquait à ce dernier les lettres de la -bonne sœur Fonseca, l'amie dévouée de Neuhoff. Saint-Martin avait donc -abandonné le métier peu lucratif d'espion de Gênes, pour s'attacher de -nouveau à la fortune du roi de Corse, quitte à le trahir, au besoin. - - [820] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 20 janvier - 1749: _Busta Inghilterra no 15 (1748-1756)_. _Ibidem._ - -L'arrivée de Théodore et de ses deux amis fut entourée de mystère. Ce -baron allemand avait décidément quelque chose de vénitien dans ses -allures. Il se plaisait dans les conspirations; il aimait l'ombre, le -déguisement, le masque. Il prit un logement dans Mount Street, Grosvenor -Square[821], et se fit appeler le baron Stein[822]. - - [821] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 139. - - [822] Durand, ambassadeur extraordinaire provisoire de France en - Angleterre, à Puisieux, Londres, le 6 février 1749: - Correspondance d'Angleterre, vol. 425. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Les deux compagnons allèrent, sans tarder, trouver Hop, envoyé des -Pays-Bas à Londres. Celui-ci leur remit plusieurs lettres pour Neuhoff. -Le ministre hollandais vint en personne lui rendre visite. Non content -de lui donner cette marque de déférence, il l'introduisit dans le monde -sous son faux nom[823]. Théodore parut aux réceptions de Hop et de -Munichausen, ministre de Hanovre. Gastaldi fut très scandalisé de voir -l'aventurier admis dans les cercles diplomatiques. Selon lui, Hop -agissait par curiosité plutôt que par malice, sans songer à tramer, avec -le baron, quelque noir complot[824]. Aussi n'avait-il voulu lui faire -directement aucune représentation, mais il comptait porter ses doléances -au duc de Bedford. En attendant, il écrivit à Villavecchia, à la Haye, -pour savoir si les États-Généraux approuvaient ces intrigues. - - [823] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 20 janvier - 1749: _loc. cit._ - - [824] Même dépêche de Gastaldi, 20 janvier 1749.--Durand à - Puisieux, Londres, le 6 février 1749: _loc. cit._ - -L'envoyé génois alla, en effet, se plaindre aux ministres du roi -d'Angleterre. Sans préambule, il demanda que Théodore fût expulsé de la -Grande-Bretagne. - ---«Avez-vous reçu de votre gouvernement des instructions particulières à -ce sujet?», répliqua Bedford. Gastaldi répondit qu'il ne pouvait pas en -avoir encore; «mais, ajouta-t-il, si j'avais exécuté les ordres qui -m'ont été précédemment donnés, je vous aurais prié de faire arrêter -l'aventurier et de l'envoyer enchaîné à Gênes.» Le duc haussa les -épaules et déclara qu'il prévoyait à cela beaucoup de difficultés, car, -en Angleterre, on n'expulsait personne du royaume sur la demande d'un -ministre étranger, sauf pour raison de guerre, de conspiration ou -d'outrage au roi. Gastaldi invoqua le traité passé entre la France et la -république de Gênes. Il retourna la question dans tous les sens; il ne -put obtenir que de vagues paroles. Bedford l'engagea à écrire de nouveau -à ses chefs afin de connaître leurs intentions formelles. Si, entre -temps, Neuhoff osait afficher publiquement ses prétentions, on pourrait -lui dire à l'oreille des choses qui ne lui feraient pas plaisir. -Gastaldi, au surplus, devait être bien convaincu que l'Angleterre -n'avait rien à faire avec cet aventurier devenu la risée de tout le -monde et que le roi méprisait profondément. «Je ne doute pas de tout ce -que vous me dites», répliqua le ministre génois. Il ajouta que le -gouvernement anglais, quelques années auparavant, lui avait fourni aide -et protection, au grand préjudice de la république. Ce fait retardait la -soumission complète de l'île. Bedford ne releva pas cette attaque -directe. Gastaldi se plaignit alors de ce que l'envoyé de Hollande ne -craignait pas d'introduire Théodore dans sa société. Newcastle déclara -que Neuhoff lui avait fait demander une audience, mais il n'entendait le -recevoir à aucun titre[825]. L'entretien prit fin sur ces mots. En -sortant, Gastaldi dut être bien persuadé qu'il n'obtiendrait jamais rien -des ministres anglais. - - [825] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 21 janvier - 1749: _loc. cit._ - -Un homme tel que Théodore ne pouvait pas passer longtemps inaperçu. Le -roi de Corse, dont les aventures avaient défrayé l'univers, perça -bientôt sous le baron de Stein. La société de Londres, curieuse et -railleuse, le rechercha. Il fut principalement admis chez le chevalier -Schaub, un suisse, qui avait rempli plusieurs missions en Europe pour le -compte du gouvernement anglais. Ce Schaub et sa femme étaient très -lancés dans l'aristocratie anglaise. Le prince de Galles les honorait de -son amitié. Lady Schaub avait affirmé à une personne de qualité, très -liée avec le ministre de Gênes et digne de foi, que Neuhoff attendait un -navire qui devait le transporter en Corse[826]. - - [826] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 3 février - 1749: _loc. cit._ - -Les gens, qui rapportaient de pareilles histoires à Gastaldi, se -moquaient de lui, mais il prenait tout ce qui concernait Théodore au -tragique; il fut au désespoir. Il ne voyait pas que les gens du monde -voulaient rire et s'amuser. Il était trop choqué pour envisager la chose -par le côté plaisant. Ce scélérat, ce fourbe, cet ennemi de la -république l'hypnotisait. Il ne devait assurément plus sortir de chez -lui, pour ne pas s'exposer à rencontrer l'aventurier dans quelque -soirée. Un de ces grands seigneurs anglais, sceptiques et ironiques, -n'aurait pas manqué de lui présenter le roi de Corse. Le diplomate, qui -n'était pas homme d'esprit, eût difficilement soutenu le choc et il -avait peut-être le pressentiment que les rieurs n'auraient pas été de -son côté. - -Il alla verser ses chagrins dans le sein du secrétaire de Newcastle. Il -lui raconta, avec naïveté, les intrigues de Schaub qui avait, selon lui, -la déplorable habitude de se mêler des affaires qui ne le regardaient -pas. Il le supplia d'agir auprès du duc pour que Théodore fût -ignominieusement chassé de façon à ce que l'Angleterre montrât aux -Corses combien elle désapprouvait leur obstination dans la révolte. Le -commis se récria. On devait être bien persuadé que la cour ne songeait -nullement au baron. Il faudrait que les Anglais eussent perdu -complètement le sens commun pour essayer d'entretenir l'agitation en -Corse sous le couvert de cet aventurier. Il promit au diplomate d'en -parler à son maître. Gastaldi se retira bien convaincu de la sincérité -de ces paroles[827]. - - [827] _Ibidem._ - -Les Schaub continuaient à recevoir Théodore. Ils organisèrent des -réceptions en son honneur. «Je vais demain chez lady Schaub prendre une -tasse de café avec le roi Théodore», écrivait Horace Walpole à son ami -Mann. «Je suis curieux de le voir, quoique je n'aime pas en général les -spectacles; je me contente de la toile peinte à l'huile qui pend dehors -et qui les représente, image à laquelle ils ressemblent rarement, -d'ailleurs[828].» - - [828] Horace Walpole à Horace Mann, Londres, Arlington street, le - 23 mars 1749: _op. cit._ - -En même temps que Neuhoff, il y avait à Londres deux rois nègres que la -société choyait beaucoup. C'était la mode de les recevoir[829]. Les -princes exotiques, de couleur noire ou jaune, n'ont jamais été rares; -mais le roi de Corse, le premier, l'unique, constituait une attraction -puissante. L'idée de le rencontrer, de lui parler, de lui faire raconter -ses aventures, était bien faite pour exciter la curiosité du mondain le -plus désœuvré. Comme la maîtresse de maison qui pouvait l'offrir à ses -invités devait être fière! Et cette pauvre Majesté, loqueteuse et -besogneuse, quel beau sujet de raillerie pour ces gens charitables, qui -forment ce qu'on appelle la haute société! - - [829] _Ibidem._ - -Walpole espérait s'amuser à faire bavarder Théodore à la réunion de lady -Schaub; il en fut pour ses frais. Neuhoff n'ouvrit pas la bouche. -Walpole cependant se montra aimable, enjoué; il déploya les grâces et -les séductions de son esprit. Il parla au monarque de son royaume, et -l'appela «Sa Majesté» avec des airs de respect. Les convives, -entr'autres lord March et sir Hanbury Williams, se divertirent beaucoup -de cette comédie. Et finalement déçus par le silence obstiné de Neuhoff, -ces gens le jugèrent bête et orgueilleux[830]. Mais le malheureux ne -sentait-il pas tout ce qu'il y avait d'ironie méchante sous la déférence -de ces grands seigneurs? On le ridiculisait en s'entretenant avec lui -comme on aurait parlé à un souverain. On le bafouait avec des airs -aimables et le sourire aux lèvres. Ces gens heureux, riches et repus, -s'amusaient de sa misère. Ils trouvaient sans doute très drôle de voir -un roi qui avait faim et qui était traqué par ses créanciers. Théodore -préféra se taire: ce fut peut-être la seule circonstance de sa vie où il -montra un peu de dignité. - - [830] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 140. - -De tout temps, il avait eu à Londres des succès de curiosité. Il se -trouva même un industriel qui sut en tirer profit. Lévis-Mirepoix, -ambassadeur de France, raconte ce trait de «la badauderie anglaise» au -sujet du roi de Corse. «Dans le temps de ses premières et plus -florissantes prospérités, un quidam, qui avait loué la chambre que cet -aventurier occupait à Londres avant de partir pour son expédition, -imagina de la montrer au public pour un schelling par tête. La foule y -fut grande et le susdit quidam y fit très bien ses affaires[831].» Mais, -à Théodore la badauderie anglaise ne rapportait pas d'argent. Il vivait -misérablement, secouru par la charité de quelques particuliers qu'il -avait connus, jadis, dans des temps meilleurs[832]. - - [831] Lévis-Mirepoix à Puisieux, Londres, le 4 octobre 1749: - Correspondance d'Angleterre, vol. 425. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [832] Lévis-Mirepoix à Puisieux, Londres, le 25 septembre 1749: - _loc. cit._ - -Le 21 décembre, il fut arrêté pour une somme de quatre cents livres -sterling. Quatre autres créanciers importants surgirent aussitôt. En -mandant cette nouvelle à son gouvernement, Gastaldi ajoutait que selon -toute probabilité, en raison de l'énormité de ses dettes, l'aventurier -finirait ses jours dans un étroit cachot. Pour faire arrêter le -malheureux Théodore, on avait usé d'une ruse. Sachant qu'il était -traqué, il s'était réfugié dans un endroit privilégié. Cet asile -inviolable ne pouvait être qu'une ambassade. Il n'est pas -invraisemblable que Neuhoff ait été recueilli par son ami Hop, le -ministre de Hollande. Un espion dévoila la retraite du roi. Qui fut le -traître en cette circonstance? Un individu taillé comme le Saint-Martin; -lui-même peut-être. Mais, pour prendre le débiteur, il fallait l'attirer -au dehors. On lui envoya donc une fausse lettre de milord Carteret, -avec qui il était lié, le priant de passer sans retard chez lui pour une -affaire très importante. Plein de bonheur et d'espérance, Théodore -sortit aussitôt et lorsqu'il fut dans la rue on l'arrêta. Tout à la -joie, Gastaldi trouva le stratagème «_bellissimo_», très beau, sans -penser qu'il fût l'œuvre d'un misérable espion doublé d'un faussaire. -Ce que le ministre génois jugea moins admirable, ce fut de voir le -traître venir lui demander une récompense. «Il s'est mal adressé, écrit -Gastaldi, et cela ne m'a pas coûté un sou.» Peu de personnes -connaissaient à Londres cet événement, que le représentant de Gênes -appelle un «succès». Il l'apprit au duc de Bedford qui, à cette -nouvelle, fut pris du fou rire[833]. Théodore chercha les moyens de -sortir de prison. Il lui fallait ou payer ou avoir des cautions. Le -second moyen paraissait plus praticable. Il trouva, en effet, un homme -de bonne volonté, qui voulut bien se porter garant pour lui; mais cela -ne suffit pas. D'autres créanciers ayant paru, l'arrestation fut -maintenue[834]. - - [833] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 25 décembre - 1749: _loc. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 140. - - [834] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 1er janvier - 1750: _loc. cit._ - -Théodore devait cinq cents livres sterling à un individu chez qui il -avait logé. Après l'incarcération du baron, cet individu vint chez -Gastaldi. Il lui dit qu'il avait dans sa maison un ballot appartenant à -Neuhoff, dans lequel étaient beaucoup de lettres des mécontents de -Corse. De son cachot, l'aventurier avait fait plusieurs fois demander -ces documents, d'une façon très pressante. Le logeur n'entendait pas les -lui rendre avant d'avoir été payé; il avait en conséquence scellé le -paquet. Gastaldi pensait qu'il ne serait pas très difficile d'avoir ces -papiers, moyennant une petite somme, mais avant de rien offrir, il -désirait recevoir les instructions du Sérénissime Collège[835]. Celui-ci -délibéra sur cette dépêche. Il décida qu'on accuserait réception au -ministre en le remerciant et en le priant de continuer à déployer son -zèle[836]. Quant à la question d'argent, pas un mot, comme toujours! - - [835] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 29 janvier - 1750: _loc. cit._ - - [836] Délibération du Sérénissime Collège, du 11 février 1750: - _loc. cit._ - -Malgré le séjour forcé au «Banc du Roi», la prison pour dettes, -peut-être même à cause de cela, la célébrité de Théodore s'accrut à -Londres. La haute société trouvait que l'aventure prenait un caractère -tout à fait original. Ces gens, si respectueux du principe monarchique -chez eux, jugeaient fort plaisant de voir un souverain incarcéré par des -créanciers hargneux, comme un vil manant. Walpole estima la chose si -drôle qu'il émit l'idée d'envoyer Hogarth, le graveur en renom, le -créateur de la caricature anglaise, pour faire le portrait du roi sous -les verrous[837]. - - [837] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 140. - -Les visiteurs affluèrent, affamés de la curiosité de voir ce monarque -dans son cachot, et d'entendre le récit de ses aventures. Théodore qui, -dans le monde, sous les politesses railleuses des nobles lords, avait eu -le sentiment de sa déchéance, s'était ressaisi en prison. Il semblait -que le malheur lui donnât une auréole nouvelle. Sa sotte vanité reprit -le dessus. Il se montra pompeux, assoiffé de gloriole, entraîné par ce -vertige des grandeurs qui, dans le cours de sa vie, avait inspiré tous -ses actes. Il pensait sans doute cacher sa misère sous le masque de la -dignité, comme on recouvre d'un manteau des vêtements en loques. Il -avait un grabat dans sa cellule; il en fit un trône. Un méchant ciel de -lit lui servit de baldaquin. Assis là dans une attitude de roi, il -recevait les visiteurs. Chaque jour ils étaient nombreux: des grands -seigneurs, des bourgeois, des littérateurs, des comédiens[838], qui -voulaient peut-être se perfectionner dans leur art en prenant des -leçons. Ah! ce ne devait pas être un spectacle banal! Et puis, quel -charme à entendre Théodore raconter sa vie, reposant sur ce trône du -«Banc du Roi», trône moins éphémère pour lui que celui de Corse! -D'abord sa jeunesse. Joli page de Madame, il avait vécu à la cour de -France; ses souvenirs pouvaient remonter au Grand Roi, à Mme de -Maintenon, au Régent. Mais son plus beau titre de gloire avait été de se -sacrifier pour donner la liberté au peuple corse. Après la rencontre, à -Savone et à Gênes, des insulaires, c'était le débarquement à Aléria, au -milieu des salves, dont l'écho fit trembler la république. Les patriotes -venaient vers lui en chantant. Il était le messie. Vêtu comme le Grand -Seigneur, il avait distribué des bottes orientales et des sequins d'or. -L'enthousiasme des peuples était immense: sur tout son parcours on -l'acclamait. Et le jour glorieux du couronnement dans Alesani; son -entrée triomphale dans l'église, la couronne de laurier au front, sa -canne à bec de corbin à la main comme sceptre, le _Te Deum_ chanté en -grande pompe et le cri de: _Vive notre roi!_ sortant de mille poitrines! -Hélas! après c'était la trahison, le départ, la recherche des secours. -Une confiance invincible dans son étoile l'avait soutenu aux heures de -défaillance, quand sa vie lui apparaissait comme une sombre tragédie. Et -puis, n'était-il pas marqué par le destin pour faire le bonheur des -Corses? Il avait connu de hauts et de puissants personnages; il avait -traité avec eux. Mais les infâmes Génois ne cessaient de le poursuivre -de leurs haines, de l'accabler des plus noires calomnies. Le tribunal -des inquisiteurs d'État avait essayé de l'envoûter et de le faire -assassiner! Il ne désespérait pourtant pas de retourner plein de gloire -dans l'île et de voir le peuple, à ses pieds, entonnant le bel hymne de -la reconnaissance. Voilà ce qu'il devait raconter à ses visiteurs, -laissant dans l'ombre bien des particularités de sa vie. Et les gens -sortaient éblouis, amusés surtout. Ceux qui avaient trouvé le spectacle -à leur goût, laissaient une aumône. La misère du roi était grande. Des -personnes, émues de son sort, lui envoyaient parfois de petits secours. -Parmi celles-ci, étaient lord Grenville (Carteret) et lady -Yarmouth[839]! Du reste, Théodore n'était pas ingrat. Il décora -quelques-uns de ses visiteurs, les plus notables et les plus -charitables. Dans la prison, d'où il ne devait sortir que pour mourir, -il créait des chevaliers de son ordre: l'_Ordre de la Délivrance!_ En -1800, on voyait encore à Londres un vieux gentilhomme qui avait été -ainsi décoré par le roi Théodore[840]. - -[Illustration] - -Fac-similé de l'écriture de THÉODORE DE NEUHOFF. - -D'après une lettre qui se trouve aux Archives du Ministère des affaires -étrangères, _Correspondance de Corse, vol. 3_. - - [838] _Ibidem_, p. 141. - - [839] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 141. - - [840] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 141. - -Mais le cachot lui semblait dur. Il s'ingéniait à en sortir. Il écrivit -pour qu'on intervînt auprès d'un conseiller bien au courant de ses -affaires, il lui fallait de l'argent sans tarder. Il ne voulait pas -rester un jour de plus «dans cette maison»; si on ne pouvait faire la -somme suffisante pour le libérer entièrement, il demandait qu'on lui -procurât au moins de quoi donner des acomptes. Une femme, encouragée par -ses ennemis, venait à tout moment «l'affronter». C'était -intolérable[841]. - - [841] Lettre de Théodore de Neuhoff, du 11 juillet 1750: - Correspondance de Corse, vol. 3. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Quelle était cette mégère? Une créancière sans doute, qui réclamait plus -bruyamment que les autres. Mais ces insultes lui étaient très sensibles; -il aimait mieux l'ironie polie des gens du monde. L'argent ne vint pas, -car le malheureux resta en prison. - -Tandis que les Anglais se livraient au sport d'aller gouailler le pauvre -monarque au «Banc du Roi», un individu cherchait à soutirer de l'argent -au gouvernement français au moyen de l'aventure fâcheuse arrivée à -Neuhoff. Il se nommait Gautier et habitait Tennis Court, no 3. Il était -provençal. Le maréchal de Belle-Isle l'avait connu pendant sa détention -en Angleterre. Il lui avait même accordé sa protection pour une affaire -d'héritage. Ce fut donc au maréchal que Gautier fit ses offres de -service, dans deux longues lettres. Belle-Isle les transmit à Puisieux -par acquit de conscience, en faisant sur leur contenu de prudentes -réserves et en demandant ce qu'il devait répondre[842]. - - [842] Le maréchal de Belle-Isle à Puisieux, Metz, le 7 août 1750: - _Ibidem_. - -Gautier écrivait que Théodore, ayant entendu parler de lui, l'avait fait -prier de venir le voir. Le roi de Corse s'imaginait qu'il pourrait lui -fournir les moyens de sortir de prison. Le 11 juillet 1750, il s'était -rendu au «Banc du Roi», où il avait eu avec Neuhoff un entretien qui -avait duré trois heures. Au cours de la conversation, Théodore avait -montré plusieurs lettres de date récente, qui lui étaient parvenues de -Corse, de Livourne et même de Gênes. Gautier lut ces lettres -attentivement. Le contenu lui en parut si grave qu'il avait été sur le -point de partir pour la France afin d'informer le gouvernement des noirs -complots qui se tramaient. Mais il avait été retenu par la pensée de -pouvoir démasquer plus complètement ces intrigues en continuant à faire -bavarder le souverain. Il fallait à ce dernier quinze cents livres -sterling pour se libérer. Il se montrait disposé à donner en garantie de -cette somme les sceaux de son royaume, ainsi que tous les documents de -sa chancellerie. Gautier proposait donc l'affaire suivante. On lui -avancerait la somme nécessaire pour désintéresser ses créanciers. -Moyennant cette avance, on entrerait en possession des sceaux et des -papiers. Après quoi, le roi de Corse restant à la discrétion du prêteur, -celui-ci pourrait à tout moment le faire remettre en prison[843]. -C'était simple et expéditif. Le procédé manquait peut-être de -délicatesse; mais les gens qui trafiquaient de l'aventure de Théodore ne -s'arrêtaient pas à cela. Gautier voulut impressionner Belle-Isle par des -révélations à sensation. Quatre jours plus tard, il prit de nouveau la -plume. En Corse et sur les côtes d'Italie un complot s'organisait, un -complot sanguinaire! Le roi de France entretenait encore dans l'île un -petit corps d'armée. Il ne s'agissait rien de moins qu'à «faire chanter -à ces troupes les Ténèbres de Corse, sur le même ton que les Français -chantèrent autrefois les Vêpres de Sicile». Huit cents hommes armés -étaient débarqués en Corse pour opérer ce massacre. D'autres conjurés se -trouvaient prêts: ils étaient nombreux; il y en avait partout. Moyennant -quinze cents guinées, on pourrait empêcher ce carnage. Ce n'était pas -cher. Gautier ajoutait que le ministre de Gênes, Gastaldi, avait fait -des propositions à Théodore pour avoir les sceaux et la chancellerie, -mais celui-ci ne voulait en aucune façon traiter avec les Génois[844]. -Cela est peu vraisemblable. La république, d'un coté, n'entendait pas -débourser d'argent. Neuhoff, de l'autre, aurait difficilement résisté -aux propositions génoises si elles avaient été accompagnées d'une forte -somme. - - [843] Gautier à Belle-Isle, Londres, le 12 juillet 1750: - Correspondance de Corse, vol. 3. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - - [844] Gautier à Belle-Isle, Londres, le 16 juillet 1750: - Correspondance de Corse, vol. 3. Archives du Ministère des - affaires étrangères. - -Le gouvernement français ne jugea pas utile de négocier l'affaire -proposée par Gautier[845]. Néanmoins, Puisieux informa Cursay, -commandant des troupes françaises en Corse, du complot qu'on disait -tramé pour renouveler les Vêpres Siciliennes. Il ajoutait que, -d'ailleurs, il croyait peu à ces bruits[846]. Cursay répondit que les -Français étaient fort tranquilles dans l'île et qu'il n'y avait rien à -craindre[847]. C'était l'exacte vérité. - - [845] Puisieux à Belle-Isle, Versailles, le 18 août 1750: - _Ibidem_. - - [846] Puisieux à Cursay, Versailles, le 11 août 1750: _Ibidem_. - - [847] Cursay à Puisieux, Bastia, le 26 août 1750: _Ibidem_. - -Les _Ténèbres de Corse_ ne furent jamais chantés; le gouvernement -français ne chanta pas non plus, et le baron resta en prison. - - -III - -Deux années s'écoulèrent. La mode d'aller voir le roi Théodore persista -parmi la société de Londres. Neuhoff continuait à chercher les moyens de -quitter «cette maison». Il combinait, il furetait, il négociait. Mais -comment trouver la somme? Où était l'homme compatissant qui lui -viendrait en aide? Il devait sur le visage de chacun de ses visiteurs -épier un signe de pitié, surprendre dans les paroles qu'on lui adressait -un témoignage de commisération. Mais l'âme généreuse, capable de -charité, ne se trouvait pas parmi ces mondains. On lui faisait l'aumône; -ceux qui s'en allaient satisfaits du spectacle jugeaient avoir -suffisamment payé leur amusement d'un peu de monnaie. Quant à tenter -quelque chose pour lui rendre la liberté, nul n'y songeait. Et c'est -dans ces années sombres, passées entre les murs d'un cachot, que la -destinée du pauvre monarque prit réellement les allures d'une tragédie. -Sa vie ressemblait à une comédie de Regnard, dont Shakespeare aurait -écrit le dénoûment! - -Après avoir subi les sarcasmes des gens nobles, Théodore dut affronter -les railleries du monde officiel. La mode ne franchit généralement pas -le seuil des enceintes parlementaires. Mais la renommée du roi de Corse -était si grande; on parlait tellement de lui en termes comiques que la -curiosité de le voir s'infiltra jusqu'au sein du Parlement. La Chambre -des Communes s'occupait, à ce moment-là, de la situation des débiteurs -incarcérés. Une commission fut nommée pour examiner le régime auquel les -prisonniers étaient soumis. Ce fut un bon prétexte pour quelques députés -de se rendre auprès de Théodore. Ils l'interrogèrent longuement avec des -airs respectueux, l'appelant Sa Majesté[848] tout comme les autres, qui -le tournaient en dérision. - - [848] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 142. - -Un journal venait de se fonder à Londres, _The World_. Quelques grands -seigneurs y publiaient des articles. Parmi ces publicistes amateurs se -trouvaient notamment lord March et Horace Walpole[849]. Ce dernier sous -le nom de Fitz-Adam, fit paraître dans le no 8, à la date du 22 février -1753, un appel à la charité publique en faveur du roi Théodore. Cet -article, assez long, était un nouveau sarcasme lancé contre le -malheureux prisonnier; sarcasme plus cruel que toutes les railleries -dont la société anglaise abreuvait le monarque déchu. - - [849] _Ibidem._ - -En tête, Walpole écrivit ces mots: _Date obolum Belisario_. - -Il débutait par des considérations ironiques sur la vanité des -grandeurs. Les révolutions bouleversant les empires, les disgrâces -retentissantes de ministres, l'élévation de personnages obscurs, étaient -les incidents habituels de la comédie humaine. On s'attendrit sur la -chute des tyrans; ne faut-il pas plutôt gémir lorsqu'on voit un roi -vertueux devenir le jouet du mauvais destin? L'Angleterre devait -accueillir la Majesté en détresse, comme elle avait su châtier les -oppresseurs. «Oh! combien je rougis pour mon pays, s'écriait Walpole, -lorsque je vois un monarque, un infortuné monarque, condamné pour dettes -à languir dans une des prisons de Londres!» Cet homme s'est élevé -jusqu'au trône par son seul courage et non par une vaine ambition ou par -des actes sanguinaires. Il a été proclamé roi par l'élection spontanée -d'un peuple opprimé qui, comme tous les peuples, pouvait prétendre à la -liberté et qui avait la volonté bien rare de devenir libre. Ce prince -est Théodore, roi de Corse. Selon Walpole, le droit de celui-ci à la -couronne est aussi indiscutable que les plus anciens titres dynastiques, -car ce droit lui vient du choix de ses sujets. On ne peut élever aucune -objection contre une pareille élection. C'était d'ailleurs la seule -règle admise par l'excellente constitution gothique. Après avoir -héroïquement exposé sa vie et sa couronne pour défendre ses sujets, -Théodore a échoué comme Caton. Pendant plusieurs années, il a lutté -contre le sort; il a employé tous les moyens pour reconquérir son -royaume. Puis, quand il eut rempli tous ses devoirs envers son peuple et -envers lui-même, il est venu s'asseoir au foyer britannique. Ce prince -supporte la perte de son trône avec plus de dignité et de philosophie -que Charles-Quint, Casimir de Pologne, ou autres visionnaires, qui -abdiquèrent gaîment pour chercher l'oisiveté dans un cloître où, à la -fin, ils n'ont trouvé que des déboires. Sa Majesté Corse n'a pas à -rougir de sa détresse. Elle n'a pas, non plus, à l'excuser. Les dettes -de sa liste civile ne proviennent pas d'une mauvaise direction de sa -part, ni de la corruption de ses ministres, ni de complaisances -coupables pour des favorites ou des maîtresses. Le souverain vivait -comme un philosophe: son palais était humble, sa garde-robe modeste. Et -maintenant son boucher, son logeur, son tailleur ne continueront plus à -le fournir, car il ne possède aucun revenu pour soutenir son train de -vie; il n'a aucun impôt pour lui procurer des fonds! - -Il suffira de signaler à la généreuse nation anglaise ce roi en -détresse, pour qu'elle lui accorde sa protection et lui témoigne sa -compassion. Si des raisons politiques empêchent d'embrasser ouvertement -sa cause, du moins la fortune privée peut lui venir en aide au nom de la -charité. Cela ne veut pas dire que les jeunes élégants de Londres -doivent aller s'offrir à lui en qualité de volontaires, ni que des -particuliers aient à équiper à leurs frais une flotte pour le conduire -en Corse, lui et ses espérances. Le seul but de l'article est de -stimuler la pitié en faveur du royal captif. Walpole ne croit pas que la -dignité de Sa Majesté pourrait se refuser à accepter un secours -provenant d'une représentation à bénéfice. Les potentats de l'Asie -n'auraient pas rougi de recevoir un tribut formé par les efforts réunis -du génie et de l'art. Qu'il soit dit qu'à la même époque l'Angleterre a -élevé un monument à Shakespeare, a donné une fortune à la petite-fille -de Milton, a secouru un roi prisonnier au moyen de représentations -dramatiques! Les généreux directeurs de théâtre voudront certainement -s'associer à cette bonne œuvre. L'incomparable acteur Garrick, qui a -rendu d'une façon si poignante les passions et les malheurs du roi Lear, -consentira à exercer son merveilleux talent en faveur d'un monarque -déchu. Il égalera ainsi la renommée que Louis le Grand s'est acquise en -protégeant des rois exilés. Et combien ne serait-il pas glorieux de -voir le «Banc du Roi» rendu célèbre par la générosité de Garrick, comme -l'hôtel de Savoie le devint par la façon généreuse dont Édouard III -hébergea le roi Jean de France[850]. Entre parenthèses, Walpole -conseillait, en raison de certaines similitudes de situation, de choisir -le _Roi Lear_ pour la représentation à bénéfice. Il n'était pas possible -de pousser plus loin l'ironie! - - [850] Le roi Jean mourut à Londres, à l'hôtel de Savoie, dans la - nuit du 8 au 9 avril 1364. Édouard III, roi d'Angleterre, l'y - avait reçu avec tous les honneurs. - -Pour ne pas enfermer la charité de ses lecteurs dans le cercle étroit -d'une représentation théâtrale, Walpole annonçait qu'une souscription -publique en faveur de Sa Majesté Corse était ouverte dans Pall Mall, -chez le libraire Robert Dodsley, qui était nommé, à vie, grand-trésorier -et bibliothécaire en chef de l'île de Corse. Il n'aurait pas accepté ces -fonctions sous un autocrate. La souscription ne sera certainement pas -générale, quoique ce fût à souhaiter pour l'honneur de l'Angleterre. Il -est à prévoir que les partisans du droit héréditaire refuseront -d'apporter leur offrande. On peut essayer de convaincre ces gens-là au -moyen d'un argument bien simple. En admettant que le titre de Neuhoff -fût entaché du vice (selon leur idée) d'avoir été élu par un peuple, qui -avait renversé le joug de ses anciens tyrans, comme les Génois ont été -les souverains de la Corse, les partisans du principe monarchique seront -obligés, en répudiant la cause du roi Théodore, d'accorder le droit -divin héréditaire à une république. Cela constitue un problème politique -difficile à résoudre. Walpole, en terminant, disait qu'il proclamerait -jacobites toutes les personnes qui n'apporteraient pas leur obole pour -le souverain. Il espérait n'avoir pas en vain fait appel à la charité de -ses concitoyens. - -Il fit suivre son article d'une note. Deux pièces de monnaie, frappées -pendant le règne de Théodore, étaient entre les mains du -grand-trésorier, elles seront montrées aux souscripteurs par les -propres officiers de l'Échiquier de Corse. Cette monnaie constitue une -haute curiosité. Les plus célèbres collections du royaume ne la -possédaient pas[851]. - - [851] _The World_, no 8, jeudi 22 février 1753. Article cité en - partie par Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 142-143. - -Cet article, qui était un raffinement de cruauté envers un malheureux -prisonnier, amusa la société de Londres. On le prit pour une jolie -œuvre d'ironie, le passe-temps d'un homme sceptique et railleur. On -crut à une de ces plaisanteries froidement débitées, qui ont un air de -mystification. L'éditeur du journal, ce Robert Dodsley, que Walpole -avait nommé bibliothécaire en chef de Corse, dut faire paraître dans le -numéro suivant une note pour informer le public que la souscription -ouverte était une chose sérieuse. L'auteur de l'article avait même déjà -reçu quelque argent, qu'il se proposait d'employer à l'honneur de la -couronne de Corse[852]. - - [852] _The World_, no 9, 1er mars 1753. - -On ne nous dit pas si Walpole s'était inscrit pour une somme importante -en tête de la liste. - -Garrick donna la représentation annoncée[853]. Mais elle ne paraît pas -avoir eu grand succès. Quant à la souscription, ce fut une faillite. -Elle produisit seulement cinquante livres sterling. Walpole attribua cet -échec au mauvais caractère de Sa Majesté; mais cette somme était bien -supérieure à ce que valait ladite Majesté. Théodore espérait mieux. Il -prit l'argent; seulement, il se jugea offensé et envoya un procureur -menacer Dodsley d'une poursuite en raison de la liberté que le journal -avait prise de se servir de son nom. Walpole ajoutait: «Dodsley se moqua -de l'homme de loi; mais cela ne diminue en rien la sale fourberie. -Assurément, cela eût fait un bien joli procès. Un imprimeur poursuivi -pour avoir sollicité et obtenu une charité en faveur d'un homme en -prison; cet homme, un étranger, pas même mentionné sous son nom -véritable, mais sous un titre burlesque! Je ne protégerai plus des -rois[854].» - - [853] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 144. - - [854] Horace Walpole à Horace Mann, Strawberry Hill, 27 avril - 1753: _op. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 144. - -Théodore n'intenta pas le procès. Si le monarque avait mauvais -caractère--comme on le lui reprochait--n'était-il pas aigri par les -sarcasmes dont on bafouait sa détresse? Les cinquante livres, prix de -ces insultes, formaient un maigre appoint pour ses dettes. Il resta en -prison. Peu à peu on l'oublia; la mode se détourna de lui et la société -anglaise passa à d'autres exercices. - -L'agonie du malheureux se prolongeait. Aucune lueur d'espoir ne venait -relever son courage. Chaque jour, son cachot semblait se rétrécir et -l'étreindre davantage, lui qui avait rêvé de donner la liberté à un -peuple! - -En 1754, il tenta une démarche auprès du comte Bentinck, le diplomate -hollandais, qui, jadis, l'avait protégé. Le 12 mai, il lui écrivit. Son -dénuement était complet, son crédit épuisé; alité et malade, il avait dû -vendre tout ce qui lui restait. Il suppliait Bentinck de lui faciliter -l'emprunt de mille livres sterling, afin qu'il pût se libérer. Et en -terminant, il faisait un suprême appel à la pitié de son ex-protecteur -et des amis de celui-ci[855]. - - [855] Théodore au comte Bentinck, 12 mai 1754. Lettre citée par - Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 145. - -Lorsque Théodore se remuait dans le monde, entassant rêves sur chimères, -parlant de ses droits avec cette assurance qui en imposait parfois, des -gens haut placés avaient prêté la main à ses intrigues. On espérait se -servir de lui, pour réaliser dans l'ombre des projets, qui ne pouvaient -pas s'étaler au grand jour. Mais, maintenant son rôle était fini, bien -fini. Quel intérêt Bentinck aurait-il eu à secourir un homme accablé de -misère, réduit à l'impuissance? Une loque désormais inutile! Le comte ne -répondit pas. - -Quelque temps après, le 8 juillet, Théodore écrivit à un de ses -cousins; le nom de celui-ci est resté inconnu, un parent de Westphalie -sans doute. C'est encore le cri d'angoisse d'un homme qui se sent -abandonné, qui se voit condamné à mourir misérablement. C'est le dernier -geste du naufragé qui se cramponne à l'unique planche de salut. Sa -vanité s'est effondrée; il ne parle plus de la grandeur de son rôle: il -étale sa misère. Il implore du pain et de l'air. Il s'est hasardé à -écrire au duc de Portland pour lui demander de le secourir. Le duc lui a -fait répondre qu'il ne le connaissait pas. Quelle humiliation! Il manque -de tout. Va-t-il mourir faute d'un peu de pitié[856]? - - [856] Lettre de Théodore du 8 juillet 1754, citée par Percy - Fitzgerald, _op. cit._, p. 144-145. - -Le cousin fit ce que l'on fait généralement aux demandes des parents -pauvres: il ne répondit pas. - -Pendant un an, le silence se fit autour du roi captif. Plus une visite, -plus une aumône; rien! Seul à seul avec ses pensées, que de choses ne -dut-il pas remuer dans ces longs jours et dans ces nuits sans fin! Il -était à bout de forces. Au cours de sa vie, transporté par ses folles -ambitions, il avait goûté l'ivresse des régions élevées, au-dessus du -terre à terre où se meut le vulgaire. Souvent, la réalité l'avait -abattu, mais jamais il ne s'était laissé terrasser complètement. Son -imagination en délire l'avait toujours soutenu, en l'entourant de -visions et de songes, en mettant dans son âme des espérances tenaces et -insensées. Il avait éprouvé tout ce qu'un homme peut ressentir en -passant des grandeurs à la misère. Mais le pauvre roi sentait bien que -tout était fini maintenant. Ah! si seulement il avait pu aller mourir -dans le coin de terre du pays natal! - -Il existait alors une coutume. Parfois, par un acte du Parlement, une -fournée de débiteurs insolvables était relâchée. Trois publications -légales avaient lieu dans un journal; puis, les prisonniers signaient -leur cédule, c'est-à-dire une promesse de payer ou un abandon de leurs -biens en faveur de leurs créanciers. Cette formalité constituait pour -ceux-ci une garantie bien précaire; mais les apparences étaient -sauvegardées. En 1755, Théodore fut admis dans la série des débiteurs -bénéficiant de l'amnistie du Parlement. Les trois publications pour -«Théodore-Étienne, baron de Neuhoff, allemand de Westphalie», furent -faites dans _The World_ les 3, 10 et 20 mai[857]. Il n'était plus -question de Majesté! - - [857] _The World_, nos des 3, 10 et 20 mai 1755.--Percy - Fitzgerald, _op. cit._, p. 146. - -Il fut amené devant les magistrats. Selon la loi, on lui demanda ce -qu'il possédait. La réponse qu'il fit résumait toute sa vie, toutes ses -ambitions. Ce fut un dernier cri d'orgueil empreint, dans les -circonstances, d'une grandeur tragique.--«Je n'ai rien, dit-il, que mon -royaume de Corse!»--Le 24 juin 1755, dans la vingt-huitième année de -George II, il signa la cédule par laquelle il abandonnait ses -États[858]! Et le royaume de Corse fut légalement et officiellement -enregistré pour la garantie des créanciers du baron de Neuhoff. Les -Anglais étaient donc arrivés à leurs fins: ils avaient l'île, objet de -leurs convoitises. Seulement cette cession n'existait que sur un papier -sans valeur. - - [858] Horace Walpole à Horace Mann, Arlington street, 17 janvier - 1757: _op. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 146. - -Cette fois, c'était bien la déchéance irrémédiable. Pour obtenir une -liberté qu'on ne lui donna même pas, il avait déposé cette couronne que, -dans son ambition têtue, il considérait comme un droit imprescriptible. -Poussant le sacrifice jusqu'au bout, il remit à Walpole sa dernière -relique, le grand sceau du royaume de Corse[859]. Le calvaire était -gravi. Bafoué dans sa dignité royale, Théodore se vengeait en roi. - - [859] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 147. - -Walpole accepta le cadeau. Peut-être donna-t-il au malheureux détrôné -une aumône, en échange. Le noble lord eut-il des remords pour ses lâches -sarcasmes envers un prisonnier? On cite de lui un appel à la noblesse et -à la haute société de Londres en faveur de Neuhoff. Cet appel fut -publié dans le _Public advertiser_. Walpole ne traite plus ironiquement -Théodore de Majesté. Les termes de cette adresse sont simples. Il -demande la charité pour permettre au baron de retourner dans son pays. -Cet infortuné se trouve dans la plus complète misère. Lors de la -dernière guerre en Italie, il a donné des preuves de son dévouement à -l'Angleterre. Walpole espère que tous les vrais amis de la liberté -tiendront à secourir un brave homme malheureux, qui ne désire qu'une -seule chose: pouvoir prouver sa reconnaissance à la nation anglaise. -Deux maisons de banque étaient chargées de recueillir les -souscriptions[860]. - - [860] MM. Charles Asgill, Aldermann et Co., Lombard street, et - MM. Campbell et Coutts dans le Strand.--Percy Fitzgerald, _op. - cit._, p. 147. - -Décidément, Théodore n'était plus à la mode. La souscription avorta, car -l'ex-roi ne retourna pas dans son pays. Pendant quelque temps, il mena -l'existence la plus misérable, celle d'un mendiant loqueteux. Puis, on -le remit en prison[861]. Pour quelle cause fut-il incarcéré de nouveau? -Quel créancier hargneux l'avait-il encore poursuivi? Ceux à qui il -devait n'étaient-ils pas satisfaits d'avoir en garantie le royaume de -Corse? Le pauvre Théodore ne pouvait pourtant rien donner de plus. Mais -le «Banc du Roi» valait mieux que la rue. Là, au moins il pouvait -manger. - - [861] _Idem_, _ibidem_. - -Cette dernière année de sa vie est restée dans l'ombre. Personne ne -s'occupait plus de lui. C'est si peu intéressant un homme qui meurt de -faim! - -Il sortit définitivement de prison le 5 ou le 6 décembre 1756. Aussitôt -l'écrou levé, il prit une chaise et se fit conduire chez le ministre de -Portugal. On répondit qu'il n'était pas chez lui. Peut-être le diplomate -se souciait-il fort peu de recevoir ce mendiant. Théodore se trouva -alors dans un cruel embarras. Il n'avait pas les douze sous nécessaires -pour payer le porteur. Ce monarque, qui avait distribué des souliers -neufs et des sequins d'or à un peuple émerveillé, était là, dans la -rue, sans un sou. Il était tellement las et malade qu'il ne pouvait pas -marcher. Il songea. Ah! ce n'était plus l'heure des grandes pensées de -gloire. Il fallait aviser à ne pas mourir au coin d'une borne, dans la -brume glacée de décembre. Le roi, couronné de laurier, un jour d'avril, -par un beau soleil, sur les côtes bleues de la Méditerranée, allait-il -donc tomber pour jamais dans la boue des rues de Londres? Il se rappela -qu'il avait connu jadis un tailleur, un ravaudeur de vieux habits -plutôt. Mais cet individu était pauvre. Qu'importe! Puisque les riches -lui fermaient leurs demeures, peut-être la porte de l'échoppe -s'ouvrirait-elle pour lui. L'ouvrier habitait 5, Little Chapel street, -dans le quartier de Soho. La maison était misérable, la rue étroite et -sombre. - -Le monarque frappa à la porte et demanda l'hospitalité. L'ouvrier -l'introduisit. Le brave homme ne possédait pas grand'chose, mais, de -tout cœur, il proposa au roi déchu de partager sa pauvreté. Théodore -put au moins reposer son misérable corps malade. A ce modeste foyer, il -réchauffa ses membres engourdis de froid. Le tailleur le fit asseoir à -sa table et lui donna un lit. - -Les privations, les misères physiques et morales, la longue captivité -avaient épuisé le malheureux. Le lendemain de son arrivée, il ne put pas -se lever. Peu à peu, la vie s'en allait de ce corps usé. L'agonie dura -trois jours. Le 11 décembre, il mourut[862]. - - [862] Horace Walpole à Horace Mann, Arlington street, 17 janvier - 1757, _loc. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 148. - -Le tailleur rendit les derniers devoirs à son hôte. Il arrangea la -couche mortuaire du mieux qu'il put. Elle était propre et décente; il -lui avait même donné l'apparence d'un lit de parade. Les gens du -quartier, de pauvres diables aussi, vinrent sans doute en curieux. Et -ces artisans durent être touchés de cette charité prodiguée par un des -leurs envers un souverain[863]. - - [863] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 149. - -Quelles furent les pensées de l'ouvrier devant le cadavre de ce roi qui -était venu lui demander l'aumône d'un lit pour mourir? Simple et bon, il -ne se livra sans doute à aucune réflexion de vaine philosophie. Il avait -accompli son acte de pitié sous la seule impulsion de son cœur, sans -s'inquiéter si l'individu qui implorait son aide était un monarque ou un -vagabond! L'histoire n'a pas conservé le nom de cet homme généreux; en -revanche elle n'a pas oublié les noms et titres de ceux qui bafouèrent -un malheureux. Assurément, le souvenir des méchancetés mérite mieux -d'être gardé que celui d'un geste charitable: c'est plus amusant. - -Le tailleur n'avait pas de quoi payer les obsèques de Théodore. Un -marchand d'huile de Compton street, M. Wright, offrit sa bourse. Un -collègue, puisque Théodore avait monté son affaire en Hollande en vue -d'importer les huiles de Corse! Ce bourgeois cossu déclara qu'il lui -serait agréable, une fois dans sa vie, d'avoir l'honneur d'enterrer un -roi[864]. Il fit préparer pour la dépouille du baron de Neuhoff, roi de -Corse, un cercueil d'orme recouvert de drap noir avec une double rangée -de clous en cuivre. Au-dessus, il y avait une grande plaque avec -l'inscription gravée. Deux couronnes dorées l'encadraient. De chaque -côté de la bière, deux paires de poignées chinoises en métal doré avec -couronnes étaient fixées. L'intérieur était doublé de crêpe fin. Le -corps fut enseveli dans un double linceul, la tête reposant sur un -coussin. Quatre hommes vêtus de noir portaient le cercueil[865]. - - [864] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 148. - - [865] Voici, d'après M. Percy Fitzgerald (p. 149), la note des - funérailles du baron de Neuhoff, fournie par Joseph Hubbard, - fabricant de cercueils, entrepreneur de pompes funèbres: - - _For the funeral of baron Neuhoff, king of Corsica, interred in St. - Anne's Ground, december 15, 1756._ - - To a large elm coffin, covered with superfine black cloth, finished - with double rows of brass nails, a large plate of inscription, two cup - coronets gilt, four pair of chinese contrast handles gilt, with coronets - over ditto, the inside lined and ruffled with fine crape and inseare - £ 6 6 0 - A fine double shroud, pillow, and nuts 0 16 6 - Four men in black to move the body down 0 4 0 - Paid the parish dues of St. Anne's 1 2 8 - Paid the gravedigger's fee 0 1 0 - Best velvet pall 0 10 0 - Use of three gentlemen's cloaks and crapes 0 4 6 - A coach and hearse with pairs 0 16 0 - Cloaks, hatbands, and gloves for the coachmen 0 7 0 - Beer for the men 0 1 0 - Attendance at the funeral 0 2 6 - ------------ - £ 10 11 2 - Received in part 8 8 0 - ------------ - BALANCE DUE £ 2 3 2 - ============ - - -Les obsèques furent célébrées le 15 décembre à l'église Sainte-Anne. - -Ces couronnes, posées sur la dépouille de Théodore par un marchand -d'huile, constituaient l'ironie suprême, l'ironie méchante que la mort -même n'arrête pas. Une mascarade macabre! Et poussant sa cruauté -jusqu'au bout, le négociant fit enfouir dans le coin le plus obscur du -cimetière, dans la fosse des pauvres, le cercueil renfermant, d'après -l'inscription gravée, le corps d'un roi[866]! - - [866] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 150. - -Rien n'est resté de l'endroit où Théodore fut enseveli côte à côte avec -les miséreux du quartier. Dans le petit cimetière, la terre s'est -nivelée et l'herbe a grandi. Rien! Pas même le souvenir que donne au -passant le plus modeste tombeau de pierre. - -Walpole avait eu un geste généreux pour Neuhoff. Il tint à se faire -pardonner ce mouvement, dont sa réputation d'homme d'esprit aurait pu -souffrir. Il écrivit à son ami Mann, le ministre anglais à Florence: -«Votre vieil hôte royal, le roi Théodore, s'en est allé dans l'endroit -où, dit-on, les rois et les mendiants sont égaux. Il n'avait pas besoin -de faire ce voyage, car de roi il était devenu mendiant[867].» Et pour -perpétuer le souvenir des sarcasmes dont il avait abreuvé le roi de -Corse, il fit graver sur la pierre le témoignage de compassion railleuse -qu'il jeta à sa mémoire. - - [867] Horace Walpole à Horace Mann, Arlington street, 6 janvier - 1757: _loc. cit._ - -Cette pierre existe encore. Elle est scellée sur le mur extérieur de la -petite église de Sainte-Anne, près de Soho Square. Sous une couronne -ironique, reproduite d'après une des pièces de monnaie de Théodore[868], -Walpole fit inscrire cette épitaphe: - - PRÈS D'ICI EST ENTERRÉ - THÉODORE, ROI DE CORSE, - QUI MOURUT DANS CETTE PAROISSE LE 11 DÉCEMBRE 1756 - PAR LE BÉNEFICE DU FAIT D'INSOLVABILITÉ - EN CONSÉQUENCE DE QUOIT IL ENREGISTRA - SON ROYAUME DE CORSE - POUR L'USAGE DE SES CRÉANCIERS - - Le tombeau, ce grand maître, met au même niveau - Héros et mendiants, galériens et rois, - Mais Théodore apprit sa moralité avant que d'être mort; - Le destin répandit ses leçons sur sa tête _vivante_, - Il lui accorda un royaume et lui refusa du pain. - - [868] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 150. - -C'est tout ce qui reste de l'homme qui disputa à Gênes la souveraineté -de la Corse! - -Ce fut le sort de Théodore d'être bafoué pendant sa vie par l'ironie des -hommes et des événements. Après sa mort, sa mémoire fut ridiculisée. -L'épitaphe composée par Walpole ne fut pas le seul témoignage de -dérision posthume à son égard. On connaît les sarcasmes de Voltaire. -Ensuite, sur un poème de Casti, Paisiello, composa, en 1784, un opéra -héroïco-comique: _Il Re Teodoro_. Cette bouffonnerie, quoiqu'elle -manquât d'esprit, eut du succès. Elle fut écrite sur la demande de -l'empereur Joseph II, le fils de François qui avait essayé tour à tour -de se servir de Neuhoff et de le supplanter[869]! Et suprême ironie! -Chez le Corse, couronné empereur et roi, dans son palais des Tuileries, -on exécutait dans les concerts de la cour le final d'_Il Re -Teodoro_[870]. Napoléon écoutait cela, lui qui aurait pu naître sujet du -baron de Neuhoff, si celui-ci avait réussi et fondé une dynastie! - - [869] _Il Re Teodoro_ fut représenté pour la première fois à - Vienne. Le livret fut ensuite traduit en français par Moline et - Dubuisson. Fétis dit que cet opéra-bouffe «renferme un septuor - devenu célèbre dans toute l'Europe, délicieuse composition d'un - genre absolument neuf alors et modèle de suavité, d'élégance et - de verve comique». _Biographie universelle des musiciens et - bibliographie générale de la musique_, t. VI, p. 421-422. - - [870] Programme d'un des concerts donnés en 1806 aux Tuileries. - Frédéric Masson, _Joséphine, impératrice et reine_, p. 282. - - - - -APPENDICES. - - -I - -NOTE SUR LE COLONEL FRÉDÉRIC, QUI PÉTENDAIT ÊTRE LE FILS DE THÉODORE DE -NEUHOFF. - -On voyait à Londres, au milieu du XVIIIe siècle, un individu connu sous -le nom de colonel Frédéric, qui s'affublait du titre de prince de -Caprera et qui prétendait être le fils de Théodore de Neuhoff. La -société anglaise le choyait beaucoup; il était reçu dans le meilleur -monde. En 1764, il paraissait avoir de trente-cinq à trente-six ans, -d'après un voyageur français qui le rencontra, le dimanche 7 octobre, -chez lord Fitz-Herbert à Richmond. Sa physionomie était avenante et ses -manières distinguées. Il s'exprimait assez bien en français[871]. - - [871] Élie de Beaumont, _Un voyageur français en Angleterre en - 1764_, dans la _Revue Britannique_, octobre 1895. - -M. Percy Fitzgerald, dans son livre _King Theodore of Corsica_, a -consacré le dernier chapitre à ce personnage. Il retrace sa vie -aventureuse et le considère réellement comme le fils de Théodore. - -Le colonel Frédéric entourait sa naissance de mystère. Il disait -seulement qu'il était né en 1725. Il n'était donc pas le fils de -l'épouse légitime de Théodore, lady Sarsfield, morte à Paris en 1720. - -D'après M. Fitzgerald, Frédéric aurait épousé une des demoiselles -d'honneur de Marie-Thérèse. De cette union seraient nés un fils et une -fille. Le fils aurait été tué, jeune encore, pendant la guerre -d'Amérique. La fille, qui s'était mariée, aurait eu à son tour trois -filles, fort jolies personnes, disait-on. - -Le colonel Frédéric vécut à Londres pendant plus de quarante ans. Il -était très intrigant. Il proposa au duc de Newcastle toute une série de -plans relatifs à une descente en Corse. Journellement on le voyait au -Foreign-Office, où il essayait de faire agréer ses combinaisons. Pour ce -débarrasser de ses importunités, le gouvernement anglais lui faisait -donner de temps en temps un peu d'argent. Selon M. Fitzgerald, on trouve -au British Museum un grand nombre de lettres et de mémoires ayant trait -aux propositions et aux réclamations de cet aventurier. - -Très besogneux, harcelé par ses créanciers, il se tua d'un coup de -pistolet, le mercredi 1er février 1796, auprès de la grille de -Westminster. - -Voilà, en quelques mots, les faits principaux de la vie du colonel -Frédéric. Mon intention n'est pas de retracer toutes les intrigues de -cet individu. On les trouve en détail dans le livre de M. Fitzgerald. Je -me contenterai d'indiquer quelques-unes des raisons qui permettent de -déclarer que Frédéric n'était pas le fils de Théodore de Neuhoff. Je -terminerai en donnant, d'après des documents tirés des archives d'État -de Gênes, la véritable identité du personnage; documents que l'historien -anglais n'a pas connus. - -Dans son livre: _Mémoires pour servir à l'histoire de la Corse_, imprimé -à Londres, en 1768, pour S. Hooper, libraire dans le Strand,--ouvrage -qui a servi pour établir la plupart des biographies de Théodore publiées -de nos jours--le colonel Frédéric commet plusieurs erreurs, qu'il -n'aurait pas faites s'il eût été le fils du baron de Neuhoff. - -D'après lui, Théodore aurait été élu roi de Corse et de Capraia, ce qui -est faux. L'acte d'élection, dont une copie existe dans les archives du -Ministère des affaires étrangères, n'indique que la qualité de roi de -Corse. Théodore lui-même, que sa sotte vanité poussait à se donner les -titres les plus ronflants, ne prit, en aucune circonstance, celui de roi -de Capraia. - -A propos du couronnement, dans le couvent d'Alesani, précédé de la -publication d'une constitution approuvée par le souverain et par les -principaux chefs corses, j'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer que -si le baron de Neuhoff avait eu réellement un fils, il n'aurait pas -manqué d'en faire mention et de le faire proclamer prince héréditaire. -Les insulaires n'auraient pu élever aucune objection, le principe -d'hérédité étant formellement admis dans la constitution comme la base -de la nouvelle royauté. Frédéric eût-il été un enfant naturel que -Théodore se fût empressé de le reconnaître à défaut de fils légitime. -Cela eût été d'autant plus facile au baron que la Constitution parle -uniquement d'_enfants mâles_ dans l'ordre de primogéniture, sans que -cette indication soit précédée du mot légitime. Bien plus, elle laissait -au souverain le droit de choisir son successeur dans le cas où il -n'aurait pas d'héritiers directs. - -Théodore, de son côté, avait un intérêt capital à consolider sa couronne -en assurant sa dynastie. Son premier soin, en débarquant en Corse, avant -même d'être solennellement couronné, est d'écrire à sa famille non -seulement pour lui faire part de son _avancement_, mais encore pour -demander que l'un ou l'autre de ses parents, cousin ou neveu, vienne le -retrouver en Corse et l'assister. La place d'un fils, quel qu'il fût, -était là tout indiquée. - -Nulle part dans sa correspondance, même avec ses plus intimes -confidents, Théodore ne fait allusion à un fils qu'il aurait eu. Aucun -acte, aucune proclamation émanant de lui n'en fait mention. A maintes -reprises, il parle de ses droits imprescriptibles; il donne à sa royauté -un caractère ineffaçable; il emploie des grands mots pour affirmer que -son devoir est de conserver intacte l'élection des Corses. Habitué à -faire des phrases pour impressionner ou attendrir ceux qu'il voulait -engager dans ses affaires, il n'aurait pas manqué de mettre en avant -l'intérêt sacré de son héritier direct. Il y avait là matière à -éloquence émue, et il ne se serait certes pas privé de faire vibrer -cette corde. - -Les lettres autographes de Costa, qui fut le plus fidèle serviteur de -Théodore, existent encore. Le Grand-Chancelier parle à son maître en -confident plutôt qu'en ministre. Là non plus, on ne trouve la moindre -allusion à ce fils. - -Frédéric prétend avoir dîné avec le roi Théodore et différents -personnages dans la prison pour dettes. Il portait les insignes de -l'Ordre de la Délivrance. Mais cela ne prouve en rien qu'il fût le fils -de Neuhoff. Ce dernier recevait beaucoup de visiteurs au «Banc du Roi» -et il en décora un grand nombre. - -Comment se fait-il que Théodore ayant un fils à Londres, le sachant, -l'ayant vu dans sa prison, n'ait pas cherché à le retrouver? Libéré, -malade, mourant, abandonné par tous, ne sachant que devenir, seul dans -les rues par le froid de décembre, il va demander l'hospitalité à un -ouvrier! L'enfant, si pauvre fût-il, aurait-il refusé à son père de le -secourir dans sa détresse? A ce moment suprême où tous les torts -disparaissent, où rien ne subsiste que la pensée du devoir naturel, il -n'a pas un geste de piété filiale! - -Il est certain que Frédéric a connu Théodore dans ses dernières années -et qu'il a eu en mains des papiers concernant la Corse. Neuhoff, pour se -libérer, songeait à faire argent de tout. Il ne lui restait plus que de -vagues documents. A plusieurs reprises, il essaya de les vendre. Dans ce -but, il s'adressait à différentes gens, par l'intermédiaire d'individus -qui paraissaient vouloir entrer dans ses combinaisons. - -Il est à remarquer, d'ailleurs, que la légende de la naissance de -Frédéric s'établit après la mort de Théodore. - -Deux ans après, en 1758, Celesia, ministre de Gênes à Londres, fut à -même de fournir à son gouvernement quelques renseignements sur les -intrigues de Frédéric et de donner l'identité de celui-ci[872]. - - [872] Celesia au Sérénissime Collège, Londres, les 10 et 17 - octobre 1758: _Ribellione di Corsica_, no 15-3013. Archives - d'État de Gênes, archives secrètes. - -C'était un polonais nommé Frédéric Vigliawischi. Il avait une belle -prestance, portait perruque et parlait plusieurs langues. Il habitait -Londres depuis plusieurs années; mais il y avait _très peu de temps_ -qu'il se faisait appeler Neuhoff. Il se disait le fils et le successeur -du défunt baron, et déclarait avoir en sa possession les papiers de -celui-ci. - -Donc ce n'est qu'après la mort de Théodore que l'aventurier, nommé -Vigliawischi, songe à se faire passer pour le fils du roi de Corse. Il -n'avait plus à craindre de démentis. C'est à cette époque-là, encore, -qu'il noue ses intrigues au sujet de l'île. Il reprenait tout simplement -la suite d'une affaire après décès. C'est plus tard aussi qu'il songe à -écrire des Mémoires. - -En 1757 et en 1758, il entre en relations avec Pascal Paoli, il cherche -de l'argent, s'abouche avec des commerçants pour avoir des munitions. Il -s'adresse aux hommes d'État anglais, les harcèle de propositions. - -Tout cela échoue piteusement, comme avaient sombré les combinaisons de -Théodore. - -Celesia avait pu facilement percer à jour ces manœuvres. Il était entré -en rapports avec un certain Anselme Rossi, qui était au service de -Frédéric. Cet individu avait tout dévoilé au ministre de Gênes. - -Les intrigues de Frédéric sur la Corse, indiquées dans le livre de M. -Fitzgerald, sont confirmées par les documents de Gênes. Il y a donc lieu -de penser que Rossi a dit la vérité à Celesia. - -Mais cela importe peu. Le seul point qu'il convienne de retenir dans les -rapports de Celesia est l'identification du personnage. - -En la rapprochant des quelques réflexions que j'ai faites plus haut, il -est permis de déclarer d'une façon définitive que le colonel Frédéric -n'était pas le fils du baron de Neuhoff. - - - - -II - -NOTE SUR DES PAMPHLETS CONCERNANT LE BARON DE NEUHOFF. - -L'aventure du baron de Neuhoff fit éclore différents pamphlets. J'ai -déjà eu l'occasion de signaler, au cours de l'ouvrage, ceux qui furent -lancés à Gênes et qui étaient colportés de main en main. D'autres, -imprimés pour la plupart en Hollande, prirent la forme de brochures ou -de volumes. - -En 1737, un pamphlet fut publié, à Leyde, chez Jean-Arn. Langerak. Il -avait treize pages seulement et était intitulé: - - PREMIÈRE LETTRE - DE - THÉODORE IER - ROI DE CORSE - A - TOUS LES HÉROS DE SON SIÈCLE - -Une vignette, placée en tête, représente, d'un côté, une femme assise, -de l'autre, un homme debout coiffé d'un casque et portant une lance. Ces -deux personnages sont séparés par une arabesque. - -Ce pamphlet débute par ces vers: - - «Décidons! puisqu'enfin en l'état où je suis, - La mort est au-dessous du sort de mes ennemis: - Un lâche désespoir nous défend d'y survivre; - Mais un cœur immortel nous défend de le suivre.» - -Puis, viennent ces mots: - -«Entre ces deux extrémités et la nécessité de prendre l'un ou l'autre -parti, héros magnanimes, un courage toujours renaissant doit-il se -signaler par la bassesse héroïque des Romains ou par la férocité commune -aux _Esprits insulaires_ qui n'ont point assez de force pour faire face -constamment aux révolutions chagrines de l'astre qui préside à nos -jours?» - -Ensuite, l'auteur fait dire à Théodore qu'il s'en rapportait aux âmes -bien faites pour juger impartialement ses actions. Sa conduite -était-elle bravoure ou témérité? Une entreprise, si hasardeuse fût-elle, -est héroïque quand elle réussit; elle est téméraire quand elle échoue. - - «Si tant de travaux entrepris, - Baron, n'ont pas rempli ta haute destinée, - C'est que de ta vertu la fortune étonnée - N'ose pas en fixer le prix.» - -«Il est vrai que la mauvaise fortune ne nous semblerait pas si dure, si -elle n'autorisait la désertion de nos amis.» - -L'auteur se lance alors dans des considérations philosophiques en tirant -des exemples de la légende et de l'histoire. Ces réflexions ne sont -d'ailleurs ni profondes ni originales. - -A la fin de la brochure se trouve cette note: - -«Sa Majesté Corsienne a écrit plusieurs autres lettres plus dignes de la -curiosité du public que celle-ci. On nous a promis de nous les -communiquer et nous promettons à ce même public de lui en faire part. Au -reste, ce n'est qu'une traduction, qui ayant été faite à la hâte, ne -rend pas sans doute l'original dans toute sa beauté. Nous remédierons à -ce défaut dans la suite.» - -De deux pamphlets hollandais, je me contenterai de signaler les gravures -qui se trouvent en tête des volumes. - -L'un d'eux, imprimé en 1739, est intitulé: - - DE - GEKROONDE MOF - OF - THEODORUS OF STELTEN - -Le dessin représente Théodore monté sur deux échasses. L'une est tenue -par un gentilhomme; l'autre semble se dérober, car le second -gentilhomme, qui se tient auprès, ouvre les bras comme pour recevoir -Neuhoff. Celui-ci essaye d'attraper une couronne très haut placée et -attachée au sommet par un collier d'ordre fleurdelysé. Au second plan, à -droite, un autre gentilhomme montre la couronne à Théodore. A gauche, -sous un bouquet d'arbres, se trouvent quatre femmes, dont l'une lève les -bras au ciel. - -Ce libelle assez volumineux est rédigé en forme de dialogue. - -Un autre pamphlet, intitulé: - -/* -DE -DWAALENDE MOF -OF VERVOLG -VAN -THEODORUS OF STELTEN -*/ - -publié en 1740, reproduit une gravure à peu près identique à la -précédente. Mais la couronne est entourée des armes de la Corse et de la -médaille de l'Ordre de la Délivrance. Dans le fond, les quatre femmes -sont remplacées par un vaisseau portant un pavillon avec une croix et -échangeant des coups de canon avec un fort situé à terre. - -Au nombre des pamphlets, on peut citer le fragment trouvé dans les -manuscrits de Napoléon et publié par MM. Frédéric Masson et Guido -Biagi[873]. Écrit entre 1786 et 1793, il est peu important. Il se borne -à une lettre imaginaire de Théodore, datée des prisons de Londres, à -milord Walpole et la réponse de celui-ci au baron. Bonaparte montre -là-dedans qu'il concevait déjà une haute idée de la générosité de -l'Angleterre vis-à-vis des malheureux proscrits. - - [873] _Napoléon inconnu, papiers inédits (1786-1793)_, 2 vol., t. - I, p. 193-194. - -Il y a là un rapprochement curieux à faire avec les sentiments qui -animèrent plus tard l'Empereur en l'amenant à se livrer aux Anglais. - -M. Emmanuel Orsini, capitaine d'infanterie, a publié le _Testament -politique de Théodore Ier, roi des Corses_. - -Dans la première partie, l'auteur fait faire à Théodore le récit de ses -aventures. Historiquement il n'y a pas lieu de tenir compte de cette -narration. C'est une compilation des ouvrages connus sur le baron de -Neuhoff, compilation à laquelle sont ajoutés quelques détails qui -s'éloignent tout à fait de la vérité. Il me suffira d'en citer un seul. -Théodore raconte qu'au milieu du mois d'avril 1737, il rejoignit son -armée à Corbara en Balagne. Or, à cette date, Neuhoff était arrêté pour -dettes à Amsterdam et mis en prison. On peut juger par là du cas qu'il -faut faire de ce récit. - -La seconde partie du _Testament_ comporte des considérations sur les -principes et les maximes de l'art de régner. - - - - -PIÈCES JUSTIFICATIVES - - -I. - -LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. MARNEAU[874]. - - 26 mars 1736. - - Étant plus que persuadé que vous me continuez toujours une part - dans votre cher souvenir, je n'ai pu manquer à vous notifier de ma - main propre ce que vous aurez peut-être déjà appris par les avis - publics, qu'après mille révolutions, persécutions et maladies - mortelles dans mes voyages, non seulement il m'a réussi, avec - l'assistance divine, de me tirer des pièges tendus par mes envieux, - mais de me voir en état de reconnaître mes bienfaiteurs et amis et - d'être et de me voir proclamé Roi et Père de ces fidèles habitants - de cette île et royaume de Corsica, lesquels j'ai cherché - d'assister au péril de ma vie contre le tyrannique gouvernement des - Génois. Comme mes intérêts et avancements vous doivent être chers - par la bonne mémoire que vous conservez, je suis sûr, de feu ma - chère mère, votre épouse, j'ose me flatter que cet établissement - vous sera agréable, vous assurant, Monsieur, que de mon côté, je - n'ambitionne autre que de me trouver en situation à pouvoir vous - témoigner par des marques essentielles la reconnaissance parfaite, - que je vous conserve pour toutes les bontés paternelles que vous - avez eues pour moi; et je m'estimerais heureux si vous vouliez - prendre la résolution de me venir trouver dans ce bon climat avec - ma chère sœur, son mari et toute la famille, vous assurant que je - partagerai avec vous mon sort, lequel ayant un peu de repos à - pouvoir mettre à exécution certains projets, ne peut être que très - avantageux pour moi et pour tous ceux qui m'appartiennent. Mais, - comme encore pour le présent, je ne puis jouir de ce repos - nécessaire, ayant les ennemis à déloger des deux endroits, priez - Dieu pour moi et me continuez votre chère bienveillance. - - Soyez assuré je serai pour toujours tout à vous sans aucune - réserve. - - Le Baron DE NEUHOFF, - élu Roi de Corsica avec mon nom: _Teodoro il primo_. - - - P. S.--Faites-moi savoir en réponse à celle-ci si vous ou M. de la - Grange pourriez vous rendre à Paris pour remettre au Roi mon - instance à m'honorer de son royal appui dans mon nouvel - établissement, et, en ce cas, j'enverrais une personne accréditée - pour connaître ses intentions. J'aurais besoin de deux vaisseaux de - guerre que je payerais par mois pour serrer le port de Bastia, - capitale du royaume, pendant que par terre je saurai bien vite - obliger les Génois de me la remettre. Servez-moi de bon père en - cette affaire et ne perdez de temps pour employer vos amis à y - parvenir. Il serait en mon pouvoir de satisfaire à bien des frais - et dépenses, mais les pertes souffertes et les frais exorbitants - que j'ai eus, m'ont mis, pour le présent, en arrière, et n'ai-je le - repos nécessaire pour refaire ce qui pourrait me mettre à l'abri - d'avoir besoin de secours. Je dois envoyer des sommes considérables - à Tunis, en Afrique, pour mes munitions de guerre et le rachat des - esclaves corses, que je suis convenu en personne, mais comme - inconnu, de racheter, et ai le bonheur d'induire cette Régence à - une paix de vingt années avec le royaume de Corse. Ne m'abandonnez - pas, et assistez-moi de vos bons conseils; donnez-moi de vos - nouvelles au plus tôt, et l'un ou l'autre rendez-vous à Paris pour - solliciter mes vues. - - Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Francia_, mazzo 45. - Anni 1734-37. - - [874] Le lieu d'où elle a été écrite n'a pas été marqué. - - -II. - -LETTRE ÉCRITE DE METZ PAR M. MARNEAU A M. LE C... - - - 26 avril 1736. - - Monsieur, - - Vous avez connu M. de Trévoux, mais je ne pense pas que vous ayez - entendu parler du baron de Neuhoff, son frère, tous deux enfants du - premier lit de feu ma femme. Ce jeune homme, après être sorti de - page de Madame, entra dans le régiment de Navarre, qu'il quitta - pour entrer dans celui de Courcillon, où il a servi jusqu'à la paix - de Baden, et passa ensuite au service de M. l'Électeur de Bavière; - ayant eu quelques affaires dans ce pays-là, il alla en Espagne, où - il épousa une fille d'honneur de la Reine régnante, et fut fait - colonel d'infanterie. Soit dégoût, soit envie de courir le monde, - il quitta l'Espagne, laissa sa femme à Paris, où elle est morte; et - depuis cinq ou six ans, je n'ai plus entendu parler de lui jusqu'à - ce moment que je viens de recevoir cette lettre dont j'ai l'honneur - de vous adresser copie, par laquelle il me fait part qu'il a été - proclamé roi de Corse. - - Quoique je lui connaisse de l'esprit, du savoir, et très intrigant, - parlant même une infinité de langues, je ne donne point dans une - pareille vision, et je ne saurais croire qu'un étranger, sans - secours de lui-même, ni d'ailleurs, ait été en état de se former un - pareil établissement. - - Je ne regarde donc ce prétendu roi que comme un aventurier, qui n'a - rien à perdre et qui n'écoute que sa témérité. Que cette nouvelle - cependant soit vraie ou fausse, je crois être obligé de vous en - faire part pour en faire usage à la cour, si vous croyez que cet - événement puisse être de quelque utilité à l'État; en tout cas, - l'avis n'interrompra que pour un moment vos occupations sérieuses - pour vous faire rire d'une scène aussi comique que celle de penser - qu'il peut y avoir un jour un roi, frère de ma fille; et vous - pensez bien que ma famille et moi ne sommes pas tentés d'aller - chercher des espérances de fortune sous un trône aussi chancelant. - Je m'en tiendrai à l'ambition que j'ai toujours eue de vous prouver - mon zèle et l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur - d'être, Monsieur, - - Votre très humble et très obéissant serviteur. - - - MARNEAU. - - Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Francia_, mazzo 45. - Anni 1734-37. - - - -III. - -DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE[875] AU ROI DE SARDAIGNE. - - La Haye, le 12 juin 1736. - - ........ Répondant à l'article qui regarde la république de Gênes, - j'aurai l'honneur de Lui dire que m'étant informé, pour satisfaire - à Ses ordres, de deux des principaux députés des États, si elle - avait fait ici quelque démarche pour obtenir des défenses aux - bâtiments hollandais d'aborder en Corse et à tous les sujets de - cette république de donner aux révoltés aucune sorte de secours, - ils m'ont assuré n'avoir point encore ouï parler de pareille - chose; ils se sont de plus engagés, aussitôt qu'on ferait là-dessus - la moindre demande, de m'en informer et de me prévenir de la - résolution qui se pourrait prendre en conséquence. La conversation - étant par là naturellement tombée sur l'état où se trouve la Corse, - ils m'ont marqué être fort étonnés de la dépense considérable que - faisait le nouveau chef des révoltés[876], que cela leur faisait - juger qu'il devait être soutenu sans doute par quelque puissance - considérable et que leurs soupçons à cet égard ne pouvaient tomber - que sur l'Espagne; mais que de quelque façon que l'affaire tournât, - le peu de relations que leur commerce avait avec cette île la lui - rendait si indifférente qu'assurément ils ne chercheraient pas à - s'en mêler. Je me serais prévalu de cette occasion pour voir M. le - Pensionnaire, s'il ne s'était trouvé à la campagne. - - Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33. - - - [875] Ministre de Sardaigne en Hollande. - - [876] Il s'agit de Théodore de Neuhoff. - - -IV. - -DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE AU ROI DE SARDAIGNE. - - La Haye, 7 mai 1737. - - ........ Les affaires du baron de Neuhoff ne sont pas encore en - fort bon état; elles ont été au point de se terminer par les soins - et les efforts généreux de plusieurs personnes qui s'étaient - intéressées pour lui; mais outre les créanciers avec lesquels l'on - avait convenu, il s'en est présenté deux autres pour sept à huit - mille florins, qui ont tout rompu et ont été cause qu'il a été - traduit aux prisons publiques de la ville, attendu que la dépense - trop considérable qu'il faisait à l'auberge le mettait toujours - plus hors d'état de satisfaire ses dettes. Cette affaire a d'abord - un peu ralenti le zèle de ceux qui voulaient lui faire faveur; mais - la chose s'est pourtant un peu raccommodée et l'on travaille encore - fortement à le tirer d'embarras, ce que le magistrat de la ville - favorise aussi par les raisons que j'en ai dit. Il est bien certain - que quelques efforts que puisse faire la république de Gênes, l'on - ne lui livrera jamais. Les magistrats n'oseraient l'entreprendre; - le peuple d'Amsterdam, qui veut que leur ville soit, à tout égard, - un pays de liberté, ne le souffrirait absolument pas. Il est - actuellement malade et avec une grosse fièvre qui fait craindre - pour sa vie. - - Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33. - - -V. - -DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE AU ROI DE SARDAIGNE. - - La Haye, 14 mai 1737. - - ........ Le baron de Neuhoff a finalement été mis en liberté, il y - a aujourd'hui huit jours, ainsi que je l'avais annoncé. Il lui a - fallu faire pour cela une cession de biens en présence des - bourgmestres et de tous ses créanciers, à qui il a authentiquement - déclaré n'en posséder aucun et d'être totalement hors d'état de les - satisfaire, s'obligeant pourtant de les payer aussitôt qu'il en - aurait les moyens. L'on a adouci, autant qu'il a été possible, la - rigueur de cet acte et de cette déclaration qu'il a faite l'épée au - côté, debout, dans une contenance décente et Mrs les bourgmestres, - par égard pour lui, ne se sont point assis contre l'usage - ordinaire. L'on lui a fait dire de sortir incessamment des États de - la république. Quelqu'un m'a cependant assuré qu'il était dans - cette ville et s'y tenait caché. Depuis qu'il a été élargi, un - nouveau créancier de Paris s'est encore présenté pour la somme de - quatre-vingt mille livres de France. Il est certain que la crainte - que l'on a eue que la république de Gênes ne le demandât, est ce - qui a le plus contribué à le tirer d'embarras. - - Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33. - - -VI. - -EXTRAIT D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUÉE PAR DE LA VILLE A AMELOT, -LE 14 MAI. - -/# - 12 mai 1737. - - Je vous ai déjà marqué l'élargissement du baron de Neuhoff. Voici à - peu près les circonstances de ce qui s'est passé à cet égard. - - Mardi dernier, 7 courant, il fut enfin élargi de la prison civile - dans le temps que le public s'y attendait le moins et que ses - ennemis publiaient qu'il n'en sortirait jamais. On peut même dire - qu'il est sorti par la belle porte. Les créanciers, après avoir - fait beaucoup les mauvais, ont été obligés de se contenter de ce - que l'on appelle une caution juratoire de la part du baron de - Neuhoff, c'est-à-dire qu'il a promis sous serment de les payer - aussitôt qu'il serait en état et que pour cet effet, il a élu - domicile à Amsterdam, où l'on portera les citations de tous les - créanciers des pays étrangers qui auront quelque chose à prétendre - sur lui. Pour ceux qu'il a en ce pays-ci, on s'est accommodé avec - eux d'autant plus facilement que l'arrêt ou prise de corps qu'ils - avaient obtenu du grand-officier contre lui, n'était pas dans les - formes requises, soit parce qu'ils n'avaient point de sentence des - échevins qui les y autorisât, soit parce que les dettes du sieur de - Neuhoff n'étaient point d'une nature à comporter la prise de corps, - et qu'il ne les a jamais niées ni refusé de les payer, mais qu'il a - seulement demandé du temps et la liberté pour pouvoir agir. - - Plusieurs personnes, en ce pays-ci, se sont donné de grands - mouvements pour le tirer du mauvais pas où il s'était engagé mal à - propos. M. le comte de Golowkin[877] a passé huit jours dans cette - ville, et a eu plusieurs conférences particulières avec M. Dedieu, - échevin président et qui a été ci-devant ministre de Leurs Hautes - Puissances auprès de la Czarine. Ces Messieurs ont beaucoup - contribué à son élargissement, lorsqu'il a été conduit de la - chambre particulière où il était prisonnier dans celle des - échevins. Il a comparu dans celle-ci avec le chapeau, l'épée, la - canne et les gants. Il s'est tenu debout et Mrs les Échevins en ont - fait de même, ce qui est peut-être sans exemple dans ce pays-ci. Il - est vrai aussi qu'on n'y avait apparemment jamais vu un cas de - cette espèce. - - [877] Ministre de Russie en Hollande. - -De là, le baron a trouvé, à la porte la moins fréquentée de la maison de -ville, un carrosse dans lequel il est monté et est allé descendre dans -une maison de confiance, où ceux qui ont agi pour lui ont été le voir. - -Depuis trois jours, il a changé de demeure et personne ne sait où il est -actuellement. Plusieurs le croient parti et je suis de leur avis. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Hollande, vol. 423. - - -VII. - -COPIE D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUÉE AVEC LA DÉPÊCHE DE FÉNELON A -AMELOT, DU 29 OCTOBRE. - - 23 octobre 1737. - - La présente est pour avoir l'honneur de vous dire qu'il est arrivé - ici avant-hier un envoyé du seigneur Théodore, lequel a fait le - voyage avec lui jusqu'à l'île de Corse, où ils sont arrivés le 29 - du mois passé. Ce député n'y a demeuré qu'un jour et est venu en - poste, puisqu'il n'a été que vingt-et-un jours en chemin. L'ayant - questionné sur plusieurs circonstances, j'ai remarqué, au travers - de la réserve qui lui est sans doute recommandée, qu'il est chargé - de plusieurs commissions pour M. Dedieu, ainsi que pour - quelques-unes de nos principales bourses, où je l'ai trouvé en - conférence. Il doit, s'il le peut, faire recrue de garçons - boulangers et autres gens de métier. Les retours en denrées ne - doivent pas s'attendre sitôt, n'y ayant aucun navire dans ce port, - mais que ce serait dès qu'on en pourrait trouver. Le seigneur - Théodore n'a écrit aucune lettre par la difficulté de passer avec, - à cause du rigoureux examen qu'il faut subir. Il paraît que les - secours de la France n'inquiètent nullement ce chef de parti et - qu'il attend son événement de pied ferme, suivant le rapport qui - m'en a été fait. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Hollande, vol. 424. - - -VIII. - -DÉPÊCHE DE FÉNELON A AMELOT. - - La Haye, 29 octobre 1737. - - Je joins ici la copie d'une lettre qui a été écrite d'Amsterdam et - qui m'a été confiée. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a été fourni - par la ville d'Amsterdam pour premier commissaire aux conférences - d'Anvers, et pour qui l'agent arrivé de Corse avait une commission, - et bien d'autres particularités qui se peuvent joindre ont - assurément de quoi donner de forts indices que l'Angleterre s'est - intéressée pour procurer les facilités que le baron de Neuhoff a - trouvées, non seulement pour se tirer des mains de ses créanciers - qui l'avaient fait arrêter à Amsterdam, mais encore pour s'y - pourvoir de tout ce qu'il en a tiré en munitions, armes, etc., et - qui ont suivi ou devancé son retour en Corse. L'Angleterre n'aura - pas pris cet intérêt sans vue. (_En chiffres_): Celle de prendre le - contre-pied de nous dans une affaire qu'elle croirait propre à nous - mettre moins bien avec l'Espagne serait remarquable. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Hollande, vol. 424. - - -IX. - -LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DE HOLLANDE A LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES. - - La Haye, 23 novembre 1737. - - Au Sérénissime Duc et aux Très Excellents Seigneurs les Sénateurs - de la Sérénissime République de Gênes. - - Sérénissime Duc et Très Excellents Seigneurs, - - Pendant que Nous prenons connaissance des plaintes et - représentations, que les ministres de Votre République ont faites - depuis quelque temps de ce que les sujets de la nôtre fourniraient - des armes et autres marchandises de contrebande aux mécontents de - l'île de Corse, et pendant que Nous sommes occupés à délibérer là - dessus, Nous apprenons avec beaucoup de déplaisir par les relations - qui nous viennent de Livourne et d'autres lieux, le tort que - souffrent Nos sujets dans leur navigation et dans leur commerce, - par les insinuations accompagnées des menaces des ministres et - consuls Génois, par lesquelles les marchands sont détournés de - charger dans les navires de Nos sujets, et qui mettent un grand - obstacle à leur libre navigation et commerce, comme il est arrivé - bien particulièrement à l'égard de deux vaisseaux nommés la - _Maria-Jacoba_ et l'_Agatha_, après qu'ils sont entrés dans le port - de Livourne. Votre Sérénité et Vos Excellences comprendront - aisément que Nous ne saurions regarder avec indifférence le grand - préjudice et le tort que Nos sujets trafiquant dans la - Méditerranée, à Livourne et en d'autres endroits, souffrent par ces - insinuations et menaces, et moins encore par les dénonciations des - patrons de quelques barques génoises disant avoir ordre de Votre - Sérénité et Vos Excellences de visiter les vaisseaux de Nos sujets - et de les arrêter, sous prétexte qu'ils seraient destinés pour - l'île de Corse, pour y faire la contrebande avec les mécontents. Ce - préjudice a été particulièrement causé, ainsi que Nous l'apprenons - avec chagrin, aux vaisseaux susdits, la _Maria-Jacoba_ et - l'_Agatha_, dont le premier a été obligé de sortir à vide du port - de Livourne, pour aller charger au Levant, puisque personne à - Livourne n'a voulu lui confier ses effets; et l'autre a été - nécessité de reprendre sa route vers Hambourg, personne aussi, - autant que Nous en sommes instruits, ayant voulu mettre de - marchandises à son bord de peur qu'il serait arrêté et détenu. Nous - ne pouvons considérer ces sortes de vexations que comme tout à fait - ruineuses à la navigation et au commerce de Nos sujets, et comme - contraire à la justice et au droit des gens, suivant lequel il - n'est pas permis d'arrêter, visiter et de persécuter les vaisseaux - d'autrui en pleine mer. Le prétexte dont on s'est servi, comme si - ces deux vaisseaux auraient été destinés pour aller en Corse et - auraient été chargés de contrebande, ne peut être regardé que comme - destitué de tout fondement, car outre que le transport de - contrebande, où il n'y a point des traités ni engagements, est - sujet à bien des explications et de modifications, il se trouve - casuellement, à l'égard de ces deux vaisseaux, que les maîtres n'en - sont nullement coupables et, en tout cas, n'en sont nullement - convaincus. Que pour ce qui regarde le vaisseau la _Maria-Jacoba_, - maître Corneille Roos, il sort entièrement à sa décharge, ce que - Votre Sérénité et Vos Excellences ne peuvent pas ignorer, que le - général de l'Empereur, comte de Wachtendonck, qui commande à - Livourne, après avoir le tout bien examiné, l'a mis en liberté avec - permission de poursuivre son voyage, et que, de plus, le maître de - ce vaisseau n'est point allé en Corse, mais a déchargé ses - marchandises à Livourne et après a poursuivi son voyage vers le - Levant. Qu'à l'égard du deuxième vaisseau, l'_Agatha_, maître - Gustave Berents, quelque grand que soit le bruit qu'on en fasse, il - est certain qu'on ne saurait alléguer, bien moins prouver qu'il - aurait été destiné d'aller en Corse, ou qu'il ait eu à son bord des - effets pour le compte des mécontents de cette île; il paraît au - contraire que ce maître n'a point pris sa course vers l'île de - Corse, mais est entré dans le port de Livourne et que là il a - débarqué les passagers et a déchargé les marchandises qu'il avait - sur son vaisseau, cherchant après cela nouvelle charge pour la - porter à Hambourg. - - Cependant, nous avons reçu par M. Hop, Notre envoyé extraordinaire - à la cour de la Grande-Bretagne, une lettre à lui écrite par le - secrétaire Gastaldi, avec la copie d'une prétendue relation de ce - qui se serait passé à cet égard, sans que ni l'une ni l'autre Nous - ait paru satisfactoire. Nous trouvons bien que, par rapport au - vaisseau la _Maria-Jacoba_, on pose en fait que Notre consul à - Livourne, Bouver, aurait été persuadé lui-même que la destination - de ce vaisseau n'aurait pas été bonne et qu'il aurait mis à terre - cinquante morceaux ou pains de plomb et quatre caisses de pierres à - fusil, mais outre que, pour toute preuve, il n'y a que le simple - dire du secrétaire Gastaldi, qui n'en peut rien savoir que par la - simple relation qui lui en a été envoyée, tout cela est détruit en - partie par l'expérience du contraire que le général Wachtendonck en - a fait et par le relâchement du vaisseau qu'il a ordonné, et en - partie parce que ce vaisseau a effectivement mis et laissé à terre - ses marchandises, pour ne rien dire de ce qu'une si petite quantité - de plomb et pierres à fusil ne serait pas assez considérable pour - donner du confort aux Corses, ni pour faire entreprendre à un - maître de vaisseau un voyage aussi périlleux. Quant au vaisseau - l'_Agatha_, maître Gustave Berents, il semble bien qu'il aurait eu - à son bord quelques passagers, une plus grande quantité de poudre, - de mousquets, de canons et pistolets et autres choses, mais qu'il - n'y a pas la moindre preuve qu'avec cette charge il aurait été - destiné en Corse, excepté qu'un seul des passagers en aurait dit - quelque chose. Avec quoi, il est fort à noter, pour la décharge du - maître dudit vaisseau, qu'il paraît par la relation et papiers sus - mentionnés, en premier lieu, que de tous ces passagers et de toute - cette charge rien n'est entré dans ledit vaisseau quand il est - sorti des ports de ces pays, mais que le tout y a été embarqué à - Lisbonne, et, en second lieu, que ce même vaisseau, parti de - Lisbonne, ayant été par une rencontre inopinée conduit à Oran, le - gouverneur espagnol n'a rien trouvé qui fût à la charge du maître - et ainsi l'a laissé en liberté, et, en troisième lieu, que le - maître de ce vaisseau n'a point pris sa route pour aller à l'île de - Corse, mais est allé à Livourne et que là il a mis à terre toute sa - charge, tant passagers que marchandises, laissant le tout à la - disposition des intéressés. Il résulte de ce que nous venons - d'alléguer clairement et évidemment qu'en cas que le maître de ce - vaisseau en ceci se serait laissé séduire, ce qui pourtant ne - paraît point, le mal n'aurait pas eu sa source dans ces pays, mais - à Lisbonne, ce qui encore ne pourrait pas être mis à la charge - dudit maître de vaisseau, tant qu'on ne peut prouver, comme on ne - le prouve point, qu'il aurait été informé d'un mauvais dessein, - étant vrai au contraire qu'on ne peut point imputer à crime à un - maître de vaisseau qu'étant entré dans un port libre, il y prend à - son bord, pour rendre son voyage plus profitable, une augmentation - de sa charge, soit de passagers, soit de marchandises non - défendues. Nous devons ajouter à ceci, qu'ayant fait une due - perquisition du cas du susdit vaisseau l'_Agatha_, Nous avons - trouvé qu'il est sorti de Nos ports, sans qu'il ait eu à son bord - plus de monde que le nécessaire et l'ordinaire et que, quant aux - passagers et aux marchandises à qui on donne le nom des - contrebandes, qu'ils ont été pris à son bord à Lisbonne et que le - maître du vaisseau n'a rien su de leur prétendue destination. Votre - Sérénité et Vos Excellences verront par là que c'est à tort qu'on - forme des soupçons contre Nous et Nos sujets, comme s'ils se - laisseraient induire à donner de l'assistance aux Corses - mécontents. Cette idée erroneuse étant autant moins fondée que - déjà, par Notre résolution du 5 juillet 1736, Nous avons déclaré - que des pareilles entreprises seraient tout à fait contraires à - Notre intention et que Nous étions portés à empêcher, autant qu'il - Nous serait possible, qu'on n'envoyât aucune assistance aux Corses - mécontents d'aucun endroit dépendant de Notre domination, de quoi - aussi Nous avons averti Nos amirautés par Nos résolutions du 15 - septembre et 22 octobre de l'an passé 1736. Nous avons bien pris en - considération et délibéré s'il conviendrait de défendre par placard - le transport des marchandises de contrebande en Corse, mais Nous en - avons été détournés par le mauvais usage que les sujets de Votre - République font de Nos résolutions du 5 juillet, 15 septembre et 22 - octobre de l'an 1736, et que Nous prévoyons qu'un tel placard ne - produirait aucun autre effet que de colorer les détentions des - vaisseaux de Nos sujets et de les rendre plus fréquentes; au moins - de l'exemple cité du vaisseau l'_Agatha_ résulte cette vérité - qu'un placard de la nature que celui dont Nous venons de parler, ne - saurait être d'aucun effet, tant que les mêmes défenses ne seront - pas faites dans les autres royaumes et États, et tant que les - passagers ou marchandises en d'autres pays auront la faculté de - tromper sous divers prétextes les maîtres des vaisseaux qui sont - ignorants. Nous ne pouvons dissimuler que le procédé à l'égard des - vaisseaux de Nos sujets, Nous est d'autant plus sensible qu'il - paraît qu'on les prend seuls en butte et qu'on laisse passer - d'autres sans y prendre garde. - - Quand il plaira à Votre Sérénité et à Vos Excellences de faire les - réflexions nécessaires sur ce que Nous venons de leur exposer, nous - espérons qu'Elles voudront bien donner des ordres précis à Leurs - Ministres et à Leurs sujets partout où il appartient, pour que - soigneusement ils prennent garde de ne faire rien qui puisse - troubler les sujets de Notre république ni leurs vaisseaux, dans le - libre exercice de leur navigation et commerce, afin que Nous ne - soyons pas obligés de délibérer ultérieurement sur la manière de - prévenir ces troubles si préjudiciables au commerce de Nos sujets. - Nous attendons ce remède de l'amitié et de l'équité de Votre - Sérénité et Vos Excellences, et en l'attendant, Nous prions Dieu, - Sérénissime Duc et Très Excellents Seigneurs, de Vous avoir en Sa - sainte et digne garde. - - A La Haye, le 23 novembre 1737. - - De Votre Sérénité et Vos Excellences Très affectionnés - amis à vous faire service. - - LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES UNIES DES PAYS-BAS. - - Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Filza 1/2121 - (1737-1738)_. - - -X. - -DÉPÊCHE DE PUISIEUX A AMELOT. - - Naples, le 7 janvier 1738. - - Il y a dans ce port, depuis environ un mois, un bâtiment - hollandais, nommé _Jan Ramboulde_. Il est chargé de munitions de - guerre qu'il a prises en Zélande et qui sont destinées pour la - Corse..... Je fus informé hier que le capitaine de ce bâtiment, - appelé Antoine Bevers, de Flessingue, devait partir incessamment - pour la Corse. Après m'être assuré plus particulièrement de ce - fait, je me déterminai à envoyer prier le consul de Hollande de - passer chez moi. Je lui représentai qu'il devait empêcher lÉdit - bâtiment d'aller porter des secours aux ennemis d'une puissance - avec laquelle les États Généraux n'étaient point en guerre, qu'il - devait, d'ailleurs, savoir l'intérêt que le Roi prenait dans cette - affaire et que j'osais l'assurer que ses maîtres ne - désapprouveraient pas les égards qu'il aurait pour mes - représentations en cette occasion. L'ambiguïté de la réponse de ce - consul m'ayant laissé dans l'incertitude sur le parti qu'il - prendrait, j'ai écrit à M. de Campredon, à Gênes, pour le prévenir - sur le départ de ce bâtiment hollandais. J'en ai aussi dit deux - mots à M. de Montalègre, qui m'a répondu que les munitions de - guerre embarquées sur ce bâtiment n'ayant point été achetées dans - les États de Sa Majesté Sicilienne et que le Roi n'ayant point - déclaré la guerre aux Corses, le roi des Deux-Siciles ne pouvait - prendre sur lui de l'arrêter. Il m'a promis cependant de parler au - consul de Hollande et d'intimider quelques Corses qui sont à la - suite de ce bâtiment. Je ne puis douter que cette cour n'ait - favorisé les Corses dans plusieurs occasions, non dans l'intention - de les entretenir dans la révolte, mais parce qu'à la faveur des - troubles de cette île, les officiers au service de Sa Majesté - Sicilienne ont trouvé de grandes facilités à y faire des recrues. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Naples, vol. 35. - - -XI. - - NOUVEAU CONTRAT ENTRE LE PATRON DU BÂTIMENT ZÉLANDAIS, - _YONG-ROMBOUT_, ET LES MINISTRES DE THÉODORE Ier[878]. TRADUCTION - DE L'ITALIEN. - - Naples, 20 janvier 1738. - - Nous soussignés, capitaine et pilote du bâtiment, nommé - _Yong-Rombout_, d'une part, et les ministres de Théodore Ier, roi - de Corse, de l'autre, promettons moyennant l'assistance divine, - d'exécuter ponctuellement le contenu des articles suivants, sans - exception aucune, à moins que la nécessité nous force au contraire. - - 1º Le susdit capitaine Antoine Bevers sera obligé de faire voile - avec son vaisseau et les passagers qui seront dessus, à l'île de - Corse, et, moyennant l'assistance divine, jeter l'ancre à - Porto-Vecchio; mais il devra d'abord prendre langue à Aleria avec - sa chaloupe et y faire les signaux convenus; lÉdit capitaine - s'obligeant, en outre, de faire toutes sortes de diligences et ce - qui dépendra de lui pour y exécuter le débarquement ainsi qu'il est - d'usage en semblables conjectures. Cependant, si ce bâtiment était - attaqué et que malgré tous ses efforts, il ne pût résister et fût - battu ou qu'il lui arrivât quelque autre accident,--ce qu'à Dieu ne - plaise--le patron sera tenu de faire voile vers Malte, ou autre - port plus commode, pour y porter ses passagers, et il laissera les - marchandises où il jugera le plus à propos. Bien entendu que le - capitaine, en semblable cas, ne prendra de résolutions qu'autant - qu'il y sera contraint par la nécessité. - - 2º Les seigneurs ministres susdits seront tenus de s'embarquer sur - lÉdit vaisseau et d'être fidèles au capitaine pendant le voyage, - dans quelques conjonctures que ce soit, et aider lÉdit capitaine en - lui donnant des marques de leur bienveillance. - - 3º Les susdits seigneurs ministres seront obligés de fournir vingt - hommes, y compris le pilote qui aura connaissance des ports de la - Corse, lesquels hommes défendront le bâtiment au cas qu'il soit - attaqué, et serviront à la manœuvre, et ces hommes seront - commandés par le seigneur Dominique Rivarola. - - 4º Lesdits seigneurs ministres fourniront les vivres à ces hommes; - cependant le capitaine aura soin, outre cela, d'en faire encore - pour son voyage. - - 5º Le seigneur Rivarola et les autres ministres feront leurs - diligences pour que ces vingt hommes soient embarqués au plus tôt, - le bâtiment étant prêt et n'attendant que cela pour lever l'ancre; - et aussitôt qu'ils seront à bord, lÉdit capitaine sera tenu de - faire voile. - - 6º Le bâtiment étant arrivé en Corse, le seigneur Rivarola et les - autres ministres seront tenus de lui fournir son chargement - conformément au contrat fait en Zélande. - - 7º A l'arrivée du bâtiment, l'on fera en sorte de débarquer des - canons et d'en dresser une batterie à terre pour défendre lÉdit - vaisseau contre les bâtiments génois qui pourront l'attaquer et - pour faciliter le déchargement de ses marchandises. - - 8º Les autres munitions seront aussi débarquées sans aucun retard. - L'on devra embarquer, en même temps, à proportion, les marchandises - qui seront prises en échange de ces munitions et l'on continuera de - cette manière jusqu'à l'entier déchargement des unes et au total - embarquement des autres. - - 9º Nous promettons d'adhérer exactement aux points ci-dessus et de - les observer constamment et fidèlement autant que nous le pourrons - pour l'avantage, comme il est dit, du roi Théodore. - - En foi de quoi signé, fait à bord dudit bâtiment, le 20 janvier - 1738. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Gênes, vol. 101. - - [878] En marge: «Ceci n'est qu'un projet qui a été communiqué à - M. de Grimaldi, lequel n'a pu encore parvenir à être exactement - informé si ce contrat a été effectivement signé. - - - -XII. - -/# - CONTRAT DE NOLISSEMENT DE BATIMENT FAIT A FLESSINGUE PAR LES - REPRÉSENTANTS DU ROI THÉODORE. TRADUCTION DE L'ITALIEN. - - - [1738.] - -Nous soussignés, en vertu des pouvoirs de Sa Majesté Théodore Ier, roi -de Corse, reconnaissons avoir nolisé des sieurs Splenter, Van Doorn et -Abraham Louxissen, le vaisseau nommé _Yong-Rombout_ de dix-huit canons -de 3l et quatre _bossen_ avec vingt-quatre _koppen_, commandé par le -capitaine Antoine Bevers, moyennant la somme de seize cents florins de -Hollande par mois en lui assurant quatre mois fixes et plus, voulant le -payer à proportion du temps à commencer du jour que lÉdit vaisseau sera -entièrement chargé, et ce pour faire un voyage en Corse et sur la route -où devra se faire le déchargement. Et au cas que le noliseur voulût -aller à Lisbonne, ou dans quelque autre port libre, il lui sera permis à -condition qu'il n'y restera que quatorze jours et pourra ensuite charger -en retour de l'huile, de la cire, des cuirs et autres marchandises, sans -que lÉdit vaisseau soit obligé à d'autres voyages, et encore moins de -faire aucun transport, contre quelque nation du monde que ce soit. Il -lui sera libre au contraire de retourner sans aucun retard à Flessingue, -pour y décharger les marchandises qu'il aura embarquées, indépendamment -desquelles le fret convenu sera payé aux propriétaires dudit bâtiment. -Il est convenu particulièrement que ni le pilote ni le capitaine ne -pourront charger aucune marchandise pour leur compte, sous peine de -confiscation au profit du roi; et au cas que quelques passagers -s'embarquent sur ce bâtiment et mangent et logent dans la chambre du -capitaine, ils payeront un florin de Hollande par jour, et les autres -passagers sept sols de Hollande seulement, sans qu'on puisse exiger rien -de plus pour leur passage. En foi de quoi, nous soussignés obligeons nos -corps et nos biens, nous soumettant aux lois de la justice et aux -ordonnances du pays. - - _Signé_: VALENTINO TADEI, FRANCESCO DE AGATA, - SPLENTER, VAN DOORN et ABRAHAM LOUXISSEN. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Gênes, vol. 101. - - - - -XIII. - - LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. SAINT-MARTIN. COPIE COMMUNIQUÉE - AVEC LA DÉPÊCHE DU DUC DE SAINT-AIGNAN, AMBASSADEUR DE FRANCE A - ROME, DU 18 OCTOBRE 1738. - - 16 mai 1738. - - La part que je vois, Monsieur, que vous prenez à ce qui me regarde - et les offres obligeantes de service que vous me faîtes par une - lettre du 29 du passé, me sont des plus sensibles et agréables. En - revanche, je vous offre de vous rendre tous les bons offices qui - dépendent de moi et si vous continuez dans la résolution de vous - attacher à moi et de m'accompagner dans mon retour, vous pouvez, - sans perdre de temps, vous rendre à Middelbourg, en Zélande, chez - le sieur Joh. Dicler Schuler, marchand dans ladite ville, lequel - vous dirigera à me venir trouver; même si vous me pourriez procurer - quelque bon officier d'artillerie, ou autre, il peut hardiment - venir, que je le recevrai et pourvoirai à toute satisfaction, et - comptez que ni vous ni d'autres n'auront jamais lieu de se - reprocher de s'être attachés à moi et que je suis sincèrement - - Votre bon ami. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Hollande, vol. 427. - - -XIV. - -RÉSOLUTIONS DE L. H. P. LES SEIGNEURS ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES-UNIES -DES PAYS-BAS. - - 20 septembre 1738. - - Ayant été délibéré par résomption sur deux lettres du consul - Lesbergen[879], du 21 janvier et 11 février de cette année, écrites - de Naples à L. H. P. comme aussi sur une troisième lettre du même - consul du 31 mai dernier et aussi arrivée depuis, et ayant été pris - en considération que L. H. P. ne se sont jamais mêlées des affaires - et des entreprises des Corses contre la république de Gênes, et au - contraire que par leurs résolutions du 5 juillet et 15 septembre - 1736, elles ont mandé aux collèges des amirautés respectives - d'avoir attention qu'aucune munition ou autres outils de guerre ne - partissent d'ici pour la Corse, il a été trouvé bon et arrêté qu'il - sera mandé audit Consul que L. H. P. ne sauraient approuver qu'il - se soit donné tant de mouvement au sujet du navire le _Jeune - Rombout_, capitaine Antoine Bevers et autres de même nature et que - lui, consul, fera bien de ne plus se mêler de cette affaire ou - autres semblables, que précisément autant qu'il sera nécessaire - pour la protection des navires des Provinces-Unies qui n'auront - point contrevenu aux précédentes résolutions de L. H. P. du 5 - juillet et 15 septembre 1736. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Hollande, vol. 429. - - [879] Valembergh. - - -XV. - -DÉPÊCHE DE PUISIEUX A AMELOT. - - Naples, 11 novembre 1738. - - ........ Cet aventurier [Théodore] fréta au mois d'avril dernier - trois vaisseaux à Amsterdam. Divers négociants de cette ville - abusés par ses promesses firent une société entre eux pour lui - fournir des munitions de guerre. Il s'engagea, de son côté, à payer - à Malaga et à Alicante (où l'on convint qu'il relâcherait avant - d'aller en Corse) la valeur desdites munitions. Les négociants, - pour sûreté du traité, firent choix d'un capitaine sûr et - expérimenté, auquel ils confièrent le commandement des trois - navires. Le capitaine, en conséquence de ses instructions, relâcha - dans sa route à Malaga, puis à Alicante. Le baron de Neuhoff - n'ayant pu remplir dans aucun de ces deux ports les engagements - portés dans sa convention, tâcha de persuader au capitaine de - continuer son voyage, l'assurant qu'il ne serait pas plus tôt - abordé en Corse que ces insulaires lui enverraient de terre des - denrées, en retour des marchandises qu'il y débarquerait. Le - capitaine, sur cette espérance, continua sa route. Arrivé en Corse, - il débarqua quelques munitions, mais ne voyant rien venir en - retour, et s'apercevant, d'ailleurs, que les rebelles montraient - peu d'empressement pour leur nouveau souverain, il fit cesser le - débarquement et ayant tenu conseil avec son équipage sur le parti - qu'il avait à prendre, il se détermina enfin, trompé une seconde - fois par les promesses de cet aventurier, à faire voile vers ce - port avec ses trois navires, où il a été arrêté cinq jours après - son arrivée et mis en prison à la réquisition du consul de - Hollande, qui ne veut pas l'en laisser sortir qu'il n'ait consenti - de retourner en Corse. (_En chiffres_). Instruit de tout ceci par - quelques matelots hollandais, j'avais fait dire adroitement à ce - capitaine que je lui conseillais de signer tout ce que l'on - exigerait de lui dans la prison, et que lorsqu'il serait à la mer, - il pourrait prendre, s'il le voulait, la route de quelqu'un de nos - ports, conseil qu'il aurait peut-être été à portée d'exécuter si M. - l'envoyé de Gênes, qui n'a pas encore toute la prudence d'un - ministre consommé, n'avait tenu indiscrètement quelques discours, - qui ont mis le consul de Hollande et Théodore en méfiance contre le - capitaine. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Naples, vol. 36. - - -XVI. - -NOTE SUR LES CORRESPONDANTS DE THÉODORE. - - Janvier 1740. - - Direction des lettres que Théodore écrit à Rome, savoir: - - Il se sert quelquefois de l'adresse de Mme Marie-Constance - Cavalieri, religieuse au couvent des Saints-Dominique et Sixte. - - Souvent, il les adresse au comte Fedi, à la Porte du Peuple; - quelquefois au comte Orsini; rarement au docteur Gaffori, qui - demeure à San Gio. Fiorentini. Il s'est servi, en dernier lieu du - banquier Quarantolo, associé du marquis Noués. - - Quelquefois aussi les envoie-t-il en droiture aux dames Fonseca, - religieuses au même couvent des Saints-Dominique et Sixte. - - Ses correspondants à Rome portent leurs lettres chez le comte Fedi - ou chez le comte Orsini, qui font divers plis selon la qualité des - lettres et les mettent sous quatre enveloppes; la première est pour - le sieur Valentini; la seconde est pour le baron de Stos; la - troisième pour le consul anglais de Venise et la quatrième est pour - le baron Étienne Romberg qui est lui-même. - - Ses correspondants de Rome sont: les comtes Fedi et Orsini; les - dames Fonseca; Mailliani, marchand drapier près Saint-Eustache; un - allemand nommé Joseph à Campidolio, qui a été au service de S. A. - de Bavière; le docteur Gaffori; un capucin, faiseur d'or no 64 (?); - un abbé nommé Punciani, ministre de la maison Fonseca à la Minerve - et distributeur du sel; le maître de chambre de M. l'ambassadeur de - Malte, nommé Ludovico Sancty (?), vers la Trinité du Mont. - Celui-ci, à ce que l'on peut conjecturer, n'agit pas par lui-même, - car, non seulement il a aidé le cousin de Théodore d'armes et - d'argent quand il était à Rome, mais encore le neveu du même - ambassadeur lui fit deux visites secrètes et, à son départ pour la - Corse, le maître de chambre l'accompagna jusqu'à Ostia et lui donna - deux signaux pour pouvoir reconnaître ceux qui seraient envoyés de - sa part. Ces signaux consistaient en un petit carré de papier où - son nom est écrit en lettres qui imitent le moule, et un cachet de - cire rouge appliqué au-dessous représentant un cupidon monté sur un - lion. Un nommé Raimondi, chevalier de Saint-Sylvestre et peintre, - est aussi correspondant. - - Ceux de Naples sont le consul de Hollande, Valembergh; Mme la - princesse de la Rochette et un officier irlandais nommé Georges, - qui est dans le château Sainte-Magdeleine, du côté des Carmes. - - A Livourne, il n'y a plus que l'ancien capitaine du bagne, nommé - Bigani; D. Felice Cervioni et Thomas Santucci d'Alesani. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Corse, vol. 2. - - -XVII. - - RELATION DE CE QUI S'EST PASSÉ A AJACCIO, LE 2 MARS 1743, ENTRE LE - VAISSEAU DE GUERRE ESPAGNOL, LE _SAINT-ISIDORE_ ET LES VAISSEAUX DE - GUERRE ANGLAIS[880]. - - Livourne, le 21 mars 1743. - - Par la déclaration unanime des matelots du vaisseau du Roi, le - _Saint-Isidore_, on a appris que le 28 février, le secrétaire de - Théodore étant sur une des chaloupes de l'escadre anglaise qui - était à dix milles à la vue d'Ajaccio où elle allait, prit terre à - Ajaccio et alla parler au gouverneur de ladite place pour - reconnaître le camp et les magasins de marine dudit vaisseau le - _Saint-Isidore_, qui étaient à terre, ce qui lui fut accordé - d'abord par lÉdit gouverneur avec l'assistance du capitaine - Giannetti et son frère, officiers allemands au service de la - république et de la garnison d'Ajaccio. Après que cela fut fait, la - chaloupe retourna à l'escadre anglaise, qui vint donner fonds la - nuit du 1er de ce mois sous le canon d'Ajaccio, consistant en deux - vaisseaux de haut bord et une frégate de quarante pièces de canon, - auxquels se joignit le lendemain matin un autre vaisseau de ligne, - laissant vers le midi le vaisseau le _Fulston_ (le _Folkestone_), - avec dessein de prendre ou brûler le vaisseau espagnol. Ce que le - commandant anglais fit connaître, le 2, faisant approcher les deux - vaisseaux à une portée de fusil de celui le _Saint-Isidore_, et - faisant dire à M. le chevalier de Lage que s'il tardait à rendre - son vaisseau, il ne donnerait quartier ni à lui ni à son équipage. - M. de Lage répondit qu'une telle proposition ne se faisait pas à un - homme comme lui, qu'il savait son devoir, qu'étant capitaine d'un - vaisseau de Sa Majesté Catholique, il devait le défendre, que M. le - commandant anglais pourrait faire ce qu'il voudrait, et que lui - ferait son devoir. En effet, d'abord que la chaloupe de l'officier - anglais fut éloignée du vaisseau le _Saint-Isidore_, M. de Lage fit - décharger toute son artillerie contre les vaisseaux ennemis, entre - lesquels celui du commandant étant le plus exposé, il perdit un de - ses mâts et fut si maltraité dans le côté, qu'il se trouva d'abord - hors d'état de manœuvrer ayant huit pieds d'eau. Le chevalier de - Lage, voyant le bon effet qu'avait produit sa première décharge, - voulait en faire une seconde, mais s'apercevant que les quatre - autres vaisseaux allaient le cribler de coups, et qu'il courrait un - risque évident de sacrifier tout l'équipage et laisser à l'ennemi - la gloire de prendre ou de brûler son vaisseau, il se détermina à - le prévenir, faisant donner feu et ordonnant à l'équipage de se - retirer. Il fut obéi et se sauva lui et son équipage à la nage - laissant le vaisseau en flammes. Il y eut trente hommes de noyés, - entre lesquels neuf espagnols, sans comprendre cinq autres qui - furent tués par le canon, les autres étant des déserteurs allemands - recrutés en Corse. M. de Lage fut obligé de se retirer la nuit avec - son équipage à la montagne, le gouverneur d'Ajaccio lui ayant - refusé de lui donner asile dans la place, ainsi qu'il avait fait de - le défendre par son artillerie, ni de lui permettre de décharger la - sienne à terre. Le commandant anglais fut obligé de rester à - Ajaccio, jusqu'au 6, ayant renvoyé le secrétaire de Théodore qui - fut témoin avec le vaisseau le _Fulston_ de l'action et on fut - détrompé des idées chimériques que Théodore avait données de ses - alliés. - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Gênes, vol. 112. - - [880] Cette relation a été faite par le consul d'Espagne à - Livourne, sur la déposition des matelots du vaisseau espagnol et - traduite de l'espagnol. - - -XVIII. - -DÉPÊCHE DU DUC DE NEWCASTLE A GASTALDI, MINISTRE DE LA RÉPUBLIQUE DE -GÊNES A LONDRES. - - Whitehall, ce 17me mars 1743. - A Monsieur Gastaldi, - - Le Roi m'a ordonné de vous faire savoir, en réponse au mémoire que - vous avez présenté à Sa Majesté, du 25 du mois passé, et à la - lettre que vous m'avez écrite, en date du 19 du courant, que Sa - Majesté n'a aucune connaissance de ce qui y est allégué d'avoir - été fait par les commandants de ses vaisseaux en transportant et - débarquant Théodore Neuhoff dans l'île de Corse; et que si - quelqu'un desdits commandants a tenu une telle conduite, il a agi, - non seulement sans l'ordre du Roi, mais contre les intentions de Sa - Majesté. Le Roi m'a commandé d'envoyer aux seigneurs commissaires - de l'Amirauté copies de votre mémoire et lettres susdites, et de - leur ordonner de s'informer, sans perte de temps, si les - commandants des vaisseaux du Roi dans la Méditerranée, et notamment - les capitaines des vaisseaux dont vous faites mention dans votre - mémoire, ont actuellement fait ce qui leur est imputé; et, en ce - cas-là, par quel ordre ils l'ont fait, afin que Sa Majesté étant - pleinement informée du cas, puisse prendre, à cet égard, les - mesures qu'Elle jugera à propos. - - J'ai aussi eu ordre du Roi d'écrire dans le même sens au - vice-amiral Matthews, commandant la flotte de Sa Majesté dans la - mer Méditerranée, et de lui faire savoir au nom de Sa Majesté qu'il - doit veiller que pour l'avenir il n'arrive rien de semblable. - - Je dois cependant, Monsieur, à cette occasion vous faire observer - que bien que les officiers du Roi fussent très coupables, en cas - qu'ils eussent agi sans autorité ou contre les ordres de Sa - Majesté, le Roi ne peut pourtant que voir avec regret que la - conduite de la République de Gênes ait été telle envers les - Espagnols, ses ennemis déclarés, qu'elle aurait pu donner un juste - sujet de mécontentement à Sa Majesté et à ses alliés. - - Je suis, - Monsieur, - Votre très humble et très obéissant serviteur. - NEWCASTLE. - - Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Filza 41-2050_. - _Corsica 1743._ - - -XIX. - -DÉPÊCHE DE LORENZI A AMELOT. - - Florence, le 27 avril 1743. - - Le baron Théodore est parti de cette ville depuis le 18 pour Pise - et comptait, après s'y être arrêté quelques jours, de se rendre à - Livourne pour s'embarquer sur le même vaisseau de guerre anglais de - quarante pièces de canon, qui l'y avait conduit nommé _Folkestone_, - et commandé par le capitaine Balchen; mais j'ai appris qu'il n'y - est pas encore allé et qu'il est encore en quelque endroit qui - n'est pas éloigné de Florence et que je n'ai pu encore découvrir. - Plusieurs Corses qui s'étaient rassemblés à Livourne de différents - endroits se sont embarqués sur le même vaisseau. M. Matthews dit - n'avoir consenti que Théodore y retournât parce qu'il était venu - dans la Méditerranée sur un vaisseau de guerre de sa nation, et - qu'au reste les lettres de sa cour ne lui en avaient jamais parlé, - mais qu'il y avait dépêché un courrier avec une lettre qu'il avait - reçue de Théodore pour avoir des instructions là-dessus. Le - ministre d'Angleterre à Turin assure aussi que sa cour ne lui a - jamais rien mandé à ce sujet, et elle a gardé le même silence - envers M. Mann, ce qui est assez surprenant, car s'il est vrai que - le roi d'Angleterre n'a jamais eu la moindre part aux affaires de - Théodore, et qu'il aurait fait examiner la conduite des capitaines - dont la même république se plaignait, comme le ministre de M. le - grand-duc à Londres mande à ce gouvernement avoir cette cour-là - répondu au mémoire présenté par le ministre de Gênes à S. M. - Brittanique, il était naturel que ce prince eût donné des ordres au - susdit vice-amiral et eût mandé quelque chose en conséquence à ses - ministres à Florence et à Turin, d'autant plus que M. le marquis - d'Ormea a plusieurs fois questionné ce dernier sur l'intérêt que - paraissait prendre l'Angleterre à l'entreprise de Théodore. - D'ailleurs, puisque la cour de Londres sait l'opinion que le public - a eu lieu de former qu'elle s'intéresse à cette entreprise, et le - tort que cette opinion peut lui faire, il paraissait qu'elle devait - donner une déclaration authentique du contraire, si elle n'y - prenait pas effectivement intérêt. L'on peut à peu près remarquer - la même conduite de la cour de Londres dans celle de Vienne, car - MM. de Breitwitz et de Richecourt assurent, et à l'égard du - premier, j'ai lieu de le croire très certainement, que S. A. R. - leur a demandé uniquement de l'informer de ce qui se passerait à ce - sujet. Il était cependant naturel que si ce prince ne prenait - aucune part à cette entreprise, il eût à la désavouer, au moins à - sesdits ministres, surtout après la conférence que M. de Breitwitz - a eue avec Théodore et l'édit que celui-ci a publié. Cette conduite - de ces deux cours peut faire soupçonner qu'elles attendent quelque - événement pour se déclarer, d'autant plus que le même aventurier - assure toujours que son entreprise a été concertée avec elles et - qu'elles sont convenues de le soutenir. MM. de Richecourt et de - Breitwitz ont assuré à une personne de leur confiance qu'ils ne - l'ont point vu pendant tout le séjour qu'il a fait en cette ville. - Il a dit qu'il y est venu principalement pour pouvoir écrire plus - librement; en effet, il a reçu et écrit pendant son séjour ici une - prodigieuse quantité de lettres. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Florence, vol. 97. - - - - -XX. - -LETTRE DU BARON DE NEUHOFF. - - Le 11 mai 1744. - - J'ai reçu mercredi passé sous votre couvert la lettre du baron de - Salis en date du 22 passé, à laquelle je vous remets, à cachet - volant, la réponse, vous priant, mon très cher Monsieur, de vouloir - la lui inclure dans votre paquet après l'avoir lue. Cette tardance - de lettres de Turin, jointe aux manquances que l'on me fait dans - ces conjonctures, me lève tout repos, d'autant plus que je me - trouve contre le mur et miné par ces perfides émissaires, lesquels - me détournent et me refroidissent un chacun pour le surplus, par - ici, et ayant déjà gagné en Allemagne tous mes amis et - correspondants à me retenir même ce qui est à moi, afin de m'ôter - les moyens à me pouvoir mouvoir; enfin j'abrège. - - Si par ce courrier j'ai la satisfaction de recevoir de vos chères - nouvelles, jeudi j'aurai celle de vous faire réponse et suis sans - réserve tout à vous. - - Ma dernière est du 6 avec la lettre d'Olmeta touchant le prince - Rakoczy, lequel à ce que j'ai appris hier d'un Corse venu de Rome, - a, depuis deux années, la promesse de France et d'Espagne d'avoir - en Corse son refuge avec le caractère de général, et que ceci est - notoire à tous les partisans d'Espagne en Corse. A moments, - j'attends des nouvelles de là; mais tous mes frais et soins seront - tous inutiles, si l'on ne m'assiste sans perte de temps, car, pour - être sûr, ils veulent proclamer Don Philippe, si je tarde à - marcher; ils sont soutenus en cela à Gênes même. Si cette affaire - se fait et qu'ils y débarquent quelque monde, comme ils le font - assurer dans le pays, qui les en chassera? Aucune puissance est en - état de le faire, les peuples étant variés, ce qu'ils seront - certainement si l'on ne me met en état d'y pouvoir aller pour - anéantir ces vues-là. - - Je ne comprends plus ce silence de vos seigneurs de Londres, - desquels je ne vois aucune réponse; d'autres amis d'Hanovre et de - La Haye m'assurent de l'appui promis; entre temps, par ici, l'on - fait le sourd et l'on m'abandonne; enfin l'on ne fait aucun cas de - moi par reconnaissance de mes sincères sentiments d'honneur ou - opérations réelles de fidélité et d'un attachement parfait, ce qui - m'est bien sensible et m'en ronge l'âme. J'espère que vous aurez eu - la bonté de parler à M. le général baron de Breitwitz touchant ce - peu de Corses, qui sont dans ces deux compagnies corses suivant le - contenu de ma dernière. S'il y a de la résolution, il y a moyen - encore d'anéantir les vues des ennemis en faisant un débarquement - de sept à huit mille hommes de mes gens, pour faire une diversion, - en laissant ces Anglais dans les ports de Corse et même dans le - golfe de la Spezzia, et employer mes gens contre l'ennemi même; - mais il me faut trois vaisseaux, avec ordre précis de m'obéir. Si - puis, l'on continue en Italie être sourd, je dois m'efforcer à - faire pour l'avenir le muet, et me retirer du tout, laissant le - champ libre à tous mes ennemis. Ci-jointe une liste des Corses - dispersés en Italie[881], dont j'ai eu tous les soins, et puis - avancer, selon la promesse des officiers, qui les commandent, de me - les voir joindre au premier ordre que j'enverrai signé de ma main, - et suis très assuré qu'aucun ne restera en arrière quand il s'agira - d'être à mes ordres et moi à leur tête. - - Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe - straniere_, mazzo 2. - - [881] J'ai donné cette liste en note p. 303. - - -XXI. - -LETTRE DU BARON DE NEUHOFF. - - Le 14 mai 1744. - - Je reçois votre chère lettre du 9 avec celles que vous me renvoyez. - Touchant puis au congé des Corses, comme je vous ai parlé dans mes - précédentes de le procurer de M. le général baron de Breitwitz, il - n'a pas besoin d'ordre pour cela, parce que quand ils demandent - leur congé, il leur est accordé toujours, selon la teneur de mon - offerte faite à Vienne du temps du baron de Wachtendonck; mais à - présent, que je ne veux avoir aucune liaison avec leur capitaine et - que je les demande pour être employés pour le service commun, je - cherche la licence du général pour pouvoir puis en faire rapport à - la cour, laquelle sera charmée certainement que je les emploie au - service du roi de Sardaigne. Mais ces résolutions finales tardent - bien de Turin; ils croyent et attendent là mon arrivée, ou du - moins, un de ma part; mais à ma sensible confusion et mortel - chagrin, je me vois hors d'état de pouvoir me mouvoir, ne trouvant - pas ni d'amis, ni d'ennemis, avec le gage en main, l'avance - nécessaire et dois me voir enfin périr avec mes polices de change - endossées toutes à mon ordre argent comptant partout; mais par ici - ne sachant de qui me fier, et d'autres étant sourds et charmés de - me plonger davantage, m'entretiennent en espérance et puis, en - fait, ils me manquent; enfin la maxime est, en certaines affaires, - très mauvaise de donner du temps au temps; mais à moi il me - convient de m'y soumettre et d'avaler ces pilules. - - Si M. l'amiral Matthews est bien informé, il secondera en tout mes - vues et me donnera la main à faire la diversion mentionnée et de - châtier ces Génois promoteurs de toutes les démarches des - Gallispans contre votre nation et de la personne sacrée de Sa - Majesté Britannique même; mes fidèles et sincères remontrances se - vérifient journalièrement de plus en plus. Dès l'année passée, tout - se pouvait prévenir; mais que ne cause la présomption et le mépris - dans ce monde! - - Le dénommé Maurice-Léopold Kartz, dépêché de Rakoczy, est à - Livourne présentement, protégé de M. de Selva, et doit passer en - Corse. Enfin j'espère qu'avec ce courrier vous recevrez quelque - réponse de Turin pour moi, laquelle j'attends avec la dernière des - impatiences. Avertissez, je vous prie, à Londres qu'un tel - chevalier Champigny, l'envoyé de l'Électeur de Cologne, est un - espion payé depuis sept années de la France; il l'était même, - contre moi, payé des Génois; mais à mon arrivée à Cologne, le dit - Champigny jugea à propos de se sauver de Bonn de la cour de - l'Électeur de Cologne, pour n'être traité par moi et les miens - comme il le méritait. Avec sûreté, vous le pouvez dénoncer de ma - part et j'en écrirai, l'ordinaire prochain, à mes amis à Bonn et - Hanovre, afin qu'ils le fassent savoir à l'Électeur de ma part, - comme de ma surprise d'employer un semblable sujet. Si M. l'amiral - voulait s'entendre avec moi de bonne foi, nous ferions plus dans un - mois pour l'avantage commun, qu'il n'a fait depuis deux années avec - les avis de ses consuls tous jacobites sous-main et qui l'informent - très mal. Je vous salue de tout mon cœur, et suis sans réserve - tout à vous. - - En ce moment je reçois votre chère lettre du 12, avec l'incluse du - baron de Salis. Jugez, mon cher Monsieur, de mon embarras mortel à - ne pouvoir me rendre à Turin ni y envoyer quelqu'un, n'ayant aucun - à la main capable pour finir de traiter cette affaire; celui que - j'ai désigné n'est pas encore retourné de Corse, où je l'ai envoyé - par la voie de Civita-Vecchia avec un petit secours, et pour - assister à la consulte générale tenue, et quand il retournera, il - sera toujours obligé à une petite quarantaine. J'ai, de plus, la - mortification aujourd'hui de recevoir, par trois différentes - lettres, une belle excuse sur ma demande d'une avance de cent - sequins. Je ne sais enfin où donner de la tête dans ces quartiers - et me trouve manquant, subsistant avec l'argent qui me reste à - engager. Si M. l'Anglais m'avait fait le plaisir trois mois passés, - j'aurais été alors à Turin, et le tout serait frayé et la troupe - serait assemblée; enfin je me ronge ici l'âme et me crève de - chagrin. - - Si vous écrivez à Turin et à M. l'amiral, faites-leur part du - contenu de la lettre de M. de Salis et assurez pour sûr que s'il me - conduit en Corse, nous chargerons dans les huit jours six à huit - mille hommes pour les transporter au golfe de la Spezzia, me - faisant fort de m'en rendre maître sans perte d'un homme. M. - l'amiral puis y pourra mettre garnison anglaise, et moi j'agirai - puis, et le reste de mes gens, au grand bénéfice commun et aux - dépens de l'ennemi même. Vous voyez là ce que j'ai déjà écrit au - baron de Salis et à Milord Carteret, et mes amis à Londres en sont - bien subornés. - - Si vous croyez que M. l'Anglais à votre instance se laisse - persuader à me faire l'avance de cent sequins, faites-le, je vous - prie, et soyez sûr que de Turin j'en remettrai ponctuellement le - remboursement, y ayant de bons amis, mais ma présence y est - nécessaire. - - L'on m'écrit de Rome que cinquante-trois autres Corses déserteurs - de Naples y sont arrivés pour me joindre. Excusez ce brouillon, je - vous prie. Je suis si accablé de chagrin et de confusion de me voir - ainsi, qu'à peine sais-je écrire. - - Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe - straniere_, mazzo 2. - - -XXII. - -TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES. - - Florence, 30 mai 1744. - - Monsieur, - - Le courrier de Turin m'a remis ce matin en passant la lettre que - vous m'avez fait la grâce de m'écrire le 27 de ce mois. Les ordres - que M. le marquis d'Ormea a bien voulu donner ne coûteront que très - peu de peine aux courriers, puisqu'en allant à Rome et en revenant - de cette ville, ils sont obligés de passer dans la rue où je - demeure. J'espère que vous approuverez cette manière de continuer - notre correspondance. Elle vous épargnera souvent la désagréable - fatigue de mettre vos lettres en chiffres, ce qui ne pourrait que - vous être fort incommode dans des circonstances où vous avez tant - d'affaires sur les bras. Je suis charmé que vous ayez été content - du contenu des papiers que je vous ai envoyés, et que M. le marquis - d'Ormea les ait jugés dignes de son attention. Je vous prie de - présenter mes très humbles respects à Son Excellence et de - l'assurer que je me ferai un devoir, en toute occasion, d'obéir aux - ordres dont Elle m'honorera, bien persuadé que rien n'est plus - capable de m'attirer l'approbation du Roi, mon maître, que de - m'employer utilement, si je puis, pour le service de Sa Majesté - Sarde, dont les intérêts sont si unis aux siens. - - J'ai eu soin de communiquer sur le champ à mon ami cette partie de - votre lettre qui regarde l'auteur des propositions[882]. Il m'a - promis de lui écrire sans délai, pour l'engager à venir à Florence - au cas qu'il se trouve toujours peu éloigné de cette ville, comme - il l'était en dernier lieu. Nous n'avions pas jugé à propos, mon - ami ni moi, de lui donner la moindre connaissance de l'affaire, - jusqu'à ce que nous eussions reçu votre réponse; nous ne - différerons plus à présent de l'en informer et nous tâcherons de - lui persuader d'aller à Turin. C'est assurément le plus sage parti. - On règlera plus de choses, avec lui en personne, en deux jours, - qu'on ne ferait dans un mois par lettres, outre qu'en traitant avec - lui les ministres du roi de Sardaigne pourront mieux juger de sa - capacité et de ce qu'il est en état de faire. Le général Breitwitz, - de qui je tiens les propositions, m'a permis de vous dire son nom, - mais il souhaite de n'être nommé qu'à M. le marquis d'Ormea, ne se - souciant pas que la cour de Vienne ou le grand-duc sachent qu'il se - soit mêlé d'aucune affaire sans leur participation, quoiqu'il ne - doute pas d'ailleurs que sa conduite ne fût approuvée, s'il jugeait - nécessaire de les en informer. La proposition, comme vous l'aurez - observé, a été faite autrefois à la reine de Hongrie, par le canal - du général Breitwitz; mais elle fut négligée. Par rapport à la paye - des officiers et des soldats, le général suppose que la personne - comptait qu'elle serait établie sur le pied des autres troupes de - la reine; mais il n'est pas possible de rien dire de positif sur - cet article, non plus que sur les autres conditions, jusqu'à ce que - l'auteur en traite lui-même. Je ne vous ai pas d'abord envoyé - l'écrit en original, signé de sa main et scellé du cachet de ses - armes, crainte de quelque accident; mais si vous souhaitez de - l'avoir, vous n'avez qu'à m'en dire un mot et je vous l'enverrai. - Je souhaite ardemment que le succès de cette affaire réponde à - l'attente de vos amis. - - Je vous ai envoyé par le dernier ordinaire une lettre de mon - correspondant secret[883] à M. le marquis d'Ormea. Dans une autre - qu'il m'a écrite en m'en envoyant une pour l'amiral, il me dit: «A - la fin M. l'amiral a eu ordre de m'assister et de m'appuyer.» Je ne - puis rien dire de ce fait jusqu'à ce que l'amiral l'explique. Je - suis toujours obligé de répondre au grand nombre de lettres qu'il - continue de m'écrire; mais je le fais toujours en termes généraux, - en lui disant que je n'ai point reçu d'instructions sur ses - affaires, ni aucune réponse de votre part ni de l'amiral; cependant - cette méthode ne mettra jamais fin à notre correspondance. Je ne - voudrais pas que M. de Salis fût informé que je vous ai dit si - librement mon sentiment du personnage, car je vois que nonobstant - ce que j'ai écrit avec la même liberté à son fils à sa prière, il - pense encore aussi favorablement sur son compte: prévention dont je - vous dirai en confidence que son fils est aussi surpris que moi. Il - a peut-être des raisons que nous ignorons. - - Je vous prie de croire... - - Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe - straniere_, mazzo 2. - - [882] Il s'agit de Rivarola. - - [883] Théodore de Neuhoff. - - -XXIII. - -TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES - - 7 juin 1744. - - Monsieur, - - J'espère que vous aurez reçu les deux lettres que je vous ai - écrites le 2 et le 8 de ce mois. J'ai été obligé d'envoyer la - dernière par la poste ordinaire, ne l'ayant reçue qu'après le - départ du courrier de Turin. Je dois à présent vous informer que - j'ai vu le comte Rivarola, que le général Breitwitz a fait venir à - Florence. Il est fort disposé à aller à Turin, pour traiter de la - levée des troupes corses. Il se flatte de lever aisément toutes les - difficultés qui pourraient se rencontrer dans cette affaire. - J'avoue qu'au premier coup d'œil, à voir son âge et sa figure, il - ne m'a point paru fort propre à faire réussir une pareille - entreprise; mais, après plusieurs conversations que j'ai eues avec - lui et par les informations que j'ai prises sur son compte, j'ai - trouvé que c'était un homme fort accrédité en Corse et celui de - tous les chefs auquel les mécontents de cette île s'adressent le - plus volontiers. Il a toujours été opprimé par les Génois, une - grande partie de son bien a été confisquée en Corse, où sa femme - est encore. Il a mené pendant plusieurs années une vie obscure hors - de son île. - - Je l'ai questionné touchant les talents qu'il se sentait pour - commander le régiment que son nom et son crédit le mettaient en - état de lever. A cela, il a naïvement répondu qu'il ne pouvait pas - prétendre avoir beaucoup d'expérience pour la conduite des troupes - régulières; mais qu'il avait passé toute sa vie les armes à la main - et que pour suppléer à ce qui lui manquait il voulait supplier Sa - Majesté Sarde de lui donner un major (sur qui roulerait la conduite - du régiment) et autant d'officiers qu'on croira nécessaires, pour - bien former et discipliner ses compatriotes. Cependant, on ne doit - pas oublier, dit-il, que les Corses obéissent plus volontiers à des - officiers de leur nation qu'à d'autres; que néanmoins, il sera - toujours prêt à se soumettre à tous les ordres que le roi de - Sardaigne lui donnera, et qu'il ne doute nullement que le corps de - troupes qu'il lèvera ne soit fort utile à Sa Majesté. - - Le général Breitwitz, m'écrivant à son sujet de sa maison de - campagne, m'en parle dans les termes suivants: «C'est un homme qui - a grand crédit en Corse. Il ne tiendra qu'à lui de faire venir la - plus grande quantité des Corses qui sont au service de la - république de Gênes à celui de Sa Majesté le roi de Sardaigne, ce - qui ferait un double effet. Quand on écrira à Vienne pour avoir la - permission de rassembler le régiment dans cet état, la cour de - Turin pourrait demander au grand-duc les officiers corses et les - hommes de cette nation, qui sont à son service; cela serait un - petit commencement à former un pied. Je suis persuadé, si la - neutralité ne fait quelque obstacle, que S. A. R. fera tout pour Sa - Majesté le roi de Sardaigne.» - - Je ne sais pas bien ce que le général veut dire quand il parle - d'_officiers_ au pluriel, car, après m'en être informé, je n'ai - trouvé qu'un seul officier corse dans les deux compagnies de ce - nom. - - Voici la liste des Corses qui se trouvent dans ces compagnies, qui - pour le dire en passant, sont fort inutiles au grand-duc: - - Giuseppe Costa, lieutenant. - 49 simples soldats dans la première compagnie. - 11 » » dans la seconde » - -- - 61 - - Il est inutile que j'entre dans un détail circonstancié de toutes - les conversations que j'ai eues avec le comte Rivarola. Je dois - vous avertir, cependant, que comme il ne fait aucune difficulté - d'avouer le mauvais état de fortune où l'ont réduit ses malheurs et - son long exil, je me suis engagé à lui faire payer les frais de son - voyage. La demande m'a paru si raisonnable que j'ai cru devoir y - acquiescer, et je vous prie de vous souvenir de cet article. Vous - trouverez dans l'écrit ci-inclus quelques informations à son sujet, - avant qu'il arrive à Turin; il vous communiquera lui-même d'autres - papiers, qui vous convaincront que c'est un homme fort accrédité - dans sa patrie. Il n'attend pour partir que l'arrivée de son fils, - qui est à Sienne, au séminaire, et les habits qu'il se fait faire, - qui, autant que j'en puis juger, ne feront pas une brillante - figure. Il m'a dit qu'il voulait se faire faire un habit, avant de - se présenter à M. le marquis d'Ormea; j'ai tâché de l'en dissuader, - l'assurant que ce ministre ne jugera pas de lui par la façon dont - il sera mis. Il espère d'être à Turin sur la fin de la semaine - prochaine, environ le 14. Je lui donnerai une courte lettre pour - vous pour lui servir d'introduction. Il veut être absolument dirigé - par vous. Dans cette lettre et dans le passeport dont je le - munirai, je l'appellerai Domenico Santini, nom qu'il souhaite de - porter pendant son voyage. Je vous laisse le soin de tout le reste. - Je serai bien charmé d'apprendre que l'affaire tourne à la - satisfaction de Sa Majesté Sarde et au bien de son service. Je vous - prie d'assurer M. le marquis d'Ormea de mes très humbles - respects... - - J'écrivis hier au soir ce qui précède; j'ai reçu ce matin de bonne - heure la lettre dont vous m'avez favorisé avec l'Horace de Pine, - pour lequel j'aurai des remerciements à vous faire l'ordinaire - prochain, de la part du prince Craon. Je ne suis point du tout - surpris de la lettre que Théodore a écrite à M. le marquis d'Ormea, - ni de la manière dont ce ministre l'a reçue. J'en reçus une hier au - soir du personnage, en réponse à celle que je lui avais écrite, - pour accompagner la lettre de M. de Salis (dont je vous ai envoyé - une copie). Il est extrêmement piqué de cette lettre, «à laquelle, - dit-il, je ne répondrai nullement, ne me mettant en nulle peine - pour son contenu si peu digéré, étant d'ailleurs sûr que votre - ministère traite cette affaire. Enfin les réponses de Turin en - décideront en huit jours, et si l'on y a changé de sentiment, - patience! J'en serai pour les frais faits. Mon secrétaire est parti - dimanche passé». Voilà la substance de sa lettre. Je vous disais - dans ma dernière qu'il avait fait partir son secrétaire, - circonstance qui ne peut que déplaire. J'avoue néanmoins qu'il ne - me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude; car quoique - ses propositions soient mal digérées et qu'il ne paraisse pas - probable qu'elles puissent mener à rien et quoiqu'il n'y ait - peut-être pas beaucoup de fond à faire sur ce qu'il dit des grandes - dépenses qu'il prétend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on - continue à le bercer de vaines espérances. Quant aux affaires de - Corse, je sais qu'il a encore un parti considérable dans cette île - qui le recevrait avec beaucoup d'empressement, s'il y paraissait - avec quelque secours réel. Mais il les a trompés si souvent, qu'ils - ne se fient plus à ses promesses. J'apprends cependant que ce parti - est résolu de lui rester fidèle encore quelques mois et si après ce - temps-là, ils s'aperçoivent qu'il n'est pas réellement soutenu, ils - l'abandonneront à coup sûr, sans pourtant se soumettre aux Génois. - - On m'a dit que le capitaine Barckley, commandant du vaisseau _la - Revanche_, qui a conduit Théodore en Italie, s'informa fort - soigneusement de lui en dernier lieu à Livourne, déclarant que s'il - pouvait découvrir où il était, soit en Toscane, soit à Rome, il - irait le trouver en personne. Une personne, qui a dit avoir entendu - ceci de la bouche de M. Barckley lui-même, l'a écrit à Théodore, - qui m'a envoyé la lettre. Je ne puis pas pénétrer le motif qui - faisait souhaiter au capitaine Barckley de le voir; mais si son - empressement était aussi grand qu'on le dit, j'ai lieu de m'étonner - qu'il ne se soit pas adressé à moi, de qui il pouvait attendre d'en - avoir des nouvelles. - - Le comte Rivarola est à présent chez moi; il m'apprend qu'il a - dépêché un homme à son fils, à Sienne, qui n'arrivera ici que mardi - au soir; cela me fait craindre qu'ils ne puissent partir d'ici que - jeudi matin; ils pourraient bien être à Turin le 15, m'ayant promis - de faire toute la diligence possible. Il lui en a déjà coûté - quelque chose pour faire venir son fils, ne pouvant pas absolument - voyager seul. Il vous prie, Monsieur, de vous en souvenir, ainsi - que de la dépense de son voyage à Turin; je me flatte que M. le - marquis d'Ormea ne trouvera pas mauvais que je me sois engagé à la - lui faire payer. - - Je n'ai rien à ajouter que les vœux sincères que je fais pour le - succès de l'affaire; j'espère qu'elle répondra à notre attente, - d'autant plus qu'on m'a donné les plus fortes assurances de son - crédit parmi ses compatriotes qui considèrent beaucoup son nom. A - l'égard de sa capacité personnelle et des conditions de son - engagement, je m'en repose entièrement sur le discernement des - personnes qui traiteront avec lui. - - Je vous prie de me croire..... - - P.S.--Toute réflexion faite, nous n'avons pas jugé à propos de - perdre du temps à attendre l'arrivée du fils du comte Rivarola, et - nous lui avons trouvé un autre compagnon de voyage. C'est un nommé - Carlo Testori, milanais, secrétaire du commissaire des guerres du - grand-duc, jeune homme discret et qui est au fait de tout, ayant - été employé pour faire venir secrètement le comte. Son supérieur a - bien voulu consentir qu'il fît le voyage. Le comte envoya hier les - papiers par un exprès. Il partira demain matin à bonne heure. - - Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe - straniere_, mazzo 32. - - -XXIV. - -DÉPÊCHE DE LORENZI A D'ARGENSON. - - Florence, le 2 décembre 1745. - - L'intrigue ménagée par le roi de Sardaigne contre la Corse a enfin - éclaté et j'ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint un petit - détail. L'on en fut informé ici le 27 par un exprès dépêché au - prince pour l'informer de cette affaire. Ce résident d'Angleterre - reçut par cette même voie des lettres du commandant de l'escadre de - sa nation, et il envoya peu après son secrétaire à M. Viale pour - lui dire que lÉdit commandant l'avait chargé de lui déclarer que - les prisonniers génois seraient traités comme la république - traiterait les deux fils du colonel Rivarola, qui sont depuis - longtemps en prison à Gênes. M. Viale lui répondit que n'étant pas - ministre il ne pouvait pas recevoir cette déclaration, qu'il aurait - été nécessaire d'ailleurs de lui donner par écrit; que cependant - par manière de discours, il était bien aise de lui dire qu'il ne - voyait pas avec quel fondement l'on voulait mettre sur un pied - d'égalité lesdits prisonniers génois avec les deux fils de - Rivarola, puisque ceux-ci étaient sujets de la république, détenus - en prison pour crimes, et particulièrement celui d'avoir fait des - enrôlements dans l'État pour le service étranger contre les lois. - - Le baron Théodore a été si fort méprisé des Anglais, qui l'ont - trouvé d'un caractère, de cœur et d'esprit bien différent de celui - qu'ils lui croyaient, qu'il est revenu à Livourne, d'où il s'est - rendu ensuite chez un curé de campagne où il a demeuré d'autres - fois... Il paraît que les rebelles ont trouvé tant de facilité à - s'emparer de Bastia, à cause que cette place manquait de presque - tout ce qui est nécessaire à faire une bonne défense, et que M. - Mari n'a pas agi avec la valeur qu'il a montrée lorsqu'il a été - attaqué par mer par les Anglais, lorsqu'il a vu qu'il avait à faire - par terre aux rebelles, dans la crainte apparemment de tomber entre - leurs mains, ce qu'il regardait sans doute comme son dernier - malheur. Il est à présumer qu'il va naître en Corse une guerre - civile fort cruelle, car le colonel Rivarola y a un grand nombre - d'ennemis et l'on assure que les deux puissants chefs de partis, - nommés Gaffori et Matra, allaient descendre avec un grand nombre de - gens pour le chasser du pays. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Florence, vol. 102. - - -XXV. - -EXTRAIT DE LA LETTRE DE L'AMIRAL MEDLEY A S. E. LE MARQUIS DE GORZEGNO, -ÉCRITE DEVANT CARTHAGÈNE, A BORD DU _RUSSEL_. - - 19 mars 1749. - - .....Les divisions qui se sont élevées entre les chefs corses - engagés dans les intérêts de Sa Majesté Sarde m'alarment - extrêmement. Je crains fort que les Génois n'en tirent avantage et - que par leur argent ou leurs intrigues ils n'en attirent beaucoup - dans leur parti, de ceux même qui se sont montrés d'abord les plus - animés contre cette république et son gouvernement. Il n'est pas - moins à craindre d'un autre côté, que ces dissensions n'apportent - beaucoup d'obstacles à nos progrès dans l'île, en empêchant les - mécontents de s'unir et d'agir de concert avec nous pour - l'exécution des mesures vigoureuses que l'on pourra prendre pour - pousser et expulser entièrement les Génois des établissements et - des forteresses qu'ils y occupent. On s'est plaint de la conduite - du comte Rivarola, et la lettre par laquelle le roi de Sardaigne le - rappelle a été envoyée au commodore Townshend, qui a jugé à propos - de la retenir jusqu'à son retour en Corse. Mais si le comte ne - paraît pas, d'un côté, avoir assez de crédit ni être assez - considéré parmi les mécontents, ou qu'il ne soit pas propre à - manier les affaires dans l'intérieur de l'île, d'un autre côté - j'appréhende que son rappel ne soit un faible remède au mal, à - moins qu'il ne soit remplacé par une personne habile et d'autorité - et à qui on mette en mains les moyens convenables pour travailler - avec fruit. Je prends la liberté d'offrir ces considérations à - Votre Excellence, comme dignes de son attention et, comme le - commodore Townshend informera de temps en temps M. de Villettes de - ses opérations, vous pourrez juger, Monsieur, quelles mesures - seront nécessaires pour l'avancement de l'entreprise...... - - Archives d'État de Turin: _Toscana_, mazzo 1. - - -XXVI. - -HORACE MANN AU MARQUIS DE GORZEGNO. - - Florence, le 7 juin 1746. - - ....... J'ai été pleinement informé par la lettre de Votre - Excellence et par celle de M. Villettes de la résolution de notre - cour de renoncer à l'entreprise de la Corse par le peu de - probabilité d'y réussir et par la nécessité qu'elle a d'employer - ses vaisseaux de guerre ailleurs, et de la déférence que Sa Majesté - le Roi de Sardaigne a bien voulu montrer en cette occasion à ces - sentiments, nonobstant les motifs qu'il aurait au contraire; ainsi - comme il s'agit à présent d'en informer les Corses, et de se servir - de tous les moyens possibles pour les soustraire de la vengeance - des Génois et que Sa Majesté (par la favorable opinion dont il lui - plaît de m'honorer) souhaite que je m'y emploie, je ne manquerai en - rien de ce qui dépend de moi pour contribuer à l'exécution de ses - ordres et je m'estimerai trop heureux de pouvoir réussir à rendre - efficaces les mouvements d'humanité dont Sa Majesté est touchée. - Votre Excellence aura vu par mes dernières lettres que la sûreté - des mécontents de la Corse m'a tenu fort à cœur et que j'en avais - écrit plusieurs fois à M. Townshend. Je lui en ai écrit de nouveau - pour lui insinuer tout ce qui me paraît le plus propre, n'ayant pas - jugé de devoir prendre aucune démarche sans être informé de ce - qu'il pourrait avoir déjà communiqué à ces gens et sans être - instruit des moyens qu'il pourra employer à l'avenir après les - insinuations que je viens de lui faire. J'ai cru cette précaution - très nécessaire pour ne rien précipiter, d'autant plus que j'ai été - informé qu'il n'y a rien à craindre à présent, les chefs des - mécontents étant en sûreté à San Fiorenzo et par une lettre que - j'ai reçue ce matin du comte Rivarola du 22 mai, il me marque qu'il - a entre les mains plusieurs prisonniers qu'il souhaiterait de faire - passer en Sardaigne. Je ne sais pas s'ils sont tous Corses, mais - s'il y en a des principaux ou quelques Génois. C'est précisément la - circonstance que j'avais recommandée avec instance à M. Townshend, - comme aussi de faire ses efforts pour se saisir de quelques Génois - accrédités, comme le moyen le plus efficace pour rendre la - république plus traitable par rapport à ceux qui auraient à - l'avenir le malheur de tomber entre leurs mains. J'ai donc prévenu - les ordres de Votre Excellence par rapport à ce point, et je - n'omettrai rien de ce qui dépend de moi, soit par mon conseil à M. - Townshend, soit par quelqu'autre moyen qui se présentera pour - contribuer à finir cette affaire de la manière la moins - désavantageuse pour les mécontents et la plus convenable à la - dignité des cours intéressées. - - Archives d'État de Turin: _Toscana_, mazzo 1. - - -XXVII - -DÉPÊCHE DE LORENZI AU COMTE DE MAUREPAS - - Florence, le 4 mars 1747. - - ....... Le nouveau régiment de marine, ayant été achevé de former, - prêta le 23 du mois dernier serment de fidélité à M. le grand-duc, - qui s'est réservé d'en être colonel, ce qui donne de plus en plus - lieu de croire importante sa destination. On prépara audit port les - deux barques armées en guerre de S. A. R. pour transporter ce - régiment à Porto-Ferraio. Mais on m'assure de fort bonne part qu'il - n'y doit être envoyé que pour masquer sa véritable destination. A - l'égard de celle-ci, je n'ai jusqu'ici que des avis incertains. - Selon quelques-uns, on doit les transporter à Trieste, ce qui - serait fort probable, si l'on construit dans ce port les bâtiments - dont j'ai eu l'honneur de vous faire mention. D'autres m'ont dit - que lesdites deux barques, avec ce régiment, doivent porter le - baron Théodore en Corse, ce qui serait conforme au projet de cet - aventurier, et dont j'ai eu aussi l'honneur de vous rendre compte. - D'autres enfin m'assurent que ce régiment doit aller armer trois - vaisseaux de guerre anglais, qu'on dit avoir été achetés par M. le - grand-duc, et j'ai d'autant plus lieu de le croire, que, par une - autre voie, j'apprends qu'on a fait à Livourne des pavillons aux - armes de S. A. R. pour servir à des vaisseaux de guerre. J'ignore - l'objet de ces trois vaisseaux, qui pourront être joints par les - deux barques sus mentionnées et peut-être encore par deux galères - de ce prince; mais on pourrait employer lesdits trois vaisseaux à - faire la course contre nous, les Espagnols et les Génois sous le - nom d'une compagnie marchande de Vienne, selon le projet, dont j'ai - eu l'honneur de vous informer, ou contre la Corse. Il arriva à - Florence le soir du 24 du mois dernier le fameux aventurier nommé - le chevalier Farinaccio, natif de cette île. Il fut arrêté en - entrant dans la ville, en vertu d'un ordre donné plusieurs jours - auparavant. L'on n'en sait pas bien le motif, mais quelques-uns - prétendent savoir que ç'a été à cause qu'il venait pour tuer le - baron Théodore afin de gagner le prix qui est à sa tête. Il est le - même qui avait fait des projets aux cours de Vienne et de Turin - pour soumettre la Corse à leur pouvoir. Il venait en dernier lieu - de Venise. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Florence, vol. 105. - - -XXVIII - -LETTRE DU BARON DE NEUHOFF[884]. - - 11 juillet 1750. Monsieur, - - Ci-joint l'adresse du conseiller bien informé de mes affaires et - connu de M. le conseiller Green qui voulait me procurer une avance. - Tâchez, je vous prie, Monsieur, de les voir le plus tôt possible, - comme de procurer l'argent pour payer dans cette maison, du moins - une partie, ne voulant avoir patience d'aucun autre moment passé - aujourd'hui, cette femme encouragée à m'affronter, et comptez, - Monsieur, que vous n'aurez jamais lieu de vous repentir à vous être - bien voulu employer pour moi, étant très sincèrement tout à vous. - Th. Bon DE NEUHOFF. - - Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de - Corse, vol. 3. - - [884] Cette lettre est la copie du fac-similé de l'écriture de - Théodore qui est donné dans le cours de l'ouvrage. - - -XXIX. - -TRADUCTION DE LA LÉGENDE D'UNE CARICATURE ALLEMANDE AU SUJET DE THÉODORE -DE NEUHOFF[885]. - - _Le Satyre Corse visionnaire ou le rêve à l'état de veille dont - l'image représente dérisoirement Théodore, premier et dernier en sa - personne pseudo-roi des Corses rebelles._ - - Hôte bienvenu, absolument inespéré![1] - Avec quelle joie te recevra-t-on? - En suite de la lettre que tu as écrite, - Tu vas maintenant atteindre le but. - La présence a beaucoup plus de force - Que les écrits ne produisent d'impression - Pour gagner complètement les cœurs; - Tu es un étranger, ainsi que chacun sait, - Mais le voyage dans les eaux calmes - Rend tes sentiments très patriotiques. - Nous, Corses, tombons à genoux[2] - Mais non pour nous courber devant Gênes; - Une nouvelle Majesté est ici,[3] - Que l'on doit fêter royalement, - Et lorsque l'antique Rome - Fit Tarquin Roi, - Une couronne de feuillage fut aussi tressée, - Mais, il est vrai, bientôt l'inconstance, - De la ville a banni le roi. - Les grandeurs sont très contestées! - - C'est le sort que je crains toujours pour toi, - Parce que ton royaume s'est si vite formé; - A peine pouvais-tu passer pour baron, - Que ton heure comme roi était venue. - A aucune cour, puissance ou couronne - Tu n'as annoncé ton avènement. - Que penseront-elles toutes? - Le droit légitime génois - Te combattra fort encore; - Et qui sait quelle prime il donnera? - - Tu es, il est vrai, parfaitement qualifié - Et tu parles beaucoup de jolies langues; - Tu sais aussi comment on ergote - Et peux également bien pérorer; - Un empire exige un trône, - Un sceptre de roi et la couronne; - Il est donné à chacun ce dont il est digne; - Que cela te soit donc octroyé, - Car tu l'as bien mérité! - - Mais, mais Monsieur Théodore, - Il me faut te le dire franchement, - Je ne vois pas bien la suite, - Ne dois-je pas la dire puérile? - Dis donc où est écrit - Que la Majesté t'appartienne? - Comment l'as-tu donc acquise? - La ruse, l'intrigue et même le vol - T'ont apporté sur cette île; - Autrement tu aurais perdu ta mise. - - Tu peux, il est vrai, ainsi que je l'ai dit, - Parler latin, allemand, français. - L'anglais, l'espagnol ne te font pas défaut. - Mais cela n'empêche point que je te dise mes raisons. - L'île n'est pas un royaume libre, - Elle appartient à la République - Qui y a fait tant de dépenses, - Car de cette terre précédemment inculte, - Elle a fait un état policé - Et y a établi le bon ordre. - - Tu peux à toi-même, Monsieur le Baron, - Te dire en langue italienne: - Tu es un nouveau Robinson. - Mais cela n'a pas le sens commun, - Car lui seul était seigneur et chevalier, - Habitait une île sans êtres humains - Et peuplée d'animaux sauvages; - Tandis que tu fais en Corse - Une curie royale, Neuhoff, - Et veux comme souverain régir une multitude. - - Ce que disent la Russie de Demetrio - Et Naples de Masagnello - Montre ce que là est la rébellion, - Et comment on en chasse cette peste; - On y guérit rapidement les malades, - Par le sommeil de mort, soudain, - Produit au moyen du glaive. - Ainsi un pays est bientôt libéré - De cette épidémie, de ce fléau; - Tu peux porter cela en ton cœur! - - Tu dis il est vrai: Bast! advienne que pourra! - Résider à Bastia. - Est mon but déjà manifesté; - Je ne dois plus me soumettre. - Maintenant la multitude mécontente - Arbore, en pays devenu État, - La tête de maure comme insigne du Royaume[4]. - La croix rouge sur écu d'argent, - Qui de Gênes est l'insigne[5], - Doit, de l'île, totalement disparaître. - - Pronostique seulement qui peut. - Nous, Corses, avons argent et armes; - Tout cela le Satyre l'entend[6], - Qui maintenant rêvant dort éveillé. - Le roi Théodore premier - Se présente à lui comme dernier. - Tout sera bientôt bouleversé[7] - Lorsque la République trouvera aide: - Ainsi sera châtié le valet licencieux, - Et la nouvelle cour sera renversée. - - Car ce qui naît en avril, - Rarement a une longue existence, - Et passe comme la parure de feuillage. - Ainsi changent les heures inconstantes. - Qui sait ce qui arrivera d'ici à l'automne? - Je n'ai pas moi d'incertitude quant à mon foyer - Et j'assisterai en riant à l'aventure. - Je m'enquiers curieusement à la poste, - Et alors même qu'il m'en coûterait quatre gros, - Il faut que je m'achète la gazette! - - Et précisément il me revient en mémoire - Que l'or et l'argent ne sauraient manquer. - Un travailleur sait parfaitement[8] - Qu'il n'a pas à se faire de peine: - On prend des ducats ici et là, - Et on donne en échange les plus belles paroles. - On a voulu les multiplier, - Et, à l'instar du voleur, Mercure s'envole. - On sait donc, non sans raison, - Avec du vent contenter les gens! - - Ainsi s'évanouit le règne baronique - Et à Sa Majesté on doit conseiller - De se retirer vivement en Alger - Pour y cuisiner du singe.[9] - Si un Corse vient à avoir connaissance - De ce que sur lui il est écrit ici, - Je serais désireux qu'il veuille bien - Faire ainsi qu'il le pensait. - Que celui qui a fait ceci - Près de lui soit mandé. - - [885] Voir la gravure, p. 232-233 - - EXPLICATION DE LA GRAVURE. - - Le baron Théodore de Neuhoff débarquant. Les Corses rebelles lui - souhaitent la bienvenue et le proclament roi. Le roi nouvellement - couronné avec une couronne formée de feuillage. Les armes de Corse. - Un d'eux est repoussé qui porte sur l'épaule, au bout d'un bâton, - les armes génoises. Satyre sous un chêne (représentant - l'inconstance qu'il faut craindre) dormant sur une couche de roses - épineuses; il tient à la main une longue-vue largement développée - lui permettant de voir l'avenir. Le génie de la Vanité lui - soufflant dans la main une bulle de savon. Un singe travailleur - cause des explosions et voit écrit dans la fumée le mot: fourberie. - Deux singes jouant, à côté d'eux, les cartes mélangées; devant eux, - les unes sur les autres, les cartes jouées, dont celle de dessus - est le roi vert; un des singes fait le point avec l'as de cœur et - attire à lui la mise. _Passeport provisoire du Roi chimérique - remercié se sauvant._ - - 1. Je suis un des grands d'Espagne, - Le Chevalier errant sans armes. - - 2. Pour beaucoup j'étais un lord anglais. - Maintenant que je suis un roi, la renommée le dira. - - 3. Moi, pauvre étranger, j'ai voulu égaler les grands. - En France on se rit de moi comme partout ailleurs. - - 4. Le nouveau roi doit partir de la Corse - Et bientôt répandra d'amers pleurs. - - 5. Je viens du Nord, si je suis né prince; - Comme lieutenant allemand j'ai perdu le service. - - 6. L'Ordre allemand doit me faire aussi chevalier. - J'ai su partout me conduire parfaitement. - Il est vrai que je suis issu de nobles en Westphalie; - Cependant comme baron étranger je dois lever le pied. - - Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a été proclamé - par quelques Corses. - - - - -TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS - - -A - -ACCINELLI, chroniqueur génois, 10, 12. - -_Africain_ (_L'_), navire, 178, 180, 182, 184, 185, 187, 188, 189, 190, -195, 196, 198, 200. - -AFRIQUE, 149. - -AGATA (François DE), 159, 160, 166. - -AGOSTINI (François), 331. - -AITELLI (Simon), 11, 12, 34. - -AIX-LA-CHAPELLE, 347, 349, 352. - -AJACCIO, 102, 117, 208, 273, 275, 277. - -ALBERONI (Cardinal), 22, 23, 24, 25. - -ALBERTINI (Chanoine), 47. - -ALBREET (Baron D'), ministre impérial à Lisbonne, 145. - -ALÉRIA, arr. de Corte, canton de Moita, 1, 2, 3, 37, 41, 43, 44, 45, 47, -50, 68, 70, 121, 136, 174, 175, 232, 261, 346, 364. - -ALESANI (Auj. VALLE-D'ALESANI), arr. de Corte, cant. de Valle, 69, 71, 364. - --- (Couvent d'), 54, 57, 385. - -ALICANTE, 182, 185, 203. - -ALFIERI, 4. - -ALGAJOLA, arr. de Calvi, cant. de Muro, 95, 96. - -ALGER, 123, 183. - -ALLEMAGNE, 15, 16, 144, 179, 256, 297, 298, 345, 347, 349. - -AMBROGGI (Jean-Jacques), 179. - -AMÉLIE, mère de Théodore de Neuhoff, 16. - -AMELOT, ministre des affaires étrangères, 169, 174, 175, 198, 202, 203, -204, 207, 223, 224, 225, 227, 228, 250, 263, 264, 278, 279, 283, 285. - -AMPUGNANI (Auj. SAN-GAVINO D'AMPUGNANI), arr. de Bastia, cant. de Porta, -68, 93, 98. - -AMSTERDAM, 101, 131, 133, 132, 134, 138, 139, 158, 163, 165, 178, 179, -180, 181, 182, 184, 187, 188, 195, 199, 238, 243, 244, 253, 346, 347, -351, 355, 391. - -ANGELO (D'), vice-consul de France à Bastia, 60, 63. - -ANGERVILLIERS (D'), ministre de la guerre, 104, 105, 106, 169. - -ANGES DE LA CONGRÉGATION DE MANTOUE (Couvent des), 290. - -ANGLETERRE, 21, 27, 35, 64, 109, 152, 153, 239, 256, 265, 271, 280, 283, -284, 285, 291, 295, 304, 313, 314, 324, 332, 333, 335, 336, 339, 357, -358, 359, 365, 369, 370, 371, 376, 390. - -ANTIBES, arr. de Grasse, chef-l. de canton, 171. - -ANTOINE Ier, prince de Monaco, 248. - -APPREMONT (Comtesse D'), 26. - -ARGENSON (D'), ministre des affaires étrangères, 324, 329. - -ARNO (Fleuve), 277, 280, 281. - -ARRIGHI, 49, 50, 53, 54, 55, 74, 83, 96, 97, 210. - -ARRIGO (Le comte), surnommé _Il Bel Mersere_, 3. - -ASCANIO (Le Père), ministre d'Espagne à Florence, 127, 128. - -ASINAO (Aiguilles de l'), Corse, 119. - -AUTRICHE, 248, 324, 339, 341. - -AVIGNON, 233. - - -B - -BAGLIONI, valet de chambre du grand-duc de Toscane, 126. - -BAÏA, prov. et circond. de Caserte, 196. - -BALAGNE (Province de Corse), 8, 49, 54, 74, 82, 95, 97, 98, 99, 102, 109, -211, 213, 214, 268, 273, 276, 325. - -BALCHEN, capitaine de navire, 273, 274, 277, 280. - -BALDANZI, prêtre, 290. - -BALIZONE TEODORINI (Gio-Maria), prêtre, 209. - -BANC DU ROI, prison pour dettes, à Londres, 363, 365, 366, 371, 376, 380, -386. - -BARCKLEY, capitaine de navire, 265, 266, 313. - -BARENTZ (Gustave), capitaine de navire, 140, 142, 143, 147, 148, 152, -153, 154, 155. - -BASTIA, chef-l. d'arr., 2, 5, 8, 10, 11, 52, 64, 70, 74, 75, 76, 78, 96, -98, 100, 103, 109, 110, 136, 137, 167, 171, 174, 194, 205, 211, 213, 229, -232, 269, 325, 326, 327, 328, 339. - -BASTILLE (La), à Paris, 26, 28. - -BAVELLA (Forêt de), Corse, 119. - -BAVIÈRE, 19, 20. - -BEAUJEU (Humbert DE), 248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 316, -317. - -BEDFORD (Duc DE), 357, 358, 362. - -BELLE-ISLE (Maréchal DE), 365, 366. - -BEMBO, capitaine génois, 95, 96. - -BENTINCK (Comte DE), plénipotentiaire des États-Généraux au Congrès -d'Aix-la-Chapelle, 352, 373. - -BELEM, Portugal, Estram., 143. - -BERGHEIM (Baron DE), nom pris par Théodore de Neuhoff, 302, 351. - -BERLENGA (Îles), Portugal, 143. - -BERNABO, agent de Gênes à Rome, 243, 244, 246. - -BERSIN, 356. - -BERTELLI, commandant, 273. - -BERTOLETTI, 106. - -BESSEL (Jonias von), 178, 190. - -BEVERS (Antoine), capitaine de navire, 159, 160, 161, 162, 163. - -BIAGI (Guido), 390. - -BIGANI (Ranieri), ancien commandant du bagne à Livourne, 234, 235, 236, -237, 240, 241, 243, 264. - --- (Mme), 240. - --- (Mlle), 264. - --- (Fils), 39. - -BIGORNO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, 214. - -BOIERI, colonel au service de l'Espagne, 252. - -BOISSIEUX (Comte DE), commandant de l'expédition française en Corse, 171, -172, 173, 174, 175, 184, 194, 195, 205, 206. - -BOLLER, 193. - -BOLLET (Tobias-Fredericus), 179. - -BOLOGNE, 128, 173. - -BONFIGLIO GUELFUCCI, chroniqueur corse, 4. - -BONIFACIO, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 74, 189, 216. - -BONIS (Ange DE), docteur, 320. - -BONN-SUR-LE-RHIN, 227. - -BONNEVAL (Comte DE), 36, 42. - -BOOKMANN, 143, 144, 155, 156, 158, 165. - -BOON (Lucas), député aux États pour la province de Gueldre, 138, 139, -140, 141, 142, 143, 144, 154, 155, 156, 158, 160, 165, 166, 177, 197, -238, 243, 244. - -BORGO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 205. - -BOTTA (Marquis DE), 335, 336. - -BOUVER (François), consul de Hollande à Livourne, 199. - -BOYER (Alexandre), patron de tartane, 186. - -BRADIMENTE MARI (Comte), 330. - -BRACKWELL (Thomas), 101. - -BRAVONA (Rivière), Corse, 51. - -BREITWITZ (Général), commandant des troupes autrichiennes en Toscane, -265, 274, 279, 280, 284, 288, 295, 304, 309, 311, 312. - -BRESCIA, 307. - -BORSCHERD (M. et Mme), de Cologne, 349. - -BRIGNOLE, envoyé extraordinaire de Gênes à Paris, 169, 223. - -BRUYN, VERNAIS ET CLOOTS, marchands droguistes à Lisbonne, 144, 165. - -BUONGIORNO (Cristoforo), 39, 72, 87, 88, 89, 174. - --- (Léonard), 36, 37, 38, 39. - - -C - -CAGLIARI (Sardaigne), 152, 182, 184. - -CALABRE (Province d'Italie), 128. - -CALENZANA, arr. de Calvi, chef-l. de canton, 95. - -CALIFORNIE, 42. - -CALVI, chef-l. d'arrondissement, 74, 206, 274, 340. - -CAMPOMORO, arr. de Sartène, cant. d'Olmeto, cne de Fozzano, 209, 273. - -CAMPREDON, envoyé de France à Gênes, 62, 63, 65, 159, 162, 168, 169, -172, 207, 250, 251, 252. - -CAP CORSE, 171. - -CAPONE, 73. - -CAPUCINS (Fort des), près Bastia, 74, 75. - -CARAVAGGIO (Marquis DE), 287. - -CARGÈSE, arr. d'Ajaccio, cant. de Piana, 46, 56. - -CARLOS (Don), infant d'Espagne, 12, 35, 39, 251, 253. - -CARMEL (Église du), à Florence, 290. - -CARTHAGÈNE (Espagne), 24. - -CARTERET (Lord), 281, 282, 297, 298, 304, 311, 321, 322, 362, 364. - -CARTIER (E.), 91. - -CASACCONI, arr. de Bastia, canton de Campile, 68. - -CASALMAGGIORE, prov. de Crémone, chef-l. de circond., 176. - -CASIMIR, roi de Pologne, 370. - -CASINCA, arr. de Bastia, canton de Vescovato, 68, 175. - -CASTELLARA (Régiment de), 105. - -CASTI, poète, 380. - -CASTINETA, 72. - -CATON, 369. - -CAVALIERI (Marie-Constance), religieuse, 234. - -CECCALDI (André), 9, 14, 32, 34. - --- (Jérôme), 11, 12. - -CELESIA, ministre de Gênes à Londres, 386, 387. - -CERF ROUGE (Le), cabaret à Amsterdam, 133. - -CERVIONE, arr. de Bastia, chef-l. de canton, 50, 51, 52, 55, 69, 70, 71. - -CHAMPIGNY, gentilhomme de l'Électeur de Cologne, 223, 224, 225, 226, 227, -228, 229, 242. - --- (Mme), 225, 226, 227. - -CHARLES VI, empereur, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 30, 32, 157, 169, 171, 249, -251, 253, 254, 256, 257, 272, 279. - -CHARLES XII, roi de Suède, 20, 22. - -CHARLES-EMMANUEL III, roi de Sardaigne, 128, 267, 278, 283, 284, 301, -302, 304, 306, 307, 309, 311, 312, 314, 315, 317, 318, 319, 320, 324, -327, 330, 331, 332, 333, 335, 336, 337, 339. - -CHARLES-QUINT, 370. - -CHARNY (Comte DE), commandant des troupes espagnoles en Italie, 35. - -CHARTES, agent des Corses, 196. - -CHAUVELIN, ministre des affaires étrangères, 41, 63, 65, 105. - -CHIAÏA, 201. - -CHRISTE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, -cne de Ghisoni, 112. - -CIABALDINI, 253. - -CIGOLI, aux environs de Florence, 286, 290, 291, 295, 298. - -CINQ-MARS, 20. - -COLOGNE, 16, 17, 18, 31, 179, 259, 260, 346, 348. - -COLONNA (Comte Antoine), 136. - -COLONNA (Joseph), abbé, 236. - --- Religieux, 298, 299. - -CONSTANTINOPLE, 36, 154, 199, 317. - -COOPER, commandant d'escadre anglaise, 325. - -COPENHAGUE, 260. - -CORBARA, arr. de Calvi, cant. de l'Île-Rousse, 391. - -CORNEJO, envoyé d'Espagne à Gênes, 65, 168. - -CORTE, 49, 84, 97, 98, 129. - -COSCIONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Zicavo, 119, 215, 216. - -COSTA (Jean-Paul), 94. - --- (Joseph), officier au service de la Toscane, 312. - --- (Sébastien), 44, 45, 46, 49, 50, 53, 54, 58, 66, 67, 69, 70, 72, 73, -77, 78, 82, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 91, 92, 93, 95, 96, 97, 98, 99, 103, -112, 113, 118, 119, 120, 121, 127, 130, 166, 386. - --- (Virginie, Mme), 236. - --- (Neveu), 127. - -COTTONE (Jean-Charles), 112. - -CRAON (Prince DE), président du Conseil de régence de Toscane, 334, 335. - -CROCE, prêtre, 269. - -CURSAY, commandant des troupes françaises en Corse, 367. - - -D - -DANTZIG, 260. - -DÉCUGIS, 120. - -DEDIEU (Daniel), ancien président des Échevins d'Amsterdam, 138, 139, -140, 142, 165, 177. - -DÉLIVRANCE (Ordre de la), 114, 115, 116, 226, 365, 386, 390. - -_Demoiselle Agathe_ (_La_), navire, 140, 141, 142, 143, 144, 146, 148, -149, 150, 151, 152, 153, 155, 156, 157, 159, 160, 164, 178, 181, 182, -183, 184, 196, 197. - -DEUX-SICILES, 253. - --- (Roi des), 127, 134, 162, 202, 264. - -DICK (Capitaine), 39, 68, 69, 71. - -DODSLEY (Robert), libraire à Londres, 371, 372. - -DORIA, ministre de Gênes en France, 11, 278. - -DOYEN, 225. - -DRAKSELTS, 317. - -DRESDE, 226. - -DROST (Baron DE), seigneur de Morsbrock, grand-commandeur de l'Ordre -Teutonique, à Cologne, 17, 31, 60, 225, 259. - --- (Mathieu), 175, 176, 200, 201, 204, 206, 237, 238, 240, 241, 243, 262. - -DUCHATEL, maréchal de camp, 215. - -DUFFOUR, 239. - -DUNKERQUE, 219. - -DURAZZO (Emmanuel), 169. - --- (Jacques), abbé, 287. - - -E - -ÉDOUARD III, roi d'Angleterre, 371. - -ÉLECTEUR DE BAVIÈRE, 19. - -ÉLECTEUR DE COLOGNE, 227. - -EMBRUN, 105 - -ESCURIAL, 23, 24. - -ESPAGNE, 13, 21, 23, 24, 27, 28, 42, 55, 63, 65, 105, 108, 147, 183, -212, 248, 272, 303, 308, 318. - -ÉTATS GÉNÉRAUX de Hollande, 136. - -ÉTATS PONTIFICAUX, 295. - -EUROPE, 42, 60, 66, 114, 123, 124, 212, 265, 279, 302. - -EVERS, 143, 155, 156, 158, 165. - - -F - -FABIANI (Simon), 49, 50, 53, 54, 58, 67, 69, 70, 74, 78, 83, 88, 95, 98, -99, 100, 271. - -FANDERMIL, 177. - -FANE, ministre d'Angleterre à Florence, 68, 69, 266. - -FARINACCI (Le chevalier), 334, 338. - -FARINOLE, arr. de Bastia, cant. de Saint-Florent, 33. - -FEDI (Comte), 234. - -FÉNELON, ambassadeur de France à La Haye, 202, 203, 204. - -FITZ-ADAM, pseudonyme d'Horace Walpole, 368. - -FITZGERALD (Percy), 383, 384, 387. - -FITZ-HÉBERT (Lord), 383. - -FLESSINGUE (Zélande), 140. - -FLEURY (Cardinal), 41, 104, 105, 131, 170, 207, 223, 227, 229, 230, -253, 263. - -_Flore_ (_La_), frégate, 171, 194. - -FLORENCE, 30, 35, 68, 124, 127, 128, 130, 248, 256, 266, 267, 268, -280, 286, 289, 290, 306, 309, 311, 316, 319, 323, 324, 337, 338, 340, -341, 342. - -FOGLIA (Joseph), 287, 288. - -_Folkestone_ (_Le_), navire, 273, 274, 275, 276, 277, 286. - -FONSECA (Angélique-Cassandre), sous-prieure du couvent des -Saints-Dominique et Sixte à Rome, 29, 130, 166, 176, 200, 207, 233, 235, -236, 237, 238, 239, 240, 242, 243, 244, 245, 247, 356. - --- (Françoise-Constance), religieuse, 29, 234, 247, 265, 346, 347. - -FONTAINEBLEAU, 223. - -FRANCE, 21, 24, 25, 28, 31, 63, 65, 124, 144, 161, 165, 168, 169, 170, -175, 199, 207, 222, 225, 246, 263, 272, 308, 318, 329, 342, 366. - -FRANCESCHINI (Marc-Antoine), peintre bolonais, 231. - -FRANCHI (Capitaine), 75. - --- (Adrien), 315. - --- (Benoît) DE, inquisiteur d'État à Gênes, 291, 292, 294, 295. - -FRANÇOIS Ier, roi de France, 229. - -FRÉDÉRIC (Colonel), soi-disant fils de Théodore de Neuhoff, 21, 383, -384, 385, 386, 387. - -FRENTZEL (Alexandre), capitaine de navire, 178, 182, 185. - -FURIANI, arr. et cant. de Bastia, 74. - -FURNES (Belgique), 221. - - -G - -GAËTE, prov. de Caserte, chef-l. de circond., 162, 201, 202, 237, 245. - -GAFFORI, 84, 85, 87, 89, 97, 329. - -GALEN (Bernard DE), évêque de Munster, 15, 16, 20. - -GALLISPANS (Les), troupes franco-espagnoles, 304, 306, 321. - -GARCHI, 58. - -GARDES ROYALES (Compagnie des), 105. - -GARRICK, acteur, 370, 371, 372. - -GASTALDI, envoyé de Gênes en Angleterre, 130, 222, 279, 356, 357, 358, -359, 361, 362, 367. - -GAUTIER, 365, 366, 367. - -GAVI, consul de Gênes à Livourne, 157, 159, 264, 269, 275, 277. - -GENTILE (Major), 10. - -GEORGE Ier, roi d'Angleterre, 22. - -GEORGE II, roi d'Angleterre, 68, 69, 71, 204, 278, 281, 282, 295, 298, -321, 325, 375. - -GHISONI, arr. de Corte, cant. de Vezzani, 83. - -GIAFFERI (Louis), 9, 10, 11, 12, 13, 14, 34, 44, 45, 48, 51, 53, 54, 58, -66, 67, 72, 73, 77, 97, 117, 129, 170. - -GIANNETTI (Les frères), 275. - -GIAPPICONI, 44, 53, 54, 66, 72, 73, 77, 97. - --- (Marc-Antoine), 307, 308. - -GIBRALTAR, 153. - -GINESTRA (Père), 230, 252. - --- (Sauveur), 229, 230, 252. - -GIORDANI, 264. - -GIOVANNALI (Les), secte corse, 119. - -GIOVANNI DELLA GROSSA, chroniqueur corse, 3. - -GIUDICELLI, 113. - -GIULANI (Jean-Thomas), 170. - -GIULIO (Francesco), 88. - -GŒRTZ (Baron DE), ministre de Charles XII de Suède, 20, 21, 22, 25. - -GOLDWORTHY, consul d'Angleterre à Livourne, 266, 267, 268. - -GOLO (Rivière), Corse, 214. - -GOLOWKIN, ministre de Russie à La Haye, 139. - -GOMÉ-DELAGRANGE, conseiller au parlement de Metz, beau-frère de Théodore -de Neuhoff, 16, 260, 261, 263, 264. - -GORGONA (Île), dans la Méditerranée, 155. - -GORZEGNO (Marquis DE), ministre de Charles-Emmanuel III, 319, 324, 326, -328, 332, 333. - -_Grand-Christophe_ (_Le_), navire, 152, 153. - -GRAND-TURC, 254. - -GREGORIO, de Livourne, 106. - -GRIMALDI (Ansaldo), 296. - --- (Augustin), 168. - --- (François-Marie), 246. - --- (Marquis), envoyé de Gênes à Naples, 162. - -GRŒBEN (Louis DE), capitaine prussien, 264, 265. - -GUAGNO, arr. d'Ajaccio, cant. de Soccia, 193. - -GUASTALLA, prov. de Reggio-Emilia, chef-l. de circond., 252. - -GUERNESEY, île anglaise de la Manche, 141. - -GUICCIARDI, envoyé impérial à Gênes, 66, 169, 252, 253. - -GUILLAUME, lieutenant réformé, 219, 220, 221, 222, 223. - -GYLLENBORG (Comte DE), ministre de Suède à Londres, 20, 22. - - -H - -HAM, 132. - -HAMBOURG, 156, 347. - -HANBURY WILLIAMS (Sir), 360. - -HANOVRE, 260, 281. - -HARRINGTON (Milord), 321. - -HEE KERHOET (Jonas), capitaine de navire, 152. - -HELDER (Le), ville de la Hollande septentrionale, 141. - -HÉRAULT, lieutenant général de police, 131, 228, 229. - -HOGARTH, graveur anglais, 363. - -HOLLANDE, 22, 26, 27, 28, 107, 124, 131, 136, 139, 144, 152, 153, 160, -173, 174, 177, 178, 181, 220, 241, 270, 345, 347, 349, 350, 351, 352, -355, 378, 388. - -HOLSTEIN, province de l'Allemagne du Nord, 263. - -HOOPER (S.), libraire à Londres, 384. - -HOP, ministre des Pays-Bas à Londres, 357, 358, 361. - -HUIGENS, de Cologne, banquier à Livourne, 106. - - -I - -ILARIO, chanoine de Guagno, 192, 193, 194. - -ÎLE ROUSSE, arr. de Calvi, chef-l. de cant, 101, 102, 160, 268, 270, -273, 274, 275, 325. - -INDES (Les), 179. - -ITALIE, 8, 28, 29, 30, 31, 35, 42, 65, 144, 155, 207, 222, 251, 267, -268, 272, 273, 279, 284, 286, 303, 313, 318, 355. - - -J - -JABACH (Everhard), banquier à Paris, 31, 231. - --- (François-Antoine), banquier à Livourne, 31, 32, 231. - --- (Jean-Engelbert), chanoine capitulaire à Cologne, 31. - --- (Michel), 270. - -_Jacob-et-Christine_, navire, 178, 182, 183, 184, 196. - -JAPON, 42. - -JAUSSIN, apothicaire de l'expédition française en Corse, 180. - -JEAN II, dit LE BON, roi de France, 371. - -_Jesus-Maria-Joseph, l'anime del purgatorio_, pinque, 190. - -JONVILLE, envoyé de France à Gênes, 278, 279. - -JOSEPH II, empereur d'Autriche, 381. - -JOSEPH (Mme), 243. - - -K - -KEELMANN (Pierre), capitaine de navire, 178, 180, 185, 188, 189, 196, -197, 198, 199, 200, 201. - -KEL MORENE, 195. - -KERMOYSAN (Chevalier DE), 229. - -KEVERBERG (GIRAUD dit), 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 150, 152, -153, 166. - -KILMALLOCK (Lord), 23. - -KRAAM, 178, 179. - -KYRIE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, cne -de Ghisoni, 112. - - -L - -LAGE (Chevalier DE), capitaine de navire, 275, 276, 277. - -LA HAYE, 27, 41, 44, 131, 134, 348, 351. - -LA MARCK (Comte DE), 62. - -LA MARCK (Régiment de), 26, 104. - -LANFRANCHI, banquier génois, 11. - -LANGERAK (Jean-Arn), libraire à Leyde, 388. - -LANGUEDOC, 131. - -LANSBERG, représentant des États-Généraux à Cologne, 349. - -LARNAGE (DE), brigadier et lieut.-colonel du régiment de Montmorency, 215. - -LASNE (Michel), graveur, 231. - -LA VILARSELLE (DE), commandant de barque, 213. - -LAW, 24, 25. - -LEAR (Le roi), 370. - -_Légère_ (_La_), barque, 213. - -LENTO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, 214. - -LEONESSA (Anne-Marie DELLA), religieuse, 200. - -LEVIE, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 94. - -LÉVIS-MIREPOIX, ambassadeur de France à Londres, 361. - -LEYDE (Hollande méridionale), 179, 350. - -LIPARI (Îles), sur la côte septentrionale de la Sicile, 161. - -LIPPE (La), en Westphalie, 262. - -LISBONNE, 143, 144, 145, 147, 151, 154, 164, 166, 236, 265. - -LIVOURNE, 12, 30, 31, 33, 35, 36, 37, 38, 39, 54, 68, 69, 101, 118, 121, -123, 124, 127, 128, 143, 152, 154, 155, 156, 157, 158, 163, 164, 166, -170, 171, 173, 174, 190, 206, 213, 217, 235, 240, 243, 248, 255, 256, -264, 265, 267, 269, 273, 274, 286, 288, 291, 298, 301, 302, 306, 316, -323, 326, 328, 333, 338, 340, 341, 366. - -LOMBARDIE, 8. - -LONDRES, 21, 27, 30, 69, 124, 130, 265, 270, 282, 311, 320, 356, 360, -361, 362, 363, 365, 367, 369, 370, 372, 377, 383, 384, 386, 387, 390. - -LORENZI (Comte), envoyé de France à Florence, 68, 124, 126, 127, 128, -256, 283, 285, 301, 315, 323, 326, 339, 342. - -LORRAINE (François DE), 32, 126, 156, 222, 247, 248, 249, 250, 251, 252, -253, 254, 255, 256, 272, 284, 301, 309, 312, 320, 323, 334, 338, 342, -343, 380. - -LORRAINE (Maison de), 251. - -LOUIS XIV, roi de France, 364, 370. - -LOUIS XV, roi de France, 11, 62, 162, 169, 170, 174, 194, 223, 260, -262, 366. - -LOUKISSEN (Abraham), 160. - -LUCA, 94. - -LUCCIONI, 74, 76, 77, 78, 98, 99. - -LUCQUES, 124. - -LUDIK (Capitaine), 178, 179. - -LUDOVICI (Jean), 239. - -LUSINCHI, 94. - -LUXEMBOURG (Le), 173. - - -M - -MADRID, 13, 23, 24, 127, 134, 150, 151, 248. - -MAILLEBOIS (Marquis DE), commandant en chef des troupes françaises -en Corse, 206, 207, 208, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 255. - -MAINTENON (Mme DE), 364. - -MALAGA, 182. - -MALATO (Roch), patron de barque, 190. - -MALTE (Île de), 19. - -MANETTI (Casa), à Florence, 267. - -MANN (Horace), ministre d'Angleterre à Florence, 266, 267, 268, 280, 281, -282, 283, 285, 288, 290, 291, 295, 301, 302, 305, 306, 308, 309, 310, -311, 312, 313, 314, 316, 319, 321, 322, 323, 324, 326, 328, 332, 333, -334, 335, 336, 337, 341, 343, 360, 379. - -MARCH (Lord), 360, 368. - -MARCHELLI, colonel génois, 102. - -MARCK (Comté de), Westphalie, 15. - -MARI, évêque d'Aléria, 9, 52. - --- gouverneur génois en Corse, 159, 171, 172, 173, 184, 325, 326, 327. - --- (DE), ambassadeur de Gênes à Venise, 296. - --- (J.-B. DE), envoyé de Gênes à Turin, 106. - --- (Laurent DE), 288. - -MARIANI (Dominique), 287, 288. - -MARIANNE, 18. - -MARIE-THÉRÈSE, impératrice, reine de Hongrie, 32, 247, 254, 272, 279, -309, 334, 339, 340, 384. - -MARNEAU, commis des douanes à Metz, beau-père de Théodore de Neuhoff, -16, 61, 62. - -MAROC, 38. - -MARSA, environs d'Oran, 150. - -MARSEILLE, 124, 125, 131. - -MARTIGUES (Les), Bouches-du-Rhône, arr. d'Aix, 185. - -MARTINETTI (Vincent), consul de Fiumorbo, 208. - -MASSA (Province de), 256, 318. --- chef-l. de la prov. de Massa e Carrara, 295, 298. - -MASSON (Frédéric), 390. - -MATRA, arr. de Corte, cant. de Moita, 44, 47, 54, 93. - -MATRA (Xavier, marquis DE), 44, 82, 83, 84, 85, 175, 186, 253, 329. - --- (Mme), 46. - -MATTEO D'ORTIPORIO (Don), curé de Rostino, 84, 85, 89. - -MATTHEWS (Amiral), commandant en chef des forces anglaises dans la -Méditerranée, 266, 267, 268, 280, 282, 295, 297, 298, 302, 304, 306, 310. - -MAUREPAS (Comte DE), ministre de la marine, 41, 124, 125, 342. - -MÉDICIS (Jean-Gaston), grand-duc de Toscane, 12, 30, 36, 125, 126, 127. - --- (Octavien DE), 318. - -MELA, 123. - -METZ, 16, 224. - -MILAN, 287. - -MILLS, 341. - -MILTON, 370. - -MODANAIS (Le), province d'Italie, 295. - -MODENE (Duché de), 318. - -MONACO, 248. - -MONGIARDINO, consul de Gênes à Cagliari, 184. - -MONTALÈGRE (Marquis DE), ministre du roi des Deux-Siciles, 162, 196, -197, 198, 204. - -MONTE-CRISTO, île de la Méditerranée, 161. - -MONTE-CRISTO, turc de la suite de Théodore, 44. - -MONTE-MAGGIORE, arr. de Calvi, cant. de Calenzana, 95. - -MONTICELLO, arr. de Calvi, cant. de l'Île Rousse, 268, 274. - -MONZA (Étienne), 288. - -MOUVET, moine du Brabant, professeur de droit à l'Université de Leyde, -347, 348, 350, 351, 352, 353, 354, 355, 356. - -MUNICHAUSEN, ministre de Hanovre à Londres, 357. - -MUNSTER, en Westphalie, 17, 18. - -MURCIA (Murzo), arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, 192. - - -N - -NAPOLÉON (Bonaparte), 3, 6, 381, 390. - -NAPOLEONI, curé, 186. - -NAPLES, 65, 128, 160, 161, 162, 163, 176, 185, 189, 195, 196, 200, 202, -204, 206, 207, 209, 237, 245, 247, 272. - -NAYSSEN, capitaine au régiment de La Marck, 104, 105, 106. - -NEBBIO, province de Corse, 9, 74, 82, 84. - -NEGRO (Del), 176. - -NEUFVILLE, négociant, 138. - -NEUHOFF (Antoine DE), 15, 16. - -NEUHOFF (Élisabeth DE). V. TRÉVOUX (Comtesse DE). - --- (Frédéric DE), neveu de Théodore, colonel, 190, 191, 192, 193, 262. - --- (Frédéric, baron DE), neveu de Théodore de Neuhoff, seigneur de -Rauschenburg, 207, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 262, 264. - -NEWCASTLE (Duc DE), 266, 279, 284, 331, 332 342 352, 355, 358, 359, 384. - -NICE, 136. - - -O - -OLMETTA (Sauveur), docteur, 272, 289. - -ORAN (Algérie), 148, 149, 151, 155. - -ORANGE (Prince d'), 270, 349. - -OREZZA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, 76, 88, 93, 99, 101. - -ORLÉANS (Duc D'), régent de France, 22, 364. - -ORLÉANS (Duchesse D'), princesse palatine, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 25, -26, 364. - -ORMEA (Marquis D'), ministre de Charles-Emmanuel III, 278, 302, 305, 307, -308, 309, 310, 312, 314, 317, 318, 319. - -ORMOND (Duc D'), 23. - -ORNANI (Paul-François D'), 208. - -ORNANO (Luc), général corse, 102, 118, 129, 189, 190, 192, 332. - -ORSINI (Comte), 234. - --- (Emmanuel), 391. - -ORTICONI (Chanoine), 13, 35, 78, 100, 101, 127, 136, 173, 174, 210, -237, 252, 271. - -ORTOLI, capitaine corse, 74. - -OSTENDE (Belgique), 221. - - -P - -PADUELLA (Tour de), Corse, 96. - -PAGET, consul de France à Cagliari, 184. - -PAISIELLO, compositeur, 380. - -PANZANI, 45. - -PAOLI (Hyacinthe), 13, 14, 44, 45, 46, 47, 48, 50, 51, 53, 54, 57, 58, -66, 67, 72, 73, 74, 75, 76, 78, 95, 98, 117, 129, 136, 170, 210, 271. - --- (Pascal), 387. - --- (Paul-Marie), 170. - -PARDAILLAN (Comte DE), chef d'escadre de l'expédition française, 171. - -PARIS, 21, 24, 25, 26, 27, 28, 30, 31, 106, 131, 221, 223, 229, 239. - -PARIS (Joseph), cuisinier, 145, 150. - -PASQUINO (Giovanni), 55. - -PATRONE (Francesco), 39. - -PAUL (Père), moine, 350. - -PAUPIE (Pierre), libraire à La Haye, 41. - -PAYS-BAS, 22, 28, 202, 204, 351. - -PELOUX, commissaire ordonnateur des guerres en Corse, 169. - -PELLEGRINO (Mont), Italie, 295. - -PERESEN (Adolphe), capitaine de navire, 178, 196, 198. - -PERELLI, conseiller du roi des Deux-Siciles, 201. - -PERETTI (Comte Zenobio), 208. - -PERIALE, 74. - -PESCIA, prov. et circond. de Lucques, 124. - -PETRIGNANI (Hyacinthe), 99. - -PHILIPPE V, roi d'Espagne, 13, 121, 128, 134. - -PHILIPPE (Don), infant d'Espagne, 277, 303. - -PIAZZOLE (Les), arr. de Corte, cant. de Piedicroce, 99. - -PIC DE LA MIRANDOLE, 296. - -PIERRE Ier, tzar de Russie, 22. - -PIGNEROL, prov. de Turin, chef-l. de circond., 104. - -PIGNON, envoyé français à Livourne et en Corse, 161, 170, 171, 174, 175. - -PISARELLO, 145. - -PISE, 3, 5, 162, 251, 255, 272, 286, 296, 341. - -PISTOIA, prov. de Florence, chef-l. de circond., 298, 341. - -PLUTARQUE, 17. - -POGGI (Comte), 85, 99, 318. - -PONTREMOLI, prov. de Massa e Carrara, chef-l. de circond., 295. - -PORTLAND (Duc DE), homme d'État anglais, 374. - -PORT-MAHON, capitale de l'île de Minorque, 185, 273, 298. - -PORTO-FERRAIO, capitale de l'île d'Elbe, 338, 339, 340, 341. - -PORTO-VECCHIO, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 76, 77, 78, 161, 162, -186, 189, 208, 209, 216. - -PORTUGAL, 143, 144. - -_Preterod_ (_Le_), navire, 178, 182, 183, 184, 185. - -PRESBOURG, en Hongrie, 250, 251. - -PROCIDA (Île), Italie, 195. - -PROVENCE, 131, 229. - -PRUSSE, 178. - -PUISIEUX (Marquis DE), ambassadeur de France à Naples, puis ministre des -affaires étrangères, 161, 162, 163, 197, 198, 199, 202, 204, 245, 342, -365, 367. - -PUNCIANI (Abbé), aumônier du couvent des Saints-Dominique et Sixte, à -Rome, 231. - - -Q - -QUENZA, arr. de Sartène, cant. de Serradi-Scopamene, 216. - -QUILICO (Fascianello), 39. - -QUIRINAL (Mont), à Rome, 130, 233. -*/ - - - - -/* -R - -RADEMACKER, trésorier du prince d'Orange, 348. - -RADICONDOLI, prov. et circond. de Sienne, 318. - -RAFFAELLI (Marquis), 11, 12. - --- (Simon), auditeur, 11, 12, 32. - -RAKOCZY (François), prince de Transylvanie, 36, 42, 318. - -RATHSAMHAUSEN (Mme DE), 19, 20. - -REGNARD, 268. - -_Re Teodoro_ (_Il_), opéra héroïco-comique, 380, 381. - -REUSSE (Jean-Gottlieb), 179. - -_Revenger_ (_Le_), navire, 265, 266, 267, 269, 270, 273, 313. - -RHIN (Le), fleuve, 173. - -RICHARD (Denis), 141, 142, 143, 145, 146, 147, 150, 152, 153, 154, -156, 157, 158, 159, 166. - -RICHECOURT, vice-président du conseil de régence de Toscane, 249, 266, -277, 281, 284, 298, 302, 315, 341. - -RICHELIEU (Cardinal DE), 20. - -RICHMOND (Angleterre), 383. - -RIESENBERG, 185, 189, 190, 191, 193, 195. - -RIPPERDA (Duc de), ministre en Espagne, 23, 24, 25, 38, 42, 105. - -RIVAROLA, gouverneur génois en Corse, 52, 58, 71, 102, 121, 136. - -RIVAROLA (Marquis DE), vice-roi de Sardaigne, 123, 184. - --- (Dominique), 35, 161, 162, 166, 196, 205, 206, 210, 308, 309, 311, -312, 313, 314, 315, 317, 318, 319, 320, 324, 325, 326, 327, 328, 329, -330, 332, 341. - -RIVERA (Comte), envoyé sarde à Gênes, 63. - -RIVIÈRE DU PONENT, 110. - -ROBERTI (Giuseppe), 320. - -ROCCA (La), province de Corse, 94. - -_Roi Lear_, tragédie, 371. - -ROOS (Cornelius), capitaine de navire, 178, 196, 198, 200. - -ROMBERG (Baron Étienne), nom pris par Théodore de Neuhoff, 29, 234. - -ROME, 29, 103, 124, 130, 210, 229, 233, 234, 236, 239, 241, 243, 248, -252, 289, 295, 309, 313, 346, 356. - -ROSSI (Anselme), 387. - -ROSSICIO (Pont de), Corse, 97. - -ROSTINI, chroniqueur corse, 46, 78. - -ROSTINO, arr. de Corte, cant. de Morosaglia, 13, 73, 93. - -ROUEN, 131. - -ROWLEY (Amiral), 321. - -RUFFINO, frère franciscain, 33, 34, 35. - -RUNSWEIG, 190. - -RUSSIE, 22, 139. - - -S - -SABRAN (DE), chevalier de Malte, commandant de frégate, 144. - -SADE (Comte DE), envoyé de France à Cologne, 228. - -SAGONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, 191. - -SAINT-AIGNAN (Duc DE), ambassadeur de France à Rome, 244, 245, 246. - -_Saint-Antoine_ (_Le_), tartane, 185. - -SAINT-CHARLES (Château), à Oran, 150, 151. - -SAINTS-DOMINIQUE ET SIXTE (Couvent des), à Rome, 29, 130, 233, 239, 241, -247. - -SAINT-FLORENT, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 74, 86, 96, 306. - -SAINT-FRANÇOIS (Couvent de), aujourd'hui petit séminaire de Corte, 97. - -SAINT-GEORGES (Jacques-François-Édouard Stuart, chevalier DE), 42. - -SAINT-GEORGES (Maison de), banque à Gênes, 3, 8. - -SAINT-GILL (Marquis DE), ministre d'Espagne à La Haye, 134, 137. - -_Saint-Isidore_ (_Le_), navire, 275, 276, 277. - -SAINT-JACQUES (Château), à Oran, 149. - -SAINT-JEAN DE LATRAN, à Rome, 233. - -SAINT-JOSEPH, poste près de Bastia, 75. - -SAINT-LAURENT (Comte DE), 320. - -SAINT-MARTIN (Chevalier) (Bigou), 239, 240, 241, 242, 243, 244, 245, -246, 247, 356, 361. - --- (Mme), 240, 241. - -SAINT-TROPEZ, arr. de Draguignan, chef-l. de cant., 120. - -SAINTE-ANNE, église à Londres, 379, 380. - -SAINTE-CATHERINE (Baie), Lisbonne, 144, 145, 146, 147. - -SAINTE-MARIE D'ORNANO (Sainte-Marie-Siché), arr. d'Ajaccio, chef-l. de -cant., 94, 208. - -SAINTE-MARIE MAJEURE (Couvent de), à Florence, 290. - -SALIS (Baron DE), 302, 304, 305, 310, 312, 319. - -_Salisbury_ (_Le_), navire, 269. - -SALUZZI (Évêque), 84. - -SALVETTI, 103. - -SALVINI (Grégoire), agent des Corses, 101, 102, 170, 173, 200, 210, -237, 271. - -SALWEY, 321, 322. - -SAMPIERO, 8. - -SAN CRISTOFANO, 294, 296. - -SAN PELLEGRINO, fort génois en Corse, 2, 50, 51, 52, 57, 72, 74, 76, -82, 86, 96. - -SANTA-REPARATA, arr. de Calvi, cant. de l'Île Rousse, 271. - -SANTINI (Dominique), 312. - -SARDAIGNE, 152, 189, 325. - -SARRI (Paul-François), capitaine corse au service du Piémont, 319. - -SARSFIELD (Lady), baronne de Neuhoff, 23, 24, 383. - -SARTÈNE, chef-l. d'arr., 112, 113, 119. - -SARTORIO, 290. - -SARZANA, prov. de Gênes, circond. de la Spezia, 295. - -SAVOIE (Hôtel de), à Londres, 371. - -SAVOIE (Prince Eugène DE), 12, 248, 251, 253. - -SAVONE, prov. de Gênes, chef-l. de circond., 11, 12, 176, 364. - -SCADEN (Allemagne), 225. - -SCHAUB (Le Chevalier), 358, 359. - --- (Lady), 358, 360. - -SCHIETTO, 97. - -SCHMERLING, ministre impérial en France, 169. - -SCHMETAW (Comte DE), lieutenant du prince de Wurtemberg, 9. - -SESTRI, prov. et circond. de Gênes, 107. - -SHAKESPEARE, 368, 370. - -SICILE, 235. - -SIENNE, 301, 313, 315, 318, 323. - -SINIBALDI (Jean-Baptiste), 136. - -SLEIN (Baron), 260. - -SMYRNE (Turquie d'Asie), 71, 199. - -SOLARO, arr. de Corte, cant. de Prunelli-di-Fiumorbo, 120. - -SOLENZARA, arr. de Sartène, cant. de Porto-Vecchio, 118, 120. - -SORBA, ministre de Gênes en France, 41, 104, 105, 106, 124, 125, 130, -131, 169, 219, 221, 222, 223. - -SORRACO, arr. de Sartène, 186, 195. - -SPEZIA (La), prov. de Gênes, chef-l. de circond., 303, 304, 306. - -SPINOLA (Marquis), envoyé de Gênes à Naples, 205. - -SPITZLAER, 228, 229. - -SPLENTER, 159. - -SPORCHEN (Baron), envoyé extraordinaire du roi d'Angleterre en qualité -d'Électeur de Hanovre, auprès des États Généraux, 351, 352. - -STANHOPE (Lady Lucy), 280. - -STAZZONA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, 99, 100. - -STEIN (Baron), nom pris par Théodore de Neuhoff, 357, 358. - -STOCKHOLM, 152. - -STOS (Baron DE), 234. - -STUART (Le prétendant), 267. Voir SAINT GEORGES (Chevalier DE). - -SUÈDE, 20, 22. - -SUZINI (Ange-Brando), 330. -*/ - - -T - -TADEI (Valentin), 162, 242. - -TAINE, 15. - -TAMBIN (Le Père), jésuite, 168. - -TANGER (Maroc), 105. - -TASSO (Martin), 94. - -TAVAGNA (Couvent de), arr. de Bastia, 88, 92. - -TARAVO (Rivière), Corse, 214. - -TELLANO, 131. - -TERRAZZANO, prov. et circond. de Milan, 315. - -TESSÉ (Maréchal DE), 248. - -TESTORI (Charles), 314. - -TEXEL (Le), île de la mer du Nord, 140, 141, 142, 182. - -TOSCANE, 21, 36, 121, 174, 254, 256, 267, 277, 294, 297, 298, 313, 316, -317, 323, 324, 334, 337, 339, 342, 345, 348. - -TOULON, chef-l. d'arr., 195, 206. - -TOUSSAINT, 249. - -TOWNSHEND (Amiral), 328. - -TRÉVOUX (Comte DE), beau-frère de Théodore de Neuhoff, 16, 20. - --- (Comtesse DE), sœur de Théodore de Neuhoff, 16, 20, 26, 27. - --- (Fils), officier dans la compagnie des Gardes royales, 105, 106, 224. - -TRINITA (Pont della), à Florence, 267. - -TROIS-ÉVÊCHÉS, 104. - -TRONCHIN (César), 138. - -TUNIS, 36, 37, 38, 43, 44, 53, 60, 225, 316, 317, 331. - -TUNIS (Bey de), 128, 254. - -TUNISIE, 66. - -TURCATI DE CARCHETO (Les), 99. - -TURIN, 26, 27, 130, 169, 229, 303, 304, 305, 307, 308, 309, 311, 312, -313, 314, 319, 320, 334, 335, 336, 337, 338. - -TURQUIE, 124. - - -U - -ULLOA, auditeur général de l'armée du roi des Deux-Siciles, 201. - - -V - -VACCARO, 299. - -VAGUE (Comte DE LA). Voir BEAUJEU. - -VALEMBERGH (Joseph), consul de Hollande à Naples, 161, 162, 196, 197, -198, 199, 200, 201, 202, 203, 230, 238, 239. - -VALLEJO (Marquis DE), gouverneur général d'Oran, 149, 150, 151. - -VAN DOORN, 160. - -VAN DYCK, 231. - -VAN HAAGEN, nom pris par Théodore de Neuhoff, 306, 319. - -VAN HOCHUM, 133, 135. - -VAN HOËY, envoyé de Hollande en France, 203, 204. - -VAN SIL, résident de Hollande à Lisbonne, 144, 146, 164. - -VARNESI (Luc-Antoine), abbé, 235, 239. - -VARNHAGEN, 188. - -VASTEL (François), matelot, 182, 183, 185, 203. - -VATER (Jean-Godofredus), 179, 193. - --- (Jean-Policarpe), 179. - --- (Marie), 179. - -VENISE, 2, 296, 307, 315, 338. - --- (République de), 272. - -VENZOLASCA, arr. de Bastia, cant. de Vescovato, 72, 99, 103, 212. - -VERDE (Canton de), Corse, 112. - -VÉRONE, 307. - -VERSAILLES, 21, 169, 208, 223, 230, 263. - -VESCOVATO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 10, 331. - -VIALE (Augustin), inquisiteur d'État, 289, 291. - --- (Augustin), représentant de Gênes à Florence, 125, 126, 127, 256, -286, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 333. - -VICO, arr. d'Ajaccio, chef-l. de cant., 191, 192, 193, 194. - -VIENNE, capitale de l'Autriche, 8, 27, 32, 249, 252, 253, 256, 334, 335, -337, 338, 341. - -VIGANEGO, consul de Gênes à Lisbonne, 145. - -VIGLIAWISCHI (Frédéric). Voir FRÉDÉRIC (Colonel). - -VILLALONGA (Don André), gouverneur du château Saint-Charles à Oran, 150. - -VILLAVECCHIA, ministre de Gênes à La Haye, 351, 352, 353, 354, 355, 356, -357. - -VILLEFRANCHE, arr. de Nice, chef-l. de cant., 265, 302. - -VILLETTES, ministre anglais à Turin, 284, 302, 305, 309, 310, 312, 314, -320, 324, 332. - -_Vinces_ (_Le_), navire, 268, 269, 270. - -VINCHELSEA (Milord), 321. - -VOLNEY, 6. - -VOLTAIRE, 2, 5, 28, 380. - -VOLTERRA, prov. de Pise, chef-l. de circond., 318. - -VOORNE (Île de), Pays-Bas, 28. - - -W - -WACHTENDONCK (Général baron DE), 8, 12, 13, 156, 171, 217, 235, 253, -255, 265. - -WALPOLE (Horace), 267, 268, 280, 281, 360, 363, 368, 369, 370, 371, 372, -375, 376, 379, 380, 390. - --- (Robert), 267, 281. - --- (Lady), 281. - -WENDT (DE), écuyer de la duchesse d'Orléans, 19, 20. - -WESTMINSTER, 384. - -WESTPHALIE, prov. d'Allemagne, 2, 15, 17, 23, 188, 342, 374, 375. - -WICKMANNSHAUSEN (Capitaine), 188. - -WORT (Gaspard), 179, 180. - -WRIGHT, marchand d'huile à Londres, 378. - -WURTEMBERG (Royaume de), 179. - -WURTEMBERG (Prince Louis de), 9, 12, 32, 253. - -WYK-AAN-ZÉE (Hollande), 141, 142. - - -Y - -YARMOUTH (Lady), 281, 364. - -YHARCE, 341. - -_Yong-Rombout_ (_Le_), navire, 159, 160, 161, 162, 164, 181, 270. - - -Z - -ZÉLANDE, prov. des Pays-Bas, 131, 163. - -ZICAVO, prov. d'Ajaccio, chef-l. de cant., 85, 214, 215, 216. - -ZINZENDORF (Comte DE), chancelier de Charles VI, 27, 248. */ - - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - -/* -AVANT-PROPOS v - - -CHAPITRE PREMIER. - -La Corse à l'arrivée de Théodore.--Révolutions.--Événements de -1729.--Intervention allemande.--Le peuple corse attend un sauveur. - -La famille de Neuhoff.--Les parents de Théodore.--Sa jeunesse.--A la -Cour de France.--Goertz, Alberoni et Ripperda.--Théodore en Hollande -et en Italie.--Sa rencontre avec les prisonniers corses.--Il -accepte d'être le sauveur.--Voyage et séjour à Tunis.--Il s'embarque -pour la Corse. 1 - - -CHAPITRE II. - -Débarquement du baron de Neuhoff à Aléria.--Il est proclamé roi de -Corse.--Son couronnement.--Théodore Ier notifie son élévation à sa -famille.--Opinions et inquiétudes des diplomates.--Le roi nomme les -grands dignitaires de la Cour.--Jalousies et querelles des chefs -corses.--Premières opérations contre les Génois.--Trahison de -Luccioni.--Sa condamnation et son exécution. 41 - - -CHAPITRE III. - -Édit du Sénat de Gênes.--Réponse de Théodore.--Le roi dans le Nebbio -et en Balagne.--Tribulations de Costa.--Frappe de la monnaie. - -Affaire de Monte-Maggiore.--Théodore devant Corte.--Il prend la ville -sur ses généraux.--Assassinat de Fabiani.--Discours du roi à -Venzolasca. - -Le ministre de Gênes en France.--Affaire Nayssen.--Les libelles -satiriques à Gênes.--Le roi et la paysanne. - -Théodore a peur.--Départ pour Sartène.--Institution de l'_Ordre de -la Délivrance_.--Lois nouvelles.--Le dernier mensonge.--La -fuite.--Débarquement à Livourne. 79 - - -CHAPITRE IV. - -La fuite de Théodore et les gazettes.--Séjour à Florence.--Jean-Gaston -de Médicis et le roi de Corse.--Inquiétude des Génois.--Leurs -démarches à Paris.--Passage de Théodore en France. - -Son arrivée en Hollande.--Son arrestation pour dettes.--Il est mis -en liberté. - -Il monte une opération commerciale.--Ses commanditaires.--Il frète des -navires.--Son voyage sur _La Demoiselle Agathe_.--Ses aventures à -Lisbonne et à Oran.--Sa fuite en pleine mer. - -_La Demoiselle Agathe_ à Livourne.--Denis Richard.--Aventure -tragique du _Yong-Rombout_.--Intrigues à Naples.--Protestation -des Génois.--Réponse des États Généraux de Hollande.--Mort de Costa. 123 - - -CHAPITRE V. - -La république de Gênes est impuissante à réprimer la révolte en -Corse.--Négociations avec la France.--Traité de Fontainebleau.--La -mission de Pignon.--Expédition française.--Duplicité des -Génois.--Théodore revient en Hollande.--Mathieu Drost. - -La réclame dans les gazettes de Hollande.--Nouvelle entreprise -commerciale.--Enrôlement des colons.--La cargaison des -navires.--Relâche à Malaga et Alicante.--La flotte de Théodore -à Cagliari.--Arrivée en Corse.--Le roi malgré lui.--Exécution -d'un traître.--Théodore s'en va.--Aventures de ses officiers. - -Arrivée de _L'Africain_ à Naples.--Le consul de Hollande.--Arrestation -du capitaine Keelmann.--Théodore est arrêté et conduit à Gaëte.--Le -gouvernement français et les États Généraux de Hollande. - -Mort de Boissieux.--Il est remplacé par le marquis de -Maillebois.--Nouvelles instructions.--La guerre dans les -montagnes.--Frédéric de Neuhoff.--Son odyssée. 167 - - -CHAPITRE VI. - -Espions et traîtres.--L'envoyé de Gênes, Sorba et le lieutenant -Guillaume.--Le chevalier de Champigny livre au gouvernement français -la correspondance de sa mère.--Le docteur Spitzlaer et la -police.--Sauveur Ginestra.--L'écriture de Théodore.--Son -faux portrait.--Sa caricature. - -Le couvent de Rome.--La sœur Fonseca.--Son enthousiasme et son -dévouement.--Sa correspondance avec Bigani.--Avec Lucas Boon.--Son -homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.--Les entrevues du -chevalier avec le ministre de Gênes.--Il lui communique la -correspondance de la religieuse.--Il lui propose «un bon -coup».--Mort de la sœur Angélique-Cassandre Fonseca. - -François de Lorraine.--Il veut avoir la Corse.--Un concurrent à -Théodore: le comte de Beaujeu.--Ses rapports avec François.--Les -instructions du duc.--La _retirade_.--Beaujeu meurt en -prison.--Intrigues des lieutenants de François.--Mort de -l'empereur Charles VI. 219 - - -CHAPITRE VII. - -Théodore à Cologne.--Entretien secret avec le Grand-Commandeur de -l'Ordre Teutonique.--Correspondance de Neuhoff avec son beau-frère -Gomé-Delagrange.--Le roi de Corse veut traiter avec le roi de -France.--Louis de Grœben. - -Théodore arrive en Méditerranée avec une escadre anglaise.--Horace -Mann.--Le _Mystère_.--Le _Vinces_ en Corse.--Neuhoff en vue de son -royaume.--Sa proclamation.--Il ne débarque pas.--L'affaire du -_Saint-Isidore_.--Protestation des Génois.--Réponse du gouvernement -anglais. - -Les entrevues secrètes de Mann avec Théodore.--Un diplomate -ennuyé.--La Cour de Turin.-- Augustin Viale, résident génois -en Toscane.--Mariani.--Les inquisiteurs de Gênes.--Ils décident -de faire tuer Théodore.--Scrupules de Viale.--Ses propositions.--San -Christofano.--La kabale de Pic de la Mirandole. 259 - - -CHAPITRE VIII. - -Théodore en Toscane.--Il veut entamer des négociations avec la cour -de Turin.--Ses lettres à d'Ormea.--Dominique Rivarola.--Mann joue -double jeu.--Rivarola traite avec le gouvernement sarde.--L'expédition -de Corse décidée. - -Théodore touche une forte somme.--D'où vient l'argent?--Le comte de -la Vague.--Rivarola prépare l'expédition.--Théodore proteste. - -Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.--Mann empêche ce -départ.--Proclamation du roi de Sardaigne.--L'escadre -anglaise devant Bastia.--Bombardement.--Rivarola sous les murs de -Bastia.--Capitulation de la ville.--Les Anglais renoncent à -l'entreprise sur la Corse. - -Le roi de Sardaigne et Théodore.--Dénûment du roi de Corse.--La Cour -de Vienne songe à Neuhoff.--Le projet est abandonné.--Théodore est -expulsé de Toscane 301 - - -CHAPITRE IX. - -Théodore en Hollande et en Allemagne.--Il ne veut pas abdiquer.--Ses -griefs contre les Corses.--Le récit de Mouvet.--Le moine et le -diplomate. - -Le roi de Corse arrive à Londres.--Démarches du ministre de -Gênes.--Théodore est reçu dans la haute société.--Une soirée.--Neuhoff -est arrêté pour dettes.--Il reçoit des visiteurs.--Un spectacle -attrayant.--Les _Ténèbres de Corse_. - -Des membres de la Chambre des Communes vont voir Théodore en -prison.--Un article de journal.--L'acteur Garrick et le _Roi -Lear_.--Théodore recouvre la liberté.--Il abandonne le royaume de -Corse à ses créanciers.--On le remet en prison.--Il en sort -définitivement.--Le roi et l'ouvrier.--Mort de Théodore.--Le -marchand d'huile.--Épitaphe.--Un opéra-bouffe. 345 - - -APPENDICES: - -I.--Note sur le colonel Frédéric qui prétendait être le fils de -Théodore de Neuhoff. 383 - -II.--Note sur des pamphlets concernant le baron de Neuhoff. 388 - -PIÈCES JUSTIFICATIVES 393 - -TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS 431 - - - - -ERRATA - - -Page 130, ligne 19, _au lieu de_: les dames Cassandre et Angélique - Fonseca, - _lire_: les dames Angélique-Cassandre et Françoise - Constance Fonseca. - » 252, » 7, _au lieu de_: Giucciardi, _lire_: Guicciardi. - » 253, » 5, _au lieu de_: Giucciardi, _lire_: Guicciardi. - » 375, » 13, _au lieu de_: vingt-huitième année de George II, - _lire_: vingt-huitième année du règne de George II. - » 383, titre, ligne 2, _au lieu de_: qui pétendait, _lire_: qui - prétendait. - » 384, ligne 9, _au lieu de_: ce débarrasser, _lire_: se débarrasser. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Théodore de Neuhoff, by -André Joseph Ghislain Le Glay - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THÉODORE DE NEUHOFF *** - -***** This file should be named 56173-0.txt or 56173-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - 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Information about the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/old/56173-0.zip b/old/56173-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 6dace05..0000000 --- a/old/56173-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h.zip b/old/56173-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 46f2c42..0000000 --- a/old/56173-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/56173-h.htm b/old/56173-h/56173-h.htm deleted file mode 100644 index 290b244..0000000 --- a/old/56173-h/56173-h.htm +++ /dev/null @@ -1,19700 +0,0 @@ - <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> - <head> - <meta http-equiv="Content-Type" - content="text/html;charset=iso-8859-1" /> - <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> - <title> - The Project Gutenberg's eBook of Thodore de Neuhoff, by Le Glay, Andr Joseph Ghislain </title> - <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> - <style type="text/css"> - - h1,h2,h3 {text-align: center; 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: Thodore de Neuhoff - Roi de Corse - -Author: Andr Joseph Ghislain Le Glay - -Release Date: December 12, 2017 [EBook #56173] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -Thanks to Clarity, Hlne de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THODORE DE NEUHOFF *** - - - - - - - - - - -</pre> - - -<div class="tnote"> -<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corrigs. -L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. -Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.</p> -Les errata ont t incorpors dans le texte.</div> - -<div class="topspace titlepage"> -<p><span class="sper small">MMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES</span><br /> -<span class="xs">PUBLIS PAR ORDRE</span><br /> -<span class="small">DE S. A. S. LE PRINCE ALBERT I<sup>er</sup> DE MONACO</span></p> - -<p><span class="xxlarge">THODORE DE NEUHOFF</span><br /> -<span class="large">ROI DE CORSE</span></p> - -<p><span class="xs">PAR</span><br /> -<span class="medium">ANDR LE GLAY</span><br /> -<span class="xs"><i>Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.</i></span></p> - -<p><span class="large">MONACO</span><br /> -<span class="sper small">IMPRIMERIE DE MONACO</span><br /> -<span class="xs">Place de la Visitation</span></p> - -<p><span class="large">PARIS</span><br /> -<span class="small">LIBRAIRIE Alphonse PICARD ET FILS</span><br /> -<span class="xs">82, rue Bonaparte</span></p> - -<p class="medium">1907</p> -</div> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/frontispiece.jpg" width="300" height="522" alt="" /> -</div> - -<div class="caption"> -<p><span class="i3">Portrait de Thodore de NEUHOFF.</span><br /> -D'aprs une gravure du Cabinet des<br /> -<span class="i5">Estampes</span><br /> -<span class="i3"> la Bibliothque Nationale de Paris.</span></p> -</div> - -<p class="extra"><span class="medium">COLLECTION</span><br /> -<span class="xs">DE</span><br /> -<span class="large">MMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES</span><br /> -<span class="xs">PUBLIS</span><br /> -<span class="medium">PAR ORDRE DE S. A. S. LE PRINCE ALBERT I<sup>er</sup></span><br /> -<span class="xs">PRINCE SOUVERAIN DE MONACO</span></p> - -<div class="topspace frontmatter"> -<p><span class="xxlarge">THODORE DE NEUHOFF</span><br /> -<span class="large">ROI DE CORSE</span><br /> -<span class="xs">PAR</span><br /> -<span class="sper medium">ANDR LE GLAY</span><br /> -<span class="large">MONACO</span><br /> -<span class="sper small">IMPRIMERIE DE MONACO</span><br /> -<span class="xs">Place de la Visitation</span><br /> -<span class="large">PARIS</span><br /> -<span class="small">LIBRAIRIE Alphonse PICARD ET FILS</span><br /> -<span class="xs">82, rue Bonaparte</span><br /> -<span class="medium">1907</span></p> -</div> - -<h2 class="normal">AVANT-PROPOS</h2> - -<p>Thodore de Neuhoff n'est pas un aventurier de haute -envergure. Les combinaisons qu'il labore dnotent un -homme plus port l'intrigue qu' l'action. Il a de l'imagination; -il est ambitieux; il ne voit les choses que -par en dessous. Il est insinuant; son intelligence est vive, -mais fausse. La bravoure lui manque. Ses plans ont pour -base le mensonge et s'croulent. Il n'a pas l'nergie ncessaire -pour les faire russir. Il se fait proclamer roi de -Corse par les insulaires mcontents en leur faisant des -promesses; seulement il ne sait pas maintenir la couronne -sur sa tte. Il monte une affaire commerciale avec sa -royaut. Prudent l'excs, il fuit quand il faut agir. Il -se dguise et se cache. Il a toujours la plume la main, -jamais l'pe. Il conspire: il se faufile auprs de hauts -personnages; on se sert de lui pour des entreprises louches; -tous les projets avortent. Il est l'homme des antichambres -et des cabinets secrets et non des champs de -bataille. Quand il faudrait se battre, il ngocie. Il sait -faire de belles phrases, mais pas le beau geste qui en -impose.</p> - -<p>N dans les dernires annes du XVII<sup>e</sup> sicle, Thodore -de Neuhoff a fait ses premires armes la cour du Rgent. -Il a t employ par Gœrtz, par Alberoni et par Ripperda. -<span class="pagenum"><a id="Page_VI"> VI</a></span> -Il a bien la mentalit des aventuriers du XVIII<sup>e</sup> sicle, -aptes toutes les besognes, ayant le cerveau toujours -en bullition, mal quilibr. Ce sont les courtiers marrons -de la diplomatie occulte qui se fait dans les pices -intimes des princes, en dehors des bureaux officiels. Ils ont -des plans ingnieux ou extravagants, toujours dnus de -scrupules. Ils se font couter; on se sert d'eux, on les -paye, puis on les rejette. Cette diplomatie s'enchevtre -dans un rseau des ngociations obscures et de compromissions.</p> - -<p>L'histoire de Thodore de Neuhoff n'offrirait par elle-mme -qu'un mdiocre intrt, si elle ne montrait aussi un -ct curieux des mœurs politiques et diplomatiques du -XVIII<sup>e</sup> sicle.</p> - -<p>J'ai essay de faire revivre la vritable figure de cet -aventurier et de retracer le tableau des intrigues qui se -nourent autour de son quipe, d'aprs des documents -dont un grand nombre sont indits et que leur source -permet de regarder comme vridiques. Ils sont, pour la -plupart, tirs des archives du Ministre des affaires trangres -et des archives d'tat de Gnes et de Turin.</p> - -<p>A Paris, les correspondances de Gnes, de Corse, de -Florence, de Naples, de Rome, de Hollande, d'Angleterre -et de Cologne m'ont fourni des renseignements dfinitifs et -complets sur les aventures et les menes de Neuhoff en -ces diffrents pays. Les dpches des reprsentants de la -France auprs des divers gouvernements nous indiquent les -inquitudes que souleva son dbarquement en Corse. -Elles nous font assister aux ngociations qui se poursuivirent -entre Gnes et Versailles pour la premire expdition -franaise en Corse. C'est, en quelque sorte, la gense de -l'annexion de l'le la France.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_VII"> VII</a></span> -Les documents puiss Gnes m'ont permis, non -seulement de contrler les pices franaises, mais aussi -de suivre tous les mouvements de la diplomatie gnoise -en cette affaire, mouvements tortueux et sombres, parfois -dramatiques, souvent amusants. La volumineuse correspondance -intercepte par les agents gnois dvoile les -marchs honteux proposs par les fripons qui gravitaient -autour de Neuhoff; elle met nu les ambitions malsaines -que fit natre cette aventure. Les dcisions prises par les -inquisiteurs d'tat, par les diffrents conseils qui s'occupaient -des affaires de Corse prcisent les sanctions donnes -aux offres faites la rpublique pour livrer les secrets de -Thodore ou pour le tuer.</p> - -<p>J'ai trouv aux archives d'tat de Turin, classe sous ce -titre: <i>Carte diverse relative al regno di Teodoro Neuhoff -in Corsica</i>, la correspondance autographe des principaux -chefs insulaires et ministres du roi de Corse pendant son -rgne phmre. Cette correspondance est entirement -indite. A Turin galement, figure une relation de l'arrestation -de Thodore de Neuhoff en Hollande. Les cartons -<i>Levata truppe straniere</i>; <i>Lettere ministri Toscana</i> contiennent -les pices concernant les offres de service faites -par l'aventurier au gouvernement sarde et toutes les -ngociations qui se nourent cette occasion.</p> - -<p>Ce qu'on pourrait appeler la <i>Geste du roi Thodore en -Corse</i>, fut crite par un tmoin de sa vie, Sbastien Costa, -qui fut son plus intime confident et son grand chancelier. -Un historien, M. Thodore J. Bent, a traduit en -anglais et publi dans <i>The historical review</i><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor"> [1]</a>, des -extraits du journal de Costa; il en avait pris connaissance -<span class="pagenum"><a id="Page_VIII"> VIII</a></span> - Bastia sur le manuscrit original qui se trouve en -la possession d'une famille descendant du fidle partisan -de Neuhoff.</p> - -<p>La Socit des sciences historiques et naturelles de la -Corse qui, sous l'intelligente direction de M. l'abb Letteron, -a runi tant de documents intressants pour l'histoire de -l'le, n'a pas, malheureusement, publi ce document si -important. Je suis donc contraint d'emprunter la version -de M. Thodore J. Bent les citations que je fais de ce rcit, -dont l'authenticit et la vracit n'ont jamais t mises -en doute, que je sache.</p> - -<p>Les <i>Mmoires de Rostini</i>, traduits et publis par -M. l'abb Letteron (Bulletin de la Socit des sciences -historiques et naturelles de la Corse), confirment bien des -faits contenus dans les extraits du journal de Costa donns -par l'historien anglais. J'y ai puis en outre des renseignements -utiles et quelques dtails curieux.</p> - -<p>M. l'abb Letteron a publi, galement dans le mme -Bulletin, deux recueils qui m'ont grandement servi. Le -premier: <i>Correspondance des agents de France Gnes -avec le ministre</i> depuis le commencement de l'anne 1730 -jusqu' la fin de 1741. Le second: <i>Pices et documents -divers pour servir l'histoire de la Corse pendant les -annes 1737-1739</i>, est tir de la Correspondance de Corse -aux archives du Ministre des affaires trangres et des -archives du ministre de la guerre.</p> - -<p>Je citerai encore parmi les publications de la Socit des -sciences historiques et naturelles de la Corse que j'ai -consultes: <i>les Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci</i>, -dont le texte a t revu par MM. P.-L. Lucciana, et -<i>Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse</i>, de Varnhagen, traduit de -l'allemand par M. Pierre Farinole. Ce dernier ouvrage, un -<span class="pagenum"><a id="Page_IX"> IX</a></span> -peu trop partial, contient des faits qu'il ne faut accepter -qu'avec rserve.</p> - -<p>J'ai compltement laiss de ct les <i>Mmoires pour -servir l'histoire de Corse</i>, publis Londres en 1768 -par le colonel Frdric, qui disait tre le fils de Thodore de -Neuhoff. Les historiens qui, de nos jours, se sont occups de -l'aventurier ont trop facilement accept les dires de cet -individu; Frdric ne fut sans doute jamais colonel, mais -ce qu'il y a de bien certain c'est qu'il n'tait pas le fils -du roi de Corse. Je donne dans l'appendice une note sur ce -personnage, en rvlant sa vritable identit, d'aprs des -documents tirs des archives d'tat de Gnes.</p> - -<p>Un livre publi La Haye en 1738, c'est--dire deux -ans aprs le dbarquement du baron de Neuhoff en Corse, -sous le titre: <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse et -de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat, -tire des mmoires tant secrets que publics</i>, contient des -dtails dont j'ai pu contrler la vracit au moyen des -rapports franais et gnois. L'ouvrage de Jaussin, apothicaire -de l'arme franaise d'expdition, intitul: <i>Mmoires -historiques militaires et politiques sur les principaux -vnements arrivs dans l'le et royaume de Corse depuis -le commencement de l'anne 1738 jusques la fin de -l'anne 1741</i> (Lausanne, 1758), peut tre consult avec -fruit, non seulement en ce qui concerne l'expdition -franaise en 1738, mais aussi sur quelques-unes des -intrigues de Thodore.</p> - -<p>Je citerai encore parmi les ouvrages du XVIII<sup>e</sup> sicle qui -traitent de l'histoire de la Corse: un livre publi Londres -en 1743 intitul: <i>The history of Theodore I, king of -Corsica</i>.... et qui contient des particularits intressantes et -trs vraisemblables sur les antcdents de Thodore de -<span class="pagenum"><a id="Page_X"> X</a></span> -Neuhoff; l'<i>Histoire des rvolutions de Corse</i>, par l'abb -de Germanes (Paris, 1776); l'<i>Histoire de l'isle de Corse</i>, -par Pommereul (Berne, 1779); <i>Istoria del regno di -Corsica</i>, par Cambiagi (1771); l'<i>Histoire de l'le de Corse</i>, -dite Nancy en 1749 et attribue Franois-Antoine -Chevrier. Le livre de Bosswel, <i>An account of Corsica</i>, paru - Londres en 1768 et traduit en italien sous le titre -<i>Relazione della Corsica</i>, renferme peu de dtails sur -l'aventurier.</p> - -<p>D'autres ouvrages de la mme poque, sur la Corse, -rapportent des faits identiques, mais qui demandent tre -srieusement contrls. Le nombre de ces livres, dont -quelques-uns sont rdigs en forme de pamphlet, permet -d'affirmer que l'aventure du baron de Neuhoff intressa -ou amusa ses contemporains. Tout en ne ngligeant pas -les manifestations de l'opinion publique sous leurs diverses -formes, je me suis principalement attach rechercher -la vrit parfois un peu embrouille, en m'appuyant sur les -documents d'archives. Il y a, en effet, ct des intrigues -du personnage, divers pisodes d'histoire diplomatique qu'il -tait intressant de mettre au jour.</p> - -<p>M. Antonio Battistella, dans son livre <i>Ritagli e scampoli</i> -(Voghera, 1890), a consacr une tude bien documente -sur Thodore de Neuhoff: <i>Re Teodoro di Corsica</i>. Ce -travail, un peu restreint, a t fait principalement d'aprs -des papiers des archives de Gnes. Mais cet historien n'a pas -consult tous les dossiers, d'ailleurs trs nombreux, qui se -trouvent Gnes.</p> - -<p>L'ouvrage de M. Percy Fitzgerald: <i>Theodore of Corsica</i>, -m'a fourni des renseignements prcieux sur les dernires -annes du baron de Neuhoff Londres.</p> - -<p>L'tude de M. Giuseppe Roberti: <i>Carlo-Emmanuelle III</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_XI"> XI</a></span> -<i>e la Corsica al tempo della guerra di successione austriaca</i>, -m'a donn d'utiles indications sur les intrigues de -l'aventurier la cour de Sardaigne; j'ai pu complter -le tableau avec les documents des archives d'tat de -Turin.</p> - -<p>Quelques notices, forcment trs succinctes sur le mme -individu, ont paru dans diverses publications priodiques. -L'article le plus rcent est d M. Paul Gaulot (<i>Un Roi -de Corse au XVIII<sup>e</sup> sicle.</i> Supplment littraire du <i>Figaro</i>, -du 17 novembre 1906).</p> - -<p>Quelques reproductions de gravures: portraits ou pamphlets, -un fac-simil d'criture, une planche de monnaies -d'aprs des moulages, compltent les documents que j'ai -pu recueillir sur Thodore de Neuhoff.</p> - -<p class="space">S. A. S. le Prince Albert I<sup>er</sup> de Monaco a daign -accueillir cet ouvrage pour inaugurer la nouvelle <i>Collection -de mmoires et documents publis par Son ordre</i>. Je -souhaiterais que cette tude ne ft pas juge trop indigne -de cet honneur. Je prie Son Altesse Srnissime de -vouloir bien agrer l'hommage de ma plus respectueuse -gratitude.</p> - -<p>Mon ami, M. Gustave Saige, le regrett conservateur des -archives du Palais de Monaco, a t enlev avant d'avoir -vu l'achvement typographique de ce livre qu'il avait -prsent au Prince. M. Saige fut pour moi, non seulement un -ami affectueux, mais encore un guide sr et clair. C'est -avec un profond serrement de cœur que je donne ici sa -mmoire pieusement conserve, le souvenir mu de ma -reconnaissance.</p> - -<p>J'ai trouv auprs de son successeur, M. L.-H. Labande, -le plus amical accueil. Il a dirig la plus grande partie -<span class="pagenum"><a id="Page_XII"> XII</a></span> -de l'impression de cet ouvrage auquel il a pris un bienveillant -intrt. Je suis heureux de lui dire ici combien -j'ai t touch de ses attentions et de ses conseils.</p> - -<p>M. Louis Farges, chef de la section historique au -Ministre des affaires trangres, a guid mes recherches -avec une cordiale obligeance. Il a droit ma reconnaissance -et je ne saurais manquer l'agrable devoir de la lui -tmoigner.</p> - -<p>J'ai rencontr auprs de MM. les directeurs des archives -d'tat de Gnes et de Turin, et de leurs attachs, une -complaisance qui a singulirement facilit ma tche. Qu'ils -me permettent de leur exprimer tous mes remerciements.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p> -<h2 class="normal">THODORE DE NEUHOFF<br /> -<span class="medium">ROI DE CORSE</span></h2> -</div> - -<p class="subh">CHAPITRE PREMIER</p> - -<div class="hanging indent"> -<p>La Corse l'arrive de Thodore.—Rvolutions.—Evnements de 1729.—Intervention -allemande.—Le peuple corse attend un sauveur.</p> - -<p>La famille de Neuhoff.—Les parents de Thodore.—Sa jeunesse.—A -la Cour de France.—Gœrtz, Alberoni et Ripperda.—Thodore en -Hollande et en Italie.—Sa rencontre avec les prisonniers corses.—Il -accepte d'tre le sauveur.—Voyage et sjour Tunis.—Il s'embarque -pour la Corse.</p> -</div> - -<p>Le 12 mars 1736, un navire battant pavillon anglais jetait -l'ancre devant Alria, sur la cte orientale de la Corse. Un -homme en descendit dans un accoutrement bizarre, qui faisait -songer au costume de mamamouchi dont M. Jourdain est affubl -dans le <i>Bourgeois gentilhomme</i>.</p> - -<p>Les informations des gazettes, les rapports que la Srnissime -Rpublique de Gnes, souveraine de la Corse, reut de ses -espions, donnrent du mystrieux passager un signalement -uniforme et exact. On variait un peu au sujet de l'habit, variantes -sans importance, une question de nuance, tout au plus, et de -coupe. Les uns l'habillaient la turque; d'autres la -persane; pour un certain nombre, il tait vtu la franque, -c'est--dire la faon des chrtiens vivant dans les tats du -Grand Seigneur.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span> -Le dguisement eut du succs; le mystre appela l'attention. -L'homme devait tre de ces gens qui s'entendent emboucher -les trompettes de la Renomme,—comme on disait alors,— -manier la rclame, dirions-nous aujourd'hui.</p> - -<p>Les salves, dont ce turc de contrebande entoura son dbarquement -fait en fraude, firent rsonner des chos plus lointains -que ceux des maquis d'Alria. Tout auprs, San Pellegrino, -il y avait un fort gnois dont la garnison ne bougea pas.</p> - -<p>Bastia, centre de la domination gnoise, fut dans la terreur; -Gnes, elle-mme, trembla. La Srnissime Rpublique crut que -l'homme d'Alria allait lui ravir la Corse.</p> - -<p>On ne tarda pas savoir que cet oriental tait tout simplement -un baron de la Westphalie, Thodore de Neuhoff.</p> - -<p>L'histoire a conserv son nom et le souvenir de sa personnalit -falote, indcise et remuante. Voltaire lui a consacr une -page dans <i>Candide</i>; elle est classique: Venise, dans une -auberge, au moment du carnaval, quelques rois en exil racontent -leurs malheurs, et Thodore, le plus piteux de tous, reoit -l'aumne de Candide. L'lve de Pangloss aurait eu les meilleures -raisons du monde pour secourir Neuhoff, car c'tait son -compatriote.</p> - -<p>Le sarcasme de Voltaire est ce qui a le plus fait revivre le -nom de Thodore, mais la faon d'une belle caricature.</p> - -<p>N'en dplaise au grand crivain, il n'y avait pas l seulement -matire simple plaisanterie. Les conjonctures qui avaient -permis une pareille entreprise de se produire, pouvaient seules -expliquer comment une aussi extraordinaire quipe avait pu -dgnrer en un gros vnement politique. Et cette observation -se justifie puisque nous allons voir la diplomatie des principales -puissances europennes, celles qu'intressaient la domination de -la Mditerrane et l'influence politique ou commerciale dans -le Midi de l'Europe, prendre srieusement position propos -d'un incident d'apparence si ridicule, aprs coup, aux yeux de -Voltaire.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span></p> -<p class="subt">I</p> - -<p>Au moment du dbarquement thtral du baron de Neuhoff -sur la plage d'Alria, la Corse subissait cette suite ininterrompue -de rvolutions, de conqutes et de luttes qui, depuis des sicles, -caractrisait sa destine.</p> - -<p>La prophtie lgendaire rapporte par Giovanni della Grossa -s'tait ralise:</p> - -<p>Le vieux chroniqueur corse raconte qu'en l'an mil, lorsque -le comte Arrigo, surnomm <i>il bel Messere</i>, prit assassin avec -ses sept fils, une voix se fit entendre dans toute l'le:</p> - -<p class="quote"><i>E morto il conte Arrigo, Bel Messere,</i><br /> -<span class="i1"><i>E Corsica sar di male in peggio.</i></span></p> - -<p>Il est mort le comte Arrigo, le beau Messire—et la Corse -ira de mal en pis<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor"> [2]</a>.</p> - -<p>La Corse, en effet, changea souvent de matres, mais elle -ne trouva jamais la paix. Tour tour, elle avait appartenu -au Saint-Sige, Pise, Gnes, la Maison de Saint-Georges, -puis de nouveau Gnes. La haine entre les deux peuples -avait grandi de sicle en sicle. Les rvoltes se renouvelaient; -suivies de reprsailles implacables.</p> - -<p>L'anne 1729 marqua la recrudescence de cette hostilit, le -point de cristallisation, en quelque sorte, qui devait modifier compltement -l'tat politique de ce petit peuple. Prs de quarante -ans devaient s'couler avant que l'annexion franaise ne -vnt fixer cet tat et lui donner un commencement de paix -civile. Il semblerait alors que le destin se plaise sceller l'incorporation -de la Corse la France par la naissance de Bonaparte.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span> -Alfieri a dit que cette poque de luttes, qui va de 1729 -1768, tait l'Iliade de la Corse. Il y a l une de ces exagrations -qui sonnent faux pour quiconque tudie impartialement les -vnements. La discorde fut obstine, mais, du ct des Corses, -comme du ct des Gnois, on y chercherait vainement quelque -grandeur.</p> - -<p>Ce soulvement de 1729, qui aurait d anantir l'un des -deux peuples, ne ruina pas la Corse parce qu'elle n'avait pas -de quoi tre ruine, mais il plongea l'le dans cet tat de -dtresse o tout changement vaut mieux que ce qui existe. -A ces moments, une nation appelle le sauveur, aspire l'inconnu; -elle attend le miracle. Au commencement du XVIII<sup>e</sup> -sicle, la Corse en tait cette poque d'attente messianique, -comme la Jude au temps des Macchabes et la France avant -les voix de Jeanne d'Arc.</p> - -<p>Il y avait une absolue incompatibilit d'humeur entre les -Corses et les Gnois. La Srnissime Rpublique tait, avant -tout, une vaste maison de commerce; elle ne gouvernait pas la -Corse, elle l'exploitait.</p> - -<p>Les gouverneurs que Gnes envoyait dans l'le, avec un -mandat de deux ans seulement, taient gnralement des nobles -ruins, qui ne voyaient dans leurs fonctions qu'un moyen de -refaire leur fortune. Il fallait agir rapidement avant l'arrive -d'un successeur press, lui aussi; des ministres de rapine, -dit un prtre corse, Bonfiglio Guelfucci, dans ses mmoires.</p> - -<p>C'est pourquoi au commencement du XVIII<sup>e</sup> sicle, l'le tait -peu peuple et tout le pays ne prsentait qu'un horrible aspect -de marais, de bois et de forts impntrables dans les -meilleurs terrains et les plus fconds. Les insulaires ignoraient -tout en fait d'art et jusqu'aux mtiers les plus vulgaires -et les plus utiles<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor"> [3]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span> -La rpublique craignait de voir la Corse devenir trop puissante -si elle favorisait dans l'le le dveloppement intellectuel et -le got de l'industrie; aussi l'crasait-elle sous sa tyrannie -fiscale, la plus insupportable de toutes.</p> - -<p>Un commissaire gnral qui avait les pleins pouvoirs du -Snat, des collecteurs de tailles chargs de percevoir des impts, -dont la plus grande partie n'arrivait pas dans ses caisses, -enfin des barigels et des sbires pour lui faire des rapports de -police, tels taient les lments au moyen desquels la rpublique -prtendait gouverner la Corse. L'arbitraire seul rgnait. Les -Gnois tenaient leurs sujets pour des barbares indignes d'avoir -des lois raisonnables et justes comme les autres peuples.</p> - -<p>Sous l'administration gnoise aucun travail ne fut entrepris -pour le bien-tre des insulaires. Des routes furent faites seulement -dans l'le par les Franais quand ils y vinrent<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor"> [4]</a>.</p> - -<p>Les gouverneurs gnois ne cherchaient pas avoir le moindre -contact avec les insulaires pour connatre leurs besoins et leurs -aspirations. La citadelle de Bastia renfermait tout ce qui -formait leur gouvernement, et le chteau, rsidence du commissaire -gnral, tait lui-mme enclav dans un retranchement -de la citadelle<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor"> [5]</a>.</p> - -<p>Ce triple camp retranch, au milieu duquel s'abrite le gouverneur, -symbolise bien l'administration gnoise en Corse, se -rsumant en trois mots: arbitraire, mfiance, exactions.</p> - -<p>On peut s'tonner, avec Voltaire, de voir que les Corses -n'arrivaient pas secouer un joug qui leur tait odieux. C'tait -plutt aux Corses conqurir Pise et Gnes, qu' Gnes -et Pise de subjuguer les Corses, car ces insulaires taient -plus robustes et plus braves que leurs dominateurs; ils -n'avaient rien perdre; une rpublique de guerriers pauvres -et froces devait vaincre aisment des marchands de Ligurie, -<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span> -par la mme raison que les Huns, les Goths, les Hrules, -les Vandales qui n'avaient que du fer, avaient subjugu les -nations qui possdaient l'or. Mais les Corses ayant toujours -t dsunis et sans discipline, partags en factions mortellement -ennemies, furent toujours subjugus par leur faute<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor"> [6]</a>.</p> - -<p>Les Corses, en effet, ne sont pas sans avoir quelques vertus; -ils sont sobres et courageux, ils pratiquent l'hospitalit et ont -l'amour du sol natal; mais ils ont, comme peuple, de terribles -dfauts. Les questions de personnalit priment chez eux les -questions de principes. Le peuple corse, crivait Volney, ne -conoit pas l'ide abstraite d'un principe.</p> - -<p>Tout tait—et restera longtemps—chez eux subordonn aux -intrts particuliers de quelques petites collectivits remuantes. -Ils forment des clans qui se jalousent. Ce sont autant de -partis politiques qui rivaliseront d'influence et en viendront souvent -aux mains pour exercer quelques menues suprmaties -locales. De longues et sanglantes dissensions clatent pour des -causes futiles entre les familles dirigeantes. La clientle la plus -nombreuse ou la plus agissante donne la victoire, et les vaincus -ne songent qu' la revanche.</p> - -<p>Gnes laisse faire. Au lieu d'apaiser ces querelles, elle les -attise; pour mauvais et impolitiques qu'ils soient, la rpublique -a des principes et elle s'y tient.</p> - -<p>Napolon, en 1796, crivait, en parlant de la rpublique de -Gnes: Elle a plus de gnie et de force que l'on ne croit. -Les Gnois, en effet, ont dploy une farouche nergie lorsqu'il -s'est agi, en 1746, de chasser les Autrichiens de leur territoire; -mais ils ne se sont jamais donns la peine d'tablir, en Corse, un -gouvernement raisonnable destin prvenir les rvoltes, plutt -qu' les rprimer, protger les insulaires contre eux-mmes, -au lieu d'entretenir les inimitis.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span> -La rpublique considrait la Corse comme une province de -maigre rapport, et elle tait trop avare pour s'engager dans une -voie civilisatrice qui lui aurait cot trs cher sans rmunration -immdiate. C'est cette avarice qui la perdra ou qui, du moins, -lui fera perdre la Corse.</p> - -<p>Quels titres avait-elle la possession de cette le? La question -serait peut-tre oiseuse, mme aujourd'hui, o, en fait -d'occupation territoriale, toute possession vaut titre. Mais les -Corses contestaient ces titres avec une pret qui ne se contredira -jamais pendant des sicles. Peut-tre ici verrait-on poindre -un principe chez eux, principe d'une persistance telle qu'il -constituerait toute l'thique de leurs rbellions. Ce serait, alors, -l'ternel honneur des Corses d'avoir les premiers revendiqu le -droit qu'ont les peuples de disposer d'eux-mmes. Malheureusement -leur incurable esprit de parti empcha ce principe, qui tait -une belle force, de produire un rsultat.</p> - -<p>Nous voyons, en effet, les Corses s'offrir tour tour aux -tats dont le crdit et l'importance en Europe paraissent devoir -leur procurer le plus d'clat et de bnfice, mais toujours -l'instigation de quelques intrts particuliers, pour suivre le -parti qui, dans le moment, domine. Offre purement platonique, -d'ailleurs, et gnralement sans cho!</p> - -<p>A la suite de la grande rvolution de 1729<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor"> [7]</a>, la rpublique -de Gnes, ne pouvant matriser ses sujets, entama des ngociations -auprs de l'Empereur pour avoir des secours en munitions -et en soldats. Les Gnois insinurent Charles VI que -l'Espagne et la France soutenaient les rebelles, en lui procurant -l'une des vaisseaux, l'autre des troupes<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor"> [8]</a>. L'insinuation porta -ses fruits. L'Empereur avait tout intrt fermer les portes de -<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span> -l'Italie aux Espagnols et aux Franais. Il promit la rpublique -les secours ncessaires pour rtablir la paix en Corse<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor"> [9]</a>.</p> - -<p>Quelques rgiments impriaux se trouvaient disponibles en -Lombardie. Charles VI proposa Gnes de lui fournir huit -mille hommes de troupes. Par mesure d'conomie, le Snat n'en -accepta que quatre mille<a id="FNanchor_9-a" href="#Footnote_9-a" class="fnanchor"> [9-a]</a>.</p> - - -<p>Ces troupes dbarqurent Bastia le 10 aot 1731, sous le -commandement du gnral baron de Wachtendonck<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor"> [10]</a>.</p> - -<p>Les rebelles furent obligs de lever le sige de Bastia, et tous -leurs dpts, situs aux environs de la ville, furent brls. Les -chefs de la rvolte adoptrent alors le vieux plan de campagne -de Sampiero, lorsque celui-ci, deux sicles auparavant, avait -entam une lutte gigantesque contre les Gnois. Ce plan consistait - ramener la guerre dans l'intrieur de l'le et dcimer le -corps d'occupation par une srie de combats d'embuscade -laquelle se prtait cette rgion montagneuse. Les Allemands et -les Gnois subirent ainsi, sur diffrents points de l'le, des checs, -qui leur occasionnrent des pertes considrables<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor"> [11]</a>.</p> - -<p>La rpublique de Gnes dut faire des sacrifices; elle prit -tout l'argent dpos dans la banque de Saint-Georges, tablit -des taxes et vendit des titres de noblesse<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor"> [12]</a>. Puis elle demanda - Vienne de nouveaux secours. Ceux-ci, se montant six mille -hommes environ, dbarqurent au commencement d'avril 1732 -sur les ctes de la Balagne, sous les ordres du prince Louis de -<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span> -Wurtemberg. Ce dernier—suivant les instructions de l'Empereur—devait -employer tous les moyens de conciliation avant de -combattre les insulaires; mais il se heurta l'nergique enttement -corse. La nation ne voulait pas dsarmer; les ngociations -chourent. Le prince envoya son lieutenant, le comte de Schmetaw, -occuper le Nebbio avec cinq mille hommes<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor"> [13]</a>.</p> - -<p>Les Corses remportrent quelques petits succs sur les troupes -allemandes, mais celles-ci, reprenant bientt l'avantage, -harcelrent les rebelles jusque dans leurs montagnes<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor"> [14]</a>. Le -prince de Wurtemberg fit alors publier un dit pour offrir aux -Corses la paix reposant sur la mdiation impriale et sur une -amnistie gnrale accorde par la rpublique<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor"> [15]</a>.</p> - -<p>Louis Giafferi et Andr Ceccaldi, deux des principaux parmi -les chefs, se prsentrent devant le prince. Ils taient disposs - traiter. Il fut dcid que des dlgus allemands, gnois et -corses se runiraient Corte pour discuter les bases de la -paix. Ce congrs, sous la prsidence du prince de Wurtemberg, -s'ouvrit le 8 mai 1732. Ses dlibrations durrent plusieurs -jours; l'vque d'Aleria, M<sup>gr</sup> Mari, assistait aux sances, et, -de part et d'autre, on changea de longs discours<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor"> [16]</a>. Celui que -pronona le corse Giafferi se terminait par ces belles paroles: -L'exemple des peuples de Corse doit apprendre aux souverains - ne point opprimer leurs sujets, mais se souvenir -que, partageant avec eux la qualit d'hommes mortels, ils sont -<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span> -originairement gaux; la distinction o le sort les a placs -n'est point vaine; les souverains sont levs au-dessus des -peuples par la force des lois, mais ils doivent s'y soutenir par -des sentiments de justice et d'humanit; la modration est -leur plus fort appui, la tyrannie, la chose la plus contraire -leurs intrts; et, en voulant trop tendre leur autorit, ils -vont toujours leur ruine<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor"> [17]</a>.</p> - -<p>Le discours de Giafferi, nouveau <i>paysan du Danube</i>, fit une -certaine impression dans l'assemble, sauf cependant sur les -dlgus gnois qui ne devaient pas comprendre ce langage.</p> - -<p>Pour terminer ses travaux, le congrs labora un trait -dont l'excution tait place sous la garantie de l'Empereur. Une -chambre de justice, tablie Bastia, serait appele discuter -et trancher tous les diffrends survenant entre les Corses et -les Gnois. Les insulaires devaient, en outre, remettre au Snat -tous les papiers qu'ils possdaient et cachaient Vescovato<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor"> [18]</a>.</p> - -<p>Les travaux du congrs se terminrent quatre heures du -matin. Un grand banquet suivit<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor"> [19]</a>. L'empereur rappela ses -troupes, le prince de Wurtemberg fit une entre triomphale -Gnes, o le Snat lui offrit de riches prsents<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor"> [20]</a>. On pouvait -croire l'le dsormais pacifie, mais comme le dit Accinelli, le -chroniqueur gnois, le feu de la rbellion n'tait qu'enterr -sous les cendres des 30 millions que la rpublique avait -dpenss<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor"> [21]</a>.</p> - -<p>Le Snat tenait beaucoup avoir les papiers des rebelles, car -il esprait y trouver des documents prouvant la complicit de -quelques gnois dans les rvolutions de l'le. Le major Gentile -<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span> -et le riche banquier Lanfranchi, tous deux sujets de Gnes, -avaient, en effet, des liaisons et des rapports suspects avec les -rebelles<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor"> [22]</a>.</p> - -<p>Raffaelli, qui certains auteurs du temps donnent le titre de -marquis, tait le dpositaire de tous les papiers des mcontents. -Il crut prudent de ne tenir aucun compte de la promesse d'amnistie -gnrale faite par le Snat et de mettre tout au moins sa -personne en sret. Il disparut. Le gouverneur gnois, alarm -de cette fuite cause des papiers auxquels le Snat tenait tant, -fit immdiatement arrter quatre des principaux chefs corses: -Louis Giafferi, Jrme Ceccaldi, Simon Aitelli et Simon Raffaelli, -frre du marquis. Ils furent mis en prison Bastia, puis -transfrs bientt Gnes et enfin la forteresse de Savone<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor"> [23]</a>.</p> - -<p>C'tait l une violation flagrante du trait. Les gnraux -allemands, indigns, protestrent, et l'Empereur fit faire des -remontrances Gnes. Mais la rpublique n'en tint aucun -compte; elle conserva ses prisonniers.</p> - -<p>Une nouvelle sdition clata en Corse. Les clauses du trait -devenaient lettre morte. D'un ct et d'autre on discuta longuement. -Les Allemands rclamaient nergiquement la mise en -libert des insulaires. Le Snat rpondait qu'il avait agi pour la -sret de la rpublique, en vertu d'une raison d'tat suprieure - tous les principes<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor"> [24]</a>.</p> - -<p>Les papiers des rebelles avaient t retrouvs. Il fut prouv -en outre que les quatre chefs arrts n'avaient en aucune manire -facilit la fuite du marquis Raffaelli. Nanmoins, les malheureux -restaient enferms. Les Corses intriguaient un peu partout en -faveur de leurs compatriotes victimes innocentes de la haine des -Gnois. Louis XV fit dire Doria, ambassadeur de Gnes -<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span> -Versailles, qu'il <i>dsirait</i> que les quatre corses fussent remis en -libert. Le prince Eugne de Savoie fit de son ct des -dmarches en faveur des prisonniers<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor"> [25]</a>. Enfin, le 22 avril 1733, -ceux-ci furent librs; le 8 mai, ils firent leur soumission -devant le Snat. Giafferi eut le vice-commandement de Savone -avec 3600 livres de pension, mais il abandonna bientt ces -avantages et s'en vint Livourne. Ceccaldi prit du service -auprs de Don Carlos; l'abb Aitelli se rendit Livourne; -Simon Raffaelli fut nomm par le Pape auditeur du Tribunal de -Monte Citorio. Celui qui avait t la cause de l'emprisonnement -de ses amis, le marquis Raffaelli, devint, par la suite, l'un des -secrtaires du cabinet du grand duc de Toscane, Jean-Gaston -de Mdicis, avec 1200 cus de pension<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor"> [26]</a>.</p> - -<p>La rpublique se consola difficilement de la mise en libert -des prisonniers, car elle y voyait un chec pour sa politique. -Accinelli se fait l'cho de ces sentiments en lanant des insinuations -peu exactes, mais d'une perfidie dans laquelle se -donne libre cours la rancune de Gnes. Il prtend que le -prince de Wurtemberg aurait pris en main le parti des prisonniers -parce que les Corses lui auraient donn des sommes -importantes<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor"> [27]</a>. Cela n'est pas vraisemblable. Les insulaires -taient trop pauvres pour lutter coup d'or contre leurs ennemis; -jamais ils n'y songrent. Du reste, Gnes parlera plus tard avec -amertume des sommes que Wurtemberg et Wachtendonck leur -a cotes. D'un autre ct, les insulaires prtendaient que les -quatre prisonniers avaient t trahis et livrs par Wurtemberg -moyennant finances<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor"> [28]</a>. Il est difficile d'tablir une juste apprciation -au milieu de ces insinuations dictes de part et d'autre -par la haine.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span> -Quand les prisonniers corses furent mis en libert, l'Empereur -rappela Wachtendonck qui tait rest dans l'le avec quelques -troupes. Avant de partir (juin 1733), le gnral fit une -proclamation dans laquelle il donnait de bonnes paroles aux -insulaires.</p> - -<p>Les dissensions qui divisaient les Corses et les Gnois -taient trop profondes pour que la paix ft durable. La rpublique -d'ailleurs avait pour ses sujets une haine faite d'orgueil -bless, et, les Allemands partis, elle entendit n'excuter qu' -son profit le trait conclu. Au commencement de 1734, les Corses -se soulevrent de nouveau. La responsabilit de cette reprise -d'hostilit doit, en grande partie, retomber sur Gnes, dont les -exigences et la mauvaise foi exasprrent les insulaires<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor"> [29]</a>. -—Bonfiglio -Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 55.</p> - -<p>Cette nouvelle sdition clata Rostino, patrie d'Hyacinthe -Paoli<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor"> [30]</a>, qui prit la direction du mouvement populaire. Les -anciens chefs, notamment Giafferi, taient revenus en Corse. -Leur prsence attisa la rvolte. Les insulaires, prfrant se -mettre sous la domination d'un tat quelconque plutt que de -rester sous le joug de Gnes, se tournrent vers l'Espagne. Ils -envoyrent Madrid le chanoine Orticoni, homme intelligent, -habile diplomate, pour offrir la souverainet de l'le la couronne -espagnole. Philippe V, jugeant que les Corses, sujets de la -rpublique de Gnes, n'avaient pas le droit de disposer d'eux-mmes, -rejeta, sans mme les discuter, les propositions d'Orticoni. -Voyant qu'aucune puissance terrestre ne voulaient d'eux, -les Corses finirent par se donner la Sainte Vierge. Les -principaux de la nation, runis en assemble gnrale, le -30 janvier 1735, institurent de nouvelles lois sous ce titre: -<i>Nouvelles lois du Royaume et Rpublique de Corse</i>.</p> - -<p>L'assemble, en premier lieu, proclama l'Immacule -<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span> -Conception de la vierge Marie, protectrice du royaume, et -dcrta que son image serait peinte sur les armes et sur les -drapeaux de la nation. Puis elle abolit tout ce qui pouvait rester -du gouvernement gnois, dont les lois et les statuts devaient -tre brls publiquement. Elle institua une administration -nationale et une dite compose des dputs de chaque ville et -de chaque village. Andr Ceccaldi, Hyacinthe Paoli et Louis -Giafferi taient nomms <i>Primats</i> de la nouvelle rpublique avec -le titre d'Altesse Royale. La Dite recevait la Srnit. Les -emplois subalternes donneraient les titres d'Excellence et d'Illustrissime<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor"> [31]</a>.</p> - -<p>Et cette assemble de farouches libertaires dcrta la peine -de mort contre quiconque oserait tourner ces titres en drision<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor"> [32]</a>.</p> - -<p>Mais cette constitution ne pouvait qu'accrotre l'anarchie. -Il fallait la Corse un sauveur. Le pays tait dans les conditions -voulues pour accueillir ce sauveur, quel qu'il fut; malheureusement -il tait impossible qu'il sortit de son sein. Aucun des chefs -n'avait assez d'autorit pour organiser un mouvement gnral -qui et dfinitivement chass les Gnois. Chacun d'eux avait -son clan et sa clientle. Il tait difficile l'un des chefs d'imposer -aux autres la prpondrance de son parti sans veiller des -jalousies, qui dans ce malheureux pays, dgnraient toujours en -luttes armes. Le sauveur ne pouvait donc venir que du dehors.</p> - -<p>Il se prsenta aux quatre corses qui sortaient des prisons -gnoises sous les traits d'un milord anglais. Ce milord tait en -ralit un baron allemand, Thodore de Neuhoff.</p> - -<p>Il faut maintenant examiner les antcdents de ce gentilhomme -qui allait jouer un rle dans l'histoire du peuple corse.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span></p> - -<p class="subt">II</p> - -<p>A la fin du XVII<sup>e</sup> sicle, on voyait encore, en Westphalie, de -ces barons Thunder-ten-Trunck et de ces hobereaux grotesques -dont parle Taine<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor"> [33]</a>. Pauvres, pleines d'orgueil, attaches -leurs prjugs de caste, ces familles de barons vivaient dans -leurs gentilhommires qui conservaient, bien amoindri pourtant, -l'aspect des burgs de la vieille Allemagne. Elles se mariaient -entre elles pour garder intacte la puret de leur sang fodal, et -leurs fils s'en allaient guerroyer la solde des princes trangers.</p> - -<p>Telle tait la famille des barons de Neuhoff: des gens d'ancienne -souche, trs infatus de leur noblesse, sans doute, mais, - coup sr, sans fortune patrimoniale.</p> - -<p>Cette fiert d'un ct, cette pauvret de l'autre, contriburent - les pousser aux aventures. Dj avec Antoine de Neuhoff, le -pre de Thodore, nous voyons se manifester ces tendances de -chevaliers errants. Dans Thodore, il y a du Don Quichotte avec -trop d'ambition dans le rve.</p> - -<p>Le fief des barons de Neuhoff, au XVII<sup>e</sup> sicle, semble avoir -t une terre d'assez mince importance, situe dans le comt de -Marck en Westphalie<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor"> [34]</a>.</p> - -<p>Antoine de Neuhoff, jeune homme aux manires avenantes, -beau cavalier, mais sans fortune comme tous les siens, tait -capitaine aux gardes du corps de l'vque de Munster. Son -pre avait command un rgiment sous Bernard de Galen<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor"> [35]</a>, ce -farouche prlat, vritable soudard mitr<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor"> [36]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span> -Les prjugs fodaux, partir de cet hritier, furent moins -forts. Antoine ne tarda pas s'en dfaire. Il quitta le service -militaire de l'vque de Munster et chercha redorer son blason -par un mariage avantageux; il n'arriva qu' se msallier sans -profit. Le drapier de Viseu, en Ligeois, dont il pousa la fille, -mourut un an aprs le mariage, ne laissant que onze mille florins.</p> - -<p>La famille d'Antoine ne voulut plus le revoir. Il quitta l'Allemagne -avec sa femme<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor"> [37]</a>.</p> - -<p>S'il fallait chercher dans les lois encore obscures de l'atavisme -moral l'explication des mobiles qui font agir un tre -humain, nous verrions Thodore soumis une double influence -dont les courants mal quilibrs contrarirent perptuellement -sa destine. De sa mre, Amlie, la fille du vieux drapier -ligeois, il tenait cet esprit fertile en ressources commerciales -qui lui permit d'intresser son crdit des juifs et des traitants -hollandais; par le sang des routiers allemands qui coulait dans -ses veines, il fut pouss l'audacieuse entreprise qui, un moment, -alarma Gnes et surprit l'Europe.</p> - -<p>Antoine de Neuhoff, qui tait venu s'tablir dans les environs -de Metz, mourut obscurment en 1695. Il laissait deux enfants: -Elisabeth qui pousa le comte de Trvoux, et Thodore-Etienne, -le hros d'Alria. La veuve d'Antoine se remaria un commis -des douanes Metz, nomm Marneau. Une fille naquit de ce -mariage. Elle pousa dans la suite Gom Delagrange, conseiller -au Parlement de Metz<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor"> [38]</a>.</p> - -<p>Thodore Etienne, baron de Neuhoff, naquit Cologne, dans -la nuit du 24 au 25 aot 1694<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor"> [39]</a>, quelques mois seulement -avant la mort de son pre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span> -Un parent de Westphalie, le baron Drost, prit soin de -la premire enfance de Thodore<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor"> [40]</a>. A dix ans, il entra chez -les jsuites de Munster. Un trop enthousiaste biographe -affirme qu'il fut un lve intelligent et studieux, faisant ses -dlices de la lecture de Plutarque. Il ne devait que de trs loin -en imiter les hros!</p> - -<p>Thodore serait rest pendant six ans chez les jsuites de -Munster. Au collge, il s'tait li—dit-on—avec un jeune -homme issu, comme lui, d'une famille westphalienne. Neuhoff et -son camarade auraient alors t mis en pension Cologne chez un -professeur pour achever leurs tudes. On a publi une lettre du -compagnon de Thodore, qui donne ces dtails, et qui raconte -un pisode tragique aprs lequel Neuhoff dt s'enfuir<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor"> [41]</a>.</p> - -<p>Le professeur avait une femme et deux filles jolies et sages. -<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span> -L'ane se nommait Marianne. C'tait un de ces paisibles intrieurs -allemands, aux mœurs familiales, o la vie s'coulait -monotone, coupe par des rcrations honntes, quelques promenades -au jardin, des lectures permises et sans doute un peu -de sentiment.</p> - -<p>Cette existence patriarcale dura deux ans; elle fut trouble -par l'arrive d'un gentilhomme titr et riche. Il se mit faire -une cour assidue Marianne. Thodore tait lui-mme amoureux -de cette jeune personne, mais il soupirait en silence. -Les assiduits du comte exasprent Neuhoff. Bien qu'il n'et -jamais dclar sa flamme et que sa position ne lui permt pas de -rivaliser avec le seigneur, il n'en ressentit pas moins une -violente jalousie. Un soir, aprs une fte de famille, pour l'anniversaire -de Marianne, Thodore provoqua le comte et le -tua. Au milieu du trouble, caus par ce drame, Neuhoff s'tait -enfui par une porte de derrire. Ce sera son habitude.</p> - -<p>Mais il n'est gure possible d'ajouter foi cette sombre -histoire d'amour. Thodore devait avoir alors dix-huit ans, puisqu'au -dire de son compagnon il aurait t mis chez les jsuites de -Munster dix ans, qu'il y serait rest six ans, et qu'il aurait -sjourn deux ans chez le professeur de Cologne. Or, l'ge de -quinze ans, en 1709, Thodore se trouvait Versailles parmi les -pages de Madame, duchesse d'Orlans<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor"> [42]</a>. La preuve est formelle; -c'est bien du futur hros de Corse dont il s'agit. Les dtails -que la princesse donne sur lui dans sa correspondance ne peuvent -laisser aucun doute cet gard.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span> -D'aprs Madame, le jeune Thodore avait une tournure -agrable, une jolie figure et l'esprit veill. Il savait causer<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor"> [43]</a>. -Il fut vite initi la vie et aux intrigues de la cour. Il -acquit une grande souplesse et de la rouerie; le mot est de -l'poque. La princesse n'eut qu' se louer du service de son -page<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor"> [44]</a>. Sans doute elle regrettait de trouver chez lui la trace -des qualits franaises plutt que ces grosses vertus germaniques, -qu'elle mettait au-dessus de tout, comme elle eut donn -toutes les dlicatesses de la cuisine franaise, pour une -bonne soupe au lard ou une choucroute largement garnie. Trs -allemande, elle s'efforait d'inculquer Neuhoff des gots -allemands. Mais le petit page prit surtout ce qu'il y avait de -mauvais la cour. La farouche vertu de Madame ne lui laissa -aucune empreinte.</p> - -<p>Quand Neuhoff fut en ge de servir, il vint en Bavire<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor"> [45]</a> -o, sur la recommandation de la princesse, l'Electeur lui donna -une bonne compagnie. Mais Thodore tait joueur; sa passion -l'entrana commettre des indlicatesses; il contracta des dettes -et fit son apprentissage dans l'art de ne pas les payer. Il -devint un coquin, un <i>excrocq</i>. Deux chevaliers de Malte lui -prtrent un jour de l'argent; pour les tranquilliser, Thodore -leur dit: J'ai encore un oncle et une tante chez Madame. -Mon oncle, c'est M. de Wendt<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor"> [46]</a>, et ma tante, M<sup>me</sup> de -Rathsamhausen<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor"> [47]</a>; je vais vous donner une lettre pour l'un -et l'autre; ils vous payeront immdiatement.</p> - -<p>Il leur remit, en effet, des plis cachets; les chevaliers -<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span> -arrivrent Versailles et prsentrent M. de Wendt et -M<sup>me</sup> de Rathsamhausen les lettres de leur neveu Neuhoff. Nous -connaissons fort bien Neuhoff, rpondirent-ils; il a t page -de Madame, mais il n'est pas notre parent. On ouvrit les -paquets: ils ne contenaient que du papier blanc. Les deux -chevaliers taient vols; ils s'adressrent Madame: Cet -homme, dit-elle, n'est plus mon service. Faites en ce que -vous voudrez.....<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor"> [48]</a>.</p> - -<p>Harcel par ses cranciers, Thodore quitta la Bavire -et vint Paris auprs de son beau-frre et de sa sœur, -le comte et la comtesse de Trvoux. Ses parents voulurent lui -faire de la morale; mais le gentil enfant, prenant fort mal la -chose, tenta d'assassiner son beau-frre. Sur le point d'tre -arrt, il s'enfuit et gagna l'Angleterre<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor"> [49]</a>.</p> - -<p>Il y a lieu de croire, quoiqu'en dise Madame, que cette tentative -de meurtre ne fut pas bien caractrise. Elle n'empchera -pas Neuhoff de revenir plus tard Paris o personne ne -songera l'inquiter; il sera mme reu chez Trvoux.</p> - -<p>Le sjour de Thodore, en Angleterre, reste mystrieux. -Madame a reproch son ancien page d'avoir pous une jeune -anglaise prise de lui, alors qu'il s'tait dj mari en Bavire<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor"> [50]</a>.</p> - -<p>Cette clipse ne fut pas de longue dure. On retrouve bientt -aprs l'ingnieux baron ml la conspiration de Gœrtz et -Gyllenborg.</p> - -<p>La Sude avait un roi qui ne s'occupait que de guerre et -un ministre qui ne faisait que de la politique. On aurait pu -s'attendre voir le petit-fils du compagnon de Bernard de Galen -servir Charles XII. Il prfra se mettre sous les ordres de Gœrtz -qui avait rv d'tre Richelieu et qui finit comme Cinq-Mars.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span> -Quel fut exactement le rle de Thodore auprs du ministre -sudois?</p> - -<p>En ralit, rien de bien dfini. Au service de Gœrtz, comme -aprs en Espagne, comme aussi plus tard dans sa grande aventure -de Corse, Neuhoff fut un courtier marron de la politique -internationale, un de ces agents secrets qu'on emploie, -qu'on paye, mais qu'on dsavoue et qu'on remercie quand ils -sont brls. Ce rle convenait bien ce baron allemand -intrigant et besogneux, qui, l'obstination massive de ceux de -sa race, mlait les grces persuasives, les manires insinuantes, -tout le raffinement vicieux d'un page de Versailles, devenu -un <i>rou</i> de la Rgence.</p> - -<p>On trouve quelques dtails sur cette partie de sa vie dans -un livre publi Londres en 1743<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor"> [51]</a>, l'poque o Thodore, -rfugi en Toscane, tait presque ouvertement un agent de l'Angleterre. -Cet ouvrage, crit dans le but de favoriser les intrigues -de Thodore, ce moment-l, m'a paru tre plus srieusement -document sur les antcdents politiques de Neuhoff que ses -biographes du XIX<sup>e</sup> sicle, trop presss de s'en rapporter aux -mmoires du colonel Frdric, un faussaire avr.</p> - -<p>D'aprs l'auteur du livre de 1743, le baron, avant de quitter -Paris, poursuivi par l'anathme de Madame, aurait rendu - certains ministres trangers des services importants que -ceux-ci lui payaient; mme, il ne serait pas impossible qu'il -fut, ds cette poque, entr en rapport avec Gœrtz, qui se -trouvait Paris au commencement de 1717<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor"> [52]</a>.</p> - -<p>Quand il fut oblig de quitter la France, Neuhoff, d'aprs -<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span> -le livre anglais, n'aurait eu d'autres ressources que dans les -intrigues auxquelles il fut ml. Gœrtz, alors ministre du roi -de Sude en Hollande, avait t arrt Arnheim, sur la demande -du roi d'Angleterre. Les Anglais accusaient Gœrtz de conspirer -avec les jacobites afin d'amener une rvolution en Angleterre. -Le comte de Gyllenborg, ministre de Sude Londres, fut -arrt en mme temps. Le duc d'Orlans obtint, par ses -dmarches, la mise en libert des ministres sudois<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor"> [53]</a>. Le -Rgent affectait de ne pas croire ce complot; il persuada -Georges I<sup>er</sup> que le roi de Sude n'y avait pris aucune part. En -ralit, la prsence de Gœrtz, en Hollande, tait motive par une -ngociation dlicate; il s'agissait de traiter avec le tzar Pierre I<sup>er</sup>, -qui se trouvait dans les Pays-Bas, d'une paix spare entre la -Sude et la Russie. Le baron de Neuhoff aurait t charg de -porter Gœrtz des dpches relatives cette ngociation<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor"> [54]</a>. -Malgr sa jeunesse,—il avait alors 24 ans—Thodore remplit -si bien sa mission et sut se rendre si agrable au ministre, que -celui-ci le prit pour secrtaire et bientt aprs pour son principal -confident<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor"> [55]</a>.</p> - -<p>Dans les derniers mois de 1718, Gœrtz envoya Neuhoff en -mission auprs d'Alberoni. A peine avait-il entam les ngociations -que le roi de Sude mourut<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor"> [56]</a>. Bientt aprs, Gœrtz tait -dcapit<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor"> [57]</a>. Thodore se trouva donc sans ressources dans un -pays dont il ignorait la langue, et priv de l'appui de la maison -d'Orlans, puisqu'il tait entr dans des plans qui portaient -prjudice aux intrts de cette famille<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor"> [58]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span> -Cependant Thodore devait encore surnager aprs ce nouveau -naufrage.</p> - -<p>La Cour d'Espagne, remplie d'intrigues d'antichambre, avec -une dynastie nouvelle et trangre qu'entourait une foule -d'aventuriers cosmopolites, constituait bien le milieu voulu pour -l'ambition inquite et peu scrupuleuse du petit baron de -Westphalie. Ripperda, qui, plus tard, devait devenir premier -ministre, commenait jouir d'une grande faveur l'Escurial. -Fidle ses ondoyants principes, l'intrigant habile qu'tait -Neuhoff ne manqua pas d'aller lui faire sa cour. Ils se plurent. -Ripperda, dit-on, lui fit obtenir le grade de colonel avec une -pension de six cents pistoles<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor"> [59]</a>.</p> - -<p>Mais Neuhoff n'avait pas renonc ses gots dispendieux. -Il tait souvent gn, et Alberoni dut, plusieurs reprises, lui -venir en aide. La fortune cependant lui sourit encore. Sur les -conseils de Ripperda et grce son appui, il pousa une des -demoiselles d'honneur de la reine d'Espagne, lady Sarsfield, -fille de lord Kilmallock, jacobite rfugi Madrid, parent du -duc d'Ormond<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor"> [60]</a>.</p> - -<p>Ce mariage, qui aurait d fixer Thodore, parat avoir t une -dception pour lui. Il fut quelque chose de plus pour sa femme. -Lady Sarsfield tait laide et vaniteuse; l'ancien page de Madame -tait volage, et milady n'avait rien de ce qu'il fallait pour retenir -l'humeur inconstante de son mari. Cela fit un dplorable mnage.</p> - -<p>Rostini, dans ses <i>Mmoires</i>, dit ceci: Thodore pousa, dit-on, une parente du -duc de Sales actuel, alors marquis de Monte Allegro.</p> - -<p>Or, en 1738, nous verrons le ministre du roi de Naples, le marquis de Montalgre, -accorder, Thodore, sa protection d'une faon absolue, surtout lors d'un incident -touchant des vaisseaux hollandais affrets par le baron. La protection qu'exera ce -moment Montalgre vis--vis de Thodore, est d'autant plus extraordinaire que le -bon droit n'tait certes pas du ct de l'aventurier.—Les dpches diplomatiques -de Montalgre, en 1738, sont, la plupart du temps, signes: <i>El marques de Salas</i>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span> -Alberoni tait tomb du pouvoir, mpris de l'Europe -entire. Neuhoff perdait en lui un protecteur puissant. Ripperda, -cependant, lui restait; mais Thodore, qui ne pouvait -s'astreindre un genre de vie en rapport avec ses moyens, eut -encore des besoins d'argent qui le perdirent.</p> - -<p>On raconte que Ripperda lui ayant confi des sommes -importantes pour le rglement de fournitures militaires, il les -dtourna pour ses dpenses personnelles<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor"> [61]</a>.</p> - -<p>Quoiqu'il en soit, Neuhoff, cette poque, quitta l'Espagne -subrepticement, abandonnant sa femme, grosse alors. La baronne -mourut Paris en 1724, ainsi que sa fille ne de ce mariage<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor"> [62]</a>.</p> - -<p>L'aventurier avait profit du sjour de sa femme l'Escurial -avec la cour, pour quitter Madrid la nuit, en emportant tous -ses bijoux. Il s'embarqua Carthagne pour la France, et -bientt il arriva Paris<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor"> [63]</a>.</p> - -<p>A la chute d'Alberoni, Thodore, ne sachant que devenir, -avait crit la duchesse d'Orlans, pour la prier de le -reprendre son service. Madame ne rpondit pas; mais -peine dbarqu Paris, l'aventurier sollicita de nouveau son -ancienne protectrice. Celle-ci lui fit dfendre de se prsenter -devant elle. La princesse, un jour, se rendait aux Carmlites; -son carrosse croisa une voiture dans laquelle se trouvait Thodore. -Madame s'cria: Voil cet honnte garon de Neuhoff! -Il entendit l'apostrophe, baissa les yeux et plit<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor"> [64]</a>.</p> - -<p>Paris tait alors en pleine fivre de spculation. Law faisait -merveille avec son <i>Systme</i>.</p> - -<p>La fureur de l'agiotage avait pntr dans toutes les classes -de la socit. Il y avait l de quoi tenter l'esprit aventureux de -<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span> -Neuhoff, toujours harcel par les besoins d'argent; mais il est -peu probable, comme certains l'ont prtendu, que Thodore soit -entr en relations directes avec Law. L'Ecossais d'origine -obscure, devenu le grand financier, dispensateur des deniers de -l'tat et de la fortune publique en France, dont l'antichambre -tait encombre de ducs, dont la femme parlait toilette avec les -princesses, dont le fils, qu'on appelait le <i>Chevalier Systme</i><a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor"> [65]</a>, -frquentait la jeunesse dore de la cour, n'avait pas le temps de -se commettre avec le baron westphalien. Les aventuriers, -quand ils sont <i>arrivs</i>, ddaignent leurs semblables. Que -Thodore ait spcul, comme tout le monde, l'poque, c'est -trs probable, mais non pas avec Law lui-mme, alors l'apoge -de sa puissance. Peut-tre, en intrigant habile, st-il se faufiler -dans l'entourage du financier. Madame rapporte, en effet, que la -rumeur publique accusait son ancien page d'avoir pris un million -au frre de Law<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor"> [66]</a>.</p> - -<p>Le livre anglais, que j'ai dj cit, dit qu'il et Paris plusieurs -aventures tranges. Il avait rompu avec la plupart de ses -anciens amis qui le connaissaient trop, mais il parvint entrer -en rapports avec quelques personnes de distinction qui le connaissaient -moins. Ses relations avec Alberoni et Ripperda, les -ennemis de la famille d'Orlans, lui fermaient les portes de la -cour. Il ne s'attarda pas rentrer en grce auprs de Madame, -qui, du reste, l'avait rejet de la faon la plus formelle. Il aima -mieux devenir un courtier marron de la diplomatie. C'tait un -emploi qui lui convenait merveille. La dlicatesse ne l'embarrassait -pas; aucun principe ne le gnait; il n'avait qu'un but: -se procurer de l'argent.</p> - -<p>Le baron qui, de bonne heure, avait t l'cole des -Gœrtz, des Alberoni et des Ripperda, trouva le moyen de -donner quelques ministres trangers des renseignements -<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span> -qui lui furent trs bien pays. Il entra galement en correspondance -avec des diplomates du dehors. Sans lui crer une -position dfinie, ni surtout avouable, ces manœuvres lui fournirent -les moyens de subvenir ses besoins toujours fort grands. -Mais ces choses-l ne peuvent pas durer; on se lasse vite d'un -agent louche. Thodore savait que tout ce qu'il faisait pouvait -le mener en prison, et l'ombre de la Bastille le hantait. Il rsolut -donc de quitter Paris, et, d'aprs le livre anglais, il serait parti -deux jours seulement avant que ses intrigues ne fussent dcouvertes. -Il aurait gagn la Hollande en emportant divers secrets -surpris dans les antichambres diplomatiques qu'il frquentait, -entr'autres toute la trame d'une mystrieuse ngociation engage - Turin et dont il comptait se servir auprs de la cour impriale -pour en tirer profit<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor"> [67]</a>.</p> - -<p>Madame, qui avait l'me d'un greffier, donne une autre version -du dpart de Thodore; les motifs en sont encore moins honorables. -Neuhoff, dans un moment de dtresse, ne sachant que devenir, -aurait fait un srieux retour sur lui-mme. Dsirant rentrer -en grce auprs de sa famille, il confessa ses erreurs passes et -promit de mener, l'avenir, une vie rgulire, plus conforme -son rang de gentilhomme. Durant un certain temps, il se conduisit -bien. Il tait reu chez sa sœur<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor"> [68]</a>. Un lieutenant-colonel -du rgiment de La Marck, beau-frre de la comtesse d'Appremont, -rencontra plusieurs fois Thodore dner chez M<sup>me</sup> de -Trvoux<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor"> [69]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span> -Un jour, Thodore dclare qu'il a reu des lettres lui annonant -que sa femme, quittant l'Espagne, tait en route pour -Paris. Il lui parat convenable d'aller sa rencontre. Sous ce -prtexte, il part pendant la nuit. Le matin, on dcouvre qu'il -a tout enlev sa sœur et son beau-frre. Il leur a pris -deux cent mille livres. Personne ne sait de quel cot il a pass. -Sa sœur, M<sup>me</sup> de Trvoux, est dsespre<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor"> [70]</a>.</p> - -<p>Je n'ai pu trouver nulle part la confirmation de ce vol.</p> - -<p>Quoiqu'il en soit, il est certain que Thodore quitta Paris -vers le milieu de 1720, et arriva en Hollande. A La Haye, il se -serait rendu auprs du ministre imprial. Il lui remit un pli -en le priant de le faire tenir d'une faon sre au comte de Zinzendorf, -chancelier de Charles VI. Les explications qu'il donna - l'ambassadeur autrichien furent sans doute trs explicites, -car la rponse de Vienne ne se fit pas attendre. Elle consistait -en une lettre de change de cinq mille florins. Les renseignements -drobs Paris, au sujet de la mystrieuse ngociation entame - Turin, auraient t reconnus exacts Vienne et seraient -arrivs dans un moment opportun: d'o la rcompense immdiate<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor"> [71]</a>. -Thodore tait, ce qu'on pourrait appeler, un crocheteur -de la diplomatie.</p> - -<p>Puis il se serait mis en rapport avec un personnage, de -passage en Hollande, et qui allait Londres reprsenter une -petite cour allemande. Ce personnage passait pour un trs -habile homme, mais Thodore tait plus fin encore. Il ne tarda -pas reconnatre que les capacits qu'on prtait au diplomate -taient toutes en faade. Se sentant plus apte remplir les -fonctions destines au ministre allemand, Neuhoff aurait tent -de le supplanter en allant lui-mme Londres; mais ses manœuvres -furent dcouvertes, et l'homme qu'il cherchait lser -partit pour l'Angleterre aprs avoir racont son histoire partout, -<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span> -ce qui fit du tort Thodore. Personne ne voulut plus l'employer.</p> - -<p>La misre vint alors. L'argent fondait entre ses mains; -partout il avait des cranciers.</p> - -<p>En attendant un emploi, il apprit l'anglais. L'historien -anonyme nous dit que jamais, sauf M. de Voltaire, aucun -tranger n'arriva aussi bien ni aussi vite comprendre -l'anglais. Mais, malgr toute son intelligence, il tait -bout de ressource et de crdit. Pour se procurer le pain quotidien, -il se fit virtuose, chimiste, <i>connoisseur en painture</i>. -Ces diverses tentatives ne furent pas couronnes de succs. -Ni la musique, ni les sciences, ni la critique d'art ne lui donnrent -les moyens de subvenir ses besoins<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor"> [72]</a>. Bien des -hommes, avant de trouver leur voie, se sont essays dans les -diffrentes branches de l'activit humaine: professions, mtiers -ou arts. Je ne crois pas qu'il s'en soit jamais trouv un seul -qui ait pouss ces essais plus loin que Thodore, puisqu'il devait -aller jusqu' la royaut, mtier qui d'ailleurs ne lui donna pas -de quoi vivre.</p> - -<p>Si Paris la Bastille troublait son sommeil, en Hollande il -voyait se dresser devant lui la prison pour dettes. La diplomatie -lui fournit de nouveau quelques ressources ou tout au -moins lui permit de fuir ses cranciers. Un personnage, tabli -dans les Pays-Bas, cherchait pour le compte de l'Empereur un -homme retors et habile, capable d'accomplir une mission secrte -en Italie. Il s'agissait de dcouvrir les intrigues que, disait-on, -la France et l'Espagne entretenaient dans la pninsule. Le -personnage trouva son homme en Thodore. Celui-ci partit. Il -s'embarqua dans l'le de Voorne, et deux ou trois mois aprs -on le vit parcourant l'Italie<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor"> [73]</a>.</p> - -<p>Ce pays, partag en petits tats, livr toutes les convoitises -trangres, neuf pour lui, ouvrait un vaste champ son -<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span> -ambition mal quilibre. Que fit-il rellement en Italie? La -question est difficile rsoudre. La renomme ne l'avait pas -atteint encore et les certitudes manquent sur cette priode de sa -vie. La mission dont il aurait t charg tait sans doute peu -importante, mais, pendant son sjour en Italie, Thodore allait -faire des relations qui devaient avoir une singulire influence -sur sa destine.</p> - -<p>On vit Neuhoff Rome et on sut plus tard qu'il s'y faisait -appeler le baron Etienne Romberg<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor"> [74]</a>. Dans cette ville, il fit la -connaissance des dames Fonseca, religieuses au couvent des -Saints Dominique et Sixte, qui eurent toujours une foi aveugle -dans l'aventurier et qui devaient le soutenir avec le plus touchant -dvouement dans l'adversit. Il connut aussi Rome un marquis, -un comte, un docteur s-lois, un simple drapier, toujours en -qute de nouvelles protections ou l'afft de dupes faciles. Son -imagination, jamais court, le poussa se lier avec un moine -qui cherchait le secret de la pierre philosophale<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor"> [75]</a>.</p> - -<p>C'tait un de ces moines errants, comme il y en avait beaucoup -en Italie. Ces religieux, rejets d'un couvent, rfugis -dans un autre qui ne les gardait pas, vagabonds allant de -clotre en auberge, taient de tristes hres qui formaient ce que -l'on pourrait appeler la bohme de l'glise. Beaucoup taient -des dtraqus tombs dans la magie noire, le grand œuvre et -l'escroquerie.</p> - -<p>Mais Thodore tait l'homme des rsultats positifs, tangibles -et immdiats. Il avait bien pu s'en aller, le soir, dans les -ruelles sombres, envelopp d'un long manteau, retrouver son -moine alchimiste. Tous deux, penchs sur les fourneaux mal -clairs d'une cire jaune, ils avaient pu pier le mystrieux -<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span> -travail de l'athanor et des cornues, au milieu de vieux grimoires - demi-rongs par les rats et couverts de fils d'araigne. Mais, -comme la transmutation tait lente, l'impatient baron se lassa. -Il dit adieu au moine alchimiste et la pierre philosophale et -courut Florence, toujours inquiet, furetant, combinant.</p> - -<p>En 1727, Thodore se trouvait de nouveau Paris. Un -dcret de prise de corps pour dettes fut rendu contre lui<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor"> [76]</a>. Il -s'enfuit assez temps pour viter la prison.</p> - -<p>Vers la mme poque, il parut Londres. Il aurait pris -logement <i>aux Armes d'Ipswich</i>, dans Cullum Street, puis dans -un caf o il se serait tenu cach. Jamais il ne sortait, restant -au lit, sous prtexte de maladie<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor"> [77]</a>. Craignait-il encore la poursuite -de cranciers? C'est probable. Un rapport de police -rapporte qu'il aurait filout des marchands de Londres et qu'il -aurait t oblig de fuir en toute hte<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor"> [78]</a>.</p> - -<p>Le baron de Neuhoff reparut bientt en Italie. On a prtendu -qu'alors il aurait trouv de puissants protecteurs la -cour du grand-duc de Toscane et qu'il aurait t sur le -point de lever un rgiment pour le compte de l'Empereur<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor"> [79]</a>. -Comme tat de services, il faut avouer que cette quasi mission -mrite peu d'tre signale. Mais ce n'est pas sans surprise qu'on -lit dans le mme auteur qu'en 1732 Thodore tait rsident de -l'empereur Charles VI, Florence<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor"> [80]</a>. Le fait est matriellement -faux. Ce qui est plus vraisemblable, c'est l'histoire qui, vers la -mme poque, aurait signal son passage Livourne. Ce fut un -<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span> -coup de commerce, avatar assez naturel dans lequel rapparaissait -le petit fils du drapier ligeois. En ralit, il fit une -nouvelle dupe. Il y eut quelque mrite. Sa victime fut un banquier -de Livourne, nomm Jabach.</p> - -<p>Les historiographes de Thodore ont dit que les Jabach -taient juifs. Il n'en est rien. Ils appartenaient une famille -de riches banquiers de Cologne, vritable dynastie financire -qui donna, entr'autres, le fameux Everhard Jabach, qui fut connu - Paris comme banquier et collectionneur, au XVII<sup>e</sup> sicle<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor"> [81]</a>. -Les membres de cette famille, dissmins en France et en -Italie, taient catholiques. Quelques-uns d'entre eux avaient -fait leurs tudes chez les jsuites de Cologne. Jean Engelbert -Jabach fut chanoine capitulaire de l'archevch de Cologne, -chancelier de l'Universit de cette ville, et le Pape lui confra -la dignit de protonotaire. Franois-Antoine fut banquier -Livourne o il mourut en 1761<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor"> [82]</a>.</p> - -<p>Ce fut avec ce dernier, sans doute, que Thodore et des -rapports dont la maison Jabach ne parat pas avoir eu se -louer.</p> - -<p>Neuhoff, dont la famille avait des attaches Cologne (son -cousin Drost y tait grand commandeur de l'Ordre Teutonique), -avait d trouver des facilits pour nouer des relations avec ses -riches compatriotes tablis Livourne.</p> - -<p>A cette poque, un banquier tait dj un personnage important -et mfiant, peu accessible aux entreprises chimriques. -Mais le baron avait un talent particulier d'insinuation. Soit -qu'il se laisst prendre aux belles paroles de l'aventurier, -soit qu'il y fut pouss par d'anciens souvenirs de famille, Jabach -avana Thodore des sommes importantes sous prtexte -d'affaires commerciales. Le banquier s'aperut vite qu'il tait -<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span> -tromp, et, ne pouvant rentrer dans ses dcouverts, il fit mettre -son client en prison. Celui-ci tomba malade et on dut le transfrer - l'hpital.</p> - -<p>Comment dsintressa-t-il son crancier? Il est probable -que Jabach et piti de lui et qu'il ne poursuivit pas la contrainte. -Toujours est-il qu'au sortir de l'hospice, Thodore ne -rintgra pas la prison. Il continua sa vie errante la poursuite -de la fortune.</p> - -<p>C'est ainsi qu'il arriva Gnes.</p> - -<p>Le livre anglais, auquel j'ai dj fait plusieurs emprunts, -nous dit que Neuhoff tait charg par la cour impriale de -prendre des renseignements aussi prcis que possible sur l'tat -de la Corse. Charles VI, aprs tre intervenu dans les affaires -de l'le, recevait de ses agents des rapports bien diffrents et -inexacts. Le baron ayant appris que les reprsentants des Corses -taient Ceccaldi et Raffaelli, se serait abouch avec eux. -Ce fut la suite d'un rapport de Thodore, adress Vienne, -que l'Empereur aurait ordonn au prince de Wurtemberg -de conclure avec la rpublique un trait qui, tout en laissant -la Corse aux Gnois, donnerait quelques liberts aux insulaires<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor"> [83]</a>.</p> - -<p>Il est plus vraisemblable de penser que Thodore ce -moment-l tait un agent secret du duc Franois de Lorraine, -gendre de Charles VI. L'poux de Marie-Thrse se commettait -volontiers avec les aventuriers, qu'il recevait dans les pices -les plus intimes de ses appartements. Il coutait les propositions -les plus extraordinaires. Il avait une politique lui, qui s'laborait -en secret avec des agents interlopes. Ayant des vues de -mesquine ambition sur la Corse, il tait entr en rapports avec -le baron<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor"> [84]</a>. Il nous faudra revenir sur les projets louches de -Franois de Lorraine.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span> -Il est d'ailleurs certain que les entrevues de Neuhoff avec -les Corses n'eurent pas le caractre presque officiel que leur -donne le livre anglais. Elles furent au contraire entoures du -plus grand mystre.</p> - -<p class="subt">III</p> - -<p>Thodore changeait souvent de dguisement; c'tait une -ncessit pour lui. Il laissait des dettes partout o il passait, et -il lui fallait s'ingnier dpister des cranciers assez indiscrets -pour chercher le dcouvrir. En 1732, Gnes, il s'tait transform -en milord anglais.</p> - -<p>Un certain Ruffino, corse, natif de Farinole, frre lai franciscain, -de l'ordre appel Observantin dans l'le, habitait Gnes -depuis longtemps. C'tait un de ces moines chirurgiens comme -on en voyait beaucoup alors. Praticiens peu habiles et ignorants, -ils gagnaient leur misrable existence faire quelques menues -oprations, apprises par routine. Ruffino se rendait souvent au -Grand Hpital o il exerait son art rudimentaire.</p> - -<p>Un jour il rencontra le milord. Le hasard fut-il la seule -cause de cette rencontre? Y eut-il d'un ct ou de l'autre -un calcul? On ne saurait le dire. Toujours est-il que le moine et -l'<i>Anglais</i> se plurent. Ils parlrent politique et la conversation -tomba fort propos sur les affaires de Corse<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor"> [85]</a>.</p> - -<p>Sans prendre aucune prcaution oratoire, le milord dclara au -religieux qu'il avait les moyens et le pouvoir de dlivrer l'le de -l'oppression gnoise; mais Gnes tait un mauvais endroit pour -parler politique et surtout des choses de Corse, de mme qu' -Babylone on ne chantait pas les cantiques sacrs et que les -chefs du peuple lu n'taient pas libres pour traiter. Thodore -conseilla donc Ruffino d'aller Livourne. Il se rendit -<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span> -galement dans cette ville<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor"> [86]</a>. Ils purent dsormais causer l'aise, - l'abri des espions dont les rues de Gnes taient remplies.</p> - -<p>Le moine s'aboucha avec Ceccaldi, Giafferi et Aitelli. Ces -corses, qui sortaient des prisons de la Srnissime Rpublique, -tait anims d'un vif ressentiment l'gard des Gnois. -Ruffino leur parla du milord avec enthousiasme. Thodore -l'avait compltement convaincu, et il le reprsenta aux chefs -comme le Rdempteur du peuple corse. Les insulaires -attendaient un Messie; le milord arrivait propos. Le moine -le mit en rapport avec ses amis; Neuhoff fit sans doute connatre, -alors, sa vritable identit. Il eut avec les chefs de -nombreuses et longues confrences. Quels arguments fit-il -valoir? Par quels artifices parvint-il persuader aux Corses -qu'il avait le pouvoir de dlivrer leur pays? On l'ignore<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor"> [87]</a>. -Toujours est-il qu'ils furent bien convaincus que le moine ne les -avait pas tromps, et qu'ils tenaient, enfin, un Rdempteur.</p> - -<p>Thodore possdait une grande facilit d'locution; il tait -insinuant et il savait mentir avec cet aplomb et cette force de -persuasion qui en impose. Arriv ce degr, le mensonge est -un art; il y tait matre. Et puis, les Corses se trouvaient -dans une disposition d'esprit o ils ne demandaient qu' tre -convaincus. Le baron leur parla, sans doute, des secours qu'il -se faisait fort d'obtenir de certaines puissances. C'tait toucher -la corde sensible; car les insulaires avaient cette ide fixe: -obtenir l'aide d'un grand tat quelconque. Il leur promit -aussi probablement des canons, des fusils, de la poudre et -des balles. Les Corses possdaient un got trs prononc pour -toutes sortes d'engins de guerre; du reste, ils avaient besoin -de munitions pour faire la guerre aux Gnois et les chasser de -l'le. Il dut encore laisser entrevoir ses nouveaux amis -qu'il avait beaucoup d'argent sa disposition; c'est un argument -<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span> -qui a toujours t dcisif. Bref, il n'oublia rien de -ce qui constituait son rle de sauveur. Il se montra mu des -malheurs du peuple corse; il parut, aux chefs, gnreux, grand, -superbe. Et comme ils taient arrivs un moment o ils avaient -besoin de croire en quelqu'un et d'esprer en quelque chose, ils -crurent en ce faux milord; ils esprrent qu'il leur donnerait la -libert.</p> - -<p>Les confrences de Thodore avec les Corses peuvent vraisemblablement -se rsumer ainsi. Il est probable encore que ces -runions ne se terminrent pas sans que, de part et d'autre, on -et pris certains engagements<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor"> [88]</a>.</p> - -<p>Quand il fut dcid que la Corse serait sauve par le baron -de Neuhoff, on annona la chose au comte de Charny, commandant -des troupes espagnoles arrives quelque temps auparavant -avec l'infant Don Carlos. On fit croire au gnral que -le baron agissait pour le compte de l'Angleterre<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor"> [89]</a>; mais en -attendant que la Corse ft dlivre, le pauvre frre Ruffino fut -arrt et mis en prison. Il est toujours dangereux de vouloir -sauver un peuple. Thodore jugea prudent de ne pas insister; -il partit pour Florence<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor"> [90]</a>.</p> - -<p>Il est vraisemblable de supposer que, ds cette poque, -il ait t en relation Livourne avec le chanoine Orticoni -et avec Dominique Rivarola<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor"> [91]</a>, tous deux agents des Corses -en Italie.</p> - -<p>Que fit rellement Neuhoff pendant les quatre annes qui -<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span> -suivirent les entrevues de Livourne? Il les employa videmment - prparer son dbarquement en Corse. On a prtendu que le -grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Mdicis, lui aurait donn -quelques sequins et une lettre de recommandation pour un -certain Buongiorno qui exerait la mdecine Tunis<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor"> [92]</a>. Il est -vrai que Thodore a connu ce Buongiorno Tunis, soit sous -les auspices de Jean-Gaston de Mdicis, soit de toute autre faon.</p> - -<p>On a prtendu aussi que le baron, en quittant la Toscane, -serait all Constantinople o il aurait t en rapport avec -Franois Rakoczy, prince de Transylvanie, et avec le comte de -Bonneval, un aventurier fameux qui, aprs avoir couru le monde, -finit par prendre le turban et le nom d'Achmet-Pacha. On a -chafaud tout un roman sur les relations de Thodore avec -ces deux personnages<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor"> [93]</a>. Il tait digne d'tre l'ami de Bonneval, -ce grand agit, qui fut enterr dans un couvent de -derviches tourneurs!</p> - -<p>On a dit encore que Neuhoff avait t reu presque solennellement -par le bey de Tunis. Le gouvernement ottoman aurait -mme ordonn au bey, non seulement d'encourager les projets -du baron, mais encore de lui fournir des armes et des munitions, -de mettre enfin un trsor sa disposition<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor"> [94]</a>. L'entreprise se -<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span> -prsente ainsi sous un aspect imposant. Il y aurait eu l un -effort considrable pour chasser les Gnois de l'le, et trs -certainement cet effort eut pu tre couronn de succs. Mais -tout cela rentre dans le domaine de la lgende. Thodore ne fut -jamais officiellement accrdit Tunis. Il ne vit pas le bey. -Celui-ci ne lui fournit aucun secours. Il est certain que le dbarquement -thtral du baron de Neuhoff, Alria, fut machin -Tunis; ce fut de Tunis qu'il partit; mais les prparatifs de -l'entreprise n'eurent pas cette envergure qu'on leur prte.</p> - -<p>Grce un document qui se trouve dans les archives d'tat - Gnes, nous avons des renseignements prcis sur le sjour -de Thodore Tunis et sur ses intrigues<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor"> [95]</a>. Les faits rapports -sont tellement conformes sa manire d'agir qu'il faut nous -en tenir ce document.</p> - -<p>Cette pice est cote sous ce titre:</p> - -<p><i>Copia delle deposizioni fatte nella cancelleria del illustrissimo magistrato -del Riscatto de' schiavi.</i>—<i>Ribellione de' Corsi</i>, filza 11/3009. Archives d'tat -de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p>Un btiment franais, provenant de Livourne, dbarqua, un -jour Tunis, un personnage tranger. Ce personnage tait le -baron de Neuhoff, qui alla, ds son arrive, loger chez Lonard -Buongiorno<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor"> [96]</a>. Fidle ses habitudes de prudence, Thodore -conserva l'incognito pendant un certain temps. Il fit rpandre -le bruit qu'il tait venu Tunis pour racheter tous les Corses -qui y gmissaient dans l'esclavage. Ce rachat devait se faire -avec de l'argent qu'il tenait d'un legs pieux. Il eut de longues -et scrtes confrences avec Buongiorno, avec le Pre administrateur -de l'hpital espagnol et avec le trsorier du bey.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span> -Le but avou de ces confrences tait de dbattre le prix -des esclaves. Mais comme on pouvait s'tonner de ne jamais voir -le charitable personnage donner le moindre argent, il dclara -n'tre venu Tunis que pour fixer le prix des Corses prisonniers. -Les fonds taient dposs Livourne. Quand on se serait mis -d'accord, il irait chercher l'argent qu'il rapporterait plus tard. -Il aimait sans doute marchander, car les entrevues se multiplirent. -Mais Thodore et ses trois compres parlaient certainement -de toute autre chose que des esclaves.</p> - -<p>Buongiorno tait sicilien. Il habitait Tunis avec sa famille -depuis plusieurs annes. Charg par sa nation de racheter des -esclaves, il avait conserv pour lui l'argent destin ce rachat. -Aprs cette belle action, il s'tait bien gard de retourner dans -son pays. Les malheureux siciliens avaient continu leur dur -esclavage. Mais lui, il avait ouvert un cabinet de mdecin -et il jouissait Tunis d'une certaine considration. Dans ce -cabinet, on ne s'occupait pas seulement de gurir les malades: -on y faisait un peu de tout. Pour l'instant, chez Buongiorno, -entre un allemand, un sicilien, un espagnol et un tunisien, -s'laborait le grand dessein d'arracher la Corse la tyrannie -gnoise!</p> - -<p>Ripperda, alors rfugi au Maroc, aurait galement tremp -dans le complot en essayant d'entraner les Marocains dans -une alliance avec les Tunisiens pour favoriser l'entreprise de -Neuhoff<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor"> [97]</a>.</p> - -<p>Thodore n'avait pas d'argent. Il essaya d'emprunter aux -Franais quarante cinquante mille francs; mais les Franais -ne se laissrent pas faire. Buongiorno aboucha son ami avec -des marchands grecs. Sous la caution du mdecin et sous celle du -Rvrend Pre espagnol, il obtint diverses marchandises et -munitions: trois caisses de canons de fusils; deux caisses de -<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span> -lames de sabres; plusieurs barils de poudre et de balles; mille -cinq cents bottes turques, dont la tige montait mi-jambe. Le -consul anglais, Tunis, se serait galement port garant du -payement de ces marchandises. Ces munitions furent embarques -sur un navire battant pavillon britannique et command -par le capitaine Dick, fils naturel du consul.</p> - -<p>Thodore racheta, galement crdit, deux esclaves corses, -promettant sur son honneur de les payer plus tard. Ce mode -de rglement tait dans ses habitudes. Les deux corses se -nommaient Quilico Fascianello, d'Alria, et Patrone Francesco, -du Cap Corse. Ils furent embarqus sur le btiment. Le frre du -mdecin, Cristoforo Buongiorno, et un certain Bigani, fils du -capitaine du bagne de Livourne, faisaient aussi partie de -l'expdition. Quand tout fut prt, Neuhoff monta sur le navire. -Avant de s'embarquer, il donna son vritable nom.</p> - -<p>A peine le navire eut-il pris le large que le mdecin Buongiorno -fit une dclaration dont le bruit se rpandit bientt -Tunis. Le baron Thodore faisait voile vers la Corse avec armes -et munitions pour assister les insulaires. L'infant Don Carlos, -d'Espagne, lui avait promis son aide afin de dlivrer l'le. Bientt -on devait voir arriver, sur les ctes corses, plusieurs navires destins - empcher l'accs de l'le aux Gnois<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor"> [98]</a>. Ceux qui y demeureraient, -n'ayant plus aucun secours, seraient aisment chasss.</p> - -<p>Pour un si grand projet, Neuhoff ne possdait que des -moyens trs restreints: un peu d'argent et quelques munitions -extorques des trafiquants trop confiants; mais il avait -confiance dans son toile. Il allait ceindre une couronne, et, -pour la circonstance, il s'tait revtu d'un beau costume oriental.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span></p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/056.jpg" width="410" height="724" alt="" /> -</div> - -<p><i>Histoire des Rvolutions de l'le de Corse et de l'lvation -de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat.</i></p> - -<p>(La Haye, 1738.)</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE II</h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Dbarquement du baron de Neuhoff Alria.—Il est proclam roi de -Corse.—Son couronnement.—Thodore I<sup>er</sup> notifie son lvation -sa famille.—Opinions et inquitudes des diplomates.—Le roi nomme -les grands dignitaires de la Cour.—Jalousies et querelles des chefs -corses.—Premires oprations contre les Gnois.—Trahison de -Luccioni.—Sa condamnation et son excution.</p> - -<p class="subt">I</p> - -<p>Si certaines parties de la vie de Thodore sont restes dans -une obscurit d'o il est bien difficile, pour un historien scrupuleux, -de les faire sortir, par contre, je n'ose dire par compensation, -les dtails abondent sur son arrive en Corse.</p> - -<p>A la nouvelle du dbarquement d'un tranger Alria, la -rpublique de Gnes, trs alarme, mit en mouvement tout son -personnel diplomatique et administratif pour avoir des renseignements -sur cet inconnu et sur sa famille. On peut facilement -se rendre compte des craintes qui s'emparrent du gouvernement -gnois en compulsant les volumineux dossiers concernant -Thodore dans les archives d'tat Gnes. Les inquisiteurs, -le grand et le petit Conseil, la junte de Corse, toutes ces -diffrentes branches du gouvernement s'occuprent de lui. -Sorba, ministre de Gnes Paris, eut, au sujet du baron, des -confrences avec le cardinal Fleury, Chauvelin et Maurepas.</p> - -<p>L'opinion publique s'intressa l'aventure. Les gazettes -publirent des articles sur cet vnement sensation. Un livre -anonyme<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor"> [99]</a>, imprim La Haye, en 1738, chez Pierre Paupie<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor"> [100]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span> -publia une <i>Relation de la descente d'un tranger en l'le de -Corse</i>. Cette relation donna des dtails qui furent d'accord avec -les rapports des agents gnois.</p> - -<p>On commena par se demander quel tait le personnage -qui se trouvait bord du btiment anglais<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor"> [101]</a>. Les gazettes -mirent plusieurs noms en avant: le fils an du chevalier -de Saint-Georges, le prince Rakoczy, le duc de Ripperda<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor"> [102]</a>, -le comte de Bonneval<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor"> [103]</a>. On finit par savoir que l'inconnu -s'appelait Thodore, baron de Neuhoff, gentilhomme westphalien; -mais comme ce nom, par lui-mme, n'voquait pas -l'ide d'une force suffisante pour accomplir les grandes choses -dont ce dbarquement devait tre le prlude, on chercha -savoir quelles combinaisons il pouvait bien y avoir derrire -tout cela. Le chemin tait ouvert aux suppositions. On entrevoyait -que de graves desseins allaient bientt tre mis excution -sous le couvert de cet agent.</p> - -<p>Jusqu'au commencement du XVIII<sup>e</sup> sicle, la Corse tait -peu prs aussi inconnue que la Californie et le Japon<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor"> [104]</a>. -L'Europe cependant commenait tourner les yeux du ct de -cette le, non qu'elle s'intresst beaucoup aux dmls de la -rpublique de Gnes avec ses sujets, mais la Corse, par sa -position, formant pour ainsi dire l'avant-poste de l'Italie, pouvait -faire natre les convoitises les plus explicables, comme les craintes -les mieux justifies, surtout au milieu de cette paix mal dfinie -qui suivit la guerre de la succession d'Espagne.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span> -Le vaisseau anglais tait muni d'un passe-port dlivr par le -consul anglais Tunis. Alria avait t choisi pour attrir parce -que ce port tait dans la possession des mcontents. Le navire -tira quelques salves auxquelles l'cho du maquis seul rpondit.</p> - -<p>Les moindres dtails concernant les grands personnages ont -toujours eu de l'attrait pour la foule. Le 12 mars 1736, Thodore -entrait dans l'histoire; on ne savait pas encore quel rle il -allait jouer, mais il tait intressant de connatre le costume -qu'il portait. Il tait vtu, dit le chroniqueur de La Haye, d'un -long habit d'carlate doubl de fourrure, couvert d'une perruque -cavalire et d'un chapeau retrouss larges bords, et portant -au ct une longue pe l'espagnole et la main une canne - bec de corbin<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor"> [105]</a>.</p> - -<p>Il se donnait les titres de grand d'Espagne, de lord d'Angleterre, -de pair de France, de baron du Saint-Empire et prince du -Trne romain.</p> - -<p>Ces titres ronflants et cosmopolites ne paraient pas d'habitude -un mme individu; mais ils pouvaient impressionner les -Corses. Une satire disait: Son pe l'espagnole tient la -place de la Toison d'or; sa perruque l'anglaise, de la Jarretire; -sa canne bec de corbin, de cordon bleu; son grand chapeau - l'allemande dsigne la qualit de baron du Saint-Empire, et sa -grande robe d'carlate dnote un diminutif de cardinal, ou, si -l'on veut, un prince romain<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor"> [106]</a>.</p> - -<p>La canne, en tous cas, tiendra lieu de sceptre au nouveau roi. -Il l'tendra plus d'une fois pour apaiser les disputes clatant au -milieu de ses sujets et mme pour taper sur les plus rcalcitrants.</p> - -<p>Thodore avait alors quarante-deux ans. Il paraissait plus -vieux que son ge, car les gens qui le virent Tunis s'accordaient - lui donner entre quarante-huit et cinquante ans. -Il avait la figure ronde et le teint color. Sa barbe chtain, -<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span> -tirant sur le roux, commenait blanchir. Il tait de taille -ordinaire et de corpulence tendant l'embonpoint. Deux dents -de devant lui manquaient: une la mchoire suprieure, l'autre - la mchoire infrieure<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor"> [107]</a>.</p> - -<p>Outre les individus qui s'taient embarqus avec lui Tunis<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor"> [108]</a>, -sa suite comprenait encore trois turcs aux costumes bizarres, -arms la faon barbaresque<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor"> [109]</a>, dont l'un se nommait Monte-Christo<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor"> [110]</a>, -et les deux esclaves corses rachets crdit.</p> - -<p>L'existence du baron de Neuhoff s'tait passe conspirer -d'une faon peu heureuse, nous l'avons vu. Aussi apportait-il, -dans tous les actes de sa vie, des manires, on pourrait dire des -manies, de conspirateur. Sa mfiance lui faisait voir partout des -ennemis, des espions, des piges; sa prudence lui dictait une -conduite propre les viter.</p> - -<p>Une vignette qui sert de frontispice au livre imprim -La Haye, montre Thodore sur le rivage corse dans son merveilleux -costume, tandis que, dans le fond, le vaisseau qui l'a -amen, s'entoure d'un nuage de fume, et qu'un fort, dominant -la rade, rpond aux salves.</p> - -<p>Mais le baron n'avait pas dbarqu quand le navire eut jet -l'ancre. Sa prudence l'emporta sur sa vaine gloriole. Il attendit - bord la rponse une lettre qu'il venait d'crire.</p> - -<p>Cette lettre tait adresse Giafferi, un des principaux agents -de la rvolte. Celui-ci convoqua immdiatement ses amis en -assemble secrte Matra, prs d'Alria, dans la maison d'un -patriote, Xavier dit de Matra. Cette runion se composait, en outre -de Sbastien Costa, avocat, d'Hyacinthe Paoli, et de Giappiconi.</p> - -<p>Les Corses taient trs las; la rvolte commenait s'user. -Mais l'arrive du navire Alria rendit courage aux chefs. Les -indiffrents comme Xavier Matra, ou bien ceux qui jusqu'alors -<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span> -avaient favoris les Gnois, tels les Panzani, accueillirent avec -enthousiasme le personnage qui leur venait de Tunis<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor"> [111]</a>.</p> - -<p>Quand le conseil fut au complet et les portes soigneusement -closes, Giafferi donna lecture de la lettre de Thodore. Elle -tait ainsi conue:</p> - -<p class="titel">Trs illustre seigneur Giafferi,</p> - -<p>Je viens d'atteindre enfin les rivages de la Corse, appel -par vos prires et vos lettres rptes. Le constant amour -ainsi que la fidlit que vous et les Corses m'avez tmoigns -pendant plus de deux ans m'ont pouss surmonter mon -aversion pour la mer et ma crainte du mauvais temps qui -rgne d'habitude pendant cette saison de l'anne. Le ciel, -qui jusqu'ici m'a favoris, a rendu mes voyages prospres. -Je suis ici pour porter tout le secours qui est en mon pouvoir - votre royaume opprim et pour le dlivrer, avec la volont -de Dieu, du joug de Gnes. Ne craignez pas que je puisse -jamais ngliger en aucune faon mon devoir envers vous, si -vous m'tes fidles. Si vous me choisissez comme votre roi, -je demande seulement le droit de modifier une loi parmi vous, -c'est--dire d'accorder la libert de conscience aux hommes -des autres nationalits et des autres croyances qui pourraient -venir ici pour nous assister dans nos entreprises. Venez -tous tant que vous tes, Alria, sans dlai, Costa, Paoli et -les autres, afin que nous puissions nous concerter et tablir -notre base d'action.</p> - -<p class="signature">Votre dvou,<br /> -<span class="i2">Thodore<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor"> [112]</a>.</span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span> -Cette lecture provoqua dans l'assemble un vif enthousiasme. -Les patriotes s'crirent: Vive Thodore notre -Roi!</p> - -<p>On commenait appeler le baron allemand Thodore, -parce que la lettre tait signe de ce nom, dit navement -Rostini dans ses <i>Mmoires</i>. Des prsents destins M<sup>me</sup> Matra, -accompagnaient le message: des dattes, des boutargues et -des langues<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor"> [113]</a>.</p> - -<p>Il y avait aussi pour les patriotes des bouteilles de vritable -vin du Rhin<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor"> [114]</a>.</p> - -<p>Ce vin, chose inconnue alors en Corse, rjouit les chefs -et particulirement le bon Costa, qui s'attendrira toujours devant -des mets succulents ou de fines boissons.</p> - -<p>Il y eut cependant, au milieu de ce concert d'enthousiasme, -une note discordante. Ce fut Hyacinthe Paoli qui la fit entendre; -il sera coutumier du fait.</p> - -<p>Paoli, nous dit Costa, tait un homme jaloux qui aurait -voulu avoir pour lui seul la confiance de l'tranger et dominer -ainsi les autres. Il dclara qu'il n'aimait pas la libert de -conscience que demandait ce personnage<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor"> [115]</a>.</p> - -<p>A premire vue, cette question de libert de conscience pouvait -paratre superflue dans un pays o il n'y avait pas de cultes -dissidents, sauf le rite orthodoxe observ par la colonie de grecs -manotes tablie en 1676 Cargse, petite ville sur la cte -occidentale de l'le.</p> - -<p>Thodore reviendra souvent sur cette question, avec une -insistance qui tonne de la part d'un homme plus port user -d'expdients qu' agir en vue d'un principe; mais cette apparence -de principe rentrait dans la catgorie de ses expdients. -La libert de conscience tait, sans doute, pour lui, le mandat -impratif auquel ses bailleurs de fonds l'avaient contraint. -<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span> -Neuhoff, seul, n'et pas song, en arrivant en Corse, faire cet -<i>dit de Nantes</i>.</p> - -<p>Cependant, la dclaration de Paoli avait jet le trouble dans -les esprits. L'assemble eut recours aux lumires du chanoine -Albertini, un parfait thologien, qui se trouvait justement -Matra<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor"> [116]</a>.</p> - -<p>Le chanoine se pronona sans l'aide d'aucun livre de -thologie. Il fit d'abord remarquer que le Pape accordait, aux -Juifs dans Rome, la libert de conscience et le libre exercice de -leur culte. Il dclara ensuite que les Corses devaient accepter -le personnage quel qu'il puisse tre, car il tait envoy par le -ciel, pour que la Corse ne prt dans la dtresse o elle se -dbattait. La main de Dieu tait visible dans cet vnement. -Il fallait considrer cette arrive comme un miracle. Le -seigneur Thodore atteignait, en effet, les rives de Corse dans -les jours o l'Eglise clbre l'Annonciation de la Vierge -Marie, laquelle avait t le fondement de la Rdemption universelle<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor"> [117]</a>.</p> - -<p>Ces paroles rpondaient au sentiment de la majorit. Elles -furent accueillies avec enthousiasme, et la voix de l'opposant -fut touffe sous les applaudissements. Paoli dut se rsigner. -Dans ce nouveau rgime auquel il fait mine d'adhrer, son -ambition inquite et envieuse lui fera jouer un rle d'opposition -continuelle, pour ne pas dire de trahison.</p> - -<p>L'assemble dcida que les chefs iraient Alria souhaiter -la bienvenue au seigneur Thodore. Mais, dans la crainte de -quelque tentative des Gnois, on rsolut d'oprer dans le plus -grand secret.</p> - -<p>Les corses passrent la nuit Matra. A l'aube, ils se -mirent en route. Ces gens qui s'en allaient au devant de leur -messie, chantrent en cheminant des chansons patriotiques. -<span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span> -Paoli lui-mme chantait. Il tait pote et avait compos la -plupart de ces <i>ballate</i> vibrantes<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor"> [118]</a>.</p> - -<p>Son Excellence reut les chefs merveille. Neuhoff se rendit -avec eux dans une maison du village o un souper fut prpar. -Ce repas rjouit les cœurs des patriotes. Le linge tait d'une -blancheur irrprochable, les dattes exquises, les vins parfaits. -Thodore racontait fort bien, et ses charmantes histoires de -voyages rendirent la boisson plus agrable et les viandes -plus savoureuses<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor"> [119]</a>. Aprs le repas, Neuhoff dut paratre -au balcon. Il se montra au peuple entour des chefs corses et -escort de ses esclaves maures portant des lumires. La foule -l'acclama. Puis, il passa toute la nuit avec ses nouveaux amis, -continuant la narration de ses aventures bauche au souper, -d'une faon plus favorable sa cause, assurment, que conforme - la vrit. Sous le rapport de la parole, il tait dou et il -blouissait ses auditeurs. Les manires affines de l'ancien page -de Versailles taient faites pour impressionner les natures -frustes de ces insulaires. L'aube interrompit ces entretiens. -Giafferi et ses amis se retirrent enthousiasms, laissant leur -messie s'endormir sous la garde des sentinelles.</p> - -<p>En venant, dans la matine, rendre hommage Son Excellence, -les patriotes la trouvrent au lit, encore fatigue de la -veille et des libations de la nuit prcdente<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor"> [120]</a>. Neuhoff, qui -avait l'habitude des cours, les retint dans sa ruelle pour son -petit lever. Il s'entretint longuement avec ceux qui dj lui constituaient -une cour.</p> - -<p>Thodore demanda aux chefs quelques dtails sur la situation -et les engagea formuler leur avis. Ils rpondirent: Il ne reste -rien faire Votre Excellence que de notifier ces faits au -peuple et vous serez lu roi d'un consentement universel<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor"> [121]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span> -Le baron les interrompit; ds son arrive il entendait parler -en matre<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor"> [122]</a>.</p> - -<p>Il ne faut rien prcipiter, dit-il, nous devons, d'ailleurs, -attendre l'arrive d'Arrighi et de Fabiani, de Corte et de la -Balagne. Je leur ai dj crit et si leur opinion est pareille -la vtre, nous continuerons, alors, parler des affaires d'tat. -Pour l'instant, prenons deux jours de repos et de plaisirs -pour nous prparer la lourde tche qui nous incombe<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor"> [123]</a>.</p> - -<p>Les patriotes admirrent cette prudence.</p> - -<p>Il entrait videmment dans les vues de Thodore d'avoir, -avec lui, tous les chefs reconnus des mcontents, pour s'assurer -le concours unanime des insulaires. Ne mettait-il pas aussi -une certaine coquetterie se faire prier d'accepter une couronne -dont il ne voulait, disait-il, que pour le bonheur du peuple -corse dont les malheurs l'avaient si mu?</p> - -<p>Aprs son discours, Neuhoff se leva, et une demi-heure -aprs, dit le fidle chroniqueur de cette arrive sensation, -Son Excellence parut devant les gnraux et leurs -amis. Le baron avait grand air dans son vtement carlate et -sous sa majestueuse perruque. Il portait une pe au ct et -tenait sa fameuse canne en main. Six intendants, un chambellan -et trois esclaves l'accompagnaient. Les chefs taient assembls -sur son passage; il les salua avec cette grce un peu hautaine -dont usent les princes. Puis il manifesta le dsir de sortir -de la ville pour admirer la belle et vaste plaine qui s'tendait -aux alentours<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor"> [124]</a>.</p> - -<p>Dans son journal, le bon Costa se montre d'un enthousiasme -dbordant pour les moindres actions du seigneur Thodore. Il -les relate heure par heure avec les plus minutieux dtails. Un -peu naf comme crivain, mais, par cela mme, d'une sincrit -qui rend son tmoignage historique prcieux, il fut, ds les -<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span> -premiers jours, entirement dvou Neuhoff. Garde des sceaux, -grand chancelier de ce royaume phmre, il est le fidle serviteur -de l'aventurier dans les heures lumineuses o tous acclament -cet tranger qui semblait personnifier les suprmes esprances; -il restera son compagnon dvou dans les jours misrables, -quand, la dsillusion venue, chacun abandonnera le matre -qui n'a pas russi. S'il fut le Blondel d'un Richard peu grandiose, -Costa n'en est pas moins une figure touchante.</p> - -<p>Les deux premiers jours furent employs en promenades.</p> - -<p>Pendant ces visites aux environs, on dbarquait la cargaison -du navire. Le baron fit faire une distribution de sequins, de -fusils et de chaussures au peuple<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor"> [125]</a>. Ces chaussures de bon cuir -taient, a-t-on dit, une magnificence ignore en Corse<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor"> [126]</a>. -Il est vrai que les insulaires n'avaient pas l'habitude de porter -des bottes l'orientale.</p> - -<p>Neuhoff, du reste, laissait planer, sur les munitions et sur -l'argent qu'il apportait, un mystre favorable aux suppositions -les plus avantageuses; mais les ressources dont il disposait -taient trs modestes. Les Corses devaient bien vite s'en apercevoir, -et ils le lui firent sentir.</p> - -<p>Tandis qu'on faisait ces petites distributions, Paoli et les -autres chefs haranguaient le peuple. Et quand Thodore paraissait, -on commenait dj crier: <i>Viva il nostro Re!</i><a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor"> [127]</a>.</p> - -<p>Cependant Arrighi et Fabiani n'arrivaient pas. Il fut dcid -que Thodore et ses conseillers se rendraient dans la montagne, -au village de Cervione. C'est l que le couronnement -devait avoir lieu<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor"> [128]</a>. Et puis, la prudence commandait ce dplacement. -Les ctes de l'le n'taient pas l'abri d'un coup de -main des Gnois. Le fort de San Pellegrino, o ils tenaient garnison, -se trouvait prs d'Alria. L'intrieur des terres, avec ses -<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span> -hauteurs, ses villages retranchs et ses maquis, offrait toute la -scurit dsirable pour prparer l'entre en campagne.</p> - -<p>On allait se mettre en route lorsqu'une querelle s'leva entre -les partisans de Paoli et ceux de Giafferi, pour une question de -prsance. La dispute s'loigna bientt des vaines subtilits du -protocole pour dgnrer en bataille; des coups de fusils furent -changs. Thodore se prcipita au milieu des combattants en -brandissant sa fameuse canne bec de corbin. Que prtendez-vous -par cette folie? s'cria-t-il. Si je dois tre le chef -parmi vous, je rglerai les honneurs et la prsance suivant les -mrites. Si les agresseurs, dans cette dispute, ne viennent pas -immdiatement faire leur soumission, demain je retournerai -mon bord et je mettrai la voile pour le continent<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor"> [129]</a>. Ce -discours fit tout rentrer momentanment dans l'ordre; mais cet -incident avait retard le dpart. Le cortge ne put se mettre en -marche qu' la tombe du jour. Neuhoff ne voulait pas arriver -pendant la nuit Cervione; son effet aurait t manqu. La -cour s'arrta sur les bords de la Bravona. Une cabane de -berger se trouvait l; on s'y installa tant bien que mal pour y -attendre le jour. La cahute fut rserve Son Excellence; la -suite resta au dehors, tandis que les horreurs de la nuit -taient dissipes par la multitude des feux qui avaient t -allums<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor"> [130]</a>.</p> - -<p>Vers midi, Thodore et ses vaillants compagnons arrivrent - Cervione. Le peuple tait assembl sur la place; de longues -acclamations retentirent. On salua le personnage de salves de -mousqueterie si nourries que l'cho en arriva jusqu'au fort -gnois de San Pellegrino. Le commandant se demanda avec -anxit ce que tout ce tapage voulait bien dire. Et comme les -coups de fusil ne s'arrtaient pas, paraissant au contraire -augmenter, il eut peur. Il fit mettre une felouque la mer et -<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span> -l'envoya Bastia pour informer du fait Rivarola, le gouverneur -gnois<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor"> [131]</a>.</p> - -<p>Mais, de part et d'autre, c'est--dire entre gens de Cervione -et soldats de San Pellegrino, les hostilits se bornrent l. -L'Iliade de la Corse abonde en traits de ce genre.</p> - -<p>Neuhoff fut solennellement conduit au palais piscopal abandonn -par l'vque d'Alria depuis plusieurs annes<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor"> [132]</a>. Ce -prlat, M<sup>gr</sup> Mari, issu d'une famille gnoise, avait sa rsidence - Cervione cause du mauvais air des basses terres. Il y a -lieu de croire que l'air, en ce moment, ne lui semblait pas -meilleur sur les hauteurs, car il restait Gnes.</p> - -<p>Tandis qu'on prparait le souper, les moines du couvent se -rendirent auprs de Son Excellence et la remercirent de venir -de si loin pour les assister. Des Franciscains suivirent, portant -comme prsents de bienvenue quelques produits indignes: des -oranges, des citrons et des flacons de vin vieux de deux ans. -Thodore eut une parole aimable, un encouragement pour -chacun; tous se retiraient sous le charme<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor"> [133]</a>. De son ct, -il dut tre satisfait de l'accueil des Corses.</p> - -<p>On continuait dcharger la cargaison du navire anglais. -Quelques pices de canon furent dbarques, et Thodore -envoya quarante hommes de Cervione avec des mulets pour -effectuer le transport de cette artillerie jusqu'au village. Les -plus grosses pices furent laisses pour la nuit au bas de la -colline, les plus petites, au nombre de quatre, furent places -devant la demeure de Son Excellence avec des sentinelles, ce qui -donna un certain air de grandeur l'ancien vch, qui allait -bientt devenir palais royal. Au matin, toute la population se -rendit au bas de la colline pour assister au transport des canons.</p> - -<p>Neuhoff prouvait de grandes difficults suscites par la -jalousie des chefs. Il y avait eu des tiraillements lorsqu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span> -s'tait agi d'assigner les chambres dans le palais piscopal. -Paoli voulait occuper la pice contigu l'appartement de Son -Excellence. Giafferi la dsirait galement, d'o des disputes -que Thodore apaisa en menaant les Corses de partir de suite -pour le continent. L'ordre se rtablit; Paoli eut la chambre -qu'il convoitait; Giafferi se calma. Quant au doux Costa, -comme il ne demandait rien, il partagea le logement de -Giappiconi. Puis, eut lieu une autre aventure qui faillit tourner -au tragique.</p> - -<p>Un des maures, venus de Tunis, avait donn un soufflet un -Corse qui, pour se venger, administra une racle au Turc -sous les yeux du baron qui tait sa fentre. Celui-ci fit enfermer -l'insulaire. A grands cris, ses compatriotes rclamrent sa -mise en libert; un tumulte violent s'leva; Thodore se vit -entour d'une foule hostile. Il prit une torche allume, monta -sur un baril de poudre, prt se faire sauter plutt que de se -laisser molester par ses futurs sujets. Les chefs arrivrent -heureusement et purent apaiser la fureur du peuple. Neuhoff -consentit descendre de son baril et tout rentra dans l'ordre<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor"> [134]</a>.</p> - -<p>Il s'occupa ensuite de l'organisation militaire. Cinq jours -furent consacrs ce travail; tous les soldats enrls reurent -une avance de solde. Thodore nomma Paoli trsorier en chef; -son emploi consistait distribuer la monnaie d'or apporte de -Tunis, et, comme entre en fonctions, il reut un prsent de deux -cents sequins<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor"> [135]</a>. Sa fidlit tait assure pour quelque temps.</p> - -<p>Ces prparatifs taient insuffisants pour entamer une action -srieuse, d'autant plus qu'Arrighi et Fabiani ne donnaient pas -signe de vie. Aussi le baron dclara-t-il son entourage qu'il -voulait attendre le retour de son navire qu'il avait envoy -<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span> -Livourne. Un de ses lieutenants devait en effet, disait-il, revenir -avec de nouvelles munitions<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor"> [136]</a> et une couronne pour -le sacre<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor"> [137]</a>. Mais en attendant, il annona aux chefs qu'il -avait l'intention d'aller passer quelques jours sur la cte, - Matra, pour se reposer de son voyage. Il leur dclara que -si, son retour, l'arme tait organise et si les patriotes -n'avaient pas chang d'avis, il se laisserait couronner roi. -Il partit avec Giafferi et Giappiconi<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor"> [138]</a>.</p> - -<p>Costa, qui avait l'habitude d'approuver toutes les actions de -son matre, trouva ce dplacement trs sage. A peine arriv, et -quand de si imprieuses raisons l'obligeaient rsider dans -l'intrieur, pourquoi Thodore songeait-il rallier la cte, -comme s'il et voulu tre prt partir la moindre alerte? Cette -retraite semble nigmatique. Elle dura peu; il resta six jours -seulement Matra. A son retour, il trouva deux cent seize -compagnies organises par Costa et Paoli. Chacune d'elles devait -tre commande par un capitaine. Ces officiers de hasard furent -individuellement prsents Thodore<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor"> [139]</a>.</p> - -<p>Tout semblait donc prt pour le couronnement, mais le futur -roi attendait avec anxit l'arrive du navire. Comme ce -btiment tardait, il consentit se laisser couronner, car -il tait urgent d'entrer en campagne. D'ailleurs la prsence -d'Arrighi et de Fabiani, enfin arrivs, compltait la runion des -principaux chefs.</p> - -<p>Fabiani avait avec lui une escorte de cent hommes. Ses -chevaux taient richement harnachs, car la Balagne, sa province, -considre comme le jardin de l'le, produisait de bon vin -et des huiles excellentes<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor"> [140]</a>.</p> - -<p>Le couvent d'Alesani, qui se trouvait dans une valle derrire -<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span> -Cervione, fut choisi pour le sacre. L'endroit tait plus accessible -que le village. La Cour s'y rendit donc et fut commodment -loge, grce M. Giovanni Pasquino<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor"> [141]</a>.</p> - -<p>Les chefs se runissaient dans la grande salle du couvent, -o de longues discussions avaient lieu. Arrighi proposa une -chose fort sage. A son avis, il convenait de surseoir au couronnement -du roi jusqu' ce qu'un succs important ft remport -sur les Gnois<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor"> [142]</a>. La majorit de l'assemble ne partagea pas -cet avis. Mais les chefs corses furent unanimes sur un point: ils -ne donnaient Neuhoff que le titre platonique de roi et conservaient -pour eux toute l'autorit effective. Thodore dut jurer -fidlit la constitution que lui imposaient ceux que plus tard on -appela les magnats du royaume de Corse.</p> - -<p>Voici comment se rsumait cette constitution.</p> - -<p>Le Seigneur Thodore, baron libre de Neuhoff, est dclar -souverain et premier Roi du roaume. La succession tait -rgle suivant l'ordre de primogniture pour les descendants -mles et, dfaut, dans le mme ordre pour les filles<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor"> [143]</a>. Le -souverain et ses successeurs devaient pratiquer la religion -catholique romaine.</p> - -<p>Cet article confessionnel ne devait pas beaucoup gner le -roi. N protestant, il se serait converti au catholicisme en -Espagne cause des emplois qu'il y occupait<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor"> [144]</a>. S'il ne pratiquait -pas, il faisait du moins mine de suivre le culte catholique. -A son arrive en Corse il entendait, disait-on, trois messes -par jour<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor"> [145]</a>. Henri IV avait tax Paris une messe, Thodore -renchrissait.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span> -A dfaut de descendants, le baron pourrait, ds son vivant, -dsigner un successeur dans sa parent masculine ou fminine, - condition que ce successeur ft catholique romain et qu'il -rsidt dans le royaume.</p> - -<p>Si la famille de Thodore et de ses successeurs venait s'teindre, -les Corses seraient libres de disposer d'eux-mmes et de -choisir le gouvernement qui leur plairait.</p> - -<p>Le cinquime article instituait une Dite compose de vingt-quatre -membres, pris parmi les sujets les plus qualifis et les -plus mritants, soit seize pour les provinces d'en de des -monts, et huit pour celles d'au del. Trois membres de la Dite -rsideraient la cour et le roi ne pourra rien rsoudre sans -leur consentement, soit par rapport aux impts et gabelles, -soit par rapport la paix ou la guerre. L'autorit de cette -Dite s'tendrait toutes les branches administratives. Seuls, -les Corses, l'exclusion de tout tranger, seraient appels -aux dignits, fonctions ou emplois crer dans le royaume.</p> - -<p>Ds que les Gnois seraient chasss et la paix tablie, -le roi avait la facult d'employer douze cents hommes de -troupes trangres. Au del de ce nombre, le souverain avait -besoin du consentement de la Dite. Quant sa garde personnelle, -Sa Majest pourrait avoir auprs de sa personne des -soldats corses ou trangers, son choix. Exception tait faite -pour les Gnois que la constitution proclamait jamais bannis -de Corse. Leurs biens taient confisqus ainsi que ceux des -Grecs tablis, prs d'un sicle auparavant, Cargse. Cette dernire -viction n'tait pas un acte d'intolrance religieuse, mais -elle rentrait dans les mesures de reprsailles politiques qu'on -appliquait aux Gnois, dont ces Grecs s'taient toujours montrs -les loyaux sujets.</p> - -<p>La constitution rglait les impts, tailles et gabelles dont les -veuves taient exemptes. Elle fixait le prix du sel, les poids et -les mesures. Une universit publique pour les tudes du droit et -de la physique serait tablie dans l'une des villes du royaume. -<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span> -Le roi, d'accord avec la Dite, devait assurer cette institution -les revenus suffisants pour subsister et lui accorder les mmes -privilges qu'aux autres universits publiques. L'article 17 -portait que le roi crera incessamment un ordre de vraie -noblesse pour l'honneur du royaume et de divers nationaux.</p> - -<p>Enfin, les bois et les terres labourables demeureraient, dans -le prsent et dans l'avenir, la proprit exclusive des Corses. -Le roi n'y aurait d'autre droit que celui dont jouissait la -rpublique<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor"> [146]</a>.</p> - -<p>Cette constitution ne laissait pas beaucoup d'initiative au -souverain. Aprs avoir t approuve par tous, il fut dcid que -le couronnement aurait lieu sans retard.</p> - -<p>Le samedi 14 avril, la grand'messe fut clbre au couvent -d'Alesani. L'office termin, en signe de rjouissance, le peuple -tira de si nombreux coups de fusil que la garnison gnoise de -San Pellegrino eut peur encore une fois, mais elle ne bougea -pas<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor"> [147]</a>. Si les Corses avaient employ toute la poudre qu'ils -brlaient en l'honneur de Thodore faire le coup de feu contre -les Gnois, ils les auraient chasss de l'le.</p> - -<p>Le lendemain—le dimanche 15 avril<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor"> [148]</a>,—jour fix pour le -sacre, la grand'messe fut de nouveau chante. Paoli harangua -le peuple. Le baron parut son balcon. Des acclamations accompagnes -de salves nourries retentirent<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor"> [149]</a>.</p> - -<p>Puis les magnats de Corse se runirent dans le rfectoire -du couvent o un festin de cent couverts tait prpar. Suivant -<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span> -la coutume, Thodore fut salu par des complaintes improvises -en son honneur. Elles taient si nombreuses, dit l'historiographe -Costa, qu'on pouvait toutes les confondre. Mais -la cantate que Paoli, expert en posie, dclama la fin du repas -avec M. Garchi, verre en main, fut accueillie par un tonnerre -d'applaudissements<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor"> [150]</a>. Le banquet termin, la crmonie du -couronnement commena.</p> - -<p>Au milieu de la place du village, on avait rig une -estrade laquelle trois marches donnaient accs. Sur cette -plateforme, recouverte d'toffes aux couleurs barioles, on -avait plac un trne, c'est--dire le sige le plus majestueux -qu'on ait pu trouver. Deux chaises encadraient ce sige. Le -sol tait jonch de fleurs sauvages du maquis aux senteurs -pntrantes.</p> - -<p>Les gnraux vinrent chercher Son Excellence et l'accompagnrent -jusque sur la plateforme. Thodore en gravit les -degrs avec dignit et s'assit sur le trne. Paoli prit place -droite, Giafferi gauche. Le peuple se tenait debout, encadrant -l'estrade. On avait prpar pour le sacre une couronne de -chtaignier orne de rubans. Fabiani la trouvant indigne du -roi, la prit et la jeta en disant qu'il fallait lui en procurer une -plus convenable son rang<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor"> [151]</a>. On confectionna alors une -splendide couronne de laurier<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor"> [152]</a>, que les chefs apportrent et -posrent sur la tte du baron. Costa fit un discours. Giafferi -donna lecture de la constitution. Le peuple, de nouveau, tira -des salves de mousqueterie au milieu de frntiques applaudissements. -Les gnraux se levrent, mirent un genou en terre et -rendirent hommage leur roi. Chaque homme, tour de rle, -en fit autant. Le procs-verbal de l'lection fut rdig au nom -<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span> -et la gloire de la trs Sainte-Trinit, le Pre, le Fils et le Saint-Esprit -et de la Vierge Marie Immacule. Sa Majest descendit -enfin de son trne et pntra dans l'glise, suivie de tous les -chefs et d'un grand concours de population. Le prtre prsenta -le livre des Saints vangiles; Thodore tendit la main et jura -obissance la constitution. Les chefs prtrent serment de -fidlit au roi, tandis que le peuple poussait de longues acclamations. -Le prtre, avec toute la pompe possible, entonna le -<i>Te Deum</i> qui fut ensuite repris par deux chœurs. L'officiant -donna enfin la bndiction au milieu des coups de fusil. -Aprs quoi, le roi gagna ses appartements accompagn par ses -sujets. Lentement la foule se dispersa<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor"> [153]</a>. Le soir un souper -fut servi. Le repas se prolongea dans le calme, parce qu'il -n'y avait plus rien faire relativement la cration d'une -majest<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor"> [154]</a>.</p> - -<p>Les Corses avaient ajout une page leur histoire. Ils -s'taient offert un roi vtu la turque, sur la tte duquel ils -avaient pos une couronne de laurier que rien ne justifiait.</p> - -<p class="subt">II</p> - -<p>Les insulaires taient-ils sincres en couronnant le baron de -Neuhoff? Ils ont prtendu que, dans leur pense, cette lection -n'avait jamais t srieuse. Un chroniqueur corse—trs corse -mme—fait ces rflexions: Les Corses les plus sages et les -plus senss n'ont jamais prtendu faire de Thodore un roi; -mais comme les populations taient fatigues par la guerre et -endormies par le commissaire Rivarola qu'on appelait pour -cette raison <i>Sirne enchanteresse</i>, il fallait, pour les tirer de -<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span> -leur lthargie et de leur abattement, quelque chose qui ft du -bruit. Or, rien n'tait plus propre faire du bruit que l'lection -d'un roi tranger qui, avec un seul vaisseau et de minces provisions, -tait venu dbarquer sur la cte. Les Corses voulaient -encore faire entendre par l, tous les princes de l'Europe, -qu'ils taient disposs embrasser le parti le plus trange -qui se prsenterait eux, ft-ce celui du Turc (puisque -Thodore venait de Tunis), plutt que de se soumettre aux -Gnois<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor"> [155]</a>. Il est vrai que ces rflexions ont t crites aprs -coup. Mais elles refltent bien l'tat d'esprit des insulaires. -Trop orgueilleux pour avouer qu'ils avaient t sduits et tromps -par un monsieur vtu l'orientale, ils prfraient insinuer -qu'en posant une couronne de laurier sur sa tte, ils s'taient -moqus de lui.</p> - -<p>Le vice-consul de France Bastia, d'Angelo, affirmait que -le couronnement de Thodore tait une ruse des chefs, qui -pour n'tre pas inquits par les puissances trangres, ont lu -un roi de carnaval. Il citait un fait comme preuve. Un Corse -avait publiquement tmoign son mpris pour la nouvelle majest. -Le roi le fit mettre en prison et le condamna mort. Mais il dut -lui rendre la libert devant les menaces de ses camarades. Il -est ais de juger aprs cela du pouvoir de Sa Majest, et ce n'est -que pour avoir la bride sur le col qu'on a invent un nouveau -stratagme<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor"> [156]</a>.</p> - -<p>Quant au baron, il se charge lui-mme de nous dpeindre -son tat d'me,—comme diraient les psychologues modernes,—aprs -son dbarquement en Corse. On a publi une -lettre de lui son cousin de Westphalie, le baron de Drost, -date du 18 mars 1736<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor"> [157]</a>, pour lui notifier son lvation -<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span> -au trne. Quelques jours plus tard, le 26 mars, il crivit son -beau-pre Marneau<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor"> [158]</a> pour lui faire part de son <i>avancement</i>. -de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p>Pendant de longues annes, l'aventurier, la recherche de -la fortune, traqu de pays en pays par ses cranciers, oublie sa -famille dont il sait ne pouvoir tirer que des rprobations. Quand -il croit avoir enfin fix le sort et atteint un but inespr, puisqu'un -peuple le supplie d'accepter une couronne, il se retourne vers -les siens, justifie sa conduite passe par le rsultat prsent. -Il va mme jusqu' leur offrir sa protection sur un ton dgag. -Il escompte la fin de son aventure, se donnant dj le titre de -roi de Corse sous le nom de <i>Teodoro il primo</i>, tandis que vis - vis des mcontents, il use de coquetterie, se montrant peu -press d'accepter la royaut.</p> - -<p>Mais une autre question devait le proccuper. D'une race -trangre, d'un temprament diffrent, il se sentait sans doute -isol au milieu de ses nouveaux sujets. L'inconstance politique -dont les Corses avaient dj donn tant de preuves dans le cours -de leur histoire, l'inquitait. Il pouvait se dire qu'au fond rien ne -l'attachait ce pays. Qu'avait-il fait pour mriter les acclamations -et la couronne? Il profitait de la lassitude des insulaires, -de leurs rancunes et de leurs ambitions. Son crdit n'tait bas -sur aucun service rendu. Il n'avait pour lui que l'engouement -irrflchi d'un peuple mcontent. Il songeait fixer sa popularit -par la stabilit du principe dynastique; c'est pourquoi il exprimait -le dsir d'avoir auprs de lui quelqu'un de sa famille<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor"> [159]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span> -Dans sa lettre son beau-pre, comme aussi dans une ptre -adresse le 22 avril au comte de la Marc (<i>sic</i>)<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor"> [160]</a>, Thodore -demande qu'on lui obtienne l'assistance du roi de France. Il -propose mme d'accrditer un reprsentant auprs du gouvernement -franais! L'aventurier avait cela de remarquable -dans son caractre que rien ne l'arrtait. L'ide de traiter de -pair avec Louis XV, dnotait chez lui une vritable folie des -grandeurs.</p> - -<p>Marneau—un brave employ—ne rpondit pas son -beau-fils. Il se contenta de hausser les paules, de juger -comme elle le mritait l'quipe de Thodore, et de trouver -d'un comique achev la pense d'avoir un roi dans sa -famille<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor"> [161]</a>.</p> - -<p>Au premier rcit du dbarquement du baron en Corse et de -son couronnement on s'tait pos cette question: d'o vient -l'argent? Thodore n'avait aucune ressource personnelle: il tait -cribl de dettes. Qui lui avait fourni de l'argent et des munitions? -S'il ne s'tait agi dans l'aventure que des ternels dmls entre -les Corses et les Gnois, on se ft peut-tre content de s'amuser -au spectacle dont la Srnissime Rpublique payait, de fort -mauvaise grce, les frais. Mais on pouvait craindre que la Corse -ne passt en d'autres mains.</p> - -<p>Depuis la rvolution de 1729, le gouvernement franais -se proccupait de cette question. On prvoyait que si les -Gnois venaient tre chasss de l'le, une autre puissance s'y -tablirait. Au moment mme de l'arrive de Thodore, et avant -qu'il n'en et connaissance, Campredon, envoy de France -Gnes, signalait l'tat dplorable dans lequel se trouvaient les -affaires de la rpublique en Corse. Les Gnois arriveraient difficilement -<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span> - rduire les mcontents<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor"> [162]</a>. Chauvelin, de son ct, -recommandait Campredon de prendre sur ces vnements -des informations exactes<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor"> [163]</a>.</p> - -<p>Ce n'tait pas facile d'avoir, Gnes, des renseignements -prcis sur les affaires, et, en particulier sur celles de Corse. -On en tait rduit aux bruits qui circulaient, aux informations -colportes, souvent un rel labeur de suppositions et de conjectures. -C'tait dans les runions et table, que Campredon -recueillait les nouvelles. Quelques-unes aussi lui taient apportes, -avec des airs mystrieux et cet amour de conspirer pour -des futilits, que les vieilles rpubliques italiennes ont dans -le sang.</p> - -<p>Il n'tait pas seul suivre de prs les affaires de Corse. Le -comte Rivera, envoy du roi de Sardaigne, paraissait aussi -s'y intresser d'une faon toute particulire. Il transmettait - son gouvernement tous les renseignements qu'il pouvait -avoir<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor"> [164]</a>. Campredon ne se faisait pas scrupule de lui communiquer -les nouvelles mandes par le vice-consul de France - Bastia, puisqu'en somme, ces nouvelles n'avaient rien de -secret.</p> - -<p>Rivera pensait que l'affaire tait fort srieuse, malgr l'optimisme -qu'affectaient les Gnois. Ils s'ingniaient dtruire -toutes les lgendes qui se formaient autour de Neuhoff, et s'efforaient -de faire croire que leur situation en Corse tait moins -mauvaise qu'on ne le disait, et que l'quipe n'avait aucune -importance. Selon certains, l'aventurier tait appuy par -une puissance trangre. On ne souponnait pas la France, -mais on disait que derrire Thodore il y avait ou l'Espagne ou -<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span> -l'Angleterre. L'tendard espagnol devait tre arbor sur la -premire ville que prendraient des rvolts<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor"> [165]</a>. A Bastia, on faisait -courir le bruit que tout l'argent que ce turc distribuait tait -faux<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor"> [166]</a>, et on tait convaincu qu'il n'tait qu'un masque<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor"> [167]</a>. -Il n'y avait rien d'tonnant ce que cette opinion et cours en -Corse.</p> - -<p>L'un des principaux arguments avec lesquels le baron avait -sduit les Corses, n'tait-il pas, en effet, la promesse d'un -appui tranger. Mais avant que le masque ne tombt de lui-mme, -la diplomatie tchait de le soulever. Elle n'arrivait cependant -pas satisfaire sa curiosit, d'autant plus que les Gnois -ne faisaient rien pour aider claircir le mystre. Pourtant la -question les intressait plus que qui que ce soit; mais ils -sentaient fort bien que les ministres trangers, en s'occupant -de l'aventure, n'agissaient pas seulement dans un but -platonique.</p> - -<p>Les Gnois se donnaient beaucoup de mal pour affirmer que -Thodore n'tait qu'un fantme qui tombera au premier dgot -d'une populace tumultueuse et toujours avide de nouveaut. -<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span> -Mais la diplomatie voulait voir en lui autre chose qu'un <i>fantme</i>; -elle tenait pour le <i>masque</i><a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor"> [168]</a>.</p> - -<p>Chauvelin s'inquitait fort de ces bruits. L'installation des -Anglais en Corse porterait un trs grand prjudice au commerce -de la France en Mditerrane<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor"> [169]</a>.</p> - -<p>Il et galement t trs nuisible aux intrts franais que -l'Espagne s'tablt en Corse. La possession de l'le assurerait -sa prpondrance en Italie et dans la Mditerrane; il n'tait -donc pas invraisemblable qu'elle y penst. Dj Campredon -avait fait part son ministre de l'attitude qu'avait Cornejo, son -collgue d'Espagne Gnes. Il se montrait fort attentif aux -nouvelles de Corse. Mais l'envoy de Sa Majest Catholique -dclara que l'Espagne et Naples n'taient pour rien dans les -affaires de Thodore<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor"> [170]</a>.</p> - -<p>Mais on se demandait d'o venait l'argent qui avait servi -Thodore pour son quipe. On reconnaissait l'aventurier de -l'esprit, de la hardiesse, mais on savait qu'il ne possdait -rien et que les Corses, puiss par une longue guerre, galement -pills par les Gnois et par les Allemands, n'avaient -aucune ressource. Campredon s'obstinait voir les Anglais ou -<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span> -les Espagnols sous le baron. L'envoy imprial, Guicciardi, partageait -aussi cette manire de voir<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor"> [171]</a>.</p> - -<p>Voil, en quelques mots, d'un ct l'tat d'esprit des Corses et -celui du baron, de l'autre les proccupations de l'Europe au -dbut de cette aventure. Mais les craintes des diplomates taient -vaines; pour l'instant, aucune puissance ne protgeait Thodore. -Il avait tout simplement filout des trafiquants europens en -Tunisie et quelques mahomtans crdules, comme plus tard -il filoutera des juifs hollandais.</p> - -<p class="subt">III</p> - -<p>Le lendemain du sacre, le roi se trouva trs fatigu. Il se -sentait fbricitant et ce fut de son lit qu'il remplit les premiers -devoirs de sa royaut. Il runit les chefs dans sa ruelle, forma -son ministre et distribua avec gnrosit des titres et des -emplois.</p> - -<p>Il nomma Paoli et Giafferi gnraux et premiers ministres. -L'avancement tait mdiocre. Nous savons, en effet, qu'en faisant -des lois rpublicaines, ils avaient pris les titres de primats et -d'altesses royales. Costa devint grand chancelier, secrtaire -d'tat et garde des sceaux. Giappiconi fut nomm secrtaire de -la guerre<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor"> [172]</a>.</p> - -<p>Un historien fait remarquer que beaucoup de comtes et -marquis manrent de cette premire promotion<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor"> [173]</a>.</p> - -<p>Le roi avait crit cette liste de sa main. Quand il notifia ces -nominations aux intresss, ceux-ci, nous dit Costa, se montrrent -trs touchs. Thodore tint ensuite rception dans sa chambre -<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span> - coucher. Pendant cette rception, des tasses de chocolat -furent passes la ronde et beaucoup de personnes vinrent pour -s'incliner devant le souverain et boire le dlicieux breuvage<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor"> [174]</a>.</p> - -<p>Paoli et Giafferi ne furent pas contents des titres et des -situations donns aux autres; ils voulaient tout pour eux. En -sortant de la chambre royale, ils allrent sur la place pour -examiner de plus prs le dcret que le roi avait fait placarder -devant sa porte. Cette longue liste d'honneurs octroys les mit -en fureur. Ils dchirrent l'arrt royal. Thodore, inform du -fait, sortit immdiatement. Il tait fort en colre et exigea des -excuses publiques. Costa reut l'ordre d'crire une copie du -dcret et de l'afficher l'endroit mme o l'autre avait t -lacr<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor"> [175]</a>.</p> - -<p>Paoli cra au roi de nouvelles difficults avec les exigences -de son ambition inquite. Thodore avait confr -Fabiani les fonctions de vice-prsident du conseil de guerre. -Paoli convoitait cette position pour concentrer toute l'autorit -entre ses mains. Il rassembla ses hommes et, allant trouver -le roi, il lui manifesta son mcontentement. Il ajouta que si -satisfaction ne lui tait pas donne sur le champ, il se retirerait -dans la montagne. Neuhoff essaya de le calmer tout en restant -inbranlable. Paoli ne partit pas et la nomination de Fabiani -fut maintenue<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor"> [176]</a>.</p> - -<p>Le soir, table, avec beaucoup d'-propos et un sourire -aimable aux lvres, le roi fit tomber la conversation sur la -faiblesse de certains hommes, qui se laissent emporter par de -vaines susceptibilits, et avait expliqu que certaines dignits -sont insparables du titre de comte<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor"> [177]</a>.</p> - -<p>Aussitt aprs avoir cr les grands dignitaires de la couronne, -le roi avait sign un dcret ordonnant aux cantons -<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span> -d'Ampugnani et de Casacconi, sous peine d'tre dclars -rebelles, de rassembler tous les hommes arms Casinca, le -20 avril, afin de traiter une affaire importante pour le bien -public. Chaque homme devait apporter des vivres pour quatre -jours au moins. Il enjoignait aux chefs de lui signaler tous ceux -qui n'obiraient pas. Sa volont tait que le dcret ft lu dans -les villages et affich la porte des glises paroissiales.</p> - -<p>A la fin, l'dit portait: On doit savoir que le sceau du -dit roi est form d'une chane trois cercles seulement]<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor"> [178]</a>.</p> - -<p>Aprs que le btiment anglais, command par le capitaine -Dick, eut dbarqu Thodore Alria et dcharg quelques -munitions, il avait repris la mer, faisant voile vers Livourne. Il y -arriva au commencement du mois d'avril.</p> - -<p>L'envoy anglais en Toscane, Fane, se trouvait alors -Livourne. Le consul de Gnes se rendit aussitt chez lui pour -protester, au nom de son gouvernement, contre les secours -apports aux rvolts par ce navire. Le diplomate anglais -rpondit que certainement le capitaine Dick avait enfreint les -ordres du roi, et qu'il en crirait l'Amiraut. Fane, pour -terminer, conseilla au consul gnois de ne pas faire beaucoup -de bruit de cette contravention qui tait la premire. -D'abord, le capitaine pourrait facilement se justifier en allguant -que le mauvais temps l'avait forc aborder en Corse, ensuite, -parce qu'on donnerait l'affaire une trop grande importance. -Rentr Florence, le rsident anglais alla trouver le comte -Lorenzi, envoy de France en Toscane, et lui dit que le capitaine -Dick affirmait que Thodore avait une lettre du roi d'Angleterre; -mais Fane se hta d'ajouter qu'il n'y croyait absolument -pas<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor"> [179]</a>.</p> - -<p>L'envoy anglais avait conseill au capitaine de ne pas -<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span> -retourner dans l'le. Il appuya cet avis de la dfense que le roi -d'Angleterre avait faite ses sujets d'aider en quoi que ce soit -les rebelles de Corse. Mais Dick persuad que la cour de Londres -prenait une part active dans les affaires de Thodore, malgr les -dngations diplomatiques de Fane, tait parti pour la Corse -avec quelques maigres munitions dans la cale de son navire<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor"> [180]</a>.</p> - -<p>Cette fois les plaintes des Gnois furent plus vives; elles -taient justifies. Fane crivit au consul anglais, Livourne, -afin de retirer le passeport du capitaine, dans le cas o il -reviendrait. Dans cette ventualit, l'envoy anglais priait le -gouvernement toscan de refuser au navire le billet de sant. -Le btiment resterait Livourne jusqu' la rception des -instructions demandes Londres. Fane affirmait la parfaite -neutralit de son gouvernement en cette affaire. Le public, qui -veut toujours tout savoir, ne croyait pas cette affirmation<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor"> [181]</a>.</p> - -<p>Pendant que ces ngociations se poursuivaient, Thodore -avait donn des instructions pour l'organisation de l'arme. -Il nomma vingt-quatre capitaines, qui furent chargs de parcourir -le pays afin de lever chacun une compagnie de trois -cents hommes. En attendant les recrues, il fut dcid que la -cour retournerait Cervione.</p> - -<p>Avant de quitter Alesani, on apprit que le btiment du -capitaine Dick tait arriv. Outre des munitions, il portait, -au dire de Costa, une couronne destine au sacre. Le roi envoya -Fabiani, avec trois des compagnies nouvellement formes, -<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span> -pour prendre les munitions Alria et les transporter Cervione. -Elles consistaient en douze sacs de balles et six barils -de poudre<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor"> [182]</a>.</p> - -<p>La vue de ces munitions exalta la fivre belliqueuse des -Corses; mais cette fois-ci encore, ce ne fut pas au dtriment des -Gnois. Des disputes s'levrent parmi les hommes de Fabiani, -relativement au partage. La querelle tourna au tragique. Des -mots ils en arrivrent aux voies de fait et des voies de fait aux -coups de fusil. Fabiani s'interposa et ne put obtenir du -calme qu'en promettant de ne pas rapporter au roi cette dplorable -querelle<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor"> [183]</a>.</p> - -<p>Mais les coups de fusil que les Corses tiraient avec tant d'ardeur, -soit en l'honneur de leur roi, soit pour vider leurs diffrends, -finirent par attirer l'attention des postes gnois qui surveillaient -la cte. Ce navire anglais parut suspect. Comme un canot se -dtachait du bord pour atterrir, et tandis que les Corses se battaient, -une felouque gnoise arme en course, s'approcha de -l'esquif et s'en empara. Les Gnois amenrent leur capture -Bastia. Outre les objets personnels destins au roi et les munitions, -on saisit un certain nombre de lettres au moyen desquelles, -dit Costa, on pouvait couper toutes les communications de -Thodore avec le continent<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor"> [184]</a>.</p> - -<p>Fabiani et sa troupe durent revenir Cervione, trs penauds -de cette aventure qui rappelait la fable de l'<i>Ane et les Voleurs</i>, -et o les Gnois avaient jou le rle du troisime larron. -Thodore, cependant, ne laissa percer aucune marque extrieure -de chagrin<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor"> [185]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span> -Les cinq matelots qui montaient l'embarcation capture -furent conduits devant Rivarola, commissaire gnral de la -rpublique Bastia. L'interrogatoire auquel ils furent soumis, -et dont les Gnois attendaient sans doute un rsultat dcisif, -ne prouva rien. Les marins ne savaient pas grand'chose -et ils ne comprenaient pas le langage qu'on leur parlait. Ils se -contentrent de menacer les Gnois de la colre de Sa Majest -Britannique si on ne les relchait pas immdiatement.</p> - -<p>Sur la demande du consul anglais ils furent remis en libert, -mais le capitaine reut un blme pour sa conduite<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor"> [186]</a>. Quelque -temps aprs Dick alla Smyrne, o persuad que le gouvernement -anglais voulait le faire arrter, il se brla la cervelle<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor"> [187]</a>.</p> - -<p>Le 17 avril, Thodore se mit en route pour Cervione avec -une escorte de cinq cents hommes. Son arrive Alesani avait -t salue par des cris de joie, son dpart eut lieu au milieu des -acclamations. Dans les villages que traversa le cortge royal, -des arcs de triomphe taient dresss; des guirlandes de fleurs -ornaient les maisons et les notables venaient au devant de Sa -Majest et lui offraient, comme prsents, de l'huile, du vin et -des oranges. Les principales familles taient admises baiser les -mains du roi, tandis que les hommes du commun, la tte dcouverte, -ployaient un genou devant lui et criaient: <i>Viva!</i></p> - -<p>En chemin, Thodore et sa cour s'arrtrent dans un couvent. -Les moines prsentrent au roi, comme rafrachissements, -du vin et des fruits. Sans prendre la collation offerte, Sa Majest -se remit promptement en route. Les bons moines accompagnrent -le cortge, en distribuant leur vin et leurs fruits aux -gens de la suite. Bientt la cour arriva au palais. Le peuple -attendait le souverain et chacun demanda tre admis l'honneur -du baise-main. La foule tait si compacte qu'on dut -placer deux capitaines, l'un dans l'atrium, l'autre la porte de -<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span> -l'appartement royal, pour assurer l'ordre dans les entres et les -sorties<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor"> [188]</a>.</p> - -<p>Thodore fit une proclamation pour donner son peuple la -preuve de son amour paternel et de sa clmence. Il -accordait une amnistie gnrale tous les rebelles, c'est--dire -aux Corses au service de la rpublique. Ceux-ci seront reus -par lui avec toute la cordialit possible; le pass sera oubli. -Il leur donnait dix jours pour faire leur soumission et se prsenter -devant lui. Pass ce dlai, leurs biens seraient confisqus. -Si ces gars restaient sourds l'appel de Sa Majest, -ils ne devaient plus esprer le pardon dans l'avenir et ils -seront trs svrement punis si on les attrape<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor"> [189]</a>.</p> - -<p>Mais la monarchie naissante ne pouvait se confiner dans l'oisivet, -et Neuhoff aimait le changement. Il fut dcid que, pour -tre mieux porte de prendre contact avec les forces gnoises, -le roi transporterait sa rsidence Venzolasca, village situ -non loin du fort de San Pellegrino. Un Corse nomm Castineta -fut envoy pour faire prparer un logement habitable. Au premier -tage se trouvaient quatre chambres. La meilleure fut amnage -pour Sa Majest; la seconde fut attribue Giafferi, la troisime - Giappiconi; Costa et Buongiorno se logrent dans la quatrime. -Le rez-de-chausse se composait d'une chambre pour le -chapelain, de deux pices pour les valets et d'une cuisine. La -maison adjacente fut destine aux gnraux.</p> - -<p>En voyant qu'il n'tait pas log dans la mme maison que le -roi, Paoli eut un accs d'indignation. Il s'cria: Quittons -cette demeure; ce n'est pas la place des gnraux. Mieux vaudrait -se retirer dans une confrrie et laisser le grand chancelier et le -capitaine de la garde en possession du palais. Nous les avons -assez vus! Les clients de l'irascible patriote reprirent comme -<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span> -un cho: Hors du palais, hommes de Rostino<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor"> [190]</a>; nous ne -voulons pas d'autre roi que notre gnral.</p> - -<p>Au bruit de cette nouvelle sdition, Thodore sortit du palais -en brandissant sa canne bec de corbin. Il en frappa un des -hommes, Capone, qui criait plus fort que les autres. Les serviteurs -accourus se saisirent de cet nergumne, que le roi -condamna mort sance tenante. Cette mesure de rigueur -surexcita les esprits. Les amis de Capone s'lancrent vers -la demeure royale pour y mettre feu; on put les arrter -temps. Enfin, comme tout paraissait termin, Thodore rentra -chez lui. Paoli, de son ct, pensant avoir suffisamment montr -son pouvoir, vint trouver le roi qui l'accueillit fort mal. Bien qu'il -et tous les torts, le gnral s'attendait sans doute une autre -rception. Furieux de voir que Neuhoff lui tenait tte, il s'lana -sur Sa Majest et essaya de la jeter par la fentre. Les -ministres intervinrent: pour calmer Thodore, ils firent valoir -la grossiret native de Capone, cause premire de cet -incident regrettable. Ils parlrent raison Paoli<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor"> [191]</a>, lui remontrant -sans doute qu'il n'tait pas d'usage dans les cours de jeter -le roi par la fentre.</p> - -<p>Cette tragi-comdie eut le dnouement de <i>Cinna</i>. Thodore, -avec une grandeur d'me, laquelle il tait bien un peu contraint, -fit grce Capone, qui fut remis en libert. La question -des logements reut une solution amiable. On plaa Giafferi et -Giappiconi dans une mme chambre, et Paoli put ainsi tre log -dans la maison royale. Costa, qui se tenait toujours l'cart -de ces disputes, nous dit, en terminant le rcit de cette scne: -Au moment du souper, les choses taient rentres dans l'ordre -et nous emes tous ensemble un agrable repas<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor"> [192]</a>.</p> - -<p>Ces ternelles disputes menaaient de tout compromettre.</p> - -<p>Une diversion s'imposait: la plus logique tait de commencer -<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span> -sans retard les oprations contre les Gnois. Thodore -fit son plan de campagne. Il fallait avant tout se rendre -matre de Bastia, sige du gouvernement ennemi; mais pour -arriver mettre le blocus, on devait d'abord s'emparer du -village de Furiani, aux portes de la ville. Malgr l'hostilit -qu'il tmoignait Neuhoff, Paoli fut dsign pour cette expdition. -Quelques soldats sous le commandement de Luccioni -partirent vers le sud, afin d'intimider les habitants de Bonifacio -favorables aux Gnois. Fabiani eut mission de se rendre -en Balagne, sa province, pour soulever les populations et tcher -de prendre Calvi. Arrighi fut envoy dans le Nebbio. Il devait -occuper Saint-Florent, petite ville maritime considre alors -comme la clef de la Corse. Thodore qui ne tenait pas s'exposer -beaucoup, se rserva le sige de San Pellegrino. Il prit le -capitaine Ortoli sous ses ordres<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor"> [193]</a>.</p> - -<p>Les troupes de Paoli purent s'avancer jusqu'auprs de Bastia -sans rencontrer de rsistance. Mais elles furent arrtes dans -leur marche par le petit fort des Capucins, situ aux portes de la -ville. Paoli dut attaquer cette position; durant trois jours il tenta -de l'enlever. Le succs trompa ses efforts et il fut oblig de -commander la retraite. Les troupes rebelles purent cependant -rester dans les environs.</p> - -<p>A l'intrieur de la ville une grande inquitude rgnait, -malgr la prsence de quatre mille hommes arms, tant soldats -que paysans.</p> - -<p>Les Corses se sont vants que, s'ils peuvent une fois -entrer dans la ville, ils nous feraient passer au fil de l'pe. Dieu -nous garde de pareils vnements!<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor"> [194]</a>.</p> - -<p>On racontait que les mcontents avaient fait empaler un nomm -Periale et son neveu, parce qu'ils paraissaient tre du parti des -<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span> -Gnois. Des billets circulaient dans la ville, promettant de faire -un carnage horrible des bourgeois qui prendraient les armes -contre les patriotes. Les femmes et les enfants ne seraient pas -pargns. Le gouverneur avait donn vingt sols chaque -ouvrier pour dtruire l'effet de ces menaces, puis on avait fait -des dpts d'armes dans chaque quartier afin que chacun pt -se dfendre<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor"> [195]</a>.</p> - -<p>Les quelques patriotes qui se trouvaient l'intrieur de la -ville s'agitaient beaucoup. La nouvelle du couronnement d'un -beau seigneur, richement vtu, distribuant des pices d'or, les -avait exalts. Malgr les menaces les plus foudroyantes -des Gnois, ils ne pouvaient contenir leurs sentiments. Les -Corses au service de la Rpublique se mordaient les lvres, -parce que bien certainement ils ne participeraient pas comme -les autres aux faveurs que le roi allait faire pleuvoir sur ceux -qui taient rests fidles la cause nationale. Quant aux -Bastiais les plus perfides, c'est--dire ceux qui taient -franchement gnois, eux aussi ils eussent bien voulu possder -la grce, parce qu'ils ignoraient rellement quel tait ce personnage, -quelles taient ses forces, sa mission, quels ordres -il obissait. Le gouverneur ne savait pas grand'chose et, pour -se donner une contenance, il traitait Thodore d'Arlequin -dguis en roi<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor"> [196]</a>.</p> - -<p>La situation dans Bastia tait donc trs trouble. Aprs -avoir rsist aux rebelles, l'attaque du fort des Capucins, les -Gnois ne tentrent plus rien pour les craser dfinitivement. -La peur semblait tel point paralyser leurs efforts qu'ils songeaient - peine se dfendre. C'est ainsi que Paoli put s'emparer -du poste de Saint-Joseph, proximit de Bastia. Le -capitaine Franchi, au service des Gnois, qui commandait ce -poste, n'opposa aucune rsistance. Il se replia dans la ville en -<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span> -abandonnant sa poudre et ses grenades<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor"> [197]</a>. Ce succs encouragea -les Corses; ils essayrent de surprendre Bastia par -une attaque de nuit. Cette opration choua, car Paoli, apprenant -que son pre venait de mourir, tait subitement parti pour -Orezza, afin d'assister aux funrailles, sans se soucier de l'abandon -dans lequel il laissait ses troupes<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor"> [198]</a>.</p> - -<p>Cette dsertion devant l'ennemi affecta vivement le roi. Il -voulut condamner Paoli mort, mais Giafferi s'interposa en disant -que rendre les derniers devoirs aux siens tait une coutume -sculaire en Corse; aucune circonstance ne pouvait empcher -l'accomplissement de cet acte de pit filiale. Neuhoff s'indigna -de voir combien la discipline manquait parmi les Corses. Il dclara -que si les choses ne changeaient pas, il quitterait le pays, car il -n'y avait rien faire avec de pareils errements<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor"> [199]</a>. Paoli ne fut pas -condamn; Thodore commenait sentir qu'il n'tait pas le -plus fort, et si parfois il tait tent de l'oublier, les Corses se -chargeaient de le lui rappeler. Sa royaut naissante tait battue -en brche par ceux-l mmes qui l'avaient couronn.</p> - -<p>Un dsastre vint cependant fournir Thodore l'occasion de -faire preuve d'autorit.</p> - -<p>Pendant qu'il disposait ses troupes pour commencer l'attaque -du fort de San Pellegrino, soudain un messager, hors d'haleine, -ayant brl les tapes, arriva au camp. Il demanda voir -le roi sur le champ. Conduit devant Sa Majest, il lui annona -que Luccioni venait de livrer Porto-Vecchio aux Gnois. Il leur -avait en outre rvl tous ses plans. Trente sequins avait t le -prix de cette trahison; et ce march une fois conclu, le tratre -s'tait mis en marche pour aller retrouver Thodore. Il voulait -l'engager se rendre dans le sud, afin d'y prsider les oprations. -<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span> -En donnant ce conseil au roi, Luccioni voulait l'attirer -loin de ses partisans et le livrer aux Gnois<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor"> [200]</a>.</p> - -<p>La nouvelle de la reddition de Porto-Vecchio fut confirme -et comme le messager l'avait annonc, Luccioni arriva bientt -et se prsenta devant Sa Majest. Costa, tmoin de l'entrevue, -fut frapp de la colre qui se peignait sur les traits de Thodore. -La scne fut poignante. Le roi rassembla les capitaines -et les soldats. Devant tous, il dclara Luccioni coupable de -haute trahison et le condamna mort, puis il envoya qurir un -prtre et donna au tratre un quart d'heure pour se prparer<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor"> [201]</a>.</p> - -<p>C'tait l'heure du dner. Thodore et ses compagnons se -mirent table. Le crime de Luccioni et la sentence prononce -contre lui jetaient un voile de deuil sur le camp. Le repas fut -silencieux et triste. Les Corses fixaient leurs regards sur le roi -pour essayer de surprendre un signe d'indulgence; mais les -traits du souverain restaient impassibles. Giafferi et Giappiconi -levrent la voix pour demander un rpit l'excution. Costa, -debout, un verre en main, dit: Longue vie au roi! que la -justice triomphe, mais que la clmence trouve place! La physionomie -de Neuhoff ne broncha pas; il paraissait calme et rsolu. -Devant cette attitude, aucun des convives ne crut devoir appuyer -l'appel la clmence que venait de formuler le grand chancelier.</p> - -<p>Aprs le dner, Luccioni fut amen sur la place. Des soldats, -le fusil charg, formaient le peloton d'excution. Les gens du -peuple se mirent genoux, et, les mains jointes, ils supplirent -le roi de pardonner. Thodore fut inexorable et ordonna le feu. -Le corps de Luccioni roula jusqu'au seuil de la demeure royale<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor"> [202]</a>.</p> - -<p>En livrant Porto-Vecchio aux Gnois, Luccioni leur donnait -la clef du sud de l'le. Situe au fond d'un golfe abrit, cette -petite ville pouvait tre considre comme un centre de ravitaillement. -Il fallait que Thodore possdt des notions de -<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span> -stratgie, et et srieusement tudi la configuration de la Corse, -pour avoir envoy des troupes occuper cette position. En cela ses -vues taient justes.</p> - -<p>Luccioni avait pris Porto-Vecchio sans coup frir. Les -Gnois s'taient aperus trop tard de l'avantage de cette -position. Ils avaient tent de la reprendre, mais, plus habiles -aux ngociations qu'aux choses de la guerre, ils avaient prfr -acheter—pas cher d'ailleurs—le capitaine avec ses plans et -la personne du roi par dessus le march.</p> - -<p>Un chroniqueur corse a donn une autre version de la -condamnation de Luccioni. D'aprs lui, Thodore s'tait un jour -trouv offens des propos ironiques que Luccioni tenait au sujet -des secours sans cesse attendus et n'arrivant jamais. Arrt -sur l'ordre de Neuhoff, le railleur avait subi le dernier supplice, -malgr les reprsentations des chefs, tmoins de la scne<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor"> [203]</a>.</p> - -<p>Cette version est fausse. Il faut s'en tenir au tmoignage de -Costa et de Rostini, dont la bonne foi ne saurait tre suspecte. -Je serai d'ailleurs oblig de revenir sur cette affaire, propos -de l'assassinat de Fabiani commis quelque temps aprs. Le -testament politique de Fabiani, rdig par le chanoine Orticoni, -l'me de la rvolte en Corse, confirme la trahison de Luccioni.</p> - -<p>La perte de Porto Vecchio, survenant dans le moment mme -o Paoli abandonnait les oprations devant Bastia, dut sans doute -abattre le courage de Neuhoff.</p> - -<p>Au surplus, l'excution du tratre lui cra beaucoup de difficults. -Il eut d'abord contre lui toute la clientle de Luccioni, -qui, mettant la question de personnes au-dessus de tout principe -national, n'eut qu'un dsir: venger le mort, sans s'inquiter -si le chtiment n'avait pas t inspir par un intrt patriotique. -Les Corses, en dehors de la famille, murmurrent contre -l'excution du tratre. Ils trouvrent que la justice du roi tait -trop sommaire et, ds ce moment, Thodore commena ressentir -les effets de la <i>vendetta</i><a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor"> [204]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE III</h2> -</div> - -<div class="hanging indent"> -<p>dit du Snat de Gnes.—Rponse de Thodore.—Le roi dans le Nebbio -et en Balagne.—Tribulations de Costa.—Frappe de la monnaie.</p> - -<p>Affaire de Monte-Maggiore.—Thodore devant Corte.—Il prend la ville -sur ses gnraux.—Assassinat de Fabiani.—Discours du roi -Venzolasca.</p> - -<p>Le ministre de Gnes en France.—Affaire Nayssen.—Les libelles -satiriques Gnes.—Le roi et la paysanne.</p> - -<p>Thodore a peur.—Dpart pour Sartne.—Institution de <i>l'Ordre de la -Dlivrance</i>.—Lois nouvelles.—Le dernier mensonge.—La fuite.—Dbarquement - Livourne.</p> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>A Gnes, les membres du gouvernement se demandaient ce -qu'ils pourraient faire pour dtruire l'effet produit par le fcheux -dbarquement de Thodore en Corse. Cet vnement avait -redonn courage aux mcontents. La rpublique pressentait -qu'elle aurait soutenir de nouveaux combats pour conserver la -possession de l'le. Les Corses lui cotaient dj beaucoup -d'argent<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor"> [205]</a>, il faudrait sans doute en dpenser encore. Le -Snat s'assembla pour parer cette triste ventualit. Aprs -dix longues sances, on se mit d'accord sur un moyen conomique. -Il fut dcid qu'on publierait un dit contre le baron de -<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span> -Neuhoff. Cet dit fut affich dans les rues, et communiqu aux -reprsentants des puissances trangres et la presse<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor"> [206]</a>.</p> - -<p>Le factum gnois tait long. Il noircissait ce personnage -fameux habill l'asiatique de toutes les friponneries. -Il passait en revue le pass de cet anonyme, qui quoiqu'inconnu -avait trouv le moyen de s'insinuer auprs des chefs des -soulevs. Il traitait Thodore de vagabond, d'astrologue -et de cabaliste. Il le montrait changeant de nom et de nationalit -dans chaque endroit o il passait; escroquant tout le monde, -sans cesse court d'argent. Il l'accusait d'avoir eu commerce -avec des mahomtans, et de n'avoir dans son entourage que des -coquins. Comme sanction, l'dit proclamait Thodore de Neuhoff -sducteur des peuples, perturbateur de la tranquillit publique, -coupable de haute trahison au premier chef. Comme tel il -tombait sous les rigueurs des lois gnoises. Quiconque entretiendrait -correspondance avec lui serait galement puni.</p> - -<p>Cet dit fut trouv plaisant; mais on jugea que c'tait un -pitre moyen pour arrter la rvolte en Corse<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor"> [207]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span> -Neuhoff rpondit par un manifeste. Il considrait les invectives -gnoises comme les cris des chiens qui aboient la lune. -Il se sentait fort du choix librement fait par les Corses de sa -personne, pour les aider secouer la tyrannie gnoise. Il avait -t lev au trne par la volont spontane et unanime du peuple. -Il trouvait ridicule l'accusation de perturbateur du repos public, -puisque la rvolte existait en Corse bien longtemps avant son -arrive. C'taient eux qui avaient la responsabilit de tout le -mal. Les Gnois prtendaient qu'il n'avait apport que de -faibles munitions et peu d'argent. Mais ces ressources, si -modiques fussent-elles, avaient suffi pour racheter la libert -d'un royaume tyrannis par eux. Il se dclarait ministre du -Saint-Sige, dont les Corses et lui-mme taient les enfants -trs fidles et trs soumis. Il se confiait en la Divine Providence -pour mener bien la tche qu'il avait entreprise. Dieu -l'inspirerait et ferait de lui le librateur d'un peuple l'exemple de -Mose. David et Tamerlan taient d'une naissance fort au-dessous -de la sienne. Condamn par les Gnois aux peines rserves aux -tratres, il les condamnait son tour tous les justes chtiments, -en vertu des pouvoirs qu'il tenait des Corses. Il dclarait enfin -les Gnois bannis tout jamais de l'le, sous peine de vie et -dbiteurs du trsor du royaume pour les revenus dont ils avaient -joui<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor"> [208]</a>.</p> - -<p>Mais le fait de proclamer les Gnois ses dbiteurs ne mettait -pas de l'argent dans ses poches. Il continuait faire miroiter -aux yeux de ses partisans l'esprance de prompts et puissants -secours, pour les retenir dans la poursuite de sa chimrique -entreprise. Les procds par lesquels il essayait de les leurrer -taient de ceux qu'emploient les aventuriers pour blouir leurs -<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span> -dupes: un semblant d'action, les simulacres d'une influence, -un crdit imaginaire.</p> - -<p>Parfois il observait la mer pendant de longues heures, -scrutant l'horizon, pour faire croire qu'il attendait des vaisseaux -apportant des munitions. Souvent il se renfermait chez lui pour -dpouiller, prtendait-il, une volumineuse correspondance avec -les cours trangres<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor"> [209]</a>. Mais les secours n'arrivaient pas, et -pour cause.</p> - -<p>Le rve, la chimre conduisent certains hommes, les laissant -jusqu'au bout insoucieux ou inconscients des contingences -humaines. Ceux-l sont souvent de grands esprits, dont le tort -est de voir trop haut, trop en dehors dans les choses de la vie. -Avec sa pense sans envergure, son ambition ttue et son -gosme naf, le baron de Neuhoff n'tait qu'un visionnaire -incorrigible auquel nulle leon ne profitait. Il aurait voulu faire -partager ses illusions ses sujets; mais les Corses taient -trop pratiques pour s'adonner longtemps au rve. Ils ne se -laissaient gure impressionner par la mise en scne de leur roi: -elle tait, il est vrai, un pauvre expdient.</p> - -<p>Thodore, cependant, rsolut de quitter le camp tabli -devant San Pellegrino. Il dsirait faire une tourne dans l'le en -commenant par le Nebbio et la Balagne. Costa fut dsign -pour continuer l'investissement du fort gnois et diriger les -affaires du royaume. Il reut le titre provisoire de vice-roi<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor"> [210]</a>.</p> - -<p>Mais les ressources personnelles de Neuhoff taient fort diminues. -Il lui fallait de l'argent. Il avait fait faire des dmarches -auprs de certains curs de village qui passaient pour avoir -quelques biens. Le 28 mai, il crivit son fidle partisan, Xavier -de Matra, auquel il avait donn le titre de marquis, pour -activer ces dmarches. Le 30 mai, le marquis rpondit qu'il -n'avait pas attendu la lettre de Sa Majest pour envoyer un -<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span> -archiprtre Ghisoni avec la mission d'attendrir le cur, c'est--dire -d'obtenir quelques fonds. Matra ne s'tait pas born cette -dmarche; il avait crit dans le mme but plusieurs de ses -amis.</p> - -<p>Si respectueux ft-il de la volont souveraine, le marquis -n'approuvait pas le dplacement projet, moins cependant que -Fabiani et Arrighi n'eussent donn des renseignements certains -sur l'opportunit de ce voyage. Matra craignait pour la vie du -roi, car les Gnois entretenaient dans ces provinces plus de -soldats et d'espions que dans les autres. Et le prudent marquis -ajoutait cette rflexion pleine de bon sens: Si on ne remporte -pas l-bas quelque victoire, il pourrait en rsulter un grand -trouble dans le royaume.</p> - -<p>Sur l'ordre du roi, Matra avait envoy le commandant de sa -<i>pieve</i> dans les cantons voisins la recherche d'or, d'argent et -de cuivre<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor"> [211]</a>. Le chef tait revenu chez le marquis les mains -vides. Ce sont des pas jets au vent. L'missaire n'avait -trouv partout qu'une grande misre et les quelques habitants -qui possdaient un peu de cuivre ne voulaient pas s'en dessaisir. -Mais Matra se htait d'ajouter que le commandant allait entreprendre -une nouvelle tourne, parce que Sa Majest doit tre -servie selon ses trs vnrs commandements<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor"> [212]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span> -Avant son dpart, Thodore avait song exercer l'une des -principales prrogatives du pouvoir royal: la frappe des -monnaies. Mais la matire premire manquait et c'tait pour s'en -procurer, qu'il avait fait faire les dmarches, dont Matra lui -mandait l'insuccs. Nanmoins un couvent de Corte envoya des -candlabres et des crucifix pour tre convertis en pices<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor"> [213]</a>.</p> - -<p>Le roi fit crire au cur de Rostino, Don Matteo d'Ortiporio, -pour lui demander de venir frapper les sous et les cus. Cet -ecclsiastique avait dj, disait-on, battu monnaie pour son -bon vque Saluzzi<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor"> [214]</a>. Selon d'autres, il tait connu comme -faux monnayeur et n'avait pas honte de l'avouer<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor"> [215]</a>.</p> - -<p>Malgr son absence, Gaffori fut nomm prsident de la -monnaie, poste appel devenir une sincure.</p> - -<p>Le roi parti<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor"> [216]</a>, Costa eut bien des tribulations. Presque -journellement il crivait au roi<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor"> [217]</a> pour lui rendre compte de ce -qui se passait. Il prouvait un grand chagrin du dpart de -Sa Majest, cependant il devait s'incliner devant ses volonts. -L'habit du roi tait prt, mais on le conservera jusqu'au retour -du monarque dans le Nebbio. Tous les jours on expdiait des -provisions et quelques munitions au camp<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor"> [218]</a>, mais l'argent -manquait, et Costa donna quatre sequins de sa poche aux -<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span> -soldats. Il s'efforait, avec le concours de Matra, de lever des -compagnies. Il crivait, cet effet, dans plusieurs endroits, -mais il se heurtait des difficults insurmontables, car les -paysans faisaient leurs moissons. Le cur de Rostino ne -rpondait pas ses lettres, et Gaffori, malade dans son village, -ne pourrait pas se mettre en route avant quelques jours<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor"> [219]</a>. -Costa, en faisant des miracles, parvint embaucher six ouvriers. -Tout le voisinage tait rempli de <i>Vittoli</i><a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor"> [220]</a>, embusqus par les -Gnois, ce qui rendait presque impossible le recrutement parce -que chacun voulait se garder personnellement et dfendre les -siens. Chaque jour les mmes difficults renaissaient. Les gens -des plaines disaient qu'ils taient prts servir aprs les montagnards, -qui faisaient leurs rcoltes plus tard. Mais Costa tait -oblig d'avouer son impuissance remdier toutes ces choses<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor"> [221]</a>.</p> - -<p>Le comte Poggi, Zicavo, s'occupait lever des soldats. Mais -dans la montagne cela tait aussi difficile que dans la plaine. -Il mandait au roi qu'il pourrait mettre seulement cent hommes - sa disposition sans compter quelques Corses au service -de Gnes et revenus de meilleurs sentiments. Il se rpandait -en protestations dvoues. Lui, au moins, il n'tait pas comme -les autres, qui jouaient double jeu. Sa vie ne comptait pour -rien; il ne demandait que des armes. Et pour prouver sans -doute sa sincrit, il envoyait Sa Majest le fromage qu'il lui -avait promis<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor"> [222]</a>.</p> - -<p>Le 8 juin, cinq navires parurent au large; la joie fut grande -dans le peuple. Les voil donc, enfin, les munitions attendues -depuis si longtemps. Hlas! les bateaux taient passs sans rien -<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span> -dbarquer<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor"> [223]</a>. Sa Majest devait se hter de faire venir la -felouque avec quelques armes. Le moindre secours suffirait -ranimer le courage du peuple, dont la foi commenait faiblir. -Le vice-roi craignait qu'il ne la perdt bientt compltement. -Chacun voulait de l'argent, mais il n'y en avait pas. L'absence -du roi causait un grand prjudice. Les Gnois avaient publi un -placard infme contre lui. Devant Saint-Florent, aprs un -combat assez vif, les Corses avaient t mis en droute, -en infligeant des pertes l'ennemi. Devant San Pellegrino les -mules manquaient pour transporter le canon. Personne ne -voulait obir<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor"> [224]</a>.</p> - -<p>Le 15 juin, Costa envoya un exprs Sa Majest pour lui -notifier que si elle tardait encore deux jours revenir tout tait -perdu. Il en cotait au malheureux vice-roi de faire cette -dclaration, mais la discorde rgnait dans les villages. Non -seulement on ne pouvait lever aucune compagnie nouvelle, mais -celles qui existaient s'taient dissoutes. Le bruit courait que le -roi allait partir aprs avoir pris de l'argent l'un et l'autre, -que les secours n'arriveraient pas, qu'on ne pourrait jamais -vaincre les Gnois et mille autres infamies<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor"> [225]</a>.</p> - -<p>Et cependant, si on avait du monde, on pourrait faire de -grandes choses; chaque jour des soldats, allemands pour la -plupart, s'chappaient du camp ennemi, sans leurs fusils malheureusement. -Ils disaient que les Gnois taient dans la consternation, -car tous leurs gens, y compris les Corses leur service, -dserteraient si la moindre barque apportait des armes -aux patriotes. Seul avec seize hommes, sans force et sans -autorit, Costa, entour de prils, ne savait que devenir. Les -mdisants triomphaient. Sa Majest crivait de donner de l'argent -au camp, mais la monnaie n'en faisait pas. On avait su la -sueur de la mort pour payer les soldats. Le vice-roi avait encore -<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span> -donn, le 18 juin, deux cent vingt-quatre livres en pistoles de ses -deniers; il ne lui restait plus rien<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor"> [226]</a>. Les journes passes sans -nouvelles du roi, semblaient, au malheureux Costa, longues -comme des sicles. Il fallait absolument que Sa Majest ft -venir Gaffori pour la monnaie. Buongiorno avait du cœur, mais -il ne russissait pas, il tait trop libral et puis il se mlait -toujours des affaires du Tribunal. Pour ne pas le dcourager, -Costa ne voulait lui faire aucun reproche. Il suppliait Sa Majest -de n'en rien dire; s'il lui en parlait, c'est qu'Elle devait tre -instruite de tout<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor"> [227]</a>.</p> - -<p>Le vice-roi envoya quelques jours plus tard Buongiorno en -courrier auprs de Thodore. Il lui faisait tenir en mme temps -une autre lettre dans laquelle il disait que ce mme Buongiorno -avait distribu tort et travers des balles et de la poudre, -tous ceux qui se disaient ses amis ou qui le flattaient, sans songer -que certains Corses voleraient jusque dans le ciel. Ce -qu'il disait des munitions pouvait galement s'appliquer aux -vivres. Sa Majest verra ainsi le bel tat dans lequel il se -trouvait<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor"> [228]</a>.</p> - -<p>Les gens qui composaient la cour de Thodore se jalousaient -tous entre eux. Leur correspondance tait une suite de mdisances, -de bruits rapports. Si on blmait Buongiorno, celui-ci -se plaignait des autres, mais il exaltait ses propres mrites. En -adressant au roi son habit neuf et trois bandages, il faisait son -apologie, se confondait en humbles respects. Un autre jour, il -demandait Sa Majest en termes indigns de chtier ses -calomniateurs<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor"> [229]</a>.</p> - -<p>De tous les cts la dlation s'insinuait. La Souveraine -Majest de Thodore premier, roi de Corse reut une lettre -<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span> -anonyme. L'crivain donnait Neuhoff des conseils pour russir -dans son entreprise, et lui recommandait de recourir souvent -aux sacrements, parce que sur les champs de batailles la mort -guette les combattants. Mais le principal but de cette lettre -tait de dnoncer un nomm Fabiani—le gnral probablement—. -Le roi devait se mfier de cet individu, qui ne mritait aucune -estime et qui personnifiait la bassesse et la lchet<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor"> [230]</a>.</p> - -<p>Gaffori arriva enfin. La fabrication de la monnaie devait se -faire dans le couvent de Tavagna, o l'on avait runi tous les -instruments ncessaires. Une quipe d'ouvriers venus d'Orezza -avait pour chef un certain Giulio Francesco, surnomm <i>sette -cervelle</i> (sept cervelles), car il tait trs habile dans son art. Il -savait fort bien frapper des cus aux armes de Gnes<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor"> [231]</a>.</p> - -<p>Gaffori commena par faire construire des fours et un -fourneau rverbration pour la fonte du cuivre, car les premiers -creusets ne pouvaient rsister au feu. Sur douze, il n'en -avait trouv qu'un seul son arrive. Il esprait, d'ailleurs, -obtenir ainsi une frappe meilleure, les plaques tant plus fortes. -Mais les grosses difficults provenaient du mauvais vouloir des -artisans. Ils travaillaient contre-cœur, prtendant ne pouvoir -toujours rester devant le fourneau, et ils demandaient tre -remplacs de temps en temps. Le prsident n'avait pas cru -devoir accueillir cette demande sans l'autorisation du roi. Deux -d'entre eux taient retourns Orezza sans permission; avec -l'aide de Costa, il faisait tous ses efforts pour empcher les -dfections. Il avait promis aux ouvriers le payement du travail -fait jusqu'alors et un salaire de trente <i>soldi</i> par jour -l'avenir; ils n'taient jamais satisfaits. Buongiorno se disposait -rejoindre le roi et Gaffori le chargeait de lui dire ce qu'tait -cette engeance. Le prsident suppliait Sa Majest de renvoyer -<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span> -Buongiorno ds qu'Elle pourra se passer de ses services: -avec son savoir et son habilet, il sera trs utile parmi ces -rcalcitrants. Le travail marchait avec une lenteur dsesprante. -Sur cinq empreintes, quatre furent dtriores, soit par malveillance, -soit par ngligence. Celle qui restait avait besoin -d'tre retouche.</p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/106.jpg" width="600" height="356" alt="" /> -</div> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/109.jpg" width="300" height="342" alt="" /> -</div> - -<p>N<sup>o</sup> 1<br /> -N<sup>o</sup> 2</p> - -<p>Reproduction des monnaies de Thodore de Neuhoff d'aprs les moulages des pices qui se trouvent au Cabinet -des Mdailles la Bibliothque Nationale de Paris.</p> - -<p>La fabrication de la monnaie d'argent n'avanait gure non -plus. Cependant Gaffori esprait pouvoir bientt en envoyer -quelques spcimens Sa Majest. Dans cette partie aussi, les -ouvriers manquaient de zle. Il fallait tre toujours prs d'eux, -les surveiller, les forcer travailler. Mais, en revanche, ils ne -cessaient de demander de l'argent. Un jour, exaspr par cette -canaille, Gaffori voulut faire mettre tout le monde en prison. -Costa calma sa fureur en lui faisant remarquer que cet acte de -rigueur ne serait ni prudent ni politique<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor"> [232]</a>.</p> - -<p>Gaffori, comme chacun, se plaignait de ses compagnons. -La malignit de nous autres Corses, crivait-il, est si grande -et si ruse que celui qui veut tuer son comptiteur n'agit pas en -face, mais il emploie un canal lointain par o passe l'envie et la -passion, dguises sous le masque du dvouement. Avec le temps, -Votre Majest connatra la sincrit de mes sentiments et saura -punir. <i>Tolluntur in altum ut lapsu graviore ruant.</i> Ainsi fait -Dieu, dont les rois sont la plus parfaite image sur la terre!<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor"> [233]</a>.</p> - -<p>Mais, s'il faut en croire le vice-roi, le beau zle du prsident -tait simul. Gaffori, crit-il au roi, fait mine de travailler, mais -c'est une fille: un seul jour de prsence au travail a suffi pour -l'ennuyer... Gaffori est trs froid, et rien d'autre. Quant au -cur de Rostino, qui s'tait enfin dcid venir, Costa affirme -qu'il n'avait jamais vu quelqu'un de plus lche que lui<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor"> [234]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span> -Malgr tout, on parvint frapper quelques pices. La monnaie -de cuivre tait de deux valeurs diffrentes: l'une de <i>2 soldi 1/2</i>, -l'autre de <i>5 soldi</i>. Sur la face, elles portaient les initiales T. R. -entoures de palmes et surmontes d'une couronne royale. Au-dessous, -se trouvait la date, 1736. Sur le revers, figurait la valeur -entoure par cette lgende: <i>Pro bono publico. Ro. Ce.</i><a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor"> [235]</a>.</p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/110.jpg" width="300" height="180" alt=""/> -</div> - -<p>Ces pices, qu'on pourrait classer dans la catgorie des -<i>monnaies de ncessit</i>, taient trs minces et d'une frappe -grossire. Deux ans seulement aprs leur fabrication, elles -taient uses et on en distinguait difficilement la lgende<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor"> [236]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span> -Le T. R. signifiait <i>Thodore Roi</i>. C'est ainsi que le traduisaient -les partisans de Sa Majest. Les Corses hostiles disaient: -<i>tutto rame</i>, tout cuivre; les Gnois: <i>tutti ribelli</i>, tous rebelles<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor"> [237]</a>.</p> - -<p>Il fut dcid que les pices d'argent porteraient sur la face -les armes de la Corse, c'est--dire la tte de maure ceinte d'une -couronne ferme d'o pendait une chane trois chanons. La -lgende serait THEODORUS REX CORSICE. Sur le revers devait -figurer l'image de la Vierge, nimbe de cinq toiles; sur le -milieu, partage en deux, la date 1736, et comme lgende -MONSTRA TE ESSE MATREM S. P. Ces cus auraient valu trois -livres<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor"> [238]</a>. Mais, au dire de Costa, un seul fut frapp<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor"> [239]</a>.</p> - -<p>La rproduction de la monnaie de Thodore t faite d'aprs l'ouvrage du -colonel Maillet: <i>catalogue obsidionales et et de ncessit,</i> -Bruxelles, 1870-73, 2 vol. en 8<sup>o</sup> et 2 atlas oblongs avec 218 planches.</p> - -<p>M.J. Protat, de Macon, collectionneur et numismate des plus rudits, a bien -voulu me donner ce dessin et les clichs typographiques dont il a surveill lui-mme -la confection. J'ai le regret de n'avoir pu lui tmoigner ma sincre gratitude avant sa -disparation prmature. Qu'il me soit au moins permis sa mmoire -un souvenir reconnaissant.</p> - -<p>Comparez ce dessin, qui reprsente les pices commes elles auraient d tre, -avec la planche d'aprs les moulages.<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor"> [240]</a>.</p> - -<p>Cependant, au Cabinet des mdailles de la Bibliothque -nationale de Paris, on peut en voir deux exemplaires. D'aprs -E. Cartier, l'un d'eux serait faux<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor"> [241]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span> -Ds le dbut, les pices de Thodore furent rares. Les -numismates et les collectionneurs les recherchrent comme -objets de curiosit. Sur le continent une spculation s'tablit; -elles atteignirent un prix lev et, Naples, on en fabriqua de -fausses<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor"> [242]</a>. Il n'y aurait donc rien d'tonnant ce qu'un des -exemplaires du Cabinet des mdailles provnt de la fabrique -napolitaine et non du couvent de Tavagna, l'<i>Htel de la Monnaie</i> -de Sa Majest Thodore I<sup>er</sup><a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor"> [243]</a>.</p> - -<p>Mais si les chercheurs et les curieux achetaient trs cher -ces pices, les ouvriers, les soldats, les paysans, en gnral -tous ceux qui voulaient tre rellement pays, les refusaient -avec nergie.</p> - -<p>Thodore avait donn l'ordre de payer les troupes avec ses -sous. Mais, ds leur apparition, ces <i>assignats</i> de cuivre furent -trs dprcis. Les soldats murmurrent et refusrent de recevoir -cette monnaie de mauvais aloi. Un jour, un tumulte clata - ce sujet. Les rcalcitrants prirent leurs fusils et Costa, avec -les seize hommes qui composaient sa garde, dut les dsarmer -pour viter un malheur<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor"> [244]</a>.</p> - -<p>Les ouvriers de la monnaie eux-mmes ne voulurent pas -recevoir en payement les pices qu'ils fabriquaient<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor"> [245]</a>. Ces -<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span> -artisans avaient une excuse: ils savaient trop comment elles -taient faites.</p> - -<p>Quelque temps aprs, devant Thodore lui-mme, deux -femmes de la montagne, qui avaient apport des provisions au -camp, refusrent, en change, la monnaie frappe au T. R. -Elles se fchrent et se servirent d'un langage peu convenable -pour leur sexe. Le roi parut et ordonna de les mettre immdiatement -en prison. Sous la menace, elles se calmrent et -repartirent en emportant les sous de Sa Majest. Cette svrit -effraya les villageois qui firent pendant un certain temps moins -de difficults pour tre pays ainsi<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor"> [246]</a>. Malgr ce <i>cours forc</i>, -les gens d'Orezza continurent se moquer des colres royales. -Ils tinrent une runion et dcidrent de n'accepter que de bons -cus contre le sel, les chaussures et le drap qu'ils vendaient - Thodore. Comme ces articles manquaient dans les villages -placs sous le contrle immdiat du camp, ce fut trs -gnant<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor"> [247]</a>.</p> - -<p>Chaque jour la rvolte s'tendait. Dans le canton d'Orezza -les hommes avaient jur de ne plus obir Thodore. Les -villages d'Ampugnani et de Rostino se soulevaient. Quelques-uns -des chefs perdaient la foi, tel le marquis de Matra, qui, -selon Costa, se laissait aller couter les calomnies rpandues -contre le souverain. Le pauvre vice-roi ne savait plus o donner -de la tte; il aurait fatalement succomb sous le poids des difficults, -s'il n'avait t soutenu par son inbranlable dvouement. -Mais il suppliait Neuhoff de revenir au plus tt, sans quoi -tout tait perdu. Et, au milieu des pires angoisses, il pensait -<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span> -encore faire rechercher, mais en vain, les pantoufles du roi qui -avaient t gares<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor"> [248]</a>.</p> - -<p>Dans le Sud galement, des gens prchaient la rvolte en -termes passionns et grossiers. Jean-Paul Costa, de Sainte-Marie -d'Ornano, dnonait son oncle un certain Luca, qui -devenait chaque jour plus dangereux et plus violent. S'il n'avait -l'habitude de craindre la mort, il aurait ouvertement embrass -le parti des Gnois. Il avait promis ceux-ci d'empcher le -blocus d'Ajaccio par les troupes de Thodore, et il favorisait les -rafles que les ennemis faisaient sur les ctes de biens meubles, -de gros et de petit btail. Il disait n'avoir en vue que le -bien public et le peuple l'coutait. Un soir Luca laissa sortir -de sa bouche que dans le canton c'tait lui le roi et que le -souverain tait le roi des c....<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor"> [249]</a>. Il avait ajout que le grand -chancelier mritait d'tre lapid et que si, dans quelques jours -les vaisseaux de secours n'arrivaient pas, les peuples le mettraient -en pices. La rage de Luca se serait retourne contre -le jeune Costa, si celui-ci n'avait t protg par ses amis. Jean-Paul -faisait tout ce qu'il pouvait. Dans la Rocca il levait des -contributions volontaires ou non. A Levie il avait pris un cheval. -Cet animal lui tait rclam comme appartenant un fidle partisan; -nanmoins il le gardait jusqu' nouvel ordre. On ne -pourrait jamais rien faire de bon tant que Luca ne serait pas -hors de ce monde. La famille Lusinchi tait galement hostile au -roi. Il faudrait encore prendre un arrt contre Martin Tasso, son -fils et ses clients, car eux aussi, ils fomentaient la rvolte et servaient -d'espions aux Gnois. En traant dans de longues pages ce -lamentable tableau, le jeune Costa s'excusait de ne pouvoir envoyer - son oncle de plus amples dtails, car il avait la tte malade<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor"> [250]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span></p> -<p class="subt">II</p> - -<p>Thodore avait pris position Monte-Maggiore, prs de -Calenzana. Paoli, qui, nous l'avons vu, avait abandonn les -oprations devant Bastia pour aller aux funrailles de son pre, -avait reu la mission d'enrler des soldats. Le 27 juin, le -gnral crivit au roi pour lui dire les difficults qu'il rencontrait. -On faisait les moissons; les hommes taient aux -champs et il fallait rentrer les grains. Dans huit jours, les -rcoltes acheves, peut-tre pourra-t-il se mettre en route avec -quelques recrues. Et il suggrait au souverain l'ide de traner -les oprations en longueur pour gagner du temps<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor"> [251]</a>.</p> - -<p>S'il faut en croire Costa, Paoli tait peu dispos lever des -renforts pour venir aider le roi en Balagne, car il craignait que -si les Corses remportaient une victoire dans ce canton, la -situation du gnral Fabiani ne devnt prpondrante<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor"> [252]</a>. Neuhoff -parvint, cependant, donner un vigoureux assaut Calenzana. -Ce fut la plus srieuse attaque qu'il ait jamais dirige contre -les Gnois. Il s'en fallut de bien peu que la victoire ne couronnt -ses efforts. La ville tait sur le point de tomber en son pouvoir -lorsqu'il dut battre en retraite, faute de munitions et par suite -de l'ternelle jalousie qui divisait les chefs corses. Cette jalousie—comme -le fait remarquer Costa—tait un ennemi bien plus -redoutable que les Gnois<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor"> [253]</a>.</p> - -<p>Les Corses assigeaient aussi Algajola, petite ville fortifie. Le -capitaine gnois Bembo, avec trois cent cinquante hommes, avait -opr une sortie et attaqu les retranchements des insulaires. -Ceux-ci s'taient enfuis en abandonnant un canon, cinq fusils, -<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span> -un pistolet, un tambour, une corne, qui leur servait de trompette, -et des provisions. Le brave Bembo, ne pouvant emporter le -canon, le fit clater et envoya les autres dpouilles des rebelles, -en grande pompe, Bastia. Le gouverneur donna l'ordre de -chanter le <i>Te Deum</i> dans Algajola pour clbrer cette brillante -action<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor"> [254]</a> qui, d'ailleurs, ne pouvait avoir aucun rsultat dcisif.</p> - -<p>Les oprations devant Bastia n'avanaient gure. Arrighi, qui -les conduisait, dclarait ne pouvoir ni investir la place ni s'emparer -des rcoltes aux alentours de la ville. Il avait cent soixante -hommes seulement sous ses ordres; les balles et la poudre -manquaient. Le dtachement de Saint-Florent tait rempli -d'ardeur, mais l aussi les munitions faisaient dfaut. Arrighi -terminait ainsi: Je ne puis comprendre d'o vient le bruit des -intelligences dont on m'accuse, mais je ferai tous mes efforts -pour le dcouvrir<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor"> [255]</a>. Costa, en effet, accusait le gnral -d'entretenir des rapports suspects avec les ennemis<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor"> [256]</a>.</p> - -<p>Thodore tremblait. Il tait tomb malade et avait pris le -lit<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor"> [257]</a>. Le mauvais vouloir, les jalousies, les trahisons qu'il -voyait autour de lui l'effrayaient. Tous ceux qui le soutenaient -ou qui faisaient mine d'tre des siens, voulaient des titres et des -honneurs. Il dut faire une proclamation pour dire que tout le -monde ne pouvait pas tre gnral ou comte<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor"> [258]</a>. Craignant pour -sa vie, il crivit Costa de lui envoyer quarante hommes srs, -comme gardes du corps<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor"> [259]</a>.</p> - -<p>Cependant, il cherchait toujours blouir les Corses et -les tromper. Il ordonna au grand chancelier de faire hisser sur -la tour de Paduella, prs de San Pellegrino, des pavillons -<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span> -coloris pour guider les navires qui devaient apparatre au -large. Il lui recommandait d'entretenir les Corses dans la -croyance que des secours allaient arriver<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor"> [260]</a>. Mais ces btiments—vritables -vaisseaux fantmes—ne sortaient jamais des -brumes de la haute mer et les pavillons claquaient au vent, sur -la tour, inutiles comme de misrables loques.</p> - -<p>A la fin de juin, Thodore se trouvait devant Corte. Au pont -de Rossicio, Giappiconi et les autres l'avaient abandonn. Le -roi demanda Costa un secours immdiat. Si des hommes fidles -n'arrivaient sans retard, il tait perdu. La nation se sera -donne la rputation et la renomme d'avoir froidement assassin -son roi et pre. Gaffori seul tait accouru vers lui et l'avait -conduit dans le couvent de Saint-Franois<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor"> [261]</a>. Le comte Arrighi -se cachait. Tout allait de travers. Costa et le comte Giafferi -devaient venir avec des renforts arms. Thodore dsirait -retourner en Balagne, tant pour secourir ses partisans, que -pour chtier les infmes, qui voulaient le livrer mort ou -vivant<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor"> [262]</a>.</p> - -<p>Il rsolut de soumettre Corte son obissance. Avec -quelques hommes qui s'enttaient lui rester fidles, il voulut -pntrer dans la ville. Arrighi, sorti de sa retraite, lui en refusa -l'entre. Thodore s'emporta. La querelle dgnra bientt -en bataille. Il y eut des morts dans chaque camp. Enfin, le parti -du roi triompha. Par son ordre, tandis qu'on se battait, un nomm -Schietto aurait mis le feu la ville; trente-six maisons furent -brles, dit-on; d'autres pilles. Un renfort tant arriv Neuhoff, -Arrighi se sauva au-del des monts<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor"> [263]</a>. Les gens de Corte -firent leur soumission et quelques chefs, qui s'taient spars -du roi, revinrent rendre hommage. A leur tte, se trouvait -<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span> -Paoli avec ses clients<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor"> [264]</a>. Celui-ci, il faut le reconnatre, avait une -merveilleuse souplesse pour se retourner du ct du plus fort.</p> - -<p>Thodore informa Costa de son prochain retour sur la cte -orientale. Le grand chancelier fit venir des ouvriers pour orner -et dcorer le couvent des Franciscains o Sa Majest devait -descendre. Un homme d'Ampugnani, artiste habile, peignit les -armoiries du roi et celles du royaume au fronton des portes et -sur des tendards, pour lesquels Costa avait achet de la toile -avec son argent<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor"> [265]</a>. Des guirlandes de fleurs entouraient les -cussons. On tendit des portires en soie de diffrentes couleurs; -la couche royale fut orne de rideaux en soie galement. Les -deux chambres pour les officiers furent arranges dans le mme -got. Costa se montra satisfait. Cette dcoration, qui semblait -tre faite de fleurs, dit-il, tait destine donner la Cour un -air imposant et voiler la pauvret qui s'talait derrire ces -ornements<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor"> [266]</a>.</p> - -<p>Tandis que Neuhoff combattait en Balagne contre les -Gnois et Corte contre ses gnraux, un malheur l'atteignit: -Fabiani, un de ses plus fidles lieutenants tait assassin.</p> - -<p>Les parents de Luccioni ne pardonnaient pas Thodore -l'excution du tratre. Ils voulaient venger le mort. Mais, au -lieu de dclarer ouvertement et loyalement la <i>vendetta</i>, selon la -coutume corse, ils avaient feint d'accepter la condamnation, -comme la juste expiation du crime. On disait dans Bastia que -cette famille, par l'intermdiaire de Fabiani, s'tait soumise et -avait jur fidlit au roi. Celui-ci confra mme quelques-uns -les titres de marquis et de comte<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor"> [267]</a>. Les Gnois, dont la politique -<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span> -consistait entretenir les inimitis, s'alarmrent de -cette rconciliation, que le temps et les circonstances pourraient -rendre sincre et qui apporterait quelques partisans -Neuhoff.</p> - -<p>Ils inspirrent aux Luccioni le dsir de la vengeance. Leurs -exhortations tombrent dans un terrain prpar; elles portrent -leurs fruits. Comme il tait difficile d'atteindre Thodore lui-mme, -ils rsolurent de frapper son meilleur gnral; reprsaille -injuste et lche, car Fabiani n'tait pour rien dans la condamnation -du tratre; il se trouvait en Balagne lorsqu'elle fut prononce. -Les Gnois voulaient des victimes. Fabiani tait sur -leur liste d'excution. L'occasion se prsenta de se venger: ils -la saisirent<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor"> [268]</a>.</p> - -<p>Poggi avait promis—nous l'avons vu—de recruter des -hommes dans les pays au-del des monts. Comme ces renforts -tardaient arriver, Fabiani s'tait rendu Orezza, village natal -de sa femme et o il comptait beaucoup de parents et d'amis. -Les partisans de Luccioni habitaient ce canton. Ils vinrent complimenter -le gnral; sans mfiance, celui-ci leur fit bon accueil. -Ils lui dirent qu'ils avaient des griefs contre Costa, mais qu'ils -taient prts s'unir lui pour aller combattre en Balagne. -Fabiani les engagea faire une tourne dans le canton avec lui, -pour complter les enrlements. A Stazzona il les invita -souper, puis, continuant son voyage, toujours suivi par les -tratres, il descendit Valle d'Orezza, passa la nuit aux Piazzole -et revint Stazzona, d'o il devait regagner la Balagne.</p> - -<p>Un peu au-del du village, des hommes arms se tenaient -embusqus derrire un moulin en ruines. La chronique a conserv -leurs noms: Hyacinthe Petrignani, de Venzolasca, Jean-Baptiste -et Fratelongo, son frre, appels les Turcati de Carcheto. A peine -Fabiani avait-il travers la rivire, que ces hommes dchargrent -sur lui leurs fusils. Il reut trois ou quatre balles dans -<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span> -la poitrine, dans les ctes et dans le flanc. Ses parents et ses -amis, saisis de stupeur, laissrent fuir les assassins.</p> - -<p>Le premier moment d'effarement pass, ils voulurent s'lancer - leur poursuite, mais le gnral, qui n'avait pas perdu connaissance, -les retint et les supplia de ne pas l'abandonner. Il -craignait que ses meurtriers ne revinssent pour lui couper la tte -afin de la porter en triomphe Bastia. Fabiani fut transport -Stazzona, o il mourut aprs une agonie de vingt-quatre -heures<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor"> [269]</a>.</p> - -<p>Ce tragique vnement eut lieu vraisemblablement le 15 -juillet<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor"> [270]</a>.</p> - -<p>Les assassins, aussitt le crime accompli, se rendirent -Bastia pour recevoir le prix convenu<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor"> [271]</a>. Les Gnois clbrrent -ce forfait comme un triomphe. Jusqu'alors inactifs, ils commencrent - prendre l'offensive. Ils effecturent une sortie et -dispersrent les cent soixante hommes de Neuhoff camps devant -la ville<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor"> [272]</a>.</p> - -<p>Aprs la mort tragique du gnral balanais, le chanoine -Orticoni, adversaire acharn des Gnois, rdigea un appel aux -Corses sous la forme d'un <i>testament politique de Simon -Fabiani</i><a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor"> [273]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span> -Cet crit trs long tait une sorte d'homlie ampoule et -emphatique, mais qui contenait des vrits que les Corses -auraient sagement fait de mditer.</p> - -<p>Le chanoine adjurait ses compatriotes d'tre unis dans un -effort commun pour dlivrer la patrie. Ceux qui, aprs avoir -reu des titres et des honneurs, vivaient dans l'indiffrence -auraient rougir de n'avoir pas donn leur sang et leurs biens -pour la cause nationale. Il s'levait contre la dplorable habitude -qu'avaient les Corses de quitter l'le pour aller vendre leur -nergie, leur activit et leur intelligence l'tranger. Si ceux-l -pchaient contre la patrie, combien plus coupables encore taient -ceux qui entraient au service de Gnes, sduits par des avances -trompeuses, que chacun devait repousser avec force. Et il citait -l'exemple des grands patriotes de jadis!</p> - -<p>Tandis que ce drame sanglant se droulait Orezza, le -prtre Grgoire Salvini informait Thodore que grce Dieu, - la trs sainte Vierge de la Visitation et aux mes du Purgatoire, -il avait dbarqu sain et sauf l'Ile Rousse, malgr la -rencontre en mer d'une gondole gnoise. Le petit btiment, -qui l'avait amen de Livourne, apportait vingt-deux barils de -poudre, dix-sept sacs de balles et quelques fusils. Pour se -procurer ces munitions et afin de ne pas risquer de l'argent, il -avait d, disait-il, employer mille ruses, faire mille promesses -aux marchands. Il avait donn sa parole d'honneur pour garantir -la justice et la bonne foi de Sa Majest. Il s'tait aussi -engag venir en personne surveiller la vente et le payement -de ces marchandises. Il n'aurait rien obtenu sans ces promesses -formelles, car les marchands craignaient la rapacit bien -connue des Corses. Il remettait enfin Thodore deux lettres -d'Amsterdam, que lui avait consignes le sieur Thomas Brackwell, -de Livourne<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor"> [274]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span> -Quelques jours plus tard, Salvini crivit encore au roi pour -lui dire que les choses allaient bien mal en Balagne faute -d'hommes. Il suppliait Sa Majest par les entrailles de Jsus -de lui envoyer la plus grande partie de ses soldats, sans quoi -ses compagnons et lui allaient infailliblement prir. Le mieux -serait que le roi revnt en Balagne avec une bonne troupe. -Il n'avait rien craindre pour sa vie, car les Balanais taient -prts mourir pour la dfense de la patrie et de la personne -sacre de leur souverain<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor"> [275]</a>.</p> - -<p>Les Corses, cependant, remportrent quelques petits succs<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor"> [276]</a>. -Le plus important eut lieu devant l'le Rousse. Le colonel -gnois Marchelli, la tte de quatre cents hommes, avait fait une -descente, pour surprendre la tour fortifie par les rebelles. Ceux-ci -ayant paru, les soldats de la rpublique s'enfuirent. Ils se -jetrent la mer pour gagner le btiment qui se trouvait -quelques encblures du rivage. Ne sachant pas nager, ils se -noyrent pour la plupart; d'autres furent tus et cent trente faits -prisonniers. Une des chaloupes de la galre, venue pour porter -secours, s'choua et les Corses s'emparrent de tout ce qu'elle -contenait<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor"> [277]</a>. Marchelli et son lieutenant avaient prudemment fui -ds le dbut de l'action. Le Snat les fit mettre aux arrts. Mais ils -arrivrent se disculper, d'autant plus facilement que la rpublique -n'avait pas d'officiers meilleurs mettre leur place.</p> - -<p>Thodore profita de cet avantage pour sommer le gouverneur -de Bastia d'avoir lui renvoyer dans les huit jours les prisonniers -corses, faute de quoi, il ferait arquebuser les cent trente -gnois pris l'le Rousse<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor"> [278]</a>.</p> - -<p>A Ajaccio, Ornano avait attir les Gnois dans une embuscade -et tu trois cents des leurs.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span> -Dans cette guerre d'escarmouches, ces affaires prenaient une -grande importance et mettaient du baume dans le cœur de -Sa Majest<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor"> [279]</a>. Les gens de Bastia taient consterns. Le bruit -circulait en ville que le roi recevait tous les jours des munitions; -qu'un certain Balanais nomm Salvetti lui avait apport de -Rome huit mille piastres en or et qu'on voyait circuler des -sequins turcs<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor"> [280]</a>.</p> - -<p>A la vrit, la popularit de Thodore dcroissait chaque -jour; sa cour se dgarnissait. La nation commenait se croire -joue par lui<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor"> [281]</a>.</p> - -<p>Il essaya de remplacer par des mots et par des titres les -secours tangibles qu'il avait promis aux Corses. Il invita les -populations venir Venzolasca pour entendre un discours. -Il rigea certains districts en marquisats. Il cra de nouveaux -comtes et marquis, dont il nomma les fils chevaliers de la -Cl d'or<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor"> [282]</a>. Ces chevaliers constituaient le premier contingent -de l'ordre de chevalerie qu'il se proposait d'instituer. Costa, qui -se qualifie du plus humble des serviteurs, fut galement anobli<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor"> [283]</a>.</p> - -<p>Le discours tait, nous dit-on, une production extraordinaire. -Le roi expliquait comment les princes taient semblables des -lois vivantes et pareils des miroirs brillants, o les sujets -devaient regarder de prs pour prendre des exemples<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor"> [284]</a>.</p> - -<p>L'loquence du roi fut reue par des applaudissements<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor"> [285]</a>. -Sur le moment mme, le peuple applaudit toujours aux phrases; -mais aprs.....</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span></p> -<p class="subt">III</p> - -<p>Le ministre de Gnes en France, Sorba, tait corse<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor"> [286]</a>. -Diplomate habile et zl, il servait, malgr son origine, la -rpublique avec dvouement. Il n'pargnait ni son temps, ni sa -peine pour se procurer sur les antcdents et sur la famille de -Thodore les renseignements les plus prcis.</p> - -<p>On avait appris Gnes qu'un capitaine du rgiment de -La Marck, en garnison dans les Trois-vchs, tait en correspondance -trs suivie avec Neuhoff, dont il se disait l'oncle. Cet -officier, nomm Nayssen, avait crit, de Pignerol, au nouveau -roi de Corse qu'il lui donnerait tous les secours en son -pouvoir; qu'il lui fournirait principalement des troupes et des -officiers. La rpublique priait donc le gouvernement franais -de faire punir svrement ce capitaine, dont la conduite tait si -coupable<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor"> [287]</a>.</p> - -<p>Sorba, sur les ordres du Snat fit, au sujet de cette affaire, -une dmarche auprs du ministre de la guerre, d'Angervilliers. -Celui-ci promit l'envoy gnois de faire le ncessaire. Il lui -semblait cependant peu vraisemblable qu'un officier tranger, -dont la solde tait plus leve que celle d'un franais, ait pu se -laisser tenter par un aventurier sans ressources. Dans la mme -dpche, Sorba disait avoir eu avec Fleury une conversation -sur les affaires de Corse. Il avait expos au cardinal la crainte -<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span> -de la rpublique relativement l'appui que les Barbaresques -donnaient Thodore. Celui-ci ayant jadis command, par -intrim, le rgiment de Castellara, en Espagne, et ayant connu -le fameux duc de Ripperda, rfugi Tanger aprs sa disgrce, -cette crainte paraissait fonde. Fleury rpondit que Ripperda -tait un grand visionnaire. Neuhoff l'avait connu en Espagne -certainement, mais comment l'aurait-il rejoint et avec quelles -promesses aurait-il obtenu l'aide des Barbaresques? Cela -semblait un pisode de roman<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor"> [288]</a>.</p> - -<p>La conspiration de Nayssen n'tait pas plus srieuse que le -complot de Thodore avec les Barbaresques. La rpublique -s'alarmait en cette affaire des moindres choses. Vertement -rprimand, le capitaine crivit d'Embrun au garde des sceaux -pour se justifier. La lettre fut communique Sorba. Nayssen -avouait qu'il avait reu quelques lettres de son neveu Thodore. -Il confessait aussi lui avoir rpondu, car il supposait que la -Cour lui accorderait la permission d'aller en Corse si Neuhoff -lui envoyait de l'argent pour faire le voyage. Mais il jurait -qu'il n'avait jamais eu l'intention de quitter le service du roi. -Il considrait l'entreprise de son neveu comme une vraie folie. Il -avait tourn en ridicule l'invitation de son royal parent auprs -de ses camarades, auxquels il montrait cette correspondance -sans aucun mystre<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor"> [289]</a>.</p> - -<p>Sorba tait tenace; quelques mois plus tard, il revint - la charge, demandant Chauvelin et d'Angervilliers -s'il y avait quelque fondement dans le bruit que Nayssen tait -parti pour aller rejoindre Thodore avec un neveu de celui-ci, -le jeune Trvoux, officier dans la compagnie des Gardes royales. -Les ministres dclarrent que cette supposition tait stupide. -D'Angervilliers ajouta que Nayssen venait justement de lui -<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span> -faire parvenir une lettre de Thodore un certain Gregorio, de -Livourne, lettre par laquelle l'aventurier, dans un dnment -extrme, demandait de l'argent et des munitions<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor"> [290]</a>.</p> - -<p>Nayssen vint Paris pour le rglement d'affaires personnelles. -Il fut reu par d'Angervilliers. Le ministre dit en -plaisantant Sorba qu'il croyait le capitaine rsolu aller -en Corse pour disputer la couronne son parent. Puis, redevevant -srieux et mettant du baume dans le cœur de l'ambassadeur -corse de la rpublique, il lui dit que Nayssen tenait Thodore -pour le plus grand escroc et le plus grand fou du monde. -Nanmoins Sorba allait s'enqurir de l'endroit o logeait le -capitaine, afin de le faire surveiller<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor"> [291]</a>.</p> - -<p>A Paris, d'ailleurs, tout le monde tournait en ridicule le roi -de Corse; son propre neveu, Trvoux, tait le premier rire -ses dpens<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor"> [292]</a>.</p> - -<p>Une lettre de J.-B. de Mari, envoy de Gnes Turin, dut -plonger le Snat dans un trouble profond. D'aprs cette lettre, -Thodore aurait reu trente mille piastres par l'intermdiaire -d'un banquier de Livourne, Huigens de Cologne, et qui avait -Bertoletti pour associ<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor"> [293]</a>.</p> - -<p>Ce fait parat sujet caution. Thodore se trouvait -ce moment-l trs dpourvu d'argent. Il en demandait un peu -partout et certainement, s'il avait eu un secours financier important, -les Corses ne se seraient pas dtachs de lui. Et les dfections -<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span> -dans son entourage devenaient chaque jour plus nombreuses.</p> - -<p>Tandis que les diplomates gnois mettaient tout en œuvre -pour fournir des renseignements plus ou moins vrais, ou pour -djouer des complots qui n'existaient pas, la rpublique avait -eu un autre sujet d'alarme. Au commencement de juin, un frre -cordelier avait quitt Gnes pour se rendre en Corse. Ce moine -tait un marocain mahomtan converti. On supposa que ce -devait tre un agent de Thodore, car les matelots de la barque, -sur laquelle il avait pris passage, disaient qu'il tait un sclrat -fieff. Le moine, enfin, ayant parl de Thodore avec enthousiasme, -le podestat de Sestri le tint pour suspect et l'envoya -enchan Gnes. On trouva sur lui des lettres pour Neuhoff, -crites en arabe, et quarante livres d'or en lingots. Campredon, -en mandant ces dtails, ajoutait cette apprciation -qui, au premier abord, peut paratre paradoxale, mais qui tait -absolument juste: Il ne serait pas fort extraordinaire que -quelques Gnois contribuassent au soulvement de la Corse. -C'est assez la coutume des rpublicains de ne suivre d'autre -principe que celui de leurs intrts particuliers<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor"> [294]</a>.</p> - -<p>A Gnes, il y avait trois partis. En premier lieu, venaient -les hommes la tte du gouvernement, tranant leur suite tous -les salaris de l'tat, qui faisaient rpandre ou laissaient circuler -les bruits faux, mais avantageux pour la rpublique; puis les -marchands qui, trouvant leur intrt dans la continuation de la -guerre, approvisionnaient les rebelles; enfin les gens qui -faisaient de l'opposition pour arriver prendre la place des -autres et qui calmaient leurs impatiences ou satisfaisaient leurs -rancunes en crivant des pamphlets. Ces libelles, qui circulaient -sous le manteau, arrivaient jusqu'aux gazettes de Hollande.</p> - -<p>Au mois d'aot 1736, on se passait de main en main, -<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span> -Gnes, un manifeste de Thodore en rponse l'dit lanc -contre lui<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor"> [295]</a>. Cet crit, que plusieurs auteurs ont cit<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor"> [296]</a>, -n'mane pas du baron<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor"> [297]</a>.</p> - -<p>C'est une satire fine et spirituelle qui ne ressemble pas, dans -la forme, aux crits de Neuhoff que nous connaissons. Il n'avait -pas ce ton dgag ni cette ironie. Son style tait pompeux, -emphatique parfois, mais toujours pesant, encombr par les -lieux communs, obstru de rdites. Les Corses, non plus, ne -mettaient pas cette verve dans les proclamations qu'ils lanaient - tous moments contre leur ennemi sculaire. Violents dans -leur style comme dans leurs mœurs, ils se laissaient aller - crire de grandes phrases, mais jamais il ne leur arrivait de -faire des mots.</p> - -<p>Le manifeste dbute sur un ton de persiflage. Le baron dit -que, las de voyager et d'errer, il a rsolu de se choisir une -petite habitation dans l'le de Corse. En bon voisin, il fait -part aux Gnois de cette rsolution, s'ils ne l'ont dj apprise -par la renomme ou par les relations ampoules de leurs -gouverneurs qui, du reste, passent leur temps les tromper. -Perturbateur du repos public, lui qui a trouv son arrive un -pays si profondment troubl! Coupable de haute trahison? -On ne trahit gnralement que ses amis. Il n'y a rien de -commun entre les Gnois et lui. Dieu me prserve d'aimer -jamais une nation qui a si peu d'amis! Crime de lze-majest? -Il faudrait d'abord qu'il y et une majest. Et celle de -Gnes on peut la chercher partout, on ne la trouvera pas. -Peut-tre avez-vous rapport d'Espagne cette majest sur vos -<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span> -paules? Peut-tre a-t-elle t transporte d'Angleterre sur vos -terres, par certain vaisseau anglais un de vos bourgeois lu -Doge auquel il tait ainsi adress: <i>A Monsieur N. N..., Doge -de Gnes et marchand en diverses sortes de marchandises</i>! -Quant aux dettes que le baron a laisses en diffrents endroits, -elles seront payes, et largement payes, avec les biens confisqus - ses ennemis. Il termine en demandant la rpublique -la grce de se mesurer avec ses troupes. On ne voit jamais -de soldats gnois quand il faut se battre.</p> - -<p>Un second libelle circula Gnes<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor"> [298]</a>. C'tait encore l'œuvre -de Gnois lancs dans l'opposition<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor"> [299]</a>. Il tait intitul: -<i>Harangue de Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse, faite la Dite -de convocation Balagne</i>. Cet crit, fort long, rditait les -mmes plaisanteries, dcochait les mmes traits moqueurs -contre le gouvernement. Le tout tait relev de citations historiques -trs exactes, qui dnotaient chez son auteur une certaine -rudition.</p> - -<p>Si Gnes des gens s'amusaient, les Gnois enferms dans -Bastia ne riaient pas. Ils taient en proie une peur continuelle. -Le gouverneur rclamait des secours grands cris; mais la -<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span> -rpublique n'avait pas de troupes. Quand il fallut envoyer des -renforts dans l'le, elle avait d dgarnir ses garnisons de la -Rivire du Ponent. Pour remplacer ces soldats, elle avait -engag des paysans auxquels elle tait oblige de promettre -par crit qu'ils n'iraient pas en Corse<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor"> [300]</a>, si intense tait la -frayeur que les insulaires inspiraient. Les vivres galement -manquaient Bastia, tandis que dans certaines parties de -l'le, les Corses faisaient tranquillement la moisson et regorgeaient -de denres.</p> - -<p>L'avantage semblait donc devoir tre pour les mcontents, -et il et suffi d'une action nergique pour culbuter les troupes -gnoises et chasser le gouverneur avec toute l'administration -de la Srnissime Rpublique. Malheureusement, les jalousies et -les querelles paralysaient les efforts. Les Corses n'avaient plus -confiance en celui qui il s'taient donns.</p> - -<p>Des historiens ont donn comme cause de cette dsaffection -un fait scandaleux qui se serait pass au cours d'une tourne -de Sa Majest dans les montagnes.</p> - -<p>Une jeune paysanne, frache et piquante comme un fruit sauvage, -s'tait trouve sur le passage du roi. Celui-ci la remarqua -et jugea qu'elle serait digne de distraire le monarque le plus -blas. Il le lui dit sans dtour. La jeune fille fut, comme toute -femme, sensible cet hommage rendu sa beaut: sa vanit -fut flatte, et elle aurait succomb si son frre n'tait survenu -au moment opportun pour sauver l'honneur de la famille. Ce -frre, l'un des gardes du corps du roi, fit grand tapage, menaant -de tuer le roi et sa sœur. Les Corses n'ont jamais plaisant -sur ces choses. Cela se passait avant le dner. Neuhoff -s'tait mis table avec ses gnraux, croyant l'incident clos et -se promettant bien d'loigner, la premire occasion, ce frre -gnant. Pendant le repas on vint lui dire que le paysan tait -<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span> -en train d'administrer une correction sa sœur. Furieux, -Thodore se leva, fit empoigner son garde et le fit amener devant -lui. Comme s'il parlait un gal, le soldat traita le roi avec la -dernire insolence. Sa Majest ordonna qu'on pendt le coupable - la fentre. Il y eut un moment de stupeur. Personne ne se -leva pour excuter l'ordre. Frmissant d'indignation, Neuhoff -s'avana pour faire justice lui-mme. L'homme tait robuste; -il saisit une chaise, la balana sur la tte couronne, prt lui -en assner un coup fendre le crne. Les gnraux se prcipitrent. -Les camarades du soldat taient accourus. Ce furent des -cris, des vocifrations. La mle devint gnrale. Le roi au -milieu de ses sujets parait aux coups. La Majest du trne -fut profane. Thodore put enfin se sauver par la fentre. Il -alla se rfugie dans une maison voisine, o il resta sous la -garde de quelques dvous serviteurs jusqu' ce que le tumulte -ft apais. Ses gnraux lui conseillrent de mettre dsormais -un frein ses passions, ou du moins de ne pas choisir ses matresses -parmi les jeunes filles du pays. Il profita du conseil et -se borna une franaise qui l'avait suivi en Corse<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor"> [301]</a>.</p> - -<p>L'historien, qui rapporte ces dtails, ajoute avec ingnuit: -Ce qui venait de lui arriver le convainquit du refroidissement -de la nation<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor"> [302]</a>.</p> - -<p>Cet incident passionnel est-il exact? Costa n'en parle pas. -Les autres chroniques et correspondances de l'poque sont -muettes galement ce sujet. Quoi qu'il en soit, le dtachement -des Corses avait une autre cause. Les secours promis n'arrivaient -pas et il n'avait plus d'argent<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor"> [303]</a>. Chaque jour l'toile du roi plissait -<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span> -davantage, le scintillement disparaissait pour laisser -place la lueur indcise et tremblante d'un flambeau prs de -s'teindre et qui dj n'claire plus.</p> - - -<p class="subt">IV</p> - -<p>Au milieu d'aot, Thodore se trouvait dans le canton de -Verde. Il demandait l'un de ses partisans, Jean-Charles Cottone, -de lui envoyer du vin, des choux-fleurs, des citrons, deux -vaches ou, dfaut, une gnisse et quelques moutons. Il promettait -de payer ces denres et ces bestiaux en bl ou en -espces dans le dlai d'un mois<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor"> </a>.</p> - -<p>Mais le roi craignait le ressentiment de ses sujets. Pour fuir -les incessantes querelles de ses ministres et surtout pour mettre -sa vie en sret, il rsolut de traverser les montagnes<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor"> [305]</a>. Au -commencement de septembre, il partit pour Sartne avec le -fidle Costa. Le voyage fut long et pnible. On peut se figurer ce -qu'il dut tre dans une contre sauvage, sans routes, embroussaille. -Il fallut gravir des montagnes aux flancs escarps, -franchir des torrents, marcher longtemps dans les grandes -forts et frayer le chemin au travers du maquis. Les voyageurs -vraisemblablement, ctoyrent les gigantesques rochers du -<i>Kyrie</i> et du <i>Christe Eleison</i><a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor"> [306]</a>. Thodore, sans doute, ne -considrait pas la majest du paysage ni la beaut de son -royaume. Il ne pensait pas au symbole de ces aiguilles, dont le -nom montait vers le ciel, comme une prire. Il avait peur.</p> - -<p>On ne rencontrait aucune habitation pour se reposer et -parfois la nourriture manquait. Costa, aid par quelques serviteurs, -<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span> -faisait son souverain un lit de branches vertes. Mais le -roi prfrait ne pas dormir, et, pour se tenir veill, il discourait -toute la nuit avec chacun de ses compagnons, tour de -rle. Au jour, la caravane se remettait en route. Thodore, toujours -envelopp de sa robe carlate, ne quittait jamais sa canne -bec de corbin, qui reprsentait tous les attributs de sa royaut<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor"> [307]</a>.</p> - -<p>Vers le sommet des montagnes, un orage pouvantable surprit -les voyageurs. Costa en fut trs effray. Les clairs dchiraient -le ciel; le tonnerre clatait en grondements sonores, et -la pluie tombait si drue que, malgr sa longue robe, le roi fut -mouill jusqu' la peau<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor"> [308]</a>.</p> - -<p>Thodore et sa suite arrivrent enfin dans un village. Les -habitants s'empressrent autour du monarque et lui firent une -rception enthousiaste<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor"> [309]</a>. Neuhoff, qui commenait tre dshabitu -des acclamations, dut tre sensible cet accueil, qui lui -donnait l'illusion de la popularit. Un habitant, M. Giudicelli, -mit sa maison la disposition du roi. Celui-ci accepta et resta -deux jours dans cette demeure. Les voyageurs avaient besoin -de repos. Un feu ptillait dans l'tre; tous se tenaient autour -du foyer, formant un groupe trange<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor"> [310]</a>, heureux de pouvoir -scher leurs vtements.</p> - -<p>Avant de partir, le roi, pour reconnatre l'hospitalit, -exempta Giudicelli de toutes taxes et le nomma chevalier dans -l'ordre qu'il se proposait de crer ds son arrive<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor"> [311]</a>. Le cortge -qui, hlas! ressemblait si peu celui du couronnement, se -remit en route. La cour put, enfin, atteindre la ville.</p> - -<p>Le peuple fit un bon accueil au souverain<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor"> [312]</a>. Peut-tre, -Neuhoff espra-t-il retrouver la popularit dans un centre -<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span> -nouveau, o il n'tait pas us, loin de ses premiers compagnons, -qui lui avaient cr tant de difficults. L'illusion ne devait -pas durer longtemps: son rgne touchait sa fin.</p> - -<p>Le premier soin de Thodore fut d'instituer l'ordre de -noblesse et de chevalerie, qu'il avait promis de crer dans -les capitulations signes lors de son couronnement. Son -but tait de donner un nouvel clat sa royaut et d'abuser -encore les Corses par de vains titres et des honneurs fictifs. -C'tait galement un moyen de se procurer de l'argent par les -contributions, que devaient payer les chevaliers. <i>L'Ordre de la -Dlivrance</i> fut cr par un dit<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor"> [313]</a>. Des rgles auxquelles les -dignitaires taient tenus de se conformer furent tablies<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor"> [314]</a>.</p> - -<p><i>L'Ordre de la Dlivrance</i> tait institu tant pour la gloire -du royaume que pour la consolation des sujets et afin de -rendre respectable dans toute l'Europe la noblesse de cette -le, dont la valeur tait si connue. Le roi promettait de -faire tous ses efforts pour obtenir du pape la confirmation de -cet ordre. En attendant, Thodore dclarait nobles, non seulement -en Corse, mais aussi dans tous les pays, ceux qui -auraient l'honneur d'tre faits chevaliers. Ceux-ci porteront un -habit bleu cleste avec une croix et une toile maille en or sur -laquelle sera reprsente la justice, tenant d'une main une -balance, sous laquelle sera un triangle au milieu duquel on -mettra un T; et, de l'autre main, elle tiendra une pe sous -laquelle sera un globe surmont d'une croix et, dans les angles, -on mettra les armes de la famille roale. Les chevaliers -seraient obligs de porter ce costume le jour de leur investiture -et dans toutes les crmonies publiques. Dans le courant de la -vie, ils pourraient tre vtus leur guise, pourvu que leur tenue -ft dcente.</p> - -<p>Le roi, grand-matre de l'Ordre, devait prsider en personne - l'installation des chevaliers. Ceux-ci jureraient fidlit et -obissance Sa Majest; ce serment ne les engageait pas -<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span> -seulement leur vie durant; il s'tendait leurs descendants. -Les dignitaires taient dclars nobles de premire classe. Le -rang de chevalier confrait la qualit d'Illustrissime, et le grade -de commandeur celle d'Excellence. Les chevaliers taient -exempts de tous impts ordinaires et extraordinaires. Le roi -dclarait leur demeure inviolable. Aucun tribunal ne pouvait -les molester pour quelque cause que ce ft, civile ou criminelle, -sauf pour le crime de lze-majest. Les dignitaires avaient -leur entre la cour jusque dans l'antichambre du roi. Les -capitaines des galres et des vaisseaux de guerre royaux, les -commandants des forts et places de la garnison ne pouvaient -tre choisis que parmi les chevaliers. Afin de maintenir l'clat -et l'honneur de l'Ordre, les dignitaires tombs dans l'indigence -seraient secourus et fournis d'habits dcents. D'ailleurs, pour -entrer dans l'Ordre, il fallait avoir des moyens d'existence et -justifier qu'on descendait de parents honntes. Ceux qui exeraient -un mtier quelconque, ou dont les ascendants se seraient -livrs au ngoce et l'industrie, taient exclus de l'institution. -Par contre, les trangers de toute religion taient admis. Chaque -chevalier devait, lors de son admission, verser une contribution -de mille cus, dont il recevrait intrt dix pour cent, sa vie -durant. Les membres de <i>l'Ordre de la Dlivrance</i> taient -tenus de rciter chaque jour le psaume LXX et le psaume XL, sous -peine d'amende. Les chevaliers ne pouvaient refuser aucun -poste sur terre ou sur mer que le roi jugerait utile de leur -confier. Ils devaient suivre le souverain la guerre et former -sa garde du corps. Chaque dignitaire tait oblig d'entretenir -ses frais deux soldats pour le service du roi. Il leur tait interdit -de se mler des affaires de l'tat. Le port du ruban vert, signe -distinctif de l'Ordre, tait obligatoire. Aucun membre ne pouvait -servir l'tranger sans le consentement du roi. Le crmonial -de rception tait ainsi fix: le postulant se mettrait genoux -devant Sa Majest qui lui dirait: Je vous fais chevalier du -noble <i>Ordre de la Dlivrance</i>. Vous devez souffrir de Nous seul -<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span> -que Nous vous touchions trois fois avec l'pe nue, et vous serez -obissant en toute chose jusqu' la mort. Aprs avoir jur -sur l'vangile, le nouveau chevalier se relverait et recevrait -l'accolade des dignitaires prsents, qui lui donneraient le titre de -frre. Les chevaliers devaient toujours porter l'pe, et pendant -la messe, ils la tiendraient constamment hors du fourreau. Les -protestants eux-mmes n'taient pas exempts de la messe<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor"> [315]</a>.</p> - -<p>Aprs avoir institu l'<i>Ordre de la Dlivrance</i>, le roi confra -les titres de marquis et de comte aux habitants influents -de la contre<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor"> [316]</a>. Mais c'taient de pitres expdients. Le peuple -se dtachait de plus en plus; Sa Majest songea autre chose. -Elle tablit des lois, dont quelques-unes opportunes, comme celle -qui avait pour but la rpression de la <i>vendetta</i><a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor"> [317]</a>.</p> - -<p>Afin d'attirer les trangers dans l'le, Thodore proclama la -libert de conscience. Des privilges considrables devaient tre -accords ces trangers<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor"> [318]</a>. Le roi dclarait vouloir favoriser -l'industrie, peu prs inconnue en Corse<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor"> [319]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span> -Il autorisait galement la fabrication du sel que Gnes -avait prohibe. Il rglementait la pche dans les rivires, les -tangs et sur les ctes de la mer. Jusqu'alors la pche tait -afferme aux Catalans et dfendue aux indignes<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor"> [320]</a>.</p> - -<p>Mais ces dispositions, excellentes en elles-mmes, ne ramenaient -pas la popularit, toujours plus facile faire natre qu' -ressaisir, quand le dsenchantement est venu. Thodore esprait -gagner du temps en amusant les Corses avec des lois, jusqu' -l'arrive des secours qu'il s'obstinait promettre.</p> - -<p>A mesure que le temps passait, les gens de Sartne devenaient -plus impatients. Au commencement du mois de novembre, -le roi tait dcourag. Un attentat avait t dirig contre -lui; le commandant gnois d'Ajaccio se montrait agressif<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor"> [321]</a>. -Peu peu chacun s'loignait de la cour; les provisions s'puisaient; -l'argent manquait pour s'en procurer et pour payer la -solde des quelques soldats attachs la personne de Sa Majest<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor"> [322]</a>.</p> - -<p>Ne sachant plus que devenir, Thodore prit un parti suprme. -Il se dcida partir pour le continent. Il tremblait pour sa -prcieuse existence et il avait hte de mettre la Mditerrane -entre ses sujets et lui. Il fit part de cette dcision ses compagnons, -disant qu'il allait en Italie afin de chercher lui-mme -des secours. Le 4 novembre, il publia un dit pour -annoncer son dpart aux populations et organiser la rgence -pendant son absence<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor"> [323]</a>. Hyacinthe Paoli et Louis Giafferi -<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span> -reurent le commandement en chef des provinces au-del des -monts; Luc Ornano fut nomm gouverneur des provinces -en-de.</p> - -<p>Aux yeux des populations, il colora sa fuite avec des paroles -pompeuses et de belles promesses. Il avait leurr les Corses -son arrive et tout le long de son rgne; il les trompait encore -au moment de s'en aller. Et il partait parce qu'il en tait rduit - son dernier mensonge.</p> - -<p>Thodore se mit en route, emmenant avec lui le fidle Costa, -le neveu de celui-ci et quelques serviteurs dvous. Il fallait -gagner Solenzara sur la cte orientale, o l'on esprait pouvoir -embarquer pour Livourne. Le froid se faisait dj sentir dans les -montagnes. Les dfils et les sentiers se blanchissaient des -premires neiges. Les pluies de l'automne ravinaient les pentes. -Les arbres pleuraient leurs feuilles mortes. Les torrents taient -grossis. Tout laissait prvoir un voyage long et pnible; mais -<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span> -le roi prfrait affronter les rigueurs de la saison que le ressentiment -des Corses, qu'il prvoyait proche et implacable.</p> - -<p>En quittant Sartne, Thodore et sa suite s'enfoncrent -dans les dfils tortueux de la montagne. C'tait la rgion -sombre o planait encore, comme une maldiction, le souvenir -des orgies dmoniaques des Giovannali<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor"> [324]</a>.</p> - -<p>La petite troupe dut ensuite traverser la fort de Bavella. -Ces forts de l'intrieur, pour ainsi dire vierges alors, entremles -de pins et de chnes, n'avaient aucun sentier trac. Des -blocs granitiques gisaient au milieu des arrachements de -terrain. Les aiguilles gigantesques de l'Asinao s'lanaient -vers le ciel. Les pentes taient escarpes. A chaque instant les -difficults renaissaient. Les fugitifs devaient chercher leur route, -tourner, aller de l'avant, revenir sur leurs pas, n'ayant fait que -peu de chemin aprs bien des fatigues.</p> - -<p>On atteignit enfin Coscione, un endroit froid en cette -saison, mais assez agrable en t. L, dans la belle saison, -les bergers menaient patre leurs troupeaux<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor"> [325]</a>. Maintenant, -c'tait un pays dsol, sans ressources.</p> - -<p>Thodore avait hte d'arriver sur le rivage de la mer, dont -parfois, dans une claircie de paysage, il entrevoyait la raie -bleue. Il pressait ses compagnons.</p> - -<p>Aprs la fort, ce furent des maquis impntrables, o les -arbousiers enchevtraient leurs branches aux myrthes et aux -cytises. La solitude tait partout: rien de vivant, sauf parfois, -le cri des oiseaux effarouchs. Les provisions s'puisaient et les -voyageurs furent heureux de trouver quelques fromages et du -<i>broccio</i><a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor"> [326]</a>. Costa, toujours proccup du bien-tre de son matre, -se mit en qute d'une cabane de bergers. Il y alluma un grand -feu, afin, dit-il, que le roi et le plaisir de se chauffer<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor"> [327]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span> -Neuhoff et sa suite arrivrent Solaro, un pauvre hameau. -Les habitants prirent cette troupe pour un clan ennemi, -venant de l'autre versant de la montagne. Ils s'chapprent dans -le maquis. Il fallut courir aprs eux et Costa les dsabusa. Le -grand-chancelier leur apprit que c'tait le roi Thodore et ses -gens qui se trouvaient parmi eux. Les paysans, demi-rassurs, -rentrrent au village. Ils se mirent contempler avec curiosit -les traits de ce souverain, dont ils avaient vaguement entendu -parler. Ils lui rendirent hommage avec de grandes marques de -respect et lui offrirent tout ce dont il pouvait avoir besoin. L'un -d'eux tua un mouton qu'il fit rtir, tandis que d'autres apportaient -quelques provisions<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor"> [328]</a>. Le roi se sentit un peu rconfort -par les soins de ces braves gens. Le souper fut pastoral, mais -agrable. Les malheureux purent se coucher dans de vrais -lits. A la vrit ils taient durs, mais propres. Cette nuit fut -douce et, pour bercer le sommeil de Sa Majest, les gens de -Solaro, selon la coutume, improvisrent des chansons<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor"> [329]</a>.</p> - -<p>Le lendemain, la caravane se remit en route. Les difficults -recommencrent. Pendant trois jours les fugitifs endurrent de -grandes fatigues. Ils souffraient; les nuits taient froides. Le -roi essayait de se garantir avec son manteau de pourpre -dteinte et sa fourrure use. Ce n'tait plus le brillant seigneur -portant firement la perruque cavalire et l'pe espagnole, distribuant -des mirlitons d'or.</p> - -<p>Les voyageurs atteignirent enfin une petite ville sur le bord -de la mer, prs de Solenzara<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor"> [330]</a>. Voulant dpister les espions -gnois, Thodore avait pris un habit ecclsiastique. Aprs une -attente longue et pleine d'anxit, une voile parut enfin. C'tait -une barque provenale de Saint-Tropez, commande par le -patron Dcugis<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor"> [331]</a>. Ce btiment avait t frt pour transporter, -<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span> -sur le continent, des dserteurs espagnols rfugis en Corse et -que des officiers de Sa Majest Catholique taient venus -rclamer.</p> - -<p>Thodore et Costa s'embarqurent tristement. Le roi -remercia ses compagnons; il leur donna la poudre et les balles -qu'il avait avec lui et leur remit un exemplaire de son manifeste -pour tre publi<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor"> [332]</a>.</p> - -<p>La barque partit; peu peu la terre de Corse s'effaa -pour ne devenir bientt qu'une ombre indcise, comme avait t -la royaut du baron de Neuhoff.</p> - -<p>Pendant la traverse, Thodore fut sur le point de tomber -entre les mains des Gnois. Le gouverneur Rivarola, inform -par ses espions de la fuite du roi, avait envoy une felouque -arme en guerre croiser devant Alria. Le btiment gnois -aperut la barque provenale faisant route vers les ctes -de Toscane. Sans se soucier du pavillon franais, la felouque -avait donn la chasse au bateau qui portait Neuhoff, et -l'accosta. Les Gnois voulurent oprer une perquisition, mais -un officier espagnol s'interposa en leur conseillant de respecter -le pavillon d'une nation amie. Les Gnois s'loignrent<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor"> [333]</a>.</p> - -<p>Thodore dbarqua Livourne le 14 novembre, quatre -heures de l'aprs-midi, en s'entourant du plus grand mystre<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor"> [334]</a>. -Il n'avait plus rien avec lui, sauf quelques bribes d'argenterie, -restes d'une splendeur phmre.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IV</h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>La fuite de Thodore et les gazettes.—Sjour Florence.—Jean-Gaston -de Mdicis et le roi de Corse.—Inquitude des Gnois.—Leurs -dmarches Paris.—Passage de Thodore en France.</p> - -<p>Son arrive en Hollande.—Son arrestation pour dettes.—Il est mis -en libert.</p> - -<p>Il monte une opration commerciale.—Ses commanditaires.—Il frte -des navires.—Son voyage sur <i>la Demoiselle Agathe</i>.—Ses aventures - Lisbonne et Oran.—Sa fuite en pleine mer.</p> - -<p><i>La Demoiselle Agathe</i> Livourne.—Denis Richard.—Aventure tragique -du <i>Yong-Rombout</i>.—Intrigues Naples.—Protestation des Gnois.—Rponse -des tats-Gnraux de Hollande.—Mort de Costa.</p> -</div> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>La fuite de Thodore avait t promptement connue en -Europe. Les gazettes en racontrent les pripties. Mais -aussitt aprs le dbarquement des fugitifs Livourne, on avait -perdu leurs traces<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor"> [335]</a>.</p> - -<p>Le marquis de Rivarola, vice-roi de Sardaigne,<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor"> [336]</a> avait -fait saisir au mois de novembre un paquet de lettres de -Thodore. Cette correspondance avait t envoye par un certain -Mela sa femme, avec recommandation de la faire tenir au -consul d'Angleterre. Il y avait deux lettres pour Livourne, deux - destination d'Alger et enfin une pour le consul anglais, dans -<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span> -laquelle Neuhoff lui promettait une forte rcompense s'il pouvait -lui fournir de l'artillerie et des munitions et il affirmait qu'il tait -d'accord en cela avec la cour de Londres<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor"> [337]</a>.</p> - -<p><i>Lettere Ministri 1737-1745</i>, mazzo 16. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p>Avant mme de savoir ce que Neuhoff allait faire, on tympanisait -fort sa conduite, disaient les feuilles publiques. Aprs -avoir commenc, il ne devait pas finir aussi honteusement..... -Il s'expose la rise de l'Europe ou passer pour un lche<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor"> [338]</a>.</p> - -<p>Ces accs d'indignation ne dureront pas. Il y aura dans les -gazettes de Hollande un revirement trange en faveur du baron.</p> - -<p>Trois jours aprs l'arrive Livourne du roi fugitif dguis -en prtre, le comte Lorenzi, envoy de France Florence -crivait: Il est vraisemblable qu'on en aura bientt des nouvelles, -car une personne si remuante ne pourra pas se tenir -longtemps cache<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor"> [339]</a>. On ne tarda pas savoir, en effet, -qu'aussitt dbarqu, Thodore s'tait rendu dans une maison -de campagne Pescia, petite ville situe quelques lieues de -Lucques. Dans sa retraite il crivit beaucoup et il dpcha -vers Rome un courrier, auquel il donna vingt sequins. Il se -rendit bientt dans une maison deux lieues de Florence, puis il -vint rsider en ville, changeant souvent d'habit et de demeure<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor"> [340]</a>, -pour dpister les recherches des Gnois, gens fort indiscrets. -Ceux-ci se donnaient un mal norme pour avoir des renseignements -sur lui. Sorba, envoy de Gnes Paris, alla -trouver Maurepas, ministre de la marine, et lui demanda de faire -arrter le fugitif et ses compagnons s'ils venaient en France. -Les cinq esclaves turcs, qui avaient accompagn le baron, -s'taient rendus Marseille. Sorba exigeait qu'ils fussent livrs - la rpublique. Maurepas rpondit que, par suite des traits -existant entre la France et la Porte Ottomane, tout sujet -<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span> -musulman devenait libre en mettant le pied sur le territoire -franais. Comme l'envoy de Gnes insistait, le ministre finit -par dire que les turcs devaient avoir dj quitt Marseille pour -retourner dans leur pays<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor"> [341]</a>.</p> - -<p>Augustin Viale, ce ngociant gnois, qui reprsentait -Florence la rpublique, insista auprs des autorits grand-ducales -pour que Thodore ft mis en lieu sr. On demanda -ce diplomate si son gouvernement lui avait ordonn de faire -cette dmarche. Viale rpondit qu'il n'avait pas encore d'instructions -prcises cet gard, mais que trs certainement il allait -en recevoir. On lui dit d'attendre; quand ces instructions lui -seraient parvenues, on verrait ce qu'on pourrait faire<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor"> [342]</a>.</p> - -<p>Les ordres de la rpublique arrivrent. Muni des pouvoirs -rguliers, Viale rclama officiellement au gouvernement toscan -l'arrestation de Neuhoff et de trois chefs corses qui l'accompagnaient. -Aprs en avoir rfr au grand-duc, les ministres -rpondirent l'envoy gnois que sa requte tait admise -et que des ordres avaient t donns en consquence. Viale -garda le secret afin que le misrable ne pt pas s'chapper. -Au nom de son gouvernement, il promit quatre cents pistoles -au chef des archers s'il capturait Thodore et sa bande. Mais -l'envoy gnois n'avait aucune confiance dans les promesses -du gouvernement toscan. Il ne se trompait pas<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor"> [343]</a>.</p> - -<p>La rpublique avait, en attendant, fait arrter le confesseur du -baron et le tenait en prison, esprant le faire parler; mais le -confesseur s'tait, selon son devoir, renferm dans un silence -absolu<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor"> [344]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span> -Thodore avait Florence, comme ami, un certain Baglioni, -qui tait le valet de chambre favori du grand-duc<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor"> [345]</a>. Par -son intermdiaire, il obtint une audience du prince. Jean-Gaston -tait le dernier rejeton des Mdicis. N'ayant pas d'hritier, -sa succession tait promise Franois de Lorraine. -Aussi ses dernires annes s'coulaient-elles dans l'oisivet au -milieu des plaisirs les plus licencieux. Matrialiste, Jean-Gaston -aurait donn quelques mois plus tard le triste spectacle d'une -fin athe, si sa vertueuse sœur n'avait eu soin, pendant sa dernire -maladie, de faire tenir un jsuite en permanence dans sa -garde-robe, prt administrer le moribond au moment voulu. -Comme tout bon toscan, Jean-Gaston dtestait les Gnois. Cette -haine venait de ce que les Gnois avaient toujours essay de -ruiner le commerce de Livourne, pour l'attirer eux<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor"> [346]</a>. Le -dernier des Mdicis se fit donc un malin plaisir de recevoir -Thodore. Le roi demanda au prince sa protection. Celui-ci la -lui accorda, condition qu'il se tiendrait cach et qu'il congdierait -les Corses, qui taient avec lui<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor"> [347]</a>. Jean-Gaston aurait -mme donn au souverain cent sequins en lui disant ironiquement: -<i>Fra noi Principi scaduti queste galanterie si possono -fare.</i> Entre nous princes dchus, ces galanteries peuvent se -faire<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor"> [348]</a>.</p> - -<p>Viale attendait l'arrestation de Thodore. Mais, les jours -s'coulaient et il ne voyait rien venir. Il alla conter ses -peines Lorenzi. Il se croyait, disait-il, bern par le grand-duc. -Ce mauvais vouloir paralysait tous ses efforts; il tait -dcourag. Aussi ne se mettait-il plus en mouvement pour -<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span> -savoir ce que devenait l'aventurier<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor"> [349]</a>. Jean-Gaston, poussant -l'ironie jusqu'au bout, fit dire au malheureux agent gnois que -sa rpublique faisait vraiment trop d'honneur un pauvre roi -dtrn<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor"> [350]</a>.</p> - -<p>A Florence, tout le monde, sauf Viale le plus intress dans -la question, tait au courant des faits et gestes du roi errant.</p> - -<p>Le Pre Ascanio, ministre d'Espagne, paraissait particulirement -bien inform. Le chanoine Orticoni, que Lorenzi -dclarait tre un des plus habiles des Corses rvolts, s'tait -embarqu Livourne, le 4 dcembre, sur la chaloupe du consul -espagnol. Cette circonstance tait d'autant plus significative -qu'Orticoni s'tait rendu deux reprises Madrid. Il avait aussi -fait un sjour la cour du roi des Deux-Siciles, qui l'avait -nomm son aumnier d'honneur avec pension. Les Corses, qui se -trouvaient auprs de Thodore, avaient subitement disparu, et -leur disparition concidait avec le dpart d'Orticoni. Lorenzi -fut frapp de cette concidence. Une entrevue que le Pre -Ascanio avait eue avec Costa quelque temps auparavant, donnait -une certaine importance ce fait. L'envoy de France voulut -en avoir le cœur net et alla trouver le Pre Ascanio. Celui-ci -parut tout d'abord un peu embarrass; puis il finit par dire qu'il -n'avait pas vu Costa lui-mme, mais bien son neveu, auquel il -aurait dclar que les Corses, n'tant pour l'instant pas libres -de disposer d'eux-mmes, ne devaient pas offrir, comme ils -l'avaient fait, la souverainet de leur le au roi des Deux-Siciles. -D'ailleurs, il ne convenait pas ce prince de succder au baron -Thodore. Lorenzi dut se contenter de cette rponse; mais il -crivait au ministre qu'il croyait positivement que l'entretien du -Pre Ascanio avec le neveu de Costa n'avait pas seulement -roul sur ce sujet. Ce qui confirmait Lorenzi dans cette opinion -<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span> -c'est que, durant le sjour des Corses Florence, le religieux -avait envoy mystrieusement une estafette Naples et son -cocher Livourne.</p> - -<p>Peu de temps aprs, le roi d'Espagne, inquiet sans doute -des dmarches compromettantes de son reprsentant, donna -l'ordre au Pre Ascanio de dclarer que Leurs Majests Catholiques -n'avaient promis aucun secours Neuhoff<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor"> [351]</a>.</p> - -<p>Nous verrons beaucoup de dmentis pareils dans l'histoire de -Thodore. Il faut les signaler, tout en faisant des rserves sur -leur valeur, car on sait ce que valent les dmentis diplomatiques.</p> - -<p>Vers le mme temps, le hasard mit Lorenzi en rapport -avec une personne chez qui Neuhoff avait log pendant huit ou -dix jours. Ce particulier lui apprit que le roi de Corse entretenait -de grandes esprances; il se flattait d'avoir l'appui du bey de -Tunis, du roi de Sardaigne et d'une puissante compagnie de -marchands juifs hollandais. Il avait beaucoup crit, selon -son habitude, et il avait dpch deux hommes, l'un Bologne, -l'autre dans la Calabre un vque maronite. Pour l'instant, -l'aventurier se trouvait bien muni d'argent<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor"> [352]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span> -Ne pouvant mettre la main sur son ennemi, le Snat de -Gnes avait lanc un manifeste pour le dconsidrer aux yeux -des Corses, en lui imputant toutes les lchets et toutes les -friponneries. Cet crit fut rpandu profusion dans l'le. -Les insulaires reurent ce factum fort mal, comme d'ailleurs -tout ce qui venait de Gnes. La rpublique se trompait trangement -en croyant achever le malheureux Thodore avec ses -dits; elle lui donna un regain de popularit. Paoli, Giafferi -et d'Ornano, qui avaient t plus ou moins hostiles au roi pendant -son rgne, s'indignrent; s'tant runis Corte, ils expdirent - la Srnissime Rpublique une vhmente protestation. -Entr'autres, ils disaient: Ainsi, nous prenons tmoin le Tout-Puissant, -qui voit nos cœurs et connat la justice de notre cause, -et nous dclarons la face de tout l'univers que Sa Majest le roi -Thodore I<sup>er</sup>, n'ayant travaill depuis son arrive en Corse qu' -faire le bonheur de cette illustre nation, et n'tant parti que -pour assurer l'heureux terme, qui doit mettre le sceau notre -prosprit et la rendre durable, nous continuons lui demeurer -attachs par une affection des plus tendres et par une fidlit -des plus inviolables...<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor"> [353]</a>. Voil assurment de belles paroles; -mais ce n'taient que des mots. Ou bien les Corses pensaient -tout le contraire de ce qu'ils crivaient, ou bien, par un prodige -d'inconstance, ils s'taient pris d'une belle passion pour leur -roi, le jour o celui-ci les avait fuis.</p> - -<p>Le Snat, voyant que son manifeste avait produit un effet -diamtralement oppos celui qu'il en attendait, rendit un dcret -pour mettre prix la tte de Thodore et celle de ses complices. -Ainsi, nous avons assign et fix une rcompense de deux -mille genuines, ou cus d'or, pour quiconque livrera entre les -<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span> -mains de notre justice, ou tuera quelqu'un des sus-nomms. -Cette somme sera paye sur le champ par le tribunal de nos -Inquisiteurs d'tat. Promettons en outre et donnons toutes sortes -d'assurances de ne jamais faire connatre celui qui aura livr ou -tu aucun d'eux et de n'en pas rvler la moindre chose<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor"> [354]</a>.</p> - -<p>Ce dcret fut lu dans les rues de Gnes par le crieur public -et affich sur les places<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor"> [355]</a>.</p> - -<p>Vers la fin du mois de janvier 1737, un navire battant -pavillon hollandais apporta en Corse une lettre de Thodore -aux trois rgents. Le capitaine ne voulut pas dire dans quel -endroit il l'avait reue. Elle ne contenait rien d'intressant; le -roi se rpandait en vagues gnralits, sans rien prciser ni -quant son retour ni quant aux secours, qu'il tait all chercher -sur le continent<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor"> [356]</a>.</p> - -<p>Ne voulant pas s'exposer tre livr ou tu par quelque -misrable, que la rcompense promise par le Snat de -Gnes aurait allch, Thodore quitta Florence au mois de -dcembre 1736. Il se rendit Rome, o il avait deux fidles -amies, les dames Cassandre et Anglique Fonseca, religieuses -au couvent des Saints Dominique et Sixte, situ sur le mont -Quirinal. Ces bonnes sœurs, nous l'avons vu, connaissaient -Neuhoff depuis quelques annes. Il se servait souvent de leur -intermdiaire pour faire passer sa correspondance. Elles lui -remirent quelque argent; il quitta Rome. Il se trouvait, le -2 janvier, Turin<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor"> [357]</a>.</p> - -<p>Gastaldi, le ministre de Gnes en Angleterre, avait crit -Sorba qu'il croyait que Thodore se trouvait Londres avec -Costa. Il n'en tait rien; mais, pensant que l'aventurier viendrait -<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span> - Paris, Sorba fit des dmarches pour que le lieutenant gnral -de police, Hrault, le ft arrter<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor"> [358]</a>. Le baron, en effet, fit un -court sjour Paris et on raconte qu'il y fut l'objet d'un attentat -suscit par les Gnois. Comme il passait en carrosse, il aurait -essuy deux coups de feu<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor"> [359]</a>. Il est plus vraisemblable de supposer -que le gouvernement lui intima l'ordre de quitter le -royaume sans retard<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor"> [360]</a>.</p> - -<p>En apprenant que Thodore avait pass par Paris et que la -police ne l'avait pas pris, Sorba fut furieux. Il alla trouver -le cardinal Fleury, qui lui rpondit en protestant que la France ne -s'tait jamais mle dans la rvolte de Corse. Sorba se rendit -chez Hrault. En termes vagues, le lieutenant gnral de police -lui laissa entendre qu'en effet Thodore avait pass deux jours - Paris la fin du mois de janvier. L'aventurier tait seul et -dans l'auberge o il tait descendu, il avait dit qu'il allait s'embarquer. -Sorba demanda s'il tait parti par la route du Languedoc -ou par celle de Provence. Hrault rpondit que c'tait -par le ct oppos. Le ministre insista pour savoir ce qu'il -fallait entendre par le <i>ct oppos</i>. Le chef de la police dclara -que le cardinal, quand il le jugera propos, pourra satisfaire -sa curiosit<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor"> [361]</a>.</p> - -<p>En quittant Paris, Thodore se dirigea vers la Hollande. Il -prit passage Rouen, aprs avoir fait rpandre le bruit qu'il -allait s'embarquer Marseille. Il arriva La Haye, o il -sjourna, environ une quinzaine de jours, chez un juif nomm -Tellano, demeurant dans le cul-de-sac de la Comdie-Franaise. -Il se rendit ensuite en Zlande et, au commencement -du mois de mars, il arriva Amsterdam<a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor"> [362]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span></p> -<p class="subt">II</p> - -<p>Sa Majest trs chimrique l'illustre roi des Corses, -comme une lettre d'Amsterdam appelle le baron, prit un logement -chez un nomm Ham, qui tenait sur le port une auberge, -o descendaient habituellement les capitaines de navire. Thodore, -qui paraissait avoir de l'argent, se donnait pour un -marchand quoiqu'il ret nombre de lettres avec cette adresse: -<i>au baron de Savoye</i>. Il avait avec lui cinq domestiques, -qualifis gentilshommes. Ceux-ci, valets ou chambellans, tmoignaient -au roi un profond respect. A tour de rle, ils se tenaient -en faction devant la porte de l'auberge et examinaient soigneusement -les gens qui entraient ou qui sortaient<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor"> [363]</a>.</p> - -<p>Neuhoff avait Amsterdam de vieilles dettes se montant - un chiffre trs lev<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor"> [364]</a>. Un marchand lui avait jadis prt cinq -mille florins. Ce commerant tait mort; les tuteurs de ses -enfants avaient trouv dans ses papiers l'obligation du baron. -Apprenant par la rumeur publique que celui-ci tait incognito -Amsterdam, ils essayrent, mais en vain, de le dcouvrir. -Thodore avait bien un appartement chez l'aubergiste Ham, -seulement il n'y couchait jamais. Prtextant des voyages, il -logeait pendant quelques jours une extrmit de la ville, -pendant une autre semaine, il gtait dans un quartier tout fait -oppos; il tait introuvable. Les cranciers s'adressrent un -<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span> -malheureux fainant, nomm Van Hochum, qui rdait -travers les rues. Ils lui donnrent le signalement exact de -leur dbiteur. Ils vtirent superbement le mendiant et le -lchrent aprs lui avoir promis cent ducats, s'il parvenait - dcouvrir Neuhoff et le faire arrter.</p> - -<p>Dguis en seigneur, Van Hochum tait mconnaissable. Il -se mit parcourir la ville, furetant dans les estaminets et dans -les auberges. Il apprit bientt que Thodore logeait, pour -l'instant, au cabaret du <i>Cerf rouge</i>. Le coquin l'y trouva et -le reconnut; mais, voulant s'assurer de son identit, il s'insinua -auprs de lui et se mit lui dbiter toutes sortes de fables.</p> - -<p>Le roi se tenait sur la rserve; il ne s'tait pas nomm. -Cependant il goba toutes les histoires du tratre. Celui-ci—un -homme retors—employa un moyen infaillible pour faire -jaser le baron: il lui proposa de l'argent. Il dsirait, dit-il, -obtenir un brevet de capitaine, en change duquel il remettrait -quatre-vingt mille florins comme garantie de sa bonne conduite.</p> - -<p>Une pareille proposition impressionna Neuhoff. Sa prudence -s'effaa devant la perspective de la forte somme. Il dclara -ses noms, titres et qualits et dit qu'il tait dispos -dlivrer le brevet en question revtu de son sceau royal. Le -mendiant, certain de tenir son homme, revint le lendemain au -<i>Cerf rouge</i>. Il arriva hors d'haleine et se prcipita tout essouffl -dans la chambre du roi en criant: Sauvez-moi; je suis perdu; -cachez-moi. Les archers sont mes trousses! Effectivement, -la police le suivait; c'tait lui qui l'avait fait venir. Van -Hochum feignit de mettre l'pe la main pour se dfendre. -Les archers, sans s'occuper de lui, allrent directement -Thodore, et le chef, lui mettant la main sur l'paule, lui -dclara qu'il l'arrtait pour dettes. Durant toute la journe, le -malheureux souverain fut gard vue par un <i>bode</i>, sorte -d'huissier. Le lendemain, on transfra le prisonnier dans un -autre cabaret situ prs de l'glise Neuve, dans lequel on mettait -ceux qu'on tenait en arrt civil. Cela se passait le 17 avril.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span> -Cette arrestation fit quelque bruit. Le triste sort du roi -de Corse excita la compassion de tous les honntes gens. -Plusieurs personnes de qualit vinrent le voir.</p> - -<p>Il reut les visiteurs avec dignit, mais trs laconiquement. -On le trouva bel homme; il tait haut de cinq -pieds et demi, fort, d'une carrure toute germanique; il avait -l'air hardi en mme temps que spirituel. Il parlait couramment -sept langues<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor"> [365]</a>.</p> - -<p>Dans sa dtresse, Thodore crivit au marquis de Saint-Gill, -ambassadeur d'Espagne La Haye. Il offrait de cder au -roi des Deux-Siciles tous ses droits sur la Corse aux conditions -suivantes:</p> - -<p>1<sup>o</sup> Sa Majest Catholique lui donnera quelque commandement -dans les troupes espagnoles destines contre les -Africains;</p> - -<p>2<sup>o</sup> Le marquis de Saint-Gill engagera le consul rsident -d'Espagne, Amsterdam, le cautionner, lui, baron de Neuhoff, -pour la somme de trois mille pistoles.</p> - -<p>Il demandait l'ambassadeur d'envoyer sans dlai un -exprs Madrid pour porter ses propositions et de lui accorder -asile dans l'htel d'Espagne, La Haye, jusqu' la rponse. -Cette lettre, date du 19 avril, surprit M. de Saint-Gill; il -hsita un instant sur le parti qu'il devait prendre. Il se dcida -enfin rpondre au baron qu'il ne pouvait rien faire pour lui.<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor"> [366]</a></p> - -<p>Le prisonnier allait tre transfr la maison de ville, -lorsque plusieurs personnes, mues de voir ce misrable -monarque tran en cachot, se concertrent pour le tirer de ce -fcheux pas.</p> - -<p>S'il n'y avait eu que les cinq mille florins rclams par les -<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span> -hritiers du marchand, les bonnes mes auraient pu garantir -cette somme. Mais, ds que l'arrestation du baron fut connue, -une nue de cranciers surgit. Il en vint de tous les cts, qui -prirent arrt contre lui, si bien qu'il se trouva crou pour une -somme de dix-huit vingt mille florins. Les amis du prisonnier -ne se dcouragrent pas; ils tinrent plusieurs confrences. -Ils dcidrent, dans un superbe accord, de dsintresser -les cranciers du roi pour obtenir son largissement, et ils -allaient compter l'argent lorsqu'arrivrent de nouveaux cranciers. -Un mardi, cinq heures trois quarts, on obtint un -nouvel crou contre Thodore pour cinq cents livres sterling, -le lendemain un autre pour six cents florins. Dcidment ils -taient trop. Malgr leur bonne volont, les amis charitables -durent renoncer leur projet, parce que, nous dit-on, ils s'aperurent -que c'tait la mer boire<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor"> [367]</a>.</p> - -<p>Un mercredi matin, huit heures et demie, l'infortun baron -fut mis dans la prison de la maison de ville, o l'on incarcrait -les dbiteurs rcalcitrants. On le logea dans une cellule spare -et on le trata avec gard. Le nombre de ses dettes laissait -supposer qu'il resterait longtemps sous les verrous<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor"> [368]</a>.</p> - -<p>Van Hochum ne s'tait pas content des cent ducats stipuls -par les hritiers du marchand; il avait crit au Snat de -Gnes pour l'informer de la dtention de Thodore et demander -la rcompense promise<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor"> [369]</a>. Il est vraisemblable de croire que -la rpublique fit la sourde oreille.</p> - -<p>On s'attendait voir les Gnois rclamer imprieusement le -<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span> -prisonnier aux tats Gnraux. La question tait de savoir si -leurs Hautes Puissances feraient droit cette requte.</p> - -<p>Thodore tait un personnage encombrant pour le gouvernement -hollandais. Celui-ci rpugnait l'ide de le livrer entre -les mains de ses ennemis. D'un autre ct, il ne voulait pas -froisser ouvertement les Gnois. Aussi disait-on que les autorits -ne feraient rien pour empcher son vasion. Les gazetiers -reurent l'ordre de ne pas parler de Neuhoff dans leurs feuilles. -Plusieurs membres du gouvernement allrent jusqu' dire que -le roi de Corse ne se trouvait pas en Hollande<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor"> [370]</a>.</p> - -<p>La nouvelle de l'arrestation du roi fut apporte dans l'le par -le comte Antoine Colonna et Jean-Baptiste Sinibaldi. Ces -deux individus qui se donnaient, l'un, le titre de colonel -d'infanterie, l'autre, celui de capitaine dans le rgiment des -gardes corses de Thodore, s'taient embarqus Nice sur -une felouque. Arrivs Alria, ils se rendirent au milieu des -rebelles camps devant Bastia. La nouvelle fut accueillie avec -consternation, car Neuhoff n'avait jamais eu plus de popularit -parmi les Corses que depuis son dpart. Colonna et -Sinibaldi apportaient, dit-on, Orticoni et Paoli des lettres de -Thodore leur racontant son aventure.</p> - -<p>On apprit dans Bastia l'emprisonnement du roi. Le gouverneur -gnois, Rivarola, essaya d'en tirer parti. La situation -devenait de plus en plus prcaire. Il tait impossible -de se ravitailler et on devait faire venir de Gnes toutes les -provisions ncessaires. Rivarola fit faire du haut des remparts -une proclamation promettant aux rebelles un pardon -gnral. Il leur proposa d'envoyer des dputs pour discuter -les conditions de la paix base sur la convention passe avec -l'empereur. Les mcontents coutrent en silence. Pendant -<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span> -un instant, ils se recueillirent, laissant au hraut le temps d'esprer -une rponse favorable. Subitement, un immense cri retentit: -Vive le roi Thodore notre pre! Puis, ils firent dire au -gouverneur qu'ils espraient toujours en leur souverain et que -si celui-ci ne se trouvait plus en tat de les aider, quelqu'un -des siens viendrait srement les secourir. Ils appuyrent cette -rponse d'une fusillade nourrie qui dura trois heures. L'alarme -se rpandit dans Bastia; on organisa la rsistance. Finalement, -les Corses firent prisonniers sept ou huit malheureux Gnois qui -se trouvaient dans un poste avanc<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor"> [371]</a>.</p> - -<p>La joie fut grande Gnes lorsqu'on apprit l'incarcration -du roi de Corse. Si les magistrats ne l'avaient empch, les -particuliers auraient illumin. Mais, comme dit un journal, ce -n'et t que des feux de paille<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor"> [372]</a>. En effet, on apprit -bientt l'largissement de Thodore. A Gnes, on voulait absolument -que ce ft l'ambassadeur d'Espagne, La Haye, qui -l'et fait mettre en libert. On disait que si officiellement il -avait dclar ne pouvoir accorder sa protection au baron, -il se serait entremis secrtement en sa faveur<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor"> [373]</a>. Les Gnois -voyaient des conspirations partout. Cette fois-ci, la protestation -officielle disait vrai. Thodore, pour l'instant, semblait avoir -renonc aux intrigues politiques; il allait faire de sa royaut une -vaste entreprise commerciale<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor"> [374]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span> -Il avait pour ami, Amsterdam, le sieur Lucas Boon, dput -aux tats pour la province de Gueldre, ngociant, adonn -l'alchimie, intrigant, pre aux affaires et parfaitement fait pour -s'entendre avec le petit-fils du drapier de Lige.</p> - -<p>Lucas Boon alla plusieurs fois la prison rendre visite au -roi. Celui-ci parla de son royaume et blouit le marchand en -numrant toutes les richesses qu'on pourrait tirer d'un pays -neuf et fertile. Boon se mit en rapport avec les sieurs Csar -Tronchin, Daniel Dedieu, ancien prsident des chevins d'Amsterdam -et un autre ngociant nomm Neufville. Le dput -alchimiste leur insinua que Thodore serait en mesure de chasser -les Gnois de la Corse s'il trouvait quelque argent pour acheter -des munitions. Le baron s'engagerait rendre les sommes qui -lui seraient avances en fournissant de l'huile d'excellente -qualit et calcule trs bas prix. Boon dclara que cette -marchandise tait abondante en Corse. L'le appartenait presqu'entirement -au roi et les Gnois taient impuissants lui -ravir ses possessions.</p> - -<p>Ces marchands, pour la plupart isralites, furent sduits par -la perspective de bnfices considrables. Le prix de l'huile fut -dbattu et l'affaire conclue. Tronchin, Dedieu, Neufville et Boon -s'associrent pour commanditer Thodore. Il s'agissait d'une -somme assez considrable. Boon, qui avant tout tait un homme -d'affaires, loin d'avoir fourni sa quote-part dans l'association, -aurait retenu une commission sur l'argent avanc au roi. -Il fut entendu qu'on organiserait, sans retard, l'expdition destine - porter les armes et les munitions en Corse en change -<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span> -de l'huile. Boon se fit charger de la correspondance laquelle -l'expdition donnerait lieu<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor"> [375]</a>.</p> - -<p>D'aprs une lettre d'Amsterdam plusieurs personnes s'taient -mises en mouvement pour obtenir l'largissement du roi. Le -comte de Golowkin, ministre de Russie La Haye, pendant un -sjour qu'il fit Amsterdam, eut plusieurs confrences avec -Dedieu, qui avait reprsent la Hollande en Russie. Ces deux -personnages auraient contribu, par leurs dmarches, la mise -en libert de Thodore. Les cranciers durent se contenter -d'une caution juratoire, c'est--dire de la promesse faite -sous serment par leur dbiteur de les payer ds qu'il le pourrait. -Le baron aurait, cet effet, lu domicile Amsterdam. Ces -dispositions regardaient les cranciers trangers. Quant ceux -de Hollande, il paratrait que l'arrt, qu'ils avaient obtenu -contre Thodore, n'tait pas dans les formes voulues. Ils -durent, dans ces conditions, renoncer aux poursuites. D'ailleurs, -il ne niait aucune dette. Il demandait seulement du temps pour -s'acquitter<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor"> [376]</a>.</p> - -<p>Il est probable que Thodore paya, avec l'argent mis - sa disposition par les marchands, quelques-uns de ses -cranciers les plus impatients. Il fut cit devant la chambre des -chevins. Ayant toujours le sentiment—on pourrait dire la -folie—des grandeurs, il demanda comparatre avec son -chapeau, son pe, sa canne et ses gants. Cette satisfaction -lui ayant t accorde, il arriva l'audience et se tint debout. Le -tribunal se leva et resta debout galement. Jamais les magistrats -n'avaient agi ainsi. Le cas n'tait pas banal: les -chevins voyant rarement un souverain comparatre devant -eux. On dfra le serment Thodore. Il jura de rgler ses -<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span> -dettes ds qu'il se trouverait en tat de le faire. Cette promesse -enregistre et toutes les formalits accomplies, il se retira.</p> - -<p>Une foule norme s'tait amasse devant la maison de ville -pour voir un homme, dont le nom avait fait tant de bruit dans -le monde. On l'attendait la sortie principale. La curiosit -populaire fut due, car, suivant son habitude, il se droba -par une porte de derrire. Un carrosse l'attendait; il y monta -et disparut. Il alla se reposer chez ses amis, sans doute dans -la maison de campagne de Daniel Dedieu<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor"> [377]</a>.</p> - - -<p class="subt">III</p> - -<p>Il faut croire que la dfense qui avait t faite aux gazetiers -de parler de Thodore n'tait pas bien srieuse. Les feuilles -continurent mentionner ses hauts faits; seulement, le -ton avait chang. Au mpris et l'ironie, avec lesquels ils -avaient fltri le dpart de Corse, succdaient des termes flatteurs. -Les notes insres dans les journaux prenaient un air -de rclame. Les commerants, commanditaires du roi, savaient -que le concours de la presse est chose indispensable quand on -lance une affaire. Ils s'taient arrangs de faon l'avoir.</p> - -<p>Lucas Boon frta, Flessingue, un petit btiment nomm -<i>La Demoiselle Agathe</i>, command par le capitaine Gustave -Barentz et portant onze hommes. Le navire vint l'le du Texel -pour faire son chargement. Le ngociant fit embarquer deux -canons en fer, quelques barils de poudre, de l'acier, du plomb, -des barres de fer, une caisse de papier crire, de l'amidon, -<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span> -des fusils, des mousquets, des pistolets, des trompettes, des -toffes, des souliers et autres bagatelles en petite quantit<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor"> [378]</a>.</p> - -<p>Au mois de mai, Thodore prit son service, comme secrtaire, -un anglais natif de Guernesey, appel Denis Richard. -C'tait un garon d'esprit et trs capable. Neuhoff avait galement -engag un nomm Giraud, dit Keverberg, fils d'un -capitaine de dragons hollandais.</p> - -<p>Le 26 juin, Denis Richard et Keverberg reurent l'ordre de -se rendre au Helder, petite ville situe une lieue environ de -l'le du Texel. L ils devaient descendre l'auberge les -armes d'Amsterdam et attendre un personnage, qui leur -donnerait de nouveaux ordres. Tronchin avait bien recommand -aux deux employs de ne pas trahir l'incognito de Sa Majest, -qui dsirait passer pour un gentilhomme nomm Villeneuve. -Richard et Keverberg arrivrent au Helder le 27 juin, vers midi. -Le mme jour, trois heures, une chaise de poste amena le -personnage annonc. Celui-ci descendit l'auberge et fit -demander Richard et Keverberg. Ils se rendirent dans sa chambre. -Aprs les salutations, l'individu, qui tait Lucas Boon, -remit aux deux secrtaires une lettre de Tronchin leur ordonnant -de suivre ponctuellement toutes les instructions qui leur -seraient donnes. Boon et Keverberg s'embarqurent pour le -Texel; ils trouvrent le navire en rade, prt mettre la voile -au premier vent favorable.</p> - -<p>Mais Lucas Boon tait fort tribul, car il vit beaucoup -de gens trangers la mine suspecte. Il crivit sur le champ - Thodore qu'il ne serait pas prudent pour lui de venir s'embarquer -au Texel. Il l'engagea se rendre Wyk-aan-Ze, -douze lieues de l'le; l il prendrait une barque de pcheur pour -le conduire en mer o il trouverait le navire. <i>La Demoiselle</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span> -<i>Agathe</i> devait arborer au grand mt une flamme aux couleurs -anglaises. Il lui envoyait un pavillon pareil pour la barque. -Keverberg, charg de la commission, partit en chaise. Il se rendit -chez Daniel Dedieu, o il prit Sa Majest. Le 29 juin, l'aube, -Boon et Richard s'embarqurent. A neuf heures du matin, on -leva l'ancre pour aller en mer la rencontre de la barque portant -Thodore. Un vent violent se mit souffler. Le pilote dclara qu'il -ne pouvait pas diriger le navire dans la direction de Wyk-aan-Ze. -Il fallait ou gagner la haute mer ou rentrer au Texel. Boon -donna l'ordre de revenir. Aussitt le navire ancr au port—vers -midi—le ngociant partit en poste pour courir la recherche -de Thodore. Il arriva Wyk-aan-Ze, o il apprit que le -seigneur et son secrtaire avaient pris une barque et qu'ils -taient en mer depuis le matin.</p> - -<p>Thodore et Keverberg avaient navigu toute la journe la -recherche de <i>La Demoiselle Agathe</i>. La nuit tait venue: le -patron dcida qu'on irait au Texel. A onze heures du soir, la -barque arriva et Sa Majest s'embarqua sur <i>La Demoiselle -Agathe</i>.</p> - -<p>Pendant ce temps l, Boon, trs marri, cherchait Neuhoff. -Il revint au Texel, le 30, vers neuf heures du matin et prouva -une grande joie en voyant le roi install bord.</p> - -<p>A quatre heures de l'aprs-midi, <i>La Demoiselle Agathe</i> mit -la voile<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor"> [379]</a>.</p> - -<p>Matre Gustave Barentz commandait pour la premire fois -un btiment. A son inexprience, il joignait, parat-il, un -jugement trs limit et n'avait aucune pntration. Il -ne se doutait pas qu'il avait le roi de Corse comme passager. -Boon lui avait dit que le monsieur embarqu tait un certain -<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span> -Bookmann associ du sieur Evers, ngociant Livourne<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor"> [380]</a>. -Keverberg passait pour inspecteur des magasins et Richard -pour le secrtaire gnral de l'entreprise commerciale. Le -capitaine crut facilement toutes ces histoires. Du reste, le navire -avait t officiellement frt pour Livourne.</p> - -<p>A neuf heures du soir, quand le navire fut en pleine mer, -Lucas Boon dbarqua, en recommandant Barentz d'avoir -le plus grand soin du monsieur. Il ajouta que celui-ci lui -donnerait en route une lettre contenant de nouvelles instructions<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor"> [381]</a>.</p> - -<p>Le 13 juillet, en arrivant devant les les Berlenga, sur la -cte de Portugal, Thodore remit Barentz une lettre dans -laquelle Lucas Boon dvoilait la vritable identit du soi-disant -Bookmann. Le bon capitaine fut trs surpris et la pense d'avoir - son bord un si grand personnage lui causa une grande -admiration. Le baron lui ordonna de relcher Lisbonne. Le -15 juillet, onze heures du matin, <i>La Demoiselle Agathe</i> mouilla -devant Belem. Dans l'aprs-midi, sur les quatre heures, le -bateau de la sant arriva. Tous les hommes du bord furent -passs en revue. Thodore, qui n'aimait pas beaucoup se -montrer, tait rest dans sa cabine. Les inspecteurs demandrent -ce qu'tait devenu le passager qui manquait l'appel. -On leur rpondit que le marchand se trouvait incommod -par la goutte. Ils exigrent qu'il montt sur le pont. Le baron -arriva, soutenu par Richard et Keverberg, feignant une -grande difficult marcher. Il portait une robe de chambre -en soie indienne, qui laissait voir une chemise garnie; -aux pieds il avait des pantoufles de maroquin et son bonnet -blanc tait recouvert d'un chapeau en castor. On le trouva bien -<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span> -lgant pour un malade. A sa mine florissante, le mdecin le -dclara en parfaite sant. Tout cela sembla louche. Le bruit se -rpandit qu'un grand personnage se trouvait bord de <i>La -Demoiselle Agathe</i>, et on ne tarda pas savoir que c'tait le -roi de Corse. On donnait de lui ce signalement: un homme de -haute stature, bien fait, g d'environ cinquante ans, d'une -prestance superbe, avec le visage blanc et arrondi<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor"> [382]</a>.</p> - -<p>La renomme, qui s'attachait ses pas, l'inquitait, car -il avait toujours peur d'tre assassin par quelque missaire des -Gnois ou, tout au moins, de voir surgir un crancier hargneux; -aussi se tenait-il dans sa cabine.</p> - -<p>Lucas Boon avait aussi recommand Thodore sous le faux -nom de Bookmann ses correspondants de Lisbonne, les sieurs -Bruyn Vernais et Cloots, marchands droguistes, qui devaient -complter la cargaison<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor"> [383]</a>.</p> - -<p>Le roi tait agit d'une perptuelle frayeur. Le vendredi -19 juillet, il envoya Keverberg chez le rsident de Hollande, -Van Sil, qui tait trs li avec le pre du jeune homme. Celui-ci -fut reu bras ouverts. Suivant les instructions de Neuhoff, il dit -qu'il se rendait en Italie, en France et en Allemagne avec -deux gentilshommes, ses amis, venus avec lui de Hollande. Ses -camarades ne connaissant pas le Portugal, se tenaient bord -du btiment, qui les avait amens tous les trois. Van Sil invita -Keverberg venir passer quelques jours dans sa maison -de campagne de la baie Sainte-Catherine avec ses compagnons.</p> - -<p>Cette invitation causa une grande joie Neuhoff, car il -la dsirait. Il se rendit chez Van Sil sous le nom de baron -Kepre. Ce pseudonyme ne donna pas le change au rsident -<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span> -hollandais; il savait parfaitement quel tait l'individu qu'il -recevait, mais il feignit de l'ignorer<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor"> [384]</a>.</p> - -<p>Richard, trouvant que tout cela tait louche, tait rest -bord sous le prtexte que son humeur tait plus dispose pour -le cabinet que pour des agitations <i>incessables</i>. Cet anglais -tait un sage.</p> - -<p>Keverberg faisait la navette entre la baie Sainte-Catherine -et Lisbonne pour savoir ce qui se passait sur le navire. Il -accomplissait ses messages cheval. On ne voyait que lui, -courant tous les jours: cela fit jaser en ville. Dans ses courses, -il rencontra quatorze dserteurs de l'arme espagnole. Il les -embaucha facilement, sans leur dire toutefois qu'ils auraient -l'honneur de servir le roi de Corse allant reconqurir son -royaume. Ils s'embarqurent le lundi 22 juillet, amenant un -enfant avec eux. Thodore fut trs satisfait.</p> - -<p>Keverberg avait, pendant la traverse, rempli l'office de cuisinier. -Mais Neuhoff trouvant que sa cuisine tait mauvaise, -engagea comme matre-coq un provenal, nomm Joseph Paris, -aux appointements de deux monnaies d'or par mois. Le 25 -juillet, dans la matine, le nouveau cuisinier vint bord. Il -avait grand air: il portait une veste carlate, l'pe au ct et -une perruque queue.</p> - -<p>On avait embarqu sur le navire des piceries, du caf, du -chocolat, deux caisses contenant cent trente canons de fusil, -une grande bouteille d'eau forte et trente-six seringues<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor"> [385]</a>.</p> - -<p>Thodore ayant appris que Viganego, le consul de Gnes, -avait eu une longue confrence avec son collgue anglais, fut -constern.</p> - -<p>Viganego avait non seulement confr avec le reprsentant -d'Angleterre, mais encore avec le baron d'Albreet, rsident -imprial. Puis, il avait envoy un certain Pisarello avec deux -<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span> -camarades, comme espions, bord de <i>La Demoiselle Agathe</i>. -Mais ils ne purent rien voir, car toutes les ouvertures taient -soigneusement closes. Ils aperurent seulement, derrire une -vitre, la tte d'un homme, qui semblait en faction. Les tratres -gnois s'taient, en outre, mis en rapport avec les deux autres -passagers—Richard et Keverberg sans doute—et les entranrent - l'estaminet pour essayer de les faire parler et voir s'il -n'y aurait pas moyen de faire un bon coup. Ils virent -embarquer les quatorze dserteurs; mais, malgr leur bonne -volont, ils ne firent rien d'utile<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor"> [386]</a>.</p> - -<p>Thodore avait ordonn au capitaine de croiser devant la -baie Sainte-Catherine et de venir le chercher avec une garde -sre et bien arme. Le soir, au souper, il dclara Van -Sil qu'il tait le roi Thodore I<sup>er</sup>, souverain de la Corse. Le -rsident, qui savait parfaitement quoi s'en tenir, simula la stupfaction -et se confondit en marques de respect<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor"> [387]</a>.</p> - -<p>Neuhoff dit au rsident qu'il ne comprenait pas pourquoi les -Gnois s'acharnaient contre lui et en voulaient son existence. -Il n'avait rien fait de mal. Appel par les Corses, il ne s'tait -livr aucune sollicitation pour obtenir la couronne. Il avait -pour mission de les secourir dans leur dtresse; il ne saurait -manquer ce devoir de charit. Il se proposait d'ouvrir l'le -au commerce tranger et d'accorder la libert de conscience<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor"> [388]</a>.</p> - -<p>Le 27 juillet, deux heures aprs-midi, Neuhoff se rendit -bord de son navire, accompagn par son escorte et par Van -Sil, qui il offrit des rafrachissements dans sa cabine. Les -adieux furent solennels. A quatre heures, <i>La Demoiselle Agathe</i> -leva l'ancre et tira des salves<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor"> [389]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span> -Des sbires, rgulirement requis, se rendirent au port pour -saisir le navire; ils arrivrent trop tard. <i>La Demoiselle -Agathe</i> voguait, toutes voiles dehors, vers la haute mer. Le bruit -courut qu'un passager avait dbarqu et tait parti mystrieusement -vers l'Espagne. On crut que c'tait Thodore<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor"> [390]</a>. Mais -le roi se trouvait rellement sur le btiment.</p> - -<p>De Lisbonne en Mditerrane, la traverse eut lieu sans -encombre. La mer tait calme; le bateau naviguait lentement. -Pour passer le temps, le baron rassembla ses gens sur le pont; il -dclara aux dserteurs qu'il tait roi de la Corse et leur demanda -s'ils consentaient le servir. Oui! oui! rpondirent-ils. Il leur -fit donner chacun une chemise, une paire de bas et des souliers. -Les soldats se montrrent trs satisfaits de cette largesse.</p> - -<p>Neuhoff ordonna Barentz de mettre le cap sur la Corse; -il lui remit une carte scelle de ses armes, en lui disant de mditer -sur la manire la plus convenable d'aborder. Le capitaine -fut trs embarrass; il ne savait pas o se trouvait l'le. -Il dut confesser son ignorance au pilote et lui dvoiler les -projets. Le marin eut un mouvement de surprise et de dgot. -Bien que plus g et plus brave que Barentz, il fit valoir les -difficults que prsentait l'entreprise. Il avoua que lui, non plus, -ne connaissait pas les ports de la Corse, et jugeait que le -navire n'tait pas suffisamment arm pour se dfendre contre les -Gnois, en cas d'attaque. Thodore intervint et, force de belles -paroles et de promesses, il endormit les craintes du pilote. Il -fit confectionner des cocardes, dont il gratifia son tat-major. Il -fit faire galement deux paires de baguettes, une pour Keverberg, -l'autre pour Richard. Ce dernier, selon le roi, tait un -honnte homme, trs apte au commerce et aux finances; il connaissait -plusieurs langues. Cela tait parfait, mais il fallait qu'il -devnt un guerrier; tout irait bien alors. Sur l'ordre du roi, on -<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span> -tailla dans des toiles un pavillon de Corse, qui fut hiss la -poupe du navire. Pendant une demi-heure, l'tendard royal flotta -au vent, tandis que Sa Majest se promenait sur le pont, remplie -de gloire et de contentement, distribuant des emplois -chacun. Thodore jugea bon de ne pas continuer cette scne -trop longtemps. Sa vanit satisfaite, il reprit ses habitudes -de prudence, fit descendre le drapeau et rentra dans sa -cabine.</p> - -<p>Le 3 aot, un btiment sudois parut. On lui demanda des -nouvelles. Il signala la prsence de trois barques qui, selon -toute probabilit, taient montes par des Maures et qui lui -avaient donn la chasse. Le 6, l'aube, par un temps calme, -<i>La Demoiselle Agathe</i> tait en vue d'Oran. A neuf heures, le -capitaine aperut sous le vent, trois barques et une galre. -Certainement c'taient les Maures. Comme cette flotille cinglait -vers le navire et qu'on ne pouvait pas fuir, Barentz jugea inutile -de virer de bord. Il fit arborer le pavillon anglais et cacher les -soldats fond de cale. Soudain, <i>La Demoiselle Agathe</i> essuya -un coup de canon boulet et les quatre navires hissrent le -pavillon espagnol. Le btiment de Thodore amena ses voiles -et Barentz dut aller bord de la galre pour montrer ses -papiers. Pendant ce temps-l, Thodore avait fait retirer le -pavillon anglais et mettre, sa place, celui de Hollande. Cela -parut trs louche. Le commandant de la flotille envoya des -hommes arms bord de <i>La Demoiselle Agathe</i> pour oprer -une perquisition. Les caisses de fusils furent dcouvertes; on -cria: Des armes! Des armes! Le navire hollandais fut -envahi; des sentinelles, sabre en main, montrent la garde sur -le pont. Il s'ensuivit un grand tumulte; les gens de Thodore -se crurent entours par les barbares; les Espagnols injurirent -tout l'quipage. Le roi avait cet air d'autorit, qu'il -savait prendre dans les grandes circonstances, ce qui ne l'empcha -pas d'tre insult comme le dernier des matelots. L'arrogance -des Espagnols le fit entrer dans une grande fureur. Malgr -<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span> -le passeport hollandais, dont le capitaine tait muni, <i>La -Demoiselle Agathe</i> fut conduite Oran, o on arriva le 7 aot - 6 heures du matin. Pendant toute la traverse, Sa Majest -n'avait pas dcolr.</p> - -<p>Thodore crivit au marquis de Vallejo, gouverneur gnral, -pour lui dire qui il tait, en lui demandant le secret, aide et -assistance<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor"> [391]</a>.</p> - -<p>Dans la crainte de voir certaines puissances favoriser les -Maures son dtriment, le gouvernement espagnol faisait exercer -une surveillance troite sur les ctes d'Afrique et imposait -la visite aux btiments suspects de porter des armes ou des -munitions. Le fait d'avoir tir boulet sur <i>La Demoiselle -Agathe</i>, sans aucun avertissement pralable, et avant mme que -le bateau hollandais et fait mine de rsister, constituait un acte -d'hostilit grave. Le gouverneur le reconnut, mais il n'en -dclara pas moins le navire de bonne prise. Il envoya un dtachement -de grenadiers avec leurs officiers pour garder <i>La -Demoiselle Agathe</i>, aprs y avoir fait mettre les scells. L'quipage -et les quatorze soldats, qui taient rests fond de cale -pendant vingt-quatre heures, sans boire ni manger, furent -conduits au chteau Saint-Jacques.</p> - -<p>Je n'aurai garde d'omettre ce dtail que je trouve dans le -journal de voyage; il dpeint bien le personnage. La grandeur -d'esprit de Monsieur Thodore tait si grande qu'afin de ne -pas se lever pour saluer ces officiers, il feignit avoir la goutte, -se faisant mettre un coussin terre pour appuyer sa jambe -droite. Mais quand il fut habill, apparemment il s'tait oubli -de la goutte, ou il se figura que ces messieurs taient tous -aveugles, vu qu'il marchait ferme et cavalirement.</p> - -<p>Le roi se rendit chez le marquis de Vallejo, qui le reut fort -civilement. Le gouverneur lui dit qu'il allait envoyer sans -<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span> -tarder un courrier Madrid pour demander des instructions. Il -poussa la complaisance jusqu' crire sa lettre devant Thodore. -Celui-ci donna quatre-vingts sequins l'missaire pour qu'il -partt sur le champ. En attendant la rponse de la Cour, -Vallejo se voyait contraint de loger Sa Majest au chteau -Saint-Charles. Le gouverneur entoura cette dclaration des -plus grandes honntets. Il fit venir son cheval afin que -Neuhoff se rendt le plus commodment possible la rsidence -qui lui tait assigne. Puis, il recommanda Don Andr -Villalonga, gouverneur du chteau, de traiter son hte avec toute -la splendeur et les gards possibles. Le soir mme, Richard, -Keverberg et le cuisinier rejoignaient le monarque en prison. -<i>La Demoiselle Agathe</i> fut conduite Marsa, o on lui enleva -son gouvernail et ses voiles.</p> - -<p>La dtention fut douce; Vallejo et Thodore se comblrent -de politesses. Le gouverneur avait demand son prisonnier -s'il ne possdait pas, bord de son navire, quelques bouteilles de -vin du Rhin. Le roi rpondit qu'il en avait sept. Il les fit prendre -avec quelques autres flacons, des confitures et des pices et -envoya le tout Son Excellence. Le gouverneur s'merveilla -de cette gnrosit; mais il eut des scrupules: le fait -d'accepter des prsents d'un dtenu n'tait pas trs correct. Il -prit seulement une bouteille de vin du Rhin et renvoya le reste -Thodore. Il y joignit douze flacons de Malaga, de Malvoisie et -de Bourgogne et un billet aimable.</p> - -<p>Quand on clbrait la messe au chteau, Thodore prenait, -la chapelle, la droite du gouverneur. Richard et Keverberg -taient protestants; mais ce dernier, trs accommodant, allait -galement l'office pour faire la cour son matre. Richard -tait intransigeant; pour un empire, il n'aurait mis les pieds -dans une glise catholique. Il trouva la faiblesse de son ami -trs coupable et le lui dit. Du reste, il s'tonnait que Neuhoff allt - la messe, car, d'aprs les conversations qu'il avait eues avec -lui, il le croyait aussi loign de la religion romaine que l'est le -<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span> -ciel de la terre<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor"> [392]</a>. Pourtant Thodore, en arrivant en Corse, -s'tait pos comme catholique; on a mme t jusqu' dire, -nous l'avons vu, qu'il entendait trois messes par jour. Il n'tait -donc pas une messe prs. En tous cas, il ne se laissa jamais -embarrasser par aucun principe religieux, de quelque confession -que ce ft. Il ne faut voir dans les pratiques pieuses du baron -au chteau Saint-Charles qu'un peu de cette hypocrisie qu'il -savait manier merveille.</p> - -<p>Malgr toutes les prvenances dont on l'entourait, Thodore -n'tait pas rassur. Il craignait que la cour de Madrid, circonvenue -par les Gnois, ne le ft rester en prison ou amener sous -escorte Madrid. Il n'en fut rien heureusement.</p> - -<p>Le 17 aot, au matin, la rponse du gouvernement espagnol -arriva. Vallejo avait ordre de remettre Neuhoff en libert avec -tous ses gens, de lui rendre son btiment et de lui rembourser -les dpenses qu'il avait faites. Le gouverneur transmit cette -bonne nouvelle son prisonnier. Celui-ci en fut si heureux -qu'il donna un louis d'or au messager et qu'il distribua d'autres -gratifications. Vallejo envoya de nouveau son cheval au roi. -En arrivant sur le navire, il trouva tout son monde. Ses soldats -avaient perdu leurs bas et leurs souliers; il leur en fit donner -d'autres. Il voulut faire acheter des boulets, mais on n'en -trouva pas. Le 19 aot, <i>La Demoiselle Agathe</i> mit la voile.</p> - -<p>Neuhoff tait trs contrari d'avoir perdu quelques jours - Oran. Il pensait que les Gnois auraient eu le temps d'apprendre -ses projets; ils pourraient donc empcher son dbarquement -dans l'le. Il tait nerveux, inquiet, ne pouvant reposer -ni le jour ni la nuit. En mer, on rencontra un btiment -anglais se rendant Lisbonne. On lui demanda s'il avait aperu -quelque navire. L'anglais rpondit non; Thodore lui fit dire de -se mfier lorsqu'il se trouverait la hauteur d'Oran. Tandis -qu'il donnait ce conseil, il fit monter tous ses soldats dans les -<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span> -cordages et l'anglais, voyant qu'un si petit btiment portait -autant d'hommes, fut dans une profonde admiration. Malgr ses -anxits et ses craintes, le roi se mit rire, car il tait trs -satisfait d'avoir jou un bon tour.</p> - -<p>Le 2 septembre, vers neuf heures du matin, alors que <i>La -Demoiselle Agathe</i> devait, selon le capitaine, se trouver seize -lieues environ des ctes de Sardaigne, le baron eut une grande -frayeur en apercevant une voile l'horizon. Il crut que c'tait -un btiment gnois lanc sa poursuite. Mais, bientt, il se -remit de cette alarme car le navire arbora le pavillon sudois. -Thodore dit ses deux acolytes: Voil une belle opportunit -pour me sauver. Et, de suite, il prit ses mesures pour -mettre ce projet excution. Il ordonna Keverberg de le suivre, -tandis que Richard resterait bord de <i>La Demoiselle Agathe</i> -pour aller en Corse dbarquer les munitions. Neuhoff dclara -ses gens que, lui absent, ce leur serait plus facile. On se -rapprocha donc du navire sudois, qui s'appelait <i>Le Grand Christophe</i>, -command par le capitaine Jonas Hee Kerhoet. Ce -btiment avait pris un chargement de sel Cagliari destination -de Stockholm. Barentz demanda son collgue quelles -taient les nouvelles de la guerre entre les Russes et les Turcs. -Jonas Kerhoet rpondit qu'en Sardaigne on ne parlait que du roi -Thodore. On savait qu'il se trouvait bord d'un btiment -hollandais faisant voile vers la Corse. Des navires gnois croisaient -autour de l'le afin de le prendre srement. Barentz fit -la grimace, mais il ne dvoila rien. Cette conversation encouragea -Sa Majest dans son dessein de prendre le large. Le -capitaine sudois demanda, son tour, pourquoi deux des -passagers de <i>La Demoiselle Agathe</i> dsiraient s'embarquer son -bord. On lui rpondit que le navire ayant t pris par les -Espagnols, et l'quipage molest, les deux personnages voulaient -interrompre leur voyage Livourne pour aller en Angleterre et -en Hollande porter leurs plaintes et obtenir rparation. Kerhoet -consentit les prendre moyennant vingt sequins et il s'engagea -<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span> - les dposer dans un port d'Angleterre ou de Hollande. Aprs -avoir crit trois lettres pour des chefs corses, Thodore fit ses -dernires recommandations Richard en lui prodiguant les plus -sduisantes promesses. Il monta sur le navire sudois avec -Keverberg. Les deux btiments se sparrent aprs s'tre -mutuellement salus. <i>Le Grand Christophe</i> mit le cap sur -Gibraltar, tandis que <i>La Demoiselle Agathe</i> se dirigeait vers la -Corse<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor"> [393]</a>.</p> - -<p>La fuite du baron plongea Richard dans d'amres rflexions. -Il les a consignes dans son journal et je les transcris ici en -respectant son style: Je m'avais depuis longtemps revtu de -patience, mais uniquement je ne faisais que me repentir d'avoir -jamais vu ou connu Monsieur Thodore. Je lui fus recommand -par des amis en Hollande, qui, en mme temps me firent -des promesses qu'en peu de temps je ferais fortune, dsignrent -sa personne pour un oracle, ce que je laisse dcider - ceux dont leur connaissance avec lui est plus vieille que la -mienne qui n'est que de quatre mois. Mais le contenu de ce qui -reste dit dans ce journal est assez suffisant pour convaincre -tous jugements impartiaux, que toute sa conduite dans ce -voyage ne porte pas des marques d'un esprit judicieux<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor"> [394]</a>.</p> - -<p>Richard ne fut pas le seul qui le dpart du roi causa un -dsappointement; le capitaine se trouva dans un cruel embarras. -Malgr tout, on poursuivit le voyage. Le 6 septembre, midi, on -aperut la Corse et, vers le soir, <i>La Demoiselle Agathe</i> se trouva - quatre lieues de l'le. Le vent tait favorable, le temps -splendide; la nuit il y eut un beau clair de lune; aucune voile -n'apparaissait l'horizon; la route tait libre. Mais le capitaine -s'agitait comme un fou, il allait et venait avec le pilote, descendait -dans sa cabine pour consulter la carte, que lui avait remise -<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span> -le roi, puis il remontait sur le pont, se frappant la poitrine en -s'criant qu'il n'tait jamais venu en Corse, qu'il n'avait presque -pas entendu parler de cette le et qu'il n'en connaissait ni -les ports, ni les atterrages. Il risquait donc de perdre son navire -et d'exposer sa vie et celle de ses matelots. Le pilote, qui tait -un vieux renard, dit qu'il avait prvu tout cela ds le dbut de -l'expdition. Pour l'instant, il n'y avait qu' choisir entre deux -partis: aller en Corse, ou prendre la mer dans la direction de -Livourne. Matre Barentz se mit alors rcriminer contre -Lucas Boon. La nuit approchant, on remit la solution au lendemain. -Le soir, au souper, le capitaine demanda Richard quel -tait son avis. Le secrtaire de Thodore partit d'un clat de -rire, mais en vrit, dit-il, c'tait une rise plus pleine de -chagrin que celle de Dmocrite. Barentz trouva qu'il n'y -avait rien de risible dans la situation et que cette gat n'tait -pas le fait d'un homme spirituel. Non, non, mon ami, rpliqua -Richard, ce n'est pas prsent que le bon esprit est capable de -raccommoder les inadvertances que l'on a ci-devant commises; -et je ris parce que de la premire heure, depuis notre dpart de -Lisbonne, j'ai prvu que nous entrerions autant dans l'le que -d'aller Constantinople. Et il ajouta qu'il tait absolument -convaincu que Thodore n'avait jamais eu l'intention d'aller en -Corse. Le commandant se contenta de rpondre: Le temps -nous apprendra autrement.</p> - -<p>Le lendemain, le brouillard cachait l'le. Le capitaine dclara -que la brume l'empchait d'atterrir. Dans l'aprs-midi, on aperut -deux barques gnoises; Barentz fut constern. Il voyait -dj son navire coul, ses hommes et lui capturs et livrs au -supplice. Voulant faire disparatre toute trace du passage de -Thodore, il fit rassembler les objets compromettants: le pavillon -de Corse, les cocardes, la carte scelle aux armes royales, -la bouteille d'eau forte et les seringues. Il enferma toutes ces -pices conviction dans un sac attach par un boulet et ordonna -de le jeter la mer la premire alerte. Il fit jurer son -<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span> -quipage et aux soldats de garder le secret et dclara qu'il ne -se dfendrait pas. Le 10, une troisime barque vint se -joindre aux deux autres. Le capitaine affol, s'cria: Pour -Livourne! je ne veux pas tre dup par tous les messieurs -Boon et les autres. Il fit prendre aussitt la direction de -l'Italie; les btiments gnois suivaient. Le 12, devant l'le -de Gorgona, on les perdit de vue et le 13 septembre, huit -heures du matin, <i>La Demoiselle Agathe</i> jeta l'ancre en rade -de Livourne. Le navire fut envoy pendant quinze jours en -quarantaine. La sant s'aperut que deux passagers manquaient -et demanda des explications. Le capitaine rpondit qu'ayant -relch Oran pour prendre de l'eau, ces deux passagers -taient descendus terre et qu'ils n'avaient plus reparu. Ils les -avaient vainement attendus pendant un jour. Il se garda bien de -dvoiler l'identit des deux absents, et de raconter leurs -msaventures sur les ctes africaines. Les inspecteurs, bien -qu'incrdules, ne soulevrent aucune objection. Mis au courant, -le vice-consul hollandais approuva le capitaine d'avoir -gard le secret. Bookmann et Evers, les consignataires, -furent de cet avis. Mais, qu'allait-on faire du btiment? -Le capitaine eut plusieurs confrences avec les ngociants. La -question tait de savoir si <i>La Demoiselle Agathe</i> irait en -Corse. Barentz montrait beaucoup de rpugnance se rendre -dans l'le. Un matin, il reut de Bookmann et Evers un billet lui -ordonnant d'aller le lendemain au lazaret. L, il trouverait un -individu de grande taille, habill de noir et qui lui dirait ce -mot: C'est l'homme!. Il fut exact au rendez-vous et -trouva le personnage. Celui-ci, sans se nommer, dclara tre un -des plus intimes confidents du seigneur roi. L'homme dit -au capitaine qu'il devait se prparer mettre la voile pour la -Corse, qu'il n'y avait aucun danger courir. Lui-mme prendrait, -avec neuf compagnons, passage sur le navire. Barentz -ne fut pas convaincu. Il fit valoir les difficults et les prils -de cette entreprise. Finalement, il dclara que le projet tait -<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span> -impraticable et qu'il fallait trouver autre chose. Il fit partager -cet avis Bookmann et Evers.</p> - -<p>L'inconnu revint la charge. Puisque le commandant -se refusait se rendre en Corse, il fallait frter deux felouques et -y charger les armes et les munitions. On embarquerait pendant -la nuit les soldats; l'inconnu prendrait passage avec ses neuf -compagnons et on mettrait la voile pour aller reconqurir le -royaume du seigneur Thodore. Richard devait faire partie de -l'expdition. Le jeune homme fit mine d'accepter; mais il tait -bien dcid ne pas prendre part une nouvelle entreprise -dangereuse et sans profits. La tentative en resta l. Richard -et les soldats dbarqurent; <i>La Demoiselle Agathe</i> fut -frte pour Hambourg. Richard fut log l'htel de l'cu -de France et dfray par Bookmann et Evers, en attendant -les ordres de Lucas Boon<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor"> [395]</a>.</p> - - -<p class="subt">IV</p> - -<p>L'arrive du navire avait fait quelque bruit Livourne. Le -Snat de Gnes fit des dmarches pour en obtenir la saisie. -Wachtendonck, qui commandait les troupes impriales en Toscane, -s'y refusa nergiquement parce que Livourne tait un port -franc. Le duc de Lorraine, en succdant au dernier des Mdicis, -avait confirm cette franchise<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor"> [396]</a>. La rpublique ne se tint pas -pour battue; elle envoya une barque qui jeta l'ancre ct de -<i>La Demoiselle Agathe</i>, afin de voir ce qui se passait. Pour donner -un semblant de satisfaction aux Gnois, les autorits toscanes -firent subir un interrogatoire aux matelots. La rpublique -eut la douleur d'apprendre que Thodore s'tait bien -<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span> -embarqu sur le btiment, mais qu'il avait fui en pleine -mer<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor"> [397]</a>.</p> - -<p>Les gens du baron se dispersrent sans bruit aprs avoir -reu quelques secours des ngociants; ils avaient tout intrt - disparatre, car la ville de Livourne tait remplie d'espions -gnois. Les soldats entrrent au service de l'empereur<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor"> [398]</a>.</p> - -<p>Je dois ici anticiper sur les vnements pour dire ce que devint -Denis Richard. Confiant dans l'toile du seigneur Thodore, -allch par ses promesses, Richard n'avait pas hsit aller -tenter fortune dans l'entreprise monte par les traitants hollandais. -Ce jeune anglais tait un dclass. Instruit, intelligent, il -ne lui avait manqu que la chance pour russir. Le mauvais sort -voulut qu'il rencontrt le baron sur son chemin. La dsillusion -tait vite arrive. Seul, sans appui Livourne, dans un pays -inconnu pour lui, il se trouvait la merci de deux ngociants -qui se lasseraient peut-tre de lui venir en aide. Comme il -savait beaucoup de choses, que les Gnois se donnaient un mal -infini pour apprendre, il voulut tirer parti des documents qu'il -avait eu l'habilet de garder.</p> - -<p>Il alla donc trouver Gavi, consul de Gnes Livourne. -Il lui raconta les aventures de <i>La Demoiselle Agathe</i>; lui dit -qu'il possdait le journal de voyage et demanda un secours en -protestant de son dvouement pour la rpublique. Gavi en -rfra son gouvernement. Les Gnois taient toujours trs -disposs recevoir les dlations, mais ils n'entendaient pas -payer cher ceux qui les apportaient. Ils commencrent donc -par faire la sourde oreille. Richard retourna chez le consul. -Enfin, le 27 novembre, ne voyant rien venir, il envoya une -requte au Snat pour rclamer aide et secours. Il tmoigna de -son zle pour le bien de la rpublique, dclara en termes soumis -<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span> -qu'il tait entirement attach Leurs Srnits. Il se disait -tout dispos servir d'espion et communiquer au Snat ce -qu'il pourrait apprendre encore concernant Thodore<a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor"> [399]</a>. Il tait, -en effet, rest en relations avec Bookmann et Evers, et, par eux, -il se trouvait mme de connatre les secrets.</p> - -<p>Sur ces entrefaites, Lucas Boon crivit ses correspondants -de Livourne. Le projet d'une descente dans l'le n'tait -pas abandonn. Le commerant voulait faire passer en Corse -la cargaison de <i>La Demoiselle Agathe</i>, sous la conduite -de Richard. Vous pouvez l'assurer, disait Boon, que l'on -a pris tout le soin pour son intrt et avantage, et vu qu'il -aura encore dix autres messieurs qui s'embarqueront avec -lui, il peut le faire aussi sans crainte, car les autres aiment -autant leur vie qu'il peut le faire la sienne. Je vous recommande -de l'assister avec tout ce qu'il aura besoin pour se -prparer faire ce voyage, mais au cas qu'il rpugne -vouloir aller, alors vous ne lui donneriez aucune chose de -plus, car il a convenu ici d'aller l'le et si prsent il ne -veut pas aller, nous ne sommes dans l'obligation de lui fournir -aucune subsistance.</p> - -<p>Cette lettre fut communique Richard. Elle tait date -d'Amsterdam le 6 dcembre 1737. Il en prit une copie qu'il -adressa le 25 Gnes, en mettant en note qu'on lui avait -donn quarante-huit heures pour se dcider. Deux btiments -ancrs dans le port de Livourne se tenaient la disposition de -Bookmann et Evers. Richard ajoutait qu'il tait urgent de surveiller -ces navires, comme toutes les barques et felouques, qui -pouvaient se trouver dans le voisinage des ctes de la Corse<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor"> [400]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span> -La relation du voyage de <i>La Demoiselle Agathe</i> fut remise -par Richard Gavi. Le consul en envoya une copie Gnes et -une autre Mari, gouverneur en Corse. Le Snat fit venir -Richard Gnes. Celui-ci fut interrog longuement, et on lui -promit une belle rcompense. Mais quand les inquisiteurs -eurent tir de Richard tout ce qu'ils voulaient savoir, ils se -bornrent lui donner quelques sequins, en lui octroyant la permission -de se retirer o il voudrait. Le malheureux, dup une -seconde fois, vint trouver le ministre de France et lui conta ses -msaventures. Au cours de la conversation, Campredon demanda - Richard ce que Neuhoff comptait faire des trente-six seringues -embarques sur <i>La Demoiselle Agathe</i>. C'tait, rpondit-il, -pour seringuer de l'eau-forte, dont il fait bonne provision, dans -les yeux des Gnois qu'on pourra surprendre, comme des -sentinelles qui se trouveront par l hors de combat sans que -le bruit que feraient les coups de fusil donnent l'alarme. -Richard se flattait de pouvoir rendre des services en France. -Il demanda un secours Campredon. Le ministre lui remit -quelque argent. Le 30 septembre 1738, Denis Richard quitta -Gnes<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor"> [401]</a>. Il disparut sans qu'on ait plus jamais entendu parler -de lui, comme la plupart des collaborateurs phmres de -l'aventurier.</p> - -<p><i>La Demoiselle Agathe</i> n'tait pas le seul btiment frt par -les commanditaires du roi pour porter des munitions en Corse. -Le 23 juin 1737, Thodore donnait pouvoir un de ses secrtaires, -un florentin, nomm Franois de Agata, pour frter un -second navire<a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor"> [402]</a>. Ce vaisseau tait <i>Le Yong-Rombout</i>, capitaine -Antoine Bevers. Il appartenait aux sieurs Splenter, Van -<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span> -Doorn et Abraham Louxissen; il portait dix-huit canons. -Le nolissement tait fait raison de seize cents florins -de Hollande par mois. Quatre mois d'emploi lui taient -assurs<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor"> [403]</a>.</p> - -<p><i>Le Yong-Rombout</i> devait rejoindre <i>La Demoiselle Agathe</i> -sur les ctes de la Corse. La traverse s'effectua bien. Mais, -si aucun incident n'en vint marquer le cours, elle se termina -d'une faon tragique. Vers le mois d'octobre, le btiment -arriva devant l'le-Rousse. Le capitaine croyait que ce port -tait en la possession des mcontents et pensait pouvoir y dbarquer -son chargement en toute scurit. Il se trompait; cette ville -tait occupe par les Gnois. Ceux-ci, toujours mfiants, s'alarmrent; -en l'espce, ils n'avaient pas tort. Ils apprirent que -<i>Le Yong-Rombout</i> avait t frt en Hollande par Thodore. -Cela suffisait pour que tous ceux qui se trouvaient bord fussent -dclars ennemis et traits comme tels. Les Gnois parvinrent - s'emparer d'Agata et le malheureux fut pendu -sans autre forme de procs. Bevers, ne voulant pas exposer -son quipage et lui-mme un traitement pareil, s'empressa -de prendre la mer, en remportant les munitions destines -aux rebelles. Il ne tenta mme pas de dbarquer sa cargaison -sur un autre point. <i>Le Yong-Rombout</i> mit la voile et arriva - Naples au commencement du mois de novembre<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor"> [404]</a>.</p> - -<p>L'aventure tragique du navire causa une vive motion aux -commanditaires du roi. Lucas Boon n'y comprenait rien. -Le capitaine tait un homme expert, connaissant parfaitement -la Corse. Comment avait-il commis la faute d'aller -l'le-Rousse, dans un port appartenant aux Gnois? Ces deux -expditions, manques coup sur coup, drangeaient les affaires. -Sa Majest devait en tre trs marrie; mais les ngociants -<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span> -comptaient bien ne pas l'abandonner. Ils la consolaient et lui -promettaient leur amiti et leur dvouement<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor"> [405]</a>.</p> - -<p>Dominique Rivarola, ancien vice-consul d'Espagne Bastia, -tait l'agent des Corses Naples. A l'arrive du navire, il engagea -le capitaine Bevers retourner en Corse pour y dbarquer les -armes et les munitions fournies par les commerants hollandais, -les croupiers de Thodore, comme Pignon les appelle. Bevers -rpondit qu'il ferait voile pour la Corse lorsqu'il lui serait possible -d'aborder Porto-Vecchio. Rivarola crivit aux chefs des -mcontents de tenter la prise de ce port. Il envoya ses lettres par -une felouque de Lipari ayant vingt-deux hommes et sur laquelle -il embarqua quelques fusils, de la poudre et du plomb. L'argent -ncessaire ces achats avait t fourni par des officiers siciliens, -contre la promesse faite par Rivarola de leur fournir des recrues -corses. Le 7 janvier, la hauteur de Monte-Christo, dix matelots, -craignant les reprsailles des Gnois, demandrent tre -mis terre. La felouque arriva en Corse le 13 janvier et dbarqua -sa cargaison<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor"> [406]</a>.</p> - -<p>Le marquis de Puisieux, ambassadeur de France Naples, -apprenant l'arrive du <i>Yong-Rombout</i> charg de munitions pour -les rebelles, et tant inform des dmarches qu'on faisait -auprs du capitaine pour le dcider retourner en Corse, pria -le consul de Hollande, Valembergh, de venir chez lui et lui -reprsenta qu'il devait empcher le btiment d'aller porter des -armes destines combattre la rpublique de Gnes avec -laquelle les tats-Gnraux n'taient pas en guerre. Puisieux -fit aussi remarquer que le roi prenait un intrt tout particulier - la pacification de l'le et que le gouvernement hollandais -ne dsapprouverait certainement pas son consul d'avoir -tenu compte des reprsentations lgitimes de la France. -<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span> -Valembergh rpondit d'une faon si vasive que Puisieux crut -devoir informer Campredon de ce qui se passait. Il s'adressa -galement Montalgre, ministre du roi des Deux-Siciles; -celui-ci dclara que les munitions n'ayant pas t achetes -dans les tats de Sa Majest sicilienne et que Louis XV n'ayant -point dclar la guerre aux Corses, il ne pouvait pas faire arrter -le btiment. Le ministre promit cependant de parler au consul -de Hollande et de faire peur aux insulaires qui se trouvaient -Naples<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor"> [407]</a>.</p> - -<p>Adroitement et sans paratre y prendre part, Puisieux fit -jeter le trouble dans l'esprit de Bevers, en lui faisant voir -le danger qu'il y aurait pour lui retourner en Corse. S'il -avait eu quelque vellit d'aller dbarquer son chargement dans -l'le, la crainte salutaire qui lui fut inspire devait le faire -renoncer son projet. Puisieux avait d'autant plus de raison -de se mfier, qu'il apprit qu'en 1732 Thodore tait venu -Naples, o il avait sjourn pendant quelque temps chez -Valembergh<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor"> [408]</a>.</p> - -<p>Valentin Tadei, florentin, embarqu bord du navire zlandais, -alla trouver le marquis Grimaldi, envoy gnois Naples, -et lui dit son repentir. Il implora sa misricorde, c'est--dire -quelque argent pour lui permettre de s'en retourner Pise. Il -ne voulait plus se mler, l'avenir, des affaires du baron. Tadei -remit Grimaldi les polices de chargement, le contrat d'affrtement, -le pouvoir authentique de Neuhoff et enfin le projet -d'une nouvelle convention prpare par Rivarola pour le voyage -ventuel du btiment Porto-Vecchio<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor"> [409]</a>.</p> - -<p>Au commencement du mois de mars, <i>Le Yong-Rombout</i> -tait Gate. Le capitaine reut l'ordre des commerants -<span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span> -hollandais de retourner en Zlande, aprs avoir remis son chargement - un ngociant de Livourne.</p> - -<p>Bevers vint Naples et supplia Puisieux de lui dlivrer -un passeport pour remplir sa mission. L'ambassadeur s'y -refusa<a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor"> [410]</a>.</p> - -<p>Nous avons vu qu'au moment o Thodore fut arrt -Amsterdam, la rpublique de Gnes avait demand qu'on le gardt -en prison le temps suffisant pour qu'elle pt le rclamer. Les -tats Gnraux n'avaient pas voulu donner satisfaction aux -Gnois. Une note insre au mois de juin dans <i>Le Mercure -historique et politique</i>, note paraissant maner d'une source -officieuse, expliquait les motifs pour lesquels Leurs Hautes -Puissances ne pouvaient pas intervenir, malgr le dsir qu'elles -avaient d'tre agrables la Srnissime Rpublique. Le baron -de Neuhoff avait t emprisonn la demande de certains particuliers. -Les cranciers taient toujours libres de faire sortir -leur dbiteur quand bon leur semblait. Thodore n'tant pas -sujet de Gnes, le gouvernement hollandais ne pouvait au -surplus prendre aucune mesure contre lui la demande du -Snat. Du reste, les tats Gnraux se dfendaient d'avoir -favoris ses projets en quoi que ce ft<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor"> [411]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span> -A la nouvelle de l'armement des navires <i>La Demoiselle -Agathe</i> et <i>Le Yong-Rombout</i>, la rpublique avait protest plus -vivement que jamais. Leurs Hautes Puissances rpondirent en -levant des rclamations sur la faon dont les Gnois avaient -trait les marins hollandais des navires qu'on souponnait aller -en Corse porter des munitions aux mcontents<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor"> [412]</a>. Contre tout -droit des gens, dans le port franc de Livourne, ils s'taient -livrs des investigations hostiles. Les tats Gnraux ne -pouvaient pas admettre la surveillance, les dlations—voire -les vexations, dont leurs nationaux avaient t victimes. En -agissant ainsi, les Gnois portaient un grave prjudice au libre -exercice du commerce. Quant tout ce qui avait t dit sur -les passagers et la cargaison de <i>La Demoiselle Agathe</i>, ce -n'tait que des fables. On ne possdait pour prouver ces -racontars que des papiers sans valeur fabriqus pour les besoins -de la cause. Leurs Hautes Puissances demandaient donc la -rpublique de respecter davantage l'avenir leurs nationaux et -leur trafic<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor"> [413]</a>.</p> - -<p>Dans certains cas, les gouvernements doivent nier mme les -choses videntes. Les tats Gnraux ne pouvaient pas avouer -que Thodore avait pris passage bord de <i>La Demoiselle -Agathe</i>.</p> - -<p>Van Sil crut aussi devoir se justifier de ses accointances avec -Thodore, lors du passage de ce dernier Lisbonne<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor"> [414]</a>.</p> - -<p>Qu'tait devenu le baron tandis que se droulaient ces vnements? -Il se tenait soigneusement cach.</p> - -<p>Au mois d'octobre, un missaire de Thodore arriva -<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span> -Amsterdam. Il tait charg de recruter des garons boulangers -et autres artisans. Il eut plusieurs confrences avec Dedieu, -mais il ne rvla pas la retraite du roi. Sa vritable mission -consistait faire prendre patience aux commanditaires de -Sa Majest. Les denres de Corse ne devaient pas encore -arriver, car on n'avait aucun btiment pour les expdier. Les -embarquements se feraient ds qu'on aurait un navire. Le -seigneur Thodore, objet d'une surveillance incessante, ne pouvait -pas donner de ses nouvelles. Les secours promis par la -France la rpublique ne l'effrayaient pas. Il avait pleine confiance -en l'avenir<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor"> [415]</a>.</p> - -<p>Thodore pouvait aisment tromper ses commanditaires par -un aussi grossier mensonge, car on ignorait encore Amsterdam -et sa fuite en pleine mer et l'avortement de l'expdition. -Bookmann et Evers reurent, le 5 janvier 1738, des -lettres de Lucas Boon. Dans ce courrier, il y avait une missive -pour Neuhoff, sous le nom de Villeneuve. On ne devait la lui -remettre qu'en mains propres. Le trafiquant ignorait, comme -les autres, o tait pass le roi, son associ. Cependant, le -mois prcdent, Vernais et Cloots, les correspondants de Lucas -<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span> -Boon Lisbonne, avaient crit Livourne que Keverberg tait -arriv en leur ville et qu'on supposait que le baron s'y trouvait -galement. Il se cachait sans doute trs soigneusement; car on -n'avait pas pu dcouvrir sa trace. Les ngociants ajoutaient -qu'il faisait bien de ne pas se montrer, car plusieurs personnes -taient munies de contraintes par corps dlivres contre lui - la requte de certains cranciers hollandais<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor"> [416]</a>.</p> - -<p>Si Thodore n'crivait pas ses associs, il tait en correspondance -avec Rivarola, le plus intrigant des agents -corses. Ces lettres parvenaient par l'intermdiaire de la fidle -amie, la sœur Fonseca<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor"> [417]</a>.</p> - -<p>Quant ceux dont il n'avait plus besoin, il les abandonnait -lchement. Pour ne pas mourir de faim, Richard avait t -oblig de vendre, contre quelques sequins, les secrets de l'entreprise; -Agata avait t pendu; Costa, enfin, le bon et loyal serviteur, -mourait misrablement Livourne<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor"> [418]</a>, dans un exil qu'il -avait accept par dvouement. Il s'teignit sans avoir eu une -pense du souverain auquel il avait tout sacrifi.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE V</h2> -</div> -<div class="hanging indent"> -<p>La rpublique de Gnes est impuissante rprimer la rvolte en Corse.—Ngociations -avec la France.—Trait de Fontainebleau.—La -mission de Pignon.—Expdition franaise.—Duplicit des Gnois.—Thodore -revient en Hollande.—Mathieu Drost.</p> - -<p>La rclame dans les gazettes de Hollande.—Nouvelle entreprise commerciale.—Enrlement -des colons.—La cargaison des navires.—Relche - Malaga et Alicante.—La flotte de Thodore Cagliari.—Arrive -en Corse.—Le roi malgr lui.—Excution d'un tratre.—Thodore -s'en va.—Aventures de ses officiers.</p> - -<p>Arrive de <i>l'Africain</i> Naples.—Le consul de Hollande.—Arrestation -du capitaine Keelmann.—Thodore est arrt et conduit Gate.—Le -gouvernement franais et les tats Gnraux de Hollande.</p> - -<p>Mort de Boissieux.—Il est remplac par le marquis de Maillebois.—Nouvelles -instructions.—La guerre dans les montagnes.—Frdric -de Neuhoff.—Son odysse.</p> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>La rvolte en Corse continuait. La rpublique tait dborde; -elle n'avait plus ni vaisseaux, ni soldats. Ses finances s'puisaient. -Ses agents, dans l'le, la trahissaient. Des trafiquants -gnois, mettant l'intrt de leur ngoce au dessus de tout principe -patriotique, entretenaient la guerre en fournissant aux -rebelles des vivres et des munitions<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor"> [419]</a>. Chaque jour on se -battait sous les murs de Bastia.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span> -Cette situation proccupait la cour de Versailles. La pense -d'acheter la Corse perait, ds cette poque, dans les instructions -adresses Campredon. Tant que la rpublique serait en -tat de conserver l'le, le gouvernement franais n'lverait -aucune comptition; mais le jour o les Gnois seraient amens, -par la force des choses, vendre la Corse, la France ne -pourrait permettre aucune autre puissance d'en faire l'acquisition<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor"> [420]</a>.</p> - -<p>L'envoy d'Espagne Gnes, Cornejo, ne restait pas inactif. -Tout en dclarant que sa cour n'avait aucune ambition sur la -Corse, il avait des confrences secrtes avec Augustin Grimaldi, -un des membres influents du gouvernement gnois, chez les -jsuites, dans l'appartement du Pre Tambin<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor"> [421]</a>.</p> - -<p>Le ministre de France essayait de djouer ces intrigues; -mais ce n'tait pas chose aise, car il se heurtait une mauvaise -<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span> -foi insigne et l'hostilit non dguise de certains personnages -gnois. Le gouvernement faisait arrter les courriers pour -prendre connaissance de la correspondance change entre Campredon -et Amelot<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor"> [422]</a>. La cour de Turin s'alarmait; l'envoy de -l'Empereur, Guicciardi, s'agitait et se montrait inquiet, car on -prvoyait que, malgr tout, la rpublique serait force de -demander des secours Louis XV, seul souverain en Europe en -tat de l'aider efficacement<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor"> [423]</a>.</p> - -<p>Des ngociations se nourent en effet entre Gnes et Versailles. -Sorba reut les pleins pouvoirs pour traiter; on lui -adjoignit Brignole, comme envoy extraordinaire, et Emmanuel -Durazzo. D'Angervilliers, de son ct, envoya Gnes Peloux, -en qualit de commissaire ordonnateur des guerres en Corse<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor"> [424]</a>.</p> - -<p>Il n'y a pas lieu de relater ici dans ses dtails l'intervention -franaise dans l'le. Je me contenterai de rappeler brivement -les faits qui sont indispensables pour suivre l'histoire de -Thodore.</p> - -<p>Le 12 juillet 1737, Schmerling, envoy de l'Empereur, et -Amelot, signrent, Versailles, une dclaration par laquelle -Leurs Majests Impriale et Trs Chrtienne se promettaient -rciproquement qu'elles ne souffriront pas que l'le de Corse -sorte de la domination gnoise sous quelque prtexte ou pour -quelque cause que ce puisse tre. Les deux puissances dclaraient -en outre qu'elles concerteront et prendront cet gard -les mesures qu'elles jugeront les meilleures<a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor"> [425]</a>.</p> - -<p>La France, d'accord avec l'Empereur, proposait donc -la rpublique de Gnes l'envoi en Corse de trois mille hommes -<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span> -de troupes franaises pour soumettre les rebelles. Le 10 novembre -1737, une convention dfinitive passe entre la France -et la rpublique, rgla les conditions de cette intervention. -Si les trois mille hommes ne suffisaient pas faire rentrer les -Corses dans l'obissance, la cour de Versailles s'engageait -envoyer un nouveau corps de cinq mille hommes. Les Gnois -devaient payer la France une indemnit de deux millions de -livres en monnaie courante de France<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor"> [426]</a>.</p> - -<p>Tandis que l'expdition se prparait, la cour de Versailles -envoyait le sieur Pignon, prcdemment consul de France -Tunis, en mission spciale Livourne, o se trouvaient les -principaux chefs corses et o les rvolts avaient un reprsentant, -le prtre Grgoire Salvini. Celui-ci tait muni d'un pouvoir -donn, le 6 aot 1736, sous les signatures de Hyacinthe -Paoli, gnral du royaume, de Louis Giafferi, de Jean-Jacques -Ambroggi, de Paul-Marie Paoli et de Jean-Thomas Giulani, ne -faisant aucune mention du roi Thodore I<sup>er</sup><a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor"> [427]</a>. Il avait t sans -doute donn son insu et cependant, Neuhoff, cette poque-l, -rgnait encore dans l'le. Les chefs, qui l'avaient acclam comme -un sauveur, ne se souciaient plus de lui. Si elle avait besoin -d'tre dmontre davantage, l'inconstance politique des Corses -ressortirait ici d'une faon frappante.</p> - -<p>La mission confie Pignon avait eu pour principe une lettre -crite par Salvini au cardinal Fleury, exposant les griefs des -insulaires et justifiant leur rvolution. Louis XV avait cru devoir -profiter de cette confiance pour inspirer des sentiments de paix -et les instruire par des voies sres et secrtes. Pignon se mettrait -donc en relations avec Salvini pour prparer les voies de -conciliation que la France prfrait aux voies de rigueur. La -<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span> -mission de Pignon devait tre ignore des Gnois, car son vritable -but tait de djouer les ngociations que les Corses entamaient - Livourne avec des puissances trangres. L'agent -secret devait rendre visite au gnral Wachtendonck ds son -arrive; seulement il tait inutile de mettre le reprsentant de -l'Empereur au courant de toutes les dmarches que lui, Pignon, -ferait auprs des Corses<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor"> [428]</a>.</p> - -<p>La flotte franaise destine transporter en Corse le corps -expditionnaire se rassembla Antibes. Le dpart avait t -fix au 1<sup>er</sup> janvier 1738, mais il ne put avoir lieu qu'un mois plus -tard, le samedi 1<sup>er</sup> fvrier. Le temps tait beau. A trois heures -de l'aprs-midi, <i>La Flore</i>, frgate de trente canons, portant le -comte de Pardaillan, chef d'escadre, fit les signaux de dpart -et la flotte cingla vers Bastia. <i>La Flore</i> avait galement son -bord le comte de Boissieux, gnral en chef de l'expdition et -son tat-major<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor"> [429]</a>.</p> - -<p>La flotte franaise doubla le Cap Corse, le 6 fvrier -cinq heures du matin. Elle mouilla devant Bastia, le mme -jour quatre heures de l'aprs-midi<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor"> [430]</a>. Le dbarquement commena -aussitt.</p> - -<p>Campredon avait demand au ministre de dfendre aux -officiers, dans leur intrt, de se livrer aux jeux de hasard, en -Corse, car M. Mari, qui est grand joueur, les dpouillera -jusqu'au dernier sol<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor"> [431]</a>.</p> - -<p>Le gouverneur gnois tait aussi un grand charlatan, -qui sous les apparences d'une franchise extrmement ouverte -et dans laquelle il affecte de ne faire entrer que du badinage -et des discours de galanterie, cache le dessein de pntrer dans -<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span> -la joie la plus licencieuse ce que pensent ceux avec qui il entre -en socit. Se trouvant Gnes la fin de 1737, il tait all -voir Campredon. Il se rpandit en protestations dvoues -l'gard des Franais. Il dsirait conserver son poste aussi -longtemps que ceux-ci resteraient dans l'le, ft-ce dix ans. -Il dclara vouloir vivre sur le pied d'une parfaite intimit -avec les principaux officiers. Il comptait leur faire bonne -chre et mme les loger au chteau auprs de lui, parce que -le temps le plus propre traiter d'affaires tait celui de la -robe de chambre. Et Campredon concluait: Cette insinuation -avait deux objets, le premier de me sonder sur le sjour -que les troupes du roi pourraient faire en Corse, le second -tait d'avoir, sous prtexte de politesse, toujours M. de Boissieux -sous les yeux<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor"> [432]</a>. Cette apprciation se trouva justifie.</p> - -<p>En effet, des conflits ne tardrent pas surgir. Boissieux -devait essayer de tous les moyens d'apaisement avant de -recourir aux armes<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor"> [433]</a>. Mari ne l'entendait pas ainsi; il voulait -que le gnral franais traitt les rebelles avec la dernire -rigueur. Aussi ne dissimulait-il pas son dpit. Il dclarait -publiquement qu'il allait prendre le commandement des troupes -pour mettre tout feu et sang. Ces bruits taient rpandus -dans le dessein d'empcher les Corses de se soumettre aux -Franais. Il faisait surveiller, par des sbires, les maisons o -habitaient Boissieux et les officiers gnraux. Il avait post -des corps de garde sur les routes de faon intercepter les -correspondances destines au gnral. Ceux qu'on prenait -porteurs de lettres taient arrts, mis en prison et envoys -Gnes. Le consul de France, lui aussi, eut subir des vexations -de tout genre. Il dut demander la protection de Boissieux<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor"> [434]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span> -Le logement des troupes que, par trait, la rpublique devait -assurer d'une faon convenable, fut des plus dfectueux. Les -officiers avaient t logs dans les cloaques les plus infmes. -Dans ces taudis, les Gnois, avaient, par surcrot, pratiqu -des dgradations prmdites. Chez Boissieux on avait -enlev jusqu'aux serrures, et Mari, sur sa rclamation, dut -lui en envoyer deux nouvelles pour sa chambre<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor"> [435]</a>.</p> - -<p>L'expdition franaise en Corse semblait devoir anantir les -projets de Thodore. Les ctes taient troitement surveilles; -toute tentative de dbarquement paraissait impossible. Du reste, -depuis quelques mois, le baron avait donn trs peu signe de vie. -On disait que ses affaires se trouvaient dans le plus piteux tat. -Il n'osait se montrer nulle part cause des innombrables cranciers -qu'il avait sems sur sa route. Les ngociants de Hollande, -tromps dans leurs esprances et filouts de sommes importantes, -devaient, d'aprs les bruits qui circulaient, en vouloir beaucoup - leur associ<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor"> [436]</a>. On ne savait pas au juste o il tait. On avait -signal sa prsence dans le Luxembourg et sur les bords du -Rhin. On prtendait aussi qu'il se tenait cach dans une auberge - Bologne<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor"> [437]</a>. Les chefs corses ne croyaient plus un retour du -roi. Salvini crivit au chanoine Orticoni pour le supplier d'engager -les mcontents accepter la mdiation des Franais. Je ne -vous dirai rien de Thodore, disait-il, parce que vous savez ma -faon de penser son sujet, si ce n'est que vous et moi n'avons -pas t sa dupe<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor"> [438]</a>. Cette lettre du reprsentant des rvolts -Livourne fut envoye Boissieux, qui devait la faire tenir secrtement -<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span> - Orticoni<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor"> [439]</a>.</p> - -<p>Le chanoine rpondit par la mme voie:</p> - -<p>Je ferai tout mon possible, non parce que nous n'avons rien -esprer du baron Thodore, en lequel je n'ai jamais eu confiance, -ni que, depuis plusieurs annes, je ne sois persuad que l'Espagne -ne veut pas s'occuper de nous, mais seulement en raison de la -vnration que l'le a depuis les temps les plus anciens pour le -nom sacr et ador du roi de France<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor"> [440]</a>. Cela n'empchera pas -les Corses de combattre les Franais outrance.</p> - -<p>Malgr toutes les suppositions, Thodore reparut en Hollande -au commencement de 1738. Il expdia un navire en Corse -avec son acolyte Buongiorno. Celui-ci parvint dbarquer prs -d'Alria. Il portait des lettres du roi aux principaux chefs et -quelques petites munitions. Neuhoff, comme toujours, promettait -de prompts et de puissants secours. Il se donnait, disait-il, beaucoup -de mal et faisait de grosses dpenses pour la dlivrance -des insulaires. Il demandait, en retour, qu'on l'aidt un peu. Il -fallait imposer les peuples et lui fournir de l'huile en change -des munitions<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor"> [441]</a>.</p> - -<p>Sur ces entrefaites, Pignon reut l'ordre de quitter Livourne. -Il devait se rendre Bastia et se mettre la disposition de -Boissieux<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor"> [442]</a>. Amelot jugeait que la mission de son reprsentant -en Toscane, auprs des chefs corses, avait donn tout ce qu'on en -<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span> -pouvait esprer et que les ngociations se poursuivraient plus -utilement dans le pays mme. Pignon arriva en Corse le 8 mars. -Mais le gnral et l'envoy ne purent pas s'entendre. Boissieux -accusait Pignon d'tre beaucoup trop li avec les Gnois. Celui-ci -crivait au ministre que le gnral se laissait tromper par les -insulaires. Il envoyait presque journellement Amelot tous les -bruits qui circulaient, les donnant pour nouvelles certaines. -Il affirmait, contre toute vrit, que Thodore tait arriv -Alria, qu'il se tenait cach chez Xavier de Matra et qu'il avait -beaucoup vieilli. Il critiquait le gnral de ne s'tre pas fait -livrer le baron<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor"> [443]</a>.</p> - -<p>Ce zle excessif ennuyait singulirement Boissieux. Ils en -arrivrent ne plus se voir. Le 13 mai, Pignon fut rappel en -France<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor"> [444]</a>.</p> - -<p>Un nouvel agent de Thodore tait dbarqu dans l'le. -Cet individu se faisait appeler Mathieu Drost, mais il n'avait -aucun lien de parent avec le baron<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor"> [445]</a>.</p> - -<p>Drost portait quelques lettres et paquets du roi. Il se rendit - Casinca, o les chefs taient runis. L'missaire de Thodore -croyait que les Corses taient fidlement attachs leur souverain; -il s'aperut vite du contraire, car il fut trs mal -reu. A peine arriv, il n'eut qu'une ide: quitter l'le au plus -tt. Il crivit Boissieux, demandant des passeports pour lui -et pour ses compagnons<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor"> [446]</a>. Le gnral ne rpondit pas cette -requte. Drost parvint s'embarquer. Il arriva Livourne, o -il se tint cach dans la maison d'un prtre corse.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span> -Pour en finir avec cet aventurier, je dirai—en intervertissant -un peu l'ordre chronologique des vnements—qu'au -mois de juin, par l'intermdiaire d'un certain del Negro, il -avait fait demander la religieuse Fonseca une somme de huit -dix sequins pour envoyer une felouque en Corse. La sœur -renvoya l'missaire sans rien lui donner<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor"> [447]</a>. Le 10 aot, Drost -fut arrt dans la maison d'un mtayer du Grand-Duc, chez -qui Thodore avait log. On saisit ses papiers, dans lesquels on -ne trouva pas grand chose d'intressant. Mis au secret dans la -citadelle, sa dtention ne prit fin que le 6 octobre. On lui rendit -ses effets et il se hta de s'embarquer pour Naples<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor"> [448]</a>.</p> - -<p>Pendant ce temps, les Gnois avaient arrt aux environs de -Savone et conduit sous escorte Gnes un individu qu'on -croyait tre Thodore et auquel la populace fit mille avanies. -C'tait un malheureux fou, bourgeois de Casalmajor, qui depuis -plusieurs mois errait dans les montagnes, vivant d'aumnes. -Ce qui a paru plaisant en cette aventure est que le gouvernement -de Gnes ait pu souponner le baron de Neuhoff de la -folle tmrit de venir se livrer des ennemis grivement -offenss et qui ont mis sa tte prix<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor"> [449]</a>.</p> - - - - -<p class="subt">II</p> - -<p>Les gazettes hollandaises faisaient une grande rclame au -roi Thodore. Le <i>Mercure historique et politique</i> se distinguait -par l'ardeur qu'il mettait proclamer la grandeur d'me, la -gnrosit, l'intelligence de Sa Majest. Neuhoff devait, crivait-on, -vaincre facilement les Franais. Il n'avait qu'une ambition: -<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span> -rendre la libert un peuple opprim. Rien ne lui coterait -pour atteindre ce but, pas mme le sacrifice de sa couronne. Le -journal faisait ensuite ressortir les avantages qui rsulteraient -d'un trafic suivi et bien organis avec la Corse. L'abondance -des vins, de l'huile et des grains rendait les prix drisoires. -Cette le, si peu connue jusqu'alors, tait appele prendre une -place importante dans le monde; elle le devrait Dieu et -son <i>Librateur</i><a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor"> [450]</a>.</p> - -<p>L'affaire, qui avait si piteusement chou en 1737, allait -tre reprise sur de nouvelles bases. Thodore n'avait pas craint -de revenir en Hollande. Ses associs ne lui gardaient pas rancune. -Au contraire, ils taient plus que jamais dcids faire -de la royaut du baron une vaste opration commerciale. La -campagne de presse prparait les voies. Des prospectus allchants -furent lancs pour enrler des colons, car il fallait du -monde pour mener bien l'entreprise. Les ngociants, Boon et -Dedieu, s'taient adjoint un nomm Fandermil. Il avait t -entendu avec le roi que la nouvelle expdition comporterait -quatre navires<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor"> [451]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span> -La prsence des troupes franaises dans l'le rendait la -chose plus difficile, mais on esprait trouver un port o les -navires pourraient dcharger leurs cargaisons en toute scurit.</p> - -<p>Ce fut au commencement de 1738 que l'expdition s'organisa. -Les quatre navires noliss taient: <i>L'Agathe</i><a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor"> [452]</a>, capitaine Adolphe -Peresen, portant douze gros canons et quatre petits; <i>Le -Jacob et Christine</i><a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor"> [453]</a>, arm de douze canons, commandant -Cornelius Roos; <i>Le Kothenau</i> dit <i>L'Africain</i>, vaisseau de quarante -canons, capitaine Pierre Keelmann; enfin <i>Le Preterod</i>, -command par le capitaine Alexandre Frentzel et portant -soixante canons<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor"> [454]</a>. Ce dernier btiment appartenait la marine -de guerre hollandaise. Il tait destin convoyer les trois -autres.</p> - -<p>Tandis que les ngociants s'occupaient rassembler les -munitions, le seigneur Thodore se tenait soigneusement cach. -Il n'aimait pas se mettre en avant.</p> - -<p>A Amsterdam, on recrutait des colons. Le baron avait pour -cette besogne plusieurs agents: Jonias von Bessel, natif de -Prusse, un de ses secrtaires; le capitaine Ludik, prussien -galement et qui avait t en prison pour dettes en Hollande, -peut-tre un ancien compagnon d'infortune du roi; un nomm -Kraam et une femme<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor"> [455]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span> -Parmi les malheureux enrls, il y avait un certain Jean-Godofredus -Vater, saxon, g de trente-huit ans, avec sa femme -Marie, et son fils Jean-Policarpe, un enfant de onze ans. -Lieutenant rform d'un rgiment imprial, il tait venu -Amsterdam pour chercher un emploi. Il rencontra le capitaine -Ludik. L'agent de Thodore l'engagea, le 10 mai, en qualit -de capitaine en lui promettant cinquante <i>gulden</i> par mois -d'appointements. Ludik lui affirma qu'aussitt arriv en Corse -il aurait une compagnie sur les trois mille hommes de troupes -que le roi entretenait dans l'le. Vater ne vit pas Thodore - Amsterdam; il ne l'aperut que lorsqu'ils furent en pleine -mer.</p> - -<p>Johann-Gottlieb Reusse, saxon, tudiait le gnie Leyde -lorsqu'il eut la fantaisie d'aller Amsterdam o se trouvait -Kraam, son parent. Celui-ci le prsenta au baron, qui persuada -au jeune homme d'aller en Corse avec lui. Il le nomma -officier et ingnieur, aux appointements mensuels de vingt-cinq -<i>gulden</i>. Avant de s'embarquer, Reusse remarqua que Thodore -recevait souvent les bourgmestres et que ceux-ci avaient fait -faire des prospectus pour attirer des gens.</p> - -<p>Le nomm Tobias-Fredericus Bollet, natif du Wurtemberg, -g de vingt ans, n'tait pas venu au hasard Amsterdam. -Ayant servi comme cadet en Allemagne, il avait entendu dire -que Neuhoff levait des troupes; allch par les promesses que -le roi rpandait dans ses prospectus, il tait accouru. Il fut -nomm officier aux appointements de vingt-cinq <i>gulden</i> par mois. -Il connut galement les relations de Thodore avec les bourgmestres -et dclara que les imprims circulaient avec la permission -des autorits hollandaises.</p> - -<p>Un certain Gaspard Wort, de Cologne, tait venu Amsterdam -dans l'intention de s'embarquer pour les Indes. A son -arrive, le navire tait parti. Comme il errait par les rues, il -rencontra une femme qui le prsenta un seigneur dont il -ignorait le nom. Ce personnage, qui voulait voyager, admit Wort -<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span> -parmi ses gens en lui promettant quatorze <i>gulden</i> d'appointements -mensuels. Wort fut embarqu bord de l'un des navires -et il ne sut rien ni Amsterdam, ni en route.</p> - -<p>Thodore avait engag comme domestiques quatre pauvres -diables d'allemands, qui furent trs surpris en arrivant en Corse -d'apprendre qu'ils avaient t recruts comme soldats au service -d'un roi voulant reconqurir sa couronne.</p> - -<p>Bien d'autres malheureux furent enrls; la plupart se sauvrent - l'arrive des navires dans l'le<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor"> [456]</a>.</p> - -<p>Ces gens disaient que la valeur des cargaisons tait estime, -par les capitaines, quatre millions. Cette valuation est -trs exagre. Les traitants hollandais avaient t tromps -une premire fois par le baron. En prparant une seconde -expdition, ils voulurent avoir un mandataire de confiance -pour sauvegarder leurs intrts. Ils choisirent le capitaine -Keelmann, commandant de <i>L'Africain</i>, homme nergique, qui -tait lui-mme engag dans l'entreprise pour un quart, soit -cent mille florins. Les marchandises embarques reprsentaient -donc une somme de quatre cent mille florins. Les ngociants -comptaient retirer, en change, pour huit cent mille florins de -denres<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor"> [457]</a>. L'opration tait allchante.</p> - -<p>L'apothicaire Jaussin a donn le dtail des cargaisons d'aprs -une liste que Thodore fit rpandre en Corse. Une copie de cet -inventaire figure aux archives d'tat de Gnes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span> -On sait combien le baron tait port l'exagration; il -convient donc de faire des rserves sur cette nomenclature. Elle -n'est cependant pas invraisemblable. Amsterdam tait alors le -principal centre de commerce pour les munitions de guerre. La -cargaison des navires avait d tre compose, en majeure partie, -avec les chargements de <i>L'Agathe</i> et du <i>Yong-Rombout</i> formant -l'expdition avorte de l'anne prcdente. A ct de canons de -plusieurs calibres, de couleuvrines, de fusils, de mousquets, -de boulets, de grenades, de balles et de poudre, on voit -figurer des tonneaux pour rapporter en Hollande l'huile de -Corse; puis, comme en 1737, des seringues destines -arroser d'eau-forte les Gnois. Thodore n'avait pas renonc - user, pour combattre ses ennemis, de la stratgie l'acide -nitrique qu'il avait invente. On n'avait pas oubli les habits -pour les gardes du corps, les fourniments assortis, les drapeaux -et les tendards de Sa Majest. Il y avait encore cinquante -tambours, une timbale et vingt-quatre trompettes. Six mille -paires de souliers et de bas, de la toile paillasses et tentes, -<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span> -des outils divers compltaient le chargement. Le roi avait eu -soin de porter sur la liste ses bagages personnels composs -de quatre-vingts coffres, malles ou caisses et d'indiquer les gens - son service: un secrtaire, un commissaire, un matre -d'htel, deux chirurgiens, deux valets de chambre, deux cuisiniers, -deux cuyers, quatre chasseurs et six valets de pied.</p> - -<p>Vers le milieu du mois de mai, les navires taient prts - mettre la voile. Le 20, <i>Le Preterod</i> partit d'Amsterdam, -accompagn par <i>Le Jacob et Christine</i>. Les deux btiments -allrent mouiller au Texel<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor"> [458]</a>. Thodore et un de ses neveux, -Neuhoff, prirent passage bord du <i>Preterod</i>. Sur ce bateau, -se trouvait Franois Vastel, matelot, qui aurait t embarqu -forcment au mois de mars 1738<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor"> [459]</a>. <i>L'Agathe</i> quitta -Amsterdam le 23 mai et se rendit galement au Texel. Le -1<sup>er</sup> juin, les deux navires marchands et le vaisseau de guerre -appareillrent, allant directement Malaga. Pendant ce temps, -<i>L'Africain</i> compltait son chargement; il devait rejoindre les -autres Cagliari, en Sardaigne.</p> - -<p>Les btiments jetrent l'ancre devant Malaga aprs vingt -jours de traverse<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor"> [460]</a>. Le consul de Hollande eut deux confrences -avec le second capitaine du <i>Preterod</i>. La flotille se -dirigea ensuite vers Alicante. Dans cette ville, Frentzel et son -lieutenant firent de frquentes visites leur consul, qui, de son -ct, vint plusieurs fois bord. Il dna avec les officiers et avec -le roi, qui se retirait en son particulier la fin des repas<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor"> [461]</a>.</p> - -<p>Thodore avait promis de verser une somme aux capitaines -soit Malaga, soit Alicante. Dans aucun de ces deux ports, il -<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span> -ne put faire honneur ses engagements. Les commandants ne -voulurent pas aller plus loin, mais le baron qui, dfaut -d'argent, n'tait jamais court d'arguments, dclara qu'aussitt -arriv dans son royaume il fournirait, contre les munitions, des -denres de premire qualit en grande abondance. Les officiers -hollandais furent convaincus, et l'esprance au cœur, ils dcidrent -de se rendre en Corse<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor"> [462]</a>.</p> - -<p>Pendant la traverse, Thodore causait volontiers avec -Vastel. Il lui donna deux ducats et lui promit de le nommer -colonel ou commandant d'un navire, s'il consentait le suivre. -Il apaisa une querelle que ce marin eut avec un officier pour -une question religieuse: Vastel tait catholique romain et il avait -formellement refus d'assister au prche protestant. Neuhoff -obtint que son protg ft exempt de l'office luthrien<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor"> [463]</a>.</p> - -<p>Aprs avoir renouvel leur provision d'eau en Espagne, les -navires allrent Alger. Le <i>Le Preterod</i> entra seul dans le port, -tandis que <i>L'Agathe</i> et le <i>Jacob et Christine</i> louvoyaient au large. -Ds que le <i>Preterod</i> eut jet l'ancre, le consul hollandais se -rendit bord dans une embarcation battant pavillon des -tats Gnraux et conduite par vingt maures et un esclave -franais. Le capitaine reut le consul l'chelle du navire et -l'introduisit immdiatement dans sa cabine o se trouvait le -baron. Les trois personnages eurent une confrence qui dura -trois heures. Le consul revint, y dna quatre fois et resta deux -jours entiers causer avec Thodore<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor"> [464]</a>.</p> - -<p>Aprs un sjour de deux semaines, <i>Le Preterod</i> quitta Alger -<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span> -et rejoignit les deux navires rests en rade<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor"> [465]</a>. La flotille arriva -le 14 aot Cagliari<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor"> [466]</a>. Deux jours plus tard, <i>L'Africain</i>, -parti d'Amsterdam aprs les autres btiments, jeta l'ancre -galement dans le port sarde.</p> - -<p>L'arrive de ces vaisseaux veilla les soupons des -consuls franais et gnois. Ce dernier, Mongiardino, crivit -Mari le 17 aot. Il envoya son rapport par un courrier spcial, -qui partit un dimanche, la pointe du jour. Il avait conserv -un duplicata de sa lettre et se disposait, trois jours plus -tard, expdier cette copie lorsqu'il apprit bien des choses -qui lui permirent de complter ses renseignements. Il savait -que le baron de Neuhoff se trouvait bord d'un des btiments et -l'opinion gnrale tait que l'aventurier prparait une nouvelle -descente en Corse. Mongiardino eut plusieurs confrences avec -Paget, le consul de France. Celui-ci crivit le 20 aot -Boissieux, pour lui signaler la prsence de Thodore dans les -eaux sardes. Le vice-roi de Sardaigne, le marquis de Rivarola, -envoya galement le 21 aot une relation Boissieux sur l'arrive -de la flotille hollandaise<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor"> [467]</a>.</p> - -<p>Le 19 aot, <i>L'Agathe</i> et <i>Le Jacob et Christine</i> appareillrent. -<i>Le Preterod</i> et <i>L'Africain</i> demeurrent Cagliari pour -ne pas faire semblant d'tre du convoi<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor"> [468]</a>. Les deux premiers -btiments restrent en vue pendant toute la journe du 20. Dans -la nuit du 20 au 21, <i>Le Preterod</i> et <i>L'Africain</i> les rejoignirent<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor"> [469]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span> -Thodore et sa suite quittrent le vaisseau de guerre et se -rendirent bord de <i>L'Africain</i>. Selon les uns, le capitaine -Frentzel aurait dclar que les ordres qu'il avait l'empchaient -d'aller plus loin. D'aprs Vastel, le baron changea de navire -cause d'une pidmie. Toujours est-il que <i>Le Preterod</i> se rendit - Port-Mahon. Arriv l, Franois Vastel s'enfuit, pendant la -nuit, deux heures. Il gagna la nage une tartane franaise -des Martigues. <i>Le Saint-Antoine</i>, patron Alexandre Boyer, -qui conduisit le dserteur Alicante o, le 6 novembre 1738, -il fit sa dclaration devant le consul de France<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor"> [470]</a>.</p> - -<p>Neuhoff ne dsirait pas beaucoup revoir ses sujets. A -peine fut-il sur <i>L'Africain</i> qu'il donna l'ordre au capitaine -Keelmann de faire route directement sur Naples. Le commandant -s'y refusa. Ses instructions l'obligeaient se rendre en -Corse. Bon gr, mal gr, on irait. Le roi dut se rsigner -rentrer dans son royaume<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor"> [471]</a>.</p> - -<p>Les trois btiments, composant dsormais la flotte du roi, -parurent en vue de la Corse, le 14 septembre<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor"> [472]</a>.</p> - -<p>Comme <i>L'Africain</i> approchait des ctes, un oiseau se -mit voleter autour du mt. Soudain, il tomba inanim aux -pieds de Thodore. Au mme moment, le navire donna contre -un cueil. On crut qu'il allait sombrer, mais il reprit bientt sa -route. Le roi avait relev la bte au plumage color; il la prit -dans ses mains et la montra ses officiers. L'oiseau revint la -vie et prit bientt son vol vers l'le. Les compagnons du baron -virent dans ce fait un signe de mauvais augure. Riesenberg, qui -tait un esprit fort, se moqua de ces gens superstitieux<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor"> [473]</a>.</p> - -<p>Les navires jetrent l'ancre devant un port que Riesenberg -<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span> -et les gens interrogs appelrent Rose ou Rossi et qui tait -Sorraco, prs de Porto-Vecchio<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor"> [474]</a>.</p> - -<p>Le premier soin de Neuhoff fut d'crire Matra: Grces - Dieu, mon cher marquis, en dpit de toutes les perscutions -et trahisons que j'ai essuyes, me voici de retour sain et sauf. -Venez me voir avec tous vos fidles amis, je vous attends et vous -recevrai bras ouverts. Il lui demandait des chevaux pour -lui et pour sa suite et deux cents btes de somme pour les -bagages. Les autres navires, spars par la tempte, arriveraient -bientt. Je salue, disait-il, de tout mon cœur, madame la -marquise et j'embrasse mon filleul. Et, dans un post-scriptum -plus long que la lettre elle-mme, il rclamait des gens arms ou -non. Sa Majest n'oubliait pas son petit commerce. Je donnerai -gratis des armes, de la poudre, du plomb et des frondes, -mais le cuir, le fer, les toffes, la toile et autres marchandises, -chacun pourra les acheter ou donner en change d'autres -choses produites par le pays. Puis il recommandait qu'on levt -des impts en vin, grains et bestiaux. Surtout il fallait se -hter<a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor"> [475]</a>.</p> - -<p>Il crivit galement au rvrend Napoleoni, cur de Zonza et -de Porto-Vecchio, dont les paroissiens persistaient prendre le -parti des Gnois. Le roi exhortait le pasteur faire rentrer -ses ouailles dans le devoir. Il promettait ces gars un -gnreux pardon et la paye qu'ils recevaient de l'ennemi. -Mais il voulait des otages; ceux-ci seraient traits avec -gnrosit. Si les habitants s'obstinaient dans leur rebellion, ils -seraient punis svrement. Avant de les chtier comme ils le -<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span> -mritaient, il attendrait la rponse du cur, dont il saurait -reconnatre les services<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor"> [476]</a>.</p> - -<p>Cependant, l'arrive des navires, quelques Corses dvous - Thodore se prsentrent sur le rivage en agitant des drapeaux -blancs. Pour manifester leur joie, ils tirrent des salves -et crirent Vive le roi! Une chaloupe les amena bord. Le -roi leur donna audience et les congdia aprs leur avoir -distribu des fusils et des cocardes. A la nuit, deux barques -siciliennes rejoignirent <i>L'Africain</i> et le salurent de plusieurs -coups de canon. Les jours suivants, d'autres barques de mme -nation accostrent les navires<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor"> [477]</a>.</p> - -<p>Quand il fallait agir, le baron tremblait. Il avait peur de tout -le monde, des Franais, des Gnois, des quipages hollandais, -des Corses. Il n'avait aucune envie de batailler dans les montagnes; -rendre la libert son peuple tait le dernier de ses -soucis. Dans l'entreprise commerciale, il avait apport, comme -part, le mensonge, les promesses trompeuses qui sentent -l'escroquerie. Il avait achet crdit des marchandises qu'il -voulait sans doute vendre en quelque endroit pour s'en faire de -l'argent; mais pas dans l'le, car ses sujets taient pauvres. -Seulement, les traitants d'Amsterdam avaient commandit un -monarque; ils spculaient sur sa couronne et ils voulaient -que leur associ ft acte de souverain. Il ne pouvait leur servir -qu'en tant que Majest. Thodore fut oblig de jouer le roi malgr -lui. Les lettres qu'il crivit, les petites distributions qu'il fit, -les airs de grandeur qu'il se donna, tout cela constituait son -rle dans la comdie. Il s'en acquittait, d'ailleurs, avec assez de -naturel pour faire croire la ralit. Mais, quand il fallut en -<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span> -venir la scne capitale, au dbarquement, il ne savait plus un -mot. Keelmann ne l'entendait pas ainsi. Il eut avec le baron une -altercation violente. La dispute s'tendit entre les matelots et -les gens de Thodore. De part et d'autre, on dgana et le -malheureux dut promettre de descendre terre, car il n'tait -pas le plus fort<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor"> [478]</a>.</p> - -<p>Le 18 septembre, huit heures du matin, les officiers vinrent -sur le rivage pour prparer la rception du souverain. A -trois heures de l'aprs-midi, le roi dbarqua son tour au milieu -des salves de mousqueterie. Les Corses, accourus en grand -nombre, l'acclamrent et lui rendirent hommage. Les notables -s'entretinrent avec lui et le complimentrent. Aprs les rceptions, -une excution capitale eut lieu. Le capitaine Wickmannshausen, -arrt pendant la traverse sur <i>L'Africain</i>, tait -accus d'avoir voulu attenter la vie de Thodore en mettant -le feu bord. Cet individu, qui se donnait le titre de baron, -avait t simplement cafetier en Westphalie. Il avait essay -de tuer Neuhoff une premire fois Amsterdam; n'ayant -pu y russir, il avait attendu d'tre en mer pour mettre son -projet excution. Convaincu de tentative criminelle, Wickmannshausen -fut condamn mort. Amen sur le rivage et -attach un pin, il fut fusill. Devant le cadavre, Thodore -s'adressant aux insulaires: Vous voyez, dit-il, comme je punis -mes propres officiers; que ne ferais-je pas votre gard, si vous -vous avisiez de me manquer de fidlit!<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor"> [479]</a>.</p> - -<p>Varnhagen, l'apologiste de Neuhoff, raconte ce sujet une -lgende. Thodore aurait t averti des intentions coupables de -son officier par sainte Julie, patronne de la Corse, qui lui tait -apparue. Il aurait ainsi pu djouer cet infernal dessein. -<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span> -L'historien allemand ajoute: Aprs ce miracle vident, il fallait -s'attendre voir toutes les puissances le reconnatre comme -roi.<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor"> [480]</a>.</p> - -<p><i>Le Mercure historique et politique de Hollande</i>, toujours -dvou Neuhoff, dit, pour excuser cette excution sommaire, -que l'officier avait t condamn tre brl, mais il fut seulement -empal<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor"> [481]</a>.</p> - -<p>Le soir mme, Thodore rentra bord, car il n'avait aucune -envie de passer la nuit au milieu de ses fidles sujets. Le -lendemain, le gnralissime Ornano, suivi de deux prtres et de -ses partisans, vint sur le rivage. Il y eut une nouvelle distribution -de fusils et de pistolets. Deux ou trois mille insulaires -se trouvrent runis et formrent une sorte de camp. Un dtachement -fut envoy sur Porto-Vecchio et on apprit que ces -braves avaient russi couper la conduite d'eau de la ville et -qu'ils avaient mis en fuite quelques Gnois<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor"> [482]</a>.</p> - -<p>On avait commenc dbarquer les munitions; mais les -Corses n'apportaient aucune denre en change, suivant les promesses -de Thodore. Keelmann se mfia; il assembla les -officiers, on tint conseil et il fut dcid que le dbarquement -cesserait et qu'on irait Naples<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor"> [483]</a>. Il n'y avait rien faire -avec ce roi.</p> - -<p>Le 23 septembre, les navires mirent la voile, en compagnie -des quatre barques siciliennes. Les matelots crurent qu'on -allait mouiller devant Porto-Vecchio. Quand ils virent que la -flotille dpassait la ville, et que le vent les poussait vers la -Sardaigne, ils ne surent que penser. Les btiments louvoyrent -entre les deux les et furent bientt en vue de Bonifacio.</p> - -<p>Riesenberg avait quitt <i>L'Africain</i> et s'tait embarqu, par -<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span> -ordre, sur un pinque nomm <i>Jesus-Maria-Joseph, l'anime del -purgatorio</i>, et dont le patron tait Roch Malato<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor"> [484]</a>. Thodore -avait frt cette barque Sorraco, le 22 septembre, au prix de -quatre-vingt-cinq sequins payables d'avance<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor"> [485]</a>.</p> - -<p>Le neveu de Thodore, Frdric de Neuhoff, qui se donnait -le titre de colonel, monta, avec quelques officiers, sur le -pinque et les quatre barques siciliennes. Le 24, les pilotes -reurent l'ordre de se rendre bord de <i>L'Africain</i>. Ils -en ramenrent deux tailleurs, la femme de l'un d'eux, un -chasseur et la blanchisseuse du roi. Ils apportrent galement -quelques provisions. Thodore ordonna aux gens, qui se trouvaient -sur le pinque et les quatre barques, d'atterrir un -village de la cte, o il viendrait les rejoindre avant peu. Dans la -journe, les trois navires disparurent vers la haute mer. Sur -le soir, les embarcations jetrent l'ancre prs d'Ajaccio. L, le -colonel de Neuhoff reut, des mains d'un nomm Runsweig, une -lettre de Bessel, secrtaire de Sa Majest, enjoignant aux -officiers de dbarquer le lendemain et de rejoindre le gnral -Ornano. Au reu de cet ordre, Frdric entra dans une violente -colre, disant qu'il ne pouvait rien faire, n'ayant ni vivres ni -argent. Ds le 25, en effet, les provisions manqurent, et sur les -barques, les hommes se mendiaient rciproquement du pain. Des -rumeurs s'levrent, et le bruit se rpandit que le roi avait fait -voile pour Livourne. Dans la soire du 26, six barques gnoises -parurent l'horizon. Les gens de Thodore furent trs effrays. -Le colonel donna l'ordre de gagner immdiatement la terre. -Un des capitaines, qui tait corse, et les matelots furent d'un -avis contraire, car, disaient-ils, les Gnois n'oseraient pas -attaquer les barques que protgeait le pavillon espagnol. -Frdric fit, nanmoins, dbarquer tout le monde. Riesenberg -commente dans son journal ces vnements avec sarcasme et -<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span> -constate que le corps d'arme du roi se composait de dix-huit -officiers en pied, sept subalternes, trois trompettes, trois -tailleurs et un lapidaire<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor"> [486]</a>.</p> - -<p>Le capitaine, persistant affirmer qu'on ne courait aucun -danger, le colonel et sa petite troupe se rembarqurent le -lendemain.</p> - -<p>Le 28, ils mirent la voile vers la haute mer. Trois -vaisseaux apparurent l'horizon. Croyant que ces navires -taient ceux de Thodore, ils se dirigrent de leur ct, -mais sans pouvoir les atteindre, cause du vent contraire. -Le jour suivant, on se remit la recherche des btiments; -ils avaient disparu. Une tempte s'leva. Les barques, en -danger, durent regagner la cte. Le 30, une pluie torrentielle -inonda ces malheureux, que la faim commenait torturer. -Ils se plaignirent amrement, laissant leurs rancunes s'chapper -en bruyantes rcriminations. Le baron les avait indignement -tromps et s'ils l'avaient cru capable de les abandonner aussi -lchement, dpourvus de tout, ils ne l'auraient certes pas suivi. -Les vivres manquant de plus en plus, les marins refusrent -la nourriture aux officiers. Ceux-ci ne purent obtenir de quoi -manger qu' force de supplications.</p> - -<p>Enfin, le 3 octobre, vers le soir, les felouques jetrent l'ancre -devant Sagone. Le surlendemain, cinq galres gnoises furent en -vue. La prsence des partisans du roi bord des barques tait -compromettante, aussi les matelots leur conseillrent-ils de se -rfugier terre, dans le village de Vico cinq milles de la -cte. Le <i>corps d'arme</i> de Thodore se prpara au dbarquement. -Riesenberg endossa son uniforme, prit son fusil et se -mit en marche avec ses compagnons sous la conduite du colonel -Frdric<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor"> [487]</a>.</p> - -<p>Le chemin fut long. Tandis qu'ils marchaient, des paysans -arms les entourrent, leur demandant d'o ils venaient. Ils -<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span> -rpondirent qu'ils appartenaient au roi Thodore; les Corses -les laissrent passer. A Vico, ils allrent frapper la porte d'un -prtre et lui demandrent aide et assistance. Pour appuyer leur -requte, ils exhibrent les brevets signs par le baron. Mais -ces pauvres gens tombaient mal; l'ecclsiastique tait du parti -gnois: il refusa de les recevoir. Le mpris que l'abb affichait -pour la signature du souverain irrita les paysans; ils voulurent -le corriger. Frdric et ses compagnons s'interposrent et s'en -vinrent chercher un asile dans le couvent des Franciscains. -L, les hommes de Thodore couchrent un peu partout, jusqu'au -pied des autels.</p> - -<p>Le lendemain, de nombreux habitants, le fusil sur l'paule, -un pistolet et un grand coutelas la ceinture, envahirent le -monastre. Ils demandrent si le roi allait bientt venir et s'il -apporterait des armes pour eux, leurs femmes et leurs enfants. -Les jeunes moines dclarrent que, ds l'arrive du souverain, -ils se lveraient contre les Gnois. Les malheureux abandonns -durent tre bien embarrasss pour rpondre.</p> - -<p>Le prieur, homme prudent et peut-tre aussi partisan secret -des Gnois, ne voulut pas hberger plus longtemps l'arme du -roi Thodore. Le 7 octobre, il signifia aux officiers d'avoir -chercher un autre abri. Sur ces entrefaites, un frre apporta une -nouvelle: le chanoine Ilario de Quango<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor"> [488]</a>, proche parent -d'Ornano, venait d'arriver avec quelques paysans pour conduire -les gens de Neuhoff auprs du gnral. Frdric envoya -un officier complimenter le chanoine. Celui-ci se prsenta dans -la matine du 11. Il promit des vivres et tout le ncessaire, -si le colonel et ses compagnons consentaient le suivre. -Quelques-uns, instruits par la dure exprience, se mfirent. Ils -auraient prfr demeurer Vico. Mais la majorit tant d'un -avis contraire, la troupe se mit en marche et arriva Murcia<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor"> [489]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span> -Les habitants reurent merveille les voyageurs et leur offrirent -les mets qu'il estimaient tre les meilleurs: des petits pains -avec des cuelles d'huile. Le cur, un brave homme, vint aprs -souper s'entretenir avec eux; il leur proposa sa maison pour -y passer la nuit, ce qu'ils acceptrent avec empressement. Le -prtre leur dclara sans dtour qu'ils auraient mieux fait de -rester Vico, que le chanoine Ilario tait un fourbe, aux -promesses duquel il ne fallait pas se fier, et que le village o il -les conduisait tait le repaire des fripons et des filous. Ce -discours branla un peu les gens du roi. Mais ils conservaient -encore des illusions; au jour levant, ils se mirent en route -avec Ilario. Pour atteindre Guagno ils durent franchir les -montagnes les plus affreuses. A l'arrive, le chanoine leur -fit distribuer des petits pains et un peu de fromage; puis il -les envoya loger chez les paysans.</p> - -<p>La prdiction du bon cur se ralisa: la misre commena -pour l'arme, errant la recherche de son chef. Pendant quatre -jours, les malheureux ne reurent pas un morceau de pain. Ils -durent se contenter de chtaignes et d'eau. Riesenberg, dont -la sant s'altrait ce rgime, vendit son fusil au prix de six -cus pour avoir de quoi manger; ses camarades en firent autant.</p> - -<p>On tait au 22 octobre; l'automne venait. Cette saison, -pre dans les montagnes, laissait entrevoir des souffrances plus -dures encore. Riesenberg et Vater, auxquels s'taient joints -Boller et un autre officier, formrent le projet de retourner -Vico, d'crire au consul de France Ajaccio, pour lui -demander un sauf-conduit et se mettre sous sa protection. -Lorsque Frdric apprit ce complot, il entra dans une violente -colre et menaa ceux qui voulaient s'en aller. Rien n'y fit. -Les rcalcitrants se rfugirent chez un habitant, auquel -Riesenberg donne le titre de comte et qui les protgea contre les -fureurs du colonel. Le 1<sup>er</sup> novembre, au nombre de cinq, ils se -mirent en route, accompagns par le comte et par son fils, qui, -parat-il, exposrent leur vie pour eux. Ils arrivrent le lendemain -<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span> - Vico, mais, comme leurs sauveurs taient retourns -chez eux, ils furent en butte la rise et aux mauvais traitements -des habitants. Un prtre, mu de piti, les recueillit. -Le 4, ils apprirent que leurs deux anges gardiens taient -arrivs sains et saufs chez eux et que pour se venger du -chanoine Ilario, ils lui avaient tu deux nes devant sa porte<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor"> [490]</a>.</p> - -<p>Boissieux, ayant appris les mouvements de Neuhoff sur les -ctes de Corse, lana, le 31 octobre, une proclamation aux communes, -prescrivant de courre sus Thodore et ceux de -sa suite. Le gnral en chef ordonnait de les prendre et de les -livrer; il dclarait rebelles tous ceux qui leur donneraient asile ou -auraient commerce avec eux, soit personnellement, soit par -crit. Ceux qui enfreindraient ces ordres seraient punis avec -la dernire rigueur et leurs maisons rases<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor"> [491]</a>. Riesenberg et -ses camarades furent trs mus. Le prtre, qui les hbergeait et -qui tait charg de porter cet dit la connaissance des habitants, -consentit retarder la publication jusqu'au moment -o ils recevraient la rponse du consul de France; elle arriva -le 7 novembre. Les gens de Thodore auraient la vie sauve - condition qu'ils vinssent se livrer sans retard. M. de Sabran, -chevalier de Malte, commandant la frgate <i>La Flore</i> en rade -d'Ajaccio, confirma cette promesse.</p> - -<p>Ils arrivrent le 14 novembre. Conduits au corps de garde, -on les dsarma. Le 15, ils furent transfrs bord de <i>La Flore</i>, -o M. de Sabran les reut avec bienveillance. Aprs leur avoir -fait servir un repas,—chose laquelle ces malheureux n'taient -plus habitus,—il les interrogea devant le consul. Au nom du -roi de France, il leur promit une entire libert et leur dclara -qu'ils seraient conduits Bastia, o M. de Boissieux leur -fournirait les moyens de gagner le continent. Partis le 18, ils -arrivrent le 25 aprs une traverse si mauvaise qu'ils manqurent prir. -<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span> -Ils furent accueillis avec politesse par le commissaire -de guerre. Le 26, ils comparurent devant Boissieux. -Celui-ci leur fit distribuer des vivres et quelques secours en -argent. Ces pauvres gens taient tellement reconnaissants de -la faon dont le gnral franais les traitait qu'ils lui proposrent -de s'enrler parmi ses troupes pour faire le coup de feu contre -les rebelles. Boissieux ne crut pas devoir accepter leur offre. -Ils furent transfrs Toulon, o on leur remit encore quelque -argent<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor"> [492]</a>.</p> - -<p>Arrivs sur le continent, ces hommes regagnrent leurs -foyers, plus pauvres et plus dsabuss. Un jeune garon -de seize ans, nomm Kel Morene, embarqu Amsterdam sur -<i>L'Africain</i>, avait pris passage Sorraco sur l'une des barques -siciliennes. Tomb malade, il n'avait pas pu, comme les autres, -se rfugier terre. Il fut pris par la frgate du roi et fit une -dposition qui confirma en partie le journal de Riesenberg. -Mais le pauvre enfant, trop faible pour rsister aux privations et - la maladie, mourut le 15 octobre 1738<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor"> [493]</a>.</p> - -<p>Pendant ce temps-l, le baron arrivait tranquillement -Naples sans s'inquiter des malheureux qu'il s'tait engag -soutenir, ni sans se soucier des misres qu'il laissait derrire lui.</p> - - -<p>III</p> - -<p>Le 7 octobre, <i>L'Africain</i> mouilla devant Procida<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor"> [494]</a>. Le -bruit courut aussitt qu'un personnage, qui ne dsirait pas tre -connu, se trouvait bord. Il avait sa suite une douzaine -de domestiques en habits verts. Sa table comportait sept -<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span> -huit couverts. On ne laissait approcher qui que ce ft de sa -cabine<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor"> [495]</a>.</p> - -<p>La rumeur publique disait que cet individu, aux allures de -conspirateur, ne pouvait tre que le roi de Corse. Elle ne se -trompait pas. On commenait le connatre dans le monde.</p> - -<p>Cependant, l'arrive de Thodore n'tait pas un mystre -pour tout le monde. Ds le lendemain, il eut une longue confrence -avec le consul de Hollande, Joseph Valembergh. Celui-ci -ordonna Keelmann de se rendre Baa, o Neuhoff devait -lui payer la cargaison. L'entre ayant t refuse au navire, le -capitaine se dirigea sur Naples, o il trouva les capitaines -Peresen et Roos. <i>L'Agathe</i> et le <i>Jacob et Christine</i> avaient, en -effet, rejoint <i>L'Africain</i> Naples.</p> - -<p>Le consul avait chaque jour d'interminables entretiens avec -le baron. Keelmann exigeait le rglement des marchandises, -mais le roi remettait sans cesse au jour suivant. Le 21 octobre, -vers le soir, les sieurs Chartes et Rivarola, agents des Corses, -vinrent bord de <i>L'Africain</i> et dirent au capitaine que, par ordre -du marquis de Montalgre, Neuhoff devait dbarquer pendant -la nuit. Keelmann laissa partir Thodore sous la promesse que -le lendemain il toucherait son argent. Le 23, Valembergh ordonna -au capitaine de mettre son chargement terre et de partir -aussitt aprs. Keelmann ne l'entendait pas ainsi. Il rpondit qu'il -n'avait dj que trop livr de marchandises en Corse et exprima -sa surprise de voir le consul prendre plutt les intrts de -Thodore que celui des ngociants hollandais. Deux jours aprs, -le consul revint bord. Il venait, disait-il, chercher Keelmann -pour le conduire chez le baron. Le capitaine, esprant enfin -toucher son argent, descendit terre. Sur la place du chteau, -tout prs de l'glise Saint-Jacques, il se trouva tout coup -entour par quinze sbires qui l'arrtrent et le conduisirent -<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span> -en prison. On le plaa dans le cachot rserv aux criminels. A -peine y tait-il, qu'on lui proposa sa libert s'il consentait - retourner en Corse. Le capitaine refusa nergiquement. Vers -le soir, Valembergh, accompagn par le vice-consul et par un -secrtaire de Thodore, vint trouver Keelmann et lui dclara -que, s'il persistait dans son refus, on le mettrait aux fers. Il -rpondit qu'il tait prt souffrir tout plutt que de trahir -ses associs. Neuhoff n'avait nulle envie de retourner en -Corse, il voulait seulement se faire remettre les marchandises -pour les vendre.</p> - -<p>Valembergh exera sur le commandant la pression la plus -honte; chaque jour il se rendait la prison o il l'invectivait -et le menaait des pires disgrces, s'il ne consentait pas -dlivrer sa cargaison au baron. Le consul alla jusqu' dire qu'il -avait reu,—chose peu vraisemblable,—des instructions -formelles ce sujet, non seulement de son gouvernement, mais -aussi de Lucas Boon. Aucune menace ne put flchir l'intraitable -Keelmann. Irrit de la mauvaise foi de Valembergh, il -s'adressa M. de Montalgre pour obtenir justice. Le ministre -du roi des Deux-Siciles rpondit vertement que cette affaire -regardait entirement le consul et qu'il ne voulait pas en entendre -parler<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor"> [496]</a>.</p> - -<p>Puisieux apprit l'arrestation du commandant sans surprise. -Il avait t tmoin l'anne prcdente d'une violente dispute -entre Valembergh et le capitaine de <i>La Demoiselle Agathe</i>, -parce que celui-ci ne voulait pas retourner en Corse<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor"> [497]</a>. Le consul -comprenait d'une singulire faon la protection qu'il devait -ses nationaux.</p> - -<p>L'ambassadeur de France, instruit de toutes ces intrigues -<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span> -par des matelots hollandais, trouva moyen de communiquer -en secret avec Keelmann. Il lui conseilla de signer tout ce -qu'on exigerait de lui en prison. Remis en libert, il pourrait -mettre aussitt la voile et, quand il aurait gagn la haute -mer, se diriger vers un port franais. Keelmann aurait sans -doute suivi cet avis si M. l'envoy de Gnes, qui n'a -pas encore toute la prudence d'un ministre consomm, n'avait -tenu indiscrtement quelques discours qui ont mis le consul de -Hollande et Thodore en mfiance contre le capitaine. Celui-ci -fut surveill plus troitement que jamais<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor"> [498]</a>.</p> - -<p>Le 30 octobre, Valembergh arracha au capitaine un ordre -crit pour permettre au baron de prendre bord les effets -qu'il rclamait. Le consul fit en outre emprisonner les capitaines -Peresen et Roos, parce qu'ils refusaient de vendre Neuhoff leurs -cargaisons. Ils savaient parfaitement qu'ils ne seraient jamais -pays.</p> - -<p>Keelmann prtendait que les ngociants hollandais et lui-mme -pouvaient s'estimer heureux si la perte de l'expdition ne -dpassait pas deux cent mille florins<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor"> [499]</a>. C'tait bien suffisant -pour avoir commandit un roi.</p> - -<p>L'quipage de <i>L'Africain</i> s'tait mu des mauvais traitements -qu'on faisait subir son commandant. Le 15 novembre, -les marins signrent, par devant notaire, une protestation contre -les manœuvres du consul<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor"> [500]</a>.</p> - -<p>La conduite de celui-ci, l'inertie suspecte des ministres du -roi des Deux-Siciles, qui laissaient commettre une injustice flagrante -sans rien dire, murent le cabinet de Versailles. Amelot -crivit Puisieux pour lui recommander de faire Montalgre -<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span> -les plus srieuses reprsentations. Le ministre se proposait de -demander l'ambassadeur des tats Gnraux Paris une explication -sur les faits et gestes de leur trange reprsentant -Naples<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor"> [501]</a>. La France, qui s'tait engage vis--vis de la -rpublique de Gnes pacifier la Corse, ne pouvait pas -admettre qu'aucune puissance favorist un aventurier.</p> - -<p>Le 5 dcembre, Keelmann fut remis en libert<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor"> [502]</a>.</p> - -<p>Le gouvernement des Deux-Siciles entreprit des dmarches -pour acheter la cargaison des navires. Le capitaine se mfia et -ne voulut pas consentir ce march<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor"> [503]</a>.</p> - -<p>Au mois de fvrier, il partit pour Smyrne et pour Constantinople. -Il vint demander Puisieux une lettre de recommandation -pour l'ambassadeur de France en Turquie. Sa requte ne -fut pas accueillie<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor"> [504]</a>.</p> - -<p>Les intrigues de Valembergh avaient donn lieu une critique -svre. Il crut devoir se justifier auprs de son collgue de -Livourne, Franois Bouver. Keelmann, aprs s'tre entendu avec -les Gnois, aurait perptr des attentats si <i>normes</i> qu'on ne -pouvait les dcrire dans une lettre. A Amsterdam, il aurait commis -de nombreux mfaits, qui taient une honte pour la nation -hollandaise. Ces turpitudes avaient t dcouvertes aprs son -dpart et les correspondants de Valembergh en faisaient un -tableau sinistre. Keelmann aurait tent de vendre en sous-main -le navire et toute la cargaison. Dans ce but, il recevait son -<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span> -bord, pendant la nuit, des gens suspects et travestis. Le -consul disait qu'il avait fait mettre Keelmann en prison et qu'il -le faisait troitement surveiller pour sauvegarder les intrts -des commerants. Il serait trop long de raconter toutes les -ruses qu'il avait employes pour sortir de prison. Un autre -capitaine, Cornelius Roos, homme insolent et ami du vin, -avait pris bruyamment le parti de Keelmann. Valembergh -avait d galement le faire incarcrer. Le consul, en finissant, -demandait son collgue des nouvelles de Corse et le -priait de faire tous ses compliments Salvini, l'agent des -rvolts Livourne, et cet individu tar, qui se faisait -passer pour le neveu de Thodore, sous le nom de Drost<a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor"> [505]</a>. -Cette lettre ne prouvait qu'une chose, c'est que le consul avait -des liens d'amiti non seulement avec Thodore, mais encore -avec ses partisans les moins recommandables.</p> - -<p>Le baron avait toujours peur. Il crivit la sœur Fonseca; -il avouait les cruelles inquitudes qui le torturaient et demandait -qu'elle lui procurt Naples un abri sr. La bonne sœur avait -immdiatement pri une religieuse de cette ville, M<sup>me</sup> Anne-Marie -della Leonessa, de donner asile au roi de Corse. Il n'avait -besoin que d'une chambre; il se procurerait lui-mme la nourriture, -il ne gnerait en rien les pieux exercices du couvent; -du reste il ne comptait pas rester longtemps dans sa retraite. -L'essentiel tait qu'il pt se mettre en sret contre ses -ennemis. Il avait t trahi par les capitaines hollandais et il -ne savait plus qui se fier<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor"> [506]</a>.</p> - -<p>Thodore, en dbarquant de <i>L'Africain</i>, se rendit donc au -monastre o la sœur Fonseca lui avait mnag une demeure. Il -s'y tenait renferm tout le jour, ne sortant que la nuit dguis en -<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span> -moine. Il serait ensuite all loger dans un autre clotre<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor"> [507]</a>, s'entourant -de mystre. Enfin, pensant que les saintes femmes ne le -garantissaient pas suffisamment contre les reprsailles de tous -ceux qu'il avait dups, il vint se rfugier dans le logis de son -ami Valembergh, o il avait fait mettre tous ses papiers. Chez -le consul, il trouva Mathieu Drost et un autre individu, qui -lui aussi se faisait passer pour un neveu de Sa Majest. -Le consulat de Hollande Naples tait dcidment un bien -mauvais lieu.</p> - -<p>Il s'y joua une comdie burlesque, dans laquelle Valembergh -ne craignit pas d'achever de se compromettre. Sur les rclamations -pressantes du gouvernement franais, le consul de -Hollande se vit oblig de remettre Keelmann en libert. -Thodore tremblait de plus en plus et il supplia son ami -de le sauver. Voici ce qui fut imagin. Dans la nuit du -2 au 3 dcembre, Perelli, conseiller du roi des Deux-Siciles, -et Ulloa, auditeur gnral de l'arme, se prsentrent au -consulat accompagns de quarante grenadiers. Ils arrtrent -le baron et les deux individus qui se trouvaient avec lui. -Ils saisirent tous les papiers. C'tait une faon ingnieuse -de les empcher d'tre pris par des gens indiscrets. Des chaises - porteur attendaient dans la rue. Les captifs y furent placs et -conduits Chiaa. On les embarqua bord d'une galiote qui -leva l'ancre aussitt et fit voile vers Gate. Un dtachement de -soldats commands par quatre officiers reut les prisonniers -leur dbarquement et les amena la citadelle. Thodore et ses -deux acolytes furent traits avec tous les gards<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor"> [508]</a>. On assura -au baron trois ducats par jour pour sa subsistance<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor"> [509]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span> -Lorsque la nouvelle en fut connue Naples, on insinua -que l'arrestation du baron de Neuhoff avait t faite la -requte du marquis de Puisieux. Mais, plus celui-ci affirmait -qu'il n'y tait pour rien, plus on lui attribuait cette mesure. -On dcouvrit bientt la trame de cette comdie invente par -Thodore et Valembergh, de complicit avec les autorits siciliennes. -Pour calmer ses frayeurs le baron s'tait fait arrter et -conduire sous bonne escorte hors du royaume de Naples. Lorsqu'il -fut apprhend, Neuhoff avait pouss l'effronterie jusqu' -demander aux sbires s'il y avait sret pour sa vie<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor"> [510]</a>. C'tait -une de ces ruses un peu grosses, dont il tait coutumier.</p> - -<p>On disait qu'il se trouvait si bien Gate qu'il avait pri le -roi des Deux-Siciles de l'y laisser<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor"> [511]</a>. Mais, c'tait un personnage -gnant; aussi eut-on hte de s'en dbarrasser. Pendant la -nuit du 16 au 17 dcembre, il fut extrait du chteau et conduit - la frontire de l'tat? ecclsiastique<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor"> [512]</a>.</p> - -<p>Les vnements qui avaient suivi l'arrive Naples des -navires hollandais soulevrent les protestations du gouvernement -franais. Amelot prescrivit Fnelon, ambassadeur de -France La Haye, de faire les plus vives remontrances aux -tats Gnraux. Ce n'tait pas la premire fois que le baron de -Neuhoff avait trouv aide et secours dans les Pays-Bas. En 1737, -comme en 1738, il avait paru en Mditerrane sur des btiments -<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span> -hollandais avec armes et munitions. La conduite de Valembergh -tait blmable au dernier point. La rpublique ne peut -disconvenir combien l'impunit d'un pareil procd de la part -de son consul marquerait peu d'gards pour le roi et pour ce -qu'elle doit l'amiti de Sa Majest. Si ce qui fait le motif de -nos plaintes ne portait que sur quelques particuliers non avous, -nous pourrions y donner moins d'attention, mais la chose est -fort diffrente et bien plus rprhensible lorsqu'on voit un consul -hollandais contribuer publiquement de pareilles entreprises. -Amelot demandait donc que Valembergh ft svrement puni et il -formulait sa requte dans la forme d'un ultimatum<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor"> [513]</a>. Le ministre -accentua son dsir, en faisant une dmarche auprs de Van -Hoy, envoy de Hollande Paris. Les tats Gnraux ne purent -faire autrement que de donner satisfaction au gouvernement -franais, en dsavouant et en rvoquant leur consul Naples<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor"> [514]</a>.</p> - -<p>Amelot envoya Fnelon la copie de la dclaration faite -par Vastel Alicante<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor"> [515]</a>. L'envoy de France communiqua cette -pice au Pensionnaire, qui rpondit que les faits rapports dans -ce document devaient tre trs exagrs, car il n'tait pas -vraisemblable qu'un subalterne pt tre aussi bien inform. -Il n'aurait pas t mieux instruit quand il aurait t du -conseil. Les ordres d'un capitaine de vaisseau l'autre se -donnaient-ils tout haut pour qu'un simple matelot pt les savoir -avec tant de prcision, et les gens de cette sorte tenaient-ils un -journal pour pouvoir rapporter exactement les jours et jusqu'aux -heures o chaque chose s'tait faite?<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor"> [516]</a>. Nous savons cependant -que la dposition de ce simple matelot tait parfaitement vraie.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span> -Amelot eut une nouvelle entrevue avec Van Hoy. Celui-ci -fut trs embarrass et ne put que rpondre d'une faon vague. -Le ministre fut convaincu que, si les tats Gnraux ne voulaient -pas rechercher fond les responsabilits dans cette affaire, -c'tait dans la crainte de dcouvrir des complices qu'on -souponne et qu'on veut cacher. L'envoy de Hollande alla -jusqu' faire entendre clairement qu'on obligerait le Pensionnaire -personnellement en ne poussant point cette affaire<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor"> [517]</a>.</p> - -<p>Du reste, Fnelon s'efforait de justifier le Pensionnaire de -toute influence directe dans les intrigues de Thodore. Il en -accusait certains personnages des Pays-Bas, dvous la -politique du roi d'Angleterre<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor"> [518]</a>.</p> - -<p>Au commencement de janvier 1739, le bruit courait Naples -que Thodore tait revenu. J'en ai parl M. de Montalgre, -qui me l'a ni de faon me confirmer dans mes soupons, -crivait Puisieux<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor"> [519]</a>. Cette rumeur prenait une telle consistance -que le gouvernement sicilien tchait d'en dtruire l'effet en faisant -arrter de temps en temps quelques partisans du roi de Corse; -mais sa svrit ne tombait que sur ceux qui taient capables -de trahir l'aventurier. On laissait bien tranquille ce Drost que -Puisieux, cependant, avait recommand d'une faon toute particulire - Montalgre, comme tant l'un des plus fripons de -cette bande de coquins<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor"> [520]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span> -Si Thodore tait rentr dans le royaume napolitain, il se -tenait bien cach, car il ne faisait pas parler de lui. Il chargeait -ses complices de s'agiter sa place.</p> - -<p>Ils menaient grand bruit sur un prtendu dsastre que les -Corses auraient inflig aux troupes franaises, le 13 dcembre, - Borgo. Il s'agissait tout simplement d'un dtachement qui -avait t surpris; les hommes de Boissieux, aprs s'tre nergiquement -dfendus, avaient pu se replier en bon ordre sur -Bastia<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor"> [521]</a>. Cette affaire tait peu importante, mais ils rpandirent -une relation ampoule et exagre de cette bataille: -... Notre gnral, habill la turque, marchait toujours -en avant et l'on entendait continuellement des cris d'allgresse -et: Vive notre gnral et le roi des Espagnes... Nous -sommes dans ces environs dans l'attente une seconde fois des -Franais, qui nous ont paru des hommes de bois la faon -dont ils ont t trills, quoiqu'ils eussent l'avantage du -terrain<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor"> [522]</a>.</p> - -<p>Les Gnois, de leur ct, furent enchants de ce qu'ils appelaient -le dsastre de Borgo. A Gnes, on fit ce sujet des pasquinades -d'un got douteux<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor"> [523]</a>.</p> - -<p>Ce grand succs des rebelles corses n'empcha pas Dominique -Rivarola, leur plus fidle agent, d'aller trouver le marquis -Spinola, envoy de Gnes Naples. Il lui proposa de faire -rentrer la Corse sous l'obissance de la rpublique, si l'on -voulait lui accorder un bon parti<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor"> [524]</a>. Il ne fixa pas de -prix sa trahison; il s'en remettait la gnrosit des -<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span> -Gnois. Mais ceux-ci n'avaient pas l'habitude de payer. Ils voulaient -bien profiter de toutes les vilenies, mais condition que -cela ne leur cott rien. Quelques annes plus tard, Dominique -Rivarola se vendra aux Anglais et aux Sardes avec plus de -succs.</p> - -<p>Au mois de fvrier 1739, les partisans de Thodore, sauf -Drost, quittrent Naples. Ils allrent Livourne porter leurs -intrigues et leurs ambitions malpropres<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor"> [525]</a>.</p> - - -<p class="subt">IV</p> - -<p>Le gnral de Boissieux, malade depuis longtemps, mourut -Bastia dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 fvrier 1739<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor"> [526]</a>. Son successeur -fut le marquis de Maillebois. Parti de Toulon le 19 mars, il -dbarqua Calvi le 21<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor"> [527]</a>.</p> - -<p>La dure de la rvolte, les difficults d'une campagne dans -un pays montagneux avaient forc le gouvernement franais - expdier de nouvelles troupes. Toutes les tentatives de mdiation -pacifique avaient chou. Les insulaires s'obstinaient avec -une belle nergie ne pas vouloir reconnatre la domination -gnoise. Les instructions remises Maillebois ne furent pas -rdiges dans cet esprit de modration qui formait la base de la -mission de Boissieux<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor"> [528]</a>. Il ne fallait pas, sous prtexte de -mansutude, imposer l'arme franaise une inaction pouvant -porter atteinte son prestige aux yeux des rebelles et aux yeux -des Gnois.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span> -Maillebois commena par tablir une surveillance plus active -sur les ctes pour empcher autant que possible les Corses -d'avoir des rapports avec le continent. Campredon avait quelques -bonnes raisons de penser que les insulaires trouvaient des -secours Gnes mme. Si ces soupons taient justifis, la -France aurait jou un rle de dupe et c'est ce qu'il fallait -viter. Amelot crivit Campredon que le cardinal Fleury -dsirerait vivement qu'on pt avoir des preuves sur les secours -en armes et munitions fournis par des Gnois aux Corses<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor"> [529]</a>. -Mais il est toujours assez difficile d'avoir des certitudes dans -une pareille question. Les Gnois taient trs mfiants et certainement -ceux qui faisaient la contrebande de guerre opraient -dans le plus grand secret.</p> - -<p>Aprs ses aventures Naples, Thodore tait rest en Italie, -vivant trs probablement dans quelque mystrieuse retraite, -peut-tre mme Rome auprs de sa protectrice la bonne sœur -Fonseca. Nanmoins il essayait de rchauffer le zle de ses -partisans en Corse par de nombreuses lettres, tout en ayant -soin de ne jamais dire o il se trouvait.</p> - -<p>Un dimanche, le 19 avril, une felouque arriva sur les -ctes corses et jeta l'ancre devant la tour d'Alistro, non loin -d'Aleria. Quinze dix-huit hommes dbarqurent, parmi ceux-ci -se trouvait un neveu de Thodore, le baron Frdric de -Neuhoff<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor"> [530]</a>.</p> - -<p>A l'arrive du btiment, le consul de Fiumorbo, Vincent -<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span> -Martinetti, fit arrter un paysan qui portait plusieurs paquets -cachets du sceau de Thodore. Parmi les papiers il y avait -quatre lettres du roi adresses diffrents personnages rsidant -au-del des monts. Maillebois transmit la copie et la traduction -de ces lettres Versailles<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor"> [531]</a>.</p> - -<p>La premire tait adresse l'illustrissime lieutenant -gnral, le comte Zenobio Peretti, commandant gnral de -Zicavo. Neuhoff annonait que son neveu, Frdric, baron libre -de Neuhoff, seigneur de Rauschenburg, venait en Corse pour -annoncer aux fidles partisans son prochain retour avec des -munitions. Mais avant tout il fallait s'assurer d'un port et -Thodore commandait Peretti de prendre Porto-Vecchio et -d'en fortifier les tours. Il se plaignait vivement des Corses -qui se trouvaient sur le continent et qui espionnaient toutes -ses dmarches pour en rendre compte aux Gnois. Aussi devait-on -considrer comme tratres au roi et la patrie tous ceux -qui quittaient l'le pour aller prendre du service l'tranger. -Enfin, il prchait l'union et la concorde entre tous les insulaires<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor"> [532]</a>.</p> - -<p>La seconde lettre de Thodore tait adresse au comte -Paul Franois d'Ornano, colonel d'infanterie S. Maria d'Ornano. -Elle portait la date du 11 mars. Le roi donnait -l'ordre d'enfermer l'ennemi dans Ajaccio. Il fallait agir avec -vigueur, sans mnagements pour personne. Il dplorait de -n'avoir pas pu s'embarquer avec son neveu cause, disait-il, -des peines et des embarras qu'on m'a fait avec mes lettres -de change. Au premier jour, un vaisseau charg de munitions -arriverait dans l'le. Il recommandait de faire la distribution des -armes avec amour et rgularit et d'viter que les insulaires -<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span> -n'agissent en sauvages, ce qui leur ferait un grand -tort. Thodore demandait enfin tous ses officiers rests en -Corse et pourvus de chevaux d'aller la rencontre de Frdric<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor"> [533]</a>.</p> - -<p>Les deux autres lettres, dates des 14 et 16 mars, taient -adresses un prtre, Gio-Maria Balizone Teodorini, que le -baron appelle son premier chapelain. Dans la premire, -aprs avoir confirm l'arrive de son neveu, il disait que les -navires de Naples chargs de munitions taient en route. Un -autre de ses btiments, parti de Tunis, avait t jet la -cte par la tempte. Il revenait sur son ide: prendre Porto-Vecchio, -cote que cote. Il fallait aussi, par quelque stratagme, -s'emparer de Campomoro<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor"> [534]</a>. Les Corses devaient, -l'avenir, vivre comme d'honntes gens bien disciplins et non -comme des sauvages et des voleurs. Son plus cher dsir tait -de soustraire le pays la tyrannie gnoise; mais il fallait -qu'on l'aidt. Tout ce qu'il avait souffert pour parvenir son -but serait trop long crire; il passait. Il voulait que chacun -respectt ses lois. L, il parle en souverain et en matre. Ce -passage a de l'allure: Assurez les peuples que je ne me -relcherai point pour leur dlivrance, mais je veux obissance -et fidlit, qu'on observe ma loi et qu'on punisse promptement -de mort les infidles et ceux qui ont correspondance et connivence -avec l'ennemi. Ensuite, il faut amener une union fraternelle, -sincre et parfaite, et laisser aller librement ceux qui -sont inconstants. Croyez-moi, si les Corses sont bien convaincus -de la ncessit d'tre unis et de l'irrvocable rsolution des -peuples de vouloir maintenir, comme ils le doivent, leur lection -en ma personne, ils seront appuys et secourus, mais d'entrer -en trait, puis vouloir se donner tantt l'un et tantt l'autre, -comme certains infidles qui sont en terre ferme ont fait, tout -cela refroidit et retarde les secours qui ont t arrangs par -<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span> -moi. Et il ajoutait cette phrase qui rsumait toute l'histoire -des malheurs de la Corse. Tant que chacun cherchera -oprer pour sa propre utilit, les peuples resteront dans la -misre et seront tyranniss par l'ennemi, toutes mes dpenses et -toutes mes peines ne serviront rien. Dominique Rivarola et -son frre, soudoys par les Gnois, faisaient, Rome, le -mtier d'espions<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor"> [535]</a>.</p> - -<p>Dans la seconde lettre, trs courte, Thodore approuvait -les Corses d'avoir retir leur confiance au chanoine Orticoni, -Salvini, Arrighi et Hyacinthe Paoli. Il considrait ces chefs -comme ses pires ennemis et il les croyait capables de remettre -la Corse dans les chanes de Gnes. Il ratifiait la dchance -de Paoli, son ancien ministre<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor"> [536]</a>. On avait saisi d'autres lettres -de Thodore divers chefs, mais elles ne contenaient rien qui -ne ft dans les premires<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor"> [537]</a>.</p> - -<p>Frdric fut, son arrive dans l'intrieur, reu avec acclamation. -Mais l'enthousiasme des populations ne devait pas -tre long. Pour fter la bienvenue du neveu du roi, quelques-uns -des chefs organisrent en son honneur une chasse au -sanglier. Frdric arriva avec les notables au rendez-vous. -Au moment d'attaquer la bte, un dserteur franais du rgiment -de Nivernais surgit tout coup parmi les chasseurs. Cet -<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span> -homme fut arrt; les Corses lui demandrent o rsidait le -gnral en chef et s'il attendait de nouvelles troupes. Le -soldat rpondit que Maillebois se trouvait Bastia et que -cinquante mille hommes de renfort allaient arriver dans l'le. -A cette nouvelle, les paysans posts dans le bois pour la battue -s'clipsrent comme par enchantement. Le sanglier lui aussi -s'tait sauv; la chasse fut manque. Frdric revint chez lui. Il -trouva sa maison dvaste. On lui avait tout pris: une bourse -contenant huit neuf cents sequins destins subvenir aux -premiers frais de la guerre, ses vtements et jusqu' ses -chemises. Il obtint la restitution de quelques chemises, mais -l'argent resta dans les mains de ceux qui l'avaient pris. Voil -ce qui s'appelle d'honntes gens et de fidles sujets de -Thodore<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor"> [538]</a>.</p> - -<p>Ils n'avaient pas drob les effets et l'argent du premier -prince du sang de Thodore<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor"> [539]</a> dans un unique but de rapine. -Les rebelles, qui avaient vu tant de fois les promesses du roi -s'vanouir, voulaient bien croire encore son prochain retour -avec des secours, comme il l'crivait, mais il leur fallait des -gages. Ils entendaient avoir Frdric pour otage, et, afin de le -garder plus troitement, ils lui avaient tout pris.</p> - -<p>Dans une runion les chefs de la Balagne avaient dcid de -le mettre mort dans le cas o le roi ne tiendrait pas sa -parole et ne viendrait pas en personne au mois de mai -apporter les importants secours qu'il faisait esprer depuis si -longtemps<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor"> [540]</a>.</p> - -<p>Frdric avait plus d'nergie que son oncle. Il ne se laissa pas -intimider par l'hostilit qu'il sentait autour de lui. Il ne -<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span> -songea pas un instant se drober; il alla de l'avant. Le -6 mai, les principaux chefs se runirent Venzolasca pour -dlibrer sur les affaires du pays. Rsolument, Frdric se rendit - cette runion, dcid affronter les haines et les colres des -rebelles. Les dbats se prolongrent pendant deux jours avec -beaucoup d'aigreur et un grand partage d'opinions. La majorit -de l'assemble pensait que le moment ft venu o toute -rsistance devenait inutile. On devait envoyer des dputs -pour offrir au gnral franais la soumission du peuple corse. -Frdric se leva et prit la parole. Il promit sur sa tte que le -roi arriverait bientt dans l'le avec des secours considrables -en troupes, en argent et en munitions fournis par les -puissances maritimes de l'Europe y compris l'Espagne. Il -se mettrait en personne la tte de la nation arme et -les Gnois seraient dfinitivement crass. Les Corses ne -devaient donc pas capituler. Soutenu par les plus acharns, ce -discours retourna l'assemble. Les paroles vibrantes de Frdric -trouvrent un cho chez les plus irrsolus. La rsistance -fut vote d'acclamation au cri de: Vive le roi Thodore! -Avant de se sparer, les chefs firent le serment d'tre -jamais fidles au souverain qu'ils s'taient donn trois ans -auparavant.</p> - -<p>Mais cette belle unanimit de sentiments n'tait qu'apparente. -Les Corses taient trop dsunis pour que les Franais -pussent craindre un soulvement gnral. Et Thodore serait -mme arriv en ce moment, qu'il aurait risqu d'tre abandonn, -trahi par tous, tu peut-tre, s'il n'apportait pas avec -lui les secours promis<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor"> [541]</a>.</p> - -<p>Le consul de Gnes, Livourne, informa Maillebois qu'une -felouque suspecte se trouvait dans le port et qu'on croyait que -ce btiment avait t frt pour transporter le baron dans l'le. -<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span> -Malgr l'invraisemblance d'un retour du roi, le gnral franais -voulut s'assurer du fait. Il envoya la barque <i>La Lgre</i> -Livourne. Le commandant, M. de la Vilarselle, devait surveiller -le bateau signal, s'en emparer s'il prenait la mer, et -l'amener Bastia, afin qu'on interroget son quipage et qu'on -visitt sa cargaison<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor"> [542]</a>. Mais, selon leur habitude, les Gnois -s'taient alarms trop tt. Thodore n'avait alors ni les moyens -ni l'envie de retourner dans son royaume. On n'entendit plus -parler de lui pendant quelque temps.</p> - -<p>Bien convaincu que le baron de Neuhoff ne viendrait pas -activer la rvolte par sa prsence, Maillebois prit ses dispositions -pour amener une prompte pacification de la Corse. Il ne -s'agissait plus maintenant de ngocier avec les insulaires; il fallait -porter les armes jusque dans les cantons montagneux de l'intrieur. -Le gnral en chef dcida de commencer les oprations -par la Balagne, la province la plus riche et la plus rebelle. -Frdric s'y tait rendu avec quelques partisans pour prcher et -organiser la rsistance. Sous son impulsion, les Corses s'y prparrent -avec intelligence. Ils donnrent de l'occupation aux -troupes franaises, qui eurent surmonter bien des obstacles -tenant la configuration du pays et au manque de routes praticables. -Ces difficults taient accrues par l'hostilit sourde des -populations qui paraissaient soumises et par la mauvaise foi -des Gnois. On se sentait entour d'espions et de tratres<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor"> [543]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span> -Malgr tout, la Balagne fut promptement rduite. La prise -de Lento et de Bigorno assura l'occupation presque complte -de la valle du Golo. Frdric se rfugia plus avant dans -l'intrieur, dsirant arrter les Franais par une guerre d'embuscade. -Peut-tre esprait-il encore que son oncle arriverait avec -des secours. Il voulait nergiquement tenir jusqu' ce moment-l. -Son fol enttement ne manquait pas de hardiesse.</p> - -<p>Aprs la soumission de la Balagne, Maillebois se rendit -Corte. Tout le nord de l'le tait pacifi et mme dsarm; -restait le sud. On pouvait craindre que cette rgion, encombre -de montagnes et de rochers, couverte d'inextricables forts, ne -prsentt l'expdition les plus graves difficults. Un canton -surtout, celui de Zicavo, semblait vouloir opposer une rsistance -acharne. Frdric s'tait rfugi dans ce village, qui domine la -valle du Taravo. L, le prvt de la <i>pive</i>, prtre fanatique, -avait arm onze douze cents hommes rsolus. Les ayant -rassembls en prsence de Frdric, il leur fit jurer sur l'vangile -de mourir jusqu'au dernier plutt que de manquer de fidlit -Thodore. Ces rudes montagnards firent plus encore que de prter -le serment qu'on leur demandait: ils menacrent de brler dans -les cantons voisins les maisons de tous ceux qui seraient ports - se soumettre aux Franais<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor"> [544]</a>. Ces menaces jetrent le -trouble parmi les populations. Elles prirent les armes en masse. -A la vrit, tous ces gens ne connaissaient pas le fantme de roi -qui avait rgn pendant quelques mois sur eux. Jamais ils -n'avaient ressenti le moindre bienfait de l'quipe du baron de -Neuhoff. Aucun intrt ne les poussait prolonger une rsistance -qui pouvait leur coter cher. Ils taient pousss par une faction -fanatique, et, dans le nombre, il s'en trouvait qui murmuraient. -Cette division aurait facilit la tche de Maillebois -si le manque de routes n'avait contrari la marche des troupes -et leur ravitaillement.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span> -Frdric sentait combien l'inconstance des Corses, toujours -prts un revirement, rendait sa position prcaire. Il semblait -dcourag. Le temps passait; son oncle ne donnait plus signe -de vie. Ce silence exasprait ceux que ses promesses avaient -entrans. Chaque jour sa vie tait en danger. Et que pouvait-il -faire, seul, au centre de l'le, sans communications avec le -continent? Au mois de juillet, il fit demander Maillebois -un sauf-conduit qui lui permt de quitter l'le sans crainte -d'tre inquit par les Gnois. Le gnral refusa les passeports, -ne voulant pas compromettre la dignit du roi, son -matre, en traitant avec un personnage considr comme un -vulgaire aventurier, qui, de sa propre autorit, s'tait mis la -tte d'un mouvement insurrectionnel. Le marchal de camp, -Duchtel, croyait, au contraire, que ce serait faire acte de bonne -politique en facilitant ce dpart. Mais Maillebois promit seulement -de fermer les yeux sur les tentatives que ferait Frdric -pour gagner le continent<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor"> [545]</a>. N'ayant pas obtenu la -garantie qu'il dsirait, le neveu de Thodore prfra continuer -une rsistance dsespre que de courir les risques d'une -fuite.</p> - -<p>Malgr le dcouragement des uns, les inimitis qui divisaient -les autres, la soumission de Zicavo et du pays environnant fut -longue. Maillebois n'entra Zicavo que le 22 septembre. Le -village tait dsert. Frdric, le prvt, les habitants avec -femmes et enfants s'taient rfugis sur la montagne appele -Coscione, emportant leurs objets les plus prcieux. Ils n'taient -que trois cents hommes arms, mais dous d'une opinitret -inconcevable. Le gnral dcida de poursuivre les rebelles -jusque dans leur retraite. Son plan tait de les cerner et de les -rduire par la famine. Cette expdition fut confie quatre -bataillons sous le commandement de M. de Larnage<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor"> [546]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span> -C'est travers cette mme montagne de Coscione—on -s'en souvient—que Thodore avait fui trois ans auparavant, -craignant le ressentiment des Corses leurrs par ses promesses. -L aussi son neveu, bout de ressources, se rfugiait, redoutant -davantage ceux qu'il avait soulevs que les Franais.</p> - -<p>La rsistance des derniers rvolts Coscione dura un -mois environ. Vers le milieu du mois d'octobre, le prvt de -Zicavo se rendit<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor"> [547]</a>. Frdric se sauva avec sept ou huit compagnons. -Il se mit errer travers les montagnes et les forts, -se cachant, vitant les villages occups par les Franais, comme -ceux o il ne se trouvait que des Corses. Pendant un an il -mena l'existence d'un vagabond. Il avait troqu son habit de -gentilhomme contre un accoutrement grossier de poils de -chvre. Blotti dans une caverne, il se nourrissait des provisions -que les Corses dposaient dans la montagne pour les bandits. -Souvent la faim le chassait hors de son gte. Il parcourait -la campagne en qute de nourriture et, pour se la procurer, -il commit des rapines.</p> - -<p>Aprs la soumission du canton de Zicavo, Maillebois fit -dsarmer et surveiller troitement les habitants de Porto-Vecchio, -car il craignait que Thodore ne choist ce port pour -tenter un dbarquement. Des colonnes volantes parcouraient les -montagnes pour prendre Frdric. Mais celui-ci fuyait toujours. -On prtend qu'au mois de mai 1740, harcel par la faim, il -dvalisa un couvent. Traqu entre Quenza et Bonifacio, il se -sauva en se laissant glisser entre des rochers<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor"> [548]</a>. Pendant -quelques mois encore il vcut ainsi. Chaque jour sa troupe -se dsagrgeait. Maillebois, pour en terminer, fit publier -qu'une rcompense de trois mille livres serait donne celui -qui le livrerait; mais aucun Corse ne le dnona. Enfin, -<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span> -par l'intermdiaire d'un prtre, le gnral franais parvint -dcider Frdric et ses derniers partisans quitter la Corse.</p> - -<p>Au mois d'octobre 1740, on voyait circuler dans les rues de -Livourne une quinzaine d'hommes dguenills: c'tait Frdric, -un gentilhomme prussien et quelques bandits corses<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor"> [549]</a>.</p> - -<p>Le neveu de Thodore fut reu par les autorits toscanes, -mieux qu'il n'aurait pu l'esprer. Le gnral Wachtendonck -l'invita dner et les officiers impriaux lui tmoignrent la -plus vive sympathie<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor"> [550]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VI</h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Espions et tratres.—L'envoy de Gnes, Sorba et le lieutenant Guillaume.—Le -chevalier de Champigny livre au gouvernement franais la -correspondance de sa mre.—Le docteur Spitzlaer et la police.—Sauveur -Ginestra.—L'criture de Thodore.—Son faux portrait.—Sa -caricature.</p> - -<p>Le couvent de Rome.—La sœur Fonseca.—Son enthousiasme et son -dvouement.—Sa correspondance avec Bigani.—Avec Lucas Boon.—Son -homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.—Les -entrevues du chevalier avec le ministre de Gnes.—Il lui communique -la correspondance de la religieuse.—Il lui propose un bon -coup.—Mort de la sœur Anglique Cassandre Fonseca.</p> - -<p>Franois de Lorraine.—Il veut avoir la Corse.—Un concurrent -Thodore: le comte de Beaujeu.—Ses rapports avec Franois.—Les -instructions du duc.—La <i>retirade</i>.—Beaujeu meurt en prison.—Intrigues -des lieutenants de Franois.—Mort de l'empereur -Charles VI.</p> -</div> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>L'quipe du baron de Neuhoff avait fait surgir des bas-fonds -de la socit une tourbe de gens sans aveu, espions, -tratres, escrocs, aventuriers, prts vendre des secrets rels -ou simuls, aptes aux besognes les plus rpugnantes. La Srnissime -Rpublique de Gnes entrait volontiers en pourparlers -avec ces agents interlopes, mais son avarice la faisait reculer -au moment dcisif. Trs certainement, si elle et voulu y mettre -le prix, elle se serait promptement dbarrasse de Thodore; elle -aurait mme pu l'acheter.</p> - -<p>Le 6 septembre 1737, un sieur Guillaume, se disant lieutenant -rform, log la Grande-Sainte-Catherine, Dunkerque, -crivit Sorba. Il pensait que le ministre de Gnes, Paris, -recevrait comme un service important l'avis qu'il venait lui -<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span> -donner. Il supposait que le diplomate tait un homme d'honneur, -incapable de se servir de ses confidences contre lui. Donc, le -hasard lui avait fait rencontrer un individu avec lequel il s'tait -li. Ce personnage, qui venait de Hollande, devait passer en -Corse, charg par le baron de Neuhoff de porter aux mcontents -diverses lettres et instructions. L'homme paraissait avoir la -confiance de Thodore; il savait o il tait<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor"> [551]</a>, connaissait tous -ses secrets et pouvait ainsi faire avorter ses desseins.</p> - -<p>Guillaume avait un amour trs vif pour la rpublique; -son zle la servir tait infini. Aussi se fit-il un devoir -de pousser son ami renoncer ses projets. Il lui dmontra -les dangers de l'entreprise. Les Gnois, aids par la France -et par l'Empereur, feraient tt ou tard un mauvais parti -aux rebelles. Il pourrait se trouver englob dans ces excutions. -Au contraire, s'il agissait loyalement, c'est--dire s'il -remettait au Snat tous ses papiers et fournissait la police -gnoise les moyens de prendre le baron, il tait certain -d'avoir une honnte rcompense qui le mettrait l'abri du -besoin pour le restant de ses jours. L'homme ne dit pas non, -mais il dclara Guillaume que s'il se dcidait trahir -son matre, il ne lui fallait pas des promesses, mais des -garanties et une somme d'argent comptant. Le lieutenant -rform avait fait rester, sous prtexte de maladie, son ami dans -l'endroit o il l'avait rencontr et o il irait le rejoindre si -Son Excellence entrait dans ces vues. Il demandait donc -Sorba une rponse immdiate, lui offrait ses services pour la -conclusion de cette petite affaire, l'assurait, enfin, de son -dvouement, qui le pousserait ngliger ses propres intrts -pendant quelques jours pour servir la rpublique<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor"> [552]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span> -Le ministre de Gnes rpondit sans tarder Guillaume. -Il est digne, dit-il, d'un honnte homme, le conseil, que par -votre obligeante lettre du 3 de ce mois, vous me fates l'honneur -de me dire avoir donn la personne que le hasard vous a -fait connatre, charge de papiers et de notions qui peuvent tre -trs utiles ma rpublique. Mais il avouait l'embarras -o il se trouvait d'entamer distance une ngociation de cette -nature. Il ne pouvait pas donner de l'argent ni mme en promettre -avant d'avoir vu les papiers. Si donc la personne en question -voulait bien venir Paris, on pourrait s'entendre. Le ministre -donnait sa parole d'honneur Guillaume et son ami qu'il ferait -obtenir ce dernier une rcompense. Il lui en donnerait mme -des assurances relles quand il serait Paris. L'ancien -lieutenant devait donc engager son homme faire le voyage. -Sorba terminait en disant qu'il s'emploierait de tout son pouvoir - faire sentir Guillaume personnellement les effets de la -reconnaissance de la rpublique, le priant de le croire, en -attendant, avec toute la considration possible, son trs -humble et trs obissant serviteur<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor"> [553]</a>.</p> - -<p>Ds la rception de la dpche du diplomate, le lieutenant -envoya, prtend-il, un exprs Ostende o se trouvait l'homme -de Thodore pour l'engager venir confrer avec lui Furnes. -Guillaume et son ami avaient lu et relu ensemble la lettre de -Sorba. A distance, il tait assez difficile d'entamer une ngociation -sur un pied solide, mais la rponse du ministre -soulevait des objections que l'ancien lieutenant se faisait un -devoir de prsenter Son Excellence. D'abord, si <i>l'on</i> venait - Paris, le ministre de Gnes pourrait, par l'intermdiaire -du gouvernement franais, qui protgeait la rpublique<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor"> [554]</a>, -forcer le particulier livrer tous ses papiers. Il risquerait -<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span> -mme d'aller en prison et ce serait peut-tre l toute sa -rcompense.</p> - -<p>En second lieu, l'homme ne pouvait pas avancer les frais du -voyage, car ce serait de l'argent perdu pour lui si on ne concluait -pas l'affaire. Du reste, il avait juste ce qu'il lui fallait pour -se rendre en Italie avec les quipages du duc de Lorraine, o -l'on doit, dit-il, l'embarquer. Enfin, pour une dernire observation, -il m'a remarqu que si une fois il vous dcouvrait tout ce -qu'il sait aprs s'tre ainsi livr, il serait entirement libre -vous de le traiter de la faon dont vous le jugeriez propos, -sans qu'il et rien dire qu' se plaindre lui-mme de son -trop de confiance, quoi il ajoute que votre lettre mme -semblait renvoyer le soin de sa rcompense au corps de la -rpublique, qui peut n'tre pas bien d'accord l-dessus, y ayant -bien de la diffrence d'obliger un prince souverain et despotique -qui d'ordinaire se pique de gnrosit ou d'avoir faire - un nombre de personnes, qui souvent payent mal les services -qu'on leur rend.</p> - -<p>Ces objections avaient embarrass Guillaume; nanmoins, il -avait fait observer son ami que la parole d'honneur donne -par Sorba devait le garantir de tout acte arbitraire et violent. -Mais <i>on</i> s'tait obstin et <i>on</i> exigeait non seulement des -garanties, mais encore un acompte comme provision. Cet -argent Sorba pouvait l'envoyer Guillaume, qui le ferait tenir - son ami. On pourrait aussi tirer une lettre de change sur Son -Excellence. En outre, le particulier n'entendait pas venir en -France o il ne se trouvait pas suffisamment en sret. -Il irait volontiers traiter l'affaire Londres avec M. Gastaldi, -l'envoy gnois. Guillaume demandait donc Sorba de -lui envoyer ses instructions par le retour du courrier, en -protestant que personnellement il n'avait aucun intrt dans -l'affaire<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor"> [555]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span> -Sorba ne rpondit pas la seconde lettre. Si Guillaume et -son individu n'avaient pas confiance dans la bonne foi des -rpublicains, le ministre n'entendait pas se laisser tromper par -un aigrefin. Nanmoins, il envoya cette correspondance au -Snat. Le lieutenant ne se tint pas pour battu, il vint -Paris et fit plusieurs dmarches pour voir Sorba, qui se trouvait -alors Fontainebleau. A son retour, le diplomate reut Guillaume, -qui lui parut tre l'un des plus intimes confidents de -Thodore. Ses offres n'taient pas mprisables et il serait -peut-tre propos de l'aboucher avec l'envoy Brignole<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor"> [556]</a>, -afin qu'on pt voir ce qu'il conviendrait de faire. Sorba -regrettait de ne pouvoir parler plus longuement de cet homme, -mais il lui fallait auparavant un nouveau chiffre<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor"> [557]</a>. Il est -probable que Guillaume et son ami ne faisaient qu'un mme -individu. L'affaire en resta l. Ce qui caractrise les rapports -du gouvernement gnois avec ses espions attitrs et avec ceux -de rencontre c'est, de part et d'autre, une mfiance pousse -l'extrme.</p> - -<p>Aussi quelques individus prfrrent-ils adresser leurs offres -de service Versailles, car on savait que l'expdition en Corse -tait dcide. Ils espraient sans doute que les ministres de -Louis XV payeraient mieux que la rpublique.</p> - -<p>Un sieur de Champigny se disant gentilhomme de Son Altesse -Srnissime lectorale de Cologne s'tait, dans le courant de -l'anne 1737, mis en rapport avec Amelot sous diffrents prtextes. -Il affectait un amour tout particulier pour la France; son -dvouement tait extrme. Il ne tarda donc pas demander -au cardinal Fleury et Amelot d'intercder en sa faveur -pour qu'il obtienne la place de chambellan de l'lecteur de -<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span> -Cologne<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor"> [558]</a>. Quelque temps aprs, pour affirmer son zle, il -envoya Amelot deux lettres autographes du baron de -Neuhoff<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor"> [559]</a>.</p> - -<p>Il n'avait pas eu de peine se les procurer, car il les avait -drobes sa mre, qui tait en relations suivies avec Thodore. -Champigny lui-mme, malgr son affirmation contraire, connaissait -parfaitement le baron. En 1736, il tait officier dans les -gardes royales et il avait pour camarade dans sa compagnie -le jeune Trvoux, fils de la sœur de Thodore<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor"> [560]</a>. Il avait -galement, tant en garnison Metz, connu la famille de -Neuhoff<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor"> [561]</a>.</p> - -<p>Avant d'envoyer Amelot les lettres du baron, Champigny -avait enlev les pages o se trouvaient les adresses. Mais il -se ravisa et expdia le tout au ministre. Il ajouta ce post-scriptum: -Je me rsous vous envoyer, Monsieur, l'original -de l'adresse, le revers est de l'criture de ma mre<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor"> [562]</a>. Il -avouait ainsi ce qu'il niait dans sa lettre. D'ailleurs, en proposant -<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span> -plus tard Amelot de lui livrer de nouvelles lettres -du baron, il disait qu'il les tenait de quelqu'un de son entourage -en correspondance rgulire avec le roi de Corse.</p> - -<p>Champigny avait barr ce que sa mre avait crit au verso -d'une des adresses. Mais, depuis l'poque, les traits d'encre ont -pli et j'ai pu reconstituer les mots crits par l'amie de Thodore. -Nous verrons plus loin ces quelques lignes, qui semblent -tre un projet de rponse.</p> - -<p>Les deux ptres de Neuhoff taient dates des 22 et -29 novembre de l'anne 1737, sans aucun doute, et ne portaient -pas l'indication de l'endroit d'o il crivait. Elles taient banales -comme tout ce qui sortait de sa plume. Il s'tonnait auprs de -sa trs chre dame de n'avoir pas reu de rponse deux -lettres qu'il lui avait prcdemment envoyes sous le couvert de -M. Doyen (?). Comme il possdait maintenant son adresse -exacte, il esprait que sa missive lui parviendrait en mains -propres. Il craignait que sa correspondance n'et t intercepte. -Il recommandait M<sup>me</sup> de Champigny de lui crire -par l'intermdiaire de M. le baron de Drost Scaden, seigneur -de Morsbrock, grand-commandeur de l'Ordre Teutonique - Cologne. Inform du trait conclu entre la France et la rpublique -de Gnes, il demandait si la nouvelle d'une expdition -franaise en Corse tait vraie: Informez-moi de ce que l'on dit -touchant le prtendu dbarquement en faveur de ces infmes -Gnois; j'espre que cet orage se dtournera, sinon je prvois -grand sang, les peuples sont constants et fidles et plutt -mourir que de rompre le serment moi jur.</p> - -<p>Dans sa seconde lettre, Thodore fait des recommandations -touchantes M<sup>me</sup> de Champigny: Soyez du reste de bonne -humeur et des plus assures que je soutiendrai jusqu'au dernier -soupir mes dmarches. Faites-moi savoir si l'on a crit -Tunis et ce que fait mon neveu<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor"> [563]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span> -Il ne signait presque jamais ses lettres. Il les terminait -par un paraphe en forme de T, mais trac d'une faon si -bizarre qu'on aurait pu le prendre pour un 8. Le baron, qui s'tait -adonn la kabale, se rappelait-il que le 8 est le signe de -l'infini?</p> - -<p>A ces deux documents autographes, Champigny joignit une -pice date de Dresde le 2 novembre (1737, certainement). Ce -factum ne semble pas tre de la main du baron, mais il est -d'un format identique aux deux lettres, crit de mme encre et -pli d'une faon semblable. On peut en conclure qu'au mois de -novembre 1737, Neuhoff se trouvait Dresde. Ce document, -dont l'auteur tait sans doute un des acolytes de l'aventurier, -tait une circulaire concernant l'ordre de la Dlivrance, une note -destine aux gazettes. Cette pice ne contenait pas un mot -de vrai. Les quatre cents chevaliers qu'elle mentionne existaient -seulement dans l'imagination du grand-matre, qui essayait -de battre monnaie avec son ordre<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor"> [564]</a>.</p> - -<p>Les lignes crites par M<sup>me</sup> de Champigny taient les suivantes; -j'en respecte le style et l'orthographe:</p> - -<p>J'ai cru devoir vous anvoier ancor le papier des nouvelles -quoiqu'il d m'an couter comme pour le recevoir, j'ai vers un -torrant de larme en escrivant et si je n'avais destourn mes -yeux j'aurais mis le papier hors d'estat d'estre anvoi. Je nage -<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span> -dans la doulleur, que ne puis-je devenir insensible comme bien -d'autres! Vous vous faites vos maux pour ne vouloir pas conduire -vos affaires propos et je n'en sens pas moins vos peines. -Madame de Te est parfaitement remise et aussy ce pirituel que -jamais ce qui fait plaisir tout le monde.</p> - -<p>Quel tait ce <i>papier de nouvelles</i> qu'il en cotait la bonne -dame d'envoyer au baron? L'annonce de l'chec d'un emprunt -sans doute. C'est ce qui pouvait lui tre le plus pnible.</p> - -<p>Il est bien difficile de prciser la nature des relations de -M<sup>me</sup> de Champigny avec l'aventurier. Ces fragments de correspondance, -vols par le fils, laissent bien entrevoir que ces -relations taient fort intimes, mais rien ne permet d'affirmer la -chose. Un historien a avanc que le baron avait amen avec -lui, en Corse, une franaise comme matresse<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor"> [565]</a>. Il serait tmraire -d'affirmer que ce ft M<sup>me</sup> de Champigny, et, d'ailleurs, -la question n'offre qu'un intrt secondaire.</p> - -<p>Les documents fournis par Champigny n'avaient pas d'importance -pour le gouvernement franais<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor"> [566]</a>. Amelot n'en fit pas -accuser rception. Qumandeur acharn, ne reculant devant -aucune besogne malpropre pour obtenir une faveur ou un bnfice -quelconque, il revint la charge. De Bonn-sur-le-Rhin, il -crivit le 23 mars 1738 Amelot.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span> -si le ministre avait bien reu les deux lettres de sa mre: -Daignez donc, Monsieur, me tranquilliser sur leur destine, -s'il vous plat; aprs quoi, si vous l'ordonnez, je vous donnerai -avis du lieu o ce monarque de nouvelle dition se tient, et des -projets qu'il forme, tant mme d'en tre instruit par une -personne qui il crit toutes les semaines. Si les lettres en -question ne vous taient pas parvenues, je pourrais vous en -envoyer des copies que j'ai gardes. Je continue implorer -l'honneur de votre protection<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor"> [567]</a>.</p> - -<p>Amelot laissa la seconde lettre de Champigny sans rponse. -Il connaissait trop le personnage. Pendant trois ans, le chevalier -ne se lassa pas de solliciter auprs du gouvernement franais et -de faire des propositions de tout genre. En 1741, le ministre, -cœur, crivit au comte de Sade, envoy de France Cologne, -pour le mettre en garde contre l'aventurier. Allant de cour en -cour, qumandant partout, il tait absolument dshonor. Ses -friponneries lui avaient attir un grand nombre de mauvaises -affaires. Et Amelot recommandait au comte de Sade de jeter -impitoyablement la porte ce chevalier d'industrie s'il se prsentait -chez lui<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor"> [568]</a>.</p> - -<p>Hrault, le lieutenant de police, recevait galement, de gens -empresss, des renseignements sur Thodore. Il s'en trouvait un -qui livrait sa propre correspondance avec le baron: c'tait un -sieur Spitzlaer, dont la complaisance et le zle taient fort -apprcis par la police<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor"> [569]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span> -La lettre de Thodore n'offre rien d'intressant: toujours un -style lourd et prolixe. Les mmes phrases reviennent sans cesse -dans sa correspondance. Il semblait n'avoir d'imagination qu'en -paroles. Il demandait des nouvelles du chevalier de Kermoysan, -dont il attendait une rponse positive. Dj dans les lettres -livres par Champigny, il parlait de ce Kermoysan. Spitzlaer -ngligea de dire Hrault ce qu'tait cet individu; sans -doute un de ces agents marrons, qui gravitaient autour du -baron.</p> - -<p>La seconde pice tait date de Rome, 30 dcembre. Elle ne -semble pas avoir t crite par Thodore, quoique le papier -soit de mme format que sa lettre autographe et qu'elle soit -plie d'une faon identique. Ce document, trs long, tait une -apologie du roi de Corse. L'auteur—un des secrtaires du -monarque sans doute—disait que, pendant son rgne, il avait -promulgu des lois excellentes pour le bien du pays. Il passait -en revue ces mesures et concluait que les Corses devaient -garder une fidlit absolue leur souverain. Il est vident que -si Neuhoff avait rellement accompli les rformes que lui prte -cet crit, les insulaires auraient d avoir la plus grande reconnaissance -envers le roi qui leur tait tomb des nues; mais -son œuvre s'tait borne de magnifiques promesses jamais -ralises.</p> - -<p>Le fond et la forme de ce document ne rappellent en rien la -manire de Thodore. Les ides sont justes et sagement nonces. -Les rformes qu'on lui attribue ont, contrairement aux -rgles de l'administration gnoise, le principe national pour -base. Et ce plaidoyer, qui aurait pu tre un programme, n'tait -qu'une rclame ajoute tant d'autres.</p> - -<p>Un Corse, Sauveur Ginestra, fit, pied, le voyage de Turin - Paris pour proposer au cardinal Fleury de lui dvoiler les -desseins mystrieux du roi de Corse. La famille Ginestra, originaire -de Provence, tablie Bastia depuis plusieurs sicles, -avait, sous Franois I<sup>er</sup>, prouv dans les guerres son dvouement -<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span> - la couronne de France. Le sang des anctres, lgitimement -et purement pass dans ses veines, le poussait faire -part au ministre des invitations qu'il avait reues<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor"> [570]</a>. Mais, la -marche longue et pnible qu'il avait faite, lui avait tellement -offens les nerfs de la jambe gauche, qu'il ne pouvait plus -marcher. Il en tait rduit prendre la plume pour prsenter ses -offres Son minence. Il joignit sa lettre une ptre de Thodore -et se dclara, plus qu'aucun autre Corse, en mesure de -fournir des documents intressants. Il tait l'ami intime de -l'un des secrtaires de Neuhoff et son pre entretenait des -relations cordiales avec le consul de Hollande Naples. Ginestra -pre trafiquait, en effet, dans l'entourage de Thodore. Sauveur -irait partout o l'on voudrait, en Italie ou en Hollande, ds que -sa jambe serait gurie, car il mourait du dsir de servir -Louis XV et le cardinal dont il baisait en terminant la sacre -pourpre<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor"> [571]</a>.</p> - -<p>En envoyant cette lettre, Ginestra avait eu soin d'effacer -l'encre quelques mots, entr'autres le nom de la ville o elle -avait t crite et de dcouper la signature. C'tait l'ternel -appel ses partisans, les mmes promesses de secours importants, -le grand mot de libert jet au milieu d'un verbiage -emphatique<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor"> [572]</a>.</p> - -<p>Ginestra en fut pour ses frais; le cardinal Fleury ne se -montra pas dispos utiliser les aptitudes policires de cet -insulaire.</p> - -<p>Si, Versailles, on jugea inutile d'acheter de vagues renseignements -sur l'aventurier, il n'en fut pas de mme ailleurs. -Le consul d'Angleterre Livourne recevait de Corse des -documents qu'il payait trs cher et qu'il transmettait sa -cour<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor"> [573]</a>.</p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/251.jpg" width="300" height="506" alt="" /> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span> -La clbrit du roi de Corse s'tait tendue dans le monde. -La gravure avait popularis ses traits. On trouve encore une -estampe le reprsentant en costume Louis XIII. Le regard est -fier; la pose noble. De longs cheveux retombent sur ses paules, -il est vtu de satin; sa main droite repose sur sa poitrine. -La lgende porte majestueusement: <i>Theodorus primus -Corsic rex</i>, le latin convenant seul pour dsigner cette -Majest. Dans un coin, se trouvent les initiales du graveur: -M. A. F. Tout cela a une certaine allure, et cette gravure, -rpandue un peu partout, pouvait produire de l'effet. Il n'y -a qu'un malheur, c'est que ce portrait n'est pas celui de -Thodore. Il reprsente l'illustre Jabach, le grand collectionneur -du XVII<sup>e</sup> sicle, peint par Van Dyck vers 1635. Les trois lettres -M. A. F. signifient <i>Michael Asinius fecit</i>, c'est--dire grav -par Michel Lasne<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor"> [574]</a>, et ne sont, en aucune faon, comme on -pourrait le croire, les initiales de Marc-Antoine Franceschini, le -clbre peintre bolonais<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor"> [575]</a>.</p> - -<p>Ces substitutions dans les portraits n'taient pas rares aux -XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> sicles; mais il est piquant de remarquer qu'on -avait justement choisi, pour reprsenter le roi de Corse, Jabach, -dont il filouta le descendant, le banquier de Livourne. Cette -escroquerie valut la prison Thodore—on se le rappelle. -L'ironie fut-elle prmdite? Le hasard, plus sarcastique parfois -que les hommes, fut, sans doute seul, la cause de cette rencontre. -<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span> -La gloire de Thodore I<sup>er</sup> et t incomplte sans la caricature. -C'est le couronnement de toute renomme. Une gravure -allemande, intitule:</p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/256.jpg" width="600" height="435" alt=""/> -</div> - -<p><i>Le satyre corse visionnaire<br /> -ou<br /> -le rve l'tat de veille,<br /> -dont l'image reprsente<br /> -drisoirement<br /> -Thodore<br /> -premier et dernier en sa personne -pseudo-roi des Corses rebelles.</i> -montre dans le lointain la mer de Toscane. Deux villes en sont -baignes: Bastia et Alria. Le baron dbarque; les Corses lui -souhaitent la bienvenue et le proclament roi. Il se tient au milieu -du peuple, la tte ceinte de laurier. Les armes de Corse -lui sont prsentes genoux, tandis qu'un individu portant -les armes de Gnes au bout d'un bton est chass. Au premier -plan, un satyre, symbolisant l'inconstance, repose sur des -branches de roses aux nombreuses pines. Il tient la main -une longue vue dveloppe pour voir l'avenir. Le gnie de la -vanit lui souffle dans la main une bulle de savon. Au-dessus -de ce gnie, figurent ces mots: <i>quod cito fit cito perit</i>. Un -mdaillon droite, surmont de la lgende: <i>Eventus laboris</i>, -reprsente un singe, qui, auprs d'un fourneau, fait partir des -ptards; dans la fume se trouve crit le mot <i>fourberie</i>. Deux -autres singes, l'un portant une couronne de feuillage et une -petite pe au ct, l'autre un bonnet, jouent aux cartes prs -d'un socle demi renvers o se lit cette inscription: <i>Male -parta pessime dilabuntur</i>. Le singe couronn abat le roi vert, -tandis que l'autre gagne avec l'as de cœur et ramasse la mise.</p> - -<p>Entre le titre et l'explication, se trouve une pice de vers, -puis un passeport ironique en diverses langues portant tous les -titres que se donnait Thodore, et enfin, en gros caractres, ces -mots: Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a -t proclam par quelques Corses<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor"> [576]</a>.</p> - -<p>Gravure reproduite d'aprs un pamphlet allemand intitul: -<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span> -<i>Le Satyre Corse ou le Rve l'tat de veille, dont l'image reprsente drisoirement Thodore I<sup>er</sup> et dernier en sa personne pseudo-Roi des Corses rebelles.</i></p> - -<p>(<i>Collection particulire.</i>)</p> - -<p>Le portrait faux et la caricature durent avoir du succs. Les -diteurs, qui les avaient lancs, firent sans doute de bonnes -affaires. Ces gravures constituaient, en tous cas, une rclame -pour Thodore. Et, tandis que sa gloire tait soutenue par le -dessin, des gens pleins de bonne volont conspiraient dans -l'ombre pour lui.</p> - -<p class="subt">II</p> - -<p>Le principal centre o se nouaient les intrigues du baron -de Neuhoff tait, Rome, le couvent des Saints-Dominique et -Sixte, sur le mont Quirinal. La sous-prieure, M<sup>me</sup> Anglique-Cassandre -Fonseca, les dirigeait. C'tait une femme intelligente -et lettre. Elle crivait galement bien le franais et l'italien. -Sa famille tait originaire d'Avignon. J'ai dj eu l'occasion -de dire que cette religieuse professait depuis longtemps un -srieux attachement l'gard de l'aventurier. Elle l'avait connu -bien avant son quipe de Corse, mais ce fut surtout aprs qu'il -eut quitt son royaume que son dvouement put s'exercer. -Lors de ses sjours Rome, il logeait dans un jardin appartenant -au frre de M<sup>me</sup> Fonseca, attenant au couvent et voisin -de Saint-Jean de Latran<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor"> [577]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span> -Elle avait su faire partager son admiration sa sœur, -M<sup>me</sup> Franoise-Constance Fonseca, et M<sup>me</sup> Marie-Constance -Cavalieri, toutes deux religieuses dans le mme couvent. L'aumnier, -l'abb Punciani, et d'autres personnages servaient -galement d'intermdiaires pour les correspondances secrtes -du baron. Ses lettres arrivaient Rome chez le comte Fedi -ou chez le comte Orsini. Ceux-ci faisaient les plis et les mettaient -dans quatre enveloppes, la premire pour le sieur Valentini, -la seconde pour le baron de Stos, la troisime pour le -consul d'Angleterre Venise, et enfin la quatrime pour le -baron tienne Romberg, qui tait Thodore lui-mme<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor"> [578]</a>.</p> - -<p>A leur enthousiasme naf, leur foi ardente dans les hautes -destines qui taient rserves l'aventurier, ces religieuses -ajoutaient une tendre sentimentalit fminine. Le 9 novembre, -fte de saint Thodore, martyr, grand soldat du Christ, la -communaut se runissait au parloir, et buvait la sant et aux -succs du roi Thodore. La sous-prieure ajoutait: De tout -cœur, je suis l pour le servir<a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor"> [579]</a>. Et, comme symbole de sa -fidlit, elle scellait ses lettres Neuhoff d'un cachet reprsentant -un petit chien<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor"> [580]</a>. Les affilis la bande de Thodore avaient -un signal pour se reconnatre. C'tait un carr de papier avec -son nom crit en lettres moules, au-dessous duquel se trouvait -un sceau de cire rouge figurant Cupidon mont sur un lion<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor"> [581]</a>.</p> - -<p>L'un des principaux correspondants de la bonne sœur tait -un nomm Rainieri Bigani, ancien commandant du bagne -Livourne et qu'on appelait le capitaine Bigani<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor"> [582]</a>. Pour correspondre -<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span> -avec la religieuse, cet individu se servait d'un ecclsiastique, -l'abb Luc-Antoine Varnesi. D'ailleurs, M<sup>me</sup> Fonseca -avait sa dvotion plusieurs prtres, des moines et des -prlats.</p> - -<p>Elle n'eut pas toujours se louer de Bigani, qui parfois se -laissait aller couter les propos fallacieux des espions gnois. -Livourne en tait rempli. Mais ces gens, parat-il, travaillaient -fort mal et ne fournissaient la rpublique que des renseignements -sans valeur<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor"> [583]</a>. De l'espionnage au rabais! Bigani -avait t pendant longtemps en correspondance avec Thodore. -Le gnral Wachtendonck lui avait fait ce sujet des remontrances -svres en le menaant de le faire mettre dans un -chteau, c'est--dire en prison, s'il persistait avoir des -relations avec l'aventurier<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor"> [584]</a>. Cela ne l'empcha pas de continuer - servir le baron et mme le trahir au besoin.</p> - -<p>M<sup>me</sup> Fonseca, qui s'occupait volontiers des affaires commerciales -du roi, avait fait charger de l'orge en Sicile sur un -btiment destin porter cette marchandise en Corse aux -mcontents aprs avoir relch Livourne. Bigani devait -recevoir le navire et le diriger sur l'le. Quand le bateau -fut dans les eaux toscanes, il n'eut rien de plus press -que de vendre la cargaison au consul de Gnes. Un tel procd -indigna la bonne sœur. Elle crivit au capitaine une lettre de -reproches, dont l'amertume tait voile d'une mansutude toute -monacale. Ah! Monsieur le capitaine, qui vous et jamais -cru capable de tromper et de trahir le roi! Est-il possible qu'un -homme bien n se laisse gagner par l'argent des Gnois! Et -il n'tait pas le seul sur qui les cus de Gnes avaient fait -impression; elle le savait. Bigani avait aussi t la cause -de l'emprisonnement de plusieurs fidles adhrents de Sa -<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span> -Majest. Quel sujet d'affliction! Mais elle priait Dieu de -pardonner au capitaine et de remdier ces tristes choses<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor"> [585]</a>.</p> - -<p>Malgr la noirceur d'me de Bigani, M<sup>me</sup> Fonseca n'en -continua pas moins correspondre avec lui, lui confier -tout ce qu'on disait Rome sur Thodore. Elle lui crivait -toutes les esprances que ses entreprises faisaient natre chez -ses partisans. Jamais son enthousiasme et sa foi ne faiblissaient. -Plus elle voyait de trahison autour de son roi, plus son -dvouement s'exaltait. Elle n'avait qu'un but: le servir toujours, -le soutenir jusqu'au bout, envers et contre tous. Son œuvre -n'tait-elle pas sublime: dlivrer ces pauvres Corses opprims -du joug des infmes Gnois? Aussi ne se laissait-elle rebuter -par rien. Bigani usait parfois vis--vis d'elle de procds un peu -cavaliers, comme de lui faire crire par son fils. Elle trouvait -cette manire d'agir peu convenable l'gard d'une dame; mais -elle pardonnait volontiers cause du roi et elle saluait le pre -et le fils de tout cœur. Au moins, devait-il lui envoyer des -nouvelles. On disait Rome que le capitaine du navire avait -t mis en prison, parce que trente hommes de son bord s'taient -sauvs mystrieusement. Le bruit courait aussi que Thodore -avait heureusement dbarqu en Corse avec une suite et des -munitions. Dieu le veuille! Cependant la bonne sœur tait dans -une inquitude mortelle, car la dernire lettre du souverain -tait date de Lisbonne.</p> - -<p>Elle se tenait en relations Rome avec tous les amis de -Neuhoff. Elle se faisait l'intermdiaire de leurs correspondances; -elle entretenait leur zle, trouvant des paroles douces et -encourageantes pour chacun. C'est ainsi qu'en envoyant Bigani -une lettre d'un certain abb Joseph Colonna pour M<sup>me</sup> Virginie -Costa, elle priait le capitaine de dire cette dernire -qu'elle avait pour elle le plus vif attachement en souvenir de -<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span> -l'affection que son mari portait Sa Majest. Mais la bonne sœur -ne pouvait se rsigner voir des Corses trahir leurs compatriotes. -Quelle honte! En revanche, les expditions qu'on -faisait Naples, pour aider les insulaires, la consolaient un -peu<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor"> [586]</a>.</p> - -<p>Lorsque les troupes franaises dbarqurent en Corse, -M<sup>me</sup> Fonseca fut trs alarme. Elle confia ses peines Bigani, -qu'elle s'obstinait croire fidle et dvou. Drost devrait retourner -dans l'le pour soutenir la foi des peuples en leur souverain. -Elle craignait que les insulaires ne fussent sduits par la douceur -et par la politique des Franais. Le but poursuivi par ces -derniers n'apparaissait pas clairement la religieuse. taient-ils -alls dans l'le pour y maintenir la domination gnoise ou bien -dans leur propre intrt? D'aprs elle, le chanoine Orticoni et -Salvini avaient compromis la cause du roi. Ils n'taient, du -reste, plus en faveur auprs de Sa Majest. Salvini n'avait mme -pas daign venir au couvent lors de son dernier voyage Rome. -Cependant, rien ne pouvait branler la confiance de la sous-prieure; -la chute des ennemis de Thodore tait prochaine. -Il tempo galantuomo, le temps est galant homme. -Elle avait toujours la plume la main: elle avait laiss -deux dames la porte pour pouvoir faire sa correspondance<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor"> [587]</a>.</p> - -<p>Le capitaine, d'ailleurs, jouissait auprs de Neuhoff d'un -grand crdit. Le roi ne paraissait pas lui tenir rigueur de ses -oprations commerciales avec les Gnois. Il continua lui -tmoigner sa confiance et verser ses chagrins dans son sein. -A sa sortie du chteau de Gate, il lui crivit qu'il se sentait -abandonn et trahi par tous. Il lui demandait des nouvelles en -<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span> -le priant de faire tenir sa rponse sous le couvert de son fidle -ami Joseph Valembergh, le consul de Hollande Naples<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor"> [588]</a>.</p> - -<p>M<sup>me</sup> Fonseca correspondait aussi avec Lucas Boon Amsterdam<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor"> [589]</a>. -Il tait ncessaire, en effet, de relever, auprs des traitants -hollandais, le crdit fortement branl de Thodore. Elle -avait crit en franais et en italien Boon, car elle savait qu'il -connaissait ces deux langues. Aprs avoir laiss plusieurs lettres -sans rponse, il s'tait enfin dcid lui crire en hollandais. -Elle n'avait pas pu lire cette lettre, car elle ignorait cette langue; -et la pauvre sœur suppliait le ngociant de lui envoyer quelques -nouvelles dans un langage sa porte.</p> - -<p>Sa confiance dans tous ceux qui se disaient partisans du -souverain tait infinie. Avec quelques mots de louange pour son -hros, tous les aigrefins trouvaient le chemin de son cœur et -de sa bourse. Elle n'tait pas bte cependant. Elle jugeait les -autres d'aprs elle-mme. Sa crdulit, allant parfois jusqu' -la navet, provenait de son excessive vnration pour son roi. -Elle ne pouvait pas s'imaginer que des gens fussent assez -indignes pour le tromper. C'tait bon pour les Gnois!</p> - -<p>Elle fut aussi en correspondance trs amicale avec ce -Mathieu Drost, un farceur doubl d'un escroc, que Thodore -lui-mme traitait de tratre et d'espion, soudoy par la rpublique<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor"> [590]</a>. -Elle le soutint avec cette bont ingnue qu'elle -mettait au service des aventuriers, qui lui soutiraient de l'argent. -Elle aurait voulu communiquer cet individu un peu de cette -foi robuste dont elle tait anime. Soyez certain, lui crivait-elle, -que Sa Majest arrivera bientt en Corse largement pourvue -en toutes choses<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor"> [591]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span> -D'autres personnages de moindre importance s'agitaient -autour du couvent des Saints-Dominique et Sixte. Il y avait, -parmi eux, un nomm Jean Ludovici, ami du fameux consul -hollandais Naples, qui, avec l'abb Varnesi, servait parfois -d'intermdiaire pour la correspondance<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor"> [592]</a>.</p> - -<p>Un certain Duffour, qui se disait lieutenant colonel et -ingnieur de Sa Majest des Corses, implorait la protection -de M<sup>me</sup> Fonseca. On l'avait desservi dans l'esprit de Sa Majest -et il tenait reconqurir son estime par son attachement, sa -fidlit et son obissance<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor"> [593]</a>.</p> - -<p>La bonne sœur croyait toutes ces protestations. Elle les -accueillait avec reconnaissance. Elle devait souffrir dans son -dvouement de ne pouvoir aider son roi, d'une manire plus -active, <i>bouter</i> les Gnois hors du royaume de Corse. Son rle se -bornait crire partout pour la bonne cause; elle ne s'en privait -pas. Elle centralisait toutes les correspondances; elle tait une -bote aux lettres. Un homme, qui avait toute sa confiance, se -chargeait de faire parvenir les missives. Cet individu, le chevalier -Saint-Martin, tait, d'ailleurs, le fripon le plus achev.</p> - -<p>En ralit, il s'appelait Bigou. Il tait n Paris de parents -protestants. Il avait sjourn en Angleterre pour y professer -sa religion, et s'tait fait naturaliser anglais. Puis, voulant se -convertir, il avait fait le voyage de Rome o il dsirait s'tablir. -Il se disait pimontais et portait des dcorations. Il sollicitait -du pape un emploi quelconque<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor"> [594]</a>. A la suite de sa conversion, il -avait, pour commencer, obtenu une petite pension du Saint-Pre<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor"> [595]</a>. -Mais, l'allocation pontificale n'tant pas suffisante, il -eut recours l'espionnage, afin de pouvoir vivre honntement.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span> -Dans l'entourage du roi de Corse, compos de tratres et de -filous, Saint-Martin tait tout dsign pour prendre l'un des -premiers rangs. Il compltait la collection. Il n'avait pas eu -de peine se lier avec le baron, toujours bien dispos -accueillir les hommes de bonne volont, qui se prsentaient -lui. Le chevalier s'offrit comme intermdiaire pour la correspondance -royale. Il entra de suite dans les bonnes grces de -M<sup>me</sup> Fonseca. Sa conversion rcente, l'enthousiasme qu'il -dployait l'gard de Sa Majest lui valurent l'affection de la -religieuse. A toute heure, il tait admis auprs d'elle, et souvent -la sœur tourire entre-billait, pour lui, la nuit, la petite porte -du couvent. M<sup>me</sup> Saint-Martin, reste Livourne, s'occupait -aussi de transmettre les lettres secrtes changes entre le -monastre et les partisans de Thodore. M<sup>me</sup> Fonseca envoya -cette dame porter Mathieu Drost une ptre de consolations dans -la forteresse de Livourne. L'aventurier reut la missive, mais -ne possdant plus un cu, il n'avait pas pu rcompenser la -messagre: il profita de la circonstance pour demander la -bonne sœur de lui envoyer cent sequins<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor"> [596]</a>.</p> - -<p>M<sup>me</sup> Fonseca avait aussi recommand l'excellente M<sup>me</sup> Saint-Martin - Bigani. Mais celui-ci s'excusa de n'avoir pas pu -la recevoir honntement. Depuis neuf jours, sa maison tait -occupe par le greffier du tribunal, le barigel et quatre sbires. -Ces gens opraient chez lui une perquisition et, au moment o il -mandait ces dtails, quatre heures du matin, ils taient encore -l. La police ne trouverait rien d'intressant, malgr le soin -qu'elle mettait fouiller partout. Nanmoins, le capitaine se -lamentait trs fort. M<sup>me</sup> Bigani tait tombe malade la suite -de cette descente de justice et lui-mme avait des vertiges, -car il ne cessait d'avoir le cœur mu et inquiet—il aurait pu dire -plus justement la conscience. Et, selon la coutume de ces gens -<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span> -qui se rejetaient mutuellement leurs turpitudes, il accusait -Mathieu Drost d'avoir fait tout le mal. Comme il fallait, pour -toucher la bonne sœur et lui faire donner de l'argent, montrer -quelques sentiments de rsignation chrtienne, Bigani ajoutait -qu'il priait Dieu de pardonner au coupable<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor"> [597]</a>.</p> - -<p>M<sup>me</sup> Saint-Martin revint Rome, contre le gr de son mari, -qui, sans doute, dsirait travailler sans tmoins. Elle tait, -parat-il, beaucoup plus sense que lui<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor"> [598]</a>. Aussi disparut-elle -bientt. En effet, on ne la trouve plus mle aux intrigues -du couvent des Saints-Dominique et Sixte. Il est vrai que le -chevalier faisait de la besogne pour deux.</p> - -<p>Thodore qui avait, il faut le reconnatre, des lueurs de bon -sens, ne partageait pas la confiance aveugle de son amie -l'gard de Saint-Martin. A plusieurs reprises, il lui crivit de ne -pas se fier cet individu. Cependant, au mois de mai 1738, il -tait dans les meilleurs termes avec le chevalier. Il lui demandait -de venir le retrouver en Hollande, de lui procurer quelque bon -officier d'artillerie, et lui disait qu'il n'aurait jamais lieu de -regretter de s'tre attach lui. Il l'assurait de ses sincres -sentiments de bonne amiti<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor"> [599]</a>; mais il avait ouvert les -yeux. Saint-Martin, sentant que Neuhoff se mfiait de lui, -voulut se justifier. Il lui crivit une belle lettre, selon toutes -les formules du protocole. Malgr les propos calomnieux qui -l'avaient desservi dans l'esprit du roi, il tenait confesser bien -haut les sentiments de respect et de fidlit dont il tait anim. -Sa dernire entrevue avec le souverain, Rome, avait fortement -imprim ces sentiments dans son cœur. Il applaudissait -<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span> -donc son heureuse arrive dans les mers italiennes. Par -ses hauts faits, le roi tonnait le monde et lui seul savait -enseigner le grand art de rgner. Il se flicitait de vivre -dans un sicle, sur lequel les vertus de Sa Majest jetaient -un lustre si brillant. C'tait donc bien injustement qu'on l'accusait -de trahison. Son innocence et ses principes assuraient -la paix de son me. Bien entendu, il rejetait sur quelqu'un toutes -ces infamies. C'tait un sieur Valentin Tadei, qui avait d se -rtracter, non seulement devant lui, mais en prsence de -plusieurs amis du roi. Toujours, mme au pril de sa vie, il -tiendrait honneur d'obir Sa Majest, et, comme les autres, -il priait Dieu de conserver ses prcieux jours. En terminant -il lui offrait les trs humbles respects et les services de -M. de Champigny. Elle daignerait certainement agrer les -compliments de cet homme vertueux et probe<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor"> [600]</a>. Nous avons -vu quelles taient la vertu et la probit de M. de Champigny.</p> - -<p>Pour complter l'effet que devait produire cette lettre -loquente, Saint-Martin se fit donner un certificat par la -bonne sœur. Elle joignit en effet un billet l'ptre du chevalier. -Bien que Sa Majest lui et toujours crit de se mfier de -Monsieur Saint-Martin, elle pouvait rpondre de sa fidlit, -l'ayant mise l'preuve. Il tait certainement l'un des plus -dvous et des plus affectionns serviteurs du monarque. -Parmi tous les partisans corses, elle n'avait jamais pu trouver -aucun homme qui lui inspirt autant de confiance. Il se chargeait -de toute sa correspondance. Il l'attendait pendant des heures -entires, le jour ou la nuit, par la pluie ou par la grle. Ainsi -tandis qu'elle crivait ce billet, deux heures du matin, le -chevalier tait son poste. Elle lui confiait une petite bote pour -le roi<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor"> [601]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span> -Si Saint-Martin montrait un dvouement extrme pour les -intrts du baron, il dployait un zle non moins grand pour -servir la rpublique. Il tait entr en rapports avec Bernabo, -agent de Gnes Rome. Ces relations furent amicales et -suivies. Au mois de juin 1738, Bernabo rpondant une question -du Srnissime Collge, disait que pour transmettre un certain -chanoine—qu'il ne nommait pas—une lettre du chevalier, il -s'tait servi d'un cachet imagin, ne pouvant employer le sceau -de Saint-Martin orn d'armoiries et d'une couronne, car il ne -savait si ces armes lui appartenaient vraiment ou si elles taient -usurpes. Mais l'agent gnois avait fait un cachet d'une circonfrence -gale celui du chevalier. Pour le moment, le fidle -intermdiaire de M<sup>me</sup> Fonseca ne se trouvait pas Rome. Bernabo -ignorait o il tait all et si son absence ne cachait pas -quelque expdition adroitement combine. A son domicile, le -domestique avait dit qu'il attendait son matre d'un jour -l'autre<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor"> [602]</a>.</p> - -<p>Le diplomate comptait donc tirer quelques profits des tournes -mystrieuses de Saint-Martin.</p> - -<p>Le chevalier revint bientt. Il crivit son ami Bernabo: -Il est de la dernire consquence que j'aie l'honneur de vous -voir aujourd'hui avant la nuit, et comme je ne puis dans la circonstance -aller chez vous, il faut que vous vous rendiez vingt-et-une -heures d'Italie, ou plus tt si vous voulez, au jardin -de Jsus-et-Marie au Cours. Il s'agissait de trois lettres qu'il -avait en main: une de M<sup>me</sup> Fonseca Lucas Boon, qu'il tait -charg de faire parvenir Amsterdam; les deux autres, de -Drost et de Bigani la religieuse, que sa femme avait apportes -de Livourne. Il le priait de lui faire tenir sa rponse par -M<sup>me</sup> Joseph avant les vingt-et-une heures<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor"> [603]</a>.</p> - -<p>Bernabo alla au rendez-vous. Dans un endroit cart, l'agent -<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span> -de Gnes et le chevalier causrent. Au cours de l'entretien, -Saint-Martin exhiba les lettres des amis de Thodore. Son dsir -de servir la Srnissime Rpublique tait extrme, aussi avant -de faire parvenir cette correspondance destination, avait-il -tenu la communiquer au reprsentant du gouvernement gnois. -Bernabo tmoigna quelque rpugnance prendre connaissance -de ces lettres. Il se laissa prier pour les accepter. Nanmoins, il -les retint. Rentr chez lui, il fit prendre copie de deux d'entre elles -et les retourna le soir mme convenablement recachetes son -espion. Il expdia ces copies aux inquisiteurs d'tat, ainsi que la -lettre originale de M<sup>me</sup> Fonseca Lucas Boon que, d'accord avec -le chevalier, il avait garde. Bernabo concluait en disant que son -zle pour le service public le poussait dclarer qu'il ne conviendrait -pas d'abandonner Saint-Martin. Ce dernier tait prt - fournir tout ce qui lui passerait par les mains. Si jusqu' -prsent, il n'avait donn que des renseignements sans grande -importance, il pourrait sans doute faire mieux dans l'avenir. En -tous cas, il importait de le tenir en haleine de faon ce qu'il -remplt ses engagements<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor"> [604]</a>. Le chevalier, du reste, faisait bien -son mtier; il remettait Bernabo les lettres aussitt que la -bonne sœur les confiait sa fidlit. Le ministre pouvait donc -envoyer son gouvernement les papiers vols le jour mme o -ils avaient t crits.</p> - -<p>Les inquisiteurs dlibrrent sur cet envoi. Il fut dcid -que les copies seraient classes et qu'on expdierait Amsterdam -la lettre autographe de M<sup>me</sup> Fonseca Lucas Boon<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor"> [605]</a>. Les -magistrats en firent conserver la traduction.</p> - -<p>Saint-Martin demanda, un jour, audience l'ambassadeur -de France. Le duc de Saint-Aignan le reut. Il dsirait effacer, -disait-il, les impressions fcheuses qu'on avait sur lui. Ses intrigues -commenaient tre connues; Bernabo ayant avou -<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span> -Saint-Aignan qu'il avait gagn Saint-Martin et que celui-ci -lui fournissait, en secret, la correspondance des amis de -Thodore<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor"> [606]</a>.</p> - -<p>Le but rel de la visite du chevalier tait sans doute -d'essayer de vendre quelques papiers vols. Il en fut pour sa -visite. Peu de temps aprs, Saint-Martin affirmait Thodore -son dvouement en termes pompeux et se faisait dlivrer, par -M<sup>me</sup> Fonseca, un certificat de fidlit. Il en avait besoin!</p> - -<p>Au mois de dcembre, Saint-Martin proposa au Srnissime -Collge un bon coup.</p> - -<p>Ce tratre avait jug que l'incarcration du baron au chteau -de Gate tait une affaire srieuse et que cet vnement -devait mettre fin aux troubles qui agitaient la rpublique. Il -avait pens que ses humbles services allaient dsormais devenir -inutiles. Mais, l'largissement de Thodore avait subitement -chang la face des choses. Son attention avait t veille; son -ardeur de servir Gnes s'tait accrue. Je suis porte de -rendre la rpublique le plus signal service qu'elle puisse -esprer. Ne me demandez pas o ni comment; car je suis dans -la rsolution de ne le communiquer qui que ce soit, que dans -le temps de l'excution mme. Il suffit que Vos Excellences me -croyent homme d'honneur et fidle comme elles ont lieu de le -faire.</p> - -<p>Mais pour mettre son projet excution, il avait besoin de -se rendre Naples avec une autre personne. Il lui fallait en -outre une felouque, qui se tiendrait tout moment sa disposition. -Pour tout cela, je n'ai pas un sol. Je vous demande -donc par grce spciale, mes seigneurs, de me faire donner en -toute diligence au moins cent sequins, au moyen de quoi je veux -bien perdre la tte si je manque mon coup. Il aura sans doute -besoin de s'entendre avec le marquis de Puisieux et avec le -<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span> -duc de Saint-Aignan, car Thodore veut tre assur d'un -certain tat en France, au moins voil sur quel ton il s'est -jusques ici expliqu, car pour la taille de la rpublique il n'en -veut pas entendre parler. En terminant, Saint-Martin donnait -comme rfrence M. Franois-Marie Grimaldi, qui le connaissait -personnellement et qui pourrait fournir sur lui les meilleurs -renseignements. Il suppliait enfin les inquisiteurs de hter -leur dcision, car les moments taient prcieux<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor"> [607]</a>.</p> - -<p>Thodore aurait donc consenti traiter avec la France, -c'est--dire jouer le rle de roi dchu auquel on alloue une -pension. Et, s'il ne voulait pas avoir faire la rpublique, c'est -qu'il trouvait celle-ci trop avare.</p> - -<p>Je ne sais si les inquisiteurs jugrent Saint-Martin suffisamment -homme d'honneur pour mener quelque affaire utile la -rpublique. Il ne disait pas en quoi consistait le bon coup qu'il -projetait. Sa demande fut classe, comme toutes les requtes similaires. -On suit trs bien dans les papiers d'tat la correspondance -de Gnes avec ces espions d'occasion. On voit le gouvernement -toujours dispos couter les dlations, lire en conseil les -documents vols. Quand ses reprsentants lui envoient des -paquets de lettres interceptes, il leur en fait accuser rception -avec louanges; il les charge de continuer. Au besoin, l'agent -officiel s'abouche avec ces misrables aventuriers, prend avec -eux des rendez-vous mystrieux, les rencontre la nuit dans des -endroits carts. Mais, ds qu'un de ces coquins formule une -demande d'argent prcise, la correspondance s'arrte brusquement. -Il est impossible de trouver la suite donne l'affaire -bauche. Gnes recule toujours au moment o il faut payer. En -revanche, les dcisions portent gnralement des loges pour -l'agent. Bernabo les mritait; il gagnait bien ses moluments -de diplomate.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span> -Au mois de juin 1739, Saint-Martin se trouvait Naples. Il -essayait encore de tromper tout le monde. Il disait Molinelli, -secrtaire de Gnes, que Neuhoff se tenait cach dans un couvent -de Chartreux. Ce renseignement tait faux<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor"> [608]</a>.</p> - -<p>Saint-Martin disparut, comme disparaissent les escrocs, en -silence, allant offrir ailleurs leurs services lorsqu'ils se sentent -<i>brls</i> ou trop compromis.</p> - -<p>M<sup>me</sup> Anglique-Cassandre Fonseca mourut vers le milieu de -l'anne 1740. Sa sœur Franoise-Constance hrita de sa foi -nave en l'toile du roi Thodore. Elle resta en relation avec -la plupart des fidles agents de Sa Majest<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor"> [609]</a>. Il y avait sans -doute encore quelque argent dans le couvent du Mont-Quirinal.</p> - - -<p class="subt">III</p> - -<p>L'quipe du baron de Neuhoff n'avait pas seulement fait -surgir des fripons, prts pcher en eau trouble, elle avait -aussi excit les convoitises de hauts personnages classs gnralement -dans la catgorie des honntes gens. Parmi ceux-ci, -il faut citer Franois de Lorraine, l'poux de Marie-Thrse -d'Autriche. Pendant que de bonnes sœurs conspiraient dans leur -couvent, le futur empereur complotait dans la pice la plus -intime de ses appartements, la <i>Retirade</i>. L, en tte--tte avec -quelque aventurier, il coutait les plans les plus extraordinaires, -donnait de mystrieuses instructions l'abri de toute oreille -indiscrte, loin du cabinet officiel<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor"> [610]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span> -La politique labore dans le clotre avait sur celle de la -<i>Retirade</i> l'avantage de n'tre pas goste. Les religieuses travaillaient -pour la gloire de leur roi; Franois complotait pour lui.</p> - -<p>Au mois de mai 1736, un sieur Humbert de Beaujeu arriva -Florence, portant plusieurs lettres de personnages autrichiens. -Ces lettres, qui contenaient des instructions au sujet des affaires -de Corse, manaient du secrtaire de Zinzendorf, de feu le prince -Eugne et d'un conseiller aulique. Les allures louches de cet individu -donnrent penser qu'il tait un partisan de Thodore<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor"> [611]</a>. -Des voyages qu'il fit Livourne, sa correspondance volumineuse, -l'argent qu'il dpensait confirmrent ces soupons<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor"> [612]</a>.</p> - -<p>C'tait un triste sire que ce Beaujeu. Moine dfroqu, -il s'tait mari et avait abandonn sa femme aprs avoir mang -la dot; dserteur de l'arme franaise, il avait pris du service en -Autriche et il cherchait sa voie maintenant dans les complots -et dans les trahisons. Cela lui rapportait quelque argent, et, -entre temps, lui valait la prison.</p> - -<p>En 1724, il tait venu Monaco. Mis avec lgance, parlant -bien, portant le titre de comte, accompagn de valets parfaitement -styls, il avait donn l'impression d'un personnage. Il se -disait charg par la cour d'Espagne d'une mission Rome. Le -prince Antoine I<sup>er</sup> s'tait mfi et il avait demand des renseignements - son ami le marchal de Tess, qui se trouvait -alors Madrid comme ambassadeur extraordinaire de France. -Les renseignements furent dplorables; mais le prince de -Monaco avait fait arrter Beaujeu avant mme de les recevoir<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor"> [613]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span> -Quand il fut relch, il se rendit sans doute en Italie pour -chercher quelque fructueuse opration. Il se sentait capable de -tout, et il voulait utiliser ses talents.</p> - -<p>Lorsque Thodore eut termin piteusement son rgne par -la fuite, Beaujeu vint Vienne o nous le trouvons dans la -<i>Retirade</i> de Franois de Lorraine, qui voulait tre roi de Corse. -Un mmoire tomb entre les mains du gouvernement franais -relatait la chose. Cet crit provenait de Beaujeu lui-mme. Les -confidences du prince valaient de l'argent; tout au moins, -esprait-il obtenir quelque protection utile en les dvoilant. Ce -mmoire tait intitul: Ce sont ici les premiers ordres que -S. A. R. le grand-duc de Toscane<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor"> [614]</a>, lorsqu'elle voulut me -charger de la commission d'aller en Corse la place du sieur -Thodore, qui y avait chou aprs sa premire descente du -20 mars 1736<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor"> [615]</a>. Puis, venait le rcit de l'entretien entre le -prince et l'aventurier.</p> - -<p>Le 23 dcembre 1736, ce prince m'envoya ordre de me -rendre trois heures aprs midi dans son cabinet ou <i>Retirade</i>, o -il me dit mot pour mot tout ce qui suit: Il faut, Monsieur, aller -en Corse, je veux avoir ce pays selon les moyens et les voies -que vous m'avez fait connatre, je les trouve bonnes (<i>sic</i>) et elles -me conviennent. Je ne veux absolument pas que l'Empereur -sache rien de cette entreprise: il a ses affaires et moi les -miennes.</p> - -<p>Ne faites pas, Monsieur, comme le sieur Thodore: n'en -sortez jamais, je vous le dfends; il faut vaincre et avoir le -pays; vous avez vos chefs, il faut les animer et encourager ds - prsent, c'est--dire leur faire savoir que vous irez bientt -leur secours; je vous fournirai tout le ncessaire; je vous -enverrai Toussaint et Richecourt chez vous, non pour prendre -<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span> -les mesures de l'excution, car c'est sur vous seul que je compte, -mais pour vous faire passer tout le ncessaire. Voil, Monsieur, -mes intentions et mes volonts. Je vous en crois capable; c'est -pourquoi ce n'est que sur vous seul que je compte dans cette -affaire. Vos ides sur ce pays sont justes; je ne le connaissais -pas comme vous me l'avez fait connatre, et Thodore s'y est -mal pris; mais je ne veux rien pargner pour l'avoir.</p> - -<p>Vous pouvez, Monsieur, compter sur la vice-royaut perptuit -dans votre famille, sans aucun rendement de compte -des fonds que je vous aurai fournis pour consommer cet -ouvrage.</p> - -<p>Ne venez plus ici pour viter tout soupon et afin qu'on ne -s'aperoive de rien. Lorsque je serai Presbourg, venez-y me -trouver et l nous parlerons de cette affaire plus au long.</p> - -<p>J'ai voulu aujourd'hui vous faire savoir mes volonts, afin -que vous vous y prparassiez, et vous dclarer que ce n'est que -sur vous seul que je compte dans cette affaire; c'est sur vous -seul que je compte. Laissez-moi, je vous prie, la carte que vous -m'avez remise, afin que je connaisse les endroits o vous agirez, -cela me fera plaisir. Adieu, Monsieur, c'est sur vous seul que je -compte<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor"> [616]</a>.</p> - -<p>Quelle crance pouvait-on donner ce mmoire qu'on n'hsita -pas attribuer Beaujeu? Il parut assez srieux Amelot pour -qu'il le transmt Campredon, en lui recommandant de le rendre -public sans paratre y prendre part<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor"> [617]</a>. Et, s'il y a dans ce factum -quelque exagration quant aux ordres donns l'aventurier, -les relations du duc avec Beaujeu ne sauraient faire aucun doute. -Campredon fut mme de les certifier<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor"> [618]</a>. Il est certain que -<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span> -Franois voulait absolument avoir la Corse: la couronne grand-ducale, -qui lui tait promise, ne lui suffisait pas; il dsirait la -rehausser du titre de roi. L'envoy franais Gnes put, en -outre, fournir des renseignements, qui confirmaient les accointances -de Beaujeu avec les plus hauts personnages de la cour -autrichienne. Le moine dfroqu montrait un brevet d'aide de -camp gnral, qui lui avait t dlivr par le prince Eugne. Au -surplus, les papiers de ce dernier attestrent une dette de quatre-vingt -mille florins contracte envers Beaujeu. La Banque de -Vienne, au dbut de l'anne 1737, avait rembours cent mille -cus l'aventurier, sous le vague prtexte de rcompense pour -services rendus; mais Beaujeu avait exig que le contrat de -remboursement stipult la nature vritable de sa crance, c'est--dire: -argent prt pour la subsistance des troupes allemandes -en Italie. L'aventurier avait encore reu une gratification -de deux mille et quelques cents ducats. Cette -gratification prouverait elle seule les relations de Franois -avec l'ancien moine. On ne donne pas de l'argent aux gens -qu'on n'emploie pas. Campredon affirmait aussi que les -entretiens de cet individu avec le duc taient frquents. -Beaujeu avait persuad au prince que la Corse avait jadis -appartenu, en partie, la maison de Lorraine, et il se disposait - partir pour Presbourg afin de poursuivre ses complots. Ce -voyage confirmait les dires du mmoire que Campredon n'avait -pas encore sous les yeux. Beaujeu ne se contentait pas de faire - Franois des propositions que celui-ci acceptait, il voyait -aussi l'Empereur en secret. Dans la <i>Retirade</i> impriale, il s'tait -vant de connatre la capacit de tous les gnraux franais<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor"> [619]</a>. -Il s'tait mme excus auprs de Charles VI de n'avoir pas -russi enlever l'infant Don Carlos son passage Pise, par -suite de la dfection d'un officier qui lui avait promis trente -<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span> -hommes pour ce bon coup. Campredon disait qu'on pouvait -s'attendre tout de la part d'un misrable rengat, sur la tte -duquel on voyait encore les marques de la tonsure et qui paraissait -tre trs fort en thologie<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor"> [620]</a>.</p> - -<p>L'envoy de France fit, suivant les instructions qu'il avait -reues, rpandre discrtement le mmoire de Beaujeu dans -Gnes. Le comte Giucciardi, ministre imprial, vint trouver -Campredon. Il amena la conversation sur cette nouvelle qu'il -croyait invente, comme beaucoup d'autres, sachant qu' la -cour de Vienne on est fort rserv donner croyance ces -sortes de coureurs. Campredon rpliqua que Beaujeu tait un -espion avr et qu' son retour de Guastalla, il n'avait vit la -potence qu'en simulant la folie, grce la complaisance d'un -chirurgien peu scrupuleux. Des lettres de Rome et de Vienne, -que l'envoy de France avait lues, portaient que cet individu -devait passer en Corse avec les propositions du duc pour -les rvolts. Giucciardi rfuta ces choses trs faiblement, -disant que si le gendre de l'Empereur avait quelque vue -sur la Corse, ce serait pour empcher que l'le ne tombt -en d'autres mains. En somme, les dngations du ministre -imprial taient si embarrasses qu'elles quivalaient un -aveu<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor"> [621]</a>.</p> - -<p>En Corse, les chefs affirmaient que Thodore allait revenir -avec Beaujeu et Boieri, colonel au service de l'Espagne. Ces -trois personnages, d'aprs Orticoni, taient envoys par le duc -de Lorraine. Ginestra, dont le fils devait, quelques mois plus -<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span> -tard, proposer au cardinal Fleury de lui vendre les secrets de -Neuhoff, et Ciabaldini, taient alls Matra, chez Xavier, dit -le marquis de Matra, pour l'avertir de cette arrive prochaine. -Le fidle marquis avait fait prparer sa maison sans tarder<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor"> [622]</a>. -De son ct Giucciardi, pour donner le change, affirmait que -Beaujeu et Thodore allaient s'embarquer ensemble pour la -Corse<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor"> [623]</a>.</p> - -<p>Mais ce n'taient l que des racontars. Franois voulait faire -travailler Beaujeu pour lui seul; il n'entendait pas partager -le trne avec le baron. Quant ce dernier, sortant -peine des prisons d'Amsterdam, il tait occup soutirer de -l'argent des juifs: besogne particulirement absorbante et -dlicate.</p> - -<p>D'aprs un mmoire qui se trouve Gnes, Beaujeu avait -servi en Corse sous le prince de Wurtemberg et le gnral -Wachtendonck. Lorsque les Deux-Siciles furent donnes -l'infant Don Carlos, le prince Eugne aurait charg Beaujeu -de traiter avec les mcontents. L'le devait se mettre en rpublique -sous la protection de l'Empereur. En arrivant Vienne -pour rendre compte de sa mission Charles VI, le moine, -devenu soldat et diplomate, fut appel par le duc de Lorraine. -Le prince dclara sans ambages qu'il voulait tre roi de Corse. -Il comptait sur Beaujeu pour satisfaire l'ambition qu'il avait de -succder au baron Thodore. Il lui ordonna de ngocier cette -affaire. L'aventurier fut, parat-il, fort tonn d'une pareille -proposition. Il se rcria; il tait venu Vienne pour rendre -compte de sa mission l'Empereur et non pour trahir sa confiance. -Franois rpliqua que la chose lui paraissait fort simple. -Beaujeu n'avait qu' y songer avant de faire savoir son arrive -Sa Majest. Il y pensa, en effet, et revint trouver le duc. Les -<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span> -mystrieuses entrevues de la <i>Retirade</i> sont donc confirmes. Le -moine dfroqu, en homme d'honneur, dclara qu'il ne pouvait -pas manquer de parole l'Empereur. Il lui tait donc impossible -de servir le duc. Celui-ci fut stupfait. Il recommanda le secret - Beaujeu et lui donna quelques jours pour rflchir<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor"> [624]</a>. Quand -la conscience est en jeu, les rflexions sont inutiles. C'tait pour -le prince une manire polie de demander l'aventurier le prix de -ses scrupules. Pendant ce temps-l, Charles VI ngociait officiellement - Paris les conditions de l'intervention franaise en -Corse. Il est vrai que la politique de la <i>Retirade</i> tait bien -diffrente de celle qu'laboraient les ministres. Sans cela, les -deux cabinets auraient pu se confondre. Soudain, Beaujeu fut mis -en prison, l'instigation du duc de Lorraine, disait-on, et -sous le prtexte lastique d'affaire d'tat. On saisit tous ses -papiers et on le condamna au secret le plus absolu<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor"> [625]</a>.</p> - -<p>Beaujeu fut-il incarcr pour avoir refus de servir le gendre -ou pour avoir tromp le beau-pre? Ce serait, dans ce cas, une -victime de la <i>Retirade</i>; mais il y a tout lieu de croire que si -le moine dfroqu fut mis en lieu sr c'est qu'il trahissait tout -le monde. A la mort de Charles VI, Marie-Thrse le fit -relcher. Il n'eut plus alors qu'une ide: se venger du duc de -Lorraine. Il exera contre lui, en Toscane, le chantage le plus -hont. Il alla ensuite proposer la Corse au Grand Turc et au -Bey de Tunis. Les flibustiers, surgis des bas-fonds la suite de -l'quipe de Thodore, avaient la marotte de faire prendre le -turban aux Corses mcontents. En 1744, Beaujeu fut arrt -Livourne la requte du gouvernement sarde. Franois de -Lorraine, grand-duc de Toscane, qui n'avait pas oubli ses -entretiens dans la <i>Retirade</i>, fit faire le silence autour du prisonnier. -<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span> -Il mourut chrtiennement en 1746 et fut enterr avec -le mystre dont on avait entour sa dtention<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor"> [626]</a>.</p> - -<p>Malgr son lvation au grand-duch, Franois, qui avait -l'ambition ttue, songeait toujours la Corse. Seulement, -dgot, pour le moment, des clients interlopes de la <i>Retirade</i>, -il confia ses projets ses lieutenants. Wachtendonck, commandant -des troupes autrichiennes en Toscane, dirigeait ces -intrigues Livourne. Le gnral avait t un partisan fougueux -de Gnes, dont il aimait passionnment les sequins<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor"> [627]</a>. -Il montrait un tel zle pour la rpublique qu'il signalait l'insuffisance -des espions gnois Livourne et qu'il menaait bruyamment -les amis de Thodore de la prison; mais il avait chang -d'opinion.</p> - -<p>En 1740, il runissait des capitaines de navires anglais -et les chefs des corses rebelles en des conciliabules secrets et -nocturnes. Les confrences se tenaient au consulat britannique. -Wachtendonck tait un homme imprudent et indiscret; il se -donnait les allures d'un petit matre allemand, quoiqu'il ne -ft plus en ge de l'tre. A force de conspirer chez le -consul anglais, il tait devenu l'amant de sa femme<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor"> [628]</a>. Sous -prtexte de rtablir sa sant, il partit pour Pise. Dans ses quipages -se trouvaient le consul d'Angleterre et sa femme. Cet -article de bagage ne me surprend point, crivait Maillebois; -mais, ce qui pouvait paratre au moins trange, c'tait une -dmarche que le gnral et son ami avaient faite auprs des Corses -rebelles bannis de l'le par les Franais pour les rassurer sur -l'inquitude que ce dpart leur causait. Ils leur dclarrent, en -outre, qu'ils auraient satisfaction avant peu de temps<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor"> [629]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span> -Pour que le gnral se compromt jusqu' faire de pareilles -promesses, il fallait qu'il et reu des instructions formelles. -Franois s'tant dbarrass de Beaujeu, peut-tre trop exigeant, -se retournait vers Thodore. On avait prtendu que le gouvernement -gnois, par l'entremise de Viale, son reprsentant -Florence, aurait volontiers vendu la Corse au grand-duc, mais -l'tat financier de celui-ci n'inspirait pas grande confiance<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor"> [630]</a>. -Plus tard, on parla de l'change d'une partie de la province de -Massa, appartenant la Toscane, contre la Corse<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor"> [631]</a>. Mais -Franois voulait avoir l'le pour rien, ou du moins, bon -march. Il pensait que ce serait moins coteux de payer un -Thodore, un Beaujeu et quelques insulaires, que de ngocier -avec les Gnois un achat ou un change.</p> - -<p>En 1740, on disait Florence que quinze mille fusils destins - Thodore allaient arriver d'Allemagne. L'opinion que le grand-duc -soutenait le baron tait si rpandue que les Corses -affluaient Livourne. Il en venait de tous les cts et Lorenzi -s'tonnait que la police permt une telle agglomration de gens -accoutums toutes sortes de crimes et sans aveu<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor"> [632]</a>. Une -lettre de Vienne affirmait que Neuhoff insistait vivement auprs -de Franois pour l'envoi de troupes impriales en Corse. Il -s'engageait, moyennant ce secours, lui donner l'le. Le duc -avait charg le baron d'obtenir l'appui de l'Angleterre, mais -celui-ci n'avait pas pu russir dans ses dmarches. Trois ans -plus tard, Thodore allait, avec la protection des Anglais, essayer -de reconqurir la Corse, en mettant de ct le duc de Lorraine -engag dans la guerre de la succession d'Autriche. Pour l'instant, -Franois insistait auprs des ministres impriaux, qui lui taient -dvous, afin de dcider l'Empereur envoyer des soldats dans -l'le. Il offrait mme de prendre sa charge la plus grande partie -<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span> -des frais que cette expdition occasionnerait. Il recommandait -Thodore d'entretenir, en attendant, la confiance de ses partisans<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor"> [633]</a>.</p> - -<p>La mort de Charles VI, survenue quelques semaines plus -tard<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor"> [634]</a>, fit ajourner tous ces beaux projets.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_258"> 258</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VII</h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Thodore Cologne.—Entretien secret avec le Grand-Commandeur de -l'Ordre Teutonique.—Correspondance de Neuhoff avec son beau-frre -Gom-Delagrange.—Le roi de Corse veut traiter avec le roi de -France.—Louis de Groeben.</p> - -<p>Thodore arrive en Mditerrane avec une escadre anglaise.—Horace -Mann.—<i>Le mystre.</i>—Le <i>Vinces</i> en Corse.—Neuhoff en vue de -son royaume.—Sa proclamation.—Il ne dbarque pas.—L'affaire -du <i>Saint-Isidore</i>.—Protestation des Gnois.—Rponse du gouvernement -anglais.</p> - -<p>Les entrevues secrtes de Mann avec Thodore.—Un diplomate ennuy.—La -Cour de Turin.—Augustin Viale, rsident gnois en Toscane.—Mariani.—Les -inquisiteurs de Gnes.—Ils dcident de faire tuer -Thodore.—Scrupules de Viale.—Ses propositions.—San Cristofano.—La -kabale de Pic de la Mirandole.</p> -</div> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>Au mois de fvrier 1740, Thodore arriva Cologne. Son -quipage consistait en deux chaises de poste et des chevaux de -relais. Il se trouvait dans la premire avec trois individus vtus - la prussienne. Il se fit conduire l'htel de la commanderie -de l'Ordre Teutonique, chez son cousin, le baron de Drost. -Sans descendre, il fit appeler le secrtaire de son parent. -Celui-ci s'tant approch de la portire, Neuhoff dit ce seul -mot: <i>Deuterum</i> (?). Le secrtaire introduisit aussitt le roi -de Corse dans les appartements du Grand-Commandeur. -Il tait suivi par l'un des trois personnages qui l'accompagnaient. -Cet homme s'arrta dans l'antichambre, tandis que -Thodore entretenait son cousin en secret. La conversation -termine, Neuhoff regagna sa chaise avec mystre. Puis, les -deux voitures disparurent sans qu'on ait pu dcouvrir o elles -se rendaient. La seconde chaise tait hermtiquement close; on -<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span> -ne sut si elle contenait des voyageurs ou simplement des -bagages.</p> - -<p>Le Grand-Commandeur, une religieuse de la famille Drost, -un ami d'enfance, le baron Slein, furent les seules personnes que -vit Thodore pendant son sjour Cologne. Il crivit et reut -beaucoup de lettres. Il tait bien muni d'argent et entra en -pourparlers avec un entrepreneur pour la confection de mille -uniformes de soldats. Il affirmait que sa royaut avait un caractre -aussi ineffaable que la prtrise.</p> - -<p>Il ne resta que trois semaines Cologne. Il en partit, -le 29 fvrier, dans un fiacre de louage, accompagn par un seul -domestique. Il dclara qu'il se rendait Dantzig pour y ngocier -un embarquement. On apprit qu'il avait pass par Hanovre, -se rendant Copenhague<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor"> [635]</a>.</p> - -<p>Aprs sa visite Cologne, Thodore resta cach. On -perd sa trace pendant quelques mois. Il se recueillait sans doute.</p> - -<p>L'exploitation commerciale de sa couronne ne lui avait donn -que de maigres bnfices. Si les traitants hollandais s'taient -laisss duper, il ne leur avait pas, vrai dire, extorqu autant d'argent -qu'il l'et dsir. Il lui fallait maintenant essayer autre chose. -Il allait tenter de l'escroquerie politique. Il esprait peut-tre -russir tromper plus facilement des hommes d'tat que des juifs.</p> - -<p>D'abord, il dsirait traiter avec la France. Il s'tait -adress dans ce but son beau-frre, Gom-Delagrange, -conseiller au Parlement de Metz<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor"> [636]</a>. Il lui avait envoy -plusieurs lettres qui ne parvinrent pas destination. Il insista et -crivit le 1<sup>er</sup> octobre 1740, afin de savoir au juste quelles taient -les intentions de la France au sujet des Corses. Il faisait appel - son bon cœur pour avoir une prompte rponse. Il ne pouvait -croire encore que Louis XV voult favoriser les Gnois et -<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span> -opprimer des innocents. Ses ennemis taient sans cesse ses -trousses. Tout leur jeu, disait-il, est de me faire enlever mes -lettres et d'envoyer des espions de papier contre moi. Puis, -venaient les ternelles protestations et les mmes promesses -pour les siens<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor"> [637]</a>. Delagrange reut la lettre, cette fois, mais il -rpondit son beau-frre qu'il ne lui convenait pas de se mler -de ses affaires.</p> - -<p>Cette rponse ne plut pas au roi. Il tmoigna son beau-frre -la surprise qu'elle lui causait: comme, crivait-il, s'il -tait trs dlicat de se mler de mes affaires, terme que je ne -m'attendais de personne, encore moins de vous, mes actions -tant applaudies et respectes mme de l'ennemi. Il demandait - son parent d'tre son intermdiaire auprs de la cour -de France. Son rle n'tait pas achev et il se trouvait en -mesure, plus que jamais, de refaire ce qu'il avait fait. Sa -chre famille acquerrait donc gloire et mrite en entrant -dans ses combinaisons. D'ailleurs, aucune puissance ne pouvait -intervenir en Corse en dehors de lui. Outre son lection qui tait -relle et juste, il possdait lgitimement presque toutes -les terres au sud de l'le: c'taient les fiefs donns ses -anctres en ligne droite ane. Ces fiefs taient dj, en -931, entre les mains d'un Neuhoff, dernier vice-roi de Corse. La -spulture de ce personnage se voyait encore Alria. J'ai -fait caver et sous-terrer l'endroit, disait Thodore, et trouv et -le dpt du corps et l'inscription de son nom, Neuhoff, avec nos -propres armes<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor"> [638]</a>. Mais il ajoutait bien vite: Enfin le dtail -<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span> -en serait trop long. Puis, il revenait sur sa royaut; elle tait -et resterait intangible. On n'avait qu' respecter ses faits et -gestes. Il ne se dpartirait jamais de ces sentiments. Mais, -comme ses fidles sujets ne voulaient, en aucune manire, rentrer -sous la domination gnoise, si le roi trs chrtien, en intervenant -dans l'le, avait une autre intention, il devait s'expliquer avec -lui. Il donnerait son concours Louis XV, car il n'avait qu'un -but: maintenir ses prrogatives et assurer le bonheur des -Corses. Son beau-frre devait donc obtenir, Versailles, des -claircissements prcis et dfinitifs. L'heure tait venue o -chacun voulait pcher dans l'eau trouble. Et, aprs tout ce -qu'il avait fait, pouvait-on le croire rduit l'impuissance? Il -faudrait qu'on ignort le sincre et inaltrable attachement des -Corses son gard. Certes, il avait t trahi, mme par les -siens. Son cousin germain, Jean-Frdric de Neuhoff, s'tait -attir le mpris universel en quittant la Corse. Il ne lui pardonnait -pas cette conduite lche<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor"> [639]</a>. Son neveu, Jean-Frdric -de Neuhoff, seigneur de Rauschenbourg, une belle baronnie -sur la Lippe en Westphalie, avait bien tent une action -srieuse dans l'le, mais il tait parti aussi<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor"> [640]</a>. Thodore, -pour l'instant, mettait toutes ses esprances sur le frre de ce -dernier, un jeune homme trs rsolu. Quant celui qu'on appelait -Drost dans les gazettes, il n'appartenait pas sa famille et -avait usurp ce nom. C'tait un tratre et un espion soudoy -par les Gnois. Le baron comptait partir au plus tt afin -de saisir la premire occasion favorable de dbarquer en -Corse et aussi pour mettre sa personne en sret. Gnes avait -lanc ses trousses plusieurs assassins gags. A sept reprises, -il avait reu du poison ou essuy des coups de feu. Les -<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span> -gens de l'ambassadeur de France, Venise, s'taient laisss -suborner jusqu' tirer sur lui<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor"> [641]</a>. Au mois de juillet, en Holstein, -ceux qui le poursuivaient avaient pay leurs attentats avec la -corde au gibet. Voil la guerre que Gnes sait mener. Mais la -Providence le protgeait et il s'en remettait la justice divine -pour chtier les coupables comme ils le mritaient. Ttu jusqu' -la folie, il insistait encore pour que son beau-frre lui ft connatre -les intentions formelles de la France. Soyez assur que -je donnerai les mains tout, si ma rputation et le bien de mes -peuples fidles ne sont lss, surtout qu'il ne s'agit de -Gnes. Puis, aprs ses salutations affectueuses, il s'excusait -en post-scriptum—prcaution ncessaire—sur son mal -crire. Il avait chaque jour un nombre extraordinaire de lettres - expdier; toutes les affaires lui passaient par les mains et il -n'tait pas trs familiaris avec le style franais<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor"> [642]</a>.</p> - -<p>Au lieu d'entamer des ngociations Versailles, Gom-Delagrange -envoya les lettres de son beau-frre Amelot. Il -manda au ministre qu'il avait dclar au baron de Neuhoff qu'il -ne voulait pas intervenir dans ses affaires. Mais Thodore insistait -pour qu'il entrt en pourparlers avec la cour et il jugeait -cette proposition si ridicule qu'il se faisait un devoir de -transmettre au gouvernement ces ptres. Il comptait ne pas -y rpondre moins que le ministre ne lui donnt l'ordre -contraire<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor"> [643]</a>.</p> - -<p>Amelot remercia Gom-Delagrange et lui dit qu'il avait lu -les lettres au cardinal Fleury. Son minence savait gr de -l'attention; elle jugeait qu'il ne fallait faire aucun cas de ces -crits et qu'il convenait de les laisser sans rponse<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor"> [644]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span> -Amelot avait retourn les lettres au conseiller. Quelques -jours plus tard il les lui redemanda ayant, disait-il, quelques -raisons de les voir encore<a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor"> [645]</a>.</p> - -<p>Le beau-frre de Thodore renvoya les papiers<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor"> [646]</a>. Cette fois, -ils restrent dfinitivement entre les mains du ministre. Gom-Delagrange -n'entendit plus parler de son royal parent.</p> - -<p>Louis de Groeben, ce capitaine prussien qui avait fidlement -suivi Frdric dans son quipe travers les montagnes -de l'le, tait Livourne au mois de septembre 1741. Les -Gnois le surveillaient et leur consul, Gavi, un corse, homme -capable de tout pour son intrt<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor"> [647]</a>, intercepta deux de -ses lettres. La premire tait crite Bigani, qui, force de -conspirer avec Thodore et de le trahir, avait obtenu un poste -important du roi des Deux-Siciles<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor"> [648]</a>. Le capitaine, dsirant -faire tenir une missive au baron, s'tait adress Groeben par -l'intermdiaire d'un certain Giordani. Groeben mandait qu'il -l'avait transmise au roi qui se trouvait alors Sienne, mais -Sa Majest ne se htait pas de rpondre. Vous le connaissez, -crivait le prussien, qu'il est paresseux pour crire. -Puis, il flicitait son correspondant sur son avancement. Il -regrettait de ne pouvoir aller visiter M<sup>lle</sup> Bigani au couvent, -les rgles monastiques s'y opposant. Il s'occupait de lever des -compagnies corses qui taient peu prs compltes. Les insulaires, -voyant partir les troupes franaises, se soulevaient; avant -six mois la rbellion serait gnrale<a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor"> [649]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span> -La seconde lettre de Groeben tait pour M<sup>me</sup> Franoise-Constance -Fonseca, qui continuait, aprs sa sœur, la correspondance -avec les partisans de Thodore. Il suppliait la religieuse -de dire son ami que le moment tait favorable pour agir -nergiquement. S'il laissait fuir l'occasion, il ne la retrouverait -plus. Il fallait mener cette action de fait et non par crit ou en -paroles. S'il tardait paratre dans l'le avec des secours, un autre -prendrait sa place; il devrait renoncer la couronne tout jamais.</p> - -<p>Les insulaires avaient fait une grande perte dans la personne -de Wachtendonck, qui, hlas! tait mort<a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor"> [650]</a>.</p> - -<p>Thodore ne se pressait pas. Il mrissait ses projets avec -une sage lenteur. L'Europe tait alors engage dans la guerre -de la succession d'Autriche. La Corse disparaissait au milieu -de la conflagration gnrale, mais il pouvait esprer faire quelque -fructueuse entreprise la faveur de ces conflits. Vers la fin -de 1742, il se trouvait Londres, se prparant frapper un -coup qu'il jugeait dcisif. Il y avait plus d'un an qu'on n'entendait -plus parler de lui, lorsque soudain, au mois de janvier 1743, il -apparut dans la Mditerrane sur un navire de Sa Majest -britannique, <i>Le Revenger</i>, capitaine Barckley.</p> - -<p class="subt">II</p> - -<p>Parti d'Angleterre au mois de novembre 1742, <i>Le Revenger</i> -arriva Livourne le 7 janvier 1743 aprs avoir touch -Lisbonne et Villefranche<a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor"> [651]</a>. Le gnral Breitwitz, commandant -des troupes autrichiennes en Toscane, alla voir Thodore -<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span> -bord du <i>Revenger</i> avec Richecourt, vice-prsident du Conseil de -Rgence, et Goldworthy, consul d'Angleterre Livourne. Un -manifeste, que l'ancien roi devait lancer aux Corses, fut prpar -dans cette confrence.</p> - -<p>Horace Mann, ministre de George II Florence, dclara -qu'il tait totalement tranger cette affaire. Cette dclaration -n'avait pas seulement un caractre diplomatique; chose qui -peut sembler trange, elle tait l'expression de la vrit.</p> - -<p>Goldworthy s'tait excus auprs de son chef hirarchique -de lui avoir cach l'arrive de Thodore dans les eaux toscanes. -Pour justifier sa conduite, le consul allguait que son -intention tait de mettre Mann au courant, mais que le capitaine -Barckley s'y tait refus en disant que cela ne concordait pas -avec ses instructions. D'ailleurs, le commandant en chef des -forces anglaises dans la Mditerrane, l'amiral Matthews, ne -connut l'affaire que par Thodore.</p> - -<p>Il y avait l une compromission que le ministre anglais -n'osait pas avouer<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor"> [652]</a>.</p> - -<p>Horace Mann reprsentait l'Angleterre depuis 1740 la cour -du grand-duc de Toscane. Il avait succd Fane, un vieux -fonctionnaire trs correct, qui poussait le respect du protocole -jusqu' la dvotion. Ne s'tait-il pas alit pendant six semaines, -en proie une vritable maladie, parce que le duc de Newcastle, -lui crivant, avait termin sa lettre par les mots <i>Yours humble -servant</i>, au lieu de <i>Yours very humble servant</i>, dont il se -servait d'habitude!</p> - -<p>Mann tait un esprit dlicat, fin, lettr, diplomate l'excs. -Un pointe d'humour relevait chez lui les qualits d'analyse et -d'observation. Son style caustique, mais avec bonhomie, trahit -le pessimisme aimable du XVIII<sup>e</sup> sicle.</p> - -<p>Pendant quarante-six ans, il demeura Florence, menant -<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span> -dans la <i>casa Manetti</i>, prs du pont <i>della Trinit</i><a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor"> [653]</a>, l'existence -d'un patricien florentin tout en restant un gentleman -anglais. Il tait intimement li avec Horace Walpole, ce grand -seigneur sceptique, dont la froide ironie aimait dissquer -tous les ridicules.</p> - -<p>Horace Walpole tait venu Florence o il avait connu Mann -en 1741. Aprs son dpart, une correspondance rgulire -s'tablit entre eux. Elle dura quarante-six ans, jusqu' la mort -du diplomate. Les deux amis ne se revirent pourtant jamais. Il -n'y a pas d'exemple pareil dans l'histoire de la poste, disait -Walpole.</p> - -<p>Lorsque <i>Le Revenger</i> arriva Livourne, au mois de janvier -1743, avec le mystre que l'on sait, le ministre anglais se -posa cette question: Quel est le personnage qui se trouve -incognito bord? Les noms les plus fantaisistes circulaient. -tait-ce le roi de Sardaigne, l'amiral Matthews, Thodore de -Neuhoff, ou bien..... Robert Walpole, le pre d'Horace<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor"> [654]</a>? On -ne tarda pas savoir que ceux qui mettaient en avant le nom -de Thodore avaient seuls raison. Du reste, le secret tait -largement divulgu. Goldworthy en avait fait la confidence -tout le monde, sauf Mann, son chef.</p> - -<p>Cette incorrection du consul fit la joie de Walpole et, -son tour, il confia son ami, sous le sceau du secret, que -le mystrieux passager du <i>Revenger</i> n'tait pas sir Robert -Walpole<a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor"> [655]</a>.</p> - -<p>Mann avait surtout pour mission de surveiller, en Italie et -principalement en Toscane, les menes du prtendant Stuart. -Nanmoins, pour sa gouverne, il et dsir connatre les ides -du ministre anglais au sujet de Thodore.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span> -Dans toutes ses lettres Horace Walpole, il lui parle du -<i>mystre</i>. Le <i>mystre</i> ou bien le <i>fantme</i> (the ghost), tels sont les -noms de convention dont il affuble le prtendant au trne de -Corse, tandis que l'amiral Matthews ne cessera d'tre <i>Il furibondo</i>. -C'est d'ailleurs le sobriquet que lui avait fait donner, en -Italie, son caractre born et irascible.</p> - -<p>Mann envoya son ami le manifeste de Neuhoff, dont -quelques exemplaires circulaient dans Florence. Je vous -remercie de la dclaration du roi Thodore, rpondit Walpole, -je lui souhaite succs de tout mon cœur. Je dteste les Gnois; -ils ont fait d'une rpublique la plus diabolique de toutes les -tyrannies<a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor"> [656]</a>.</p> - -<p>Mais, pendant cet change de lettres, les vnements avaient -march. Aprs s'tre concert avec Goldworthy et les reprsentants -du grand-duc, Thodore se disposa regagner son -royaume. Dans la nuit du 18 janvier, un vaisseau anglais, <i>Le -Vinces</i>, portant cinquante canons, tait parti pour la Corse -emmenant le secrtaire du roi. Cet individu devait prparer -le retour de Sa Majest dans ses tats; il portait des lettres -plusieurs chefs<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor"> [657]</a>.</p> - -<p><i>Le Vinces</i> apparut au large de l'le Rousse le 19, vers le -soir. Aprs avoir salu la tour, le capitaine envoya les papiers -et convoqua les chefs de la Balagne.</p> - -<p>Thodore accordait une amnistie gnrale pour les offenses -qui lui avait t faites pendant son rgne, et il annonait son -retour en Balagne pour le 26 janvier. Quelques habitants de Monticello -montrent bord pour avoir des fusils et des balles. Aprs -cette distribution, un officier dbarqua. Bel homme, une barbe -naissante au menton, vtu l'anglaise, il parlait latin pour se -faire comprendre. Il dclara aux Corses que les vnements -<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span> -les plus heureux pour eux allaient arriver. Il leur demanda -s'ils taient toujours en rvolte ou bien s'ils reconnaissaient -la domination gnoise. Dans le premier cas, taient-ils -disposs recevoir leur roi? Selon leur rponse, celui-ci viendrait -bientt pour les secourir avec des armes et des munitions. Les -insulaires, gens peu spculatifs, n'avaient pas grande confiance; -nanmoins, ils dirent qu'ils accueilleraient volontiers Thodore -et ils prirent l'officier de lui faire connatre leurs bonnes dispositions. -Les lettres royales furent expdies dans la montagne -avec quelques fusils et il fut dcid qu'une assemble se tiendrait -le dimanche suivant afin de dlibrer sur ces choses. Ayant reu -les dclarations des chefs, le btiment mit la voile pour -Livourne. L'officier anglais resta terre<a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor"> [658]</a>.</p> - -<p>Thodore n'avait pas dbarqu Livourne; de la ville, on -pouvait le voir se promener sur le pont du <i>Revenger</i>. Des Corses, -excits par cet vnement, accouraient pour se mettre la disposition -de leur roi. Parmi les plus enrags, se trouvaient le -prvt de Zicavo et le frre du prtre Croce. On recommandait - tous les insulaires de se tenir prts embarquer sur le -btiment anglais. Gavi, le consul de Gnes, trs alarm, avait -fait armer un bateau pour aller, au premier signe, Bastia, -informer le gouverneur. Les ngociants anglais affirmaient -que Thodore n'attendait que le retour du <i>Vinces</i> pour -mettre la voile. Le 30 janvier, onze heures du soir, -Gavi fit partir sa felouque, car il venait d'apprendre que -les Corses s'taient embarqus avec leurs bagages<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor"> [659]</a>. <i>Le -Revenger</i>, portant soixante-dix canons, et <i>Le Salisbury</i>, arm de -cinquante pices, avaient, en effet, mis la voile dans la nuit du -<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span> -29 au 30 janvier. Plusieurs autres vaisseaux de guerre anglais -se trouvaient dj dans les eaux corses. La flotte comprenait -ainsi dix ou douze units<a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor"> [660]</a>. Le roi Thodore rentrait en grande -pompe dans son royaume sous le couvert du pavillon britannique; -on prtendait qu'il avait les poches bien garnies, ayant -reu vingt mille livres sterling Londres<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor"> [661]</a>, chose qui n'aurait -pas nui son prestige. On disait aussi que Michel Jabach, -chez qui avaient t consigns dix-huit canons de fer fin faisant -partie de la cargaison du <i>Yong-Rombout</i> aprs la tentative -avorte de 1738, avait reu de Hollande l'ordre de tenir ces -pices la disposition de Neuhoff. Le prince d'Orange avait -approuv tout cela. Mais les ngociants hollandais, n'oubliant -jamais leurs intrts, avaient stipul que les canons devaient -tre remis au roi en change d'huiles, pour une valeur quivalente<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor"> [662]</a>.</p> - -<p>La flotte portant Thodore parut devant l'le Rousse le -1<sup>er</sup> fvrier. Le peuple se rassembla sur la plage pour avoir, -comme toujours, des fusils et des balles. Une chaloupe aborda -et dbarqua un baril de poudre et quelques boulets. Puis, deux -officiers descendirent terre et rejoignirent leur camarade, qui -tait rest aprs le dpart du <i>Vinces</i>. Les trois officiers dirent -alors que si les Corses taient toujours anims de bonnes intentions, -les principaux devaient se rendre sur <i>Le Revenger</i> pour -rendre hommage au roi. Les chefs vinrent aussitt complimenter -Thodore; et cette crmonie termine, ils regagnrent la terre. -Aprs leur dpart, la flotte mit la voile, car le souverain -voulait faire le tour de l'le pour s'assurer des dispositions des -peuples. Les Anglais dclarrent aux chefs, un peu ahuris par -<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span> -ce dpart si prompt, que Thodore, aprs cette tourne, dbarquerait -avec des hommes, des armes et des munitions. Aid par -l'Angleterre et les puissances allies, il ferait le bonheur de -ses sujets<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor"> [663]</a>.</p> - -<p>Pour appuyer ces dclarations, Neuhoff, avant son dpart, -lana son dit prpar d'avance Livourne aprs entente -avec le consul anglais et les autorits grand-ducales. Cette -proclamation tait date de Santa Reparata de Balagne, le -30 janvier 1743, la septime anne de son rgne. Il comptait—nous -l'avons vu—arriver dans les eaux corses avant cette date. -Cet crit fort long, mais d'un style noble, dbutait par une -action de grces envers la Providence. Malgr les monstrueuses -infamies et les noirs complots de ses ennemis les Gnois, -malgr aussi les procds iniques et diaboliques des chefs -corses, il avait russi rentrer dans son royaume avec les -secours ncessaires. Il tait persuad que les insulaires avaient -ouvert les yeux, et, plein de confiance dans ses sujets, qui jadis -lui avaient jur fidlit, il venait eux. Voulant donner une -preuve de sa souveraine et paternelle clmence, il accordait le -pardon pour tous les attentats commis contre sa personne -royale, contre ses droits et contre le bien public du royaume. -Cependant, il excluait de cette amnistie les infmes sicaires -qui avaient assassin le trs affectionn gnral, comte Simon -Fabiani, dont la mmoire tait bnie, et les parjures, flons et -tratres: Hyacinthe Paoli, le chanoine rasme Orticoni et le -prtre Grgoire Salvini. Ces hommes taient non seulement -jamais bannis de l'le, mais leurs biens taient confisqus -au profit des veuves et des orphelins laisss par les sujets fidles, -morts en dfendant les droits du roi et de la patrie. Thodore -vouait le nom de ces bandits l'excration de la postrit -et, s'ils osaient remettre les pieds en Corse, la mort la -<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span> -plus ignominieuse qu'on pourrait inventer leur tait rserve. -Tous ceux qui protgeraient les susdits bandits seraient galement -punis de mort. Les Corses qui, en Italie, servaient -Naples et l'Espagne devaient rentrer sous son obissance dans -le dlai de six semaines, ceux qui se trouvaient en France et -en Espagne dans celui de trois mois, sous peine de voir leurs -biens confisqus, toujours au profit des veuves et des orphelins. -Par contre, il ordonnait aux insulaires attachs au duc de -Lorraine, grand-duc de Toscane, de continuer tmoigner -S. A. R. leur zle et leur dvouement, car il entendait donner -aide et assistance, dans la plus grande mesure, la reine de -Hongrie et de Bohme<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor"> [664]</a> pour la dfense des tats qu'elle -tenait de son auguste pre, l'Empereur. Les Corses attachs -au Souverain Pontife et la rpublique de Venise, avaient, -les premiers, un mois, et les seconds trois mois pour faire -leur soumission. Quant ses sujets qui n'avaient pas craint -d'embrasser l'indigne parti de Gnes, un jour de rmission -tait accord ceux qui se trouvaient dans les places injustement -dtenues par l'ennemi, et huit jours ceux qui sjournaient -sur le territoire de la rpublique. Il promettait pleine et -entire amnistie tous les gars qui rentreraient dans le -royaume pour concourir la dfense de la patrie. Il les -emploierait selon leurs capacits. Il esprait que cet appel -l'union ne serait pas vain et que tous viendraient se ranger sous -son tendard. Il ordonnait enfin que cet dit, crit de sa -propre main, muni du sceau royal, ft lu et affich dans tout le -royaume<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor"> [665]</a>.</p> - -<p>Cette proclamation, qui avait t, disait-on, imprime Pise, -par les soins du docteur Sauveur Olmetta, fut rpandue non -<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span> -seulement en Corse mais aussi en Italie. On le vendait dans les -rues de Livourne<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor"> [666]</a>.</p> - -<p>Aprs avoir reu l'hommage des chefs sur <i>Le Revenger</i>, -Thodore quitta ce navire et prit passage sur <i>Le Folkestone</i>, -capitaine Balchen. Les btiments se sparrent. L'un d'eux -se rendit Ajaccio, un autre, celui sur lequel se trouvait le -roi, sans doute, dposa quelques munitions Campo-Moro. -Sa Majest, du reste, ne mit jamais le pied terre<a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor"> [667]</a>. Elle -demeura prudemment bord. C'tait ce qu'Elle appelait -rentrer dans ses tats. D'ailleurs, Thodore faisait toujours les -plus belles promesses. Il attendait sept vaisseaux anglais -et hollandais portant un chargement complet d'armes et de -provisions. Deux de ces navires taient dj arrivs Port-Mahon -et il dbarquerait aussitt qu'il aurait rassembl sa -flotte<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor"> [668]</a>.</p> - -<p>Le 10 fvrier, <i>Le Folkestone</i> revint l'le Rousse avec -Thodore et les chefs balanais. Ceux-ci allrent terre avec tout -un arsenal: fusils, sabres, pistolets, cartouches, balles et -poudre. Quelques dserteurs allemands, qui se trouvaient en -Balagne, furent enrls et embarqus. Vingt-deux franais se -prsentrent aussi, mais le roi les refusa parce qu'ils taient -catholiques, lui, qui entendait plusieurs messes par jour! Pour le -moment, il s'agissait de plaire aux anglais protestants. Quelques -bateaux chargs d'huile furent capturs et renvoys vide avec -leurs quipages. Puis, Thodore profita de ce qu'il tait en -sret pour accomplir un acte nergique. Il crivit au capitaine -Bertelli, commandant la tour et le fortin de l'le Rousse, pour le -prier de dcamper<a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor"> [669]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span></p> - -<p class="titel">Monsieur,</p> - -<div class="blockquote"> -<p>Au reu de la prsente, Votre Seigneurie vacuera la tour -et le fortin de l'le Rousse, et enverra cet effet deux otages - Monticello. Je promets sur ma parole que Votre Seigneurie, -ses officiers et ses soldats auront la libert de se retirer avec -leurs armes et baonnettes, qu'ils ne seront pas molests et qu'ils -pourront s'embarquer pour le continent avec leurs bagages. Si -vous voulez attendre l'attaque, sachez qu'il ne sera fait aucun -quartier.</p> - -<p>Quant aux officiers et soldats qui voudraient rester notre -service, nous les accueillerons et nous leur donnerons mme de -l'avancement.....<a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor"> [670]</a></p> -</div> - -<p>Le commissaire gnois, affol devant cette sommation, -ordonna aussitt au capitaine de se retirer. Le brave commandant -ne se le fit pas dire deux fois; il se hta de dguerpir avec -armes, bagages et provisions. Cette retraite stupfiante donna -penser que Thodore pouvait bien tre de connivence avec la rpublique. -Il est certain que le roi et les Gnois taient parfaitement -d'accord pour fuir les uns devant les autres. Mais Neuhoff se -vanta, aprs cela, de prendre Calvi sans coup frir, pour en -faire la base de sa domination. Nanmoins, son ardeur belliqueuse -en resta l. Voyant, ds le 11, que le gros de la -flotte ne l'avait pas suivi, il fit mettre la voile pendant la -nuit<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor"> [671]</a>.</p> - -<p>Le 14 fvrier, <i>Le Folkestone</i> parut devant Livourne. Le -capitaine Balchen envoya aussitt une lettre de Thodore -Breitwitz pour demander des secours. En attendant les ordres -du grand-duc, le navire retourna dans les eaux corses portant -toujours le roi<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor"> [672]</a>, qui aimait fort admirer son royaume -<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span> -en se promenant sur le pont d'un vaisseau. <i>Le Folkestone</i> -s'en vint Ajaccio o les navires anglais se prparaient - commettre un attentat, que seule leur supriorit numrique -justifiait. Il s'agissait de dtruire un btiment de guerre -espagnol, <i>Le Saint-Isidore</i>. Cet attentat fut prmdit. Ds -le 6 fvrier, Gavi, le consul gnois Livourne, signalait -son gouvernement l'intention des Anglais<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor"> [673]</a>. Le 10, lorsque -<i>Le Folkestone</i> se trouvait devant l'le Rousse, parmi toutes -les vantardises destines sduire les insulaires, Thodore -avait lanc celle de brler le navire espagnol<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor"> [674]</a>. Par extraordinaire, -les dires de Sa Majest reurent confirmation. Il est -vrai qu'il s'agissait d'une vilaine action commettre.</p> - -<p>Le 28 fvrier, l'escadre anglaise se trouvait dix milles -d'Ajaccio. Une chaloupe se dtacha et amena terre le secrtaire -de Neuhoff qui, sur-le-champ, alla confrer avec le gouverneur. -Ce dernier autorisa l'individu reconnatre le camp et les magasins -de marine que les Espagnols possdaient terre. Il fournit -mme deux officiers de la garnison, les frres Giannetti, pour -faciliter cette reconnaissance. Quand elle fut acheve, la -chaloupe rejoignit la flotte.</p> - -<p>Dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 mars, les btiments anglais s'approchrent -de terre. Il y avait deux navires de haut bord et une -frgate de quarante canons. Le lendemain matin, un vaisseau de -ligne se joignit aux autres, tandis que <i>Le Folkestone</i>, avec -le roi, se tenait au large. L'escadre, avanant toujours, arriva - une porte de fusil du <i>Saint-Isidore</i>. Une chaloupe avec -un officier accosta le navire espagnol et somma le commandant, -le chevalier de Lage, de se rendre sans tarder, sinon il ne -serait fait aucun quartier ni lui, ni son quipage. Le -chevalier rpondit qu'on ne faisait pas une pareille proposition - un homme comme lui; il connaissait son devoir. Capitaine -<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span> -d'un vaisseau de Sa Majest catholique, il saurait se dfendre. -Les Anglais pouvaient faire ce qu'ils voulaient: il ne se rendrait -pas. Aussitt que l'embarcation du parlementaire se fut loigne, -de Lage fit donner toute son artillerie contre les navires -ennemis. Celui qui portait le commandant de l'escadre fut -trs maltrait. Il perdit un mt et reut une large blessure -dans le flanc avec huit pieds d'eau dans la cale; il lui -fut dsormais impossible de manœuvrer. Le chevalier, voyant -le bon effet de son tir, s'apprtait le renouveler lorsqu'il -s'aperut que la flotte anglaise l'entourait, s'apprtant -cribler son navire. Il courait le danger de sacrifier son quipage -et de voir les ennemis capturer son btiment. Il fit faire -une nouvelle dcharge et ordonna ses hommes de quitter -le bord. Les matelots et lui-mme se sauvrent la nage, -aprs avoir mis le feu au <i>Saint-Isidore</i>, qui fut bientt tout -en flammes. Trente marins se noyrent; cinq autres furent -tus par le canon. Le gouverneur refusa au chevalier et -ses hommes, un asile dans la place. De Lage se retira, pendant -la nuit, dans la montagne. Les Anglais ne purent prendre qu'une -pave fumante. A l'abri des coups, Thodore, sur <i>Le Folkestone</i>, -assistait cette glorieuse quipe<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor"> [675]</a>.</p> - -<p>Pendant ce temps, les chefs de la Balagne consultaient -leurs docteurs en thologie pour savoir si l'on devait recevoir le -roi. Comme les thologiens corses taient les plus exalts -parmi les rebelles, on pensait que leur avis serait favorable -Thodore<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor"> [676]</a>. Mais celui-ci prfrait exercer son autorit royale - distance; il ne dbarqua pas. Il est vrai que l'enthousiasme -de certains n'tait pas partag par les populations. Il y avait en -Corse un parti trs important pour l'infant Don Philippe d'Espagne, -<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span> -et le fait d'arriver sous le couvert du pavillon anglais ne -pouvait pas rendre la popularit au roi, surtout pour la question -de religion<a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor"> [677]</a>. Vers le milieu de mars, <i>Le Folkestone</i> ramena -Neuhoff dans les eaux toscanes, cette fois-ci dfinitivement. Le -capitaine Balchen le fit dposer, dans la nuit du 16 au 17, -l'embouchure de l'Arno, o Richecourt, le vice-prsident du -Conseil de rgence, vint confrer avec lui<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor"> [678]</a>.</p> - -<p>On disait que les Anglais avaient t promptement dsabuss -sur le compte de Thodore, qui leur avait promis des choses -qu'il ne pouvait pas tenir. On prtendait aussi qu'ils s'taient -servis du baron comme d'un pouvantail, l'usage des -Gnois, pour les empcher de protger le <i>Saint-Isidore</i> et -que toute cette leve de boucliers, la plus indcente qu'ait -jamais faite une couronne, n'avait pour point de vue que -de brler ou de prendre le vaisseau espagnol dans le port -d'Ajaccio et sous le canon de la forteresse sans qu'elle s'y -oppost, et que cette affaire tant consomme par le parti que -M. de Lage a pris de donner feu son vaisseau, Thodore -leur est devenu inutile et ils ont pris le parti de s'en dbarrasser -cavalirement. On prsumait que Neuhoff, aprs avoir t si -piteusement abandonn sur la plage italienne par ses bons amis -les Anglais, irait continuer ailleurs le roman de sa vie<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor"> [679]</a>.</p> - -<p>Gavi, le consul de Gnes Livourne tait corse; homme -trs habile, d'ailleurs, et capable de tout faire pour son intrt. Il -tait trs li avec Richecourt et il frquentait dans l'intimit les -plus chauds partisans de Thodore en Toscane. Il pouvait ainsi -renseigner utilement son gouvernement sur toutes les intrigues. -C'tait un agent prcieux<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor"> [680]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span> -La rpublique de Gnes fut trs alarme de cette nouvelle -quipe. Elle paraissait plus srieuse que les prcdentes. -N'tait-elle pas, en effet, ouvertement protge par l'Angleterre? -L'envoy gnois, Turin, dans un entretien avec le marquis -d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel III, se plaignit des -manœuvres anglaises en Corse, car, malgr sa rserve, on -considrait le roi de Sardaigne comme l'alli des Autrichiens -et des Anglais. D'Ormea rpondit en rcriminant plus fort -contre les Anglais.</p> - -<p>tant donn les relations amicales qui existaient entre -George II et Charles-Emmanuel, d'Ormea n'admettait pas que -la cour de Londres formt un projet quelconque sur la Corse -sans y faire participer son matre. Cette rponse tait une -dfaite, mais elle ne manquait ni d'habilet ni d'arrogance. La -rpublique n'en fut pas dupe, et si des doutes subsistaient -encore dans son esprit, au sujet de l'appui, tout au moins tacite, -donn par le roi de Sardaigne aux entreprises anglaises, cette -conversation tait de nature les faire vanouir.</p> - -<p>Jonville, qui donnait Amelot le rsum de cette confrence, -terminait par cette apprciation: Peut-tre les Gnois -sont-ils d'intelligence sur le projet en question avec les Anglais -et ce qui me le fait penser, c'est que cette rpublique sentant -que la Corse est la cause de sa ruine, et que les peuples de cette -le ne se soumettront jamais la rpublique, elle voudrait peut-tre -trouver le moyen de vendre ou d'changer cette le et pour -ne pas nous donner occasion de nous plaindre, elle est capable -d'avoir conseill aux Anglais de s'en rendre matres<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor"> [681]</a>.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, la rpublique protesta officiellement auprs -de George II contre le concours prt Thodore par les -btiments anglais; pour faire disparatre en France tout soupon -de mauvaise foi, Doria, envoy gnois auprs de Louis XV, -remit Amelot une copie de la protestation. Cet crit faisait -<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span> -l'historique de l'intervention franaise avec la garantie de -l'Empereur, puis il relatait les incidents de l'arrive de Neuhoff -en Corse accompagn par une escadre anglaise. Il jugeait -l'dit de l'aventurier, dat de la septime anne de son rgne, -sditieux et injurieux pour les couronnes de l'Europe<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor"> [682]</a>.</p> - -<p>Amelot, aprs avoir lu cette note, trouva les arguments des -Gnois bien fonds. Et je ne sais pas, crivait-il Jonville, -comment les Anglais s'y prendront pour pallier aux yeux de l'Europe, -je ne dis pas mme justifier, une entreprise aussi odieuse<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor"> [683]</a>.</p> - -<p>La Cour de Londres n'tait pas embarrasse pour si peu. -Newcastle rpondit le 17 mars Gastaldi, envoy de Gnes en -Angleterre, que tout ce qui s'tait pass avait t fait non -seulement sans l'ordre du roi, mais contre ses intentions. -Le ministre promettait de faire ouvrir une enqute, afin que Sa -Majest tant pleinement informe du cas, puisse prendre, cet -gard, les mesures qu'elle jugera propos<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor"> [684]</a>. Les enqutes -valaient cette poque ce qu'elles valent aujourd'hui. Cette -rponse tait une fin de non recevoir rdige en termes diplomatiques.</p> - - -<p class="subt">III</p> - -<p>On riait en Italie—ailleurs qu' Gnes—des aventures -de Thodore. L'amiti inconsidre que Breitwitz lui avait -tmoigne faisait dire aux plaisants que le baron tait le -chevalier protecteur de Marie-Thrse. Les gens plus srieux -regrettaient que la reine de Hongrie et choisi comme alli ce -roi de comdie<a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor"> [685]</a>. La lourdeur tudesque de Breitwitz finit par -<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span> -s'mouvoir de ces pigrammes. Comme les autres, il renia -Neuhoff. Il avait remarqu, disait-il, que c'tait un babillard -qui se flattait de bien des choses qui taient chimriques<a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor"> [686]</a>.</p> - -<p>De l'embouchure de l'Arno, Thodore se rendit Florence -et sa premire visite fut pour Breitwitz. Le gnral autrichien -avait d'autant plus peur de se compromettre que le baron avait -chou piteusement dans sa dernire tentative. A quoi bon voir -cet incorrigible hbleur? Il fit dire par son valet l'aventurier -que, se trouvant incommod, il ne pouvait pas le recevoir, -mais qu'il l'engageait aller trouver le rsident anglais pour -l'entretenir de ses affaires.</p> - -<p>L'amiral Matthews—<i>il furibondo</i>—de son ct, criait -bien fort qu'il n'entrait pas dans les intrigues de Thodore<a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor"> [687]</a>. -Personne ne voulait plus connatre ce misrable qui n'tait pas -capable de russir.</p> - -<p>Mann tait toujours dans la plus complte ignorance. Il -pressa son ami Walpole de le renseigner. Celui-ci ne put lui -fournir aucune donne prcise. Il n'avait entendu dire que des -banalits au sujet du <i>mystre</i>. L'aventurier avait expdi -plusieurs de ses prospectus en Angleterre et envoy une couronne - lady Lucy Stanhope<a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor"> [688]</a>, dont il tait tomb amoureux -pendant son dernier sjour en Angleterre<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor"> [689]</a>.</p> - -<p>Lorsque cette lettre arriva, Horace Mann s'tait rendu chez -Thodore. Cette entrevue eut lieu le 18 mars, c'est--dire -aussitt aprs l'arrive du baron. Nous avons vu, en effet, que -le capitaine Balchen l'avait dbarqu dans la nuit du 16 au -17 mars. Neuhoff, suivant le conseil que Breitwitz lui avait -donn par l'intermdiaire de son laquais pour s'en dbarrasser, -tait donc entr en rapports avec Mann, peine arriv Florence. -<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span> -Le diplomate a laiss dans sa correspondance le rcit de sa -confrence secrte et nocturne avec l'aventurier.</p> - -<p>Il sortit seul, pied, recouvert d'un manteau, une lanterne -sourde la main, comme un tratre de mlodrame. Tout -d'abord, il jeta dans la rue un regard inquiet pour voir si aucun -œil indiscret ne l'piait. Rassur de ce ct, il longea l'Arno, -puis il s'engagea dans les ruelles sombres, rasant les murs, -vitant les passants attards. La dignit anglaise recevait un -rude assaut. Je ne suis pas habitu cette faon d'agir et ne -l'approuve pas<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor"> [690]</a>.</p> - -<p>L'entrevue avec le <i>fantme</i> dura quatre heures. Thodore, -qui avait de l'imagination, raconta beaucoup de choses. Il -prtendait tre l'oncle de lady Yarmouth; il se disait l'ami -intime de lord Carteret; mais celui des grands seigneurs anglais, -qui lui tmoignait le plus d'attachement et s'intressait plus -particulirement ses actions, tait lord Orford, le propre pre -d'Horace Walpole.</p> - -<p>Thodore rapporta Mann un fait qui pouvait en quelque -sorte justifier sa liaison avec lord Carteret. Ce dernier lui -aurait dit que lady Walpole avait pri un personnage de -Hanovre de demander au roi d'Angleterre de la prendre en -piti. Le diplomate fut surpris et l'arrta, en rpliquant que -Sa Majest tait trop juste pour se mler d'affaires prives. -Neuhoff faisait allusion au bruit qui courait en Toscane que lady -Walpole tait la matresse de Richecourt. Les circonstances -dont l'aventurier appuya son rcit persuadrent Mann qu'il -disait presque la vrit<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor"> [691]</a>.</p> - -<p>Il fallait que Thodore possdt une forte dose d'inconscience -ou d'audace pour affirmer de pareilles choses. D'ailleurs, -pour appuyer ses dires, il remit Mann une lettre adresse -lord Carteret. Le rsident anglais promit d'envoyer la missive -<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span> - Londres par le premier courrier. Il pensait que si le ministre -rpondait, cela lui donnerait enfin la clef du mystre.</p> - -<p>Mais, en attendant des instructions de Londres, ou tout au -moins des nouvelles, Mann essaya de s'clairer sur place. Il revit -Thodore. Le spirituel ambassadeur mettait dans ses rapports -avec le baron un certain dilettantisme, agissant en homme -sceptique et froid. Il croyait tre assez sr de lui-mme -pour ne pas se livrer. Par contre, Neuhoff tait intarissable. -Il prtendait que l'entreprise avait chou par la faute des -officiers subalternes de la flotte et Mann pensa qu'il pouvait -avoir raison si le roi d'Angleterre et ses ministres eussent donn -l'ordre positif au commandant de la petite escadre de soutenir -le roi de Corse. Il crivit l'amiral Matthews<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor"> [692]</a>.</p> - -<p><i>Il furibondo</i> ne savait rien non plus, car cette affaire avait -cela de particulier que les chefs taient moins bien renseigns -que les infrieurs. Mann jugea que le mieux tait d'attendre. -Mais Thodore tenait son confident; il n'allait pas le lcher -ainsi.</p> - -<p>Ce dernier n'avait plus un instant de repos. Le baron -lui crivait des lettres d'une longueur effrayante. Rien n'galait -sa prolixit, si ce n'est son criture dtestable, mal forme, -comme les ides qu'laborait son cerveau. Il fallait se livrer -un vritable travail pour dchiffrer ses ptres vraiment par -trop frquentes. Dans une seule journe, Mann en reut quatre. -Il y avait l de quoi nerver le plus flegmatique des diplomates -anglais. Le rsident trouvait qu'il payait cher sa curiosit.</p> - -<p>Il ne tarda pas tre fatigu des incessantes importunits -dont Neuhoff l'accablait. Il me rend compltement fou, -crit-il, car je ne peux rien faire pour lui, ne connaissant de -ses affaires que ce qu'il m'en dit. C'est un visionnaire au dernier -degr. Du reste, Carteret et Newcastle ne lui rpondirent -jamais au sujet de Thodore.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span> -M par un sentiment de piti et aussi peut-tre pour se -dbarrasser de l'intrigant, il voulait qu'il quittt Florence o il -se trouvait en danger.</p> - -<p>La Srnissime Rpublique le poursuivait toujours de sa -haine et Mann tait persuad qu'elle ne reculerait devant aucun -moyen pour en finir avec lui. Il ne se trompait pas.</p> - -<p>Mais, tout en cessant de voir Neuhoff dans la crainte de -trahir par ses visites le lieu de sa retraite, il faisait des -vœux pour lui. Je dsire son succs, crivait-il la date du -26 mars, mais ma dlicatesse me fait un devoir de souhaiter -que l'Angleterre ne s'y mle pas<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor"> [693]</a>.</p> - -<p>Il tait cependant trs ennuy, car, malgr les prcautions -prises, ses entrevues mystrieuses avec Thodore n'taient plus -un secret pour personne. Il se tira de cette situation difficile -en affirmant qu'il lui avait simplement rendu des services -d'humanit<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor"> [694]</a>.</p> - -<p>La situation vraiment prcaire du roi de Corse rendait l'excuse -fort plausible.</p> - -<p>La cour de Turin ne se dsintressait pas de l'aventure. -Quel rle jouait-elle? Charles-Emmanuel se rservait encore. -Sa politique consistait louvoyer, pour voir de quel ct serait -son intrt dans la guerre engage. Son ambition constante -tait d'obtenir un agrandissement de territoire en Italie. La -rpublique de Gnes, affaiblie, dchue de son antique splendeur, -lui semblait une proie facile. La Corse serait un beau fleuron -pour la couronne de Sardaigne et de Pimont. En attendant, -toutes les sympathies de Charles-Emmanuel allaient vers la -coalition anglo-autrichienne. A ce sujet, Lorenzi se livra dans -sa dpche Amelot, du 13 avril 1743, des rflexions qui ont -tout le mrite d'une prophtie aujourd'hui ralise.</p> - -<p>Il ne faut pas douter, crit-il, qu' moins que les -<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span> -affaires d'Italie ne changent considrablement de face, le roi -de Sardaigne, la fin de cette guerre, soit d'un ct ou de -l'autre, n'augmente notablement ses tats, et il ne manquera -pas alors de donner tous ses soins l'acquisition d'une partie de -l'tat de Gnes laquelle il vise depuis longtemps et laquelle -il mdite actuellement. S'il y parvient, comme il est fort probable, -il sera d'autant plus difficile d'empcher qu'il ne devienne -bientt le matre de toute l'Italie, que les Italiens se soumettront -volontiers sa domination ds qu'ils le verront en tat de -pouvoir rendre leur nation son ancienne gloire et de la dlivrer -des puissances trangres qui la dominent depuis plus de deux -sicles. Il est mme prsumer que plusieurs contribueront -la russite de ce dessein, car ils conoivent bien, et leurs plus -pntrants politiques l'ont depuis longtemps remarqu, que -l'Italie ne sera jamais solidement heureuse que lorsqu'elle sera -sous la domination d'un seul souverain<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor"> [695]</a>.</p> - -<p>L'Angleterre n'tait donc pas seule avoir des vises -secrtes sur la Corse. On savait que Franois de Lorraine avait, - plusieurs reprises, jet les yeux sur elle. Les graves vnements -qui se droulaient en Europe et o il tait directement -ml, ne l'empchaient pas de convoiter la possession de l'le. -Le grand-duc n'avait pas dsavou Breitwitz et Richecourt -au sujet des rapports qu'ils avaient entretenus avec Thodore. -Il voulut tre tenu au courant de tout ce qui avait trait -l'entreprise. D'ailleurs, Lorenzi croyait pouvoir affirmer que les -Autrichiens et les Anglais marchaient d'accord dans cette -affaire<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor"> [696]</a>.</p> - -<p>Mais il n'est pas invraisemblable de penser que l'Angleterre -entendait bnficier seule du rsultat. Et c'est l, sans doute, -qu'il faut chercher la cause du silence que le duc de Newcastle -gardait vis--vis de ses agents l'tranger. Villettes, rsident -<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span> - Turin, ne pouvait, pas plus que Mann, obtenir de Londres un -claircissement quelconque au sujet de Thodore. Les deux -diplomates en taient rduits se communiquer rciproquement -leurs conjectures. La rserve exagre du cabinet anglais -produisit l'effet le plus dplorable. Aucun dmenti n'arrivant, -l'opinion publique jugeait fort svrement la conduite de l'Angleterre. -Et Neuhoff, qui ne se croyait pas tenu la mme -discrtion, assurait que son entreprise avait t concerte avec -les cours de Londres et de Vienne et que celles-ci taient -convenues de le soutenir<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor"> [697]</a>.</p> - -<p>Le 4 mai, Lorenzi donna Amelot cette information en -chiffre: J'ai appris avec toute la certitude possible que la cour -de Londres avait effectivement fait une convention avec cet aventurier -qu'elle regardait comme fort avantageuse, mais que prsentement -elle l'a abandonn et qu'elle se borne seulement -protger par humanit la personne de Thodore, parce qu'elle -voit qu'il l'a trompe, particulirement en lui faisant accroire -qu'il avait sa disposition douze vaisseaux chargs d'armes et -munitions et une centaine d'officiers expriments. J'ose vous -supplier trs humblement, Monseigneur, du secret sur tout ceci, -par rapport au grand danger auquel se trouverait expose la -personne qui me l'a confi si on pouvait la souponner de l'avoir -fait<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor"> [698]</a>.</p> - -<p>Quelle tait la personne qui avait fait cette confidence -Lorenzi? Celui-ci ne le dit pas. Il n'y avait videmment qu'un -homme occupant une position qui pt craindre les consquences -d'une indiscrtion de cette nature. Nous verrons dans -un instant que le propre secrtaire de Mann donnait l'envoy -gnois, des avis prcis sur les faits et gestes de Thodore. Il -est probable qu'il fournissait galement au ministre de France -des renseignements puiss dans les papiers de son matre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span> -Neuhoff avait quitt Florence le 18 avril pour aller Pise, et, -de l, gagner Livourne pour prendre passage sur <i>Le Folkestone</i>. -Il crivit ce sujet au capitaine Balchen. Ce dernier rpondit -qu'il le recevrait volontiers son bord, mais qu'il lui serait -impossible de le traiter comme par le pass. Cette rponse dplut -fort au baron, qui voulait avoir les gards ds un souverain<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor"> [699]</a>. -Il renona s'embarquer. Peut-tre, la rflexion, eut-il peur -d'tre tout jamais gard par les Anglais. Il est dangereux de se -mettre la merci des gens avec qui on a complot de vilaines -choses.</p> - -<p>Ne pouvant plus compter sur ses bons amis et craignant -d'tre assassin par les Gnois, Thodore quitta Pise et alla -se cacher chez un prtre, Cigoli, aux environs de Florence.</p> - -<p>La prcaution n'tait pas inutile.</p> - -<p>Pendant que Thodore entretenait en Toscane des rapports -secrets avec les Anglais et avec les Autrichiens, Augustin Viale, -reprsentant de la rpublique, fit preuve de zle. Grce lui, -le Srnissime Collge, l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs -d'tat furent exactement renseigns sur les moindres faits du -baron.</p> - -<p>Malgr l'dit de Gnes mettant sa tte prix, l'aventurier -vivait encore. Le gouvernement gnois, cependant, dsirait -plus que jamais le voir disparatre. On le savait en Italie, aussi - plusieurs reprises des offres furent-elles adresses la rpublique -par des individus dsireux de remplir cette mission de -confiance.</p> - -<p>Il n'est pas sans intrt de faire connatre en quels termes -ces propositions d'assassinat taient faites et de quelle faon -elles taient reues et tudies Gnes. Il se dgage en effet -de la lecture de ces documents, tirs des archives secrtes de -Gnes, une notion trs exacte des ides et des sentiments qui -<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span> -dirigeaient la politique la fois timore et impitoyable de la -Srnissime Rpublique<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor"> [700]</a>.</p> - -<p>Un Corse, absent de sa patrie depuis vingt-quatre ans, -Dominique Mariani, habitant Milan dans le quartier Sainte-Euphmie, -vis--vis le palais du comte de Bron, crivit, le -1<sup>er</sup> avril 1743, au gouvernement gnois. Fidle sujet de la rpublique, -il n'avait jamais eu l'occasion de prouver son zle et -son dvouement. Ils taient tellement grands qu'il brlait de -les tmoigner. Il proposait donc d'enlever la vie Thodore. -En dlivrant la rpublique de ce misrable, il rendrait la -paix sa patrie en la faisant rentrer dans l'obissance. Il tuera -volontiers, non seulement le baron, mais encore quiconque les -Excellents inquisiteurs d'tat voudront bien lui dsigner. En -homme habitu ces sortes d'oprations, Mariani se permettait -de proposer aux Gnois les procds que son exprience lui -conseillait pour conserver cette affaire l'obscurit ncessaire. -On consent courir des risques pour servir ses matres, -mais il faut s'entourer de quelques prcautions. Si les inquisiteurs -agraient cette proposition, ils n'auraient qu' lui -envoyer une paire de gants. Mariani chargeait l'Illustrissime -abb Jacques Durazzo de remettre sa supplique la Junte de -Corse, sans lui en dvoiler le contenu. Si le gouvernement -dsirait lui rpondre par crit, il pourrait remettre sa lettre au -susdit ecclsiastique ou la lui faire tenir par le marquis de Caravaggio -ou bien par M. Joseph Foglia. En tous cas, les ordres -qu'on voudra bien lui donner seront reus avec gratitude. Afin -de ne compromettre personne, si leurs Excellences consentaient -<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span> - entrer dans l'affaire, Mariani se ferait remettre des lettres de -recommandation pour le gnral Breitwitz Livourne et pour -d'autres notabilits<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor"> [701]</a>.</p> - -<p>Le 3 avril, les inquisiteurs d'tat dlibrrent sur cette lettre. -Ils acceptrent en principe les offres de Mariani, mais il tait -indispensable que ce dernier se rendt Gnes pour dvelopper -en personne ses ides et indiquer les mesures qu'il comptait -prendre pour mettre son plan excution—et Thodore aussi. -Il fut dcid qu'on crirait au susdit Mariani dans le plus -bref dlai possible. Ses frais de voyage lui seront immdiatement -rembourss. A son arrive, il devra se prsenter M. tienne -Monza et ne faire connatre son nom qu' ce seul personnage. -Le dput du mois crira cela par l'intermdiaire de Joseph -Foglia selon la formule ordinaire, en mettant dans la confidence -l'Excellentissime Laurent de Mari, parce qu'il a l'habitude de -correspondre avec Foglia, mais seul Monza aura prparer -l'arrive Gnes de Mariani et l'entendre<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor"> [702]</a>.</p> - -<p>Quel tait ce Foglia avec qui Mari correspondait? Un individu -qui, sans doute, se chargeait des commissions malpropres -de l'Excellentissime Tribunal.</p> - -<p>L'affaire en resta l, car le fidle sujet corse de la Srnissime -rpublique ne vint pas Gnes. Son exprience de la -politique gnoise lui avait fait voir probablement tout le danger -qu'il y aurait pour lui se trouver sous la main des inquisiteurs, -dans le cas o il ne tomberait pas d'accord avec eux sur les -conditions de l'entreprise.</p> - -<p>Bientt les Gnois engagrent l'affaire d'un autre ct. C'est -ici que Viale doit jouer un rle.</p> - -<p>L'agent de Gnes s'efforait de savoir o se cachait Thodore. -Mann avait affirm un chevalier, ami de Viale, qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span> -se trouvait chez un ecclsiastique des environs. Par scrupule et -par dlicatesse, le chevalier n'avait pas voulu rvler au rsident -l'endroit exact o tait l'aventurier. Malgr ses prires et -ses instances rptes, Viale ne put flchir son ami; mais, avec -cet esprit policier particulier aux Gnois, il suggrait au -Srnissime Collge un moyen de dcouvrir la retraite du -fugitif; c'tait de faire surveiller, par des hommes de confiance, -les alles et venues du docteur Olmeta, un corse, qui se rendait -parfois auprs du baron<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor"> [703]</a>.</p> - -<p>Le 21 mai, Viale, malgr ses diligentes recherches, n'avait -rien de neuf mander Gnes, lorsqu'au moment o il -rdigeait sa dpche, il reut un billet, manant d'un -ministre qui a l'habitude d'tre bien renseign et qui est charg -de surveiller les actions de Thodore. On peut aisment -deviner que ce ministre n'tait autre que Mann. Viale, avec -un instinct qui prouvait chez lui des aptitudes diplomatiques, -disait, en envoyant la note, qu'il ne savait pas jusqu' quel -point on devait ajouter foi son contenu. Elle portait, en -effet, que Neuhoff, d'aprs certains indices, devait se trouver -Rome. Les Anglais avaient tout intrt laisser cette opinion -s'accrditer et n'entendaient pas que l'aventurier tombt, avec -ses papiers, entre les mains des Gnois.</p> - -<p>Aprs la lecture au Collge, la lettre de Viale fut transmise -dans les rgles ordinaires, avec facult aux inquisiteurs d'tat -de donner au Magnifique Augustin Viale les ordres et les -instructions qu'il jugera convenables.</p> - -<p>La dcision prise par le tribunal est citer en entier.</p> - -<p>Il a t dcrt que l'Illustrissime Augustin Viale<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor"> [704]</a> aura -la charge d'crire au susdit Magnifique Augustin Viale de -Florence, qu'on estime superflu de donner aucune rcompense -pour la seule connaissance de la demeure dudit Thodore; -<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span> -toutefois, on remettrait la prime fixe celui qui, en donnant -cette indication, la ferait suivre de l'<i>extinction</i> du susdit -Thodore. L'Illustrissime Augustin Viale rdigera cette lettre -de faon ce que, venant tomber entre les mains de qui que -ce soit et ouverte, on n'en puisse saisir le vritable sens, faisant -en cela valoir son exprience, ses capacits et sa prudence. -<i>Per Excellentissimum et Illustrissimum Magistratum Inquisitorum -status ad Calculos<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor"> [705]</a>.</i></p> - -<p>Tandis que les inquisiteurs d'tat dcidaient le meurtre de -leur ennemi, l'activit de Viale ne se ralentissait pas. Il continuait -ses recherches, ayant maintenant un auxiliaire prcieux -dans le secrtaire de Mann. Ce fidle employ servait tout -le monde et trahissait son matre avec le mme zle.</p> - -<p>Avant que l'trange dlibration du tribunal, prise le -27 mai, lui ft parvenue, Viale crivait le 28 au Magnifique -Sartorio, qu'il tait parvenu savoir par une personne -habile, amie du secrtaire du ministre anglais, que Thodore -n'tait plus retourn Florence. Le lundi, 20 mai, l'aventurier -se trouvait Cigoli, dans la maison du prtre Baldanzi. Viale -ajoutait un autre dtail. Le Rvrend Pre, qui avait prch le -Carme dernier en l'glise du Carmel, allait frquemment voir -Neuhoff. Il lui avait prt ou donn son habit de moine. -Le baron s'en tait revtu pour sortir de la ville, et trs -probablement, il s'en servirait encore l'occasion. Aprs avoir -donn cette indication qui, au besoin, pouvait servir de signalement, -Viale ajoutait: Ce Pre prdicateur n'est pas carme, -mais il appartient au couvent de Sainte-Marie-Majeure, correspondant - celui des Anges de la Congrgation de Mantoue. -Je m'imagine que votre Seigneurie Illustrissime comprendra -facilement combien j'ai cœur de ne jamais voir divulguer ce -qui a t rvl par le secrtaire du ministre d'Angleterre, non -<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span> -seulement pour le prjudice que cela lui causerait, mais encore -parce que je ne pourrais plus avoir de nouvelles de Thodore par -son intermdiaire, moyen que je considre comme des plus srs, -car je suis inform avec toute certitude que Thodore entretient -un continuel commerce de lettres avec ldit ministre. Celui-ci -ne cesse de protester qu'il ne le fait que par charit et humanit.</p> - -<p>Nous avons vu que c'tait la raison que Mann donnait de ses -rapports avec le baron de Neuhoff.</p> - -<p>Viale terminait sa lettre en disant que tous les btiments -de guerre anglais ancrs Livourne taient partis<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor"> [706]</a>.</p> - -<p>La crainte d'une tentative de dbarquement en Corse se -trouvait donc momentanment carte; mais Gnes l'inquitude -subsistait. Tant que Thodore vivait, un retour offensif -tait toujours possible. Ce que l'Angleterre avait tent avec lui, -une autre puissance pouvait le faire. Les Gnois avaient la peur -des faibles, la peur qui ne raisonne pas et qui engendre toutes -les tmrits.</p> - -<p>Viale ne rpondit pas la lettre que, sur l'ordre des inquisiteurs -d'tat, son homonyme de Gnes lui avait crite au -sujet de l'<i>extinction</i> de Thodore. Peut-tre ne lui tait-elle -pas parvenue, car il arrivait frquemment que des courriers -taient intercepts. Il pouvait aussi n'en avoir pas saisi le vritable -sens, puisqu'elle tait, dessein, rdige en termes -obscurs. Le rsident continuait ses recherches pour dcouvrir -l'endroit o se cachait Neuhoff. Celui-ci recevait la <i>Gazette de -Berne</i> et le <i>Mercure de Hollande</i>. Les journaux portaient son -adresse exacte Cigoli. Par ce moyen, il n'tait pas difficile -de se la procurer<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor"> [707]</a>.</p> - -<p>En rponse cette lettre, les inquisiteurs d'tat prcisrent. -Le 8 juillet, le tribunal s'assembla et prit cette dcision:</p> - -<p>Il a t dcrt que l'illustrissime Benot de Franchi, dput -<span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span> -du mois, prendra la peine d'assurer la correspondance avec le -Magnifique Augustin Viale de Florence. Il l'informera que si on -trouve une personne qui veuille prendre l'engagement d'<i>occire</i> -(uccidere) ldit Thodore, on lui payera aussitt ce meurtre -accompli la somme de deux mille cus argent, prime fixe par -l'dit public, dont on pourra transmettre un exemplaire. A cet -effet, la lettre sera crite suivant la teneur des discours. <i>Per -Excellentissimum et Illustrissimum Magistratum Inquisitorum -status ad Calculos<a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor"> [708]</a>.</i></p> - -<p>Cette fois, la dpche portant Viale la dcision des inquisiteurs -d'tat ne fut pas rdige en termes ambigus. Le -diplomate comprit—il ne pouvait pas faire autrement;—mais -il fit ses rserves. Il crivit sur le champ de Franchi. -Il commenait en disant que l'Excellentissime Tribunal, au sein -duquel de Franchi sigeait si dignement, devait tre pleinement -assur de son zle pour le bien public. Quoique sans mandat, il -n'avait recul devant aucune dmarche, aucune fatigue, afin de -se procurer les indications ncessaires pour amener la dcouverte -de la retraite de Thodore, car il pensait que ces renseignements -taient d'un grand prix pour le tribunal. Il -ajoutait: Et cependant je ne vois pas qu'il me soit possible -d'accepter la commission dont veut bien me charger votre -Seigneurie Illustrissime dans sa trs vnre lettre du 13, non -par manque de ce zle qui ne cessera qu'avec ma vie, mais -parce que je ne suis revtu d'aucun caractre qui puisse sauver -ma personne dans le cas o l'excuteur viendrait tre arrt -ou qu'il ft indiscret avant le meurtre. Je courrais ainsi un trop -grand pril. Ce motif est tellement apprciable que je pense -que l'Excellentissime Tribunal et votre Illustrissime Seigneurie -ne le trouveront pas draisonnable. A cette difficult je dois en -ajouter une autre. D'aprs mes dernires nouvelles, Thodore -<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span> -est bien gard: une seule personne ne sera pas capable de le -tuer, et il sera trs dangereux de confier le secret plusieurs. Il -conviendrait, en outre, de fournir ces personnes les moyens -de subsister jusqu'au moment o elles auraient russi <i>faire -le coup</i>. Pour de bons motifs, je ne pourrais me charger de -cette dernire commission si j'avais de l'argent, ce dont je -manque entirement, et quand bien mme on me ferait l'avance -des fonds. Ce qui me pousse cette dlicatesse, ce sont les -embarras bien connus dans lesquels je me trouve. Pour terminer, -il affirmait de nouveau son zle et son dvouement<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor"> [709]</a>. -La dlicatesse de Viale tait d'autant plus en moi qu'il n'avait -pas d'argent et que son gouvernement ne paraissait pas avoir -l'intention de lui en donner. Il ne pouvait pourtant pas se charger -des frais qu'occasionnerait l'affaire. Et puis, il tait rtribu -pour faire de la diplomatie et non pour assurer la disparition -des gens dsagrables ses chefs. Des commissions de ce genre -se payent en plus.</p> - -<p>Cette dpche est date du 16 juillet. Elle fut lue le 22 devant -le tribunal des inquisiteurs d'tat. La dcision prise la suite -de cette lecture est assez inattendue. On dcrta, en effet, -aprs discussion, qu'il serait accus rception de cette lettre -avec loges et remerciements. En outre, on informerait Viale -que les magistrats trouvaient ses raisons justes et ses rflexions -bien fondes, touchant les difficults que prsentait l'entreprise<a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor"> [710]</a>.</p> - -<p>Puisque Viale refusait, d'une manire qui paraissait positive, -d'assumer la responsabilit de l'assassinat, les inquisiteurs -ne pouvaient rien faire. L'agent ne se jugeait pas assez -garanti. Il y avait encore cette fcheuse question d'argent -qui faisait toujours reculer les Gnois au moment psychologique. -Ils avaient fait un effort en promettant deux mille cus pour la -<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span> -tte de Thodore; d'aprs eux, elle ne valait pas davantage. Les -insinuations de leur reprsentant leur laissaient entrevoir des -frais supplmentaires. Il fallait donc couper court.</p> - -<p>Le plus curieux de l'affaire c'est que Viale allait de lui-mme -faire des propositions au moins tranges l'Excellentissime -Tribunal.</p> - -<p>Le 23 juillet, avant mme que la dcision des inquisiteurs lui -ft parvenue, il crivit de Franchi pour lui dire qu'aux motifs -invoqus par lui dans sa dernire lettre pour ne pas accepter -la commission dont on l'avait charg, il se joignait une autre -considration—un scrupule—: le coup pourrait tomber sur -une personne innocente, car nous ne possdons pas un signalement -suffisamment exact de la personne qui le coup est destin.</p> - -<p>Le ngociant diplomate, afin d'viter une erreur aussi -grave, suggrait une ide pratique. On mettrait sa disposition -deux sbires courageux qu'il aboucherait avec un certain -San Cristofano, car trois hommes ne seront pas de trop pour -faire le coup.</p> - -<p>Le Magnifique rsident de la Srnissime Rpublique donnait -sur San Cristofano les meilleures rfrences.</p> - -<p>Ce Saltabadil tait un honnte employ des douanes du -grand-duch, qui avait t banni de Gnes pour une peccadille: -il avait tu, deux mois auparavant, un caporal corse. -Afin de se faire pardonner cette erreur, San Cristofano dclarait -qu'il tait prt tout, dispos courir les plus grands dangers, -mme aller en Corse. Il connaissait fond la Toscane, c'tait -un homme rsolu, un vrai brave, et pour peu qu'on lui adjoignt -deux aides solides, il se faisait fort d'expdier son homme.</p> - -<p>Mais il fallait manœuvrer avec beaucoup d'habilet; l'imposteur -est sur ses gardes, ainsi que l'Excellentissime Tribunal -pourra s'en convaincre, par les renseignements ci-inclus qui -me parviennent d'une source trs sre, d'o il rsulte qu'un -homme seul n'est pas suffisant pour mener bonne fin une -affaire de cette importance.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span> -Viale concluait en disant qu'il tait ncessaire d'attendre le -moment opportun, dt-on y employer plusieurs jours. Mais -pendant ce temps-l, il faudrait fournir aux excuteurs les moyens -de subsister et, le coup fait, faciliter leur fuite. Je ne peux, -concluait le ministre, et qu'il me soit permis d'ajouter: je ne -veux toucher cette question<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor"> [711]</a>.</p> - -<p>Les inquisiteurs d'tat enregistrrent cette lettre sans -commentaires.</p> - -<p>Viale crivit de nouveau de Franchi le 6 aot. Il dit qu'il -n'a pas reu la lettre que le tribunal a d le charger d'crire -en rponse sa dpche du 23. Il y avait sans aucun doute -de bonnes raisons pour cela. Les inquisiteurs, par une prudence -de plus en plus caractrise, ne donnrent pas mission -de Franchi de rpondre Viale. La copie de la lettre ne se -trouve pas dans les archives de Gnes et l'on peut penser que la -poste ne l'a point gare.</p> - -<p>Cela n'empchait pas Viale de continuer transmettre au -Srnissime Collge toutes les informations que le secrtaire -de Mann lui apportait avec une constance louable.</p> - -<p>Thodore tait toujours Cigoli. Il avait crit au gnral -Breitwitz afin d'obtenir de l'argent pour se rendre en Angleterre -o il voulait porter sa plainte au roi contre l'amiral -Matthews. Peut-tre aussi va-t-il s'en retourner dans son pays, -car l'imposteur voit s'vanouir toutes ses ides tmraires.</p> - -<p>L'envoy revenait son plan d'assassinat. Pour viter la -quarantaine qu'il serait oblig de faire l'entre des tats -Pontificaux, il ne restait Thodore que la route de Sarzana, -par Pontremoli, et celle de Massa, par le mont Pellegrino, -conduisant dans le Modanais.</p> - -<p>Viale prsumait qu'il prendrait cette dernire route. Le -passage du mont Pellegrino serait trs commode pour faire le -coup; l'endroit rv pour assassiner proprement un homme.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span> -Malheureusement, le Magnifique commerant, envoy de la -rpublique, avait peur de ne pas avoir l'avis ncessaire -temps, d'autant plus, dit-il, que j'ai prsentement une trs -forte fluxion dans la tte qui m'empche de marcher<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor"> [712]</a>.</p> - -<p>Est-ce aux hsitations des inquisiteurs, aux exigences de -San Cristofano, ou la fluxion de Viale que Thodore dut d'avoir -la vie sauve? Les archives secrtes de Gnes ne nous ont pas -livr le mot de cette nigme.</p> - -<p>Mais, en compensation, nous y trouvons, immdiatement -aprs le document ci-dessus, une pice qui ne manque pas de -saveur. C'est une lettre de M. de Mari, ambassadeur de la rpublique -de Gnes Venise, Ansaldo Grimaldi, date du -10 aot 1743.</p> - -<p class="titel">Excellence,</p> - -<p class="blockquote">J'ai reu votre trs estime lettre sans date, mais que je -crois tre du 3 courant et je vous en remercie infiniment. Je vous -envoie la kabale de Pic de la Mirandole pour voir si nous pouvons -frapper juste. Si Thodore est Pise, l'affaire est faite. -La quarantaine m'ennuie; j'ai un ami Pise dans lequel je peux -avoir confiance. <i>Si tu vales bene est; ego quidem valeo.</i> Dans -quelque temps je pourrai vous dire la rponse que l'on m'aura -donne de Londres au sujet de la montre rptition dont vous -m'avez parl<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor"> [713]</a>.</p> - -<p>Le 17 aot, le procs-verbal porte aprs lecture et discussion -que l'Illustrissime Ansaldo Grimaldi rpondrait au susdit ambassadeur -de Mari avec sa prudence bien connue<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor"> [714]</a>. On voit que si -Thodore tait prudent, les inquisiteurs ne l'taient pas moins.</p> - -<p>Le baron de Neuhoff chappa la kabale de Pic de la -Mirandole, comme il avait chapp au poignard de San Cristofano. -L'essai d'envotement en resta l, comme la tentative -d'assassinat.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span> -L'aventurier continuait demeurer chez le cur de campagne. -Il avait auprs de lui quatre personnes pour le garder. Il crivait -sans cesse lord Carteret et l'amiral Matthews; mais les -Anglais ne lui rpondaient plus<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor"> [715]</a>. Pour l'instant, ils avaient -des occupations plus srieuses que de rendre la couronne -un individu dont ils ne pouvaient rien tirer, pour lequel les Corses -se montraient peu enthousiastes et qui n'avait aucune ressource -personnelle<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor"> [716]</a>. L'amiral reut ordre d'viter de donner la -moindre plainte par rapport Thodore et il parut fermement -rsolu de ne point se mler en aucune faon de ce qui regarde -cet aventurier<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor"> [717]</a>.</p> - -<p>Celui-ci se trouvait bout de moyens; il en tait rduit - vendre son linge. Il songeait, disait-on, s'en aller et Viale -regrettait amrement que l'on perdt une si belle occasion, parce -qu'une fois parti de Toscane, il lui serait bien difficile de revenir. -Cependant, il s'enttait dans ses penses louches, il avait encore -l'esprance de russir un jour. Ce ne sont que des songes, -crivait le ministre, mais cela est suffisant pour inquiter le -gouvernement<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor"> [718]</a>.</p> - -<p>Quelques jours plus tard, il insistait encore. Il affirmait que -Thodore tait absolument dnu de tout. En vendant ses hardes, -il aurait juste de quoi aller en Allemagne. Une fois parti, il n'y -aurait plus rien faire<a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor"> [719]</a>.</p> - -<p>Les inquisiteurs lisaient en conseil les dpches de Viale. -Consciencieusement, on lui rpondait en lui envoyant des loges -et des remerciements. On le priait de continuer. Mais il n'tait -plus question de l'affaire. En se confondant en marques de gratitude -pour les paroles gracieuses dont le tribunal l'accablait, -le froce diplomate n'abandonnait pas son plan d'assassinat. -<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span> -Le dpart prochain de l'aventurier tait certain. Deux routes -s'offraient lui: l'une par Pistoia, l'autre par Massa-Carrare. -Le temps pressait; si on voulait agir et russir, il fallait se -hter. Viale n'avait qu'une crainte, c'est qu'on arrivt trop tard. -Il demandait donc de promptes instructions<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor"> [720]</a>.</p> - -<p>Les inquisiteurs enregistrrent cette lettre sans commentaires.</p> - -<p>On prtendait, en effet, que Thodore allait partir pour se -rendre en Allemagne auprs du roi d'Angleterre<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor"> [721]</a>. C'tait un -faux bruit; Neuhoff devait continuer vivre quelques annes -encore en Toscane, tantt chez l'un, tantt chez l'autre. Plus tard, -Viale transmettait son gouvernement un billet manant d'une -personne sre, qui tenait ce dtail du ministre anglais. -Ce billet disait: L'ami est certainement all du ct de -Livourne, o il se tient dans les environs sans qu'on sache -exactement o. Il attend de pouvoir s'embarquer<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor"> [722]</a>. <i>L'ami</i> -avait quitt Cigoli. Le prtre chez qui il logeait, las d'hberger -ce roi encombrant qui mentait toujours, l'avait mis la -porte. Il s'tait alors dirig vers Livourne. Il crivit encore - l'amiral Matthews pour lui demander de le conduire Port-Mahon, -o, disait-il, il serait en tat de tenir les grandes -promesses qu'il avait faites milord Carteret. <i>Il furibondo</i> -refusa en termes nergiques. Richecourt ne voulut pas lui -donner un passeport. Thodore n'avait plus un sou, tout le -monde l'abandonnait<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor"> [723]</a>. C'tait la misre avec son invitable -compagnon: l'isolement!</p> - -<p>Dans sa dtresse, il prouva le besoin de s'pancher. Il crivit -une belle lettre au Pre Colonna. Oblig de changer de demeure -pour sa sret, il s'excusait du retard qu'il mettait rpondre -<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a>></span> -au religieux, qui s'occupait de quelques affaires le concernant. -Il demandait au Pre si le sieur Vaccaro, qui il avait -confi des marchandises et une pendule, avait exactement remis -la note de tout ce qu'il avait en mains. La vente de la pendule -suffirait indemniser Vaccaro—principal et intrts—de ses -avances, et il comptait sur l'honntet de ce dernier pour lui -rendre ses marchandises. Puis, passant un sujet plus lev, -il se plaignait de toutes les intrigues dont on l'avait entour, -aussi bien en Corse que sur le continent. Ces cabales ne servaient -qu' plonger ses sujets et lui-mme dans l'abme. Elles refroidissaient -ses amis et l'empchaient de faire tout ce qu'il dsirait. -Malgr ces machinations, il restait ferme. Si les Corses lui -conservaient leur fidlit, il vaincrait srement. Le Pre devait -donc faire cesser les trahisons et montrer aux insulaires -leur devoir; ils avaient pris un engagement solennel devant -Dieu et devant le monde. Oblig de se cacher pour ne pas tre -assassin, traqu en tous endroits pendant sept mois, la Providence -l'avait protg au milieu de tous ces prils. Pour qui donc -avait-il ainsi expos sa vie si ce n'tait pour ses sujets? En -vendant ce qu'il possde, il pourrait s'en retourner dans son -pays et jouir tranquillement de la vie sans avoir besoin de personne. -J'ai souffert, s'criait-il, et je souffre encore pour vous -autres. J'ai remdi et je peux encore remdier tout, mais -l'inconstance des peuples me paralyse. Il esprait que Dieu -aurait enfin piti de ce malheureux pays et qu'Il l'illuminerait -pour son plus grand bien. Il terminait en se recommandant -aux bonnes prires du moine<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor"> [724]</a>.</p> - -<p>Neuhoff ne voulait pas s'avouer vaincu. Il n'tait pas homme - se laisser oublier ni abandonner ses rves et ses chimres. -<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span></p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/327.jpg" width="221" height="459" alt="" /> -</div> - -<p>Gravure reproduite d'aprs le pamphlet hollandais:<br /> -<i>De Dwaalende Moff of vervolg van Theodorus op Stelten.</i><br /> -(Londres, British Museum.)</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VIII</h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Thodore en Toscane.—Il veut entamer des ngociations avec la cour -de Turin.—Ses lettres d'Ormea.—Dominique Rivarola.—Mann -joue double jeu.—Rivarola traite avec le gouvernement sarde.—L'expdition -de Corse dcide.</p> - -<p>Thodore touche une forte somme.—D'o vient l'argent?—Le comte -de la Vague.—Rivarola prpare l'expdition.—Thodore proteste.</p> - -<p>Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.—Mann empche ce dpart.—Proclamation -du roi de Sardaigne.—L'escadre anglaise devant -Bastia.—Bombardement.—Rivarola sous les murs de Bastia.—Capitulation -de la ville.—Les Anglais renoncent l'entreprise sur -la Corse.</p> - -<p>Le roi de Sardaigne et Thodore.—Dnment du roi de Corse.—La -cour de Vienne songe Neuhoff.—Le projet est abandonn.—Thodore -est expuls de Toscane.</p> -</div> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>Le baron Thodore, suivant ce qu'on m'assure de trs bonne -part, va reparatre sur la scne sous les auspices du roi de -Sardaigne. Lorenzi qui, la fin d'avril 1744, donnait cette -information, ajoutait que Charles-Emmanuel III devait fournir -une petite flotte Neuhoff pour lui permettre de reconqurir la -Corse. Le grand-duc de Toscane, Franois de Lorraine, entrait -dans ce projet. L'aventurier se trouvait dans une maison de -campagne aux environs de Sienne et se tenait prt partir, -avec dix ou douze personnes qui taient auprs de lui. Il -avait reu mille sequins et crivait frquemment de longues -lettres au ministre anglais. Puis, pendant plusieurs jours, il -s'tait cach dans Sienne, o deux compagnies franches du -grand-duc, composes de Corses et commandes par deux de ses -<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span> -parents, tenaient garnison<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor"> [725]</a>. Ces troupes se mirent en route -le 4 mai et se rendirent Livourne. On prsumait que Thodore, -sur un avis de Richecourt, devait aussi gagner le port. Il se -faisait appeler le baron de Bergheim. Son entourage l'entourait de -respect. Son air arrogant montrait qu'il tait hautement protg. -Il dpensait largement et on sut que l'argent qu'il avait lui venait -du consul anglais Livourne<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor"> [726]</a>.</p> - -<p>Profitant de la guerre qui agitait l'Europe, les Anglais reprenaient, -avec la complicit du gouvernement sarde, leurs intrigues -pour la possession de la Corse. Mais, cette fois, ils allaient -susciter un concurrent Thodore.</p> - -<p>Neuhoff avait comme ami un certain baron de Salis. Par -son intermdiaire, au commencement de 1744, il faisait des -propositions au marquis d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel -III. Il s'agissait de lever un ou plusieurs rgiments -corses<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor"> [727]</a>. La correspondance de Thodore ce sujet passait -par les mains de Mann et de Villettes<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor"> [728]</a>.</p> - -<p>Le 15 avril, Thodore mandait qu'il pouvait disposer de six -sept mille hommes au moins, prts tre dirigs sur la Corse. Il -faisait demander l'amiral Matthews les btiments ncessaires -pour le transport de ces troupes. Les vingt-quatre navires anglais -qui se trouvaient Villefranche pourraient servir cet usage. -Neuhoff marcherait leur tte. L'amiral devait tre assur que -le roi de Sardaigne approuvait et favorisait ce projet<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor"> [729]</a>.</p> - -<p>Il tait en correspondance suivie avec le baron de Salis, mais -<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span> -ses affaires n'avanaient pas. Il se plaignait de la lenteur qu'on -mettait Turin pour prendre des dcisions. Le temps pressait, -car ses ennemis ne restaient point inactifs et l'entouraient -d'intrigues qui finiraient par paralyser ses efforts. L'Espagne -voulait faire proclamer Don Philippe souverain de la Corse. -Comme ce prtendant avait un parti assez puissant dans l'le et -Gnes mme, Thodore disait qu'il fallait tout prix carter -cette ventualit. Elle se produirait fatalement si on ne le -mettait pas mme d'aller dans le pays dissiper ces manœuvres. -Il ne comprenait rien non plus au silence des seigneurs de -Londres. Pourtant on lui avait promis aide et assistance, mais -maintenant on ne faisait plus cas de lui et on l'abandonnait. -Ses sentiments d'honneur, son dvouement et sa fidlit, tout -cela tait mconnu. Cette indiffrence lui causait de la peine et -il s'en <i>rongeait</i> l'me. Il lui fallait trois vaisseaux entirement -ses ordres. Les Anglais occuperaient les ports de l'le ou se -tiendraient dans le golfe de la Spezzia, tandis qu'il marcherait -sus aux Gnois. Tel tait son plan. Si puis l'on continue en -Italie tre sourd, je dois m'efforcer faire, pour l'avenir, le -muet, et me retirer du tout, laissant le champ libre tous mes -ennemis. Il envoyait un tat des Corses servant en Italie. Il -savait les noms de chacun et les officiers qui les commandaient -lui avaient assur qu'au premier signal ils viendraient tous se -joindre lui. Aucun ne restera en arrire quand il s'agira -d'tre mes ordres et moi leur tte<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor"> [730]</a>. Les officiers ne s'engageaient -pas grand'chose.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span> -Thodore voulait obtenir du gnral Breitwitz un cong pour -les Corses servant dans les troupes toscanes. Cela ne devait -soulever aucune difficult, car la cour de Vienne serait charme -de voir ces hommes employs au service du roi de Sardaigne. Les -hsitations de Turin effrayaient le baron. Si au moins il avait eu -le moyen d'envoyer quelqu'un ou mieux d'y aller lui-mme; -n'ayant plus un sou, il ne pouvait pas se mouvoir. Personne, ami -ou ennemi, ne voulait plus lui prter, mme sur gages. Il -avait bien des polices de change endosses son ordre, mais -ne sachant plus qui se fier, voyant au surplus tous ceux -qui l'entouraient insensibles ses demandes et ravis de le -plonger davantage dans les embarras, il devait avaler ces -pillules..</p> - -<p>Si l'amiral Matthews tait bien inspir, il seconderait ses vues -et l'aiderait chtier les Gnois, qui avaient pouss les Gallispans<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor"> [731]</a> -contre l'Angleterre. Mes fidles et sincres remontrances -se vrifient journalirement (<i>sic</i>) de plus en plus. Depuis -l'anne passe tout se pouvait prvenir, mais que ne cause la -prsomption et le mpris dans ce monde! Si l'amiral consentait - s'entendre de bonne foi avec lui, les affaires avanceraient -plus en un mois qu'elles ne l'avaient fait pendant deux ans -sur les rapports des consuls anglais, tous jacobites et trs mal -informs.</p> - -<p>Il en revenait son plan. Huit jours suffisaient pour -procder l'embarquement de six huit mille hommes. Il se -faisait fort de prendre la Spezzia sans difficult. Laissant une -garnison anglaise dans ce port, il irait ensuite la poursuite -des Gnois. Il avait crit tout cela au baron de Salis, milord -Carteret et ses amis de Londres. Mais, dans ces graves -circonstances, il lui tait cruel de ne pouvoir envoyer personne - la cour sarde, ni s'y rendre lui-mme pour traiter, faute -d'argent. Il demandait donc qu'on lui facilitt l'emprunt de -<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span> -cent sequins. Il rembourserait ponctuellement cette somme ds -son arrive Turin, car il y avait de bons amis<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor"> [732]</a>.</p> - -<p>Le baron de Salis lui crivit le 20 mai: Vous aurez -vu par ma lettre de l'ordinaire dernier qu'on n'est pas content -de vos manires d'agir, surtout en rflchissant que vous vous -avisez seulement prsent de demander un projet de capitulation, -au lieu que vous auriez d en faire un vous-mme -ds le commencement. Comme vous tes porte de M. Mann, -qui est en correspondance avec M. de Villettes, cette voie est la -plus commode et la plus courte pour faire vos affaires. Je suis -fch d'tre hors d'tat de vous rendre service<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor"> [733]</a>.</p> - -<p>Pour hter les ngociations, le roi de Corse crivit directement -au marquis d'Ormea, le 24 mai. La lettre est citer en -entier, car c'est le rsum de toutes ces intrigues et un vritable -plan de campagne.</p> - -<div class="blockquote"> -<p>J'ai diffr jusqu'ici m'adresser en droiture Votre -Excellence avec une de mes lettres, dans l'esprance de pouvoir -me rendre en personne en sa prsence, ou du moins y envoyer -quelqu'un de ma part, comme il lui a plu de notifier au baron de -Salis, tre ncessaire pour conclure la capitulation de la leve -du rgiment, mais je n'ai pu jusqu'ici, mon grand regret, -effectuer ni l'un ni l'autre, comme j'en ai fait part en toute -confiance audit baron de Salis. Si Votre Excellence m'avait -indiqu un quartier d'assemble, comme je l'ai demand dans -ma premire rponse faite audit de Salis en janvier pass, il s'y -trouverait dj un nombre de mes gens la disposition de -<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span> -Sa Majest le Roi de Sardaigne, et serais dcharg, moi, en -ces quartiers de quantit, qui, par zle, ont anticip mes -ordres pour me joindre.</p> - -<p>Ayez donc la bont, Monsieur, de m'informer de la rsolution -de Sa Majest et de lui reprsenter que je livrerai non -seulement ces trois bataillons, mais sept huit mille hommes, -si Sa Majest daigne induire l'amiral Matthews m'envoyer -Livourne trois quatre de ses frgates, tant pour me conduire -et m'appuyer en Corse que pour escorter, puis les btiments de -transport chargs de ce monde pour aller dbarquer en droiture -dans le golfe de la Spezzia, duquel je me fais fort, moi la -tte de mes gens, de me rendre matre bien vite, laissant puis -garnison anglaise dans le fort dudit lazaret de la Spezzia, tant -important et trs ncessaire que la flotte anglaise soit matre -(<i>sic</i>) dudit poste, comme aussi du golfe de San Fiorenzo en -Corse, pour anantir toutes les mesures que les Gallispans ont -concertes avec Gnes.</p> - -<p>Me trouvant puis dbarqu la Spezzia, je suis trs -assur d'tre bientt joint de tous les Corses disperss en toute -l'Italie et d'tre en tat de pouvoir agir efficacement de concert -avec les troupes de Sa Majest et de ses royaux allis, contre -les Gallispans et allis, comme de me faire livrer aussi de Gnes -mme tout ce qui me sera ncessaire pour maintenir et faire -subsister mes gens sans tre charge Sa Majest et ses -allis; mais dans ma situation suscite par ce cruel ennemi de -Gnes, je me trouve oblig faire instance d'une petite avance - pouvoir assister et attirer certains de mes gens des plus accabls; -laquelle avance, je prie Votre Excellence de vouloir bien -me procurer de Sa Majest, et de me le remettre Florence -M. le chevalier Mann, ministre rsident de Sa Majest Britannique -en Toscane, sous le couvert duquel et l'adresse de Van -Haagen daignez me donner un mot de rponse. Interposez donc -tous vos bons offices auprs de Sa Majest, pour qu'elle me fasse -la grce de faire savoir l'amiral Matthews de m'assister sans -<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span> -perte de temps avec trois quatre frgates pour la susdite -expdition, laquelle au pril de ma vie propre et de mes fidles -s'effectuera certainement la satisfaction et avantage de -Sa Majest le Roi de Sardaigne et de ses royaux allis, pour -lesquels je n'ai rien de plus cœur que de me sacrifier pour -mriter l'honneur de leurs bonnes grces et haut appui.</p> - -<p>Votre Excellence me permette enfin de lui recommander -mes intrts, lesquels avec mon dessein je lui remets sa bonne -direction la priant d'tre convaincue qu'elle ne se repentira -jamais de s'tre bien voulu employer pour moi, et qu'elle me -trouvera toujours avec un attachement des plus sincres, tout -dvou Elle.</p> - -<p class="signature"><span class="cap">T</span><span class="smallc">EODORO.</span></p> - -<p class="i2">Votre Excellence m'obligera aussi de prsenter Sa -Majest mes assurances de mon respectueux et inviolable attachement -pour Sa Royale Personne et royaux intrts.</p> - -<p class="i3">Ce 14 mai 1744<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor"> [734]</a>.</p> -</div> - -<p>Thodore n'oubliait rien: les prambules diplomatiques, le -plan des oprations militaires, la petite avance, ses respects -et ses protestations dvoues pour Charles-Emmanuel.</p> - -<p>Quelques jours plus tard, il crivit encore d'Ormea. Pensant -que l'officier qu'il avait dsign pour aller ngocier en son nom - Turin tarderait revenir de Corse, il avait expdi son secrtaire - Vrone et Brescia pour remettre ses instructions -au comte Marc-Antoine Giappiconi, colonel d'un rgiment au -service de Venise. Il ordonnait ce colonel de se rendre sans -tarder et en secret Turin, avec son frre, pour traiter avec -d'Ormea et lui faire signer la capitulation. Les frres Giappiconi -taient fidles et zls; ils avaient de nombreux amis en Corse. -Le choix qu'il en faisait pour plnipotentiaires serait certainement -<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span> -agr par le ministre. Ils avaient pleins pouvoirs pour -conclure.</p> - -<p>Marc-Antoine Giappiconi avait accept le commandement du -rgiment qu'on devait lever. Le baron priait donc d'Ormea de -le faire nommer gnral-major par Sa Majest ou, dfaut, son -frre. Leurs longs services, leurs mrites personnels, leur -attachement, autorisaient cette faveur. Ils avaient refus les -offres les plus brillantes en France et en Espagne pour ne pas -abandonner leur roi. Votre Excellence s'assure de mon attention - composer ce rgiment de l'lite de mes gens. Et il -terminait en rappelant au ministre sa lettre du 24 mai<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor"> [735]</a>.</p> - -<p>Je ne sais si le fait d'tre dvou aux intrts de Thodore -tait une recommandation pour d'Ormea. Mais, ce qu'il y a de -certain, c'est qu' Turin on avait srieusement song se servir -de lui pour mener les intrigues destines s'emparer de la Corse. -Pour quel motif fut-il cart? On peut supposer que ce fut -cause de ses exigences financires. Il demandait toujours de -l'argent!</p> - -<p>Sur les conseils de Mann, le ministre allait mettre Neuhoff -de ct et traiter avec un concurrent: Dominique Rivarola, -l'intrigant agent des rvolts en Italie; celui-l mme qui avait -essay de s'aboucher avec les Gnois moyennant une honnte -rcompense. Et s'il n'avait pas trahi ses amis alors, c'est qu'il -ne s'tait pas entendu avec la rpublique sur la somme.</p> - -<p>Mann s'intressait beaucoup aux affaires de Corse; il dsirait -la voir enlever aux Gnois en faveur des Anglais et de leurs -allis les Sardes. Il s'employait avec zle ce dessein. Aussi, -aprs avoir plus ou moins conspir avec Thodore et aprs -avoir vu que celui-ci n'tait pas l'homme de la besogne, avait-il -jet les yeux sur un autre, tout en conservant des relations -<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span> -avec le baron. Les courriers du roi de Sardaigne, qui allaient -Rome, passaient par Florence, justement dans la rue o -demeurait Mann. Celui-ci en profitait pour correspondre sans -danger avec Villettes et pour recevoir les instructions de Son -Excellence le marquis d'Ormea. Je me ferai, disait-il, un -devoir en toute occasion d'obir aux ordres dont Elle m'honorera, -bien persuad que rien n'est plus capable de m'attirer -l'approbation du roi, mon matre, que de m'employer utilement, -si je puis, pour le service de Sa Majest sarde dont les intrts -sont si unis aux siens. Mann avait communiqu un de ses -amis ce qu'on disait Turin sur l'auteur des propositions -(Rivarola). On devait l'engager venir Florence. Jusqu' -prsent le rsident et son ami n'avaient pas jug propos de -lui donner la moindre connaissance de l'affaire, mais -puisque les offres taient acceptes en principe, on ne se -trouvait plus tenu la mme rserve. Mann voulait lui persuader -d'aller Turin. C'est assurment le plus sage parti. -On rglera plus de choses avec lui en personne en deux jours, -qu'on ne ferait dans un mois par lettres, outre qu'en traitant -avec lui, les ministres du roi de Sardaigne pourront mieux juger -de sa capacit et de ce qu'il est en tat de faire. Rivarola -avait t prsent Mann par le gnral Breitwitz. Ce -dernier dsirait n'tre nomm qu' d'Ormea; car la cour de -Vienne et le grand-duc pourraient prendre ombrage de le voir -s'occuper de cette entreprise sans leur participation. Le -gnral affirmait qu'il serait approuv par ses matres, s'il -les mettait au courant; seulement, il les laissait dans l'ignorance. -Breitwitz, quelques annes auparavant, s'tait fait -l'intermdiaire de propositions semblables auprs de Marie-Thrse; -mais celle-ci n'y avait pas prt attention. Mann avait -en mains l'crit original sign par l'auteur et scell de ses -armes, contenant ses projets et les conditions o ils pourraient -tre raliss. Il n'avait pas envoy cet crit Turin, de crainte -qu'il ne vnt s'garer ou tre intercept, mais il le tenait la -<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span> -disposition des ministres sardes. Je souhaite ardemment que -le succs de cette affaire rponde l'attente de vos amis, -disait-il Villettes.</p> - -<p>Je vous ai envoy, continuait-il, par le dernier ordinaire, -une lettre de mon correspondant secret—il s'agit de Thodore— -M. le marquis d'Ormea. Dans une autre qu'il m'a crite -en m'en envoyant une pour l'amiral, il me dit: <i>A la fin, -M. l'amiral a eu ordre de m'assister et de m'appuyer</i>. Je ne -puis rien dire de ce fait jusqu' ce que l'amiral l'explique. Je suis -toujours oblig de rpondre au grand nombre de lettres qu'il -continue de m'crire, mais je le fais toujours en termes gnraux, -en lui disant que je n'ai point reu d'instructions sur ses affaires, -ni aucune rponse de votre part ni de l'amiral; cependant cette -mthode ne mettra jamais fin notre correspondance. Mann -tenait ce que le baron de Salis ne ft pas inform de ce qu'il -disait sur Neuhoff, ce personnage tant absolument prvenu en -faveur de l'aventurier. Cet engouement l'tonnait et le fils Salis -en tait aussi surpris que lui. Il a peut-tre des raisons que -nous ignorons<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor"> [736]</a>.</p> - -<p>Cette dernire phrase pouvait s'appliquer Mann lui-mme. -Quelles taient les raisons qui l'obligeaient continuer de correspondre -avec Thodore? Pourquoi n'avait-il pas dj rompu avec -un homme qui pouvait le compromettre, sur lequel on ne devait -pas compter et qu'il qualifiera lui-mme de dangereux? Quand -on a commenc se commettre avec de certaines gens, on est -pris dans un engrenage dont il est difficile de sortir. On les a vus -mystrieusement; on a prt l'oreille leurs discours; on a cout, -sans se fcher, des propositions louches; on a pens en tirer parti; -les relations se sont noues; on pensait tre toujours temps de -les cesser lorsqu'elles deviendraient trop compromettantes; -on leur a crit; on leur a donn de l'argent: ils vous tiennent. -<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span> -Neuhoff avait caus, Londres, avec lord Carteret, qui tait entr -dans ses combinaisons. A Florence, Mann crut faire de la diplomatie -en voyant l'aventurier; il ne fut que le complice de ses -manœuvres malhonntes, car en somme, tout se rsumait pour -Thodore se procurer de l'argent. Une fois pris, le rsident -ne pouvait plus se librer. Il craignait peut-tre que le roi -de Corse n'en vnt dvoiler des choses qu'on ne tient gnralement -pas voir tales au grand jour. Il le mnageait. -Ou bien, en diplomate rus, le gardait-il sous la main pour en -faire peur aux allis de son matre, si ceux-ci ne voulaient pas -faire bonne part dans les profits qu'on se promettait.</p> - -<p>Quoi qu'il en soit, les affaires de Rivarola prenaient bonne -tournure. La Corse tait une proie tentante!</p> - -<p>Breitwitz avait fait venir Rivarola Florence et Mann avait -eu une confrence avec lui. Il tait dispos aller Turin pour -traiter. Il se faisait fort de lever le corps de troupes ncessaire -pour l'expdition. Le ministre anglais disait: J'avoue -qu'au premier coup d'œil, voir son ge et sa figure, il ne m'a -point paru fort propre faire russir une pareille entreprise; -mais aprs plusieurs conversations que j'ai eues avec lui, et par -les informations que j'ai prises sur son compte, j'ai trouv que -c'tait un homme fort accrdit en Corse, et celui de tous les -chefs auquel les mcontents de cette le s'adressent le plus volontiers. -Les Gnois l'avaient toujours opprim, ses biens dans -l'le—o sa femme se trouvait encore—taient confisqus et -il avait men pendant plusieurs annes sur le continent une -existence misrable. Mann l'interrogea sur ses aptitudes commander -un rgiment. Il rpondit navement qu'il n'avait pas -beaucoup d'exprience pour conduire des troupes rgulires. Mais -il avait pass une grande partie de sa vie les armes la main et, -pour suppler son manque de capacits, il demanda que le roi -de Sardaigne nommt un major qui serait la tte du rgiment -et des officiers pour maintenir la discipline. On ne devait pas -oublier que les insulaires n'obiraient qu' un chef de la nation.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span> -Breitwitz avait eu aussi d'excellentes rfrences sur Rivarola. -Il en parla Mann en ces termes: C'est un homme qui a grand -crdit en Corse. Il ne tiendra qu' lui de faire venir la plus grande -partie des Corses qui sont au service de la rpublique de Gnes -celui de Sa Majest le Roi de Sardaigne, ce qui ferait un double -effet. Et le gnral pensait que la cour de Vienne et le grand-duc -ne soulveraient aucune difficult pour permettre aux insulaires -qui se trouvaient dans les deux compagnies toscanes de passer -dans ce nouveau rgiment. Selon Mann, il y avait un officier, -Joseph Costa, et soixante soldats corses.</p> - -<p>Rivarola tait pauvre; ses malheurs et son long exil avaient -dlabr ses affaires. Il demanda donc que ses frais de voyage - Turin lui fussent pays. Mann, trouvant cette requte justifie, -suppliait Villettes d'arranger la chose—toujours la petite -avance! Il est vrai qu'on aurait difficilement trouv un homme -qui et une situation honorable et assure pour se lancer -dans une entreprise la Thodore! Rivarola, d'ailleurs, n'attendait -pour partir que l'arrive de son fils et les habits, qui -autant que j'en puis juger, disait Mann, ne feront pas une -brillante figure. Il m'a dit qu'il voulait se faire faire un habit -avant de se prsenter M. le marquis d'Ormea. J'ai tch de -l'en dissuader, l'assurant que ce ministre ne jugera pas de lui -par la faon dont il sera mis. Le rsident s'en remettait -entirement son collgue de Turin pour rgler les confrences -que d'Ormea devait avoir avec Rivarola. Ce dernier voyagerait -sous le nom de Dominique Santini.</p> - -<p>Mann avait connu par Villettes l'ptre de Thodore -d'Ormea. Il n'tait surpris, ni de son contenu, ni de la manire -dont elle avait t reue. Neuhoff n'tait pas satisfait; la lettre -du baron de Salis<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor"> [737]</a>, que Mann lui avait transmise, l'avait -fortement piqu. Je ne rpondrai nullement, disait-il, ne me -<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span> -mettant en nulle peine pour son contenu si peu digr, tant -d'ailleurs sr que votre ministre traite cette affaire. Enfin les -rponses de Turin en dcideront en huit jours et si l'on a chang -de sentiment, patience! j'en serai pour les faux frais. Mon -secrtaire est parti dimanche pass.—Voil la substance de sa -lettre, crivait Mann. Je vous disais dans ma dernire, qu'il -avait fait partir son secrtaire, circonstance qui ne peut que -dplaire. J'avoue nanmoins qu'il ne me semble pas juste de -le laisser dans l'incertitude; car, quoique ses propositions -soient mal digres et qu'il ne paraisse pas probable qu'elles -puissent mener rien, et quoiqu'il n'y ait peut-tre pas beaucoup -de fond faire sur ce qu'il dit des grandes dpenses qu'il -prtend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on continue -le bercer de vaines esprances. Quant aux affaires de Corse, -je sais qu'il y a encore un parti considrable dans cette le, qui -le recevrait avec beaucoup d'empressement s'il y paraissait avec -quelque secours rel. Mais il les a tromps si souvent, qu'ils -ne se fient plus ses promesses. J'apprends cependant que ce -parti est rsolu de lui rester fidle encore quelques mois, et si -aprs ce temps-l, ils s'aperoivent qu'il n'est pas rellement -soutenu, ils l'abandonneront coup sr, sans pourtant se soumettre -aux Gnois.</p> - -<p>Mann avait appris que Barckley, commandant du <i>Revenger</i>, -qui avait amen Thodore d'Angleterre en Italie, s'tait inform -avec soin o se trouvait son ex-passager. Le capitaine dclarait -que s'il pouvait dcouvrir sa retraite, soit en Toscane, soit -Rome, il irait le trouver en personne. Un individu, qui avait -entendu ce propos, l'avait crit Thodore. Celui-ci s'tait -empress de transmettre cette lettre Mann. Le ministre -ne savait pas pourquoi Barckley tenait tant voir le personnage; -mais il tait tonnant qu'il ne se ft pas adress lui, car il -aurait pu donner des nouvelles de l'aventurier.</p> - -<p>Tandis que Mann crivait, Rivarola tait revenu chez lui pour -le prvenir qu'il avait dpch un homme Sienne afin de ramener -<span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span> -son fils. En faisant la plus grande diligence, ils ne pourraient -tre Turin que le 15 juin. Rivarola avait fait des frais; Villettes -devait donc obtenir qu'il ft indemnis aussitt arriv. Mais - la rflexion, Mann pensa qu'il valait mieux que Rivarola -n'attendt pas son fils, car ce serait perdre un temps prcieux. -On lui avait trouv comme compagnon de route un jeune -homme discret et capable, nomm Charles Testori. Ils partiraient -le lendemain matin, 8 juin, la premire heure<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor"> [738]</a>.</p> - -<p>Ces dtails que Mann donnait son collgue Villettes -taient destins passer sous les yeux de d'Ormea. Il agitait -en consquence le spectre de Thodore et le parti considrable -que celui-ci avait en Corse afin de maintenir le ministre sarde dans -le droit chemin, c'est--dire dans de bonnes dispositions pour -l'Angleterre. Mann jouait double jeu, et, s'il n'approuvait pas -qu'on amust Thodore, il n'avait qu' se dgager vis--vis de -lui. Au contraire, il continuera, pendant longtemps encore, une -correspondance qu'aucune utilit apparente ne justifiait.</p> - -<p>Arriv Turin, Rivarola trouva toutes choses prpares. -Le 11 juillet, la capitulation pour la leve d'un rgiment d'infanterie -corse fut signe. Charles-Emmanuel confra, le 1<sup>er</sup> aot, -le titre de colonel de ce nouveau rgiment Rivarola avec un -traitement annuel de trois mille sept cent vingt livres de Pimont -et une pension de douze cent quatre-vingts livres partir du -jour o il aurait form les deux premiers bataillons<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor"> [739]</a>.</p> - -<p>Rivarola avait donc supplant son roi.</p> - -<p class="quote">La Savoie et son duc sont pleins de prcipices<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor"> [740]</a>.</p> - -<p>D'Ormea tait un de ces prcipices; Thodore tait tomb -dedans.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span></p> -<p class="subt">II</p> - -<p>Thodore continuait vivre aux environs de Sienne, en s'entourant -d'ombre et de mystre. Cette retraite sre lui avait t -procure par Richecourt. Il dpensait largement. Le gouverneur -de Sienne lui faisait de frquentes visites, et ce fonctionnaire -trouvait trs mauvais qu'on chercht avoir des nouvelles de -l'aventurier. Lorenzi croyait pouvoir affirmer que Richecourt -et le frre de celui-ci, qui tait au service du roi de Sardaigne, -intriguaient fortement en faveur de Neuhoff<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor"> [741]</a>.</p> - -<p>Au commencement de juillet, Thodore alla demeurer -Terrazano chez un certain Adrien Franchi. Il payait cinq sequins -par mois pour le mobilier et le linge. Son secrtaire tait, -disait-on, revenu de Venise, en annonant l'arrive prochaine de -deux officiers avec une forte somme, mais on ne savait pas quel -tait le souverain qui devait la lui donner. Sur cet avis, le baron -avait command douze habits de chevalier. Voulait-il clipser -Rivarola? Mais cette commande avait t faite si mystrieusement -qu'on ne savait au juste si ces habits taient tous pareils -ou de couleurs diffrentes<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor"> [742]</a></p> - -<p>Ce renseignement important fut communiqu dans les formes -aux inquisiteurs qui le prirent en considration parce qu'il -concernait cet individu qui troublait tellement la quitude -du gouvernement<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor"> [743]</a>.</p> - -<p>Les uniformes commands par Thodore ne causaient certainement -pas eux seuls l'inquitude du Srnissime Collge. -<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span> -Une autre question proccupait, sans doute, davantage les -Gnois. On apprit en effet que le baron avait rellement touch -des fonds<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor"> [744]</a>.</p> - -<p>Dans la vie mouvemente de Thodore la question de savoir -qui lui donnait de l'argent se pose avec une irritante persistance. -Il y avait l des compromissions qu'il serait curieux de mettre -au jour, mais dont on ne peut avoir la preuve absolue. Certains -services—le silence surtout—se payent de la main la main. -On ne fait pas signer de reus aux matres chanteurs. Pendant -plusieurs mois le baron ne fit pas parler de lui. Mann n'crivait -plus rien son sujet. Quand il avait quelque argent devant lui, -Neuhoff restait coi, ne cherchant qu' se cacher. Lorsque la -disette venait, il sortait de sa tanire et harcelait tout le monde -de ses plaintes et de ses rcriminations. Il faisait si bien le -mort qu'on le disait gravement malade sans espoir de gurison<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor"> [745]</a>. -Si les Gnois prparrent des illuminations, ils en furent -pour leurs frais. Thodore ne devait pas encore mourir. Il avait -tout simplement une lgre attaque de goutte, dont il fut vite -remis.</p> - -<p>Il circulait Florence un manifeste des Corses, proclamant -leur fidlit absolue au baron de Neuhoff, le roi qu'ils avaient -lu. On n'attribuait pas grande importance cette pice, car on -la disait fabrique par les insulaires rfugis en Toscane<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor"> [746]</a>.</p> - -<p>Au mois de septembre, un vaisseau hollandais venant de -Tunis arriva Livourne. Un personnage mystrieux se trouvait - bord. Cet individu se faisait appeler le comte de la Vague. -Il avait cinquante ans environ; il tait petit et laid. Se doutant -<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span> -qu'on le guettait terre, il dclara qu'il ferait la quarantaine -sur le navire. Le gouverneur exigea son dbarquement, mais -il refusa de se conformer cet ordre. Le capitaine le fit -mettre de force dans une chaloupe et conduire au lazaret. -A peine avait-il mis pied terre que huit grenadiers l'arrtrent -et le conduisirent sur le champ dans la citadelle. Le personnage -qui se cachait sous le pseudonyme de la Vague n'tait autre -que Beaujeu. Il avait fait un trait Tunis au sujet de la Corse. -La comdie de 1736 allait-elle recommencer? Les Corses ont -bien manqu de devenir musulmans. Beaujeu avait t incarcr - la demande de la cour de Turin. Charles-Emmanuel n'admettait -pas de comptiteur. L'aventurier fut mis au secret le plus absolu -et resta en prison jusqu' sa mort.</p> - -<p>Beaujeu avait t dnonc par son secrtaire. Celui-ci tait un -moine dfroqu, qui se faisait appeler Drakselts et qui, pour se -mnager des protections dans le but de se rconcilier avec -l'glise, avait livr d'Ormea tous les papiers de Beaujeu. -Parmi eux se trouvaient les traits passs Constantinople et -Tunis pour faire prendre le turban aux Corses<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor"> [747]</a>.</p> - -<p>Revenu en Toscane, Rivarola s'occupait de former son -rgiment. Il attisait la rvolte en Corse, en se maintenant en -relations suivies avec les chefs auxquels il promettait—comme -Thodore—l'aide d'une puissance<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor"> [748]</a>. Cette fois-ci, la promesse -n'tait pas un mensonge.</p> - -<p>Pendant ce temps-l, Thodore mangeait son argent. Il le -dpensait mme si bien qu'au mois de dcembre il ne lui en -restait plus. Son propritaire, furieux de n'tre pas pay, montrait -les dents. Le roi, dfaut de monnaie, lui donnait de belles -assurances. Un personnage devait lui apporter des fonds et -il avait recommand au matre de la poste d'introduire cet -intressant visiteur aussitt son arrive. On y est toujours -<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span> -pour les gens qui ont de l'argent vous remettre. Il avait une -petite cour: le comte Poggi, un secrtaire, un camrier, deux -domestiques et une cuisinire. Un fournisseur s'tait fait remettre -ses bagages en garantie de son d, mais, sur l'ordre du -Conseil de Rgence, le crancier avait rendu les hardes<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor"> [749]</a>.</p> - -<p>Les jeunes nobles de Sienne se moquaient de Thodore. -Celui-ci, trs sensible aux quolibets, parlait de pourfendre -cette jeunesse peu respectueuse. Il prfra s'en aller. Il prit -logement Radicondoli, cinq milles de Volterra, chez un -pauvre habitant. Un peu d'argent lui tait arriv: il avait -reu plusieurs personnes sa table. Il envoyait mystrieusement -des missaires en diffrents endroits, et, son ordinaire, il -crivait toujours<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor"> [750]</a>.</p> - -<p>Pendant six mois le baron vcut sans tapage. Au mois de -juin 1745, il s'avisa que les dmarches de Rivarola pourraient -lui faire du tort. Il se plaignit amrement; il ne devait plus -avoir un sou. Il crivit au marquis d'Ormea. Il se permettait de -s'adresser en toute confiance Son Excellence, pour savoir si -rellement le roi de Sardaigne avait autoris Dominique Rivarola - insinuer aux insulaires qu'il allait leur envoyer des -troupes pour les dlivrer de la tyrannie gnoise, condition -qu'ils reconnussent Sa Majest comme souverain lgitime. Ce -Rivarola tait bien connu en Italie et en Corse pour avoir fait, - diffrentes reprises, des propositions malhonntes aux mcontents -au nom de la France, de l'Espagne, de Massa, de Modne, -du feu prince Octavien de Mdicis et mme de Ragoczy. Toutes -ces intrigues taient noues dans un but d'ambition personnelle. -Au lieu d'apporter le bonheur, elles ne favorisaient que la dsunion -et des homicides normes pour le plus grand avantage -des Gnois. Votre Excellence daigne donc imposer silence -cet homme inquiet et variable et me confier moi les royales -<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span> -intentions de Sa Majest, auxquelles je me conformerai pour la -convaincre de mon attachement inviolable pour ses royaux -intrts et ceux de ses hauts allis.</p> - -<p>Thodore rappelait ensuite d'Ormea la lettre qu'il lui avait -crite l'anne prcdente, touchant la leve du rgiment -que M. de Salis lui proposa de sa part. En attendant les -instructions de Son Excellence, il n'avait pargn ni peines ni -dpenses. La capitulation signe avec Rivarola lui causait un -grand prjudice. Il rsumait son plan et ses ides sur l'expdition -qu'il avait en vue. Il demandait une rponse sous le couvert de -M. Mann. Si le ministre le dsirait, il irait lui-mme incognito - Turin sous le nom de baron de Haagen. Il aurait fait ce -voyage l'anne prcdente s'il en avait eu les moyens. Il -terminait en disant qu'on n'aurait jamais se repentir de s'tre -intress lui ni d'avoir appuy ses desseins<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor"> [751]</a>.</p> - -<p>Malheureusement lorsque Thodore crivait, d'Ormea tait -mort<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor"> [752]</a>. Son successeur pour les affaires extrieures, le marquis -de Gorzegno, continuera les intrigues relatives la Corse.</p> - -<p>Mann avait t charg de reprsenter temporairement le roi -de Sardaigne Florence; il favorisait ces intrigues de tout cœur. -Thodore l'accablait toujours de demandes d'argent. Le diplomate -trouvait dcidment que c'tait un homme dangereux et sans -fondement<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor"> [753]</a>.</p> - -<p>Le 5 juillet, un nomm Paul-Franois Sarri, de Bastia, capitaine -<span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span> -du rgiment corse au service du Pimont, et un certain -docteur, Ange de Bonis, d'origine corse, arrivrent Turin. -Dans la nuit du 5 au 6, ils furent reus par Charles-Emmanuel -auquel ils prsentrent un projet d'expdition en Corse. Le roi -soumit ce projet au comte de Saint-Laurent, qui eut pour mission -spciale de s'entendre ce sujet avec Villettes. Saint-Laurent -conseilla d'avoir tout au moins l'appui apparent des allis, pour -ne pas faire retomber toute la haine sur le roi en cas que le -projet ne russt pas. On se mfiait, Turin, du grand-duc de -Toscane, que l'on supposait tre favorable Thodore. Saint-Laurent -eut, le 21 septembre, une confrence avec le ministre -anglais. Villettes trouvait l'expdition trs aise et utile la -cause commune. Comme le fait trs bien remarquer M. Giuseppe -Roberti, auquel j'emprunte ces dtails, l'anglais voyait surtout -dans cette entreprise l'intrt du commerce de sa nation<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor"> [754]</a>. -Son sentiment est que l'on commence cette affaire par protger -ouvertement les Corses pour les mettre en leur pleine -libert, moyennant qu'ils laissent tous leurs ports francs -pour le commerce gnral avec des franchises particulires -pour celui des puissances allies. Aprs cela, le coup russissant, -comme il n'en doute point, l'on portera les Corses se soumettre -de plein gr au roi, lorsqu'on dmlera la fuse: disant qu'il -ne convient pas de faire, pour prsent, envisager cette expdition -comme une conqute pour le roi la cour de Vienne, qui -pourrait en faire un grand cas pour un quivalent ou autres -prtentions ailleurs<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor"> [755]</a>. Rivarola, dans la coulisse, tenait tous -les fils de cette intrigue. Son plan tait peu prs le mme que -celui de Neuhoff. L'affaire se prparait.</p> - -<p>Pendant ce temps-l, Thodore intriguait Londres. Il y -<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span> -avait deux amis, Messieurs Salwey, qui habitaient Leadenhall-street. -Le baron leur crivit le 9 septembre 1745. Cette lettre, -banale en apparence, mrite cependant l'attention. Elle montre -que l'aventurier se croyait, par des relations antrieures et sans -doute par des promesses, autoris crire tous les personnages -anglais, pour les entretenir de ses affaires.</p> - -<p>A quoi dois-je attribuer, mes chers Messieurs Salwey, votre -silence, lequel je vous proteste de m'tre d'une trs sensible -mortification. Nonobstant, je me flatte de votre amiti que vous -continuez prendre mes affaires cœur. Dans cette pleine -confiance, je viens par cette [lettre] vous prier de vouloir bien -passer chez Milord Carteret, le saluer distinctement de ma -part et le prier de me faire savoir, sans dguisement, si je puis -esprer de Sa Majest Britannique et de votre nation, l'assistance -si ncessaire pour pouvoir repasser auprs de mes fidles -et m'opposer aux vues des Gallispans; mme y tant, je puis -assurer de les anantir et de mettre ensemble un corps de dix -douze mille hommes faire une bonne diversion aux ennemis -en terre ferme, en me procurant cet effet les btiments de -transport escorts par des vaisseaux de guerre. J'en ai crit -plusieurs fois Milord Harrington, mais n'ai la satisfaction de -recevoir un mot de rponse, ni le ministre de Sa Majest Britannique - Florence, M. le chevalier Mann, qui a eu la bont d'en -crire au duc de Newcastle et Milord Harrington, mais ne -reoit sur ce chapitre aucune rponse. Jugez de mes embarras -mortels, environn par ici de tant d'missaires, lesquels me -dtournent tout. Recommandez donc mes intrts Milord -Carteret et Milord Vinchelsea et procurez des ordres l'amiral -Rowley pour m'assister. Certainement, si l'on m'avait appuy, -les affaires en ces quartiers ne seraient pas dans cette prsente -extrmit. Et donnez-moi de vos chres nouvelles sous le couvert -de M. le chevalier Mann, ministre de Sa Majest Britannique - Florence et pressez vivement une rsolution favorable, car il -n'y a pas de temps perdre, si l'on veut remdier aux affaires -<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span> -de ces quartiers trs drangs comme vous serez bien informs.</p> - -<p>J'ai aussi crit deux fois Milord duc de Newcastle, mais -n'ai la satisfaction de recevoir un mot de rponse; faites-m'en -savoir la raison sans dguisement.</p> - -<p>Vous aurez su que dans ces dix-huit mois j'ai t emprisonn -trois fois et quatre mois passs, j'ai essuy le cartel de -quatre infmes qui taient envoys pour m'assassiner dans ma -maison. Je les dsarmai et, par la fentre, ils se sauvrent. D'o -depuis, il me reste un tremblement dans la main qu' peine -puis-je crire<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor"> [756]</a>.</p> - -<p>On ne trouve trace nulle part, ni de ce triple emprisonnement, -ni de cet attentat. Thodore voulait sans doute attendrir ses -correspondants. Je ne sais non plus ce qu'taient ces Messieurs -Salwey, qui avaient accs auprs de lord Carteret. Si les hommes -politiques anglais rejetaient maintenant l'aventurier comme un -individu dont on ne peut rien attendre et lui faisaient faire quelques -aumnes pour qu'il restt tranquille, il n'en est pas moins -vrai qu'ils avaient cout ses propositions et avaient favoris ses -desseins. Le silence obstin qu'ils gardaient, mme vis--vis -de Mann, prouverait leur complicit dans les combinaisons du -baron, si cette preuve avait besoin d'tre faite. Quand on n'a -rien se reprocher, on peut toujours se dbarrasser d'un agent -tar. Il valait mieux pour la dignit des nobles lords que Neuhoff -ne parlt pas; c'est pour cela qu'ils ne pouvaient pas rompre -bruyamment avec lui.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span></p> -<p class="subt">III</p> - -<p>Au milieu de septembre, Lorenzi mandait que Thodore -tait sur le point de quitter sa retraite; on disait qu'il allait -s'embarquer pour la Corse. Il avait avec lui un lorrain, inspecteur -de la douane de Sienne. Le baron et son compagnon devaient -voyager la nuit et on croyait que le retard apport dans ce dpart -ne venait que de la peur qu'il (Thodore) a recommencer sa -scne<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor"> [757]</a>. Assurment, il n'tait pas brave. Il n'avait aucune -vocation pour donner ou recevoir des coups. Nanmoins, on -pouvait encore le faire marcher pour un peu d'argent. Sa royaut -retombait parfois lourdement sur ses paules. Pour avoir le pain -quotidien, il lui fallait jouer le rle de roi, c'est--dire accomplir -un semblant d'action. Et s'il songeait encore en 1745 partir pour -la Corse, c'est qu'il tait pouss par quelqu'un; je veux dire pay. -Les allis anglo-sardes n'avaient pas tout fait tort de se mfier -du grand-duc Franois. Ce prince tait bien capable de ressusciter -une nouvelle fois Thodore pour le faire servir son ambition. -L'aventurier jouissait en Toscane de la protection vidente des -autorits—on l'a vu. Son compagnon de route tait lorrain—un -fonctionnaire. Tout cela permet de supposer que si le pantin -se remuait encore, c'est que Franois en tenait les fils.</p> - -<p>Thodore quitta Sienne le 23 avec quatre chaises. Il s'arrta - Florence pour confrer avec Mann<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor"> [758]</a>, puis il arriva Livourne, -o il commena par se cacher. Le 6 octobre, il alla demeurer dans -une maison de campagne appartenant un ngociant anglais, -agent de la flotte. Il devait s'embarquer sur un vaisseau de -guerre, dont le dpart pour la Corse aurait lieu au premier bon -vent. Des officiers de la marine britannique taient alls trouver -<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span> -Mann Florence pour lui demander s'il avait des instructions -relativement Thodore, car celui-ci affirmait que tout tait -arrang entre lui et le rsident. Ce dernier rpondit qu'il ne savait -rien<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor"> [759]</a>. Nanmoins, on persistait croire que Neuhoff se rendait -en Corse avec Rivarola et les autres chefs de l'expdition et on -disait que le dpart avait eu lieu<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor"> [760]</a>. Cette nouvelle faisait dire - d'Argenson que le passage du baron de Neuhoff en Corse, -s'il a rellement lieu, sera une pauvre ressource pour le roi de -Sardaigne<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor"> [761]</a>.</p> - -<p>Rivarola et ses compagnons—ses complices pourrait-on -dire—taient effectivement partis sur un btiment anglais pour -aller conqurir la Corse au profit de Charles-Emmanuel, mais -Thodore ne se trouvait pas parmi les conqurants. Mann s'tait -arrang de faon ce qu'il demeurt terre. Il ne dit pas -malheureusement les moyens qu'il avait employs pour cela. -Je suis charm, crivait-il au marquis de Gorzegno, d'avoir -prvenu l'inconvnient si Thodore se ft embarqu, dont j'ai -pri M. Villettes de vous rendre compte<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor"> [762]</a>. Les arguments -que Mann fit valoir furent sans doute irrfutables—comme, par -exemple, un versement—car le baron ne fit plus mine d'aller -revoir ses sujets. Il revint vivre dans la retraite en Toscane, -chez le cur de campagne qui l'avait dj hberg<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor"> [763]</a>.</p> - -<p>Le gouvernement sarde avait publi des lettres patentes par -lesquelles Charles-Emmanuel accordait sa protection aux Corses, -de concert avec l'Autriche et l'Angleterre ses allis. Cette -proclamation promettait aux insulaires de les aider dans la -guerre qu'ils soutenaient contre les Gnois. Le roi de Sardaigne -<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span> -avait uniquement pour but de soustraire des peuples malheureux - un joug odieux et il avait pleine confiance dans la sagesse -des Corses qui l'aideraient de tout leur pouvoir dans l'œuvre -entreprise<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor"> [764]</a>.</p> - -<p>L'escadre anglaise, aprs un court sjour en Sardaigne, -arriva le 2 novembre sur les ctes de la Balagne, o Rivarola -prit terre pour prparer le sige de Bastia<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor"> [765]</a>. A l'le Rousse, -une centaine d'insulaires et quelques Gnois mcontents allrent - bord des btiments pour s'enrler<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor"> [766]</a>. Cette escadre compose -de huit btiments de guerre, de quatre palandres et de quatre -transports, commande par M. Cooper, parut devant Bastia, -le 17 novembre, et jeta l'ancre vis--vis du chteau. Le -commandant fit une proclamation pour inviter les Corses -secouer la domination gnoise. Il leur dclara que le roi -d'Angleterre, son matre, lui avait ordonn de se prsenter en -force eux pour les aider reconqurir leur libert! Il envoya -aussitt une chaloupe avec le pavillon blanc au commissaire -gnois Mari, pour le sommer de se rendre, sinon la ville serait -dtruite. Mari rpondit ce qu'on rpond gnralement en pareille -circonstance: son devoir l'obligeait refuser nergiquement de -semblables propositions. Il se dfendrait.</p> - -<p>Le 18, les Gnois canonnrent l'escadre. Celle-ci fit feu -aussitt. Les btiments eurent l'ordre de diriger le tir contre -le chteau et d'pargner la ville, car les habitants, si l'on -dtruisait leurs maisons, pourraient considrer leurs librateurs -comme des ennemis. Nanmoins, des bombes et des -boulets rouges tombrent dans Bastia. Le duel d'artillerie -<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span> -dura jusqu'au 19 au matin. De part et d'autre, les dommages -furent grands. La conduite de Mari fut, dit-on, hroque. -La flotte, ayant beaucoup souffert, mit la voile aprs avoir -laiss trois btiments dans les eaux corses. Elle arriva le -21 Livourne pour faire des provisions et rparer ses avaries. -Les officiers anglais prtendaient que Bastia avait t rduite -en cendres et qu'ils auraient, du mme coup, pris toute l'le -si Rivarola avait rempli son devoir. Il avait en effet promis -d'investir la place avec quatre mille hommes, tandis que les -vaisseaux bombarderaient, mais il n'avait pas paru. Et Lorenzi, -en envoyant ces dtails, concluait: On est cependant gnralement -persuad que si cette violente entreprise avait eu -le succs que vante ce chef d'escadre, il ne l'aurait pas quitte, -comme il a fait, avant d'en voir la fin<a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor"> [767]</a>.</p> - -<p>Mann, qui avait reu par une estafette la nouvelle de cette -action plus bruyante que brillante, crivit Gorzegno en faisant -de judicieuses rflexions. Si les habitants de la Corse, disait-il, -n'assistent point chasser les Gnois, une flotte ne pourra jamais -en venir bout. Il est vrai que les vaisseaux et les bombes -peuvent dtruire les villes, mais cela aigrira en mme temps ceux -qui sont mcontents des Gnois, puisqu'ils souffriront galement -par la destruction de leurs maisons. Les Espagnols avaient un -grand parti dans l'le. Si jamais ils venaient s'en emparer, cela -causerait un prjudice considrable aux Anglais et aux Sardes. Il -insistait donc sur la ncessit, pour les insulaires, de cooprer aux -oprations de l'escadre. La flotte a fait tout ce qu'elle a pu en -dtruisant la ville quasi, mais moins que M. Rivarola, avec -les mcontents, en peuvent prendre possession, l'entreprise -n'aboutira pas grand chose<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor"> [768]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span> -Les Anglais commenaient dj rcriminer contre Rivarola. -Ils allaient bientt le juger aussi lche et aussi inutile que -Thodore.</p> - -<p>A peine les navires taient-ils partis que Rivarola, descendu -de la montagne avec quatorze cents mcontents, arriva devant -Bastia. Il fit aussitt ouvrir le feu, et lana un manifeste. -Il disait qu'il venait au nom du roi de Sardaigne et de -ses allis pour donner la libert la Corse. Elle pourrait former -une rpublique sous la protection des nations coalises. Toujours -gostes, les Anglais n'avaient parl qu'au nom de leur souverain. -Mais, si la Corse ne devenait pas libre, ce n'tait pas -faute de sauveurs et ce serait dsesprer de la vertu des proclamations. -Mari, le gouverneur hroque, ne persista pas dans -son hrosme devant les forces de Rivarola. Il craignait un -soulvement parmi les Bastiais. Il assembla les plus influents -en conseil pour savoir si on pouvait se fier aux bourgeois et -esprer qu'ils se dfendissent avec chaleur contre les rebelles. -Les chefs rpondirent qu'assurment les habitants rsisteraient -le plus possible, mais que si l'escadre anglaise revenait, il -faudrait capituler honorablement pour viter la ville une destruction -complte. Mari trouva la rponse si ambigu qu'il ne -fut pas rassur. Un de ses amis lui conseilla de se mfier. Le -gouverneur pensa donc qu'il tait plus sage de s'en aller. Dans -la nuit du 20 au 21, il s'embarqua clandestinement sur une -felouque avec quelques domestiques, vingt barils de poudre et -son trsor: deux cent mille livres. Il laissa un major pour -dfendre la place. Le lendemain matin, les Bastiais se rveillrent -sans gouverneur. Ils jugrent la situation si grave qu'ils -demandrent capituler, condition qu'ils auraient la vie -sauve et qu'ils conserveraient leurs biens et leurs privilges. -Rivarola accepta. La garnison gnoise, cinq cents hommes, fut -faite prisonnire et le vainqueur s'installa dans Bastia<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor"> [769]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span> -Mann fut ravi. Il pensait qu'il fallait poursuivre nergiquement -l'entreprise. Il pressait l'amiral Townshend de renvoyer -ses navires en Corse. Je flicite de tout mon cœur Votre -Excellence, crivait-il Gorzegno, de cet vnement, ne doutant -point que les autres places suivront l'exemple de la capitale. -Puis, il donnait son avis pour tirer de l'affaire le plus grand -avantage. Il faudrait pour cela du concert, et des gens capables -de ranger les affaires avec systme pour assister M. Rivarola, -soit pour se tenir en possession de ce qui est acquis et -de ce qui naturellement suivra, soit de transporter du monde -sur les terres des Gnois, car je crois qu'on ne doit pas douter -que les Corses ne demandent rien avec tant d'empressement -que de ravager le pays de leurs matres odieux, et si on ne -profite pas de leur emportement dans la conjoncture prsente, -jamais une si belle occasion se prsentera. La sagesse de Votre -Excellence lui dictera tout ce qui est ncessaire dans le cas -prsent, ainsi je demande pardon de lui avoir offert mes petites -ides, mais mon zle pour l'entier succs de cette affaire, comme -aussi pour en tirer tous les avantages possibles, me transporte.</p> - -<p>Malheureusement l'escadre anglaise tait retenue Livourne -par les temps contraires et cela dsesprait Mann qui ne rvait -que plaies et bosses<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor"> [770]</a>.</p> - -<p>Malgr son entre dans Bastia, Rivarola tait trs svrement -jug par les Anglais. Son peu d'exprience eu gard - la manire de procder dans l'entreprise dont il s'est charg, -crivait Townshend Mann, avait jet les chefs dans une -confusion gnrale. Les choses en taient au point entre eux -par l'amour excessif de ces peuples pour la libert qu'ils taient -dtermins, plutt que de s'assujtir un nouveau matre, de -rester sous le joug des Gnois. Lorsque je dbarquais, ils -taient sur le point de se sparer avec cette belle rsolution<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor"> [771]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span> -Les chefs corses, tels Gaffori et Matra, plus dsunis que -jamais, adressaient la cour de Turin et aux Anglais les plaintes -les plus vives contre Rivarola. Celui-ci rpondait en disant que -ses anciens amis avaient t corrompus par l'or des Gnois<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor"> [772]</a>.</p> - -<p>A Gnes on tait inquiet. Le 20 fvrier 1746, la rpublique -lana en Corse un manifeste pour protester contre les manœuvres -des Anglo-Sardes et menacer des peines les plus svres ceux -qui leur prteraient assistance<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor"> [773]</a>. Mais les membres du gouvernement -affectaient l'indiffrence. Les Gnois avaient l'habitude -de ne pas parler des choses qui leur taient dsagrables -et ils espraient que leur alliance avec la France les protgerait -contre tout danger<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor"> [774]</a>.</p> - -<p>Le gouvernement franais se proccupait de ces intrigues -et d'Argenson, le ministre, recommandait son agent, Gnes, -de suivre attentivement les affaires de Corse<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor"> [775]</a>.</p> - -<p>L'envoy de France ne mnageait pas sa peine; mais sa -tche tait ardue. Il devait lutter contre la mfiance des -Gnois. Il s'efforait de se mnager les bonnes grces du secrtaire -d'tat par des attentions dlicates. L'usage que j'ai -introduit de lui donner deux ou trois tasses de caf quand il -vient chez moi ne parat pas lui dplaire. C'est ainsi que je lui -adoucis les choses qui peuvent n'tre pas de son got. Cette -<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span> -faon d'agir convient bien l'esprit de la nation. Cependant, il -peut se rencontrer des circonstances, o il faut leur montrer de la -fermet et de la hauteur, autrement on n'en tirerait rien<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor"> [776]</a>. Et -tandis que le secrtaire d'tat faisait de la diplomatie avec -l'envoy de France en buvant des tasses de caf, les beaux -esprits lanaient des pasquinades contre le roi de Sardaigne.</p> - -<p>Au moment o les affaires de Corse paraissaient devenir -srieuses, Thodore reprit la plume: instrument qu'il maniait -plus volontiers que l'arme. Le 17 octobre, il crivit un -nomm Ange-Brando Suzini pour lui confirmer des lettres -envoyes le mois prcdent. Il recommandait aux Corses d'tre -fidles au serment qu'ils lui avaient jur et de demeurer inbranlables -dans leur attachement. Cela tait indispensable pour -remdier aux tristes choses du pass. Si les insulaires restaient -sourds, il prvoyait les pires malheurs. Ils s'abmeraient avec -lui-mme dans un prcipice. Et il ajoutait cette phrase qui, -crite par lui, tait jolie: Ne vous laissez donc pas endormir -par des flatteries tudies et de vagues promesses<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor"> [777]</a>.</p> - -<p>Deux mois plus tard, il se plaignait au comte Bradimente -Mari de ne jamais recevoir de rponse ses missives. Il -comptait cependant sur la fidlit de ses sujets. Il ordonnait -aux chefs de dclarer, au nom de tous, que les populations -avaient toujours le plus solide dvouement pour la personne -de leur souverain lgitime, le roi Thodore, et d'attester, - la face du ciel, que Dominique Rivarola n'avait reu aucun -mandat rgulier pour traiter avec la cour de Turin. Les insulaires -devaient tmoigner Charles-Emmanuel une vritable -reconnaissance pour l'intention qu'il avait de les dlivrer de la -tyrannie gnoise, tout en affirmant leur ferme rsolution de ne -vouloir pour matre que le monarque qu'ils s'taient librement -<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span> -donn. Les Corses pouvaient promettre au roi de Sardaigne -et ses allis leur concours le plus actif et lui fournir les hommes -ncessaires afin de lui permettre de soutenir la guerre contre les -Gnois, condition que ces troupes fussent places sous le -commandement de leur roi, Thodore. Cette arme nationale -irait jusqu'en Italie pour envahir et saccager les territoires de la -rpublique. Les conqutes seraient remises Charles-Emmanuel. -Le manifeste des insulaires devait donc avoir un double but: -mriter la protection de Sa Majest sarde et de ses allis par -un dvouement sincre et affirmer leur inviolable fidlit leur -souverain. Il fallait dclarer qu'ils donneraient jusqu' la dernire -goutte de leur sang pour respecter le serment solennel qu'ils -avaient prt. La Corse ne pourrait jamais se trouver l'abri -de toutes les dissensions intestines qui la ruinaient et la -mettaient la merci des Gnois,—race dtestable devant -Dieu et devant le monde,—que sous la sage administration -de son roi.</p> - -<p>Il terminait en ordonnant que ce manifeste ft rdig -et publi sans retard. On devait lui en envoyer des copies -authentiques par deux dputs. Il promettait enfin de remdier -toutes choses et disait qu'un de ses lieutenants, Franois -Agostini, allait partir pour Tunis avec ses instructions<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor"> [778]</a>.</p> - -<p>Un mois plus tard, il renouvela ces ordres d'une faon pressante<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor"> [779]</a>. -Mais ses lettres restaient toujours sans rponse. Il -est vrai que, la plupart du temps, elles taient interceptes.</p> - -<p>Il n'avait pas attendu que ses sujets fissent le manifeste -qu'il demandait. Il en avait rdig un lui-mme que, pour plus -de vraisemblance, il avait dat de Vescovato, en Corse<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor"> [780]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span> -Les insulaires eussent-ils reu les ptres de Thodore, -que trs probablement ils n'y auraient pas rpondu davantage. -Ils n'en voulaient plus. Dans les nouvelles qui parvenaient - Gnes, on ne parlait jamais de lui. Les chefs qui, dix ans -auparavant, taient de ses plus zls partisans, avaient chang -d'opinion. Luc Ornano, entr'autres, s'tait enrl dans le parti -des Gnois et avait donn la rpublique des marques srieuses -d'attachement<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor"> [781]</a>.</p> - -<p>L'Angleterre ne tarda pas s'apercevoir qu'elle avait fait -fausse route en s'engageant, la suite de Charles-Emmanuel, -dans une entreprise remplie de difficults. En vrit, pour -la mener bien, il aurait fallu des hommes autrement nergiques -que Thodore ou Rivarola. J'ai t pleinement inform, -crivait Mann Gorzegno, par la lettre de Votre Excellence et -par celle de M. Villettes, de la rsolution de notre cour de -renoncer l'entreprise de la Corse par le peu de probabilit d'y -russir et par la ncessit qu'elle a d'employer ses vaisseaux -de guerre ailleurs, et de la dfrence que Sa Majest le roi de -Sardaigne a bien voulu montrer en cette occasion ces sentiments -nonobstant les motifs qu'il aurait au contraire. Il fallait -informer les insulaires de cette rsolution, qui certainement leur -causerait une grande dsillusion. On devait galement pourvoir -la scurit de tous ceux qui avaient t compromis dans l'affaire -et les soustraire aux reprsailles que la rpublique ne manquerait -pas d'exercer. Mann excuterait fidlement les ordres -du roi de Sardaigne et il s'estimerait trs heureux de pouvoir -russir rendre efficaces les mouvements d'humanit dont Sa -Majest est touche. Il conseillait de prendre quelques Gnois -d'importance. C'tait le meilleur moyen de rendre la -rpublique plus traitable, par rapport ceux qui auraient -l'avenir le malheur de tomber entre ses mains. Et le diplomate -<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span> -ajoutait qu'il ferait tout ce qu'il dpendait de lui pour -terminer cette affaire de la manire la moins dsavantageuse -pour les mcontents et la plus convenable la dignit des cours -intresses<a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor"> [782]</a>.</p> - -<p>Tous les projets sur la Corse furent donc abandonns, et -l'escadre anglaise quitta les ctes de l'le pour aller dans les -eaux espagnoles.</p> - -<p>En termes polis et diplomatiques, Mann avait dclar Gorzegno -que le roi de Sardaigne devait accepter sans rcriminer -la dcision de l'Angleterre touchant la Corse. Charles-Emmanuel -fut nanmoins trs mcontent de la dfection de ses allis. -Il ne renona pas son dessein. Il se retourna du ct de -Thodore—et, chose trange—par l'intermdiaire de Mann.</p> - -<p class="subt">IV</p> - -<p>Neuhoff, dans les premiers mois de 1746, logeait Livourne -chez un hanovrien<a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor"> [783]</a>. On disait qu'il se prparait passer en -Corse; mais Gnes on ne se montrait pas effray de cette -menace<a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor"> [784]</a>. Priodiquement, le baron faisait rpandre le bruit -qu'il allait rentrer dans son royaume; seulement, il ne partait -jamais. On commenait tre habitu ses mensonges.</p> - -<p>Cependant, le gouvernement gnois avait tout lieu de se -mfier. La rgence de Toscane signifia Viale un ordre du -grand-duc, lui enjoignant de quitter le territoire dans le dlai -de trois jours. Le malheureux diplomate, g et malade, dut -demander un sursis<a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor"> [785]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span> -On apprit quelque temps aprs que le chevalier Farinacci se -trouvait Vienne et qu'il complotait avec un franais, pour -amener les Corses se donner la reine de Hongrie. On leur -avait donn de l'argent qu'ils devaient distribuer aux insulaires. -Par mesure de prudence, la cour de Vienne avait nomm deux -commissaires pour surveiller l'emploi des fonds<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor"> [786]</a>.</p> - -<p>Dans ces intrigues rien de prcis ne s'laborait. Il n'y avait -que de vagues combinaisons avec des individus tars, qui -n'avaient mme pas les raffinements de sclratesse ncessaires -pour conduire une aventure: des sous-Thodore. Les hommes -politiques les coutaient, puis les rejetaient, parce qu'ils paraissaient -trop veules. Et le baron de Neuhoff restait le seul sur qui -les ambitions pussent encore s'arrter, malgr les preuves d'incapacit -qu'il avait donnes. Celui-l au moins avait une ide -fixe. Il crivait tellement et avec un si imperturbable aplomb, -qu'on pouvait, la rigueur, fonder quelque esprance sur lui. -Et faute de mieux.....</p> - -<p>Son chec Turin ne l'avait pas dcourag. Il continuait -vivre en Toscane, toujours en relations avec Mann. Celui-ci le -dclarait insupportable, mais il ne faisait rien pour s'en dbarrasser. -On savait qu'il tait en faveur la cour de Vienne. -Franois de Lorraine causait volontiers avec tous les aventuriers; - tour de rle, il les conduisait sans motif apparent, puis il -les reprenait sans plus de raisons. Pour l'instant, Thodore -avait des accointances avec le prince de Craon, prsident du -Conseil de Rgence de Toscane. Mann n'ignorait rien de tout -cela. S'il mprisait le baron, il n'entendait pas qu'il pt servir -les desseins d'autres personnages.</p> - -<p>Un jour, Neuhoff vint le trouver et lui demanda son appui pour -obtenir l'autorisation de passer la cour de Turin. Malgr tout ce -qu'il avait crit son sujet, Mann ne fit aucune difficult pour -<span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span> -transmettre cette requte: Thodore est ici depuis quelques -jours. Il a donn des lettres au prince de Craon pour Vienne et m'a -demand avec instance une lettre quelque capitaine de vaisseau -de guerre pour le faire transporter aux ctes de Gnes, sous -prtexte qu'il a ncessit de se prsenter Sa Majest Sarde et -M. de Botta. Je lui ai dit que sans permission je ne pouvais -pas la lui donner, et il m'a pri de la demander Votre -Excellence<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor"> [787]</a>.</p> - -<p>Mann crivit cela le 10 octobre 1746, quatre mois aprs -avoir signifi la cour de Turin que l'Angleterre renonait - toute entreprise sur la Corse! Quinze jours plus tard il -insista: Thodore est encore ici dans l'esprance, ce qu'il -me dit, que Sa Majest Sarde lui donnera la permission de -passer auprs d'Elle. J'vite de le voir, mais il m'crit des -billets continuellement et se trouve dans le plus grand besoin -d'argent<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor"> [788]</a>.</p> - -<p>Neuhoff tant bout de ressources, on pouvait, moyennant -quelques fonds, se servir de lui. L'aventurier, quand il tait aux -abois, aurait fait n'importe quoi. Il se serait mme embarqu -pour la Corse, quitte ne pas descendre terre une fois arriv. -Nous avons vu maintes fois, que ses rsolutions nergiques, -son dsir ardent de donner la libert aux Corses, s'affichaient -toujours dans les crises de dtresse financire. Mann le connaissait -bien, et en terminant sa lettre par la phrase o il disait -qu'il se trouvait <i>dans le plus grand besoin d'argent</i>, -il insinuait que si on voulait, de nouveau, l'utiliser, le moment -tait favorable. Peut-tre mme pourrait-on avoir cela bon -compte. Charles-Emmanuel comprit et se dcida recevoir -Neuhoff. Le 31 octobre, Mann crivait Turin: Je me -suis bien dout que Votre Excellence serait du sentiment de -faciliter le passage de Thodore auprs de Sa Majest. Si -<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span> -M. le marquis Botta le voudra, il trouvera des moyens pour -cela; mais pour moi, je ne crois pas ncessaire de lui en -crire<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor"> [789]</a>.</p> - -<p>Mann avait bien voulu transmettre la demande de Thodore, -mais, quand elle fut accueillie, il n'entendait pas aller plus loin -dans son rle d'intermdiaire. Puisque l'entrevue tait dcide, -le roi de Sardaigne pouvait donner directement au roi de Corse -les moyens d'aller Turin. Les deux majests n'avaient qu' -concerter toutes choses entre elles. Sait-on l'avance comment -tourneront ces sortes de combinaisons? Le diplomate ne voulait -avoir dans l'affaire qu'une responsabilit limite; juste ce qu'il -faut pour tirer avantage d'un succs, et pas assez pour tre -engag dans quelque aventure dsagrable. Il y avait l une -nuance; il la saisit pour mettre ses scrupules et sa dignit -d'accord avec l'intrt. L'Angleterre avait renonc ses projets -sur la Corse; mais elle n'aurait pas admis que ses allis fissent -quelque nouvelle entreprise sur l'le sans elle. Il tait donc -difficile son reprsentant de favoriser trop ouvertement les intrigues -isoles du gouvernement sarde. Charles-Emmanuel pouvait -tre promptement dsabus sur le compte de l'aventurier, et il -reprocherait peut-tre quelque jour Mann d'avoir trop bien -suivi ses instructions. On en veut gnralement aux gens qui -l'on fait faire des dmarches compromettantes et qui excutent -trop fidlement certains ordres. Il est plus habile de s'abstenir. -Enfin, si Thodore ne trouvait pas la cour de Turin ce qu'il -esprait, il harclerait le rsident de ses plaintes et de ses -rcriminations. Celui-ci savait par exprience que pour faire -taire le baron il fallait lui donner de l'argent.</p> - -<p>Mann se retira donc avec lgance d'une affaire qu'il avait -engage, tout en restant le matre de la situation pour le cas o -les choses viendraient tourner heureusement.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span> -Le diplomate avait t bien inspir en se tenant sur la -rserve. Le projet n'aboutit pas. Thodore alla-t-il Turin -et eut-il une confrence avec Charles-Emmanuel? Il est trs -probable que cette entrevue eut lieu, puisque le gouvernement -sarde, d'aprs la lettre de Mann, tait dcid s'entendre avec -l'aventurier. Le roi de Sardaigne s'aperut-il, ds la premire -conversation, que Neuhoff n'avait rien de ce qu'il fallait pour -entreprendre une action nergique? Les exigences pcuniaires -de Thodore furent-elles juges exagres? On peut le croire. -D'ailleurs, le baron n'tait plus jeune. Sa vie avait t une suite -d'aventures et d'intrigues. Il s'tait beaucoup remu et son -audace devait tre mousse. Il revint en Toscane avec une -dsillusion de plus. Il ne lui restait plus que des esprances -du ct de Vienne.</p> - -<p>Au dbut de l'anne 1747, Thodore tait Florence, attendant -des rponses de la cour d'Autriche, laquelle il avait -expos ses plans. Il allait souvent chez Mann, s'obstinant -vouloir lui faire goter ses combinaisons; mais le rsident -anglais faisait de plus en plus la sourde oreille, sachant -que sa cour n'en veut plus rien savoir. Le discrdit du -baron auprs des Corses tait complet, et puis il se trouvait -dans un tat si misrable que cela pourrait coter cher d'entendre -ses histoires<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor"> [790]</a>.</p> - -<p>De jour en jour, sa dtresse augmentait. Il tait log pauvrement. -Parfois, il n'avait mme pas de pain et il en tait -rduit tendre la main. Au mois de fvrier, Mann crivait -Turin: Le baron de Neuhoff, connu par le nom de Thodore, -est encore ici et rduit la dernire misre, jusqu' demander -qu'on fasse des contributions pour le soutenir. Il ne sort jamais -d'une petite auberge o il est log et dont le matre a souvent -refus de lui donner manger. Il me tourmente tous les jours -<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span> -par des lettres et messages, mais je ne suis pas en tat de le -soulager<a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor"> [791]</a>.</p> - -<p>Le malheureux roi, pour avoir le ncessaire, avait engag -ses sceaux d'argent. De Vienne, on continuait le bercer de -folles esprances. Pour mettre ses projets excution, il -rclamait deux barques armes en guerre, un rgiment et de -l'argent<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor"> [792]</a>.</p> - -<p>A Florence, on avait form le nouveau <i>rgiment de marine</i>. -Le grand-duc Franois avait pris le titre de colonel de ce rgiment -et on quipait deux bateaux pour le transporter Porto-Ferraio. -On assurait que ce n'tait pas l sa vritable destination; -on gardait le secret sur celle-ci. Comme ces armements -concordaient avec la demande de Thodore, on concluait -qu'ils avaient t faits pour servir ses desseins. Le 24 fvrier, -le chevalier Farinacci tait arriv Florence, venant de -Venise. C'tait cet aventurier, qui avait conspir, Vienne -et Turin, pour donner la Corse qui voudrait la prendre. A -son entre en ville, il avait t arrt, d'aprs un mandat dlivr -quelques jours auparavant, car on l'attendait. Il tait venu -Florence, disait-on, pour tuer Thodore et toucher ainsi la prime -promise par le Snat de Gnes, suivant l'dit toujours en -vigueur<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor"> [793]</a>. Si des coquins ne parvenaient pas faire leurs -affaires en entrant dans les combinaisons du baron, ils avaient -au moins la ressource de gagner quelque argent en l'assassinant.</p> - -<p>Un jour Thodore disparut. De suite, le bruit se rpandit -qu'il tait all Livourne pour s'embarquer. Les deux barques, -qui avaient conduit le rgiment de marine Porto-Ferraio, -venaient justement de rentrer dans ce port<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor"> [794]</a>. Le pauvre baron -<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span> -n'tait pas cependant en tat de se mettre la tte de quelque -entreprise, car, si on ne le voyait plus, c'est qu'il tait malade. -Lorenzi avait su, par une personne trs au courant de ces intrigues, -que la cour de Vienne s'obstinait dans ses projets sur la -Corse et qu'elle comptait toujours mettre contribution la -bonne volont de Thodore pour les mener bien. Seulement, on -hsitait encore un peu, car on n'avait plus grande confiance dans -la popularit du roi dans l'le. Il avait tellement tromp les -insulaires<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor"> [795]</a>!</p> - -<p>Cependant, les desseins de l'Autriche prenaient de la consistance. -Neuhoff fut bientt guri. Il disait qu'il comptait s'embarquer -dans un mois et demi. On affirmait de plus en plus -que le rgiment de marine n'avait t envoy Porto-Ferraio -que pour masquer sa vritable destination: la Corse<a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor"> [796]</a>.</p> - -<p>Le gouvernement franais finit par s'mouvoir de ces manœuvres -louches. Lorenzi reut l'ordre de s'clairer et d'envoyer -sans retard des renseignements prcis<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor"> [797]</a>.</p> - -<p>Voici ce que l'envoy apprit d'une faon sre.</p> - -<p>Quelques mois auparavant, les insulaires avaient prsent un -mmoire la reine de Hongrie. Ils proposaient de se soulever -en sa faveur si on leur fournissait des armes et des munitions. -La cour de Vienne avait agr cette offre et expdi un -matriel de guerre en Toscane. C'tait pour cette entreprise -qu'on avait lev le rgiment de marine; quatre autres, de mille -hommes chacun, taient en formation. L'Angleterre, qui avait -retir son concours au roi de Sardaigne, quand l'affaire tait en -train, se trouvait mle cette nouvelle combinaison. Une escadre -anglaise devait appuyer l'expdition autrichienne et forcer Bastia -<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span> -et Calvi se rendre Marie-Thrse. Tout tait prt, et on -allait passer l'excution de ce projet, lorsque surgirent des difficults. -Elles provenaient des chefs corses qui ne pouvaient pas -s'entendre. Les uns voulaient se donner la reine de Hongrie, -les autres s'opposaient nergiquement la chose. On attendait -qu'ils se fussent mis d'accord. Au surplus, le sige de Gnes par -les Autrichiens durait toujours; on esprait que la ville capitulerait -bientt et, ds qu'elle serait tombe, l'expdition de Corse -aurait lieu. Le consul de France Livourne avait crit qu'on -attendait Thodore. Il devait passer Porto-Ferraio, et, de l, -dans son royaume. On lui avait prpar vingt-quatre habits de -livre verte, parements jaunes et vestes galonnes d'argent, pour -lui faire sans doute jouer son rle plus dcemment. On esprait -que ses sujets tomberaient en admiration devant cette mascarade. -Un colonel lorrain, au service du grand-duc, tait dsign pour -prendre le commandement des troupes dans l'le. On se mfiait, -non sans raison, des aptitudes militaires du baron. En attendant -que tout ft rgl, il se tenait cach dans Florence. Peu de personnes -parvenaient jusqu' lui; mais il n'tait pas difficile de se -rendre compte que le gouvernement toscan le protgeait. L'on -voit par l que la cour de Vienne met en œuvre, pour augmenter -sa puissance, toutes sortes de moyens sans trop en examiner la -justice ni la dcence<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor"> [798]</a>.</p> - -<p>Une expdition n'aurait pas t complte sans une proclamation -du roi ses sujets. Du reste, tant qu'il ne s'agissait -que de faire des phrases, on tait sr de le trouver dispos. Il -rdigea donc un dit par lequel il promettait son pardon tous -les Corses qui auraient embrass le parti de la rpublique, pourvu -qu'ils prissent les armes en faveur de Marie-Thrse. Le gouverneur -de l'le d'Elbe, tandis que le rgiment de marine se prparait, -avait fait armer une felouque qu'on pensait destine transporter -<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span> -Thodore, car les huit rameurs qui la montaient taient habills -de bleu et coiffs de bonnets noirs, la mode anglaise<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor"> [799]</a>. On -envoya trois cents bombes de Livourne Porto-Ferraio, et Neuhoff -disait qu'il se mettrait en route ds que Richecourt lui aurait -remis la somme convenue. Il prtendait aussi que les insulaires -avaient menac Rivarola de le pendre s'il ne quittait pas l'le -de suite<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor"> [800]</a>.</p> - -<p>Les semaines s'coulaient et l'expdition ne partait pas. Les -chefs corses taient plus dsunis que jamais<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor"> [801]</a>. Thodore -continuait vivre mystrieusement Florence<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor"> [802]</a>. Pourtant, -il avait touch ses fonds, car il avait retir ses sceaux -d'argent, qui taient en gage chez quelque usurier. Cette -opration s'tait effectue par l'entremise des officiers gnraux -au service du grand-duc. Ceux-ci le pressaient vivement de -partir<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor"> [803]</a>.</p> - -<p>A la fin d'aot, Neuhoff avait quitt Florence et tait -all dans une maison de campagne aux environs de Pistoia. -Il avait fait ce voyage, disait-on, pour s'entendre avec un -anglais nomm Mills. Cet individu venait de Vienne. Il avait -t recommand par Richecourt un certain Yharce, anglais -galement, capitaine du port de Livourne. Mills avait rsid - Pise jusqu' l'arrive de Richecourt. Il s'tait alors rendu - Florence, o il avait eu de nombreuses confrences avec -le conseiller de la Rgence. Il se disait colonel au service de -l'Autriche. Mann n'avait pu avoir aucun renseignement prcis -sur lui. On supposait qu'il tait destin commander l'expdition -de Corse<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor"> [804]</a>.</p> - -<p>Cependant, l'excution de ce projet devenait chaque jour -<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span> -plus incertaine. On parlait du roi Thodore avec un profond -mpris<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor"> [805]</a>.</p> - -<p>Soudain, une nouvelle sensation se rpandit dans Florence. -Le baron de Neuhoff, par l'ordre du grand-duc, avait t chass -de Toscane et renvoy chez lui, en Westphalie. Le gouvernement, -crivait Lorenzi, a t bien aise de s'en dfaire sur -ce qu'il en a reconnu l'inutilit. L'appui que la France donnait -aux Gnois rendait au surplus trs difficile toute entreprise sur -l'le<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor"> [806]</a>.</p> - -<p>L'expulsion de Thodore surprit tout le monde. Puisieux -demanda son agent de vrifier le fait et de dcouvrir le motif -exact de cette mesure<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor"> [807]</a>.</p> - -<p>Lorenzi envoya son rapport. J'ai toute la certitude qu'on -peut avoir dans ces matires que le baron de Neuhoff a t -renvoy en Westphalie, car, outre l'avis de son dpart, j'ai -appris par ceux qui y ont eu la main, qu'il tait arriv dans ce -pays-l, ainsi que vous aurez pu le voir, Monseigneur, dans -l'extrait de ma lettre M. le comte de Maurepas du 24 du mois -dernier<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor"> [808]</a>. Ce renvoi a t fait, selon mes notions, d'assez bonne -grce et avec l'argent de M. le grand-duc. A l'gard du motif -qui a dtermin ce prince se dfaire de cet aventurier, j'ai tout -lieu de croire qu'il est driv de ce qu'il est tomb dans le -plus grand mpris, tant auprs des Anglais que des Corses, -et qu'on ne lui trouvait point de talent pour recouvrer son -crdit, tellement qu'on le jugeait absolument inutile, tandis qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span> -causait son gouvernement de la dpense et de l'embarras. Au -reste, vous aurez vu, Monseigneur, par ma dernire, que la -rvolte dans la Corse est devenue des plus srieuses, si les -cours de Vienne, de Turin et de Londres fournissent aux rebelles -les secours dont ils ont besoin<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor"> [809]</a>.</p> - -<p>Le ministre fut satisfait de ces renseignements et dclara -que toute nouvelle recherche devenait inutile<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor"> [810]</a>.</p> - -<p>Franois de Lorraine faisait emprisonner ou expulser ceux -avec qui il conspirait. Il n'avait pas trouv dans les habitus de -sa <i>Retirade</i> le fripon d'une assez haute envergure pour servir -utilement ses ambitions. Il devait ceindre bientt la couronne -impriale. Il se consola peut-tre alors de n'avoir pas pu avoir -celle de Corse.</p> - -<p>Mann dut pousser un soupir de soulagement.</p> - -<p>Quant Thodore, son rle politique tait fini. Les temps -sombres allaient commencer; le calvaire de la misre se dressait -devant lui. Pendant neuf ans, il le gravira degr par degr, -jusqu'au bout.</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_344"> 344</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IX</h2> -<div class="chapter"> -<div class="hanging indent"> -<p>Thodore en Hollande et en Allemagne.—Il ne veut pas abdiquer.—Ses -griefs contre les Corses.—Le rcit de Mouvet.—Le moine et le -diplomate.</p> - -<p>Le roi de Corse arrive Londres.—Dmarches du ministre de Gnes.—Thodore -est reu dans la haute socit.—Une soire.—Neuhoff est -arrt pour dettes.—Il reoit des visiteurs.—Un spectacle attrayant.—<i>Les -tnbres de Corse.</i></p> - -<p>Des membres de la Chambre des Communes vont voir Thodore en -prison.—Un article de journal.—L'acteur Garrick et le <i>Roi Lear</i>.—Thodore -recouvre la libert.—Il abandonne le royaume de Corse -ses cranciers.—On le remet en prison.—Il en sort dfinitivement.—Le -roi et l'ouvrier.—Mort de Thodore.—Le marchand d'huile.—pitaphe.—Un -opra-bouffe.</p> -</div> -</div> - -<p class="subt">I</p> - -<p>Aprs avoir t chass de Toscane, Thodore mena en -Allemagne et en Hollande une existence misrable. Pendant -deux ans, on n'entendit gure parler de lui. Ses grands projets, -ses intrigues avec les puissances qui dsiraient s'emparer de la -Corse, tout cela avait piteusement avort. Le rve et la chimre -avaient d, dans son esprit, cder la place aux brutales proccupations -de la vie matrielle. Il ne s'agissait plus, maintenant, -de reconqurir un trne; il fallait pourvoir au pain de chaque -jour. Tous les matins la mme besogne devait recommencer: la -chasse aux cus, l'escroquerie quotidienne.</p> - -<p>Le soir, son esprit s'ingniait sans doute songer avec quel -mensonge il pourrait, le lendemain, faire une nouvelle dupe. -Mais, parfois, son incorrigible ambition reprenait le dessus. -Malgr toutes les dsillusions, il se croyait encore appel -jouer le rle de sauveur dans les destines du peuple corse. -<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span> -Qui pensait lui dans l'le? Douze ans s'taient couls depuis -que les insulaires avaient pos sur sa tte une couronne de -laurier. Et douze ans c'est bien long pour conserver la fidlit -d'un peuple, surtout quand on n'a pas d'argent.</p> - -<p>La dernire survivante des dames Fonseca, la sœur Franoise -Constance recevait parfois des nouvelles du baron. Elle -restait sa confidente. Il s'panchait en phrases sonores lorsque -des crises d'ambition le torturaient encore; il laissait couler sous -sa plume les rcriminations amres d'un homme, qui, arriv au -dclin de sa vie, ne voit dans son pass que des agitations -striles. Dans la paix du clotre, la religieuse avait mdit sur -la vanit des grandeurs de ce monde, car, le 22 juin 1748, elle -crivit son roi pour lui conseiller de renoncer ses desseins.</p> - -<p>Le 25 juillet, il rpondit sa trs chre cousine et amie. -La plupart de ses lettres taient interceptes. Celui qui se -rendait coupable de ces manœuvres dloyales tait son correspondant -de Cologne, qui avait t suborn par le nonce du pape. -Cet ambassadeur remplissait plus volontiers la charge d'agent -de Gnes que celle de ministre du Saint-Sige. Il ne recevait -aucune nouvelle de Corse. Cependant, il avait envoy quelques -munitions dans l'le par un btiment anglais. Elles avaient -t dbarques prs d'Alria; il le savait srement. Les insulaires -semblaient tre abandonns de Dieu. Leur inconstance -leur portait un grand prjudice. Ils avaient dans les cours une -dtestable rputation. Ses amis lui reprochaient les dpenses -qu'il avait faites pour ces ingrats. Actuellement, il se trouvait - la campagne, chez un de ses parents; aprs quelques jours de -repos, il comptait se rendre Amsterdam. Il continuerait -travailler pour son peuple. Du reste, votre conseil, ma bien -chre amie, est bel et bon; mais l'honneur de mon nom est -engag de soutenir l'affaire au pril de ma vie. Tous les Corses -n'taient pas perfides. Et quand mme le seraient-ils sans -exception, il voulait n'avoir rien se reprocher. Il entendait -leur laisser entirement l'odieux d'un parjure. Lui, il ne faillirait -<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span> -pas! Enfin, c'est une vilaine tragdie. Une grande et fatale -destine pesait sur son existence. tre n pour un pareil -exploit, quelle misre! Ces malheureux opprims ne l'avaient -pay qu'en trahisons et maintenant ils taient bien justement -chtis de cette manire par dcret certain de Dieu. L'histoire -des paens et des sauvages n'offrait rien de semblable la -conduite de ses sujets envers lui<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor"> [811]</a>.</p> - -<p>En allant de Hambourg Amsterdam, dans le courant du -mois d'aot, la chaise de poste, o tait Thodore, versa. Par -miracle, il en fut quitte avec quelques contusions une paule, -un bras et la main droite. Il allait sans cesse par voie et -par chemin pour mettre ses affaires en ordre; ce n'tait pas -chose facile: elles taient toujours bien embrouilles. La sœur -Fonseca, qui, certains moments de recueillement, souhaitait -que le roi renont aux vaines grandeurs, mue par ses paroles -ardentes, reprenait parfois confiance dans les contingences -humaines. Le 19 juillet, elle lui manda qu'on ne savait -rien son sujet, en Corse. Et, cependant, il ne manquait -jamais d'crire chaque occasion. Il avait, au surplus, essay -de faire valoir ses droits au congrs tenu Aix-la-Chapelle, -pour mettre fin la guerre de la succession d'Autriche; mais -les plnipotentiaires n'avaient pas voulu les reconnatre. Tout -cela n'tait pas gai. Des souvenirs mlancoliques lui revenaient - l'esprit. Cette nuit j'ai fait jour de ma naissance, disait-il, -et j'espre que l'anne que j'entre me sera plus heureuse que -la passe<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor"> [812]</a>.</p> - -<p>Que fit-il exactement pendant son sjour en Allemagne et -en Hollande, de 1747 1749? Il est difficile de dterminer ce -point d'une faon prcise.</p> - -<p>Un moine du Brabant, qui, pour vivre, donnait des rptitions -de droit public aux tudiants de l'Universit de Leyde, -<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span> -a crit la vie de Thodore cette poque. Il a intitul son -factum: <i>Anecdotes de la vie du fameux aventurier Thodore, -baron de Neuhoff, pendant les annes 1747, 1748, 1749</i><a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor"> [813]</a>. -Mais il faut accepter ce rcit avec mfiance. Il a t compos -pour tre vendu la rpublique de Gnes qui, d'ailleurs, selon -son habitude, a trouv le moyen de se le procurer sans bourse -dlier. Le moine, pour faire sa cour aux Gnois, a noirci -Thodore de toutes les friponneries. C'est un rquisitoire. -Nanmoins, Mouvet, ayant frquent le baron, pouvait parfaitement -avoir connu certaines particularits. Seulement, pour -en faire de l'argent, il les a amplifies. Il n'aurait eu aucune -chance de vendre un pangyrique.</p> - -<p>Il raconte que le premier soin du baron, en arrivant -Cologne, aprs son dpart forc de Toscane, aurait t de se faire -hberger, pendant deux mois, par une dame pieuse, la baronne de -E. V..... Pour mouvoir sa compassion, il lui raconta une histoire -de voleurs. Ses gens, durant son voyage, l'avaient totalement -dpouill, ne lui laissant que l'habit rouge qu'il avait sur le -dos. La bonne dame lui remit neuf cents ducats. Elle eut, -pour rcompense, la satisfaction de payer un nombre infini -de ports de lettres, car son hte crivait sans cesse, tous les -grands de la terre, disait-il.</p> - -<p>A La Haye, il se serait fait avancer mille ducats par -M. Rademacker, trsorier du prince d'Orange. Il demandait -qu'on lui fournt des munitions pour lui permettre de rentrer -dans son royaume. Il s'agitait; il s'insinuait auprs de tous les -personnages et mentait toujours. Il avait fait, disait-il, des recrues -en soldats et en officiers qu'il comptait revtir d'uniformes -bleus, verts et rouges. Il commanda mme le drap ncessaire -l'quipement de six mille hommes. Cela est assez vraisemblable. -Il avait l'habitude de faire faire des uniformes pour des troupes -qui n'existaient que dans son imagination.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span> -En Allemagne, il se retrouva avec d'anciennes connaissances, -M. et M<sup>me</sup> Borscherd, de Cologne. Quelques annes auparavant, -ceux-ci avaient dj donn l'hospitalit au baron, qui s'tait fait -remettre par ces bons bourgeois des sommes assez rondes, sous -prtexte de rechercher des trsors cachs dans leurs terres. Il -affirmait qu'un esprit habitait dans leur proprit. Il frquentait -toutes les sorcires et tous les magiciens du voisinage pour -donner quelque poids ses dires. La dsillusion ne put vaincre -l'admiration que ces braves gens eurent toujours pour leur -hte. Ils payaient sans marchander.</p> - -<p>Dans la suite, Thodore aurait essay de se glisser -jusque dans l'entourage du prince d'Orange par l'entremise de -Lansberg, reprsentant des tats-Gnraux Cologne, dont il -avait su se faire un ami en l'blouissant de ses hautes protections. -C'tait au moment o se tenait le congrs d'Aix-la-Chapelle. -Le baron, parlant en souverain, avait dclar que -les dputs des Corses, ses sujets, allaient arriver pour -prendre part aux confrences, et faire reconnatre solennellement -ses droits. Les dputs ne vinrent pas, mais l'effet tait -produit. Il parla de cette intervention si souvent et avec une -telle assurance, qu'on finissait par le croire. Aprs le congrs, -Thodore aurait tent l'escroquerie religieuse. En Hollande, il -serait all trouver des pasteurs protestants et leur aurait promis, -moyennant une honnte somme, de faire embrasser aux Corses -le culte rform. Il avait en mme temps de graves entretiens -avec des prtres catholiques. La situation religieuse dans l'le -tait srieuse, par suite de l'ambition qu'avaient les Anglais de -s'emparer du pays. Une fois matres de la Corse, ils arriveraient -peu peu implanter le protestantisme. Mais, avec dix mille -florins, il saurait empcher cette ventualit de se produire. Il -remettrait en gage le sceau de son royaume. Les prtres effrays -s'occuprent de runir cette somme. Mais ils n'arrivrent qu' -donner au baron de faibles acomptes, qu'il encaissait, en attendant -le reste, afin de montrer son zle pour la religion romaine.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span> -A Leyde, il vint trouver un moine, le Pre Paul. Celui-ci -avait t avis qu'il recevrait la visite d'un seigneur. Thodore, -selon son habitude, ne s'tait pas fait connatre. On causa; -le Rvrend Pre tait bavard. Il raconta bien des histoires -qui circulaient dans le pays: on dbitait, entr'autres choses, -que Sa Majest corse faisait l'amour une demoiselle. -Jarnebleu, s'cria Thodore, c'est moi qui suis le roi de -Corse, et si cela tait je le saurais sans doute. Et il se retira -en faisant claquer la porte. Le moine se prcipita derrire -lui, en se confondant en excuses sur son intemprance de -langage. Le religieux fut tellement saisi de cette aventure, -qu'il en tomba malade. Au milieu de son trouble, un sentiment -cependant dominait: la joie d'avoir reu la visite d'une -personne tant caractrise, honorable et respectable. Le -Rvrend Pre racheta sa faute en avanant, ou en faisant -prter, par des personnes pieuses, des sommes d'argent au -monarque.</p> - -<p>Afin, sans doute, de complter la srie des filouteries, -Thodore aurait essay de l'escroquerie au mariage. Il se serait -adress diffrents ecclsiastiques, en leur demandant si, parmi -leurs dvotes pnitentes, il ne se trouverait pas quelque dame -possdant du bien, qui voult tre reine. Il parat que les candidates -au trne n'auraient pas manqu. Des prtres essayrent -de lui mnager une union sortable. Il n'tait pas difficile; peu lui -importaient l'ge, la naissance, la beaut. Il ne regardait qu' -la dot pour soutenir l'clat de sa couronne. Nanmoins, l'affaire -du mariage n'aboutit pas. Il ne devait jamais y avoir une reine -de Corse.</p> - -<p>Il faut, dans tous ces racontars de Mouvet, faire la part de -l'exagration. Il ne faut pas oublier, non plus, que le moine, -ayant entrepris la difficile et ingrate besogne de soutirer de -l'argent la rpublique de Gnes, avait d agrmenter son rcit -pour en faire un crit vendable. Il est cependant certain que le -nombre de gens dups par Thodore, en Hollande, fut trs grand.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span> -Villavecchia, ministre de Gnes La Haye, avait, suivant -les instructions de son gouvernement, ouvert une enqute sur -les faits et gestes du baron dans les Pays-Bas. Le 18 juillet 1749, -il transmit au Srnissime Collge un volumineux rapport, dans -lequel il donnait des dtails prcis sur Neuhoff et o il racontait -ses entrevues avec Mouvet.</p> - -<p>Thodore quitta la Hollande au commencement de 1749. -Aprs son dpart, il continua entretenir une active correspondance -avec des officiers des troupes nerlandaises. -Ces officiers, ayant peut-tre peu de profits servir les -tats-Gnraux, avides de nouveaut, ou bien impressionns -par sa faconde, paraissaient avoir une inbranlable confiance -en ses mirifiques promesses. D'ailleurs, les gens, qui avaient une -foi aveugle dans sa haute destine, taient si nombreux qu'un -aventurier de bas tage essaya de s'aboucher avec lui pour faire -une association. Thodore n'accepta pas la combinaison: il ne -voulait pas se commettre avec de vulgaires escrocs. Il dsirait -travailler seul. Aprs le dpart du baron, cet individu chercha -se faire passer pour le roi de Corse, tant La Haye qu' Amsterdam. -Rien ne manquait la renomme de Neuhoff, pas mme -la contrefaon. Et Villavecchia se gaussait de cette imposture -faite contre un autre imposteur. Il garantissait le fait.</p> - -<p>Thodore recevait, pendant son sjour en Hollande, une -grande quantit de lettres sous un nom d'emprunt: le baron de -Berghen. Par surcrot de prcaution, la correspondance tait -envoye au baron Sporchen, envoy extraordinaire du roi -d'Angleterre, en qualit d'lecteur de Hanovre, auprs des tats-Gnraux. -Il transmettait ensuite les lettres Thodore. Ce -commerce dura jusqu'aprs le dpart de Neuhoff. Le rsident de -Gnes vit un certain nombre de missives adresses l'aventurier -sous le couvert du ministre. Thodore laissait ce dernier -le soin de payer les frais de poste. L'envoy extraordinaire en -fut bientt pour cent florins, sans pouvoir obtenir aucun remboursement. -Le baron Sporchen, au dire de Villavecchia, tait un -<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span> -homme avare comme un juif et capable de tout sacrifier -l'intrt. Fatigu de payer sans cesse pour Thodore, il crivit -aux correspondants de celui-ci de ne plus faire passer leurs -lettres par son intermdiaire. Il avait encore quelques dpches -destines Neuhoff. Il les conserva, esprant ainsi se faire -rembourser.</p> - -<p>Mouvet entre ici en scne.</p> - -<p>Le moine avait t l'un des confidents de Thodore en -Hollande. Or, le baron Sporchen lui devait un peu d'argent. -A quelle besogne le diplomate l'avait-il donc employ pour -tre son dbiteur? La chose est reste dans l'ombre, pour -le plus grand bien de la morale politique, sans aucun doute. -Le moine voulut, un jour, se faire payer. L'envoy lui remit, -en fait d'argent, la correspondance adresse Thodore, qu'il -avait garde en garantie de ses dbours. Cette histoire est peut-tre -une invention du religieux, qui aurait simplement drob -les lettres. Toujours est-il qu'il essaya de battre monnaie avec -ces papiers. Il vint trouver le ministre de Gnes, et les lui montra. -Les reprsentants de la Srnissime Rpublique n'avaient pas -l'habitude de payer guichets ouverts. La conversation s'engagea. -Mouvet avoua que Thodore l'avait nomm son chapelain, -et pendant trois ans, lui avait accord toute sa confiance. Il -tait redevable de cette distinction sa rputation d'homme -intrigant, rus, hardi, apte aux plus habiles ngociations. -C'tait une confession. Mais le moine voulait sans doute en -imposer au ministre par des apparences de franchise. Charg -par Thodore de diverses missions dlicates, il l'avait servi fidlement. -C'est ainsi qu'il s'tait rendu Aix-la-Chapelle, auprs -du comte de Bentinck, plnipotentiaire des tats-Gnraux. -Il se trouvait donc tre le dpositaire de tous les secrets du -roi de Corse. Celui-ci tait parti en le trompant comme tant -d'autres, sans payer ce qu'il lui devait. Cette conduite tait -tellement infme qu'il voulait, non seulement n'avoir plus rien de -commun avec l'aventurier, mais il dsirait s'employer dmasquer -<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span> -cet homme indigne et pernicieux, afin de l'empcher de -faire encore du mal en trompant quiconque l'approchait. C'est -dans cette bonne intention qu'il tait venu trouver le reprsentant -de la Srnissime Rpublique, pour lui faire toutes ces -confidences. Et l'honnte moine tendit Villavecchia un cahier -de papier, o, dit-il, il avait consign un aperu de la vie et -des fourberies de ce sclrat. Le ministre pensa qu'il ne saurait -s'entourer de trop de prcautions vis--vis d'un individu inconnu, -qui—sans en tre pri—se reconnaissait plein de malice, qui -confessait avoir prt la main des friponneries: le confident et -le complice de Thodore, en somme. C'tait bien le rle qu'il avait -jou, car Villavecchia voyait que ses dires concordaient avec -les informations qu'il avait eues d'autre part. Mais il fit semblant -de ne pas croire tant de belles choses. Il ne parut convaincu -ni des bonnes intentions de Mouvet de punir l'aventurier, ni -de l'efficacit des moyens pour amener ce chtiment. Il n'tait -pas dispos, au surplus, se casser la tte avec toutes ces -nouvelles. Le Srnissime Collge mprisait les machinations -d'un malheureux et impuissant aventurier. La rpublique tait -au-dessus de ces misrables intrigues. Elle les connaissait parfaitement -et, par dignit et par clmence, elle ne ferait rien pour -en interrompre le cours. La vendetta guettait Neuhoff. Il -le savait; et, s'il parlait encore de la fidlit que lui conservaient -les insulaires, c'tait uniquement pour faire des dupes. -Les rebelles, dans un moment d'garement, tromps par ses -promesses, l'avaient pris pour chef, mais, cruellement dsillusionns, -ils auraient exerc contre lui la plus implacable vengeance -s'il ne s'tait pas enfui temps. La rpublique considrait -avec srnit les tristes effets de la crdulit des rvolts. -Elle attendait avec calme le moment o ses sujets reviendraient -d'eux-mmes une plus saine apprciation des hommes et des -choses. Leurs yeux s'ouvriraient et, si jamais Thodore s'avisait -de rentrer en Corse, il trouverait, srement, la punition de ses -crimes.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span> -Villavecchia dbita son discours sur un ton sincre et dgag. -Il essaya de mettre dans ses paroles la rpugnance qu'il -prouvait s'occuper de ces affaires.—C'est lui qui le dit.—Le -moine insista, reprenant en dtail tout ce qu'il prtendait -savoir afin de persuader son interlocuteur et d'exciter sa -curiosit. Il racontait ses histoires en graduant ses effets et -en pratiquant l'art des rticences aprs avoir gliss quelque -dtail allchant. L'agent de Gnes essaya de le mettre en -contradiction avec lui-mme, pour voir s'il disait la vrit. -Il fut assez rus pour ne pas tomber dans le pige. Nanmoins, -le ministre se tint sur ses gardes, car il s'aperut que la -dmarche du religieux avait pour but d'obtenir une rcompense -en bons cus. Le dsir d'empcher de nouvelles fourberies, -en dvoilant les turpitudes de ce misrable, passait -au second plan. Les diplomates gnois taient fort perspicaces -en gnral. Mouvet insista pour que le rsident prt -connaissance de son crit; il lui dit qu'il reviendrait dans deux -jours afin de savoir la rponse de Son Excellence. Villavecchia -fit le dgot et reut le cahier du bout des doigts. Mais, peine -le moine tait-il sorti, que l'agent de Gnes appela ses scribes -et fit faire deux copies du long mmoire. Il en transmit une -au Srnissime Collge et conserva l'autre. Lorsque le religieux -revint, Villavecchia lui rendit son lucubration, disant qu'il -l'avait parcourue la hte et non sans fatigue, en raison de -son tat de maladie. Il montra encore le peu de cas qu'il -faisait de cette littrature, de faon ce que Mouvet ne pt pas -souponner que son crit et t copi. La plupart des noms -propres taient rests en blanc sur l'original. Au cours de la -conversation, le ministre essaya d'amener le moine des -rvlations qui lui permissent de rtablir les noms. Il y russit, -et le rcit put tre complt. Aprs en avoir tir ce qu'il -dsirait savoir, Villavecchia rpta son interlocuteur tout ce -qu'il lui avait dit dans leur premire confrence. Celui-ci ne -put cacher sa dception. Il proposa de dvelopper son crit; la -<span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span> -matire tait inpuisable. Il pourrait aussi prciser davantage, -et, au besoin, le traduire en latin. Le diplomate refusa. Mouvet -rpliqua que la rpublique aurait tort de mpriser les intrigues -de Thodore. Celui-ci ne dsarmait pas. Actuellement, la -vrit, il ne pouvait faire aucun tort aux Gnois; mais un jour -viendrait peut-tre, o l'on serait oblig de compter avec lui. -Il tait bien vu la cour de Londres. Le duc de Newcastle -tait son ami. Il avait des intelligences en Corse et en Italie. -Des ngociants, des officiers, de simples particuliers, des -personnages politiques paraissaient, un peu partout, disposs -lui donner leur appui et lui fournir de l'argent. Six cent mille -livres de poudre taient prtes embarquer Amsterdam.</p> - -<p>Villavecchia demanda au moine pourquoi il lui disait toutes -ces choses; o il voulait en venir. Le professeur de droit s'embarrassa -dans les faux-fuyants, dans un maquis de paroles vagues, -protestant de ses bonnes intentions. Il avait seulement en vue le -profit que la rpublique pourrait tirer de ses confidences. Puis, -se rapprochant du ministre, il lui dit qu'il tait mme de ruser -avec Thodore. Sous le prtexte d'une aide puissante s'offrant -lui, on pourrait facilement l'attirer en Hollande, ou ailleurs, et -l, on le traiterait comme on traite un perturbateur de la -tranquillit publique pour l'empcher de nuire. Villavecchia -rpondit qu'il n'en voyait pas la ncessit. Son gouvernement -n'entrerait srement pas dans cette voie et lui, personnellement, -n'tait pas dispos se mler d'une pareille affaire. L'entretien -prit fin. Mais l'agent de Gnes dsirait ne pas dcourager -compltement le moine; il tenait l'avoir sous la main; il -l'engagea donc revenir le trouver si jamais il apprenait -quelque nouvelle srieuse, digne d'attention, et dont on pourrait -facilement vrifier l'exactitude. Si rellement ses intentions de -servir la rpublique taient sincres, si ses actes s'inspiraient -toujours de la plus entire loyaut, on verrait alors ce qu'on -pourrait faire en sa faveur. L'ironie tait d'autant plus cruelle -que, dans la main qui le congdiait, il n'y avait point d'argent. -<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span> -Mouvet en fut pour sa trahison; et le reprsentant de Gnes -eut la conscience tranquille d'un homme qui a filout un -fripon. Sans donner un sou, il avait eu l'crit que le tratre -se proposait de lui vendre. Et il terminait son rapport en tmoignant -le peu de confiance qu'il avait en cet homme<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor"> [814]</a>.</p> - -<p>Quant au roi de Corse, bout de ressources, ne sachant -plus qui demander, il partit pour aller s'asseoir au foyer britannique. -Il voulait encore solliciter les grands seigneurs anglais -pour avoir au moins le gte et le pain quotidien. Il devait -trouver l'un et l'autre en prison.</p> - -<p class="subt">II</p> - -<p>Thodore tait arriv Londres au commencement de -janvier 1749, accompagn de deux pimontais Bersin et Monmartin<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor"> [815]</a>. -Gastaldi, ministre de Gnes en Angleterre, dans -une dpche son gouvernement, nomme ainsi les acolytes -du baron. Bersin nous est inconnu. Il restera dans l'ombre. Nous -n'y perdrons pas grand'chose, car on connat la valeur morale -de ceux qui entouraient le monarque dchu. Dans <i>Monmartin</i>, -on retrouve aisment le chevalier Saint-Martin, qui avait des -rendez-vous nocturnes dans les jardins publics de Rome avec -l'agent de la rpublique, et qui communiquait ce dernier les -lettres de la bonne sœur Fonseca, l'amie dvoue de Neuhoff. -Saint-Martin avait donc abandonn le mtier peu lucratif d'espion -de Gnes, pour s'attacher de nouveau la fortune du roi de -Corse, quitte le trahir, au besoin.</p> - -<p>L'arrive de Thodore et de ses deux amis fut entoure -de mystre. Ce baron allemand avait dcidment quelque chose -<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span> -de vnitien dans ses allures. Il se plaisait dans les conspirations; -il aimait l'ombre, le dguisement, le masque. Il prit un -logement dans Mount Street, Grosvenor Square<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor"> [816]</a>, et se fit -appeler le baron Stein<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor"> [817]</a>.</p> - -<p>Les deux compagnons allrent, sans tarder, trouver Hop, -envoy des Pays-Bas Londres. Celui-ci leur remit plusieurs -lettres pour Neuhoff. Le ministre hollandais vint en personne lui -rendre visite. Non content de lui donner cette marque de dfrence, -il l'introduisit dans le monde sous son faux nom<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor"> [818]</a>. -Thodore parut aux rceptions de Hop et de Munichausen, -ministre de Hanovre. Gastaldi fut trs scandalis de voir l'aventurier -admis dans les cercles diplomatiques. Selon lui, Hop -agissait par curiosit plutt que par malice, sans songer -tramer, avec le baron, quelque noir complot<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor"> [819]</a>. Aussi n'avait-il -voulu lui faire directement aucune reprsentation, mais il -comptait porter ses dolances au duc de Bedford. En attendant, -il crivit Villavecchia, la Haye, pour savoir si les tats-Gnraux -approuvaient ces intrigues.</p> - -<p>L'envoy gnois alla, en effet, se plaindre aux ministres du -roi d'Angleterre. Sans prambule, il demanda que Thodore ft -expuls de la Grande-Bretagne.</p> - -<p>—Avez-vous reu de votre gouvernement des instructions -particulires ce sujet?, rpliqua Bedford. Gastaldi rpondit -qu'il ne pouvait pas en avoir encore; mais, ajouta-t-il, si -j'avais excut les ordres qui m'ont t prcdemment donns, -je vous aurais pri de faire arrter l'aventurier et de l'envoyer -enchan Gnes. Le duc haussa les paules et dclara qu'il -prvoyait cela beaucoup de difficults, car, en Angleterre, on -<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span> -n'expulsait personne du royaume sur la demande d'un ministre -tranger, sauf pour raison de guerre, de conspiration ou d'outrage -au roi. Gastaldi invoqua le trait pass entre la France et -la rpublique de Gnes. Il retourna la question dans tous les -sens; il ne put obtenir que de vagues paroles. Bedford -l'engagea crire de nouveau ses chefs afin de connatre -leurs intentions formelles. Si, entre temps, Neuhoff osait -afficher publiquement ses prtentions, on pourrait lui dire -l'oreille des choses qui ne lui feraient pas plaisir. Gastaldi, au -surplus, devait tre bien convaincu que l'Angleterre n'avait -rien faire avec cet aventurier devenu la rise de tout le monde -et que le roi mprisait profondment. Je ne doute pas de tout -ce que vous me dites, rpliqua le ministre gnois. Il ajouta -que le gouvernement anglais, quelques annes auparavant, lui -avait fourni aide et protection, au grand prjudice de la rpublique. -Ce fait retardait la soumission complte de l'le. Bedford -ne releva pas cette attaque directe. Gastaldi se plaignit alors de -ce que l'envoy de Hollande ne craignait pas d'introduire -Thodore dans sa socit. Newcastle dclara que Neuhoff lui -avait fait demander une audience, mais il n'entendait le recevoir - aucun titre<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor"> [820]</a>. L'entretien prit fin sur ces mots. En sortant, -Gastaldi dut tre bien persuad qu'il n'obtiendrait jamais rien -des ministres anglais.</p> - -<p>Un homme tel que Thodore ne pouvait pas passer longtemps -inaperu. Le roi de Corse, dont les aventures avaient -dfray l'univers, pera bientt sous le baron de Stein. La -socit de Londres, curieuse et railleuse, le rechercha. Il fut -principalement admis chez le chevalier Schaub, un suisse, qui -avait rempli plusieurs missions en Europe pour le compte du -gouvernement anglais. Ce Schaub et sa femme taient trs -lancs dans l'aristocratie anglaise. Le prince de Galles les -honorait de son amiti. Lady Schaub avait affirm une personne -<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span> -de qualit, trs lie avec le ministre de Gnes et digne de foi, -que Neuhoff attendait un navire qui devait le transporter en -Corse<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor"> [821]</a>.</p> - -<p>Les gens, qui rapportaient de pareilles histoires Gastaldi, -se moquaient de lui, mais il prenait tout ce qui concernait -Thodore au tragique; il fut au dsespoir. Il ne voyait pas que -les gens du monde voulaient rire et s'amuser. Il tait trop choqu -pour envisager la chose par le ct plaisant. Ce sclrat, ce -fourbe, cet ennemi de la rpublique l'hypnotisait. Il ne devait -assurment plus sortir de chez lui, pour ne pas s'exposer -rencontrer l'aventurier dans quelque soire. Un de ces grands -seigneurs anglais, sceptiques et ironiques, n'aurait pas manqu -de lui prsenter le roi de Corse. Le diplomate, qui n'tait pas -homme d'esprit, et difficilement soutenu le choc et il avait -peut-tre le pressentiment que les rieurs n'auraient pas t de -son ct.</p> - -<p>Il alla verser ses chagrins dans le sein du secrtaire de -Newcastle. Il lui raconta, avec navet, les intrigues de Schaub -qui avait, selon lui, la dplorable habitude de se mler des -affaires qui ne le regardaient pas. Il le supplia d'agir auprs -du duc pour que Thodore ft ignominieusement chass de -faon ce que l'Angleterre montrt aux Corses combien elle -dsapprouvait leur obstination dans la rvolte. Le commis se -rcria. On devait tre bien persuad que la cour ne songeait -nullement au baron. Il faudrait que les Anglais eussent perdu -compltement le sens commun pour essayer d'entretenir l'agitation -en Corse sous le couvert de cet aventurier. Il promit au -diplomate d'en parler son matre. Gastaldi se retira bien -convaincu de la sincrit de ces paroles<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor"> [822]</a>.</p> - -<p>Les Schaub continuaient recevoir Thodore. Ils organisrent -des rceptions en son honneur. Je vais demain chez lady -<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span> -Schaub prendre une tasse de caf avec le roi Thodore, -crivait Horace Walpole son ami Mann. Je suis curieux -de le voir, quoique je n'aime pas en gnral les spectacles; je -me contente de la toile peinte l'huile qui pend dehors et qui -les reprsente, image laquelle ils ressemblent rarement, -d'ailleurs<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor"> [823]</a>.</p> - -<p>En mme temps que Neuhoff, il y avait Londres deux -rois ngres que la socit choyait beaucoup. C'tait la mode -de les recevoir<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor"> [824]</a>. Les princes exotiques, de couleur noire -ou jaune, n'ont jamais t rares; mais le roi de Corse, le premier, -l'unique, constituait une attraction puissante. L'ide de le -rencontrer, de lui parler, de lui faire raconter ses aventures, -tait bien faite pour exciter la curiosit du mondain le plus -dsœuvr. Comme la matresse de maison qui pouvait l'offrir -ses invits devait tre fire! Et cette pauvre Majest, loqueteuse -et besogneuse, quel beau sujet de raillerie pour ces gens charitables, -qui forment ce qu'on appelle la haute socit!</p> - -<p>Walpole esprait s'amuser faire bavarder Thodore -la runion de lady Schaub; il en fut pour ses frais. Neuhoff -n'ouvrit pas la bouche. Walpole cependant se montra aimable, -enjou; il dploya les grces et les sductions de son esprit. Il -parla au monarque de son royaume, et l'appela Sa Majest -avec des airs de respect. Les convives, entr'autres lord March -et sir Hanbury Williams, se divertirent beaucoup de cette comdie. -Et finalement dus par le silence obstin de Neuhoff, -ces gens le jugrent bte et orgueilleux<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor"> [825]</a>. Mais le malheureux -ne sentait-il pas tout ce qu'il y avait d'ironie mchante sous la -dfrence de ces grands seigneurs? On le ridiculisait en s'entretenant -avec lui comme on aurait parl un souverain. On le -bafouait avec des airs aimables et le sourire aux lvres. Ces -<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span> -gens heureux, riches et repus, s'amusaient de sa misre. Ils -trouvaient sans doute trs drle de voir un roi qui avait faim et -qui tait traqu par ses cranciers. Thodore prfra se taire: -ce fut peut-tre la seule circonstance de sa vie o il montra un -peu de dignit.</p> - -<p>De tout temps, il avait eu Londres des succs de -curiosit. Il se trouva mme un industriel qui sut en tirer -profit. Lvis-Mirepoix, ambassadeur de France, raconte ce -trait de la badauderie anglaise au sujet du roi de Corse. -Dans le temps de ses premires et plus florissantes prosprits, -un quidam, qui avait lou la chambre que cet aventurier -occupait Londres avant de partir pour son expdition, imagina -de la montrer au public pour un schelling par tte. La foule y -fut grande et le susdit quidam y fit trs bien ses affaires<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor"> [826]</a>. -Mais, Thodore la badauderie anglaise ne rapportait pas -d'argent. Il vivait misrablement, secouru par la charit de -quelques particuliers qu'il avait connus, jadis, dans des temps -meilleurs<a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor"> [827]</a>.</p> - -<p>Le 21 dcembre, il fut arrt pour une somme de quatre cents -livres sterling. Quatre autres cranciers importants surgirent -aussitt. En mandant cette nouvelle son gouvernement, Gastaldi -ajoutait que selon toute probabilit, en raison de l'normit de ses -dettes, l'aventurier finirait ses jours dans un troit cachot. Pour -faire arrter le malheureux Thodore, on avait us d'une ruse. -Sachant qu'il tait traqu, il s'tait rfugi dans un endroit privilgi. -Cet asile inviolable ne pouvait tre qu'une ambassade. Il -n'est pas invraisemblable que Neuhoff ait t recueilli par son -ami Hop, le ministre de Hollande. Un espion dvoila la retraite -du roi. Qui fut le tratre en cette circonstance? Un individu taill -comme le Saint-Martin; lui-mme peut-tre. Mais, pour prendre -le dbiteur, il fallait l'attirer au dehors. On lui envoya donc une -<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span> -fausse lettre de milord Carteret, avec qui il tait li, le priant -de passer sans retard chez lui pour une affaire trs importante. -Plein de bonheur et d'esprance, Thodore sortit aussitt -et lorsqu'il fut dans la rue on l'arrta. Tout la joie, Gastaldi -trouva le stratagme <i>bellissimo</i>, trs beau, sans penser qu'il -ft l'œuvre d'un misrable espion doubl d'un faussaire. Ce que -le ministre gnois jugea moins admirable, ce fut de voir le tratre -venir lui demander une rcompense. Il s'est mal adress, crit -Gastaldi, et cela ne m'a pas cot un sou. Peu de personnes -connaissaient Londres cet vnement, que le reprsentant de -Gnes appelle un succs. Il l'apprit au duc de Bedford qui, -cette nouvelle, fut pris du fou rire<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor"> [828]</a>. Thodore chercha les moyens -de sortir de prison. Il lui fallait ou payer ou avoir des cautions. -Le second moyen paraissait plus praticable. Il trouva, en -effet, un homme de bonne volont, qui voulut bien se porter -garant pour lui; mais cela ne suffit pas. D'autres cranciers -ayant paru, l'arrestation fut maintenue<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor"> [829]</a>.</p> - -<p>Thodore devait cinq cents livres sterling un individu chez -qui il avait log. Aprs l'incarcration du baron, cet individu -vint chez Gastaldi. Il lui dit qu'il avait dans sa maison un -ballot appartenant Neuhoff, dans lequel taient beaucoup -de lettres des mcontents de Corse. De son cachot, l'aventurier -avait fait plusieurs fois demander ces documents, d'une -faon trs pressante. Le logeur n'entendait pas les lui rendre -avant d'avoir t pay; il avait en consquence scell le paquet. -Gastaldi pensait qu'il ne serait pas trs difficile d'avoir ces -papiers, moyennant une petite somme, mais avant de rien -offrir, il dsirait recevoir les instructions du Srnissime -Collge<a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor"> [830]</a>. Celui-ci dlibra sur cette dpche. Il dcida qu'on -accuserait rception au ministre en le remerciant et en le priant de -<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span> -continuer dployer son zle<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor"> [831]</a>. Quant la question d'argent, -pas un mot, comme toujours!</p> - -<p>Malgr le sjour forc au Banc du Roi, la prison pour -dettes, peut-tre mme cause de cela, la clbrit de Thodore -s'accrut Londres. La haute socit trouvait que l'aventure -prenait un caractre tout fait original. Ces gens, si respectueux -du principe monarchique chez eux, jugeaient fort plaisant -de voir un souverain incarcr par des cranciers hargneux, -comme un vil manant. Walpole estima la chose si drle qu'il -mit l'ide d'envoyer Hogarth, le graveur en renom, le crateur -de la caricature anglaise, pour faire le portrait du roi sous les -verrous<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor"> [832]</a>.</p> - -<p>Les visiteurs afflurent, affams de la curiosit de voir ce -monarque dans son cachot, et d'entendre le rcit de ses aventures. -Thodore qui, dans le monde, sous les politesses railleuses -des nobles lords, avait eu le sentiment de sa dchance, s'tait -ressaisi en prison. Il semblait que le malheur lui donnt une -aurole nouvelle. Sa sotte vanit reprit le dessus. Il se montra -pompeux, assoiff de gloriole, entran par ce vertige des -grandeurs qui, dans le cours de sa vie, avait inspir tous ses -actes. Il pensait sans doute cacher sa misre sous le masque de -la dignit, comme on recouvre d'un manteau des vtements en -loques. Il avait un grabat dans sa cellule; il en fit un trne. Un -mchant ciel de lit lui servit de baldaquin. Assis l dans -une attitude de roi, il recevait les visiteurs. Chaque jour ils -taient nombreux: des grands seigneurs, des bourgeois, -des littrateurs, des comdiens<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor"> [833]</a>, qui voulaient peut-tre se -perfectionner dans leur art en prenant des leons. Ah! ce ne -devait pas tre un spectacle banal! Et puis, quel charme -entendre Thodore raconter sa vie, reposant sur ce trne du -Banc du Roi, trne moins phmre pour lui que celui de -<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span> -Corse! D'abord sa jeunesse. Joli page de Madame, il avait -vcu la cour de France; ses souvenirs pouvaient remonter au -Grand Roi, M<sup>me</sup> de Maintenon, au Rgent. Mais son plus -beau titre de gloire avait t de se sacrifier pour donner la -libert au peuple corse. Aprs la rencontre, Savone et -Gnes, des insulaires, c'tait le dbarquement Alria, au -milieu des salves, dont l'cho fit trembler la rpublique. Les -patriotes venaient vers lui en chantant. Il tait le messie. -Vtu comme le Grand Seigneur, il avait distribu des bottes -orientales et des sequins d'or. L'enthousiasme des peuples tait -immense: sur tout son parcours on l'acclamait. Et le jour glorieux -du couronnement dans Alesani; son entre triomphale dans -l'glise, la couronne de laurier au front, sa canne bec de corbin - la main comme sceptre, le <i>Te Deum</i> chant en grande pompe -et le cri de: <i>Vive notre roi!</i> sortant de mille poitrines! Hlas! -aprs c'tait la trahison, le dpart, la recherche des secours. -Une confiance invincible dans son toile l'avait soutenu aux -heures de dfaillance, quand sa vie lui apparaissait comme une -sombre tragdie. Et puis, n'tait-il pas marqu par le destin -pour faire le bonheur des Corses? Il avait connu de hauts et de -puissants personnages; il avait trait avec eux. Mais les infmes -Gnois ne cessaient de le poursuivre de leurs haines, de l'accabler -des plus noires calomnies. Le tribunal des inquisiteurs d'tat -avait essay de l'envoter et de le faire assassiner! Il ne dsesprait -pourtant pas de retourner plein de gloire dans l'le et de -voir le peuple, ses pieds, entonnant le bel hymne de la -reconnaissance. Voil ce qu'il devait raconter ses visiteurs, -laissant dans l'ombre bien des particularits de sa vie. Et les -gens sortaient blouis, amuss surtout. Ceux qui avaient trouv -le spectacle leur got, laissaient une aumne. La misre du -roi tait grande. Des personnes, mues de son sort, lui envoyaient -parfois de petits secours. Parmi celles-ci, taient lord Grenville -(Carteret) et lady Yarmouth<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor"> [834]</a>! Du reste, Thodore n'tait pas -<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span> -ingrat. Il dcora quelques-uns de ses visiteurs, les plus notables -et les plus charitables. Dans la prison, d'o il ne devait sortir -que pour mourir, il crait des chevaliers de son ordre: l'<i>Ordre -de la Dlivrance!</i> En 1800, on voyait encore Londres un vieux -gentilhomme qui avait t ainsi dcor par le roi Thodore<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor"> [835]</a>.</p> - -<div class="figcenter"> -<img src="images/393.jpg" width="300" height="393" alt="" /> -<p>Fac-simil de l'criture de Thodore de NEUHOFF.<br /> -D'aprs une lettre qui se trouve aux Archives du Ministre des affaires trangres,<br /> -<i>Correspondance de Corse, vol. 3</i>.</p> -</div> - -<p>Mais le cachot lui semblait dur. Il s'ingniait en sortir. Il -crivit pour qu'on intervnt auprs d'un conseiller bien au -courant de ses affaires, il lui fallait de l'argent sans tarder. Il -ne voulait pas rester un jour de plus dans cette maison; si -on ne pouvait faire la somme suffisante pour le librer entirement, -il demandait qu'on lui procurt au moins de quoi donner -des acomptes. Une femme, encourage par ses ennemis, venait - tout moment l'affronter. C'tait intolrable<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor"> [836]</a>.</p> - -<p>Quelle tait cette mgre? Une crancire sans doute, qui -rclamait plus bruyamment que les autres. Mais ces insultes lui -taient trs sensibles; il aimait mieux l'ironie polie des gens -du monde. L'argent ne vint pas, car le malheureux resta en -prison.</p> - -<p>Tandis que les Anglais se livraient au sport d'aller gouailler -le pauvre monarque au Banc du Roi, un individu cherchait - soutirer de l'argent au gouvernement franais au moyen -de l'aventure fcheuse arrive Neuhoff. Il se nommait -Gautier et habitait Tennis Court, n<sup>o</sup> 3. Il tait provenal. Le -marchal de Belle-Isle l'avait connu pendant sa dtention en -Angleterre. Il lui avait mme accord sa protection pour une -affaire d'hritage. Ce fut donc au marchal que Gautier fit ses -offres de service, dans deux longues lettres. Belle-Isle les -transmit Puisieux par acquit de conscience, en faisant sur leur -contenu de prudentes rserves et en demandant ce qu'il devait -rpondre<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor"> [837]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span> -Gautier crivait que Thodore, ayant entendu parler de -lui, l'avait fait prier de venir le voir. Le roi de Corse s'imaginait -qu'il pourrait lui fournir les moyens de sortir de prison. -Le 11 juillet 1750, il s'tait rendu au Banc du Roi, o -il avait eu avec Neuhoff un entretien qui avait dur trois -heures. Au cours de la conversation, Thodore avait montr -plusieurs lettres de date rcente, qui lui taient parvenues de -Corse, de Livourne et mme de Gnes. Gautier lut ces lettres -attentivement. Le contenu lui en parut si grave qu'il avait t -sur le point de partir pour la France afin d'informer le gouvernement -des noirs complots qui se tramaient. Mais il avait t -retenu par la pense de pouvoir dmasquer plus compltement -ces intrigues en continuant faire bavarder le souverain. -Il fallait ce dernier quinze cents livres sterling pour se -librer. Il se montrait dispos donner en garantie de cette -somme les sceaux de son royaume, ainsi que tous les documents -de sa chancellerie. Gautier proposait donc l'affaire -suivante. On lui avancerait la somme ncessaire pour dsintresser -ses cranciers. Moyennant cette avance, on entrerait -en possession des sceaux et des papiers. Aprs quoi, le roi -de Corse restant la discrtion du prteur, celui-ci pourrait - tout moment le faire remettre en prison<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor"> [838]</a>. C'tait simple et -expditif. Le procd manquait peut-tre de dlicatesse; mais -les gens qui trafiquaient de l'aventure de Thodore ne s'arrtaient -pas cela. Gautier voulut impressionner Belle-Isle -par des rvlations sensation. Quatre jours plus tard, -il prit de nouveau la plume. En Corse et sur les ctes -d'Italie un complot s'organisait, un complot sanguinaire! -Le roi de France entretenait encore dans l'le un petit corps -d'arme. Il ne s'agissait rien de moins qu' faire chanter ces -troupes les Tnbres de Corse, sur le mme ton que les Franais -<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span> -chantrent autrefois les Vpres de Sicile. Huit cents hommes -arms taient dbarqus en Corse pour oprer ce massacre. -D'autres conjurs se trouvaient prts: ils taient nombreux; -il y en avait partout. Moyennant quinze cents guines, on -pourrait empcher ce carnage. Ce n'tait pas cher. Gautier -ajoutait que le ministre de Gnes, Gastaldi, avait fait des -propositions Thodore pour avoir les sceaux et la chancellerie, -mais celui-ci ne voulait en aucune faon traiter avec les -Gnois<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor"> [839]</a>. Cela est peu vraisemblable. La rpublique, d'un -cot, n'entendait pas dbourser d'argent. Neuhoff, de l'autre, -aurait difficilement rsist aux propositions gnoises si elles -avaient t accompagnes d'une forte somme.</p> - -<p>Le gouvernement franais ne jugea pas utile de ngocier -l'affaire propose par Gautier<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor"> [840]</a>. Nanmoins, Puisieux informa -Cursay, commandant des troupes franaises en Corse, du -complot qu'on disait tram pour renouveler les Vpres Siciliennes. -Il ajoutait que, d'ailleurs, il croyait peu ces bruits<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor"> [841]</a>. -Cursay rpondit que les Franais taient fort tranquilles dans -l'le et qu'il n'y avait rien craindre<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor"> [842]</a>. C'tait l'exacte vrit.</p> - -<p>Les <i>Tnbres de Corse</i> ne furent jamais chants; le gouvernement -franais ne chanta pas non plus, et le baron resta en -prison.</p> - -<p class="subt">III</p> - -<p>Deux annes s'coulrent. La mode d'aller voir le roi -Thodore persista parmi la socit de Londres. Neuhoff -continuait chercher les moyens de quitter cette maison. Il -combinait, il furetait, il ngociait. Mais comment trouver la -<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span> -somme? O tait l'homme compatissant qui lui viendrait en aide? -Il devait sur le visage de chacun de ses visiteurs pier un signe -de piti, surprendre dans les paroles qu'on lui adressait un -tmoignage de commisration. Mais l'me gnreuse, capable -de charit, ne se trouvait pas parmi ces mondains. On lui faisait -l'aumne; ceux qui s'en allaient satisfaits du spectacle jugeaient -avoir suffisamment pay leur amusement d'un peu de monnaie. -Quant tenter quelque chose pour lui rendre la libert, -nul n'y songeait. Et c'est dans ces annes sombres, passes -entre les murs d'un cachot, que la destine du pauvre monarque -prit rellement les allures d'une tragdie. Sa vie ressemblait -une comdie de Regnard, dont Shakespeare aurait crit le -dnoment!</p> - -<p>Aprs avoir subi les sarcasmes des gens nobles, Thodore -dut affronter les railleries du monde officiel. La mode -ne franchit gnralement pas le seuil des enceintes parlementaires. -Mais la renomme du roi de Corse tait si grande; -on parlait tellement de lui en termes comiques que la curiosit -de le voir s'infiltra jusqu'au sein du Parlement. La Chambre -des Communes s'occupait, ce moment-l, de la situation -des dbiteurs incarcrs. Une commission fut nomme pour -examiner le rgime auquel les prisonniers taient soumis. Ce -fut un bon prtexte pour quelques dputs de se rendre auprs -de Thodore. Ils l'interrogrent longuement avec des airs -respectueux, l'appelant Sa Majest<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor"> [843]</a> tout comme les autres, qui -le tournaient en drision.</p> - -<p>Un journal venait de se fonder Londres, <i>The World</i>. -Quelques grands seigneurs y publiaient des articles. Parmi ces -publicistes amateurs se trouvaient notamment lord March et -Horace Walpole<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor"> [844]</a>. Ce dernier sous le nom de Fitz-Adam, fit -paratre dans le n<sup>o</sup> 8, la date du 22 fvrier 1753, un appel -<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span> -la charit publique en faveur du roi Thodore. Cet article, assez -long, tait un nouveau sarcasme lanc contre le malheureux -prisonnier; sarcasme plus cruel que toutes les railleries dont -la socit anglaise abreuvait le monarque dchu.</p> - -<p>En tte, Walpole crivit ces mots: <i>Date obolum Belisario</i>.</p> - -<p>Il dbutait par des considrations ironiques sur la vanit des -grandeurs. Les rvolutions bouleversant les empires, les disgrces -retentissantes de ministres, l'lvation de personnages -obscurs, taient les incidents habituels de la comdie humaine. -On s'attendrit sur la chute des tyrans; ne faut-il pas plutt -gmir lorsqu'on voit un roi vertueux devenir le jouet du mauvais -destin? L'Angleterre devait accueillir la Majest en dtresse, -comme elle avait su chtier les oppresseurs. Oh! combien je -rougis pour mon pays, s'criait Walpole, lorsque je vois un -monarque, un infortun monarque, condamn pour dettes -languir dans une des prisons de Londres! Cet homme s'est -lev jusqu'au trne par son seul courage et non par une vaine -ambition ou par des actes sanguinaires. Il a t proclam roi -par l'lection spontane d'un peuple opprim qui, comme tous les -peuples, pouvait prtendre la libert et qui avait la volont -bien rare de devenir libre. Ce prince est Thodore, roi de Corse. -Selon Walpole, le droit de celui-ci la couronne est aussi -indiscutable que les plus anciens titres dynastiques, car ce -droit lui vient du choix de ses sujets. On ne peut lever aucune -objection contre une pareille lection. C'tait d'ailleurs -la seule rgle admise par l'excellente constitution gothique. -Aprs avoir hroquement expos sa vie et sa couronne pour -dfendre ses sujets, Thodore a chou comme Caton. Pendant -plusieurs annes, il a lutt contre le sort; il a employ tous -les moyens pour reconqurir son royaume. Puis, quand il eut -rempli tous ses devoirs envers son peuple et envers lui-mme, -il est venu s'asseoir au foyer britannique. Ce prince supporte la -perte de son trne avec plus de dignit et de philosophie que -<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span> -Charles-Quint, Casimir de Pologne, ou autres visionnaires, qui -abdiqurent gament pour chercher l'oisivet dans un clotre o, - la fin, ils n'ont trouv que des dboires. Sa Majest Corse -n'a pas rougir de sa dtresse. Elle n'a pas, non plus, l'excuser. -Les dettes de sa liste civile ne proviennent pas d'une mauvaise -direction de sa part, ni de la corruption de ses ministres, -ni de complaisances coupables pour des favorites ou des matresses. -Le souverain vivait comme un philosophe: son palais -tait humble, sa garde-robe modeste. Et maintenant son boucher, -son logeur, son tailleur ne continueront plus le fournir, car il -ne possde aucun revenu pour soutenir son train de vie; il n'a -aucun impt pour lui procurer des fonds!</p> - -<p>Il suffira de signaler la gnreuse nation anglaise ce roi en -dtresse, pour qu'elle lui accorde sa protection et lui tmoigne sa -compassion. Si des raisons politiques empchent d'embrasser -ouvertement sa cause, du moins la fortune prive peut lui venir -en aide au nom de la charit. Cela ne veut pas dire que les -jeunes lgants de Londres doivent aller s'offrir lui en qualit -de volontaires, ni que des particuliers aient quiper leurs -frais une flotte pour le conduire en Corse, lui et ses esprances. -Le seul but de l'article est de stimuler la piti en faveur du -royal captif. Walpole ne croit pas que la dignit de Sa Majest -pourrait se refuser accepter un secours provenant d'une reprsentation - bnfice. Les potentats de l'Asie n'auraient pas -rougi de recevoir un tribut form par les efforts runis du gnie -et de l'art. Qu'il soit dit qu' la mme poque l'Angleterre a -lev un monument Shakespeare, a donn une fortune la -petite-fille de Milton, a secouru un roi prisonnier au moyen de -reprsentations dramatiques! Les gnreux directeurs de thtre -voudront certainement s'associer cette bonne œuvre. L'incomparable -acteur Garrick, qui a rendu d'une faon si poignante -les passions et les malheurs du roi Lear, consentira exercer -son merveilleux talent en faveur d'un monarque dchu. Il galera -ainsi la renomme que Louis le Grand s'est acquise en protgeant -<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span> -des rois exils. Et combien ne serait-il pas glorieux de -voir le Banc du Roi rendu clbre par la gnrosit de -Garrick, comme l'htel de Savoie le devint par la faon gnreuse -dont douard III hbergea le roi Jean de France<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor"> [845]</a>. Entre parenthses, -Walpole conseillait, en raison de certaines similitudes -de situation, de choisir le <i>Roi Lear</i> pour la reprsentation -bnfice. Il n'tait pas possible de pousser plus loin l'ironie!</p> - -<p>Pour ne pas enfermer la charit de ses lecteurs dans le cercle -troit d'une reprsentation thtrale, Walpole annonait qu'une -souscription publique en faveur de Sa Majest Corse tait ouverte -dans Pall Mall, chez le libraire Robert Dodsley, qui -tait nomm, vie, grand-trsorier et bibliothcaire en chef de -l'le de Corse. Il n'aurait pas accept ces fonctions sous un -autocrate. La souscription ne sera certainement pas gnrale, -quoique ce ft souhaiter pour l'honneur de l'Angleterre. Il est - prvoir que les partisans du droit hrditaire refuseront d'apporter -leur offrande. On peut essayer de convaincre ces gens-l -au moyen d'un argument bien simple. En admettant que le titre -de Neuhoff ft entach du vice (selon leur ide) d'avoir t -lu par un peuple, qui avait renvers le joug de ses anciens -tyrans, comme les Gnois ont t les souverains de la Corse, -les partisans du principe monarchique seront obligs, en rpudiant -la cause du roi Thodore, d'accorder le droit divin hrditaire - une rpublique. Cela constitue un problme politique -difficile rsoudre. Walpole, en terminant, disait qu'il proclamerait -jacobites toutes les personnes qui n'apporteraient pas -leur obole pour le souverain. Il esprait n'avoir pas en vain fait -appel la charit de ses concitoyens.</p> - -<p>Il fit suivre son article d'une note. Deux pices de monnaie, -frappes pendant le rgne de Thodore, taient entre les -mains du grand-trsorier, elles seront montres aux souscripteurs -<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span> -par les propres officiers de l'chiquier de Corse. Cette -monnaie constitue une haute curiosit. Les plus clbres collections -du royaume ne la possdaient pas<a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor"> [846]</a>.</p> - -<p>Cet article, qui tait un raffinement de cruaut envers un -malheureux prisonnier, amusa la socit de Londres. On le prit -pour une jolie œuvre d'ironie, le passe-temps d'un homme -sceptique et railleur. On crut une de ces plaisanteries froidement -dbites, qui ont un air de mystification. L'diteur du -journal, ce Robert Dodsley, que Walpole avait nomm bibliothcaire -en chef de Corse, dut faire paratre dans le numro -suivant une note pour informer le public que la souscription -ouverte tait une chose srieuse. L'auteur de l'article avait -mme dj reu quelque argent, qu'il se proposait d'employer - l'honneur de la couronne de Corse<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor"> [847]</a>.</p> - -<p>On ne nous dit pas si Walpole s'tait inscrit pour une -somme importante en tte de la liste.</p> - -<p>Garrick donna la reprsentation annonce<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor"> [848]</a>. Mais elle ne -parat pas avoir eu grand succs. Quant la souscription, ce fut -une faillite. Elle produisit seulement cinquante livres sterling. -Walpole attribua cet chec au mauvais caractre de Sa Majest; -mais cette somme tait bien suprieure ce que valait ladite -Majest. Thodore esprait mieux. Il prit l'argent; -seulement, il se jugea offens et envoya un procureur menacer -Dodsley d'une poursuite en raison de la libert que le journal -avait prise de se servir de son nom. Walpole ajoutait: -Dodsley se moqua de l'homme de loi; mais cela ne diminue -en rien la sale fourberie. Assurment, cela et fait un bien -joli procs. Un imprimeur poursuivi pour avoir sollicit et -obtenu une charit en faveur d'un homme en prison; cet -homme, un tranger, pas mme mentionn sous son nom vritable, -<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span> -mais sous un titre burlesque! Je ne protgerai plus -des rois<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor"> [849]</a>.</p> - -<p>Thodore n'intenta pas le procs. Si le monarque avait -mauvais caractre—comme on le lui reprochait—n'tait-il -pas aigri par les sarcasmes dont on bafouait sa dtresse? Les -cinquante livres, prix de ces insultes, formaient un maigre -appoint pour ses dettes. Il resta en prison. Peu peu on l'oublia; -la mode se dtourna de lui et la socit anglaise passa -d'autres exercices.</p> - -<p>L'agonie du malheureux se prolongeait. Aucune lueur -d'espoir ne venait relever son courage. Chaque jour, son cachot -semblait se rtrcir et l'treindre davantage, lui qui avait rv -de donner la libert un peuple!</p> - -<p>En 1754, il tenta une dmarche auprs du comte Bentinck, -le diplomate hollandais, qui, jadis, l'avait protg. Le 12 mai, il -lui crivit. Son dnuement tait complet, son crdit puis; alit -et malade, il avait d vendre tout ce qui lui restait. Il suppliait -Bentinck de lui faciliter l'emprunt de mille livres sterling, afin -qu'il pt se librer. Et en terminant, il faisait un suprme -appel la piti de son ex-protecteur et des amis de celui-ci<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor"> [850]</a>.</p> - -<p>Lorsque Thodore se remuait dans le monde, entassant -rves sur chimres, parlant de ses droits avec cette assurance -qui en imposait parfois, des gens haut placs avaient prt la -main ses intrigues. On esprait se servir de lui, pour raliser -dans l'ombre des projets, qui ne pouvaient pas s'taler au grand -jour. Mais, maintenant son rle tait fini, bien fini. Quel intrt -Bentinck aurait-il eu secourir un homme accabl de misre, -rduit l'impuissance? Une loque dsormais inutile! Le comte -ne rpondit pas.</p> - -<p>Quelque temps aprs, le 8 juillet, Thodore crivit un de -<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span> -ses cousins; le nom de celui-ci est rest inconnu, un parent -de Westphalie sans doute. C'est encore le cri d'angoisse d'un -homme qui se sent abandonn, qui se voit condamn mourir -misrablement. C'est le dernier geste du naufrag qui se cramponne - l'unique planche de salut. Sa vanit s'est effondre; il -ne parle plus de la grandeur de son rle: il tale sa misre. -Il implore du pain et de l'air. Il s'est hasard crire au -duc de Portland pour lui demander de le secourir. Le duc lui -a fait rpondre qu'il ne le connaissait pas. Quelle humiliation! -Il manque de tout. Va-t-il mourir faute d'un peu de piti<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor"> [851]</a>?</p> - -<p>Le cousin fit ce que l'on fait gnralement aux demandes des -parents pauvres: il ne rpondit pas.</p> - -<p>Pendant un an, le silence se fit autour du roi captif. Plus une -visite, plus une aumne; rien! Seul seul avec ses penses, -que de choses ne dut-il pas remuer dans ces longs jours et -dans ces nuits sans fin! Il tait bout de forces. Au cours -de sa vie, transport par ses folles ambitions, il avait got -l'ivresse des rgions leves, au-dessus du terre terre o se -meut le vulgaire. Souvent, la ralit l'avait abattu, mais jamais -il ne s'tait laiss terrasser compltement. Son imagination en -dlire l'avait toujours soutenu, en l'entourant de visions et de -songes, en mettant dans son me des esprances tenaces et insenses. -Il avait prouv tout ce qu'un homme peut ressentir en -passant des grandeurs la misre. Mais le pauvre roi sentait -bien que tout tait fini maintenant. Ah! si seulement il avait -pu aller mourir dans le coin de terre du pays natal!</p> - -<p>Il existait alors une coutume. Parfois, par un acte du Parlement, -une fourne de dbiteurs insolvables tait relche. Trois -publications lgales avaient lieu dans un journal; puis, les -prisonniers signaient leur cdule, c'est--dire une promesse de -payer ou un abandon de leurs biens en faveur de leurs cranciers. -<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span> -Cette formalit constituait pour ceux-ci une garantie bien -prcaire; mais les apparences taient sauvegardes. En 1755, -Thodore fut admis dans la srie des dbiteurs bnficiant de -l'amnistie du Parlement. Les trois publications pour Thodore-tienne, -baron de Neuhoff, allemand de Westphalie, furent -faites dans <i>The World</i> les 3, 10 et 20 mai<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor"> [852]</a>. Il n'tait plus -question de Majest!</p> - -<p>Il fut amen devant les magistrats. Selon la loi, on lui demanda -ce qu'il possdait. La rponse qu'il fit rsumait toute sa vie, toutes -ses ambitions. Ce fut un dernier cri d'orgueil empreint, dans les -circonstances, d'une grandeur tragique.—Je n'ai rien, dit-il, -que mon royaume de Corse!—Le 24 juin 1755, dans la -vingt-huitime anne de George II, il signa la cdule par -laquelle il abandonnait ses tats<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor"> [853]</a>! Et le royaume de -Corse fut lgalement et officiellement enregistr pour la garantie -des cranciers du baron de Neuhoff. Les Anglais taient donc -arrivs leurs fins: ils avaient l'le, objet de leurs convoitises. -Seulement cette cession n'existait que sur un papier -sans valeur.</p> - -<p>Cette fois, c'tait bien la dchance irrmdiable. Pour obtenir -une libert qu'on ne lui donna mme pas, il avait dpos cette -couronne que, dans son ambition ttue, il considrait comme un -droit imprescriptible. Poussant le sacrifice jusqu'au bout, il remit - Walpole sa dernire relique, le grand sceau du royaume de -Corse<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor"> [854]</a>. Le calvaire tait gravi. Bafou dans sa dignit royale, -Thodore se vengeait en roi.</p> - -<p>Walpole accepta le cadeau. Peut-tre donna-t-il au malheureux -dtrn une aumne, en change. Le noble lord eut-il des -remords pour ses lches sarcasmes envers un prisonnier? On -cite de lui un appel la noblesse et la haute socit de Londres -<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span> -en faveur de Neuhoff. Cet appel fut publi dans le <i>Public -advertiser</i>. Walpole ne traite plus ironiquement Thodore -de Majest. Les termes de cette adresse sont simples. Il -demande la charit pour permettre au baron de retourner dans -son pays. Cet infortun se trouve dans la plus complte misre. -Lors de la dernire guerre en Italie, il a donn des preuves de -son dvouement l'Angleterre. Walpole espre que tous les -vrais amis de la libert tiendront secourir un brave homme -malheureux, qui ne dsire qu'une seule chose: pouvoir prouver -sa reconnaissance la nation anglaise. Deux maisons de banque -taient charges de recueillir les souscriptions<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor"> [855]</a>.</p> - -<p>Dcidment, Thodore n'tait plus la mode. La souscription -avorta, car l'ex-roi ne retourna pas dans son pays. -Pendant quelque temps, il mena l'existence la plus misrable, -celle d'un mendiant loqueteux. Puis, on le remit en prison<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor"> [856]</a>. -Pour quelle cause fut-il incarcr de nouveau? Quel crancier -hargneux l'avait-il encore poursuivi? Ceux qui il devait -n'taient-ils pas satisfaits d'avoir en garantie le royaume de -Corse? Le pauvre Thodore ne pouvait pourtant rien donner de -plus. Mais le Banc du Roi valait mieux que la rue. L, au -moins il pouvait manger.</p> - -<p>Cette dernire anne de sa vie est reste dans l'ombre. Personne -ne s'occupait plus de lui. C'est si peu intressant un -homme qui meurt de faim!</p> - -<p>Il sortit dfinitivement de prison le 5 ou le 6 dcembre 1756. -Aussitt l'crou lev, il prit une chaise et se fit conduire chez le -ministre de Portugal. On rpondit qu'il n'tait pas chez lui. Peut-tre -le diplomate se souciait-il fort peu de recevoir ce mendiant. -Thodore se trouva alors dans un cruel embarras. Il n'avait pas -les douze sous ncessaires pour payer le porteur. Ce monarque, -qui avait distribu des souliers neufs et des sequins d'or un -<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span> -peuple merveill, tait l, dans la rue, sans un sou. Il tait -tellement las et malade qu'il ne pouvait pas marcher. Il songea. -Ah! ce n'tait plus l'heure des grandes penses de gloire. Il -fallait aviser ne pas mourir au coin d'une borne, dans la brume -glace de dcembre. Le roi, couronn de laurier, un jour d'avril, -par un beau soleil, sur les ctes bleues de la Mditerrane, -allait-il donc tomber pour jamais dans la boue des rues de -Londres? Il se rappela qu'il avait connu jadis un tailleur, un -ravaudeur de vieux habits plutt. Mais cet individu tait pauvre. -Qu'importe! Puisque les riches lui fermaient leurs demeures, -peut-tre la porte de l'choppe s'ouvrirait-elle pour lui. L'ouvrier -habitait 5, Little Chapel street, dans le quartier de Soho. La -maison tait misrable, la rue troite et sombre.</p> - -<p>Le monarque frappa la porte et demanda l'hospitalit. -L'ouvrier l'introduisit. Le brave homme ne possdait pas -grand'chose, mais, de tout cœur, il proposa au roi dchu de -partager sa pauvret. Thodore put au moins reposer son -misrable corps malade. A ce modeste foyer, il rchauffa ses -membres engourdis de froid. Le tailleur le fit asseoir sa table -et lui donna un lit.</p> - -<p>Les privations, les misres physiques et morales, la longue -captivit avaient puis le malheureux. Le lendemain de son -arrive, il ne put pas se lever. Peu peu, la vie s'en allait de -ce corps us. L'agonie dura trois jours. Le 11 dcembre, il -mourut<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor"> [857]</a>.</p> - -<p>Le tailleur rendit les derniers devoirs son hte. Il arrangea -la couche mortuaire du mieux qu'il put. Elle tait propre et -dcente; il lui avait mme donn l'apparence d'un lit de parade. -Les gens du quartier, de pauvres diables aussi, vinrent -sans doute en curieux. Et ces artisans durent tre touchs de -cette charit prodigue par un des leurs envers un souverain<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor"> [858]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span> -Quelles furent les penses de l'ouvrier devant le cadavre de -ce roi qui tait venu lui demander l'aumne d'un lit pour -mourir? Simple et bon, il ne se livra sans doute aucune -rflexion de vaine philosophie. Il avait accompli son acte de -piti sous la seule impulsion de son cœur, sans s'inquiter si -l'individu qui implorait son aide tait un monarque ou un -vagabond! L'histoire n'a pas conserv le nom de cet homme -gnreux; en revanche elle n'a pas oubli les noms et titres de -ceux qui bafourent un malheureux. Assurment, le souvenir -des mchancets mrite mieux d'tre gard que celui d'un geste -charitable: c'est plus amusant.</p> - -<p>Le tailleur n'avait pas de quoi payer les obsques de -Thodore. Un marchand d'huile de Compton street, M. Wright, -offrit sa bourse. Un collgue, puisque Thodore avait mont son -affaire en Hollande en vue d'importer les huiles de Corse! Ce -bourgeois cossu dclara qu'il lui serait agrable, une fois dans -sa vie, d'avoir l'honneur d'enterrer un roi<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor"> [859]</a>. Il fit prparer pour -la dpouille du baron de Neuhoff, roi de Corse, un cercueil -d'orme recouvert de drap noir avec une double range de clous -en cuivre. Au-dessus, il y avait une grande plaque avec -l'inscription grave. Deux couronnes dores l'encadraient. -De chaque ct de la bire, deux paires de poignes chinoises en -mtal dor avec couronnes taient fixes. L'intrieur tait doubl -de crpe fin. Le corps fut enseveli dans un double linceul, la -tte reposant sur un coussin. Quatre hommes vtus de noir -portaient le cercueil<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor"> [860]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span> -Les obsques furent clbres le 15 dcembre l'glise -Sainte-Anne.</p> - -<p>Ces couronnes, poses sur la dpouille de Thodore par un -marchand d'huile, constituaient l'ironie suprme, l'ironie mchante -que la mort mme n'arrte pas. Une mascarade macabre! -Et poussant sa cruaut jusqu'au bout, le ngociant fit -enfouir dans le coin le plus obscur du cimetire, dans la fosse -des pauvres, le cercueil renfermant, d'aprs l'inscription grave, -le corps d'un roi<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor"> [861]</a>!</p> - -<p>Rien n'est rest de l'endroit o Thodore fut enseveli cte - cte avec les misreux du quartier. Dans le petit cimetire, -la terre s'est nivele et l'herbe a grandi. Rien! Pas mme le -souvenir que donne au passant le plus modeste tombeau de -pierre.</p> - -<p>Walpole avait eu un geste gnreux pour Neuhoff. Il -tint se faire pardonner ce mouvement, dont sa rputation -d'homme d'esprit aurait pu souffrir. Il crivit son ami Mann, -le ministre anglais Florence: Votre vieil hte royal, le -roi Thodore, s'en est all dans l'endroit o, dit-on, les rois -et les mendiants sont gaux. Il n'avait pas besoin de faire -<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span> -ce voyage, car de roi il tait devenu mendiant<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor"> [862]</a>. Et pour -perptuer le souvenir des sarcasmes dont il avait abreuv le roi -de Corse, il fit graver sur la pierre le tmoignage de compassion -railleuse qu'il jeta sa mmoire.</p> - -<p>Cette pierre existe encore. Elle est scelle sur le mur -extrieur de la petite glise de Sainte-Anne, prs de Soho -Square. Sous une couronne ironique, reproduite d'aprs une des -pices de monnaie de Thodore<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor"> [863]</a>, Walpole fit inscrire cette -pitaphe:</p> - -<ul> -<li>PRS D'ICI EST ENTERR</li> -<li>THODORE, ROI DE CORSE,</li> -<li>QUI MOURUT DANS CETTE PAROISSE LE 11 DCEMBRE 1756,</li> -<li>IMMDIATEMENT APRS AVOIR QUITT LA PRISON DU BANC DU ROI</li> -<li>PAR LE BNFICE DU FAIT D'INSOLVABILIT;</li> -<li>EN CONSQUENCE DE QUOI IL ENREGISTRA</li> -<li>SON ROYAUME DE CORSE</li> -<li>POUR L'USAGE DE SES CRANCIERS</li> -</ul> - -<ul> -<li>Le tombeau, ce grand matre, met au mme niveau</li> -<li>Hros et mendiants, galriens et rois,</li> -<li>Mais Thodore apprit sa moralit avant que d'tre mort;</li> -<li>Le destin rpandit ses leons sur sa tte <i>vivante</i>,</li> -<li>Il lui accorda un royaume et lui refusa du pain.</li> -</ul> - -<p>C'est tout ce qui reste de l'homme qui disputa Gnes la -souverainet de la Corse!</p> - -<p>Ce fut le sort de Thodore d'tre bafou pendant sa vie par -l'ironie des hommes et des vnements. Aprs sa mort, sa -mmoire fut ridiculise. L'pitaphe compose par Walpole ne fut -pas le seul tmoignage de drision posthume son gard. On -connat les sarcasmes de Voltaire. Ensuite, sur un pome de -Casti, Paisiello, composa, en 1784, un opra hroco-comique: -<i>Il Re Teodoro</i>. Cette bouffonnerie, quoiqu'elle manqut d'esprit, -eut du succs. Elle fut crite sur la demande de l'empereur -<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span> -Joseph II, le fils de Franois qui avait essay tour tour de -se servir de Neuhoff et de le supplanter<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor"> [864]</a>! Et suprme ironie! -Chez le Corse, couronn empereur et roi, dans son palais des -Tuileries, on excutait dans les concerts de la cour le final d'<i>Il -Re Teodoro</i><a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor"> [865]</a>. Napolon coutait cela, lui qui aurait pu natre -sujet du baron de Neuhoff, si celui-ci avait russi et fond -une dynastie!</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_382"> 382</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span></p> -<h2 class="normal">APPENDICES.</h2> - -<p class="subt">I<br /> -<span class="small">NOTE SUR LE COLONEL FRDRIC,</span><br /> -<span class="small">QUI PRTENDAIT TRE LE FILS DE THODORE DE NEUHOFF.</span></p> - -<p>On voyait Londres, au milieu du XVIII<sup>e</sup> sicle, un individu -connu sous le nom de colonel Frdric, qui s'affublait du titre -de prince de Caprera et qui prtendait tre le fils de Thodore -de Neuhoff. La socit anglaise le choyait beaucoup; il tait -reu dans le meilleur monde. En 1764, il paraissait avoir de -trente-cinq trente-six ans, d'aprs un voyageur franais qui -le rencontra, le dimanche 7 octobre, chez lord Fitz-Herbert -Richmond. Sa physionomie tait avenante et ses manires distingues. -Il s'exprimait assez bien en franais<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor"> [866]</a>.</p> - -<p>M. Percy Fitzgerald, dans son livre <i>King Theodore of -Corsica</i>, a consacr le dernier chapitre ce personnage. Il -retrace sa vie aventureuse et le considre rellement comme le -fils de Thodore.</p> - -<p>Le colonel Frdric entourait sa naissance de mystre. -Il disait seulement qu'il tait n en 1725. Il n'tait donc pas le -fils de l'pouse lgitime de Thodore, lady Sarsfield, morte -Paris en 1720.</p> - -<p>D'aprs M. Fitzgerald, Frdric aurait pous une des -<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span> -demoiselles d'honneur de Marie-Thrse. De cette union seraient -ns un fils et une fille. Le fils aurait t tu, jeune encore, -pendant la guerre d'Amrique. La fille, qui s'tait marie, aurait -eu son tour trois filles, fort jolies personnes, disait-on.</p> - -<p>Le colonel Frdric vcut Londres pendant plus de quarante -ans. Il tait trs intrigant. Il proposa au duc de Newcastle -toute une srie de plans relatifs une descente en Corse. Journellement -on le voyait au Foreign-Office, o il essayait de faire -agrer ses combinaisons. Pour ce dbarrasser de ses importunits, -le gouvernement anglais lui faisait donner de temps en -temps un peu d'argent. Selon M. Fitzgerald, on trouve au -British Museum un grand nombre de lettres et de mmoires -ayant trait aux propositions et aux rclamations de cet aventurier.</p> - -<p>Trs besogneux, harcel par ses cranciers, il se tua d'un -coup de pistolet, le mercredi 1<sup>er</sup> fvrier 1796, auprs de la grille -de Westminster.</p> - -<p>Voil, en quelques mots, les faits principaux de la vie du -colonel Frdric. Mon intention n'est pas de retracer toutes les -intrigues de cet individu. On les trouve en dtail dans le livre -de M. Fitzgerald. Je me contenterai d'indiquer quelques-unes -des raisons qui permettent de dclarer que Frdric n'tait pas -le fils de Thodore de Neuhoff. Je terminerai en donnant, d'aprs -des documents tirs des archives d'tat de Gnes, la vritable -identit du personnage; documents que l'historien anglais n'a -pas connus.</p> - -<p>Dans son livre: <i>Mmoires pour servir l'histoire de la -Corse</i>, imprim Londres, en 1768, pour S. Hooper, libraire -dans le Strand,—ouvrage qui a servi pour tablir la plupart -des biographies de Thodore publies de nos jours—le colonel -Frdric commet plusieurs erreurs, qu'il n'aurait pas faites s'il -et t le fils du baron de Neuhoff.</p> - -<p>D'aprs lui, Thodore aurait t lu roi de Corse et de -Capraia, ce qui est faux. L'acte d'lection, dont une copie existe -<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span> -dans les archives du Ministre des affaires trangres, n'indique -que la qualit de roi de Corse. Thodore lui-mme, que sa sotte -vanit poussait se donner les titres les plus ronflants, ne -prit, en aucune circonstance, celui de roi de Capraia.</p> - -<p>A propos du couronnement, dans le couvent d'Alesani, -prcd de la publication d'une constitution approuve par le -souverain et par les principaux chefs corses, j'ai dj eu l'occasion -de faire remarquer que si le baron de Neuhoff avait eu rellement -un fils, il n'aurait pas manqu d'en faire mention et de le faire -proclamer prince hrditaire. Les insulaires n'auraient pu lever -aucune objection, le principe d'hrdit tant formellement admis -dans la constitution comme la base de la nouvelle royaut. -Frdric et-il t un enfant naturel que Thodore se ft -empress de le reconnatre dfaut de fils lgitime. Cela et t -d'autant plus facile au baron que la Constitution parle uniquement -d'<i>enfants mles</i> dans l'ordre de primogniture, sans que -cette indication soit prcde du mot lgitime. Bien plus, elle -laissait au souverain le droit de choisir son successeur dans le -cas o il n'aurait pas d'hritiers directs.</p> - -<p>Thodore, de son ct, avait un intrt capital consolider -sa couronne en assurant sa dynastie. Son premier soin, en dbarquant -en Corse, avant mme d'tre solennellement couronn, est -d'crire sa famille non seulement pour lui faire part de son -<i>avancement</i>, mais encore pour demander que l'un ou l'autre de -ses parents, cousin ou neveu, vienne le retrouver en Corse -et l'assister. La place d'un fils, quel qu'il ft, tait l tout -indique.</p> - -<p>Nulle part dans sa correspondance, mme avec ses plus -intimes confidents, Thodore ne fait allusion un fils qu'il -aurait eu. Aucun acte, aucune proclamation manant de lui n'en -fait mention. A maintes reprises, il parle de ses droits imprescriptibles; -il donne sa royaut un caractre ineffaable; il -emploie des grands mots pour affirmer que son devoir est de -conserver intacte l'lection des Corses. Habitu faire des -<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span> -phrases pour impressionner ou attendrir ceux qu'il voulait engager -dans ses affaires, il n'aurait pas manqu de mettre en avant -l'intrt sacr de son hritier direct. Il y avait l matire -loquence mue, et il ne se serait certes pas priv de faire vibrer -cette corde.</p> - -<p>Les lettres autographes de Costa, qui fut le plus fidle serviteur -de Thodore, existent encore. Le Grand-Chancelier parle - son matre en confident plutt qu'en ministre. L non plus, on -ne trouve la moindre allusion ce fils.</p> - -<p>Frdric prtend avoir dn avec le roi Thodore et diffrents -personnages dans la prison pour dettes. Il portait les insignes -de l'Ordre de la Dlivrance. Mais cela ne prouve en rien qu'il -ft le fils de Neuhoff. Ce dernier recevait beaucoup de visiteurs -au Banc du Roi et il en dcora un grand nombre.</p> - -<p>Comment se fait-il que Thodore ayant un fils Londres, le -sachant, l'ayant vu dans sa prison, n'ait pas cherch le retrouver? -Libr, malade, mourant, abandonn par tous, ne sachant -que devenir, seul dans les rues par le froid de dcembre, il va -demander l'hospitalit un ouvrier! L'enfant, si pauvre ft-il, -aurait-il refus son pre de le secourir dans sa dtresse? A ce -moment suprme o tous les torts disparaissent, o rien ne -subsiste que la pense du devoir naturel, il n'a pas un geste -de pit filiale!</p> - -<p>Il est certain que Frdric a connu Thodore dans ses dernires -annes et qu'il a eu en mains des papiers concernant la -Corse. Neuhoff, pour se librer, songeait faire argent de tout. -Il ne lui restait plus que de vagues documents. A plusieurs -reprises, il essaya de les vendre. Dans ce but, il s'adressait -diffrentes gens, par l'intermdiaire d'individus qui paraissaient -vouloir entrer dans ses combinaisons.</p> - -<p>Il est remarquer, d'ailleurs, que la lgende de la naissance -de Frdric s'tablit aprs la mort de Thodore.</p> - -<p>Deux ans aprs, en 1758, Celesia, ministre de Gnes -Londres, fut mme de fournir son gouvernement quelques -<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span> -renseignements sur les intrigues de Frdric et de donner l'identit -de celui-ci<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor"> [867]</a>.</p> - -<p>C'tait un polonais nomm Frdric Vigliawischi. Il avait -une belle prestance, portait perruque et parlait plusieurs langues. -Il habitait Londres depuis plusieurs annes; mais il y avait <i>trs -peu de temps</i> qu'il se faisait appeler Neuhoff. Il se disait le fils -et le successeur du dfunt baron, et dclarait avoir en sa possession -les papiers de celui-ci.</p> - -<p>Donc ce n'est qu'aprs la mort de Thodore que l'aventurier, -nomm Vigliawischi, songe se faire passer pour le fils du roi -de Corse. Il n'avait plus craindre de dmentis. C'est -cette poque-l, encore, qu'il noue ses intrigues au sujet de -l'le. Il reprenait tout simplement la suite d'une affaire aprs -dcs. C'est plus tard aussi qu'il songe crire des Mmoires.</p> - -<p>En 1757 et en 1758, il entre en relations avec Pascal Paoli, il -cherche de l'argent, s'abouche avec des commerants pour avoir -des munitions. Il s'adresse aux hommes d'tat anglais, les harcle -de propositions.</p> - -<p>Tout cela choue piteusement, comme avaient sombr les -combinaisons de Thodore.</p> - -<p>Celesia avait pu facilement percer jour ces manœuvres. -Il tait entr en rapports avec un certain Anselme Rossi, qui -tait au service de Frdric. Cet individu avait tout dvoil au -ministre de Gnes.</p> - -<p>Les intrigues de Frdric sur la Corse, indiques dans le livre -de M. Fitzgerald, sont confirmes par les documents de Gnes. -Il y a donc lieu de penser que Rossi a dit la vrit Celesia.</p> - -<p>Mais cela importe peu. Le seul point qu'il convienne de retenir -dans les rapports de Celesia est l'identification du personnage.</p> - -<p>En la rapprochant des quelques rflexions que j'ai faites plus -haut, il est permis de dclarer d'une faon dfinitive que le -colonel Frdric n'tait pas le fils du baron de Neuhoff.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span></p> - -<p class="subt">II<br /> -<span class="small">NOTE SUR DES PAMPHLETS CONCERNANT LE BARON DE NEUHOFF.</span></p> - -<p>L'aventure du baron de Neuhoff fit clore diffrents pamphlets. -J'ai dj eu l'occasion de signaler, au cours de l'ouvrage, -ceux qui furent lancs Gnes et qui taient colports de main -en main. D'autres, imprims pour la plupart en Hollande, -prirent la forme de brochures ou de volumes.</p> - -<p>En 1737, un pamphlet fut publi, Leyde, chez Jean-Arn. -Langerak. Il avait treize pages seulement et tait intitul:</p> - -<ul class="small"> -<li><span class="i2">PREMIRE LETTRE</span></li> -<li><span class="i5">DE</span></li> -<li><span class="i3">THODORE I<sup>er</sup></span></li> -<li><span class="i3">ROI DE CORSE</span></li> -<li><span class="i5">A</span></li> -<li>TOUS LES HROS DE SON SICLE</li> -</ul> - -<p>Une vignette, place en tte, reprsente, d'un ct, une femme -assise, de l'autre, un homme debout coiff d'un casque et portant -une lance. Ces deux personnages sont spars par une -arabesque.</p> - -<p>Ce pamphlet dbute par ces vers:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Dcidons! puisqu'enfin en l'tat o je suis,</p> -<p>La mort est au-dessous du sort de mes ennemis:</p> -<p>Un lche dsespoir nous dfend d'y survivre;</p> -<p>Mais un cœur immortel nous dfend de le suivre.</p> -</div></div> - -<p>Puis, viennent ces mots:</p> - -<p>Entre ces deux extrmits et la ncessit de prendre l'un -ou l'autre parti, hros magnanimes, un courage toujours renaissant -<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span> -doit-il se signaler par la bassesse hroque des Romains ou -par la frocit commune aux <i>Esprits insulaires</i> qui n'ont point -assez de force pour faire face constamment aux rvolutions -chagrines de l'astre qui prside nos jours?</p> - -<p>Ensuite, l'auteur fait dire Thodore qu'il s'en rapportait -aux mes bien faites pour juger impartialement ses actions. Sa -conduite tait-elle bravoure ou tmrit? Une entreprise, si -hasardeuse ft-elle, est hroque quand elle russit; elle est -tmraire quand elle choue.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i2">Si tant de travaux entrepris,</p> -<p>Baron, n'ont pas rempli ta haute destine,</p> -<p>C'est que de ta vertu la fortune tonne</p> -<p class="i2">N'ose pas en fixer le prix.</p> -</div></div> - -<p>Il est vrai que la mauvaise fortune ne nous semblerait pas -si dure, si elle n'autorisait la dsertion de nos amis.</p> - -<p>L'auteur se lance alors dans des considrations philosophiques -en tirant des exemples de la lgende et de l'histoire. -Ces rflexions ne sont d'ailleurs ni profondes ni originales.</p> - -<p>A la fin de la brochure se trouve cette note:</p> - -<p>Sa Majest Corsienne a crit plusieurs autres lettres plus -dignes de la curiosit du public que celle-ci. On nous a promis -de nous les communiquer et nous promettons ce mme public -de lui en faire part. Au reste, ce n'est qu'une traduction, qui -ayant t faite la hte, ne rend pas sans doute l'original dans -toute sa beaut. Nous remdierons ce dfaut dans la suite.</p> - -<p>De deux pamphlets hollandais, je me contenterai de signaler -les gravures qui se trouvent en tte des volumes.</p> - -<p>L'un d'eux, imprim en 1739, est intitul:</p> - -<ul class="small"> -<li><span class="i3">DE</span></li> -<li>GEKROONDE MOF</li> -<li><span class="i3">OF</span></li> -<li>THEODORUS OP STELTEN</li> -</ul> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span> -Le dessin reprsente Thodore mont sur deux chasses. L'une -est tenue par un gentilhomme; l'autre semble se drober, car le -second gentilhomme, qui se tient auprs, ouvre les bras comme -pour recevoir Neuhoff. Celui-ci essaye d'attraper une couronne -trs haut place et attache au sommet par un collier d'ordre fleurdelys. -Au second plan, droite, un autre gentilhomme montre -la couronne Thodore. A gauche, sous un bouquet d'arbres, -se trouvent quatre femmes, dont l'une lve les bras au ciel.</p> - -<p>Ce libelle assez volumineux est rdig en forme de dialogue.</p> - -<p>Un autre pamphlet, intitul:</p> - -<ul class="small"> -<li><span class="i4">DE</span></li> -<li><span class="i1">DWAALENDE MOFF</span></li> -<li><span class="i1">OF VERVOLG VAN</span></li> -<li>THEODORUS OP STELTEN</li> -</ul> - -<p>publi en 1740, reproduit une gravure peu prs identique la -prcdente. Mais la couronne est entoure des armes de la Corse -et de la mdaille de l'Ordre de la Dlivrance. Dans le fond, les -quatre femmes sont remplaces par un vaisseau portant un -pavillon avec une croix et changeant des coups de canon avec -un fort situ terre.</p> - -<p>Au nombre des pamphlets, on peut citer le fragment trouv -dans les manuscrits de Napolon et publi par MM. Frdric -Masson et Guido Biagi<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor"> [868]</a>. crit entre 1786 et 1793, il est peu -important. Il se borne une lettre imaginaire de Thodore, date -des prisons de Londres, milord Walpole et la rponse de celui-ci -au baron. Bonaparte montre l-dedans qu'il concevait dj -une haute ide de la gnrosit de l'Angleterre vis--vis des -malheureux proscrits.</p> - -<p>Il y a l un rapprochement curieux faire avec les sentiments -qui animrent plus tard l'Empereur en l'amenant se livrer aux -Anglais.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span> -M. Emmanuel Orsini, capitaine d'infanterie, a publi le -<i>Testament politique de Thodore I<sup>er</sup>, roi des Corses</i>.</p> - -<p>Dans la premire partie, l'auteur fait faire Thodore le -rcit de ses aventures. Historiquement il n'y a pas lieu de tenir -compte de cette narration. C'est une compilation des ouvrages -connus sur le baron de Neuhoff, compilation laquelle sont -ajouts quelques dtails qui s'loignent tout fait de la vrit. -Il me suffira d'en citer un seul. Thodore raconte qu'au milieu -du mois d'avril 1737, il rejoignit son arme Corbara en -Balagne. Or, cette date, Neuhoff tait arrt pour dettes - Amsterdam et mis en prison. On peut juger par l du cas -qu'il faut faire de ce rcit.</p> - -<p>La seconde partie du <i>Testament</i> comporte des considrations -sur les principes et les maximes de l'art de rgner. -<span class="pagenumh"><a id="Page_392"> 392</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span></p> -<h2 class="normal">PICES JUSTIFICATIVES</h2> - -<p class="subt">I.<br /> -<span class="small">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. MARNEAU<a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor"> [869]</a>.</span></p> -</div> - -<p><span class="dater">26 mars 1736.</span></p> - -<p>tant plus que persuad que vous me continuez toujours une part dans -votre cher souvenir, je n'ai pu manquer vous notifier de ma main -propre ce que vous aurez peut-tre dj appris par les avis publics, -qu'aprs mille rvolutions, perscutions et maladies mortelles dans mes -voyages, non seulement il m'a russi, avec l'assistance divine, de me tirer -des piges tendus par mes envieux, mais de me voir en tat de reconnatre -mes bienfaiteurs et amis et d'tre et de me voir proclam Roi et -Pre de ces fidles habitants de cette le et royaume de Corsica, lesquels -j'ai cherch d'assister au pril de ma vie contre le tyrannique gouvernement -des Gnois. Comme mes intrts et avancements vous doivent tre chers -par la bonne mmoire que vous conservez, je suis sr, de feu ma chre -mre, votre pouse, j'ose me flatter que cet tablissement vous sera -agrable, vous assurant, Monsieur, que de mon ct, je n'ambitionne autre -que de me trouver en situation pouvoir vous tmoigner par des marques -essentielles la reconnaissance parfaite, que je vous conserve pour toutes -les bonts paternelles que vous avez eues pour moi; et je m'estimerais -heureux si vous vouliez prendre la rsolution de me venir trouver dans ce -bon climat avec ma chre sœur, son mari et toute la famille, vous assurant -que je partagerai avec vous mon sort, lequel ayant un peu de repos - pouvoir mettre excution certains projets, ne peut tre que trs avantageux -pour moi et pour tous ceux qui m'appartiennent. Mais, comme -encore pour le prsent, je ne puis jouir de ce repos ncessaire, ayant les -<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span> -ennemis dloger des deux endroits, priez Dieu pour moi et me continuez -votre chre bienveillance.</p> - -<p>Soyez assur je serai pour toujours tout vous sans aucune rserve.</p> - -<p class="signature"><span class="i3">Le Baron de Neuhoff</span>,<br /> -lu Roi de Corsica avec mon nom:<br /> -<span class="i4"><i>Teodoro il primo</i></span>.</p> - -<p>P. S.—Faites-moi savoir en rponse celle-ci si vous ou M. de la -Grange pourriez vous rendre Paris pour remettre au Roi mon instance -m'honorer de son royal appui dans mon nouvel tablissement, et, en ce -cas, j'enverrais une personne accrdite pour connatre ses intentions. -J'aurais besoin de deux vaisseaux de guerre que je payerais par mois pour -serrer le port de Bastia, capitale du royaume, pendant que par terre je -saurai bien vite obliger les Gnois de me la remettre. Servez-moi de bon -pre en cette affaire et ne perdez de temps pour employer vos amis y -parvenir. Il serait en mon pouvoir de satisfaire bien des frais et dpenses, -mais les pertes souffertes et les frais exorbitants que j'ai eus, m'ont -mis, pour le prsent, en arrire, et n'ai-je le repos ncessaire pour refaire -ce qui pourrait me mettre l'abri d'avoir besoin de secours. Je dois -envoyer des sommes considrables Tunis, en Afrique, pour mes munitions -de guerre et le rachat des esclaves corses, que je suis convenu en -personne, mais comme inconnu, de racheter, et ai le bonheur d'induire -cette Rgence une paix de vingt annes avec le royaume de Corse. Ne -m'abandonnez pas, et assistez-moi de vos bons conseils; donnez-moi de -vos nouvelles au plus tt, et l'un ou l'autre rendez-vous Paris pour solliciter -mes vues.</p> -<p class="medium">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Francia</i>, mazzo 45. Anni 1734-37.</p> - -<p class="subt">II.<br /> -<span class="medium">LETTRE CRITE DE METZ PAR M. MARNEAU A M. LE C<b>...</b></span></p> - -<p class="dater">26 avril 1736.</p> - -<p class="titel">Monsieur,</p> - -<p>Vous avez connu M. de Trvoux, mais je ne pense pas que vous ayez -entendu parler du baron de Neuhoff, son frre, tous deux enfants du premier -lit de feu ma femme. Ce jeune homme, aprs tre sorti de page de -Madame, entra dans le rgiment de Navarre, qu'il quitta pour entrer dans -celui de Courcillon, o il a servi jusqu' la paix de Baden, et passa ensuite -au service de M. l'lecteur de Bavire; ayant eu quelques affaires dans -<span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span> -ce pays-l, il alla en Espagne, o il pousa une fille d'honneur de la -Reine rgnante, et fut fait colonel d'infanterie. Soit dgot, soit envie -de courir le monde, il quitta l'Espagne, laissa sa femme Paris, o elle est -morte; et depuis cinq ou six ans, je n'ai plus entendu parler de lui jusqu' -ce moment que je viens de recevoir cette lettre dont j'ai l'honneur de vous -adresser copie, par laquelle il me fait part qu'il a t proclam roi de Corse.</p> - -<p>Quoique je lui connaisse de l'esprit, du savoir, et trs intrigant, parlant -mme une infinit de langues, je ne donne point dans une pareille -vision, et je ne saurais croire qu'un tranger, sans secours de lui-mme, -ni d'ailleurs, ait t en tat de se former un pareil tablissement.</p> - -<p>Je ne regarde donc ce prtendu roi que comme un aventurier, qui n'a -rien perdre et qui n'coute que sa tmrit. Que cette nouvelle cependant -soit vraie ou fausse, je crois tre oblig de vous en faire part pour en faire -usage la cour, si vous croyez que cet vnement puisse tre de quelque -utilit l'tat; en tout cas, l'avis n'interrompra que pour un moment -vos occupations srieuses pour vous faire rire d'une scne aussi comique -que celle de penser qu'il peut y avoir un jour un roi, frre de ma fille; et -vous pensez bien que ma famille et moi ne sommes pas tents d'aller -chercher des esprances de fortune sous un trne aussi chancelant. Je -m'en tiendrai l'ambition que j'ai toujours eue de vous prouver mon zle -et l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur d'tre, Monsieur,</p> - -<p class="signature"><span class="i2">Votre trs humble</span><br /> -et trs obissant serviteur.<br /> -<span class="i3 cap">M</span><span class="smallc">ARNEAU.</span></p> - -<p class="small">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Francia</i>, mazzo 45. Anni 1734-37.</p> - -<p class="subt">III.<br /> -<span class="medium">DPCHE DU COMTE BORR DE LA CHAVANNE<a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor"> [870]</a></span> -AU ROI DE SARDAIGNE.</p> - -<p class="dater">La Haye, le 12 juin 1736.</p> - -<p><b>........</b> Rpondant l'article qui regarde la rpublique de Gnes, -j'aurai l'honneur de Lui dire que m'tant inform, pour satisfaire Ses -ordres, de deux des principaux dputs des tats, si elle avait fait ici quelque -dmarche pour obtenir des dfenses aux btiments hollandais d'aborder -en Corse et tous les sujets de cette rpublique de donner aux rvolts -aucune sorte de secours, ils m'ont assur n'avoir point encore ou parler -<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span> -de pareille chose; ils se sont de plus engags, aussitt qu'on ferait l-dessus -la moindre demande, de m'en informer et de me prvenir de la -rsolution qui se pourrait prendre en consquence. La conversation tant -par l naturellement tombe sur l'tat o se trouve la Corse, ils m'ont -marqu tre fort tonns de la dpense considrable que faisait le nouveau -chef des rvolts<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor"> [871]</a>, que cela leur faisait juger qu'il devait tre soutenu -sans doute par quelque puissance considrable et que leurs soupons - cet gard ne pouvaient tomber que sur l'Espagne; mais que de quelque -faon que l'affaire tournt, le peu de relations que leur commerce avait -avec cette le la lui rendait si indiffrente qu'assurment ils ne chercheraient -pas s'en mler. Je me serais prvalu de cette occasion pour voir -M. le Pensionnaire, s'il ne s'tait trouv la campagne.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Mazzo Olanda</i>. Lettere ministri. Mazzo 33.</p> - -<p class="subt">IV.<br /> -<span class="medium">DPCHE DU COMTE BORR DE LA CHAVANNE</span> -AU ROI DE SARDAIGNE.</p> - -<p class="dater">La Haye, 7 mai 1737.</p> - -<p><b>........</b>Les affaires du baron de Neuhoff ne sont pas encore en -fort bon tat; elles ont t au point de se terminer par les soins et les -efforts gnreux de plusieurs personnes qui s'taient intresses pour lui; -mais outre les cranciers avec lesquels l'on avait convenu, il s'en est -prsent deux autres pour sept huit mille florins, qui ont tout rompu et -ont t cause qu'il a t traduit aux prisons publiques de la ville, attendu -que la dpense trop considrable qu'il faisait l'auberge le mettait toujours -plus hors d'tat de satisfaire ses dettes. Cette affaire a d'abord un peu -ralenti le zle de ceux qui voulaient lui faire faveur; mais la chose s'est -pourtant un peu raccommode et l'on travaille encore fortement le tirer -d'embarras, ce que le magistrat de la ville favorise aussi par les raisons -que j'en ai dit. Il est bien certain que quelques efforts que puisse faire la -rpublique de Gnes, l'on ne lui livrera jamais. Les magistrats n'oseraient -l'entreprendre; le peuple d'Amsterdam, qui veut que leur ville soit, tout -gard, un pays de libert, ne le souffrirait absolument pas. Il est actuellement -malade et avec une grosse fivre qui fait craindre pour sa vie.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Mazzo Olanda</i>. Lettere ministri. Mazzo 33.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span></p> - -<p class="subt">V.<br /> -<span class="medium">DPCHE DU COMTE BORR DE LA CHAVANNE</span> -AU ROI DE SARDAIGNE.</p> - -<p class="dater">La Haye, 14 mai 1737.</p> - -<p><b>........</b>Le baron de Neuhoff a finalement t mis en libert, il y -a aujourd'hui huit jours, ainsi que je l'avais annonc. Il lui a fallu faire -pour cela une cession de biens en prsence des bourgmestres et de tous -ses cranciers, qui il a authentiquement dclar n'en possder aucun et -d'tre totalement hors d'tat de les satisfaire, s'obligeant pourtant de les -payer aussitt qu'il en aurait les moyens. L'on a adouci, autant qu'il a t -possible, la rigueur de cet acte et de cette dclaration qu'il a faite l'pe au -ct, debout, dans une contenance dcente et M<sup>rs</sup> les bourgmestres, par -gard pour lui, ne se sont point assis contre l'usage ordinaire. L'on lui a -fait dire de sortir incessamment des tats de la rpublique. Quelqu'un m'a -cependant assur qu'il tait dans cette ville et s'y tenait cach. Depuis -qu'il a t largi, un nouveau crancier de Paris s'est encore prsent pour -la somme de quatre-vingt mille livres de France. Il est certain que la -crainte que l'on a eue que la rpublique de Gnes ne le demandt, est ce -qui a le plus contribu le tirer d'embarras.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Mazzo Olanda</i>. Lettere ministri. Mazzo 33.</p> - -<p class="subt">VI.<br /> -<span class="medium">EXTRAIT D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM</span><br /> -COMMUNIQUE PAR DE LA VILLE A AMELOT, LE 14 MAI.</p> - -<p class="dater">12 mai 1737.</p> - -<p>Je vous ai dj marqu l'largissement du baron de Neuhoff. Voici -peu prs les circonstances de ce qui s'est pass cet gard.</p> - -<p>Mardi dernier, 7 courant, il fut enfin largi de la prison civile dans le -temps que le public s'y attendait le moins et que ses ennemis publiaient -qu'il n'en sortirait jamais. On peut mme dire qu'il est sorti par la belle -porte. Les cranciers, aprs avoir fait beaucoup les mauvais, ont t obligs -de se contenter de ce que l'on appelle une caution juratoire de la part -du baron de Neuhoff, c'est--dire qu'il a promis sous serment de les payer -<span class="pagenum"><a id="Page_398"> 398</a></span> -aussitt qu'il serait en tat et que pour cet effet, il a lu domicile -Amsterdam, o l'on portera les citations de tous les cranciers des pays -trangers qui auront quelque chose prtendre sur lui. Pour ceux qu'il a -en ce pays-ci, on s'est accommod avec eux d'autant plus facilement que -l'arrt ou prise de corps qu'ils avaient obtenu du grand-officier contre lui, -n'tait pas dans les formes requises, soit parce qu'ils n'avaient point de -sentence des chevins qui les y autorist, soit parce que les dettes du sieur -de Neuhoff n'taient point d'une nature comporter la prise de corps, et -qu'il ne les a jamais nies ni refus de les payer, mais qu'il a seulement -demand du temps et la libert pour pouvoir agir.</p> - -<p>Plusieurs personnes, en ce pays-ci, se sont donn de grands mouvements -pour le tirer du mauvais pas o il s'tait engag mal propos. M. -le comte de Golowkin<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor"> [872]</a> a pass huit jours dans cette ville, et a eu plusieurs -confrences particulires avec M. Dedieu, chevin prsident et qui -a t ci-devant ministre de Leurs Hautes Puissances auprs de la Czarine. -Ces Messieurs ont beaucoup contribu son largissement, lorsqu'il a t -conduit de la chambre particulire o il tait prisonnier dans celle des -chevins. Il a comparu dans celle-ci avec le chapeau, l'pe, la canne et -les gants. Il s'est tenu debout et M<sup>rs</sup> les chevins en ont fait de mme, ce -qui est peut-tre sans exemple dans ce pays-ci. Il est vrai aussi qu'on n'y -avait apparemment jamais vu un cas de cette espce.</p> - -<p>De l, le baron a trouv, la porte la moins frquente de la maison de -ville, un carrosse dans lequel il est mont et est all descendre dans une -maison de confiance, o ceux qui ont agi pour lui ont t le voir.</p> - -<p>Depuis trois jours, il a chang de demeure et personne ne sait o il est -actuellement. Plusieurs le croient parti et je suis de leur avis.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, -vol. 423.</p> - -<p class="subt">VII.<br /> -<span class="medium">COPIE D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUE AVEC LA</span><br /> -DPCHE DE FNELON A AMELOT, DU 29 OCTOBRE.</p> - -<p class="dater">23 octobre 1737.</p> - -<p>La prsente est pour avoir l'honneur de vous dire qu'il est arriv ici -avant-hier un envoy du seigneur Thodore, lequel a fait le voyage avec -lui jusqu' l'le de Corse, o ils sont arrivs le 29 du mois pass. Ce dput -n'y a demeur qu'un jour et est venu en poste, puisqu'il n'a t que vingt-et-un jours -<span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span> -en chemin. L'ayant questionn sur plusieurs circonstances, -j'ai remarqu, au travers de la rserve qui lui est sans doute recommande, -qu'il est charg de plusieurs commissions pour M. Dedieu, ainsi que pour -quelques-unes de nos principales bourses, o je l'ai trouv en confrence. -Il doit, s'il le peut, faire recrue de garons boulangers et autres gens de -mtier. Les retours en denres ne doivent pas s'attendre sitt, n'y ayant -aucun navire dans ce port, mais que ce serait ds qu'on en pourrait trouver. -Le seigneur Thodore n'a crit aucune lettre par la difficult de passer -avec, cause du rigoureux examen qu'il faut subir. Il parat que -les secours de la France n'inquitent nullement ce chef de parti et -qu'il attend son vnement de pied ferme, suivant le rapport qui m'en -a t fait.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, -vol. 424.</p> - -<p class="subt">VIII.<br /> -<span class="medium">DPCHE DE FNELON A AMELOT.</span></p> - -<p class="dater">La Haye, 29 octobre 1737.</p> - -<p>Je joins ici la copie d'une lettre qui a t crite d'Amsterdam et qui -m'a t confie. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a t fourni par la ville -d'Amsterdam pour premier commissaire aux confrences d'Anvers, et pour -qui l'agent arriv de Corse avait une commission, et bien d'autres particularits -qui se peuvent joindre ont assurment de quoi donner de forts -indices que l'Angleterre s'est intresse pour procurer les facilits que le -baron de Neuhoff a trouves, non seulement pour se tirer des mains de ses -cranciers qui l'avaient fait arrter Amsterdam, mais encore pour s'y -pourvoir de tout ce qu'il en a tir en munitions, armes, etc., et qui ont -suivi ou devanc son retour en Corse. L'Angleterre n'aura pas pris cet -intrt sans vue. (<i>En chiffres</i>): Celle de prendre le contre-pied de nous -dans une affaire qu'elle croirait propre nous mettre moins bien avec -l'Espagne serait remarquable.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, -vol. 424.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span></p> - -<p class="subt">IX.<br /> -<span class="medium">LES TATS-GNRAUX DE HOLLANDE A LA RPUBLIQUE DE GNES.</span></p> - -<p class="dater">La Haye, 23 novembre 1737.</p> - -<p class="titel">Au Srnissime Duc et aux Trs Excellents Seigneurs<br /> -les Snateurs de la Srnissime Rpublique de Gnes.</p> - -<p class="titel">Srnissime Duc et Trs Excellents Seigneurs,</p> - -<p>Pendant que Nous prenons connaissance des plaintes et reprsentations, -que les ministres de Votre Rpublique ont faites depuis quelque temps -de ce que les sujets de la ntre fourniraient des armes et autres marchandises -de contrebande aux mcontents de l'le de Corse, et pendant que -Nous sommes occups dlibrer l dessus, Nous apprenons avec beaucoup -de dplaisir par les relations qui nous viennent de Livourne et d'autres -lieux, le tort que souffrent Nos sujets dans leur navigation et dans leur -commerce, par les insinuations accompagnes des menaces des ministres -et consuls Gnois, par lesquelles les marchands sont dtourns de charger -dans les navires de Nos sujets, et qui mettent un grand obstacle leur -libre navigation et commerce, comme il est arriv bien particulirement -l'gard de deux vaisseaux nomms la <i>Maria-Jacoba</i> et l'<i>Agatha</i>, aprs -qu'ils sont entrs dans le port de Livourne. Votre Srnit et Vos Excellences -comprendront aisment que Nous ne saurions regarder avec indiffrence -le grand prjudice et le tort que Nos sujets trafiquant dans la Mditerrane, - Livourne et en d'autres endroits, souffrent par ces insinuations -et menaces, et moins encore par les dnonciations des patrons de quelques -barques gnoises disant avoir ordre de Votre Srnit et Vos Excellences -de visiter les vaisseaux de Nos sujets et de les arrter, sous prtexte -qu'ils seraient destins pour l'le de Corse, pour y faire la contrebande -avec les mcontents. Ce prjudice a t particulirement caus, ainsi que -Nous l'apprenons avec chagrin, aux vaisseaux susdits, la <i>Maria-Jacoba</i> -et l'<i>Agatha</i>, dont le premier a t oblig de sortir vide du port de -Livourne, pour aller charger au Levant, puisque personne Livourne n'a -voulu lui confier ses effets; et l'autre a t ncessit de reprendre sa route -vers Hambourg, personne aussi, autant que Nous en sommes instruits, -ayant voulu mettre de marchandises son bord de peur qu'il serait arrt -et dtenu. Nous ne pouvons considrer ces sortes de vexations que comme -tout fait ruineuses la navigation et au commerce de Nos sujets, et -comme contraire la justice et au droit des gens, suivant lequel il n'est -<span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span> -pas permis d'arrter, visiter et de perscuter les vaisseaux d'autrui en -pleine mer. Le prtexte dont on s'est servi, comme si ces deux vaisseaux -auraient t destins pour aller en Corse et auraient t chargs de contrebande, -ne peut tre regard que comme destitu de tout fondement, -car outre que le transport de contrebande, o il n'y a point des traits ni -engagements, est sujet bien des explications et de modifications, il se -trouve casuellement, l'gard de ces deux vaisseaux, que les matres n'en -sont nullement coupables et, en tout cas, n'en sont nullement convaincus. -Que pour ce qui regarde le vaisseau la <i>Maria-Jacoba</i>, matre Corneille -Roos, il sort entirement sa dcharge, ce que Votre Srnit et Vos -Excellences ne peuvent pas ignorer, que le gnral de l'Empereur, comte -de Wachtendonck, qui commande Livourne, aprs avoir le tout bien -examin, l'a mis en libert avec permission de poursuivre son voyage, et -que, de plus, le matre de ce vaisseau n'est point all en Corse, mais a -dcharg ses marchandises Livourne et aprs a poursuivi son voyage -vers le Levant. Qu' l'gard du deuxime vaisseau, l'<i>Agatha</i>, matre -Gustave Berents, quelque grand que soit le bruit qu'on en fasse, il est -certain qu'on ne saurait allguer, bien moins prouver qu'il aurait t -destin d'aller en Corse, ou qu'il ait eu son bord des effets pour le compte -des mcontents de cette le; il parat au contraire que ce matre n'a point -pris sa course vers l'le de Corse, mais est entr dans le port de Livourne et -que l il a dbarqu les passagers et a dcharg les marchandises qu'il -avait sur son vaisseau, cherchant aprs cela nouvelle charge pour la porter - Hambourg.</p> - -<p>Cependant, nous avons reu par M. Hop, Notre envoy extraordinaire -la cour de la Grande-Bretagne, une lettre lui crite par le secrtaire -Gastaldi, avec la copie d'une prtendue relation de ce qui se serait pass -cet gard, sans que ni l'une ni l'autre Nous ait paru satisfactoire. Nous -trouvons bien que, par rapport au vaisseau la <i>Maria-Jacoba</i>, on pose en -fait que Notre consul Livourne, Bouver, aurait t persuad lui-mme -que la destination de ce vaisseau n'aurait pas t bonne et qu'il aurait mis - terre cinquante morceaux ou pains de plomb et quatre caisses de pierres - fusil, mais outre que, pour toute preuve, il n'y a que le simple dire du -secrtaire Gastaldi, qui n'en peut rien savoir que par la simple relation -qui lui en a t envoye, tout cela est dtruit en partie par l'exprience du -contraire que le gnral Wachtendonck en a fait et par le relchement du -vaisseau qu'il a ordonn, et en partie parce que ce vaisseau a effectivement -mis et laiss terre ses marchandises, pour ne rien dire de ce -qu'une si petite quantit de plomb et pierres fusil ne serait pas assez -considrable pour donner du confort aux Corses, ni pour faire entreprendre - un matre de vaisseau un voyage aussi prilleux. Quant au vaisseau -l'<i>Agatha</i>, matre Gustave Berents, il semble bien qu'il aurait eu son -bord quelques passagers, une plus grande quantit de poudre, de mousquets, -de canons et pistolets et autres choses, mais qu'il n'y a pas la moindre -<span class="pagenum"><a id="Page_402"> 402</a></span> -preuve qu'avec cette charge il aurait t destin en Corse, except qu'un -seul des passagers en aurait dit quelque chose. Avec quoi, il est fort -noter, pour la dcharge du matre dudit vaisseau, qu'il parat par la relation -et papiers sus mentionns, en premier lieu, que de tous ces passagers et -de toute cette charge rien n'est entr dans ledit vaisseau quand il est -sorti des ports de ces pays, mais que le tout y a t embarqu Lisbonne, -et, en second lieu, que ce mme vaisseau, parti de Lisbonne, ayant t -par une rencontre inopine conduit Oran, le gouverneur espagnol n'a -rien trouv qui ft la charge du matre et ainsi l'a laiss en libert, et, -en troisime lieu, que le matre de ce vaisseau n'a point pris sa route pour -aller l'le de Corse, mais est all Livourne et que l il a mis terre -toute sa charge, tant passagers que marchandises, laissant le tout la -disposition des intresss. Il rsulte de ce que nous venons d'allguer -clairement et videmment qu'en cas que le matre de ce vaisseau en ceci -se serait laiss sduire, ce qui pourtant ne parat point, le mal n'aurait pas -eu sa source dans ces pays, mais Lisbonne, ce qui encore ne pourrait pas -tre mis la charge dudit matre de vaisseau, tant qu'on ne peut prouver, -comme on ne le prouve point, qu'il aurait t inform d'un mauvais -dessein, tant vrai au contraire qu'on ne peut point imputer crime un -matre de vaisseau qu'tant entr dans un port libre, il y prend son bord, -pour rendre son voyage plus profitable, une augmentation de sa charge, -soit de passagers, soit de marchandises non dfendues. Nous devons ajouter - ceci, qu'ayant fait une due perquisition du cas du susdit vaisseau l'<i>Agatha</i>, -Nous avons trouv qu'il est sorti de Nos ports, sans qu'il ait eu son bord -plus de monde que le ncessaire et l'ordinaire et que, quant aux passagers -et aux marchandises qui on donne le nom des contrebandes, qu'ils ont -t pris son bord Lisbonne et que le matre du vaisseau n'a rien su de -leur prtendue destination. Votre Srnit et Vos Excellences verront par -l que c'est tort qu'on forme des soupons contre Nous et Nos sujets, -comme s'ils se laisseraient induire donner de l'assistance aux Corses -mcontents. Cette ide erroneuse tant autant moins fonde que dj, par -Notre rsolution du 5 juillet 1736, Nous avons dclar que des pareilles -entreprises seraient tout fait contraires Notre intention et que Nous -tions ports empcher, autant qu'il Nous serait possible, qu'on n'envoyt -aucune assistance aux Corses mcontents d'aucun endroit dpendant de -Notre domination, de quoi aussi Nous avons averti Nos amirauts par -Nos rsolutions du 15 septembre et 22 octobre de l'an pass 1736. Nous -avons bien pris en considration et dlibr s'il conviendrait de dfendre -par placard le transport des marchandises de contrebande en Corse, mais -Nous en avons t dtourns par le mauvais usage que les sujets de Votre -Rpublique font de Nos rsolutions du 5 juillet, 15 septembre et 22 octobre -de l'an 1736, et que Nous prvoyons qu'un tel placard ne produirait aucun -autre effet que de colorer les dtentions des vaisseaux de Nos sujets et de -les rendre plus frquentes; au moins de l'exemple cit du vaisseau l'<i>Agatha</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span> -rsulte cette vrit qu'un placard de la nature que celui dont Nous venons -de parler, ne saurait tre d'aucun effet, tant que les mmes dfenses ne -seront pas faites dans les autres royaumes et tats, et tant que les passagers -ou marchandises en d'autres pays auront la facult de tromper sous -divers prtextes les matres des vaisseaux qui sont ignorants. Nous ne -pouvons dissimuler que le procd l'gard des vaisseaux de Nos sujets, -Nous est d'autant plus sensible qu'il parat qu'on les prend seuls en butte -et qu'on laisse passer d'autres sans y prendre garde.</p> - -<p>Quand il plaira Votre Srnit et Vos Excellences de faire les -rflexions ncessaires sur ce que Nous venons de leur exposer, nous -esprons qu'Elles voudront bien donner des ordres prcis Leurs Ministres -et Leurs sujets partout o il appartient, pour que soigneusement ils -prennent garde de ne faire rien qui puisse troubler les sujets de Notre -rpublique ni leurs vaisseaux, dans le libre exercice de leur navigation et -commerce, afin que Nous ne soyons pas obligs de dlibrer ultrieurement -sur la manire de prvenir ces troubles si prjudiciables au commerce de -Nos sujets. Nous attendons ce remde de l'amiti et de l'quit de Votre -Srnit et Vos Excellences, et en l'attendant, Nous prions Dieu, Srnissime -Duc et Trs Excellents Seigneurs, de Vous avoir en Sa sainte et digne -garde.</p> - -<p class="signature">A La Haye, le 23 novembre 1737.<br /> -<span class="small">De Votre Srnit et Vos Excellences</span><br /> -<span class="small">Trs affectionns amis vous faire service.</span></p> - -<p class="signature"><span class="xs i3">LES TATS-GNRAUX</span><br /> -<span class="xs">DES PROVINCES UNIES DES PAYS-BAS</span>.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Filza 1/2121 (1737-1738)</i>.</p> - -<p class="subt">X.<br /> -<span class="medium">DPCHE DE PUISIEUX A AMELOT.</span></p> - -<p class="dater">Naples, le 7 janvier 1738.</p> - -<p class="blockquote">Il y a dans ce port, depuis environ un mois, un btiment hollandais, -nomm <i>Jan Ramboulde</i>. Il est charg de munitions de guerre qu'il a -prises en Zlande et qui sont destines pour la Corse..... Je fus inform -hier que le capitaine de ce btiment, appel Antoine Bevers, de Flessingue, -devait partir incessamment pour la Corse. Aprs m'tre assur plus particulirement -de ce fait, je me dterminai envoyer prier le consul de -Hollande de passer chez moi. Je lui reprsentai qu'il devait empcher -<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span> -ledit btiment d'aller porter des secours aux ennemis d'une puissance -avec laquelle les tats Gnraux n'taient point en guerre, qu'il devait, -d'ailleurs, savoir l'intrt que le Roi prenait dans cette affaire et que -j'osais l'assurer que ses matres ne dsapprouveraient pas les gards qu'il -aurait pour mes reprsentations en cette occasion. L'ambigut de la -rponse de ce consul m'ayant laiss dans l'incertitude sur le parti qu'il -prendrait, j'ai crit M. de Campredon, Gnes, pour le prvenir sur le -dpart de ce btiment hollandais. J'en ai aussi dit deux mots M. de Montalgre, -qui m'a rpondu que les munitions de guerre embarques sur ce -btiment n'ayant point t achetes dans les tats de Sa Majest Sicilienne -et que le Roi n'ayant point dclar la guerre aux Corses, le roi des Deux-Siciles -ne pouvait prendre sur lui de l'arrter. Il m'a promis cependant de -parler au consul de Hollande et d'intimider quelques Corses qui sont la -suite de ce btiment. Je ne puis douter que cette cour n'ait favoris les -Corses dans plusieurs occasions, non dans l'intention de les entretenir -dans la rvolte, mais parce qu' la faveur des troubles de cette le, les -officiers au service de Sa Majest Sicilienne ont trouv de grandes facilits - y faire des recrues.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Naples, vol. 35.</p> - -<p class="subt">XI.<br /> -<span class="medium">NOUVEAU CONTRAT ENTRE LE PATRON DU BTIMENT ZLANDAIS,</span><br /> -<i>YONG-ROMBOUT</i>, ET LES MINISTRES DE THODORE I<sup>er</sup><a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor"> [873]</a>.<br /> -TRADUCTION DE L'ITALIEN.</p> - -<p class="dater">Naples, 20 janvier 1738.</p> - -<p>Nous soussigns, capitaine et pilote du btiment, nomm <i>Yong-Rombout</i>, -d'une part, et les ministres de Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse, de -l'autre, promettons moyennant l'assistance divine, d'excuter ponctuellement -le contenu des articles suivants, sans exception aucune, moins -que la ncessit nous force au contraire.</p> - -<p>1<sup>o</sup> Le susdit capitaine Antoine Bevers sera oblig de faire voile avec -son vaisseau et les passagers qui seront dessus, l'le de Corse, et, -moyennant l'assistance divine, jeter l'ancre Porto-Vecchio; mais il -devra d'abord prendre langue Aleria avec sa chaloupe et y faire les -<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span> -signaux convenus; ldit capitaine s'obligeant, en outre, de faire toutes -sortes de diligences et ce qui dpendra de lui pour y excuter le dbarquement -ainsi qu'il est d'usage en semblables conjectures. Cependant, si -ce btiment tait attaqu et que malgr tous ses efforts, il ne pt rsister -et ft battu ou qu'il lui arrivt quelque autre accident,—ce qu' Dieu -ne plaise—le patron sera tenu de faire voile vers Malte, ou autre port -plus commode, pour y porter ses passagers, et il laissera les marchandises -o il jugera le plus propos. Bien entendu que le capitaine, en semblable -cas, ne prendra de rsolutions qu'autant qu'il y sera contraint par la -ncessit.</p> - -<p>2<sup>o</sup> Les seigneurs ministres susdits seront tenus de s'embarquer sur -ldit vaisseau et d'tre fidles au capitaine pendant le voyage, dans -quelques conjonctures que ce soit, et aider ldit capitaine en lui donnant -des marques de leur bienveillance.</p> - -<p>3<sup>o</sup> Les susdits seigneurs ministres seront obligs de fournir vingt -hommes, y compris le pilote qui aura connaissance des ports de la Corse, -lesquels hommes dfendront le btiment au cas qu'il soit attaqu, et -serviront la manœuvre, et ces hommes seront commands par le -seigneur Dominique Rivarola.</p> - -<p>4<sup>o</sup> Lesdits seigneurs ministres fourniront les vivres ces hommes; -cependant le capitaine aura soin, outre cela, d'en faire encore pour son -voyage.</p> - -<p>5<sup>o</sup> Le seigneur Rivarola et les autres ministres feront leurs diligences -pour que ces vingt hommes soient embarqus au plus tt, le btiment -tant prt et n'attendant que cela pour lever l'ancre; et aussitt qu'ils -seront bord, ldit capitaine sera tenu de faire voile.</p> - -<p>6<sup>o</sup> Le btiment tant arriv en Corse, le seigneur Rivarola et les autres -ministres seront tenus de lui fournir son chargement conformment au -contrat fait en Zlande.</p> - -<p>7<sup>o</sup> A l'arrive du btiment, l'on fera en sorte de dbarquer des canons -et d'en dresser une batterie terre pour dfendre ldit vaisseau contre les -btiments gnois qui pourront l'attaquer et pour faciliter le dchargement -de ses marchandises.</p> - -<p>8<sup>o</sup> Les autres munitions seront aussi dbarques sans aucun retard. -L'on devra embarquer, en mme temps, proportion, les marchandises -qui seront prises en change de ces munitions et l'on continuera de cette -manire jusqu' l'entier dchargement des unes et au total embarquement -des autres.</p> - -<p>9<sup>o</sup> Nous promettons d'adhrer exactement aux points ci-dessus et de les -observer constamment et fidlement autant que nous le pourrons pour -l'avantage, comme il est dit, du roi Thodore.</p> - -<p>En foi de quoi sign, fait bord dudit btiment, le 20 janvier 1738.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 101.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span></p> - -<p class="subt">XII.<br /> -<span class="medium">CONTRAT DE NOLISSEMENT DE BATIMENT FAIT A FLESSINGUE<br /> -PAR LES REPRSENTANTS DU ROI THODORE.<br /> -TRADUCTION DE L'ITALIEN.</span> -<span class="medium">[1738.]</span></p> - -<p>Nous soussigns, en vertu des pouvoirs de Sa Majest Thodore I<sup>er</sup>, -roi de Corse, reconnaissons avoir nolis des sieurs Splenter, Van Doorn -et Abraham Louxissen, le vaisseau nomm <i>Yong-Rombout</i> de dix-huit -canons de 3<sup>l</sup> et quatre <i>bossen</i> avec vingt-quatre <i>koppen</i>, command par le -capitaine Antoine Bevers, moyennant la somme de seize cents florins de -Hollande par mois en lui assurant quatre mois fixes et plus, voulant le -payer proportion du temps commencer du jour que ldit vaisseau -sera entirement charg, et ce pour faire un voyage en Corse et sur la -route o devra se faire le dchargement. Et au cas que le noliseur voult -aller Lisbonne, ou dans quelque autre port libre, il lui sera permis condition -qu'il n'y restera que quatorze jours et pourra ensuite charger en -retour de l'huile, de la cire, des cuirs et autres marchandises, sans que -ldit vaisseau soit oblig d'autres voyages, et encore moins de faire aucun -transport, contre quelque nation du monde que ce soit. Il lui sera -libre au contraire de retourner sans aucun retard Flessingue, pour y -dcharger les marchandises qu'il aura embarques, indpendamment desquelles -le fret convenu sera pay aux propritaires dudit btiment. Il -est convenu particulirement que ni le pilote ni le capitaine ne pourront -charger aucune marchandise pour leur compte, sous peine de confiscation -au profit du roi; et au cas que quelques passagers s'embarquent sur -ce btiment et mangent et logent dans la chambre du capitaine, ils payeront -un florin de Hollande par jour, et les autres passagers sept sols de -Hollande seulement, sans qu'on puisse exiger rien de plus pour leur passage. -En foi de quoi, nous soussigns obligeons nos corps et nos biens, -nous soumettant aux lois de la justice et aux ordonnances du pays.</p> - -<p class="signature"> -<i>Sign</i>: <span class="xs">VALENTINO TADEI, FRANCESCO DE AGATA, SPLENTER, -VAN DOORN et ABRAHAM LOUXISSEN.</span></p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 101.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span></p> - -<p class="subt">XIII.<br /> -<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. SAINT-MARTIN.</span><br /> -<span class="medium">COPIE COMMUNIQUE AVEC LA DPCHE DU DUC DE SAINT-AIGNAN,</span><br /> -AMBASSADEUR DE FRANCE A ROME, DU 18 OCTOBRE 1738.</p> - -<p class="dater">16 mai 1738.</p> - -<p>La part que je vois, Monsieur, que vous prenez ce qui me regarde et -les offres obligeantes de service que vous me fates par une lettre du 29 du -pass, me sont des plus sensibles et agrables. En revanche, je vous offre -de vous rendre tous les bons offices qui dpendent de moi et si vous continuez -dans la rsolution de vous attacher moi et de m'accompagner dans -mon retour, vous pouvez, sans perdre de temps, vous rendre Middelbourg, -en Zlande, chez le sieur Joh. Dicler Schuler, marchand dans ladite -ville, lequel vous dirigera me venir trouver; mme si vous me pourriez -procurer quelque bon officier d'artillerie, ou autre, il peut hardiment venir, -que je le recevrai et pourvoirai toute satisfaction, et comptez que ni -vous ni d'autres n'auront jamais lieu de se reprocher de s'tre attachs -moi et que je suis sincrement</p> - -<p class="signature">Votre bon ami.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, vol. 427.</p> - -<p class="subt">XIV.<br /> -<span class="medium">RSOLUTIONS DE L. H. P.</span><br /> -<span class="xs">LES SEIGNEURS TATS-GNRAUX DES PROVINCES-UNIES DES PAYS-BAS.</span></p> - -<p class="dater">20 septembre 1738.</p> - -<p>Ayant t dlibr par rsomption sur deux lettres du consul Lesbergen<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor"> [874]</a>, -du 21 janvier et 11 fvrier de cette anne, crites de Naples -L. H. P. comme aussi sur une troisime lettre du mme consul du 31 mai -dernier et aussi arrive depuis, et ayant t pris en considration que -L. H. P. ne se sont jamais mles des affaires et des entreprises des Corses -<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span> -contre la rpublique de Gnes, et au contraire que par leurs rsolutions -du 5 juillet et 15 septembre 1736, elles ont mand aux collges des amirauts -respectives d'avoir attention qu'aucune munition ou autres outils -de guerre ne partissent d'ici pour la Corse, il a t trouv bon et arrt -qu'il sera mand audit Consul que L. H. P. ne sauraient approuver qu'il -se soit donn tant de mouvement au sujet du navire le <i>Jeune Rombout</i>, -capitaine Antoine Bevers et autres de mme nature et que lui, consul, fera -bien de ne plus se mler de cette affaire ou autres semblables, que prcisment -autant qu'il sera ncessaire pour la protection des navires des Provinces-Unies -qui n'auront point contrevenu aux prcdentes rsolutions -de L. H. P. du 5 juillet et 15 septembre 1736.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, vol. 427.</p> - -<p class="subt">XV.<br /> -<span class="medium">DPCHE DE PUISIEUX A AMELOT.</span></p> - -<p class="dater">Naples, 11 novembre 1738.</p> - -<p><b>........</b> Cet aventurier [Thodore] frta au mois d'avril dernier -trois vaisseaux Amsterdam. Divers ngociants de cette ville abuss par -ses promesses firent une socit entre eux pour lui fournir des munitions -de guerre. Il s'engagea, de son ct, payer Malaga et Alicante (o -l'on convint qu'il relcherait avant d'aller en Corse) la valeur desdites -munitions. Les ngociants, pour sret du trait, firent choix d'un capitaine -sr et expriment, auquel ils confirent le commandement des trois navires. -Le capitaine, en consquence de ses instructions, relcha dans sa route -Malaga, puis Alicante. Le baron de Neuhoff n'ayant pu remplir dans -aucun de ces deux ports les engagements ports dans sa convention, -tcha de persuader au capitaine de continuer son voyage, l'assurant qu'il -ne serait pas plus tt abord en Corse que ces insulaires lui enverraient de -terre des denres, en retour des marchandises qu'il y dbarquerait. Le -capitaine, sur cette esprance, continua sa route. Arriv en Corse, il -dbarqua quelques munitions, mais ne voyant rien venir en retour, et -s'apercevant, d'ailleurs, que les rebelles montraient peu d'empressement -pour leur nouveau souverain, il fit cesser le dbarquement et ayant tenu -conseil avec son quipage sur le parti qu'il avait prendre, il se dtermina -enfin, tromp une seconde fois par les promesses de cet aventurier, faire -voile vers ce port avec ses trois navires, o il a t arrt cinq jours aprs -son arrive et mis en prison la rquisition du consul de Hollande, qui -ne veut pas l'en laisser sortir qu'il n'ait consenti de retourner en Corse. -<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span> -(<i>En chiffres</i>). Instruit de tout ceci par quelques matelots hollandais, j'avais -fait dire adroitement ce capitaine que je lui conseillais de signer tout ce -que l'on exigerait de lui dans la prison, et que lorsqu'il serait la mer, il -pourrait prendre, s'il le voulait, la route de quelqu'un de nos ports, conseil -qu'il aurait peut-tre t porte d'excuter si M. l'envoy de Gnes, -qui n'a pas encore toute la prudence d'un ministre consomm, n'avait tenu -indiscrtement quelques discours, qui ont mis le consul de Hollande et -Thodore en mfiance contre le capitaine.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Naples, vol. 36.</p> - -<p class="subt">XVI.<br /> -<span class="medium">NOTE SUR LES CORRESPONDANTS DE THODORE.</span></p> - -<p class="dater">Janvier 1740.</p> - -<p>Direction des lettres que Thodore crit Rome, savoir:</p> - -<p>Il se sert quelquefois de l'adresse de M<sup>me</sup> Marie-Constance Cavalieri, -religieuse au couvent des Saints-Dominique et Sixte.</p> - -<p>Souvent, il les adresse au comte Fedi, la Porte du Peuple; quelquefois -au comte Orsini; rarement au docteur Gaffori, qui demeure San Gio. -Fiorentini. Il s'est servi, en dernier lieu du banquier Quarantolo, associ -du marquis Nous.</p> - -<p>Quelquefois aussi les envoie-t-il en droiture aux dames Fonseca, religieuses -au mme couvent des Saints-Dominique et Sixte.</p> - -<p>Ses correspondants Rome portent leurs lettres chez le comte Fedi ou -chez le comte Orsini, qui font divers plis selon la qualit des lettres et les -mettent sous quatre enveloppes; la premire est pour le sieur Valentini; -la seconde est pour le baron de Stos; la troisime pour le consul anglais -de Venise et la quatrime est pour le baron tienne Romberg qui est -lui-mme.</p> - -<p>Ses correspondants de Rome sont: les comtes Fedi et Orsini; les -dames Fonseca; Mailliani, marchand drapier prs Saint-Eustache; un -allemand nomm Joseph Campidolio, qui a t au service de S. A. de -Bavire; le docteur Gaffori; un capucin, faiseur d'or n<sup>o</sup> 64 (?); un abb -nomm Punciani, ministre de la maison Fonseca la Minerve et distributeur -du sel; le matre de chambre de M. l'ambassadeur de Malte, nomm -Ludovico Sancty (?), vers la Trinit du Mont. Celui-ci, ce que l'on peut -conjecturer, n'agit pas par lui-mme, car, non seulement il a aid le cousin -de Thodore d'armes et d'argent quand il tait Rome, mais encore le -neveu du mme ambassadeur lui fit deux visites secrtes et, son dpart -<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span> -pour la Corse, le matre de chambre l'accompagna jusqu' Ostia et lui -donna deux signaux pour pouvoir reconnatre ceux qui seraient envoys -de sa part. Ces signaux consistaient en un petit carr de papier o son -nom est crit en lettres qui imitent le moule, et un cachet de cire rouge -appliqu au-dessous reprsentant un cupidon mont sur un lion. Un -nomm Raimondi, chevalier de Saint-Sylvestre et peintre, est aussi -correspondant.</p> - -<p>Ceux de Naples sont le consul de Hollande, Valembergh; M<sup>me</sup> la princesse -de la Rochette et un officier irlandais nomm Georges, qui est dans -le chteau Sainte-Magdeleine, du ct des Carmes.</p> - -<p>A Livourne, il n'y a plus que l'ancien capitaine du bagne, nomm -Bigani; D. Felice Cervioni et Thomas Santucci d'Alesani.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Corse, vol. 2.</p> - -<p class="subt">XVII.<br /> -<span class="medium">RELATION DE CE QUI S'EST PASS A AJACCIO, LE 2 MARS 1743,</span><br /> -<span class="medium">ENTRE LE VAISSEAU DE GUERRE ESPAGNOL, LE <i>SAINT-ISIDORE</i></span><br /> -<span class="medium">ET LES VAISSEAUX DE GUERRE ANGLAIS<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor"> [875]</a>.</span></p> - -<p class="dater">Livourne, le 21 mars 1743.</p> - -<p>Par la dclaration unanime des matelots du vaisseau du Roi, le <i>Saint-Isidore</i>, -on a appris que le 28 fvrier, le secrtaire de Thodore tant sur -une des chaloupes de l'escadre anglaise qui tait dix milles la vue -d'Ajaccio o elle allait, prit terre Ajaccio et alla parler au gouverneur de -ladite place pour reconnatre le camp et les magasins de marine dudit -vaisseau le <i>Saint-Isidore</i>, qui taient terre, ce qui lui fut accord -d'abord par ldit gouverneur avec l'assistance du capitaine Giannetti et son -frre, officiers allemands au service de la rpublique et de la garnison -d'Ajaccio. Aprs que cela fut fait, la chaloupe retourna l'escadre anglaise, -qui vint donner fonds la nuit du 1<sup>er</sup> de ce mois sous le canon d'Ajaccio, -consistant en deux vaisseaux de haut bord et une frgate de quarante -pices de canon, auxquels se joignit le lendemain matin un autre vaisseau -de ligne, laissant vers le midi le vaisseau le <i>Fulston</i> (le <i>Folkestone</i>), avec -dessein de prendre ou brler le vaisseau espagnol. Ce que le commandant -anglais fit connatre, le 2, faisant approcher les deux vaisseaux une porte -<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span> -de fusil de celui le <i>Saint-Isidore</i>, et faisant dire M. le chevalier de Lage -que s'il tardait rendre son vaisseau, il ne donnerait quartier ni lui ni -son quipage. M. de Lage rpondit qu'une telle proposition ne se faisait pas - un homme comme lui, qu'il savait son devoir, qu'tant capitaine d'un -vaisseau de Sa Majest Catholique, il devait le dfendre, que M. le commandant -anglais pourrait faire ce qu'il voudrait, et que lui ferait son -devoir. En effet, d'abord que la chaloupe de l'officier anglais fut loigne -du vaisseau le <i>Saint-Isidore</i>, M. de Lage fit dcharger toute son artillerie -contre les vaisseaux ennemis, entre lesquels celui du commandant tant le -plus expos, il perdit un de ses mts et fut si maltrait dans le ct, qu'il -se trouva d'abord hors d'tat de manœuvrer ayant huit pieds d'eau. Le -chevalier de Lage, voyant le bon effet qu'avait produit sa premire dcharge, -voulait en faire une seconde, mais s'apercevant que les quatre autres -vaisseaux allaient le cribler de coups, et qu'il courrait un risque vident de -sacrifier tout l'quipage et laisser l'ennemi la gloire de prendre ou de -brler son vaisseau, il se dtermina le prvenir, faisant donner feu et -ordonnant l'quipage de se retirer. Il fut obi et se sauva lui et son quipage - la nage laissant le vaisseau en flammes. Il y eut trente hommes de -noys, entre lesquels neuf espagnols, sans comprendre cinq autres qui -furent tus par le canon, les autres tant des dserteurs allemands recruts -en Corse. M. de Lage fut oblig de se retirer la nuit avec son quipage -la montagne, le gouverneur d'Ajaccio lui ayant refus de lui donner asile -dans la place, ainsi qu'il avait fait de le dfendre par son artillerie, ni de -lui permettre de dcharger la sienne terre. Le commandant anglais fut -oblig de rester Ajaccio, jusqu'au 6, ayant renvoy le secrtaire de -Thodore qui fut tmoin avec le vaisseau le <i>Fulston</i> de l'action et on fut -dtromp des ides chimriques que Thodore avait donnes de ses allis.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 112.</p> - -<p class="subt">XVIII.<br /> -<span class="medium">DPCHE DU DUC DE NEWCASTLE A GASTALDI, MINISTRE</span><br /> -<span class="medium">DE LA RPUBLIQUE DE GNES A LONDRES.</span></p> - -<p class="dater">Whitehall, ce 17<sup>me</sup> mars 1743.</p> - -<p class="titel">A Monsieur Gastaldi,</p> - -<p>Le Roi m'a ordonn de vous faire savoir, en rponse au mmoire que -vous avez prsent Sa Majest, du 25 du mois pass, et la lettre que -vous m'avez crite, en date du 19 du courant, que Sa Majest n'a aucune -<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span> -connaissance de ce qui y est allgu d'avoir t fait par les commandants -de ses vaisseaux en transportant et dbarquant Thodore Neuhoff dans -l'le de Corse; et que si quelqu'un desdits commandants a tenu une -telle conduite, il a agi, non seulement sans l'ordre du Roi, mais contre -les intentions de Sa Majest. Le Roi m'a command d'envoyer aux seigneurs -commissaires de l'Amiraut copies de votre mmoire et lettres -susdites, et de leur ordonner de s'informer, sans perte de temps, si les -commandants des vaisseaux du Roi dans la Mditerrane, et notamment -les capitaines des vaisseaux dont vous faites mention dans votre mmoire, -ont actuellement fait ce qui leur est imput; et, en ce cas-l, par quel -ordre ils l'ont fait, afin que Sa Majest tant pleinement informe du cas, -puisse prendre, cet gard, les mesures qu'Elle jugera propos.</p> - -<p>J'ai aussi eu ordre du Roi d'crire dans le mme sens au vice-amiral -Matthews, commandant la flotte de Sa Majest dans la mer Mditerrane, -et de lui faire savoir au nom de Sa Majest qu'il doit veiller que pour -l'avenir il n'arrive rien de semblable.</p> - -<p>Je dois cependant, Monsieur, cette occasion vous faire observer que -bien que les officiers du Roi fussent trs coupables, en cas qu'ils eussent -agi sans autorit ou contre les ordres de Sa Majest, le Roi ne peut pourtant -que voir avec regret que la conduite de la Rpublique de Gnes ait -t telle envers les Espagnols, ses ennemis dclars, qu'elle aurait pu -donner un juste sujet de mcontentement Sa Majest et ses allis.</p> - -<p class="signature"><span class="i6 xs">Je suis, Monsieur,</span><br /> -<span class="i5 xs">Votre trs humble et</span><br /> -<span class="i4 xs">trs obissant serviteur.</span><br /> -<span class="i5 cap">N</span><span class="smallc">EWCASTLE.</span>.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Filza 41-2050</i>. <i>Corsica 1743.</i></p> - -<p class="subt">XIX.<br /> -<span class="medium">DPCHE DE LORENZI A AMELOT.</span></p> - -<p class="dater">Florence, le 27 avril 1743.</p> - -<p>Le baron Thodore est parti de cette ville depuis le 18 pour Pise et -comptait, aprs s'y tre arrt quelques jours, de se rendre Livourne -pour s'embarquer sur le mme vaisseau de guerre anglais de quarante -pices de canon, qui l'y avait conduit nomm <i>Folkestone</i>, et command -par le capitaine Balchen; mais j'ai appris qu'il n'y est pas encore all et -<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span> -qu'il est encore en quelque endroit qui n'est pas loign de Florence et -que je n'ai pu encore dcouvrir. Plusieurs Corses qui s'taient rassembls - Livourne de diffrents endroits se sont embarqus sur le mme vaisseau. -M. Matthews dit n'avoir consenti que Thodore y retournt parce qu'il -tait venu dans la Mditerrane sur un vaisseau de guerre de sa nation, -et qu'au reste les lettres de sa cour ne lui en avaient jamais parl, mais -qu'il y avait dpch un courrier avec une lettre qu'il avait reue de Thodore -pour avoir des instructions l-dessus. Le ministre d'Angleterre -Turin assure aussi que sa cour ne lui a jamais rien mand ce sujet, et -elle a gard le mme silence envers M. Mann, ce qui est assez surprenant, -car s'il est vrai que le roi d'Angleterre n'a jamais eu la moindre part aux -affaires de Thodore, et qu'il aurait fait examiner la conduite des capitaines -dont la mme rpublique se plaignait, comme le ministre de M. le -grand-duc Londres mande ce gouvernement avoir cette cour-l -rpondu au mmoire prsent par le ministre de Gnes S. M. Brittanique, -il tait naturel que ce prince et donn des ordres au susdit vice-amiral et -et mand quelque chose en consquence ses ministres Florence et -Turin, d'autant plus que M. le marquis d'Ormea a plusieurs fois questionn -ce dernier sur l'intrt que paraissait prendre l'Angleterre l'entreprise -de Thodore. D'ailleurs, puisque la cour de Londres sait l'opinion -que le public a eu lieu de former qu'elle s'intresse cette entreprise, et -le tort que cette opinion peut lui faire, il paraissait qu'elle devait donner -une dclaration authentique du contraire, si elle n'y prenait pas effectivement -intrt. L'on peut peu prs remarquer la mme conduite de la cour -de Londres dans celle de Vienne, car MM. de Breitwitz et de Richecourt -assurent, et l'gard du premier, j'ai lieu de le croire trs certainement, -que S. A. R. leur a demand uniquement de l'informer de ce qui se passerait - ce sujet. Il tait cependant naturel que si ce prince ne prenait -aucune part cette entreprise, il et la dsavouer, au moins sesdits -ministres, surtout aprs la confrence que M. de Breitwitz a eue avec -Thodore et l'dit que celui-ci a publi. Cette conduite de ces deux cours -peut faire souponner qu'elles attendent quelque vnement pour se -dclarer, d'autant plus que le mme aventurier assure toujours que son -entreprise a t concerte avec elles et qu'elles sont convenues de le -soutenir. MM. de Richecourt et de Breitwitz ont assur une personne de -leur confiance qu'ils ne l'ont point vu pendant tout le sjour qu'il a fait en -cette ville. Il a dit qu'il y est venu principalement pour pouvoir crire plus -librement; en effet, il a reu et crit pendant son sjour ici une prodigieuse -quantit de lettres.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Florence, vol. 97.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span></p> - -<p class="subt">XX.<br /> -<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.</span></p> - -<p class="dater">Le 11 mai 1744.</p> - -<p>J'ai reu mercredi pass sous votre couvert la lettre du baron de Salis -en date du 22 pass, laquelle je vous remets, cachet volant, la rponse, -vous priant, mon trs cher Monsieur, de vouloir la lui inclure dans votre -paquet aprs l'avoir lue. Cette tardance de lettres de Turin, jointe aux -manquances que l'on me fait dans ces conjonctures, me lve tout repos, -d'autant plus que je me trouve contre le mur et min par ces perfides -missaires, lesquels me dtournent et me refroidissent un chacun pour le -surplus, par ici, et ayant dj gagn en Allemagne tous mes amis et correspondants - me retenir mme ce qui est moi, afin de m'ter les moyens - me pouvoir mouvoir; enfin j'abrge.</p> - -<p>Si par ce courrier j'ai la satisfaction de recevoir de vos chres nouvelles, -jeudi j'aurai celle de vous faire rponse et suis sans rserve tout vous.</p> - -<p>Ma dernire est du 6 avec la lettre d'Olmeta touchant le prince -Rakoczy, lequel ce que j'ai appris hier d'un Corse venu de Rome, a, -depuis deux annes, la promesse de France et d'Espagne d'avoir en Corse -son refuge avec le caractre de gnral, et que ceci est notoire tous les -partisans d'Espagne en Corse. A moments, j'attends des nouvelles de l; -mais tous mes frais et soins seront tous inutiles, si l'on ne m'assiste sans -perte de temps, car, pour tre sr, ils veulent proclamer Don Philippe, si -je tarde marcher; ils sont soutenus en cela Gnes mme. Si cette -affaire se fait et qu'ils y dbarquent quelque monde, comme ils le font -assurer dans le pays, qui les en chassera? Aucune puissance est en tat -de le faire, les peuples tant varis, ce qu'ils seront certainement si l'on -ne me met en tat d'y pouvoir aller pour anantir ces vues-l.</p> - -<p>Je ne comprends plus ce silence de vos seigneurs de Londres, desquels -je ne vois aucune rponse; d'autres amis d'Hanovre et de La Haye m'assurent -de l'appui promis; entre temps, par ici, l'on fait le sourd et l'on -m'abandonne; enfin l'on ne fait aucun cas de moi par reconnaissance de -mes sincres sentiments d'honneur ou oprations relles de fidlit et d'un -attachement parfait, ce qui m'est bien sensible et m'en ronge l'me. -J'espre que vous aurez eu la bont de parler M. le gnral baron de -Breitwitz touchant ce peu de Corses, qui sont dans ces deux compagnies -corses suivant le contenu de ma dernire. S'il y a de la rsolution, il y a -moyen encore d'anantir les vues des ennemis en faisant un dbarquement -de sept huit mille hommes de mes gens, pour faire une diversion, -<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span> -en laissant ces Anglais dans les ports de Corse et mme dans le golfe de -la Spezzia, et employer mes gens contre l'ennemi mme; mais il me faut -trois vaisseaux, avec ordre prcis de m'obir. Si puis, l'on continue en -Italie tre sourd, je dois m'efforcer faire pour l'avenir le muet, et me -retirer du tout, laissant le champ libre tous mes ennemis. Ci-jointe une -liste des Corses disperss en Italie<a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor"> [876]</a>, dont j'ai eu tous les soins, et puis -avancer, selon la promesse des officiers, qui les commandent, de me les -voir joindre au premier ordre que j'enverrai sign de ma main, et suis -trs assur qu'aucun ne restera en arrire quand il s'agira d'tre mes -ordres et moi leur tte.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p> - -<p class="subt">XXI.<br /> -<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.</span></p> - -<p class="dater">Le 14 mai 1744.</p> - -<p>Je reois votre chre lettre du 9 avec celles que vous me renvoyez. -Touchant puis au cong des Corses, comme je vous ai parl dans mes prcdentes -de le procurer de M. le gnral baron de Breitwitz, il n'a pas -besoin d'ordre pour cela, parce que quand ils demandent leur cong, il leur -est accord toujours, selon la teneur de mon offerte faite Vienne du -temps du baron de Wachtendonck; mais prsent, que je ne veux avoir -aucune liaison avec leur capitaine et que je les demande pour tre employs -pour le service commun, je cherche la licence du gnral pour pouvoir -puis en faire rapport la cour, laquelle sera charme certainement -que je les emploie au service du roi de Sardaigne. Mais ces rsolutions -finales tardent bien de Turin; ils croyent et attendent l mon arrive, ou -du moins, un de ma part; mais ma sensible confusion et mortel chagrin, -je me vois hors d'tat de pouvoir me mouvoir, ne trouvant pas ni d'amis, -ni d'ennemis, avec le gage en main, l'avance ncessaire et dois me voir -enfin prir avec mes polices de change endosses toutes mon ordre argent -comptant partout; mais par ici ne sachant de qui me fier, et d'autres -tant sourds et charms de me plonger davantage, m'entretiennent en -esprance et puis, en fait, ils me manquent; enfin la maxime est, en certaines -affaires, trs mauvaise de donner du temps au temps; mais moi -il me convient de m'y soumettre et d'avaler ces pilules.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span> -Si M. l'amiral Matthews est bien inform, il secondera en tout mes vues -et me donnera la main faire la diversion mentionne et de chtier ces -Gnois promoteurs de toutes les dmarches des Gallispans contre votre -nation et de la personne sacre de Sa Majest Britannique mme; mes -fidles et sincres remontrances se vrifient journalirement de plus en -plus. Ds l'anne passe, tout se pouvait prvenir; mais que ne cause la -prsomption et le mpris dans ce monde!</p> - -<p>Le dnomm Maurice-Lopold Kartz, dpch de Rakoczy, est Livourne -prsentement, protg de M. de Selva, et doit passer en Corse. Enfin j'espre -qu'avec ce courrier vous recevrez quelque rponse de Turin pour moi, -laquelle j'attends avec la dernire des impatiences. Avertissez, je vous -prie, Londres qu'un tel chevalier Champigny, l'envoy de l'lecteur de -Cologne, est un espion pay depuis sept annes de la France; il l'tait -mme, contre moi, pay des Gnois; mais mon arrive Cologne, le -dit Champigny jugea propos de se sauver de Bonn de la cour de l'lecteur -de Cologne, pour n'tre trait par moi et les miens comme il le mritait. -Avec sret, vous le pouvez dnoncer de ma part et j'en crirai, -l'ordinaire prochain, mes amis Bonn et Hanovre, afin qu'ils le fassent -savoir l'lecteur de ma part, comme de ma surprise d'employer un semblable -sujet. Si M. l'amiral voulait s'entendre avec moi de bonne foi, nous -ferions plus dans un mois pour l'avantage commun, qu'il n'a fait depuis -deux annes avec les avis de ses consuls tous jacobites sous-main et qui -l'informent trs mal. Je vous salue de tout mon cœur, et suis sans rserve -tout vous.</p> - -<p>En ce moment je reois votre chre lettre du 12, avec l'incluse du baron -de Salis. Jugez, mon cher Monsieur, de mon embarras mortel ne pouvoir -me rendre Turin ni y envoyer quelqu'un, n'ayant aucun la main -capable pour finir de traiter cette affaire; celui que j'ai dsign n'est pas -encore retourn de Corse, o je l'ai envoy par la voie de Civita-Vecchia -avec un petit secours, et pour assister la consulte gnrale tenue, et -quand il retournera, il sera toujours oblig une petite quarantaine. J'ai, -de plus, la mortification aujourd'hui de recevoir, par trois diffrentes lettres, -une belle excuse sur ma demande d'une avance de cent sequins. Je ne sais -enfin o donner de la tte dans ces quartiers et me trouve manquant, subsistant -avec l'argent qui me reste engager. Si M. l'Anglais m'avait fait le -plaisir trois mois passs, j'aurais t alors Turin, et le tout serait fray -et la troupe serait assemble; enfin je me ronge ici l'me et me crve de -chagrin.</p> - -<p>Si vous crivez Turin et M. l'amiral, faites-leur part du contenu de -la lettre de M. de Salis et assurez pour sr que s'il me conduit en Corse, -nous chargerons dans les huit jours six huit mille hommes pour les -transporter au golfe de la Spezzia, me faisant fort de m'en rendre matre -sans perte d'un homme. M. l'amiral puis y pourra mettre garnison anglaise, -et moi j'agirai puis, et le reste de mes gens, au grand bnfice commun -<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span> -et aux dpens de l'ennemi mme. Vous voyez l ce que j'ai dj crit au -baron de Salis et Milord Carteret, et mes amis Londres en sont bien -suborns.</p> - -<p>Si vous croyez que M. l'Anglais votre instance se laisse persuader -me faire l'avance de cent sequins, faites-le, je vous prie, et soyez sr que -de Turin j'en remettrai ponctuellement le remboursement, y ayant de bons -amis, mais ma prsence y est ncessaire.</p> - -<p>L'on m'crit de Rome que cinquante-trois autres Corses dserteurs de -Naples y sont arrivs pour me joindre. Excusez ce brouillon, je vous prie. -Je suis si accabl de chagrin et de confusion de me voir ainsi, qu' peine -sais-je crire.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p> - -<p class="subt">XXII.<br /> -<span class="i2">TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES.</span></p> - -<p class="dater">Florence, 30 mai 1744.</p> - -<p class="titel">Monsieur,</p> - -<p>Le courrier de Turin m'a remis ce matin en passant la lettre que vous -m'avez fait la grce de m'crire le 27 de ce mois. Les ordres que M. le marquis -d'Ormea a bien voulu donner ne coteront que trs peu de peine aux -courriers, puisqu'en allant Rome et en revenant de cette ville, ils sont -obligs de passer dans la rue o je demeure. J'espre que vous approuverez -cette manire de continuer notre correspondance. Elle vous pargnera -souvent la dsagrable fatigue de mettre vos lettres en chiffres, ce -qui ne pourrait que vous tre fort incommode dans des circonstances o -vous avez tant d'affaires sur les bras. Je suis charm que vous ayez t -content du contenu des papiers que je vous ai envoys, et que M. le marquis -d'Ormea les ait jugs dignes de son attention. Je vous prie de prsenter -mes trs humbles respects Son Excellence et de l'assurer que je me -ferai un devoir, en toute occasion, d'obir aux ordres dont Elle m'honorera, -bien persuad que rien n'est plus capable de m'attirer l'approbation du -Roi, mon matre, que de m'employer utilement, si je puis, pour le service -de Sa Majest Sarde, dont les intrts sont si unis aux siens.</p> - -<p>J'ai eu soin de communiquer sur le champ mon ami cette partie de -votre lettre qui regarde l'auteur des propositions<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor"> [877]</a>. Il m'a promis de lui -crire sans dlai, pour l'engager venir Florence au cas qu'il se -<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span> -trouve toujours peu loign de cette ville, comme il l'tait en dernier lieu. -Nous n'avions pas jug propos, mon ami ni moi, de lui donner la moindre -connaissance de l'affaire, jusqu' ce que nous eussions reu votre rponse; -nous ne diffrerons plus prsent de l'en informer et nous tcherons de -lui persuader d'aller Turin. C'est assurment le plus sage parti. On -rglera plus de choses, avec lui en personne, en deux jours, qu'on ne ferait -dans un mois par lettres, outre qu'en traitant avec lui les ministres du -roi de Sardaigne pourront mieux juger de sa capacit et de ce qu'il est en -tat de faire. Le gnral Breitwitz, de qui je tiens les propositions, m'a -permis de vous dire son nom, mais il souhaite de n'tre nomm qu' -M. le marquis d'Ormea, ne se souciant pas que la cour de Vienne ou le -grand-duc sachent qu'il se soit ml d'aucune affaire sans leur participation, -quoiqu'il ne doute pas d'ailleurs que sa conduite ne ft approuve, -s'il jugeait ncessaire de les en informer. La proposition, comme vous -l'aurez observ, a t faite autrefois la reine de Hongrie, par le canal du -gnral Breitwitz; mais elle fut nglige. Par rapport la paye des officiers -et des soldats, le gnral suppose que la personne comptait qu'elle serait -tablie sur le pied des autres troupes de la reine; mais il n'est pas possible -de rien dire de positif sur cet article, non plus que sur les autres conditions, -jusqu' ce que l'auteur en traite lui-mme. Je ne vous ai pas d'abord -envoy l'crit en original, sign de sa main et scell du cachet de ses -armes, crainte de quelque accident; mais si vous souhaitez de l'avoir, -vous n'avez qu' m'en dire un mot et je vous l'enverrai. Je souhaite -ardemment que le succs de cette affaire rponde l'attente de vos amis.</p> - -<p>Je vous ai envoy par le dernier ordinaire une lettre de mon correspondant -secret<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor"> [878]</a> M. le marquis d'Ormea. Dans une autre qu'il m'a -crite en m'en envoyant une pour l'amiral, il me dit: A la fin -M. l'amiral a eu ordre de m'assister et de m'appuyer. Je ne puis rien dire -de ce fait jusqu' ce que l'amiral l'explique. Je suis toujours oblig de -rpondre au grand nombre de lettres qu'il continue de m'crire; mais je -le fais toujours en termes gnraux, en lui disant que je n'ai point reu -d'instructions sur ses affaires, ni aucune rponse de votre part ni de -l'amiral; cependant cette mthode ne mettra jamais fin notre correspondance. -Je ne voudrais pas que M. de Salis ft inform que je vous ai -dit si librement mon sentiment du personnage, car je vois que nonobstant -ce que j'ai crit avec la mme libert son fils sa prire, il pense encore -aussi favorablement sur son compte: prvention dont je vous dirai en -confidence que son fils est aussi surpris que moi. Il a peut-tre des raisons -que nous ignorons.</p> - -<p>Je vous prie de croire...</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span></p> - -<p class="subt">XXIII.<br /> -<span class="medium">TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES</span></p> - -<p class="dater">7 juin 1744.</p> - -<p class="titel">Monsieur,</p> - -<p>J'espre que vous aurez reu les deux lettres que je vous ai crites le 2 -et le 8 de ce mois. J'ai t oblig d'envoyer la dernire par la poste ordinaire, -ne l'ayant reue qu'aprs le dpart du courrier de Turin. Je dois -prsent vous informer que j'ai vu le comte Rivarola, que le gnral -Breitwitz a fait venir Florence. Il est fort dispos aller Turin, pour -traiter de la leve des troupes corses. Il se flatte de lever aisment toutes -les difficults qui pourraient se rencontrer dans cette affaire. J'avoue qu'au -premier coup d'œil, voir son ge et sa figure, il ne m'a point paru fort -propre faire russir une pareille entreprise; mais, aprs plusieurs conversations -que j'ai eues avec lui et par les informations que j'ai prises sur son -compte, j'ai trouv que c'tait un homme fort accrdit en Corse et celui -de tous les chefs auquel les mcontents de cette le s'adressent le plus -volontiers. Il a toujours t opprim par les Gnois, une grande partie de -son bien a t confisque en Corse, o sa femme est encore. Il a men -pendant plusieurs annes une vie obscure hors de son le.</p> - -<p>Je l'ai questionn touchant les talents qu'il se sentait pour commander -le rgiment que son nom et son crdit le mettaient en tat de lever. A cela, -il a navement rpondu qu'il ne pouvait pas prtendre avoir beaucoup -d'exprience pour la conduite des troupes rgulires; mais qu'il avait -pass toute sa vie les armes la main et que pour suppler ce qui lui -manquait il voulait supplier Sa Majest Sarde de lui donner un major (sur -qui roulerait la conduite du rgiment) et autant d'officiers qu'on croira -ncessaires, pour bien former et discipliner ses compatriotes. Cependant, -on ne doit pas oublier, dit-il, que les Corses obissent plus volontiers -des officiers de leur nation qu' d'autres; que nanmoins, il sera toujours -prt se soumettre tous les ordres que le roi de Sardaigne lui donnera, -et qu'il ne doute nullement que le corps de troupes qu'il lvera ne soit -fort utile Sa Majest.</p> - -<p>Le gnral Breitwitz, m'crivant son sujet de sa maison de campagne, -m'en parle dans les termes suivants: C'est un homme qui a grand crdit -en Corse. Il ne tiendra qu' lui de faire venir la plus grande quantit des -Corses qui sont au service de la rpublique de Gnes celui de Sa Majest -le roi de Sardaigne, ce qui ferait un double effet. Quand on crira -Vienne pour avoir la permission de rassembler le rgiment dans cet tat, -la cour de Turin pourrait demander au grand-duc les officiers corses et -<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span> -les hommes de cette nation, qui sont son service; cela serait un petit -commencement former un pied. Je suis persuad, si la neutralit ne fait -quelque obstacle, que S. A. R. fera tout pour Sa Majest le roi de Sardaigne.</p> - -<p>Je ne sais pas bien ce que le gnral veut dire quand il parle d'<i>officiers</i> -au pluriel, car, aprs m'en tre inform, je n'ai trouv qu'un seul officier -corse dans les deux compagnies de ce nom.</p> - -<p>Voici la liste des Corses qui se trouvent dans ces compagnies, qui -pour le dire en passant, sont fort inutiles au grand-duc:</p> - -<ul class="small"> -<li>Giuseppe Costa, lieutenant.</li> -<li>49 simples soldats dans la premire compagnie.</li> -<li>11 simples soldats dans la seconde</li> -<li> ------</li> -<li>61</li> -</ul> - -<p>Il est inutile que j'entre dans un dtail circonstanci de toutes les conversations -que j'ai eues avec le comte Rivarola. Je dois vous avertir, -cependant, que comme il ne fait aucune difficult d'avouer le mauvais -tat de fortune o l'ont rduit ses malheurs et son long exil, je me suis -engag lui faire payer les frais de son voyage. La demande m'a paru si -raisonnable que j'ai cru devoir y acquiescer, et je vous prie de vous souvenir -de cet article. Vous trouverez dans l'crit ci-inclus quelques informations - son sujet, avant qu'il arrive Turin; il vous communiquera -lui-mme d'autres papiers, qui vous convaincront que c'est un homme -fort accrdit dans sa patrie. Il n'attend pour partir que l'arrive de son -fils, qui est Sienne, au sminaire, et les habits qu'il se fait faire, qui, -autant que j'en puis juger, ne feront pas une brillante figure. Il m'a dit -qu'il voulait se faire faire un habit, avant de se prsenter M. le marquis -d'Ormea; j'ai tch de l'en dissuader, l'assurant que ce ministre ne -jugera pas de lui par la faon dont il sera mis. Il espre d'tre Turin -sur la fin de la semaine prochaine, environ le 14. Je lui donnerai une -courte lettre pour vous pour lui servir d'introduction. Il veut tre absolument -dirig par vous. Dans cette lettre et dans le passeport dont je le -munirai, je l'appellerai Domenico Santini, nom qu'il souhaite de porter pendant -son voyage. Je vous laisse le soin de tout le reste. Je serai bien -charm d'apprendre que l'affaire tourne la satisfaction de Sa Majest -Sarde et au bien de son service. Je vous prie d'assurer M. le marquis -d'Ormea de mes trs humbles respects<b>...</b></p> - -<p>J'crivis hier au soir ce qui prcde; j'ai reu ce matin de bonne -heure la lettre dont vous m'avez favoris avec l'Horace de Pine, pour -lequel j'aurai des remerciements vous faire l'ordinaire prochain, de la -part du prince Craon. Je ne suis point du tout surpris de la lettre que -Thodore a crite M. le marquis d'Ormea, ni de la manire dont ce -ministre l'a reue. J'en reus une hier au soir du personnage, en rponse -<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span> - celle que je lui avais crite, pour accompagner la lettre de M. de Salis -(dont je vous ai envoy une copie). Il est extrmement piqu de cette -lettre, laquelle, dit-il, je ne rpondrai nullement, ne me mettant en -nulle peine pour son contenu si peu digr, tant d'ailleurs sr que votre -ministre traite cette affaire. Enfin les rponses de Turin en dcideront en -huit jours, et si l'on y a chang de sentiment, patience! J'en serai pour les -frais faits. Mon secrtaire est parti dimanche pass. Voil la substance -de sa lettre. Je vous disais dans ma dernire qu'il avait fait partir son -secrtaire, circonstance qui ne peut que dplaire. J'avoue nanmoins qu'il -ne me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude; car quoique ses -propositions soient mal digres et qu'il ne paraisse pas probable qu'elles -puissent mener rien et quoiqu'il n'y ait peut-tre pas beaucoup de fond - faire sur ce qu'il dit des grandes dpenses qu'il prtend avoir faites, je -ne saurais approuver qu'on continue le bercer de vaines esprances. -Quant aux affaires de Corse, je sais qu'il a encore un parti considrable -dans cette le qui le recevrait avec beaucoup d'empressement, s'il y paraissait -avec quelque secours rel. Mais il les a tromps si souvent, qu'ils -ne se fient plus ses promesses. J'apprends cependant que ce parti est -rsolu de lui rester fidle encore quelques mois et si aprs ce temps-l, ils -s'aperoivent qu'il n'est pas rellement soutenu, ils l'abandonneront -coup sr, sans pourtant se soumettre aux Gnois.</p> - -<p>On m'a dit que le capitaine Barckley, commandant du vaisseau -<i>la Revanche</i>, qui a conduit Thodore en Italie, s'informa fort soigneusement -de lui en dernier lieu Livourne, dclarant que s'il pouvait dcouvrir -o il tait, soit en Toscane, soit Rome, il irait le trouver en personne. -Une personne, qui a dit avoir entendu ceci de la bouche de M. -Barckley lui-mme, l'a crit Thodore, qui m'a envoy la lettre. Je ne -puis pas pntrer le motif qui faisait souhaiter au capitaine Barckley de le -voir; mais si son empressement tait aussi grand qu'on le dit, j'ai lieu de -m'tonner qu'il ne se soit pas adress moi, de qui il pouvait attendre -d'en avoir des nouvelles.</p> - -<p>Le comte Rivarola est prsent chez moi; il m'apprend qu'il a dpch -un homme son fils, Sienne, qui n'arrivera ici que mardi au soir; -cela me fait craindre qu'ils ne puissent partir d'ici que jeudi matin; ils -pourraient bien tre Turin le 15, m'ayant promis de faire toute la diligence -possible. Il lui en a dj cot quelque chose pour faire venir son -fils, ne pouvant pas absolument voyager seul. Il vous prie, Monsieur, de -vous en souvenir, ainsi que de la dpense de son voyage Turin; je me -flatte que M. le marquis d'Ormea ne trouvera pas mauvais que je me sois -engag la lui faire payer.</p> - -<p>Je n'ai rien ajouter que les vœux sincres que je fais pour le succs -de l'affaire; j'espre qu'elle rpondra notre attente, d'autant plus qu'on -m'a donn les plus fortes assurances de son crdit parmi ses compatriotes -qui considrent beaucoup son nom. A l'gard de sa capacit personnelle et -<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span> -des conditions de son engagement, je m'en repose entirement sur le -discernement des personnes qui traiteront avec lui.</p> - -<p>Je vous prie de me croire<b>.....</b></p> - -<p>P.S.—Toute rflexion faite, nous n'avons pas jug propos de perdre -du temps attendre l'arrive du fils du comte Rivarola, et nous lui avons -trouv un autre compagnon de voyage. C'est un nomm Carlo Testori, -milanais, secrtaire du commissaire des guerres du grand-duc, jeune -homme discret et qui est au fait de tout, ayant t employ pour faire -venir secrtement le comte. Son suprieur a bien voulu consentir qu'il ft -le voyage. Le comte envoya hier les papiers par un exprs. Il partira -demain matin bonne heure.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 32.</p> - -<p class="subt">XXIV.<br /> -<span class="medium">DPCHE DE LORENZI A D'ARGENSON.</span></p> - -<p class="dater">Florence, le 2 dcembre 1745.</p> - -<p>L'intrigue mnage par le roi de Sardaigne contre la Corse a enfin -clat et j'ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint un petit dtail. L'on en -fut inform ici le 27 par un exprs dpch au prince pour l'informer de -cette affaire. Ce rsident d'Angleterre reut par cette mme voie des lettres -du commandant de l'escadre de sa nation, et il envoya peu aprs son secrtaire - M. Viale pour lui dire que ldit commandant l'avait charg de lui -dclarer que les prisonniers gnois seraient traits comme la rpublique -traiterait les deux fils du colonel Rivarola, qui sont depuis longtemps en -prison Gnes. M. Viale lui rpondit que n'tant pas ministre il ne pouvait -pas recevoir cette dclaration, qu'il aurait t ncessaire d'ailleurs de -lui donner par crit; que cependant par manire de discours, il tait bien -aise de lui dire qu'il ne voyait pas avec quel fondement l'on voulait mettre -sur un pied d'galit lesdits prisonniers gnois avec les deux fils de Rivarola, -puisque ceux-ci taient sujets de la rpublique, dtenus en prison -pour crimes, et particulirement celui d'avoir fait des enrlements dans -l'tat pour le service tranger contre les lois.</p> - -<p>Le baron Thodore a t si fort mpris des Anglais, qui l'ont trouv -d'un caractre, de cœur et d'esprit bien diffrent de celui qu'ils lui -croyaient, qu'il est revenu Livourne, d'o il s'est rendu ensuite chez un -cur de campagne o il a demeur d'autres fois... Il parat que les rebelles -ont trouv tant de facilit s'emparer de Bastia, cause que cette place -manquait de presque tout ce qui est ncessaire faire une bonne dfense, -<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span> -et que M. Mari n'a pas agi avec la valeur qu'il a montre lorsqu'il a t -attaqu par mer par les Anglais, lorsqu'il a vu qu'il avait faire par -terre aux rebelles, dans la crainte apparemment de tomber entre leurs -mains, ce qu'il regardait sans doute comme son dernier malheur. Il est -prsumer qu'il va natre en Corse une guerre civile fort cruelle, car le -colonel Rivarola y a un grand nombre d'ennemis et l'on assure que les -deux puissants chefs de partis, nomms Gaffori et Matra, allaient descendre -avec un grand nombre de gens pour le chasser du pays.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Florence, -vol. 102.</p> - -<p class="subt">XXV.<br /> -<span class="medium">EXTRAIT DE LA LETTRE DE L'AMIRAL MEDLEY A S. E. LE MARQUIS DE</span><br /> -<span class="medium">GORZEGNO, CRITE DEVANT CARTHAGNE, A BORD DU <i>RUSSEL</i>.</span></p> - -<p class="dater">19 mars 1749.</p> - -<p><b>.....</b>Les divisions qui se sont leves entre les chefs corses engags -dans les intrts de Sa Majest Sarde m'alarment extrmement. Je crains -fort que les Gnois n'en tirent avantage et que par leur argent ou leurs -intrigues ils n'en attirent beaucoup dans leur parti, de ceux mme qui se -sont montrs d'abord les plus anims contre cette rpublique et son gouvernement. -Il n'est pas moins craindre d'un autre ct, que ces dissensions -n'apportent beaucoup d'obstacles nos progrs dans l'le, en empchant -les mcontents de s'unir et d'agir de concert avec nous pour l'excution -des mesures vigoureuses que l'on pourra prendre pour pousser et -expulser entirement les Gnois des tablissements et des forteresses -qu'ils y occupent. On s'est plaint de la conduite du comte Rivarola, et la -lettre par laquelle le roi de Sardaigne le rappelle a t envoye au commodore -Townshend, qui a jug propos de la retenir jusqu' son retour en -Corse. Mais si le comte ne parat pas, d'un ct, avoir assez de crdit ni -tre assez considr parmi les mcontents, ou qu'il ne soit pas propre -manier les affaires dans l'intrieur de l'le, d'un autre ct j'apprhende -que son rappel ne soit un faible remde au mal, moins qu'il ne soit -remplac par une personne habile et d'autorit et qui on mette en mains -les moyens convenables pour travailler avec fruit. Je prends la libert -d'offrir ces considrations Votre Excellence, comme dignes de son attention -et, comme le commodore Townshend informera de temps en temps -M. de Villettes de ses oprations, vous pourrez juger, Monsieur, quelles -mesures seront ncessaires pour l'avancement de l'entreprise<b>......</b></p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Toscana</i>, mazzo 1.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span></p> - -<p class="subt">XXVI.<br /> -<span class="medium">HORACE MANN AU MARQUIS DE GORZEGNO.</span></p> - -<p class="dater">Florence, le 7 juin 1746.</p> - -<p><b>.......</b> J'ai t pleinement inform par la lettre de Votre Excellence -et par celle de M. Villettes de la rsolution de notre cour de renoncer -l'entreprise de la Corse par le peu de probabilit d'y russir et par la -ncessit qu'elle a d'employer ses vaisseaux de guerre ailleurs, et de la -dfrence que Sa Majest le Roi de Sardaigne a bien voulu montrer en -cette occasion ces sentiments, nonobstant les motifs qu'il aurait au -contraire; ainsi comme il s'agit prsent d'en informer les Corses, et de -se servir de tous les moyens possibles pour les soustraire de la vengeance -des Gnois et que Sa Majest (par la favorable opinion dont il lui plat -de m'honorer) souhaite que je m'y emploie, je ne manquerai en rien -de ce qui dpend de moi pour contribuer l'excution de ses ordres et je -m'estimerai trop heureux de pouvoir russir rendre efficaces les mouvements -d'humanit dont Sa Majest est touche. Votre Excellence aura -vu par mes dernires lettres que la sret des mcontents de la Corse m'a -tenu fort cœur et que j'en avais crit plusieurs fois M. Townshend. Je -lui en ai crit de nouveau pour lui insinuer tout ce qui me parat le plus -propre, n'ayant pas jug de devoir prendre aucune dmarche sans tre -inform de ce qu'il pourrait avoir dj communiqu ces gens et sans -tre instruit des moyens qu'il pourra employer l'avenir aprs les insinuations -que je viens de lui faire. J'ai cru cette prcaution trs ncessaire -pour ne rien prcipiter, d'autant plus que j'ai t inform qu'il n'y a rien - craindre prsent, les chefs des mcontents tant en sret San Fiorenzo -et par une lettre que j'ai reue ce matin du comte Rivarola du 22 mai, -il me marque qu'il a entre les mains plusieurs prisonniers qu'il souhaiterait -de faire passer en Sardaigne. Je ne sais pas s'ils sont tous Corses, mais s'il -y en a des principaux ou quelques Gnois. C'est prcisment la circonstance -que j'avais recommande avec instance M. Townshend, comme -aussi de faire ses efforts pour se saisir de quelques Gnois accrdits, -comme le moyen le plus efficace pour rendre la rpublique plus traitable -par rapport ceux qui auraient l'avenir le malheur de tomber entre leurs -mains. J'ai donc prvenu les ordres de Votre Excellence par rapport ce -point, et je n'omettrai rien de ce qui dpend de moi, soit par mon conseil - M. Townshend, soit par quelqu'autre moyen qui se prsentera pour -contribuer finir cette affaire de la manire la moins dsavantageuse -pour les mcontents et la plus convenable la dignit des cours intresses.</p> - -<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Toscana</i>, mazzo 1.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span></p> - -<p class="subt">XXVII<br /> -<span class="medium">DPCHE DE LORENZI AU COMTE DE MAUREPAS</span></p> - -<p class="dater">Florence, le 4 mars 1747.</p> - -<p><b>.......</b> Le nouveau rgiment de marine, ayant t achev de former, -prta le 23 du mois dernier serment de fidlit M. le grand-duc, qui s'est -rserv d'en tre colonel, ce qui donne de plus en plus lieu de croire -importante sa destination. On prpara audit port les deux barques armes -en guerre de S. A. R. pour transporter ce rgiment Porto-Ferraio. Mais -on m'assure de fort bonne part qu'il n'y doit tre envoy que pour masquer -sa vritable destination. A l'gard de celle-ci, je n'ai jusqu'ici que des avis -incertains. Selon quelques-uns, on doit les transporter Trieste, ce qui -serait fort probable, si l'on construit dans ce port les btiments dont j'ai -eu l'honneur de vous faire mention. D'autres m'ont dit que lesdites deux -barques, avec ce rgiment, doivent porter le baron Thodore en Corse, ce -qui serait conforme au projet de cet aventurier, et dont j'ai eu aussi -l'honneur de vous rendre compte. D'autres enfin m'assurent que ce rgiment -doit aller armer trois vaisseaux de guerre anglais, qu'on dit avoir t -achets par M. le grand-duc, et j'ai d'autant plus lieu de le croire, que, -par une autre voie, j'apprends qu'on a fait Livourne des pavillons aux -armes de S. A. R. pour servir des vaisseaux de guerre. J'ignore l'objet de -ces trois vaisseaux, qui pourront tre joints par les deux barques sus mentionnes -et peut-tre encore par deux galres de ce prince; mais on -pourrait employer lesdits trois vaisseaux faire la course contre nous, les -Espagnols et les Gnois sous le nom d'une compagnie marchande de -Vienne, selon le projet, dont j'ai eu l'honneur de vous informer, ou contre -la Corse. Il arriva Florence le soir du 24 du mois dernier le fameux -aventurier nomm le chevalier Farinaccio, natif de cette le. Il fut arrt -en entrant dans la ville, en vertu d'un ordre donn plusieurs jours auparavant. -L'on n'en sait pas bien le motif, mais quelques-uns prtendent -savoir que 'a t cause qu'il venait pour tuer le baron Thodore afin de -gagner le prix qui est sa tte. Il est le mme qui avait fait des projets aux -cours de Vienne et de Turin pour soumettre la Corse leur pouvoir. Il -venait en dernier lieu de Venise.</p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Florence, vol. -105.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span></p> - -<p class="subt">XXVIII<br /> -<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor"> [879]</a>.</span></p> - -<p class="dater">11 juillet 1750.</p> - -<p class="titel">Monsieur,</p> - -<p>Ci-joint l'adresse du conseiller bien inform de mes affaires et connu de -M. le conseiller Green qui voulait me procurer une avance. Tchez, je -vous prie, Monsieur, de les voir le plus tt possible, comme de procurer -l'argent pour payer dans cette maison, du moins une partie, ne voulant -avoir patience d'aucun autre moment pass aujourd'hui, cette femme -encourage m'affronter, et comptez, Monsieur, que vous n'aurez jamais -lieu de vous repentir vous tre bien voulu employer pour moi, tant trs -sincrement tout vous.</p> - -<p class="signature">Th. B<sup>on</sup> <span class="smallc">DE</span> <span class="cap">N</span><span class="smallc">EUHOFF.</span></p> - -<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Corse, vol. 3.</p> - -<p class="subt">XXIX.<br /> -<span class="medium">TRADUCTION DE LA LGENDE D'UNE CARICATURE ALLEMANDE</span><br /> -<span class="medium">AU SUJET DE THODORE DE NEUHOFF<a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor"> </a>.</span></p> - -<p class="subh"><i>Le Satyre Corse visionnaire ou le rve l'tat de veille dont l'image<br /> -reprsente drisoirement Thodore, premier et dernier en sa personne<br /> -pseudo-roi des Corses rebelles.</i></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Hte bienvenu, absolument inespr!<a href="#a">#a</a>"<a id="a"></a></p> -<p>Avec quelle joie te recevra-t-on?</p> -<p>En suite de la lettre que tu as crite,</p> -<p>Tu vas maintenant atteindre le but.</p> -<p>La prsence a beaucoup plus de force</p> -<p>Que les crits ne produisent d'impression</p> -<p>Pour gagner compltement les cœurs;</p> -<p>Tu es un tranger, ainsi que chacun sait,</p> -<p>Mais le voyage dans les eaux calmes</p> -<p>Rend tes sentiments trs patriotiques.</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_427"> 437</a></span></div> -<p>Nous, Corses, tombons genoux<a href="#b">"#b</a><a id="b"></a></p> -<p>Mais non pour nous courber devant Gnes;</p> -<p>Une nouvelle Majest est ici<a href="#c">#c</a><a id="c"></a>,</p> -<p>Que l'on doit fter royalement,</p> -<p>Et lorsque l'antique Rome</p> -<p>Fit Tarquin Roi,</p> -<p>Une couronne de feuillage fut aussi tresse,</p> -<p>Mais, il est vrai, bientt l'inconstance,</p> -<p>De la ville a banni le roi.</p> -<p>Les grandeurs sont trs contestes!</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>C'est le sort que je crains toujours pour toi,</p> -<p>Parce que ton royaume s'est si vite form;</p> -<p>A peine pouvais-tu passer pour baron,</p> -<p>Que ton heure comme roi tait venue.</p> -<p>A aucune cour, puissance ou couronne</p> -<p>Tu n'as annonc ton avnement.</p> -<p>Que penseront-elles toutes?</p> -<p>Le droit lgitime gnois</p> -<p>Te combattra fort encore;</p> -<p>Et qui sait quelle prime il donnera?</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Tu es, il est vrai, parfaitement qualifi</p> -<p>Et tu parles beaucoup de jolies langues;</p> -<p>Tu sais aussi comment on ergote</p> -<p>Et peux galement bien prorer;</p> -<p>Un empire exige un trne,</p> -<p>Un sceptre de roi et la couronne;</p> -<p>Il est donn chacun ce dont il est digne;</p> -<p>Que cela te soit donc octroy,</p> -<p>Car tu l'as bien mrit!</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Mais, mais Monsieur Thodore,</p> -<p>Il me faut te le dire franchement,</p> -<p>Je ne vois pas bien la suite,</p> -<p>Ne dois-je pas la dire purile?</p> -<p>Dis donc o est crit</p> -<p>Que la Majest t'appartienne?</p> -<p>Comment l'as-tu donc acquise?</p> -<p>La ruse, l'intrigue et mme le vol</p> -<p>T'ont apport sur cette le;</p> -<p>Autrement tu aurais perdu ta mise.</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span></div> -<p>Tu peux, il est vrai, ainsi que je l'ai dit,</p> -<p>Parler latin, allemand, franais.</p> -<p>L'anglais, l'espagnol ne te font pas dfaut.</p> -<p>Mais cela n'empche point que je te dise mes raisons.</p> -<p>L'le n'est pas un royaume libre,</p> -<p>Elle appartient la Rpublique</p> -<p>Qui y a fait tant de dpenses,</p> -<p>Car de cette terre prcdemment inculte,</p> -<p>Elle a fait un tat polic</p> -<p>Et y a tabli le bon ordre.</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Tu peux toi-mme, Monsieur le Baron,</p> -<p>Te dire en langue italienne:</p> -<p>Tu es un nouveau Robinson.</p> -<p>Mais cela n'a pas le sens commun,</p> -<p>Car lui seul tait seigneur et chevalier,</p> -<p>Habitait une le sans tres humains</p> -<p>Et peuple d'animaux sauvages;</p> -<p>Tandis que tu fais en Corse</p> -<p>Une curie royale, Neuhoff,</p> -<p>Et veux comme souverain rgir une multitude.</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ce que disent la Russie de Demetrio</p> -<p>Et Naples de Masagnello</p> -<p>Montre ce que l est la rbellion,</p> -<p>Et comment on en chasse cette peste;</p> -<p>On y gurit rapidement les malades,</p> -<p>Par le sommeil de mort, soudain,</p> -<p>Produit au moyen du glaive.</p> -<p>Ainsi un pays est bientt libr</p> -<p>De cette pidmie, de ce flau;</p> -<p>Tu peux porter cela en ton cœur!</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Tu dis il est vrai: Bast! advienne que pourra!</p> -<p>Rsider Bastia.</p> -<p>Est mon but dj manifest;</p> -<p>Je ne dois plus me soumettre.</p> -<p>Maintenant la multitude mcontente</p> -<p>Arbore, en pays devenu tat,</p> -<p>La tte de maure comme insigne du Royaume<a href="#d">#d</a><a id="d"></a>.</p> -<p>La croix rouge sur cu d'argent,</p> -<p>Qui de Gnes est l'insigne<a href="#e">#e</a><a id="e"></a>,</p> -<p>Doit, de l'le, totalement disparatre.</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span></div> -<p>Pronostique seulement qui peut.</p> -<p>Nous, Corses, avons argent et armes;</p> -<p>Tout cela le Satyre l'entend<a href="#f">#f</a><a id="f"></a>,</p> - -<p>Qui maintenant rvant dort veill.</p> -<p>Le roi Thodore premier</p> -<p>Se prsente lui comme dernier.</p> -<p>Tout sera bientt boulevers<a href="#g">#g</a><a id="g"></a></p> -<p>Lorsque la Rpublique trouvera aide:</p> -<p>Ainsi sera chti le valet licencieux,</p> -<p>Et la nouvelle cour sera renverse.</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Car ce qui nat en avril,</p> -<p>Rarement a une longue existence,</p> -<p>Et passe comme la parure de feuillage.</p> -<p>Ainsi changent les heures inconstantes.</p> -<p>Qui sait ce qui arrivera d'ici l'automne?</p> -<p>Je n'ai pas moi d'incertitude quant mon foyer</p> -<p>Et j'assisterai en riant l'aventure.</p> -<p>Je m'enquiers curieusement la poste,</p> -<p>Et alors mme qu'il m'en coterait quatre gros,</p> -<p>Il faut que je m'achte la gazette!</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Et prcisment il me revient en mmoire</p> -<p>Que l'or et l'argent ne sauraient manquer.</p> -<p>Un travailleur sait parfaitement<a href="#h">#h</a><a id="h"></a></p> -<p>Qu'il n'a pas se faire de peine:</p> -<p>On prend des ducats ici et l,</p> -<p>Et on donne en change les plus belles paroles.</p> -<p>On a voulu les multiplier,</p> -<p>Et, l'instar du voleur, Mercure s'envole.</p> -<p>On sait donc, non sans raison,</p> -<p>Avec du vent contenter les gens!</p> -</div></div> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ainsi s'vanouit le rgne baronique</p> -<p>Et Sa Majest on doit conseiller</p> -<p>De se retirer vivement en Alger</p> -<p>Pour y cuisiner du singe.<a href="#i">#i</a><a id="i"></a></p> -<p>Si un Corse vient avoir connaissance</p> -<p>De ce que sur lui il est crit ici,</p> -<p>Je serais dsireux qu'il veuille bien</p> -<p>Faire ainsi qu'il le pensait.</p> -<p>Que celui qui a fait ceci</p> -<p>Prs de lui soit mand.</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span><br /> -EXPLICATION DE LA GRAVURE.</p> - -<p>Le baron Thodore de Neuhoff dbarquant. -Les Corses rebelles lui souhaitent la bienvenue et le proclament roi. -Le roi nouvellement couronn avec une couronne forme de feuillage. -Les armes de Corse. -Un d'eux est repouss qui porte sur l'paule, au bout d'un bton, les -armes gnoises. -Satyre sous un chne (reprsentant l'inconstance qu'il faut craindre) -dormant sur une couche de roses pineuses; il tient la main une longue-vue -largement dveloppe lui permettant de voir l'avenir. -Le gnie de la Vanit lui soufflant dans la main une bulle de savon. -Un singe travailleur cause des explosions et voit crit dans la fume -le mot: fourberie. -Deux singes jouant, ct d'eux, les cartes mlanges; devant eux, -les unes sur les autres, les cartes joues, dont celle de dessus est le roi -vert; un des singes fait le point avec l'as de cœur et attire lui la mise. -<i>Passeport provisoire du Roi chimrique remerci se sauvant.</i></p> - -<p>a. Je suis un des grands d'Espagne,<br /> - Le Chevalier errant sans armes.</p> - -<p>b. Pour beaucoup j'tais un lord anglais.<br /> - Maintenant que je suis un roi, la renomme le dira.</p> - -<p>c. Moi, pauvre tranger, j'ai voulu galer les grands.<br /> - En France on se rit de moi comme partout ailleurs.</p> - -<p>f. Le nouveau roi doit partir de la Corse<br /> - Et bientt rpandra d'amers pleurs.</p> - -<p>g. Je viens du Nord, si je suis n prince;<br /> - Comme lieutenant allemand j'ai perdu le service.</p> - -<p>h. L'Ordre allemand doit me faire aussi chevalier.</p> - -<p>i. J'ai su partout me conduire parfaitement.<br /> - Il est vrai que je suis issu de nobles en Westphalie;</p> - -<p>j. Cependant comme baron tranger je dois lever le pied.</p> - -<p class="subh">Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a t proclam par -quelques Corses.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span></p> - -<h2 class="normal">TABLE ALPHABTIQUE DES NOMS</h2> - -<p class="alphabet">A</p> -<ul> -<li>ACCINELLI, chroniqueur gnois,<a href="#Page_10"> 10</a>, <a href="#Page_12">12</a>.</li> -<li><i>AFRICAIN</i> (<i>L'</i>), navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_182">182,</a> <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_188">188,</a> <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_200">200</a>.</li> -<li>AFRIQUE, <a href="#Page_149">149</a>.</li> -<li>AGATA (Franois de), <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</li> -<li>AGOSTINI (Franois), <a href="#Page_331">331</a>.</li> -<li>AITELLI (Simon), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</li> -<li>AIX-LA-CHAPELLE, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_352">352</a>.</li> -<li>AJACCIO, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li> -<li>ALBERONI (Cardinal), <a href="#Page_22">22</a>,<a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li> -<li>ALBERTINI (Chanoine), <a href="#Page_47">47</a>.</li> -<li>ALBREET (Baron d'), ministre imprial Lisbonne, <a href="#Page_145">145</a>.</li> -<li>ALRIA, arr. de Corte, canton de Moita, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>ALESANI (Auj. Valle-D'Alesani), arr. de Corte, cant. de Valle, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>— (Couvent d'), <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</li> -<li>ALICANTE, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_203">203</a>.</li> -<li>ALFIERI, <a href="#Page_4">4</a>.</li> -<li>ALGAJOLA, arr. de Calvi, cant. de Muro, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>.</li> -<li>ALGER, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_183">183</a>.</li> -<li>ALLEMAGNE, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_256">256,</a> <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li> -<li>AMBROGGI (Jean-Jacques), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>AMLIE, mre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>.</li> -<li>AMELOT, ministre des affaires trangres, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_174"></a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_223"> 223</a>, <a href="#Page_224">224</a>,<a href="#Page_225"> 225</a>, <a href="#Page_227">227</a>,<a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_285">285</a>.</li> -<li>AMPUGNANI (Auj. San-Gavino d'Ampugnani), arr. de Bastia, cant. de Porta, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_98">98</a>.</li> -<li>AMSTERDAM, <a href="#Page_101"></a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_133">133</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_391">391</a>.</li> -<li>ANGELO (d'), vice-consul de France Bastia, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_63">63</a>.</li> -<li>ANGERVILLIERS (d'), ministre de la guerre, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_169">169</a>.</li> -<li>ANGES DE LA CONGRGATION DE MANTOUE (Couvent des), <a href="#Page_290">290</a>.</li> -<li>ANGLETERRE, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li>ANTIBES, arr. de Grasse, chef-l. de canton, <a href="#Page_171">171</a>.</li> -<li>ANTOINE I<sup>er</sup>, prince de Monaco, <a href="#Page_248">248</a>.</li> -<li>APPREMONT (Comtesse d'), <a href="#Page_26">26</a>.</li> -<li>ARGENSON (d'), ministre des affaires trangres, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> -<li>ARNO (Fleuve), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> -<li>ARRIGHI, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_210">210</a>.</li> -<li>ARRIGO (Le comte), surnomm <i>Il Bel Mersere</i>, <a href="#Page_3">3</a>.</li> -<li>ASCANIO (Le Pre), ministre d'Espagne Florence, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.</li> -<li>ASINAO (Aiguilles de l'), Corse, <a href="#Page_119">119</a>.</li> -<li>AUTRICHE, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>AVIGNON, <a href="#Page_233">233</a>.</li> -<li><span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span></li> -</ul> - - -<p class="alphabet">B</p> -<ul> -<li>BAGLIONI, valet de chambre du grand-duc de Toscane, <a href="#Page_126"></a>.</li> -<li>BAA, prov. et circond. de Caserte,<a href="#Page_196"> 196</a>.</li> -<li>BALAGNE (Province de Corse), <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_95">95,</a> <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li> -<li>BALCHEN, capitaine de navire, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</li> -<li>BALDANZI, prtre, 290.</li> -<li>BALIZONE TEODORINI (Gio-Maria), prtre, <a href="#Page_209">209</a>.</li> -<li>BANC DU ROI, prison pour dettes, Londres, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_366">366</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_386">386</a>.</li> -<li>BARCKLEY, capitaine de navire, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_313">313</a>.</li> -<li>BARENTZ (Gustave), capitaine de navire, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>.</li> -<li>BASTIA, chef-l. d'arr., <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li> -<li>BASTILLE (La), Paris, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_28">28</a>.</li> -<li>BAVELLA (Fort de), Corse, <a href="#Page_119">119</a>.</li> -<li>BAVIRE, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>BEAUJEU (Humbert de), <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li> -<li>BEDFORD (Duc de), <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_362">362</a>.</li> -<li>BELLE-ISLE (Marchal de), <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li> -<li>BEMBO, capitaine gnois, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>.</li> -<li>BENTINCK (Comte de), plnipotentiaire des tats-Gnraux au Congrs d'Aix-la-Chapelle, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_373">373</a>.</li> -<li>BELEM, Portugal, Estram., <a href="#Page_143">143</a>.</li> -<li>BERGHEIM (Baron de), nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</li> -<li>BERLENGA (les), Portugal, <a href="#Page_143">143</a>.</li> -<li>BERNABO, agent de Gnes Rome, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_246">246</a>.</li> -<li>BERSIN, <a href="#Page_356">356</a>.</li> -<li>BERTELLI, commandant, <a href="#Page_273">273</a>.</li> -<li>BERTOLETTI, <a href="#Page_106">106</a>.</li> -<li>BESSEL (Jonias von), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_190">190</a>.</li> -<li>BEVERS (Antoine), capitaine de navire, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>.</li> -<li>BIAGI (Guido), <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li>BIGANI (Ranieri), ancien commandant du bagne Livourne, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> -<li>—(M<sup>me</sup>), <a href="#Page_240">240</a>.</li> -<li>— (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_264">264</a>.</li> -<li>— (Fils), <a href="#Page_39">39</a>.</li> -<li>BIGORNO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, <a href="#Page_214">214</a>.</li> -<li>BOIERI, colonel au service de l'Espagne, <a href="#Page_252">252</a>.</li> -<li>BOISSIEUX (Comte de), commandant de l'expdition franaise en Corse, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_206">206</a>.</li> -<li>BOLLER, <a href="#Page_193">193</a>.</li> -<li>BOLLET (Tobias-Fredericus), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>BOLOGNE, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_173">173</a>.</li> -<li>BONFIGLIO GUELFUCCI, chroniqueur corse, <a href="#Page_4">4</a>.</li> -<li>BONIFACIO, arr. de Sartne, chef-l. de cant., <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li> -<li>BONIS (Ange de), docteur, <a href="#Page_320">320</a>.</li> -<li>BONN-SUR-LE-RHIN, <a href="#Page_227">227</a>.</li> -<li>BONNEVAL (Comte de), <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_42">42</a>.</li> -<li>BOOKMANN, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_165">165</a>.</li> -<li>BOON (Lucas), dput aux tats pour la province de Gueldre, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>.</li> -<li>BORGO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., <a href="#Page_205">205</a>.</li> -<li>BOTTA (Marquis de), <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>.</li> -<li>BOUVER (Franois), consul de Hollande Livourne, <a href="#Page_199">199</a>.</li> -<li>BOYER (Alexandre), patron de tartane, <a href="#Page_186">186</a>.</li> -<li>BRADIMENTE MARI (Comte), <a href="#Page_330">330</a>.</li> -<li>BRACKWELL (Thomas), <a href="#Page_101">101</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span></div></li> -<li>BRAVONA (Rivire), Corse, <a href="#Page_51">51</a>.</li> -<li>BREITWITZ (Gnral), commandant des troupes autrichiennes en Toscane, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>.</li> -<li>BRESCIA, <a href="#Page_307">307</a>.</li> -<li>BORSCHERD (M. et M<sup>me</sup>), de Cologne, <a href="#Page_349">349</a>.</li> -<li>BRIGNOLE, envoy extraordinaire de Gnes Paris, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li> -<li>BRUYN, VERNAIS et CLOOTS, marchands droguistes Lisbonne, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_165">165</a>.</li> -<li>BUONGIORNO (Cristoforo), <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</li> -<li>— (Lonard), <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">C</p> -<ul> -<li>CAGLIARI (Sardaigne), <a href="#Page_132"></a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_184">184</a>.</li> -<li>CALABRE (Province d'Italie), <a href="#Page_128">128</a>.</li> -<li>CALENZANA, arr. de Calvi, chef-l. de canton, <a href="#Page_95">95</a>.</li> -<li>CALIFORNIE, <a href="#Page_42">42</a>. </li> -<li>CALVI, chef-l. d'arrondissement, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li> -<li>CAMPOMORO, arr. de Sartne, cant. d'Olmeto, c<sup>ne</sup> de Fozzano, <a href="#Page_209">209</a>.</li> -<li>CAMPREDON, envoy de France Gnes, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_273">273</a>.</li> -<li>CAP CORSE, <a href="#Page_171">171</a>.</li> -<li>CAPONE, <a href="#Page_73">73</a>.</li> -<li>CAPUCINS (Fort des), prs Bastia, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</li> -<li>CARAVAGGIO (Marquis de), <a href="#Page_287">287</a>.</li> -<li>CARGSE, arr. d'Ajaccio, cant. de Piana, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</li> -<li>CARLOS (Don), infant d'Espagne, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li> -<li>CARMEL (glise du), Florence, <a href="#Page_290">290</a>.</li> -<li>CARTHAGNE (Espagne), <a href="#Page_24">24</a>.</li> -<li>CARTERET (Lord), <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_304">304</a>,<a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>CARTIER (E.), <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li>CASACCONI, arr. de Bastia, canton de Campile, <a href="#Page_68">68</a>.</li> -<li>CASALMAGGIORE, prov. de Crmone, chef-l. de circond., <a href="#Page_176">176</a>.</li> -<li>CASIMIR, roi de Pologne, <a href="#Page_370">370</a>.</li> -<li>CASINCA, arr. de Bastia, canton de Vescovato, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_175">175</a>.</li> -<li>CASTELLARA (Rgiment de), <a href="#Page_105">105</a>.</li> -<li>CASTI, pote, <a href="#Page_380">380</a>.</li> -<li>CASTINETA, <a href="#Page_72">72</a>.</li> -<li>CATON, <a href="#Page_369">369</a>.</li> -<li>CAVALIERI (Marie-Constance), religieuse, <a href="#Page_234">234</a>.</li> -<li>CECCALDI (Andr), <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</li> -<li>— (Jrme), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>.</li> -<li>CELESIA, ministre de Gnes Londres, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li> -<li>CERF ROUGE (Le), cabaret Amsterdam, <a href="#Page_133">133</a>.</li> -<li>CERVIONE, arr. de Bastia, chef-l. de canton, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</li> -<li>CHAMPIGNY, gentilhomme de l'lecteur de Cologne, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li> -<li>— (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_227">227</a>.</li> -<li>CHARLES VI, empereur, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_278">278</a>.</li> -<li>CHARLES XII, roi de Sude, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>.</li> -<li>CHARLES-EMMANUEL III, roi de Sardaigne, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li> -<li>CHARLES-QUINT, <a href="#Page_370">370</a>.</li> -<li>CHARNY (Comte de), commandant des troupes espagnoles en Italie, <a href="#Page_35">35</a>.</li> -<li>CHARTES, agent des Corses, <a href="#Page_196">196</a>.</li> -<li>CHAUVELIN, ministre des affaires trangres, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</li> -<li>CHIAA, <a href="#Page_201">201</a>.</li> -<li>CHRISTE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, c<sup>ne</sup> de Ghisoni, <a href="#Page_112">112</a>.</li> -<li>CIABALDINI, <a href="#Page_253">253</a>.</li> -<li>CIGOLI, aux environs de Florence, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span></div></li> -<li>CINQ-MARS, <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>COLOGNE, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> -<li>COLONNA (Comte Antoine), <a href="#Page_136">136</a>.</li> -<li>COLONNA (Joseph), abb, <a href="#Page_236">236</a>.</li> -<li>— Religieux, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li> -<li>CONSTANTINOPLE, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li> -<li>COOPER, commandant d'escadre anglaise, <a href="#Page_325">325</a>.</li> -<li>COPENHAGUE, <a href="#Page_260">260</a>.</li> -<li>CORBARA, arr. de Calvi, cant. de l'le-Rousse, <a href="#Page_391">391</a>.</li> -<li>CORNEJO, envoy d'Espagne Gnes, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_168">168</a>.</li> -<li>CORTE, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_129">129</a>.</li> -<li>COSCIONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Zicavo, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li> -<li>Costa (Jean-Paul), <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li>—(Joseph), officier au service de la Toscane, <a href="#Page_312">312</a>.</li> -<li>— (Sbastien), <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_386">386</a>.</li> -<li>— (Virginie, M<sup>me</sup>), <a href="#Page_236">236</a>.</li> -<li>— (Neveu), <a href="#Page_127">127</a>.</li> -<li>Cottone (Jean-Charles), <a href="#Page_112">112</a>.</li> -<li>CRAON (Prince DE), prsident du Conseil de rgence de Toscane, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li> -<li>CROCE, prtre, <a href="#Page_269">269</a>.</li> -<li>CURSAY, commandant des troupes franaises en Corse, <a href="#Page_367">367</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">D</p> - -<ul> -<li>DANTZIG, <a href="#Page_250">250</a>.</li> -<li>DCUGIS, <a href="#Page_120">120</a>.</li> -<li>DEDIEU (Daniel), ancien prsident des chevins d'Amsterdam, , 139, 140, 142, 165, 177.</li> -<li>DLIVRANCE (Ordre de la), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li><i>Demoiselle Agathe</i> (<i>La</i>), navire, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>.</li> -<li>DEUX-SICILES, <a href="#Page_253">253</a>.</li> -<li>— (Roi des), <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> -<li>DICK (Capitaine), <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</li> -<li>DODSLEY (Robert), libraire Londres, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_372">372</a>.</li> -<li>DORIA, ministre de Gnes en France, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_278">278</a>.</li> -<li>DOYEN, <a href="#Page_225">225</a>.</li> -<li>DRAKSELTS, <a href="#Page_317">317</a>.</li> -<li>DRESDE, <a href="#Page_226">226</a>.</li> -<li>DROST (Baron de), seigneur de Morsbrock, grand-commandeur de l'Ordre Teutonique, Cologne, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_259">259</a>.</li> -<li>—(Mathieu), <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_262">262</a>.</li> -<li>DUCHATEL, marchal de camp, <a href="#Page_215">215</a>.</li> -<li>DUFFOUR, <a href="#Page_239">239</a>.</li> -<li>DUNKERQUE, <a href="#Page_219">219</a>.</li> -<li>DURAZZO (Emmanuel), <a href="#Page_169">169</a>.</li> -<li>—(Jacques), abb, <a href="#Page_287">287</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">E</p> -<ul> -<li>DOUARD III, roi d'Angleterre, <a href="#Page_371">371</a>.</li> -<li>LECTEUR DE BAVIRE, <a href="#Page_19">19</a>.</li> -<li>LECTEUR DE COLOGNE, <a href="#Page_227">227</a>.</li> -<li>EMBRUN, <a href="#Page_105">105</a>.</li> -<li>ESCURIAL, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>.</li> -<li>ESPAGNE, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>TATS GNRAUX DE HOLLANDE, <a href="#Page_136">136</a>.</li> -<li>TATS PONTIFICAUX, <a href="#Page_295">295</a>.</li> -<li>EUROPE, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_302">302</a>.</li> -<li>EVERS, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_165">165</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span></div></li> -</ul> - -<p class="alphabet">F</p> -<ul> -<li>FABIANI (Simon), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li> -<li>FANDERMIL, <a href="#Page_177">177</a>.</li> -<li>FANE, ministre d'Angleterre Florence, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_266">266</a>.</li> -<li>FARINACCI (Le chevalier), <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_338">338</a>.</li> -<li>FARINOLE, arr. de Bastia, cant. de Saint-Florent, <a href="#Page_33">33</a>.</li> -<li>FEDI (Comte), <a href="#Page_234">234</a>.</li> -<li>FNELON, ambassadeur de France La Haye, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_204">204</a>.</li> -<li>FITZ-ADAM, pseudonyme d'Horace Walpole, <a href="#Page_368">368</a>.</li> -<li>FITZGERALD (Percy), <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li> -<li>Fitz-Hbert (Lord), <a href="#Page_383">383</a>.</li> -<li>FLESSINGUE (Zlande), <a href="#Page_140">140</a>.</li> -<li>FLEURY (Cardinal), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</li> -<li><i>FLORE</i> (<i>La</i>), frgate, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_194">194</a>.</li> -<li>FLORENCE, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li> -<li>FOGLIA (Joseph), <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</li> -<li><i>FOLKESTONE</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_286">286</a>.</li> -<li>FONSECA (Anglique-Cassandre), sous-prieure du couvent des Saints-Dominique et Sixte Rome, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_356">356</a>.</li> -<li>— (Franoise-Constance), religieuse, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_347">347</a>.</li> -<li>FONTAINEBLEAU, <a href="#Page_223">223</a>.</li> -<li>FRANCE, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li> -<li>FRANCESCHINI (Marc-Antoine), peintre bolonais, <a href="#Page_231">231</a>.</li> -<li>FRANCHI (Capitaine), <a href="#Page_75">75</a>.</li> -<li>— (Adrien), <a href="#Page_315">315</a>.</li> -<li>— (Benot) de), inquisiteur d'tat Gnes, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_295">295</a>.</li> -<li>FRANOIS I<sup>er</sup>, roi de France, <a href="#Page_229">229</a>.</li> -<li>FRDRIC (Colonel), soi-disant fils de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_385">385</a>, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li> -<li>FRENTZEL (Alexandre), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_185">185</a>.</li> -<li>FURIANI, arr. et cant. de Bastia, <a href="#Page_74">74</a>.</li> -<li>FURNES (Belgique), <a href="#Page_221">221</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">G</p> -<ul> -<li>GATE, prov. de Caserte, chef-l. de circond., <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_245">245</a>.</li> -<li>GAFFORI, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> -<li>GALEN (Bernard de), vque de Munster, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>GALLISPANS (Les), troupes franco-espagnoles, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_321">321</a>.</li> -<li>GARCHI, <a href="#Page_58">58</a>.</li> -<li>GARDES ROYALES (Compagnie des), <a href="#Page_105">105</a>.</li> -<li>GARRIC, acteur, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_372">372</a>.</li> -<li>GASTALDI, envoy de Gnes en Angleterre, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_367">367</a>.</li> -<li>GAUTIER, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_366">366</a>, <a href="#Page_367">367</a>.</li> -<li>GAVI, consul de Gnes Livourne, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li> -<li>GENTILE (Major), <a href="#Page_10">10</a>.</li> -<li>GEORGE I<sup>er</sup>, roi d'Angleterre, <a href="#Page_22">22</a>.</li> -<li>GEORGE II, roi d'Angleterre, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_375">375</a>.</li> -<li>GHISONI, arr. de Corte, cant. de Vezzani, <a href="#Page_83">83</a>.</li> -<li>GIAFFERI (Louis), <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_170">170</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span></div></li> -<li>GIANNETTI (Les frres), <a href="#Page_275">275</a>.</li> -<li>GIAPPICONI, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_97">97</a>.</li> -<li>— (Marc-Antoine), <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li> -<li>GIBRALTAR, <a href="#Page_153">153</a>.</li> -<li>GINESTRA (Pre), <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_252">252</a>.</li> -<li>— (Sauveur), <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_252">252</a>.</li> -<li>GIORDANI, <a href="#Page_264">264</a>.</li> -<li>GIOVANNAL (Les), secte corse, <a href="#Page_119">119</a>.</li> -<li>GIOVANNI della GROSSA, chroniqueur corse, <a href="#Page_3">3</a>.</li> -<li>GIUDICELLI, <a href="#Page_113">113</a>.</li> -<li>GIULANI (Jean-Thomas), <a href="#Page_170">170</a>.</li> -<li>GIULIO (Francesco), <a href="#Page_88">88</a>.</li> -<li>GOERTZ (Baron de), ministre de Charles XII de Sude, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li> -<li>GOLDWORTHY, consul d'Angleterre Livourne, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>.</li> -<li>GOLO (Rivire), Corse, <a href="#Page_214">214</a>.</li> -<li>GOLOWKIN, ministre de Russie La Haye, <a href="#Page_139">139</a>.</li> -<li>GOM-DELAGRANGE, conseiller au parlement de Metz, beau-frre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> -<li>GORGONA (le), dans la Mditerrane, <a href="#Page_155">155</a>.</li> -<li>GORZEGNO (Marquis de), ministre de Charles-Emmanuel III, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</li> -<li><i>Grand-Christophe</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>.</li> -<li>GRAND-TURC, <a href="#Page_254">254</a>.</li> -<li>GREGORIO, de Livourne, <a href="#Page_106">106</a>.</li> -<li>GRIMALDI (Ansaldo), <a href="#Page_296">296</a>.</li> -<li>— (Augustin), <a href="#Page_168">168</a>.</li> -<li>— (Franois-Marie), <a href="#Page_246">246</a>.</li> -<li>— (Marquis), envoy de Gnes Naples, <a href="#Page_162">162</a>.</li> -<li>GROEBEN (Louis de), capitaine prussien, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li> -<li>GUAGNO, arr. d'Ajaccio, cant. de Soccia, <a href="#Page_193">193</a>.</li> -<li>GUASTALLA, prov. de Reggio-Emilia, chef-l. de circond., <a href="#Page_252">252</a>.</li> -<li>GUERNESEY, le anglaise de la Manche, <a href="#Page_141">141</a>.</li> -<li>GUICCIARDI, envoy imprial Gnes, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li> -<li>GUILLAUME, lieutenant rform, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li> -<li>GYLLENBORG (Comte de), ministre de Sude Londres, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">H</p> -<ul> -<li>HAM, <a href="#Page_132">132</a>.</li> -<li>HAMBOURG, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_347">347</a>.</li> -<li>HANBURY WILLIAMS (Sir), <a href="#Page_360">360</a>.</li> -<li>HANOVRE, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> -<li>HARRINGTON (Milord), <a href="#Page_321">321</a>.</li> -<li>HEE KERHOET (Jonas), capitaine de navire, <a href="#Page_152">152</a>.</li> -<li>HELDER (Le), ville de la Hollande septentrionale, <a href="#Page_141">141</a>.</li> -<li>HRAULT, lieutenant gnral de police, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li> -<li>HOGARTH, graveur anglais, <a href="#Page_363">363</a>.</li> -<li>HOLLANDE, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_378">378</a>, <a href="#Page_388">388</a>.</li> -<li>HOLSTEIN, province de l'Allemagne du Nord, <a href="#Page_263">263</a>.</li> -<li>HOOPER (S.), libraire Londres, <a href="#Page_384">384</a>.</li> -<li>HOP, ministre des Pays-Bas Londres, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_361">361</a>.</li> -<li>HUIGENS, de Cologne, banquier Livourne, <a href="#Page_106">106</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">I</p> -<ul> -<li>ILARIO, chanoine de Guagno, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>.</li> -<li>LE ROUSSE, arr. de Calvi, chef-l. de cant, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li> -<li>INDES (Les), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>ITALIE, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_355">355</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span></div></li> -</ul> - -<p class="alphabet">J</p> -<ul> -<li>JABACH (Everhard), banquier Paris, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> -<li>— (Franois-Antoine), banquier Livourne, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> -<li>— (Jean-Engelbert), chanoine capitulaire Cologne, <a href="#Page_31">31</a>.</li> -<li>— (Michel), <a href="#Page_270">270</a>.</li> -<li><i>Jacob-et-Christine</i>, navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_196">196</a>.</li> -<li>JAPON, <a href="#Page_42">42</a>.</li> -<li>JAUSSIN, apothicaire de l'expdition franaise en Corse, <a href="#Page_180">180</a>.</li> -<li>JEAN II, dit le bon, roi de France, <a href="#Page_371">371</a>.</li> -<li><i>Jesus-Maria-Joseph, l'anime del purgatorio</i>, pinque, <a href="#Page_190">190</a>.</li> -<li>JONVILLE, envoy de France Gnes, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li> -<li>JOSEPH II, empereur d'Autriche, <a href="#Page_381">381</a>.</li> -<li>JOSEPH (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_243">243</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">K</p> -<ul> -<li>KEELMANN (Pierre), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>.</li> -<li>KEL MORENE, <a href="#Page_195">195</a>.</li> -<li>KERMOYSAN (Chevalier E), <a href="#Page_229">229</a>.</li> -<li>KEVERBERG (GIRAUD dit), <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</li> -<li>KILMALLOCK (Lord), <a href="#Page_23">23</a>.</li> -<li>KRAAM, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>KYRIE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, c<sup>ne</sup> de Ghisoni, <a href="#Page_112">112</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">L</p> -<ul> -<li>LAGE (Chevalier de), capitaine de navire, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li> -<li>LA HAYE, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</li> -<li>LA MARCK (Comte de), <a href="#Page_62">62</a>.</li> -<li>LA MARCK (Rgiment de), <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_104">104</a>.</li> -<li>LANFRANCHI, banquier gnois, <a href="#Page_11">11</a>.</li> -<li>LANGERAK (Jean-Arn), libraire Leyde, <a href="#Page_388">388</a>.</li> -<li>LANGUEDOC, <a href="#Page_131">131</a>.</li> -<li>LANSBERG, reprsentant des tats-Gnraux Cologne, <a href="#Page_349">349</a>.</li> -<li>LARNAGE (de), brigadier et lieut.-colonel du rgiment de Montmorency, <a href="#Page_215">215</a>.</li> -<li>LASNE (Michel), graveur, <a href="#Page_231">231</a>.</li> -<li>LA VILARSELLE (de), commandant de barque, <a href="#Page_213">213</a>.</li> -<li>LAW, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li> -<li>LEAR (Le roi), <a href="#Page_370">370</a>.</li> -<li><i>Lgre</i> (<i>La</i>), barque, <a href="#Page_213">213</a>.</li> -<li>LENTO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, <a href="#Page_214">214</a>.</li> -<li>LEONESSA (Anne-Marie della), religieuse, <a href="#Page_200">200</a>.</li> -<li>LEVIE, arr. de Sartne, chef-l. de cant., <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li>LVIS-MIREPOIX, ambassadeur de France Londres, <a href="#Page_361">361</a>.</li> -<li>LEYDE (Hollande mridionale), <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</li> -<li>LIPARI (les), sur la cte septentrionale de la Sicile, <a href="#Page_161">161</a>.</li> -<li>LIPPE (La), en Westphalie, <a href="#Page_262">262</a>.</li> -<li>LISBONNE, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span></div></li> -<li>LIVOURNE, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a 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href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_367">367</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_387">387</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li>LORENZI (Comte), envoy de France Florence, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li> -<li>LORRAINE (Franois de), <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Page_380">380</a>.</li> -<li>LORRAINE (Maison de), <a href="#Page_251">251</a>.</li> -<li>LOUIS XIV, roi de France, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_370">370</a>.</li> -<li>LOUIS XV, roi de France, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li> -<li>LOUKISSEN (Abraham), <a href="#Page_160">160</a>.</li> -<li>LUCA, <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li>LUCCIONI, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>.</li> -<li>LUCQUES, <a href="#Page_124">124</a>.</li> -<li>LUDIK (Capitaine), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>LUDOVICI (Jean), <a href="#Page_239">239</a>.</li> -<li>LUSINCHI, <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li>LUXEMBOURG (Le), <a href="#Page_173">173</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">M</p> -<ul> -<li>MADRID, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_248">248</a>.</li> -<li>MAILLEBOIS (Marquis de), commandant en chef des troupes franaises en Corse, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_255">255</a>.</li> -<li>MAINTENON (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>MALAGA, <a href="#Page_182">182</a>.</li> -<li>MALATO (Roch), patron de barque, <a href="#Page_190">190</a>.</li> -<li>MALTE (le de), <a href="#Page_19">19</a>.</li> -<li>MANETTI (Casa), Florence, <a href="#Page_267">267</a>.</li> -<li>MANN (Horace), ministre d'Angleterre Florence, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_379">379</a>.</li> -<li>MARCH (Lord), <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_368">368</a>.</li> -<li>MARCHELLI, colonel gnois, <a href="#Page_102">102</a>.</li> -<li>MARCK (Comt de), Westphalie, <a href="#Page_15">15</a>.</li> -<li>MARI, vque d'Alria, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_52">52</a>.</li> -<li>— gouverneur gnois en Corse, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>.</li> -<li>— (de), ambassadeur de Gnes Venise, <a href="#Page_296">296</a>.</li> -<li>— (J.-B. de), envoy de Gnes Turin, <a href="#Page_106">106</a>.</li> -<li>—(Laurent de), <a href="#Page_288">288</a>.</li> -<li>MARIANI (Dominique), <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</li> -<li>MARIANNE, <a href="#Page_18">18</a>.</li> -<li>MARIE-THRSE, impratrice, reine de Hongrie, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</li> -<li>MARNEAU, commis des douanes Metz, beau-pre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_62">62</a>.</li> -<li>MAROC, <a href="#Page_38">38</a>.</li> -<li>MARSA, environs d'Oran, <a href="#Page_150">150</a>.</li> -<li>MARSEILLE, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_131">131</a>.</li> -<li>MARTIGUES (Les), Bouches-du-Rhne, arr. d'Aix, <a href="#Page_185">185</a>.</li> -<li>MARTINETTI (Vincent), consul de Fiumorbo, <a href="#Page_208">208</a>.</li> -<li>MASSA (Province de), <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>— chef-l. de la prov. de Massa e Carrara, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li> -<li>MASSON (Frdric), <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li>MATRA, arr. de Corte, cant. de Moita, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_93">93</a>.</li> -<li>MATRA (Xavier, marquis de), <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li> -<li>— (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_46">46</a>.</li> -<li>MATTEO d'ORTIPORIO (Don), cur de Rostino, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_89">89</a>.</li> -<li>MATTHEWS (Amiral), commandant en chef des forces anglaises dans la Mditerrane, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_310">310</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span></div></li> -<li>MAUREPAS (Comte de), ministre de la marine, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li> -<li>MDICIS (Jean-Gaston), grand-duc de Toscane, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</li> -<li>— (Octavien de), <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>MELA, <a href="#Page_123">123</a>.</li> -<li>METZ, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_224">224</a>.</li> -<li>MILAN, <a href="#Page_287">287</a>.</li> -<li>MILLS, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>Milton, <a href="#Page_370">370</a>.</li> -<li>MODANAIS (Le), province d'Italie, <a href="#Page_295">295</a>.</li> -<li>MODENE (Duch de), <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>MONACO, <a href="#Page_248">248</a>.</li> -<li>MONGIARDINO, consul de Gnes Cagliari, <a href="#Page_184">184</a>.</li> -<li>MONTALGRE (Marquis DE), ministre du roi des Deux-Siciles, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_204">204</a>.</li> -<li>MONTE-CRISTO, le de la Mditerrane, <a href="#Page_161">161</a>.</li> -<li>MONTE-CRISTO, turc de la suite de Thodore, <a href="#Page_44">44</a>.</li> -<li>MONTE-MAGGIORE, arr. de Calvi, cant. de Calenzana, <a href="#Page_95">95</a>.</li> -<li>MONTICELLO, arr. de Calvi, cant. de l'le Rousse, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_274">274</a>.</li> -<li>MONZA (tienne), <a href="#Page_288">288</a>.</li> -<li>MOUVET, moine du Brabant, professeur de droit l'Universit de Leyde, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_356">356</a>.</li> -<li>MUNICHAUSEN, ministre de Hanovre Londres, <a href="#Page_357">357</a>.</li> -<li>MUNSTER, en Westphalie, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_18">18</a>.</li> -<li>MURCIA (Murzo), arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, <a href="#Page_192">192</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">N</p> -<ul> -<li>NAPOLON (Bonaparte), <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li>NAPOLEONI, cur, <a href="#Page_186">186</a>.</li> -<li>NAPLES, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_272">272</a>.</li> -<li>NAYSSEN, capitaine au rgiment de La Marck, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>.</li> -<li>NEBBIO, province de Corse, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a>.</li> -<li>NEGRO (Del), <a href="#Page_176">176</a>.</li> -<li>NEUFVILLE, ngociant, <a href="#Page_138">138</a>.</li> -<li>NEUHOFF (Antoine de), <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>.</li> -<li>NEUHOFF (lisabeth de). V. Trvoux (Comtesse DE).</li> -<li>— (Frdric de), neveu de Thodore, colonel, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_262">262</a>.</li> -<li>— (Frdric, baron de), neveu de Thodore de Neuhoff, seigneur de Rauschenburg, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> -<li>NEWCASTLE (Duc de), <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_332">332</a> <a href="#Page_342">342</a> <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</li> -<li>NICE, <a href="#Page_136">136</a>.</li> -</ul> - - -<p class="alphabet">O</p> -<ul> -<li>OLMETTA (Sauveur), docteur, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_289">289</a>.</li> -<li>ORAN (Algrie), <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_155">155</a>.</li> -<li>ORANGE (Prince d'), <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li> -<li>OREZZA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_101">101</a>.</li> -<li>ORLANS (Duc d'), rgent de France, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>ORLANS (Duchesse D'), princesse palatine, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>ORMEA (Marquis d'), ministre de Charles-Emmanuel III, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_319">319</a>.</li> -<li>ORMOND (Duc d'), <a href="#Page_23">23</a>.</li> -<li>ORNANI (Paul-Franois d'), <a href="#Page_208">208</a>.</li> -<li>ORNANO (Luc), gnral corse, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_332">332</a>.</li> -<li>ORSINI (Comte), <a href="#Page_234">234</a>.</li> -<li>— (Emmanuel), <a href="#Page_391">391</a>.</li> -<li>ORTICONI (Chanoine), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li> -<li>ORTOLI, capitaine corse, <a href="#Page_74">74</a>.</li> -<li>OSTENDE (Belgique), <a href="#Page_221">221</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span></div></li> -</ul> - -<p class="alphabet">P</p> -<ul> -<li>PADUELLA (Tour de), Corse, <a href="#Page_96">96</a>.</li> -<li>PAGET, consul de France Cagliari, <a href="#Page_184">184</a>.</li> -<li>PAISIELLO, compositeur, <a href="#Page_380">380</a>.</li> -<li>PANZANI, <a href="#Page_45">45</a>.</li> -<li>PAOLI (Hyacinthe), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li> -<li>— (Pascal), <a href="#Page_387">387</a>.</li> -<li>— (Paul-Marie), <a href="#Page_170">170</a>.</li> -<li>PARDAILLAN (Comte de), chef d'escadre de l'expdition franaise, <a href="#Page_171">171</a>.</li> -<li>PARIS, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_239">239</a>.</li> -<li>PARIS (Joseph), cuisinier, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_150">150</a>.</li> -<li>PASQUINO (Giovanni), <a href="#Page_55">55</a>.</li> -<li>PATRONE (Francesco), <a href="#Page_39">39</a>.</li> -<li>PAUL (Pre), moine, <a href="#Page_350">350</a>.</li> -<li>PAUPIE (Pierre), libraire La Haye, <a href="#Page_41">41</a>.</li> -<li>PAYS-BAS, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</li> -<li>PELOUX, commissaire ordonnateur des guerres en Corse, <a href="#Page_169">169</a>.</li> -<li>PELLEGRINO (Mont), Italie, <a href="#Page_295">295</a>.</li> -<li>PERESEN (Adolphe), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>.</li> -<li>PERELLI, conseiller du roi des Deux-Siciles, <a href="#Page_201">201</a>.</li> -<li>PERETTI (Comte Zenobio), <a href="#Page_208">208</a>.</li> -<li>PERIALE, <a href="#Page_74">74</a>.</li> -<li>PESCIA, prov. et circond. de Lucques, <a href="#Page_124">124</a>.</li> -<li>PETRIGNANI (Hyacinthe), <a href="#Page_99">99</a>.</li> -<li>PHILIPPE V, roi d'Espagne, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_134">134</a>.</li> -<li>PHILIPPE (Don), infant d'Espagne, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_303">303</a>.</li> -<li>PIAZZOLE (Les), arr. de Corte, cant. de Piedicroce, <a href="#Page_99">99</a>.</li> -<li>PIC de la MIRANDOLE, <a href="#Page_296">296</a>.</li> -<li>PIERRE I<sup>er</sup>, tzar de Russie, <a href="#Page_22">22</a>.</li> -<li>PIGNEROL, prov. de Turin, chef-l. de circond., <a href="#Page_104">104</a>.</li> -<li>PIGNON, envoy franais Livourne et en Corse, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>.</li> -<li>PISARELLO, <a href="#Page_145">145</a>.</li> -<li>PISE, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>PISTOIA, prov. de Florence, chef-l. de circond., <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>PLUTARQUE, <a href="#Page_17">17</a>.</li> -<li>POGGI (Comte), <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>PONTREMOLI, prov. de Massa e Carrara, chef-l. de circond., <a href="#Page_295">295</a>.</li> -<li>PORTLAND (Duc de), homme d'tat anglais, <a href="#Page_374">374</a>.</li> -<li>PORT-MAHON, capitale de l'le de Minorque, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li> -<li>PORTO-FERRAIO, capitale de l'le d'Elbe, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>PORTO-VECCHIO, arr. de Sartne, chef-l. de cant., <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li> -<li>PORTUGAL, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>.</li> -<li><i>Preterod</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_185">185</a>.</li> -<li>PRESBOURG, en Hongrie, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>.</li> -<li>PROCIDA (le), Italie, <a href="#Page_195">195</a>.</li> -<li>PROVENCE, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li> -<li>PRUSSE, <a href="#Page_178">178</a>.</li> -<li>PUISIEUX (Marquis de), ambassadeur de France Naples, puis ministre des affaires trangres, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_367">367</a>.</li> -<li>PUNCIANI (Abb), aumnier du couvent des Saints-Dominique et Sixte, Rome, <a href="#Page_231">231</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">Q</p> -<ul> -<li>QUENZA, arr. de Sartne, cant. de Serradi-Scopamene, <a href="#Page_216">216</a>.</li> -<li>QUILICO (Fascianello), <a href="#Page_39">39</a>.</li> -<li>QUIRINAL (Mont), Rome, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_233">233</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span></div></li> -</ul> - -<p class="alphabet">R</p> -<ul> -<li>RADEMACKER, trsorier du prince d'Orange, <a href="#Page_348">348</a>.</li> -<li>RADICONDOLI, prov. et circond. de Sienne, <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>RAFFAELLI (Marquis), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>.</li> -<li>— (Simon), auditeur, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_32">32</a>.</li> -<li>RAKOCZY (Franois), prince de Transylvanie, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>RATHSAMHAUSEN (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>REGNARD, <a href="#Page_268">268</a>.</li> -<li><i>Re Teodoro</i> (<i>Il</i>), opra hroco-comique, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_381">381</a>.</li> -<li>REUSSE (Jean-Gottlieb), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li><i>Revenger</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_313">313</a>.</li> -<li>RHIN (Le), fleuve, <a href="#Page_173">173</a>.</li> -<li>RICHARD (Denis), <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</li> -<li>RICHECOURT, vice-prsident du conseil de rgence de Toscane, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>RICHELIEU (Cardinal de), <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>RICHMOND (Angleterre), <a href="#Page_383">383</a>.</li> -<li>RIESENBERG, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_195">195</a>.</li> -<li>RIPPERDA (Duc de), ministre en Espagne, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</li> -<li>RIVAROLA, gouverneur gnois en Corse, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_136">136</a>.</li> -<li>RIVAROLA (Marquis de), vice-roi de Sardaigne, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_184">184</a>.</li> -<li>— (Dominique), <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>RIVERA (Comte), envoy sarde Gnes, <a href="#Page_63">63</a>.</li> -<li>RIVIRE du Ponent, <a href="#Page_110">110</a>.</li> -<li>ROBERTI (Giuseppe), <a href="#Page_320">320</a>.</li> -<li>ROCCA (La), province de Corse, <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li><i>Roi Lear</i>, tragdie, <a href="#Page_371">371</a>.</li> -<li>ROOS (Cornelius), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_200">200</a>.</li> -<li>ROMBERG (Baron tienne), nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_234">234</a>.</li> -<li>ROME, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_356">356</a>.</li> -<li>ROSS (Anselme), <a href="#Page_387">387</a>.</li> -<li>ROSSICIO (Pont de), Corse, <a href="#Page_97">97</a>.</li> -<li>ROSTINI, chroniqueur corse, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_78">78</a>.</li> -<li>ROSTINO, arr. de Corte, cant. de Morosaglia, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_93">93</a>.</li> -<li>ROUEN, <a href="#Page_131">131</a>.</li> -<li>ROWLEY (Amiral), <a href="#Page_321">321</a>.</li> -<li>RUFFINO, frre franciscain, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_35">35</a>.</li> -<li>RUNSWEIG, <a href="#Page_190">190</a>.</li> -<li>RUSSIE, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_139">139</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">S</p> -<ul> -<li>SABRAN (de), chevalier de Malte, commandant de frgate, <a href="#Page_144">144</a>.</li> -<li>SADE (Comte de), envoy de France Cologne, <a href="#Page_228">228</a>.</li> -<li>SAGONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, <a href="#Page_191">191</a>.</li> -<li>SAINT-AIGNAN (Duc de), ambassadeur de France Rome, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_246">246</a>.</li> -<li><i>Saint-Antoine</i> (<i>Le</i>), tartane, <a href="#Page_185">185</a>.</li> -<li>SAINT-CHARLES (Chteau), Oran, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</li> -<li>SAINTS-DOMINIQUE ET SIXTE (Couvent des), Rome, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_247">247</a>.</li> -<li>SAINT-FLORENT, arr. de Bastia, chef-l. de cant., <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li> -<li>SAINT-FRANOIS (Couvent de), aujourd'hui petit sminaire de Corte, <a href="#Page_97">97</a>.</li> -<li>SAINT-GEORGES (Jacques-Franois-douard Stuart, chevalier de), <a href="#Page_42">42</a>.</li> -<li>SAINT-GEORGES (Maison de), banque Gnes, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_8">8</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span></div></li> -<li>SAINT-GILL (Marquis de), ministre d'Espagne La Haye, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_137">137</a>.</li> -<li><i>Saint-Isidore</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li> -<li>SAINT-JACQUES (Chteau), Oran, <a href="#Page_149">149</a>.</li> -<li>SAINT-JEAN DE LATRAN, Rome, <a href="#Page_233">233</a>.</li> -<li>SAINT-JOSEPH, poste prs de Bastia, <a href="#Page_75">75</a>.</li> -<li>SAINT-LAURENT (Comte de), <a href="#Page_320">320</a>.</li> -<li>SAINT-MARTIN (Chevalier) (Bigou), <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_361">361</a>.</li> -<li>— (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>.</li> -<li>SAINT-TROPEZ, arr. de Draguignan, chef-l. de cant., <a href="#Page_120">120</a>.</li> -<li>SAINTE-ANNE, glise Londres, <a href="#Page_379">379</a>, <a href="#Page_380">380</a>.</li> -<li>SAINTE-CATHERINE (Baie), Lisbonne, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>.</li> -<li>SAINTE-MARIE D'ORNANO (Sainte-Marie-Sich), arr. d'Ajaccio, chef-l. de cant., <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_208">208</a>.</li> -<li>SAINTE-MARIE MAJEURE (Couvent de), Florence, <a href="#Page_290">290</a>.</li> -<li>SALIS (Baron de), <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_319">319</a>.</li> -<li><i>Salisbury</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_269">269</a>.</li> -<li>SALUZZI (vque), <a href="#Page_84">84</a>.</li> -<li>SALVETTI, <a href="#Page_103">103</a>.</li> -<li>SALVINI (Grgoire), agent des Corses, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li> -<li>SALWEY, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_322">322</a>.</li> -<li>SAMPIERO, <a href="#Page_8">8</a>.</li> -<li>SAN CRISTOFANO, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_296">296</a>.</li> -<li>SAN PELLEGRINO, fort gnois en Corse, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_96">96</a>.</li> -<li>SANTA-REPARATA, arr. de Calvi, cant. de l'le Rousse, <a href="#Page_271">271</a>.</li> -<li>SANTINI (Dominique), <a href="#Page_312">312</a>.</li> -<li>SARDAIGNE, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li> -<li>SARRI (Paul-Franois), capitaine corse au service du Pimont, <a href="#Page_319">319</a>.</li> -<li>SARSFIELD (Lady), baronne de Neuhoff, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_383">383</a>.</li> -<li>SARTNE, chef-l. d'arr., <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_119">119</a>.</li> -<li>SARTORIO, <a href="#Page_290">290</a>.</li> -<li>SARZANA, prov. de Gnes, circond. de la Spezia, <a href="#Page_295">295</a>.</li> -<li>SAVOIE (Htel de), Londres, <a href="#Page_371">371</a>.</li> -<li>SAVOIE (Prince Eugne de), <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li> -<li>SAVONE, prov. de Gnes, chef-l. de circond., <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>SCADEN (Allemagne), <a href="#Page_225">225</a>.</li> -<li>SCHAUB (Le Chevalier), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>.</li> -<li>— (Lady), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_360">360</a>.</li> -<li>SCHIETTO, <a href="#Page_97">97</a>.</li> -<li>SCHMERLING, ministre imprial en France, <a href="#Page_169">169</a>.</li> -<li>SCHMETAW (Comte de), lieutenant du prince de Wurtemberg, <a href="#Page_9">9</a>.</li> -<li>SESTRI, prov. et circond. de Gnes, <a href="#Page_107">107</a>.</li> -<li>SHAKESPEARE, <a href="#Page_368">368</a>, <a href="#Page_370">370</a>.</li> -<li>SICILE, <a href="#Page_235">235</a>.</li> -<li>SIENNE, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_323">323</a>.</li> -<li>SINIBALDI (Jean-Baptiste), <a href="#Page_136">136</a>.</li> -<li>SLEIN (Baron), <a href="#Page_260">260</a>.</li> -<li>SMYRNE (Turquie d'Asie), <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_199">199</a>.</li> -<li>SOLARO, arr. de Corte, cant. de Prunelli-di-Fiumorbo, <a href="#Page_120">120</a>.</li> -<li>SOLENZARA, arr. de Sartne, cant. de Porto-Vecchio, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_120">120</a>.</li> -<li>SORBA, ministre de Gnes en France, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li> -<li>SORRACO, arr. de Sartne, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_195">195</a>.</li> -<li>SPEZIA (La), prov. de Gnes, chef-l. de circond., <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li> -<li>SPINOLA (Marquis), envoy de Gnes Naples, <a href="#Page_205">205</a>.</li> -<li>SPITZLAER, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li> -<li>SPLENTER, <a href="#Page_159">159</a>.</li> -<li>SPORCHEN (Baron), envoy extraordinaire du roi d'Angleterre en qualit d'lecteur de Hanovre, auprs des tats Gnraux, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>.</li> -<li>STANHOPE (Lady Lucy), <a href="#Page_280">280</a>.</li> -<li>STAZZONA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_100">100</a>.</li> -<li>STEIN (Baron), nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>.</li> -<li>STOCKHOLM, <a href="#Page_152">152</a>.</li> -<li>STOS (Baron de), <a href="#Page_234">234</a>.</li> -<li>STUART (Le prtendant), <a href="#Page_267">267</a>. Voir Saint Georges (Chevalier de).</li> -<li>SUDE, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>.</li> -<li>SUZINI (Ange-Brando), <a href="#Page_330">330</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span></div></li> -</ul> - -<p class="alphabet">T</p> -<ul> -<li>TADEI (Valentin), <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li> -<li>TAINE, <a href="#Page_15">15</a>.</li> -<li>TAMBIN (Le Pre), jsuite, <a href="#Page_168">168</a>.</li> -<li>TANGER (Maroc), <a href="#Page_105">105</a>.</li> -<li>TASSO (Martin), <a href="#Page_94">94</a>.</li> -<li>TAVAGNA (Couvent de), arr. de Bastia, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_92">92</a>.</li> -<li>TARAVO (Rivire), Corse, <a href="#Page_214">214</a>.</li> -<li>TELLANO, <a href="#Page_131">131</a>.</li> -<li>TERRAZZANO, prov. et circond. de Milan, <a href="#Page_315">315</a>.</li> -<li>TESS (Marchal de), <a href="#Page_248">248</a>.</li> -<li>TESTORI (Charles), <a href="#Page_314">314</a>.</li> -<li>TEXEL (Le), le de la mer du Nord, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_182">182</a>.</li> -<li>TOSCANE, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li> -<li>TOULON, chef-l. d'arr., <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_206">206</a>.</li> -<li>TOUSSAINT, <a href="#Page_249">249</a>.</li> -<li>TOWNSHEND (Amiral), <a href="#Page_328">328</a>.</li> -<li>TRVOUX (Comte de), beau-frre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>— (Comtesse de, sœur de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>.</li> -<li>— (Fils), officier dans la compagnie des Gardes royales, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_224">224</a>.</li> -<li>TRINITA (Pont della), Florence, <a href="#Page_267">267</a>.</li> -<li>TROIS-VCHS, <a href="#Page_104">104</a>.</li> -<li>TRONCHIN (Csar), <a href="#Page_138">138</a>.</li> -<li>TUNIS, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_331">331</a>.</li> -<li>TUNIS (Bey de), <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_254">254</a>.</li> -<li>TUNISIE, <a href="#Page_66">66</a>.</li> -<li>TURCATI DE CARCHETO (Les), <a href="#Page_99">99</a>.</li> -<li>TURIN, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_338">338</a>.</li> -<li>TURQUIE, <a href="#Page_124">124</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">U</p> -<ul> -<li>ULLOA, auditeur gnral de l'arme du roi des Deux-Siciles, <a href="#Page_201">201</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">V</p> -<ul> -<li>VACCARO, <a href="#Page_299">299</a>.</li> -<li>VAGUE (Comte de la). Voir Beaujeu.</li> -<li>VALEMBERG (Joseph), consul de Hollande Naples, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_239">239</a>.</li> -<li>VALLEJO (Marquis de), gouverneur gnral d'Oran, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</li> -<li>VAN DOORN, <a href="#Page_160">160</a>.</li> -<li>VAN DYCK, <a href="#Page_231">231</a>.</li> -<li>VAN HAAGEN, nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_319">319</a>.</li> -<li>VAN HOCHUM, <a href="#Page_133">133</a>, <a href="#Page_135">135</a>.</li> -<li>VAN HOY, envoy de Hollande en France, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_204">204</a>.</li> -<li>VAN SIL, rsident de Hollande Lisbonne, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_164">164</a>.</li> -<li>VARNESI (Luc-Antoine), abb, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_239">239</a>.</li> -<li>VARNHAGEN, <a href="#Page_188">188</a>.</li> -<li>VASTEL (Franois), matelot, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_203">203</a>.</li> -<li>VATER (Jean-Godofredus), <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_193">193</a>.</li> -<li>— (Jean-Policarpe), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>— (Marie), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>VENISE, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_338">338</a>.</li> -<li>— (Rpublique de), <a href="#Page_272">272</a>.</li> -<li>VENZOLASCA, arr. de Bastia, cant. de Vescovato, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_212">212</a>.</li> -<li>VERDE (Canton de), Corse, <a href="#Page_112">112</a>.</li> -<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span></div></li> -<li>VRONE, <a href="#Page_307">307</a>.</li> -<li>VERSAILLES, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</li> -<li>VESCOVATO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_331">331</a>.</li> -<li>VIALE (Augustin), inquisiteur d'tat, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_291">291</a>.</li> -<li>— (Augustin), reprsentant de Gnes Florence, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</li> -<li>VICO, arr. d'Ajaccio, chef-l. de cant., <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>.</li> -<li>VIENNE, capitale de l'Autriche, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>VIGANEGO, consul de Gnes Lisbonne, <a href="#Page_145">145</a>.</li> -<li>VIGLIAWISCHI (Frdric). Voir Frdric (Colonel).</li> -<li>VILLALONGA (Don Andr), gouverneur du chteau Saint-Charles Oran, <a href="#Page_150">150</a>.</li> -<li>VILLAVECCHIA, ministre de Gnes La Haye, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>.</li> -<li>VILLEFRANCHE, arr. de Nice, chef-l. de cant., <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_302">302</a>.</li> -<li>VILLETTES, ministre anglais Turin, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_332">332</a>.</li> -<li><i>VINCES</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li> -<li>VINCHELSEA (Milord), <a href="#Page_321">321</a>.</li> -<li>VOLNEY, <a href="#Page_6">6</a>.</li> -<li>VOLTAIRE, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_380">380</a>.</li> -<li>VOLTERRA, prov. de Pise, chef-l. de circond., <a href="#Page_318">318</a>.</li> -<li>VOORNE (le de), Pays-Bas, <a href="#Page_28">28</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">W</p> -<ul> -<li>WACHTENDONCK (Gnral baron de), <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li> -<li>WALPOLE (Horace), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_368">368</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_375">375</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_379">379</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li> -<li>— (Robert), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li> -<li>— (Lady), <a href="#Page_281">281</a>.</li> -<li>WENDT (de), cuyer de la duchesse d'Orlans, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li> -<li>WESTMINSTER, <a href="#Page_384">384</a>.</li> -<li>WESTPHALIE, prov. d'Allemagne, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_375">375</a>.</li> -<li>WICKMANNSHAUSEN (Capitaine), <a href="#Page_188">188</a>.</li> -<li>WORT (Gaspard), <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>.</li> -<li>WRIGHT, marchand d'huile Londres, <a href="#Page_378">378</a>.</li> -<li>WURTEMBERG (Royaume de), <a href="#Page_179">179</a>.</li> -<li>WURTEMBERG (Prince Louis de), <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li> -<li>WYK-AAN-ZE (Hollande), <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">Y</p> -<ul> -<li>YARMOUTH (Lady), <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li> -<li>YHARCE, <a href="#Page_341">341</a>.</li> -<li>YONG-ROMBOUT (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li> -</ul> - -<p class="alphabet">Z</p> -<ul> -<li>ZLANDE, prov. des Pays-Bas, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_163">163</a>.</li> -<li>ZICAVO, prov. d'Ajaccio, chef-l. de cant., <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li> -<li>ZINZENDORF (Comte de), chancelier de Charles VI, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_248">248</a>.</li> -</ul> - -<div><span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span></div> - -<div class="chapter"> -<div class="footnotes"> -<h2 class="normal">NOTES:</h2> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Numro du mois de janvier 1886.</p> - -<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Chronique de Giovanni della Grossa, publie par la Socit des Sciences historiques -et naturelles de la Corse. Traduction de M. l'abb Letteron.—Bastia, 1888, -<i>Histoire de la Corse</i>, t. I, p. 122.</p> - -<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> <i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci de Belgodre</i>, publis par la Socit -des Sciences historiques et naturelles de la Corse, p. 4.—Bastia, 1882.</p> - -<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Pommereul, <i>Histoire de l'isle de Corse. Description abrge de l'le de -Corse</i>, t. I, p. 92.—Berne, 1779.</p> - -<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 81.</p> - -<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Voltaire, t. XXV. <i>Prcis du sicle de Louis XV.</i>—De la Corse, ch. XL, -p. 452.—Ed. de 1785.</p> - -<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Voir pour toute la priode qui suit la rvolution de 1729: <i>La Correspondance -des agents de France Gnes avec le Ministre (ann. 1730 et suiv.)</i> tire des -archives du Ministre des affaires trangres et publie par M. l'abb Letteron... -Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse. Bastia, 1902.</p> - -<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 169.</p> -</div> -<div class="footnote"> -<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Abb de Germanes, <i>Histoire des Rvolutions de Corse</i>.—Pommereul, -<i>op. cit.</i>, t. I, p. 167.—Cambiagi, <i>Istoria del Regno di Corsica</i>, t. III, p. 30.—<i>Histoire -des Rvolutions de l'isle de Corse et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur -le trne de cet tat</i> (Anonyme), p. 151.—<i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci.</i>—Accinelli, -<i>Compendio delle storie di Genova</i>, t. II, p. 38.—Gnes, 1851.</p> -<p><a id="Footnote_9-a" href="#FNanchor_9-a" class="label">[9-a]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 30.—<i>Histoire des Rvolutions de l'isle de -Corse</i>, <i>op. cit.</i>, p. 151.</p> - -<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> La rpublique payait l'Empereur, pour ces troupes, 30,000 florins par mois et -100 cus pour chaque homme mort, disparu ou dserteur.</p> - -<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 31.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 177.—Bonfiglio -Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 27.</p> - -<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Accinelli, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 39.</p> - -<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 41.—Pommereul, <i>op cit.</i>, t. I, p. 182.—Bonfiglio -Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 29.—De Germanes, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 184.—De Germanes, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 44.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 184.—De Germanes, -<i>op. cit.</i>—Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 30.—D'aprs Cambiagi et Guelfucci, -l'dit du prince de Wurtemberg porterait la date du 1<sup>er</sup> mai 1732.</p> - -<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 45.—D'aprs Cambiagi, les dlgus de -l'Empereur taient, outre le prince de Wurtemberg, prsident, le prince de Culmback, -le prince de Waldeck, le baron de Wachtendonck et le comte de Ligneville; -pour Gnes: Camille Doria, Franois Grimaldi et Paul Baptiste Rivarola; pour la -Corse: Louis Giafferi, Andr Ceccaldi, Simon Raffaelli, Charles Alessandrini et -Evariste Piccioli.</p> - -<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 45.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 185.—De Germanes, -<i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 46.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 186.—De Germanes, -<i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 51.</p> - -<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 188.—Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 51.—Accinelli, -<i>op. cit.</i>, t. II, p. 43.—Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 32.</p> - -<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Accinelli, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 43.</p> - -<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 187.—De Germanes, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 52.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 189.—De -Germanes, <i>op. cit.</i>—Le 11 octobre, d'aprs Cambiagi.</p> - -<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 53.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 189.—De Germanes, -<i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 53.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 189.—De Germanes, -<i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Accinelli, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 43.</p> - -<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i> t. I, p. 192.</p> - -<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 64.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 194.</p> - -<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Pre du fameux Pascal Paoli.</p> - -<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> Cambiagi, <i>op. cit.,</i> t. III, p. 71, <i>Histoire des Rvolutions de l'le de Corse -et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat, p. 177.—Pommereul, -op. cit., t. I, p. 197.—De Germanes, op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <i>Les Origines de la France contemporaine. L'Ancien Rgime</i>, t. I, p. 189.</p> - -<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 81.—Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I. p. 202.—<i>Histoire -des Rvolutions de l'le de Corse</i>, <i>op. cit.</i>, p. 207. dit de la Rpublique de Gnes -contre le baron de Neuhoff, communiqu par Campredon, ministre de France Gnes. -Correspondance de Gnes, vol. 97, archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Gregorovius, <i>Corsica</i>, traduction de M. P. Lucciana, t. II, p. 322. Bulletin -de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse.—Bastia, 1888-1884.</p> - -<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Pierre de Sgur, <i>Gens d'autrefois</i>, p. 4.</p> - -<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 202. <i>Histoire des Rvolutions de l'le de Corse</i>, -<i>op. cit.</i>, p. 207.</p> - -<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> Marneau M. le C..., Metz, 23 avril 1736.—Lettre communique par Sorba, -ministre de Gnes Paris. (<i>Francia</i>, mazzo 45, anni 1734-37). Archives d'tat -Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Quelques biographes le font natre Metz et varient au sujet de la date de sa -naissance. J'ai eu la bonne fortune de trouver dans le <i>Mercure historique et politique -de Hollande</i> la reproduction d'une pice mane du baron de Neuhoff et publie - Cologne en 1740. Elle contredit des faits accepts par les biographes du personnage, -mais il y a tout lieu de croire la sincrit du baron de Neuhoff. Ce ne sont -plus des pices destines blouir de promesses fallacieuses et de titres ronflants -quelques montagnards crdules. Le baron est revenu dans le pays qui fut le berceau -de sa famille: il y avait des parents et des allis. C'tait le dernier endroit du monde -o il eut pu sciemment raconter sur ses origines des choses errones. L, plus -qu'ailleurs, la contradiction tait facile. Elle n'a pas, que je sache, t prsente. J'ai -donc accept le lieu de naissance et la date ports dans le document publi dans le -<i>Mercure historique et politique de Hollande</i>. Le jour de sa naissance est, au surplus, -indiqu par Thodore lui-mme dans le post-scriptum d'une lettre autographe adresse -le 25 aot 1748 la religieuse Fonsea Rome. Cette lettre, intercepte par les -Gnois, se trouve dans les archives d'tat Gnes. <i>Ribellione di Corsica</i>, filza -14/3102.</p> - -<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> Lettre de Thodore au baron de Drost, de Corse, le 18 mars 1736, publie -notamment par Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 83, et dans l'<i>Histoire des Rvolutions -de l'le de Corse</i>, <i>op. cit.</i>, p. 202.</p> - -<p>Varnhagen, <i>Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse</i>, traduit de l'allemand par M. Pierre -Farinole. Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse, -p. 3. Bastia, 1894.</p> - -<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Cette lettre a t publie par Gregorovius dans <i>Corsica</i>, t. II, p. 321. Traduction -de M. P. Lucciana. Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles -de la Corse, 2 vol., Bastia, 1883-1884. Gregorovius affirme avoir tir cette lettre, du -compagnon de Thodore un de ses amis en Hollande, d'un petit livre allemand imprim - Francfort en 1736 et intitul: <i>Sur la vie et les gestes du baron Thodore -de Neuhoff et sur la Rpublique de Gnes par lui offense. Relation -de San Fiorenzo</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> Princesse palatine, seconde femme de Monsieur, frre de Louis XIV, mre du -Rgent.</p> - -<p>.....Je vous remercie bien des gazettes. Elles me divertissent fort, et quand je -les ai lues, je les donne deux pages allemands que j'ai, un Neuhoff et un Keversberg, -pour qu'ils conservent l'habitude de l'allemand et n'oublient pas leur -langue.....</p> - -<p><i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> Traduction et notes par -Ernest Jaegl. 3 vol., Paris, 1890, t. II, p. 96.</p> - -<p>Neuhoff est galement port sur l'<i>tat de la France</i>, parmi les pages de la -princesse.</p> - -<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 85.</p> - -<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> Marneau, le second mari de la mre de Thodore, prtend que son beau-fils -aurait servi dans les rgiments de Navarre et de Courcillon avant de prendre du -service en Bavire. (Marneau M. le C..., Metz, le 26 avril 1736. <i>Loc. cit.</i>, Archives -d'tat Gnes. Archives secrtes). Mais il faut s'en tenir l'assertion de Madame, -puisque c'est elle-mme qui recommanda, l'Electeur de Bavire, son page Neuhoff.</p> - -<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Ecuyer de la duchesse d'Orlans.</p> - -<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Lonore de Rathsamhausen tait une amie d'enfance de la princesse. Elle -faisait chaque anne de longs sjours auprs d'elle.</p> - -<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 85.</p> - -<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <i>Ibidem.</i>—J'ignore sur quoi est bas ce nouveau rquisitoire de la Palatine. -Si le baron de Neuhoff a contract plusieurs mariages au cours de son aventureuse -existence, il n'en a jamais avou qu'un: celui avec lady Sarsfield qu'il pousa en -Espagne quelques annes plus tard.</p> - -<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica, containing genuine and -impartial memoirs of his private life and adventures in France, Spain, Holland, -England, etc. The rise and consequence of the troubles in Corsica, and the -resolution of its inhabitants to shake off the government of the Genoese. The -interposition of the Imperialists and French in favour of the Republic and the -causes of their quitting the Island and also the true spring of this last revolution, -and the motives of King Theodore's present expdition.—Londres, 1743.</i></p> - -<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> Gabriel Syveton, <i>L'erreur de Gœrtz</i>. Revue d'histoire diplomatique, 1896, -n<sup>o</sup> 2, p. 244.</p> - -<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> Gœrtz et Gyllenborg restrent emprisonns pendant cinq mois.</p> - -<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> Ces ngociations aboutirent au congrs d'Aland. L'auteur du livre, publi -Londres en 1743, ne dit pas par qui Neuhoff fut charg de porter des dpches Gœrtz -aprs son emprisonnement. Comme cette mission concide avec son dpart de France, -il est peu prs certain que Thodore porta Gyllenborg, en Angleterre, et Gœrtz, -en Hollande, les dpches du comte Erik Sparre, ministre de Charles XII, en France.</p> - -<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Le 30 novembre 1718.</p> - -<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Le 2 mars 1719.</p> - -<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> Percy Fitzgerald, <i>King Theodore of Corsica</i>, p. 28.—<i>Histoire des Rvolutions -de l'le de Corse et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat</i>, -p. 206.</p> - -<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, p. 208.—Pommereul, -<i>op. cit.</i>, t. I, p. 203.—Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 28.</p> - -<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 29.</p> - -<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> <i>Mercure historique et politique de Hollande</i>, avril 1740. Gnalogie publie - Cologne par Thodore de Neuhoff.</p> - -<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 29—<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> -<i>Op. cit.</i>, p. 209.</p> - -<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 86.</p> - -<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> <i>Journal et Mmoires de Mathieu Marais</i>, publi par M. de Lescure, 4 vol. -Paris, 1864, t. I, p. 264.</p> - -<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 86.</p> - -<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Lettre la comtesse d'Appremont, communique au Srnissime Collge, par -J.-B. de Mari. Turin, le 27 juin 1736. <i>Ribellioni de' Corsi</i>, filza 14/3012. Archives -d'tat Gnes, archives secrtes.—Cette lettre a t publie par M. Antonio -Battistella, <i>Re Teodoro di Corsica. Ritagli e scampoli.</i> Voghera, 1890, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> <i>Correspondance complte de Madame, duchesse d'Orlans.</i> dit. Brunet, -t. II, p. 278.</p> - -<p>Varnhagen, le trop partial biographe de Thodore, dit que M<sup>me</sup> de Trvoux aida -son frre, avec l'aide de l'ambassadeur sudois, le comte de La Marck. Il y a l une -erreur vidente. Tout le monde sait, en effet, que le comte de La Marck n'tait pas le -reprsentant du roi de Sude en France, mais bien le ministre de France en Sude.</p> - -<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> <i>Correspondance complte de Madame, duchesse d'Orlans</i>, dition Brunet, -t. II, p. 279.</p> - -<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> <i>Mmoires historiques, militaires et politiques sur les principaux vnements -arrivs dans l'isle et royaume de Corse depuis le commencement de -l'anne 1738 jusque la fin de l'anne 1741</i>, par Jaussin, ancien apothicaire -major des camps et armes de S. M. trs chrtienne, t. I, p. 296.—Lausanne, 1758.</p> - -<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> Sorba, ministre de Gnes en France, au Srnissime Collge. Paris, le -30 avril 1736. <i>Francia</i>, mazzo 45, anni 1734-1737. Archives d'tat Gnes, archives -secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 30.</p> - -<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> <i>Ibidem.</i>—L'auteur ne croit pas la sincrit de ce rapport de police. Il estime -que ces histoires auraient t fabriques aprs coup par des espions gnois pour noircir -Thodore. Les rapports de police valaient l'poque ce qu'ils valent de nos jours; -on pouvait y trouver tout ce qu'on voulait pour perdre quelqu'un. On avait du reste -beau jeu accuser Thodore de filouterie; il tait matre en cet art.</p> - -<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Varnhagen, <i>op. cit.</i>, p. 11.</p> - -<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> M. le vicomte de Grouchy, dans les <i>Mmoires de la Socit de l'Histoire de -Paris et de l'le de France</i>, t. XXI, 1894, donne la gnalogie de cette famille dans -une intressante notice consacre Everhard Jabach.</p> - -<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> Vicomte de Grouchy, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i></p> - -<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> <i>Correspondances de Corse</i>, vol. I. Archives du ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> <i>Mmoires de Rostini</i>, publis et traduits par M. l'abb Letteron.—Bulletin -de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 2 vol.</p> - -<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> Il ne faut pas confondre Dominique Rivarola avec le gouverneur gnois de -Bastia, du mme nom. Voici d'ailleurs les dtails biographiques que donne l'abb -Rostini sur ce personnage: Ce Rivarola, originaire de Chiavari, de l'tat de Gnes, -et, semble-t-il, d'une bonne famille (puisqu'il obtint un arrt favorable propos de -quelques places dans certain collge de Sienne, destines aux descendants d'une -bonne famille, des Rivarola de Gnes), s'tait tabli depuis longtemps Bastia, et, -par une double parent, s'tait uni la maison Frediani. Plusieurs fois il avait -particip des gains illicites, des ventes par autorit de justice, comme en font -les commissaires gnois, comme il y en eut particulirement sous le gouvernement -de Nicol Durazzo. Il tait consul d'Espagne lorsque l'infant Don Carlos passa en -Toscane, et que les galres qui le conduisaient ayant t disperses par la tempte, -celle sur laquelle tait mont le marquis de Monte-Allegro, aujourd'hui duc de -Sales, arriva Bastia. Le marquis eut avec Rivarola plusieurs confrences, et -s'claira, dit-on, sur ce qu'on pensait des affaires de la Corse. Ce qu'il y a de certain, -c'est que, depuis cette poque, Dominique Rivarola se montra toujours ouvertement -dvou aux intrts de la Corse. Soit hasard, soit politique, il fut relev de sa charge -de consul; il restait Livourne, o il s'occupait spcialement de faire venir de -Corse des recrues, surtout pour le rgiment corse au service de l'Espagne, dans -lequel tait lieutenant-colonel, Francisco, son fils, jeune homme de grand talent -emport Naples par une mort prmature. Nous retrouvons ce mme Dominique -Rivarola, colonel, au service de S. M. sarde, et commandant du sige lorsque les -Anglais bombardrent Bastia.—<i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Varnhagen, <i>op. cit.</i>, p. 21.</p> - -<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <i>Ibidem</i>, p. 24.</p> - -<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> Cette pice n'a t cite par aucun des historiens qui se sont occups de -Thodore de Neuhoff. C'est la dposition faite sous serment, Gnes, le 3 juin 1736, -par deux esclaves rachets: Michel Varalzi et Pierre Varsi, natifs de Bonifacio.</p> - -<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Les dposants n'indiquent pas l'anne o aurait eu lieu cette arrive; ils se -contentent de dire que le personnage arriva vers le milieu du mois de mars et qu'il -resta chez Buongiorno jusqu' la fin d'avril. Comme les esclaves rachets ont fait leurs -dpositions en 1736, il semble rsulter qu'ils paraissent indiquer cette anne-l comme -celle o Thodore serait arriv Tunis. Or, le 12 mars 1736, il jetait l'ancre devant -Alria. Ou les esclaves rachets se sont tromps de mois, ou ils ont voulu parler d'une -anne antrieure.</p> - -<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Gabriel Syveton, <i>Une Cour et un Aventurier au XVIII<sup>e</sup> sicle—Le baron -de Ripperda</i>, p. 230.—Paris, 1896.</p> - -<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <i>Dpositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de l'illustrissime -magistrat du rachat des esclaves.</i> <i>Loc. cit.</i> Archives d'tat Gnes, archives -secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> -sur le trne de cet tat, tire des Mmoires tant secrets que publics.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> Pierre Paupie tait l'diteur de la <i>Gazette d'Amsterdam</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> Le livre anglais anonyme dit que le pavillon du navire qui amena Thodore -en Corse tait bleu avec des raies blanches.</p> - -<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> J'ai dj eu l'honneur de vous rendre compte de l'arrive en cette le d'un -personnage inconnu qui y a fait beaucoup de bruit..... Quelques-uns s'imaginent -que ce pourrait tre M. de Ripperda, d'autres que ce n'est qu'un corse travesti. -Quoiqu'il en soit, cette aventure inquite fort la rpublique et elle fera partir -incessamment trois galres pour se rendre la Bastie.—Campredon Maurepas, -ministre de la Marine. Gnes, le 19 avril 1736.—Correspondance de Gnes, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, p. 198.—<i>Lettres juives</i>, -t. II, p. 265.</p> - -<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, prface, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, p. 193.</p> - -<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <i>Lettres juives.</i> <i>Op. cit.</i>, t. II, p. 264.</p> - -<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> <i>Dpositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de l'illustrissime -magistrat du rachat des esclaves.</i> <i>Loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> Voir le chapitre prcdent.</p> - -<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> Cette lettre est tire du <i>Journal de Costa</i>.—Extraits traduits en anglais et -publis par M. Theodore J. Bent dans <i>The historical review</i>.—Janvier 1886.</p> - -<p>Rostini, dans ses mmoires, reproduit cette lettre dans des termes identiques, sauf -qu'il indique Paoli comme le destinataire au lieu de Giafferi.</p> - -<p>Je prfre m'en tenir la version de Costa, parce que: 1<sup>o</sup> Costa a t tmoin -oculaire des faits; 2<sup>o</sup> Giafferi figurait, on l'a vu, parmi les prisonniers dtenus Gnes -en 1733. C'tait eux que Thodore avait connus, et non pas ceux qui taient rests dans -l'le, tels que Paoli.</p> - -<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> <i>Journal de Costa.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <i>Ibidem.</i>—<i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> <i>Journal de Costa.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <i>Ibidem.</i>—<i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> <i>Journal de Costa.</i> <i>Op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> Voltaire, <i>Œuvres</i>, t. XXV. <i>Prcis du sicle de Louis XV</i>: De la Corse, -ch. XL, p. 458.</p> - -<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> Lettre d'Angelo, vice-consul de France Bastia, Campredon, Bastia, le -12 avril 1736, communique avec la lettre de Campredon du 10 mai: Correspondance -de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.—Cette lettre a t -publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 278.</p> - -<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> Hrdit possible par un mariage postrieur. Il faut remarquer que si Thodore -avait eu un fils de son mariage avec lady Sarsfield, comme on l'a gnralement prtendu, -il n'aurait pas manqu d'en faire mention dans la Constitution approuve par -lui. Il et fait dclarer ce fils Prince hrditaire, chose trs naturelle, et les Corses n'y -auraient pu faire objection, puisqu'ils admettaient le principe de l'hrdit dynastique.</p> - -<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> Le comte Rivera, ministre du roi de Sardaigne Gnes, au roi. Gnes, le -5 mai 1736: <i>Genova</i>, <i>Lettere ministri</i>, mazzo 15. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> <i>Lettres juives</i>, t. II, p. 265.</p> - -<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <i>lection de Thodore et lois tablies pour le gouvernement du royaume.</i> -Publi par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 278 281, d'aprs le manuscrit -des archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 97.—Publi -galement dans <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 212-220, et -par Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 86-89.</p> - -<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Costa indique la date du 2 mai 1736. C'est videmment une erreur. L'acte du -couronnement, rapport d'une faon identique par plusieurs historiens, est bien dat -du 15 avril 1736. D'ailleurs les copies de cet acte qui se trouvent Gnes et aux -archives du Ministre des affaires trangres portent toutes cette mme date.</p> - -<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> D'Angelo, vice-consul de France Bastia, Campredon, le 12 avril 1736: -Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 276. Cette lettre est date du 12 avril par erreur, -puisqu'elle rend compte de ce qui s'est pass le 15 et le 16.</p> - -<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> D'Angelo Campredon, Bastia, le 12 avril 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 277.</p> - -<p><i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 202-206.—Cambiagi, <i>op. cit.</i>, -t. III, p. 159.</p> - -<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> La mre de Thodore avait—nous l'avons vu—pous en secondes noces, -Marneau, employ des douanes Metz.</p> - -<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> La lettre de Thodore Marneau est indite. Elle se trouve dans les Archives -d'tat Gnes. Sorba, ministre de Gnes, en France, l'avait eue par Schmerling, -ambassadeur de l'Empereur Paris, qui la tenait lui mme d'un de ses amis, ainsi -qu'une lettre de Marneau envoyant M. le C.... (?) la lettre de son beau-fils. Sorba -adressa le 21 mai 1736 les copies de ces deux lettres son gouvernement, en expliquant -comment il en avait eu connaissance.—<i>Francia</i>, mazzo 43 (anni 1734-37). Archives -d'tat, see p. 61, 55, 53, etc.</p> - -<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> Cela prouve—si la preuve avait encore besoin d'en tre faite—que celui qui -se fit appeler le colonel Frderick ne fut pas son fils; il l'aurait fait venir en Corse de -prfrence un neveu.</p> - -<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> Au comte de la Marck—son ancien protecteur—sans aucun doute. Cette -lettre extraite des archives du Ministre des affaires trangres (volume Corse) a t -publie dans le Bulletin des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 1883-1884.</p> - -<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> Marneau M. le C... Metz, le 26 avril 1736. <i>Loc. cit.</i> Archives d'tat Gnes, -archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> Campredon Chauvelin, Gnes les 15 et 29 mars 1736: Correspondance de -Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> Chauvelin Campredon, Versailles le 2 mai 1736: Correspondance de Gnes, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> Les rapports du comte Rivera qui se trouvent aux archives d'tat de Turin -(<i>Genova.</i> <i>Lettere ministri.</i> Mazzo 15), racontent, au sujet de Thodore, les mmes -faits que les dpches de Campredon au gouvernement franais.</p> - -<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> Le comte Rivera (envoy pimontais Gnes)..... parat s'intresser fort aux -affaires de Corse..... Je lui communique sans difficult les nouvelles que je tiens de -notre vice-consul, car elles sont publiques..... Il croit que l'aventure est plus srieuse -que les Gnois ne font semblant d'en tre persuads et si je dois ajouter foi aux discours -de Farinacci et ceux d'un officier vallon que je rencontrai hier cher M. Cornejo -(envoy d'Espagne Gnes), Nehof est appuy par une puissance trangre. On ne -nous souponne point; mais on est persuad que c'est la reine d'Espagne ou les Anglois, -parce que depuis peu il est arriv en Corse quatre btiments de cette nation avec des -munitions..... L'abb Michel m'avertit qu'une barque venue en vingt-quatre heures de -la Bastie porte la nouvelle que les rvolts au nombre de 5 6 mille se sont avancs -deux portes de canon de la Bastie. Farinacci m'a dit que d'ordre de la reine catholique, -Nehof doit arborer l'tendard d'Espagne la premire ville dont il pourrait s'emparer.... -La Rpublique a ordonn au capitaine de la galre, partie hier, de ne pas aborder -la Bastie, mais Ajaccio.....</p> - -<p>Campredon Chauvelin, Gnes, le 3 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Lettre de Bastia du 16 avril 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 282-284.</p> - -<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> D'Angelo, vice-consul de France Bastia, Campredon. Bastia, le 7 mai 1736: -Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, -publie par M. l'abb Letteron, <i>op. cit.</i>, p. 287.</p> - -<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Il n'est pas vraisemblable que Neuhoff ait de son fonds ni de celui des rvolts -les sommes considrables en lisbonnines et louis d'or qu'il distribue avec assez -d'abondance. Bien des gens souponnent les Anglais. L'le de Corse entre leurs -mains donnerait le dernier coup au commerce de la Mditerrane dont la France a -tant d'intrt de maintenir la libert.</p> - -<p>Campredon Chauvelin, Gnes le 10 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> Si l'on pouvait croire que quelque puissance et part ce qui se passe en -Corse, les soupons devraient principalement tomber sur les Anglais... Nous sentons -combien il serait nuisible notre commerce et mme celui de tout le reste de -l'Europe, que cette le se trouvt entre les mains des Anglais. Nous devons tre -aussi attentifs que les Gnois peuvent tre de leur ct inquiets du dnouement de -cette aventure qui peut nous intresser beaucoup si elle tait suscite par les Anglais -ou quelque autre puissance.</p> - -<p>Chauvelin Campredon, Versailles le 5 juin 1736: Correspondance de Gnes, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> Copie d'une lettre de Cornejo Trvino, 4 juin 1736, communique par -Campredon: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Campredon Chauvelin. Gnes, le 14 juin 1736: Correspondance de Gnes, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> Abb de Germanes, <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> Dcret donn Alesani, le 16 avril 1736. Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 281.</p> - -<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 14 avril 1736: Correspondance de Florence, -vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> L'on m'crit de Florence et de Livourne que le capitaine de cette nation -(anglais), qui a fait un second voyage en Corse, aprs y avoir dbarqu Neof, sur la -dfense que M. Fane, ministre d'Angleterre lui a faite d'y retourner, a produit une -lettre du roi de la Grande Bretagne qui l'y autorise et c'est apparemment ce qui a -caus la mission de M. Franois Brignole Londres, o il s'est rendu en poste. Ces -circonstances jointes celles de l'examen des ports de la Corse par un btiment anglais -donnent des soupons fonds....—Campredon Chauvelin. Gnes, le 24 mai 1736: -Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres. -Cette lettre a t publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 293-294.</p> - -<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> Lorenzi Chauvelin. Florence, le 12 mai 1736: Correspondance de Florence, -vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <i>Journal de Costa.</i>—Lettre de Bastia du 16 avril 1736 jointe la lettre de Campredon -du 26: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires -trangres.—Cette lettre, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 284, -porte que Rafaelli, grand chancelier de Corse, tait bord de l'esquif avec un -capucin et six autres Corses. Cet esquif aurait dbarqu huit barils de poudre, -trois caisses de fusils et plusieurs autres choses qu'on ne sait pas.</p> - -<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> Note de l'diteur des <i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci</i>, <i>op. cit.</i>, p. 66.</p> - -<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> Fait Cervione, le 19 avril 1736, sign: Costa, grand chancelier: Correspondance -de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publi par -M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 284-285.</p> - -<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> Village natal de Paoli.</p> - -<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> D'Angelo Campredon. Bastia, le 5 mai 1736: Correspondance de Gnes, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publie par M. l'abb Letteron, -<i>Correspondance</i>, p. 286.</p> - -<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 287.</p> - -<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives -du Ministre des affaires trangres, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 287.</p> - -<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> <i>Journal de Costa.</i>—<i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 67.</p> - -<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Ce mme abb (l'abb Michel Robert), qui a eu tout le dtail des dpenses -pour la Corse, m'a assur qu'actuellement elles se montaient soixante mille livres -par mois, sans compter les provisions de bouche, que la rpublique n'tait pas en tat -de continuer cette dpense, qu'aussi dlibrait-on d'abandonner tout le plat pays -pour ne garder que les quatre villes fortifies.</p> - -<p>Campredon Maurepas. Gnes, 2 mars 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres. Cette lettre a t publie in-extenso par -M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 275.</p> - -<p>Si au commencement de 1736 les dpenses de Gnes pour la Corse se montaient -soixante mille livres par mois, elles durent certainement s'lever un chiffre suprieur -aprs le dbarquement de Thodore.</p> - -<p>L'abb Michel Robert, prtre franais, tait secrtaire de Flix Pinelli. Cet ecclsiastique -alla en Corse en 1735 avec son matre, lorsque celui-ci fut nomm commissaire -gnral de l'le. Campredon avait eu soin de se mnager les confidences de cet -abb en toute sret. C'est une des meilleures acquisitions que j'eusse pu faire en -ce pays-l pour le service du roi, disait-il, et j'espre, Monseigneur, que vous en -reconnatrez l'utilit et le mrite.</p> - -<p>Campredon au ministre, le 16 juin 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 229.</p> - -<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> L'dit, sign par le doge Giuseppe Maria, est dat du 9 mai 1736. Il fut imprim -chez Franchelli. Ce placard porte en tte l'cu de Gnes avec la croix et la couronne -ducale soutenues par deux griffons. Communiqu avec la lettre de Campredon du -17 mai: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires -trangres. Voir galement: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 287; Cambiagi, -<i>op. cit.</i>, t. III, p. 86; <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 222 et suiv. -La traduction de cet dit parut dans les gazettes de Hollande (juin 1736).</p> - -<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> L'abb Michel me dit que les choses (en Corse) sont sans remde..... Je ne -vois cependant pas que le Snat se donne beaucoup de mal pour y en apporter. Il s'est -content jusqu' prsent de faire publier le manifeste ci-joint contre le sieur Thodore -de Neuhoff et cette belle pice a t le fruit de dix conseils tenus exprs pour dlibrer -si elle aurait lieu, en sorte que l'on peut dire que c'est proprement dans le Snat que -subsiste la guerre et la division.—Campredon Chauvelin, Gnes, le 17 mai 1736.</p> - -<p>Le ministre rpondit: C'est une faible ressource contre les progrs de Neuhoff que -la pice qu'on s'est dtermin publier contre lui.—Chauvelin Campredon, le -29 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p>En reproduisant l'dit du Snat dans son numro du mois de juin 1736, <i>le Mercure -historique et politique de Hollande</i> disait: <i>Qui nimis probat nihil probat</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> Fait au Patrimoine de Nebbio le 2 juin 1736. Ce manifeste, publi par -M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 397, se trouve dans la Correspondance de -Gnes, vol. 97, aux archives du Ministre des affaires trangres. Les journaux -de Hollande en reproduisirent un texte approchant dans leur numro de juin. Voir -galement Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 93 et <i>Histoire des rvolutions de l'le de -Corse</i>, p. 230.</p> - -<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 209.</p> - -<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> Les gens de Bastia taient tellement affols qu'ils prtendaient que Thodore -payait argent comptant le mtal qu'on recherchait. Il fallait le connatre bien mal -pour faire une supposition pareille! Ils exagraient du reste singulirement son butin.</p> - -<p>Il prend toute la vaisselle d'argent ou monnaie, de mme que le cuivre, dont il -paie la valeur comptant en or et fait ensuite marquer toute cette monnaie son coin; -en un mot il est obi et respect comme pourrait l'tre le plus lgitime monarque; -cela passe l'imagination. Cependant nous sommes ici sans forces et sans provisions de -bouche, sans esprance de rcolte, tout le plat pays tant au pouvoir des rebelles. Dans -les seuls districts de Vescovato et de Procoli, ils ont pris ou confisqu pour plus de -six cent mille livres d'effets, jugez du reste et de notre situation. Dieu le pardonne -ceux qui en sont la cause. Lettre de Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance de -Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publie par M. l'abb -Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 295.</p> - -<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Xavier Matra Thodore, Matra, le 30 mai 1736: <i>Materie politiche—Negoziazione -colla Corsica—Carte diverse relative al regno di Teodoro Neuhoff in -Corsica</i>, mazzo 3, inserto II. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> D'aprs une lettre de Bastia du 7 mai 1736, Thodore serait all dans le Nebbio -ds le commencement de mai. Il aurait log dans la maison du feu comte Masimo -qui est situe entre La Bastie et San Fiorenzo: Correspondance de Gnes, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres. Cette lettre a t publie par M. l'abb -Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 287.</p> - -<p>Sur une adresse de la main de Thodore Costa, qui se trouve la bibliothque -municipale de Turin (collection Cossila), figure un petit cachet en cire rouge qui -reprsente un cusson coup. D'un ct, d'argent, le buste d'un homme; de l'autre, -de sable, un dessin qui semble reprsenter le monogramme du roi.</p> - -<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> Costa, comme la plupart des lieutenants de Thodore, commence toutes ses -lettres selon les rgles du protocole par le mot <i>Sire</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> Un nomm Pietri de Tavagna expdiait lui aussi des bestiaux et des denres -au camp tabli devant San Pellegrino.—Pietri Thodore, Tavagna, le 31 mai 1736: -<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> Costa Thodore, Orneto, le 6 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> On appelait ainsi, en Corse, les tratres et les assassins soudoys par les Gnois, -du nom de Vittolo, qui, le 17 janvier 1567, l'instigation de Gnes et moyennant, -dit-on, cent cinquante cus, assassina Sampiero, le hros corse, dont il tait cuyer. -Voir la chronique d'Anton Pietro Philippini traduite et publie par M. l'abb Letteron, -dans le <i>Bulletin de la Socit des sciences historiques et naturelles de la Corse</i>, -Bastia, 1890. <i>Histoire de la Corse</i>, t. III, p. 230-236.</p> - -<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> Costa Thodore, Orneto, le 7 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> Poggi Thodore, Zicavo, le 8 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> Costa Thodore, Orneto, le 9 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> Costa Thodore, Orneto, le 13 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> Costa Thodore, Orneto, le 15 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Costa Thodore, Orneto, le 19 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> Costa Thodore, Orneto, le 29 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> Cristoforo Buongiorno Thodore, Orneto, les 13 et 22 juin 1736: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> Lettre anonyme sans date, mais certainement crite dans le courant de 1736, -puisqu'elle a t adresse Thodore pendant qu'il tait en Corse: Bibliothque -municipale de Turin, collection d'autographes Cossilla, mazzo 28.</p> - -<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i>—<i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> Pietro Gaffori Thodore, Tavagna, les 26 et 30 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> Gaffori Thodore, Tavagna, le 30 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat -de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin; Couvent de Tavagna, le 29 juin 1736: -<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> E. Cartier, <i>Monnaies frappes en Corse par Thodore et Paoli</i>, dans la -<i>Revue numismatique</i>, 1812, p. 193-212.—Campredon envoya Chauvelin une -pice de deux soldi et demi avec sa dpche du 28 juin: Correspondance de Gnes, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> Jaussin, l'apothicaire de l'arme franaise pendant l'expdition de 1738, dit: -Je fis l'acquisition de deux pices de monnaie de ce roi de nfles. Quelque viles -qu'elles fussent cause du sujet et de la matire, elles taient pourtant rares; elles -eurent un peu de cours dans plusieurs <i>pieve</i> rebelles. Cette monnaie tait de billon, -de la plus basse valeur, petite, mince et mal fabrique. On n'y voyait point de portrait -et il tait impossible d'en dchiffrer la lgende; on apercevait seulement une couronne -ferme et au-dessous un grand T et une grande R qui signifiaient sans doute -Thodore Roi. Mais l o Jaussin se trompait c'est quand il ajoutait: <i>On -frappa aussi quelques pices d'or et d'argent</i>, mais je ne pus jamais en avoir, -vu leur extrme raret. <i>Op. cit.</i>, t. 1, liv. II, p. 274-275.</p> - -<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 208.—E. Cartier, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> La reproduction de la monnaie de Thodore a t faite d'aprs l'ouvrage du -colonel Maillet: <i>Catalogue descriptif de toutes les monnaies obsidionales et de -ncessit</i>. Bruxelles, 1870-73, 2 vol. in-8<sup>o</sup> et 2 atlas oblongs avec 218 planches.</p> - -<p>M. J. Protat, de Mcon, collectionneur et numismate des plus rudits, a bien -voulu me donner ce dessin et les clichs typographiques dont il a surveill lui-mme -la confection. J'ai le regret de n'avoir pu lui tmoigner ma sincre gratitude avant sa -disparition prmature. Qu'il me soit au moins permis de donner sa mmoire -un souvenir reconnaissant.</p> - -<p>Comparez ce dessin, qui reprsente les pices comme elles auraient d tre, avec la -planche d'aprs les moulages.</p> - -<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> E. Cartier, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> E. Cartier, <i>op. cit.</i>—<i>Relazione della Corsica di Giacomo Boswell scudiere, -trasportata in italiano dall'originale inglese</i>, p. 112.—Note de l'diteur des -<i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci</i>, p. 67.</p> - -<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> Il y a une diffrence trs sensible entre les deux spcimens en argent de la -Bibliothque nationale. L'un parat tre d'un mtal trs infrieur l'autre et d'une -frappe plus grossire. On aperoit parfaitement dans l'une de ces pices (n<sup>o</sup> 1 de la -planche d'aprs les moulages) comme une hsitation dans la gravure, des doubles -traits, ce qui laisserait supposer qu'on s'y serait repris deux fois et pas au mme -endroit. La circonfrence est plus irrgulire; sur l'un des bords de la face, il y a une -saillie du mtal trs caractrise provenant sans doute de ce que le coin aurait t -appliqu d'une faon trs imparfaite. La dfectuosit de l'outillage dont se servaient -les ouvriers de Thodore, la raret de l'argent qu'ils avaient leur disposition, -donnent penser que l'exemplaire le plus grossier comme frappe et le plus bas comme -titre serait le vrai.</p> - -<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> Giacomo Francesco Pietri Thodore, Couvent de Tavagna, le 17 juin 1736: -<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> <i>Ibidem.</i> ... La monnaie qu'il avait fait battre depuis peu n'avait aucun -cours parce que personne ne voulait la recevoir. Tout ceci fait juger que ces peuples, -naturellement froces et peu patients, pourraient bien tourner toute leur fureur contre -le sieur Thodore et ses adhrents; ce serait un grand coup pour la rpublique qui ne -saurait mieux faire que de semer la division parmi eux; c'est l'unique moyen de -rtablir son autorit. Lettre de Bastia, du 16 juillet 1736, publie par M. l'abb -Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 309.</p> - -<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin; Tavagna, les 29 et 30 juin 1736: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> L'altra sera si lasci sortir di bocca che di qua e re da se et che il nostro re -e re de' coglioni.</p> - -<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> Jean-Paul Costa son oncle, Sainte-Marie d'Ornano, le 25 juin 1736: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> Hyacinthe Paoli Thodore, Rostino, le 27 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat -de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> Lettre de Bastia, du 18 juin 1736, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 304-305.</p> - -<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> Arrighi Thodore, du camp de Bastia le 24 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> Aujourd'hui le petit sminaire de Corte.</p> - -<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> Thodore Costa, Corte, le 2 juillet 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> A Vico selon Rostini, Bogognano suivant une lettre de Bastia du 31 juillet -1736, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 309-311.</p> - -<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <i>Journal de Costa.</i>—<i>Mmoires de Rostini.</i>—Lettre crite de Bastia, le -31 juillet 1736, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 309-311.</p> - -<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> Costa Thodore, Orneto (sans date): <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> Les parents du feu Luccioni qu'ils ont fait mourir, bien loin d'en tmoigner -du ressentiment, comme on s'tait flatt ici, se sont runis au nouveau roy sur la parole -de Fabiani qui lui conduit des otages de leur part. En cette considration, il les a -crs marquis et comtes, savoir Paviani de Matra, et Martinetti d'Alria, aprs -quoi Thodore les a congdis.... Lettre de Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance -de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publie par -M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 295.</p> - -<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> Cette date est celle du testament politique de Fabiani dont je parle plus loin.</p> - -<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> <i>Journal de Costa.</i>—<i>Mmoires de Rostini.</i></p> - -<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> Cet crit a t publi dans le <i>Bulletin de la Socit des sciences historiques et -naturelles de la Corse</i> IX<sup>e</sup> anne, 1889, 103<sup>e</sup>, 104<sup>e</sup>, 105<sup>e</sup> et 106<sup>e</sup> fascicules, p. 576-600). -D'aprs une note de l'diteur, le testament politique de Fabiani serait rest manuscrit -jusqu'alors. Il avait t communiqu la Socit par des descendants du gnral qui -habitent Santa Reparata. Il y a l une erreur. Le testament politique de Simon Fabiani -a t imprim aprs l'assassinat. Il se trouve en effet aux archives du Ministre des -affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 98, anne 1736, fol. 27 34, un -exemplaire imprim de cet crit qui porte pour titre: <i>Simone Fabiani, tenente -generale dell'armi de' malcontenti di Corsica, ferito a morte da sicarj, scrive a' -Corsi suoi compagni, ed a quei Corsi, che sono dentro e fuori del Regno</i>. L'crit -porte la fin: <i>Da Piazzole di Orezza, li 15 di luglio 1736</i>. L'imprim qui se -trouve Paris fut communiqu par Campredon au Ministre le 15 novembre 1736. -Voir: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 323.</p> - -<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> Grgoire Salvini Thodore, Monticello, le 1<sup>er</sup> juillet 1736: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> Grgoire Salvini Thodore de Neuhoff, Ville, le 18 juillet 1736: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> Lettre du 5 aot 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 311.</p> - -<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> Lettre de Campredon, du 23 aot 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 312.</p> - -<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> Lettre de Bastia du 23 aot 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 312-313.</p> - -<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 67.</p> - -<p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282" class="label">[282]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283" class="label">[283]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284" class="label">[284]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285" class="label">[285]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286" class="label">[286]</a> Sorba, crivait Campredon, n'a contre lui que le pch originel de sa naissance -qui est d'tre corse. Campredon Amelot, Gnes, le 18 juillet 1737: Correspondance -de Gnes, vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287" class="label">[287]</a> Lettre la comtesse d'Apremont communique par J.-B. Mari, ministre de -Gnes Turin. Turin, le 27 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives -secrtes. Cette lettre a t publie par M. Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288" class="label">[288]</a> Mmoire remis par la rpublique de Gnes Campredon et transmis par celui-ci -en original et en traduction au ministre. Campredon Chauvelin, Gnes, le -31 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289" class="label">[289]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 2 juillet 1736: <i>Francia</i>, mazzo 45 -(anni 1734-37). Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290" class="label">[290]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 23 juillet 1736: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291" class="label">[291]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, les 8 et 14 octobre 1736: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292" class="label">[292]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 12 novembre 1736: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293" class="label">[293]</a> M<sup>me</sup> de Trvoux, sœur du baron de Neuhoff, tait morte quelques annes -auparavant, laissant un fils et une fille. Le fils tait officier aux Gardes franaises. -La fille se trouvait encore au couvent en 1736. On la disait fiance un certain -Desnoyers, de Normandie.—Sorba au Srnissime Collge, Paris, les 13 et 20 aot -1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294" class="label">[294]</a> J.-B. de Mari au Srnissime Collge, Turin, le 5 septembre 1736. <i>Filza -Ribellione di Corsica</i>, N. G<sup>le</sup> 14-3012. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.—Lorenzi - Chauvelin, Florence, le 25 aot 1736: Correspondance de Florence, vol. 87. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295" class="label">[294]</a> Campredon Chauvelin, Gnes, le 14 juin 1736: Correspondance de Gnes, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 306.</p> - -<p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296" class="label">[296]</a> Campredon envoya la copie de ce manifeste Chauvelin avec sa dpche du -23 aot 1736: Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297" class="label">[297]</a> Gregorius, <i>Corsica</i>, t. II, p. 334-338.—<i>Histoire des rvolutions de l'le de -Corse</i>, p. 249-260.—Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 98-101.</p> - -<p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298" class="label">[298]</a> Beaucoup de personnes doutrent fort de l'authenticit de cette lettre, et, en -effet, elle a tout l'air d'avoir t fabrique par des gens disposs se divertir aux -dpens des Gnois.—<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 249.</p> - -<p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299" class="label">[299]</a> Il y a un second libelle qu'on attribue aux Corses, mais si peu revtu de -ressemblance que je le crois fabriqu Gnes.—Campredon Chauvelin, Gnes, -le 30 aot 1736: Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300" class="label">[300]</a> La rpublique de Gnes est sans doute fonde cacher autant qu'elle peut les -dsavantages qu'elle essuie en Corse; mais elle a dans son sein bien des mcontents -qui se portent l'autre extrmit pour dvoiler tous les mystres, et les feudataires -de l'empereur ou du roi de Sardaigne ne se font pas un scrupule pour trahir le bien -public pour leurs intrts particuliers. C'est par un de ces canaux que j'ai eu la pice -ci-jointe... La personne qui m'a confi ces pices s'exprime en ces termes: Je -satisfais plus mon devoir qu' votre curiosit en vous envoyant les deux derniers -mmoires ou libelles de Thodore. Ils sortent de la mme plume que le prcdent; -j'ai eu de la rpugnance les lire et du regret les communiquer, car s'ils contiennent -vrit, nous aurions de la honte vous et moi passer notre vie auprs de tels -princes. En effet, les Gnois y sont bien mal traits; mais l'esprit de satire prs -qui y rgne d'un bout l'autre, l'auteur cite des faits historiques anciens et modernes -qui sont sans rplique.—Campredon Chauvelin, Gnes, le 20 septembre 1736: -Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301" class="label">[301]</a> Campredon Chauvelin, Gnes, le 19 juillet 1736: Correspondance de Gnes, -vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302" class="label">[302]</a> Abb de Germanes, <i>op. cit.</i>—P. P. Pompei, <i>tat actuel de la Corse. -Caractres et mœurs de ses habitants</i>, Paris, 1821, p. 189.</p> - -<p>Nous verrons dans la suite que Thodore tait en rapports assez suivis avec une -M<sup>me</sup> de Champigny habitant Paris. Ils changeaient des lettres fort tendres. Serait-ce -cette dame qui aurait t la matresse royale attitre?</p> - -<p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303" class="label">[303]</a> Abb de Germanes, <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304" class="label">[304]</a> Les promesses sont des arguments uss l'gard de ces insulaires qui ne -s'y laisseront plus surprendre.—Campredon Chauvelin, Gnes, le 23 aot 1736: -Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305" class="label">[305]</a> Thodore Jean-Charles Cottone, Verde, les 16 et 29 aot 1736: <i>loc. cit.</i> -Bibliothque municipale de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306" class="label">[306]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307" class="label">[307]</a> Ces rochers ont une lvation de plus de 1,500 mtres.</p> - -<p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308" class="label">[308]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309" class="label">[309]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310" class="label">[310]</a> <i>Ibidem.</i> Le chroniqueur n'indique pas le nom du village. Peut-tre ne le -savait-il mme pas.</p> - -<p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311" class="label">[311]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312" class="label">[312]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313" class="label">[313]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314" class="label">[314]</a> Le 16 septembre 1736.</p> - -<p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315" class="label">[315]</a> L'dit comportait seize articles et les rgles annexes neuf.</p> - -<p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316" class="label">[316]</a> Cambiagi, <i>loc. cit.</i>, t. III, p. 109-112.—<i>Histoire des rvolutions de l'le de -Corse</i>, p. 262-272.</p> - -<p>Voici la description que donne ce livre de l'insigne de l'<i>Ordre de la Dlivrance</i>. -Il est supposer d'ailleurs que cet insigne resta toujours l'tat de projet: La -croix ou toile de cet ordre est un champ de sinople, arec un ourlet d'argent ou blanc. -Les sept pointes de la croix ou toile, et l'anneau par lequel elle est attache, sont d'or -ou jaunes; et les sept autres petites pointes de sable et charges des armes du roi -blanches ou d'argent; et le bord de la croix jaune ou d'or. Dans le milieu de l'toile -est la justice, couleur de chair, reprsente par une femme qui a une ceinture d'o -pend une feuille de figuier d'or. Elle tient de la main droite une pe d'acier, et de la -gauche une balance, dans un des bassins triangulaires de laquelle est une tache rouge -et dans l'autre une couleur de plomb. Au-dessous de la main, qui tient l'pe, est un -globe d'or surmont d'une croix; et au-dessous de la main, qui tient la balance, est un -triangle d'or au milieu duquel est un T.</p> - -<p>En 1757, Pascal Paoli cra galement un ordre de chevalerie compos de cinquante -<i>braves</i>, qui s'appelaient entre eux <i>confrres</i>. L'insigne consistait en une mdaille -reprsentant Sainte Dvote: Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 19.</p> - -<p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317" class="label">[317]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318" class="label">[318]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319" class="label">[319]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 272.</p> - -<p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320" class="label">[320]</a> Toute l'le tait si dpourvue d'artisans, qu' peine y pouvait-on trouver un -tonnelier; en sorte qu'ils (les Corses) taient obligs de mettre leur huile et leur vin -dans des cruches ou dans des outres: <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 276.</p> - -<p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321" class="label">[321]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 277.</p> - -<p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322" class="label">[322]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323" class="label">[323]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324" class="label">[324]</a> -Ayant dlibr de passer en terre ferme afin de chasser les Gnois, nos -ennemis, des places fortes de notre royaume, craignant d'tre tromp par ceux qui -seraient chargs de nos affaires en notre absence; et voyant, d'ailleurs, les mois -s'couler sans qu'il vienne de secours et sans que nous sachions d'o provient ce -retardement, nous avons cru qu'il tait de notre devoir de consoler nos peuples -avant notre dpart, non seulement en leur faisant connatre les justes motifs de ce -voyage, mais aussi en pourvoyant toutes les places et provinces de bons et fidles -commandants; de manire que le gouvernement de notre royaume ne souffre point de -notre absence, et que toutes les munitions de guerre que nous y enverrons avant -notre retour, soient reues en toute sret. C'est pourquoi, en vertu de notre prsente -ordonnance royale, nous avons lu, comme nous lisons pour commandants -extraordinaires les ci-aprs nomms, auxquels nous confions toute notre autorit -royale, en ce qui concerne le gouvernement de nos peuples dans les places et provinces -respectives. Ordonnons, en consquence, tous nos peuples de rendre l'obissance -due nos commandants et nos officiers, que nous leur enjoignons de reconnatre -comme tels, et de les assister lorsqu'il sera ncessaire, sous peine de notre -indignation royale. Nous dclarons qu'autant, notre retour, nous saurons bon gr - ceux qui auront t fidles et obissants, autant sommes-nous rsolu de chtier et -de punir avec toute la svrit possible ceux qui seront coupables de dsobissance. -A cette fin, et pour que la prsente dlibration vienne la connaissance de tous et -soit un sujet de consolation pour les bons et un motif de crainte pour les mchants, -nous voulons que cette ordonnance soit publie dans tous les lieux du pays, par ces -mmes commandants que nous chargeons de notre puissance royale. Et afin de -donner plus de validit notre prsente ordonnance, nous l'avons signe de notre -propre main et munie de notre sceau royal.</p> - -<p>Donn artne.</p> - -<p class="signature">THODORE.</p> - -<p>Comte Costa, secrtaire d'tat, grand chancelier et garde des sceaux.</p> - -<p>Suit la liste des diffrents commandants institus. Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, -p. 115-117.—<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 281-284. Cet auteur porte -que l'dit est dat du 14 novembre. Cambiagi indique le 10. Ce sont des erreurs -matrielles. Thodore est arriv le 12 novembre Livourne. La date du 4 novembre -est formellement indique sur l'exemplaire de l'ordonnance, envoy au ministre par -Campredon: Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325" class="label">[325]</a> Voir sur la secte des Giovannali et sur leurs pratiques: <i>Chronique de Giovanni -della Grossa</i>, p. 220.</p> - -<p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326" class="label">[326]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327" class="label">[327]</a> Lait de chvre caill.</p> - -<p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328" class="label">[328]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329" class="label">[329]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330" class="label">[330]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331" class="label">[331]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332" class="label">[332]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 117.—Lettre de Campredon du 22 novembre, -publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 323.</p> - -<p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333" class="label">[333]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334" class="label">[334]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 287.—Percy Fitzgerald, -<i>op. cit.</i>, p. 83.</p> - -<p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335" class="label">[335]</a> <i>Journal de Costa.</i></p> - -<p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336" class="label">[336]</a> Le consul de France Livourne fit mettre le patron Dcugis aux arrts. La -rpublique de Gnes avait, en effet, demand aux puissances maritimes d'interdire -leurs nationaux de faire le commerce avec les rebelles. Nanmoins Dcugis fut -promptement remis en libert.</p> - -<p>Maurepas Campredon, le 13 dcembre 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 328.—<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 287.</p> - -<p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337" class="label">[337]</a> Il faut distinguer le marquis de Rivarola des deux personnages dont j'ai -dj eu occasion de parler: Rivarola, le gouverneur gnois Bastia, et Dominique -Rivarola, l'agent des Corses Naples.</p> - -<p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338" class="label">[338]</a> Le marquis de Rivarola au comte Trivera, le 27 novembre 1736, <i>Genova</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339" class="label">[339]</a> <i>Mercure politique et historique de Hollande</i>, dcembre 1736.</p> - -<p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340" class="label">[340]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 17 novembre 1736: Correspondance de Florence, -vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341" class="label">[341]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 1<sup>er</sup> dcembre 1736: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342" class="label">[342]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 17 dcembre 1736: Correspondance de -France, <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343" class="label">[343]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 8 dcembre 1736: Correspondance de Florence, -vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344" class="label">[344]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 15 dcembre 1736: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345" class="label">[345]</a> Campredon Maurepas, 20 dcembre 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 328. Ce confesseur devait tre un de ces prtres qui entouraient le roi et auquel -celui-ci aurait donn ce titre purement honorifique, car il est vraisemblable que -Sa Majest ne pratiquait pas beaucoup.</p> - -<p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346" class="label">[346]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 174.</p> - -<p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347" class="label">[347]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 26 janvier 1737: Correspondance de Florence, -vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348" class="label">[348]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 15 dcembre 1736, vol. 87: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349" class="label">[349]</a> Le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France Rome, Chauvelin, Rome, -le 28 dcembre 1736: Correspondance de Rome, vol. 759.—Campredon Chauvelin, -Gnes, le 17 janvier 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du Ministre -des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350" class="label">[340]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 5 janvier 1737, vol. 88: Correspondance de -Florence. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351" class="label">[351]</a> Campredon Chauvelin, Gnes, le 17 janvier 1737, vol. 99: Correspondance de -Gnes. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352" class="label">[352]</a></p> - -<p>Lorenzi Chauvelin, Florence, les 1<sup>er</sup> et 22 dcembre 1736: Correspondance de -Florence, vol. 38. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p>De son ct Campredon crivait Chauvelin: Si la conduite du consul espagnol -Livourne a eu pour objet la compassion dans ce qu'il a fait en faveur du baron de -Neuhoff l'on ne peut pas dire la mme chose de ce qui a rapport au chanoine Orticoni, -aumnier du roi des Deux-Siciles et son pensionnaire; il ne parat gure vraisemblable -que de cette part on et approuv tacitement la dmarche du consul, s'il avait, comme -on le dit, surpris le commandant de Livourne lorsqu'il lui a demand de faire sortir -de nuit sa felouque pour une expdition qui regardait le service de la cour de Naples. -Quoi qu'il en soit, l'on voit que depuis l'arrive d'Orticoni en Corse, les rvolts ont -redoubl d'animosit et de courage...</p> - -<p>Je suis bien persuad que la cour de Naples ne leur donne encore aucun secours -ouvertement, sous le prtexte de religion, de ne point envahir le bien d'autrui, mais -il y a de bonnes raisons pour croire que si Orticoni vient bout d'occuper quelques -villes o il y a un bon port, et rendre son parti suprieur, le roi de Naples acceptera -l'offre que lui feront les Corses de se donner lui...</p> - -<p>Gnes, le 17 janvier 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du Ministre -des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353" class="label">[353]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 22 dcembre 1736: Correspondance de Florence, -vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354" class="label">[354]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 296-297.—Cambiagi, <i>op. cit.</i>, -t. III, p. 120-123.</p> - -<p>Les rvolts paraissent plus anims et plus unis qu'avant le dpart du baron de -Neuhoff. Campredon Maurepas, 6 dcembre 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 325.</p> - -<p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355" class="label">[355]</a> Les personnages dont la rpublique mettait la tte prix taient: Thodore de -Neuhoff, Costa pre et fils et Durazzo. En ce qui concernait le jeune Costa, le Snat -se trompait; il n'tait pas le fils, mais bien le neveu du fidle compagnon de Thodore.</p> - -<p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_355" class="label">[356]</a> Campredon Maurepas, 10 janvier 1737: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p.321.</p> - -<p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357" class="label">[357]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 126-197.—<i>Histoire des rvolutions de l'le de -Corse</i>, p. 307-378.</p> - -<p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358" class="label">[358]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 175.</p> - -<p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359" class="label">[359]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 14 janvier 1737: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360" class="label">[360]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 313.</p> - -<p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361" class="label">[361]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 91.</p> - -<p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362" class="label">[362]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 4 mars 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat -de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363" class="label">[363]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 313-314.—Percy Fitzgerald, -<i>op. cit.</i>, p. 91.</p> - -<p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364" class="label">[364]</a> Lettre crite d'Amsterdam le 16 mars 1737: Correspondance de Hollande, -vol. 422. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365" class="label">[365]</a> De la Ville, faisant l'intrim de Fnlon, ministre de France La Haye, -Amelot, La Haye, le 23 avril 1737: Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives -du Ministre des affaires trangres.—Le comte Borr de la Chavanne, ministre -sarde La Haye, au roi de Sardaigne, La Haye, le 23 avril 1737: <i>Lettere ministri</i>, -mazzo Olanda, mazzo 33. Archives d'tat de Turin.—Suivant ces deux ministres, -les dettes de Thodore, en Hollande, se montaient dix-sept mille florins. Une relation -de l'arrestation de Thodore indique le chiffre de trente mille florins.</p> - -<p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366" class="label">[366]</a> <i>Relazione del modo con cui vienne scoperto nella citt d'Amsterdam il -barone Teodoro di Neuhoff, re di Corsica, e dell'arresto fattone eseguire dai -vari crditori del medesimo: Materie politiche, negoziazioni colla Corsica</i>, -mazzo 1<sup>o</sup> d'addizione. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367" class="label">[367]</a> De la Ville Amelot, La Haye, le 23 avril 1737: Correspondance de Hollande, -vol. 422. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368" class="label">[368]</a> <i>Relazione</i>: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369" class="label">[369]</a> Chaque jour de nouveaux cranciers se produisent, qui aggravent son crou -et il ne lui sera pas ais de trouver les sommes qu'on lui demande.—De la Ville - Amelot, La Haye, le 7 mai 1737: Correspondance de Hollande, vol. 423. Archives -du Ministre des affaires trangres.—Borr de la Chavanne au roi de Sardaigne, -La Haye, le 7 mai 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p>Le jour mme o le ministre de France et le ministre sarde signalaient leur -gouvernement la difficult pour Thodore de se librer promptement, celui-ci sortait -de prison.</p> - -<p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370" class="label">[370]</a> <i>Relazione</i>: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371" class="label">[371]</a> <i>Relazione</i>: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.—De la Ville Amelot, La -Haye, le 25 avril 1737: Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives du Ministre -des affaires trangres.—Borr de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye, le -30 avril 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372" class="label">[372]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 316-318.</p> - -<p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373" class="label">[373]</a> <i>Mercure historique et politique de Hollande</i>, numro de juin 1737.</p> - -<p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374" class="label">[374]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 16 mai 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. -Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 353.</p> - -<p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375" class="label">[375]</a> J'ai d reconstituer cette partie de la vie de Thodore avec des documents -trs postrieurs.</p> - -<p>Au moment o l'expdition franaise, en Corse, se prparait, c'est--dire la fin -de l'anne 1737, Amelot envoya Livourne le sieur Pignon. Celui-ci avait pour -mission spciale de se tenir au courant de tous les faits et gestes des Corses un peu -influents dont Livourne tait le rendez-vous. Pignon se trouva en rapport avec un -insulaire trs au courant des dmarches de Thodore en Hollande aprs sa captivit. -Dans une lettre date du 13 janvier 1738, Pignon rapportait tous ces dtails Amelot. -Du reste, Campredon, le 2 octobre 1738, fournit Amelot des renseignements trs prcis -sur les intrigues de Thodore au sortir de prison. Il tenait ces dtails—nous verrons -comment—d'un des secrtaires de Thodore. Les rcits de Pignon et de Campredon -concordent absolument. Ce sont ces rapports qui m'ont servi pour cette priode. La -correspondance de Pignon figure dans le volume <i>Corse</i> n<sup>o</sup> 1 aux archives du -Ministre des affaires trangres. Elle a t publie par M. l'abb Letteron dans: -<i>Pices et documents divers pour servir l'histoire de la Corse pendant les -annes 1737-1739</i>. Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles -de la Corse; Bastia, 1893.</p> - -<p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376" class="label">[376]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377" class="label">[377]</a> Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737, communique le 14 mai par -de la Ville Amelot: Correspondance de Hollande, vol. 423. Archives du Ministre -des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378" class="label">[378]</a> Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737, communique le 14 mai par -de la Ville Amelot: Correspondance de Hollande, vol. 123. Archives du Ministre -des affaires trangres.—Borr de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye, le -14 mai 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.—<i>Histoire des rvolutions de -l'le de Corse</i>, p. 315-316.</p> - -<p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379" class="label">[379]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380" class="label">[380]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe, <i>maistre Gustavius -Barentz, parti de Texel le 30<sup>e</sup> juin et arriv la rade de Livourne le 13<sup>e</sup> septembre -de 1737</i>: <i>Corsica 1737-1738</i> N. 1/2121. Archives d'tat de Gnes, archives -secrtes.</p> - -<p>Ce journal a t rdig par Denis Richard, qui ensuite le livra au gouvernement -gnois.—Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 176.</p> - -<p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381" class="label">[381]</a> Bookmann et Evers existaient rellement. Ils taient Livourne les correspondants -de Lucas Boon.—Pignon Amelot, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 95-99.—<i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle -Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382" class="label">[382]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383" class="label">[383]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>—Lettre -crite de Lisbonne le 30 juillet 1737 Joseph Buonaroti, Gnes, et communique -par celui-ci au Srnissime Collge. Filza 1737-38, N<sup>o</sup> generale 1/2121. Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384" class="label">[384]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 95-99.—<i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385" class="label">[385]</a> Viganego, consul de Gnes, Lisbonne au Srnissime Collge, le 30 juillet -1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386" class="label">[386]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387" class="label">[387]</a> Viganego au Srnissime Collge, Lisbonne, le 30 juillet 1737: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388" class="label">[388]></a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389" class="label">[389]</a> Lettre de Lisbonne du 30 juillet 1737 Joseph Buonaroti: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.—Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 177.</p> - -<p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390" class="label">[390]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>—Pignon -Amelot, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391" class="label">[391]</a> Viganego au Srnissime Collge, Lisbonne, le 30 juillet 1737: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392" class="label">[392]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>—Pignon - Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, -p. 95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393" class="label">[393]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394" class="label">[394]</a> <i>Journal de voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>—Pignon -Amelot, Livourne, le 13 janvier 1737: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 95-99.—Antonio -Battistella, <i>op. cit.</i> p. 179.</p> - -<p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395" class="label">[395]</a> <i>Journal de voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396" class="label">[396]</a> <i>Journal de voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397" class="label">[397]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 14 septembre 1737: Correspondance de Florence, -vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398" class="label">[398]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 18 septembre et 12 octobre 1737: Correspondance -de Florence, vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399" class="label">[399]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400" class="label">[400]</a> <i>Mmoire que Denis Richard prsente avec soubmission aux Srnissimes -Doge, gouverneur et procurateur de la Srnissime Rpublique de Gnes.</i> -Livourne, le 27 novembre 1737: <i>Ribellione di Corsica, Filza</i>, N. G<sup>le</sup> 13-3011. -Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401" class="label">[401]</a> Rcapitulation d'une lettre crite le 6 dcembre 1737 par Lucas Boon -d'Amsterdam Bookmann et Evers, Livourne: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, -archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402" class="label">[402]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 2 octobre 1738: Correspondance de Gnes, -vol. 101. Archives du Ministre des affaires trangres; publie par M. l'abb Letteron: -<i>Correspondance</i>, p. 423-426.</p> - -<p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403" class="label">[403]</a> <i>Copie du pouvoir du roi Thodore, traduit de sa main du hollandais en -italien, donn Franois de Agata, son secrtaire, pour frter un btiment -Amsterdam, le 23 juin 1737</i>: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du -Ministre des affaires trangres. Ce document est court et sans intrt.</p> - -<p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404" class="label">[404]</a> Contrat de nolissement du <i>Yong-Rombout</i>: Correspondance de Gnes, -vol. 101. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405" class="label">[405]</a> Pignon Amelot, Livourne, les 23 dcembre 1737 et 13 janvier 1738: Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 88-95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406" class="label">[406]</a> Lucas Boon Bookmann et Evers, le 13 dcembre 1737: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407" class="label">[407]</a> Pignon Amelot, les 13 et 20 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, -p. 95-99, 101 et 103.</p> - -<p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408" class="label">[408]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 7 janvier 1738: Correspondance de Naples, -vol. 35. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409" class="label">[409]</a> Du mme au mme, mme date: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410" class="label">[410]</a> Ce contrat ne fut jamais sign. Puisieux Amelot, Naples, le 21 janvier 1738: -<i>Ibidem</i>.—Le projet de contrat se trouve dans la Correspondance de Gnes au fol. 26 -du vol. 101.</p> - -<p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411" class="label">[411]</a> Puisieux Amelot, Naples, les 4, 18, 25 mars et 1<sup>er</sup> avril 1738: Correspondance -de Naples, vol. 35. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412" class="label">[412]</a> L'opinion que les tats Gnraux de Hollande favorisaient en secret l'entreprise -du baron de Neuhoff, tait cependant assez rpandue. Dans un document intitul: -<i>Mmoires de certaines intrigues de Thodore</i>, qui se trouve aux Archives du -Ministre des affaires trangres, dans la Correspondance de Corse, vol. 2, on lit: -Il (Thodore) fut arrt pour dettes en arrivant Amsterdam, mais ayant trouv -un des juifs avec lequel il avait fait un trait de leur remettre San Fiorenzo ou Portovecchio, -selon qu'il leur conviendrait, ce juif, dis-je, paya pour lui et le produisit -ses correspondants Lucas Boon, Tronchin et Neufville, qui firent un fonds en marchandises -et munitions de cinq millions. Il est prsumer que ces marchands n'taient -que procureurs dans cette affaire, puisque Thodore s'obligeait de leur donner pour -sret de leurs avances Ajaccio jusqu' l'entier payement de la somme. Quelles troupes -ont des marchands pour garder une forteresse dans un pays o la guerre est -actuellement, si les tats eux-mmes n'y avaient pris des engagements secrets. De -plus, l'armement des trois vaisseaux qui s'taient prsents sur les ctes de Corse, -s'tait fait assez publiquement en Hollande pour que les tats ne l'eussent pas ignor.</p> - -<p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413" class="label">[413]</a> La lettre des tats Gnraux la Rpublique de Gnes parle d'un autre navire -qui se serait trouv dans le mme cas que <i>La Demoiselle Agathe</i>, <i>Le Maria Jacoba</i>, -capitaine Cornelius Roos. Ce btiment avait t surveill et visit par les Gnois -Livourne contre tout droit.</p> - -<p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414" class="label">[414]</a> Les tats Gnraux des Provinces-Unies des Pays-Bas la Srnissime Rpublique -de Gnes. La Haye, le 23 novembre 1737, <i>Filza</i> I, 2121 (1737-1738). Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415" class="label">[415]</a> Lettre de Van Sil du 15 octobre 1737 sans nom de destinataire: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416" class="label">[416]</a> Copie d'une lettre d'Amsterdam du 23 octobre 1737, communique avec la -lettre de Fnelon Amelot du 29 octobre: Correspondance de Hollande, vol. 424. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p>En envoyant cette copie Fnelon crivait:</p> - -<p>Je joins ici la copie d'une lettre qui a t crite d'Amsterdam et qui m'a t -confie. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a t fourni par la ville d'Amsterdam pour -premier commissaire aux confrences d'Anvers et pour qui l'agent arriv de Corse -avait une commission, et bien d'autres particularits qui se peuvent joindre, ont -assurment de quoi donner de fortes indices que l'Angleterre s'est intresse pour -procurer les facilits que le baron de Neuhoff a trouves non seulement pour se tirer -des mains de ses cranciers qui l'avaient fait arrter Amsterdam, mais encore pour -s'y pourvoir de tout ce qu'il en a tir en munitions, armes, etc... et qui ont suivi ou -devanc son retour en Corse. L'Angleterre n'aura pas pris cet intrt sans vue -(en chiffres). Celle de prendre le contrepied de nous dans une affaire qu'elle croirait -propre nous mettre moins bien avec l'Espagne serait remarquable.</p> - -<p>La diplomatie franaise voulait voir dans l'quipe de Thodore des menes -anglaises. Ses craintes ne semblaient pas justifies. Plus tard, l'Angleterre favorisera -les entreprises de Thodore. Pour l'instant, ce n'tait qu'un coup de commerce -tent par des trafiquants trop crdules.</p> - -<p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417" class="label">[417]</a> Pignon Amelot, Livourne, 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, -p. 95-99.</p> - -<p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418" class="label">[418]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 2 janvier 1738: Correspondance de Naples, -vol. 35. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419" class="label">[419]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 12 octobre 1737: Correspondance de Florence, -vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420" class="label">[420]</a> La rpublique a fait arrter un btiment gnois qui portait des provisions -de bouche et mme quelques armes aux rvolts. La chose ne serait point surprenante, -puisque tous ceux qui gagnent aux emplois, en Corse, ou qui sont chargs de la -fourniture des vivres qu'on est dans la ncessit d'y envoyer, sont bien loigns de -dsirer que cette guerre finisse, dt-elle achever de ruiner le trsor public...</p> - -<p>Campredon Maurepas, Gnes, le 4 avril 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421" class="label">[421]</a> Les deux lettres, Monsieur, que vous avez crites M. Chauvelin, le 14 du -mois dernier, confirment beaucoup les soupons qu'on avait dj que les rvolts de -l'le de Corse taient soutenus par la cour de Madrid et par celle de Naples, et c'est -un objet assez intressant pour que vous deviez employer toute votre adresse en -dcouvrir la vrit. Vos conjectures deviendraient plus que vraisemblables si l'on -effectue la rsolution d'envoyer M. Augustin Grimaldi Madrid. Il serait dsirer -que la rpublique ft, comme on vous l'a assur, dans la disposition de vendre cette le. -Le roi n'y aurait jamais port ses vues, tant qu'elle serait demeure au pouvoir des -Gnois, et Sa Majest n'avait pas mme jug propos, jusques prsent, de prendre -part cette rvolution sur laquelle on ne pouvait former que des conjectures fort incertaines; -mais lorsqu'il s'agira de traiter de la vente de cette le, il ne conviendrait pas aux -intrts de la France qu'aucune autre puissance en ft l'acquisition; c'est pourquoi je -vous prie de veiller exactement sur ce qui se passe ce sujet et de m'informer de ce -que vous apprendrez. Vous comprenez bien que ce qu'on offrirait aux Gnois ne serait -pay qu'aprs que la France en serait entre en possession et vous pouvez faire -sentir, sans trop vous expliquer, que la France ne verrait pas tranquillement qu'une -autre puissance voult s'en rendre matresse.</p> - -<p>L'Espagne n'est pas la seule qui ait des vues sur l'le de Corse. Le mmoire que -j'ai reu de Vienne et dont je vous envoie une copie, vous fera connatre que le duc -de Lorraine peut tre souponn d'y prtendre et de vouloir y exciter un parti en sa -faveur, et il est propos que vous trouviez moyen de rendre ce mmoire public sans -que vous paraissiez y avoir pris part.</p> - -<p>Amelot Campredon, 5 mars 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives -du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422" class="label">[422]</a> Campredon Amelot, Gnes, les 4 mars et 18 avril 1737: Correspondance de -Gnes, vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423" class="label">[423]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 4 avril 1737. Correspondance de Gnes, vol. 99. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424" class="label">[424]</a> Le mme au mme, le 27 juin 1737: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425" class="label">[425]</a> Le mme au mme, les 19 et 26 septembre 1737: Correspondance de Gnes, -vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426" class="label">[426]</a> Dclaration signe le 12 juillet 1737 au nom du Roi et de l'Empereur: Correspondance -de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427" class="label">[427]</a> Convention entre la rpublique de Gnes et la cour de France, Fontainebleau, -le 10 novembre 1737: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des -affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 61.</p> - -<p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428" class="label">[428]</a> Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 1.</p> - -<p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429" class="label">[429]</a> Instructions pour le sieur Pignon, Fontainebleau, le 13 novembre 1737: Correspondance -de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 65-69.</p> - -<p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430" class="label">[430]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 18-21.</p> - -<p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431" class="label">[431]</a> <i>Idem</i>, <i>ibidem</i>, p. 24.</p> - -<p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432" class="label">[432]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 12 dcembre 1737: Correspondance de Gnes, -vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433" class="label">[433]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 26 dcembre 1737: Correspondance de Gnes, -vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434" class="label">[434]</a> Instructions pour le comte de Boissieux: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, -p. 73-76.</p> - -<p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435" class="label">[435]</a> Traduction d'une lettre d'Angelo, vice-consul de France Bastia, le -25 fvrier 1738: Correspondance de Gnes, vol. 101. Archives du Ministre des affaires -trangres.—Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 398-400.</p> - -<p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436" class="label">[436]</a> Boissieux Campredon, Bastia, le 27 fvrier 1738: Correspondance de Gnes, -vol. 101. Archives des affaires trangres.—Abb letteron, <i>Corespondance,</i> -<i>p. 401-402</i></p> - -<p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437" class="label">[437]</a> Pignon Amelot, Livourne, 2 janvier 1738: Correspondance de Corse, vol. 1 -Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, -p. 101-103</p> - -<p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438" class="label">[438]</a> Antonio Batistella: op. cit., p. 180.</p> - -<p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439" class="label">[439]</a> Salvini Opticoni, Livourne, 8 fvrier 1738. Communique avec la lettre de -Pignon Amelor du 10 fvrier: Correspondance de Corse, vol. 1 Archives du -du Ministre des Affaires trangres—Abb Letteron, Pices et documents, p. 114-117.</p> - -<p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440" class="label">[440]</a> Il n'y avait dans cette faon d'agir rien de contraire la loyaut, puisque Salvini, -en recommandant aux rebelles de s'en remettre Louis XV, entrait dans les vues -du gouvernement franais. Les instructions de Boissieux taient formelles—nous -l'avons vu—; il devait employer tous les moyens de conciliation avant de recourir aux -armes. Les Gnois voulaient au contraire que les insulaires fussent svrement rprims -et c'est pourquoi Boissieux tait en droit de favoriser secrtement la correspondance -des chefs, quand celle-ci avait pour but d'amener l'apaisement.</p> - -<p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441" class="label">[441]</a> Orticoni Salvini, Casinca, le 19 fvrier 1738. Lettre jointe celle de Pignon - Amelot du 28 fvrier: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des -affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 130-135.</p> - -<p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442" class="label">[442]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 20 fvrier 1738: Correspondance de Corse, -vol. 1. Archives du Ministre des archives trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 135-136.</p> - -<p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443" class="label">[443]</a> Amelot Pignon, Versailles, le 11 fvrier 1738: Correspondance de Corse, vol. -1. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 118-119.</p> - -<p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444" class="label">[444]</a> Pignon Amelot, Bastia, les 4, 7, 13 et 14 mai 1738: Correspondance de -Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices -et documents</i>, p. 173-176, 193-194, 201, 204.</p> - -<p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445" class="label">[445]</a> Amelot Pignon, Versailles, le 13 mai 1738: Correspondance de Corse, vol. 1. -Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, -p. 200.</p> - -<p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446" class="label">[446]</a> Le baron de Neuhoff n'avait comme parent du nom de Drost que le grand commandeur -de l'Ordre Teutonique Cologne.</p> - -<p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447" class="label">[447]</a> Pignon Amelot, Bastia, le 14 mai 1738: Correspondance de Corse. Archives -du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 203.</p> - -<p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448" class="label">[448]</a> La sœur Fonseca Bigani, Rome, le 14 juin 1738. <i>Ribellione di Corsica</i>, -filza 13/3011. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449" class="label">[449]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 13 septembre, 4 et 11 octobre 1738: Correspondance -de Florence, vol. 89. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450" class="label">[450]</a> <i>Mercure historique et politique de Hollande</i>, numro du mois de -janvier 1738: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 411.</p> - -<p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451" class="label">[451]</a> Les dtails de la seconde expdition de Thodore nous sont connus par des -documents qui se trouvent dans les archives du Ministre des affaires trangres -(Correspondance de Corse, vol. 1-2). Ces pices sont:</p> - -<p>1<sup>o</sup> <i>Dclaration faite au consulat d'Alicante par le nomm Franois Vastel, le -7 novembre 1738</i>;</p> - -<p>2<sup>o</sup> <i>Rapport du Commissaire provincial des guerres La Villeheurnois</i>;</p> - -<p>3<sup>o</sup> <i>Prcis de l'extrait du journal de voyage du nomm Riesenberg (allemand -de nation)</i>;</p> - -<p>4<sup>o</sup> <i>Extrait des interrogatoires de dix personnes de la suite de Thodore -restes en Corse et qui ont depuis t envoyes Toulon.</i></p> - -<p>Les trois premiers documents ont t publis par M. l'abb Letteron, <i>Pices et -documents</i>, p. 283-286, 287-290, 334-346.</p> - -<p>Les documents ci-dessus relatifs la seconde expdition de Thodore, manent de -gens qui faisaient partie de cette expdition des titres diffrents. Franois Vastel -tait matelot bord d'un des navires; Riesenberg se trouvait parmi les gens au -service de Neuhoff.</p> - -<p>Quant aux dix personnes, dont les interrogatoires furent envoys Versailles, -c'taient de pauvres diables engags en Hollande par les agents de Thodore et qui -furent pris en Corse. Ces interrogatoires sont prcds de cette note: Lors de la -prise que fit M. de Sabran, commandant la frgate <i>La Flore</i>, sur la cte de Corse, -de quelques btiments de la suite de Thodore, il se trouva terre une trentaine -de personnes, dont dix manquant de tout allrent se rendre M. de Sabran, sur la -parole qu'il leur donna que leur vie serait en sret. Ces dix personnes ont t conduites -dans les prisons de Toulon o elles sont actuellement. M. le duc de Villars a -envoy les interrogatoires qui lui ont t faits le 23 janvier dernier (1739) par les -maires-consuls.</p> - -<p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452" class="label">[452]</a> Ce navire, on s'en souvient, faisait partie de l'expdition de 1737. On le nommait -<i>La Demoiselle Agathe</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453" class="label">[453]</a> Dans le journal de Reisenberg ce navire est appel <i>Le Marie-Jacob</i>, capitaine -Cornlie Rose.</p> - -<p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454" class="label">[454]</a> Vastel appelle ce navire <i>Le Briderose</i>; d'autres le nomment <i>Le Breterod</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455" class="label">[455]</a> <i>Rapport de La Villeheurnois.</i>—<i>Dposition des gens arrts par M. de -Sabran</i>: <i>loc. cit.</i>—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456" class="label">[456]</a> <i>Dposition des gens arrts par M. de Sabran</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457" class="label">[457]</a> Extrait d'une lettre de Naples du 16 dcembre 1738: Correspondance de -Naples, vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><i>Cargaison des vaisseaux de Thodore, suivant la liste qu'il en avait -rpandue</i>:</p> - -<table id="canon" summary="contents"> -<tr> -<td class="tdl">Douze pices de canon de vingt-quatre livres de balles, trois mille six cents boulets;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Trois grandes couleuvrines de dix-huit livres de balles, sept cents boulets;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Douze pices de canon de douze livres de balles, quatre cents boulets;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Six mille fusils, dont deux mille avec baonnettes;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Mille grands mousquets et trois cent quatre-vingts mousquetons;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Deux mille paires de pistolets;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Quatre-vingt mille livres de poudre canon;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Cent mille livres de poudre fine;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Deux cent mille livres de plomb;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Quatre cent mille pierres fusil;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Cinquante mille livres de fer;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Deux mille pics et autres outils;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Quatre cents tonneaux avec des cercles de fer;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Quatre mille livres de plomb en saumon;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Cinquante caisses de tambour; une timbale; vingt-quatre trompettes; <br /> -habits pour deux cents gardes;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Six mille paires de souliers et de bas; du cuir pour la valeur de trois mille<br /> -florins; de la toile pour mille paillasses et mille tentes;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Bandoulires, fourniments, ceinturons, gibecires au nombre de deux mille;<br /> -trois cents fusils pour les officiers, trois cents couteaux de chasse;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Cinquante drapeaux et tendards;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Six grandes seringues de cuivre, quatre cuves d'tain;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Deux mille grenades charges, sept cents bombes de bois charges;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Quatre-vingts tant coffres, malles que caisses, contenant l'quipage <br /> -du roi dont la maison est compose de cinquante officiers;</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Un secrtaire, un commissaire, un matre d'htel,<br /> -deux chirurgiens, deux valets de chambre, deux cuisiniers, deux cuyers,<br /> -quatre chasseurs et six valets de pied.</td> -</tr> -</table> - -<p class="small">Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 265-266.—Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458" class="label">[458]</a> Petite le situe vingt milles d'Amsterdam.</p> - -<p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459" class="label">[459]</a> <i>Dclaration faite au consulat d'Alicante par le nomm Franois Vastel</i>: -<i>loc. cit.</i>—Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 283-286.</p> - -<p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460" class="label">[460]</a> Franois Vastel, dans sa dclaration, n'indique pas les mmes dates que celles -qui sont portes dans le rapport de La Villeheurnois et dans le journal de Riesenberg. -D'aprs lui, <i>Le Preterod</i> ne serait arriv Malaga que le 5 ou le 6 juillet une heure -et demie de l'aprs-midi.</p> - -<p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461" class="label">[461]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462" class="label">[462]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 11 novembre 1738: Correspondance de Naples, -Vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463" class="label">[463]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464" class="label">[464]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel.</i>—<i>Rapport du Commissaire provincial -des guerres La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p>La Villeheurnois donne, d'aprs les tmoignages recueillis, la cause de la prsence -si frquente du consul hollandais bord du <i>Preterod</i>: Deux tailleurs, embarqus -alors sur ce btiment, ont rapport que le capitaine de Frentzel avait ordre d'y aller -( Alger) pour conclure un trait de paix entre les tats Gnraux, le roi d'Alger et -le bey de Tunis. Il ajoutait que le roi d'Alger est venu plusieurs fois bord du -<i>Preterod</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465" class="label">[465]</a> D'aprs Vastel, les navires seraient rests Alger de vingt-et-un vingt-deux -jours; selon La Villeheurnois quatorze jours seulement.</p> - -<p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466" class="label">[466]</a> Cette date du 14 aot est indique dans le <i>Rapport</i> de La Villeheurnois ainsi -que dans le <i>Journal de Riesenberg</i>. Vastel, dans sa dclaration, donne le 18 septembre, -comme date d'arrive Cagliari. D'ailleurs la date du 14 aot est confirme, -par les lettres de Mongiardino, consul de Gnes Cagliari, Mari (17 et 20 aot 1738), -par une de Paget, consul de France, crite Boissieux (20 aot 1738), enfin par une -relation du marquis de Rivarola, vice-roi de Sardaigne, envoye galement Boissieux -(21 aot 1738): Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 238-249.</p> - -<p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467" class="label">[467]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 233-249.—<i>Ribellione de' Corsi</i>, filza 12/3010. -Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468" class="label">[468]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469" class="label">[469]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 249.</p> - -<p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470" class="label">[470]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471" class="label">[471]</a> <i>Journal du capitaine Keelmann, hollandais, commandant le vaisseau</i> -L'Africain <i>de quarante canons</i>: Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du -Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472" class="label">[472]</a> Le 14, suivant Riesenberg; le 15, d'aprs les gens interrogs par La Villeheurnois.</p> - -<p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473" class="label">[473]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474" class="label">[474]</a> <i>Journal de Riesenberg.</i>—<i>Rapport de La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i>—<i>Vera -relazione dello sbarco felice del re Teodore nel porto di Sorracho del suo regno -di Corsica.</i> Abb Letteron: <i>Correspondance</i>, p. 419-422.</p> - -<p>Tous les documents indiquent Sorraco comme l'endroit o mouilla le navire de -Thodore. Cependant, celui-ci date une lettre cite plus loin de <i>la plage d'Alria</i>. -Il donnait sans doute ce nom une grande partie de la cte orientale, sur laquelle tait -situ ce port.</p> - -<p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475" class="label">[475]</a> Cette lettre fut intercepte et remise Boissieux le 14 septembre 1738. -Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 260-262.</p> - -<p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476" class="label">[476]</a> Thodore au Rv. Napoleoni, cur de Zonza et de Porto-Vecchio, de la plage -d'Aleria le 14 septembre 1738. Copie d'une lettre intercepte: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat -de Gnes, archives secrtes. Jaussin donne galement la traduction de cette lettre, -mais il l'indique date du 15 septembre au lieu du 14: <i>op. cit.</i>, t. I, p. 267-269.</p> - -<p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477" class="label">[477]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i>—<i>Rapport de La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i>—Les -gens interrogs par La Villeheurnois ne croyaient pas que les petits btiments -siciliens aient t forcs servir Thodore.</p> - -<p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478" class="label">[478]</a> <i>Journal du capitaine Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479" class="label">[479]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i>—<i>Rapport de La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i>—Bonfiglio -Guelfucci: <i>op. cit.</i>, p. 79. Le Pre Guelfucci dit que l'officier hollandais, -en voulant tuer le baron de Neuhoff, avait t sduit par la prime de deux mille -genuines offerte par la rpublique de Gnes pour la tte de l'aventurier.</p> - -<p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480" class="label">[480]</a> Varnhagen, <i>op. cit.</i>, p. 55.</p> - -<p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481" class="label">[481]</a> Numro de novembre 1738.—Abb Letteron: <i>Correspondance</i>, p. 414-422.</p> - -<p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482" class="label">[482]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483" class="label">[483]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 11 novembre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484" class="label">[484]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485" class="label">[485]</a> <i>Accord fait entre Thodore et un des patrons du btiment pris par M. de -Sabran.</i> Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. II, p. 267-268.</p> - -<p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486" class="label">[486]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487" class="label">[487]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488" class="label">[488]</a> Guagno, sans doute.</p> - -<p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489" class="label">[489]</a> Murzo, trs certainement.</p> - -<p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490" class="label">[490]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491" class="label">[491]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 286-288. Cette proclamation, date de Bastia le -31 octobre 1738, arriva le 5 novembre dans l'intrieur de l'le.</p> - -<p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492" class="label">[492]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i> Ce journal s'arrte la date du 21 janvier -1739.</p> - -<p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493" class="label">[493]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 283-286.</p> - -<p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494" class="label">[494]</a> <i>Journal de Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495" class="label">[495]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 21 octobre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496" class="label">[496]</a> <i>Journal de Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i> Nous avons vu, d'aprs Rostini, que la -femme de Thodore tait parente du marquis de Montalgre. Comment se fait-il que -le baron ayant si odieusement abandonn sa femme enceinte, ce ministre ait consenti - lui accorder sa protection?</p> - -<p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497" class="label">[497]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 28 octobre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498" class="label">[498]</a> Puisieux Amelot (en chiffres), Naples, le 11 novembre 1738: Correspondance -de Naples, vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499" class="label">[499]</a> Extrait d'une lettre de Naples du 16 dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500" class="label">[500]</a> <i>Journal de Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i>—<i>Traduction de la protestation faite par -l'quipage du vaisseau hollandais</i> L'Africain, <i>contre le consul des tats Gnraux -tabli Naples, du 15 novembre 1738</i>: <i>Ibidem</i>. L'original de la protestation -accompagne la traduction.</p> - -<p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501" class="label">[501]</a> S. M. souhaite que vous ne diffriez pas un moment d'instruire M. le marquis -de Montalgre du procd du consul de Hollande. Le roi ne peut pas se persuader -que les liaisons d'intrt, de sang et d'amiti qui doivent tre entre S. M. et -le roi des Deux-Siciles, puissent laisser S. M. S. dans l'incertitude du parti qu'Elle -doit prendre dans une affaire qui intresse galement l'honneur de la France et les -droits de tous les souverains.—Amelot Puisieux, le 2 dcembre 1738: Correspondance -de Naples, vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502" class="label">[502]</a> Un volume ne suffirait pas pour dtailler les manges et les injustices dont -on a us son gard pendant sa prison.—Puisieux Amelot, Naples, le 9 -dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503" class="label">[503]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 30 dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504" class="label">[504]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 3 fvrier 1739: <i>Ibidem</i>, vol. 37.</p> - -<p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505" class="label">[505]</a> Joseph Valembergh Franois Bouver, consul de Hollande Livourne, le -11 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte: <i>Ribellioni di Corsica</i>, filza -13-3011. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506" class="label">[506]</a> La sœur Fonseca la sœur Anne-Marie della Leonessa, le 14 novembre 1738. -Copie d'une lettre intercepte: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507" class="label">[507]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 18 novembre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508" class="label">[508]</a> <i>Gazette d'Amsterdam</i>, numros des 2 janvier et 20 mars 1739.—<i>Mercure -politique et historique de Hollande</i>, janvier, fvrier et mars 1739.—<i>The annals -of the year 1739.</i> Londres, 2 vol. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509" class="label">[509]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 16 dcembre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510" class="label">[510]</a> (En chiffres). Cet aventurier demanda alors qu'il fut arrt, s'il y avait -sret pour sa vie, question que j'imagine qu'il ne fit que pour persuader qu'il n'tait -pas prvenu sur ce qu'il devait lui arriver, mais il y a toute apparence qu'il en avait -t averti et quoique M. de Sangro, gouverneur de Gate, ait ordre de le veiller de -prs, je crois cependant que l'intention du ministre n'est pas de le garder toujours et -que l'on pourra bien se contenter de le faire conduire dans quelque temps hors du -royaume. Il a crit un de ses plus zls adhrents, qui est rest ici, de ne se point -alarmer de son aventure, qu'il reparatrait au premier jour avec plus d'clat, et que -tout ceci ne se faisait que pour endormir une certaine puissance. Puisieux -Amelot, Naples, le 9 dcembre 1738: Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du -Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511" class="label">[511]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 20 dcembre 1738: Correspondance de Florence, -vol. 89. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512" class="label">[512]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 23 dcembre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513" class="label">[513]</a> Amelot Fnelon, Versailles, le 7 dcembre 1738: Correspondance de Hollande, -vol. 429. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514" class="label">[514]</a> Extrait de la rsolution du 2 dcembre 1738 prise par L. H. P. les tats -Gnraux relativement au consul de Naples: <i>Ibidem</i>.—Puisieux Amelot, Naples, -le 20 janvier 1739: Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministre des -affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515" class="label">[515]</a> Amelot Fnelon, Versailles, le 14 dcembre 1738: Correspondance de Hollande, -vol. 429.</p> - -<p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516" class="label">[516]</a> Fnelon Amelot, le 23 dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517" class="label">[517]</a> Amelot Fnelon, Versailles, le 1<sup>er</sup> janvier 1739: Correspondance de Hollande, -vol. 429. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518" class="label">[518]</a> Correspondance de Fnelon: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519" class="label">[519]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 6 janvier 1739: Correspondance de Naples, -vol. 37. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520" class="label">[520]</a> Plus je vais en avant, et plus je me confirme dans les soupons que j'ai eus -sur le retour du baron de Neuhoff dans ce royaume. (En chiffres.) Ce gouvernement -tche de les dtruire en faisant arrter de temps en temps quelques partisans de cet -aventurier, mais je remarque que cette svrit ne tombe que sur ceux de la fidlit -desquels l'on croit devoir se mfier, tmoin le baron de Drost qui est toujours ici, -quoique je l'eusse recommand trs particulirement, le regardant comme l'agent du -baron de Neuhoff en cette ville. Je ne doute point que ce dernier, inform de l'opinitret -des rebelles, ne fasse une seconde tentative pour retourner en Corse, ce qui ne -dplairait nullement cette Cour.—Puisieux Amelot, Naples, le 20 janvier 1739, -<i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521" class="label">[521]</a> Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. I, p. 347.</p> - -<p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522" class="label">[522]</a> <i>Traduction de la relation rpandue Naples par quelques adhrents du -baron de Neuhoff qui y sont actuellement, de la victoire qu'ils prtendent que -les rebelles corses ont remporte sur les troupes du Roi les 12 et 13 dcembre -1738</i>: Correspondance de Gnes, vol. 101. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523" class="label">[523]</a> Campredon Maurepas, Gnes, le 1<sup>er</sup> janvier 1739: <i>Ibidem</i>, vol. 102.—Abb -Letteron: <i>Correspondance</i>, p. 427-431.</p> - -<p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524" class="label">[524]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 30 dcembre 1738: Correspondance de Naples, -vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525" class="label">[525]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 3 fvrier 1739: Correspondance de Naples, -vol. 37. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526" class="label">[526]</a> Il fut inhum dans l'glise Saint-Jean de Bastia.—Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. I, p. 352.</p> - -<p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527" class="label">[527]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Calvi, le 22 mars 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 423.</p> - -<p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528" class="label">[528]</a> Instructions pour M. le marquis de Maillebois, le 14 fvrier 1739: Abb -Letteron, <i>Ibidem</i>, p. 351-356.</p> - -<p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529" class="label">[529]</a> Amelot Campredon, Versailles, le 31 mars 1739: Correspondance de Gnes, -vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 450.</p> - -<p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530" class="label">[530]</a> Plusieurs historiens et mme des correspondances de l'poque ont donn, par -erreur, le nom de Drost ce personnage. On l'a confondu avec l'individu qui, en 1738, -tait arriv en Corse en se faisant appeler Mathieu Drost et qui fut arrt Livourne, -nous l'avons vu. Le colonel de Neuhoff, qui l'anne prcdente s'tait embarqu avec -Thodore, en Hollande, et qui l'avait rejoint Naples, n'tait pas non plus le mme -individu que Frdric. Dans une correspondance postrieure et que nous verrons plus -loin, Thodore fera la distinction entre ses deux neveux et Drost. Il faut nous en -tenir son tmoignage, qui est formel ce sujet.</p> - -<p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531" class="label">[531]</a> Maillebois Fleury, Bastia, le 25 avril 1739: Correspondance de Gnes, vol. 102. -Archives du Ministre des affaires trangres.—Maillebois Amelot, Bastia, le -25 avril 1739.—Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 25 avril 1739: Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 367-368, 449-453.</p> - -<p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532" class="label">[532]</a> Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 356-357.</p> - -<p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533" class="label">[533]</a> Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 358.</p> - -<p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534" class="label">[534]</a> Village situ dans le golfe Valinco, sur la cte occidentale.</p> - -<p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535" class="label">[535]</a> Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb -Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 339-364.</p> - -<p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536" class="label">[536]</a> Abb Letteron, p. 364.—Duchtel au comte de Belle-Isle: <i>Ibidem</i>, p. 449-453.—En -envoyant Versailles les copies des lettres interceptes, Maillebois avait ajout -cette note: Le mcontentement que Thodore a contre Hyacinthe Paoli vient de ce -que l'on assure que le susdit Paoli est la tte d'une cabale, conjointement avec le -chanoine Orticoni pour livrer l'le au roi de Naples et que Thodore est trs oppos -ce projet par les raisons que voici: la premire est qu'il a pris des engagements -Amsterdam avec les juifs de cette ville pour leur livrer des tablissements dans l'le -de Corse et l'on prtend mme que la rpublique de Hollande en a aussi cet gard. -La seconde raison vient aussi, dit-on, des quelques engagements qu'il a pris avec les -Tunisiens pour leur fournir un asile dans cette le, et tous ces engagements pris la -condition d'en tre reconnu le lgitime souverain. Correspondance de Corse, vol. 2. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537" class="label">[537]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 453-458.</p> - -<p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538" class="label">[538]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 453-458.—Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. II, p. 312.</p> - -<p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539" class="label">[539]</a> C'est ainsi que Duchtel appelle ironiquement Frdric. Cela prouverait une -fois de plus que l'existence d'un fils de Thodore est purement imaginaire. D'ailleurs, -aucun document srieux de l'poque ne fait mention de ce fils. Cette lgende naquit -plus tard.</p> - -<p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540" class="label">[540]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541" class="label">[541]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 9 mai 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 458-462.</p> - -<p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542" class="label">[542]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 15 mai 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 462-464.</p> - -<p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543" class="label">[543]</a> Les mesures qu'on leur voit prendre sont de se fortifier dans Lento et dans -tous les postes que nous pourrions avoir envie d'occuper, d'inonder par leur multitude -les frontires du Nebbio et de nous prsenter partout des ttes pour nous faire -croire qu'ils veulent sans cesse nous attaquer. Cette conduite dans des gens de cette -espce n'est pas draisonnable; ils nous donnent, en effet, de l'occupation; ils nous -forcent faire de frquents dtachements et nous tiennent dans un mouvement -continuel et pnible cause de l'pret des marches dans un pays si difficile... -On ne sait d'ailleurs ici qui se fier; on se trouve environn de gens suspects, -dont les protestations d'union et d'amiti sont autant de mensonges, dont tous les -conseils sont des trahisons et les avis des piges faits pour vous prcipiter dans -quelque entreprise tmraire et funeste.—Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, -le 27 mai 1739: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 477-480.</p> - -<p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544" class="label">[544]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 juillet 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 495-499.—Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 447.</p> - -<p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545" class="label">[545]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Ajaccio, le 30 juillet 1739: Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 499-501.</p> - -<p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546" class="label">[546]</a> Le mme au mme, Sartne, le 27 septembre 1739: <i>Ibidem</i>, p. 514-516.</p> - -<p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547" class="label">[547]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 octobre 1739. Abb Letteron, -<i>Pices et documents</i>, p. 519-521.</p> - -<p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548" class="label">[548]</a> Pajol, <i>Les guerres sous Louis XV.</i>—Comme la plupart des historiens, -Pajol donne Frdric le nom de Drost. Nous avons vu que c'tait une erreur.</p> - -<p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549" class="label">[549]</a> Pajol, <i>op. cit.</i>—Pajol dit que Frdric arriva Livourne le 19 octobre. Dans -sa correspondance, Lorenzi indique la date du 8.</p> - -<p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550" class="label">[550]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 15 octobre 1740: Correspondance de Florence, -vol. 92. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551" class="label">[551]</a> Ceci est faux puisqu' ce moment-l, Thodore voguait sur <i>Le Grand Christophe</i>, -aprs avoir abandonn <i>La Demoiselle Agathe</i> et qu'il ne savait pas encore -lui-mme o il aborderait.</p> - -<p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552" class="label">[552]</a> Guillaume Sorba, Dunkerque, le 3 septembre 1737: <i>Busta Francia</i>, -mazzo 45-2221. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553" class="label">[553]</a> Sorba Guillaume, Paris, le 6 septembre 1737: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554" class="label">[554]</a> La rpublique de Gnes traitait alors avec la cour de Versailles de la mdiation -arme de la France pour mettre fin la rvolte en Corse.</p> - -<p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555" class="label">[555]</a> Guillaume Sorba, Dunkerque, le 11 septembre 1737: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556" class="label">[556]</a> Franois Brignole, un des membres les plus influents du Conseil, avait t, -nous l'avons vu, envoy Paris en mission extraordinaire lors des ngociations -entames pour l'expdition franaise en Corse.</p> - -<p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557" class="label">[557]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 16 novembre 1737: <i>Busta Francia</i>, -mazzo 45-2221. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558" class="label">[558]</a> Champigny au cardinal Fleury et Amelot, Zerbst au pays d'Anhalt, le -27 dcembre 1737: Correspondance de Cologne, vol. 72. Archives du Ministre des -affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559" class="label">[559]</a></p> - -<p class="titel">Monsieur,</p> - -<p>Une erreur de nom est cause que j'ai reu deux lettres originales du soi-disant -roi Thodore, apparemment qu'elles ont t mises un bureau de poste o ma mre et -ma femme sont connues et que cela a occasionn qu'elles me sont parvenues; mon -zle ordinaire pour les intrts de Sa Majest me fait croire que je ne puis me dispenser -de vous les adresser. Monsieur, je vous supplie de m'en accuser rception et d'tre -persuad que j'tudierai jusqu'au moindre vnement pour vous convaincre du -respect avec lequel je suis, Monsieur, votre trs humble et trs obissant serviteur.</p> - -<p class="signature">LE CHEVALIER DE CHAMPIGNY,<br /> -Gentilhomme de S. A. S. E.<br /> -<span class="i2">de Cologne.</span></p> - -<p class="date">21 janvier 1738.</p> - -<p>Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560" class="label">[560]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 8 octobre 1736: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561" class="label">[561]</a> Saint-Martin Thodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte: -<i>Ribellione di Corsica</i>, filza 13/3011. Archives d'tat de Gnes, archives -secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562" class="label">[562]</a> L'adresse est ainsi libelle:</p> - -<p>En mains propres.</p> - -<p>A Madame de Champigny, rue de la Poterie, prs la Grve, chez Monsieur -Richard, marchand en gros d'picerie, Paris.</p> - -<p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563" class="label">[563]</a> Jointes la lettre de Champigny Amelot du 21 janvier 1738: Correspondance -de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564" class="label">[564]</a></p> - -<p class="dater">Dresde, le 2 du novembre.</p> - -<p>Il a paru en ces jours passs une lettre circulaire du roi Thodore par laquelle -il ordonne tous ceux qui sont inscrits dans son ordre de la Rdemption, de se rendre -tous vers le mois de mars prochain dans les villes et ports diffrents dj leur -prescrits et que chaque chevalier ait conduire avec soi cinq hommes affids. Selon -la liste ils sont plus grande partie Sudois, Prussiens, Livoniens et Westphaliens, -l'on y compte trente-et-un seigneurs anglais, quarante-deux Italiens, vingt-sept -Franais, dix-sept Espagnols, neuf Polonais, onze Hollandais et sept Grecs de More, -en tout quatre cents chevaliers. Le nombre des nationaux n'y est pas spcifi. Ces -dmarches jointes d'autres prparatifs de guerre qu'il fait donne que trop connatre -qu'il est sr de la fidlit et constance des Corses maintenir inviolablement -leur lection en sa personne et qu'ils ne se dpartiront jamais ni lui ni eux du serment -mutuel jur solennellement le jour de son lection Alesani, le 15 d'avril 1736.</p> - -<p>Pice jointe la lettre de Champigny du 21 janvier 1738: Correspondance de -Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565" class="label">[565]</a> Abb de Germanes, <i>op. cit.</i>, t. I, liv. V, p. 281 283.</p> - -<p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566" class="label">[566]</a> Jaussin publie ces lettres de Thodore M<sup>me</sup> de Champigny, sans donner le -nom de la destinataire et avec quelques variantes dans le texte. Le fond est le mme. -Il donne ces lettres les dates des 2 et 24 novembre, ce qui est erron. Nous l'avons -vu par les originaux.</p> - -<p>Le cardinal Fleury avait refus de le recommander Son -Altesse lectorale, mais cela ne refroidissait en rien son zle -pour le service et l'intrt du roi. Il insistait afin de savoir</p> - -<p>Jaussin indique bien que ces lettres taient adresses un particulier qui -demeurait chez un picier auprs de la Grve, rue de la Poterie. Il en a publi une -troisime date du 9 dcembre 1737, que Thodore aurait crite la mme personne -alors Metz. Dans cette dernire ptre, le roi dclarait envoyer la liste des chevaliers -de son ordre: la pice que nous avons vue sans doute. Thodore terminait cette lettre -ainsi: Si vous avez rponse de Tunis, mandez-le-moi, on m'a remis soixante florins - Amsterdam: quand cela aura pris un pli fixe, je ne m'occuperai plus que du soin -de votre satisfaction. <i>Op. cit.</i>, t. I, p. 297-299.</p> - -<p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567" class="label">[567]</a> Le chevalier de Champigny Amelot, Bonn-sur-le-Rhin, le 28 mars 1738: -Correspondance de Cologne, vol. 73. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568" class="label">[568]</a> Amelot au comte de Sade, Versailles, le 20 avril 1741: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569" class="label">[569]</a> J'ai l'honneur de vous adresser une lettre signe du seigneur Thodore et -une autre crite de Rome concernant un dtail sur les projets de ce capitaine, lesquelles -m'ont t communiques par le sieur Spitzlaer, mdecin allemand tabli en France -depuis un grand nombre d'annes et en qui, Monsieur, vous pouvez prendre la -confiance la plus entire. Il m'a toujours communiqu ce qu'il a reu du seigneur -Thodore dans le temps que M. Chauvelin tait en place et il y a tout lieu de se louer -de sa fidlit. Le docteur V. Spitzlaer aura l'honneur de vous en renouveler lui-mme -les assurances.</p> - -<p>Hrault Amelot, Paris, le 28 janvier 1738: Correspondance de Corse, vol. 1. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570" class="label">[570]</a> En marge: Ces invitations tendent l'obliger, lui et les autres partisans de -Thodore, revenir en Corse pour l'assister.</p> - -<p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571" class="label">[571]</a> Traduction de la lettre de Ginestra Fleury, Paris, le 19 novembre -1738: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572" class="label">[572]</a> Lettre en italien du 20 ou 29 septembre 1738, jointe la lettre de Ginestra - Fleury.</p> - -<p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573" class="label">[573]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 10 janvier 1739: Correspondance de Florence, -vol. 90. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574" class="label">[574]</a> Graveur du XVII<sup>e</sup> sicle.</p> - -<p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575" class="label">[575]</a> Le Cabinet des estampes la Bibliothque nationale possde les deux pices: -celle avec l'indication relle de Jabach et celle avec la fausse mention de Thodore I<sup>er</sup>, -roi de Corse. Ce renseignement m'a t fourni par M. Henri Bouchot, membre de -l'Institut, conservateur du Cabinet des estampes. Au moment o je corrigeais les -preuves de ce passage, j'ai appris la mort prmature de M. Bouchot; je tiens -donner sa mmoire l'expression de ma sincre gratitude. J'ai en ma possession la -gravure portant la fausse indication.</p> - -<p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576" class="label">[576]</a> Voir la traduction de la pice de vers et le <i>passeport</i> aux pices justificatives.</p> - -<p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577" class="label">[577]</a> Gavi, consul de Gnes Livourne, au Srnissime Collge, Livourne, le -18 octobre 1741: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 14/3012. Archives d'tat de Gnes, -archives secrtes.</p> - -<p>Au commencement de 1740, le pape avait refus de nommer visiteur apostolique -des monastres corses M<sup>gr</sup> Mari, vque d'Alria, parce que celui-ci tait gnois. Le -cardinal de Tencin proposa M<sup>gr</sup> Fonseca, vque d'Iesy, gentilhomme d'Avignon. -Maillebois fit remarquer que ce choix n'tait pas heureux, ce prlat tant le parent de -la dame Fonseca, religieuse Rome, qui soutenait ouvertement Thodore.—Maillebois -au Ministre, le 10 fvrier 1740: Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre -des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578" class="label">[578]</a> <i>Direction des lettres que Thodore crit Rome</i>: Correspondance de Corse, -janvier 1740, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579" class="label">[579]</a> Sœur Anglique-Cassandre Fonseca au capitaine Bigani Livourne, Rome, le -9 novembre 1737. Copie d'une lettre intercepte transmise par Bernabo, agent de -Gnes Rome, le 9 novembre 1737: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 13/3011. Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580" class="label">[580]</a> La mme Thodore, Naples, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre -intercepte transmise par Bernabo le 15 novembre 1738: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581" class="label">[581]</a> <i>Direction des lettres que Thodore crit Rome</i>: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582" class="label">[582]</a> Le fils de Bigani, nous l'avons vu, s'tait embarqu Tunis pour la Corse avec -Thodore en 1736.</p> - -<p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583" class="label">[583]</a> Le comte de Wachtendonck au marquis tienne Lomellini, Gnes, Livourne, -le 15 aot 1737: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 1-2121. Archives d'tat de Gnes, -archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584" class="label">[584]</a> Mme lettre du comte de Wachtendonck au marquis tienne Lomellini.</p> - -<p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585" class="label">[585]</a> Sœur Anglique-Cassandre Fonseca Bigani, Rome, le 14 septembre 1737. -Copie d'une lettre intercepte transmise Gnes, le 14 septembre, par Bernabo: -<i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586" class="label">[586]</a> Sœur Anglique-Cassandre Fonseca Bigani, Rome, le 9 novembre 1737. -Copie d'une lettre intercepte, transmise le 9 novembre, Gnes, par Bernabo: -<i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587" class="label">[587]</a> La mme au mme, Rome, le 7 juin 1738. Copie d'une lettre intercepte transmise -le 14 juin, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588" class="label">[588]</a> Thodore Bigani, le 20 dcembre 1738. Copie d'une lettre intercepte, -transmise le 27 dcembre, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589" class="label">[589]</a> Sœur Anglique-Cassandre Fonseca Lucas Boon, sans date, mais du mois -de septembre 1738 trs certainement. Lettre autographe intercepte, transmise le -27 septembre, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590" class="label">[590]</a> Thodore Gom Delagrange, conseiller au Parlement de Metz, 11 dcembre -1740: Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591" class="label">[591]</a> Sœur Anglique-Cassandre Fonseca Drost, Rome, le 7 juin 1738. Copie -d'une lettre intercepte, transmise le 14 juin, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592" class="label">[592]</a> Jean Ludovici Thodore, sœur Fonseca, Joseph Valembergh, Rome, le -11 novembre 1738. Lettres interceptes transmises le 15 novembre, Gnes, -par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593" class="label">[593]</a> Duffour sœur Anglique-Cassandre Fonseca, Livourne, le 27 juillet 1737. -Copie d'une lettre intercepte, filza 1/2121 aux archives d'tat de Gnes.</p> - -<p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594" class="label">[594]</a> Le duc de Saint-Aignan Amelot, Rome, le 27 septembre 1738: Correspondance -de Rome, vol. 770. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595" class="label">[595]</a> Saint-Martin Thodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte -transmise par Bernabo Gnes: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596" class="label">[596]</a> Mathieu Drost la sœur Fonseca, Livourne, le 14 septembre 1738. Copie d'une -lettre intercepte transmise par Bernabo Gnes, le 27 septembre: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597" class="label">[597]</a> Bigani la sœur Fonseca, Livourne, le 16 septembre 1738. Copie d'une lettre -intercepte transmise par Bernabo Gnes, le 27 septembre: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598" class="label">[598]</a> Le duc de Saint-Aignan Amelot, Rome, le 27 septembre 1738: Correspondance -de Rome, vol. 770. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599" class="label">[599]</a> Copie d'une lettre de Thodore Saint-Martin, du 16 mai 1738. Communique - M. de Fnelon, ambassadeur de France en Hollande, par le duc de Saint-Aignan, -ambassadeur Rome, le 18 octobre 1738: Correspondance de Hollande, vol. 427. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600" class="label">[600]</a> Saint-Martin Thodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte, -transmise par Bernabo Gnes, le 15 novembre: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601" class="label">[601]</a> Billet de sœur Anglique-Cassandre Fonseca Thodore, joint la lettre de -Saint-Martin, Rome, le 7 novembre 1738: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602" class="label">[602]</a> Bernabo au Srnissime Collge, Rome, le 14 juin 1738: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603" class="label">[603]</a> Saint-Martin Bernabo sans date, transmise le 27 septembre Gnes, par -Bernabo: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604" class="label">[604]</a> Bernabo au Srnissime Collge, Rome, le 27 septembre 1738: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605" class="label">[605]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat, du 10 octobre 1738: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606" class="label">[606]</a> Le duc de Saint-Aignan Amelot, Rome, les 27 septembre et 4 octobre 1738: -Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607" class="label">[607]</a> Saint-Martin au Srnissime Collge, Rome, le 27 dcembre 1738, transmise -par Bernabo Gnes, le 27 dcembre: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608" class="label">[608]</a> Ticquet (intrimaire de Puisieux) Amelot, Naples, les 2, 9 et 23 juin 1739: -Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609" class="label">[609]</a> Bernabo au Srnissime Collge, Rome, le 8 octobre 1740: <i>loc. cit.</i></p> - -<p>Par le mme courrier, Bernabo envoya Gnes une lettre de Bigani la sœur -Franoise-Constance. Le capitaine disait qu'il ne pouvait soutenir plus longtemps les -partisans du roi. C'tait une demande d'argent dguise.</p> - -<p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610" class="label">[610]</a> Voir mon article: <i>La politique de la Retirade</i>, dans la <i>Revue d'histoire -diplomatique</i>, anne 1898, n<sup>os</sup> 2 et 3.</p> - -<p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611" class="label">[611]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 12 mai 1736: Correspondance de Florence, -vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612" class="label">[612]</a> Du mme au mme, les 26 mai et 16 juin 1736: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613" class="label">[613]</a> Le prince Antoine de Monaco au marchal de Tess, les 6 et 10 octobre 1724. -Archives du palais de Monaco, C<sup>e</sup> 60.—Le marchal de Tess au prince Antoine, -Madrid, le 30 octobre 1724: <i>Ibidem</i>, C<sup>e</sup> 24.</p> - -<p>Le Beaujeu de Madrid, de Monaco et de Florence, comme plus tard de Vienne, est -bien le mme personnage. Les renseignements fournis, en 1724 par Tess, et en 1737 -par Campredon, portent des deux cts que cet individu tait le fils d'un marchand de -bois ou charpentier de Lyon.</p> - -<p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614" class="label">[614]</a> Franois de Lorraine n'tait pas encore grand-duc de Toscane, mais la succession -de Jean-Gaston de Mdicis lui tait promise et on le considrait dj comme -tel. Quelques mois plus tard, Jean-Gaston mourut et Franois eut le grand-duch.</p> - -<p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615" class="label">[615]</a> Thodore arriva Alria le 12 mars.</p> - -<p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616" class="label">[616]</a> Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617" class="label">[617]</a> Amelot Campredon, Gnes, le 5 mars 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. -Archives du Ministre des affaires trangres.—Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 335-336.</p> - -<p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618" class="label">[618]</a> Le mme au mme, le 5 mars 1737: <i>Ibidem</i>. La lettre du ministre transmettant -le mmoire et les renseignements fournis par Campredon sont du mme jour. Les -intrigues de Beaujeu taient donc connues Versailles et Gnes en mme temps.</p> - -<p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619" class="label">[619]</a> Les relations de Beaujeu avec l'Empereur et son gendre sont confirmes par un -rapport transmis au gouvernement gnois et que nous verrons dans un instant.</p> - -<p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620" class="label">[620]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 5 mars 1737. Lettre dj cite.</p> - -<p>Dans une autre dpche, date du 3 avril, Campredon affirmait nouveau les relations -de Franois avec Beaujeu. L'on vous aura sans doute donn avis comme -moi, Monseigneur, que le sieur Beaujeu de la Salle, ci-devant aide de camp de M. le -marchal de Coigny et reconnu pour avoir servi d'espion la cour de Vienne pendant -la dernire guerre, avait ordre du duc de Lorraine de passer en Corse pour y porter -des propositions aux mcontents. Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du -Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621" class="label">[621]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 18 avril 1737: <i>Ibidem</i>.—Abb Letteron, -<i>Correspondance</i>, p. 342-343.</p> - -<p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622" class="label">[622]</a> Lettres de Bastia des 8 et 18 mai 1737, communiques par Campredon: <i>Ibidem</i>.—Abb -Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 349-351, 354-355.</p> - -<p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623" class="label">[623]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 16 mai 1737: <i>Ibidem</i>.—Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, -p. 352-353.</p> - -<p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624" class="label">[624]</a> <i>Memoria di tutto cio che stato fatto dal signor comte Humberto di -Beaujeu, ministro de' Corsi del anno 1736, sino al presente 1744 in Corsica, -Vienne, Francoforte, Londra, Amburgo, Venezia, Constantinopoli e Tunis.</i> -Filza Corsica 1744, 1/2122. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625" class="label">[625]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626" class="label">[626]</a> <i>La politique de la Retirade</i>, dans la <i>Revue d'histoire diplomatique</i>, anne -1898, n<sup>os</sup> 2 et 3. J'ai donn en dtail, dans cet article, le rcit des complots de Beaujeu. -J'ai cru devoir les rappeler ici, car ils se rattachent intimement l'histoire de Thodore.</p> - -<p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627" class="label">[627]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 21 fvrier 1737: Correspondance de Gnes, -vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628" class="label">[628]</a> Maillebois au marquis de Mirepoix, le 14 avril 1740: Correspondance de Corse, -vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629" class="label">[629]</a> Maillebois Amelot, le 19 mai 1740: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630" class="label">[630]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 21 fvrier 1739: Correspondance de Florence, -vol. 90. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631" class="label">[631]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 14 mai et 18 juin 1740: <i>Ibidem</i>, vol. 91.</p> - -<p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632" class="label">[632]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 9 juillet 1740: <i>Ibidem</i>, vol. 92.</p> - -<p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633" class="label">[633]</a> Copie d'une lettre de Vienne du 3 septembre 1740: Correspondance de Corse, -vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634" class="label">[634]</a> Le 20 octobre 1740.</p> - -<p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635" class="label">[635]</a> Extrait d'une lettre de Cologne du mois d'avril 1740. Communiqu le 21 mai -par le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France Rome: Correspondance de -Cologne, vol. 73. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636" class="label">[636]</a> Thodore Gom-Delagrange, le 1<sup>er</sup> octobre 1740: Correspondance de Corse, -vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637" class="label">[637]</a> Gom-Delagrange avait pous la demi-sœur de Thodore, ne du second -mariage de la mre de celui-ci avec M. Marneau.</p> - -<p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638" class="label">[638]</a> Il n'est pas besoin de faire ressortir l'invraisemblance de cette ascendance. -C'tait un grossier mensonge destin blouir ceux qu'il voulait duper. Au dixime -sicle, la Corse tait, d'aprs les vieux chroniqueurs, sous la domination des comtes -de la famille Colonna. Ils descendaient d'Ugo qui avait chass les Sarrazins. Pendant -quatre-vingts ans environ ils se succdrent de pre en fils. Ce furent Bianco, -Orlando, Ridolfo et Guido dont le fils Arrigo, surnomm Bel Messere cause de sa -beaut, mourut assassin en l'an 1000 avec tous ses fils. L'pope du Bel Messere est -reste lgendaire en Corse: <i>Chronique de Giovanni della Grossa</i>: <i>Op. cit.</i>, -p. 117 122.</p> - -<p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639" class="label">[639]</a> Ce Jean-Frdric de Neuhoff tait celui qui faisait partie de l'expdition de -1738 et qui se trouvait parmi les malheureux abandonns par Thodore et rapatris -par les Franais.</p> - -<p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640" class="label">[640]</a> Cet autre Neuhoff tait celui qui avait abord en Corse en 1739 et avait essay -d'organiser une rsistance nergique dans l'intrieur de l'le contre les Franais. J'ai -racont prcdemment son quipe qui ne manquait pas de grandeur (voir chapitre V).</p> - -<p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641" class="label">[641]</a> Dans son numro du mois de mars 1740 <i>le Mercure historique et politique -de Hollande</i> portait que Thodore avait t vu Venise.</p> - -<p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642" class="label">[642]</a> Thodore de Neuhoff Gom-Delagrange, le 11 dcembre 1740: Correspondance -de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.—Comme d'habitude, -Thodore ne mit pas l'endroit d'o il crivait.</p> - -<p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643" class="label">[643]</a> Gom-Delagrange Amelot, Thionville, le 14 janvier 1741: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644" class="label">[644]</a> Amelot Gom-Delagrange, 24 janvier 1741: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645" class="label">[645]</a> Amelot Gom-Delagrange, 10 fvrier 1741: Correspondance de Corse, vol. 2. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646" class="label">[646]</a> Gom-Delagrange Amelot, Lunville, le 23 fvrier 1741: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647" class="label">[647]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance de Florence, vol. -97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648" class="label">[648]</a> Cette lettre de Groeben est adresse Monsieur le capitaine Bigani, consul -gnral de la Levante et Barbarie pour le service de Sa Majest le Roy de Naples et -Sicile.</p> - -<p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649" class="label">[649]</a> Groeben Bigani, Livourne, le 18 septembre 1741. Communique par Gavi -avec sa lettre du 18 octobre: <i>Ribellione de' Corsi</i>, filza 14-3012. Archives d'tat de -Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650" class="label">[650]</a> Louis de Groeben la sœur Franoise-Constance Fonseca, Livourne, le -18 septembre 1741, communique par Gavi avec sa lettre du 18 octobre: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651" class="label">[651]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 187.</p> - -<p>J'ai publi dans la <i>Revue d'histoire diplomatique</i> toute cette partie qui a trait -l'arrive de Thodore sur <i>Le Revenger</i>, ainsi que le rcit des pisodes qui suivirent. -Je retranche ici quelques lignes qui servaient de prambule ncessaire et j'ai ajout -des dtails nouveaux.</p> - -<p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652" class="label">[652]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 9 fvrier 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653" class="label">[653]</a> De ses fentres, crit le pote Gray, qui fut son hte, nous pouvons pcher -dans l'Arno.</p> - -<p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654" class="label">[654]</a> <i>Mann and Manners at the court of Florence 1740-1786</i>, par le D<sup>r</sup> Doran -F. S. A., Londres, 1876.</p> - -<p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655" class="label">[655]</a> Horace Walpole Mann, 13 fvrier 1743: <i>The letters of Horace Walpole</i>, -9 vol. in-8<sup>o</sup>, London, 1891.</p> - -<p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656" class="label">[656]</a> Horace Walpole Mann, 13 fvrier 1743: <i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657" class="label">[657]</a> Les lettres de Thodore taient adresses Thomas Giulani, Paul-Marie -Paoli, Ambroise Quilici de Speluncato, au prtre Croce de Lavatoggio, Gafforio de -Corte, Ciabaldini d'Orezza et Zerbino du Niolo.</p> - -<p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658" class="label">[658]</a> Ozero, vice-consul de France Calvi, Jonville, Calvi, le 21 janvier 1743.—Extrait -de quelques lettres du consul de Gnes Livourne, communiqu par -Lorenzi: Correspondance de Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires -trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659" class="label">[659]</a> Gavi au Srnissime Collge, Livourne, le 30 janvier 1743: <i>Ribellione de' -Corsi</i>, filza 14/3012. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660" class="label">[660]</a> Jonville Amelot, Gnes, le 13 fvrier 1743: Correspondance de Gnes, vol. 112. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661" class="label">[661]</a> Gavi au Srnissime Collge, Livourne, le 6 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i> Archives -d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662" class="label">[662]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 16 fvrier 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.—Gavi au Srnissime Collge, -Livourne, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663" class="label">[663]</a> Extrait de quelques lettres du consul de Gnes Livourne. Communiqu par -Lorenzi: Correspondance de Gnes, vol. 112.</p> - -<p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664" class="label">[664]</a> Marie-Thrse.</p> - -<p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665" class="label">[665]</a> Cet dit se trouve aux archives d'tat de Turin: <i>Materie politiche, Negoziazione -colla Corsica</i>, mazzo n<sup>o</sup> 2.—Gavi le transmit au Srnissime Collge le -13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i>—Lorenzi et Jonville en adressrent galement des copies -au gouvernement franais, les 2, 13 et 16 fvrier: Correspondance de Gnes, vol. 112. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666" class="label">[666]</a> Gavi au Srnissime Collge, Livourne, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667" class="label">[667]</a> Extrait de quelques lettres du consul de Gnes Livourne M. Viale, communiqu -par Lorenzi le 23 fvrier: Correspondance de Gnes, vol. 112. Archives du -Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668" class="label">[668]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669" class="label">[669]</a> Ozero, vice-consul de France Calvi, Jonville, le 13 fvrier 1743: Correspondance -de Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670" class="label">[670]</a> Traduction de la lettre crite par Thodore au capitaine Bertelli, commandant de -l'le Rousse, le 10 fvrier, filza 41/2050, <i>Corsica</i>, 1743. Archives d'tat de Gnes, -archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671" class="label">[671]</a> Ozero Jonville, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672" class="label">[672]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 16 fvrier 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673" class="label">[673]</a> Gavi au Srnissime Collge, Calvi, le 6 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674" class="label">[674]</a> Ozero Jonville, Calvi, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675" class="label">[675]</a> <i>Relation de ce qui s'est pass Ajaccio, le 2 mars 1743 entre le vaisseau -de guerre espagnol</i> Le Saint-Isidore <i>et les vaisseaux de guerre anglais</i>. Cette -relation a t faite par le consul d'Espagne, Livourne, sur la dposition des matelots -du vaisseau espagnol et traduit de l'espagnol, Livourne, ce 21 mars 1743: Correspondance -de Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676" class="label">[676]</a> Ozero Jonville, Calvi, le 3 mars 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677" class="label">[677]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 16 fvrier 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678" class="label">[678]</a> Extrait d'une lettre du 18 mars 1743 de Bertellet, consul de France Livourne.—Lorenzi - Amelot, Florence, le 5 avril 1743: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679" class="label">[679]</a> Extrait d'une lettre, dj cite, du 18 mars 1743, crite par le consul Bertellet.</p> - -<p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680" class="label">[680]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681" class="label">[681]</a> Jonville Amelot, Gnes, 20 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682" class="label">[682]</a> Note de la rpublique au roi d'Angleterre, fvrier 1743: Correspondance de -Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683" class="label">[683]</a> Amelot Jonville, Versailles, 5 mars 1743: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684" class="label">[684]</a> Newcastle Gastaldi, Whitehall, 17 mars 1743: <i>Corsica</i>, 1743; filza 41/2050. -Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685" class="label">[685]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 30 mars 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686" class="label">[686]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 2 mars 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687" class="label">[687]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688" class="label">[688]</a> Sœur de Philippe, deuxime comte de Stanhope.</p> - -<p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689" class="label">[689]</a> Horace Walpole Horace Mann, 14 mars 1743.</p> - -<p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690" class="label">[690]</a> <i>Mann and Manners at the court of Florence, 1740.</i></p> - -<p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691" class="label">[691]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692" class="label">[692]</a> <i>Mann and Manners.</i></p> - -<p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693" class="label">[693]</a> <i>Mann and Manners.</i></p> - -<p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694" class="label">[694]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695" class="label">[695]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 13 avril 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696" class="label">[696]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 27 avril 1743: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697" class="label">[697]</a> Mme dpche de Lorenzi Amelot.</p> - -<p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698" class="label">[698]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance de Florence, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699" class="label">[699]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance de Florence, vol. 97. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700" class="label">[700]</a> J'ai eu la bonne fortune de trouver dans la partie des archives d'tat Gnes, -classe sous le titre d'<i>Archivio secreto</i>, non seulement tous les documents concernant -cette curieuse histoire, mais aussi les dcisions du Srnissime Collge et -celles de l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs d'tat touchant les faits signals. -Lus d'abord devant le collge, ces documents taient ensuite transmis aux inquisiteurs - qui incombait tout spcialement l'examen des affaires concernant Thodore. Cette -transmission se faisait avec toutes sortes de protocoles. Invariablement chaque envoi -se terminait par cette formule: <i>Per Serenississima Collegia ad Calculos</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701" class="label">[701]</a> Dominique Mariani l'Excellentissime et Illustrissime Junte de Corse Gnes, -Milan, le 1<sup>er</sup> avril 1743: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702" class="label">[702]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat sur la lettre de Mariani, le 3 avril 1743: -<i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703" class="label">[703]</a> Viale au Srnissime Collge, Florence, le 10 mai 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704" class="label">[704]</a> C'tait un homonyme du rsident gnois Florence. L'inquisiteur portait le -titre d'<i>Illustrissime</i>, l'autre celui de <i>Magnifique</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705" class="label">[705]</a> Lettre d'Augustin Viale au Srnissime Collge, Florence, le 21 mai 1743, -suivie de la dlibration du tribunal des inquisiteurs d'tat du 24 mai: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706" class="label">[706]</a> Viale Sartorio, Florence, le 28 mai 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707" class="label">[707]</a> Viale au Srnissime Collge, Florence, le 23 juin 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708" class="label">[708]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat prise le 28 juin la suite de la lettre de -Viale du 23 juin: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709" class="label">[709]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 16 juillet 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710" class="label">[710]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat prise le 22 juillet la suite de la lettre -de Viale du 16: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711" class="label">[711]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 23 juillet 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712" class="label">[712]</a> Viale de Franchi, Florence, le 6 aot 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713" class="label">[713]</a> De Mari Ansaldo Grimaldi, Venise, le 10 aot 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714" class="label">[714]</a> Dlibration prise le 17 aot la suite de la lettre de de Mari: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715" class="label">[715]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 22 juin 1743: Correspondance de Florence, -vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716" class="label">[716]</a> Amelot Lorenzi, Versailles, les 21 mai et 9 juillet: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717" class="label">[717]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 29 juin 1743: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718" class="label">[718]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 13 aot 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719" class="label">[719]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720" class="label">[720]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 17 septembre 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721" class="label">[721]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 17 septembre 1743: Correspondance de Florence, -vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722" class="label">[722]</a> Viale Sorba, Florence, le 17 dcembre 1743: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723" class="label">[723]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 21 et 28 dcembre 1743: Correspondance de -Florence, vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724" class="label">[724]</a> Thodore au Pre Colonna, le 27 dcembre 1743: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de -Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725" class="label">[725]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 30 avril 1744: Correspondance de Florence, -vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726" class="label">[726]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 7 mai 1744: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727" class="label">[727]</a> Giuseppe Roberti, <i>Carlo Emmanuele III e la Corsica al tempo della guerra -di successione austriaca</i> (Turin, 1890), p. 6.</p> - -<p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728" class="label">[728]</a> Dans les archives d'tat de Turin, on trouve quatre lettres autographes de -Thodore dates des 16 avril, 11 et 14 mai et 1<sup>er</sup> juin 1744. Ces lettres mentionnes par -M. Giuseppe Roberti, en note dans l'ouvrage cit plus haut (p. 7), ne portent pas le -nom de la personne qui elles taient adresses. Il est probable que le destinataire -tait Mann avec qui le baron tait rest en relations pistolaires. En effet, Neuhoff, -dans celle du 15 avril, donne des renseignements sur le fils du prtendant Stuart -que Mann avait pour mission spciale de surveiller en Italie. Quoi qu'il en soit, les -rponses parvenaient Thodore par l'intermdiaire de Villettes et de Mann.</p> - -<p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729" class="label">[729]</a> Lettre de Thodore du 15 avril: <i>Materie militare, Levata truppe straniere</i>, -mazzo 2. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730" class="label">[730]</a></p> - -<table id="corse" summary="nombre"> -<tr> -<td class="tdl">tat des Corses disperss en Italie,<br /> -au service du Pape<br /> -officiers, soldats et autres, sans emplois</td> -<td class="tdr">742</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Au service de Venise</td> -<td class="tdr">885</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">de l'Espagne et de Naples, en Italie</td> -<td class="tdr">911</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">de la France</td> -<td class="tdr">409</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">du Pimont</td> -<td class="tdr">89</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">de la Toscane</td> -<td class="tdr">83</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">de Gnes</td> -<td class="tdr">1.481<br /> --------<br /> -4.600<br /> -======</td> -</tr> -</table> - -<p>L'tat porte un total de 4.381, ce qui est une erreur.</p> - -<p>Lettre de Thodore du 11 mai 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731" class="label">[731]</a> Nom donn aux troupes franco-espagnoles.</p> - -<p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732" class="label">[732]</a> Lettre de Thodore du 14 mai 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p>Dans sa lettre Thodore demande son correspondant de mettre ses amis de -Londres en garde contre les agissements du chevalier de Champigny, envoy de l'lecteur -de Cologne. Il l'accuse d'tre un espion de la France—ce qui est faux—puisqu'en -effet nous avons vu que le ministre avait recommand au rsident de France - Cologne de mettre ce chevalier d'industrie la porte s'il se prsentait chez lui. -Champigny, qui avait livr les lettres de sa mre, continuait ses exploits Londres, et -Thodore demandait qu'on le dnont en son nom.</p> - -<p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733" class="label">[733]</a> Copie d'une lettre de M. de Salis au baron Thodore de Neuhoff, ce 20 mai 1744: -<i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734" class="label">[734]</a> Lettre autographe de Thodore au marquis d'Ormea, le 24 mai 1744: <i>loc. cit.</i> -Archives d'tat de Turin.—Cette lettre a t cite en partie par M. Giuseppe Roberti -dans son tude, p. 7-8.</p> - -<p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735" class="label">[735]</a> Lettre autographe de Thodore d'Ormea, le 5 juin 1744: Bibliothque municipale -de Turin. Collection d'autographes Cossilla.—Cette lettre, mentionne en note -par M. Giuseppe Roberti (p. 8), se trouve galement en copie aux archives d'tat, -<i>Materie militare, Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p> - -<p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736" class="label">[736]</a> Traduction d'une lettre de M. Mann M. de Villettes, crite de Florence, le -30 mai 1744: <i>loc. cit.</i>, mazzo 2. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737" class="label">[737]</a> J'en ai donn le texte plus haut. Mann avait envoy une copie de cette lettre - Villettes.</p> - -<p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738" class="label">[738]</a> Traduction d'une lettre de M. Mann M. de Villettes, du 7 juin 1744: -<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p>M. Giuseppe Roberti a cit en partie cette lettre dans son tude, p. 9.</p> - -<p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739" class="label">[739]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 10.</p> - -<p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740" class="label">[740]</a> Victor Hugo, <i>Ruy-Blas</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741" class="label">[741]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 11 juin 1744: Correspondance de Florence, -vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742" class="label">[742]</a> Viale au Srnissime Collge avec la copie d'une lettre de Sienne du -6 juillet 1744. Florence, le 7 juillet 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes. -Archives secrtes.—Lorenzi Amelot, Florence, le 7 juillet 1744: Correspondance de -Florence, vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743" class="label">[743]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat du 12 juillet 1744, prise la suite de la -lettre de Viale du 7 juillet: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744" class="label">[744]</a> Lorenzi Amelot, 19 juillet 1744: Correspondance de Florence, vol. 100. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745" class="label">[745]</a> Lettre du consul de Gnes Livourne, du 28 octobre 1744, au Srnissime -Collge: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 14/3012. Archives d'tat de Gnes, archives -secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746" class="label">[746]</a> Cette pice est date de Corte, le 11 juin 1744. Elle fut communique par -Lorenzi, le 12 aot: Correspondance de Gnes, vol. 116. Archives du Ministre des -affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747" class="label">[747]</a> Voir chapitre VI.</p> - -<p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748" class="label">[748]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 10.</p> - -<p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749" class="label">[749]</a> Viale au Srnissime Collge, le 8 dcembre 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de -Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750" class="label">[750]</a> Viale au Srnissime Collge, les 15 dcembre 1744 et 12 janvier 1745: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751" class="label">[751]</a> Thodore au marquis d'Ormea, le 4 juin 1745: <i>Materie militare, Levata -truppe straniere</i>, mazzo 2. Archives d'tat de Turin.—Cette lettre a t cite par -M. Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 11.</p> - -<p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752" class="label">[752]</a> D'Ormea mourut le 24 mai. Thodore pouvait donc ignorer cet vnement -lorsqu'il crivait le 4 juin. Le marquis d'Argenson crivait le 4 mai Lorenzi: On -nous assure que le marquis d'Ormea se meurt. Je rabaterois beaucoup de son habilet -s'il n'avait pas su connatre ce qu'est le baron de Neuhoff. On ne l'a jamais regard -ici que comme un misrable et un poltron incapable de soutenir le rle d'aventurier -qu'il a voulu jouer: Correspondance de Florence, vol. 101. Archives du Ministre -des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753" class="label">[753]</a> Lettre de Mann au marquis de Gorzegno, du 27 juillet 1745, cite par M. Giuseppe -Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 11.</p> - -<p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754" class="label">[754]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 11 14.</p> - -<p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755" class="label">[755]</a> Relation d'une confrence que le comte de Saint-Laurent a eue avec M. de -Villettes, Turin, le 21 septembre 1745: <i>Negoziazioni colla Corsica. Materie -politiche</i>, mazzo 1. Archives d'tat de Turin.—Cite par M. Giuseppe Roberti, -<i>op. cit.</i>, p. 14.</p> - -<p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756" class="label">[756]</a> Cette lettre, date du 9 septembre 1745, est signe Haagen. Une note mise -aprs la signature porte: C'est un nom que Thodore a pris. Nous avons vu en -effet que c'tait un de ses pseudonymes. Correspondance de Gnes, vol. 119. Archives -du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757" class="label">[757]</a> Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, les 16 et 23 septembre 1745: Correspondance -de Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758" class="label">[758]</a> Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, le 30 septembre 1745: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759" class="label">[759]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, les 14 et 21 octobre 1745: Correspondance de -Florence, vol. 102. Archives du Ministre des Affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760" class="label">[760]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 28 octobre 1745: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761" class="label">[761]</a> D'Argenson Lorenzi, Versailles, le 2 novembre 1745: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762" class="label">[762]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 26 octobre 1745: <i>Lettere ministri Toscana</i>, -mazzo 1. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763" class="label">[763]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 2 dcembre 1745: Correspondance de -Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764" class="label">[764]</a> Cette proclamation date du quartier gnral de Casale, le 2 octobre 1745, -fut transmise le 20 dcembre 1745 au gouvernement franais par Du Pont intrimaire - Gnes: Correspondance de Gnes, vol. 119. Archives du Ministre des affaires -trangres. Elle a t publie in extenso d'aprs les Archives d'tat de Turin par -M. Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 15-17.</p> - -<p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765" class="label">[765]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 18.</p> - -<p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766" class="label">[766]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 18 novembre 1745: Correspondance de -Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767" class="label">[767]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 25 novembre 1745.—<i>Relation de ce qui -s'est pass la prise de la Bastie</i>, transmise par Lorenzi le 2 dcembre: Correspondance -de Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768" class="label">[768]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 23 novembre 1745: <i>Lettere ministri, Toscana</i>, -mazzo 1. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769" class="label">[769]</a> <i>Relation de ce qui s'est pass la prise de la Bastie</i>: Correspondance de -Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770" class="label">[770]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 27 novembre 1745: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de -Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771" class="label">[771]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 19-20.</p> - -<p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772" class="label">[772]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 20-21.</p> - -<p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773" class="label">[773]</a> <i>Ibidem</i>, p. 22.</p> - -<p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774" class="label">[774]</a> Je n'ai rien de certain vous marquer, Monseigneur, par rapport Thodore. -Quoiqu'on ne paraisse point douter ici qu'il ne se soit embarqu pour passer en Corse, -je n'entends point dire qu'il y ait ici d'avis positif de son dbarquement dans cette -le. Il est vrai que ceux du gouvernement vitent de parler de cet aventurier, soit -qu'ils veuillent tenir la chose secrte, soit qu'ils comptent sur notre alliance pour -avoir, par la suite, raison de cette affaire, et c'est sans doute cette considration qui -les tranquillise sur le danger o ils sont de perdre cette le par les manœuvres du roi -de Sardaigne et des Anglais.—Du Pont d'Argenson, Gnes, le 1<sup>er</sup> novembre 1745: -Correspondance de Gnes, vol. 119. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775" class="label">[775]</a> Continuez vous instruire avec le plus de prcision qu'il vous sera possible -de ce qui regarde les affaires de Corse. Je vous ai dj mand combien il serait -dangereux que les Anglais pussent se former quelque tablissement dans cette le.—D'Argenson - du Pont, Paris, le 8 fvrier 1746: Correspondance de Gnes, vol. 120. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776" class="label">[776]</a> Guymont d'Argenson, Gnes, le 19 juin 1746: Correspondance de Gnes, -vol. 120. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777" class="label">[777]</a> Thodore Ange-Brando Suzini, le 17 octobre 1745: <i>loc. cit.</i> Bibliothque -municipale de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778" class="label">[778]</a> Thodore au comte Bradimente Mari, le 23 dcembre 1745: <i>Materie politiche, -negoziazioni colla Corsica</i>, mazzo 3. Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779" class="label">[779]</a> Thodore au comte Bradimente Mari, le 25 janvier 1746: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780" class="label">[780]</a> Le 15 dcembre 1745, Lorenzi en communiquant ce document au gouvernement -franais, disait qu'en Toscane on tait persuad qu'il avait t fait par Thodore lui-mme. -Florence, le 20 janvier 1746: Correspondance de Florence, vol. 103.—Du Pont - d'Argenson, Gnes, le 30 janvier 1746: Correspondance de Gnes, vol. 120. Archives -du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781" class="label">[781]</a> Du Pont d'Argenson, Gnes, les 16 et 30 janvier 1746: Correspondance de -Gnes, vol. 120. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782" class="label">[782]</a> Mann Gorzegno, le 7 juin 1746: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783" class="label">[783]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746: Correspondance de Florence, -vol. 103. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784" class="label">[784]</a> Guymont d'Argenson, Gnes, le 25 avril 1746: Correspondance de Gnes, -vol. 120. <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785" class="label">[785]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746: Correspondance de Florence, -vol. 103. <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786" class="label">[786]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 9 juin 1746: Correspondance de Florence. -Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787" class="label">[787]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 10 octobre 1746: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de -Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788" class="label">[788]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 25 octobre 1746: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789" class="label">[789]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 31 octobre 1746: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de -Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790" class="label">[790]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 7 janvier 1747: Correspondance de Florence, -vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791" class="label">[791]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 20 fvrier 1747: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de -Turin.</p> - -<p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792" class="label">[792]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 18 fvrier 1747: Correspondance de Florence, -vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793" class="label">[793]</a> Lorenzi Maurepas, Florence, le 4 mars 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794" class="label">[794]</a> Lorenzi Puisieux, qui avait remplac d'Argenson aux affaires trangres, -Florence, le 11 mars 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795" class="label">[795]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 18 mars 1747: Correspondance de Florence, -vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796" class="label">[796]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, les 25 mars et 15 avril 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797" class="label">[797]</a> Vous sentez combien il est intressant pour nous d'tre exactement et promptement -instruits des suites que pourrait avoir le projet qui parat avoir t form -contre la Corse; et je ne crois pas avoir besoin d'exciter cet gard votre vigilance et -votre zle. Puisieux Lorenzi, Paris, le 25 avril 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798" class="label">[798]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 6 mai 1747: Correspondance de Florence, -vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799" class="label">[799]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 13 mai 1747: Correspondance de Florence, -vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800" class="label">[800]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 20 mai 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801" class="label">[801]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 17 mai 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802" class="label">[802]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803" class="label">[803]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 26 aot 1747: <i>Ibidem</i>, vol. 106.</p> - -<p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804" class="label">[804]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: <i>Ibidem</i>, vol. 105.</p> - -<p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805" class="label">[805]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 2 septembre 1747: Correspondance de Florence, -vol. 106. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806" class="label">[806]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 26 septembre 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807" class="label">[807]</a> Je voudrais que vous puissiez vrifier si en effet le baron de Neuhoff a t -renvoy en Westphalie et quel a t le motif qui a dtermin le grand-duc le chasser -de ses tats (en chiffres). Puisieux Lorenzi, Fontainebleau, le 17 octobre 1747: -<i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808" class="label">[808]</a> Ces Lorrains qui ont renvoy le baron Thodore chez lui, ont eu avis qu'il -y est arriv. Il parat que les ennemis ont abandonn, au moins pour le prsent, -leurs projets sur la Corse. Lorenzi Maurepas, Florence, le 24 octobre 1747: -<i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809" class="label">[809]</a> Lorenzi Puisieux (en chiffres), Florence, le 7 novembre 1747: Correspondance -de Florence, vol. 106. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810" class="label">[810]</a> Puisieux Lorenzi, Paris, le 28 novembre 1747: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811" class="label">[811]</a> Thodore la sœur Franoise-Constance Fonseca, le 15 juillet 1748: <i>Ribellione -di Corsica</i>, filza n<sup>o</sup> 14/3012. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812" class="label">[812]</a> Thodore la sœur Franoise-Constance Fonseca, le 25 aot 1748: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813" class="label">[813]</a> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814" class="label">[814]</a> Flix-Vincent Villavecchia au Srnissime Collge, La Haye, le 18 juillet 1749: -<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815" class="label">[815]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 20 janvier 1749: <i>Busta Inghilterra -n<sup>o</sup> 15 (1748-1756)</i>. <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816" class="label">[816]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 139.</p> - -<p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817" class="label">[817]</a> Durand, ambassadeur extraordinaire provisoire de France en Angleterre, -Puisieux, Londres, le 6 fvrier 1749: Correspondance d'Angleterre, vol. 425. Archives -du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818" class="label">[818]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 20 janvier 1749: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819" class="label">[819]</a> Mme dpche de Gastaldi, 20 janvier 1749.—Durand Puisieux, Londres, -le 6 fvrier 1749: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820" class="label">[820]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 21 janvier 1749: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821" class="label">[821]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 3 fvrier 1749: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822" class="label">[822]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823" class="label">[823]</a> Horace Walpole Horace Mann, Londres, Arlington street, le 23 mars 1749: -<i>op. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824" class="label">[824]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825" class="label">[825]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 140.</p> - -<p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826" class="label">[826]</a> Lvis-Mirepoix Puisieux, Londres, le 4 octobre 1749: Correspondance d'Angleterre, -vol. 425. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827" class="label">[827]</a> Lvis-Mirepoix Puisieux, Londres, le 25 septembre 1749: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828" class="label">[828]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 25 dcembre 1749: <i>loc. cit.</i>—Percy -Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 140.</p> - -<p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829" class="label">[829]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 1<sup>er</sup> janvier 1750: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830" class="label">[830]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 29 janvier 1750: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831" class="label">[831]</a> Dlibration du Srnissime Collge, du 11 fvrier 1750: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832" class="label">[832]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 140.</p> - -<p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833" class="label">[833]</a> <i>Ibidem</i>, p. 141.</p> - -<p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834" class="label">[834]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 141.</p> - -<p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835" class="label">[835]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 141.</p> - -<p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836" class="label">[836]</a> Lettre de Thodore de Neuhoff, du 11 juillet 1750: Correspondance de Corse, -vol. 3. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837" class="label">[837]</a> Le marchal de Belle-Isle Puisieux, Metz, le 7 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838" class="label">[838]</a> Gautier Belle-Isle, Londres, le 12 juillet 1750: Correspondance de Corse, -vol. 3. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839" class="label">[839]</a> Gautier Belle-Isle, Londres, le 16 juillet 1750: Correspondance de Corse, -vol. 3. Archives du Ministre des affaires trangres.</p> - -<p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840" class="label">[840]</a> Puisieux Belle-Isle, Versailles, le 18 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841" class="label">[841]</a> Puisieux Cursay, Versailles, le 11 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842" class="label">[842]</a> Cursay Puisieux, Bastia, le 26 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843" class="label">[843]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 142.</p> - -<p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844" class="label">[844]</a> <i>Ibidem.</i></p> - -<p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845" class="label">[845]</a> Le roi Jean mourut Londres, l'htel de Savoie, dans la nuit du 8 au 9 avril -1364. douard III, roi d'Angleterre, l'y avait reu avec tous les honneurs.</p> - -<p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846" class="label">[846]</a> <i>The World</i>, n<sup>o</sup> 8, jeudi 22 fvrier 1753. Article cit en partie par Percy -Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 142-143.</p> - -<p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847" class="label">[847]</a> <i>The World</i>, n<sup>o</sup> 9, 1<sup>er</sup> mars 1753.</p> - -<p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848" class="label">[848]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849" class="label">[849]</a> Horace Walpole Horace Mann, Strawberry Hill, 27 avril 1753: <i>op. cit.</i>—Percy -Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 144.</p> - -<p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850" class="label">[850]</a> Thodore au comte Bentinck, 12 mai 1754. Lettre cite par Percy Fitzgerald, -<i>op. cit.</i>, p. 145.</p> - -<p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851" class="label">[851]</a> Lettre de Thodore du 8 juillet 1754, cite par Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, -p. 144-145.</p> - -<p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852" class="label">[852]</a> <i>The World</i>, n<sup>os</sup> des 3, 10 et 20 mai 1755.—Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 146.</p> - -<p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853" class="label">[853]</a> Horace Walpole Horace Mann, Arlington street, 17 janvier 1757: <i>op. cit.</i>—Percy -Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 146.</p> - -<p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854" class="label">[854]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 147.</p> - -<p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855" class="label">[855]</a> MM. Charles Asgill, Aldermann et Co., Lombard street, et MM. Campbell et -Coutts dans le Strand.—Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 147.</p> - -<p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856" class="label">[856]</a> <i>Idem</i>, <i>ibidem</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857" class="label">[857]</a> Horace Walpole Horace Mann, Arlington street, 17 janvier 1757, <i>loc. cit.</i>—Percy -Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 148.</p> - -<p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858" class="label">[858]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 149.</p> - -<p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859" class="label">[859]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 148.</p> - -<p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860" class="label">[860]</a> Voici, d'aprs M. Percy Fitzgerald (p. 149), la note des funrailles du baron de -Neuhoff, fournie par Joseph Hubbard, fabricant de cercueils, entrepreneur de pompes -funbres:</p> - -<p><i>For the funeral of baron Neuhoff, king of Corsica, interred in St. -Anne's Ground, december 15, 1756.</i></p> - -<p>To a large elm coffin, covered with superfine black cloth, finished with double -rows of brass nails, a large plate of inscription, two cup coronets gilt, -four pair of chinese contrast handles gilt, with coronets over ditto, -the inside lined</p> - -<table id="coffin" summary="contents"> -<tr> -<td class="tdl">and ruffed with fine crape and inseared</td> -<td class="tdr"> 6.6.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">A fine double shroud, pillow, and nuts</td> -<td class="tdr"> 0.16.6</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Four men in black to move the body down</td> -<td class="tdr"> 0.4.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Paid the parish dues of St. Anne's</td> -<td class="tdr"> 1.2.8</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Paid the gravedigger's fee</td> -<td class="tdr"> 0.1.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Best velvet pall</td> -<td class="tdr"> 0.10.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Use of three gentlemen's cloaks and crapes</td> -<td class="tdr"> 0.4.6</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">A coach and hearse with pairs</td> -<td class="tdr"> 0.16.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Cloaks, hatbands, and gloves for the coachmen</td> -<td class="tdr"> 0.7.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Beer for the men</td> -<td class="tdr"> 0.1.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Attendance at the funeral</td> -<td class="tdr"> 0.2.6</td> -</tr> -<tr> -<td class=" "></td> -<td class="tdr">---------</td> -</tr> -<tr> -<td class=" "></td> -<td class="tdr"> 10.11.2</td> - -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Received in part</td> -<td class="tdr"> 8.8.0</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdr"> </td> -<td class="tdr">=======</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Balance due</td> -<td class="tdr"> 2.3.2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdr"> </td> -<td class="tdr">========</td> -</tr> -</table> - -<p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861" class="label">[861]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 150.</p> - -<p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862" class="label">[862]</a> Horace Walpole Horace Mann, Arlington street, 6 janvier 1757: <i>loc. cit.</i></p> - -<p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863" class="label">[863]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 150.</p> - -<p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864" class="label">[864]</a> <i>Il Re Teodoro</i> fut reprsent pour la premire fois Vienne. Le livret fut -ensuite traduit en franais par Moline et Dubuisson. Ftis dit que cet opra-bouffe -renferme un septuor devenu clbre dans toute l'Europe, dlicieuse composition -d'un genre absolument neuf alors et modle de suavit, d'lgance et de verve -comique. <i>Biographie universelle des musiciens et bibliographie gnrale de la -musique</i>, t. VI, p. 421-422.</p> - -<p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865" class="label">[865]</a> Programme d'un des concerts donns en 1806 aux Tuileries. Frdric Masson, -<i>Josphine, impratrice et reine</i>, p. 282.</p> - -<p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866" class="label">[866]</a> lie de Beaumont, <i>Un voyageur franais en Angleterre en 1764</i>, dans la -<i>Revue Britannique</i>, octobre 1895.</p> - -<p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867" class="label">[867]</a> Celesia au Srnissime Collge, Londres, les 10 et 17 octobre 1758: <i>Ribellione -di Corsica</i>, n<sup>o</sup> 15-3013. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p> - -<p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868" class="label">[868]</a> <i>Napolon inconnu, papiers indits (1786-1793)</i>, 2 vol., t. I, p. 193-194.</p> - -<p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869" class="label">[869]</a> Le lieu d'o elle a t crite n'a pas t marqu.</p> - -<p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870" class="label">[870]</a> Ministre de Sardaigne en Hollande.</p> - -<p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871" class="label">[871]</a> Il s'agit de Thodore de Neuhoff.</p> - -<p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872" class="label">[872]</a> Ministre de Russie en Hollande.</p> - -<p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873" class="label">[873]</a> En marge: Ceci n'est qu'un projet qui a t communiqu M. de Grimaldi, lequel n'a pu -encore parvenir tre exactement inform si ce contrat a t effectivement sign.</p> - -<p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874" class="label">[874]</a> Valembergh.</p> - -<p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875" class="label">[875]</a> Cette relation a t faite par le consul d'Espagne Livourne, sur la dposition des matelots -du vaisseau espagnol et traduite de l'espagnol.</p> - -<p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876" class="label">[876]</a> J'ai donn cette liste en note p. 303.</p> - -<p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877" class="label">[877]</a> Il s'agit de Rivarola.</p> - -<p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878" class="label">[878]</a> Thodore de Neuhoff.</p> - -<p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879" class="label">[879]</a> Cette lettre est la copie du fac-simil de l'criture de Thodore qui est donn dans le cours de -l'ouvrage.</p> - -<p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880" class="label">[880]</a> Voir la gravure, p. 232-233.</p> - - </div> - </div> -</div> - -<h2 class="normal">TABLE DES MATIRES</h2> - -<table id="ToC" summary="contents"> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">AVANT-PROPOS</th> -</tr> -<tr> -<td> </td> -<td class="tdr"><a href="#Page_VI">V</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE PREMIER.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La Corse l'arrive de Thodore.—Rvolutions.—vnements de 1729.—Intervention -allemande.—Le peuple corse attend un sauveur.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La famille de Neuhoff.—Les parents de Thodore.—Sa jeunesse.—A la -Cour de France.—Gœrtz, Alberoni et Ripperda.—Thodore en Hollande -et en Italie.—Sa rencontre avec les prisonniers corses.—Il -accepte d'tre le sauveur.—Voyage et sjour Tunis.—Il s'embarque -pour la Corse.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE II.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Dbarquement du baron de Neuhoff Alria.—Il est proclam roi de -Corse.—Son couronnement.—Thodore I<sup>er</sup> notifie son lvation sa -famille.—Opinions et inquitudes des diplomates.—Le roi nomme les -grands dignitaires de la Cour.—Jalousies et querelles des chefs corses.—Premires -oprations contre les Gnois.—Trahison de Luccioni.—Sa -condamnation et son excution.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_41">41</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE III.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">dit du Snat de Gnes.—Rponse de Thodore.—Le roi dans le Nebbio -et en Balagne.—Tribulations de Costa.—Frappe de la monnaie.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Affaire de Monte-Maggiore.—Thodore devant Corte.—Il prend la ville -sur ses gnraux.—Assassinat de Fabiani.—Discours du roi Venzolasca.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le ministre de Gnes en France.—Affaire Nayssen.—Les libelles satiriques - Gnes.—Le roi et la paysanne.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Thodore a peur.—Dpart pour Sartne.—Institution de l'<i>Ordre de la -Dlivrance</i>.—Lois nouvelles.—Le dernier mensonge.—La fuite.—Dbarquement - Livourne.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_79">79</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE IV.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La fuite de Thodore et les gazettes.—Sjour Florence.—Jean-Gaston de -Mdicis et le roi de Corse.—Inquitude des Gnois.—Leurs dmarches - Paris.—Passage de Thodore en France. -<span class="pagenum"><a id="Page_446"> 446</a></span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Son arrive en Hollande.—Son arrestation pour dettes.—Il est mis -en libert.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Il monte une opration commerciale.—Ses commanditaires.—Il frte des -navires.—Son voyage sur <i>La Demoiselle Agathe</i>.—Ses aventures -Lisbonne et Oran.—Sa fuite en pleine mer.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><i>La Demoiselle Agathe</i> Livourne.—Denis Richard.—Aventure tragique -du <i>Yong-Rombout</i>.—Intrigues Naples.—Protestation des Gnois.—Rponse -des tats Gnraux de Hollande.—Mort de Costa.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_123">123</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE V.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La rpublique de Gnes est impuissante rprimer la rvolte en Corse.—Ngociations -avec la France.—Trait de Fontainebleau.—La mission -de Pignon.—Expdition franaise.—Duplicit des Gnois.—Thodore -revient en Hollande.—Mathieu Drost.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La rclame dans les gazettes de Hollande.—Nouvelle entreprise commerciale.—Enrlement -des colons.—La cargaison des navires.— Relche -Malaga et Alicante.—La flotte de Thodore Cagliari.—Arrive en -Corse.—Le roi malgr lui.—Excution d'un tratre.—Thodore s'en -va.—Aventures de ses officiers.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Arrive de <i>L'Africain</i> Naples.—Le consul de Hollande.—Arrestation -du capitaine Keelmann.—Thodore est arrt et conduit Gate.—Le -gouvernement franais et les tats Gnraux de Hollande.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Mort de Boissieux.—Il est remplac par le marquis de Maillebois.—Nouvelles -instructions.—La guerre dans les montagnes.—Frdric de -Neuhoff.—Son odysse.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_167">167</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE VI.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Espions et tratres.—L'envoy de Gnes, Sorba et le lieutenant Guillaume.—Le -chevalier de Champigny livre au gouvernement franais la correspondance -de sa mre.—Le docteur Spitzlaer et la police.—Sauveur -Ginestra.—L'criture de Thodore.—Son faux portrait.—Sa caricature.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le couvent de Rome.—La sœur Fonseca.—Son enthousiasme et son -dvouement.—Sa correspondance avec Bigani.—Avec Lucas Boon.—Son -homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.—Les entrevues du -chevalier avec le ministre de Gnes.—Il lui communique la correspondance -de la religieuse.—Il lui propose un bon coup.—Mort de -la sœur Anglique-Cassandre Fonseca.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Franois de Lorraine.—Il veut avoir la Corse.—Un concurrent Thodore: -le comte de Beaujeu.—Ses rapports avec Franois.—Les instructions du -duc.—La <i>retirade</i>.—Beaujeu meurt en prison.—Intrigues des lieutenants -de Franois.—Mort de l'empereur Charles VI.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_219">219</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE VII.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Thodore Cologne.—Entretien secret avec le Grand-Commandeur de l'Ordre -Teutonique.—Correspondance de Neuhoff avec son beau-frre Gom-Delagrange.—Le -roi de Corse veut traiter avec le roi de France.—Louis -de Groeben.<br /> -<span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Thodore arrive en Mditerrane avec une escadre anglaise.—Horace Mann.—Le -<i>Mystre</i>.—Le <i>Vinces</i> en Corse.—Neuhoff en vue de son -royaume.—Sa proclamation.—Il ne dbarque pas.—L'affaire du <i>Saint-Isidore</i>.—Protestation -des Gnois.—Rponse du gouvernement -anglais.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les entrevues secrtes de Mann avec Thodore.—Un diplomate ennuy.—La -Cour de Turin.— Augustin Viale, rsident gnois en Toscane.—Mariani.—Les -inquisiteurs de Gnes.—Ils dcident de faire tuer -Thodore.—Scrupules de Viale.—Ses propositions.—San Christofano.—La -kabale de Pic de la Mirandole</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_259">259</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE VIII.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Thodore en Toscane.—Il veut entamer des ngociations avec la cour de -Turin.—Ses lettres d'Ormea.—Dominique Rivarola.—Mann joue -double jeu.—Rivarola traite avec le gouvernement sarde.—L'expdition -de Corse dcide.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Thodore touche une forte somme.—D'o vient l'argent?—Le comte de -la Vague.—Rivarola prpare l'expdition.—Thodore proteste.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.—Mann empche ce dpart.—Proclamation -du roi de Sardaigne.—L'escadre anglaise devant Bastia.—Bombardement.—Rivarola -sous les murs de Bastia.—Capitulation de -la ville.—Les Anglais renoncent l'entreprise sur la Corse.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le roi de Sardaigne et Thodore.—Dnment du roi de Corse.—La Cour -de Vienne songe Neuhoff.—Le projet est abandonn.—Thodore est -expuls de Toscane</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_301">301</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE IX.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Thodore en Hollande et en Allemagne.—Il ne veut pas abdiquer.—Ses -griefs contre les Corses.—Le rcit de Mouvet.—Le moine et le diplomate.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le roi de Corse arrive Londres.—Dmarches du ministre de Gnes.—Thodore -est reu dans la haute socit.—Une soire.—Neuhoff est -arrt pour dettes.—Il reoit des visiteurs.—Un spectacle attrayant.—Les -<i>Tnbres de Corse</i>.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Des membres de la Chambre des Communes vont voir Thodore en prison.—Un -article de journal.—L'acteur Garrick et le <i>Roi Lear</i>.—Thodore -recouvre la libert.—Il abandonne le royaume de Corse ses cranciers.—On -le remet en prison.—Il en sort dfinitivement.—Le roi et -l'ouvrier.—Mort de Thodore.—Le marchand d'huile.—pitaphe.—Un -opra-bouffe</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_345">345</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="3" class="tdc">APPENDICES:</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">I.—Note sur le colonel Frdric qui prtendait tre le fils de Thodore de -Neuhoff</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_383">383</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">II.—Note sur des pamphlets concernant le baron de Neuhoff</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_388">388</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">PICES JUSTIFICATIVES</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_393">393</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">TABLE ALPHABTIQUE DES NOMS</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_431">431</a></td> -</tr> -</table> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_448"> 448</a></span></p> - -<p class="titre">ERRATA</p> - -<p>Page 130, ligne 19, <i>au lieu de</i>: les dames Cassandre et Anglique Fonseca, <i>lire</i>:<br /> - les dames Anglique-Cassandre et Franoise Constance Fonseca.<br /> -— 252, — 7, <i>au lieu de</i>: Giucciardi, <i>lire</i>: Guicciardi.<br /> -— 253, — 5, <i>au lieu de</i>: Giucciardi, <i>lire</i>: Guicciardi.<br /> -— 375, — 13, <i>au lieu de</i>: vingt-huitime anne de George II, <i>lire</i>: vingt-huitime - anne du rgne de George II.<br /> -— 383, titre, ligne 2, <i>au lieu de</i>: qui ptendait, <i>lire</i>: qui prtendait.<br /> -— 384, ligne 9, <i>au lieu de</i>: ce dbarrasser, <i>lire</i>: se dbarrasser.</p> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Thodore de Neuhoff, by -Andr Joseph Ghislain Le Glay - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THODORE DE NEUHOFF *** - -***** This file should be named 56173-h.htm or 56173-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/6/1/7/56173/ - - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Information about the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/56173-h/images/056.jpg b/old/56173-h/images/056.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 9ce6ce9..0000000 --- a/old/56173-h/images/056.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/106.jpg b/old/56173-h/images/106.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index b0f1598..0000000 --- a/old/56173-h/images/106.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/109.jpg b/old/56173-h/images/109.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 5ccd66b..0000000 --- a/old/56173-h/images/109.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/110.jpg b/old/56173-h/images/110.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index d9024f9..0000000 --- a/old/56173-h/images/110.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/251.jpg b/old/56173-h/images/251.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 210b2a4..0000000 --- a/old/56173-h/images/251.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/256.jpg b/old/56173-h/images/256.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 39c4ab5..0000000 --- a/old/56173-h/images/256.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/327.jpg b/old/56173-h/images/327.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 22cc373..0000000 --- a/old/56173-h/images/327.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/393.jpg b/old/56173-h/images/393.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 95ce3f9..0000000 --- a/old/56173-h/images/393.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/cover.jpg b/old/56173-h/images/cover.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 472dc23..0000000 --- a/old/56173-h/images/cover.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/56173-h/images/frontispiece.jpg b/old/56173-h/images/frontispiece.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 802c2e1..0000000 --- a/old/56173-h/images/frontispiece.jpg +++ /dev/null |
