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-Project Gutenberg's Théodore de Neuhoff, by André Joseph Ghislain Le Glay
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-
-
-Title: Théodore de Neuhoff
- Roi de Corse
-
-Author: André Joseph Ghislain Le Glay
-
-Release Date: December 12, 2017 [EBook #56173]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Thanks to Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THÉODORE DE NEUHOFF ***
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-MÉMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES PUBLIÉS PAR ORDRE DE S. A. S. LE
-PRINCE ALBERT Ier DE MONACO
-
-
-THÉODORE DE NEUHOFF ROI DE CORSE
-
-PAR
-
-ANDRÉ LE GLAY
-
-_Ouvrage couronné par l'Académie française._
-
-[Illustration]
-
-MONACO IMPRIMERIE DE MONACO Place de la Visitation PARIS LIBRAIRIE
-ALPHONSE PICARD 82, rue Bonaparte 1907
-
-
-[Illustration] Portrait de THÉODORE DE NEUHOFF. D'après une gravure du
-Cabinet des Estampes à la Bibliothèque Nationale de Paris.
-
-
-
-
- COLLECTION
- DE
- MÉMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES
-
- PUBLIÉS
-
- PAR ORDRE DE S. A. S. LE PRINCE ALBERT Ier
-
- PRINCE SOUVERAIN DE MONACO
-
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-
-THÉODORE DE NEUHOFF
-ROI DE CORSE
-
-PAR
-
-ANDRÉ LE GLAY
-
-
-MONACO
-IMPRIMERIE DE MONACO
-Place de la Visitation
-
-PARIS
-LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS
-82, rue Bonaparte
-
-1907
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-
-AVANT-PROPOS
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-
-Théodore de Neuhoff n'est pas un aventurier de haute envergure. Les
-combinaisons qu'il élabore dénotent un homme plus porté à l'intrigue
-qu'à l'action. Il a de l'imagination; il est ambitieux; il ne voit les
-choses que par en dessous. Il est insinuant; son intelligence est vive,
-mais fausse. La bravoure lui manque. Ses plans ont pour base le mensonge
-et s'écroulent. Il n'a pas l'énergie nécessaire pour les faire réussir.
-Il se fait proclamer roi de Corse par les insulaires mécontents en leur
-faisant des promesses; seulement il ne sait pas maintenir la couronne
-sur sa tête. Il monte une affaire commerciale avec sa royauté. Prudent à
-l'excès, il fuit quand il faut agir. Il se déguise et se cache. Il a
-toujours la plume à la main, jamais l'épée. Il conspire: il se faufile
-auprès de hauts personnages; on se sert de lui pour des entreprises
-louches; tous les projets avortent. Il est l'homme des antichambres et
-des cabinets secrets et non des champs de bataille. Quand il faudrait se
-battre, il négocie. Il sait faire de belles phrases, mais pas le beau
-geste qui en impose.
-
-Né dans les dernières années du XVIIe siècle, Théodore de Neuhoff a fait
-ses premières armes à la cour du Régent. Il a été employé par Goertz,
-par Alberoni et par Ripperda. Il a bien la mentalité des aventuriers du
-XVIIIe siècle, aptes à toutes les besognes, ayant le cerveau toujours en
-ébullition, mal équilibré. Ce sont les courtiers marrons de la
-diplomatie occulte qui se fait dans les pièces intimes des princes, en
-dehors des bureaux officiels. Ils ont des plans ingénieux ou
-extravagants, toujours dénués de scrupules. Ils se font écouter; on se
-sert d'eux, on les paye, puis on les rejette. Cette diplomatie
-s'enchevêtre dans un réseau des négociations obscures et de
-compromissions.
-
-L'histoire de Théodore de Neuhoff n'offrirait par elle-même qu'un
-médiocre intérêt, si elle ne montrait aussi un côté curieux des mœurs
-politiques et diplomatiques du XVIIIe siècle.
-
-J'ai essayé de faire revivre la véritable figure de cet aventurier et de
-retracer le tableau des intrigues qui se nouèrent autour de son équipée,
-d'après des documents dont un grand nombre sont inédits et que leur
-source permet de regarder comme véridiques. Ils sont, pour la plupart,
-tirés des archives du Ministère des affaires étrangères et des archives
-d'État de Gênes et de Turin.
-
-A Paris, les correspondances de Gênes, de Corse, de Florence, de Naples,
-de Rome, de Hollande, d'Angleterre et de Cologne m'ont fourni des
-renseignements définitifs et complets sur les aventures et les menées de
-Neuhoff en ces différents pays. Les dépêches des représentants de la
-France auprès des divers gouvernements nous indiquent les inquiétudes
-que souleva son débarquement en Corse. Elles nous font assister aux
-négociations qui se poursuivirent entre Gênes et Versailles pour la
-première expédition française en Corse. C'est, en quelque sorte, la
-genèse de l'annexion de l'île à la France.
-
-Les documents puisés à Gênes m'ont permis, non seulement de contrôler
-les pièces françaises, mais aussi de suivre tous les mouvements de la
-diplomatie génoise en cette affaire, mouvements tortueux et sombres,
-parfois dramatiques, souvent amusants. La volumineuse correspondance
-interceptée par les agents génois dévoile les marchés honteux proposés
-par les fripons qui gravitaient autour de Neuhoff; elle met à nu les
-ambitions malsaines que fit naître cette aventure. Les décisions prises
-par les inquisiteurs d'État, par les différents conseils qui
-s'occupaient des affaires de Corse précisent les sanctions données aux
-offres faites à la république pour livrer les secrets de Théodore ou
-pour le tuer.
-
-J'ai trouvé aux archives d'État de Turin, classée sous ce titre: _Carte
-diverse relative al regno di Teodoro Neuhoff in Corsica_, la
-correspondance autographe des principaux chefs insulaires et ministres
-du roi de Corse pendant son règne éphémère. Cette correspondance est
-entièrement inédite. A Turin également, figure une relation de
-l'arrestation de Théodore de Neuhoff en Hollande. Les cartons _Levata
-truppe straniere_; _Lettere ministri Toscana_ contiennent les pièces
-concernant les offres de service faites par l'aventurier au gouvernement
-sarde et toutes les négociations qui se nouèrent à cette occasion.
-
-Ce qu'on pourrait appeler la _Geste du roi Théodore en Corse_, fut
-écrite par un témoin de sa vie, Sébastien Costa, qui fut son plus intime
-confident et son grand chancelier. Un historien, M. Théodore J. Bent, a
-traduit en anglais et publié dans _The historical review_[1], des
-extraits du journal de Costa; il en avait pris connaissance à Bastia
-sur le manuscrit original qui se trouve en la possession d'une famille
-descendant du fidèle partisan de Neuhoff.
-
- [1] Numéro du mois de janvier 1886.
-
-La Société des sciences historiques et naturelles de la Corse qui, sous
-l'intelligente direction de M. l'abbé Letteron, a réuni tant de
-documents intéressants pour l'histoire de l'île, n'a pas,
-malheureusement, publié ce document si important. Je suis donc contraint
-d'emprunter à la version de M. Théodore J. Bent les citations que je
-fais de ce récit, dont l'authenticité et la véracité n'ont jamais été
-mises en doute, que je sache.
-
-Les _Mémoires de Rostini_, traduits et publiés par M. l'abbé Letteron
-(Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la
-Corse), confirment bien des faits contenus dans les extraits du journal
-de Costa donnés par l'historien anglais. J'y ai puisé en outre des
-renseignements utiles et quelques détails curieux.
-
-M. l'abbé Letteron a publié, également dans le même Bulletin, deux
-recueils qui m'ont grandement servi. Le premier: _Correspondance des
-agents de France à Gênes avec le ministère_ depuis le commencement de
-l'année 1730 jusqu'à la fin de 1741. Le second: _Pièces et documents
-divers pour servir à l'histoire de la Corse pendant les années
-1737-1739_, est tiré de la Correspondance de Corse aux archives du
-Ministère des affaires étrangères et des archives du ministère de la
-guerre.
-
-Je citerai encore parmi les publications de la Société des sciences
-historiques et naturelles de la Corse que j'ai consultées: _les Mémoires
-du Père Bonfiglio Guelfucci_, dont le texte a été revu par MM. P.-L.
-Lucciana, et _Théodore Ier, roi de Corse_, de Varnhagen, traduit de
-l'allemand par M. Pierre Farinole. Ce dernier ouvrage, un peu trop
-partial, contient des faits qu'il ne faut accepter qu'avec réserve.
-
-J'ai complètement laissé de côté les _Mémoires pour servir à l'histoire
-de Corse_, publiés à Londres en 1768 par le colonel Frédéric, qui disait
-être le fils de Théodore de Neuhoff. Les historiens qui, de nos jours,
-se sont occupés de l'aventurier ont trop facilement accepté les dires de
-cet individu; Frédéric ne fut sans doute jamais colonel, mais ce qu'il y
-a de bien certain c'est qu'il n'était pas le fils du roi de Corse. Je
-donne dans l'appendice une note sur ce personnage, en révélant sa
-véritable identité, d'après des documents tirés des archives d'État de
-Gênes.
-
-Un livre publié à La Haye en 1738, c'est-à-dire deux ans après le
-débarquement du baron de Neuhoff en Corse, sous le titre: _Histoire des
-révolutions de l'île de Corse et de l'élévation de Théodore Ier sur le
-trône de cet État, tirée des mémoires tant secrets que publics_,
-contient des détails dont j'ai pu contrôler la véracité au moyen des
-rapports français et génois. L'ouvrage de Jaussin, apothicaire de
-l'armée française d'expédition, intitulé: _Mémoires historiques
-militaires et politiques sur les principaux événements arrivés dans
-l'île et royaume de Corse depuis le commencement de l'année 1738 jusques
-à la fin de l'année 1741_ (Lausanne, 1758), peut être consulté avec
-fruit, non seulement en ce qui concerne l'expédition française en 1738,
-mais aussi sur quelques-unes des intrigues de Théodore.
-
-Je citerai encore parmi les ouvrages du XVIIIe siècle qui traitent de
-l'histoire de la Corse: un livre publié à Londres en 1743 intitulé: _The
-history of Theodore I, king of Corsica_.... et qui contient des
-particularités intéressantes et très vraisemblables sur les antécédents
-de Théodore de Neuhoff; l'_Histoire des révolutions de Corse_, par
-l'abbé de Germanes (Paris, 1776); l'_Histoire de l'isle de Corse_, par
-Pommereul (Berne, 1779); _Istoria del regno di Corsica_, par Cambiagi
-(1771); l'_Histoire de l'île de Corse_, éditée à Nancy en 1749 et
-attribuée à François-Antoine Chevrier. Le livre de Bosswel, _An account
-of Corsica_, paru à Londres en 1768 et traduit en italien sous le titre
-_Relazione della Corsica_, renferme peu de détails sur l'aventurier.
-
-D'autres ouvrages de la même époque, sur la Corse, rapportent des faits
-identiques, mais qui demandent à être sérieusement contrôlés. Le nombre
-de ces livres, dont quelques-uns sont rédigés en forme de pamphlet,
-permet d'affirmer que l'aventure du baron de Neuhoff intéressa ou amusa
-ses contemporains. Tout en ne négligeant pas les manifestations de
-l'opinion publique sous leurs diverses formes, je me suis principalement
-attaché à rechercher la vérité parfois un peu embrouillée, en m'appuyant
-sur les documents d'archives. Il y a, en effet, à côté des intrigues du
-personnage, divers épisodes d'histoire diplomatique qu'il était
-intéressant de mettre au jour.
-
-M. Antonio Battistella, dans son livre _Ritagli e scampoli_ (Voghera,
-1890), a consacré une étude bien documentée sur Théodore de Neuhoff: _Re
-Teodoro di Corsica_. Ce travail, un peu restreint, a été fait
-principalement d'après des papiers des archives de Gênes. Mais cet
-historien n'a pas consulté tous les dossiers, d'ailleurs très nombreux,
-qui se trouvent à Gênes.
-
-L'ouvrage de M. Percy Fitzgerald: _Theodore of Corsica_, m'a fourni des
-renseignements précieux sur les dernières années du baron de Neuhoff à
-Londres.
-
-L'étude de M. Giuseppe Roberti: _Carlo-Emmanuelle III_ _e la Corsica al
-tempo della guerra di successione austriaca_, m'a donné d'utiles
-indications sur les intrigues de l'aventurier à la cour de Sardaigne;
-j'ai pu compléter le tableau avec les documents des archives d'État de
-Turin.
-
-Quelques notices, forcément très succinctes sur le même individu, ont
-paru dans diverses publications périodiques. L'article le plus récent
-est dû à M. Paul Gaulot (_Un Roi de Corse au XVIIIe siècle._ Supplément
-littéraire du _Figaro_, du 17 novembre 1906).
-
-Quelques reproductions de gravures: portraits ou pamphlets, un
-fac-similé d'écriture, une planche de monnaies d'après des moulages,
-complètent les documents que j'ai pu recueillir sur Théodore de Neuhoff.
-
-
-S. A. S. le Prince Albert Ier de Monaco a daigné accueillir cet ouvrage
-pour inaugurer la nouvelle _Collection de mémoires et documents publiés
-par Son ordre_. Je souhaiterais que cette étude ne fût pas jugée trop
-indigne de cet honneur. Je prie Son Altesse Sérénissime de vouloir bien
-agréer l'hommage de ma plus respectueuse gratitude.
-
-Mon ami, M. Gustave Saige, le regretté conservateur des archives du
-Palais de Monaco, a été enlevé avant d'avoir vu l'achèvement
-typographique de ce livre qu'il avait présenté au Prince. M. Saige fut
-pour moi, non seulement un ami affectueux, mais encore un guide sûr et
-éclairé. C'est avec un profond serrement de cœur que je donne ici à sa
-mémoire pieusement conservée, le souvenir ému de ma reconnaissance.
-
-J'ai trouvé auprès de son successeur, M. L.-H. Labande, le plus amical
-accueil. Il a dirigé la plus grande partie de l'impression de cet
-ouvrage auquel il a pris un bienveillant intérêt. Je suis heureux de lui
-dire ici combien j'ai été touché de ses attentions et de ses conseils.
-
-M. Louis Farges, chef de la section historique au Ministère des affaires
-étrangères, a guidé mes recherches avec une cordiale obligeance. Il a
-droit à ma reconnaissance et je ne saurais manquer à l'agréable devoir
-de la lui témoigner.
-
-J'ai rencontré auprès de MM. les directeurs des archives d'État de Gênes
-et de Turin, et de leurs attachés, une complaisance qui a singulièrement
-facilité ma tâche. Qu'ils me permettent de leur exprimer tous mes
-remerciements.
-
-
-
-
-THÉODORE DE NEUHOFF
-
-ROI DE CORSE
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
- La Corse à l'arrivée de Théodore.--Révolutions.--Evénements de
- 1729.--Intervention allemande.--Le peuple corse attend un sauveur.
-
- La famille de Neuhoff.--Les parents de Théodore.--Sa jeunesse.--A
- la Cour de France.--Goertz, Alberoni et Ripperda.--Théodore en
- Hollande et en Italie.--Sa rencontre avec les prisonniers
- corses.--Il accepte d'être le sauveur.--Voyage et séjour à
- Tunis.--Il s'embarque pour la Corse.
-
-
-Le 12 mars 1736, un navire battant pavillon anglais jetait l'ancre
-devant Aléria, sur la côte orientale de la Corse. Un homme en descendit
-dans un accoutrement bizarre, qui faisait songer au costume de
-mamamouchi dont M. Jourdain est affublé dans le _Bourgeois gentilhomme_.
-
-Les informations des gazettes, les rapports que la Sérénissime
-République de Gênes, souveraine de la Corse, reçut de ses espions,
-donnèrent du mystérieux passager un signalement uniforme et exact. On
-variait un peu au sujet de l'habit, variantes sans importance, une
-question de nuance, tout au plus, et de coupe. Les uns l'habillaient «à
-la turque»; d'autres «à la persane»; pour un certain nombre, il était
-vêtu «à la franque», c'est-à-dire à la façon des chrétiens vivant dans
-les États du Grand Seigneur.
-
-Le déguisement eut du succès; le mystère appela l'attention. L'homme
-devait être de ces gens qui s'entendent à emboucher les trompettes de la
-Renommée,--comme on disait alors,--à manier la réclame, dirions-nous
-aujourd'hui.
-
-Les salves, dont ce turc de contrebande entoura son débarquement fait en
-fraude, firent résonner des échos plus lointains que ceux des maquis
-d'Aléria. Tout auprès, à San Pellegrino, il y avait un fort génois dont
-la garnison ne bougea pas.
-
-Bastia, centre de la domination génoise, fut dans la terreur; Gênes,
-elle-même, trembla. La Sérénissime République crut que l'homme d'Aléria
-allait lui ravir la Corse.
-
-On ne tarda pas à savoir que cet oriental était tout simplement un baron
-de la Westphalie, Théodore de Neuhoff.
-
-L'histoire a conservé son nom et le souvenir de sa personnalité falote,
-indécise et remuante. Voltaire lui a consacré une page dans _Candide_;
-elle est classique: à Venise, dans une auberge, au moment du carnaval,
-quelques rois en exil racontent leurs malheurs, et Théodore, le plus
-piteux de tous, reçoit l'aumône de Candide. L'élève de Pangloss aurait
-eu les meilleures raisons du monde pour secourir Neuhoff, car c'était
-son compatriote.
-
-Le sarcasme de Voltaire est ce qui a le plus fait revivre le nom de
-Théodore, mais à la façon d'une belle caricature.
-
-N'en déplaise au grand écrivain, il n'y avait pas là seulement matière à
-simple plaisanterie. Les conjonctures qui avaient permis à une pareille
-entreprise de se produire, pouvaient seules expliquer comment une aussi
-extraordinaire équipée avait pu dégénérer en un gros événement
-politique. Et cette observation se justifie puisque nous allons voir la
-diplomatie des principales puissances européennes, celles
-qu'intéressaient la domination de la Méditerranée et l'influence
-politique ou commerciale dans le Midi de l'Europe, prendre sérieusement
-position à propos d'un incident d'apparence si ridicule, après coup, aux
-yeux de Voltaire.
-
-
-I
-
-Au moment du débarquement théâtral du baron de Neuhoff sur la plage
-d'Aléria, la Corse subissait cette suite ininterrompue de révolutions,
-de conquêtes et de luttes qui, depuis des siècles, caractérisait sa
-destinée.
-
-La prophétie légendaire rapportée par Giovanni della Grossa s'était
-réalisée:
-
-Le vieux chroniqueur corse raconte qu'en l'an mil, lorsque le comte
-Arrigo, surnommé _il bel Messere_, périt assassiné avec ses sept fils,
-une voix se fit entendre dans toute l'île:
-
- «_E morto il conte Arrigo, Bel Messere,_ «_E Corsica sarà di male in
- peggio._
-
-«Il est mort le comte Arrigo, le beau Messire--et la Corse ira de mal en
-pis[2]».
-
- [2] Chronique de Giovanni della Grossa, publiée par la Société
- des Sciences historiques et naturelles de la Corse. Traduction de
- M. l'abbé Letteron.--Bastia, 1888, _Histoire de la Corse_, t. I,
- p. 122.
-
-La Corse, en effet, changea souvent de maîtres, mais elle ne trouva
-jamais la paix. Tour à tour, elle avait appartenu au Saint-Siège, à
-Pise, à Gênes, à la Maison de Saint-Georges, puis de nouveau à Gênes. La
-haine entre les deux peuples avait grandi de siècle en siècle. Les
-révoltes se renouvelaient; suivies de représailles implacables.
-
-L'année 1729 marqua la recrudescence de cette hostilité, le point de
-cristallisation, en quelque sorte, qui devait modifier complètement
-l'état politique de ce petit peuple. Près de quarante ans devaient
-s'écouler avant que l'annexion française ne vînt fixer cet état et lui
-donner un commencement de paix civile. Il semblerait alors que le destin
-se plaise à sceller l'incorporation de la Corse à la France par la
-naissance de Bonaparte.
-
-Alfieri a dit que cette époque de luttes, qui va de 1729 à 1768, était
-l'Iliade de la Corse. Il y a là une de ces exagérations qui sonnent faux
-pour quiconque étudie impartialement les événements. La discorde fut
-obstinée, mais, du côté des Corses, comme du côté des Génois, on y
-chercherait vainement quelque grandeur.
-
-Ce soulèvement de 1729, qui aurait dû anéantir l'un des deux peuples, ne
-ruina pas la Corse parce qu'elle n'avait pas de quoi être ruinée, mais
-il plongea l'île dans cet état de détresse où tout changement vaut mieux
-que ce qui existe. A ces moments, une nation appelle le sauveur, aspire
-à l'inconnu; elle attend le miracle. Au commencement du XVIIIe siècle,
-la Corse en était à cette époque d'attente messianique, comme la Judée
-au temps des Macchabées et la France avant les voix de Jeanne d'Arc.
-
-Il y avait une absolue incompatibilité d'humeur entre les Corses et les
-Génois. La Sérénissime République était, avant tout, une vaste maison de
-commerce; elle ne gouvernait pas la Corse, elle l'exploitait.
-
-Les gouverneurs que Gênes envoyait dans l'île, avec un mandat de deux
-ans seulement, étaient généralement des nobles ruinés, qui ne voyaient
-dans leurs fonctions qu'un moyen de refaire leur fortune. Il fallait
-agir rapidement avant l'arrivée d'un successeur pressé, lui aussi; «des
-ministres de rapine», dit un prêtre corse, Bonfiglio Guelfucci, dans ses
-mémoires.
-
-C'est pourquoi au commencement du XVIIIe siècle, l'île était peu peuplée
-et tout le pays «ne présentait qu'un horrible aspect de marais, de bois
-et de forêts impénétrables dans les meilleurs terrains et les plus
-féconds.» Les insulaires ignoraient tout en fait d'art et jusqu'aux
-métiers les plus vulgaires et les plus utiles[3].
-
- [3] _Mémoires du Père Bonfiglio Guelfucci de Belgodère_, publiés
- par la Société des Sciences historiques et naturelles de la
- Corse, p. 4.--Bastia, 1882.
-
-La république craignait de voir la Corse devenir trop puissante si elle
-favorisait dans l'île le développement intellectuel et le goût de
-l'industrie; aussi l'écrasait-elle sous sa tyrannie fiscale, la plus
-insupportable de toutes.
-
-Un commissaire général qui avait les pleins pouvoirs du Sénat, des
-collecteurs de tailles chargés de percevoir des impôts, dont la plus
-grande partie n'arrivait pas dans ses caisses, enfin des barigels et des
-sbires pour lui faire des rapports de police, tels étaient les éléments
-au moyen desquels la république prétendait gouverner la Corse.
-L'arbitraire seul régnait. Les Génois tenaient leurs sujets pour des
-barbares indignes d'avoir des lois raisonnables et justes comme les
-autres peuples.
-
-Sous l'administration génoise aucun travail ne fut entrepris pour le
-bien-être des insulaires. Des routes furent faites seulement dans l'île
-par les Français quand ils y vinrent[4].
-
- [4] Pommereul, _Histoire de l'isle de Corse. Description abrégée
- de l'île de Corse_, t. I, p. 92.--Berne, 1779.
-
-Les gouverneurs génois ne cherchaient pas à avoir le moindre contact
-avec les insulaires pour connaître leurs besoins et leurs aspirations.
-La citadelle de Bastia renfermait tout ce qui formait leur gouvernement,
-et le château, résidence du commissaire général, était lui-même enclavé
-dans un retranchement de la citadelle[5].
-
- [5] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 81.
-
-Ce triple camp retranché, au milieu duquel s'abrite le gouverneur,
-symbolise bien l'administration génoise en Corse, se résumant en trois
-mots: arbitraire, méfiance, exactions.
-
-On peut s'étonner, avec Voltaire, de voir que les Corses n'arrivaient
-pas à secouer un joug qui leur était odieux. «C'était plutôt aux Corses
-à conquérir Pise et Gênes, qu'à Gênes et Pise de subjuguer les Corses,
-car ces insulaires étaient plus robustes et plus braves que leurs
-dominateurs; ils n'avaient rien à perdre; une république de guerriers
-pauvres et féroces devait vaincre aisément des marchands de Ligurie,
-par la même raison que les Huns, les Goths, les Hérules, les Vandales
-qui n'avaient que du fer, avaient subjugué les nations qui possédaient
-l'or. Mais les Corses ayant toujours été désunis et sans discipline,
-partagés en factions mortellement ennemies, furent toujours subjugués
-par leur faute[6]».
-
- [6] Voltaire, t. XXV. _Précis du siècle de Louis XV._--De la
- Corse, ch. XL, p. 452.--Ed. de 1785.
-
-Les Corses, en effet, ne sont pas sans avoir quelques vertus; ils sont
-sobres et courageux, ils pratiquent l'hospitalité et ont l'amour du sol
-natal; mais ils ont, comme peuple, de terribles défauts. Les questions
-de personnalité priment chez eux les questions de principes. «Le peuple
-corse, écrivait Volney, ne conçoit pas l'idée abstraite d'un principe.»
-
-Tout était--et restera longtemps--chez eux subordonné aux intérêts
-particuliers de quelques petites collectivités remuantes. Ils forment
-des clans qui se jalousent. Ce sont autant de partis politiques qui
-rivaliseront d'influence et en viendront souvent aux mains pour exercer
-quelques menues suprématies locales. De longues et sanglantes
-dissensions éclatent pour des causes futiles entre les familles
-dirigeantes. La clientèle la plus nombreuse ou la plus agissante donne
-la victoire, et les vaincus ne songent qu'à la revanche.
-
-Gênes laisse faire. Au lieu d'apaiser ces querelles, elle les attise;
-pour mauvais et impolitiques qu'ils soient, la république a des
-principes et elle s'y tient.
-
-Napoléon, en 1796, écrivait, en parlant de la république de Gênes: «Elle
-a plus de génie et de force que l'on ne croit.» Les Génois, en effet,
-ont déployé une farouche énergie lorsqu'il s'est agi, en 1746, de
-chasser les Autrichiens de leur territoire; mais ils ne se sont jamais
-donnés la peine d'établir, en Corse, un gouvernement raisonnable destiné
-à prévenir les révoltes, plutôt qu'à les réprimer, à protéger les
-insulaires contre eux-mêmes, au lieu d'entretenir les inimitiés.
-
-La république considérait la Corse comme une province de maigre rapport,
-et elle était trop avare pour s'engager dans une voie civilisatrice qui
-lui aurait coûté très cher sans rémunération immédiate. C'est cette
-avarice qui la perdra ou qui, du moins, lui fera perdre la Corse.
-
-Quels titres avait-elle à la possession de cette île? La question serait
-peut-être oiseuse, même aujourd'hui, où, en fait d'occupation
-territoriale, toute possession vaut titre. Mais les Corses contestaient
-ces titres avec une âpreté qui ne se contredira jamais pendant des
-siècles. Peut-être ici verrait-on poindre un principe chez eux, principe
-d'une persistance telle qu'il constituerait toute l'éthique de leurs
-rébellions. Ce serait, alors, l'éternel honneur des Corses d'avoir les
-premiers revendiqué le droit qu'ont les peuples de disposer d'eux-mêmes.
-Malheureusement leur incurable esprit de parti empêcha ce principe, qui
-était une belle force, de produire un résultat.
-
-Nous voyons, en effet, les Corses s'offrir tour à tour aux États dont le
-crédit et l'importance en Europe paraissent devoir leur procurer le plus
-d'éclat et de bénéfice, mais toujours à l'instigation de quelques
-intérêts particuliers, pour suivre le parti qui, dans le moment, domine.
-Offre purement platonique, d'ailleurs, et généralement sans écho!
-
-A la suite de la grande révolution de 1729[7], la république de Gênes,
-ne pouvant maîtriser ses sujets, entama des négociations auprès de
-l'Empereur pour avoir des secours en munitions et en soldats. Les Génois
-insinuèrent à Charles VI que l'Espagne et la France soutenaient les
-rebelles, en lui procurant l'une des vaisseaux, l'autre des troupes[8].
-L'insinuation porta ses fruits. L'Empereur avait tout intérêt à fermer
-les portes de l'Italie aux Espagnols et aux Français. Il promit à la
-république les secours nécessaires pour rétablir la paix en Corse[9].
-
- [7] Voir pour toute la période qui suit la révolution de 1729:
- _La Correspondance des agents de France à Gênes avec le Ministère
- (ann. 1730 et suiv.)_ tirée des archives du Ministère des
- affaires étrangères et publiée par M. l'abbé Letteron... Bulletin
- de la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse.
- Bastia, 1902.
-
- [8] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 169.
-
- [9] Abbé de Germanes, _Histoire des Révolutions de
- Corse_.--Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 167.--Cambiagi, _Istoria
- del Regno di Corsica_, t. III, p. 30.--_Histoire des Révolutions
- de l'isle de Corse et de l'élévation de Théodore Ier sur le trône
- de cet État_ (Anonyme), p. 151.--_Mémoires du Père Bonfiglio
- Guelfucci._--Accinelli, _Compendio delle storie di Genova_, t.
- II, p. 38.--Gênes, 1851.
-
-Quelques régiments impériaux se trouvaient disponibles en Lombardie.
-Charles VI proposa à Gênes de lui fournir huit mille hommes de troupes.
-Par mesure d'économie, le Sénat n'en accepta que quatre mille[10].
-
- [10] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 30.--_Histoire des
- Révolutions de l'isle de Corse_, _op. cit._, p. 151.
-
-Ces troupes débarquèrent à Bastia le 10 août 1731, sous le commandement
-du général baron de Wachtendonck[11].
-
- [11] La république payait à l'Empereur, pour ces troupes, 30,000
- florins par mois et 100 écus pour chaque homme mort, disparu ou
- déserteur.
-
-Les rebelles furent obligés de lever le siège de Bastia, et tous leurs
-dépôts, situés aux environs de la ville, furent brûlés. Les chefs de la
-révolte adoptèrent alors le vieux plan de campagne de Sampiero, lorsque
-celui-ci, deux siècles auparavant, avait entamé une lutte gigantesque
-contre les Génois. Ce plan consistait à ramener la guerre dans
-l'intérieur de l'île et à décimer le corps d'occupation par une série de
-combats d'embuscade à laquelle se prêtait cette région montagneuse. Les
-Allemands et les Génois subirent ainsi, sur différents points de l'île,
-des échecs, qui leur occasionnèrent des pertes considérables[12].
-
- [12] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 31.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 177.--Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 27.
-
-La république de Gênes dut faire des sacrifices; elle prit tout l'argent
-déposé dans la banque de Saint-Georges, établit des taxes et vendit des
-titres de noblesse[13]. Puis elle demanda à Vienne de nouveaux secours.
-Ceux-ci, se montant à six mille hommes environ, débarquèrent au
-commencement d'avril 1732 sur les côtes de la Balagne, sous les ordres
-du prince Louis de Wurtemberg. Ce dernier--suivant les instructions de
-l'Empereur--devait employer tous les moyens de conciliation avant de
-combattre les insulaires; mais il se heurta à l'énergique entêtement
-corse. La nation ne voulait pas désarmer; les négociations échouèrent.
-Le prince envoya son lieutenant, le comte de Schmetaw, occuper le Nebbio
-avec cinq mille hommes[14].
-
- [13] Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 39.
-
- [14] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 41.--Pommereul, _op cit._,
- t. I, p. 182.--Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 29.--De
- Germanes, _op. cit._
-
-Les Corses remportèrent quelques petits succès sur les troupes
-allemandes, mais celles-ci, reprenant bientôt l'avantage, harcelèrent
-les rebelles jusque dans leurs montagnes[15]. Le prince de Wurtemberg
-fit alors publier un édit pour offrir aux Corses la paix reposant sur la
-médiation impériale et sur une amnistie générale accordée par la
-république[16].
-
- [15] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 184.--De Germanes, _op.
- cit._
-
- [16] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 44.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 184.--De Germanes, _op. cit._--Bonfiglio Guelfucci, _op.
- cit._, p. 30.--D'après Cambiagi et Guelfucci, l'édit du prince de
- Wurtemberg porterait la date du 1er mai 1732.
-
-Louis Giafferi et André Ceccaldi, deux des principaux parmi les chefs,
-se présentèrent devant le prince. Ils étaient disposés à traiter. Il fut
-décidé que des délégués allemands, génois et corses se réuniraient à
-Corte pour discuter les bases de la paix. Ce congrès, sous la présidence
-du prince de Wurtemberg, s'ouvrit le 8 mai 1732. Ses délibérations
-durèrent plusieurs jours; l'évêque d'Aleria, Mgr Mari, assistait aux
-séances, et, de part et d'autre, on échangea de longs discours[17].
-Celui que prononça le corse Giafferi se terminait par ces belles
-paroles: «L'exemple des peuples de Corse doit apprendre aux souverains à
-ne point opprimer leurs sujets, mais à se souvenir que, partageant avec
-eux la qualité d'hommes mortels, ils sont originairement égaux; la
-distinction où le sort les a placés n'est point vaine; les souverains
-sont élevés au-dessus des peuples par la force des lois, mais ils
-doivent s'y soutenir par des sentiments de justice et d'humanité; la
-modération est leur plus fort appui, la tyrannie, la chose la plus
-contraire à leurs intérêts; et, en voulant trop étendre leur autorité,
-ils vont toujours à leur ruine[18]».
-
- [17] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 45.--D'après Cambiagi, les
- délégués de l'Empereur étaient, outre le prince de Wurtemberg,
- président, le prince de Culmback, le prince de Waldeck, le baron
- de Wachtendonck et le comte de Ligneville; pour Gênes: Camille
- Doria, François Grimaldi et Paul Baptiste Rivarola; pour la
- Corse: Louis Giafferi, André Ceccaldi, Simon Raffaelli, Charles
- Alessandrini et Evariste Piccioli.
-
- [18] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 45.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 185.--De Germanes, _op. cit._
-
-Le discours de Giafferi, nouveau _paysan du Danube_, fit une certaine
-impression dans l'assemblée, sauf cependant sur les délégués génois qui
-ne devaient pas comprendre ce langage.
-
-Pour terminer ses travaux, le congrès élabora un traité dont l'exécution
-était placée sous la garantie de l'Empereur. Une chambre de justice,
-établie à Bastia, serait appelée à discuter et à trancher tous les
-différends survenant entre les Corses et les Génois. Les insulaires
-devaient, en outre, remettre au Sénat tous les papiers qu'ils
-possédaient et cachaient à Vescovato[19].
-
- [19] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 46.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 186.--De Germanes, _op. cit._
-
-Les travaux du congrès se terminèrent à quatre heures du matin. Un grand
-banquet suivit[20]. L'empereur rappela ses troupes, le prince de
-Wurtemberg fit une entrée triomphale à Gênes, où le Sénat lui offrit de
-riches présents[21]. On pouvait croire l'île désormais pacifiée, mais
-comme le dit Accinelli, le chroniqueur génois, «le feu de la rébellion
-n'était qu'enterré sous les cendres des 30 millions que la république
-avait dépensés[22]».
-
- [20] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 51.
-
- [21] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 188.--Cambiagi, _op. cit._,
- t. III, p. 51.--Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 43.--Bonfiglio
- Guelfucci, _op. cit._, p. 32.
-
- [22] Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 43.
-
-Le Sénat tenait beaucoup à avoir les papiers des rebelles, car il
-espérait y trouver des documents prouvant la complicité de quelques
-génois dans les révolutions de l'île. Le major Gentile et le riche
-banquier Lanfranchi, tous deux sujets de Gênes, avaient, en effet, des
-liaisons et des rapports suspects avec les rebelles[23].
-
- [23] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 187.--De Germanes, _op.
- cit._
-
-Raffaelli, à qui certains auteurs du temps donnent le titre de marquis,
-était le dépositaire de tous les papiers des mécontents. Il crut prudent
-de ne tenir aucun compte de la promesse d'amnistie générale faite par le
-Sénat et de mettre tout au moins sa personne en sûreté. Il disparut. Le
-gouverneur génois, alarmé de cette fuite à cause des papiers auxquels le
-Sénat tenait tant, fit immédiatement arrêter quatre des principaux chefs
-corses: Louis Giafferi, Jérôme Ceccaldi, Simon Aitelli et Simon
-Raffaelli, frère du marquis. Ils furent mis en prison à Bastia, puis
-transférés bientôt à Gênes et enfin à la forteresse de Savone[24].
-
- [24] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 52.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 189.--De Germanes, _op. cit._--Le 11 octobre, d'après
- Cambiagi.
-
-C'était là une violation flagrante du traité. Les généraux allemands,
-indignés, protestèrent, et l'Empereur fit faire des remontrances à
-Gênes. Mais la république n'en tint aucun compte; elle conserva ses
-prisonniers.
-
-Une nouvelle sédition éclata en Corse. Les clauses du traité devenaient
-lettre morte. D'un côté et d'autre on discuta longuement. Les Allemands
-réclamaient énergiquement la mise en liberté des insulaires. Le Sénat
-répondait qu'il avait agi pour la sûreté de la république, en vertu
-d'une raison d'État supérieure à tous les principes[25].
-
- [25] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 53.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 189.--De Germanes, _op. cit._
-
-Les papiers des rebelles avaient été retrouvés. Il fut prouvé en outre
-que les quatre chefs arrêtés n'avaient en aucune manière facilité la
-fuite du marquis Raffaelli. Néanmoins, les malheureux restaient
-enfermés. Les Corses intriguaient un peu partout en faveur de leurs
-compatriotes victimes innocentes de la haine des Génois. Louis XV fit
-dire à Doria, ambassadeur de Gênes à Versailles, qu'il _désirait_ que
-les quatre corses fussent remis en liberté. Le prince Eugène de Savoie
-fit de son côté des démarches en faveur des prisonniers[26]. Enfin, le
-22 avril 1733, ceux-ci furent libérés; le 8 mai, ils firent leur
-soumission devant le Sénat. Giafferi eut le vice-commandement de Savone
-avec 3600 livres de pension, mais il abandonna bientôt ces avantages et
-s'en vint à Livourne. Ceccaldi prit du service auprès de Don Carlos;
-l'abbé Aitelli se rendit à Livourne; Simon Raffaelli fut nommé par le
-Pape auditeur du Tribunal de Monte Citorio. Celui qui avait été la cause
-de l'emprisonnement de ses amis, le marquis Raffaelli, devint, par la
-suite, l'un des secrétaires du cabinet du grand duc de Toscane,
-Jean-Gaston de Médicis, avec 1200 écus de pension[27].
-
- [26] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 53.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 189.--De Germanes, _op. cit._
-
- [27] _Ibidem._
-
-La république se consola difficilement de la mise en liberté des
-prisonniers, car elle y voyait un échec pour sa politique. Accinelli se
-fait l'écho de ces sentiments en lançant des insinuations peu exactes,
-mais d'une perfidie dans laquelle se donne libre cours la rancune de
-Gênes. Il prétend que le prince de Wurtemberg aurait pris en main le
-parti des prisonniers parce que les Corses lui auraient donné des sommes
-importantes[28]. Cela n'est pas vraisemblable. Les insulaires étaient
-trop pauvres pour lutter à coup d'or contre leurs ennemis; jamais ils
-n'y songèrent. Du reste, Gênes parlera plus tard avec amertume des
-sommes que Wurtemberg et Wachtendonck leur a coûtées. D'un autre côté,
-les insulaires prétendaient que les quatre prisonniers avaient été
-trahis et livrés par Wurtemberg moyennant finances[29]. Il est difficile
-d'établir une juste appréciation au milieu de ces insinuations dictées
-de part et d'autre par la haine.
-
- [28] Accinelli, _op. cit._, t. II, p. 43.
-
- [29] Pommereul, _op. cit._ t. I, p. 192.
-
-
-
-Quand les prisonniers corses furent mis en liberté, l'Empereur rappela
-Wachtendonck qui était resté dans l'île avec quelques troupes. Avant de
-partir (juin 1733), le général fit une proclamation dans laquelle il
-donnait de bonnes paroles aux insulaires.
-
-Les dissensions qui divisaient les Corses et les Génois étaient trop
-profondes pour que la paix fût durable. La république d'ailleurs avait
-pour ses sujets une haine faite d'orgueil blessé, et, les Allemands
-partis, elle entendit n'exécuter qu'à son profit le traité conclu. Au
-commencement de 1734, les Corses se soulevèrent de nouveau. La
-responsabilité de cette reprise d'hostilité doit, en grande partie,
-retomber sur Gênes, dont les exigences et la mauvaise foi exaspérèrent
-les insulaires[30].
-
- [30] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 64.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I, p. 194.--Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 55.
-
-Cette nouvelle sédition éclata à Rostino, patrie d'Hyacinthe Paoli[31],
-qui prit la direction du mouvement populaire. Les anciens chefs,
-notamment Giafferi, étaient revenus en Corse. Leur présence attisa la
-révolte. Les insulaires, préférant se mettre sous la domination d'un
-état quelconque plutôt que de rester sous le joug de Gênes, se
-tournèrent vers l'Espagne. Ils envoyèrent à Madrid le chanoine Orticoni,
-homme intelligent, habile diplomate, pour offrir la souveraineté de
-l'île à la couronne espagnole. Philippe V, jugeant que les Corses,
-sujets de la république de Gênes, n'avaient pas le droit de disposer
-d'eux-mêmes, rejeta, sans même les discuter, les propositions
-d'Orticoni. Voyant qu'aucune puissance terrestre ne voulaient d'eux, les
-Corses finirent par se donner à la Sainte Vierge. Les principaux de la
-nation, réunis en assemblée générale, le 30 janvier 1735, instituèrent
-de nouvelles lois sous ce titre: _Nouvelles lois du Royaume et
-République de Corse_.
-
- [31] Père du fameux Pascal Paoli.
-
-L'assemblée, en premier lieu, proclama «l'Immaculée Conception de la
-vierge Marie», protectrice du royaume, et décréta que son image serait
-peinte sur les armes et sur les drapeaux de la nation. Puis elle abolit
-tout ce qui pouvait rester du gouvernement génois, dont les lois et les
-statuts devaient être brûlés publiquement. Elle institua une
-administration nationale et une diète composée des députés de chaque
-ville et de chaque village. André Ceccaldi, Hyacinthe Paoli et Louis
-Giafferi étaient nommés _Primats_ de la nouvelle république avec le
-titre d'Altesse Royale. La Diète recevait la Sérénité. Les emplois
-subalternes donneraient les titres d'Excellence et d'Illustrissime[32].
-
- [32] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 71, _Histoire des
- Révolutions de l'île de Corse et de l'élévation de Théodore Ier
- sur le trône de cet État_, p. 177.--Pommereul, _op. cit._, t. I,
- p. 197.--De Germanes, _op. cit._
-
-Et cette assemblée de farouches libertaires décréta la peine de mort
-contre quiconque oserait tourner ces titres en dérision[33].
-
- [33] _Ibidem._
-
-Mais cette constitution ne pouvait qu'accroître l'anarchie. Il fallait à
-la Corse un sauveur. Le pays était dans les conditions voulues pour
-accueillir ce sauveur, quel qu'il fut; malheureusement il était
-impossible qu'il sortit de son sein. Aucun des chefs n'avait assez
-d'autorité pour organiser un mouvement général qui eût définitivement
-chassé les Génois. Chacun d'eux avait son clan et sa clientèle. Il était
-difficile à l'un des chefs d'imposer aux autres la prépondérance de son
-parti sans éveiller des jalousies, qui dans ce malheureux pays,
-dégénéraient toujours en luttes armées. Le sauveur ne pouvait donc venir
-que du dehors.
-
-Il se présenta aux quatre corses qui sortaient des prisons génoises sous
-les traits d'un milord anglais. Ce milord était en réalité un baron
-allemand, Théodore de Neuhoff.
-
-Il faut maintenant examiner les antécédents de ce gentilhomme qui allait
-jouer un rôle dans l'histoire du peuple corse.
-
-
-II
-
-A la fin du XVIIe siècle, on voyait encore, en Westphalie, de ces barons
-Thunder-ten-Trunck et de ces hobereaux grotesques dont parle Taine[34].
-Pauvres, pleines d'orgueil, attachées à leurs préjugés de caste, ces
-familles de barons vivaient dans leurs gentilhommières qui conservaient,
-bien amoindri pourtant, l'aspect des burgs de la vieille Allemagne.
-Elles se mariaient entre elles pour garder intacte la pureté de leur
-sang féodal, et leurs fils s'en allaient guerroyer à la solde des
-princes étrangers.
-
- [34] _Les Origines de la France contemporaine. L'Ancien Régime_,
- t. I, p. 189.
-
-Telle était la famille des barons de Neuhoff: des gens d'ancienne
-souche, très infatués de leur noblesse, sans doute, mais, à coup sûr,
-sans fortune patrimoniale.
-
-Cette fierté d'un côté, cette pauvreté de l'autre, contribuèrent à les
-pousser aux aventures. Déjà avec Antoine de Neuhoff, le père de
-Théodore, nous voyons se manifester ces tendances de chevaliers errants.
-Dans Théodore, il y a du Don Quichotte avec trop d'ambition dans le
-rêve.
-
-Le fief des barons de Neuhoff, au XVIIe siècle, semble avoir été une
-terre d'assez mince importance, située dans le comté de Marck en
-Westphalie[35].
-
- [35] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 81.--Pommereul, _op. cit._,
- t. I. p. 202.--_Histoire des Révolutions de l'île de Corse_, _op.
- cit._, p. 207. Édit de la République de Gênes contre le baron de
- Neuhoff, communiqué par Campredon, ministre de France à Gênes.
- Correspondance de Gênes, vol. 97, archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Antoine de Neuhoff, jeune homme aux manières avenantes, beau cavalier,
-mais sans fortune comme tous les siens, était capitaine aux gardes du
-corps de l'évêque de Munster. Son père avait commandé un régiment sous
-Bernard de Galen[36], ce farouche prélat, véritable «soudard mitré[37]».
-
- [36] Gregorovius, _Corsica_, traduction de M. P. Lucciana, t. II,
- p. 322. Bulletin de la Société des Sciences historiques et
- naturelles de la Corse.--Bastia, 1888-1884.
-
- [37] Pierre de Ségur, _Gens d'autrefois_, p. 4.
-
-Les préjugés féodaux, à partir de cet héritier, furent moins forts.
-Antoine ne tarda pas à s'en défaire. Il quitta le service militaire de
-l'évêque de Munster et chercha à redorer son blason par un mariage
-avantageux; il n'arriva qu'à se mésallier sans profit. Le drapier de
-Viseu, en Liégeois, dont il épousa la fille, mourut un an après le
-mariage, ne laissant que onze mille florins.
-
-La famille d'Antoine ne voulut plus le revoir. Il quitta l'Allemagne
-avec sa femme[38].
-
- [38] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 202. _Histoire des
- Révolutions de l'île de Corse_, _op. cit._, p. 207.
-
-S'il fallait chercher dans les lois encore obscures de l'atavisme moral
-l'explication des mobiles qui font agir un être humain, nous verrions
-Théodore soumis à une double influence dont les courants mal équilibrés
-contrarièrent perpétuellement sa destinée. De sa mère, Amélie, la fille
-du vieux drapier liégeois, il tenait cet esprit fertile en ressources
-commerciales qui lui permit d'intéresser à son crédit des juifs et des
-traitants hollandais; par le sang des routiers allemands qui coulait
-dans ses veines, il fut poussé à l'audacieuse entreprise qui, un moment,
-alarma Gênes et surprit l'Europe.
-
-Antoine de Neuhoff, qui était venu s'établir dans les environs de Metz,
-mourut obscurément en 1695. Il laissait deux enfants: Elisabeth qui
-épousa le comte de Trévoux, et Théodore-Etienne, le héros d'Aléria. La
-veuve d'Antoine se remaria à un commis des douanes à Metz, nommé
-Marneau. Une fille naquit de ce mariage. Elle épousa dans la suite Gomé
-Delagrange, conseiller au Parlement de Metz[39].
-
- [39] Marneau à M. le C..., Metz, 23 avril 1736.--Lettre
- communiquée par Sorba, ministre de Gênes à Paris. (_Francia_,
- mazzo 45, anni 1734-37). Archives d'État à Gênes, archives
- secrètes.
-
-Théodore Etienne, baron de Neuhoff, naquit à Cologne, dans la nuit du 24
-au 25 août 1694[40], quelques mois seulement avant la mort de son père.
-
- [40] Quelques biographes le font naître à Metz et varient au
- sujet de la date de sa naissance. J'ai eu la bonne fortune de
- trouver dans le _Mercure historique et politique de Hollande_ la
- reproduction d'une pièce émanée du baron de Neuhoff et publiée à
- Cologne en 1740. Elle contrÉdit des faits acceptés par les
- biographes du personnage, mais il y a tout lieu de croire à la
- sincérité du baron de Neuhoff. Ce ne sont plus des pièces
- destinées à éblouir de promesses fallacieuses et de titres
- ronflants quelques montagnards crédules. Le baron est revenu dans
- le pays qui fut le berceau de sa famille: il y avait des parents
- et des alliés. C'était le dernier endroit du monde où il eut pu
- sciemment raconter sur ses origines des choses erronées. Là, plus
- qu'ailleurs, la contradiction était facile. Elle n'a pas, que je
- sache, été présentée. J'ai donc accepté le lieu de naissance et
- la date portés dans le document publié dans le _Mercure
- historique et politique de Hollande_. Le jour de sa naissance
- est, au surplus, indiqué par Théodore lui-même dans le
- post-scriptum d'une lettre autographe adressée le 25 août 1748 à
- la religieuse Fonseça à Rome. Cette lettre, interceptée par les
- Génois, se trouve dans les archives d'État à Gênes. _Ribellione
- di Corsica_, filza 14/3102.
-
-
-
-Un parent de Westphalie, le baron Drost, prit soin de la première
-enfance de Théodore[41]. A dix ans, il entra chez les jésuites de
-Munster. Un trop enthousiaste biographe[42] affirme qu'il fut un élève
-intelligent et studieux, faisant ses délices de la lecture de Plutarque.
-Il ne devait que de très loin en imiter les héros!
-
- [41] Lettre de Théodore au baron de Drost, de Corse, le 18 mars
- 1736, publiée notamment par Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 83,
- et dans l'_Histoire des Révolutions de l'île de Corse_, _op.
- cit._, p. 202.
-
- [42] Varnhagen, _Théodore Ier, roi de Corse_, traduit de
- l'allemand par M. Pierre Farinole. Bulletin de la Société des
- Sciences historiques et naturelles de la Corse, p. 3. Bastia,
- 1894.
-
-Théodore serait resté pendant six ans chez les jésuites de Munster. Au
-collège, il s'était lié--dit-on--avec un jeune homme issu, comme lui,
-d'une famille westphalienne. Neuhoff et son camarade auraient alors été
-mis en pension à Cologne chez un professeur pour achever leurs études.
-On a publié une lettre du compagnon de Théodore, qui donne ces détails,
-et qui raconte un épisode tragique après lequel Neuhoff dût
-s'enfuir[43].
-
- [43] Cette lettre a été publiée par Gregorovius dans _Corsica_,
- t. II, p. 321. Traduction de M. P. Lucciana. Bulletin de la
- Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 2
- vol., Bastia, 1883-1884. Gregorovius affirme avoir tiré cette
- lettre, du compagnon de Théodore à un de ses amis en Hollande,
- d'un petit livre allemand imprimé à Francfort en 1736 et
- intitulé: _Sur la vie et les gestes du baron Théodore de Neuhoff
- et sur la République de Gênes par lui offensée. Relation de
- Giovanni de San Fiorenzo_.
-
-Le professeur avait une femme et deux filles jolies et sages. L'aînée
-se nommait Marianne. C'était un de ces paisibles intérieurs allemands,
-aux mœurs familiales, où la vie s'écoulait monotone, coupée par des
-récréations honnêtes, quelques promenades au jardin, des lectures
-permises et sans doute un peu de sentiment.
-
-Cette existence patriarcale dura deux ans; elle fut troublée par
-l'arrivée d'un gentilhomme titré et riche. Il se mit à faire une cour
-assidue à Marianne. Théodore était lui-même amoureux de cette jeune
-personne, mais il soupirait en silence. Les assiduités du comte
-exaspèrent Neuhoff. Bien qu'il n'eût jamais déclaré sa flamme et que sa
-position ne lui permît pas de rivaliser avec le seigneur, il n'en
-ressentit pas moins une violente jalousie. Un soir, après une fête de
-famille, pour l'anniversaire de Marianne, Théodore provoqua le comte et
-le tua. Au milieu du trouble, causé par ce drame, Neuhoff s'était enfui
-«par une porte de derrière». Ce sera son habitude.
-
-Mais il n'est guère possible d'ajouter foi à cette sombre histoire
-d'amour. Théodore devait avoir alors dix-huit ans, puisqu'au dire de son
-compagnon il aurait été mis chez les jésuites de Munster à dix ans,
-qu'il y serait resté six ans, et qu'il aurait séjourné deux ans chez le
-professeur de Cologne. Or, à l'âge de quinze ans, en 1709, Théodore se
-trouvait à Versailles parmi les pages de Madame, duchesse d'Orléans[44].
-La preuve est formelle; c'est bien du futur héros de Corse dont il
-s'agit. Les détails que la princesse donne sur lui dans sa
-correspondance ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.
-
- [44] Princesse palatine, seconde femme de Monsieur, frère de
- Louis XIV, mère du Régent.
-
- «.....Je vous remercie bien des gazettes. Elles me divertissent
- fort, et quand je les ai lues, je les donne à deux pages allemands
- que j'ai, un Neuhoff et un Keversberg, pour qu'ils conservent
- l'habitude de l'allemand et n'oublient pas leur langue.....»
-
- _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ Traduction et
- notes par Ernest Jaeglé. 3 vol., Paris, 1890, t. II, p. 96.
-
- Neuhoff est également porté sur l'_État de la France_, parmi les
- pages de la princesse.
-
-
-
-D'après Madame, le jeune Théodore avait une tournure agréable, une jolie
-figure et l'esprit éveillé. Il savait «causer»[45]. Il fut vite initié à
-la vie et aux intrigues de la cour. Il acquit une grande souplesse et de
-la rouerie; le mot est de l'époque. La princesse n'eut qu'à se louer du
-service de son page[46]. Sans doute elle regrettait de trouver chez lui
-la trace des qualités françaises plutôt que ces grosses vertus
-germaniques, qu'elle mettait au-dessus de tout, comme elle eut donné
-toutes les «délicatesses» de la cuisine française, pour une bonne soupe
-au lard ou une choucroute largement garnie. Très allemande, elle
-s'efforçait d'inculquer à Neuhoff des goûts allemands. Mais le petit
-page prit surtout ce qu'il y avait de mauvais à la cour. La farouche
-vertu de Madame ne lui laissa aucune empreinte.
-
- [45] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._,
- t. III, p. 85.
-
- [46] _Ibidem._
-
-Quand Neuhoff fut en âge de servir, il vint en Bavière[47] où, sur la
-recommandation de la princesse, l'Electeur lui donna une bonne
-compagnie. Mais Théodore était joueur; sa passion l'entraîna à commettre
-des indélicatesses; il contracta des dettes et fit son apprentissage
-dans l'art de ne pas les payer. Il devint «un coquin, un _excrocq_».
-Deux chevaliers de Malte lui prêtèrent un jour de l'argent; pour les
-tranquilliser, Théodore leur dit: «J'ai encore un oncle et une tante
-chez Madame. Mon oncle, c'est M. de Wendt[48], et ma tante, Mme de
-Rathsamhausen[49]; je vais vous donner une lettre pour l'un et l'autre;
-ils vous payeront immédiatement.»
-
- [47] Marneau, le second mari de la mère de Théodore, prétend que
- son beau-fils aurait servi dans les régiments de Navarre et de
- Courcillon avant de prendre du service en Bavière. (Marneau à M.
- le C..., Metz, le 26 avril 1736. _Loc. cit._, Archives d'État à
- Gênes. Archives secrètes). Mais il faut s'en tenir à l'assertion
- de Madame, puisque c'est elle-même qui recommanda, à l'Electeur
- de Bavière, son page Neuhoff.
-
- [48] Ecuyer de la duchesse d'Orléans.
-
- [49] Léonore de Rathsamhausen était une amie d'enfance de la
- princesse. Elle faisait chaque année de longs séjours auprès
- d'elle.
-
-Il leur remit, en effet, des plis cachetés; les chevaliers arrivèrent à
-Versailles et présentèrent à M. de Wendt et à Mme de Rathsamhausen les
-lettres de leur neveu Neuhoff. «Nous connaissons fort bien Neuhoff,
-répondirent-ils; il a été page de Madame, mais il n'est pas notre
-parent.» On ouvrit les paquets: ils ne contenaient que du papier blanc.
-Les deux chevaliers étaient volés; ils s'adressèrent à Madame: «Cet
-homme, dit-elle, n'est plus à mon service. Faites en ce que vous
-voudrez.....[50]».
-
- [50] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._,
- t. III, p. 85.
-
-Harcelé par ses créanciers, Théodore quitta la Bavière et vint à Paris
-auprès de son beau-frère et de sa sœur, le comte et la comtesse de
-Trévoux. Ses parents voulurent lui faire de la morale; mais le «gentil
-enfant», prenant fort mal la chose, «tenta d'assassiner» son beau-frère.
-Sur le point d'être arrêté, il s'enfuit et gagna l'Angleterre[51].
-
- [51] _Ibidem._
-
-Il y a lieu de croire, quoiqu'en dise Madame, que cette tentative de
-meurtre ne fut pas bien caractérisée. Elle n'empêchera pas Neuhoff de
-revenir plus tard à Paris où personne ne songera à l'inquiéter; il sera
-même reçu chez Trévoux.
-
-Le séjour de Théodore, en Angleterre, reste mystérieux. Madame a
-reproché à son ancien page d'avoir épousé une jeune anglaise éprise de
-lui, alors qu'il s'était déjà marié en Bavière[52].
-
- [52] _Ibidem._--J'ignore sur quoi est basé ce nouveau
- réquisitoire de la Palatine. Si le baron de Neuhoff a contracté
- plusieurs mariages au cours de son aventureuse existence, il n'en
- a jamais avoué qu'un: celui avec lady Sarsfield qu'il épousa en
- Espagne quelques années plus tard.
-
-Cette éclipse ne fut pas de longue durée. On retrouve bientôt après
-l'ingénieux baron mêlé à la conspiration de Goertz et Gyllenborg.
-
-La Suède avait un roi qui ne s'occupait que de guerre et un ministre qui
-ne faisait que de la politique. On aurait pu s'attendre à voir le
-petit-fils du compagnon de Bernard de Galen servir Charles XII. Il
-préféra se mettre sous les ordres de Goertz qui avait rêvé d'être
-Richelieu et qui finit comme Cinq-Mars.
-
-Quel fut exactement le rôle de Théodore auprès du ministre suédois?
-
-En réalité, rien de bien défini. Au service de Goertz, comme après en
-Espagne, comme aussi plus tard dans sa grande aventure de Corse, Neuhoff
-fut un courtier marron de la politique internationale, un de ces agents
-secrets qu'on emploie, qu'on paye, mais qu'on désavoue et qu'on remercie
-quand ils sont brûlés. Ce rôle convenait bien à ce baron allemand
-intrigant et besogneux, qui, à l'obstination massive de ceux de sa race,
-mêlait les grâces persuasives, les manières insinuantes, tout le
-raffinement vicieux d'un page de Versailles, devenu un _roué_ de la
-Régence.
-
-On trouve quelques détails sur cette partie de sa vie dans un livre
-publié à Londres en 1743[53], à l'époque où Théodore, réfugié en
-Toscane, était presque ouvertement un agent de l'Angleterre. Cet
-ouvrage, écrit dans le but de favoriser les intrigues de Théodore, à ce
-moment-là, m'a paru être plus sérieusement documenté sur les antécédents
-politiques de Neuhoff que ses biographes du XIXe siècle, trop pressés de
-s'en rapporter aux mémoires du colonel Frédéric, un faussaire avéré.
-
- [53] _The history of Theodore I, King of Corsica, containing
- genuine and impartial memoirs of his private life and adventures
- in France, Spain, Holland, England, etc. The rise and consequence
- of the troubles in Corsica, and the resolution of its inhabitants
- to shake off the government of the Genoese. The interposition of
- the Imperialists and French in favour of the Republic and the
- causes of their quitting the Island and also the true spring of
- this last revolution, and the motives of King Theodore's present
- expédition._--Londres, 1743.
-
-D'après l'auteur du livre de 1743, le baron, avant de quitter Paris,
-poursuivi par l'anathème de Madame, aurait rendu à certains ministres
-étrangers des services importants que ceux-ci lui payaient; même, il ne
-serait pas impossible qu'il fut, dès cette époque, entré en rapport avec
-Goertz, qui se trouvait à Paris au commencement de 1717[54].
-
- [54] Gabriel Syveton, _L'erreur de Goertz_. Revue d'histoire
- diplomatique, 1896, no 2, p. 244.
-
-Quand il fut obligé de quitter la France, Neuhoff, d'après le livre
-anglais, n'aurait eu d'autres ressources que dans les intrigues
-auxquelles il fut mêlé. Goertz, alors ministre du roi de Suède en
-Hollande, avait été arrêté à Arnheim, sur la demande du roi
-d'Angleterre. Les Anglais accusaient Goertz de conspirer avec les
-jacobites afin d'amener une révolution en Angleterre. Le comte de
-Gyllenborg, ministre de Suède à Londres, fut arrêté en même temps. Le
-duc d'Orléans obtint, par ses démarches, la mise en liberté des
-ministres suédois[55]. Le Régent affectait de ne pas croire à ce
-complot; il persuada à Georges Ier que le roi de Suède n'y avait pris
-aucune part. En réalité, la présence de Goertz, en Hollande, était
-motivée par une négociation délicate; il s'agissait de traiter avec le
-tzar Pierre Ier, qui se trouvait dans les Pays-Bas, d'une paix séparée
-entre la Suède et la Russie. Le baron de Neuhoff aurait été chargé de
-porter à Goertz des dépêches relatives à cette négociation[56]. Malgré
-sa jeunesse,--il avait alors 24 ans--Théodore remplit si bien sa mission
-et sut se rendre si agréable au ministre, que celui-ci le prit pour
-secrétaire et bientôt après pour son «principal confident[57]».
-
- [55] Goertz et Gyllenborg restèrent emprisonnés pendant cinq
- mois.
-
- [56] Ces négociations aboutirent au congrès d'Aland. L'auteur du
- livre, publié à Londres en 1743, ne dit pas par qui Neuhoff fut
- chargé de porter des dépêches à Goertz après son emprisonnement.
- Comme cette mission coïncide avec son départ de France, il est à
- peu près certain que Théodore porta à Gyllenborg, en Angleterre,
- et à Goertz, en Hollande, les dépêches du comte Erik Sparre,
- ministre de Charles XII, en France.
-
- [57] _The history of Theodore I, King of Corsica. Op. cit._
-
-Dans les derniers mois de 1718, Goertz envoya Neuhoff en mission auprès
-d'Alberoni. A peine avait-il entamé les négociations que le roi de Suède
-mourut[58]. Bientôt après, Goertz était décapité[59]. Théodore se
-«trouva donc sans ressources dans un pays dont il ignorait la langue, et
-privé de l'appui de la maison d'Orléans, puisqu'il était entré dans des
-plans qui portaient préjudice aux intérêts de cette famille[60]».
-
- [58] Le 30 novembre 1718.
-
- [59] Le 2 mars 1719.
-
- [60] _The history of Theodore I, King of Corsica. Op. cit._
-
-Cependant Théodore devait encore surnager après ce nouveau naufrage.
-
-La Cour d'Espagne, remplie d'intrigues d'antichambre, avec une dynastie
-nouvelle et étrangère qu'entourait une foule d'aventuriers cosmopolites,
-constituait bien le milieu voulu pour l'ambition inquiète et peu
-scrupuleuse du petit baron de Westphalie. Ripperda, qui, plus tard,
-devait devenir premier ministre, commençait à jouir d'une grande faveur
-à l'Escurial. Fidèle à ses ondoyants principes, l'intrigant habile
-qu'était Neuhoff ne manqua pas d'aller lui faire sa cour. Ils se
-plurent. Ripperda, dit-on, lui fit obtenir le grade de colonel avec une
-pension de six cents pistoles[61].
-
- [61] Percy Fitzgerald, _King Theodore of Corsica_, p.
- 28.--_Histoire des Révolutions de l'île de Corse et de
- l'élévation de Théodore Ier sur le trône de cet État_, p. 206.
-
-Mais Neuhoff n'avait pas renoncé à ses goûts dispendieux. Il était
-souvent gêné, et Alberoni dut, à plusieurs reprises, lui venir en aide.
-La fortune cependant lui sourit encore. Sur les conseils de Ripperda et
-grâce à son appui, il épousa une des demoiselles d'honneur de la reine
-d'Espagne, lady Sarsfield, fille de lord Kilmallock, jacobite réfugié à
-Madrid, parent du duc d'Ormond[62].
-
- [62] _Histoire des révolutions de l'île de Corse._ _Op. cit._, p.
- 208.--Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 203.--Percy Fitzgerald,
- _op. cit._, p. 28.
-
-Ce mariage, qui aurait dû fixer Théodore, paraît avoir été une déception
-pour lui. Il fut quelque chose de plus pour sa femme. Lady Sarsfield
-était laide et vaniteuse; l'ancien page de Madame était volage, et
-milady n'avait rien de ce qu'il fallait pour retenir l'humeur
-inconstante de son mari. Cela fit un déplorable ménage.
-
-Rostini, dans ses _Mémoires_, dit ceci: «Théodore épousa, dit-on, une
-parente du duc de Sales actuel, alors marquis de Monte Allegro.»
-
-Or, en 1738, nous verrons le ministre du roi de Naples, le marquis de
-Montalègre, accorder, à Théodore, sa protection d'une façon absolue,
-surtout lors d'un incident touchant des vaisseaux hollandais affretés
-par le baron. La protection qu'exerça à ce moment Montalègre vis-à-vis
-de Théodore, est d'autant plus extraordinaire que le bon droit n'était
-certes pas du côté de l'aventurier.--Les dépêches diplomatiques de
-Montalègre, en 1738, sont, la plupart du temps, signées: _El marques de
-Salas_.
-
-Alberoni était tombé du pouvoir, méprisé de l'Europe entière. Neuhoff
-perdait en lui un protecteur puissant. Ripperda, cependant, lui restait;
-mais Théodore, qui ne pouvait s'astreindre à un genre de vie en rapport
-avec ses moyens, eut encore des besoins d'argent qui le perdirent.
-
-On raconte que Ripperda lui ayant confié des sommes importantes pour le
-règlement de fournitures militaires, il les détourna pour ses dépenses
-personnelles[63].
-
- [63] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 29.
-
-Quoiqu'il en soit, Neuhoff, à cette époque, quitta l'Espagne
-subrepticement, abandonnant sa femme, grosse alors. La baronne mourut à
-Paris en 1724, ainsi que sa fille née de ce mariage[64].
-
- [64] _Mercure historique et politique de Hollande_, avril 1740.
- Généalogie publiée à Cologne par Théodore de Neuhoff.
-
-L'aventurier avait profité du séjour de sa femme à l'Escurial avec la
-cour, pour quitter Madrid la nuit, en emportant tous ses bijoux. Il
-s'embarqua à Carthagène pour la France, et bientôt il arriva à
-Paris[65].
-
- [65] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 29--_Histoire des
- révolutions de l'île de Corse._ _Op. cit._, p. 209.
-
-A la chute d'Alberoni, Théodore, ne sachant que devenir, avait écrit à
-la duchesse d'Orléans, pour la prier de le reprendre à son service.
-Madame ne répondit pas; mais à peine débarqué à Paris, l'aventurier
-sollicita de nouveau son ancienne protectrice. Celle-ci lui fit défendre
-de se présenter devant elle. La princesse, un jour, se rendait aux
-Carmélites; son carrosse croisa une voiture dans laquelle se trouvait
-Théodore. Madame s'écria: «Voilà cet honnête garçon de Neuhoff!» Il
-entendit l'apostrophe, baissa les yeux et pâlit[66].
-
- [66] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._,
- t. III, p. 86.
-
-Paris était alors en pleine fièvre de spéculation. Law faisait merveille
-avec son _Système_.
-
-La fureur de l'agiotage avait pénétré dans toutes les classes de la
-société. Il y avait là de quoi tenter l'esprit aventureux de Neuhoff,
-toujours harcelé par les besoins d'argent; mais il est peu probable,
-comme certains l'ont prétendu, que Théodore soit entré en relations
-directes avec Law. L'Ecossais d'origine obscure, devenu le grand
-financier, dispensateur des deniers de l'État et de la fortune publique
-en France, dont l'antichambre était encombrée de ducs, dont la femme
-parlait toilette avec les princesses, dont le fils, qu'on appelait le
-_Chevalier Système_[67], fréquentait la jeunesse dorée de la cour,
-n'avait pas le temps de se commettre avec le baron westphalien. Les
-aventuriers, quand ils sont _arrivés_, dédaignent leurs semblables. Que
-Théodore ait spéculé, comme tout le monde, à l'époque, c'est très
-probable, mais non pas avec Law lui-même, alors à l'apogée de sa
-puissance. Peut-être, en intrigant habile, sût-il se faufiler dans
-l'entourage du financier. Madame rapporte, en effet, que la rumeur
-publique accusait son ancien page d'avoir pris un million au frère de
-Law[68].
-
- [67] _Journal et Mémoires de Mathieu Marais_, publié par M. de
- Lescure, 4 vol. Paris, 1864, t. I, p. 264.
-
- [68] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans._ _Op. cit._,
- t. III, p. 86.
-
-Le livre anglais, que j'ai déjà cité, dit qu'il eût à Paris plusieurs
-aventures étranges. Il avait rompu avec la plupart de ses anciens amis
-qui le connaissaient trop, mais il parvint à entrer en rapports avec
-quelques personnes de distinction qui le connaissaient moins. Ses
-relations avec Alberoni et Ripperda, les ennemis de la famille
-d'Orléans, lui fermaient les portes de la cour. Il ne s'attarda pas à
-rentrer en grâce auprès de Madame, qui, du reste, l'avait rejeté de la
-façon la plus formelle. Il aima mieux devenir un courtier marron de la
-diplomatie. C'était un emploi qui lui convenait à merveille. La
-délicatesse ne l'embarrassait pas; aucun principe ne le gênait; il
-n'avait qu'un but: se procurer de l'argent.
-
-Le baron qui, de bonne heure, avait été à l'école des Goertz, des
-Alberoni et des Ripperda, trouva le moyen de donner à quelques ministres
-étrangers des renseignements qui lui furent très bien payés. Il entra
-également en correspondance avec des diplomates du dehors. Sans lui
-créer une position définie, ni surtout avouable, ces manœuvres lui
-fournirent les moyens de subvenir à ses besoins toujours fort grands.
-Mais ces choses-là ne peuvent pas durer; on se lasse vite d'un agent
-louche. Théodore savait que tout ce qu'il faisait pouvait le mener en
-prison, et l'ombre de la Bastille le hantait. Il résolut donc de quitter
-Paris, et, d'après le livre anglais, il serait parti deux jours
-seulement avant que ses intrigues ne fussent découvertes. Il aurait
-gagné la Hollande en emportant divers secrets surpris dans les
-antichambres diplomatiques qu'il fréquentait, entr'autres toute la trame
-d'une mystérieuse négociation engagée à Turin et dont il comptait se
-servir auprès de la cour impériale pour en tirer profit[69].
-
- [69] _The history of Theodore I, King of Corsica. Op. cit._
-
-Madame, qui avait l'âme d'un greffier, donne une autre version du départ
-de Théodore; les motifs en sont encore moins honorables. Neuhoff, dans
-un moment de détresse, ne sachant que devenir, aurait fait un sérieux
-retour sur lui-même. Désirant rentrer en grâce auprès de sa famille, il
-confessa ses erreurs passées et promit de mener, à l'avenir, une vie
-régulière, plus conforme à son rang de gentilhomme. Durant un certain
-temps, il se conduisit bien. Il était reçu chez sa sœur[70]. Un
-lieutenant-colonel du régiment de La Marck, beau-frère de la comtesse
-d'Appremont, rencontra plusieurs fois Théodore à dîner chez Mme de
-Trévoux[71].
-
- [71] Lettre à la comtesse d'Appremont, communiquée au Sérénissime
- Collège, par J.-B. de Mari. Turin, le 27 juin 1736. _Ribellioni
- de' Corsi_, filza 14/3012. Archives d'État à Gênes, archives
- secrètes.--Cette lettre a été publiée par M. Antonio Battistella,
- _Re Teodoro di Corsica. Ritagli e scampoli._ Voghera, 1890, p.
- 167.
-
- [70] _Correspondance complète de Madame, duchesse d'Orléans._
- Édit. Brunet, t. II, p. 278.
-
- Varnhagen, le trop partial biographe de Théodore, dit que Mme de
- Trévoux aida son frère, avec l'aide de «l'ambassadeur suédois, le
- comte de La Marck». Il y a là une erreur évidente. Tout le monde
- sait, en effet, que le comte de La Marck n'était pas le
- représentant du roi de Suède en France, mais bien le ministre de
- France en Suède.
-
-Un jour, Théodore déclare qu'il a reçu des lettres lui annonçant que sa
-femme, quittant l'Espagne, était en route pour Paris. Il lui paraît
-convenable d'aller à sa rencontre. Sous ce prétexte, il part pendant la
-nuit. «Le matin, on découvre qu'il a tout enlevé à sa sœur et à son
-beau-frère. Il leur a pris deux cent mille livres. Personne ne sait de
-quel coté il a passé. Sa sœur, Mme de Trévoux, est désespérée[72].»
-
- [72] _Correspondance complète de Madame, duchesse d'Orléans_,
- édition Brunet, t. II, p. 279.
-
-Je n'ai pu trouver nulle part la confirmation de ce vol.
-
-Quoiqu'il en soit, il est certain que Théodore quitta Paris vers le
-milieu de 1720, et arriva en Hollande. A La Haye, il se serait rendu
-auprès du ministre impérial. Il lui remit un pli en le priant de le
-faire tenir d'une façon sûre au comte de Zinzendorf, chancelier de
-Charles VI. Les explications qu'il donna à l'ambassadeur autrichien
-furent sans doute très explicites, car la réponse de Vienne ne se fit
-pas attendre. Elle consistait en une lettre de change de cinq mille
-florins. Les renseignements dérobés à Paris, au sujet de la mystérieuse
-négociation entamée à Turin, auraient été reconnus exacts à Vienne et
-seraient arrivés dans un moment opportun: d'où la récompense
-immédiate[73]. Théodore était, ce qu'on pourrait appeler, un crocheteur
-de la diplomatie.
-
- [73] _The history of Theodore I, King of Corsica._ Op. cit.
-
-Puis il se serait mis en rapport avec un personnage, de passage en
-Hollande, et qui allait à Londres représenter une petite cour allemande.
-Ce personnage passait pour un très habile homme, mais Théodore était
-plus fin encore. Il ne tarda pas à reconnaître que les capacités qu'on
-prêtait au diplomate étaient toutes en façade. Se sentant plus apte à
-remplir les fonctions destinées au ministre allemand, Neuhoff aurait
-tenté de le supplanter en allant lui-même à Londres; mais ses manœuvres
-furent découvertes, et l'homme qu'il cherchait à léser partit pour
-l'Angleterre après avoir raconté son histoire partout, ce qui fit du
-tort à Théodore. Personne ne voulut plus l'employer.
-
-La misère vint alors. L'argent fondait entre ses mains; partout il avait
-des créanciers.
-
-En attendant un emploi, il apprit l'anglais. L'historien anonyme nous
-dit que «jamais, sauf M. de Voltaire, aucun étranger n'arriva aussi bien
-ni aussi vite à comprendre l'anglais». Mais, malgré toute son
-intelligence, il était à bout de ressource et de crédit. Pour se
-procurer le pain quotidien, il se fit virtuose, chimiste, «_connoisseur
-en painture_». Ces diverses tentatives ne furent pas couronnées de
-succès. Ni la musique, ni les sciences, ni la critique d'art ne lui
-donnèrent les moyens de subvenir à ses besoins[74]. Bien des hommes,
-avant de trouver leur voie, se sont essayés dans les différentes
-branches de l'activité humaine: professions, métiers ou arts. Je ne
-crois pas qu'il s'en soit jamais trouvé un seul qui ait poussé ces
-essais plus loin que Théodore, puisqu'il devait aller jusqu'à la
-royauté, métier qui d'ailleurs ne lui donna pas de quoi vivre.
-
- [74] _The history of Theodore I, King of Corsica._ Op. cit.
-
-Si à Paris la Bastille troublait son sommeil, en Hollande il voyait se
-dresser devant lui la prison pour dettes. La diplomatie lui fournit de
-nouveau quelques ressources ou tout au moins lui permit de fuir ses
-créanciers. Un personnage, établi dans les Pays-Bas, cherchait pour le
-compte de l'Empereur un homme retors et habile, capable d'accomplir une
-mission secrète en Italie. Il s'agissait de découvrir les intrigues que,
-disait-on, la France et l'Espagne entretenaient dans la péninsule. Le
-personnage trouva son homme en Théodore. Celui-ci partit. Il s'embarqua
-dans l'île de Voorne, et deux ou trois mois après on le vit parcourant
-l'Italie[75].
-
- [75] _Ibidem._
-
-Ce pays, partagé en petits États, livré à toutes les convoitises
-étrangères, neuf pour lui, ouvrait un vaste champ à son ambition mal
-équilibrée. Que fit-il réellement en Italie? La question est difficile à
-résoudre. La renommée ne l'avait pas atteint encore et les certitudes
-manquent sur cette période de sa vie. La mission dont il aurait été
-chargé était sans doute peu importante, mais, pendant son séjour en
-Italie, Théodore allait faire des relations qui devaient avoir une
-singulière influence sur sa destinée.
-
-On vit Neuhoff à Rome et on sut plus tard qu'il s'y faisait appeler le
-baron Etienne Romberg[76]. Dans cette ville, il fit la connaissance des
-dames Fonseca, religieuses au couvent des Saints Dominique et Sixte, qui
-eurent toujours une foi aveugle dans l'aventurier et qui devaient le
-soutenir avec le plus touchant dévouement dans l'adversité. Il connut
-aussi à Rome un marquis, un comte, un docteur ès-lois, un simple
-drapier, toujours en quête de nouvelles protections ou à l'affût de
-dupes faciles. Son imagination, jamais à court, le poussa à se lier avec
-un moine qui cherchait le secret de la pierre philosophale[77].
-
- [76] _Mémoires historiques, militaires et politiques sur les
- principaux événements arrivés dans l'isle et royaume de Corse
- depuis le commencement de l'année 1738 jusque à la fin de l'année
- 1741_, par Jaussin, ancien apothicaire major des camps et armées
- de S. M. très chrétienne, t. I, p. 296.--Lausanne, 1758.
-
- [77] _Ibidem._
-
-C'était un de ces moines errants, comme il y en avait beaucoup en
-Italie. Ces religieux, rejetés d'un couvent, réfugiés dans un autre qui
-ne les gardait pas, vagabonds allant de cloître en auberge, étaient de
-tristes hères qui formaient ce que l'on pourrait appeler la bohême de
-l'église. Beaucoup étaient des détraqués tombés dans la magie noire, le
-grand œuvre et l'escroquerie.
-
-Mais Théodore était l'homme des résultats positifs, tangibles et
-immédiats. Il avait bien pu s'en aller, le soir, dans les ruelles
-sombres, enveloppé d'un long manteau, retrouver son moine alchimiste.
-Tous deux, penchés sur les fourneaux mal éclairés d'une cire jaune, ils
-avaient pu épier le mystérieux travail de l'athanor et des cornues, au
-milieu de vieux grimoires à demi-rongés par les rats et couverts de fils
-d'araignée. Mais, comme la transmutation était lente, l'impatient baron
-se lassa. Il dit adieu au moine alchimiste et à la pierre philosophale
-et courut à Florence, toujours inquiet, furetant, combinant.
-
-En 1727, Théodore se trouvait de nouveau à Paris. Un décret de prise de
-corps pour dettes fut rendu contre lui[78]. Il s'enfuit assez à temps
-pour éviter la prison.
-
- [78] Sorba, ministre de Gênes en France, au Sérénissime Collège.
- Paris, le 30 avril 1736. _Francia_, mazzo 45, anni 1734-1737.
- Archives d'État à Gênes, archives secrètes.
-
-Vers la même époque, il parut à Londres. Il aurait pris logement _aux
-Armes d'Ipswich_, dans Cullum Street, puis dans un café où il se serait
-tenu caché. Jamais il ne sortait, restant au lit, sous prétexte de
-maladie[79]. Craignait-il encore la poursuite de créanciers? C'est
-probable. Un rapport de police rapporte qu'il aurait filouté des
-marchands de Londres et qu'il aurait été obligé de fuir en toute
-hâte[80].
-
- [79] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 30.
-
- [80] _Ibidem._--L'auteur ne croit pas à la sincérité de ce
- rapport de police. Il estime que ces histoires auraient été
- fabriquées après coup par des espions génois pour noircir
- Théodore. Les rapports de police valaient à l'époque ce qu'ils
- valent de nos jours; on pouvait y trouver tout ce qu'on voulait
- pour perdre quelqu'un. On avait du reste beau jeu à accuser
- Théodore de filouterie; il était maître en cet art.
-
-Le baron de Neuhoff reparut bientôt en Italie. On a prétendu qu'alors il
-aurait trouvé de puissants protecteurs à la cour du grand-duc de Toscane
-et qu'il aurait été «sur le point de lever un régiment pour le compte de
-l'Empereur[81]». Comme état de services, il faut avouer que cette quasi
-mission mérite peu d'être signalée. Mais ce n'est pas sans surprise
-qu'on lit dans le même auteur qu'en 1732 Théodore était résident de
-l'empereur Charles VI, à Florence[82]. Le fait est matériellement faux.
-Ce qui est plus vraisemblable, c'est l'histoire qui, vers la même
-époque, aurait signalé son passage à Livourne. Ce fut un coup de
-commerce, avatar assez naturel dans lequel réapparaissait le petit fils
-du drapier liégeois. En réalité, il fit une nouvelle dupe. Il y eut
-quelque mérite. Sa victime fut un banquier de Livourne, nommé Jabach.
-
- [81] Varnhagen, _op. cit._, p. 11.
-
- [82] _Ibidem._
-
-Les historiographes de Théodore ont dit que les Jabach étaient juifs. Il
-n'en est rien. Ils appartenaient à une famille de riches banquiers de
-Cologne, véritable dynastie financière qui donna, entr'autres, le fameux
-Everhard Jabach, qui fut connu à Paris comme banquier et collectionneur,
-au XVIIe siècle[83]. Les membres de cette famille, disséminés en France
-et en Italie, étaient catholiques. Quelques-uns d'entre eux avaient fait
-leurs études chez les jésuites de Cologne. Jean Engelbert Jabach fut
-chanoine capitulaire de l'archevêché de Cologne, chancelier de
-l'Université de cette ville, et le Pape lui conféra la dignité de
-protonotaire. François-Antoine fut banquier à Livourne où il mourut en
-1761[84].
-
- [83] M. le vicomte de Grouchy, dans les _Mémoires de la Société
- de l'Histoire de Paris et de l'île de France_, t. XXI, 1894,
- donne la généalogie de cette famille dans une intéressante notice
- consacrée à Everhard Jabach.
-
- [84] Vicomte de Grouchy, _op. cit._
-
-Ce fut avec ce dernier, sans doute, que Théodore eût des rapports dont
-la maison Jabach ne paraît pas avoir eu à se louer.
-
-Neuhoff, dont la famille avait des attaches à Cologne (son cousin Drost
-y était grand commandeur de l'Ordre Teutonique), avait dû trouver des
-facilités pour nouer des relations avec ses riches compatriotes établis
-à Livourne.
-
-A cette époque, un banquier était déjà un personnage important et
-méfiant, peu accessible aux entreprises chimériques. Mais le baron avait
-un talent particulier d'insinuation. Soit qu'il se laissât prendre aux
-belles paroles de l'aventurier, soit qu'il y fut poussé par d'anciens
-souvenirs de famille, Jabach avança à Théodore des sommes importantes
-sous prétexte d'affaires commerciales. Le banquier s'aperçut vite qu'il
-était trompé, et, ne pouvant rentrer dans ses découverts, il fit mettre
-son client en prison. Celui-ci tomba malade et on dut le transférer à
-l'hôpital.
-
-Comment désintéressa-t-il son créancier? Il est probable que Jabach eût
-pitié de lui et qu'il ne poursuivit pas la contrainte. Toujours est-il
-qu'au sortir de l'hospice, Théodore ne réintégra pas la prison. Il
-continua sa vie errante à la poursuite de la fortune.
-
-C'est ainsi qu'il arriva à Gênes.
-
-Le livre anglais, auquel j'ai déjà fait plusieurs emprunts, nous dit que
-Neuhoff était chargé par la cour impériale de prendre des renseignements
-aussi précis que possible sur l'état de la Corse. Charles VI, après être
-intervenu dans les affaires de l'île, recevait de ses agents des
-rapports bien différents et inexacts. Le baron ayant appris que les
-représentants des Corses étaient Ceccaldi et Raffaelli, se serait
-abouché avec eux. Ce fut à la suite d'un rapport de Théodore, adressé à
-Vienne, que l'Empereur aurait ordonné au prince de Wurtemberg de
-conclure avec la république un traité qui, tout en laissant la Corse aux
-Génois, donnerait quelques libertés aux insulaires[85].
-
- [85] _The history of Theodore I, King of Corsica._
-
-Il est plus vraisemblable de penser que Théodore à ce moment-là était un
-agent secret du duc François de Lorraine, gendre de Charles VI. L'époux
-de Marie-Thérèse se commettait volontiers avec les aventuriers, qu'il
-recevait dans les pièces les plus intimes de ses appartements. Il
-écoutait les propositions les plus extraordinaires. Il avait une
-politique à lui, qui s'élaborait en secret avec des agents interlopes.
-Ayant des vues de mesquine ambition sur la Corse, il était entré en
-rapports avec le baron[86]. Il nous faudra revenir sur les projets
-louches de François de Lorraine.
-
- [86] _Correspondances de Corse_, vol. I. Archives du ministère
- des affaires étrangères.
-
-Il est d'ailleurs certain que les entrevues de Neuhoff avec les Corses
-n'eurent pas le caractère presque officiel que leur donne le livre
-anglais. Elles furent au contraire entourées du plus grand mystère.
-
-
-III
-
-Théodore changeait souvent de déguisement; c'était une nécessité pour
-lui. Il laissait des dettes partout où il passait, et il lui fallait
-s'ingénier à dépister des créanciers assez indiscrets pour chercher à le
-découvrir. En 1732, à Gênes, il s'était transformé en milord anglais.
-
-Un certain Ruffino, corse, natif de Farinole, frère lai franciscain, de
-l'ordre appelé Observantin dans l'île, habitait Gênes depuis longtemps.
-C'était un de ces moines chirurgiens comme on en voyait beaucoup alors.
-Praticiens peu habiles et ignorants, ils gagnaient leur misérable
-existence à faire quelques menues opérations, apprises par routine.
-Ruffino se rendait souvent au Grand Hôpital où il exerçait son art
-rudimentaire.
-
-Un jour il rencontra le milord. Le hasard fut-il la seule cause de cette
-rencontre? Y eut-il d'un côté ou de l'autre un calcul? On ne saurait le
-dire. Toujours est-il que le moine et l'_Anglais_ se plurent. Ils
-parlèrent politique et la conversation tomba fort à propos sur les
-affaires de Corse[87].
-
- [87] _Mémoires de Rostini_, publiés et traduits par M. l'abbé
- Letteron.--Bulletin de la Société des Sciences historiques et
- naturelles de la Corse, 2 vol.
-
-Sans prendre aucune précaution oratoire, le milord déclara au religieux
-qu'il avait les moyens et le pouvoir de délivrer l'île de l'oppression
-génoise; mais Gênes était un mauvais endroit pour parler politique et
-surtout des choses de Corse, «de même qu'à Babylone on ne chantait pas
-les cantiques sacrés et que les chefs du peuple élu n'étaient pas libres
-pour traiter». Théodore conseilla donc à Ruffino d'aller à Livourne. Il
-se rendit également dans cette ville[88]. Ils purent désormais causer à
-l'aise, à l'abri des espions dont les rues de Gênes étaient remplies.
-
- [88] _Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-Le moine s'aboucha avec Ceccaldi, Giafferi et Aitelli. Ces corses, qui
-sortaient des prisons de la Sérénissime République, était animés d'un
-vif ressentiment à l'égard des Génois. Ruffino leur parla du milord avec
-enthousiasme. Théodore l'avait complètement convaincu, et il le
-représenta aux chefs comme le «Rédempteur» du peuple corse. Les
-insulaires attendaient un Messie; le milord arrivait à propos. Le moine
-le mit en rapport avec ses amis; Neuhoff fit sans doute connaître,
-alors, sa véritable identité. Il eut avec les chefs de nombreuses et
-longues conférences. Quels arguments fit-il valoir? Par quels artifices
-parvint-il à persuader aux Corses qu'il avait le pouvoir de délivrer
-leur pays? On l'ignore[89]. Toujours est-il qu'ils furent bien
-convaincus que le moine ne les avait pas trompés, et qu'ils tenaient,
-enfin, un «Rédempteur».
-
- [89] _Ibidem._
-
-Théodore possédait une grande facilité d'élocution; il était insinuant
-et il savait mentir avec cet aplomb et cette force de persuasion qui en
-impose. Arrivé à ce degré, le mensonge est un art; il y était maître. Et
-puis, les Corses se trouvaient dans une disposition d'esprit où ils ne
-demandaient qu'à être convaincus. Le baron leur parla, sans doute, des
-secours qu'il se faisait fort d'obtenir de certaines puissances. C'était
-toucher la corde sensible; car les insulaires avaient cette idée fixe:
-obtenir l'aide d'un grand état quelconque. Il leur promit aussi
-probablement des canons, des fusils, de la poudre et des balles. Les
-Corses possédaient un goût très prononcé pour toutes sortes d'engins de
-guerre; du reste, ils avaient besoin de munitions pour faire la guerre
-aux Génois et les chasser de l'île. Il dut encore laisser entrevoir à
-ses nouveaux amis qu'il avait beaucoup d'argent à sa disposition; c'est
-un argument qui a toujours été décisif. Bref, il n'oublia rien de ce
-qui constituait son rôle de sauveur. Il se montra ému des malheurs du
-peuple corse; il parut, aux chefs, généreux, grand, superbe. Et comme
-ils étaient arrivés à un moment où ils avaient besoin de croire en
-quelqu'un et d'espérer en quelque chose, ils crurent en ce faux milord;
-ils espérèrent qu'il leur donnerait la liberté.
-
-Les conférences de Théodore avec les Corses peuvent vraisemblablement se
-résumer ainsi. Il est probable encore que ces réunions ne se terminèrent
-pas sans que, de part et d'autre, on eût pris «certains
-engagements»[90].
-
- [90] _Mémoires de Rostini._ _Op. cit._
-
-Quand il fut décidé que la Corse serait sauvée par le baron de Neuhoff,
-on annonça la chose au comte de Charny, commandant des troupes
-espagnoles arrivées quelque temps auparavant avec l'infant Don Carlos.
-On fit croire au général que le baron agissait pour le compte de
-l'Angleterre[91]; mais en attendant que la Corse fût délivrée, le pauvre
-frère Ruffino fut arrêté et mis en prison. Il est toujours dangereux de
-vouloir sauver un peuple. Théodore jugea prudent de ne pas insister; il
-partit pour Florence[92].
-
- [91] _Ibidem._
-
- [92] _Ibidem._
-
-Il est vraisemblable de supposer que, dès cette époque, il ait été en
-relation à Livourne avec le chanoine Orticoni et avec Dominique
-Rivarola[93], tous deux agents des Corses en Italie.
-
- [93] Il ne faut pas confondre Dominique Rivarola avec le
- gouverneur génois de Bastia, du même nom. Voici d'ailleurs les
- détails biographiques que donne l'abbé Rostini sur ce personnage:
- «Ce Rivarola, originaire de Chiavari, de l'État de Gênes, et,
- semble-t-il, d'une bonne famille (puisqu'il obtint un arrêt
- favorable à propos de quelques places dans certain collége de
- Sienne, destinées aux descendants d'une bonne famille, des
- Rivarola de Gênes), s'était établi depuis longtemps à Bastia, et,
- par une double parenté, s'était uni à la maison Frediani.
- Plusieurs fois il avait participé à des gains illicites, à des
- ventes par autorité de justice, comme en font les commissaires
- génois, comme il y en eut particulièrement sous le gouvernement
- de Nicolò Durazzo. Il était consul d'Espagne lorsque l'infant Don
- Carlos passa en Toscane, et que les galères qui le conduisaient
- ayant été dispersées par la tempête, celle sur laquelle était
- monté le marquis de Monte-Allegro, aujourd'hui duc de Sales,
- arriva à Bastia. Le marquis eut avec Rivarola plusieurs
- conférences, et s'éclaira, dit-on, sur ce qu'on pensait des
- affaires de la Corse. Ce qu'il y a de certain, c'est que, depuis
- cette époque, Dominique Rivarola se montra toujours ouvertement
- dévoué aux intérêts de la Corse. Soit hasard, soit politique, il
- fut relevé de sa charge de consul; il restait à Livourne, où il
- s'occupait spécialement de faire venir de Corse des recrues,
- surtout pour le régiment corse au service de l'Espagne, dans
- lequel était lieutenant-colonel, Francisco, son fils, jeune homme
- de grand talent emporté à Naples par une mort prématurée. Nous
- retrouvons ce même Dominique Rivarola, colonel, au service de S.
- M. sarde, et commandant du siége lorsque les Anglais bombardèrent
- Bastia.»--_Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-Que fit réellement Neuhoff pendant les quatre années qui suivirent les
-entrevues de Livourne? Il les employa évidemment à préparer son
-débarquement en Corse. On a prétendu que le grand-duc de Toscane,
-Jean-Gaston de Médicis, lui aurait donné quelques sequins et une lettre
-de recommandation pour un certain Buongiorno qui exerçait la médecine à
-Tunis[94]. Il est vrai que Théodore a connu ce Buongiorno à Tunis, soit
-sous les auspices de Jean-Gaston de Médicis, soit de toute autre façon.
-
- [94] _Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-On a prétendu aussi que le baron, en quittant la Toscane, serait allé à
-Constantinople où il aurait été en rapport avec François Rakoczy, prince
-de Transylvanie, et avec le comte de Bonneval, un aventurier fameux qui,
-après avoir couru le monde, finit par prendre le turban et le nom
-d'Achmet-Pacha. On a échafaudé tout un roman sur les relations de
-Théodore avec ces deux personnages[95]. Il était digne d'être l'ami de
-Bonneval, ce grand agité, qui fut enterré dans un couvent de derviches
-tourneurs!
-
- [95] Varnhagen, _op. cit._, p. 21.
-
-On a dit encore que Neuhoff avait été reçu presque solennellement par le
-bey de Tunis. Le gouvernement ottoman aurait même ordonné au bey, non
-seulement d'encourager les projets du baron, mais encore de lui fournir
-des armes et des munitions, de mettre enfin un trésor à sa
-disposition[96]. L'entreprise se présente ainsi sous un aspect
-imposant. Il y aurait eu là un effort considérable pour chasser les
-Génois de l'île, et très certainement cet effort eut pu être couronné de
-succès. Mais tout cela rentre dans le domaine de la légende. Théodore ne
-fut jamais officiellement accrédité à Tunis. Il ne vit pas le bey.
-Celui-ci ne lui fournit aucun secours. Il est certain que le
-débarquement théâtral du baron de Neuhoff, à Aléria, fut machiné à
-Tunis; ce fut de Tunis qu'il partit; mais les préparatifs de
-l'entreprise n'eurent pas cette envergure qu'on leur prête.
-
- [96] _Ibidem_, p. 24.
-
-Grâce à un document qui se trouve dans les archives d'État à Gênes, nous
-avons des renseignements précis sur le séjour de Théodore à Tunis et sur
-ses intrigues[97]. Les faits rapportés sont tellement conformes à sa
-manière d'agir qu'il faut nous en tenir à ce document.
-
- [97] Cette pièce n'a été citée par aucun des historiens qui se
- sont occupés de Théodore de Neuhoff. C'est la déposition faite
- sous serment, à Gênes, le 3 juin 1736, par deux esclaves
- rachetés: Michel Varalzi et Pierre Varsi, natifs de Bonifacio.
-
-Cette pièce est cotée sous ce titre:
-
-_Copia delle deposizioni fatte nella cancelleria del illustrissimo
-magistrato del Riscatto de' schiavi._--_Ribellione de' Corsi_, filza
-11/3009. Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Un bâtiment français, provenant de Livourne, débarqua, un jour à Tunis,
-un personnage étranger. Ce personnage était le baron de Neuhoff, qui
-alla, dès son arrivée, loger chez Léonard Buongiorno[98]. Fidèle à ses
-habitudes de prudence, Théodore conserva l'incognito pendant un certain
-temps. Il fit répandre le bruit qu'il était venu à Tunis pour racheter
-tous les Corses qui y gémissaient dans l'esclavage. Ce rachat devait se
-faire avec de l'argent qu'il tenait d'un legs pieux. Il eut de longues
-et sécrètes conférences avec Buongiorno, avec le Père administrateur de
-l'hôpital espagnol et avec le trésorier du bey.
-
- [98] Les déposants n'indiquent pas l'année où aurait eu lieu
- cette arrivée; ils se contentent de dire que le personnage arriva
- vers le milieu du mois de mars et qu'il resta chez Buongiorno
- jusqu'à la fin d'avril. Comme les esclaves rachetés ont fait
- leurs dépositions en 1736, il semble résulter qu'ils paraissent
- indiquer cette année-là comme celle où Théodore serait arrivé à
- Tunis. Or, le 12 mars 1736, il jetait l'ancre devant Aléria. Ou
- les esclaves rachetés se sont trompés de mois, ou ils ont voulu
- parler d'une année antérieure.
-
-Le but avoué de ces conférences était de débattre le prix des esclaves.
-Mais comme on pouvait s'étonner de ne jamais voir le charitable
-personnage donner le moindre argent, il déclara n'être venu à Tunis que
-pour fixer le prix des Corses prisonniers. Les fonds étaient déposés à
-Livourne. Quand on se serait mis d'accord, il irait chercher l'argent
-qu'il rapporterait plus tard. Il aimait sans doute à marchander, car les
-entrevues se multiplièrent. Mais Théodore et ses trois compères
-parlaient certainement de toute autre chose que des esclaves.
-
-Buongiorno était sicilien. Il habitait Tunis avec sa famille depuis
-plusieurs années. Chargé par sa nation de racheter des esclaves, il
-avait conservé pour lui l'argent destiné à ce rachat. Après cette belle
-action, il s'était bien gardé de retourner dans son pays. Les malheureux
-siciliens avaient continué leur dur esclavage. Mais lui, il avait ouvert
-un cabinet de médecin et il jouissait à Tunis d'une certaine
-considération. Dans ce cabinet, on ne s'occupait pas seulement de guérir
-les malades: on y faisait un peu de tout. Pour l'instant, chez
-Buongiorno, entre un allemand, un sicilien, un espagnol et un tunisien,
-s'élaborait le grand dessein d'arracher la Corse à la tyrannie génoise!
-
-Ripperda, alors réfugié au Maroc, aurait également trempé dans le
-complot en essayant d'entraîner les Marocains dans une alliance avec les
-Tunisiens pour favoriser l'entreprise de Neuhoff[99].
-
- [99] Gabriel Syveton, _Une Cour et un Aventurier au XVIIIe
- siècle--Le baron de Ripperda_, p. 230.--Paris, 1896.
-
-Théodore n'avait pas d'argent. Il essaya d'emprunter aux Français
-quarante à cinquante mille francs; mais les Français ne se laissèrent
-pas faire. Buongiorno aboucha son ami avec des marchands grecs. Sous la
-caution du médecin et sous celle du Révérend Père espagnol, il obtint
-diverses marchandises et munitions: trois caisses de canons de fusils;
-deux caisses de lames de sabres; plusieurs barils de poudre et de
-balles; mille cinq cents bottes turques, dont la tige montait à
-mi-jambe. Le consul anglais, à Tunis, se serait également porté garant
-du payement de ces marchandises. Ces munitions furent embarquées sur un
-navire battant pavillon britannique et commandé par le capitaine Dick,
-fils naturel du consul.
-
-Théodore racheta, également à crédit, deux esclaves corses, promettant
-sur son honneur de les payer plus tard. Ce mode de règlement était dans
-ses habitudes. Les deux corses se nommaient Quilico Fascianello,
-d'Aléria, et Patrone Francesco, du Cap Corse. Ils furent embarqués sur
-le bâtiment. Le frère du médecin, Cristoforo Buongiorno, et un certain
-Bigani, fils du capitaine du bagne de Livourne, faisaient aussi partie
-de l'expédition. Quand tout fut prêt, Neuhoff monta sur le navire. Avant
-de s'embarquer, il donna son véritable nom.
-
-A peine le navire eut-il pris le large que le médecin Buongiorno fit une
-déclaration dont le bruit se répandit bientôt à Tunis. Le baron Théodore
-faisait voile vers la Corse avec armes et munitions pour assister les
-insulaires. L'infant Don Carlos, d'Espagne, lui avait promis son aide
-afin de délivrer l'île. Bientôt on devait voir arriver, sur les côtes
-corses, plusieurs navires destinés à empêcher l'accès de l'île aux
-Génois[100]. Ceux qui y demeureraient, n'ayant plus aucun secours,
-seraient aisément chassés.
-
- [100] _Dépositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de
- l'illustrissime magistrat du rachat des esclaves._ _Loc. cit._
- Archives d'État à Gênes, archives secrètes.
-
-Pour un si grand projet, Neuhoff ne possédait que des moyens très
-restreints: un peu d'argent et quelques munitions extorquées à des
-trafiquants trop confiants; mais il avait confiance dans son étoile. Il
-allait ceindre une couronne, et, pour la circonstance, il s'était revêtu
-d'un beau costume oriental.
-
-[Illustration: Gravure reproduite d'après le livre: «_Histoire des
-Révolutions de l'Île de Corse et de l'élévation de Théodore Ier sur le
-trône de cet État._» (La Haye, 1738.)]
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-
- Débarquement du baron de Neuhoff à Aléria.--Il est proclamé roi de
- Corse.--Son couronnement.--Théodore Ier notifie son élévation à sa
- famille.--Opinions et inquiétudes des diplomates.--Le roi nomme les
- grands dignitaires de la Cour.--Jalousies et querelles des chefs
- corses.--Premières opérations contre les Génois.--Trahison de
- Luccioni.--Sa condamnation et son exécution.
-
-
-I
-
-Si certaines parties de la vie de Théodore sont restées dans une
-obscurité d'où il est bien difficile, pour un historien scrupuleux, de
-les faire sortir, par contre, je n'ose dire par compensation, les
-détails abondent sur son arrivée en Corse.
-
-A la nouvelle du débarquement d'un étranger à Aléria, la république de
-Gênes, très alarmée, mit en mouvement tout son personnel diplomatique et
-administratif pour avoir des renseignements sur cet inconnu et sur sa
-famille. On peut facilement se rendre compte des craintes qui
-s'emparèrent du gouvernement génois en compulsant les volumineux
-dossiers concernant Théodore dans les archives d'État à Gênes. Les
-inquisiteurs, le grand et le petit Conseil, la junte de Corse, toutes
-ces différentes branches du gouvernement s'occupèrent de lui. Sorba,
-ministre de Gênes à Paris, eut, au sujet du baron, des conférences avec
-le cardinal Fleury, Chauvelin et Maurepas.
-
-L'opinion publique s'intéressa à l'aventure. Les gazettes publièrent des
-articles sur cet événement à sensation. Un livre anonyme[101], imprimé à
-La Haye, en 1738, chez Pierre Paupie[102], publia une _Relation de la
-descente d'un étranger en l'île de Corse_. Cette relation donna des
-détails qui furent d'accord avec les rapports des agents génois.
-
- [101] _Histoire des révolutions de l'île de Corse et de
- l'élévation de Théodore Ier sur le trône de cet État, tirée des
- Mémoires tant secrets que publics. Op. cit._
-
- [102] Pierre Paupie était l'éditeur de la _Gazette d'Amsterdam_.
-
-On commença par se demander quel était le personnage qui se trouvait à
-bord du bâtiment anglais[103]. Les gazettes mirent plusieurs noms en
-avant: le fils aîné du chevalier de Saint-Georges, le prince Rakoczy, le
-duc de Ripperda[104], le comte de Bonneval[105]. On finit par savoir que
-l'inconnu s'appelait Théodore, baron de Neuhoff, gentilhomme
-westphalien; mais comme ce nom, par lui-même, n'évoquait pas l'idée
-d'une force suffisante pour accomplir les grandes choses dont ce
-débarquement devait être le prélude, on chercha à savoir quelles
-combinaisons il pouvait bien y avoir derrière tout cela. Le chemin était
-ouvert aux suppositions. On entrevoyait que de graves desseins allaient
-bientôt être mis à exécution sous le couvert de cet agent.
-
- [103] Le livre anglais anonyme dit que le pavillon du navire qui
- amena Théodore en Corse était bleu avec des raies blanches.
-
- [104] «J'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte de l'arrivée
- en cette île d'un personnage inconnu qui y a fait beaucoup de
- bruit..... Quelques-uns s'imaginent que ce pourrait être M. de
- Ripperda, d'autres que ce n'est qu'un corse travesti. Quoiqu'il
- en soit, cette aventure inquiète fort la république et elle fera
- partir incessamment trois galères pour se rendre à la
- Bastie.»--Campredon à Maurepas, ministre de la Marine. Gênes, le
- 19 avril 1736.--Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
- [105] _Histoire des révolutions de l'île de Corse._ _Op. cit._,
- p. 198.--_Lettres juives_, t. II, p. 265.
-
-Jusqu'au commencement du XVIIIe siècle, «la Corse était à peu près aussi
-inconnue que la Californie et le Japon»[106]. L'Europe cependant
-commençait à tourner les yeux du côté de cette île, non qu'elle
-s'intéressât beaucoup aux démêlés de la république de Gênes avec ses
-sujets, mais la Corse, par sa position, formant pour ainsi dire
-l'avant-poste de l'Italie, pouvait faire naître les convoitises les plus
-explicables, comme les craintes les mieux justifiées, surtout au milieu
-de cette paix mal définie qui suivit la guerre de la succession
-d'Espagne.
-
- [106] _Histoire des révolutions de l'île de Corse. Op. cit._,
- préface, p. 2.
-
-Le vaisseau anglais était muni d'un passe-port délivré par le consul
-anglais à Tunis. Aléria avait été choisi pour attérir parce que ce port
-était dans la possession des mécontents. Le navire tira quelques salves
-auxquelles l'écho du maquis seul répondit.
-
-Les moindres détails concernant les grands personnages ont toujours eu
-de l'attrait pour la foule. Le 12 mars 1736, Théodore entrait dans
-l'histoire; on ne savait pas encore quel rôle il allait jouer, mais il
-était intéressant de connaître le costume qu'il portait. Il était vêtu,
-dit le chroniqueur de La Haye, «d'un long habit d'écarlate doublé de
-fourrure, couvert d'une perruque cavalière et d'un chapeau retroussé à
-larges bords, et portant au côté une longue épée à l'espagnole et à la
-main une canne à bec de corbin»[107].
-
- [107] _Histoire des révolutions de l'île de Corse. Op. cit._,
- p. 193.
-
-Il se donnait les titres de grand d'Espagne, de lord d'Angleterre, de
-pair de France, de baron du Saint-Empire et prince du Trône romain.
-
-Ces titres ronflants et cosmopolites ne paraient pas d'habitude un même
-individu; mais ils pouvaient impressionner les Corses. Une satire
-disait: «Son épée à l'espagnole tient la place de la Toison d'or; sa
-perruque à l'anglaise, de la Jarretière; sa canne à bec de corbin, de
-cordon bleu; son grand chapeau à l'allemande désigne la qualité de baron
-du Saint-Empire, et sa grande robe d'écarlate dénote un diminutif de
-cardinal, ou, si l'on veut, un prince romain[108].»
-
- [108] _Lettres juives. Op. cit._, t. II, p. 264.
-
-La canne, en tous cas, tiendra lieu de sceptre au nouveau roi. Il
-l'étendra plus d'une fois pour apaiser les disputes éclatant au milieu
-de ses sujets et même pour taper sur les plus récalcitrants.
-
-Théodore avait alors quarante-deux ans. Il paraissait plus vieux que son
-âge, car les gens qui le virent à Tunis s'accordaient à lui donner entre
-quarante-huit et cinquante ans. Il avait la figure ronde et le teint
-coloré. Sa barbe châtain, tirant sur le roux, commençait à blanchir. Il
-était de taille ordinaire et de corpulence tendant à l'embonpoint. Deux
-dents de devant lui manquaient: une à la mâchoire supérieure, l'autre à
-la mâchoire inférieure[109].
-
- [109] _Dépositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de
- l'illustrissime magistrat du rachat des esclaves. Loc. cit._
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Outre les individus qui s'étaient embarqués avec lui à Tunis[110], sa
-suite comprenait encore trois turcs aux costumes bizarres, armés à la
-façon barbaresque[111], dont l'un se nommait Monte-Christo[112], et les
-deux esclaves corses rachetés à crédit.
-
- [110] Voir le chapitre précédent.
-
- [111] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 167.
-
- [112] _Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-L'existence du baron de Neuhoff s'était passée à conspirer d'une façon
-peu heureuse, nous l'avons vu. Aussi apportait-il, dans tous les actes
-de sa vie, des manières, on pourrait dire des manies, de conspirateur.
-Sa méfiance lui faisait voir partout des ennemis, des espions, des
-pièges; sa prudence lui dictait une conduite propre à les éviter.
-
-Une vignette qui sert de frontispice au livre imprimé à La Haye, montre
-Théodore sur le rivage corse dans son merveilleux costume, tandis que,
-dans le fond, le vaisseau qui l'a amené, s'entoure d'un nuage de fumée,
-et qu'un fort, dominant la rade, répond aux salves.
-
-Mais le baron n'avait pas débarqué quand le navire eut jeté l'ancre. Sa
-prudence l'emporta sur sa vaine gloriole. Il attendit à bord la réponse
-à une lettre qu'il venait d'écrire.
-
-Cette lettre était adressée à Giafferi, un des principaux agents de la
-révolte. Celui-ci convoqua immédiatement ses amis en assemblée secrète à
-Matra, près d'Aléria, dans la maison d'un patriote, Xavier dit de Matra.
-Cette réunion se composait, en outre de Sébastien Costa, avocat,
-d'Hyacinthe Paoli, et de Giappiconi.
-
-Les Corses étaient très las; la révolte commençait à s'user. Mais
-l'arrivée du navire à Aléria rendit courage aux chefs. Les indifférents
-comme Xavier Matra, ou bien ceux qui jusqu'alors avaient favorisé les
-Génois, tels les Panzani, accueillirent avec enthousiasme le personnage
-qui leur venait de Tunis[113].
-
- [113] _Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-Quand le conseil fut au complet et les portes soigneusement closes,
-Giafferi donna lecture de la lettre de Théodore. Elle était ainsi
-conçue:
-
- «Très illustre seigneur Giafferi,
-
- «Je viens d'atteindre enfin les rivages de la Corse, appelé par vos
- prières et vos lettres répétées. Le constant amour ainsi que la
- fidélité que vous et les Corses m'avez témoignés pendant plus de
- deux ans m'ont poussé à surmonter mon aversion pour la mer et ma
- crainte du mauvais temps qui règne d'habitude pendant cette saison
- de l'année. Le ciel, qui jusqu'ici m'a favorisé, a rendu mes
- voyages prospères. Je suis ici pour porter tout le secours qui est
- en mon pouvoir à votre royaume opprimé et pour le délivrer, avec la
- volonté de Dieu, du joug de Gênes. Ne craignez pas que je puisse
- jamais négliger en aucune façon mon devoir envers vous, si vous
- m'êtes fidèles. Si vous me choisissez comme votre roi, je demande
- seulement le droit de modifier une loi parmi vous, c'est-à-dire
- d'accorder la liberté de conscience aux hommes des autres
- nationalités et des autres croyances qui pourraient venir ici pour
- nous assister dans nos entreprises. Venez tous tant que vous êtes,
- à Aléria, sans délai, Costa, Paoli et les autres, afin que nous
- puissions nous concerter et établir notre base d'action.
-
- «Votre dévoué,
-
- «THÉODORE»[114].
-
-
- [114] Cette lettre est tirée du _Journal de Costa_.--Extraits
- traduits en anglais et publiés par M. Theodore J. Bent dans _The
- historical review_.--Janvier 1886.
-
- Rostini, dans ses mémoires, reproduit cette lettre dans des termes
- identiques, sauf qu'il indique Paoli comme le destinataire au lieu
- de Giafferi.
-
- Je préfère m'en tenir à la version de Costa, parce que: 1º Costa a
- été témoin oculaire des faits; 2º Giafferi figurait, on l'a vu,
- parmi les prisonniers détenus à Gênes en 1733. C'était eux que
- Théodore avait connus, et non pas ceux qui étaient restés dans
- l'île, tels que Paoli.
-
-Cette lecture provoqua dans l'assemblée un vif enthousiasme. Les
-patriotes s'écrièrent: «Vive Théodore notre Roi!»
-
-«On commençait à appeler le baron allemand Théodore, parce que la lettre
-était signée de ce nom», dit naïvement Rostini dans ses _Mémoires_. Des
-présents destinés à Mme Matra, accompagnaient le message: «des dattes,
-des boutargues et des langues»[115].
-
- [115] _Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-Il y avait aussi pour les patriotes «des bouteilles de véritable vin du
-Rhin»[116].
-
- [116] _Journal de Costa. Op. cit._
-
-Ce vin, chose inconnue alors en Corse, réjouit les chefs et
-particulièrement le bon Costa, qui s'attendrira toujours devant des mets
-succulents ou de fines boissons.
-
-Il y eut cependant, au milieu de ce concert d'enthousiasme, une note
-discordante. Ce fut Hyacinthe Paoli qui la fit entendre; il sera
-coutumier du fait.
-
-«Paoli, nous dit Costa, était un homme jaloux qui aurait voulu avoir
-pour lui seul la confiance de l'étranger et dominer ainsi les autres. Il
-déclara qu'il n'aimait pas la liberté de conscience que demandait ce
-personnage[117].»
-
- [117] _Ibidem.--Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-A première vue, cette question de liberté de conscience pouvait paraître
-superflue dans un pays où il n'y avait pas de cultes dissidents, sauf le
-rite orthodoxe observé par la colonie de grecs maïnotes établie en 1676
-à Cargèse, petite ville sur la côte occidentale de l'île.
-
-Théodore reviendra souvent sur cette question, avec une insistance qui
-étonne de la part d'un homme plus porté à user d'expédients qu'à agir en
-vue d'un principe; mais cette apparence de principe rentrait dans la
-catégorie de ses expédients. La liberté de conscience était, sans doute,
-pour lui, le mandat impératif auquel ses bailleurs de fonds l'avaient
-contraint. Neuhoff, seul, n'eût pas songé, en arrivant en Corse, à
-faire cet _Édit de Nantes_.
-
-Cependant, la déclaration de Paoli avait jeté le trouble dans les
-esprits. L'assemblée eut recours aux lumières du chanoine Albertini, un
-parfait théologien, qui se trouvait justement à Matra[118].
-
- [118] _Journal de Costa. Op. cit._
-
-Le chanoine se prononça sans l'aide d'aucun livre de théologie. Il fit
-d'abord remarquer que le Pape accordait, aux Juifs dans Rome, la liberté
-de conscience et le libre exercice de leur culte. Il déclara ensuite que
-les Corses devaient accepter le personnage quel qu'il puisse être, car
-il était envoyé par le ciel, pour que la Corse ne pérît dans la détresse
-où elle se débattait. La main de Dieu était visible dans cet événement.
-Il fallait considérer cette arrivée comme un miracle. Le seigneur
-Théodore atteignait, en effet, les rives de Corse «dans les jours où
-l'Eglise célèbre l'Annonciation de la Vierge Marie, laquelle avait été
-le fondement de la Rédemption universelle»[119].
-
- [119] _Ibidem.--Mémoires de Rostini. Op. cit._
-
-Ces paroles répondaient au sentiment de la majorité. Elles furent
-accueillies avec enthousiasme, et la voix de l'opposant fut étouffée
-sous les applaudissements. Paoli dut se résigner. Dans ce nouveau régime
-auquel il fait mine d'adhérer, son ambition inquiète et envieuse lui
-fera jouer un rôle d'opposition continuelle, pour ne pas dire de
-trahison.
-
-L'assemblée décida que les chefs iraient à Aléria souhaiter la bienvenue
-au seigneur Théodore. Mais, dans la crainte de quelque tentative des
-Génois, on résolut d'opérer dans le plus grand secret.
-
-Les corses passèrent la nuit à Matra. A l'aube, ils se mirent en route.
-Ces gens qui s'en allaient au devant de leur messie, chantèrent en
-cheminant des chansons patriotiques. Paoli lui-même chantait. Il était
-poète et avait composé la plupart de ces _ballate_ vibrantes[120].
-
- [120] _Journal de Costa. Op. cit._
-
-Son Excellence reçut les chefs à merveille. Neuhoff se rendit avec eux
-dans une maison du village où un souper fut préparé. Ce repas «réjouit
-les cœurs» des patriotes. Le linge était d'une blancheur irréprochable,
-les dattes exquises, les vins parfaits. Théodore racontait fort bien, et
-ses «charmantes histoires de voyages rendirent la boisson plus agréable
-et les viandes plus savoureuses»[121]. Après le repas, Neuhoff dut
-paraître au balcon. Il se montra au peuple entouré des chefs corses et
-escorté de ses esclaves maures portant des lumières. La foule l'acclama.
-Puis, il passa toute la nuit avec ses nouveaux amis, continuant la
-narration de ses aventures ébauchée au souper, d'une façon plus
-favorable à sa cause, assurément, que conforme à la vérité. Sous le
-rapport de la parole, il était doué et il éblouissait ses auditeurs. Les
-manières affinées de l'ancien page de Versailles étaient faites pour
-impressionner les natures frustes de ces insulaires. L'aube interrompit
-ces entretiens. Giafferi et ses amis se retirèrent enthousiasmés,
-laissant leur messie s'endormir sous la garde des sentinelles.
-
- [121] _Ibidem._
-
-En venant, dans la matinée, rendre hommage à Son Excellence, les
-patriotes la trouvèrent au lit, encore fatiguée de la veillée et des
-libations de la nuit précédente[122]. Neuhoff, qui avait l'habitude des
-cours, les retint dans sa ruelle pour son petit lever. Il s'entretint
-longuement avec ceux qui déjà lui constituaient une cour.
-
- [122] _Ibidem._
-
-Théodore demanda aux chefs quelques détails sur la situation et les
-engagea à formuler leur avis. Ils répondirent: «Il ne reste rien à faire
-à Votre Excellence que de notifier ces faits au peuple et vous serez élu
-roi d'un consentement universel[123].»
-
- [123] _Ibidem._
-
-Le baron les interrompit; dès son arrivée il entendait parler en
-maître[124].
-
- [124] _Mémoires de Rostini._
-
-«Il ne faut rien précipiter, dit-il, nous devons, d'ailleurs, attendre
-l'arrivée d'Arrighi et de Fabiani, de Corte et de la Balagne. Je leur ai
-déjà écrit et si leur opinion est pareille à la vôtre, nous
-continuerons, alors, à parler des affaires d'état. Pour l'instant,
-prenons deux jours de repos et de plaisirs pour nous préparer à la
-lourde tâche qui nous incombe»[125].
-
- [125] _Journal de Costa._
-
-Les patriotes admirèrent cette prudence.
-
-Il entrait évidemment dans les vues de Théodore d'avoir, avec lui, tous
-les chefs reconnus des mécontents, pour s'assurer le concours unanime
-des insulaires. Ne mettait-il pas aussi une certaine coquetterie à se
-faire prier d'accepter une couronne dont il ne voulait, disait-il, que
-pour le bonheur du peuple corse dont les malheurs l'avaient si ému?
-
-Après son discours, Neuhoff se leva, et «une demi-heure après, dit le
-fidèle chroniqueur de cette arrivée à sensation, Son Excellence parut
-devant les généraux et leurs amis. Le baron avait grand air dans son
-vêtement écarlate et sous sa majestueuse perruque. Il portait une épée
-au côté et tenait sa fameuse canne en main. Six intendants, un
-chambellan et trois esclaves l'accompagnaient.» Les chefs étaient
-assemblés sur son passage; il les salua avec cette grâce un peu hautaine
-dont usent les princes. Puis il manifesta le désir de sortir de la ville
-pour admirer la belle et vaste plaine qui s'étendait aux alentours[126].
-
- [126] _Ibidem._
-
-Dans son journal, le bon Costa se montre d'un enthousiasme débordant
-pour les moindres actions du seigneur Théodore. Il les relate heure par
-heure avec les plus minutieux détails. Un peu naïf comme écrivain, mais,
-par cela même, d'une sincérité qui rend son témoignage historique
-précieux, il fut, dès les premiers jours, entièrement dévoué à Neuhoff.
-Garde des sceaux, grand chancelier de ce royaume éphémère, il est le
-fidèle serviteur de l'aventurier dans les heures lumineuses où tous
-acclament cet étranger qui semblait personnifier les suprêmes
-espérances; il restera son compagnon dévoué dans les jours misérables,
-quand, la désillusion venue, chacun abandonnera le maître qui n'a pas
-réussi. S'il fut le Blondel d'un Richard peu grandiose, Costa n'en est
-pas moins une figure touchante.
-
-Les deux premiers jours furent employés en promenades.
-
-Pendant ces visites aux environs, on débarquait la cargaison du navire.
-Le baron fit faire une distribution de sequins, de fusils et de
-chaussures au peuple[127]. Ces chaussures de bon cuir étaient, a-t-on
-dit, «une magnificence ignorée en Corse»[128]. Il est vrai que les
-insulaires n'avaient pas l'habitude de porter des bottes à l'orientale.
-
- [127] _Journal de Costa._
-
- [128] Voltaire, _Œuvres_, t. XXV. _Précis du siècle de Louis
- XV_: De la Corse, ch. XL, p. 458.
-
-Neuhoff, du reste, laissait planer, sur les munitions et sur l'argent
-qu'il apportait, un mystère favorable aux suppositions les plus
-avantageuses; mais les ressources dont il disposait étaient très
-modestes. Les Corses devaient bien vite s'en apercevoir, et ils le lui
-firent sentir.
-
-Tandis qu'on faisait ces petites distributions, Paoli et les autres
-chefs haranguaient le peuple. Et quand Théodore paraissait, on
-commençait déjà à crier: _Viva il nostro Re!_[129].
-
- [129] _Journal de Costa._
-
-Cependant Arrighi et Fabiani n'arrivaient pas. Il fut décidé que
-Théodore et ses conseillers se rendraient dans la montagne, au village
-de Cervione. C'est là que le couronnement devait avoir lieu[130]. Et
-puis, la prudence commandait ce déplacement. Les côtes de l'île
-n'étaient pas à l'abri d'un coup de main des Génois. Le fort de San
-Pellegrino, où ils tenaient garnison, se trouvait près d'Aléria.
-L'intérieur des terres, avec ses hauteurs, ses villages retranchés et
-ses maquis, offrait toute la sécurité désirable pour préparer l'entrée
-en campagne.
-
- [130] _Ibidem._
-
-On allait se mettre en route lorsqu'une querelle s'éleva entre les
-partisans de Paoli et ceux de Giafferi, pour une question de préséance.
-La dispute s'éloigna bientôt des vaines subtilités du protocole pour
-dégénérer en bataille; des coups de fusils furent échangés. Théodore se
-précipita au milieu des combattants en brandissant sa fameuse canne à
-bec de corbin. «Que prétendez-vous par cette folie? s'écria-t-il. Si je
-dois être le chef parmi vous, je réglerai les honneurs et la préséance
-suivant les mérites. Si les agresseurs, dans cette dispute, ne viennent
-pas immédiatement faire leur soumission, demain je retournerai à mon
-bord et je mettrai à la voile pour le continent»[131]. Ce discours fit
-tout rentrer momentanément dans l'ordre; mais cet incident avait retardé
-le départ. Le cortège ne put se mettre en marche qu'à la tombée du jour.
-Neuhoff ne voulait pas arriver pendant la nuit à Cervione; son effet
-aurait été manqué. La cour s'arrêta sur les bords de la Bravona. Une
-cabane de berger se trouvait là; on s'y installa tant bien que mal pour
-y attendre le jour. La cahute fut réservée à Son Excellence; la suite
-resta au dehors, «tandis que les horreurs de la nuit étaient dissipées
-par la multitude des feux qui avaient été allumés»[132].
-
- [131] _Journal de Costa._
-
- [132] _Ibidem._
-
-Vers midi, Théodore et ses vaillants compagnons arrivèrent à Cervione.
-Le peuple était assemblé sur la place; de longues acclamations
-retentirent. On salua le personnage de salves de mousqueterie si
-nourries que l'écho en arriva jusqu'au fort génois de San Pellegrino. Le
-commandant se demanda avec anxiété ce que tout ce tapage voulait bien
-dire. Et comme les coups de fusil ne s'arrêtaient pas, paraissant au
-contraire augmenter, il eut peur. Il fit mettre une felouque à la mer et
-l'envoya à Bastia pour informer du fait Rivarola, le gouverneur
-génois[133].
-
- [133] _Journal de Costa._
-
-Mais, de part et d'autre, c'est-à-dire entre gens de Cervione et soldats
-de San Pellegrino, les hostilités se bornèrent là. L'Iliade de la Corse
-abonde en traits de ce genre.
-
-Neuhoff fut solennellement conduit au palais épiscopal abandonné par
-l'évêque d'Aléria depuis plusieurs années[134]. Ce prélat, Mgr Mari,
-issu d'une famille génoise, avait sa résidence à Cervione à cause du
-mauvais air des basses terres. Il y a lieu de croire que l'air, en ce
-moment, ne lui semblait pas meilleur sur les hauteurs, car il restait à
-Gênes.
-
- [134] _Ibidem._
-
-Tandis qu'on préparait le souper, les moines du couvent se rendirent
-auprès de Son Excellence et la remercièrent de venir de si loin pour les
-assister. Des Franciscains suivirent, portant comme présents de
-bienvenue quelques produits indigènes: des oranges, des citrons et «des
-flacons de vin vieux de deux ans». Théodore eut une parole aimable, un
-encouragement pour chacun; tous se retiraient sous le charme[135]. De
-son côté, il dut être satisfait de l'accueil des Corses.
-
- [135] _Ibidem._
-
-On continuait à décharger la cargaison du navire anglais. Quelques
-pièces de canon furent débarquées, et Théodore envoya quarante hommes de
-Cervione avec des mulets pour effectuer le transport de cette artillerie
-jusqu'au village. Les plus grosses pièces furent laissées pour la nuit
-au bas de la colline, les plus petites, au nombre de quatre, furent
-placées devant la demeure de Son Excellence avec des sentinelles, ce qui
-donna un certain air de grandeur à l'ancien évêché, qui allait bientôt
-devenir palais royal. Au matin, toute la population se rendit au bas de
-la colline pour assister au transport des canons.
-
-Neuhoff éprouvait de grandes difficultés suscitées par la jalousie des
-chefs. Il y avait eu des tiraillements lorsqu'il s'était agi d'assigner
-les chambres dans le palais épiscopal. Paoli voulait occuper la pièce
-contiguë à l'appartement de Son Excellence. Giafferi la désirait
-également, d'où des disputes que Théodore apaisa en menaçant les Corses
-de partir de suite pour le continent. L'ordre se rétablit; Paoli eut la
-chambre qu'il convoitait; Giafferi se calma. Quant au doux Costa, comme
-il ne demandait rien, il partagea le logement de Giappiconi. Puis, eut
-lieu une autre aventure qui faillit tourner au tragique.
-
-Un des maures, venus de Tunis, avait donné un soufflet à un Corse qui,
-pour se venger, administra une raclée au Turc sous les yeux du baron qui
-était à sa fenêtre. Celui-ci fit enfermer l'insulaire. A grands cris,
-ses compatriotes réclamèrent sa mise en liberté; un tumulte violent
-s'éleva; Théodore se vit entouré d'une foule hostile. Il prit une torche
-allumée, monta sur un baril de poudre, prêt à se faire sauter plutôt que
-de se laisser molester par ses futurs sujets. Les chefs arrivèrent
-heureusement et purent apaiser la fureur du peuple. Neuhoff consentit à
-descendre de son baril et tout rentra dans l'ordre[136].
-
- [136] Lettre d'Angelo, vice-consul de France à Bastia, à
- Campredon, Bastia, le 12 avril 1736, communiquée avec la lettre
- de Campredon du 10 mai: Correspondance de Gênes, vol. 97.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.--Cette lettre a
- été publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 278.
-
-Il s'occupa ensuite de l'organisation militaire. Cinq jours furent
-consacrés à ce travail; tous les soldats enrôlés reçurent une avance de
-solde. Théodore nomma Paoli trésorier en chef; son emploi consistait à
-distribuer la monnaie d'or apportée de Tunis, et, comme entrée en
-fonctions, il reçut un présent de deux cents sequins[137]. Sa fidélité
-était assurée pour quelque temps.
-
- [137] _Journal de Costa._
-
-Ces préparatifs étaient insuffisants pour entamer une action sérieuse,
-d'autant plus qu'Arrighi et Fabiani ne donnaient pas signe de vie. Aussi
-le baron déclara-t-il à son entourage qu'il voulait attendre le retour
-de son navire qu'il avait envoyé à Livourne. Un de ses lieutenants
-devait en effet, disait-il, revenir avec de nouvelles munitions[138] et
-une couronne pour le sacre[139]. Mais en attendant, il annonça aux chefs
-qu'il avait l'intention d'aller passer quelques jours sur la côte, à
-Matra, pour se reposer de son voyage. Il leur déclara que si, à son
-retour, l'armée était organisée et si les patriotes n'avaient pas changé
-d'avis, il se laisserait couronner roi. Il partit avec Giafferi et
-Giappiconi[140].
-
- [138] _Mémoires de Rostini._
-
- [139] _Journal de Costa._
-
- [140] _Ibidem._
-
-Costa, qui avait l'habitude d'approuver toutes les actions de son
-maître, trouva ce déplacement très sage. A peine arrivé, et quand de si
-impérieuses raisons l'obligeaient à résider dans l'intérieur, pourquoi
-Théodore songeait-il à rallier la côte, comme s'il eût voulu être prêt à
-partir à la moindre alerte? Cette retraite semble énigmatique. Elle dura
-peu; il resta six jours seulement à Matra. A son retour, il trouva deux
-cent seize compagnies organisées par Costa et Paoli. Chacune d'elles
-devait être commandée par un capitaine. Ces officiers de hasard furent
-individuellement présentés à Théodore[141].
-
- [141] _Ibidem._
-
-Tout semblait donc prêt pour le couronnement, mais le futur roi
-attendait avec anxiété l'arrivée du navire. Comme ce bâtiment tardait,
-il consentit à se laisser couronner, car il était urgent d'entrer en
-campagne. D'ailleurs la présence d'Arrighi et de Fabiani, enfin arrivés,
-complétait la réunion des principaux chefs.
-
-Fabiani avait avec lui une escorte de cent hommes. Ses chevaux étaient
-richement harnachés, car la Balagne, sa province, considérée comme le
-jardin de l'île, produisait de bon vin et des huiles excellentes[142].
-
- [142] _Ibidem._
-
-Le couvent d'Alesani, qui se trouvait dans une vallée derrière
-Cervione, fut choisi pour le sacre. L'endroit était plus accessible que
-le village. La Cour s'y rendit donc et fut «commodément logée, grâce à
-M. Giovanni Pasquino»[143].
-
- [143] _Journal de Costa._
-
-Les chefs se réunissaient dans la grande salle du couvent, où de longues
-discussions avaient lieu. Arrighi proposa une chose fort sage. A son
-avis, il convenait de surseoir au couronnement du roi jusqu'à ce qu'un
-succès important fût remporté sur les Génois[144]. La majorité de
-l'assemblée ne partagea pas cet avis. Mais les chefs corses furent
-unanimes sur un point: ils ne donnaient à Neuhoff que le titre
-platonique de roi et conservaient pour eux toute l'autorité effective.
-Théodore dut jurer fidélité à la constitution que lui imposaient ceux
-que plus tard on appela les magnats du royaume de Corse.
-
- [144] _Ibidem._
-
-Voici comment se résumait cette constitution.
-
-«Le Seigneur Théodore, baron libre de Neuhoff, est déclaré souverain et
-premier Roi du roïaume». La succession était réglée suivant l'ordre de
-primogéniture pour les descendants mâles et, à défaut, dans le même
-ordre pour les filles[145]. Le souverain et ses successeurs devaient
-pratiquer la religion catholique romaine.
-
- [145] Hérédité possible par un mariage postérieur. Il faut
- remarquer que si Théodore avait eu un fils de son mariage avec
- lady Sarsfield, comme on l'a généralement prétendu, il n'aurait
- pas manqué d'en faire mention dans la Constitution approuvée par
- lui. Il eût fait déclarer ce fils Prince héréditaire, chose très
- naturelle, et les Corses n'y auraient pu faire objection,
- puisqu'ils admettaient le principe de l'hérédité dynastique.
-
-Cet article confessionnel ne devait pas beaucoup gêner le roi. Né
-protestant, il se serait converti au catholicisme en Espagne à cause des
-emplois qu'il y occupait[146]. S'il ne pratiquait pas, il faisait du
-moins mine de suivre le culte catholique. A son arrivée en Corse il
-entendait, disait-on, trois messes par jour[147]. Henri IV avait taxé
-Paris à une messe, Théodore renchérissait.
-
- [146] Le comte Rivera, ministre du roi de Sardaigne à Gênes, au
- roi. Gênes, le 5 mai 1736: _Genova_, _Lettere ministri_, mazzo
- 15. Archives d'État de Turin.
-
- [147] _Lettres juives_, t. II, p. 265.
-
-A défaut de descendants, le baron pourrait, dès son vivant, désigner un
-successeur dans sa parenté masculine ou féminine, à condition que ce
-successeur fût catholique romain et qu'il résidât dans le royaume.
-
-Si la famille de Théodore et de ses successeurs venait à s'éteindre, les
-Corses seraient libres de disposer d'eux-mêmes et de choisir le
-gouvernement qui leur plairait.
-
-Le cinquième article instituait une Diète composée de vingt-quatre
-membres, pris parmi les sujets «les plus qualifiés et les plus
-méritants», soit seize pour les provinces d'en deçà des monts, et huit
-pour celles d'au delà. Trois membres de la Diète résideraient à la cour
-et «le roi ne pourra rien résoudre sans leur consentement, soit par
-rapport aux impôts et gabelles, soit par rapport à la paix ou à la
-guerre». L'autorité de cette Diète s'étendrait à toutes les branches
-administratives. Seuls, les Corses, à l'exclusion de tout étranger,
-seraient appelés aux dignités, fonctions ou emplois à créer dans le
-royaume.
-
-Dès que les Génois seraient chassés et la paix établie, le roi avait la
-faculté d'employer douze cents hommes de troupes étrangères. Au delà de
-ce nombre, le souverain avait besoin du consentement de la Diète. Quant
-à sa garde personnelle, Sa Majesté pourrait avoir auprès de sa personne
-des soldats corses ou étrangers, à son choix. Exception était faite pour
-les Génois que la constitution proclamait à jamais bannis de Corse.
-Leurs biens étaient confisqués ainsi que ceux des Grecs établis, près
-d'un siècle auparavant, à Cargèse. Cette dernière éviction n'était pas
-un acte d'intolérance religieuse, mais elle rentrait dans les mesures de
-représailles politiques qu'on appliquait aux Génois, dont ces Grecs
-s'étaient toujours montrés les loyaux sujets.
-
-La constitution réglait les impôts, tailles et gabelles dont les veuves
-étaient exemptées. Elle fixait le prix du sel, les poids et les mesures.
-Une université publique pour les études du droit et de la physique
-serait établie dans l'une des villes du royaume. Le roi, d'accord avec
-la Diète, devait assurer à cette institution les revenus suffisants pour
-subsister et lui accorder les mêmes privilèges qu'aux autres universités
-publiques. L'article 17 portait que le roi créera incessamment un ordre
-de «vraie noblesse» pour l'honneur du royaume et de «divers nationaux».
-
-Enfin, les bois et les terres labourables demeureraient, dans le présent
-et dans l'avenir, la propriété exclusive des Corses. Le roi n'y aurait
-d'autre droit que celui dont jouissait la république[148].
-
- [148] _Élection de Théodore et lois établies pour le gouvernement
- du royaume._ Publié par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p.
- 278 à 281, d'après le manuscrit des archives du Ministère des
- affaires étrangères: Correspondance de Gênes, vol. 97.--Publié
- également dans _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p.
- 212-220, et par Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 86-89.
-
-Cette constitution ne laissait pas beaucoup d'initiative au souverain.
-Après avoir été approuvée par tous, il fut décidé que le couronnement
-aurait lieu sans retard.
-
-Le samedi 14 avril, la grand'messe fut célébrée au couvent d'Alesani.
-L'office terminé, en signe de réjouissance, le peuple tira de si
-nombreux coups de fusil que la garnison génoise de San Pellegrino eut
-peur encore une fois, mais elle ne bougea pas[149]. Si les Corses
-avaient employé toute la poudre qu'ils brûlaient en l'honneur de
-Théodore à faire le coup de feu contre les Génois, ils les auraient
-chassés de l'île.
-
- [149] _Journal de Costa._
-
-Le lendemain--le dimanche 15 avril[150],--jour fixé pour le sacre, la
-grand'messe fut de nouveau chantée. Paoli harangua le peuple. Le baron
-parut à son balcon. Des acclamations accompagnées de salves nourries
-retentirent[151].
-
- [150] Costa indique la date du 2 mai 1736. C'est évidemment une
- erreur. L'acte du couronnement, rapporté d'une façon identique
- par plusieurs historiens, est bien daté du 15 avril 1736.
- D'ailleurs les copies de cet acte qui se trouvent à Gênes et aux
- archives du Ministère des affaires étrangères portent toutes
- cette même date.
-
- [151] _Journal de Costa._
-
-Puis les magnats de Corse se réunirent dans le réfectoire du couvent où
-un festin de cent couverts était préparé. Suivant la coutume, Théodore
-fut salué par des complaintes improvisées en son honneur. Elles étaient
-si nombreuses, dit l'historiographe Costa, «qu'on pouvait toutes les
-confondre». Mais la cantate que Paoli, expert en poésie, déclama à la
-fin du repas avec M. Garchi, verre en main, fut accueillie par un
-tonnerre d'applaudissements[152]. Le banquet terminé, la cérémonie du
-couronnement commença.
-
- [152] _Journal de Costa._
-
-Au milieu de la place du village, on avait érigé une estrade à laquelle
-trois marches donnaient accès. Sur cette plateforme, recouverte
-d'étoffes aux couleurs bariolées, on avait placé un trône, c'est-à-dire
-le siège le plus majestueux qu'on ait pu trouver. Deux chaises
-encadraient ce siège. Le sol était jonché de fleurs sauvages du maquis
-aux senteurs pénétrantes.
-
-Les généraux vinrent chercher Son Excellence et l'accompagnèrent jusque
-sur la plateforme. Théodore en gravit les degrés avec dignité et s'assit
-sur le trône. Paoli prit place à droite, Giafferi à gauche. Le peuple se
-tenait debout, encadrant l'estrade. On avait préparé pour le sacre une
-couronne de châtaignier ornée de rubans. Fabiani la trouvant indigne du
-roi, la prit et la jeta en disant «qu'il fallait lui en procurer une
-plus convenable à son rang»[153]. On confectionna alors «une splendide
-couronne de laurier»[154], que les chefs apportèrent et posèrent sur la
-tête du baron. Costa fit un discours. Giafferi donna lecture de la
-constitution. Le peuple, de nouveau, tira des salves de mousqueterie au
-milieu de frénétiques applaudissements. Les généraux se levèrent, mirent
-un genou en terre et rendirent hommage à leur roi. Chaque homme, à tour
-de rôle, en fit autant. Le procès-verbal de l'élection fut rédigé «au
-nom et à la gloire de la très Sainte-Trinité, le Père, le Fils et le
-Saint-Esprit et de la Vierge Marie Immaculée». Sa Majesté descendit
-enfin de son trône et pénétra dans l'église, suivie de tous les chefs et
-d'un grand concours de population. Le prêtre présenta le livre des
-Saints Évangiles; Théodore étendit la main et jura obéissance à la
-constitution. Les chefs prêtèrent serment de fidélité au roi, tandis que
-le peuple poussait de longues acclamations. Le prêtre, avec toute la
-pompe possible, entonna le _Te Deum_ qui fut ensuite repris par deux
-chœurs. L'officiant donna enfin la bénédiction au milieu des coups de
-fusil. Après quoi, le roi gagna ses appartements accompagné par ses
-sujets. Lentement la foule se dispersa[155]. Le soir un souper fut
-servi. Le repas se prolongea dans le calme, «parce qu'il n'y avait plus
-rien à faire relativement à la création d'une majesté»[156].
-
- [153] D'Angelo, vice-consul de France à Bastia, à Campredon, le
- 12 avril 1736: Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 276. Cette
- lettre est datée du 12 avril par erreur, puisqu'elle rend compte
- de ce qui s'est passé le 15 et le 16.
-
- [154] _Journal de Costa._
-
- [155] _Journal de Costa._
-
- [156] _Mémoires de Rostini._
-
-Les Corses avaient ajouté une page à leur histoire. Ils s'étaient offert
-un roi vêtu à la turque, sur la tête duquel ils avaient posé une
-couronne de laurier que rien ne justifiait.
-
-
-II
-
-Les insulaires étaient-ils sincères en couronnant le baron de Neuhoff?
-Ils ont prétendu que, dans leur pensée, cette élection n'avait jamais
-été sérieuse. Un chroniqueur corse--très corse même--fait ces
-réflexions: «Les Corses les plus sages et les plus sensés n'ont jamais
-prétendu faire de Théodore un roi; mais comme les populations étaient
-fatiguées par la guerre et endormies par le commissaire Rivarola qu'on
-appelait pour cette raison _Sirène enchanteresse_, il fallait, pour les
-tirer de leur léthargie et de leur abattement, quelque chose qui fît du
-bruit. Or, rien n'était plus propre à faire du bruit que l'élection d'un
-roi étranger qui, avec un seul vaisseau et de minces provisions, était
-venu débarquer sur la côte. Les Corses voulaient encore faire entendre
-par là, à tous les princes de l'Europe, qu'ils étaient disposés à
-embrasser le parti le plus étrange qui se présenterait à eux, fût-ce
-celui du Turc (puisque Théodore venait de Tunis), plutôt que de se
-soumettre aux Génois»[157]. Il est vrai que ces réflexions ont été
-écrites après coup. Mais elles reflètent bien l'état d'esprit des
-insulaires. Trop orgueilleux pour avouer qu'ils avaient été séduits et
-trompés par un monsieur vêtu à l'orientale, ils préféraient insinuer
-qu'en posant une couronne de laurier sur sa tête, ils s'étaient moqués
-de lui.
-
- [157] _Mémoires de Rostini._
-
-Le vice-consul de France à Bastia, d'Angelo, affirmait que le
-couronnement de Théodore était une ruse des chefs, «qui pour n'être pas
-inquiétés par les puissances étrangères, ont élu un roi de carnaval». Il
-citait un fait comme preuve. Un Corse avait publiquement témoigné son
-mépris pour la nouvelle majesté. Le roi le fit mettre en prison et le
-condamna à mort. Mais il dut lui rendre la liberté devant les menaces de
-ses camarades. «Il est aisé de juger après cela du pouvoir de Sa
-Majesté, et ce n'est que pour avoir la bride sur le col qu'on a inventé
-un nouveau stratagème»[158].
-
- [158] D'Angelo à Campredon, Bastia, le 12 avril 1736: Abbé
- Letteron, _Correspondance_, p. 277.
-
-Quant au baron, il se charge lui-même de nous dépeindre son état
-d'âme,--comme diraient les psychologues modernes,--après son
-débarquement en Corse. On a publié une lettre de lui à son cousin de
-Westphalie, le baron de Drost, datée du 18 mars 1736[159], pour lui
-notifier son élévation au trône. Quelques jours plus tard, le 26 mars,
-il écrivit à son beau-père Marneau[160] pour lui faire part de son
-_avancement_[161].
-
- [159] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p.
- 202-206.--Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 85.
-
- [160] La mère de Théodore avait--nous l'avons vu--épousé en
- secondes noces, Marneau, employé des douanes à Metz.
-
- [161] La lettre de Théodore à Marneau est inédite. Elle se trouve
- dans les Archives d'État à Gênes. Sorba, ministre de Gênes, en
- France, l'avait eue par Schmerling, ambassadeur de l'Empereur à
- Paris, qui la tenait lui même d'un de ses amis, ainsi qu'une
- lettre de Marneau envoyant à M. le C.... (?) la lettre de son
- beau-fils. Sorba adressa le 21 mai 1736 les copies de ces deux
- lettres à son gouvernement, en expliquant comment il en avait eu
- connaissance.--_Francia_, mazzo 43 (anni 1734-37). Archives
- d'État, see p. 61, 55, 53, etc. de Gênes, archives secrètes.
-
-Pendant de longues années, l'aventurier, à la recherche de la fortune,
-traqué de pays en pays par ses créanciers, oublie sa famille dont il
-sait ne pouvoir tirer que des réprobations. Quand il croit avoir enfin
-fixé le sort et atteint un but inespéré, puisqu'un peuple le supplie
-d'accepter une couronne, il se retourne vers les siens, justifie sa
-conduite passée par le résultat présent. Il va même jusqu'à leur offrir
-sa protection sur un ton dégagé. Il escompte la fin de son aventure, se
-donnant déjà le titre de roi de Corse sous le nom de _Teodoro il primo_,
-tandis que vis à vis des mécontents, il use de coquetterie, se montrant
-peu pressé d'accepter la royauté.
-
-Mais une autre question devait le préoccuper. D'une race étrangère, d'un
-tempérament différent, il se sentait sans doute isolé au milieu de ses
-nouveaux sujets. L'inconstance politique dont les Corses avaient déjà
-donné tant de preuves dans le cours de leur histoire, l'inquiétait. Il
-pouvait se dire qu'au fond rien ne l'attachait à ce pays. Qu'avait-il
-fait pour mériter les acclamations et la couronne? Il profitait de la
-lassitude des insulaires, de leurs rancunes et de leurs ambitions. Son
-crédit n'était basé sur aucun service rendu. Il n'avait pour lui que
-l'engouement irréfléchi d'un peuple mécontent. Il songeait à fixer sa
-popularité par la stabilité du principe dynastique; c'est pourquoi il
-exprimait le désir d'avoir auprès de lui quelqu'un de sa famille[162].
-
- [162] Cela prouve--si la preuve avait encore besoin d'en être
- faite--que celui qui se fit appeler le colonel Fréderick ne fut
- pas son fils; il l'aurait fait venir en Corse de préférence à un
- neveu.
-
-Dans sa lettre à son beau-père, comme aussi dans une épître adressée le
-22 avril au comte de la Marc (_sic_)[163], Théodore demande qu'on lui
-obtienne l'assistance du roi de France. Il propose même d'accréditer un
-représentant auprès du gouvernement français! L'aventurier avait cela de
-remarquable dans son caractère que rien ne l'arrêtait. L'idée de traiter
-de pair avec Louis XV, dénotait chez lui une véritable folie des
-grandeurs.
-
- [163] Au comte de la Marck--son ancien protecteur--sans aucun
- doute. Cette lettre extraite des archives du Ministère des
- affaires étrangères (volume Corse) a été publiée dans le Bulletin
- des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 1883-1884.
-
-Marneau--un brave employé--ne répondit pas à son beau-fils. Il se
-contenta de hausser les épaules, de juger comme elle le méritait
-l'équipée de Théodore, et de trouver d'un comique achevé la pensée
-d'avoir un roi dans sa famille[164].
-
- [164] Marneau à M. le C... Metz, le 26 avril 1736. _Loc. cit._
- Archives d'État à Gênes, archives secrètes.
-
-Au premier récit du débarquement du baron en Corse et de son
-couronnement on s'était posé cette question: d'où vient l'argent?
-Théodore n'avait aucune ressource personnelle: il était criblé de
-dettes. Qui lui avait fourni de l'argent et des munitions? S'il ne
-s'était agi dans l'aventure que des éternels démêlés entre les Corses et
-les Génois, on se fût peut-être contenté de s'amuser au spectacle dont
-la Sérénissime République payait, de fort mauvaise grâce, les frais.
-Mais on pouvait craindre que la Corse ne passât en d'autres mains.
-
-Depuis la révolution de 1729, le gouvernement français se préoccupait de
-cette question. On prévoyait que si les Génois venaient à être chassés
-de l'île, une autre puissance s'y établirait. Au moment même de
-l'arrivée de Théodore, et avant qu'il n'en eût connaissance, Campredon,
-envoyé de France à Gênes, signalait l'état déplorable dans lequel se
-trouvaient les affaires de la république en Corse. Les Génois
-arriveraient difficilement à réduire les mécontents[165]. Chauvelin, de
-son côté, recommandait à Campredon de prendre sur ces événements «des
-informations exactes»[166].
-
- [165] Campredon à Chauvelin, Gênes les 15 et 29 mars 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [166] Chauvelin à Campredon, Versailles le 2 mai 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Ce n'était pas facile d'avoir, à Gênes, des renseignements précis sur
-les affaires, et, en particulier sur celles de Corse. On en était réduit
-aux bruits qui circulaient, aux informations colportées, souvent à un
-réel labeur de suppositions et de conjectures. C'était dans les réunions
-et à table, que Campredon recueillait les nouvelles. Quelques-unes aussi
-lui étaient apportées, avec des airs mystérieux et cet amour de
-conspirer pour des futilités, que les vieilles républiques italiennes
-ont dans le sang.
-
-Il n'était pas seul à suivre de près les affaires de Corse. Le comte
-Rivera, envoyé du roi de Sardaigne, paraissait aussi s'y intéresser
-d'une façon toute particulière. Il transmettait à son gouvernement tous
-les renseignements qu'il pouvait avoir[167]. Campredon ne se faisait pas
-scrupule de lui communiquer les nouvelles mandées par le vice-consul de
-France à Bastia, puisqu'en somme, ces nouvelles n'avaient rien de
-secret.
-
- [167] Les rapports du comte Rivera qui se trouvent aux archives
- d'État de Turin (_Genova._ _Lettere ministri._ Mazzo 15),
- racontent, au sujet de Théodore, les mêmes faits que les dépêches
- de Campredon au gouvernement français.
-
-Rivera pensait que l'affaire était fort sérieuse, malgré l'optimisme
-qu'affectaient les Génois. Ils s'ingéniaient à détruire toutes les
-légendes qui se formaient autour de Neuhoff, et s'efforçaient de faire
-croire que leur situation en Corse était moins mauvaise qu'on ne le
-disait, et que l'équipée n'avait aucune importance. Selon certains,
-l'aventurier était appuyé par une puissance étrangère. On ne soupçonnait
-pas la France, mais on disait que derrière Théodore il y avait ou
-l'Espagne ou l'Angleterre. L'étendard espagnol devait être arboré sur
-la première ville que prendraient des révoltés[168]. A Bastia, on
-faisait courir le bruit que tout l'argent que ce «turc» distribuait
-était faux[169], et on était convaincu qu'il «n'était qu'un
-masque»[170]. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que cette opinion eût
-cours en Corse.
-
- [168] «Le comte Rivera (envoyé piémontais à Gênes)..... paraît
- s'intéresser fort aux affaires de Corse..... Je lui communique
- sans difficulté les nouvelles que je tiens de notre vice-consul,
- car elles sont publiques..... Il croit que l'aventure est plus
- sérieuse que les Génois ne font semblant d'en être persuadés et
- si je dois ajouter foi aux discours de Farinacci et à ceux d'un
- officier vallon que je rencontrai hier cher M. Cornejo (envoyé
- d'Espagne à Gênes), Nehof est appuyé par une puissance étrangère.
- On ne nous soupçonne point; mais on est persuadé que c'est la
- reine d'Espagne ou les Anglois, parce que depuis peu il est
- arrivé en Corse quatre bâtiments de cette nation avec des
- munitions..... L'abbé Michel m'avertit qu'une barque venue en
- vingt-quatre heures de la Bastie porte la nouvelle que les
- révoltés au nombre de 5 à 6 mille se sont avancés à deux portées
- de canon de la Bastie. Farinacci m'a dit que d'ordre de la reine
- catholique, Nehof doit arborer l'étendard d'Espagne à la première
- ville dont il pourrait s'emparer.... La République a ordonné au
- capitaine de la galère, partie hier, de ne pas aborder à la
- Bastie, mais à Ajaccio.....»
-
- Campredon à Chauvelin, Gênes, le 3 mai 1736: Correspondance de
- Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
- [169] Lettre de Bastia du 16 avril 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 282-284.
-
- [170] D'Angelo, vice-consul de France à Bastia, à Campredon.
- Bastia, le 7 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives
- du Ministère des affaires étrangères, publiée par M. l'abbé
- Letteron, _op. cit._, p. 287.
-
-L'un des principaux arguments avec lesquels le baron avait séduit les
-Corses, n'était-il pas, en effet, la promesse d'un appui étranger. Mais
-avant que le masque ne tombât de lui-même, la diplomatie tâchait de le
-soulever. Elle n'arrivait cependant pas à satisfaire sa curiosité,
-d'autant plus que les Génois ne faisaient rien pour aider à éclaircir le
-mystère. Pourtant la question les intéressait plus que qui que ce soit;
-mais ils sentaient fort bien que les ministres étrangers, en s'occupant
-de l'aventure, n'agissaient pas seulement dans un but platonique.
-
-Les Génois se donnaient beaucoup de mal pour affirmer que Théodore
-n'était «qu'un fantôme qui tombera au premier dégoût d'une populace
-tumultueuse et toujours avide de nouveauté». Mais la diplomatie voulait
-voir en lui autre chose qu'un _fantôme_; elle tenait pour le
-_masque_[171].
-
- [171] «Il n'est pas vraisemblable que Neuhoff ait de son fonds ni
- de celui des révoltés les sommes considérables en lisbonnines et
- louis d'or qu'il distribue avec assez d'abondance. Bien des gens
- soupçonnent les Anglais. L'île de Corse entre leurs mains
- donnerait le dernier coup au commerce de la Méditerranée dont la
- France a tant d'intérêt de maintenir la liberté.»
-
- Campredon à Chauvelin, Gênes le 10 mai 1736: Correspondance de
- Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Chauvelin s'inquiétait fort de ces bruits. L'installation des Anglais en
-Corse porterait un très grand préjudice au commerce de la France en
-Méditerranée[172].
-
- [172] «Si l'on pouvait croire que quelque puissance eût part à ce
- qui se passe en Corse, les soupçons devraient principalement
- tomber sur les Anglais... Nous sentons combien il serait nuisible
- à notre commerce et même à celui de tout le reste de l'Europe,
- que cette île se trouvât entre les mains des Anglais. Nous devons
- être aussi attentifs que les Génois peuvent être de leur côté
- inquiets du dénouement de cette aventure qui peut nous intéresser
- beaucoup si elle était suscitée par les Anglais ou quelque autre
- puissance.»
-
- Chauvelin à Campredon, Versailles le 5 juin 1736: Correspondance
- de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Il eût également été très nuisible aux intérêts français que l'Espagne
-s'établît en Corse. La possession de l'île assurerait sa prépondérance
-en Italie et dans la Méditerranée; il n'était donc pas invraisemblable
-qu'elle y pensât. Déjà Campredon avait fait part à son ministre de
-l'attitude qu'avait Cornejo, son collègue d'Espagne à Gênes. Il se
-montrait fort attentif aux nouvelles de Corse. Mais l'envoyé de Sa
-Majesté Catholique déclara que «l'Espagne et Naples n'étaient pour rien
-dans les affaires de Théodore»[173].
-
- [173] Copie d'une lettre de Cornejo à Trévino, 4 juin 1736,
- communiquée par Campredon: Correspondance de Gênes, vol. 97.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Mais on se demandait d'où venait l'argent qui avait servi à Théodore
-pour son équipée. On reconnaissait à l'aventurier de l'esprit, de la
-hardiesse, mais on savait qu'il ne possédait rien «et que les Corses,
-épuisés par une longue guerre, également pillés par les Génois et par
-les Allemands», n'avaient aucune ressource. Campredon s'obstinait à voir
-les Anglais ou les Espagnols sous le baron. L'envoyé impérial,
-Guicciardi, partageait aussi cette manière de voir[174].
-
- [174] Campredon à Chauvelin. Gênes, le 14 juin 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Voilà, en quelques mots, d'un côté l'état d'esprit des Corses et celui
-du baron, de l'autre les préoccupations de l'Europe au début de cette
-aventure. Mais les craintes des diplomates étaient vaines; pour
-l'instant, aucune puissance ne protégeait Théodore. Il avait tout
-simplement filouté des trafiquants européens en Tunisie et quelques
-mahométans crédules, comme plus tard il filoutera des juifs hollandais.
-
-
-III
-
-Le lendemain du sacre, le roi se trouva très fatigué. Il se sentait
-fébricitant et ce fut de son lit qu'il remplit les premiers devoirs de
-sa royauté. Il réunit les chefs dans sa ruelle, forma son ministère et
-distribua avec générosité des titres et des emplois.
-
-Il nomma Paoli et Giafferi généraux et premiers ministres. L'avancement
-était médiocre. Nous savons, en effet, qu'en faisant des lois
-républicaines, ils avaient pris les titres de primats et d'altesses
-royales. Costa devint grand chancelier, secrétaire d'État et garde des
-sceaux. Giappiconi fut nommé secrétaire de la guerre[175].
-
- [175] _Journal de Costa._
-
-Un historien fait remarquer que «beaucoup de comtes et marquis émanèrent
-de cette première promotion»[176].
-
- [176] Abbé de Germanes, _Histoire des révolutions de l'île de
- Corse_.
-
-Le roi avait écrit cette liste de sa main. Quand il notifia ces
-nominations aux intéressés, ceux-ci, nous dit Costa, se montrèrent très
-touchés. Théodore tint ensuite réception dans sa chambre à coucher.
-«Pendant cette réception, des tasses de chocolat furent passées à la
-ronde et beaucoup de personnes vinrent pour s'incliner devant le
-souverain et boire le délicieux breuvage»[177].
-
- [177] _Journal de Costa._
-
-Paoli et Giafferi ne furent pas contents des titres et des situations
-donnés aux autres; ils voulaient tout pour eux. En sortant de la chambre
-royale, ils allèrent sur la place pour examiner de plus près le décret
-que le roi avait fait placarder devant sa porte. Cette longue liste
-d'honneurs octroyés les mit en fureur. Ils déchirèrent l'arrêté royal.
-Théodore, informé du fait, sortit immédiatement. Il était fort en colère
-et exigea des excuses publiques. Costa reçut l'ordre d'écrire une copie
-du décret et de l'afficher à l'endroit même où l'autre avait été
-lacéré[178].
-
- [178] _Ibidem._
-
-Paoli créa au roi de nouvelles difficultés avec les exigences de son
-ambition inquiète. Théodore avait conféré à Fabiani les fonctions de
-vice-président du conseil de guerre. Paoli convoitait cette position
-pour concentrer toute l'autorité entre ses mains. Il rassembla ses
-hommes et, allant trouver le roi, il lui manifesta son mécontentement.
-Il ajouta que si satisfaction ne lui était pas donnée sur le champ, il
-se retirerait dans la montagne. Neuhoff essaya de le calmer tout en
-restant inébranlable. Paoli ne partit pas et la nomination de Fabiani
-fut maintenue[179].
-
- [179] _Ibidem._
-
-Le soir, à table, avec beaucoup d'à-propos et un sourire aimable aux
-lèvres, le roi fit «tomber la conversation sur la faiblesse de certains
-hommes, qui se laissent emporter par de vaines susceptibilités, et avait
-expliqué que certaines dignités sont inséparables du titre de
-comte»[180].
-
- [180] _Mémoires de Rostini._
-
-Aussitôt après avoir créé les grands dignitaires de la couronne, le roi
-avait signé un décret ordonnant aux cantons d'Ampugnani et de
-Casacconi, sous peine d'être déclarés rebelles, de rassembler tous les
-hommes armés à Casinca, le 20 avril, afin de traiter une affaire
-importante pour le bien public. Chaque homme devait apporter des vivres
-pour quatre jours au moins. Il enjoignait aux chefs de lui signaler tous
-ceux qui n'obéiraient pas. Sa volonté était que le décret fût lu dans
-les villages et affiché à la porte des églises paroissiales.
-
-A la fin, l'édit portait: «On doit savoir que le sceau du dit roi est
-formé d'une chaîne à trois cercles seulement»[181].
-
- [181] Décret donné à Alesani, le 16 avril 1736. Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 281.
-
-Après que le bâtiment anglais, commandé par le capitaine Dick, eut
-débarqué Théodore à Aléria et déchargé quelques munitions, il avait
-repris la mer, faisant voile vers Livourne. Il y arriva au commencement
-du mois d'avril.
-
-L'envoyé anglais en Toscane, Fane, se trouvait alors à Livourne. Le
-consul de Gênes se rendit aussitôt chez lui pour protester, au nom de
-son gouvernement, contre les secours apportés aux révoltés par ce
-navire. Le diplomate anglais répondit que certainement le capitaine Dick
-avait enfreint les ordres du roi, et qu'il en écrirait à l'Amirauté.
-Fane, pour terminer, conseilla au consul génois «de ne pas faire
-beaucoup de bruit de cette contravention qui était la première.»
-D'abord, le capitaine pourrait facilement se justifier en alléguant que
-le mauvais temps l'avait forcé à aborder en Corse, ensuite, parce qu'on
-donnerait à l'affaire une trop grande importance. Rentré à Florence, le
-résident anglais alla trouver le comte Lorenzi, envoyé de France en
-Toscane, et lui dit que le capitaine Dick affirmait que Théodore avait
-une lettre du roi d'Angleterre; mais Fane se hâta d'ajouter qu'il n'y
-croyait absolument pas[182].
-
- [182] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 14 avril 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'envoyé anglais avait conseillé au capitaine de ne pas retourner dans
-l'île. Il appuya cet avis de la défense que le roi d'Angleterre avait
-faite à ses sujets d'aider en quoi que ce soit les rebelles de Corse.
-Mais Dick persuadé que la cour de Londres prenait une part active dans
-les affaires de Théodore, malgré les dénégations diplomatiques de Fane,
-était parti pour la Corse avec quelques maigres munitions dans la cale
-de son navire[183].
-
- [183] «L'on m'écrit de Florence et de Livourne que le capitaine
- de cette nation (anglais), qui a fait un second voyage en Corse,
- après y avoir débarqué Neof, sur la défense que M. Fane, ministre
- d'Angleterre lui a faite d'y retourner, a produit une lettre du
- roi de la Grande Bretagne qui l'y autorise et c'est apparemment
- ce qui a causé la mission de M. François Brignole à Londres, où
- il s'est rendu en poste. Ces circonstances jointes à celles de
- l'examen des ports de la Corse par un bâtiment anglais donnent
- des soupçons fondés...».--Campredon à Chauvelin. Gênes, le 24 mai
- 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères. Cette lettre a été publiée par M. l'abbé
- Letteron, _Correspondance_, p. 293-294.
-
-Cette fois les plaintes des Génois furent plus vives; elles étaient
-justifiées. Fane écrivit au consul anglais, à Livourne, afin de retirer
-le passeport du capitaine, dans le cas où il reviendrait. Dans cette
-éventualité, l'envoyé anglais priait le gouvernement toscan de refuser
-au navire le billet de santé. Le bâtiment resterait à Livourne jusqu'à
-la réception des instructions demandées à Londres. Fane affirmait la
-parfaite neutralité de son gouvernement en cette affaire. Le public, qui
-veut toujours tout savoir, ne croyait pas à cette affirmation[184].
-
- [184] Lorenzi à Chauvelin. Florence, le 12 mai 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Pendant que ces négociations se poursuivaient, Théodore avait donné des
-instructions pour l'organisation de l'armée. Il nomma vingt-quatre
-capitaines, qui furent chargés de parcourir le pays afin de lever chacun
-une compagnie de trois cents hommes. En attendant les recrues, il fut
-décidé que la cour retournerait à Cervione.
-
-Avant de quitter Alesani, on apprit que le bâtiment du capitaine Dick
-était arrivé. Outre des munitions, il portait, au dire de Costa, une
-couronne destinée au sacre. Le roi envoya Fabiani, avec trois des
-compagnies nouvellement formées, pour prendre les munitions à Aléria et
-les transporter à Cervione. Elles consistaient en douze sacs de balles
-et six barils de poudre[185].
-
- [185] _Journal de Costa._
-
-La vue de ces munitions exalta la fièvre belliqueuse des Corses; mais
-cette fois-ci encore, ce ne fut pas au détriment des Génois. Des
-disputes s'élevèrent parmi les hommes de Fabiani, relativement au
-partage. La querelle tourna au tragique. «Des mots ils en arrivèrent aux
-voies de fait et des voies de fait aux coups de fusil». Fabiani
-s'interposa et ne put obtenir du calme qu'en promettant de ne pas
-rapporter au roi cette déplorable querelle[186].
-
- [186] _Ibidem._
-
-Mais les coups de fusil que les Corses tiraient avec tant d'ardeur, soit
-en l'honneur de leur roi, soit pour vider leurs différends, finirent par
-attirer l'attention des postes génois qui surveillaient la côte. Ce
-navire anglais parut suspect. Comme un canot se détachait du bord pour
-atterrir, et tandis que les Corses se battaient, une felouque génoise
-armée en course, s'approcha de l'esquif et s'en empara. Les Génois
-amenèrent leur capture à Bastia. Outre les objets personnels destinés au
-roi et les munitions, on saisit un certain nombre de lettres au moyen
-desquelles, dit Costa, on pouvait couper toutes les communications de
-Théodore avec le continent[187].
-
- [187] _Journal de Costa._--Lettre de Bastia du 16 avril 1736
- jointe à la lettre de Campredon du 26: Correspondance de Gênes,
- vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.--Cette
- lettre, publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 284,
- porte que Rafaelli, «grand chancelier de Corse», était à bord de
- l'esquif avec un capucin et six autres Corses. Cet esquif aurait
- débarqué «huit barils de poudre, trois caisses de fusils et
- plusieurs autres choses qu'on ne sait pas».
-
-Fabiani et sa troupe durent revenir à Cervione, très penauds de cette
-aventure qui rappelait la fable de l'_Ane et les Voleurs_, et où les
-Génois avaient joué le rôle du troisième larron. Théodore, cependant, ne
-laissa percer aucune marque extérieure de chagrin[188].
-
- [188] _Journal de Costa._
-
-Les cinq matelots qui montaient l'embarcation capturée furent conduits
-devant Rivarola, commissaire général de la république à Bastia.
-L'interrogatoire auquel ils furent soumis, et dont les Génois
-attendaient sans doute un résultat décisif, ne prouva rien. Les marins
-ne savaient pas grand'chose et ils ne comprenaient pas le langage qu'on
-leur parlait. Ils se contentèrent de menacer les Génois de la colère de
-Sa Majesté Britannique si on ne les relâchait pas immédiatement.
-
-Sur la demande du consul anglais ils furent remis en liberté, mais le
-capitaine reçut un blâme pour sa conduite[189]. Quelque temps après Dick
-alla à Smyrne, où persuadé que le gouvernement anglais voulait le faire
-arrêter, il se brûla la cervelle[190].
-
- [189] _Journal de Costa._
-
- [190] Note de l'éditeur des _Mémoires du Père Bonfiglio
- Guelfucci_, _op. cit._, p. 66.
-
-Le 17 avril, Théodore se mit en route pour Cervione avec une escorte de
-cinq cents hommes. Son arrivée à Alesani avait été saluée par des cris
-de joie, son départ eut lieu au milieu des acclamations. Dans les
-villages que traversa le cortège royal, des arcs de triomphe étaient
-dressés; des guirlandes de fleurs ornaient les maisons et les notables
-venaient au devant de Sa Majesté et lui offraient, comme présents, de
-l'huile, du vin et des oranges. Les principales familles étaient admises
-à baiser les mains du roi, tandis que les hommes du commun, la tête
-découverte, ployaient un genou devant lui et criaient: _Viva!_
-
-En chemin, Théodore et sa cour s'arrêtèrent dans un couvent. Les moines
-présentèrent au roi, comme rafraîchissements, du vin et des fruits. Sans
-prendre la collation offerte, Sa Majesté se remit promptement en route.
-Les «bons moines» accompagnèrent le cortège, en distribuant leur vin et
-leurs fruits aux gens de la suite. Bientôt la cour arriva au «palais.»
-Le peuple attendait le souverain et chacun demanda à être admis à
-l'honneur du baise-main. La foule était si compacte qu'on dut placer
-deux capitaines, l'un dans l'atrium, l'autre à la porte de
-l'appartement royal, pour assurer l'ordre dans les entrées et les
-sorties[191].
-
- [191] _Journal de Costa._
-
-Théodore fit une proclamation pour donner à son peuple la preuve de son
-«amour paternel» et de sa «clémence». Il accordait une amnistie générale
-à tous les rebelles, c'est-à-dire aux Corses au service de la
-république. Ceux-ci seront reçus par lui «avec toute la cordialité
-possible»; le passé sera oublié. Il leur donnait dix jours pour faire
-leur soumission et se présenter devant lui. Passé ce délai, leurs biens
-seraient confisqués. Si ces égarés restaient sourds à l'appel de Sa
-Majesté, ils ne devaient plus espérer le pardon dans l'avenir et ils
-«seront très sévèrement punis si on les attrape»[192].
-
- [192] Fait à Cervione, le 19 avril 1736, signé: Costa, grand
- chancelier: Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du
- Ministère des affaires étrangères, publié par M. l'abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 284-285.
-
-Mais la monarchie naissante ne pouvait se confiner dans l'oisiveté, et
-Neuhoff aimait le changement. Il fut décidé que, pour être mieux à
-portée de prendre contact avec les forces génoises, le roi
-transporterait sa résidence à Venzolasca, village situé non loin du fort
-de San Pellegrino. Un Corse nommé Castineta fut envoyé pour faire
-préparer un logement habitable. Au premier étage se trouvaient quatre
-chambres. La meilleure fut aménagée pour Sa Majesté; la seconde fut
-attribuée à Giafferi, la troisième à Giappiconi; Costa et Buongiorno se
-logèrent dans la quatrième. Le rez-de-chaussée se composait d'une
-chambre pour le chapelain, de deux pièces pour les valets et d'une
-cuisine. La maison adjacente fut destinée aux généraux.
-
-En voyant qu'il n'était pas logé dans la même maison que le roi, Paoli
-eut un accès d'indignation. Il s'écria: «Quittons cette demeure; ce
-n'est pas la place des généraux. Mieux vaudrait se retirer dans une
-confrérie et laisser le grand chancelier et le capitaine de la garde en
-possession du palais. Nous les avons assez vus!» Les clients de
-l'irascible patriote reprirent comme un écho: «Hors du palais, hommes
-de Rostino[193]; nous ne voulons pas d'autre roi que notre général.»
-
- [193] Village natal de Paoli.
-
-Au bruit de cette nouvelle sédition, Théodore sortit du palais en
-brandissant sa canne à bec de corbin. Il en frappa un des hommes,
-Capone, qui criait plus fort que les autres. Les serviteurs accourus se
-saisirent de cet énergumène, que le roi condamna à mort séance tenante.
-Cette mesure de rigueur surexcita les esprits. Les amis de Capone
-s'élancèrent vers la demeure royale pour y mettre feu; on put les
-arrêter à temps. Enfin, comme tout paraissait terminé, Théodore rentra
-chez lui. Paoli, de son côté, pensant avoir suffisamment montré son
-pouvoir, vint trouver le roi qui l'accueillit fort mal. Bien qu'il eût
-tous les torts, le général s'attendait sans doute à une autre réception.
-Furieux de voir que Neuhoff lui tenait tête, il s'élança sur Sa Majesté
-et «essaya de la jeter par la fenêtre». Les ministres intervinrent: pour
-calmer Théodore, ils firent valoir «la grossièreté native de Capone»,
-cause première de cet incident regrettable. Ils parlèrent raison à
-Paoli[194], lui remontrant sans doute qu'il n'était pas d'usage dans les
-cours de jeter le roi par la fenêtre.
-
- [194] _Journal de Costa._
-
-Cette tragi-comédie eut le dénouement de _Cinna_. Théodore, avec une
-grandeur d'âme, à laquelle il était bien un peu contraint, fit grâce à
-Capone, qui fut remis en liberté. La question des logements reçut une
-solution amiable. On plaça Giafferi et Giappiconi dans une même chambre,
-et Paoli put ainsi être logé dans la maison royale. Costa, qui se tenait
-toujours à l'écart de ces disputes, nous dit, en terminant le récit de
-cette scène: «Au moment du souper, les choses étaient rentrées dans
-l'ordre et nous eûmes tous ensemble un agréable repas»[195].
-
- [195] _Ibidem._
-
-Ces éternelles disputes menaçaient de tout compromettre.
-
-Une diversion s'imposait: la plus logique était de commencer sans
-retard les opérations contre les Génois. Théodore fit son plan de
-campagne. Il fallait avant tout se rendre maître de Bastia, siège du
-gouvernement ennemi; mais pour arriver à mettre le blocus, on devait
-d'abord s'emparer du village de Furiani, aux portes de la ville. Malgré
-l'hostilité qu'il témoignait à Neuhoff, Paoli fut désigné pour cette
-expédition. Quelques soldats sous le commandement de Luccioni partirent
-vers le sud, afin d'intimider les habitants de Bonifacio favorables aux
-Génois. Fabiani eut mission de se rendre en Balagne, sa province, pour
-soulever les populations et tâcher de prendre Calvi. Arrighi fut envoyé
-dans le Nebbio. Il devait occuper Saint-Florent, petite ville maritime
-considérée alors comme la clef de la Corse. Théodore qui ne tenait pas à
-s'exposer beaucoup, se réserva le siège de San Pellegrino. Il prit le
-capitaine Ortoli sous ses ordres[196].
-
- [196] _Journal de Costa._
-
-Les troupes de Paoli purent s'avancer jusqu'auprès de Bastia sans
-rencontrer de résistance. Mais elles furent arrêtées dans leur marche
-par le petit fort des Capucins, situé aux portes de la ville. Paoli dut
-attaquer cette position; durant trois jours il tenta de l'enlever. Le
-succès trompa ses efforts et il fut obligé de commander la retraite. Les
-troupes rebelles purent cependant rester dans les environs.
-
-A l'intérieur de la ville une grande inquiétude régnait, malgré la
-présence de quatre mille hommes armés, tant soldats que paysans.
-
-«Les Corses se sont vantés que, s'ils peuvent une fois entrer dans la
-ville, ils nous feraient passer au fil de l'épée. Dieu nous garde de
-pareils événements!»[197].
-
- [197] D'Angelo à Campredon. Bastia, le 5 mai 1736: Correspondance
- de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères,
- publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 286.
-
-On racontait que les mécontents avaient fait empaler un nommé Periale et
-son neveu, parce qu'ils paraissaient être du parti des Génois. Des
-billets circulaient dans la ville, promettant de faire un «carnage
-horrible» des bourgeois qui prendraient les armes contre les patriotes.
-Les femmes et les enfants ne seraient pas épargnés. Le gouverneur avait
-donné «vingt sols» à chaque ouvrier pour détruire l'effet de ces
-menaces, puis on avait fait des dépôts d'armes dans chaque quartier afin
-que chacun pût se défendre[198].
-
- [198] Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 287.
-
-Les quelques patriotes qui se trouvaient à l'intérieur de la ville
-s'agitaient beaucoup. La nouvelle du couronnement d'un beau seigneur,
-richement vêtu, distribuant des pièces d'or, les avait exaltés. Malgré
-les «menaces les plus foudroyantes» des Génois, ils ne pouvaient
-contenir leurs sentiments. Les Corses au service de la République «se
-mordaient les lèvres», parce que bien certainement ils ne
-participeraient pas comme les autres aux faveurs que le roi allait faire
-pleuvoir sur ceux qui étaient restés fidèles à la cause nationale. Quant
-aux Bastiais «les plus perfides», c'est-à-dire ceux qui étaient
-franchement génois, eux aussi ils «eussent bien voulu posséder la grâce,
-parce qu'ils ignoraient réellement quel était ce personnage, quelles
-étaient ses forces, sa mission, à quels ordres il obéissait». Le
-gouverneur ne savait pas grand'chose et, pour se donner une contenance,
-il traitait Théodore «d'Arlequin déguisé en roi»[199].
-
- [199] _Mémoires de Rostini._
-
-La situation dans Bastia était donc très troublée. Après avoir résisté
-aux rebelles, à l'attaque du fort des Capucins, les Génois ne tentèrent
-plus rien pour les écraser définitivement. La peur semblait à tel point
-paralyser leurs efforts qu'ils songeaient à peine à se défendre. C'est
-ainsi que Paoli put s'emparer du poste de Saint-Joseph, à proximité de
-Bastia. Le capitaine Franchi, au service des Génois, qui commandait ce
-poste, n'opposa aucune résistance. Il se replia dans la ville en
-abandonnant sa poudre et ses grenades[200]. Ce succès encouragea les
-Corses; ils essayèrent de surprendre Bastia par une attaque de nuit.
-Cette opération échoua, car Paoli, apprenant que son père venait de
-mourir, était subitement parti pour Orezza, afin d'assister aux
-funérailles, sans se soucier de l'abandon dans lequel il laissait ses
-troupes[201].
-
- [200] Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol.
- 97. Archives du Ministère des affaires étrangères, publiée par M.
- l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 287.
-
- [201] _Journal de Costa._
-
-Cette désertion devant l'ennemi affecta vivement le roi. Il voulut
-condamner Paoli à mort, mais Giafferi s'interposa en disant que rendre
-les derniers devoirs aux siens était une coutume séculaire en Corse;
-aucune circonstance ne pouvait empêcher l'accomplissement de cet acte de
-piété filiale. Neuhoff s'indigna de voir combien la discipline manquait
-parmi les Corses. Il déclara que si les choses ne changeaient pas, il
-quitterait le pays, car il n'y avait rien à faire avec de pareils
-errements[202]. Paoli ne fut pas condamné; Théodore commençait à sentir
-qu'il n'était pas le plus fort, et si parfois il était tenté de
-l'oublier, les Corses se chargeaient de le lui rappeler. Sa royauté
-naissante était battue en brèche par ceux-là mêmes qui l'avaient
-couronné.
-
- [202] _Ibidem._
-
-Un désastre vint cependant fournir à Théodore l'occasion de faire preuve
-d'autorité.
-
-Pendant qu'il disposait ses troupes pour commencer l'attaque du fort de
-San Pellegrino, soudain un messager, hors d'haleine, ayant brûlé les
-étapes, arriva au camp. Il demanda à voir le roi sur le champ. Conduit
-devant Sa Majesté, il lui annonça que Luccioni venait de livrer
-Porto-Vecchio aux Génois. Il leur avait en outre révélé tous ses plans.
-Trente sequins avait été le prix de cette trahison; et ce marché une
-fois conclu, le traître s'était mis en marche pour aller retrouver
-Théodore. Il voulait l'engager à se rendre dans le sud, afin d'y
-présider les opérations. En donnant ce conseil au roi, Luccioni voulait
-l'attirer loin de ses partisans et le livrer aux Génois[203].
-
- [203] _Journal de Costa._
-
-La nouvelle de la reddition de Porto-Vecchio fut confirmée et comme le
-messager l'avait annoncé, Luccioni arriva bientôt et se présenta devant
-Sa Majesté. Costa, témoin de l'entrevue, fut frappé de la colère qui se
-peignait sur les traits de Théodore. La scène fut poignante. Le roi
-rassembla les capitaines et les soldats. Devant tous, il déclara
-Luccioni coupable de haute trahison et le condamna à mort, puis il
-envoya quérir un prêtre et donna au traître un quart d'heure pour se
-préparer[204].
-
- [204] _Ibidem._
-
-C'était l'heure du dîner. Théodore et ses compagnons se mirent à table.
-Le crime de Luccioni et la sentence prononcée contre lui jetaient un
-voile de deuil sur le camp. Le repas fut silencieux et triste. Les
-Corses fixaient leurs regards sur le roi pour essayer de surprendre un
-signe d'indulgence; mais les traits du souverain restaient impassibles.
-Giafferi et Giappiconi élevèrent la voix pour demander un répit à
-l'exécution. Costa, debout, un verre en main, dit: «Longue vie au roi!
-que la justice triomphe, mais que la clémence trouve place!» La
-physionomie de Neuhoff ne broncha pas; il paraissait calme et résolu.
-Devant cette attitude, aucun des convives ne crut devoir appuyer l'appel
-à la clémence que venait de formuler le grand chancelier.
-
-Après le dîner, Luccioni fut amené sur la place. Des soldats, le fusil
-chargé, formaient le peloton d'exécution. Les gens du peuple se mirent à
-genoux, et, les mains jointes, ils supplièrent le roi de pardonner.
-Théodore fut inexorable et ordonna le feu. Le corps de Luccioni roula
-jusqu'au seuil de la demeure royale[205].
-
- [205] _Journal de Costa.--Mémoires de Rostini._
-
-En livrant Porto-Vecchio aux Génois, Luccioni leur donnait la clef du
-sud de l'île. Située au fond d'un golfe abrité, cette petite ville
-pouvait être considérée comme un centre de ravitaillement. Il fallait
-que Théodore possédât des notions de stratégie, et eût sérieusement
-étudié la configuration de la Corse, pour avoir envoyé des troupes
-occuper cette position. En cela ses vues étaient justes.
-
-Luccioni avait pris Porto-Vecchio sans coup férir. Les Génois s'étaient
-aperçus trop tard de l'avantage de cette position. Ils avaient tenté de
-la reprendre, mais, plus habiles aux négociations qu'aux choses de la
-guerre, ils avaient préféré acheter--pas cher d'ailleurs--le capitaine
-avec ses plans et la personne du roi par dessus le marché.
-
-Un chroniqueur corse a donné une autre version de la condamnation de
-Luccioni. D'après lui, Théodore s'était un jour trouvé offensé des
-propos ironiques que Luccioni tenait au sujet des secours sans cesse
-attendus et n'arrivant jamais. Arrêté sur l'ordre de Neuhoff, le
-railleur avait subi le dernier supplice, malgré les représentations des
-chefs, témoins de la scène[206].
-
- [206] Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 67.
-
-Cette version est fausse. Il faut s'en tenir au témoignage de Costa et
-de Rostini, dont la bonne foi ne saurait être suspectée. Je serai
-d'ailleurs obligé de revenir sur cette affaire, à propos de l'assassinat
-de Fabiani commis quelque temps après. Le testament politique de
-Fabiani, rédigé par le chanoine Orticoni, l'âme de la révolte en Corse,
-confirme la trahison de Luccioni.
-
-La perte de Porto Vecchio, survenant dans le moment même où Paoli
-abandonnait les opérations devant Bastia, dut sans doute abattre le
-courage de Neuhoff.
-
-Au surplus, l'exécution du traître lui créa beaucoup de difficultés. Il
-eut d'abord contre lui toute la clientèle de Luccioni, qui, mettant la
-question de personnes au-dessus de tout principe national, n'eut qu'un
-désir: venger le mort, sans s'inquiéter si le châtiment n'avait pas été
-inspiré par un intérêt patriotique. Les Corses, en dehors de la famille,
-murmurèrent contre l'exécution du traître. Ils trouvèrent que la justice
-du roi était trop sommaire et, dès ce moment, Théodore commença à
-ressentir les effets de la _vendetta_[207].
-
- [207] _Journal de Costa._
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
- Édit du Sénat de Gênes.--Réponse de Théodore.--Le roi dans le
- Nebbio et en Balagne.--Tribulations de Costa.--Frappe de la
- monnaie.
-
- Affaire de Monte-Maggiore.--Théodore devant Corte.--Il prend la
- ville sur ses généraux.--Assassinat de Fabiani.--Discours du roi à
- Venzolasca.
-
- Le ministre de Gênes en France.--Affaire Nayssen.--Les libelles
- satiriques à Gênes.--Le roi et la paysanne.
-
- Théodore a peur.--Départ pour Sartène.--Institution de _l'Ordre de
- la Délivrance_.--Lois nouvelles.--Le dernier mensonge.--La
- fuite.--Débarquement à Livourne.
-
-
-I
-
-A Gênes, les membres du gouvernement se demandaient ce qu'ils pourraient
-faire pour détruire l'effet produit par le fâcheux débarquement de
-Théodore en Corse. Cet événement avait redonné courage aux mécontents.
-La république pressentait qu'elle aurait à soutenir de nouveaux combats
-pour conserver la possession de l'île. Les Corses lui coûtaient déjà
-beaucoup d'argent[208], il faudrait sans doute en dépenser encore. Le
-Sénat s'assembla pour parer à cette triste éventualité. Après dix
-longues séances, on se mit d'accord sur un moyen économique. Il fut
-décidé qu'on publierait un édit contre le baron de Neuhoff. Cet édit
-fut affiché dans les rues, et communiqué aux représentants des
-puissances étrangères et à la presse[209].
-
- [208] «Ce même abbé (l'abbé Michel Robert), qui a eu tout le
- détail des dépenses pour la Corse, m'a assuré qu'actuellement
- elles se montaient à soixante mille livres par mois, sans compter
- les provisions de bouche, que la république n'était pas en état
- de continuer cette dépense, qu'aussi délibérait-on d'abandonner
- tout le plat pays pour ne garder que les quatre villes
- fortifiées».
-
- Campredon à Maurepas. Gênes, 2 mars 1736: Correspondance de Gênes,
- vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères. Cette
- lettre a été publiée in-extenso par M. l'abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 275.
-
- Si au commencement de 1736 les dépenses de Gênes pour la Corse se
- montaient à soixante mille livres par mois, elles durent
- certainement s'élever à un chiffre supérieur après le débarquement
- de Théodore.
-
- L'abbé Michel Robert, prêtre français, était secrétaire de Félix
- Pinelli. Cet ecclésiastique alla en Corse en 1735 avec son maître,
- lorsque celui-ci fut nommé commissaire général de l'île. Campredon
- avait eu soin de se ménager les confidences de cet abbé en toute
- sûreté. «C'est une des meilleures acquisitions que j'eusse pu
- faire en ce pays-là pour le service du roi, disait-il, et
- j'espère, Monseigneur, que vous en reconnaîtrez l'utilité et le
- mérite».
-
- Campredon au ministre, le 16 juin 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 229.
-
- [209] L'édit, signé par le doge Giuseppe Maria, est daté du 9 mai
- 1736. Il fut imprimé chez Franchelli. Ce placard porte en tête
- l'écu de Gênes avec la croix et la couronne ducale soutenues par
- deux griffons. Communiqué avec la lettre de Campredon du 17 mai:
- Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères. Voir également: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 287; Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 86;
- _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 222 et suiv. La
- traduction de cet édit parut dans les gazettes de Hollande (juin
- 1736).
-
-Le factum génois était long. Il noircissait ce «personnage fameux
-habillé à l'asiatique» de toutes les friponneries. Il passait en revue
-le passé de «cet anonyme, qui quoiqu'inconnu avait trouvé le moyen de
-s'insinuer auprès des chefs des soulevés». Il traitait Théodore de
-vagabond, d'astrologue et de cabaliste. Il le montrait changeant de nom
-et de nationalité dans chaque endroit où il passait; escroquant tout le
-monde, sans cesse à court d'argent. Il l'accusait d'avoir eu commerce
-avec des mahométans, et de n'avoir dans son entourage que des coquins.
-Comme sanction, l'édit proclamait Théodore de Neuhoff «séducteur des
-peuples, perturbateur de la tranquillité publique, coupable de haute
-trahison au premier chef». Comme tel il tombait sous les rigueurs des
-lois génoises. Quiconque entretiendrait correspondance avec lui serait
-également puni.
-
-Cet édit fut trouvé plaisant; mais on jugea que c'était un piètre moyen
-pour arrêter la révolte en Corse[210].
-
- [210] «L'abbé Michel me dit que les choses (en Corse) sont sans
- remède..... Je ne vois cependant pas que le Sénat se donne
- beaucoup de mal pour y en apporter. Il s'est contenté jusqu'à
- présent de faire publier le manifeste ci-joint contre le sieur
- Théodore de Neuhoff et cette belle pièce a été le fruit de dix
- conseils tenus exprès pour délibérer si elle aurait lieu, en
- sorte que l'on peut dire que c'est proprement dans le Sénat que
- subsiste la guerre et la division».--Campredon à Chauvelin,
- Gênes, le 17 mai 1736.
-
- Le ministre répondit: «C'est une faible ressource contre les
- progrès de Neuhoff que la pièce qu'on s'est déterminé à publier
- contre lui».--Chauvelin à Campredon, le 29 mai 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- En reproduisant l'édit du Sénat dans son numéro du mois de juin
- 1736, _le Mercure historique et politique de Hollande_ disait:
- «_Qui nimis probat nihil probat_».
-
-Neuhoff répondit par un manifeste. Il considérait les invectives
-génoises comme les cris «des chiens qui aboient à la lune». Il se
-sentait fort du choix librement fait par les Corses de sa personne, pour
-les aider à secouer la tyrannie génoise. Il avait été élevé au trône par
-la volonté spontanée et unanime du peuple. Il trouvait ridicule
-l'accusation de perturbateur du repos public, puisque la révolte
-existait en Corse bien longtemps avant son arrivée. C'étaient eux qui
-avaient la responsabilité de tout le mal. Les Génois prétendaient qu'il
-n'avait apporté que de faibles munitions et peu d'argent. Mais ces
-ressources, si modiques fussent-elles, avaient «suffi pour racheter la
-liberté d'un royaume» tyrannisé par eux. Il se déclarait «ministre du
-Saint-Siège», dont les Corses et lui-même étaient «les enfants très
-fidèles et très soumis». Il se confiait en la Divine Providence pour
-mener à bien la tâche qu'il avait entreprise. Dieu l'inspirerait et
-ferait de lui le libérateur d'un peuple à l'exemple de Moïse. David et
-Tamerlan étaient d'une naissance fort au-dessous de la sienne. Condamné
-par les Génois aux peines réservées aux traîtres, il les condamnait à
-son tour à tous les justes châtiments, en vertu des pouvoirs qu'il
-tenait des Corses. Il déclarait enfin les Génois bannis à tout jamais de
-l'île, sous peine de vie et débiteurs du trésor du royaume pour les
-revenus dont ils avaient joui[211].
-
- [211] Fait au Patrimoine de Nebbio le 2 juin 1736. Ce manifeste,
- publié par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 397, se
- trouve dans la Correspondance de Gênes, vol. 97, aux archives du
- Ministère des affaires étrangères. Les journaux de Hollande en
- reproduisirent un texte approchant dans leur numéro de juin. Voir
- également Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 93 et _Histoire des
- révolutions de l'île de Corse_, p. 230.
-
-Mais le fait de proclamer les Génois ses débiteurs ne mettait pas de
-l'argent dans ses poches. Il continuait à faire miroiter aux yeux de ses
-partisans l'espérance de prompts et puissants secours, pour les retenir
-dans la poursuite de sa chimérique entreprise. Les procédés par lesquels
-il essayait de les leurrer étaient de ceux qu'emploient les aventuriers
-pour éblouir leurs dupes: un semblant d'action, les simulacres d'une
-influence, un crédit imaginaire.
-
-Parfois il observait la mer pendant de longues heures, scrutant
-l'horizon, pour faire croire qu'il attendait des vaisseaux apportant des
-munitions. Souvent il se renfermait chez lui pour dépouiller,
-prétendait-il, une volumineuse correspondance avec les cours
-étrangères[212]. Mais les secours n'arrivaient pas, et pour cause.
-
- [212] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 209.
-
-Le rêve, la chimère conduisent certains hommes, les laissant jusqu'au
-bout insoucieux ou inconscients des contingences humaines. Ceux-là sont
-souvent de grands esprits, dont le tort est de voir trop haut, trop en
-dehors dans les choses de la vie. Avec sa pensée sans envergure, son
-ambition têtue et son égoïsme naïf, le baron de Neuhoff n'était qu'un
-visionnaire incorrigible auquel nulle leçon ne profitait. Il aurait
-voulu faire partager ses illusions à ses sujets; mais les Corses étaient
-trop pratiques pour s'adonner longtemps au rêve. Ils ne se laissaient
-guère impressionner par la mise en scène de leur roi: elle était, il est
-vrai, un pauvre expédient.
-
-Théodore, cependant, résolut de quitter le camp établi devant San
-Pellegrino. Il désirait faire une tournée dans l'île en commençant par
-le Nebbio et la Balagne. Costa fut désigné pour continuer
-l'investissement du fort génois et diriger les affaires du royaume. Il
-reçut le titre provisoire de vice-roi[213].
-
- [213] _Journal de Costa._
-
-Mais les ressources personnelles de Neuhoff étaient fort diminuées. Il
-lui fallait de l'argent. Il avait fait faire des démarches auprès de
-certains curés de village qui passaient pour avoir quelques biens. Le 28
-mai, il écrivit à son fidèle partisan, Xavier de Matra, auquel il avait
-donné le titre de marquis, pour activer ces démarches. Le 30 mai, le
-marquis répondit qu'il n'avait pas attendu la lettre de Sa Majesté pour
-envoyer un archiprêtre à Ghisoni avec la mission d'attendrir le curé,
-c'est-à-dire d'obtenir quelques fonds. Matra ne s'était pas borné à
-cette démarche; il avait écrit dans le même but à plusieurs de ses amis.
-
-Si respectueux fût-il de la volonté souveraine, le marquis n'approuvait
-pas le déplacement projeté, à moins cependant que Fabiani et Arrighi
-n'eussent donné des renseignements certains sur l'opportunité de ce
-voyage. Matra craignait pour la vie du roi, car les Génois entretenaient
-dans ces provinces plus de soldats et d'espions que dans les autres. Et
-le prudent marquis ajoutait cette réflexion pleine de bon sens: «Si on
-ne remporte pas là-bas quelque victoire, il pourrait en résulter un
-grand trouble dans le royaume».
-
-Sur l'ordre du roi, Matra avait envoyé le commandant de sa _pieve_ dans
-les cantons voisins à la recherche d'or, d'argent et de cuivre[214]. Le
-chef était revenu chez le marquis les mains vides. «Ce sont des pas
-jetés au vent». L'émissaire n'avait trouvé partout qu'une grande misère
-et les quelques habitants qui possédaient un peu de cuivre ne voulaient
-pas s'en dessaisir. Mais Matra se hâtait d'ajouter que le commandant
-allait entreprendre une nouvelle tournée, «parce que Sa Majesté doit
-être servie selon ses très vénérés commandements[215]».
-
- [214] Les gens de Bastia étaient tellement affolés qu'ils
- prétendaient que Théodore payait argent comptant le métal qu'on
- recherchait. Il fallait le connaître bien mal pour faire une
- supposition pareille! Ils exagéraient du reste singulièrement son
- butin.
-
- «Il prend toute la vaisselle d'argent ou monnaie, de même que le
- cuivre, dont il paie la valeur comptant en or et fait ensuite
- marquer toute cette monnaie à son coin; en un mot il est obéi et
- respecté comme pourrait l'être le plus légitime monarque; cela
- passe l'imagination. Cependant nous sommes ici sans forces et sans
- provisions de bouche, sans espérance de récolte, tout le plat pays
- étant au pouvoir des rebelles. Dans les seuls districts de
- Vescovato et de Procoli, ils ont pris ou confisqué pour plus de
- six cent mille livres d'effets, jugez du reste et de notre
- situation. Dieu le pardonne à ceux qui en sont la cause». Lettre
- de Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97.
- Archives du Ministère des affaires étrangères, publiée par M.
- l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 295.
-
- [215] Xavier Matra à Théodore, Matra, le 30 mai 1736: _Materie
- politiche--Negoziazione colla Corsica--Carte diverse relative al
- regno di Teodoro Neuhoff in Corsica_, mazzo 3, inserto II.
- Archives d'État de Turin.
-
-Avant son départ, Théodore avait songé à exercer l'une des principales
-prérogatives du pouvoir royal: la frappe des monnaies. Mais la matière
-première manquait et c'était pour s'en procurer, qu'il avait fait faire
-les démarches, dont Matra lui mandait l'insuccès. Néanmoins un couvent
-de Corte envoya des candélabres et des crucifix pour être convertis en
-pièces[216].
-
- [216] _Journal de Costa._
-
-Le roi fit écrire au curé de Rostino, Don Matteo d'Ortiporio, pour lui
-demander de venir frapper les sous et les écus. Cet ecclésiastique avait
-déjà, disait-on, «battu monnaie pour son bon évêque Saluzzi[217]». Selon
-d'autres, il était connu comme faux monnayeur et «n'avait pas honte de
-l'avouer[218]».
-
- [217] _Mémoires de Rostini._
-
- [218] _Journal de Costa._
-
-Malgré son absence, Gaffori fut nommé président de la monnaie, poste
-appelé à devenir une sinécure.
-
-Le roi parti[219], Costa eut bien des tribulations. Presque
-journellement il écrivait au roi[220] pour lui rendre compte de ce qui
-se passait. Il éprouvait un grand chagrin du départ de Sa Majesté,
-cependant il devait s'incliner devant ses volontés. L'habit du roi était
-prêt, mais on le conservera jusqu'au retour du monarque dans le Nebbio.
-Tous les jours on expédiait des provisions et quelques munitions au
-camp[221], mais l'argent manquait, et Costa donna quatre sequins de sa
-poche aux soldats. Il s'efforçait, avec le concours de Matra, de lever
-des compagnies. Il écrivait, à cet effet, dans plusieurs endroits, mais
-il se heurtait à des «difficultés insurmontables», car les paysans
-faisaient leurs moissons. Le curé de Rostino ne répondait pas à ses
-lettres, et Gaffori, malade dans son village, ne pourrait pas se mettre
-en route avant quelques jours[222]. Costa, en faisant des miracles,
-parvint à embaucher six ouvriers. Tout le voisinage était rempli de
-_Vittoli_[223], embusqués par les Génois, ce qui rendait presque
-impossible le recrutement parce que chacun voulait se garder
-personnellement et défendre les siens. Chaque jour les mêmes difficultés
-renaissaient. Les gens des plaines disaient qu'ils étaient prêts à
-servir après les montagnards, qui faisaient leurs récoltes plus tard.
-Mais Costa était obligé d'avouer son impuissance à remédier à toutes ces
-choses[224].
-
- [219] D'après une lettre de Bastia du 7 mai 1736, Théodore serait
- allé dans le Nebbio dès le commencement de mai. Il aurait logé
- «dans la maison du feu comte Masimo qui est située entre La
- Bastie et San Fiorenzo»: Correspondance de Gênes, vol. 97.
- Archives du Ministère des affaires étrangères. Cette lettre a été
- publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 287.
-
- Sur une adresse de la main de Théodore à Costa, qui se trouve à la
- bibliothèque municipale de Turin (collection Cossila), figure un
- petit cachet en cire rouge qui représente un écusson coupé. D'un
- côté, d'argent, le buste d'un homme; de l'autre, de sable, un
- dessin qui semble représenter le monogramme du roi.
-
- [220] Costa, comme la plupart des lieutenants de Théodore,
- commence toutes ses lettres selon les règles du protocole par le
- mot _Sire_.
-
- [221] Un nommé Pietri de Tavagna expédiait lui aussi des bestiaux
- et des denrées au camp établi devant San Pellegrino.--Pietri à
- Théodore, Tavagna, le 31 mai 1736: _loc. cit._ Archives d'État de
- Turin.
-
- [222] Costa à Théodore, Orneto, le 6 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
- [223] On appelait ainsi, en Corse, les traîtres et les assassins
- soudoyés par les Génois, du nom de Vittolo, qui, le 17 janvier
- 1567, à l'instigation de Gênes et moyennant, dit-on, cent
- cinquante écus, assassina Sampiero, le héros corse, dont il était
- écuyer. Voir la chronique d'Anton Pietro Philippini traduite et
- publiée par M. l'abbé Letteron, dans le _Bulletin de la Société
- des sciences historiques et naturelles de la Corse_, Bastia,
- 1890. _Histoire de la Corse_, t. III, p. 230-236.
-
- [224] Costa à Théodore, Orneto, le 7 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Le comte Poggi, à Zicavo, s'occupait à lever des soldats. Mais dans la
-montagne cela était aussi difficile que dans la plaine. Il mandait au
-roi qu'il pourrait mettre seulement cent hommes à sa disposition sans
-compter quelques Corses au service de Gênes et revenus à de meilleurs
-sentiments. Il se répandait en protestations dévouées. Lui, au moins, il
-n'était pas comme les autres, qui jouaient double jeu. Sa vie ne
-comptait pour rien; il ne demandait que des armes. Et pour prouver sans
-doute sa sincérité, il envoyait à Sa Majesté le fromage qu'il lui avait
-promis[225].
-
- [225] Poggi à Théodore, Zicavo, le 8 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Le 8 juin, cinq navires parurent au large; la joie fut grande dans le
-peuple. Les voilà donc, enfin, les munitions attendues depuis si
-longtemps. Hélas! les bateaux étaient passés sans rien débarquer[226].
-Sa Majesté devait se hâter de faire venir la felouque avec quelques
-armes. Le moindre secours suffirait à ranimer le courage du peuple, dont
-la foi commençait à faiblir. Le vice-roi craignait qu'il ne la perdît
-bientôt complétement. Chacun voulait de l'argent, mais il n'y en avait
-pas. L'absence du roi causait un grand préjudice. Les Génois avaient
-publié un placard infâme contre lui. Devant Saint-Florent, après un
-combat assez vif, les Corses avaient été mis en déroute, en infligeant
-des pertes à l'ennemi. Devant San Pellegrino les mules manquaient pour
-transporter le canon. Personne ne voulait obéir[227].
-
- [226] Costa à Théodore, Orneto, le 9 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
- [227] Costa à Théodore, Orneto, le 13 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Le 15 juin, Costa envoya un exprès à Sa Majesté pour lui notifier que si
-elle tardait encore deux jours à revenir tout était perdu. Il en coûtait
-au malheureux vice-roi de faire cette déclaration, mais la discorde
-régnait dans les villages. Non seulement on ne pouvait lever aucune
-compagnie nouvelle, mais celles qui existaient s'étaient dissoutes. Le
-bruit courait que le roi allait partir après avoir pris de l'argent à
-l'un et à l'autre, que les secours n'arriveraient pas, qu'on ne pourrait
-jamais vaincre les Génois et mille autres infamies[228].
-
- [228] Costa à Théodore, Orneto, le 15 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Et cependant, si on avait du monde, on pourrait faire de grandes choses;
-chaque jour des soldats, allemands pour la plupart, s'échappaient du
-camp ennemi, sans leurs fusils malheureusement. Ils disaient que les
-Génois étaient dans la consternation, car tous leurs gens, y compris les
-Corses à leur service, déserteraient si la moindre barque apportait des
-armes aux patriotes. Seul avec seize hommes, sans force et sans
-autorité, Costa, entouré de périls, ne savait que devenir. Les médisants
-triomphaient. Sa Majesté écrivait de donner de l'argent au camp, mais la
-monnaie n'en faisait pas. On avait «sué la sueur de la mort» pour payer
-les soldats. Le vice-roi avait encore donné, le 18 juin, deux cent
-vingt-quatre livres en pistoles de ses deniers; il ne lui restait plus
-rien[229]. Les journées passées sans nouvelles du roi, semblaient, au
-malheureux Costa, longues comme des siècles. Il fallait absolument que
-Sa Majesté fît venir Gaffori pour la monnaie. Buongiorno avait du cœur,
-mais il ne réussissait pas, il était trop libéral et puis il se mêlait
-toujours des affaires du Tribunal. Pour ne pas le décourager, Costa ne
-voulait lui faire aucun reproche. Il suppliait Sa Majesté de n'en rien
-dire; s'il lui en parlait, c'est qu'Elle devait être instruite de
-tout[230].
-
- [229] Costa à Théodore, Orneto, le 19 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
- [230] Costa à Théodore, Orneto, le 29 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Le vice-roi envoya quelques jours plus tard Buongiorno en courrier
-auprès de Théodore. Il lui faisait tenir en même temps une autre lettre
-dans laquelle il disait que ce même Buongiorno avait distribué à tort et
-à travers des balles et de la poudre, à tous ceux qui se disaient ses
-amis ou qui le flattaient, sans songer que certains Corses «voleraient
-jusque dans le ciel». Ce qu'il disait des munitions pouvait également
-s'appliquer aux vivres. Sa Majesté verra ainsi le «bel état» dans lequel
-il se trouvait[231].
-
- [231] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Les gens qui composaient la cour de Théodore se jalousaient tous entre
-eux. Leur correspondance était une suite de médisances, de bruits
-rapportés. Si on blâmait Buongiorno, celui-ci se plaignait des autres,
-mais il exaltait ses propres mérites. En adressant au roi son habit neuf
-et trois bandages, il faisait son apologie, se confondait en humbles
-respects. Un autre jour, il demandait à Sa Majesté en termes indignés de
-châtier ses calomniateurs[232].
-
- [232] Cristoforo Buongiorno à Théodore, Orneto, les 13 et 22 juin
- 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-De tous les côtés la délation s'insinuait. «La Souveraine Majesté de
-Théodore premier, roi de Corse» reçut une lettre anonyme. L'écrivain
-donnait à Neuhoff des conseils pour réussir dans son entreprise, et lui
-recommandait de recourir souvent aux sacrements, parce que sur les
-champs de batailles la mort guette les combattants. Mais le principal
-but de cette lettre était de dénoncer un nommé Fabiani--le général
-probablement--. Le roi devait se méfier de cet individu, qui ne méritait
-aucune estime et qui personnifiait la bassesse et la lâcheté[233].
-
- [233] Lettre anonyme sans date, mais certainement écrite dans le
- courant de 1736, puisqu'elle a été adressée à Théodore pendant
- qu'il était en Corse: Bibliothèque municipale de Turin,
- collection d'autographes Cossilla, mazzo 28.
-
-Gaffori arriva enfin. La fabrication de la monnaie devait se faire dans
-le couvent de Tavagna, où l'on avait réuni tous les instruments
-nécessaires. Une équipe d'ouvriers venus d'Orezza avait pour chef un
-certain Giulio Francesco, surnommé _sette cervelle_ (sept cervelles),
-car il était très habile dans son art. Il savait fort bien frapper des
-écus aux armes de Gênes[234].
-
- [234] _Mémoires de Rostini._--_Journal de Costa._
-
-Gaffori commença par faire construire des fours et un fourneau à
-réverbération pour la fonte du cuivre, car les premiers creusets ne
-pouvaient résister au feu. Sur douze, il n'en avait trouvé qu'un seul à
-son arrivée. Il espérait, d'ailleurs, obtenir ainsi une frappe
-meilleure, les plaques étant plus fortes. Mais les grosses difficultés
-provenaient du mauvais vouloir des artisans. Ils travaillaient à
-contre-cœur, prétendant ne pouvoir toujours rester devant le fourneau,
-et ils demandaient à être remplacés de temps en temps. Le président
-n'avait pas cru devoir accueillir cette demande sans l'autorisation du
-roi. Deux d'entre eux étaient retournés à Orezza sans permission; avec
-l'aide de Costa, il faisait tous ses efforts pour empêcher les
-défections. Il avait promis aux ouvriers le payement du travail fait
-jusqu'alors et un salaire de trente _soldi_ par jour à l'avenir; ils
-n'étaient jamais satisfaits. Buongiorno se disposait à rejoindre le roi
-et Gaffori le chargeait de lui dire ce qu'était cette engeance. Le
-président suppliait Sa Majesté de renvoyer Buongiorno dès qu'Elle
-pourra se passer de ses services: avec son savoir et son habileté, il
-sera très utile parmi ces récalcitrants. Le travail marchait avec une
-lenteur désespérante. Sur cinq empreintes, quatre furent détériorées,
-soit par malveillance, soit par négligence. Celle qui restait avait
-besoin d'être retouchée.
-
-[Illustration]
-No 1 No 2 Reproduction des monnaies de Théodore de
-Neuhoff d'après les moulages des pièces qui se trouvent au Cabinet des
-Médailles à la Bibliothèque Nationale de Paris.
-
-La fabrication de la monnaie d'argent n'avançait guère non plus.
-Cependant Gaffori espérait pouvoir bientôt en envoyer quelques spécimens
-à Sa Majesté. Dans cette partie aussi, les ouvriers manquaient de zèle.
-Il fallait être toujours près d'eux, les surveiller, les forcer à
-travailler. Mais, en revanche, ils ne cessaient de demander de l'argent.
-Un jour, exaspéré par cette canaille, Gaffori voulut faire mettre tout
-le monde en prison. Costa calma sa fureur en lui faisant remarquer que
-cet acte de rigueur ne serait ni prudent ni politique[235].
-
- [235] Pietro Gaffori à Théodore, Tavagna, les 26 et 30 juin 1736:
- _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Gaffori, comme chacun, se plaignait de ses compagnons. «La malignité de
-nous autres Corses, écrivait-il, est si grande et si rusée que celui qui
-veut tuer son compétiteur n'agit pas en face, mais il emploie un canal
-lointain par où passe l'envie et la passion, déguisées sous le masque du
-dévouement. Avec le temps, Votre Majesté connaîtra la sincérité de mes
-sentiments et saura punir. _Tolluntur in altum ut lapsu graviore ruant._
-Ainsi fait Dieu, dont les rois sont la plus parfaite image sur la
-terre!»[236].
-
- [236] Gaffori à Théodore, Tavagna, le 30 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Mais, s'il faut en croire le vice-roi, le beau zèle du président était
-simulé. «Gaffori, écrit-il au roi, fait mine de travailler, mais c'est
-une fille: un seul jour de présence au travail a suffi pour l'ennuyer...
-Gaffori est très froid, et rien d'autre». Quant au curé de Rostino, qui
-s'était enfin décidé à venir, Costa affirme qu'il n'avait jamais vu
-quelqu'un de plus lâche que lui[237].
-
- [237] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin; Couvent de Tavagna,
- le 29 juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Malgré tout, on parvint à frapper quelques pièces. La monnaie de cuivre
-était de deux valeurs différentes: l'une de _2 soldi 1/2_, l'autre de _5
-soldi_. Sur la face, elles portaient les initiales T. R. entourées de
-palmes et surmontées d'une couronne royale. Au-dessous, se trouvait la
-date, 1736. Sur le revers, figurait la valeur entourée par cette
-légende: _Pro bono publico. Ro. Ce._[238].
-
- [238] E. Cartier, _Monnaies frappées en Corse par Théodore et
- Paoli_, dans la _Revue numismatique_, 1812, p.
- 193-212.--Campredon envoya à Chauvelin une pièce de deux soldi et
- demi avec sa dépêche du 28 juin: Correspondance de Gênes, vol.
- 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-[Illustration]
-MONNAIE DE CUIVRE
-
-Ces pièces, qu'on pourrait classer dans la catégorie des _monnaies de
-nécessité_, étaient très minces et d'une frappe grossière. Deux ans
-seulement après leur fabrication, elles étaient usées et on en
-distinguait difficilement la légende[239].
-
- [239] Jaussin, l'apothicaire de l'armée française pendant
- l'expédition de 1738, dit: «Je fis l'acquisition de deux pièces
- de monnaie de ce roi de nèfles. Quelque viles qu'elles fussent à
- cause du sujet et de la matière, elles étaient pourtant rares;
- elles eurent un peu de cours dans plusieurs _pieve_ rebelles.
- Cette monnaie était de billon, de la plus basse valeur, petite,
- mince et mal fabriquée. On n'y voyait point de portrait et il
- était impossible d'en déchiffrer la légende; on apercevait
- seulement une couronne fermée et au-dessous un grand T et une
- grande R qui signifiaient sans doute THÉODORE ROI». Mais là où
- Jaussin se trompait c'est quand il ajoutait: «_On frappa aussi
- quelques pièces d'or et d'argent_, mais je ne pus jamais en
- avoir, vu leur extrême rareté.» _Op. cit._, t. 1, liv. II, p.
- 274-275.
-
-Le T. R. signifiait _Théodore Roi_. C'est ainsi que le traduisaient les
-partisans de Sa Majesté. Les Corses hostiles disaient: _tutto rame_,
-tout cuivre; les Génois: _tutti ribelli_, tous rebelles[240].
-
- [240] Pommereul, _op. cit._, t. I, p. 208.--E. Cartier, _op.
- cit._
-
-Il fut décidé que les pièces d'argent porteraient sur la face les armes
-de la Corse, c'est-à-dire la tête de maure ceinte d'une couronne fermée
-d'où pendait une chaîne à trois chaînons. La légende serait THEODORUS
-REX CORSICE. Sur le revers devait figurer l'image de la Vierge, nimbée
-de cinq étoiles; sur le milieu, partagée en deux, la date 1736, et comme
-légende MONSTRA TE ESSE MATREM S. P. Ces écus auraient valu trois
-livres[241]. Mais, au dire de Costa, un seul fut frappé[242].
-
- [241] _Mémoires de Rostini._
-
- [242] _Journal de Costa._
-
-[Illustration]
-MONNAIE D'ARGENT[243]
-
- [243] La reproduction de la monnaie de Théodore a été faite
- d'après l'ouvrage du colonel Maillet: _Catalogue descriptif de
- toutes les monnaies obsidionales et de nécessité_. Bruxelles,
- 1870-73, 2 vol. in-8º et 2 atlas oblongs avec 218 planches.
-
- M. J. Protat, de Mâcon, collectionneur et numismate des plus
- érudits, a bien voulu me donner ce dessin et les clichés
- typographiques dont il a surveillé lui-même la confection. J'ai le
- regret de n'avoir pu lui témoigner ma sincère gratitude avant sa
- disparition prématurée. Qu'il me soit au moins permis de donner à
- sa mémoire un souvenir reconnaissant.
-
- Comparez ce dessin, qui représente les pièces comme elles auraient
- dû être, avec la planche d'après les moulages.
-
-Cependant, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de
-Paris, on peut en voir deux exemplaires. D'après E. Cartier, l'un d'eux
-serait faux[244].
-
- [244] E. Cartier, _op. cit._
-
-Dès le début, les pièces de Théodore furent rares. Les numismates et les
-collectionneurs les recherchèrent comme objets de curiosité. Sur le
-continent une spéculation s'établit; elles atteignirent un prix élevé
-et, à Naples, on en fabriqua de fausses[245]. Il n'y aurait donc rien
-d'étonnant à ce qu'un des exemplaires du Cabinet des médailles provînt
-de la fabrique napolitaine et non du couvent de Tavagna, l'_Hôtel de la
-Monnaie_ de Sa Majesté Théodore Ier[246].
-
- [245] E. Cartier, _op. cit._--_Relazione della Corsica di Giacomo
- Boswell scudiere, trasportata in italiano dall'originale
- inglese_, p. 112.--Note de l'éditeur des _Mémoires du Père
- Bonfiglio Guelfucci_, p. 67.
-
- [246] Il y a une différence très sensible entre les deux
- spécimens en argent de la Bibliothèque nationale. L'un paraît
- être d'un métal très inférieur à l'autre et d'une frappe plus
- grossière. On aperçoit parfaitement dans l'une de ces pièces (no
- 1 de la planche d'après les moulages) comme une hésitation dans
- la gravure, des doubles traits, ce qui laisserait supposer qu'on
- s'y serait repris à deux fois et pas au même endroit. La
- circonférence est plus irrégulière; sur l'un des bords de la
- face, il y a une saillie du métal très caractérisée provenant
- sans doute de ce que le coin aurait été appliqué d'une façon très
- imparfaite. La défectuosité de l'outillage dont se servaient les
- ouvriers de Théodore, la rareté de l'argent qu'ils avaient à leur
- disposition, donnent à penser que l'exemplaire le plus grossier
- comme frappe et le plus bas comme titre serait le vrai.
-
-Mais si les chercheurs et les curieux achetaient très cher ces pièces,
-les ouvriers, les soldats, les paysans, en général tous ceux qui
-voulaient être réellement payés, les refusaient avec énergie.
-
-Théodore avait donné l'ordre de payer les troupes avec ses sous. Mais,
-dès leur apparition, ces _assignats_ de cuivre furent très dépréciés.
-Les soldats murmurèrent et refusèrent de recevoir cette monnaie de
-mauvais aloi. Un jour, un tumulte éclata à ce sujet. Les récalcitrants
-prirent leurs fusils et Costa, avec les seize hommes qui composaient sa
-garde, dut les désarmer pour éviter un malheur[247].
-
- [247] _Journal de Costa._
-
-Les ouvriers de la monnaie eux-mêmes ne voulurent pas recevoir en
-payement les pièces qu'ils fabriquaient[248]. Ces artisans avaient une
-excuse: ils savaient trop comment elles étaient faites.
-
- [248] Giacomo Francesco Pietri à Théodore, Couvent de Tavagna, le
- 17 juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Quelque temps après, devant Théodore lui-même, deux femmes de la
-montagne, qui avaient apporté des provisions au camp, refusèrent, en
-échange, la monnaie frappée au T. R. Elles se fâchèrent et «se servirent
-d'un langage peu convenable pour leur sexe». Le roi parut et ordonna de
-les mettre immédiatement en prison. Sous la menace, elles se calmèrent
-et repartirent en emportant les sous de Sa Majesté. Cette sévérité
-effraya les villageois qui firent pendant un certain temps moins de
-difficultés pour être payés ainsi[249]. Malgré ce _cours forcé_, les
-gens d'Orezza continuèrent à se moquer des colères royales. Ils tinrent
-une réunion et décidèrent de n'accepter que de bons écus contre «le sel,
-les chaussures et le drap» qu'ils vendaient à Théodore. Comme ces
-articles manquaient dans les villages placés sous le contrôle immédiat
-du camp, «ce fut très gênant»[250].
-
- [249] _Journal de Costa._
-
- [250] _Ibidem._ «... La monnaie qu'il avait fait battre depuis
- peu n'avait aucun cours parce que personne ne voulait la
- recevoir. Tout ceci fait juger que ces peuples, naturellement
- féroces et peu patients, pourraient bien tourner toute leur
- fureur contre le sieur Théodore et ses adhérents; ce serait un
- grand coup pour la république qui ne saurait mieux faire que de
- semer la division parmi eux; c'est l'unique moyen de rétablir son
- autorité». Lettre de Bastia, du 16 juillet 1736, publiée par M.
- l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 309.
-
-Chaque jour la révolte s'étendait. Dans le canton d'Orezza les hommes
-avaient juré de ne plus obéir à Théodore. Les villages d'Ampugnani et de
-Rostino se soulevaient. Quelques-uns des chefs perdaient la foi, tel le
-marquis de Matra, qui, selon Costa, se laissait aller à écouter les
-calomnies répandues contre le souverain. Le pauvre vice-roi ne savait
-plus où donner de la tête; il aurait fatalement succombé sous le poids
-des difficultés, s'il n'avait été soutenu par son inébranlable
-dévouement. Mais il suppliait Neuhoff de revenir au plus tôt, sans quoi
-tout était perdu. Et, au milieu des pires angoisses, il pensait encore
-à faire rechercher, mais en vain, les pantoufles du roi qui avaient été
-égarées[251].
-
- [251] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin; Tavagna, les 29 et 30
- juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Dans le Sud également, des gens prêchaient la révolte en termes
-passionnés et grossiers. Jean-Paul Costa, de Sainte-Marie d'Ornano,
-dénonçait à son oncle un certain Luca, qui devenait chaque jour plus
-dangereux et plus violent. S'il n'avait l'habitude de craindre la mort,
-il aurait ouvertement embrassé le parti des Génois. Il avait promis à
-ceux-ci d'empêcher le blocus d'Ajaccio par les troupes de Théodore, et
-il favorisait les rafles que les ennemis faisaient sur les côtes «de
-biens meubles, de gros et de petit bétail». Il disait n'avoir en vue que
-le bien public et le peuple l'écoutait. Un soir Luca «laissa sortir de
-sa bouche que dans le canton c'était lui le roi et que le souverain
-était le roi des c....»[252]. Il avait ajouté que le grand chancelier
-méritait d'être lapidé et que si, dans quelques jours les vaisseaux de
-secours n'arrivaient pas, les peuples le «mettraient en pièces». La rage
-de Luca se serait retournée contre le jeune Costa, si celui-ci n'avait
-été protégé par ses amis. Jean-Paul faisait tout ce qu'il pouvait. Dans
-la Rocca il levait des contributions volontaires ou non. A Levie il
-avait pris un cheval. Cet animal lui était réclamé comme appartenant à
-un fidèle partisan; néanmoins il le gardait jusqu'à nouvel ordre. On ne
-pourrait jamais rien faire de bon tant que Luca «ne serait pas hors de
-ce monde». La famille Lusinchi était également hostile au roi. Il
-faudrait encore prendre un arrêt contre Martin Tasso, son fils et ses
-clients, car eux aussi, ils fomentaient la révolte et servaient
-d'espions aux Génois. En traçant dans de longues pages ce lamentable
-tableau, le jeune Costa s'excusait de ne pouvoir envoyer à son oncle de
-plus amples détails, car il avait la tête malade[253].
-
- [252] «L'altra sera si lasciò sortir di bocca che di qua e re da
- se et che il nostro re e re de' coglioni.»
-
- [253] Jean-Paul Costa à son oncle, Sainte-Marie d'Ornano, le 25
- juin 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-
-II
-
-Théodore avait pris position à Monte-Maggiore, près de Calenzana. Paoli,
-qui, nous l'avons vu, avait abandonné les opérations devant Bastia pour
-aller aux funérailles de son père, avait reçu la mission d'enrôler des
-soldats. Le 27 juin, le général écrivit au roi pour lui dire les
-difficultés qu'il rencontrait. On faisait les moissons; les hommes
-étaient aux champs et il fallait rentrer les grains. Dans huit jours,
-les récoltes achevées, peut-être pourra-t-il se mettre en route avec
-quelques recrues. Et il suggérait au souverain l'idée de traîner les
-opérations en longueur pour gagner du temps[254].
-
- [254] Hyacinthe Paoli à Théodore, Rostino, le 27 juin 1736: _loc.
- cit._ Archives d'État de Turin.
-
-S'il faut en croire Costa, Paoli était peu disposé à lever des renforts
-pour venir aider le roi en Balagne, car il craignait que si les Corses
-remportaient une victoire dans ce canton, la situation du général
-Fabiani ne devînt prépondérante[255]. Neuhoff parvint, cependant, à
-donner un vigoureux assaut à Calenzana. Ce fut la plus sérieuse attaque
-qu'il ait jamais dirigée contre les Génois. Il s'en fallut de bien peu
-que la victoire ne couronnât ses efforts. La ville était sur le point de
-tomber en son pouvoir lorsqu'il dut battre en retraite, faute de
-munitions et par suite de l'éternelle jalousie qui divisait les chefs
-corses. Cette jalousie--comme le fait remarquer Costa--était un ennemi
-bien plus redoutable que les Génois[256].
-
- [255] _Journal de Costa._
-
- [256] _Ibidem._
-
-Les Corses assiégeaient aussi Algajola, petite ville fortifiée. Le
-capitaine génois Bembo, avec trois cent cinquante hommes, avait opéré
-une sortie et attaqué les retranchements des insulaires. Ceux-ci
-s'étaient enfuis en abandonnant un canon, cinq fusils, un pistolet, un
-tambour, une corne, qui leur servait de trompette, et des provisions. Le
-brave Bembo, ne pouvant emporter le canon, le fit éclater et envoya les
-autres dépouilles des rebelles, «en grande pompe», à Bastia. Le
-gouverneur donna l'ordre de chanter le _Te Deum_ dans Algajola pour
-célébrer cette brillante action[257] qui, d'ailleurs, ne pouvait avoir
-aucun résultat décisif.
-
-Les opérations devant Bastia n'avançaient guère. Arrighi, qui les
-conduisait, déclarait ne pouvoir ni investir la place ni s'emparer des
-récoltes aux alentours de la ville. Il avait cent soixante hommes
-seulement sous ses ordres; les balles et la poudre manquaient. Le
-détachement de Saint-Florent était rempli d'ardeur, mais là aussi les
-munitions faisaient défaut. Arrighi terminait ainsi: «Je ne puis
-comprendre d'où vient le bruit des intelligences dont on m'accuse, mais
-je ferai tous mes efforts pour le découvrir»[258]. Costa, en effet,
-accusait le général d'entretenir des rapports suspects avec les
-ennemis[259].
-
-Théodore tremblait. Il était tombé malade et avait pris le lit[260]. Le
-mauvais vouloir, les jalousies, les trahisons qu'il voyait autour de lui
-l'effrayaient. Tous ceux qui le soutenaient ou qui faisaient mine d'être
-des siens, voulaient des titres et des honneurs. Il dut faire une
-proclamation pour dire que tout le monde ne pouvait pas être général ou
-comte[261]. Craignant pour sa vie, il écrivit à Costa de lui envoyer
-quarante hommes sûrs, comme gardes du corps[262].
-
-Cependant, il cherchait toujours à éblouir les Corses et à les tromper.
-Il ordonna au grand chancelier de faire hisser sur la tour de Paduella,
-près de San Pellegrino, des pavillons coloriés pour guider les navires
-qui devaient apparaître au large. Il lui recommandait d'entretenir les
-Corses dans la croyance que des secours allaient arriver[263]. Mais ces
-bâtiments--véritables vaisseaux fantômes--ne sortaient jamais des brumes
-de la haute mer et les pavillons claquaient au vent, sur la tour,
-inutiles comme de misérables loques.
-
- [257] Lettre de Bastia, du 18 juin 1736, publiée par M. l'abbé
- Letteron, _Correspondance_, p. 304-305.
-
- [258] Arrighi à Théodore, du camp de Bastia le 24 juin 1736:
- _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
- [259] _Journal de Costa._
-
- [260] Costa à Théodore, Orneto, le 26 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
- [261] _Journal de Costa._
-
- [262] _Ibidem._
-
- [263] _Journal de Costa._
-
-A la fin de juin, Théodore se trouvait devant Corte. Au pont de
-Rossicio, Giappiconi et les autres l'avaient abandonné. Le roi demanda à
-Costa un secours immédiat. Si des hommes fidèles n'arrivaient sans
-retard, il était perdu. «La nation se sera donnée la réputation et la
-renommée d'avoir froidement assassiné son roi et père.» Gaffori seul
-était accouru vers lui et l'avait conduit dans le couvent de
-Saint-François[264]. Le comte Arrighi se cachait. Tout allait de
-travers. Costa et le comte Giafferi devaient venir avec des renforts
-armés. Théodore désirait retourner en Balagne, tant pour secourir ses
-partisans, que pour châtier les infâmes, qui voulaient le livrer mort ou
-vivant[265].
-
- [264] Aujourd'hui le petit séminaire de Corte.
-
- [265] Théodore à Costa, Corte, le 2 juillet 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Il résolut de soumettre Corte à son obéissance. Avec quelques hommes qui
-s'entêtaient à lui rester fidèles, il voulut pénétrer dans la ville.
-Arrighi, sorti de sa retraite, lui en refusa l'entrée. Théodore
-s'emporta. La querelle dégénéra bientôt en bataille. Il y eut des morts
-dans chaque camp. Enfin, le parti du roi triompha. Par son ordre, tandis
-qu'on se battait, un nommé Schietto aurait mis le feu à la ville;
-trente-six maisons furent brûlées, dit-on; d'autres pillées. Un renfort
-étant arrivé à Neuhoff, Arrighi se sauva au-delà des monts[266]. Les
-gens de Corte firent leur soumission et quelques chefs, qui s'étaient
-séparés du roi, revinrent rendre hommage. A leur tête, se trouvait
-Paoli avec ses clients[267]. Celui-ci, il faut le reconnaître, avait
-une merveilleuse souplesse pour se retourner du côté du plus fort.
-
- [266] A Vico selon Rostini, à Bogognano suivant une lettre de
- Bastia du 31 juillet 1736, publiée par M. l'abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 309-311.
-
- [267] _Journal de Costa._--_Mémoires de Rostini._--Lettre écrite
- de Bastia, le 31 juillet 1736, publiée par M. l'abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 309-311.
-
-Théodore informa Costa de son prochain retour sur la côte orientale. Le
-grand chancelier fit venir des ouvriers pour orner et décorer le couvent
-des Franciscains où Sa Majesté devait descendre. Un homme d'Ampugnani,
-artiste habile, peignit les armoiries du roi et celles du royaume au
-fronton des portes et sur des étendards, pour lesquels Costa avait
-acheté de la toile avec son argent[268]. Des guirlandes de fleurs
-entouraient les écussons. On tendit des portières en soie de différentes
-couleurs; la couche royale fut ornée de rideaux en soie également. Les
-deux chambres pour les officiers furent arrangées dans le même goût.
-Costa se montra satisfait. Cette décoration, qui «semblait être faite de
-fleurs», dit-il, était destinée à donner à la Cour un air imposant et à
-voiler la pauvreté qui s'étalait derrière ces ornements[269].
-
- [268] Costa à Théodore, Orneto (sans date): _loc. cit._ Archives
- d'État de Turin.
-
- [269] _Journal de Costa._
-
-Tandis que Neuhoff combattait en Balagne contre les Génois et à Corte
-contre ses généraux, un malheur l'atteignit: Fabiani, un de ses plus
-fidèles lieutenants était assassiné.
-
-Les parents de Luccioni ne pardonnaient pas à Théodore l'exécution du
-traître. Ils voulaient venger le mort. Mais, au lieu de déclarer
-ouvertement et loyalement la _vendetta_, selon la coutume corse, ils
-avaient feint d'accepter la condamnation, comme la juste expiation du
-crime. On disait dans Bastia que cette famille, par l'intermédiaire de
-Fabiani, s'était soumise et avait juré fidélité au roi. Celui-ci conféra
-même à quelques-uns les titres de marquis et de comte[270]. Les Génois,
-dont la politique consistait à entretenir les inimitiés, s'alarmèrent
-de cette réconciliation, que le temps et les circonstances pourraient
-rendre sincère et qui apporterait quelques partisans à Neuhoff.
-
- [270] «Les parents du feu Luccioni qu'ils ont fait mourir, bien
- loin d'en témoigner du ressentiment, comme on s'était flatté ici,
- se sont réunis au nouveau roy sur la parole de Fabiani qui lui
- conduit des otages de leur part. En cette considération, il les a
- créés marquis et comtes, à savoir Paviani de Matra, et Martinetti
- d'Aléria, après quoi Théodore les a congédiés...». Lettre de
- Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance de Gênes, vol. 97.
- Archives du Ministère des affaires étrangères, publiée par M.
- l'abbé Letteron, _Correspondance_, p. 295.
-
-Ils inspirèrent aux Luccioni le désir de la vengeance. Leurs
-exhortations tombèrent dans un terrain préparé; elles portèrent leurs
-fruits. Comme il était difficile d'atteindre Théodore lui-même, ils
-résolurent de frapper son meilleur général; représaille injuste et
-lâche, car Fabiani n'était pour rien dans la condamnation du traître; il
-se trouvait en Balagne lorsqu'elle fut prononcée. Les Génois voulaient
-des victimes. Fabiani était sur leur liste d'exécution. L'occasion se
-présenta de se venger: ils la saisirent[271].
-
- [271] _Mémoires de Rostini._
-
-Poggi avait promis--nous l'avons vu--de recruter des hommes dans les
-pays au-delà des monts. Comme ces renforts tardaient à arriver, Fabiani
-s'était rendu à Orezza, village natal de sa femme et où il comptait
-beaucoup de parents et d'amis. Les partisans de Luccioni habitaient ce
-canton. Ils vinrent complimenter le général; sans méfiance, celui-ci
-leur fit bon accueil. Ils lui dirent qu'ils avaient des griefs contre
-Costa, mais qu'ils étaient prêts à s'unir à lui pour aller combattre en
-Balagne. Fabiani les engagea à faire une tournée dans le canton avec
-lui, pour compléter les enrôlements. A Stazzona il les invita à souper,
-puis, continuant son voyage, toujours suivi par les traîtres, il
-descendit à Valle d'Orezza, passa la nuit aux Piazzole et revint à
-Stazzona, d'où il devait regagner la Balagne.
-
-Un peu au-delà du village, des hommes armés se tenaient embusqués
-derrière un moulin en ruines. La chronique a conservé leurs noms:
-Hyacinthe Petrignani, de Venzolasca, Jean-Baptiste et Fratelongo, son
-frère, appelés les Turcati de Carcheto. A peine Fabiani avait-il
-traversé la rivière, que ces hommes déchargèrent sur lui leurs fusils.
-Il reçut trois ou quatre balles dans la poitrine, dans les côtes et
-dans le flanc. Ses parents et ses amis, saisis de stupeur, laissèrent
-fuir les assassins.
-
-Le premier moment d'effarement passé, ils voulurent s'élancer à leur
-poursuite, mais le général, qui n'avait pas perdu connaissance, les
-retint et les supplia de ne pas l'abandonner. Il craignait que ses
-meurtriers ne revinssent pour lui couper la tête afin de la porter en
-triomphe à Bastia. Fabiani fut transporté à Stazzona, où il mourut après
-une agonie de vingt-quatre heures[272].
-
- [272] _Mémoires de Rostini._
-
-Ce tragique événement eut lieu vraisemblablement le 15 juillet[273].
-
- [273] Cette date est celle du testament politique de Fabiani dont
- je parle plus loin.
-
-Les assassins, aussitôt le crime accompli, se rendirent à Bastia pour
-recevoir le prix convenu[274]. Les Génois célébrèrent ce forfait comme
-un triomphe. Jusqu'alors inactifs, ils commencèrent à prendre
-l'offensive. Ils effectuèrent une sortie et dispersèrent les cent
-soixante hommes de Neuhoff campés devant la ville[275].
-
- [274] _Journal de Costa._--_Mémoires de Rostini._
-
- [275] _Journal de Costa._
-
-Après la mort tragique du général balanais, le chanoine Orticoni,
-adversaire acharné des Génois, rédigea un appel aux Corses sous la forme
-d'un _testament politique de Simon Fabiani_[276].
-
- [276] Cet écrit a été publié dans le _Bulletin de la Société des
- sciences historiques et naturelles de la Corse_ (IXe année, 1889,
- 103e, 104e, 105e et 106e fascicules, p. 576-600). D'après une
- note de l'éditeur, le testament politique de Fabiani serait resté
- manuscrit jusqu'alors. Il avait été communiqué à la Société par
- des descendants du général qui habitent Santa Reparata. Il y a là
- une erreur. Le testament politique de Simon Fabiani a été imprimé
- après l'assassinat. Il se trouve en effet aux archives du
- Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Gênes, vol.
- 98, année 1736, fol. 27 à 34, un exemplaire imprimé de cet écrit
- qui porte pour titre: _Simone Fabiani, tenente generale dell'armi
- de' malcontenti di Corsica, ferito a morte da sicarj, scrive a'
- Corsi suoi compagni, ed a quei Corsi, che sono dentro e fuori del
- Regno_. L'écrit porte à la fin: _Da Piazzole di Orezza, li 15 di
- luglio 1736_. L'imprimé qui se trouve à Paris fut communiqué par
- Campredon au Ministère le 15 novembre 1736. Voir: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 323.
-
-Cet écrit très long était une sorte d'homélie ampoulée et emphatique,
-mais qui contenait des vérités que les Corses auraient sagement fait de
-méditer.
-
-Le chanoine adjurait ses compatriotes d'être unis dans un effort commun
-pour délivrer la patrie. Ceux qui, après avoir reçu des titres et des
-honneurs, vivaient dans l'indifférence auraient à rougir de n'avoir pas
-donné leur sang et leurs biens pour la cause nationale. Il s'élevait
-contre la déplorable habitude qu'avaient les Corses de quitter l'île
-pour aller vendre leur énergie, leur activité et leur intelligence à
-l'étranger. Si ceux-là péchaient contre la patrie, combien plus
-coupables encore étaient ceux qui entraient au service de Gênes, séduits
-par des avances trompeuses, que chacun devait repousser avec force. Et
-il citait l'exemple des grands patriotes de jadis!
-
-Tandis que ce drame sanglant se déroulait à Orezza, le prêtre Grégoire
-Salvini informait Théodore que «grâce à Dieu, à la très sainte Vierge de
-la Visitation et aux âmes du Purgatoire», il avait débarqué sain et sauf
-à l'Ile Rousse, malgré la rencontre en mer d'une «gondole» génoise. Le
-petit bâtiment, qui l'avait amené de Livourne, apportait vingt-deux
-barils de poudre, dix-sept sacs de balles et quelques fusils. Pour se
-procurer ces munitions et afin de ne pas risquer de l'argent, il avait
-dû, disait-il, employer mille ruses, faire mille promesses aux
-marchands. Il avait donné sa parole d'honneur pour garantir la justice
-et la bonne foi de Sa Majesté. Il s'était aussi engagé à venir en
-personne surveiller la vente et le payement de ces marchandises. Il
-n'aurait rien obtenu sans ces promesses formelles, car «les marchands
-craignaient la rapacité bien connue des Corses». Il remettait enfin à
-Théodore deux lettres d'Amsterdam, que lui avait consignées le sieur
-Thomas Brackwell, de Livourne[277].
-
- [277] Grégoire Salvini à Théodore, Monticello, le 1er juillet
- 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Quelques jours plus tard, Salvini écrivit encore au roi pour lui dire
-que les choses allaient bien mal en Balagne faute d'hommes. Il suppliait
-Sa Majesté «par les entrailles de Jésus» de lui envoyer la plus grande
-partie de ses soldats, sans quoi ses compagnons et lui allaient
-infailliblement périr. Le mieux serait que le roi revînt en Balagne avec
-une bonne troupe. Il n'avait rien à craindre pour sa vie, car les
-Balanais étaient prêts à mourir pour la défense de la patrie et de la
-personne sacrée de leur souverain[278].
-
- [278] Grégoire Salvini à Théodore de Neuhoff, Ville, le 18
- juillet 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Les Corses, cependant, remportèrent quelques petits succès[279]. Le plus
-important eut lieu devant l'Île Rousse. Le colonel génois Marchelli, à
-la tête de quatre cents hommes, avait fait une descente, pour surprendre
-la tour fortifiée par les rebelles. Ceux-ci ayant paru, les soldats de
-la république s'enfuirent. Ils se jetèrent à la mer pour gagner le
-bâtiment qui se trouvait à quelques encâblures du rivage. Ne sachant pas
-nager, ils se noyèrent pour la plupart; d'autres furent tués et cent
-trente faits prisonniers. Une des chaloupes de la galère, venue pour
-porter secours, s'échoua et les Corses s'emparèrent de tout ce qu'elle
-contenait[280]. Marchelli et son lieutenant avaient prudemment fui dès
-le début de l'action. Le Sénat les fit mettre aux arrêts. Mais ils
-arrivèrent à se disculper, d'autant plus facilement que la république
-n'avait pas d'officiers meilleurs à mettre à leur place.
-
- [279] _Journal de Costa._
-
- [280] Lettre du 5 août 1736: Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 311.
-
-Théodore profita de cet avantage pour sommer le gouverneur de Bastia
-d'avoir à lui renvoyer dans les huit jours les prisonniers corses, faute
-de quoi, il ferait arquebuser les cent trente génois pris à l'Île
-Rousse[281].
-
- [281] Lettre de Campredon, du 23 août 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 312.
-
-A Ajaccio, Ornano avait attiré les Génois dans une embuscade et tué
-trois cents des leurs.
-
-Dans cette guerre d'escarmouches, ces affaires prenaient une grande
-importance et mettaient du baume dans le cœur de Sa Majesté[282]. Les
-gens de Bastia étaient consternés. Le bruit circulait en ville que le
-roi recevait tous les jours des munitions; qu'un certain Balanais nommé
-Salvetti lui avait apporté de Rome huit mille piastres en or et qu'on
-voyait circuler des sequins turcs[283].
-
- [282] _Journal de Costa._
-
- [283] Lettre de Bastia du 23 août 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 312-313.
-
-A la vérité, la popularité de Théodore décroissait chaque jour; sa cour
-se dégarnissait. «La nation commençait à se croire jouée par lui»[284].
-
- [284] Bonfiglio Guelfucci, _op. cit._, p. 67.
-
-Il essaya de remplacer par des mots et par des titres les secours
-tangibles qu'il avait promis aux Corses. Il invita les populations à
-venir à Venzolasca pour entendre un discours. Il érigea certains
-districts en marquisats. Il créa de nouveaux comtes et marquis, dont il
-nomma les fils «chevaliers de la Clé d'or»[285]. Ces chevaliers
-constituaient le premier contingent de l'ordre de chevalerie qu'il se
-proposait d'instituer. Costa, qui se qualifie du plus humble des
-serviteurs, fut également anobli[286].
-
- [285] _Journal de Costa._
-
- [286] _Ibidem._
-
-Le discours était, nous dit-on, une production extraordinaire. Le roi
-expliquait comment les princes étaient semblables à des lois vivantes et
-pareils à des miroirs brillants, où les sujets devaient regarder de près
-pour prendre des exemples[287].
-
-L'éloquence du roi fut reçue par des applaudissements[288]. Sur le
-moment même, le peuple applaudit toujours aux phrases; mais après.....
-
- [287] _Ibidem._
-
- [288] _Ibidem._
-
-
-III
-
-Le ministre de Gênes en France, Sorba, était corse[289]. Diplomate
-habile et zélé, il servait, malgré son origine, la république avec
-dévouement. Il n'épargnait ni son temps, ni sa peine pour se procurer
-sur les antécédents et sur la famille de Théodore les renseignements les
-plus précis.
-
- [289] Sorba, écrivait Campredon, n'a «contre lui que le péché
- originel de sa naissance qui est d'être corse». Campredon à
- Amelot, Gênes, le 18 juillet 1737: Correspondance de Gênes, vol.
- 100. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-On avait appris à Gênes qu'un capitaine du régiment de La Marck, en
-garnison dans les Trois-évêchés, était en correspondance très suivie
-avec Neuhoff, dont il se disait l'oncle[290]. Cet officier, nommé
-Nayssen, avait écrit, de Pignerol, au «nouveau roi de Corse» qu'il lui
-donnerait tous les secours en son pouvoir; qu'il lui fournirait
-principalement des troupes et des officiers. La république priait donc
-le gouvernement français de faire punir sévèrement ce capitaine, dont la
-conduite était si coupable[291].
-
- [290] Lettre à la comtesse d'Apremont communiquée par J.-B. Mari,
- ministre de Gênes à Turin. Turin, le 27 juin 1736: _loc. cit._
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes. Cette lettre a été
- publiée par M. Antonio Battistella, _op. cit._, p. 167.
-
- [291] Mémoire remis par la république de Gênes à Campredon et
- transmis par celui-ci en original et en traduction au ministre.
- Campredon à Chauvelin, Gênes, le 31 mai 1736: Correspondance de
- Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Sorba, sur les ordres du Sénat fit, au sujet de cette affaire, une
-démarche auprès du ministre de la guerre, d'Angervilliers. Celui-ci
-promit à l'envoyé génois de faire le nécessaire. Il lui semblait
-cependant peu vraisemblable qu'un officier étranger, dont la solde était
-plus élevée que celle d'un français, ait pu se laisser tenter par un
-aventurier sans ressources. Dans la même dépêche, Sorba disait avoir eu
-avec Fleury une conversation sur les affaires de Corse. Il avait exposé
-au cardinal la crainte de la république relativement à l'appui que les
-Barbaresques donnaient à Théodore. Celui-ci ayant jadis commandé, par
-intérim, le régiment de Castellara, en Espagne, et ayant connu le fameux
-duc de Ripperda, réfugié à Tanger après sa disgrâce, cette crainte
-paraissait fondée. Fleury répondit que Ripperda était un grand
-visionnaire. Neuhoff l'avait connu en Espagne certainement, mais comment
-l'aurait-il rejoint et avec quelles promesses aurait-il obtenu l'aide
-des Barbaresques? Cela semblait un épisode de roman[292].
-
- [292] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 2 juillet 1736:
- _Francia_, mazzo 45 (anni 1734-37). Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-La conspiration de Nayssen n'était pas plus sérieuse que le complot de
-Théodore avec les Barbaresques. La république s'alarmait en cette
-affaire des moindres choses. Vertement réprimandé, le capitaine écrivit
-d'Embrun au garde des sceaux pour se justifier. La lettre fut
-communiquée à Sorba. Nayssen avouait qu'il avait reçu quelques lettres
-de son neveu Théodore. Il confessait aussi lui avoir répondu, car il
-supposait que la Cour lui accorderait la permission d'aller en Corse si
-Neuhoff lui envoyait de l'argent pour faire le voyage. Mais il jurait
-qu'il n'avait jamais eu l'intention de quitter le service du roi. Il
-considérait l'entreprise de son neveu comme une vraie folie. Il avait
-tourné en ridicule l'invitation de son royal parent auprès de ses
-camarades, auxquels il montrait cette correspondance sans aucun
-mystère[293].
-
- [293] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 23 juillet 1736:
- _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Sorba était tenace; quelques mois plus tard, il revint à la charge,
-demandant à Chauvelin et à d'Angervilliers s'il y avait quelque
-fondement dans le bruit que Nayssen était parti pour aller rejoindre
-Théodore avec un neveu de celui-ci, le jeune Trévoux, officier dans la
-compagnie des Gardes royales. Les ministres déclarèrent que cette
-supposition était stupide. D'Angervilliers ajouta que Nayssen venait
-justement de lui faire parvenir une lettre de Théodore à un certain
-Gregorio, de Livourne, lettre par laquelle l'aventurier, dans un
-dénûment extrême, demandait de l'argent et des munitions[294].
-
- [294] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, les 8 et 14 octobre
- 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Nayssen vint à Paris pour le règlement d'affaires personnelles. Il fut
-reçu par d'Angervilliers. Le ministre dit en plaisantant à Sorba qu'il
-croyait le capitaine résolu à aller en Corse pour disputer la couronne à
-son parent. Puis, redevevant sérieux et mettant du baume dans le cœur
-de l'ambassadeur corse de la république, il lui dit que Nayssen tenait
-Théodore pour le plus grand escroc et le plus grand fou du monde.
-Néanmoins Sorba allait s'enquérir de l'endroit où logeait le capitaine,
-afin de le faire surveiller[295].
-
- [295] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 12 novembre 1736:
- _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-A Paris, d'ailleurs, tout le monde tournait en ridicule le roi de Corse;
-son propre neveu, Trévoux, était le premier à rire à ses dépens[296].
-
- [296] Mme de Trévoux, sœur du baron de Neuhoff, était morte
- quelques années auparavant, laissant un fils et une fille. Le
- fils était officier aux Gardes françaises. La fille se trouvait
- encore au couvent en 1736. On la disait fiancée à un certain
- Desnoyers, de Normandie.--Sorba au Sérénissime Collège, Paris,
- les 13 et 20 août 1736: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-Une lettre de J.-B. de Mari, envoyé de Gênes à Turin, dut plonger le
-Sénat dans un trouble profond. D'après cette lettre, Théodore aurait
-reçu trente mille piastres par l'intermédiaire d'un banquier de
-Livourne, Huigens de Cologne, et qui avait Bertoletti pour associé[297].
-
- [297] J.-B. de Mari au Sérénissime Collège, Turin, le 5 septembre
- 1736. _Filza Ribellione di Corsica_, N. Gle 14-3012. Archives
- d'État de Gênes, archives secrètes.--Lorenzi à Chauvelin,
- Florence, le 25 août 1736: Correspondance de Florence, vol. 87.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Ce fait paraît sujet à caution. Théodore se trouvait à ce moment-là très
-dépourvu d'argent. Il en demandait un peu partout et certainement, s'il
-avait eu un secours financier important, les Corses ne se seraient pas
-détachés de lui. Et les défections dans son entourage devenaient chaque
-jour plus nombreuses.
-
-Tandis que les diplomates génois mettaient tout en œuvre pour fournir
-des renseignements plus ou moins vrais, ou pour déjouer des complots qui
-n'existaient pas, la république avait eu un autre sujet d'alarme. Au
-commencement de juin, un frère cordelier avait quitté Gênes pour se
-rendre en Corse. Ce moine était un marocain mahométan converti. On
-supposa que ce devait être un agent de Théodore, car les matelots de la
-barque, sur laquelle il avait pris passage, disaient qu'il était un
-scélérat fieffé. Le moine, enfin, ayant parlé de Théodore avec
-enthousiasme, le podestat de Sestri le tint pour suspect et l'envoya
-enchaîné à Gênes. On trouva sur lui des lettres pour Neuhoff, écrites en
-arabe, et quarante livres d'or en lingots. Campredon, en mandant ces
-détails, ajoutait cette appréciation qui, au premier abord, peut
-paraître paradoxale, mais qui était absolument juste: «Il ne serait pas
-fort extraordinaire que quelques Génois contribuassent au soulèvement de
-la Corse. C'est assez la coutume des républicains de ne suivre d'autre
-principe que celui de leurs intérêts particuliers»[298].
-
- [298] Campredon à Chauvelin, Gênes, le 14 juin 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 306.
-
-A Gênes, il y avait trois partis. En premier lieu, venaient les hommes à
-la tête du gouvernement, traînant à leur suite tous les salariés de
-l'État, qui faisaient répandre ou laissaient circuler les bruits faux,
-mais avantageux pour la république; puis les marchands qui, trouvant
-leur intérêt dans la continuation de la guerre, approvisionnaient les
-rebelles; enfin les gens qui faisaient de l'opposition pour arriver à
-prendre la place des autres et qui calmaient leurs impatiences ou
-satisfaisaient leurs rancunes en écrivant des pamphlets. Ces libelles,
-qui circulaient sous le manteau, arrivaient jusqu'aux gazettes de
-Hollande.
-
-Au mois d'août 1736, on se passait de main en main, à Gênes, un
-manifeste de Théodore en réponse à l'édit lancé contre lui[299]. Cet
-écrit, que plusieurs auteurs ont cité[300], n'émane pas du baron[301].
-
- [299] Campredon envoya la copie de ce manifeste à Chauvelin avec
- sa dépêche du 23 août 1736: Correspondance de Gênes, vol. 98.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
- [300] Gregorius, _Corsica_, t. II, p. 334-338.--_Histoire des
- révolutions de l'île de Corse_, p. 249-260.--Cambiagi, _op.
- cit._, t. III, p. 98-101.
-
- [301] «Beaucoup de personnes doutèrent fort de l'authenticité de
- cette lettre, et, en effet, elle a tout l'air d'avoir été
- fabriquée par des gens disposés à se divertir aux dépens des
- Génois.»--_Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 249.
-
-C'est une satire fine et spirituelle qui ne ressemble pas, dans la
-forme, aux écrits de Neuhoff que nous connaissons. Il n'avait pas ce ton
-dégagé ni cette ironie. Son style était pompeux, emphatique parfois,
-mais toujours pesant, encombré par les lieux communs, obstrué de
-rÉdites. Les Corses, non plus, ne mettaient pas cette verve dans les
-proclamations qu'ils lançaient à tous moments contre leur ennemi
-séculaire. Violents dans leur style comme dans leurs mœurs, ils se
-laissaient aller à écrire de grandes phrases, mais jamais il ne leur
-arrivait de faire des mots.
-
-Le manifeste débute sur un ton de persiflage. Le baron dit que, las de
-voyager et d'errer, il a «résolu de se choisir une petite habitation
-dans l'île de Corse». En bon voisin, il fait part aux Génois de cette
-résolution, s'ils ne l'ont déjà apprise par la renommée ou par les
-«relations ampoulées» de leurs gouverneurs qui, du reste, passent leur
-temps à les tromper. Perturbateur du repos public, lui qui a trouvé à
-son arrivée un pays si profondément troublé! Coupable de haute trahison?
-On ne trahit généralement que ses amis. Il n'y a rien de commun entre
-les Génois et lui. «Dieu me préserve d'aimer jamais une nation qui a si
-peu d'amis!» Crime de lèze-majesté? Il faudrait d'abord qu'il y eût une
-majesté. Et celle de Gênes on peut la chercher partout, on ne la
-trouvera pas. «Peut-être avez-vous rapporté d'Espagne cette majesté sur
-vos épaules? Peut-être a-t-elle été transportée d'Angleterre sur vos
-terres, par certain vaisseau anglais à un de vos bourgeois élu Doge
-auquel il était ainsi adressé: _A Monsieur N. N..., Doge de Gênes et
-marchand en diverses sortes de marchandises_!» Quant aux dettes que le
-baron a laissées en différents endroits, elles seront payées, et
-largement payées, avec les biens confisqués à ses ennemis. Il termine en
-demandant à la république la grâce de se mesurer avec ses troupes. On ne
-voit jamais de soldats génois quand il faut se battre.
-
-Un second libelle circula à Gênes[302]. C'était encore l'œuvre de
-Génois lancés dans l'opposition[303]. Il était intitulé: _Harangue de
-Théodore Ier, roi de Corse, faite à la Diète de convocation à Balagne_.
-Cet écrit, fort long, rééditait les mêmes plaisanteries, décochait les
-mêmes traits moqueurs contre le gouvernement. Le tout était relevé de
-citations historiques très exactes, qui dénotaient chez son auteur une
-certaine érudition.
-
- [302] «Il y a un second libelle qu'on attribue aux Corses, mais
- si peu revêtu de ressemblance que je le crois fabriqué à
- Gênes.»--Campredon à Chauvelin, Gênes, le 30 août 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 98. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [303] «La république de Gênes est sans doute fondée à cacher
- autant qu'elle peut les désavantages qu'elle essuie en Corse;
- mais elle a dans son sein bien des mécontents qui se portent à
- l'autre extrémité pour dévoiler tous les mystères, et les
- feudataires de l'empereur ou du roi de Sardaigne ne se font pas
- un scrupule pour trahir le bien public pour leurs intérêts
- particuliers. C'est par un de ces canaux que j'ai eu la pièce
- ci-jointe... La personne qui m'a confié ces pièces s'exprime en
- ces termes: «Je satisfais plus à mon devoir qu'à votre curiosité
- en vous envoyant les deux derniers mémoires ou libelles de
- Théodore. Ils sortent de la même plume que le précédent; j'ai eu
- de la répugnance à les lire et du regret à les communiquer, car
- s'ils contiennent vérité, nous aurions de la honte vous et moi à
- passer notre vie auprès de tels princes». En effet, les Génois y
- sont bien mal traités; mais à l'esprit de satire près qui y règne
- d'un bout à l'autre, l'auteur cite des faits historiques anciens
- et modernes qui sont sans réplique.»--Campredon à Chauvelin,
- Gênes, le 20 septembre 1736: Correspondance de Gênes, vol. 98.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Si à Gênes des gens s'amusaient, les Génois enfermés dans Bastia ne
-riaient pas. Ils étaient en proie à une peur continuelle. Le gouverneur
-réclamait des secours à grands cris; mais la république n'avait pas de
-troupes. Quand il fallut envoyer des renforts dans l'île, elle avait dû
-dégarnir ses garnisons de la Rivière du Ponent. Pour remplacer ces
-soldats, elle avait engagé des paysans auxquels elle était obligée de
-promettre par écrit qu'ils n'iraient pas en Corse[304], si intense était
-la frayeur que les insulaires inspiraient. Les vivres également
-manquaient à Bastia, tandis que dans certaines parties de l'île, les
-Corses faisaient tranquillement la moisson et regorgeaient de denrées.
-
- [304] Campredon à Chauvelin, Gênes, le 19 juillet 1736:
- Correspondance de Gênes, vol. 98. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'avantage semblait donc devoir être pour les mécontents, et il eût
-suffi d'une action énergique pour culbuter les troupes génoises et
-chasser le gouverneur avec toute l'administration de la Sérénissime
-République. Malheureusement, les jalousies et les querelles paralysaient
-les efforts. Les Corses n'avaient plus confiance en celui à qui il
-s'étaient donnés.
-
-Des historiens ont donné comme cause de cette désaffection un fait
-scandaleux qui se serait passé au cours d'une tournée de Sa Majesté dans
-les montagnes.
-
-Une jeune paysanne, fraîche et piquante comme un fruit sauvage, s'était
-trouvée sur le passage du roi. Celui-ci la remarqua et jugea qu'elle
-serait digne de distraire le monarque le plus blasé. Il le lui dit sans
-détour. La jeune fille fut, comme toute femme, sensible à cet hommage
-rendu à sa beauté: sa vanité fut flattée, et elle aurait succombé si son
-frère n'était survenu au moment opportun pour sauver l'honneur de la
-famille. Ce frère, l'un des gardes du corps du roi, fit grand tapage,
-menaçant de tuer le roi et sa sœur. Les Corses n'ont jamais plaisanté
-sur ces choses. Cela se passait avant le dîner. Neuhoff s'était mis à
-table avec ses généraux, croyant l'incident clos et se promettant bien
-d'éloigner, à la première occasion, ce frère gênant. Pendant le repas on
-vint lui dire que le paysan était en train d'administrer une correction
-à sa sœur. Furieux, Théodore se leva, fit empoigner son garde et le fit
-amener devant lui. Comme s'il parlait à un égal, le soldat traita le roi
-avec la dernière insolence. Sa Majesté ordonna qu'on pendît le coupable
-à la fenêtre. Il y eut un moment de stupeur. Personne ne se leva pour
-exécuter l'ordre. Frémissant d'indignation, Neuhoff s'avança pour faire
-justice lui-même. L'homme était robuste; il saisit une chaise, la
-balança sur la tête couronnée, prêt à lui en asséner un coup à fendre le
-crâne. Les généraux se précipitèrent. Les camarades du soldat étaient
-accourus. Ce furent des cris, des vociférations. La mêlée devint
-générale. Le roi au milieu de ses sujets parait aux coups. «La Majesté
-du trône fut profanée». Théodore put enfin se sauver par la fenêtre. Il
-alla se réfugie dans une maison voisine, où il resta sous la garde de
-quelques dévoués serviteurs jusqu'à ce que le tumulte fût apaisé. Ses
-généraux lui conseillèrent de mettre désormais un frein à ses passions,
-ou du moins de ne pas choisir ses maîtresses parmi les jeunes filles du
-pays. «Il profita du conseil et se borna à une française qui l'avait
-suivi en Corse»[305].
-
- [305] Abbé de Germanes, _op. cit._--P. P. Pompei, _État actuel de
- la Corse. Caractères et mœurs de ses habitants_, Paris, 1821, p. 189.
-
- Nous verrons dans la suite que Théodore était en rapports assez
- suivis avec une Mme de Champigny habitant Paris. Ils échangeaient
- des lettres fort tendres. Serait-ce cette dame qui aurait été la
- maîtresse royale attitrée?
-
-L'historien, qui rapporte ces détails, ajoute avec ingénuité: «Ce qui
-venait de lui arriver le convainquit du refroidissement de la
-nation»[306].
-
- [306] Abbé de Germanes, _op. cit._
-
-Cet incident passionnel est-il exact? Costa n'en parle pas. Les autres
-chroniques et correspondances de l'époque sont muettes également à ce
-sujet. Quoi qu'il en soit, le détachement des Corses avait une autre
-cause. Les secours promis n'arrivaient pas et il n'avait plus
-d'argent[307]. Chaque jour l'étoile du roi pâlissait davantage, le
-scintillement disparaissait pour laisser place à la lueur indécise et
-tremblante d'un flambeau près de s'éteindre et qui déjà n'éclaire plus.
-
- [307] «Les promesses sont des arguments usés à l'égard de ces
- insulaires qui ne s'y laisseront plus surprendre».--Campredon à
- Chauvelin, Gênes, le 23 août 1736: Correspondance de Gênes, vol.
- 98. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-
-IV
-
-Au milieu d'août, Théodore se trouvait dans le canton de Verde. Il
-demandait à l'un de ses partisans, Jean-Charles Cottone, de lui envoyer
-du vin, des choux-fleurs, des citrons, deux vaches ou, à défaut, une
-génisse et quelques moutons. Il promettait de payer ces denrées et ces
-bestiaux en blé ou en espèces dans le délai d'un mois[308].
-
- [308] Théodore à Jean-Charles Cottone, Verde, les 16 et 29 août
- 1736: _loc. cit._ Bibliothèque municipale de Turin.
-
-Mais le roi craignait le ressentiment de ses sujets. Pour fuir les
-incessantes querelles de ses ministres et surtout pour mettre sa vie en
-sûreté, il résolut de traverser les montagnes[309]. Au commencement de
-septembre, il partit pour Sartène avec le fidèle Costa. Le voyage fut
-long et pénible. On peut se figurer ce qu'il dut être dans une contrée
-sauvage, sans routes, embroussaillée. Il fallut gravir des montagnes aux
-flancs escarpés, franchir des torrents, marcher longtemps dans les
-grandes forêts et frayer le chemin au travers du maquis. Les voyageurs
-vraisemblablement, côtoyèrent les gigantesques rochers du _Kyrie_ et du
-_Christe Eleison_[310]. Théodore, sans doute, ne considérait pas la
-majesté du paysage ni la beauté de son royaume. Il ne pensait pas au
-symbole de ces aiguilles, dont le nom montait vers le ciel, comme une
-prière. Il avait peur.
-
- [309] _Journal de Costa._
-
- [310] Ces rochers ont une élévation de plus de 1,500 mètres.
-
-On ne rencontrait aucune habitation pour se reposer et parfois la
-nourriture manquait. Costa, aidé par quelques serviteurs, faisait à son
-souverain un lit de branches vertes. Mais le roi préférait ne pas
-dormir, et, pour se tenir éveillé, il discourait toute la nuit avec
-chacun de ses compagnons, à tour de rôle. Au jour, la caravane se
-remettait en route. Théodore, toujours enveloppé de sa robe écarlate, ne
-quittait jamais sa canne à bec de corbin, qui représentait tous les
-attributs de sa royauté[311].
-
- [311] _Journal de Costa._
-
-Vers le sommet des montagnes, un orage épouvantable surprit les
-voyageurs. Costa en fut très effrayé. Les éclairs déchiraient le ciel;
-le tonnerre éclatait en grondements sonores, et la pluie tombait si drue
-que, malgré sa longue robe, le roi fut mouillé jusqu'à la peau[312].
-
- [312] _Ibidem._
-
-Théodore et sa suite arrivèrent enfin dans un village. Les habitants
-s'empressèrent autour du monarque et lui firent une réception
-enthousiaste[313]. Neuhoff, qui commençait à être déshabitué des
-acclamations, dut être sensible à cet accueil, qui lui donnait
-l'illusion de la popularité. Un habitant, M. Giudicelli, mit sa maison à
-la disposition du roi. Celui-ci accepta et resta deux jours dans cette
-demeure. Les voyageurs avaient besoin de repos. Un feu pétillait dans
-l'âtre; tous se tenaient autour du foyer, formant «un groupe
-étrange»[314], heureux de pouvoir sécher leurs vêtements.
-
- [313] _Ibidem._ Le chroniqueur n'indique pas le nom du village.
- Peut-être ne le savait-il même pas.
-
- [314] _Ibidem._
-
-Avant de partir, le roi, pour reconnaître l'hospitalité, exempta
-Giudicelli de toutes taxes et le nomma chevalier dans l'ordre qu'il se
-proposait de créer dès son arrivée[315]. Le cortège qui, hélas!
-ressemblait si peu à celui du couronnement, se remit en route. La cour
-put, enfin, atteindre la ville.
-
-Le peuple fit un bon accueil au souverain[316]. Peut-être, Neuhoff
-espéra-t-il retrouver la popularité dans un centre nouveau, où il
-n'était pas usé, loin de ses premiers compagnons, qui lui avaient créé
-tant de difficultés. L'illusion ne devait pas durer longtemps: son règne
-touchait à sa fin.
-
- [315] _Ibidem._
-
- [316] _Ibidem._
-
-Le premier soin de Théodore fut d'instituer l'ordre de noblesse et de
-chevalerie, qu'il avait promis de créer dans les capitulations signées
-lors de son couronnement. Son but était de donner un nouvel éclat à sa
-royauté et d'abuser encore les Corses par de vains titres et des
-honneurs fictifs. C'était également un moyen de se procurer de l'argent
-par les contributions, que devaient payer les chevaliers. _L'Ordre de la
-Délivrance_ fut créé par un édit[317]. Des règles auxquelles les
-dignitaires étaient tenus de se conformer furent établies[318].
-
- [317] Le 16 septembre 1736.
-
- [318] L'édit comportait seize articles et les règles annexées
- neuf.
-
-_L'Ordre de la Délivrance_ était institué «tant pour la gloire du
-royaume que pour la consolation des sujets» et afin de rendre
-respectable dans toute l'Europe la noblesse de cette île, dont la valeur
-était si connue. Le roi promettait de faire tous ses efforts «pour
-obtenir du pape la confirmation de cet ordre». En attendant, Théodore
-déclarait nobles, non seulement en Corse, mais aussi dans tous les pays,
-ceux qui auraient l'honneur d'être faits chevaliers. Ceux-ci «porteront
-un habit bleu céleste avec une croix et une étoile émaillée en or sur
-laquelle sera représentée la justice, tenant d'une main une balance,
-sous laquelle sera un triangle au milieu duquel on mettra un T; et, de
-l'autre main, elle tiendra une épée sous laquelle sera un globe surmonté
-d'une croix et, dans les angles, on mettra les armes de la famille
-roïale». Les chevaliers seraient obligés de porter ce costume le jour de
-leur investiture et dans toutes les cérémonies publiques. Dans le
-courant de la vie, ils pourraient être vêtus à leur guise, pourvu que
-leur tenue fût décente.
-
-Le roi, grand-maître de l'Ordre, devait présider en personne à
-l'installation des chevaliers. Ceux-ci jureraient fidélité et obéissance
-à Sa Majesté; ce serment ne les engageait pas seulement leur vie
-durant; il s'étendait à leurs descendants. Les dignitaires étaient
-déclarés nobles de première classe. Le rang de chevalier conférait la
-qualité d'Illustrissime, et le grade de commandeur celle d'Excellence.
-Les chevaliers étaient exemptés de tous impôts ordinaires et
-extraordinaires. Le roi déclarait leur demeure inviolable. Aucun
-tribunal ne pouvait «les molester» pour quelque cause que ce fût, civile
-ou criminelle, sauf pour le crime de lèze-majesté. Les dignitaires
-avaient leur entrée à la cour jusque dans l'antichambre du roi. Les
-capitaines des galères et des vaisseaux de guerre royaux, les
-commandants des forts et places de la garnison ne pouvaient être choisis
-que parmi les chevaliers. Afin de maintenir l'éclat et l'honneur de
-l'Ordre, les dignitaires tombés dans l'indigence seraient secourus et
-fournis d'habits décents. D'ailleurs, pour entrer dans l'Ordre, il
-fallait avoir des moyens d'existence et justifier qu'on descendait de
-parents honnêtes. Ceux qui exerçaient un métier quelconque, ou dont les
-ascendants se seraient livrés au négoce et à l'industrie, étaient exclus
-de l'institution. Par contre, les étrangers de toute religion étaient
-admis. Chaque chevalier devait, lors de son admission, verser une
-contribution de mille écus, dont il recevrait intérêt à dix pour cent,
-sa vie durant. Les membres de _l'Ordre de la Délivrance_ étaient tenus
-de réciter chaque jour le psaume LXX et le psaume XL, sous peine
-d'amende. Les chevaliers ne pouvaient refuser aucun poste sur terre ou
-sur mer que le roi jugerait utile de leur confier. Ils devaient suivre
-le souverain à la guerre et former sa garde du corps. Chaque dignitaire
-était obligé d'entretenir à ses frais deux soldats pour le service du
-roi. Il leur était interdit de se mêler des affaires de l'État. Le port
-du ruban vert, signe distinctif de l'Ordre, était obligatoire. Aucun
-membre ne pouvait servir à l'étranger sans le consentement du roi. Le
-cérémonial de réception était ainsi fixé: le postulant se mettrait à
-genoux devant Sa Majesté qui lui dirait: «Je vous fais chevalier du
-noble _Ordre de la Délivrance_. Vous devez souffrir de Nous seul que
-Nous vous touchions trois fois avec l'épée nue, et vous serez obéissant
-en toute chose jusqu'à la mort». Après avoir juré sur l'Évangile, le
-nouveau chevalier se relèverait et recevrait l'accolade des dignitaires
-présents, qui lui donneraient le titre de frère. Les chevaliers devaient
-toujours porter l'épée, et pendant la messe, ils la tiendraient
-constamment hors du fourreau. Les protestants eux-mêmes n'étaient pas
-exemptés de la messe[319].
-
- [319] Cambiagi, _loc. cit._, t. III, p. 109-112.--_Histoire des
- révolutions de l'île de Corse_, p. 262-272.
-
- Après avoir institué l'_Ordre de la Délivrance_, le roi conféra
- les titres de marquis et de comte aux habitants influents de la
- contrée[320]. Mais c'étaient de piètres expédients. Le peuple se
- détachait de plus en plus; Sa Majesté songea à autre chose. Elle
- établit des lois, dont quelques-unes opportunes, comme celle qui
- avait pour but la répression de la _vendetta_[321].
-
- [320] _Journal de Costa._
-
- [321] _Ibidem._
-
-Afin d'attirer les étrangers dans l'île, Théodore proclama la liberté de
-conscience. Des privilèges considérables devaient être accordés à ces
-étrangers[322]. Le roi déclarait vouloir favoriser l'industrie, à peu
-près inconnue en Corse[323].
-
- [322] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 272.
-
- [323] «Toute l'île était si dépourvue d'artisans, qu'à peine y
- pouvait-on trouver un tonnelier; en sorte qu'ils (les Corses)
- étaient obligés de mettre leur huile et leur vin dans des cruches
- ou dans des outres»: _Histoire des révolutions de l'île de
- Corse_, p. 276.
-
-Voici la description que donne ce livre de l'insigne de l'_Ordre de la
-Délivrance_. Il est à supposer d'ailleurs que cet insigne resta toujours
-à l'état de projet: «La croix ou étoile de cet ordre est un champ de
-sinople, arec un ourlet d'argent ou blanc. Les sept pointes de la croix
-ou étoile, et l'anneau par lequel elle est attachée, sont d'or ou
-jaunes; et les sept autres petites pointes de sable et chargées des
-armes du roi blanches ou d'argent; et le bord de la croix jaune ou d'or.
-Dans le milieu de l'étoile est la justice, couleur de chair, représentée
-par une femme qui a une ceinture d'où pend une feuille de figuier d'or.
-Elle tient de la main droite une épée d'acier, et de la gauche une
-balance, dans un des bassins triangulaires de laquelle est une tache
-rouge et dans l'autre une couleur de plomb. Au-dessous de la main, qui
-tient l'épée, est un globe d'or surmonté d'une croix; et au-dessous de
-la main, qui tient la balance, est un triangle d'or au milieu duquel est
-un T.»
-
-En 1757, Pascal Paoli créa également un ordre de chevalerie composé de
-cinquante _braves_, qui s'appelaient entre eux _confrères_. L'insigne
-consistait en une médaille représentant Sainte Dévote: Pommereul, _op.
-cit._, t. II, p. 19.
-
-Il autorisait également la fabrication du sel que Gênes avait prohibée.
-Il réglementait la pêche dans les rivières, les étangs et sur les côtes
-de la mer. Jusqu'alors la pêche était affermée aux Catalans et défendue
-aux indigènes[324].
-
- [324] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 277.
-
-Mais ces dispositions, excellentes en elles-mêmes, ne ramenaient pas la
-popularité, toujours plus facile à faire naître qu'à ressaisir, quand le
-désenchantement est venu. Théodore espérait gagner du temps en amusant
-les Corses avec des lois, jusqu'à l'arrivée des secours qu'il
-s'obstinait à promettre.
-
-A mesure que le temps passait, les gens de Sartène devenaient plus
-impatients. Au commencement du mois de novembre, le roi était découragé.
-Un attentat avait été dirigé contre lui; le commandant génois d'Ajaccio
-se montrait agressif[325]. Peu à peu chacun s'éloignait de la cour; les
-provisions s'épuisaient; l'argent manquait pour s'en procurer et pour
-payer la solde des quelques soldats attachés à la personne de Sa
-Majesté[326].
-
- [325] _Journal de Costa._
-
- [326] _Ibidem._
-
-Ne sachant plus que devenir, Théodore prit un parti suprême. Il se
-décida à partir pour le continent. Il tremblait pour sa précieuse
-existence et il avait hâte de mettre la Méditerranée entre ses sujets et
-lui. Il fit part de cette décision à ses compagnons, disant qu'il allait
-en Italie afin de chercher lui-même des secours. Le 4 novembre, il
-publia un édit pour annoncer son départ aux populations et organiser la
-régence pendant son absence[327]. Hyacinthe Paoli et Louis Giafferi
-reçurent le commandement en chef des provinces au-delà des monts; Luc
-Ornano fut nommé gouverneur des provinces en-deçà.
-
- [327] «Ayant délibéré de passer en terre ferme afin de chasser
- les Génois, nos ennemis, des places fortes de notre royaume,
- craignant d'être trompé par ceux qui seraient chargés de nos
- affaires en notre absence; et voyant, d'ailleurs, les mois
- s'écouler sans qu'il vienne de secours et sans que nous sachions
- d'où provient ce retardement, nous avons cru qu'il était de notre
- devoir de consoler nos peuples avant notre départ, non seulement
- en leur faisant connaître les justes motifs de ce voyage, mais
- aussi en pourvoyant toutes les places et provinces de bons et
- fidèles commandants; de manière que le gouvernement de notre
- royaume ne souffre point de notre absence, et que toutes les
- munitions de guerre que nous y enverrons avant notre retour,
- soient reçues en toute sûreté. C'est pourquoi, en vertu de notre
- présente ordonnance royale, nous avons élu, comme nous élisons
- pour commandants extraordinaires les ci-après nommés, auxquels
- nous confions toute notre autorité royale, en ce qui concerne le
- gouvernement de nos peuples dans les places et provinces
- respectives. Ordonnons, en conséquence, à tous nos peuples de
- rendre l'obéissance due à nos commandants et à nos officiers, que
- nous leur enjoignons de reconnaître comme tels, et de les
- assister lorsqu'il sera nécessaire, sous peine de notre
- indignation royale. Nous déclarons qu'autant, à notre retour,
- nous saurons bon gré à ceux qui auront été fidèles et obéissants,
- autant sommes-nous résolu de châtier et de punir avec toute la
- sévérité possible ceux qui seront coupables de désobéissance. A
- cette fin, et pour que la présente délibération vienne à la
- connaissance de tous et soit un sujet de consolation pour les
- bons et un motif de crainte pour les méchants, nous voulons que
- cette ordonnance soit publiée dans tous les lieux du pays, par
- ces mêmes commandants que nous chargeons de notre puissance
- royale. Et afin de donner plus de validité à notre présente
- ordonnance, nous l'avons signée de notre propre main et munie de
- notre sceau royal.
-
- »Donné à artène.
-
- «THÉODORE.
-
- «Comte Costa, secrétaire d'État, grand chancelier et garde des
- sceaux».
-
- Suit la liste des différents commandants institués. Cambiagi, _op.
- cit._, t. III, p. 115-117.--_Histoire des révolutions de l'île de
- Corse_, p. 281-284. Cet auteur porte que l'édit est daté du 14
- novembre. Cambiagi indique le 10. Ce sont des erreurs matérielles.
- Théodore est arrivé le 12 novembre à Livourne. La date du 4
- novembre est formellement indiquée sur l'exemplaire de
- l'ordonnance, envoyé au ministre par Campredon: Correspondance de
- Gênes, vol. 98. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Aux yeux des populations, il colora sa fuite avec des paroles pompeuses
-et de belles promesses. Il avait leurré les Corses à son arrivée et tout
-le long de son règne; il les trompait encore au moment de s'en aller. Et
-il partait parce qu'il en était réduit à son dernier mensonge.
-
-Théodore se mit en route, emmenant avec lui le fidèle Costa, le neveu de
-celui-ci et quelques serviteurs dévoués. Il fallait gagner Solenzara sur
-la côte orientale, où l'on espérait pouvoir embarquer pour Livourne. Le
-froid se faisait déjà sentir dans les montagnes. Les défilés et les
-sentiers se blanchissaient des premières neiges. Les pluies de l'automne
-ravinaient les pentes. Les arbres pleuraient leurs feuilles mortes. Les
-torrents étaient grossis. Tout laissait prévoir un voyage long et
-pénible; mais le roi préférait affronter les rigueurs de la saison que
-le ressentiment des Corses, qu'il prévoyait proche et implacable.
-
-En quittant Sartène, Théodore et sa suite s'enfoncèrent dans les défilés
-tortueux de la montagne. C'était la région sombre où planait encore,
-comme une malédiction, le souvenir des orgies démoniaques des
-Giovannali[328].
-
- [328] Voir sur la secte des Giovannali et sur leurs pratiques:
- _Chronique de Giovanni della Grossa_, p. 220.
-
-La petite troupe dut ensuite traverser la forêt de Bavella. Ces forêts
-de l'intérieur, pour ainsi dire vierges alors, entremêlées de pins et de
-chênes, n'avaient aucun sentier tracé. Des blocs granitiques gisaient au
-milieu des arrachements de terrain. Les aiguilles gigantesques de
-l'Asinao s'élançaient vers le ciel. Les pentes étaient escarpées. A
-chaque instant les difficultés renaissaient. Les fugitifs devaient
-chercher leur route, tourner, aller de l'avant, revenir sur leurs pas,
-n'ayant fait que peu de chemin après bien des fatigues.
-
-On atteignit enfin Coscione, un endroit «froid en cette saison, mais
-assez agréable en été». Là, dans la belle saison, les bergers menaient
-paître leurs troupeaux[329]. Maintenant, c'était un pays désolé, sans
-ressources.
-
- [329] _Journal de Costa._
-
-Théodore avait hâte d'arriver sur le rivage de la mer, dont parfois,
-dans une éclaircie de paysage, il entrevoyait la raie bleue. Il pressait
-ses compagnons.
-
-Après la forêt, ce furent des maquis impénétrables, où les arbousiers
-enchevêtraient leurs branches aux myrthes et aux cytises. La solitude
-était partout: rien de vivant, sauf parfois, le cri des oiseaux
-effarouchés. Les provisions s'épuisaient et les voyageurs furent heureux
-de trouver quelques fromages et du _broccio_[330]. Costa, toujours
-préoccupé du bien-être de son maître, se mit en quête d'une cabane de
-bergers. Il y alluma un grand feu, afin, dit-il, «que le roi eût le
-plaisir de se chauffer»[331].
-
- [330] Lait de chèvre caillé.
-
- [331] _Journal de Costa._
-
-Neuhoff et sa suite arrivèrent à Solaro, un pauvre hameau. Les habitants
-prirent cette troupe pour un clan ennemi, venant de l'autre versant de
-la montagne. Ils s'échappèrent dans le maquis. Il fallut courir après
-eux et Costa les désabusa. Le grand-chancelier leur apprit que c'était
-le roi Théodore et ses gens qui se trouvaient parmi eux. Les paysans, à
-demi-rassurés, rentrèrent au village. Ils se mirent à contempler avec
-curiosité les traits de ce souverain, dont ils avaient vaguement entendu
-parler. Ils lui rendirent hommage avec de grandes marques de respect et
-lui offrirent tout ce dont il pouvait avoir besoin. L'un d'eux tua un
-mouton qu'il fit rôtir, tandis que d'autres apportaient quelques
-provisions[332]. Le roi se sentit un peu réconforté par les soins de ces
-braves gens. Le souper fut «pastoral, mais agréable». Les malheureux
-purent se coucher dans de vrais lits. A la vérité «ils étaient durs,
-mais propres». Cette nuit fut douce et, pour bercer le sommeil de Sa
-Majesté, les gens de Solaro, selon la coutume, improvisèrent des
-chansons[333].
-
- [332] _Journal de Costa._
-
- [333] _Ibidem._
-
-Le lendemain, la caravane se remit en route. Les difficultés
-recommencèrent. Pendant trois jours les fugitifs endurèrent de grandes
-fatigues. Ils souffraient; les nuits étaient froides. Le roi essayait de
-se garantir avec son manteau de pourpre déteinte et sa fourrure usée. Ce
-n'était plus le brillant seigneur portant fièrement la perruque
-cavalière et l'épée espagnole, distribuant des mirlitons d'or.
-
-Les voyageurs atteignirent enfin une petite ville sur le bord de la mer,
-près de Solenzara[334]. Voulant dépister les espions génois, Théodore
-avait pris un habit ecclésiastique. Après une attente longue et pleine
-d'anxiété, une voile parut enfin. C'était une barque provençale de
-Saint-Tropez, commandée par le patron Décugis[335]. Ce bâtiment avait
-été frété pour transporter, sur le continent, des déserteurs espagnols
-réfugiés en Corse et que des officiers de Sa Majesté Catholique étaient
-venus réclamer.
-
- [334] _Ibidem._
-
- [335] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 117.--Lettre de Campredon
- du 22 novembre, publiée par M. l'abbé Letteron, _Correspondance_,
- p. 323.
-
-Théodore et Costa s'embarquèrent tristement. Le roi remercia ses
-compagnons; il leur donna la poudre et les balles qu'il avait avec lui
-et leur remit un exemplaire de son manifeste pour être publié[336].
-
- [336] _Journal de Costa._
-
-La barque partit; peu à peu la terre de Corse s'effaça pour ne devenir
-bientôt qu'une ombre indécise, comme avait été la royauté du baron de
-Neuhoff.
-
-Pendant la traversée, Théodore fut sur le point de tomber entre les
-mains des Génois. Le gouverneur Rivarola, informé par ses espions de la
-fuite du roi, avait envoyé une felouque armée en guerre croiser devant
-Aléria. Le bâtiment génois aperçut la barque provençale faisant route
-vers les côtes de Toscane. Sans se soucier du pavillon français, la
-felouque avait donné la chasse au bateau qui portait Neuhoff, et
-l'accosta. Les Génois voulurent opérer une perquisition, mais un
-officier espagnol s'interposa en leur conseillant de respecter le
-pavillon d'une nation amie. Les Génois s'éloignèrent[337].
-
- [337] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p.
- 287.--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 83.
-
-Théodore débarqua à Livourne le 14 novembre, à quatre heures de
-l'après-midi, en s'entourant du plus grand mystère[338]. Il n'avait plus
-rien avec lui, sauf quelques bribes d'argenterie, restes d'une splendeur
-éphémère.
-
- [338] _Journal de Costa._
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
- La fuite de Théodore et les gazettes.--Séjour à Florence.--Jean-Gaston
- de Médicis et le roi de Corse.--Inquiétude des Génois.--Leurs
- démarches à Paris.--Passage de Théodore en France.
-
- Son arrivée en Hollande.--Son arrestation pour dettes.--Il est mis
- en liberté.
-
- Il monte une opération commerciale.--Ses commanditaires.--Il frète
- des navires.--Son voyage sur _la Demoiselle Agathe_.--Ses aventures
- à Lisbonne et à Oran.--Sa fuite en pleine mer.
-
- _La Demoiselle Agathe_ à Livourne.--Denis Richard.--Aventure
- tragique du _Yong-Rombout_.--Intrigues à Naples.--Protestation des
- Génois.--Réponse des États-Généraux de Hollande.--Mort de Costa.
-
-
-I
-
-La fuite de Théodore avait été promptement connue en Europe. Les
-gazettes en racontèrent les péripéties. Mais aussitôt après le
-débarquement des fugitifs à Livourne, on avait perdu leurs traces[339].
-
- [339] Le consul de France à Livourne fit mettre le patron Décugis
- aux arrêts. La république de Gênes avait, en effet, demandé aux
- puissances maritimes d'interdire à leurs nationaux de faire le
- commerce avec les rebelles. Néanmoins Décugis fut promptement
- remis en liberté.
-
- Maurepas à Campredon, le 13 décembre 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 328.--_Histoire des révolutions de l'île de
- Corse_, p. 287.
-
-Le marquis de Rivarola, vice-roi de Sardaigne,[340] avait fait saisir au
-mois de novembre un paquet de lettres de Théodore. Cette correspondance
-avait été envoyée par un certain Mela à sa femme, avec recommandation de
-la faire tenir au consul d'Angleterre. Il y avait deux lettres pour
-Livourne, deux à destination d'Alger et enfin une pour le consul
-anglais, dans laquelle Neuhoff lui promettait une forte récompense s'il
-pouvait lui fournir de l'artillerie et des munitions et il affirmait
-qu'il était d'accord en cela avec la cour de Londres[341].
-
- [340] Il faut distinguer le marquis de Rivarola des deux
- personnages dont j'ai déjà eu occasion de parler: Rivarola, le
- gouverneur génois à Bastia, et Dominique Rivarola, l'agent des
- Corses à Naples.
-
- [341] Le marquis de Rivarola au comte Trivera, le 27 novembre
- 1736, _Genova. Lettere Ministri 1737-1745_, mazzo 16. Archives
- d'État de Turin.
-
-Avant même de savoir ce que Neuhoff allait faire, on «tympanisait fort
-sa conduite», disaient les feuilles publiques. «Après avoir commencé, il
-ne devait pas finir aussi honteusement..... Il s'expose à la risée de
-l'Europe ou à passer pour un lâche»[342].
-
- [342] _Mercure politique et historique de Hollande_, décembre
- 1736.
-
-Ces accès d'indignation ne dureront pas. Il y aura dans les gazettes de
-Hollande un revirement étrange en faveur du baron.
-
-Trois jours après l'arrivée à Livourne du roi fugitif déguisé en prêtre,
-le comte Lorenzi, envoyé de France à Florence écrivait: «Il est
-vraisemblable qu'on en aura bientôt des nouvelles, car une personne si
-remuante ne pourra pas se tenir longtemps cachée»[343]. On ne tarda pas
-à savoir, en effet, qu'aussitôt débarqué, Théodore s'était rendu dans
-une maison de campagne à Pescia, petite ville située à quelques lieues
-de Lucques. Dans sa retraite il écrivit beaucoup et il dépêcha vers Rome
-un courrier, auquel il donna vingt sequins. Il se rendit bientôt dans
-une maison à deux lieues de Florence, puis il vint résider en ville,
-changeant souvent d'habit et de demeure[344], pour dépister les
-recherches des Génois, gens fort indiscrets. Ceux-ci se donnaient un mal
-énorme pour avoir des renseignements sur lui. Sorba, envoyé de Gênes à
-Paris, alla trouver Maurepas, ministre de la marine, et lui demanda de
-faire arrêter le fugitif et ses compagnons s'ils venaient en France. Les
-cinq esclaves turcs, qui avaient accompagné le baron, s'étaient rendus à
-Marseille. Sorba exigeait qu'ils fussent livrés à la république.
-Maurepas répondit que, par suite des traités existant entre la France et
-la Porte Ottomane, tout sujet musulman devenait libre en mettant le
-pied sur le territoire français. Comme l'envoyé de Gênes insistait, le
-ministre finit par dire que les turcs devaient avoir déjà quitté
-Marseille pour retourner dans leur pays[345].
-
- [343] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 17 novembre 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [344] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 1er décembre 1736:
- _Ibidem_.
-
- [345] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 17 décembre 1736:
- Correspondance de France, _loc. cit._ Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-Augustin Viale, ce négociant génois, qui représentait à Florence la
-république, insista auprès des autorités grand-ducales pour que Théodore
-fût mis en lieu sûr. On demanda à ce diplomate si son gouvernement lui
-avait ordonné de faire cette démarche. Viale répondit qu'il n'avait pas
-encore d'instructions précises à cet égard, mais que très certainement
-il allait en recevoir. On lui dit d'attendre; quand ces instructions lui
-seraient parvenues, on verrait ce qu'on pourrait faire[346].
-
- [346] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 8 décembre 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Les ordres de la république arrivèrent. Muni des pouvoirs réguliers,
-Viale réclama officiellement au gouvernement toscan l'arrestation de
-Neuhoff et de trois chefs corses qui l'accompagnaient. Après en avoir
-référé au grand-duc, les ministres répondirent à l'envoyé génois que sa
-requête était admise et que des ordres avaient été donnés en
-conséquence. Viale garda le secret afin que le misérable ne pût pas
-s'échapper. Au nom de son gouvernement, il promit quatre cents pistoles
-au chef des archers s'il capturait Théodore et sa bande. Mais l'envoyé
-génois n'avait aucune confiance dans les promesses du gouvernement
-toscan. Il ne se trompait pas[347].
-
- [347] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 15 décembre 1736: _Ibidem_.
-
-La république avait, en attendant, fait arrêter le confesseur du baron
-et le tenait en prison, espérant le faire parler; mais le confesseur
-s'était, selon son devoir, renfermé dans un silence absolu[348].
-
- [348] Campredon à Maurepas, 20 décembre 1736: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 328. Ce confesseur devait être un de ces
- prêtres qui entouraient le roi et auquel celui-ci aurait donné ce
- titre purement honorifique, car il est vraisemblable que Sa
- Majesté ne pratiquait pas beaucoup.
-
-Théodore avait à Florence, comme ami, un certain Baglioni, qui était le
-valet de chambre favori du grand-duc[349]. Par son intermédiaire, il
-obtint une audience du prince. Jean-Gaston était le dernier rejeton des
-Médicis. N'ayant pas d'héritier, sa succession était promise à François
-de Lorraine. Aussi ses dernières années s'écoulaient-elles dans
-l'oisiveté au milieu des plaisirs les plus licencieux. Matérialiste,
-Jean-Gaston aurait donné quelques mois plus tard le triste spectacle
-d'une fin athée, si sa vertueuse sœur n'avait eu soin, pendant sa
-dernière maladie, de faire tenir un jésuite en permanence dans sa
-garde-robe, prêt à administrer le moribond au moment voulu. Comme tout
-bon toscan, Jean-Gaston détestait les Génois. Cette haine venait de ce
-que les Génois avaient toujours essayé de ruiner le commerce de
-Livourne, pour l'attirer à eux[350]. Le dernier des Médicis se fit donc
-un malin plaisir de recevoir Théodore. Le roi demanda au prince sa
-protection. Celui-ci la lui accorda, à condition qu'il se tiendrait
-caché et qu'il congédierait les Corses, qui étaient avec lui[351].
-Jean-Gaston aurait même donné au souverain cent sequins en lui disant
-ironiquement: «_Fra noi Principi scaduti queste galanterie si possono
-fare._ Entre nous princes déchus, ces galanteries peuvent se
-faire»[352].
-
- [349] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 174.
-
- [350] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 26 janvier 1737:
- Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [351] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 15 décembre 1736, vol.
- 87: _Ibidem_.
-
- [352] Le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France à Rome, à
- Chauvelin, Rome, le 28 décembre 1736: Correspondance de Rome,
- vol. 759.--Campredon à Chauvelin, Gênes, le 17 janvier 1737:
- Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Viale attendait l'arrestation de Théodore. Mais, les jours s'écoulaient
-et il ne voyait rien venir. Il alla conter ses peines à Lorenzi. Il se
-croyait, disait-il, berné par le grand-duc. Ce mauvais vouloir
-paralysait tous ses efforts; il était découragé. Aussi ne se mettait-il
-plus en mouvement pour savoir ce que devenait l'aventurier[353].
-Jean-Gaston, poussant l'ironie jusqu'au bout, fit dire au malheureux
-agent génois que sa république faisait vraiment trop d'honneur à un
-pauvre roi détrôné[354].
-
- [353] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 5 janvier 1737, vol. 88:
- Correspondance de Florence. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
- [354] Campredon à Chauvelin, Gênes, le 17 janvier 1737, vol. 99:
- Correspondance de Gênes. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-A Florence, tout le monde, sauf Viale le plus intéressé dans la
-question, était au courant des faits et gestes du roi errant.
-
-Le Père Ascanio, ministre d'Espagne, paraissait particulièrement bien
-informé. Le chanoine Orticoni, que Lorenzi déclarait être «un des plus
-habiles des Corses révoltés», s'était embarqué à Livourne, le 4
-décembre, sur la chaloupe du consul espagnol. Cette circonstance était
-d'autant plus significative qu'Orticoni s'était rendu à deux reprises à
-Madrid. Il avait aussi fait un séjour à la cour du roi des Deux-Siciles,
-qui l'avait nommé son aumônier d'honneur avec pension. Les Corses, qui
-se trouvaient auprès de Théodore, avaient subitement disparu, et leur
-disparition coïncidait avec le départ d'Orticoni. Lorenzi fut frappé de
-cette coïncidence. Une entrevue que le Père Ascanio avait eue avec Costa
-quelque temps auparavant, donnait une certaine importance à ce fait.
-L'envoyé de France voulut en avoir le cœur net et alla trouver le Père
-Ascanio. Celui-ci parut tout d'abord un peu embarrassé; puis il finit
-par dire qu'il n'avait pas vu Costa lui-même, mais bien son neveu,
-auquel il aurait déclaré que les Corses, n'étant pour l'instant pas
-libres de disposer d'eux-mêmes, ne devaient pas offrir, comme ils
-l'avaient fait, la souveraineté de leur île au roi des Deux-Siciles.
-D'ailleurs, il ne convenait pas à ce prince de succéder au baron
-Théodore. Lorenzi dut se contenter de cette réponse; mais il écrivait au
-ministre qu'il croyait positivement que l'entretien du Père Ascanio avec
-le neveu de Costa n'avait pas seulement roulé sur ce sujet. Ce qui
-confirmait Lorenzi dans cette opinion c'est que, durant le séjour des
-Corses à Florence, le religieux avait envoyé mystérieusement une
-estafette à Naples et son cocher à Livourne.
-
-Peu de temps après, le roi d'Espagne, inquiet sans doute des démarches
-compromettantes de son représentant, donna l'ordre au Père Ascanio de
-déclarer que Leurs Majestés Catholiques n'avaient promis aucun secours à
-Neuhoff[355].
-
- [355] Lorenzi à Chauvelin, Florence, les 1er et 22 décembre 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 38. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- De son côté Campredon écrivait à Chauvelin: «Si la conduite du
- consul espagnol à Livourne a eu pour objet la compassion dans ce
- qu'il a fait en faveur du baron de Neuhoff l'on ne peut pas dire
- la même chose de ce qui a rapport au chanoine Orticoni, aumônier
- du roi des Deux-Siciles et son pensionnaire; il ne paraît guère
- vraisemblable que de cette part on eût approuvé tacitement la
- démarche du consul, s'il avait, comme on le dit, surpris le
- commandant de Livourne lorsqu'il lui a demandé de faire sortir de
- nuit sa felouque pour une expédition qui regardait le service de
- la cour de Naples. Quoi qu'il en soit, l'on voit que depuis
- l'arrivée d'Orticoni en Corse, les révoltés ont redoublé
- d'animosité et de courage...
-
- «Je suis bien persuadé que la cour de Naples ne leur donne encore
- aucun secours ouvertement, sous le prétexte de religion, de ne
- point envahir le bien d'autrui, mais il y a de bonnes raisons pour
- croire que si Orticoni vient à bout d'occuper quelques villes où
- il y a un bon port, et à rendre son parti supérieur, le roi de
- Naples acceptera l'offre que lui feront les Corses de se donner à
- lui...»
-
- Gênes, le 17 janvier 1737: Correspondance de Gênes, vol. 99.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Nous verrons beaucoup de démentis pareils dans l'histoire de Théodore.
-Il faut les signaler, tout en faisant des réserves sur leur valeur, car
-on sait ce que valent les démentis diplomatiques.
-
-Vers le même temps, le hasard mit Lorenzi en rapport avec une personne
-chez qui Neuhoff avait logé pendant huit ou dix jours. Ce particulier
-lui apprit que le roi de Corse entretenait de grandes espérances; il se
-flattait d'avoir l'appui du bey de Tunis, du roi de Sardaigne et d'une
-puissante compagnie de marchands juifs hollandais. Il avait beaucoup
-écrit, selon son habitude, et il avait dépêché deux hommes, l'un à
-Bologne, l'autre dans la Calabre à un évêque maronite. Pour l'instant,
-l'aventurier se trouvait bien muni d'argent[356].
-
- [356] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 22 décembre 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Ne pouvant mettre la main sur son ennemi, le Sénat de Gênes avait lancé
-un manifeste pour le déconsidérer aux yeux des Corses, en lui imputant
-toutes les lâchetés et toutes les friponneries. Cet écrit fut répandu à
-profusion dans l'île. Les insulaires reçurent ce factum fort mal, comme
-d'ailleurs tout ce qui venait de Gênes. La république se trompait
-étrangement en croyant achever le malheureux Théodore avec ses édits;
-elle lui donna un regain de popularité. Paoli, Giafferi et d'Ornano, qui
-avaient été plus ou moins hostiles au roi pendant son règne,
-s'indignèrent; s'étant réunis à Corte, ils expédièrent à la Sérénissime
-République une véhémente protestation. Entr'autres, ils disaient:
-«Ainsi, nous prenons à témoin le Tout-Puissant, qui voit nos cœurs et
-connaît la justice de notre cause, et nous déclarons à la face de tout
-l'univers que Sa Majesté le roi Théodore Ier, n'ayant travaillé depuis
-son arrivée en Corse qu'à faire le bonheur de cette illustre nation, et
-n'étant parti que pour assurer l'heureux terme, qui doit mettre le sceau
-à notre prospérité et la rendre durable, nous continuons à lui demeurer
-attachés par une affection des plus tendres et par une fidélité des plus
-inviolables...»[357]. Voilà assurément de belles paroles; mais ce
-n'étaient que des mots. Ou bien les Corses pensaient tout le contraire
-de ce qu'ils écrivaient, ou bien, par un prodige d'inconstance, ils
-s'étaient pris d'une belle passion pour leur roi, le jour où celui-ci
-les avait fuis.
-
- [357] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p.
- 296-297.--Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 120-123.
-
- «Les révoltés paraissent plus animés et plus unis qu'avant le
- départ du baron de Neuhoff.» Campredon à Maurepas, 6 décembre
- 1736: Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 325.
-
-Le Sénat, voyant que son manifeste avait produit un effet diamétralement
-opposé à celui qu'il en attendait, rendit un décret pour mettre à prix
-la tête de Théodore et celle de ses complices. «Ainsi, nous avons
-assigné et fixé une récompense de deux mille genuines, ou écus d'or,
-pour quiconque livrera entre les mains de notre justice, ou tuera
-quelqu'un des sus-nommés. Cette somme sera payée sur le champ par le
-tribunal de nos Inquisiteurs d'État. Promettons en outre et donnons
-toutes sortes d'assurances de ne jamais faire connaître celui qui aura
-livré ou tué aucun d'eux et de n'en pas révéler la moindre chose»[358].
-
- [358] Les personnages dont la république mettait la tête à prix
- étaient: Théodore de Neuhoff, Costa père et fils et Durazzo. En
- ce qui concernait le jeune Costa, le Sénat se trompait; il
- n'était pas le fils, mais bien le neveu du fidèle compagnon de
- Théodore.
-
-Ce décret fut lu dans les rues de Gênes par le crieur public et affiché
-sur les places[359].
-
- [359] Campredon à Maurepas, 10 janvier 1737: Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p.321.
-
-Vers la fin du mois de janvier 1737, un navire battant pavillon
-hollandais apporta en Corse une lettre de Théodore aux trois régents. Le
-capitaine ne voulut pas dire dans quel endroit il l'avait reçue. Elle ne
-contenait rien d'intéressant; le roi se répandait en vagues généralités,
-sans rien préciser ni quant à son retour ni quant aux secours, qu'il
-était allé chercher sur le continent[360].
-
- [360] Cambiagi, _op. cit._, t. III, p. 126-197.--_Histoire des
- révolutions de l'île de Corse_, p. 307-378.
-
-Ne voulant pas s'exposer à être livré ou tué par quelque misérable, que
-la récompense promise par le Sénat de Gênes aurait alléché, Théodore
-quitta Florence au mois de décembre 1736. Il se rendit à Rome, où il
-avait deux fidèles amies, les dames Cassandre et Angélique Fonseca,
-religieuses au couvent des Saints Dominique et Sixte, situé sur le mont
-Quirinal. Ces bonnes sœurs, nous l'avons vu, connaissaient Neuhoff
-depuis quelques années. Il se servait souvent de leur intermédiaire pour
-faire passer sa correspondance. Elles lui remirent quelque argent; il
-quitta Rome. Il se trouvait, le 2 janvier, à Turin[361].
-
- [361] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 175.
-
-Gastaldi, le ministre de Gênes en Angleterre, avait écrit à Sorba qu'il
-croyait que Théodore se trouvait à Londres avec Costa. Il n'en était
-rien; mais, pensant que l'aventurier viendrait à Paris, Sorba fit des
-démarches pour que le lieutenant général de police, Hérault, le fît
-arrêter[362]. Le baron, en effet, fit un court séjour à Paris et on
-raconte qu'il y fut l'objet d'un attentat suscité par les Génois. Comme
-il passait en carrosse, il aurait essuyé deux coups de feu[363]. Il est
-plus vraisemblable de supposer que le gouvernement lui intima l'ordre de
-quitter le royaume sans retard[364].
-
- [362] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 14 janvier 1737:
- _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
- [363] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 313.
-
- [364] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 91.
-
-En apprenant que Théodore avait passé par Paris et que la police ne
-l'avait pas pris, Sorba fut furieux. Il alla trouver le cardinal Fleury,
-qui lui répondit en protestant que la France ne s'était jamais mêlée
-dans la révolte de Corse. Sorba se rendit chez Hérault. En termes
-vagues, le lieutenant général de police lui laissa entendre qu'en effet
-Théodore avait passé deux jours à Paris à la fin du mois de janvier.
-L'aventurier était seul et dans l'auberge où il était descendu, il avait
-dit qu'il allait s'embarquer. Sorba demanda s'il était parti par la
-route du Languedoc ou par celle de Provence. Hérault répondit que
-c'était par le côté opposé. Le ministre insista pour savoir ce qu'il
-fallait entendre par le _côté opposé_. Le chef de la police déclara que
-le cardinal, quand il le jugera à propos, pourra satisfaire sa
-curiosité[365].
-
- [365] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 4 mars 1737: _loc.
- cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-En quittant Paris, Théodore se dirigea vers la Hollande. Il prit passage
-à Rouen, après avoir fait répandre le bruit qu'il allait s'embarquer à
-Marseille. Il arriva à La Haye, où il séjourna, environ une quinzaine de
-jours, chez un juif nommé Tellano, demeurant dans «le cul-de-sac de la
-Comédie-Française». Il se rendit ensuite en Zélande et, au commencement
-du mois de mars, il arriva à Amsterdam[366].
-
- [366] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 313-314.--Percy
- Fitzgerald, _op. cit._, p. 91.
-
-
-II
-
-«Sa Majesté très chimérique l'illustre roi des Corses», comme une lettre
-d'Amsterdam appelle le baron, prit un logement chez un nommé Ham, qui
-tenait sur le port une auberge, où descendaient habituellement les
-capitaines de navire. Théodore, qui paraissait avoir de l'argent, se
-donnait pour un marchand quoiqu'il reçût nombre de lettres avec cette
-adresse: _au baron de Savoye_. Il avait avec lui cinq domestiques,
-qualifiés gentilshommes. Ceux-ci, valets ou chambellans, témoignaient au
-roi un profond respect. A tour de rôle, ils se tenaient en faction
-devant la porte de l'auberge et examinaient soigneusement les gens qui
-entraient ou qui sortaient[367].
-
- [367] Lettre écrite d'Amsterdam le 16 mars 1737: Correspondance
- de Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Neuhoff avait à Amsterdam de vieilles dettes se montant à un chiffre
-très élevé[368]. Un marchand lui avait jadis prêté cinq mille florins.
-Ce commerçant était mort; les tuteurs de ses enfants avaient trouvé dans
-ses papiers l'obligation du baron. Apprenant par la rumeur publique que
-celui-ci était incognito à Amsterdam, ils essayèrent, mais en vain, de
-le découvrir. Théodore avait bien un appartement chez l'aubergiste Ham,
-seulement il n'y couchait jamais. Prétextant des voyages, il logeait
-pendant quelques jours à une extrémité de la ville, pendant une autre
-semaine, il gîtait dans un quartier tout à fait opposé; il était
-introuvable. Les créanciers s'adressèrent à un «malheureux fainéant»,
-nommé Van Hochum, qui rôdait à travers les rues. Ils lui donnèrent le
-signalement exact de leur débiteur. Ils vêtirent «superbement» le
-mendiant et le lâchèrent après lui avoir promis cent ducats, s'il
-parvenait à découvrir Neuhoff et à le faire arrêter.
-
- [368] De la Ville, faisant l'intérim de Fénélon, ministre de
- France à La Haye, à Amelot, La Haye, le 23 avril 1737:
- Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Le comte Borré de la Chavanne, ministre
- sarde à La Haye, au roi de Sardaigne, La Haye, le 23 avril 1737:
- _Lettere ministri_, mazzo Olanda, mazzo 33. Archives d'État de
- Turin.--Suivant ces deux ministres, les dettes de Théodore, en
- Hollande, se montaient à dix-sept mille florins. Une relation de
- l'arrestation de Théodore indique le chiffre de trente mille
- florins.
-
-Déguisé en seigneur, Van Hochum était méconnaissable. Il se mit à
-parcourir la ville, furetant dans les estaminets et dans les auberges.
-Il apprit bientôt que Théodore logeait, pour l'instant, au cabaret du
-_Cerf rouge_. Le coquin l'y trouva et le reconnut; mais, voulant
-s'assurer de son identité, il s'insinua auprès de lui et se mit à lui
-débiter toutes sortes de fables.
-
-Le roi se tenait sur la réserve; il ne s'était pas nommé. Cependant «il
-goba» toutes les histoires du traître. Celui-ci--un homme
-retors--employa un moyen infaillible pour faire jaser le baron: il lui
-proposa de l'argent. Il désirait, dit-il, obtenir un brevet de
-capitaine, en échange duquel il remettrait quatre-vingt mille florins
-comme garantie de sa bonne conduite.
-
-Une pareille proposition impressionna Neuhoff. Sa prudence s'effaça
-devant la perspective de la forte somme. Il déclara ses noms, titres et
-qualités et dit qu'il était disposé à délivrer le brevet en question
-revêtu de son sceau royal. Le mendiant, certain de tenir son homme,
-revint le lendemain au _Cerf rouge_. Il arriva hors d'haleine et se
-précipita tout essoufflé dans la chambre du roi en criant: «Sauvez-moi;
-je suis perdu; cachez-moi. Les archers sont à mes trousses!»
-Effectivement, la police le suivait; c'était lui qui l'avait fait venir.
-Van Hochum feignit de mettre l'épée à la main pour se défendre. Les
-archers, sans s'occuper de lui, allèrent directement à Théodore, et le
-chef, lui mettant la main sur l'épaule, lui déclara qu'il l'arrêtait
-pour dettes. Durant toute la journée, le malheureux souverain fut gardé
-à vue par un _bode_, sorte d'huissier. Le lendemain, on transféra le
-prisonnier dans un autre cabaret situé près de l'Église Neuve, dans
-lequel on mettait ceux qu'on tenait en arrêt civil. Cela se passait le
-17 avril.
-
-Cette arrestation fit quelque bruit. Le triste sort du roi de Corse
-excita «la compassion de tous les honnêtes gens». Plusieurs personnes de
-qualité vinrent le voir.
-
-Il reçut les visiteurs avec dignité, mais «très laconiquement». On le
-trouva bel homme; il était haut de cinq pieds et demi, fort, d'une
-carrure toute germanique; il avait l'air hardi en même temps que
-spirituel. Il parlait couramment sept langues[369].
-
- [369] _Relazione del modo con cui vienne scoperto nella città
- d'Amsterdam il barone Teodoro di Neuhoff, re di Corsica, e
- dell'arresto fattone eseguire dai vari crÉditori del medesimo:
- Materie politiche, negoziazioni colla Corsica_, mazzo 1º
- d'addizione. Archives d'État de Turin.
-
-Dans sa détresse, Théodore écrivit au marquis de Saint-Gill, ambassadeur
-d'Espagne à La Haye. Il offrait de céder au roi des Deux-Siciles tous
-ses droits sur la Corse aux conditions suivantes:
-
-«1e Sa Majesté Catholique lui donnera quelque commandement dans les
-troupes espagnoles destinées contre les Africains;
-
-«2e Le marquis de Saint-Gill engagera le consul résident d'Espagne, à
-Amsterdam, à le cautionner, lui, baron de Neuhoff, pour la somme de
-trois mille pistoles».
-
-Il demandait à l'ambassadeur d'envoyer sans délai un exprès à Madrid
-pour porter ses propositions et de lui accorder asile dans l'hôtel
-d'Espagne, à La Haye, jusqu'à la réponse. Cette lettre, datée du 19
-avril, surprit M. de Saint-Gill; il hésita un instant sur le parti qu'il
-devait prendre. Il se décida enfin à répondre au baron qu'il ne pouvait
-rien faire pour lui[370].
-
- [370] De la Ville à Amelot, La Haye, le 23 avril 1737:
- Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le prisonnier allait être transféré à la maison de ville, lorsque
-plusieurs personnes, émues de voir ce misérable monarque traîné en
-cachot, se concertèrent pour le tirer de ce fâcheux pas.
-
-S'il n'y avait eu que les cinq mille florins réclamés par les héritiers
-du marchand, les bonnes âmes auraient pu garantir cette somme. Mais, dès
-que l'arrestation du baron fut connue, une nuée de créanciers surgit. Il
-en vint de tous les côtés, qui prirent arrêt contre lui, si bien qu'il
-se trouva écroué pour une somme de dix-huit à vingt mille florins. Les
-amis du prisonnier ne se découragèrent pas; ils tinrent plusieurs
-conférences. Ils décidèrent, dans un superbe accord, de désintéresser
-les créanciers du roi pour obtenir son élargissement, et ils allaient
-compter l'argent lorsqu'arrivèrent de nouveaux créanciers. Un mardi, à
-cinq heures trois quarts, on obtint un nouvel écrou contre Théodore pour
-cinq cents livres sterling, le lendemain un autre pour six cents
-florins. Décidément ils étaient trop. Malgré leur bonne volonté, les
-amis charitables durent renoncer à leur projet, parce que, nous dit-on,
-ils s'aperçurent que «c'était la mer à boire»[371].
-
- [371] _Relazione_: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-Un mercredi matin, à huit heures et demie, l'infortuné baron fut mis
-dans la prison de la maison de ville, où l'on incarcérait les débiteurs
-récalcitrants. On le logea dans une cellule séparée et on le traîta avec
-égard. Le nombre de ses dettes laissait supposer qu'il resterait
-longtemps sous les verrous[372].
-
- [372] «Chaque jour de nouveaux créanciers se produisent, qui
- aggravent son écrou et il ne lui sera pas aisé de trouver les
- sommes qu'on lui demande».--De la Ville à Amelot, La Haye, le 7
- mai 1737: Correspondance de Hollande, vol. 423. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.--Borré de la Chavanne au roi
- de Sardaigne, La Haye, le 7 mai 1737: _loc. cit._ Archives d'État
- de Turin.
-
- Le jour même où le ministre de France et le ministre sarde
- signalaient à leur gouvernement la difficulté pour Théodore de se
- libérer promptement, celui-ci sortait de prison.
-
-Van Hochum ne s'était pas contenté des cent ducats stipulés par les
-héritiers du marchand; il avait écrit au Sénat de Gênes pour l'informer
-de la détention de Théodore et demander la récompense promise[373]. Il
-est vraisemblable de croire que la république fit la sourde oreille.
-
- [373] _Relazione_: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-On s'attendait à voir les Génois réclamer impérieusement le prisonnier
-aux États Généraux. La question était de savoir si leurs Hautes
-Puissances feraient droit à cette requête.
-
-Théodore était un personnage encombrant pour le gouvernement hollandais.
-Celui-ci répugnait à l'idée de le livrer entre les mains de ses ennemis.
-D'un autre côté, il ne voulait pas froisser ouvertement les Génois.
-Aussi disait-on que les autorités ne feraient rien pour empêcher son
-évasion. Les gazetiers reçurent l'ordre de ne pas parler de Neuhoff dans
-leurs feuilles. Plusieurs membres du gouvernement allèrent jusqu'à dire
-que le roi de Corse ne se trouvait pas en Hollande[374].
-
- [374] _Relazione_: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.--De la
- Ville à Amelot, La Haye, le 25 avril 1737: Correspondance de
- Hollande, vol. 422. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Borré de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye,
- le 30 avril 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
-La nouvelle de l'arrestation du roi fut apportée dans l'île par le comte
-Antoine Colonna et Jean-Baptiste Sinibaldi. Ces deux individus qui se
-donnaient, l'un, le titre de colonel d'infanterie, l'autre, celui de
-capitaine dans le régiment des gardes corses de Théodore, s'étaient
-embarqués à Nice sur une felouque. Arrivés à Aléria, ils se rendirent au
-milieu des rebelles campés devant Bastia. La nouvelle fut accueillie
-avec consternation, car Neuhoff n'avait jamais eu plus de popularité
-parmi les Corses que depuis son départ. Colonna et Sinibaldi
-apportaient, dit-on, à Orticoni et à Paoli des lettres de Théodore leur
-racontant son aventure.
-
-On apprit dans Bastia l'emprisonnement du roi. Le gouverneur génois,
-Rivarola, essaya d'en tirer parti. La situation devenait de plus en plus
-précaire. Il était impossible de se ravitailler et on devait faire venir
-de Gênes toutes les provisions nécessaires. Rivarola fit faire du haut
-des remparts une proclamation promettant aux rebelles un pardon général.
-Il leur proposa d'envoyer des députés pour discuter les conditions de la
-paix basée sur la convention passée avec l'empereur. Les mécontents
-écoutèrent en silence. Pendant un instant, ils se recueillirent,
-laissant au héraut le temps d'espérer une réponse favorable. Subitement,
-un immense cri retentit: «Vive le roi Théodore notre père!» Puis, ils
-firent dire au gouverneur qu'ils espéraient toujours en leur souverain
-et que si celui-ci ne se trouvait plus en état de les aider, quelqu'un
-des siens viendrait sûrement les secourir. Ils appuyèrent cette réponse
-d'une fusillade nourrie qui dura trois heures. L'alarme se répandit dans
-Bastia; on organisa la résistance. Finalement, les Corses firent
-prisonniers sept ou huit malheureux Génois qui se trouvaient dans un
-poste avancé[375].
-
- [375] _Histoire des révolutions de l'île de Corse_, p. 316-318.
-
-La joie fut grande à Gênes lorsqu'on apprit l'incarcération du roi de
-Corse. Si les magistrats ne l'avaient empêché, les particuliers auraient
-illuminé. Mais, comme dit un journal, ce n'eût été que des «feux de
-paille»[376]. En effet, on apprit bientôt l'élargissement de Théodore. A
-Gênes, on voulait absolument que ce fût l'ambassadeur d'Espagne, à La
-Haye, qui l'eût fait mettre en liberté. On disait que si officiellement
-il avait déclaré ne pouvoir accorder sa protection au baron, il se
-serait entremis secrètement en sa faveur[377]. Les Génois voyaient des
-conspirations partout. Cette fois-ci, la protestation officielle disait
-vrai. Théodore, pour l'instant, semblait avoir renoncé aux intrigues
-politiques; il allait faire de sa royauté une vaste entreprise
-commerciale[378].
-
- [376] _Mercure historique et politique de Hollande_, numéro de
- juin 1737.
-
- [377] Campredon à Amelot, Gênes, le 16 mai 1737: Correspondance
- de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 353.
-
- [378] J'ai dû reconstituer cette partie de la vie de Théodore
- avec des documents très postérieurs.
-
- Au moment où l'expédition française, en Corse, se préparait,
- c'est-à-dire à la fin de l'année 1737, Amelot envoya à Livourne le
- sieur Pignon. Celui-ci avait pour mission spéciale de se tenir au
- courant de tous les faits et gestes des Corses un peu influents
- dont Livourne était le rendez-vous. Pignon se trouva en rapport
- avec un insulaire très au courant des démarches de Théodore en
- Hollande après sa captivité. Dans une lettre datée du 13 janvier
- 1738, Pignon rapportait tous ces détails à Amelot. Du reste,
- Campredon, le 2 octobre 1738, fournit à Amelot des renseignements
- très précis sur les intrigues de Théodore au sortir de prison. Il
- tenait ces détails--nous verrons comment--d'un des secrétaires de
- Théodore. Les récits de Pignon et de Campredon concordent
- absolument. Ce sont ces rapports qui m'ont servi pour cette
- période. La correspondance de Pignon figure dans le volume _Corse_
- no 1 aux archives du Ministère des affaires étrangères. Elle a été
- publiée par M. l'abbé Letteron dans: _Pièces et documents divers
- pour servir à l'histoire de la Corse pendant les années
- 1737-1739_. Bulletin de la Société des Sciences historiques et
- naturelles de la Corse; Bastia, 1893.
-
-Il avait pour ami, à Amsterdam, le sieur Lucas Boon, député aux États
-pour la province de Gueldre, négociant, adonné à l'alchimie, intrigant,
-âpre aux affaires et parfaitement fait pour s'entendre avec le
-petit-fils du drapier de Liège.
-
-Lucas Boon alla plusieurs fois à la prison rendre visite au roi.
-Celui-ci parla de son royaume et éblouit le marchand en énumérant toutes
-les richesses qu'on pourrait tirer d'un pays neuf et fertile. Boon se
-mit en rapport avec les sieurs César Tronchin, Daniel Dedieu, ancien
-président des Échevins d'Amsterdam et un autre négociant nommé
-Neufville. Le député alchimiste leur insinua que Théodore serait en
-mesure de chasser les Génois de la Corse s'il trouvait quelque argent
-pour acheter des munitions. Le baron s'engagerait à rendre les sommes
-qui lui seraient avancées en fournissant de l'huile d'excellente qualité
-et calculée à très bas prix. Boon déclara que cette marchandise était
-abondante en Corse. L'île appartenait presqu'entièrement au roi et les
-Génois étaient impuissants à lui ravir ses possessions.
-
-Ces marchands, pour la plupart israélites, furent séduits par la
-perspective de bénéfices considérables. Le prix de l'huile fut débattu
-et l'affaire conclue. Tronchin, Dedieu, Neufville et Boon s'associèrent
-pour commanditer Théodore. Il s'agissait d'une somme assez considérable.
-Boon, qui avant tout était un homme d'affaires, loin d'avoir fourni sa
-quote-part dans l'association, aurait retenu une commission sur l'argent
-avancé au roi. Il fut entendu qu'on organiserait, sans retard,
-l'expédition destinée à porter les armes et les munitions en Corse en
-échange de l'huile. Boon se fit charger de la correspondance à laquelle
-l'expédition donnerait lieu[379].
-
- [379] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.
-
-D'après une lettre d'Amsterdam plusieurs personnes s'étaient mises en
-mouvement pour obtenir l'élargissement du roi. Le comte de Golowkin,
-ministre de Russie à La Haye, pendant un séjour qu'il fit à Amsterdam,
-eut plusieurs conférences avec Dedieu, qui avait représenté la Hollande
-en Russie. Ces deux personnages auraient contribué, par leurs démarches,
-à la mise en liberté de Théodore. Les créanciers durent se contenter
-d'une «caution juratoire», c'est-à-dire de la promesse faite sous
-serment par leur débiteur de les payer dès qu'il le pourrait. Le baron
-aurait, à cet effet, élu domicile à Amsterdam. Ces dispositions
-regardaient les créanciers étrangers. Quant à ceux de Hollande, il
-paraîtrait que l'arrêt, qu'ils avaient obtenu contre Théodore, n'était
-pas dans les formes voulues. Ils durent, dans ces conditions, renoncer
-aux poursuites. D'ailleurs, il ne niait aucune dette. Il demandait
-seulement du temps pour s'acquitter[380].
-
- [380] Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737,
- communiquée le 14 mai par de la Ville à Amelot: Correspondance de
- Hollande, vol. 423. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Il est probable que Théodore paya, avec l'argent mis à sa disposition
-par les marchands, quelques-uns de ses créanciers les plus impatients.
-Il fut cité devant la chambre des Échevins. Ayant toujours le
-sentiment--on pourrait dire la folie--des grandeurs, il demanda à
-comparaître avec son chapeau, son épée, sa canne et ses gants. Cette
-satisfaction lui ayant été accordée, il arriva à l'audience et se tint
-debout. Le tribunal se leva et resta debout également. Jamais les
-magistrats n'avaient agi ainsi. Le cas n'était pas banal: les échevins
-voyant rarement un souverain comparaître devant eux. On déféra le
-serment à Théodore. Il jura de régler ses dettes dès qu'il se
-trouverait en état de le faire. Cette promesse enregistrée et toutes les
-formalités accomplies, il se retira.
-
-Une foule énorme s'était amassée devant la maison de ville pour voir un
-homme, dont le nom avait fait tant de bruit dans le monde. On
-l'attendait à la sortie principale. La curiosité populaire fut déçue,
-car, suivant son habitude, il se déroba par une porte de derrière. Un
-carrosse l'attendait; il y monta et disparut. Il alla se reposer chez
-ses amis, sans doute dans la maison de campagne de Daniel Dedieu[381].
-
- [381] Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737,
- communiquée le 14 mai par de la Ville à Amelot: Correspondance de
- Hollande, vol. 123. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Borré de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye,
- le 14 mai 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.--_Histoire
- des révolutions de l'île de Corse_, p. 315-316.
-
-
-III
-
-Il faut croire que la défense qui avait été faite aux gazetiers de
-parler de Théodore n'était pas bien sérieuse. Les feuilles continuèrent
-à mentionner ses hauts faits; seulement, le ton avait changé. Au mépris
-et à l'ironie, avec lesquels ils avaient flétri le départ de Corse,
-succédaient des termes flatteurs. Les notes insérées dans les journaux
-prenaient un air de réclame. Les commerçants, commanditaires du roi,
-savaient que le concours de la presse est chose indispensable quand on
-lance une affaire. Ils s'étaient arrangés de façon à l'avoir.
-
-Lucas Boon fréta, à Flessingue, un petit bâtiment nommé _La Demoiselle
-Agathe_, commandé par le capitaine Gustave Barentz et portant onze
-hommes. Le navire vint à l'île du Texel pour faire son chargement. Le
-négociant fit embarquer deux canons en fer, quelques barils de poudre,
-de l'acier, du plomb, des barres de fer, une caisse de papier à écrire,
-de l'amidon, des fusils, des mousquets, des pistolets, des trompettes,
-des étoffes, des souliers «et autres bagatelles en petite
-quantité»[382].
-
- [382] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.
-
-Au mois de mai, Théodore prit à son service, comme secrétaire, un
-anglais natif de Guernesey, appelé Denis Richard. C'était un garçon
-d'esprit et très capable. Neuhoff avait également engagé un nommé
-Giraud, dit Keverberg, fils d'un capitaine de dragons hollandais.
-
-Le 26 juin, Denis Richard et Keverberg reçurent l'ordre de se rendre au
-Helder, petite ville située à une lieue environ de l'île du Texel. Là
-ils devaient descendre à l'auberge «les armes d'Amsterdam» et attendre
-un personnage, qui leur donnerait de nouveaux ordres. Tronchin avait
-bien recommandé aux deux employés de ne pas trahir l'incognito de Sa
-Majesté, qui désirait passer pour un gentilhomme nommé Villeneuve.
-Richard et Keverberg arrivèrent au Helder le 27 juin, vers midi. Le même
-jour, à trois heures, une chaise de poste amena le personnage annoncé.
-Celui-ci descendit à l'auberge et fit demander Richard et Keverberg. Ils
-se rendirent dans sa chambre. Après les salutations, l'individu, qui
-était Lucas Boon, remit aux deux secrétaires une lettre de Tronchin leur
-ordonnant de suivre ponctuellement toutes les instructions qui leur
-seraient données. Boon et Keverberg s'embarquèrent pour le Texel; ils
-trouvèrent le navire en rade, prêt à mettre à la voile au premier vent
-favorable.
-
-Mais Lucas Boon était fort «tribulé», car il vit beaucoup de gens
-étrangers à la mine suspecte. Il écrivit sur le champ à Théodore qu'il
-ne serait pas prudent pour lui de venir s'embarquer au Texel. Il
-l'engagea à se rendre à Wyk-aan-Zée, à douze lieues de l'île; là il
-prendrait une barque de pêcheur pour le conduire en mer où il trouverait
-le navire. _La Demoiselle_ _Agathe_ devait arborer au grand mât une
-flamme aux couleurs anglaises. Il lui envoyait un pavillon pareil pour
-la barque. Keverberg, chargé de la commission, partit en chaise. Il se
-rendit chez Daniel Dedieu, où il prit Sa Majesté. Le 29 juin, à l'aube,
-Boon et Richard s'embarquèrent. A neuf heures du matin, on leva l'ancre
-pour aller en mer à la rencontre de la barque portant Théodore. Un vent
-violent se mit à souffler. Le pilote déclara qu'il ne pouvait pas
-diriger le navire dans la direction de Wyk-aan-Zée. Il fallait ou gagner
-la haute mer ou rentrer au Texel. Boon donna l'ordre de revenir.
-Aussitôt le navire ancré au port--vers midi--le négociant partit en
-poste pour courir à la recherche de Théodore. Il arriva à Wyk-aan-Zée,
-où il apprit que le seigneur et son secrétaire avaient pris une barque
-et qu'ils étaient en mer depuis le matin.
-
-Théodore et Keverberg avaient navigué toute la journée à la recherche de
-_La Demoiselle Agathe_. La nuit était venue: le patron décida qu'on
-irait au Texel. A onze heures du soir, la barque arriva et Sa Majesté
-s'embarqua sur _La Demoiselle Agathe_.
-
-Pendant ce temps là, Boon, très marri, cherchait Neuhoff. Il revint au
-Texel, le 30, vers neuf heures du matin et éprouva une grande joie en
-voyant le roi installé à bord.
-
-A quatre heures de l'après-midi, _La Demoiselle Agathe_ mit à la
-voile[383].
-
- [383] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe,
- _maistre Gustavius Barentz, parti de Texel le 30e juin et arrivé
- à la rade de Livourne le 13e septembre de 1737_: _Corsica
- 1737-1738_ N. 1/2121. Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
- Ce journal a été rédigé par Denis Richard, qui ensuite le livra au
- gouvernement génois.--Antonio Battistella, _op. cit._, p. 176.
-
-Maître Gustave Barentz commandait pour la première fois un bâtiment. A
-son inexpérience, il joignait, paraît-il, un «jugement très limité» et
-n'avait «aucune pénétration». Il ne se doutait pas qu'il avait le roi de
-Corse comme passager. Boon lui avait dit que le monsieur embarqué était
-un certain Bookmann associé du sieur Evers, négociant à Livourne[384].
-Keverberg passait pour inspecteur des magasins et Richard pour le
-secrétaire général de l'entreprise commerciale. Le capitaine crut
-facilement toutes ces histoires. Du reste, le navire avait été
-officiellement frété pour Livourne.
-
- [384] Bookmann et Evers existaient réellement. Ils étaient à
- Livourne les correspondants de Lucas Boon.--Pignon à Amelot, le
- 13 janvier 1738: Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 95-99.--_Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._
-
-A neuf heures du soir, quand le navire fut en pleine mer, Lucas Boon
-débarqua, en recommandant à Barentz d'avoir le plus grand soin du
-monsieur. Il ajouta que celui-ci lui donnerait en route une lettre
-contenant de nouvelles instructions[385].
-
- [385] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._
-
-Le 13 juillet, en arrivant devant les îles Berlenga, sur la côte de
-Portugal, Théodore remit à Barentz une lettre dans laquelle Lucas Boon
-dévoilait la véritable identité du soi-disant Bookmann. Le bon capitaine
-fut très surpris et la pensée d'avoir à son bord un si grand personnage
-«lui causa une grande admiration». Le baron lui ordonna de relâcher à
-Lisbonne. Le 15 juillet, à onze heures du matin, _La Demoiselle Agathe_
-mouilla devant Belem. Dans l'après-midi, sur les quatre heures, le
-bateau de la santé arriva. Tous les hommes du bord furent passés en
-revue. Théodore, qui n'aimait pas beaucoup à se montrer, était resté
-dans sa cabine. Les inspecteurs demandèrent ce qu'était devenu le
-passager qui manquait à l'appel. On leur répondit que le marchand se
-trouvait incommodé par la goutte. Ils exigèrent qu'il montât sur le
-pont. Le baron arriva, soutenu par Richard et Keverberg, feignant une
-grande difficulté à marcher. Il portait une robe de chambre en soie
-indienne, qui laissait voir une chemise garnie; aux pieds il avait des
-pantoufles de maroquin et son bonnet blanc était recouvert d'un chapeau
-en castor. On le trouva bien élégant pour un malade. A sa mine
-florissante, le médecin le déclara en parfaite santé. Tout cela sembla
-louche. Le bruit se répandit qu'un grand personnage se trouvait à bord
-de _La Demoiselle Agathe_, et on ne tarda pas à savoir que c'était le
-roi de Corse. On donnait de lui ce signalement: «un homme de haute
-stature, bien fait, âgé d'environ cinquante ans, d'une prestance
-superbe, avec le visage blanc et arrondi»[386].
-
- [386] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._--Lettre écrite de Lisbonne le 30 juillet 1737 à Joseph
- Buonaroti, à Gênes, et communiquée par celui-ci au Sérénissime
- Collège. Filza 1737-38, No generale 1/2121. Archives d'État de
- Gènes, archives secrètes.
-
-La renommée, qui s'attachait à ses pas, l'inquiétait, car il avait
-toujours peur d'être assassiné par quelque émissaire des Génois ou, tout
-au moins, de voir surgir un créancier hargneux; aussi se tenait-il dans
-sa cabine.
-
-Lucas Boon avait aussi recommandé Théodore sous le faux nom de Bookmann
-à ses correspondants de Lisbonne, les sieurs Bruyn Vernais et Cloots,
-marchands droguistes, qui devaient compléter la cargaison[387].
-
- [387] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.--_Journal du voyage du
- navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. cit._
-
-Le roi était agité d'une perpétuelle frayeur. Le vendredi 19 juillet, il
-envoya Keverberg chez le résident de Hollande, Van Sil, qui était très
-lié avec le père du jeune homme. Celui-ci fut reçu à bras ouverts.
-Suivant les instructions de Neuhoff, il dit qu'il se rendait en Italie,
-en France et en Allemagne avec deux gentilshommes, ses amis, venus avec
-lui de Hollande. Ses camarades ne connaissant pas le Portugal, se
-tenaient à bord du bâtiment, qui les avait amenés tous les trois. Van
-Sil invita Keverberg à venir passer quelques jours dans sa maison de
-campagne de la baie Sainte-Catherine avec ses compagnons.
-
-Cette invitation causa une grande joie à Neuhoff, car il la désirait. Il
-se rendit chez Van Sil sous le nom de baron Kepre. Ce pseudonyme ne
-donna pas le change au résident hollandais; il savait parfaitement quel
-était l'individu qu'il recevait, mais il feignit de l'ignorer[388].
-
- [388] Viganego, consul de Gênes, à Lisbonne au Sérénissime
- Collège, le 30 juillet 1737: _loc. cit._ Archives d'État de
- Gênes, archives secrètes.
-
-Richard, trouvant que tout cela était louche, était resté à bord sous le
-prétexte que son «humeur était plus disposée pour le cabinet que pour
-des agitations _incessables_». Cet anglais était un sage.
-
-Keverberg faisait la navette entre la baie Sainte-Catherine et Lisbonne
-pour savoir ce qui se passait sur le navire. Il accomplissait ses
-messages à cheval. On ne voyait que lui, courant tous les jours: cela
-fit jaser en ville. Dans ses courses, il rencontra quatorze déserteurs
-de l'armée espagnole. Il les embaucha facilement, sans leur dire
-toutefois qu'ils auraient l'honneur de servir le roi de Corse allant
-reconquérir son royaume. Ils s'embarquèrent le lundi 22 juillet, amenant
-un enfant avec eux. Théodore fut très satisfait.
-
-Keverberg avait, pendant la traversée, rempli l'office de cuisinier.
-Mais Neuhoff trouvant que sa cuisine était mauvaise, engagea comme
-maître-coq un provençal, nommé Joseph Paris, aux appointements de deux
-monnaies d'or par mois. Le 25 juillet, dans la matinée, le nouveau
-cuisinier vint à bord. Il avait grand air: il portait une veste
-écarlate, l'épée au côté et une perruque à queue.
-
-On avait embarqué sur le navire des épiceries, du café, du chocolat,
-deux caisses contenant cent trente canons de fusil, une grande bouteille
-d'eau forte et trente-six seringues[389].
-
- [389] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._
-
-Théodore ayant appris que Viganego, le consul de Gênes, avait eu une
-longue conférence avec son collègue anglais, fut consterné.
-
-Viganego avait non seulement conféré avec le représentant d'Angleterre,
-mais encore avec le baron d'Albreet, résident impérial. Puis, il avait
-envoyé un certain Pisarello avec deux camarades, comme espions, à bord
-de _La Demoiselle Agathe_. Mais ils ne purent rien voir, car toutes les
-ouvertures étaient soigneusement closes. Ils aperçurent seulement,
-derrière une vitre, la tête d'un homme, qui semblait en faction. Les
-traîtres génois s'étaient, en outre, mis en rapport avec les deux autres
-passagers--Richard et Keverberg sans doute--et les entraînèrent à
-l'estaminet pour essayer de les faire parler et voir s'il n'y aurait pas
-moyen de faire «un bon coup». Ils virent embarquer les quatorze
-déserteurs; mais, malgré leur bonne volonté, ils ne firent rien
-d'utile[390].
-
- [390] Viganego au Sérénissime Collège, Lisbonne, le 30 juillet
- 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Théodore avait ordonné au capitaine de croiser devant la baie
-Sainte-Catherine et de venir le chercher avec une garde sûre et bien
-armée. Le soir, au souper, il déclara à Van Sil qu'il était le roi
-Théodore Ier, souverain de la Corse. Le résident, qui savait
-parfaitement à quoi s'en tenir, simula la stupéfaction et se confondit
-en marques de respect[391].
-
- [391] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._
-
-Neuhoff dit au résident qu'il ne comprenait pas pourquoi les Génois
-s'acharnaient contre lui et en voulaient à son existence. Il n'avait
-rien fait de mal. Appelé par les Corses, il ne s'était livré à aucune
-sollicitation pour obtenir la couronne. Il avait pour mission de les
-secourir dans leur détresse; il ne saurait manquer à ce devoir de
-charité. Il se proposait d'ouvrir l'île au commerce étranger et
-d'accorder la liberté de conscience[392].
-
- [392] Lettre de Lisbonne du 30 juillet 1737 à Joseph Buonaroti:
- _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.--Antonio
- Battistella, _op. cit._, p. 177.
-
-Le 27 juillet, à deux heures après-midi, Neuhoff se rendit à bord de son
-navire, accompagné par son escorte et par Van Sil, à qui il offrit des
-rafraîchissements dans sa cabine. Les adieux furent solennels. A quatre
-heures, _La Demoiselle Agathe_ leva l'ancre et tira des salves[393].
-
- [393] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._--Pignon à Amelot, le 13 janvier 1738: Abbé Letteron,
- _Pièces et documents_, p. 95-99.
-
-Des sbires, régulièrement requis, se rendirent au port pour saisir le
-navire; ils arrivèrent trop tard. _La Demoiselle Agathe_ voguait, toutes
-voiles dehors, vers la haute mer. Le bruit courut qu'un passager avait
-débarqué et était parti mystérieusement vers l'Espagne. On crut que
-c'était Théodore[394]. Mais le roi se trouvait réellement sur le
-bâtiment.
-
- [394] Viganego au Sérénissime Collège, Lisbonne, le 30 juillet
- 1737: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-De Lisbonne en Méditerranée, la traversée eut lieu sans encombre. La mer
-était calme; le bateau naviguait lentement. Pour passer le temps, le
-baron rassembla ses gens sur le pont; il déclara aux déserteurs qu'il
-était roi de la Corse et leur demanda s'ils consentaient à le servir.
-«Oui! oui!» répondirent-ils. Il leur fit donner à chacun une chemise,
-une paire de bas et des souliers. Les soldats se montrèrent très
-satisfaits de cette largesse.
-
-Neuhoff ordonna à Barentz de mettre le cap sur la Corse; il lui remit
-une carte scellée de ses armes, en lui disant de méditer sur la manière
-la plus convenable d'aborder. Le capitaine fut très embarrassé; il ne
-savait pas où se trouvait l'île. Il dut confesser son ignorance au
-pilote et lui dévoiler les projets. Le marin eut un mouvement de
-surprise et de «dégoût». Bien que plus âgé et plus brave que Barentz, il
-fit valoir les difficultés que présentait l'entreprise. Il avoua que
-lui, non plus, ne connaissait pas les ports de la Corse, et jugeait que
-le navire n'était pas suffisamment armé pour se défendre contre les
-Génois, en cas d'attaque. Théodore intervint et, à force de belles
-paroles et de promesses, il endormit les craintes du pilote. Il fit
-confectionner des cocardes, dont il gratifia son état-major. Il fit
-faire également deux paires de baguettes, une pour Keverberg, l'autre
-pour Richard. Ce dernier, selon le roi, était un honnête homme, très
-apte au commerce et aux finances; il connaissait plusieurs langues. Cela
-était parfait, mais il fallait qu'il devînt un guerrier; tout irait bien
-alors. Sur l'ordre du roi, on tailla dans des toiles un pavillon de
-Corse, qui fut hissé à la poupe du navire. Pendant une demi-heure,
-l'étendard royal flotta au vent, tandis que Sa Majesté se promenait sur
-le pont, remplie «de gloire et de contentement», distribuant des emplois
-à chacun. Théodore jugea bon de ne pas continuer cette scène trop
-longtemps. Sa vanité satisfaite, il reprit ses habitudes de prudence,
-fit descendre le drapeau et rentra dans sa cabine.
-
-Le 3 août, un bâtiment suédois parut. On lui demanda des nouvelles. Il
-signala la présence de trois barques qui, selon toute probabilité,
-étaient montées par des Maures et qui lui avaient donné la chasse. Le 6,
-à l'aube, par un temps calme, _La Demoiselle Agathe_ était en vue
-d'Oran. A neuf heures, le capitaine aperçut sous le vent, trois barques
-et une galère. Certainement c'étaient les Maures. Comme cette flotille
-cinglait vers le navire et qu'on ne pouvait pas fuir, Barentz jugea
-inutile de virer de bord. Il fit arborer le pavillon anglais et cacher
-les soldats à fond de cale. Soudain, _La Demoiselle Agathe_ essuya un
-coup de canon à boulet et les quatre navires hissèrent le pavillon
-espagnol. Le bâtiment de Théodore amena ses voiles et Barentz dut aller
-à bord de la galère pour montrer ses papiers. Pendant ce temps-là,
-Théodore avait fait retirer le pavillon anglais et mettre, à sa place,
-celui de Hollande. Cela parut très louche. Le commandant de la flotille
-envoya des hommes armés à bord de _La Demoiselle Agathe_ pour opérer une
-perquisition. Les caisses de fusils furent découvertes; on cria: «Des
-armes! Des armes!» Le navire hollandais fut envahi; des sentinelles,
-sabre en main, montèrent la garde sur le pont. Il s'ensuivit un grand
-tumulte; les gens de Théodore se crurent entourés par les «barbares»;
-les Espagnols injurièrent tout l'équipage. Le roi avait cet air
-d'autorité, qu'il savait prendre dans les grandes circonstances, ce qui
-ne l'empêcha pas d'être insulté comme le dernier des matelots.
-L'arrogance des Espagnols le fit entrer dans une grande fureur. Malgré
-le passeport hollandais, dont le capitaine était muni, _La Demoiselle
-Agathe_ fut conduite à Oran, où on arriva le 7 août à 6 heures du matin.
-Pendant toute la traversée, Sa Majesté n'avait pas décoléré.
-
-Théodore écrivit au marquis de Vallejo, gouverneur général, pour lui
-dire qui il était, en lui demandant le secret, aide et assistance[395].
-
- [395] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._--Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.
-
-Dans la crainte de voir certaines puissances favoriser les Maures à son
-détriment, le gouvernement espagnol faisait exercer une surveillance
-étroite sur les côtes d'Afrique et imposait la visite aux bâtiments
-suspects de porter des armes ou des munitions. Le fait d'avoir tiré à
-boulet sur _La Demoiselle Agathe_, sans aucun avertissement préalable,
-et avant même que le bateau hollandais eût fait mine de résister,
-constituait un acte d'hostilité grave. Le gouverneur le reconnut, mais
-il n'en déclara pas moins le navire de bonne prise. Il envoya un
-détachement de grenadiers avec leurs officiers pour garder _La
-Demoiselle Agathe_, après y avoir fait mettre les scellés. L'équipage et
-les quatorze soldats, qui étaient restés à fond de cale pendant
-vingt-quatre heures, sans boire ni manger, furent conduits au château
-Saint-Jacques.
-
-Je n'aurai garde d'omettre ce détail que je trouve dans le journal de
-voyage; il dépeint bien le personnage. «La grandeur d'esprit de Monsieur
-Théodore était si grande qu'afin de ne pas se lever pour saluer ces
-officiers, il feignit avoir la goutte, se faisant mettre un coussin à
-terre pour appuyer sa jambe droite. Mais quand il fut habillé,
-apparemment il s'était oublié de la goutte, ou il se figura que ces
-messieurs étaient tous aveugles, vu qu'il marchait ferme et
-cavalièrement».
-
-Le roi se rendit chez le marquis de Vallejo, qui le reçut fort
-civilement. Le gouverneur lui dit qu'il allait envoyer sans tarder un
-courrier à Madrid pour demander des instructions. Il poussa la
-complaisance jusqu'à écrire sa lettre devant Théodore. Celui-ci donna
-quatre-vingts sequins à l'émissaire pour qu'il partît sur le champ. En
-attendant la réponse de la Cour, Vallejo se voyait contraint de loger Sa
-Majesté au château Saint-Charles. Le gouverneur entoura cette
-déclaration des plus grandes honnêtetés. Il fit venir son cheval afin
-que Neuhoff se rendît le plus commodément possible à la résidence qui
-lui était assignée. Puis, il recommanda à Don André Villalonga,
-gouverneur du château, de traiter son hôte avec toute «la splendeur» et
-les égards possibles. Le soir même, Richard, Keverberg et le cuisinier
-rejoignaient le monarque en prison. _La Demoiselle Agathe_ fut conduite
-à Marsa, où on lui enleva son gouvernail et ses voiles.
-
-La détention fut douce; Vallejo et Théodore se comblèrent de politesses.
-Le gouverneur avait demandé à son prisonnier s'il ne possédait pas, à
-bord de son navire, quelques bouteilles de vin du Rhin. Le roi répondit
-qu'il en avait sept. Il les fit prendre avec quelques autres flacons,
-des confitures et des épices et envoya le tout à Son Excellence. Le
-gouverneur s'émerveilla de cette générosité; mais il eut des scrupules:
-le fait d'accepter des présents d'un détenu n'était pas très correct. Il
-prit seulement une bouteille de vin du Rhin et renvoya le reste à
-Théodore. Il y joignit douze flacons de Malaga, de Malvoisie et de
-Bourgogne et un billet aimable.
-
-Quand on célébrait la messe au château, Théodore prenait, à la chapelle,
-la droite du gouverneur. Richard et Keverberg étaient protestants; mais
-ce dernier, très accommodant, allait également à l'office pour faire la
-cour à son maître. Richard était intransigeant; pour un empire, il
-n'aurait mis les pieds dans une église catholique. Il trouva la
-faiblesse de son ami très coupable et le lui dit. Du reste, il
-s'étonnait que Neuhoff allât à la messe, car, d'après les conversations
-qu'il avait eues avec lui, il le croyait aussi éloigné de la religion
-romaine que «l'est le ciel de la terre»[396]. Pourtant Théodore, en
-arrivant en Corse, s'était posé comme catholique; on a même été jusqu'à
-dire, nous l'avons vu, qu'il entendait trois messes par jour. Il n'était
-donc pas à une messe près. En tous cas, il ne se laissa jamais
-embarrasser par aucun principe religieux, de quelque confession que ce
-fût. Il ne faut voir dans les pratiques pieuses du baron au château
-Saint-Charles qu'un peu de cette hypocrisie qu'il savait manier à
-merveille.
-
- [396] _Journal du voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._
-
-Malgré toutes les prévenances dont on l'entourait, Théodore n'était pas
-rassuré. Il craignait que la cour de Madrid, circonvenue par les Génois,
-ne le fît rester en prison ou amener sous escorte à Madrid. Il n'en fut
-rien heureusement.
-
-Le 17 août, au matin, la réponse du gouvernement espagnol arriva.
-Vallejo avait ordre de remettre Neuhoff en liberté avec tous ses gens,
-de lui rendre son bâtiment et de lui rembourser les dépenses qu'il avait
-faites. Le gouverneur transmit cette bonne nouvelle à son prisonnier.
-Celui-ci en fut si heureux qu'il donna un louis d'or au messager et
-qu'il distribua d'autres gratifications. Vallejo envoya de nouveau son
-cheval au roi. En arrivant sur le navire, il trouva tout son monde. Ses
-soldats avaient perdu leurs bas et leurs souliers; il leur en fit donner
-d'autres. Il voulut faire acheter des boulets, mais on n'en trouva pas.
-Le 19 août, _La Demoiselle Agathe_ mit à la voile.
-
-Neuhoff était très contrarié d'avoir perdu quelques jours à Oran. Il
-pensait que les Génois auraient eu le temps d'apprendre ses projets; ils
-pourraient donc empêcher son débarquement dans l'île. Il était nerveux,
-inquiet, ne pouvant reposer ni le jour ni la nuit. En mer, on rencontra
-un bâtiment anglais se rendant à Lisbonne. On lui demanda s'il avait
-aperçu quelque navire. L'anglais répondit non; Théodore lui fit dire de
-se méfier lorsqu'il se trouverait à la hauteur d'Oran. Tandis qu'il
-donnait ce conseil, il fit monter tous ses soldats dans les cordages et
-l'anglais, voyant qu'un si petit bâtiment portait autant d'hommes, fut
-dans une profonde admiration. Malgré ses anxiétés et ses craintes, le
-roi se mit à rire, car il était très satisfait d'avoir joué un bon tour.
-
-Le 2 septembre, vers neuf heures du matin, alors que _La Demoiselle
-Agathe_ devait, selon le capitaine, se trouver à seize lieues environ
-des côtes de Sardaigne, le baron eut une grande frayeur en apercevant
-une voile à l'horizon. Il crut que c'était un bâtiment génois lancé à sa
-poursuite. Mais, bientôt, il se remit de cette alarme car le navire
-arbora le pavillon suédois. Théodore dit à ses deux acolytes: «Voilà une
-belle opportunité pour me sauver». Et, de suite, il prit ses mesures
-pour mettre ce projet à exécution. Il ordonna à Keverberg de le suivre,
-tandis que Richard resterait à bord de _La Demoiselle Agathe_ pour aller
-en Corse débarquer les munitions. Neuhoff déclara à ses gens que, lui
-absent, ce leur serait plus facile. On se rapprocha donc du navire
-suédois, qui s'appelait _Le Grand Christophe_, commandé par le capitaine
-Jonas Hee Kerhoet. Ce bâtiment avait pris un chargement de sel à
-Cagliari à destination de Stockholm. Barentz demanda à son collègue
-quelles étaient les nouvelles de la guerre entre les Russes et les
-Turcs. Jonas Kerhoet répondit qu'en Sardaigne on ne parlait que du roi
-Théodore. On savait qu'il se trouvait à bord d'un bâtiment hollandais
-faisant voile vers la Corse. Des navires génois croisaient autour de
-l'île afin de le prendre sûrement. Barentz fit la grimace, mais il ne
-dévoila rien. Cette conversation encouragea Sa Majesté dans son dessein
-de prendre le large. Le capitaine suédois demanda, à son tour, pourquoi
-deux des passagers de _La Demoiselle Agathe_ désiraient s'embarquer à
-son bord. On lui répondit que le navire ayant été pris par les
-Espagnols, et l'équipage molesté, les deux personnages voulaient
-interrompre leur voyage à Livourne pour aller en Angleterre et en
-Hollande porter leurs plaintes et obtenir réparation. Kerhoet consentit
-à les prendre moyennant vingt sequins et il s'engagea à les déposer
-dans un port d'Angleterre ou de Hollande. Après avoir écrit trois
-lettres pour des chefs corses, Théodore fit ses dernières
-recommandations à Richard en lui prodiguant les plus séduisantes
-promesses. Il monta sur le navire suédois avec Keverberg. Les deux
-bâtiments se séparèrent après s'être mutuellement salués. _Le Grand
-Christophe_ mit le cap sur Gibraltar, tandis que _La Demoiselle Agathe_
-se dirigeait vers la Corse[397].
-
- [397] _Journal de voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._--Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1737: Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.--Antonio Battistella,
- _op. cit._ p. 179.
-
-La fuite du baron plongea Richard dans d'amères réflexions. Il les a
-consignées dans son journal et je les transcris ici en respectant son
-style: «Je m'avais depuis longtemps revêtu de patience, mais uniquement
-je ne faisais que me repentir d'avoir jamais vu ou connu Monsieur
-Théodore. Je lui fus recommandé par des amis en Hollande, qui, en même
-temps me firent des promesses qu'en peu de temps je ferais fortune,
-désignèrent sa personne pour un oracle, ce que je laisse à décider à
-ceux dont leur connaissance avec lui est plus vieille que la mienne qui
-n'est que de quatre mois. Mais le contenu de ce qui reste dit dans ce
-journal est assez suffisant pour convaincre à tous jugements impartiaux,
-que toute sa conduite dans ce voyage ne porte pas des marques d'un
-esprit judicieux»[398].
-
- [398] _Journal de voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc.
- cit._
-
-Richard ne fut pas le seul à qui le départ du roi causa un
-désappointement; le capitaine se trouva dans un cruel embarras. Malgré
-tout, on poursuivit le voyage. Le 6 septembre, à midi, on aperçut la
-Corse et, vers le soir, _La Demoiselle Agathe_ se trouva à quatre lieues
-de l'île. Le vent était favorable, le temps splendide; la nuit il y eut
-un beau clair de lune; aucune voile n'apparaissait à l'horizon; la route
-était libre. Mais le capitaine s'agitait comme un fou, il allait et
-venait avec le pilote, descendait dans sa cabine pour consulter la
-carte, que lui avait remise le roi, puis il remontait sur le pont, se
-frappant la poitrine en s'écriant qu'il n'était jamais venu en Corse,
-qu'il n'avait presque pas entendu parler de cette île et qu'il n'en
-connaissait ni les ports, ni les atterrages. Il risquait donc de perdre
-son navire et d'exposer sa vie et celle de ses matelots. Le pilote, «qui
-était un vieux renard», dit qu'il avait prévu tout cela dès le début de
-l'expédition. Pour l'instant, il n'y avait qu'à choisir entre deux
-partis: aller en Corse, ou prendre la mer dans la direction de Livourne.
-Maître Barentz se mit alors à récriminer contre Lucas Boon. La nuit
-approchant, on remit la solution au lendemain. Le soir, au souper, le
-capitaine demanda à Richard quel était son avis. Le secrétaire de
-Théodore partit d'un éclat de rire, «mais en vérité, dit-il, c'était une
-risée plus pleine de chagrin que celle de Démocrite». Barentz trouva
-qu'il n'y avait rien de risible dans la situation et que cette gaîté
-n'était pas le fait d'un homme spirituel. «Non, non, mon ami, répliqua
-Richard, ce n'est pas à présent que le bon esprit est capable de
-raccommoder les inadvertances que l'on a ci-devant commises; et je ris
-parce que de la première heure, depuis notre départ de Lisbonne, j'ai
-prévu que nous entrerions autant dans l'île que d'aller à
-Constantinople». Et il ajouta qu'il était absolument convaincu que
-Théodore n'avait jamais eu l'intention d'aller en Corse. Le commandant
-se contenta de répondre: «Le temps nous apprendra autrement».
-
-Le lendemain, le brouillard cachait l'île. Le capitaine déclara que la
-brume l'empêchait d'atterrir. Dans l'après-midi, on aperçut deux barques
-génoises; Barentz fut consterné. Il voyait déjà son navire coulé, ses
-hommes et lui capturés et livrés au supplice. Voulant faire disparaître
-toute trace du passage de Théodore, il fit rassembler les objets
-compromettants: le pavillon de Corse, les cocardes, la carte scellée aux
-armes royales, la bouteille d'eau forte et les seringues. Il enferma
-toutes ces pièces à conviction dans un sac attaché par un boulet et
-ordonna de le jeter à la mer à la première alerte. Il fit jurer à son
-équipage et aux soldats de garder le secret et déclara qu'il ne se
-défendrait pas. Le 10, une troisième barque vint se joindre aux deux
-autres. Le capitaine affolé, s'écria: «Pour Livourne! je ne veux pas
-être dupé par tous les messieurs Boon et les autres». Il fit prendre
-aussitôt la direction de l'Italie; les bâtiments génois suivaient. Le
-12, devant l'île de Gorgona, on les perdit de vue et le 13 septembre, à
-huit heures du matin, _La Demoiselle Agathe_ jeta l'ancre en rade de
-Livourne. Le navire fut envoyé pendant quinze jours en quarantaine. La
-santé s'aperçut que deux passagers manquaient et demanda des
-explications. Le capitaine répondit qu'ayant relâché à Oran pour prendre
-de l'eau, ces deux passagers étaient descendus à terre et qu'ils
-n'avaient plus reparu. Ils les avaient vainement attendus pendant un
-jour. Il se garda bien de dévoiler l'identité des deux absents, et de
-raconter leurs mésaventures sur les côtes africaines. Les inspecteurs,
-bien qu'incrédules, ne soulevèrent aucune objection. Mis au courant, le
-vice-consul hollandais approuva le capitaine d'avoir gardé le secret.
-Bookmann et Evers, les consignataires, furent de cet avis. Mais,
-qu'allait-on faire du bâtiment? Le capitaine eut plusieurs conférences
-avec les négociants. La question était de savoir si _La Demoiselle
-Agathe_ irait en Corse. Barentz montrait beaucoup de répugnance à se
-rendre dans l'île. Un matin, il reçut de Bookmann et Evers un billet lui
-ordonnant d'aller le lendemain au lazaret. Là, il trouverait un individu
-de grande taille, habillé de noir et qui lui dirait ce mot: «C'est
-l'homme!». Il fut exact au rendez-vous et trouva le personnage.
-Celui-ci, sans se nommer, déclara être un des plus intimes confidents du
-«seigneur roi». L'homme dit au capitaine qu'il devait se préparer à
-mettre à la voile pour la Corse, qu'il n'y avait aucun danger à courir.
-Lui-même prendrait, avec neuf compagnons, passage sur le navire. Barentz
-ne fut pas convaincu. Il fit valoir les difficultés et les périls de
-cette entreprise. Finalement, il déclara que le projet était
-impraticable et qu'il fallait trouver autre chose. Il fit partager cet
-avis à Bookmann et Evers.
-
-L'inconnu revint à la charge. Puisque le commandant se refusait à se
-rendre en Corse, il fallait fréter deux felouques et y charger les armes
-et les munitions. On embarquerait pendant la nuit les soldats; l'inconnu
-prendrait passage avec ses neuf compagnons et on mettrait à la voile
-pour aller reconquérir le royaume du seigneur Théodore. Richard devait
-faire partie de l'expédition. Le jeune homme fit mine d'accepter; mais
-il était bien décidé à ne pas prendre part à une nouvelle entreprise
-dangereuse et sans profits. La tentative en resta là. Richard et les
-soldats débarquèrent; _La Demoiselle Agathe_ fut frétée pour Hambourg.
-Richard fut logé à l'hôtel de l'Écu de France et défrayé par Bookmann et
-Evers, en attendant les ordres de Lucas Boon[399].
-
- [399] _Journal de voyage du navire_ La Demoiselle Agathe: _loc. cit._
-
-
-IV
-
-L'arrivée du navire avait fait quelque bruit à Livourne. Le Sénat de
-Gênes fit des démarches pour en obtenir la saisie. Wachtendonck, qui
-commandait les troupes impériales en Toscane, s'y refusa énergiquement
-parce que Livourne était un port franc. Le duc de Lorraine, en succédant
-au dernier des Médicis, avait confirmé cette franchise[400]. La
-république ne se tint pas pour battue; elle envoya une barque qui jeta
-l'ancre à côté de _La Demoiselle Agathe_, afin de voir ce qui se
-passait. Pour donner un semblant de satisfaction aux Génois, les
-autorités toscanes firent subir un interrogatoire aux matelots. La
-république eut la douleur d'apprendre que Théodore s'était bien
-embarqué sur le bâtiment, mais qu'il avait fui en pleine mer[401].
-
- [400] Lorenzi à Amelot, Florence, le 14 septembre 1737:
- Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [401] Lorenzi à Amelot, Florence, les 18 septembre et 12 octobre
- 1737: Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère
- des affaires étrangères.
-
-Les gens du baron se dispersèrent sans bruit après avoir reçu quelques
-secours des négociants; ils avaient tout intérêt à disparaître, car la
-ville de Livourne était remplie d'espions génois. Les soldats entrèrent
-au service de l'empereur[402].
-
- [402] Pignon à Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 95-99.
-
-Je dois ici anticiper sur les événements pour dire ce que devint Denis
-Richard. Confiant dans l'étoile du seigneur Théodore, alléché par ses
-promesses, Richard n'avait pas hésité à aller tenter fortune dans
-l'entreprise montée par les traitants hollandais. Ce jeune anglais était
-un déclassé. Instruit, intelligent, il ne lui avait manqué que la chance
-pour réussir. Le mauvais sort voulut qu'il rencontrât le baron sur son
-chemin. La désillusion était vite arrivée. Seul, sans appui à Livourne,
-dans un pays inconnu pour lui, il se trouvait à la merci de deux
-négociants qui se lasseraient peut-être de lui venir en aide. Comme il
-savait beaucoup de choses, que les Génois se donnaient un mal infini
-pour apprendre, il voulut tirer parti des documents qu'il avait eu
-l'habileté de garder.
-
-Il alla donc trouver Gavi, consul de Gênes à Livourne. Il lui raconta
-les aventures de _La Demoiselle Agathe_; lui dit qu'il possédait le
-journal de voyage et demanda un secours en protestant de son dévouement
-pour la république. Gavi en référa à son gouvernement. Les Génois
-étaient toujours très disposés à recevoir les délations, mais ils
-n'entendaient pas payer cher ceux qui les apportaient. Ils commencèrent
-donc par faire la sourde oreille. Richard retourna chez le consul.
-Enfin, le 27 novembre, ne voyant rien venir, il envoya une requête au
-Sénat pour réclamer aide et secours. Il témoigna de son zèle pour le
-bien de la république, déclara en termes soumis qu'il était entièrement
-attaché à Leurs Sérénités. Il se disait tout disposé à servir d'espion
-et à communiquer au Sénat ce qu'il pourrait apprendre encore concernant
-Théodore[403]. Il était, en effet, resté en relations avec Bookmann et
-Evers, et, par eux, il se trouvait à même de connaître les secrets.
-
- [403] _Mémoire que Denis Richard présente avec soubmission aux
- Sérénissimes Doge, gouverneur et procurateur de la Sérénissime
- République de Gênes._ Livourne, le 27 novembre 1737: _Ribellione
- di Corsica, Filza_, N. Gle 13-3011. Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-Sur ces entrefaites, Lucas Boon écrivit à ses correspondants de
-Livourne. Le projet d'une descente dans l'île n'était pas abandonné. Le
-commerçant voulait faire passer en Corse la cargaison de _La Demoiselle
-Agathe_, sous la conduite de Richard. «Vous pouvez l'assurer, disait
-Boon, que l'on a pris tout le soin pour son intérêt et avantage, et vu
-qu'il aura encore dix autres messieurs qui s'embarqueront avec lui, il
-peut le faire aussi sans crainte, car les autres aiment autant leur vie
-qu'il peut le faire à la sienne. Je vous recommande de l'assister avec
-tout ce qu'il aura besoin pour se préparer à faire ce voyage, mais au
-cas qu'il répugne à vouloir aller, alors vous ne lui donneriez aucune
-chose de plus, car il a convenu ici d'aller à l'île et si à présent il
-ne veut pas aller, nous ne sommes dans l'obligation de lui fournir
-aucune subsistance».
-
-Cette lettre fut communiquée à Richard. Elle était datée d'Amsterdam le
-6 décembre 1737. Il en prit une copie qu'il adressa le 25 à Gênes, en
-mettant en note qu'on lui avait donné quarante-huit heures pour se
-décider. Deux bâtiments ancrés dans le port de Livourne se tenaient à la
-disposition de Bookmann et Evers. Richard ajoutait qu'il était urgent de
-surveiller ces navires, comme toutes les barques et felouques, qui
-pouvaient se trouver dans le voisinage des côtes de la Corse[404].
-
- [404] Récapitulation d'une lettre écrite le 6 décembre 1737 par
- Lucas Boon d'Amsterdam à Bookmann et Evers, à Livourne: _loc.
- cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-La relation du voyage de _La Demoiselle Agathe_ fut remise par Richard à
-Gavi. Le consul en envoya une copie à Gênes et une autre à Mari,
-gouverneur en Corse. Le Sénat fit venir Richard à Gênes. Celui-ci fut
-interrogé longuement, et on lui promit une belle récompense. Mais quand
-les inquisiteurs eurent tiré de Richard tout ce qu'ils voulaient savoir,
-ils se bornèrent à lui donner quelques sequins, en lui octroyant la
-permission de se retirer où il voudrait. Le malheureux, dupé une seconde
-fois, vint trouver le ministre de France et lui conta ses mésaventures.
-Au cours de la conversation, Campredon demanda à Richard ce que Neuhoff
-comptait faire des trente-six seringues embarquées sur _La Demoiselle
-Agathe_. «C'était, répondit-il, pour seringuer de l'eau-forte, dont il
-fait bonne provision, dans les yeux des Génois qu'on pourra surprendre,
-comme des sentinelles qui se trouveront par là hors de combat sans que
-le bruit que feraient les coups de fusil donnent l'alarme». Richard se
-flattait de pouvoir rendre des services en France. Il demanda un secours
-à Campredon. Le ministre lui remit quelque argent. Le 30 septembre 1738,
-Denis Richard quitta Gênes[405]. Il disparut sans qu'on ait plus jamais
-entendu parler de lui, comme la plupart des collaborateurs éphémères de
-l'aventurier.
-
- [405] Campredon à Amelot, Gênes, le 2 octobre 1738:
- Correspondance de Gênes, vol. 101. Archives du Ministère des
- affaires étrangères; publiée par M. l'abbé Letteron:
- _Correspondance_, p. 423-426.
-
-_La Demoiselle Agathe_ n'était pas le seul bâtiment frété par les
-commanditaires du roi pour porter des munitions en Corse. Le 23 juin
-1737, Théodore donnait pouvoir à un de ses secrétaires, un florentin,
-nommé François de Agata, pour fréter un second navire[406]. Ce vaisseau
-était _Le Yong-Rombout_, capitaine Antoine Bevers. Il appartenait aux
-sieurs Splenter, Van Doorn et Abraham Louxissen; il portait dix-huit
-canons. Le nolissement était fait à raison de seize cents florins de
-Hollande par mois. Quatre mois d'emploi lui étaient assurés[407].
-
- [406] _Copie du pouvoir du roi Théodore, traduit de sa main du
- hollandais en italien, donné à François de Agata, son secrétaire,
- pour fréter un bâtiment à Amsterdam, le 23 juin 1737_:
- Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des
- affaires étrangères. Ce document est court et sans intérêt.
-
- [407] Contrat de nolissement du _Yong-Rombout_: Correspondance de
- Gênes, vol. 101. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-_Le Yong-Rombout_ devait rejoindre _La Demoiselle Agathe_ sur les côtes
-de la Corse. La traversée s'effectua bien. Mais, si aucun incident n'en
-vint marquer le cours, elle se termina d'une façon tragique. Vers le
-mois d'octobre, le bâtiment arriva devant l'Île-Rousse. Le capitaine
-croyait que ce port était en la possession des mécontents et pensait
-pouvoir y débarquer son chargement en toute sécurité. Il se trompait;
-cette ville était occupée par les Génois. Ceux-ci, toujours méfiants,
-s'alarmèrent; en l'espèce, ils n'avaient pas tort. Ils apprirent que _Le
-Yong-Rombout_ avait été frété en Hollande par Théodore. Cela suffisait
-pour que tous ceux qui se trouvaient à bord fussent déclarés ennemis et
-traités comme tels. Les Génois parvinrent à s'emparer d'Agata et le
-malheureux fut pendu sans autre forme de procès. Bevers, ne voulant pas
-exposer son équipage et lui-même à un traitement pareil, s'empressa de
-prendre la mer, en remportant les munitions destinées aux rebelles. Il
-ne tenta même pas de débarquer sa cargaison sur un autre point. _Le
-Yong-Rombout_ mit à la voile et arriva à Naples au commencement du mois
-de novembre[408].
-
- [408] Pignon à Amelot, Livourne, les 23 décembre 1737 et 13
- janvier 1738: Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 88-95-99.
-
-L'aventure tragique du navire causa une vive émotion aux commanditaires
-du roi. Lucas Boon n'y comprenait rien. Le capitaine était un homme
-expert, connaissant parfaitement la Corse. Comment avait-il commis la
-faute d'aller à l'Île-Rousse, dans un port appartenant aux Génois? Ces
-deux expéditions, manquées coup sur coup, dérangeaient les affaires. Sa
-Majesté devait en être très marrie; mais les négociants comptaient bien
-ne pas l'abandonner. Ils la consolaient et lui promettaient leur amitié
-et leur dévouement[409].
-
- [409] Lucas Boon à Bookmann et Evers, le 13 décembre 1737: _loc.
- cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Dominique Rivarola, ancien vice-consul d'Espagne à Bastia, était l'agent
-des Corses à Naples. A l'arrivée du navire, il engagea le capitaine
-Bevers à retourner en Corse pour y débarquer les armes et les munitions
-fournies par les commerçants hollandais, «les croupiers de Théodore»,
-comme Pignon les appelle. Bevers répondit qu'il ferait voile pour la
-Corse lorsqu'il lui serait possible d'aborder à Porto-Vecchio. Rivarola
-écrivit aux chefs des mécontents de tenter la prise de ce port. Il
-envoya ses lettres par une felouque de Lipari ayant vingt-deux hommes et
-sur laquelle il embarqua quelques fusils, de la poudre et du plomb.
-L'argent nécessaire à ces achats avait été fourni par des officiers
-siciliens, contre la promesse faite par Rivarola de leur fournir des
-recrues corses. Le 7 janvier, à la hauteur de Monte-Christo, dix
-matelots, craignant les représailles des Génois, demandèrent à être mis
-à terre. La felouque arriva en Corse le 13 janvier et débarqua sa
-cargaison[410].
-
- [410] Pignon à Amelot, les 13 et 20 janvier 1738: Abbé Letteron,
- _Pièces et documents_, p. 95-99, 101 et 103.
-
-Le marquis de Puisieux, ambassadeur de France à Naples, apprenant
-l'arrivée du _Yong-Rombout_ chargé de munitions pour les rebelles, et
-étant informé des démarches qu'on faisait auprès du capitaine pour le
-décider à retourner en Corse, pria le consul de Hollande, Valembergh, de
-venir chez lui et lui représenta qu'il devait empêcher le bâtiment
-d'aller porter des armes destinées à combattre la république de Gênes
-avec laquelle les États-Généraux n'étaient pas en guerre. Puisieux fit
-aussi remarquer que le roi prenait un intérêt tout particulier à la
-pacification de l'île et que le gouvernement hollandais ne
-désapprouverait certainement pas son consul d'avoir tenu compte des
-représentations légitimes de la France. Valembergh répondit d'une façon
-si évasive que Puisieux crut devoir informer Campredon de ce qui se
-passait. Il s'adressa également à Montalègre, ministre du roi des
-Deux-Siciles; celui-ci déclara que les munitions n'ayant pas été
-achetées dans les États de Sa Majesté sicilienne et que Louis XV n'ayant
-point déclaré la guerre aux Corses, il ne pouvait pas faire arrêter le
-bâtiment. Le ministre promit cependant de parler au consul de Hollande
-et de faire peur aux insulaires qui se trouvaient à Naples[411].
-
- [411] Puisieux à Amelot, Naples, le 7 janvier 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 35. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Adroitement et sans paraître y prendre part, Puisieux fit jeter le
-trouble dans l'esprit de Bevers, en lui faisant voir le danger qu'il y
-aurait pour lui à retourner en Corse. S'il avait eu quelque velléité
-d'aller débarquer son chargement dans l'île, la crainte salutaire qui
-lui fut inspirée devait le faire renoncer à son projet. Puisieux avait
-d'autant plus de raison de se méfier, qu'il apprit qu'en 1732 Théodore
-était venu à Naples, où il avait séjourné pendant quelque temps chez
-Valembergh[412].
-
- [412] Du même au même, même date: _Ibidem_.
-
-Valentin Tadei, florentin, embarqué à bord du navire zélandais, alla
-trouver le marquis Grimaldi, envoyé génois à Naples, et lui dit son
-repentir. Il implora sa miséricorde, c'est-à-dire quelque argent pour
-lui permettre de s'en retourner à Pise. Il ne voulait plus se mêler, à
-l'avenir, des affaires du baron. Tadei remit à Grimaldi les polices de
-chargement, le contrat d'affrètement, le pouvoir authentique de Neuhoff
-et enfin le projet d'une nouvelle convention préparée par Rivarola pour
-le voyage éventuel du bâtiment à Porto-Vecchio[413].
-
- [413] Ce contrat ne fut jamais signé. Puisieux à Amelot, Naples,
- le 21 janvier 1738: _Ibidem_.--Le projet de contrat se trouve
- dans la Correspondance de Gênes au fol. 26 du vol. 101.
-
-Au commencement du mois de mars, _Le Yong-Rombout_ était à Gaète. Le
-capitaine reçut l'ordre des commerçants hollandais de retourner en
-Zélande, après avoir remis son chargement à un négociant de Livourne.
-
-Bevers vint à Naples et supplia Puisieux de lui délivrer un passeport
-pour remplir sa mission. L'ambassadeur s'y refusa[414].
-
- [414] Puisieux à Amelot, Naples, les 4, 18, 25 mars et 1er avril
- 1738: Correspondance de Naples, vol. 35. Archives du Ministère
- des affaires étrangères.
-
-Nous avons vu qu'au moment où Théodore fut arrêté à Amsterdam, la
-république de Gênes avait demandé qu'on le gardât en prison le temps
-suffisant pour qu'elle pût le réclamer. Les États Généraux n'avaient pas
-voulu donner satisfaction aux Génois. Une note insérée au mois de juin
-dans _Le Mercure historique et politique_, note paraissant émaner d'une
-source officieuse, expliquait les motifs pour lesquels Leurs Hautes
-Puissances ne pouvaient pas intervenir, malgré le désir qu'elles avaient
-d'être agréables à la Sérénissime République. Le baron de Neuhoff avait
-été emprisonné à la demande de certains particuliers. Les créanciers
-étaient toujours libres de faire sortir leur débiteur quand bon leur
-semblait. Théodore n'étant pas sujet de Gênes, le gouvernement
-hollandais ne pouvait au surplus prendre aucune mesure contre lui à la
-demande du Sénat. Du reste, les États Généraux se défendaient d'avoir
-favorisé ses projets en quoi que ce fût[415].
-
- [415] L'opinion que les États Généraux de Hollande favorisaient
- en secret l'entreprise du baron de Neuhoff, était cependant assez
- répandue. Dans un document intitulé: _Mémoires de certaines
- intrigues de Théodore_, qui se trouve aux Archives du Ministère
- des affaires étrangères, dans la Correspondance de Corse, vol. 2,
- on lit: «Il (Théodore) fut arrêté pour dettes en arrivant à
- Amsterdam, mais ayant trouvé un des juifs avec lequel il avait
- fait un traité de leur remettre San Fiorenzo ou Portovecchio,
- selon qu'il leur conviendrait, ce juif, dis-je, paya pour lui et
- le produisit à ses correspondants Lucas Boon, Tronchin et
- Neufville, qui firent un fonds en marchandises et munitions de
- cinq millions. Il est à présumer que ces marchands n'étaient que
- procureurs dans cette affaire, puisque Théodore s'obligeait de
- leur donner pour sûreté de leurs avances Ajaccio jusqu'à l'entier
- payement de la somme. Quelles troupes ont des marchands pour
- garder une forteresse dans un pays où la guerre est actuellement,
- si les États eux-mêmes n'y avaient pris des engagements secrets.
- De plus, l'armement des trois vaisseaux qui s'étaient présentés
- sur les côtes de Corse, s'était fait assez publiquement en
- Hollande pour que les États ne l'eussent pas ignoré».
-
-A la nouvelle de l'armement des navires _La Demoiselle Agathe_ et _Le
-Yong-Rombout_, la république avait protesté plus vivement que jamais.
-Leurs Hautes Puissances répondirent en élevant des réclamations sur la
-façon dont les Génois avaient traité les marins hollandais des navires
-qu'on soupçonnait aller en Corse porter des munitions aux
-mécontents[416]. Contre tout droit des gens, dans le port franc de
-Livourne, ils s'étaient livrés à des investigations hostiles. Les États
-Généraux ne pouvaient pas admettre la surveillance, les délations--voire
-les vexations, dont leurs nationaux avaient été victimes. En agissant
-ainsi, les Génois portaient un grave préjudice au libre exercice du
-commerce. Quant à tout ce qui avait été dit sur les passagers et la
-cargaison de _La Demoiselle Agathe_, ce n'était que des fables. On ne
-possédait pour prouver ces racontars que des papiers sans valeur
-fabriqués pour les besoins de la cause. Leurs Hautes Puissances
-demandaient donc à la république de respecter davantage à l'avenir leurs
-nationaux et leur trafic[417].
-
- [416] La lettre des États Généraux à la République de Gênes parle
- d'un autre navire qui se serait trouvé dans le même cas que _La
- Demoiselle Agathe_, _Le Maria Jacoba_, capitaine Cornelius Roos.
- Ce bâtiment avait été surveillé et visité par les Génois à
- Livourne contre tout droit.
-
- [417] Les États Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas à la
- Sérénissime République de Gênes. La Haye, le 23 novembre 1737,
- _Filza_ I, 2121 (1737-1738). Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-Dans certains cas, les gouvernements doivent nier même les choses
-évidentes. Les États Généraux ne pouvaient pas avouer que Théodore avait
-pris passage à bord de _La Demoiselle Agathe_.
-
-Van Sil crut aussi devoir se justifier de ses accointances avec
-Théodore, lors du passage de ce dernier à Lisbonne[418].
-
- [418] Lettre de Van Sil du 15 octobre 1737 sans nom de
- destinataire: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-Qu'était devenu le baron tandis que se déroulaient ces événements? Il se
-tenait soigneusement caché.
-
-Au mois d'octobre, un émissaire de Théodore arriva à Amsterdam. Il
-était chargé de recruter des garçons boulangers et autres artisans. Il
-eut plusieurs conférences avec Dedieu, mais il ne révéla pas la retraite
-du roi. Sa véritable mission consistait à faire prendre patience aux
-commanditaires de Sa Majesté. Les denrées de Corse ne devaient pas
-encore arriver, car on n'avait aucun bâtiment pour les expédier. Les
-embarquements se feraient dès qu'on aurait un navire. Le seigneur
-Théodore, objet d'une surveillance incessante, ne pouvait pas donner de
-ses nouvelles. Les secours promis par la France à la république ne
-l'effrayaient pas. Il avait pleine confiance en l'avenir[419].
-
- [419] Copie d'une lettre d'Amsterdam du 23 octobre 1737,
- communiquée avec la lettre de Fénelon à Amelot du 29 octobre:
- Correspondance de Hollande, vol. 424. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- En envoyant cette copie Fénelon écrivait:
-
- «Je joins ici la copie d'une lettre qui a été écrite d'Amsterdam
- et qui m'a été confiée. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a été
- fourni par la ville d'Amsterdam pour premier commissaire aux
- conférences d'Anvers et pour qui l'agent arrivé de Corse avait une
- commission, et bien d'autres particularités qui se peuvent
- joindre, ont assurément de quoi donner de fortes indices que
- l'Angleterre s'est intéressée pour procurer les facilités que le
- baron de Neuhoff a trouvées non seulement pour se tirer des mains
- de ses créanciers qui l'avaient fait arrêter à Amsterdam, mais
- encore pour s'y pourvoir de tout ce qu'il en a tiré en munitions,
- armes, etc... et qui ont suivi ou devancé son retour en Corse.
- L'Angleterre n'aura pas pris cet intérêt sans vue (en chiffres).
- Celle de prendre le contrepied de nous dans une affaire qu'elle
- croirait propre à nous mettre moins bien avec l'Espagne serait
- remarquable.»
-
- La diplomatie française voulait voir dans l'équipée de Théodore
- des menées anglaises. Ses craintes ne semblaient pas justifiées.
- Plus tard, l'Angleterre favorisera les entreprises de Théodore.
- Pour l'instant, ce n'était qu'un coup de commerce tenté par des
- trafiquants trop crédules.
-
-Théodore pouvait aisément tromper ses commanditaires par un aussi
-grossier mensonge, car on ignorait encore à Amsterdam et sa fuite en
-pleine mer et l'avortement de l'expédition. Bookmann et Evers reçurent,
-le 5 janvier 1738, des lettres de Lucas Boon. Dans ce courrier, il y
-avait une missive pour Neuhoff, sous le nom de Villeneuve. On ne devait
-la lui remettre qu'en mains propres. Le trafiquant ignorait, comme les
-autres, où était passé le roi, son associé. Cependant, le mois
-précédent, Vernais et Cloots, les correspondants de Lucas Boon à
-Lisbonne, avaient écrit à Livourne que Keverberg était arrivé en leur
-ville et qu'on supposait que le baron s'y trouvait également. Il se
-cachait sans doute très soigneusement; car on n'avait pas pu découvrir
-sa trace. Les négociants ajoutaient qu'il faisait bien de ne pas se
-montrer, car plusieurs personnes étaient munies de contraintes par corps
-délivrées contre lui à la requête de certains créanciers
-hollandais[420].
-
- [420] Pignon à Amelot, Livourne, 13 janvier 1738: Abbé Letteron,
- _Pièces et documents_, p. 95-99.
-
- [421] Puisieux à Amelot, Naples, le 2 janvier 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 35. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Si Théodore n'écrivait pas à ses associés, il était en correspondance
-avec Rivarola, le plus intrigant des agents corses. Ces lettres
-parvenaient par l'intermédiaire de la fidèle amie, la sœur
-Fonseca[421].
-
-Quant à ceux dont il n'avait plus besoin, il les abandonnait lâchement.
-Pour ne pas mourir de faim, Richard avait été obligé de vendre, contre
-quelques sequins, les secrets de l'entreprise; Agata avait été pendu;
-Costa, enfin, le bon et loyal serviteur, mourait misérablement à
-Livourne[422], dans un exil qu'il avait accepté par dévouement. Il
-s'éteignit sans avoir eu une pensée du souverain auquel il avait tout
-sacrifié.
-
- [422] Lorenzi à Amelot, Florence, le 12 octobre 1737:
- Correspondance de Florence, vol. 88. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
- La république de Gênes est impuissante à réprimer la révolte en
- Corse.--Négociations avec la France.--Traité de Fontainebleau.--La
- mission de Pignon.--Expédition française.--Duplicité des
- Génois.--Théodore revient en Hollande.--Mathieu Drost.
-
- La réclame dans les gazettes de Hollande.--Nouvelle entreprise
- commerciale.--Enrôlement des colons.--La cargaison des
- navires.--Relâche à Malaga et Alicante.--La flotte de Théodore à
- Cagliari.--Arrivée en Corse.--Le roi malgré lui.--Exécution d'un
- traître.--Théodore s'en va.--Aventures de ses officiers.
-
- Arrivée de _l'Africain_ à Naples.--Le consul de
- Hollande.--Arrestation du capitaine Keelmann.--Théodore est arrêté
- et conduit à Gaète.--Le gouvernement français et les États Généraux
- de Hollande.
-
- Mort de Boissieux.--Il est remplacé par le marquis de
- Maillebois.--Nouvelles instructions.--La guerre dans les
- montagnes.--Frédéric de Neuhoff.--Son odyssée.
-
-
-I
-
-La révolte en Corse continuait. La république était débordée; elle
-n'avait plus ni vaisseaux, ni soldats. Ses finances s'épuisaient. Ses
-agents, dans l'île, la trahissaient. Des trafiquants génois, mettant
-l'intérêt de leur négoce au dessus de tout principe patriotique,
-entretenaient la guerre en fournissant aux rebelles des vivres et des
-munitions[423]. Chaque jour on se battait sous les murs de Bastia.
-
- [423] «La république a fait arrêter un bâtiment génois qui
- portait des provisions de bouche et même quelques armes aux
- révoltés. La chose ne serait point surprenante, puisque tous ceux
- qui gagnent aux emplois, en Corse, ou qui sont chargés de la
- fourniture des vivres qu'on est dans la nécessité d'y envoyer,
- sont bien éloignés de désirer que cette guerre finisse, dût-elle
- achever de ruiner le trésor public...»
-
- Campredon à Maurepas, Gênes, le 4 avril 1737: Correspondance de
- Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Cette situation préoccupait la cour de Versailles. La pensée d'acheter
-la Corse perçait, dès cette époque, dans les instructions adressées à
-Campredon. Tant que la république serait en état de conserver l'île, le
-gouvernement français n'élèverait aucune compétition; mais le jour où
-les Génois seraient amenés, par la force des choses, à vendre la Corse,
-la France ne pourrait permettre à aucune autre puissance d'en faire
-l'acquisition[424].
-
- [424] «Les deux lettres, Monsieur, que vous avez écrites à M.
- Chauvelin, le 14 du mois dernier, confirment beaucoup les
- soupçons qu'on avait déjà que les révoltés de l'île de Corse
- étaient soutenus par la cour de Madrid et par celle de Naples, et
- c'est un objet assez intéressant pour que vous deviez employer
- toute votre adresse à en découvrir la vérité. Vos conjectures
- deviendraient plus que vraisemblables si l'on effectue la
- résolution d'envoyer M. Augustin Grimaldi à Madrid. Il serait à
- désirer que la république fût, comme on vous l'a assuré, dans la
- disposition de vendre cette île. Le roi n'y aurait jamais porté
- ses vues, tant qu'elle serait demeurée au pouvoir des Génois, et
- Sa Majesté n'avait pas même jugé à propos, jusques à présent, de
- prendre part à cette révolution sur laquelle on ne pouvait former
- que des conjectures fort incertaines; mais lorsqu'il s'agira de
- traiter de la vente de cette île, il ne conviendrait pas aux
- intérêts de la France qu'aucune autre puissance en fît
- l'acquisition; c'est pourquoi je vous prie de veiller exactement
- sur ce qui se passe à ce sujet et de m'informer de ce que vous
- apprendrez. Vous comprenez bien que ce qu'on offrirait aux Génois
- ne serait payé qu'après que la France en serait entrée en
- possession et vous pouvez faire sentir, sans trop vous expliquer,
- que la France ne verrait pas tranquillement qu'une autre
- puissance voulût s'en rendre maîtresse.
-
- «L'Espagne n'est pas la seule qui ait des vues sur l'île de Corse.
- Le mémoire que j'ai reçu de Vienne et dont je vous envoie une
- copie, vous fera connaître que le duc de Lorraine peut être
- soupçonné d'y prétendre et de vouloir y exciter un parti en sa
- faveur, et il est à propos que vous trouviez moyen de rendre ce
- mémoire public sans que vous paraissiez y avoir pris part.»
-
- Amelot à Campredon, 5 mars 1737: Correspondance de Gênes, vol. 99.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-L'envoyé d'Espagne à Gênes, Cornejo, ne restait pas inactif. Tout en
-déclarant que sa cour n'avait aucune ambition sur la Corse, il avait des
-conférences secrètes avec Augustin Grimaldi, un des membres influents du
-gouvernement génois, chez les jésuites, dans l'appartement du Père
-Tambin[425].
-
- [425] Campredon à Amelot, Gênes, les 4 mars et 18 avril 1737:
- Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le ministre de France essayait de déjouer ces intrigues; mais ce n'était
-pas chose aisée, car il se heurtait à une mauvaise foi insigne et à
-l'hostilité non déguisée de certains personnages génois. Le gouvernement
-faisait arrêter les courriers pour prendre connaissance de la
-correspondance échangée entre Campredon et Amelot[426]. La cour de Turin
-s'alarmait; l'envoyé de l'Empereur, Guicciardi, s'agitait et se montrait
-inquiet, car on prévoyait que, malgré tout, la république serait forcée
-de demander des secours à Louis XV, seul souverain en Europe en état de
-l'aider efficacement[427].
-
- [426] Campredon à Amelot, Gênes, le 4 avril 1737. Correspondance
- de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
- [427] Le même au même, le 27 juin 1737: _Ibidem_.
-
-Des négociations se nouèrent en effet entre Gênes et Versailles. Sorba
-reçut les pleins pouvoirs pour traiter; on lui adjoignit Brignole, comme
-envoyé extraordinaire, et Emmanuel Durazzo. D'Angervilliers, de son
-côté, envoya à Gênes Peloux, en qualité de commissaire ordonnateur des
-guerres en Corse[428].
-
- [428] Le même au même, les 19 et 26 septembre 1737:
- Correspondance de Gênes, vol. 100. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Il n'y a pas lieu de relater ici dans ses détails l'intervention
-française dans l'île. Je me contenterai de rappeler brièvement les faits
-qui sont indispensables pour suivre l'histoire de Théodore.
-
-Le 12 juillet 1737, Schmerling, envoyé de l'Empereur, et Amelot,
-signèrent, à Versailles, une déclaration par laquelle Leurs Majestés
-Impériale et Très Chrétienne se promettaient «réciproquement qu'elles ne
-souffriront pas que l'île de Corse sorte de la domination génoise sous
-quelque prétexte ou pour quelque cause que ce puisse être». Les deux
-puissances déclaraient en outre qu'elles concerteront et prendront à cet
-égard les mesures qu'elles jugeront les meilleures[429].
-
- [429] Déclaration signée le 12 juillet 1737 au nom du Roi et de
- l'Empereur: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et
- documents_, p. 2.
-
-La France, d'accord avec l'Empereur, proposait donc à la république de
-Gênes l'envoi en Corse de trois mille hommes de troupes françaises pour
-soumettre les rebelles. Le 10 novembre 1737, une convention définitive
-passée entre la France et la république, régla les conditions de cette
-intervention. Si les trois mille hommes ne suffisaient pas à faire
-rentrer les Corses dans l'obéissance, la cour de Versailles s'engageait
-à envoyer un nouveau corps de cinq mille hommes. Les Génois devaient
-payer à la France une indemnité de deux millions de livres en monnaie
-courante de France[430].
-
- [430] Convention entre la république de Gênes et la cour de
- France, Fontainebleau, le 10 novembre 1737: Correspondance de
- Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 61.
-
-Tandis que l'expédition se préparait, la cour de Versailles envoyait le
-sieur Pignon, précédemment consul de France à Tunis, en mission spéciale
-à Livourne, où se trouvaient les principaux chefs corses et où les
-révoltés avaient un représentant, le prêtre Grégoire Salvini. Celui-ci
-était muni d'un pouvoir donné, le 6 août 1736, sous les signatures de
-Hyacinthe Paoli, général du royaume, de Louis Giafferi, de Jean-Jacques
-Ambroggi, de Paul-Marie Paoli et de Jean-Thomas Giulani, ne faisant
-aucune mention du roi Théodore Ier[431]. Il avait été sans doute donné à
-son insu et cependant, Neuhoff, à cette époque-là, régnait encore dans
-l'île. Les chefs, qui l'avaient acclamé comme un sauveur, ne se
-souciaient plus de lui. Si elle avait besoin d'être démontrée davantage,
-l'inconstance politique des Corses ressortirait ici d'une façon
-frappante.
-
- [431] Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 1.
-
-La mission confiée à Pignon avait eu pour principe une lettre écrite par
-Salvini au cardinal Fleury, exposant les griefs des insulaires et
-justifiant leur révolution. Louis XV avait cru devoir profiter de cette
-confiance «pour inspirer des sentiments de paix et les instruire par des
-voies sûres et secrètes». Pignon se mettrait donc en relations avec
-Salvini pour préparer les «voies de conciliation» que la France
-«préférait aux voies de rigueur». La mission de Pignon devait être
-ignorée des Génois, car son véritable but était de déjouer les
-négociations que les Corses entamaient à Livourne avec des puissances
-étrangères. L'agent secret devait rendre visite au général Wachtendonck
-dès son arrivée; seulement il était inutile de mettre le représentant de
-l'Empereur au courant de toutes les démarches que lui, Pignon, ferait
-auprès des Corses[432].
-
- [432] Instructions pour le sieur Pignon, Fontainebleau, le 13
- novembre 1737: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et
- documents_, p. 65-69.
-
-La flotte française destinée à transporter en Corse le corps
-expéditionnaire se rassembla à Antibes. Le départ avait été fixé au 1er
-janvier 1738, mais il ne put avoir lieu qu'un mois plus tard, le samedi
-1er février. Le temps était beau. A trois heures de l'après-midi, _La
-Flore_, frégate de trente canons, portant le comte de Pardaillan, chef
-d'escadre, fit les signaux de départ et la flotte cingla vers Bastia.
-_La Flore_ avait également à son bord le comte de Boissieux, général en
-chef de l'expédition et son état-major[433].
-
- [433] Jaussin, _op. cit._, t. I, p. 18-21.
-
-La flotte française doubla le Cap Corse, le 6 février à cinq heures du
-matin. Elle mouilla devant Bastia, le même jour à quatre heures de
-l'après-midi[434]. Le débarquement commença aussitôt.
-
- [434] _Idem_, _ibidem_, p. 24.
-
-Campredon avait demandé au ministre de défendre aux officiers, dans leur
-intérêt, de se livrer aux jeux de hasard, en Corse, car «M. Mari, qui
-est grand joueur, les dépouillera jusqu'au dernier sol»[435].
-
- [435] Campredon à Amelot, Gênes, le 12 décembre 1737:
- Correspondance de Gênes, vol. 100. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le gouverneur génois était aussi «un grand charlatan, qui sous les
-apparences d'une franchise extrêmement ouverte et dans laquelle il
-affecte de ne faire entrer que du badinage et des discours de
-galanterie, cache le dessein de pénétrer dans la joie la plus
-licencieuse ce que pensent ceux avec qui il entre en société». Se
-trouvant à Gênes à la fin de 1737, il était allé voir Campredon. Il se
-répandit en protestations dévouées à l'égard des Français. Il désirait
-conserver son poste aussi longtemps que ceux-ci resteraient dans l'île,
-fût-ce dix ans. Il déclara vouloir vivre sur le pied d'une parfaite
-intimité avec les principaux officiers. Il comptait «leur faire bonne
-chère et même les loger au château auprès de lui, parce que le temps le
-plus propre à traiter d'affaires était celui de la robe de chambre». Et
-Campredon concluait: «Cette insinuation avait deux objets, le premier de
-me sonder sur le séjour que les troupes du roi pourraient faire en
-Corse, le second était d'avoir, sous prétexte de politesse, toujours M.
-de Boissieux sous les yeux»[436]. Cette appréciation se trouva
-justifiée.
-
- [436] Campredon à Amelot, Gênes, le 26 décembre 1737:
- Correspondance de Gênes, vol. 100. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-En effet, des conflits ne tardèrent pas à surgir. Boissieux devait
-essayer de tous les moyens d'apaisement avant de recourir aux
-armes[437]. Mari ne l'entendait pas ainsi; il voulait que le général
-français traitât les rebelles avec la dernière rigueur. Aussi ne
-dissimulait-il pas son dépit. Il déclarait publiquement qu'il allait
-prendre le commandement des troupes «pour mettre tout à feu et à sang».
-Ces bruits étaient répandus dans le dessein d'empêcher les Corses de se
-soumettre aux Français. Il faisait surveiller, par des sbires, les
-maisons où habitaient Boissieux et les officiers généraux. Il avait
-posté des corps de garde sur les routes de façon à intercepter les
-correspondances destinées au général. Ceux qu'on prenait porteurs de
-lettres étaient arrêtés, mis en prison et envoyés à Gênes. Le consul de
-France, lui aussi, eut à subir des vexations de tout genre. Il dut
-demander la protection de Boissieux[438].
-
- [437] Instructions pour le comte de Boissieux: Abbé Letteron,
- _Pièces et documents_, p. 73-76.
-
- [438] Traduction d'une lettre d'Angelo, vice-consul de France à
- Bastia, le 25 février 1738: Correspondance de Gênes, vol. 101.
- Archives du Ministère des affaires étrangères.--Abbé Letteron,
- _Correspondance_, p. 398-400.
-
-Le logement des troupes que, par traité, la république devait assurer
-d'une façon convenable, fut des plus défectueux. Les officiers avaient
-été logés dans les «cloaques les plus infâmes». Dans ces taudis, les
-Génois, avaient, par surcroît, pratiqué des «dégradations préméditées».
-Chez Boissieux on avait enlevé jusqu'aux serrures, et Mari, sur sa
-réclamation, dut lui en envoyer deux nouvelles pour sa chambre[439].
-
- [439] Boissieux à Campredon, Bastia, le 27 février 1738:
- Correspondance de Gênes, vol. 101. Archives des affaires
- étrangères.--Abbé letteron, _Corespondance, p. 401-402_
-
-L'expédition française en Corse semblait devoir anéantir les projets de
-Théodore. Les côtes étaient étroitement surveillées; toute tentative de
-débarquement paraissait impossible. Du reste, depuis quelques mois, le
-baron avait donné très peu signe de vie. On disait que ses affaires se
-trouvaient dans le plus piteux état. Il n'osait se montrer nulle part à
-cause des innombrables créanciers qu'il avait semés sur sa route. Les
-négociants de Hollande, trompés dans leurs espérances et filoutés de
-sommes importantes, devaient, d'après les bruits qui circulaient, en
-vouloir beaucoup à leur associé[440]. On ne savait pas au juste où il
-était. On avait signalé sa présence dans le Luxembourg et sur les bords
-du Rhin. On prétendait aussi qu'il se tenait caché dans une auberge à
-Bologne[441]. Les chefs corses ne croyaient plus à un retour du roi.
-Salvini écrivit au chanoine Orticoni pour le supplier d'engager les
-mécontents à accepter la médiation des Français. «Je ne vous dirai rien
-de Théodore, disait-il, parce que vous savez ma façon de penser à son
-sujet, si ce n'est que vous et moi n'avons pas été sa dupe»[442]. Cette
-lettre du représentant des révoltés à Livourne fut envoyée à Boissieux,
-qui devait la faire tenir secrètement à Orticoni[443].
-
- [440] Pignon à Amelot, Livourne, 2 janvier 1738: Correspondance
- de Corse, vol. 1 Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents, p. 101-103._
-
- [441] Antonio Batistella: op. cit., p. 180.
-
- [442] Salvini à Opticoni, Livourne, 8 février 1738. Communiquée
- avec la lettre de Pignon à Amelor du 10 février: Correspondance
- de Corse, vol. 1 Archives du du Ministère des Affaires
- étrangères--Abbé Letteron, Pièces et documents, p. 114-117.
-
- [443] Il n'y avait dans cette façon d'agir rien de contraire à la
- loyauté, puisque Salvini, en recommandant aux rebelles de s'en
- remettre à Louis XV, entrait dans les vues du gouvernement
- français. Les instructions de Boissieux étaient formelles--nous
- l'avons vu--; il devait employer tous les moyens de conciliation
- avant de recourir aux armes. Les Génois voulaient au contraire
- que les insulaires fussent sévèrement réprimés et c'est pourquoi
- Boissieux était en droit de favoriser secrètement la
- correspondance des chefs, quand celle-ci avait pour but d'amener
- l'apaisement.
-
-Le chanoine répondit par la même voie:
-
-«Je ferai tout mon possible, non parce que nous n'avons rien à espérer
-du baron Théodore, en lequel je n'ai jamais eu confiance, ni que, depuis
-plusieurs années, je ne sois persuadé que l'Espagne ne veut pas
-s'occuper de nous, mais seulement en raison de la vénération que l'île a
-depuis les temps les plus anciens pour le nom sacré et adoré du roi de
-France»[444]. Cela n'empêchera pas les Corses de combattre les Français
-à outrance.
-
- [444] Orticoni à Salvini, Casinca, le 19 février 1738. Lettre
- jointe à celle de Pignon à Amelot du 28 février: Correspondance
- de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 130-135.
-
-Malgré toutes les suppositions, Théodore reparut en Hollande au
-commencement de 1738. Il expédia un navire en Corse avec son acolyte
-Buongiorno. Celui-ci parvint à débarquer près d'Aléria. Il portait des
-lettres du roi aux principaux chefs et quelques petites munitions.
-Neuhoff, comme toujours, promettait de prompts et de puissants secours.
-Il se donnait, disait-il, beaucoup de mal et faisait de grosses dépenses
-pour la délivrance des insulaires. Il demandait, en retour, qu'on
-l'aidât un peu. Il fallait imposer les peuples et lui fournir de l'huile
-en échange des munitions[445].
-
- [445] Pignon à Amelot, Livourne, le 20 février 1738:
- Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- archives étrangères.--Anné Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 135-136.
-
-Sur ces entrefaites, Pignon reçut l'ordre de quitter Livourne. Il devait
-se rendre à Bastia et se mettre à la disposition de Boissieux[446].
-Amelot jugeait que la mission de son représentant en Toscane, auprès des
-chefs corses, avait donné tout ce qu'on en pouvait espérer et que les
-négociations se poursuivraient plus utilement dans le pays même. Pignon
-arriva en Corse le 8 mars. Mais le général et l'envoyé ne purent pas
-s'entendre. Boissieux accusait Pignon d'être beaucoup trop lié avec les
-Génois. Celui-ci écrivait au ministre que le général se laissait tromper
-par les insulaires. Il envoyait presque journellement à Amelot tous les
-bruits qui circulaient, les donnant pour nouvelles certaines. Il
-affirmait, contre toute vérité, que Théodore était arrivé à Aléria,
-qu'il se tenait caché chez Xavier de Matra et qu'il avait beaucoup
-vieilli. Il critiquait le général de ne s'être pas fait livrer le
-baron[447].
-
- [446] Pignon à Amelot, Bastia, les 4, 7, 13 et 14 mai 1738:
- Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 173-176, 193-194, 201, 204.
-
- [447] Amelot à Pignon, Versailles, le 11 février 1738:
- Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 118-119.
-
-Ce zèle excessif ennuyait singulièrement Boissieux. Ils en arrivèrent à
-ne plus se voir. Le 13 mai, Pignon fut rappelé en France[448].
-
- [448] Amelot à Pignon, Versailles, le 13 mai 1738: Correspondance
- de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 200.
-
-Un nouvel agent de Théodore était débarqué dans l'île. Cet individu se
-faisait appeler Mathieu Drost, mais il n'avait aucun lien de parenté
-avec le baron[449].
-
- [449] Le baron de Neuhoff n'avait comme parent du nom de Drost
- que le grand commandeur de l'Ordre Teutonique à Cologne.
-
- [450] Pignon à Amelot, Bastia, le 14 mai 1738: Correspondance de
- Corse. Archives du Ministère des affaires étrangères.--Abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 203.
-
-Drost portait quelques lettres et paquets du roi. Il se rendit à
-Casinca, où les chefs étaient réunis. L'émissaire de Théodore croyait
-que les Corses étaient fidèlement attachés à leur souverain; il
-s'aperçut vite du contraire, car il fut très mal reçu. A peine arrivé,
-il n'eut qu'une idée: quitter l'île au plus tôt. Il écrivit à Boissieux,
-demandant des passeports pour lui et pour ses compagnons. Le général ne
-répondit pas à cette requête. Drost parvint à s'embarquer. Il arriva à
-Livourne, où il se tint caché dans la maison d'un prêtre corse.
-
-Pour en finir avec cet aventurier, je dirai--en intervertissant un peu
-l'ordre chronologique des événements--qu'au mois de juin, par
-l'intermédiaire d'un certain del Negro, il avait fait demander à la
-religieuse Fonseca une somme de huit à dix sequins pour envoyer une
-felouque en Corse. La sœur renvoya l'émissaire sans rien lui
-donner[451]. Le 10 août, Drost fut arrêté dans la maison d'un métayer du
-Grand-Duc, chez qui Théodore avait logé. On saisit ses papiers, dans
-lesquels on ne trouva pas grand chose d'intéressant. Mis au secret dans
-la citadelle, sa détention ne prit fin que le 6 octobre. On lui rendit
-ses effets et il se hâta de s'embarquer pour Naples[452].
-
- [451] La sœur Fonseca à Bigani, Rome, le 14 juin 1738.
- _Ribellione di Corsica_, filza 13/3011. Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
- [452] Lorenzi à Amelot, Florence, les 13 septembre, 4 et 11
- octobre 1738: Correspondance de Florence, vol. 89. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-Pendant ce temps, les Génois avaient arrêté aux environs de Savone et
-conduit sous escorte à Gênes un individu qu'on croyait être Théodore et
-auquel la populace fit «mille avanies». C'était un malheureux fou,
-bourgeois de Casalmajor, qui depuis plusieurs mois errait dans les
-montagnes, vivant d'aumônes. «Ce qui a paru plaisant en cette aventure
-est que le gouvernement de Gênes ait pu soupçonner le baron de Neuhoff
-de la folle témérité de venir se livrer à des ennemis grièvement
-offensés et qui ont mis sa tête à prix»[453].
-
-
-II
-
-Les gazettes hollandaises faisaient une grande réclame au roi Théodore.
-Le _Mercure historique et politique_ se distinguait par l'ardeur qu'il
-mettait à proclamer la grandeur d'âme, la générosité, l'intelligence de
-Sa Majesté. Neuhoff devait, écrivait-on, vaincre facilement les
-Français. Il n'avait qu'une ambition: rendre la liberté à un peuple
-opprimé. Rien ne lui coûterait pour atteindre ce but, pas même le
-sacrifice de sa couronne. Le journal faisait ensuite ressortir les
-avantages qui résulteraient d'un trafic suivi et bien organisé avec la
-Corse. L'abondance des vins, de l'huile et des grains rendait les prix
-dérisoires. Cette île, si peu connue jusqu'alors, était appelée à
-prendre une place importante dans le monde; elle le devrait à Dieu et à
-son _Libérateur_[454].
-
-L'affaire, qui avait si piteusement échoué en 1737, allait être reprise
-sur de nouvelles bases. Théodore n'avait pas craint de revenir en
-Hollande. Ses associés ne lui gardaient pas rancune. Au contraire, ils
-étaient plus que jamais décidés à faire de la royauté du baron une vaste
-opération commerciale. La campagne de presse préparait les voies. Des
-prospectus alléchants furent lancés pour enrôler des colons, car il
-fallait du monde pour mener à bien l'entreprise. Les négociants, Boon et
-Dedieu, s'étaient adjoint un nommé Fandermil. Il avait été entendu avec
-le roi que la nouvelle expédition comporterait quatre navires[455].
-
- [454] _Mercure historique et politique de Hollande_, numéro du
- mois de janvier 1738.
-
- [455] Les détails de la seconde expédition de Théodore nous sont
- connus par des documents qui se trouvent dans les archives du
- Ministère des affaires étrangères (Correspondance de Corse, vol.
- 1-2). Ces pièces sont:
-
- 1e _Déclaration faite au consulat d'Alicante par le nommé François
- Vastel, le 7 novembre 1738_;
-
- 2e _Rapport du Commissaire provincial des guerres La
- Villeheurnois_;
-
- 3e _Précis de l'extrait du journal de voyage du nommé Riesenberg
- (allemand de nation)_;
-
- 4e _Extrait des interrogatoires de dix personnes de la suite de
- Théodore restées en Corse et qui ont depuis été envoyées à
- Toulon._
-
- Les trois premiers documents ont été publiés par M. l'abbé
- Letteron, _Pièces et documents_, p. 283-286, 287-290, 334-346.
-
- Les documents ci-dessus relatifs à la seconde expédition de
- Théodore, émanent de gens qui faisaient partie de cette expédition
- à des titres différents. François Vastel était matelot à bord d'un
- des navires; Riesenberg se trouvait parmi les gens au service de
- Neuhoff.
-
- Quant aux dix personnes, dont les interrogatoires furent envoyés à
- Versailles, c'étaient de pauvres diables engagés en Hollande par
- les agents de Théodore et qui furent pris en Corse. Ces
- interrogatoires sont précédés de cette note: «Lors de la prise que
- fit M. de Sabran, commandant la frégate _La Flore_, sur la côte de
- Corse, de quelques bâtiments de la suite de Théodore, il se trouva
- à terre une trentaine de personnes, dont dix manquant de tout
- allèrent se rendre à M. de Sabran, sur la parole qu'il leur donna
- que leur vie serait en sûreté. Ces dix personnes ont été conduites
- dans les prisons de Toulon où elles sont actuellement. M. le duc
- de Villars a envoyé les interrogatoires qui lui ont été faits le
- 23 janvier dernier (1739) par les maires-consuls».
-
-La présence des troupes françaises dans l'île rendait la chose plus
-difficile, mais on espérait trouver un port où les navires pourraient
-décharger leurs cargaisons en toute sécurité.
-
-Ce fut au commencement de 1738 que l'expédition s'organisa. Les quatre
-navires nolisés étaient: _L'Agathe_[456], capitaine Adolphe Peresen,
-portant douze gros canons et quatre petits; _Le Jacob et
-Christine_[457], armé de douze canons, commandant Cornelius Roos; _Le
-Kothenau_ dit _L'Africain_, vaisseau de quarante canons, capitaine
-Pierre Keelmann; enfin _Le Preterod_, commandé par le capitaine
-Alexandre Frentzel et portant soixante canons[458]. Ce dernier bâtiment
-appartenait à la marine de guerre hollandaise. Il était destiné à
-convoyer les trois autres.
-
-Tandis que les négociants s'occupaient à rassembler les munitions, le
-seigneur Théodore se tenait soigneusement caché. Il n'aimait pas se
-mettre en avant.
-
-A Amsterdam, on recrutait des colons. Le baron avait pour cette besogne
-plusieurs agents: Jonias von Bessel, natif de Prusse, un de ses
-secrétaires; le capitaine Ludik, prussien également et qui avait été en
-prison pour dettes en Hollande, peut-être un ancien compagnon
-d'infortune du roi; un nommé Kraam et une femme[459].
-
- [456] Ce navire, on s'en souvient, faisait partie de l'expédition
- de 1737. On le nommait _La Demoiselle Agathe_.
-
- [457] Dans le journal de Reisenberg ce navire est appelé _Le
- Marie-Jacobé_, capitaine Cornélie Rose.
-
- [458] Vastel appelle ce navire _Le Briderose_; d'autres le
- nomment _Le Breterod_.
-
- [459] _Rapport de La Villeheurnois._--_Déposition des gens
- arrêtés par M. de Sabran_: _loc. cit._--Abbé Letteron, _Pièces et
- documents_, _loc. cit._
-
-Parmi les malheureux enrôlés, il y avait un certain Jean-Godofredus
-Vater, saxon, âgé de trente-huit ans, avec sa femme Marie, et son fils
-Jean-Policarpe, un enfant de onze ans. Lieutenant réformé d'un régiment
-impérial, il était venu à Amsterdam pour chercher un emploi. Il
-rencontra le capitaine Ludik. L'agent de Théodore l'engagea, le 10 mai,
-en qualité de capitaine en lui promettant cinquante _gulden_ par mois
-d'appointements. Ludik lui affirma qu'aussitôt arrivé en Corse il aurait
-une compagnie sur les trois mille hommes de troupes que le roi
-entretenait dans l'île. Vater ne vit pas Théodore à Amsterdam; il ne
-l'aperçut que lorsqu'ils furent en pleine mer.
-
-Johann-Gottlieb Reusse, saxon, étudiait le génie à Leyde lorsqu'il eut
-la fantaisie d'aller à Amsterdam où se trouvait Kraam, son parent.
-Celui-ci le présenta au baron, qui persuada au jeune homme d'aller en
-Corse avec lui. Il le nomma officier et ingénieur, aux appointements
-mensuels de vingt-cinq _gulden_. Avant de s'embarquer, Reusse remarqua
-que Théodore recevait souvent les bourgmestres et que ceux-ci avaient
-fait faire des prospectus pour attirer des gens.
-
-Le nommé Tobias-Fredericus Bollet, natif du Wurtemberg, âgé de vingt
-ans, n'était pas venu au hasard à Amsterdam. Ayant servi comme cadet en
-Allemagne, il avait entendu dire que Neuhoff levait des troupes; alléché
-par les promesses que le roi répandait dans ses prospectus, il était
-accouru. Il fut nommé officier aux appointements de vingt-cinq _gulden_
-par mois. Il connut également les relations de Théodore avec les
-bourgmestres et déclara que les imprimés circulaient avec la permission
-des autorités hollandaises.
-
-Un certain Gaspard Wort, de Cologne, était venu à Amsterdam dans
-l'intention de s'embarquer pour les Indes. A son arrivée, le navire
-était parti. Comme il errait par les rues, il rencontra une femme qui le
-présenta à un seigneur dont il ignorait le nom. Ce personnage, qui
-voulait voyager, admit Wort parmi ses gens en lui promettant quatorze
-_gulden_ d'appointements mensuels. Wort fut embarqué à bord de l'un des
-navires et il ne sut rien ni à Amsterdam, ni en route.
-
-Théodore avait engagé comme domestiques quatre pauvres diables
-d'allemands, qui furent très surpris en arrivant en Corse d'apprendre
-qu'ils avaient été recrutés comme soldats au service d'un roi voulant
-reconquérir sa couronne.
-
-Bien d'autres malheureux furent enrôlés; la plupart se sauvèrent à
-l'arrivée des navires dans l'île[460].
-
- [460] _Déposition des gens arrêtés par M. de Sabran_: _loc. cit._
-
-Ces gens disaient que la valeur des cargaisons était estimée, par les
-capitaines, à quatre millions. Cette évaluation est très exagérée. Les
-traitants hollandais avaient été trompés une première fois par le baron.
-En préparant une seconde expédition, ils voulurent avoir un mandataire
-de confiance pour sauvegarder leurs intérêts. Ils choisirent le
-capitaine Keelmann, commandant de _L'Africain_, homme énergique, qui
-était lui-même engagé dans l'entreprise pour un quart, soit cent mille
-florins. Les marchandises embarquées représentaient donc une somme de
-quatre cent mille florins. Les négociants comptaient retirer, en
-échange, pour huit cent mille florins de denrées[461]. L'opération était
-alléchante.
-
- [461] Extrait d'une lettre de Naples du 16 décembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'apothicaire Jaussin a donné le détail des cargaisons d'après une liste
-que Théodore fit répandre en Corse. Une copie de cet inventaire figure
-aux archives d'État de Gênes[462].
-
- [462] _Cargaison des vaisseaux de Théodore, suivant la liste
- qu'il en avait répandue_:
-
- Douze pièces de canon de vingt-quatre livres de balles, trois mille
- six cents boulets;
- Trois grandes couleuvrines de dix-huit livres de balles, sept cents
- boulets;
- Douze pièces de canon de douze livres de balles, quatre cents boulets;
- Six mille fusils, dont deux mille avec baïonnettes;
- Mille grands mousquets et trois cent quatre-vingts mousquetons;
- Deux mille paires de pistolets;
- Quatre-vingt mille livres de poudre à canon;
- Cent mille livres de poudre fine;
- Deux cent mille livres de plomb;
- Quatre cent mille pierres à fusil;
- Cinquante mille livres de fer;
- Deux mille pics et autres outils;
- Quatre cents tonneaux avec des cercles de fer;
- Quatre mille livres de plomb en saumon;
- Cinquante caisses de tambour; une timbale; vingt-quatre trompettes;
- habits pour deux cents gardes;
- Six mille paires de souliers et de bas; du cuir pour la valeur de
- trois mille florins; de la toile pour mille paillasses et mille
- tentes;
- Bandoulières, fourniments, ceinturons, gibecières au nombre de deux
- mille; trois cents fusils pour les officiers, trois cents couteaux
- de chasse; Cinquante drapeaux et étendards;
- Six grandes seringues de cuivre, quatre cuves d'étain;
- Deux mille grenades chargées, sept cents bombes de bois chargées;
- Quatre-vingts tant coffres, malles que caisses, contenant
- l'équipage du roi dont la maison est composée de cinquante
- officiers;
- Un secrétaire, un commissaire, un maître d'hôtel, deux chirurgiens,
- deux valets de chambre, deux cuisiniers, deux écuyers, quatre
- chasseurs et six valets de pied.
-
- Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 265-266.--Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-On sait combien le baron était porté à l'exagération; il convient donc
-de faire des réserves sur cette nomenclature. Elle n'est cependant pas
-invraisemblable. Amsterdam était alors le principal centre de commerce
-pour les munitions de guerre. La cargaison des navires avait dû être
-composée, en majeure partie, avec les chargements de _L'Agathe_ et du
-_Yong-Rombout_ formant l'expédition avortée de l'année précédente. A
-côté de canons de plusieurs calibres, de couleuvrines, de fusils, de
-mousquets, de boulets, de grenades, de balles et de poudre, on voit
-figurer des tonneaux pour rapporter en Hollande l'huile de Corse; puis,
-comme en 1737, des seringues destinées à arroser d'eau-forte les Génois.
-Théodore n'avait pas renoncé à user, pour combattre ses ennemis, de la
-stratégie à l'acide nitrique qu'il avait inventée. On n'avait pas oublié
-les habits pour les gardes du corps, les fourniments assortis, les
-drapeaux et les étendards de Sa Majesté. Il y avait encore cinquante
-tambours, une timbale et vingt-quatre trompettes. Six mille paires de
-souliers et de bas, de la toile à paillasses et à tentes, des outils
-divers complétaient le chargement. Le roi avait eu soin de porter sur la
-liste ses bagages personnels composés de quatre-vingts coffres, malles
-ou caisses et d'indiquer les gens à son service: «un secrétaire, un
-commissaire, un maître d'hôtel, deux chirurgiens, deux valets de
-chambre, deux cuisiniers, deux écuyers, quatre chasseurs et six valets
-de pied».
-
-Vers le milieu du mois de mai, les navires étaient prêts à mettre à la
-voile. Le 20, _Le Preterod_ partit d'Amsterdam, accompagné par _Le Jacob
-et Christine_. Les deux bâtiments allèrent mouiller au Texel[463].
-Théodore et un de ses neveux, Neuhoff, prirent passage à bord du
-_Preterod_. Sur ce bateau, se trouvait François Vastel, matelot, qui
-aurait été embarqué «forcément» au mois de mars 1738[464]. _L'Agathe_
-quitta Amsterdam le 23 mai et se rendit également au Texel. Le 1er juin,
-les deux navires marchands et le vaisseau de guerre appareillèrent,
-allant directement à Malaga. Pendant ce temps, _L'Africain_ complétait
-son chargement; il devait rejoindre les autres à Cagliari, en Sardaigne.
-
- [463] Petite île située à vingt milles d'Amsterdam.
-
- [464] _Déclaration faite au consulat d'Alicante par le nommé
- François Vastel_: _loc. cit._--Abbé Letteron, _Pièces et
- documents_, p. 283-286.
-
-Les bâtiments jetèrent l'ancre devant Malaga après vingt jours de
-traversée[465]. Le consul de Hollande eut deux conférences avec le
-second capitaine du _Preterod_. La flotille se dirigea ensuite vers
-Alicante. Dans cette ville, Frentzel et son lieutenant firent de
-fréquentes visites à leur consul, qui, de son côté, vint plusieurs fois
-à bord. Il dîna avec les officiers et avec le roi, «qui se retirait en
-son particulier à la fin des repas»[466].
-
- [465] François Vastel, dans sa déclaration, n'indique pas les
- mêmes dates que celles qui sont portées dans le rapport de La
- Villeheurnois et dans le journal de Riesenberg. D'après lui, _Le
- Preterod_ ne serait arrivé à Malaga que le 5 ou le 6 juillet à
- une heure et demie de l'après-midi.
-
- [466] _Déclaration de François Vastel_: _loc. cit._
-
-Théodore avait promis de verser une somme aux capitaines soit à Malaga,
-soit à Alicante. Dans aucun de ces deux ports, il ne put faire honneur
-à ses engagements. Les commandants ne voulurent pas aller plus loin,
-mais le baron qui, à défaut d'argent, n'était jamais à court
-d'arguments, déclara qu'aussitôt arrivé dans son royaume il fournirait,
-contre les munitions, des denrées de première qualité en grande
-abondance. Les officiers hollandais furent convaincus, et l'espérance au
-cœur, ils décidèrent de se rendre en Corse[467].
-
- [467] Puisieux à Amelot, Naples, le 11 novembre 1738:
- Correspondance de Naples, Vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Pendant la traversée, Théodore causait volontiers avec Vastel. Il lui
-donna deux ducats et lui promit de le nommer colonel ou commandant d'un
-navire, s'il consentait à le suivre. Il apaisa une querelle que ce marin
-eut avec un officier pour une question religieuse: Vastel était
-catholique romain et il avait formellement refusé d'assister au prêche
-protestant. Neuhoff obtint que son protégé fût exempté de l'office
-luthérien[468].
-
- [468] _Déclaration de François Vastel_: _loc. cit._
-
-Après avoir renouvelé leur provision d'eau en Espagne, les navires
-allèrent à Alger. Le _Le Preterod_ entra seul dans le port, tandis que
-_L'Agathe_ et le _Jacob et Christine_ louvoyaient au large. Dès que le
-_Preterod_ eut jeté l'ancre, le consul hollandais se rendit à bord dans
-une embarcation battant pavillon des États Généraux et conduite par
-vingt maures et un esclave français. Le capitaine reçut le consul à
-l'échelle du navire et l'introduisit immédiatement dans sa cabine où se
-trouvait le baron. Les trois personnages eurent une conférence qui dura
-trois heures. Le consul revint, y dîna quatre fois et resta deux jours
-entiers à causer avec Théodore[469].
-
- [469] _Déclaration de François Vastel._--_Rapport du Commissaire
- provincial des guerres La Villeheurnois_: _loc. cit._
-
- La Villeheurnois donne, d'après les témoignages recueillis, la
- cause de la présence si fréquente du consul hollandais à bord du
- _Preterod_: «Deux tailleurs, embarqués alors sur ce bâtiment, ont
- rapporté que le capitaine de Frentzel avait ordre d'y aller (à
- Alger) pour conclure un traité de paix entre les États Généraux,
- le roi d'Alger et le bey de Tunis». Il ajoutait «que le roi
- d'Alger est venu plusieurs fois à bord du _Preterod_».
-
-Après un séjour de deux semaines, _Le Preterod_ quitta Alger et
-rejoignit les deux navires restés en rade[470]. La flotille arriva le 14
-août à Cagliari[471]. Deux jours plus tard, _L'Africain_, parti
-d'Amsterdam après les autres bâtiments, jeta l'ancre également dans le
-port sarde.
-
- [470] D'après Vastel, les navires seraient restés à Alger de
- vingt-et-un à vingt-deux jours; selon La Villeheurnois quatorze
- jours seulement.
-
- [471] Cette date du 14 août est indiquée dans le _Rapport_ de La
- Villeheurnois ainsi que dans le _Journal de Riesenberg_. Vastel,
- dans sa déclaration, donne le 18 septembre, comme date d'arrivée
- à Cagliari. D'ailleurs la date du 14 août est confirmée, par les
- lettres de Mongiardino, consul de Gênes à Cagliari, à Mari (17 et
- 20 août 1738), par une de Paget, consul de France, écrite à
- Boissieux (20 août 1738), enfin par une relation du marquis de
- Rivarola, vice-roi de Sardaigne, envoyée également à Boissieux
- (21 août 1738): Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 238-249.
-
-L'arrivée de ces vaisseaux éveilla les soupçons des consuls français et
-génois. Ce dernier, Mongiardino, écrivit à Mari le 17 août. Il envoya
-son rapport par un courrier spécial, qui partit un dimanche, à la pointe
-du jour. Il avait conservé un duplicata de sa lettre et se disposait,
-trois jours plus tard, à expédier cette copie lorsqu'il apprit bien des
-choses qui lui permirent de compléter ses renseignements. Il savait que
-le baron de Neuhoff se trouvait à bord d'un des bâtiments et l'opinion
-générale était que l'aventurier préparait une nouvelle descente en
-Corse. Mongiardino eut plusieurs conférences avec Paget, le consul de
-France. Celui-ci écrivit le 20 août à Boissieux, pour lui signaler la
-présence de Théodore dans les eaux sardes. Le vice-roi de Sardaigne, le
-marquis de Rivarola, envoya également le 21 août une relation à
-Boissieux sur l'arrivée de la flotille hollandaise[472].
-
- [472] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 233-249.--_Ribellione de'
- Corsi_, filza 12/3010. Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-Le 19 août, _L'Agathe_ et _Le Jacob et Christine_ appareillèrent. _Le
-Preterod_ et _L'Africain_ demeurèrent à Cagliari pour «ne pas faire
-semblant d'être du convoi»[473]. Les deux premiers bâtiments restèrent
-en vue pendant toute la journée du 20. Dans la nuit du 20 au 21, _Le
-Preterod_ et _L'Africain_ les rejoignirent[474].
-
- [473] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._
-
- [474] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 249.
-
-Théodore et sa suite quittèrent le vaisseau de guerre et se rendirent à
-bord de _L'Africain_. Selon les uns, le capitaine Frentzel aurait
-déclaré que les ordres qu'il avait l'empêchaient d'aller plus loin.
-D'après Vastel, le baron changea de navire à cause d'une épidémie.
-Toujours est-il que _Le Preterod_ se rendit à Port-Mahon. Arrivé là,
-François Vastel s'enfuit, pendant la nuit, à deux heures. Il gagna à la
-nage une tartane française des Martigues. _Le Saint-Antoine_, patron
-Alexandre Boyer, qui conduisit le déserteur à Alicante où, le 6 novembre
-1738, il fit sa déclaration devant le consul de France[475].
-
- [475] _Déclaration de François Vastel_: _loc. cit._
-
-Neuhoff ne désirait pas beaucoup revoir ses sujets. A peine fut-il sur
-_L'Africain_ qu'il donna l'ordre au capitaine Keelmann de faire route
-directement sur Naples. Le commandant s'y refusa. Ses instructions
-l'obligeaient à se rendre en Corse. Bon gré, mal gré, on irait. Le roi
-dut se résigner à rentrer dans son royaume[476].
-
- [476] _Journal du capitaine Keelmann, hollandais, commandant le
- vaisseau_ L'Africain _de quarante canons_: Correspondance de
- Naples, vol. 36. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Les trois bâtiments, composant désormais la flotte du roi, parurent en
-vue de la Corse, le 14 septembre[477].
-
- [477] Le 14, suivant Riesenberg; le 15, d'après les gens
- interrogés par La Villeheurnois.
-
-Comme _L'Africain_ approchait des côtes, un oiseau se mit à voleter
-autour du mât. Soudain, il tomba inanimé aux pieds de Théodore. Au même
-moment, le navire donna contre un écueil. On crut qu'il allait sombrer,
-mais il reprit bientôt sa route. Le roi avait relevé la bête au plumage
-coloré; il la prit dans ses mains et la montra à ses officiers. L'oiseau
-revint à la vie et prit bientôt son vol vers l'île. Les compagnons du
-baron virent dans ce fait un signe de mauvais augure. Riesenberg, qui
-était un esprit fort, se moqua de ces gens superstitieux[478].
-
- [478] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._
-
-Les navires jetèrent l'ancre devant un port que Riesenberg et les gens
-interrogés appelèrent Rose ou Rossi et qui était Sorraco, près de
-Porto-Vecchio[479].
-
- [479] _Journal de Riesenberg._--_Rapport de La Villeheurnois_:
- _loc. cit._--_Vera relazione dello sbarco felice del re Teodore
- nel porto di Sorracho del suo regno di Corsica._ Abbé Letteron:
- _Correspondance_, p. 419-422.
-
- Tous les documents indiquent Sorraco comme l'endroit où mouilla le
- navire de Théodore. Cependant, celui-ci date une lettre citée plus
- loin de _la plage d'Aléria_. Il donnait sans doute ce nom à une
- grande partie de la côte orientale, sur laquelle était situé ce
- port.
-
-Le premier soin de Neuhoff fut d'écrire à Matra: «Grâces à Dieu, mon
-cher marquis, en dépit de toutes les persécutions et trahisons que j'ai
-essuyées, me voici de retour sain et sauf. Venez me voir avec tous vos
-fidèles amis, je vous attends et vous recevrai à bras ouverts». Il lui
-demandait des chevaux pour lui et pour sa suite et deux cents bêtes de
-somme pour les bagages. Les autres navires, séparés par la tempête,
-arriveraient bientôt. «Je salue, disait-il, de tout mon cœur, madame la
-marquise et j'embrasse mon filleul». Et, dans un post-scriptum plus long
-que la lettre elle-même, il réclamait des gens armés ou non. Sa Majesté
-n'oubliait pas son petit commerce. «Je donnerai gratis des armes, de la
-poudre, du plomb et des frondes, mais le cuir, le fer, les étoffes, la
-toile et autres marchandises, chacun pourra les acheter ou donner en
-échange d'autres choses produites par le pays.» Puis il recommandait
-qu'on levât des impôts en vin, grains et bestiaux. Surtout il fallait se
-hâter[480].
-
- [480] Cette lettre fut interceptée et remise à Boissieux le 14
- septembre 1738. Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 260-262.
-
-Il écrivit également au révérend Napoleoni, curé de Zonza et de
-Porto-Vecchio, dont les paroissiens persistaient à prendre le parti des
-Génois. Le roi exhortait le pasteur à faire rentrer ses ouailles dans le
-devoir. Il promettait à ces égarés un généreux pardon et la paye qu'ils
-recevaient de l'ennemi. Mais il voulait des otages; ceux-ci seraient
-traités avec générosité. Si les habitants s'obstinaient dans leur
-rebellion, ils seraient punis sévèrement. Avant de les châtier comme ils
-le méritaient, il attendrait la réponse du curé, dont il saurait
-reconnaître les services[481].
-
- [481] Théodore au Rév. Napoleoni, curé de Zonza et de
- Porto-Vecchio, de la plage d'Aleria le 14 septembre 1738. Copie
- d'une lettre interceptée: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes. Jaussin donne également la traduction de cette
- lettre, mais il l'indique datée du 15 septembre au lieu du 14:
- _op. cit._, t. I, p. 267-269.
-
-Cependant, à l'arrivée des navires, quelques Corses dévoués à Théodore
-se présentèrent sur le rivage en agitant des drapeaux blancs. Pour
-manifester leur joie, ils tirèrent des salves et crièrent «Vive le roi!»
-Une chaloupe les amena à bord. Le roi leur donna audience et les
-congédia après leur avoir distribué des fusils et des cocardes. A la
-nuit, deux barques siciliennes rejoignirent _L'Africain_ et le saluèrent
-de plusieurs coups de canon. Les jours suivants, d'autres barques de
-même nation accostèrent les navires[482].
-
- [482] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._--_Rapport de La
- Villeheurnois_: _loc. cit._--Les gens interrogés par La
- Villeheurnois ne croyaient pas que «les petits bâtiments
- siciliens aient été forcés à servir Théodore.»
-
-Quand il fallait agir, le baron tremblait. Il avait peur de tout le
-monde, des Français, des Génois, des équipages hollandais, des Corses.
-Il n'avait aucune envie de batailler dans les montagnes; rendre la
-liberté à son peuple était le dernier de ses soucis. Dans l'entreprise
-commerciale, il avait apporté, comme part, le mensonge, les promesses
-trompeuses qui sentent l'escroquerie. Il avait acheté à crédit des
-marchandises qu'il voulait sans doute vendre en quelque endroit pour
-s'en faire de l'argent; mais pas dans l'île, car ses sujets étaient
-pauvres. Seulement, les traitants d'Amsterdam avaient commandité un
-monarque; ils spéculaient sur sa couronne et ils voulaient que leur
-associé fît acte de souverain. Il ne pouvait leur servir qu'en tant que
-Majesté. Théodore fut obligé de jouer le roi malgré lui. Les lettres
-qu'il écrivit, les petites distributions qu'il fit, les airs de grandeur
-qu'il se donna, tout cela constituait son rôle dans la comédie. Il s'en
-acquittait, d'ailleurs, avec assez de naturel pour faire croire à la
-réalité. Mais, quand il fallut en venir à la scène capitale, au
-débarquement, il ne savait plus un mot. Keelmann ne l'entendait pas
-ainsi. Il eut avec le baron une altercation violente. La dispute
-s'étendit entre les matelots et les gens de Théodore. De part et
-d'autre, on dégaîna et le malheureux dut promettre de descendre à terre,
-car il n'était pas le plus fort[483].
-
- [483] _Journal du capitaine Keelmann_: _loc. cit._
-
-Le 18 septembre, à huit heures du matin, les officiers vinrent sur le
-rivage pour préparer la réception du souverain. A trois heures de
-l'après-midi, le roi débarqua à son tour au milieu des salves de
-mousqueterie. Les Corses, accourus en grand nombre, l'acclamèrent et lui
-rendirent hommage. Les notables s'entretinrent avec lui et le
-complimentèrent. Après les réceptions, une exécution capitale eut lieu.
-Le capitaine Wickmannshausen, arrêté pendant la traversée sur
-_L'Africain_, était accusé d'avoir voulu attenter à la vie de Théodore
-en mettant le feu à bord. Cet individu, qui se donnait le titre de
-baron, avait été simplement cafetier en Westphalie. Il avait essayé de
-tuer Neuhoff une première fois à Amsterdam; n'ayant pu y réussir, il
-avait attendu d'être en mer pour mettre son projet à exécution.
-Convaincu de tentative criminelle, Wickmannshausen fut condamné à mort.
-Amené sur le rivage et attaché à un pin, il fut fusillé. Devant le
-cadavre, Théodore s'adressant aux insulaires: «Vous voyez, dit-il, comme
-je punis mes propres officiers; que ne ferais-je pas à votre égard, si
-vous vous avisiez de me manquer de fidélité!»[484].
-
- [484] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._--_Rapport de La
- Villeheurnois_: _loc. cit._--Bonfiglio Guelfucci: _op. cit._, p.
- 79. Le Père Guelfucci dit que l'officier hollandais, en voulant
- tuer le baron de Neuhoff, avait été séduit par la prime de deux
- mille genuines offerte par la république de Gênes pour la tête de
- l'aventurier.
-
-Varnhagen, l'apologiste de Neuhoff, raconte à ce sujet une légende.
-Théodore aurait été averti des intentions coupables de son officier par
-sainte Julie, patronne de la Corse, qui lui était apparue. Il aurait
-ainsi pu déjouer cet infernal dessein. L'historien allemand ajoute:
-«Après ce miracle évident, il fallait s'attendre à voir toutes les
-puissances le reconnaître comme roi.»[485].
-
- [485] Varnhagen, _op. cit._, p. 55.
-
-_Le Mercure historique et politique de Hollande_, toujours dévoué à
-Neuhoff, dit, pour excuser cette exécution sommaire, que l'officier
-avait été condamné à être brûlé, mais «il fut seulement empalé»[486].
-
- [486] Numéro de novembre 1738.--Abbé Letteron: _Correspondance_,
- p. 414-422.
-
-Le soir même, Théodore rentra à bord, car il n'avait aucune envie de
-passer la nuit au milieu de ses fidèles sujets. Le lendemain, le
-généralissime Ornano, suivi de deux prêtres et de ses partisans, vint
-sur le rivage. Il y eut une nouvelle distribution de fusils et de
-pistolets. Deux ou trois mille insulaires se trouvèrent réunis et
-formèrent une sorte de camp. Un détachement fut envoyé sur Porto-Vecchio
-et on apprit que ces braves avaient réussi à couper la conduite d'eau de
-la ville et qu'ils avaient mis en fuite quelques Génois[487].
-
- [487] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._
-
-On avait commencé à débarquer les munitions; mais les Corses
-n'apportaient aucune denrée en échange, suivant les promesses de
-Théodore. Keelmann se méfia; il assembla les officiers, on tint conseil
-et il fut décidé que le débarquement cesserait et qu'on irait à
-Naples[488]. Il n'y avait rien à faire avec ce roi.
-
- [488] Puisieux à Amelot, Naples, le 11 novembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le 23 septembre, les navires mirent à la voile, en compagnie des quatre
-barques siciliennes. Les matelots crurent qu'on allait mouiller devant
-Porto-Vecchio. Quand ils virent que la flotille dépassait la ville, et
-que le vent les poussait vers la Sardaigne, ils ne surent que penser.
-Les bâtiments louvoyèrent entre les deux îles et furent bientôt en vue
-de Bonifacio.
-
-Riesenberg avait quitté _L'Africain_ et s'était embarqué, par ordre,
-sur un pinque nommé _Jesus-Maria-Joseph, l'anime del purgatorio_, et
-dont le patron était Roch Malato[489]. Théodore avait frété cette barque
-à Sorraco, le 22 septembre, au prix de quatre-vingt-cinq sequins
-payables d'avance[490].
-
- [489] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._
-
- [490] _Accord fait entre Théodore et un des patrons du bâtiment
- pris par M. de Sabran._ Jaussin: _op. cit._, t. II, p. 267-268.
-
-Le neveu de Théodore, Frédéric de Neuhoff, qui se donnait le titre de
-colonel, monta, avec quelques officiers, sur le pinque et les quatre
-barques siciliennes. Le 24, les pilotes reçurent l'ordre de se rendre à
-bord de _L'Africain_. Ils en ramenèrent deux tailleurs, la femme de l'un
-d'eux, un chasseur et la blanchisseuse du roi. Ils apportèrent également
-quelques provisions. Théodore ordonna aux gens, qui se trouvaient sur le
-pinque et les quatre barques, d'atterrir à un village de la côte, où il
-viendrait les rejoindre avant peu. Dans la journée, les trois navires
-disparurent vers la haute mer. Sur le soir, les embarcations jetèrent
-l'ancre près d'Ajaccio. Là, le colonel de Neuhoff reçut, des mains d'un
-nommé Runsweig, une lettre de Bessel, secrétaire de Sa Majesté,
-enjoignant aux officiers de débarquer le lendemain et de rejoindre le
-général Ornano. Au reçu de cet ordre, Frédéric entra dans une violente
-colère, disant qu'il ne pouvait rien faire, n'ayant ni vivres ni argent.
-Dès le 25, en effet, les provisions manquèrent, et sur les barques, les
-hommes se mendiaient réciproquement du pain. Des rumeurs s'élevèrent, et
-le bruit se répandit que le roi avait fait voile pour Livourne. Dans la
-soirée du 26, six barques génoises parurent à l'horizon. Les gens de
-Théodore furent très effrayés. Le colonel donna l'ordre de gagner
-immédiatement la terre. Un des capitaines, qui était corse, et les
-matelots furent d'un avis contraire, car, disaient-ils, les Génois
-n'oseraient pas attaquer les barques que protégeait le pavillon
-espagnol. Frédéric fit, néanmoins, débarquer tout le monde. Riesenberg
-commente dans son journal ces événements avec sarcasme et constate que
-le corps d'armée du roi se composait de «dix-huit officiers en pied,
-sept subalternes, trois trompettes, trois tailleurs et un
-lapidaire»[491].
-
- [491] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._
-
-Le capitaine, persistant à affirmer qu'on ne courait aucun danger, le
-colonel et sa petite troupe se rembarquèrent le lendemain.
-
-Le 28, ils mirent à la voile vers la haute mer. Trois vaisseaux
-apparurent à l'horizon. Croyant que ces navires étaient ceux de
-Théodore, ils se dirigèrent de leur côté, mais sans pouvoir les
-atteindre, à cause du vent contraire. Le jour suivant, on se remit à la
-recherche des bâtiments; ils avaient disparu. Une tempête s'éleva. Les
-barques, en danger, durent regagner la côte. Le 30, une pluie
-torrentielle inonda ces malheureux, que la faim commençait à torturer.
-Ils se plaignirent amèrement, laissant leurs rancunes s'échapper en
-bruyantes récriminations. Le baron les avait indignement trompés et
-s'ils l'avaient cru capable de les abandonner aussi lâchement, dépourvus
-de tout, ils ne l'auraient certes pas suivi. Les vivres manquant de plus
-en plus, les marins refusèrent la nourriture aux officiers. Ceux-ci ne
-purent obtenir de quoi manger qu'à force de supplications.
-
-Enfin, le 3 octobre, vers le soir, les felouques jetèrent l'ancre devant
-Sagone. Le surlendemain, cinq galères génoises furent en vue. La
-présence des partisans du roi à bord des barques était compromettante,
-aussi les matelots leur conseillèrent-ils de se réfugier à terre, dans
-le village de Vico à cinq milles de la côte. Le _corps d'armée_ de
-Théodore se prépara au débarquement. Riesenberg endossa son uniforme,
-prit son fusil et se mit en marche avec ses compagnons sous la conduite
-du colonel Frédéric[492].
-
- [492] _Ibidem._
-
-Le chemin fut long. Tandis qu'ils marchaient, des paysans armés les
-entourèrent, leur demandant d'où ils venaient. Ils répondirent qu'ils
-appartenaient au roi Théodore; les Corses les laissèrent passer. A Vico,
-ils allèrent frapper à la porte d'un prêtre et lui demandèrent aide et
-assistance. Pour appuyer leur requête, ils exhibèrent les brevets signés
-par le baron. Mais ces pauvres gens tombaient mal; l'ecclésiastique
-était du parti génois: il refusa de les recevoir. Le mépris que l'abbé
-affichait pour la signature du souverain irrita les paysans; ils
-voulurent le corriger. Frédéric et ses compagnons s'interposèrent et
-s'en vinrent chercher un asile dans le couvent des Franciscains. Là, les
-hommes de Théodore couchèrent un peu partout, jusqu'au pied des autels.
-
-Le lendemain, de nombreux habitants, le fusil sur l'épaule, un pistolet
-et un grand coutelas à la ceinture, envahirent le monastère. Ils
-demandèrent si le roi allait bientôt venir et s'il apporterait «des
-armes pour eux, leurs femmes et leurs enfants». Les jeunes moines
-déclarèrent que, dès l'arrivée du souverain, ils se lèveraient contre
-les Génois. Les malheureux abandonnés durent être bien embarrassés pour
-répondre.
-
-Le prieur, homme prudent et peut-être aussi partisan secret des Génois,
-ne voulut pas héberger plus longtemps l'armée du roi Théodore. Le 7
-octobre, il signifia aux officiers d'avoir à chercher un autre abri. Sur
-ces entrefaites, un frère apporta une nouvelle: le chanoine Ilario de
-Quango[493], proche parent d'Ornano, venait d'arriver avec quelques
-paysans pour conduire les gens de Neuhoff auprès du général. Frédéric
-envoya un officier complimenter le chanoine. Celui-ci se présenta dans
-la matinée du 11. Il promit des vivres «et tout le nécessaire», si le
-colonel et ses compagnons consentaient à le suivre. Quelques-uns,
-instruits par la dure expérience, se méfièrent. Ils auraient préféré
-demeurer à Vico. Mais la majorité étant d'un avis contraire, la troupe
-se mit en marche et arriva à Murcia[494]. Les habitants reçurent à
-merveille les voyageurs et leur offrirent les mets qu'il estimaient être
-les meilleurs: des petits pains avec des écuelles d'huile. Le curé, un
-brave homme, vint après souper s'entretenir avec eux; il leur proposa sa
-maison pour y passer la nuit, ce qu'ils acceptèrent avec empressement.
-Le prêtre leur déclara sans détour qu'ils auraient mieux fait de rester
-à Vico, que le chanoine Ilario était un fourbe, aux promesses duquel il
-ne fallait pas se fier, et que le village où il les conduisait était le
-repaire «des fripons et des filous». Ce discours ébranla un peu les gens
-du roi. Mais ils conservaient encore des illusions; au jour levant, ils
-se mirent en route avec Ilario. Pour atteindre Guagno ils durent
-franchir les montagnes «les plus affreuses». A l'arrivée, le chanoine
-leur fit distribuer des petits pains et un peu de fromage; puis il les
-envoya loger chez les paysans.
-
- [493] Guagno, sans doute.
-
- [494] Murzo, très certainement.
-
-La prédiction du bon curé se réalisa: la misère commença pour l'armée,
-errant à la recherche de son chef. Pendant quatre jours, les malheureux
-ne reçurent pas un morceau de pain. Ils durent se contenter de
-châtaignes et d'eau. Riesenberg, dont la santé s'altérait à ce régime,
-vendit son fusil au prix de six écus pour avoir de quoi manger; ses
-camarades en firent autant.
-
-On était au 22 octobre; l'automne venait. Cette saison, âpre dans les
-montagnes, laissait entrevoir des souffrances plus dures encore.
-Riesenberg et Vater, auxquels s'étaient joints Boller et un autre
-officier, formèrent le projet de retourner à Vico, d'écrire au consul de
-France à Ajaccio, pour lui demander un sauf-conduit et se mettre sous sa
-protection. Lorsque Frédéric apprit ce complot, il entra dans une
-violente colère et menaça ceux qui voulaient s'en aller. Rien n'y fit.
-Les récalcitrants se réfugièrent chez un habitant, auquel Riesenberg
-donne le titre de comte et qui les protégea contre les fureurs du
-colonel. Le 1er novembre, au nombre de cinq, ils se mirent en route,
-accompagnés par le comte et par son fils, qui, paraît-il, exposèrent
-leur vie pour eux. Ils arrivèrent le lendemain à Vico, mais, comme
-leurs sauveurs étaient retournés chez eux, ils furent en butte à la
-risée et aux mauvais traitements des habitants. Un prêtre, ému de pitié,
-les recueillit. Le 4, ils apprirent que leurs deux «anges gardiens»
-étaient arrivés sains et saufs chez eux et «que pour se venger du
-chanoine Ilario, ils lui avaient tué deux ânes devant sa porte»[495].
-
- [495] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._
-
-Boissieux, ayant appris les mouvements de Neuhoff sur les côtes de
-Corse, lança, le 31 octobre, une proclamation aux communes, prescrivant
-de «courre sus à Théodore et à ceux de sa suite». Le général en chef
-ordonnait de les prendre et de les livrer; il déclarait rebelles tous
-ceux qui leur donneraient asile ou auraient commerce avec eux, «soit
-personnellement, soit par écrit.» Ceux qui enfreindraient ces ordres
-seraient punis avec la dernière rigueur et leurs maisons rasées[496].
-Riesenberg et ses camarades furent très émus. Le prêtre, qui les
-hébergeait et qui était chargé de porter cet édit à la connaissance des
-habitants, consentit à retarder la publication jusqu'au moment où ils
-recevraient la réponse du consul de France; elle arriva le 7 novembre.
-Les gens de Théodore auraient la vie sauve à condition qu'ils vinssent
-se livrer sans retard. M. de Sabran, chevalier de Malte, commandant la
-frégate _La Flore_ en rade d'Ajaccio, confirma cette promesse.
-
- [496] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 286-288. Cette proclamation,
- datée de Bastia le 31 octobre 1738, arriva le 5 novembre dans
- l'intérieur de l'île.
-
-Ils arrivèrent le 14 novembre. Conduits au corps de garde, on les
-désarma. Le 15, ils furent transférés à bord de _La Flore_, où M. de
-Sabran les reçut avec bienveillance. Après leur avoir fait servir un
-repas,--chose à laquelle ces malheureux n'étaient plus habitués,--il les
-interrogea devant le consul. Au nom du roi de France, il leur promit une
-entière liberté et leur déclara qu'ils seraient conduits à Bastia, où M.
-de Boissieux leur fournirait les moyens de gagner le continent. Partis
-le 18, ils arrivèrent le 25 après une traversée si mauvaise qu'ils
-manquèrent périr. Ils furent accueillis avec «politesse» par le
-commissaire de guerre. Le 26, ils comparurent devant Boissieux. Celui-ci
-leur fit distribuer des vivres et quelques secours en argent. Ces
-pauvres gens étaient tellement reconnaissants de la façon dont le
-général français les traitait qu'ils lui proposèrent de s'enrôler parmi
-ses troupes pour faire le coup de feu contre les rebelles. Boissieux ne
-crut pas devoir accepter leur offre. Ils furent transférés à Toulon, où
-on leur remit encore quelque argent[497].
-
- [497] _Journal de Riesenberg_: _loc. cit._ Ce journal s'arrête à
- la date du 21 janvier 1739.
-
-Arrivés sur le continent, ces hommes regagnèrent leurs foyers, plus
-pauvres et plus désabusés. Un jeune garçon de seize ans, nommé Kel
-Morene, embarqué à Amsterdam sur _L'Africain_, avait pris passage à
-Sorraco sur l'une des barques siciliennes. Tombé malade, il n'avait pas
-pu, comme les autres, se réfugier à terre. Il fut pris par la frégate du
-roi et fit une déposition qui confirma en partie le journal de
-Riesenberg. Mais le pauvre enfant, trop faible pour résister aux
-privations et à la maladie, mourut le 15 octobre 1738[498].
-
- [498] Jaussin, _op. cit._, t. II, p. 283-286.
-
-Pendant ce temps-là, le baron arrivait tranquillement à Naples sans
-s'inquiéter des malheureux qu'il s'était engagé à soutenir, ni sans se
-soucier des misères qu'il laissait derrière lui.
-
-
-III
-
-Le 7 octobre, _L'Africain_ mouilla devant Procida[499]. Le bruit courut
-aussitôt qu'un personnage, qui ne désirait pas être connu, se trouvait à
-bord. Il avait à sa suite une douzaine de domestiques en habits verts.
-Sa table comportait sept à huit couverts. On ne laissait approcher qui
-que ce fût de sa cabine[500].
-
- [499] _Journal de Keelmann_: _loc. cit._
-
- [500] Puisieux à Amelot, Naples, le 21 octobre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-La rumeur publique disait que cet individu, aux allures de conspirateur,
-ne pouvait être que le roi de Corse. Elle ne se trompait pas. On
-commençait à le connaître dans le monde.
-
-Cependant, l'arrivée de Théodore n'était pas un mystère pour tout le
-monde. Dès le lendemain, il eut une longue conférence avec le consul de
-Hollande, Joseph Valembergh. Celui-ci ordonna à Keelmann de se rendre à
-Baïa, où Neuhoff devait lui payer la cargaison. L'entrée ayant été
-refusée au navire, le capitaine se dirigea sur Naples, où il trouva les
-capitaines Peresen et Roos. _L'Agathe_ et le _Jacob et Christine_
-avaient, en effet, rejoint _L'Africain_ à Naples.
-
-Le consul avait chaque jour d'interminables entretiens avec le baron.
-Keelmann exigeait le règlement des marchandises, mais le roi remettait
-sans cesse au jour suivant. Le 21 octobre, vers le soir, les sieurs
-Chartes et Rivarola, agents des Corses, vinrent à bord de _L'Africain_
-et dirent au capitaine que, par ordre du marquis de Montalègre, Neuhoff
-devait débarquer pendant la nuit. Keelmann laissa partir Théodore sous
-la promesse que le lendemain il toucherait son argent. Le 23, Valembergh
-ordonna au capitaine de mettre son chargement à terre et de partir
-aussitôt après. Keelmann ne l'entendait pas ainsi. Il répondit qu'il
-n'avait déjà que trop livré de marchandises en Corse et exprima sa
-surprise de voir le consul prendre plutôt les intérêts de Théodore que
-celui des négociants hollandais. Deux jours après, le consul revint à
-bord. Il venait, disait-il, chercher Keelmann pour le conduire chez le
-baron. Le capitaine, espérant enfin toucher son argent, descendit à
-terre. Sur la place du château, tout près de l'église Saint-Jacques, il
-se trouva tout à coup entouré par quinze sbires qui l'arrêtèrent et le
-conduisirent en prison. On le plaça dans le cachot réservé aux
-criminels. A peine y était-il, qu'on lui proposa sa liberté s'il
-consentait à retourner en Corse. Le capitaine refusa énergiquement. Vers
-le soir, Valembergh, accompagné par le vice-consul et par un secrétaire
-de Théodore, vint trouver Keelmann et lui déclara que, s'il persistait
-dans son refus, on le mettrait aux fers. Il répondit qu'il était prêt à
-souffrir tout plutôt que de trahir ses associés. Neuhoff n'avait nulle
-envie de retourner en Corse, il voulait seulement se faire remettre les
-marchandises pour les vendre.
-
-Valembergh exerça sur le commandant la pression la plus éhontée; chaque
-jour il se rendait à la prison où il l'invectivait et le menaçait des
-pires disgrâces, s'il ne consentait pas à délivrer sa cargaison au
-baron. Le consul alla jusqu'à dire qu'il avait reçu,--chose peu
-vraisemblable,--des instructions formelles à ce sujet, non seulement de
-son gouvernement, mais aussi de Lucas Boon. Aucune menace ne put fléchir
-l'intraitable Keelmann. Irrité de la mauvaise foi de Valembergh, il
-s'adressa à M. de Montalègre pour obtenir justice. Le ministre du roi
-des Deux-Siciles répondit vertement que cette affaire regardait
-entièrement le consul et qu'il ne voulait pas en entendre parler[501].
-
- [501] _Journal de Keelmann_: _loc. cit._ Nous avons vu, d'après
- Rostini, que la femme de Théodore était parente du marquis de
- Montalègre. Comment se fait-il que le baron ayant si odieusement
- abandonné sa femme enceinte, ce ministre ait consenti à lui
- accorder sa protection?
-
-Puisieux apprit l'arrestation du commandant sans surprise. Il avait été
-témoin l'année précédente d'une violente dispute entre Valembergh et le
-capitaine de _La Demoiselle Agathe_, parce que celui-ci ne voulait pas
-retourner en Corse[502]. Le consul comprenait d'une singulière façon la
-protection qu'il devait à ses nationaux.
-
- [502] Puisieux à Amelot, Naples, le 28 octobre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'ambassadeur de France, instruit de toutes ces intrigues par des
-matelots hollandais, trouva moyen de communiquer en secret avec
-Keelmann. Il lui conseilla de signer tout ce qu'on exigerait de lui en
-prison. Remis en liberté, il pourrait mettre aussitôt à la voile et,
-quand il aurait gagné la haute mer, se diriger vers un port français.
-Keelmann aurait sans doute suivi cet avis «si M. l'envoyé de Gênes, qui
-n'a pas encore toute la prudence d'un ministre consommé, n'avait tenu
-indiscrètement quelques discours qui ont mis le consul de Hollande et
-Théodore en méfiance contre le capitaine». Celui-ci fut surveillé plus
-étroitement que jamais[503].
-
- [503] Puisieux à Amelot (en chiffres), Naples, le 11 novembre
- 1738: Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère
- des affaires étrangères.
-
-Le 30 octobre, Valembergh arracha au capitaine un ordre écrit pour
-permettre au baron de prendre à bord les effets qu'il réclamait. Le
-consul fit en outre emprisonner les capitaines Peresen et Roos, parce
-qu'ils refusaient de vendre à Neuhoff leurs cargaisons. Ils savaient
-parfaitement qu'ils ne seraient jamais payés.
-
-Keelmann prétendait que les négociants hollandais et lui-même pouvaient
-s'estimer heureux si la perte de l'expédition ne dépassait pas deux cent
-mille florins[504]. C'était bien suffisant pour avoir commandité un roi.
-
- [504] Extrait d'une lettre de Naples du 16 décembre 1738:
- _Ibidem_.
-
-L'équipage de _L'Africain_ s'était ému des mauvais traitements qu'on
-faisait subir à son commandant. Le 15 novembre, les marins signèrent,
-par devant notaire, une protestation contre les manœuvres du
-consul[505].
-
- [505] _Journal de Keelmann_: _loc. cit._--_Traduction de la
- protestation faite par l'équipage du vaisseau hollandais_
- L'Africain, _contre le consul des États Généraux établi à Naples,
- du 15 novembre 1738_: _Ibidem_. L'original de la protestation
- accompagne la traduction.
-
-La conduite de celui-ci, l'inertie suspecte des ministres du roi des
-Deux-Siciles, qui laissaient commettre une injustice flagrante sans rien
-dire, émurent le cabinet de Versailles. Amelot écrivit à Puisieux pour
-lui recommander de faire à Montalègre les plus sérieuses
-représentations. Le ministre se proposait de demander à l'ambassadeur
-des États Généraux à Paris une explication sur les faits et gestes de
-leur étrange représentant à Naples[506]. La France, qui s'était engagée
-vis-à-vis de la république de Gênes à pacifier la Corse, ne pouvait pas
-admettre qu'aucune puissance favorisât un aventurier.
-
- [506] «S. M. souhaite que vous ne différiez pas un moment
- d'instruire M. le marquis de Montalègre du procédé du consul de
- Hollande. Le roi ne peut pas se persuader que les liaisons
- d'intérêt, de sang et d'amitié qui doivent être entre S. M. et le
- roi des Deux-Siciles, puissent laisser S. M. S. dans
- l'incertitude du parti qu'Elle doit prendre dans une affaire qui
- intéresse également l'honneur de la France et les droits de tous
- les souverains».--Amelot à Puisieux, le 2 décembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le 5 décembre, Keelmann fut remis en liberté[507].
-
- [507] «Un volume ne suffirait pas pour détailler les manèges et
- les injustices dont on a usé à son égard pendant sa
- prison».--Puisieux à Amelot, Naples, le 9 décembre 1738:
- _Ibidem_.
-
-Le gouvernement des Deux-Siciles entreprit des démarches pour acheter la
-cargaison des navires. Le capitaine se méfia et ne voulut pas consentir
-à ce marché[508].
-
- [508] Puisieux à Amelot, Naples, le 30 décembre 1738: _Ibidem_.
-
-Au mois de février, il partit pour Smyrne et pour Constantinople. Il
-vint demander à Puisieux une lettre de recommandation pour l'ambassadeur
-de France en Turquie. Sa requête ne fut pas accueillie[509].
-
- [509] Puisieux à Amelot, Naples, le 3 février 1739: _Ibidem_,
- vol. 37.
-
-Les intrigues de Valembergh avaient donné lieu à une critique sévère. Il
-crut devoir se justifier auprès de son collègue de Livourne, François
-Bouver. Keelmann, après s'être entendu avec les Génois, aurait perpétré
-des attentats si _énormes_ qu'on ne pouvait les décrire dans une lettre.
-A Amsterdam, il aurait commis de nombreux méfaits, qui étaient une honte
-pour la nation hollandaise. Ces turpitudes avaient été découvertes après
-son départ et les correspondants de Valembergh en faisaient un tableau
-sinistre. Keelmann aurait tenté de vendre en sous-main le navire et
-toute la cargaison. Dans ce but, il recevait à son bord, pendant la
-nuit, des gens suspects et travestis. Le consul disait qu'il avait fait
-mettre Keelmann en prison et qu'il le faisait étroitement surveiller
-pour sauvegarder les intérêts des commerçants. Il serait trop long de
-raconter toutes les ruses qu'il avait employées pour sortir de prison.
-Un autre capitaine, Cornelius Roos, homme insolent et ami du vin, avait
-pris bruyamment le parti de Keelmann. Valembergh avait dû également le
-faire incarcérer. Le consul, en finissant, demandait à son collègue des
-nouvelles de Corse et le priait de faire tous ses compliments à Salvini,
-l'agent des révoltés à Livourne, et à cet individu taré, qui se faisait
-passer pour le neveu de Théodore, sous le nom de Drost[510]. Cette
-lettre ne prouvait qu'une chose, c'est que le consul avait des liens
-d'amitié non seulement avec Théodore, mais encore avec ses partisans les
-moins recommandables.
-
- [510] Joseph Valembergh à François Bouver, consul de Hollande à
- Livourne, le 11 novembre 1738. Copie d'une lettre interceptée:
- _Ribellioni di Corsica_, filza 13-3011. Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-Le baron avait toujours peur. Il écrivit à la sœur Fonseca; il avouait
-les cruelles inquiétudes qui le torturaient et demandait qu'elle lui
-procurât à Naples un abri sûr. La bonne sœur avait immédiatement prié
-une religieuse de cette ville, Mme Anne-Marie della Leonessa, de donner
-asile au roi de Corse. Il n'avait besoin que d'une chambre; il se
-procurerait lui-même la nourriture, il ne gênerait en rien les pieux
-exercices du couvent; du reste il ne comptait pas rester longtemps dans
-sa retraite. L'essentiel était qu'il pût se mettre en sûreté contre ses
-ennemis. Il avait été trahi par les capitaines hollandais et il ne
-savait plus à qui se fier[511].
-
- [511] La sœur Fonseca à la sœur Anne-Marie della Leonessa, le
- 14 novembre 1738. Copie d'une lettre interceptée: _loc. cit._
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Théodore, en débarquant de _L'Africain_, se rendit donc au monastère où
-la sœur Fonseca lui avait ménagé une demeure. Il s'y tenait renfermé
-tout le jour, ne sortant que la nuit déguisé en moine. Il serait
-ensuite allé loger dans un autre cloître[512], s'entourant de mystère.
-Enfin, pensant que les saintes femmes ne le garantissaient pas
-suffisamment contre les représailles de tous ceux qu'il avait dupés, il
-vint se réfugier dans le logis de son ami Valembergh, où il avait fait
-mettre tous ses papiers. Chez le consul, il trouva Mathieu Drost et un
-autre individu, qui lui aussi se faisait passer pour un neveu de Sa
-Majesté. Le consulat de Hollande à Naples était décidément un bien
-mauvais lieu.
-
- [512] Puisieux à Amelot, Naples, le 18 novembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Il s'y joua une comédie burlesque, dans laquelle Valembergh ne craignit
-pas d'achever de se compromettre. Sur les réclamations pressantes du
-gouvernement français, le consul de Hollande se vit obligé de remettre
-Keelmann en liberté. Théodore tremblait de plus en plus et il supplia
-son ami de le sauver. Voici ce qui fut imaginé. Dans la nuit du 2 au 3
-décembre, Perelli, conseiller du roi des Deux-Siciles, et Ulloa,
-auditeur général de l'armée, se présentèrent au consulat accompagnés de
-quarante grenadiers. Ils arrêtèrent le baron et les deux individus qui
-se trouvaient avec lui. Ils saisirent tous les papiers. C'était une
-façon ingénieuse de les empêcher d'être pris par des gens indiscrets.
-Des chaises à porteur attendaient dans la rue. Les captifs y furent
-placés et conduits à Chiaïa. On les embarqua à bord d'une galiote qui
-leva l'ancre aussitôt et fit voile vers Gaète. Un détachement de soldats
-commandés par quatre officiers reçut les prisonniers à leur débarquement
-et les amena à la citadelle. Théodore et ses deux acolytes furent
-traités avec tous les égards[513]. On assura au baron trois ducats par
-jour pour sa subsistance[514].
-
- [513] _Gazette d'Amsterdam_, numéros des 2 janvier et 20 mars
- 1739.--_Mercure politique et historique de Hollande_, janvier,
- février et mars 1739.--_The annals of the year 1739._ Londres, 2
- vol. in-8º.
-
- [514] Puisieux à Amelot, Naples, le 16 décembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Lorsque la nouvelle en fut connue à Naples, on insinua que l'arrestation
-du baron de Neuhoff avait été faite à la requête du marquis de Puisieux.
-Mais, plus celui-ci affirmait qu'il n'y était pour rien, plus on lui
-attribuait cette mesure. On découvrit bientôt la trame de cette comédie
-inventée par Théodore et Valembergh, de complicité avec les autorités
-siciliennes. Pour calmer ses frayeurs le baron s'était fait arrêter et
-conduire sous bonne escorte hors du royaume de Naples. Lorsqu'il fut
-appréhendé, Neuhoff avait poussé l'effronterie jusqu'à demander aux
-sbires s'il y avait sûreté pour sa vie[515]. C'était une de ces ruses un
-peu grosses, dont il était coutumier.
-
- [515] (En chiffres). «Cet aventurier demanda alors qu'il fut
- arrêté, s'il y avait sûreté pour sa vie, question que j'imagine
- qu'il ne fit que pour persuader qu'il n'était pas prévenu sur ce
- qu'il devait lui arriver, mais il y a toute apparence qu'il en
- avait été averti et quoique M. de Sangro, gouverneur de Gaète,
- ait ordre de le veiller de près, je crois cependant que
- l'intention du ministre n'est pas de le garder toujours et que
- l'on pourra bien se contenter de le faire conduire dans quelque
- temps hors du royaume. Il a écrit à un de ses plus zélés
- adhérents, qui est resté ici, de ne se point alarmer de son
- aventure, qu'il reparaîtrait au premier jour avec plus d'éclat,
- et que tout ceci ne se faisait que pour endormir une certaine
- puissance.» Puisieux à Amelot, Naples, le 9 décembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-On disait qu'il se trouvait si bien à Gaète qu'il avait prié le roi des
-Deux-Siciles de l'y laisser[516]. Mais, c'était un personnage gênant;
-aussi eut-on hâte de s'en débarrasser. Pendant la nuit du 16 au 17
-décembre, il fut extrait du château et conduit à la frontière de l'État?
-ecclésiastique[517].
-
- [516] Lorenzi à Amelot, Florence, le 20 décembre 1738:
- Correspondance de Florence, vol. 89. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [517] Puisieux à Amelot, Naples, le 23 décembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Les événements qui avaient suivi l'arrivée à Naples des navires
-hollandais soulevèrent les protestations du gouvernement français.
-Amelot prescrivit à Fénelon, ambassadeur de France à La Haye, de faire
-les plus vives remontrances aux États Généraux. Ce n'était pas la
-première fois que le baron de Neuhoff avait trouvé aide et secours dans
-les Pays-Bas. En 1737, comme en 1738, il avait paru en Méditerranée sur
-des bâtiments hollandais avec armes et munitions. La conduite de
-Valembergh était blâmable au dernier point. «La république ne peut
-disconvenir combien l'impunité d'un pareil procédé de la part de son
-consul marquerait peu d'égards pour le roi et pour ce qu'elle doit à
-l'amitié de Sa Majesté. Si ce qui fait le motif de nos plaintes ne
-portait que sur quelques particuliers non avoués, nous pourrions y
-donner moins d'attention, mais la chose est fort différente et bien plus
-répréhensible lorsqu'on voit un consul hollandais contribuer
-publiquement à de pareilles entreprises.» Amelot demandait donc que
-Valembergh fût sévèrement puni et il formulait sa requête dans la forme
-d'un ultimatum[518]. Le ministre accentua son désir, en faisant une
-démarche auprès de Van Hoëy, envoyé de Hollande à Paris. Les États
-Généraux ne purent faire autrement que de donner satisfaction au
-gouvernement français, en désavouant et en révoquant leur consul à
-Naples[519].
-
- [518] Amelot à Fénelon, Versailles, le 7 décembre 1738:
- Correspondance de Hollande, vol. 429. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [519] Extrait de la résolution du 2 décembre 1738 prise par L. H.
- P. les États Généraux relativement au consul de Naples:
- _Ibidem_.--Puisieux à Amelot, Naples, le 20 janvier 1739:
- Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Amelot envoya à Fénelon la copie de la déclaration faite par Vastel à
-Alicante[520]. L'envoyé de France communiqua cette pièce au
-Pensionnaire, qui répondit que les faits rapportés dans ce document
-devaient être très exagérés, car il n'était pas vraisemblable qu'un
-subalterne pût être aussi bien informé. «Il n'aurait pas été mieux
-instruit quand il aurait été du conseil. Les ordres d'un capitaine de
-vaisseau à l'autre se donnaient-ils tout haut pour qu'un simple matelot
-pût les savoir avec tant de précision, et les gens de cette sorte
-tenaient-ils un journal pour pouvoir rapporter exactement les jours et
-jusqu'aux heures où chaque chose s'était faite?»[521]. Nous savons
-cependant que la déposition de ce simple matelot était parfaitement
-vraie.
-
- [520] Amelot à Fénelon, Versailles, le 14 décembre 1738:
- Correspondance de Hollande, vol. 429.
-
- [521] Fénelon à Amelot, le 23 décembre 1738: _Ibidem_.
-
-Amelot eut une nouvelle entrevue avec Van Hoëy. Celui-ci fut très
-embarrassé et ne put que répondre d'une façon vague. Le ministre fut
-convaincu que, si les États Généraux ne voulaient pas rechercher à fond
-les responsabilités dans cette affaire, c'était dans «la crainte de
-découvrir des complices qu'on soupçonne et qu'on veut cacher.» L'envoyé
-de Hollande alla «jusqu'à faire entendre clairement qu'on obligerait le
-Pensionnaire personnellement en ne poussant point cette affaire»[522].
-
- [522] Amelot à Fénelon, Versailles, le 1er janvier 1739:
- Correspondance de Hollande, vol. 429. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Du reste, Fénelon s'efforçait de justifier le Pensionnaire de toute
-influence directe dans les intrigues de Théodore. Il en accusait
-certains personnages des Pays-Bas, dévoués à la politique du roi
-d'Angleterre[523].
-
- [523] Correspondance de Fénelon: _Ibidem_.
-
-Au commencement de janvier 1739, le bruit courait à Naples que Théodore
-était revenu. «J'en ai parlé à M. de Montalègre, qui me l'a nié de façon
-à me confirmer dans mes soupçons», écrivait Puisieux[524]. Cette rumeur
-prenait une telle consistance que le gouvernement sicilien tâchait d'en
-détruire l'effet en faisant arrêter de temps en temps quelques partisans
-du roi de Corse; mais sa sévérité ne tombait que sur ceux qui étaient
-capables de trahir l'aventurier. On laissait bien tranquille ce Drost
-que Puisieux, cependant, avait recommandé d'une façon toute particulière
-à Montalègre, comme étant l'un des plus fripons de cette bande de
-coquins[525].
-
- [524] Puisieux à Amelot, Naples, le 6 janvier 1739:
- Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [525] «Plus je vais en avant, et plus je me confirme dans les
- soupçons que j'ai eus sur le retour du baron de Neuhoff dans ce
- royaume. (En chiffres.) Ce gouvernement tâche de les détruire en
- faisant arrêter de temps en temps quelques partisans de cet
- aventurier, mais je remarque que cette sévérité ne tombe que sur
- ceux de la fidélité desquels l'on croit devoir se méfier, témoin
- le baron de Drost qui est toujours ici, quoique je l'eusse
- recommandé très particulièrement, le regardant comme l'agent du
- baron de Neuhoff en cette ville. Je ne doute point que ce
- dernier, informé de l'opiniâtreté des rebelles, ne fasse une
- seconde tentative pour retourner en Corse, ce qui ne déplairait
- nullement à cette Cour.»--Puisieux à Amelot, Naples, le 20
- janvier 1739, _Ibidem_.
-
-Si Théodore était rentré dans le royaume napolitain, il se tenait bien
-caché, car il ne faisait pas parler de lui. Il chargeait ses complices
-de s'agiter à sa place.
-
-Ils menaient grand bruit sur un prétendu désastre que les Corses
-auraient infligé aux troupes françaises, le 13 décembre, à Borgo. Il
-s'agissait tout simplement d'un détachement qui avait été surpris; les
-hommes de Boissieux, après s'être énergiquement défendus, avaient pu se
-replier en bon ordre sur Bastia[526]. Cette affaire était peu
-importante, mais ils répandirent une relation ampoulée et exagérée de
-cette bataille: «... Notre général, habillé à la turque, marchait
-toujours en avant et l'on entendait continuellement des cris
-d'allégresse et: Vive notre général et le roi des Espagnes... Nous
-sommes dans ces environs dans l'attente une seconde fois des Français,
-qui nous ont paru des hommes de bois à la façon dont ils ont été
-étrillés, quoiqu'ils eussent l'avantage du terrain»[527].
-
- [526] Jaussin: _op. cit._, t. I, p. 347.
-
- [527] _Traduction de la relation répandue à Naples par quelques
- adhérents du baron de Neuhoff qui y sont actuellement, de la
- victoire qu'ils prétendent que les rebelles corses ont remportée
- sur les troupes du Roi les 12 et 13 décembre 1738_:
- Correspondance de Gênes, vol. 101. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Les Génois, de leur côté, furent enchantés de ce qu'ils appelaient le
-désastre de Borgo. A Gênes, on fit à ce sujet des pasquinades d'un goût
-douteux[528].
-
- [528] Campredon à Maurepas, Gênes, le 1er janvier 1739: _Ibidem_,
- vol. 102.--Abbé Letteron: _Correspondance_, p. 427-431.
-
-Ce grand succès des rebelles corses n'empêcha pas Dominique Rivarola,
-leur plus fidèle agent, d'aller trouver le marquis Spinola, envoyé de
-Gênes à Naples. Il lui proposa de faire rentrer la Corse «sous
-l'obéissance de la république, si l'on voulait lui accorder un bon
-parti»[529]. Il ne fixa pas de prix à sa trahison; il s'en remettait à
-la générosité des Génois. Mais ceux-ci n'avaient pas l'habitude de
-payer. Ils voulaient bien profiter de toutes les vilenies, mais à
-condition que cela ne leur coûtât rien. Quelques années plus tard,
-Dominique Rivarola se vendra aux Anglais et aux Sardes avec plus de
-succès.
-
- [529] Puisieux à Amelot, Naples, le 30 décembre 1738:
- Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Au mois de février 1739, les partisans de Théodore, sauf Drost,
-quittèrent Naples. Ils allèrent à Livourne porter leurs intrigues et
-leurs ambitions malpropres[530].
-
- [530] Puisieux à Amelot, Naples, le 3 février 1739:
- Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-
-IV
-
-Le général de Boissieux, malade depuis longtemps, mourut à Bastia dans
-la nuit du 1er au 2 février 1739[531]. Son successeur fut le marquis de
-Maillebois. Parti de Toulon le 19 mars, il débarqua à Calvi le 21[532].
-
- [531] Il fut inhumé dans l'église Saint-Jean de Bastia.--Jaussin:
- _op. cit._, t. I, p. 352.
-
- [532] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Calvi, le 22 mars 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 423.
-
-La durée de la révolte, les difficultés d'une campagne dans un pays
-montagneux avaient forcé le gouvernement français à expédier de
-nouvelles troupes. Toutes les tentatives de médiation pacifique avaient
-échoué. Les insulaires s'obstinaient avec une belle énergie à ne pas
-vouloir reconnaître la domination génoise. Les instructions remises à
-Maillebois ne furent pas rédigées dans cet esprit de modération qui
-formait la base de la mission de Boissieux[533]. Il ne fallait pas, sous
-prétexte de mansuétude, imposer à l'armée française une inaction pouvant
-porter atteinte à son prestige aux yeux des rebelles et aux yeux des
-Génois.
-
- [533] Instructions pour M. le marquis de Maillebois, le 14
- février 1739: Abbé Letteron, _Ibidem_, p. 351-356.
-
-Maillebois commença par établir une surveillance plus active sur les
-côtes pour empêcher autant que possible les Corses d'avoir des rapports
-avec le continent. Campredon avait quelques bonnes raisons de penser que
-les insulaires trouvaient des secours à Gênes même. Si ces soupçons
-étaient justifiés, la France aurait joué un rôle de dupe et c'est ce
-qu'il fallait éviter. Amelot écrivit à Campredon que le cardinal Fleury
-désirerait vivement qu'on pût avoir des preuves sur les secours en armes
-et munitions fournis par des Génois aux Corses[534]. Mais il est
-toujours assez difficile d'avoir des certitudes dans une pareille
-question. Les Génois étaient très méfiants et certainement ceux qui
-faisaient la contrebande de guerre opéraient dans le plus grand secret.
-
- [534] Amelot à Campredon, Versailles, le 31 mars 1739:
- Correspondance de Gênes, vol. 102. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 450.
-
-Après ses aventures à Naples, Théodore était resté en Italie, vivant
-très probablement dans quelque mystérieuse retraite, peut-être même à
-Rome auprès de sa protectrice la bonne sœur Fonseca. Néanmoins il
-essayait de réchauffer le zèle de ses partisans en Corse par de
-nombreuses lettres, tout en ayant soin de ne jamais dire où il se
-trouvait.
-
-Un dimanche, le 19 avril, une felouque arriva sur les côtes corses et
-jeta l'ancre devant la tour d'Alistro, non loin d'Aleria. Quinze à
-dix-huit hommes débarquèrent, parmi ceux-ci se trouvait un neveu de
-Théodore, le baron Frédéric de Neuhoff[535].
-
- [535] Plusieurs historiens et même des correspondances de
- l'époque ont donné, par erreur, le nom de Drost à ce personnage.
- On l'a confondu avec l'individu qui, en 1738, était arrivé en
- Corse en se faisant appeler Mathieu Drost et qui fut arrêté à
- Livourne, nous l'avons vu. Le colonel de Neuhoff, qui l'année
- précédente s'était embarqué avec Théodore, en Hollande, et qui
- l'avait rejoint à Naples, n'était pas non plus le même individu
- que Frédéric. Dans une correspondance postérieure et que nous
- verrons plus loin, Théodore fera la distinction entre ses deux
- neveux et Drost. Il faut nous en tenir à son témoignage, qui est
- formel à ce sujet.
-
-A l'arrivée du bâtiment, le consul de Fiumorbo, Vincent Martinetti, fit
-arrêter un paysan qui portait plusieurs paquets cachetés du sceau de
-Théodore. Parmi les papiers il y avait quatre lettres du roi adressées à
-différents personnages résidant au-delà des monts. Maillebois transmit
-la copie et la traduction de ces lettres à Versailles[536].
-
- [536] Maillebois à Fleury, Bastia, le 25 avril 1739:
- Correspondance de Gênes, vol. 102. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Maillebois à Amelot, Bastia, le 25 avril
- 1739.--Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 25 avril 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 367-368, 449-453.
-
-La première était adressée à «l'illustrissime lieutenant général, le
-comte Zenobio Peretti, commandant général de Zicavo». Neuhoff annonçait
-que son neveu, Frédéric, baron libre de Neuhoff, seigneur de
-Rauschenburg, venait en Corse pour annoncer aux fidèles partisans son
-prochain retour avec des munitions. Mais avant tout il fallait s'assurer
-d'un port et Théodore commandait à Peretti de prendre Porto-Vecchio et
-d'en fortifier les tours. Il se plaignait vivement des Corses qui se
-trouvaient sur le continent et qui espionnaient toutes ses démarches
-pour en rendre compte aux Génois. Aussi devait-on considérer comme
-traîtres au roi et à la patrie tous ceux qui quittaient l'île pour aller
-prendre du service à l'étranger. Enfin, il prêchait l'union et la
-concorde entre tous les insulaires[537].
-
- [537] Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 356-357.
-
-La seconde lettre de Théodore était adressée au «comte Paul François
-d'Ornano, colonel d'infanterie à S. Maria d'Ornano.» Elle portait la
-date du 11 mars. Le roi donnait l'ordre d'enfermer l'ennemi dans
-Ajaccio. Il fallait agir avec vigueur, sans ménagements pour personne.
-Il déplorait de n'avoir pas pu s'embarquer avec son neveu à cause,
-disait-il, «des peines et des embarras qu'on m'a fait avec mes lettres
-de change.» Au premier jour, un vaisseau chargé de munitions arriverait
-dans l'île. Il recommandait de faire la distribution des armes «avec
-amour et régularité» et d'éviter que les insulaires n'agissent en
-«sauvages», ce qui leur ferait un grand tort. Théodore demandait enfin à
-tous ses officiers restés en Corse et pourvus de chevaux d'aller à la
-rencontre de Frédéric[538].
-
- [538] Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 358.
-
-Les deux autres lettres, datées des 14 et 16 mars, étaient adressées à
-un prêtre, Gio-Maria Balizone Teodorini, que le baron appelle son
-premier chapelain. Dans la première, après avoir confirmé l'arrivée de
-son neveu, il disait que les navires de Naples chargés de munitions
-étaient en route. Un autre de ses bâtiments, parti de Tunis, avait été
-jeté à la côte par la tempête. Il revenait sur son idée: prendre
-Porto-Vecchio, coûte que coûte. Il fallait aussi, par quelque
-stratagème, s'emparer de Campomoro[539]. Les Corses devaient, à
-l'avenir, vivre «comme d'honnêtes gens bien disciplinés et non comme des
-sauvages et des voleurs.» Son plus cher désir était de soustraire le
-pays à la tyrannie génoise; mais il fallait qu'on l'aidât. Tout ce qu'il
-avait souffert pour parvenir à son but serait trop long à écrire; il
-passait. Il voulait que chacun respectât ses lois. Là, il parle en
-souverain et en maître. Ce passage a de l'allure: «Assurez les peuples
-que je ne me relâcherai point pour leur délivrance, mais je veux
-obéissance et fidélité, qu'on observe ma loi et qu'on punisse
-promptement de mort les infidèles et ceux qui ont correspondance et
-connivence avec l'ennemi. Ensuite, il faut amener une union fraternelle,
-sincère et parfaite, et laisser aller librement ceux qui sont
-inconstants. Croyez-moi, si les Corses sont bien convaincus de la
-nécessité d'être unis et de l'irrévocable résolution des peuples de
-vouloir maintenir, comme ils le doivent, leur élection en ma personne,
-ils seront appuyés et secourus, mais d'entrer en traité, puis vouloir se
-donner tantôt à l'un et tantôt à l'autre, comme certains infidèles qui
-sont en terre ferme ont fait, tout cela refroidit et retarde les secours
-qui ont été arrangés par moi». Et il ajoutait cette phrase qui résumait
-toute l'histoire des malheurs de la Corse. «Tant que chacun cherchera à
-opérer pour sa propre utilité, les peuples resteront dans la misère et
-seront tyrannisés par l'ennemi, toutes mes dépenses et toutes mes peines
-ne serviront à rien.» Dominique Rivarola et son frère, soudoyés par les
-Génois, faisaient, à Rome, le métier d'espions[540].
-
- [539] Village situé dans le golfe Valinco, sur la côte
- occidentale.
-
- [540] Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p.
- 339-364.
-
-Dans la seconde lettre, très courte, Théodore approuvait les Corses
-d'avoir retiré leur confiance au chanoine Orticoni, à Salvini, à Arrighi
-et à Hyacinthe Paoli. Il considérait ces chefs comme ses pires ennemis
-et il les croyait capables de remettre la Corse «dans les chaînes de
-Gênes.» Il ratifiait la déchéance de Paoli, son ancien ministre[541]. On
-avait saisi d'autres lettres de Théodore à divers chefs, mais elles ne
-contenaient rien qui ne fût dans les premières[542].
-
- [541] Abbé Letteron, p. 364.--Duchâtel au comte de Belle-Isle:
- _Ibidem_, p. 449-453.--En envoyant à Versailles les copies des
- lettres interceptées, Maillebois avait ajouté cette note: «Le
- mécontentement que Théodore a contre Hyacinthe Paoli vient de ce
- que l'on assure que le susdit Paoli est à la tête d'une cabale,
- conjointement avec le chanoine Orticoni pour livrer l'île au roi
- de Naples et que Théodore est très opposé à ce projet par les
- raisons que voici: la première est qu'il a pris des engagements à
- Amsterdam avec les juifs de cette ville pour leur livrer des
- établissements dans l'île de Corse et l'on prétend même que la
- république de Hollande en a aussi à cet égard. La seconde raison
- vient aussi, dit-on, des quelques engagements qu'il a pris avec
- les Tunisiens pour leur fournir un asile dans cette île, et tous
- ces engagements pris à la condition d'en être reconnu le légitime
- souverain.» Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
- [542] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 453-458.
-
-Frédéric fut, à son arrivée dans l'intérieur, reçu avec acclamation.
-Mais l'enthousiasme des populations ne devait pas être long. Pour fêter
-la bienvenue du neveu du roi, quelques-uns des chefs organisèrent en son
-honneur une chasse au sanglier. Frédéric arriva avec les notables au
-rendez-vous. Au moment d'attaquer la bête, un déserteur français du
-régiment de Nivernais surgit tout à coup parmi les chasseurs. Cet homme
-fut arrêté; les Corses lui demandèrent où résidait le général en chef et
-s'il attendait de nouvelles troupes. Le soldat répondit que Maillebois
-se trouvait à Bastia et que cinquante mille hommes de renfort allaient
-arriver dans l'île. A cette nouvelle, les paysans postés dans le bois
-pour la battue s'éclipsèrent comme par enchantement. Le sanglier lui
-aussi s'était sauvé; la chasse fut manquée. Frédéric revint chez lui. Il
-trouva sa maison dévastée. On lui avait tout pris: une bourse contenant
-huit à neuf cents sequins destinés à subvenir aux premiers frais de la
-guerre, ses vêtements et jusqu'à ses chemises. Il obtint la restitution
-de quelques chemises, mais l'argent resta dans les mains de ceux qui
-l'avaient pris. «Voilà ce qui s'appelle d'honnêtes gens et de fidèles
-sujets de Théodore»[543].
-
- [543] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 453-458.--Jaussin: _op.
- cit._, t. II, p. 312.
-
-Ils n'avaient pas dérobé les effets et l'argent du «premier prince du
-sang de Théodore»[544] dans un unique but de rapine. Les rebelles, qui
-avaient vu tant de fois les promesses du roi s'évanouir, voulaient bien
-croire encore à son prochain retour avec des secours, comme il
-l'écrivait, mais il leur fallait des gages. Ils entendaient avoir
-Frédéric pour otage, et, afin de le garder plus étroitement, ils lui
-avaient tout pris.
-
- [544] C'est ainsi que Duchâtel appelle ironiquement Frédéric.
- Cela prouverait une fois de plus que l'existence d'un fils de
- Théodore est purement imaginaire. D'ailleurs, aucun document
- sérieux de l'époque ne fait mention de ce fils. Cette légende
- naquit plus tard.
-
-Dans une réunion les chefs de la Balagne avaient décidé de le mettre à
-mort dans le cas où le roi ne tiendrait pas sa parole et ne viendrait
-pas en personne au mois de mai apporter les importants secours qu'il
-faisait espérer depuis si longtemps[545].
-
- [545] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739:
- _loc. cit._
-
-Frédéric avait plus d'énergie que son oncle. Il ne se laissa pas
-intimider par l'hostilité qu'il sentait autour de lui. Il ne songea pas
-un instant à se dérober; il alla de l'avant. Le 6 mai, les principaux
-chefs se réunirent à Venzolasca pour délibérer sur les affaires du pays.
-Résolument, Frédéric se rendit à cette réunion, décidé à affronter les
-haines et les colères des rebelles. Les débats se prolongèrent pendant
-deux jours «avec beaucoup d'aigreur et un grand partage d'opinions». La
-majorité de l'assemblée pensait que le moment fût venu où toute
-résistance devenait inutile. On devait envoyer des députés pour offrir
-au général français la soumission du peuple corse. Frédéric se leva et
-prit la parole. Il promit sur sa tête que le roi arriverait bientôt dans
-l'île avec des secours considérables en troupes, en argent et en
-munitions fournis par les puissances maritimes de l'Europe y compris
-l'Espagne. Il se mettrait en personne à la tête de la nation armée et
-les Génois seraient définitivement écrasés. Les Corses ne devaient donc
-pas capituler. Soutenu par les plus acharnés, ce discours retourna
-l'assemblée. Les paroles vibrantes de Frédéric trouvèrent un écho chez
-les plus irrésolus. La résistance fut votée d'acclamation au cri de:
-«Vive le roi Théodore!» Avant de se séparer, les chefs firent le serment
-d'être à jamais fidèles au souverain qu'ils s'étaient donné trois ans
-auparavant.
-
-Mais cette belle unanimité de sentiments n'était qu'apparente. Les
-Corses étaient trop désunis pour que les Français pussent craindre un
-soulèvement général. Et Théodore serait même arrivé en ce moment, qu'il
-aurait risqué d'être abandonné, trahi par tous, tué peut-être, s'il
-n'apportait pas avec lui les secours promis[546].
-
- [546] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 9 mai 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 458-462.
-
-Le consul de Gênes, à Livourne, informa Maillebois qu'une felouque
-suspecte se trouvait dans le port et qu'on croyait que ce bâtiment avait
-été frété pour transporter le baron dans l'île. Malgré
-l'invraisemblance d'un retour du roi, le général français voulut
-s'assurer du fait. Il envoya la barque _La Légère_ à Livourne. Le
-commandant, M. de la Vilarselle, devait surveiller le bateau signalé,
-s'en emparer s'il prenait la mer, et l'amener à Bastia, afin qu'on
-interrogeât son équipage et qu'on visitât sa cargaison[547]. Mais, selon
-leur habitude, les Génois s'étaient alarmés trop tôt. Théodore n'avait
-alors ni les moyens ni l'envie de retourner dans son royaume. On
-n'entendit plus parler de lui pendant quelque temps.
-
- [547] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 15 mai 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 462-464.
-
-Bien convaincu que le baron de Neuhoff ne viendrait pas activer la
-révolte par sa présence, Maillebois prit ses dispositions pour amener
-une prompte pacification de la Corse. Il ne s'agissait plus maintenant
-de négocier avec les insulaires; il fallait porter les armes jusque dans
-les cantons montagneux de l'intérieur. Le général en chef décida de
-commencer les opérations par la Balagne, la province la plus riche et la
-plus rebelle. Frédéric s'y était rendu avec quelques partisans pour
-prêcher et organiser la résistance. Sous son impulsion, les Corses s'y
-préparèrent avec intelligence. Ils donnèrent de l'occupation aux troupes
-françaises, qui eurent à surmonter bien des obstacles tenant à la
-configuration du pays et au manque de routes praticables. Ces
-difficultés étaient accrues par l'hostilité sourde des populations qui
-paraissaient soumises et par la mauvaise foi des Génois. On se sentait
-entouré d'espions et de traîtres[548].
-
- [548] «Les mesures qu'on leur voit prendre sont de se fortifier
- dans Lento et dans tous les postes que nous pourrions avoir envie
- d'occuper, d'inonder par leur multitude les frontières du Nebbio
- et de nous présenter partout des têtes pour nous faire croire
- qu'ils veulent sans cesse nous attaquer. Cette conduite dans des
- gens de cette espèce n'est pas déraisonnable; ils nous donnent,
- en effet, de l'occupation; ils nous forcent à faire de fréquents
- détachements et nous tiennent dans un mouvement continuel et
- pénible à cause de l'âpreté des marches dans un pays si
- difficile... On ne sait d'ailleurs ici à qui se fier; on se
- trouve environné de gens suspects, dont les protestations d'union
- et d'amitié sont autant de mensonges, dont tous les conseils sont
- des trahisons et les avis des pièges faits pour vous précipiter
- dans quelque entreprise téméraire et funeste.»--Duchâtel au comte
- de Belle-Isle, Bastia, le 27 mai 1739: Abbé Letteron, _Pièces et
- documents_, p. 477-480.
-
-Malgré tout, la Balagne fut promptement réduite. La prise de Lento et de
-Bigorno assura l'occupation presque complète de la vallée du Golo.
-Frédéric se réfugia plus avant dans l'intérieur, désirant arrêter les
-Français par une guerre d'embuscade. Peut-être espérait-il encore que
-son oncle arriverait avec des secours. Il voulait énergiquement tenir
-jusqu'à ce moment-là. Son fol entêtement ne manquait pas de hardiesse.
-
-Après la soumission de la Balagne, Maillebois se rendit à Corte. Tout le
-nord de l'île était pacifié et même désarmé; restait le sud. On pouvait
-craindre que cette région, encombrée de montagnes et de rochers,
-couverte d'inextricables forêts, ne présentât à l'expédition les plus
-graves difficultés. Un canton surtout, celui de Zicavo, semblait vouloir
-opposer une résistance acharnée. Frédéric s'était réfugié dans ce
-village, qui domine la vallée du Taravo. Là, le prévôt de la _piève_,
-prêtre fanatique, avait armé onze à douze cents hommes résolus. Les
-ayant rassemblés en présence de Frédéric, il leur fit jurer sur
-l'Évangile de mourir jusqu'au dernier plutôt que de manquer de fidélité
-à Théodore. Ces rudes montagnards firent plus encore que de prêter le
-serment qu'on leur demandait: ils menacèrent de brûler dans les cantons
-voisins les maisons de tous ceux qui seraient portés à se soumettre aux
-Français[549]. Ces menaces jetèrent le trouble parmi les populations.
-Elles prirent les armes en masse. A la vérité, tous ces gens ne
-connaissaient pas le fantôme de roi qui avait régné pendant quelques
-mois sur eux. Jamais ils n'avaient ressenti le moindre bienfait de
-l'équipée du baron de Neuhoff. Aucun intérêt ne les poussait à prolonger
-une résistance qui pouvait leur coûter cher. Ils étaient poussés par une
-faction fanatique, et, dans le nombre, il s'en trouvait qui murmuraient.
-Cette division aurait facilité la tâche de Maillebois si le manque de
-routes n'avait contrarié la marche des troupes et leur ravitaillement.
-
- [549] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 juillet 1739:
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 495-499.--Jaussin, _op.
- cit._, t. I, p. 447.
-
-Frédéric sentait combien l'inconstance des Corses, toujours prêts à un
-revirement, rendait sa position précaire. Il semblait découragé. Le
-temps passait; son oncle ne donnait plus signe de vie. Ce silence
-exaspérait ceux que ses promesses avaient entraînés. Chaque jour sa vie
-était en danger. Et que pouvait-il faire, seul, au centre de l'île, sans
-communications avec le continent? Au mois de juillet, il fit demander à
-Maillebois un sauf-conduit qui lui permît de quitter l'île sans crainte
-d'être inquiété par les Génois. Le général refusa les passeports, ne
-voulant pas compromettre la dignité du roi, son maître, en traitant avec
-un personnage considéré comme un vulgaire aventurier, qui, de sa propre
-autorité, s'était mis à la tête d'un mouvement insurrectionnel. Le
-maréchal de camp, Duchâtel, croyait, au contraire, que ce serait faire
-acte de bonne politique en facilitant ce départ. Mais Maillebois promit
-seulement de fermer les yeux sur les tentatives que ferait Frédéric pour
-gagner le continent[550]. N'ayant pas obtenu la garantie qu'il désirait,
-le neveu de Théodore préféra continuer une résistance désespérée que de
-courir les risques d'une fuite.
-
- [550] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Ajaccio, le 30 juillet
- 1739: Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 499-501.
-
-Malgré le découragement des uns, les inimitiés qui divisaient les
-autres, la soumission de Zicavo et du pays environnant fut longue.
-Maillebois n'entra à Zicavo que le 22 septembre. Le village était
-désert. Frédéric, le prévôt, les habitants avec femmes et enfants
-s'étaient réfugiés sur la montagne appelée Coscione, emportant leurs
-objets les plus précieux. Ils n'étaient que trois cents hommes armés,
-mais doués d'une «opiniâtreté inconcevable». Le général décida de
-poursuivre les rebelles jusque dans leur retraite. Son plan était de les
-cerner et de les réduire par la famine. Cette expédition fut confiée à
-quatre bataillons sous le commandement de M. de Larnage[551].
-
- [551] Le même au même, Sartène, le 27 septembre 1739: _Ibidem_,
- p. 514-516.
-
-C'est à travers cette même montagne de Coscione--on s'en souvient--que
-Théodore avait fui trois ans auparavant, craignant le ressentiment des
-Corses leurrés par ses promesses. Là aussi son neveu, à bout de
-ressources, se réfugiait, redoutant davantage ceux qu'il avait soulevés
-que les Français.
-
-La résistance des derniers révoltés à Coscione dura un mois environ.
-Vers le milieu du mois d'octobre, le prévôt de Zicavo se rendit[552].
-Frédéric se sauva avec sept ou huit compagnons. Il se mit à errer à
-travers les montagnes et les forêts, se cachant, évitant les villages
-occupés par les Français, comme ceux où il ne se trouvait que des
-Corses. Pendant un an il mena l'existence d'un vagabond. Il avait troqué
-son habit de gentilhomme contre un accoutrement grossier de poils de
-chèvre. Blotti dans une caverne, il se nourrissait des provisions que
-les Corses déposaient dans la montagne pour les bandits. Souvent la faim
-le chassait hors de son gîte. Il parcourait la campagne en quête de
-nourriture et, pour se la procurer, il commit des rapines.
-
- [552] Duchâtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 octobre 1739.
- Abbé Letteron, _Pièces et documents_, p. 519-521.
-
-Après la soumission du canton de Zicavo, Maillebois fit désarmer et
-surveiller étroitement les habitants de Porto-Vecchio, car il craignait
-que Théodore ne choisît ce port pour tenter un débarquement. Des
-colonnes volantes parcouraient les montagnes pour prendre Frédéric. Mais
-celui-ci fuyait toujours. On prétend qu'au mois de mai 1740, harcelé par
-la faim, il dévalisa un couvent. Traqué entre Quenza et Bonifacio, il se
-sauva en se laissant glisser entre des rochers[553]. Pendant quelques
-mois encore il vécut ainsi. Chaque jour sa troupe se désagrégeait.
-Maillebois, pour en terminer, fit publier qu'une récompense de trois
-mille livres serait donnée à celui qui le livrerait; mais aucun Corse ne
-le dénonça. Enfin, par l'intermédiaire d'un prêtre, le général français
-parvint à décider Frédéric et ses derniers partisans à quitter la Corse.
-
- [553] Pajol, _Les guerres sous Louis XV._--Comme la plupart des
- historiens, Pajol donne à Frédéric le nom de Drost. Nous avons vu
- que c'était une erreur.
-
-Au mois d'octobre 1740, on voyait circuler dans les rues de Livourne une
-quinzaine d'hommes déguenillés: c'était Frédéric, un gentilhomme
-prussien et quelques bandits corses[554].
-
- [554] Pajol, _op. cit._--Pajol dit que Frédéric arriva à Livourne
- le 19 octobre. Dans sa correspondance, Lorenzi indique la date du 8.
-
-Le neveu de Théodore fut reçu par les autorités toscanes, mieux qu'il
-n'aurait pu l'espérer. Le général Wachtendonck l'invita à dîner et les
-officiers impériaux lui témoignèrent la plus vive sympathie[555].
-
- [555] Lorenzi à Amelot, Florence, le 15 octobre 1740:
- Correspondance de Florence, vol. 92. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
- Espions et traîtres.--L'envoyé de Gênes, Sorba et le lieutenant
- Guillaume.--Le chevalier de Champigny livre au gouvernement
- français la correspondance de sa mère.--Le docteur Spitzlaer et la
- police.--Sauveur Ginestra.--L'écriture de Théodore.--Son faux
- portrait.--Sa caricature.
-
- Le couvent de Rome.--La sœur Fonseca.--Son enthousiasme et son
- dévouement.--Sa correspondance avec Bigani.--Avec Lucas Boon.--Son
- homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.--Les entrevues du
- chevalier avec le ministre de Gênes.--Il lui communique la
- correspondance de la religieuse.--Il lui propose «un bon
- coup».--Mort de la sœur Angélique Cassandre Fonseca.
-
- François de Lorraine.--Il veut avoir la Corse.--Un concurrent à
- Théodore: le comte de Beaujeu.--Ses rapports avec François.--Les
- instructions du duc.--La _retirade_.--Beaujeu meurt en
- prison.--Intrigues des lieutenants de François.--Mort de l'empereur
- Charles VI.
-
-
-I
-
-L'équipée du baron de Neuhoff avait fait surgir des bas-fonds de la
-société une tourbe de gens sans aveu, espions, traîtres, escrocs,
-aventuriers, prêts à vendre des secrets réels ou simulés, aptes aux
-besognes les plus répugnantes. La Sérénissime République de Gênes
-entrait volontiers en pourparlers avec ces agents interlopes, mais son
-avarice la faisait reculer au moment décisif. Très certainement, si elle
-eût voulu y mettre le prix, elle se serait promptement débarrassée de
-Théodore; elle aurait même pu l'acheter.
-
-Le 6 septembre 1737, un sieur Guillaume, se disant lieutenant réformé,
-logé à la Grande-Sainte-Catherine, à Dunkerque, écrivit à Sorba. Il
-pensait que le ministre de Gênes, à Paris, recevrait comme «un service
-important» l'avis qu'il venait lui donner. Il supposait que le
-diplomate était un homme d'honneur, incapable de se servir de ses
-confidences contre lui. Donc, le hasard lui avait fait rencontrer un
-individu avec lequel il s'était lié. Ce personnage, qui venait de
-Hollande, devait passer en Corse, chargé par le baron de Neuhoff de
-porter aux mécontents diverses lettres et instructions. L'homme
-paraissait avoir la confiance de Théodore; il savait où il était[556],
-connaissait tous ses secrets et pouvait ainsi faire avorter ses
-desseins.
-
- [556] Ceci est faux puisqu'à ce moment-là, Théodore voguait sur
- _Le Grand Christophe_, après avoir abandonné _La Demoiselle
- Agathe_ et qu'il ne savait pas encore lui-même où il aborderait.
-
-Guillaume avait un amour très vif pour la république; son zèle à la
-servir était infini. Aussi se fit-il un devoir de pousser son ami à
-renoncer à ses projets. Il lui démontra les dangers de l'entreprise. Les
-Génois, aidés par la France et par l'Empereur, feraient tôt ou tard un
-«mauvais parti» aux rebelles. Il pourrait se trouver englobé dans ces
-exécutions. Au contraire, s'il agissait loyalement, c'est-à-dire s'il
-remettait au Sénat tous ses papiers et fournissait à la police génoise
-les moyens de prendre le baron, il était certain d'avoir une honnête
-récompense qui le mettrait à l'abri du besoin pour le restant de ses
-jours. L'homme ne dit pas non, mais il déclara à Guillaume que s'il se
-décidait à trahir son maître, il ne lui fallait pas des promesses, mais
-des garanties et une somme d'argent comptant. Le lieutenant réformé
-avait fait rester, sous prétexte de maladie, son ami dans l'endroit où
-il l'avait rencontré et où il irait le rejoindre si Son Excellence
-entrait dans ces vues. Il demandait donc à Sorba une réponse immédiate,
-lui offrait ses services pour la conclusion de cette petite affaire,
-l'assurait, enfin, de son dévouement, qui le pousserait à négliger ses
-propres intérêts pendant quelques jours pour servir la république[557].
-
- [557] Guillaume à Sorba, Dunkerque, le 3 septembre 1737: _Busta
- Francia_, mazzo 45-2221. Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-Le ministre de Gênes répondit sans tarder à Guillaume. «Il est digne,
-dit-il, d'un honnête homme, le conseil, que par votre obligeante lettre
-du 3 de ce mois, vous me faîtes l'honneur de me dire avoir donné à la
-personne que le hasard vous a fait connaître, chargée de papiers et de
-notions qui peuvent être très utiles à ma république.» Mais il avouait
-l'embarras où il se trouvait d'entamer à distance une négociation de
-cette nature. Il ne pouvait pas donner de l'argent ni même en promettre
-avant d'avoir vu les papiers. Si donc la personne en question voulait
-bien venir à Paris, on pourrait s'entendre. Le ministre donnait sa
-parole d'honneur à Guillaume et à son ami qu'il ferait obtenir à ce
-dernier une récompense. Il lui en donnerait même des «assurances
-réelles» quand il serait à Paris. L'ancien lieutenant devait donc
-engager son homme à faire le voyage. Sorba terminait en disant qu'il
-s'emploierait de tout son pouvoir à faire sentir à Guillaume
-personnellement «les effets de la reconnaissance de la république», le
-priant de le croire, en attendant, «avec toute la considération
-possible, son très humble et très obéissant serviteur»[558].
-
- [558] Sorba à Guillaume, Paris, le 6 septembre 1737: _loc. cit._
-
-Dès la réception de la dépêche du diplomate, le lieutenant envoya,
-prétend-il, un exprès à Ostende où se trouvait l'homme de Théodore pour
-l'engager à venir conférer avec lui à Furnes. Guillaume et son ami
-avaient lu et relu ensemble la lettre de Sorba. A distance, il était
-assez difficile d'entamer une négociation «sur un pied solide», mais la
-réponse du ministre soulevait des objections que l'ancien lieutenant se
-faisait un devoir de présenter à Son Excellence. D'abord, si _l'on_
-venait à Paris, le ministre de Gênes pourrait, par l'intermédiaire du
-gouvernement français, qui protégeait la république[559], forcer le
-particulier à livrer tous ses papiers. Il risquerait même d'aller en
-prison et «ce serait peut-être là toute sa récompense».
-
- [559] La république de Gênes traitait alors avec la cour de
- Versailles de la médiation armée de la France pour mettre fin à
- la révolte en Corse.
-
-En second lieu, l'homme ne pouvait pas avancer les frais du voyage, car
-ce serait de l'argent perdu pour lui si on ne concluait pas l'affaire.
-Du reste, il avait juste ce qu'il lui fallait «pour se rendre en Italie
-avec les équipages du duc de Lorraine, où l'on doit, dit-il,
-l'embarquer. Enfin, pour une dernière observation, il m'a remarqué que
-si une fois il vous découvrait tout ce qu'il sait après s'être ainsi
-livré, il serait entièrement libre à vous de le traiter de la façon dont
-vous le jugeriez à propos, sans qu'il eût rien à dire qu'à se plaindre à
-lui-même de son trop de confiance, à quoi il ajoute que votre lettre
-même semblait renvoyer le soin de sa récompense au corps de la
-république, qui peut n'être pas bien d'accord là-dessus, y ayant bien de
-la différence d'obliger un prince souverain et despotique qui
-d'ordinaire se pique de générosité ou d'avoir à faire à un nombre de
-personnes, qui souvent payent mal les services qu'on leur rend.»
-
-Ces objections avaient embarrassé Guillaume; néanmoins, il avait fait
-observer à son ami que la parole d'honneur donnée par Sorba devait le
-garantir de tout acte arbitraire et violent. Mais _on_ s'était obstiné
-et _on_ exigeait non seulement des garanties, mais encore un acompte
-comme provision. Cet argent Sorba pouvait l'envoyer à Guillaume, qui le
-ferait tenir à son ami. On pourrait aussi tirer une lettre de change sur
-Son Excellence. En outre, le particulier n'entendait pas venir en France
-où il ne se trouvait pas suffisamment en sûreté. Il irait volontiers
-traiter l'affaire à Londres avec M. Gastaldi, l'envoyé génois. Guillaume
-demandait donc à Sorba de lui envoyer ses instructions par le retour du
-courrier, en protestant que personnellement il n'avait aucun intérêt
-dans l'affaire[560].
-
- [560] Guillaume à Sorba, Dunkerque, le 11 septembre 1737: _loc.
- cit._
-
-Sorba ne répondit pas à la seconde lettre. Si Guillaume et son individu
-n'avaient pas confiance dans la bonne foi des républicains, le ministre
-n'entendait pas se laisser tromper par un aigrefin. Néanmoins, il envoya
-cette correspondance au Sénat. Le lieutenant ne se tint pas pour battu,
-il vint à Paris et fit plusieurs démarches pour voir Sorba, qui se
-trouvait alors à Fontainebleau. A son retour, le diplomate reçut
-Guillaume, qui lui parut être l'un des plus intimes confidents de
-Théodore. Ses offres n'étaient pas méprisables et il serait peut-être à
-propos de l'aboucher avec l'envoyé Brignole[561], afin qu'on pût voir ce
-qu'il conviendrait de faire. Sorba regrettait de ne pouvoir parler plus
-longuement de cet homme, mais il lui fallait auparavant un nouveau
-chiffre[562]. Il est probable que Guillaume et son ami ne faisaient
-qu'un même individu. L'affaire en resta là. Ce qui caractérise les
-rapports du gouvernement génois avec ses espions attitrés et avec ceux
-de rencontre c'est, de part et d'autre, une méfiance poussée à
-l'extrême.
-
- [561] François Brignole, un des membres les plus influents du
- Conseil, avait été, nous l'avons vu, envoyé à Paris en mission
- extraordinaire lors des négociations entamées pour l'expédition
- française en Corse.
-
- [562] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 16 novembre 1737:
- _Busta Francia_, mazzo 45-2221. Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-Aussi quelques individus préférèrent-ils adresser leurs offres de
-service à Versailles, car on savait que l'expédition en Corse était
-décidée. Ils espéraient sans doute que les ministres de Louis XV
-payeraient mieux que la république.
-
-Un sieur de Champigny se disant gentilhomme de Son Altesse Sérénissime
-Électorale de Cologne s'était, dans le courant de l'année 1737, mis en
-rapport avec Amelot sous différents prétextes. Il affectait un amour
-tout particulier pour la France; son dévouement était extrême. Il ne
-tarda donc pas à demander au cardinal Fleury et à Amelot d'intercéder en
-sa faveur pour qu'il obtienne la place de chambellan de l'Électeur de
-Cologne[563]. Quelque temps après, pour affirmer son zèle, il envoya à
-Amelot deux lettres autographes du baron de Neuhoff[564].
-
- [563] Champigny au cardinal Fleury et à Amelot, Zerbst au pays
- d'Anhalt, le 27 décembre 1737: Correspondance de Cologne, vol.
- 72. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
- [564]
-
- «Monsieur,
-
- «Une erreur de nom est cause que j'ai reçu deux lettres originales
- du soi-disant roi Théodore, apparemment qu'elles ont été mises à
- un bureau de poste où ma mère et ma femme sont connues et que cela
- a occasionné qu'elles me sont parvenues; mon zèle ordinaire pour
- les intérêts de Sa Majesté me fait croire que je ne puis me
- dispenser de vous les adresser. Monsieur, je vous supplie de m'en
- accuser réception et d'être persuadé que j'étudierai jusqu'au
- moindre événement pour vous convaincre du respect avec lequel je
- suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
-
- «LE CHEVALIER DE CHAMPIGNY,
- «Gentilhomme de S. A. S. E. de Cologne.
- «21 janvier 1738.»
-
- Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Il n'avait pas eu de peine à se les procurer, car il les avait dérobées
-à sa mère, qui était en relations suivies avec Théodore. Champigny
-lui-même, malgré son affirmation contraire, connaissait parfaitement le
-baron. En 1736, il était officier dans les gardes royales et il avait
-pour camarade dans sa compagnie le jeune Trévoux, fils de la sœur de
-Théodore[565]. Il avait également, étant en garnison à Metz, connu la
-famille de Neuhoff[566].
-
- [565] Sorba au Sérénissime Collège, Paris, le 8 octobre 1736:
- _loc. cit._
-
- [566] Saint-Martin à Théodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie
- d'une lettre interceptée: _Ribellione di Corsica_, filza 13/3011.
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Avant d'envoyer à Amelot les lettres du baron, Champigny avait enlevé
-les pages où se trouvaient les adresses. Mais il se ravisa et expédia le
-tout au ministre. Il ajouta ce post-scriptum: «Je me résous à vous
-envoyer, Monsieur, l'original de l'adresse, le revers est de l'écriture
-de ma mère»[567]. Il avouait ainsi ce qu'il niait dans sa lettre.
-D'ailleurs, en proposant plus tard à Amelot de lui livrer de nouvelles
-lettres du baron, il disait qu'il les tenait de quelqu'un de son
-entourage en correspondance régulière avec le roi de Corse.
-
- [567] L'adresse est ainsi libellée:
-
- «En mains propres.
-
- «A Madame de Champigny, rue de la Poterie, près la Grève, chez
- Monsieur Richard, marchand en gros d'épicerie, à Paris.»
-
-Champigny avait barré ce que sa mère avait écrit au verso d'une des
-adresses. Mais, depuis l'époque, les traits d'encre ont pâli et j'ai pu
-reconstituer les mots écrits par l'amie de Théodore. Nous verrons plus
-loin ces quelques lignes, qui semblent être un projet de réponse.
-
-Les deux épîtres de Neuhoff étaient datées des 22 et 29 novembre de
-l'année 1737, sans aucun doute, et ne portaient pas l'indication de
-l'endroit d'où il écrivait. Elles étaient banales comme tout ce qui
-sortait de sa plume. Il s'étonnait auprès de «sa très chère dame» de
-n'avoir pas reçu de réponse à deux lettres qu'il lui avait précédemment
-envoyées sous le couvert de M. Doyen (?). Comme il possédait maintenant
-son adresse exacte, il espérait que sa missive lui parviendrait en mains
-propres. Il craignait que sa correspondance n'eût été interceptée. Il
-recommandait à Mme de Champigny de lui écrire par l'intermédiaire de M.
-le baron de Drost à Scaden, seigneur de Morsbrock, grand-commandeur de
-l'Ordre Teutonique à Cologne. Informé du traité conclu entre la France
-et la république de Gênes, il demandait si la nouvelle d'une expédition
-française en Corse était vraie: «Informez-moi de ce que l'on dit
-touchant le prétendu débarquement en faveur de ces infâmes Génois;
-j'espère que cet orage se détournera, sinon je prévois grand sang, les
-peuples sont constants et fidèles et plutôt mourir que de rompre le
-serment à moi juré.»
-
-Dans sa seconde lettre, Théodore fait des recommandations touchantes à
-Mme de Champigny: «Soyez du reste de bonne humeur et des plus assurées
-que je soutiendrai jusqu'au dernier soupir mes démarches. Faites-moi
-savoir si l'on a écrit à Tunis et ce que fait mon neveu[568]».
-
- [568] Jointes à la lettre de Champigny à Amelot du 21 janvier
- 1738: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Il ne signait presque jamais ses lettres. Il les terminait par un
-paraphe en forme de T, mais tracé d'une façon si bizarre qu'on aurait pu
-le prendre pour un 8. Le baron, qui s'était adonné à la kabale, se
-rappelait-il que le 8 est le signe de l'infini?
-
-A ces deux documents autographes, Champigny joignit une pièce datée de
-Dresde le 2 novembre (1737, certainement). Ce factum ne semble pas être
-de la main du baron, mais il est d'un format identique aux deux lettres,
-écrit de même encre et plié d'une façon semblable. On peut en conclure
-qu'au mois de novembre 1737, Neuhoff se trouvait à Dresde. Ce document,
-dont l'auteur était sans doute un des acolytes de l'aventurier, était
-une circulaire concernant l'ordre de la Délivrance, une note destinée
-aux gazettes. Cette pièce ne contenait pas un mot de vrai. Les quatre
-cents chevaliers qu'elle mentionne existaient seulement dans
-l'imagination du grand-maître, qui essayait de battre monnaie avec son
-ordre[569].
-
- [569]
-
- «Dresde, le 2 du novembre.
-
- «Il a paru en ces jours passés une lettre circulaire du roi
- Théodore par laquelle il ordonne à tous ceux qui sont inscrits
- dans son ordre de la Rédemption, de se rendre tous vers le mois de
- mars prochain dans les villes et ports différents déjà leur
- prescrits et que chaque chevalier ait à conduire avec soi cinq
- hommes affidés. Selon la liste ils sont plus grande partie
- Suédois, Prussiens, Livoniens et Westphaliens, l'on y compte
- trente-et-un seigneurs anglais, quarante-deux Italiens, vingt-sept
- Français, dix-sept Espagnols, neuf Polonais, onze Hollandais et
- sept Grecs de Morée, en tout quatre cents chevaliers. Le nombre
- des nationaux n'y est pas spécifié. Ces démarches jointes à
- d'autres préparatifs de guerre qu'il fait donne que trop à
- connaître qu'il est sûr de la fidélité et constance des Corses à
- maintenir inviolablement leur élection en sa personne et qu'ils ne
- se départiront jamais ni lui ni eux du serment mutuel juré
- solennellement le jour de son élection à Alesani, le 15 d'avril
- 1736.»
-
- Pièce jointe à la lettre de Champigny du 21 janvier 1738:
- Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Les lignes écrites par Mme de Champigny étaient les suivantes; j'en
-respecte le style et l'orthographe:
-
-«J'ai cru devoir vous anvoier ancor le papier des nouvelles quoiqu'il dû
-m'an couter comme pour le recevoir, j'ai versé un torrant de larme en
-escrivant et si je n'avais destourné mes yeux j'aurais mis le papier
-hors d'estat d'estre anvoié. Je nage dans la doulleur, que ne puis-je
-devenir insensible comme bien d'autres! Vous vous faites vos maux pour
-ne vouloir pas conduire vos affaires à propos et je n'en sens pas moins
-vos peines. Madame de Tée est parfaitement remise et aussy ce pirituel
-que jamais ce qui fait plaisir à tout le monde.»
-
-Quel était ce _papier de nouvelles_ qu'il en coûtait à la bonne dame
-d'envoyer au baron? L'annonce de l'échec d'un emprunt sans doute. C'est
-ce qui pouvait lui être le plus pénible.
-
-Il est bien difficile de préciser la nature des relations de Mme de
-Champigny avec l'aventurier. Ces fragments de correspondance, volés par
-le fils, laissent bien entrevoir que ces relations étaient fort intimes,
-mais rien ne permet d'affirmer la chose. Un historien a avancé que le
-baron avait amené avec lui, en Corse, une française comme
-maîtresse[570]. Il serait téméraire d'affirmer que ce fût Mme de
-Champigny, et, d'ailleurs, la question n'offre qu'un intérêt secondaire.
-
- [570] Abbé de Germanes, _op. cit._, t. I, liv. V, p. 281 à 283.
-
-Les documents fournis par Champigny n'avaient pas d'importance pour le
-gouvernement français[571]. Amelot n'en fit pas accuser réception.
-Quémandeur acharné, ne reculant devant aucune besogne malpropre pour
-obtenir une faveur ou un bénéfice quelconque, il revint à la charge. De
-Bonn-sur-le-Rhin, il écrivit le 23 mars 1738 à Amelot.
-
- [571] Jaussin publie ces lettres de Théodore à Mme de Champigny,
- sans donner le nom de la destinataire et avec quelques variantes
- dans le texte. Le fond est le même. Il donne à ces lettres les
- dates des 2 et 24 novembre, ce qui est erroné. Nous l'avons vu
- par les originaux.
-
- Le cardinal Fleury avait refusé de le recommander à Son Altesse
- Électorale, mais cela ne refroidissait en rien son zèle «pour le
- service et l'intérêt du roi». Il insistait afin de savoir si le
- ministre avait bien reçu les deux lettres de sa mère:
-
- «Daignez donc, Monsieur, me tranquilliser sur leur destinée, s'il
- vous plaît; après quoi, si vous l'ordonnez, je vous donnerai avis
- du lieu où ce monarque de nouvelle édition se tient, et des
- projets qu'il forme, étant à même d'en être instruit par une
- personne à qui il écrit toutes les semaines. Si les lettres en
- question ne vous étaient pas parvenues, je pourrais vous en
- envoyer des copies que j'ai gardées. Je continue à implorer
- l'honneur de votre protection[572].»
-
- [572] Le chevalier de Champigny à Amelot, Bonn-sur-le-Rhin, le 28
- mars 1738: Correspondance de Cologne, vol. 73. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-Amelot laissa la seconde lettre de Champigny sans réponse. Il
-connaissait trop le personnage. Pendant trois ans, le chevalier ne se
-lassa pas de solliciter auprès du gouvernement français et de faire des
-propositions de tout genre. En 1741, le ministre, écœuré, écrivit au
-comte de Sade, envoyé de France à Cologne, pour le mettre en garde
-contre l'aventurier. Allant de cour en cour, quémandant partout, il
-était absolument déshonoré. Ses friponneries lui avaient attiré un grand
-nombre de mauvaises affaires. Et Amelot recommandait au comte de Sade de
-jeter impitoyablement à la porte ce chevalier d'industrie s'il se
-présentait chez lui[573].
-
- [573] Amelot au comte de Sade, Versailles, le 20 avril 1741:
- _Ibidem_.
-
-Hérault, le lieutenant de police, recevait également, de gens empressés,
-des renseignements sur Théodore. Il s'en trouvait un qui livrait sa
-propre correspondance avec le baron: c'était un sieur Spitzlaer, dont la
-complaisance et le zèle étaient fort appréciés par la police[574].
-
- [574] «J'ai l'honneur de vous adresser une lettre signée du
- seigneur Théodore et une autre écrite de Rome concernant un
- détail sur les projets de ce capitaine, lesquelles m'ont été
- communiquées par le sieur Spitzlaer, médecin allemand établi en
- France depuis un grand nombre d'années et en qui, Monsieur, vous
- pouvez prendre la confiance la plus entière. Il m'a toujours
- communiqué ce qu'il a reçu du seigneur Théodore dans le temps que
- M. Chauvelin était en place et il y a tout lieu de se louer de sa
- fidélité. Le docteur V. Spitzlaer aura l'honneur de vous en
- renouveler lui-même les assurances.»
-
- Hérault à Amelot, Paris, le 28 janvier 1738: Correspondance de
- Corse, vol. 1. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Jaussin indique bien que ces lettres étaient adressées «à un particulier
-qui demeurait chez un épicier auprès de la Grève, rue de la Poterie». Il
-en a publié une troisième datée du 9 décembre 1737, que Théodore aurait
-écrite à la même personne alors à Metz. Dans cette dernière épître, le
-roi déclarait envoyer la liste des chevaliers de son ordre: la pièce que
-nous avons vue sans doute. Théodore terminait cette lettre ainsi: «Si
-vous avez réponse de Tunis, mandez-le-moi, on m'a remis soixante florins
-à Amsterdam: quand cela aura pris un pli fixe, je ne m'occuperai plus
-que du soin de votre satisfaction.» _Op. cit._, t. I, p. 297-29.
-
-La lettre de Théodore n'offre rien d'intéressant: toujours un style
-lourd et prolixe. Les mêmes phrases reviennent sans cesse dans sa
-correspondance. Il semblait n'avoir d'imagination qu'en paroles. Il
-demandait des nouvelles du chevalier de Kermoysan, dont il attendait une
-«réponse positive». Déjà dans les lettres livrées par Champigny, il
-parlait de ce Kermoysan. Spitzlaer négligea de dire à Hérault ce
-qu'était cet individu; sans doute un de ces agents marrons, qui
-gravitaient autour du baron.
-
-La seconde pièce était datée de Rome, 30 décembre. Elle ne semble pas
-avoir été écrite par Théodore, quoique le papier soit de même format que
-sa lettre autographe et qu'elle soit pliée d'une façon identique. Ce
-document, très long, était une apologie du roi de Corse. L'auteur--un
-des secrétaires du monarque sans doute--disait que, pendant son règne,
-il avait promulgué des lois excellentes pour le bien du pays. Il passait
-en revue ces mesures et concluait que les Corses devaient garder une
-fidélité absolue à leur souverain. Il est évident que si Neuhoff avait
-réellement accompli les réformes que lui prête cet écrit, les insulaires
-auraient dû avoir la plus grande reconnaissance envers le roi qui leur
-était tombé des nues; mais son œuvre s'était bornée à de magnifiques
-promesses jamais réalisées.
-
-Le fond et la forme de ce document ne rappellent en rien la manière de
-Théodore. Les idées sont justes et sagement énoncées. Les réformes qu'on
-lui attribue ont, contrairement aux règles de l'administration génoise,
-le principe national pour base. Et ce plaidoyer, qui aurait pu être un
-programme, n'était qu'une réclame ajoutée à tant d'autres.
-
-Un Corse, Sauveur Ginestra, fit, à pied, le voyage de Turin à Paris pour
-proposer au cardinal Fleury de lui dévoiler les desseins mystérieux du
-roi de Corse. La famille Ginestra, originaire de Provence, établie à
-Bastia depuis plusieurs siècles, avait, sous François Ier, prouvé dans
-les guerres son dévouement à la couronne de France. Le sang des
-ancêtres, «légitimement et purement passé» dans ses veines, le poussait
-à faire part au ministre des invitations qu'il avait reçues[575]. Mais,
-la marche longue et pénible qu'il avait faite, lui avait tellement
-«offensé les nerfs de la jambe gauche», qu'il ne pouvait plus marcher.
-Il en était réduit à prendre la plume pour présenter ses offres à Son
-Éminence. Il joignit à sa lettre une épître de Théodore et se déclara,
-plus qu'aucun autre Corse, en mesure de fournir des documents
-intéressants. Il était l'ami intime de l'un des secrétaires de Neuhoff
-et son père entretenait des relations cordiales avec le consul de
-Hollande à Naples. Ginestra père trafiquait, en effet, dans l'entourage
-de Théodore. Sauveur irait partout où l'on voudrait, en Italie ou en
-Hollande, dès que sa jambe serait guérie, car il mourait du désir de
-servir Louis XV et le cardinal dont il baisait en terminant «la sacrée
-pourpre»[576].
-
- [575] En marge: «Ces invitations tendent à l'obliger, lui et les
- autres partisans de Théodore, à revenir en Corse pour
- l'assister.»
-
- [576] Traduction de la lettre de Ginestra à Fleury, Paris, le 19
- novembre 1738: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-En envoyant cette lettre, Ginestra avait eu soin d'effacer à l'encre
-quelques mots, entr'autres le nom de la ville où elle avait été écrite
-et de découper la signature. C'était l'éternel appel à ses partisans,
-les mêmes promesses de secours importants, le grand mot de liberté jeté
-au milieu d'un verbiage emphatique[577].
-
- [577] Lettre en italien du 20 ou 29 septembre 1738, jointe à la
- lettre de Ginestra à Fleury.
-
-Ginestra en fut pour ses frais; le cardinal Fleury ne se montra pas
-disposé à utiliser les aptitudes policières de cet insulaire.
-
-Si, à Versailles, on jugea inutile d'acheter de vagues renseignements
-sur l'aventurier, il n'en fut pas de même ailleurs. Le consul
-d'Angleterre à Livourne recevait de Corse des documents qu'il payait
-très cher et qu'il transmettait à sa cour[578].
-
- [578] Lorenzi à Amelot, Florence, le 10 janvier 1739:
- Correspondance de Florence, vol. 90. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-[Illustration]
-THEODORUS PRIMUS CORSICAE REX
-Portrait de JABACH.
-
- Peint par Van Dyck vers 1635, gravé par Michel Lasne, et reproduit
- avec la fausse indication de Théodore Ier, Roi de Corse. (_Collection
- particulière._)
-
-La célébrité du roi de Corse s'était étendue dans le monde. La gravure
-avait popularisé ses traits. On trouve encore une estampe le
-représentant en costume Louis XIII. Le regard est fier; la pose noble.
-De longs cheveux retombent sur ses épaules, il est vêtu de satin; sa
-main droite repose sur sa poitrine. La légende porte majestueusement:
-«_Theodorus primus Corsicæ rex_», le latin convenant seul pour désigner
-cette Majesté. Dans un coin, se trouvent les initiales du graveur: M. A.
-F. Tout cela a une certaine allure, et cette gravure, répandue un peu
-partout, pouvait produire de l'effet. Il n'y a qu'un malheur, c'est que
-ce portrait n'est pas celui de Théodore. Il représente l'illustre
-Jabach, le grand collectionneur du XVIIe siècle, peint par Van Dyck vers
-1635. Les trois lettres M. A. F. signifient _Michael Asinius fecit_,
-c'est-à-dire gravé par Michel Lasne[579], et ne sont, en aucune façon,
-comme on pourrait le croire, les initiales de Marc-Antoine Franceschini,
-le célèbre peintre bolonais[580].
-
- [579] Graveur du XVIIe siècle.
-
- [580] Le Cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale possède
- les deux pièces: celle avec l'indication réelle de Jabach et
- celle avec la fausse mention de Théodore Ier, roi de Corse. Ce
- renseignement m'a été fourni par M. Henri Bouchot, membre de
- l'Institut, conservateur du Cabinet des estampes. Au moment où je
- corrigeais les épreuves de ce passage, j'ai appris la mort
- prématurée de M. Bouchot; je tiens à donner à sa mémoire
- l'expression de ma sincère gratitude. J'ai en ma possession la
- gravure portant la fausse indication.
-
-Ces substitutions dans les portraits n'étaient pas rares aux XVIIe et
-XVIIIe siècles; mais il est piquant de remarquer qu'on avait justement
-choisi, pour représenter le roi de Corse, Jabach, dont il filouta le
-descendant, le banquier de Livourne. Cette escroquerie valut la prison à
-Théodore--on se le rappelle. L'ironie fut-elle préméditée? Le hasard,
-plus sarcastique parfois que les hommes, fut, sans doute seul, la cause
-de cette rencontre.
-
-La gloire de Théodore Ier eût été incomplète sans la caricature. C'est
-le couronnement de toute renommée. Une gravure allemande, intitulée:
-
- _Le satyre corse visionnaire_
- _ou_
- _le rêve à l'état de veille,_
- _dont l'image représente_
- _dérisoirement_
- _Théodore_
- _premier et dernier en sa_
- _personne pseudo-roi des Corses rebelles._
-
-montre dans le lointain la mer de Toscane. Deux villes en sont baignées:
-Bastia et Aléria. Le baron débarque; les Corses lui souhaitent la
-bienvenue et le proclament roi. Il se tient au milieu du peuple, la tête
-ceinte de laurier. Les armes de Corse lui sont présentées à genoux,
-tandis qu'un individu portant les armes de Gênes au bout d'un bâton est
-chassé. Au premier plan, un satyre, symbolisant l'inconstance, repose
-sur des branches de roses aux nombreuses épines. Il tient à la main une
-longue vue développée pour voir l'avenir. Le génie de la vanité lui
-souffle dans la main une bulle de savon. Au-dessus de ce génie, figurent
-ces mots: _quod cito fit cito perit_. Un médaillon à droite, surmonté de
-la légende: _Eventus laboris_, représente un singe, qui, auprès d'un
-fourneau, fait partir des pétards; dans la fumée se trouve écrit le mot
-_fourberie_. Deux autres singes, l'un portant une couronne de feuillage
-et une petite épée au côté, l'autre un bonnet, jouent aux cartes près
-d'un socle à demi renversé où se lit cette inscription: _Male parta
-pessime dilabuntur_. Le singe couronné abat le roi vert, tandis que
-l'autre gagne avec l'as de cœur et ramasse la mise.
-
-Entre le titre et l'explication, se trouve une pièce de vers, puis un
-passeport ironique en diverses langues portant tous les titres que se
-donnait Théodore, et enfin, en gros caractères, ces mots: «Fait
-parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a été proclamé par
-quelques Corses[581]».
-
- [581] Voir la traduction de la pièce de vers et le _passeport_
- aux pièces justificatives.
-
-[Illustration]
-Gravure reproduite d'après un pamphlet allemand intitulé:
-
- «_Le Satyre Corse ou le Rêve à l'état de veille, dont l'image représente
- dérisoirement Théodore Ier et dernier en sa personne pseudo-Roi des
- Corses rebelles._»
-
- (_Collection particulière._)
-
-Le portrait faux et la caricature durent avoir du succès. Les éditeurs,
-qui les avaient lancés, firent sans doute de bonnes affaires. Ces
-gravures constituaient, en tous cas, une réclame pour Théodore. Et,
-tandis que sa gloire était soutenue par le dessin, des gens pleins de
-bonne volonté conspiraient dans l'ombre pour lui.
-
-
-II
-
-Le principal centre où se nouaient les intrigues du baron de Neuhoff
-était, à Rome, le couvent des Saints-Dominique et Sixte, sur le mont
-Quirinal. La sous-prieure, Mme Angélique-Cassandre Fonseca, les
-dirigeait. C'était une femme intelligente et lettrée. Elle écrivait
-également bien le français et l'italien. Sa famille était originaire
-d'Avignon. J'ai déjà eu l'occasion de dire que cette religieuse
-professait depuis longtemps un sérieux attachement à l'égard de
-l'aventurier. Elle l'avait connu bien avant son équipée de Corse, mais
-ce fut surtout après qu'il eut quitté son royaume que son dévouement put
-s'exercer. Lors de ses séjours à Rome, il logeait dans un jardin
-appartenant au frère de Mme Fonseca, attenant au couvent et voisin de
-Saint-Jean de Latran[582].
-
- [582] Gavi, consul de Gênes à Livourne, au Sérénissime Collège,
- Livourne, le 18 octobre 1741: _Ribellione di Corsica_, filza
- 14/3012. Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
- Au commencement de 1740, le pape avait refusé de nommer visiteur
- apostolique des monastères corses Mgr Mari, évêque d'Aléria, parce
- que celui-ci était génois. Le cardinal de Tencin proposa Mgr
- Fonseca, évêque d'Iesy, gentilhomme d'Avignon. Maillebois fit
- remarquer que ce choix n'était pas heureux, ce prélat étant le
- parent de la dame Fonseca, religieuse à Rome, qui soutenait
- ouvertement Théodore.--Maillebois au Ministre, le 10 février 1740:
- Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Elle avait su faire partager son admiration à sa sœur, Mme
-Françoise-Constance Fonseca, et à Mme Marie-Constance Cavalieri, toutes
-deux religieuses dans le même couvent. L'aumônier, l'abbé Punciani, et
-d'autres personnages servaient également d'intermédiaires pour les
-correspondances secrètes du baron. Ses lettres arrivaient à Rome chez le
-comte Fedi ou chez le comte Orsini. Ceux-ci faisaient les plis et les
-mettaient dans quatre enveloppes, la première pour le sieur Valentini,
-la seconde pour le baron de Stos, la troisième pour le consul
-d'Angleterre à Venise, et enfin la quatrième pour le baron Étienne
-Romberg, qui était Théodore lui-même[583].
-
- [583] _Direction des lettres que Théodore écrit à Rome_:
- Correspondance de Corse, janvier 1740, vol. 2. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-A leur enthousiasme naïf, à leur foi ardente dans les hautes destinées
-qui étaient réservées à l'aventurier, ces religieuses ajoutaient une
-tendre sentimentalité féminine. Le 9 novembre, fête de saint Théodore,
-«martyr, grand soldat du Christ», la communauté se réunissait au
-parloir, et buvait à la santé et aux succès «du roi Théodore». La
-sous-prieure ajoutait: «De tout cœur, je suis là pour le servir[584]».
-Et, comme symbole de sa fidélité, elle scellait ses lettres à Neuhoff
-d'un cachet représentant un petit chien[585]. Les affiliés à la bande de
-Théodore avaient un signal pour se reconnaître. C'était un carré de
-papier avec son nom écrit en lettres moulées, au-dessous duquel se
-trouvait un sceau de cire rouge figurant Cupidon monté sur un lion[586].
-
- [584] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca au capitaine Bigani à
- Livourne, Rome, le 9 novembre 1737. Copie d'une lettre
- interceptée transmise par Bernabo, agent de Gênes à Rome, le 9
- novembre 1737: _Ribellione di Corsica_, filza 13/3011. Archives
- d'État de Gênes, archives secrètes.
-
- [585] La même à Théodore, à Naples, Rome, le 7 novembre 1738.
- Copie d'une lettre interceptée transmise par Bernabo le 15
- novembre 1738: _loc. cit._
-
- [586] _Direction des lettres que Théodore écrit à Rome_: _loc.
- cit._
-
-L'un des principaux correspondants de la bonne sœur était un nommé
-Rainieri Bigani, ancien commandant du bagne à Livourne et qu'on appelait
-le capitaine Bigani[587]. Pour correspondre avec la religieuse, cet
-individu se servait d'un ecclésiastique, l'abbé Luc-Antoine Varnesi.
-D'ailleurs, Mme Fonseca avait à sa dévotion plusieurs prêtres, des
-moines et des prélats.
-
- [587] Le fils de Bigani, nous l'avons vu, s'était embarqué à
- Tunis pour la Corse avec Théodore en 1736.
-
-Elle n'eut pas toujours à se louer de Bigani, qui parfois se laissait
-aller à écouter les propos fallacieux des espions génois. Livourne en
-était rempli. Mais ces gens, paraît-il, travaillaient fort mal et ne
-fournissaient à la république que des renseignements sans valeur[588].
-De l'espionnage au rabais! Bigani avait été pendant longtemps en
-correspondance avec Théodore. Le général Wachtendonck lui avait fait à
-ce sujet des remontrances sévères en le menaçant de le faire mettre
-«dans un château», c'est-à-dire en prison, s'il persistait à avoir des
-relations avec l'aventurier[589]. Cela ne l'empêcha pas de continuer à
-servir le baron et même à le trahir au besoin.
-
- [588] Le comte de Wachtendonck au marquis Étienne Lomellini, à
- Gênes, Livourne, le 15 août 1737: _Ribellione di Corsica_, filza
- 1-2121. Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
- [589] Même lettre du comte de Wachtendonck au marquis Étienne
- Lomellini.
-
-Mme Fonseca, qui s'occupait volontiers des affaires commerciales du roi,
-avait fait charger de l'orge en Sicile sur un bâtiment destiné à porter
-cette marchandise en Corse aux mécontents après avoir relâché à
-Livourne. Bigani devait recevoir le navire et le diriger sur l'île.
-Quand le bateau fut dans les eaux toscanes, il n'eut rien de plus pressé
-que de vendre la cargaison au consul de Gênes. Un tel procédé indigna la
-bonne sœur. Elle écrivit au capitaine une lettre de reproches, dont
-l'amertume était voilée d'une mansuétude toute monacale. «Ah! Monsieur
-le capitaine, qui vous eût jamais cru capable de tromper et de trahir le
-roi! Est-il possible qu'un homme bien né se laisse gagner par l'argent
-des Génois!» Et il n'était pas le seul sur qui les écus de Gênes avaient
-fait impression; elle le savait. Bigani avait aussi été la cause de
-l'emprisonnement de plusieurs fidèles adhérents de Sa Majesté. Quel
-sujet d'affliction! Mais elle priait Dieu de pardonner au capitaine et
-de remédier à ces tristes choses[590].
-
- [590] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Bigani, Rome, le 14
- septembre 1737. Copie d'une lettre interceptée transmise à Gênes,
- le 14 septembre, par Bernabo: _loc. cit._
-
-Malgré la noirceur d'âme de Bigani, Mme Fonseca n'en continua pas moins
-à correspondre avec lui, à lui confier tout ce qu'on disait à Rome sur
-Théodore. Elle lui écrivait toutes les espérances que ses entreprises
-faisaient naître chez ses partisans. Jamais son enthousiasme et sa foi
-ne faiblissaient. Plus elle voyait de trahison autour de son roi, plus
-son dévouement s'exaltait. Elle n'avait qu'un but: le servir toujours,
-le soutenir jusqu'au bout, envers et contre tous. Son œuvre
-n'était-elle pas sublime: délivrer ces pauvres Corses opprimés du joug
-des infâmes Génois? Aussi ne se laissait-elle rebuter par rien. Bigani
-usait parfois vis-à-vis d'elle de procédés un peu cavaliers, comme de
-lui faire écrire par son fils. Elle trouvait cette manière d'agir peu
-convenable à l'égard d'une dame; mais elle pardonnait volontiers à cause
-du roi et elle saluait le père et le fils de tout cœur. Au moins,
-devait-il lui envoyer des nouvelles. On disait à Rome que le capitaine
-du navire avait été mis en prison, parce que trente hommes de son bord
-s'étaient sauvés mystérieusement. Le bruit courait aussi que Théodore
-avait heureusement débarqué en Corse avec une suite et des munitions.
-Dieu le veuille! Cependant la bonne sœur était dans une inquiétude
-mortelle, car la dernière lettre du souverain était datée de Lisbonne.
-
-Elle se tenait en relations à Rome avec tous les amis de Neuhoff. Elle
-se faisait l'intermédiaire de leurs correspondances; elle entretenait
-leur zèle, trouvant des paroles douces et encourageantes pour chacun.
-C'est ainsi qu'en envoyant à Bigani une lettre d'un certain abbé Joseph
-Colonna pour Mme Virginie Costa, elle priait le capitaine de dire à
-cette dernière qu'elle avait pour elle le plus vif attachement en
-souvenir de l'affection que son mari portait à Sa Majesté. Mais la
-bonne sœur ne pouvait se résigner à voir des Corses trahir leurs
-compatriotes. Quelle honte! En revanche, les expéditions qu'on faisait à
-Naples, pour aider les insulaires, la consolaient un peu[591].
-
- [591] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Bigani, Rome, le 9
- novembre 1737. Copie d'une lettre interceptée, transmise le 9
- novembre, à Gênes, par Bernabo: _loc. cit._
-
-Lorsque les troupes françaises débarquèrent en Corse, Mme Fonseca fut
-très alarmée. Elle confia ses peines à Bigani, qu'elle s'obstinait à
-croire fidèle et dévoué. Drost devrait retourner dans l'île pour
-soutenir la foi des peuples en leur souverain. Elle craignait que les
-insulaires ne fussent séduits par la douceur et par la politique des
-Français. Le but poursuivi par ces derniers n'apparaissait pas
-clairement à la religieuse. Étaient-ils allés dans l'île pour y
-maintenir la domination génoise ou bien dans leur propre intérêt?
-D'après elle, le chanoine Orticoni et Salvini avaient compromis la cause
-du roi. Ils n'étaient, du reste, plus en faveur auprès de Sa Majesté.
-Salvini n'avait même pas daigné venir au couvent lors de son dernier
-voyage à Rome. Cependant, rien ne pouvait ébranler la confiance de la
-sous-prieure; la chute des ennemis de Théodore était prochaine. «Il
-tempo è galantuomo», le temps est galant homme. Elle avait toujours la
-plume à la main: elle avait laissé deux dames à la porte pour pouvoir
-faire sa correspondance[592].
-
- [592] La même au même, Rome, le 7 juin 1738. Copie d'une lettre
- interceptée transmise le 14 juin, à Gênes, par Bernabo: _loc.
- cit._
-
-Le capitaine, d'ailleurs, jouissait auprès de Neuhoff d'un grand crédit.
-Le roi ne paraissait pas lui tenir rigueur de ses opérations
-commerciales avec les Génois. Il continua à lui témoigner sa confiance
-et à verser ses chagrins dans son sein. A sa sortie du château de Gaète,
-il lui écrivit qu'il se sentait abandonné et trahi par tous. Il lui
-demandait des nouvelles en le priant de faire tenir sa réponse sous le
-couvert de son fidèle ami Joseph Valembergh, le consul de Hollande à
-Naples[593].
-
- [593] Théodore à Bigani, le 20 décembre 1738. Copie d'une lettre
- interceptée, transmise le 27 décembre, à Gênes, par Bernabo:
- _loc. cit._
-
-Mme Fonseca correspondait aussi avec Lucas Boon à Amsterdam[594]. Il
-était nécessaire, en effet, de relever, auprès des traitants hollandais,
-le crédit fortement ébranlé de Théodore. Elle avait écrit en français et
-en italien à Boon, car elle savait qu'il connaissait ces deux langues.
-Après avoir laissé plusieurs lettres sans réponse, il s'était enfin
-décidé à lui écrire en hollandais. Elle n'avait pas pu lire cette
-lettre, car elle ignorait cette langue; et la pauvre sœur suppliait le
-négociant de lui envoyer quelques nouvelles dans un langage à sa portée.
-
- [594] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Lucas Boon, sans date,
- mais du mois de septembre 1738 très certainement. Lettre
- autographe interceptée, transmise le 27 septembre, à Gênes, par
- Bernabo: _loc. cit._
-
-Sa confiance dans tous ceux qui se disaient partisans du souverain était
-infinie. Avec quelques mots de louange pour son héros, tous les
-aigrefins trouvaient le chemin de son cœur et de sa bourse. Elle
-n'était pas bête cependant. Elle jugeait les autres d'après elle-même.
-Sa crédulité, allant parfois jusqu'à la naïveté, provenait de son
-excessive vénération pour son roi. Elle ne pouvait pas s'imaginer que
-des gens fussent assez indignes pour le tromper. C'était bon pour les
-Génois!
-
-Elle fut aussi en correspondance très amicale avec ce Mathieu Drost, un
-farceur doublé d'un escroc, que Théodore lui-même traitait de traître et
-d'espion, soudoyé par la république[595]. Elle le soutint avec cette
-bonté ingénue qu'elle mettait au service des aventuriers, qui lui
-soutiraient de l'argent. Elle aurait voulu communiquer à cet individu un
-peu de cette foi robuste dont elle était animée. «Soyez certain, lui
-écrivait-elle, que Sa Majesté arrivera bientôt en Corse largement
-pourvue en toutes choses[596]».
-
- [595] Théodore à Gomé Delagrange, conseiller au Parlement de
- Metz, 11 décembre 1740: Correspondance de Corse, vol. 2. Archives
- du Ministère des affaires étrangères.
-
- [596] Sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Drost, Rome, le 7 juin
- 1738. Copie d'une lettre interceptée, transmise le 14 juin, à
- Gênes, par Bernabo: _loc. cit._
-
-D'autres personnages de moindre importance s'agitaient autour du couvent
-des Saints-Dominique et Sixte. Il y avait, parmi eux, un nommé Jean
-Ludovici, ami du fameux consul hollandais à Naples, qui, avec l'abbé
-Varnesi, servait parfois d'intermédiaire pour la correspondance[597].
-
- [597] Jean Ludovici à Théodore, à sœur Fonseca, à Joseph
- Valembergh, Rome, le 11 novembre 1738. Lettres interceptées
- transmises le 15 novembre, à Gênes, par Bernabo: _loc. cit._
-
-Un certain Duffour, qui se disait «lieutenant colonel et ingénieur de Sa
-Majesté des Corses», implorait la protection de Mme Fonseca. On l'avait
-desservi dans l'esprit de Sa Majesté et il tenait à reconquérir son
-estime par son attachement, sa fidélité et son obéissance[598].
-
- [598] Duffour à sœur Angélique-Cassandre Fonseca, Livourne, le
- 27 juillet 1737. Copie d'une lettre interceptée, filza 1/2121 aux
- archives d'État de Gênes.
-
-La bonne sœur croyait à toutes ces protestations. Elle les accueillait
-avec reconnaissance. Elle devait souffrir dans son dévouement de ne
-pouvoir aider son roi, d'une manière plus active, à _bouter_ les Génois
-hors du royaume de Corse. Son rôle se bornait à écrire partout pour la
-bonne cause; elle ne s'en privait pas. Elle centralisait toutes les
-correspondances; elle était une boîte aux lettres. Un homme, qui avait
-toute sa confiance, se chargeait de faire parvenir les missives. Cet
-individu, le chevalier Saint-Martin, était, d'ailleurs, le fripon le
-plus achevé.
-
-En réalité, il s'appelait Bigou. Il était né à Paris de parents
-protestants. Il avait séjourné en Angleterre pour y professer sa
-religion, et s'était fait naturaliser anglais. Puis, voulant se
-convertir, il avait fait le voyage de Rome où il désirait s'établir. Il
-se disait piémontais et portait des décorations. Il sollicitait du pape
-un emploi quelconque[599]. A la suite de sa conversion, il avait, pour
-commencer, obtenu une petite pension du Saint-Père[600]. Mais,
-l'allocation pontificale n'étant pas suffisante, il eut recours à
-l'espionnage, afin de pouvoir vivre honnêtement.
-
- [599] Le duc de Saint-Aignan à Amelot, Rome, le 27 septembre
- 1738: Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [600] Saint-Martin à Théodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie
- d'une lettre interceptée transmise par Bernabo à Gênes: _loc.
- cit._
-
-Dans l'entourage du roi de Corse, composé de traîtres et de filous,
-Saint-Martin était tout désigné pour prendre l'un des premiers rangs. Il
-complétait la collection. Il n'avait pas eu de peine à se lier avec le
-baron, toujours bien disposé à accueillir les hommes de bonne volonté,
-qui se présentaient à lui. Le chevalier s'offrit comme intermédiaire
-pour la correspondance royale. Il entra de suite dans les bonnes grâces
-de Mme Fonseca. Sa conversion récente, l'enthousiasme qu'il déployait à
-l'égard de Sa Majesté lui valurent l'affection de la religieuse. A toute
-heure, il était admis auprès d'elle, et souvent la sœur tourière
-entre-bâillait, pour lui, la nuit, la petite porte du couvent. Mme
-Saint-Martin, restée à Livourne, s'occupait aussi de transmettre les
-lettres secrètes échangées entre le monastère et les partisans de
-Théodore. Mme Fonseca envoya cette dame porter à Mathieu Drost une
-épître de consolations dans la forteresse de Livourne. L'aventurier
-reçut la missive, mais ne possédant plus un écu, il n'avait pas pu
-récompenser la messagère: il profita de la circonstance pour demander à
-la bonne sœur de lui envoyer cent sequins[601].
-
- [601] Mathieu Drost à la sœur Fonseca, Livourne, le 14 septembre
- 1738. Copie d'une lettre interceptée transmise par Bernabo à
- Gênes, le 27 septembre: _loc. cit._
-
-Mme Fonseca avait aussi recommandé l'excellente Mme Saint-Martin à
-Bigani. Mais celui-ci s'excusa de n'avoir pas pu la recevoir
-honnêtement. Depuis neuf jours, sa maison était occupée par le greffier
-du tribunal, le barigel et quatre sbires. Ces gens opéraient chez lui
-une perquisition et, au moment où il mandait ces détails, à quatre
-heures du matin, ils étaient encore là. La police ne trouverait rien
-d'intéressant, malgré le soin qu'elle mettait à fouiller partout.
-Néanmoins, le capitaine se lamentait très fort. Mme Bigani était tombée
-malade à la suite de cette descente de justice et lui-même avait des
-vertiges, car il ne cessait d'avoir le cœur ému et inquiet--il aurait
-pu dire plus justement la conscience. Et, selon la coutume de ces gens
-qui se rejetaient mutuellement leurs turpitudes, il accusait Mathieu
-Drost d'avoir fait tout le mal. Comme il fallait, pour toucher la bonne
-sœur et lui faire donner de l'argent, montrer quelques sentiments de
-résignation chrétienne, Bigani ajoutait qu'il priait Dieu de pardonner
-au coupable[602].
-
- [602] Bigani à la sœur Fonseca, Livourne, le 16 septembre 1738.
- Copie d'une lettre interceptée transmise par Bernabo à Gênes, le
- 27 septembre: _loc. cit._
-
-Mme Saint-Martin revint à Rome, contre le gré de son mari, qui, sans
-doute, désirait travailler sans témoins. Elle était, paraît-il,
-«beaucoup plus sensée que lui»[603]. Aussi disparut-elle bientôt. En
-effet, on ne la trouve plus mêlée aux intrigues du couvent des
-Saints-Dominique et Sixte. Il est vrai que le chevalier faisait de la
-besogne pour deux.
-
- [603] Le duc de Saint-Aignan à Amelot, Rome, le 27 septembre
- 1738: Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Théodore qui avait, il faut le reconnaître, des lueurs de bon sens, ne
-partageait pas la confiance aveugle de son amie à l'égard de
-Saint-Martin. A plusieurs reprises, il lui écrivit de ne pas se fier à
-cet individu. Cependant, au mois de mai 1738, il était dans les
-meilleurs termes avec le chevalier. Il lui demandait de venir le
-retrouver en Hollande, de lui procurer quelque bon officier
-d'artillerie, et lui disait qu'il n'aurait jamais lieu de regretter de
-s'être attaché à lui. Il l'assurait de ses sincères sentiments de bonne
-amitié[604]; mais il avait ouvert les yeux. Saint-Martin, sentant que
-Neuhoff se méfiait de lui, voulut se justifier. Il lui écrivit une belle
-lettre, selon toutes les formules du protocole. Malgré les propos
-calomnieux qui l'avaient desservi dans l'esprit du roi, il tenait à
-confesser bien haut les sentiments de respect et de fidélité dont il
-était animé. Sa dernière entrevue avec le souverain, à Rome, avait
-fortement imprimé ces sentiments dans son cœur. Il applaudissait donc
-à son heureuse arrivée dans les mers italiennes. Par ses hauts faits, le
-roi étonnait le monde et lui seul savait enseigner le grand art de
-régner. Il se félicitait de vivre dans un siècle, sur lequel les vertus
-de Sa Majesté jetaient un lustre si brillant. C'était donc bien
-injustement qu'on l'accusait de trahison. Son innocence et ses principes
-assuraient la paix de son âme. Bien entendu, il rejetait sur quelqu'un
-toutes ces infamies. C'était un sieur Valentin Tadei, qui avait dû se
-rétracter, non seulement devant lui, mais en présence de plusieurs amis
-du roi. Toujours, même au péril de sa vie, il tiendrait à honneur
-d'obéir à Sa Majesté, et, comme les autres, il priait Dieu de conserver
-ses précieux jours. En terminant il lui offrait les très humbles
-respects et les services de M. de Champigny. Elle daignerait
-certainement agréer les compliments de cet homme vertueux et probe[605].
-Nous avons vu quelles étaient la vertu et la probité de M. de Champigny.
-
- [604] Copie d'une lettre de Théodore à Saint-Martin, du 16 mai
- 1738. Communiquée à M. de Fénelon, ambassadeur de France en
- Hollande, par le duc de Saint-Aignan, ambassadeur à Rome, le 18
- octobre 1738: Correspondance de Hollande, vol. 427. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
- [605] Saint-Martin à Théodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie
- d'une lettre interceptée, transmise par Bernabo à Gênes, le 15
- novembre: _loc. cit._
-
-Pour compléter l'effet que devait produire cette lettre éloquente,
-Saint-Martin se fit donner un certificat par la bonne sœur. Elle
-joignit en effet un billet à l'épître du chevalier. Bien que Sa Majesté
-lui eût toujours écrit de se méfier de «Monsieur Saint-Martin», elle
-pouvait répondre de sa fidélité, l'ayant mise à l'épreuve. Il était
-certainement l'un des plus dévoués et des plus affectionnés serviteurs
-du monarque. Parmi tous les partisans corses, elle n'avait jamais pu
-trouver aucun homme qui lui inspirât autant de confiance. Il se
-chargeait de toute sa correspondance. Il l'attendait pendant des heures
-entières, le jour ou la nuit, par la pluie ou par la grêle. Ainsi tandis
-qu'elle écrivait ce billet, à deux heures du matin, le chevalier était à
-son poste. Elle lui confiait une petite boîte pour le roi[606].
-
- [606] Billet de sœur Angélique-Cassandre Fonseca à Théodore,
- joint à la lettre de Saint-Martin, Rome, le 7 novembre 1738:
- _loc. cit._
-
-Si Saint-Martin montrait un dévouement extrême pour les intérêts du
-baron, il déployait un zèle non moins grand pour servir la république.
-Il était entré en rapports avec Bernabo, agent de Gênes à Rome. Ces
-relations furent amicales et suivies. Au mois de juin 1738, Bernabo
-répondant à une question du Sérénissime Collège, disait que pour
-transmettre à un certain chanoine--qu'il ne nommait pas--une lettre du
-chevalier, il s'était servi d'un cachet imaginé, ne pouvant employer le
-sceau de Saint-Martin orné d'armoiries et d'une couronne, car il ne
-savait si ces armes lui appartenaient vraiment ou si elles étaient
-usurpées. Mais l'agent génois avait fait un cachet d'une circonférence
-égale à celui du chevalier. Pour le moment, le fidèle intermédiaire de
-Mme Fonseca ne se trouvait pas à Rome. Bernabo ignorait où il était allé
-et si son absence ne cachait pas quelque expédition adroitement
-combinée. A son domicile, le domestique avait dit qu'il attendait son
-maître d'un jour à l'autre[607].
-
- [607] Bernabo au Sérénissime Collège, Rome, le 14 juin 1738:
- _loc. cit._
-
-Le diplomate comptait donc tirer quelques profits des tournées
-mystérieuses de Saint-Martin.
-
-Le chevalier revint bientôt. Il écrivit à son ami Bernabo: «Il est de la
-dernière conséquence que j'aie l'honneur de vous voir aujourd'hui avant
-la nuit, et comme je ne puis dans la circonstance aller chez vous, il
-faut que vous vous rendiez à vingt-et-une heures d'Italie, ou plus tôt
-si vous voulez, au jardin de Jésus-et-Marie au Cours.» Il s'agissait de
-trois lettres qu'il avait en main: une de Mme Fonseca à Lucas Boon,
-qu'il était chargé de faire parvenir à Amsterdam; les deux autres, de
-Drost et de Bigani à la religieuse, que sa femme avait apportées de
-Livourne. Il le priait de lui faire tenir sa réponse par Mme Joseph
-avant les vingt-et-une heures[608].
-
- [608] Saint-Martin à Bernabo sans date, transmise le 27 septembre
- à Gênes, par Bernabo: _loc. cit._
-
-Bernabo alla au rendez-vous. Dans un endroit écarté, l'agent de Gênes
-et le chevalier causèrent. Au cours de l'entretien, Saint-Martin exhiba
-les lettres des amis de Théodore. Son désir de servir la Sérénissime
-République était extrême, aussi avant de faire parvenir cette
-correspondance à destination, avait-il tenu à la communiquer au
-représentant du gouvernement génois. Bernabo témoigna quelque répugnance
-à prendre connaissance de ces lettres. Il se laissa prier pour les
-accepter. Néanmoins, il les retint. Rentré chez lui, il fit prendre
-copie de deux d'entre elles et les retourna le soir même convenablement
-recachetées à son espion. Il expédia ces copies aux inquisiteurs d'État,
-ainsi que la lettre originale de Mme Fonseca à Lucas Boon que, d'accord
-avec le chevalier, il avait gardée. Bernabo concluait en disant que son
-zèle pour le service public le poussait à déclarer qu'il ne conviendrait
-pas d'abandonner Saint-Martin. Ce dernier était prêt à fournir tout ce
-qui lui passerait par les mains. Si jusqu'à présent, il n'avait donné
-que des renseignements sans grande importance, il pourrait sans doute
-faire mieux dans l'avenir. En tous cas, il importait de le tenir en
-haleine de façon à ce qu'il remplît ses engagements[609]. Le chevalier,
-du reste, faisait bien son métier; il remettait à Bernabo les lettres
-aussitôt que la bonne sœur les confiait à sa fidélité. Le ministre
-pouvait donc envoyer à son gouvernement les papiers volés le jour même
-où ils avaient été écrits.
-
- [609] Bernabo au Sérénissime Collège, Rome, le 27 septembre 1738:
- _loc. cit._
-
- [610] Délibération des inquisiteurs d'État, du 10 octobre 1738:
- _loc. cit._
-
-Les inquisiteurs délibérèrent sur cet envoi. Il fut décidé que les
-copies seraient classées et qu'on expédierait à Amsterdam la lettre
-autographe de Mme Fonseca à Lucas Boon[610]. Les magistrats en firent
-conserver la traduction.
-
-Saint-Martin demanda, un jour, audience à l'ambassadeur de France. Le
-duc de Saint-Aignan le reçut. Il désirait effacer, disait-il, les
-impressions fâcheuses qu'on avait sur lui. Ses intrigues commençaient à
-être connues; Bernabo ayant avoué à Saint-Aignan qu'il avait gagné
-Saint-Martin et que celui-ci lui fournissait, en secret, la
-correspondance des amis de Théodore[611].
-
- [611] Le duc de Saint-Aignan à Amelot, Rome, les 27 septembre et
- 4 octobre 1738: Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-Le but réel de la visite du chevalier était sans doute d'essayer de
-vendre quelques papiers volés. Il en fut pour sa visite. Peu de temps
-après, Saint-Martin affirmait à Théodore son dévouement en termes
-pompeux et se faisait délivrer, par Mme Fonseca, un certificat de
-fidélité. Il en avait besoin!
-
-Au mois de décembre, Saint-Martin proposa au Sérénissime Collège un bon
-coup.
-
-Ce traître avait jugé que l'incarcération du baron au château de Gaëte
-était une affaire sérieuse et que cet événement devait mettre fin aux
-troubles qui agitaient la république. Il avait pensé que ses humbles
-services allaient désormais devenir inutiles. Mais, l'élargissement de
-Théodore avait subitement changé la face des choses. Son attention avait
-été éveillée; son ardeur de servir Gênes s'était accrue. «Je suis à
-portée de rendre à la république le plus signalé service qu'elle puisse
-espérer. Ne me demandez pas où ni comment; car je suis dans la
-résolution de ne le communiquer à qui que ce soit, que dans le temps de
-l'exécution même. Il suffit que Vos Excellences me croyent homme
-d'honneur et fidèle comme elles ont lieu de le faire.»
-
-Mais pour mettre son projet à exécution, il avait besoin de se rendre à
-Naples avec une autre personne. Il lui fallait en outre une felouque,
-qui se tiendrait à tout moment à sa disposition. «Pour tout cela, je
-n'ai pas un sol. Je vous demande donc par grâce spéciale, mes seigneurs,
-de me faire donner en toute diligence au moins cent sequins, au moyen de
-quoi je veux bien perdre la tête si je manque mon coup.» Il aura sans
-doute besoin de s'entendre avec le marquis de Puisieux et avec le duc
-de Saint-Aignan, car Théodore veut être assuré d'un «certain état en
-France, au moins voilà sur quel ton il s'est jusques ici expliqué, car
-pour la taille de la république il n'en veut pas entendre parler.» En
-terminant, Saint-Martin donnait comme référence M. François-Marie
-Grimaldi, qui le connaissait personnellement et qui pourrait fournir sur
-lui les meilleurs renseignements. Il suppliait enfin les inquisiteurs de
-hâter leur décision, car les moments étaient précieux[612].
-
- [612] Saint-Martin au Sérénissime Collège, Rome, le 27 décembre
- 1738, transmise par Bernabo à Gênes, le 27 décembre: _loc. cit._
-
-Théodore aurait donc consenti à traiter avec la France, c'est-à-dire à
-jouer le rôle de roi déchu auquel on alloue une pension. Et, s'il ne
-voulait pas avoir à faire à la république, c'est qu'il trouvait celle-ci
-trop avare.
-
-Je ne sais si les inquisiteurs jugèrent Saint-Martin suffisamment homme
-d'honneur pour mener quelque affaire utile à la république. Il ne disait
-pas en quoi consistait le bon coup qu'il projetait. Sa demande fut
-classée, comme toutes les requêtes similaires. On suit très bien dans
-les papiers d'État la correspondance de Gênes avec ces espions
-d'occasion. On voit le gouvernement toujours disposé à écouter les
-délations, à lire en conseil les documents volés. Quand ses
-représentants lui envoient des paquets de lettres interceptées, il leur
-en fait accuser réception avec louanges; il les charge de continuer. Au
-besoin, l'agent officiel s'abouche avec ces misérables aventuriers,
-prend avec eux des rendez-vous mystérieux, les rencontre la nuit dans
-des endroits écartés. Mais, dès qu'un de ces coquins formule une demande
-d'argent précise, la correspondance s'arrête brusquement. Il est
-impossible de trouver la suite donnée à l'affaire ébauchée. Gênes recule
-toujours au moment où il faut payer. En revanche, les décisions portent
-généralement des éloges pour l'agent. Bernabo les méritait; il gagnait
-bien ses émoluments de diplomate.
-
-Au mois de juin 1739, Saint-Martin se trouvait à Naples. Il essayait
-encore de tromper tout le monde. Il disait à Molinelli, secrétaire de
-Gênes, que Neuhoff se tenait caché dans un couvent de Chartreux. Ce
-renseignement était faux[613].
-
- [613] Ticquet (intérimaire de Puisieux) à Amelot, Naples, les 2,
- 9 et 23 juin 1739: Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-Saint-Martin disparut, comme disparaissent les escrocs, en silence,
-allant offrir ailleurs leurs services lorsqu'ils se sentent _brûlés_ ou
-trop compromis.
-
-Mme Angélique-Cassandre Fonseca mourut vers le milieu de l'année 1740.
-Sa sœur Françoise-Constance hérita de sa foi naïve en l'étoile du roi
-Théodore. Elle resta en relation avec la plupart des fidèles agents de
-Sa Majesté[614]. Il y avait sans doute encore quelque argent dans le
-couvent du Mont-Quirinal.
-
- [614] Bernabo au Sérénissime Collège, Rome, le 8 octobre 1740:
- _loc. cit._
-
- Par le même courrier, Bernabo envoya à Gênes une lettre de Bigani
- à la sœur Françoise-Constance. Le capitaine disait qu'il ne
- pouvait soutenir plus longtemps les partisans du roi. C'était une
- demande d'argent déguisée.
-
-
-III
-
-L'équipée du baron de Neuhoff n'avait pas seulement fait surgir des
-fripons, prêts à pêcher en eau trouble, elle avait aussi excité les
-convoitises de hauts personnages classés généralement dans la catégorie
-des honnêtes gens. Parmi ceux-ci, il faut citer François de Lorraine,
-l'époux de Marie-Thérèse d'Autriche. Pendant que de bonnes sœurs
-conspiraient dans leur couvent, le futur empereur complotait dans la
-pièce la plus intime de ses appartements, la _Retirade_. Là, en
-tête-à-tête avec quelque aventurier, il écoutait les plans les plus
-extraordinaires, donnait de mystérieuses instructions à l'abri de toute
-oreille indiscrète, loin du cabinet officiel[615].
-
- [615] Voir mon article: _La politique de la Retirade_, dans la
- _Revue d'histoire diplomatique_, année 1898, nos 2 et 3.
-
-La politique élaborée dans le cloître avait sur celle de la _Retirade_
-l'avantage de n'être pas égoïste. Les religieuses travaillaient pour la
-gloire de leur roi; François complotait pour lui.
-
-Au mois de mai 1736, un sieur Humbert de Beaujeu arriva à Florence,
-portant plusieurs lettres de personnages autrichiens. Ces lettres, qui
-contenaient des instructions au sujet des affaires de Corse, émanaient
-du secrétaire de Zinzendorf, de feu le prince Eugène et d'un conseiller
-aulique. Les allures louches de cet individu donnèrent à penser qu'il
-était un partisan de Théodore[616]. Des voyages qu'il fit à Livourne, sa
-correspondance volumineuse, l'argent qu'il dépensait confirmèrent ces
-soupçons[617].
-
- [616] Lorenzi à Chauvelin, Florence, le 12 mai 1736:
- Correspondance de Florence, vol. 87. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [617] Du même au même, les 26 mai et 16 juin 1736: _Ibidem_.
-
-C'était un triste sire que ce Beaujeu. Moine défroqué, il s'était marié
-et avait abandonné sa femme après avoir mangé la dot; déserteur de
-l'armée française, il avait pris du service en Autriche et il cherchait
-sa voie maintenant dans les complots et dans les trahisons. Cela lui
-rapportait quelque argent, et, entre temps, lui valait la prison.
-
-En 1724, il était venu à Monaco. Mis avec élégance, parlant bien,
-portant le titre de comte, accompagné de valets parfaitement stylés, il
-avait donné l'impression d'un personnage. Il se disait chargé par la
-cour d'Espagne d'une mission à Rome. Le prince Antoine Ier s'était méfié
-et il avait demandé des renseignements à son ami le maréchal de Tessé,
-qui se trouvait alors à Madrid comme ambassadeur extraordinaire de
-France. Les renseignements furent déplorables; mais le prince de Monaco
-avait fait arrêter Beaujeu avant même de les recevoir[618].
-
- [618] Le prince Antoine de Monaco au maréchal de Tessé, les 6 et
- 10 octobre 1724. Archives du palais de Monaco, Ce 60.--Le
- maréchal de Tessé au prince Antoine, Madrid, le 30 octobre 1724:
- _Ibidem_, Co 24.
-
- Le Beaujeu de Madrid, de Monaco et de Florence, comme plus tard de
- Vienne, est bien le même personnage. Les renseignements fournis,
- en 1724 par Tessé, et en 1737 par Campredon, portent des deux
- côtés que cet individu était le fils d'un marchand de bois ou
- charpentier de Lyon.
-
-Quand il fut relâché, il se rendit sans doute en Italie pour chercher
-quelque fructueuse opération. Il se sentait capable de tout, et il
-voulait utiliser ses talents.
-
-Lorsque Théodore eut terminé piteusement son règne par la fuite, Beaujeu
-vint à Vienne où nous le trouvons dans la _Retirade_ de François de
-Lorraine, qui voulait être roi de Corse. Un mémoire tombé entre les
-mains du gouvernement français relatait la chose. Cet écrit provenait de
-Beaujeu lui-même. Les confidences du prince valaient de l'argent; tout
-au moins, espérait-il obtenir quelque protection utile en les dévoilant.
-Ce mémoire était intitulé: «Ce sont ici les premiers ordres que S. A. R.
-le grand-duc de Toscane[619], lorsqu'elle voulut me charger de la
-commission d'aller en Corse à la place du sieur Théodore, qui y avait
-échoué après sa première descente du 20 mars 1736[620].» Puis, venait le
-récit de l'entretien entre le prince et l'aventurier.
-
- [619] François de Lorraine n'était pas encore grand-duc de
- Toscane, mais la succession de Jean-Gaston de Médicis lui était
- promise et on le considérait déjà comme tel. Quelques mois plus
- tard, Jean-Gaston mourut et François eut le grand-duché.
-
- [620] Théodore arriva à Aléria le 12 mars.
-
-«Le 23 décembre 1736, ce prince m'envoya ordre de me rendre à trois
-heures après midi dans son cabinet ou _Retirade_, où il me dit mot pour
-mot tout ce qui suit: «Il faut, Monsieur, aller en Corse, je veux avoir
-ce pays selon les moyens et les voies que vous m'avez fait connaître, je
-les trouve bonnes (_sic_) et elles me conviennent. Je ne veux absolument
-pas que l'Empereur sache rien de cette entreprise: il a ses affaires et
-moi les miennes.
-
-«Ne faites pas, Monsieur, comme le sieur Théodore: n'en sortez jamais,
-je vous le défends; il faut vaincre et avoir le pays; vous avez vos
-chefs, il faut les animer et encourager dès à présent, c'est-à-dire leur
-faire savoir que vous irez bientôt à leur secours; je vous fournirai
-tout le nécessaire; je vous enverrai Toussaint et Richecourt chez vous,
-non pour prendre les mesures de l'exécution, car c'est sur vous seul
-que je compte, mais pour vous faire passer tout le nécessaire. Voilà,
-Monsieur, mes intentions et mes volontés. Je vous en crois capable;
-c'est pourquoi ce n'est que sur vous seul que je compte dans cette
-affaire. Vos idées sur ce pays sont justes; je ne le connaissais pas
-comme vous me l'avez fait connaître, et Théodore s'y est mal pris; mais
-je ne veux rien épargner pour l'avoir.
-
-«Vous pouvez, Monsieur, compter sur la vice-royauté à perpétuité dans
-votre famille, sans aucun rendement de compte des fonds que je vous
-aurai fournis pour consommer cet ouvrage.
-
-«Ne venez plus ici pour éviter tout soupçon et afin qu'on ne s'aperçoive
-de rien. Lorsque je serai à Presbourg, venez-y me trouver et là nous
-parlerons de cette affaire plus au long.
-
-«J'ai voulu aujourd'hui vous faire savoir mes volontés, afin que vous
-vous y préparassiez, et vous déclarer que ce n'est que sur vous seul que
-je compte dans cette affaire; c'est sur vous seul que je compte.
-Laissez-moi, je vous prie, la carte que vous m'avez remise, afin que je
-connaisse les endroits où vous agirez, cela me fera plaisir. Adieu,
-Monsieur, c'est sur vous seul que je compte[621].»
-
- [621] Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Quelle créance pouvait-on donner à ce mémoire qu'on n'hésita pas à
-attribuer à Beaujeu? Il parut assez sérieux à Amelot pour qu'il le
-transmît à Campredon, en lui recommandant de le rendre public sans
-paraître y prendre part[622]. Et, s'il y a dans ce factum quelque
-exagération quant aux ordres donnés à l'aventurier, les relations du duc
-avec Beaujeu ne sauraient faire aucun doute. Campredon fut à même de les
-certifier[623]. Il est certain que François voulait absolument avoir la
-Corse: la couronne grand-ducale, qui lui était promise, ne lui suffisait
-pas; il désirait la rehausser du titre de roi. L'envoyé français à Gênes
-put, en outre, fournir des renseignements, qui confirmaient les
-accointances de Beaujeu avec les plus hauts personnages de la cour
-autrichienne. Le moine défroqué montrait un brevet d'aide de camp
-général, qui lui avait été délivré par le prince Eugène. Au surplus, les
-papiers de ce dernier attestèrent une dette de quatre-vingt mille
-florins contractée envers Beaujeu. La Banque de Vienne, au début de
-l'année 1737, avait remboursé cent mille écus à l'aventurier, sous le
-vague prétexte de récompense pour services rendus; mais Beaujeu avait
-exigé que le contrat de remboursement stipulât la nature véritable de sa
-créance, c'est-à-dire: argent prêté pour la subsistance des troupes
-allemandes en Italie. L'aventurier avait encore reçu une gratification
-de «deux mille et quelques cents ducats». Cette gratification prouverait
-à elle seule les relations de François avec l'ancien moine. On ne donne
-pas de l'argent aux gens qu'on n'emploie pas. Campredon affirmait aussi
-que les entretiens de cet individu avec le duc étaient fréquents.
-Beaujeu avait persuadé au prince que la Corse avait jadis appartenu, en
-partie, à la maison de Lorraine, et il se disposait à partir pour
-Presbourg afin de poursuivre ses complots. Ce voyage confirmait les
-dires du mémoire que Campredon n'avait pas encore sous les yeux. Beaujeu
-ne se contentait pas de faire à François des propositions que celui-ci
-acceptait, il voyait aussi l'Empereur en secret. Dans la _Retirade_
-impériale, il s'était vanté de connaître la capacité de tous les
-généraux français[624]. Il s'était même excusé auprès de Charles VI de
-n'avoir pas réussi à enlever l'infant Don Carlos à son passage à Pise,
-par suite de la défection d'un officier qui lui avait promis trente
-hommes pour ce bon coup. Campredon disait qu'on pouvait s'attendre à
-tout de la part d'un misérable renégat, sur la tête duquel on voyait
-encore les marques de la tonsure et qui paraissait être très fort en
-théologie[625].
-
- [622] Amelot à Campredon, Gênes, le 5 mars 1737: Correspondance
- de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 335-336.
-
- [623] Le même au même, le 5 mars 1737: _Ibidem_. La lettre du
- ministre transmettant le mémoire et les renseignements fournis
- par Campredon sont du même jour. Les intrigues de Beaujeu étaient
- donc connues à Versailles et à Gênes en même temps.
-
- [624] Les relations de Beaujeu avec l'Empereur et son gendre sont
- confirmées par un rapport transmis au gouvernement génois et que
- nous verrons dans un instant.
-
- [625] Campredon à Amelot, Gênes, le 5 mars 1737. Lettre déjà
- citée.
-
- Dans une autre dépêche, datée du 3 avril, Campredon affirmait à
- nouveau les relations de François avec Beaujeu. «L'on vous aura
- sans doute donné avis comme à moi, Monseigneur, que le sieur
- Beaujeu de la Salle, ci-devant aide de camp de M. le maréchal de
- Coigny et reconnu pour avoir servi d'espion à la cour de Vienne
- pendant la dernière guerre, avait ordre du duc de Lorraine de
- passer en Corse pour y porter des propositions aux mécontents.»
- Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'envoyé de France fit, suivant les instructions qu'il avait reçues,
-répandre discrètement le mémoire de Beaujeu dans Gênes. Le comte
-Giucciardi, ministre impérial, vint trouver Campredon. Il amena la
-conversation sur cette nouvelle «qu'il croyait inventée, comme beaucoup
-d'autres, sachant qu'à la cour de Vienne on est fort réservé à donner
-croyance à ces sortes de coureurs». Campredon répliqua que Beaujeu était
-un espion avéré et qu'à son retour de Guastalla, il n'avait évité la
-potence qu'en simulant la folie, grâce à la complaisance d'un chirurgien
-peu scrupuleux. Des lettres de Rome et de Vienne, que l'envoyé de France
-avait lues, portaient que cet individu devait passer en Corse avec les
-propositions du duc pour les révoltés. Giucciardi réfuta ces choses très
-faiblement, disant que si le gendre de l'Empereur avait quelque vue sur
-la Corse, ce serait pour empêcher que l'île ne tombât en d'autres mains.
-En somme, les dénégations du ministre impérial étaient si embarrassées
-qu'elles équivalaient à un aveu[626].
-
- [626] Campredon à Amelot, Gênes, le 18 avril 1737:
- _Ibidem_.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p. 342-343.
-
-En Corse, les chefs affirmaient que Théodore allait revenir avec Beaujeu
-et Boieri, colonel au service de l'Espagne. Ces trois personnages,
-d'après Orticoni, étaient envoyés par le duc de Lorraine. Ginestra, dont
-le fils devait, quelques mois plus tard, proposer au cardinal Fleury de
-lui vendre les secrets de Neuhoff, et Ciabaldini, étaient allés à Matra,
-chez Xavier, dit le marquis de Matra, pour l'avertir de cette arrivée
-prochaine. Le fidèle marquis avait fait préparer sa maison sans
-tarder[627]. De son côté Giucciardi, pour donner le change, affirmait
-que Beaujeu et Théodore allaient s'embarquer ensemble pour la
-Corse[628].
-
-Mais ce n'étaient là que des racontars. François voulait faire
-travailler Beaujeu pour lui seul; il n'entendait pas partager le trône
-avec le baron. Quant à ce dernier, sortant à peine des prisons
-d'Amsterdam, il était occupé à soutirer de l'argent à des juifs: besogne
-particulièrement absorbante et délicate.
-
-D'après un mémoire qui se trouve à Gênes, Beaujeu avait servi en Corse
-sous le prince de Wurtemberg et le général Wachtendonck. Lorsque les
-Deux-Siciles furent données à l'infant Don Carlos, le prince Eugène
-aurait chargé Beaujeu de traiter avec les mécontents. L'île devait se
-mettre en république sous la protection de l'Empereur. En arrivant à
-Vienne pour rendre compte de sa mission à Charles VI, le moine, devenu
-soldat et diplomate, fut appelé par le duc de Lorraine. Le prince
-déclara sans ambages qu'il voulait être roi de Corse. Il comptait sur
-Beaujeu pour satisfaire l'ambition qu'il avait de succéder au baron
-Théodore. Il lui ordonna de négocier cette affaire. L'aventurier fut,
-paraît-il, fort étonné d'une pareille proposition. Il se récria; il
-était venu à Vienne pour rendre compte de sa mission à l'Empereur et non
-pour trahir sa confiance. François répliqua que la chose lui paraissait
-fort simple. Beaujeu n'avait qu'à y songer avant de faire savoir son
-arrivée à Sa Majesté. Il y pensa, en effet, et revint trouver le duc.
-Les mystérieuses entrevues de la _Retirade_ sont donc confirmées. Le
-moine défroqué, en homme d'honneur, déclara qu'il ne pouvait pas manquer
-de parole à l'Empereur. Il lui était donc impossible de servir le duc.
-Celui-ci fut stupéfait. Il recommanda le secret à Beaujeu et lui donna
-quelques jours pour réfléchir[629]. Quand la conscience est en jeu, les
-réflexions sont inutiles. C'était pour le prince une manière polie de
-demander à l'aventurier le prix de ses scrupules. Pendant ce temps-là,
-Charles VI négociait officiellement à Paris les conditions de
-l'intervention française en Corse. Il est vrai que la politique de la
-_Retirade_ était bien différente de celle qu'élaboraient les ministres.
-Sans cela, les deux cabinets auraient pu se confondre. Soudain, Beaujeu
-fut mis en prison, à l'instigation du duc de Lorraine, disait-on, et
-sous le prétexte élastique d'affaire d'État. On saisit tous ses papiers
-et on le condamna au secret le plus absolu[630].
-
- [627] Lettres de Bastia des 8 et 18 mai 1737, communiquées par
- Campredon: _Ibidem_.--Abbé Letteron, _Correspondance_, p.
- 349-351, 354-355.
-
- [628] Campredon à Amelot, Gênes, le 16 mai 1737: _Ibidem_.--Abbé
- Letteron, _Correspondance_, p. 352-353.
-
- [629] _Memoria di tutto cio che è stato fatto dal signor comte
- Humberto di Beaujeu, ministro de' Corsi del anno 1736, sino al
- presente 1744 in Corsica, Vienne, Francoforte, Londra, Amburgo,
- Venezia, Constantinopoli e Tunis._ Filza Corsica 1744, 1/2122.
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
- [630] _Ibidem._
-
-Beaujeu fut-il incarcéré pour avoir refusé de servir le gendre ou pour
-avoir trompé le beau-père? Ce serait, dans ce cas, une victime de la
-_Retirade_; mais il y a tout lieu de croire que si le moine défroqué fut
-mis en lieu sûr c'est qu'il trahissait tout le monde. A la mort de
-Charles VI, Marie-Thérèse le fit relâcher. Il n'eut plus alors qu'une
-idée: se venger du duc de Lorraine. Il exerça contre lui, en Toscane, le
-chantage le plus éhonté. Il alla ensuite proposer la Corse au Grand Turc
-et au Bey de Tunis. Les flibustiers, surgis des bas-fonds à la suite de
-l'équipée de Théodore, avaient la marotte de faire prendre le turban aux
-Corses mécontents. En 1744, Beaujeu fut arrêté à Livourne à la requête
-du gouvernement sarde. François de Lorraine, grand-duc de Toscane, qui
-n'avait pas oublié ses entretiens dans la _Retirade_, fit faire le
-silence autour du prisonnier. Il mourut chrétiennement en 1746 et fut
-enterré avec le mystère dont on avait entouré sa détention[631].
-
- [631] _La politique de la Retirade_, dans la _Revue d'histoire
- diplomatique_, année 1898, nos 2 et 3. J'ai donné en détail, dans
- cet article, le récit des complots de Beaujeu. J'ai cru devoir
- les rappeler ici, car ils se rattachent intimement à l'histoire
- de Théodore.
-
-Malgré son élévation au grand-duché, François, qui avait l'ambition
-têtue, songeait toujours à la Corse. Seulement, dégoûté, pour le moment,
-des clients interlopes de la _Retirade_, il confia ses projets à ses
-lieutenants. Wachtendonck, commandant des troupes autrichiennes en
-Toscane, dirigeait ces intrigues à Livourne. Le général avait été un
-partisan fougueux de Gênes, dont il aimait passionnément les
-sequins[632]. Il montrait un tel zèle pour la république qu'il signalait
-l'insuffisance des espions génois à Livourne et qu'il menaçait
-bruyamment les amis de Théodore de la prison; mais il avait changé
-d'opinion.
-
- [632] Campredon à Amelot, Gênes, le 21 février 1737:
- Correspondance de Gênes, vol. 99. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-En 1740, il réunissait des capitaines de navires anglais et les chefs
-des corses rebelles en des conciliabules secrets et nocturnes. Les
-conférences se tenaient au consulat britannique. Wachtendonck était un
-homme imprudent et indiscret; il se donnait les allures d'un petit
-maître allemand, «quoiqu'il ne fût plus en âge de l'être». A force de
-conspirer chez le consul anglais, il était devenu l'amant de sa
-femme[633]. Sous prétexte de rétablir sa santé, il partit pour Pise.
-Dans ses équipages se trouvaient le consul d'Angleterre et sa femme.
-«Cet article de bagage ne me surprend point», écrivait Maillebois; mais,
-ce qui pouvait paraître au moins étrange, c'était une démarche que le
-général et son ami avaient faite auprès des Corses rebelles bannis de
-l'île par les Français pour les rassurer sur l'inquiétude que ce départ
-leur causait. Ils leur déclarèrent, en outre, qu'ils auraient
-satisfaction avant peu de temps[634].
-
- [633] Maillebois au marquis de Mirepoix, le 14 avril 1740:
- Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [634] Maillebois à Amelot, le 19 mai 1740: _Ibidem_.
-
-Pour que le général se compromît jusqu'à faire de pareilles promesses,
-il fallait qu'il eût reçu des instructions formelles. François s'étant
-débarrassé de Beaujeu, peut-être trop exigeant, se retournait vers
-Théodore. On avait prétendu que le gouvernement génois, par l'entremise
-de Viale, son représentant à Florence, aurait volontiers vendu la Corse
-au grand-duc, mais l'état financier de celui-ci n'inspirait pas grande
-confiance[635]. Plus tard, on parla de l'échange d'une partie de la
-province de Massa, appartenant à la Toscane, contre la Corse[636]. Mais
-François voulait avoir l'île pour rien, ou du moins, à bon marché. Il
-pensait que ce serait moins coûteux de payer un Théodore, un Beaujeu et
-quelques insulaires, que de négocier avec les Génois un achat ou un
-échange.
-
- [635] Lorenzi à Amelot, Florence, le 21 février 1739:
- Correspondance de Florence, vol. 90. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [636] Lorenzi à Amelot, Florence, les 14 mai et 18 juin 1740:
- _Ibidem_, vol. 91.
-
-En 1740, on disait à Florence que quinze mille fusils destinés à
-Théodore allaient arriver d'Allemagne. L'opinion que le grand-duc
-soutenait le baron était si répandue que les Corses affluaient à
-Livourne. Il en venait de tous les côtés et Lorenzi s'étonnait que la
-police permît une telle agglomération de gens «accoutumés à toutes
-sortes de crimes et sans aveu»[637]. Une lettre de Vienne affirmait que
-Neuhoff insistait vivement auprès de François pour l'envoi de troupes
-impériales en Corse. Il s'engageait, moyennant ce secours, à lui donner
-l'île. Le duc avait chargé le baron d'obtenir l'appui de l'Angleterre,
-mais celui-ci n'avait pas pu réussir dans ses démarches. Trois ans plus
-tard, Théodore allait, avec la protection des Anglais, essayer de
-reconquérir la Corse, en mettant de côté le duc de Lorraine engagé dans
-la guerre de la succession d'Autriche. Pour l'instant, François
-insistait auprès des ministres impériaux, qui lui étaient dévoués, afin
-de décider l'Empereur à envoyer des soldats dans l'île. Il offrait même
-de prendre à sa charge la plus grande partie des frais que cette
-expédition occasionnerait. Il recommandait à Théodore d'entretenir, en
-attendant, la confiance de ses partisans[638].
-
- [637] Lorenzi à Amelot, Florence, le 9 juillet 1740: _Ibidem_,
- vol. 92.
-
- [638] Copie d'une lettre de Vienne du 3 septembre 1740:
- Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-La mort de Charles VI, survenue quelques semaines plus tard[639], fit
-ajourner tous ces beaux projets.
-
- [639] Le 20 octobre 1740.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
- Théodore à Cologne.--Entretien secret avec le Grand-Commandeur de
- l'Ordre Teutonique.--Correspondance de Neuhoff avec son beau-frère
- Gomé-Delagrange.--Le roi de Corse veut traiter avec le roi de
- France.--Louis de Grœben.
-
- Théodore arrive en Méditerranée avec une escadre anglaise.--Horace
- Mann.--_Le mystère._--Le _Vinces_ en Corse.--Neuhoff en vue de son
- royaume.--Sa proclamation.--Il ne débarque pas.--L'affaire du
- _Saint-Isidore_.--Protestation des Génois.--Réponse du gouvernement
- anglais.
-
- Les entrevues secrètes de Mann avec Théodore.--Un diplomate
- ennuyé.--La Cour de Turin.--Augustin Viale, résident génois en
- Toscane.--Mariani.--Les inquisiteurs de Gênes.--Ils décident de
- faire tuer Théodore.--Scrupules de Viale.--Ses propositions.--San
- Cristofano.--La kabale de Pic de la Mirandole.
-
-
-I
-
-Au mois de février 1740, Théodore arriva à Cologne. Son équipage
-consistait en deux chaises de poste et des chevaux de relais. Il se
-trouvait dans la première avec trois individus vêtus à la prussienne. Il
-se fit conduire à l'hôtel de la commanderie de l'Ordre Teutonique, chez
-son cousin, le baron de Drost. Sans descendre, il fit appeler le
-secrétaire de son parent. Celui-ci s'étant approché de la portière,
-Neuhoff dit ce seul mot: _Deuterum_ (?). Le secrétaire introduisit
-aussitôt le roi de Corse dans les appartements du Grand-Commandeur. Il
-était suivi par l'un des trois personnages qui l'accompagnaient. Cet
-homme s'arrêta dans l'antichambre, tandis que Théodore entretenait son
-cousin en secret. La conversation terminée, Neuhoff regagna sa chaise
-avec mystère. Puis, les deux voitures disparurent sans qu'on ait pu
-découvrir où elles se rendaient. La seconde chaise était hermétiquement
-close; on ne sut si elle contenait des voyageurs ou simplement des
-bagages.
-
-Le Grand-Commandeur, une religieuse de la famille Drost, un ami
-d'enfance, le baron Slein, furent les seules personnes que vit Théodore
-pendant son séjour à Cologne. Il écrivit et reçut beaucoup de lettres.
-Il était bien muni d'argent et entra en pourparlers avec un entrepreneur
-pour la confection de mille uniformes de soldats. Il affirmait que sa
-royauté avait un caractère aussi ineffaçable que la prêtrise.
-
-Il ne resta que trois semaines à Cologne. Il en partit, le 29 février,
-dans un fiacre de louage, accompagné par un seul domestique. Il déclara
-qu'il se rendait à Dantzig pour y négocier un embarquement. On apprit
-qu'il avait passé par Hanovre, se rendant à Copenhague[640].
-
- [640] Extrait d'une lettre de Cologne du mois d'avril 1740.
- Communiqué le 21 mai par le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de
- France à Rome: Correspondance de Cologne, vol. 73. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-Après sa visite à Cologne, Théodore resta caché. On perd sa trace
-pendant quelques mois. Il se recueillait sans doute.
-
-L'exploitation commerciale de sa couronne ne lui avait donné que de
-maigres bénéfices. Si les traitants hollandais s'étaient laissés duper,
-il ne leur avait pas, à vrai dire, extorqué autant d'argent qu'il l'eût
-désiré. Il lui fallait maintenant essayer autre chose. Il allait tenter
-de l'escroquerie politique. Il espérait peut-être réussir à tromper plus
-facilement des hommes d'État que des juifs.
-
-D'abord, il désirait traiter avec la France. Il s'était adressé dans ce
-but à son beau-frère, Gomé-Delagrange, conseiller au Parlement de
-Metz[641]. Il lui avait envoyé plusieurs lettres qui ne parvinrent pas à
-destination. Il insista et écrivit le 1er octobre 1740, afin de savoir
-au juste quelles étaient les intentions de la France au sujet des
-Corses. Il faisait appel à son bon cœur pour avoir une prompte réponse.
-Il ne pouvait croire encore que Louis XV voulût favoriser les Génois et
-opprimer des innocents. Ses ennemis étaient sans cesse à ses trousses.
-Tout leur jeu, disait-il, «est de me faire enlever mes lettres et
-d'envoyer des espions de papier contre moi». Puis, venaient les
-éternelles protestations et les mêmes promesses pour les siens[642].
-Delagrange reçut la lettre, cette fois, mais il répondit à son
-beau-frère qu'il ne lui convenait pas de se mêler de ses affaires.
-
- [641] Théodore à Gomé-Delagrange, le 1er octobre 1740:
- Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [642] Gomé-Delagrange avait épousé la demi-sœur de Théodore, née
- du second mariage de la mère de celui-ci avec M. Marneau.
-
-Cette réponse ne plut pas au roi. Il témoigna à son beau-frère la
-surprise qu'elle lui causait: «comme, écrivait-il, s'il était très
-délicat de se mêler de mes affaires, terme que je ne m'attendais de
-personne, encore moins de vous, mes actions étant applaudies et
-respectées même de l'ennemi.» Il demandait à son parent d'être son
-intermédiaire auprès de la cour de France. Son rôle n'était pas achevé
-et il se trouvait en mesure, plus que jamais, de refaire ce qu'il avait
-fait. «Sa chère famille» acquerrait donc gloire et mérite en entrant
-dans ses combinaisons. D'ailleurs, aucune puissance ne pouvait
-intervenir en Corse en dehors de lui. Outre son élection qui était
-«réelle et juste», il possédait légitimement presque toutes les terres
-au sud de l'île: c'étaient les fiefs donnés à ses ancêtres en «ligne
-droite aînée». Ces fiefs étaient déjà, en 931, entre les mains d'un
-Neuhoff, dernier vice-roi de Corse. La sépulture de ce personnage se
-voyait encore à Aléria. «J'ai fait caver et sous-terrer l'endroit,
-disait Théodore, et trouvé et le dépôt du corps et l'inscription de son
-nom, Neuhoff, avec nos propres armes[643].» Mais il ajoutait bien vite:
-«Enfin le détail en serait trop long.» Puis, il revenait sur sa
-royauté; elle était et resterait intangible. On n'avait qu'à respecter
-ses faits et gestes. Il ne se départirait jamais de ces sentiments.
-Mais, comme ses fidèles sujets ne voulaient, en aucune manière, rentrer
-sous la domination génoise, si le roi très chrétien, en intervenant dans
-l'île, avait une autre intention, il devait s'expliquer avec lui. Il
-donnerait son concours à Louis XV, car il n'avait qu'un but: maintenir
-ses prérogatives et assurer le bonheur des Corses. Son beau-frère devait
-donc obtenir, à Versailles, des éclaircissements précis et définitifs.
-L'heure était venue où chacun voulait «pêcher dans l'eau trouble». Et,
-après tout ce qu'il avait fait, pouvait-on le croire réduit à
-l'impuissance? Il faudrait qu'on ignorât le sincère et inaltérable
-attachement des Corses à son égard. Certes, il avait été trahi, même par
-les siens. Son cousin germain, Jean-Frédéric de Neuhoff, s'était attiré
-le mépris universel en quittant la Corse. Il ne lui pardonnait pas cette
-conduite lâche[644]. Son neveu, Jean-Frédéric de Neuhoff, seigneur de
-Rauschenbourg, «une belle baronnie sur la Lippe en Westphalie», avait
-bien tenté une action sérieuse dans l'île, mais il était parti
-aussi[645]. Théodore, pour l'instant, mettait toutes ses espérances sur
-le frère de ce dernier, un jeune homme très résolu. Quant à celui qu'on
-appelait Drost dans les gazettes, il n'appartenait pas à sa famille et
-avait usurpé ce nom. C'était un traître et un espion soudoyé par les
-Génois. Le baron comptait partir au plus tôt afin de saisir la première
-occasion favorable de débarquer en Corse et aussi pour mettre sa
-personne en sûreté. Gênes avait lancé à ses trousses plusieurs assassins
-gagés. A sept reprises, il avait reçu du poison ou essuyé des coups de
-feu. Les gens de l'ambassadeur de France, à Venise, s'étaient laissés
-suborner jusqu'à tirer sur lui[646]. Au mois de juillet, en Holstein,
-ceux qui le poursuivaient avaient payé leurs attentats «avec la corde au
-gibet. Voilà la guerre que Gênes sait mener.» Mais la Providence le
-protégeait et il s'en remettait à la justice divine pour châtier les
-coupables comme ils le méritaient. Têtu jusqu'à la folie, il insistait
-encore pour que son beau-frère lui fît connaître les intentions
-formelles de la France. «Soyez assuré que je donnerai les mains à tout,
-si ma réputation et le bien de mes peuples fidèles ne sont lésés,
-surtout qu'il ne s'agit de Gênes.» Puis, après ses salutations
-affectueuses, il s'excusait en post-scriptum--précaution nécessaire--sur
-son «mal écrire». Il avait chaque jour un nombre extraordinaire de
-lettres à expédier; toutes les affaires lui passaient par les mains et
-il n'était pas très familiarisé avec le style français[647].
-
- [643] Il n'est pas besoin de faire ressortir l'invraisemblance de
- cette ascendance. C'était un grossier mensonge destiné à éblouir
- ceux qu'il voulait duper. Au dixième siècle, la Corse était,
- d'après les vieux chroniqueurs, sous la domination des comtes de
- la famille Colonna. Ils descendaient d'Ugo qui avait chassé les
- Sarrazins. Pendant quatre-vingts ans environ ils se succédèrent
- de père en fils. Ce furent Bianco, Orlando, Ridolfo et Guido dont
- le fils Arrigo, surnommé Bel Messere à cause de sa beauté, mourut
- assassiné en l'an 1000 avec tous ses fils. L'épopée du Bel
- Messere est restée légendaire en Corse: _Chronique de Giovanni
- della Grossa_: _Op. cit._, p. 117 à 122.
-
- [644] Ce Jean-Frédéric de Neuhoff était celui qui faisait partie
- de l'expédition de 1738 et qui se trouvait parmi les malheureux
- abandonnés par Théodore et rapatriés par les Français.
-
- [645] Cet autre Neuhoff était celui qui avait abordé en Corse en
- 1739 et avait essayé d'organiser une résistance énergique dans
- l'intérieur de l'île contre les Français. J'ai raconté
- précédemment son équipée qui ne manquait pas de grandeur (voir
- chapitre V).
-
- [646] Dans son numéro du mois de mars 1740 _le Mercure historique
- et politique de Hollande_ portait que Théodore avait été vu à
- Venise.
-
- [647] Théodore de Neuhoff à Gomé-Delagrange, le 11 décembre 1740:
- Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Comme d'habitude, Théodore ne mit pas
- l'endroit d'où il écrivait.
-
-Au lieu d'entamer des négociations à Versailles, Gomé-Delagrange envoya
-les lettres de son beau-frère à Amelot. Il manda au ministre qu'il avait
-déclaré au baron de Neuhoff qu'il ne voulait pas intervenir dans ses
-affaires. Mais Théodore insistait pour qu'il entrât en pourparlers avec
-la cour et il jugeait cette proposition si ridicule qu'il se faisait un
-devoir de transmettre au gouvernement ces épîtres. Il comptait ne pas y
-répondre à moins que le ministre ne lui donnât l'ordre contraire[648].
-
- [648] Gomé-Delagrange à Amelot, Thionville, le 14 janvier 1741:
- _Ibidem_.
-
-Amelot remercia Gomé-Delagrange et lui dit qu'il avait lu les lettres au
-cardinal Fleury. Son Éminence savait gré de l'attention; elle jugeait
-qu'il ne fallait faire aucun cas de ces écrits et qu'il convenait de les
-laisser sans réponse[649].
-
- [649] Amelot à Gomé-Delagrange, 24 janvier 1741: _Ibidem_.
-
-Amelot avait retourné les lettres au conseiller. Quelques jours plus
-tard il les lui redemanda ayant, disait-il, «quelques raisons de les
-voir encore[650]».
-
- [650] Amelot à Gomé-Delagrange, 10 février 1741: Correspondance
- de Corse, vol. 2. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Le beau-frère de Théodore renvoya les papiers[651]. Cette fois, ils
-restèrent définitivement entre les mains du ministre. Gomé-Delagrange
-n'entendit plus parler de son royal parent.
-
- [651] Gomé-Delagrange à Amelot, Lunéville, le 23 février 1741:
- _Ibidem_.
-
-Louis de Grœben, ce capitaine prussien qui avait fidèlement suivi
-Frédéric dans son équipée à travers les montagnes de l'île, était à
-Livourne au mois de septembre 1741. Les Génois le surveillaient et leur
-consul, Gavi, un corse, homme capable de tout pour son intérêt[652],
-intercepta deux de ses lettres. La première était écrite à Bigani, qui,
-à force de conspirer avec Théodore et de le trahir, avait obtenu un
-poste important du roi des Deux-Siciles[653]. Le capitaine, désirant
-faire tenir une missive au baron, s'était adressé à Grœben par
-l'intermédiaire d'un certain Giordani. Grœben mandait qu'il l'avait
-transmise au roi qui se trouvait alors à Sienne, mais Sa Majesté ne se
-hâtait pas de répondre. «Vous le connaissez, écrivait le prussien, qu'il
-est paresseux pour écrire.» Puis, il félicitait son correspondant sur
-son avancement. Il regrettait de ne pouvoir aller visiter Mlle Bigani au
-couvent, les règles monastiques s'y opposant. Il s'occupait de lever des
-compagnies corses qui étaient à peu près complètes. Les insulaires,
-voyant partir les troupes françaises, se soulevaient; avant six mois la
-rébellion serait générale[654].
-
- [652] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
- [653] Cette lettre de Grœben est adressée à «Monsieur le
- capitaine Bigani, consul général de la Levante et Barbarie pour
- le service de Sa Majesté le Roy de Naples et Sicile».
-
- [654] Grœben à Bigani, Livourne, le 18 septembre 1741.
- Communiquée par Gavi avec sa lettre du 18 octobre: _Ribellione
- de' Corsi_, filza 14-3012. Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-La seconde lettre de Grœben était pour Mme Françoise-Constance Fonseca,
-qui continuait, après sa sœur, la correspondance avec les partisans de
-Théodore. Il suppliait la religieuse de dire à «son ami» que le moment
-était favorable pour agir énergiquement. S'il laissait fuir l'occasion,
-il ne la retrouverait plus. Il fallait mener cette action de fait et non
-par écrit ou en paroles. S'il tardait à paraître dans l'île avec des
-secours, un autre prendrait sa place; il devrait renoncer à la couronne
-à tout jamais.
-
-Les insulaires avaient fait une grande perte dans la personne de
-Wachtendonck, qui, hélas! était mort[655].
-
- [655] Louis de Grœben à la sœur Françoise-Constance Fonseca,
- Livourne, le 18 septembre 1741, communiquée par Gavi avec sa
- lettre du 18 octobre: _loc. cit._
-
-Théodore ne se pressait pas. Il mûrissait ses projets avec une sage
-lenteur. L'Europe était alors engagée dans la guerre de la succession
-d'Autriche. La Corse disparaissait au milieu de la conflagration
-générale, mais il pouvait espérer faire quelque fructueuse entreprise à
-la faveur de ces conflits. Vers la fin de 1742, il se trouvait à
-Londres, se préparant à frapper un coup qu'il jugeait décisif. Il y
-avait plus d'un an qu'on n'entendait plus parler de lui, lorsque
-soudain, au mois de janvier 1743, il apparut dans la Méditerranée sur un
-navire de Sa Majesté britannique, _Le Revenger_, capitaine Barckley.
-
-
-II
-
-Parti d'Angleterre au mois de novembre 1742, _Le Revenger_ arriva à
-Livourne le 7 janvier 1743 après avoir touché à Lisbonne et à
-Villefranche[656]. Le général Breitwitz, commandant des troupes
-autrichiennes en Toscane, alla voir Théodore à bord du _Revenger_ avec
-Richecourt, vice-président du Conseil de Régence, et Goldworthy, consul
-d'Angleterre à Livourne. Un manifeste, que l'ancien roi devait lancer
-aux Corses, fut préparé dans cette conférence.
-
- [656] Antonio Battistella, _op. cit._, p. 187.
-
- J'ai publié dans la _Revue d'histoire diplomatique_ toute cette
- partie qui a trait à l'arrivée de Théodore sur _Le Revenger_,
- ainsi que le récit des épisodes qui suivirent. Je retranche ici
- quelques lignes qui servaient de préambule nécessaire et j'ai
- ajouté des détails nouveaux.
-
-Horace Mann, ministre de George II à Florence, déclara qu'il était
-totalement étranger à cette affaire. Cette déclaration n'avait pas
-seulement un caractère diplomatique; chose qui peut sembler étrange,
-elle était l'expression de la vérité.
-
-Goldworthy s'était excusé auprès de son chef hiérarchique de lui avoir
-caché l'arrivée de Théodore dans les eaux toscanes. Pour justifier sa
-conduite, le consul alléguait que son intention était de mettre Mann au
-courant, mais que le capitaine Barckley s'y était refusé en disant que
-cela ne concordait pas avec ses instructions. D'ailleurs, le commandant
-en chef des forces anglaises dans la Méditerranée, l'amiral Matthews, ne
-connut l'affaire que par Théodore.
-
-Il y avait là une compromission que le ministère anglais n'osait pas
-avouer[657].
-
- [657] Lorenzi à Amelot, Florence, le 9 février 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Horace Mann représentait l'Angleterre depuis 1740 à la cour du grand-duc
-de Toscane. Il avait succédé à Fane, un vieux fonctionnaire très
-correct, qui poussait le respect du protocole jusqu'à la dévotion. Ne
-s'était-il pas alité pendant six semaines, en proie à une véritable
-maladie, parce que le duc de Newcastle, lui écrivant, avait terminé sa
-lettre par les mots _Yours humble servant_, au lieu de _Yours very
-humble servant_, dont il se servait d'habitude!
-
-Mann était un esprit délicat, fin, lettré, diplomate à l'excès. Un
-pointe d'humour relevait chez lui les qualités d'analyse et
-d'observation. Son style caustique, mais avec bonhomie, trahit le
-pessimisme aimable du XVIIIe siècle.
-
-Pendant quarante-six ans, il demeura à Florence, menant dans la _casa
-Manetti_, près du pont _della Trinità_[658], l'existence d'un patricien
-florentin tout en restant un gentleman anglais. Il était intimement lié
-avec Horace Walpole, ce grand seigneur sceptique, dont la froide ironie
-aimait à disséquer tous les ridicules.
-
- [658] De ses fenêtres, écrit le poète Gray, qui fut son hôte,
- nous pouvons pêcher dans l'Arno.
-
-Horace Walpole était venu à Florence où il avait connu Mann en 1741.
-Après son départ, une correspondance régulière s'établit entre eux. Elle
-dura quarante-six ans, jusqu'à la mort du diplomate. Les deux amis ne se
-revirent pourtant jamais. «Il n'y a pas d'exemple pareil dans l'histoire
-de la poste», disait Walpole.
-
-Lorsque _Le Revenger_ arriva à Livourne, au mois de janvier 1743, avec
-le mystère que l'on sait, le ministre anglais se posa cette question:
-Quel est le personnage qui se trouve incognito à bord? Les noms les plus
-fantaisistes circulaient. Était-ce le roi de Sardaigne, l'amiral
-Matthews, Théodore de Neuhoff, ou bien..... Robert Walpole, le père
-d'Horace[659]? On ne tarda pas à savoir que ceux qui mettaient en avant
-le nom de Théodore avaient seuls raison. Du reste, le secret était
-largement divulgué. Goldworthy en avait fait la confidence à tout le
-monde, sauf à Mann, son chef.
-
- [659] _Mann and Manners at the court of Florence 1740-1786_, par
- le Dr Doran F. S. A., Londres, 1876.
-
-Cette incorrection du consul fit la joie de Walpole et, à son tour, il
-confia à son ami, sous le sceau du secret, que le mystérieux passager du
-_Revenger_ n'était pas sir Robert Walpole[660].
-
- [660] Horace Walpole à Mann, 13 février 1743: _The letters of
- Horace Walpole_, 9 vol. in-8º, London, 1891.
-
-Mann avait surtout pour mission de surveiller, en Italie et
-principalement en Toscane, les menées du prétendant Stuart. Néanmoins,
-pour sa gouverne, il eût désiré connaître les idées du ministère anglais
-au sujet de Théodore.
-
-Dans toutes ses lettres à Horace Walpole, il lui parle du _mystère_. Le
-_mystère_ ou bien le _fantôme_ (the ghost), tels sont les noms de
-convention dont il affuble le prétendant au trône de Corse, tandis que
-l'amiral Matthews ne cessera d'être _Il furibondo_. C'est d'ailleurs le
-sobriquet que lui avait fait donner, en Italie, son caractère borné et
-irascible.
-
-Mann envoya à son ami le manifeste de Neuhoff, dont quelques exemplaires
-circulaient dans Florence. «Je vous remercie de la déclaration du roi
-Théodore», répondit Walpole, «je lui souhaite succès de tout mon cœur.
-Je déteste les Génois; ils ont fait d'une république la plus diabolique
-de toutes les tyrannies[661].»
-
- [661] Horace Walpole à Mann, 13 février 1743: _op. cit._
-
-Mais, pendant cet échange de lettres, les événements avaient marché.
-Après s'être concerté avec Goldworthy et les représentants du grand-duc,
-Théodore se disposa à regagner son royaume. Dans la nuit du 18 janvier,
-un vaisseau anglais, _Le Vinces_, portant cinquante canons, était parti
-pour la Corse emmenant le secrétaire du roi. Cet individu devait
-préparer le retour de Sa Majesté dans ses États; il portait des lettres
-à plusieurs chefs[662].
-
- [662] Les lettres de Théodore étaient adressées à Thomas Giulani,
- à Paul-Marie Paoli, à Ambroise Quilici de Speluncato, au prêtre
- Croce de Lavatoggio, à Gafforio de Corte, à Ciabaldini d'Orezza
- et à Zerbino du Niolo.
-
-_Le Vinces_ apparut au large de l'Île Rousse le 19, vers le soir. Après
-avoir salué la tour, le capitaine envoya les papiers et convoqua les
-chefs de la Balagne.
-
-Théodore accordait une amnistie générale pour les offenses qui lui avait
-été faites pendant son règne, et il annonçait son retour en Balagne pour
-le 26 janvier. Quelques habitants de Monticello montèrent à bord pour
-avoir des fusils et des balles. Après cette distribution, un officier
-débarqua. Bel homme, une barbe naissante au menton, vêtu à l'anglaise,
-il parlait latin pour se faire comprendre. Il déclara aux Corses que les
-événements les plus heureux pour eux allaient arriver. Il leur demanda
-s'ils étaient toujours en révolte ou bien s'ils reconnaissaient la
-domination génoise. Dans le premier cas, étaient-ils disposés à recevoir
-leur roi? Selon leur réponse, celui-ci viendrait bientôt pour les
-secourir avec des armes et des munitions. Les insulaires, gens peu
-spéculatifs, n'avaient pas grande confiance; néanmoins, ils dirent
-qu'ils accueilleraient volontiers Théodore et ils prièrent l'officier de
-lui faire connaître leurs bonnes dispositions. Les lettres royales
-furent expédiées dans la montagne avec quelques fusils et il fut décidé
-qu'une assemblée se tiendrait le dimanche suivant afin de délibérer sur
-ces choses. Ayant reçu les déclarations des chefs, le bâtiment mit à la
-voile pour Livourne. L'officier anglais resta à terre[663].
-
- [663] Ozero, vice-consul de France à Calvi, à Jonville, Calvi, le
- 21 janvier 1743.--Extrait de quelques lettres du consul de Gênes
- à Livourne, communiqué par Lorenzi: Correspondance de Gênes, vol.
- 112. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Théodore n'avait pas débarqué à Livourne; de la ville, on pouvait le
-voir se promener sur le pont du _Revenger_. Des Corses, excités par cet
-événement, accouraient pour se mettre à la disposition de leur roi.
-Parmi les plus enragés, se trouvaient le prévôt de Zicavo et le frère du
-prêtre Croce. On recommandait à tous les insulaires de se tenir prêts à
-embarquer sur le bâtiment anglais. Gavi, le consul de Gênes, très
-alarmé, avait fait armer un bateau pour aller, au premier signe, à
-Bastia, informer le gouverneur. Les négociants anglais affirmaient que
-Théodore n'attendait que le retour du _Vinces_ pour mettre à la voile.
-Le 30 janvier, à onze heures du soir, Gavi fit partir sa felouque, car
-il venait d'apprendre que les Corses s'étaient embarqués avec leurs
-bagages[664]. _Le Revenger_, portant soixante-dix canons, et _Le
-Salisbury_, armé de cinquante pièces, avaient, en effet, mis à la voile
-dans la nuit du 29 au 30 janvier. Plusieurs autres vaisseaux de guerre
-anglais se trouvaient déjà dans les eaux corses. La flotte comprenait
-ainsi dix ou douze unités[665]. Le roi Théodore rentrait en grande pompe
-dans son royaume sous le couvert du pavillon britannique; on prétendait
-qu'il avait les poches bien garnies, ayant reçu vingt mille livres
-sterling à Londres[666], chose qui n'aurait pas nui à son prestige. On
-disait aussi que Michel Jabach, chez qui avaient été consignés dix-huit
-canons de fer fin faisant partie de la cargaison du _Yong-Rombout_ après
-la tentative avortée de 1738, avait reçu de Hollande l'ordre de tenir
-ces pièces à la disposition de Neuhoff. Le prince d'Orange avait
-approuvé tout cela. Mais les négociants hollandais, n'oubliant jamais
-leurs intérêts, avaient stipulé que les canons devaient être remis au
-roi en échange d'huiles, pour une valeur équivalente[667].
-
- [664] Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le 30 janvier 1743:
- _Ribellione de' Corsi_, filza 14/3012. Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
- [665] Jonville à Amelot, Gênes, le 13 février 1743:
- Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [666] Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le 6 février 1743:
- _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
- [667] Lorenzi à Amelot, Florence, le 16 février 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.--Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le
- 13 février 1743: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-La flotte portant Théodore parut devant l'Île Rousse le 1er février. Le
-peuple se rassembla sur la plage pour avoir, comme toujours, des fusils
-et des balles. Une chaloupe aborda et débarqua un baril de poudre et
-quelques boulets. Puis, deux officiers descendirent à terre et
-rejoignirent leur camarade, qui était resté après le départ du _Vinces_.
-Les trois officiers dirent alors que si les Corses étaient toujours
-animés de bonnes intentions, les principaux devaient se rendre sur _Le
-Revenger_ pour rendre hommage au roi. Les chefs vinrent aussitôt
-complimenter Théodore; et cette cérémonie terminée, ils regagnèrent la
-terre. Après leur départ, la flotte mit à la voile, car le souverain
-voulait faire le tour de l'île pour s'assurer des dispositions des
-peuples. Les Anglais déclarèrent aux chefs, un peu ahuris par ce départ
-si prompt, que Théodore, après cette tournée, débarquerait avec des
-hommes, des armes et des munitions. Aidé par l'Angleterre et les
-puissances alliées, il ferait le bonheur de ses sujets[668].
-
- [668] Extrait de quelques lettres du consul de Gênes à Livourne.
- Communiqué par Lorenzi: Correspondance de Gênes, vol. 112.
-
-Pour appuyer ces déclarations, Neuhoff, avant son départ, lança son édit
-préparé d'avance à Livourne après entente avec le consul anglais et les
-autorités grand-ducales. Cette proclamation était datée de Santa
-Reparata de Balagne, le 30 janvier 1743, la septième année de son règne.
-Il comptait--nous l'avons vu--arriver dans les eaux corses avant cette
-date. Cet écrit fort long, mais d'un style noble, débutait par une
-action de grâces envers la Providence. Malgré les monstrueuses infamies
-et les noirs complots de ses ennemis les Génois, malgré aussi les
-procédés iniques et diaboliques des chefs corses, il avait réussi à
-rentrer dans son royaume avec les secours nécessaires. Il était persuadé
-que les insulaires avaient ouvert les yeux, et, plein de confiance dans
-ses sujets, qui jadis lui avaient juré fidélité, il venait à eux.
-Voulant donner une preuve de sa souveraine et paternelle clémence, il
-accordait le pardon pour tous les attentats commis contre sa personne
-royale, contre ses droits et contre le bien public du royaume.
-Cependant, il excluait de cette amnistie les infâmes sicaires qui
-avaient assassiné le très affectionné général, comte Simon Fabiani, dont
-la mémoire était bénie, et les parjures, félons et traîtres: Hyacinthe
-Paoli, le chanoine Érasme Orticoni et le prêtre Grégoire Salvini. Ces
-hommes étaient non seulement à jamais bannis de l'île, mais leurs biens
-étaient confisqués au profit des veuves et des orphelins laissés par les
-sujets fidèles, morts en défendant les droits du roi et de la patrie.
-Théodore vouait le nom de ces bandits à l'exécration de la postérité et,
-s'ils osaient remettre les pieds en Corse, la mort la plus ignominieuse
-qu'on pourrait inventer leur était réservée. Tous ceux qui protégeraient
-les susdits bandits seraient également punis de mort. Les Corses qui, en
-Italie, servaient Naples et l'Espagne devaient rentrer sous son
-obéissance dans le délai de six semaines, ceux qui se trouvaient en
-France et en Espagne dans celui de trois mois, sous peine de voir leurs
-biens confisqués, toujours au profit des veuves et des orphelins. Par
-contre, il ordonnait aux insulaires attachés au duc de Lorraine,
-grand-duc de Toscane, de continuer à témoigner à S. A. R. leur zèle et
-leur dévouement, car il entendait donner aide et assistance, dans la
-plus grande mesure, à la reine de Hongrie et de Bohême[669] pour la
-défense des États qu'elle tenait de son auguste père, l'Empereur. Les
-Corses attachés au Souverain Pontife et à la république de Venise,
-avaient, les premiers, un mois, et les seconds trois mois pour faire
-leur soumission. Quant à ses sujets qui n'avaient pas craint d'embrasser
-l'indigne parti de Gênes, un jour de rémission était accordé à ceux qui
-se trouvaient dans les places injustement détenues par l'ennemi, et huit
-jours à ceux qui séjournaient sur le territoire de la république. Il
-promettait pleine et entière amnistie à tous les égarés qui rentreraient
-dans le royaume pour concourir à la défense de la patrie. Il les
-emploierait selon leurs capacités. Il espérait que cet appel à l'union
-ne serait pas vain et que tous viendraient se ranger sous son étendard.
-Il ordonnait enfin que cet édit, écrit de sa propre main, muni du sceau
-royal, fût lu et affiché dans tout le royaume[670].
-
- [669] Marie-Thérèse.
-
- [670] Cet édit se trouve aux archives d'État de Turin: _Materie
- politiche, Negoziazione colla Corsica_, mazzo no 2.--Gavi le
- transmit au Sérénissime Collège le 13 février 1743: _loc.
- cit._--Lorenzi et Jonville en adressèrent également des copies au
- gouvernement français, les 2, 13 et 16 février: Correspondance de
- Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Cette proclamation, qui avait été, disait-on, imprimée à Pise, par les
-soins du docteur Sauveur Olmetta, fut répandue non seulement en Corse
-mais aussi en Italie. On le vendait dans les rues de Livourne[671].
-
- [671] Gavi au Sérénissime Collège, Livourne, le 13 février 1743:
- _loc. cit._
-
-Après avoir reçu l'hommage des chefs sur _Le Revenger_, Théodore quitta
-ce navire et prit passage sur _Le Folkestone_, capitaine Balchen. Les
-bâtiments se séparèrent. L'un d'eux se rendit à Ajaccio, un autre, celui
-sur lequel se trouvait le roi, sans doute, déposa quelques munitions à
-Campo-Moro. Sa Majesté, du reste, ne mit jamais le pied à terre[672].
-Elle demeura prudemment à bord. C'était ce qu'Elle appelait rentrer dans
-ses États. D'ailleurs, Théodore faisait toujours les plus belles
-promesses. Il attendait sept vaisseaux anglais et hollandais portant un
-chargement complet d'armes et de provisions. Deux de ces navires étaient
-déjà arrivés à Port-Mahon et il débarquerait aussitôt qu'il aurait
-rassemblé sa flotte[673].
-
- [672] Extrait de quelques lettres du consul de Gênes à Livourne à
- M. Viale, communiqué par Lorenzi le 23 février: Correspondance de
- Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
- [673] _Ibidem._
-
-Le 10 février, _Le Folkestone_ revint à l'Île Rousse avec Théodore et
-les chefs balanais. Ceux-ci allèrent à terre avec tout un arsenal:
-fusils, sabres, pistolets, cartouches, balles et poudre. Quelques
-déserteurs allemands, qui se trouvaient en Balagne, furent enrôlés et
-embarqués. Vingt-deux français se présentèrent aussi, mais le roi les
-refusa parce qu'ils étaient catholiques, lui, qui entendait plusieurs
-messes par jour! Pour le moment, il s'agissait de plaire aux anglais
-protestants. Quelques bateaux chargés d'huile furent capturés et
-renvoyés à vide avec leurs équipages. Puis, Théodore profita de ce qu'il
-était en sûreté pour accomplir un acte énergique. Il écrivit au
-capitaine Bertelli, commandant la tour et le fortin de l'Île Rousse,
-pour le prier de décamper[674].
-
- [674] Ozero, vice-consul de France à Calvi, à Jonville, le 13
- février 1743: Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-
- «Monsieur,
-
-«Au reçu de la présente, Votre Seigneurie évacuera la tour et le fortin
-de l'Île Rousse, et enverra à cet effet deux otages à Monticello. Je
-promets sur ma parole que Votre Seigneurie, ses officiers et ses soldats
-auront la liberté de se retirer avec leurs armes et baïonnettes, qu'ils
-ne seront pas molestés et qu'ils pourront s'embarquer pour le continent
-avec leurs bagages. Si vous voulez attendre l'attaque, sachez qu'il ne
-sera fait aucun quartier.
-
-«Quant aux officiers et soldats qui voudraient rester à notre service,
-nous les accueillerons et nous leur donnerons même de
-l'avancement.....[675]»
-
- [675] Traduction de la lettre écrite par Théodore au capitaine
- Bertelli, commandant de l'Île Rousse, le 10 février, filza
- 41/2050, _Corsica_, 1743. Archives d'État de Gênes, archives
- secrètes.
-
-Le commissaire génois, affolé devant cette sommation, ordonna aussitôt
-au capitaine de se retirer. Le brave commandant ne se le fit pas dire
-deux fois; il se hâta de déguerpir avec armes, bagages et provisions.
-Cette retraite stupéfiante donna à penser que Théodore pouvait bien être
-de connivence avec la république. Il est certain que le roi et les
-Génois étaient parfaitement d'accord pour fuir les uns devant les
-autres. Mais Neuhoff se vanta, après cela, de prendre Calvi sans coup
-férir, pour en faire la base de sa domination. Néanmoins, son ardeur
-belliqueuse en resta là. Voyant, dès le 11, que le gros de la flotte ne
-l'avait pas suivi, il fit mettre à la voile pendant la nuit[676].
-
- [676] Ozero à Jonville, le 13 février 1743: _loc. cit._
-
-Le 14 février, _Le Folkestone_ parut devant Livourne. Le capitaine
-Balchen envoya aussitôt une lettre de Théodore à Breitwitz pour demander
-des secours. En attendant les ordres du grand-duc, le navire retourna
-dans les eaux corses portant toujours le roi[677], qui aimait fort à
-admirer son royaume en se promenant sur le pont d'un vaisseau. _Le
-Folkestone_ s'en vint à Ajaccio où les navires anglais se préparaient à
-commettre un attentat, que seule leur supériorité numérique justifiait.
-Il s'agissait de détruire un bâtiment de guerre espagnol, _Le
-Saint-Isidore_. Cet attentat fut prémédité. Dès le 6 février, Gavi, le
-consul génois à Livourne, signalait à son gouvernement l'intention des
-Anglais[678]. Le 10, lorsque _Le Folkestone_ se trouvait devant l'Île
-Rousse, parmi toutes les vantardises destinées à séduire les insulaires,
-Théodore avait lancé celle de brûler le navire espagnol[679]. Par
-extraordinaire, les dires de Sa Majesté reçurent confirmation. Il est
-vrai qu'il s'agissait d'une vilaine action à commettre.
-
- [677] Lorenzi à Amelot, Florence, le 16 février 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [678] Gavi au Sérénissime Collège, Calvi, le 6 février 1743:
- _loc. cit._
-
- [679] Ozero à Jonville, Calvi, le 13 février 1743: _loc. cit._
-
-Le 28 février, l'escadre anglaise se trouvait à dix milles d'Ajaccio.
-Une chaloupe se détacha et amena à terre le secrétaire de Neuhoff qui,
-sur-le-champ, alla conférer avec le gouverneur. Ce dernier autorisa
-l'individu à reconnaître le camp et les magasins de marine que les
-Espagnols possédaient à terre. Il fournit même deux officiers de la
-garnison, les frères Giannetti, pour faciliter cette reconnaissance.
-Quand elle fut achevée, la chaloupe rejoignit la flotte.
-
-Dans la nuit du 1er au 2 mars, les bâtiments anglais s'approchèrent de
-terre. Il y avait deux navires de haut bord et une frégate de quarante
-canons. Le lendemain matin, un vaisseau de ligne se joignit aux autres,
-tandis que _Le Folkestone_, avec le roi, se tenait au large. L'escadre,
-avançant toujours, arriva à une portée de fusil du _Saint-Isidore_. Une
-chaloupe avec un officier accosta le navire espagnol et somma le
-commandant, le chevalier de Lage, de se rendre sans tarder, sinon il ne
-serait fait aucun quartier ni à lui, ni à son équipage. Le chevalier
-répondit qu'on ne faisait pas une pareille proposition à un homme comme
-lui; il connaissait son devoir. Capitaine d'un vaisseau de Sa Majesté
-catholique, il saurait se défendre. Les Anglais pouvaient faire ce
-qu'ils voulaient: il ne se rendrait pas. Aussitôt que l'embarcation du
-parlementaire se fut éloignée, de Lage fit donner toute son artillerie
-contre les navires ennemis. Celui qui portait le commandant de l'escadre
-fut très maltraité. Il perdit un mât et reçut une large blessure dans le
-flanc avec huit pieds d'eau dans la cale; il lui fut désormais
-impossible de manœuvrer. Le chevalier, voyant le bon effet de son tir,
-s'apprêtait à le renouveler lorsqu'il s'aperçut que la flotte anglaise
-l'entourait, s'apprêtant à cribler son navire. Il courait le danger de
-sacrifier son équipage et de voir les ennemis capturer son bâtiment. Il
-fit faire une nouvelle décharge et ordonna à ses hommes de quitter le
-bord. Les matelots et lui-même se sauvèrent à la nage, après avoir mis
-le feu au _Saint-Isidore_, qui fut bientôt tout en flammes. Trente
-marins se noyèrent; cinq autres furent tués par le canon. Le gouverneur
-refusa au chevalier et à ses hommes, un asile dans la place. De Lage se
-retira, pendant la nuit, dans la montagne. Les Anglais ne purent prendre
-qu'une épave fumante. A l'abri des coups, Théodore, sur _Le Folkestone_,
-assistait à cette glorieuse équipée[680].
-
- [680] _Relation de ce qui s'est passé à Ajaccio, le 2 mars 1743
- entre le vaisseau de guerre espagnol_ Le Saint-Isidore _et les
- vaisseaux de guerre anglais_. Cette relation a été faite par le
- consul d'Espagne, à Livourne, sur la déposition des matelots du
- vaisseau espagnol et traduit de l'espagnol, Livourne, ce 21 mars
- 1743: Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du Ministère
- des affaires étrangères.
-
-Pendant ce temps, les chefs de la Balagne consultaient leurs docteurs en
-théologie pour savoir si l'on devait recevoir le roi. Comme les
-théologiens corses étaient les plus exaltés parmi les rebelles, on
-pensait que leur avis serait favorable à Théodore[681]. Mais celui-ci
-préférait exercer son autorité royale à distance; il ne débarqua pas. Il
-est vrai que l'enthousiasme de certains n'était pas partagé par les
-populations. Il y avait en Corse un parti très important pour l'infant
-Don Philippe d'Espagne, et le fait d'arriver sous le couvert du
-pavillon anglais ne pouvait pas rendre la popularité au roi, surtout
-pour la question de religion[682]. Vers le milieu de mars, _Le
-Folkestone_ ramena Neuhoff dans les eaux toscanes, cette fois-ci
-définitivement. Le capitaine Balchen le fit déposer, dans la nuit du 16
-au 17, à l'embouchure de l'Arno, où Richecourt, le vice-président du
-Conseil de régence, vint conférer avec lui[683].
-
- [681] Ozero à Jonville, Calvi, le 3 mars 1743: _loc. cit._
-
- [682] Lorenzi à Amelot, Florence, le 16 février 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [683] Extrait d'une lettre du 18 mars 1743 de Bertellet, consul
- de France à Livourne.--Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril
- 1743: _Ibidem_.
-
-On disait que les Anglais avaient été promptement désabusés sur le
-compte de Théodore, qui leur avait promis des choses qu'il ne pouvait
-pas tenir. On prétendait aussi qu'ils s'étaient servis du baron comme
-d'un «épouvantail», à l'usage des Génois, «pour les empêcher de protéger
-le _Saint-Isidore_ et que toute cette levée de boucliers, la plus
-indécente qu'ait jamais faite une couronne, n'avait pour point de vue
-que de brûler ou de prendre le vaisseau espagnol dans le port d'Ajaccio
-et sous le canon de la forteresse sans qu'elle s'y opposât, et que cette
-affaire étant consommée par le parti que M. de Lage a pris de donner feu
-à son vaisseau, Théodore leur est devenu inutile et ils ont pris le
-parti de s'en débarrasser cavalièrement.» On présumait que Neuhoff,
-après avoir été si piteusement abandonné sur la plage italienne par ses
-bons amis les Anglais, irait continuer ailleurs «le roman de sa
-vie»[684].
-
- [684] Extrait d'une lettre, déjà citée, du 18 mars 1743, écrite
- par le consul Bertellet.
-
-Gavi, le consul de Gênes à Livourne était corse; homme très habile,
-d'ailleurs, et capable de tout faire pour son intérêt. Il était très lié
-avec Richecourt et il fréquentait dans l'intimité les plus chauds
-partisans de Théodore en Toscane. Il pouvait ainsi renseigner utilement
-son gouvernement sur toutes les intrigues. C'était un agent
-précieux[685].
-
- [685] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-La république de Gênes fut très alarmée de cette nouvelle équipée. Elle
-paraissait plus sérieuse que les précédentes. N'était-elle pas, en
-effet, ouvertement protégée par l'Angleterre? L'envoyé génois, à Turin,
-dans un entretien avec le marquis d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel
-III, se plaignit des manœuvres anglaises en Corse, car, malgré sa
-réserve, on considérait le roi de Sardaigne comme l'allié des
-Autrichiens et des Anglais. D'Ormea répondit en récriminant plus fort
-contre les Anglais.
-
-Étant donné les relations amicales qui existaient entre George II et
-Charles-Emmanuel, d'Ormea n'admettait pas que la cour de Londres formât
-un projet quelconque sur la Corse sans y faire participer son maître.
-Cette réponse était une défaite, mais elle ne manquait ni d'habileté ni
-d'arrogance. La république n'en fut pas dupe, et si des doutes
-subsistaient encore dans son esprit, au sujet de l'appui, tout au moins
-tacite, donné par le roi de Sardaigne aux entreprises anglaises, cette
-conversation était de nature à les faire évanouir.
-
-Jonville, qui donnait à Amelot le résumé de cette conférence, terminait
-par cette appréciation: «Peut-être les Génois sont-ils d'intelligence
-sur le projet en question avec les Anglais et ce qui me le fait penser,
-c'est que cette république sentant que la Corse est la cause de sa
-ruine, et que les peuples de cette île ne se soumettront jamais à la
-république, elle voudrait peut-être trouver le moyen de vendre ou
-d'échanger cette île et pour ne pas nous donner occasion de nous
-plaindre, elle est capable d'avoir conseillé aux Anglais de s'en rendre
-maîtres[686].»
-
- [686] Jonville à Amelot, Gênes, 20 février 1743: _loc. cit._
-
-Quoi qu'il en soit, la république protesta officiellement auprès de
-George II contre le concours prêté à Théodore par les bâtiments anglais;
-pour faire disparaître en France tout soupçon de mauvaise foi, Doria,
-envoyé génois auprès de Louis XV, remit à Amelot une copie de la
-protestation. Cet écrit faisait l'historique de l'intervention
-française avec la garantie de l'Empereur, puis il relatait les incidents
-de l'arrivée de Neuhoff en Corse accompagné par une escadre anglaise. Il
-jugeait l'édit de l'aventurier, daté de la septième année de son règne,
-séditieux et injurieux pour les couronnes de l'Europe[687].
-
- [687] Note de la république au roi d'Angleterre, février 1743:
- Correspondance de Gênes, vol. 112. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Amelot, après avoir lu cette note, trouva les arguments des Génois bien
-fondés. «Et je ne sais pas, écrivait-il à Jonville, comment les Anglais
-s'y prendront pour pallier aux yeux de l'Europe, je ne dis pas même
-justifier, une entreprise aussi odieuse[688].»
-
- [688] Amelot à Jonville, Versailles, 5 mars 1743: _Ibidem_.
-
-La Cour de Londres n'était pas embarrassée pour si peu. Newcastle
-répondit le 17 mars à Gastaldi, envoyé de Gênes en Angleterre, que tout
-ce qui s'était passé avait été fait non seulement sans l'ordre du roi,
-mais contre ses intentions. Le ministre promettait de faire ouvrir une
-enquête, «afin que Sa Majesté étant pleinement informée du cas, puisse
-prendre, à cet égard, les mesures qu'elle jugera à propos»[689]. Les
-enquêtes valaient à cette époque ce qu'elles valent aujourd'hui. Cette
-réponse était une fin de non recevoir rédigée en termes diplomatiques.
-
- [689] Newcastle à Gastaldi, Whitehall, 17 mars 1743: _Corsica_,
- 1743; filza 41/2050. Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-
-III
-
-On riait en Italie--ailleurs qu'à Gênes--des aventures de Théodore.
-L'amitié inconsidérée que Breitwitz lui avait témoignée faisait dire aux
-plaisants que le baron était le chevalier protecteur de Marie-Thérèse.
-Les gens plus sérieux regrettaient que la reine de Hongrie eût choisi
-comme allié «ce roi de comédie»[690]. La lourdeur tudesque de Breitwitz
-finit par s'émouvoir de ces épigrammes. Comme les autres, il renia
-Neuhoff. Il avait remarqué, disait-il, que c'était «un babillard qui se
-flattait de bien des choses qui étaient chimériques»[691].
-
- [690] Lorenzi à Amelot, Florence, le 30 mars 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
- [691] Lorenzi à Amelot, Florence, le 2 mars 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-De l'embouchure de l'Arno, Théodore se rendit à Florence et sa première
-visite fut pour Breitwitz. Le général autrichien avait d'autant plus
-peur de se compromettre que le baron avait échoué piteusement dans sa
-dernière tentative. A quoi bon voir cet incorrigible hâbleur? Il fit
-dire par son valet à l'aventurier que, se trouvant incommodé, il ne
-pouvait pas le recevoir, mais qu'il l'engageait à aller trouver le
-résident anglais pour l'entretenir de ses affaires.
-
-L'amiral Matthews--_il furibondo_--de son côté, criait bien fort qu'il
-n'entrait pas dans les intrigues de Théodore[692]. Personne ne voulait
-plus connaître ce misérable qui n'était pas capable de réussir.
-
- [692] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: _Ibidem_.
-
-Mann était toujours dans la plus complète ignorance. Il pressa son ami
-Walpole de le renseigner. Celui-ci ne put lui fournir aucune donnée
-précise. Il n'avait entendu dire que des banalités au sujet du
-_mystère_. L'aventurier avait expédié plusieurs de ses prospectus en
-Angleterre et envoyé une couronne à lady Lucy Stanhope[693], dont il
-était tombé amoureux pendant son dernier séjour en Angleterre[694].
-
- [693] Sœur de Philippe, deuxième comte de Stanhope.
-
- [694] Horace Walpole à Horace Mann, 14 mars 1743.
-
-Lorsque cette lettre arriva, Horace Mann s'était rendu chez Théodore.
-Cette entrevue eut lieu le 18 mars, c'est-à-dire aussitôt après
-l'arrivée du baron. Nous avons vu, en effet, que le capitaine Balchen
-l'avait débarqué dans la nuit du 16 au 17 mars. Neuhoff, suivant le
-conseil que Breitwitz lui avait donné par l'intermédiaire de son laquais
-pour s'en débarrasser, était donc entré en rapports avec Mann, à peine
-arrivé à Florence. Le diplomate a laissé dans sa correspondance le
-récit de sa conférence secrète et nocturne avec l'aventurier.
-
-Il sortit seul, à pied, recouvert d'un manteau, une lanterne sourde à la
-main, comme un traître de mélodrame. Tout d'abord, il jeta dans la rue
-un regard inquiet pour voir si aucun œil indiscret ne l'épiait. Rassuré
-de ce côté, il longea l'Arno, puis il s'engagea dans les ruelles
-sombres, rasant les murs, évitant les passants attardés. La dignité
-anglaise recevait un rude assaut. «Je ne suis pas habitué à cette façon
-d'agir et ne l'approuve pas[695]».
-
- [695] _Mann and Manners at the court of Florence, 1740._
-
-L'entrevue avec le _fantôme_ dura quatre heures. Théodore, qui avait de
-l'imagination, raconta beaucoup de choses. Il prétendait être l'oncle de
-lady Yarmouth; il se disait l'ami intime de lord Carteret; mais celui
-des grands seigneurs anglais, qui lui témoignait le plus d'attachement
-et s'intéressait plus particulièrement à ses actions, était lord Orford,
-le propre père d'Horace Walpole.
-
-Théodore rapporta à Mann un fait qui pouvait en quelque sorte justifier
-sa liaison avec lord Carteret. Ce dernier lui aurait dit que lady
-Walpole avait prié un personnage de Hanovre de demander au roi
-d'Angleterre de la prendre en pitié. Le diplomate fut surpris et
-l'arrêta, en répliquant que Sa Majesté était trop juste pour se mêler
-d'affaires privées. Neuhoff faisait allusion au bruit qui courait en
-Toscane que lady Walpole était la maîtresse de Richecourt. Les
-circonstances dont l'aventurier appuya son récit persuadèrent à Mann
-qu'il disait presque la vérité[696].
-
- [696] _Ibidem._
-
-Il fallait que Théodore possédât une forte dose d'inconscience ou
-d'audace pour affirmer de pareilles choses. D'ailleurs, pour appuyer ses
-dires, il remit à Mann une lettre adressée à lord Carteret. Le résident
-anglais promit d'envoyer la missive à Londres par le premier courrier.
-Il pensait que si le ministre répondait, cela lui donnerait enfin la
-clef du mystère.
-
-Mais, en attendant des instructions de Londres, ou tout au moins des
-nouvelles, Mann essaya de s'éclairer sur place. Il revit Théodore. Le
-spirituel ambassadeur mettait dans ses rapports avec le baron un certain
-dilettantisme, agissant en homme sceptique et froid. Il croyait être
-assez sûr de lui-même pour ne pas se livrer. Par contre, Neuhoff était
-intarissable. Il prétendait que l'entreprise avait échoué par la faute
-des officiers subalternes de la flotte et Mann pensa qu'il pouvait avoir
-raison si le roi d'Angleterre et ses ministres eussent donné l'ordre
-positif au commandant de la petite escadre de soutenir le roi de Corse.
-Il écrivit à l'amiral Matthews[697].
-
- [697] _Mann and Manners._
-
-_Il furibondo_ ne savait rien non plus, car cette affaire avait cela de
-particulier que les chefs étaient moins bien renseignés que les
-inférieurs. Mann jugea que le mieux était d'attendre. Mais Théodore
-tenait son confident; il n'allait pas le lâcher ainsi.
-
-Ce dernier n'avait plus un instant de repos. Le baron lui écrivait des
-lettres d'une longueur effrayante. Rien n'égalait sa prolixité, si ce
-n'est son écriture détestable, mal formée, comme les idées qu'élaborait
-son cerveau. Il fallait se livrer à un véritable travail pour déchiffrer
-ses épîtres vraiment par trop fréquentes. Dans une seule journée, Mann
-en reçut quatre. Il y avait là de quoi énerver le plus flegmatique des
-diplomates anglais. Le résident trouvait qu'il payait cher sa curiosité.
-
-Il ne tarda pas à être fatigué des incessantes importunités dont Neuhoff
-l'accablait. «Il me rend complètement fou», écrit-il, «car je ne peux
-rien faire pour lui, ne connaissant de ses affaires que ce qu'il m'en
-dit. C'est un visionnaire au dernier degré». Du reste, Carteret et
-Newcastle ne lui répondirent jamais au sujet de Théodore.
-
-Mû par un sentiment de pitié et aussi peut-être pour se débarrasser de
-l'intrigant, il voulait qu'il quittât Florence où il se trouvait en
-danger.
-
-La Sérénissime République le poursuivait toujours de sa haine et Mann
-était persuadé qu'elle ne reculerait devant aucun moyen pour en finir
-avec lui. Il ne se trompait pas.
-
-Mais, tout en cessant de voir Neuhoff dans la crainte de trahir par ses
-visites le lieu de sa retraite, il faisait des vœux pour lui. «Je
-désire son succès», écrivait-il à la date du 26 mars, «mais ma
-délicatesse me fait un devoir de souhaiter que l'Angleterre ne s'y mêle
-pas[698]».
-
- [698] _Mann and Manners._
-
-Il était cependant très ennuyé, car, malgré les précautions prises, ses
-entrevues mystérieuses avec Théodore n'étaient plus un secret pour
-personne. Il se tira de cette situation difficile en affirmant qu'il lui
-avait simplement rendu des «services d'humanité[699]».
-
- [699] Lorenzi à Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-La situation vraiment précaire du roi de Corse rendait l'excuse fort
-plausible.
-
-La cour de Turin ne se désintéressait pas de l'aventure. Quel rôle
-jouait-elle? Charles-Emmanuel se réservait encore. Sa politique
-consistait à louvoyer, pour voir de quel côté serait son intérêt dans la
-guerre engagée. Son ambition constante était d'obtenir un agrandissement
-de territoire en Italie. La république de Gênes, affaiblie, déchue de
-son antique splendeur, lui semblait une proie facile. La Corse serait un
-beau fleuron pour la couronne de Sardaigne et de Piémont. En attendant,
-toutes les sympathies de Charles-Emmanuel allaient vers la coalition
-anglo-autrichienne. A ce sujet, Lorenzi se livra dans sa dépêche à
-Amelot, du 13 avril 1743, à des réflexions qui ont tout le mérite d'une
-prophétie aujourd'hui réalisée.
-
-«Il ne faut pas douter», écrit-il, «qu'à moins que les affaires
-d'Italie ne changent considérablement de face, le roi de Sardaigne, à la
-fin de cette guerre, soit d'un côté ou de l'autre, n'augmente
-notablement ses États, et il ne manquera pas alors de donner tous ses
-soins à l'acquisition d'une partie de l'État de Gênes à laquelle il vise
-depuis longtemps et à laquelle il médite actuellement. S'il y parvient,
-comme il est fort probable, il sera d'autant plus difficile d'empêcher
-qu'il ne devienne bientôt le maître de toute l'Italie, que les Italiens
-se soumettront volontiers à sa domination dès qu'ils le verront en état
-de pouvoir rendre à leur nation son ancienne gloire et de la délivrer
-des puissances étrangères qui la dominent depuis plus de deux siècles.
-Il est même à présumer que plusieurs contribueront à la réussite de ce
-dessein, car ils conçoivent bien, et leurs plus pénétrants politiques
-l'ont depuis longtemps remarqué, que l'Italie ne sera jamais solidement
-heureuse que lorsqu'elle sera sous la domination d'un seul
-souverain[700].»
-
- [700] Lorenzi à Amelot, Florence, le 13 avril 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'Angleterre n'était donc pas seule à avoir des visées secrètes sur la
-Corse. On savait que François de Lorraine avait, à plusieurs reprises,
-jeté les yeux sur elle. Les graves événements qui se déroulaient en
-Europe et où il était directement mêlé, ne l'empêchaient pas de
-convoiter la possession de l'île. Le grand-duc n'avait pas désavoué
-Breitwitz et Richecourt au sujet des rapports qu'ils avaient entretenus
-avec Théodore. Il voulut être tenu au courant de tout ce qui avait trait
-à l'entreprise. D'ailleurs, Lorenzi croyait pouvoir affirmer que les
-Autrichiens et les Anglais marchaient d'accord dans cette affaire[701].
-
- [701] Lorenzi à Amelot, Florence, le 27 avril 1743: _Ibidem_.
-
-Mais il n'est pas invraisemblable de penser que l'Angleterre entendait
-bénéficier seule du résultat. Et c'est là, sans doute, qu'il faut
-chercher la cause du silence que le duc de Newcastle gardait vis-à-vis
-de ses agents à l'étranger. Villettes, résident à Turin, ne pouvait,
-pas plus que Mann, obtenir de Londres un éclaircissement quelconque au
-sujet de Théodore. Les deux diplomates en étaient réduits à se
-communiquer réciproquement leurs conjectures. La réserve exagérée du
-cabinet anglais produisit l'effet le plus déplorable. Aucun démenti
-n'arrivant, l'opinion publique jugeait fort sévèrement la conduite de
-l'Angleterre. Et Neuhoff, qui ne se croyait pas tenu à la même
-discrétion, assurait que son entreprise avait été concertée avec les
-cours de Londres et de Vienne et que celles-ci «étaient convenues de le
-soutenir»[702].
-
- [702] Même dépêche de Lorenzi à Amelot.
-
-Le 4 mai, Lorenzi donna à Amelot cette information en chiffre: «J'ai
-appris avec toute la certitude possible que la cour de Londres avait
-effectivement fait une convention avec cet aventurier qu'elle regardait
-comme fort avantageuse, mais que présentement elle l'a abandonné et
-qu'elle se borne seulement à protéger par humanité la personne de
-Théodore, parce qu'elle voit qu'il l'a trompée, particulièrement en lui
-faisant accroire qu'il avait à sa disposition douze vaisseaux chargés
-d'armes et munitions et une centaine d'officiers expérimentés. J'ose
-vous supplier très humblement, Monseigneur, du secret sur tout ceci, par
-rapport au grand danger auquel se trouverait exposée la personne qui me
-l'a confié si on pouvait la soupçonner de l'avoir fait[703].»
-
- [703] Lorenzi à Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Quelle était la personne qui avait fait cette confidence à Lorenzi?
-Celui-ci ne le dit pas. Il n'y avait évidemment qu'un homme occupant une
-position qui pût craindre les conséquences d'une indiscrétion de cette
-nature. Nous verrons dans un instant que le propre secrétaire de Mann
-donnait à l'envoyé génois, des avis précis sur les faits et gestes de
-Théodore. Il est probable qu'il fournissait également au ministre de
-France des renseignements puisés dans les papiers de son maître.
-
-Neuhoff avait quitté Florence le 18 avril pour aller à Pise, et, de là,
-gagner Livourne pour prendre passage sur _Le Folkestone_. Il écrivit à
-ce sujet au capitaine Balchen. Ce dernier répondit qu'il le recevrait
-volontiers à son bord, mais qu'il lui serait impossible de le traiter
-comme par le passé. Cette réponse déplut fort au baron, qui voulait
-avoir les égards dûs à un souverain[704]. Il renonça à s'embarquer.
-Peut-être, à la réflexion, eut-il peur d'être à tout jamais gardé par
-les Anglais. Il est dangereux de se mettre à la merci des gens avec qui
-on a comploté de vilaines choses.
-
- [704] Lorenzi à Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Ne pouvant plus compter sur ses bons amis et craignant d'être assassiné
-par les Génois, Théodore quitta Pise et alla se cacher chez un prêtre, à
-Cigoli, aux environs de Florence.
-
-La précaution n'était pas inutile.
-
-Pendant que Théodore entretenait en Toscane des rapports secrets avec
-les Anglais et avec les Autrichiens, Augustin Viale, représentant de la
-république, fit preuve de zèle. Grâce à lui, le Sérénissime Collège,
-l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs d'État furent exactement
-renseignés sur les moindres faits du baron.
-
-Malgré l'édit de Gênes mettant sa tête à prix, l'aventurier vivait
-encore. Le gouvernement génois, cependant, désirait plus que jamais le
-voir disparaître. On le savait en Italie, aussi à plusieurs reprises des
-offres furent-elles adressées à la république par des individus désireux
-de remplir cette mission de confiance.
-
-Il n'est pas sans intérêt de faire connaître en quels termes ces
-propositions d'assassinat étaient faites et de quelle façon elles
-étaient reçues et étudiées à Gênes. Il se dégage en effet de la lecture
-de ces documents, tirés des archives secrètes de Gênes, une notion très
-exacte des idées et des sentiments qui dirigeaient la politique à la
-fois timorée et impitoyable de la Sérénissime République[705].
-
- [705] J'ai eu la bonne fortune de trouver dans la partie des
- archives d'État à Gênes, classée sous le titre d'_Archivio
- secreto_, non seulement tous les documents concernant cette
- curieuse histoire, mais aussi les décisions du Sérénissime
- Collège et celles de l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs
- d'État touchant les faits signalés. Lus d'abord devant le
- collège, ces documents étaient ensuite transmis aux inquisiteurs
- à qui incombait tout spécialement l'examen des affaires
- concernant Théodore. Cette transmission se faisait avec toutes
- sortes de protocoles. Invariablement chaque envoi se terminait
- par cette formule: _Per Serenississima Collegia ad Calculos_.
-
-Un Corse, absent de sa patrie depuis vingt-quatre ans, Dominique
-Mariani, habitant Milan dans le quartier Sainte-Euphémie, vis-à-vis le
-palais du comte de Bron, écrivit, le 1er avril 1743, au gouvernement
-génois. Fidèle sujet de la république, il n'avait jamais eu l'occasion
-de prouver son zèle et son dévouement. Ils étaient tellement grands
-qu'il brûlait de les témoigner. Il proposait donc d'enlever la vie à
-Théodore. En délivrant la république de ce misérable, il rendrait la
-paix à sa patrie en la faisant rentrer dans l'obéissance. Il tuera
-volontiers, non seulement le baron, mais encore quiconque les Excellents
-inquisiteurs d'État voudront bien lui désigner. En homme habitué à ces
-sortes d'opérations, Mariani se permettait de proposer aux Génois les
-procédés que son expérience lui conseillait pour conserver à cette
-affaire l'obscurité nécessaire. On consent à courir des risques pour
-servir ses maîtres, mais il faut s'entourer de quelques précautions. Si
-les inquisiteurs agréaient cette proposition, ils n'auraient qu'à lui
-envoyer une paire de gants. Mariani chargeait l'Illustrissime abbé
-Jacques Durazzo de remettre sa supplique à la Junte de Corse, sans lui
-en dévoiler le contenu. Si le gouvernement désirait lui répondre par
-écrit, il pourrait remettre sa lettre au susdit ecclésiastique ou la lui
-faire tenir par le marquis de Caravaggio ou bien par M. Joseph Foglia.
-En tous cas, les ordres qu'on voudra bien lui donner seront reçus avec
-gratitude. Afin de ne compromettre personne, si leurs Excellences
-consentaient à entrer dans l'affaire, Mariani se ferait remettre des
-lettres de recommandation pour le général Breitwitz à Livourne et pour
-d'autres notabilités[706].
-
- [706] Dominique Mariani à l'Excellentissime et Illustrissime
- Junte de Corse à Gênes, Milan, le 1er avril 1743: _loc. cit._
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Le 3 avril, les inquisiteurs d'État délibérèrent sur cette lettre. Ils
-acceptèrent en principe les offres de Mariani, mais il était
-indispensable que ce dernier se rendît à Gênes pour développer en
-personne ses idées et indiquer les mesures qu'il comptait prendre pour
-mettre son plan à exécution--et Théodore aussi. Il fut décidé qu'on
-écrirait au susdit Mariani dans le plus bref délai possible. Ses frais
-de voyage lui seront immédiatement remboursés. A son arrivée, il devra
-se présenter à M. Étienne Monza et ne faire connaître son nom qu'à ce
-seul personnage. Le député du mois écrira cela par l'intermédiaire de
-Joseph Foglia selon la formule ordinaire, en mettant dans la confidence
-l'Excellentissime Laurent de Mari, parce qu'il a l'habitude de
-correspondre avec Foglia, mais seul Monza aura à préparer l'arrivée à
-Gênes de Mariani et à l'entendre[707].
-
- [707] Délibération des inquisiteurs d'État sur la lettre de
- Mariani, le 3 avril 1743: _loc. cit._
-
-Quel était ce Foglia avec qui Mari correspondait? Un individu qui, sans
-doute, se chargeait des commissions malpropres de l'Excellentissime
-Tribunal.
-
-L'affaire en resta là, car le fidèle sujet corse de la Sérénissime
-république ne vint pas à Gênes. Son expérience de la politique génoise
-lui avait fait voir probablement tout le danger qu'il y aurait pour lui
-à se trouver sous la main des inquisiteurs, dans le cas où il ne
-tomberait pas d'accord avec eux sur les conditions de l'entreprise.
-
-Bientôt les Génois engagèrent l'affaire d'un autre côté. C'est ici que
-Viale doit jouer un rôle.
-
-L'agent de Gênes s'efforçait de savoir où se cachait Théodore. Mann
-avait affirmé à un chevalier, ami de Viale, qu'il se trouvait chez un
-ecclésiastique des environs. Par scrupule et par délicatesse, le
-chevalier n'avait pas voulu révéler au résident l'endroit exact où était
-l'aventurier. Malgré ses prières et ses instances répétées, Viale ne put
-fléchir son ami; mais, avec cet esprit policier particulier aux Génois,
-il suggérait au Sérénissime Collège un moyen de découvrir la retraite du
-fugitif; c'était de faire surveiller, par des hommes de confiance, les
-allées et venues du docteur Olmeta, un corse, qui se rendait parfois
-auprès du baron[708].
-
- [708] Viale au Sérénissime Collège, Florence, le 10 mai 1743:
- _loc. cit._
-
-Le 21 mai, Viale, malgré ses diligentes recherches, n'avait rien de neuf
-à mander à Gênes, lorsqu'au moment où il rédigeait sa dépêche, il reçut
-un billet, émanant «d'un ministre qui a l'habitude d'être bien renseigné
-et qui est chargé de surveiller les actions de Théodore». On peut
-aisément deviner que ce ministre n'était autre que Mann. Viale, avec un
-instinct qui prouvait chez lui des aptitudes diplomatiques, disait, en
-envoyant la note, qu'il ne savait pas jusqu'à quel point on devait
-ajouter foi à son contenu. Elle portait, en effet, que Neuhoff, d'après
-certains indices, devait se trouver à Rome. Les Anglais avaient tout
-intérêt à laisser cette opinion s'accréditer et n'entendaient pas que
-l'aventurier tombât, avec ses papiers, entre les mains des Génois.
-
-Après la lecture au Collège, la lettre de Viale fut transmise dans les
-règles ordinaires, «avec faculté aux inquisiteurs d'État de donner au
-Magnifique Augustin Viale les ordres et les instructions qu'il jugera
-convenables».
-
-La décision prise par le tribunal est à citer en entier.
-
-«Il a été décrété que l'Illustrissime Augustin Viale[709] aura la charge
-d'écrire au susdit Magnifique Augustin Viale de Florence, qu'on estime
-superflu de donner aucune récompense pour la seule connaissance de la
-demeure dudit Théodore; toutefois, on remettrait la prime fixée à celui
-qui, en donnant cette indication, la ferait suivre de l'_extinction_ du
-susdit Théodore. L'Illustrissime Augustin Viale rédigera cette lettre de
-façon à ce que, venant à tomber entre les mains de qui que ce soit et
-ouverte, on n'en puisse saisir le véritable sens, faisant en cela valoir
-son expérience, ses capacités et sa prudence. _Per Excellentissimum et
-Illustrissimum Magistratum Inquisitorum status ad Calculos[710]._
-
- [709] C'était un homonyme du résident génois à Florence.
- L'inquisiteur portait le titre d'_Illustrissime_, l'autre celui
- de _Magnifique_.
-
- [710] Lettre d'Augustin Viale au Sérénissime Collège, Florence,
- le 21 mai 1743, suivie de la délibération du tribunal des
- inquisiteurs d'État du 24 mai: _loc. cit._
-
-Tandis que les inquisiteurs d'État décidaient le meurtre de leur ennemi,
-l'activité de Viale ne se ralentissait pas. Il continuait ses
-recherches, ayant maintenant un auxiliaire précieux dans le secrétaire
-de Mann. Ce fidèle employé servait tout le monde et trahissait son
-maître avec le même zèle.
-
-Avant que l'étrange délibération du tribunal, prise le 27 mai, lui fût
-parvenue, Viale écrivait le 28 au Magnifique Sartorio, qu'il était
-parvenu à savoir par une personne habile, amie du secrétaire du ministre
-anglais, que Théodore n'était plus retourné à Florence. Le lundi, 20
-mai, l'aventurier se trouvait à Cigoli, dans la maison du prêtre
-Baldanzi. Viale ajoutait un autre détail. Le Révérend Père, qui avait
-prêché le Carême dernier en l'église du Carmel, allait fréquemment voir
-Neuhoff. Il lui avait prêté ou donné son habit de moine. Le baron s'en
-était revêtu pour sortir de la ville, et très probablement, il s'en
-servirait encore à l'occasion. Après avoir donné cette indication qui,
-au besoin, pouvait servir de signalement, Viale ajoutait: «Ce Père
-prédicateur n'est pas carme, mais il appartient au couvent de
-Sainte-Marie-Majeure, correspondant à celui des Anges de la Congrégation
-de Mantoue. Je m'imagine que votre Seigneurie Illustrissime comprendra
-facilement combien j'ai à cœur de ne jamais voir divulguer ce qui a été
-révélé par le secrétaire du ministre d'Angleterre, non seulement pour
-le préjudice que cela lui causerait, mais encore parce que je ne
-pourrais plus avoir de nouvelles de Théodore par son intermédiaire,
-moyen que je considère comme des plus sûrs, car je suis informé avec
-toute certitude que Théodore entretient un continuel commerce de lettres
-avec lÉdit ministre. Celui-ci ne cesse de protester qu'il ne le fait que
-par charité et humanité».
-
-Nous avons vu que c'était la raison que Mann donnait de ses rapports
-avec le baron de Neuhoff.
-
-Viale terminait sa lettre en disant que tous les bâtiments de guerre
-anglais ancrés à Livourne étaient partis[711].
-
- [711] Viale à Sartorio, Florence, le 28 mai 1743: _loc. cit._
-
-La crainte d'une tentative de débarquement en Corse se trouvait donc
-momentanément écartée; mais à Gênes l'inquiétude subsistait. Tant que
-Théodore vivait, un retour offensif était toujours possible. Ce que
-l'Angleterre avait tenté avec lui, une autre puissance pouvait le faire.
-Les Génois avaient la peur des faibles, la peur qui ne raisonne pas et
-qui engendre toutes les témérités.
-
-Viale ne répondit pas à la lettre que, sur l'ordre des inquisiteurs
-d'État, son homonyme de Gênes lui avait écrite au sujet de
-l'_extinction_ de Théodore. Peut-être ne lui était-elle pas parvenue,
-car il arrivait fréquemment que des courriers étaient interceptés. Il
-pouvait aussi n'en avoir pas saisi le véritable sens, puisqu'elle était,
-à dessein, rédigée en termes obscurs. Le résident continuait ses
-recherches pour découvrir l'endroit où se cachait Neuhoff. Celui-ci
-recevait la _Gazette de Berne_ et le _Mercure de Hollande_. Les journaux
-portaient son adresse exacte à Cigoli. Par ce moyen, il n'était pas
-difficile de se la procurer[712].
-
- [712] Viale au Sérénissime Collège, Florence, le 23 juin 1743:
- _loc. cit._
-
-En réponse à cette lettre, les inquisiteurs d'État précisèrent. Le 8
-juillet, le tribunal s'assembla et prit cette décision:
-
-«Il a été décrété que l'illustrissime Benoît de Franchi, député du
-mois, prendra la peine d'assurer la correspondance avec le Magnifique
-Augustin Viale de Florence. Il l'informera que si on trouve une personne
-qui veuille prendre l'engagement d'_occire_ (uccidere) lÉdit Théodore,
-on lui payera aussitôt ce meurtre accompli la somme de deux mille écus
-argent, prime fixée par l'édit public, dont on pourra transmettre un
-exemplaire. A cet effet, la lettre sera écrite suivant la teneur des
-discours. _Per Excellentissimum et Illustrissimum Magistratum
-Inquisitorum status ad Calculos[713]._»
-
- [713] Délibération des inquisiteurs d'État prise le 28 juin à la
- suite de la lettre de Viale du 23 juin: _loc. cit._
-
-Cette fois, la dépêche portant à Viale la décision des inquisiteurs
-d'État ne fut pas rédigée en termes ambigus. Le diplomate comprit--il ne
-pouvait pas faire autrement;--mais il fit ses réserves. Il écrivit sur
-le champ à de Franchi. Il commençait en disant que l'Excellentissime
-Tribunal, au sein duquel de Franchi siégeait si dignement, devait être
-pleinement assuré de son zèle pour le bien public. Quoique sans mandat,
-il n'avait reculé devant aucune démarche, aucune fatigue, afin de se
-procurer les indications nécessaires pour amener la découverte de la
-retraite de Théodore, car il pensait que ces renseignements étaient d'un
-grand prix pour le tribunal. Il ajoutait: «Et cependant je ne vois pas
-qu'il me soit possible d'accepter la commission dont veut bien me
-charger votre Seigneurie Illustrissime dans sa très vénérée lettre du
-13, non par manque de ce zèle qui ne cessera qu'avec ma vie, mais parce
-que je ne suis revêtu d'aucun caractère qui puisse sauver ma personne
-dans le cas où l'exécuteur viendrait à être arrêté ou qu'il fût
-indiscret avant le meurtre. Je courrais ainsi un trop grand péril. Ce
-motif est tellement appréciable que je pense que l'Excellentissime
-Tribunal et votre Illustrissime Seigneurie ne le trouveront pas
-déraisonnable. A cette difficulté je dois en ajouter une autre. D'après
-mes dernières nouvelles, Théodore est bien gardé: une seule personne ne
-sera pas capable de le tuer, et il sera très dangereux de confier le
-secret à plusieurs. Il conviendrait, en outre, de fournir à ces
-personnes les moyens de subsister jusqu'au moment où elles auraient
-réussi à _faire le coup_. Pour de bons motifs, je ne pourrais me charger
-de cette dernière commission si j'avais de l'argent, ce dont je manque
-entièrement, et quand bien même on me ferait l'avance des fonds. Ce qui
-me pousse à cette délicatesse, ce sont les embarras bien connus dans
-lesquels je me trouve.» Pour terminer, il affirmait de nouveau son zèle
-et son dévouement[714]. La délicatesse de Viale était d'autant plus en
-émoi qu'il n'avait pas d'argent et que son gouvernement ne paraissait
-pas avoir l'intention de lui en donner. Il ne pouvait pourtant pas se
-charger des frais qu'occasionnerait l'affaire. Et puis, il était
-rétribué pour faire de la diplomatie et non pour assurer la disparition
-des gens désagréables à ses chefs. Des commissions de ce genre se payent
-en plus.
-
- [714] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 16 juillet 1743:
- _loc. cit._
-
-Cette dépêche est datée du 16 juillet. Elle fut lue le 22 devant le
-tribunal des inquisiteurs d'État. La décision prise à la suite de cette
-lecture est assez inattendue. On décréta, en effet, après discussion,
-qu'il serait accusé réception de cette lettre avec éloges et
-remerciements. En outre, on informerait Viale que les magistrats
-trouvaient ses raisons justes et ses réflexions bien fondées, touchant
-les difficultés que présentait l'entreprise[715].
-
- [715] Délibération des inquisiteurs d'État prise le 22 juillet à
- la suite de la lettre de Viale du 16: _loc. cit._
-
-Puisque Viale refusait, d'une manière qui paraissait positive, d'assumer
-la responsabilité de l'assassinat, les inquisiteurs ne pouvaient rien
-faire. L'agent ne se jugeait pas assez garanti. Il y avait encore cette
-fâcheuse question d'argent qui faisait toujours reculer les Génois au
-moment psychologique. Ils avaient fait un effort en promettant deux
-mille écus pour la tête de Théodore; d'après eux, elle ne valait pas
-davantage. Les insinuations de leur représentant leur laissaient
-entrevoir des frais supplémentaires. Il fallait donc couper court.
-
-Le plus curieux de l'affaire c'est que Viale allait de lui-même faire
-des propositions au moins étranges à l'Excellentissime Tribunal.
-
-Le 23 juillet, avant même que la décision des inquisiteurs lui fût
-parvenue, il écrivit à de Franchi pour lui dire qu'aux motifs invoqués
-par lui dans sa dernière lettre pour ne pas accepter la commission dont
-on l'avait chargé, il se joignait une autre considération--un
-scrupule--: «le coup pourrait tomber sur une personne innocente, car
-nous ne possédons pas un signalement suffisamment exact de la personne à
-qui le coup est destiné.»
-
-Le négociant diplomate, «afin d'éviter une erreur aussi grave»,
-suggérait une idée pratique. On mettrait à sa disposition deux sbires
-courageux qu'il aboucherait avec un certain San Cristofano, «car trois
-hommes ne seront pas de trop pour faire le coup».
-
-Le Magnifique résident de la Sérénissime République donnait sur San
-Cristofano les meilleures références.
-
-Ce Saltabadil était un honnête employé des douanes du grand-duché, qui
-avait été banni de Gênes pour une peccadille: il avait tué, deux mois
-auparavant, un caporal corse. Afin de se faire pardonner cette erreur,
-San Cristofano déclarait qu'il était prêt à tout, disposé à courir les
-plus grands dangers, même à aller en Corse. Il connaissait à fond la
-Toscane, c'était un homme résolu, un vrai brave, et pour peu qu'on lui
-adjoignît deux aides solides, il se faisait fort d'expédier son homme.
-
-Mais il fallait manœuvrer avec beaucoup d'habileté; «l'imposteur est
-sur ses gardes, ainsi que l'Excellentissime Tribunal pourra s'en
-convaincre, par les renseignements ci-inclus qui me parviennent d'une
-source très sûre, d'où il résulte qu'un homme seul n'est pas suffisant
-pour mener à bonne fin une affaire de cette importance.»
-
-Viale concluait en disant qu'il était nécessaire d'attendre le moment
-opportun, dût-on y employer plusieurs jours. «Mais pendant ce temps-là,
-il faudrait fournir aux exécuteurs les moyens de subsister et, le coup
-fait, faciliter leur fuite. Je ne peux, concluait le ministre, et qu'il
-me soit permis d'ajouter: je ne veux toucher à cette question[716].»
-
- [716] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 23 juillet 1743:
- _loc. cit._
-
-Les inquisiteurs d'État enregistrèrent cette lettre sans commentaires.
-
-Viale écrivit de nouveau à de Franchi le 6 août. Il dit qu'il n'a pas
-reçu la lettre que le tribunal a dû le charger d'écrire en réponse à sa
-dépêche du 23. Il y avait sans aucun doute de bonnes raisons pour cela.
-Les inquisiteurs, par une prudence de plus en plus caractérisée, ne
-donnèrent pas mission à de Franchi de répondre à Viale. La copie de la
-lettre ne se trouve pas dans les archives de Gênes et l'on peut penser
-que la poste ne l'a point égarée.
-
-Cela n'empêchait pas Viale de continuer à transmettre au Sérénissime
-Collège toutes les informations que le secrétaire de Mann lui apportait
-avec une constance louable.
-
-Théodore était toujours à Cigoli. Il avait écrit au général Breitwitz
-afin d'obtenir de l'argent pour se rendre en Angleterre où il voulait
-porter sa plainte au roi contre l'amiral Matthews. «Peut-être aussi
-va-t-il s'en retourner dans son pays, car l'imposteur voit s'évanouir
-toutes ses idées téméraires.»
-
-L'envoyé revenait à son plan d'assassinat. Pour éviter la quarantaine
-qu'il serait obligé de faire à l'entrée des États Pontificaux, il ne
-restait à Théodore que la route de Sarzana, par Pontremoli, et celle de
-Massa, par le mont Pellegrino, conduisant dans le Modanais.
-
-Viale présumait qu'il prendrait cette dernière route. «Le passage du
-mont Pellegrino serait très commode pour faire le coup»; l'endroit rêvé
-pour assassiner proprement un homme.
-
-Malheureusement, le Magnifique commerçant, envoyé de la république,
-avait peur de ne pas avoir «l'avis nécessaire à temps», d'autant plus,
-dit-il, «que j'ai présentement une très forte fluxion dans la tête qui
-m'empêche de marcher[717].»
-
- [717] Viale à de Franchi, Florence, le 6 août 1743: _loc. cit._
-
-Est-ce aux hésitations des inquisiteurs, aux exigences de San
-Cristofano, ou à la fluxion de Viale que Théodore dut d'avoir la vie
-sauve? Les archives secrètes de Gênes ne nous ont pas livré le mot de
-cette énigme.
-
-Mais, en compensation, nous y trouvons, immédiatement après le document
-ci-dessus, une pièce qui ne manque pas de saveur. C'est une lettre de M.
-de Mari, ambassadeur de la république de Gênes à Venise, à Ansaldo
-Grimaldi, datée du 10 août 1743.
-
- «Excellence,
-
-«J'ai reçu votre très estimée lettre sans date, mais que je crois être
-du 3 courant et je vous en remercie infiniment. Je vous envoie la kabale
-de Pic de la Mirandole pour voir si nous pouvons frapper juste. Si
-Théodore est à Pise, l'affaire est faite. La quarantaine m'ennuie; j'ai
-un ami à Pise dans lequel je peux avoir confiance. _Si tu vales bene
-est; ego quidem valeo._ Dans quelque temps je pourrai vous dire la
-réponse que l'on m'aura donnée de Londres au sujet de la montre à
-répétition dont vous m'avez parlé[718].»
-
- [718] De Mari à Ansaldo Grimaldi, Venise, le 10 août 1743: _loc.
- cit._
-
-Le 17 août, le procès-verbal porte après lecture et discussion que
-l'Illustrissime Ansaldo Grimaldi répondrait au susdit ambassadeur de
-Mari avec sa prudence bien connue[719]. On voit que si Théodore était
-prudent, les inquisiteurs ne l'étaient pas moins.
-
- [719] Délibération prise le 17 août à la suite de la lettre de de
- Mari: _loc. cit._
-
-Le baron de Neuhoff échappa à la kabale de Pic de la Mirandole, comme il
-avait échappé au poignard de San Cristofano. L'essai d'envoûtement en
-resta là, comme la tentative d'assassinat.
-
-L'aventurier continuait à demeurer chez le curé de campagne. Il avait
-auprès de lui quatre personnes pour le garder. Il écrivait sans cesse à
-lord Carteret et à l'amiral Matthews; mais les Anglais ne lui
-répondaient plus[720]. Pour l'instant, ils avaient des occupations plus
-sérieuses que de rendre la couronne à un individu dont ils ne pouvaient
-rien tirer, pour lequel les Corses se montraient peu enthousiastes et
-qui n'avait aucune ressource personnelle[721]. L'amiral reçut ordre
-«d'éviter de donner la moindre plainte par rapport à Théodore et il
-parut fermement résolu de ne point se mêler en aucune façon de ce qui
-regarde cet aventurier»[722].
-
- [720] Lorenzi à Amelot, Florence, le 22 juin 1743: Correspondance
- de Florence, vol. 97. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
- [721] Amelot à Lorenzi, Versailles, les 21 mai et 9 juillet:
- _Ibidem_.
-
- [722] Lorenzi à Amelot, Florence, le 29 juin 1743: _Ibidem_.
-
-Celui-ci se trouvait à bout de moyens; il en était réduit à vendre son
-linge. Il songeait, disait-on, à s'en aller et Viale regrettait
-amèrement que l'on perdît une si belle occasion, parce qu'une fois parti
-de Toscane, il lui serait bien difficile de revenir. Cependant, il
-s'entêtait dans ses pensées louches, il avait encore l'espérance de
-réussir un jour. «Ce ne sont que des songes, écrivait le ministre, mais
-cela est suffisant pour inquiéter le gouvernement[723].»
-
- [723] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 13 août 1743: _loc.
- cit._
-
-Quelques jours plus tard, il insistait encore. Il affirmait que Théodore
-était absolument dénué de tout. En vendant ses hardes, il aurait juste
-de quoi aller en Allemagne. Une fois parti, il n'y aurait plus rien à
-faire[724].
-
- [724] _Ibidem._
-
-Les inquisiteurs lisaient en conseil les dépêches de Viale.
-Consciencieusement, on lui répondait en lui envoyant des éloges et des
-remerciements. On le priait de continuer. Mais il n'était plus question
-de l'affaire. En se confondant en marques de gratitude pour les paroles
-gracieuses dont le tribunal l'accablait, le féroce diplomate
-n'abandonnait pas son plan d'assassinat. Le départ prochain de
-l'aventurier était certain. Deux routes s'offraient à lui: l'une par
-Pistoia, l'autre par Massa-Carrare. Le temps pressait; si on voulait
-agir et réussir, il fallait se hâter. Viale n'avait qu'une crainte,
-c'est qu'on arrivât trop tard. Il demandait donc de promptes
-instructions[725].
-
- [725] Viale à Benoît de Franchi, Florence, le 17 septembre 1743:
- _loc. cit._
-
-Les inquisiteurs enregistrèrent cette lettre sans commentaires.
-
-On prétendait, en effet, que Théodore allait partir pour se rendre en
-Allemagne auprès du roi d'Angleterre[726]. C'était un faux bruit;
-Neuhoff devait continuer à vivre quelques années encore en Toscane,
-tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Plus tard, Viale transmettait à
-son gouvernement un billet émanant d'une «personne sûre», qui tenait ce
-détail du ministre anglais. Ce billet disait: «L'ami est certainement
-allé du côté de Livourne, où il se tient dans les environs sans qu'on
-sache exactement où. Il attend de pouvoir s'embarquer[727].» _L'ami_
-avait quitté Cigoli. Le prêtre chez qui il logeait, las d'héberger ce
-roi encombrant qui mentait toujours, l'avait mis à la porte. Il s'était
-alors dirigé vers Livourne. Il écrivit encore à l'amiral Matthews pour
-lui demander de le conduire à Port-Mahon, où, disait-il, il serait en
-état de tenir «les grandes promesses qu'il avait faites à milord
-Carteret». _Il furibondo_ refusa en termes énergiques. Richecourt ne
-voulut pas lui donner un passeport. Théodore n'avait plus un sou, tout
-le monde l'abandonnait[728]. C'était la misère avec son inévitable
-compagnon: l'isolement!
-
- [726] Lorenzi à Amelot, Florence, le 17 septembre 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 98. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [727] Viale à Sorba, Florence, le 17 décembre 1743: _loc. cit._
-
- [728] Lorenzi à Amelot, Florence, les 21 et 28 décembre 1743:
- Correspondance de Florence, vol. 98. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Dans sa détresse, il éprouva le besoin de s'épancher. Il écrivit une
-belle lettre au Père Colonna. Obligé de changer de demeure pour sa
-sûreté, il s'excusait du retard qu'il mettait à répondre au religieux,
-qui s'occupait de quelques affaires le concernant. Il demandait au Père
-si le sieur Vaccaro, à qui il avait confié des marchandises et une
-pendule, avait exactement remis la note de tout ce qu'il avait en mains.
-La vente de la pendule suffirait à indemniser Vaccaro--principal et
-intérêts--de ses avances, et il comptait sur l'honnêteté de ce dernier
-pour lui rendre ses marchandises. Puis, passant à un sujet plus élevé,
-il se plaignait de toutes les intrigues dont on l'avait entouré, aussi
-bien en Corse que sur le continent. Ces cabales ne servaient qu'à
-plonger ses sujets et lui-même dans l'abîme. Elles refroidissaient ses
-amis et l'empêchaient de faire tout ce qu'il désirait. Malgré ces
-machinations, il restait ferme. Si les Corses lui conservaient leur
-fidélité, il vaincrait sûrement. Le Père devait donc faire cesser les
-trahisons et montrer aux insulaires leur devoir; ils avaient pris un
-engagement solennel devant Dieu et devant le monde. Obligé de se cacher
-pour ne pas être assassiné, traqué en tous endroits pendant sept mois,
-la Providence l'avait protégé au milieu de tous ces périls. Pour qui
-donc avait-il ainsi exposé sa vie si ce n'était pour ses sujets? En
-vendant ce qu'il possède, il pourrait s'en retourner dans son pays et
-jouir tranquillement de la vie sans avoir besoin de personne. «J'ai
-souffert, s'écriait-il, et je souffre encore pour vous autres. J'ai
-remédié et je peux encore remédier à tout, mais l'inconstance des
-peuples me paralyse.» Il espérait que Dieu aurait enfin pitié de ce
-malheureux pays et qu'Il l'illuminerait pour son plus grand bien. Il
-terminait en se recommandant aux bonnes prières du moine[729].
-
- [729] Théodore au Père Colonna, le 27 décembre 1743: _loc. cit._
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Neuhoff ne voulait pas s'avouer vaincu. Il n'était pas homme à se
-laisser oublier ni à abandonner ses rêves et ses chimères.
-
-[Illustration]
-THEODORUS OP STELTE. Gravure reproduite d'après le
-pamphlet hollandais: «_De Dwaalende Moff of vervolg van Theodorus op
-Stelten._» (Londres, British Museum.)
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-/#
- Théodore en Toscane.--Il veut entamer des négociations avec la cour
- de Turin.--Ses lettres à d'Ormea.--Dominique Rivarola.--Mann joue
- double jeu.--Rivarola traite avec le gouvernement
- sarde.--L'expédition de Corse décidée.
-
- Théodore touche une forte somme.--D'où vient l'argent?--Le comte de
- la Vague.--Rivarola prépare l'expédition.--Théodore proteste.
-
- Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.--Mann empêche ce
- départ.--Proclamation du roi de Sardaigne.--L'escadre anglaise
- devant Bastia.--Bombardement.--Rivarola sous les murs de
- Bastia.--Capitulation de la ville.--Les Anglais renoncent à
- l'entreprise sur la Corse.
-
- Le roi de Sardaigne et Théodore.--Dénûment du roi de Corse.--La
- cour de Vienne songe à Neuhoff.--Le projet est abandonné.--Théodore
- est expulsé de Toscane.
-
-
-I
-
-«Le baron Théodore, suivant ce qu'on m'assure de très bonne part, va
-reparaître sur la scène sous les auspices du roi de Sardaigne.» Lorenzi
-qui, à la fin d'avril 1744, donnait cette information, ajoutait que
-Charles-Emmanuel III devait fournir une petite flotte à Neuhoff pour lui
-permettre de reconquérir la Corse. Le grand-duc de Toscane, François de
-Lorraine, entrait dans ce projet. L'aventurier se trouvait dans une
-maison de campagne aux environs de Sienne et se tenait prêt à partir,
-avec dix ou douze personnes qui étaient auprès de lui. Il avait reçu
-mille sequins et écrivait fréquemment de longues lettres au ministre
-anglais. Puis, pendant plusieurs jours, il s'était caché dans Sienne, où
-deux compagnies franches du grand-duc, composées de Corses et commandées
-par deux de ses parents, tenaient garnison[730]. Ces troupes se mirent
-en route le 4 mai et se rendirent à Livourne. On présumait que Théodore,
-sur un avis de Richecourt, devait aussi gagner le port. Il se faisait
-appeler le baron de Bergheim. Son entourage l'entourait de respect. Son
-air arrogant montrait qu'il était hautement protégé. Il dépensait
-largement et on sut que l'argent qu'il avait lui venait du consul
-anglais à Livourne[731].
-
- [730] Lorenzi à Amelot, Florence, le 30 avril 1744:
- Correspondance de Florence, vol. 99. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [731] Lorenzi à Amelot, Florence, le 7 mai 1744: _Ibidem_.
-
-Profitant de la guerre qui agitait l'Europe, les Anglais reprenaient,
-avec la complicité du gouvernement sarde, leurs intrigues pour la
-possession de la Corse. Mais, cette fois, ils allaient susciter un
-concurrent à Théodore.
-
-Neuhoff avait comme ami un certain baron de Salis. Par son
-intermédiaire, au commencement de 1744, il faisait des propositions au
-marquis d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel III. Il s'agissait de
-lever un ou plusieurs régiments corses[732]. La correspondance de
-Théodore à ce sujet passait par les mains de Mann et de Villettes[733].
-
- [732] Giuseppe Roberti, _Carlo Emmanuele III e la Corsica al
- tempo della guerra di successione austriaca_ (Turin, 1890), p. 6.
-
- [733] Dans les archives d'État de Turin, on trouve quatre lettres
- autographes de Théodore datées des 16 avril, 11 et 14 mai et 1er
- juin 1744. Ces lettres mentionnées par M. Giuseppe Roberti, en
- note dans l'ouvrage cité plus haut (p. 7), ne portent pas le nom
- de la personne à qui elles étaient adressées. Il est probable que
- le destinataire était Mann avec qui le baron était resté en
- relations épistolaires. En effet, Neuhoff, dans celle du 15
- avril, donne des renseignements sur le fils du prétendant Stuart
- que Mann avait pour mission spéciale de surveiller en Italie.
- Quoi qu'il en soit, les réponses parvenaient à Théodore par
- l'intermédiaire de Villettes et de Mann.
-
-Le 15 avril, Théodore mandait qu'il pouvait disposer de six à sept mille
-hommes au moins, prêts à être dirigés sur la Corse. Il faisait demander
-à l'amiral Matthews les bâtiments nécessaires pour le transport de ces
-troupes. Les vingt-quatre navires anglais qui se trouvaient à
-Villefranche pourraient servir à cet usage. Neuhoff marcherait à leur
-tête. L'amiral devait être assuré que le roi de Sardaigne approuvait et
-favorisait ce projet[734].
-
- [734] Lettre de Théodore du 15 avril: _Materie militare, Levata
- truppe straniere_, mazzo 2. Archives d'État de Turin.
-
-Il était en correspondance suivie avec le baron de Salis, mais ses
-affaires n'avançaient pas. Il se plaignait de la lenteur qu'on mettait à
-Turin pour prendre des décisions. Le temps pressait, car ses ennemis ne
-restaient point inactifs et l'entouraient d'intrigues qui finiraient par
-paralyser ses efforts. L'Espagne voulait faire proclamer Don Philippe
-souverain de la Corse. Comme ce prétendant avait un parti assez puissant
-dans l'île et à Gênes même, Théodore disait qu'il fallait à tout prix
-écarter cette éventualité. Elle se produirait fatalement si on ne le
-mettait pas à même d'aller dans le pays dissiper ces manœuvres. Il ne
-comprenait rien non plus au silence des «seigneurs de Londres». Pourtant
-on lui avait promis aide et assistance, mais maintenant on ne faisait
-plus cas de lui et on l'abandonnait. Ses sentiments d'honneur, son
-dévouement et sa fidélité, tout cela était méconnu. Cette indifférence
-lui causait de la peine et il s'en _rongeait_ l'âme. Il lui fallait
-trois vaisseaux entièrement à ses ordres. Les Anglais occuperaient les
-ports de l'île ou se tiendraient dans le golfe de la Spezzia, tandis
-qu'il marcherait sus aux Génois. Tel était son plan. «Si puis l'on
-continue en Italie à être sourd, je dois m'efforcer à faire, pour
-l'avenir, le muet, et me retirer du tout, laissant le champ libre à tous
-mes ennemis.» Il envoyait un état des Corses servant en Italie. Il
-savait les noms de chacun et les officiers qui les commandaient lui
-avaient assuré qu'au premier signal ils viendraient tous se joindre à
-lui. «Aucun ne restera en arrière quand il s'agira d'être à mes ordres
-et moi à leur tête[735].» Les officiers ne s'engageaient pas à
-grand'chose.
-
- [735]
- État des Corses dispersés en Italie, au service du
- Pape, officiers, soldats et autres, sans emplois 742
- Au service de Venise 885
- » de l'Espagne et de Naples, en Italie 911
- » de la France 409
- » du Piémont 89
- » de la Toscane 83
- » de Gênes 1.481
- ------
- 4.600
- ======
-
- L'état porte un total de 4.381, ce qui est une erreur.
-
- Lettre de Théodore du 11 mai 1744: _loc. cit._ Archives d'État de
- Turin.
-
-Théodore voulait obtenir du général Breitwitz un congé pour les Corses
-servant dans les troupes toscanes. Cela ne devait soulever aucune
-difficulté, car la cour de Vienne serait charmée de voir ces hommes
-employés au service du roi de Sardaigne. Les hésitations de Turin
-effrayaient le baron. Si au moins il avait eu le moyen d'envoyer
-quelqu'un ou mieux d'y aller lui-même; n'ayant plus un sou, il ne
-pouvait pas se mouvoir. Personne, ami ou ennemi, ne voulait plus lui
-prêter, même sur gages. Il avait bien des polices de change endossées à
-son ordre, mais ne sachant plus à qui se fier, voyant au surplus tous
-ceux qui l'entouraient insensibles à ses demandes et ravis de le plonger
-davantage dans les embarras, il devait «avaler ces pillules.».
-
-Si l'amiral Matthews était bien inspiré, il seconderait ses vues et
-l'aiderait à châtier les Génois, qui avaient poussé les Gallispans[736]
-contre l'Angleterre. «Mes fidèles et sincères remontrances se vérifient
-journalièrement (_sic_) de plus en plus. Depuis l'année passée tout se
-pouvait prévenir, mais que ne cause la présomption et le mépris dans ce
-monde!» Si l'amiral consentait à s'entendre de bonne foi avec lui, les
-affaires avanceraient plus en un mois qu'elles ne l'avaient fait pendant
-deux ans sur les rapports des consuls anglais, tous jacobites et très
-mal informés.
-
- [736] Nom donné aux troupes franco-espagnoles.
-
-Il en revenait à son plan. Huit jours suffisaient pour procéder à
-l'embarquement de six à huit mille hommes. Il se faisait fort de prendre
-la Spezzia sans difficulté. Laissant une garnison anglaise dans ce port,
-il irait ensuite à la poursuite des Génois. Il avait écrit tout cela au
-baron de Salis, à milord Carteret et à ses amis de Londres. Mais, dans
-ces graves circonstances, il lui était cruel de ne pouvoir envoyer
-personne à la cour sarde, ni s'y rendre lui-même pour traiter, faute
-d'argent. Il demandait donc qu'on lui facilitât l'emprunt de cent
-sequins. Il rembourserait ponctuellement cette somme dès son arrivée à
-Turin, car il y avait de bons amis[737].
-
- [737] Lettre de Théodore du 14 mai 1744: _loc. cit._ Archives
- d'État de Turin.
-
- Dans sa lettre Théodore demande à son correspondant de mettre ses
- amis de Londres en garde contre les agissements du chevalier de
- Champigny, envoyé de l'électeur de Cologne. Il l'accuse d'être un
- espion de la France--ce qui est faux--puisqu'en effet nous avons
- vu que le ministre avait recommandé au résident de France à
- Cologne de mettre ce chevalier d'industrie à la porte s'il se
- présentait chez lui. Champigny, qui avait livré les lettres de sa
- mère, continuait ses exploits à Londres, et Théodore demandait
- qu'on le dénonçât en son nom.
-
-Le baron de Salis lui écrivit le 20 mai: «Vous aurez vu par ma lettre de
-l'ordinaire dernier qu'on n'est pas content de vos manières d'agir,
-surtout en réfléchissant que vous vous avisez seulement à présent de
-demander un projet de capitulation, au lieu que vous auriez dû en faire
-un vous-même dès le commencement. Comme vous êtes à portée de M. Mann,
-qui est en correspondance avec M. de Villettes, cette voie est la plus
-commode et la plus courte pour faire vos affaires. Je suis fâché d'être
-hors d'état de vous rendre service[738].»
-
- [738] Copie d'une lettre de M. de Salis au baron Théodore de
- Neuhoff, ce 20 mai 1744: _Ibidem_.
-
-Pour hâter les négociations, le roi de Corse écrivit directement au
-marquis d'Ormea, le 24 mai. La lettre est à citer en entier, car c'est
-le résumé de toutes ces intrigues et un véritable plan de campagne.
-
-«J'ai différé jusqu'ici à m'adresser en droiture à Votre Excellence avec
-une de mes lettres, dans l'espérance de pouvoir me rendre en personne en
-sa présence, ou du moins y envoyer quelqu'un de ma part, comme il lui a
-plu de notifier au baron de Salis, être nécessaire pour conclure la
-capitulation de la levée du régiment, mais je n'ai pu jusqu'ici, à mon
-grand regret, effectuer ni l'un ni l'autre, comme j'en ai fait part en
-toute confiance audit baron de Salis. Si Votre Excellence m'avait
-indiqué un quartier d'assemblée, comme je l'ai demandé dans ma première
-réponse faite audit de Salis en janvier passé, il s'y trouverait déjà un
-nombre de mes gens à la disposition de Sa Majesté le Roi de Sardaigne,
-et serais déchargé, moi, en ces quartiers de quantité, qui, par zèle,
-ont anticipé mes ordres pour me joindre.
-
-«Ayez donc la bonté, Monsieur, de m'informer de la résolution de Sa
-Majesté et de lui représenter que je livrerai non seulement ces trois
-bataillons, mais sept à huit mille hommes, si Sa Majesté daigne induire
-l'amiral Matthews à m'envoyer à Livourne trois à quatre de ses frégates,
-tant pour me conduire et m'appuyer en Corse que pour escorter, puis les
-bâtiments de transport chargés de ce monde pour aller débarquer en
-droiture dans le golfe de la Spezzia, duquel je me fais fort, moi à la
-tête de mes gens, de me rendre maître bien vite, laissant puis garnison
-anglaise dans le fort dudit lazaret de la Spezzia, étant important et
-très nécessaire que la flotte anglaise soit maître (_sic_) dudit poste,
-comme aussi du golfe de San Fiorenzo en Corse, pour anéantir toutes les
-mesures que les Gallispans ont concertées avec Gênes.
-
-«Me trouvant puis débarqué à la Spezzia, je suis très assuré d'être
-bientôt joint de tous les Corses dispersés en toute l'Italie et d'être
-en état de pouvoir agir efficacement de concert avec les troupes de Sa
-Majesté et de ses royaux alliés, contre les Gallispans et alliés, comme
-de me faire livrer aussi de Gênes même tout ce qui me sera nécessaire
-pour maintenir et faire subsister mes gens sans être à charge à Sa
-Majesté et à ses alliés; mais dans ma situation suscitée par ce cruel
-ennemi de Gênes, je me trouve obligé à faire instance d'une petite
-avance à pouvoir assister et attirer certains de mes gens des plus
-accablés; laquelle avance, je prie Votre Excellence de vouloir bien me
-procurer de Sa Majesté, et de me le remettre à Florence à M. le
-chevalier Mann, ministre résident de Sa Majesté Britannique en Toscane,
-sous le couvert duquel et à l'adresse de Van Haagen daignez me donner un
-mot de réponse. Interposez donc tous vos bons offices auprès de Sa
-Majesté, pour qu'elle me fasse la grâce de faire savoir à l'amiral
-Matthews de m'assister sans perte de temps avec trois à quatre frégates
-pour la susdite expédition, laquelle au péril de ma vie propre et de mes
-fidèles s'effectuera certainement à la satisfaction et avantage de Sa
-Majesté le Roi de Sardaigne et de ses royaux alliés, pour lesquels je
-n'ai rien de plus à cœur que de me sacrifier pour mériter l'honneur de
-leurs bonnes grâces et haut appui.
-
-«Votre Excellence me permette enfin de lui recommander mes intérêts,
-lesquels avec mon dessein je lui remets à sa bonne direction la priant
-d'être convaincue qu'elle ne se repentira jamais de s'être bien voulu
-employer pour moi, et qu'elle me trouvera toujours avec un attachement
-des plus sincères, tout dévoué à Elle.
-
- «TEODORO.
-
- «Votre Excellence m'obligera aussi de présenter à Sa Majesté mes
- assurances de mon respectueux et inviolable attachement pour Sa
- Royale Personne et royaux intérêts.
-
- «Ce 14 mai 1744[739].»
-
- [739] Lettre autographe de Théodore au marquis d'Ormea, le 24 mai
- 1744: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.--Cette lettre a été
- citée en partie par M. Giuseppe Roberti dans son étude, p. 7-8.
-
-Théodore n'oubliait rien: les préambules diplomatiques, le plan des
-opérations militaires, la petite avance, ses respects et ses
-protestations dévouées pour Charles-Emmanuel.
-
-Quelques jours plus tard, il écrivit encore à d'Ormea. Pensant que
-l'officier qu'il avait désigné pour aller négocier en son nom à Turin
-tarderait à revenir de Corse, il avait expédié son secrétaire à Vérone
-et à Brescia pour remettre ses instructions au comte Marc-Antoine
-Giappiconi, colonel d'un régiment au service de Venise. Il ordonnait à
-ce colonel de se rendre sans tarder et en secret à Turin, avec son
-frère, pour traiter avec d'Ormea et lui faire signer la capitulation.
-Les frères Giappiconi étaient fidèles et zélés; ils avaient de nombreux
-amis en Corse. Le choix qu'il en faisait pour plénipotentiaires serait
-certainement agréé par le ministre. Ils avaient pleins pouvoirs pour
-conclure.
-
-Marc-Antoine Giappiconi avait accepté le commandement du régiment qu'on
-devait lever. Le baron priait donc d'Ormea de le faire nommer
-général-major par Sa Majesté ou, à défaut, son frère. Leurs longs
-services, leurs mérites personnels, leur attachement, autorisaient cette
-faveur. Ils avaient refusé les offres les plus brillantes en France et
-en Espagne pour ne pas abandonner leur roi. «Votre Excellence s'assure
-de mon attention à composer ce régiment de l'élite de mes gens.» Et il
-terminait en rappelant au ministre sa lettre du 24 mai[740].
-
- [740] Lettre autographe de Théodore à d'Ormea, le 5 juin 1744:
- Bibliothèque municipale de Turin. Collection d'autographes
- Cossilla.--Cette lettre, mentionnée en note par M. Giuseppe
- Roberti (p. 8), se trouve également en copie aux archives d'État,
- _Materie militare, Levata truppe straniere_, mazzo 2.
-
-Je ne sais si le fait d'être dévoué aux intérêts de Théodore était une
-recommandation pour d'Ormea. Mais, ce qu'il y a de certain, c'est qu'à
-Turin on avait sérieusement songé à se servir de lui pour mener les
-intrigues destinées à s'emparer de la Corse. Pour quel motif fut-il
-écarté? On peut supposer que ce fut à cause de ses exigences
-financières. Il demandait toujours de l'argent!
-
-Sur les conseils de Mann, le ministre allait mettre Neuhoff de côté et
-traiter avec un concurrent: Dominique Rivarola, l'intrigant agent des
-révoltés en Italie; celui-là même qui avait essayé de s'aboucher avec
-les Génois moyennant une honnête récompense. Et s'il n'avait pas trahi
-ses amis alors, c'est qu'il ne s'était pas entendu avec la république
-sur la somme.
-
-Mann s'intéressait beaucoup aux affaires de Corse; il désirait la voir
-enlever aux Génois en faveur des Anglais et de leurs alliés les Sardes.
-Il s'employait avec zèle à ce dessein. Aussi, après avoir plus ou moins
-conspiré avec Théodore et après avoir vu que celui-ci n'était pas
-l'homme de la besogne, avait-il jeté les yeux sur un autre, tout en
-conservant des relations avec le baron. Les courriers du roi de
-Sardaigne, qui allaient à Rome, passaient par Florence, justement dans
-la rue où demeurait Mann. Celui-ci en profitait pour correspondre sans
-danger avec Villettes et pour recevoir les instructions de Son
-Excellence le marquis d'Ormea. «Je me ferai, disait-il, un devoir en
-toute occasion d'obéir aux ordres dont Elle m'honorera, bien persuadé
-que rien n'est plus capable de m'attirer l'approbation du roi, mon
-maître, que de m'employer utilement, si je puis, pour le service de Sa
-Majesté sarde dont les intérêts sont si unis aux siens.» Mann avait
-communiqué à un de ses amis ce qu'on disait à Turin sur «l'auteur des
-propositions» (Rivarola). On devait l'engager à venir à Florence.
-Jusqu'à présent le résident et son ami n'avaient pas jugé à propos de
-«lui donner la moindre connaissance de l'affaire», mais puisque les
-offres étaient acceptées en principe, on ne se trouvait plus tenu à la
-même réserve. Mann voulait lui persuader d'aller à Turin. «C'est
-assurément le plus sage parti. On réglera plus de choses avec lui en
-personne en deux jours, qu'on ne ferait dans un mois par lettres, outre
-qu'en traitant avec lui, les ministres du roi de Sardaigne pourront
-mieux juger de sa capacité et de ce qu'il est en état de faire.»
-Rivarola avait été présenté à Mann par le général Breitwitz. Ce dernier
-désirait n'être nommé qu'à d'Ormea; car la cour de Vienne et le
-grand-duc pourraient prendre ombrage de le voir s'occuper de cette
-entreprise sans leur participation. Le général affirmait qu'il serait
-approuvé par ses maîtres, s'il les mettait au courant; seulement, il les
-laissait dans l'ignorance. Breitwitz, quelques années auparavant,
-s'était fait l'intermédiaire de propositions semblables auprès de
-Marie-Thérèse; mais celle-ci n'y avait pas prêté attention. Mann avait
-en mains l'écrit original signé par «l'auteur» et scellé de ses armes,
-contenant ses projets et les conditions où ils pourraient être réalisés.
-Il n'avait pas envoyé cet écrit à Turin, de crainte qu'il ne vînt à
-s'égarer ou à être intercepté, mais il le tenait à la disposition des
-ministres sardes. «Je souhaite ardemment que le succès de cette affaire
-réponde à l'attente de vos amis», disait-il à Villettes.
-
-«Je vous ai envoyé, continuait-il, par le dernier ordinaire, une lettre
-de mon correspondant secret--il s'agit de Théodore--à M. le marquis
-d'Ormea. Dans une autre qu'il m'a écrite en m'en envoyant une pour
-l'amiral, il me dit: _A la fin, M. l'amiral a eu ordre de m'assister et
-de m'appuyer_. Je ne puis rien dire de ce fait jusqu'à ce que l'amiral
-l'explique. Je suis toujours obligé de répondre au grand nombre de
-lettres qu'il continue de m'écrire, mais je le fais toujours en termes
-généraux, en lui disant que je n'ai point reçu d'instructions sur ses
-affaires, ni aucune réponse de votre part ni de l'amiral; cependant
-cette méthode ne mettra jamais fin à notre correspondance.» Mann tenait
-à ce que le baron de Salis ne fût pas informé de ce qu'il disait sur
-Neuhoff, ce personnage étant absolument prévenu en faveur de
-l'aventurier. Cet engouement l'étonnait et le fils Salis en était aussi
-surpris que lui. «Il a peut-être des raisons que nous ignorons[741].»
-
- [741] Traduction d'une lettre de M. Mann à M. de Villettes,
- écrite de Florence, le 30 mai 1744: _loc. cit._, mazzo 2.
- Archives d'État de Turin.
-
-Cette dernière phrase pouvait s'appliquer à Mann lui-même. Quelles
-étaient les raisons qui l'obligeaient à continuer de correspondre avec
-Théodore? Pourquoi n'avait-il pas déjà rompu avec un homme qui pouvait
-le compromettre, sur lequel on ne devait pas compter et qu'il qualifiera
-lui-même de dangereux? Quand on a commencé à se commettre avec de
-certaines gens, on est pris dans un engrenage dont il est difficile de
-sortir. On les a vus mystérieusement; on a prêté l'oreille à leurs
-discours; on a écouté, sans se fâcher, des propositions louches; on a
-pensé en tirer parti; les relations se sont nouées; on pensait être
-toujours à temps de les cesser lorsqu'elles deviendraient trop
-compromettantes; on leur a écrit; on leur a donné de l'argent: ils vous
-tiennent. Neuhoff avait causé, à Londres, avec lord Carteret, qui était
-entré dans ses combinaisons. A Florence, Mann crut faire de la
-diplomatie en voyant l'aventurier; il ne fut que le complice de ses
-manœuvres malhonnêtes, car en somme, tout se résumait pour Théodore à
-se procurer de l'argent. Une fois pris, le résident ne pouvait plus se
-libérer. Il craignait peut-être que le roi de Corse n'en vînt à dévoiler
-des choses qu'on ne tient généralement pas à voir étalées au grand jour.
-Il le ménageait. Ou bien, en diplomate rusé, le gardait-il sous la main
-pour en faire peur aux alliés de son maître, si ceux-ci ne voulaient pas
-faire bonne part dans les profits qu'on se promettait.
-
-Quoi qu'il en soit, les affaires de Rivarola prenaient bonne tournure.
-La Corse était une proie tentante!
-
-Breitwitz avait fait venir Rivarola à Florence et Mann avait eu une
-conférence avec lui. Il était disposé à aller à Turin pour traiter. Il
-se faisait fort de lever le corps de troupes nécessaire pour
-l'expédition. Le ministre anglais disait: «J'avoue qu'au premier coup
-d'œil, à voir son âge et sa figure, il ne m'a point paru fort propre à
-faire réussir une pareille entreprise; mais après plusieurs
-conversations que j'ai eues avec lui, et par les informations que j'ai
-prises sur son compte, j'ai trouvé que c'était un homme fort accrédité
-en Corse, et celui de tous les chefs auquel les mécontents de cette île
-s'adressent le plus volontiers.» Les Génois l'avaient toujours opprimé,
-ses biens dans l'île--où sa femme se trouvait encore--étaient confisqués
-et il avait mené pendant plusieurs années sur le continent une existence
-misérable. Mann l'interrogea sur ses aptitudes à commander un régiment.
-Il répondit «naïvement» qu'il n'avait pas beaucoup d'expérience pour
-conduire des troupes régulières. Mais il avait passé une grande partie
-de sa vie les armes à la main et, pour suppléer à son manque de
-capacités, il demanda que le roi de Sardaigne nommât un major qui serait
-à la tête du régiment et des officiers pour maintenir la discipline. On
-ne devait pas oublier que les insulaires n'obéiraient qu'à un chef de la
-nation.
-
-Breitwitz avait eu aussi d'excellentes références sur Rivarola. Il en
-parla à Mann en ces termes: «C'est un homme qui a grand crédit en Corse.
-Il ne tiendra qu'à lui de faire venir la plus grande partie des Corses
-qui sont au service de la république de Gênes à celui de Sa Majesté le
-Roi de Sardaigne, ce qui ferait un double effet.» Et le général pensait
-que la cour de Vienne et le grand-duc ne soulèveraient aucune difficulté
-pour permettre aux insulaires qui se trouvaient dans les deux compagnies
-toscanes de passer dans ce nouveau régiment. Selon Mann, il y avait un
-officier, Joseph Costa, et soixante soldats corses.
-
-Rivarola était pauvre; ses malheurs et son long exil avaient délabré ses
-affaires. Il demanda donc que ses frais de voyage à Turin lui fussent
-payés. Mann, trouvant cette requête justifiée, suppliait Villettes
-d'arranger la chose--toujours la petite avance! Il est vrai qu'on aurait
-difficilement trouvé un homme qui eût une situation honorable et assurée
-pour se lancer dans une entreprise à la Théodore! Rivarola, d'ailleurs,
-n'attendait pour partir que l'arrivée de son fils et les habits, «qui
-autant que j'en puis juger, disait Mann, ne feront pas une brillante
-figure. Il m'a dit qu'il voulait se faire faire un habit avant de se
-présenter à M. le marquis d'Ormea. J'ai tâché de l'en dissuader,
-l'assurant que ce ministre ne jugera pas de lui par la façon dont il
-sera mis.» Le résident s'en remettait entièrement à son collègue de
-Turin pour régler les conférences que d'Ormea devait avoir avec
-Rivarola. Ce dernier voyagerait sous le nom de Dominique Santini.
-
-Mann avait connu par Villettes l'épître de Théodore à d'Ormea. Il
-n'était surpris, ni de son contenu, ni de la manière dont elle avait été
-reçue. Neuhoff n'était pas satisfait; la lettre du baron de Salis[742],
-que Mann lui avait transmise, l'avait fortement piqué. «Je ne répondrai
-nullement, disait-il, ne me mettant en nulle peine pour son contenu si
-peu digéré, étant d'ailleurs sûr que votre ministère traite cette
-affaire. Enfin les réponses de Turin en décideront en huit jours et si
-l'on a changé de sentiment, patience! j'en serai pour les faux frais.
-Mon secrétaire est parti dimanche passé.--Voilà la substance de sa
-lettre, écrivait Mann. Je vous disais dans ma dernière, qu'il avait fait
-partir son secrétaire, circonstance qui ne peut que déplaire. J'avoue
-néanmoins qu'il ne me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude;
-car, quoique ses propositions soient mal digérées et qu'il ne paraisse
-pas probable qu'elles puissent mener à rien, et quoiqu'il n'y ait
-peut-être pas beaucoup de fond à faire sur ce qu'il dit des grandes
-dépenses qu'il prétend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on
-continue à le bercer de vaines espérances. Quant aux affaires de Corse,
-je sais qu'il y a encore un parti considérable dans cette île, qui le
-recevrait avec beaucoup d'empressement s'il y paraissait avec quelque
-secours réel. Mais il les a trompés si souvent, qu'ils ne se fient plus
-à ses promesses. J'apprends cependant que ce parti est résolu de lui
-rester fidèle encore quelques mois, et si après ce temps-là, ils
-s'aperçoivent qu'il n'est pas réellement soutenu, ils l'abandonneront à
-coup sûr, sans pourtant se soumettre aux Génois.»
-
- [742] J'en ai donné le texte plus haut. Mann avait envoyé une
- copie de cette lettre à Villettes.
-
-Mann avait appris que Barckley, commandant du _Revenger_, qui avait
-amené Théodore d'Angleterre en Italie, s'était informé avec soin où se
-trouvait son ex-passager. Le capitaine déclarait que s'il pouvait
-découvrir sa retraite, soit en Toscane, soit à Rome, il irait le trouver
-en personne. Un individu, qui avait entendu ce propos, l'avait écrit à
-Théodore. Celui-ci s'était empressé de transmettre cette lettre à Mann.
-Le ministre ne savait pas pourquoi Barckley tenait tant à voir le
-personnage; mais il était étonnant qu'il ne se fût pas adressé à lui,
-car il aurait pu donner des nouvelles de l'aventurier.
-
-Tandis que Mann écrivait, Rivarola était revenu chez lui pour le
-prévenir qu'il avait dépêché un homme à Sienne afin de ramener son
-fils. En faisant la plus grande diligence, ils ne pourraient être à
-Turin que le 15 juin. Rivarola avait fait des frais; Villettes devait
-donc obtenir qu'il fût indemnisé aussitôt arrivé. Mais à la réflexion,
-Mann pensa qu'il valait mieux que Rivarola n'attendît pas son fils, car
-ce serait perdre un temps précieux. On lui avait trouvé comme compagnon
-de route un «jeune homme discret» et capable, nommé Charles Testori. Ils
-partiraient le lendemain matin, 8 juin, à la première heure[743].
-
- [743] Traduction d'une lettre de M. Mann à M. de Villettes, du 7
- juin 1744: _loc. cit._ Archives d'État de Turin.
-
- M. Giuseppe Roberti a cité en partie cette lettre dans son étude,
- p. 9.
-
-Ces détails que Mann donnait à son collègue Villettes étaient destinés à
-passer sous les yeux de d'Ormea. Il agitait en conséquence le spectre de
-Théodore et le parti considérable que celui-ci avait en Corse afin de
-maintenir le ministre sarde dans le droit chemin, c'est-à-dire dans de
-bonnes dispositions pour l'Angleterre. Mann jouait double jeu, et, s'il
-n'approuvait pas qu'on amusât Théodore, il n'avait qu'à se dégager
-vis-à-vis de lui. Au contraire, il continuera, pendant longtemps encore,
-une correspondance qu'aucune utilité apparente ne justifiait.
-
-Arrivé à Turin, Rivarola trouva toutes choses préparées. Le 11 juillet,
-la capitulation pour la levée d'un régiment d'infanterie corse fut
-signée. Charles-Emmanuel conféra, le 1er août, le titre de colonel de ce
-nouveau régiment à Rivarola avec un traitement annuel de trois mille
-sept cent vingt livres de Piémont et une pension de douze cent
-quatre-vingts livres à partir du jour où il aurait formé les deux
-premiers bataillons[744].
-
- [744] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 10.
-
-Rivarola avait donc supplanté son roi.
-
- «La Savoie et son duc sont pleins de précipices»[745].
-
- [745] Victor Hugo, _Ruy-Blas_.
-
-D'Ormea était un de ces précipices; Théodore était tombé dedans.
-
-
-II
-
-Théodore continuait à vivre aux environs de Sienne, en s'entourant
-d'ombre et de mystère. Cette retraite sûre lui avait été procurée par
-Richecourt. Il dépensait largement. Le gouverneur de Sienne lui faisait
-de fréquentes visites, et ce fonctionnaire trouvait très mauvais qu'on
-cherchât à avoir des nouvelles de l'aventurier. Lorenzi croyait pouvoir
-affirmer que Richecourt et le frère de celui-ci, qui était au service du
-roi de Sardaigne, intriguaient fortement en faveur de Neuhoff[746].
-
- [746] Lorenzi à Amelot, Florence, le 11 juin 1744: Correspondance
- de Florence, vol. 99. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Au commencement de juillet, Théodore alla demeurer à Terrazano chez un
-certain Adrien Franchi. Il payait cinq sequins par mois pour le mobilier
-et le linge. Son secrétaire était, disait-on, revenu de Venise, en
-annonçant l'arrivée prochaine de deux officiers avec une forte somme,
-mais on ne savait pas quel était le souverain qui devait la lui donner.
-Sur cet avis, le baron avait commandé douze habits de chevalier.
-Voulait-il éclipser Rivarola? Mais cette commande avait été faite si
-mystérieusement qu'on ne savait au juste si ces habits étaient tous
-pareils ou de couleurs différentes[747].
-
- [747] Viale au Sérénissime Collège avec la copie d'une lettre de
- Sienne du 6 juillet 1744. Florence, le 7 juillet 1744: _loc.
- cit._ Archives d'État de Gênes. Archives secrètes.--Lorenzi à
- Amelot, Florence, le 7 juillet 1744: Correspondance de Florence,
- vol. 100. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Ce renseignement important fut communiqué dans les formes aux
-inquisiteurs qui le prirent en considération parce qu'il concernait cet
-individu «qui troublait tellement la quiétude du gouvernement»[748].
-
- [748] Délibération des inquisiteurs d'État du 12 juillet 1744,
- prise à la suite de la lettre de Viale du 7 juillet: _loc. cit._
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Les uniformes commandés par Théodore ne causaient certainement pas à eux
-seuls l'inquiétude du Sérénissime Collège. Une autre question
-préoccupait, sans doute, davantage les Génois. On apprit en effet que le
-baron avait réellement touché des fonds[749].
-
- [749] Lorenzi à Amelot, 19 juillet 1744: Correspondance de
- Florence, vol. 100. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Dans la vie mouvementée de Théodore la question de savoir qui lui
-donnait de l'argent se pose avec une irritante persistance. Il y avait
-là des compromissions qu'il serait curieux de mettre au jour, mais dont
-on ne peut avoir la preuve absolue. Certains services--le silence
-surtout--se payent de la main à la main. On ne fait pas signer de reçus
-aux maîtres chanteurs. Pendant plusieurs mois le baron ne fit pas parler
-de lui. Mann n'écrivait plus rien à son sujet. Quand il avait quelque
-argent devant lui, Neuhoff restait coi, ne cherchant qu'à se cacher.
-Lorsque la disette venait, il sortait de sa tanière et harcelait tout le
-monde de ses plaintes et de ses récriminations. Il faisait si bien le
-mort qu'on le disait gravement malade sans espoir de guérison[750]. Si
-les Génois préparèrent des illuminations, ils en furent pour leurs
-frais. Théodore ne devait pas encore mourir. Il avait tout simplement
-une légère attaque de goutte, dont il fut vite remis.
-
- [750] Lettre du consul de Gênes à Livourne, du 28 octobre 1744,
- au Sérénissime Collège: _Ribellione di Corsica_, filza 14/3012.
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Il circulait à Florence un manifeste des Corses, proclamant leur
-fidélité absolue au baron de Neuhoff, le roi qu'ils avaient élu. On
-n'attribuait pas grande importance à cette pièce, car on la disait
-fabriquée par les insulaires réfugiés en Toscane[751].
-
- [751] Cette pièce est datée de Corte, le 11 juin 1744. Elle fut
- communiquée par Lorenzi, le 12 août: Correspondance de Gênes,
- vol. 116. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Au mois de septembre, un vaisseau hollandais venant de Tunis arriva à
-Livourne. Un personnage mystérieux se trouvait à bord. Cet individu se
-faisait appeler le comte de la Vague. Il avait cinquante ans environ; il
-était petit et laid. Se doutant qu'on le guettait à terre, il déclara
-qu'il ferait la quarantaine sur le navire. Le gouverneur exigea son
-débarquement, mais il refusa de se conformer à cet ordre. Le capitaine
-le fit mettre de force dans une chaloupe et conduire au lazaret. A peine
-avait-il mis pied à terre que huit grenadiers l'arrêtèrent et le
-conduisirent sur le champ dans la citadelle. Le personnage qui se
-cachait sous le pseudonyme de la Vague n'était autre que Beaujeu. Il
-avait fait un traité à Tunis au sujet de la Corse. La comédie de 1736
-allait-elle recommencer? Les Corses ont bien manqué de devenir
-musulmans. Beaujeu avait été incarcéré à la demande de la cour de Turin.
-Charles-Emmanuel n'admettait pas de compétiteur. L'aventurier fut mis au
-secret le plus absolu et resta en prison jusqu'à sa mort.
-
-Beaujeu avait été dénoncé par son secrétaire. Celui-ci était un moine
-défroqué, qui se faisait appeler Drakselts et qui, pour se ménager des
-protections dans le but de se réconcilier avec l'Église, avait livré à
-d'Ormea tous les papiers de Beaujeu. Parmi eux se trouvaient les traités
-passés à Constantinople et à Tunis pour faire prendre le turban aux
-Corses[752].
-
- [752] Voir chapitre VI.
-
-Revenu en Toscane, Rivarola s'occupait de former son régiment. Il
-attisait la révolte en Corse, en se maintenant en relations suivies avec
-les chefs auxquels il promettait--comme Théodore--l'aide d'une
-puissance[753]. Cette fois-ci, la promesse n'était pas un mensonge.
-
- [753] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 10.
-
-Pendant ce temps-là, Théodore mangeait son argent. Il le dépensait même
-si bien qu'au mois de décembre il ne lui en restait plus. Son
-propriétaire, furieux de n'être pas payé, montrait les dents. Le roi, à
-défaut de monnaie, lui donnait de belles assurances. Un personnage
-devait lui apporter des fonds et il avait recommandé au maître de la
-poste d'introduire cet intéressant visiteur aussitôt son arrivée. On y
-est toujours pour les gens qui ont de l'argent à vous remettre. Il
-avait une petite cour: le comte Poggi, un secrétaire, un camérier, deux
-domestiques et une cuisinière. Un fournisseur s'était fait remettre ses
-bagages en garantie de son dû, mais, sur l'ordre du Conseil de Régence,
-le créancier avait rendu les hardes[754].
-
- [754] Viale au Sérénissime Collège, le 8 décembre 1744: _loc.
- cit._ Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Les jeunes nobles de Sienne se moquaient de Théodore. Celui-ci, très
-sensible aux quolibets, parlait de pourfendre cette jeunesse peu
-respectueuse. Il préféra s'en aller. Il prit logement à Radicondoli, à
-cinq milles de Volterra, chez un pauvre habitant. Un peu d'argent lui
-était arrivé: il avait reçu plusieurs personnes à sa table. Il envoyait
-mystérieusement des émissaires en différents endroits, et, à son
-ordinaire, il écrivait toujours[755].
-
- [755] Viale au Sérénissime Collège, les 15 décembre 1744 et 12
- janvier 1745: _Ibidem_.
-
-Pendant six mois le baron vécut sans tapage. Au mois de juin 1745, il
-s'avisa que les démarches de Rivarola pourraient lui faire du tort. Il
-se plaignit amèrement; il ne devait plus avoir un sou. Il écrivit au
-marquis d'Ormea. Il se permettait de s'adresser en toute confiance à Son
-Excellence, pour savoir si réellement le roi de Sardaigne avait autorisé
-Dominique Rivarola à insinuer aux insulaires qu'il allait leur envoyer
-des troupes pour les délivrer de la tyrannie génoise, à condition qu'ils
-reconnussent Sa Majesté comme souverain légitime. Ce Rivarola était bien
-connu en Italie et en Corse pour avoir fait, à différentes reprises, des
-propositions malhonnêtes aux mécontents au nom de la France, de
-l'Espagne, de Massa, de Modène, du feu prince Octavien de Médicis et
-même de Ragoczy. Toutes ces intrigues étaient nouées dans un but
-d'ambition personnelle. Au lieu d'apporter le bonheur, elles ne
-favorisaient que la désunion et des «homicides énormes» pour le plus
-grand avantage des Génois. «Votre Excellence daigne donc imposer silence
-à cet homme inquiet et variable et me confier à moi les royales
-intentions de Sa Majesté, auxquelles je me conformerai pour la
-convaincre de mon attachement inviolable pour ses royaux intérêts et
-ceux de ses hauts alliés.»
-
-Théodore rappelait ensuite à d'Ormea la lettre qu'il lui avait écrite
-l'année précédente, «touchant la levée du régiment que M. de Salis lui
-proposa de sa part». En attendant les instructions de Son Excellence, il
-n'avait épargné ni peines ni dépenses. La capitulation signée avec
-Rivarola lui causait un grand préjudice. Il résumait son plan et ses
-idées sur l'expédition qu'il avait en vue. Il demandait une réponse sous
-le couvert de M. Mann. Si le ministre le désirait, il irait lui-même
-incognito à Turin sous le nom de baron de Haagen. Il aurait fait ce
-voyage l'année précédente s'il en avait eu les moyens. Il terminait en
-disant qu'on n'aurait jamais à se repentir de s'être intéressé à lui ni
-d'avoir appuyé ses desseins[756].
-
- [756] Théodore au marquis d'Ormea, le 4 juin 1745: _Materie
- militare, Levata truppe straniere_, mazzo 2. Archives d'État de
- Turin.--Cette lettre a été citée par M. Giuseppe Roberti, _op.
- cit._, p. 11.
-
-Malheureusement lorsque Théodore écrivait, d'Ormea était mort[757]. Son
-successeur pour les affaires extérieures, le marquis de Gorzegno,
-continuera les intrigues relatives à la Corse.
-
- [757] D'Ormea mourut le 24 mai. Théodore pouvait donc ignorer cet
- événement lorsqu'il écrivait le 4 juin. Le marquis d'Argenson
- écrivait le 4 mai à Lorenzi: «On nous assure que le marquis
- d'Ormea se meurt. Je rabaterois beaucoup de son habileté s'il
- n'avait pas su connaître ce qu'est le baron de Neuhoff. On ne l'a
- jamais regardé ici que comme un misérable et un poltron incapable
- de soutenir le rôle d'aventurier qu'il a voulu jouer»:
- Correspondance de Florence, vol. 101. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Mann avait été chargé de représenter temporairement le roi de Sardaigne
-à Florence; il favorisait ces intrigues de tout cœur. Théodore
-l'accablait toujours de demandes d'argent. Le diplomate trouvait
-décidément que c'était un «homme dangereux et sans fondement»[758].
-
- [758] Lettre de Mann au marquis de Gorzegno, du 27 juillet 1745,
- citée par M. Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 11.
-
-Le 5 juillet, un nommé Paul-François Sarri, de Bastia, capitaine du
-régiment corse au service du Piémont, et un certain docteur, Ange de
-Bonis, d'origine corse, arrivèrent à Turin. Dans la nuit du 5 au 6, ils
-furent reçus par Charles-Emmanuel auquel ils présentèrent un projet
-d'expédition en Corse. Le roi soumit ce projet au comte de
-Saint-Laurent, qui eut pour mission spéciale de s'entendre à ce sujet
-avec Villettes. Saint-Laurent conseilla d'avoir tout au moins l'appui
-apparent des alliés, «pour ne pas faire retomber toute la haine sur le
-roi en cas que le projet ne réussît pas». On se méfiait, à Turin, du
-grand-duc de Toscane, que l'on supposait être favorable à Théodore.
-Saint-Laurent eut, le 21 septembre, une conférence avec le ministre
-anglais. Villettes trouvait l'expédition «très aisée et utile à la cause
-commune». Comme le fait très bien remarquer M. Giuseppe Roberti, auquel
-j'emprunte ces détails, l'anglais voyait surtout dans cette entreprise
-l'intérêt du commerce de sa nation[759]. «Son sentiment est que l'on
-commence cette affaire par protéger ouvertement les Corses pour les
-mettre en leur pleine liberté, moyennant qu'ils laissent tous leurs
-ports francs pour le commerce général avec des franchises particulières
-pour celui des puissances alliées. Après cela, le coup réussissant,
-comme il n'en doute point, l'on portera les Corses à se soumettre de
-plein gré au roi, lorsqu'on démêlera la fusée: disant qu'il ne convient
-pas de faire, pour à présent, envisager cette expédition comme une
-conquête pour le roi à la cour de Vienne, qui pourrait en faire un grand
-cas pour un équivalent ou autres prétentions ailleurs[760].» Rivarola,
-dans la coulisse, tenait tous les fils de cette intrigue. Son plan était
-à peu près le même que celui de Neuhoff. L'affaire se préparait.
-
- [759] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 11 à 14.
-
- [760] Relation d'une conférence que le comte de Saint-Laurent a
- eue avec M. de Villettes, à Turin, le 21 septembre 1745:
- _Negoziazioni colla Corsica. Materie politiche_, mazzo 1.
- Archives d'État de Turin.--Citée par M. Giuseppe Roberti, _op.
- cit._, p. 14.
-
-Pendant ce temps-là, Théodore intriguait à Londres. Il y avait deux
-amis, «Messieurs Salwey», qui habitaient Leadenhall-street. Le baron
-leur écrivit le 9 septembre 1745. Cette lettre, banale en apparence,
-mérite cependant l'attention. Elle montre que l'aventurier se croyait,
-par des relations antérieures et sans doute par des promesses, autorisé
-à écrire à tous les personnages anglais, pour les entretenir de ses
-affaires.
-
-«A quoi dois-je attribuer, mes chers Messieurs Salwey, votre silence,
-lequel je vous proteste de m'être d'une très sensible mortification.
-Nonobstant, je me flatte de votre amitié que vous continuez à prendre
-mes affaires à cœur. Dans cette pleine confiance, je viens par cette
-[lettre] vous prier de vouloir bien passer chez Milord Carteret, le
-saluer distinctement de ma part et le prier de me faire savoir, sans
-déguisement, si je puis espérer de Sa Majesté Britannique et de votre
-nation, l'assistance si nécessaire pour pouvoir repasser auprès de mes
-fidèles et m'opposer aux vues des Gallispans; même y étant, je puis
-assurer de les anéantir et de mettre ensemble un corps de dix à douze
-mille hommes à faire une bonne diversion aux ennemis en terre ferme, en
-me procurant à cet effet les bâtiments de transport escortés par des
-vaisseaux de guerre. J'en ai écrit plusieurs fois à Milord Harrington,
-mais n'ai la satisfaction de recevoir un mot de réponse, ni le ministre
-de Sa Majesté Britannique à Florence, M. le chevalier Mann, qui a eu la
-bonté d'en écrire au duc de Newcastle et à Milord Harrington, mais ne
-reçoit sur ce chapitre aucune réponse. Jugez de mes embarras mortels,
-environné par ici de tant d'émissaires, lesquels me détournent tout.
-Recommandez donc mes intérêts à Milord Carteret et à Milord Vinchelsea
-et procurez des ordres à l'amiral Rowley pour m'assister. Certainement,
-si l'on m'avait appuyé, les affaires en ces quartiers ne seraient pas
-dans cette présente extrémité. Et donnez-moi de vos chères nouvelles
-sous le couvert de M. le chevalier Mann, ministre de Sa Majesté
-Britannique à Florence et pressez vivement une résolution favorable, car
-il n'y a pas de temps à perdre, si l'on veut remédier aux affaires de
-ces quartiers très dérangés comme vous serez bien informés.
-
-«J'ai aussi écrit deux fois à Milord duc de Newcastle, mais n'ai la
-satisfaction de recevoir un mot de réponse; faites-m'en savoir la raison
-sans déguisement.
-
-«Vous aurez su que dans ces dix-huit mois j'ai été emprisonné trois fois
-et quatre mois passés, j'ai essuyé le cartel de quatre infâmes qui
-étaient envoyés pour m'assassiner dans ma maison. Je les désarmai et,
-par la fenêtre, ils se sauvèrent. D'où depuis, il me reste un
-tremblement dans la main qu'à peine puis-je écrire[761].»
-
- [761] Cette lettre, datée du 9 septembre 1745, est signée Haagen.
- Une note mise après la signature porte: «C'est un nom que
- Théodore a pris.» Nous avons vu en effet que c'était un de ses
- pseudonymes. Correspondance de Gênes, vol. 119. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-On ne trouve trace nulle part, ni de ce triple emprisonnement, ni de cet
-attentat. Théodore voulait sans doute attendrir ses correspondants. Je
-ne sais non plus ce qu'étaient ces Messieurs Salwey, qui avaient accès
-auprès de lord Carteret. Si les hommes politiques anglais rejetaient
-maintenant l'aventurier comme un individu dont on ne peut rien attendre
-et lui faisaient faire quelques aumônes pour qu'il restât tranquille, il
-n'en est pas moins vrai qu'ils avaient écouté ses propositions et
-avaient favorisé ses desseins. Le silence obstiné qu'ils gardaient, même
-vis-à-vis de Mann, prouverait leur complicité dans les combinaisons du
-baron, si cette preuve avait besoin d'être faite. Quand on n'a rien à se
-reprocher, on peut toujours se débarrasser d'un agent taré. Il valait
-mieux pour la dignité des nobles lords que Neuhoff ne parlât pas; c'est
-pour cela qu'ils ne pouvaient pas rompre bruyamment avec lui.
-
-
-III
-
-Au milieu de septembre, Lorenzi mandait que Théodore était sur le point
-de quitter sa retraite; on disait qu'il allait s'embarquer pour la
-Corse. Il avait avec lui un lorrain, inspecteur de la douane de Sienne.
-Le baron et son compagnon devaient voyager la nuit et on croyait que le
-retard apporté dans ce départ ne venait «que de la peur qu'il (Théodore)
-a à recommencer sa scène»[762]. Assurément, il n'était pas brave. Il
-n'avait aucune vocation pour donner ou recevoir des coups. Néanmoins, on
-pouvait encore le faire marcher pour un peu d'argent. Sa royauté
-retombait parfois lourdement sur ses épaules. Pour avoir le pain
-quotidien, il lui fallait jouer le rôle de roi, c'est-à-dire accomplir
-un semblant d'action. Et s'il songeait encore en 1745 à partir pour la
-Corse, c'est qu'il était poussé par quelqu'un; je veux dire payé. Les
-alliés anglo-sardes n'avaient pas tout à fait tort de se méfier du
-grand-duc François. Ce prince était bien capable de ressusciter une
-nouvelle fois Théodore pour le faire servir à son ambition. L'aventurier
-jouissait en Toscane de la protection évidente des autorités--on l'a vu.
-Son compagnon de route était lorrain--un fonctionnaire. Tout cela permet
-de supposer que si le pantin se remuait encore, c'est que François en
-tenait les fils.
-
- [762] Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, les 16 et 23
- septembre 1745: Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du
- Ministère des affaires étrangères.
-
-Théodore quitta Sienne le 23 avec quatre chaises. Il s'arrêta à Florence
-pour conférer avec Mann[763], puis il arriva à Livourne, où il commença
-par se cacher. Le 6 octobre, il alla demeurer dans une maison de
-campagne appartenant à un négociant anglais, agent de la flotte. Il
-devait s'embarquer sur un vaisseau de guerre, dont le départ pour la
-Corse aurait lieu au premier bon vent. Des officiers de la marine
-britannique étaient allés trouver Mann à Florence pour lui demander
-s'il avait des instructions relativement à Théodore, car celui-ci
-affirmait que tout était arrangé entre lui et le résident. Ce dernier
-répondit qu'il ne savait rien[764]. Néanmoins, on persistait à croire
-que Neuhoff se rendait en Corse avec Rivarola et les autres chefs de
-l'expédition et on disait que le départ avait eu lieu[765]. Cette
-nouvelle faisait dire à d'Argenson que «le passage du baron de Neuhoff
-en Corse, s'il a réellement lieu, sera une pauvre ressource pour le roi
-de Sardaigne»[766].
-
- [763] Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, le 30 septembre
- 1745: _Ibidem_.
-
- [764] Lorenzi à d'Argenson, Florence, les 14 et 21 octobre 1745:
- Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des
- Affaires Étrangères.
-
- [765] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 28 octobre 1745:
- _Ibidem_.
-
- [766] D'Argenson à Lorenzi, Versailles, le 2 novembre 1745:
- _Ibidem_.
-
-Rivarola et ses compagnons--ses complices pourrait-on dire--étaient
-effectivement partis sur un bâtiment anglais pour aller conquérir la
-Corse au profit de Charles-Emmanuel, mais Théodore ne se trouvait pas
-parmi les conquérants. Mann s'était arrangé de façon à ce qu'il demeurât
-à terre. Il ne dit pas malheureusement les moyens qu'il avait employés
-pour cela. «Je suis charmé, écrivait-il au marquis de Gorzegno, d'avoir
-prévenu l'inconvénient si Théodore se fût embarqué, dont j'ai prié M.
-Villettes de vous rendre compte[767].» Les arguments que Mann fit valoir
-furent sans doute irréfutables--comme, par exemple, un versement--car le
-baron ne fit plus mine d'aller revoir ses sujets. Il revint vivre dans
-la retraite en Toscane, chez le curé de campagne qui l'avait déjà
-hébergé[768].
-
- [767] Mann à Gorzegno, Florence, le 26 octobre 1745: _Lettere
- ministri Toscana_, mazzo 1. Archives d'État de Turin.
-
- [768] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 2 décembre 1745:
- Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le gouvernement sarde avait publié des lettres patentes par lesquelles
-Charles-Emmanuel accordait sa protection aux Corses, de concert avec
-l'Autriche et l'Angleterre ses alliés. Cette proclamation promettait aux
-insulaires de les aider dans la guerre qu'ils soutenaient contre les
-Génois. Le roi de Sardaigne avait uniquement pour but de soustraire des
-peuples malheureux à un joug odieux et il avait pleine confiance dans la
-sagesse des Corses qui l'aideraient de tout leur pouvoir dans l'œuvre
-entreprise[769].
-
- [769] Cette proclamation datée du quartier général de Casale, le
- 2 octobre 1745, fut transmise le 20 décembre 1745 au gouvernement
- français par Du Pont intérimaire à Gênes: Correspondance de
- Gênes, vol. 119. Archives du Ministère des affaires étrangères.
- Elle a été publiée in extenso d'après les Archives d'État de
- Turin par M. Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 15-17.
-
-L'escadre anglaise, après un court séjour en Sardaigne, arriva le 2
-novembre sur les côtes de la Balagne, où Rivarola prit terre pour
-préparer le siège de Bastia[770]. A l'Île Rousse, une centaine
-d'insulaires et quelques Génois mécontents allèrent à bord des bâtiments
-pour s'enrôler[771]. Cette escadre composée de huit bâtiments de guerre,
-de quatre palandres et de quatre transports, commandée par M. Cooper,
-parut devant Bastia, le 17 novembre, et jeta l'ancre vis-à-vis du
-château. Le commandant fit une proclamation pour inviter les Corses à
-secouer la domination génoise. Il leur déclara que le roi d'Angleterre,
-son maître, lui avait ordonné de se présenter en force à eux pour les
-aider à reconquérir leur liberté! Il envoya aussitôt une chaloupe avec
-le pavillon blanc au commissaire génois Mari, pour le sommer de se
-rendre, sinon la ville serait détruite. Mari répondit ce qu'on répond
-généralement en pareille circonstance: son devoir l'obligeait à refuser
-énergiquement de semblables propositions. Il se défendrait.
-
- [770] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 18.
-
- [771] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 18 novembre 1745:
- Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le 18, les Génois canonnèrent l'escadre. Celle-ci fit feu aussitôt. Les
-bâtiments eurent l'ordre de diriger le tir contre le château et
-d'épargner la ville, car les habitants, si l'on détruisait leurs
-maisons, pourraient considérer leurs libérateurs comme des ennemis.
-Néanmoins, des bombes et des boulets rouges tombèrent dans Bastia. Le
-duel d'artillerie dura jusqu'au 19 au matin. De part et d'autre, les
-dommages furent grands. La conduite de Mari fut, dit-on, héroïque. La
-flotte, ayant beaucoup souffert, mit à la voile après avoir laissé trois
-bâtiments dans les eaux corses. Elle arriva le 21 à Livourne pour faire
-des provisions et réparer ses avaries. Les officiers anglais
-prétendaient que Bastia avait été «réduite en cendres» et qu'ils
-auraient, du même coup, pris toute l'île si «Rivarola avait rempli son
-devoir». Il avait en effet promis d'investir la place avec quatre mille
-hommes, tandis que les vaisseaux bombarderaient, mais il n'avait pas
-paru. Et Lorenzi, en envoyant ces détails, concluait: «On est cependant
-généralement persuadé que si cette violente entreprise avait eu le
-succès que vante ce chef d'escadre, il ne l'aurait pas quittée, comme il
-a fait, avant d'en voir la fin[772].»
-
-Mann, qui avait reçu par une estafette la nouvelle de cette action plus
-bruyante que brillante, écrivit à Gorzegno en faisant de judicieuses
-réflexions. «Si les habitants de la Corse, disait-il, n'assistent point
-à chasser les Génois, une flotte ne pourra jamais en venir à bout. Il
-est vrai que les vaisseaux et les bombes peuvent détruire les villes,
-mais cela aigrira en même temps ceux qui sont mécontents des Génois,
-puisqu'ils souffriront également par la destruction de leurs maisons.»
-Les Espagnols avaient un grand parti dans l'île. Si jamais ils venaient
-à s'en emparer, cela causerait un préjudice considérable aux Anglais et
-aux Sardes. Il insistait donc sur la nécessité, pour les insulaires, de
-coopérer aux opérations de l'escadre. «La flotte a fait tout ce qu'elle
-a pu en détruisant la ville quasi, mais à moins que M. Rivarola, avec
-les mécontents, en peuvent prendre possession, l'entreprise n'aboutira
-pas à grand chose[773].»
-
- [772] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 25 novembre
- 1745.--_Relation de ce qui s'est passé à la prise de la Bastie_,
- transmise par Lorenzi le 2 décembre: Correspondance de Florence,
- vol. 102. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
- [773] Mann à Gorzegno, Florence, le 23 novembre 1745: _Lettere
- ministri, Toscana_, mazzo 1. Archives d'État de Turin.
-
-Les Anglais commençaient déjà à récriminer contre Rivarola. Ils allaient
-bientôt le juger aussi lâche et aussi inutile que Théodore.
-
-A peine les navires étaient-ils partis que Rivarola, descendu de la
-montagne avec quatorze cents mécontents, arriva devant Bastia. Il fit
-aussitôt ouvrir le feu, et lança un manifeste. Il disait qu'il venait au
-nom du roi de Sardaigne et de ses alliés pour donner la liberté à la
-Corse. Elle pourrait former une république sous la protection des
-nations coalisées. Toujours égoïstes, les Anglais n'avaient parlé qu'au
-nom de leur souverain. Mais, si la Corse ne devenait pas libre, ce
-n'était pas faute de sauveurs et ce serait à désespérer de la vertu des
-proclamations. Mari, le gouverneur héroïque, ne persista pas dans son
-héroïsme devant les forces de Rivarola. Il craignait un soulèvement
-parmi les Bastiais. Il assembla les plus influents en conseil pour
-savoir si on «pouvait se fier aux bourgeois et espérer qu'ils se
-défendissent avec chaleur contre les rebelles». Les chefs répondirent
-qu'assurément les habitants résisteraient le plus possible, mais que si
-l'escadre anglaise revenait, il faudrait capituler honorablement pour
-éviter à la ville une destruction complète. Mari trouva la réponse «si
-ambiguë» qu'il ne fut pas rassuré. Un de ses amis lui conseilla de se
-méfier. Le gouverneur pensa donc qu'il était plus sage de s'en aller.
-Dans la nuit du 20 au 21, il s'embarqua clandestinement sur une felouque
-avec quelques domestiques, vingt barils de poudre et son trésor: deux
-cent mille livres. Il laissa un major pour défendre la place. Le
-lendemain matin, les Bastiais se réveillèrent sans gouverneur. Ils
-jugèrent la situation si grave qu'ils demandèrent à capituler, à
-condition qu'ils auraient la vie sauve et qu'ils conserveraient leurs
-biens et leurs privilèges. Rivarola accepta. La garnison génoise, cinq
-cents hommes, fut faite prisonnière et le vainqueur s'installa dans
-Bastia[774].
-
- [774] _Relation de ce qui s'est passé à la prise de la Bastie_:
- Correspondance de Florence, vol. 102. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Mann fut ravi. Il pensait qu'il fallait poursuivre énergiquement
-l'entreprise. Il pressait l'amiral Townshend de renvoyer ses navires en
-Corse. «Je félicite de tout mon cœur Votre Excellence, écrivait-il à
-Gorzegno, de cet événement, ne doutant point que les autres places
-suivront l'exemple de la capitale.» Puis, il donnait son avis pour tirer
-de l'affaire le plus grand avantage. «Il faudrait pour cela du concert,
-et des gens capables de ranger les affaires avec système pour assister
-M. Rivarola, soit pour se tenir en possession de ce qui est acquis et de
-ce qui naturellement suivra, soit de transporter du monde sur les terres
-des Génois, car je crois qu'on ne doit pas douter que les Corses ne
-demandent rien avec tant d'empressement que de ravager le pays de leurs
-maîtres odieux, et si on ne profite pas de leur emportement dans la
-conjoncture présente, jamais une si belle occasion se présentera. La
-sagesse de Votre Excellence lui dictera tout ce qui est nécessaire dans
-le cas présent, ainsi je demande pardon de lui avoir offert mes petites
-idées, mais mon zèle pour l'entier succès de cette affaire, comme aussi
-pour en tirer tous les avantages possibles, me transporte.»
-
-Malheureusement l'escadre anglaise était retenue à Livourne par les
-temps contraires et cela désespérait Mann qui ne rêvait que plaies et
-bosses[775].
-
-Malgré son entrée dans Bastia, Rivarola était très sévèrement jugé par
-les Anglais. «Son peu d'expérience eu égard à la manière de procéder
-dans l'entreprise dont il s'est chargé, écrivait Townshend à Mann, avait
-jeté les chefs dans une confusion générale. Les choses en étaient au
-point entre eux par l'amour excessif de ces peuples pour la liberté
-qu'ils étaient déterminés, plutôt que de s'assujétir à un nouveau
-maître, de rester sous le joug des Génois. Lorsque je débarquais, ils
-étaient sur le point de se séparer avec cette belle résolution[776].»
-
- [775] Mann à Gorzegno, Florence, le 27 novembre 1745: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
- [776] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 19-20.
-
-Les chefs corses, tels Gaffori et Matra, plus désunis que jamais,
-adressaient à la cour de Turin et aux Anglais les plaintes les plus
-vives contre Rivarola. Celui-ci répondait en disant que ses anciens amis
-avaient été corrompus par l'or des Génois[777].
-
- [777] Giuseppe Roberti, _op. cit._, p. 20-21.
-
-A Gênes on était inquiet. Le 20 février 1746, la république lança en
-Corse un manifeste pour protester contre les manœuvres des Anglo-Sardes
-et menacer des peines les plus sévères ceux qui leur prêteraient
-assistance[778]. Mais les membres du gouvernement affectaient
-l'indifférence. Les Génois avaient l'habitude de ne pas parler des
-choses qui leur étaient désagréables et ils espéraient que leur alliance
-avec la France les protégerait contre tout danger[779].
-
- [778] _Ibidem_, p. 22.
-
- [779] «Je n'ai rien de certain à vous marquer, Monseigneur, par
- rapport à Théodore. Quoiqu'on ne paraisse point douter ici qu'il
- ne se soit embarqué pour passer en Corse, je n'entends point dire
- qu'il y ait ici d'avis positif de son débarquement dans cette
- île. Il est vrai que ceux du gouvernement évitent de parler de
- cet aventurier, soit qu'ils veuillent tenir la chose secrète,
- soit qu'ils comptent sur notre alliance pour avoir, par la suite,
- raison de cette affaire, et c'est sans doute cette considération
- qui les tranquillise sur le danger où ils sont de perdre cette
- île par les manœuvres du roi de Sardaigne et des Anglais.»--Du
- Pont à d'Argenson, Gênes, le 1er novembre 1745: Correspondance de
- Gênes, vol. 119. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Le gouvernement français se préoccupait de ces intrigues et d'Argenson,
-le ministre, recommandait à son agent, à Gênes, de suivre attentivement
-les affaires de Corse[780].
-
- [780] «Continuez à vous instruire avec le plus de précision qu'il
- vous sera possible de ce qui regarde les affaires de Corse. Je
- vous ai déjà mandé combien il serait dangereux que les Anglais
- pussent se former quelque établissement dans cette
- île.»--D'Argenson à du Pont, Paris, le 8 février 1746:
- Correspondance de Gênes, vol. 120. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'envoyé de France ne ménageait pas sa peine; mais sa tâche était ardue.
-Il devait lutter contre la méfiance des Génois. Il s'efforçait de se
-ménager les bonnes grâces du secrétaire d'État par des attentions
-délicates. «L'usage que j'ai introduit de lui donner deux ou trois
-tasses de café quand il vient chez moi ne paraît pas lui déplaire. C'est
-ainsi que je lui adoucis les choses qui peuvent n'être pas de son goût.
-Cette façon d'agir convient bien à l'esprit de la nation. Cependant, il
-peut se rencontrer des circonstances, où il faut leur montrer de la
-fermeté et de la hauteur, autrement on n'en tirerait rien[781].» Et
-tandis que le secrétaire d'État faisait de la diplomatie avec l'envoyé
-de France en buvant des tasses de café, les beaux esprits lançaient des
-pasquinades contre le roi de Sardaigne.
-
- [781] Guymont à d'Argenson, Gênes, le 19 juin 1746:
- Correspondance de Gênes, vol. 120. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Au moment où les affaires de Corse paraissaient devenir sérieuses,
-Théodore reprit la plume: instrument qu'il maniait plus volontiers que
-l'arme. Le 17 octobre, il écrivit à un nommé Ange-Brando Suzini pour lui
-confirmer des lettres envoyées le mois précédent. Il recommandait aux
-Corses d'être fidèles au serment qu'ils lui avaient juré et de demeurer
-inébranlables dans leur attachement. Cela était indispensable pour
-remédier aux tristes choses du passé. Si les insulaires restaient
-sourds, il prévoyait les pires malheurs. Ils s'abîmeraient avec lui-même
-dans un précipice. Et il ajoutait cette phrase qui, écrite par lui,
-était jolie: «Ne vous laissez donc pas endormir par des flatteries
-étudiées et de vagues promesses[782].»
-
- [782] Théodore à Ange-Brando Suzini, le 17 octobre 1745: _loc.
- cit._ Bibliothèque municipale de Turin.
-
-Deux mois plus tard, il se plaignait au comte Bradimente Mari de ne
-jamais recevoir de réponse à ses missives. Il comptait cependant sur la
-fidélité de ses sujets. Il ordonnait aux chefs de déclarer, au nom de
-tous, que les populations avaient toujours le plus solide dévouement
-pour la personne de leur souverain légitime, le roi Théodore, et
-d'attester, à la face du ciel, que Dominique Rivarola n'avait reçu aucun
-mandat régulier pour traiter avec la cour de Turin. Les insulaires
-devaient témoigner à Charles-Emmanuel une véritable reconnaissance pour
-l'intention qu'il avait de les délivrer de la tyrannie génoise, tout en
-affirmant leur ferme résolution de ne vouloir pour maître que le
-monarque qu'ils s'étaient librement donné. Les Corses pouvaient
-promettre au roi de Sardaigne et à ses alliés leur concours le plus
-actif et lui fournir les hommes nécessaires afin de lui permettre de
-soutenir la guerre contre les Génois, à condition que ces troupes
-fussent placées sous le commandement de leur roi, Théodore. Cette armée
-nationale irait jusqu'en Italie pour envahir et saccager les territoires
-de la république. Les conquêtes seraient remises à Charles-Emmanuel. Le
-manifeste des insulaires devait donc avoir un double but: mériter la
-protection de Sa Majesté sarde et de ses alliés par un dévouement
-sincère et affirmer leur inviolable fidélité à leur souverain. Il
-fallait déclarer qu'ils donneraient jusqu'à la dernière goutte de leur
-sang pour respecter le serment solennel qu'ils avaient prêté. La Corse
-ne pourrait jamais se trouver à l'abri de toutes les dissensions
-intestines qui la ruinaient et la mettaient à la merci des Génois,--race
-détestable devant Dieu et devant le monde,--que sous la sage
-administration de son roi.
-
-Il terminait en ordonnant que ce manifeste fût rédigé et publié sans
-retard. On devait lui en envoyer des copies authentiques par deux
-députés. Il promettait enfin de remédier à toutes choses et disait qu'un
-de ses lieutenants, François Agostini, allait partir pour Tunis avec ses
-instructions[783].
-
- [783] Théodore au comte Bradimente Mari, le 23 décembre 1745:
- _Materie politiche, negoziazioni colla Corsica_, mazzo 3.
- Archives d'État de Turin.
-
-Un mois plus tard, il renouvela ces ordres d'une façon pressante[784].
-Mais ses lettres restaient toujours sans réponse. Il est vrai que, la
-plupart du temps, elles étaient interceptées.
-
- [784] Théodore au comte Bradimente Mari, le 25 janvier 1746:
- _Ibidem_.
-
-Il n'avait pas attendu que ses sujets fissent le manifeste qu'il
-demandait. Il en avait rédigé un lui-même que, pour plus de
-vraisemblance, il avait daté de Vescovato, en Corse[785].
-
- [785] Le 15 décembre 1745, Lorenzi en communiquant ce document au
- gouvernement français, disait qu'en Toscane on était persuadé
- qu'il avait été fait par Théodore lui-même. Florence, le 20
- janvier 1746: Correspondance de Florence, vol. 103.--Du Pont à
- d'Argenson, Gênes, le 30 janvier 1746: Correspondance de Gênes,
- vol. 120. Archives du Ministère des affaires étrangères.
-
-Les insulaires eussent-ils reçu les épîtres de Théodore, que très
-probablement ils n'y auraient pas répondu davantage. Ils n'en voulaient
-plus. Dans les nouvelles qui parvenaient à Gênes, on ne parlait jamais
-de lui. Les chefs qui, dix ans auparavant, étaient de ses plus zélés
-partisans, avaient changé d'opinion. Luc Ornano, entr'autres, s'était
-enrôlé dans le parti des Génois et avait donné à la république des
-marques sérieuses d'attachement[786].
-
- [786] Du Pont à d'Argenson, Gênes, les 16 et 30 janvier 1746:
- Correspondance de Gênes, vol. 120. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-L'Angleterre ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle avait fait fausse route
-en s'engageant, à la suite de Charles-Emmanuel, dans une entreprise
-remplie de difficultés. En vérité, pour la mener à bien, il aurait fallu
-des hommes autrement énergiques que Théodore ou Rivarola. «J'ai été
-pleinement informé, écrivait Mann à Gorzegno, par la lettre de Votre
-Excellence et par celle de M. Villettes, de la résolution de notre cour
-de renoncer à l'entreprise de la Corse par le peu de probabilité d'y
-réussir et par la nécessité qu'elle a d'employer ses vaisseaux de guerre
-ailleurs, et de la déférence que Sa Majesté le roi de Sardaigne a bien
-voulu montrer en cette occasion à ces sentiments nonobstant les motifs
-qu'il aurait au contraire.» Il fallait informer les insulaires de cette
-résolution, qui certainement leur causerait une grande désillusion. On
-devait également pourvoir à la sécurité de tous ceux qui avaient été
-compromis dans l'affaire et les soustraire aux représailles que la
-république ne manquerait pas d'exercer. Mann exécuterait fidèlement les
-ordres du roi de Sardaigne et il s'estimerait très heureux «de pouvoir
-réussir à rendre efficaces les mouvements d'humanité dont Sa Majesté est
-touchée». Il conseillait de prendre quelques Génois d'importance.
-C'était le meilleur moyen de «rendre la république plus traitable, par
-rapport à ceux qui auraient à l'avenir le malheur de tomber entre ses
-mains». Et le diplomate ajoutait qu'il ferait tout ce qu'il dépendait
-de lui pour terminer cette affaire «de la manière la moins
-désavantageuse pour les mécontents et la plus convenable à la dignité
-des cours intéressées»[787].
-
- [787] Mann à Gorzegno, le 7 juin 1746: _loc. cit._ Archives
- d'État de Turin.
-
-Tous les projets sur la Corse furent donc abandonnés, et l'escadre
-anglaise quitta les côtes de l'île pour aller dans les eaux espagnoles.
-
-En termes polis et diplomatiques, Mann avait déclaré à Gorzegno que le
-roi de Sardaigne devait accepter sans récriminer la décision de
-l'Angleterre touchant la Corse. Charles-Emmanuel fut néanmoins très
-mécontent de la défection de ses alliés. Il ne renonça pas à son
-dessein. Il se retourna du côté de Théodore--et, chose étrange--par
-l'intermédiaire de Mann.
-
-
-IV
-
-Neuhoff, dans les premiers mois de 1746, logeait à Livourne chez un
-hanovrien[788]. On disait qu'il se préparait à passer en Corse; mais à
-Gênes on ne se montrait pas effrayé de cette menace[789].
-Périodiquement, le baron faisait répandre le bruit qu'il allait rentrer
-dans son royaume; seulement, il ne partait jamais. On commençait à être
-habitué à ses mensonges.
-
- [788] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746:
- Correspondance de Florence, vol. 103. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [789] Guymont à d'Argenson, Gênes, le 25 avril 1746:
- Correspondance de Gênes, vol. 120. _Ibidem._
-
-Cependant, le gouvernement génois avait tout lieu de se méfier. La
-régence de Toscane signifia à Viale un ordre du grand-duc, lui
-enjoignant de quitter le territoire dans le délai de trois jours. Le
-malheureux diplomate, âgé et malade, dut demander un sursis[790].
-
- [790] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746:
- Correspondance de Florence, vol. 103. _Ibidem._
-
-On apprit quelque temps après que le chevalier Farinacci se trouvait à
-Vienne et qu'il complotait avec un français, pour amener les Corses à se
-donner à la reine de Hongrie. On leur avait donné de l'argent qu'ils
-devaient distribuer aux insulaires. Par mesure de prudence, la cour de
-Vienne avait nommé deux commissaires pour surveiller l'emploi des
-fonds[791].
-
- [791] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 9 juin 1746:
- Correspondance de Florence. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Dans ces intrigues rien de précis ne s'élaborait. Il n'y avait que de
-vagues combinaisons avec des individus tarés, qui n'avaient même pas les
-raffinements de scélératesse nécessaires pour conduire une aventure: des
-sous-Théodore. Les hommes politiques les écoutaient, puis les
-rejetaient, parce qu'ils paraissaient trop veules. Et le baron de
-Neuhoff restait le seul sur qui les ambitions pussent encore s'arrêter,
-malgré les preuves d'incapacité qu'il avait données. Celui-là au moins
-avait une idée fixe. Il écrivait tellement et avec un si imperturbable
-aplomb, qu'on pouvait, à la rigueur, fonder quelque espérance sur lui.
-Et faute de mieux.....
-
-Son échec à Turin ne l'avait pas découragé. Il continuait à vivre en
-Toscane, toujours en relations avec Mann. Celui-ci le déclarait
-insupportable, mais il ne faisait rien pour s'en débarrasser. On savait
-qu'il était en faveur à la cour de Vienne. François de Lorraine causait
-volontiers avec tous les aventuriers; à tour de rôle, il les éconduisait
-sans motif apparent, puis il les reprenait sans plus de raisons. Pour
-l'instant, Théodore avait des accointances avec le prince de Craon,
-président du Conseil de Régence de Toscane. Mann n'ignorait rien de tout
-cela. S'il méprisait le baron, il n'entendait pas qu'il pût servir les
-desseins d'autres personnages.
-
-Un jour, Neuhoff vint le trouver et lui demanda son appui pour obtenir
-l'autorisation de passer à la cour de Turin. Malgré tout ce qu'il avait
-écrit à son sujet, Mann ne fit aucune difficulté pour transmettre cette
-requête: «Théodore est ici depuis quelques jours. Il a donné des lettres
-au prince de Craon pour Vienne et m'a demandé avec instance une lettre à
-quelque capitaine de vaisseau de guerre pour le faire transporter aux
-côtes de Gênes, sous prétexte qu'il a nécessité de se présenter à Sa
-Majesté Sarde et à M. de Botta. Je lui ai dit que sans permission je ne
-pouvais pas la lui donner, et il m'a prié de la demander à Votre
-Excellence[792].»
-
- [792] Mann à Gorzegno, Florence, le 10 octobre 1746: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Mann écrivit cela le 10 octobre 1746, quatre mois après avoir signifié à
-la cour de Turin que l'Angleterre renonçait à toute entreprise sur la
-Corse! Quinze jours plus tard il insista: «Théodore est encore ici dans
-l'espérance, à ce qu'il me dit, que Sa Majesté Sarde lui donnera la
-permission de passer auprès d'Elle. J'évite de le voir, mais il m'écrit
-des billets continuellement et se trouve dans le plus grand besoin
-d'argent[793].»
-
- [793] Mann à Gorzegno, Florence, le 25 octobre 1746: _Ibidem_.
-
-Neuhoff étant à bout de ressources, on pouvait, moyennant quelques
-fonds, se servir de lui. L'aventurier, quand il était aux abois, aurait
-fait n'importe quoi. Il se serait même embarqué pour la Corse, quitte à
-ne pas descendre à terre une fois arrivé. Nous avons vu maintes fois,
-que ses résolutions énergiques, son désir ardent de donner la liberté
-aux Corses, s'affichaient toujours dans les crises de détresse
-financière. Mann le connaissait bien, et en terminant sa lettre par la
-phrase où il disait qu'il se trouvait _dans le plus grand besoin
-d'argent_, il insinuait que si on voulait, de nouveau, l'utiliser, le
-moment était favorable. Peut-être même pourrait-on avoir cela à bon
-compte. Charles-Emmanuel comprit et se décida à recevoir Neuhoff. Le 31
-octobre, Mann écrivait à Turin: «Je me suis bien douté que Votre
-Excellence serait du sentiment de faciliter le passage de Théodore
-auprès de Sa Majesté. Si M. le marquis Botta le voudra, il trouvera des
-moyens pour cela; mais pour moi, je ne crois pas nécessaire de lui en
-écrire[794].»
-
- [794] Mann à Gorzegno, Florence, le 31 octobre 1746: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Mann avait bien voulu transmettre la demande de Théodore, mais, quand
-elle fut accueillie, il n'entendait pas aller plus loin dans son rôle
-d'intermédiaire. Puisque l'entrevue était décidée, le roi de Sardaigne
-pouvait donner directement au roi de Corse les moyens d'aller à Turin.
-Les deux majestés n'avaient qu'à concerter toutes choses entre elles.
-Sait-on à l'avance comment tourneront ces sortes de combinaisons? Le
-diplomate ne voulait avoir dans l'affaire qu'une responsabilité limitée;
-juste ce qu'il faut pour tirer avantage d'un succès, et pas assez pour
-être engagé dans quelque aventure désagréable. Il y avait là une nuance;
-il la saisit pour mettre ses scrupules et sa dignité d'accord avec
-l'intérêt. L'Angleterre avait renoncé à ses projets sur la Corse; mais
-elle n'aurait pas admis que ses alliés fissent quelque nouvelle
-entreprise sur l'île sans elle. Il était donc difficile à son
-représentant de favoriser trop ouvertement les intrigues isolées du
-gouvernement sarde. Charles-Emmanuel pouvait être promptement désabusé
-sur le compte de l'aventurier, et il reprocherait peut-être quelque jour
-à Mann d'avoir trop bien suivi ses instructions. On en veut généralement
-aux gens à qui l'on fait faire des démarches compromettantes et qui
-exécutent trop fidèlement certains ordres. Il est plus habile de
-s'abstenir. Enfin, si Théodore ne trouvait pas à la cour de Turin ce
-qu'il espérait, il harcèlerait le résident de ses plaintes et de ses
-récriminations. Celui-ci savait par expérience que pour faire taire le
-baron il fallait lui donner de l'argent.
-
-Mann se retira donc avec élégance d'une affaire qu'il avait engagée,
-tout en restant le maître de la situation pour le cas où les choses
-viendraient à tourner heureusement.
-
-Le diplomate avait été bien inspiré en se tenant sur la réserve. Le
-projet n'aboutit pas. Théodore alla-t-il à Turin et eut-il une
-conférence avec Charles-Emmanuel? Il est très probable que cette
-entrevue eut lieu, puisque le gouvernement sarde, d'après la lettre de
-Mann, était décidé à s'entendre avec l'aventurier. Le roi de Sardaigne
-s'aperçut-il, dès la première conversation, que Neuhoff n'avait rien de
-ce qu'il fallait pour entreprendre une action énergique? Les exigences
-pécuniaires de Théodore furent-elles jugées exagérées? On peut le
-croire. D'ailleurs, le baron n'était plus jeune. Sa vie avait été une
-suite d'aventures et d'intrigues. Il s'était beaucoup remué et son
-audace devait être émoussée. Il revint en Toscane avec une désillusion
-de plus. Il ne lui restait plus que des espérances du côté de Vienne.
-
-Au début de l'année 1747, Théodore était à Florence, attendant des
-réponses de la cour d'Autriche, à laquelle il avait exposé ses plans. Il
-allait souvent chez Mann, s'obstinant à vouloir lui faire goûter ses
-combinaisons; mais le résident anglais faisait de plus en plus la sourde
-oreille, «sachant que sa cour n'en veut plus rien savoir». Le discrédit
-du baron auprès des Corses était complet, et puis il se trouvait dans un
-état si misérable que cela pourrait coûter cher d'entendre ses
-histoires[795].
-
- [795] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 7 janvier 1747:
- Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-De jour en jour, sa détresse augmentait. Il était logé pauvrement.
-Parfois, il n'avait même pas de pain et il en était réduit à tendre la
-main. Au mois de février, Mann écrivait à Turin: «Le baron de Neuhoff,
-connu par le nom de Théodore, est encore ici et réduit à la dernière
-misère, jusqu'à demander qu'on fasse des contributions pour le soutenir.
-Il ne sort jamais d'une petite auberge où il est logé et dont le maître
-a souvent refusé de lui donner à manger. Il me tourmente tous les jours
-par des lettres et messages, mais je ne suis pas en état de le
-soulager[796].»
-
- [796] Mann à Gorzegno, Florence, le 20 février 1747: _loc. cit._
- Archives d'État de Turin.
-
-Le malheureux roi, pour avoir le nécessaire, avait engagé ses sceaux
-d'argent. De Vienne, on continuait à le bercer de folles espérances.
-Pour mettre ses projets à exécution, il réclamait deux barques armées en
-guerre, un régiment et de l'argent[797].
-
- [797] Lorenzi à d'Argenson, Florence, le 18 février 1747:
- Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-A Florence, on avait formé le nouveau _régiment de marine_. Le grand-duc
-François avait pris le titre de colonel de ce régiment et on équipait
-deux bateaux pour le transporter à Porto-Ferraio. On assurait que ce
-n'était pas là sa véritable destination; on gardait le secret sur
-celle-ci. Comme ces armements concordaient avec la demande de Théodore,
-on concluait qu'ils avaient été faits pour servir ses desseins. Le 24
-février, le chevalier Farinacci était arrivé à Florence, venant de
-Venise. C'était cet aventurier, qui avait conspiré, à Vienne et à Turin,
-pour donner la Corse à qui voudrait la prendre. A son entrée en ville,
-il avait été arrêté, d'après un mandat délivré quelques jours
-auparavant, car on l'attendait. Il était venu à Florence, disait-on,
-pour tuer Théodore et toucher ainsi la prime promise par le Sénat de
-Gênes, suivant l'édit toujours en vigueur[798]. Si des coquins ne
-parvenaient pas à faire leurs affaires en entrant dans les combinaisons
-du baron, ils avaient au moins la ressource de gagner quelque argent en
-l'assassinant.
-
- [798] Lorenzi à Maurepas, Florence, le 4 mars 1747: _Ibidem_.
-
-Un jour Théodore disparut. De suite, le bruit se répandit qu'il était
-allé à Livourne pour s'embarquer. Les deux barques, qui avaient conduit
-le régiment de marine à Porto-Ferraio, venaient justement de rentrer
-dans ce port[799]. Le pauvre baron n'était pas cependant en état de se
-mettre à la tête de quelque entreprise, car, si on ne le voyait plus,
-c'est qu'il était malade. Lorenzi avait su, par une personne très au
-courant de ces intrigues, que la cour de Vienne s'obstinait dans ses
-projets sur la Corse et qu'elle comptait toujours mettre à contribution
-la bonne volonté de Théodore pour les mener à bien. Seulement, on
-hésitait encore un peu, car on n'avait plus grande confiance dans la
-popularité du roi dans l'île. Il avait tellement trompé les
-insulaires[800]!
-
- [799] Lorenzi à Puisieux, qui avait remplacé d'Argenson aux
- affaires étrangères, Florence, le 11 mars 1747: _Ibidem_.
-
- [800] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 18 mars 1747:
- Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Cependant, les desseins de l'Autriche prenaient de la consistance.
-Neuhoff fut bientôt guéri. Il disait qu'il comptait s'embarquer dans un
-mois et demi. On affirmait de plus en plus que le régiment de marine
-n'avait été envoyé à Porto-Ferraio que pour masquer sa véritable
-destination: la Corse[801].
-
- [801] Lorenzi à Puisieux, Florence, les 25 mars et 15 avril 1747:
- _Ibidem_.
-
-Le gouvernement français finit par s'émouvoir de ces manœuvres louches.
-Lorenzi reçut l'ordre de s'éclairer et d'envoyer sans retard des
-renseignements précis[802].
-
- [802] «Vous sentez combien il est intéressant pour nous d'être
- exactement et promptement instruits des suites que pourrait avoir
- le projet qui paraît avoir été formé contre la Corse; et je ne
- crois pas avoir besoin d'exciter à cet égard votre vigilance et
- votre zèle». Puisieux à Lorenzi, Paris, le 25 avril 1747:
- _Ibidem_.
-
-Voici ce que l'envoyé apprit d'une façon sûre.
-
-Quelques mois auparavant, les insulaires avaient présenté un mémoire à
-la reine de Hongrie. Ils proposaient de se soulever en sa faveur si on
-leur fournissait des armes et des munitions. La cour de Vienne avait
-agréé cette offre et expédié un matériel de guerre en Toscane. C'était
-pour cette entreprise qu'on avait levé le régiment de marine; quatre
-autres, de mille hommes chacun, étaient en formation. L'Angleterre, qui
-avait retiré son concours au roi de Sardaigne, quand l'affaire était en
-train, se trouvait mêlée à cette nouvelle combinaison. Une escadre
-anglaise devait appuyer l'expédition autrichienne et forcer Bastia et
-Calvi à se rendre à Marie-Thérèse. Tout était prêt, et on allait passer
-à l'exécution de ce projet, lorsque surgirent des difficultés. Elles
-provenaient des chefs corses qui ne pouvaient pas s'entendre. Les uns
-voulaient se donner à la reine de Hongrie, les autres s'opposaient
-énergiquement à la chose. On attendait qu'ils se fussent mis d'accord.
-Au surplus, le siège de Gênes par les Autrichiens durait toujours; on
-espérait que la ville capitulerait bientôt et, dès qu'elle serait
-tombée, l'expédition de Corse aurait lieu. Le consul de France à
-Livourne avait écrit qu'on attendait Théodore. Il devait passer à
-Porto-Ferraio, et, de là, dans son royaume. «On lui avait préparé
-vingt-quatre habits de livrée verte, parements jaunes et vestes
-galonnées d'argent, pour lui faire sans doute jouer son rôle plus
-décemment.» On espérait que ses sujets tomberaient en admiration devant
-cette mascarade. Un colonel lorrain, au service du grand-duc, était
-désigné pour prendre le commandement des troupes dans l'île. On se
-méfiait, non sans raison, des aptitudes militaires du baron. En
-attendant que tout fût réglé, il se tenait caché dans Florence. Peu de
-personnes parvenaient jusqu'à lui; mais il n'était pas difficile de se
-rendre compte que le gouvernement toscan le protégeait. «L'on voit par
-là que la cour de Vienne met en œuvre, pour augmenter sa puissance,
-toutes sortes de moyens sans trop en examiner la justice ni la
-décence[803].»
-
- [803] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 6 mai 1747: Correspondance
- de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des affaires
- étrangères.
-
-Une expédition n'aurait pas été complète sans une proclamation du roi à
-ses sujets. Du reste, tant qu'il ne s'agissait que de faire des phrases,
-on était sûr de le trouver disposé. Il rédigea donc un édit par lequel
-il promettait son pardon à tous les Corses qui auraient embrassé le
-parti de la république, pourvu qu'ils prissent les armes en faveur de
-Marie-Thérèse. Le gouverneur de l'île d'Elbe, tandis que le régiment de
-marine se préparait, avait fait armer une felouque qu'on pensait
-destinée à transporter Théodore, car les huit rameurs qui la montaient
-étaient habillés de bleu et coiffés de bonnets noirs, à la mode
-anglaise[804]. On envoya trois cents bombes de Livourne à Porto-Ferraio,
-et Neuhoff disait qu'il se mettrait en route dès que Richecourt lui
-aurait remis la somme convenue. Il prétendait aussi que les insulaires
-avaient menacé Rivarola de le pendre s'il ne quittait pas l'île de
-suite[805].
-
- [804] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 13 mai 1747:
- Correspondance de Florence, vol. 105. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [805] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 20 mai 1747: _Ibidem_.
-
-Les semaines s'écoulaient et l'expédition ne partait pas. Les chefs
-corses étaient plus désunis que jamais[806]. Théodore continuait à vivre
-mystérieusement à Florence[807]. Pourtant, il avait touché ses fonds,
-car il avait retiré ses sceaux d'argent, qui étaient en gage chez
-quelque usurier. Cette opération s'était effectuée par l'entremise des
-officiers généraux au service du grand-duc. Ceux-ci le pressaient
-vivement de partir[808].
-
- [806] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 17 mai 1747: _Ibidem_.
-
- [807] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: _Ibidem_.
-
- [808] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 26 août 1747: _Ibidem_,
- vol. 106.
-
-A la fin d'août, Neuhoff avait quitté Florence et était allé dans une
-maison de campagne aux environs de Pistoia. Il avait fait ce voyage,
-disait-on, pour s'entendre avec un anglais nommé Mills. Cet individu
-venait de Vienne. Il avait été recommandé par Richecourt à un certain
-Yharce, anglais également, capitaine du port de Livourne. Mills avait
-résidé à Pise jusqu'à l'arrivée de Richecourt. Il s'était alors rendu à
-Florence, où il avait eu de nombreuses conférences avec le conseiller de
-la Régence. Il se disait colonel au service de l'Autriche. Mann n'avait
-pu avoir aucun renseignement précis sur lui. On supposait qu'il était
-destiné à commander l'expédition de Corse[809].
-
- [809] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: _Ibidem_,
- vol. 105.
-
-Cependant, l'exécution de ce projet devenait chaque jour plus
-incertaine. On parlait du roi Théodore avec un profond mépris[810].
-
- [810] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 2 septembre 1747:
- Correspondance de Florence, vol. 106. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Soudain, une nouvelle à sensation se répandit dans Florence. Le baron de
-Neuhoff, par l'ordre du grand-duc, avait été chassé de Toscane et
-renvoyé chez lui, en Westphalie. Le gouvernement, écrivait Lorenzi, a
-été «bien aise de s'en défaire sur ce qu'il en a reconnu l'inutilité».
-L'appui que la France donnait aux Génois rendait au surplus très
-difficile toute entreprise sur l'île[811].
-
- [811] Lorenzi à Puisieux, Florence, le 26 septembre 1747:
- _Ibidem_.
-
-L'expulsion de Théodore surprit tout le monde. Puisieux demanda à son
-agent de vérifier le fait et de découvrir le motif exact de cette
-mesure[812].
-
- [812] «Je voudrais que vous puissiez vérifier si en effet le
- baron de Neuhoff a été renvoyé en Westphalie et quel a été le
- motif qui a déterminé le grand-duc à le chasser de ses états» (en
- chiffres). Puisieux à Lorenzi, Fontainebleau, le 17 octobre 1747:
- _Ibidem_.
-
-Lorenzi envoya son rapport. «J'ai toute la certitude qu'on peut avoir
-dans ces matières que le baron de Neuhoff a été renvoyé en Westphalie,
-car, outre l'avis de son départ, j'ai appris par ceux qui y ont eu la
-main, qu'il était arrivé dans ce pays-là, ainsi que vous aurez pu le
-voir, Monseigneur, dans l'extrait de ma lettre à M. le comte de Maurepas
-du 24 du mois dernier[813]. Ce renvoi a été fait, selon mes notions,
-d'assez bonne grâce et avec l'argent de M. le grand-duc. A l'égard du
-motif qui a déterminé ce prince à se défaire de cet aventurier, j'ai
-tout lieu de croire qu'il est dérivé de ce qu'il est tombé dans le plus
-grand mépris, tant auprès des Anglais que des Corses, et qu'on ne lui
-trouvait point de talent pour recouvrer son crédit, tellement qu'on le
-jugeait absolument inutile, tandis qu'il causait à son gouvernement de
-la dépense et de l'embarras. Au reste, vous aurez vu, Monseigneur, par
-ma dernière, que la révolte dans la Corse est devenue des plus
-sérieuses, si les cours de Vienne, de Turin et de Londres fournissent
-aux rebelles les secours dont ils ont besoin[814].»
-
- [813] «Ces Lorrains qui ont renvoyé le baron Théodore chez lui,
- ont eu avis qu'il y est arrivé. Il paraît que les ennemis ont
- abandonné, au moins pour le présent, leurs projets sur la Corse».
- Lorenzi à Maurepas, Florence, le 24 octobre 1747: _Ibidem_.
-
- [814] Lorenzi à Puisieux (en chiffres), Florence, le 7 novembre
- 1747: Correspondance de Florence, vol. 106. Archives du Ministère
- des affaires étrangères.
-
-Le ministre fut satisfait de ces renseignements et déclara que toute
-nouvelle recherche devenait inutile[815].
-
- [815] Puisieux à Lorenzi, Paris, le 28 novembre 1747: _Ibidem_.
-
-François de Lorraine faisait emprisonner ou expulser ceux avec qui il
-conspirait. Il n'avait pas trouvé dans les habitués de sa _Retirade_ le
-fripon d'une assez haute envergure pour servir utilement ses ambitions.
-Il devait ceindre bientôt la couronne impériale. Il se consola peut-être
-alors de n'avoir pas pu avoir celle de Corse.
-
-Mann dut pousser un soupir de soulagement.
-
-Quant à Théodore, son rôle politique était fini. Les temps sombres
-allaient commencer; le calvaire de la misère se dressait devant lui.
-Pendant neuf ans, il le gravira degré par degré, jusqu'au bout.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
- Théodore en Hollande et en Allemagne.--Il ne veut pas
- abdiquer.--Ses griefs contre les Corses.--Le récit de Mouvet.--Le
- moine et le diplomate.
-
- Le roi de Corse arrive à Londres.--Démarches du ministre de
- Gênes.--Théodore est reçu dans la haute société.--Une
- soirée.--Neuhoff est arrêté pour dettes.--Il reçoit des
- visiteurs.--Un spectacle attrayant.--_Les ténèbres de Corse._
-
- Des membres de la Chambre des Communes vont voir Théodore en
- prison.--Un article de journal.--L'acteur Garrick et le _Roi
- Lear_.--Théodore recouvre la liberté.--Il abandonne le royaume de
- Corse à ses créanciers.--On le remet en prison.--Il en sort
- définitivement.--Le roi et l'ouvrier.--Mort de Théodore.--Le
- marchand d'huile.--Épitaphe.--Un opéra-bouffe.
-
-
-I
-
-Après avoir été chassé de Toscane, Théodore mena en Allemagne et en
-Hollande une existence misérable. Pendant deux ans, on n'entendit guère
-parler de lui. Ses grands projets, ses intrigues avec les puissances qui
-désiraient s'emparer de la Corse, tout cela avait piteusement avorté. Le
-rêve et la chimère avaient dû, dans son esprit, céder la place aux
-brutales préoccupations de la vie matérielle. Il ne s'agissait plus,
-maintenant, de reconquérir un trône; il fallait pourvoir au pain de
-chaque jour. Tous les matins la même besogne devait recommencer: la
-chasse aux écus, l'escroquerie quotidienne.
-
-Le soir, son esprit s'ingéniait sans doute à songer avec quel mensonge
-il pourrait, le lendemain, faire une nouvelle dupe. Mais, parfois, son
-incorrigible ambition reprenait le dessus. Malgré toutes les
-désillusions, il se croyait encore appelé à jouer le rôle de sauveur
-dans les destinées du peuple corse. Qui pensait à lui dans l'île? Douze
-ans s'étaient écoulés depuis que les insulaires avaient posé sur sa tête
-une couronne de laurier. Et douze ans c'est bien long pour conserver la
-fidélité d'un peuple, surtout quand on n'a pas d'argent.
-
-La dernière survivante des dames Fonseca, la sœur Françoise Constance
-recevait parfois des nouvelles du baron. Elle restait sa confidente. Il
-s'épanchait en phrases sonores lorsque des crises d'ambition le
-torturaient encore; il laissait couler sous sa plume les récriminations
-amères d'un homme, qui, arrivé au déclin de sa vie, ne voit dans son
-passé que des agitations stériles. Dans la paix du cloître, la
-religieuse avait médité sur la vanité des grandeurs de ce monde, car, le
-22 juin 1748, elle écrivit à son roi pour lui conseiller de renoncer à
-ses desseins.
-
-Le 25 juillet, il répondit à sa «très chère cousine et amie». La plupart
-de ses lettres étaient interceptées. Celui qui se rendait coupable de
-ces manœuvres déloyales était son correspondant de Cologne, qui avait
-été suborné par le nonce du pape. Cet ambassadeur remplissait plus
-volontiers la charge d'agent de Gênes que celle de ministre du
-Saint-Siège. Il ne recevait aucune nouvelle de Corse. Cependant, il
-avait envoyé quelques munitions dans l'île par un bâtiment anglais.
-Elles avaient été débarquées près d'Aléria; il le savait sûrement. Les
-insulaires semblaient être abandonnés de Dieu. Leur inconstance leur
-portait un grand préjudice. Ils avaient dans les cours une détestable
-réputation. Ses amis lui reprochaient les dépenses qu'il avait faites
-pour ces ingrats. Actuellement, il se trouvait à la campagne, chez un de
-ses parents; après quelques jours de repos, il comptait se rendre à
-Amsterdam. Il continuerait à travailler pour son peuple. «Du reste,
-votre conseil, ma bien chère amie, est bel et bon; mais l'honneur de mon
-nom est engagé de soutenir l'affaire au péril de ma vie.» Tous les
-Corses n'étaient pas perfides. Et quand même le seraient-ils sans
-exception, il voulait n'avoir rien à se reprocher. Il entendait leur
-laisser entièrement l'odieux d'un parjure. Lui, il ne faillirait pas!
-«Enfin, c'est une vilaine tragédie.» Une grande et fatale destinée
-pesait sur son existence. Être né pour un «pareil exploit», quelle
-misère! Ces malheureux opprimés ne l'avaient payé qu'en trahisons et
-maintenant ils étaient «bien justement châtiés de cette manière par
-décret certain de Dieu». L'histoire des païens et des sauvages n'offrait
-rien de semblable à la conduite de ses sujets envers lui[816].
-
- [816] Théodore à la sœur Françoise-Constance Fonseca, le 15
- juillet 1748: _Ribellione di Corsica_, filza no 14/3012. Archives
- d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-En allant de Hambourg à Amsterdam, dans le courant du mois d'août, la
-chaise de poste, où était Théodore, versa. Par miracle, il en fut quitte
-avec quelques contusions à une épaule, à un bras et à la main droite. Il
-allait sans cesse par «voie et par chemin» pour mettre ses affaires en
-ordre; ce n'était pas chose facile: elles étaient toujours bien
-embrouillées. La sœur Fonseca, qui, à certains moments de
-recueillement, souhaitait que le roi renonçât aux vaines grandeurs, émue
-par ses paroles ardentes, reprenait parfois confiance dans les
-contingences humaines. Le 19 juillet, elle lui manda qu'on ne savait
-rien à son sujet, en Corse. Et, cependant, il ne manquait jamais
-d'écrire à chaque occasion. Il avait, au surplus, essayé de faire valoir
-ses droits au congrès tenu à Aix-la-Chapelle, pour mettre fin à la
-guerre de la succession d'Autriche; mais les plénipotentiaires n'avaient
-pas voulu les reconnaître. Tout cela n'était pas gai. Des souvenirs
-mélancoliques lui revenaient à l'esprit. «Cette nuit j'ai fait jour de
-ma naissance, disait-il, et j'espère que l'année que j'entre me sera
-plus heureuse que la passée[817].»
-
- [817] Théodore à la sœur Françoise-Constance Fonseca, le 25 août
- 1748: _loc. cit._
-
-Que fit-il exactement pendant son séjour en Allemagne et en Hollande, de
-1747 à 1749? Il est difficile de déterminer ce point d'une façon
-précise.
-
-Un moine du Brabant, qui, pour vivre, donnait des répétitions de droit
-public aux étudiants de l'Université de Leyde, a écrit la vie de
-Théodore à cette époque. Il a intitulé son factum: _Anecdotes de la vie
-du fameux aventurier Théodore, baron de Neuhoff, pendant les années
-1747, 1748, 1749_[818]. Mais il faut accepter ce récit avec méfiance. Il
-a été composé pour être vendu à la république de Gênes qui, d'ailleurs,
-selon son habitude, a trouvé le moyen de se le procurer sans bourse
-délier. Le moine, pour faire sa cour aux Génois, a noirci Théodore de
-toutes les friponneries. C'est un réquisitoire. Néanmoins, Mouvet, ayant
-fréquenté le baron, pouvait parfaitement avoir connu certaines
-particularités. Seulement, pour en faire de l'argent, il les a
-amplifiées. Il n'aurait eu aucune chance de vendre un panégyrique.
-
- [818] Archives d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-Il raconte que le premier soin du baron, en arrivant à Cologne, après
-son départ forcé de Toscane, aurait été de se faire héberger, pendant
-deux mois, par une dame pieuse, la baronne de E. V..... Pour émouvoir sa
-compassion, il lui raconta une histoire de voleurs. Ses gens, durant son
-voyage, l'avaient totalement dépouillé, ne lui laissant que l'habit
-rouge qu'il avait sur le dos. La bonne dame lui remit neuf cents ducats.
-Elle eut, pour récompense, la satisfaction de payer un nombre infini de
-ports de lettres, car son hôte écrivait sans cesse, à tous les grands de
-la terre, disait-il.
-
-A La Haye, il se serait fait avancer mille ducats par M. Rademacker,
-trésorier du prince d'Orange. Il demandait qu'on lui fournît des
-munitions pour lui permettre de rentrer dans son royaume. Il s'agitait;
-il s'insinuait auprès de tous les personnages et mentait toujours. Il
-avait fait, disait-il, des recrues en soldats et en officiers qu'il
-comptait revêtir d'uniformes bleus, verts et rouges. Il commanda même le
-drap nécessaire à l'équipement de six mille hommes. Cela est assez
-vraisemblable. Il avait l'habitude de faire faire des uniformes pour des
-troupes qui n'existaient que dans son imagination.
-
-En Allemagne, il se retrouva avec d'anciennes connaissances, M. et Mme
-Borscherd, de Cologne. Quelques années auparavant, ceux-ci avaient déjà
-donné l'hospitalité au baron, qui s'était fait remettre par ces bons
-bourgeois des sommes assez rondes, sous prétexte de rechercher des
-trésors cachés dans leurs terres. Il affirmait qu'un esprit habitait
-dans leur propriété. Il fréquentait toutes les sorcières et tous les
-magiciens du voisinage pour donner quelque poids à ses dires. La
-désillusion ne put vaincre l'admiration que ces braves gens eurent
-toujours pour leur hôte. Ils payaient sans marchander.
-
-Dans la suite, Théodore aurait essayé de se glisser jusque dans
-l'entourage du prince d'Orange par l'entremise de Lansberg, représentant
-des États-Généraux à Cologne, dont il avait su se faire un ami en
-l'éblouissant de ses hautes protections. C'était au moment où se tenait
-le congrès d'Aix-la-Chapelle. Le baron, parlant en souverain, avait
-déclaré que les députés des Corses, ses sujets, allaient arriver pour
-prendre part aux conférences, et faire reconnaître solennellement ses
-droits. Les députés ne vinrent pas, mais l'effet était produit. Il parla
-de cette intervention si souvent et avec une telle assurance, qu'on
-finissait par le croire. Après le congrès, Théodore aurait tenté
-l'escroquerie religieuse. En Hollande, il serait allé trouver des
-pasteurs protestants et leur aurait promis, moyennant une honnête somme,
-de faire embrasser aux Corses le culte réformé. Il avait en même temps
-de graves entretiens avec des prêtres catholiques. La situation
-religieuse dans l'île était sérieuse, par suite de l'ambition qu'avaient
-les Anglais de s'emparer du pays. Une fois maîtres de la Corse, ils
-arriveraient peu à peu à implanter le protestantisme. Mais, avec dix
-mille florins, il saurait empêcher cette éventualité de se produire. Il
-remettrait en gage le sceau de son royaume. Les prêtres effrayés
-s'occupèrent de réunir cette somme. Mais ils n'arrivèrent qu'à donner au
-baron de faibles acomptes, qu'il encaissait, en attendant le reste, afin
-de montrer son zèle pour la religion romaine.
-
-A Leyde, il vint trouver un moine, le Père Paul. Celui-ci avait été
-avisé qu'il recevrait la visite d'un seigneur. Théodore, selon son
-habitude, ne s'était pas fait connaître. On causa; le Révérend Père
-était bavard. Il raconta bien des histoires qui circulaient dans le
-pays: on débitait, entr'autres choses, que Sa Majesté corse «faisait
-l'amour à une demoiselle». «Jarnebleu, s'écria Théodore, c'est moi qui
-suis le roi de Corse, et si cela était je le saurais sans doute.» Et il
-se retira en faisant claquer la porte. Le moine se précipita derrière
-lui, en se confondant en excuses sur son intempérance de langage. Le
-religieux fut tellement saisi de cette aventure, qu'il en tomba malade.
-Au milieu de son trouble, un sentiment cependant dominait: la joie
-d'avoir reçu la visite d'une personne «tant caractérisée, honorable et
-respectable». Le Révérend Père racheta sa faute en avançant, ou en
-faisant prêter, par des personnes pieuses, des sommes d'argent au
-monarque.
-
-Afin, sans doute, de compléter la série des filouteries, Théodore aurait
-essayé de l'escroquerie au mariage. Il se serait adressé à différents
-ecclésiastiques, en leur demandant si, parmi leurs dévotes pénitentes,
-il ne se trouverait pas quelque dame possédant du bien, qui voulût être
-reine. Il paraît que les candidates au trône n'auraient pas manqué. Des
-prêtres essayèrent de lui ménager une union sortable. Il n'était pas
-difficile; peu lui importaient l'âge, la naissance, la beauté. Il ne
-regardait qu'à la dot pour soutenir l'éclat de sa couronne. Néanmoins,
-l'affaire du mariage n'aboutit pas. Il ne devait jamais y avoir une
-reine de Corse.
-
-Il faut, dans tous ces racontars de Mouvet, faire la part de
-l'exagération. Il ne faut pas oublier, non plus, que le moine, ayant
-entrepris la difficile et ingrate besogne de soutirer de l'argent à la
-république de Gênes, avait dû agrémenter son récit pour en faire un
-écrit vendable. Il est cependant certain que le nombre de gens dupés par
-Théodore, en Hollande, fut très grand.
-
-Villavecchia, ministre de Gênes à La Haye, avait, suivant les
-instructions de son gouvernement, ouvert une enquête sur les faits et
-gestes du baron dans les Pays-Bas. Le 18 juillet 1749, il transmit au
-Sérénissime Collège un volumineux rapport, dans lequel il donnait des
-détails précis sur Neuhoff et où il racontait ses entrevues avec Mouvet.
-
-Théodore quitta la Hollande au commencement de 1749. Après son départ,
-il continua à entretenir une active correspondance avec des officiers
-des troupes néerlandaises. Ces officiers, ayant peut-être peu de profits
-à servir les États-Généraux, avides de nouveauté, ou bien impressionnés
-par sa faconde, paraissaient avoir une inébranlable confiance en ses
-mirifiques promesses. D'ailleurs, les gens, qui avaient une foi aveugle
-dans sa haute destinée, étaient si nombreux qu'un aventurier de bas
-étage essaya de s'aboucher avec lui pour faire une association. Théodore
-n'accepta pas la combinaison: il ne voulait pas se commettre avec de
-vulgaires escrocs. Il désirait travailler seul. Après le départ du
-baron, cet individu chercha à se faire passer pour le roi de Corse, tant
-à La Haye qu'à Amsterdam. Rien ne manquait à la renommée de Neuhoff, pas
-même la contrefaçon. Et Villavecchia se gaussait de cette «imposture
-faite contre un autre imposteur». Il garantissait le fait.
-
-Théodore recevait, pendant son séjour en Hollande, une grande quantité
-de lettres sous un nom d'emprunt: le baron de Berghen. Par surcroît de
-précaution, la correspondance était envoyée au baron Sporchen, envoyé
-extraordinaire du roi d'Angleterre, en qualité d'Électeur de Hanovre,
-auprès des États-Généraux. Il transmettait ensuite les lettres à
-Théodore. Ce commerce dura jusqu'après le départ de Neuhoff. Le résident
-de Gênes vit un certain nombre de missives adressées à l'aventurier sous
-le couvert du ministre. Théodore laissait à ce dernier le soin de payer
-les frais de poste. L'envoyé extraordinaire en fut bientôt pour cent
-florins, sans pouvoir obtenir aucun remboursement. Le baron Sporchen, au
-dire de Villavecchia, était un homme «avare comme un juif et capable de
-tout sacrifier à l'intérêt». Fatigué de payer sans cesse pour Théodore,
-il écrivit aux correspondants de celui-ci de ne plus faire passer leurs
-lettres par son intermédiaire. Il avait encore quelques dépêches
-destinées à Neuhoff. Il les conserva, espérant ainsi se faire
-rembourser.
-
-Mouvet entre ici en scène.
-
-Le moine avait été l'un des confidents de Théodore en Hollande. Or, le
-baron Sporchen lui devait un peu d'argent. A quelle besogne le diplomate
-l'avait-il donc employé pour être son débiteur? La chose est restée dans
-l'ombre, pour le plus grand bien de la morale politique, sans aucun
-doute. Le moine voulut, un jour, se faire payer. L'envoyé lui remit, en
-fait d'argent, la correspondance adressée à Théodore, qu'il avait gardée
-en garantie de ses débours. Cette histoire est peut-être une invention
-du religieux, qui aurait simplement dérobé les lettres. Toujours est-il
-qu'il essaya de battre monnaie avec ces papiers. Il vint trouver le
-ministre de Gênes, et les lui montra. Les représentants de la
-Sérénissime République n'avaient pas l'habitude de payer à guichets
-ouverts. La conversation s'engagea. Mouvet avoua que Théodore l'avait
-nommé son chapelain, et pendant trois ans, lui avait accordé toute sa
-confiance. Il était redevable de cette distinction à sa réputation
-d'homme intrigant, rusé, hardi, apte aux plus habiles négociations.
-C'était une confession. Mais le moine voulait sans doute en imposer au
-ministre par des apparences de franchise. Chargé par Théodore de
-diverses missions délicates, il l'avait servi fidèlement. C'est ainsi
-qu'il s'était rendu à Aix-la-Chapelle, auprès du comte de Bentinck,
-plénipotentiaire des États-Généraux. Il se trouvait donc être le
-dépositaire de tous les secrets du roi de Corse. Celui-ci était parti en
-le trompant comme tant d'autres, sans payer ce qu'il lui devait. Cette
-conduite était tellement infâme qu'il voulait, non seulement n'avoir
-plus rien de commun avec l'aventurier, mais il désirait s'employer à
-démasquer cet homme indigne et pernicieux, afin de l'empêcher de faire
-encore du mal en trompant quiconque l'approchait. C'est dans cette bonne
-intention qu'il était venu trouver le représentant de la Sérénissime
-République, pour lui faire toutes ces confidences. Et l'honnête moine
-tendit à Villavecchia un cahier de papier, où, dit-il, il avait consigné
-un aperçu de la vie et des fourberies de ce scélérat. Le ministre pensa
-qu'il ne saurait s'entourer de trop de précautions vis-à-vis d'un
-individu inconnu, qui--sans en être prié--se reconnaissait plein de
-malice, qui confessait avoir prêté la main à des friponneries: le
-confident et le complice de Théodore, en somme. C'était bien le rôle
-qu'il avait joué, car Villavecchia voyait que ses dires concordaient
-avec les informations qu'il avait eues d'autre part. Mais il fit
-semblant de ne pas croire à «tant de belles choses». Il ne parut
-convaincu ni des bonnes intentions de Mouvet de punir l'aventurier, ni
-de l'efficacité des moyens pour amener ce châtiment. Il n'était pas
-disposé, au surplus, à se casser la tête avec toutes ces nouvelles. Le
-Sérénissime Collège méprisait les machinations d'un malheureux et
-impuissant aventurier. La république était au-dessus de ces misérables
-intrigues. Elle les connaissait parfaitement et, par dignité et par
-clémence, elle ne ferait rien pour en interrompre le cours. La vendetta
-guettait Neuhoff. Il le savait; et, s'il parlait encore de la fidélité
-que lui conservaient les insulaires, c'était uniquement pour faire des
-dupes. Les rebelles, dans un moment d'égarement, trompés par ses
-promesses, l'avaient pris pour chef, mais, cruellement désillusionnés,
-ils auraient exercé contre lui la plus implacable vengeance s'il ne
-s'était pas enfui à temps. La république considérait avec sérénité les
-tristes effets de la crédulité des révoltés. Elle attendait avec calme
-le moment où ses sujets reviendraient d'eux-mêmes à une plus saine
-appréciation des hommes et des choses. Leurs yeux s'ouvriraient et, si
-jamais Théodore s'avisait de rentrer en Corse, il trouverait, sûrement,
-la punition de ses crimes.
-
-Villavecchia débita son discours sur un ton sincère et dégagé. Il essaya
-de mettre dans ses paroles la répugnance qu'il éprouvait à s'occuper de
-ces affaires.--C'est lui qui le dit.--Le moine insista, reprenant en
-détail tout ce qu'il prétendait savoir afin de persuader son
-interlocuteur et d'exciter sa curiosité. Il racontait ses histoires en
-graduant ses effets et en pratiquant l'art des réticences après avoir
-glissé quelque détail alléchant. L'agent de Gênes essaya de le mettre en
-contradiction avec lui-même, pour voir s'il disait la vérité. Il fut
-assez rusé pour ne pas tomber dans le piège. Néanmoins, le ministre se
-tint sur ses gardes, car il s'aperçut que la démarche du religieux avait
-pour but d'obtenir une récompense en bons écus. Le désir d'empêcher de
-nouvelles fourberies, en dévoilant les turpitudes de ce misérable,
-passait au second plan. Les diplomates génois étaient fort perspicaces
-en général. Mouvet insista pour que le résident prît connaissance de son
-écrit; il lui dit qu'il reviendrait dans deux jours afin de savoir la
-réponse de Son Excellence. Villavecchia fit le dégoûté et reçut le
-cahier du bout des doigts. Mais, à peine le moine était-il sorti, que
-l'agent de Gênes appela ses scribes et fit faire deux copies du long
-mémoire. Il en transmit une au Sérénissime Collège et conserva l'autre.
-Lorsque le religieux revint, Villavecchia lui rendit son élucubration,
-disant qu'il l'avait parcourue à la hâte et non sans fatigue, en raison
-de son état de maladie. Il montra encore le peu de cas qu'il faisait de
-cette littérature, de façon à ce que Mouvet ne pût pas soupçonner que
-son écrit eût été copié. La plupart des noms propres étaient restés en
-blanc sur l'original. Au cours de la conversation, le ministre essaya
-d'amener le moine à des révélations qui lui permissent de rétablir les
-noms. Il y réussit, et le récit put être complété. Après en avoir tiré
-ce qu'il désirait savoir, Villavecchia répéta à son interlocuteur tout
-ce qu'il lui avait dit dans leur première conférence. Celui-ci ne put
-cacher sa déception. Il proposa de développer son écrit; la matière
-était inépuisable. Il pourrait aussi préciser davantage, et, au besoin,
-le traduire en latin. Le diplomate refusa. Mouvet répliqua que la
-république aurait tort de mépriser les intrigues de Théodore. Celui-ci
-ne désarmait pas. Actuellement, à la vérité, il ne pouvait faire aucun
-tort aux Génois; mais un jour viendrait peut-être, où l'on serait obligé
-de compter avec lui. Il était bien vu à la cour de Londres. Le duc de
-Newcastle était son ami. Il avait des intelligences en Corse et en
-Italie. Des négociants, des officiers, de simples particuliers, des
-personnages politiques paraissaient, un peu partout, disposés à lui
-donner leur appui et à lui fournir de l'argent. Six cent mille livres de
-poudre étaient prêtes à embarquer à Amsterdam.
-
-Villavecchia demanda au moine pourquoi il lui disait toutes ces choses;
-où il voulait en venir. Le professeur de droit s'embarrassa dans les
-faux-fuyants, dans un maquis de paroles vagues, protestant de ses bonnes
-intentions. Il avait seulement en vue le profit que la république
-pourrait tirer de ses confidences. Puis, se rapprochant du ministre, il
-lui dit qu'il était à même de ruser avec Théodore. Sous le prétexte
-d'une aide puissante s'offrant à lui, on pourrait facilement l'attirer
-en Hollande, ou ailleurs, et là, on le traiterait comme on traite un
-perturbateur de la tranquillité publique pour l'empêcher de nuire.
-Villavecchia répondit qu'il n'en voyait pas la nécessité. Son
-gouvernement n'entrerait sûrement pas dans cette voie et lui,
-personnellement, n'était pas disposé à se mêler d'une pareille affaire.
-L'entretien prit fin. Mais l'agent de Gênes désirait ne pas décourager
-complètement le moine; il tenait à l'avoir sous la main; il l'engagea
-donc à revenir le trouver si jamais il apprenait quelque nouvelle
-sérieuse, digne d'attention, et dont on pourrait facilement vérifier
-l'exactitude. Si réellement ses intentions de servir la république
-étaient sincères, si ses actes s'inspiraient toujours de la plus entière
-loyauté, on verrait alors ce qu'on pourrait faire en sa faveur. L'ironie
-était d'autant plus cruelle que, dans la main qui le congédiait, il n'y
-avait point d'argent. Mouvet en fut pour sa trahison; et le
-représentant de Gênes eut la conscience tranquille d'un homme qui a
-filouté un fripon. Sans donner un sou, il avait eu l'écrit que le
-traître se proposait de lui vendre. Et il terminait son rapport en
-témoignant le peu de confiance qu'il avait en cet homme[819].
-
- [819] Félix-Vincent Villavecchia au Sérénissime Collège, La Haye,
- le 18 juillet 1749: _loc. cit._ Archives d'État de Gênes,
- archives secrètes.
-
-Quant au roi de Corse, à bout de ressources, ne sachant plus à qui
-demander, il partit pour aller s'asseoir au foyer britannique. Il
-voulait encore solliciter les grands seigneurs anglais pour avoir au
-moins le gîte et le pain quotidien. Il devait trouver l'un et l'autre en
-prison.
-
-
-II
-
-Théodore était arrivé à Londres au commencement de janvier 1749,
-accompagné de deux piémontais «Bersin et Monmartin»[820]. Gastaldi,
-ministre de Gênes en Angleterre, dans une dépêche à son gouvernement,
-nomme ainsi les acolytes du baron. Bersin nous est inconnu. Il restera
-dans l'ombre. Nous n'y perdrons pas grand'chose, car on connaît la
-valeur morale de ceux qui entouraient le monarque déchu. Dans
-_Monmartin_, on retrouve aisément le chevalier Saint-Martin, qui avait
-des rendez-vous nocturnes dans les jardins publics de Rome avec l'agent
-de la république, et qui communiquait à ce dernier les lettres de la
-bonne sœur Fonseca, l'amie dévouée de Neuhoff. Saint-Martin avait donc
-abandonné le métier peu lucratif d'espion de Gênes, pour s'attacher de
-nouveau à la fortune du roi de Corse, quitte à le trahir, au besoin.
-
- [820] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 20 janvier
- 1749: _Busta Inghilterra no 15 (1748-1756)_. _Ibidem._
-
-L'arrivée de Théodore et de ses deux amis fut entourée de mystère. Ce
-baron allemand avait décidément quelque chose de vénitien dans ses
-allures. Il se plaisait dans les conspirations; il aimait l'ombre, le
-déguisement, le masque. Il prit un logement dans Mount Street, Grosvenor
-Square[821], et se fit appeler le baron Stein[822].
-
- [821] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 139.
-
- [822] Durand, ambassadeur extraordinaire provisoire de France en
- Angleterre, à Puisieux, Londres, le 6 février 1749:
- Correspondance d'Angleterre, vol. 425. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Les deux compagnons allèrent, sans tarder, trouver Hop, envoyé des
-Pays-Bas à Londres. Celui-ci leur remit plusieurs lettres pour Neuhoff.
-Le ministre hollandais vint en personne lui rendre visite. Non content
-de lui donner cette marque de déférence, il l'introduisit dans le monde
-sous son faux nom[823]. Théodore parut aux réceptions de Hop et de
-Munichausen, ministre de Hanovre. Gastaldi fut très scandalisé de voir
-l'aventurier admis dans les cercles diplomatiques. Selon lui, Hop
-agissait par curiosité plutôt que par malice, sans songer à tramer, avec
-le baron, quelque noir complot[824]. Aussi n'avait-il voulu lui faire
-directement aucune représentation, mais il comptait porter ses doléances
-au duc de Bedford. En attendant, il écrivit à Villavecchia, à la Haye,
-pour savoir si les États-Généraux approuvaient ces intrigues.
-
- [823] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 20 janvier
- 1749: _loc. cit._
-
- [824] Même dépêche de Gastaldi, 20 janvier 1749.--Durand à
- Puisieux, Londres, le 6 février 1749: _loc. cit._
-
-L'envoyé génois alla, en effet, se plaindre aux ministres du roi
-d'Angleterre. Sans préambule, il demanda que Théodore fût expulsé de la
-Grande-Bretagne.
-
---«Avez-vous reçu de votre gouvernement des instructions particulières à
-ce sujet?», répliqua Bedford. Gastaldi répondit qu'il ne pouvait pas en
-avoir encore; «mais, ajouta-t-il, si j'avais exécuté les ordres qui
-m'ont été précédemment donnés, je vous aurais prié de faire arrêter
-l'aventurier et de l'envoyer enchaîné à Gênes.» Le duc haussa les
-épaules et déclara qu'il prévoyait à cela beaucoup de difficultés, car,
-en Angleterre, on n'expulsait personne du royaume sur la demande d'un
-ministre étranger, sauf pour raison de guerre, de conspiration ou
-d'outrage au roi. Gastaldi invoqua le traité passé entre la France et la
-république de Gênes. Il retourna la question dans tous les sens; il ne
-put obtenir que de vagues paroles. Bedford l'engagea à écrire de nouveau
-à ses chefs afin de connaître leurs intentions formelles. Si, entre
-temps, Neuhoff osait afficher publiquement ses prétentions, on pourrait
-lui dire à l'oreille des choses qui ne lui feraient pas plaisir.
-Gastaldi, au surplus, devait être bien convaincu que l'Angleterre
-n'avait rien à faire avec cet aventurier devenu la risée de tout le
-monde et que le roi méprisait profondément. «Je ne doute pas de tout ce
-que vous me dites», répliqua le ministre génois. Il ajouta que le
-gouvernement anglais, quelques années auparavant, lui avait fourni aide
-et protection, au grand préjudice de la république. Ce fait retardait la
-soumission complète de l'île. Bedford ne releva pas cette attaque
-directe. Gastaldi se plaignit alors de ce que l'envoyé de Hollande ne
-craignait pas d'introduire Théodore dans sa société. Newcastle déclara
-que Neuhoff lui avait fait demander une audience, mais il n'entendait le
-recevoir à aucun titre[825]. L'entretien prit fin sur ces mots. En
-sortant, Gastaldi dut être bien persuadé qu'il n'obtiendrait jamais rien
-des ministres anglais.
-
- [825] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 21 janvier
- 1749: _loc. cit._
-
-Un homme tel que Théodore ne pouvait pas passer longtemps inaperçu. Le
-roi de Corse, dont les aventures avaient défrayé l'univers, perça
-bientôt sous le baron de Stein. La société de Londres, curieuse et
-railleuse, le rechercha. Il fut principalement admis chez le chevalier
-Schaub, un suisse, qui avait rempli plusieurs missions en Europe pour le
-compte du gouvernement anglais. Ce Schaub et sa femme étaient très
-lancés dans l'aristocratie anglaise. Le prince de Galles les honorait de
-son amitié. Lady Schaub avait affirmé à une personne de qualité, très
-liée avec le ministre de Gênes et digne de foi, que Neuhoff attendait un
-navire qui devait le transporter en Corse[826].
-
- [826] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 3 février
- 1749: _loc. cit._
-
-Les gens, qui rapportaient de pareilles histoires à Gastaldi, se
-moquaient de lui, mais il prenait tout ce qui concernait Théodore au
-tragique; il fut au désespoir. Il ne voyait pas que les gens du monde
-voulaient rire et s'amuser. Il était trop choqué pour envisager la chose
-par le côté plaisant. Ce scélérat, ce fourbe, cet ennemi de la
-république l'hypnotisait. Il ne devait assurément plus sortir de chez
-lui, pour ne pas s'exposer à rencontrer l'aventurier dans quelque
-soirée. Un de ces grands seigneurs anglais, sceptiques et ironiques,
-n'aurait pas manqué de lui présenter le roi de Corse. Le diplomate, qui
-n'était pas homme d'esprit, eût difficilement soutenu le choc et il
-avait peut-être le pressentiment que les rieurs n'auraient pas été de
-son côté.
-
-Il alla verser ses chagrins dans le sein du secrétaire de Newcastle. Il
-lui raconta, avec naïveté, les intrigues de Schaub qui avait, selon lui,
-la déplorable habitude de se mêler des affaires qui ne le regardaient
-pas. Il le supplia d'agir auprès du duc pour que Théodore fût
-ignominieusement chassé de façon à ce que l'Angleterre montrât aux
-Corses combien elle désapprouvait leur obstination dans la révolte. Le
-commis se récria. On devait être bien persuadé que la cour ne songeait
-nullement au baron. Il faudrait que les Anglais eussent perdu
-complètement le sens commun pour essayer d'entretenir l'agitation en
-Corse sous le couvert de cet aventurier. Il promit au diplomate d'en
-parler à son maître. Gastaldi se retira bien convaincu de la sincérité
-de ces paroles[827].
-
- [827] _Ibidem._
-
-Les Schaub continuaient à recevoir Théodore. Ils organisèrent des
-réceptions en son honneur. «Je vais demain chez lady Schaub prendre une
-tasse de café avec le roi Théodore», écrivait Horace Walpole à son ami
-Mann. «Je suis curieux de le voir, quoique je n'aime pas en général les
-spectacles; je me contente de la toile peinte à l'huile qui pend dehors
-et qui les représente, image à laquelle ils ressemblent rarement,
-d'ailleurs[828].»
-
- [828] Horace Walpole à Horace Mann, Londres, Arlington street, le
- 23 mars 1749: _op. cit._
-
-En même temps que Neuhoff, il y avait à Londres deux rois nègres que la
-société choyait beaucoup. C'était la mode de les recevoir[829]. Les
-princes exotiques, de couleur noire ou jaune, n'ont jamais été rares;
-mais le roi de Corse, le premier, l'unique, constituait une attraction
-puissante. L'idée de le rencontrer, de lui parler, de lui faire raconter
-ses aventures, était bien faite pour exciter la curiosité du mondain le
-plus désœuvré. Comme la maîtresse de maison qui pouvait l'offrir à ses
-invités devait être fière! Et cette pauvre Majesté, loqueteuse et
-besogneuse, quel beau sujet de raillerie pour ces gens charitables, qui
-forment ce qu'on appelle la haute société!
-
- [829] _Ibidem._
-
-Walpole espérait s'amuser à faire bavarder Théodore à la réunion de lady
-Schaub; il en fut pour ses frais. Neuhoff n'ouvrit pas la bouche.
-Walpole cependant se montra aimable, enjoué; il déploya les grâces et
-les séductions de son esprit. Il parla au monarque de son royaume, et
-l'appela «Sa Majesté» avec des airs de respect. Les convives,
-entr'autres lord March et sir Hanbury Williams, se divertirent beaucoup
-de cette comédie. Et finalement déçus par le silence obstiné de Neuhoff,
-ces gens le jugèrent bête et orgueilleux[830]. Mais le malheureux ne
-sentait-il pas tout ce qu'il y avait d'ironie méchante sous la déférence
-de ces grands seigneurs? On le ridiculisait en s'entretenant avec lui
-comme on aurait parlé à un souverain. On le bafouait avec des airs
-aimables et le sourire aux lèvres. Ces gens heureux, riches et repus,
-s'amusaient de sa misère. Ils trouvaient sans doute très drôle de voir
-un roi qui avait faim et qui était traqué par ses créanciers. Théodore
-préféra se taire: ce fut peut-être la seule circonstance de sa vie où il
-montra un peu de dignité.
-
- [830] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 140.
-
-De tout temps, il avait eu à Londres des succès de curiosité. Il se
-trouva même un industriel qui sut en tirer profit. Lévis-Mirepoix,
-ambassadeur de France, raconte ce trait de «la badauderie anglaise» au
-sujet du roi de Corse. «Dans le temps de ses premières et plus
-florissantes prospérités, un quidam, qui avait loué la chambre que cet
-aventurier occupait à Londres avant de partir pour son expédition,
-imagina de la montrer au public pour un schelling par tête. La foule y
-fut grande et le susdit quidam y fit très bien ses affaires[831].» Mais,
-à Théodore la badauderie anglaise ne rapportait pas d'argent. Il vivait
-misérablement, secouru par la charité de quelques particuliers qu'il
-avait connus, jadis, dans des temps meilleurs[832].
-
- [831] Lévis-Mirepoix à Puisieux, Londres, le 4 octobre 1749:
- Correspondance d'Angleterre, vol. 425. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [832] Lévis-Mirepoix à Puisieux, Londres, le 25 septembre 1749:
- _loc. cit._
-
-Le 21 décembre, il fut arrêté pour une somme de quatre cents livres
-sterling. Quatre autres créanciers importants surgirent aussitôt. En
-mandant cette nouvelle à son gouvernement, Gastaldi ajoutait que selon
-toute probabilité, en raison de l'énormité de ses dettes, l'aventurier
-finirait ses jours dans un étroit cachot. Pour faire arrêter le
-malheureux Théodore, on avait usé d'une ruse. Sachant qu'il était
-traqué, il s'était réfugié dans un endroit privilégié. Cet asile
-inviolable ne pouvait être qu'une ambassade. Il n'est pas
-invraisemblable que Neuhoff ait été recueilli par son ami Hop, le
-ministre de Hollande. Un espion dévoila la retraite du roi. Qui fut le
-traître en cette circonstance? Un individu taillé comme le Saint-Martin;
-lui-même peut-être. Mais, pour prendre le débiteur, il fallait l'attirer
-au dehors. On lui envoya donc une fausse lettre de milord Carteret,
-avec qui il était lié, le priant de passer sans retard chez lui pour une
-affaire très importante. Plein de bonheur et d'espérance, Théodore
-sortit aussitôt et lorsqu'il fut dans la rue on l'arrêta. Tout à la
-joie, Gastaldi trouva le stratagème «_bellissimo_», très beau, sans
-penser qu'il fût l'œuvre d'un misérable espion doublé d'un faussaire.
-Ce que le ministre génois jugea moins admirable, ce fut de voir le
-traître venir lui demander une récompense. «Il s'est mal adressé, écrit
-Gastaldi, et cela ne m'a pas coûté un sou.» Peu de personnes
-connaissaient à Londres cet événement, que le représentant de Gênes
-appelle un «succès». Il l'apprit au duc de Bedford qui, à cette
-nouvelle, fut pris du fou rire[833]. Théodore chercha les moyens de
-sortir de prison. Il lui fallait ou payer ou avoir des cautions. Le
-second moyen paraissait plus praticable. Il trouva, en effet, un homme
-de bonne volonté, qui voulut bien se porter garant pour lui; mais cela
-ne suffit pas. D'autres créanciers ayant paru, l'arrestation fut
-maintenue[834].
-
- [833] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 25 décembre
- 1749: _loc. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 140.
-
- [834] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 1er janvier
- 1750: _loc. cit._
-
-Théodore devait cinq cents livres sterling à un individu chez qui il
-avait logé. Après l'incarcération du baron, cet individu vint chez
-Gastaldi. Il lui dit qu'il avait dans sa maison un ballot appartenant à
-Neuhoff, dans lequel étaient beaucoup de lettres des mécontents de
-Corse. De son cachot, l'aventurier avait fait plusieurs fois demander
-ces documents, d'une façon très pressante. Le logeur n'entendait pas les
-lui rendre avant d'avoir été payé; il avait en conséquence scellé le
-paquet. Gastaldi pensait qu'il ne serait pas très difficile d'avoir ces
-papiers, moyennant une petite somme, mais avant de rien offrir, il
-désirait recevoir les instructions du Sérénissime Collège[835]. Celui-ci
-délibéra sur cette dépêche. Il décida qu'on accuserait réception au
-ministre en le remerciant et en le priant de continuer à déployer son
-zèle[836]. Quant à la question d'argent, pas un mot, comme toujours!
-
- [835] Gastaldi au Sérénissime Collège, Londres, le 29 janvier
- 1750: _loc. cit._
-
- [836] Délibération du Sérénissime Collège, du 11 février 1750:
- _loc. cit._
-
-Malgré le séjour forcé au «Banc du Roi», la prison pour dettes,
-peut-être même à cause de cela, la célébrité de Théodore s'accrut à
-Londres. La haute société trouvait que l'aventure prenait un caractère
-tout à fait original. Ces gens, si respectueux du principe monarchique
-chez eux, jugeaient fort plaisant de voir un souverain incarcéré par des
-créanciers hargneux, comme un vil manant. Walpole estima la chose si
-drôle qu'il émit l'idée d'envoyer Hogarth, le graveur en renom, le
-créateur de la caricature anglaise, pour faire le portrait du roi sous
-les verrous[837].
-
- [837] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 140.
-
-Les visiteurs affluèrent, affamés de la curiosité de voir ce monarque
-dans son cachot, et d'entendre le récit de ses aventures. Théodore qui,
-dans le monde, sous les politesses railleuses des nobles lords, avait eu
-le sentiment de sa déchéance, s'était ressaisi en prison. Il semblait
-que le malheur lui donnât une auréole nouvelle. Sa sotte vanité reprit
-le dessus. Il se montra pompeux, assoiffé de gloriole, entraîné par ce
-vertige des grandeurs qui, dans le cours de sa vie, avait inspiré tous
-ses actes. Il pensait sans doute cacher sa misère sous le masque de la
-dignité, comme on recouvre d'un manteau des vêtements en loques. Il
-avait un grabat dans sa cellule; il en fit un trône. Un méchant ciel de
-lit lui servit de baldaquin. Assis là dans une attitude de roi, il
-recevait les visiteurs. Chaque jour ils étaient nombreux: des grands
-seigneurs, des bourgeois, des littérateurs, des comédiens[838], qui
-voulaient peut-être se perfectionner dans leur art en prenant des
-leçons. Ah! ce ne devait pas être un spectacle banal! Et puis, quel
-charme à entendre Théodore raconter sa vie, reposant sur ce trône du
-«Banc du Roi», trône moins éphémère pour lui que celui de Corse!
-D'abord sa jeunesse. Joli page de Madame, il avait vécu à la cour de
-France; ses souvenirs pouvaient remonter au Grand Roi, à Mme de
-Maintenon, au Régent. Mais son plus beau titre de gloire avait été de se
-sacrifier pour donner la liberté au peuple corse. Après la rencontre, à
-Savone et à Gênes, des insulaires, c'était le débarquement à Aléria, au
-milieu des salves, dont l'écho fit trembler la république. Les patriotes
-venaient vers lui en chantant. Il était le messie. Vêtu comme le Grand
-Seigneur, il avait distribué des bottes orientales et des sequins d'or.
-L'enthousiasme des peuples était immense: sur tout son parcours on
-l'acclamait. Et le jour glorieux du couronnement dans Alesani; son
-entrée triomphale dans l'église, la couronne de laurier au front, sa
-canne à bec de corbin à la main comme sceptre, le _Te Deum_ chanté en
-grande pompe et le cri de: _Vive notre roi!_ sortant de mille poitrines!
-Hélas! après c'était la trahison, le départ, la recherche des secours.
-Une confiance invincible dans son étoile l'avait soutenu aux heures de
-défaillance, quand sa vie lui apparaissait comme une sombre tragédie. Et
-puis, n'était-il pas marqué par le destin pour faire le bonheur des
-Corses? Il avait connu de hauts et de puissants personnages; il avait
-traité avec eux. Mais les infâmes Génois ne cessaient de le poursuivre
-de leurs haines, de l'accabler des plus noires calomnies. Le tribunal
-des inquisiteurs d'État avait essayé de l'envoûter et de le faire
-assassiner! Il ne désespérait pourtant pas de retourner plein de gloire
-dans l'île et de voir le peuple, à ses pieds, entonnant le bel hymne de
-la reconnaissance. Voilà ce qu'il devait raconter à ses visiteurs,
-laissant dans l'ombre bien des particularités de sa vie. Et les gens
-sortaient éblouis, amusés surtout. Ceux qui avaient trouvé le spectacle
-à leur goût, laissaient une aumône. La misère du roi était grande. Des
-personnes, émues de son sort, lui envoyaient parfois de petits secours.
-Parmi celles-ci, étaient lord Grenville (Carteret) et lady
-Yarmouth[839]! Du reste, Théodore n'était pas ingrat. Il décora
-quelques-uns de ses visiteurs, les plus notables et les plus
-charitables. Dans la prison, d'où il ne devait sortir que pour mourir,
-il créait des chevaliers de son ordre: l'_Ordre de la Délivrance!_ En
-1800, on voyait encore à Londres un vieux gentilhomme qui avait été
-ainsi décoré par le roi Théodore[840].
-
-[Illustration]
-
-Fac-similé de l'écriture de THÉODORE DE NEUHOFF.
-
-D'après une lettre qui se trouve aux Archives du Ministère des affaires
-étrangères, _Correspondance de Corse, vol. 3_.
-
- [838] _Ibidem_, p. 141.
-
- [839] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 141.
-
- [840] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 141.
-
-Mais le cachot lui semblait dur. Il s'ingéniait à en sortir. Il écrivit
-pour qu'on intervînt auprès d'un conseiller bien au courant de ses
-affaires, il lui fallait de l'argent sans tarder. Il ne voulait pas
-rester un jour de plus «dans cette maison»; si on ne pouvait faire la
-somme suffisante pour le libérer entièrement, il demandait qu'on lui
-procurât au moins de quoi donner des acomptes. Une femme, encouragée par
-ses ennemis, venait à tout moment «l'affronter». C'était
-intolérable[841].
-
- [841] Lettre de Théodore de Neuhoff, du 11 juillet 1750:
- Correspondance de Corse, vol. 3. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Quelle était cette mégère? Une créancière sans doute, qui réclamait plus
-bruyamment que les autres. Mais ces insultes lui étaient très sensibles;
-il aimait mieux l'ironie polie des gens du monde. L'argent ne vint pas,
-car le malheureux resta en prison.
-
-Tandis que les Anglais se livraient au sport d'aller gouailler le pauvre
-monarque au «Banc du Roi», un individu cherchait à soutirer de l'argent
-au gouvernement français au moyen de l'aventure fâcheuse arrivée à
-Neuhoff. Il se nommait Gautier et habitait Tennis Court, no 3. Il était
-provençal. Le maréchal de Belle-Isle l'avait connu pendant sa détention
-en Angleterre. Il lui avait même accordé sa protection pour une affaire
-d'héritage. Ce fut donc au maréchal que Gautier fit ses offres de
-service, dans deux longues lettres. Belle-Isle les transmit à Puisieux
-par acquit de conscience, en faisant sur leur contenu de prudentes
-réserves et en demandant ce qu'il devait répondre[842].
-
- [842] Le maréchal de Belle-Isle à Puisieux, Metz, le 7 août 1750:
- _Ibidem_.
-
-Gautier écrivait que Théodore, ayant entendu parler de lui, l'avait fait
-prier de venir le voir. Le roi de Corse s'imaginait qu'il pourrait lui
-fournir les moyens de sortir de prison. Le 11 juillet 1750, il s'était
-rendu au «Banc du Roi», où il avait eu avec Neuhoff un entretien qui
-avait duré trois heures. Au cours de la conversation, Théodore avait
-montré plusieurs lettres de date récente, qui lui étaient parvenues de
-Corse, de Livourne et même de Gênes. Gautier lut ces lettres
-attentivement. Le contenu lui en parut si grave qu'il avait été sur le
-point de partir pour la France afin d'informer le gouvernement des noirs
-complots qui se tramaient. Mais il avait été retenu par la pensée de
-pouvoir démasquer plus complètement ces intrigues en continuant à faire
-bavarder le souverain. Il fallait à ce dernier quinze cents livres
-sterling pour se libérer. Il se montrait disposé à donner en garantie de
-cette somme les sceaux de son royaume, ainsi que tous les documents de
-sa chancellerie. Gautier proposait donc l'affaire suivante. On lui
-avancerait la somme nécessaire pour désintéresser ses créanciers.
-Moyennant cette avance, on entrerait en possession des sceaux et des
-papiers. Après quoi, le roi de Corse restant à la discrétion du prêteur,
-celui-ci pourrait à tout moment le faire remettre en prison[843].
-C'était simple et expéditif. Le procédé manquait peut-être de
-délicatesse; mais les gens qui trafiquaient de l'aventure de Théodore ne
-s'arrêtaient pas à cela. Gautier voulut impressionner Belle-Isle par des
-révélations à sensation. Quatre jours plus tard, il prit de nouveau la
-plume. En Corse et sur les côtes d'Italie un complot s'organisait, un
-complot sanguinaire! Le roi de France entretenait encore dans l'île un
-petit corps d'armée. Il ne s'agissait rien de moins qu'à «faire chanter
-à ces troupes les Ténèbres de Corse, sur le même ton que les Français
-chantèrent autrefois les Vêpres de Sicile». Huit cents hommes armés
-étaient débarqués en Corse pour opérer ce massacre. D'autres conjurés se
-trouvaient prêts: ils étaient nombreux; il y en avait partout. Moyennant
-quinze cents guinées, on pourrait empêcher ce carnage. Ce n'était pas
-cher. Gautier ajoutait que le ministre de Gênes, Gastaldi, avait fait
-des propositions à Théodore pour avoir les sceaux et la chancellerie,
-mais celui-ci ne voulait en aucune façon traiter avec les Génois[844].
-Cela est peu vraisemblable. La république, d'un coté, n'entendait pas
-débourser d'argent. Neuhoff, de l'autre, aurait difficilement résisté
-aux propositions génoises si elles avaient été accompagnées d'une forte
-somme.
-
- [843] Gautier à Belle-Isle, Londres, le 12 juillet 1750:
- Correspondance de Corse, vol. 3. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
- [844] Gautier à Belle-Isle, Londres, le 16 juillet 1750:
- Correspondance de Corse, vol. 3. Archives du Ministère des
- affaires étrangères.
-
-Le gouvernement français ne jugea pas utile de négocier l'affaire
-proposée par Gautier[845]. Néanmoins, Puisieux informa Cursay,
-commandant des troupes françaises en Corse, du complot qu'on disait
-tramé pour renouveler les Vêpres Siciliennes. Il ajoutait que,
-d'ailleurs, il croyait peu à ces bruits[846]. Cursay répondit que les
-Français étaient fort tranquilles dans l'île et qu'il n'y avait rien à
-craindre[847]. C'était l'exacte vérité.
-
- [845] Puisieux à Belle-Isle, Versailles, le 18 août 1750:
- _Ibidem_.
-
- [846] Puisieux à Cursay, Versailles, le 11 août 1750: _Ibidem_.
-
- [847] Cursay à Puisieux, Bastia, le 26 août 1750: _Ibidem_.
-
-Les _Ténèbres de Corse_ ne furent jamais chantés; le gouvernement
-français ne chanta pas non plus, et le baron resta en prison.
-
-
-III
-
-Deux années s'écoulèrent. La mode d'aller voir le roi Théodore persista
-parmi la société de Londres. Neuhoff continuait à chercher les moyens de
-quitter «cette maison». Il combinait, il furetait, il négociait. Mais
-comment trouver la somme? Où était l'homme compatissant qui lui
-viendrait en aide? Il devait sur le visage de chacun de ses visiteurs
-épier un signe de pitié, surprendre dans les paroles qu'on lui adressait
-un témoignage de commisération. Mais l'âme généreuse, capable de
-charité, ne se trouvait pas parmi ces mondains. On lui faisait l'aumône;
-ceux qui s'en allaient satisfaits du spectacle jugeaient avoir
-suffisamment payé leur amusement d'un peu de monnaie. Quant à tenter
-quelque chose pour lui rendre la liberté, nul n'y songeait. Et c'est
-dans ces années sombres, passées entre les murs d'un cachot, que la
-destinée du pauvre monarque prit réellement les allures d'une tragédie.
-Sa vie ressemblait à une comédie de Regnard, dont Shakespeare aurait
-écrit le dénoûment!
-
-Après avoir subi les sarcasmes des gens nobles, Théodore dut affronter
-les railleries du monde officiel. La mode ne franchit généralement pas
-le seuil des enceintes parlementaires. Mais la renommée du roi de Corse
-était si grande; on parlait tellement de lui en termes comiques que la
-curiosité de le voir s'infiltra jusqu'au sein du Parlement. La Chambre
-des Communes s'occupait, à ce moment-là, de la situation des débiteurs
-incarcérés. Une commission fut nommée pour examiner le régime auquel les
-prisonniers étaient soumis. Ce fut un bon prétexte pour quelques députés
-de se rendre auprès de Théodore. Ils l'interrogèrent longuement avec des
-airs respectueux, l'appelant Sa Majesté[848] tout comme les autres, qui
-le tournaient en dérision.
-
- [848] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 142.
-
-Un journal venait de se fonder à Londres, _The World_. Quelques grands
-seigneurs y publiaient des articles. Parmi ces publicistes amateurs se
-trouvaient notamment lord March et Horace Walpole[849]. Ce dernier sous
-le nom de Fitz-Adam, fit paraître dans le no 8, à la date du 22 février
-1753, un appel à la charité publique en faveur du roi Théodore. Cet
-article, assez long, était un nouveau sarcasme lancé contre le
-malheureux prisonnier; sarcasme plus cruel que toutes les railleries
-dont la société anglaise abreuvait le monarque déchu.
-
- [849] _Ibidem._
-
-En tête, Walpole écrivit ces mots: _Date obolum Belisario_.
-
-Il débutait par des considérations ironiques sur la vanité des
-grandeurs. Les révolutions bouleversant les empires, les disgrâces
-retentissantes de ministres, l'élévation de personnages obscurs, étaient
-les incidents habituels de la comédie humaine. On s'attendrit sur la
-chute des tyrans; ne faut-il pas plutôt gémir lorsqu'on voit un roi
-vertueux devenir le jouet du mauvais destin? L'Angleterre devait
-accueillir la Majesté en détresse, comme elle avait su châtier les
-oppresseurs. «Oh! combien je rougis pour mon pays, s'écriait Walpole,
-lorsque je vois un monarque, un infortuné monarque, condamné pour dettes
-à languir dans une des prisons de Londres!» Cet homme s'est élevé
-jusqu'au trône par son seul courage et non par une vaine ambition ou par
-des actes sanguinaires. Il a été proclamé roi par l'élection spontanée
-d'un peuple opprimé qui, comme tous les peuples, pouvait prétendre à la
-liberté et qui avait la volonté bien rare de devenir libre. Ce prince
-est Théodore, roi de Corse. Selon Walpole, le droit de celui-ci à la
-couronne est aussi indiscutable que les plus anciens titres dynastiques,
-car ce droit lui vient du choix de ses sujets. On ne peut élever aucune
-objection contre une pareille élection. C'était d'ailleurs la seule
-règle admise par l'excellente constitution gothique. Après avoir
-héroïquement exposé sa vie et sa couronne pour défendre ses sujets,
-Théodore a échoué comme Caton. Pendant plusieurs années, il a lutté
-contre le sort; il a employé tous les moyens pour reconquérir son
-royaume. Puis, quand il eut rempli tous ses devoirs envers son peuple et
-envers lui-même, il est venu s'asseoir au foyer britannique. Ce prince
-supporte la perte de son trône avec plus de dignité et de philosophie
-que Charles-Quint, Casimir de Pologne, ou autres visionnaires, qui
-abdiquèrent gaîment pour chercher l'oisiveté dans un cloître où, à la
-fin, ils n'ont trouvé que des déboires. Sa Majesté Corse n'a pas à
-rougir de sa détresse. Elle n'a pas, non plus, à l'excuser. Les dettes
-de sa liste civile ne proviennent pas d'une mauvaise direction de sa
-part, ni de la corruption de ses ministres, ni de complaisances
-coupables pour des favorites ou des maîtresses. Le souverain vivait
-comme un philosophe: son palais était humble, sa garde-robe modeste. Et
-maintenant son boucher, son logeur, son tailleur ne continueront plus à
-le fournir, car il ne possède aucun revenu pour soutenir son train de
-vie; il n'a aucun impôt pour lui procurer des fonds!
-
-Il suffira de signaler à la généreuse nation anglaise ce roi en
-détresse, pour qu'elle lui accorde sa protection et lui témoigne sa
-compassion. Si des raisons politiques empêchent d'embrasser ouvertement
-sa cause, du moins la fortune privée peut lui venir en aide au nom de la
-charité. Cela ne veut pas dire que les jeunes élégants de Londres
-doivent aller s'offrir à lui en qualité de volontaires, ni que des
-particuliers aient à équiper à leurs frais une flotte pour le conduire
-en Corse, lui et ses espérances. Le seul but de l'article est de
-stimuler la pitié en faveur du royal captif. Walpole ne croit pas que la
-dignité de Sa Majesté pourrait se refuser à accepter un secours
-provenant d'une représentation à bénéfice. Les potentats de l'Asie
-n'auraient pas rougi de recevoir un tribut formé par les efforts réunis
-du génie et de l'art. Qu'il soit dit qu'à la même époque l'Angleterre a
-élevé un monument à Shakespeare, a donné une fortune à la petite-fille
-de Milton, a secouru un roi prisonnier au moyen de représentations
-dramatiques! Les généreux directeurs de théâtre voudront certainement
-s'associer à cette bonne œuvre. L'incomparable acteur Garrick, qui a
-rendu d'une façon si poignante les passions et les malheurs du roi Lear,
-consentira à exercer son merveilleux talent en faveur d'un monarque
-déchu. Il égalera ainsi la renommée que Louis le Grand s'est acquise en
-protégeant des rois exilés. Et combien ne serait-il pas glorieux de
-voir le «Banc du Roi» rendu célèbre par la générosité de Garrick, comme
-l'hôtel de Savoie le devint par la façon généreuse dont Édouard III
-hébergea le roi Jean de France[850]. Entre parenthèses, Walpole
-conseillait, en raison de certaines similitudes de situation, de choisir
-le _Roi Lear_ pour la représentation à bénéfice. Il n'était pas possible
-de pousser plus loin l'ironie!
-
- [850] Le roi Jean mourut à Londres, à l'hôtel de Savoie, dans la
- nuit du 8 au 9 avril 1364. Édouard III, roi d'Angleterre, l'y
- avait reçu avec tous les honneurs.
-
-Pour ne pas enfermer la charité de ses lecteurs dans le cercle étroit
-d'une représentation théâtrale, Walpole annonçait qu'une souscription
-publique en faveur de Sa Majesté Corse était ouverte dans Pall Mall,
-chez le libraire Robert Dodsley, qui était nommé, à vie, grand-trésorier
-et bibliothécaire en chef de l'île de Corse. Il n'aurait pas accepté ces
-fonctions sous un autocrate. La souscription ne sera certainement pas
-générale, quoique ce fût à souhaiter pour l'honneur de l'Angleterre. Il
-est à prévoir que les partisans du droit héréditaire refuseront
-d'apporter leur offrande. On peut essayer de convaincre ces gens-là au
-moyen d'un argument bien simple. En admettant que le titre de Neuhoff
-fût entaché du vice (selon leur idée) d'avoir été élu par un peuple, qui
-avait renversé le joug de ses anciens tyrans, comme les Génois ont été
-les souverains de la Corse, les partisans du principe monarchique seront
-obligés, en répudiant la cause du roi Théodore, d'accorder le droit
-divin héréditaire à une république. Cela constitue un problème politique
-difficile à résoudre. Walpole, en terminant, disait qu'il proclamerait
-jacobites toutes les personnes qui n'apporteraient pas leur obole pour
-le souverain. Il espérait n'avoir pas en vain fait appel à la charité de
-ses concitoyens.
-
-Il fit suivre son article d'une note. Deux pièces de monnaie, frappées
-pendant le règne de Théodore, étaient entre les mains du
-grand-trésorier, elles seront montrées aux souscripteurs par les
-propres officiers de l'Échiquier de Corse. Cette monnaie constitue une
-haute curiosité. Les plus célèbres collections du royaume ne la
-possédaient pas[851].
-
- [851] _The World_, no 8, jeudi 22 février 1753. Article cité en
- partie par Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 142-143.
-
-Cet article, qui était un raffinement de cruauté envers un malheureux
-prisonnier, amusa la société de Londres. On le prit pour une jolie
-œuvre d'ironie, le passe-temps d'un homme sceptique et railleur. On
-crut à une de ces plaisanteries froidement débitées, qui ont un air de
-mystification. L'éditeur du journal, ce Robert Dodsley, que Walpole
-avait nommé bibliothécaire en chef de Corse, dut faire paraître dans le
-numéro suivant une note pour informer le public que la souscription
-ouverte était une chose sérieuse. L'auteur de l'article avait même déjà
-reçu quelque argent, qu'il se proposait d'employer à l'honneur de la
-couronne de Corse[852].
-
- [852] _The World_, no 9, 1er mars 1753.
-
-On ne nous dit pas si Walpole s'était inscrit pour une somme importante
-en tête de la liste.
-
-Garrick donna la représentation annoncée[853]. Mais elle ne paraît pas
-avoir eu grand succès. Quant à la souscription, ce fut une faillite.
-Elle produisit seulement cinquante livres sterling. Walpole attribua cet
-échec au mauvais caractère de Sa Majesté; mais cette somme était bien
-supérieure à ce que valait ladite Majesté. Théodore espérait mieux. Il
-prit l'argent; seulement, il se jugea offensé et envoya un procureur
-menacer Dodsley d'une poursuite en raison de la liberté que le journal
-avait prise de se servir de son nom. Walpole ajoutait: «Dodsley se moqua
-de l'homme de loi; mais cela ne diminue en rien la sale fourberie.
-Assurément, cela eût fait un bien joli procès. Un imprimeur poursuivi
-pour avoir sollicité et obtenu une charité en faveur d'un homme en
-prison; cet homme, un étranger, pas même mentionné sous son nom
-véritable, mais sous un titre burlesque! Je ne protégerai plus des
-rois[854].»
-
- [853] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 144.
-
- [854] Horace Walpole à Horace Mann, Strawberry Hill, 27 avril
- 1753: _op. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 144.
-
-Théodore n'intenta pas le procès. Si le monarque avait mauvais
-caractère--comme on le lui reprochait--n'était-il pas aigri par les
-sarcasmes dont on bafouait sa détresse? Les cinquante livres, prix de
-ces insultes, formaient un maigre appoint pour ses dettes. Il resta en
-prison. Peu à peu on l'oublia; la mode se détourna de lui et la société
-anglaise passa à d'autres exercices.
-
-L'agonie du malheureux se prolongeait. Aucune lueur d'espoir ne venait
-relever son courage. Chaque jour, son cachot semblait se rétrécir et
-l'étreindre davantage, lui qui avait rêvé de donner la liberté à un
-peuple!
-
-En 1754, il tenta une démarche auprès du comte Bentinck, le diplomate
-hollandais, qui, jadis, l'avait protégé. Le 12 mai, il lui écrivit. Son
-dénuement était complet, son crédit épuisé; alité et malade, il avait dû
-vendre tout ce qui lui restait. Il suppliait Bentinck de lui faciliter
-l'emprunt de mille livres sterling, afin qu'il pût se libérer. Et en
-terminant, il faisait un suprême appel à la pitié de son ex-protecteur
-et des amis de celui-ci[855].
-
- [855] Théodore au comte Bentinck, 12 mai 1754. Lettre citée par
- Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 145.
-
-Lorsque Théodore se remuait dans le monde, entassant rêves sur chimères,
-parlant de ses droits avec cette assurance qui en imposait parfois, des
-gens haut placés avaient prêté la main à ses intrigues. On espérait se
-servir de lui, pour réaliser dans l'ombre des projets, qui ne pouvaient
-pas s'étaler au grand jour. Mais, maintenant son rôle était fini, bien
-fini. Quel intérêt Bentinck aurait-il eu à secourir un homme accablé de
-misère, réduit à l'impuissance? Une loque désormais inutile! Le comte ne
-répondit pas.
-
-Quelque temps après, le 8 juillet, Théodore écrivit à un de ses
-cousins; le nom de celui-ci est resté inconnu, un parent de Westphalie
-sans doute. C'est encore le cri d'angoisse d'un homme qui se sent
-abandonné, qui se voit condamné à mourir misérablement. C'est le dernier
-geste du naufragé qui se cramponne à l'unique planche de salut. Sa
-vanité s'est effondrée; il ne parle plus de la grandeur de son rôle: il
-étale sa misère. Il implore du pain et de l'air. Il s'est hasardé à
-écrire au duc de Portland pour lui demander de le secourir. Le duc lui a
-fait répondre qu'il ne le connaissait pas. Quelle humiliation! Il manque
-de tout. Va-t-il mourir faute d'un peu de pitié[856]?
-
- [856] Lettre de Théodore du 8 juillet 1754, citée par Percy
- Fitzgerald, _op. cit._, p. 144-145.
-
-Le cousin fit ce que l'on fait généralement aux demandes des parents
-pauvres: il ne répondit pas.
-
-Pendant un an, le silence se fit autour du roi captif. Plus une visite,
-plus une aumône; rien! Seul à seul avec ses pensées, que de choses ne
-dut-il pas remuer dans ces longs jours et dans ces nuits sans fin! Il
-était à bout de forces. Au cours de sa vie, transporté par ses folles
-ambitions, il avait goûté l'ivresse des régions élevées, au-dessus du
-terre à terre où se meut le vulgaire. Souvent, la réalité l'avait
-abattu, mais jamais il ne s'était laissé terrasser complètement. Son
-imagination en délire l'avait toujours soutenu, en l'entourant de
-visions et de songes, en mettant dans son âme des espérances tenaces et
-insensées. Il avait éprouvé tout ce qu'un homme peut ressentir en
-passant des grandeurs à la misère. Mais le pauvre roi sentait bien que
-tout était fini maintenant. Ah! si seulement il avait pu aller mourir
-dans le coin de terre du pays natal!
-
-Il existait alors une coutume. Parfois, par un acte du Parlement, une
-fournée de débiteurs insolvables était relâchée. Trois publications
-légales avaient lieu dans un journal; puis, les prisonniers signaient
-leur cédule, c'est-à-dire une promesse de payer ou un abandon de leurs
-biens en faveur de leurs créanciers. Cette formalité constituait pour
-ceux-ci une garantie bien précaire; mais les apparences étaient
-sauvegardées. En 1755, Théodore fut admis dans la série des débiteurs
-bénéficiant de l'amnistie du Parlement. Les trois publications pour
-«Théodore-Étienne, baron de Neuhoff, allemand de Westphalie», furent
-faites dans _The World_ les 3, 10 et 20 mai[857]. Il n'était plus
-question de Majesté!
-
- [857] _The World_, nos des 3, 10 et 20 mai 1755.--Percy
- Fitzgerald, _op. cit._, p. 146.
-
-Il fut amené devant les magistrats. Selon la loi, on lui demanda ce
-qu'il possédait. La réponse qu'il fit résumait toute sa vie, toutes ses
-ambitions. Ce fut un dernier cri d'orgueil empreint, dans les
-circonstances, d'une grandeur tragique.--«Je n'ai rien, dit-il, que mon
-royaume de Corse!»--Le 24 juin 1755, dans la vingt-huitième année de
-George II, il signa la cédule par laquelle il abandonnait ses
-États[858]! Et le royaume de Corse fut légalement et officiellement
-enregistré pour la garantie des créanciers du baron de Neuhoff. Les
-Anglais étaient donc arrivés à leurs fins: ils avaient l'île, objet de
-leurs convoitises. Seulement cette cession n'existait que sur un papier
-sans valeur.
-
- [858] Horace Walpole à Horace Mann, Arlington street, 17 janvier
- 1757: _op. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 146.
-
-Cette fois, c'était bien la déchéance irrémédiable. Pour obtenir une
-liberté qu'on ne lui donna même pas, il avait déposé cette couronne que,
-dans son ambition têtue, il considérait comme un droit imprescriptible.
-Poussant le sacrifice jusqu'au bout, il remit à Walpole sa dernière
-relique, le grand sceau du royaume de Corse[859]. Le calvaire était
-gravi. Bafoué dans sa dignité royale, Théodore se vengeait en roi.
-
- [859] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 147.
-
-Walpole accepta le cadeau. Peut-être donna-t-il au malheureux détrôné
-une aumône, en échange. Le noble lord eut-il des remords pour ses lâches
-sarcasmes envers un prisonnier? On cite de lui un appel à la noblesse et
-à la haute société de Londres en faveur de Neuhoff. Cet appel fut
-publié dans le _Public advertiser_. Walpole ne traite plus ironiquement
-Théodore de Majesté. Les termes de cette adresse sont simples. Il
-demande la charité pour permettre au baron de retourner dans son pays.
-Cet infortuné se trouve dans la plus complète misère. Lors de la
-dernière guerre en Italie, il a donné des preuves de son dévouement à
-l'Angleterre. Walpole espère que tous les vrais amis de la liberté
-tiendront à secourir un brave homme malheureux, qui ne désire qu'une
-seule chose: pouvoir prouver sa reconnaissance à la nation anglaise.
-Deux maisons de banque étaient chargées de recueillir les
-souscriptions[860].
-
- [860] MM. Charles Asgill, Aldermann et Co., Lombard street, et
- MM. Campbell et Coutts dans le Strand.--Percy Fitzgerald, _op.
- cit._, p. 147.
-
-Décidément, Théodore n'était plus à la mode. La souscription avorta, car
-l'ex-roi ne retourna pas dans son pays. Pendant quelque temps, il mena
-l'existence la plus misérable, celle d'un mendiant loqueteux. Puis, on
-le remit en prison[861]. Pour quelle cause fut-il incarcéré de nouveau?
-Quel créancier hargneux l'avait-il encore poursuivi? Ceux à qui il
-devait n'étaient-ils pas satisfaits d'avoir en garantie le royaume de
-Corse? Le pauvre Théodore ne pouvait pourtant rien donner de plus. Mais
-le «Banc du Roi» valait mieux que la rue. Là, au moins il pouvait
-manger.
-
- [861] _Idem_, _ibidem_.
-
-Cette dernière année de sa vie est restée dans l'ombre. Personne ne
-s'occupait plus de lui. C'est si peu intéressant un homme qui meurt de
-faim!
-
-Il sortit définitivement de prison le 5 ou le 6 décembre 1756. Aussitôt
-l'écrou levé, il prit une chaise et se fit conduire chez le ministre de
-Portugal. On répondit qu'il n'était pas chez lui. Peut-être le diplomate
-se souciait-il fort peu de recevoir ce mendiant. Théodore se trouva
-alors dans un cruel embarras. Il n'avait pas les douze sous nécessaires
-pour payer le porteur. Ce monarque, qui avait distribué des souliers
-neufs et des sequins d'or à un peuple émerveillé, était là, dans la
-rue, sans un sou. Il était tellement las et malade qu'il ne pouvait pas
-marcher. Il songea. Ah! ce n'était plus l'heure des grandes pensées de
-gloire. Il fallait aviser à ne pas mourir au coin d'une borne, dans la
-brume glacée de décembre. Le roi, couronné de laurier, un jour d'avril,
-par un beau soleil, sur les côtes bleues de la Méditerranée, allait-il
-donc tomber pour jamais dans la boue des rues de Londres? Il se rappela
-qu'il avait connu jadis un tailleur, un ravaudeur de vieux habits
-plutôt. Mais cet individu était pauvre. Qu'importe! Puisque les riches
-lui fermaient leurs demeures, peut-être la porte de l'échoppe
-s'ouvrirait-elle pour lui. L'ouvrier habitait 5, Little Chapel street,
-dans le quartier de Soho. La maison était misérable, la rue étroite et
-sombre.
-
-Le monarque frappa à la porte et demanda l'hospitalité. L'ouvrier
-l'introduisit. Le brave homme ne possédait pas grand'chose, mais, de
-tout cœur, il proposa au roi déchu de partager sa pauvreté. Théodore
-put au moins reposer son misérable corps malade. A ce modeste foyer, il
-réchauffa ses membres engourdis de froid. Le tailleur le fit asseoir à
-sa table et lui donna un lit.
-
-Les privations, les misères physiques et morales, la longue captivité
-avaient épuisé le malheureux. Le lendemain de son arrivée, il ne put pas
-se lever. Peu à peu, la vie s'en allait de ce corps usé. L'agonie dura
-trois jours. Le 11 décembre, il mourut[862].
-
- [862] Horace Walpole à Horace Mann, Arlington street, 17 janvier
- 1757, _loc. cit._--Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 148.
-
-Le tailleur rendit les derniers devoirs à son hôte. Il arrangea la
-couche mortuaire du mieux qu'il put. Elle était propre et décente; il
-lui avait même donné l'apparence d'un lit de parade. Les gens du
-quartier, de pauvres diables aussi, vinrent sans doute en curieux. Et
-ces artisans durent être touchés de cette charité prodiguée par un des
-leurs envers un souverain[863].
-
- [863] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 149.
-
-Quelles furent les pensées de l'ouvrier devant le cadavre de ce roi qui
-était venu lui demander l'aumône d'un lit pour mourir? Simple et bon, il
-ne se livra sans doute à aucune réflexion de vaine philosophie. Il avait
-accompli son acte de pitié sous la seule impulsion de son cœur, sans
-s'inquiéter si l'individu qui implorait son aide était un monarque ou un
-vagabond! L'histoire n'a pas conservé le nom de cet homme généreux; en
-revanche elle n'a pas oublié les noms et titres de ceux qui bafouèrent
-un malheureux. Assurément, le souvenir des méchancetés mérite mieux
-d'être gardé que celui d'un geste charitable: c'est plus amusant.
-
-Le tailleur n'avait pas de quoi payer les obsèques de Théodore. Un
-marchand d'huile de Compton street, M. Wright, offrit sa bourse. Un
-collègue, puisque Théodore avait monté son affaire en Hollande en vue
-d'importer les huiles de Corse! Ce bourgeois cossu déclara qu'il lui
-serait agréable, une fois dans sa vie, d'avoir l'honneur d'enterrer un
-roi[864]. Il fit préparer pour la dépouille du baron de Neuhoff, roi de
-Corse, un cercueil d'orme recouvert de drap noir avec une double rangée
-de clous en cuivre. Au-dessus, il y avait une grande plaque avec
-l'inscription gravée. Deux couronnes dorées l'encadraient. De chaque
-côté de la bière, deux paires de poignées chinoises en métal doré avec
-couronnes étaient fixées. L'intérieur était doublé de crêpe fin. Le
-corps fut enseveli dans un double linceul, la tête reposant sur un
-coussin. Quatre hommes vêtus de noir portaient le cercueil[865].
-
- [864] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 148.
-
- [865] Voici, d'après M. Percy Fitzgerald (p. 149), la note des
- funérailles du baron de Neuhoff, fournie par Joseph Hubbard,
- fabricant de cercueils, entrepreneur de pompes funèbres:
-
- _For the funeral of baron Neuhoff, king of Corsica, interred in St.
- Anne's Ground, december 15, 1756._
-
- To a large elm coffin, covered with superfine black cloth, finished
- with double rows of brass nails, a large plate of inscription, two cup
- coronets gilt, four pair of chinese contrast handles gilt, with coronets
- over ditto, the inside lined and ruffled with fine crape and inseare
- £ 6 6 0
- A fine double shroud, pillow, and nuts 0 16 6
- Four men in black to move the body down 0 4 0
- Paid the parish dues of St. Anne's 1 2 8
- Paid the gravedigger's fee 0 1 0
- Best velvet pall 0 10 0
- Use of three gentlemen's cloaks and crapes 0 4 6
- A coach and hearse with pairs 0 16 0
- Cloaks, hatbands, and gloves for the coachmen 0 7 0
- Beer for the men 0 1 0
- Attendance at the funeral 0 2 6
- ------------
- £ 10 11 2
- Received in part 8 8 0
- ------------
- BALANCE DUE £ 2 3 2
- ============
-
-
-Les obsèques furent célébrées le 15 décembre à l'église Sainte-Anne.
-
-Ces couronnes, posées sur la dépouille de Théodore par un marchand
-d'huile, constituaient l'ironie suprême, l'ironie méchante que la mort
-même n'arrête pas. Une mascarade macabre! Et poussant sa cruauté
-jusqu'au bout, le négociant fit enfouir dans le coin le plus obscur du
-cimetière, dans la fosse des pauvres, le cercueil renfermant, d'après
-l'inscription gravée, le corps d'un roi[866]!
-
- [866] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 150.
-
-Rien n'est resté de l'endroit où Théodore fut enseveli côte à côte avec
-les miséreux du quartier. Dans le petit cimetière, la terre s'est
-nivelée et l'herbe a grandi. Rien! Pas même le souvenir que donne au
-passant le plus modeste tombeau de pierre.
-
-Walpole avait eu un geste généreux pour Neuhoff. Il tint à se faire
-pardonner ce mouvement, dont sa réputation d'homme d'esprit aurait pu
-souffrir. Il écrivit à son ami Mann, le ministre anglais à Florence:
-«Votre vieil hôte royal, le roi Théodore, s'en est allé dans l'endroit
-où, dit-on, les rois et les mendiants sont égaux. Il n'avait pas besoin
-de faire ce voyage, car de roi il était devenu mendiant[867].» Et pour
-perpétuer le souvenir des sarcasmes dont il avait abreuvé le roi de
-Corse, il fit graver sur la pierre le témoignage de compassion railleuse
-qu'il jeta à sa mémoire.
-
- [867] Horace Walpole à Horace Mann, Arlington street, 6 janvier
- 1757: _loc. cit._
-
-Cette pierre existe encore. Elle est scellée sur le mur extérieur de la
-petite église de Sainte-Anne, près de Soho Square. Sous une couronne
-ironique, reproduite d'après une des pièces de monnaie de Théodore[868],
-Walpole fit inscrire cette épitaphe:
-
- PRÈS D'ICI EST ENTERRÉ
- THÉODORE, ROI DE CORSE,
- QUI MOURUT DANS CETTE PAROISSE LE 11 DÉCEMBRE 1756
- PAR LE BÉNEFICE DU FAIT D'INSOLVABILITÉ
- EN CONSÉQUENCE DE QUOIT IL ENREGISTRA
- SON ROYAUME DE CORSE
- POUR L'USAGE DE SES CRÉANCIERS
-
- Le tombeau, ce grand maître, met au même niveau
- Héros et mendiants, galériens et rois,
- Mais Théodore apprit sa moralité avant que d'être mort;
- Le destin répandit ses leçons sur sa tête _vivante_,
- Il lui accorda un royaume et lui refusa du pain.
-
- [868] Percy Fitzgerald, _op. cit._, p. 150.
-
-C'est tout ce qui reste de l'homme qui disputa à Gênes la souveraineté
-de la Corse!
-
-Ce fut le sort de Théodore d'être bafoué pendant sa vie par l'ironie des
-hommes et des événements. Après sa mort, sa mémoire fut ridiculisée.
-L'épitaphe composée par Walpole ne fut pas le seul témoignage de
-dérision posthume à son égard. On connaît les sarcasmes de Voltaire.
-Ensuite, sur un poème de Casti, Paisiello, composa, en 1784, un opéra
-héroïco-comique: _Il Re Teodoro_. Cette bouffonnerie, quoiqu'elle
-manquât d'esprit, eut du succès. Elle fut écrite sur la demande de
-l'empereur Joseph II, le fils de François qui avait essayé tour à tour
-de se servir de Neuhoff et de le supplanter[869]! Et suprême ironie!
-Chez le Corse, couronné empereur et roi, dans son palais des Tuileries,
-on exécutait dans les concerts de la cour le final d'_Il Re
-Teodoro_[870]. Napoléon écoutait cela, lui qui aurait pu naître sujet du
-baron de Neuhoff, si celui-ci avait réussi et fondé une dynastie!
-
- [869] _Il Re Teodoro_ fut représenté pour la première fois à
- Vienne. Le livret fut ensuite traduit en français par Moline et
- Dubuisson. Fétis dit que cet opéra-bouffe «renferme un septuor
- devenu célèbre dans toute l'Europe, délicieuse composition d'un
- genre absolument neuf alors et modèle de suavité, d'élégance et
- de verve comique». _Biographie universelle des musiciens et
- bibliographie générale de la musique_, t. VI, p. 421-422.
-
- [870] Programme d'un des concerts donnés en 1806 aux Tuileries.
- Frédéric Masson, _Joséphine, impératrice et reine_, p. 282.
-
-
-
-
-APPENDICES.
-
-
-I
-
-NOTE SUR LE COLONEL FRÉDÉRIC, QUI PÉTENDAIT ÊTRE LE FILS DE THÉODORE DE
-NEUHOFF.
-
-On voyait à Londres, au milieu du XVIIIe siècle, un individu connu sous
-le nom de colonel Frédéric, qui s'affublait du titre de prince de
-Caprera et qui prétendait être le fils de Théodore de Neuhoff. La
-société anglaise le choyait beaucoup; il était reçu dans le meilleur
-monde. En 1764, il paraissait avoir de trente-cinq à trente-six ans,
-d'après un voyageur français qui le rencontra, le dimanche 7 octobre,
-chez lord Fitz-Herbert à Richmond. Sa physionomie était avenante et ses
-manières distinguées. Il s'exprimait assez bien en français[871].
-
- [871] Élie de Beaumont, _Un voyageur français en Angleterre en
- 1764_, dans la _Revue Britannique_, octobre 1895.
-
-M. Percy Fitzgerald, dans son livre _King Theodore of Corsica_, a
-consacré le dernier chapitre à ce personnage. Il retrace sa vie
-aventureuse et le considère réellement comme le fils de Théodore.
-
-Le colonel Frédéric entourait sa naissance de mystère. Il disait
-seulement qu'il était né en 1725. Il n'était donc pas le fils de
-l'épouse légitime de Théodore, lady Sarsfield, morte à Paris en 1720.
-
-D'après M. Fitzgerald, Frédéric aurait épousé une des demoiselles
-d'honneur de Marie-Thérèse. De cette union seraient nés un fils et une
-fille. Le fils aurait été tué, jeune encore, pendant la guerre
-d'Amérique. La fille, qui s'était mariée, aurait eu à son tour trois
-filles, fort jolies personnes, disait-on.
-
-Le colonel Frédéric vécut à Londres pendant plus de quarante ans. Il
-était très intrigant. Il proposa au duc de Newcastle toute une série de
-plans relatifs à une descente en Corse. Journellement on le voyait au
-Foreign-Office, où il essayait de faire agréer ses combinaisons. Pour ce
-débarrasser de ses importunités, le gouvernement anglais lui faisait
-donner de temps en temps un peu d'argent. Selon M. Fitzgerald, on trouve
-au British Museum un grand nombre de lettres et de mémoires ayant trait
-aux propositions et aux réclamations de cet aventurier.
-
-Très besogneux, harcelé par ses créanciers, il se tua d'un coup de
-pistolet, le mercredi 1er février 1796, auprès de la grille de
-Westminster.
-
-Voilà, en quelques mots, les faits principaux de la vie du colonel
-Frédéric. Mon intention n'est pas de retracer toutes les intrigues de
-cet individu. On les trouve en détail dans le livre de M. Fitzgerald. Je
-me contenterai d'indiquer quelques-unes des raisons qui permettent de
-déclarer que Frédéric n'était pas le fils de Théodore de Neuhoff. Je
-terminerai en donnant, d'après des documents tirés des archives d'État
-de Gênes, la véritable identité du personnage; documents que l'historien
-anglais n'a pas connus.
-
-Dans son livre: _Mémoires pour servir à l'histoire de la Corse_, imprimé
-à Londres, en 1768, pour S. Hooper, libraire dans le Strand,--ouvrage
-qui a servi pour établir la plupart des biographies de Théodore publiées
-de nos jours--le colonel Frédéric commet plusieurs erreurs, qu'il
-n'aurait pas faites s'il eût été le fils du baron de Neuhoff.
-
-D'après lui, Théodore aurait été élu roi de Corse et de Capraia, ce qui
-est faux. L'acte d'élection, dont une copie existe dans les archives du
-Ministère des affaires étrangères, n'indique que la qualité de roi de
-Corse. Théodore lui-même, que sa sotte vanité poussait à se donner les
-titres les plus ronflants, ne prit, en aucune circonstance, celui de roi
-de Capraia.
-
-A propos du couronnement, dans le couvent d'Alesani, précédé de la
-publication d'une constitution approuvée par le souverain et par les
-principaux chefs corses, j'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer que
-si le baron de Neuhoff avait eu réellement un fils, il n'aurait pas
-manqué d'en faire mention et de le faire proclamer prince héréditaire.
-Les insulaires n'auraient pu élever aucune objection, le principe
-d'hérédité étant formellement admis dans la constitution comme la base
-de la nouvelle royauté. Frédéric eût-il été un enfant naturel que
-Théodore se fût empressé de le reconnaître à défaut de fils légitime.
-Cela eût été d'autant plus facile au baron que la Constitution parle
-uniquement d'_enfants mâles_ dans l'ordre de primogéniture, sans que
-cette indication soit précédée du mot légitime. Bien plus, elle laissait
-au souverain le droit de choisir son successeur dans le cas où il
-n'aurait pas d'héritiers directs.
-
-Théodore, de son côté, avait un intérêt capital à consolider sa couronne
-en assurant sa dynastie. Son premier soin, en débarquant en Corse, avant
-même d'être solennellement couronné, est d'écrire à sa famille non
-seulement pour lui faire part de son _avancement_, mais encore pour
-demander que l'un ou l'autre de ses parents, cousin ou neveu, vienne le
-retrouver en Corse et l'assister. La place d'un fils, quel qu'il fût,
-était là tout indiquée.
-
-Nulle part dans sa correspondance, même avec ses plus intimes
-confidents, Théodore ne fait allusion à un fils qu'il aurait eu. Aucun
-acte, aucune proclamation émanant de lui n'en fait mention. A maintes
-reprises, il parle de ses droits imprescriptibles; il donne à sa royauté
-un caractère ineffaçable; il emploie des grands mots pour affirmer que
-son devoir est de conserver intacte l'élection des Corses. Habitué à
-faire des phrases pour impressionner ou attendrir ceux qu'il voulait
-engager dans ses affaires, il n'aurait pas manqué de mettre en avant
-l'intérêt sacré de son héritier direct. Il y avait là matière à
-éloquence émue, et il ne se serait certes pas privé de faire vibrer
-cette corde.
-
-Les lettres autographes de Costa, qui fut le plus fidèle serviteur de
-Théodore, existent encore. Le Grand-Chancelier parle à son maître en
-confident plutôt qu'en ministre. Là non plus, on ne trouve la moindre
-allusion à ce fils.
-
-Frédéric prétend avoir dîné avec le roi Théodore et différents
-personnages dans la prison pour dettes. Il portait les insignes de
-l'Ordre de la Délivrance. Mais cela ne prouve en rien qu'il fût le fils
-de Neuhoff. Ce dernier recevait beaucoup de visiteurs au «Banc du Roi»
-et il en décora un grand nombre.
-
-Comment se fait-il que Théodore ayant un fils à Londres, le sachant,
-l'ayant vu dans sa prison, n'ait pas cherché à le retrouver? Libéré,
-malade, mourant, abandonné par tous, ne sachant que devenir, seul dans
-les rues par le froid de décembre, il va demander l'hospitalité à un
-ouvrier! L'enfant, si pauvre fût-il, aurait-il refusé à son père de le
-secourir dans sa détresse? A ce moment suprême où tous les torts
-disparaissent, où rien ne subsiste que la pensée du devoir naturel, il
-n'a pas un geste de piété filiale!
-
-Il est certain que Frédéric a connu Théodore dans ses dernières années
-et qu'il a eu en mains des papiers concernant la Corse. Neuhoff, pour se
-libérer, songeait à faire argent de tout. Il ne lui restait plus que de
-vagues documents. A plusieurs reprises, il essaya de les vendre. Dans ce
-but, il s'adressait à différentes gens, par l'intermédiaire d'individus
-qui paraissaient vouloir entrer dans ses combinaisons.
-
-Il est à remarquer, d'ailleurs, que la légende de la naissance de
-Frédéric s'établit après la mort de Théodore.
-
-Deux ans après, en 1758, Celesia, ministre de Gênes à Londres, fut à
-même de fournir à son gouvernement quelques renseignements sur les
-intrigues de Frédéric et de donner l'identité de celui-ci[872].
-
- [872] Celesia au Sérénissime Collège, Londres, les 10 et 17
- octobre 1758: _Ribellione di Corsica_, no 15-3013. Archives
- d'État de Gênes, archives secrètes.
-
-C'était un polonais nommé Frédéric Vigliawischi. Il avait une belle
-prestance, portait perruque et parlait plusieurs langues. Il habitait
-Londres depuis plusieurs années; mais il y avait _très peu de temps_
-qu'il se faisait appeler Neuhoff. Il se disait le fils et le successeur
-du défunt baron, et déclarait avoir en sa possession les papiers de
-celui-ci.
-
-Donc ce n'est qu'après la mort de Théodore que l'aventurier, nommé
-Vigliawischi, songe à se faire passer pour le fils du roi de Corse. Il
-n'avait plus à craindre de démentis. C'est à cette époque-là, encore,
-qu'il noue ses intrigues au sujet de l'île. Il reprenait tout simplement
-la suite d'une affaire après décès. C'est plus tard aussi qu'il songe à
-écrire des Mémoires.
-
-En 1757 et en 1758, il entre en relations avec Pascal Paoli, il cherche
-de l'argent, s'abouche avec des commerçants pour avoir des munitions. Il
-s'adresse aux hommes d'État anglais, les harcèle de propositions.
-
-Tout cela échoue piteusement, comme avaient sombré les combinaisons de
-Théodore.
-
-Celesia avait pu facilement percer à jour ces manœuvres. Il était entré
-en rapports avec un certain Anselme Rossi, qui était au service de
-Frédéric. Cet individu avait tout dévoilé au ministre de Gênes.
-
-Les intrigues de Frédéric sur la Corse, indiquées dans le livre de M.
-Fitzgerald, sont confirmées par les documents de Gênes. Il y a donc lieu
-de penser que Rossi a dit la vérité à Celesia.
-
-Mais cela importe peu. Le seul point qu'il convienne de retenir dans les
-rapports de Celesia est l'identification du personnage.
-
-En la rapprochant des quelques réflexions que j'ai faites plus haut, il
-est permis de déclarer d'une façon définitive que le colonel Frédéric
-n'était pas le fils du baron de Neuhoff.
-
-
-
-
-II
-
-NOTE SUR DES PAMPHLETS CONCERNANT LE BARON DE NEUHOFF.
-
-L'aventure du baron de Neuhoff fit éclore différents pamphlets. J'ai
-déjà eu l'occasion de signaler, au cours de l'ouvrage, ceux qui furent
-lancés à Gênes et qui étaient colportés de main en main. D'autres,
-imprimés pour la plupart en Hollande, prirent la forme de brochures ou
-de volumes.
-
-En 1737, un pamphlet fut publié, à Leyde, chez Jean-Arn. Langerak. Il
-avait treize pages seulement et était intitulé:
-
- PREMIÈRE LETTRE
- DE
- THÉODORE IER
- ROI DE CORSE
- A
- TOUS LES HÉROS DE SON SIÈCLE
-
-Une vignette, placée en tête, représente, d'un côté, une femme assise,
-de l'autre, un homme debout coiffé d'un casque et portant une lance. Ces
-deux personnages sont séparés par une arabesque.
-
-Ce pamphlet débute par ces vers:
-
- «Décidons! puisqu'enfin en l'état où je suis,
- La mort est au-dessous du sort de mes ennemis:
- Un lâche désespoir nous défend d'y survivre;
- Mais un cœur immortel nous défend de le suivre.»
-
-Puis, viennent ces mots:
-
-«Entre ces deux extrémités et la nécessité de prendre l'un ou l'autre
-parti, héros magnanimes, un courage toujours renaissant doit-il se
-signaler par la bassesse héroïque des Romains ou par la férocité commune
-aux _Esprits insulaires_ qui n'ont point assez de force pour faire face
-constamment aux révolutions chagrines de l'astre qui préside à nos
-jours?»
-
-Ensuite, l'auteur fait dire à Théodore qu'il s'en rapportait aux âmes
-bien faites pour juger impartialement ses actions. Sa conduite
-était-elle bravoure ou témérité? Une entreprise, si hasardeuse fût-elle,
-est héroïque quand elle réussit; elle est téméraire quand elle échoue.
-
- «Si tant de travaux entrepris,
- Baron, n'ont pas rempli ta haute destinée,
- C'est que de ta vertu la fortune étonnée
- N'ose pas en fixer le prix.»
-
-«Il est vrai que la mauvaise fortune ne nous semblerait pas si dure, si
-elle n'autorisait la désertion de nos amis.»
-
-L'auteur se lance alors dans des considérations philosophiques en tirant
-des exemples de la légende et de l'histoire. Ces réflexions ne sont
-d'ailleurs ni profondes ni originales.
-
-A la fin de la brochure se trouve cette note:
-
-«Sa Majesté Corsienne a écrit plusieurs autres lettres plus dignes de la
-curiosité du public que celle-ci. On nous a promis de nous les
-communiquer et nous promettons à ce même public de lui en faire part. Au
-reste, ce n'est qu'une traduction, qui ayant été faite à la hâte, ne
-rend pas sans doute l'original dans toute sa beauté. Nous remédierons à
-ce défaut dans la suite.»
-
-De deux pamphlets hollandais, je me contenterai de signaler les gravures
-qui se trouvent en tête des volumes.
-
-L'un d'eux, imprimé en 1739, est intitulé:
-
- DE
- GEKROONDE MOF
- OF
- THEODORUS OF STELTEN
-
-Le dessin représente Théodore monté sur deux échasses. L'une est tenue
-par un gentilhomme; l'autre semble se dérober, car le second
-gentilhomme, qui se tient auprès, ouvre les bras comme pour recevoir
-Neuhoff. Celui-ci essaye d'attraper une couronne très haut placée et
-attachée au sommet par un collier d'ordre fleurdelysé. Au second plan, à
-droite, un autre gentilhomme montre la couronne à Théodore. A gauche,
-sous un bouquet d'arbres, se trouvent quatre femmes, dont l'une lève les
-bras au ciel.
-
-Ce libelle assez volumineux est rédigé en forme de dialogue.
-
-Un autre pamphlet, intitulé:
-
-/*
-DE
-DWAALENDE MOF
-OF VERVOLG
-VAN
-THEODORUS OF STELTEN
-*/
-
-publié en 1740, reproduit une gravure à peu près identique à la
-précédente. Mais la couronne est entourée des armes de la Corse et de la
-médaille de l'Ordre de la Délivrance. Dans le fond, les quatre femmes
-sont remplacées par un vaisseau portant un pavillon avec une croix et
-échangeant des coups de canon avec un fort situé à terre.
-
-Au nombre des pamphlets, on peut citer le fragment trouvé dans les
-manuscrits de Napoléon et publié par MM. Frédéric Masson et Guido
-Biagi[873]. Écrit entre 1786 et 1793, il est peu important. Il se borne
-à une lettre imaginaire de Théodore, datée des prisons de Londres, à
-milord Walpole et la réponse de celui-ci au baron. Bonaparte montre
-là-dedans qu'il concevait déjà une haute idée de la générosité de
-l'Angleterre vis-à-vis des malheureux proscrits.
-
- [873] _Napoléon inconnu, papiers inédits (1786-1793)_, 2 vol., t.
- I, p. 193-194.
-
-Il y a là un rapprochement curieux à faire avec les sentiments qui
-animèrent plus tard l'Empereur en l'amenant à se livrer aux Anglais.
-
-M. Emmanuel Orsini, capitaine d'infanterie, a publié le _Testament
-politique de Théodore Ier, roi des Corses_.
-
-Dans la première partie, l'auteur fait faire à Théodore le récit de ses
-aventures. Historiquement il n'y a pas lieu de tenir compte de cette
-narration. C'est une compilation des ouvrages connus sur le baron de
-Neuhoff, compilation à laquelle sont ajoutés quelques détails qui
-s'éloignent tout à fait de la vérité. Il me suffira d'en citer un seul.
-Théodore raconte qu'au milieu du mois d'avril 1737, il rejoignit son
-armée à Corbara en Balagne. Or, à cette date, Neuhoff était arrêté pour
-dettes à Amsterdam et mis en prison. On peut juger par là du cas qu'il
-faut faire de ce récit.
-
-La seconde partie du _Testament_ comporte des considérations sur les
-principes et les maximes de l'art de régner.
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES
-
-
-I.
-
-LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. MARNEAU[874].
-
- 26 mars 1736.
-
- Étant plus que persuadé que vous me continuez toujours une part
- dans votre cher souvenir, je n'ai pu manquer à vous notifier de ma
- main propre ce que vous aurez peut-être déjà appris par les avis
- publics, qu'après mille révolutions, persécutions et maladies
- mortelles dans mes voyages, non seulement il m'a réussi, avec
- l'assistance divine, de me tirer des pièges tendus par mes envieux,
- mais de me voir en état de reconnaître mes bienfaiteurs et amis et
- d'être et de me voir proclamé Roi et Père de ces fidèles habitants
- de cette île et royaume de Corsica, lesquels j'ai cherché
- d'assister au péril de ma vie contre le tyrannique gouvernement des
- Génois. Comme mes intérêts et avancements vous doivent être chers
- par la bonne mémoire que vous conservez, je suis sûr, de feu ma
- chère mère, votre épouse, j'ose me flatter que cet établissement
- vous sera agréable, vous assurant, Monsieur, que de mon côté, je
- n'ambitionne autre que de me trouver en situation à pouvoir vous
- témoigner par des marques essentielles la reconnaissance parfaite,
- que je vous conserve pour toutes les bontés paternelles que vous
- avez eues pour moi; et je m'estimerais heureux si vous vouliez
- prendre la résolution de me venir trouver dans ce bon climat avec
- ma chère sœur, son mari et toute la famille, vous assurant que je
- partagerai avec vous mon sort, lequel ayant un peu de repos à
- pouvoir mettre à exécution certains projets, ne peut être que très
- avantageux pour moi et pour tous ceux qui m'appartiennent. Mais,
- comme encore pour le présent, je ne puis jouir de ce repos
- nécessaire, ayant les ennemis à déloger des deux endroits, priez
- Dieu pour moi et me continuez votre chère bienveillance.
-
- Soyez assuré je serai pour toujours tout à vous sans aucune
- réserve.
-
- Le Baron DE NEUHOFF,
- élu Roi de Corsica avec mon nom: _Teodoro il primo_.
-
-
- P. S.--Faites-moi savoir en réponse à celle-ci si vous ou M. de la
- Grange pourriez vous rendre à Paris pour remettre au Roi mon
- instance à m'honorer de son royal appui dans mon nouvel
- établissement, et, en ce cas, j'enverrais une personne accréditée
- pour connaître ses intentions. J'aurais besoin de deux vaisseaux de
- guerre que je payerais par mois pour serrer le port de Bastia,
- capitale du royaume, pendant que par terre je saurai bien vite
- obliger les Génois de me la remettre. Servez-moi de bon père en
- cette affaire et ne perdez de temps pour employer vos amis à y
- parvenir. Il serait en mon pouvoir de satisfaire à bien des frais
- et dépenses, mais les pertes souffertes et les frais exorbitants
- que j'ai eus, m'ont mis, pour le présent, en arrière, et n'ai-je le
- repos nécessaire pour refaire ce qui pourrait me mettre à l'abri
- d'avoir besoin de secours. Je dois envoyer des sommes considérables
- à Tunis, en Afrique, pour mes munitions de guerre et le rachat des
- esclaves corses, que je suis convenu en personne, mais comme
- inconnu, de racheter, et ai le bonheur d'induire cette Régence à
- une paix de vingt années avec le royaume de Corse. Ne m'abandonnez
- pas, et assistez-moi de vos bons conseils; donnez-moi de vos
- nouvelles au plus tôt, et l'un ou l'autre rendez-vous à Paris pour
- solliciter mes vues.
-
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Francia_, mazzo 45.
- Anni 1734-37.
-
- [874] Le lieu d'où elle a été écrite n'a pas été marqué.
-
-
-II.
-
-LETTRE ÉCRITE DE METZ PAR M. MARNEAU A M. LE C...
-
-
- 26 avril 1736.
-
- Monsieur,
-
- Vous avez connu M. de Trévoux, mais je ne pense pas que vous ayez
- entendu parler du baron de Neuhoff, son frère, tous deux enfants du
- premier lit de feu ma femme. Ce jeune homme, après être sorti de
- page de Madame, entra dans le régiment de Navarre, qu'il quitta
- pour entrer dans celui de Courcillon, où il a servi jusqu'à la paix
- de Baden, et passa ensuite au service de M. l'Électeur de Bavière;
- ayant eu quelques affaires dans ce pays-là, il alla en Espagne, où
- il épousa une fille d'honneur de la Reine régnante, et fut fait
- colonel d'infanterie. Soit dégoût, soit envie de courir le monde,
- il quitta l'Espagne, laissa sa femme à Paris, où elle est morte; et
- depuis cinq ou six ans, je n'ai plus entendu parler de lui jusqu'à
- ce moment que je viens de recevoir cette lettre dont j'ai l'honneur
- de vous adresser copie, par laquelle il me fait part qu'il a été
- proclamé roi de Corse.
-
- Quoique je lui connaisse de l'esprit, du savoir, et très intrigant,
- parlant même une infinité de langues, je ne donne point dans une
- pareille vision, et je ne saurais croire qu'un étranger, sans
- secours de lui-même, ni d'ailleurs, ait été en état de se former un
- pareil établissement.
-
- Je ne regarde donc ce prétendu roi que comme un aventurier, qui n'a
- rien à perdre et qui n'écoute que sa témérité. Que cette nouvelle
- cependant soit vraie ou fausse, je crois être obligé de vous en
- faire part pour en faire usage à la cour, si vous croyez que cet
- événement puisse être de quelque utilité à l'État; en tout cas,
- l'avis n'interrompra que pour un moment vos occupations sérieuses
- pour vous faire rire d'une scène aussi comique que celle de penser
- qu'il peut y avoir un jour un roi, frère de ma fille; et vous
- pensez bien que ma famille et moi ne sommes pas tentés d'aller
- chercher des espérances de fortune sous un trône aussi chancelant.
- Je m'en tiendrai à l'ambition que j'ai toujours eue de vous prouver
- mon zèle et l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur
- d'être, Monsieur,
-
- Votre très humble et très obéissant serviteur.
-
-
- MARNEAU.
-
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Francia_, mazzo 45.
- Anni 1734-37.
-
-
-
-III.
-
-DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE[875] AU ROI DE SARDAIGNE.
-
- La Haye, le 12 juin 1736.
-
- ........ Répondant à l'article qui regarde la république de Gênes,
- j'aurai l'honneur de Lui dire que m'étant informé, pour satisfaire
- à Ses ordres, de deux des principaux députés des États, si elle
- avait fait ici quelque démarche pour obtenir des défenses aux
- bâtiments hollandais d'aborder en Corse et à tous les sujets de
- cette république de donner aux révoltés aucune sorte de secours,
- ils m'ont assuré n'avoir point encore ouï parler de pareille
- chose; ils se sont de plus engagés, aussitôt qu'on ferait là-dessus
- la moindre demande, de m'en informer et de me prévenir de la
- résolution qui se pourrait prendre en conséquence. La conversation
- étant par là naturellement tombée sur l'état où se trouve la Corse,
- ils m'ont marqué être fort étonnés de la dépense considérable que
- faisait le nouveau chef des révoltés[876], que cela leur faisait
- juger qu'il devait être soutenu sans doute par quelque puissance
- considérable et que leurs soupçons à cet égard ne pouvaient tomber
- que sur l'Espagne; mais que de quelque façon que l'affaire tournât,
- le peu de relations que leur commerce avait avec cette île la lui
- rendait si indifférente qu'assurément ils ne chercheraient pas à
- s'en mêler. Je me serais prévalu de cette occasion pour voir M. le
- Pensionnaire, s'il ne s'était trouvé à la campagne.
-
- Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33.
-
-
- [875] Ministre de Sardaigne en Hollande.
-
- [876] Il s'agit de Théodore de Neuhoff.
-
-
-IV.
-
-DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE AU ROI DE SARDAIGNE.
-
- La Haye, 7 mai 1737.
-
- ........ Les affaires du baron de Neuhoff ne sont pas encore en
- fort bon état; elles ont été au point de se terminer par les soins
- et les efforts généreux de plusieurs personnes qui s'étaient
- intéressées pour lui; mais outre les créanciers avec lesquels l'on
- avait convenu, il s'en est présenté deux autres pour sept à huit
- mille florins, qui ont tout rompu et ont été cause qu'il a été
- traduit aux prisons publiques de la ville, attendu que la dépense
- trop considérable qu'il faisait à l'auberge le mettait toujours
- plus hors d'état de satisfaire ses dettes. Cette affaire a d'abord
- un peu ralenti le zèle de ceux qui voulaient lui faire faveur; mais
- la chose s'est pourtant un peu raccommodée et l'on travaille encore
- fortement à le tirer d'embarras, ce que le magistrat de la ville
- favorise aussi par les raisons que j'en ai dit. Il est bien certain
- que quelques efforts que puisse faire la république de Gênes, l'on
- ne lui livrera jamais. Les magistrats n'oseraient l'entreprendre;
- le peuple d'Amsterdam, qui veut que leur ville soit, à tout égard,
- un pays de liberté, ne le souffrirait absolument pas. Il est
- actuellement malade et avec une grosse fièvre qui fait craindre
- pour sa vie.
-
- Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33.
-
-
-V.
-
-DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE AU ROI DE SARDAIGNE.
-
- La Haye, 14 mai 1737.
-
- ........ Le baron de Neuhoff a finalement été mis en liberté, il y
- a aujourd'hui huit jours, ainsi que je l'avais annoncé. Il lui a
- fallu faire pour cela une cession de biens en présence des
- bourgmestres et de tous ses créanciers, à qui il a authentiquement
- déclaré n'en posséder aucun et d'être totalement hors d'état de les
- satisfaire, s'obligeant pourtant de les payer aussitôt qu'il en
- aurait les moyens. L'on a adouci, autant qu'il a été possible, la
- rigueur de cet acte et de cette déclaration qu'il a faite l'épée au
- côté, debout, dans une contenance décente et Mrs les bourgmestres,
- par égard pour lui, ne se sont point assis contre l'usage
- ordinaire. L'on lui a fait dire de sortir incessamment des États de
- la république. Quelqu'un m'a cependant assuré qu'il était dans
- cette ville et s'y tenait caché. Depuis qu'il a été élargi, un
- nouveau créancier de Paris s'est encore présenté pour la somme de
- quatre-vingt mille livres de France. Il est certain que la crainte
- que l'on a eue que la république de Gênes ne le demandât, est ce
- qui a le plus contribué à le tirer d'embarras.
-
- Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33.
-
-
-VI.
-
-EXTRAIT D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUÉE PAR DE LA VILLE A AMELOT,
-LE 14 MAI.
-
-/#
- 12 mai 1737.
-
- Je vous ai déjà marqué l'élargissement du baron de Neuhoff. Voici à
- peu près les circonstances de ce qui s'est passé à cet égard.
-
- Mardi dernier, 7 courant, il fut enfin élargi de la prison civile
- dans le temps que le public s'y attendait le moins et que ses
- ennemis publiaient qu'il n'en sortirait jamais. On peut même dire
- qu'il est sorti par la belle porte. Les créanciers, après avoir
- fait beaucoup les mauvais, ont été obligés de se contenter de ce
- que l'on appelle une caution juratoire de la part du baron de
- Neuhoff, c'est-à-dire qu'il a promis sous serment de les payer
- aussitôt qu'il serait en état et que pour cet effet, il a élu
- domicile à Amsterdam, où l'on portera les citations de tous les
- créanciers des pays étrangers qui auront quelque chose à prétendre
- sur lui. Pour ceux qu'il a en ce pays-ci, on s'est accommodé avec
- eux d'autant plus facilement que l'arrêt ou prise de corps qu'ils
- avaient obtenu du grand-officier contre lui, n'était pas dans les
- formes requises, soit parce qu'ils n'avaient point de sentence des
- échevins qui les y autorisât, soit parce que les dettes du sieur de
- Neuhoff n'étaient point d'une nature à comporter la prise de corps,
- et qu'il ne les a jamais niées ni refusé de les payer, mais qu'il a
- seulement demandé du temps et la liberté pour pouvoir agir.
-
- Plusieurs personnes, en ce pays-ci, se sont donné de grands
- mouvements pour le tirer du mauvais pas où il s'était engagé mal à
- propos. M. le comte de Golowkin[877] a passé huit jours dans cette
- ville, et a eu plusieurs conférences particulières avec M. Dedieu,
- échevin président et qui a été ci-devant ministre de Leurs Hautes
- Puissances auprès de la Czarine. Ces Messieurs ont beaucoup
- contribué à son élargissement, lorsqu'il a été conduit de la
- chambre particulière où il était prisonnier dans celle des
- échevins. Il a comparu dans celle-ci avec le chapeau, l'épée, la
- canne et les gants. Il s'est tenu debout et Mrs les Échevins en ont
- fait de même, ce qui est peut-être sans exemple dans ce pays-ci. Il
- est vrai aussi qu'on n'y avait apparemment jamais vu un cas de
- cette espèce.
-
- [877] Ministre de Russie en Hollande.
-
-De là, le baron a trouvé, à la porte la moins fréquentée de la maison de
-ville, un carrosse dans lequel il est monté et est allé descendre dans
-une maison de confiance, où ceux qui ont agi pour lui ont été le voir.
-
-Depuis trois jours, il a changé de demeure et personne ne sait où il est
-actuellement. Plusieurs le croient parti et je suis de leur avis.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Hollande, vol. 423.
-
-
-VII.
-
-COPIE D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUÉE AVEC LA DÉPÊCHE DE FÉNELON A
-AMELOT, DU 29 OCTOBRE.
-
- 23 octobre 1737.
-
- La présente est pour avoir l'honneur de vous dire qu'il est arrivé
- ici avant-hier un envoyé du seigneur Théodore, lequel a fait le
- voyage avec lui jusqu'à l'île de Corse, où ils sont arrivés le 29
- du mois passé. Ce député n'y a demeuré qu'un jour et est venu en
- poste, puisqu'il n'a été que vingt-et-un jours en chemin. L'ayant
- questionné sur plusieurs circonstances, j'ai remarqué, au travers
- de la réserve qui lui est sans doute recommandée, qu'il est chargé
- de plusieurs commissions pour M. Dedieu, ainsi que pour
- quelques-unes de nos principales bourses, où je l'ai trouvé en
- conférence. Il doit, s'il le peut, faire recrue de garçons
- boulangers et autres gens de métier. Les retours en denrées ne
- doivent pas s'attendre sitôt, n'y ayant aucun navire dans ce port,
- mais que ce serait dès qu'on en pourrait trouver. Le seigneur
- Théodore n'a écrit aucune lettre par la difficulté de passer avec,
- à cause du rigoureux examen qu'il faut subir. Il paraît que les
- secours de la France n'inquiètent nullement ce chef de parti et
- qu'il attend son événement de pied ferme, suivant le rapport qui
- m'en a été fait.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Hollande, vol. 424.
-
-
-VIII.
-
-DÉPÊCHE DE FÉNELON A AMELOT.
-
- La Haye, 29 octobre 1737.
-
- Je joins ici la copie d'une lettre qui a été écrite d'Amsterdam et
- qui m'a été confiée. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a été fourni
- par la ville d'Amsterdam pour premier commissaire aux conférences
- d'Anvers, et pour qui l'agent arrivé de Corse avait une commission,
- et bien d'autres particularités qui se peuvent joindre ont
- assurément de quoi donner de forts indices que l'Angleterre s'est
- intéressée pour procurer les facilités que le baron de Neuhoff a
- trouvées, non seulement pour se tirer des mains de ses créanciers
- qui l'avaient fait arrêter à Amsterdam, mais encore pour s'y
- pourvoir de tout ce qu'il en a tiré en munitions, armes, etc., et
- qui ont suivi ou devancé son retour en Corse. L'Angleterre n'aura
- pas pris cet intérêt sans vue. (_En chiffres_): Celle de prendre le
- contre-pied de nous dans une affaire qu'elle croirait propre à nous
- mettre moins bien avec l'Espagne serait remarquable.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Hollande, vol. 424.
-
-
-IX.
-
-LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DE HOLLANDE A LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES.
-
- La Haye, 23 novembre 1737.
-
- Au Sérénissime Duc et aux Très Excellents Seigneurs les Sénateurs
- de la Sérénissime République de Gênes.
-
- Sérénissime Duc et Très Excellents Seigneurs,
-
- Pendant que Nous prenons connaissance des plaintes et
- représentations, que les ministres de Votre République ont faites
- depuis quelque temps de ce que les sujets de la nôtre fourniraient
- des armes et autres marchandises de contrebande aux mécontents de
- l'île de Corse, et pendant que Nous sommes occupés à délibérer là
- dessus, Nous apprenons avec beaucoup de déplaisir par les relations
- qui nous viennent de Livourne et d'autres lieux, le tort que
- souffrent Nos sujets dans leur navigation et dans leur commerce,
- par les insinuations accompagnées des menaces des ministres et
- consuls Génois, par lesquelles les marchands sont détournés de
- charger dans les navires de Nos sujets, et qui mettent un grand
- obstacle à leur libre navigation et commerce, comme il est arrivé
- bien particulièrement à l'égard de deux vaisseaux nommés la
- _Maria-Jacoba_ et l'_Agatha_, après qu'ils sont entrés dans le port
- de Livourne. Votre Sérénité et Vos Excellences comprendront
- aisément que Nous ne saurions regarder avec indifférence le grand
- préjudice et le tort que Nos sujets trafiquant dans la
- Méditerranée, à Livourne et en d'autres endroits, souffrent par ces
- insinuations et menaces, et moins encore par les dénonciations des
- patrons de quelques barques génoises disant avoir ordre de Votre
- Sérénité et Vos Excellences de visiter les vaisseaux de Nos sujets
- et de les arrêter, sous prétexte qu'ils seraient destinés pour
- l'île de Corse, pour y faire la contrebande avec les mécontents. Ce
- préjudice a été particulièrement causé, ainsi que Nous l'apprenons
- avec chagrin, aux vaisseaux susdits, la _Maria-Jacoba_ et
- l'_Agatha_, dont le premier a été obligé de sortir à vide du port
- de Livourne, pour aller charger au Levant, puisque personne à
- Livourne n'a voulu lui confier ses effets; et l'autre a été
- nécessité de reprendre sa route vers Hambourg, personne aussi,
- autant que Nous en sommes instruits, ayant voulu mettre de
- marchandises à son bord de peur qu'il serait arrêté et détenu. Nous
- ne pouvons considérer ces sortes de vexations que comme tout à fait
- ruineuses à la navigation et au commerce de Nos sujets, et comme
- contraire à la justice et au droit des gens, suivant lequel il
- n'est pas permis d'arrêter, visiter et de persécuter les vaisseaux
- d'autrui en pleine mer. Le prétexte dont on s'est servi, comme si
- ces deux vaisseaux auraient été destinés pour aller en Corse et
- auraient été chargés de contrebande, ne peut être regardé que comme
- destitué de tout fondement, car outre que le transport de
- contrebande, où il n'y a point des traités ni engagements, est
- sujet à bien des explications et de modifications, il se trouve
- casuellement, à l'égard de ces deux vaisseaux, que les maîtres n'en
- sont nullement coupables et, en tout cas, n'en sont nullement
- convaincus. Que pour ce qui regarde le vaisseau la _Maria-Jacoba_,
- maître Corneille Roos, il sort entièrement à sa décharge, ce que
- Votre Sérénité et Vos Excellences ne peuvent pas ignorer, que le
- général de l'Empereur, comte de Wachtendonck, qui commande à
- Livourne, après avoir le tout bien examiné, l'a mis en liberté avec
- permission de poursuivre son voyage, et que, de plus, le maître de
- ce vaisseau n'est point allé en Corse, mais a déchargé ses
- marchandises à Livourne et après a poursuivi son voyage vers le
- Levant. Qu'à l'égard du deuxième vaisseau, l'_Agatha_, maître
- Gustave Berents, quelque grand que soit le bruit qu'on en fasse, il
- est certain qu'on ne saurait alléguer, bien moins prouver qu'il
- aurait été destiné d'aller en Corse, ou qu'il ait eu à son bord des
- effets pour le compte des mécontents de cette île; il paraît au
- contraire que ce maître n'a point pris sa course vers l'île de
- Corse, mais est entré dans le port de Livourne et que là il a
- débarqué les passagers et a déchargé les marchandises qu'il avait
- sur son vaisseau, cherchant après cela nouvelle charge pour la
- porter à Hambourg.
-
- Cependant, nous avons reçu par M. Hop, Notre envoyé extraordinaire
- à la cour de la Grande-Bretagne, une lettre à lui écrite par le
- secrétaire Gastaldi, avec la copie d'une prétendue relation de ce
- qui se serait passé à cet égard, sans que ni l'une ni l'autre Nous
- ait paru satisfactoire. Nous trouvons bien que, par rapport au
- vaisseau la _Maria-Jacoba_, on pose en fait que Notre consul à
- Livourne, Bouver, aurait été persuadé lui-même que la destination
- de ce vaisseau n'aurait pas été bonne et qu'il aurait mis à terre
- cinquante morceaux ou pains de plomb et quatre caisses de pierres à
- fusil, mais outre que, pour toute preuve, il n'y a que le simple
- dire du secrétaire Gastaldi, qui n'en peut rien savoir que par la
- simple relation qui lui en a été envoyée, tout cela est détruit en
- partie par l'expérience du contraire que le général Wachtendonck en
- a fait et par le relâchement du vaisseau qu'il a ordonné, et en
- partie parce que ce vaisseau a effectivement mis et laissé à terre
- ses marchandises, pour ne rien dire de ce qu'une si petite quantité
- de plomb et pierres à fusil ne serait pas assez considérable pour
- donner du confort aux Corses, ni pour faire entreprendre à un
- maître de vaisseau un voyage aussi périlleux. Quant au vaisseau
- l'_Agatha_, maître Gustave Berents, il semble bien qu'il aurait eu
- à son bord quelques passagers, une plus grande quantité de poudre,
- de mousquets, de canons et pistolets et autres choses, mais qu'il
- n'y a pas la moindre preuve qu'avec cette charge il aurait été
- destiné en Corse, excepté qu'un seul des passagers en aurait dit
- quelque chose. Avec quoi, il est fort à noter, pour la décharge du
- maître dudit vaisseau, qu'il paraît par la relation et papiers sus
- mentionnés, en premier lieu, que de tous ces passagers et de toute
- cette charge rien n'est entré dans ledit vaisseau quand il est
- sorti des ports de ces pays, mais que le tout y a été embarqué à
- Lisbonne, et, en second lieu, que ce même vaisseau, parti de
- Lisbonne, ayant été par une rencontre inopinée conduit à Oran, le
- gouverneur espagnol n'a rien trouvé qui fût à la charge du maître
- et ainsi l'a laissé en liberté, et, en troisième lieu, que le
- maître de ce vaisseau n'a point pris sa route pour aller à l'île de
- Corse, mais est allé à Livourne et que là il a mis à terre toute sa
- charge, tant passagers que marchandises, laissant le tout à la
- disposition des intéressés. Il résulte de ce que nous venons
- d'alléguer clairement et évidemment qu'en cas que le maître de ce
- vaisseau en ceci se serait laissé séduire, ce qui pourtant ne
- paraît point, le mal n'aurait pas eu sa source dans ces pays, mais
- à Lisbonne, ce qui encore ne pourrait pas être mis à la charge
- dudit maître de vaisseau, tant qu'on ne peut prouver, comme on ne
- le prouve point, qu'il aurait été informé d'un mauvais dessein,
- étant vrai au contraire qu'on ne peut point imputer à crime à un
- maître de vaisseau qu'étant entré dans un port libre, il y prend à
- son bord, pour rendre son voyage plus profitable, une augmentation
- de sa charge, soit de passagers, soit de marchandises non
- défendues. Nous devons ajouter à ceci, qu'ayant fait une due
- perquisition du cas du susdit vaisseau l'_Agatha_, Nous avons
- trouvé qu'il est sorti de Nos ports, sans qu'il ait eu à son bord
- plus de monde que le nécessaire et l'ordinaire et que, quant aux
- passagers et aux marchandises à qui on donne le nom des
- contrebandes, qu'ils ont été pris à son bord à Lisbonne et que le
- maître du vaisseau n'a rien su de leur prétendue destination. Votre
- Sérénité et Vos Excellences verront par là que c'est à tort qu'on
- forme des soupçons contre Nous et Nos sujets, comme s'ils se
- laisseraient induire à donner de l'assistance aux Corses
- mécontents. Cette idée erroneuse étant autant moins fondée que
- déjà, par Notre résolution du 5 juillet 1736, Nous avons déclaré
- que des pareilles entreprises seraient tout à fait contraires à
- Notre intention et que Nous étions portés à empêcher, autant qu'il
- Nous serait possible, qu'on n'envoyât aucune assistance aux Corses
- mécontents d'aucun endroit dépendant de Notre domination, de quoi
- aussi Nous avons averti Nos amirautés par Nos résolutions du 15
- septembre et 22 octobre de l'an passé 1736. Nous avons bien pris en
- considération et délibéré s'il conviendrait de défendre par placard
- le transport des marchandises de contrebande en Corse, mais Nous en
- avons été détournés par le mauvais usage que les sujets de Votre
- République font de Nos résolutions du 5 juillet, 15 septembre et 22
- octobre de l'an 1736, et que Nous prévoyons qu'un tel placard ne
- produirait aucun autre effet que de colorer les détentions des
- vaisseaux de Nos sujets et de les rendre plus fréquentes; au moins
- de l'exemple cité du vaisseau l'_Agatha_ résulte cette vérité
- qu'un placard de la nature que celui dont Nous venons de parler, ne
- saurait être d'aucun effet, tant que les mêmes défenses ne seront
- pas faites dans les autres royaumes et États, et tant que les
- passagers ou marchandises en d'autres pays auront la faculté de
- tromper sous divers prétextes les maîtres des vaisseaux qui sont
- ignorants. Nous ne pouvons dissimuler que le procédé à l'égard des
- vaisseaux de Nos sujets, Nous est d'autant plus sensible qu'il
- paraît qu'on les prend seuls en butte et qu'on laisse passer
- d'autres sans y prendre garde.
-
- Quand il plaira à Votre Sérénité et à Vos Excellences de faire les
- réflexions nécessaires sur ce que Nous venons de leur exposer, nous
- espérons qu'Elles voudront bien donner des ordres précis à Leurs
- Ministres et à Leurs sujets partout où il appartient, pour que
- soigneusement ils prennent garde de ne faire rien qui puisse
- troubler les sujets de Notre république ni leurs vaisseaux, dans le
- libre exercice de leur navigation et commerce, afin que Nous ne
- soyons pas obligés de délibérer ultérieurement sur la manière de
- prévenir ces troubles si préjudiciables au commerce de Nos sujets.
- Nous attendons ce remède de l'amitié et de l'équité de Votre
- Sérénité et Vos Excellences, et en l'attendant, Nous prions Dieu,
- Sérénissime Duc et Très Excellents Seigneurs, de Vous avoir en Sa
- sainte et digne garde.
-
- A La Haye, le 23 novembre 1737.
-
- De Votre Sérénité et Vos Excellences Très affectionnés
- amis à vous faire service.
-
- LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES UNIES DES PAYS-BAS.
-
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Filza 1/2121
- (1737-1738)_.
-
-
-X.
-
-DÉPÊCHE DE PUISIEUX A AMELOT.
-
- Naples, le 7 janvier 1738.
-
- Il y a dans ce port, depuis environ un mois, un bâtiment
- hollandais, nommé _Jan Ramboulde_. Il est chargé de munitions de
- guerre qu'il a prises en Zélande et qui sont destinées pour la
- Corse..... Je fus informé hier que le capitaine de ce bâtiment,
- appelé Antoine Bevers, de Flessingue, devait partir incessamment
- pour la Corse. Après m'être assuré plus particulièrement de ce
- fait, je me déterminai à envoyer prier le consul de Hollande de
- passer chez moi. Je lui représentai qu'il devait empêcher lÉdit
- bâtiment d'aller porter des secours aux ennemis d'une puissance
- avec laquelle les États Généraux n'étaient point en guerre, qu'il
- devait, d'ailleurs, savoir l'intérêt que le Roi prenait dans cette
- affaire et que j'osais l'assurer que ses maîtres ne
- désapprouveraient pas les égards qu'il aurait pour mes
- représentations en cette occasion. L'ambiguïté de la réponse de ce
- consul m'ayant laissé dans l'incertitude sur le parti qu'il
- prendrait, j'ai écrit à M. de Campredon, à Gênes, pour le prévenir
- sur le départ de ce bâtiment hollandais. J'en ai aussi dit deux
- mots à M. de Montalègre, qui m'a répondu que les munitions de
- guerre embarquées sur ce bâtiment n'ayant point été achetées dans
- les États de Sa Majesté Sicilienne et que le Roi n'ayant point
- déclaré la guerre aux Corses, le roi des Deux-Siciles ne pouvait
- prendre sur lui de l'arrêter. Il m'a promis cependant de parler au
- consul de Hollande et d'intimider quelques Corses qui sont à la
- suite de ce bâtiment. Je ne puis douter que cette cour n'ait
- favorisé les Corses dans plusieurs occasions, non dans l'intention
- de les entretenir dans la révolte, mais parce qu'à la faveur des
- troubles de cette île, les officiers au service de Sa Majesté
- Sicilienne ont trouvé de grandes facilités à y faire des recrues.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Naples, vol. 35.
-
-
-XI.
-
- NOUVEAU CONTRAT ENTRE LE PATRON DU BÂTIMENT ZÉLANDAIS,
- _YONG-ROMBOUT_, ET LES MINISTRES DE THÉODORE Ier[878]. TRADUCTION
- DE L'ITALIEN.
-
- Naples, 20 janvier 1738.
-
- Nous soussignés, capitaine et pilote du bâtiment, nommé
- _Yong-Rombout_, d'une part, et les ministres de Théodore Ier, roi
- de Corse, de l'autre, promettons moyennant l'assistance divine,
- d'exécuter ponctuellement le contenu des articles suivants, sans
- exception aucune, à moins que la nécessité nous force au contraire.
-
- 1º Le susdit capitaine Antoine Bevers sera obligé de faire voile
- avec son vaisseau et les passagers qui seront dessus, à l'île de
- Corse, et, moyennant l'assistance divine, jeter l'ancre à
- Porto-Vecchio; mais il devra d'abord prendre langue à Aleria avec
- sa chaloupe et y faire les signaux convenus; lÉdit capitaine
- s'obligeant, en outre, de faire toutes sortes de diligences et ce
- qui dépendra de lui pour y exécuter le débarquement ainsi qu'il est
- d'usage en semblables conjectures. Cependant, si ce bâtiment était
- attaqué et que malgré tous ses efforts, il ne pût résister et fût
- battu ou qu'il lui arrivât quelque autre accident,--ce qu'à Dieu ne
- plaise--le patron sera tenu de faire voile vers Malte, ou autre
- port plus commode, pour y porter ses passagers, et il laissera les
- marchandises où il jugera le plus à propos. Bien entendu que le
- capitaine, en semblable cas, ne prendra de résolutions qu'autant
- qu'il y sera contraint par la nécessité.
-
- 2º Les seigneurs ministres susdits seront tenus de s'embarquer sur
- lÉdit vaisseau et d'être fidèles au capitaine pendant le voyage,
- dans quelques conjonctures que ce soit, et aider lÉdit capitaine en
- lui donnant des marques de leur bienveillance.
-
- 3º Les susdits seigneurs ministres seront obligés de fournir vingt
- hommes, y compris le pilote qui aura connaissance des ports de la
- Corse, lesquels hommes défendront le bâtiment au cas qu'il soit
- attaqué, et serviront à la manœuvre, et ces hommes seront
- commandés par le seigneur Dominique Rivarola.
-
- 4º Lesdits seigneurs ministres fourniront les vivres à ces hommes;
- cependant le capitaine aura soin, outre cela, d'en faire encore
- pour son voyage.
-
- 5º Le seigneur Rivarola et les autres ministres feront leurs
- diligences pour que ces vingt hommes soient embarqués au plus tôt,
- le bâtiment étant prêt et n'attendant que cela pour lever l'ancre;
- et aussitôt qu'ils seront à bord, lÉdit capitaine sera tenu de
- faire voile.
-
- 6º Le bâtiment étant arrivé en Corse, le seigneur Rivarola et les
- autres ministres seront tenus de lui fournir son chargement
- conformément au contrat fait en Zélande.
-
- 7º A l'arrivée du bâtiment, l'on fera en sorte de débarquer des
- canons et d'en dresser une batterie à terre pour défendre lÉdit
- vaisseau contre les bâtiments génois qui pourront l'attaquer et
- pour faciliter le déchargement de ses marchandises.
-
- 8º Les autres munitions seront aussi débarquées sans aucun retard.
- L'on devra embarquer, en même temps, à proportion, les marchandises
- qui seront prises en échange de ces munitions et l'on continuera de
- cette manière jusqu'à l'entier déchargement des unes et au total
- embarquement des autres.
-
- 9º Nous promettons d'adhérer exactement aux points ci-dessus et de
- les observer constamment et fidèlement autant que nous le pourrons
- pour l'avantage, comme il est dit, du roi Théodore.
-
- En foi de quoi signé, fait à bord dudit bâtiment, le 20 janvier
- 1738.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Gênes, vol. 101.
-
- [878] En marge: «Ceci n'est qu'un projet qui a été communiqué à
- M. de Grimaldi, lequel n'a pu encore parvenir à être exactement
- informé si ce contrat a été effectivement signé.
-
-
-
-XII.
-
-/#
- CONTRAT DE NOLISSEMENT DE BATIMENT FAIT A FLESSINGUE PAR LES
- REPRÉSENTANTS DU ROI THÉODORE. TRADUCTION DE L'ITALIEN.
-
-
- [1738.]
-
-Nous soussignés, en vertu des pouvoirs de Sa Majesté Théodore Ier, roi
-de Corse, reconnaissons avoir nolisé des sieurs Splenter, Van Doorn et
-Abraham Louxissen, le vaisseau nommé _Yong-Rombout_ de dix-huit canons
-de 3l et quatre _bossen_ avec vingt-quatre _koppen_, commandé par le
-capitaine Antoine Bevers, moyennant la somme de seize cents florins de
-Hollande par mois en lui assurant quatre mois fixes et plus, voulant le
-payer à proportion du temps à commencer du jour que lÉdit vaisseau sera
-entièrement chargé, et ce pour faire un voyage en Corse et sur la route
-où devra se faire le déchargement. Et au cas que le noliseur voulût
-aller à Lisbonne, ou dans quelque autre port libre, il lui sera permis à
-condition qu'il n'y restera que quatorze jours et pourra ensuite charger
-en retour de l'huile, de la cire, des cuirs et autres marchandises, sans
-que lÉdit vaisseau soit obligé à d'autres voyages, et encore moins de
-faire aucun transport, contre quelque nation du monde que ce soit. Il
-lui sera libre au contraire de retourner sans aucun retard à Flessingue,
-pour y décharger les marchandises qu'il aura embarquées, indépendamment
-desquelles le fret convenu sera payé aux propriétaires dudit bâtiment.
-Il est convenu particulièrement que ni le pilote ni le capitaine ne
-pourront charger aucune marchandise pour leur compte, sous peine de
-confiscation au profit du roi; et au cas que quelques passagers
-s'embarquent sur ce bâtiment et mangent et logent dans la chambre du
-capitaine, ils payeront un florin de Hollande par jour, et les autres
-passagers sept sols de Hollande seulement, sans qu'on puisse exiger rien
-de plus pour leur passage. En foi de quoi, nous soussignés obligeons nos
-corps et nos biens, nous soumettant aux lois de la justice et aux
-ordonnances du pays.
-
- _Signé_: VALENTINO TADEI, FRANCESCO DE AGATA,
- SPLENTER, VAN DOORN et ABRAHAM LOUXISSEN.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Gênes, vol. 101.
-
-
-
-
-XIII.
-
- LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. SAINT-MARTIN. COPIE COMMUNIQUÉE
- AVEC LA DÉPÊCHE DU DUC DE SAINT-AIGNAN, AMBASSADEUR DE FRANCE A
- ROME, DU 18 OCTOBRE 1738.
-
- 16 mai 1738.
-
- La part que je vois, Monsieur, que vous prenez à ce qui me regarde
- et les offres obligeantes de service que vous me faîtes par une
- lettre du 29 du passé, me sont des plus sensibles et agréables. En
- revanche, je vous offre de vous rendre tous les bons offices qui
- dépendent de moi et si vous continuez dans la résolution de vous
- attacher à moi et de m'accompagner dans mon retour, vous pouvez,
- sans perdre de temps, vous rendre à Middelbourg, en Zélande, chez
- le sieur Joh. Dicler Schuler, marchand dans ladite ville, lequel
- vous dirigera à me venir trouver; même si vous me pourriez procurer
- quelque bon officier d'artillerie, ou autre, il peut hardiment
- venir, que je le recevrai et pourvoirai à toute satisfaction, et
- comptez que ni vous ni d'autres n'auront jamais lieu de se
- reprocher de s'être attachés à moi et que je suis sincèrement
-
- Votre bon ami.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Hollande, vol. 427.
-
-
-XIV.
-
-RÉSOLUTIONS DE L. H. P. LES SEIGNEURS ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES-UNIES
-DES PAYS-BAS.
-
- 20 septembre 1738.
-
- Ayant été délibéré par résomption sur deux lettres du consul
- Lesbergen[879], du 21 janvier et 11 février de cette année, écrites
- de Naples à L. H. P. comme aussi sur une troisième lettre du même
- consul du 31 mai dernier et aussi arrivée depuis, et ayant été pris
- en considération que L. H. P. ne se sont jamais mêlées des affaires
- et des entreprises des Corses contre la république de Gênes, et au
- contraire que par leurs résolutions du 5 juillet et 15 septembre
- 1736, elles ont mandé aux collèges des amirautés respectives
- d'avoir attention qu'aucune munition ou autres outils de guerre ne
- partissent d'ici pour la Corse, il a été trouvé bon et arrêté qu'il
- sera mandé audit Consul que L. H. P. ne sauraient approuver qu'il
- se soit donné tant de mouvement au sujet du navire le _Jeune
- Rombout_, capitaine Antoine Bevers et autres de même nature et que
- lui, consul, fera bien de ne plus se mêler de cette affaire ou
- autres semblables, que précisément autant qu'il sera nécessaire
- pour la protection des navires des Provinces-Unies qui n'auront
- point contrevenu aux précédentes résolutions de L. H. P. du 5
- juillet et 15 septembre 1736.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Hollande, vol. 429.
-
- [879] Valembergh.
-
-
-XV.
-
-DÉPÊCHE DE PUISIEUX A AMELOT.
-
- Naples, 11 novembre 1738.
-
- ........ Cet aventurier [Théodore] fréta au mois d'avril dernier
- trois vaisseaux à Amsterdam. Divers négociants de cette ville
- abusés par ses promesses firent une société entre eux pour lui
- fournir des munitions de guerre. Il s'engagea, de son côté, à payer
- à Malaga et à Alicante (où l'on convint qu'il relâcherait avant
- d'aller en Corse) la valeur desdites munitions. Les négociants,
- pour sûreté du traité, firent choix d'un capitaine sûr et
- expérimenté, auquel ils confièrent le commandement des trois
- navires. Le capitaine, en conséquence de ses instructions, relâcha
- dans sa route à Malaga, puis à Alicante. Le baron de Neuhoff
- n'ayant pu remplir dans aucun de ces deux ports les engagements
- portés dans sa convention, tâcha de persuader au capitaine de
- continuer son voyage, l'assurant qu'il ne serait pas plus tôt
- abordé en Corse que ces insulaires lui enverraient de terre des
- denrées, en retour des marchandises qu'il y débarquerait. Le
- capitaine, sur cette espérance, continua sa route. Arrivé en Corse,
- il débarqua quelques munitions, mais ne voyant rien venir en
- retour, et s'apercevant, d'ailleurs, que les rebelles montraient
- peu d'empressement pour leur nouveau souverain, il fit cesser le
- débarquement et ayant tenu conseil avec son équipage sur le parti
- qu'il avait à prendre, il se détermina enfin, trompé une seconde
- fois par les promesses de cet aventurier, à faire voile vers ce
- port avec ses trois navires, où il a été arrêté cinq jours après
- son arrivée et mis en prison à la réquisition du consul de
- Hollande, qui ne veut pas l'en laisser sortir qu'il n'ait consenti
- de retourner en Corse. (_En chiffres_). Instruit de tout ceci par
- quelques matelots hollandais, j'avais fait dire adroitement à ce
- capitaine que je lui conseillais de signer tout ce que l'on
- exigerait de lui dans la prison, et que lorsqu'il serait à la mer,
- il pourrait prendre, s'il le voulait, la route de quelqu'un de nos
- ports, conseil qu'il aurait peut-être été à portée d'exécuter si M.
- l'envoyé de Gênes, qui n'a pas encore toute la prudence d'un
- ministre consommé, n'avait tenu indiscrètement quelques discours,
- qui ont mis le consul de Hollande et Théodore en méfiance contre le
- capitaine.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Naples, vol. 36.
-
-
-XVI.
-
-NOTE SUR LES CORRESPONDANTS DE THÉODORE.
-
- Janvier 1740.
-
- Direction des lettres que Théodore écrit à Rome, savoir:
-
- Il se sert quelquefois de l'adresse de Mme Marie-Constance
- Cavalieri, religieuse au couvent des Saints-Dominique et Sixte.
-
- Souvent, il les adresse au comte Fedi, à la Porte du Peuple;
- quelquefois au comte Orsini; rarement au docteur Gaffori, qui
- demeure à San Gio. Fiorentini. Il s'est servi, en dernier lieu du
- banquier Quarantolo, associé du marquis Noués.
-
- Quelquefois aussi les envoie-t-il en droiture aux dames Fonseca,
- religieuses au même couvent des Saints-Dominique et Sixte.
-
- Ses correspondants à Rome portent leurs lettres chez le comte Fedi
- ou chez le comte Orsini, qui font divers plis selon la qualité des
- lettres et les mettent sous quatre enveloppes; la première est pour
- le sieur Valentini; la seconde est pour le baron de Stos; la
- troisième pour le consul anglais de Venise et la quatrième est pour
- le baron Étienne Romberg qui est lui-même.
-
- Ses correspondants de Rome sont: les comtes Fedi et Orsini; les
- dames Fonseca; Mailliani, marchand drapier près Saint-Eustache; un
- allemand nommé Joseph à Campidolio, qui a été au service de S. A.
- de Bavière; le docteur Gaffori; un capucin, faiseur d'or no 64 (?);
- un abbé nommé Punciani, ministre de la maison Fonseca à la Minerve
- et distributeur du sel; le maître de chambre de M. l'ambassadeur de
- Malte, nommé Ludovico Sancty (?), vers la Trinité du Mont.
- Celui-ci, à ce que l'on peut conjecturer, n'agit pas par lui-même,
- car, non seulement il a aidé le cousin de Théodore d'armes et
- d'argent quand il était à Rome, mais encore le neveu du même
- ambassadeur lui fit deux visites secrètes et, à son départ pour la
- Corse, le maître de chambre l'accompagna jusqu'à Ostia et lui donna
- deux signaux pour pouvoir reconnaître ceux qui seraient envoyés de
- sa part. Ces signaux consistaient en un petit carré de papier où
- son nom est écrit en lettres qui imitent le moule, et un cachet de
- cire rouge appliqué au-dessous représentant un cupidon monté sur un
- lion. Un nommé Raimondi, chevalier de Saint-Sylvestre et peintre,
- est aussi correspondant.
-
- Ceux de Naples sont le consul de Hollande, Valembergh; Mme la
- princesse de la Rochette et un officier irlandais nommé Georges,
- qui est dans le château Sainte-Magdeleine, du côté des Carmes.
-
- A Livourne, il n'y a plus que l'ancien capitaine du bagne, nommé
- Bigani; D. Felice Cervioni et Thomas Santucci d'Alesani.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Corse, vol. 2.
-
-
-XVII.
-
- RELATION DE CE QUI S'EST PASSÉ A AJACCIO, LE 2 MARS 1743, ENTRE LE
- VAISSEAU DE GUERRE ESPAGNOL, LE _SAINT-ISIDORE_ ET LES VAISSEAUX DE
- GUERRE ANGLAIS[880].
-
- Livourne, le 21 mars 1743.
-
- Par la déclaration unanime des matelots du vaisseau du Roi, le
- _Saint-Isidore_, on a appris que le 28 février, le secrétaire de
- Théodore étant sur une des chaloupes de l'escadre anglaise qui
- était à dix milles à la vue d'Ajaccio où elle allait, prit terre à
- Ajaccio et alla parler au gouverneur de ladite place pour
- reconnaître le camp et les magasins de marine dudit vaisseau le
- _Saint-Isidore_, qui étaient à terre, ce qui lui fut accordé
- d'abord par lÉdit gouverneur avec l'assistance du capitaine
- Giannetti et son frère, officiers allemands au service de la
- république et de la garnison d'Ajaccio. Après que cela fut fait, la
- chaloupe retourna à l'escadre anglaise, qui vint donner fonds la
- nuit du 1er de ce mois sous le canon d'Ajaccio, consistant en deux
- vaisseaux de haut bord et une frégate de quarante pièces de canon,
- auxquels se joignit le lendemain matin un autre vaisseau de ligne,
- laissant vers le midi le vaisseau le _Fulston_ (le _Folkestone_),
- avec dessein de prendre ou brûler le vaisseau espagnol. Ce que le
- commandant anglais fit connaître, le 2, faisant approcher les deux
- vaisseaux à une portée de fusil de celui le _Saint-Isidore_, et
- faisant dire à M. le chevalier de Lage que s'il tardait à rendre
- son vaisseau, il ne donnerait quartier ni à lui ni à son équipage.
- M. de Lage répondit qu'une telle proposition ne se faisait pas à un
- homme comme lui, qu'il savait son devoir, qu'étant capitaine d'un
- vaisseau de Sa Majesté Catholique, il devait le défendre, que M. le
- commandant anglais pourrait faire ce qu'il voudrait, et que lui
- ferait son devoir. En effet, d'abord que la chaloupe de l'officier
- anglais fut éloignée du vaisseau le _Saint-Isidore_, M. de Lage fit
- décharger toute son artillerie contre les vaisseaux ennemis, entre
- lesquels celui du commandant étant le plus exposé, il perdit un de
- ses mâts et fut si maltraité dans le côté, qu'il se trouva d'abord
- hors d'état de manœuvrer ayant huit pieds d'eau. Le chevalier de
- Lage, voyant le bon effet qu'avait produit sa première décharge,
- voulait en faire une seconde, mais s'apercevant que les quatre
- autres vaisseaux allaient le cribler de coups, et qu'il courrait un
- risque évident de sacrifier tout l'équipage et laisser à l'ennemi
- la gloire de prendre ou de brûler son vaisseau, il se détermina à
- le prévenir, faisant donner feu et ordonnant à l'équipage de se
- retirer. Il fut obéi et se sauva lui et son équipage à la nage
- laissant le vaisseau en flammes. Il y eut trente hommes de noyés,
- entre lesquels neuf espagnols, sans comprendre cinq autres qui
- furent tués par le canon, les autres étant des déserteurs allemands
- recrutés en Corse. M. de Lage fut obligé de se retirer la nuit avec
- son équipage à la montagne, le gouverneur d'Ajaccio lui ayant
- refusé de lui donner asile dans la place, ainsi qu'il avait fait de
- le défendre par son artillerie, ni de lui permettre de décharger la
- sienne à terre. Le commandant anglais fut obligé de rester à
- Ajaccio, jusqu'au 6, ayant renvoyé le secrétaire de Théodore qui
- fut témoin avec le vaisseau le _Fulston_ de l'action et on fut
- détrompé des idées chimériques que Théodore avait données de ses
- alliés.
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Gênes, vol. 112.
-
- [880] Cette relation a été faite par le consul d'Espagne à
- Livourne, sur la déposition des matelots du vaisseau espagnol et
- traduite de l'espagnol.
-
-
-XVIII.
-
-DÉPÊCHE DU DUC DE NEWCASTLE A GASTALDI, MINISTRE DE LA RÉPUBLIQUE DE
-GÊNES A LONDRES.
-
- Whitehall, ce 17me mars 1743.
- A Monsieur Gastaldi,
-
- Le Roi m'a ordonné de vous faire savoir, en réponse au mémoire que
- vous avez présenté à Sa Majesté, du 25 du mois passé, et à la
- lettre que vous m'avez écrite, en date du 19 du courant, que Sa
- Majesté n'a aucune connaissance de ce qui y est allégué d'avoir
- été fait par les commandants de ses vaisseaux en transportant et
- débarquant Théodore Neuhoff dans l'île de Corse; et que si
- quelqu'un desdits commandants a tenu une telle conduite, il a agi,
- non seulement sans l'ordre du Roi, mais contre les intentions de Sa
- Majesté. Le Roi m'a commandé d'envoyer aux seigneurs commissaires
- de l'Amirauté copies de votre mémoire et lettres susdites, et de
- leur ordonner de s'informer, sans perte de temps, si les
- commandants des vaisseaux du Roi dans la Méditerranée, et notamment
- les capitaines des vaisseaux dont vous faites mention dans votre
- mémoire, ont actuellement fait ce qui leur est imputé; et, en ce
- cas-là, par quel ordre ils l'ont fait, afin que Sa Majesté étant
- pleinement informée du cas, puisse prendre, à cet égard, les
- mesures qu'Elle jugera à propos.
-
- J'ai aussi eu ordre du Roi d'écrire dans le même sens au
- vice-amiral Matthews, commandant la flotte de Sa Majesté dans la
- mer Méditerranée, et de lui faire savoir au nom de Sa Majesté qu'il
- doit veiller que pour l'avenir il n'arrive rien de semblable.
-
- Je dois cependant, Monsieur, à cette occasion vous faire observer
- que bien que les officiers du Roi fussent très coupables, en cas
- qu'ils eussent agi sans autorité ou contre les ordres de Sa
- Majesté, le Roi ne peut pourtant que voir avec regret que la
- conduite de la République de Gênes ait été telle envers les
- Espagnols, ses ennemis déclarés, qu'elle aurait pu donner un juste
- sujet de mécontentement à Sa Majesté et à ses alliés.
-
- Je suis,
- Monsieur,
- Votre très humble et très obéissant serviteur.
- NEWCASTLE.
-
- Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Filza 41-2050_.
- _Corsica 1743._
-
-
-XIX.
-
-DÉPÊCHE DE LORENZI A AMELOT.
-
- Florence, le 27 avril 1743.
-
- Le baron Théodore est parti de cette ville depuis le 18 pour Pise
- et comptait, après s'y être arrêté quelques jours, de se rendre à
- Livourne pour s'embarquer sur le même vaisseau de guerre anglais de
- quarante pièces de canon, qui l'y avait conduit nommé _Folkestone_,
- et commandé par le capitaine Balchen; mais j'ai appris qu'il n'y
- est pas encore allé et qu'il est encore en quelque endroit qui
- n'est pas éloigné de Florence et que je n'ai pu encore découvrir.
- Plusieurs Corses qui s'étaient rassemblés à Livourne de différents
- endroits se sont embarqués sur le même vaisseau. M. Matthews dit
- n'avoir consenti que Théodore y retournât parce qu'il était venu
- dans la Méditerranée sur un vaisseau de guerre de sa nation, et
- qu'au reste les lettres de sa cour ne lui en avaient jamais parlé,
- mais qu'il y avait dépêché un courrier avec une lettre qu'il avait
- reçue de Théodore pour avoir des instructions là-dessus. Le
- ministre d'Angleterre à Turin assure aussi que sa cour ne lui a
- jamais rien mandé à ce sujet, et elle a gardé le même silence
- envers M. Mann, ce qui est assez surprenant, car s'il est vrai que
- le roi d'Angleterre n'a jamais eu la moindre part aux affaires de
- Théodore, et qu'il aurait fait examiner la conduite des capitaines
- dont la même république se plaignait, comme le ministre de M. le
- grand-duc à Londres mande à ce gouvernement avoir cette cour-là
- répondu au mémoire présenté par le ministre de Gênes à S. M.
- Brittanique, il était naturel que ce prince eût donné des ordres au
- susdit vice-amiral et eût mandé quelque chose en conséquence à ses
- ministres à Florence et à Turin, d'autant plus que M. le marquis
- d'Ormea a plusieurs fois questionné ce dernier sur l'intérêt que
- paraissait prendre l'Angleterre à l'entreprise de Théodore.
- D'ailleurs, puisque la cour de Londres sait l'opinion que le public
- a eu lieu de former qu'elle s'intéresse à cette entreprise, et le
- tort que cette opinion peut lui faire, il paraissait qu'elle devait
- donner une déclaration authentique du contraire, si elle n'y
- prenait pas effectivement intérêt. L'on peut à peu près remarquer
- la même conduite de la cour de Londres dans celle de Vienne, car
- MM. de Breitwitz et de Richecourt assurent, et à l'égard du
- premier, j'ai lieu de le croire très certainement, que S. A. R.
- leur a demandé uniquement de l'informer de ce qui se passerait à ce
- sujet. Il était cependant naturel que si ce prince ne prenait
- aucune part à cette entreprise, il eût à la désavouer, au moins à
- sesdits ministres, surtout après la conférence que M. de Breitwitz
- a eue avec Théodore et l'édit que celui-ci a publié. Cette conduite
- de ces deux cours peut faire soupçonner qu'elles attendent quelque
- événement pour se déclarer, d'autant plus que le même aventurier
- assure toujours que son entreprise a été concertée avec elles et
- qu'elles sont convenues de le soutenir. MM. de Richecourt et de
- Breitwitz ont assuré à une personne de leur confiance qu'ils ne
- l'ont point vu pendant tout le séjour qu'il a fait en cette ville.
- Il a dit qu'il y est venu principalement pour pouvoir écrire plus
- librement; en effet, il a reçu et écrit pendant son séjour ici une
- prodigieuse quantité de lettres.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Florence, vol. 97.
-
-
-
-
-XX.
-
-LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.
-
- Le 11 mai 1744.
-
- J'ai reçu mercredi passé sous votre couvert la lettre du baron de
- Salis en date du 22 passé, à laquelle je vous remets, à cachet
- volant, la réponse, vous priant, mon très cher Monsieur, de vouloir
- la lui inclure dans votre paquet après l'avoir lue. Cette tardance
- de lettres de Turin, jointe aux manquances que l'on me fait dans
- ces conjonctures, me lève tout repos, d'autant plus que je me
- trouve contre le mur et miné par ces perfides émissaires, lesquels
- me détournent et me refroidissent un chacun pour le surplus, par
- ici, et ayant déjà gagné en Allemagne tous mes amis et
- correspondants à me retenir même ce qui est à moi, afin de m'ôter
- les moyens à me pouvoir mouvoir; enfin j'abrège.
-
- Si par ce courrier j'ai la satisfaction de recevoir de vos chères
- nouvelles, jeudi j'aurai celle de vous faire réponse et suis sans
- réserve tout à vous.
-
- Ma dernière est du 6 avec la lettre d'Olmeta touchant le prince
- Rakoczy, lequel à ce que j'ai appris hier d'un Corse venu de Rome,
- a, depuis deux années, la promesse de France et d'Espagne d'avoir
- en Corse son refuge avec le caractère de général, et que ceci est
- notoire à tous les partisans d'Espagne en Corse. A moments,
- j'attends des nouvelles de là; mais tous mes frais et soins seront
- tous inutiles, si l'on ne m'assiste sans perte de temps, car, pour
- être sûr, ils veulent proclamer Don Philippe, si je tarde à
- marcher; ils sont soutenus en cela à Gênes même. Si cette affaire
- se fait et qu'ils y débarquent quelque monde, comme ils le font
- assurer dans le pays, qui les en chassera? Aucune puissance est en
- état de le faire, les peuples étant variés, ce qu'ils seront
- certainement si l'on ne me met en état d'y pouvoir aller pour
- anéantir ces vues-là.
-
- Je ne comprends plus ce silence de vos seigneurs de Londres,
- desquels je ne vois aucune réponse; d'autres amis d'Hanovre et de
- La Haye m'assurent de l'appui promis; entre temps, par ici, l'on
- fait le sourd et l'on m'abandonne; enfin l'on ne fait aucun cas de
- moi par reconnaissance de mes sincères sentiments d'honneur ou
- opérations réelles de fidélité et d'un attachement parfait, ce qui
- m'est bien sensible et m'en ronge l'âme. J'espère que vous aurez eu
- la bonté de parler à M. le général baron de Breitwitz touchant ce
- peu de Corses, qui sont dans ces deux compagnies corses suivant le
- contenu de ma dernière. S'il y a de la résolution, il y a moyen
- encore d'anéantir les vues des ennemis en faisant un débarquement
- de sept à huit mille hommes de mes gens, pour faire une diversion,
- en laissant ces Anglais dans les ports de Corse et même dans le
- golfe de la Spezzia, et employer mes gens contre l'ennemi même;
- mais il me faut trois vaisseaux, avec ordre précis de m'obéir. Si
- puis, l'on continue en Italie être sourd, je dois m'efforcer à
- faire pour l'avenir le muet, et me retirer du tout, laissant le
- champ libre à tous mes ennemis. Ci-jointe une liste des Corses
- dispersés en Italie[881], dont j'ai eu tous les soins, et puis
- avancer, selon la promesse des officiers, qui les commandent, de me
- les voir joindre au premier ordre que j'enverrai signé de ma main,
- et suis très assuré qu'aucun ne restera en arrière quand il s'agira
- d'être à mes ordres et moi à leur tête.
-
- Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe
- straniere_, mazzo 2.
-
- [881] J'ai donné cette liste en note p. 303.
-
-
-XXI.
-
-LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.
-
- Le 14 mai 1744.
-
- Je reçois votre chère lettre du 9 avec celles que vous me renvoyez.
- Touchant puis au congé des Corses, comme je vous ai parlé dans mes
- précédentes de le procurer de M. le général baron de Breitwitz, il
- n'a pas besoin d'ordre pour cela, parce que quand ils demandent
- leur congé, il leur est accordé toujours, selon la teneur de mon
- offerte faite à Vienne du temps du baron de Wachtendonck; mais à
- présent, que je ne veux avoir aucune liaison avec leur capitaine et
- que je les demande pour être employés pour le service commun, je
- cherche la licence du général pour pouvoir puis en faire rapport à
- la cour, laquelle sera charmée certainement que je les emploie au
- service du roi de Sardaigne. Mais ces résolutions finales tardent
- bien de Turin; ils croyent et attendent là mon arrivée, ou du
- moins, un de ma part; mais à ma sensible confusion et mortel
- chagrin, je me vois hors d'état de pouvoir me mouvoir, ne trouvant
- pas ni d'amis, ni d'ennemis, avec le gage en main, l'avance
- nécessaire et dois me voir enfin périr avec mes polices de change
- endossées toutes à mon ordre argent comptant partout; mais par ici
- ne sachant de qui me fier, et d'autres étant sourds et charmés de
- me plonger davantage, m'entretiennent en espérance et puis, en
- fait, ils me manquent; enfin la maxime est, en certaines affaires,
- très mauvaise de donner du temps au temps; mais à moi il me
- convient de m'y soumettre et d'avaler ces pilules.
-
- Si M. l'amiral Matthews est bien informé, il secondera en tout mes
- vues et me donnera la main à faire la diversion mentionnée et de
- châtier ces Génois promoteurs de toutes les démarches des
- Gallispans contre votre nation et de la personne sacrée de Sa
- Majesté Britannique même; mes fidèles et sincères remontrances se
- vérifient journalièrement de plus en plus. Dès l'année passée, tout
- se pouvait prévenir; mais que ne cause la présomption et le mépris
- dans ce monde!
-
- Le dénommé Maurice-Léopold Kartz, dépêché de Rakoczy, est à
- Livourne présentement, protégé de M. de Selva, et doit passer en
- Corse. Enfin j'espère qu'avec ce courrier vous recevrez quelque
- réponse de Turin pour moi, laquelle j'attends avec la dernière des
- impatiences. Avertissez, je vous prie, à Londres qu'un tel
- chevalier Champigny, l'envoyé de l'Électeur de Cologne, est un
- espion payé depuis sept années de la France; il l'était même,
- contre moi, payé des Génois; mais à mon arrivée à Cologne, le dit
- Champigny jugea à propos de se sauver de Bonn de la cour de
- l'Électeur de Cologne, pour n'être traité par moi et les miens
- comme il le méritait. Avec sûreté, vous le pouvez dénoncer de ma
- part et j'en écrirai, l'ordinaire prochain, à mes amis à Bonn et
- Hanovre, afin qu'ils le fassent savoir à l'Électeur de ma part,
- comme de ma surprise d'employer un semblable sujet. Si M. l'amiral
- voulait s'entendre avec moi de bonne foi, nous ferions plus dans un
- mois pour l'avantage commun, qu'il n'a fait depuis deux années avec
- les avis de ses consuls tous jacobites sous-main et qui l'informent
- très mal. Je vous salue de tout mon cœur, et suis sans réserve
- tout à vous.
-
- En ce moment je reçois votre chère lettre du 12, avec l'incluse du
- baron de Salis. Jugez, mon cher Monsieur, de mon embarras mortel à
- ne pouvoir me rendre à Turin ni y envoyer quelqu'un, n'ayant aucun
- à la main capable pour finir de traiter cette affaire; celui que
- j'ai désigné n'est pas encore retourné de Corse, où je l'ai envoyé
- par la voie de Civita-Vecchia avec un petit secours, et pour
- assister à la consulte générale tenue, et quand il retournera, il
- sera toujours obligé à une petite quarantaine. J'ai, de plus, la
- mortification aujourd'hui de recevoir, par trois différentes
- lettres, une belle excuse sur ma demande d'une avance de cent
- sequins. Je ne sais enfin où donner de la tête dans ces quartiers
- et me trouve manquant, subsistant avec l'argent qui me reste à
- engager. Si M. l'Anglais m'avait fait le plaisir trois mois passés,
- j'aurais été alors à Turin, et le tout serait frayé et la troupe
- serait assemblée; enfin je me ronge ici l'âme et me crève de
- chagrin.
-
- Si vous écrivez à Turin et à M. l'amiral, faites-leur part du
- contenu de la lettre de M. de Salis et assurez pour sûr que s'il me
- conduit en Corse, nous chargerons dans les huit jours six à huit
- mille hommes pour les transporter au golfe de la Spezzia, me
- faisant fort de m'en rendre maître sans perte d'un homme. M.
- l'amiral puis y pourra mettre garnison anglaise, et moi j'agirai
- puis, et le reste de mes gens, au grand bénéfice commun et aux
- dépens de l'ennemi même. Vous voyez là ce que j'ai déjà écrit au
- baron de Salis et à Milord Carteret, et mes amis à Londres en sont
- bien subornés.
-
- Si vous croyez que M. l'Anglais à votre instance se laisse
- persuader à me faire l'avance de cent sequins, faites-le, je vous
- prie, et soyez sûr que de Turin j'en remettrai ponctuellement le
- remboursement, y ayant de bons amis, mais ma présence y est
- nécessaire.
-
- L'on m'écrit de Rome que cinquante-trois autres Corses déserteurs
- de Naples y sont arrivés pour me joindre. Excusez ce brouillon, je
- vous prie. Je suis si accablé de chagrin et de confusion de me voir
- ainsi, qu'à peine sais-je écrire.
-
- Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe
- straniere_, mazzo 2.
-
-
-XXII.
-
-TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES.
-
- Florence, 30 mai 1744.
-
- Monsieur,
-
- Le courrier de Turin m'a remis ce matin en passant la lettre que
- vous m'avez fait la grâce de m'écrire le 27 de ce mois. Les ordres
- que M. le marquis d'Ormea a bien voulu donner ne coûteront que très
- peu de peine aux courriers, puisqu'en allant à Rome et en revenant
- de cette ville, ils sont obligés de passer dans la rue où je
- demeure. J'espère que vous approuverez cette manière de continuer
- notre correspondance. Elle vous épargnera souvent la désagréable
- fatigue de mettre vos lettres en chiffres, ce qui ne pourrait que
- vous être fort incommode dans des circonstances où vous avez tant
- d'affaires sur les bras. Je suis charmé que vous ayez été content
- du contenu des papiers que je vous ai envoyés, et que M. le marquis
- d'Ormea les ait jugés dignes de son attention. Je vous prie de
- présenter mes très humbles respects à Son Excellence et de
- l'assurer que je me ferai un devoir, en toute occasion, d'obéir aux
- ordres dont Elle m'honorera, bien persuadé que rien n'est plus
- capable de m'attirer l'approbation du Roi, mon maître, que de
- m'employer utilement, si je puis, pour le service de Sa Majesté
- Sarde, dont les intérêts sont si unis aux siens.
-
- J'ai eu soin de communiquer sur le champ à mon ami cette partie de
- votre lettre qui regarde l'auteur des propositions[882]. Il m'a
- promis de lui écrire sans délai, pour l'engager à venir à Florence
- au cas qu'il se trouve toujours peu éloigné de cette ville, comme
- il l'était en dernier lieu. Nous n'avions pas jugé à propos, mon
- ami ni moi, de lui donner la moindre connaissance de l'affaire,
- jusqu'à ce que nous eussions reçu votre réponse; nous ne
- différerons plus à présent de l'en informer et nous tâcherons de
- lui persuader d'aller à Turin. C'est assurément le plus sage parti.
- On règlera plus de choses, avec lui en personne, en deux jours,
- qu'on ne ferait dans un mois par lettres, outre qu'en traitant avec
- lui les ministres du roi de Sardaigne pourront mieux juger de sa
- capacité et de ce qu'il est en état de faire. Le général Breitwitz,
- de qui je tiens les propositions, m'a permis de vous dire son nom,
- mais il souhaite de n'être nommé qu'à M. le marquis d'Ormea, ne se
- souciant pas que la cour de Vienne ou le grand-duc sachent qu'il se
- soit mêlé d'aucune affaire sans leur participation, quoiqu'il ne
- doute pas d'ailleurs que sa conduite ne fût approuvée, s'il jugeait
- nécessaire de les en informer. La proposition, comme vous l'aurez
- observé, a été faite autrefois à la reine de Hongrie, par le canal
- du général Breitwitz; mais elle fut négligée. Par rapport à la paye
- des officiers et des soldats, le général suppose que la personne
- comptait qu'elle serait établie sur le pied des autres troupes de
- la reine; mais il n'est pas possible de rien dire de positif sur
- cet article, non plus que sur les autres conditions, jusqu'à ce que
- l'auteur en traite lui-même. Je ne vous ai pas d'abord envoyé
- l'écrit en original, signé de sa main et scellé du cachet de ses
- armes, crainte de quelque accident; mais si vous souhaitez de
- l'avoir, vous n'avez qu'à m'en dire un mot et je vous l'enverrai.
- Je souhaite ardemment que le succès de cette affaire réponde à
- l'attente de vos amis.
-
- Je vous ai envoyé par le dernier ordinaire une lettre de mon
- correspondant secret[883] à M. le marquis d'Ormea. Dans une autre
- qu'il m'a écrite en m'en envoyant une pour l'amiral, il me dit: «A
- la fin M. l'amiral a eu ordre de m'assister et de m'appuyer.» Je ne
- puis rien dire de ce fait jusqu'à ce que l'amiral l'explique. Je
- suis toujours obligé de répondre au grand nombre de lettres qu'il
- continue de m'écrire; mais je le fais toujours en termes généraux,
- en lui disant que je n'ai point reçu d'instructions sur ses
- affaires, ni aucune réponse de votre part ni de l'amiral; cependant
- cette méthode ne mettra jamais fin à notre correspondance. Je ne
- voudrais pas que M. de Salis fût informé que je vous ai dit si
- librement mon sentiment du personnage, car je vois que nonobstant
- ce que j'ai écrit avec la même liberté à son fils à sa prière, il
- pense encore aussi favorablement sur son compte: prévention dont je
- vous dirai en confidence que son fils est aussi surpris que moi. Il
- a peut-être des raisons que nous ignorons.
-
- Je vous prie de croire...
-
- Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe
- straniere_, mazzo 2.
-
- [882] Il s'agit de Rivarola.
-
- [883] Théodore de Neuhoff.
-
-
-XXIII.
-
-TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES
-
- 7 juin 1744.
-
- Monsieur,
-
- J'espère que vous aurez reçu les deux lettres que je vous ai
- écrites le 2 et le 8 de ce mois. J'ai été obligé d'envoyer la
- dernière par la poste ordinaire, ne l'ayant reçue qu'après le
- départ du courrier de Turin. Je dois à présent vous informer que
- j'ai vu le comte Rivarola, que le général Breitwitz a fait venir à
- Florence. Il est fort disposé à aller à Turin, pour traiter de la
- levée des troupes corses. Il se flatte de lever aisément toutes les
- difficultés qui pourraient se rencontrer dans cette affaire.
- J'avoue qu'au premier coup d'œil, à voir son âge et sa figure, il
- ne m'a point paru fort propre à faire réussir une pareille
- entreprise; mais, après plusieurs conversations que j'ai eues avec
- lui et par les informations que j'ai prises sur son compte, j'ai
- trouvé que c'était un homme fort accrédité en Corse et celui de
- tous les chefs auquel les mécontents de cette île s'adressent le
- plus volontiers. Il a toujours été opprimé par les Génois, une
- grande partie de son bien a été confisquée en Corse, où sa femme
- est encore. Il a mené pendant plusieurs années une vie obscure hors
- de son île.
-
- Je l'ai questionné touchant les talents qu'il se sentait pour
- commander le régiment que son nom et son crédit le mettaient en
- état de lever. A cela, il a naïvement répondu qu'il ne pouvait pas
- prétendre avoir beaucoup d'expérience pour la conduite des troupes
- régulières; mais qu'il avait passé toute sa vie les armes à la main
- et que pour suppléer à ce qui lui manquait il voulait supplier Sa
- Majesté Sarde de lui donner un major (sur qui roulerait la conduite
- du régiment) et autant d'officiers qu'on croira nécessaires, pour
- bien former et discipliner ses compatriotes. Cependant, on ne doit
- pas oublier, dit-il, que les Corses obéissent plus volontiers à des
- officiers de leur nation qu'à d'autres; que néanmoins, il sera
- toujours prêt à se soumettre à tous les ordres que le roi de
- Sardaigne lui donnera, et qu'il ne doute nullement que le corps de
- troupes qu'il lèvera ne soit fort utile à Sa Majesté.
-
- Le général Breitwitz, m'écrivant à son sujet de sa maison de
- campagne, m'en parle dans les termes suivants: «C'est un homme qui
- a grand crédit en Corse. Il ne tiendra qu'à lui de faire venir la
- plus grande quantité des Corses qui sont au service de la
- république de Gênes à celui de Sa Majesté le roi de Sardaigne, ce
- qui ferait un double effet. Quand on écrira à Vienne pour avoir la
- permission de rassembler le régiment dans cet état, la cour de
- Turin pourrait demander au grand-duc les officiers corses et les
- hommes de cette nation, qui sont à son service; cela serait un
- petit commencement à former un pied. Je suis persuadé, si la
- neutralité ne fait quelque obstacle, que S. A. R. fera tout pour Sa
- Majesté le roi de Sardaigne.»
-
- Je ne sais pas bien ce que le général veut dire quand il parle
- d'_officiers_ au pluriel, car, après m'en être informé, je n'ai
- trouvé qu'un seul officier corse dans les deux compagnies de ce
- nom.
-
- Voici la liste des Corses qui se trouvent dans ces compagnies, qui
- pour le dire en passant, sont fort inutiles au grand-duc:
-
- Giuseppe Costa, lieutenant.
- 49 simples soldats dans la première compagnie.
- 11 » » dans la seconde »
- --
- 61
-
- Il est inutile que j'entre dans un détail circonstancié de toutes
- les conversations que j'ai eues avec le comte Rivarola. Je dois
- vous avertir, cependant, que comme il ne fait aucune difficulté
- d'avouer le mauvais état de fortune où l'ont réduit ses malheurs et
- son long exil, je me suis engagé à lui faire payer les frais de son
- voyage. La demande m'a paru si raisonnable que j'ai cru devoir y
- acquiescer, et je vous prie de vous souvenir de cet article. Vous
- trouverez dans l'écrit ci-inclus quelques informations à son sujet,
- avant qu'il arrive à Turin; il vous communiquera lui-même d'autres
- papiers, qui vous convaincront que c'est un homme fort accrédité
- dans sa patrie. Il n'attend pour partir que l'arrivée de son fils,
- qui est à Sienne, au séminaire, et les habits qu'il se fait faire,
- qui, autant que j'en puis juger, ne feront pas une brillante
- figure. Il m'a dit qu'il voulait se faire faire un habit, avant de
- se présenter à M. le marquis d'Ormea; j'ai tâché de l'en dissuader,
- l'assurant que ce ministre ne jugera pas de lui par la façon dont
- il sera mis. Il espère d'être à Turin sur la fin de la semaine
- prochaine, environ le 14. Je lui donnerai une courte lettre pour
- vous pour lui servir d'introduction. Il veut être absolument dirigé
- par vous. Dans cette lettre et dans le passeport dont je le
- munirai, je l'appellerai Domenico Santini, nom qu'il souhaite de
- porter pendant son voyage. Je vous laisse le soin de tout le reste.
- Je serai bien charmé d'apprendre que l'affaire tourne à la
- satisfaction de Sa Majesté Sarde et au bien de son service. Je vous
- prie d'assurer M. le marquis d'Ormea de mes très humbles
- respects...
-
- J'écrivis hier au soir ce qui précède; j'ai reçu ce matin de bonne
- heure la lettre dont vous m'avez favorisé avec l'Horace de Pine,
- pour lequel j'aurai des remerciements à vous faire l'ordinaire
- prochain, de la part du prince Craon. Je ne suis point du tout
- surpris de la lettre que Théodore a écrite à M. le marquis d'Ormea,
- ni de la manière dont ce ministre l'a reçue. J'en reçus une hier au
- soir du personnage, en réponse à celle que je lui avais écrite,
- pour accompagner la lettre de M. de Salis (dont je vous ai envoyé
- une copie). Il est extrêmement piqué de cette lettre, «à laquelle,
- dit-il, je ne répondrai nullement, ne me mettant en nulle peine
- pour son contenu si peu digéré, étant d'ailleurs sûr que votre
- ministère traite cette affaire. Enfin les réponses de Turin en
- décideront en huit jours, et si l'on y a changé de sentiment,
- patience! J'en serai pour les frais faits. Mon secrétaire est parti
- dimanche passé». Voilà la substance de sa lettre. Je vous disais
- dans ma dernière qu'il avait fait partir son secrétaire,
- circonstance qui ne peut que déplaire. J'avoue néanmoins qu'il ne
- me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude; car quoique
- ses propositions soient mal digérées et qu'il ne paraisse pas
- probable qu'elles puissent mener à rien et quoiqu'il n'y ait
- peut-être pas beaucoup de fond à faire sur ce qu'il dit des grandes
- dépenses qu'il prétend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on
- continue à le bercer de vaines espérances. Quant aux affaires de
- Corse, je sais qu'il a encore un parti considérable dans cette île
- qui le recevrait avec beaucoup d'empressement, s'il y paraissait
- avec quelque secours réel. Mais il les a trompés si souvent, qu'ils
- ne se fient plus à ses promesses. J'apprends cependant que ce parti
- est résolu de lui rester fidèle encore quelques mois et si après ce
- temps-là, ils s'aperçoivent qu'il n'est pas réellement soutenu, ils
- l'abandonneront à coup sûr, sans pourtant se soumettre aux Génois.
-
- On m'a dit que le capitaine Barckley, commandant du vaisseau _la
- Revanche_, qui a conduit Théodore en Italie, s'informa fort
- soigneusement de lui en dernier lieu à Livourne, déclarant que s'il
- pouvait découvrir où il était, soit en Toscane, soit à Rome, il
- irait le trouver en personne. Une personne, qui a dit avoir entendu
- ceci de la bouche de M. Barckley lui-même, l'a écrit à Théodore,
- qui m'a envoyé la lettre. Je ne puis pas pénétrer le motif qui
- faisait souhaiter au capitaine Barckley de le voir; mais si son
- empressement était aussi grand qu'on le dit, j'ai lieu de m'étonner
- qu'il ne se soit pas adressé à moi, de qui il pouvait attendre d'en
- avoir des nouvelles.
-
- Le comte Rivarola est à présent chez moi; il m'apprend qu'il a
- dépêché un homme à son fils, à Sienne, qui n'arrivera ici que mardi
- au soir; cela me fait craindre qu'ils ne puissent partir d'ici que
- jeudi matin; ils pourraient bien être à Turin le 15, m'ayant promis
- de faire toute la diligence possible. Il lui en a déjà coûté
- quelque chose pour faire venir son fils, ne pouvant pas absolument
- voyager seul. Il vous prie, Monsieur, de vous en souvenir, ainsi
- que de la dépense de son voyage à Turin; je me flatte que M. le
- marquis d'Ormea ne trouvera pas mauvais que je me sois engagé à la
- lui faire payer.
-
- Je n'ai rien à ajouter que les vœux sincères que je fais pour le
- succès de l'affaire; j'espère qu'elle répondra à notre attente,
- d'autant plus qu'on m'a donné les plus fortes assurances de son
- crédit parmi ses compatriotes qui considèrent beaucoup son nom. A
- l'égard de sa capacité personnelle et des conditions de son
- engagement, je m'en repose entièrement sur le discernement des
- personnes qui traiteront avec lui.
-
- Je vous prie de me croire.....
-
- P.S.--Toute réflexion faite, nous n'avons pas jugé à propos de
- perdre du temps à attendre l'arrivée du fils du comte Rivarola, et
- nous lui avons trouvé un autre compagnon de voyage. C'est un nommé
- Carlo Testori, milanais, secrétaire du commissaire des guerres du
- grand-duc, jeune homme discret et qui est au fait de tout, ayant
- été employé pour faire venir secrètement le comte. Son supérieur a
- bien voulu consentir qu'il fît le voyage. Le comte envoya hier les
- papiers par un exprès. Il partira demain matin à bonne heure.
-
- Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe
- straniere_, mazzo 32.
-
-
-XXIV.
-
-DÉPÊCHE DE LORENZI A D'ARGENSON.
-
- Florence, le 2 décembre 1745.
-
- L'intrigue ménagée par le roi de Sardaigne contre la Corse a enfin
- éclaté et j'ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint un petit
- détail. L'on en fut informé ici le 27 par un exprès dépêché au
- prince pour l'informer de cette affaire. Ce résident d'Angleterre
- reçut par cette même voie des lettres du commandant de l'escadre de
- sa nation, et il envoya peu après son secrétaire à M. Viale pour
- lui dire que lÉdit commandant l'avait chargé de lui déclarer que
- les prisonniers génois seraient traités comme la république
- traiterait les deux fils du colonel Rivarola, qui sont depuis
- longtemps en prison à Gênes. M. Viale lui répondit que n'étant pas
- ministre il ne pouvait pas recevoir cette déclaration, qu'il aurait
- été nécessaire d'ailleurs de lui donner par écrit; que cependant
- par manière de discours, il était bien aise de lui dire qu'il ne
- voyait pas avec quel fondement l'on voulait mettre sur un pied
- d'égalité lesdits prisonniers génois avec les deux fils de
- Rivarola, puisque ceux-ci étaient sujets de la république, détenus
- en prison pour crimes, et particulièrement celui d'avoir fait des
- enrôlements dans l'État pour le service étranger contre les lois.
-
- Le baron Théodore a été si fort méprisé des Anglais, qui l'ont
- trouvé d'un caractère, de cœur et d'esprit bien différent de celui
- qu'ils lui croyaient, qu'il est revenu à Livourne, d'où il s'est
- rendu ensuite chez un curé de campagne où il a demeuré d'autres
- fois... Il paraît que les rebelles ont trouvé tant de facilité à
- s'emparer de Bastia, à cause que cette place manquait de presque
- tout ce qui est nécessaire à faire une bonne défense, et que M.
- Mari n'a pas agi avec la valeur qu'il a montrée lorsqu'il a été
- attaqué par mer par les Anglais, lorsqu'il a vu qu'il avait à faire
- par terre aux rebelles, dans la crainte apparemment de tomber entre
- leurs mains, ce qu'il regardait sans doute comme son dernier
- malheur. Il est à présumer qu'il va naître en Corse une guerre
- civile fort cruelle, car le colonel Rivarola y a un grand nombre
- d'ennemis et l'on assure que les deux puissants chefs de partis,
- nommés Gaffori et Matra, allaient descendre avec un grand nombre de
- gens pour le chasser du pays.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Florence, vol. 102.
-
-
-XXV.
-
-EXTRAIT DE LA LETTRE DE L'AMIRAL MEDLEY A S. E. LE MARQUIS DE GORZEGNO,
-ÉCRITE DEVANT CARTHAGÈNE, A BORD DU _RUSSEL_.
-
- 19 mars 1749.
-
- .....Les divisions qui se sont élevées entre les chefs corses
- engagés dans les intérêts de Sa Majesté Sarde m'alarment
- extrêmement. Je crains fort que les Génois n'en tirent avantage et
- que par leur argent ou leurs intrigues ils n'en attirent beaucoup
- dans leur parti, de ceux même qui se sont montrés d'abord les plus
- animés contre cette république et son gouvernement. Il n'est pas
- moins à craindre d'un autre côté, que ces dissensions n'apportent
- beaucoup d'obstacles à nos progrès dans l'île, en empêchant les
- mécontents de s'unir et d'agir de concert avec nous pour
- l'exécution des mesures vigoureuses que l'on pourra prendre pour
- pousser et expulser entièrement les Génois des établissements et
- des forteresses qu'ils y occupent. On s'est plaint de la conduite
- du comte Rivarola, et la lettre par laquelle le roi de Sardaigne le
- rappelle a été envoyée au commodore Townshend, qui a jugé à propos
- de la retenir jusqu'à son retour en Corse. Mais si le comte ne
- paraît pas, d'un côté, avoir assez de crédit ni être assez
- considéré parmi les mécontents, ou qu'il ne soit pas propre à
- manier les affaires dans l'intérieur de l'île, d'un autre côté
- j'appréhende que son rappel ne soit un faible remède au mal, à
- moins qu'il ne soit remplacé par une personne habile et d'autorité
- et à qui on mette en mains les moyens convenables pour travailler
- avec fruit. Je prends la liberté d'offrir ces considérations à
- Votre Excellence, comme dignes de son attention et, comme le
- commodore Townshend informera de temps en temps M. de Villettes de
- ses opérations, vous pourrez juger, Monsieur, quelles mesures
- seront nécessaires pour l'avancement de l'entreprise......
-
- Archives d'État de Turin: _Toscana_, mazzo 1.
-
-
-XXVI.
-
-HORACE MANN AU MARQUIS DE GORZEGNO.
-
- Florence, le 7 juin 1746.
-
- ....... J'ai été pleinement informé par la lettre de Votre
- Excellence et par celle de M. Villettes de la résolution de notre
- cour de renoncer à l'entreprise de la Corse par le peu de
- probabilité d'y réussir et par la nécessité qu'elle a d'employer
- ses vaisseaux de guerre ailleurs, et de la déférence que Sa Majesté
- le Roi de Sardaigne a bien voulu montrer en cette occasion à ces
- sentiments, nonobstant les motifs qu'il aurait au contraire; ainsi
- comme il s'agit à présent d'en informer les Corses, et de se servir
- de tous les moyens possibles pour les soustraire de la vengeance
- des Génois et que Sa Majesté (par la favorable opinion dont il lui
- plaît de m'honorer) souhaite que je m'y emploie, je ne manquerai en
- rien de ce qui dépend de moi pour contribuer à l'exécution de ses
- ordres et je m'estimerai trop heureux de pouvoir réussir à rendre
- efficaces les mouvements d'humanité dont Sa Majesté est touchée.
- Votre Excellence aura vu par mes dernières lettres que la sûreté
- des mécontents de la Corse m'a tenu fort à cœur et que j'en avais
- écrit plusieurs fois à M. Townshend. Je lui en ai écrit de nouveau
- pour lui insinuer tout ce qui me paraît le plus propre, n'ayant pas
- jugé de devoir prendre aucune démarche sans être informé de ce
- qu'il pourrait avoir déjà communiqué à ces gens et sans être
- instruit des moyens qu'il pourra employer à l'avenir après les
- insinuations que je viens de lui faire. J'ai cru cette précaution
- très nécessaire pour ne rien précipiter, d'autant plus que j'ai été
- informé qu'il n'y a rien à craindre à présent, les chefs des
- mécontents étant en sûreté à San Fiorenzo et par une lettre que
- j'ai reçue ce matin du comte Rivarola du 22 mai, il me marque qu'il
- a entre les mains plusieurs prisonniers qu'il souhaiterait de faire
- passer en Sardaigne. Je ne sais pas s'ils sont tous Corses, mais
- s'il y en a des principaux ou quelques Génois. C'est précisément la
- circonstance que j'avais recommandée avec instance à M. Townshend,
- comme aussi de faire ses efforts pour se saisir de quelques Génois
- accrédités, comme le moyen le plus efficace pour rendre la
- république plus traitable par rapport à ceux qui auraient à
- l'avenir le malheur de tomber entre leurs mains. J'ai donc prévenu
- les ordres de Votre Excellence par rapport à ce point, et je
- n'omettrai rien de ce qui dépend de moi, soit par mon conseil à M.
- Townshend, soit par quelqu'autre moyen qui se présentera pour
- contribuer à finir cette affaire de la manière la moins
- désavantageuse pour les mécontents et la plus convenable à la
- dignité des cours intéressées.
-
- Archives d'État de Turin: _Toscana_, mazzo 1.
-
-
-XXVII
-
-DÉPÊCHE DE LORENZI AU COMTE DE MAUREPAS
-
- Florence, le 4 mars 1747.
-
- ....... Le nouveau régiment de marine, ayant été achevé de former,
- prêta le 23 du mois dernier serment de fidélité à M. le grand-duc,
- qui s'est réservé d'en être colonel, ce qui donne de plus en plus
- lieu de croire importante sa destination. On prépara audit port les
- deux barques armées en guerre de S. A. R. pour transporter ce
- régiment à Porto-Ferraio. Mais on m'assure de fort bonne part qu'il
- n'y doit être envoyé que pour masquer sa véritable destination. A
- l'égard de celle-ci, je n'ai jusqu'ici que des avis incertains.
- Selon quelques-uns, on doit les transporter à Trieste, ce qui
- serait fort probable, si l'on construit dans ce port les bâtiments
- dont j'ai eu l'honneur de vous faire mention. D'autres m'ont dit
- que lesdites deux barques, avec ce régiment, doivent porter le
- baron Théodore en Corse, ce qui serait conforme au projet de cet
- aventurier, et dont j'ai eu aussi l'honneur de vous rendre compte.
- D'autres enfin m'assurent que ce régiment doit aller armer trois
- vaisseaux de guerre anglais, qu'on dit avoir été achetés par M. le
- grand-duc, et j'ai d'autant plus lieu de le croire, que, par une
- autre voie, j'apprends qu'on a fait à Livourne des pavillons aux
- armes de S. A. R. pour servir à des vaisseaux de guerre. J'ignore
- l'objet de ces trois vaisseaux, qui pourront être joints par les
- deux barques sus mentionnées et peut-être encore par deux galères
- de ce prince; mais on pourrait employer lesdits trois vaisseaux à
- faire la course contre nous, les Espagnols et les Génois sous le
- nom d'une compagnie marchande de Vienne, selon le projet, dont j'ai
- eu l'honneur de vous informer, ou contre la Corse. Il arriva à
- Florence le soir du 24 du mois dernier le fameux aventurier nommé
- le chevalier Farinaccio, natif de cette île. Il fut arrêté en
- entrant dans la ville, en vertu d'un ordre donné plusieurs jours
- auparavant. L'on n'en sait pas bien le motif, mais quelques-uns
- prétendent savoir que ç'a été à cause qu'il venait pour tuer le
- baron Théodore afin de gagner le prix qui est à sa tête. Il est le
- même qui avait fait des projets aux cours de Vienne et de Turin
- pour soumettre la Corse à leur pouvoir. Il venait en dernier lieu
- de Venise.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Florence, vol. 105.
-
-
-XXVIII
-
-LETTRE DU BARON DE NEUHOFF[884].
-
- 11 juillet 1750. Monsieur,
-
- Ci-joint l'adresse du conseiller bien informé de mes affaires et
- connu de M. le conseiller Green qui voulait me procurer une avance.
- Tâchez, je vous prie, Monsieur, de les voir le plus tôt possible,
- comme de procurer l'argent pour payer dans cette maison, du moins
- une partie, ne voulant avoir patience d'aucun autre moment passé
- aujourd'hui, cette femme encouragée à m'affronter, et comptez,
- Monsieur, que vous n'aurez jamais lieu de vous repentir à vous être
- bien voulu employer pour moi, étant très sincèrement tout à vous.
- Th. Bon DE NEUHOFF.
-
- Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
- Corse, vol. 3.
-
- [884] Cette lettre est la copie du fac-similé de l'écriture de
- Théodore qui est donné dans le cours de l'ouvrage.
-
-
-XXIX.
-
-TRADUCTION DE LA LÉGENDE D'UNE CARICATURE ALLEMANDE AU SUJET DE THÉODORE
-DE NEUHOFF[885].
-
- _Le Satyre Corse visionnaire ou le rêve à l'état de veille dont
- l'image représente dérisoirement Théodore, premier et dernier en sa
- personne pseudo-roi des Corses rebelles._
-
- Hôte bienvenu, absolument inespéré![1]
- Avec quelle joie te recevra-t-on?
- En suite de la lettre que tu as écrite,
- Tu vas maintenant atteindre le but.
- La présence a beaucoup plus de force
- Que les écrits ne produisent d'impression
- Pour gagner complètement les cœurs;
- Tu es un étranger, ainsi que chacun sait,
- Mais le voyage dans les eaux calmes
- Rend tes sentiments très patriotiques.
- Nous, Corses, tombons à genoux[2]
- Mais non pour nous courber devant Gênes;
- Une nouvelle Majesté est ici,[3]
- Que l'on doit fêter royalement,
- Et lorsque l'antique Rome
- Fit Tarquin Roi,
- Une couronne de feuillage fut aussi tressée,
- Mais, il est vrai, bientôt l'inconstance,
- De la ville a banni le roi.
- Les grandeurs sont très contestées!
-
- C'est le sort que je crains toujours pour toi,
- Parce que ton royaume s'est si vite formé;
- A peine pouvais-tu passer pour baron,
- Que ton heure comme roi était venue.
- A aucune cour, puissance ou couronne
- Tu n'as annoncé ton avènement.
- Que penseront-elles toutes?
- Le droit légitime génois
- Te combattra fort encore;
- Et qui sait quelle prime il donnera?
-
- Tu es, il est vrai, parfaitement qualifié
- Et tu parles beaucoup de jolies langues;
- Tu sais aussi comment on ergote
- Et peux également bien pérorer;
- Un empire exige un trône,
- Un sceptre de roi et la couronne;
- Il est donné à chacun ce dont il est digne;
- Que cela te soit donc octroyé,
- Car tu l'as bien mérité!
-
- Mais, mais Monsieur Théodore,
- Il me faut te le dire franchement,
- Je ne vois pas bien la suite,
- Ne dois-je pas la dire puérile?
- Dis donc où est écrit
- Que la Majesté t'appartienne?
- Comment l'as-tu donc acquise?
- La ruse, l'intrigue et même le vol
- T'ont apporté sur cette île;
- Autrement tu aurais perdu ta mise.
-
- Tu peux, il est vrai, ainsi que je l'ai dit,
- Parler latin, allemand, français.
- L'anglais, l'espagnol ne te font pas défaut.
- Mais cela n'empêche point que je te dise mes raisons.
- L'île n'est pas un royaume libre,
- Elle appartient à la République
- Qui y a fait tant de dépenses,
- Car de cette terre précédemment inculte,
- Elle a fait un état policé
- Et y a établi le bon ordre.
-
- Tu peux à toi-même, Monsieur le Baron,
- Te dire en langue italienne:
- Tu es un nouveau Robinson.
- Mais cela n'a pas le sens commun,
- Car lui seul était seigneur et chevalier,
- Habitait une île sans êtres humains
- Et peuplée d'animaux sauvages;
- Tandis que tu fais en Corse
- Une curie royale, Neuhoff,
- Et veux comme souverain régir une multitude.
-
- Ce que disent la Russie de Demetrio
- Et Naples de Masagnello
- Montre ce que là est la rébellion,
- Et comment on en chasse cette peste;
- On y guérit rapidement les malades,
- Par le sommeil de mort, soudain,
- Produit au moyen du glaive.
- Ainsi un pays est bientôt libéré
- De cette épidémie, de ce fléau;
- Tu peux porter cela en ton cœur!
-
- Tu dis il est vrai: Bast! advienne que pourra!
- Résider à Bastia.
- Est mon but déjà manifesté;
- Je ne dois plus me soumettre.
- Maintenant la multitude mécontente
- Arbore, en pays devenu État,
- La tête de maure comme insigne du Royaume[4].
- La croix rouge sur écu d'argent,
- Qui de Gênes est l'insigne[5],
- Doit, de l'île, totalement disparaître.
-
- Pronostique seulement qui peut.
- Nous, Corses, avons argent et armes;
- Tout cela le Satyre l'entend[6],
- Qui maintenant rêvant dort éveillé.
- Le roi Théodore premier
- Se présente à lui comme dernier.
- Tout sera bientôt bouleversé[7]
- Lorsque la République trouvera aide:
- Ainsi sera châtié le valet licencieux,
- Et la nouvelle cour sera renversée.
-
- Car ce qui naît en avril,
- Rarement a une longue existence,
- Et passe comme la parure de feuillage.
- Ainsi changent les heures inconstantes.
- Qui sait ce qui arrivera d'ici à l'automne?
- Je n'ai pas moi d'incertitude quant à mon foyer
- Et j'assisterai en riant à l'aventure.
- Je m'enquiers curieusement à la poste,
- Et alors même qu'il m'en coûterait quatre gros,
- Il faut que je m'achète la gazette!
-
- Et précisément il me revient en mémoire
- Que l'or et l'argent ne sauraient manquer.
- Un travailleur sait parfaitement[8]
- Qu'il n'a pas à se faire de peine:
- On prend des ducats ici et là,
- Et on donne en échange les plus belles paroles.
- On a voulu les multiplier,
- Et, à l'instar du voleur, Mercure s'envole.
- On sait donc, non sans raison,
- Avec du vent contenter les gens!
-
- Ainsi s'évanouit le règne baronique
- Et à Sa Majesté on doit conseiller
- De se retirer vivement en Alger
- Pour y cuisiner du singe.[9]
- Si un Corse vient à avoir connaissance
- De ce que sur lui il est écrit ici,
- Je serais désireux qu'il veuille bien
- Faire ainsi qu'il le pensait.
- Que celui qui a fait ceci
- Près de lui soit mandé.
-
- [885] Voir la gravure, p. 232-233
-
- EXPLICATION DE LA GRAVURE.
-
- Le baron Théodore de Neuhoff débarquant. Les Corses rebelles lui
- souhaitent la bienvenue et le proclament roi. Le roi nouvellement
- couronné avec une couronne formée de feuillage. Les armes de Corse.
- Un d'eux est repoussé qui porte sur l'épaule, au bout d'un bâton,
- les armes génoises. Satyre sous un chêne (représentant
- l'inconstance qu'il faut craindre) dormant sur une couche de roses
- épineuses; il tient à la main une longue-vue largement développée
- lui permettant de voir l'avenir. Le génie de la Vanité lui
- soufflant dans la main une bulle de savon. Un singe travailleur
- cause des explosions et voit écrit dans la fumée le mot: fourberie.
- Deux singes jouant, à côté d'eux, les cartes mélangées; devant eux,
- les unes sur les autres, les cartes jouées, dont celle de dessus
- est le roi vert; un des singes fait le point avec l'as de cœur et
- attire à lui la mise. _Passeport provisoire du Roi chimérique
- remercié se sauvant._
-
- 1. Je suis un des grands d'Espagne,
- Le Chevalier errant sans armes.
-
- 2. Pour beaucoup j'étais un lord anglais.
- Maintenant que je suis un roi, la renommée le dira.
-
- 3. Moi, pauvre étranger, j'ai voulu égaler les grands.
- En France on se rit de moi comme partout ailleurs.
-
- 4. Le nouveau roi doit partir de la Corse
- Et bientôt répandra d'amers pleurs.
-
- 5. Je viens du Nord, si je suis né prince;
- Comme lieutenant allemand j'ai perdu le service.
-
- 6. L'Ordre allemand doit me faire aussi chevalier.
- J'ai su partout me conduire parfaitement.
- Il est vrai que je suis issu de nobles en Westphalie;
- Cependant comme baron étranger je dois lever le pied.
-
- Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a été proclamé
- par quelques Corses.
-
-
-
-
-TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS
-
-
-A
-
-ACCINELLI, chroniqueur génois, 10, 12.
-
-_Africain_ (_L'_), navire, 178, 180, 182, 184, 185, 187, 188, 189, 190,
-195, 196, 198, 200.
-
-AFRIQUE, 149.
-
-AGATA (François DE), 159, 160, 166.
-
-AGOSTINI (François), 331.
-
-AITELLI (Simon), 11, 12, 34.
-
-AIX-LA-CHAPELLE, 347, 349, 352.
-
-AJACCIO, 102, 117, 208, 273, 275, 277.
-
-ALBERONI (Cardinal), 22, 23, 24, 25.
-
-ALBERTINI (Chanoine), 47.
-
-ALBREET (Baron D'), ministre impérial à Lisbonne, 145.
-
-ALÉRIA, arr. de Corte, canton de Moita, 1, 2, 3, 37, 41, 43, 44, 45, 47,
-50, 68, 70, 121, 136, 174, 175, 232, 261, 346, 364.
-
-ALESANI (Auj. VALLE-D'ALESANI), arr. de Corte, cant. de Valle, 69, 71, 364.
-
--- (Couvent d'), 54, 57, 385.
-
-ALICANTE, 182, 185, 203.
-
-ALFIERI, 4.
-
-ALGAJOLA, arr. de Calvi, cant. de Muro, 95, 96.
-
-ALGER, 123, 183.
-
-ALLEMAGNE, 15, 16, 144, 179, 256, 297, 298, 345, 347, 349.
-
-AMBROGGI (Jean-Jacques), 179.
-
-AMÉLIE, mère de Théodore de Neuhoff, 16.
-
-AMELOT, ministre des affaires étrangères, 169, 174, 175, 198, 202, 203,
-204, 207, 223, 224, 225, 227, 228, 250, 263, 264, 278, 279, 283, 285.
-
-AMPUGNANI (Auj. SAN-GAVINO D'AMPUGNANI), arr. de Bastia, cant. de Porta,
-68, 93, 98.
-
-AMSTERDAM, 101, 131, 133, 132, 134, 138, 139, 158, 163, 165, 178, 179,
-180, 181, 182, 184, 187, 188, 195, 199, 238, 243, 244, 253, 346, 347,
-351, 355, 391.
-
-ANGELO (D'), vice-consul de France à Bastia, 60, 63.
-
-ANGERVILLIERS (D'), ministre de la guerre, 104, 105, 106, 169.
-
-ANGES DE LA CONGRÉGATION DE MANTOUE (Couvent des), 290.
-
-ANGLETERRE, 21, 27, 35, 64, 109, 152, 153, 239, 256, 265, 271, 280, 283,
-284, 285, 291, 295, 304, 313, 314, 324, 332, 333, 335, 336, 339, 357,
-358, 359, 365, 369, 370, 371, 376, 390.
-
-ANTIBES, arr. de Grasse, chef-l. de canton, 171.
-
-ANTOINE Ier, prince de Monaco, 248.
-
-APPREMONT (Comtesse D'), 26.
-
-ARGENSON (D'), ministre des affaires étrangères, 324, 329.
-
-ARNO (Fleuve), 277, 280, 281.
-
-ARRIGHI, 49, 50, 53, 54, 55, 74, 83, 96, 97, 210.
-
-ARRIGO (Le comte), surnommé _Il Bel Mersere_, 3.
-
-ASCANIO (Le Père), ministre d'Espagne à Florence, 127, 128.
-
-ASINAO (Aiguilles de l'), Corse, 119.
-
-AUTRICHE, 248, 324, 339, 341.
-
-AVIGNON, 233.
-
-
-B
-
-BAGLIONI, valet de chambre du grand-duc de Toscane, 126.
-
-BAÏA, prov. et circond. de Caserte, 196.
-
-BALAGNE (Province de Corse), 8, 49, 54, 74, 82, 95, 97, 98, 99, 102, 109,
-211, 213, 214, 268, 273, 276, 325.
-
-BALCHEN, capitaine de navire, 273, 274, 277, 280.
-
-BALDANZI, prêtre, 290.
-
-BALIZONE TEODORINI (Gio-Maria), prêtre, 209.
-
-BANC DU ROI, prison pour dettes, à Londres, 363, 365, 366, 371, 376, 380,
-386.
-
-BARCKLEY, capitaine de navire, 265, 266, 313.
-
-BARENTZ (Gustave), capitaine de navire, 140, 142, 143, 147, 148, 152,
-153, 154, 155.
-
-BASTIA, chef-l. d'arr., 2, 5, 8, 10, 11, 52, 64, 70, 74, 75, 76, 78, 96,
-98, 100, 103, 109, 110, 136, 137, 167, 171, 174, 194, 205, 211, 213, 229,
-232, 269, 325, 326, 327, 328, 339.
-
-BASTILLE (La), à Paris, 26, 28.
-
-BAVELLA (Forêt de), Corse, 119.
-
-BAVIÈRE, 19, 20.
-
-BEAUJEU (Humbert DE), 248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 316,
-317.
-
-BEDFORD (Duc DE), 357, 358, 362.
-
-BELLE-ISLE (Maréchal DE), 365, 366.
-
-BEMBO, capitaine génois, 95, 96.
-
-BENTINCK (Comte DE), plénipotentiaire des États-Généraux au Congrès
-d'Aix-la-Chapelle, 352, 373.
-
-BELEM, Portugal, Estram., 143.
-
-BERGHEIM (Baron DE), nom pris par Théodore de Neuhoff, 302, 351.
-
-BERLENGA (Îles), Portugal, 143.
-
-BERNABO, agent de Gênes à Rome, 243, 244, 246.
-
-BERSIN, 356.
-
-BERTELLI, commandant, 273.
-
-BERTOLETTI, 106.
-
-BESSEL (Jonias von), 178, 190.
-
-BEVERS (Antoine), capitaine de navire, 159, 160, 161, 162, 163.
-
-BIAGI (Guido), 390.
-
-BIGANI (Ranieri), ancien commandant du bagne à Livourne, 234, 235, 236,
-237, 240, 241, 243, 264.
-
--- (Mme), 240.
-
--- (Mlle), 264.
-
--- (Fils), 39.
-
-BIGORNO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, 214.
-
-BOIERI, colonel au service de l'Espagne, 252.
-
-BOISSIEUX (Comte DE), commandant de l'expédition française en Corse, 171,
-172, 173, 174, 175, 184, 194, 195, 205, 206.
-
-BOLLER, 193.
-
-BOLLET (Tobias-Fredericus), 179.
-
-BOLOGNE, 128, 173.
-
-BONFIGLIO GUELFUCCI, chroniqueur corse, 4.
-
-BONIFACIO, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 74, 189, 216.
-
-BONIS (Ange DE), docteur, 320.
-
-BONN-SUR-LE-RHIN, 227.
-
-BONNEVAL (Comte DE), 36, 42.
-
-BOOKMANN, 143, 144, 155, 156, 158, 165.
-
-BOON (Lucas), député aux États pour la province de Gueldre, 138, 139,
-140, 141, 142, 143, 144, 154, 155, 156, 158, 160, 165, 166, 177, 197,
-238, 243, 244.
-
-BORGO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 205.
-
-BOTTA (Marquis DE), 335, 336.
-
-BOUVER (François), consul de Hollande à Livourne, 199.
-
-BOYER (Alexandre), patron de tartane, 186.
-
-BRADIMENTE MARI (Comte), 330.
-
-BRACKWELL (Thomas), 101.
-
-BRAVONA (Rivière), Corse, 51.
-
-BREITWITZ (Général), commandant des troupes autrichiennes en Toscane,
-265, 274, 279, 280, 284, 288, 295, 304, 309, 311, 312.
-
-BRESCIA, 307.
-
-BORSCHERD (M. et Mme), de Cologne, 349.
-
-BRIGNOLE, envoyé extraordinaire de Gênes à Paris, 169, 223.
-
-BRUYN, VERNAIS ET CLOOTS, marchands droguistes à Lisbonne, 144, 165.
-
-BUONGIORNO (Cristoforo), 39, 72, 87, 88, 89, 174.
-
--- (Léonard), 36, 37, 38, 39.
-
-
-C
-
-CAGLIARI (Sardaigne), 152, 182, 184.
-
-CALABRE (Province d'Italie), 128.
-
-CALENZANA, arr. de Calvi, chef-l. de canton, 95.
-
-CALIFORNIE, 42.
-
-CALVI, chef-l. d'arrondissement, 74, 206, 274, 340.
-
-CAMPOMORO, arr. de Sartène, cant. d'Olmeto, cne de Fozzano, 209, 273.
-
-CAMPREDON, envoyé de France à Gênes, 62, 63, 65, 159, 162, 168, 169,
-172, 207, 250, 251, 252.
-
-CAP CORSE, 171.
-
-CAPONE, 73.
-
-CAPUCINS (Fort des), près Bastia, 74, 75.
-
-CARAVAGGIO (Marquis DE), 287.
-
-CARGÈSE, arr. d'Ajaccio, cant. de Piana, 46, 56.
-
-CARLOS (Don), infant d'Espagne, 12, 35, 39, 251, 253.
-
-CARMEL (Église du), à Florence, 290.
-
-CARTHAGÈNE (Espagne), 24.
-
-CARTERET (Lord), 281, 282, 297, 298, 304, 311, 321, 322, 362, 364.
-
-CARTIER (E.), 91.
-
-CASACCONI, arr. de Bastia, canton de Campile, 68.
-
-CASALMAGGIORE, prov. de Crémone, chef-l. de circond., 176.
-
-CASIMIR, roi de Pologne, 370.
-
-CASINCA, arr. de Bastia, canton de Vescovato, 68, 175.
-
-CASTELLARA (Régiment de), 105.
-
-CASTI, poète, 380.
-
-CASTINETA, 72.
-
-CATON, 369.
-
-CAVALIERI (Marie-Constance), religieuse, 234.
-
-CECCALDI (André), 9, 14, 32, 34.
-
--- (Jérôme), 11, 12.
-
-CELESIA, ministre de Gênes à Londres, 386, 387.
-
-CERF ROUGE (Le), cabaret à Amsterdam, 133.
-
-CERVIONE, arr. de Bastia, chef-l. de canton, 50, 51, 52, 55, 69, 70, 71.
-
-CHAMPIGNY, gentilhomme de l'Électeur de Cologne, 223, 224, 225, 226, 227,
-228, 229, 242.
-
--- (Mme), 225, 226, 227.
-
-CHARLES VI, empereur, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 30, 32, 157, 169, 171, 249,
-251, 253, 254, 256, 257, 272, 279.
-
-CHARLES XII, roi de Suède, 20, 22.
-
-CHARLES-EMMANUEL III, roi de Sardaigne, 128, 267, 278, 283, 284, 301,
-302, 304, 306, 307, 309, 311, 312, 314, 315, 317, 318, 319, 320, 324,
-327, 330, 331, 332, 333, 335, 336, 337, 339.
-
-CHARLES-QUINT, 370.
-
-CHARNY (Comte DE), commandant des troupes espagnoles en Italie, 35.
-
-CHARTES, agent des Corses, 196.
-
-CHAUVELIN, ministre des affaires étrangères, 41, 63, 65, 105.
-
-CHIAÏA, 201.
-
-CHRISTE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani,
-cne de Ghisoni, 112.
-
-CIABALDINI, 253.
-
-CIGOLI, aux environs de Florence, 286, 290, 291, 295, 298.
-
-CINQ-MARS, 20.
-
-COLOGNE, 16, 17, 18, 31, 179, 259, 260, 346, 348.
-
-COLONNA (Comte Antoine), 136.
-
-COLONNA (Joseph), abbé, 236.
-
--- Religieux, 298, 299.
-
-CONSTANTINOPLE, 36, 154, 199, 317.
-
-COOPER, commandant d'escadre anglaise, 325.
-
-COPENHAGUE, 260.
-
-CORBARA, arr. de Calvi, cant. de l'Île-Rousse, 391.
-
-CORNEJO, envoyé d'Espagne à Gênes, 65, 168.
-
-CORTE, 49, 84, 97, 98, 129.
-
-COSCIONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Zicavo, 119, 215, 216.
-
-COSTA (Jean-Paul), 94.
-
--- (Joseph), officier au service de la Toscane, 312.
-
--- (Sébastien), 44, 45, 46, 49, 50, 53, 54, 58, 66, 67, 69, 70, 72, 73,
-77, 78, 82, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 91, 92, 93, 95, 96, 97, 98, 99, 103,
-112, 113, 118, 119, 120, 121, 127, 130, 166, 386.
-
--- (Virginie, Mme), 236.
-
--- (Neveu), 127.
-
-COTTONE (Jean-Charles), 112.
-
-CRAON (Prince DE), président du Conseil de régence de Toscane, 334, 335.
-
-CROCE, prêtre, 269.
-
-CURSAY, commandant des troupes françaises en Corse, 367.
-
-
-D
-
-DANTZIG, 260.
-
-DÉCUGIS, 120.
-
-DEDIEU (Daniel), ancien président des Échevins d'Amsterdam, 138, 139,
-140, 142, 165, 177.
-
-DÉLIVRANCE (Ordre de la), 114, 115, 116, 226, 365, 386, 390.
-
-_Demoiselle Agathe_ (_La_), navire, 140, 141, 142, 143, 144, 146, 148,
-149, 150, 151, 152, 153, 155, 156, 157, 159, 160, 164, 178, 181, 182,
-183, 184, 196, 197.
-
-DEUX-SICILES, 253.
-
--- (Roi des), 127, 134, 162, 202, 264.
-
-DICK (Capitaine), 39, 68, 69, 71.
-
-DODSLEY (Robert), libraire à Londres, 371, 372.
-
-DORIA, ministre de Gênes en France, 11, 278.
-
-DOYEN, 225.
-
-DRAKSELTS, 317.
-
-DRESDE, 226.
-
-DROST (Baron DE), seigneur de Morsbrock, grand-commandeur de l'Ordre
-Teutonique, à Cologne, 17, 31, 60, 225, 259.
-
--- (Mathieu), 175, 176, 200, 201, 204, 206, 237, 238, 240, 241, 243, 262.
-
-DUCHATEL, maréchal de camp, 215.
-
-DUFFOUR, 239.
-
-DUNKERQUE, 219.
-
-DURAZZO (Emmanuel), 169.
-
--- (Jacques), abbé, 287.
-
-
-E
-
-ÉDOUARD III, roi d'Angleterre, 371.
-
-ÉLECTEUR DE BAVIÈRE, 19.
-
-ÉLECTEUR DE COLOGNE, 227.
-
-EMBRUN, 105
-
-ESCURIAL, 23, 24.
-
-ESPAGNE, 13, 21, 23, 24, 27, 28, 42, 55, 63, 65, 105, 108, 147, 183,
-212, 248, 272, 303, 308, 318.
-
-ÉTATS GÉNÉRAUX de Hollande, 136.
-
-ÉTATS PONTIFICAUX, 295.
-
-EUROPE, 42, 60, 66, 114, 123, 124, 212, 265, 279, 302.
-
-EVERS, 143, 155, 156, 158, 165.
-
-
-F
-
-FABIANI (Simon), 49, 50, 53, 54, 58, 67, 69, 70, 74, 78, 83, 88, 95, 98,
-99, 100, 271.
-
-FANDERMIL, 177.
-
-FANE, ministre d'Angleterre à Florence, 68, 69, 266.
-
-FARINACCI (Le chevalier), 334, 338.
-
-FARINOLE, arr. de Bastia, cant. de Saint-Florent, 33.
-
-FEDI (Comte), 234.
-
-FÉNELON, ambassadeur de France à La Haye, 202, 203, 204.
-
-FITZ-ADAM, pseudonyme d'Horace Walpole, 368.
-
-FITZGERALD (Percy), 383, 384, 387.
-
-FITZ-HÉBERT (Lord), 383.
-
-FLESSINGUE (Zélande), 140.
-
-FLEURY (Cardinal), 41, 104, 105, 131, 170, 207, 223, 227, 229, 230,
-253, 263.
-
-_Flore_ (_La_), frégate, 171, 194.
-
-FLORENCE, 30, 35, 68, 124, 127, 128, 130, 248, 256, 266, 267, 268,
-280, 286, 289, 290, 306, 309, 311, 316, 319, 323, 324, 337, 338, 340,
-341, 342.
-
-FOGLIA (Joseph), 287, 288.
-
-_Folkestone_ (_Le_), navire, 273, 274, 275, 276, 277, 286.
-
-FONSECA (Angélique-Cassandre), sous-prieure du couvent des
-Saints-Dominique et Sixte à Rome, 29, 130, 166, 176, 200, 207, 233, 235,
-236, 237, 238, 239, 240, 242, 243, 244, 245, 247, 356.
-
--- (Françoise-Constance), religieuse, 29, 234, 247, 265, 346, 347.
-
-FONTAINEBLEAU, 223.
-
-FRANCE, 21, 24, 25, 28, 31, 63, 65, 124, 144, 161, 165, 168, 169, 170,
-175, 199, 207, 222, 225, 246, 263, 272, 308, 318, 329, 342, 366.
-
-FRANCESCHINI (Marc-Antoine), peintre bolonais, 231.
-
-FRANCHI (Capitaine), 75.
-
--- (Adrien), 315.
-
--- (Benoît) DE, inquisiteur d'État à Gênes, 291, 292, 294, 295.
-
-FRANÇOIS Ier, roi de France, 229.
-
-FRÉDÉRIC (Colonel), soi-disant fils de Théodore de Neuhoff, 21, 383,
-384, 385, 386, 387.
-
-FRENTZEL (Alexandre), capitaine de navire, 178, 182, 185.
-
-FURIANI, arr. et cant. de Bastia, 74.
-
-FURNES (Belgique), 221.
-
-
-G
-
-GAËTE, prov. de Caserte, chef-l. de circond., 162, 201, 202, 237, 245.
-
-GAFFORI, 84, 85, 87, 89, 97, 329.
-
-GALEN (Bernard DE), évêque de Munster, 15, 16, 20.
-
-GALLISPANS (Les), troupes franco-espagnoles, 304, 306, 321.
-
-GARCHI, 58.
-
-GARDES ROYALES (Compagnie des), 105.
-
-GARRICK, acteur, 370, 371, 372.
-
-GASTALDI, envoyé de Gênes en Angleterre, 130, 222, 279, 356, 357, 358,
-359, 361, 362, 367.
-
-GAUTIER, 365, 366, 367.
-
-GAVI, consul de Gênes à Livourne, 157, 159, 264, 269, 275, 277.
-
-GENTILE (Major), 10.
-
-GEORGE Ier, roi d'Angleterre, 22.
-
-GEORGE II, roi d'Angleterre, 68, 69, 71, 204, 278, 281, 282, 295, 298,
-321, 325, 375.
-
-GHISONI, arr. de Corte, cant. de Vezzani, 83.
-
-GIAFFERI (Louis), 9, 10, 11, 12, 13, 14, 34, 44, 45, 48, 51, 53, 54, 58,
-66, 67, 72, 73, 77, 97, 117, 129, 170.
-
-GIANNETTI (Les frères), 275.
-
-GIAPPICONI, 44, 53, 54, 66, 72, 73, 77, 97.
-
--- (Marc-Antoine), 307, 308.
-
-GIBRALTAR, 153.
-
-GINESTRA (Père), 230, 252.
-
--- (Sauveur), 229, 230, 252.
-
-GIORDANI, 264.
-
-GIOVANNALI (Les), secte corse, 119.
-
-GIOVANNI DELLA GROSSA, chroniqueur corse, 3.
-
-GIUDICELLI, 113.
-
-GIULANI (Jean-Thomas), 170.
-
-GIULIO (Francesco), 88.
-
-GŒRTZ (Baron DE), ministre de Charles XII de Suède, 20, 21, 22, 25.
-
-GOLDWORTHY, consul d'Angleterre à Livourne, 266, 267, 268.
-
-GOLO (Rivière), Corse, 214.
-
-GOLOWKIN, ministre de Russie à La Haye, 139.
-
-GOMÉ-DELAGRANGE, conseiller au parlement de Metz, beau-frère de Théodore
-de Neuhoff, 16, 260, 261, 263, 264.
-
-GORGONA (Île), dans la Méditerranée, 155.
-
-GORZEGNO (Marquis DE), ministre de Charles-Emmanuel III, 319, 324, 326,
-328, 332, 333.
-
-_Grand-Christophe_ (_Le_), navire, 152, 153.
-
-GRAND-TURC, 254.
-
-GREGORIO, de Livourne, 106.
-
-GRIMALDI (Ansaldo), 296.
-
--- (Augustin), 168.
-
--- (François-Marie), 246.
-
--- (Marquis), envoyé de Gênes à Naples, 162.
-
-GRŒBEN (Louis DE), capitaine prussien, 264, 265.
-
-GUAGNO, arr. d'Ajaccio, cant. de Soccia, 193.
-
-GUASTALLA, prov. de Reggio-Emilia, chef-l. de circond., 252.
-
-GUERNESEY, île anglaise de la Manche, 141.
-
-GUICCIARDI, envoyé impérial à Gênes, 66, 169, 252, 253.
-
-GUILLAUME, lieutenant réformé, 219, 220, 221, 222, 223.
-
-GYLLENBORG (Comte DE), ministre de Suède à Londres, 20, 22.
-
-
-H
-
-HAM, 132.
-
-HAMBOURG, 156, 347.
-
-HANBURY WILLIAMS (Sir), 360.
-
-HANOVRE, 260, 281.
-
-HARRINGTON (Milord), 321.
-
-HEE KERHOET (Jonas), capitaine de navire, 152.
-
-HELDER (Le), ville de la Hollande septentrionale, 141.
-
-HÉRAULT, lieutenant général de police, 131, 228, 229.
-
-HOGARTH, graveur anglais, 363.
-
-HOLLANDE, 22, 26, 27, 28, 107, 124, 131, 136, 139, 144, 152, 153, 160,
-173, 174, 177, 178, 181, 220, 241, 270, 345, 347, 349, 350, 351, 352,
-355, 378, 388.
-
-HOLSTEIN, province de l'Allemagne du Nord, 263.
-
-HOOPER (S.), libraire à Londres, 384.
-
-HOP, ministre des Pays-Bas à Londres, 357, 358, 361.
-
-HUIGENS, de Cologne, banquier à Livourne, 106.
-
-
-I
-
-ILARIO, chanoine de Guagno, 192, 193, 194.
-
-ÎLE ROUSSE, arr. de Calvi, chef-l. de cant, 101, 102, 160, 268, 270,
-273, 274, 275, 325.
-
-INDES (Les), 179.
-
-ITALIE, 8, 28, 29, 30, 31, 35, 42, 65, 144, 155, 207, 222, 251, 267,
-268, 272, 273, 279, 284, 286, 303, 313, 318, 355.
-
-
-J
-
-JABACH (Everhard), banquier à Paris, 31, 231.
-
--- (François-Antoine), banquier à Livourne, 31, 32, 231.
-
--- (Jean-Engelbert), chanoine capitulaire à Cologne, 31.
-
--- (Michel), 270.
-
-_Jacob-et-Christine_, navire, 178, 182, 183, 184, 196.
-
-JAPON, 42.
-
-JAUSSIN, apothicaire de l'expédition française en Corse, 180.
-
-JEAN II, dit LE BON, roi de France, 371.
-
-_Jesus-Maria-Joseph, l'anime del purgatorio_, pinque, 190.
-
-JONVILLE, envoyé de France à Gênes, 278, 279.
-
-JOSEPH II, empereur d'Autriche, 381.
-
-JOSEPH (Mme), 243.
-
-
-K
-
-KEELMANN (Pierre), capitaine de navire, 178, 180, 185, 188, 189, 196,
-197, 198, 199, 200, 201.
-
-KEL MORENE, 195.
-
-KERMOYSAN (Chevalier DE), 229.
-
-KEVERBERG (GIRAUD dit), 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 150, 152,
-153, 166.
-
-KILMALLOCK (Lord), 23.
-
-KRAAM, 178, 179.
-
-KYRIE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, cne
-de Ghisoni, 112.
-
-
-L
-
-LAGE (Chevalier DE), capitaine de navire, 275, 276, 277.
-
-LA HAYE, 27, 41, 44, 131, 134, 348, 351.
-
-LA MARCK (Comte DE), 62.
-
-LA MARCK (Régiment de), 26, 104.
-
-LANFRANCHI, banquier génois, 11.
-
-LANGERAK (Jean-Arn), libraire à Leyde, 388.
-
-LANGUEDOC, 131.
-
-LANSBERG, représentant des États-Généraux à Cologne, 349.
-
-LARNAGE (DE), brigadier et lieut.-colonel du régiment de Montmorency, 215.
-
-LASNE (Michel), graveur, 231.
-
-LA VILARSELLE (DE), commandant de barque, 213.
-
-LAW, 24, 25.
-
-LEAR (Le roi), 370.
-
-_Légère_ (_La_), barque, 213.
-
-LENTO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, 214.
-
-LEONESSA (Anne-Marie DELLA), religieuse, 200.
-
-LEVIE, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 94.
-
-LÉVIS-MIREPOIX, ambassadeur de France à Londres, 361.
-
-LEYDE (Hollande méridionale), 179, 350.
-
-LIPARI (Îles), sur la côte septentrionale de la Sicile, 161.
-
-LIPPE (La), en Westphalie, 262.
-
-LISBONNE, 143, 144, 145, 147, 151, 154, 164, 166, 236, 265.
-
-LIVOURNE, 12, 30, 31, 33, 35, 36, 37, 38, 39, 54, 68, 69, 101, 118, 121,
-123, 124, 127, 128, 143, 152, 154, 155, 156, 157, 158, 163, 164, 166,
-170, 171, 173, 174, 190, 206, 213, 217, 235, 240, 243, 248, 255, 256,
-264, 265, 267, 269, 273, 274, 286, 288, 291, 298, 301, 302, 306, 316,
-323, 326, 328, 333, 338, 340, 341, 366.
-
-LOMBARDIE, 8.
-
-LONDRES, 21, 27, 30, 69, 124, 130, 265, 270, 282, 311, 320, 356, 360,
-361, 362, 363, 365, 367, 369, 370, 372, 377, 383, 384, 386, 387, 390.
-
-LORENZI (Comte), envoyé de France à Florence, 68, 124, 126, 127, 128,
-256, 283, 285, 301, 315, 323, 326, 339, 342.
-
-LORRAINE (François DE), 32, 126, 156, 222, 247, 248, 249, 250, 251, 252,
-253, 254, 255, 256, 272, 284, 301, 309, 312, 320, 323, 334, 338, 342,
-343, 380.
-
-LORRAINE (Maison de), 251.
-
-LOUIS XIV, roi de France, 364, 370.
-
-LOUIS XV, roi de France, 11, 62, 162, 169, 170, 174, 194, 223, 260,
-262, 366.
-
-LOUKISSEN (Abraham), 160.
-
-LUCA, 94.
-
-LUCCIONI, 74, 76, 77, 78, 98, 99.
-
-LUCQUES, 124.
-
-LUDIK (Capitaine), 178, 179.
-
-LUDOVICI (Jean), 239.
-
-LUSINCHI, 94.
-
-LUXEMBOURG (Le), 173.
-
-
-M
-
-MADRID, 13, 23, 24, 127, 134, 150, 151, 248.
-
-MAILLEBOIS (Marquis DE), commandant en chef des troupes françaises
-en Corse, 206, 207, 208, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 255.
-
-MAINTENON (Mme DE), 364.
-
-MALAGA, 182.
-
-MALATO (Roch), patron de barque, 190.
-
-MALTE (Île de), 19.
-
-MANETTI (Casa), à Florence, 267.
-
-MANN (Horace), ministre d'Angleterre à Florence, 266, 267, 268, 280, 281,
-282, 283, 285, 288, 290, 291, 295, 301, 302, 305, 306, 308, 309, 310,
-311, 312, 313, 314, 316, 319, 321, 322, 323, 324, 326, 328, 332, 333,
-334, 335, 336, 337, 341, 343, 360, 379.
-
-MARCH (Lord), 360, 368.
-
-MARCHELLI, colonel génois, 102.
-
-MARCK (Comté de), Westphalie, 15.
-
-MARI, évêque d'Aléria, 9, 52.
-
--- gouverneur génois en Corse, 159, 171, 172, 173, 184, 325, 326, 327.
-
--- (DE), ambassadeur de Gênes à Venise, 296.
-
--- (J.-B. DE), envoyé de Gênes à Turin, 106.
-
--- (Laurent DE), 288.
-
-MARIANI (Dominique), 287, 288.
-
-MARIANNE, 18.
-
-MARIE-THÉRÈSE, impératrice, reine de Hongrie, 32, 247, 254, 272, 279,
-309, 334, 339, 340, 384.
-
-MARNEAU, commis des douanes à Metz, beau-père de Théodore de Neuhoff,
-16, 61, 62.
-
-MAROC, 38.
-
-MARSA, environs d'Oran, 150.
-
-MARSEILLE, 124, 125, 131.
-
-MARTIGUES (Les), Bouches-du-Rhône, arr. d'Aix, 185.
-
-MARTINETTI (Vincent), consul de Fiumorbo, 208.
-
-MASSA (Province de), 256, 318.
--- chef-l. de la prov. de Massa e Carrara, 295, 298.
-
-MASSON (Frédéric), 390.
-
-MATRA, arr. de Corte, cant. de Moita, 44, 47, 54, 93.
-
-MATRA (Xavier, marquis DE), 44, 82, 83, 84, 85, 175, 186, 253, 329.
-
--- (Mme), 46.
-
-MATTEO D'ORTIPORIO (Don), curé de Rostino, 84, 85, 89.
-
-MATTHEWS (Amiral), commandant en chef des forces anglaises dans la
-Méditerranée, 266, 267, 268, 280, 282, 295, 297, 298, 302, 304, 306, 310.
-
-MAUREPAS (Comte DE), ministre de la marine, 41, 124, 125, 342.
-
-MÉDICIS (Jean-Gaston), grand-duc de Toscane, 12, 30, 36, 125, 126, 127.
-
--- (Octavien DE), 318.
-
-MELA, 123.
-
-METZ, 16, 224.
-
-MILAN, 287.
-
-MILLS, 341.
-
-MILTON, 370.
-
-MODANAIS (Le), province d'Italie, 295.
-
-MODENE (Duché de), 318.
-
-MONACO, 248.
-
-MONGIARDINO, consul de Gênes à Cagliari, 184.
-
-MONTALÈGRE (Marquis DE), ministre du roi des Deux-Siciles, 162, 196,
-197, 198, 204.
-
-MONTE-CRISTO, île de la Méditerranée, 161.
-
-MONTE-CRISTO, turc de la suite de Théodore, 44.
-
-MONTE-MAGGIORE, arr. de Calvi, cant. de Calenzana, 95.
-
-MONTICELLO, arr. de Calvi, cant. de l'Île Rousse, 268, 274.
-
-MONZA (Étienne), 288.
-
-MOUVET, moine du Brabant, professeur de droit à l'Université de Leyde,
-347, 348, 350, 351, 352, 353, 354, 355, 356.
-
-MUNICHAUSEN, ministre de Hanovre à Londres, 357.
-
-MUNSTER, en Westphalie, 17, 18.
-
-MURCIA (Murzo), arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, 192.
-
-
-N
-
-NAPOLÉON (Bonaparte), 3, 6, 381, 390.
-
-NAPOLEONI, curé, 186.
-
-NAPLES, 65, 128, 160, 161, 162, 163, 176, 185, 189, 195, 196, 200, 202,
-204, 206, 207, 209, 237, 245, 247, 272.
-
-NAYSSEN, capitaine au régiment de La Marck, 104, 105, 106.
-
-NEBBIO, province de Corse, 9, 74, 82, 84.
-
-NEGRO (Del), 176.
-
-NEUFVILLE, négociant, 138.
-
-NEUHOFF (Antoine DE), 15, 16.
-
-NEUHOFF (Élisabeth DE). V. TRÉVOUX (Comtesse DE).
-
--- (Frédéric DE), neveu de Théodore, colonel, 190, 191, 192, 193, 262.
-
--- (Frédéric, baron DE), neveu de Théodore de Neuhoff, seigneur de
-Rauschenburg, 207, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 262, 264.
-
-NEWCASTLE (Duc DE), 266, 279, 284, 331, 332 342 352, 355, 358, 359, 384.
-
-NICE, 136.
-
-
-O
-
-OLMETTA (Sauveur), docteur, 272, 289.
-
-ORAN (Algérie), 148, 149, 151, 155.
-
-ORANGE (Prince d'), 270, 349.
-
-OREZZA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, 76, 88, 93, 99, 101.
-
-ORLÉANS (Duc D'), régent de France, 22, 364.
-
-ORLÉANS (Duchesse D'), princesse palatine, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 25,
-26, 364.
-
-ORMEA (Marquis D'), ministre de Charles-Emmanuel III, 278, 302, 305, 307,
-308, 309, 310, 312, 314, 317, 318, 319.
-
-ORMOND (Duc D'), 23.
-
-ORNANI (Paul-François D'), 208.
-
-ORNANO (Luc), général corse, 102, 118, 129, 189, 190, 192, 332.
-
-ORSINI (Comte), 234.
-
--- (Emmanuel), 391.
-
-ORTICONI (Chanoine), 13, 35, 78, 100, 101, 127, 136, 173, 174, 210,
-237, 252, 271.
-
-ORTOLI, capitaine corse, 74.
-
-OSTENDE (Belgique), 221.
-
-
-P
-
-PADUELLA (Tour de), Corse, 96.
-
-PAGET, consul de France à Cagliari, 184.
-
-PAISIELLO, compositeur, 380.
-
-PANZANI, 45.
-
-PAOLI (Hyacinthe), 13, 14, 44, 45, 46, 47, 48, 50, 51, 53, 54, 57, 58,
-66, 67, 72, 73, 74, 75, 76, 78, 95, 98, 117, 129, 136, 170, 210, 271.
-
--- (Pascal), 387.
-
--- (Paul-Marie), 170.
-
-PARDAILLAN (Comte DE), chef d'escadre de l'expédition française, 171.
-
-PARIS, 21, 24, 25, 26, 27, 28, 30, 31, 106, 131, 221, 223, 229, 239.
-
-PARIS (Joseph), cuisinier, 145, 150.
-
-PASQUINO (Giovanni), 55.
-
-PATRONE (Francesco), 39.
-
-PAUL (Père), moine, 350.
-
-PAUPIE (Pierre), libraire à La Haye, 41.
-
-PAYS-BAS, 22, 28, 202, 204, 351.
-
-PELOUX, commissaire ordonnateur des guerres en Corse, 169.
-
-PELLEGRINO (Mont), Italie, 295.
-
-PERESEN (Adolphe), capitaine de navire, 178, 196, 198.
-
-PERELLI, conseiller du roi des Deux-Siciles, 201.
-
-PERETTI (Comte Zenobio), 208.
-
-PERIALE, 74.
-
-PESCIA, prov. et circond. de Lucques, 124.
-
-PETRIGNANI (Hyacinthe), 99.
-
-PHILIPPE V, roi d'Espagne, 13, 121, 128, 134.
-
-PHILIPPE (Don), infant d'Espagne, 277, 303.
-
-PIAZZOLE (Les), arr. de Corte, cant. de Piedicroce, 99.
-
-PIC DE LA MIRANDOLE, 296.
-
-PIERRE Ier, tzar de Russie, 22.
-
-PIGNEROL, prov. de Turin, chef-l. de circond., 104.
-
-PIGNON, envoyé français à Livourne et en Corse, 161, 170, 171, 174, 175.
-
-PISARELLO, 145.
-
-PISE, 3, 5, 162, 251, 255, 272, 286, 296, 341.
-
-PISTOIA, prov. de Florence, chef-l. de circond., 298, 341.
-
-PLUTARQUE, 17.
-
-POGGI (Comte), 85, 99, 318.
-
-PONTREMOLI, prov. de Massa e Carrara, chef-l. de circond., 295.
-
-PORTLAND (Duc DE), homme d'État anglais, 374.
-
-PORT-MAHON, capitale de l'île de Minorque, 185, 273, 298.
-
-PORTO-FERRAIO, capitale de l'île d'Elbe, 338, 339, 340, 341.
-
-PORTO-VECCHIO, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 76, 77, 78, 161, 162,
-186, 189, 208, 209, 216.
-
-PORTUGAL, 143, 144.
-
-_Preterod_ (_Le_), navire, 178, 182, 183, 184, 185.
-
-PRESBOURG, en Hongrie, 250, 251.
-
-PROCIDA (Île), Italie, 195.
-
-PROVENCE, 131, 229.
-
-PRUSSE, 178.
-
-PUISIEUX (Marquis DE), ambassadeur de France à Naples, puis ministre des
-affaires étrangères, 161, 162, 163, 197, 198, 199, 202, 204, 245, 342,
-365, 367.
-
-PUNCIANI (Abbé), aumônier du couvent des Saints-Dominique et Sixte, à
-Rome, 231.
-
-
-Q
-
-QUENZA, arr. de Sartène, cant. de Serradi-Scopamene, 216.
-
-QUILICO (Fascianello), 39.
-
-QUIRINAL (Mont), à Rome, 130, 233.
-*/
-
-
-
-
-/*
-R
-
-RADEMACKER, trésorier du prince d'Orange, 348.
-
-RADICONDOLI, prov. et circond. de Sienne, 318.
-
-RAFFAELLI (Marquis), 11, 12.
-
--- (Simon), auditeur, 11, 12, 32.
-
-RAKOCZY (François), prince de Transylvanie, 36, 42, 318.
-
-RATHSAMHAUSEN (Mme DE), 19, 20.
-
-REGNARD, 268.
-
-_Re Teodoro_ (_Il_), opéra héroïco-comique, 380, 381.
-
-REUSSE (Jean-Gottlieb), 179.
-
-_Revenger_ (_Le_), navire, 265, 266, 267, 269, 270, 273, 313.
-
-RHIN (Le), fleuve, 173.
-
-RICHARD (Denis), 141, 142, 143, 145, 146, 147, 150, 152, 153, 154,
-156, 157, 158, 159, 166.
-
-RICHECOURT, vice-président du conseil de régence de Toscane, 249, 266,
-277, 281, 284, 298, 302, 315, 341.
-
-RICHELIEU (Cardinal DE), 20.
-
-RICHMOND (Angleterre), 383.
-
-RIESENBERG, 185, 189, 190, 191, 193, 195.
-
-RIPPERDA (Duc de), ministre en Espagne, 23, 24, 25, 38, 42, 105.
-
-RIVAROLA, gouverneur génois en Corse, 52, 58, 71, 102, 121, 136.
-
-RIVAROLA (Marquis DE), vice-roi de Sardaigne, 123, 184.
-
--- (Dominique), 35, 161, 162, 166, 196, 205, 206, 210, 308, 309, 311,
-312, 313, 314, 315, 317, 318, 319, 320, 324, 325, 326, 327, 328, 329,
-330, 332, 341.
-
-RIVERA (Comte), envoyé sarde à Gênes, 63.
-
-RIVIÈRE DU PONENT, 110.
-
-ROBERTI (Giuseppe), 320.
-
-ROCCA (La), province de Corse, 94.
-
-_Roi Lear_, tragédie, 371.
-
-ROOS (Cornelius), capitaine de navire, 178, 196, 198, 200.
-
-ROMBERG (Baron Étienne), nom pris par Théodore de Neuhoff, 29, 234.
-
-ROME, 29, 103, 124, 130, 210, 229, 233, 234, 236, 239, 241, 243, 248,
-252, 289, 295, 309, 313, 346, 356.
-
-ROSSI (Anselme), 387.
-
-ROSSICIO (Pont de), Corse, 97.
-
-ROSTINI, chroniqueur corse, 46, 78.
-
-ROSTINO, arr. de Corte, cant. de Morosaglia, 13, 73, 93.
-
-ROUEN, 131.
-
-ROWLEY (Amiral), 321.
-
-RUFFINO, frère franciscain, 33, 34, 35.
-
-RUNSWEIG, 190.
-
-RUSSIE, 22, 139.
-
-
-S
-
-SABRAN (DE), chevalier de Malte, commandant de frégate, 144.
-
-SADE (Comte DE), envoyé de France à Cologne, 228.
-
-SAGONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, 191.
-
-SAINT-AIGNAN (Duc DE), ambassadeur de France à Rome, 244, 245, 246.
-
-_Saint-Antoine_ (_Le_), tartane, 185.
-
-SAINT-CHARLES (Château), à Oran, 150, 151.
-
-SAINTS-DOMINIQUE ET SIXTE (Couvent des), à Rome, 29, 130, 233, 239, 241,
-247.
-
-SAINT-FLORENT, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 74, 86, 96, 306.
-
-SAINT-FRANÇOIS (Couvent de), aujourd'hui petit séminaire de Corte, 97.
-
-SAINT-GEORGES (Jacques-François-Édouard Stuart, chevalier DE), 42.
-
-SAINT-GEORGES (Maison de), banque à Gênes, 3, 8.
-
-SAINT-GILL (Marquis DE), ministre d'Espagne à La Haye, 134, 137.
-
-_Saint-Isidore_ (_Le_), navire, 275, 276, 277.
-
-SAINT-JACQUES (Château), à Oran, 149.
-
-SAINT-JEAN DE LATRAN, à Rome, 233.
-
-SAINT-JOSEPH, poste près de Bastia, 75.
-
-SAINT-LAURENT (Comte DE), 320.
-
-SAINT-MARTIN (Chevalier) (Bigou), 239, 240, 241, 242, 243, 244, 245,
-246, 247, 356, 361.
-
--- (Mme), 240, 241.
-
-SAINT-TROPEZ, arr. de Draguignan, chef-l. de cant., 120.
-
-SAINTE-ANNE, église à Londres, 379, 380.
-
-SAINTE-CATHERINE (Baie), Lisbonne, 144, 145, 146, 147.
-
-SAINTE-MARIE D'ORNANO (Sainte-Marie-Siché), arr. d'Ajaccio, chef-l. de
-cant., 94, 208.
-
-SAINTE-MARIE MAJEURE (Couvent de), à Florence, 290.
-
-SALIS (Baron DE), 302, 304, 305, 310, 312, 319.
-
-_Salisbury_ (_Le_), navire, 269.
-
-SALUZZI (Évêque), 84.
-
-SALVETTI, 103.
-
-SALVINI (Grégoire), agent des Corses, 101, 102, 170, 173, 200, 210,
-237, 271.
-
-SALWEY, 321, 322.
-
-SAMPIERO, 8.
-
-SAN CRISTOFANO, 294, 296.
-
-SAN PELLEGRINO, fort génois en Corse, 2, 50, 51, 52, 57, 72, 74, 76,
-82, 86, 96.
-
-SANTA-REPARATA, arr. de Calvi, cant. de l'Île Rousse, 271.
-
-SANTINI (Dominique), 312.
-
-SARDAIGNE, 152, 189, 325.
-
-SARRI (Paul-François), capitaine corse au service du Piémont, 319.
-
-SARSFIELD (Lady), baronne de Neuhoff, 23, 24, 383.
-
-SARTÈNE, chef-l. d'arr., 112, 113, 119.
-
-SARTORIO, 290.
-
-SARZANA, prov. de Gênes, circond. de la Spezia, 295.
-
-SAVOIE (Hôtel de), à Londres, 371.
-
-SAVOIE (Prince Eugène DE), 12, 248, 251, 253.
-
-SAVONE, prov. de Gênes, chef-l. de circond., 11, 12, 176, 364.
-
-SCADEN (Allemagne), 225.
-
-SCHAUB (Le Chevalier), 358, 359.
-
--- (Lady), 358, 360.
-
-SCHIETTO, 97.
-
-SCHMERLING, ministre impérial en France, 169.
-
-SCHMETAW (Comte DE), lieutenant du prince de Wurtemberg, 9.
-
-SESTRI, prov. et circond. de Gênes, 107.
-
-SHAKESPEARE, 368, 370.
-
-SICILE, 235.
-
-SIENNE, 301, 313, 315, 318, 323.
-
-SINIBALDI (Jean-Baptiste), 136.
-
-SLEIN (Baron), 260.
-
-SMYRNE (Turquie d'Asie), 71, 199.
-
-SOLARO, arr. de Corte, cant. de Prunelli-di-Fiumorbo, 120.
-
-SOLENZARA, arr. de Sartène, cant. de Porto-Vecchio, 118, 120.
-
-SORBA, ministre de Gênes en France, 41, 104, 105, 106, 124, 125, 130,
-131, 169, 219, 221, 222, 223.
-
-SORRACO, arr. de Sartène, 186, 195.
-
-SPEZIA (La), prov. de Gênes, chef-l. de circond., 303, 304, 306.
-
-SPINOLA (Marquis), envoyé de Gênes à Naples, 205.
-
-SPITZLAER, 228, 229.
-
-SPLENTER, 159.
-
-SPORCHEN (Baron), envoyé extraordinaire du roi d'Angleterre en qualité
-d'Électeur de Hanovre, auprès des États Généraux, 351, 352.
-
-STANHOPE (Lady Lucy), 280.
-
-STAZZONA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, 99, 100.
-
-STEIN (Baron), nom pris par Théodore de Neuhoff, 357, 358.
-
-STOCKHOLM, 152.
-
-STOS (Baron DE), 234.
-
-STUART (Le prétendant), 267. Voir SAINT GEORGES (Chevalier DE).
-
-SUÈDE, 20, 22.
-
-SUZINI (Ange-Brando), 330.
-*/
-
-
-T
-
-TADEI (Valentin), 162, 242.
-
-TAINE, 15.
-
-TAMBIN (Le Père), jésuite, 168.
-
-TANGER (Maroc), 105.
-
-TASSO (Martin), 94.
-
-TAVAGNA (Couvent de), arr. de Bastia, 88, 92.
-
-TARAVO (Rivière), Corse, 214.
-
-TELLANO, 131.
-
-TERRAZZANO, prov. et circond. de Milan, 315.
-
-TESSÉ (Maréchal DE), 248.
-
-TESTORI (Charles), 314.
-
-TEXEL (Le), île de la mer du Nord, 140, 141, 142, 182.
-
-TOSCANE, 21, 36, 121, 174, 254, 256, 267, 277, 294, 297, 298, 313, 316,
-317, 323, 324, 334, 337, 339, 342, 345, 348.
-
-TOULON, chef-l. d'arr., 195, 206.
-
-TOUSSAINT, 249.
-
-TOWNSHEND (Amiral), 328.
-
-TRÉVOUX (Comte DE), beau-frère de Théodore de Neuhoff, 16, 20.
-
--- (Comtesse DE), sœur de Théodore de Neuhoff, 16, 20, 26, 27.
-
--- (Fils), officier dans la compagnie des Gardes royales, 105, 106, 224.
-
-TRINITA (Pont della), à Florence, 267.
-
-TROIS-ÉVÊCHÉS, 104.
-
-TRONCHIN (César), 138.
-
-TUNIS, 36, 37, 38, 43, 44, 53, 60, 225, 316, 317, 331.
-
-TUNIS (Bey de), 128, 254.
-
-TUNISIE, 66.
-
-TURCATI DE CARCHETO (Les), 99.
-
-TURIN, 26, 27, 130, 169, 229, 303, 304, 305, 307, 308, 309, 311, 312,
-313, 314, 319, 320, 334, 335, 336, 337, 338.
-
-TURQUIE, 124.
-
-
-U
-
-ULLOA, auditeur général de l'armée du roi des Deux-Siciles, 201.
-
-
-V
-
-VACCARO, 299.
-
-VAGUE (Comte DE LA). Voir BEAUJEU.
-
-VALEMBERGH (Joseph), consul de Hollande à Naples, 161, 162, 196, 197,
-198, 199, 200, 201, 202, 203, 230, 238, 239.
-
-VALLEJO (Marquis DE), gouverneur général d'Oran, 149, 150, 151.
-
-VAN DOORN, 160.
-
-VAN DYCK, 231.
-
-VAN HAAGEN, nom pris par Théodore de Neuhoff, 306, 319.
-
-VAN HOCHUM, 133, 135.
-
-VAN HOËY, envoyé de Hollande en France, 203, 204.
-
-VAN SIL, résident de Hollande à Lisbonne, 144, 146, 164.
-
-VARNESI (Luc-Antoine), abbé, 235, 239.
-
-VARNHAGEN, 188.
-
-VASTEL (François), matelot, 182, 183, 185, 203.
-
-VATER (Jean-Godofredus), 179, 193.
-
--- (Jean-Policarpe), 179.
-
--- (Marie), 179.
-
-VENISE, 2, 296, 307, 315, 338.
-
--- (République de), 272.
-
-VENZOLASCA, arr. de Bastia, cant. de Vescovato, 72, 99, 103, 212.
-
-VERDE (Canton de), Corse, 112.
-
-VÉRONE, 307.
-
-VERSAILLES, 21, 169, 208, 223, 230, 263.
-
-VESCOVATO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 10, 331.
-
-VIALE (Augustin), inquisiteur d'État, 289, 291.
-
--- (Augustin), représentant de Gênes à Florence, 125, 126, 127, 256,
-286, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 333.
-
-VICO, arr. d'Ajaccio, chef-l. de cant., 191, 192, 193, 194.
-
-VIENNE, capitale de l'Autriche, 8, 27, 32, 249, 252, 253, 256, 334, 335,
-337, 338, 341.
-
-VIGANEGO, consul de Gênes à Lisbonne, 145.
-
-VIGLIAWISCHI (Frédéric). Voir FRÉDÉRIC (Colonel).
-
-VILLALONGA (Don André), gouverneur du château Saint-Charles à Oran, 150.
-
-VILLAVECCHIA, ministre de Gênes à La Haye, 351, 352, 353, 354, 355, 356,
-357.
-
-VILLEFRANCHE, arr. de Nice, chef-l. de cant., 265, 302.
-
-VILLETTES, ministre anglais à Turin, 284, 302, 305, 309, 310, 312, 314,
-320, 324, 332.
-
-_Vinces_ (_Le_), navire, 268, 269, 270.
-
-VINCHELSEA (Milord), 321.
-
-VOLNEY, 6.
-
-VOLTAIRE, 2, 5, 28, 380.
-
-VOLTERRA, prov. de Pise, chef-l. de circond., 318.
-
-VOORNE (Île de), Pays-Bas, 28.
-
-
-W
-
-WACHTENDONCK (Général baron DE), 8, 12, 13, 156, 171, 217, 235, 253,
-255, 265.
-
-WALPOLE (Horace), 267, 268, 280, 281, 360, 363, 368, 369, 370, 371, 372,
-375, 376, 379, 380, 390.
-
--- (Robert), 267, 281.
-
--- (Lady), 281.
-
-WENDT (DE), écuyer de la duchesse d'Orléans, 19, 20.
-
-WESTMINSTER, 384.
-
-WESTPHALIE, prov. d'Allemagne, 2, 15, 17, 23, 188, 342, 374, 375.
-
-WICKMANNSHAUSEN (Capitaine), 188.
-
-WORT (Gaspard), 179, 180.
-
-WRIGHT, marchand d'huile à Londres, 378.
-
-WURTEMBERG (Royaume de), 179.
-
-WURTEMBERG (Prince Louis de), 9, 12, 32, 253.
-
-WYK-AAN-ZÉE (Hollande), 141, 142.
-
-
-Y
-
-YARMOUTH (Lady), 281, 364.
-
-YHARCE, 341.
-
-_Yong-Rombout_ (_Le_), navire, 159, 160, 161, 162, 164, 181, 270.
-
-
-Z
-
-ZÉLANDE, prov. des Pays-Bas, 131, 163.
-
-ZICAVO, prov. d'Ajaccio, chef-l. de cant., 85, 214, 215, 216.
-
-ZINZENDORF (Comte DE), chancelier de Charles VI, 27, 248. */
-
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
-/*
-AVANT-PROPOS v
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
-La Corse à l'arrivée de Théodore.--Révolutions.--Événements de
-1729.--Intervention allemande.--Le peuple corse attend un sauveur.
-
-La famille de Neuhoff.--Les parents de Théodore.--Sa jeunesse.--A la
-Cour de France.--Goertz, Alberoni et Ripperda.--Théodore en Hollande
-et en Italie.--Sa rencontre avec les prisonniers corses.--Il
-accepte d'être le sauveur.--Voyage et séjour à Tunis.--Il s'embarque
-pour la Corse. 1
-
-
-CHAPITRE II.
-
-Débarquement du baron de Neuhoff à Aléria.--Il est proclamé roi de
-Corse.--Son couronnement.--Théodore Ier notifie son élévation à sa
-famille.--Opinions et inquiétudes des diplomates.--Le roi nomme les
-grands dignitaires de la Cour.--Jalousies et querelles des chefs
-corses.--Premières opérations contre les Génois.--Trahison de
-Luccioni.--Sa condamnation et son exécution. 41
-
-
-CHAPITRE III.
-
-Édit du Sénat de Gênes.--Réponse de Théodore.--Le roi dans le Nebbio
-et en Balagne.--Tribulations de Costa.--Frappe de la monnaie.
-
-Affaire de Monte-Maggiore.--Théodore devant Corte.--Il prend la ville
-sur ses généraux.--Assassinat de Fabiani.--Discours du roi à
-Venzolasca.
-
-Le ministre de Gênes en France.--Affaire Nayssen.--Les libelles
-satiriques à Gênes.--Le roi et la paysanne.
-
-Théodore a peur.--Départ pour Sartène.--Institution de l'_Ordre de
-la Délivrance_.--Lois nouvelles.--Le dernier mensonge.--La
-fuite.--Débarquement à Livourne. 79
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-La fuite de Théodore et les gazettes.--Séjour à Florence.--Jean-Gaston
-de Médicis et le roi de Corse.--Inquiétude des Génois.--Leurs
-démarches à Paris.--Passage de Théodore en France.
-
-Son arrivée en Hollande.--Son arrestation pour dettes.--Il est mis
-en liberté.
-
-Il monte une opération commerciale.--Ses commanditaires.--Il frète des
-navires.--Son voyage sur _La Demoiselle Agathe_.--Ses aventures à
-Lisbonne et à Oran.--Sa fuite en pleine mer.
-
-_La Demoiselle Agathe_ à Livourne.--Denis Richard.--Aventure
-tragique du _Yong-Rombout_.--Intrigues à Naples.--Protestation
-des Génois.--Réponse des États Généraux de Hollande.--Mort de Costa. 123
-
-
-CHAPITRE V.
-
-La république de Gênes est impuissante à réprimer la révolte en
-Corse.--Négociations avec la France.--Traité de Fontainebleau.--La
-mission de Pignon.--Expédition française.--Duplicité des
-Génois.--Théodore revient en Hollande.--Mathieu Drost.
-
-La réclame dans les gazettes de Hollande.--Nouvelle entreprise
-commerciale.--Enrôlement des colons.--La cargaison des
-navires.--Relâche à Malaga et Alicante.--La flotte de Théodore
-à Cagliari.--Arrivée en Corse.--Le roi malgré lui.--Exécution
-d'un traître.--Théodore s'en va.--Aventures de ses officiers.
-
-Arrivée de _L'Africain_ à Naples.--Le consul de Hollande.--Arrestation
-du capitaine Keelmann.--Théodore est arrêté et conduit à Gaëte.--Le
-gouvernement français et les États Généraux de Hollande.
-
-Mort de Boissieux.--Il est remplacé par le marquis de
-Maillebois.--Nouvelles instructions.--La guerre dans les
-montagnes.--Frédéric de Neuhoff.--Son odyssée. 167
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-Espions et traîtres.--L'envoyé de Gênes, Sorba et le lieutenant
-Guillaume.--Le chevalier de Champigny livre au gouvernement français
-la correspondance de sa mère.--Le docteur Spitzlaer et la
-police.--Sauveur Ginestra.--L'écriture de Théodore.--Son
-faux portrait.--Sa caricature.
-
-Le couvent de Rome.--La sœur Fonseca.--Son enthousiasme et son
-dévouement.--Sa correspondance avec Bigani.--Avec Lucas Boon.--Son
-homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.--Les entrevues du
-chevalier avec le ministre de Gênes.--Il lui communique la
-correspondance de la religieuse.--Il lui propose «un bon
-coup».--Mort de la sœur Angélique-Cassandre Fonseca.
-
-François de Lorraine.--Il veut avoir la Corse.--Un concurrent à
-Théodore: le comte de Beaujeu.--Ses rapports avec François.--Les
-instructions du duc.--La _retirade_.--Beaujeu meurt en
-prison.--Intrigues des lieutenants de François.--Mort de
-l'empereur Charles VI. 219
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-Théodore à Cologne.--Entretien secret avec le Grand-Commandeur de
-l'Ordre Teutonique.--Correspondance de Neuhoff avec son beau-frère
-Gomé-Delagrange.--Le roi de Corse veut traiter avec le roi de
-France.--Louis de Grœben.
-
-Théodore arrive en Méditerranée avec une escadre anglaise.--Horace
-Mann.--Le _Mystère_.--Le _Vinces_ en Corse.--Neuhoff en vue de son
-royaume.--Sa proclamation.--Il ne débarque pas.--L'affaire du
-_Saint-Isidore_.--Protestation des Génois.--Réponse du gouvernement
-anglais.
-
-Les entrevues secrètes de Mann avec Théodore.--Un diplomate
-ennuyé.--La Cour de Turin.-- Augustin Viale, résident génois
-en Toscane.--Mariani.--Les inquisiteurs de Gênes.--Ils décident
-de faire tuer Théodore.--Scrupules de Viale.--Ses propositions.--San
-Christofano.--La kabale de Pic de la Mirandole. 259
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-Théodore en Toscane.--Il veut entamer des négociations avec la cour
-de Turin.--Ses lettres à d'Ormea.--Dominique Rivarola.--Mann joue
-double jeu.--Rivarola traite avec le gouvernement sarde.--L'expédition
-de Corse décidée.
-
-Théodore touche une forte somme.--D'où vient l'argent?--Le comte de
-la Vague.--Rivarola prépare l'expédition.--Théodore proteste.
-
-Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.--Mann empêche ce
-départ.--Proclamation du roi de Sardaigne.--L'escadre
-anglaise devant Bastia.--Bombardement.--Rivarola sous les murs de
-Bastia.--Capitulation de la ville.--Les Anglais renoncent à
-l'entreprise sur la Corse.
-
-Le roi de Sardaigne et Théodore.--Dénûment du roi de Corse.--La Cour
-de Vienne songe à Neuhoff.--Le projet est abandonné.--Théodore est
-expulsé de Toscane 301
-
-
-CHAPITRE IX.
-
-Théodore en Hollande et en Allemagne.--Il ne veut pas abdiquer.--Ses
-griefs contre les Corses.--Le récit de Mouvet.--Le moine et le
-diplomate.
-
-Le roi de Corse arrive à Londres.--Démarches du ministre de
-Gênes.--Théodore est reçu dans la haute société.--Une soirée.--Neuhoff
-est arrêté pour dettes.--Il reçoit des visiteurs.--Un spectacle
-attrayant.--Les _Ténèbres de Corse_.
-
-Des membres de la Chambre des Communes vont voir Théodore en
-prison.--Un article de journal.--L'acteur Garrick et le _Roi
-Lear_.--Théodore recouvre la liberté.--Il abandonne le royaume de
-Corse à ses créanciers.--On le remet en prison.--Il en sort
-définitivement.--Le roi et l'ouvrier.--Mort de Théodore.--Le
-marchand d'huile.--Épitaphe.--Un opéra-bouffe. 345
-
-
-APPENDICES:
-
-I.--Note sur le colonel Frédéric qui prétendait être le fils de
-Théodore de Neuhoff. 383
-
-II.--Note sur des pamphlets concernant le baron de Neuhoff. 388
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES 393
-
-TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS 431
-
-
-
-
-ERRATA
-
-
-Page 130, ligne 19, _au lieu de_: les dames Cassandre et Angélique
- Fonseca,
- _lire_: les dames Angélique-Cassandre et Françoise
- Constance Fonseca.
- » 252, » 7, _au lieu de_: Giucciardi, _lire_: Guicciardi.
- » 253, » 5, _au lieu de_: Giucciardi, _lire_: Guicciardi.
- » 375, » 13, _au lieu de_: vingt-huitième année de George II,
- _lire_: vingt-huitième année du règne de George II.
- » 383, titre, ligne 2, _au lieu de_: qui pétendait, _lire_: qui
- prétendait.
- » 384, ligne 9, _au lieu de_: ce débarrasser, _lire_: se débarrasser.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Théodore de Neuhoff, by
-André Joseph Ghislain Le Glay
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THÉODORE DE NEUHOFF ***
-
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-
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- The Project Gutenberg's eBook of Thodore de Neuhoff, by Le Glay, Andr Joseph Ghislain </title>
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-<body>
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-
-<pre>
-
-Project Gutenberg's Thodore de Neuhoff, by Andr Joseph Ghislain Le Glay
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
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-
-
-
-Title: Thodore de Neuhoff
- Roi de Corse
-
-Author: Andr Joseph Ghislain Le Glay
-
-Release Date: December 12, 2017 [EBook #56173]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-Thanks to Clarity, Hlne de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THODORE DE NEUHOFF ***
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corrigs.
-L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise.
-Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.</p>
-Les errata ont t incorpors dans le texte.</div>
-
-<div class="topspace titlepage">
-<p><span class="sper small">MMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES</span><br />
-<span class="xs">PUBLIS PAR ORDRE</span><br />
-<span class="small">DE S. A. S. LE PRINCE ALBERT I<sup>er</sup> DE MONACO</span></p>
-
-<p><span class="xxlarge">THODORE DE NEUHOFF</span><br />
-<span class="large">ROI DE CORSE</span></p>
-
-<p><span class="xs">PAR</span><br />
-<span class="medium">ANDR LE GLAY</span><br />
-<span class="xs"><i>Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.</i></span></p>
-
-<p><span class="large">MONACO</span><br />
-<span class="sper small">IMPRIMERIE DE MONACO</span><br />
-<span class="xs">Place de la Visitation</span></p>
-
-<p><span class="large">PARIS</span><br />
-<span class="small">LIBRAIRIE Alphonse PICARD ET FILS</span><br />
-<span class="xs">82, rue Bonaparte</span></p>
-
-<p class="medium">1907</p>
-</div>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/frontispiece.jpg" width="300" height="522" alt="" />
-</div>
-
-<div class="caption">
-<p><span class="i3">Portrait de Thodore de NEUHOFF.</span><br />
-D'aprs une gravure du Cabinet des<br />
-<span class="i5">Estampes</span><br />
-<span class="i3"> la Bibliothque Nationale de Paris.</span></p>
-</div>
-
-<p class="extra"><span class="medium">COLLECTION</span><br />
-<span class="xs">DE</span><br />
-<span class="large">MMOIRES ET DOCUMENTS HISTORIQUES</span><br />
-<span class="xs">PUBLIS</span><br />
-<span class="medium">PAR ORDRE DE S. A. S. LE PRINCE ALBERT I<sup>er</sup></span><br />
-<span class="xs">PRINCE SOUVERAIN DE MONACO</span></p>
-
-<div class="topspace frontmatter">
-<p><span class="xxlarge">THODORE DE NEUHOFF</span><br />
-<span class="large">ROI DE CORSE</span><br />
-<span class="xs">PAR</span><br />
-<span class="sper medium">ANDR LE GLAY</span><br />
-<span class="large">MONACO</span><br />
-<span class="sper small">IMPRIMERIE DE MONACO</span><br />
-<span class="xs">Place de la Visitation</span><br />
-<span class="large">PARIS</span><br />
-<span class="small">LIBRAIRIE Alphonse PICARD ET FILS</span><br />
-<span class="xs">82, rue Bonaparte</span><br />
-<span class="medium">1907</span></p>
-</div>
-
-<h2 class="normal">AVANT-PROPOS</h2>
-
-<p>Thodore de Neuhoff n'est pas un aventurier de haute
-envergure. Les combinaisons qu'il labore dnotent un
-homme plus port l'intrigue qu' l'action. Il a de l'imagination;
-il est ambitieux; il ne voit les choses que
-par en dessous. Il est insinuant; son intelligence est vive,
-mais fausse. La bravoure lui manque. Ses plans ont pour
-base le mensonge et s'croulent. Il n'a pas l'nergie ncessaire
-pour les faire russir. Il se fait proclamer roi de
-Corse par les insulaires mcontents en leur faisant des
-promesses; seulement il ne sait pas maintenir la couronne
-sur sa tte. Il monte une affaire commerciale avec sa
-royaut. Prudent l'excs, il fuit quand il faut agir. Il
-se dguise et se cache. Il a toujours la plume la main,
-jamais l'pe. Il conspire: il se faufile auprs de hauts
-personnages; on se sert de lui pour des entreprises louches;
-tous les projets avortent. Il est l'homme des antichambres
-et des cabinets secrets et non des champs de
-bataille. Quand il faudrait se battre, il ngocie. Il sait
-faire de belles phrases, mais pas le beau geste qui en
-impose.</p>
-
-<p>N dans les dernires annes du XVII<sup>e</sup> sicle, Thodore
-de Neuhoff a fait ses premires armes la cour du Rgent.
-Il a t employ par G&oelig;rtz, par Alberoni et par Ripperda.
-<span class="pagenum"><a id="Page_VI"> VI</a></span>
-Il a bien la mentalit des aventuriers du XVIII<sup>e</sup> sicle,
-aptes toutes les besognes, ayant le cerveau toujours
-en bullition, mal quilibr. Ce sont les courtiers marrons
-de la diplomatie occulte qui se fait dans les pices
-intimes des princes, en dehors des bureaux officiels. Ils ont
-des plans ingnieux ou extravagants, toujours dnus de
-scrupules. Ils se font couter; on se sert d'eux, on les
-paye, puis on les rejette. Cette diplomatie s'enchevtre
-dans un rseau des ngociations obscures et de compromissions.</p>
-
-<p>L'histoire de Thodore de Neuhoff n'offrirait par elle-mme
-qu'un mdiocre intrt, si elle ne montrait aussi un
-ct curieux des m&oelig;urs politiques et diplomatiques du
-XVIII<sup>e</sup> sicle.</p>
-
-<p>J'ai essay de faire revivre la vritable figure de cet
-aventurier et de retracer le tableau des intrigues qui se
-nourent autour de son quipe, d'aprs des documents
-dont un grand nombre sont indits et que leur source
-permet de regarder comme vridiques. Ils sont, pour la
-plupart, tirs des archives du Ministre des affaires trangres
-et des archives d'tat de Gnes et de Turin.</p>
-
-<p>A Paris, les correspondances de Gnes, de Corse, de
-Florence, de Naples, de Rome, de Hollande, d'Angleterre
-et de Cologne m'ont fourni des renseignements dfinitifs et
-complets sur les aventures et les menes de Neuhoff en
-ces diffrents pays. Les dpches des reprsentants de la
-France auprs des divers gouvernements nous indiquent les
-inquitudes que souleva son dbarquement en Corse.
-Elles nous font assister aux ngociations qui se poursuivirent
-entre Gnes et Versailles pour la premire expdition
-franaise en Corse. C'est, en quelque sorte, la gense de
-l'annexion de l'le la France.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_VII"> VII</a></span>
-Les documents puiss Gnes m'ont permis, non
-seulement de contrler les pices franaises, mais aussi
-de suivre tous les mouvements de la diplomatie gnoise
-en cette affaire, mouvements tortueux et sombres, parfois
-dramatiques, souvent amusants. La volumineuse correspondance
-intercepte par les agents gnois dvoile les
-marchs honteux proposs par les fripons qui gravitaient
-autour de Neuhoff; elle met nu les ambitions malsaines
-que fit natre cette aventure. Les dcisions prises par les
-inquisiteurs d'tat, par les diffrents conseils qui s'occupaient
-des affaires de Corse prcisent les sanctions donnes
-aux offres faites la rpublique pour livrer les secrets de
-Thodore ou pour le tuer.</p>
-
-<p>J'ai trouv aux archives d'tat de Turin, classe sous ce
-titre: <i>Carte diverse relative al regno di Teodoro Neuhoff
-in Corsica</i>, la correspondance autographe des principaux
-chefs insulaires et ministres du roi de Corse pendant son
-rgne phmre. Cette correspondance est entirement
-indite. A Turin galement, figure une relation de l'arrestation
-de Thodore de Neuhoff en Hollande. Les cartons
-<i>Levata truppe straniere</i>; <i>Lettere ministri Toscana</i> contiennent
-les pices concernant les offres de service faites
-par l'aventurier au gouvernement sarde et toutes les
-ngociations qui se nourent cette occasion.</p>
-
-<p>Ce qu'on pourrait appeler la <i>Geste du roi Thodore en
-Corse</i>, fut crite par un tmoin de sa vie, Sbastien Costa,
-qui fut son plus intime confident et son grand chancelier.
-Un historien, M. Thodore J. Bent, a traduit en
-anglais et publi dans <i>The historical review</i><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>, des
-extraits du journal de Costa; il en avait pris connaissance
-<span class="pagenum"><a id="Page_VIII"> VIII</a></span>
- Bastia sur le manuscrit original qui se trouve en
-la possession d'une famille descendant du fidle partisan
-de Neuhoff.</p>
-
-<p>La Socit des sciences historiques et naturelles de la
-Corse qui, sous l'intelligente direction de M. l'abb Letteron,
-a runi tant de documents intressants pour l'histoire de
-l'le, n'a pas, malheureusement, publi ce document si
-important. Je suis donc contraint d'emprunter la version
-de M. Thodore J. Bent les citations que je fais de ce rcit,
-dont l'authenticit et la vracit n'ont jamais t mises
-en doute, que je sache.</p>
-
-<p>Les <i>Mmoires de Rostini</i>, traduits et publis par
-M. l'abb Letteron (Bulletin de la Socit des sciences
-historiques et naturelles de la Corse), confirment bien des
-faits contenus dans les extraits du journal de Costa donns
-par l'historien anglais. J'y ai puis en outre des renseignements
-utiles et quelques dtails curieux.</p>
-
-<p>M. l'abb Letteron a publi, galement dans le mme
-Bulletin, deux recueils qui m'ont grandement servi. Le
-premier: <i>Correspondance des agents de France Gnes
-avec le ministre</i> depuis le commencement de l'anne 1730
-jusqu' la fin de 1741. Le second: <i>Pices et documents
-divers pour servir l'histoire de la Corse pendant les
-annes 1737-1739</i>, est tir de la Correspondance de Corse
-aux archives du Ministre des affaires trangres et des
-archives du ministre de la guerre.</p>
-
-<p>Je citerai encore parmi les publications de la Socit des
-sciences historiques et naturelles de la Corse que j'ai
-consultes: <i>les Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci</i>,
-dont le texte a t revu par MM. P.-L. Lucciana, et
-<i>Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse</i>, de Varnhagen, traduit de
-l'allemand par M. Pierre Farinole. Ce dernier ouvrage, un
-<span class="pagenum"><a id="Page_IX"> IX</a></span>
-peu trop partial, contient des faits qu'il ne faut accepter
-qu'avec rserve.</p>
-
-<p>J'ai compltement laiss de ct les <i>Mmoires pour
-servir l'histoire de Corse</i>, publis Londres en 1768
-par le colonel Frdric, qui disait tre le fils de Thodore de
-Neuhoff. Les historiens qui, de nos jours, se sont occups de
-l'aventurier ont trop facilement accept les dires de cet
-individu; Frdric ne fut sans doute jamais colonel, mais
-ce qu'il y a de bien certain c'est qu'il n'tait pas le fils
-du roi de Corse. Je donne dans l'appendice une note sur ce
-personnage, en rvlant sa vritable identit, d'aprs des
-documents tirs des archives d'tat de Gnes.</p>
-
-<p>Un livre publi La Haye en 1738, c'est--dire deux
-ans aprs le dbarquement du baron de Neuhoff en Corse,
-sous le titre: <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse et
-de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat,
-tire des mmoires tant secrets que publics</i>, contient des
-dtails dont j'ai pu contrler la vracit au moyen des
-rapports franais et gnois. L'ouvrage de Jaussin, apothicaire
-de l'arme franaise d'expdition, intitul: <i>Mmoires
-historiques militaires et politiques sur les principaux
-vnements arrivs dans l'le et royaume de Corse depuis
-le commencement de l'anne 1738 jusques la fin de
-l'anne 1741</i> (Lausanne, 1758), peut tre consult avec
-fruit, non seulement en ce qui concerne l'expdition
-franaise en 1738, mais aussi sur quelques-unes des
-intrigues de Thodore.</p>
-
-<p>Je citerai encore parmi les ouvrages du XVIII<sup>e</sup> sicle qui
-traitent de l'histoire de la Corse: un livre publi Londres
-en 1743 intitul: <i>The history of Theodore I, king of
-Corsica</i>.... et qui contient des particularits intressantes et
-trs vraisemblables sur les antcdents de Thodore de
-<span class="pagenum"><a id="Page_X"> X</a></span>
-Neuhoff; l'<i>Histoire des rvolutions de Corse</i>, par l'abb
-de Germanes (Paris, 1776); l'<i>Histoire de l'isle de Corse</i>,
-par Pommereul (Berne, 1779); <i>Istoria del regno di
-Corsica</i>, par Cambiagi (1771); l'<i>Histoire de l'le de Corse</i>,
-dite Nancy en 1749 et attribue Franois-Antoine
-Chevrier. Le livre de Bosswel, <i>An account of Corsica</i>, paru
- Londres en 1768 et traduit en italien sous le titre
-<i>Relazione della Corsica</i>, renferme peu de dtails sur
-l'aventurier.</p>
-
-<p>D'autres ouvrages de la mme poque, sur la Corse,
-rapportent des faits identiques, mais qui demandent tre
-srieusement contrls. Le nombre de ces livres, dont
-quelques-uns sont rdigs en forme de pamphlet, permet
-d'affirmer que l'aventure du baron de Neuhoff intressa
-ou amusa ses contemporains. Tout en ne ngligeant pas
-les manifestations de l'opinion publique sous leurs diverses
-formes, je me suis principalement attach rechercher
-la vrit parfois un peu embrouille, en m'appuyant sur les
-documents d'archives. Il y a, en effet, ct des intrigues
-du personnage, divers pisodes d'histoire diplomatique qu'il
-tait intressant de mettre au jour.</p>
-
-<p>M. Antonio Battistella, dans son livre <i>Ritagli e scampoli</i>
-(Voghera, 1890), a consacr une tude bien documente
-sur Thodore de Neuhoff: <i>Re Teodoro di Corsica</i>. Ce
-travail, un peu restreint, a t fait principalement d'aprs
-des papiers des archives de Gnes. Mais cet historien n'a pas
-consult tous les dossiers, d'ailleurs trs nombreux, qui se
-trouvent Gnes.</p>
-
-<p>L'ouvrage de M. Percy Fitzgerald: <i>Theodore of Corsica</i>,
-m'a fourni des renseignements prcieux sur les dernires
-annes du baron de Neuhoff Londres.</p>
-
-<p>L'tude de M. Giuseppe Roberti: <i>Carlo-Emmanuelle III</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_XI"> XI</a></span>
-<i>e la Corsica al tempo della guerra di successione austriaca</i>,
-m'a donn d'utiles indications sur les intrigues de
-l'aventurier la cour de Sardaigne; j'ai pu complter
-le tableau avec les documents des archives d'tat de
-Turin.</p>
-
-<p>Quelques notices, forcment trs succinctes sur le mme
-individu, ont paru dans diverses publications priodiques.
-L'article le plus rcent est d M. Paul Gaulot (<i>Un Roi
-de Corse au XVIII<sup>e</sup> sicle.</i> Supplment littraire du <i>Figaro</i>,
-du 17 novembre 1906).</p>
-
-<p>Quelques reproductions de gravures: portraits ou pamphlets,
-un fac-simil d'criture, une planche de monnaies
-d'aprs des moulages, compltent les documents que j'ai
-pu recueillir sur Thodore de Neuhoff.</p>
-
-<p class="space">S. A. S. le Prince Albert I<sup>er</sup> de Monaco a daign
-accueillir cet ouvrage pour inaugurer la nouvelle <i>Collection
-de mmoires et documents publis par Son ordre</i>. Je
-souhaiterais que cette tude ne ft pas juge trop indigne
-de cet honneur. Je prie Son Altesse Srnissime de
-vouloir bien agrer l'hommage de ma plus respectueuse
-gratitude.</p>
-
-<p>Mon ami, M. Gustave Saige, le regrett conservateur des
-archives du Palais de Monaco, a t enlev avant d'avoir
-vu l'achvement typographique de ce livre qu'il avait
-prsent au Prince. M. Saige fut pour moi, non seulement un
-ami affectueux, mais encore un guide sr et clair. C'est
-avec un profond serrement de c&oelig;ur que je donne ici sa
-mmoire pieusement conserve, le souvenir mu de ma
-reconnaissance.</p>
-
-<p>J'ai trouv auprs de son successeur, M. L.-H. Labande,
-le plus amical accueil. Il a dirig la plus grande partie
-<span class="pagenum"><a id="Page_XII"> XII</a></span>
-de l'impression de cet ouvrage auquel il a pris un bienveillant
-intrt. Je suis heureux de lui dire ici combien
-j'ai t touch de ses attentions et de ses conseils.</p>
-
-<p>M. Louis Farges, chef de la section historique au
-Ministre des affaires trangres, a guid mes recherches
-avec une cordiale obligeance. Il a droit ma reconnaissance
-et je ne saurais manquer l'agrable devoir de la lui
-tmoigner.</p>
-
-<p>J'ai rencontr auprs de MM. les directeurs des archives
-d'tat de Gnes et de Turin, et de leurs attachs, une
-complaisance qui a singulirement facilit ma tche. Qu'ils
-me permettent de leur exprimer tous mes remerciements.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p>
-<h2 class="normal">THODORE DE NEUHOFF<br />
-<span class="medium">ROI DE CORSE</span></h2>
-</div>
-
-<p class="subh">CHAPITRE PREMIER</p>
-
-<div class="hanging indent">
-<p>La Corse l'arrive de Thodore.&mdash;Rvolutions.&mdash;Evnements de 1729.&mdash;Intervention
-allemande.&mdash;Le peuple corse attend un sauveur.</p>
-
-<p>La famille de Neuhoff.&mdash;Les parents de Thodore.&mdash;Sa jeunesse.&mdash;A
-la Cour de France.&mdash;G&oelig;rtz, Alberoni et Ripperda.&mdash;Thodore en
-Hollande et en Italie.&mdash;Sa rencontre avec les prisonniers corses.&mdash;Il
-accepte d'tre le sauveur.&mdash;Voyage et sjour Tunis.&mdash;Il s'embarque
-pour la Corse.</p>
-</div>
-
-<p>Le 12 mars 1736, un navire battant pavillon anglais jetait
-l'ancre devant Alria, sur la cte orientale de la Corse. Un
-homme en descendit dans un accoutrement bizarre, qui faisait
-songer au costume de mamamouchi dont M. Jourdain est affubl
-dans le <i>Bourgeois gentilhomme</i>.</p>
-
-<p>Les informations des gazettes, les rapports que la Srnissime
-Rpublique de Gnes, souveraine de la Corse, reut de ses
-espions, donnrent du mystrieux passager un signalement
-uniforme et exact. On variait un peu au sujet de l'habit, variantes
-sans importance, une question de nuance, tout au plus, et de
-coupe. Les uns l'habillaient la turque; d'autres la
-persane; pour un certain nombre, il tait vtu la franque,
-c'est--dire la faon des chrtiens vivant dans les tats du
-Grand Seigneur.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span>
-Le dguisement eut du succs; le mystre appela l'attention.
-L'homme devait tre de ces gens qui s'entendent emboucher
-les trompettes de la Renomme,&mdash;comme on disait alors,&mdash;
-manier la rclame, dirions-nous aujourd'hui.</p>
-
-<p>Les salves, dont ce turc de contrebande entoura son dbarquement
-fait en fraude, firent rsonner des chos plus lointains
-que ceux des maquis d'Alria. Tout auprs, San Pellegrino,
-il y avait un fort gnois dont la garnison ne bougea pas.</p>
-
-<p>Bastia, centre de la domination gnoise, fut dans la terreur;
-Gnes, elle-mme, trembla. La Srnissime Rpublique crut que
-l'homme d'Alria allait lui ravir la Corse.</p>
-
-<p>On ne tarda pas savoir que cet oriental tait tout simplement
-un baron de la Westphalie, Thodore de Neuhoff.</p>
-
-<p>L'histoire a conserv son nom et le souvenir de sa personnalit
-falote, indcise et remuante. Voltaire lui a consacr une
-page dans <i>Candide</i>; elle est classique: Venise, dans une
-auberge, au moment du carnaval, quelques rois en exil racontent
-leurs malheurs, et Thodore, le plus piteux de tous, reoit
-l'aumne de Candide. L'lve de Pangloss aurait eu les meilleures
-raisons du monde pour secourir Neuhoff, car c'tait son
-compatriote.</p>
-
-<p>Le sarcasme de Voltaire est ce qui a le plus fait revivre le
-nom de Thodore, mais la faon d'une belle caricature.</p>
-
-<p>N'en dplaise au grand crivain, il n'y avait pas l seulement
-matire simple plaisanterie. Les conjonctures qui avaient
-permis une pareille entreprise de se produire, pouvaient seules
-expliquer comment une aussi extraordinaire quipe avait pu
-dgnrer en un gros vnement politique. Et cette observation
-se justifie puisque nous allons voir la diplomatie des principales
-puissances europennes, celles qu'intressaient la domination de
-la Mditerrane et l'influence politique ou commerciale dans
-le Midi de l'Europe, prendre srieusement position propos
-d'un incident d'apparence si ridicule, aprs coup, aux yeux de
-Voltaire.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span></p>
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>Au moment du dbarquement thtral du baron de Neuhoff
-sur la plage d'Alria, la Corse subissait cette suite ininterrompue
-de rvolutions, de conqutes et de luttes qui, depuis des sicles,
-caractrisait sa destine.</p>
-
-<p>La prophtie lgendaire rapporte par Giovanni della Grossa
-s'tait ralise:</p>
-
-<p>Le vieux chroniqueur corse raconte qu'en l'an mil, lorsque
-le comte Arrigo, surnomm <i>il bel Messere</i>, prit assassin avec
-ses sept fils, une voix se fit entendre dans toute l'le:</p>
-
-<p class="quote"><i>E morto il conte Arrigo, Bel Messere,</i><br />
-<span class="i1"><i>E Corsica sar di male in peggio.</i></span></p>
-
-<p>Il est mort le comte Arrigo, le beau Messire&mdash;et la Corse
-ira de mal en pis<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a>.</p>
-
-<p>La Corse, en effet, changea souvent de matres, mais elle
-ne trouva jamais la paix. Tour tour, elle avait appartenu
-au Saint-Sige, Pise, Gnes, la Maison de Saint-Georges,
-puis de nouveau Gnes. La haine entre les deux peuples
-avait grandi de sicle en sicle. Les rvoltes se renouvelaient;
-suivies de reprsailles implacables.</p>
-
-<p>L'anne 1729 marqua la recrudescence de cette hostilit, le
-point de cristallisation, en quelque sorte, qui devait modifier compltement
-l'tat politique de ce petit peuple. Prs de quarante
-ans devaient s'couler avant que l'annexion franaise ne
-vnt fixer cet tat et lui donner un commencement de paix
-civile. Il semblerait alors que le destin se plaise sceller l'incorporation
-de la Corse la France par la naissance de Bonaparte.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-Alfieri a dit que cette poque de luttes, qui va de 1729
-1768, tait l'Iliade de la Corse. Il y a l une de ces exagrations
-qui sonnent faux pour quiconque tudie impartialement les
-vnements. La discorde fut obstine, mais, du ct des Corses,
-comme du ct des Gnois, on y chercherait vainement quelque
-grandeur.</p>
-
-<p>Ce soulvement de 1729, qui aurait d anantir l'un des
-deux peuples, ne ruina pas la Corse parce qu'elle n'avait pas
-de quoi tre ruine, mais il plongea l'le dans cet tat de
-dtresse o tout changement vaut mieux que ce qui existe.
-A ces moments, une nation appelle le sauveur, aspire l'inconnu;
-elle attend le miracle. Au commencement du XVIII<sup>e</sup>
-sicle, la Corse en tait cette poque d'attente messianique,
-comme la Jude au temps des Macchabes et la France avant
-les voix de Jeanne d'Arc.</p>
-
-<p>Il y avait une absolue incompatibilit d'humeur entre les
-Corses et les Gnois. La Srnissime Rpublique tait, avant
-tout, une vaste maison de commerce; elle ne gouvernait pas la
-Corse, elle l'exploitait.</p>
-
-<p>Les gouverneurs que Gnes envoyait dans l'le, avec un
-mandat de deux ans seulement, taient gnralement des nobles
-ruins, qui ne voyaient dans leurs fonctions qu'un moyen de
-refaire leur fortune. Il fallait agir rapidement avant l'arrive
-d'un successeur press, lui aussi; des ministres de rapine,
-dit un prtre corse, Bonfiglio Guelfucci, dans ses mmoires.</p>
-
-<p>C'est pourquoi au commencement du XVIII<sup>e</sup> sicle, l'le tait
-peu peuple et tout le pays ne prsentait qu'un horrible aspect
-de marais, de bois et de forts impntrables dans les
-meilleurs terrains et les plus fconds. Les insulaires ignoraient
-tout en fait d'art et jusqu'aux mtiers les plus vulgaires
-et les plus utiles<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span>
-La rpublique craignait de voir la Corse devenir trop puissante
-si elle favorisait dans l'le le dveloppement intellectuel et
-le got de l'industrie; aussi l'crasait-elle sous sa tyrannie
-fiscale, la plus insupportable de toutes.</p>
-
-<p>Un commissaire gnral qui avait les pleins pouvoirs du
-Snat, des collecteurs de tailles chargs de percevoir des impts,
-dont la plus grande partie n'arrivait pas dans ses caisses,
-enfin des barigels et des sbires pour lui faire des rapports de
-police, tels taient les lments au moyen desquels la rpublique
-prtendait gouverner la Corse. L'arbitraire seul rgnait. Les
-Gnois tenaient leurs sujets pour des barbares indignes d'avoir
-des lois raisonnables et justes comme les autres peuples.</p>
-
-<p>Sous l'administration gnoise aucun travail ne fut entrepris
-pour le bien-tre des insulaires. Des routes furent faites seulement
-dans l'le par les Franais quand ils y vinrent<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a>.</p>
-
-<p>Les gouverneurs gnois ne cherchaient pas avoir le moindre
-contact avec les insulaires pour connatre leurs besoins et leurs
-aspirations. La citadelle de Bastia renfermait tout ce qui
-formait leur gouvernement, et le chteau, rsidence du commissaire
-gnral, tait lui-mme enclav dans un retranchement
-de la citadelle<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a>.</p>
-
-<p>Ce triple camp retranch, au milieu duquel s'abrite le gouverneur,
-symbolise bien l'administration gnoise en Corse, se
-rsumant en trois mots: arbitraire, mfiance, exactions.</p>
-
-<p>On peut s'tonner, avec Voltaire, de voir que les Corses
-n'arrivaient pas secouer un joug qui leur tait odieux. C'tait
-plutt aux Corses conqurir Pise et Gnes, qu' Gnes
-et Pise de subjuguer les Corses, car ces insulaires taient
-plus robustes et plus braves que leurs dominateurs; ils
-n'avaient rien perdre; une rpublique de guerriers pauvres
-et froces devait vaincre aisment des marchands de Ligurie,
-<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span>
-par la mme raison que les Huns, les Goths, les Hrules,
-les Vandales qui n'avaient que du fer, avaient subjugu les
-nations qui possdaient l'or. Mais les Corses ayant toujours
-t dsunis et sans discipline, partags en factions mortellement
-ennemies, furent toujours subjugus par leur faute<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>.</p>
-
-<p>Les Corses, en effet, ne sont pas sans avoir quelques vertus;
-ils sont sobres et courageux, ils pratiquent l'hospitalit et ont
-l'amour du sol natal; mais ils ont, comme peuple, de terribles
-dfauts. Les questions de personnalit priment chez eux les
-questions de principes. Le peuple corse, crivait Volney, ne
-conoit pas l'ide abstraite d'un principe.</p>
-
-<p>Tout tait&mdash;et restera longtemps&mdash;chez eux subordonn aux
-intrts particuliers de quelques petites collectivits remuantes.
-Ils forment des clans qui se jalousent. Ce sont autant de
-partis politiques qui rivaliseront d'influence et en viendront souvent
-aux mains pour exercer quelques menues suprmaties
-locales. De longues et sanglantes dissensions clatent pour des
-causes futiles entre les familles dirigeantes. La clientle la plus
-nombreuse ou la plus agissante donne la victoire, et les vaincus
-ne songent qu' la revanche.</p>
-
-<p>Gnes laisse faire. Au lieu d'apaiser ces querelles, elle les
-attise; pour mauvais et impolitiques qu'ils soient, la rpublique
-a des principes et elle s'y tient.</p>
-
-<p>Napolon, en 1796, crivait, en parlant de la rpublique de
-Gnes: Elle a plus de gnie et de force que l'on ne croit.
-Les Gnois, en effet, ont dploy une farouche nergie lorsqu'il
-s'est agi, en 1746, de chasser les Autrichiens de leur territoire;
-mais ils ne se sont jamais donns la peine d'tablir, en Corse, un
-gouvernement raisonnable destin prvenir les rvoltes, plutt
-qu' les rprimer, protger les insulaires contre eux-mmes,
-au lieu d'entretenir les inimitis.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span>
-La rpublique considrait la Corse comme une province de
-maigre rapport, et elle tait trop avare pour s'engager dans une
-voie civilisatrice qui lui aurait cot trs cher sans rmunration
-immdiate. C'est cette avarice qui la perdra ou qui, du moins,
-lui fera perdre la Corse.</p>
-
-<p>Quels titres avait-elle la possession de cette le? La question
-serait peut-tre oiseuse, mme aujourd'hui, o, en fait
-d'occupation territoriale, toute possession vaut titre. Mais les
-Corses contestaient ces titres avec une pret qui ne se contredira
-jamais pendant des sicles. Peut-tre ici verrait-on poindre
-un principe chez eux, principe d'une persistance telle qu'il
-constituerait toute l'thique de leurs rbellions. Ce serait, alors,
-l'ternel honneur des Corses d'avoir les premiers revendiqu le
-droit qu'ont les peuples de disposer d'eux-mmes. Malheureusement
-leur incurable esprit de parti empcha ce principe, qui tait
-une belle force, de produire un rsultat.</p>
-
-<p>Nous voyons, en effet, les Corses s'offrir tour tour aux
-tats dont le crdit et l'importance en Europe paraissent devoir
-leur procurer le plus d'clat et de bnfice, mais toujours
-l'instigation de quelques intrts particuliers, pour suivre le
-parti qui, dans le moment, domine. Offre purement platonique,
-d'ailleurs, et gnralement sans cho!</p>
-
-<p>A la suite de la grande rvolution de 1729<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>, la rpublique
-de Gnes, ne pouvant matriser ses sujets, entama des ngociations
-auprs de l'Empereur pour avoir des secours en munitions
-et en soldats. Les Gnois insinurent Charles VI que
-l'Espagne et la France soutenaient les rebelles, en lui procurant
-l'une des vaisseaux, l'autre des troupes<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>. L'insinuation porta
-ses fruits. L'Empereur avait tout intrt fermer les portes de
-<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-l'Italie aux Espagnols et aux Franais. Il promit la rpublique
-les secours ncessaires pour rtablir la paix en Corse<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a>.</p>
-
-<p>Quelques rgiments impriaux se trouvaient disponibles en
-Lombardie. Charles VI proposa Gnes de lui fournir huit
-mille hommes de troupes. Par mesure d'conomie, le Snat n'en
-accepta que quatre mille<a id="FNanchor_9-a" href="#Footnote_9-a" class="fnanchor">&nbsp;[9-a]</a>.</p>
-
-
-<p>Ces troupes dbarqurent Bastia le 10 aot 1731, sous le
-commandement du gnral baron de Wachtendonck<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a>.</p>
-
-<p>Les rebelles furent obligs de lever le sige de Bastia, et tous
-leurs dpts, situs aux environs de la ville, furent brls. Les
-chefs de la rvolte adoptrent alors le vieux plan de campagne
-de Sampiero, lorsque celui-ci, deux sicles auparavant, avait
-entam une lutte gigantesque contre les Gnois. Ce plan consistait
- ramener la guerre dans l'intrieur de l'le et dcimer le
-corps d'occupation par une srie de combats d'embuscade
-laquelle se prtait cette rgion montagneuse. Les Allemands et
-les Gnois subirent ainsi, sur diffrents points de l'le, des checs,
-qui leur occasionnrent des pertes considrables<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a>.</p>
-
-<p>La rpublique de Gnes dut faire des sacrifices; elle prit
-tout l'argent dpos dans la banque de Saint-Georges, tablit
-des taxes et vendit des titres de noblesse<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a>. Puis elle demanda
- Vienne de nouveaux secours. Ceux-ci, se montant six mille
-hommes environ, dbarqurent au commencement d'avril 1732
-sur les ctes de la Balagne, sous les ordres du prince Louis de
-<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span>
-Wurtemberg. Ce dernier&mdash;suivant les instructions de l'Empereur&mdash;devait
-employer tous les moyens de conciliation avant de
-combattre les insulaires; mais il se heurta l'nergique enttement
-corse. La nation ne voulait pas dsarmer; les ngociations
-chourent. Le prince envoya son lieutenant, le comte de Schmetaw,
-occuper le Nebbio avec cinq mille hommes<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>.</p>
-
-<p>Les Corses remportrent quelques petits succs sur les troupes
-allemandes, mais celles-ci, reprenant bientt l'avantage,
-harcelrent les rebelles jusque dans leurs montagnes<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a>. Le
-prince de Wurtemberg fit alors publier un dit pour offrir aux
-Corses la paix reposant sur la mdiation impriale et sur une
-amnistie gnrale accorde par la rpublique<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a>.</p>
-
-<p>Louis Giafferi et Andr Ceccaldi, deux des principaux parmi
-les chefs, se prsentrent devant le prince. Ils taient disposs
- traiter. Il fut dcid que des dlgus allemands, gnois et
-corses se runiraient Corte pour discuter les bases de la
-paix. Ce congrs, sous la prsidence du prince de Wurtemberg,
-s'ouvrit le 8 mai 1732. Ses dlibrations durrent plusieurs
-jours; l'vque d'Aleria, M<sup>gr</sup> Mari, assistait aux sances, et,
-de part et d'autre, on changea de longs discours<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a>. Celui que
-pronona le corse Giafferi se terminait par ces belles paroles:
-L'exemple des peuples de Corse doit apprendre aux souverains
- ne point opprimer leurs sujets, mais se souvenir
-que, partageant avec eux la qualit d'hommes mortels, ils sont
-<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
-originairement gaux; la distinction o le sort les a placs
-n'est point vaine; les souverains sont levs au-dessus des
-peuples par la force des lois, mais ils doivent s'y soutenir par
-des sentiments de justice et d'humanit; la modration est
-leur plus fort appui, la tyrannie, la chose la plus contraire
-leurs intrts; et, en voulant trop tendre leur autorit, ils
-vont toujours leur ruine<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>.</p>
-
-<p>Le discours de Giafferi, nouveau <i>paysan du Danube</i>, fit une
-certaine impression dans l'assemble, sauf cependant sur les
-dlgus gnois qui ne devaient pas comprendre ce langage.</p>
-
-<p>Pour terminer ses travaux, le congrs labora un trait
-dont l'excution tait place sous la garantie de l'Empereur. Une
-chambre de justice, tablie Bastia, serait appele discuter
-et trancher tous les diffrends survenant entre les Corses et
-les Gnois. Les insulaires devaient, en outre, remettre au Snat
-tous les papiers qu'ils possdaient et cachaient Vescovato<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a>.</p>
-
-<p>Les travaux du congrs se terminrent quatre heures du
-matin. Un grand banquet suivit<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>. L'empereur rappela ses
-troupes, le prince de Wurtemberg fit une entre triomphale
-Gnes, o le Snat lui offrit de riches prsents<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>. On pouvait
-croire l'le dsormais pacifie, mais comme le dit Accinelli, le
-chroniqueur gnois, le feu de la rbellion n'tait qu'enterr
-sous les cendres des 30 millions que la rpublique avait
-dpenss<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a>.</p>
-
-<p>Le Snat tenait beaucoup avoir les papiers des rebelles, car
-il esprait y trouver des documents prouvant la complicit de
-quelques gnois dans les rvolutions de l'le. Le major Gentile
-<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-et le riche banquier Lanfranchi, tous deux sujets de Gnes,
-avaient, en effet, des liaisons et des rapports suspects avec les
-rebelles<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a>.</p>
-
-<p>Raffaelli, qui certains auteurs du temps donnent le titre de
-marquis, tait le dpositaire de tous les papiers des mcontents.
-Il crut prudent de ne tenir aucun compte de la promesse d'amnistie
-gnrale faite par le Snat et de mettre tout au moins sa
-personne en sret. Il disparut. Le gouverneur gnois, alarm
-de cette fuite cause des papiers auxquels le Snat tenait tant,
-fit immdiatement arrter quatre des principaux chefs corses:
-Louis Giafferi, Jrme Ceccaldi, Simon Aitelli et Simon Raffaelli,
-frre du marquis. Ils furent mis en prison Bastia, puis
-transfrs bientt Gnes et enfin la forteresse de Savone<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a>.</p>
-
-<p>C'tait l une violation flagrante du trait. Les gnraux
-allemands, indigns, protestrent, et l'Empereur fit faire des
-remontrances Gnes. Mais la rpublique n'en tint aucun
-compte; elle conserva ses prisonniers.</p>
-
-<p>Une nouvelle sdition clata en Corse. Les clauses du trait
-devenaient lettre morte. D'un ct et d'autre on discuta longuement.
-Les Allemands rclamaient nergiquement la mise en
-libert des insulaires. Le Snat rpondait qu'il avait agi pour la
-sret de la rpublique, en vertu d'une raison d'tat suprieure
- tous les principes<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a>.</p>
-
-<p>Les papiers des rebelles avaient t retrouvs. Il fut prouv
-en outre que les quatre chefs arrts n'avaient en aucune manire
-facilit la fuite du marquis Raffaelli. Nanmoins, les malheureux
-restaient enferms. Les Corses intriguaient un peu partout en
-faveur de leurs compatriotes victimes innocentes de la haine des
-Gnois. Louis XV fit dire Doria, ambassadeur de Gnes
-<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span>
-Versailles, qu'il <i>dsirait</i> que les quatre corses fussent remis en
-libert. Le prince Eugne de Savoie fit de son ct des
-dmarches en faveur des prisonniers<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a>. Enfin, le 22 avril 1733,
-ceux-ci furent librs; le 8 mai, ils firent leur soumission
-devant le Snat. Giafferi eut le vice-commandement de Savone
-avec 3600 livres de pension, mais il abandonna bientt ces
-avantages et s'en vint Livourne. Ceccaldi prit du service
-auprs de Don Carlos; l'abb Aitelli se rendit Livourne;
-Simon Raffaelli fut nomm par le Pape auditeur du Tribunal de
-Monte Citorio. Celui qui avait t la cause de l'emprisonnement
-de ses amis, le marquis Raffaelli, devint, par la suite, l'un des
-secrtaires du cabinet du grand duc de Toscane, Jean-Gaston
-de Mdicis, avec 1200 cus de pension<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a>.</p>
-
-<p>La rpublique se consola difficilement de la mise en libert
-des prisonniers, car elle y voyait un chec pour sa politique.
-Accinelli se fait l'cho de ces sentiments en lanant des insinuations
-peu exactes, mais d'une perfidie dans laquelle se
-donne libre cours la rancune de Gnes. Il prtend que le
-prince de Wurtemberg aurait pris en main le parti des prisonniers
-parce que les Corses lui auraient donn des sommes
-importantes<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>. Cela n'est pas vraisemblable. Les insulaires
-taient trop pauvres pour lutter coup d'or contre leurs ennemis;
-jamais ils n'y songrent. Du reste, Gnes parlera plus tard avec
-amertume des sommes que Wurtemberg et Wachtendonck leur
-a cotes. D'un autre ct, les insulaires prtendaient que les
-quatre prisonniers avaient t trahis et livrs par Wurtemberg
-moyennant finances<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a>. Il est difficile d'tablir une juste apprciation
-au milieu de ces insinuations dictes de part et d'autre
-par la haine.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-Quand les prisonniers corses furent mis en libert, l'Empereur
-rappela Wachtendonck qui tait rest dans l'le avec quelques
-troupes. Avant de partir (juin 1733), le gnral fit une
-proclamation dans laquelle il donnait de bonnes paroles aux
-insulaires.</p>
-
-<p>Les dissensions qui divisaient les Corses et les Gnois
-taient trop profondes pour que la paix ft durable. La rpublique
-d'ailleurs avait pour ses sujets une haine faite d'orgueil
-bless, et, les Allemands partis, elle entendit n'excuter qu'
-son profit le trait conclu. Au commencement de 1734, les Corses
-se soulevrent de nouveau. La responsabilit de cette reprise
-d'hostilit doit, en grande partie, retomber sur Gnes, dont les
-exigences et la mauvaise foi exasprrent les insulaires<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">&nbsp;[29]</a>.
-&mdash;Bonfiglio
-Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 55.</p>
-
-<p>Cette nouvelle sdition clata Rostino, patrie d'Hyacinthe
-Paoli<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">&nbsp;[30]</a>, qui prit la direction du mouvement populaire. Les
-anciens chefs, notamment Giafferi, taient revenus en Corse.
-Leur prsence attisa la rvolte. Les insulaires, prfrant se
-mettre sous la domination d'un tat quelconque plutt que de
-rester sous le joug de Gnes, se tournrent vers l'Espagne. Ils
-envoyrent Madrid le chanoine Orticoni, homme intelligent,
-habile diplomate, pour offrir la souverainet de l'le la couronne
-espagnole. Philippe V, jugeant que les Corses, sujets de la
-rpublique de Gnes, n'avaient pas le droit de disposer d'eux-mmes,
-rejeta, sans mme les discuter, les propositions d'Orticoni.
-Voyant qu'aucune puissance terrestre ne voulaient d'eux,
-les Corses finirent par se donner la Sainte Vierge. Les
-principaux de la nation, runis en assemble gnrale, le
-30 janvier 1735, institurent de nouvelles lois sous ce titre:
-<i>Nouvelles lois du Royaume et Rpublique de Corse</i>.</p>
-
-<p>L'assemble, en premier lieu, proclama l'Immacule
-<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
-Conception de la vierge Marie, protectrice du royaume, et
-dcrta que son image serait peinte sur les armes et sur les
-drapeaux de la nation. Puis elle abolit tout ce qui pouvait rester
-du gouvernement gnois, dont les lois et les statuts devaient
-tre brls publiquement. Elle institua une administration
-nationale et une dite compose des dputs de chaque ville et
-de chaque village. Andr Ceccaldi, Hyacinthe Paoli et Louis
-Giafferi taient nomms <i>Primats</i> de la nouvelle rpublique avec
-le titre d'Altesse Royale. La Dite recevait la Srnit. Les
-emplois subalternes donneraient les titres d'Excellence et d'Illustrissime<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">&nbsp;[31]</a>.</p>
-
-<p>Et cette assemble de farouches libertaires dcrta la peine
-de mort contre quiconque oserait tourner ces titres en drision<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">&nbsp;[32]</a>.</p>
-
-<p>Mais cette constitution ne pouvait qu'accrotre l'anarchie.
-Il fallait la Corse un sauveur. Le pays tait dans les conditions
-voulues pour accueillir ce sauveur, quel qu'il fut; malheureusement
-il tait impossible qu'il sortit de son sein. Aucun des chefs
-n'avait assez d'autorit pour organiser un mouvement gnral
-qui et dfinitivement chass les Gnois. Chacun d'eux avait
-son clan et sa clientle. Il tait difficile l'un des chefs d'imposer
-aux autres la prpondrance de son parti sans veiller des
-jalousies, qui dans ce malheureux pays, dgnraient toujours en
-luttes armes. Le sauveur ne pouvait donc venir que du dehors.</p>
-
-<p>Il se prsenta aux quatre corses qui sortaient des prisons
-gnoises sous les traits d'un milord anglais. Ce milord tait en
-ralit un baron allemand, Thodore de Neuhoff.</p>
-
-<p>Il faut maintenant examiner les antcdents de ce gentilhomme
-qui allait jouer un rle dans l'histoire du peuple corse.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span></p>
-
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>A la fin du XVII<sup>e</sup> sicle, on voyait encore, en Westphalie, de
-ces barons Thunder-ten-Trunck et de ces hobereaux grotesques
-dont parle Taine<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">&nbsp;[33]</a>. Pauvres, pleines d'orgueil, attaches
-leurs prjugs de caste, ces familles de barons vivaient dans
-leurs gentilhommires qui conservaient, bien amoindri pourtant,
-l'aspect des burgs de la vieille Allemagne. Elles se mariaient
-entre elles pour garder intacte la puret de leur sang fodal, et
-leurs fils s'en allaient guerroyer la solde des princes trangers.</p>
-
-<p>Telle tait la famille des barons de Neuhoff: des gens d'ancienne
-souche, trs infatus de leur noblesse, sans doute, mais,
- coup sr, sans fortune patrimoniale.</p>
-
-<p>Cette fiert d'un ct, cette pauvret de l'autre, contriburent
- les pousser aux aventures. Dj avec Antoine de Neuhoff, le
-pre de Thodore, nous voyons se manifester ces tendances de
-chevaliers errants. Dans Thodore, il y a du Don Quichotte avec
-trop d'ambition dans le rve.</p>
-
-<p>Le fief des barons de Neuhoff, au XVII<sup>e</sup> sicle, semble avoir
-t une terre d'assez mince importance, situe dans le comt de
-Marck en Westphalie<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">&nbsp;[34]</a>.</p>
-
-<p>Antoine de Neuhoff, jeune homme aux manires avenantes,
-beau cavalier, mais sans fortune comme tous les siens, tait
-capitaine aux gardes du corps de l'vque de Munster. Son
-pre avait command un rgiment sous Bernard de Galen<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">&nbsp;[35]</a>, ce
-farouche prlat, vritable soudard mitr<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">&nbsp;[36]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span>
-Les prjugs fodaux, partir de cet hritier, furent moins
-forts. Antoine ne tarda pas s'en dfaire. Il quitta le service
-militaire de l'vque de Munster et chercha redorer son blason
-par un mariage avantageux; il n'arriva qu' se msallier sans
-profit. Le drapier de Viseu, en Ligeois, dont il pousa la fille,
-mourut un an aprs le mariage, ne laissant que onze mille florins.</p>
-
-<p>La famille d'Antoine ne voulut plus le revoir. Il quitta l'Allemagne
-avec sa femme<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">&nbsp;[37]</a>.</p>
-
-<p>S'il fallait chercher dans les lois encore obscures de l'atavisme
-moral l'explication des mobiles qui font agir un tre
-humain, nous verrions Thodore soumis une double influence
-dont les courants mal quilibrs contrarirent perptuellement
-sa destine. De sa mre, Amlie, la fille du vieux drapier
-ligeois, il tenait cet esprit fertile en ressources commerciales
-qui lui permit d'intresser son crdit des juifs et des traitants
-hollandais; par le sang des routiers allemands qui coulait dans
-ses veines, il fut pouss l'audacieuse entreprise qui, un moment,
-alarma Gnes et surprit l'Europe.</p>
-
-<p>Antoine de Neuhoff, qui tait venu s'tablir dans les environs
-de Metz, mourut obscurment en 1695. Il laissait deux enfants:
-Elisabeth qui pousa le comte de Trvoux, et Thodore-Etienne,
-le hros d'Alria. La veuve d'Antoine se remaria un commis
-des douanes Metz, nomm Marneau. Une fille naquit de ce
-mariage. Elle pousa dans la suite Gom Delagrange, conseiller
-au Parlement de Metz<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">&nbsp;[38]</a>.</p>
-
-<p>Thodore Etienne, baron de Neuhoff, naquit Cologne, dans
-la nuit du 24 au 25 aot 1694<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">&nbsp;[39]</a>, quelques mois seulement
-avant la mort de son pre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span>
-Un parent de Westphalie, le baron Drost, prit soin de
-la premire enfance de Thodore<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">&nbsp;[40]</a>. A dix ans, il entra chez
-les jsuites de Munster. Un trop enthousiaste biographe
-affirme qu'il fut un lve intelligent et studieux, faisant ses
-dlices de la lecture de Plutarque. Il ne devait que de trs loin
-en imiter les hros!</p>
-
-<p>Thodore serait rest pendant six ans chez les jsuites de
-Munster. Au collge, il s'tait li&mdash;dit-on&mdash;avec un jeune
-homme issu, comme lui, d'une famille westphalienne. Neuhoff et
-son camarade auraient alors t mis en pension Cologne chez un
-professeur pour achever leurs tudes. On a publi une lettre du
-compagnon de Thodore, qui donne ces dtails, et qui raconte
-un pisode tragique aprs lequel Neuhoff dt s'enfuir<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">&nbsp;[41]</a>.</p>
-
-<p>Le professeur avait une femme et deux filles jolies et sages.
-<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
-L'ane se nommait Marianne. C'tait un de ces paisibles intrieurs
-allemands, aux m&oelig;urs familiales, o la vie s'coulait
-monotone, coupe par des rcrations honntes, quelques promenades
-au jardin, des lectures permises et sans doute un peu
-de sentiment.</p>
-
-<p>Cette existence patriarcale dura deux ans; elle fut trouble
-par l'arrive d'un gentilhomme titr et riche. Il se mit faire
-une cour assidue Marianne. Thodore tait lui-mme amoureux
-de cette jeune personne, mais il soupirait en silence.
-Les assiduits du comte exasprent Neuhoff. Bien qu'il n'et
-jamais dclar sa flamme et que sa position ne lui permt pas de
-rivaliser avec le seigneur, il n'en ressentit pas moins une
-violente jalousie. Un soir, aprs une fte de famille, pour l'anniversaire
-de Marianne, Thodore provoqua le comte et le
-tua. Au milieu du trouble, caus par ce drame, Neuhoff s'tait
-enfui par une porte de derrire. Ce sera son habitude.</p>
-
-<p>Mais il n'est gure possible d'ajouter foi cette sombre
-histoire d'amour. Thodore devait avoir alors dix-huit ans, puisqu'au
-dire de son compagnon il aurait t mis chez les jsuites de
-Munster dix ans, qu'il y serait rest six ans, et qu'il aurait
-sjourn deux ans chez le professeur de Cologne. Or, l'ge de
-quinze ans, en 1709, Thodore se trouvait Versailles parmi les
-pages de Madame, duchesse d'Orlans<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">&nbsp;[42]</a>. La preuve est formelle;
-c'est bien du futur hros de Corse dont il s'agit. Les dtails
-que la princesse donne sur lui dans sa correspondance ne peuvent
-laisser aucun doute cet gard.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
-D'aprs Madame, le jeune Thodore avait une tournure
-agrable, une jolie figure et l'esprit veill. Il savait causer<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">&nbsp;[43]</a>.
-Il fut vite initi la vie et aux intrigues de la cour. Il
-acquit une grande souplesse et de la rouerie; le mot est de
-l'poque. La princesse n'eut qu' se louer du service de son
-page<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">&nbsp;[44]</a>. Sans doute elle regrettait de trouver chez lui la trace
-des qualits franaises plutt que ces grosses vertus germaniques,
-qu'elle mettait au-dessus de tout, comme elle eut donn
-toutes les dlicatesses de la cuisine franaise, pour une
-bonne soupe au lard ou une choucroute largement garnie. Trs
-allemande, elle s'efforait d'inculquer Neuhoff des gots
-allemands. Mais le petit page prit surtout ce qu'il y avait de
-mauvais la cour. La farouche vertu de Madame ne lui laissa
-aucune empreinte.</p>
-
-<p>Quand Neuhoff fut en ge de servir, il vint en Bavire<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">&nbsp;[45]</a>
-o, sur la recommandation de la princesse, l'Electeur lui donna
-une bonne compagnie. Mais Thodore tait joueur; sa passion
-l'entrana commettre des indlicatesses; il contracta des dettes
-et fit son apprentissage dans l'art de ne pas les payer. Il
-devint un coquin, un <i>excrocq</i>. Deux chevaliers de Malte lui
-prtrent un jour de l'argent; pour les tranquilliser, Thodore
-leur dit: J'ai encore un oncle et une tante chez Madame.
-Mon oncle, c'est M. de Wendt<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">&nbsp;[46]</a>, et ma tante, M<sup>me</sup> de
-Rathsamhausen<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">&nbsp;[47]</a>; je vais vous donner une lettre pour l'un
-et l'autre; ils vous payeront immdiatement.</p>
-
-<p>Il leur remit, en effet, des plis cachets; les chevaliers
-<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span>
-arrivrent Versailles et prsentrent M. de Wendt et
-M<sup>me</sup> de Rathsamhausen les lettres de leur neveu Neuhoff. Nous
-connaissons fort bien Neuhoff, rpondirent-ils; il a t page
-de Madame, mais il n'est pas notre parent. On ouvrit les
-paquets: ils ne contenaient que du papier blanc. Les deux
-chevaliers taient vols; ils s'adressrent Madame: Cet
-homme, dit-elle, n'est plus mon service. Faites en ce que
-vous voudrez.....<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">&nbsp;[48]</a>.</p>
-
-<p>Harcel par ses cranciers, Thodore quitta la Bavire
-et vint Paris auprs de son beau-frre et de sa s&oelig;ur,
-le comte et la comtesse de Trvoux. Ses parents voulurent lui
-faire de la morale; mais le gentil enfant, prenant fort mal la
-chose, tenta d'assassiner son beau-frre. Sur le point d'tre
-arrt, il s'enfuit et gagna l'Angleterre<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">&nbsp;[49]</a>.</p>
-
-<p>Il y a lieu de croire, quoiqu'en dise Madame, que cette tentative
-de meurtre ne fut pas bien caractrise. Elle n'empchera
-pas Neuhoff de revenir plus tard Paris o personne ne
-songera l'inquiter; il sera mme reu chez Trvoux.</p>
-
-<p>Le sjour de Thodore, en Angleterre, reste mystrieux.
-Madame a reproch son ancien page d'avoir pous une jeune
-anglaise prise de lui, alors qu'il s'tait dj mari en Bavire<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">&nbsp;[50]</a>.</p>
-
-<p>Cette clipse ne fut pas de longue dure. On retrouve bientt
-aprs l'ingnieux baron ml la conspiration de G&oelig;rtz et
-Gyllenborg.</p>
-
-<p>La Sude avait un roi qui ne s'occupait que de guerre et
-un ministre qui ne faisait que de la politique. On aurait pu
-s'attendre voir le petit-fils du compagnon de Bernard de Galen
-servir Charles XII. Il prfra se mettre sous les ordres de G&oelig;rtz
-qui avait rv d'tre Richelieu et qui finit comme Cinq-Mars.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span>
-Quel fut exactement le rle de Thodore auprs du ministre
-sudois?</p>
-
-<p>En ralit, rien de bien dfini. Au service de G&oelig;rtz, comme
-aprs en Espagne, comme aussi plus tard dans sa grande aventure
-de Corse, Neuhoff fut un courtier marron de la politique
-internationale, un de ces agents secrets qu'on emploie,
-qu'on paye, mais qu'on dsavoue et qu'on remercie quand ils
-sont brls. Ce rle convenait bien ce baron allemand
-intrigant et besogneux, qui, l'obstination massive de ceux de
-sa race, mlait les grces persuasives, les manires insinuantes,
-tout le raffinement vicieux d'un page de Versailles, devenu
-un <i>rou</i> de la Rgence.</p>
-
-<p>On trouve quelques dtails sur cette partie de sa vie dans
-un livre publi Londres en 1743<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">&nbsp;[51]</a>, l'poque o Thodore,
-rfugi en Toscane, tait presque ouvertement un agent de l'Angleterre.
-Cet ouvrage, crit dans le but de favoriser les intrigues
-de Thodore, ce moment-l, m'a paru tre plus srieusement
-document sur les antcdents politiques de Neuhoff que ses
-biographes du XIX<sup>e</sup> sicle, trop presss de s'en rapporter aux
-mmoires du colonel Frdric, un faussaire avr.</p>
-
-<p>D'aprs l'auteur du livre de 1743, le baron, avant de quitter
-Paris, poursuivi par l'anathme de Madame, aurait rendu
- certains ministres trangers des services importants que
-ceux-ci lui payaient; mme, il ne serait pas impossible qu'il
-fut, ds cette poque, entr en rapport avec G&oelig;rtz, qui se
-trouvait Paris au commencement de 1717<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">&nbsp;[52]</a>.</p>
-
-<p>Quand il fut oblig de quitter la France, Neuhoff, d'aprs
-<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
-le livre anglais, n'aurait eu d'autres ressources que dans les
-intrigues auxquelles il fut ml. G&oelig;rtz, alors ministre du roi
-de Sude en Hollande, avait t arrt Arnheim, sur la demande
-du roi d'Angleterre. Les Anglais accusaient G&oelig;rtz de conspirer
-avec les jacobites afin d'amener une rvolution en Angleterre.
-Le comte de Gyllenborg, ministre de Sude Londres, fut
-arrt en mme temps. Le duc d'Orlans obtint, par ses
-dmarches, la mise en libert des ministres sudois<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">&nbsp;[53]</a>. Le
-Rgent affectait de ne pas croire ce complot; il persuada
-Georges I<sup>er</sup> que le roi de Sude n'y avait pris aucune part. En
-ralit, la prsence de G&oelig;rtz, en Hollande, tait motive par une
-ngociation dlicate; il s'agissait de traiter avec le tzar Pierre I<sup>er</sup>,
-qui se trouvait dans les Pays-Bas, d'une paix spare entre la
-Sude et la Russie. Le baron de Neuhoff aurait t charg de
-porter G&oelig;rtz des dpches relatives cette ngociation<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">&nbsp;[54]</a>.
-Malgr sa jeunesse,&mdash;il avait alors 24 ans&mdash;Thodore remplit
-si bien sa mission et sut se rendre si agrable au ministre, que
-celui-ci le prit pour secrtaire et bientt aprs pour son principal
-confident<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">&nbsp;[55]</a>.</p>
-
-<p>Dans les derniers mois de 1718, G&oelig;rtz envoya Neuhoff en
-mission auprs d'Alberoni. A peine avait-il entam les ngociations
-que le roi de Sude mourut<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">&nbsp;[56]</a>. Bientt aprs, G&oelig;rtz tait
-dcapit<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">&nbsp;[57]</a>. Thodore se trouva donc sans ressources dans un
-pays dont il ignorait la langue, et priv de l'appui de la maison
-d'Orlans, puisqu'il tait entr dans des plans qui portaient
-prjudice aux intrts de cette famille<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">&nbsp;[58]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span>
-Cependant Thodore devait encore surnager aprs ce nouveau
-naufrage.</p>
-
-<p>La Cour d'Espagne, remplie d'intrigues d'antichambre, avec
-une dynastie nouvelle et trangre qu'entourait une foule
-d'aventuriers cosmopolites, constituait bien le milieu voulu pour
-l'ambition inquite et peu scrupuleuse du petit baron de
-Westphalie. Ripperda, qui, plus tard, devait devenir premier
-ministre, commenait jouir d'une grande faveur l'Escurial.
-Fidle ses ondoyants principes, l'intrigant habile qu'tait
-Neuhoff ne manqua pas d'aller lui faire sa cour. Ils se plurent.
-Ripperda, dit-on, lui fit obtenir le grade de colonel avec une
-pension de six cents pistoles<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">&nbsp;[59]</a>.</p>
-
-<p>Mais Neuhoff n'avait pas renonc ses gots dispendieux.
-Il tait souvent gn, et Alberoni dut, plusieurs reprises, lui
-venir en aide. La fortune cependant lui sourit encore. Sur les
-conseils de Ripperda et grce son appui, il pousa une des
-demoiselles d'honneur de la reine d'Espagne, lady Sarsfield,
-fille de lord Kilmallock, jacobite rfugi Madrid, parent du
-duc d'Ormond<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">&nbsp;[60]</a>.</p>
-
-<p>Ce mariage, qui aurait d fixer Thodore, parat avoir t une
-dception pour lui. Il fut quelque chose de plus pour sa femme.
-Lady Sarsfield tait laide et vaniteuse; l'ancien page de Madame
-tait volage, et milady n'avait rien de ce qu'il fallait pour retenir
-l'humeur inconstante de son mari. Cela fit un dplorable mnage.</p>
-
-<p>Rostini, dans ses <i>Mmoires</i>, dit ceci: Thodore pousa, dit-on, une parente du
-duc de Sales actuel, alors marquis de Monte Allegro.</p>
-
-<p>Or, en 1738, nous verrons le ministre du roi de Naples, le marquis de Montalgre,
-accorder, Thodore, sa protection d'une faon absolue, surtout lors d'un incident
-touchant des vaisseaux hollandais affrets par le baron. La protection qu'exera ce
-moment Montalgre vis--vis de Thodore, est d'autant plus extraordinaire que le
-bon droit n'tait certes pas du ct de l'aventurier.&mdash;Les dpches diplomatiques
-de Montalgre, en 1738, sont, la plupart du temps, signes: <i>El marques de Salas</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span>
-Alberoni tait tomb du pouvoir, mpris de l'Europe
-entire. Neuhoff perdait en lui un protecteur puissant. Ripperda,
-cependant, lui restait; mais Thodore, qui ne pouvait
-s'astreindre un genre de vie en rapport avec ses moyens, eut
-encore des besoins d'argent qui le perdirent.</p>
-
-<p>On raconte que Ripperda lui ayant confi des sommes
-importantes pour le rglement de fournitures militaires, il les
-dtourna pour ses dpenses personnelles<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">&nbsp;[61]</a>.</p>
-
-<p>Quoiqu'il en soit, Neuhoff, cette poque, quitta l'Espagne
-subrepticement, abandonnant sa femme, grosse alors. La baronne
-mourut Paris en 1724, ainsi que sa fille ne de ce mariage<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">&nbsp;[62]</a>.</p>
-
-<p>L'aventurier avait profit du sjour de sa femme l'Escurial
-avec la cour, pour quitter Madrid la nuit, en emportant tous
-ses bijoux. Il s'embarqua Carthagne pour la France, et
-bientt il arriva Paris<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">&nbsp;[63]</a>.</p>
-
-<p>A la chute d'Alberoni, Thodore, ne sachant que devenir,
-avait crit la duchesse d'Orlans, pour la prier de le
-reprendre son service. Madame ne rpondit pas; mais
-peine dbarqu Paris, l'aventurier sollicita de nouveau son
-ancienne protectrice. Celle-ci lui fit dfendre de se prsenter
-devant elle. La princesse, un jour, se rendait aux Carmlites;
-son carrosse croisa une voiture dans laquelle se trouvait Thodore.
-Madame s'cria: Voil cet honnte garon de Neuhoff!
-Il entendit l'apostrophe, baissa les yeux et plit<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">&nbsp;[64]</a>.</p>
-
-<p>Paris tait alors en pleine fivre de spculation. Law faisait
-merveille avec son <i>Systme</i>.</p>
-
-<p>La fureur de l'agiotage avait pntr dans toutes les classes
-de la socit. Il y avait l de quoi tenter l'esprit aventureux de
-<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-Neuhoff, toujours harcel par les besoins d'argent; mais il est
-peu probable, comme certains l'ont prtendu, que Thodore soit
-entr en relations directes avec Law. L'Ecossais d'origine
-obscure, devenu le grand financier, dispensateur des deniers de
-l'tat et de la fortune publique en France, dont l'antichambre
-tait encombre de ducs, dont la femme parlait toilette avec les
-princesses, dont le fils, qu'on appelait le <i>Chevalier Systme</i><a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">&nbsp;[65]</a>,
-frquentait la jeunesse dore de la cour, n'avait pas le temps de
-se commettre avec le baron westphalien. Les aventuriers,
-quand ils sont <i>arrivs</i>, ddaignent leurs semblables. Que
-Thodore ait spcul, comme tout le monde, l'poque, c'est
-trs probable, mais non pas avec Law lui-mme, alors l'apoge
-de sa puissance. Peut-tre, en intrigant habile, st-il se faufiler
-dans l'entourage du financier. Madame rapporte, en effet, que la
-rumeur publique accusait son ancien page d'avoir pris un million
-au frre de Law<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">&nbsp;[66]</a>.</p>
-
-<p>Le livre anglais, que j'ai dj cit, dit qu'il et Paris plusieurs
-aventures tranges. Il avait rompu avec la plupart de ses
-anciens amis qui le connaissaient trop, mais il parvint entrer
-en rapports avec quelques personnes de distinction qui le connaissaient
-moins. Ses relations avec Alberoni et Ripperda, les
-ennemis de la famille d'Orlans, lui fermaient les portes de la
-cour. Il ne s'attarda pas rentrer en grce auprs de Madame,
-qui, du reste, l'avait rejet de la faon la plus formelle. Il aima
-mieux devenir un courtier marron de la diplomatie. C'tait un
-emploi qui lui convenait merveille. La dlicatesse ne l'embarrassait
-pas; aucun principe ne le gnait; il n'avait qu'un but:
-se procurer de l'argent.</p>
-
-<p>Le baron qui, de bonne heure, avait t l'cole des
-G&oelig;rtz, des Alberoni et des Ripperda, trouva le moyen de
-donner quelques ministres trangers des renseignements
-<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span>
-qui lui furent trs bien pays. Il entra galement en correspondance
-avec des diplomates du dehors. Sans lui crer une
-position dfinie, ni surtout avouable, ces man&oelig;uvres lui fournirent
-les moyens de subvenir ses besoins toujours fort grands.
-Mais ces choses-l ne peuvent pas durer; on se lasse vite d'un
-agent louche. Thodore savait que tout ce qu'il faisait pouvait
-le mener en prison, et l'ombre de la Bastille le hantait. Il rsolut
-donc de quitter Paris, et, d'aprs le livre anglais, il serait parti
-deux jours seulement avant que ses intrigues ne fussent dcouvertes.
-Il aurait gagn la Hollande en emportant divers secrets
-surpris dans les antichambres diplomatiques qu'il frquentait,
-entr'autres toute la trame d'une mystrieuse ngociation engage
- Turin et dont il comptait se servir auprs de la cour impriale
-pour en tirer profit<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">&nbsp;[67]</a>.</p>
-
-<p>Madame, qui avait l'me d'un greffier, donne une autre version
-du dpart de Thodore; les motifs en sont encore moins honorables.
-Neuhoff, dans un moment de dtresse, ne sachant que devenir,
-aurait fait un srieux retour sur lui-mme. Dsirant rentrer
-en grce auprs de sa famille, il confessa ses erreurs passes et
-promit de mener, l'avenir, une vie rgulire, plus conforme
-son rang de gentilhomme. Durant un certain temps, il se conduisit
-bien. Il tait reu chez sa s&oelig;ur<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">&nbsp;[68]</a>. Un lieutenant-colonel
-du rgiment de La Marck, beau-frre de la comtesse d'Appremont,
-rencontra plusieurs fois Thodore dner chez M<sup>me</sup> de
-Trvoux<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">&nbsp;[69]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-Un jour, Thodore dclare qu'il a reu des lettres lui annonant
-que sa femme, quittant l'Espagne, tait en route pour
-Paris. Il lui parat convenable d'aller sa rencontre. Sous ce
-prtexte, il part pendant la nuit. Le matin, on dcouvre qu'il
-a tout enlev sa s&oelig;ur et son beau-frre. Il leur a pris
-deux cent mille livres. Personne ne sait de quel cot il a pass.
-Sa s&oelig;ur, M<sup>me</sup> de Trvoux, est dsespre<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">&nbsp;[70]</a>.</p>
-
-<p>Je n'ai pu trouver nulle part la confirmation de ce vol.</p>
-
-<p>Quoiqu'il en soit, il est certain que Thodore quitta Paris
-vers le milieu de 1720, et arriva en Hollande. A La Haye, il se
-serait rendu auprs du ministre imprial. Il lui remit un pli
-en le priant de le faire tenir d'une faon sre au comte de Zinzendorf,
-chancelier de Charles VI. Les explications qu'il donna
- l'ambassadeur autrichien furent sans doute trs explicites,
-car la rponse de Vienne ne se fit pas attendre. Elle consistait
-en une lettre de change de cinq mille florins. Les renseignements
-drobs Paris, au sujet de la mystrieuse ngociation entame
- Turin, auraient t reconnus exacts Vienne et seraient
-arrivs dans un moment opportun: d'o la rcompense immdiate<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">&nbsp;[71]</a>.
-Thodore tait, ce qu'on pourrait appeler, un crocheteur
-de la diplomatie.</p>
-
-<p>Puis il se serait mis en rapport avec un personnage, de
-passage en Hollande, et qui allait Londres reprsenter une
-petite cour allemande. Ce personnage passait pour un trs
-habile homme, mais Thodore tait plus fin encore. Il ne tarda
-pas reconnatre que les capacits qu'on prtait au diplomate
-taient toutes en faade. Se sentant plus apte remplir les
-fonctions destines au ministre allemand, Neuhoff aurait tent
-de le supplanter en allant lui-mme Londres; mais ses man&oelig;uvres
-furent dcouvertes, et l'homme qu'il cherchait lser
-partit pour l'Angleterre aprs avoir racont son histoire partout,
-<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
-ce qui fit du tort Thodore. Personne ne voulut plus l'employer.</p>
-
-<p>La misre vint alors. L'argent fondait entre ses mains;
-partout il avait des cranciers.</p>
-
-<p>En attendant un emploi, il apprit l'anglais. L'historien
-anonyme nous dit que jamais, sauf M. de Voltaire, aucun
-tranger n'arriva aussi bien ni aussi vite comprendre
-l'anglais. Mais, malgr toute son intelligence, il tait
-bout de ressource et de crdit. Pour se procurer le pain quotidien,
-il se fit virtuose, chimiste, <i>connoisseur en painture</i>.
-Ces diverses tentatives ne furent pas couronnes de succs.
-Ni la musique, ni les sciences, ni la critique d'art ne lui donnrent
-les moyens de subvenir ses besoins<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">&nbsp;[72]</a>. Bien des
-hommes, avant de trouver leur voie, se sont essays dans les
-diffrentes branches de l'activit humaine: professions, mtiers
-ou arts. Je ne crois pas qu'il s'en soit jamais trouv un seul
-qui ait pouss ces essais plus loin que Thodore, puisqu'il devait
-aller jusqu' la royaut, mtier qui d'ailleurs ne lui donna pas
-de quoi vivre.</p>
-
-<p>Si Paris la Bastille troublait son sommeil, en Hollande il
-voyait se dresser devant lui la prison pour dettes. La diplomatie
-lui fournit de nouveau quelques ressources ou tout au
-moins lui permit de fuir ses cranciers. Un personnage, tabli
-dans les Pays-Bas, cherchait pour le compte de l'Empereur un
-homme retors et habile, capable d'accomplir une mission secrte
-en Italie. Il s'agissait de dcouvrir les intrigues que, disait-on,
-la France et l'Espagne entretenaient dans la pninsule. Le
-personnage trouva son homme en Thodore. Celui-ci partit. Il
-s'embarqua dans l'le de Voorne, et deux ou trois mois aprs
-on le vit parcourant l'Italie<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">&nbsp;[73]</a>.</p>
-
-<p>Ce pays, partag en petits tats, livr toutes les convoitises
-trangres, neuf pour lui, ouvrait un vaste champ son
-<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-ambition mal quilibre. Que fit-il rellement en Italie? La
-question est difficile rsoudre. La renomme ne l'avait pas
-atteint encore et les certitudes manquent sur cette priode de sa
-vie. La mission dont il aurait t charg tait sans doute peu
-importante, mais, pendant son sjour en Italie, Thodore allait
-faire des relations qui devaient avoir une singulire influence
-sur sa destine.</p>
-
-<p>On vit Neuhoff Rome et on sut plus tard qu'il s'y faisait
-appeler le baron Etienne Romberg<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">&nbsp;[74]</a>. Dans cette ville, il fit la
-connaissance des dames Fonseca, religieuses au couvent des
-Saints Dominique et Sixte, qui eurent toujours une foi aveugle
-dans l'aventurier et qui devaient le soutenir avec le plus touchant
-dvouement dans l'adversit. Il connut aussi Rome un marquis,
-un comte, un docteur s-lois, un simple drapier, toujours en
-qute de nouvelles protections ou l'afft de dupes faciles. Son
-imagination, jamais court, le poussa se lier avec un moine
-qui cherchait le secret de la pierre philosophale<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">&nbsp;[75]</a>.</p>
-
-<p>C'tait un de ces moines errants, comme il y en avait beaucoup
-en Italie. Ces religieux, rejets d'un couvent, rfugis
-dans un autre qui ne les gardait pas, vagabonds allant de
-clotre en auberge, taient de tristes hres qui formaient ce que
-l'on pourrait appeler la bohme de l'glise. Beaucoup taient
-des dtraqus tombs dans la magie noire, le grand &oelig;uvre et
-l'escroquerie.</p>
-
-<p>Mais Thodore tait l'homme des rsultats positifs, tangibles
-et immdiats. Il avait bien pu s'en aller, le soir, dans les
-ruelles sombres, envelopp d'un long manteau, retrouver son
-moine alchimiste. Tous deux, penchs sur les fourneaux mal
-clairs d'une cire jaune, ils avaient pu pier le mystrieux
-<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span>
-travail de l'athanor et des cornues, au milieu de vieux grimoires
- demi-rongs par les rats et couverts de fils d'araigne. Mais,
-comme la transmutation tait lente, l'impatient baron se lassa.
-Il dit adieu au moine alchimiste et la pierre philosophale et
-courut Florence, toujours inquiet, furetant, combinant.</p>
-
-<p>En 1727, Thodore se trouvait de nouveau Paris. Un
-dcret de prise de corps pour dettes fut rendu contre lui<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">&nbsp;[76]</a>. Il
-s'enfuit assez temps pour viter la prison.</p>
-
-<p>Vers la mme poque, il parut Londres. Il aurait pris
-logement <i>aux Armes d'Ipswich</i>, dans Cullum Street, puis dans
-un caf o il se serait tenu cach. Jamais il ne sortait, restant
-au lit, sous prtexte de maladie<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">&nbsp;[77]</a>. Craignait-il encore la poursuite
-de cranciers? C'est probable. Un rapport de police
-rapporte qu'il aurait filout des marchands de Londres et qu'il
-aurait t oblig de fuir en toute hte<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">&nbsp;[78]</a>.</p>
-
-<p>Le baron de Neuhoff reparut bientt en Italie. On a prtendu
-qu'alors il aurait trouv de puissants protecteurs la
-cour du grand-duc de Toscane et qu'il aurait t sur le
-point de lever un rgiment pour le compte de l'Empereur<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">&nbsp;[79]</a>.
-Comme tat de services, il faut avouer que cette quasi mission
-mrite peu d'tre signale. Mais ce n'est pas sans surprise qu'on
-lit dans le mme auteur qu'en 1732 Thodore tait rsident de
-l'empereur Charles VI, Florence<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">&nbsp;[80]</a>. Le fait est matriellement
-faux. Ce qui est plus vraisemblable, c'est l'histoire qui, vers la
-mme poque, aurait signal son passage Livourne. Ce fut un
-<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span>
-coup de commerce, avatar assez naturel dans lequel rapparaissait
-le petit fils du drapier ligeois. En ralit, il fit une
-nouvelle dupe. Il y eut quelque mrite. Sa victime fut un banquier
-de Livourne, nomm Jabach.</p>
-
-<p>Les historiographes de Thodore ont dit que les Jabach
-taient juifs. Il n'en est rien. Ils appartenaient une famille
-de riches banquiers de Cologne, vritable dynastie financire
-qui donna, entr'autres, le fameux Everhard Jabach, qui fut connu
- Paris comme banquier et collectionneur, au XVII<sup>e</sup> sicle<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">&nbsp;[81]</a>.
-Les membres de cette famille, dissmins en France et en
-Italie, taient catholiques. Quelques-uns d'entre eux avaient
-fait leurs tudes chez les jsuites de Cologne. Jean Engelbert
-Jabach fut chanoine capitulaire de l'archevch de Cologne,
-chancelier de l'Universit de cette ville, et le Pape lui confra
-la dignit de protonotaire. Franois-Antoine fut banquier
-Livourne o il mourut en 1761<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">&nbsp;[82]</a>.</p>
-
-<p>Ce fut avec ce dernier, sans doute, que Thodore et des
-rapports dont la maison Jabach ne parat pas avoir eu se
-louer.</p>
-
-<p>Neuhoff, dont la famille avait des attaches Cologne (son
-cousin Drost y tait grand commandeur de l'Ordre Teutonique),
-avait d trouver des facilits pour nouer des relations avec ses
-riches compatriotes tablis Livourne.</p>
-
-<p>A cette poque, un banquier tait dj un personnage important
-et mfiant, peu accessible aux entreprises chimriques.
-Mais le baron avait un talent particulier d'insinuation. Soit
-qu'il se laisst prendre aux belles paroles de l'aventurier,
-soit qu'il y fut pouss par d'anciens souvenirs de famille, Jabach
-avana Thodore des sommes importantes sous prtexte
-d'affaires commerciales. Le banquier s'aperut vite qu'il tait
-<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span>
-tromp, et, ne pouvant rentrer dans ses dcouverts, il fit mettre
-son client en prison. Celui-ci tomba malade et on dut le transfrer
- l'hpital.</p>
-
-<p>Comment dsintressa-t-il son crancier? Il est probable
-que Jabach et piti de lui et qu'il ne poursuivit pas la contrainte.
-Toujours est-il qu'au sortir de l'hospice, Thodore ne
-rintgra pas la prison. Il continua sa vie errante la poursuite
-de la fortune.</p>
-
-<p>C'est ainsi qu'il arriva Gnes.</p>
-
-<p>Le livre anglais, auquel j'ai dj fait plusieurs emprunts,
-nous dit que Neuhoff tait charg par la cour impriale de
-prendre des renseignements aussi prcis que possible sur l'tat
-de la Corse. Charles VI, aprs tre intervenu dans les affaires
-de l'le, recevait de ses agents des rapports bien diffrents et
-inexacts. Le baron ayant appris que les reprsentants des Corses
-taient Ceccaldi et Raffaelli, se serait abouch avec eux.
-Ce fut la suite d'un rapport de Thodore, adress Vienne,
-que l'Empereur aurait ordonn au prince de Wurtemberg
-de conclure avec la rpublique un trait qui, tout en laissant
-la Corse aux Gnois, donnerait quelques liberts aux insulaires<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">&nbsp;[83]</a>.</p>
-
-<p>Il est plus vraisemblable de penser que Thodore ce
-moment-l tait un agent secret du duc Franois de Lorraine,
-gendre de Charles VI. L'poux de Marie-Thrse se commettait
-volontiers avec les aventuriers, qu'il recevait dans les pices
-les plus intimes de ses appartements. Il coutait les propositions
-les plus extraordinaires. Il avait une politique lui, qui s'laborait
-en secret avec des agents interlopes. Ayant des vues de
-mesquine ambition sur la Corse, il tait entr en rapports avec
-le baron<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">&nbsp;[84]</a>. Il nous faudra revenir sur les projets louches de
-Franois de Lorraine.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span>
-Il est d'ailleurs certain que les entrevues de Neuhoff avec
-les Corses n'eurent pas le caractre presque officiel que leur
-donne le livre anglais. Elles furent au contraire entoures du
-plus grand mystre.</p>
-
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>Thodore changeait souvent de dguisement; c'tait une
-ncessit pour lui. Il laissait des dettes partout o il passait, et
-il lui fallait s'ingnier dpister des cranciers assez indiscrets
-pour chercher le dcouvrir. En 1732, Gnes, il s'tait transform
-en milord anglais.</p>
-
-<p>Un certain Ruffino, corse, natif de Farinole, frre lai franciscain,
-de l'ordre appel Observantin dans l'le, habitait Gnes
-depuis longtemps. C'tait un de ces moines chirurgiens comme
-on en voyait beaucoup alors. Praticiens peu habiles et ignorants,
-ils gagnaient leur misrable existence faire quelques menues
-oprations, apprises par routine. Ruffino se rendait souvent au
-Grand Hpital o il exerait son art rudimentaire.</p>
-
-<p>Un jour il rencontra le milord. Le hasard fut-il la seule
-cause de cette rencontre? Y eut-il d'un ct ou de l'autre
-un calcul? On ne saurait le dire. Toujours est-il que le moine et
-l'<i>Anglais</i> se plurent. Ils parlrent politique et la conversation
-tomba fort propos sur les affaires de Corse<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">&nbsp;[85]</a>.</p>
-
-<p>Sans prendre aucune prcaution oratoire, le milord dclara au
-religieux qu'il avait les moyens et le pouvoir de dlivrer l'le de
-l'oppression gnoise; mais Gnes tait un mauvais endroit pour
-parler politique et surtout des choses de Corse, de mme qu'
-Babylone on ne chantait pas les cantiques sacrs et que les
-chefs du peuple lu n'taient pas libres pour traiter. Thodore
-conseilla donc Ruffino d'aller Livourne. Il se rendit
-<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span>
-galement dans cette ville<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">&nbsp;[86]</a>. Ils purent dsormais causer l'aise,
- l'abri des espions dont les rues de Gnes taient remplies.</p>
-
-<p>Le moine s'aboucha avec Ceccaldi, Giafferi et Aitelli. Ces
-corses, qui sortaient des prisons de la Srnissime Rpublique,
-tait anims d'un vif ressentiment l'gard des Gnois.
-Ruffino leur parla du milord avec enthousiasme. Thodore
-l'avait compltement convaincu, et il le reprsenta aux chefs
-comme le Rdempteur du peuple corse. Les insulaires
-attendaient un Messie; le milord arrivait propos. Le moine
-le mit en rapport avec ses amis; Neuhoff fit sans doute connatre,
-alors, sa vritable identit. Il eut avec les chefs de
-nombreuses et longues confrences. Quels arguments fit-il
-valoir? Par quels artifices parvint-il persuader aux Corses
-qu'il avait le pouvoir de dlivrer leur pays? On l'ignore<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">&nbsp;[87]</a>.
-Toujours est-il qu'ils furent bien convaincus que le moine ne les
-avait pas tromps, et qu'ils tenaient, enfin, un Rdempteur.</p>
-
-<p>Thodore possdait une grande facilit d'locution; il tait
-insinuant et il savait mentir avec cet aplomb et cette force de
-persuasion qui en impose. Arriv ce degr, le mensonge est
-un art; il y tait matre. Et puis, les Corses se trouvaient
-dans une disposition d'esprit o ils ne demandaient qu' tre
-convaincus. Le baron leur parla, sans doute, des secours qu'il
-se faisait fort d'obtenir de certaines puissances. C'tait toucher
-la corde sensible; car les insulaires avaient cette ide fixe:
-obtenir l'aide d'un grand tat quelconque. Il leur promit
-aussi probablement des canons, des fusils, de la poudre et
-des balles. Les Corses possdaient un got trs prononc pour
-toutes sortes d'engins de guerre; du reste, ils avaient besoin
-de munitions pour faire la guerre aux Gnois et les chasser de
-l'le. Il dut encore laisser entrevoir ses nouveaux amis
-qu'il avait beaucoup d'argent sa disposition; c'est un argument
-<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span>
-qui a toujours t dcisif. Bref, il n'oublia rien de
-ce qui constituait son rle de sauveur. Il se montra mu des
-malheurs du peuple corse; il parut, aux chefs, gnreux, grand,
-superbe. Et comme ils taient arrivs un moment o ils avaient
-besoin de croire en quelqu'un et d'esprer en quelque chose, ils
-crurent en ce faux milord; ils esprrent qu'il leur donnerait la
-libert.</p>
-
-<p>Les confrences de Thodore avec les Corses peuvent vraisemblablement
-se rsumer ainsi. Il est probable encore que ces
-runions ne se terminrent pas sans que, de part et d'autre, on
-et pris certains engagements<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">&nbsp;[88]</a>.</p>
-
-<p>Quand il fut dcid que la Corse serait sauve par le baron
-de Neuhoff, on annona la chose au comte de Charny, commandant
-des troupes espagnoles arrives quelque temps auparavant
-avec l'infant Don Carlos. On fit croire au gnral que
-le baron agissait pour le compte de l'Angleterre<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">&nbsp;[89]</a>; mais en
-attendant que la Corse ft dlivre, le pauvre frre Ruffino fut
-arrt et mis en prison. Il est toujours dangereux de vouloir
-sauver un peuple. Thodore jugea prudent de ne pas insister;
-il partit pour Florence<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">&nbsp;[90]</a>.</p>
-
-<p>Il est vraisemblable de supposer que, ds cette poque,
-il ait t en relation Livourne avec le chanoine Orticoni
-et avec Dominique Rivarola<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">&nbsp;[91]</a>, tous deux agents des Corses
-en Italie.</p>
-
-<p>Que fit rellement Neuhoff pendant les quatre annes qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span>
-suivirent les entrevues de Livourne? Il les employa videmment
- prparer son dbarquement en Corse. On a prtendu que le
-grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Mdicis, lui aurait donn
-quelques sequins et une lettre de recommandation pour un
-certain Buongiorno qui exerait la mdecine Tunis<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">&nbsp;[92]</a>. Il est
-vrai que Thodore a connu ce Buongiorno Tunis, soit sous
-les auspices de Jean-Gaston de Mdicis, soit de toute autre faon.</p>
-
-<p>On a prtendu aussi que le baron, en quittant la Toscane,
-serait all Constantinople o il aurait t en rapport avec
-Franois Rakoczy, prince de Transylvanie, et avec le comte de
-Bonneval, un aventurier fameux qui, aprs avoir couru le monde,
-finit par prendre le turban et le nom d'Achmet-Pacha. On a
-chafaud tout un roman sur les relations de Thodore avec
-ces deux personnages<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">&nbsp;[93]</a>. Il tait digne d'tre l'ami de Bonneval,
-ce grand agit, qui fut enterr dans un couvent de
-derviches tourneurs!</p>
-
-<p>On a dit encore que Neuhoff avait t reu presque solennellement
-par le bey de Tunis. Le gouvernement ottoman aurait
-mme ordonn au bey, non seulement d'encourager les projets
-du baron, mais encore de lui fournir des armes et des munitions,
-de mettre enfin un trsor sa disposition<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">&nbsp;[94]</a>. L'entreprise se
-<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span>
-prsente ainsi sous un aspect imposant. Il y aurait eu l un
-effort considrable pour chasser les Gnois de l'le, et trs
-certainement cet effort eut pu tre couronn de succs. Mais
-tout cela rentre dans le domaine de la lgende. Thodore ne fut
-jamais officiellement accrdit Tunis. Il ne vit pas le bey.
-Celui-ci ne lui fournit aucun secours. Il est certain que le dbarquement
-thtral du baron de Neuhoff, Alria, fut machin
-Tunis; ce fut de Tunis qu'il partit; mais les prparatifs de
-l'entreprise n'eurent pas cette envergure qu'on leur prte.</p>
-
-<p>Grce un document qui se trouve dans les archives d'tat
- Gnes, nous avons des renseignements prcis sur le sjour
-de Thodore Tunis et sur ses intrigues<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">&nbsp;[95]</a>. Les faits rapports
-sont tellement conformes sa manire d'agir qu'il faut nous
-en tenir ce document.</p>
-
-<p>Cette pice est cote sous ce titre:</p>
-
-<p><i>Copia delle deposizioni fatte nella cancelleria del illustrissimo magistrato
-del Riscatto de' schiavi.</i>&mdash;<i>Ribellione de' Corsi</i>, filza 11/3009. Archives d'tat
-de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p>Un btiment franais, provenant de Livourne, dbarqua, un
-jour Tunis, un personnage tranger. Ce personnage tait le
-baron de Neuhoff, qui alla, ds son arrive, loger chez Lonard
-Buongiorno<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">&nbsp;[96]</a>. Fidle ses habitudes de prudence, Thodore
-conserva l'incognito pendant un certain temps. Il fit rpandre
-le bruit qu'il tait venu Tunis pour racheter tous les Corses
-qui y gmissaient dans l'esclavage. Ce rachat devait se faire
-avec de l'argent qu'il tenait d'un legs pieux. Il eut de longues
-et scrtes confrences avec Buongiorno, avec le Pre administrateur
-de l'hpital espagnol et avec le trsorier du bey.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
-Le but avou de ces confrences tait de dbattre le prix
-des esclaves. Mais comme on pouvait s'tonner de ne jamais voir
-le charitable personnage donner le moindre argent, il dclara
-n'tre venu Tunis que pour fixer le prix des Corses prisonniers.
-Les fonds taient dposs Livourne. Quand on se serait mis
-d'accord, il irait chercher l'argent qu'il rapporterait plus tard.
-Il aimait sans doute marchander, car les entrevues se multiplirent.
-Mais Thodore et ses trois compres parlaient certainement
-de toute autre chose que des esclaves.</p>
-
-<p>Buongiorno tait sicilien. Il habitait Tunis avec sa famille
-depuis plusieurs annes. Charg par sa nation de racheter des
-esclaves, il avait conserv pour lui l'argent destin ce rachat.
-Aprs cette belle action, il s'tait bien gard de retourner dans
-son pays. Les malheureux siciliens avaient continu leur dur
-esclavage. Mais lui, il avait ouvert un cabinet de mdecin
-et il jouissait Tunis d'une certaine considration. Dans ce
-cabinet, on ne s'occupait pas seulement de gurir les malades:
-on y faisait un peu de tout. Pour l'instant, chez Buongiorno,
-entre un allemand, un sicilien, un espagnol et un tunisien,
-s'laborait le grand dessein d'arracher la Corse la tyrannie
-gnoise!</p>
-
-<p>Ripperda, alors rfugi au Maroc, aurait galement tremp
-dans le complot en essayant d'entraner les Marocains dans
-une alliance avec les Tunisiens pour favoriser l'entreprise de
-Neuhoff<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">&nbsp;[97]</a>.</p>
-
-<p>Thodore n'avait pas d'argent. Il essaya d'emprunter aux
-Franais quarante cinquante mille francs; mais les Franais
-ne se laissrent pas faire. Buongiorno aboucha son ami avec
-des marchands grecs. Sous la caution du mdecin et sous celle du
-Rvrend Pre espagnol, il obtint diverses marchandises et
-munitions: trois caisses de canons de fusils; deux caisses de
-<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
-lames de sabres; plusieurs barils de poudre et de balles; mille
-cinq cents bottes turques, dont la tige montait mi-jambe. Le
-consul anglais, Tunis, se serait galement port garant du
-payement de ces marchandises. Ces munitions furent embarques
-sur un navire battant pavillon britannique et command
-par le capitaine Dick, fils naturel du consul.</p>
-
-<p>Thodore racheta, galement crdit, deux esclaves corses,
-promettant sur son honneur de les payer plus tard. Ce mode
-de rglement tait dans ses habitudes. Les deux corses se
-nommaient Quilico Fascianello, d'Alria, et Patrone Francesco,
-du Cap Corse. Ils furent embarqus sur le btiment. Le frre du
-mdecin, Cristoforo Buongiorno, et un certain Bigani, fils du
-capitaine du bagne de Livourne, faisaient aussi partie de
-l'expdition. Quand tout fut prt, Neuhoff monta sur le navire.
-Avant de s'embarquer, il donna son vritable nom.</p>
-
-<p>A peine le navire eut-il pris le large que le mdecin Buongiorno
-fit une dclaration dont le bruit se rpandit bientt
-Tunis. Le baron Thodore faisait voile vers la Corse avec armes
-et munitions pour assister les insulaires. L'infant Don Carlos,
-d'Espagne, lui avait promis son aide afin de dlivrer l'le. Bientt
-on devait voir arriver, sur les ctes corses, plusieurs navires destins
- empcher l'accs de l'le aux Gnois<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">&nbsp;[98]</a>. Ceux qui y demeureraient,
-n'ayant plus aucun secours, seraient aisment chasss.</p>
-
-<p>Pour un si grand projet, Neuhoff ne possdait que des
-moyens trs restreints: un peu d'argent et quelques munitions
-extorques des trafiquants trop confiants; mais il avait
-confiance dans son toile. Il allait ceindre une couronne, et,
-pour la circonstance, il s'tait revtu d'un beau costume oriental.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span></p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/056.jpg" width="410" height="724" alt="" />
-</div>
-
-<p><i>Histoire des Rvolutions de l'le de Corse et de l'lvation
-de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat.</i></p>
-
-<p>(La Haye, 1738.)</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE II</h2>
-</div>
-
-<p class="hanging indent">Dbarquement du baron de Neuhoff Alria.&mdash;Il est proclam roi de
-Corse.&mdash;Son couronnement.&mdash;Thodore I<sup>er</sup> notifie son lvation
-sa famille.&mdash;Opinions et inquitudes des diplomates.&mdash;Le roi nomme
-les grands dignitaires de la Cour.&mdash;Jalousies et querelles des chefs
-corses.&mdash;Premires oprations contre les Gnois.&mdash;Trahison de
-Luccioni.&mdash;Sa condamnation et son excution.</p>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>Si certaines parties de la vie de Thodore sont restes dans
-une obscurit d'o il est bien difficile, pour un historien scrupuleux,
-de les faire sortir, par contre, je n'ose dire par compensation,
-les dtails abondent sur son arrive en Corse.</p>
-
-<p>A la nouvelle du dbarquement d'un tranger Alria, la
-rpublique de Gnes, trs alarme, mit en mouvement tout son
-personnel diplomatique et administratif pour avoir des renseignements
-sur cet inconnu et sur sa famille. On peut facilement
-se rendre compte des craintes qui s'emparrent du gouvernement
-gnois en compulsant les volumineux dossiers concernant
-Thodore dans les archives d'tat Gnes. Les inquisiteurs,
-le grand et le petit Conseil, la junte de Corse, toutes ces
-diffrentes branches du gouvernement s'occuprent de lui.
-Sorba, ministre de Gnes Paris, eut, au sujet du baron, des
-confrences avec le cardinal Fleury, Chauvelin et Maurepas.</p>
-
-<p>L'opinion publique s'intressa l'aventure. Les gazettes
-publirent des articles sur cet vnement sensation. Un livre
-anonyme<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">&nbsp;[99]</a>, imprim La Haye, en 1738, chez Pierre Paupie<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">&nbsp;[100]</a>,
-<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-publia une <i>Relation de la descente d'un tranger en l'le de
-Corse</i>. Cette relation donna des dtails qui furent d'accord avec
-les rapports des agents gnois.</p>
-
-<p>On commena par se demander quel tait le personnage
-qui se trouvait bord du btiment anglais<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">&nbsp;[101]</a>. Les gazettes
-mirent plusieurs noms en avant: le fils an du chevalier
-de Saint-Georges, le prince Rakoczy, le duc de Ripperda<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">&nbsp;[102]</a>,
-le comte de Bonneval<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">&nbsp;[103]</a>. On finit par savoir que l'inconnu
-s'appelait Thodore, baron de Neuhoff, gentilhomme westphalien;
-mais comme ce nom, par lui-mme, n'voquait pas
-l'ide d'une force suffisante pour accomplir les grandes choses
-dont ce dbarquement devait tre le prlude, on chercha
-savoir quelles combinaisons il pouvait bien y avoir derrire
-tout cela. Le chemin tait ouvert aux suppositions. On entrevoyait
-que de graves desseins allaient bientt tre mis excution
-sous le couvert de cet agent.</p>
-
-<p>Jusqu'au commencement du XVIII<sup>e</sup> sicle, la Corse tait
-peu prs aussi inconnue que la Californie et le Japon<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">&nbsp;[104]</a>.
-L'Europe cependant commenait tourner les yeux du ct de
-cette le, non qu'elle s'intresst beaucoup aux dmls de la
-rpublique de Gnes avec ses sujets, mais la Corse, par sa
-position, formant pour ainsi dire l'avant-poste de l'Italie, pouvait
-faire natre les convoitises les plus explicables, comme les craintes
-les mieux justifies, surtout au milieu de cette paix mal dfinie
-qui suivit la guerre de la succession d'Espagne.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-Le vaisseau anglais tait muni d'un passe-port dlivr par le
-consul anglais Tunis. Alria avait t choisi pour attrir parce
-que ce port tait dans la possession des mcontents. Le navire
-tira quelques salves auxquelles l'cho du maquis seul rpondit.</p>
-
-<p>Les moindres dtails concernant les grands personnages ont
-toujours eu de l'attrait pour la foule. Le 12 mars 1736, Thodore
-entrait dans l'histoire; on ne savait pas encore quel rle il
-allait jouer, mais il tait intressant de connatre le costume
-qu'il portait. Il tait vtu, dit le chroniqueur de La Haye, d'un
-long habit d'carlate doubl de fourrure, couvert d'une perruque
-cavalire et d'un chapeau retrouss larges bords, et portant
-au ct une longue pe l'espagnole et la main une canne
- bec de corbin<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">&nbsp;[105]</a>.</p>
-
-<p>Il se donnait les titres de grand d'Espagne, de lord d'Angleterre,
-de pair de France, de baron du Saint-Empire et prince du
-Trne romain.</p>
-
-<p>Ces titres ronflants et cosmopolites ne paraient pas d'habitude
-un mme individu; mais ils pouvaient impressionner les
-Corses. Une satire disait: Son pe l'espagnole tient la
-place de la Toison d'or; sa perruque l'anglaise, de la Jarretire;
-sa canne bec de corbin, de cordon bleu; son grand chapeau
- l'allemande dsigne la qualit de baron du Saint-Empire, et sa
-grande robe d'carlate dnote un diminutif de cardinal, ou, si
-l'on veut, un prince romain<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">&nbsp;[106]</a>.</p>
-
-<p>La canne, en tous cas, tiendra lieu de sceptre au nouveau roi.
-Il l'tendra plus d'une fois pour apaiser les disputes clatant au
-milieu de ses sujets et mme pour taper sur les plus rcalcitrants.</p>
-
-<p>Thodore avait alors quarante-deux ans. Il paraissait plus
-vieux que son ge, car les gens qui le virent Tunis s'accordaient
- lui donner entre quarante-huit et cinquante ans.
-Il avait la figure ronde et le teint color. Sa barbe chtain,
-<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-tirant sur le roux, commenait blanchir. Il tait de taille
-ordinaire et de corpulence tendant l'embonpoint. Deux dents
-de devant lui manquaient: une la mchoire suprieure, l'autre
- la mchoire infrieure<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">&nbsp;[107]</a>.</p>
-
-<p>Outre les individus qui s'taient embarqus avec lui Tunis<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">&nbsp;[108]</a>,
-sa suite comprenait encore trois turcs aux costumes bizarres,
-arms la faon barbaresque<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">&nbsp;[109]</a>, dont l'un se nommait Monte-Christo<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">&nbsp;[110]</a>,
-et les deux esclaves corses rachets crdit.</p>
-
-<p>L'existence du baron de Neuhoff s'tait passe conspirer
-d'une faon peu heureuse, nous l'avons vu. Aussi apportait-il,
-dans tous les actes de sa vie, des manires, on pourrait dire des
-manies, de conspirateur. Sa mfiance lui faisait voir partout des
-ennemis, des espions, des piges; sa prudence lui dictait une
-conduite propre les viter.</p>
-
-<p>Une vignette qui sert de frontispice au livre imprim
-La Haye, montre Thodore sur le rivage corse dans son merveilleux
-costume, tandis que, dans le fond, le vaisseau qui l'a
-amen, s'entoure d'un nuage de fume, et qu'un fort, dominant
-la rade, rpond aux salves.</p>
-
-<p>Mais le baron n'avait pas dbarqu quand le navire eut jet
-l'ancre. Sa prudence l'emporta sur sa vaine gloriole. Il attendit
- bord la rponse une lettre qu'il venait d'crire.</p>
-
-<p>Cette lettre tait adresse Giafferi, un des principaux agents
-de la rvolte. Celui-ci convoqua immdiatement ses amis en
-assemble secrte Matra, prs d'Alria, dans la maison d'un
-patriote, Xavier dit de Matra. Cette runion se composait, en outre
-de Sbastien Costa, avocat, d'Hyacinthe Paoli, et de Giappiconi.</p>
-
-<p>Les Corses taient trs las; la rvolte commenait s'user.
-Mais l'arrive du navire Alria rendit courage aux chefs. Les
-indiffrents comme Xavier Matra, ou bien ceux qui jusqu'alors
-<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
-avaient favoris les Gnois, tels les Panzani, accueillirent avec
-enthousiasme le personnage qui leur venait de Tunis<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">&nbsp;[111]</a>.</p>
-
-<p>Quand le conseil fut au complet et les portes soigneusement
-closes, Giafferi donna lecture de la lettre de Thodore. Elle
-tait ainsi conue:</p>
-
-<p class="titel">Trs illustre seigneur Giafferi,</p>
-
-<p>Je viens d'atteindre enfin les rivages de la Corse, appel
-par vos prires et vos lettres rptes. Le constant amour
-ainsi que la fidlit que vous et les Corses m'avez tmoigns
-pendant plus de deux ans m'ont pouss surmonter mon
-aversion pour la mer et ma crainte du mauvais temps qui
-rgne d'habitude pendant cette saison de l'anne. Le ciel,
-qui jusqu'ici m'a favoris, a rendu mes voyages prospres.
-Je suis ici pour porter tout le secours qui est en mon pouvoir
- votre royaume opprim et pour le dlivrer, avec la volont
-de Dieu, du joug de Gnes. Ne craignez pas que je puisse
-jamais ngliger en aucune faon mon devoir envers vous, si
-vous m'tes fidles. Si vous me choisissez comme votre roi,
-je demande seulement le droit de modifier une loi parmi vous,
-c'est--dire d'accorder la libert de conscience aux hommes
-des autres nationalits et des autres croyances qui pourraient
-venir ici pour nous assister dans nos entreprises. Venez
-tous tant que vous tes, Alria, sans dlai, Costa, Paoli et
-les autres, afin que nous puissions nous concerter et tablir
-notre base d'action.</p>
-
-<p class="signature">Votre dvou,<br />
-<span class="i2">Thodore<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">&nbsp;[112]</a>.</span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span>
-Cette lecture provoqua dans l'assemble un vif enthousiasme.
-Les patriotes s'crirent: Vive Thodore notre
-Roi!</p>
-
-<p>On commenait appeler le baron allemand Thodore,
-parce que la lettre tait signe de ce nom, dit navement
-Rostini dans ses <i>Mmoires</i>. Des prsents destins M<sup>me</sup> Matra,
-accompagnaient le message: des dattes, des boutargues et
-des langues<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">&nbsp;[113]</a>.</p>
-
-<p>Il y avait aussi pour les patriotes des bouteilles de vritable
-vin du Rhin<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">&nbsp;[114]</a>.</p>
-
-<p>Ce vin, chose inconnue alors en Corse, rjouit les chefs
-et particulirement le bon Costa, qui s'attendrira toujours devant
-des mets succulents ou de fines boissons.</p>
-
-<p>Il y eut cependant, au milieu de ce concert d'enthousiasme,
-une note discordante. Ce fut Hyacinthe Paoli qui la fit entendre;
-il sera coutumier du fait.</p>
-
-<p>Paoli, nous dit Costa, tait un homme jaloux qui aurait
-voulu avoir pour lui seul la confiance de l'tranger et dominer
-ainsi les autres. Il dclara qu'il n'aimait pas la libert de
-conscience que demandait ce personnage<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">&nbsp;[115]</a>.</p>
-
-<p>A premire vue, cette question de libert de conscience pouvait
-paratre superflue dans un pays o il n'y avait pas de cultes
-dissidents, sauf le rite orthodoxe observ par la colonie de grecs
-manotes tablie en 1676 Cargse, petite ville sur la cte
-occidentale de l'le.</p>
-
-<p>Thodore reviendra souvent sur cette question, avec une
-insistance qui tonne de la part d'un homme plus port user
-d'expdients qu' agir en vue d'un principe; mais cette apparence
-de principe rentrait dans la catgorie de ses expdients.
-La libert de conscience tait, sans doute, pour lui, le mandat
-impratif auquel ses bailleurs de fonds l'avaient contraint.
-<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-Neuhoff, seul, n'et pas song, en arrivant en Corse, faire cet
-<i>dit de Nantes</i>.</p>
-
-<p>Cependant, la dclaration de Paoli avait jet le trouble dans
-les esprits. L'assemble eut recours aux lumires du chanoine
-Albertini, un parfait thologien, qui se trouvait justement
-Matra<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">&nbsp;[116]</a>.</p>
-
-<p>Le chanoine se pronona sans l'aide d'aucun livre de
-thologie. Il fit d'abord remarquer que le Pape accordait, aux
-Juifs dans Rome, la libert de conscience et le libre exercice de
-leur culte. Il dclara ensuite que les Corses devaient accepter
-le personnage quel qu'il puisse tre, car il tait envoy par le
-ciel, pour que la Corse ne prt dans la dtresse o elle se
-dbattait. La main de Dieu tait visible dans cet vnement.
-Il fallait considrer cette arrive comme un miracle. Le
-seigneur Thodore atteignait, en effet, les rives de Corse dans
-les jours o l'Eglise clbre l'Annonciation de la Vierge
-Marie, laquelle avait t le fondement de la Rdemption universelle<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">&nbsp;[117]</a>.</p>
-
-<p>Ces paroles rpondaient au sentiment de la majorit. Elles
-furent accueillies avec enthousiasme, et la voix de l'opposant
-fut touffe sous les applaudissements. Paoli dut se rsigner.
-Dans ce nouveau rgime auquel il fait mine d'adhrer, son
-ambition inquite et envieuse lui fera jouer un rle d'opposition
-continuelle, pour ne pas dire de trahison.</p>
-
-<p>L'assemble dcida que les chefs iraient Alria souhaiter
-la bienvenue au seigneur Thodore. Mais, dans la crainte de
-quelque tentative des Gnois, on rsolut d'oprer dans le plus
-grand secret.</p>
-
-<p>Les corses passrent la nuit Matra. A l'aube, ils se
-mirent en route. Ces gens qui s'en allaient au devant de leur
-messie, chantrent en cheminant des chansons patriotiques.
-<span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span>
-Paoli lui-mme chantait. Il tait pote et avait compos la
-plupart de ces <i>ballate</i> vibrantes<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">&nbsp;[118]</a>.</p>
-
-<p>Son Excellence reut les chefs merveille. Neuhoff se rendit
-avec eux dans une maison du village o un souper fut prpar.
-Ce repas rjouit les c&oelig;urs des patriotes. Le linge tait d'une
-blancheur irrprochable, les dattes exquises, les vins parfaits.
-Thodore racontait fort bien, et ses charmantes histoires de
-voyages rendirent la boisson plus agrable et les viandes
-plus savoureuses<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">&nbsp;[119]</a>. Aprs le repas, Neuhoff dut paratre
-au balcon. Il se montra au peuple entour des chefs corses et
-escort de ses esclaves maures portant des lumires. La foule
-l'acclama. Puis, il passa toute la nuit avec ses nouveaux amis,
-continuant la narration de ses aventures bauche au souper,
-d'une faon plus favorable sa cause, assurment, que conforme
- la vrit. Sous le rapport de la parole, il tait dou et il
-blouissait ses auditeurs. Les manires affines de l'ancien page
-de Versailles taient faites pour impressionner les natures
-frustes de ces insulaires. L'aube interrompit ces entretiens.
-Giafferi et ses amis se retirrent enthousiasms, laissant leur
-messie s'endormir sous la garde des sentinelles.</p>
-
-<p>En venant, dans la matine, rendre hommage Son Excellence,
-les patriotes la trouvrent au lit, encore fatigue de la
-veille et des libations de la nuit prcdente<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">&nbsp;[120]</a>. Neuhoff, qui
-avait l'habitude des cours, les retint dans sa ruelle pour son
-petit lever. Il s'entretint longuement avec ceux qui dj lui constituaient
-une cour.</p>
-
-<p>Thodore demanda aux chefs quelques dtails sur la situation
-et les engagea formuler leur avis. Ils rpondirent: Il ne reste
-rien faire Votre Excellence que de notifier ces faits au
-peuple et vous serez lu roi d'un consentement universel<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">&nbsp;[121]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
-Le baron les interrompit; ds son arrive il entendait parler
-en matre<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">&nbsp;[122]</a>.</p>
-
-<p>Il ne faut rien prcipiter, dit-il, nous devons, d'ailleurs,
-attendre l'arrive d'Arrighi et de Fabiani, de Corte et de la
-Balagne. Je leur ai dj crit et si leur opinion est pareille
-la vtre, nous continuerons, alors, parler des affaires d'tat.
-Pour l'instant, prenons deux jours de repos et de plaisirs
-pour nous prparer la lourde tche qui nous incombe<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">&nbsp;[123]</a>.</p>
-
-<p>Les patriotes admirrent cette prudence.</p>
-
-<p>Il entrait videmment dans les vues de Thodore d'avoir,
-avec lui, tous les chefs reconnus des mcontents, pour s'assurer
-le concours unanime des insulaires. Ne mettait-il pas aussi
-une certaine coquetterie se faire prier d'accepter une couronne
-dont il ne voulait, disait-il, que pour le bonheur du peuple
-corse dont les malheurs l'avaient si mu?</p>
-
-<p>Aprs son discours, Neuhoff se leva, et une demi-heure
-aprs, dit le fidle chroniqueur de cette arrive sensation,
-Son Excellence parut devant les gnraux et leurs
-amis. Le baron avait grand air dans son vtement carlate et
-sous sa majestueuse perruque. Il portait une pe au ct et
-tenait sa fameuse canne en main. Six intendants, un chambellan
-et trois esclaves l'accompagnaient. Les chefs taient assembls
-sur son passage; il les salua avec cette grce un peu hautaine
-dont usent les princes. Puis il manifesta le dsir de sortir
-de la ville pour admirer la belle et vaste plaine qui s'tendait
-aux alentours<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">&nbsp;[124]</a>.</p>
-
-<p>Dans son journal, le bon Costa se montre d'un enthousiasme
-dbordant pour les moindres actions du seigneur Thodore. Il
-les relate heure par heure avec les plus minutieux dtails. Un
-peu naf comme crivain, mais, par cela mme, d'une sincrit
-qui rend son tmoignage historique prcieux, il fut, ds les
-<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
-premiers jours, entirement dvou Neuhoff. Garde des sceaux,
-grand chancelier de ce royaume phmre, il est le fidle serviteur
-de l'aventurier dans les heures lumineuses o tous acclament
-cet tranger qui semblait personnifier les suprmes esprances;
-il restera son compagnon dvou dans les jours misrables,
-quand, la dsillusion venue, chacun abandonnera le matre
-qui n'a pas russi. S'il fut le Blondel d'un Richard peu grandiose,
-Costa n'en est pas moins une figure touchante.</p>
-
-<p>Les deux premiers jours furent employs en promenades.</p>
-
-<p>Pendant ces visites aux environs, on dbarquait la cargaison
-du navire. Le baron fit faire une distribution de sequins, de
-fusils et de chaussures au peuple<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">&nbsp;[125]</a>. Ces chaussures de bon cuir
-taient, a-t-on dit, une magnificence ignore en Corse<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">&nbsp;[126]</a>.
-Il est vrai que les insulaires n'avaient pas l'habitude de porter
-des bottes l'orientale.</p>
-
-<p>Neuhoff, du reste, laissait planer, sur les munitions et sur
-l'argent qu'il apportait, un mystre favorable aux suppositions
-les plus avantageuses; mais les ressources dont il disposait
-taient trs modestes. Les Corses devaient bien vite s'en apercevoir,
-et ils le lui firent sentir.</p>
-
-<p>Tandis qu'on faisait ces petites distributions, Paoli et les
-autres chefs haranguaient le peuple. Et quand Thodore paraissait,
-on commenait dj crier: <i>Viva il nostro Re!</i><a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">&nbsp;[127]</a>.</p>
-
-<p>Cependant Arrighi et Fabiani n'arrivaient pas. Il fut dcid
-que Thodore et ses conseillers se rendraient dans la montagne,
-au village de Cervione. C'est l que le couronnement
-devait avoir lieu<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">&nbsp;[128]</a>. Et puis, la prudence commandait ce dplacement.
-Les ctes de l'le n'taient pas l'abri d'un coup de
-main des Gnois. Le fort de San Pellegrino, o ils tenaient garnison,
-se trouvait prs d'Alria. L'intrieur des terres, avec ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
-hauteurs, ses villages retranchs et ses maquis, offrait toute la
-scurit dsirable pour prparer l'entre en campagne.</p>
-
-<p>On allait se mettre en route lorsqu'une querelle s'leva entre
-les partisans de Paoli et ceux de Giafferi, pour une question de
-prsance. La dispute s'loigna bientt des vaines subtilits du
-protocole pour dgnrer en bataille; des coups de fusils furent
-changs. Thodore se prcipita au milieu des combattants en
-brandissant sa fameuse canne bec de corbin. Que prtendez-vous
-par cette folie? s'cria-t-il. Si je dois tre le chef
-parmi vous, je rglerai les honneurs et la prsance suivant les
-mrites. Si les agresseurs, dans cette dispute, ne viennent pas
-immdiatement faire leur soumission, demain je retournerai
-mon bord et je mettrai la voile pour le continent<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">&nbsp;[129]</a>. Ce
-discours fit tout rentrer momentanment dans l'ordre; mais cet
-incident avait retard le dpart. Le cortge ne put se mettre en
-marche qu' la tombe du jour. Neuhoff ne voulait pas arriver
-pendant la nuit Cervione; son effet aurait t manqu. La
-cour s'arrta sur les bords de la Bravona. Une cabane de
-berger se trouvait l; on s'y installa tant bien que mal pour y
-attendre le jour. La cahute fut rserve Son Excellence; la
-suite resta au dehors, tandis que les horreurs de la nuit
-taient dissipes par la multitude des feux qui avaient t
-allums<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">&nbsp;[130]</a>.</p>
-
-<p>Vers midi, Thodore et ses vaillants compagnons arrivrent
- Cervione. Le peuple tait assembl sur la place; de longues
-acclamations retentirent. On salua le personnage de salves de
-mousqueterie si nourries que l'cho en arriva jusqu'au fort
-gnois de San Pellegrino. Le commandant se demanda avec
-anxit ce que tout ce tapage voulait bien dire. Et comme les
-coups de fusil ne s'arrtaient pas, paraissant au contraire
-augmenter, il eut peur. Il fit mettre une felouque la mer et
-<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span>
-l'envoya Bastia pour informer du fait Rivarola, le gouverneur
-gnois<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">&nbsp;[131]</a>.</p>
-
-<p>Mais, de part et d'autre, c'est--dire entre gens de Cervione
-et soldats de San Pellegrino, les hostilits se bornrent l.
-L'Iliade de la Corse abonde en traits de ce genre.</p>
-
-<p>Neuhoff fut solennellement conduit au palais piscopal abandonn
-par l'vque d'Alria depuis plusieurs annes<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">&nbsp;[132]</a>. Ce
-prlat, M<sup>gr</sup> Mari, issu d'une famille gnoise, avait sa rsidence
- Cervione cause du mauvais air des basses terres. Il y a
-lieu de croire que l'air, en ce moment, ne lui semblait pas
-meilleur sur les hauteurs, car il restait Gnes.</p>
-
-<p>Tandis qu'on prparait le souper, les moines du couvent se
-rendirent auprs de Son Excellence et la remercirent de venir
-de si loin pour les assister. Des Franciscains suivirent, portant
-comme prsents de bienvenue quelques produits indignes: des
-oranges, des citrons et des flacons de vin vieux de deux ans.
-Thodore eut une parole aimable, un encouragement pour
-chacun; tous se retiraient sous le charme<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">&nbsp;[133]</a>. De son ct,
-il dut tre satisfait de l'accueil des Corses.</p>
-
-<p>On continuait dcharger la cargaison du navire anglais.
-Quelques pices de canon furent dbarques, et Thodore
-envoya quarante hommes de Cervione avec des mulets pour
-effectuer le transport de cette artillerie jusqu'au village. Les
-plus grosses pices furent laisses pour la nuit au bas de la
-colline, les plus petites, au nombre de quatre, furent places
-devant la demeure de Son Excellence avec des sentinelles, ce qui
-donna un certain air de grandeur l'ancien vch, qui allait
-bientt devenir palais royal. Au matin, toute la population se
-rendit au bas de la colline pour assister au transport des canons.</p>
-
-<p>Neuhoff prouvait de grandes difficults suscites par la
-jalousie des chefs. Il y avait eu des tiraillements lorsqu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span>
-s'tait agi d'assigner les chambres dans le palais piscopal.
-Paoli voulait occuper la pice contigu l'appartement de Son
-Excellence. Giafferi la dsirait galement, d'o des disputes
-que Thodore apaisa en menaant les Corses de partir de suite
-pour le continent. L'ordre se rtablit; Paoli eut la chambre
-qu'il convoitait; Giafferi se calma. Quant au doux Costa,
-comme il ne demandait rien, il partagea le logement de
-Giappiconi. Puis, eut lieu une autre aventure qui faillit tourner
-au tragique.</p>
-
-<p>Un des maures, venus de Tunis, avait donn un soufflet un
-Corse qui, pour se venger, administra une racle au Turc
-sous les yeux du baron qui tait sa fentre. Celui-ci fit enfermer
-l'insulaire. A grands cris, ses compatriotes rclamrent sa
-mise en libert; un tumulte violent s'leva; Thodore se vit
-entour d'une foule hostile. Il prit une torche allume, monta
-sur un baril de poudre, prt se faire sauter plutt que de se
-laisser molester par ses futurs sujets. Les chefs arrivrent
-heureusement et purent apaiser la fureur du peuple. Neuhoff
-consentit descendre de son baril et tout rentra dans l'ordre<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">&nbsp;[134]</a>.</p>
-
-<p>Il s'occupa ensuite de l'organisation militaire. Cinq jours
-furent consacrs ce travail; tous les soldats enrls reurent
-une avance de solde. Thodore nomma Paoli trsorier en chef;
-son emploi consistait distribuer la monnaie d'or apporte de
-Tunis, et, comme entre en fonctions, il reut un prsent de deux
-cents sequins<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">&nbsp;[135]</a>. Sa fidlit tait assure pour quelque temps.</p>
-
-<p>Ces prparatifs taient insuffisants pour entamer une action
-srieuse, d'autant plus qu'Arrighi et Fabiani ne donnaient pas
-signe de vie. Aussi le baron dclara-t-il son entourage qu'il
-voulait attendre le retour de son navire qu'il avait envoy
-<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span>
-Livourne. Un de ses lieutenants devait en effet, disait-il, revenir
-avec de nouvelles munitions<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">&nbsp;[136]</a> et une couronne pour
-le sacre<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">&nbsp;[137]</a>. Mais en attendant, il annona aux chefs qu'il
-avait l'intention d'aller passer quelques jours sur la cte,
- Matra, pour se reposer de son voyage. Il leur dclara que
-si, son retour, l'arme tait organise et si les patriotes
-n'avaient pas chang d'avis, il se laisserait couronner roi.
-Il partit avec Giafferi et Giappiconi<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">&nbsp;[138]</a>.</p>
-
-<p>Costa, qui avait l'habitude d'approuver toutes les actions de
-son matre, trouva ce dplacement trs sage. A peine arriv, et
-quand de si imprieuses raisons l'obligeaient rsider dans
-l'intrieur, pourquoi Thodore songeait-il rallier la cte,
-comme s'il et voulu tre prt partir la moindre alerte? Cette
-retraite semble nigmatique. Elle dura peu; il resta six jours
-seulement Matra. A son retour, il trouva deux cent seize
-compagnies organises par Costa et Paoli. Chacune d'elles devait
-tre commande par un capitaine. Ces officiers de hasard furent
-individuellement prsents Thodore<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">&nbsp;[139]</a>.</p>
-
-<p>Tout semblait donc prt pour le couronnement, mais le futur
-roi attendait avec anxit l'arrive du navire. Comme ce
-btiment tardait, il consentit se laisser couronner, car
-il tait urgent d'entrer en campagne. D'ailleurs la prsence
-d'Arrighi et de Fabiani, enfin arrivs, compltait la runion des
-principaux chefs.</p>
-
-<p>Fabiani avait avec lui une escorte de cent hommes. Ses
-chevaux taient richement harnachs, car la Balagne, sa province,
-considre comme le jardin de l'le, produisait de bon vin
-et des huiles excellentes<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">&nbsp;[140]</a>.</p>
-
-<p>Le couvent d'Alesani, qui se trouvait dans une valle derrire
-<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span>
-Cervione, fut choisi pour le sacre. L'endroit tait plus accessible
-que le village. La Cour s'y rendit donc et fut commodment
-loge, grce M. Giovanni Pasquino<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">&nbsp;[141]</a>.</p>
-
-<p>Les chefs se runissaient dans la grande salle du couvent,
-o de longues discussions avaient lieu. Arrighi proposa une
-chose fort sage. A son avis, il convenait de surseoir au couronnement
-du roi jusqu' ce qu'un succs important ft remport
-sur les Gnois<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">&nbsp;[142]</a>. La majorit de l'assemble ne partagea pas
-cet avis. Mais les chefs corses furent unanimes sur un point: ils
-ne donnaient Neuhoff que le titre platonique de roi et conservaient
-pour eux toute l'autorit effective. Thodore dut jurer
-fidlit la constitution que lui imposaient ceux que plus tard on
-appela les magnats du royaume de Corse.</p>
-
-<p>Voici comment se rsumait cette constitution.</p>
-
-<p>Le Seigneur Thodore, baron libre de Neuhoff, est dclar
-souverain et premier Roi du roaume. La succession tait
-rgle suivant l'ordre de primogniture pour les descendants
-mles et, dfaut, dans le mme ordre pour les filles<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">&nbsp;[143]</a>. Le
-souverain et ses successeurs devaient pratiquer la religion
-catholique romaine.</p>
-
-<p>Cet article confessionnel ne devait pas beaucoup gner le
-roi. N protestant, il se serait converti au catholicisme en
-Espagne cause des emplois qu'il y occupait<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">&nbsp;[144]</a>. S'il ne pratiquait
-pas, il faisait du moins mine de suivre le culte catholique.
-A son arrive en Corse il entendait, disait-on, trois messes
-par jour<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">&nbsp;[145]</a>. Henri IV avait tax Paris une messe, Thodore
-renchrissait.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
-A dfaut de descendants, le baron pourrait, ds son vivant,
-dsigner un successeur dans sa parent masculine ou fminine,
- condition que ce successeur ft catholique romain et qu'il
-rsidt dans le royaume.</p>
-
-<p>Si la famille de Thodore et de ses successeurs venait s'teindre,
-les Corses seraient libres de disposer d'eux-mmes et de
-choisir le gouvernement qui leur plairait.</p>
-
-<p>Le cinquime article instituait une Dite compose de vingt-quatre
-membres, pris parmi les sujets les plus qualifis et les
-plus mritants, soit seize pour les provinces d'en de des
-monts, et huit pour celles d'au del. Trois membres de la Dite
-rsideraient la cour et le roi ne pourra rien rsoudre sans
-leur consentement, soit par rapport aux impts et gabelles,
-soit par rapport la paix ou la guerre. L'autorit de cette
-Dite s'tendrait toutes les branches administratives. Seuls,
-les Corses, l'exclusion de tout tranger, seraient appels
-aux dignits, fonctions ou emplois crer dans le royaume.</p>
-
-<p>Ds que les Gnois seraient chasss et la paix tablie,
-le roi avait la facult d'employer douze cents hommes de
-troupes trangres. Au del de ce nombre, le souverain avait
-besoin du consentement de la Dite. Quant sa garde personnelle,
-Sa Majest pourrait avoir auprs de sa personne des
-soldats corses ou trangers, son choix. Exception tait faite
-pour les Gnois que la constitution proclamait jamais bannis
-de Corse. Leurs biens taient confisqus ainsi que ceux des
-Grecs tablis, prs d'un sicle auparavant, Cargse. Cette dernire
-viction n'tait pas un acte d'intolrance religieuse, mais
-elle rentrait dans les mesures de reprsailles politiques qu'on
-appliquait aux Gnois, dont ces Grecs s'taient toujours montrs
-les loyaux sujets.</p>
-
-<p>La constitution rglait les impts, tailles et gabelles dont les
-veuves taient exemptes. Elle fixait le prix du sel, les poids et
-les mesures. Une universit publique pour les tudes du droit et
-de la physique serait tablie dans l'une des villes du royaume.
-<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span>
-Le roi, d'accord avec la Dite, devait assurer cette institution
-les revenus suffisants pour subsister et lui accorder les mmes
-privilges qu'aux autres universits publiques. L'article 17
-portait que le roi crera incessamment un ordre de vraie
-noblesse pour l'honneur du royaume et de divers nationaux.</p>
-
-<p>Enfin, les bois et les terres labourables demeureraient, dans
-le prsent et dans l'avenir, la proprit exclusive des Corses.
-Le roi n'y aurait d'autre droit que celui dont jouissait la
-rpublique<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">&nbsp;[146]</a>.</p>
-
-<p>Cette constitution ne laissait pas beaucoup d'initiative au
-souverain. Aprs avoir t approuve par tous, il fut dcid que
-le couronnement aurait lieu sans retard.</p>
-
-<p>Le samedi 14 avril, la grand'messe fut clbre au couvent
-d'Alesani. L'office termin, en signe de rjouissance, le peuple
-tira de si nombreux coups de fusil que la garnison gnoise de
-San Pellegrino eut peur encore une fois, mais elle ne bougea
-pas<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">&nbsp;[147]</a>. Si les Corses avaient employ toute la poudre qu'ils
-brlaient en l'honneur de Thodore faire le coup de feu contre
-les Gnois, ils les auraient chasss de l'le.</p>
-
-<p>Le lendemain&mdash;le dimanche 15 avril<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">&nbsp;[148]</a>,&mdash;jour fix pour le
-sacre, la grand'messe fut de nouveau chante. Paoli harangua
-le peuple. Le baron parut son balcon. Des acclamations accompagnes
-de salves nourries retentirent<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">&nbsp;[149]</a>.</p>
-
-<p>Puis les magnats de Corse se runirent dans le rfectoire
-du couvent o un festin de cent couverts tait prpar. Suivant
-<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span>
-la coutume, Thodore fut salu par des complaintes improvises
-en son honneur. Elles taient si nombreuses, dit l'historiographe
-Costa, qu'on pouvait toutes les confondre. Mais
-la cantate que Paoli, expert en posie, dclama la fin du repas
-avec M. Garchi, verre en main, fut accueillie par un tonnerre
-d'applaudissements<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">&nbsp;[150]</a>. Le banquet termin, la crmonie du
-couronnement commena.</p>
-
-<p>Au milieu de la place du village, on avait rig une
-estrade laquelle trois marches donnaient accs. Sur cette
-plateforme, recouverte d'toffes aux couleurs barioles, on
-avait plac un trne, c'est--dire le sige le plus majestueux
-qu'on ait pu trouver. Deux chaises encadraient ce sige. Le
-sol tait jonch de fleurs sauvages du maquis aux senteurs
-pntrantes.</p>
-
-<p>Les gnraux vinrent chercher Son Excellence et l'accompagnrent
-jusque sur la plateforme. Thodore en gravit les
-degrs avec dignit et s'assit sur le trne. Paoli prit place
-droite, Giafferi gauche. Le peuple se tenait debout, encadrant
-l'estrade. On avait prpar pour le sacre une couronne de
-chtaignier orne de rubans. Fabiani la trouvant indigne du
-roi, la prit et la jeta en disant qu'il fallait lui en procurer une
-plus convenable son rang<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">&nbsp;[151]</a>. On confectionna alors une
-splendide couronne de laurier<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">&nbsp;[152]</a>, que les chefs apportrent et
-posrent sur la tte du baron. Costa fit un discours. Giafferi
-donna lecture de la constitution. Le peuple, de nouveau, tira
-des salves de mousqueterie au milieu de frntiques applaudissements.
-Les gnraux se levrent, mirent un genou en terre et
-rendirent hommage leur roi. Chaque homme, tour de rle,
-en fit autant. Le procs-verbal de l'lection fut rdig au nom
-<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-et la gloire de la trs Sainte-Trinit, le Pre, le Fils et le Saint-Esprit
-et de la Vierge Marie Immacule. Sa Majest descendit
-enfin de son trne et pntra dans l'glise, suivie de tous les
-chefs et d'un grand concours de population. Le prtre prsenta
-le livre des Saints vangiles; Thodore tendit la main et jura
-obissance la constitution. Les chefs prtrent serment de
-fidlit au roi, tandis que le peuple poussait de longues acclamations.
-Le prtre, avec toute la pompe possible, entonna le
-<i>Te Deum</i> qui fut ensuite repris par deux ch&oelig;urs. L'officiant
-donna enfin la bndiction au milieu des coups de fusil.
-Aprs quoi, le roi gagna ses appartements accompagn par ses
-sujets. Lentement la foule se dispersa<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">&nbsp;[153]</a>. Le soir un souper
-fut servi. Le repas se prolongea dans le calme, parce qu'il
-n'y avait plus rien faire relativement la cration d'une
-majest<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">&nbsp;[154]</a>.</p>
-
-<p>Les Corses avaient ajout une page leur histoire. Ils
-s'taient offert un roi vtu la turque, sur la tte duquel ils
-avaient pos une couronne de laurier que rien ne justifiait.</p>
-
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Les insulaires taient-ils sincres en couronnant le baron de
-Neuhoff? Ils ont prtendu que, dans leur pense, cette lection
-n'avait jamais t srieuse. Un chroniqueur corse&mdash;trs corse
-mme&mdash;fait ces rflexions: Les Corses les plus sages et les
-plus senss n'ont jamais prtendu faire de Thodore un roi;
-mais comme les populations taient fatigues par la guerre et
-endormies par le commissaire Rivarola qu'on appelait pour
-cette raison <i>Sirne enchanteresse</i>, il fallait, pour les tirer de
-<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span>
-leur lthargie et de leur abattement, quelque chose qui ft du
-bruit. Or, rien n'tait plus propre faire du bruit que l'lection
-d'un roi tranger qui, avec un seul vaisseau et de minces provisions,
-tait venu dbarquer sur la cte. Les Corses voulaient
-encore faire entendre par l, tous les princes de l'Europe,
-qu'ils taient disposs embrasser le parti le plus trange
-qui se prsenterait eux, ft-ce celui du Turc (puisque
-Thodore venait de Tunis), plutt que de se soumettre aux
-Gnois<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">&nbsp;[155]</a>. Il est vrai que ces rflexions ont t crites aprs
-coup. Mais elles refltent bien l'tat d'esprit des insulaires.
-Trop orgueilleux pour avouer qu'ils avaient t sduits et tromps
-par un monsieur vtu l'orientale, ils prfraient insinuer
-qu'en posant une couronne de laurier sur sa tte, ils s'taient
-moqus de lui.</p>
-
-<p>Le vice-consul de France Bastia, d'Angelo, affirmait que
-le couronnement de Thodore tait une ruse des chefs, qui
-pour n'tre pas inquits par les puissances trangres, ont lu
-un roi de carnaval. Il citait un fait comme preuve. Un Corse
-avait publiquement tmoign son mpris pour la nouvelle majest.
-Le roi le fit mettre en prison et le condamna mort. Mais il dut
-lui rendre la libert devant les menaces de ses camarades. Il
-est ais de juger aprs cela du pouvoir de Sa Majest, et ce n'est
-que pour avoir la bride sur le col qu'on a invent un nouveau
-stratagme<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">&nbsp;[156]</a>.</p>
-
-<p>Quant au baron, il se charge lui-mme de nous dpeindre
-son tat d'me,&mdash;comme diraient les psychologues modernes,&mdash;aprs
-son dbarquement en Corse. On a publi une
-lettre de lui son cousin de Westphalie, le baron de Drost,
-date du 18 mars 1736<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">&nbsp;[157]</a>, pour lui notifier son lvation
-<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
-au trne. Quelques jours plus tard, le 26 mars, il crivit son
-beau-pre Marneau<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">&nbsp;[158]</a> pour lui faire part de son <i>avancement</i>.
-de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p>Pendant de longues annes, l'aventurier, la recherche de
-la fortune, traqu de pays en pays par ses cranciers, oublie sa
-famille dont il sait ne pouvoir tirer que des rprobations. Quand
-il croit avoir enfin fix le sort et atteint un but inespr, puisqu'un
-peuple le supplie d'accepter une couronne, il se retourne vers
-les siens, justifie sa conduite passe par le rsultat prsent.
-Il va mme jusqu' leur offrir sa protection sur un ton dgag.
-Il escompte la fin de son aventure, se donnant dj le titre de
-roi de Corse sous le nom de <i>Teodoro il primo</i>, tandis que vis
- vis des mcontents, il use de coquetterie, se montrant peu
-press d'accepter la royaut.</p>
-
-<p>Mais une autre question devait le proccuper. D'une race
-trangre, d'un temprament diffrent, il se sentait sans doute
-isol au milieu de ses nouveaux sujets. L'inconstance politique
-dont les Corses avaient dj donn tant de preuves dans le cours
-de leur histoire, l'inquitait. Il pouvait se dire qu'au fond rien ne
-l'attachait ce pays. Qu'avait-il fait pour mriter les acclamations
-et la couronne? Il profitait de la lassitude des insulaires,
-de leurs rancunes et de leurs ambitions. Son crdit n'tait bas
-sur aucun service rendu. Il n'avait pour lui que l'engouement
-irrflchi d'un peuple mcontent. Il songeait fixer sa popularit
-par la stabilit du principe dynastique; c'est pourquoi il exprimait
-le dsir d'avoir auprs de lui quelqu'un de sa famille<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">&nbsp;[159]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
-Dans sa lettre son beau-pre, comme aussi dans une ptre
-adresse le 22 avril au comte de la Marc (<i>sic</i>)<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">&nbsp;[160]</a>, Thodore
-demande qu'on lui obtienne l'assistance du roi de France. Il
-propose mme d'accrditer un reprsentant auprs du gouvernement
-franais! L'aventurier avait cela de remarquable
-dans son caractre que rien ne l'arrtait. L'ide de traiter de
-pair avec Louis XV, dnotait chez lui une vritable folie des
-grandeurs.</p>
-
-<p>Marneau&mdash;un brave employ&mdash;ne rpondit pas son
-beau-fils. Il se contenta de hausser les paules, de juger
-comme elle le mritait l'quipe de Thodore, et de trouver
-d'un comique achev la pense d'avoir un roi dans sa
-famille<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">&nbsp;[161]</a>.</p>
-
-<p>Au premier rcit du dbarquement du baron en Corse et de
-son couronnement on s'tait pos cette question: d'o vient
-l'argent? Thodore n'avait aucune ressource personnelle: il tait
-cribl de dettes. Qui lui avait fourni de l'argent et des munitions?
-S'il ne s'tait agi dans l'aventure que des ternels dmls entre
-les Corses et les Gnois, on se ft peut-tre content de s'amuser
-au spectacle dont la Srnissime Rpublique payait, de fort
-mauvaise grce, les frais. Mais on pouvait craindre que la Corse
-ne passt en d'autres mains.</p>
-
-<p>Depuis la rvolution de 1729, le gouvernement franais
-se proccupait de cette question. On prvoyait que si les
-Gnois venaient tre chasss de l'le, une autre puissance s'y
-tablirait. Au moment mme de l'arrive de Thodore, et avant
-qu'il n'en et connaissance, Campredon, envoy de France
-Gnes, signalait l'tat dplorable dans lequel se trouvaient les
-affaires de la rpublique en Corse. Les Gnois arriveraient difficilement
-<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
- rduire les mcontents<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">&nbsp;[162]</a>. Chauvelin, de son ct,
-recommandait Campredon de prendre sur ces vnements
-des informations exactes<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">&nbsp;[163]</a>.</p>
-
-<p>Ce n'tait pas facile d'avoir, Gnes, des renseignements
-prcis sur les affaires, et, en particulier sur celles de Corse.
-On en tait rduit aux bruits qui circulaient, aux informations
-colportes, souvent un rel labeur de suppositions et de conjectures.
-C'tait dans les runions et table, que Campredon
-recueillait les nouvelles. Quelques-unes aussi lui taient apportes,
-avec des airs mystrieux et cet amour de conspirer pour
-des futilits, que les vieilles rpubliques italiennes ont dans
-le sang.</p>
-
-<p>Il n'tait pas seul suivre de prs les affaires de Corse. Le
-comte Rivera, envoy du roi de Sardaigne, paraissait aussi
-s'y intresser d'une faon toute particulire. Il transmettait
- son gouvernement tous les renseignements qu'il pouvait
-avoir<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">&nbsp;[164]</a>. Campredon ne se faisait pas scrupule de lui communiquer
-les nouvelles mandes par le vice-consul de France
- Bastia, puisqu'en somme, ces nouvelles n'avaient rien de
-secret.</p>
-
-<p>Rivera pensait que l'affaire tait fort srieuse, malgr l'optimisme
-qu'affectaient les Gnois. Ils s'ingniaient dtruire
-toutes les lgendes qui se formaient autour de Neuhoff, et s'efforaient
-de faire croire que leur situation en Corse tait moins
-mauvaise qu'on ne le disait, et que l'quipe n'avait aucune
-importance. Selon certains, l'aventurier tait appuy par
-une puissance trangre. On ne souponnait pas la France,
-mais on disait que derrire Thodore il y avait ou l'Espagne ou
-<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-l'Angleterre. L'tendard espagnol devait tre arbor sur la
-premire ville que prendraient des rvolts<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">&nbsp;[165]</a>. A Bastia, on faisait
-courir le bruit que tout l'argent que ce turc distribuait tait
-faux<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">&nbsp;[166]</a>, et on tait convaincu qu'il n'tait qu'un masque<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">&nbsp;[167]</a>.
-Il n'y avait rien d'tonnant ce que cette opinion et cours en
-Corse.</p>
-
-<p>L'un des principaux arguments avec lesquels le baron avait
-sduit les Corses, n'tait-il pas, en effet, la promesse d'un
-appui tranger. Mais avant que le masque ne tombt de lui-mme,
-la diplomatie tchait de le soulever. Elle n'arrivait cependant
-pas satisfaire sa curiosit, d'autant plus que les Gnois
-ne faisaient rien pour aider claircir le mystre. Pourtant la
-question les intressait plus que qui que ce soit; mais ils
-sentaient fort bien que les ministres trangers, en s'occupant
-de l'aventure, n'agissaient pas seulement dans un but
-platonique.</p>
-
-<p>Les Gnois se donnaient beaucoup de mal pour affirmer que
-Thodore n'tait qu'un fantme qui tombera au premier dgot
-d'une populace tumultueuse et toujours avide de nouveaut.
-<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
-Mais la diplomatie voulait voir en lui autre chose qu'un <i>fantme</i>;
-elle tenait pour le <i>masque</i><a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">&nbsp;[168]</a>.</p>
-
-<p>Chauvelin s'inquitait fort de ces bruits. L'installation des
-Anglais en Corse porterait un trs grand prjudice au commerce
-de la France en Mditerrane<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">&nbsp;[169]</a>.</p>
-
-<p>Il et galement t trs nuisible aux intrts franais que
-l'Espagne s'tablt en Corse. La possession de l'le assurerait
-sa prpondrance en Italie et dans la Mditerrane; il n'tait
-donc pas invraisemblable qu'elle y penst. Dj Campredon
-avait fait part son ministre de l'attitude qu'avait Cornejo, son
-collgue d'Espagne Gnes. Il se montrait fort attentif aux
-nouvelles de Corse. Mais l'envoy de Sa Majest Catholique
-dclara que l'Espagne et Naples n'taient pour rien dans les
-affaires de Thodore<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">&nbsp;[170]</a>.</p>
-
-<p>Mais on se demandait d'o venait l'argent qui avait servi
-Thodore pour son quipe. On reconnaissait l'aventurier de
-l'esprit, de la hardiesse, mais on savait qu'il ne possdait
-rien et que les Corses, puiss par une longue guerre, galement
-pills par les Gnois et par les Allemands, n'avaient
-aucune ressource. Campredon s'obstinait voir les Anglais ou
-<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-les Espagnols sous le baron. L'envoy imprial, Guicciardi, partageait
-aussi cette manire de voir<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">&nbsp;[171]</a>.</p>
-
-<p>Voil, en quelques mots, d'un ct l'tat d'esprit des Corses et
-celui du baron, de l'autre les proccupations de l'Europe au
-dbut de cette aventure. Mais les craintes des diplomates taient
-vaines; pour l'instant, aucune puissance ne protgeait Thodore.
-Il avait tout simplement filout des trafiquants europens en
-Tunisie et quelques mahomtans crdules, comme plus tard
-il filoutera des juifs hollandais.</p>
-
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>Le lendemain du sacre, le roi se trouva trs fatigu. Il se
-sentait fbricitant et ce fut de son lit qu'il remplit les premiers
-devoirs de sa royaut. Il runit les chefs dans sa ruelle, forma
-son ministre et distribua avec gnrosit des titres et des
-emplois.</p>
-
-<p>Il nomma Paoli et Giafferi gnraux et premiers ministres.
-L'avancement tait mdiocre. Nous savons, en effet, qu'en faisant
-des lois rpublicaines, ils avaient pris les titres de primats et
-d'altesses royales. Costa devint grand chancelier, secrtaire
-d'tat et garde des sceaux. Giappiconi fut nomm secrtaire de
-la guerre<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">&nbsp;[172]</a>.</p>
-
-<p>Un historien fait remarquer que beaucoup de comtes et
-marquis manrent de cette premire promotion<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">&nbsp;[173]</a>.</p>
-
-<p>Le roi avait crit cette liste de sa main. Quand il notifia ces
-nominations aux intresss, ceux-ci, nous dit Costa, se montrrent
-trs touchs. Thodore tint ensuite rception dans sa chambre
-<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
- coucher. Pendant cette rception, des tasses de chocolat
-furent passes la ronde et beaucoup de personnes vinrent pour
-s'incliner devant le souverain et boire le dlicieux breuvage<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">&nbsp;[174]</a>.</p>
-
-<p>Paoli et Giafferi ne furent pas contents des titres et des
-situations donns aux autres; ils voulaient tout pour eux. En
-sortant de la chambre royale, ils allrent sur la place pour
-examiner de plus prs le dcret que le roi avait fait placarder
-devant sa porte. Cette longue liste d'honneurs octroys les mit
-en fureur. Ils dchirrent l'arrt royal. Thodore, inform du
-fait, sortit immdiatement. Il tait fort en colre et exigea des
-excuses publiques. Costa reut l'ordre d'crire une copie du
-dcret et de l'afficher l'endroit mme o l'autre avait t
-lacr<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">&nbsp;[175]</a>.</p>
-
-<p>Paoli cra au roi de nouvelles difficults avec les exigences
-de son ambition inquite. Thodore avait confr
-Fabiani les fonctions de vice-prsident du conseil de guerre.
-Paoli convoitait cette position pour concentrer toute l'autorit
-entre ses mains. Il rassembla ses hommes et, allant trouver
-le roi, il lui manifesta son mcontentement. Il ajouta que si
-satisfaction ne lui tait pas donne sur le champ, il se retirerait
-dans la montagne. Neuhoff essaya de le calmer tout en restant
-inbranlable. Paoli ne partit pas et la nomination de Fabiani
-fut maintenue<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">&nbsp;[176]</a>.</p>
-
-<p>Le soir, table, avec beaucoup d'-propos et un sourire
-aimable aux lvres, le roi fit tomber la conversation sur la
-faiblesse de certains hommes, qui se laissent emporter par de
-vaines susceptibilits, et avait expliqu que certaines dignits
-sont insparables du titre de comte<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">&nbsp;[177]</a>.</p>
-
-<p>Aussitt aprs avoir cr les grands dignitaires de la couronne,
-le roi avait sign un dcret ordonnant aux cantons
-<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-d'Ampugnani et de Casacconi, sous peine d'tre dclars
-rebelles, de rassembler tous les hommes arms Casinca, le
-20 avril, afin de traiter une affaire importante pour le bien
-public. Chaque homme devait apporter des vivres pour quatre
-jours au moins. Il enjoignait aux chefs de lui signaler tous ceux
-qui n'obiraient pas. Sa volont tait que le dcret ft lu dans
-les villages et affich la porte des glises paroissiales.</p>
-
-<p>A la fin, l'dit portait: On doit savoir que le sceau du
-dit roi est form d'une chane trois cercles seulement]<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">&nbsp;[178]</a>.</p>
-
-<p>Aprs que le btiment anglais, command par le capitaine
-Dick, eut dbarqu Thodore Alria et dcharg quelques
-munitions, il avait repris la mer, faisant voile vers Livourne. Il y
-arriva au commencement du mois d'avril.</p>
-
-<p>L'envoy anglais en Toscane, Fane, se trouvait alors
-Livourne. Le consul de Gnes se rendit aussitt chez lui pour
-protester, au nom de son gouvernement, contre les secours
-apports aux rvolts par ce navire. Le diplomate anglais
-rpondit que certainement le capitaine Dick avait enfreint les
-ordres du roi, et qu'il en crirait l'Amiraut. Fane, pour
-terminer, conseilla au consul gnois de ne pas faire beaucoup
-de bruit de cette contravention qui tait la premire.
-D'abord, le capitaine pourrait facilement se justifier en allguant
-que le mauvais temps l'avait forc aborder en Corse, ensuite,
-parce qu'on donnerait l'affaire une trop grande importance.
-Rentr Florence, le rsident anglais alla trouver le comte
-Lorenzi, envoy de France en Toscane, et lui dit que le capitaine
-Dick affirmait que Thodore avait une lettre du roi d'Angleterre;
-mais Fane se hta d'ajouter qu'il n'y croyait absolument
-pas<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">&nbsp;[179]</a>.</p>
-
-<p>L'envoy anglais avait conseill au capitaine de ne pas
-<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span>
-retourner dans l'le. Il appuya cet avis de la dfense que le roi
-d'Angleterre avait faite ses sujets d'aider en quoi que ce soit
-les rebelles de Corse. Mais Dick persuad que la cour de Londres
-prenait une part active dans les affaires de Thodore, malgr les
-dngations diplomatiques de Fane, tait parti pour la Corse
-avec quelques maigres munitions dans la cale de son navire<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">&nbsp;[180]</a>.</p>
-
-<p>Cette fois les plaintes des Gnois furent plus vives; elles
-taient justifies. Fane crivit au consul anglais, Livourne,
-afin de retirer le passeport du capitaine, dans le cas o il
-reviendrait. Dans cette ventualit, l'envoy anglais priait le
-gouvernement toscan de refuser au navire le billet de sant.
-Le btiment resterait Livourne jusqu' la rception des
-instructions demandes Londres. Fane affirmait la parfaite
-neutralit de son gouvernement en cette affaire. Le public, qui
-veut toujours tout savoir, ne croyait pas cette affirmation<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">&nbsp;[181]</a>.</p>
-
-<p>Pendant que ces ngociations se poursuivaient, Thodore
-avait donn des instructions pour l'organisation de l'arme.
-Il nomma vingt-quatre capitaines, qui furent chargs de parcourir
-le pays afin de lever chacun une compagnie de trois
-cents hommes. En attendant les recrues, il fut dcid que la
-cour retournerait Cervione.</p>
-
-<p>Avant de quitter Alesani, on apprit que le btiment du
-capitaine Dick tait arriv. Outre des munitions, il portait,
-au dire de Costa, une couronne destine au sacre. Le roi envoya
-Fabiani, avec trois des compagnies nouvellement formes,
-<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span>
-pour prendre les munitions Alria et les transporter Cervione.
-Elles consistaient en douze sacs de balles et six barils
-de poudre<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">&nbsp;[182]</a>.</p>
-
-<p>La vue de ces munitions exalta la fivre belliqueuse des
-Corses; mais cette fois-ci encore, ce ne fut pas au dtriment des
-Gnois. Des disputes s'levrent parmi les hommes de Fabiani,
-relativement au partage. La querelle tourna au tragique. Des
-mots ils en arrivrent aux voies de fait et des voies de fait aux
-coups de fusil. Fabiani s'interposa et ne put obtenir du
-calme qu'en promettant de ne pas rapporter au roi cette dplorable
-querelle<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">&nbsp;[183]</a>.</p>
-
-<p>Mais les coups de fusil que les Corses tiraient avec tant d'ardeur,
-soit en l'honneur de leur roi, soit pour vider leurs diffrends,
-finirent par attirer l'attention des postes gnois qui surveillaient
-la cte. Ce navire anglais parut suspect. Comme un canot se
-dtachait du bord pour atterrir, et tandis que les Corses se battaient,
-une felouque gnoise arme en course, s'approcha de
-l'esquif et s'en empara. Les Gnois amenrent leur capture
-Bastia. Outre les objets personnels destins au roi et les munitions,
-on saisit un certain nombre de lettres au moyen desquelles,
-dit Costa, on pouvait couper toutes les communications de
-Thodore avec le continent<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">&nbsp;[184]</a>.</p>
-
-<p>Fabiani et sa troupe durent revenir Cervione, trs penauds
-de cette aventure qui rappelait la fable de l'<i>Ane et les Voleurs</i>,
-et o les Gnois avaient jou le rle du troisime larron.
-Thodore, cependant, ne laissa percer aucune marque extrieure
-de chagrin<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">&nbsp;[185]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span>
-Les cinq matelots qui montaient l'embarcation capture
-furent conduits devant Rivarola, commissaire gnral de la
-rpublique Bastia. L'interrogatoire auquel ils furent soumis,
-et dont les Gnois attendaient sans doute un rsultat dcisif,
-ne prouva rien. Les marins ne savaient pas grand'chose
-et ils ne comprenaient pas le langage qu'on leur parlait. Ils se
-contentrent de menacer les Gnois de la colre de Sa Majest
-Britannique si on ne les relchait pas immdiatement.</p>
-
-<p>Sur la demande du consul anglais ils furent remis en libert,
-mais le capitaine reut un blme pour sa conduite<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">&nbsp;[186]</a>. Quelque
-temps aprs Dick alla Smyrne, o persuad que le gouvernement
-anglais voulait le faire arrter, il se brla la cervelle<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">&nbsp;[187]</a>.</p>
-
-<p>Le 17 avril, Thodore se mit en route pour Cervione avec
-une escorte de cinq cents hommes. Son arrive Alesani avait
-t salue par des cris de joie, son dpart eut lieu au milieu des
-acclamations. Dans les villages que traversa le cortge royal,
-des arcs de triomphe taient dresss; des guirlandes de fleurs
-ornaient les maisons et les notables venaient au devant de Sa
-Majest et lui offraient, comme prsents, de l'huile, du vin et
-des oranges. Les principales familles taient admises baiser les
-mains du roi, tandis que les hommes du commun, la tte dcouverte,
-ployaient un genou devant lui et criaient: <i>Viva!</i></p>
-
-<p>En chemin, Thodore et sa cour s'arrtrent dans un couvent.
-Les moines prsentrent au roi, comme rafrachissements,
-du vin et des fruits. Sans prendre la collation offerte, Sa Majest
-se remit promptement en route. Les bons moines accompagnrent
-le cortge, en distribuant leur vin et leurs fruits aux
-gens de la suite. Bientt la cour arriva au palais. Le peuple
-attendait le souverain et chacun demanda tre admis l'honneur
-du baise-main. La foule tait si compacte qu'on dut
-placer deux capitaines, l'un dans l'atrium, l'autre la porte de
-<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
-l'appartement royal, pour assurer l'ordre dans les entres et les
-sorties<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">&nbsp;[188]</a>.</p>
-
-<p>Thodore fit une proclamation pour donner son peuple la
-preuve de son amour paternel et de sa clmence. Il
-accordait une amnistie gnrale tous les rebelles, c'est--dire
-aux Corses au service de la rpublique. Ceux-ci seront reus
-par lui avec toute la cordialit possible; le pass sera oubli.
-Il leur donnait dix jours pour faire leur soumission et se prsenter
-devant lui. Pass ce dlai, leurs biens seraient confisqus.
-Si ces gars restaient sourds l'appel de Sa Majest,
-ils ne devaient plus esprer le pardon dans l'avenir et ils
-seront trs svrement punis si on les attrape<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">&nbsp;[189]</a>.</p>
-
-<p>Mais la monarchie naissante ne pouvait se confiner dans l'oisivet,
-et Neuhoff aimait le changement. Il fut dcid que, pour
-tre mieux porte de prendre contact avec les forces gnoises,
-le roi transporterait sa rsidence Venzolasca, village situ
-non loin du fort de San Pellegrino. Un Corse nomm Castineta
-fut envoy pour faire prparer un logement habitable. Au premier
-tage se trouvaient quatre chambres. La meilleure fut amnage
-pour Sa Majest; la seconde fut attribue Giafferi, la troisime
- Giappiconi; Costa et Buongiorno se logrent dans la quatrime.
-Le rez-de-chausse se composait d'une chambre pour le
-chapelain, de deux pices pour les valets et d'une cuisine. La
-maison adjacente fut destine aux gnraux.</p>
-
-<p>En voyant qu'il n'tait pas log dans la mme maison que le
-roi, Paoli eut un accs d'indignation. Il s'cria: Quittons
-cette demeure; ce n'est pas la place des gnraux. Mieux vaudrait
-se retirer dans une confrrie et laisser le grand chancelier et le
-capitaine de la garde en possession du palais. Nous les avons
-assez vus! Les clients de l'irascible patriote reprirent comme
-<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-un cho: Hors du palais, hommes de Rostino<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">&nbsp;[190]</a>; nous ne
-voulons pas d'autre roi que notre gnral.</p>
-
-<p>Au bruit de cette nouvelle sdition, Thodore sortit du palais
-en brandissant sa canne bec de corbin. Il en frappa un des
-hommes, Capone, qui criait plus fort que les autres. Les serviteurs
-accourus se saisirent de cet nergumne, que le roi
-condamna mort sance tenante. Cette mesure de rigueur
-surexcita les esprits. Les amis de Capone s'lancrent vers
-la demeure royale pour y mettre feu; on put les arrter
-temps. Enfin, comme tout paraissait termin, Thodore rentra
-chez lui. Paoli, de son ct, pensant avoir suffisamment montr
-son pouvoir, vint trouver le roi qui l'accueillit fort mal. Bien qu'il
-et tous les torts, le gnral s'attendait sans doute une autre
-rception. Furieux de voir que Neuhoff lui tenait tte, il s'lana
-sur Sa Majest et essaya de la jeter par la fentre. Les
-ministres intervinrent: pour calmer Thodore, ils firent valoir
-la grossiret native de Capone, cause premire de cet
-incident regrettable. Ils parlrent raison Paoli<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">&nbsp;[191]</a>, lui remontrant
-sans doute qu'il n'tait pas d'usage dans les cours de jeter
-le roi par la fentre.</p>
-
-<p>Cette tragi-comdie eut le dnouement de <i>Cinna</i>. Thodore,
-avec une grandeur d'me, laquelle il tait bien un peu contraint,
-fit grce Capone, qui fut remis en libert. La question
-des logements reut une solution amiable. On plaa Giafferi et
-Giappiconi dans une mme chambre, et Paoli put ainsi tre log
-dans la maison royale. Costa, qui se tenait toujours l'cart
-de ces disputes, nous dit, en terminant le rcit de cette scne:
-Au moment du souper, les choses taient rentres dans l'ordre
-et nous emes tous ensemble un agrable repas<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">&nbsp;[192]</a>.</p>
-
-<p>Ces ternelles disputes menaaient de tout compromettre.</p>
-
-<p>Une diversion s'imposait: la plus logique tait de commencer
-<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-sans retard les oprations contre les Gnois. Thodore
-fit son plan de campagne. Il fallait avant tout se rendre
-matre de Bastia, sige du gouvernement ennemi; mais pour
-arriver mettre le blocus, on devait d'abord s'emparer du
-village de Furiani, aux portes de la ville. Malgr l'hostilit
-qu'il tmoignait Neuhoff, Paoli fut dsign pour cette expdition.
-Quelques soldats sous le commandement de Luccioni
-partirent vers le sud, afin d'intimider les habitants de Bonifacio
-favorables aux Gnois. Fabiani eut mission de se rendre
-en Balagne, sa province, pour soulever les populations et tcher
-de prendre Calvi. Arrighi fut envoy dans le Nebbio. Il devait
-occuper Saint-Florent, petite ville maritime considre alors
-comme la clef de la Corse. Thodore qui ne tenait pas s'exposer
-beaucoup, se rserva le sige de San Pellegrino. Il prit le
-capitaine Ortoli sous ses ordres<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">&nbsp;[193]</a>.</p>
-
-<p>Les troupes de Paoli purent s'avancer jusqu'auprs de Bastia
-sans rencontrer de rsistance. Mais elles furent arrtes dans
-leur marche par le petit fort des Capucins, situ aux portes de la
-ville. Paoli dut attaquer cette position; durant trois jours il tenta
-de l'enlever. Le succs trompa ses efforts et il fut oblig de
-commander la retraite. Les troupes rebelles purent cependant
-rester dans les environs.</p>
-
-<p>A l'intrieur de la ville une grande inquitude rgnait,
-malgr la prsence de quatre mille hommes arms, tant soldats
-que paysans.</p>
-
-<p>Les Corses se sont vants que, s'ils peuvent une fois
-entrer dans la ville, ils nous feraient passer au fil de l'pe. Dieu
-nous garde de pareils vnements!<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">&nbsp;[194]</a>.</p>
-
-<p>On racontait que les mcontents avaient fait empaler un nomm
-Periale et son neveu, parce qu'ils paraissaient tre du parti des
-<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
-Gnois. Des billets circulaient dans la ville, promettant de faire
-un carnage horrible des bourgeois qui prendraient les armes
-contre les patriotes. Les femmes et les enfants ne seraient pas
-pargns. Le gouverneur avait donn vingt sols chaque
-ouvrier pour dtruire l'effet de ces menaces, puis on avait fait
-des dpts d'armes dans chaque quartier afin que chacun pt
-se dfendre<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">&nbsp;[195]</a>.</p>
-
-<p>Les quelques patriotes qui se trouvaient l'intrieur de la
-ville s'agitaient beaucoup. La nouvelle du couronnement d'un
-beau seigneur, richement vtu, distribuant des pices d'or, les
-avait exalts. Malgr les menaces les plus foudroyantes
-des Gnois, ils ne pouvaient contenir leurs sentiments. Les
-Corses au service de la Rpublique se mordaient les lvres,
-parce que bien certainement ils ne participeraient pas comme
-les autres aux faveurs que le roi allait faire pleuvoir sur ceux
-qui taient rests fidles la cause nationale. Quant aux
-Bastiais les plus perfides, c'est--dire ceux qui taient
-franchement gnois, eux aussi ils eussent bien voulu possder
-la grce, parce qu'ils ignoraient rellement quel tait ce personnage,
-quelles taient ses forces, sa mission, quels ordres
-il obissait. Le gouverneur ne savait pas grand'chose et, pour
-se donner une contenance, il traitait Thodore d'Arlequin
-dguis en roi<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">&nbsp;[196]</a>.</p>
-
-<p>La situation dans Bastia tait donc trs trouble. Aprs
-avoir rsist aux rebelles, l'attaque du fort des Capucins, les
-Gnois ne tentrent plus rien pour les craser dfinitivement.
-La peur semblait tel point paralyser leurs efforts qu'ils songeaient
- peine se dfendre. C'est ainsi que Paoli put s'emparer
-du poste de Saint-Joseph, proximit de Bastia. Le
-capitaine Franchi, au service des Gnois, qui commandait ce
-poste, n'opposa aucune rsistance. Il se replia dans la ville en
-<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span>
-abandonnant sa poudre et ses grenades<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">&nbsp;[197]</a>. Ce succs encouragea
-les Corses; ils essayrent de surprendre Bastia par
-une attaque de nuit. Cette opration choua, car Paoli, apprenant
-que son pre venait de mourir, tait subitement parti pour
-Orezza, afin d'assister aux funrailles, sans se soucier de l'abandon
-dans lequel il laissait ses troupes<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">&nbsp;[198]</a>.</p>
-
-<p>Cette dsertion devant l'ennemi affecta vivement le roi. Il
-voulut condamner Paoli mort, mais Giafferi s'interposa en disant
-que rendre les derniers devoirs aux siens tait une coutume
-sculaire en Corse; aucune circonstance ne pouvait empcher
-l'accomplissement de cet acte de pit filiale. Neuhoff s'indigna
-de voir combien la discipline manquait parmi les Corses. Il dclara
-que si les choses ne changeaient pas, il quitterait le pays, car il
-n'y avait rien faire avec de pareils errements<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">&nbsp;[199]</a>. Paoli ne fut pas
-condamn; Thodore commenait sentir qu'il n'tait pas le
-plus fort, et si parfois il tait tent de l'oublier, les Corses se
-chargeaient de le lui rappeler. Sa royaut naissante tait battue
-en brche par ceux-l mmes qui l'avaient couronn.</p>
-
-<p>Un dsastre vint cependant fournir Thodore l'occasion de
-faire preuve d'autorit.</p>
-
-<p>Pendant qu'il disposait ses troupes pour commencer l'attaque
-du fort de San Pellegrino, soudain un messager, hors d'haleine,
-ayant brl les tapes, arriva au camp. Il demanda voir
-le roi sur le champ. Conduit devant Sa Majest, il lui annona
-que Luccioni venait de livrer Porto-Vecchio aux Gnois. Il leur
-avait en outre rvl tous ses plans. Trente sequins avait t le
-prix de cette trahison; et ce march une fois conclu, le tratre
-s'tait mis en marche pour aller retrouver Thodore. Il voulait
-l'engager se rendre dans le sud, afin d'y prsider les oprations.
-<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-En donnant ce conseil au roi, Luccioni voulait l'attirer
-loin de ses partisans et le livrer aux Gnois<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">&nbsp;[200]</a>.</p>
-
-<p>La nouvelle de la reddition de Porto-Vecchio fut confirme
-et comme le messager l'avait annonc, Luccioni arriva bientt
-et se prsenta devant Sa Majest. Costa, tmoin de l'entrevue,
-fut frapp de la colre qui se peignait sur les traits de Thodore.
-La scne fut poignante. Le roi rassembla les capitaines
-et les soldats. Devant tous, il dclara Luccioni coupable de
-haute trahison et le condamna mort, puis il envoya qurir un
-prtre et donna au tratre un quart d'heure pour se prparer<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">&nbsp;[201]</a>.</p>
-
-<p>C'tait l'heure du dner. Thodore et ses compagnons se
-mirent table. Le crime de Luccioni et la sentence prononce
-contre lui jetaient un voile de deuil sur le camp. Le repas fut
-silencieux et triste. Les Corses fixaient leurs regards sur le roi
-pour essayer de surprendre un signe d'indulgence; mais les
-traits du souverain restaient impassibles. Giafferi et Giappiconi
-levrent la voix pour demander un rpit l'excution. Costa,
-debout, un verre en main, dit: Longue vie au roi! que la
-justice triomphe, mais que la clmence trouve place! La physionomie
-de Neuhoff ne broncha pas; il paraissait calme et rsolu.
-Devant cette attitude, aucun des convives ne crut devoir appuyer
-l'appel la clmence que venait de formuler le grand chancelier.</p>
-
-<p>Aprs le dner, Luccioni fut amen sur la place. Des soldats,
-le fusil charg, formaient le peloton d'excution. Les gens du
-peuple se mirent genoux, et, les mains jointes, ils supplirent
-le roi de pardonner. Thodore fut inexorable et ordonna le feu.
-Le corps de Luccioni roula jusqu'au seuil de la demeure royale<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">&nbsp;[202]</a>.</p>
-
-<p>En livrant Porto-Vecchio aux Gnois, Luccioni leur donnait
-la clef du sud de l'le. Situe au fond d'un golfe abrit, cette
-petite ville pouvait tre considre comme un centre de ravitaillement.
-Il fallait que Thodore possdt des notions de
-<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-stratgie, et et srieusement tudi la configuration de la Corse,
-pour avoir envoy des troupes occuper cette position. En cela ses
-vues taient justes.</p>
-
-<p>Luccioni avait pris Porto-Vecchio sans coup frir. Les
-Gnois s'taient aperus trop tard de l'avantage de cette
-position. Ils avaient tent de la reprendre, mais, plus habiles
-aux ngociations qu'aux choses de la guerre, ils avaient prfr
-acheter&mdash;pas cher d'ailleurs&mdash;le capitaine avec ses plans et
-la personne du roi par dessus le march.</p>
-
-<p>Un chroniqueur corse a donn une autre version de la
-condamnation de Luccioni. D'aprs lui, Thodore s'tait un jour
-trouv offens des propos ironiques que Luccioni tenait au sujet
-des secours sans cesse attendus et n'arrivant jamais. Arrt
-sur l'ordre de Neuhoff, le railleur avait subi le dernier supplice,
-malgr les reprsentations des chefs, tmoins de la scne<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">&nbsp;[203]</a>.</p>
-
-<p>Cette version est fausse. Il faut s'en tenir au tmoignage de
-Costa et de Rostini, dont la bonne foi ne saurait tre suspecte.
-Je serai d'ailleurs oblig de revenir sur cette affaire, propos
-de l'assassinat de Fabiani commis quelque temps aprs. Le
-testament politique de Fabiani, rdig par le chanoine Orticoni,
-l'me de la rvolte en Corse, confirme la trahison de Luccioni.</p>
-
-<p>La perte de Porto Vecchio, survenant dans le moment mme
-o Paoli abandonnait les oprations devant Bastia, dut sans doute
-abattre le courage de Neuhoff.</p>
-
-<p>Au surplus, l'excution du tratre lui cra beaucoup de difficults.
-Il eut d'abord contre lui toute la clientle de Luccioni,
-qui, mettant la question de personnes au-dessus de tout principe
-national, n'eut qu'un dsir: venger le mort, sans s'inquiter
-si le chtiment n'avait pas t inspir par un intrt patriotique.
-Les Corses, en dehors de la famille, murmurrent contre
-l'excution du tratre. Ils trouvrent que la justice du roi tait
-trop sommaire et, ds ce moment, Thodore commena ressentir
-les effets de la <i>vendetta</i><a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">&nbsp;[204]</a>.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE III</h2>
-</div>
-
-<div class="hanging indent">
-<p>dit du Snat de Gnes.&mdash;Rponse de Thodore.&mdash;Le roi dans le Nebbio
-et en Balagne.&mdash;Tribulations de Costa.&mdash;Frappe de la monnaie.</p>
-
-<p>Affaire de Monte-Maggiore.&mdash;Thodore devant Corte.&mdash;Il prend la ville
-sur ses gnraux.&mdash;Assassinat de Fabiani.&mdash;Discours du roi
-Venzolasca.</p>
-
-<p>Le ministre de Gnes en France.&mdash;Affaire Nayssen.&mdash;Les libelles
-satiriques Gnes.&mdash;Le roi et la paysanne.</p>
-
-<p>Thodore a peur.&mdash;Dpart pour Sartne.&mdash;Institution de <i>l'Ordre de la
-Dlivrance</i>.&mdash;Lois nouvelles.&mdash;Le dernier mensonge.&mdash;La fuite.&mdash;Dbarquement
- Livourne.</p>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>A Gnes, les membres du gouvernement se demandaient ce
-qu'ils pourraient faire pour dtruire l'effet produit par le fcheux
-dbarquement de Thodore en Corse. Cet vnement avait
-redonn courage aux mcontents. La rpublique pressentait
-qu'elle aurait soutenir de nouveaux combats pour conserver la
-possession de l'le. Les Corses lui cotaient dj beaucoup
-d'argent<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">&nbsp;[205]</a>, il faudrait sans doute en dpenser encore. Le
-Snat s'assembla pour parer cette triste ventualit. Aprs
-dix longues sances, on se mit d'accord sur un moyen conomique.
-Il fut dcid qu'on publierait un dit contre le baron de
-<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-Neuhoff. Cet dit fut affich dans les rues, et communiqu aux
-reprsentants des puissances trangres et la presse<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">&nbsp;[206]</a>.</p>
-
-<p>Le factum gnois tait long. Il noircissait ce personnage
-fameux habill l'asiatique de toutes les friponneries.
-Il passait en revue le pass de cet anonyme, qui quoiqu'inconnu
-avait trouv le moyen de s'insinuer auprs des chefs des
-soulevs. Il traitait Thodore de vagabond, d'astrologue
-et de cabaliste. Il le montrait changeant de nom et de nationalit
-dans chaque endroit o il passait; escroquant tout le monde,
-sans cesse court d'argent. Il l'accusait d'avoir eu commerce
-avec des mahomtans, et de n'avoir dans son entourage que des
-coquins. Comme sanction, l'dit proclamait Thodore de Neuhoff
-sducteur des peuples, perturbateur de la tranquillit publique,
-coupable de haute trahison au premier chef. Comme tel il
-tombait sous les rigueurs des lois gnoises. Quiconque entretiendrait
-correspondance avec lui serait galement puni.</p>
-
-<p>Cet dit fut trouv plaisant; mais on jugea que c'tait un
-pitre moyen pour arrter la rvolte en Corse<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">&nbsp;[207]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span>
-Neuhoff rpondit par un manifeste. Il considrait les invectives
-gnoises comme les cris des chiens qui aboient la lune.
-Il se sentait fort du choix librement fait par les Corses de sa
-personne, pour les aider secouer la tyrannie gnoise. Il avait
-t lev au trne par la volont spontane et unanime du peuple.
-Il trouvait ridicule l'accusation de perturbateur du repos public,
-puisque la rvolte existait en Corse bien longtemps avant son
-arrive. C'taient eux qui avaient la responsabilit de tout le
-mal. Les Gnois prtendaient qu'il n'avait apport que de
-faibles munitions et peu d'argent. Mais ces ressources, si
-modiques fussent-elles, avaient suffi pour racheter la libert
-d'un royaume tyrannis par eux. Il se dclarait ministre du
-Saint-Sige, dont les Corses et lui-mme taient les enfants
-trs fidles et trs soumis. Il se confiait en la Divine Providence
-pour mener bien la tche qu'il avait entreprise. Dieu
-l'inspirerait et ferait de lui le librateur d'un peuple l'exemple de
-Mose. David et Tamerlan taient d'une naissance fort au-dessous
-de la sienne. Condamn par les Gnois aux peines rserves aux
-tratres, il les condamnait son tour tous les justes chtiments,
-en vertu des pouvoirs qu'il tenait des Corses. Il dclarait enfin
-les Gnois bannis tout jamais de l'le, sous peine de vie et
-dbiteurs du trsor du royaume pour les revenus dont ils avaient
-joui<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">&nbsp;[208]</a>.</p>
-
-<p>Mais le fait de proclamer les Gnois ses dbiteurs ne mettait
-pas de l'argent dans ses poches. Il continuait faire miroiter
-aux yeux de ses partisans l'esprance de prompts et puissants
-secours, pour les retenir dans la poursuite de sa chimrique
-entreprise. Les procds par lesquels il essayait de les leurrer
-taient de ceux qu'emploient les aventuriers pour blouir leurs
-<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span>
-dupes: un semblant d'action, les simulacres d'une influence,
-un crdit imaginaire.</p>
-
-<p>Parfois il observait la mer pendant de longues heures,
-scrutant l'horizon, pour faire croire qu'il attendait des vaisseaux
-apportant des munitions. Souvent il se renfermait chez lui pour
-dpouiller, prtendait-il, une volumineuse correspondance avec
-les cours trangres<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">&nbsp;[209]</a>. Mais les secours n'arrivaient pas, et
-pour cause.</p>
-
-<p>Le rve, la chimre conduisent certains hommes, les laissant
-jusqu'au bout insoucieux ou inconscients des contingences
-humaines. Ceux-l sont souvent de grands esprits, dont le tort
-est de voir trop haut, trop en dehors dans les choses de la vie.
-Avec sa pense sans envergure, son ambition ttue et son
-gosme naf, le baron de Neuhoff n'tait qu'un visionnaire
-incorrigible auquel nulle leon ne profitait. Il aurait voulu faire
-partager ses illusions ses sujets; mais les Corses taient
-trop pratiques pour s'adonner longtemps au rve. Ils ne se
-laissaient gure impressionner par la mise en scne de leur roi:
-elle tait, il est vrai, un pauvre expdient.</p>
-
-<p>Thodore, cependant, rsolut de quitter le camp tabli
-devant San Pellegrino. Il dsirait faire une tourne dans l'le en
-commenant par le Nebbio et la Balagne. Costa fut dsign
-pour continuer l'investissement du fort gnois et diriger les
-affaires du royaume. Il reut le titre provisoire de vice-roi<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">&nbsp;[210]</a>.</p>
-
-<p>Mais les ressources personnelles de Neuhoff taient fort diminues.
-Il lui fallait de l'argent. Il avait fait faire des dmarches
-auprs de certains curs de village qui passaient pour avoir
-quelques biens. Le 28 mai, il crivit son fidle partisan, Xavier
-de Matra, auquel il avait donn le titre de marquis, pour
-activer ces dmarches. Le 30 mai, le marquis rpondit qu'il
-n'avait pas attendu la lettre de Sa Majest pour envoyer un
-<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-archiprtre Ghisoni avec la mission d'attendrir le cur, c'est--dire
-d'obtenir quelques fonds. Matra ne s'tait pas born cette
-dmarche; il avait crit dans le mme but plusieurs de ses
-amis.</p>
-
-<p>Si respectueux ft-il de la volont souveraine, le marquis
-n'approuvait pas le dplacement projet, moins cependant que
-Fabiani et Arrighi n'eussent donn des renseignements certains
-sur l'opportunit de ce voyage. Matra craignait pour la vie du
-roi, car les Gnois entretenaient dans ces provinces plus de
-soldats et d'espions que dans les autres. Et le prudent marquis
-ajoutait cette rflexion pleine de bon sens: Si on ne remporte
-pas l-bas quelque victoire, il pourrait en rsulter un grand
-trouble dans le royaume.</p>
-
-<p>Sur l'ordre du roi, Matra avait envoy le commandant de sa
-<i>pieve</i> dans les cantons voisins la recherche d'or, d'argent et
-de cuivre<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">&nbsp;[211]</a>. Le chef tait revenu chez le marquis les mains
-vides. Ce sont des pas jets au vent. L'missaire n'avait
-trouv partout qu'une grande misre et les quelques habitants
-qui possdaient un peu de cuivre ne voulaient pas s'en dessaisir.
-Mais Matra se htait d'ajouter que le commandant allait entreprendre
-une nouvelle tourne, parce que Sa Majest doit tre
-servie selon ses trs vnrs commandements<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">&nbsp;[212]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span>
-Avant son dpart, Thodore avait song exercer l'une des
-principales prrogatives du pouvoir royal: la frappe des
-monnaies. Mais la matire premire manquait et c'tait pour s'en
-procurer, qu'il avait fait faire les dmarches, dont Matra lui
-mandait l'insuccs. Nanmoins un couvent de Corte envoya des
-candlabres et des crucifix pour tre convertis en pices<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">&nbsp;[213]</a>.</p>
-
-<p>Le roi fit crire au cur de Rostino, Don Matteo d'Ortiporio,
-pour lui demander de venir frapper les sous et les cus. Cet
-ecclsiastique avait dj, disait-on, battu monnaie pour son
-bon vque Saluzzi<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">&nbsp;[214]</a>. Selon d'autres, il tait connu comme
-faux monnayeur et n'avait pas honte de l'avouer<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">&nbsp;[215]</a>.</p>
-
-<p>Malgr son absence, Gaffori fut nomm prsident de la
-monnaie, poste appel devenir une sincure.</p>
-
-<p>Le roi parti<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">&nbsp;[216]</a>, Costa eut bien des tribulations. Presque
-journellement il crivait au roi<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">&nbsp;[217]</a> pour lui rendre compte de ce
-qui se passait. Il prouvait un grand chagrin du dpart de
-Sa Majest, cependant il devait s'incliner devant ses volonts.
-L'habit du roi tait prt, mais on le conservera jusqu'au retour
-du monarque dans le Nebbio. Tous les jours on expdiait des
-provisions et quelques munitions au camp<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">&nbsp;[218]</a>, mais l'argent
-manquait, et Costa donna quatre sequins de sa poche aux
-<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-soldats. Il s'efforait, avec le concours de Matra, de lever des
-compagnies. Il crivait, cet effet, dans plusieurs endroits,
-mais il se heurtait des difficults insurmontables, car les
-paysans faisaient leurs moissons. Le cur de Rostino ne
-rpondait pas ses lettres, et Gaffori, malade dans son village,
-ne pourrait pas se mettre en route avant quelques jours<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">&nbsp;[219]</a>.
-Costa, en faisant des miracles, parvint embaucher six ouvriers.
-Tout le voisinage tait rempli de <i>Vittoli</i><a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">&nbsp;[220]</a>, embusqus par les
-Gnois, ce qui rendait presque impossible le recrutement parce
-que chacun voulait se garder personnellement et dfendre les
-siens. Chaque jour les mmes difficults renaissaient. Les gens
-des plaines disaient qu'ils taient prts servir aprs les montagnards,
-qui faisaient leurs rcoltes plus tard. Mais Costa tait
-oblig d'avouer son impuissance remdier toutes ces choses<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">&nbsp;[221]</a>.</p>
-
-<p>Le comte Poggi, Zicavo, s'occupait lever des soldats. Mais
-dans la montagne cela tait aussi difficile que dans la plaine.
-Il mandait au roi qu'il pourrait mettre seulement cent hommes
- sa disposition sans compter quelques Corses au service
-de Gnes et revenus de meilleurs sentiments. Il se rpandait
-en protestations dvoues. Lui, au moins, il n'tait pas comme
-les autres, qui jouaient double jeu. Sa vie ne comptait pour
-rien; il ne demandait que des armes. Et pour prouver sans
-doute sa sincrit, il envoyait Sa Majest le fromage qu'il lui
-avait promis<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">&nbsp;[222]</a>.</p>
-
-<p>Le 8 juin, cinq navires parurent au large; la joie fut grande
-dans le peuple. Les voil donc, enfin, les munitions attendues
-depuis si longtemps. Hlas! les bateaux taient passs sans rien
-<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span>
-dbarquer<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">&nbsp;[223]</a>. Sa Majest devait se hter de faire venir la
-felouque avec quelques armes. Le moindre secours suffirait
-ranimer le courage du peuple, dont la foi commenait faiblir.
-Le vice-roi craignait qu'il ne la perdt bientt compltement.
-Chacun voulait de l'argent, mais il n'y en avait pas. L'absence
-du roi causait un grand prjudice. Les Gnois avaient publi un
-placard infme contre lui. Devant Saint-Florent, aprs un
-combat assez vif, les Corses avaient t mis en droute,
-en infligeant des pertes l'ennemi. Devant San Pellegrino les
-mules manquaient pour transporter le canon. Personne ne
-voulait obir<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">&nbsp;[224]</a>.</p>
-
-<p>Le 15 juin, Costa envoya un exprs Sa Majest pour lui
-notifier que si elle tardait encore deux jours revenir tout tait
-perdu. Il en cotait au malheureux vice-roi de faire cette
-dclaration, mais la discorde rgnait dans les villages. Non
-seulement on ne pouvait lever aucune compagnie nouvelle, mais
-celles qui existaient s'taient dissoutes. Le bruit courait que le
-roi allait partir aprs avoir pris de l'argent l'un et l'autre,
-que les secours n'arriveraient pas, qu'on ne pourrait jamais
-vaincre les Gnois et mille autres infamies<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">&nbsp;[225]</a>.</p>
-
-<p>Et cependant, si on avait du monde, on pourrait faire de
-grandes choses; chaque jour des soldats, allemands pour la
-plupart, s'chappaient du camp ennemi, sans leurs fusils malheureusement.
-Ils disaient que les Gnois taient dans la consternation,
-car tous leurs gens, y compris les Corses leur service,
-dserteraient si la moindre barque apportait des armes
-aux patriotes. Seul avec seize hommes, sans force et sans
-autorit, Costa, entour de prils, ne savait que devenir. Les
-mdisants triomphaient. Sa Majest crivait de donner de l'argent
-au camp, mais la monnaie n'en faisait pas. On avait su la
-sueur de la mort pour payer les soldats. Le vice-roi avait encore
-<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-donn, le 18 juin, deux cent vingt-quatre livres en pistoles de ses
-deniers; il ne lui restait plus rien<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">&nbsp;[226]</a>. Les journes passes sans
-nouvelles du roi, semblaient, au malheureux Costa, longues
-comme des sicles. Il fallait absolument que Sa Majest ft
-venir Gaffori pour la monnaie. Buongiorno avait du c&oelig;ur, mais
-il ne russissait pas, il tait trop libral et puis il se mlait
-toujours des affaires du Tribunal. Pour ne pas le dcourager,
-Costa ne voulait lui faire aucun reproche. Il suppliait Sa Majest
-de n'en rien dire; s'il lui en parlait, c'est qu'Elle devait tre
-instruite de tout<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">&nbsp;[227]</a>.</p>
-
-<p>Le vice-roi envoya quelques jours plus tard Buongiorno en
-courrier auprs de Thodore. Il lui faisait tenir en mme temps
-une autre lettre dans laquelle il disait que ce mme Buongiorno
-avait distribu tort et travers des balles et de la poudre,
-tous ceux qui se disaient ses amis ou qui le flattaient, sans songer
-que certains Corses voleraient jusque dans le ciel. Ce
-qu'il disait des munitions pouvait galement s'appliquer aux
-vivres. Sa Majest verra ainsi le bel tat dans lequel il se
-trouvait<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">&nbsp;[228]</a>.</p>
-
-<p>Les gens qui composaient la cour de Thodore se jalousaient
-tous entre eux. Leur correspondance tait une suite de mdisances,
-de bruits rapports. Si on blmait Buongiorno, celui-ci
-se plaignait des autres, mais il exaltait ses propres mrites. En
-adressant au roi son habit neuf et trois bandages, il faisait son
-apologie, se confondait en humbles respects. Un autre jour, il
-demandait Sa Majest en termes indigns de chtier ses
-calomniateurs<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">&nbsp;[229]</a>.</p>
-
-<p>De tous les cts la dlation s'insinuait. La Souveraine
-Majest de Thodore premier, roi de Corse reut une lettre
-<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
-anonyme. L'crivain donnait Neuhoff des conseils pour russir
-dans son entreprise, et lui recommandait de recourir souvent
-aux sacrements, parce que sur les champs de batailles la mort
-guette les combattants. Mais le principal but de cette lettre
-tait de dnoncer un nomm Fabiani&mdash;le gnral probablement&mdash;.
-Le roi devait se mfier de cet individu, qui ne mritait aucune
-estime et qui personnifiait la bassesse et la lchet<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">&nbsp;[230]</a>.</p>
-
-<p>Gaffori arriva enfin. La fabrication de la monnaie devait se
-faire dans le couvent de Tavagna, o l'on avait runi tous les
-instruments ncessaires. Une quipe d'ouvriers venus d'Orezza
-avait pour chef un certain Giulio Francesco, surnomm <i>sette
-cervelle</i> (sept cervelles), car il tait trs habile dans son art. Il
-savait fort bien frapper des cus aux armes de Gnes<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">&nbsp;[231]</a>.</p>
-
-<p>Gaffori commena par faire construire des fours et un
-fourneau rverbration pour la fonte du cuivre, car les premiers
-creusets ne pouvaient rsister au feu. Sur douze, il n'en
-avait trouv qu'un seul son arrive. Il esprait, d'ailleurs,
-obtenir ainsi une frappe meilleure, les plaques tant plus fortes.
-Mais les grosses difficults provenaient du mauvais vouloir des
-artisans. Ils travaillaient contre-c&oelig;ur, prtendant ne pouvoir
-toujours rester devant le fourneau, et ils demandaient tre
-remplacs de temps en temps. Le prsident n'avait pas cru
-devoir accueillir cette demande sans l'autorisation du roi. Deux
-d'entre eux taient retourns Orezza sans permission; avec
-l'aide de Costa, il faisait tous ses efforts pour empcher les
-dfections. Il avait promis aux ouvriers le payement du travail
-fait jusqu'alors et un salaire de trente <i>soldi</i> par jour
-l'avenir; ils n'taient jamais satisfaits. Buongiorno se disposait
-rejoindre le roi et Gaffori le chargeait de lui dire ce qu'tait
-cette engeance. Le prsident suppliait Sa Majest de renvoyer
-<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-Buongiorno ds qu'Elle pourra se passer de ses services:
-avec son savoir et son habilet, il sera trs utile parmi ces
-rcalcitrants. Le travail marchait avec une lenteur dsesprante.
-Sur cinq empreintes, quatre furent dtriores, soit par malveillance,
-soit par ngligence. Celle qui restait avait besoin
-d'tre retouche.</p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/106.jpg" width="600" height="356" alt="" />
-</div>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/109.jpg" width="300" height="342" alt="" />
-</div>
-
-<p>N<sup>o</sup> 1<br />
-N<sup>o</sup> 2</p>
-
-<p>Reproduction des monnaies de Thodore de Neuhoff d'aprs les moulages des pices qui se trouvent au Cabinet
-des Mdailles la Bibliothque Nationale de Paris.</p>
-
-<p>La fabrication de la monnaie d'argent n'avanait gure non
-plus. Cependant Gaffori esprait pouvoir bientt en envoyer
-quelques spcimens Sa Majest. Dans cette partie aussi, les
-ouvriers manquaient de zle. Il fallait tre toujours prs d'eux,
-les surveiller, les forcer travailler. Mais, en revanche, ils ne
-cessaient de demander de l'argent. Un jour, exaspr par cette
-canaille, Gaffori voulut faire mettre tout le monde en prison.
-Costa calma sa fureur en lui faisant remarquer que cet acte de
-rigueur ne serait ni prudent ni politique<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">&nbsp;[232]</a>.</p>
-
-<p>Gaffori, comme chacun, se plaignait de ses compagnons.
-La malignit de nous autres Corses, crivait-il, est si grande
-et si ruse que celui qui veut tuer son comptiteur n'agit pas en
-face, mais il emploie un canal lointain par o passe l'envie et la
-passion, dguises sous le masque du dvouement. Avec le temps,
-Votre Majest connatra la sincrit de mes sentiments et saura
-punir. <i>Tolluntur in altum ut lapsu graviore ruant.</i> Ainsi fait
-Dieu, dont les rois sont la plus parfaite image sur la terre!<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">&nbsp;[233]</a>.</p>
-
-<p>Mais, s'il faut en croire le vice-roi, le beau zle du prsident
-tait simul. Gaffori, crit-il au roi, fait mine de travailler, mais
-c'est une fille: un seul jour de prsence au travail a suffi pour
-l'ennuyer... Gaffori est trs froid, et rien d'autre. Quant au
-cur de Rostino, qui s'tait enfin dcid venir, Costa affirme
-qu'il n'avait jamais vu quelqu'un de plus lche que lui<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">&nbsp;[234]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-Malgr tout, on parvint frapper quelques pices. La monnaie
-de cuivre tait de deux valeurs diffrentes: l'une de <i>2 soldi 1/2</i>,
-l'autre de <i>5 soldi</i>. Sur la face, elles portaient les initiales T. R.
-entoures de palmes et surmontes d'une couronne royale. Au-dessous,
-se trouvait la date, 1736. Sur le revers, figurait la valeur
-entoure par cette lgende: <i>Pro bono publico. Ro. Ce.</i><a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">&nbsp;[235]</a>.</p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/110.jpg" width="300" height="180" alt=""/>
-</div>
-
-<p>Ces pices, qu'on pourrait classer dans la catgorie des
-<i>monnaies de ncessit</i>, taient trs minces et d'une frappe
-grossire. Deux ans seulement aprs leur fabrication, elles
-taient uses et on en distinguait difficilement la lgende<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">&nbsp;[236]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-Le T. R. signifiait <i>Thodore Roi</i>. C'est ainsi que le traduisaient
-les partisans de Sa Majest. Les Corses hostiles disaient:
-<i>tutto rame</i>, tout cuivre; les Gnois: <i>tutti ribelli</i>, tous rebelles<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">&nbsp;[237]</a>.</p>
-
-<p>Il fut dcid que les pices d'argent porteraient sur la face
-les armes de la Corse, c'est--dire la tte de maure ceinte d'une
-couronne ferme d'o pendait une chane trois chanons. La
-lgende serait THEODORUS REX CORSICE. Sur le revers devait
-figurer l'image de la Vierge, nimbe de cinq toiles; sur le
-milieu, partage en deux, la date 1736, et comme lgende
-MONSTRA TE ESSE MATREM S. P. Ces cus auraient valu trois
-livres<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">&nbsp;[238]</a>. Mais, au dire de Costa, un seul fut frapp<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">&nbsp;[239]</a>.</p>
-
-<p>La rproduction de la monnaie de Thodore t faite d'aprs l'ouvrage du
-colonel Maillet: <i>catalogue obsidionales et et de ncessit,</i>
-Bruxelles, 1870-73, 2 vol. en 8<sup>o</sup> et 2 atlas oblongs avec 218 planches.</p>
-
-<p>M.J. Protat, de Macon, collectionneur et numismate des plus rudits, a bien
-voulu me donner ce dessin et les clichs typographiques dont il a surveill lui-mme
-la confection. J'ai le regret de n'avoir pu lui tmoigner ma sincre gratitude avant sa
-disparation prmature. Qu'il me soit au moins permis sa mmoire
-un souvenir reconnaissant.</p>
-
-<p>Comparez ce dessin, qui reprsente les pices commes elles auraient d tre,
-avec la planche d'aprs les moulages.<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">&nbsp;[240]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, au Cabinet des mdailles de la Bibliothque
-nationale de Paris, on peut en voir deux exemplaires. D'aprs
-E. Cartier, l'un d'eux serait faux<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">&nbsp;[241]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-Ds le dbut, les pices de Thodore furent rares. Les
-numismates et les collectionneurs les recherchrent comme
-objets de curiosit. Sur le continent une spculation s'tablit;
-elles atteignirent un prix lev et, Naples, on en fabriqua de
-fausses<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">&nbsp;[242]</a>. Il n'y aurait donc rien d'tonnant ce qu'un des
-exemplaires du Cabinet des mdailles provnt de la fabrique
-napolitaine et non du couvent de Tavagna, l'<i>Htel de la Monnaie</i>
-de Sa Majest Thodore I<sup>er</sup><a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">&nbsp;[243]</a>.</p>
-
-<p>Mais si les chercheurs et les curieux achetaient trs cher
-ces pices, les ouvriers, les soldats, les paysans, en gnral
-tous ceux qui voulaient tre rellement pays, les refusaient
-avec nergie.</p>
-
-<p>Thodore avait donn l'ordre de payer les troupes avec ses
-sous. Mais, ds leur apparition, ces <i>assignats</i> de cuivre furent
-trs dprcis. Les soldats murmurrent et refusrent de recevoir
-cette monnaie de mauvais aloi. Un jour, un tumulte clata
- ce sujet. Les rcalcitrants prirent leurs fusils et Costa, avec
-les seize hommes qui composaient sa garde, dut les dsarmer
-pour viter un malheur<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">&nbsp;[244]</a>.</p>
-
-<p>Les ouvriers de la monnaie eux-mmes ne voulurent pas
-recevoir en payement les pices qu'ils fabriquaient<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">&nbsp;[245]</a>. Ces
-<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
-artisans avaient une excuse: ils savaient trop comment elles
-taient faites.</p>
-
-<p>Quelque temps aprs, devant Thodore lui-mme, deux
-femmes de la montagne, qui avaient apport des provisions au
-camp, refusrent, en change, la monnaie frappe au T. R.
-Elles se fchrent et se servirent d'un langage peu convenable
-pour leur sexe. Le roi parut et ordonna de les mettre immdiatement
-en prison. Sous la menace, elles se calmrent et
-repartirent en emportant les sous de Sa Majest. Cette svrit
-effraya les villageois qui firent pendant un certain temps moins
-de difficults pour tre pays ainsi<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">&nbsp;[246]</a>. Malgr ce <i>cours forc</i>,
-les gens d'Orezza continurent se moquer des colres royales.
-Ils tinrent une runion et dcidrent de n'accepter que de bons
-cus contre le sel, les chaussures et le drap qu'ils vendaient
- Thodore. Comme ces articles manquaient dans les villages
-placs sous le contrle immdiat du camp, ce fut trs
-gnant<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">&nbsp;[247]</a>.</p>
-
-<p>Chaque jour la rvolte s'tendait. Dans le canton d'Orezza
-les hommes avaient jur de ne plus obir Thodore. Les
-villages d'Ampugnani et de Rostino se soulevaient. Quelques-uns
-des chefs perdaient la foi, tel le marquis de Matra, qui,
-selon Costa, se laissait aller couter les calomnies rpandues
-contre le souverain. Le pauvre vice-roi ne savait plus o donner
-de la tte; il aurait fatalement succomb sous le poids des difficults,
-s'il n'avait t soutenu par son inbranlable dvouement.
-Mais il suppliait Neuhoff de revenir au plus tt, sans quoi
-tout tait perdu. Et, au milieu des pires angoisses, il pensait
-<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-encore faire rechercher, mais en vain, les pantoufles du roi qui
-avaient t gares<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">&nbsp;[248]</a>.</p>
-
-<p>Dans le Sud galement, des gens prchaient la rvolte en
-termes passionns et grossiers. Jean-Paul Costa, de Sainte-Marie
-d'Ornano, dnonait son oncle un certain Luca, qui
-devenait chaque jour plus dangereux et plus violent. S'il n'avait
-l'habitude de craindre la mort, il aurait ouvertement embrass
-le parti des Gnois. Il avait promis ceux-ci d'empcher le
-blocus d'Ajaccio par les troupes de Thodore, et il favorisait les
-rafles que les ennemis faisaient sur les ctes de biens meubles,
-de gros et de petit btail. Il disait n'avoir en vue que le
-bien public et le peuple l'coutait. Un soir Luca laissa sortir
-de sa bouche que dans le canton c'tait lui le roi et que le
-souverain tait le roi des c....<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">&nbsp;[249]</a>. Il avait ajout que le grand
-chancelier mritait d'tre lapid et que si, dans quelques jours
-les vaisseaux de secours n'arrivaient pas, les peuples le mettraient
-en pices. La rage de Luca se serait retourne contre
-le jeune Costa, si celui-ci n'avait t protg par ses amis. Jean-Paul
-faisait tout ce qu'il pouvait. Dans la Rocca il levait des
-contributions volontaires ou non. A Levie il avait pris un cheval.
-Cet animal lui tait rclam comme appartenant un fidle partisan;
-nanmoins il le gardait jusqu' nouvel ordre. On ne
-pourrait jamais rien faire de bon tant que Luca ne serait pas
-hors de ce monde. La famille Lusinchi tait galement hostile au
-roi. Il faudrait encore prendre un arrt contre Martin Tasso, son
-fils et ses clients, car eux aussi, ils fomentaient la rvolte et servaient
-d'espions aux Gnois. En traant dans de longues pages ce
-lamentable tableau, le jeune Costa s'excusait de ne pouvoir envoyer
- son oncle de plus amples dtails, car il avait la tte malade<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">&nbsp;[250]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span></p>
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Thodore avait pris position Monte-Maggiore, prs de
-Calenzana. Paoli, qui, nous l'avons vu, avait abandonn les
-oprations devant Bastia pour aller aux funrailles de son pre,
-avait reu la mission d'enrler des soldats. Le 27 juin, le
-gnral crivit au roi pour lui dire les difficults qu'il rencontrait.
-On faisait les moissons; les hommes taient aux
-champs et il fallait rentrer les grains. Dans huit jours, les
-rcoltes acheves, peut-tre pourra-t-il se mettre en route avec
-quelques recrues. Et il suggrait au souverain l'ide de traner
-les oprations en longueur pour gagner du temps<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">&nbsp;[251]</a>.</p>
-
-<p>S'il faut en croire Costa, Paoli tait peu dispos lever des
-renforts pour venir aider le roi en Balagne, car il craignait que
-si les Corses remportaient une victoire dans ce canton, la
-situation du gnral Fabiani ne devnt prpondrante<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">&nbsp;[252]</a>. Neuhoff
-parvint, cependant, donner un vigoureux assaut Calenzana.
-Ce fut la plus srieuse attaque qu'il ait jamais dirige contre
-les Gnois. Il s'en fallut de bien peu que la victoire ne couronnt
-ses efforts. La ville tait sur le point de tomber en son pouvoir
-lorsqu'il dut battre en retraite, faute de munitions et par suite
-de l'ternelle jalousie qui divisait les chefs corses. Cette jalousie&mdash;comme
-le fait remarquer Costa&mdash;tait un ennemi bien plus
-redoutable que les Gnois<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">&nbsp;[253]</a>.</p>
-
-<p>Les Corses assigeaient aussi Algajola, petite ville fortifie. Le
-capitaine gnois Bembo, avec trois cent cinquante hommes, avait
-opr une sortie et attaqu les retranchements des insulaires.
-Ceux-ci s'taient enfuis en abandonnant un canon, cinq fusils,
-<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
-un pistolet, un tambour, une corne, qui leur servait de trompette,
-et des provisions. Le brave Bembo, ne pouvant emporter le
-canon, le fit clater et envoya les autres dpouilles des rebelles,
-en grande pompe, Bastia. Le gouverneur donna l'ordre de
-chanter le <i>Te Deum</i> dans Algajola pour clbrer cette brillante
-action<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">&nbsp;[254]</a> qui, d'ailleurs, ne pouvait avoir aucun rsultat dcisif.</p>
-
-<p>Les oprations devant Bastia n'avanaient gure. Arrighi, qui
-les conduisait, dclarait ne pouvoir ni investir la place ni s'emparer
-des rcoltes aux alentours de la ville. Il avait cent soixante
-hommes seulement sous ses ordres; les balles et la poudre
-manquaient. Le dtachement de Saint-Florent tait rempli
-d'ardeur, mais l aussi les munitions faisaient dfaut. Arrighi
-terminait ainsi: Je ne puis comprendre d'o vient le bruit des
-intelligences dont on m'accuse, mais je ferai tous mes efforts
-pour le dcouvrir<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">&nbsp;[255]</a>. Costa, en effet, accusait le gnral
-d'entretenir des rapports suspects avec les ennemis<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">&nbsp;[256]</a>.</p>
-
-<p>Thodore tremblait. Il tait tomb malade et avait pris le
-lit<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">&nbsp;[257]</a>. Le mauvais vouloir, les jalousies, les trahisons qu'il
-voyait autour de lui l'effrayaient. Tous ceux qui le soutenaient
-ou qui faisaient mine d'tre des siens, voulaient des titres et des
-honneurs. Il dut faire une proclamation pour dire que tout le
-monde ne pouvait pas tre gnral ou comte<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">&nbsp;[258]</a>. Craignant pour
-sa vie, il crivit Costa de lui envoyer quarante hommes srs,
-comme gardes du corps<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">&nbsp;[259]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, il cherchait toujours blouir les Corses et
-les tromper. Il ordonna au grand chancelier de faire hisser sur
-la tour de Paduella, prs de San Pellegrino, des pavillons
-<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
-coloris pour guider les navires qui devaient apparatre au
-large. Il lui recommandait d'entretenir les Corses dans la
-croyance que des secours allaient arriver<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">&nbsp;[260]</a>. Mais ces btiments&mdash;vritables
-vaisseaux fantmes&mdash;ne sortaient jamais des
-brumes de la haute mer et les pavillons claquaient au vent, sur
-la tour, inutiles comme de misrables loques.</p>
-
-<p>A la fin de juin, Thodore se trouvait devant Corte. Au pont
-de Rossicio, Giappiconi et les autres l'avaient abandonn. Le
-roi demanda Costa un secours immdiat. Si des hommes fidles
-n'arrivaient sans retard, il tait perdu. La nation se sera
-donne la rputation et la renomme d'avoir froidement assassin
-son roi et pre. Gaffori seul tait accouru vers lui et l'avait
-conduit dans le couvent de Saint-Franois<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">&nbsp;[261]</a>. Le comte Arrighi
-se cachait. Tout allait de travers. Costa et le comte Giafferi
-devaient venir avec des renforts arms. Thodore dsirait
-retourner en Balagne, tant pour secourir ses partisans, que
-pour chtier les infmes, qui voulaient le livrer mort ou
-vivant<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">&nbsp;[262]</a>.</p>
-
-<p>Il rsolut de soumettre Corte son obissance. Avec
-quelques hommes qui s'enttaient lui rester fidles, il voulut
-pntrer dans la ville. Arrighi, sorti de sa retraite, lui en refusa
-l'entre. Thodore s'emporta. La querelle dgnra bientt
-en bataille. Il y eut des morts dans chaque camp. Enfin, le parti
-du roi triompha. Par son ordre, tandis qu'on se battait, un nomm
-Schietto aurait mis le feu la ville; trente-six maisons furent
-brles, dit-on; d'autres pilles. Un renfort tant arriv Neuhoff,
-Arrighi se sauva au-del des monts<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">&nbsp;[263]</a>. Les gens de Corte
-firent leur soumission et quelques chefs, qui s'taient spars
-du roi, revinrent rendre hommage. A leur tte, se trouvait
-<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span>
-Paoli avec ses clients<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">&nbsp;[264]</a>. Celui-ci, il faut le reconnatre, avait une
-merveilleuse souplesse pour se retourner du ct du plus fort.</p>
-
-<p>Thodore informa Costa de son prochain retour sur la cte
-orientale. Le grand chancelier fit venir des ouvriers pour orner
-et dcorer le couvent des Franciscains o Sa Majest devait
-descendre. Un homme d'Ampugnani, artiste habile, peignit les
-armoiries du roi et celles du royaume au fronton des portes et
-sur des tendards, pour lesquels Costa avait achet de la toile
-avec son argent<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">&nbsp;[265]</a>. Des guirlandes de fleurs entouraient les
-cussons. On tendit des portires en soie de diffrentes couleurs;
-la couche royale fut orne de rideaux en soie galement. Les
-deux chambres pour les officiers furent arranges dans le mme
-got. Costa se montra satisfait. Cette dcoration, qui semblait
-tre faite de fleurs, dit-il, tait destine donner la Cour un
-air imposant et voiler la pauvret qui s'talait derrire ces
-ornements<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">&nbsp;[266]</a>.</p>
-
-<p>Tandis que Neuhoff combattait en Balagne contre les
-Gnois et Corte contre ses gnraux, un malheur l'atteignit:
-Fabiani, un de ses plus fidles lieutenants tait assassin.</p>
-
-<p>Les parents de Luccioni ne pardonnaient pas Thodore
-l'excution du tratre. Ils voulaient venger le mort. Mais, au
-lieu de dclarer ouvertement et loyalement la <i>vendetta</i>, selon la
-coutume corse, ils avaient feint d'accepter la condamnation,
-comme la juste expiation du crime. On disait dans Bastia que
-cette famille, par l'intermdiaire de Fabiani, s'tait soumise et
-avait jur fidlit au roi. Celui-ci confra mme quelques-uns
-les titres de marquis et de comte<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">&nbsp;[267]</a>. Les Gnois, dont la politique
-<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-consistait entretenir les inimitis, s'alarmrent de
-cette rconciliation, que le temps et les circonstances pourraient
-rendre sincre et qui apporterait quelques partisans
-Neuhoff.</p>
-
-<p>Ils inspirrent aux Luccioni le dsir de la vengeance. Leurs
-exhortations tombrent dans un terrain prpar; elles portrent
-leurs fruits. Comme il tait difficile d'atteindre Thodore lui-mme,
-ils rsolurent de frapper son meilleur gnral; reprsaille
-injuste et lche, car Fabiani n'tait pour rien dans la condamnation
-du tratre; il se trouvait en Balagne lorsqu'elle fut prononce.
-Les Gnois voulaient des victimes. Fabiani tait sur
-leur liste d'excution. L'occasion se prsenta de se venger: ils
-la saisirent<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">&nbsp;[268]</a>.</p>
-
-<p>Poggi avait promis&mdash;nous l'avons vu&mdash;de recruter des
-hommes dans les pays au-del des monts. Comme ces renforts
-tardaient arriver, Fabiani s'tait rendu Orezza, village natal
-de sa femme et o il comptait beaucoup de parents et d'amis.
-Les partisans de Luccioni habitaient ce canton. Ils vinrent complimenter
-le gnral; sans mfiance, celui-ci leur fit bon accueil.
-Ils lui dirent qu'ils avaient des griefs contre Costa, mais qu'ils
-taient prts s'unir lui pour aller combattre en Balagne.
-Fabiani les engagea faire une tourne dans le canton avec lui,
-pour complter les enrlements. A Stazzona il les invita
-souper, puis, continuant son voyage, toujours suivi par les
-tratres, il descendit Valle d'Orezza, passa la nuit aux Piazzole
-et revint Stazzona, d'o il devait regagner la Balagne.</p>
-
-<p>Un peu au-del du village, des hommes arms se tenaient
-embusqus derrire un moulin en ruines. La chronique a conserv
-leurs noms: Hyacinthe Petrignani, de Venzolasca, Jean-Baptiste
-et Fratelongo, son frre, appels les Turcati de Carcheto. A peine
-Fabiani avait-il travers la rivire, que ces hommes dchargrent
-sur lui leurs fusils. Il reut trois ou quatre balles dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
-la poitrine, dans les ctes et dans le flanc. Ses parents et ses
-amis, saisis de stupeur, laissrent fuir les assassins.</p>
-
-<p>Le premier moment d'effarement pass, ils voulurent s'lancer
- leur poursuite, mais le gnral, qui n'avait pas perdu connaissance,
-les retint et les supplia de ne pas l'abandonner. Il
-craignait que ses meurtriers ne revinssent pour lui couper la tte
-afin de la porter en triomphe Bastia. Fabiani fut transport
-Stazzona, o il mourut aprs une agonie de vingt-quatre
-heures<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">&nbsp;[269]</a>.</p>
-
-<p>Ce tragique vnement eut lieu vraisemblablement le 15
-juillet<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">&nbsp;[270]</a>.</p>
-
-<p>Les assassins, aussitt le crime accompli, se rendirent
-Bastia pour recevoir le prix convenu<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">&nbsp;[271]</a>. Les Gnois clbrrent
-ce forfait comme un triomphe. Jusqu'alors inactifs, ils commencrent
- prendre l'offensive. Ils effecturent une sortie et
-dispersrent les cent soixante hommes de Neuhoff camps devant
-la ville<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">&nbsp;[272]</a>.</p>
-
-<p>Aprs la mort tragique du gnral balanais, le chanoine
-Orticoni, adversaire acharn des Gnois, rdigea un appel aux
-Corses sous la forme d'un <i>testament politique de Simon
-Fabiani</i><a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">&nbsp;[273]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span>
-Cet crit trs long tait une sorte d'homlie ampoule et
-emphatique, mais qui contenait des vrits que les Corses
-auraient sagement fait de mditer.</p>
-
-<p>Le chanoine adjurait ses compatriotes d'tre unis dans un
-effort commun pour dlivrer la patrie. Ceux qui, aprs avoir
-reu des titres et des honneurs, vivaient dans l'indiffrence
-auraient rougir de n'avoir pas donn leur sang et leurs biens
-pour la cause nationale. Il s'levait contre la dplorable habitude
-qu'avaient les Corses de quitter l'le pour aller vendre leur
-nergie, leur activit et leur intelligence l'tranger. Si ceux-l
-pchaient contre la patrie, combien plus coupables encore taient
-ceux qui entraient au service de Gnes, sduits par des avances
-trompeuses, que chacun devait repousser avec force. Et il citait
-l'exemple des grands patriotes de jadis!</p>
-
-<p>Tandis que ce drame sanglant se droulait Orezza, le
-prtre Grgoire Salvini informait Thodore que grce Dieu,
- la trs sainte Vierge de la Visitation et aux mes du Purgatoire,
-il avait dbarqu sain et sauf l'Ile Rousse, malgr la
-rencontre en mer d'une gondole gnoise. Le petit btiment,
-qui l'avait amen de Livourne, apportait vingt-deux barils de
-poudre, dix-sept sacs de balles et quelques fusils. Pour se
-procurer ces munitions et afin de ne pas risquer de l'argent, il
-avait d, disait-il, employer mille ruses, faire mille promesses
-aux marchands. Il avait donn sa parole d'honneur pour garantir
-la justice et la bonne foi de Sa Majest. Il s'tait aussi
-engag venir en personne surveiller la vente et le payement
-de ces marchandises. Il n'aurait rien obtenu sans ces promesses
-formelles, car les marchands craignaient la rapacit bien
-connue des Corses. Il remettait enfin Thodore deux lettres
-d'Amsterdam, que lui avait consignes le sieur Thomas Brackwell,
-de Livourne<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">&nbsp;[274]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span>
-Quelques jours plus tard, Salvini crivit encore au roi pour
-lui dire que les choses allaient bien mal en Balagne faute
-d'hommes. Il suppliait Sa Majest par les entrailles de Jsus
-de lui envoyer la plus grande partie de ses soldats, sans quoi
-ses compagnons et lui allaient infailliblement prir. Le mieux
-serait que le roi revnt en Balagne avec une bonne troupe.
-Il n'avait rien craindre pour sa vie, car les Balanais taient
-prts mourir pour la dfense de la patrie et de la personne
-sacre de leur souverain<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">&nbsp;[275]</a>.</p>
-
-<p>Les Corses, cependant, remportrent quelques petits succs<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">&nbsp;[276]</a>.
-Le plus important eut lieu devant l'le Rousse. Le colonel
-gnois Marchelli, la tte de quatre cents hommes, avait fait une
-descente, pour surprendre la tour fortifie par les rebelles. Ceux-ci
-ayant paru, les soldats de la rpublique s'enfuirent. Ils se
-jetrent la mer pour gagner le btiment qui se trouvait
-quelques encblures du rivage. Ne sachant pas nager, ils se
-noyrent pour la plupart; d'autres furent tus et cent trente faits
-prisonniers. Une des chaloupes de la galre, venue pour porter
-secours, s'choua et les Corses s'emparrent de tout ce qu'elle
-contenait<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">&nbsp;[277]</a>. Marchelli et son lieutenant avaient prudemment fui
-ds le dbut de l'action. Le Snat les fit mettre aux arrts. Mais ils
-arrivrent se disculper, d'autant plus facilement que la rpublique
-n'avait pas d'officiers meilleurs mettre leur place.</p>
-
-<p>Thodore profita de cet avantage pour sommer le gouverneur
-de Bastia d'avoir lui renvoyer dans les huit jours les prisonniers
-corses, faute de quoi, il ferait arquebuser les cent trente
-gnois pris l'le Rousse<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">&nbsp;[278]</a>.</p>
-
-<p>A Ajaccio, Ornano avait attir les Gnois dans une embuscade
-et tu trois cents des leurs.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span>
-Dans cette guerre d'escarmouches, ces affaires prenaient une
-grande importance et mettaient du baume dans le c&oelig;ur de
-Sa Majest<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">&nbsp;[279]</a>. Les gens de Bastia taient consterns. Le bruit
-circulait en ville que le roi recevait tous les jours des munitions;
-qu'un certain Balanais nomm Salvetti lui avait apport de
-Rome huit mille piastres en or et qu'on voyait circuler des
-sequins turcs<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">&nbsp;[280]</a>.</p>
-
-<p>A la vrit, la popularit de Thodore dcroissait chaque
-jour; sa cour se dgarnissait. La nation commenait se croire
-joue par lui<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">&nbsp;[281]</a>.</p>
-
-<p>Il essaya de remplacer par des mots et par des titres les
-secours tangibles qu'il avait promis aux Corses. Il invita les
-populations venir Venzolasca pour entendre un discours.
-Il rigea certains districts en marquisats. Il cra de nouveaux
-comtes et marquis, dont il nomma les fils chevaliers de la
-Cl d'or<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">&nbsp;[282]</a>. Ces chevaliers constituaient le premier contingent
-de l'ordre de chevalerie qu'il se proposait d'instituer. Costa, qui
-se qualifie du plus humble des serviteurs, fut galement anobli<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">&nbsp;[283]</a>.</p>
-
-<p>Le discours tait, nous dit-on, une production extraordinaire.
-Le roi expliquait comment les princes taient semblables des
-lois vivantes et pareils des miroirs brillants, o les sujets
-devaient regarder de prs pour prendre des exemples<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">&nbsp;[284]</a>.</p>
-
-<p>L'loquence du roi fut reue par des applaudissements<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">&nbsp;[285]</a>.
-Sur le moment mme, le peuple applaudit toujours aux phrases;
-mais aprs.....</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span></p>
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>Le ministre de Gnes en France, Sorba, tait corse<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">&nbsp;[286]</a>.
-Diplomate habile et zl, il servait, malgr son origine, la
-rpublique avec dvouement. Il n'pargnait ni son temps, ni sa
-peine pour se procurer sur les antcdents et sur la famille de
-Thodore les renseignements les plus prcis.</p>
-
-<p>On avait appris Gnes qu'un capitaine du rgiment de
-La Marck, en garnison dans les Trois-vchs, tait en correspondance
-trs suivie avec Neuhoff, dont il se disait l'oncle. Cet
-officier, nomm Nayssen, avait crit, de Pignerol, au nouveau
-roi de Corse qu'il lui donnerait tous les secours en son
-pouvoir; qu'il lui fournirait principalement des troupes et des
-officiers. La rpublique priait donc le gouvernement franais
-de faire punir svrement ce capitaine, dont la conduite tait si
-coupable<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">&nbsp;[287]</a>.</p>
-
-<p>Sorba, sur les ordres du Snat fit, au sujet de cette affaire,
-une dmarche auprs du ministre de la guerre, d'Angervilliers.
-Celui-ci promit l'envoy gnois de faire le ncessaire. Il lui
-semblait cependant peu vraisemblable qu'un officier tranger,
-dont la solde tait plus leve que celle d'un franais, ait pu se
-laisser tenter par un aventurier sans ressources. Dans la mme
-dpche, Sorba disait avoir eu avec Fleury une conversation
-sur les affaires de Corse. Il avait expos au cardinal la crainte
-<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span>
-de la rpublique relativement l'appui que les Barbaresques
-donnaient Thodore. Celui-ci ayant jadis command, par
-intrim, le rgiment de Castellara, en Espagne, et ayant connu
-le fameux duc de Ripperda, rfugi Tanger aprs sa disgrce,
-cette crainte paraissait fonde. Fleury rpondit que Ripperda
-tait un grand visionnaire. Neuhoff l'avait connu en Espagne
-certainement, mais comment l'aurait-il rejoint et avec quelles
-promesses aurait-il obtenu l'aide des Barbaresques? Cela
-semblait un pisode de roman<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">&nbsp;[288]</a>.</p>
-
-<p>La conspiration de Nayssen n'tait pas plus srieuse que le
-complot de Thodore avec les Barbaresques. La rpublique
-s'alarmait en cette affaire des moindres choses. Vertement
-rprimand, le capitaine crivit d'Embrun au garde des sceaux
-pour se justifier. La lettre fut communique Sorba. Nayssen
-avouait qu'il avait reu quelques lettres de son neveu Thodore.
-Il confessait aussi lui avoir rpondu, car il supposait que la
-Cour lui accorderait la permission d'aller en Corse si Neuhoff
-lui envoyait de l'argent pour faire le voyage. Mais il jurait
-qu'il n'avait jamais eu l'intention de quitter le service du roi.
-Il considrait l'entreprise de son neveu comme une vraie folie. Il
-avait tourn en ridicule l'invitation de son royal parent auprs
-de ses camarades, auxquels il montrait cette correspondance
-sans aucun mystre<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">&nbsp;[289]</a>.</p>
-
-<p>Sorba tait tenace; quelques mois plus tard, il revint
- la charge, demandant Chauvelin et d'Angervilliers
-s'il y avait quelque fondement dans le bruit que Nayssen tait
-parti pour aller rejoindre Thodore avec un neveu de celui-ci,
-le jeune Trvoux, officier dans la compagnie des Gardes royales.
-Les ministres dclarrent que cette supposition tait stupide.
-D'Angervilliers ajouta que Nayssen venait justement de lui
-<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span>
-faire parvenir une lettre de Thodore un certain Gregorio, de
-Livourne, lettre par laquelle l'aventurier, dans un dnment
-extrme, demandait de l'argent et des munitions<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">&nbsp;[290]</a>.</p>
-
-<p>Nayssen vint Paris pour le rglement d'affaires personnelles.
-Il fut reu par d'Angervilliers. Le ministre dit en
-plaisantant Sorba qu'il croyait le capitaine rsolu aller
-en Corse pour disputer la couronne son parent. Puis, redevevant
-srieux et mettant du baume dans le c&oelig;ur de l'ambassadeur
-corse de la rpublique, il lui dit que Nayssen tenait Thodore
-pour le plus grand escroc et le plus grand fou du monde.
-Nanmoins Sorba allait s'enqurir de l'endroit o logeait le
-capitaine, afin de le faire surveiller<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">&nbsp;[291]</a>.</p>
-
-<p>A Paris, d'ailleurs, tout le monde tournait en ridicule le roi
-de Corse; son propre neveu, Trvoux, tait le premier rire
-ses dpens<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">&nbsp;[292]</a>.</p>
-
-<p>Une lettre de J.-B. de Mari, envoy de Gnes Turin, dut
-plonger le Snat dans un trouble profond. D'aprs cette lettre,
-Thodore aurait reu trente mille piastres par l'intermdiaire
-d'un banquier de Livourne, Huigens de Cologne, et qui avait
-Bertoletti pour associ<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">&nbsp;[293]</a>.</p>
-
-<p>Ce fait parat sujet caution. Thodore se trouvait
-ce moment-l trs dpourvu d'argent. Il en demandait un peu
-partout et certainement, s'il avait eu un secours financier important,
-les Corses ne se seraient pas dtachs de lui. Et les dfections
-<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span>
-dans son entourage devenaient chaque jour plus nombreuses.</p>
-
-<p>Tandis que les diplomates gnois mettaient tout en &oelig;uvre
-pour fournir des renseignements plus ou moins vrais, ou pour
-djouer des complots qui n'existaient pas, la rpublique avait
-eu un autre sujet d'alarme. Au commencement de juin, un frre
-cordelier avait quitt Gnes pour se rendre en Corse. Ce moine
-tait un marocain mahomtan converti. On supposa que ce
-devait tre un agent de Thodore, car les matelots de la barque,
-sur laquelle il avait pris passage, disaient qu'il tait un sclrat
-fieff. Le moine, enfin, ayant parl de Thodore avec enthousiasme,
-le podestat de Sestri le tint pour suspect et l'envoya
-enchan Gnes. On trouva sur lui des lettres pour Neuhoff,
-crites en arabe, et quarante livres d'or en lingots. Campredon,
-en mandant ces dtails, ajoutait cette apprciation
-qui, au premier abord, peut paratre paradoxale, mais qui tait
-absolument juste: Il ne serait pas fort extraordinaire que
-quelques Gnois contribuassent au soulvement de la Corse.
-C'est assez la coutume des rpublicains de ne suivre d'autre
-principe que celui de leurs intrts particuliers<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">&nbsp;[294]</a>.</p>
-
-<p>A Gnes, il y avait trois partis. En premier lieu, venaient
-les hommes la tte du gouvernement, tranant leur suite tous
-les salaris de l'tat, qui faisaient rpandre ou laissaient circuler
-les bruits faux, mais avantageux pour la rpublique; puis les
-marchands qui, trouvant leur intrt dans la continuation de la
-guerre, approvisionnaient les rebelles; enfin les gens qui
-faisaient de l'opposition pour arriver prendre la place des
-autres et qui calmaient leurs impatiences ou satisfaisaient leurs
-rancunes en crivant des pamphlets. Ces libelles, qui circulaient
-sous le manteau, arrivaient jusqu'aux gazettes de Hollande.</p>
-
-<p>Au mois d'aot 1736, on se passait de main en main,
-<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span>
-Gnes, un manifeste de Thodore en rponse l'dit lanc
-contre lui<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">&nbsp;[295]</a>. Cet crit, que plusieurs auteurs ont cit<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">&nbsp;[296]</a>,
-n'mane pas du baron<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">&nbsp;[297]</a>.</p>
-
-<p>C'est une satire fine et spirituelle qui ne ressemble pas, dans
-la forme, aux crits de Neuhoff que nous connaissons. Il n'avait
-pas ce ton dgag ni cette ironie. Son style tait pompeux,
-emphatique parfois, mais toujours pesant, encombr par les
-lieux communs, obstru de rdites. Les Corses, non plus, ne
-mettaient pas cette verve dans les proclamations qu'ils lanaient
- tous moments contre leur ennemi sculaire. Violents dans
-leur style comme dans leurs m&oelig;urs, ils se laissaient aller
- crire de grandes phrases, mais jamais il ne leur arrivait de
-faire des mots.</p>
-
-<p>Le manifeste dbute sur un ton de persiflage. Le baron dit
-que, las de voyager et d'errer, il a rsolu de se choisir une
-petite habitation dans l'le de Corse. En bon voisin, il fait
-part aux Gnois de cette rsolution, s'ils ne l'ont dj apprise
-par la renomme ou par les relations ampoules de leurs
-gouverneurs qui, du reste, passent leur temps les tromper.
-Perturbateur du repos public, lui qui a trouv son arrive un
-pays si profondment troubl! Coupable de haute trahison?
-On ne trahit gnralement que ses amis. Il n'y a rien de
-commun entre les Gnois et lui. Dieu me prserve d'aimer
-jamais une nation qui a si peu d'amis! Crime de lze-majest?
-Il faudrait d'abord qu'il y et une majest. Et celle de
-Gnes on peut la chercher partout, on ne la trouvera pas.
-Peut-tre avez-vous rapport d'Espagne cette majest sur vos
-<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span>
-paules? Peut-tre a-t-elle t transporte d'Angleterre sur vos
-terres, par certain vaisseau anglais un de vos bourgeois lu
-Doge auquel il tait ainsi adress: <i>A Monsieur N. N..., Doge
-de Gnes et marchand en diverses sortes de marchandises</i>!
-Quant aux dettes que le baron a laisses en diffrents endroits,
-elles seront payes, et largement payes, avec les biens confisqus
- ses ennemis. Il termine en demandant la rpublique
-la grce de se mesurer avec ses troupes. On ne voit jamais
-de soldats gnois quand il faut se battre.</p>
-
-<p>Un second libelle circula Gnes<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">&nbsp;[298]</a>. C'tait encore l'&oelig;uvre
-de Gnois lancs dans l'opposition<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">&nbsp;[299]</a>. Il tait intitul:
-<i>Harangue de Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse, faite la Dite
-de convocation Balagne</i>. Cet crit, fort long, rditait les
-mmes plaisanteries, dcochait les mmes traits moqueurs
-contre le gouvernement. Le tout tait relev de citations historiques
-trs exactes, qui dnotaient chez son auteur une certaine
-rudition.</p>
-
-<p>Si Gnes des gens s'amusaient, les Gnois enferms dans
-Bastia ne riaient pas. Ils taient en proie une peur continuelle.
-Le gouverneur rclamait des secours grands cris; mais la
-<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span>
-rpublique n'avait pas de troupes. Quand il fallut envoyer des
-renforts dans l'le, elle avait d dgarnir ses garnisons de la
-Rivire du Ponent. Pour remplacer ces soldats, elle avait
-engag des paysans auxquels elle tait oblige de promettre
-par crit qu'ils n'iraient pas en Corse<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">&nbsp;[300]</a>, si intense tait la
-frayeur que les insulaires inspiraient. Les vivres galement
-manquaient Bastia, tandis que dans certaines parties de
-l'le, les Corses faisaient tranquillement la moisson et regorgeaient
-de denres.</p>
-
-<p>L'avantage semblait donc devoir tre pour les mcontents,
-et il et suffi d'une action nergique pour culbuter les troupes
-gnoises et chasser le gouverneur avec toute l'administration
-de la Srnissime Rpublique. Malheureusement, les jalousies et
-les querelles paralysaient les efforts. Les Corses n'avaient plus
-confiance en celui qui il s'taient donns.</p>
-
-<p>Des historiens ont donn comme cause de cette dsaffection
-un fait scandaleux qui se serait pass au cours d'une tourne
-de Sa Majest dans les montagnes.</p>
-
-<p>Une jeune paysanne, frache et piquante comme un fruit sauvage,
-s'tait trouve sur le passage du roi. Celui-ci la remarqua
-et jugea qu'elle serait digne de distraire le monarque le plus
-blas. Il le lui dit sans dtour. La jeune fille fut, comme toute
-femme, sensible cet hommage rendu sa beaut: sa vanit
-fut flatte, et elle aurait succomb si son frre n'tait survenu
-au moment opportun pour sauver l'honneur de la famille. Ce
-frre, l'un des gardes du corps du roi, fit grand tapage, menaant
-de tuer le roi et sa s&oelig;ur. Les Corses n'ont jamais plaisant
-sur ces choses. Cela se passait avant le dner. Neuhoff
-s'tait mis table avec ses gnraux, croyant l'incident clos et
-se promettant bien d'loigner, la premire occasion, ce frre
-gnant. Pendant le repas on vint lui dire que le paysan tait
-<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span>
-en train d'administrer une correction sa s&oelig;ur. Furieux,
-Thodore se leva, fit empoigner son garde et le fit amener devant
-lui. Comme s'il parlait un gal, le soldat traita le roi avec la
-dernire insolence. Sa Majest ordonna qu'on pendt le coupable
- la fentre. Il y eut un moment de stupeur. Personne ne se
-leva pour excuter l'ordre. Frmissant d'indignation, Neuhoff
-s'avana pour faire justice lui-mme. L'homme tait robuste;
-il saisit une chaise, la balana sur la tte couronne, prt lui
-en assner un coup fendre le crne. Les gnraux se prcipitrent.
-Les camarades du soldat taient accourus. Ce furent des
-cris, des vocifrations. La mle devint gnrale. Le roi au
-milieu de ses sujets parait aux coups. La Majest du trne
-fut profane. Thodore put enfin se sauver par la fentre. Il
-alla se rfugie dans une maison voisine, o il resta sous la
-garde de quelques dvous serviteurs jusqu' ce que le tumulte
-ft apais. Ses gnraux lui conseillrent de mettre dsormais
-un frein ses passions, ou du moins de ne pas choisir ses matresses
-parmi les jeunes filles du pays. Il profita du conseil et
-se borna une franaise qui l'avait suivi en Corse<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">&nbsp;[301]</a>.</p>
-
-<p>L'historien, qui rapporte ces dtails, ajoute avec ingnuit:
-Ce qui venait de lui arriver le convainquit du refroidissement
-de la nation<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">&nbsp;[302]</a>.</p>
-
-<p>Cet incident passionnel est-il exact? Costa n'en parle pas.
-Les autres chroniques et correspondances de l'poque sont
-muettes galement ce sujet. Quoi qu'il en soit, le dtachement
-des Corses avait une autre cause. Les secours promis n'arrivaient
-pas et il n'avait plus d'argent<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">&nbsp;[303]</a>. Chaque jour l'toile du roi plissait
-<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span>
-davantage, le scintillement disparaissait pour laisser
-place la lueur indcise et tremblante d'un flambeau prs de
-s'teindre et qui dj n'claire plus.</p>
-
-
-<p class="subt">IV</p>
-
-<p>Au milieu d'aot, Thodore se trouvait dans le canton de
-Verde. Il demandait l'un de ses partisans, Jean-Charles Cottone,
-de lui envoyer du vin, des choux-fleurs, des citrons, deux
-vaches ou, dfaut, une gnisse et quelques moutons. Il promettait
-de payer ces denres et ces bestiaux en bl ou en
-espces dans le dlai d'un mois<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">&nbsp;</a>.</p>
-
-<p>Mais le roi craignait le ressentiment de ses sujets. Pour fuir
-les incessantes querelles de ses ministres et surtout pour mettre
-sa vie en sret, il rsolut de traverser les montagnes<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">&nbsp;[305]</a>. Au
-commencement de septembre, il partit pour Sartne avec le
-fidle Costa. Le voyage fut long et pnible. On peut se figurer ce
-qu'il dut tre dans une contre sauvage, sans routes, embroussaille.
-Il fallut gravir des montagnes aux flancs escarps,
-franchir des torrents, marcher longtemps dans les grandes
-forts et frayer le chemin au travers du maquis. Les voyageurs
-vraisemblablement, ctoyrent les gigantesques rochers du
-<i>Kyrie</i> et du <i>Christe Eleison</i><a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">&nbsp;[306]</a>. Thodore, sans doute, ne
-considrait pas la majest du paysage ni la beaut de son
-royaume. Il ne pensait pas au symbole de ces aiguilles, dont le
-nom montait vers le ciel, comme une prire. Il avait peur.</p>
-
-<p>On ne rencontrait aucune habitation pour se reposer et
-parfois la nourriture manquait. Costa, aid par quelques serviteurs,
-<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span>
-faisait son souverain un lit de branches vertes. Mais le
-roi prfrait ne pas dormir, et, pour se tenir veill, il discourait
-toute la nuit avec chacun de ses compagnons, tour de
-rle. Au jour, la caravane se remettait en route. Thodore, toujours
-envelopp de sa robe carlate, ne quittait jamais sa canne
-bec de corbin, qui reprsentait tous les attributs de sa royaut<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">&nbsp;[307]</a>.</p>
-
-<p>Vers le sommet des montagnes, un orage pouvantable surprit
-les voyageurs. Costa en fut trs effray. Les clairs dchiraient
-le ciel; le tonnerre clatait en grondements sonores, et
-la pluie tombait si drue que, malgr sa longue robe, le roi fut
-mouill jusqu' la peau<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">&nbsp;[308]</a>.</p>
-
-<p>Thodore et sa suite arrivrent enfin dans un village. Les
-habitants s'empressrent autour du monarque et lui firent une
-rception enthousiaste<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">&nbsp;[309]</a>. Neuhoff, qui commenait tre dshabitu
-des acclamations, dut tre sensible cet accueil, qui lui
-donnait l'illusion de la popularit. Un habitant, M. Giudicelli,
-mit sa maison la disposition du roi. Celui-ci accepta et resta
-deux jours dans cette demeure. Les voyageurs avaient besoin
-de repos. Un feu ptillait dans l'tre; tous se tenaient autour
-du foyer, formant un groupe trange<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">&nbsp;[310]</a>, heureux de pouvoir
-scher leurs vtements.</p>
-
-<p>Avant de partir, le roi, pour reconnatre l'hospitalit,
-exempta Giudicelli de toutes taxes et le nomma chevalier dans
-l'ordre qu'il se proposait de crer ds son arrive<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">&nbsp;[311]</a>. Le cortge
-qui, hlas! ressemblait si peu celui du couronnement, se
-remit en route. La cour put, enfin, atteindre la ville.</p>
-
-<p>Le peuple fit un bon accueil au souverain<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">&nbsp;[312]</a>. Peut-tre,
-Neuhoff espra-t-il retrouver la popularit dans un centre
-<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span>
-nouveau, o il n'tait pas us, loin de ses premiers compagnons,
-qui lui avaient cr tant de difficults. L'illusion ne devait
-pas durer longtemps: son rgne touchait sa fin.</p>
-
-<p>Le premier soin de Thodore fut d'instituer l'ordre de
-noblesse et de chevalerie, qu'il avait promis de crer dans
-les capitulations signes lors de son couronnement. Son
-but tait de donner un nouvel clat sa royaut et d'abuser
-encore les Corses par de vains titres et des honneurs fictifs.
-C'tait galement un moyen de se procurer de l'argent par les
-contributions, que devaient payer les chevaliers. <i>L'Ordre de la
-Dlivrance</i> fut cr par un dit<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">&nbsp;[313]</a>. Des rgles auxquelles les
-dignitaires taient tenus de se conformer furent tablies<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">&nbsp;[314]</a>.</p>
-
-<p><i>L'Ordre de la Dlivrance</i> tait institu tant pour la gloire
-du royaume que pour la consolation des sujets et afin de
-rendre respectable dans toute l'Europe la noblesse de cette
-le, dont la valeur tait si connue. Le roi promettait de
-faire tous ses efforts pour obtenir du pape la confirmation de
-cet ordre. En attendant, Thodore dclarait nobles, non seulement
-en Corse, mais aussi dans tous les pays, ceux qui
-auraient l'honneur d'tre faits chevaliers. Ceux-ci porteront un
-habit bleu cleste avec une croix et une toile maille en or sur
-laquelle sera reprsente la justice, tenant d'une main une
-balance, sous laquelle sera un triangle au milieu duquel on
-mettra un T; et, de l'autre main, elle tiendra une pe sous
-laquelle sera un globe surmont d'une croix et, dans les angles,
-on mettra les armes de la famille roale. Les chevaliers
-seraient obligs de porter ce costume le jour de leur investiture
-et dans toutes les crmonies publiques. Dans le courant de la
-vie, ils pourraient tre vtus leur guise, pourvu que leur tenue
-ft dcente.</p>
-
-<p>Le roi, grand-matre de l'Ordre, devait prsider en personne
- l'installation des chevaliers. Ceux-ci jureraient fidlit et
-obissance Sa Majest; ce serment ne les engageait pas
-<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span>
-seulement leur vie durant; il s'tendait leurs descendants.
-Les dignitaires taient dclars nobles de premire classe. Le
-rang de chevalier confrait la qualit d'Illustrissime, et le grade
-de commandeur celle d'Excellence. Les chevaliers taient
-exempts de tous impts ordinaires et extraordinaires. Le roi
-dclarait leur demeure inviolable. Aucun tribunal ne pouvait
-les molester pour quelque cause que ce ft, civile ou criminelle,
-sauf pour le crime de lze-majest. Les dignitaires avaient
-leur entre la cour jusque dans l'antichambre du roi. Les
-capitaines des galres et des vaisseaux de guerre royaux, les
-commandants des forts et places de la garnison ne pouvaient
-tre choisis que parmi les chevaliers. Afin de maintenir l'clat
-et l'honneur de l'Ordre, les dignitaires tombs dans l'indigence
-seraient secourus et fournis d'habits dcents. D'ailleurs, pour
-entrer dans l'Ordre, il fallait avoir des moyens d'existence et
-justifier qu'on descendait de parents honntes. Ceux qui exeraient
-un mtier quelconque, ou dont les ascendants se seraient
-livrs au ngoce et l'industrie, taient exclus de l'institution.
-Par contre, les trangers de toute religion taient admis. Chaque
-chevalier devait, lors de son admission, verser une contribution
-de mille cus, dont il recevrait intrt dix pour cent, sa vie
-durant. Les membres de <i>l'Ordre de la Dlivrance</i> taient
-tenus de rciter chaque jour le psaume LXX et le psaume XL, sous
-peine d'amende. Les chevaliers ne pouvaient refuser aucun
-poste sur terre ou sur mer que le roi jugerait utile de leur
-confier. Ils devaient suivre le souverain la guerre et former
-sa garde du corps. Chaque dignitaire tait oblig d'entretenir
-ses frais deux soldats pour le service du roi. Il leur tait interdit
-de se mler des affaires de l'tat. Le port du ruban vert, signe
-distinctif de l'Ordre, tait obligatoire. Aucun membre ne pouvait
-servir l'tranger sans le consentement du roi. Le crmonial
-de rception tait ainsi fix: le postulant se mettrait genoux
-devant Sa Majest qui lui dirait: Je vous fais chevalier du
-noble <i>Ordre de la Dlivrance</i>. Vous devez souffrir de Nous seul
-<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span>
-que Nous vous touchions trois fois avec l'pe nue, et vous serez
-obissant en toute chose jusqu' la mort. Aprs avoir jur
-sur l'vangile, le nouveau chevalier se relverait et recevrait
-l'accolade des dignitaires prsents, qui lui donneraient le titre de
-frre. Les chevaliers devaient toujours porter l'pe, et pendant
-la messe, ils la tiendraient constamment hors du fourreau. Les
-protestants eux-mmes n'taient pas exempts de la messe<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">&nbsp;[315]</a>.</p>
-
-<p>Aprs avoir institu l'<i>Ordre de la Dlivrance</i>, le roi confra
-les titres de marquis et de comte aux habitants influents
-de la contre<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">&nbsp;[316]</a>. Mais c'taient de pitres expdients. Le peuple
-se dtachait de plus en plus; Sa Majest songea autre chose.
-Elle tablit des lois, dont quelques-unes opportunes, comme celle
-qui avait pour but la rpression de la <i>vendetta</i><a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">&nbsp;[317]</a>.</p>
-
-<p>Afin d'attirer les trangers dans l'le, Thodore proclama la
-libert de conscience. Des privilges considrables devaient tre
-accords ces trangers<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">&nbsp;[318]</a>. Le roi dclarait vouloir favoriser
-l'industrie, peu prs inconnue en Corse<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">&nbsp;[319]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span>
-Il autorisait galement la fabrication du sel que Gnes
-avait prohibe. Il rglementait la pche dans les rivires, les
-tangs et sur les ctes de la mer. Jusqu'alors la pche tait
-afferme aux Catalans et dfendue aux indignes<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">&nbsp;[320]</a>.</p>
-
-<p>Mais ces dispositions, excellentes en elles-mmes, ne ramenaient
-pas la popularit, toujours plus facile faire natre qu'
-ressaisir, quand le dsenchantement est venu. Thodore esprait
-gagner du temps en amusant les Corses avec des lois, jusqu'
-l'arrive des secours qu'il s'obstinait promettre.</p>
-
-<p>A mesure que le temps passait, les gens de Sartne devenaient
-plus impatients. Au commencement du mois de novembre,
-le roi tait dcourag. Un attentat avait t dirig contre
-lui; le commandant gnois d'Ajaccio se montrait agressif<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">&nbsp;[321]</a>.
-Peu peu chacun s'loignait de la cour; les provisions s'puisaient;
-l'argent manquait pour s'en procurer et pour payer la
-solde des quelques soldats attachs la personne de Sa Majest<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">&nbsp;[322]</a>.</p>
-
-<p>Ne sachant plus que devenir, Thodore prit un parti suprme.
-Il se dcida partir pour le continent. Il tremblait pour sa
-prcieuse existence et il avait hte de mettre la Mditerrane
-entre ses sujets et lui. Il fit part de cette dcision ses compagnons,
-disant qu'il allait en Italie afin de chercher lui-mme
-des secours. Le 4 novembre, il publia un dit pour
-annoncer son dpart aux populations et organiser la rgence
-pendant son absence<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">&nbsp;[323]</a>. Hyacinthe Paoli et Louis Giafferi
-<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span>
-reurent le commandement en chef des provinces au-del des
-monts; Luc Ornano fut nomm gouverneur des provinces
-en-de.</p>
-
-<p>Aux yeux des populations, il colora sa fuite avec des paroles
-pompeuses et de belles promesses. Il avait leurr les Corses
-son arrive et tout le long de son rgne; il les trompait encore
-au moment de s'en aller. Et il partait parce qu'il en tait rduit
- son dernier mensonge.</p>
-
-<p>Thodore se mit en route, emmenant avec lui le fidle Costa,
-le neveu de celui-ci et quelques serviteurs dvous. Il fallait
-gagner Solenzara sur la cte orientale, o l'on esprait pouvoir
-embarquer pour Livourne. Le froid se faisait dj sentir dans les
-montagnes. Les dfils et les sentiers se blanchissaient des
-premires neiges. Les pluies de l'automne ravinaient les pentes.
-Les arbres pleuraient leurs feuilles mortes. Les torrents taient
-grossis. Tout laissait prvoir un voyage long et pnible; mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span>
-le roi prfrait affronter les rigueurs de la saison que le ressentiment
-des Corses, qu'il prvoyait proche et implacable.</p>
-
-<p>En quittant Sartne, Thodore et sa suite s'enfoncrent
-dans les dfils tortueux de la montagne. C'tait la rgion
-sombre o planait encore, comme une maldiction, le souvenir
-des orgies dmoniaques des Giovannali<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">&nbsp;[324]</a>.</p>
-
-<p>La petite troupe dut ensuite traverser la fort de Bavella.
-Ces forts de l'intrieur, pour ainsi dire vierges alors, entremles
-de pins et de chnes, n'avaient aucun sentier trac. Des
-blocs granitiques gisaient au milieu des arrachements de
-terrain. Les aiguilles gigantesques de l'Asinao s'lanaient
-vers le ciel. Les pentes taient escarpes. A chaque instant les
-difficults renaissaient. Les fugitifs devaient chercher leur route,
-tourner, aller de l'avant, revenir sur leurs pas, n'ayant fait que
-peu de chemin aprs bien des fatigues.</p>
-
-<p>On atteignit enfin Coscione, un endroit froid en cette
-saison, mais assez agrable en t. L, dans la belle saison,
-les bergers menaient patre leurs troupeaux<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">&nbsp;[325]</a>. Maintenant,
-c'tait un pays dsol, sans ressources.</p>
-
-<p>Thodore avait hte d'arriver sur le rivage de la mer, dont
-parfois, dans une claircie de paysage, il entrevoyait la raie
-bleue. Il pressait ses compagnons.</p>
-
-<p>Aprs la fort, ce furent des maquis impntrables, o les
-arbousiers enchevtraient leurs branches aux myrthes et aux
-cytises. La solitude tait partout: rien de vivant, sauf parfois,
-le cri des oiseaux effarouchs. Les provisions s'puisaient et les
-voyageurs furent heureux de trouver quelques fromages et du
-<i>broccio</i><a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">&nbsp;[326]</a>. Costa, toujours proccup du bien-tre de son matre,
-se mit en qute d'une cabane de bergers. Il y alluma un grand
-feu, afin, dit-il, que le roi et le plaisir de se chauffer<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">&nbsp;[327]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span>
-Neuhoff et sa suite arrivrent Solaro, un pauvre hameau.
-Les habitants prirent cette troupe pour un clan ennemi,
-venant de l'autre versant de la montagne. Ils s'chapprent dans
-le maquis. Il fallut courir aprs eux et Costa les dsabusa. Le
-grand-chancelier leur apprit que c'tait le roi Thodore et ses
-gens qui se trouvaient parmi eux. Les paysans, demi-rassurs,
-rentrrent au village. Ils se mirent contempler avec curiosit
-les traits de ce souverain, dont ils avaient vaguement entendu
-parler. Ils lui rendirent hommage avec de grandes marques de
-respect et lui offrirent tout ce dont il pouvait avoir besoin. L'un
-d'eux tua un mouton qu'il fit rtir, tandis que d'autres apportaient
-quelques provisions<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">&nbsp;[328]</a>. Le roi se sentit un peu rconfort
-par les soins de ces braves gens. Le souper fut pastoral, mais
-agrable. Les malheureux purent se coucher dans de vrais
-lits. A la vrit ils taient durs, mais propres. Cette nuit fut
-douce et, pour bercer le sommeil de Sa Majest, les gens de
-Solaro, selon la coutume, improvisrent des chansons<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">&nbsp;[329]</a>.</p>
-
-<p>Le lendemain, la caravane se remit en route. Les difficults
-recommencrent. Pendant trois jours les fugitifs endurrent de
-grandes fatigues. Ils souffraient; les nuits taient froides. Le
-roi essayait de se garantir avec son manteau de pourpre
-dteinte et sa fourrure use. Ce n'tait plus le brillant seigneur
-portant firement la perruque cavalire et l'pe espagnole, distribuant
-des mirlitons d'or.</p>
-
-<p>Les voyageurs atteignirent enfin une petite ville sur le bord
-de la mer, prs de Solenzara<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">&nbsp;[330]</a>. Voulant dpister les espions
-gnois, Thodore avait pris un habit ecclsiastique. Aprs une
-attente longue et pleine d'anxit, une voile parut enfin. C'tait
-une barque provenale de Saint-Tropez, commande par le
-patron Dcugis<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">&nbsp;[331]</a>. Ce btiment avait t frt pour transporter,
-<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span>
-sur le continent, des dserteurs espagnols rfugis en Corse et
-que des officiers de Sa Majest Catholique taient venus
-rclamer.</p>
-
-<p>Thodore et Costa s'embarqurent tristement. Le roi
-remercia ses compagnons; il leur donna la poudre et les balles
-qu'il avait avec lui et leur remit un exemplaire de son manifeste
-pour tre publi<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">&nbsp;[332]</a>.</p>
-
-<p>La barque partit; peu peu la terre de Corse s'effaa
-pour ne devenir bientt qu'une ombre indcise, comme avait t
-la royaut du baron de Neuhoff.</p>
-
-<p>Pendant la traverse, Thodore fut sur le point de tomber
-entre les mains des Gnois. Le gouverneur Rivarola, inform
-par ses espions de la fuite du roi, avait envoy une felouque
-arme en guerre croiser devant Alria. Le btiment gnois
-aperut la barque provenale faisant route vers les ctes
-de Toscane. Sans se soucier du pavillon franais, la felouque
-avait donn la chasse au bateau qui portait Neuhoff, et
-l'accosta. Les Gnois voulurent oprer une perquisition, mais
-un officier espagnol s'interposa en leur conseillant de respecter
-le pavillon d'une nation amie. Les Gnois s'loignrent<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">&nbsp;[333]</a>.</p>
-
-<p>Thodore dbarqua Livourne le 14 novembre, quatre
-heures de l'aprs-midi, en s'entourant du plus grand mystre<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">&nbsp;[334]</a>.
-Il n'avait plus rien avec lui, sauf quelques bribes d'argenterie,
-restes d'une splendeur phmre.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE IV</h2>
-
-<div class="hanging indent">
-<p>La fuite de Thodore et les gazettes.&mdash;Sjour Florence.&mdash;Jean-Gaston
-de Mdicis et le roi de Corse.&mdash;Inquitude des Gnois.&mdash;Leurs
-dmarches Paris.&mdash;Passage de Thodore en France.</p>
-
-<p>Son arrive en Hollande.&mdash;Son arrestation pour dettes.&mdash;Il est mis
-en libert.</p>
-
-<p>Il monte une opration commerciale.&mdash;Ses commanditaires.&mdash;Il frte
-des navires.&mdash;Son voyage sur <i>la Demoiselle Agathe</i>.&mdash;Ses aventures
- Lisbonne et Oran.&mdash;Sa fuite en pleine mer.</p>
-
-<p><i>La Demoiselle Agathe</i> Livourne.&mdash;Denis Richard.&mdash;Aventure tragique
-du <i>Yong-Rombout</i>.&mdash;Intrigues Naples.&mdash;Protestation des Gnois.&mdash;Rponse
-des tats-Gnraux de Hollande.&mdash;Mort de Costa.</p>
-</div>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>La fuite de Thodore avait t promptement connue en
-Europe. Les gazettes en racontrent les pripties. Mais
-aussitt aprs le dbarquement des fugitifs Livourne, on avait
-perdu leurs traces<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">&nbsp;[335]</a>.</p>
-
-<p>Le marquis de Rivarola, vice-roi de Sardaigne,<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">&nbsp;[336]</a> avait
-fait saisir au mois de novembre un paquet de lettres de
-Thodore. Cette correspondance avait t envoye par un certain
-Mela sa femme, avec recommandation de la faire tenir au
-consul d'Angleterre. Il y avait deux lettres pour Livourne, deux
- destination d'Alger et enfin une pour le consul anglais, dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span>
-laquelle Neuhoff lui promettait une forte rcompense s'il pouvait
-lui fournir de l'artillerie et des munitions et il affirmait qu'il tait
-d'accord en cela avec la cour de Londres<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">&nbsp;[337]</a>.</p>
-
-<p><i>Lettere Ministri 1737-1745</i>, mazzo 16. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p>Avant mme de savoir ce que Neuhoff allait faire, on tympanisait
-fort sa conduite, disaient les feuilles publiques. Aprs
-avoir commenc, il ne devait pas finir aussi honteusement.....
-Il s'expose la rise de l'Europe ou passer pour un lche<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">&nbsp;[338]</a>.</p>
-
-<p>Ces accs d'indignation ne dureront pas. Il y aura dans les
-gazettes de Hollande un revirement trange en faveur du baron.</p>
-
-<p>Trois jours aprs l'arrive Livourne du roi fugitif dguis
-en prtre, le comte Lorenzi, envoy de France Florence
-crivait: Il est vraisemblable qu'on en aura bientt des nouvelles,
-car une personne si remuante ne pourra pas se tenir
-longtemps cache<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">&nbsp;[339]</a>. On ne tarda pas savoir, en effet,
-qu'aussitt dbarqu, Thodore s'tait rendu dans une maison
-de campagne Pescia, petite ville situe quelques lieues de
-Lucques. Dans sa retraite il crivit beaucoup et il dpcha
-vers Rome un courrier, auquel il donna vingt sequins. Il se
-rendit bientt dans une maison deux lieues de Florence, puis il
-vint rsider en ville, changeant souvent d'habit et de demeure<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">&nbsp;[340]</a>,
-pour dpister les recherches des Gnois, gens fort indiscrets.
-Ceux-ci se donnaient un mal norme pour avoir des renseignements
-sur lui. Sorba, envoy de Gnes Paris, alla
-trouver Maurepas, ministre de la marine, et lui demanda de faire
-arrter le fugitif et ses compagnons s'ils venaient en France.
-Les cinq esclaves turcs, qui avaient accompagn le baron,
-s'taient rendus Marseille. Sorba exigeait qu'ils fussent livrs
- la rpublique. Maurepas rpondit que, par suite des traits
-existant entre la France et la Porte Ottomane, tout sujet
-<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span>
-musulman devenait libre en mettant le pied sur le territoire
-franais. Comme l'envoy de Gnes insistait, le ministre finit
-par dire que les turcs devaient avoir dj quitt Marseille pour
-retourner dans leur pays<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">&nbsp;[341]</a>.</p>
-
-<p>Augustin Viale, ce ngociant gnois, qui reprsentait
-Florence la rpublique, insista auprs des autorits grand-ducales
-pour que Thodore ft mis en lieu sr. On demanda
-ce diplomate si son gouvernement lui avait ordonn de faire
-cette dmarche. Viale rpondit qu'il n'avait pas encore d'instructions
-prcises cet gard, mais que trs certainement il allait
-en recevoir. On lui dit d'attendre; quand ces instructions lui
-seraient parvenues, on verrait ce qu'on pourrait faire<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">&nbsp;[342]</a>.</p>
-
-<p>Les ordres de la rpublique arrivrent. Muni des pouvoirs
-rguliers, Viale rclama officiellement au gouvernement toscan
-l'arrestation de Neuhoff et de trois chefs corses qui l'accompagnaient.
-Aprs en avoir rfr au grand-duc, les ministres
-rpondirent l'envoy gnois que sa requte tait admise
-et que des ordres avaient t donns en consquence. Viale
-garda le secret afin que le misrable ne pt pas s'chapper.
-Au nom de son gouvernement, il promit quatre cents pistoles
-au chef des archers s'il capturait Thodore et sa bande. Mais
-l'envoy gnois n'avait aucune confiance dans les promesses
-du gouvernement toscan. Il ne se trompait pas<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">&nbsp;[343]</a>.</p>
-
-<p>La rpublique avait, en attendant, fait arrter le confesseur du
-baron et le tenait en prison, esprant le faire parler; mais le
-confesseur s'tait, selon son devoir, renferm dans un silence
-absolu<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">&nbsp;[344]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span>
-Thodore avait Florence, comme ami, un certain Baglioni,
-qui tait le valet de chambre favori du grand-duc<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">&nbsp;[345]</a>. Par
-son intermdiaire, il obtint une audience du prince. Jean-Gaston
-tait le dernier rejeton des Mdicis. N'ayant pas d'hritier,
-sa succession tait promise Franois de Lorraine.
-Aussi ses dernires annes s'coulaient-elles dans l'oisivet au
-milieu des plaisirs les plus licencieux. Matrialiste, Jean-Gaston
-aurait donn quelques mois plus tard le triste spectacle d'une
-fin athe, si sa vertueuse s&oelig;ur n'avait eu soin, pendant sa dernire
-maladie, de faire tenir un jsuite en permanence dans sa
-garde-robe, prt administrer le moribond au moment voulu.
-Comme tout bon toscan, Jean-Gaston dtestait les Gnois. Cette
-haine venait de ce que les Gnois avaient toujours essay de
-ruiner le commerce de Livourne, pour l'attirer eux<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">&nbsp;[346]</a>. Le
-dernier des Mdicis se fit donc un malin plaisir de recevoir
-Thodore. Le roi demanda au prince sa protection. Celui-ci la
-lui accorda, condition qu'il se tiendrait cach et qu'il congdierait
-les Corses, qui taient avec lui<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">&nbsp;[347]</a>. Jean-Gaston aurait
-mme donn au souverain cent sequins en lui disant ironiquement:
-<i>Fra noi Principi scaduti queste galanterie si possono
-fare.</i> Entre nous princes dchus, ces galanteries peuvent se
-faire<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">&nbsp;[348]</a>.</p>
-
-<p>Viale attendait l'arrestation de Thodore. Mais, les jours
-s'coulaient et il ne voyait rien venir. Il alla conter ses
-peines Lorenzi. Il se croyait, disait-il, bern par le grand-duc.
-Ce mauvais vouloir paralysait tous ses efforts; il tait
-dcourag. Aussi ne se mettait-il plus en mouvement pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span>
-savoir ce que devenait l'aventurier<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">&nbsp;[349]</a>. Jean-Gaston, poussant
-l'ironie jusqu'au bout, fit dire au malheureux agent gnois que
-sa rpublique faisait vraiment trop d'honneur un pauvre roi
-dtrn<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">&nbsp;[350]</a>.</p>
-
-<p>A Florence, tout le monde, sauf Viale le plus intress dans
-la question, tait au courant des faits et gestes du roi errant.</p>
-
-<p>Le Pre Ascanio, ministre d'Espagne, paraissait particulirement
-bien inform. Le chanoine Orticoni, que Lorenzi
-dclarait tre un des plus habiles des Corses rvolts, s'tait
-embarqu Livourne, le 4 dcembre, sur la chaloupe du consul
-espagnol. Cette circonstance tait d'autant plus significative
-qu'Orticoni s'tait rendu deux reprises Madrid. Il avait aussi
-fait un sjour la cour du roi des Deux-Siciles, qui l'avait
-nomm son aumnier d'honneur avec pension. Les Corses, qui se
-trouvaient auprs de Thodore, avaient subitement disparu, et
-leur disparition concidait avec le dpart d'Orticoni. Lorenzi
-fut frapp de cette concidence. Une entrevue que le Pre
-Ascanio avait eue avec Costa quelque temps auparavant, donnait
-une certaine importance ce fait. L'envoy de France voulut
-en avoir le c&oelig;ur net et alla trouver le Pre Ascanio. Celui-ci
-parut tout d'abord un peu embarrass; puis il finit par dire qu'il
-n'avait pas vu Costa lui-mme, mais bien son neveu, auquel il
-aurait dclar que les Corses, n'tant pour l'instant pas libres
-de disposer d'eux-mmes, ne devaient pas offrir, comme ils
-l'avaient fait, la souverainet de leur le au roi des Deux-Siciles.
-D'ailleurs, il ne convenait pas ce prince de succder au baron
-Thodore. Lorenzi dut se contenter de cette rponse; mais il
-crivait au ministre qu'il croyait positivement que l'entretien du
-Pre Ascanio avec le neveu de Costa n'avait pas seulement
-roul sur ce sujet. Ce qui confirmait Lorenzi dans cette opinion
-<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span>
-c'est que, durant le sjour des Corses Florence, le religieux
-avait envoy mystrieusement une estafette Naples et son
-cocher Livourne.</p>
-
-<p>Peu de temps aprs, le roi d'Espagne, inquiet sans doute
-des dmarches compromettantes de son reprsentant, donna
-l'ordre au Pre Ascanio de dclarer que Leurs Majests Catholiques
-n'avaient promis aucun secours Neuhoff<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">&nbsp;[351]</a>.</p>
-
-<p>Nous verrons beaucoup de dmentis pareils dans l'histoire de
-Thodore. Il faut les signaler, tout en faisant des rserves sur
-leur valeur, car on sait ce que valent les dmentis diplomatiques.</p>
-
-<p>Vers le mme temps, le hasard mit Lorenzi en rapport
-avec une personne chez qui Neuhoff avait log pendant huit ou
-dix jours. Ce particulier lui apprit que le roi de Corse entretenait
-de grandes esprances; il se flattait d'avoir l'appui du bey de
-Tunis, du roi de Sardaigne et d'une puissante compagnie de
-marchands juifs hollandais. Il avait beaucoup crit, selon
-son habitude, et il avait dpch deux hommes, l'un Bologne,
-l'autre dans la Calabre un vque maronite. Pour l'instant,
-l'aventurier se trouvait bien muni d'argent<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">&nbsp;[352]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span>
-Ne pouvant mettre la main sur son ennemi, le Snat de
-Gnes avait lanc un manifeste pour le dconsidrer aux yeux
-des Corses, en lui imputant toutes les lchets et toutes les
-friponneries. Cet crit fut rpandu profusion dans l'le.
-Les insulaires reurent ce factum fort mal, comme d'ailleurs
-tout ce qui venait de Gnes. La rpublique se trompait trangement
-en croyant achever le malheureux Thodore avec ses
-dits; elle lui donna un regain de popularit. Paoli, Giafferi
-et d'Ornano, qui avaient t plus ou moins hostiles au roi pendant
-son rgne, s'indignrent; s'tant runis Corte, ils expdirent
- la Srnissime Rpublique une vhmente protestation.
-Entr'autres, ils disaient: Ainsi, nous prenons tmoin le Tout-Puissant,
-qui voit nos c&oelig;urs et connat la justice de notre cause,
-et nous dclarons la face de tout l'univers que Sa Majest le roi
-Thodore I<sup>er</sup>, n'ayant travaill depuis son arrive en Corse qu'
-faire le bonheur de cette illustre nation, et n'tant parti que
-pour assurer l'heureux terme, qui doit mettre le sceau notre
-prosprit et la rendre durable, nous continuons lui demeurer
-attachs par une affection des plus tendres et par une fidlit
-des plus inviolables...<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">&nbsp;[353]</a>. Voil assurment de belles paroles;
-mais ce n'taient que des mots. Ou bien les Corses pensaient
-tout le contraire de ce qu'ils crivaient, ou bien, par un prodige
-d'inconstance, ils s'taient pris d'une belle passion pour leur
-roi, le jour o celui-ci les avait fuis.</p>
-
-<p>Le Snat, voyant que son manifeste avait produit un effet
-diamtralement oppos celui qu'il en attendait, rendit un dcret
-pour mettre prix la tte de Thodore et celle de ses complices.
-Ainsi, nous avons assign et fix une rcompense de deux
-mille genuines, ou cus d'or, pour quiconque livrera entre les
-<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span>
-mains de notre justice, ou tuera quelqu'un des sus-nomms.
-Cette somme sera paye sur le champ par le tribunal de nos
-Inquisiteurs d'tat. Promettons en outre et donnons toutes sortes
-d'assurances de ne jamais faire connatre celui qui aura livr ou
-tu aucun d'eux et de n'en pas rvler la moindre chose<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">&nbsp;[354]</a>.</p>
-
-<p>Ce dcret fut lu dans les rues de Gnes par le crieur public
-et affich sur les places<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">&nbsp;[355]</a>.</p>
-
-<p>Vers la fin du mois de janvier 1737, un navire battant
-pavillon hollandais apporta en Corse une lettre de Thodore
-aux trois rgents. Le capitaine ne voulut pas dire dans quel
-endroit il l'avait reue. Elle ne contenait rien d'intressant; le
-roi se rpandait en vagues gnralits, sans rien prciser ni
-quant son retour ni quant aux secours, qu'il tait all chercher
-sur le continent<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">&nbsp;[356]</a>.</p>
-
-<p>Ne voulant pas s'exposer tre livr ou tu par quelque
-misrable, que la rcompense promise par le Snat de
-Gnes aurait allch, Thodore quitta Florence au mois de
-dcembre 1736. Il se rendit Rome, o il avait deux fidles
-amies, les dames Cassandre et Anglique Fonseca, religieuses
-au couvent des Saints Dominique et Sixte, situ sur le mont
-Quirinal. Ces bonnes s&oelig;urs, nous l'avons vu, connaissaient
-Neuhoff depuis quelques annes. Il se servait souvent de leur
-intermdiaire pour faire passer sa correspondance. Elles lui
-remirent quelque argent; il quitta Rome. Il se trouvait, le
-2 janvier, Turin<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">&nbsp;[357]</a>.</p>
-
-<p>Gastaldi, le ministre de Gnes en Angleterre, avait crit
-Sorba qu'il croyait que Thodore se trouvait Londres avec
-Costa. Il n'en tait rien; mais, pensant que l'aventurier viendrait
-<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span>
- Paris, Sorba fit des dmarches pour que le lieutenant gnral
-de police, Hrault, le ft arrter<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">&nbsp;[358]</a>. Le baron, en effet, fit un
-court sjour Paris et on raconte qu'il y fut l'objet d'un attentat
-suscit par les Gnois. Comme il passait en carrosse, il aurait
-essuy deux coups de feu<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">&nbsp;[359]</a>. Il est plus vraisemblable de supposer
-que le gouvernement lui intima l'ordre de quitter le
-royaume sans retard<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">&nbsp;[360]</a>.</p>
-
-<p>En apprenant que Thodore avait pass par Paris et que la
-police ne l'avait pas pris, Sorba fut furieux. Il alla trouver
-le cardinal Fleury, qui lui rpondit en protestant que la France ne
-s'tait jamais mle dans la rvolte de Corse. Sorba se rendit
-chez Hrault. En termes vagues, le lieutenant gnral de police
-lui laissa entendre qu'en effet Thodore avait pass deux jours
- Paris la fin du mois de janvier. L'aventurier tait seul et
-dans l'auberge o il tait descendu, il avait dit qu'il allait s'embarquer.
-Sorba demanda s'il tait parti par la route du Languedoc
-ou par celle de Provence. Hrault rpondit que c'tait
-par le ct oppos. Le ministre insista pour savoir ce qu'il
-fallait entendre par le <i>ct oppos</i>. Le chef de la police dclara
-que le cardinal, quand il le jugera propos, pourra satisfaire
-sa curiosit<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">&nbsp;[361]</a>.</p>
-
-<p>En quittant Paris, Thodore se dirigea vers la Hollande. Il
-prit passage Rouen, aprs avoir fait rpandre le bruit qu'il
-allait s'embarquer Marseille. Il arriva La Haye, o il
-sjourna, environ une quinzaine de jours, chez un juif nomm
-Tellano, demeurant dans le cul-de-sac de la Comdie-Franaise.
-Il se rendit ensuite en Zlande et, au commencement
-du mois de mars, il arriva Amsterdam<a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">&nbsp;[362]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span></p>
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Sa Majest trs chimrique l'illustre roi des Corses,
-comme une lettre d'Amsterdam appelle le baron, prit un logement
-chez un nomm Ham, qui tenait sur le port une auberge,
-o descendaient habituellement les capitaines de navire. Thodore,
-qui paraissait avoir de l'argent, se donnait pour un
-marchand quoiqu'il ret nombre de lettres avec cette adresse:
-<i>au baron de Savoye</i>. Il avait avec lui cinq domestiques,
-qualifis gentilshommes. Ceux-ci, valets ou chambellans, tmoignaient
-au roi un profond respect. A tour de rle, ils se tenaient
-en faction devant la porte de l'auberge et examinaient soigneusement
-les gens qui entraient ou qui sortaient<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">&nbsp;[363]</a>.</p>
-
-<p>Neuhoff avait Amsterdam de vieilles dettes se montant
- un chiffre trs lev<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">&nbsp;[364]</a>. Un marchand lui avait jadis prt cinq
-mille florins. Ce commerant tait mort; les tuteurs de ses
-enfants avaient trouv dans ses papiers l'obligation du baron.
-Apprenant par la rumeur publique que celui-ci tait incognito
-Amsterdam, ils essayrent, mais en vain, de le dcouvrir.
-Thodore avait bien un appartement chez l'aubergiste Ham,
-seulement il n'y couchait jamais. Prtextant des voyages, il
-logeait pendant quelques jours une extrmit de la ville,
-pendant une autre semaine, il gtait dans un quartier tout fait
-oppos; il tait introuvable. Les cranciers s'adressrent un
-<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span>
-malheureux fainant, nomm Van Hochum, qui rdait
-travers les rues. Ils lui donnrent le signalement exact de
-leur dbiteur. Ils vtirent superbement le mendiant et le
-lchrent aprs lui avoir promis cent ducats, s'il parvenait
- dcouvrir Neuhoff et le faire arrter.</p>
-
-<p>Dguis en seigneur, Van Hochum tait mconnaissable. Il
-se mit parcourir la ville, furetant dans les estaminets et dans
-les auberges. Il apprit bientt que Thodore logeait, pour
-l'instant, au cabaret du <i>Cerf rouge</i>. Le coquin l'y trouva et
-le reconnut; mais, voulant s'assurer de son identit, il s'insinua
-auprs de lui et se mit lui dbiter toutes sortes de fables.</p>
-
-<p>Le roi se tenait sur la rserve; il ne s'tait pas nomm.
-Cependant il goba toutes les histoires du tratre. Celui-ci&mdash;un
-homme retors&mdash;employa un moyen infaillible pour faire
-jaser le baron: il lui proposa de l'argent. Il dsirait, dit-il,
-obtenir un brevet de capitaine, en change duquel il remettrait
-quatre-vingt mille florins comme garantie de sa bonne conduite.</p>
-
-<p>Une pareille proposition impressionna Neuhoff. Sa prudence
-s'effaa devant la perspective de la forte somme. Il dclara
-ses noms, titres et qualits et dit qu'il tait dispos
-dlivrer le brevet en question revtu de son sceau royal. Le
-mendiant, certain de tenir son homme, revint le lendemain au
-<i>Cerf rouge</i>. Il arriva hors d'haleine et se prcipita tout essouffl
-dans la chambre du roi en criant: Sauvez-moi; je suis perdu;
-cachez-moi. Les archers sont mes trousses! Effectivement,
-la police le suivait; c'tait lui qui l'avait fait venir. Van
-Hochum feignit de mettre l'pe la main pour se dfendre.
-Les archers, sans s'occuper de lui, allrent directement
-Thodore, et le chef, lui mettant la main sur l'paule, lui
-dclara qu'il l'arrtait pour dettes. Durant toute la journe, le
-malheureux souverain fut gard vue par un <i>bode</i>, sorte
-d'huissier. Le lendemain, on transfra le prisonnier dans un
-autre cabaret situ prs de l'glise Neuve, dans lequel on mettait
-ceux qu'on tenait en arrt civil. Cela se passait le 17 avril.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span>
-Cette arrestation fit quelque bruit. Le triste sort du roi
-de Corse excita la compassion de tous les honntes gens.
-Plusieurs personnes de qualit vinrent le voir.</p>
-
-<p>Il reut les visiteurs avec dignit, mais trs laconiquement.
-On le trouva bel homme; il tait haut de cinq
-pieds et demi, fort, d'une carrure toute germanique; il avait
-l'air hardi en mme temps que spirituel. Il parlait couramment
-sept langues<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">&nbsp;[365]</a>.</p>
-
-<p>Dans sa dtresse, Thodore crivit au marquis de Saint-Gill,
-ambassadeur d'Espagne La Haye. Il offrait de cder au
-roi des Deux-Siciles tous ses droits sur la Corse aux conditions
-suivantes:</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> Sa Majest Catholique lui donnera quelque commandement
-dans les troupes espagnoles destines contre les
-Africains;</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> Le marquis de Saint-Gill engagera le consul rsident
-d'Espagne, Amsterdam, le cautionner, lui, baron de Neuhoff,
-pour la somme de trois mille pistoles.</p>
-
-<p>Il demandait l'ambassadeur d'envoyer sans dlai un
-exprs Madrid pour porter ses propositions et de lui accorder
-asile dans l'htel d'Espagne, La Haye, jusqu' la rponse.
-Cette lettre, date du 19 avril, surprit M. de Saint-Gill; il
-hsita un instant sur le parti qu'il devait prendre. Il se dcida
-enfin rpondre au baron qu'il ne pouvait rien faire pour lui.<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">&nbsp;[366]</a></p>
-
-<p>Le prisonnier allait tre transfr la maison de ville,
-lorsque plusieurs personnes, mues de voir ce misrable
-monarque tran en cachot, se concertrent pour le tirer de ce
-fcheux pas.</p>
-
-<p>S'il n'y avait eu que les cinq mille florins rclams par les
-<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span>
-hritiers du marchand, les bonnes mes auraient pu garantir
-cette somme. Mais, ds que l'arrestation du baron fut connue,
-une nue de cranciers surgit. Il en vint de tous les cts, qui
-prirent arrt contre lui, si bien qu'il se trouva crou pour une
-somme de dix-huit vingt mille florins. Les amis du prisonnier
-ne se dcouragrent pas; ils tinrent plusieurs confrences.
-Ils dcidrent, dans un superbe accord, de dsintresser
-les cranciers du roi pour obtenir son largissement, et ils
-allaient compter l'argent lorsqu'arrivrent de nouveaux cranciers.
-Un mardi, cinq heures trois quarts, on obtint un
-nouvel crou contre Thodore pour cinq cents livres sterling,
-le lendemain un autre pour six cents florins. Dcidment ils
-taient trop. Malgr leur bonne volont, les amis charitables
-durent renoncer leur projet, parce que, nous dit-on, ils s'aperurent
-que c'tait la mer boire<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">&nbsp;[367]</a>.</p>
-
-<p>Un mercredi matin, huit heures et demie, l'infortun baron
-fut mis dans la prison de la maison de ville, o l'on incarcrait
-les dbiteurs rcalcitrants. On le logea dans une cellule spare
-et on le trata avec gard. Le nombre de ses dettes laissait
-supposer qu'il resterait longtemps sous les verrous<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">&nbsp;[368]</a>.</p>
-
-<p>Van Hochum ne s'tait pas content des cent ducats stipuls
-par les hritiers du marchand; il avait crit au Snat de
-Gnes pour l'informer de la dtention de Thodore et demander
-la rcompense promise<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">&nbsp;[369]</a>. Il est vraisemblable de croire que
-la rpublique fit la sourde oreille.</p>
-
-<p>On s'attendait voir les Gnois rclamer imprieusement le
-<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span>
-prisonnier aux tats Gnraux. La question tait de savoir si
-leurs Hautes Puissances feraient droit cette requte.</p>
-
-<p>Thodore tait un personnage encombrant pour le gouvernement
-hollandais. Celui-ci rpugnait l'ide de le livrer entre
-les mains de ses ennemis. D'un autre ct, il ne voulait pas
-froisser ouvertement les Gnois. Aussi disait-on que les autorits
-ne feraient rien pour empcher son vasion. Les gazetiers
-reurent l'ordre de ne pas parler de Neuhoff dans leurs feuilles.
-Plusieurs membres du gouvernement allrent jusqu' dire que
-le roi de Corse ne se trouvait pas en Hollande<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">&nbsp;[370]</a>.</p>
-
-<p>La nouvelle de l'arrestation du roi fut apporte dans l'le par
-le comte Antoine Colonna et Jean-Baptiste Sinibaldi. Ces
-deux individus qui se donnaient, l'un, le titre de colonel
-d'infanterie, l'autre, celui de capitaine dans le rgiment des
-gardes corses de Thodore, s'taient embarqus Nice sur
-une felouque. Arrivs Alria, ils se rendirent au milieu des
-rebelles camps devant Bastia. La nouvelle fut accueillie avec
-consternation, car Neuhoff n'avait jamais eu plus de popularit
-parmi les Corses que depuis son dpart. Colonna et
-Sinibaldi apportaient, dit-on, Orticoni et Paoli des lettres de
-Thodore leur racontant son aventure.</p>
-
-<p>On apprit dans Bastia l'emprisonnement du roi. Le gouverneur
-gnois, Rivarola, essaya d'en tirer parti. La situation
-devenait de plus en plus prcaire. Il tait impossible
-de se ravitailler et on devait faire venir de Gnes toutes les
-provisions ncessaires. Rivarola fit faire du haut des remparts
-une proclamation promettant aux rebelles un pardon
-gnral. Il leur proposa d'envoyer des dputs pour discuter
-les conditions de la paix base sur la convention passe avec
-l'empereur. Les mcontents coutrent en silence. Pendant
-<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span>
-un instant, ils se recueillirent, laissant au hraut le temps d'esprer
-une rponse favorable. Subitement, un immense cri retentit:
-Vive le roi Thodore notre pre! Puis, ils firent dire au
-gouverneur qu'ils espraient toujours en leur souverain et que
-si celui-ci ne se trouvait plus en tat de les aider, quelqu'un
-des siens viendrait srement les secourir. Ils appuyrent cette
-rponse d'une fusillade nourrie qui dura trois heures. L'alarme
-se rpandit dans Bastia; on organisa la rsistance. Finalement,
-les Corses firent prisonniers sept ou huit malheureux Gnois qui
-se trouvaient dans un poste avanc<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">&nbsp;[371]</a>.</p>
-
-<p>La joie fut grande Gnes lorsqu'on apprit l'incarcration
-du roi de Corse. Si les magistrats ne l'avaient empch, les
-particuliers auraient illumin. Mais, comme dit un journal, ce
-n'et t que des feux de paille<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">&nbsp;[372]</a>. En effet, on apprit
-bientt l'largissement de Thodore. A Gnes, on voulait absolument
-que ce ft l'ambassadeur d'Espagne, La Haye, qui
-l'et fait mettre en libert. On disait que si officiellement il
-avait dclar ne pouvoir accorder sa protection au baron,
-il se serait entremis secrtement en sa faveur<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">&nbsp;[373]</a>. Les Gnois
-voyaient des conspirations partout. Cette fois-ci, la protestation
-officielle disait vrai. Thodore, pour l'instant, semblait avoir
-renonc aux intrigues politiques; il allait faire de sa royaut une
-vaste entreprise commerciale<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">&nbsp;[374]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span>
-Il avait pour ami, Amsterdam, le sieur Lucas Boon, dput
-aux tats pour la province de Gueldre, ngociant, adonn
-l'alchimie, intrigant, pre aux affaires et parfaitement fait pour
-s'entendre avec le petit-fils du drapier de Lige.</p>
-
-<p>Lucas Boon alla plusieurs fois la prison rendre visite au
-roi. Celui-ci parla de son royaume et blouit le marchand en
-numrant toutes les richesses qu'on pourrait tirer d'un pays
-neuf et fertile. Boon se mit en rapport avec les sieurs Csar
-Tronchin, Daniel Dedieu, ancien prsident des chevins d'Amsterdam
-et un autre ngociant nomm Neufville. Le dput
-alchimiste leur insinua que Thodore serait en mesure de chasser
-les Gnois de la Corse s'il trouvait quelque argent pour acheter
-des munitions. Le baron s'engagerait rendre les sommes qui
-lui seraient avances en fournissant de l'huile d'excellente
-qualit et calcule trs bas prix. Boon dclara que cette
-marchandise tait abondante en Corse. L'le appartenait presqu'entirement
-au roi et les Gnois taient impuissants lui
-ravir ses possessions.</p>
-
-<p>Ces marchands, pour la plupart isralites, furent sduits par
-la perspective de bnfices considrables. Le prix de l'huile fut
-dbattu et l'affaire conclue. Tronchin, Dedieu, Neufville et Boon
-s'associrent pour commanditer Thodore. Il s'agissait d'une
-somme assez considrable. Boon, qui avant tout tait un homme
-d'affaires, loin d'avoir fourni sa quote-part dans l'association,
-aurait retenu une commission sur l'argent avanc au roi.
-Il fut entendu qu'on organiserait, sans retard, l'expdition destine
- porter les armes et les munitions en Corse en change
-<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span>
-de l'huile. Boon se fit charger de la correspondance laquelle
-l'expdition donnerait lieu<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">&nbsp;[375]</a>.</p>
-
-<p>D'aprs une lettre d'Amsterdam plusieurs personnes s'taient
-mises en mouvement pour obtenir l'largissement du roi. Le
-comte de Golowkin, ministre de Russie La Haye, pendant un
-sjour qu'il fit Amsterdam, eut plusieurs confrences avec
-Dedieu, qui avait reprsent la Hollande en Russie. Ces deux
-personnages auraient contribu, par leurs dmarches, la mise
-en libert de Thodore. Les cranciers durent se contenter
-d'une caution juratoire, c'est--dire de la promesse faite
-sous serment par leur dbiteur de les payer ds qu'il le pourrait.
-Le baron aurait, cet effet, lu domicile Amsterdam. Ces
-dispositions regardaient les cranciers trangers. Quant ceux
-de Hollande, il paratrait que l'arrt, qu'ils avaient obtenu
-contre Thodore, n'tait pas dans les formes voulues. Ils
-durent, dans ces conditions, renoncer aux poursuites. D'ailleurs,
-il ne niait aucune dette. Il demandait seulement du temps pour
-s'acquitter<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">&nbsp;[376]</a>.</p>
-
-<p>Il est probable que Thodore paya, avec l'argent mis
- sa disposition par les marchands, quelques-uns de ses
-cranciers les plus impatients. Il fut cit devant la chambre des
-chevins. Ayant toujours le sentiment&mdash;on pourrait dire la
-folie&mdash;des grandeurs, il demanda comparatre avec son
-chapeau, son pe, sa canne et ses gants. Cette satisfaction
-lui ayant t accorde, il arriva l'audience et se tint debout. Le
-tribunal se leva et resta debout galement. Jamais les magistrats
-n'avaient agi ainsi. Le cas n'tait pas banal: les
-chevins voyant rarement un souverain comparatre devant
-eux. On dfra le serment Thodore. Il jura de rgler ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span>
-dettes ds qu'il se trouverait en tat de le faire. Cette promesse
-enregistre et toutes les formalits accomplies, il se retira.</p>
-
-<p>Une foule norme s'tait amasse devant la maison de ville
-pour voir un homme, dont le nom avait fait tant de bruit dans
-le monde. On l'attendait la sortie principale. La curiosit
-populaire fut due, car, suivant son habitude, il se droba
-par une porte de derrire. Un carrosse l'attendait; il y monta
-et disparut. Il alla se reposer chez ses amis, sans doute dans
-la maison de campagne de Daniel Dedieu<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">&nbsp;[377]</a>.</p>
-
-
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>Il faut croire que la dfense qui avait t faite aux gazetiers
-de parler de Thodore n'tait pas bien srieuse. Les feuilles
-continurent mentionner ses hauts faits; seulement, le
-ton avait chang. Au mpris et l'ironie, avec lesquels ils
-avaient fltri le dpart de Corse, succdaient des termes flatteurs.
-Les notes insres dans les journaux prenaient un air
-de rclame. Les commerants, commanditaires du roi, savaient
-que le concours de la presse est chose indispensable quand on
-lance une affaire. Ils s'taient arrangs de faon l'avoir.</p>
-
-<p>Lucas Boon frta, Flessingue, un petit btiment nomm
-<i>La Demoiselle Agathe</i>, command par le capitaine Gustave
-Barentz et portant onze hommes. Le navire vint l'le du Texel
-pour faire son chargement. Le ngociant fit embarquer deux
-canons en fer, quelques barils de poudre, de l'acier, du plomb,
-des barres de fer, une caisse de papier crire, de l'amidon,
-<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span>
-des fusils, des mousquets, des pistolets, des trompettes, des
-toffes, des souliers et autres bagatelles en petite quantit<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">&nbsp;[378]</a>.</p>
-
-<p>Au mois de mai, Thodore prit son service, comme secrtaire,
-un anglais natif de Guernesey, appel Denis Richard.
-C'tait un garon d'esprit et trs capable. Neuhoff avait galement
-engag un nomm Giraud, dit Keverberg, fils d'un
-capitaine de dragons hollandais.</p>
-
-<p>Le 26 juin, Denis Richard et Keverberg reurent l'ordre de
-se rendre au Helder, petite ville situe une lieue environ de
-l'le du Texel. L ils devaient descendre l'auberge les
-armes d'Amsterdam et attendre un personnage, qui leur
-donnerait de nouveaux ordres. Tronchin avait bien recommand
-aux deux employs de ne pas trahir l'incognito de Sa Majest,
-qui dsirait passer pour un gentilhomme nomm Villeneuve.
-Richard et Keverberg arrivrent au Helder le 27 juin, vers midi.
-Le mme jour, trois heures, une chaise de poste amena le
-personnage annonc. Celui-ci descendit l'auberge et fit
-demander Richard et Keverberg. Ils se rendirent dans sa chambre.
-Aprs les salutations, l'individu, qui tait Lucas Boon,
-remit aux deux secrtaires une lettre de Tronchin leur ordonnant
-de suivre ponctuellement toutes les instructions qui leur
-seraient donnes. Boon et Keverberg s'embarqurent pour le
-Texel; ils trouvrent le navire en rade, prt mettre la voile
-au premier vent favorable.</p>
-
-<p>Mais Lucas Boon tait fort tribul, car il vit beaucoup
-de gens trangers la mine suspecte. Il crivit sur le champ
- Thodore qu'il ne serait pas prudent pour lui de venir s'embarquer
-au Texel. Il l'engagea se rendre Wyk-aan-Ze,
-douze lieues de l'le; l il prendrait une barque de pcheur pour
-le conduire en mer o il trouverait le navire. <i>La Demoiselle</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span>
-<i>Agathe</i> devait arborer au grand mt une flamme aux couleurs
-anglaises. Il lui envoyait un pavillon pareil pour la barque.
-Keverberg, charg de la commission, partit en chaise. Il se rendit
-chez Daniel Dedieu, o il prit Sa Majest. Le 29 juin, l'aube,
-Boon et Richard s'embarqurent. A neuf heures du matin, on
-leva l'ancre pour aller en mer la rencontre de la barque portant
-Thodore. Un vent violent se mit souffler. Le pilote dclara qu'il
-ne pouvait pas diriger le navire dans la direction de Wyk-aan-Ze.
-Il fallait ou gagner la haute mer ou rentrer au Texel. Boon
-donna l'ordre de revenir. Aussitt le navire ancr au port&mdash;vers
-midi&mdash;le ngociant partit en poste pour courir la recherche
-de Thodore. Il arriva Wyk-aan-Ze, o il apprit que le
-seigneur et son secrtaire avaient pris une barque et qu'ils
-taient en mer depuis le matin.</p>
-
-<p>Thodore et Keverberg avaient navigu toute la journe la
-recherche de <i>La Demoiselle Agathe</i>. La nuit tait venue: le
-patron dcida qu'on irait au Texel. A onze heures du soir, la
-barque arriva et Sa Majest s'embarqua sur <i>La Demoiselle
-Agathe</i>.</p>
-
-<p>Pendant ce temps l, Boon, trs marri, cherchait Neuhoff.
-Il revint au Texel, le 30, vers neuf heures du matin et prouva
-une grande joie en voyant le roi install bord.</p>
-
-<p>A quatre heures de l'aprs-midi, <i>La Demoiselle Agathe</i> mit
-la voile<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">&nbsp;[379]</a>.</p>
-
-<p>Matre Gustave Barentz commandait pour la premire fois
-un btiment. A son inexprience, il joignait, parat-il, un
-jugement trs limit et n'avait aucune pntration. Il
-ne se doutait pas qu'il avait le roi de Corse comme passager.
-Boon lui avait dit que le monsieur embarqu tait un certain
-<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span>
-Bookmann associ du sieur Evers, ngociant Livourne<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">&nbsp;[380]</a>.
-Keverberg passait pour inspecteur des magasins et Richard
-pour le secrtaire gnral de l'entreprise commerciale. Le
-capitaine crut facilement toutes ces histoires. Du reste, le navire
-avait t officiellement frt pour Livourne.</p>
-
-<p>A neuf heures du soir, quand le navire fut en pleine mer,
-Lucas Boon dbarqua, en recommandant Barentz d'avoir
-le plus grand soin du monsieur. Il ajouta que celui-ci lui
-donnerait en route une lettre contenant de nouvelles instructions<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">&nbsp;[381]</a>.</p>
-
-<p>Le 13 juillet, en arrivant devant les les Berlenga, sur la
-cte de Portugal, Thodore remit Barentz une lettre dans
-laquelle Lucas Boon dvoilait la vritable identit du soi-disant
-Bookmann. Le bon capitaine fut trs surpris et la pense d'avoir
- son bord un si grand personnage lui causa une grande
-admiration. Le baron lui ordonna de relcher Lisbonne. Le
-15 juillet, onze heures du matin, <i>La Demoiselle Agathe</i> mouilla
-devant Belem. Dans l'aprs-midi, sur les quatre heures, le
-bateau de la sant arriva. Tous les hommes du bord furent
-passs en revue. Thodore, qui n'aimait pas beaucoup se
-montrer, tait rest dans sa cabine. Les inspecteurs demandrent
-ce qu'tait devenu le passager qui manquait l'appel.
-On leur rpondit que le marchand se trouvait incommod
-par la goutte. Ils exigrent qu'il montt sur le pont. Le baron
-arriva, soutenu par Richard et Keverberg, feignant une
-grande difficult marcher. Il portait une robe de chambre
-en soie indienne, qui laissait voir une chemise garnie;
-aux pieds il avait des pantoufles de maroquin et son bonnet
-blanc tait recouvert d'un chapeau en castor. On le trouva bien
-<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span>
-lgant pour un malade. A sa mine florissante, le mdecin le
-dclara en parfaite sant. Tout cela sembla louche. Le bruit se
-rpandit qu'un grand personnage se trouvait bord de <i>La
-Demoiselle Agathe</i>, et on ne tarda pas savoir que c'tait le
-roi de Corse. On donnait de lui ce signalement: un homme de
-haute stature, bien fait, g d'environ cinquante ans, d'une
-prestance superbe, avec le visage blanc et arrondi<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">&nbsp;[382]</a>.</p>
-
-<p>La renomme, qui s'attachait ses pas, l'inquitait, car
-il avait toujours peur d'tre assassin par quelque missaire des
-Gnois ou, tout au moins, de voir surgir un crancier hargneux;
-aussi se tenait-il dans sa cabine.</p>
-
-<p>Lucas Boon avait aussi recommand Thodore sous le faux
-nom de Bookmann ses correspondants de Lisbonne, les sieurs
-Bruyn Vernais et Cloots, marchands droguistes, qui devaient
-complter la cargaison<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">&nbsp;[383]</a>.</p>
-
-<p>Le roi tait agit d'une perptuelle frayeur. Le vendredi
-19 juillet, il envoya Keverberg chez le rsident de Hollande,
-Van Sil, qui tait trs li avec le pre du jeune homme. Celui-ci
-fut reu bras ouverts. Suivant les instructions de Neuhoff, il dit
-qu'il se rendait en Italie, en France et en Allemagne avec
-deux gentilshommes, ses amis, venus avec lui de Hollande. Ses
-camarades ne connaissant pas le Portugal, se tenaient bord
-du btiment, qui les avait amens tous les trois. Van Sil invita
-Keverberg venir passer quelques jours dans sa maison
-de campagne de la baie Sainte-Catherine avec ses compagnons.</p>
-
-<p>Cette invitation causa une grande joie Neuhoff, car il
-la dsirait. Il se rendit chez Van Sil sous le nom de baron
-Kepre. Ce pseudonyme ne donna pas le change au rsident
-<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span>
-hollandais; il savait parfaitement quel tait l'individu qu'il
-recevait, mais il feignit de l'ignorer<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">&nbsp;[384]</a>.</p>
-
-<p>Richard, trouvant que tout cela tait louche, tait rest
-bord sous le prtexte que son humeur tait plus dispose pour
-le cabinet que pour des agitations <i>incessables</i>. Cet anglais
-tait un sage.</p>
-
-<p>Keverberg faisait la navette entre la baie Sainte-Catherine
-et Lisbonne pour savoir ce qui se passait sur le navire. Il
-accomplissait ses messages cheval. On ne voyait que lui,
-courant tous les jours: cela fit jaser en ville. Dans ses courses,
-il rencontra quatorze dserteurs de l'arme espagnole. Il les
-embaucha facilement, sans leur dire toutefois qu'ils auraient
-l'honneur de servir le roi de Corse allant reconqurir son
-royaume. Ils s'embarqurent le lundi 22 juillet, amenant un
-enfant avec eux. Thodore fut trs satisfait.</p>
-
-<p>Keverberg avait, pendant la traverse, rempli l'office de cuisinier.
-Mais Neuhoff trouvant que sa cuisine tait mauvaise,
-engagea comme matre-coq un provenal, nomm Joseph Paris,
-aux appointements de deux monnaies d'or par mois. Le 25
-juillet, dans la matine, le nouveau cuisinier vint bord. Il
-avait grand air: il portait une veste carlate, l'pe au ct et
-une perruque queue.</p>
-
-<p>On avait embarqu sur le navire des piceries, du caf, du
-chocolat, deux caisses contenant cent trente canons de fusil,
-une grande bouteille d'eau forte et trente-six seringues<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">&nbsp;[385]</a>.</p>
-
-<p>Thodore ayant appris que Viganego, le consul de Gnes,
-avait eu une longue confrence avec son collgue anglais, fut
-constern.</p>
-
-<p>Viganego avait non seulement confr avec le reprsentant
-d'Angleterre, mais encore avec le baron d'Albreet, rsident
-imprial. Puis, il avait envoy un certain Pisarello avec deux
-<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span>
-camarades, comme espions, bord de <i>La Demoiselle Agathe</i>.
-Mais ils ne purent rien voir, car toutes les ouvertures taient
-soigneusement closes. Ils aperurent seulement, derrire une
-vitre, la tte d'un homme, qui semblait en faction. Les tratres
-gnois s'taient, en outre, mis en rapport avec les deux autres
-passagers&mdash;Richard et Keverberg sans doute&mdash;et les entranrent
- l'estaminet pour essayer de les faire parler et voir s'il
-n'y aurait pas moyen de faire un bon coup. Ils virent
-embarquer les quatorze dserteurs; mais, malgr leur bonne
-volont, ils ne firent rien d'utile<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">&nbsp;[386]</a>.</p>
-
-<p>Thodore avait ordonn au capitaine de croiser devant la
-baie Sainte-Catherine et de venir le chercher avec une garde
-sre et bien arme. Le soir, au souper, il dclara Van
-Sil qu'il tait le roi Thodore I<sup>er</sup>, souverain de la Corse. Le
-rsident, qui savait parfaitement quoi s'en tenir, simula la stupfaction
-et se confondit en marques de respect<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">&nbsp;[387]</a>.</p>
-
-<p>Neuhoff dit au rsident qu'il ne comprenait pas pourquoi les
-Gnois s'acharnaient contre lui et en voulaient son existence.
-Il n'avait rien fait de mal. Appel par les Corses, il ne s'tait
-livr aucune sollicitation pour obtenir la couronne. Il avait
-pour mission de les secourir dans leur dtresse; il ne saurait
-manquer ce devoir de charit. Il se proposait d'ouvrir l'le
-au commerce tranger et d'accorder la libert de conscience<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">&nbsp;[388]</a>.</p>
-
-<p>Le 27 juillet, deux heures aprs-midi, Neuhoff se rendit
-bord de son navire, accompagn par son escorte et par Van
-Sil, qui il offrit des rafrachissements dans sa cabine. Les
-adieux furent solennels. A quatre heures, <i>La Demoiselle Agathe</i>
-leva l'ancre et tira des salves<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">&nbsp;[389]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span>
-Des sbires, rgulirement requis, se rendirent au port pour
-saisir le navire; ils arrivrent trop tard. <i>La Demoiselle
-Agathe</i> voguait, toutes voiles dehors, vers la haute mer. Le bruit
-courut qu'un passager avait dbarqu et tait parti mystrieusement
-vers l'Espagne. On crut que c'tait Thodore<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">&nbsp;[390]</a>. Mais
-le roi se trouvait rellement sur le btiment.</p>
-
-<p>De Lisbonne en Mditerrane, la traverse eut lieu sans
-encombre. La mer tait calme; le bateau naviguait lentement.
-Pour passer le temps, le baron rassembla ses gens sur le pont; il
-dclara aux dserteurs qu'il tait roi de la Corse et leur demanda
-s'ils consentaient le servir. Oui! oui! rpondirent-ils. Il leur
-fit donner chacun une chemise, une paire de bas et des souliers.
-Les soldats se montrrent trs satisfaits de cette largesse.</p>
-
-<p>Neuhoff ordonna Barentz de mettre le cap sur la Corse;
-il lui remit une carte scelle de ses armes, en lui disant de mditer
-sur la manire la plus convenable d'aborder. Le capitaine
-fut trs embarrass; il ne savait pas o se trouvait l'le.
-Il dut confesser son ignorance au pilote et lui dvoiler les
-projets. Le marin eut un mouvement de surprise et de dgot.
-Bien que plus g et plus brave que Barentz, il fit valoir les
-difficults que prsentait l'entreprise. Il avoua que lui, non plus,
-ne connaissait pas les ports de la Corse, et jugeait que le
-navire n'tait pas suffisamment arm pour se dfendre contre les
-Gnois, en cas d'attaque. Thodore intervint et, force de belles
-paroles et de promesses, il endormit les craintes du pilote. Il
-fit confectionner des cocardes, dont il gratifia son tat-major. Il
-fit faire galement deux paires de baguettes, une pour Keverberg,
-l'autre pour Richard. Ce dernier, selon le roi, tait un
-honnte homme, trs apte au commerce et aux finances; il connaissait
-plusieurs langues. Cela tait parfait, mais il fallait qu'il
-devnt un guerrier; tout irait bien alors. Sur l'ordre du roi, on
-<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span>
-tailla dans des toiles un pavillon de Corse, qui fut hiss la
-poupe du navire. Pendant une demi-heure, l'tendard royal flotta
-au vent, tandis que Sa Majest se promenait sur le pont, remplie
-de gloire et de contentement, distribuant des emplois
-chacun. Thodore jugea bon de ne pas continuer cette scne
-trop longtemps. Sa vanit satisfaite, il reprit ses habitudes
-de prudence, fit descendre le drapeau et rentra dans sa
-cabine.</p>
-
-<p>Le 3 aot, un btiment sudois parut. On lui demanda des
-nouvelles. Il signala la prsence de trois barques qui, selon
-toute probabilit, taient montes par des Maures et qui lui
-avaient donn la chasse. Le 6, l'aube, par un temps calme,
-<i>La Demoiselle Agathe</i> tait en vue d'Oran. A neuf heures, le
-capitaine aperut sous le vent, trois barques et une galre.
-Certainement c'taient les Maures. Comme cette flotille cinglait
-vers le navire et qu'on ne pouvait pas fuir, Barentz jugea inutile
-de virer de bord. Il fit arborer le pavillon anglais et cacher les
-soldats fond de cale. Soudain, <i>La Demoiselle Agathe</i> essuya
-un coup de canon boulet et les quatre navires hissrent le
-pavillon espagnol. Le btiment de Thodore amena ses voiles
-et Barentz dut aller bord de la galre pour montrer ses
-papiers. Pendant ce temps-l, Thodore avait fait retirer le
-pavillon anglais et mettre, sa place, celui de Hollande. Cela
-parut trs louche. Le commandant de la flotille envoya des
-hommes arms bord de <i>La Demoiselle Agathe</i> pour oprer
-une perquisition. Les caisses de fusils furent dcouvertes; on
-cria: Des armes! Des armes! Le navire hollandais fut
-envahi; des sentinelles, sabre en main, montrent la garde sur
-le pont. Il s'ensuivit un grand tumulte; les gens de Thodore
-se crurent entours par les barbares; les Espagnols injurirent
-tout l'quipage. Le roi avait cet air d'autorit, qu'il
-savait prendre dans les grandes circonstances, ce qui ne l'empcha
-pas d'tre insult comme le dernier des matelots. L'arrogance
-des Espagnols le fit entrer dans une grande fureur. Malgr
-<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span>
-le passeport hollandais, dont le capitaine tait muni, <i>La
-Demoiselle Agathe</i> fut conduite Oran, o on arriva le 7 aot
- 6 heures du matin. Pendant toute la traverse, Sa Majest
-n'avait pas dcolr.</p>
-
-<p>Thodore crivit au marquis de Vallejo, gouverneur gnral,
-pour lui dire qui il tait, en lui demandant le secret, aide et
-assistance<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">&nbsp;[391]</a>.</p>
-
-<p>Dans la crainte de voir certaines puissances favoriser les
-Maures son dtriment, le gouvernement espagnol faisait exercer
-une surveillance troite sur les ctes d'Afrique et imposait
-la visite aux btiments suspects de porter des armes ou des
-munitions. Le fait d'avoir tir boulet sur <i>La Demoiselle
-Agathe</i>, sans aucun avertissement pralable, et avant mme que
-le bateau hollandais et fait mine de rsister, constituait un acte
-d'hostilit grave. Le gouverneur le reconnut, mais il n'en
-dclara pas moins le navire de bonne prise. Il envoya un dtachement
-de grenadiers avec leurs officiers pour garder <i>La
-Demoiselle Agathe</i>, aprs y avoir fait mettre les scells. L'quipage
-et les quatorze soldats, qui taient rests fond de cale
-pendant vingt-quatre heures, sans boire ni manger, furent
-conduits au chteau Saint-Jacques.</p>
-
-<p>Je n'aurai garde d'omettre ce dtail que je trouve dans le
-journal de voyage; il dpeint bien le personnage. La grandeur
-d'esprit de Monsieur Thodore tait si grande qu'afin de ne
-pas se lever pour saluer ces officiers, il feignit avoir la goutte,
-se faisant mettre un coussin terre pour appuyer sa jambe
-droite. Mais quand il fut habill, apparemment il s'tait oubli
-de la goutte, ou il se figura que ces messieurs taient tous
-aveugles, vu qu'il marchait ferme et cavalirement.</p>
-
-<p>Le roi se rendit chez le marquis de Vallejo, qui le reut fort
-civilement. Le gouverneur lui dit qu'il allait envoyer sans
-<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span>
-tarder un courrier Madrid pour demander des instructions. Il
-poussa la complaisance jusqu' crire sa lettre devant Thodore.
-Celui-ci donna quatre-vingts sequins l'missaire pour qu'il
-partt sur le champ. En attendant la rponse de la Cour,
-Vallejo se voyait contraint de loger Sa Majest au chteau
-Saint-Charles. Le gouverneur entoura cette dclaration des
-plus grandes honntets. Il fit venir son cheval afin que
-Neuhoff se rendt le plus commodment possible la rsidence
-qui lui tait assigne. Puis, il recommanda Don Andr
-Villalonga, gouverneur du chteau, de traiter son hte avec toute
-la splendeur et les gards possibles. Le soir mme, Richard,
-Keverberg et le cuisinier rejoignaient le monarque en prison.
-<i>La Demoiselle Agathe</i> fut conduite Marsa, o on lui enleva
-son gouvernail et ses voiles.</p>
-
-<p>La dtention fut douce; Vallejo et Thodore se comblrent
-de politesses. Le gouverneur avait demand son prisonnier
-s'il ne possdait pas, bord de son navire, quelques bouteilles de
-vin du Rhin. Le roi rpondit qu'il en avait sept. Il les fit prendre
-avec quelques autres flacons, des confitures et des pices et
-envoya le tout Son Excellence. Le gouverneur s'merveilla
-de cette gnrosit; mais il eut des scrupules: le fait
-d'accepter des prsents d'un dtenu n'tait pas trs correct. Il
-prit seulement une bouteille de vin du Rhin et renvoya le reste
-Thodore. Il y joignit douze flacons de Malaga, de Malvoisie et
-de Bourgogne et un billet aimable.</p>
-
-<p>Quand on clbrait la messe au chteau, Thodore prenait,
-la chapelle, la droite du gouverneur. Richard et Keverberg
-taient protestants; mais ce dernier, trs accommodant, allait
-galement l'office pour faire la cour son matre. Richard
-tait intransigeant; pour un empire, il n'aurait mis les pieds
-dans une glise catholique. Il trouva la faiblesse de son ami
-trs coupable et le lui dit. Du reste, il s'tonnait que Neuhoff allt
- la messe, car, d'aprs les conversations qu'il avait eues avec
-lui, il le croyait aussi loign de la religion romaine que l'est le
-<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span>
-ciel de la terre<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">&nbsp;[392]</a>. Pourtant Thodore, en arrivant en Corse,
-s'tait pos comme catholique; on a mme t jusqu' dire,
-nous l'avons vu, qu'il entendait trois messes par jour. Il n'tait
-donc pas une messe prs. En tous cas, il ne se laissa jamais
-embarrasser par aucun principe religieux, de quelque confession
-que ce ft. Il ne faut voir dans les pratiques pieuses du baron
-au chteau Saint-Charles qu'un peu de cette hypocrisie qu'il
-savait manier merveille.</p>
-
-<p>Malgr toutes les prvenances dont on l'entourait, Thodore
-n'tait pas rassur. Il craignait que la cour de Madrid, circonvenue
-par les Gnois, ne le ft rester en prison ou amener sous
-escorte Madrid. Il n'en fut rien heureusement.</p>
-
-<p>Le 17 aot, au matin, la rponse du gouvernement espagnol
-arriva. Vallejo avait ordre de remettre Neuhoff en libert avec
-tous ses gens, de lui rendre son btiment et de lui rembourser
-les dpenses qu'il avait faites. Le gouverneur transmit cette
-bonne nouvelle son prisonnier. Celui-ci en fut si heureux
-qu'il donna un louis d'or au messager et qu'il distribua d'autres
-gratifications. Vallejo envoya de nouveau son cheval au roi.
-En arrivant sur le navire, il trouva tout son monde. Ses soldats
-avaient perdu leurs bas et leurs souliers; il leur en fit donner
-d'autres. Il voulut faire acheter des boulets, mais on n'en
-trouva pas. Le 19 aot, <i>La Demoiselle Agathe</i> mit la voile.</p>
-
-<p>Neuhoff tait trs contrari d'avoir perdu quelques jours
- Oran. Il pensait que les Gnois auraient eu le temps d'apprendre
-ses projets; ils pourraient donc empcher son dbarquement
-dans l'le. Il tait nerveux, inquiet, ne pouvant reposer
-ni le jour ni la nuit. En mer, on rencontra un btiment
-anglais se rendant Lisbonne. On lui demanda s'il avait aperu
-quelque navire. L'anglais rpondit non; Thodore lui fit dire de
-se mfier lorsqu'il se trouverait la hauteur d'Oran. Tandis
-qu'il donnait ce conseil, il fit monter tous ses soldats dans les
-<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span>
-cordages et l'anglais, voyant qu'un si petit btiment portait
-autant d'hommes, fut dans une profonde admiration. Malgr ses
-anxits et ses craintes, le roi se mit rire, car il tait trs
-satisfait d'avoir jou un bon tour.</p>
-
-<p>Le 2 septembre, vers neuf heures du matin, alors que <i>La
-Demoiselle Agathe</i> devait, selon le capitaine, se trouver seize
-lieues environ des ctes de Sardaigne, le baron eut une grande
-frayeur en apercevant une voile l'horizon. Il crut que c'tait
-un btiment gnois lanc sa poursuite. Mais, bientt, il se
-remit de cette alarme car le navire arbora le pavillon sudois.
-Thodore dit ses deux acolytes: Voil une belle opportunit
-pour me sauver. Et, de suite, il prit ses mesures pour
-mettre ce projet excution. Il ordonna Keverberg de le suivre,
-tandis que Richard resterait bord de <i>La Demoiselle Agathe</i>
-pour aller en Corse dbarquer les munitions. Neuhoff dclara
-ses gens que, lui absent, ce leur serait plus facile. On se
-rapprocha donc du navire sudois, qui s'appelait <i>Le Grand Christophe</i>,
-command par le capitaine Jonas Hee Kerhoet. Ce
-btiment avait pris un chargement de sel Cagliari destination
-de Stockholm. Barentz demanda son collgue quelles
-taient les nouvelles de la guerre entre les Russes et les Turcs.
-Jonas Kerhoet rpondit qu'en Sardaigne on ne parlait que du roi
-Thodore. On savait qu'il se trouvait bord d'un btiment
-hollandais faisant voile vers la Corse. Des navires gnois croisaient
-autour de l'le afin de le prendre srement. Barentz fit
-la grimace, mais il ne dvoila rien. Cette conversation encouragea
-Sa Majest dans son dessein de prendre le large. Le
-capitaine sudois demanda, son tour, pourquoi deux des
-passagers de <i>La Demoiselle Agathe</i> dsiraient s'embarquer son
-bord. On lui rpondit que le navire ayant t pris par les
-Espagnols, et l'quipage molest, les deux personnages voulaient
-interrompre leur voyage Livourne pour aller en Angleterre et
-en Hollande porter leurs plaintes et obtenir rparation. Kerhoet
-consentit les prendre moyennant vingt sequins et il s'engagea
-<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span>
- les dposer dans un port d'Angleterre ou de Hollande. Aprs
-avoir crit trois lettres pour des chefs corses, Thodore fit ses
-dernires recommandations Richard en lui prodiguant les plus
-sduisantes promesses. Il monta sur le navire sudois avec
-Keverberg. Les deux btiments se sparrent aprs s'tre
-mutuellement salus. <i>Le Grand Christophe</i> mit le cap sur
-Gibraltar, tandis que <i>La Demoiselle Agathe</i> se dirigeait vers la
-Corse<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">&nbsp;[393]</a>.</p>
-
-<p>La fuite du baron plongea Richard dans d'amres rflexions.
-Il les a consignes dans son journal et je les transcris ici en
-respectant son style: Je m'avais depuis longtemps revtu de
-patience, mais uniquement je ne faisais que me repentir d'avoir
-jamais vu ou connu Monsieur Thodore. Je lui fus recommand
-par des amis en Hollande, qui, en mme temps me firent
-des promesses qu'en peu de temps je ferais fortune, dsignrent
-sa personne pour un oracle, ce que je laisse dcider
- ceux dont leur connaissance avec lui est plus vieille que la
-mienne qui n'est que de quatre mois. Mais le contenu de ce qui
-reste dit dans ce journal est assez suffisant pour convaincre
-tous jugements impartiaux, que toute sa conduite dans ce
-voyage ne porte pas des marques d'un esprit judicieux<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">&nbsp;[394]</a>.</p>
-
-<p>Richard ne fut pas le seul qui le dpart du roi causa un
-dsappointement; le capitaine se trouva dans un cruel embarras.
-Malgr tout, on poursuivit le voyage. Le 6 septembre, midi, on
-aperut la Corse et, vers le soir, <i>La Demoiselle Agathe</i> se trouva
- quatre lieues de l'le. Le vent tait favorable, le temps
-splendide; la nuit il y eut un beau clair de lune; aucune voile
-n'apparaissait l'horizon; la route tait libre. Mais le capitaine
-s'agitait comme un fou, il allait et venait avec le pilote, descendait
-dans sa cabine pour consulter la carte, que lui avait remise
-<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span>
-le roi, puis il remontait sur le pont, se frappant la poitrine en
-s'criant qu'il n'tait jamais venu en Corse, qu'il n'avait presque
-pas entendu parler de cette le et qu'il n'en connaissait ni
-les ports, ni les atterrages. Il risquait donc de perdre son navire
-et d'exposer sa vie et celle de ses matelots. Le pilote, qui tait
-un vieux renard, dit qu'il avait prvu tout cela ds le dbut de
-l'expdition. Pour l'instant, il n'y avait qu' choisir entre deux
-partis: aller en Corse, ou prendre la mer dans la direction de
-Livourne. Matre Barentz se mit alors rcriminer contre
-Lucas Boon. La nuit approchant, on remit la solution au lendemain.
-Le soir, au souper, le capitaine demanda Richard quel
-tait son avis. Le secrtaire de Thodore partit d'un clat de
-rire, mais en vrit, dit-il, c'tait une rise plus pleine de
-chagrin que celle de Dmocrite. Barentz trouva qu'il n'y
-avait rien de risible dans la situation et que cette gat n'tait
-pas le fait d'un homme spirituel. Non, non, mon ami, rpliqua
-Richard, ce n'est pas prsent que le bon esprit est capable de
-raccommoder les inadvertances que l'on a ci-devant commises;
-et je ris parce que de la premire heure, depuis notre dpart de
-Lisbonne, j'ai prvu que nous entrerions autant dans l'le que
-d'aller Constantinople. Et il ajouta qu'il tait absolument
-convaincu que Thodore n'avait jamais eu l'intention d'aller en
-Corse. Le commandant se contenta de rpondre: Le temps
-nous apprendra autrement.</p>
-
-<p>Le lendemain, le brouillard cachait l'le. Le capitaine dclara
-que la brume l'empchait d'atterrir. Dans l'aprs-midi, on aperut
-deux barques gnoises; Barentz fut constern. Il voyait
-dj son navire coul, ses hommes et lui capturs et livrs au
-supplice. Voulant faire disparatre toute trace du passage de
-Thodore, il fit rassembler les objets compromettants: le pavillon
-de Corse, les cocardes, la carte scelle aux armes royales,
-la bouteille d'eau forte et les seringues. Il enferma toutes ces
-pices conviction dans un sac attach par un boulet et ordonna
-de le jeter la mer la premire alerte. Il fit jurer son
-<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span>
-quipage et aux soldats de garder le secret et dclara qu'il ne
-se dfendrait pas. Le 10, une troisime barque vint se
-joindre aux deux autres. Le capitaine affol, s'cria: Pour
-Livourne! je ne veux pas tre dup par tous les messieurs
-Boon et les autres. Il fit prendre aussitt la direction de
-l'Italie; les btiments gnois suivaient. Le 12, devant l'le
-de Gorgona, on les perdit de vue et le 13 septembre, huit
-heures du matin, <i>La Demoiselle Agathe</i> jeta l'ancre en rade
-de Livourne. Le navire fut envoy pendant quinze jours en
-quarantaine. La sant s'aperut que deux passagers manquaient
-et demanda des explications. Le capitaine rpondit qu'ayant
-relch Oran pour prendre de l'eau, ces deux passagers
-taient descendus terre et qu'ils n'avaient plus reparu. Ils les
-avaient vainement attendus pendant un jour. Il se garda bien de
-dvoiler l'identit des deux absents, et de raconter leurs
-msaventures sur les ctes africaines. Les inspecteurs, bien
-qu'incrdules, ne soulevrent aucune objection. Mis au courant,
-le vice-consul hollandais approuva le capitaine d'avoir
-gard le secret. Bookmann et Evers, les consignataires,
-furent de cet avis. Mais, qu'allait-on faire du btiment?
-Le capitaine eut plusieurs confrences avec les ngociants. La
-question tait de savoir si <i>La Demoiselle Agathe</i> irait en
-Corse. Barentz montrait beaucoup de rpugnance se rendre
-dans l'le. Un matin, il reut de Bookmann et Evers un billet lui
-ordonnant d'aller le lendemain au lazaret. L, il trouverait un
-individu de grande taille, habill de noir et qui lui dirait ce
-mot: C'est l'homme!. Il fut exact au rendez-vous et
-trouva le personnage. Celui-ci, sans se nommer, dclara tre un
-des plus intimes confidents du seigneur roi. L'homme dit
-au capitaine qu'il devait se prparer mettre la voile pour la
-Corse, qu'il n'y avait aucun danger courir. Lui-mme prendrait,
-avec neuf compagnons, passage sur le navire. Barentz
-ne fut pas convaincu. Il fit valoir les difficults et les prils
-de cette entreprise. Finalement, il dclara que le projet tait
-<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span>
-impraticable et qu'il fallait trouver autre chose. Il fit partager
-cet avis Bookmann et Evers.</p>
-
-<p>L'inconnu revint la charge. Puisque le commandant
-se refusait se rendre en Corse, il fallait frter deux felouques et
-y charger les armes et les munitions. On embarquerait pendant
-la nuit les soldats; l'inconnu prendrait passage avec ses neuf
-compagnons et on mettrait la voile pour aller reconqurir le
-royaume du seigneur Thodore. Richard devait faire partie de
-l'expdition. Le jeune homme fit mine d'accepter; mais il tait
-bien dcid ne pas prendre part une nouvelle entreprise
-dangereuse et sans profits. La tentative en resta l. Richard
-et les soldats dbarqurent; <i>La Demoiselle Agathe</i> fut
-frte pour Hambourg. Richard fut log l'htel de l'cu
-de France et dfray par Bookmann et Evers, en attendant
-les ordres de Lucas Boon<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">&nbsp;[395]</a>.</p>
-
-
-<p class="subt">IV</p>
-
-<p>L'arrive du navire avait fait quelque bruit Livourne. Le
-Snat de Gnes fit des dmarches pour en obtenir la saisie.
-Wachtendonck, qui commandait les troupes impriales en Toscane,
-s'y refusa nergiquement parce que Livourne tait un port
-franc. Le duc de Lorraine, en succdant au dernier des Mdicis,
-avait confirm cette franchise<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">&nbsp;[396]</a>. La rpublique ne se tint pas
-pour battue; elle envoya une barque qui jeta l'ancre ct de
-<i>La Demoiselle Agathe</i>, afin de voir ce qui se passait. Pour donner
-un semblant de satisfaction aux Gnois, les autorits toscanes
-firent subir un interrogatoire aux matelots. La rpublique
-eut la douleur d'apprendre que Thodore s'tait bien
-<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span>
-embarqu sur le btiment, mais qu'il avait fui en pleine
-mer<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">&nbsp;[397]</a>.</p>
-
-<p>Les gens du baron se dispersrent sans bruit aprs avoir
-reu quelques secours des ngociants; ils avaient tout intrt
- disparatre, car la ville de Livourne tait remplie d'espions
-gnois. Les soldats entrrent au service de l'empereur<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">&nbsp;[398]</a>.</p>
-
-<p>Je dois ici anticiper sur les vnements pour dire ce que devint
-Denis Richard. Confiant dans l'toile du seigneur Thodore,
-allch par ses promesses, Richard n'avait pas hsit aller
-tenter fortune dans l'entreprise monte par les traitants hollandais.
-Ce jeune anglais tait un dclass. Instruit, intelligent, il
-ne lui avait manqu que la chance pour russir. Le mauvais sort
-voulut qu'il rencontrt le baron sur son chemin. La dsillusion
-tait vite arrive. Seul, sans appui Livourne, dans un pays
-inconnu pour lui, il se trouvait la merci de deux ngociants
-qui se lasseraient peut-tre de lui venir en aide. Comme il
-savait beaucoup de choses, que les Gnois se donnaient un mal
-infini pour apprendre, il voulut tirer parti des documents qu'il
-avait eu l'habilet de garder.</p>
-
-<p>Il alla donc trouver Gavi, consul de Gnes Livourne.
-Il lui raconta les aventures de <i>La Demoiselle Agathe</i>; lui dit
-qu'il possdait le journal de voyage et demanda un secours en
-protestant de son dvouement pour la rpublique. Gavi en
-rfra son gouvernement. Les Gnois taient toujours trs
-disposs recevoir les dlations, mais ils n'entendaient pas
-payer cher ceux qui les apportaient. Ils commencrent donc
-par faire la sourde oreille. Richard retourna chez le consul.
-Enfin, le 27 novembre, ne voyant rien venir, il envoya une
-requte au Snat pour rclamer aide et secours. Il tmoigna de
-son zle pour le bien de la rpublique, dclara en termes soumis
-<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span>
-qu'il tait entirement attach Leurs Srnits. Il se disait
-tout dispos servir d'espion et communiquer au Snat ce
-qu'il pourrait apprendre encore concernant Thodore<a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">&nbsp;[399]</a>. Il tait,
-en effet, rest en relations avec Bookmann et Evers, et, par eux,
-il se trouvait mme de connatre les secrets.</p>
-
-<p>Sur ces entrefaites, Lucas Boon crivit ses correspondants
-de Livourne. Le projet d'une descente dans l'le n'tait
-pas abandonn. Le commerant voulait faire passer en Corse
-la cargaison de <i>La Demoiselle Agathe</i>, sous la conduite
-de Richard. Vous pouvez l'assurer, disait Boon, que l'on
-a pris tout le soin pour son intrt et avantage, et vu qu'il
-aura encore dix autres messieurs qui s'embarqueront avec
-lui, il peut le faire aussi sans crainte, car les autres aiment
-autant leur vie qu'il peut le faire la sienne. Je vous recommande
-de l'assister avec tout ce qu'il aura besoin pour se
-prparer faire ce voyage, mais au cas qu'il rpugne
-vouloir aller, alors vous ne lui donneriez aucune chose de
-plus, car il a convenu ici d'aller l'le et si prsent il ne
-veut pas aller, nous ne sommes dans l'obligation de lui fournir
-aucune subsistance.</p>
-
-<p>Cette lettre fut communique Richard. Elle tait date
-d'Amsterdam le 6 dcembre 1737. Il en prit une copie qu'il
-adressa le 25 Gnes, en mettant en note qu'on lui avait
-donn quarante-huit heures pour se dcider. Deux btiments
-ancrs dans le port de Livourne se tenaient la disposition de
-Bookmann et Evers. Richard ajoutait qu'il tait urgent de surveiller
-ces navires, comme toutes les barques et felouques, qui
-pouvaient se trouver dans le voisinage des ctes de la Corse<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">&nbsp;[400]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span>
-La relation du voyage de <i>La Demoiselle Agathe</i> fut remise
-par Richard Gavi. Le consul en envoya une copie Gnes et
-une autre Mari, gouverneur en Corse. Le Snat fit venir
-Richard Gnes. Celui-ci fut interrog longuement, et on lui
-promit une belle rcompense. Mais quand les inquisiteurs
-eurent tir de Richard tout ce qu'ils voulaient savoir, ils se
-bornrent lui donner quelques sequins, en lui octroyant la permission
-de se retirer o il voudrait. Le malheureux, dup une
-seconde fois, vint trouver le ministre de France et lui conta ses
-msaventures. Au cours de la conversation, Campredon demanda
- Richard ce que Neuhoff comptait faire des trente-six seringues
-embarques sur <i>La Demoiselle Agathe</i>. C'tait, rpondit-il,
-pour seringuer de l'eau-forte, dont il fait bonne provision, dans
-les yeux des Gnois qu'on pourra surprendre, comme des
-sentinelles qui se trouveront par l hors de combat sans que
-le bruit que feraient les coups de fusil donnent l'alarme.
-Richard se flattait de pouvoir rendre des services en France.
-Il demanda un secours Campredon. Le ministre lui remit
-quelque argent. Le 30 septembre 1738, Denis Richard quitta
-Gnes<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">&nbsp;[401]</a>. Il disparut sans qu'on ait plus jamais entendu parler
-de lui, comme la plupart des collaborateurs phmres de
-l'aventurier.</p>
-
-<p><i>La Demoiselle Agathe</i> n'tait pas le seul btiment frt par
-les commanditaires du roi pour porter des munitions en Corse.
-Le 23 juin 1737, Thodore donnait pouvoir un de ses secrtaires,
-un florentin, nomm Franois de Agata, pour frter un
-second navire<a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">&nbsp;[402]</a>. Ce vaisseau tait <i>Le Yong-Rombout</i>, capitaine
-Antoine Bevers. Il appartenait aux sieurs Splenter, Van
-<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span>
-Doorn et Abraham Louxissen; il portait dix-huit canons.
-Le nolissement tait fait raison de seize cents florins
-de Hollande par mois. Quatre mois d'emploi lui taient
-assurs<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">&nbsp;[403]</a>.</p>
-
-<p><i>Le Yong-Rombout</i> devait rejoindre <i>La Demoiselle Agathe</i>
-sur les ctes de la Corse. La traverse s'effectua bien. Mais,
-si aucun incident n'en vint marquer le cours, elle se termina
-d'une faon tragique. Vers le mois d'octobre, le btiment
-arriva devant l'le-Rousse. Le capitaine croyait que ce port
-tait en la possession des mcontents et pensait pouvoir y dbarquer
-son chargement en toute scurit. Il se trompait; cette ville
-tait occupe par les Gnois. Ceux-ci, toujours mfiants, s'alarmrent;
-en l'espce, ils n'avaient pas tort. Ils apprirent que
-<i>Le Yong-Rombout</i> avait t frt en Hollande par Thodore.
-Cela suffisait pour que tous ceux qui se trouvaient bord fussent
-dclars ennemis et traits comme tels. Les Gnois parvinrent
- s'emparer d'Agata et le malheureux fut pendu
-sans autre forme de procs. Bevers, ne voulant pas exposer
-son quipage et lui-mme un traitement pareil, s'empressa
-de prendre la mer, en remportant les munitions destines
-aux rebelles. Il ne tenta mme pas de dbarquer sa cargaison
-sur un autre point. <i>Le Yong-Rombout</i> mit la voile et arriva
- Naples au commencement du mois de novembre<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">&nbsp;[404]</a>.</p>
-
-<p>L'aventure tragique du navire causa une vive motion aux
-commanditaires du roi. Lucas Boon n'y comprenait rien.
-Le capitaine tait un homme expert, connaissant parfaitement
-la Corse. Comment avait-il commis la faute d'aller
-l'le-Rousse, dans un port appartenant aux Gnois? Ces deux
-expditions, manques coup sur coup, drangeaient les affaires.
-Sa Majest devait en tre trs marrie; mais les ngociants
-<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span>
-comptaient bien ne pas l'abandonner. Ils la consolaient et lui
-promettaient leur amiti et leur dvouement<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">&nbsp;[405]</a>.</p>
-
-<p>Dominique Rivarola, ancien vice-consul d'Espagne Bastia,
-tait l'agent des Corses Naples. A l'arrive du navire, il engagea
-le capitaine Bevers retourner en Corse pour y dbarquer les
-armes et les munitions fournies par les commerants hollandais,
-les croupiers de Thodore, comme Pignon les appelle. Bevers
-rpondit qu'il ferait voile pour la Corse lorsqu'il lui serait possible
-d'aborder Porto-Vecchio. Rivarola crivit aux chefs des
-mcontents de tenter la prise de ce port. Il envoya ses lettres par
-une felouque de Lipari ayant vingt-deux hommes et sur laquelle
-il embarqua quelques fusils, de la poudre et du plomb. L'argent
-ncessaire ces achats avait t fourni par des officiers siciliens,
-contre la promesse faite par Rivarola de leur fournir des recrues
-corses. Le 7 janvier, la hauteur de Monte-Christo, dix matelots,
-craignant les reprsailles des Gnois, demandrent tre
-mis terre. La felouque arriva en Corse le 13 janvier et dbarqua
-sa cargaison<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">&nbsp;[406]</a>.</p>
-
-<p>Le marquis de Puisieux, ambassadeur de France Naples,
-apprenant l'arrive du <i>Yong-Rombout</i> charg de munitions pour
-les rebelles, et tant inform des dmarches qu'on faisait
-auprs du capitaine pour le dcider retourner en Corse, pria
-le consul de Hollande, Valembergh, de venir chez lui et lui
-reprsenta qu'il devait empcher le btiment d'aller porter des
-armes destines combattre la rpublique de Gnes avec
-laquelle les tats-Gnraux n'taient pas en guerre. Puisieux
-fit aussi remarquer que le roi prenait un intrt tout particulier
- la pacification de l'le et que le gouvernement hollandais
-ne dsapprouverait certainement pas son consul d'avoir
-tenu compte des reprsentations lgitimes de la France.
-<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span>
-Valembergh rpondit d'une faon si vasive que Puisieux crut
-devoir informer Campredon de ce qui se passait. Il s'adressa
-galement Montalgre, ministre du roi des Deux-Siciles;
-celui-ci dclara que les munitions n'ayant pas t achetes
-dans les tats de Sa Majest sicilienne et que Louis XV n'ayant
-point dclar la guerre aux Corses, il ne pouvait pas faire arrter
-le btiment. Le ministre promit cependant de parler au consul
-de Hollande et de faire peur aux insulaires qui se trouvaient
-Naples<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">&nbsp;[407]</a>.</p>
-
-<p>Adroitement et sans paratre y prendre part, Puisieux fit
-jeter le trouble dans l'esprit de Bevers, en lui faisant voir
-le danger qu'il y aurait pour lui retourner en Corse. S'il
-avait eu quelque vellit d'aller dbarquer son chargement dans
-l'le, la crainte salutaire qui lui fut inspire devait le faire
-renoncer son projet. Puisieux avait d'autant plus de raison
-de se mfier, qu'il apprit qu'en 1732 Thodore tait venu
-Naples, o il avait sjourn pendant quelque temps chez
-Valembergh<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">&nbsp;[408]</a>.</p>
-
-<p>Valentin Tadei, florentin, embarqu bord du navire zlandais,
-alla trouver le marquis Grimaldi, envoy gnois Naples,
-et lui dit son repentir. Il implora sa misricorde, c'est--dire
-quelque argent pour lui permettre de s'en retourner Pise. Il
-ne voulait plus se mler, l'avenir, des affaires du baron. Tadei
-remit Grimaldi les polices de chargement, le contrat d'affrtement,
-le pouvoir authentique de Neuhoff et enfin le projet
-d'une nouvelle convention prpare par Rivarola pour le voyage
-ventuel du btiment Porto-Vecchio<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">&nbsp;[409]</a>.</p>
-
-<p>Au commencement du mois de mars, <i>Le Yong-Rombout</i>
-tait Gate. Le capitaine reut l'ordre des commerants
-<span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span>
-hollandais de retourner en Zlande, aprs avoir remis son chargement
- un ngociant de Livourne.</p>
-
-<p>Bevers vint Naples et supplia Puisieux de lui dlivrer
-un passeport pour remplir sa mission. L'ambassadeur s'y
-refusa<a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">&nbsp;[410]</a>.</p>
-
-<p>Nous avons vu qu'au moment o Thodore fut arrt
-Amsterdam, la rpublique de Gnes avait demand qu'on le gardt
-en prison le temps suffisant pour qu'elle pt le rclamer. Les
-tats Gnraux n'avaient pas voulu donner satisfaction aux
-Gnois. Une note insre au mois de juin dans <i>Le Mercure
-historique et politique</i>, note paraissant maner d'une source
-officieuse, expliquait les motifs pour lesquels Leurs Hautes
-Puissances ne pouvaient pas intervenir, malgr le dsir qu'elles
-avaient d'tre agrables la Srnissime Rpublique. Le baron
-de Neuhoff avait t emprisonn la demande de certains particuliers.
-Les cranciers taient toujours libres de faire sortir
-leur dbiteur quand bon leur semblait. Thodore n'tant pas
-sujet de Gnes, le gouvernement hollandais ne pouvait au
-surplus prendre aucune mesure contre lui la demande du
-Snat. Du reste, les tats Gnraux se dfendaient d'avoir
-favoris ses projets en quoi que ce ft<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">&nbsp;[411]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span>
-A la nouvelle de l'armement des navires <i>La Demoiselle
-Agathe</i> et <i>Le Yong-Rombout</i>, la rpublique avait protest plus
-vivement que jamais. Leurs Hautes Puissances rpondirent en
-levant des rclamations sur la faon dont les Gnois avaient
-trait les marins hollandais des navires qu'on souponnait aller
-en Corse porter des munitions aux mcontents<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">&nbsp;[412]</a>. Contre tout
-droit des gens, dans le port franc de Livourne, ils s'taient
-livrs des investigations hostiles. Les tats Gnraux ne
-pouvaient pas admettre la surveillance, les dlations&mdash;voire
-les vexations, dont leurs nationaux avaient t victimes. En
-agissant ainsi, les Gnois portaient un grave prjudice au libre
-exercice du commerce. Quant tout ce qui avait t dit sur
-les passagers et la cargaison de <i>La Demoiselle Agathe</i>, ce
-n'tait que des fables. On ne possdait pour prouver ces
-racontars que des papiers sans valeur fabriqus pour les besoins
-de la cause. Leurs Hautes Puissances demandaient donc la
-rpublique de respecter davantage l'avenir leurs nationaux et
-leur trafic<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">&nbsp;[413]</a>.</p>
-
-<p>Dans certains cas, les gouvernements doivent nier mme les
-choses videntes. Les tats Gnraux ne pouvaient pas avouer
-que Thodore avait pris passage bord de <i>La Demoiselle
-Agathe</i>.</p>
-
-<p>Van Sil crut aussi devoir se justifier de ses accointances avec
-Thodore, lors du passage de ce dernier Lisbonne<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">&nbsp;[414]</a>.</p>
-
-<p>Qu'tait devenu le baron tandis que se droulaient ces vnements?
-Il se tenait soigneusement cach.</p>
-
-<p>Au mois d'octobre, un missaire de Thodore arriva
-<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span>
-Amsterdam. Il tait charg de recruter des garons boulangers
-et autres artisans. Il eut plusieurs confrences avec Dedieu,
-mais il ne rvla pas la retraite du roi. Sa vritable mission
-consistait faire prendre patience aux commanditaires de
-Sa Majest. Les denres de Corse ne devaient pas encore
-arriver, car on n'avait aucun btiment pour les expdier. Les
-embarquements se feraient ds qu'on aurait un navire. Le
-seigneur Thodore, objet d'une surveillance incessante, ne pouvait
-pas donner de ses nouvelles. Les secours promis par la
-France la rpublique ne l'effrayaient pas. Il avait pleine confiance
-en l'avenir<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">&nbsp;[415]</a>.</p>
-
-<p>Thodore pouvait aisment tromper ses commanditaires par
-un aussi grossier mensonge, car on ignorait encore Amsterdam
-et sa fuite en pleine mer et l'avortement de l'expdition.
-Bookmann et Evers reurent, le 5 janvier 1738, des
-lettres de Lucas Boon. Dans ce courrier, il y avait une missive
-pour Neuhoff, sous le nom de Villeneuve. On ne devait la lui
-remettre qu'en mains propres. Le trafiquant ignorait, comme
-les autres, o tait pass le roi, son associ. Cependant, le
-mois prcdent, Vernais et Cloots, les correspondants de Lucas
-<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span>
-Boon Lisbonne, avaient crit Livourne que Keverberg tait
-arriv en leur ville et qu'on supposait que le baron s'y trouvait
-galement. Il se cachait sans doute trs soigneusement; car on
-n'avait pas pu dcouvrir sa trace. Les ngociants ajoutaient
-qu'il faisait bien de ne pas se montrer, car plusieurs personnes
-taient munies de contraintes par corps dlivres contre lui
- la requte de certains cranciers hollandais<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">&nbsp;[416]</a>.</p>
-
-<p>Si Thodore n'crivait pas ses associs, il tait en correspondance
-avec Rivarola, le plus intrigant des agents
-corses. Ces lettres parvenaient par l'intermdiaire de la fidle
-amie, la s&oelig;ur Fonseca<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">&nbsp;[417]</a>.</p>
-
-<p>Quant ceux dont il n'avait plus besoin, il les abandonnait
-lchement. Pour ne pas mourir de faim, Richard avait t
-oblig de vendre, contre quelques sequins, les secrets de l'entreprise;
-Agata avait t pendu; Costa, enfin, le bon et loyal serviteur,
-mourait misrablement Livourne<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">&nbsp;[418]</a>, dans un exil qu'il
-avait accept par dvouement. Il s'teignit sans avoir eu une
-pense du souverain auquel il avait tout sacrifi.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE V</h2>
-</div>
-<div class="hanging indent">
-<p>La rpublique de Gnes est impuissante rprimer la rvolte en Corse.&mdash;Ngociations
-avec la France.&mdash;Trait de Fontainebleau.&mdash;La
-mission de Pignon.&mdash;Expdition franaise.&mdash;Duplicit des Gnois.&mdash;Thodore
-revient en Hollande.&mdash;Mathieu Drost.</p>
-
-<p>La rclame dans les gazettes de Hollande.&mdash;Nouvelle entreprise commerciale.&mdash;Enrlement
-des colons.&mdash;La cargaison des navires.&mdash;Relche
- Malaga et Alicante.&mdash;La flotte de Thodore Cagliari.&mdash;Arrive
-en Corse.&mdash;Le roi malgr lui.&mdash;Excution d'un tratre.&mdash;Thodore
-s'en va.&mdash;Aventures de ses officiers.</p>
-
-<p>Arrive de <i>l'Africain</i> Naples.&mdash;Le consul de Hollande.&mdash;Arrestation
-du capitaine Keelmann.&mdash;Thodore est arrt et conduit Gate.&mdash;Le
-gouvernement franais et les tats Gnraux de Hollande.</p>
-
-<p>Mort de Boissieux.&mdash;Il est remplac par le marquis de Maillebois.&mdash;Nouvelles
-instructions.&mdash;La guerre dans les montagnes.&mdash;Frdric
-de Neuhoff.&mdash;Son odysse.</p>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>La rvolte en Corse continuait. La rpublique tait dborde;
-elle n'avait plus ni vaisseaux, ni soldats. Ses finances s'puisaient.
-Ses agents, dans l'le, la trahissaient. Des trafiquants
-gnois, mettant l'intrt de leur ngoce au dessus de tout principe
-patriotique, entretenaient la guerre en fournissant aux
-rebelles des vivres et des munitions<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">&nbsp;[419]</a>. Chaque jour on se
-battait sous les murs de Bastia.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span>
-Cette situation proccupait la cour de Versailles. La pense
-d'acheter la Corse perait, ds cette poque, dans les instructions
-adresses Campredon. Tant que la rpublique serait en
-tat de conserver l'le, le gouvernement franais n'lverait
-aucune comptition; mais le jour o les Gnois seraient amens,
-par la force des choses, vendre la Corse, la France ne
-pourrait permettre aucune autre puissance d'en faire l'acquisition<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">&nbsp;[420]</a>.</p>
-
-<p>L'envoy d'Espagne Gnes, Cornejo, ne restait pas inactif.
-Tout en dclarant que sa cour n'avait aucune ambition sur la
-Corse, il avait des confrences secrtes avec Augustin Grimaldi,
-un des membres influents du gouvernement gnois, chez les
-jsuites, dans l'appartement du Pre Tambin<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">&nbsp;[421]</a>.</p>
-
-<p>Le ministre de France essayait de djouer ces intrigues;
-mais ce n'tait pas chose aise, car il se heurtait une mauvaise
-<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span>
-foi insigne et l'hostilit non dguise de certains personnages
-gnois. Le gouvernement faisait arrter les courriers pour
-prendre connaissance de la correspondance change entre Campredon
-et Amelot<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">&nbsp;[422]</a>. La cour de Turin s'alarmait; l'envoy de
-l'Empereur, Guicciardi, s'agitait et se montrait inquiet, car on
-prvoyait que, malgr tout, la rpublique serait force de
-demander des secours Louis XV, seul souverain en Europe en
-tat de l'aider efficacement<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">&nbsp;[423]</a>.</p>
-
-<p>Des ngociations se nourent en effet entre Gnes et Versailles.
-Sorba reut les pleins pouvoirs pour traiter; on lui
-adjoignit Brignole, comme envoy extraordinaire, et Emmanuel
-Durazzo. D'Angervilliers, de son ct, envoya Gnes Peloux,
-en qualit de commissaire ordonnateur des guerres en Corse<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">&nbsp;[424]</a>.</p>
-
-<p>Il n'y a pas lieu de relater ici dans ses dtails l'intervention
-franaise dans l'le. Je me contenterai de rappeler brivement
-les faits qui sont indispensables pour suivre l'histoire de
-Thodore.</p>
-
-<p>Le 12 juillet 1737, Schmerling, envoy de l'Empereur, et
-Amelot, signrent, Versailles, une dclaration par laquelle
-Leurs Majests Impriale et Trs Chrtienne se promettaient
-rciproquement qu'elles ne souffriront pas que l'le de Corse
-sorte de la domination gnoise sous quelque prtexte ou pour
-quelque cause que ce puisse tre. Les deux puissances dclaraient
-en outre qu'elles concerteront et prendront cet gard
-les mesures qu'elles jugeront les meilleures<a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">&nbsp;[425]</a>.</p>
-
-<p>La France, d'accord avec l'Empereur, proposait donc
-la rpublique de Gnes l'envoi en Corse de trois mille hommes
-<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span>
-de troupes franaises pour soumettre les rebelles. Le 10 novembre
-1737, une convention dfinitive passe entre la France
-et la rpublique, rgla les conditions de cette intervention.
-Si les trois mille hommes ne suffisaient pas faire rentrer les
-Corses dans l'obissance, la cour de Versailles s'engageait
-envoyer un nouveau corps de cinq mille hommes. Les Gnois
-devaient payer la France une indemnit de deux millions de
-livres en monnaie courante de France<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">&nbsp;[426]</a>.</p>
-
-<p>Tandis que l'expdition se prparait, la cour de Versailles
-envoyait le sieur Pignon, prcdemment consul de France
-Tunis, en mission spciale Livourne, o se trouvaient les
-principaux chefs corses et o les rvolts avaient un reprsentant,
-le prtre Grgoire Salvini. Celui-ci tait muni d'un pouvoir
-donn, le 6 aot 1736, sous les signatures de Hyacinthe
-Paoli, gnral du royaume, de Louis Giafferi, de Jean-Jacques
-Ambroggi, de Paul-Marie Paoli et de Jean-Thomas Giulani, ne
-faisant aucune mention du roi Thodore I<sup>er</sup><a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">&nbsp;[427]</a>. Il avait t sans
-doute donn son insu et cependant, Neuhoff, cette poque-l,
-rgnait encore dans l'le. Les chefs, qui l'avaient acclam comme
-un sauveur, ne se souciaient plus de lui. Si elle avait besoin
-d'tre dmontre davantage, l'inconstance politique des Corses
-ressortirait ici d'une faon frappante.</p>
-
-<p>La mission confie Pignon avait eu pour principe une lettre
-crite par Salvini au cardinal Fleury, exposant les griefs des
-insulaires et justifiant leur rvolution. Louis XV avait cru devoir
-profiter de cette confiance pour inspirer des sentiments de paix
-et les instruire par des voies sres et secrtes. Pignon se mettrait
-donc en relations avec Salvini pour prparer les voies de
-conciliation que la France prfrait aux voies de rigueur. La
-<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span>
-mission de Pignon devait tre ignore des Gnois, car son vritable
-but tait de djouer les ngociations que les Corses entamaient
- Livourne avec des puissances trangres. L'agent
-secret devait rendre visite au gnral Wachtendonck ds son
-arrive; seulement il tait inutile de mettre le reprsentant de
-l'Empereur au courant de toutes les dmarches que lui, Pignon,
-ferait auprs des Corses<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">&nbsp;[428]</a>.</p>
-
-<p>La flotte franaise destine transporter en Corse le corps
-expditionnaire se rassembla Antibes. Le dpart avait t
-fix au 1<sup>er</sup> janvier 1738, mais il ne put avoir lieu qu'un mois plus
-tard, le samedi 1<sup>er</sup> fvrier. Le temps tait beau. A trois heures
-de l'aprs-midi, <i>La Flore</i>, frgate de trente canons, portant le
-comte de Pardaillan, chef d'escadre, fit les signaux de dpart
-et la flotte cingla vers Bastia. <i>La Flore</i> avait galement son
-bord le comte de Boissieux, gnral en chef de l'expdition et
-son tat-major<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">&nbsp;[429]</a>.</p>
-
-<p>La flotte franaise doubla le Cap Corse, le 6 fvrier
-cinq heures du matin. Elle mouilla devant Bastia, le mme
-jour quatre heures de l'aprs-midi<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">&nbsp;[430]</a>. Le dbarquement commena
-aussitt.</p>
-
-<p>Campredon avait demand au ministre de dfendre aux
-officiers, dans leur intrt, de se livrer aux jeux de hasard, en
-Corse, car M. Mari, qui est grand joueur, les dpouillera
-jusqu'au dernier sol<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">&nbsp;[431]</a>.</p>
-
-<p>Le gouverneur gnois tait aussi un grand charlatan,
-qui sous les apparences d'une franchise extrmement ouverte
-et dans laquelle il affecte de ne faire entrer que du badinage
-et des discours de galanterie, cache le dessein de pntrer dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span>
-la joie la plus licencieuse ce que pensent ceux avec qui il entre
-en socit. Se trouvant Gnes la fin de 1737, il tait all
-voir Campredon. Il se rpandit en protestations dvoues
-l'gard des Franais. Il dsirait conserver son poste aussi
-longtemps que ceux-ci resteraient dans l'le, ft-ce dix ans.
-Il dclara vouloir vivre sur le pied d'une parfaite intimit
-avec les principaux officiers. Il comptait leur faire bonne
-chre et mme les loger au chteau auprs de lui, parce que
-le temps le plus propre traiter d'affaires tait celui de la
-robe de chambre. Et Campredon concluait: Cette insinuation
-avait deux objets, le premier de me sonder sur le sjour
-que les troupes du roi pourraient faire en Corse, le second
-tait d'avoir, sous prtexte de politesse, toujours M. de Boissieux
-sous les yeux<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">&nbsp;[432]</a>. Cette apprciation se trouva justifie.</p>
-
-<p>En effet, des conflits ne tardrent pas surgir. Boissieux
-devait essayer de tous les moyens d'apaisement avant de
-recourir aux armes<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">&nbsp;[433]</a>. Mari ne l'entendait pas ainsi; il voulait
-que le gnral franais traitt les rebelles avec la dernire
-rigueur. Aussi ne dissimulait-il pas son dpit. Il dclarait
-publiquement qu'il allait prendre le commandement des troupes
-pour mettre tout feu et sang. Ces bruits taient rpandus
-dans le dessein d'empcher les Corses de se soumettre aux
-Franais. Il faisait surveiller, par des sbires, les maisons o
-habitaient Boissieux et les officiers gnraux. Il avait post
-des corps de garde sur les routes de faon intercepter les
-correspondances destines au gnral. Ceux qu'on prenait
-porteurs de lettres taient arrts, mis en prison et envoys
-Gnes. Le consul de France, lui aussi, eut subir des vexations
-de tout genre. Il dut demander la protection de Boissieux<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">&nbsp;[434]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span>
-Le logement des troupes que, par trait, la rpublique devait
-assurer d'une faon convenable, fut des plus dfectueux. Les
-officiers avaient t logs dans les cloaques les plus infmes.
-Dans ces taudis, les Gnois, avaient, par surcrot, pratiqu
-des dgradations prmdites. Chez Boissieux on avait
-enlev jusqu'aux serrures, et Mari, sur sa rclamation, dut
-lui en envoyer deux nouvelles pour sa chambre<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">&nbsp;[435]</a>.</p>
-
-<p>L'expdition franaise en Corse semblait devoir anantir les
-projets de Thodore. Les ctes taient troitement surveilles;
-toute tentative de dbarquement paraissait impossible. Du reste,
-depuis quelques mois, le baron avait donn trs peu signe de vie.
-On disait que ses affaires se trouvaient dans le plus piteux tat.
-Il n'osait se montrer nulle part cause des innombrables cranciers
-qu'il avait sems sur sa route. Les ngociants de Hollande,
-tromps dans leurs esprances et filouts de sommes importantes,
-devaient, d'aprs les bruits qui circulaient, en vouloir beaucoup
- leur associ<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">&nbsp;[436]</a>. On ne savait pas au juste o il tait. On avait
-signal sa prsence dans le Luxembourg et sur les bords du
-Rhin. On prtendait aussi qu'il se tenait cach dans une auberge
- Bologne<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">&nbsp;[437]</a>. Les chefs corses ne croyaient plus un retour du
-roi. Salvini crivit au chanoine Orticoni pour le supplier d'engager
-les mcontents accepter la mdiation des Franais. Je ne
-vous dirai rien de Thodore, disait-il, parce que vous savez ma
-faon de penser son sujet, si ce n'est que vous et moi n'avons
-pas t sa dupe<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">&nbsp;[438]</a>. Cette lettre du reprsentant des rvolts
-Livourne fut envoye Boissieux, qui devait la faire tenir secrtement
-<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span>
- Orticoni<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">&nbsp;[439]</a>.</p>
-
-<p>Le chanoine rpondit par la mme voie:</p>
-
-<p>Je ferai tout mon possible, non parce que nous n'avons rien
-esprer du baron Thodore, en lequel je n'ai jamais eu confiance,
-ni que, depuis plusieurs annes, je ne sois persuad que l'Espagne
-ne veut pas s'occuper de nous, mais seulement en raison de la
-vnration que l'le a depuis les temps les plus anciens pour le
-nom sacr et ador du roi de France<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">&nbsp;[440]</a>. Cela n'empchera pas
-les Corses de combattre les Franais outrance.</p>
-
-<p>Malgr toutes les suppositions, Thodore reparut en Hollande
-au commencement de 1738. Il expdia un navire en Corse
-avec son acolyte Buongiorno. Celui-ci parvint dbarquer prs
-d'Alria. Il portait des lettres du roi aux principaux chefs et
-quelques petites munitions. Neuhoff, comme toujours, promettait
-de prompts et de puissants secours. Il se donnait, disait-il, beaucoup
-de mal et faisait de grosses dpenses pour la dlivrance
-des insulaires. Il demandait, en retour, qu'on l'aidt un peu. Il
-fallait imposer les peuples et lui fournir de l'huile en change
-des munitions<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">&nbsp;[441]</a>.</p>
-
-<p>Sur ces entrefaites, Pignon reut l'ordre de quitter Livourne.
-Il devait se rendre Bastia et se mettre la disposition de
-Boissieux<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">&nbsp;[442]</a>. Amelot jugeait que la mission de son reprsentant
-en Toscane, auprs des chefs corses, avait donn tout ce qu'on en
-<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span>
-pouvait esprer et que les ngociations se poursuivraient plus
-utilement dans le pays mme. Pignon arriva en Corse le 8 mars.
-Mais le gnral et l'envoy ne purent pas s'entendre. Boissieux
-accusait Pignon d'tre beaucoup trop li avec les Gnois. Celui-ci
-crivait au ministre que le gnral se laissait tromper par les
-insulaires. Il envoyait presque journellement Amelot tous les
-bruits qui circulaient, les donnant pour nouvelles certaines.
-Il affirmait, contre toute vrit, que Thodore tait arriv
-Alria, qu'il se tenait cach chez Xavier de Matra et qu'il avait
-beaucoup vieilli. Il critiquait le gnral de ne s'tre pas fait
-livrer le baron<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">&nbsp;[443]</a>.</p>
-
-<p>Ce zle excessif ennuyait singulirement Boissieux. Ils en
-arrivrent ne plus se voir. Le 13 mai, Pignon fut rappel en
-France<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">&nbsp;[444]</a>.</p>
-
-<p>Un nouvel agent de Thodore tait dbarqu dans l'le.
-Cet individu se faisait appeler Mathieu Drost, mais il n'avait
-aucun lien de parent avec le baron<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">&nbsp;[445]</a>.</p>
-
-<p>Drost portait quelques lettres et paquets du roi. Il se rendit
- Casinca, o les chefs taient runis. L'missaire de Thodore
-croyait que les Corses taient fidlement attachs leur souverain;
-il s'aperut vite du contraire, car il fut trs mal
-reu. A peine arriv, il n'eut qu'une ide: quitter l'le au plus
-tt. Il crivit Boissieux, demandant des passeports pour lui
-et pour ses compagnons<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">&nbsp;[446]</a>. Le gnral ne rpondit pas cette
-requte. Drost parvint s'embarquer. Il arriva Livourne, o
-il se tint cach dans la maison d'un prtre corse.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span>
-Pour en finir avec cet aventurier, je dirai&mdash;en intervertissant
-un peu l'ordre chronologique des vnements&mdash;qu'au
-mois de juin, par l'intermdiaire d'un certain del Negro, il
-avait fait demander la religieuse Fonseca une somme de huit
-dix sequins pour envoyer une felouque en Corse. La s&oelig;ur
-renvoya l'missaire sans rien lui donner<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">&nbsp;[447]</a>. Le 10 aot, Drost
-fut arrt dans la maison d'un mtayer du Grand-Duc, chez
-qui Thodore avait log. On saisit ses papiers, dans lesquels on
-ne trouva pas grand chose d'intressant. Mis au secret dans la
-citadelle, sa dtention ne prit fin que le 6 octobre. On lui rendit
-ses effets et il se hta de s'embarquer pour Naples<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">&nbsp;[448]</a>.</p>
-
-<p>Pendant ce temps, les Gnois avaient arrt aux environs de
-Savone et conduit sous escorte Gnes un individu qu'on
-croyait tre Thodore et auquel la populace fit mille avanies.
-C'tait un malheureux fou, bourgeois de Casalmajor, qui depuis
-plusieurs mois errait dans les montagnes, vivant d'aumnes.
-Ce qui a paru plaisant en cette aventure est que le gouvernement
-de Gnes ait pu souponner le baron de Neuhoff de la
-folle tmrit de venir se livrer des ennemis grivement
-offenss et qui ont mis sa tte prix<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">&nbsp;[449]</a>.</p>
-
-
-
-
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Les gazettes hollandaises faisaient une grande rclame au
-roi Thodore. Le <i>Mercure historique et politique</i> se distinguait
-par l'ardeur qu'il mettait proclamer la grandeur d'me, la
-gnrosit, l'intelligence de Sa Majest. Neuhoff devait, crivait-on,
-vaincre facilement les Franais. Il n'avait qu'une ambition:
-<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span>
-rendre la libert un peuple opprim. Rien ne lui coterait
-pour atteindre ce but, pas mme le sacrifice de sa couronne. Le
-journal faisait ensuite ressortir les avantages qui rsulteraient
-d'un trafic suivi et bien organis avec la Corse. L'abondance
-des vins, de l'huile et des grains rendait les prix drisoires.
-Cette le, si peu connue jusqu'alors, tait appele prendre une
-place importante dans le monde; elle le devrait Dieu et
-son <i>Librateur</i><a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">&nbsp;[450]</a>.</p>
-
-<p>L'affaire, qui avait si piteusement chou en 1737, allait
-tre reprise sur de nouvelles bases. Thodore n'avait pas craint
-de revenir en Hollande. Ses associs ne lui gardaient pas rancune.
-Au contraire, ils taient plus que jamais dcids faire
-de la royaut du baron une vaste opration commerciale. La
-campagne de presse prparait les voies. Des prospectus allchants
-furent lancs pour enrler des colons, car il fallait du
-monde pour mener bien l'entreprise. Les ngociants, Boon et
-Dedieu, s'taient adjoint un nomm Fandermil. Il avait t
-entendu avec le roi que la nouvelle expdition comporterait
-quatre navires<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">&nbsp;[451]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span>
-La prsence des troupes franaises dans l'le rendait la
-chose plus difficile, mais on esprait trouver un port o les
-navires pourraient dcharger leurs cargaisons en toute scurit.</p>
-
-<p>Ce fut au commencement de 1738 que l'expdition s'organisa.
-Les quatre navires noliss taient: <i>L'Agathe</i><a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">&nbsp;[452]</a>, capitaine Adolphe
-Peresen, portant douze gros canons et quatre petits; <i>Le
-Jacob et Christine</i><a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">&nbsp;[453]</a>, arm de douze canons, commandant
-Cornelius Roos; <i>Le Kothenau</i> dit <i>L'Africain</i>, vaisseau de quarante
-canons, capitaine Pierre Keelmann; enfin <i>Le Preterod</i>,
-command par le capitaine Alexandre Frentzel et portant
-soixante canons<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">&nbsp;[454]</a>. Ce dernier btiment appartenait la marine
-de guerre hollandaise. Il tait destin convoyer les trois
-autres.</p>
-
-<p>Tandis que les ngociants s'occupaient rassembler les
-munitions, le seigneur Thodore se tenait soigneusement cach.
-Il n'aimait pas se mettre en avant.</p>
-
-<p>A Amsterdam, on recrutait des colons. Le baron avait pour
-cette besogne plusieurs agents: Jonias von Bessel, natif de
-Prusse, un de ses secrtaires; le capitaine Ludik, prussien
-galement et qui avait t en prison pour dettes en Hollande,
-peut-tre un ancien compagnon d'infortune du roi; un nomm
-Kraam et une femme<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">&nbsp;[455]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span>
-Parmi les malheureux enrls, il y avait un certain Jean-Godofredus
-Vater, saxon, g de trente-huit ans, avec sa femme
-Marie, et son fils Jean-Policarpe, un enfant de onze ans.
-Lieutenant rform d'un rgiment imprial, il tait venu
-Amsterdam pour chercher un emploi. Il rencontra le capitaine
-Ludik. L'agent de Thodore l'engagea, le 10 mai, en qualit
-de capitaine en lui promettant cinquante <i>gulden</i> par mois
-d'appointements. Ludik lui affirma qu'aussitt arriv en Corse
-il aurait une compagnie sur les trois mille hommes de troupes
-que le roi entretenait dans l'le. Vater ne vit pas Thodore
- Amsterdam; il ne l'aperut que lorsqu'ils furent en pleine
-mer.</p>
-
-<p>Johann-Gottlieb Reusse, saxon, tudiait le gnie Leyde
-lorsqu'il eut la fantaisie d'aller Amsterdam o se trouvait
-Kraam, son parent. Celui-ci le prsenta au baron, qui persuada
-au jeune homme d'aller en Corse avec lui. Il le nomma
-officier et ingnieur, aux appointements mensuels de vingt-cinq
-<i>gulden</i>. Avant de s'embarquer, Reusse remarqua que Thodore
-recevait souvent les bourgmestres et que ceux-ci avaient fait
-faire des prospectus pour attirer des gens.</p>
-
-<p>Le nomm Tobias-Fredericus Bollet, natif du Wurtemberg,
-g de vingt ans, n'tait pas venu au hasard Amsterdam.
-Ayant servi comme cadet en Allemagne, il avait entendu dire
-que Neuhoff levait des troupes; allch par les promesses que
-le roi rpandait dans ses prospectus, il tait accouru. Il fut
-nomm officier aux appointements de vingt-cinq <i>gulden</i> par mois.
-Il connut galement les relations de Thodore avec les bourgmestres
-et dclara que les imprims circulaient avec la permission
-des autorits hollandaises.</p>
-
-<p>Un certain Gaspard Wort, de Cologne, tait venu Amsterdam
-dans l'intention de s'embarquer pour les Indes. A son
-arrive, le navire tait parti. Comme il errait par les rues, il
-rencontra une femme qui le prsenta un seigneur dont il
-ignorait le nom. Ce personnage, qui voulait voyager, admit Wort
-<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span>
-parmi ses gens en lui promettant quatorze <i>gulden</i> d'appointements
-mensuels. Wort fut embarqu bord de l'un des navires
-et il ne sut rien ni Amsterdam, ni en route.</p>
-
-<p>Thodore avait engag comme domestiques quatre pauvres
-diables d'allemands, qui furent trs surpris en arrivant en Corse
-d'apprendre qu'ils avaient t recruts comme soldats au service
-d'un roi voulant reconqurir sa couronne.</p>
-
-<p>Bien d'autres malheureux furent enrls; la plupart se sauvrent
- l'arrive des navires dans l'le<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">&nbsp;[456]</a>.</p>
-
-<p>Ces gens disaient que la valeur des cargaisons tait estime,
-par les capitaines, quatre millions. Cette valuation est
-trs exagre. Les traitants hollandais avaient t tromps
-une premire fois par le baron. En prparant une seconde
-expdition, ils voulurent avoir un mandataire de confiance
-pour sauvegarder leurs intrts. Ils choisirent le capitaine
-Keelmann, commandant de <i>L'Africain</i>, homme nergique, qui
-tait lui-mme engag dans l'entreprise pour un quart, soit
-cent mille florins. Les marchandises embarques reprsentaient
-donc une somme de quatre cent mille florins. Les ngociants
-comptaient retirer, en change, pour huit cent mille florins de
-denres<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">&nbsp;[457]</a>. L'opration tait allchante.</p>
-
-<p>L'apothicaire Jaussin a donn le dtail des cargaisons d'aprs
-une liste que Thodore fit rpandre en Corse. Une copie de cet
-inventaire figure aux archives d'tat de Gnes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span>
-On sait combien le baron tait port l'exagration; il
-convient donc de faire des rserves sur cette nomenclature. Elle
-n'est cependant pas invraisemblable. Amsterdam tait alors le
-principal centre de commerce pour les munitions de guerre. La
-cargaison des navires avait d tre compose, en majeure partie,
-avec les chargements de <i>L'Agathe</i> et du <i>Yong-Rombout</i> formant
-l'expdition avorte de l'anne prcdente. A ct de canons de
-plusieurs calibres, de couleuvrines, de fusils, de mousquets,
-de boulets, de grenades, de balles et de poudre, on voit
-figurer des tonneaux pour rapporter en Hollande l'huile de
-Corse; puis, comme en 1737, des seringues destines
-arroser d'eau-forte les Gnois. Thodore n'avait pas renonc
- user, pour combattre ses ennemis, de la stratgie l'acide
-nitrique qu'il avait invente. On n'avait pas oubli les habits
-pour les gardes du corps, les fourniments assortis, les drapeaux
-et les tendards de Sa Majest. Il y avait encore cinquante
-tambours, une timbale et vingt-quatre trompettes. Six mille
-paires de souliers et de bas, de la toile paillasses et tentes,
-<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span>
-des outils divers compltaient le chargement. Le roi avait eu
-soin de porter sur la liste ses bagages personnels composs
-de quatre-vingts coffres, malles ou caisses et d'indiquer les gens
- son service: un secrtaire, un commissaire, un matre
-d'htel, deux chirurgiens, deux valets de chambre, deux cuisiniers,
-deux cuyers, quatre chasseurs et six valets de pied.</p>
-
-<p>Vers le milieu du mois de mai, les navires taient prts
- mettre la voile. Le 20, <i>Le Preterod</i> partit d'Amsterdam,
-accompagn par <i>Le Jacob et Christine</i>. Les deux btiments
-allrent mouiller au Texel<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">&nbsp;[458]</a>. Thodore et un de ses neveux,
-Neuhoff, prirent passage bord du <i>Preterod</i>. Sur ce bateau,
-se trouvait Franois Vastel, matelot, qui aurait t embarqu
-forcment au mois de mars 1738<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">&nbsp;[459]</a>. <i>L'Agathe</i> quitta
-Amsterdam le 23 mai et se rendit galement au Texel. Le
-1<sup>er</sup> juin, les deux navires marchands et le vaisseau de guerre
-appareillrent, allant directement Malaga. Pendant ce temps,
-<i>L'Africain</i> compltait son chargement; il devait rejoindre les
-autres Cagliari, en Sardaigne.</p>
-
-<p>Les btiments jetrent l'ancre devant Malaga aprs vingt
-jours de traverse<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">&nbsp;[460]</a>. Le consul de Hollande eut deux confrences
-avec le second capitaine du <i>Preterod</i>. La flotille se
-dirigea ensuite vers Alicante. Dans cette ville, Frentzel et son
-lieutenant firent de frquentes visites leur consul, qui, de son
-ct, vint plusieurs fois bord. Il dna avec les officiers et avec
-le roi, qui se retirait en son particulier la fin des repas<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">&nbsp;[461]</a>.</p>
-
-<p>Thodore avait promis de verser une somme aux capitaines
-soit Malaga, soit Alicante. Dans aucun de ces deux ports, il
-<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span>
-ne put faire honneur ses engagements. Les commandants ne
-voulurent pas aller plus loin, mais le baron qui, dfaut
-d'argent, n'tait jamais court d'arguments, dclara qu'aussitt
-arriv dans son royaume il fournirait, contre les munitions, des
-denres de premire qualit en grande abondance. Les officiers
-hollandais furent convaincus, et l'esprance au c&oelig;ur, ils dcidrent
-de se rendre en Corse<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">&nbsp;[462]</a>.</p>
-
-<p>Pendant la traverse, Thodore causait volontiers avec
-Vastel. Il lui donna deux ducats et lui promit de le nommer
-colonel ou commandant d'un navire, s'il consentait le suivre.
-Il apaisa une querelle que ce marin eut avec un officier pour
-une question religieuse: Vastel tait catholique romain et il avait
-formellement refus d'assister au prche protestant. Neuhoff
-obtint que son protg ft exempt de l'office luthrien<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">&nbsp;[463]</a>.</p>
-
-<p>Aprs avoir renouvel leur provision d'eau en Espagne, les
-navires allrent Alger. Le <i>Le Preterod</i> entra seul dans le port,
-tandis que <i>L'Agathe</i> et le <i>Jacob et Christine</i> louvoyaient au large.
-Ds que le <i>Preterod</i> eut jet l'ancre, le consul hollandais se
-rendit bord dans une embarcation battant pavillon des
-tats Gnraux et conduite par vingt maures et un esclave
-franais. Le capitaine reut le consul l'chelle du navire et
-l'introduisit immdiatement dans sa cabine o se trouvait le
-baron. Les trois personnages eurent une confrence qui dura
-trois heures. Le consul revint, y dna quatre fois et resta deux
-jours entiers causer avec Thodore<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">&nbsp;[464]</a>.</p>
-
-<p>Aprs un sjour de deux semaines, <i>Le Preterod</i> quitta Alger
-<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span>
-et rejoignit les deux navires rests en rade<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">&nbsp;[465]</a>. La flotille arriva
-le 14 aot Cagliari<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">&nbsp;[466]</a>. Deux jours plus tard, <i>L'Africain</i>,
-parti d'Amsterdam aprs les autres btiments, jeta l'ancre
-galement dans le port sarde.</p>
-
-<p>L'arrive de ces vaisseaux veilla les soupons des
-consuls franais et gnois. Ce dernier, Mongiardino, crivit
-Mari le 17 aot. Il envoya son rapport par un courrier spcial,
-qui partit un dimanche, la pointe du jour. Il avait conserv
-un duplicata de sa lettre et se disposait, trois jours plus
-tard, expdier cette copie lorsqu'il apprit bien des choses
-qui lui permirent de complter ses renseignements. Il savait
-que le baron de Neuhoff se trouvait bord d'un des btiments et
-l'opinion gnrale tait que l'aventurier prparait une nouvelle
-descente en Corse. Mongiardino eut plusieurs confrences avec
-Paget, le consul de France. Celui-ci crivit le 20 aot
-Boissieux, pour lui signaler la prsence de Thodore dans les
-eaux sardes. Le vice-roi de Sardaigne, le marquis de Rivarola,
-envoya galement le 21 aot une relation Boissieux sur l'arrive
-de la flotille hollandaise<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">&nbsp;[467]</a>.</p>
-
-<p>Le 19 aot, <i>L'Agathe</i> et <i>Le Jacob et Christine</i> appareillrent.
-<i>Le Preterod</i> et <i>L'Africain</i> demeurrent Cagliari pour
-ne pas faire semblant d'tre du convoi<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">&nbsp;[468]</a>. Les deux premiers
-btiments restrent en vue pendant toute la journe du 20. Dans
-la nuit du 20 au 21, <i>Le Preterod</i> et <i>L'Africain</i> les rejoignirent<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">&nbsp;[469]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span>
-Thodore et sa suite quittrent le vaisseau de guerre et se
-rendirent bord de <i>L'Africain</i>. Selon les uns, le capitaine
-Frentzel aurait dclar que les ordres qu'il avait l'empchaient
-d'aller plus loin. D'aprs Vastel, le baron changea de navire
-cause d'une pidmie. Toujours est-il que <i>Le Preterod</i> se rendit
- Port-Mahon. Arriv l, Franois Vastel s'enfuit, pendant la
-nuit, deux heures. Il gagna la nage une tartane franaise
-des Martigues. <i>Le Saint-Antoine</i>, patron Alexandre Boyer,
-qui conduisit le dserteur Alicante o, le 6 novembre 1738,
-il fit sa dclaration devant le consul de France<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">&nbsp;[470]</a>.</p>
-
-<p>Neuhoff ne dsirait pas beaucoup revoir ses sujets. A
-peine fut-il sur <i>L'Africain</i> qu'il donna l'ordre au capitaine
-Keelmann de faire route directement sur Naples. Le commandant
-s'y refusa. Ses instructions l'obligeaient se rendre en
-Corse. Bon gr, mal gr, on irait. Le roi dut se rsigner
-rentrer dans son royaume<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">&nbsp;[471]</a>.</p>
-
-<p>Les trois btiments, composant dsormais la flotte du roi,
-parurent en vue de la Corse, le 14 septembre<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">&nbsp;[472]</a>.</p>
-
-<p>Comme <i>L'Africain</i> approchait des ctes, un oiseau se
-mit voleter autour du mt. Soudain, il tomba inanim aux
-pieds de Thodore. Au mme moment, le navire donna contre
-un cueil. On crut qu'il allait sombrer, mais il reprit bientt sa
-route. Le roi avait relev la bte au plumage color; il la prit
-dans ses mains et la montra ses officiers. L'oiseau revint la
-vie et prit bientt son vol vers l'le. Les compagnons du baron
-virent dans ce fait un signe de mauvais augure. Riesenberg, qui
-tait un esprit fort, se moqua de ces gens superstitieux<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">&nbsp;[473]</a>.</p>
-
-<p>Les navires jetrent l'ancre devant un port que Riesenberg
-<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span>
-et les gens interrogs appelrent Rose ou Rossi et qui tait
-Sorraco, prs de Porto-Vecchio<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">&nbsp;[474]</a>.</p>
-
-<p>Le premier soin de Neuhoff fut d'crire Matra: Grces
- Dieu, mon cher marquis, en dpit de toutes les perscutions
-et trahisons que j'ai essuyes, me voici de retour sain et sauf.
-Venez me voir avec tous vos fidles amis, je vous attends et vous
-recevrai bras ouverts. Il lui demandait des chevaux pour
-lui et pour sa suite et deux cents btes de somme pour les
-bagages. Les autres navires, spars par la tempte, arriveraient
-bientt. Je salue, disait-il, de tout mon c&oelig;ur, madame la
-marquise et j'embrasse mon filleul. Et, dans un post-scriptum
-plus long que la lettre elle-mme, il rclamait des gens arms ou
-non. Sa Majest n'oubliait pas son petit commerce. Je donnerai
-gratis des armes, de la poudre, du plomb et des frondes,
-mais le cuir, le fer, les toffes, la toile et autres marchandises,
-chacun pourra les acheter ou donner en change d'autres
-choses produites par le pays. Puis il recommandait qu'on levt
-des impts en vin, grains et bestiaux. Surtout il fallait se
-hter<a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">&nbsp;[475]</a>.</p>
-
-<p>Il crivit galement au rvrend Napoleoni, cur de Zonza et
-de Porto-Vecchio, dont les paroissiens persistaient prendre le
-parti des Gnois. Le roi exhortait le pasteur faire rentrer
-ses ouailles dans le devoir. Il promettait ces gars un
-gnreux pardon et la paye qu'ils recevaient de l'ennemi.
-Mais il voulait des otages; ceux-ci seraient traits avec
-gnrosit. Si les habitants s'obstinaient dans leur rebellion, ils
-seraient punis svrement. Avant de les chtier comme ils le
-<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span>
-mritaient, il attendrait la rponse du cur, dont il saurait
-reconnatre les services<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">&nbsp;[476]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, l'arrive des navires, quelques Corses dvous
- Thodore se prsentrent sur le rivage en agitant des drapeaux
-blancs. Pour manifester leur joie, ils tirrent des salves
-et crirent Vive le roi! Une chaloupe les amena bord. Le
-roi leur donna audience et les congdia aprs leur avoir
-distribu des fusils et des cocardes. A la nuit, deux barques
-siciliennes rejoignirent <i>L'Africain</i> et le salurent de plusieurs
-coups de canon. Les jours suivants, d'autres barques de mme
-nation accostrent les navires<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">&nbsp;[477]</a>.</p>
-
-<p>Quand il fallait agir, le baron tremblait. Il avait peur de tout
-le monde, des Franais, des Gnois, des quipages hollandais,
-des Corses. Il n'avait aucune envie de batailler dans les montagnes;
-rendre la libert son peuple tait le dernier de ses
-soucis. Dans l'entreprise commerciale, il avait apport, comme
-part, le mensonge, les promesses trompeuses qui sentent
-l'escroquerie. Il avait achet crdit des marchandises qu'il
-voulait sans doute vendre en quelque endroit pour s'en faire de
-l'argent; mais pas dans l'le, car ses sujets taient pauvres.
-Seulement, les traitants d'Amsterdam avaient commandit un
-monarque; ils spculaient sur sa couronne et ils voulaient
-que leur associ ft acte de souverain. Il ne pouvait leur servir
-qu'en tant que Majest. Thodore fut oblig de jouer le roi malgr
-lui. Les lettres qu'il crivit, les petites distributions qu'il fit,
-les airs de grandeur qu'il se donna, tout cela constituait son
-rle dans la comdie. Il s'en acquittait, d'ailleurs, avec assez de
-naturel pour faire croire la ralit. Mais, quand il fallut en
-<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span>
-venir la scne capitale, au dbarquement, il ne savait plus un
-mot. Keelmann ne l'entendait pas ainsi. Il eut avec le baron une
-altercation violente. La dispute s'tendit entre les matelots et
-les gens de Thodore. De part et d'autre, on dgana et le
-malheureux dut promettre de descendre terre, car il n'tait
-pas le plus fort<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">&nbsp;[478]</a>.</p>
-
-<p>Le 18 septembre, huit heures du matin, les officiers vinrent
-sur le rivage pour prparer la rception du souverain. A
-trois heures de l'aprs-midi, le roi dbarqua son tour au milieu
-des salves de mousqueterie. Les Corses, accourus en grand
-nombre, l'acclamrent et lui rendirent hommage. Les notables
-s'entretinrent avec lui et le complimentrent. Aprs les rceptions,
-une excution capitale eut lieu. Le capitaine Wickmannshausen,
-arrt pendant la traverse sur <i>L'Africain</i>, tait
-accus d'avoir voulu attenter la vie de Thodore en mettant
-le feu bord. Cet individu, qui se donnait le titre de baron,
-avait t simplement cafetier en Westphalie. Il avait essay
-de tuer Neuhoff une premire fois Amsterdam; n'ayant
-pu y russir, il avait attendu d'tre en mer pour mettre son
-projet excution. Convaincu de tentative criminelle, Wickmannshausen
-fut condamn mort. Amen sur le rivage et
-attach un pin, il fut fusill. Devant le cadavre, Thodore
-s'adressant aux insulaires: Vous voyez, dit-il, comme je punis
-mes propres officiers; que ne ferais-je pas votre gard, si vous
-vous avisiez de me manquer de fidlit!<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">&nbsp;[479]</a>.</p>
-
-<p>Varnhagen, l'apologiste de Neuhoff, raconte ce sujet une
-lgende. Thodore aurait t averti des intentions coupables de
-son officier par sainte Julie, patronne de la Corse, qui lui tait
-apparue. Il aurait ainsi pu djouer cet infernal dessein.
-<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span>
-L'historien allemand ajoute: Aprs ce miracle vident, il fallait
-s'attendre voir toutes les puissances le reconnatre comme
-roi.<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">&nbsp;[480]</a>.</p>
-
-<p><i>Le Mercure historique et politique de Hollande</i>, toujours
-dvou Neuhoff, dit, pour excuser cette excution sommaire,
-que l'officier avait t condamn tre brl, mais il fut seulement
-empal<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">&nbsp;[481]</a>.</p>
-
-<p>Le soir mme, Thodore rentra bord, car il n'avait aucune
-envie de passer la nuit au milieu de ses fidles sujets. Le
-lendemain, le gnralissime Ornano, suivi de deux prtres et de
-ses partisans, vint sur le rivage. Il y eut une nouvelle distribution
-de fusils et de pistolets. Deux ou trois mille insulaires
-se trouvrent runis et formrent une sorte de camp. Un dtachement
-fut envoy sur Porto-Vecchio et on apprit que ces
-braves avaient russi couper la conduite d'eau de la ville et
-qu'ils avaient mis en fuite quelques Gnois<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">&nbsp;[482]</a>.</p>
-
-<p>On avait commenc dbarquer les munitions; mais les
-Corses n'apportaient aucune denre en change, suivant les promesses
-de Thodore. Keelmann se mfia; il assembla les
-officiers, on tint conseil et il fut dcid que le dbarquement
-cesserait et qu'on irait Naples<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">&nbsp;[483]</a>. Il n'y avait rien faire
-avec ce roi.</p>
-
-<p>Le 23 septembre, les navires mirent la voile, en compagnie
-des quatre barques siciliennes. Les matelots crurent qu'on
-allait mouiller devant Porto-Vecchio. Quand ils virent que la
-flotille dpassait la ville, et que le vent les poussait vers la
-Sardaigne, ils ne surent que penser. Les btiments louvoyrent
-entre les deux les et furent bientt en vue de Bonifacio.</p>
-
-<p>Riesenberg avait quitt <i>L'Africain</i> et s'tait embarqu, par
-<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span>
-ordre, sur un pinque nomm <i>Jesus-Maria-Joseph, l'anime del
-purgatorio</i>, et dont le patron tait Roch Malato<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">&nbsp;[484]</a>. Thodore
-avait frt cette barque Sorraco, le 22 septembre, au prix de
-quatre-vingt-cinq sequins payables d'avance<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">&nbsp;[485]</a>.</p>
-
-<p>Le neveu de Thodore, Frdric de Neuhoff, qui se donnait
-le titre de colonel, monta, avec quelques officiers, sur le
-pinque et les quatre barques siciliennes. Le 24, les pilotes
-reurent l'ordre de se rendre bord de <i>L'Africain</i>. Ils
-en ramenrent deux tailleurs, la femme de l'un d'eux, un
-chasseur et la blanchisseuse du roi. Ils apportrent galement
-quelques provisions. Thodore ordonna aux gens, qui se trouvaient
-sur le pinque et les quatre barques, d'atterrir un
-village de la cte, o il viendrait les rejoindre avant peu. Dans la
-journe, les trois navires disparurent vers la haute mer. Sur
-le soir, les embarcations jetrent l'ancre prs d'Ajaccio. L, le
-colonel de Neuhoff reut, des mains d'un nomm Runsweig, une
-lettre de Bessel, secrtaire de Sa Majest, enjoignant aux
-officiers de dbarquer le lendemain et de rejoindre le gnral
-Ornano. Au reu de cet ordre, Frdric entra dans une violente
-colre, disant qu'il ne pouvait rien faire, n'ayant ni vivres ni
-argent. Ds le 25, en effet, les provisions manqurent, et sur les
-barques, les hommes se mendiaient rciproquement du pain. Des
-rumeurs s'levrent, et le bruit se rpandit que le roi avait fait
-voile pour Livourne. Dans la soire du 26, six barques gnoises
-parurent l'horizon. Les gens de Thodore furent trs effrays.
-Le colonel donna l'ordre de gagner immdiatement la terre.
-Un des capitaines, qui tait corse, et les matelots furent d'un
-avis contraire, car, disaient-ils, les Gnois n'oseraient pas
-attaquer les barques que protgeait le pavillon espagnol.
-Frdric fit, nanmoins, dbarquer tout le monde. Riesenberg
-commente dans son journal ces vnements avec sarcasme et
-<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span>
-constate que le corps d'arme du roi se composait de dix-huit
-officiers en pied, sept subalternes, trois trompettes, trois
-tailleurs et un lapidaire<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">&nbsp;[486]</a>.</p>
-
-<p>Le capitaine, persistant affirmer qu'on ne courait aucun
-danger, le colonel et sa petite troupe se rembarqurent le
-lendemain.</p>
-
-<p>Le 28, ils mirent la voile vers la haute mer. Trois
-vaisseaux apparurent l'horizon. Croyant que ces navires
-taient ceux de Thodore, ils se dirigrent de leur ct,
-mais sans pouvoir les atteindre, cause du vent contraire.
-Le jour suivant, on se remit la recherche des btiments;
-ils avaient disparu. Une tempte s'leva. Les barques, en
-danger, durent regagner la cte. Le 30, une pluie torrentielle
-inonda ces malheureux, que la faim commenait torturer.
-Ils se plaignirent amrement, laissant leurs rancunes s'chapper
-en bruyantes rcriminations. Le baron les avait indignement
-tromps et s'ils l'avaient cru capable de les abandonner aussi
-lchement, dpourvus de tout, ils ne l'auraient certes pas suivi.
-Les vivres manquant de plus en plus, les marins refusrent
-la nourriture aux officiers. Ceux-ci ne purent obtenir de quoi
-manger qu' force de supplications.</p>
-
-<p>Enfin, le 3 octobre, vers le soir, les felouques jetrent l'ancre
-devant Sagone. Le surlendemain, cinq galres gnoises furent en
-vue. La prsence des partisans du roi bord des barques tait
-compromettante, aussi les matelots leur conseillrent-ils de se
-rfugier terre, dans le village de Vico cinq milles de la
-cte. Le <i>corps d'arme</i> de Thodore se prpara au dbarquement.
-Riesenberg endossa son uniforme, prit son fusil et se
-mit en marche avec ses compagnons sous la conduite du colonel
-Frdric<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">&nbsp;[487]</a>.</p>
-
-<p>Le chemin fut long. Tandis qu'ils marchaient, des paysans
-arms les entourrent, leur demandant d'o ils venaient. Ils
-<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span>
-rpondirent qu'ils appartenaient au roi Thodore; les Corses
-les laissrent passer. A Vico, ils allrent frapper la porte d'un
-prtre et lui demandrent aide et assistance. Pour appuyer leur
-requte, ils exhibrent les brevets signs par le baron. Mais
-ces pauvres gens tombaient mal; l'ecclsiastique tait du parti
-gnois: il refusa de les recevoir. Le mpris que l'abb affichait
-pour la signature du souverain irrita les paysans; ils voulurent
-le corriger. Frdric et ses compagnons s'interposrent et s'en
-vinrent chercher un asile dans le couvent des Franciscains.
-L, les hommes de Thodore couchrent un peu partout, jusqu'au
-pied des autels.</p>
-
-<p>Le lendemain, de nombreux habitants, le fusil sur l'paule,
-un pistolet et un grand coutelas la ceinture, envahirent le
-monastre. Ils demandrent si le roi allait bientt venir et s'il
-apporterait des armes pour eux, leurs femmes et leurs enfants.
-Les jeunes moines dclarrent que, ds l'arrive du souverain,
-ils se lveraient contre les Gnois. Les malheureux abandonns
-durent tre bien embarrasss pour rpondre.</p>
-
-<p>Le prieur, homme prudent et peut-tre aussi partisan secret
-des Gnois, ne voulut pas hberger plus longtemps l'arme du
-roi Thodore. Le 7 octobre, il signifia aux officiers d'avoir
-chercher un autre abri. Sur ces entrefaites, un frre apporta une
-nouvelle: le chanoine Ilario de Quango<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">&nbsp;[488]</a>, proche parent
-d'Ornano, venait d'arriver avec quelques paysans pour conduire
-les gens de Neuhoff auprs du gnral. Frdric envoya
-un officier complimenter le chanoine. Celui-ci se prsenta dans
-la matine du 11. Il promit des vivres et tout le ncessaire,
-si le colonel et ses compagnons consentaient le suivre.
-Quelques-uns, instruits par la dure exprience, se mfirent. Ils
-auraient prfr demeurer Vico. Mais la majorit tant d'un
-avis contraire, la troupe se mit en marche et arriva Murcia<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">&nbsp;[489]</a>.
-<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span>
-Les habitants reurent merveille les voyageurs et leur offrirent
-les mets qu'il estimaient tre les meilleurs: des petits pains
-avec des cuelles d'huile. Le cur, un brave homme, vint aprs
-souper s'entretenir avec eux; il leur proposa sa maison pour
-y passer la nuit, ce qu'ils acceptrent avec empressement. Le
-prtre leur dclara sans dtour qu'ils auraient mieux fait de
-rester Vico, que le chanoine Ilario tait un fourbe, aux
-promesses duquel il ne fallait pas se fier, et que le village o il
-les conduisait tait le repaire des fripons et des filous. Ce
-discours branla un peu les gens du roi. Mais ils conservaient
-encore des illusions; au jour levant, ils se mirent en route
-avec Ilario. Pour atteindre Guagno ils durent franchir les
-montagnes les plus affreuses. A l'arrive, le chanoine leur
-fit distribuer des petits pains et un peu de fromage; puis il
-les envoya loger chez les paysans.</p>
-
-<p>La prdiction du bon cur se ralisa: la misre commena
-pour l'arme, errant la recherche de son chef. Pendant quatre
-jours, les malheureux ne reurent pas un morceau de pain. Ils
-durent se contenter de chtaignes et d'eau. Riesenberg, dont
-la sant s'altrait ce rgime, vendit son fusil au prix de six
-cus pour avoir de quoi manger; ses camarades en firent autant.</p>
-
-<p>On tait au 22 octobre; l'automne venait. Cette saison,
-pre dans les montagnes, laissait entrevoir des souffrances plus
-dures encore. Riesenberg et Vater, auxquels s'taient joints
-Boller et un autre officier, formrent le projet de retourner
-Vico, d'crire au consul de France Ajaccio, pour lui
-demander un sauf-conduit et se mettre sous sa protection.
-Lorsque Frdric apprit ce complot, il entra dans une violente
-colre et menaa ceux qui voulaient s'en aller. Rien n'y fit.
-Les rcalcitrants se rfugirent chez un habitant, auquel
-Riesenberg donne le titre de comte et qui les protgea contre les
-fureurs du colonel. Le 1<sup>er</sup> novembre, au nombre de cinq, ils se
-mirent en route, accompagns par le comte et par son fils, qui,
-parat-il, exposrent leur vie pour eux. Ils arrivrent le lendemain
-<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span>
- Vico, mais, comme leurs sauveurs taient retourns
-chez eux, ils furent en butte la rise et aux mauvais traitements
-des habitants. Un prtre, mu de piti, les recueillit.
-Le 4, ils apprirent que leurs deux anges gardiens taient
-arrivs sains et saufs chez eux et que pour se venger du
-chanoine Ilario, ils lui avaient tu deux nes devant sa porte<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">&nbsp;[490]</a>.</p>
-
-<p>Boissieux, ayant appris les mouvements de Neuhoff sur les
-ctes de Corse, lana, le 31 octobre, une proclamation aux communes,
-prescrivant de courre sus Thodore et ceux de
-sa suite. Le gnral en chef ordonnait de les prendre et de les
-livrer; il dclarait rebelles tous ceux qui leur donneraient asile ou
-auraient commerce avec eux, soit personnellement, soit par
-crit. Ceux qui enfreindraient ces ordres seraient punis avec
-la dernire rigueur et leurs maisons rases<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">&nbsp;[491]</a>. Riesenberg et
-ses camarades furent trs mus. Le prtre, qui les hbergeait et
-qui tait charg de porter cet dit la connaissance des habitants,
-consentit retarder la publication jusqu'au moment
-o ils recevraient la rponse du consul de France; elle arriva
-le 7 novembre. Les gens de Thodore auraient la vie sauve
- condition qu'ils vinssent se livrer sans retard. M. de Sabran,
-chevalier de Malte, commandant la frgate <i>La Flore</i> en rade
-d'Ajaccio, confirma cette promesse.</p>
-
-<p>Ils arrivrent le 14 novembre. Conduits au corps de garde,
-on les dsarma. Le 15, ils furent transfrs bord de <i>La Flore</i>,
-o M. de Sabran les reut avec bienveillance. Aprs leur avoir
-fait servir un repas,&mdash;chose laquelle ces malheureux n'taient
-plus habitus,&mdash;il les interrogea devant le consul. Au nom du
-roi de France, il leur promit une entire libert et leur dclara
-qu'ils seraient conduits Bastia, o M. de Boissieux leur
-fournirait les moyens de gagner le continent. Partis le 18, ils
-arrivrent le 25 aprs une traverse si mauvaise qu'ils manqurent prir.
-<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span>
-Ils furent accueillis avec politesse par le commissaire
-de guerre. Le 26, ils comparurent devant Boissieux.
-Celui-ci leur fit distribuer des vivres et quelques secours en
-argent. Ces pauvres gens taient tellement reconnaissants de
-la faon dont le gnral franais les traitait qu'ils lui proposrent
-de s'enrler parmi ses troupes pour faire le coup de feu contre
-les rebelles. Boissieux ne crut pas devoir accepter leur offre.
-Ils furent transfrs Toulon, o on leur remit encore quelque
-argent<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">&nbsp;[492]</a>.</p>
-
-<p>Arrivs sur le continent, ces hommes regagnrent leurs
-foyers, plus pauvres et plus dsabuss. Un jeune garon
-de seize ans, nomm Kel Morene, embarqu Amsterdam sur
-<i>L'Africain</i>, avait pris passage Sorraco sur l'une des barques
-siciliennes. Tomb malade, il n'avait pas pu, comme les autres,
-se rfugier terre. Il fut pris par la frgate du roi et fit une
-dposition qui confirma en partie le journal de Riesenberg.
-Mais le pauvre enfant, trop faible pour rsister aux privations et
- la maladie, mourut le 15 octobre 1738<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">&nbsp;[493]</a>.</p>
-
-<p>Pendant ce temps-l, le baron arrivait tranquillement
-Naples sans s'inquiter des malheureux qu'il s'tait engag
-soutenir, ni sans se soucier des misres qu'il laissait derrire lui.</p>
-
-
-<p>III</p>
-
-<p>Le 7 octobre, <i>L'Africain</i> mouilla devant Procida<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">&nbsp;[494]</a>. Le
-bruit courut aussitt qu'un personnage, qui ne dsirait pas tre
-connu, se trouvait bord. Il avait sa suite une douzaine
-de domestiques en habits verts. Sa table comportait sept
-<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span>
-huit couverts. On ne laissait approcher qui que ce ft de sa
-cabine<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">&nbsp;[495]</a>.</p>
-
-<p>La rumeur publique disait que cet individu, aux allures de
-conspirateur, ne pouvait tre que le roi de Corse. Elle ne se
-trompait pas. On commenait le connatre dans le monde.</p>
-
-<p>Cependant, l'arrive de Thodore n'tait pas un mystre
-pour tout le monde. Ds le lendemain, il eut une longue confrence
-avec le consul de Hollande, Joseph Valembergh. Celui-ci
-ordonna Keelmann de se rendre Baa, o Neuhoff devait
-lui payer la cargaison. L'entre ayant t refuse au navire, le
-capitaine se dirigea sur Naples, o il trouva les capitaines
-Peresen et Roos. <i>L'Agathe</i> et le <i>Jacob et Christine</i> avaient, en
-effet, rejoint <i>L'Africain</i> Naples.</p>
-
-<p>Le consul avait chaque jour d'interminables entretiens avec
-le baron. Keelmann exigeait le rglement des marchandises,
-mais le roi remettait sans cesse au jour suivant. Le 21 octobre,
-vers le soir, les sieurs Chartes et Rivarola, agents des Corses,
-vinrent bord de <i>L'Africain</i> et dirent au capitaine que, par ordre
-du marquis de Montalgre, Neuhoff devait dbarquer pendant
-la nuit. Keelmann laissa partir Thodore sous la promesse que
-le lendemain il toucherait son argent. Le 23, Valembergh ordonna
-au capitaine de mettre son chargement terre et de partir
-aussitt aprs. Keelmann ne l'entendait pas ainsi. Il rpondit qu'il
-n'avait dj que trop livr de marchandises en Corse et exprima
-sa surprise de voir le consul prendre plutt les intrts de
-Thodore que celui des ngociants hollandais. Deux jours aprs,
-le consul revint bord. Il venait, disait-il, chercher Keelmann
-pour le conduire chez le baron. Le capitaine, esprant enfin
-toucher son argent, descendit terre. Sur la place du chteau,
-tout prs de l'glise Saint-Jacques, il se trouva tout coup
-entour par quinze sbires qui l'arrtrent et le conduisirent
-<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span>
-en prison. On le plaa dans le cachot rserv aux criminels. A
-peine y tait-il, qu'on lui proposa sa libert s'il consentait
- retourner en Corse. Le capitaine refusa nergiquement. Vers
-le soir, Valembergh, accompagn par le vice-consul et par un
-secrtaire de Thodore, vint trouver Keelmann et lui dclara
-que, s'il persistait dans son refus, on le mettrait aux fers. Il
-rpondit qu'il tait prt souffrir tout plutt que de trahir
-ses associs. Neuhoff n'avait nulle envie de retourner en
-Corse, il voulait seulement se faire remettre les marchandises
-pour les vendre.</p>
-
-<p>Valembergh exera sur le commandant la pression la plus
-honte; chaque jour il se rendait la prison o il l'invectivait
-et le menaait des pires disgrces, s'il ne consentait pas
-dlivrer sa cargaison au baron. Le consul alla jusqu' dire qu'il
-avait reu,&mdash;chose peu vraisemblable,&mdash;des instructions
-formelles ce sujet, non seulement de son gouvernement, mais
-aussi de Lucas Boon. Aucune menace ne put flchir l'intraitable
-Keelmann. Irrit de la mauvaise foi de Valembergh, il
-s'adressa M. de Montalgre pour obtenir justice. Le ministre
-du roi des Deux-Siciles rpondit vertement que cette affaire
-regardait entirement le consul et qu'il ne voulait pas en entendre
-parler<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">&nbsp;[496]</a>.</p>
-
-<p>Puisieux apprit l'arrestation du commandant sans surprise.
-Il avait t tmoin l'anne prcdente d'une violente dispute
-entre Valembergh et le capitaine de <i>La Demoiselle Agathe</i>,
-parce que celui-ci ne voulait pas retourner en Corse<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">&nbsp;[497]</a>. Le consul
-comprenait d'une singulire faon la protection qu'il devait
-ses nationaux.</p>
-
-<p>L'ambassadeur de France, instruit de toutes ces intrigues
-<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span>
-par des matelots hollandais, trouva moyen de communiquer
-en secret avec Keelmann. Il lui conseilla de signer tout ce
-qu'on exigerait de lui en prison. Remis en libert, il pourrait
-mettre aussitt la voile et, quand il aurait gagn la haute
-mer, se diriger vers un port franais. Keelmann aurait sans
-doute suivi cet avis si M. l'envoy de Gnes, qui n'a
-pas encore toute la prudence d'un ministre consomm, n'avait
-tenu indiscrtement quelques discours qui ont mis le consul de
-Hollande et Thodore en mfiance contre le capitaine. Celui-ci
-fut surveill plus troitement que jamais<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">&nbsp;[498]</a>.</p>
-
-<p>Le 30 octobre, Valembergh arracha au capitaine un ordre
-crit pour permettre au baron de prendre bord les effets
-qu'il rclamait. Le consul fit en outre emprisonner les capitaines
-Peresen et Roos, parce qu'ils refusaient de vendre Neuhoff leurs
-cargaisons. Ils savaient parfaitement qu'ils ne seraient jamais
-pays.</p>
-
-<p>Keelmann prtendait que les ngociants hollandais et lui-mme
-pouvaient s'estimer heureux si la perte de l'expdition ne
-dpassait pas deux cent mille florins<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">&nbsp;[499]</a>. C'tait bien suffisant
-pour avoir commandit un roi.</p>
-
-<p>L'quipage de <i>L'Africain</i> s'tait mu des mauvais traitements
-qu'on faisait subir son commandant. Le 15 novembre,
-les marins signrent, par devant notaire, une protestation contre
-les man&oelig;uvres du consul<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">&nbsp;[500]</a>.</p>
-
-<p>La conduite de celui-ci, l'inertie suspecte des ministres du
-roi des Deux-Siciles, qui laissaient commettre une injustice flagrante
-sans rien dire, murent le cabinet de Versailles. Amelot
-crivit Puisieux pour lui recommander de faire Montalgre
-<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span>
-les plus srieuses reprsentations. Le ministre se proposait de
-demander l'ambassadeur des tats Gnraux Paris une explication
-sur les faits et gestes de leur trange reprsentant
-Naples<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">&nbsp;[501]</a>. La France, qui s'tait engage vis--vis de la
-rpublique de Gnes pacifier la Corse, ne pouvait pas
-admettre qu'aucune puissance favorist un aventurier.</p>
-
-<p>Le 5 dcembre, Keelmann fut remis en libert<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">&nbsp;[502]</a>.</p>
-
-<p>Le gouvernement des Deux-Siciles entreprit des dmarches
-pour acheter la cargaison des navires. Le capitaine se mfia et
-ne voulut pas consentir ce march<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">&nbsp;[503]</a>.</p>
-
-<p>Au mois de fvrier, il partit pour Smyrne et pour Constantinople.
-Il vint demander Puisieux une lettre de recommandation
-pour l'ambassadeur de France en Turquie. Sa requte ne
-fut pas accueillie<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">&nbsp;[504]</a>.</p>
-
-<p>Les intrigues de Valembergh avaient donn lieu une critique
-svre. Il crut devoir se justifier auprs de son collgue de
-Livourne, Franois Bouver. Keelmann, aprs s'tre entendu avec
-les Gnois, aurait perptr des attentats si <i>normes</i> qu'on ne
-pouvait les dcrire dans une lettre. A Amsterdam, il aurait commis
-de nombreux mfaits, qui taient une honte pour la nation
-hollandaise. Ces turpitudes avaient t dcouvertes aprs son
-dpart et les correspondants de Valembergh en faisaient un
-tableau sinistre. Keelmann aurait tent de vendre en sous-main
-le navire et toute la cargaison. Dans ce but, il recevait son
-<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span>
-bord, pendant la nuit, des gens suspects et travestis. Le
-consul disait qu'il avait fait mettre Keelmann en prison et qu'il
-le faisait troitement surveiller pour sauvegarder les intrts
-des commerants. Il serait trop long de raconter toutes les
-ruses qu'il avait employes pour sortir de prison. Un autre
-capitaine, Cornelius Roos, homme insolent et ami du vin,
-avait pris bruyamment le parti de Keelmann. Valembergh
-avait d galement le faire incarcrer. Le consul, en finissant,
-demandait son collgue des nouvelles de Corse et le
-priait de faire tous ses compliments Salvini, l'agent des
-rvolts Livourne, et cet individu tar, qui se faisait
-passer pour le neveu de Thodore, sous le nom de Drost<a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">&nbsp;[505]</a>.
-Cette lettre ne prouvait qu'une chose, c'est que le consul avait
-des liens d'amiti non seulement avec Thodore, mais encore
-avec ses partisans les moins recommandables.</p>
-
-<p>Le baron avait toujours peur. Il crivit la s&oelig;ur Fonseca;
-il avouait les cruelles inquitudes qui le torturaient et demandait
-qu'elle lui procurt Naples un abri sr. La bonne s&oelig;ur avait
-immdiatement pri une religieuse de cette ville, M<sup>me</sup> Anne-Marie
-della Leonessa, de donner asile au roi de Corse. Il n'avait
-besoin que d'une chambre; il se procurerait lui-mme la nourriture,
-il ne gnerait en rien les pieux exercices du couvent;
-du reste il ne comptait pas rester longtemps dans sa retraite.
-L'essentiel tait qu'il pt se mettre en sret contre ses
-ennemis. Il avait t trahi par les capitaines hollandais et il
-ne savait plus qui se fier<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">&nbsp;[506]</a>.</p>
-
-<p>Thodore, en dbarquant de <i>L'Africain</i>, se rendit donc au
-monastre o la s&oelig;ur Fonseca lui avait mnag une demeure. Il
-s'y tenait renferm tout le jour, ne sortant que la nuit dguis en
-<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span>
-moine. Il serait ensuite all loger dans un autre clotre<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">&nbsp;[507]</a>, s'entourant
-de mystre. Enfin, pensant que les saintes femmes ne le
-garantissaient pas suffisamment contre les reprsailles de tous
-ceux qu'il avait dups, il vint se rfugier dans le logis de son
-ami Valembergh, o il avait fait mettre tous ses papiers. Chez
-le consul, il trouva Mathieu Drost et un autre individu, qui
-lui aussi se faisait passer pour un neveu de Sa Majest.
-Le consulat de Hollande Naples tait dcidment un bien
-mauvais lieu.</p>
-
-<p>Il s'y joua une comdie burlesque, dans laquelle Valembergh
-ne craignit pas d'achever de se compromettre. Sur les rclamations
-pressantes du gouvernement franais, le consul de
-Hollande se vit oblig de remettre Keelmann en libert.
-Thodore tremblait de plus en plus et il supplia son ami
-de le sauver. Voici ce qui fut imagin. Dans la nuit du
-2 au 3 dcembre, Perelli, conseiller du roi des Deux-Siciles,
-et Ulloa, auditeur gnral de l'arme, se prsentrent au
-consulat accompagns de quarante grenadiers. Ils arrtrent
-le baron et les deux individus qui se trouvaient avec lui.
-Ils saisirent tous les papiers. C'tait une faon ingnieuse
-de les empcher d'tre pris par des gens indiscrets. Des chaises
- porteur attendaient dans la rue. Les captifs y furent placs et
-conduits Chiaa. On les embarqua bord d'une galiote qui
-leva l'ancre aussitt et fit voile vers Gate. Un dtachement de
-soldats commands par quatre officiers reut les prisonniers
-leur dbarquement et les amena la citadelle. Thodore et ses
-deux acolytes furent traits avec tous les gards<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">&nbsp;[508]</a>. On assura
-au baron trois ducats par jour pour sa subsistance<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">&nbsp;[509]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span>
-Lorsque la nouvelle en fut connue Naples, on insinua
-que l'arrestation du baron de Neuhoff avait t faite la
-requte du marquis de Puisieux. Mais, plus celui-ci affirmait
-qu'il n'y tait pour rien, plus on lui attribuait cette mesure.
-On dcouvrit bientt la trame de cette comdie invente par
-Thodore et Valembergh, de complicit avec les autorits siciliennes.
-Pour calmer ses frayeurs le baron s'tait fait arrter et
-conduire sous bonne escorte hors du royaume de Naples. Lorsqu'il
-fut apprhend, Neuhoff avait pouss l'effronterie jusqu'
-demander aux sbires s'il y avait sret pour sa vie<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">&nbsp;[510]</a>. C'tait
-une de ces ruses un peu grosses, dont il tait coutumier.</p>
-
-<p>On disait qu'il se trouvait si bien Gate qu'il avait pri le
-roi des Deux-Siciles de l'y laisser<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">&nbsp;[511]</a>. Mais, c'tait un personnage
-gnant; aussi eut-on hte de s'en dbarrasser. Pendant la
-nuit du 16 au 17 dcembre, il fut extrait du chteau et conduit
- la frontire de l'tat? ecclsiastique<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">&nbsp;[512]</a>.</p>
-
-<p>Les vnements qui avaient suivi l'arrive Naples des
-navires hollandais soulevrent les protestations du gouvernement
-franais. Amelot prescrivit Fnelon, ambassadeur de
-France La Haye, de faire les plus vives remontrances aux
-tats Gnraux. Ce n'tait pas la premire fois que le baron de
-Neuhoff avait trouv aide et secours dans les Pays-Bas. En 1737,
-comme en 1738, il avait paru en Mditerrane sur des btiments
-<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span>
-hollandais avec armes et munitions. La conduite de Valembergh
-tait blmable au dernier point. La rpublique ne peut
-disconvenir combien l'impunit d'un pareil procd de la part
-de son consul marquerait peu d'gards pour le roi et pour ce
-qu'elle doit l'amiti de Sa Majest. Si ce qui fait le motif de
-nos plaintes ne portait que sur quelques particuliers non avous,
-nous pourrions y donner moins d'attention, mais la chose est
-fort diffrente et bien plus rprhensible lorsqu'on voit un consul
-hollandais contribuer publiquement de pareilles entreprises.
-Amelot demandait donc que Valembergh ft svrement puni et il
-formulait sa requte dans la forme d'un ultimatum<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">&nbsp;[513]</a>. Le ministre
-accentua son dsir, en faisant une dmarche auprs de Van
-Hoy, envoy de Hollande Paris. Les tats Gnraux ne purent
-faire autrement que de donner satisfaction au gouvernement
-franais, en dsavouant et en rvoquant leur consul Naples<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">&nbsp;[514]</a>.</p>
-
-<p>Amelot envoya Fnelon la copie de la dclaration faite
-par Vastel Alicante<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">&nbsp;[515]</a>. L'envoy de France communiqua cette
-pice au Pensionnaire, qui rpondit que les faits rapports dans
-ce document devaient tre trs exagrs, car il n'tait pas
-vraisemblable qu'un subalterne pt tre aussi bien inform.
-Il n'aurait pas t mieux instruit quand il aurait t du
-conseil. Les ordres d'un capitaine de vaisseau l'autre se
-donnaient-ils tout haut pour qu'un simple matelot pt les savoir
-avec tant de prcision, et les gens de cette sorte tenaient-ils un
-journal pour pouvoir rapporter exactement les jours et jusqu'aux
-heures o chaque chose s'tait faite?<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">&nbsp;[516]</a>. Nous savons cependant
-que la dposition de ce simple matelot tait parfaitement vraie.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span>
-Amelot eut une nouvelle entrevue avec Van Hoy. Celui-ci
-fut trs embarrass et ne put que rpondre d'une faon vague.
-Le ministre fut convaincu que, si les tats Gnraux ne voulaient
-pas rechercher fond les responsabilits dans cette affaire,
-c'tait dans la crainte de dcouvrir des complices qu'on
-souponne et qu'on veut cacher. L'envoy de Hollande alla
-jusqu' faire entendre clairement qu'on obligerait le Pensionnaire
-personnellement en ne poussant point cette affaire<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">&nbsp;[517]</a>.</p>
-
-<p>Du reste, Fnelon s'efforait de justifier le Pensionnaire de
-toute influence directe dans les intrigues de Thodore. Il en
-accusait certains personnages des Pays-Bas, dvous la
-politique du roi d'Angleterre<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">&nbsp;[518]</a>.</p>
-
-<p>Au commencement de janvier 1739, le bruit courait Naples
-que Thodore tait revenu. J'en ai parl M. de Montalgre,
-qui me l'a ni de faon me confirmer dans mes soupons,
-crivait Puisieux<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">&nbsp;[519]</a>. Cette rumeur prenait une telle consistance
-que le gouvernement sicilien tchait d'en dtruire l'effet en faisant
-arrter de temps en temps quelques partisans du roi de Corse;
-mais sa svrit ne tombait que sur ceux qui taient capables
-de trahir l'aventurier. On laissait bien tranquille ce Drost que
-Puisieux, cependant, avait recommand d'une faon toute particulire
- Montalgre, comme tant l'un des plus fripons de
-cette bande de coquins<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">&nbsp;[520]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span>
-Si Thodore tait rentr dans le royaume napolitain, il se
-tenait bien cach, car il ne faisait pas parler de lui. Il chargeait
-ses complices de s'agiter sa place.</p>
-
-<p>Ils menaient grand bruit sur un prtendu dsastre que les
-Corses auraient inflig aux troupes franaises, le 13 dcembre,
- Borgo. Il s'agissait tout simplement d'un dtachement qui
-avait t surpris; les hommes de Boissieux, aprs s'tre nergiquement
-dfendus, avaient pu se replier en bon ordre sur
-Bastia<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">&nbsp;[521]</a>. Cette affaire tait peu importante, mais ils rpandirent
-une relation ampoule et exagre de cette bataille:
-... Notre gnral, habill la turque, marchait toujours
-en avant et l'on entendait continuellement des cris d'allgresse
-et: Vive notre gnral et le roi des Espagnes... Nous
-sommes dans ces environs dans l'attente une seconde fois des
-Franais, qui nous ont paru des hommes de bois la faon
-dont ils ont t trills, quoiqu'ils eussent l'avantage du
-terrain<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">&nbsp;[522]</a>.</p>
-
-<p>Les Gnois, de leur ct, furent enchants de ce qu'ils appelaient
-le dsastre de Borgo. A Gnes, on fit ce sujet des pasquinades
-d'un got douteux<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">&nbsp;[523]</a>.</p>
-
-<p>Ce grand succs des rebelles corses n'empcha pas Dominique
-Rivarola, leur plus fidle agent, d'aller trouver le marquis
-Spinola, envoy de Gnes Naples. Il lui proposa de faire
-rentrer la Corse sous l'obissance de la rpublique, si l'on
-voulait lui accorder un bon parti<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">&nbsp;[524]</a>. Il ne fixa pas de
-prix sa trahison; il s'en remettait la gnrosit des
-<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span>
-Gnois. Mais ceux-ci n'avaient pas l'habitude de payer. Ils voulaient
-bien profiter de toutes les vilenies, mais condition que
-cela ne leur cott rien. Quelques annes plus tard, Dominique
-Rivarola se vendra aux Anglais et aux Sardes avec plus de
-succs.</p>
-
-<p>Au mois de fvrier 1739, les partisans de Thodore, sauf
-Drost, quittrent Naples. Ils allrent Livourne porter leurs
-intrigues et leurs ambitions malpropres<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">&nbsp;[525]</a>.</p>
-
-
-<p class="subt">IV</p>
-
-<p>Le gnral de Boissieux, malade depuis longtemps, mourut
-Bastia dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 fvrier 1739<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">&nbsp;[526]</a>. Son successeur
-fut le marquis de Maillebois. Parti de Toulon le 19 mars, il
-dbarqua Calvi le 21<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">&nbsp;[527]</a>.</p>
-
-<p>La dure de la rvolte, les difficults d'une campagne dans
-un pays montagneux avaient forc le gouvernement franais
- expdier de nouvelles troupes. Toutes les tentatives de mdiation
-pacifique avaient chou. Les insulaires s'obstinaient avec
-une belle nergie ne pas vouloir reconnatre la domination
-gnoise. Les instructions remises Maillebois ne furent pas
-rdiges dans cet esprit de modration qui formait la base de la
-mission de Boissieux<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">&nbsp;[528]</a>. Il ne fallait pas, sous prtexte de
-mansutude, imposer l'arme franaise une inaction pouvant
-porter atteinte son prestige aux yeux des rebelles et aux yeux
-des Gnois.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span>
-Maillebois commena par tablir une surveillance plus active
-sur les ctes pour empcher autant que possible les Corses
-d'avoir des rapports avec le continent. Campredon avait quelques
-bonnes raisons de penser que les insulaires trouvaient des
-secours Gnes mme. Si ces soupons taient justifis, la
-France aurait jou un rle de dupe et c'est ce qu'il fallait
-viter. Amelot crivit Campredon que le cardinal Fleury
-dsirerait vivement qu'on pt avoir des preuves sur les secours
-en armes et munitions fournis par des Gnois aux Corses<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">&nbsp;[529]</a>.
-Mais il est toujours assez difficile d'avoir des certitudes dans
-une pareille question. Les Gnois taient trs mfiants et certainement
-ceux qui faisaient la contrebande de guerre opraient
-dans le plus grand secret.</p>
-
-<p>Aprs ses aventures Naples, Thodore tait rest en Italie,
-vivant trs probablement dans quelque mystrieuse retraite,
-peut-tre mme Rome auprs de sa protectrice la bonne s&oelig;ur
-Fonseca. Nanmoins il essayait de rchauffer le zle de ses
-partisans en Corse par de nombreuses lettres, tout en ayant
-soin de ne jamais dire o il se trouvait.</p>
-
-<p>Un dimanche, le 19 avril, une felouque arriva sur les
-ctes corses et jeta l'ancre devant la tour d'Alistro, non loin
-d'Aleria. Quinze dix-huit hommes dbarqurent, parmi ceux-ci
-se trouvait un neveu de Thodore, le baron Frdric de
-Neuhoff<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">&nbsp;[530]</a>.</p>
-
-<p>A l'arrive du btiment, le consul de Fiumorbo, Vincent
-<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span>
-Martinetti, fit arrter un paysan qui portait plusieurs paquets
-cachets du sceau de Thodore. Parmi les papiers il y avait
-quatre lettres du roi adresses diffrents personnages rsidant
-au-del des monts. Maillebois transmit la copie et la traduction
-de ces lettres Versailles<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">&nbsp;[531]</a>.</p>
-
-<p>La premire tait adresse l'illustrissime lieutenant
-gnral, le comte Zenobio Peretti, commandant gnral de
-Zicavo. Neuhoff annonait que son neveu, Frdric, baron libre
-de Neuhoff, seigneur de Rauschenburg, venait en Corse pour
-annoncer aux fidles partisans son prochain retour avec des
-munitions. Mais avant tout il fallait s'assurer d'un port et
-Thodore commandait Peretti de prendre Porto-Vecchio et
-d'en fortifier les tours. Il se plaignait vivement des Corses
-qui se trouvaient sur le continent et qui espionnaient toutes
-ses dmarches pour en rendre compte aux Gnois. Aussi devait-on
-considrer comme tratres au roi et la patrie tous ceux
-qui quittaient l'le pour aller prendre du service l'tranger.
-Enfin, il prchait l'union et la concorde entre tous les insulaires<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">&nbsp;[532]</a>.</p>
-
-<p>La seconde lettre de Thodore tait adresse au comte
-Paul Franois d'Ornano, colonel d'infanterie S. Maria d'Ornano.
-Elle portait la date du 11 mars. Le roi donnait
-l'ordre d'enfermer l'ennemi dans Ajaccio. Il fallait agir avec
-vigueur, sans mnagements pour personne. Il dplorait de
-n'avoir pas pu s'embarquer avec son neveu cause, disait-il,
-des peines et des embarras qu'on m'a fait avec mes lettres
-de change. Au premier jour, un vaisseau charg de munitions
-arriverait dans l'le. Il recommandait de faire la distribution des
-armes avec amour et rgularit et d'viter que les insulaires
-<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span>
-n'agissent en sauvages, ce qui leur ferait un grand
-tort. Thodore demandait enfin tous ses officiers rests en
-Corse et pourvus de chevaux d'aller la rencontre de Frdric<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">&nbsp;[533]</a>.</p>
-
-<p>Les deux autres lettres, dates des 14 et 16 mars, taient
-adresses un prtre, Gio-Maria Balizone Teodorini, que le
-baron appelle son premier chapelain. Dans la premire,
-aprs avoir confirm l'arrive de son neveu, il disait que les
-navires de Naples chargs de munitions taient en route. Un
-autre de ses btiments, parti de Tunis, avait t jet la
-cte par la tempte. Il revenait sur son ide: prendre Porto-Vecchio,
-cote que cote. Il fallait aussi, par quelque stratagme,
-s'emparer de Campomoro<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">&nbsp;[534]</a>. Les Corses devaient,
-l'avenir, vivre comme d'honntes gens bien disciplins et non
-comme des sauvages et des voleurs. Son plus cher dsir tait
-de soustraire le pays la tyrannie gnoise; mais il fallait
-qu'on l'aidt. Tout ce qu'il avait souffert pour parvenir son
-but serait trop long crire; il passait. Il voulait que chacun
-respectt ses lois. L, il parle en souverain et en matre. Ce
-passage a de l'allure: Assurez les peuples que je ne me
-relcherai point pour leur dlivrance, mais je veux obissance
-et fidlit, qu'on observe ma loi et qu'on punisse promptement
-de mort les infidles et ceux qui ont correspondance et connivence
-avec l'ennemi. Ensuite, il faut amener une union fraternelle,
-sincre et parfaite, et laisser aller librement ceux qui
-sont inconstants. Croyez-moi, si les Corses sont bien convaincus
-de la ncessit d'tre unis et de l'irrvocable rsolution des
-peuples de vouloir maintenir, comme ils le doivent, leur lection
-en ma personne, ils seront appuys et secourus, mais d'entrer
-en trait, puis vouloir se donner tantt l'un et tantt l'autre,
-comme certains infidles qui sont en terre ferme ont fait, tout
-cela refroidit et retarde les secours qui ont t arrangs par
-<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span>
-moi. Et il ajoutait cette phrase qui rsumait toute l'histoire
-des malheurs de la Corse. Tant que chacun cherchera
-oprer pour sa propre utilit, les peuples resteront dans la
-misre et seront tyranniss par l'ennemi, toutes mes dpenses et
-toutes mes peines ne serviront rien. Dominique Rivarola et
-son frre, soudoys par les Gnois, faisaient, Rome, le
-mtier d'espions<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">&nbsp;[535]</a>.</p>
-
-<p>Dans la seconde lettre, trs courte, Thodore approuvait
-les Corses d'avoir retir leur confiance au chanoine Orticoni,
-Salvini, Arrighi et Hyacinthe Paoli. Il considrait ces chefs
-comme ses pires ennemis et il les croyait capables de remettre
-la Corse dans les chanes de Gnes. Il ratifiait la dchance
-de Paoli, son ancien ministre<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">&nbsp;[536]</a>. On avait saisi d'autres lettres
-de Thodore divers chefs, mais elles ne contenaient rien qui
-ne ft dans les premires<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">&nbsp;[537]</a>.</p>
-
-<p>Frdric fut, son arrive dans l'intrieur, reu avec acclamation.
-Mais l'enthousiasme des populations ne devait pas
-tre long. Pour fter la bienvenue du neveu du roi, quelques-uns
-des chefs organisrent en son honneur une chasse au
-sanglier. Frdric arriva avec les notables au rendez-vous.
-Au moment d'attaquer la bte, un dserteur franais du rgiment
-de Nivernais surgit tout coup parmi les chasseurs. Cet
-<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span>
-homme fut arrt; les Corses lui demandrent o rsidait le
-gnral en chef et s'il attendait de nouvelles troupes. Le
-soldat rpondit que Maillebois se trouvait Bastia et que
-cinquante mille hommes de renfort allaient arriver dans l'le.
-A cette nouvelle, les paysans posts dans le bois pour la battue
-s'clipsrent comme par enchantement. Le sanglier lui aussi
-s'tait sauv; la chasse fut manque. Frdric revint chez lui. Il
-trouva sa maison dvaste. On lui avait tout pris: une bourse
-contenant huit neuf cents sequins destins subvenir aux
-premiers frais de la guerre, ses vtements et jusqu' ses
-chemises. Il obtint la restitution de quelques chemises, mais
-l'argent resta dans les mains de ceux qui l'avaient pris. Voil
-ce qui s'appelle d'honntes gens et de fidles sujets de
-Thodore<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">&nbsp;[538]</a>.</p>
-
-<p>Ils n'avaient pas drob les effets et l'argent du premier
-prince du sang de Thodore<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">&nbsp;[539]</a> dans un unique but de rapine.
-Les rebelles, qui avaient vu tant de fois les promesses du roi
-s'vanouir, voulaient bien croire encore son prochain retour
-avec des secours, comme il l'crivait, mais il leur fallait des
-gages. Ils entendaient avoir Frdric pour otage, et, afin de le
-garder plus troitement, ils lui avaient tout pris.</p>
-
-<p>Dans une runion les chefs de la Balagne avaient dcid de
-le mettre mort dans le cas o le roi ne tiendrait pas sa
-parole et ne viendrait pas en personne au mois de mai
-apporter les importants secours qu'il faisait esprer depuis si
-longtemps<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">&nbsp;[540]</a>.</p>
-
-<p>Frdric avait plus d'nergie que son oncle. Il ne se laissa pas
-intimider par l'hostilit qu'il sentait autour de lui. Il ne
-<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span>
-songea pas un instant se drober; il alla de l'avant. Le
-6 mai, les principaux chefs se runirent Venzolasca pour
-dlibrer sur les affaires du pays. Rsolument, Frdric se rendit
- cette runion, dcid affronter les haines et les colres des
-rebelles. Les dbats se prolongrent pendant deux jours avec
-beaucoup d'aigreur et un grand partage d'opinions. La majorit
-de l'assemble pensait que le moment ft venu o toute
-rsistance devenait inutile. On devait envoyer des dputs
-pour offrir au gnral franais la soumission du peuple corse.
-Frdric se leva et prit la parole. Il promit sur sa tte que le
-roi arriverait bientt dans l'le avec des secours considrables
-en troupes, en argent et en munitions fournis par les
-puissances maritimes de l'Europe y compris l'Espagne. Il
-se mettrait en personne la tte de la nation arme et
-les Gnois seraient dfinitivement crass. Les Corses ne
-devaient donc pas capituler. Soutenu par les plus acharns, ce
-discours retourna l'assemble. Les paroles vibrantes de Frdric
-trouvrent un cho chez les plus irrsolus. La rsistance
-fut vote d'acclamation au cri de: Vive le roi Thodore!
-Avant de se sparer, les chefs firent le serment d'tre
-jamais fidles au souverain qu'ils s'taient donn trois ans
-auparavant.</p>
-
-<p>Mais cette belle unanimit de sentiments n'tait qu'apparente.
-Les Corses taient trop dsunis pour que les Franais
-pussent craindre un soulvement gnral. Et Thodore serait
-mme arriv en ce moment, qu'il aurait risqu d'tre abandonn,
-trahi par tous, tu peut-tre, s'il n'apportait pas avec
-lui les secours promis<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">&nbsp;[541]</a>.</p>
-
-<p>Le consul de Gnes, Livourne, informa Maillebois qu'une
-felouque suspecte se trouvait dans le port et qu'on croyait que
-ce btiment avait t frt pour transporter le baron dans l'le.
-<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span>
-Malgr l'invraisemblance d'un retour du roi, le gnral franais
-voulut s'assurer du fait. Il envoya la barque <i>La Lgre</i>
-Livourne. Le commandant, M. de la Vilarselle, devait surveiller
-le bateau signal, s'en emparer s'il prenait la mer, et
-l'amener Bastia, afin qu'on interroget son quipage et qu'on
-visitt sa cargaison<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">&nbsp;[542]</a>. Mais, selon leur habitude, les Gnois
-s'taient alarms trop tt. Thodore n'avait alors ni les moyens
-ni l'envie de retourner dans son royaume. On n'entendit plus
-parler de lui pendant quelque temps.</p>
-
-<p>Bien convaincu que le baron de Neuhoff ne viendrait pas
-activer la rvolte par sa prsence, Maillebois prit ses dispositions
-pour amener une prompte pacification de la Corse. Il ne
-s'agissait plus maintenant de ngocier avec les insulaires; il fallait
-porter les armes jusque dans les cantons montagneux de l'intrieur.
-Le gnral en chef dcida de commencer les oprations
-par la Balagne, la province la plus riche et la plus rebelle.
-Frdric s'y tait rendu avec quelques partisans pour prcher et
-organiser la rsistance. Sous son impulsion, les Corses s'y prparrent
-avec intelligence. Ils donnrent de l'occupation aux
-troupes franaises, qui eurent surmonter bien des obstacles
-tenant la configuration du pays et au manque de routes praticables.
-Ces difficults taient accrues par l'hostilit sourde des
-populations qui paraissaient soumises et par la mauvaise foi
-des Gnois. On se sentait entour d'espions et de tratres<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">&nbsp;[543]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span>
-Malgr tout, la Balagne fut promptement rduite. La prise
-de Lento et de Bigorno assura l'occupation presque complte
-de la valle du Golo. Frdric se rfugia plus avant dans
-l'intrieur, dsirant arrter les Franais par une guerre d'embuscade.
-Peut-tre esprait-il encore que son oncle arriverait avec
-des secours. Il voulait nergiquement tenir jusqu' ce moment-l.
-Son fol enttement ne manquait pas de hardiesse.</p>
-
-<p>Aprs la soumission de la Balagne, Maillebois se rendit
-Corte. Tout le nord de l'le tait pacifi et mme dsarm;
-restait le sud. On pouvait craindre que cette rgion, encombre
-de montagnes et de rochers, couverte d'inextricables forts, ne
-prsentt l'expdition les plus graves difficults. Un canton
-surtout, celui de Zicavo, semblait vouloir opposer une rsistance
-acharne. Frdric s'tait rfugi dans ce village, qui domine la
-valle du Taravo. L, le prvt de la <i>pive</i>, prtre fanatique,
-avait arm onze douze cents hommes rsolus. Les ayant
-rassembls en prsence de Frdric, il leur fit jurer sur l'vangile
-de mourir jusqu'au dernier plutt que de manquer de fidlit
-Thodore. Ces rudes montagnards firent plus encore que de prter
-le serment qu'on leur demandait: ils menacrent de brler dans
-les cantons voisins les maisons de tous ceux qui seraient ports
- se soumettre aux Franais<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">&nbsp;[544]</a>. Ces menaces jetrent le
-trouble parmi les populations. Elles prirent les armes en masse.
-A la vrit, tous ces gens ne connaissaient pas le fantme de roi
-qui avait rgn pendant quelques mois sur eux. Jamais ils
-n'avaient ressenti le moindre bienfait de l'quipe du baron de
-Neuhoff. Aucun intrt ne les poussait prolonger une rsistance
-qui pouvait leur coter cher. Ils taient pousss par une faction
-fanatique, et, dans le nombre, il s'en trouvait qui murmuraient.
-Cette division aurait facilit la tche de Maillebois
-si le manque de routes n'avait contrari la marche des troupes
-et leur ravitaillement.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span>
-Frdric sentait combien l'inconstance des Corses, toujours
-prts un revirement, rendait sa position prcaire. Il semblait
-dcourag. Le temps passait; son oncle ne donnait plus signe
-de vie. Ce silence exasprait ceux que ses promesses avaient
-entrans. Chaque jour sa vie tait en danger. Et que pouvait-il
-faire, seul, au centre de l'le, sans communications avec le
-continent? Au mois de juillet, il fit demander Maillebois
-un sauf-conduit qui lui permt de quitter l'le sans crainte
-d'tre inquit par les Gnois. Le gnral refusa les passeports,
-ne voulant pas compromettre la dignit du roi, son
-matre, en traitant avec un personnage considr comme un
-vulgaire aventurier, qui, de sa propre autorit, s'tait mis la
-tte d'un mouvement insurrectionnel. Le marchal de camp,
-Duchtel, croyait, au contraire, que ce serait faire acte de bonne
-politique en facilitant ce dpart. Mais Maillebois promit seulement
-de fermer les yeux sur les tentatives que ferait Frdric
-pour gagner le continent<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">&nbsp;[545]</a>. N'ayant pas obtenu la
-garantie qu'il dsirait, le neveu de Thodore prfra continuer
-une rsistance dsespre que de courir les risques d'une
-fuite.</p>
-
-<p>Malgr le dcouragement des uns, les inimitis qui divisaient
-les autres, la soumission de Zicavo et du pays environnant fut
-longue. Maillebois n'entra Zicavo que le 22 septembre. Le
-village tait dsert. Frdric, le prvt, les habitants avec
-femmes et enfants s'taient rfugis sur la montagne appele
-Coscione, emportant leurs objets les plus prcieux. Ils n'taient
-que trois cents hommes arms, mais dous d'une opinitret
-inconcevable. Le gnral dcida de poursuivre les rebelles
-jusque dans leur retraite. Son plan tait de les cerner et de les
-rduire par la famine. Cette expdition fut confie quatre
-bataillons sous le commandement de M. de Larnage<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">&nbsp;[546]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span>
-C'est travers cette mme montagne de Coscione&mdash;on
-s'en souvient&mdash;que Thodore avait fui trois ans auparavant,
-craignant le ressentiment des Corses leurrs par ses promesses.
-L aussi son neveu, bout de ressources, se rfugiait, redoutant
-davantage ceux qu'il avait soulevs que les Franais.</p>
-
-<p>La rsistance des derniers rvolts Coscione dura un
-mois environ. Vers le milieu du mois d'octobre, le prvt de
-Zicavo se rendit<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">&nbsp;[547]</a>. Frdric se sauva avec sept ou huit compagnons.
-Il se mit errer travers les montagnes et les forts,
-se cachant, vitant les villages occups par les Franais, comme
-ceux o il ne se trouvait que des Corses. Pendant un an il
-mena l'existence d'un vagabond. Il avait troqu son habit de
-gentilhomme contre un accoutrement grossier de poils de
-chvre. Blotti dans une caverne, il se nourrissait des provisions
-que les Corses dposaient dans la montagne pour les bandits.
-Souvent la faim le chassait hors de son gte. Il parcourait
-la campagne en qute de nourriture et, pour se la procurer,
-il commit des rapines.</p>
-
-<p>Aprs la soumission du canton de Zicavo, Maillebois fit
-dsarmer et surveiller troitement les habitants de Porto-Vecchio,
-car il craignait que Thodore ne choist ce port pour
-tenter un dbarquement. Des colonnes volantes parcouraient les
-montagnes pour prendre Frdric. Mais celui-ci fuyait toujours.
-On prtend qu'au mois de mai 1740, harcel par la faim, il
-dvalisa un couvent. Traqu entre Quenza et Bonifacio, il se
-sauva en se laissant glisser entre des rochers<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">&nbsp;[548]</a>. Pendant
-quelques mois encore il vcut ainsi. Chaque jour sa troupe
-se dsagrgeait. Maillebois, pour en terminer, fit publier
-qu'une rcompense de trois mille livres serait donne celui
-qui le livrerait; mais aucun Corse ne le dnona. Enfin,
-<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span>
-par l'intermdiaire d'un prtre, le gnral franais parvint
-dcider Frdric et ses derniers partisans quitter la Corse.</p>
-
-<p>Au mois d'octobre 1740, on voyait circuler dans les rues de
-Livourne une quinzaine d'hommes dguenills: c'tait Frdric,
-un gentilhomme prussien et quelques bandits corses<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">&nbsp;[549]</a>.</p>
-
-<p>Le neveu de Thodore fut reu par les autorits toscanes,
-mieux qu'il n'aurait pu l'esprer. Le gnral Wachtendonck
-l'invita dner et les officiers impriaux lui tmoignrent la
-plus vive sympathie<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">&nbsp;[550]</a>.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE VI</h2>
-
-<div class="hanging indent">
-<p>Espions et tratres.&mdash;L'envoy de Gnes, Sorba et le lieutenant Guillaume.&mdash;Le
-chevalier de Champigny livre au gouvernement franais la
-correspondance de sa mre.&mdash;Le docteur Spitzlaer et la police.&mdash;Sauveur
-Ginestra.&mdash;L'criture de Thodore.&mdash;Son faux portrait.&mdash;Sa
-caricature.</p>
-
-<p>Le couvent de Rome.&mdash;La s&oelig;ur Fonseca.&mdash;Son enthousiasme et son
-dvouement.&mdash;Sa correspondance avec Bigani.&mdash;Avec Lucas Boon.&mdash;Son
-homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.&mdash;Les
-entrevues du chevalier avec le ministre de Gnes.&mdash;Il lui communique
-la correspondance de la religieuse.&mdash;Il lui propose un bon
-coup.&mdash;Mort de la s&oelig;ur Anglique Cassandre Fonseca.</p>
-
-<p>Franois de Lorraine.&mdash;Il veut avoir la Corse.&mdash;Un concurrent
-Thodore: le comte de Beaujeu.&mdash;Ses rapports avec Franois.&mdash;Les
-instructions du duc.&mdash;La <i>retirade</i>.&mdash;Beaujeu meurt en prison.&mdash;Intrigues
-des lieutenants de Franois.&mdash;Mort de l'empereur
-Charles VI.</p>
-</div>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>L'quipe du baron de Neuhoff avait fait surgir des bas-fonds
-de la socit une tourbe de gens sans aveu, espions,
-tratres, escrocs, aventuriers, prts vendre des secrets rels
-ou simuls, aptes aux besognes les plus rpugnantes. La Srnissime
-Rpublique de Gnes entrait volontiers en pourparlers
-avec ces agents interlopes, mais son avarice la faisait reculer
-au moment dcisif. Trs certainement, si elle et voulu y mettre
-le prix, elle se serait promptement dbarrasse de Thodore; elle
-aurait mme pu l'acheter.</p>
-
-<p>Le 6 septembre 1737, un sieur Guillaume, se disant lieutenant
-rform, log la Grande-Sainte-Catherine, Dunkerque,
-crivit Sorba. Il pensait que le ministre de Gnes, Paris,
-recevrait comme un service important l'avis qu'il venait lui
-<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span>
-donner. Il supposait que le diplomate tait un homme d'honneur,
-incapable de se servir de ses confidences contre lui. Donc, le
-hasard lui avait fait rencontrer un individu avec lequel il s'tait
-li. Ce personnage, qui venait de Hollande, devait passer en
-Corse, charg par le baron de Neuhoff de porter aux mcontents
-diverses lettres et instructions. L'homme paraissait avoir la
-confiance de Thodore; il savait o il tait<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">&nbsp;[551]</a>, connaissait tous
-ses secrets et pouvait ainsi faire avorter ses desseins.</p>
-
-<p>Guillaume avait un amour trs vif pour la rpublique;
-son zle la servir tait infini. Aussi se fit-il un devoir
-de pousser son ami renoncer ses projets. Il lui dmontra
-les dangers de l'entreprise. Les Gnois, aids par la France
-et par l'Empereur, feraient tt ou tard un mauvais parti
-aux rebelles. Il pourrait se trouver englob dans ces excutions.
-Au contraire, s'il agissait loyalement, c'est--dire s'il
-remettait au Snat tous ses papiers et fournissait la police
-gnoise les moyens de prendre le baron, il tait certain
-d'avoir une honnte rcompense qui le mettrait l'abri du
-besoin pour le restant de ses jours. L'homme ne dit pas non,
-mais il dclara Guillaume que s'il se dcidait trahir
-son matre, il ne lui fallait pas des promesses, mais des
-garanties et une somme d'argent comptant. Le lieutenant
-rform avait fait rester, sous prtexte de maladie, son ami dans
-l'endroit o il l'avait rencontr et o il irait le rejoindre si
-Son Excellence entrait dans ces vues. Il demandait donc
-Sorba une rponse immdiate, lui offrait ses services pour la
-conclusion de cette petite affaire, l'assurait, enfin, de son
-dvouement, qui le pousserait ngliger ses propres intrts
-pendant quelques jours pour servir la rpublique<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">&nbsp;[552]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span>
-Le ministre de Gnes rpondit sans tarder Guillaume.
-Il est digne, dit-il, d'un honnte homme, le conseil, que par
-votre obligeante lettre du 3 de ce mois, vous me fates l'honneur
-de me dire avoir donn la personne que le hasard vous a
-fait connatre, charge de papiers et de notions qui peuvent tre
-trs utiles ma rpublique. Mais il avouait l'embarras
-o il se trouvait d'entamer distance une ngociation de cette
-nature. Il ne pouvait pas donner de l'argent ni mme en promettre
-avant d'avoir vu les papiers. Si donc la personne en question
-voulait bien venir Paris, on pourrait s'entendre. Le ministre
-donnait sa parole d'honneur Guillaume et son ami qu'il ferait
-obtenir ce dernier une rcompense. Il lui en donnerait mme
-des assurances relles quand il serait Paris. L'ancien
-lieutenant devait donc engager son homme faire le voyage.
-Sorba terminait en disant qu'il s'emploierait de tout son pouvoir
- faire sentir Guillaume personnellement les effets de la
-reconnaissance de la rpublique, le priant de le croire, en
-attendant, avec toute la considration possible, son trs
-humble et trs obissant serviteur<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">&nbsp;[553]</a>.</p>
-
-<p>Ds la rception de la dpche du diplomate, le lieutenant
-envoya, prtend-il, un exprs Ostende o se trouvait l'homme
-de Thodore pour l'engager venir confrer avec lui Furnes.
-Guillaume et son ami avaient lu et relu ensemble la lettre de
-Sorba. A distance, il tait assez difficile d'entamer une ngociation
-sur un pied solide, mais la rponse du ministre
-soulevait des objections que l'ancien lieutenant se faisait un
-devoir de prsenter Son Excellence. D'abord, si <i>l'on</i> venait
- Paris, le ministre de Gnes pourrait, par l'intermdiaire
-du gouvernement franais, qui protgeait la rpublique<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">&nbsp;[554]</a>,
-forcer le particulier livrer tous ses papiers. Il risquerait
-<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span>
-mme d'aller en prison et ce serait peut-tre l toute sa
-rcompense.</p>
-
-<p>En second lieu, l'homme ne pouvait pas avancer les frais du
-voyage, car ce serait de l'argent perdu pour lui si on ne concluait
-pas l'affaire. Du reste, il avait juste ce qu'il lui fallait pour
-se rendre en Italie avec les quipages du duc de Lorraine, o
-l'on doit, dit-il, l'embarquer. Enfin, pour une dernire observation,
-il m'a remarqu que si une fois il vous dcouvrait tout ce
-qu'il sait aprs s'tre ainsi livr, il serait entirement libre
-vous de le traiter de la faon dont vous le jugeriez propos,
-sans qu'il et rien dire qu' se plaindre lui-mme de son
-trop de confiance, quoi il ajoute que votre lettre mme
-semblait renvoyer le soin de sa rcompense au corps de la
-rpublique, qui peut n'tre pas bien d'accord l-dessus, y ayant
-bien de la diffrence d'obliger un prince souverain et despotique
-qui d'ordinaire se pique de gnrosit ou d'avoir faire
- un nombre de personnes, qui souvent payent mal les services
-qu'on leur rend.</p>
-
-<p>Ces objections avaient embarrass Guillaume; nanmoins, il
-avait fait observer son ami que la parole d'honneur donne
-par Sorba devait le garantir de tout acte arbitraire et violent.
-Mais <i>on</i> s'tait obstin et <i>on</i> exigeait non seulement des
-garanties, mais encore un acompte comme provision. Cet
-argent Sorba pouvait l'envoyer Guillaume, qui le ferait tenir
- son ami. On pourrait aussi tirer une lettre de change sur Son
-Excellence. En outre, le particulier n'entendait pas venir en
-France o il ne se trouvait pas suffisamment en sret.
-Il irait volontiers traiter l'affaire Londres avec M. Gastaldi,
-l'envoy gnois. Guillaume demandait donc Sorba de
-lui envoyer ses instructions par le retour du courrier, en
-protestant que personnellement il n'avait aucun intrt dans
-l'affaire<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">&nbsp;[555]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span>
-Sorba ne rpondit pas la seconde lettre. Si Guillaume et
-son individu n'avaient pas confiance dans la bonne foi des
-rpublicains, le ministre n'entendait pas se laisser tromper par
-un aigrefin. Nanmoins, il envoya cette correspondance au
-Snat. Le lieutenant ne se tint pas pour battu, il vint
-Paris et fit plusieurs dmarches pour voir Sorba, qui se trouvait
-alors Fontainebleau. A son retour, le diplomate reut Guillaume,
-qui lui parut tre l'un des plus intimes confidents de
-Thodore. Ses offres n'taient pas mprisables et il serait
-peut-tre propos de l'aboucher avec l'envoy Brignole<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">&nbsp;[556]</a>,
-afin qu'on pt voir ce qu'il conviendrait de faire. Sorba
-regrettait de ne pouvoir parler plus longuement de cet homme,
-mais il lui fallait auparavant un nouveau chiffre<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">&nbsp;[557]</a>. Il est
-probable que Guillaume et son ami ne faisaient qu'un mme
-individu. L'affaire en resta l. Ce qui caractrise les rapports
-du gouvernement gnois avec ses espions attitrs et avec ceux
-de rencontre c'est, de part et d'autre, une mfiance pousse
-l'extrme.</p>
-
-<p>Aussi quelques individus prfrrent-ils adresser leurs offres
-de service Versailles, car on savait que l'expdition en Corse
-tait dcide. Ils espraient sans doute que les ministres de
-Louis XV payeraient mieux que la rpublique.</p>
-
-<p>Un sieur de Champigny se disant gentilhomme de Son Altesse
-Srnissime lectorale de Cologne s'tait, dans le courant de
-l'anne 1737, mis en rapport avec Amelot sous diffrents prtextes.
-Il affectait un amour tout particulier pour la France; son
-dvouement tait extrme. Il ne tarda donc pas demander
-au cardinal Fleury et Amelot d'intercder en sa faveur
-pour qu'il obtienne la place de chambellan de l'lecteur de
-<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span>
-Cologne<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">&nbsp;[558]</a>. Quelque temps aprs, pour affirmer son zle, il
-envoya Amelot deux lettres autographes du baron de
-Neuhoff<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">&nbsp;[559]</a>.</p>
-
-<p>Il n'avait pas eu de peine se les procurer, car il les avait
-drobes sa mre, qui tait en relations suivies avec Thodore.
-Champigny lui-mme, malgr son affirmation contraire, connaissait
-parfaitement le baron. En 1736, il tait officier dans les
-gardes royales et il avait pour camarade dans sa compagnie
-le jeune Trvoux, fils de la s&oelig;ur de Thodore<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">&nbsp;[560]</a>. Il avait
-galement, tant en garnison Metz, connu la famille de
-Neuhoff<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor">&nbsp;[561]</a>.</p>
-
-<p>Avant d'envoyer Amelot les lettres du baron, Champigny
-avait enlev les pages o se trouvaient les adresses. Mais il
-se ravisa et expdia le tout au ministre. Il ajouta ce post-scriptum:
-Je me rsous vous envoyer, Monsieur, l'original
-de l'adresse, le revers est de l'criture de ma mre<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor">&nbsp;[562]</a>. Il
-avouait ainsi ce qu'il niait dans sa lettre. D'ailleurs, en proposant
-<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span>
-plus tard Amelot de lui livrer de nouvelles lettres
-du baron, il disait qu'il les tenait de quelqu'un de son entourage
-en correspondance rgulire avec le roi de Corse.</p>
-
-<p>Champigny avait barr ce que sa mre avait crit au verso
-d'une des adresses. Mais, depuis l'poque, les traits d'encre ont
-pli et j'ai pu reconstituer les mots crits par l'amie de Thodore.
-Nous verrons plus loin ces quelques lignes, qui semblent
-tre un projet de rponse.</p>
-
-<p>Les deux ptres de Neuhoff taient dates des 22 et
-29 novembre de l'anne 1737, sans aucun doute, et ne portaient
-pas l'indication de l'endroit d'o il crivait. Elles taient banales
-comme tout ce qui sortait de sa plume. Il s'tonnait auprs de
-sa trs chre dame de n'avoir pas reu de rponse deux
-lettres qu'il lui avait prcdemment envoyes sous le couvert de
-M. Doyen (?). Comme il possdait maintenant son adresse
-exacte, il esprait que sa missive lui parviendrait en mains
-propres. Il craignait que sa correspondance n'et t intercepte.
-Il recommandait M<sup>me</sup> de Champigny de lui crire
-par l'intermdiaire de M. le baron de Drost Scaden, seigneur
-de Morsbrock, grand-commandeur de l'Ordre Teutonique
- Cologne. Inform du trait conclu entre la France et la rpublique
-de Gnes, il demandait si la nouvelle d'une expdition
-franaise en Corse tait vraie: Informez-moi de ce que l'on dit
-touchant le prtendu dbarquement en faveur de ces infmes
-Gnois; j'espre que cet orage se dtournera, sinon je prvois
-grand sang, les peuples sont constants et fidles et plutt
-mourir que de rompre le serment moi jur.</p>
-
-<p>Dans sa seconde lettre, Thodore fait des recommandations
-touchantes M<sup>me</sup> de Champigny: Soyez du reste de bonne
-humeur et des plus assures que je soutiendrai jusqu'au dernier
-soupir mes dmarches. Faites-moi savoir si l'on a crit
-Tunis et ce que fait mon neveu<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor">&nbsp;[563]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span>
-Il ne signait presque jamais ses lettres. Il les terminait
-par un paraphe en forme de T, mais trac d'une faon si
-bizarre qu'on aurait pu le prendre pour un 8. Le baron, qui s'tait
-adonn la kabale, se rappelait-il que le 8 est le signe de
-l'infini?</p>
-
-<p>A ces deux documents autographes, Champigny joignit une
-pice date de Dresde le 2 novembre (1737, certainement). Ce
-factum ne semble pas tre de la main du baron, mais il est
-d'un format identique aux deux lettres, crit de mme encre et
-pli d'une faon semblable. On peut en conclure qu'au mois de
-novembre 1737, Neuhoff se trouvait Dresde. Ce document,
-dont l'auteur tait sans doute un des acolytes de l'aventurier,
-tait une circulaire concernant l'ordre de la Dlivrance, une note
-destine aux gazettes. Cette pice ne contenait pas un mot
-de vrai. Les quatre cents chevaliers qu'elle mentionne existaient
-seulement dans l'imagination du grand-matre, qui essayait
-de battre monnaie avec son ordre<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor">&nbsp;[564]</a>.</p>
-
-<p>Les lignes crites par M<sup>me</sup> de Champigny taient les suivantes;
-j'en respecte le style et l'orthographe:</p>
-
-<p>J'ai cru devoir vous anvoier ancor le papier des nouvelles
-quoiqu'il d m'an couter comme pour le recevoir, j'ai vers un
-torrant de larme en escrivant et si je n'avais destourn mes
-yeux j'aurais mis le papier hors d'estat d'estre anvoi. Je nage
-<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span>
-dans la doulleur, que ne puis-je devenir insensible comme bien
-d'autres! Vous vous faites vos maux pour ne vouloir pas conduire
-vos affaires propos et je n'en sens pas moins vos peines.
-Madame de Te est parfaitement remise et aussy ce pirituel que
-jamais ce qui fait plaisir tout le monde.</p>
-
-<p>Quel tait ce <i>papier de nouvelles</i> qu'il en cotait la bonne
-dame d'envoyer au baron? L'annonce de l'chec d'un emprunt
-sans doute. C'est ce qui pouvait lui tre le plus pnible.</p>
-
-<p>Il est bien difficile de prciser la nature des relations de
-M<sup>me</sup> de Champigny avec l'aventurier. Ces fragments de correspondance,
-vols par le fils, laissent bien entrevoir que ces
-relations taient fort intimes, mais rien ne permet d'affirmer la
-chose. Un historien a avanc que le baron avait amen avec
-lui, en Corse, une franaise comme matresse<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor">&nbsp;[565]</a>. Il serait tmraire
-d'affirmer que ce ft M<sup>me</sup> de Champigny, et, d'ailleurs,
-la question n'offre qu'un intrt secondaire.</p>
-
-<p>Les documents fournis par Champigny n'avaient pas d'importance
-pour le gouvernement franais<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor">&nbsp;[566]</a>. Amelot n'en fit pas
-accuser rception. Qumandeur acharn, ne reculant devant
-aucune besogne malpropre pour obtenir une faveur ou un bnfice
-quelconque, il revint la charge. De Bonn-sur-le-Rhin, il
-crivit le 23 mars 1738 Amelot.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span>
-si le ministre avait bien reu les deux lettres de sa mre:
-Daignez donc, Monsieur, me tranquilliser sur leur destine,
-s'il vous plat; aprs quoi, si vous l'ordonnez, je vous donnerai
-avis du lieu o ce monarque de nouvelle dition se tient, et des
-projets qu'il forme, tant mme d'en tre instruit par une
-personne qui il crit toutes les semaines. Si les lettres en
-question ne vous taient pas parvenues, je pourrais vous en
-envoyer des copies que j'ai gardes. Je continue implorer
-l'honneur de votre protection<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor">&nbsp;[567]</a>.</p>
-
-<p>Amelot laissa la seconde lettre de Champigny sans rponse.
-Il connaissait trop le personnage. Pendant trois ans, le chevalier
-ne se lassa pas de solliciter auprs du gouvernement franais et
-de faire des propositions de tout genre. En 1741, le ministre,
-c&oelig;ur, crivit au comte de Sade, envoy de France Cologne,
-pour le mettre en garde contre l'aventurier. Allant de cour en
-cour, qumandant partout, il tait absolument dshonor. Ses
-friponneries lui avaient attir un grand nombre de mauvaises
-affaires. Et Amelot recommandait au comte de Sade de jeter
-impitoyablement la porte ce chevalier d'industrie s'il se prsentait
-chez lui<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor">&nbsp;[568]</a>.</p>
-
-<p>Hrault, le lieutenant de police, recevait galement, de gens
-empresss, des renseignements sur Thodore. Il s'en trouvait un
-qui livrait sa propre correspondance avec le baron: c'tait un
-sieur Spitzlaer, dont la complaisance et le zle taient fort
-apprcis par la police<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor">&nbsp;[569]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span>
-La lettre de Thodore n'offre rien d'intressant: toujours un
-style lourd et prolixe. Les mmes phrases reviennent sans cesse
-dans sa correspondance. Il semblait n'avoir d'imagination qu'en
-paroles. Il demandait des nouvelles du chevalier de Kermoysan,
-dont il attendait une rponse positive. Dj dans les lettres
-livres par Champigny, il parlait de ce Kermoysan. Spitzlaer
-ngligea de dire Hrault ce qu'tait cet individu; sans
-doute un de ces agents marrons, qui gravitaient autour du
-baron.</p>
-
-<p>La seconde pice tait date de Rome, 30 dcembre. Elle ne
-semble pas avoir t crite par Thodore, quoique le papier
-soit de mme format que sa lettre autographe et qu'elle soit
-plie d'une faon identique. Ce document, trs long, tait une
-apologie du roi de Corse. L'auteur&mdash;un des secrtaires du
-monarque sans doute&mdash;disait que, pendant son rgne, il avait
-promulgu des lois excellentes pour le bien du pays. Il passait
-en revue ces mesures et concluait que les Corses devaient
-garder une fidlit absolue leur souverain. Il est vident que
-si Neuhoff avait rellement accompli les rformes que lui prte
-cet crit, les insulaires auraient d avoir la plus grande reconnaissance
-envers le roi qui leur tait tomb des nues; mais
-son &oelig;uvre s'tait borne de magnifiques promesses jamais
-ralises.</p>
-
-<p>Le fond et la forme de ce document ne rappellent en rien la
-manire de Thodore. Les ides sont justes et sagement nonces.
-Les rformes qu'on lui attribue ont, contrairement aux
-rgles de l'administration gnoise, le principe national pour
-base. Et ce plaidoyer, qui aurait pu tre un programme, n'tait
-qu'une rclame ajoute tant d'autres.</p>
-
-<p>Un Corse, Sauveur Ginestra, fit, pied, le voyage de Turin
- Paris pour proposer au cardinal Fleury de lui dvoiler les
-desseins mystrieux du roi de Corse. La famille Ginestra, originaire
-de Provence, tablie Bastia depuis plusieurs sicles,
-avait, sous Franois I<sup>er</sup>, prouv dans les guerres son dvouement
-<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span>
- la couronne de France. Le sang des anctres, lgitimement
-et purement pass dans ses veines, le poussait faire
-part au ministre des invitations qu'il avait reues<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor">&nbsp;[570]</a>. Mais, la
-marche longue et pnible qu'il avait faite, lui avait tellement
-offens les nerfs de la jambe gauche, qu'il ne pouvait plus
-marcher. Il en tait rduit prendre la plume pour prsenter ses
-offres Son minence. Il joignit sa lettre une ptre de Thodore
-et se dclara, plus qu'aucun autre Corse, en mesure de
-fournir des documents intressants. Il tait l'ami intime de
-l'un des secrtaires de Neuhoff et son pre entretenait des
-relations cordiales avec le consul de Hollande Naples. Ginestra
-pre trafiquait, en effet, dans l'entourage de Thodore. Sauveur
-irait partout o l'on voudrait, en Italie ou en Hollande, ds que
-sa jambe serait gurie, car il mourait du dsir de servir
-Louis XV et le cardinal dont il baisait en terminant la sacre
-pourpre<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor">&nbsp;[571]</a>.</p>
-
-<p>En envoyant cette lettre, Ginestra avait eu soin d'effacer
-l'encre quelques mots, entr'autres le nom de la ville o elle
-avait t crite et de dcouper la signature. C'tait l'ternel
-appel ses partisans, les mmes promesses de secours importants,
-le grand mot de libert jet au milieu d'un verbiage
-emphatique<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor">&nbsp;[572]</a>.</p>
-
-<p>Ginestra en fut pour ses frais; le cardinal Fleury ne se
-montra pas dispos utiliser les aptitudes policires de cet
-insulaire.</p>
-
-<p>Si, Versailles, on jugea inutile d'acheter de vagues renseignements
-sur l'aventurier, il n'en fut pas de mme ailleurs.
-Le consul d'Angleterre Livourne recevait de Corse des
-documents qu'il payait trs cher et qu'il transmettait sa
-cour<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor">&nbsp;[573]</a>.</p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/251.jpg" width="300" height="506" alt="" />
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span>
-La clbrit du roi de Corse s'tait tendue dans le monde.
-La gravure avait popularis ses traits. On trouve encore une
-estampe le reprsentant en costume Louis XIII. Le regard est
-fier; la pose noble. De longs cheveux retombent sur ses paules,
-il est vtu de satin; sa main droite repose sur sa poitrine.
-La lgende porte majestueusement: <i>Theodorus primus
-Corsic rex</i>, le latin convenant seul pour dsigner cette
-Majest. Dans un coin, se trouvent les initiales du graveur:
-M. A. F. Tout cela a une certaine allure, et cette gravure,
-rpandue un peu partout, pouvait produire de l'effet. Il n'y
-a qu'un malheur, c'est que ce portrait n'est pas celui de
-Thodore. Il reprsente l'illustre Jabach, le grand collectionneur
-du XVII<sup>e</sup> sicle, peint par Van Dyck vers 1635. Les trois lettres
-M. A. F. signifient <i>Michael Asinius fecit</i>, c'est--dire grav
-par Michel Lasne<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor">&nbsp;[574]</a>, et ne sont, en aucune faon, comme on
-pourrait le croire, les initiales de Marc-Antoine Franceschini, le
-clbre peintre bolonais<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor">&nbsp;[575]</a>.</p>
-
-<p>Ces substitutions dans les portraits n'taient pas rares aux
-XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> sicles; mais il est piquant de remarquer qu'on
-avait justement choisi, pour reprsenter le roi de Corse, Jabach,
-dont il filouta le descendant, le banquier de Livourne. Cette
-escroquerie valut la prison Thodore&mdash;on se le rappelle.
-L'ironie fut-elle prmdite? Le hasard, plus sarcastique parfois
-que les hommes, fut, sans doute seul, la cause de cette rencontre.
-<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span>
-La gloire de Thodore I<sup>er</sup> et t incomplte sans la caricature.
-C'est le couronnement de toute renomme. Une gravure
-allemande, intitule:</p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/256.jpg" width="600" height="435" alt=""/>
-</div>
-
-<p><i>Le satyre corse visionnaire<br />
-ou<br />
-le rve l'tat de veille,<br />
-dont l'image reprsente<br />
-drisoirement<br />
-Thodore<br />
-premier et dernier en sa personne
-pseudo-roi des Corses rebelles.</i>
-montre dans le lointain la mer de Toscane. Deux villes en sont
-baignes: Bastia et Alria. Le baron dbarque; les Corses lui
-souhaitent la bienvenue et le proclament roi. Il se tient au milieu
-du peuple, la tte ceinte de laurier. Les armes de Corse
-lui sont prsentes genoux, tandis qu'un individu portant
-les armes de Gnes au bout d'un bton est chass. Au premier
-plan, un satyre, symbolisant l'inconstance, repose sur des
-branches de roses aux nombreuses pines. Il tient la main
-une longue vue dveloppe pour voir l'avenir. Le gnie de la
-vanit lui souffle dans la main une bulle de savon. Au-dessus
-de ce gnie, figurent ces mots: <i>quod cito fit cito perit</i>. Un
-mdaillon droite, surmont de la lgende: <i>Eventus laboris</i>,
-reprsente un singe, qui, auprs d'un fourneau, fait partir des
-ptards; dans la fume se trouve crit le mot <i>fourberie</i>. Deux
-autres singes, l'un portant une couronne de feuillage et une
-petite pe au ct, l'autre un bonnet, jouent aux cartes prs
-d'un socle demi renvers o se lit cette inscription: <i>Male
-parta pessime dilabuntur</i>. Le singe couronn abat le roi vert,
-tandis que l'autre gagne avec l'as de c&oelig;ur et ramasse la mise.</p>
-
-<p>Entre le titre et l'explication, se trouve une pice de vers,
-puis un passeport ironique en diverses langues portant tous les
-titres que se donnait Thodore, et enfin, en gros caractres, ces
-mots: Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a
-t proclam par quelques Corses<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor">&nbsp;[576]</a>.</p>
-
-<p>Gravure reproduite d'aprs un pamphlet allemand intitul:
-<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span>
-<i>Le Satyre Corse ou le Rve l'tat de veille, dont l'image reprsente drisoirement Thodore I<sup>er</sup> et dernier en sa personne pseudo-Roi des Corses rebelles.</i></p>
-
-<p>(<i>Collection particulire.</i>)</p>
-
-<p>Le portrait faux et la caricature durent avoir du succs. Les
-diteurs, qui les avaient lancs, firent sans doute de bonnes
-affaires. Ces gravures constituaient, en tous cas, une rclame
-pour Thodore. Et, tandis que sa gloire tait soutenue par le
-dessin, des gens pleins de bonne volont conspiraient dans
-l'ombre pour lui.</p>
-
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Le principal centre o se nouaient les intrigues du baron
-de Neuhoff tait, Rome, le couvent des Saints-Dominique et
-Sixte, sur le mont Quirinal. La sous-prieure, M<sup>me</sup> Anglique-Cassandre
-Fonseca, les dirigeait. C'tait une femme intelligente
-et lettre. Elle crivait galement bien le franais et l'italien.
-Sa famille tait originaire d'Avignon. J'ai dj eu l'occasion
-de dire que cette religieuse professait depuis longtemps un
-srieux attachement l'gard de l'aventurier. Elle l'avait connu
-bien avant son quipe de Corse, mais ce fut surtout aprs qu'il
-eut quitt son royaume que son dvouement put s'exercer.
-Lors de ses sjours Rome, il logeait dans un jardin appartenant
-au frre de M<sup>me</sup> Fonseca, attenant au couvent et voisin
-de Saint-Jean de Latran<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor">&nbsp;[577]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span>
-Elle avait su faire partager son admiration sa s&oelig;ur,
-M<sup>me</sup> Franoise-Constance Fonseca, et M<sup>me</sup> Marie-Constance
-Cavalieri, toutes deux religieuses dans le mme couvent. L'aumnier,
-l'abb Punciani, et d'autres personnages servaient
-galement d'intermdiaires pour les correspondances secrtes
-du baron. Ses lettres arrivaient Rome chez le comte Fedi
-ou chez le comte Orsini. Ceux-ci faisaient les plis et les mettaient
-dans quatre enveloppes, la premire pour le sieur Valentini,
-la seconde pour le baron de Stos, la troisime pour le
-consul d'Angleterre Venise, et enfin la quatrime pour le
-baron tienne Romberg, qui tait Thodore lui-mme<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor">&nbsp;[578]</a>.</p>
-
-<p>A leur enthousiasme naf, leur foi ardente dans les hautes
-destines qui taient rserves l'aventurier, ces religieuses
-ajoutaient une tendre sentimentalit fminine. Le 9 novembre,
-fte de saint Thodore, martyr, grand soldat du Christ, la
-communaut se runissait au parloir, et buvait la sant et aux
-succs du roi Thodore. La sous-prieure ajoutait: De tout
-c&oelig;ur, je suis l pour le servir<a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor">&nbsp;[579]</a>. Et, comme symbole de sa
-fidlit, elle scellait ses lettres Neuhoff d'un cachet reprsentant
-un petit chien<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor">&nbsp;[580]</a>. Les affilis la bande de Thodore avaient
-un signal pour se reconnatre. C'tait un carr de papier avec
-son nom crit en lettres moules, au-dessous duquel se trouvait
-un sceau de cire rouge figurant Cupidon mont sur un lion<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor">&nbsp;[581]</a>.</p>
-
-<p>L'un des principaux correspondants de la bonne s&oelig;ur tait
-un nomm Rainieri Bigani, ancien commandant du bagne
-Livourne et qu'on appelait le capitaine Bigani<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor">&nbsp;[582]</a>. Pour correspondre
-<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span>
-avec la religieuse, cet individu se servait d'un ecclsiastique,
-l'abb Luc-Antoine Varnesi. D'ailleurs, M<sup>me</sup> Fonseca
-avait sa dvotion plusieurs prtres, des moines et des
-prlats.</p>
-
-<p>Elle n'eut pas toujours se louer de Bigani, qui parfois se
-laissait aller couter les propos fallacieux des espions gnois.
-Livourne en tait rempli. Mais ces gens, parat-il, travaillaient
-fort mal et ne fournissaient la rpublique que des renseignements
-sans valeur<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor">&nbsp;[583]</a>. De l'espionnage au rabais! Bigani
-avait t pendant longtemps en correspondance avec Thodore.
-Le gnral Wachtendonck lui avait fait ce sujet des remontrances
-svres en le menaant de le faire mettre dans un
-chteau, c'est--dire en prison, s'il persistait avoir des
-relations avec l'aventurier<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor">&nbsp;[584]</a>. Cela ne l'empcha pas de continuer
- servir le baron et mme le trahir au besoin.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Fonseca, qui s'occupait volontiers des affaires commerciales
-du roi, avait fait charger de l'orge en Sicile sur un
-btiment destin porter cette marchandise en Corse aux
-mcontents aprs avoir relch Livourne. Bigani devait
-recevoir le navire et le diriger sur l'le. Quand le bateau
-fut dans les eaux toscanes, il n'eut rien de plus press
-que de vendre la cargaison au consul de Gnes. Un tel procd
-indigna la bonne s&oelig;ur. Elle crivit au capitaine une lettre de
-reproches, dont l'amertume tait voile d'une mansutude toute
-monacale. Ah! Monsieur le capitaine, qui vous et jamais
-cru capable de tromper et de trahir le roi! Est-il possible qu'un
-homme bien n se laisse gagner par l'argent des Gnois! Et
-il n'tait pas le seul sur qui les cus de Gnes avaient fait
-impression; elle le savait. Bigani avait aussi t la cause
-de l'emprisonnement de plusieurs fidles adhrents de Sa
-<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span>
-Majest. Quel sujet d'affliction! Mais elle priait Dieu de
-pardonner au capitaine et de remdier ces tristes choses<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor">&nbsp;[585]</a>.</p>
-
-<p>Malgr la noirceur d'me de Bigani, M<sup>me</sup> Fonseca n'en
-continua pas moins correspondre avec lui, lui confier
-tout ce qu'on disait Rome sur Thodore. Elle lui crivait
-toutes les esprances que ses entreprises faisaient natre chez
-ses partisans. Jamais son enthousiasme et sa foi ne faiblissaient.
-Plus elle voyait de trahison autour de son roi, plus son
-dvouement s'exaltait. Elle n'avait qu'un but: le servir toujours,
-le soutenir jusqu'au bout, envers et contre tous. Son &oelig;uvre
-n'tait-elle pas sublime: dlivrer ces pauvres Corses opprims
-du joug des infmes Gnois? Aussi ne se laissait-elle rebuter
-par rien. Bigani usait parfois vis--vis d'elle de procds un peu
-cavaliers, comme de lui faire crire par son fils. Elle trouvait
-cette manire d'agir peu convenable l'gard d'une dame; mais
-elle pardonnait volontiers cause du roi et elle saluait le pre
-et le fils de tout c&oelig;ur. Au moins, devait-il lui envoyer des
-nouvelles. On disait Rome que le capitaine du navire avait
-t mis en prison, parce que trente hommes de son bord s'taient
-sauvs mystrieusement. Le bruit courait aussi que Thodore
-avait heureusement dbarqu en Corse avec une suite et des
-munitions. Dieu le veuille! Cependant la bonne s&oelig;ur tait dans
-une inquitude mortelle, car la dernire lettre du souverain
-tait date de Lisbonne.</p>
-
-<p>Elle se tenait en relations Rome avec tous les amis de
-Neuhoff. Elle se faisait l'intermdiaire de leurs correspondances;
-elle entretenait leur zle, trouvant des paroles douces et
-encourageantes pour chacun. C'est ainsi qu'en envoyant Bigani
-une lettre d'un certain abb Joseph Colonna pour M<sup>me</sup> Virginie
-Costa, elle priait le capitaine de dire cette dernire
-qu'elle avait pour elle le plus vif attachement en souvenir de
-<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span>
-l'affection que son mari portait Sa Majest. Mais la bonne s&oelig;ur
-ne pouvait se rsigner voir des Corses trahir leurs compatriotes.
-Quelle honte! En revanche, les expditions qu'on
-faisait Naples, pour aider les insulaires, la consolaient un
-peu<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor">&nbsp;[586]</a>.</p>
-
-<p>Lorsque les troupes franaises dbarqurent en Corse,
-M<sup>me</sup> Fonseca fut trs alarme. Elle confia ses peines Bigani,
-qu'elle s'obstinait croire fidle et dvou. Drost devrait retourner
-dans l'le pour soutenir la foi des peuples en leur souverain.
-Elle craignait que les insulaires ne fussent sduits par la douceur
-et par la politique des Franais. Le but poursuivi par ces
-derniers n'apparaissait pas clairement la religieuse. taient-ils
-alls dans l'le pour y maintenir la domination gnoise ou bien
-dans leur propre intrt? D'aprs elle, le chanoine Orticoni et
-Salvini avaient compromis la cause du roi. Ils n'taient, du
-reste, plus en faveur auprs de Sa Majest. Salvini n'avait mme
-pas daign venir au couvent lors de son dernier voyage Rome.
-Cependant, rien ne pouvait branler la confiance de la sous-prieure;
-la chute des ennemis de Thodore tait prochaine.
-Il tempo galantuomo, le temps est galant homme.
-Elle avait toujours la plume la main: elle avait laiss
-deux dames la porte pour pouvoir faire sa correspondance<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor">&nbsp;[587]</a>.</p>
-
-<p>Le capitaine, d'ailleurs, jouissait auprs de Neuhoff d'un
-grand crdit. Le roi ne paraissait pas lui tenir rigueur de ses
-oprations commerciales avec les Gnois. Il continua lui
-tmoigner sa confiance et verser ses chagrins dans son sein.
-A sa sortie du chteau de Gate, il lui crivit qu'il se sentait
-abandonn et trahi par tous. Il lui demandait des nouvelles en
-<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span>
-le priant de faire tenir sa rponse sous le couvert de son fidle
-ami Joseph Valembergh, le consul de Hollande Naples<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor">&nbsp;[588]</a>.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Fonseca correspondait aussi avec Lucas Boon Amsterdam<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor">&nbsp;[589]</a>.
-Il tait ncessaire, en effet, de relever, auprs des traitants
-hollandais, le crdit fortement branl de Thodore. Elle
-avait crit en franais et en italien Boon, car elle savait qu'il
-connaissait ces deux langues. Aprs avoir laiss plusieurs lettres
-sans rponse, il s'tait enfin dcid lui crire en hollandais.
-Elle n'avait pas pu lire cette lettre, car elle ignorait cette langue;
-et la pauvre s&oelig;ur suppliait le ngociant de lui envoyer quelques
-nouvelles dans un langage sa porte.</p>
-
-<p>Sa confiance dans tous ceux qui se disaient partisans du
-souverain tait infinie. Avec quelques mots de louange pour son
-hros, tous les aigrefins trouvaient le chemin de son c&oelig;ur et
-de sa bourse. Elle n'tait pas bte cependant. Elle jugeait les
-autres d'aprs elle-mme. Sa crdulit, allant parfois jusqu'
-la navet, provenait de son excessive vnration pour son roi.
-Elle ne pouvait pas s'imaginer que des gens fussent assez
-indignes pour le tromper. C'tait bon pour les Gnois!</p>
-
-<p>Elle fut aussi en correspondance trs amicale avec ce
-Mathieu Drost, un farceur doubl d'un escroc, que Thodore
-lui-mme traitait de tratre et d'espion, soudoy par la rpublique<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor">&nbsp;[590]</a>.
-Elle le soutint avec cette bont ingnue qu'elle
-mettait au service des aventuriers, qui lui soutiraient de l'argent.
-Elle aurait voulu communiquer cet individu un peu de cette
-foi robuste dont elle tait anime. Soyez certain, lui crivait-elle,
-que Sa Majest arrivera bientt en Corse largement pourvue
-en toutes choses<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor">&nbsp;[591]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span>
-D'autres personnages de moindre importance s'agitaient
-autour du couvent des Saints-Dominique et Sixte. Il y avait,
-parmi eux, un nomm Jean Ludovici, ami du fameux consul
-hollandais Naples, qui, avec l'abb Varnesi, servait parfois
-d'intermdiaire pour la correspondance<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor">&nbsp;[592]</a>.</p>
-
-<p>Un certain Duffour, qui se disait lieutenant colonel et
-ingnieur de Sa Majest des Corses, implorait la protection
-de M<sup>me</sup> Fonseca. On l'avait desservi dans l'esprit de Sa Majest
-et il tenait reconqurir son estime par son attachement, sa
-fidlit et son obissance<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor">&nbsp;[593]</a>.</p>
-
-<p>La bonne s&oelig;ur croyait toutes ces protestations. Elle les
-accueillait avec reconnaissance. Elle devait souffrir dans son
-dvouement de ne pouvoir aider son roi, d'une manire plus
-active, <i>bouter</i> les Gnois hors du royaume de Corse. Son rle se
-bornait crire partout pour la bonne cause; elle ne s'en privait
-pas. Elle centralisait toutes les correspondances; elle tait une
-bote aux lettres. Un homme, qui avait toute sa confiance, se
-chargeait de faire parvenir les missives. Cet individu, le chevalier
-Saint-Martin, tait, d'ailleurs, le fripon le plus achev.</p>
-
-<p>En ralit, il s'appelait Bigou. Il tait n Paris de parents
-protestants. Il avait sjourn en Angleterre pour y professer
-sa religion, et s'tait fait naturaliser anglais. Puis, voulant se
-convertir, il avait fait le voyage de Rome o il dsirait s'tablir.
-Il se disait pimontais et portait des dcorations. Il sollicitait
-du pape un emploi quelconque<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor">&nbsp;[594]</a>. A la suite de sa conversion, il
-avait, pour commencer, obtenu une petite pension du Saint-Pre<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor">&nbsp;[595]</a>.
-Mais, l'allocation pontificale n'tant pas suffisante, il
-eut recours l'espionnage, afin de pouvoir vivre honntement.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span>
-Dans l'entourage du roi de Corse, compos de tratres et de
-filous, Saint-Martin tait tout dsign pour prendre l'un des
-premiers rangs. Il compltait la collection. Il n'avait pas eu
-de peine se lier avec le baron, toujours bien dispos
-accueillir les hommes de bonne volont, qui se prsentaient
-lui. Le chevalier s'offrit comme intermdiaire pour la correspondance
-royale. Il entra de suite dans les bonnes grces de
-M<sup>me</sup> Fonseca. Sa conversion rcente, l'enthousiasme qu'il
-dployait l'gard de Sa Majest lui valurent l'affection de la
-religieuse. A toute heure, il tait admis auprs d'elle, et souvent
-la s&oelig;ur tourire entre-billait, pour lui, la nuit, la petite porte
-du couvent. M<sup>me</sup> Saint-Martin, reste Livourne, s'occupait
-aussi de transmettre les lettres secrtes changes entre le
-monastre et les partisans de Thodore. M<sup>me</sup> Fonseca envoya
-cette dame porter Mathieu Drost une ptre de consolations dans
-la forteresse de Livourne. L'aventurier reut la missive, mais
-ne possdant plus un cu, il n'avait pas pu rcompenser la
-messagre: il profita de la circonstance pour demander la
-bonne s&oelig;ur de lui envoyer cent sequins<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor">&nbsp;[596]</a>.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Fonseca avait aussi recommand l'excellente M<sup>me</sup> Saint-Martin
- Bigani. Mais celui-ci s'excusa de n'avoir pas pu
-la recevoir honntement. Depuis neuf jours, sa maison tait
-occupe par le greffier du tribunal, le barigel et quatre sbires.
-Ces gens opraient chez lui une perquisition et, au moment o il
-mandait ces dtails, quatre heures du matin, ils taient encore
-l. La police ne trouverait rien d'intressant, malgr le soin
-qu'elle mettait fouiller partout. Nanmoins, le capitaine se
-lamentait trs fort. M<sup>me</sup> Bigani tait tombe malade la suite
-de cette descente de justice et lui-mme avait des vertiges,
-car il ne cessait d'avoir le c&oelig;ur mu et inquiet&mdash;il aurait pu dire
-plus justement la conscience. Et, selon la coutume de ces gens
-<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span>
-qui se rejetaient mutuellement leurs turpitudes, il accusait
-Mathieu Drost d'avoir fait tout le mal. Comme il fallait, pour
-toucher la bonne s&oelig;ur et lui faire donner de l'argent, montrer
-quelques sentiments de rsignation chrtienne, Bigani ajoutait
-qu'il priait Dieu de pardonner au coupable<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor">&nbsp;[597]</a>.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Saint-Martin revint Rome, contre le gr de son mari,
-qui, sans doute, dsirait travailler sans tmoins. Elle tait,
-parat-il, beaucoup plus sense que lui<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor">&nbsp;[598]</a>. Aussi disparut-elle
-bientt. En effet, on ne la trouve plus mle aux intrigues
-du couvent des Saints-Dominique et Sixte. Il est vrai que le
-chevalier faisait de la besogne pour deux.</p>
-
-<p>Thodore qui avait, il faut le reconnatre, des lueurs de bon
-sens, ne partageait pas la confiance aveugle de son amie
-l'gard de Saint-Martin. A plusieurs reprises, il lui crivit de ne
-pas se fier cet individu. Cependant, au mois de mai 1738, il
-tait dans les meilleurs termes avec le chevalier. Il lui demandait
-de venir le retrouver en Hollande, de lui procurer quelque bon
-officier d'artillerie, et lui disait qu'il n'aurait jamais lieu de
-regretter de s'tre attach lui. Il l'assurait de ses sincres
-sentiments de bonne amiti<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor">&nbsp;[599]</a>; mais il avait ouvert les
-yeux. Saint-Martin, sentant que Neuhoff se mfiait de lui,
-voulut se justifier. Il lui crivit une belle lettre, selon toutes
-les formules du protocole. Malgr les propos calomnieux qui
-l'avaient desservi dans l'esprit du roi, il tenait confesser bien
-haut les sentiments de respect et de fidlit dont il tait anim.
-Sa dernire entrevue avec le souverain, Rome, avait fortement
-imprim ces sentiments dans son c&oelig;ur. Il applaudissait
-<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span>
-donc son heureuse arrive dans les mers italiennes. Par
-ses hauts faits, le roi tonnait le monde et lui seul savait
-enseigner le grand art de rgner. Il se flicitait de vivre
-dans un sicle, sur lequel les vertus de Sa Majest jetaient
-un lustre si brillant. C'tait donc bien injustement qu'on l'accusait
-de trahison. Son innocence et ses principes assuraient
-la paix de son me. Bien entendu, il rejetait sur quelqu'un toutes
-ces infamies. C'tait un sieur Valentin Tadei, qui avait d se
-rtracter, non seulement devant lui, mais en prsence de
-plusieurs amis du roi. Toujours, mme au pril de sa vie, il
-tiendrait honneur d'obir Sa Majest, et, comme les autres,
-il priait Dieu de conserver ses prcieux jours. En terminant
-il lui offrait les trs humbles respects et les services de
-M. de Champigny. Elle daignerait certainement agrer les
-compliments de cet homme vertueux et probe<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor">&nbsp;[600]</a>. Nous avons
-vu quelles taient la vertu et la probit de M. de Champigny.</p>
-
-<p>Pour complter l'effet que devait produire cette lettre
-loquente, Saint-Martin se fit donner un certificat par la
-bonne s&oelig;ur. Elle joignit en effet un billet l'ptre du chevalier.
-Bien que Sa Majest lui et toujours crit de se mfier de
-Monsieur Saint-Martin, elle pouvait rpondre de sa fidlit,
-l'ayant mise l'preuve. Il tait certainement l'un des plus
-dvous et des plus affectionns serviteurs du monarque.
-Parmi tous les partisans corses, elle n'avait jamais pu trouver
-aucun homme qui lui inspirt autant de confiance. Il se chargeait
-de toute sa correspondance. Il l'attendait pendant des heures
-entires, le jour ou la nuit, par la pluie ou par la grle. Ainsi
-tandis qu'elle crivait ce billet, deux heures du matin, le
-chevalier tait son poste. Elle lui confiait une petite bote pour
-le roi<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor">&nbsp;[601]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span>
-Si Saint-Martin montrait un dvouement extrme pour les
-intrts du baron, il dployait un zle non moins grand pour
-servir la rpublique. Il tait entr en rapports avec Bernabo,
-agent de Gnes Rome. Ces relations furent amicales et
-suivies. Au mois de juin 1738, Bernabo rpondant une question
-du Srnissime Collge, disait que pour transmettre un certain
-chanoine&mdash;qu'il ne nommait pas&mdash;une lettre du chevalier, il
-s'tait servi d'un cachet imagin, ne pouvant employer le sceau
-de Saint-Martin orn d'armoiries et d'une couronne, car il ne
-savait si ces armes lui appartenaient vraiment ou si elles taient
-usurpes. Mais l'agent gnois avait fait un cachet d'une circonfrence
-gale celui du chevalier. Pour le moment, le fidle
-intermdiaire de M<sup>me</sup> Fonseca ne se trouvait pas Rome. Bernabo
-ignorait o il tait all et si son absence ne cachait pas
-quelque expdition adroitement combine. A son domicile, le
-domestique avait dit qu'il attendait son matre d'un jour
-l'autre<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor">&nbsp;[602]</a>.</p>
-
-<p>Le diplomate comptait donc tirer quelques profits des tournes
-mystrieuses de Saint-Martin.</p>
-
-<p>Le chevalier revint bientt. Il crivit son ami Bernabo:
-Il est de la dernire consquence que j'aie l'honneur de vous
-voir aujourd'hui avant la nuit, et comme je ne puis dans la circonstance
-aller chez vous, il faut que vous vous rendiez vingt-et-une
-heures d'Italie, ou plus tt si vous voulez, au jardin
-de Jsus-et-Marie au Cours. Il s'agissait de trois lettres qu'il
-avait en main: une de M<sup>me</sup> Fonseca Lucas Boon, qu'il tait
-charg de faire parvenir Amsterdam; les deux autres, de
-Drost et de Bigani la religieuse, que sa femme avait apportes
-de Livourne. Il le priait de lui faire tenir sa rponse par
-M<sup>me</sup> Joseph avant les vingt-et-une heures<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor">&nbsp;[603]</a>.</p>
-
-<p>Bernabo alla au rendez-vous. Dans un endroit cart, l'agent
-<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span>
-de Gnes et le chevalier causrent. Au cours de l'entretien,
-Saint-Martin exhiba les lettres des amis de Thodore. Son dsir
-de servir la Srnissime Rpublique tait extrme, aussi avant
-de faire parvenir cette correspondance destination, avait-il
-tenu la communiquer au reprsentant du gouvernement gnois.
-Bernabo tmoigna quelque rpugnance prendre connaissance
-de ces lettres. Il se laissa prier pour les accepter. Nanmoins, il
-les retint. Rentr chez lui, il fit prendre copie de deux d'entre elles
-et les retourna le soir mme convenablement recachetes son
-espion. Il expdia ces copies aux inquisiteurs d'tat, ainsi que la
-lettre originale de M<sup>me</sup> Fonseca Lucas Boon que, d'accord avec
-le chevalier, il avait garde. Bernabo concluait en disant que son
-zle pour le service public le poussait dclarer qu'il ne conviendrait
-pas d'abandonner Saint-Martin. Ce dernier tait prt
- fournir tout ce qui lui passerait par les mains. Si jusqu'
-prsent, il n'avait donn que des renseignements sans grande
-importance, il pourrait sans doute faire mieux dans l'avenir. En
-tous cas, il importait de le tenir en haleine de faon ce qu'il
-remplt ses engagements<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor">&nbsp;[604]</a>. Le chevalier, du reste, faisait bien
-son mtier; il remettait Bernabo les lettres aussitt que la
-bonne s&oelig;ur les confiait sa fidlit. Le ministre pouvait donc
-envoyer son gouvernement les papiers vols le jour mme o
-ils avaient t crits.</p>
-
-<p>Les inquisiteurs dlibrrent sur cet envoi. Il fut dcid
-que les copies seraient classes et qu'on expdierait Amsterdam
-la lettre autographe de M<sup>me</sup> Fonseca Lucas Boon<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor">&nbsp;[605]</a>. Les
-magistrats en firent conserver la traduction.</p>
-
-<p>Saint-Martin demanda, un jour, audience l'ambassadeur
-de France. Le duc de Saint-Aignan le reut. Il dsirait effacer,
-disait-il, les impressions fcheuses qu'on avait sur lui. Ses intrigues
-commenaient tre connues; Bernabo ayant avou
-<span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span>
-Saint-Aignan qu'il avait gagn Saint-Martin et que celui-ci
-lui fournissait, en secret, la correspondance des amis de
-Thodore<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor">&nbsp;[606]</a>.</p>
-
-<p>Le but rel de la visite du chevalier tait sans doute
-d'essayer de vendre quelques papiers vols. Il en fut pour sa
-visite. Peu de temps aprs, Saint-Martin affirmait Thodore
-son dvouement en termes pompeux et se faisait dlivrer, par
-M<sup>me</sup> Fonseca, un certificat de fidlit. Il en avait besoin!</p>
-
-<p>Au mois de dcembre, Saint-Martin proposa au Srnissime
-Collge un bon coup.</p>
-
-<p>Ce tratre avait jug que l'incarcration du baron au chteau
-de Gate tait une affaire srieuse et que cet vnement
-devait mettre fin aux troubles qui agitaient la rpublique. Il
-avait pens que ses humbles services allaient dsormais devenir
-inutiles. Mais, l'largissement de Thodore avait subitement
-chang la face des choses. Son attention avait t veille; son
-ardeur de servir Gnes s'tait accrue. Je suis porte de
-rendre la rpublique le plus signal service qu'elle puisse
-esprer. Ne me demandez pas o ni comment; car je suis dans
-la rsolution de ne le communiquer qui que ce soit, que dans
-le temps de l'excution mme. Il suffit que Vos Excellences me
-croyent homme d'honneur et fidle comme elles ont lieu de le
-faire.</p>
-
-<p>Mais pour mettre son projet excution, il avait besoin de
-se rendre Naples avec une autre personne. Il lui fallait en
-outre une felouque, qui se tiendrait tout moment sa disposition.
-Pour tout cela, je n'ai pas un sol. Je vous demande
-donc par grce spciale, mes seigneurs, de me faire donner en
-toute diligence au moins cent sequins, au moyen de quoi je veux
-bien perdre la tte si je manque mon coup. Il aura sans doute
-besoin de s'entendre avec le marquis de Puisieux et avec le
-<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span>
-duc de Saint-Aignan, car Thodore veut tre assur d'un
-certain tat en France, au moins voil sur quel ton il s'est
-jusques ici expliqu, car pour la taille de la rpublique il n'en
-veut pas entendre parler. En terminant, Saint-Martin donnait
-comme rfrence M. Franois-Marie Grimaldi, qui le connaissait
-personnellement et qui pourrait fournir sur lui les meilleurs
-renseignements. Il suppliait enfin les inquisiteurs de hter
-leur dcision, car les moments taient prcieux<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor">&nbsp;[607]</a>.</p>
-
-<p>Thodore aurait donc consenti traiter avec la France,
-c'est--dire jouer le rle de roi dchu auquel on alloue une
-pension. Et, s'il ne voulait pas avoir faire la rpublique, c'est
-qu'il trouvait celle-ci trop avare.</p>
-
-<p>Je ne sais si les inquisiteurs jugrent Saint-Martin suffisamment
-homme d'honneur pour mener quelque affaire utile la
-rpublique. Il ne disait pas en quoi consistait le bon coup qu'il
-projetait. Sa demande fut classe, comme toutes les requtes similaires.
-On suit trs bien dans les papiers d'tat la correspondance
-de Gnes avec ces espions d'occasion. On voit le gouvernement
-toujours dispos couter les dlations, lire en conseil les
-documents vols. Quand ses reprsentants lui envoient des
-paquets de lettres interceptes, il leur en fait accuser rception
-avec louanges; il les charge de continuer. Au besoin, l'agent
-officiel s'abouche avec ces misrables aventuriers, prend avec
-eux des rendez-vous mystrieux, les rencontre la nuit dans des
-endroits carts. Mais, ds qu'un de ces coquins formule une
-demande d'argent prcise, la correspondance s'arrte brusquement.
-Il est impossible de trouver la suite donne l'affaire
-bauche. Gnes recule toujours au moment o il faut payer. En
-revanche, les dcisions portent gnralement des loges pour
-l'agent. Bernabo les mritait; il gagnait bien ses moluments
-de diplomate.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span>
-Au mois de juin 1739, Saint-Martin se trouvait Naples. Il
-essayait encore de tromper tout le monde. Il disait Molinelli,
-secrtaire de Gnes, que Neuhoff se tenait cach dans un couvent
-de Chartreux. Ce renseignement tait faux<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor">&nbsp;[608]</a>.</p>
-
-<p>Saint-Martin disparut, comme disparaissent les escrocs, en
-silence, allant offrir ailleurs leurs services lorsqu'ils se sentent
-<i>brls</i> ou trop compromis.</p>
-
-<p>M<sup>me</sup> Anglique-Cassandre Fonseca mourut vers le milieu de
-l'anne 1740. Sa s&oelig;ur Franoise-Constance hrita de sa foi
-nave en l'toile du roi Thodore. Elle resta en relation avec
-la plupart des fidles agents de Sa Majest<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor">&nbsp;[609]</a>. Il y avait sans
-doute encore quelque argent dans le couvent du Mont-Quirinal.</p>
-
-
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>L'quipe du baron de Neuhoff n'avait pas seulement fait
-surgir des fripons, prts pcher en eau trouble, elle avait
-aussi excit les convoitises de hauts personnages classs gnralement
-dans la catgorie des honntes gens. Parmi ceux-ci,
-il faut citer Franois de Lorraine, l'poux de Marie-Thrse
-d'Autriche. Pendant que de bonnes s&oelig;urs conspiraient dans leur
-couvent, le futur empereur complotait dans la pice la plus
-intime de ses appartements, la <i>Retirade</i>. L, en tte--tte avec
-quelque aventurier, il coutait les plans les plus extraordinaires,
-donnait de mystrieuses instructions l'abri de toute oreille
-indiscrte, loin du cabinet officiel<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor">&nbsp;[610]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span>
-La politique labore dans le clotre avait sur celle de la
-<i>Retirade</i> l'avantage de n'tre pas goste. Les religieuses travaillaient
-pour la gloire de leur roi; Franois complotait pour lui.</p>
-
-<p>Au mois de mai 1736, un sieur Humbert de Beaujeu arriva
-Florence, portant plusieurs lettres de personnages autrichiens.
-Ces lettres, qui contenaient des instructions au sujet des affaires
-de Corse, manaient du secrtaire de Zinzendorf, de feu le prince
-Eugne et d'un conseiller aulique. Les allures louches de cet individu
-donnrent penser qu'il tait un partisan de Thodore<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor">&nbsp;[611]</a>.
-Des voyages qu'il fit Livourne, sa correspondance volumineuse,
-l'argent qu'il dpensait confirmrent ces soupons<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor">&nbsp;[612]</a>.</p>
-
-<p>C'tait un triste sire que ce Beaujeu. Moine dfroqu,
-il s'tait mari et avait abandonn sa femme aprs avoir mang
-la dot; dserteur de l'arme franaise, il avait pris du service en
-Autriche et il cherchait sa voie maintenant dans les complots
-et dans les trahisons. Cela lui rapportait quelque argent, et,
-entre temps, lui valait la prison.</p>
-
-<p>En 1724, il tait venu Monaco. Mis avec lgance, parlant
-bien, portant le titre de comte, accompagn de valets parfaitement
-styls, il avait donn l'impression d'un personnage. Il se
-disait charg par la cour d'Espagne d'une mission Rome. Le
-prince Antoine I<sup>er</sup> s'tait mfi et il avait demand des renseignements
- son ami le marchal de Tess, qui se trouvait
-alors Madrid comme ambassadeur extraordinaire de France.
-Les renseignements furent dplorables; mais le prince de
-Monaco avait fait arrter Beaujeu avant mme de les recevoir<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor">&nbsp;[613]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span>
-Quand il fut relch, il se rendit sans doute en Italie pour
-chercher quelque fructueuse opration. Il se sentait capable de
-tout, et il voulait utiliser ses talents.</p>
-
-<p>Lorsque Thodore eut termin piteusement son rgne par
-la fuite, Beaujeu vint Vienne o nous le trouvons dans la
-<i>Retirade</i> de Franois de Lorraine, qui voulait tre roi de Corse.
-Un mmoire tomb entre les mains du gouvernement franais
-relatait la chose. Cet crit provenait de Beaujeu lui-mme. Les
-confidences du prince valaient de l'argent; tout au moins,
-esprait-il obtenir quelque protection utile en les dvoilant. Ce
-mmoire tait intitul: Ce sont ici les premiers ordres que
-S. A. R. le grand-duc de Toscane<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor">&nbsp;[614]</a>, lorsqu'elle voulut me
-charger de la commission d'aller en Corse la place du sieur
-Thodore, qui y avait chou aprs sa premire descente du
-20 mars 1736<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor">&nbsp;[615]</a>. Puis, venait le rcit de l'entretien entre le
-prince et l'aventurier.</p>
-
-<p>Le 23 dcembre 1736, ce prince m'envoya ordre de me
-rendre trois heures aprs midi dans son cabinet ou <i>Retirade</i>, o
-il me dit mot pour mot tout ce qui suit: Il faut, Monsieur, aller
-en Corse, je veux avoir ce pays selon les moyens et les voies
-que vous m'avez fait connatre, je les trouve bonnes (<i>sic</i>) et elles
-me conviennent. Je ne veux absolument pas que l'Empereur
-sache rien de cette entreprise: il a ses affaires et moi les
-miennes.</p>
-
-<p>Ne faites pas, Monsieur, comme le sieur Thodore: n'en
-sortez jamais, je vous le dfends; il faut vaincre et avoir le
-pays; vous avez vos chefs, il faut les animer et encourager ds
- prsent, c'est--dire leur faire savoir que vous irez bientt
-leur secours; je vous fournirai tout le ncessaire; je vous
-enverrai Toussaint et Richecourt chez vous, non pour prendre
-<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span>
-les mesures de l'excution, car c'est sur vous seul que je compte,
-mais pour vous faire passer tout le ncessaire. Voil, Monsieur,
-mes intentions et mes volonts. Je vous en crois capable; c'est
-pourquoi ce n'est que sur vous seul que je compte dans cette
-affaire. Vos ides sur ce pays sont justes; je ne le connaissais
-pas comme vous me l'avez fait connatre, et Thodore s'y est
-mal pris; mais je ne veux rien pargner pour l'avoir.</p>
-
-<p>Vous pouvez, Monsieur, compter sur la vice-royaut perptuit
-dans votre famille, sans aucun rendement de compte
-des fonds que je vous aurai fournis pour consommer cet
-ouvrage.</p>
-
-<p>Ne venez plus ici pour viter tout soupon et afin qu'on ne
-s'aperoive de rien. Lorsque je serai Presbourg, venez-y me
-trouver et l nous parlerons de cette affaire plus au long.</p>
-
-<p>J'ai voulu aujourd'hui vous faire savoir mes volonts, afin
-que vous vous y prparassiez, et vous dclarer que ce n'est que
-sur vous seul que je compte dans cette affaire; c'est sur vous
-seul que je compte. Laissez-moi, je vous prie, la carte que vous
-m'avez remise, afin que je connaisse les endroits o vous agirez,
-cela me fera plaisir. Adieu, Monsieur, c'est sur vous seul que je
-compte<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor">&nbsp;[616]</a>.</p>
-
-<p>Quelle crance pouvait-on donner ce mmoire qu'on n'hsita
-pas attribuer Beaujeu? Il parut assez srieux Amelot pour
-qu'il le transmt Campredon, en lui recommandant de le rendre
-public sans paratre y prendre part<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor">&nbsp;[617]</a>. Et, s'il y a dans ce factum
-quelque exagration quant aux ordres donns l'aventurier,
-les relations du duc avec Beaujeu ne sauraient faire aucun doute.
-Campredon fut mme de les certifier<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor">&nbsp;[618]</a>. Il est certain que
-<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span>
-Franois voulait absolument avoir la Corse: la couronne grand-ducale,
-qui lui tait promise, ne lui suffisait pas; il dsirait la
-rehausser du titre de roi. L'envoy franais Gnes put, en
-outre, fournir des renseignements, qui confirmaient les accointances
-de Beaujeu avec les plus hauts personnages de la cour
-autrichienne. Le moine dfroqu montrait un brevet d'aide de
-camp gnral, qui lui avait t dlivr par le prince Eugne. Au
-surplus, les papiers de ce dernier attestrent une dette de quatre-vingt
-mille florins contracte envers Beaujeu. La Banque de
-Vienne, au dbut de l'anne 1737, avait rembours cent mille
-cus l'aventurier, sous le vague prtexte de rcompense pour
-services rendus; mais Beaujeu avait exig que le contrat de
-remboursement stipult la nature vritable de sa crance, c'est--dire:
-argent prt pour la subsistance des troupes allemandes
-en Italie. L'aventurier avait encore reu une gratification
-de deux mille et quelques cents ducats. Cette
-gratification prouverait elle seule les relations de Franois
-avec l'ancien moine. On ne donne pas de l'argent aux gens
-qu'on n'emploie pas. Campredon affirmait aussi que les
-entretiens de cet individu avec le duc taient frquents.
-Beaujeu avait persuad au prince que la Corse avait jadis
-appartenu, en partie, la maison de Lorraine, et il se disposait
- partir pour Presbourg afin de poursuivre ses complots. Ce
-voyage confirmait les dires du mmoire que Campredon n'avait
-pas encore sous les yeux. Beaujeu ne se contentait pas de faire
- Franois des propositions que celui-ci acceptait, il voyait
-aussi l'Empereur en secret. Dans la <i>Retirade</i> impriale, il s'tait
-vant de connatre la capacit de tous les gnraux franais<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor">&nbsp;[619]</a>.
-Il s'tait mme excus auprs de Charles VI de n'avoir pas
-russi enlever l'infant Don Carlos son passage Pise, par
-suite de la dfection d'un officier qui lui avait promis trente
-<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span>
-hommes pour ce bon coup. Campredon disait qu'on pouvait
-s'attendre tout de la part d'un misrable rengat, sur la tte
-duquel on voyait encore les marques de la tonsure et qui paraissait
-tre trs fort en thologie<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor">&nbsp;[620]</a>.</p>
-
-<p>L'envoy de France fit, suivant les instructions qu'il avait
-reues, rpandre discrtement le mmoire de Beaujeu dans
-Gnes. Le comte Giucciardi, ministre imprial, vint trouver
-Campredon. Il amena la conversation sur cette nouvelle qu'il
-croyait invente, comme beaucoup d'autres, sachant qu' la
-cour de Vienne on est fort rserv donner croyance ces
-sortes de coureurs. Campredon rpliqua que Beaujeu tait un
-espion avr et qu' son retour de Guastalla, il n'avait vit la
-potence qu'en simulant la folie, grce la complaisance d'un
-chirurgien peu scrupuleux. Des lettres de Rome et de Vienne,
-que l'envoy de France avait lues, portaient que cet individu
-devait passer en Corse avec les propositions du duc pour
-les rvolts. Giucciardi rfuta ces choses trs faiblement,
-disant que si le gendre de l'Empereur avait quelque vue
-sur la Corse, ce serait pour empcher que l'le ne tombt
-en d'autres mains. En somme, les dngations du ministre
-imprial taient si embarrasses qu'elles quivalaient un
-aveu<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor">&nbsp;[621]</a>.</p>
-
-<p>En Corse, les chefs affirmaient que Thodore allait revenir
-avec Beaujeu et Boieri, colonel au service de l'Espagne. Ces
-trois personnages, d'aprs Orticoni, taient envoys par le duc
-de Lorraine. Ginestra, dont le fils devait, quelques mois plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span>
-tard, proposer au cardinal Fleury de lui vendre les secrets de
-Neuhoff, et Ciabaldini, taient alls Matra, chez Xavier, dit
-le marquis de Matra, pour l'avertir de cette arrive prochaine.
-Le fidle marquis avait fait prparer sa maison sans tarder<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor">&nbsp;[622]</a>.
-De son ct Giucciardi, pour donner le change, affirmait que
-Beaujeu et Thodore allaient s'embarquer ensemble pour la
-Corse<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor">&nbsp;[623]</a>.</p>
-
-<p>Mais ce n'taient l que des racontars. Franois voulait faire
-travailler Beaujeu pour lui seul; il n'entendait pas partager
-le trne avec le baron. Quant ce dernier, sortant
-peine des prisons d'Amsterdam, il tait occup soutirer de
-l'argent des juifs: besogne particulirement absorbante et
-dlicate.</p>
-
-<p>D'aprs un mmoire qui se trouve Gnes, Beaujeu avait
-servi en Corse sous le prince de Wurtemberg et le gnral
-Wachtendonck. Lorsque les Deux-Siciles furent donnes
-l'infant Don Carlos, le prince Eugne aurait charg Beaujeu
-de traiter avec les mcontents. L'le devait se mettre en rpublique
-sous la protection de l'Empereur. En arrivant Vienne
-pour rendre compte de sa mission Charles VI, le moine,
-devenu soldat et diplomate, fut appel par le duc de Lorraine.
-Le prince dclara sans ambages qu'il voulait tre roi de Corse.
-Il comptait sur Beaujeu pour satisfaire l'ambition qu'il avait de
-succder au baron Thodore. Il lui ordonna de ngocier cette
-affaire. L'aventurier fut, parat-il, fort tonn d'une pareille
-proposition. Il se rcria; il tait venu Vienne pour rendre
-compte de sa mission l'Empereur et non pour trahir sa confiance.
-Franois rpliqua que la chose lui paraissait fort simple.
-Beaujeu n'avait qu' y songer avant de faire savoir son arrive
-Sa Majest. Il y pensa, en effet, et revint trouver le duc. Les
-<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span>
-mystrieuses entrevues de la <i>Retirade</i> sont donc confirmes. Le
-moine dfroqu, en homme d'honneur, dclara qu'il ne pouvait
-pas manquer de parole l'Empereur. Il lui tait donc impossible
-de servir le duc. Celui-ci fut stupfait. Il recommanda le secret
- Beaujeu et lui donna quelques jours pour rflchir<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor">&nbsp;[624]</a>. Quand
-la conscience est en jeu, les rflexions sont inutiles. C'tait pour
-le prince une manire polie de demander l'aventurier le prix de
-ses scrupules. Pendant ce temps-l, Charles VI ngociait officiellement
- Paris les conditions de l'intervention franaise en
-Corse. Il est vrai que la politique de la <i>Retirade</i> tait bien
-diffrente de celle qu'laboraient les ministres. Sans cela, les
-deux cabinets auraient pu se confondre. Soudain, Beaujeu fut mis
-en prison, l'instigation du duc de Lorraine, disait-on, et
-sous le prtexte lastique d'affaire d'tat. On saisit tous ses
-papiers et on le condamna au secret le plus absolu<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor">&nbsp;[625]</a>.</p>
-
-<p>Beaujeu fut-il incarcr pour avoir refus de servir le gendre
-ou pour avoir tromp le beau-pre? Ce serait, dans ce cas, une
-victime de la <i>Retirade</i>; mais il y a tout lieu de croire que si
-le moine dfroqu fut mis en lieu sr c'est qu'il trahissait tout
-le monde. A la mort de Charles VI, Marie-Thrse le fit
-relcher. Il n'eut plus alors qu'une ide: se venger du duc de
-Lorraine. Il exera contre lui, en Toscane, le chantage le plus
-hont. Il alla ensuite proposer la Corse au Grand Turc et au
-Bey de Tunis. Les flibustiers, surgis des bas-fonds la suite de
-l'quipe de Thodore, avaient la marotte de faire prendre le
-turban aux Corses mcontents. En 1744, Beaujeu fut arrt
-Livourne la requte du gouvernement sarde. Franois de
-Lorraine, grand-duc de Toscane, qui n'avait pas oubli ses
-entretiens dans la <i>Retirade</i>, fit faire le silence autour du prisonnier.
-<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span>
-Il mourut chrtiennement en 1746 et fut enterr avec
-le mystre dont on avait entour sa dtention<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor">&nbsp;[626]</a>.</p>
-
-<p>Malgr son lvation au grand-duch, Franois, qui avait
-l'ambition ttue, songeait toujours la Corse. Seulement,
-dgot, pour le moment, des clients interlopes de la <i>Retirade</i>,
-il confia ses projets ses lieutenants. Wachtendonck, commandant
-des troupes autrichiennes en Toscane, dirigeait ces
-intrigues Livourne. Le gnral avait t un partisan fougueux
-de Gnes, dont il aimait passionnment les sequins<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor">&nbsp;[627]</a>.
-Il montrait un tel zle pour la rpublique qu'il signalait l'insuffisance
-des espions gnois Livourne et qu'il menaait bruyamment
-les amis de Thodore de la prison; mais il avait chang
-d'opinion.</p>
-
-<p>En 1740, il runissait des capitaines de navires anglais
-et les chefs des corses rebelles en des conciliabules secrets et
-nocturnes. Les confrences se tenaient au consulat britannique.
-Wachtendonck tait un homme imprudent et indiscret; il se
-donnait les allures d'un petit matre allemand, quoiqu'il ne
-ft plus en ge de l'tre. A force de conspirer chez le
-consul anglais, il tait devenu l'amant de sa femme<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor">&nbsp;[628]</a>. Sous
-prtexte de rtablir sa sant, il partit pour Pise. Dans ses quipages
-se trouvaient le consul d'Angleterre et sa femme. Cet
-article de bagage ne me surprend point, crivait Maillebois;
-mais, ce qui pouvait paratre au moins trange, c'tait une
-dmarche que le gnral et son ami avaient faite auprs des Corses
-rebelles bannis de l'le par les Franais pour les rassurer sur
-l'inquitude que ce dpart leur causait. Ils leur dclarrent, en
-outre, qu'ils auraient satisfaction avant peu de temps<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor">&nbsp;[629]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span>
-Pour que le gnral se compromt jusqu' faire de pareilles
-promesses, il fallait qu'il et reu des instructions formelles.
-Franois s'tant dbarrass de Beaujeu, peut-tre trop exigeant,
-se retournait vers Thodore. On avait prtendu que le gouvernement
-gnois, par l'entremise de Viale, son reprsentant
-Florence, aurait volontiers vendu la Corse au grand-duc, mais
-l'tat financier de celui-ci n'inspirait pas grande confiance<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor">&nbsp;[630]</a>.
-Plus tard, on parla de l'change d'une partie de la province de
-Massa, appartenant la Toscane, contre la Corse<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor">&nbsp;[631]</a>. Mais
-Franois voulait avoir l'le pour rien, ou du moins, bon
-march. Il pensait que ce serait moins coteux de payer un
-Thodore, un Beaujeu et quelques insulaires, que de ngocier
-avec les Gnois un achat ou un change.</p>
-
-<p>En 1740, on disait Florence que quinze mille fusils destins
- Thodore allaient arriver d'Allemagne. L'opinion que le grand-duc
-soutenait le baron tait si rpandue que les Corses
-affluaient Livourne. Il en venait de tous les cts et Lorenzi
-s'tonnait que la police permt une telle agglomration de gens
-accoutums toutes sortes de crimes et sans aveu<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor">&nbsp;[632]</a>. Une
-lettre de Vienne affirmait que Neuhoff insistait vivement auprs
-de Franois pour l'envoi de troupes impriales en Corse. Il
-s'engageait, moyennant ce secours, lui donner l'le. Le duc
-avait charg le baron d'obtenir l'appui de l'Angleterre, mais
-celui-ci n'avait pas pu russir dans ses dmarches. Trois ans
-plus tard, Thodore allait, avec la protection des Anglais, essayer
-de reconqurir la Corse, en mettant de ct le duc de Lorraine
-engag dans la guerre de la succession d'Autriche. Pour l'instant,
-Franois insistait auprs des ministres impriaux, qui lui taient
-dvous, afin de dcider l'Empereur envoyer des soldats dans
-l'le. Il offrait mme de prendre sa charge la plus grande partie
-<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span>
-des frais que cette expdition occasionnerait. Il recommandait
-Thodore d'entretenir, en attendant, la confiance de ses partisans<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor">&nbsp;[633]</a>.</p>
-
-<p>La mort de Charles VI, survenue quelques semaines plus
-tard<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor">&nbsp;[634]</a>, fit ajourner tous ces beaux projets.</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_258"> 258</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE VII</h2>
-
-<div class="hanging indent">
-<p>Thodore Cologne.&mdash;Entretien secret avec le Grand-Commandeur de
-l'Ordre Teutonique.&mdash;Correspondance de Neuhoff avec son beau-frre
-Gom-Delagrange.&mdash;Le roi de Corse veut traiter avec le roi de
-France.&mdash;Louis de Groeben.</p>
-
-<p>Thodore arrive en Mditerrane avec une escadre anglaise.&mdash;Horace
-Mann.&mdash;<i>Le mystre.</i>&mdash;Le <i>Vinces</i> en Corse.&mdash;Neuhoff en vue de
-son royaume.&mdash;Sa proclamation.&mdash;Il ne dbarque pas.&mdash;L'affaire
-du <i>Saint-Isidore</i>.&mdash;Protestation des Gnois.&mdash;Rponse du gouvernement
-anglais.</p>
-
-<p>Les entrevues secrtes de Mann avec Thodore.&mdash;Un diplomate ennuy.&mdash;La
-Cour de Turin.&mdash;Augustin Viale, rsident gnois en Toscane.&mdash;Mariani.&mdash;Les
-inquisiteurs de Gnes.&mdash;Ils dcident de faire tuer
-Thodore.&mdash;Scrupules de Viale.&mdash;Ses propositions.&mdash;San Cristofano.&mdash;La
-kabale de Pic de la Mirandole.</p>
-</div>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>Au mois de fvrier 1740, Thodore arriva Cologne. Son
-quipage consistait en deux chaises de poste et des chevaux de
-relais. Il se trouvait dans la premire avec trois individus vtus
- la prussienne. Il se fit conduire l'htel de la commanderie
-de l'Ordre Teutonique, chez son cousin, le baron de Drost.
-Sans descendre, il fit appeler le secrtaire de son parent.
-Celui-ci s'tant approch de la portire, Neuhoff dit ce seul
-mot: <i>Deuterum</i> (?). Le secrtaire introduisit aussitt le roi
-de Corse dans les appartements du Grand-Commandeur.
-Il tait suivi par l'un des trois personnages qui l'accompagnaient.
-Cet homme s'arrta dans l'antichambre, tandis que
-Thodore entretenait son cousin en secret. La conversation
-termine, Neuhoff regagna sa chaise avec mystre. Puis, les
-deux voitures disparurent sans qu'on ait pu dcouvrir o elles
-se rendaient. La seconde chaise tait hermtiquement close; on
-<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span>
-ne sut si elle contenait des voyageurs ou simplement des
-bagages.</p>
-
-<p>Le Grand-Commandeur, une religieuse de la famille Drost,
-un ami d'enfance, le baron Slein, furent les seules personnes que
-vit Thodore pendant son sjour Cologne. Il crivit et reut
-beaucoup de lettres. Il tait bien muni d'argent et entra en
-pourparlers avec un entrepreneur pour la confection de mille
-uniformes de soldats. Il affirmait que sa royaut avait un caractre
-aussi ineffaable que la prtrise.</p>
-
-<p>Il ne resta que trois semaines Cologne. Il en partit,
-le 29 fvrier, dans un fiacre de louage, accompagn par un seul
-domestique. Il dclara qu'il se rendait Dantzig pour y ngocier
-un embarquement. On apprit qu'il avait pass par Hanovre,
-se rendant Copenhague<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor">&nbsp;[635]</a>.</p>
-
-<p>Aprs sa visite Cologne, Thodore resta cach. On
-perd sa trace pendant quelques mois. Il se recueillait sans doute.</p>
-
-<p>L'exploitation commerciale de sa couronne ne lui avait donn
-que de maigres bnfices. Si les traitants hollandais s'taient
-laisss duper, il ne leur avait pas, vrai dire, extorqu autant d'argent
-qu'il l'et dsir. Il lui fallait maintenant essayer autre chose.
-Il allait tenter de l'escroquerie politique. Il esprait peut-tre
-russir tromper plus facilement des hommes d'tat que des juifs.</p>
-
-<p>D'abord, il dsirait traiter avec la France. Il s'tait
-adress dans ce but son beau-frre, Gom-Delagrange,
-conseiller au Parlement de Metz<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor">&nbsp;[636]</a>. Il lui avait envoy
-plusieurs lettres qui ne parvinrent pas destination. Il insista et
-crivit le 1<sup>er</sup> octobre 1740, afin de savoir au juste quelles taient
-les intentions de la France au sujet des Corses. Il faisait appel
- son bon c&oelig;ur pour avoir une prompte rponse. Il ne pouvait
-croire encore que Louis XV voult favoriser les Gnois et
-<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span>
-opprimer des innocents. Ses ennemis taient sans cesse ses
-trousses. Tout leur jeu, disait-il, est de me faire enlever mes
-lettres et d'envoyer des espions de papier contre moi. Puis,
-venaient les ternelles protestations et les mmes promesses
-pour les siens<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor">&nbsp;[637]</a>. Delagrange reut la lettre, cette fois, mais il
-rpondit son beau-frre qu'il ne lui convenait pas de se mler
-de ses affaires.</p>
-
-<p>Cette rponse ne plut pas au roi. Il tmoigna son beau-frre
-la surprise qu'elle lui causait: comme, crivait-il, s'il
-tait trs dlicat de se mler de mes affaires, terme que je ne
-m'attendais de personne, encore moins de vous, mes actions
-tant applaudies et respectes mme de l'ennemi. Il demandait
- son parent d'tre son intermdiaire auprs de la cour
-de France. Son rle n'tait pas achev et il se trouvait en
-mesure, plus que jamais, de refaire ce qu'il avait fait. Sa
-chre famille acquerrait donc gloire et mrite en entrant
-dans ses combinaisons. D'ailleurs, aucune puissance ne pouvait
-intervenir en Corse en dehors de lui. Outre son lection qui tait
-relle et juste, il possdait lgitimement presque toutes
-les terres au sud de l'le: c'taient les fiefs donns ses
-anctres en ligne droite ane. Ces fiefs taient dj, en
-931, entre les mains d'un Neuhoff, dernier vice-roi de Corse. La
-spulture de ce personnage se voyait encore Alria. J'ai
-fait caver et sous-terrer l'endroit, disait Thodore, et trouv et
-le dpt du corps et l'inscription de son nom, Neuhoff, avec nos
-propres armes<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor">&nbsp;[638]</a>. Mais il ajoutait bien vite: Enfin le dtail
-<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span>
-en serait trop long. Puis, il revenait sur sa royaut; elle tait
-et resterait intangible. On n'avait qu' respecter ses faits et
-gestes. Il ne se dpartirait jamais de ces sentiments. Mais,
-comme ses fidles sujets ne voulaient, en aucune manire, rentrer
-sous la domination gnoise, si le roi trs chrtien, en intervenant
-dans l'le, avait une autre intention, il devait s'expliquer avec
-lui. Il donnerait son concours Louis XV, car il n'avait qu'un
-but: maintenir ses prrogatives et assurer le bonheur des
-Corses. Son beau-frre devait donc obtenir, Versailles, des
-claircissements prcis et dfinitifs. L'heure tait venue o
-chacun voulait pcher dans l'eau trouble. Et, aprs tout ce
-qu'il avait fait, pouvait-on le croire rduit l'impuissance? Il
-faudrait qu'on ignort le sincre et inaltrable attachement des
-Corses son gard. Certes, il avait t trahi, mme par les
-siens. Son cousin germain, Jean-Frdric de Neuhoff, s'tait
-attir le mpris universel en quittant la Corse. Il ne lui pardonnait
-pas cette conduite lche<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor">&nbsp;[639]</a>. Son neveu, Jean-Frdric
-de Neuhoff, seigneur de Rauschenbourg, une belle baronnie
-sur la Lippe en Westphalie, avait bien tent une action
-srieuse dans l'le, mais il tait parti aussi<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor">&nbsp;[640]</a>. Thodore,
-pour l'instant, mettait toutes ses esprances sur le frre de ce
-dernier, un jeune homme trs rsolu. Quant celui qu'on appelait
-Drost dans les gazettes, il n'appartenait pas sa famille et
-avait usurp ce nom. C'tait un tratre et un espion soudoy
-par les Gnois. Le baron comptait partir au plus tt afin
-de saisir la premire occasion favorable de dbarquer en
-Corse et aussi pour mettre sa personne en sret. Gnes avait
-lanc ses trousses plusieurs assassins gags. A sept reprises,
-il avait reu du poison ou essuy des coups de feu. Les
-<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span>
-gens de l'ambassadeur de France, Venise, s'taient laisss
-suborner jusqu' tirer sur lui<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor">&nbsp;[641]</a>. Au mois de juillet, en Holstein,
-ceux qui le poursuivaient avaient pay leurs attentats avec la
-corde au gibet. Voil la guerre que Gnes sait mener. Mais la
-Providence le protgeait et il s'en remettait la justice divine
-pour chtier les coupables comme ils le mritaient. Ttu jusqu'
-la folie, il insistait encore pour que son beau-frre lui ft connatre
-les intentions formelles de la France. Soyez assur que
-je donnerai les mains tout, si ma rputation et le bien de mes
-peuples fidles ne sont lss, surtout qu'il ne s'agit de
-Gnes. Puis, aprs ses salutations affectueuses, il s'excusait
-en post-scriptum&mdash;prcaution ncessaire&mdash;sur son mal
-crire. Il avait chaque jour un nombre extraordinaire de lettres
- expdier; toutes les affaires lui passaient par les mains et il
-n'tait pas trs familiaris avec le style franais<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor">&nbsp;[642]</a>.</p>
-
-<p>Au lieu d'entamer des ngociations Versailles, Gom-Delagrange
-envoya les lettres de son beau-frre Amelot. Il
-manda au ministre qu'il avait dclar au baron de Neuhoff qu'il
-ne voulait pas intervenir dans ses affaires. Mais Thodore insistait
-pour qu'il entrt en pourparlers avec la cour et il jugeait
-cette proposition si ridicule qu'il se faisait un devoir de
-transmettre au gouvernement ces ptres. Il comptait ne pas
-y rpondre moins que le ministre ne lui donnt l'ordre
-contraire<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor">&nbsp;[643]</a>.</p>
-
-<p>Amelot remercia Gom-Delagrange et lui dit qu'il avait lu
-les lettres au cardinal Fleury. Son minence savait gr de
-l'attention; elle jugeait qu'il ne fallait faire aucun cas de ces
-crits et qu'il convenait de les laisser sans rponse<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor">&nbsp;[644]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span>
-Amelot avait retourn les lettres au conseiller. Quelques
-jours plus tard il les lui redemanda ayant, disait-il, quelques
-raisons de les voir encore<a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor">&nbsp;[645]</a>.</p>
-
-<p>Le beau-frre de Thodore renvoya les papiers<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor">&nbsp;[646]</a>. Cette fois,
-ils restrent dfinitivement entre les mains du ministre. Gom-Delagrange
-n'entendit plus parler de son royal parent.</p>
-
-<p>Louis de Groeben, ce capitaine prussien qui avait fidlement
-suivi Frdric dans son quipe travers les montagnes
-de l'le, tait Livourne au mois de septembre 1741. Les
-Gnois le surveillaient et leur consul, Gavi, un corse, homme
-capable de tout pour son intrt<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor">&nbsp;[647]</a>, intercepta deux de
-ses lettres. La premire tait crite Bigani, qui, force de
-conspirer avec Thodore et de le trahir, avait obtenu un poste
-important du roi des Deux-Siciles<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor">&nbsp;[648]</a>. Le capitaine, dsirant
-faire tenir une missive au baron, s'tait adress Groeben par
-l'intermdiaire d'un certain Giordani. Groeben mandait qu'il
-l'avait transmise au roi qui se trouvait alors Sienne, mais
-Sa Majest ne se htait pas de rpondre. Vous le connaissez,
-crivait le prussien, qu'il est paresseux pour crire.
-Puis, il flicitait son correspondant sur son avancement. Il
-regrettait de ne pouvoir aller visiter M<sup>lle</sup> Bigani au couvent,
-les rgles monastiques s'y opposant. Il s'occupait de lever des
-compagnies corses qui taient peu prs compltes. Les insulaires,
-voyant partir les troupes franaises, se soulevaient; avant
-six mois la rbellion serait gnrale<a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor">&nbsp;[649]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span>
-La seconde lettre de Groeben tait pour M<sup>me</sup> Franoise-Constance
-Fonseca, qui continuait, aprs sa s&oelig;ur, la correspondance
-avec les partisans de Thodore. Il suppliait la religieuse
-de dire son ami que le moment tait favorable pour agir
-nergiquement. S'il laissait fuir l'occasion, il ne la retrouverait
-plus. Il fallait mener cette action de fait et non par crit ou en
-paroles. S'il tardait paratre dans l'le avec des secours, un autre
-prendrait sa place; il devrait renoncer la couronne tout jamais.</p>
-
-<p>Les insulaires avaient fait une grande perte dans la personne
-de Wachtendonck, qui, hlas! tait mort<a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor">&nbsp;[650]</a>.</p>
-
-<p>Thodore ne se pressait pas. Il mrissait ses projets avec
-une sage lenteur. L'Europe tait alors engage dans la guerre
-de la succession d'Autriche. La Corse disparaissait au milieu
-de la conflagration gnrale, mais il pouvait esprer faire quelque
-fructueuse entreprise la faveur de ces conflits. Vers la fin
-de 1742, il se trouvait Londres, se prparant frapper un
-coup qu'il jugeait dcisif. Il y avait plus d'un an qu'on n'entendait
-plus parler de lui, lorsque soudain, au mois de janvier 1743, il
-apparut dans la Mditerrane sur un navire de Sa Majest
-britannique, <i>Le Revenger</i>, capitaine Barckley.</p>
-
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Parti d'Angleterre au mois de novembre 1742, <i>Le Revenger</i>
-arriva Livourne le 7 janvier 1743 aprs avoir touch
-Lisbonne et Villefranche<a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor">&nbsp;[651]</a>. Le gnral Breitwitz, commandant
-des troupes autrichiennes en Toscane, alla voir Thodore
-<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span>
-bord du <i>Revenger</i> avec Richecourt, vice-prsident du Conseil de
-Rgence, et Goldworthy, consul d'Angleterre Livourne. Un
-manifeste, que l'ancien roi devait lancer aux Corses, fut prpar
-dans cette confrence.</p>
-
-<p>Horace Mann, ministre de George II Florence, dclara
-qu'il tait totalement tranger cette affaire. Cette dclaration
-n'avait pas seulement un caractre diplomatique; chose qui
-peut sembler trange, elle tait l'expression de la vrit.</p>
-
-<p>Goldworthy s'tait excus auprs de son chef hirarchique
-de lui avoir cach l'arrive de Thodore dans les eaux toscanes.
-Pour justifier sa conduite, le consul allguait que son
-intention tait de mettre Mann au courant, mais que le capitaine
-Barckley s'y tait refus en disant que cela ne concordait pas
-avec ses instructions. D'ailleurs, le commandant en chef des
-forces anglaises dans la Mditerrane, l'amiral Matthews, ne
-connut l'affaire que par Thodore.</p>
-
-<p>Il y avait l une compromission que le ministre anglais
-n'osait pas avouer<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor">&nbsp;[652]</a>.</p>
-
-<p>Horace Mann reprsentait l'Angleterre depuis 1740 la cour
-du grand-duc de Toscane. Il avait succd Fane, un vieux
-fonctionnaire trs correct, qui poussait le respect du protocole
-jusqu' la dvotion. Ne s'tait-il pas alit pendant six semaines,
-en proie une vritable maladie, parce que le duc de Newcastle,
-lui crivant, avait termin sa lettre par les mots <i>Yours humble
-servant</i>, au lieu de <i>Yours very humble servant</i>, dont il se
-servait d'habitude!</p>
-
-<p>Mann tait un esprit dlicat, fin, lettr, diplomate l'excs.
-Un pointe d'humour relevait chez lui les qualits d'analyse et
-d'observation. Son style caustique, mais avec bonhomie, trahit
-le pessimisme aimable du XVIII<sup>e</sup> sicle.</p>
-
-<p>Pendant quarante-six ans, il demeura Florence, menant
-<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span>
-dans la <i>casa Manetti</i>, prs du pont <i>della Trinit</i><a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor">&nbsp;[653]</a>, l'existence
-d'un patricien florentin tout en restant un gentleman
-anglais. Il tait intimement li avec Horace Walpole, ce grand
-seigneur sceptique, dont la froide ironie aimait dissquer
-tous les ridicules.</p>
-
-<p>Horace Walpole tait venu Florence o il avait connu Mann
-en 1741. Aprs son dpart, une correspondance rgulire
-s'tablit entre eux. Elle dura quarante-six ans, jusqu' la mort
-du diplomate. Les deux amis ne se revirent pourtant jamais. Il
-n'y a pas d'exemple pareil dans l'histoire de la poste, disait
-Walpole.</p>
-
-<p>Lorsque <i>Le Revenger</i> arriva Livourne, au mois de janvier
-1743, avec le mystre que l'on sait, le ministre anglais se
-posa cette question: Quel est le personnage qui se trouve
-incognito bord? Les noms les plus fantaisistes circulaient.
-tait-ce le roi de Sardaigne, l'amiral Matthews, Thodore de
-Neuhoff, ou bien..... Robert Walpole, le pre d'Horace<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor">&nbsp;[654]</a>? On
-ne tarda pas savoir que ceux qui mettaient en avant le nom
-de Thodore avaient seuls raison. Du reste, le secret tait
-largement divulgu. Goldworthy en avait fait la confidence
-tout le monde, sauf Mann, son chef.</p>
-
-<p>Cette incorrection du consul fit la joie de Walpole et,
-son tour, il confia son ami, sous le sceau du secret, que
-le mystrieux passager du <i>Revenger</i> n'tait pas sir Robert
-Walpole<a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor">&nbsp;[655]</a>.</p>
-
-<p>Mann avait surtout pour mission de surveiller, en Italie et
-principalement en Toscane, les menes du prtendant Stuart.
-Nanmoins, pour sa gouverne, il et dsir connatre les ides
-du ministre anglais au sujet de Thodore.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span>
-Dans toutes ses lettres Horace Walpole, il lui parle du
-<i>mystre</i>. Le <i>mystre</i> ou bien le <i>fantme</i> (the ghost), tels sont les
-noms de convention dont il affuble le prtendant au trne de
-Corse, tandis que l'amiral Matthews ne cessera d'tre <i>Il furibondo</i>.
-C'est d'ailleurs le sobriquet que lui avait fait donner, en
-Italie, son caractre born et irascible.</p>
-
-<p>Mann envoya son ami le manifeste de Neuhoff, dont
-quelques exemplaires circulaient dans Florence. Je vous
-remercie de la dclaration du roi Thodore, rpondit Walpole,
-je lui souhaite succs de tout mon c&oelig;ur. Je dteste les Gnois;
-ils ont fait d'une rpublique la plus diabolique de toutes les
-tyrannies<a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor">&nbsp;[656]</a>.</p>
-
-<p>Mais, pendant cet change de lettres, les vnements avaient
-march. Aprs s'tre concert avec Goldworthy et les reprsentants
-du grand-duc, Thodore se disposa regagner son
-royaume. Dans la nuit du 18 janvier, un vaisseau anglais, <i>Le
-Vinces</i>, portant cinquante canons, tait parti pour la Corse
-emmenant le secrtaire du roi. Cet individu devait prparer
-le retour de Sa Majest dans ses tats; il portait des lettres
-plusieurs chefs<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor">&nbsp;[657]</a>.</p>
-
-<p><i>Le Vinces</i> apparut au large de l'le Rousse le 19, vers le
-soir. Aprs avoir salu la tour, le capitaine envoya les papiers
-et convoqua les chefs de la Balagne.</p>
-
-<p>Thodore accordait une amnistie gnrale pour les offenses
-qui lui avait t faites pendant son rgne, et il annonait son
-retour en Balagne pour le 26 janvier. Quelques habitants de Monticello
-montrent bord pour avoir des fusils et des balles. Aprs
-cette distribution, un officier dbarqua. Bel homme, une barbe
-naissante au menton, vtu l'anglaise, il parlait latin pour se
-faire comprendre. Il dclara aux Corses que les vnements
-<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span>
-les plus heureux pour eux allaient arriver. Il leur demanda
-s'ils taient toujours en rvolte ou bien s'ils reconnaissaient
-la domination gnoise. Dans le premier cas, taient-ils
-disposs recevoir leur roi? Selon leur rponse, celui-ci viendrait
-bientt pour les secourir avec des armes et des munitions. Les
-insulaires, gens peu spculatifs, n'avaient pas grande confiance;
-nanmoins, ils dirent qu'ils accueilleraient volontiers Thodore
-et ils prirent l'officier de lui faire connatre leurs bonnes dispositions.
-Les lettres royales furent expdies dans la montagne
-avec quelques fusils et il fut dcid qu'une assemble se tiendrait
-le dimanche suivant afin de dlibrer sur ces choses. Ayant reu
-les dclarations des chefs, le btiment mit la voile pour
-Livourne. L'officier anglais resta terre<a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor">&nbsp;[658]</a>.</p>
-
-<p>Thodore n'avait pas dbarqu Livourne; de la ville, on
-pouvait le voir se promener sur le pont du <i>Revenger</i>. Des Corses,
-excits par cet vnement, accouraient pour se mettre la disposition
-de leur roi. Parmi les plus enrags, se trouvaient le
-prvt de Zicavo et le frre du prtre Croce. On recommandait
- tous les insulaires de se tenir prts embarquer sur le
-btiment anglais. Gavi, le consul de Gnes, trs alarm, avait
-fait armer un bateau pour aller, au premier signe, Bastia,
-informer le gouverneur. Les ngociants anglais affirmaient
-que Thodore n'attendait que le retour du <i>Vinces</i> pour
-mettre la voile. Le 30 janvier, onze heures du soir,
-Gavi fit partir sa felouque, car il venait d'apprendre que
-les Corses s'taient embarqus avec leurs bagages<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor">&nbsp;[659]</a>. <i>Le
-Revenger</i>, portant soixante-dix canons, et <i>Le Salisbury</i>, arm de
-cinquante pices, avaient, en effet, mis la voile dans la nuit du
-<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span>
-29 au 30 janvier. Plusieurs autres vaisseaux de guerre anglais
-se trouvaient dj dans les eaux corses. La flotte comprenait
-ainsi dix ou douze units<a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor">&nbsp;[660]</a>. Le roi Thodore rentrait en grande
-pompe dans son royaume sous le couvert du pavillon britannique;
-on prtendait qu'il avait les poches bien garnies, ayant
-reu vingt mille livres sterling Londres<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor">&nbsp;[661]</a>, chose qui n'aurait
-pas nui son prestige. On disait aussi que Michel Jabach,
-chez qui avaient t consigns dix-huit canons de fer fin faisant
-partie de la cargaison du <i>Yong-Rombout</i> aprs la tentative
-avorte de 1738, avait reu de Hollande l'ordre de tenir ces
-pices la disposition de Neuhoff. Le prince d'Orange avait
-approuv tout cela. Mais les ngociants hollandais, n'oubliant
-jamais leurs intrts, avaient stipul que les canons devaient
-tre remis au roi en change d'huiles, pour une valeur quivalente<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor">&nbsp;[662]</a>.</p>
-
-<p>La flotte portant Thodore parut devant l'le Rousse le
-1<sup>er</sup> fvrier. Le peuple se rassembla sur la plage pour avoir,
-comme toujours, des fusils et des balles. Une chaloupe aborda
-et dbarqua un baril de poudre et quelques boulets. Puis, deux
-officiers descendirent terre et rejoignirent leur camarade, qui
-tait rest aprs le dpart du <i>Vinces</i>. Les trois officiers dirent
-alors que si les Corses taient toujours anims de bonnes intentions,
-les principaux devaient se rendre sur <i>Le Revenger</i> pour
-rendre hommage au roi. Les chefs vinrent aussitt complimenter
-Thodore; et cette crmonie termine, ils regagnrent la terre.
-Aprs leur dpart, la flotte mit la voile, car le souverain
-voulait faire le tour de l'le pour s'assurer des dispositions des
-peuples. Les Anglais dclarrent aux chefs, un peu ahuris par
-<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span>
-ce dpart si prompt, que Thodore, aprs cette tourne, dbarquerait
-avec des hommes, des armes et des munitions. Aid par
-l'Angleterre et les puissances allies, il ferait le bonheur de
-ses sujets<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor">&nbsp;[663]</a>.</p>
-
-<p>Pour appuyer ces dclarations, Neuhoff, avant son dpart,
-lana son dit prpar d'avance Livourne aprs entente
-avec le consul anglais et les autorits grand-ducales. Cette
-proclamation tait date de Santa Reparata de Balagne, le
-30 janvier 1743, la septime anne de son rgne. Il comptait&mdash;nous
-l'avons vu&mdash;arriver dans les eaux corses avant cette date.
-Cet crit fort long, mais d'un style noble, dbutait par une
-action de grces envers la Providence. Malgr les monstrueuses
-infamies et les noirs complots de ses ennemis les Gnois,
-malgr aussi les procds iniques et diaboliques des chefs
-corses, il avait russi rentrer dans son royaume avec les
-secours ncessaires. Il tait persuad que les insulaires avaient
-ouvert les yeux, et, plein de confiance dans ses sujets, qui jadis
-lui avaient jur fidlit, il venait eux. Voulant donner une
-preuve de sa souveraine et paternelle clmence, il accordait le
-pardon pour tous les attentats commis contre sa personne
-royale, contre ses droits et contre le bien public du royaume.
-Cependant, il excluait de cette amnistie les infmes sicaires
-qui avaient assassin le trs affectionn gnral, comte Simon
-Fabiani, dont la mmoire tait bnie, et les parjures, flons et
-tratres: Hyacinthe Paoli, le chanoine rasme Orticoni et le
-prtre Grgoire Salvini. Ces hommes taient non seulement
-jamais bannis de l'le, mais leurs biens taient confisqus
-au profit des veuves et des orphelins laisss par les sujets fidles,
-morts en dfendant les droits du roi et de la patrie. Thodore
-vouait le nom de ces bandits l'excration de la postrit
-et, s'ils osaient remettre les pieds en Corse, la mort la
-<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span>
-plus ignominieuse qu'on pourrait inventer leur tait rserve.
-Tous ceux qui protgeraient les susdits bandits seraient galement
-punis de mort. Les Corses qui, en Italie, servaient
-Naples et l'Espagne devaient rentrer sous son obissance dans
-le dlai de six semaines, ceux qui se trouvaient en France et
-en Espagne dans celui de trois mois, sous peine de voir leurs
-biens confisqus, toujours au profit des veuves et des orphelins.
-Par contre, il ordonnait aux insulaires attachs au duc de
-Lorraine, grand-duc de Toscane, de continuer tmoigner
-S. A. R. leur zle et leur dvouement, car il entendait donner
-aide et assistance, dans la plus grande mesure, la reine de
-Hongrie et de Bohme<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor">&nbsp;[664]</a> pour la dfense des tats qu'elle
-tenait de son auguste pre, l'Empereur. Les Corses attachs
-au Souverain Pontife et la rpublique de Venise, avaient,
-les premiers, un mois, et les seconds trois mois pour faire
-leur soumission. Quant ses sujets qui n'avaient pas craint
-d'embrasser l'indigne parti de Gnes, un jour de rmission
-tait accord ceux qui se trouvaient dans les places injustement
-dtenues par l'ennemi, et huit jours ceux qui sjournaient
-sur le territoire de la rpublique. Il promettait pleine et
-entire amnistie tous les gars qui rentreraient dans le
-royaume pour concourir la dfense de la patrie. Il les
-emploierait selon leurs capacits. Il esprait que cet appel
-l'union ne serait pas vain et que tous viendraient se ranger sous
-son tendard. Il ordonnait enfin que cet dit, crit de sa
-propre main, muni du sceau royal, ft lu et affich dans tout le
-royaume<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor">&nbsp;[665]</a>.</p>
-
-<p>Cette proclamation, qui avait t, disait-on, imprime Pise,
-par les soins du docteur Sauveur Olmetta, fut rpandue non
-<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span>
-seulement en Corse mais aussi en Italie. On le vendait dans les
-rues de Livourne<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor">&nbsp;[666]</a>.</p>
-
-<p>Aprs avoir reu l'hommage des chefs sur <i>Le Revenger</i>,
-Thodore quitta ce navire et prit passage sur <i>Le Folkestone</i>,
-capitaine Balchen. Les btiments se sparrent. L'un d'eux
-se rendit Ajaccio, un autre, celui sur lequel se trouvait le
-roi, sans doute, dposa quelques munitions Campo-Moro.
-Sa Majest, du reste, ne mit jamais le pied terre<a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor">&nbsp;[667]</a>. Elle
-demeura prudemment bord. C'tait ce qu'Elle appelait
-rentrer dans ses tats. D'ailleurs, Thodore faisait toujours les
-plus belles promesses. Il attendait sept vaisseaux anglais
-et hollandais portant un chargement complet d'armes et de
-provisions. Deux de ces navires taient dj arrivs Port-Mahon
-et il dbarquerait aussitt qu'il aurait rassembl sa
-flotte<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor">&nbsp;[668]</a>.</p>
-
-<p>Le 10 fvrier, <i>Le Folkestone</i> revint l'le Rousse avec
-Thodore et les chefs balanais. Ceux-ci allrent terre avec tout
-un arsenal: fusils, sabres, pistolets, cartouches, balles et
-poudre. Quelques dserteurs allemands, qui se trouvaient en
-Balagne, furent enrls et embarqus. Vingt-deux franais se
-prsentrent aussi, mais le roi les refusa parce qu'ils taient
-catholiques, lui, qui entendait plusieurs messes par jour! Pour le
-moment, il s'agissait de plaire aux anglais protestants. Quelques
-bateaux chargs d'huile furent capturs et renvoys vide avec
-leurs quipages. Puis, Thodore profita de ce qu'il tait en
-sret pour accomplir un acte nergique. Il crivit au capitaine
-Bertelli, commandant la tour et le fortin de l'le Rousse, pour le
-prier de dcamper<a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor">&nbsp;[669]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span></p>
-
-<p class="titel">Monsieur,</p>
-
-<div class="blockquote">
-<p>Au reu de la prsente, Votre Seigneurie vacuera la tour
-et le fortin de l'le Rousse, et enverra cet effet deux otages
- Monticello. Je promets sur ma parole que Votre Seigneurie,
-ses officiers et ses soldats auront la libert de se retirer avec
-leurs armes et baonnettes, qu'ils ne seront pas molests et qu'ils
-pourront s'embarquer pour le continent avec leurs bagages. Si
-vous voulez attendre l'attaque, sachez qu'il ne sera fait aucun
-quartier.</p>
-
-<p>Quant aux officiers et soldats qui voudraient rester notre
-service, nous les accueillerons et nous leur donnerons mme de
-l'avancement.....<a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor">&nbsp;[670]</a></p>
-</div>
-
-<p>Le commissaire gnois, affol devant cette sommation,
-ordonna aussitt au capitaine de se retirer. Le brave commandant
-ne se le fit pas dire deux fois; il se hta de dguerpir avec
-armes, bagages et provisions. Cette retraite stupfiante donna
-penser que Thodore pouvait bien tre de connivence avec la rpublique.
-Il est certain que le roi et les Gnois taient parfaitement
-d'accord pour fuir les uns devant les autres. Mais Neuhoff se
-vanta, aprs cela, de prendre Calvi sans coup frir, pour en
-faire la base de sa domination. Nanmoins, son ardeur belliqueuse
-en resta l. Voyant, ds le 11, que le gros de la
-flotte ne l'avait pas suivi, il fit mettre la voile pendant la
-nuit<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor">&nbsp;[671]</a>.</p>
-
-<p>Le 14 fvrier, <i>Le Folkestone</i> parut devant Livourne. Le
-capitaine Balchen envoya aussitt une lettre de Thodore
-Breitwitz pour demander des secours. En attendant les ordres
-du grand-duc, le navire retourna dans les eaux corses portant
-toujours le roi<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor">&nbsp;[672]</a>, qui aimait fort admirer son royaume
-<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span>
-en se promenant sur le pont d'un vaisseau. <i>Le Folkestone</i>
-s'en vint Ajaccio o les navires anglais se prparaient
- commettre un attentat, que seule leur supriorit numrique
-justifiait. Il s'agissait de dtruire un btiment de guerre
-espagnol, <i>Le Saint-Isidore</i>. Cet attentat fut prmdit. Ds
-le 6 fvrier, Gavi, le consul gnois Livourne, signalait
-son gouvernement l'intention des Anglais<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor">&nbsp;[673]</a>. Le 10, lorsque
-<i>Le Folkestone</i> se trouvait devant l'le Rousse, parmi toutes
-les vantardises destines sduire les insulaires, Thodore
-avait lanc celle de brler le navire espagnol<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor">&nbsp;[674]</a>. Par extraordinaire,
-les dires de Sa Majest reurent confirmation. Il est
-vrai qu'il s'agissait d'une vilaine action commettre.</p>
-
-<p>Le 28 fvrier, l'escadre anglaise se trouvait dix milles
-d'Ajaccio. Une chaloupe se dtacha et amena terre le secrtaire
-de Neuhoff qui, sur-le-champ, alla confrer avec le gouverneur.
-Ce dernier autorisa l'individu reconnatre le camp et les magasins
-de marine que les Espagnols possdaient terre. Il fournit
-mme deux officiers de la garnison, les frres Giannetti, pour
-faciliter cette reconnaissance. Quand elle fut acheve, la
-chaloupe rejoignit la flotte.</p>
-
-<p>Dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 mars, les btiments anglais s'approchrent
-de terre. Il y avait deux navires de haut bord et une
-frgate de quarante canons. Le lendemain matin, un vaisseau de
-ligne se joignit aux autres, tandis que <i>Le Folkestone</i>, avec
-le roi, se tenait au large. L'escadre, avanant toujours, arriva
- une porte de fusil du <i>Saint-Isidore</i>. Une chaloupe avec
-un officier accosta le navire espagnol et somma le commandant,
-le chevalier de Lage, de se rendre sans tarder, sinon il ne
-serait fait aucun quartier ni lui, ni son quipage. Le
-chevalier rpondit qu'on ne faisait pas une pareille proposition
- un homme comme lui; il connaissait son devoir. Capitaine
-<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span>
-d'un vaisseau de Sa Majest catholique, il saurait se dfendre.
-Les Anglais pouvaient faire ce qu'ils voulaient: il ne se rendrait
-pas. Aussitt que l'embarcation du parlementaire se fut loigne,
-de Lage fit donner toute son artillerie contre les navires
-ennemis. Celui qui portait le commandant de l'escadre fut
-trs maltrait. Il perdit un mt et reut une large blessure
-dans le flanc avec huit pieds d'eau dans la cale; il lui
-fut dsormais impossible de man&oelig;uvrer. Le chevalier, voyant
-le bon effet de son tir, s'apprtait le renouveler lorsqu'il
-s'aperut que la flotte anglaise l'entourait, s'apprtant
-cribler son navire. Il courait le danger de sacrifier son quipage
-et de voir les ennemis capturer son btiment. Il fit faire
-une nouvelle dcharge et ordonna ses hommes de quitter
-le bord. Les matelots et lui-mme se sauvrent la nage,
-aprs avoir mis le feu au <i>Saint-Isidore</i>, qui fut bientt tout
-en flammes. Trente marins se noyrent; cinq autres furent
-tus par le canon. Le gouverneur refusa au chevalier et
-ses hommes, un asile dans la place. De Lage se retira, pendant
-la nuit, dans la montagne. Les Anglais ne purent prendre qu'une
-pave fumante. A l'abri des coups, Thodore, sur <i>Le Folkestone</i>,
-assistait cette glorieuse quipe<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor">&nbsp;[675]</a>.</p>
-
-<p>Pendant ce temps, les chefs de la Balagne consultaient
-leurs docteurs en thologie pour savoir si l'on devait recevoir le
-roi. Comme les thologiens corses taient les plus exalts
-parmi les rebelles, on pensait que leur avis serait favorable
-Thodore<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor">&nbsp;[676]</a>. Mais celui-ci prfrait exercer son autorit royale
- distance; il ne dbarqua pas. Il est vrai que l'enthousiasme
-de certains n'tait pas partag par les populations. Il y avait en
-Corse un parti trs important pour l'infant Don Philippe d'Espagne,
-<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span>
-et le fait d'arriver sous le couvert du pavillon anglais ne
-pouvait pas rendre la popularit au roi, surtout pour la question
-de religion<a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor">&nbsp;[677]</a>. Vers le milieu de mars, <i>Le Folkestone</i> ramena
-Neuhoff dans les eaux toscanes, cette fois-ci dfinitivement. Le
-capitaine Balchen le fit dposer, dans la nuit du 16 au 17,
-l'embouchure de l'Arno, o Richecourt, le vice-prsident du
-Conseil de rgence, vint confrer avec lui<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor">&nbsp;[678]</a>.</p>
-
-<p>On disait que les Anglais avaient t promptement dsabuss
-sur le compte de Thodore, qui leur avait promis des choses
-qu'il ne pouvait pas tenir. On prtendait aussi qu'ils s'taient
-servis du baron comme d'un pouvantail, l'usage des
-Gnois, pour les empcher de protger le <i>Saint-Isidore</i> et
-que toute cette leve de boucliers, la plus indcente qu'ait
-jamais faite une couronne, n'avait pour point de vue que
-de brler ou de prendre le vaisseau espagnol dans le port
-d'Ajaccio et sous le canon de la forteresse sans qu'elle s'y
-oppost, et que cette affaire tant consomme par le parti que
-M. de Lage a pris de donner feu son vaisseau, Thodore
-leur est devenu inutile et ils ont pris le parti de s'en dbarrasser
-cavalirement. On prsumait que Neuhoff, aprs avoir t si
-piteusement abandonn sur la plage italienne par ses bons amis
-les Anglais, irait continuer ailleurs le roman de sa vie<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor">&nbsp;[679]</a>.</p>
-
-<p>Gavi, le consul de Gnes Livourne tait corse; homme
-trs habile, d'ailleurs, et capable de tout faire pour son intrt. Il
-tait trs li avec Richecourt et il frquentait dans l'intimit les
-plus chauds partisans de Thodore en Toscane. Il pouvait ainsi
-renseigner utilement son gouvernement sur toutes les intrigues.
-C'tait un agent prcieux<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor">&nbsp;[680]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span>
-La rpublique de Gnes fut trs alarme de cette nouvelle
-quipe. Elle paraissait plus srieuse que les prcdentes.
-N'tait-elle pas, en effet, ouvertement protge par l'Angleterre?
-L'envoy gnois, Turin, dans un entretien avec le marquis
-d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel III, se plaignit des
-man&oelig;uvres anglaises en Corse, car, malgr sa rserve, on
-considrait le roi de Sardaigne comme l'alli des Autrichiens
-et des Anglais. D'Ormea rpondit en rcriminant plus fort
-contre les Anglais.</p>
-
-<p>tant donn les relations amicales qui existaient entre
-George II et Charles-Emmanuel, d'Ormea n'admettait pas que
-la cour de Londres formt un projet quelconque sur la Corse
-sans y faire participer son matre. Cette rponse tait une
-dfaite, mais elle ne manquait ni d'habilet ni d'arrogance. La
-rpublique n'en fut pas dupe, et si des doutes subsistaient
-encore dans son esprit, au sujet de l'appui, tout au moins tacite,
-donn par le roi de Sardaigne aux entreprises anglaises, cette
-conversation tait de nature les faire vanouir.</p>
-
-<p>Jonville, qui donnait Amelot le rsum de cette confrence,
-terminait par cette apprciation: Peut-tre les Gnois
-sont-ils d'intelligence sur le projet en question avec les Anglais
-et ce qui me le fait penser, c'est que cette rpublique sentant
-que la Corse est la cause de sa ruine, et que les peuples de cette
-le ne se soumettront jamais la rpublique, elle voudrait peut-tre
-trouver le moyen de vendre ou d'changer cette le et pour
-ne pas nous donner occasion de nous plaindre, elle est capable
-d'avoir conseill aux Anglais de s'en rendre matres<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor">&nbsp;[681]</a>.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, la rpublique protesta officiellement auprs
-de George II contre le concours prt Thodore par les
-btiments anglais; pour faire disparatre en France tout soupon
-de mauvaise foi, Doria, envoy gnois auprs de Louis XV,
-remit Amelot une copie de la protestation. Cet crit faisait
-<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span>
-l'historique de l'intervention franaise avec la garantie de
-l'Empereur, puis il relatait les incidents de l'arrive de Neuhoff
-en Corse accompagn par une escadre anglaise. Il jugeait
-l'dit de l'aventurier, dat de la septime anne de son rgne,
-sditieux et injurieux pour les couronnes de l'Europe<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor">&nbsp;[682]</a>.</p>
-
-<p>Amelot, aprs avoir lu cette note, trouva les arguments des
-Gnois bien fonds. Et je ne sais pas, crivait-il Jonville,
-comment les Anglais s'y prendront pour pallier aux yeux de l'Europe,
-je ne dis pas mme justifier, une entreprise aussi odieuse<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor">&nbsp;[683]</a>.</p>
-
-<p>La Cour de Londres n'tait pas embarrasse pour si peu.
-Newcastle rpondit le 17 mars Gastaldi, envoy de Gnes en
-Angleterre, que tout ce qui s'tait pass avait t fait non
-seulement sans l'ordre du roi, mais contre ses intentions.
-Le ministre promettait de faire ouvrir une enqute, afin que Sa
-Majest tant pleinement informe du cas, puisse prendre, cet
-gard, les mesures qu'elle jugera propos<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor">&nbsp;[684]</a>. Les enqutes
-valaient cette poque ce qu'elles valent aujourd'hui. Cette
-rponse tait une fin de non recevoir rdige en termes diplomatiques.</p>
-
-
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>On riait en Italie&mdash;ailleurs qu' Gnes&mdash;des aventures
-de Thodore. L'amiti inconsidre que Breitwitz lui avait
-tmoigne faisait dire aux plaisants que le baron tait le
-chevalier protecteur de Marie-Thrse. Les gens plus srieux
-regrettaient que la reine de Hongrie et choisi comme alli ce
-roi de comdie<a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor">&nbsp;[685]</a>. La lourdeur tudesque de Breitwitz finit par
-<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span>
-s'mouvoir de ces pigrammes. Comme les autres, il renia
-Neuhoff. Il avait remarqu, disait-il, que c'tait un babillard
-qui se flattait de bien des choses qui taient chimriques<a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor">&nbsp;[686]</a>.</p>
-
-<p>De l'embouchure de l'Arno, Thodore se rendit Florence
-et sa premire visite fut pour Breitwitz. Le gnral autrichien
-avait d'autant plus peur de se compromettre que le baron avait
-chou piteusement dans sa dernire tentative. A quoi bon voir
-cet incorrigible hbleur? Il fit dire par son valet l'aventurier
-que, se trouvant incommod, il ne pouvait pas le recevoir,
-mais qu'il l'engageait aller trouver le rsident anglais pour
-l'entretenir de ses affaires.</p>
-
-<p>L'amiral Matthews&mdash;<i>il furibondo</i>&mdash;de son ct, criait
-bien fort qu'il n'entrait pas dans les intrigues de Thodore<a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor">&nbsp;[687]</a>.
-Personne ne voulait plus connatre ce misrable qui n'tait pas
-capable de russir.</p>
-
-<p>Mann tait toujours dans la plus complte ignorance. Il
-pressa son ami Walpole de le renseigner. Celui-ci ne put lui
-fournir aucune donne prcise. Il n'avait entendu dire que des
-banalits au sujet du <i>mystre</i>. L'aventurier avait expdi
-plusieurs de ses prospectus en Angleterre et envoy une couronne
- lady Lucy Stanhope<a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor">&nbsp;[688]</a>, dont il tait tomb amoureux
-pendant son dernier sjour en Angleterre<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor">&nbsp;[689]</a>.</p>
-
-<p>Lorsque cette lettre arriva, Horace Mann s'tait rendu chez
-Thodore. Cette entrevue eut lieu le 18 mars, c'est--dire
-aussitt aprs l'arrive du baron. Nous avons vu, en effet, que
-le capitaine Balchen l'avait dbarqu dans la nuit du 16 au
-17 mars. Neuhoff, suivant le conseil que Breitwitz lui avait
-donn par l'intermdiaire de son laquais pour s'en dbarrasser,
-tait donc entr en rapports avec Mann, peine arriv Florence.
-<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span>
-Le diplomate a laiss dans sa correspondance le rcit de sa
-confrence secrte et nocturne avec l'aventurier.</p>
-
-<p>Il sortit seul, pied, recouvert d'un manteau, une lanterne
-sourde la main, comme un tratre de mlodrame. Tout
-d'abord, il jeta dans la rue un regard inquiet pour voir si aucun
-&oelig;il indiscret ne l'piait. Rassur de ce ct, il longea l'Arno,
-puis il s'engagea dans les ruelles sombres, rasant les murs,
-vitant les passants attards. La dignit anglaise recevait un
-rude assaut. Je ne suis pas habitu cette faon d'agir et ne
-l'approuve pas<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor">&nbsp;[690]</a>.</p>
-
-<p>L'entrevue avec le <i>fantme</i> dura quatre heures. Thodore,
-qui avait de l'imagination, raconta beaucoup de choses. Il
-prtendait tre l'oncle de lady Yarmouth; il se disait l'ami
-intime de lord Carteret; mais celui des grands seigneurs anglais,
-qui lui tmoignait le plus d'attachement et s'intressait plus
-particulirement ses actions, tait lord Orford, le propre pre
-d'Horace Walpole.</p>
-
-<p>Thodore rapporta Mann un fait qui pouvait en quelque
-sorte justifier sa liaison avec lord Carteret. Ce dernier lui
-aurait dit que lady Walpole avait pri un personnage de
-Hanovre de demander au roi d'Angleterre de la prendre en
-piti. Le diplomate fut surpris et l'arrta, en rpliquant que
-Sa Majest tait trop juste pour se mler d'affaires prives.
-Neuhoff faisait allusion au bruit qui courait en Toscane que lady
-Walpole tait la matresse de Richecourt. Les circonstances
-dont l'aventurier appuya son rcit persuadrent Mann qu'il
-disait presque la vrit<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor">&nbsp;[691]</a>.</p>
-
-<p>Il fallait que Thodore possdt une forte dose d'inconscience
-ou d'audace pour affirmer de pareilles choses. D'ailleurs,
-pour appuyer ses dires, il remit Mann une lettre adresse
-lord Carteret. Le rsident anglais promit d'envoyer la missive
-<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span>
- Londres par le premier courrier. Il pensait que si le ministre
-rpondait, cela lui donnerait enfin la clef du mystre.</p>
-
-<p>Mais, en attendant des instructions de Londres, ou tout au
-moins des nouvelles, Mann essaya de s'clairer sur place. Il revit
-Thodore. Le spirituel ambassadeur mettait dans ses rapports
-avec le baron un certain dilettantisme, agissant en homme
-sceptique et froid. Il croyait tre assez sr de lui-mme
-pour ne pas se livrer. Par contre, Neuhoff tait intarissable.
-Il prtendait que l'entreprise avait chou par la faute des
-officiers subalternes de la flotte et Mann pensa qu'il pouvait
-avoir raison si le roi d'Angleterre et ses ministres eussent donn
-l'ordre positif au commandant de la petite escadre de soutenir
-le roi de Corse. Il crivit l'amiral Matthews<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor">&nbsp;[692]</a>.</p>
-
-<p><i>Il furibondo</i> ne savait rien non plus, car cette affaire avait
-cela de particulier que les chefs taient moins bien renseigns
-que les infrieurs. Mann jugea que le mieux tait d'attendre.
-Mais Thodore tenait son confident; il n'allait pas le lcher
-ainsi.</p>
-
-<p>Ce dernier n'avait plus un instant de repos. Le baron
-lui crivait des lettres d'une longueur effrayante. Rien n'galait
-sa prolixit, si ce n'est son criture dtestable, mal forme,
-comme les ides qu'laborait son cerveau. Il fallait se livrer
-un vritable travail pour dchiffrer ses ptres vraiment par
-trop frquentes. Dans une seule journe, Mann en reut quatre.
-Il y avait l de quoi nerver le plus flegmatique des diplomates
-anglais. Le rsident trouvait qu'il payait cher sa curiosit.</p>
-
-<p>Il ne tarda pas tre fatigu des incessantes importunits
-dont Neuhoff l'accablait. Il me rend compltement fou,
-crit-il, car je ne peux rien faire pour lui, ne connaissant de
-ses affaires que ce qu'il m'en dit. C'est un visionnaire au dernier
-degr. Du reste, Carteret et Newcastle ne lui rpondirent
-jamais au sujet de Thodore.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span>
-M par un sentiment de piti et aussi peut-tre pour se
-dbarrasser de l'intrigant, il voulait qu'il quittt Florence o il
-se trouvait en danger.</p>
-
-<p>La Srnissime Rpublique le poursuivait toujours de sa
-haine et Mann tait persuad qu'elle ne reculerait devant aucun
-moyen pour en finir avec lui. Il ne se trompait pas.</p>
-
-<p>Mais, tout en cessant de voir Neuhoff dans la crainte de
-trahir par ses visites le lieu de sa retraite, il faisait des
-v&oelig;ux pour lui. Je dsire son succs, crivait-il la date du
-26 mars, mais ma dlicatesse me fait un devoir de souhaiter
-que l'Angleterre ne s'y mle pas<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor">&nbsp;[693]</a>.</p>
-
-<p>Il tait cependant trs ennuy, car, malgr les prcautions
-prises, ses entrevues mystrieuses avec Thodore n'taient plus
-un secret pour personne. Il se tira de cette situation difficile
-en affirmant qu'il lui avait simplement rendu des services
-d'humanit<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor">&nbsp;[694]</a>.</p>
-
-<p>La situation vraiment prcaire du roi de Corse rendait l'excuse
-fort plausible.</p>
-
-<p>La cour de Turin ne se dsintressait pas de l'aventure.
-Quel rle jouait-elle? Charles-Emmanuel se rservait encore.
-Sa politique consistait louvoyer, pour voir de quel ct serait
-son intrt dans la guerre engage. Son ambition constante
-tait d'obtenir un agrandissement de territoire en Italie. La
-rpublique de Gnes, affaiblie, dchue de son antique splendeur,
-lui semblait une proie facile. La Corse serait un beau fleuron
-pour la couronne de Sardaigne et de Pimont. En attendant,
-toutes les sympathies de Charles-Emmanuel allaient vers la
-coalition anglo-autrichienne. A ce sujet, Lorenzi se livra dans
-sa dpche Amelot, du 13 avril 1743, des rflexions qui ont
-tout le mrite d'une prophtie aujourd'hui ralise.</p>
-
-<p>Il ne faut pas douter, crit-il, qu' moins que les
-<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span>
-affaires d'Italie ne changent considrablement de face, le roi
-de Sardaigne, la fin de cette guerre, soit d'un ct ou de
-l'autre, n'augmente notablement ses tats, et il ne manquera
-pas alors de donner tous ses soins l'acquisition d'une partie de
-l'tat de Gnes laquelle il vise depuis longtemps et laquelle
-il mdite actuellement. S'il y parvient, comme il est fort probable,
-il sera d'autant plus difficile d'empcher qu'il ne devienne
-bientt le matre de toute l'Italie, que les Italiens se soumettront
-volontiers sa domination ds qu'ils le verront en tat de
-pouvoir rendre leur nation son ancienne gloire et de la dlivrer
-des puissances trangres qui la dominent depuis plus de deux
-sicles. Il est mme prsumer que plusieurs contribueront
-la russite de ce dessein, car ils conoivent bien, et leurs plus
-pntrants politiques l'ont depuis longtemps remarqu, que
-l'Italie ne sera jamais solidement heureuse que lorsqu'elle sera
-sous la domination d'un seul souverain<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor">&nbsp;[695]</a>.</p>
-
-<p>L'Angleterre n'tait donc pas seule avoir des vises
-secrtes sur la Corse. On savait que Franois de Lorraine avait,
- plusieurs reprises, jet les yeux sur elle. Les graves vnements
-qui se droulaient en Europe et o il tait directement
-ml, ne l'empchaient pas de convoiter la possession de l'le.
-Le grand-duc n'avait pas dsavou Breitwitz et Richecourt
-au sujet des rapports qu'ils avaient entretenus avec Thodore.
-Il voulut tre tenu au courant de tout ce qui avait trait
-l'entreprise. D'ailleurs, Lorenzi croyait pouvoir affirmer que les
-Autrichiens et les Anglais marchaient d'accord dans cette
-affaire<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor">&nbsp;[696]</a>.</p>
-
-<p>Mais il n'est pas invraisemblable de penser que l'Angleterre
-entendait bnficier seule du rsultat. Et c'est l, sans doute,
-qu'il faut chercher la cause du silence que le duc de Newcastle
-gardait vis--vis de ses agents l'tranger. Villettes, rsident
-<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span>
- Turin, ne pouvait, pas plus que Mann, obtenir de Londres un
-claircissement quelconque au sujet de Thodore. Les deux
-diplomates en taient rduits se communiquer rciproquement
-leurs conjectures. La rserve exagre du cabinet anglais
-produisit l'effet le plus dplorable. Aucun dmenti n'arrivant,
-l'opinion publique jugeait fort svrement la conduite de l'Angleterre.
-Et Neuhoff, qui ne se croyait pas tenu la mme
-discrtion, assurait que son entreprise avait t concerte avec
-les cours de Londres et de Vienne et que celles-ci taient
-convenues de le soutenir<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor">&nbsp;[697]</a>.</p>
-
-<p>Le 4 mai, Lorenzi donna Amelot cette information en
-chiffre: J'ai appris avec toute la certitude possible que la cour
-de Londres avait effectivement fait une convention avec cet aventurier
-qu'elle regardait comme fort avantageuse, mais que prsentement
-elle l'a abandonn et qu'elle se borne seulement
-protger par humanit la personne de Thodore, parce qu'elle
-voit qu'il l'a trompe, particulirement en lui faisant accroire
-qu'il avait sa disposition douze vaisseaux chargs d'armes et
-munitions et une centaine d'officiers expriments. J'ose vous
-supplier trs humblement, Monseigneur, du secret sur tout ceci,
-par rapport au grand danger auquel se trouverait expose la
-personne qui me l'a confi si on pouvait la souponner de l'avoir
-fait<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor">&nbsp;[698]</a>.</p>
-
-<p>Quelle tait la personne qui avait fait cette confidence
-Lorenzi? Celui-ci ne le dit pas. Il n'y avait videmment qu'un
-homme occupant une position qui pt craindre les consquences
-d'une indiscrtion de cette nature. Nous verrons dans
-un instant que le propre secrtaire de Mann donnait l'envoy
-gnois, des avis prcis sur les faits et gestes de Thodore. Il
-est probable qu'il fournissait galement au ministre de France
-des renseignements puiss dans les papiers de son matre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span>
-Neuhoff avait quitt Florence le 18 avril pour aller Pise, et,
-de l, gagner Livourne pour prendre passage sur <i>Le Folkestone</i>.
-Il crivit ce sujet au capitaine Balchen. Ce dernier rpondit
-qu'il le recevrait volontiers son bord, mais qu'il lui serait
-impossible de le traiter comme par le pass. Cette rponse dplut
-fort au baron, qui voulait avoir les gards ds un souverain<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor">&nbsp;[699]</a>.
-Il renona s'embarquer. Peut-tre, la rflexion, eut-il peur
-d'tre tout jamais gard par les Anglais. Il est dangereux de se
-mettre la merci des gens avec qui on a complot de vilaines
-choses.</p>
-
-<p>Ne pouvant plus compter sur ses bons amis et craignant
-d'tre assassin par les Gnois, Thodore quitta Pise et alla
-se cacher chez un prtre, Cigoli, aux environs de Florence.</p>
-
-<p>La prcaution n'tait pas inutile.</p>
-
-<p>Pendant que Thodore entretenait en Toscane des rapports
-secrets avec les Anglais et avec les Autrichiens, Augustin Viale,
-reprsentant de la rpublique, fit preuve de zle. Grce lui,
-le Srnissime Collge, l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs
-d'tat furent exactement renseigns sur les moindres faits du
-baron.</p>
-
-<p>Malgr l'dit de Gnes mettant sa tte prix, l'aventurier
-vivait encore. Le gouvernement gnois, cependant, dsirait
-plus que jamais le voir disparatre. On le savait en Italie, aussi
- plusieurs reprises des offres furent-elles adresses la rpublique
-par des individus dsireux de remplir cette mission de
-confiance.</p>
-
-<p>Il n'est pas sans intrt de faire connatre en quels termes
-ces propositions d'assassinat taient faites et de quelle faon
-elles taient reues et tudies Gnes. Il se dgage en effet
-de la lecture de ces documents, tirs des archives secrtes de
-Gnes, une notion trs exacte des ides et des sentiments qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span>
-dirigeaient la politique la fois timore et impitoyable de la
-Srnissime Rpublique<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor">&nbsp;[700]</a>.</p>
-
-<p>Un Corse, absent de sa patrie depuis vingt-quatre ans,
-Dominique Mariani, habitant Milan dans le quartier Sainte-Euphmie,
-vis--vis le palais du comte de Bron, crivit, le
-1<sup>er</sup> avril 1743, au gouvernement gnois. Fidle sujet de la rpublique,
-il n'avait jamais eu l'occasion de prouver son zle et
-son dvouement. Ils taient tellement grands qu'il brlait de
-les tmoigner. Il proposait donc d'enlever la vie Thodore.
-En dlivrant la rpublique de ce misrable, il rendrait la
-paix sa patrie en la faisant rentrer dans l'obissance. Il tuera
-volontiers, non seulement le baron, mais encore quiconque les
-Excellents inquisiteurs d'tat voudront bien lui dsigner. En
-homme habitu ces sortes d'oprations, Mariani se permettait
-de proposer aux Gnois les procds que son exprience lui
-conseillait pour conserver cette affaire l'obscurit ncessaire.
-On consent courir des risques pour servir ses matres,
-mais il faut s'entourer de quelques prcautions. Si les inquisiteurs
-agraient cette proposition, ils n'auraient qu' lui
-envoyer une paire de gants. Mariani chargeait l'Illustrissime
-abb Jacques Durazzo de remettre sa supplique la Junte de
-Corse, sans lui en dvoiler le contenu. Si le gouvernement
-dsirait lui rpondre par crit, il pourrait remettre sa lettre au
-susdit ecclsiastique ou la lui faire tenir par le marquis de Caravaggio
-ou bien par M. Joseph Foglia. En tous cas, les ordres
-qu'on voudra bien lui donner seront reus avec gratitude. Afin
-de ne compromettre personne, si leurs Excellences consentaient
-<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span>
- entrer dans l'affaire, Mariani se ferait remettre des lettres de
-recommandation pour le gnral Breitwitz Livourne et pour
-d'autres notabilits<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor">&nbsp;[701]</a>.</p>
-
-<p>Le 3 avril, les inquisiteurs d'tat dlibrrent sur cette lettre.
-Ils acceptrent en principe les offres de Mariani, mais il tait
-indispensable que ce dernier se rendt Gnes pour dvelopper
-en personne ses ides et indiquer les mesures qu'il comptait
-prendre pour mettre son plan excution&mdash;et Thodore aussi.
-Il fut dcid qu'on crirait au susdit Mariani dans le plus
-bref dlai possible. Ses frais de voyage lui seront immdiatement
-rembourss. A son arrive, il devra se prsenter M. tienne
-Monza et ne faire connatre son nom qu' ce seul personnage.
-Le dput du mois crira cela par l'intermdiaire de Joseph
-Foglia selon la formule ordinaire, en mettant dans la confidence
-l'Excellentissime Laurent de Mari, parce qu'il a l'habitude de
-correspondre avec Foglia, mais seul Monza aura prparer
-l'arrive Gnes de Mariani et l'entendre<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor">&nbsp;[702]</a>.</p>
-
-<p>Quel tait ce Foglia avec qui Mari correspondait? Un individu
-qui, sans doute, se chargeait des commissions malpropres
-de l'Excellentissime Tribunal.</p>
-
-<p>L'affaire en resta l, car le fidle sujet corse de la Srnissime
-rpublique ne vint pas Gnes. Son exprience de la
-politique gnoise lui avait fait voir probablement tout le danger
-qu'il y aurait pour lui se trouver sous la main des inquisiteurs,
-dans le cas o il ne tomberait pas d'accord avec eux sur les
-conditions de l'entreprise.</p>
-
-<p>Bientt les Gnois engagrent l'affaire d'un autre ct. C'est
-ici que Viale doit jouer un rle.</p>
-
-<p>L'agent de Gnes s'efforait de savoir o se cachait Thodore.
-Mann avait affirm un chevalier, ami de Viale, qu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span>
-se trouvait chez un ecclsiastique des environs. Par scrupule et
-par dlicatesse, le chevalier n'avait pas voulu rvler au rsident
-l'endroit exact o tait l'aventurier. Malgr ses prires et
-ses instances rptes, Viale ne put flchir son ami; mais, avec
-cet esprit policier particulier aux Gnois, il suggrait au
-Srnissime Collge un moyen de dcouvrir la retraite du
-fugitif; c'tait de faire surveiller, par des hommes de confiance,
-les alles et venues du docteur Olmeta, un corse, qui se rendait
-parfois auprs du baron<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor">&nbsp;[703]</a>.</p>
-
-<p>Le 21 mai, Viale, malgr ses diligentes recherches, n'avait
-rien de neuf mander Gnes, lorsqu'au moment o il
-rdigeait sa dpche, il reut un billet, manant d'un
-ministre qui a l'habitude d'tre bien renseign et qui est charg
-de surveiller les actions de Thodore. On peut aisment
-deviner que ce ministre n'tait autre que Mann. Viale, avec
-un instinct qui prouvait chez lui des aptitudes diplomatiques,
-disait, en envoyant la note, qu'il ne savait pas jusqu' quel
-point on devait ajouter foi son contenu. Elle portait, en
-effet, que Neuhoff, d'aprs certains indices, devait se trouver
-Rome. Les Anglais avaient tout intrt laisser cette opinion
-s'accrditer et n'entendaient pas que l'aventurier tombt, avec
-ses papiers, entre les mains des Gnois.</p>
-
-<p>Aprs la lecture au Collge, la lettre de Viale fut transmise
-dans les rgles ordinaires, avec facult aux inquisiteurs d'tat
-de donner au Magnifique Augustin Viale les ordres et les
-instructions qu'il jugera convenables.</p>
-
-<p>La dcision prise par le tribunal est citer en entier.</p>
-
-<p>Il a t dcrt que l'Illustrissime Augustin Viale<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor">&nbsp;[704]</a> aura
-la charge d'crire au susdit Magnifique Augustin Viale de
-Florence, qu'on estime superflu de donner aucune rcompense
-pour la seule connaissance de la demeure dudit Thodore;
-<span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span>
-toutefois, on remettrait la prime fixe celui qui, en donnant
-cette indication, la ferait suivre de l'<i>extinction</i> du susdit
-Thodore. L'Illustrissime Augustin Viale rdigera cette lettre
-de faon ce que, venant tomber entre les mains de qui que
-ce soit et ouverte, on n'en puisse saisir le vritable sens, faisant
-en cela valoir son exprience, ses capacits et sa prudence.
-<i>Per Excellentissimum et Illustrissimum Magistratum Inquisitorum
-status ad Calculos<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor">&nbsp;[705]</a>.</i></p>
-
-<p>Tandis que les inquisiteurs d'tat dcidaient le meurtre de
-leur ennemi, l'activit de Viale ne se ralentissait pas. Il continuait
-ses recherches, ayant maintenant un auxiliaire prcieux
-dans le secrtaire de Mann. Ce fidle employ servait tout
-le monde et trahissait son matre avec le mme zle.</p>
-
-<p>Avant que l'trange dlibration du tribunal, prise le
-27 mai, lui ft parvenue, Viale crivait le 28 au Magnifique
-Sartorio, qu'il tait parvenu savoir par une personne
-habile, amie du secrtaire du ministre anglais, que Thodore
-n'tait plus retourn Florence. Le lundi, 20 mai, l'aventurier
-se trouvait Cigoli, dans la maison du prtre Baldanzi. Viale
-ajoutait un autre dtail. Le Rvrend Pre, qui avait prch le
-Carme dernier en l'glise du Carmel, allait frquemment voir
-Neuhoff. Il lui avait prt ou donn son habit de moine.
-Le baron s'en tait revtu pour sortir de la ville, et trs
-probablement, il s'en servirait encore l'occasion. Aprs avoir
-donn cette indication qui, au besoin, pouvait servir de signalement,
-Viale ajoutait: Ce Pre prdicateur n'est pas carme,
-mais il appartient au couvent de Sainte-Marie-Majeure, correspondant
- celui des Anges de la Congrgation de Mantoue.
-Je m'imagine que votre Seigneurie Illustrissime comprendra
-facilement combien j'ai c&oelig;ur de ne jamais voir divulguer ce
-qui a t rvl par le secrtaire du ministre d'Angleterre, non
-<span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span>
-seulement pour le prjudice que cela lui causerait, mais encore
-parce que je ne pourrais plus avoir de nouvelles de Thodore par
-son intermdiaire, moyen que je considre comme des plus srs,
-car je suis inform avec toute certitude que Thodore entretient
-un continuel commerce de lettres avec ldit ministre. Celui-ci
-ne cesse de protester qu'il ne le fait que par charit et humanit.</p>
-
-<p>Nous avons vu que c'tait la raison que Mann donnait de ses
-rapports avec le baron de Neuhoff.</p>
-
-<p>Viale terminait sa lettre en disant que tous les btiments
-de guerre anglais ancrs Livourne taient partis<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor">&nbsp;[706]</a>.</p>
-
-<p>La crainte d'une tentative de dbarquement en Corse se
-trouvait donc momentanment carte; mais Gnes l'inquitude
-subsistait. Tant que Thodore vivait, un retour offensif
-tait toujours possible. Ce que l'Angleterre avait tent avec lui,
-une autre puissance pouvait le faire. Les Gnois avaient la peur
-des faibles, la peur qui ne raisonne pas et qui engendre toutes
-les tmrits.</p>
-
-<p>Viale ne rpondit pas la lettre que, sur l'ordre des inquisiteurs
-d'tat, son homonyme de Gnes lui avait crite au
-sujet de l'<i>extinction</i> de Thodore. Peut-tre ne lui tait-elle
-pas parvenue, car il arrivait frquemment que des courriers
-taient intercepts. Il pouvait aussi n'en avoir pas saisi le vritable
-sens, puisqu'elle tait, dessein, rdige en termes
-obscurs. Le rsident continuait ses recherches pour dcouvrir
-l'endroit o se cachait Neuhoff. Celui-ci recevait la <i>Gazette de
-Berne</i> et le <i>Mercure de Hollande</i>. Les journaux portaient son
-adresse exacte Cigoli. Par ce moyen, il n'tait pas difficile
-de se la procurer<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor">&nbsp;[707]</a>.</p>
-
-<p>En rponse cette lettre, les inquisiteurs d'tat prcisrent.
-Le 8 juillet, le tribunal s'assembla et prit cette dcision:</p>
-
-<p>Il a t dcrt que l'illustrissime Benot de Franchi, dput
-<span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span>
-du mois, prendra la peine d'assurer la correspondance avec le
-Magnifique Augustin Viale de Florence. Il l'informera que si on
-trouve une personne qui veuille prendre l'engagement d'<i>occire</i>
-(uccidere) ldit Thodore, on lui payera aussitt ce meurtre
-accompli la somme de deux mille cus argent, prime fixe par
-l'dit public, dont on pourra transmettre un exemplaire. A cet
-effet, la lettre sera crite suivant la teneur des discours. <i>Per
-Excellentissimum et Illustrissimum Magistratum Inquisitorum
-status ad Calculos<a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor">&nbsp;[708]</a>.</i></p>
-
-<p>Cette fois, la dpche portant Viale la dcision des inquisiteurs
-d'tat ne fut pas rdige en termes ambigus. Le
-diplomate comprit&mdash;il ne pouvait pas faire autrement;&mdash;mais
-il fit ses rserves. Il crivit sur le champ de Franchi.
-Il commenait en disant que l'Excellentissime Tribunal, au sein
-duquel de Franchi sigeait si dignement, devait tre pleinement
-assur de son zle pour le bien public. Quoique sans mandat, il
-n'avait recul devant aucune dmarche, aucune fatigue, afin de
-se procurer les indications ncessaires pour amener la dcouverte
-de la retraite de Thodore, car il pensait que ces renseignements
-taient d'un grand prix pour le tribunal. Il
-ajoutait: Et cependant je ne vois pas qu'il me soit possible
-d'accepter la commission dont veut bien me charger votre
-Seigneurie Illustrissime dans sa trs vnre lettre du 13, non
-par manque de ce zle qui ne cessera qu'avec ma vie, mais
-parce que je ne suis revtu d'aucun caractre qui puisse sauver
-ma personne dans le cas o l'excuteur viendrait tre arrt
-ou qu'il ft indiscret avant le meurtre. Je courrais ainsi un trop
-grand pril. Ce motif est tellement apprciable que je pense
-que l'Excellentissime Tribunal et votre Illustrissime Seigneurie
-ne le trouveront pas draisonnable. A cette difficult je dois en
-ajouter une autre. D'aprs mes dernires nouvelles, Thodore
-<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span>
-est bien gard: une seule personne ne sera pas capable de le
-tuer, et il sera trs dangereux de confier le secret plusieurs. Il
-conviendrait, en outre, de fournir ces personnes les moyens
-de subsister jusqu'au moment o elles auraient russi <i>faire
-le coup</i>. Pour de bons motifs, je ne pourrais me charger de
-cette dernire commission si j'avais de l'argent, ce dont je
-manque entirement, et quand bien mme on me ferait l'avance
-des fonds. Ce qui me pousse cette dlicatesse, ce sont les
-embarras bien connus dans lesquels je me trouve. Pour terminer,
-il affirmait de nouveau son zle et son dvouement<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor">&nbsp;[709]</a>.
-La dlicatesse de Viale tait d'autant plus en moi qu'il n'avait
-pas d'argent et que son gouvernement ne paraissait pas avoir
-l'intention de lui en donner. Il ne pouvait pourtant pas se charger
-des frais qu'occasionnerait l'affaire. Et puis, il tait rtribu
-pour faire de la diplomatie et non pour assurer la disparition
-des gens dsagrables ses chefs. Des commissions de ce genre
-se payent en plus.</p>
-
-<p>Cette dpche est date du 16 juillet. Elle fut lue le 22 devant
-le tribunal des inquisiteurs d'tat. La dcision prise la suite
-de cette lecture est assez inattendue. On dcrta, en effet,
-aprs discussion, qu'il serait accus rception de cette lettre
-avec loges et remerciements. En outre, on informerait Viale
-que les magistrats trouvaient ses raisons justes et ses rflexions
-bien fondes, touchant les difficults que prsentait l'entreprise<a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor">&nbsp;[710]</a>.</p>
-
-<p>Puisque Viale refusait, d'une manire qui paraissait positive,
-d'assumer la responsabilit de l'assassinat, les inquisiteurs
-ne pouvaient rien faire. L'agent ne se jugeait pas assez
-garanti. Il y avait encore cette fcheuse question d'argent
-qui faisait toujours reculer les Gnois au moment psychologique.
-Ils avaient fait un effort en promettant deux mille cus pour la
-<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span>
-tte de Thodore; d'aprs eux, elle ne valait pas davantage. Les
-insinuations de leur reprsentant leur laissaient entrevoir des
-frais supplmentaires. Il fallait donc couper court.</p>
-
-<p>Le plus curieux de l'affaire c'est que Viale allait de lui-mme
-faire des propositions au moins tranges l'Excellentissime
-Tribunal.</p>
-
-<p>Le 23 juillet, avant mme que la dcision des inquisiteurs lui
-ft parvenue, il crivit de Franchi pour lui dire qu'aux motifs
-invoqus par lui dans sa dernire lettre pour ne pas accepter
-la commission dont on l'avait charg, il se joignait une autre
-considration&mdash;un scrupule&mdash;: le coup pourrait tomber sur
-une personne innocente, car nous ne possdons pas un signalement
-suffisamment exact de la personne qui le coup est destin.</p>
-
-<p>Le ngociant diplomate, afin d'viter une erreur aussi
-grave, suggrait une ide pratique. On mettrait sa disposition
-deux sbires courageux qu'il aboucherait avec un certain
-San Cristofano, car trois hommes ne seront pas de trop pour
-faire le coup.</p>
-
-<p>Le Magnifique rsident de la Srnissime Rpublique donnait
-sur San Cristofano les meilleures rfrences.</p>
-
-<p>Ce Saltabadil tait un honnte employ des douanes du
-grand-duch, qui avait t banni de Gnes pour une peccadille:
-il avait tu, deux mois auparavant, un caporal corse.
-Afin de se faire pardonner cette erreur, San Cristofano dclarait
-qu'il tait prt tout, dispos courir les plus grands dangers,
-mme aller en Corse. Il connaissait fond la Toscane, c'tait
-un homme rsolu, un vrai brave, et pour peu qu'on lui adjoignt
-deux aides solides, il se faisait fort d'expdier son homme.</p>
-
-<p>Mais il fallait man&oelig;uvrer avec beaucoup d'habilet; l'imposteur
-est sur ses gardes, ainsi que l'Excellentissime Tribunal
-pourra s'en convaincre, par les renseignements ci-inclus qui
-me parviennent d'une source trs sre, d'o il rsulte qu'un
-homme seul n'est pas suffisant pour mener bonne fin une
-affaire de cette importance.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span>
-Viale concluait en disant qu'il tait ncessaire d'attendre le
-moment opportun, dt-on y employer plusieurs jours. Mais
-pendant ce temps-l, il faudrait fournir aux excuteurs les moyens
-de subsister et, le coup fait, faciliter leur fuite. Je ne peux,
-concluait le ministre, et qu'il me soit permis d'ajouter: je ne
-veux toucher cette question<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor">&nbsp;[711]</a>.</p>
-
-<p>Les inquisiteurs d'tat enregistrrent cette lettre sans
-commentaires.</p>
-
-<p>Viale crivit de nouveau de Franchi le 6 aot. Il dit qu'il
-n'a pas reu la lettre que le tribunal a d le charger d'crire
-en rponse sa dpche du 23. Il y avait sans aucun doute
-de bonnes raisons pour cela. Les inquisiteurs, par une prudence
-de plus en plus caractrise, ne donnrent pas mission
-de Franchi de rpondre Viale. La copie de la lettre ne se
-trouve pas dans les archives de Gnes et l'on peut penser que la
-poste ne l'a point gare.</p>
-
-<p>Cela n'empchait pas Viale de continuer transmettre au
-Srnissime Collge toutes les informations que le secrtaire
-de Mann lui apportait avec une constance louable.</p>
-
-<p>Thodore tait toujours Cigoli. Il avait crit au gnral
-Breitwitz afin d'obtenir de l'argent pour se rendre en Angleterre
-o il voulait porter sa plainte au roi contre l'amiral
-Matthews. Peut-tre aussi va-t-il s'en retourner dans son pays,
-car l'imposteur voit s'vanouir toutes ses ides tmraires.</p>
-
-<p>L'envoy revenait son plan d'assassinat. Pour viter la
-quarantaine qu'il serait oblig de faire l'entre des tats
-Pontificaux, il ne restait Thodore que la route de Sarzana,
-par Pontremoli, et celle de Massa, par le mont Pellegrino,
-conduisant dans le Modanais.</p>
-
-<p>Viale prsumait qu'il prendrait cette dernire route. Le
-passage du mont Pellegrino serait trs commode pour faire le
-coup; l'endroit rv pour assassiner proprement un homme.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span>
-Malheureusement, le Magnifique commerant, envoy de la
-rpublique, avait peur de ne pas avoir l'avis ncessaire
-temps, d'autant plus, dit-il, que j'ai prsentement une trs
-forte fluxion dans la tte qui m'empche de marcher<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor">&nbsp;[712]</a>.</p>
-
-<p>Est-ce aux hsitations des inquisiteurs, aux exigences de
-San Cristofano, ou la fluxion de Viale que Thodore dut d'avoir
-la vie sauve? Les archives secrtes de Gnes ne nous ont pas
-livr le mot de cette nigme.</p>
-
-<p>Mais, en compensation, nous y trouvons, immdiatement
-aprs le document ci-dessus, une pice qui ne manque pas de
-saveur. C'est une lettre de M. de Mari, ambassadeur de la rpublique
-de Gnes Venise, Ansaldo Grimaldi, date du
-10 aot 1743.</p>
-
-<p class="titel">Excellence,</p>
-
-<p class="blockquote">J'ai reu votre trs estime lettre sans date, mais que je
-crois tre du 3 courant et je vous en remercie infiniment. Je vous
-envoie la kabale de Pic de la Mirandole pour voir si nous pouvons
-frapper juste. Si Thodore est Pise, l'affaire est faite.
-La quarantaine m'ennuie; j'ai un ami Pise dans lequel je peux
-avoir confiance. <i>Si tu vales bene est; ego quidem valeo.</i> Dans
-quelque temps je pourrai vous dire la rponse que l'on m'aura
-donne de Londres au sujet de la montre rptition dont vous
-m'avez parl<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor">&nbsp;[713]</a>.</p>
-
-<p>Le 17 aot, le procs-verbal porte aprs lecture et discussion
-que l'Illustrissime Ansaldo Grimaldi rpondrait au susdit ambassadeur
-de Mari avec sa prudence bien connue<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor">&nbsp;[714]</a>. On voit que si
-Thodore tait prudent, les inquisiteurs ne l'taient pas moins.</p>
-
-<p>Le baron de Neuhoff chappa la kabale de Pic de la
-Mirandole, comme il avait chapp au poignard de San Cristofano.
-L'essai d'envotement en resta l, comme la tentative
-d'assassinat.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span>
-L'aventurier continuait demeurer chez le cur de campagne.
-Il avait auprs de lui quatre personnes pour le garder. Il crivait
-sans cesse lord Carteret et l'amiral Matthews; mais les
-Anglais ne lui rpondaient plus<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor">&nbsp;[715]</a>. Pour l'instant, ils avaient
-des occupations plus srieuses que de rendre la couronne
-un individu dont ils ne pouvaient rien tirer, pour lequel les Corses
-se montraient peu enthousiastes et qui n'avait aucune ressource
-personnelle<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor">&nbsp;[716]</a>. L'amiral reut ordre d'viter de donner la
-moindre plainte par rapport Thodore et il parut fermement
-rsolu de ne point se mler en aucune faon de ce qui regarde
-cet aventurier<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor">&nbsp;[717]</a>.</p>
-
-<p>Celui-ci se trouvait bout de moyens; il en tait rduit
- vendre son linge. Il songeait, disait-on, s'en aller et Viale
-regrettait amrement que l'on perdt une si belle occasion, parce
-qu'une fois parti de Toscane, il lui serait bien difficile de revenir.
-Cependant, il s'enttait dans ses penses louches, il avait encore
-l'esprance de russir un jour. Ce ne sont que des songes,
-crivait le ministre, mais cela est suffisant pour inquiter le
-gouvernement<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor">&nbsp;[718]</a>.</p>
-
-<p>Quelques jours plus tard, il insistait encore. Il affirmait que
-Thodore tait absolument dnu de tout. En vendant ses hardes,
-il aurait juste de quoi aller en Allemagne. Une fois parti, il n'y
-aurait plus rien faire<a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor">&nbsp;[719]</a>.</p>
-
-<p>Les inquisiteurs lisaient en conseil les dpches de Viale.
-Consciencieusement, on lui rpondait en lui envoyant des loges
-et des remerciements. On le priait de continuer. Mais il n'tait
-plus question de l'affaire. En se confondant en marques de gratitude
-pour les paroles gracieuses dont le tribunal l'accablait,
-le froce diplomate n'abandonnait pas son plan d'assassinat.
-<span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span>
-Le dpart prochain de l'aventurier tait certain. Deux routes
-s'offraient lui: l'une par Pistoia, l'autre par Massa-Carrare.
-Le temps pressait; si on voulait agir et russir, il fallait se
-hter. Viale n'avait qu'une crainte, c'est qu'on arrivt trop tard.
-Il demandait donc de promptes instructions<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor">&nbsp;[720]</a>.</p>
-
-<p>Les inquisiteurs enregistrrent cette lettre sans commentaires.</p>
-
-<p>On prtendait, en effet, que Thodore allait partir pour se
-rendre en Allemagne auprs du roi d'Angleterre<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor">&nbsp;[721]</a>. C'tait un
-faux bruit; Neuhoff devait continuer vivre quelques annes
-encore en Toscane, tantt chez l'un, tantt chez l'autre. Plus tard,
-Viale transmettait son gouvernement un billet manant d'une
-personne sre, qui tenait ce dtail du ministre anglais.
-Ce billet disait: L'ami est certainement all du ct de
-Livourne, o il se tient dans les environs sans qu'on sache
-exactement o. Il attend de pouvoir s'embarquer<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor">&nbsp;[722]</a>. <i>L'ami</i>
-avait quitt Cigoli. Le prtre chez qui il logeait, las d'hberger
-ce roi encombrant qui mentait toujours, l'avait mis la
-porte. Il s'tait alors dirig vers Livourne. Il crivit encore
- l'amiral Matthews pour lui demander de le conduire Port-Mahon,
-o, disait-il, il serait en tat de tenir les grandes
-promesses qu'il avait faites milord Carteret. <i>Il furibondo</i>
-refusa en termes nergiques. Richecourt ne voulut pas lui
-donner un passeport. Thodore n'avait plus un sou, tout le
-monde l'abandonnait<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor">&nbsp;[723]</a>. C'tait la misre avec son invitable
-compagnon: l'isolement!</p>
-
-<p>Dans sa dtresse, il prouva le besoin de s'pancher. Il crivit
-une belle lettre au Pre Colonna. Oblig de changer de demeure
-pour sa sret, il s'excusait du retard qu'il mettait rpondre
-<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a>></span>
-au religieux, qui s'occupait de quelques affaires le concernant.
-Il demandait au Pre si le sieur Vaccaro, qui il avait
-confi des marchandises et une pendule, avait exactement remis
-la note de tout ce qu'il avait en mains. La vente de la pendule
-suffirait indemniser Vaccaro&mdash;principal et intrts&mdash;de ses
-avances, et il comptait sur l'honntet de ce dernier pour lui
-rendre ses marchandises. Puis, passant un sujet plus lev,
-il se plaignait de toutes les intrigues dont on l'avait entour,
-aussi bien en Corse que sur le continent. Ces cabales ne servaient
-qu' plonger ses sujets et lui-mme dans l'abme. Elles refroidissaient
-ses amis et l'empchaient de faire tout ce qu'il dsirait.
-Malgr ces machinations, il restait ferme. Si les Corses lui
-conservaient leur fidlit, il vaincrait srement. Le Pre devait
-donc faire cesser les trahisons et montrer aux insulaires
-leur devoir; ils avaient pris un engagement solennel devant
-Dieu et devant le monde. Oblig de se cacher pour ne pas tre
-assassin, traqu en tous endroits pendant sept mois, la Providence
-l'avait protg au milieu de tous ces prils. Pour qui donc
-avait-il ainsi expos sa vie si ce n'tait pour ses sujets? En
-vendant ce qu'il possde, il pourrait s'en retourner dans son
-pays et jouir tranquillement de la vie sans avoir besoin de personne.
-J'ai souffert, s'criait-il, et je souffre encore pour vous
-autres. J'ai remdi et je peux encore remdier tout, mais
-l'inconstance des peuples me paralyse. Il esprait que Dieu
-aurait enfin piti de ce malheureux pays et qu'Il l'illuminerait
-pour son plus grand bien. Il terminait en se recommandant
-aux bonnes prires du moine<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor">&nbsp;[724]</a>.</p>
-
-<p>Neuhoff ne voulait pas s'avouer vaincu. Il n'tait pas homme
- se laisser oublier ni abandonner ses rves et ses chimres.
-<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span></p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/327.jpg" width="221" height="459" alt="" />
-</div>
-
-<p>Gravure reproduite d'aprs le pamphlet hollandais:<br />
-<i>De Dwaalende Moff of vervolg van Theodorus op Stelten.</i><br />
-(Londres, British Museum.)</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE VIII</h2>
-
-<div class="hanging indent">
-<p>Thodore en Toscane.&mdash;Il veut entamer des ngociations avec la cour
-de Turin.&mdash;Ses lettres d'Ormea.&mdash;Dominique Rivarola.&mdash;Mann
-joue double jeu.&mdash;Rivarola traite avec le gouvernement sarde.&mdash;L'expdition
-de Corse dcide.</p>
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-<p>Thodore touche une forte somme.&mdash;D'o vient l'argent?&mdash;Le comte
-de la Vague.&mdash;Rivarola prpare l'expdition.&mdash;Thodore proteste.</p>
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-<p>Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.&mdash;Mann empche ce dpart.&mdash;Proclamation
-du roi de Sardaigne.&mdash;L'escadre anglaise devant
-Bastia.&mdash;Bombardement.&mdash;Rivarola sous les murs de Bastia.&mdash;Capitulation
-de la ville.&mdash;Les Anglais renoncent l'entreprise sur
-la Corse.</p>
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-<p>Le roi de Sardaigne et Thodore.&mdash;Dnment du roi de Corse.&mdash;La
-cour de Vienne songe Neuhoff.&mdash;Le projet est abandonn.&mdash;Thodore
-est expuls de Toscane.</p>
-</div>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>Le baron Thodore, suivant ce qu'on m'assure de trs bonne
-part, va reparatre sur la scne sous les auspices du roi de
-Sardaigne. Lorenzi qui, la fin d'avril 1744, donnait cette
-information, ajoutait que Charles-Emmanuel III devait fournir
-une petite flotte Neuhoff pour lui permettre de reconqurir la
-Corse. Le grand-duc de Toscane, Franois de Lorraine, entrait
-dans ce projet. L'aventurier se trouvait dans une maison de
-campagne aux environs de Sienne et se tenait prt partir,
-avec dix ou douze personnes qui taient auprs de lui. Il
-avait reu mille sequins et crivait frquemment de longues
-lettres au ministre anglais. Puis, pendant plusieurs jours, il
-s'tait cach dans Sienne, o deux compagnies franches du
-grand-duc, composes de Corses et commandes par deux de ses
-<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span>
-parents, tenaient garnison<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor">&nbsp;[725]</a>. Ces troupes se mirent en route
-le 4 mai et se rendirent Livourne. On prsumait que Thodore,
-sur un avis de Richecourt, devait aussi gagner le port. Il se
-faisait appeler le baron de Bergheim. Son entourage l'entourait de
-respect. Son air arrogant montrait qu'il tait hautement protg.
-Il dpensait largement et on sut que l'argent qu'il avait lui venait
-du consul anglais Livourne<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor">&nbsp;[726]</a>.</p>
-
-<p>Profitant de la guerre qui agitait l'Europe, les Anglais reprenaient,
-avec la complicit du gouvernement sarde, leurs intrigues
-pour la possession de la Corse. Mais, cette fois, ils allaient
-susciter un concurrent Thodore.</p>
-
-<p>Neuhoff avait comme ami un certain baron de Salis. Par
-son intermdiaire, au commencement de 1744, il faisait des
-propositions au marquis d'Ormea, ministre de Charles-Emmanuel
-III. Il s'agissait de lever un ou plusieurs rgiments
-corses<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor">&nbsp;[727]</a>. La correspondance de Thodore ce sujet passait
-par les mains de Mann et de Villettes<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor">&nbsp;[728]</a>.</p>
-
-<p>Le 15 avril, Thodore mandait qu'il pouvait disposer de six
-sept mille hommes au moins, prts tre dirigs sur la Corse. Il
-faisait demander l'amiral Matthews les btiments ncessaires
-pour le transport de ces troupes. Les vingt-quatre navires anglais
-qui se trouvaient Villefranche pourraient servir cet usage.
-Neuhoff marcherait leur tte. L'amiral devait tre assur que
-le roi de Sardaigne approuvait et favorisait ce projet<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor">&nbsp;[729]</a>.</p>
-
-<p>Il tait en correspondance suivie avec le baron de Salis, mais
-<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span>
-ses affaires n'avanaient pas. Il se plaignait de la lenteur qu'on
-mettait Turin pour prendre des dcisions. Le temps pressait,
-car ses ennemis ne restaient point inactifs et l'entouraient
-d'intrigues qui finiraient par paralyser ses efforts. L'Espagne
-voulait faire proclamer Don Philippe souverain de la Corse.
-Comme ce prtendant avait un parti assez puissant dans l'le et
-Gnes mme, Thodore disait qu'il fallait tout prix carter
-cette ventualit. Elle se produirait fatalement si on ne le
-mettait pas mme d'aller dans le pays dissiper ces man&oelig;uvres.
-Il ne comprenait rien non plus au silence des seigneurs de
-Londres. Pourtant on lui avait promis aide et assistance, mais
-maintenant on ne faisait plus cas de lui et on l'abandonnait.
-Ses sentiments d'honneur, son dvouement et sa fidlit, tout
-cela tait mconnu. Cette indiffrence lui causait de la peine et
-il s'en <i>rongeait</i> l'me. Il lui fallait trois vaisseaux entirement
-ses ordres. Les Anglais occuperaient les ports de l'le ou se
-tiendraient dans le golfe de la Spezzia, tandis qu'il marcherait
-sus aux Gnois. Tel tait son plan. Si puis l'on continue en
-Italie tre sourd, je dois m'efforcer faire, pour l'avenir, le
-muet, et me retirer du tout, laissant le champ libre tous mes
-ennemis. Il envoyait un tat des Corses servant en Italie. Il
-savait les noms de chacun et les officiers qui les commandaient
-lui avaient assur qu'au premier signal ils viendraient tous se
-joindre lui. Aucun ne restera en arrire quand il s'agira
-d'tre mes ordres et moi leur tte<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor">&nbsp;[730]</a>. Les officiers ne s'engageaient
-pas grand'chose.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span>
-Thodore voulait obtenir du gnral Breitwitz un cong pour
-les Corses servant dans les troupes toscanes. Cela ne devait
-soulever aucune difficult, car la cour de Vienne serait charme
-de voir ces hommes employs au service du roi de Sardaigne. Les
-hsitations de Turin effrayaient le baron. Si au moins il avait eu
-le moyen d'envoyer quelqu'un ou mieux d'y aller lui-mme;
-n'ayant plus un sou, il ne pouvait pas se mouvoir. Personne, ami
-ou ennemi, ne voulait plus lui prter, mme sur gages. Il
-avait bien des polices de change endosses son ordre, mais
-ne sachant plus qui se fier, voyant au surplus tous ceux
-qui l'entouraient insensibles ses demandes et ravis de le
-plonger davantage dans les embarras, il devait avaler ces
-pillules..</p>
-
-<p>Si l'amiral Matthews tait bien inspir, il seconderait ses vues
-et l'aiderait chtier les Gnois, qui avaient pouss les Gallispans<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor">&nbsp;[731]</a>
-contre l'Angleterre. Mes fidles et sincres remontrances
-se vrifient journalirement (<i>sic</i>) de plus en plus. Depuis
-l'anne passe tout se pouvait prvenir, mais que ne cause la
-prsomption et le mpris dans ce monde! Si l'amiral consentait
- s'entendre de bonne foi avec lui, les affaires avanceraient
-plus en un mois qu'elles ne l'avaient fait pendant deux ans
-sur les rapports des consuls anglais, tous jacobites et trs mal
-informs.</p>
-
-<p>Il en revenait son plan. Huit jours suffisaient pour
-procder l'embarquement de six huit mille hommes. Il se
-faisait fort de prendre la Spezzia sans difficult. Laissant une
-garnison anglaise dans ce port, il irait ensuite la poursuite
-des Gnois. Il avait crit tout cela au baron de Salis, milord
-Carteret et ses amis de Londres. Mais, dans ces graves
-circonstances, il lui tait cruel de ne pouvoir envoyer personne
- la cour sarde, ni s'y rendre lui-mme pour traiter, faute
-d'argent. Il demandait donc qu'on lui facilitt l'emprunt de
-<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span>
-cent sequins. Il rembourserait ponctuellement cette somme ds
-son arrive Turin, car il y avait de bons amis<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor">&nbsp;[732]</a>.</p>
-
-<p>Le baron de Salis lui crivit le 20 mai: Vous aurez
-vu par ma lettre de l'ordinaire dernier qu'on n'est pas content
-de vos manires d'agir, surtout en rflchissant que vous vous
-avisez seulement prsent de demander un projet de capitulation,
-au lieu que vous auriez d en faire un vous-mme
-ds le commencement. Comme vous tes porte de M. Mann,
-qui est en correspondance avec M. de Villettes, cette voie est la
-plus commode et la plus courte pour faire vos affaires. Je suis
-fch d'tre hors d'tat de vous rendre service<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor">&nbsp;[733]</a>.</p>
-
-<p>Pour hter les ngociations, le roi de Corse crivit directement
-au marquis d'Ormea, le 24 mai. La lettre est citer en
-entier, car c'est le rsum de toutes ces intrigues et un vritable
-plan de campagne.</p>
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-<div class="blockquote">
-<p>J'ai diffr jusqu'ici m'adresser en droiture Votre
-Excellence avec une de mes lettres, dans l'esprance de pouvoir
-me rendre en personne en sa prsence, ou du moins y envoyer
-quelqu'un de ma part, comme il lui a plu de notifier au baron de
-Salis, tre ncessaire pour conclure la capitulation de la leve
-du rgiment, mais je n'ai pu jusqu'ici, mon grand regret,
-effectuer ni l'un ni l'autre, comme j'en ai fait part en toute
-confiance audit baron de Salis. Si Votre Excellence m'avait
-indiqu un quartier d'assemble, comme je l'ai demand dans
-ma premire rponse faite audit de Salis en janvier pass, il s'y
-trouverait dj un nombre de mes gens la disposition de
-<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span>
-Sa Majest le Roi de Sardaigne, et serais dcharg, moi, en
-ces quartiers de quantit, qui, par zle, ont anticip mes
-ordres pour me joindre.</p>
-
-<p>Ayez donc la bont, Monsieur, de m'informer de la rsolution
-de Sa Majest et de lui reprsenter que je livrerai non
-seulement ces trois bataillons, mais sept huit mille hommes,
-si Sa Majest daigne induire l'amiral Matthews m'envoyer
-Livourne trois quatre de ses frgates, tant pour me conduire
-et m'appuyer en Corse que pour escorter, puis les btiments de
-transport chargs de ce monde pour aller dbarquer en droiture
-dans le golfe de la Spezzia, duquel je me fais fort, moi la
-tte de mes gens, de me rendre matre bien vite, laissant puis
-garnison anglaise dans le fort dudit lazaret de la Spezzia, tant
-important et trs ncessaire que la flotte anglaise soit matre
-(<i>sic</i>) dudit poste, comme aussi du golfe de San Fiorenzo en
-Corse, pour anantir toutes les mesures que les Gallispans ont
-concertes avec Gnes.</p>
-
-<p>Me trouvant puis dbarqu la Spezzia, je suis trs
-assur d'tre bientt joint de tous les Corses disperss en toute
-l'Italie et d'tre en tat de pouvoir agir efficacement de concert
-avec les troupes de Sa Majest et de ses royaux allis, contre
-les Gallispans et allis, comme de me faire livrer aussi de Gnes
-mme tout ce qui me sera ncessaire pour maintenir et faire
-subsister mes gens sans tre charge Sa Majest et ses
-allis; mais dans ma situation suscite par ce cruel ennemi de
-Gnes, je me trouve oblig faire instance d'une petite avance
- pouvoir assister et attirer certains de mes gens des plus accabls;
-laquelle avance, je prie Votre Excellence de vouloir bien
-me procurer de Sa Majest, et de me le remettre Florence
-M. le chevalier Mann, ministre rsident de Sa Majest Britannique
-en Toscane, sous le couvert duquel et l'adresse de Van
-Haagen daignez me donner un mot de rponse. Interposez donc
-tous vos bons offices auprs de Sa Majest, pour qu'elle me fasse
-la grce de faire savoir l'amiral Matthews de m'assister sans
-<span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span>
-perte de temps avec trois quatre frgates pour la susdite
-expdition, laquelle au pril de ma vie propre et de mes fidles
-s'effectuera certainement la satisfaction et avantage de
-Sa Majest le Roi de Sardaigne et de ses royaux allis, pour
-lesquels je n'ai rien de plus c&oelig;ur que de me sacrifier pour
-mriter l'honneur de leurs bonnes grces et haut appui.</p>
-
-<p>Votre Excellence me permette enfin de lui recommander
-mes intrts, lesquels avec mon dessein je lui remets sa bonne
-direction la priant d'tre convaincue qu'elle ne se repentira
-jamais de s'tre bien voulu employer pour moi, et qu'elle me
-trouvera toujours avec un attachement des plus sincres, tout
-dvou Elle.</p>
-
-<p class="signature"><span class="cap">T</span><span class="smallc">EODORO.</span></p>
-
-<p class="i2">Votre Excellence m'obligera aussi de prsenter Sa
-Majest mes assurances de mon respectueux et inviolable attachement
-pour Sa Royale Personne et royaux intrts.</p>
-
-<p class="i3">Ce 14 mai 1744<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor">&nbsp;[734]</a>.</p>
-</div>
-
-<p>Thodore n'oubliait rien: les prambules diplomatiques, le
-plan des oprations militaires, la petite avance, ses respects
-et ses protestations dvoues pour Charles-Emmanuel.</p>
-
-<p>Quelques jours plus tard, il crivit encore d'Ormea. Pensant
-que l'officier qu'il avait dsign pour aller ngocier en son nom
- Turin tarderait revenir de Corse, il avait expdi son secrtaire
- Vrone et Brescia pour remettre ses instructions
-au comte Marc-Antoine Giappiconi, colonel d'un rgiment au
-service de Venise. Il ordonnait ce colonel de se rendre sans
-tarder et en secret Turin, avec son frre, pour traiter avec
-d'Ormea et lui faire signer la capitulation. Les frres Giappiconi
-taient fidles et zls; ils avaient de nombreux amis en Corse.
-Le choix qu'il en faisait pour plnipotentiaires serait certainement
-<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span>
-agr par le ministre. Ils avaient pleins pouvoirs pour
-conclure.</p>
-
-<p>Marc-Antoine Giappiconi avait accept le commandement du
-rgiment qu'on devait lever. Le baron priait donc d'Ormea de
-le faire nommer gnral-major par Sa Majest ou, dfaut, son
-frre. Leurs longs services, leurs mrites personnels, leur
-attachement, autorisaient cette faveur. Ils avaient refus les
-offres les plus brillantes en France et en Espagne pour ne pas
-abandonner leur roi. Votre Excellence s'assure de mon attention
- composer ce rgiment de l'lite de mes gens. Et il
-terminait en rappelant au ministre sa lettre du 24 mai<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor">&nbsp;[735]</a>.</p>
-
-<p>Je ne sais si le fait d'tre dvou aux intrts de Thodore
-tait une recommandation pour d'Ormea. Mais, ce qu'il y a de
-certain, c'est qu' Turin on avait srieusement song se servir
-de lui pour mener les intrigues destines s'emparer de la Corse.
-Pour quel motif fut-il cart? On peut supposer que ce fut
-cause de ses exigences financires. Il demandait toujours de
-l'argent!</p>
-
-<p>Sur les conseils de Mann, le ministre allait mettre Neuhoff
-de ct et traiter avec un concurrent: Dominique Rivarola,
-l'intrigant agent des rvolts en Italie; celui-l mme qui avait
-essay de s'aboucher avec les Gnois moyennant une honnte
-rcompense. Et s'il n'avait pas trahi ses amis alors, c'est qu'il
-ne s'tait pas entendu avec la rpublique sur la somme.</p>
-
-<p>Mann s'intressait beaucoup aux affaires de Corse; il dsirait
-la voir enlever aux Gnois en faveur des Anglais et de leurs
-allis les Sardes. Il s'employait avec zle ce dessein. Aussi,
-aprs avoir plus ou moins conspir avec Thodore et aprs
-avoir vu que celui-ci n'tait pas l'homme de la besogne, avait-il
-jet les yeux sur un autre, tout en conservant des relations
-<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span>
-avec le baron. Les courriers du roi de Sardaigne, qui allaient
-Rome, passaient par Florence, justement dans la rue o
-demeurait Mann. Celui-ci en profitait pour correspondre sans
-danger avec Villettes et pour recevoir les instructions de Son
-Excellence le marquis d'Ormea. Je me ferai, disait-il, un
-devoir en toute occasion d'obir aux ordres dont Elle m'honorera,
-bien persuad que rien n'est plus capable de m'attirer
-l'approbation du roi, mon matre, que de m'employer utilement,
-si je puis, pour le service de Sa Majest sarde dont les intrts
-sont si unis aux siens. Mann avait communiqu un de ses
-amis ce qu'on disait Turin sur l'auteur des propositions
-(Rivarola). On devait l'engager venir Florence. Jusqu'
-prsent le rsident et son ami n'avaient pas jug propos de
-lui donner la moindre connaissance de l'affaire, mais
-puisque les offres taient acceptes en principe, on ne se
-trouvait plus tenu la mme rserve. Mann voulait lui persuader
-d'aller Turin. C'est assurment le plus sage parti.
-On rglera plus de choses avec lui en personne en deux jours,
-qu'on ne ferait dans un mois par lettres, outre qu'en traitant
-avec lui, les ministres du roi de Sardaigne pourront mieux juger
-de sa capacit et de ce qu'il est en tat de faire. Rivarola
-avait t prsent Mann par le gnral Breitwitz. Ce
-dernier dsirait n'tre nomm qu' d'Ormea; car la cour de
-Vienne et le grand-duc pourraient prendre ombrage de le voir
-s'occuper de cette entreprise sans leur participation. Le
-gnral affirmait qu'il serait approuv par ses matres, s'il
-les mettait au courant; seulement, il les laissait dans l'ignorance.
-Breitwitz, quelques annes auparavant, s'tait fait
-l'intermdiaire de propositions semblables auprs de Marie-Thrse;
-mais celle-ci n'y avait pas prt attention. Mann avait
-en mains l'crit original sign par l'auteur et scell de ses
-armes, contenant ses projets et les conditions o ils pourraient
-tre raliss. Il n'avait pas envoy cet crit Turin, de crainte
-qu'il ne vnt s'garer ou tre intercept, mais il le tenait la
-<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span>
-disposition des ministres sardes. Je souhaite ardemment que
-le succs de cette affaire rponde l'attente de vos amis,
-disait-il Villettes.</p>
-
-<p>Je vous ai envoy, continuait-il, par le dernier ordinaire,
-une lettre de mon correspondant secret&mdash;il s'agit de Thodore&mdash;
-M. le marquis d'Ormea. Dans une autre qu'il m'a crite
-en m'en envoyant une pour l'amiral, il me dit: <i>A la fin,
-M. l'amiral a eu ordre de m'assister et de m'appuyer</i>. Je ne
-puis rien dire de ce fait jusqu' ce que l'amiral l'explique. Je suis
-toujours oblig de rpondre au grand nombre de lettres qu'il
-continue de m'crire, mais je le fais toujours en termes gnraux,
-en lui disant que je n'ai point reu d'instructions sur ses affaires,
-ni aucune rponse de votre part ni de l'amiral; cependant cette
-mthode ne mettra jamais fin notre correspondance. Mann
-tenait ce que le baron de Salis ne ft pas inform de ce qu'il
-disait sur Neuhoff, ce personnage tant absolument prvenu en
-faveur de l'aventurier. Cet engouement l'tonnait et le fils Salis
-en tait aussi surpris que lui. Il a peut-tre des raisons que
-nous ignorons<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor">&nbsp;[736]</a>.</p>
-
-<p>Cette dernire phrase pouvait s'appliquer Mann lui-mme.
-Quelles taient les raisons qui l'obligeaient continuer de correspondre
-avec Thodore? Pourquoi n'avait-il pas dj rompu avec
-un homme qui pouvait le compromettre, sur lequel on ne devait
-pas compter et qu'il qualifiera lui-mme de dangereux? Quand
-on a commenc se commettre avec de certaines gens, on est
-pris dans un engrenage dont il est difficile de sortir. On les a vus
-mystrieusement; on a prt l'oreille leurs discours; on a cout,
-sans se fcher, des propositions louches; on a pens en tirer parti;
-les relations se sont noues; on pensait tre toujours temps de
-les cesser lorsqu'elles deviendraient trop compromettantes;
-on leur a crit; on leur a donn de l'argent: ils vous tiennent.
-<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span>
-Neuhoff avait caus, Londres, avec lord Carteret, qui tait entr
-dans ses combinaisons. A Florence, Mann crut faire de la diplomatie
-en voyant l'aventurier; il ne fut que le complice de ses
-man&oelig;uvres malhonntes, car en somme, tout se rsumait pour
-Thodore se procurer de l'argent. Une fois pris, le rsident
-ne pouvait plus se librer. Il craignait peut-tre que le roi
-de Corse n'en vnt dvoiler des choses qu'on ne tient gnralement
-pas voir tales au grand jour. Il le mnageait.
-Ou bien, en diplomate rus, le gardait-il sous la main pour en
-faire peur aux allis de son matre, si ceux-ci ne voulaient pas
-faire bonne part dans les profits qu'on se promettait.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, les affaires de Rivarola prenaient bonne
-tournure. La Corse tait une proie tentante!</p>
-
-<p>Breitwitz avait fait venir Rivarola Florence et Mann avait
-eu une confrence avec lui. Il tait dispos aller Turin pour
-traiter. Il se faisait fort de lever le corps de troupes ncessaire
-pour l'expdition. Le ministre anglais disait: J'avoue
-qu'au premier coup d'&oelig;il, voir son ge et sa figure, il ne m'a
-point paru fort propre faire russir une pareille entreprise;
-mais aprs plusieurs conversations que j'ai eues avec lui, et par
-les informations que j'ai prises sur son compte, j'ai trouv que
-c'tait un homme fort accrdit en Corse, et celui de tous les
-chefs auquel les mcontents de cette le s'adressent le plus volontiers.
-Les Gnois l'avaient toujours opprim, ses biens dans
-l'le&mdash;o sa femme se trouvait encore&mdash;taient confisqus et
-il avait men pendant plusieurs annes sur le continent une
-existence misrable. Mann l'interrogea sur ses aptitudes commander
-un rgiment. Il rpondit navement qu'il n'avait pas
-beaucoup d'exprience pour conduire des troupes rgulires. Mais
-il avait pass une grande partie de sa vie les armes la main et,
-pour suppler son manque de capacits, il demanda que le roi
-de Sardaigne nommt un major qui serait la tte du rgiment
-et des officiers pour maintenir la discipline. On ne devait pas
-oublier que les insulaires n'obiraient qu' un chef de la nation.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span>
-Breitwitz avait eu aussi d'excellentes rfrences sur Rivarola.
-Il en parla Mann en ces termes: C'est un homme qui a grand
-crdit en Corse. Il ne tiendra qu' lui de faire venir la plus grande
-partie des Corses qui sont au service de la rpublique de Gnes
-celui de Sa Majest le Roi de Sardaigne, ce qui ferait un double
-effet. Et le gnral pensait que la cour de Vienne et le grand-duc
-ne soulveraient aucune difficult pour permettre aux insulaires
-qui se trouvaient dans les deux compagnies toscanes de passer
-dans ce nouveau rgiment. Selon Mann, il y avait un officier,
-Joseph Costa, et soixante soldats corses.</p>
-
-<p>Rivarola tait pauvre; ses malheurs et son long exil avaient
-dlabr ses affaires. Il demanda donc que ses frais de voyage
- Turin lui fussent pays. Mann, trouvant cette requte justifie,
-suppliait Villettes d'arranger la chose&mdash;toujours la petite
-avance! Il est vrai qu'on aurait difficilement trouv un homme
-qui et une situation honorable et assure pour se lancer
-dans une entreprise la Thodore! Rivarola, d'ailleurs, n'attendait
-pour partir que l'arrive de son fils et les habits, qui
-autant que j'en puis juger, disait Mann, ne feront pas une
-brillante figure. Il m'a dit qu'il voulait se faire faire un habit
-avant de se prsenter M. le marquis d'Ormea. J'ai tch de
-l'en dissuader, l'assurant que ce ministre ne jugera pas de lui
-par la faon dont il sera mis. Le rsident s'en remettait
-entirement son collgue de Turin pour rgler les confrences
-que d'Ormea devait avoir avec Rivarola. Ce dernier voyagerait
-sous le nom de Dominique Santini.</p>
-
-<p>Mann avait connu par Villettes l'ptre de Thodore
-d'Ormea. Il n'tait surpris, ni de son contenu, ni de la manire
-dont elle avait t reue. Neuhoff n'tait pas satisfait; la lettre
-du baron de Salis<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor">&nbsp;[737]</a>, que Mann lui avait transmise, l'avait
-fortement piqu. Je ne rpondrai nullement, disait-il, ne me
-<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span>
-mettant en nulle peine pour son contenu si peu digr, tant
-d'ailleurs sr que votre ministre traite cette affaire. Enfin les
-rponses de Turin en dcideront en huit jours et si l'on a chang
-de sentiment, patience! j'en serai pour les faux frais. Mon
-secrtaire est parti dimanche pass.&mdash;Voil la substance de sa
-lettre, crivait Mann. Je vous disais dans ma dernire, qu'il
-avait fait partir son secrtaire, circonstance qui ne peut que
-dplaire. J'avoue nanmoins qu'il ne me semble pas juste de
-le laisser dans l'incertitude; car, quoique ses propositions
-soient mal digres et qu'il ne paraisse pas probable qu'elles
-puissent mener rien, et quoiqu'il n'y ait peut-tre pas beaucoup
-de fond faire sur ce qu'il dit des grandes dpenses qu'il
-prtend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on continue
-le bercer de vaines esprances. Quant aux affaires de Corse,
-je sais qu'il y a encore un parti considrable dans cette le, qui
-le recevrait avec beaucoup d'empressement s'il y paraissait avec
-quelque secours rel. Mais il les a tromps si souvent, qu'ils
-ne se fient plus ses promesses. J'apprends cependant que ce
-parti est rsolu de lui rester fidle encore quelques mois, et si
-aprs ce temps-l, ils s'aperoivent qu'il n'est pas rellement
-soutenu, ils l'abandonneront coup sr, sans pourtant se soumettre
-aux Gnois.</p>
-
-<p>Mann avait appris que Barckley, commandant du <i>Revenger</i>,
-qui avait amen Thodore d'Angleterre en Italie, s'tait inform
-avec soin o se trouvait son ex-passager. Le capitaine dclarait
-que s'il pouvait dcouvrir sa retraite, soit en Toscane, soit
-Rome, il irait le trouver en personne. Un individu, qui avait
-entendu ce propos, l'avait crit Thodore. Celui-ci s'tait
-empress de transmettre cette lettre Mann. Le ministre
-ne savait pas pourquoi Barckley tenait tant voir le personnage;
-mais il tait tonnant qu'il ne se ft pas adress lui, car il
-aurait pu donner des nouvelles de l'aventurier.</p>
-
-<p>Tandis que Mann crivait, Rivarola tait revenu chez lui pour
-le prvenir qu'il avait dpch un homme Sienne afin de ramener
-<span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span>
-son fils. En faisant la plus grande diligence, ils ne pourraient
-tre Turin que le 15 juin. Rivarola avait fait des frais; Villettes
-devait donc obtenir qu'il ft indemnis aussitt arriv. Mais
- la rflexion, Mann pensa qu'il valait mieux que Rivarola
-n'attendt pas son fils, car ce serait perdre un temps prcieux.
-On lui avait trouv comme compagnon de route un jeune
-homme discret et capable, nomm Charles Testori. Ils partiraient
-le lendemain matin, 8 juin, la premire heure<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor">&nbsp;[738]</a>.</p>
-
-<p>Ces dtails que Mann donnait son collgue Villettes
-taient destins passer sous les yeux de d'Ormea. Il agitait
-en consquence le spectre de Thodore et le parti considrable
-que celui-ci avait en Corse afin de maintenir le ministre sarde dans
-le droit chemin, c'est--dire dans de bonnes dispositions pour
-l'Angleterre. Mann jouait double jeu, et, s'il n'approuvait pas
-qu'on amust Thodore, il n'avait qu' se dgager vis--vis de
-lui. Au contraire, il continuera, pendant longtemps encore, une
-correspondance qu'aucune utilit apparente ne justifiait.</p>
-
-<p>Arriv Turin, Rivarola trouva toutes choses prpares.
-Le 11 juillet, la capitulation pour la leve d'un rgiment d'infanterie
-corse fut signe. Charles-Emmanuel confra, le 1<sup>er</sup> aot,
-le titre de colonel de ce nouveau rgiment Rivarola avec un
-traitement annuel de trois mille sept cent vingt livres de Pimont
-et une pension de douze cent quatre-vingts livres partir du
-jour o il aurait form les deux premiers bataillons<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor">&nbsp;[739]</a>.</p>
-
-<p>Rivarola avait donc supplant son roi.</p>
-
-<p class="quote">La Savoie et son duc sont pleins de prcipices<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor">&nbsp;[740]</a>.</p>
-
-<p>D'Ormea tait un de ces prcipices; Thodore tait tomb
-dedans.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span></p>
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Thodore continuait vivre aux environs de Sienne, en s'entourant
-d'ombre et de mystre. Cette retraite sre lui avait t
-procure par Richecourt. Il dpensait largement. Le gouverneur
-de Sienne lui faisait de frquentes visites, et ce fonctionnaire
-trouvait trs mauvais qu'on chercht avoir des nouvelles de
-l'aventurier. Lorenzi croyait pouvoir affirmer que Richecourt
-et le frre de celui-ci, qui tait au service du roi de Sardaigne,
-intriguaient fortement en faveur de Neuhoff<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor">&nbsp;[741]</a>.</p>
-
-<p>Au commencement de juillet, Thodore alla demeurer
-Terrazano chez un certain Adrien Franchi. Il payait cinq sequins
-par mois pour le mobilier et le linge. Son secrtaire tait,
-disait-on, revenu de Venise, en annonant l'arrive prochaine de
-deux officiers avec une forte somme, mais on ne savait pas quel
-tait le souverain qui devait la lui donner. Sur cet avis, le baron
-avait command douze habits de chevalier. Voulait-il clipser
-Rivarola? Mais cette commande avait t faite si mystrieusement
-qu'on ne savait au juste si ces habits taient tous pareils
-ou de couleurs diffrentes<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor">&nbsp;[742]</a></p>
-
-<p>Ce renseignement important fut communiqu dans les formes
-aux inquisiteurs qui le prirent en considration parce qu'il
-concernait cet individu qui troublait tellement la quitude
-du gouvernement<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor">&nbsp;[743]</a>.</p>
-
-<p>Les uniformes commands par Thodore ne causaient certainement
-pas eux seuls l'inquitude du Srnissime Collge.
-<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span>
-Une autre question proccupait, sans doute, davantage les
-Gnois. On apprit en effet que le baron avait rellement touch
-des fonds<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor">&nbsp;[744]</a>.</p>
-
-<p>Dans la vie mouvemente de Thodore la question de savoir
-qui lui donnait de l'argent se pose avec une irritante persistance.
-Il y avait l des compromissions qu'il serait curieux de mettre
-au jour, mais dont on ne peut avoir la preuve absolue. Certains
-services&mdash;le silence surtout&mdash;se payent de la main la main.
-On ne fait pas signer de reus aux matres chanteurs. Pendant
-plusieurs mois le baron ne fit pas parler de lui. Mann n'crivait
-plus rien son sujet. Quand il avait quelque argent devant lui,
-Neuhoff restait coi, ne cherchant qu' se cacher. Lorsque la
-disette venait, il sortait de sa tanire et harcelait tout le monde
-de ses plaintes et de ses rcriminations. Il faisait si bien le
-mort qu'on le disait gravement malade sans espoir de gurison<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor">&nbsp;[745]</a>.
-Si les Gnois prparrent des illuminations, ils en furent
-pour leurs frais. Thodore ne devait pas encore mourir. Il avait
-tout simplement une lgre attaque de goutte, dont il fut vite
-remis.</p>
-
-<p>Il circulait Florence un manifeste des Corses, proclamant
-leur fidlit absolue au baron de Neuhoff, le roi qu'ils avaient
-lu. On n'attribuait pas grande importance cette pice, car on
-la disait fabrique par les insulaires rfugis en Toscane<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor">&nbsp;[746]</a>.</p>
-
-<p>Au mois de septembre, un vaisseau hollandais venant de
-Tunis arriva Livourne. Un personnage mystrieux se trouvait
- bord. Cet individu se faisait appeler le comte de la Vague.
-Il avait cinquante ans environ; il tait petit et laid. Se doutant
-<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span>
-qu'on le guettait terre, il dclara qu'il ferait la quarantaine
-sur le navire. Le gouverneur exigea son dbarquement, mais
-il refusa de se conformer cet ordre. Le capitaine le fit
-mettre de force dans une chaloupe et conduire au lazaret.
-A peine avait-il mis pied terre que huit grenadiers l'arrtrent
-et le conduisirent sur le champ dans la citadelle. Le personnage
-qui se cachait sous le pseudonyme de la Vague n'tait autre
-que Beaujeu. Il avait fait un trait Tunis au sujet de la Corse.
-La comdie de 1736 allait-elle recommencer? Les Corses ont
-bien manqu de devenir musulmans. Beaujeu avait t incarcr
- la demande de la cour de Turin. Charles-Emmanuel n'admettait
-pas de comptiteur. L'aventurier fut mis au secret le plus absolu
-et resta en prison jusqu' sa mort.</p>
-
-<p>Beaujeu avait t dnonc par son secrtaire. Celui-ci tait un
-moine dfroqu, qui se faisait appeler Drakselts et qui, pour se
-mnager des protections dans le but de se rconcilier avec
-l'glise, avait livr d'Ormea tous les papiers de Beaujeu.
-Parmi eux se trouvaient les traits passs Constantinople et
-Tunis pour faire prendre le turban aux Corses<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor">&nbsp;[747]</a>.</p>
-
-<p>Revenu en Toscane, Rivarola s'occupait de former son
-rgiment. Il attisait la rvolte en Corse, en se maintenant en
-relations suivies avec les chefs auxquels il promettait&mdash;comme
-Thodore&mdash;l'aide d'une puissance<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor">&nbsp;[748]</a>. Cette fois-ci, la promesse
-n'tait pas un mensonge.</p>
-
-<p>Pendant ce temps-l, Thodore mangeait son argent. Il le
-dpensait mme si bien qu'au mois de dcembre il ne lui en
-restait plus. Son propritaire, furieux de n'tre pas pay, montrait
-les dents. Le roi, dfaut de monnaie, lui donnait de belles
-assurances. Un personnage devait lui apporter des fonds et
-il avait recommand au matre de la poste d'introduire cet
-intressant visiteur aussitt son arrive. On y est toujours
-<span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span>
-pour les gens qui ont de l'argent vous remettre. Il avait une
-petite cour: le comte Poggi, un secrtaire, un camrier, deux
-domestiques et une cuisinire. Un fournisseur s'tait fait remettre
-ses bagages en garantie de son d, mais, sur l'ordre du
-Conseil de Rgence, le crancier avait rendu les hardes<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor">&nbsp;[749]</a>.</p>
-
-<p>Les jeunes nobles de Sienne se moquaient de Thodore.
-Celui-ci, trs sensible aux quolibets, parlait de pourfendre
-cette jeunesse peu respectueuse. Il prfra s'en aller. Il prit
-logement Radicondoli, cinq milles de Volterra, chez un
-pauvre habitant. Un peu d'argent lui tait arriv: il avait
-reu plusieurs personnes sa table. Il envoyait mystrieusement
-des missaires en diffrents endroits, et, son ordinaire, il
-crivait toujours<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor">&nbsp;[750]</a>.</p>
-
-<p>Pendant six mois le baron vcut sans tapage. Au mois de
-juin 1745, il s'avisa que les dmarches de Rivarola pourraient
-lui faire du tort. Il se plaignit amrement; il ne devait plus
-avoir un sou. Il crivit au marquis d'Ormea. Il se permettait de
-s'adresser en toute confiance Son Excellence, pour savoir si
-rellement le roi de Sardaigne avait autoris Dominique Rivarola
- insinuer aux insulaires qu'il allait leur envoyer des
-troupes pour les dlivrer de la tyrannie gnoise, condition
-qu'ils reconnussent Sa Majest comme souverain lgitime. Ce
-Rivarola tait bien connu en Italie et en Corse pour avoir fait,
- diffrentes reprises, des propositions malhonntes aux mcontents
-au nom de la France, de l'Espagne, de Massa, de Modne,
-du feu prince Octavien de Mdicis et mme de Ragoczy. Toutes
-ces intrigues taient noues dans un but d'ambition personnelle.
-Au lieu d'apporter le bonheur, elles ne favorisaient que la dsunion
-et des homicides normes pour le plus grand avantage
-des Gnois. Votre Excellence daigne donc imposer silence
-cet homme inquiet et variable et me confier moi les royales
-<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span>
-intentions de Sa Majest, auxquelles je me conformerai pour la
-convaincre de mon attachement inviolable pour ses royaux
-intrts et ceux de ses hauts allis.</p>
-
-<p>Thodore rappelait ensuite d'Ormea la lettre qu'il lui avait
-crite l'anne prcdente, touchant la leve du rgiment
-que M. de Salis lui proposa de sa part. En attendant les
-instructions de Son Excellence, il n'avait pargn ni peines ni
-dpenses. La capitulation signe avec Rivarola lui causait un
-grand prjudice. Il rsumait son plan et ses ides sur l'expdition
-qu'il avait en vue. Il demandait une rponse sous le couvert de
-M. Mann. Si le ministre le dsirait, il irait lui-mme incognito
- Turin sous le nom de baron de Haagen. Il aurait fait ce
-voyage l'anne prcdente s'il en avait eu les moyens. Il
-terminait en disant qu'on n'aurait jamais se repentir de s'tre
-intress lui ni d'avoir appuy ses desseins<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor">&nbsp;[751]</a>.</p>
-
-<p>Malheureusement lorsque Thodore crivait, d'Ormea tait
-mort<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor">&nbsp;[752]</a>. Son successeur pour les affaires extrieures, le marquis
-de Gorzegno, continuera les intrigues relatives la Corse.</p>
-
-<p>Mann avait t charg de reprsenter temporairement le roi
-de Sardaigne Florence; il favorisait ces intrigues de tout c&oelig;ur.
-Thodore l'accablait toujours de demandes d'argent. Le diplomate
-trouvait dcidment que c'tait un homme dangereux et sans
-fondement<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor">&nbsp;[753]</a>.</p>
-
-<p>Le 5 juillet, un nomm Paul-Franois Sarri, de Bastia, capitaine
-<span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span>
-du rgiment corse au service du Pimont, et un certain
-docteur, Ange de Bonis, d'origine corse, arrivrent Turin.
-Dans la nuit du 5 au 6, ils furent reus par Charles-Emmanuel
-auquel ils prsentrent un projet d'expdition en Corse. Le roi
-soumit ce projet au comte de Saint-Laurent, qui eut pour mission
-spciale de s'entendre ce sujet avec Villettes. Saint-Laurent
-conseilla d'avoir tout au moins l'appui apparent des allis, pour
-ne pas faire retomber toute la haine sur le roi en cas que le
-projet ne russt pas. On se mfiait, Turin, du grand-duc de
-Toscane, que l'on supposait tre favorable Thodore. Saint-Laurent
-eut, le 21 septembre, une confrence avec le ministre
-anglais. Villettes trouvait l'expdition trs aise et utile la
-cause commune. Comme le fait trs bien remarquer M. Giuseppe
-Roberti, auquel j'emprunte ces dtails, l'anglais voyait surtout
-dans cette entreprise l'intrt du commerce de sa nation<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor">&nbsp;[754]</a>.
-Son sentiment est que l'on commence cette affaire par protger
-ouvertement les Corses pour les mettre en leur pleine
-libert, moyennant qu'ils laissent tous leurs ports francs
-pour le commerce gnral avec des franchises particulires
-pour celui des puissances allies. Aprs cela, le coup russissant,
-comme il n'en doute point, l'on portera les Corses se soumettre
-de plein gr au roi, lorsqu'on dmlera la fuse: disant qu'il
-ne convient pas de faire, pour prsent, envisager cette expdition
-comme une conqute pour le roi la cour de Vienne, qui
-pourrait en faire un grand cas pour un quivalent ou autres
-prtentions ailleurs<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor">&nbsp;[755]</a>. Rivarola, dans la coulisse, tenait tous
-les fils de cette intrigue. Son plan tait peu prs le mme que
-celui de Neuhoff. L'affaire se prparait.</p>
-
-<p>Pendant ce temps-l, Thodore intriguait Londres. Il y
-<span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span>
-avait deux amis, Messieurs Salwey, qui habitaient Leadenhall-street.
-Le baron leur crivit le 9 septembre 1745. Cette lettre,
-banale en apparence, mrite cependant l'attention. Elle montre
-que l'aventurier se croyait, par des relations antrieures et sans
-doute par des promesses, autoris crire tous les personnages
-anglais, pour les entretenir de ses affaires.</p>
-
-<p>A quoi dois-je attribuer, mes chers Messieurs Salwey, votre
-silence, lequel je vous proteste de m'tre d'une trs sensible
-mortification. Nonobstant, je me flatte de votre amiti que vous
-continuez prendre mes affaires c&oelig;ur. Dans cette pleine
-confiance, je viens par cette [lettre] vous prier de vouloir bien
-passer chez Milord Carteret, le saluer distinctement de ma
-part et le prier de me faire savoir, sans dguisement, si je puis
-esprer de Sa Majest Britannique et de votre nation, l'assistance
-si ncessaire pour pouvoir repasser auprs de mes fidles
-et m'opposer aux vues des Gallispans; mme y tant, je puis
-assurer de les anantir et de mettre ensemble un corps de dix
-douze mille hommes faire une bonne diversion aux ennemis
-en terre ferme, en me procurant cet effet les btiments de
-transport escorts par des vaisseaux de guerre. J'en ai crit
-plusieurs fois Milord Harrington, mais n'ai la satisfaction de
-recevoir un mot de rponse, ni le ministre de Sa Majest Britannique
- Florence, M. le chevalier Mann, qui a eu la bont d'en
-crire au duc de Newcastle et Milord Harrington, mais ne
-reoit sur ce chapitre aucune rponse. Jugez de mes embarras
-mortels, environn par ici de tant d'missaires, lesquels me
-dtournent tout. Recommandez donc mes intrts Milord
-Carteret et Milord Vinchelsea et procurez des ordres l'amiral
-Rowley pour m'assister. Certainement, si l'on m'avait appuy,
-les affaires en ces quartiers ne seraient pas dans cette prsente
-extrmit. Et donnez-moi de vos chres nouvelles sous le couvert
-de M. le chevalier Mann, ministre de Sa Majest Britannique
- Florence et pressez vivement une rsolution favorable, car il
-n'y a pas de temps perdre, si l'on veut remdier aux affaires
-<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span>
-de ces quartiers trs drangs comme vous serez bien informs.</p>
-
-<p>J'ai aussi crit deux fois Milord duc de Newcastle, mais
-n'ai la satisfaction de recevoir un mot de rponse; faites-m'en
-savoir la raison sans dguisement.</p>
-
-<p>Vous aurez su que dans ces dix-huit mois j'ai t emprisonn
-trois fois et quatre mois passs, j'ai essuy le cartel de
-quatre infmes qui taient envoys pour m'assassiner dans ma
-maison. Je les dsarmai et, par la fentre, ils se sauvrent. D'o
-depuis, il me reste un tremblement dans la main qu' peine
-puis-je crire<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor">&nbsp;[756]</a>.</p>
-
-<p>On ne trouve trace nulle part, ni de ce triple emprisonnement,
-ni de cet attentat. Thodore voulait sans doute attendrir ses
-correspondants. Je ne sais non plus ce qu'taient ces Messieurs
-Salwey, qui avaient accs auprs de lord Carteret. Si les hommes
-politiques anglais rejetaient maintenant l'aventurier comme un
-individu dont on ne peut rien attendre et lui faisaient faire quelques
-aumnes pour qu'il restt tranquille, il n'en est pas moins
-vrai qu'ils avaient cout ses propositions et avaient favoris ses
-desseins. Le silence obstin qu'ils gardaient, mme vis--vis
-de Mann, prouverait leur complicit dans les combinaisons du
-baron, si cette preuve avait besoin d'tre faite. Quand on n'a
-rien se reprocher, on peut toujours se dbarrasser d'un agent
-tar. Il valait mieux pour la dignit des nobles lords que Neuhoff
-ne parlt pas; c'est pour cela qu'ils ne pouvaient pas rompre
-bruyamment avec lui.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span></p>
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>Au milieu de septembre, Lorenzi mandait que Thodore
-tait sur le point de quitter sa retraite; on disait qu'il allait
-s'embarquer pour la Corse. Il avait avec lui un lorrain, inspecteur
-de la douane de Sienne. Le baron et son compagnon devaient
-voyager la nuit et on croyait que le retard apport dans ce dpart
-ne venait que de la peur qu'il (Thodore) a recommencer sa
-scne<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor">&nbsp;[757]</a>. Assurment, il n'tait pas brave. Il n'avait aucune
-vocation pour donner ou recevoir des coups. Nanmoins, on
-pouvait encore le faire marcher pour un peu d'argent. Sa royaut
-retombait parfois lourdement sur ses paules. Pour avoir le pain
-quotidien, il lui fallait jouer le rle de roi, c'est--dire accomplir
-un semblant d'action. Et s'il songeait encore en 1745 partir pour
-la Corse, c'est qu'il tait pouss par quelqu'un; je veux dire pay.
-Les allis anglo-sardes n'avaient pas tout fait tort de se mfier
-du grand-duc Franois. Ce prince tait bien capable de ressusciter
-une nouvelle fois Thodore pour le faire servir son ambition.
-L'aventurier jouissait en Toscane de la protection vidente des
-autorits&mdash;on l'a vu. Son compagnon de route tait lorrain&mdash;un
-fonctionnaire. Tout cela permet de supposer que si le pantin
-se remuait encore, c'est que Franois en tenait les fils.</p>
-
-<p>Thodore quitta Sienne le 23 avec quatre chaises. Il s'arrta
- Florence pour confrer avec Mann<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor">&nbsp;[758]</a>, puis il arriva Livourne,
-o il commena par se cacher. Le 6 octobre, il alla demeurer dans
-une maison de campagne appartenant un ngociant anglais,
-agent de la flotte. Il devait s'embarquer sur un vaisseau de
-guerre, dont le dpart pour la Corse aurait lieu au premier bon
-vent. Des officiers de la marine britannique taient alls trouver
-<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span>
-Mann Florence pour lui demander s'il avait des instructions
-relativement Thodore, car celui-ci affirmait que tout tait
-arrang entre lui et le rsident. Ce dernier rpondit qu'il ne savait
-rien<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor">&nbsp;[759]</a>. Nanmoins, on persistait croire que Neuhoff se rendait
-en Corse avec Rivarola et les autres chefs de l'expdition et on
-disait que le dpart avait eu lieu<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor">&nbsp;[760]</a>. Cette nouvelle faisait dire
- d'Argenson que le passage du baron de Neuhoff en Corse,
-s'il a rellement lieu, sera une pauvre ressource pour le roi de
-Sardaigne<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor">&nbsp;[761]</a>.</p>
-
-<p>Rivarola et ses compagnons&mdash;ses complices pourrait-on
-dire&mdash;taient effectivement partis sur un btiment anglais pour
-aller conqurir la Corse au profit de Charles-Emmanuel, mais
-Thodore ne se trouvait pas parmi les conqurants. Mann s'tait
-arrang de faon ce qu'il demeurt terre. Il ne dit pas
-malheureusement les moyens qu'il avait employs pour cela.
-Je suis charm, crivait-il au marquis de Gorzegno, d'avoir
-prvenu l'inconvnient si Thodore se ft embarqu, dont j'ai
-pri M. Villettes de vous rendre compte<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor">&nbsp;[762]</a>. Les arguments
-que Mann fit valoir furent sans doute irrfutables&mdash;comme, par
-exemple, un versement&mdash;car le baron ne fit plus mine d'aller
-revoir ses sujets. Il revint vivre dans la retraite en Toscane,
-chez le cur de campagne qui l'avait dj hberg<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor">&nbsp;[763]</a>.</p>
-
-<p>Le gouvernement sarde avait publi des lettres patentes par
-lesquelles Charles-Emmanuel accordait sa protection aux Corses,
-de concert avec l'Autriche et l'Angleterre ses allis. Cette
-proclamation promettait aux insulaires de les aider dans la
-guerre qu'ils soutenaient contre les Gnois. Le roi de Sardaigne
-<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span>
-avait uniquement pour but de soustraire des peuples malheureux
- un joug odieux et il avait pleine confiance dans la sagesse
-des Corses qui l'aideraient de tout leur pouvoir dans l'&oelig;uvre
-entreprise<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor">&nbsp;[764]</a>.</p>
-
-<p>L'escadre anglaise, aprs un court sjour en Sardaigne,
-arriva le 2 novembre sur les ctes de la Balagne, o Rivarola
-prit terre pour prparer le sige de Bastia<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor">&nbsp;[765]</a>. A l'le Rousse,
-une centaine d'insulaires et quelques Gnois mcontents allrent
- bord des btiments pour s'enrler<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor">&nbsp;[766]</a>. Cette escadre compose
-de huit btiments de guerre, de quatre palandres et de quatre
-transports, commande par M. Cooper, parut devant Bastia,
-le 17 novembre, et jeta l'ancre vis--vis du chteau. Le
-commandant fit une proclamation pour inviter les Corses
-secouer la domination gnoise. Il leur dclara que le roi
-d'Angleterre, son matre, lui avait ordonn de se prsenter en
-force eux pour les aider reconqurir leur libert! Il envoya
-aussitt une chaloupe avec le pavillon blanc au commissaire
-gnois Mari, pour le sommer de se rendre, sinon la ville serait
-dtruite. Mari rpondit ce qu'on rpond gnralement en pareille
-circonstance: son devoir l'obligeait refuser nergiquement de
-semblables propositions. Il se dfendrait.</p>
-
-<p>Le 18, les Gnois canonnrent l'escadre. Celle-ci fit feu
-aussitt. Les btiments eurent l'ordre de diriger le tir contre
-le chteau et d'pargner la ville, car les habitants, si l'on
-dtruisait leurs maisons, pourraient considrer leurs librateurs
-comme des ennemis. Nanmoins, des bombes et des
-boulets rouges tombrent dans Bastia. Le duel d'artillerie
-<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span>
-dura jusqu'au 19 au matin. De part et d'autre, les dommages
-furent grands. La conduite de Mari fut, dit-on, hroque.
-La flotte, ayant beaucoup souffert, mit la voile aprs avoir
-laiss trois btiments dans les eaux corses. Elle arriva le
-21 Livourne pour faire des provisions et rparer ses avaries.
-Les officiers anglais prtendaient que Bastia avait t rduite
-en cendres et qu'ils auraient, du mme coup, pris toute l'le
-si Rivarola avait rempli son devoir. Il avait en effet promis
-d'investir la place avec quatre mille hommes, tandis que les
-vaisseaux bombarderaient, mais il n'avait pas paru. Et Lorenzi,
-en envoyant ces dtails, concluait: On est cependant gnralement
-persuad que si cette violente entreprise avait eu
-le succs que vante ce chef d'escadre, il ne l'aurait pas quitte,
-comme il a fait, avant d'en voir la fin<a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor">&nbsp;[767]</a>.</p>
-
-<p>Mann, qui avait reu par une estafette la nouvelle de cette
-action plus bruyante que brillante, crivit Gorzegno en faisant
-de judicieuses rflexions. Si les habitants de la Corse, disait-il,
-n'assistent point chasser les Gnois, une flotte ne pourra jamais
-en venir bout. Il est vrai que les vaisseaux et les bombes
-peuvent dtruire les villes, mais cela aigrira en mme temps ceux
-qui sont mcontents des Gnois, puisqu'ils souffriront galement
-par la destruction de leurs maisons. Les Espagnols avaient un
-grand parti dans l'le. Si jamais ils venaient s'en emparer, cela
-causerait un prjudice considrable aux Anglais et aux Sardes. Il
-insistait donc sur la ncessit, pour les insulaires, de cooprer aux
-oprations de l'escadre. La flotte a fait tout ce qu'elle a pu en
-dtruisant la ville quasi, mais moins que M. Rivarola, avec
-les mcontents, en peuvent prendre possession, l'entreprise
-n'aboutira pas grand chose<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor">&nbsp;[768]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span>
-Les Anglais commenaient dj rcriminer contre Rivarola.
-Ils allaient bientt le juger aussi lche et aussi inutile que
-Thodore.</p>
-
-<p>A peine les navires taient-ils partis que Rivarola, descendu
-de la montagne avec quatorze cents mcontents, arriva devant
-Bastia. Il fit aussitt ouvrir le feu, et lana un manifeste.
-Il disait qu'il venait au nom du roi de Sardaigne et de
-ses allis pour donner la libert la Corse. Elle pourrait former
-une rpublique sous la protection des nations coalises. Toujours
-gostes, les Anglais n'avaient parl qu'au nom de leur souverain.
-Mais, si la Corse ne devenait pas libre, ce n'tait pas
-faute de sauveurs et ce serait dsesprer de la vertu des proclamations.
-Mari, le gouverneur hroque, ne persista pas dans
-son hrosme devant les forces de Rivarola. Il craignait un
-soulvement parmi les Bastiais. Il assembla les plus influents
-en conseil pour savoir si on pouvait se fier aux bourgeois et
-esprer qu'ils se dfendissent avec chaleur contre les rebelles.
-Les chefs rpondirent qu'assurment les habitants rsisteraient
-le plus possible, mais que si l'escadre anglaise revenait, il
-faudrait capituler honorablement pour viter la ville une destruction
-complte. Mari trouva la rponse si ambigu qu'il ne
-fut pas rassur. Un de ses amis lui conseilla de se mfier. Le
-gouverneur pensa donc qu'il tait plus sage de s'en aller. Dans
-la nuit du 20 au 21, il s'embarqua clandestinement sur une
-felouque avec quelques domestiques, vingt barils de poudre et
-son trsor: deux cent mille livres. Il laissa un major pour
-dfendre la place. Le lendemain matin, les Bastiais se rveillrent
-sans gouverneur. Ils jugrent la situation si grave qu'ils
-demandrent capituler, condition qu'ils auraient la vie
-sauve et qu'ils conserveraient leurs biens et leurs privilges.
-Rivarola accepta. La garnison gnoise, cinq cents hommes, fut
-faite prisonnire et le vainqueur s'installa dans Bastia<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor">&nbsp;[769]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span>
-Mann fut ravi. Il pensait qu'il fallait poursuivre nergiquement
-l'entreprise. Il pressait l'amiral Townshend de renvoyer
-ses navires en Corse. Je flicite de tout mon c&oelig;ur Votre
-Excellence, crivait-il Gorzegno, de cet vnement, ne doutant
-point que les autres places suivront l'exemple de la capitale.
-Puis, il donnait son avis pour tirer de l'affaire le plus grand
-avantage. Il faudrait pour cela du concert, et des gens capables
-de ranger les affaires avec systme pour assister M. Rivarola,
-soit pour se tenir en possession de ce qui est acquis et
-de ce qui naturellement suivra, soit de transporter du monde
-sur les terres des Gnois, car je crois qu'on ne doit pas douter
-que les Corses ne demandent rien avec tant d'empressement
-que de ravager le pays de leurs matres odieux, et si on ne
-profite pas de leur emportement dans la conjoncture prsente,
-jamais une si belle occasion se prsentera. La sagesse de Votre
-Excellence lui dictera tout ce qui est ncessaire dans le cas
-prsent, ainsi je demande pardon de lui avoir offert mes petites
-ides, mais mon zle pour l'entier succs de cette affaire, comme
-aussi pour en tirer tous les avantages possibles, me transporte.</p>
-
-<p>Malheureusement l'escadre anglaise tait retenue Livourne
-par les temps contraires et cela dsesprait Mann qui ne rvait
-que plaies et bosses<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor">&nbsp;[770]</a>.</p>
-
-<p>Malgr son entre dans Bastia, Rivarola tait trs svrement
-jug par les Anglais. Son peu d'exprience eu gard
- la manire de procder dans l'entreprise dont il s'est charg,
-crivait Townshend Mann, avait jet les chefs dans une
-confusion gnrale. Les choses en taient au point entre eux
-par l'amour excessif de ces peuples pour la libert qu'ils taient
-dtermins, plutt que de s'assujtir un nouveau matre, de
-rester sous le joug des Gnois. Lorsque je dbarquais, ils
-taient sur le point de se sparer avec cette belle rsolution<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor">&nbsp;[771]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_329"> 329</a></span>
-Les chefs corses, tels Gaffori et Matra, plus dsunis que
-jamais, adressaient la cour de Turin et aux Anglais les plaintes
-les plus vives contre Rivarola. Celui-ci rpondait en disant que
-ses anciens amis avaient t corrompus par l'or des Gnois<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor">&nbsp;[772]</a>.</p>
-
-<p>A Gnes on tait inquiet. Le 20 fvrier 1746, la rpublique
-lana en Corse un manifeste pour protester contre les man&oelig;uvres
-des Anglo-Sardes et menacer des peines les plus svres ceux
-qui leur prteraient assistance<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor">&nbsp;[773]</a>. Mais les membres du gouvernement
-affectaient l'indiffrence. Les Gnois avaient l'habitude
-de ne pas parler des choses qui leur taient dsagrables
-et ils espraient que leur alliance avec la France les protgerait
-contre tout danger<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor">&nbsp;[774]</a>.</p>
-
-<p>Le gouvernement franais se proccupait de ces intrigues
-et d'Argenson, le ministre, recommandait son agent, Gnes,
-de suivre attentivement les affaires de Corse<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor">&nbsp;[775]</a>.</p>
-
-<p>L'envoy de France ne mnageait pas sa peine; mais sa
-tche tait ardue. Il devait lutter contre la mfiance des
-Gnois. Il s'efforait de se mnager les bonnes grces du secrtaire
-d'tat par des attentions dlicates. L'usage que j'ai
-introduit de lui donner deux ou trois tasses de caf quand il
-vient chez moi ne parat pas lui dplaire. C'est ainsi que je lui
-adoucis les choses qui peuvent n'tre pas de son got. Cette
-<span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span>
-faon d'agir convient bien l'esprit de la nation. Cependant, il
-peut se rencontrer des circonstances, o il faut leur montrer de la
-fermet et de la hauteur, autrement on n'en tirerait rien<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor">&nbsp;[776]</a>. Et
-tandis que le secrtaire d'tat faisait de la diplomatie avec
-l'envoy de France en buvant des tasses de caf, les beaux
-esprits lanaient des pasquinades contre le roi de Sardaigne.</p>
-
-<p>Au moment o les affaires de Corse paraissaient devenir
-srieuses, Thodore reprit la plume: instrument qu'il maniait
-plus volontiers que l'arme. Le 17 octobre, il crivit un
-nomm Ange-Brando Suzini pour lui confirmer des lettres
-envoyes le mois prcdent. Il recommandait aux Corses d'tre
-fidles au serment qu'ils lui avaient jur et de demeurer inbranlables
-dans leur attachement. Cela tait indispensable pour
-remdier aux tristes choses du pass. Si les insulaires restaient
-sourds, il prvoyait les pires malheurs. Ils s'abmeraient avec
-lui-mme dans un prcipice. Et il ajoutait cette phrase qui,
-crite par lui, tait jolie: Ne vous laissez donc pas endormir
-par des flatteries tudies et de vagues promesses<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor">&nbsp;[777]</a>.</p>
-
-<p>Deux mois plus tard, il se plaignait au comte Bradimente
-Mari de ne jamais recevoir de rponse ses missives. Il
-comptait cependant sur la fidlit de ses sujets. Il ordonnait
-aux chefs de dclarer, au nom de tous, que les populations
-avaient toujours le plus solide dvouement pour la personne
-de leur souverain lgitime, le roi Thodore, et d'attester,
- la face du ciel, que Dominique Rivarola n'avait reu aucun
-mandat rgulier pour traiter avec la cour de Turin. Les insulaires
-devaient tmoigner Charles-Emmanuel une vritable
-reconnaissance pour l'intention qu'il avait de les dlivrer de la
-tyrannie gnoise, tout en affirmant leur ferme rsolution de ne
-vouloir pour matre que le monarque qu'ils s'taient librement
-<span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span>
-donn. Les Corses pouvaient promettre au roi de Sardaigne
-et ses allis leur concours le plus actif et lui fournir les hommes
-ncessaires afin de lui permettre de soutenir la guerre contre les
-Gnois, condition que ces troupes fussent places sous le
-commandement de leur roi, Thodore. Cette arme nationale
-irait jusqu'en Italie pour envahir et saccager les territoires de la
-rpublique. Les conqutes seraient remises Charles-Emmanuel.
-Le manifeste des insulaires devait donc avoir un double but:
-mriter la protection de Sa Majest sarde et de ses allis par
-un dvouement sincre et affirmer leur inviolable fidlit leur
-souverain. Il fallait dclarer qu'ils donneraient jusqu' la dernire
-goutte de leur sang pour respecter le serment solennel qu'ils
-avaient prt. La Corse ne pourrait jamais se trouver l'abri
-de toutes les dissensions intestines qui la ruinaient et la
-mettaient la merci des Gnois,&mdash;race dtestable devant
-Dieu et devant le monde,&mdash;que sous la sage administration
-de son roi.</p>
-
-<p>Il terminait en ordonnant que ce manifeste ft rdig
-et publi sans retard. On devait lui en envoyer des copies
-authentiques par deux dputs. Il promettait enfin de remdier
-toutes choses et disait qu'un de ses lieutenants, Franois
-Agostini, allait partir pour Tunis avec ses instructions<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor">&nbsp;[778]</a>.</p>
-
-<p>Un mois plus tard, il renouvela ces ordres d'une faon pressante<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor">&nbsp;[779]</a>.
-Mais ses lettres restaient toujours sans rponse. Il
-est vrai que, la plupart du temps, elles taient interceptes.</p>
-
-<p>Il n'avait pas attendu que ses sujets fissent le manifeste
-qu'il demandait. Il en avait rdig un lui-mme que, pour plus
-de vraisemblance, il avait dat de Vescovato, en Corse<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor">&nbsp;[780]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span>
-Les insulaires eussent-ils reu les ptres de Thodore,
-que trs probablement ils n'y auraient pas rpondu davantage.
-Ils n'en voulaient plus. Dans les nouvelles qui parvenaient
- Gnes, on ne parlait jamais de lui. Les chefs qui, dix ans
-auparavant, taient de ses plus zls partisans, avaient chang
-d'opinion. Luc Ornano, entr'autres, s'tait enrl dans le parti
-des Gnois et avait donn la rpublique des marques srieuses
-d'attachement<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor">&nbsp;[781]</a>.</p>
-
-<p>L'Angleterre ne tarda pas s'apercevoir qu'elle avait fait
-fausse route en s'engageant, la suite de Charles-Emmanuel,
-dans une entreprise remplie de difficults. En vrit, pour
-la mener bien, il aurait fallu des hommes autrement nergiques
-que Thodore ou Rivarola. J'ai t pleinement inform,
-crivait Mann Gorzegno, par la lettre de Votre Excellence et
-par celle de M. Villettes, de la rsolution de notre cour de
-renoncer l'entreprise de la Corse par le peu de probabilit d'y
-russir et par la ncessit qu'elle a d'employer ses vaisseaux
-de guerre ailleurs, et de la dfrence que Sa Majest le roi de
-Sardaigne a bien voulu montrer en cette occasion ces sentiments
-nonobstant les motifs qu'il aurait au contraire. Il fallait
-informer les insulaires de cette rsolution, qui certainement leur
-causerait une grande dsillusion. On devait galement pourvoir
-la scurit de tous ceux qui avaient t compromis dans l'affaire
-et les soustraire aux reprsailles que la rpublique ne manquerait
-pas d'exercer. Mann excuterait fidlement les ordres
-du roi de Sardaigne et il s'estimerait trs heureux de pouvoir
-russir rendre efficaces les mouvements d'humanit dont Sa
-Majest est touche. Il conseillait de prendre quelques Gnois
-d'importance. C'tait le meilleur moyen de rendre la
-rpublique plus traitable, par rapport ceux qui auraient
-l'avenir le malheur de tomber entre ses mains. Et le diplomate
-<span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span>
-ajoutait qu'il ferait tout ce qu'il dpendait de lui pour
-terminer cette affaire de la manire la moins dsavantageuse
-pour les mcontents et la plus convenable la dignit des cours
-intresses<a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor">&nbsp;[782]</a>.</p>
-
-<p>Tous les projets sur la Corse furent donc abandonns, et
-l'escadre anglaise quitta les ctes de l'le pour aller dans les
-eaux espagnoles.</p>
-
-<p>En termes polis et diplomatiques, Mann avait dclar Gorzegno
-que le roi de Sardaigne devait accepter sans rcriminer
-la dcision de l'Angleterre touchant la Corse. Charles-Emmanuel
-fut nanmoins trs mcontent de la dfection de ses allis.
-Il ne renona pas son dessein. Il se retourna du ct de
-Thodore&mdash;et, chose trange&mdash;par l'intermdiaire de Mann.</p>
-
-<p class="subt">IV</p>
-
-<p>Neuhoff, dans les premiers mois de 1746, logeait Livourne
-chez un hanovrien<a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor">&nbsp;[783]</a>. On disait qu'il se prparait passer en
-Corse; mais Gnes on ne se montrait pas effray de cette
-menace<a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor">&nbsp;[784]</a>. Priodiquement, le baron faisait rpandre le bruit
-qu'il allait rentrer dans son royaume; seulement, il ne partait
-jamais. On commenait tre habitu ses mensonges.</p>
-
-<p>Cependant, le gouvernement gnois avait tout lieu de se
-mfier. La rgence de Toscane signifia Viale un ordre du
-grand-duc, lui enjoignant de quitter le territoire dans le dlai
-de trois jours. Le malheureux diplomate, g et malade, dut
-demander un sursis<a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor">&nbsp;[785]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span>
-On apprit quelque temps aprs que le chevalier Farinacci se
-trouvait Vienne et qu'il complotait avec un franais, pour
-amener les Corses se donner la reine de Hongrie. On leur
-avait donn de l'argent qu'ils devaient distribuer aux insulaires.
-Par mesure de prudence, la cour de Vienne avait nomm deux
-commissaires pour surveiller l'emploi des fonds<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor">&nbsp;[786]</a>.</p>
-
-<p>Dans ces intrigues rien de prcis ne s'laborait. Il n'y avait
-que de vagues combinaisons avec des individus tars, qui
-n'avaient mme pas les raffinements de sclratesse ncessaires
-pour conduire une aventure: des sous-Thodore. Les hommes
-politiques les coutaient, puis les rejetaient, parce qu'ils paraissaient
-trop veules. Et le baron de Neuhoff restait le seul sur qui
-les ambitions pussent encore s'arrter, malgr les preuves d'incapacit
-qu'il avait donnes. Celui-l au moins avait une ide
-fixe. Il crivait tellement et avec un si imperturbable aplomb,
-qu'on pouvait, la rigueur, fonder quelque esprance sur lui.
-Et faute de mieux.....</p>
-
-<p>Son chec Turin ne l'avait pas dcourag. Il continuait
-vivre en Toscane, toujours en relations avec Mann. Celui-ci le
-dclarait insupportable, mais il ne faisait rien pour s'en dbarrasser.
-On savait qu'il tait en faveur la cour de Vienne.
-Franois de Lorraine causait volontiers avec tous les aventuriers;
- tour de rle, il les conduisait sans motif apparent, puis il
-les reprenait sans plus de raisons. Pour l'instant, Thodore
-avait des accointances avec le prince de Craon, prsident du
-Conseil de Rgence de Toscane. Mann n'ignorait rien de tout
-cela. S'il mprisait le baron, il n'entendait pas qu'il pt servir
-les desseins d'autres personnages.</p>
-
-<p>Un jour, Neuhoff vint le trouver et lui demanda son appui pour
-obtenir l'autorisation de passer la cour de Turin. Malgr tout ce
-qu'il avait crit son sujet, Mann ne fit aucune difficult pour
-<span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span>
-transmettre cette requte: Thodore est ici depuis quelques
-jours. Il a donn des lettres au prince de Craon pour Vienne et m'a
-demand avec instance une lettre quelque capitaine de vaisseau
-de guerre pour le faire transporter aux ctes de Gnes, sous
-prtexte qu'il a ncessit de se prsenter Sa Majest Sarde et
-M. de Botta. Je lui ai dit que sans permission je ne pouvais
-pas la lui donner, et il m'a pri de la demander Votre
-Excellence<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor">&nbsp;[787]</a>.</p>
-
-<p>Mann crivit cela le 10 octobre 1746, quatre mois aprs
-avoir signifi la cour de Turin que l'Angleterre renonait
- toute entreprise sur la Corse! Quinze jours plus tard il
-insista: Thodore est encore ici dans l'esprance, ce qu'il
-me dit, que Sa Majest Sarde lui donnera la permission de
-passer auprs d'Elle. J'vite de le voir, mais il m'crit des
-billets continuellement et se trouve dans le plus grand besoin
-d'argent<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor">&nbsp;[788]</a>.</p>
-
-<p>Neuhoff tant bout de ressources, on pouvait, moyennant
-quelques fonds, se servir de lui. L'aventurier, quand il tait aux
-abois, aurait fait n'importe quoi. Il se serait mme embarqu
-pour la Corse, quitte ne pas descendre terre une fois arriv.
-Nous avons vu maintes fois, que ses rsolutions nergiques,
-son dsir ardent de donner la libert aux Corses, s'affichaient
-toujours dans les crises de dtresse financire. Mann le connaissait
-bien, et en terminant sa lettre par la phrase o il disait
-qu'il se trouvait <i>dans le plus grand besoin d'argent</i>,
-il insinuait que si on voulait, de nouveau, l'utiliser, le moment
-tait favorable. Peut-tre mme pourrait-on avoir cela bon
-compte. Charles-Emmanuel comprit et se dcida recevoir
-Neuhoff. Le 31 octobre, Mann crivait Turin: Je me
-suis bien dout que Votre Excellence serait du sentiment de
-faciliter le passage de Thodore auprs de Sa Majest. Si
-<span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span>
-M. le marquis Botta le voudra, il trouvera des moyens pour
-cela; mais pour moi, je ne crois pas ncessaire de lui en
-crire<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor">&nbsp;[789]</a>.</p>
-
-<p>Mann avait bien voulu transmettre la demande de Thodore,
-mais, quand elle fut accueillie, il n'entendait pas aller plus loin
-dans son rle d'intermdiaire. Puisque l'entrevue tait dcide,
-le roi de Sardaigne pouvait donner directement au roi de Corse
-les moyens d'aller Turin. Les deux majests n'avaient qu'
-concerter toutes choses entre elles. Sait-on l'avance comment
-tourneront ces sortes de combinaisons? Le diplomate ne voulait
-avoir dans l'affaire qu'une responsabilit limite; juste ce qu'il
-faut pour tirer avantage d'un succs, et pas assez pour tre
-engag dans quelque aventure dsagrable. Il y avait l une
-nuance; il la saisit pour mettre ses scrupules et sa dignit
-d'accord avec l'intrt. L'Angleterre avait renonc ses projets
-sur la Corse; mais elle n'aurait pas admis que ses allis fissent
-quelque nouvelle entreprise sur l'le sans elle. Il tait donc
-difficile son reprsentant de favoriser trop ouvertement les intrigues
-isoles du gouvernement sarde. Charles-Emmanuel pouvait
-tre promptement dsabus sur le compte de l'aventurier, et il
-reprocherait peut-tre quelque jour Mann d'avoir trop bien
-suivi ses instructions. On en veut gnralement aux gens qui
-l'on fait faire des dmarches compromettantes et qui excutent
-trop fidlement certains ordres. Il est plus habile de s'abstenir.
-Enfin, si Thodore ne trouvait pas la cour de Turin ce qu'il
-esprait, il harclerait le rsident de ses plaintes et de ses
-rcriminations. Celui-ci savait par exprience que pour faire
-taire le baron il fallait lui donner de l'argent.</p>
-
-<p>Mann se retira donc avec lgance d'une affaire qu'il avait
-engage, tout en restant le matre de la situation pour le cas o
-les choses viendraient tourner heureusement.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span>
-Le diplomate avait t bien inspir en se tenant sur la
-rserve. Le projet n'aboutit pas. Thodore alla-t-il Turin
-et eut-il une confrence avec Charles-Emmanuel? Il est trs
-probable que cette entrevue eut lieu, puisque le gouvernement
-sarde, d'aprs la lettre de Mann, tait dcid s'entendre avec
-l'aventurier. Le roi de Sardaigne s'aperut-il, ds la premire
-conversation, que Neuhoff n'avait rien de ce qu'il fallait pour
-entreprendre une action nergique? Les exigences pcuniaires
-de Thodore furent-elles juges exagres? On peut le croire.
-D'ailleurs, le baron n'tait plus jeune. Sa vie avait t une suite
-d'aventures et d'intrigues. Il s'tait beaucoup remu et son
-audace devait tre mousse. Il revint en Toscane avec une
-dsillusion de plus. Il ne lui restait plus que des esprances
-du ct de Vienne.</p>
-
-<p>Au dbut de l'anne 1747, Thodore tait Florence, attendant
-des rponses de la cour d'Autriche, laquelle il avait
-expos ses plans. Il allait souvent chez Mann, s'obstinant
-vouloir lui faire goter ses combinaisons; mais le rsident
-anglais faisait de plus en plus la sourde oreille, sachant
-que sa cour n'en veut plus rien savoir. Le discrdit du
-baron auprs des Corses tait complet, et puis il se trouvait
-dans un tat si misrable que cela pourrait coter cher d'entendre
-ses histoires<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor">&nbsp;[790]</a>.</p>
-
-<p>De jour en jour, sa dtresse augmentait. Il tait log pauvrement.
-Parfois, il n'avait mme pas de pain et il en tait
-rduit tendre la main. Au mois de fvrier, Mann crivait
-Turin: Le baron de Neuhoff, connu par le nom de Thodore,
-est encore ici et rduit la dernire misre, jusqu' demander
-qu'on fasse des contributions pour le soutenir. Il ne sort jamais
-d'une petite auberge o il est log et dont le matre a souvent
-refus de lui donner manger. Il me tourmente tous les jours
-<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span>
-par des lettres et messages, mais je ne suis pas en tat de le
-soulager<a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor">&nbsp;[791]</a>.</p>
-
-<p>Le malheureux roi, pour avoir le ncessaire, avait engag
-ses sceaux d'argent. De Vienne, on continuait le bercer de
-folles esprances. Pour mettre ses projets excution, il
-rclamait deux barques armes en guerre, un rgiment et de
-l'argent<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor">&nbsp;[792]</a>.</p>
-
-<p>A Florence, on avait form le nouveau <i>rgiment de marine</i>.
-Le grand-duc Franois avait pris le titre de colonel de ce rgiment
-et on quipait deux bateaux pour le transporter Porto-Ferraio.
-On assurait que ce n'tait pas l sa vritable destination;
-on gardait le secret sur celle-ci. Comme ces armements
-concordaient avec la demande de Thodore, on concluait
-qu'ils avaient t faits pour servir ses desseins. Le 24 fvrier,
-le chevalier Farinacci tait arriv Florence, venant de
-Venise. C'tait cet aventurier, qui avait conspir, Vienne
-et Turin, pour donner la Corse qui voudrait la prendre. A
-son entre en ville, il avait t arrt, d'aprs un mandat dlivr
-quelques jours auparavant, car on l'attendait. Il tait venu
-Florence, disait-on, pour tuer Thodore et toucher ainsi la prime
-promise par le Snat de Gnes, suivant l'dit toujours en
-vigueur<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor">&nbsp;[793]</a>. Si des coquins ne parvenaient pas faire leurs
-affaires en entrant dans les combinaisons du baron, ils avaient
-au moins la ressource de gagner quelque argent en l'assassinant.</p>
-
-<p>Un jour Thodore disparut. De suite, le bruit se rpandit
-qu'il tait all Livourne pour s'embarquer. Les deux barques,
-qui avaient conduit le rgiment de marine Porto-Ferraio,
-venaient justement de rentrer dans ce port<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor">&nbsp;[794]</a>. Le pauvre baron
-<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span>
-n'tait pas cependant en tat de se mettre la tte de quelque
-entreprise, car, si on ne le voyait plus, c'est qu'il tait malade.
-Lorenzi avait su, par une personne trs au courant de ces intrigues,
-que la cour de Vienne s'obstinait dans ses projets sur la
-Corse et qu'elle comptait toujours mettre contribution la
-bonne volont de Thodore pour les mener bien. Seulement, on
-hsitait encore un peu, car on n'avait plus grande confiance dans
-la popularit du roi dans l'le. Il avait tellement tromp les
-insulaires<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor">&nbsp;[795]</a>!</p>
-
-<p>Cependant, les desseins de l'Autriche prenaient de la consistance.
-Neuhoff fut bientt guri. Il disait qu'il comptait s'embarquer
-dans un mois et demi. On affirmait de plus en plus
-que le rgiment de marine n'avait t envoy Porto-Ferraio
-que pour masquer sa vritable destination: la Corse<a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor">&nbsp;[796]</a>.</p>
-
-<p>Le gouvernement franais finit par s'mouvoir de ces man&oelig;uvres
-louches. Lorenzi reut l'ordre de s'clairer et d'envoyer
-sans retard des renseignements prcis<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor">&nbsp;[797]</a>.</p>
-
-<p>Voici ce que l'envoy apprit d'une faon sre.</p>
-
-<p>Quelques mois auparavant, les insulaires avaient prsent un
-mmoire la reine de Hongrie. Ils proposaient de se soulever
-en sa faveur si on leur fournissait des armes et des munitions.
-La cour de Vienne avait agr cette offre et expdi un
-matriel de guerre en Toscane. C'tait pour cette entreprise
-qu'on avait lev le rgiment de marine; quatre autres, de mille
-hommes chacun, taient en formation. L'Angleterre, qui avait
-retir son concours au roi de Sardaigne, quand l'affaire tait en
-train, se trouvait mle cette nouvelle combinaison. Une escadre
-anglaise devait appuyer l'expdition autrichienne et forcer Bastia
-<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span>
-et Calvi se rendre Marie-Thrse. Tout tait prt, et on
-allait passer l'excution de ce projet, lorsque surgirent des difficults.
-Elles provenaient des chefs corses qui ne pouvaient pas
-s'entendre. Les uns voulaient se donner la reine de Hongrie,
-les autres s'opposaient nergiquement la chose. On attendait
-qu'ils se fussent mis d'accord. Au surplus, le sige de Gnes par
-les Autrichiens durait toujours; on esprait que la ville capitulerait
-bientt et, ds qu'elle serait tombe, l'expdition de Corse
-aurait lieu. Le consul de France Livourne avait crit qu'on
-attendait Thodore. Il devait passer Porto-Ferraio, et, de l,
-dans son royaume. On lui avait prpar vingt-quatre habits de
-livre verte, parements jaunes et vestes galonnes d'argent, pour
-lui faire sans doute jouer son rle plus dcemment. On esprait
-que ses sujets tomberaient en admiration devant cette mascarade.
-Un colonel lorrain, au service du grand-duc, tait dsign pour
-prendre le commandement des troupes dans l'le. On se mfiait,
-non sans raison, des aptitudes militaires du baron. En attendant
-que tout ft rgl, il se tenait cach dans Florence. Peu de personnes
-parvenaient jusqu' lui; mais il n'tait pas difficile de se
-rendre compte que le gouvernement toscan le protgeait. L'on
-voit par l que la cour de Vienne met en &oelig;uvre, pour augmenter
-sa puissance, toutes sortes de moyens sans trop en examiner la
-justice ni la dcence<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor">&nbsp;[798]</a>.</p>
-
-<p>Une expdition n'aurait pas t complte sans une proclamation
-du roi ses sujets. Du reste, tant qu'il ne s'agissait
-que de faire des phrases, on tait sr de le trouver dispos. Il
-rdigea donc un dit par lequel il promettait son pardon tous
-les Corses qui auraient embrass le parti de la rpublique, pourvu
-qu'ils prissent les armes en faveur de Marie-Thrse. Le gouverneur
-de l'le d'Elbe, tandis que le rgiment de marine se prparait,
-avait fait armer une felouque qu'on pensait destine transporter
-<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span>
-Thodore, car les huit rameurs qui la montaient taient habills
-de bleu et coiffs de bonnets noirs, la mode anglaise<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor">&nbsp;[799]</a>. On
-envoya trois cents bombes de Livourne Porto-Ferraio, et Neuhoff
-disait qu'il se mettrait en route ds que Richecourt lui aurait
-remis la somme convenue. Il prtendait aussi que les insulaires
-avaient menac Rivarola de le pendre s'il ne quittait pas l'le
-de suite<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor">&nbsp;[800]</a>.</p>
-
-<p>Les semaines s'coulaient et l'expdition ne partait pas. Les
-chefs corses taient plus dsunis que jamais<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor">&nbsp;[801]</a>. Thodore
-continuait vivre mystrieusement Florence<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor">&nbsp;[802]</a>. Pourtant,
-il avait touch ses fonds, car il avait retir ses sceaux
-d'argent, qui taient en gage chez quelque usurier. Cette
-opration s'tait effectue par l'entremise des officiers gnraux
-au service du grand-duc. Ceux-ci le pressaient vivement de
-partir<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor">&nbsp;[803]</a>.</p>
-
-<p>A la fin d'aot, Neuhoff avait quitt Florence et tait
-all dans une maison de campagne aux environs de Pistoia.
-Il avait fait ce voyage, disait-on, pour s'entendre avec un
-anglais nomm Mills. Cet individu venait de Vienne. Il avait
-t recommand par Richecourt un certain Yharce, anglais
-galement, capitaine du port de Livourne. Mills avait rsid
- Pise jusqu' l'arrive de Richecourt. Il s'tait alors rendu
- Florence, o il avait eu de nombreuses confrences avec
-le conseiller de la Rgence. Il se disait colonel au service de
-l'Autriche. Mann n'avait pu avoir aucun renseignement prcis
-sur lui. On supposait qu'il tait destin commander l'expdition
-de Corse<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor">&nbsp;[804]</a>.</p>
-
-<p>Cependant, l'excution de ce projet devenait chaque jour
-<span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span>
-plus incertaine. On parlait du roi Thodore avec un profond
-mpris<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor">&nbsp;[805]</a>.</p>
-
-<p>Soudain, une nouvelle sensation se rpandit dans Florence.
-Le baron de Neuhoff, par l'ordre du grand-duc, avait t chass
-de Toscane et renvoy chez lui, en Westphalie. Le gouvernement,
-crivait Lorenzi, a t bien aise de s'en dfaire sur
-ce qu'il en a reconnu l'inutilit. L'appui que la France donnait
-aux Gnois rendait au surplus trs difficile toute entreprise sur
-l'le<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor">&nbsp;[806]</a>.</p>
-
-<p>L'expulsion de Thodore surprit tout le monde. Puisieux
-demanda son agent de vrifier le fait et de dcouvrir le motif
-exact de cette mesure<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor">&nbsp;[807]</a>.</p>
-
-<p>Lorenzi envoya son rapport. J'ai toute la certitude qu'on
-peut avoir dans ces matires que le baron de Neuhoff a t
-renvoy en Westphalie, car, outre l'avis de son dpart, j'ai
-appris par ceux qui y ont eu la main, qu'il tait arriv dans ce
-pays-l, ainsi que vous aurez pu le voir, Monseigneur, dans
-l'extrait de ma lettre M. le comte de Maurepas du 24 du mois
-dernier<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor">&nbsp;[808]</a>. Ce renvoi a t fait, selon mes notions, d'assez bonne
-grce et avec l'argent de M. le grand-duc. A l'gard du motif
-qui a dtermin ce prince se dfaire de cet aventurier, j'ai tout
-lieu de croire qu'il est driv de ce qu'il est tomb dans le
-plus grand mpris, tant auprs des Anglais que des Corses,
-et qu'on ne lui trouvait point de talent pour recouvrer son
-crdit, tellement qu'on le jugeait absolument inutile, tandis qu'il
-<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span>
-causait son gouvernement de la dpense et de l'embarras. Au
-reste, vous aurez vu, Monseigneur, par ma dernire, que la
-rvolte dans la Corse est devenue des plus srieuses, si les
-cours de Vienne, de Turin et de Londres fournissent aux rebelles
-les secours dont ils ont besoin<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor">&nbsp;[809]</a>.</p>
-
-<p>Le ministre fut satisfait de ces renseignements et dclara
-que toute nouvelle recherche devenait inutile<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor">&nbsp;[810]</a>.</p>
-
-<p>Franois de Lorraine faisait emprisonner ou expulser ceux
-avec qui il conspirait. Il n'avait pas trouv dans les habitus de
-sa <i>Retirade</i> le fripon d'une assez haute envergure pour servir
-utilement ses ambitions. Il devait ceindre bientt la couronne
-impriale. Il se consola peut-tre alors de n'avoir pas pu avoir
-celle de Corse.</p>
-
-<p>Mann dut pousser un soupir de soulagement.</p>
-
-<p>Quant Thodore, son rle politique tait fini. Les temps
-sombres allaient commencer; le calvaire de la misre se dressait
-devant lui. Pendant neuf ans, il le gravira degr par degr,
-jusqu'au bout.</p>
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_344"> 344</a></span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span></p>
-<h2 class="normal">CHAPITRE IX</h2>
-<div class="chapter">
-<div class="hanging indent">
-<p>Thodore en Hollande et en Allemagne.&mdash;Il ne veut pas abdiquer.&mdash;Ses
-griefs contre les Corses.&mdash;Le rcit de Mouvet.&mdash;Le moine et le
-diplomate.</p>
-
-<p>Le roi de Corse arrive Londres.&mdash;Dmarches du ministre de Gnes.&mdash;Thodore
-est reu dans la haute socit.&mdash;Une soire.&mdash;Neuhoff est
-arrt pour dettes.&mdash;Il reoit des visiteurs.&mdash;Un spectacle attrayant.&mdash;<i>Les
-tnbres de Corse.</i></p>
-
-<p>Des membres de la Chambre des Communes vont voir Thodore en
-prison.&mdash;Un article de journal.&mdash;L'acteur Garrick et le <i>Roi Lear</i>.&mdash;Thodore
-recouvre la libert.&mdash;Il abandonne le royaume de Corse
-ses cranciers.&mdash;On le remet en prison.&mdash;Il en sort dfinitivement.&mdash;Le
-roi et l'ouvrier.&mdash;Mort de Thodore.&mdash;Le marchand d'huile.&mdash;pitaphe.&mdash;Un
-opra-bouffe.</p>
-</div>
-</div>
-
-<p class="subt">I</p>
-
-<p>Aprs avoir t chass de Toscane, Thodore mena en
-Allemagne et en Hollande une existence misrable. Pendant
-deux ans, on n'entendit gure parler de lui. Ses grands projets,
-ses intrigues avec les puissances qui dsiraient s'emparer de la
-Corse, tout cela avait piteusement avort. Le rve et la chimre
-avaient d, dans son esprit, cder la place aux brutales proccupations
-de la vie matrielle. Il ne s'agissait plus, maintenant,
-de reconqurir un trne; il fallait pourvoir au pain de chaque
-jour. Tous les matins la mme besogne devait recommencer: la
-chasse aux cus, l'escroquerie quotidienne.</p>
-
-<p>Le soir, son esprit s'ingniait sans doute songer avec quel
-mensonge il pourrait, le lendemain, faire une nouvelle dupe.
-Mais, parfois, son incorrigible ambition reprenait le dessus.
-Malgr toutes les dsillusions, il se croyait encore appel
-jouer le rle de sauveur dans les destines du peuple corse.
-<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span>
-Qui pensait lui dans l'le? Douze ans s'taient couls depuis
-que les insulaires avaient pos sur sa tte une couronne de
-laurier. Et douze ans c'est bien long pour conserver la fidlit
-d'un peuple, surtout quand on n'a pas d'argent.</p>
-
-<p>La dernire survivante des dames Fonseca, la s&oelig;ur Franoise
-Constance recevait parfois des nouvelles du baron. Elle
-restait sa confidente. Il s'panchait en phrases sonores lorsque
-des crises d'ambition le torturaient encore; il laissait couler sous
-sa plume les rcriminations amres d'un homme, qui, arriv au
-dclin de sa vie, ne voit dans son pass que des agitations
-striles. Dans la paix du clotre, la religieuse avait mdit sur
-la vanit des grandeurs de ce monde, car, le 22 juin 1748, elle
-crivit son roi pour lui conseiller de renoncer ses desseins.</p>
-
-<p>Le 25 juillet, il rpondit sa trs chre cousine et amie.
-La plupart de ses lettres taient interceptes. Celui qui se
-rendait coupable de ces man&oelig;uvres dloyales tait son correspondant
-de Cologne, qui avait t suborn par le nonce du pape.
-Cet ambassadeur remplissait plus volontiers la charge d'agent
-de Gnes que celle de ministre du Saint-Sige. Il ne recevait
-aucune nouvelle de Corse. Cependant, il avait envoy quelques
-munitions dans l'le par un btiment anglais. Elles avaient
-t dbarques prs d'Alria; il le savait srement. Les insulaires
-semblaient tre abandonns de Dieu. Leur inconstance
-leur portait un grand prjudice. Ils avaient dans les cours une
-dtestable rputation. Ses amis lui reprochaient les dpenses
-qu'il avait faites pour ces ingrats. Actuellement, il se trouvait
- la campagne, chez un de ses parents; aprs quelques jours de
-repos, il comptait se rendre Amsterdam. Il continuerait
-travailler pour son peuple. Du reste, votre conseil, ma bien
-chre amie, est bel et bon; mais l'honneur de mon nom est
-engag de soutenir l'affaire au pril de ma vie. Tous les Corses
-n'taient pas perfides. Et quand mme le seraient-ils sans
-exception, il voulait n'avoir rien se reprocher. Il entendait
-leur laisser entirement l'odieux d'un parjure. Lui, il ne faillirait
-<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span>
-pas! Enfin, c'est une vilaine tragdie. Une grande et fatale
-destine pesait sur son existence. tre n pour un pareil
-exploit, quelle misre! Ces malheureux opprims ne l'avaient
-pay qu'en trahisons et maintenant ils taient bien justement
-chtis de cette manire par dcret certain de Dieu. L'histoire
-des paens et des sauvages n'offrait rien de semblable la
-conduite de ses sujets envers lui<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor">&nbsp;[811]</a>.</p>
-
-<p>En allant de Hambourg Amsterdam, dans le courant du
-mois d'aot, la chaise de poste, o tait Thodore, versa. Par
-miracle, il en fut quitte avec quelques contusions une paule,
-un bras et la main droite. Il allait sans cesse par voie et
-par chemin pour mettre ses affaires en ordre; ce n'tait pas
-chose facile: elles taient toujours bien embrouilles. La s&oelig;ur
-Fonseca, qui, certains moments de recueillement, souhaitait
-que le roi renont aux vaines grandeurs, mue par ses paroles
-ardentes, reprenait parfois confiance dans les contingences
-humaines. Le 19 juillet, elle lui manda qu'on ne savait
-rien son sujet, en Corse. Et, cependant, il ne manquait
-jamais d'crire chaque occasion. Il avait, au surplus, essay
-de faire valoir ses droits au congrs tenu Aix-la-Chapelle,
-pour mettre fin la guerre de la succession d'Autriche; mais
-les plnipotentiaires n'avaient pas voulu les reconnatre. Tout
-cela n'tait pas gai. Des souvenirs mlancoliques lui revenaient
- l'esprit. Cette nuit j'ai fait jour de ma naissance, disait-il,
-et j'espre que l'anne que j'entre me sera plus heureuse que
-la passe<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor">&nbsp;[812]</a>.</p>
-
-<p>Que fit-il exactement pendant son sjour en Allemagne et
-en Hollande, de 1747 1749? Il est difficile de dterminer ce
-point d'une faon prcise.</p>
-
-<p>Un moine du Brabant, qui, pour vivre, donnait des rptitions
-de droit public aux tudiants de l'Universit de Leyde,
-<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span>
-a crit la vie de Thodore cette poque. Il a intitul son
-factum: <i>Anecdotes de la vie du fameux aventurier Thodore,
-baron de Neuhoff, pendant les annes 1747, 1748, 1749</i><a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor">&nbsp;[813]</a>.
-Mais il faut accepter ce rcit avec mfiance. Il a t compos
-pour tre vendu la rpublique de Gnes qui, d'ailleurs, selon
-son habitude, a trouv le moyen de se le procurer sans bourse
-dlier. Le moine, pour faire sa cour aux Gnois, a noirci
-Thodore de toutes les friponneries. C'est un rquisitoire.
-Nanmoins, Mouvet, ayant frquent le baron, pouvait parfaitement
-avoir connu certaines particularits. Seulement, pour
-en faire de l'argent, il les a amplifies. Il n'aurait eu aucune
-chance de vendre un pangyrique.</p>
-
-<p>Il raconte que le premier soin du baron, en arrivant
-Cologne, aprs son dpart forc de Toscane, aurait t de se faire
-hberger, pendant deux mois, par une dame pieuse, la baronne de
-E. V..... Pour mouvoir sa compassion, il lui raconta une histoire
-de voleurs. Ses gens, durant son voyage, l'avaient totalement
-dpouill, ne lui laissant que l'habit rouge qu'il avait sur le
-dos. La bonne dame lui remit neuf cents ducats. Elle eut,
-pour rcompense, la satisfaction de payer un nombre infini
-de ports de lettres, car son hte crivait sans cesse, tous les
-grands de la terre, disait-il.</p>
-
-<p>A La Haye, il se serait fait avancer mille ducats par
-M. Rademacker, trsorier du prince d'Orange. Il demandait
-qu'on lui fournt des munitions pour lui permettre de rentrer
-dans son royaume. Il s'agitait; il s'insinuait auprs de tous les
-personnages et mentait toujours. Il avait fait, disait-il, des recrues
-en soldats et en officiers qu'il comptait revtir d'uniformes
-bleus, verts et rouges. Il commanda mme le drap ncessaire
-l'quipement de six mille hommes. Cela est assez vraisemblable.
-Il avait l'habitude de faire faire des uniformes pour des troupes
-qui n'existaient que dans son imagination.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span>
-En Allemagne, il se retrouva avec d'anciennes connaissances,
-M. et M<sup>me</sup> Borscherd, de Cologne. Quelques annes auparavant,
-ceux-ci avaient dj donn l'hospitalit au baron, qui s'tait fait
-remettre par ces bons bourgeois des sommes assez rondes, sous
-prtexte de rechercher des trsors cachs dans leurs terres. Il
-affirmait qu'un esprit habitait dans leur proprit. Il frquentait
-toutes les sorcires et tous les magiciens du voisinage pour
-donner quelque poids ses dires. La dsillusion ne put vaincre
-l'admiration que ces braves gens eurent toujours pour leur
-hte. Ils payaient sans marchander.</p>
-
-<p>Dans la suite, Thodore aurait essay de se glisser
-jusque dans l'entourage du prince d'Orange par l'entremise de
-Lansberg, reprsentant des tats-Gnraux Cologne, dont il
-avait su se faire un ami en l'blouissant de ses hautes protections.
-C'tait au moment o se tenait le congrs d'Aix-la-Chapelle.
-Le baron, parlant en souverain, avait dclar que
-les dputs des Corses, ses sujets, allaient arriver pour
-prendre part aux confrences, et faire reconnatre solennellement
-ses droits. Les dputs ne vinrent pas, mais l'effet tait
-produit. Il parla de cette intervention si souvent et avec une
-telle assurance, qu'on finissait par le croire. Aprs le congrs,
-Thodore aurait tent l'escroquerie religieuse. En Hollande, il
-serait all trouver des pasteurs protestants et leur aurait promis,
-moyennant une honnte somme, de faire embrasser aux Corses
-le culte rform. Il avait en mme temps de graves entretiens
-avec des prtres catholiques. La situation religieuse dans l'le
-tait srieuse, par suite de l'ambition qu'avaient les Anglais de
-s'emparer du pays. Une fois matres de la Corse, ils arriveraient
-peu peu implanter le protestantisme. Mais, avec dix mille
-florins, il saurait empcher cette ventualit de se produire. Il
-remettrait en gage le sceau de son royaume. Les prtres effrays
-s'occuprent de runir cette somme. Mais ils n'arrivrent qu'
-donner au baron de faibles acomptes, qu'il encaissait, en attendant
-le reste, afin de montrer son zle pour la religion romaine.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span>
-A Leyde, il vint trouver un moine, le Pre Paul. Celui-ci
-avait t avis qu'il recevrait la visite d'un seigneur. Thodore,
-selon son habitude, ne s'tait pas fait connatre. On causa;
-le Rvrend Pre tait bavard. Il raconta bien des histoires
-qui circulaient dans le pays: on dbitait, entr'autres choses,
-que Sa Majest corse faisait l'amour une demoiselle.
-Jarnebleu, s'cria Thodore, c'est moi qui suis le roi de
-Corse, et si cela tait je le saurais sans doute. Et il se retira
-en faisant claquer la porte. Le moine se prcipita derrire
-lui, en se confondant en excuses sur son intemprance de
-langage. Le religieux fut tellement saisi de cette aventure,
-qu'il en tomba malade. Au milieu de son trouble, un sentiment
-cependant dominait: la joie d'avoir reu la visite d'une
-personne tant caractrise, honorable et respectable. Le
-Rvrend Pre racheta sa faute en avanant, ou en faisant
-prter, par des personnes pieuses, des sommes d'argent au
-monarque.</p>
-
-<p>Afin, sans doute, de complter la srie des filouteries,
-Thodore aurait essay de l'escroquerie au mariage. Il se serait
-adress diffrents ecclsiastiques, en leur demandant si, parmi
-leurs dvotes pnitentes, il ne se trouverait pas quelque dame
-possdant du bien, qui voult tre reine. Il parat que les candidates
-au trne n'auraient pas manqu. Des prtres essayrent
-de lui mnager une union sortable. Il n'tait pas difficile; peu lui
-importaient l'ge, la naissance, la beaut. Il ne regardait qu'
-la dot pour soutenir l'clat de sa couronne. Nanmoins, l'affaire
-du mariage n'aboutit pas. Il ne devait jamais y avoir une reine
-de Corse.</p>
-
-<p>Il faut, dans tous ces racontars de Mouvet, faire la part de
-l'exagration. Il ne faut pas oublier, non plus, que le moine,
-ayant entrepris la difficile et ingrate besogne de soutirer de
-l'argent la rpublique de Gnes, avait d agrmenter son rcit
-pour en faire un crit vendable. Il est cependant certain que le
-nombre de gens dups par Thodore, en Hollande, fut trs grand.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span>
-Villavecchia, ministre de Gnes La Haye, avait, suivant
-les instructions de son gouvernement, ouvert une enqute sur
-les faits et gestes du baron dans les Pays-Bas. Le 18 juillet 1749,
-il transmit au Srnissime Collge un volumineux rapport, dans
-lequel il donnait des dtails prcis sur Neuhoff et o il racontait
-ses entrevues avec Mouvet.</p>
-
-<p>Thodore quitta la Hollande au commencement de 1749.
-Aprs son dpart, il continua entretenir une active correspondance
-avec des officiers des troupes nerlandaises.
-Ces officiers, ayant peut-tre peu de profits servir les
-tats-Gnraux, avides de nouveaut, ou bien impressionns
-par sa faconde, paraissaient avoir une inbranlable confiance
-en ses mirifiques promesses. D'ailleurs, les gens, qui avaient une
-foi aveugle dans sa haute destine, taient si nombreux qu'un
-aventurier de bas tage essaya de s'aboucher avec lui pour faire
-une association. Thodore n'accepta pas la combinaison: il ne
-voulait pas se commettre avec de vulgaires escrocs. Il dsirait
-travailler seul. Aprs le dpart du baron, cet individu chercha
-se faire passer pour le roi de Corse, tant La Haye qu' Amsterdam.
-Rien ne manquait la renomme de Neuhoff, pas mme
-la contrefaon. Et Villavecchia se gaussait de cette imposture
-faite contre un autre imposteur. Il garantissait le fait.</p>
-
-<p>Thodore recevait, pendant son sjour en Hollande, une
-grande quantit de lettres sous un nom d'emprunt: le baron de
-Berghen. Par surcrot de prcaution, la correspondance tait
-envoye au baron Sporchen, envoy extraordinaire du roi
-d'Angleterre, en qualit d'lecteur de Hanovre, auprs des tats-Gnraux.
-Il transmettait ensuite les lettres Thodore. Ce
-commerce dura jusqu'aprs le dpart de Neuhoff. Le rsident de
-Gnes vit un certain nombre de missives adresses l'aventurier
-sous le couvert du ministre. Thodore laissait ce dernier
-le soin de payer les frais de poste. L'envoy extraordinaire en
-fut bientt pour cent florins, sans pouvoir obtenir aucun remboursement.
-Le baron Sporchen, au dire de Villavecchia, tait un
-<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span>
-homme avare comme un juif et capable de tout sacrifier
-l'intrt. Fatigu de payer sans cesse pour Thodore, il crivit
-aux correspondants de celui-ci de ne plus faire passer leurs
-lettres par son intermdiaire. Il avait encore quelques dpches
-destines Neuhoff. Il les conserva, esprant ainsi se faire
-rembourser.</p>
-
-<p>Mouvet entre ici en scne.</p>
-
-<p>Le moine avait t l'un des confidents de Thodore en
-Hollande. Or, le baron Sporchen lui devait un peu d'argent.
-A quelle besogne le diplomate l'avait-il donc employ pour
-tre son dbiteur? La chose est reste dans l'ombre, pour
-le plus grand bien de la morale politique, sans aucun doute.
-Le moine voulut, un jour, se faire payer. L'envoy lui remit,
-en fait d'argent, la correspondance adresse Thodore, qu'il
-avait garde en garantie de ses dbours. Cette histoire est peut-tre
-une invention du religieux, qui aurait simplement drob
-les lettres. Toujours est-il qu'il essaya de battre monnaie avec
-ces papiers. Il vint trouver le ministre de Gnes, et les lui montra.
-Les reprsentants de la Srnissime Rpublique n'avaient pas
-l'habitude de payer guichets ouverts. La conversation s'engagea.
-Mouvet avoua que Thodore l'avait nomm son chapelain,
-et pendant trois ans, lui avait accord toute sa confiance. Il
-tait redevable de cette distinction sa rputation d'homme
-intrigant, rus, hardi, apte aux plus habiles ngociations.
-C'tait une confession. Mais le moine voulait sans doute en
-imposer au ministre par des apparences de franchise. Charg
-par Thodore de diverses missions dlicates, il l'avait servi fidlement.
-C'est ainsi qu'il s'tait rendu Aix-la-Chapelle, auprs
-du comte de Bentinck, plnipotentiaire des tats-Gnraux.
-Il se trouvait donc tre le dpositaire de tous les secrets du
-roi de Corse. Celui-ci tait parti en le trompant comme tant
-d'autres, sans payer ce qu'il lui devait. Cette conduite tait
-tellement infme qu'il voulait, non seulement n'avoir plus rien de
-commun avec l'aventurier, mais il dsirait s'employer dmasquer
-<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span>
-cet homme indigne et pernicieux, afin de l'empcher de
-faire encore du mal en trompant quiconque l'approchait. C'est
-dans cette bonne intention qu'il tait venu trouver le reprsentant
-de la Srnissime Rpublique, pour lui faire toutes ces
-confidences. Et l'honnte moine tendit Villavecchia un cahier
-de papier, o, dit-il, il avait consign un aperu de la vie et
-des fourberies de ce sclrat. Le ministre pensa qu'il ne saurait
-s'entourer de trop de prcautions vis--vis d'un individu inconnu,
-qui&mdash;sans en tre pri&mdash;se reconnaissait plein de malice, qui
-confessait avoir prt la main des friponneries: le confident et
-le complice de Thodore, en somme. C'tait bien le rle qu'il avait
-jou, car Villavecchia voyait que ses dires concordaient avec
-les informations qu'il avait eues d'autre part. Mais il fit semblant
-de ne pas croire tant de belles choses. Il ne parut convaincu
-ni des bonnes intentions de Mouvet de punir l'aventurier, ni
-de l'efficacit des moyens pour amener ce chtiment. Il n'tait
-pas dispos, au surplus, se casser la tte avec toutes ces
-nouvelles. Le Srnissime Collge mprisait les machinations
-d'un malheureux et impuissant aventurier. La rpublique tait
-au-dessus de ces misrables intrigues. Elle les connaissait parfaitement
-et, par dignit et par clmence, elle ne ferait rien pour
-en interrompre le cours. La vendetta guettait Neuhoff. Il
-le savait; et, s'il parlait encore de la fidlit que lui conservaient
-les insulaires, c'tait uniquement pour faire des dupes.
-Les rebelles, dans un moment d'garement, tromps par ses
-promesses, l'avaient pris pour chef, mais, cruellement dsillusionns,
-ils auraient exerc contre lui la plus implacable vengeance
-s'il ne s'tait pas enfui temps. La rpublique considrait
-avec srnit les tristes effets de la crdulit des rvolts.
-Elle attendait avec calme le moment o ses sujets reviendraient
-d'eux-mmes une plus saine apprciation des hommes et des
-choses. Leurs yeux s'ouvriraient et, si jamais Thodore s'avisait
-de rentrer en Corse, il trouverait, srement, la punition de ses
-crimes.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span>
-Villavecchia dbita son discours sur un ton sincre et dgag.
-Il essaya de mettre dans ses paroles la rpugnance qu'il
-prouvait s'occuper de ces affaires.&mdash;C'est lui qui le dit.&mdash;Le
-moine insista, reprenant en dtail tout ce qu'il prtendait
-savoir afin de persuader son interlocuteur et d'exciter sa
-curiosit. Il racontait ses histoires en graduant ses effets et
-en pratiquant l'art des rticences aprs avoir gliss quelque
-dtail allchant. L'agent de Gnes essaya de le mettre en
-contradiction avec lui-mme, pour voir s'il disait la vrit.
-Il fut assez rus pour ne pas tomber dans le pige. Nanmoins,
-le ministre se tint sur ses gardes, car il s'aperut que la
-dmarche du religieux avait pour but d'obtenir une rcompense
-en bons cus. Le dsir d'empcher de nouvelles fourberies,
-en dvoilant les turpitudes de ce misrable, passait
-au second plan. Les diplomates gnois taient fort perspicaces
-en gnral. Mouvet insista pour que le rsident prt
-connaissance de son crit; il lui dit qu'il reviendrait dans deux
-jours afin de savoir la rponse de Son Excellence. Villavecchia
-fit le dgot et reut le cahier du bout des doigts. Mais, peine
-le moine tait-il sorti, que l'agent de Gnes appela ses scribes
-et fit faire deux copies du long mmoire. Il en transmit une
-au Srnissime Collge et conserva l'autre. Lorsque le religieux
-revint, Villavecchia lui rendit son lucubration, disant qu'il
-l'avait parcourue la hte et non sans fatigue, en raison de
-son tat de maladie. Il montra encore le peu de cas qu'il
-faisait de cette littrature, de faon ce que Mouvet ne pt pas
-souponner que son crit et t copi. La plupart des noms
-propres taient rests en blanc sur l'original. Au cours de la
-conversation, le ministre essaya d'amener le moine des
-rvlations qui lui permissent de rtablir les noms. Il y russit,
-et le rcit put tre complt. Aprs en avoir tir ce qu'il
-dsirait savoir, Villavecchia rpta son interlocuteur tout ce
-qu'il lui avait dit dans leur premire confrence. Celui-ci ne
-put cacher sa dception. Il proposa de dvelopper son crit; la
-<span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span>
-matire tait inpuisable. Il pourrait aussi prciser davantage,
-et, au besoin, le traduire en latin. Le diplomate refusa. Mouvet
-rpliqua que la rpublique aurait tort de mpriser les intrigues
-de Thodore. Celui-ci ne dsarmait pas. Actuellement, la
-vrit, il ne pouvait faire aucun tort aux Gnois; mais un jour
-viendrait peut-tre, o l'on serait oblig de compter avec lui.
-Il tait bien vu la cour de Londres. Le duc de Newcastle
-tait son ami. Il avait des intelligences en Corse et en Italie.
-Des ngociants, des officiers, de simples particuliers, des
-personnages politiques paraissaient, un peu partout, disposs
-lui donner leur appui et lui fournir de l'argent. Six cent mille
-livres de poudre taient prtes embarquer Amsterdam.</p>
-
-<p>Villavecchia demanda au moine pourquoi il lui disait toutes
-ces choses; o il voulait en venir. Le professeur de droit s'embarrassa
-dans les faux-fuyants, dans un maquis de paroles vagues,
-protestant de ses bonnes intentions. Il avait seulement en vue le
-profit que la rpublique pourrait tirer de ses confidences. Puis,
-se rapprochant du ministre, il lui dit qu'il tait mme de ruser
-avec Thodore. Sous le prtexte d'une aide puissante s'offrant
-lui, on pourrait facilement l'attirer en Hollande, ou ailleurs, et
-l, on le traiterait comme on traite un perturbateur de la
-tranquillit publique pour l'empcher de nuire. Villavecchia
-rpondit qu'il n'en voyait pas la ncessit. Son gouvernement
-n'entrerait srement pas dans cette voie et lui, personnellement,
-n'tait pas dispos se mler d'une pareille affaire. L'entretien
-prit fin. Mais l'agent de Gnes dsirait ne pas dcourager
-compltement le moine; il tenait l'avoir sous la main; il
-l'engagea donc revenir le trouver si jamais il apprenait
-quelque nouvelle srieuse, digne d'attention, et dont on pourrait
-facilement vrifier l'exactitude. Si rellement ses intentions de
-servir la rpublique taient sincres, si ses actes s'inspiraient
-toujours de la plus entire loyaut, on verrait alors ce qu'on
-pourrait faire en sa faveur. L'ironie tait d'autant plus cruelle
-que, dans la main qui le congdiait, il n'y avait point d'argent.
-<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span>
-Mouvet en fut pour sa trahison; et le reprsentant de Gnes
-eut la conscience tranquille d'un homme qui a filout un
-fripon. Sans donner un sou, il avait eu l'crit que le tratre
-se proposait de lui vendre. Et il terminait son rapport en tmoignant
-le peu de confiance qu'il avait en cet homme<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor">&nbsp;[814]</a>.</p>
-
-<p>Quant au roi de Corse, bout de ressources, ne sachant
-plus qui demander, il partit pour aller s'asseoir au foyer britannique.
-Il voulait encore solliciter les grands seigneurs anglais
-pour avoir au moins le gte et le pain quotidien. Il devait
-trouver l'un et l'autre en prison.</p>
-
-<p class="subt">II</p>
-
-<p>Thodore tait arriv Londres au commencement de
-janvier 1749, accompagn de deux pimontais Bersin et Monmartin<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor">&nbsp;[815]</a>.
-Gastaldi, ministre de Gnes en Angleterre, dans
-une dpche son gouvernement, nomme ainsi les acolytes
-du baron. Bersin nous est inconnu. Il restera dans l'ombre. Nous
-n'y perdrons pas grand'chose, car on connat la valeur morale
-de ceux qui entouraient le monarque dchu. Dans <i>Monmartin</i>,
-on retrouve aisment le chevalier Saint-Martin, qui avait des
-rendez-vous nocturnes dans les jardins publics de Rome avec
-l'agent de la rpublique, et qui communiquait ce dernier les
-lettres de la bonne s&oelig;ur Fonseca, l'amie dvoue de Neuhoff.
-Saint-Martin avait donc abandonn le mtier peu lucratif d'espion
-de Gnes, pour s'attacher de nouveau la fortune du roi de
-Corse, quitte le trahir, au besoin.</p>
-
-<p>L'arrive de Thodore et de ses deux amis fut entoure
-de mystre. Ce baron allemand avait dcidment quelque chose
-<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span>
-de vnitien dans ses allures. Il se plaisait dans les conspirations;
-il aimait l'ombre, le dguisement, le masque. Il prit un
-logement dans Mount Street, Grosvenor Square<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor">&nbsp;[816]</a>, et se fit
-appeler le baron Stein<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor">&nbsp;[817]</a>.</p>
-
-<p>Les deux compagnons allrent, sans tarder, trouver Hop,
-envoy des Pays-Bas Londres. Celui-ci leur remit plusieurs
-lettres pour Neuhoff. Le ministre hollandais vint en personne lui
-rendre visite. Non content de lui donner cette marque de dfrence,
-il l'introduisit dans le monde sous son faux nom<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor">&nbsp;[818]</a>.
-Thodore parut aux rceptions de Hop et de Munichausen,
-ministre de Hanovre. Gastaldi fut trs scandalis de voir l'aventurier
-admis dans les cercles diplomatiques. Selon lui, Hop
-agissait par curiosit plutt que par malice, sans songer
-tramer, avec le baron, quelque noir complot<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor">&nbsp;[819]</a>. Aussi n'avait-il
-voulu lui faire directement aucune reprsentation, mais il
-comptait porter ses dolances au duc de Bedford. En attendant,
-il crivit Villavecchia, la Haye, pour savoir si les tats-Gnraux
-approuvaient ces intrigues.</p>
-
-<p>L'envoy gnois alla, en effet, se plaindre aux ministres du
-roi d'Angleterre. Sans prambule, il demanda que Thodore ft
-expuls de la Grande-Bretagne.</p>
-
-<p>&mdash;Avez-vous reu de votre gouvernement des instructions
-particulires ce sujet?, rpliqua Bedford. Gastaldi rpondit
-qu'il ne pouvait pas en avoir encore; mais, ajouta-t-il, si
-j'avais excut les ordres qui m'ont t prcdemment donns,
-je vous aurais pri de faire arrter l'aventurier et de l'envoyer
-enchan Gnes. Le duc haussa les paules et dclara qu'il
-prvoyait cela beaucoup de difficults, car, en Angleterre, on
-<span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span>
-n'expulsait personne du royaume sur la demande d'un ministre
-tranger, sauf pour raison de guerre, de conspiration ou d'outrage
-au roi. Gastaldi invoqua le trait pass entre la France et
-la rpublique de Gnes. Il retourna la question dans tous les
-sens; il ne put obtenir que de vagues paroles. Bedford
-l'engagea crire de nouveau ses chefs afin de connatre
-leurs intentions formelles. Si, entre temps, Neuhoff osait
-afficher publiquement ses prtentions, on pourrait lui dire
-l'oreille des choses qui ne lui feraient pas plaisir. Gastaldi, au
-surplus, devait tre bien convaincu que l'Angleterre n'avait
-rien faire avec cet aventurier devenu la rise de tout le monde
-et que le roi mprisait profondment. Je ne doute pas de tout
-ce que vous me dites, rpliqua le ministre gnois. Il ajouta
-que le gouvernement anglais, quelques annes auparavant, lui
-avait fourni aide et protection, au grand prjudice de la rpublique.
-Ce fait retardait la soumission complte de l'le. Bedford
-ne releva pas cette attaque directe. Gastaldi se plaignit alors de
-ce que l'envoy de Hollande ne craignait pas d'introduire
-Thodore dans sa socit. Newcastle dclara que Neuhoff lui
-avait fait demander une audience, mais il n'entendait le recevoir
- aucun titre<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor">&nbsp;[820]</a>. L'entretien prit fin sur ces mots. En sortant,
-Gastaldi dut tre bien persuad qu'il n'obtiendrait jamais rien
-des ministres anglais.</p>
-
-<p>Un homme tel que Thodore ne pouvait pas passer longtemps
-inaperu. Le roi de Corse, dont les aventures avaient
-dfray l'univers, pera bientt sous le baron de Stein. La
-socit de Londres, curieuse et railleuse, le rechercha. Il fut
-principalement admis chez le chevalier Schaub, un suisse, qui
-avait rempli plusieurs missions en Europe pour le compte du
-gouvernement anglais. Ce Schaub et sa femme taient trs
-lancs dans l'aristocratie anglaise. Le prince de Galles les
-honorait de son amiti. Lady Schaub avait affirm une personne
-<span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span>
-de qualit, trs lie avec le ministre de Gnes et digne de foi,
-que Neuhoff attendait un navire qui devait le transporter en
-Corse<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor">&nbsp;[821]</a>.</p>
-
-<p>Les gens, qui rapportaient de pareilles histoires Gastaldi,
-se moquaient de lui, mais il prenait tout ce qui concernait
-Thodore au tragique; il fut au dsespoir. Il ne voyait pas que
-les gens du monde voulaient rire et s'amuser. Il tait trop choqu
-pour envisager la chose par le ct plaisant. Ce sclrat, ce
-fourbe, cet ennemi de la rpublique l'hypnotisait. Il ne devait
-assurment plus sortir de chez lui, pour ne pas s'exposer
-rencontrer l'aventurier dans quelque soire. Un de ces grands
-seigneurs anglais, sceptiques et ironiques, n'aurait pas manqu
-de lui prsenter le roi de Corse. Le diplomate, qui n'tait pas
-homme d'esprit, et difficilement soutenu le choc et il avait
-peut-tre le pressentiment que les rieurs n'auraient pas t de
-son ct.</p>
-
-<p>Il alla verser ses chagrins dans le sein du secrtaire de
-Newcastle. Il lui raconta, avec navet, les intrigues de Schaub
-qui avait, selon lui, la dplorable habitude de se mler des
-affaires qui ne le regardaient pas. Il le supplia d'agir auprs
-du duc pour que Thodore ft ignominieusement chass de
-faon ce que l'Angleterre montrt aux Corses combien elle
-dsapprouvait leur obstination dans la rvolte. Le commis se
-rcria. On devait tre bien persuad que la cour ne songeait
-nullement au baron. Il faudrait que les Anglais eussent perdu
-compltement le sens commun pour essayer d'entretenir l'agitation
-en Corse sous le couvert de cet aventurier. Il promit au
-diplomate d'en parler son matre. Gastaldi se retira bien
-convaincu de la sincrit de ces paroles<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor">&nbsp;[822]</a>.</p>
-
-<p>Les Schaub continuaient recevoir Thodore. Ils organisrent
-des rceptions en son honneur. Je vais demain chez lady
-<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span>
-Schaub prendre une tasse de caf avec le roi Thodore,
-crivait Horace Walpole son ami Mann. Je suis curieux
-de le voir, quoique je n'aime pas en gnral les spectacles; je
-me contente de la toile peinte l'huile qui pend dehors et qui
-les reprsente, image laquelle ils ressemblent rarement,
-d'ailleurs<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor">&nbsp;[823]</a>.</p>
-
-<p>En mme temps que Neuhoff, il y avait Londres deux
-rois ngres que la socit choyait beaucoup. C'tait la mode
-de les recevoir<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor">&nbsp;[824]</a>. Les princes exotiques, de couleur noire
-ou jaune, n'ont jamais t rares; mais le roi de Corse, le premier,
-l'unique, constituait une attraction puissante. L'ide de le
-rencontrer, de lui parler, de lui faire raconter ses aventures,
-tait bien faite pour exciter la curiosit du mondain le plus
-ds&oelig;uvr. Comme la matresse de maison qui pouvait l'offrir
-ses invits devait tre fire! Et cette pauvre Majest, loqueteuse
-et besogneuse, quel beau sujet de raillerie pour ces gens charitables,
-qui forment ce qu'on appelle la haute socit!</p>
-
-<p>Walpole esprait s'amuser faire bavarder Thodore
-la runion de lady Schaub; il en fut pour ses frais. Neuhoff
-n'ouvrit pas la bouche. Walpole cependant se montra aimable,
-enjou; il dploya les grces et les sductions de son esprit. Il
-parla au monarque de son royaume, et l'appela Sa Majest
-avec des airs de respect. Les convives, entr'autres lord March
-et sir Hanbury Williams, se divertirent beaucoup de cette comdie.
-Et finalement dus par le silence obstin de Neuhoff,
-ces gens le jugrent bte et orgueilleux<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor">&nbsp;[825]</a>. Mais le malheureux
-ne sentait-il pas tout ce qu'il y avait d'ironie mchante sous la
-dfrence de ces grands seigneurs? On le ridiculisait en s'entretenant
-avec lui comme on aurait parl un souverain. On le
-bafouait avec des airs aimables et le sourire aux lvres. Ces
-<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span>
-gens heureux, riches et repus, s'amusaient de sa misre. Ils
-trouvaient sans doute trs drle de voir un roi qui avait faim et
-qui tait traqu par ses cranciers. Thodore prfra se taire:
-ce fut peut-tre la seule circonstance de sa vie o il montra un
-peu de dignit.</p>
-
-<p>De tout temps, il avait eu Londres des succs de
-curiosit. Il se trouva mme un industriel qui sut en tirer
-profit. Lvis-Mirepoix, ambassadeur de France, raconte ce
-trait de la badauderie anglaise au sujet du roi de Corse.
-Dans le temps de ses premires et plus florissantes prosprits,
-un quidam, qui avait lou la chambre que cet aventurier
-occupait Londres avant de partir pour son expdition, imagina
-de la montrer au public pour un schelling par tte. La foule y
-fut grande et le susdit quidam y fit trs bien ses affaires<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor">&nbsp;[826]</a>.
-Mais, Thodore la badauderie anglaise ne rapportait pas
-d'argent. Il vivait misrablement, secouru par la charit de
-quelques particuliers qu'il avait connus, jadis, dans des temps
-meilleurs<a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor">&nbsp;[827]</a>.</p>
-
-<p>Le 21 dcembre, il fut arrt pour une somme de quatre cents
-livres sterling. Quatre autres cranciers importants surgirent
-aussitt. En mandant cette nouvelle son gouvernement, Gastaldi
-ajoutait que selon toute probabilit, en raison de l'normit de ses
-dettes, l'aventurier finirait ses jours dans un troit cachot. Pour
-faire arrter le malheureux Thodore, on avait us d'une ruse.
-Sachant qu'il tait traqu, il s'tait rfugi dans un endroit privilgi.
-Cet asile inviolable ne pouvait tre qu'une ambassade. Il
-n'est pas invraisemblable que Neuhoff ait t recueilli par son
-ami Hop, le ministre de Hollande. Un espion dvoila la retraite
-du roi. Qui fut le tratre en cette circonstance? Un individu taill
-comme le Saint-Martin; lui-mme peut-tre. Mais, pour prendre
-le dbiteur, il fallait l'attirer au dehors. On lui envoya donc une
-<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span>
-fausse lettre de milord Carteret, avec qui il tait li, le priant
-de passer sans retard chez lui pour une affaire trs importante.
-Plein de bonheur et d'esprance, Thodore sortit aussitt
-et lorsqu'il fut dans la rue on l'arrta. Tout la joie, Gastaldi
-trouva le stratagme <i>bellissimo</i>, trs beau, sans penser qu'il
-ft l'&oelig;uvre d'un misrable espion doubl d'un faussaire. Ce que
-le ministre gnois jugea moins admirable, ce fut de voir le tratre
-venir lui demander une rcompense. Il s'est mal adress, crit
-Gastaldi, et cela ne m'a pas cot un sou. Peu de personnes
-connaissaient Londres cet vnement, que le reprsentant de
-Gnes appelle un succs. Il l'apprit au duc de Bedford qui,
-cette nouvelle, fut pris du fou rire<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor">&nbsp;[828]</a>. Thodore chercha les moyens
-de sortir de prison. Il lui fallait ou payer ou avoir des cautions.
-Le second moyen paraissait plus praticable. Il trouva, en
-effet, un homme de bonne volont, qui voulut bien se porter
-garant pour lui; mais cela ne suffit pas. D'autres cranciers
-ayant paru, l'arrestation fut maintenue<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor">&nbsp;[829]</a>.</p>
-
-<p>Thodore devait cinq cents livres sterling un individu chez
-qui il avait log. Aprs l'incarcration du baron, cet individu
-vint chez Gastaldi. Il lui dit qu'il avait dans sa maison un
-ballot appartenant Neuhoff, dans lequel taient beaucoup
-de lettres des mcontents de Corse. De son cachot, l'aventurier
-avait fait plusieurs fois demander ces documents, d'une
-faon trs pressante. Le logeur n'entendait pas les lui rendre
-avant d'avoir t pay; il avait en consquence scell le paquet.
-Gastaldi pensait qu'il ne serait pas trs difficile d'avoir ces
-papiers, moyennant une petite somme, mais avant de rien
-offrir, il dsirait recevoir les instructions du Srnissime
-Collge<a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor">&nbsp;[830]</a>. Celui-ci dlibra sur cette dpche. Il dcida qu'on
-accuserait rception au ministre en le remerciant et en le priant de
-<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span>
-continuer dployer son zle<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor">&nbsp;[831]</a>. Quant la question d'argent,
-pas un mot, comme toujours!</p>
-
-<p>Malgr le sjour forc au Banc du Roi, la prison pour
-dettes, peut-tre mme cause de cela, la clbrit de Thodore
-s'accrut Londres. La haute socit trouvait que l'aventure
-prenait un caractre tout fait original. Ces gens, si respectueux
-du principe monarchique chez eux, jugeaient fort plaisant
-de voir un souverain incarcr par des cranciers hargneux,
-comme un vil manant. Walpole estima la chose si drle qu'il
-mit l'ide d'envoyer Hogarth, le graveur en renom, le crateur
-de la caricature anglaise, pour faire le portrait du roi sous les
-verrous<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor">&nbsp;[832]</a>.</p>
-
-<p>Les visiteurs afflurent, affams de la curiosit de voir ce
-monarque dans son cachot, et d'entendre le rcit de ses aventures.
-Thodore qui, dans le monde, sous les politesses railleuses
-des nobles lords, avait eu le sentiment de sa dchance, s'tait
-ressaisi en prison. Il semblait que le malheur lui donnt une
-aurole nouvelle. Sa sotte vanit reprit le dessus. Il se montra
-pompeux, assoiff de gloriole, entran par ce vertige des
-grandeurs qui, dans le cours de sa vie, avait inspir tous ses
-actes. Il pensait sans doute cacher sa misre sous le masque de
-la dignit, comme on recouvre d'un manteau des vtements en
-loques. Il avait un grabat dans sa cellule; il en fit un trne. Un
-mchant ciel de lit lui servit de baldaquin. Assis l dans
-une attitude de roi, il recevait les visiteurs. Chaque jour ils
-taient nombreux: des grands seigneurs, des bourgeois,
-des littrateurs, des comdiens<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor">&nbsp;[833]</a>, qui voulaient peut-tre se
-perfectionner dans leur art en prenant des leons. Ah! ce ne
-devait pas tre un spectacle banal! Et puis, quel charme
-entendre Thodore raconter sa vie, reposant sur ce trne du
-Banc du Roi, trne moins phmre pour lui que celui de
-<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span>
-Corse! D'abord sa jeunesse. Joli page de Madame, il avait
-vcu la cour de France; ses souvenirs pouvaient remonter au
-Grand Roi, M<sup>me</sup> de Maintenon, au Rgent. Mais son plus
-beau titre de gloire avait t de se sacrifier pour donner la
-libert au peuple corse. Aprs la rencontre, Savone et
-Gnes, des insulaires, c'tait le dbarquement Alria, au
-milieu des salves, dont l'cho fit trembler la rpublique. Les
-patriotes venaient vers lui en chantant. Il tait le messie.
-Vtu comme le Grand Seigneur, il avait distribu des bottes
-orientales et des sequins d'or. L'enthousiasme des peuples tait
-immense: sur tout son parcours on l'acclamait. Et le jour glorieux
-du couronnement dans Alesani; son entre triomphale dans
-l'glise, la couronne de laurier au front, sa canne bec de corbin
- la main comme sceptre, le <i>Te Deum</i> chant en grande pompe
-et le cri de: <i>Vive notre roi!</i> sortant de mille poitrines! Hlas!
-aprs c'tait la trahison, le dpart, la recherche des secours.
-Une confiance invincible dans son toile l'avait soutenu aux
-heures de dfaillance, quand sa vie lui apparaissait comme une
-sombre tragdie. Et puis, n'tait-il pas marqu par le destin
-pour faire le bonheur des Corses? Il avait connu de hauts et de
-puissants personnages; il avait trait avec eux. Mais les infmes
-Gnois ne cessaient de le poursuivre de leurs haines, de l'accabler
-des plus noires calomnies. Le tribunal des inquisiteurs d'tat
-avait essay de l'envoter et de le faire assassiner! Il ne dsesprait
-pourtant pas de retourner plein de gloire dans l'le et de
-voir le peuple, ses pieds, entonnant le bel hymne de la
-reconnaissance. Voil ce qu'il devait raconter ses visiteurs,
-laissant dans l'ombre bien des particularits de sa vie. Et les
-gens sortaient blouis, amuss surtout. Ceux qui avaient trouv
-le spectacle leur got, laissaient une aumne. La misre du
-roi tait grande. Des personnes, mues de son sort, lui envoyaient
-parfois de petits secours. Parmi celles-ci, taient lord Grenville
-(Carteret) et lady Yarmouth<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor">&nbsp;[834]</a>! Du reste, Thodore n'tait pas
-<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span>
-ingrat. Il dcora quelques-uns de ses visiteurs, les plus notables
-et les plus charitables. Dans la prison, d'o il ne devait sortir
-que pour mourir, il crait des chevaliers de son ordre: l'<i>Ordre
-de la Dlivrance!</i> En 1800, on voyait encore Londres un vieux
-gentilhomme qui avait t ainsi dcor par le roi Thodore<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor">&nbsp;[835]</a>.</p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/393.jpg" width="300" height="393" alt="" />
-<p>Fac-simil de l'criture de Thodore de NEUHOFF.<br />
-D'aprs une lettre qui se trouve aux Archives du Ministre des affaires trangres,<br />
-<i>Correspondance de Corse, vol. 3</i>.</p>
-</div>
-
-<p>Mais le cachot lui semblait dur. Il s'ingniait en sortir. Il
-crivit pour qu'on intervnt auprs d'un conseiller bien au
-courant de ses affaires, il lui fallait de l'argent sans tarder. Il
-ne voulait pas rester un jour de plus dans cette maison; si
-on ne pouvait faire la somme suffisante pour le librer entirement,
-il demandait qu'on lui procurt au moins de quoi donner
-des acomptes. Une femme, encourage par ses ennemis, venait
- tout moment l'affronter. C'tait intolrable<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor">&nbsp;[836]</a>.</p>
-
-<p>Quelle tait cette mgre? Une crancire sans doute, qui
-rclamait plus bruyamment que les autres. Mais ces insultes lui
-taient trs sensibles; il aimait mieux l'ironie polie des gens
-du monde. L'argent ne vint pas, car le malheureux resta en
-prison.</p>
-
-<p>Tandis que les Anglais se livraient au sport d'aller gouailler
-le pauvre monarque au Banc du Roi, un individu cherchait
- soutirer de l'argent au gouvernement franais au moyen
-de l'aventure fcheuse arrive Neuhoff. Il se nommait
-Gautier et habitait Tennis Court, n<sup>o</sup> 3. Il tait provenal. Le
-marchal de Belle-Isle l'avait connu pendant sa dtention en
-Angleterre. Il lui avait mme accord sa protection pour une
-affaire d'hritage. Ce fut donc au marchal que Gautier fit ses
-offres de service, dans deux longues lettres. Belle-Isle les
-transmit Puisieux par acquit de conscience, en faisant sur leur
-contenu de prudentes rserves et en demandant ce qu'il devait
-rpondre<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor">&nbsp;[837]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span>
-Gautier crivait que Thodore, ayant entendu parler de
-lui, l'avait fait prier de venir le voir. Le roi de Corse s'imaginait
-qu'il pourrait lui fournir les moyens de sortir de prison.
-Le 11 juillet 1750, il s'tait rendu au Banc du Roi, o
-il avait eu avec Neuhoff un entretien qui avait dur trois
-heures. Au cours de la conversation, Thodore avait montr
-plusieurs lettres de date rcente, qui lui taient parvenues de
-Corse, de Livourne et mme de Gnes. Gautier lut ces lettres
-attentivement. Le contenu lui en parut si grave qu'il avait t
-sur le point de partir pour la France afin d'informer le gouvernement
-des noirs complots qui se tramaient. Mais il avait t
-retenu par la pense de pouvoir dmasquer plus compltement
-ces intrigues en continuant faire bavarder le souverain.
-Il fallait ce dernier quinze cents livres sterling pour se
-librer. Il se montrait dispos donner en garantie de cette
-somme les sceaux de son royaume, ainsi que tous les documents
-de sa chancellerie. Gautier proposait donc l'affaire
-suivante. On lui avancerait la somme ncessaire pour dsintresser
-ses cranciers. Moyennant cette avance, on entrerait
-en possession des sceaux et des papiers. Aprs quoi, le roi
-de Corse restant la discrtion du prteur, celui-ci pourrait
- tout moment le faire remettre en prison<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor">&nbsp;[838]</a>. C'tait simple et
-expditif. Le procd manquait peut-tre de dlicatesse; mais
-les gens qui trafiquaient de l'aventure de Thodore ne s'arrtaient
-pas cela. Gautier voulut impressionner Belle-Isle
-par des rvlations sensation. Quatre jours plus tard,
-il prit de nouveau la plume. En Corse et sur les ctes
-d'Italie un complot s'organisait, un complot sanguinaire!
-Le roi de France entretenait encore dans l'le un petit corps
-d'arme. Il ne s'agissait rien de moins qu' faire chanter ces
-troupes les Tnbres de Corse, sur le mme ton que les Franais
-<span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span>
-chantrent autrefois les Vpres de Sicile. Huit cents hommes
-arms taient dbarqus en Corse pour oprer ce massacre.
-D'autres conjurs se trouvaient prts: ils taient nombreux;
-il y en avait partout. Moyennant quinze cents guines, on
-pourrait empcher ce carnage. Ce n'tait pas cher. Gautier
-ajoutait que le ministre de Gnes, Gastaldi, avait fait des
-propositions Thodore pour avoir les sceaux et la chancellerie,
-mais celui-ci ne voulait en aucune faon traiter avec les
-Gnois<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor">&nbsp;[839]</a>. Cela est peu vraisemblable. La rpublique, d'un
-cot, n'entendait pas dbourser d'argent. Neuhoff, de l'autre,
-aurait difficilement rsist aux propositions gnoises si elles
-avaient t accompagnes d'une forte somme.</p>
-
-<p>Le gouvernement franais ne jugea pas utile de ngocier
-l'affaire propose par Gautier<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor">&nbsp;[840]</a>. Nanmoins, Puisieux informa
-Cursay, commandant des troupes franaises en Corse, du
-complot qu'on disait tram pour renouveler les Vpres Siciliennes.
-Il ajoutait que, d'ailleurs, il croyait peu ces bruits<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor">&nbsp;[841]</a>.
-Cursay rpondit que les Franais taient fort tranquilles dans
-l'le et qu'il n'y avait rien craindre<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor">&nbsp;[842]</a>. C'tait l'exacte vrit.</p>
-
-<p>Les <i>Tnbres de Corse</i> ne furent jamais chants; le gouvernement
-franais ne chanta pas non plus, et le baron resta en
-prison.</p>
-
-<p class="subt">III</p>
-
-<p>Deux annes s'coulrent. La mode d'aller voir le roi
-Thodore persista parmi la socit de Londres. Neuhoff
-continuait chercher les moyens de quitter cette maison. Il
-combinait, il furetait, il ngociait. Mais comment trouver la
-<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span>
-somme? O tait l'homme compatissant qui lui viendrait en aide?
-Il devait sur le visage de chacun de ses visiteurs pier un signe
-de piti, surprendre dans les paroles qu'on lui adressait un
-tmoignage de commisration. Mais l'me gnreuse, capable
-de charit, ne se trouvait pas parmi ces mondains. On lui faisait
-l'aumne; ceux qui s'en allaient satisfaits du spectacle jugeaient
-avoir suffisamment pay leur amusement d'un peu de monnaie.
-Quant tenter quelque chose pour lui rendre la libert,
-nul n'y songeait. Et c'est dans ces annes sombres, passes
-entre les murs d'un cachot, que la destine du pauvre monarque
-prit rellement les allures d'une tragdie. Sa vie ressemblait
-une comdie de Regnard, dont Shakespeare aurait crit le
-dnoment!</p>
-
-<p>Aprs avoir subi les sarcasmes des gens nobles, Thodore
-dut affronter les railleries du monde officiel. La mode
-ne franchit gnralement pas le seuil des enceintes parlementaires.
-Mais la renomme du roi de Corse tait si grande;
-on parlait tellement de lui en termes comiques que la curiosit
-de le voir s'infiltra jusqu'au sein du Parlement. La Chambre
-des Communes s'occupait, ce moment-l, de la situation
-des dbiteurs incarcrs. Une commission fut nomme pour
-examiner le rgime auquel les prisonniers taient soumis. Ce
-fut un bon prtexte pour quelques dputs de se rendre auprs
-de Thodore. Ils l'interrogrent longuement avec des airs
-respectueux, l'appelant Sa Majest<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor">&nbsp;[843]</a> tout comme les autres, qui
-le tournaient en drision.</p>
-
-<p>Un journal venait de se fonder Londres, <i>The World</i>.
-Quelques grands seigneurs y publiaient des articles. Parmi ces
-publicistes amateurs se trouvaient notamment lord March et
-Horace Walpole<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor">&nbsp;[844]</a>. Ce dernier sous le nom de Fitz-Adam, fit
-paratre dans le n<sup>o</sup> 8, la date du 22 fvrier 1753, un appel
-<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span>
-la charit publique en faveur du roi Thodore. Cet article, assez
-long, tait un nouveau sarcasme lanc contre le malheureux
-prisonnier; sarcasme plus cruel que toutes les railleries dont
-la socit anglaise abreuvait le monarque dchu.</p>
-
-<p>En tte, Walpole crivit ces mots: <i>Date obolum Belisario</i>.</p>
-
-<p>Il dbutait par des considrations ironiques sur la vanit des
-grandeurs. Les rvolutions bouleversant les empires, les disgrces
-retentissantes de ministres, l'lvation de personnages
-obscurs, taient les incidents habituels de la comdie humaine.
-On s'attendrit sur la chute des tyrans; ne faut-il pas plutt
-gmir lorsqu'on voit un roi vertueux devenir le jouet du mauvais
-destin? L'Angleterre devait accueillir la Majest en dtresse,
-comme elle avait su chtier les oppresseurs. Oh! combien je
-rougis pour mon pays, s'criait Walpole, lorsque je vois un
-monarque, un infortun monarque, condamn pour dettes
-languir dans une des prisons de Londres! Cet homme s'est
-lev jusqu'au trne par son seul courage et non par une vaine
-ambition ou par des actes sanguinaires. Il a t proclam roi
-par l'lection spontane d'un peuple opprim qui, comme tous les
-peuples, pouvait prtendre la libert et qui avait la volont
-bien rare de devenir libre. Ce prince est Thodore, roi de Corse.
-Selon Walpole, le droit de celui-ci la couronne est aussi
-indiscutable que les plus anciens titres dynastiques, car ce
-droit lui vient du choix de ses sujets. On ne peut lever aucune
-objection contre une pareille lection. C'tait d'ailleurs
-la seule rgle admise par l'excellente constitution gothique.
-Aprs avoir hroquement expos sa vie et sa couronne pour
-dfendre ses sujets, Thodore a chou comme Caton. Pendant
-plusieurs annes, il a lutt contre le sort; il a employ tous
-les moyens pour reconqurir son royaume. Puis, quand il eut
-rempli tous ses devoirs envers son peuple et envers lui-mme,
-il est venu s'asseoir au foyer britannique. Ce prince supporte la
-perte de son trne avec plus de dignit et de philosophie que
-<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span>
-Charles-Quint, Casimir de Pologne, ou autres visionnaires, qui
-abdiqurent gament pour chercher l'oisivet dans un clotre o,
- la fin, ils n'ont trouv que des dboires. Sa Majest Corse
-n'a pas rougir de sa dtresse. Elle n'a pas, non plus, l'excuser.
-Les dettes de sa liste civile ne proviennent pas d'une mauvaise
-direction de sa part, ni de la corruption de ses ministres,
-ni de complaisances coupables pour des favorites ou des matresses.
-Le souverain vivait comme un philosophe: son palais
-tait humble, sa garde-robe modeste. Et maintenant son boucher,
-son logeur, son tailleur ne continueront plus le fournir, car il
-ne possde aucun revenu pour soutenir son train de vie; il n'a
-aucun impt pour lui procurer des fonds!</p>
-
-<p>Il suffira de signaler la gnreuse nation anglaise ce roi en
-dtresse, pour qu'elle lui accorde sa protection et lui tmoigne sa
-compassion. Si des raisons politiques empchent d'embrasser
-ouvertement sa cause, du moins la fortune prive peut lui venir
-en aide au nom de la charit. Cela ne veut pas dire que les
-jeunes lgants de Londres doivent aller s'offrir lui en qualit
-de volontaires, ni que des particuliers aient quiper leurs
-frais une flotte pour le conduire en Corse, lui et ses esprances.
-Le seul but de l'article est de stimuler la piti en faveur du
-royal captif. Walpole ne croit pas que la dignit de Sa Majest
-pourrait se refuser accepter un secours provenant d'une reprsentation
- bnfice. Les potentats de l'Asie n'auraient pas
-rougi de recevoir un tribut form par les efforts runis du gnie
-et de l'art. Qu'il soit dit qu' la mme poque l'Angleterre a
-lev un monument Shakespeare, a donn une fortune la
-petite-fille de Milton, a secouru un roi prisonnier au moyen de
-reprsentations dramatiques! Les gnreux directeurs de thtre
-voudront certainement s'associer cette bonne &oelig;uvre. L'incomparable
-acteur Garrick, qui a rendu d'une faon si poignante
-les passions et les malheurs du roi Lear, consentira exercer
-son merveilleux talent en faveur d'un monarque dchu. Il galera
-ainsi la renomme que Louis le Grand s'est acquise en protgeant
-<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span>
-des rois exils. Et combien ne serait-il pas glorieux de
-voir le Banc du Roi rendu clbre par la gnrosit de
-Garrick, comme l'htel de Savoie le devint par la faon gnreuse
-dont douard III hbergea le roi Jean de France<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor">&nbsp;[845]</a>. Entre parenthses,
-Walpole conseillait, en raison de certaines similitudes
-de situation, de choisir le <i>Roi Lear</i> pour la reprsentation
-bnfice. Il n'tait pas possible de pousser plus loin l'ironie!</p>
-
-<p>Pour ne pas enfermer la charit de ses lecteurs dans le cercle
-troit d'une reprsentation thtrale, Walpole annonait qu'une
-souscription publique en faveur de Sa Majest Corse tait ouverte
-dans Pall Mall, chez le libraire Robert Dodsley, qui
-tait nomm, vie, grand-trsorier et bibliothcaire en chef de
-l'le de Corse. Il n'aurait pas accept ces fonctions sous un
-autocrate. La souscription ne sera certainement pas gnrale,
-quoique ce ft souhaiter pour l'honneur de l'Angleterre. Il est
- prvoir que les partisans du droit hrditaire refuseront d'apporter
-leur offrande. On peut essayer de convaincre ces gens-l
-au moyen d'un argument bien simple. En admettant que le titre
-de Neuhoff ft entach du vice (selon leur ide) d'avoir t
-lu par un peuple, qui avait renvers le joug de ses anciens
-tyrans, comme les Gnois ont t les souverains de la Corse,
-les partisans du principe monarchique seront obligs, en rpudiant
-la cause du roi Thodore, d'accorder le droit divin hrditaire
- une rpublique. Cela constitue un problme politique
-difficile rsoudre. Walpole, en terminant, disait qu'il proclamerait
-jacobites toutes les personnes qui n'apporteraient pas
-leur obole pour le souverain. Il esprait n'avoir pas en vain fait
-appel la charit de ses concitoyens.</p>
-
-<p>Il fit suivre son article d'une note. Deux pices de monnaie,
-frappes pendant le rgne de Thodore, taient entre les
-mains du grand-trsorier, elles seront montres aux souscripteurs
-<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span>
-par les propres officiers de l'chiquier de Corse. Cette
-monnaie constitue une haute curiosit. Les plus clbres collections
-du royaume ne la possdaient pas<a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor">&nbsp;[846]</a>.</p>
-
-<p>Cet article, qui tait un raffinement de cruaut envers un
-malheureux prisonnier, amusa la socit de Londres. On le prit
-pour une jolie &oelig;uvre d'ironie, le passe-temps d'un homme
-sceptique et railleur. On crut une de ces plaisanteries froidement
-dbites, qui ont un air de mystification. L'diteur du
-journal, ce Robert Dodsley, que Walpole avait nomm bibliothcaire
-en chef de Corse, dut faire paratre dans le numro
-suivant une note pour informer le public que la souscription
-ouverte tait une chose srieuse. L'auteur de l'article avait
-mme dj reu quelque argent, qu'il se proposait d'employer
- l'honneur de la couronne de Corse<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor">&nbsp;[847]</a>.</p>
-
-<p>On ne nous dit pas si Walpole s'tait inscrit pour une
-somme importante en tte de la liste.</p>
-
-<p>Garrick donna la reprsentation annonce<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor">&nbsp;[848]</a>. Mais elle ne
-parat pas avoir eu grand succs. Quant la souscription, ce fut
-une faillite. Elle produisit seulement cinquante livres sterling.
-Walpole attribua cet chec au mauvais caractre de Sa Majest;
-mais cette somme tait bien suprieure ce que valait ladite
-Majest. Thodore esprait mieux. Il prit l'argent;
-seulement, il se jugea offens et envoya un procureur menacer
-Dodsley d'une poursuite en raison de la libert que le journal
-avait prise de se servir de son nom. Walpole ajoutait:
-Dodsley se moqua de l'homme de loi; mais cela ne diminue
-en rien la sale fourberie. Assurment, cela et fait un bien
-joli procs. Un imprimeur poursuivi pour avoir sollicit et
-obtenu une charit en faveur d'un homme en prison; cet
-homme, un tranger, pas mme mentionn sous son nom vritable,
-<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span>
-mais sous un titre burlesque! Je ne protgerai plus
-des rois<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor">&nbsp;[849]</a>.</p>
-
-<p>Thodore n'intenta pas le procs. Si le monarque avait
-mauvais caractre&mdash;comme on le lui reprochait&mdash;n'tait-il
-pas aigri par les sarcasmes dont on bafouait sa dtresse? Les
-cinquante livres, prix de ces insultes, formaient un maigre
-appoint pour ses dettes. Il resta en prison. Peu peu on l'oublia;
-la mode se dtourna de lui et la socit anglaise passa
-d'autres exercices.</p>
-
-<p>L'agonie du malheureux se prolongeait. Aucune lueur
-d'espoir ne venait relever son courage. Chaque jour, son cachot
-semblait se rtrcir et l'treindre davantage, lui qui avait rv
-de donner la libert un peuple!</p>
-
-<p>En 1754, il tenta une dmarche auprs du comte Bentinck,
-le diplomate hollandais, qui, jadis, l'avait protg. Le 12 mai, il
-lui crivit. Son dnuement tait complet, son crdit puis; alit
-et malade, il avait d vendre tout ce qui lui restait. Il suppliait
-Bentinck de lui faciliter l'emprunt de mille livres sterling, afin
-qu'il pt se librer. Et en terminant, il faisait un suprme
-appel la piti de son ex-protecteur et des amis de celui-ci<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor">&nbsp;[850]</a>.</p>
-
-<p>Lorsque Thodore se remuait dans le monde, entassant
-rves sur chimres, parlant de ses droits avec cette assurance
-qui en imposait parfois, des gens haut placs avaient prt la
-main ses intrigues. On esprait se servir de lui, pour raliser
-dans l'ombre des projets, qui ne pouvaient pas s'taler au grand
-jour. Mais, maintenant son rle tait fini, bien fini. Quel intrt
-Bentinck aurait-il eu secourir un homme accabl de misre,
-rduit l'impuissance? Une loque dsormais inutile! Le comte
-ne rpondit pas.</p>
-
-<p>Quelque temps aprs, le 8 juillet, Thodore crivit un de
-<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span>
-ses cousins; le nom de celui-ci est rest inconnu, un parent
-de Westphalie sans doute. C'est encore le cri d'angoisse d'un
-homme qui se sent abandonn, qui se voit condamn mourir
-misrablement. C'est le dernier geste du naufrag qui se cramponne
- l'unique planche de salut. Sa vanit s'est effondre; il
-ne parle plus de la grandeur de son rle: il tale sa misre.
-Il implore du pain et de l'air. Il s'est hasard crire au
-duc de Portland pour lui demander de le secourir. Le duc lui
-a fait rpondre qu'il ne le connaissait pas. Quelle humiliation!
-Il manque de tout. Va-t-il mourir faute d'un peu de piti<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor">&nbsp;[851]</a>?</p>
-
-<p>Le cousin fit ce que l'on fait gnralement aux demandes des
-parents pauvres: il ne rpondit pas.</p>
-
-<p>Pendant un an, le silence se fit autour du roi captif. Plus une
-visite, plus une aumne; rien! Seul seul avec ses penses,
-que de choses ne dut-il pas remuer dans ces longs jours et
-dans ces nuits sans fin! Il tait bout de forces. Au cours
-de sa vie, transport par ses folles ambitions, il avait got
-l'ivresse des rgions leves, au-dessus du terre terre o se
-meut le vulgaire. Souvent, la ralit l'avait abattu, mais jamais
-il ne s'tait laiss terrasser compltement. Son imagination en
-dlire l'avait toujours soutenu, en l'entourant de visions et de
-songes, en mettant dans son me des esprances tenaces et insenses.
-Il avait prouv tout ce qu'un homme peut ressentir en
-passant des grandeurs la misre. Mais le pauvre roi sentait
-bien que tout tait fini maintenant. Ah! si seulement il avait
-pu aller mourir dans le coin de terre du pays natal!</p>
-
-<p>Il existait alors une coutume. Parfois, par un acte du Parlement,
-une fourne de dbiteurs insolvables tait relche. Trois
-publications lgales avaient lieu dans un journal; puis, les
-prisonniers signaient leur cdule, c'est--dire une promesse de
-payer ou un abandon de leurs biens en faveur de leurs cranciers.
-<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span>
-Cette formalit constituait pour ceux-ci une garantie bien
-prcaire; mais les apparences taient sauvegardes. En 1755,
-Thodore fut admis dans la srie des dbiteurs bnficiant de
-l'amnistie du Parlement. Les trois publications pour Thodore-tienne,
-baron de Neuhoff, allemand de Westphalie, furent
-faites dans <i>The World</i> les 3, 10 et 20 mai<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor">&nbsp;[852]</a>. Il n'tait plus
-question de Majest!</p>
-
-<p>Il fut amen devant les magistrats. Selon la loi, on lui demanda
-ce qu'il possdait. La rponse qu'il fit rsumait toute sa vie, toutes
-ses ambitions. Ce fut un dernier cri d'orgueil empreint, dans les
-circonstances, d'une grandeur tragique.&mdash;Je n'ai rien, dit-il,
-que mon royaume de Corse!&mdash;Le 24 juin 1755, dans la
-vingt-huitime anne de George II, il signa la cdule par
-laquelle il abandonnait ses tats<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor">&nbsp;[853]</a>! Et le royaume de
-Corse fut lgalement et officiellement enregistr pour la garantie
-des cranciers du baron de Neuhoff. Les Anglais taient donc
-arrivs leurs fins: ils avaient l'le, objet de leurs convoitises.
-Seulement cette cession n'existait que sur un papier
-sans valeur.</p>
-
-<p>Cette fois, c'tait bien la dchance irrmdiable. Pour obtenir
-une libert qu'on ne lui donna mme pas, il avait dpos cette
-couronne que, dans son ambition ttue, il considrait comme un
-droit imprescriptible. Poussant le sacrifice jusqu'au bout, il remit
- Walpole sa dernire relique, le grand sceau du royaume de
-Corse<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor">&nbsp;[854]</a>. Le calvaire tait gravi. Bafou dans sa dignit royale,
-Thodore se vengeait en roi.</p>
-
-<p>Walpole accepta le cadeau. Peut-tre donna-t-il au malheureux
-dtrn une aumne, en change. Le noble lord eut-il des
-remords pour ses lches sarcasmes envers un prisonnier? On
-cite de lui un appel la noblesse et la haute socit de Londres
-<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span>
-en faveur de Neuhoff. Cet appel fut publi dans le <i>Public
-advertiser</i>. Walpole ne traite plus ironiquement Thodore
-de Majest. Les termes de cette adresse sont simples. Il
-demande la charit pour permettre au baron de retourner dans
-son pays. Cet infortun se trouve dans la plus complte misre.
-Lors de la dernire guerre en Italie, il a donn des preuves de
-son dvouement l'Angleterre. Walpole espre que tous les
-vrais amis de la libert tiendront secourir un brave homme
-malheureux, qui ne dsire qu'une seule chose: pouvoir prouver
-sa reconnaissance la nation anglaise. Deux maisons de banque
-taient charges de recueillir les souscriptions<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor">&nbsp;[855]</a>.</p>
-
-<p>Dcidment, Thodore n'tait plus la mode. La souscription
-avorta, car l'ex-roi ne retourna pas dans son pays.
-Pendant quelque temps, il mena l'existence la plus misrable,
-celle d'un mendiant loqueteux. Puis, on le remit en prison<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor">&nbsp;[856]</a>.
-Pour quelle cause fut-il incarcr de nouveau? Quel crancier
-hargneux l'avait-il encore poursuivi? Ceux qui il devait
-n'taient-ils pas satisfaits d'avoir en garantie le royaume de
-Corse? Le pauvre Thodore ne pouvait pourtant rien donner de
-plus. Mais le Banc du Roi valait mieux que la rue. L, au
-moins il pouvait manger.</p>
-
-<p>Cette dernire anne de sa vie est reste dans l'ombre. Personne
-ne s'occupait plus de lui. C'est si peu intressant un
-homme qui meurt de faim!</p>
-
-<p>Il sortit dfinitivement de prison le 5 ou le 6 dcembre 1756.
-Aussitt l'crou lev, il prit une chaise et se fit conduire chez le
-ministre de Portugal. On rpondit qu'il n'tait pas chez lui. Peut-tre
-le diplomate se souciait-il fort peu de recevoir ce mendiant.
-Thodore se trouva alors dans un cruel embarras. Il n'avait pas
-les douze sous ncessaires pour payer le porteur. Ce monarque,
-qui avait distribu des souliers neufs et des sequins d'or un
-<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span>
-peuple merveill, tait l, dans la rue, sans un sou. Il tait
-tellement las et malade qu'il ne pouvait pas marcher. Il songea.
-Ah! ce n'tait plus l'heure des grandes penses de gloire. Il
-fallait aviser ne pas mourir au coin d'une borne, dans la brume
-glace de dcembre. Le roi, couronn de laurier, un jour d'avril,
-par un beau soleil, sur les ctes bleues de la Mditerrane,
-allait-il donc tomber pour jamais dans la boue des rues de
-Londres? Il se rappela qu'il avait connu jadis un tailleur, un
-ravaudeur de vieux habits plutt. Mais cet individu tait pauvre.
-Qu'importe! Puisque les riches lui fermaient leurs demeures,
-peut-tre la porte de l'choppe s'ouvrirait-elle pour lui. L'ouvrier
-habitait 5, Little Chapel street, dans le quartier de Soho. La
-maison tait misrable, la rue troite et sombre.</p>
-
-<p>Le monarque frappa la porte et demanda l'hospitalit.
-L'ouvrier l'introduisit. Le brave homme ne possdait pas
-grand'chose, mais, de tout c&oelig;ur, il proposa au roi dchu de
-partager sa pauvret. Thodore put au moins reposer son
-misrable corps malade. A ce modeste foyer, il rchauffa ses
-membres engourdis de froid. Le tailleur le fit asseoir sa table
-et lui donna un lit.</p>
-
-<p>Les privations, les misres physiques et morales, la longue
-captivit avaient puis le malheureux. Le lendemain de son
-arrive, il ne put pas se lever. Peu peu, la vie s'en allait de
-ce corps us. L'agonie dura trois jours. Le 11 dcembre, il
-mourut<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor">&nbsp;[857]</a>.</p>
-
-<p>Le tailleur rendit les derniers devoirs son hte. Il arrangea
-la couche mortuaire du mieux qu'il put. Elle tait propre et
-dcente; il lui avait mme donn l'apparence d'un lit de parade.
-Les gens du quartier, de pauvres diables aussi, vinrent
-sans doute en curieux. Et ces artisans durent tre touchs de
-cette charit prodigue par un des leurs envers un souverain<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor">&nbsp;[858]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span>
-Quelles furent les penses de l'ouvrier devant le cadavre de
-ce roi qui tait venu lui demander l'aumne d'un lit pour
-mourir? Simple et bon, il ne se livra sans doute aucune
-rflexion de vaine philosophie. Il avait accompli son acte de
-piti sous la seule impulsion de son c&oelig;ur, sans s'inquiter si
-l'individu qui implorait son aide tait un monarque ou un
-vagabond! L'histoire n'a pas conserv le nom de cet homme
-gnreux; en revanche elle n'a pas oubli les noms et titres de
-ceux qui bafourent un malheureux. Assurment, le souvenir
-des mchancets mrite mieux d'tre gard que celui d'un geste
-charitable: c'est plus amusant.</p>
-
-<p>Le tailleur n'avait pas de quoi payer les obsques de
-Thodore. Un marchand d'huile de Compton street, M. Wright,
-offrit sa bourse. Un collgue, puisque Thodore avait mont son
-affaire en Hollande en vue d'importer les huiles de Corse! Ce
-bourgeois cossu dclara qu'il lui serait agrable, une fois dans
-sa vie, d'avoir l'honneur d'enterrer un roi<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor">&nbsp;[859]</a>. Il fit prparer pour
-la dpouille du baron de Neuhoff, roi de Corse, un cercueil
-d'orme recouvert de drap noir avec une double range de clous
-en cuivre. Au-dessus, il y avait une grande plaque avec
-l'inscription grave. Deux couronnes dores l'encadraient.
-De chaque ct de la bire, deux paires de poignes chinoises en
-mtal dor avec couronnes taient fixes. L'intrieur tait doubl
-de crpe fin. Le corps fut enseveli dans un double linceul, la
-tte reposant sur un coussin. Quatre hommes vtus de noir
-portaient le cercueil<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor">&nbsp;[860]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span>
-Les obsques furent clbres le 15 dcembre l'glise
-Sainte-Anne.</p>
-
-<p>Ces couronnes, poses sur la dpouille de Thodore par un
-marchand d'huile, constituaient l'ironie suprme, l'ironie mchante
-que la mort mme n'arrte pas. Une mascarade macabre!
-Et poussant sa cruaut jusqu'au bout, le ngociant fit
-enfouir dans le coin le plus obscur du cimetire, dans la fosse
-des pauvres, le cercueil renfermant, d'aprs l'inscription grave,
-le corps d'un roi<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor">&nbsp;[861]</a>!</p>
-
-<p>Rien n'est rest de l'endroit o Thodore fut enseveli cte
- cte avec les misreux du quartier. Dans le petit cimetire,
-la terre s'est nivele et l'herbe a grandi. Rien! Pas mme le
-souvenir que donne au passant le plus modeste tombeau de
-pierre.</p>
-
-<p>Walpole avait eu un geste gnreux pour Neuhoff. Il
-tint se faire pardonner ce mouvement, dont sa rputation
-d'homme d'esprit aurait pu souffrir. Il crivit son ami Mann,
-le ministre anglais Florence: Votre vieil hte royal, le
-roi Thodore, s'en est all dans l'endroit o, dit-on, les rois
-et les mendiants sont gaux. Il n'avait pas besoin de faire
-<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span>
-ce voyage, car de roi il tait devenu mendiant<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor">&nbsp;[862]</a>. Et pour
-perptuer le souvenir des sarcasmes dont il avait abreuv le roi
-de Corse, il fit graver sur la pierre le tmoignage de compassion
-railleuse qu'il jeta sa mmoire.</p>
-
-<p>Cette pierre existe encore. Elle est scelle sur le mur
-extrieur de la petite glise de Sainte-Anne, prs de Soho
-Square. Sous une couronne ironique, reproduite d'aprs une des
-pices de monnaie de Thodore<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor">&nbsp;[863]</a>, Walpole fit inscrire cette
-pitaphe:</p>
-
-<ul>
-<li>PRS D'ICI EST ENTERR</li>
-<li>THODORE, ROI DE CORSE,</li>
-<li>QUI MOURUT DANS CETTE PAROISSE LE 11 DCEMBRE 1756,</li>
-<li>IMMDIATEMENT APRS AVOIR QUITT LA PRISON DU BANC DU ROI</li>
-<li>PAR LE BNFICE DU FAIT D'INSOLVABILIT;</li>
-<li>EN CONSQUENCE DE QUOI IL ENREGISTRA</li>
-<li>SON ROYAUME DE CORSE</li>
-<li>POUR L'USAGE DE SES CRANCIERS</li>
-</ul>
-
-<ul>
-<li>Le tombeau, ce grand matre, met au mme niveau</li>
-<li>Hros et mendiants, galriens et rois,</li>
-<li>Mais Thodore apprit sa moralit avant que d'tre mort;</li>
-<li>Le destin rpandit ses leons sur sa tte <i>vivante</i>,</li>
-<li>Il lui accorda un royaume et lui refusa du pain.</li>
-</ul>
-
-<p>C'est tout ce qui reste de l'homme qui disputa Gnes la
-souverainet de la Corse!</p>
-
-<p>Ce fut le sort de Thodore d'tre bafou pendant sa vie par
-l'ironie des hommes et des vnements. Aprs sa mort, sa
-mmoire fut ridiculise. L'pitaphe compose par Walpole ne fut
-pas le seul tmoignage de drision posthume son gard. On
-connat les sarcasmes de Voltaire. Ensuite, sur un pome de
-Casti, Paisiello, composa, en 1784, un opra hroco-comique:
-<i>Il Re Teodoro</i>. Cette bouffonnerie, quoiqu'elle manqut d'esprit,
-eut du succs. Elle fut crite sur la demande de l'empereur
-<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span>
-Joseph II, le fils de Franois qui avait essay tour tour de
-se servir de Neuhoff et de le supplanter<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor">&nbsp;[864]</a>! Et suprme ironie!
-Chez le Corse, couronn empereur et roi, dans son palais des
-Tuileries, on excutait dans les concerts de la cour le final d'<i>Il
-Re Teodoro</i><a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor">&nbsp;[865]</a>. Napolon coutait cela, lui qui aurait pu natre
-sujet du baron de Neuhoff, si celui-ci avait russi et fond
-une dynastie!</p>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_382"> 382</a></span></p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span></p>
-<h2 class="normal">APPENDICES.</h2>
-
-<p class="subt">I<br />
-<span class="small">NOTE SUR LE COLONEL FRDRIC,</span><br />
-<span class="small">QUI PRTENDAIT TRE LE FILS DE THODORE DE NEUHOFF.</span></p>
-
-<p>On voyait Londres, au milieu du XVIII<sup>e</sup> sicle, un individu
-connu sous le nom de colonel Frdric, qui s'affublait du titre
-de prince de Caprera et qui prtendait tre le fils de Thodore
-de Neuhoff. La socit anglaise le choyait beaucoup; il tait
-reu dans le meilleur monde. En 1764, il paraissait avoir de
-trente-cinq trente-six ans, d'aprs un voyageur franais qui
-le rencontra, le dimanche 7 octobre, chez lord Fitz-Herbert
-Richmond. Sa physionomie tait avenante et ses manires distingues.
-Il s'exprimait assez bien en franais<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor">&nbsp;[866]</a>.</p>
-
-<p>M. Percy Fitzgerald, dans son livre <i>King Theodore of
-Corsica</i>, a consacr le dernier chapitre ce personnage. Il
-retrace sa vie aventureuse et le considre rellement comme le
-fils de Thodore.</p>
-
-<p>Le colonel Frdric entourait sa naissance de mystre.
-Il disait seulement qu'il tait n en 1725. Il n'tait donc pas le
-fils de l'pouse lgitime de Thodore, lady Sarsfield, morte
-Paris en 1720.</p>
-
-<p>D'aprs M. Fitzgerald, Frdric aurait pous une des
-<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span>
-demoiselles d'honneur de Marie-Thrse. De cette union seraient
-ns un fils et une fille. Le fils aurait t tu, jeune encore,
-pendant la guerre d'Amrique. La fille, qui s'tait marie, aurait
-eu son tour trois filles, fort jolies personnes, disait-on.</p>
-
-<p>Le colonel Frdric vcut Londres pendant plus de quarante
-ans. Il tait trs intrigant. Il proposa au duc de Newcastle
-toute une srie de plans relatifs une descente en Corse. Journellement
-on le voyait au Foreign-Office, o il essayait de faire
-agrer ses combinaisons. Pour ce dbarrasser de ses importunits,
-le gouvernement anglais lui faisait donner de temps en
-temps un peu d'argent. Selon M. Fitzgerald, on trouve au
-British Museum un grand nombre de lettres et de mmoires
-ayant trait aux propositions et aux rclamations de cet aventurier.</p>
-
-<p>Trs besogneux, harcel par ses cranciers, il se tua d'un
-coup de pistolet, le mercredi 1<sup>er</sup> fvrier 1796, auprs de la grille
-de Westminster.</p>
-
-<p>Voil, en quelques mots, les faits principaux de la vie du
-colonel Frdric. Mon intention n'est pas de retracer toutes les
-intrigues de cet individu. On les trouve en dtail dans le livre
-de M. Fitzgerald. Je me contenterai d'indiquer quelques-unes
-des raisons qui permettent de dclarer que Frdric n'tait pas
-le fils de Thodore de Neuhoff. Je terminerai en donnant, d'aprs
-des documents tirs des archives d'tat de Gnes, la vritable
-identit du personnage; documents que l'historien anglais n'a
-pas connus.</p>
-
-<p>Dans son livre: <i>Mmoires pour servir l'histoire de la
-Corse</i>, imprim Londres, en 1768, pour S. Hooper, libraire
-dans le Strand,&mdash;ouvrage qui a servi pour tablir la plupart
-des biographies de Thodore publies de nos jours&mdash;le colonel
-Frdric commet plusieurs erreurs, qu'il n'aurait pas faites s'il
-et t le fils du baron de Neuhoff.</p>
-
-<p>D'aprs lui, Thodore aurait t lu roi de Corse et de
-Capraia, ce qui est faux. L'acte d'lection, dont une copie existe
-<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span>
-dans les archives du Ministre des affaires trangres, n'indique
-que la qualit de roi de Corse. Thodore lui-mme, que sa sotte
-vanit poussait se donner les titres les plus ronflants, ne
-prit, en aucune circonstance, celui de roi de Capraia.</p>
-
-<p>A propos du couronnement, dans le couvent d'Alesani,
-prcd de la publication d'une constitution approuve par le
-souverain et par les principaux chefs corses, j'ai dj eu l'occasion
-de faire remarquer que si le baron de Neuhoff avait eu rellement
-un fils, il n'aurait pas manqu d'en faire mention et de le faire
-proclamer prince hrditaire. Les insulaires n'auraient pu lever
-aucune objection, le principe d'hrdit tant formellement admis
-dans la constitution comme la base de la nouvelle royaut.
-Frdric et-il t un enfant naturel que Thodore se ft
-empress de le reconnatre dfaut de fils lgitime. Cela et t
-d'autant plus facile au baron que la Constitution parle uniquement
-d'<i>enfants mles</i> dans l'ordre de primogniture, sans que
-cette indication soit prcde du mot lgitime. Bien plus, elle
-laissait au souverain le droit de choisir son successeur dans le
-cas o il n'aurait pas d'hritiers directs.</p>
-
-<p>Thodore, de son ct, avait un intrt capital consolider
-sa couronne en assurant sa dynastie. Son premier soin, en dbarquant
-en Corse, avant mme d'tre solennellement couronn, est
-d'crire sa famille non seulement pour lui faire part de son
-<i>avancement</i>, mais encore pour demander que l'un ou l'autre de
-ses parents, cousin ou neveu, vienne le retrouver en Corse
-et l'assister. La place d'un fils, quel qu'il ft, tait l tout
-indique.</p>
-
-<p>Nulle part dans sa correspondance, mme avec ses plus
-intimes confidents, Thodore ne fait allusion un fils qu'il
-aurait eu. Aucun acte, aucune proclamation manant de lui n'en
-fait mention. A maintes reprises, il parle de ses droits imprescriptibles;
-il donne sa royaut un caractre ineffaable; il
-emploie des grands mots pour affirmer que son devoir est de
-conserver intacte l'lection des Corses. Habitu faire des
-<span class="pagenum"><a id="Page_386"> 386</a></span>
-phrases pour impressionner ou attendrir ceux qu'il voulait engager
-dans ses affaires, il n'aurait pas manqu de mettre en avant
-l'intrt sacr de son hritier direct. Il y avait l matire
-loquence mue, et il ne se serait certes pas priv de faire vibrer
-cette corde.</p>
-
-<p>Les lettres autographes de Costa, qui fut le plus fidle serviteur
-de Thodore, existent encore. Le Grand-Chancelier parle
- son matre en confident plutt qu'en ministre. L non plus, on
-ne trouve la moindre allusion ce fils.</p>
-
-<p>Frdric prtend avoir dn avec le roi Thodore et diffrents
-personnages dans la prison pour dettes. Il portait les insignes
-de l'Ordre de la Dlivrance. Mais cela ne prouve en rien qu'il
-ft le fils de Neuhoff. Ce dernier recevait beaucoup de visiteurs
-au Banc du Roi et il en dcora un grand nombre.</p>
-
-<p>Comment se fait-il que Thodore ayant un fils Londres, le
-sachant, l'ayant vu dans sa prison, n'ait pas cherch le retrouver?
-Libr, malade, mourant, abandonn par tous, ne sachant
-que devenir, seul dans les rues par le froid de dcembre, il va
-demander l'hospitalit un ouvrier! L'enfant, si pauvre ft-il,
-aurait-il refus son pre de le secourir dans sa dtresse? A ce
-moment suprme o tous les torts disparaissent, o rien ne
-subsiste que la pense du devoir naturel, il n'a pas un geste
-de pit filiale!</p>
-
-<p>Il est certain que Frdric a connu Thodore dans ses dernires
-annes et qu'il a eu en mains des papiers concernant la
-Corse. Neuhoff, pour se librer, songeait faire argent de tout.
-Il ne lui restait plus que de vagues documents. A plusieurs
-reprises, il essaya de les vendre. Dans ce but, il s'adressait
-diffrentes gens, par l'intermdiaire d'individus qui paraissaient
-vouloir entrer dans ses combinaisons.</p>
-
-<p>Il est remarquer, d'ailleurs, que la lgende de la naissance
-de Frdric s'tablit aprs la mort de Thodore.</p>
-
-<p>Deux ans aprs, en 1758, Celesia, ministre de Gnes
-Londres, fut mme de fournir son gouvernement quelques
-<span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span>
-renseignements sur les intrigues de Frdric et de donner l'identit
-de celui-ci<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor">&nbsp;[867]</a>.</p>
-
-<p>C'tait un polonais nomm Frdric Vigliawischi. Il avait
-une belle prestance, portait perruque et parlait plusieurs langues.
-Il habitait Londres depuis plusieurs annes; mais il y avait <i>trs
-peu de temps</i> qu'il se faisait appeler Neuhoff. Il se disait le fils
-et le successeur du dfunt baron, et dclarait avoir en sa possession
-les papiers de celui-ci.</p>
-
-<p>Donc ce n'est qu'aprs la mort de Thodore que l'aventurier,
-nomm Vigliawischi, songe se faire passer pour le fils du roi
-de Corse. Il n'avait plus craindre de dmentis. C'est
-cette poque-l, encore, qu'il noue ses intrigues au sujet de
-l'le. Il reprenait tout simplement la suite d'une affaire aprs
-dcs. C'est plus tard aussi qu'il songe crire des Mmoires.</p>
-
-<p>En 1757 et en 1758, il entre en relations avec Pascal Paoli, il
-cherche de l'argent, s'abouche avec des commerants pour avoir
-des munitions. Il s'adresse aux hommes d'tat anglais, les harcle
-de propositions.</p>
-
-<p>Tout cela choue piteusement, comme avaient sombr les
-combinaisons de Thodore.</p>
-
-<p>Celesia avait pu facilement percer jour ces man&oelig;uvres.
-Il tait entr en rapports avec un certain Anselme Rossi, qui
-tait au service de Frdric. Cet individu avait tout dvoil au
-ministre de Gnes.</p>
-
-<p>Les intrigues de Frdric sur la Corse, indiques dans le livre
-de M. Fitzgerald, sont confirmes par les documents de Gnes.
-Il y a donc lieu de penser que Rossi a dit la vrit Celesia.</p>
-
-<p>Mais cela importe peu. Le seul point qu'il convienne de retenir
-dans les rapports de Celesia est l'identification du personnage.</p>
-
-<p>En la rapprochant des quelques rflexions que j'ai faites plus
-haut, il est permis de dclarer d'une faon dfinitive que le
-colonel Frdric n'tait pas le fils du baron de Neuhoff.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span></p>
-
-<p class="subt">II<br />
-<span class="small">NOTE SUR DES PAMPHLETS CONCERNANT LE BARON DE NEUHOFF.</span></p>
-
-<p>L'aventure du baron de Neuhoff fit clore diffrents pamphlets.
-J'ai dj eu l'occasion de signaler, au cours de l'ouvrage,
-ceux qui furent lancs Gnes et qui taient colports de main
-en main. D'autres, imprims pour la plupart en Hollande,
-prirent la forme de brochures ou de volumes.</p>
-
-<p>En 1737, un pamphlet fut publi, Leyde, chez Jean-Arn.
-Langerak. Il avait treize pages seulement et tait intitul:</p>
-
-<ul class="small">
-<li><span class="i2">PREMIRE LETTRE</span></li>
-<li><span class="i5">DE</span></li>
-<li><span class="i3">THODORE I<sup>er</sup></span></li>
-<li><span class="i3">ROI DE CORSE</span></li>
-<li><span class="i5">A</span></li>
-<li>TOUS LES HROS DE SON SICLE</li>
-</ul>
-
-<p>Une vignette, place en tte, reprsente, d'un ct, une femme
-assise, de l'autre, un homme debout coiff d'un casque et portant
-une lance. Ces deux personnages sont spars par une
-arabesque.</p>
-
-<p>Ce pamphlet dbute par ces vers:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Dcidons! puisqu'enfin en l'tat o je suis,</p>
-<p>La mort est au-dessous du sort de mes ennemis:</p>
-<p>Un lche dsespoir nous dfend d'y survivre;</p>
-<p>Mais un c&oelig;ur immortel nous dfend de le suivre.</p>
-</div></div>
-
-<p>Puis, viennent ces mots:</p>
-
-<p>Entre ces deux extrmits et la ncessit de prendre l'un
-ou l'autre parti, hros magnanimes, un courage toujours renaissant
-<span class="pagenum"><a id="Page_389"> 389</a></span>
-doit-il se signaler par la bassesse hroque des Romains ou
-par la frocit commune aux <i>Esprits insulaires</i> qui n'ont point
-assez de force pour faire face constamment aux rvolutions
-chagrines de l'astre qui prside nos jours?</p>
-
-<p>Ensuite, l'auteur fait dire Thodore qu'il s'en rapportait
-aux mes bien faites pour juger impartialement ses actions. Sa
-conduite tait-elle bravoure ou tmrit? Une entreprise, si
-hasardeuse ft-elle, est hroque quand elle russit; elle est
-tmraire quand elle choue.</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p class="i2">Si tant de travaux entrepris,</p>
-<p>Baron, n'ont pas rempli ta haute destine,</p>
-<p>C'est que de ta vertu la fortune tonne</p>
-<p class="i2">N'ose pas en fixer le prix.</p>
-</div></div>
-
-<p>Il est vrai que la mauvaise fortune ne nous semblerait pas
-si dure, si elle n'autorisait la dsertion de nos amis.</p>
-
-<p>L'auteur se lance alors dans des considrations philosophiques
-en tirant des exemples de la lgende et de l'histoire.
-Ces rflexions ne sont d'ailleurs ni profondes ni originales.</p>
-
-<p>A la fin de la brochure se trouve cette note:</p>
-
-<p>Sa Majest Corsienne a crit plusieurs autres lettres plus
-dignes de la curiosit du public que celle-ci. On nous a promis
-de nous les communiquer et nous promettons ce mme public
-de lui en faire part. Au reste, ce n'est qu'une traduction, qui
-ayant t faite la hte, ne rend pas sans doute l'original dans
-toute sa beaut. Nous remdierons ce dfaut dans la suite.</p>
-
-<p>De deux pamphlets hollandais, je me contenterai de signaler
-les gravures qui se trouvent en tte des volumes.</p>
-
-<p>L'un d'eux, imprim en 1739, est intitul:</p>
-
-<ul class="small">
-<li><span class="i3">DE</span></li>
-<li>GEKROONDE MOF</li>
-<li><span class="i3">OF</span></li>
-<li>THEODORUS OP STELTEN</li>
-</ul>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_390"> 390</a></span>
-Le dessin reprsente Thodore mont sur deux chasses. L'une
-est tenue par un gentilhomme; l'autre semble se drober, car le
-second gentilhomme, qui se tient auprs, ouvre les bras comme
-pour recevoir Neuhoff. Celui-ci essaye d'attraper une couronne
-trs haut place et attache au sommet par un collier d'ordre fleurdelys.
-Au second plan, droite, un autre gentilhomme montre
-la couronne Thodore. A gauche, sous un bouquet d'arbres,
-se trouvent quatre femmes, dont l'une lve les bras au ciel.</p>
-
-<p>Ce libelle assez volumineux est rdig en forme de dialogue.</p>
-
-<p>Un autre pamphlet, intitul:</p>
-
-<ul class="small">
-<li><span class="i4">DE</span></li>
-<li><span class="i1">DWAALENDE MOFF</span></li>
-<li><span class="i1">OF VERVOLG VAN</span></li>
-<li>THEODORUS OP STELTEN</li>
-</ul>
-
-<p>publi en 1740, reproduit une gravure peu prs identique la
-prcdente. Mais la couronne est entoure des armes de la Corse
-et de la mdaille de l'Ordre de la Dlivrance. Dans le fond, les
-quatre femmes sont remplaces par un vaisseau portant un
-pavillon avec une croix et changeant des coups de canon avec
-un fort situ terre.</p>
-
-<p>Au nombre des pamphlets, on peut citer le fragment trouv
-dans les manuscrits de Napolon et publi par MM. Frdric
-Masson et Guido Biagi<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor">&nbsp;[868]</a>. crit entre 1786 et 1793, il est peu
-important. Il se borne une lettre imaginaire de Thodore, date
-des prisons de Londres, milord Walpole et la rponse de celui-ci
-au baron. Bonaparte montre l-dedans qu'il concevait dj
-une haute ide de la gnrosit de l'Angleterre vis--vis des
-malheureux proscrits.</p>
-
-<p>Il y a l un rapprochement curieux faire avec les sentiments
-qui animrent plus tard l'Empereur en l'amenant se livrer aux
-Anglais.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_391"> 391</a></span>
-M. Emmanuel Orsini, capitaine d'infanterie, a publi le
-<i>Testament politique de Thodore I<sup>er</sup>, roi des Corses</i>.</p>
-
-<p>Dans la premire partie, l'auteur fait faire Thodore le
-rcit de ses aventures. Historiquement il n'y a pas lieu de tenir
-compte de cette narration. C'est une compilation des ouvrages
-connus sur le baron de Neuhoff, compilation laquelle sont
-ajouts quelques dtails qui s'loignent tout fait de la vrit.
-Il me suffira d'en citer un seul. Thodore raconte qu'au milieu
-du mois d'avril 1737, il rejoignit son arme Corbara en
-Balagne. Or, cette date, Neuhoff tait arrt pour dettes
- Amsterdam et mis en prison. On peut juger par l du cas
-qu'il faut faire de ce rcit.</p>
-
-<p>La seconde partie du <i>Testament</i> comporte des considrations
-sur les principes et les maximes de l'art de rgner.
-<span class="pagenumh"><a id="Page_392"> 392</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_393"> 393</a></span></p>
-<h2 class="normal">PICES JUSTIFICATIVES</h2>
-
-<p class="subt">I.<br />
-<span class="small">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. MARNEAU<a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor">&nbsp;[869]</a>.</span></p>
-</div>
-
-<p><span class="dater">26 mars 1736.</span></p>
-
-<p>tant plus que persuad que vous me continuez toujours une part dans
-votre cher souvenir, je n'ai pu manquer vous notifier de ma main
-propre ce que vous aurez peut-tre dj appris par les avis publics,
-qu'aprs mille rvolutions, perscutions et maladies mortelles dans mes
-voyages, non seulement il m'a russi, avec l'assistance divine, de me tirer
-des piges tendus par mes envieux, mais de me voir en tat de reconnatre
-mes bienfaiteurs et amis et d'tre et de me voir proclam Roi et
-Pre de ces fidles habitants de cette le et royaume de Corsica, lesquels
-j'ai cherch d'assister au pril de ma vie contre le tyrannique gouvernement
-des Gnois. Comme mes intrts et avancements vous doivent tre chers
-par la bonne mmoire que vous conservez, je suis sr, de feu ma chre
-mre, votre pouse, j'ose me flatter que cet tablissement vous sera
-agrable, vous assurant, Monsieur, que de mon ct, je n'ambitionne autre
-que de me trouver en situation pouvoir vous tmoigner par des marques
-essentielles la reconnaissance parfaite, que je vous conserve pour toutes
-les bonts paternelles que vous avez eues pour moi; et je m'estimerais
-heureux si vous vouliez prendre la rsolution de me venir trouver dans ce
-bon climat avec ma chre s&oelig;ur, son mari et toute la famille, vous assurant
-que je partagerai avec vous mon sort, lequel ayant un peu de repos
- pouvoir mettre excution certains projets, ne peut tre que trs avantageux
-pour moi et pour tous ceux qui m'appartiennent. Mais, comme
-encore pour le prsent, je ne puis jouir de ce repos ncessaire, ayant les
-<span class="pagenum"><a id="Page_394"> 394</a></span>
-ennemis dloger des deux endroits, priez Dieu pour moi et me continuez
-votre chre bienveillance.</p>
-
-<p>Soyez assur je serai pour toujours tout vous sans aucune rserve.</p>
-
-<p class="signature"><span class="i3">Le Baron de Neuhoff</span>,<br />
-lu Roi de Corsica avec mon nom:<br />
-<span class="i4"><i>Teodoro il primo</i></span>.</p>
-
-<p>P. S.&mdash;Faites-moi savoir en rponse celle-ci si vous ou M. de la
-Grange pourriez vous rendre Paris pour remettre au Roi mon instance
-m'honorer de son royal appui dans mon nouvel tablissement, et, en ce
-cas, j'enverrais une personne accrdite pour connatre ses intentions.
-J'aurais besoin de deux vaisseaux de guerre que je payerais par mois pour
-serrer le port de Bastia, capitale du royaume, pendant que par terre je
-saurai bien vite obliger les Gnois de me la remettre. Servez-moi de bon
-pre en cette affaire et ne perdez de temps pour employer vos amis y
-parvenir. Il serait en mon pouvoir de satisfaire bien des frais et dpenses,
-mais les pertes souffertes et les frais exorbitants que j'ai eus, m'ont
-mis, pour le prsent, en arrire, et n'ai-je le repos ncessaire pour refaire
-ce qui pourrait me mettre l'abri d'avoir besoin de secours. Je dois
-envoyer des sommes considrables Tunis, en Afrique, pour mes munitions
-de guerre et le rachat des esclaves corses, que je suis convenu en
-personne, mais comme inconnu, de racheter, et ai le bonheur d'induire
-cette Rgence une paix de vingt annes avec le royaume de Corse. Ne
-m'abandonnez pas, et assistez-moi de vos bons conseils; donnez-moi de
-vos nouvelles au plus tt, et l'un ou l'autre rendez-vous Paris pour solliciter
-mes vues.</p>
-<p class="medium">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Francia</i>, mazzo 45. Anni 1734-37.</p>
-
-<p class="subt">II.<br />
-<span class="medium">LETTRE CRITE DE METZ PAR M. MARNEAU A M. LE C<b>...</b></span></p>
-
-<p class="dater">26 avril 1736.</p>
-
-<p class="titel">Monsieur,</p>
-
-<p>Vous avez connu M. de Trvoux, mais je ne pense pas que vous ayez
-entendu parler du baron de Neuhoff, son frre, tous deux enfants du premier
-lit de feu ma femme. Ce jeune homme, aprs tre sorti de page de
-Madame, entra dans le rgiment de Navarre, qu'il quitta pour entrer dans
-celui de Courcillon, o il a servi jusqu' la paix de Baden, et passa ensuite
-au service de M. l'lecteur de Bavire; ayant eu quelques affaires dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_395"> 395</a></span>
-ce pays-l, il alla en Espagne, o il pousa une fille d'honneur de la
-Reine rgnante, et fut fait colonel d'infanterie. Soit dgot, soit envie
-de courir le monde, il quitta l'Espagne, laissa sa femme Paris, o elle est
-morte; et depuis cinq ou six ans, je n'ai plus entendu parler de lui jusqu'
-ce moment que je viens de recevoir cette lettre dont j'ai l'honneur de vous
-adresser copie, par laquelle il me fait part qu'il a t proclam roi de Corse.</p>
-
-<p>Quoique je lui connaisse de l'esprit, du savoir, et trs intrigant, parlant
-mme une infinit de langues, je ne donne point dans une pareille
-vision, et je ne saurais croire qu'un tranger, sans secours de lui-mme,
-ni d'ailleurs, ait t en tat de se former un pareil tablissement.</p>
-
-<p>Je ne regarde donc ce prtendu roi que comme un aventurier, qui n'a
-rien perdre et qui n'coute que sa tmrit. Que cette nouvelle cependant
-soit vraie ou fausse, je crois tre oblig de vous en faire part pour en faire
-usage la cour, si vous croyez que cet vnement puisse tre de quelque
-utilit l'tat; en tout cas, l'avis n'interrompra que pour un moment
-vos occupations srieuses pour vous faire rire d'une scne aussi comique
-que celle de penser qu'il peut y avoir un jour un roi, frre de ma fille; et
-vous pensez bien que ma famille et moi ne sommes pas tents d'aller
-chercher des esprances de fortune sous un trne aussi chancelant. Je
-m'en tiendrai l'ambition que j'ai toujours eue de vous prouver mon zle
-et l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur d'tre, Monsieur,</p>
-
-<p class="signature"><span class="i2">Votre trs humble</span><br />
-et trs obissant serviteur.<br />
-<span class="i3 cap">M</span><span class="smallc">ARNEAU.</span></p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Francia</i>, mazzo 45. Anni 1734-37.</p>
-
-<p class="subt">III.<br />
-<span class="medium">DPCHE DU COMTE BORR DE LA CHAVANNE<a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor">&nbsp;[870]</a></span>
-AU ROI DE SARDAIGNE.</p>
-
-<p class="dater">La Haye, le 12 juin 1736.</p>
-
-<p><b>........</b> Rpondant l'article qui regarde la rpublique de Gnes,
-j'aurai l'honneur de Lui dire que m'tant inform, pour satisfaire Ses
-ordres, de deux des principaux dputs des tats, si elle avait fait ici quelque
-dmarche pour obtenir des dfenses aux btiments hollandais d'aborder
-en Corse et tous les sujets de cette rpublique de donner aux rvolts
-aucune sorte de secours, ils m'ont assur n'avoir point encore ou parler
-<span class="pagenum"><a id="Page_396"> 396</a></span>
-de pareille chose; ils se sont de plus engags, aussitt qu'on ferait l-dessus
-la moindre demande, de m'en informer et de me prvenir de la
-rsolution qui se pourrait prendre en consquence. La conversation tant
-par l naturellement tombe sur l'tat o se trouve la Corse, ils m'ont
-marqu tre fort tonns de la dpense considrable que faisait le nouveau
-chef des rvolts<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor">&nbsp;[871]</a>, que cela leur faisait juger qu'il devait tre soutenu
-sans doute par quelque puissance considrable et que leurs soupons
- cet gard ne pouvaient tomber que sur l'Espagne; mais que de quelque
-faon que l'affaire tournt, le peu de relations que leur commerce avait
-avec cette le la lui rendait si indiffrente qu'assurment ils ne chercheraient
-pas s'en mler. Je me serais prvalu de cette occasion pour voir
-M. le Pensionnaire, s'il ne s'tait trouv la campagne.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Mazzo Olanda</i>. Lettere ministri. Mazzo 33.</p>
-
-<p class="subt">IV.<br />
-<span class="medium">DPCHE DU COMTE BORR DE LA CHAVANNE</span>
-AU ROI DE SARDAIGNE.</p>
-
-<p class="dater">La Haye, 7 mai 1737.</p>
-
-<p><b>........</b>Les affaires du baron de Neuhoff ne sont pas encore en
-fort bon tat; elles ont t au point de se terminer par les soins et les
-efforts gnreux de plusieurs personnes qui s'taient intresses pour lui;
-mais outre les cranciers avec lesquels l'on avait convenu, il s'en est
-prsent deux autres pour sept huit mille florins, qui ont tout rompu et
-ont t cause qu'il a t traduit aux prisons publiques de la ville, attendu
-que la dpense trop considrable qu'il faisait l'auberge le mettait toujours
-plus hors d'tat de satisfaire ses dettes. Cette affaire a d'abord un peu
-ralenti le zle de ceux qui voulaient lui faire faveur; mais la chose s'est
-pourtant un peu raccommode et l'on travaille encore fortement le tirer
-d'embarras, ce que le magistrat de la ville favorise aussi par les raisons
-que j'en ai dit. Il est bien certain que quelques efforts que puisse faire la
-rpublique de Gnes, l'on ne lui livrera jamais. Les magistrats n'oseraient
-l'entreprendre; le peuple d'Amsterdam, qui veut que leur ville soit, tout
-gard, un pays de libert, ne le souffrirait absolument pas. Il est actuellement
-malade et avec une grosse fivre qui fait craindre pour sa vie.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Mazzo Olanda</i>. Lettere ministri. Mazzo 33.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_397"> 397</a></span></p>
-
-<p class="subt">V.<br />
-<span class="medium">DPCHE DU COMTE BORR DE LA CHAVANNE</span>
-AU ROI DE SARDAIGNE.</p>
-
-<p class="dater">La Haye, 14 mai 1737.</p>
-
-<p><b>........</b>Le baron de Neuhoff a finalement t mis en libert, il y
-a aujourd'hui huit jours, ainsi que je l'avais annonc. Il lui a fallu faire
-pour cela une cession de biens en prsence des bourgmestres et de tous
-ses cranciers, qui il a authentiquement dclar n'en possder aucun et
-d'tre totalement hors d'tat de les satisfaire, s'obligeant pourtant de les
-payer aussitt qu'il en aurait les moyens. L'on a adouci, autant qu'il a t
-possible, la rigueur de cet acte et de cette dclaration qu'il a faite l'pe au
-ct, debout, dans une contenance dcente et M<sup>rs</sup> les bourgmestres, par
-gard pour lui, ne se sont point assis contre l'usage ordinaire. L'on lui a
-fait dire de sortir incessamment des tats de la rpublique. Quelqu'un m'a
-cependant assur qu'il tait dans cette ville et s'y tenait cach. Depuis
-qu'il a t largi, un nouveau crancier de Paris s'est encore prsent pour
-la somme de quatre-vingt mille livres de France. Il est certain que la
-crainte que l'on a eue que la rpublique de Gnes ne le demandt, est ce
-qui a le plus contribu le tirer d'embarras.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Mazzo Olanda</i>. Lettere ministri. Mazzo 33.</p>
-
-<p class="subt">VI.<br />
-<span class="medium">EXTRAIT D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM</span><br />
-COMMUNIQUE PAR DE LA VILLE A AMELOT, LE 14 MAI.</p>
-
-<p class="dater">12 mai 1737.</p>
-
-<p>Je vous ai dj marqu l'largissement du baron de Neuhoff. Voici
-peu prs les circonstances de ce qui s'est pass cet gard.</p>
-
-<p>Mardi dernier, 7 courant, il fut enfin largi de la prison civile dans le
-temps que le public s'y attendait le moins et que ses ennemis publiaient
-qu'il n'en sortirait jamais. On peut mme dire qu'il est sorti par la belle
-porte. Les cranciers, aprs avoir fait beaucoup les mauvais, ont t obligs
-de se contenter de ce que l'on appelle une caution juratoire de la part
-du baron de Neuhoff, c'est--dire qu'il a promis sous serment de les payer
-<span class="pagenum"><a id="Page_398"> 398</a></span>
-aussitt qu'il serait en tat et que pour cet effet, il a lu domicile
-Amsterdam, o l'on portera les citations de tous les cranciers des pays
-trangers qui auront quelque chose prtendre sur lui. Pour ceux qu'il a
-en ce pays-ci, on s'est accommod avec eux d'autant plus facilement que
-l'arrt ou prise de corps qu'ils avaient obtenu du grand-officier contre lui,
-n'tait pas dans les formes requises, soit parce qu'ils n'avaient point de
-sentence des chevins qui les y autorist, soit parce que les dettes du sieur
-de Neuhoff n'taient point d'une nature comporter la prise de corps, et
-qu'il ne les a jamais nies ni refus de les payer, mais qu'il a seulement
-demand du temps et la libert pour pouvoir agir.</p>
-
-<p>Plusieurs personnes, en ce pays-ci, se sont donn de grands mouvements
-pour le tirer du mauvais pas o il s'tait engag mal propos. M.
-le comte de Golowkin<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor">&nbsp;[872]</a> a pass huit jours dans cette ville, et a eu plusieurs
-confrences particulires avec M. Dedieu, chevin prsident et qui
-a t ci-devant ministre de Leurs Hautes Puissances auprs de la Czarine.
-Ces Messieurs ont beaucoup contribu son largissement, lorsqu'il a t
-conduit de la chambre particulire o il tait prisonnier dans celle des
-chevins. Il a comparu dans celle-ci avec le chapeau, l'pe, la canne et
-les gants. Il s'est tenu debout et M<sup>rs</sup> les chevins en ont fait de mme, ce
-qui est peut-tre sans exemple dans ce pays-ci. Il est vrai aussi qu'on n'y
-avait apparemment jamais vu un cas de cette espce.</p>
-
-<p>De l, le baron a trouv, la porte la moins frquente de la maison de
-ville, un carrosse dans lequel il est mont et est all descendre dans une
-maison de confiance, o ceux qui ont agi pour lui ont t le voir.</p>
-
-<p>Depuis trois jours, il a chang de demeure et personne ne sait o il est
-actuellement. Plusieurs le croient parti et je suis de leur avis.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande,
-vol. 423.</p>
-
-<p class="subt">VII.<br />
-<span class="medium">COPIE D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUE AVEC LA</span><br />
-DPCHE DE FNELON A AMELOT, DU 29 OCTOBRE.</p>
-
-<p class="dater">23 octobre 1737.</p>
-
-<p>La prsente est pour avoir l'honneur de vous dire qu'il est arriv ici
-avant-hier un envoy du seigneur Thodore, lequel a fait le voyage avec
-lui jusqu' l'le de Corse, o ils sont arrivs le 29 du mois pass. Ce dput
-n'y a demeur qu'un jour et est venu en poste, puisqu'il n'a t que vingt-et-un jours
-<span class="pagenum"><a id="Page_399"> 399</a></span>
-en chemin. L'ayant questionn sur plusieurs circonstances,
-j'ai remarqu, au travers de la rserve qui lui est sans doute recommande,
-qu'il est charg de plusieurs commissions pour M. Dedieu, ainsi que pour
-quelques-unes de nos principales bourses, o je l'ai trouv en confrence.
-Il doit, s'il le peut, faire recrue de garons boulangers et autres gens de
-mtier. Les retours en denres ne doivent pas s'attendre sitt, n'y ayant
-aucun navire dans ce port, mais que ce serait ds qu'on en pourrait trouver.
-Le seigneur Thodore n'a crit aucune lettre par la difficult de passer
-avec, cause du rigoureux examen qu'il faut subir. Il parat que
-les secours de la France n'inquitent nullement ce chef de parti et
-qu'il attend son vnement de pied ferme, suivant le rapport qui m'en
-a t fait.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande,
-vol. 424.</p>
-
-<p class="subt">VIII.<br />
-<span class="medium">DPCHE DE FNELON A AMELOT.</span></p>
-
-<p class="dater">La Haye, 29 octobre 1737.</p>
-
-<p>Je joins ici la copie d'une lettre qui a t crite d'Amsterdam et qui
-m'a t confie. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a t fourni par la ville
-d'Amsterdam pour premier commissaire aux confrences d'Anvers, et pour
-qui l'agent arriv de Corse avait une commission, et bien d'autres particularits
-qui se peuvent joindre ont assurment de quoi donner de forts
-indices que l'Angleterre s'est intresse pour procurer les facilits que le
-baron de Neuhoff a trouves, non seulement pour se tirer des mains de ses
-cranciers qui l'avaient fait arrter Amsterdam, mais encore pour s'y
-pourvoir de tout ce qu'il en a tir en munitions, armes, etc., et qui ont
-suivi ou devanc son retour en Corse. L'Angleterre n'aura pas pris cet
-intrt sans vue. (<i>En chiffres</i>): Celle de prendre le contre-pied de nous
-dans une affaire qu'elle croirait propre nous mettre moins bien avec
-l'Espagne serait remarquable.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande,
-vol. 424.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_400"> 400</a></span></p>
-
-<p class="subt">IX.<br />
-<span class="medium">LES TATS-GNRAUX DE HOLLANDE A LA RPUBLIQUE DE GNES.</span></p>
-
-<p class="dater">La Haye, 23 novembre 1737.</p>
-
-<p class="titel">Au Srnissime Duc et aux Trs Excellents Seigneurs<br />
-les Snateurs de la Srnissime Rpublique de Gnes.</p>
-
-<p class="titel">Srnissime Duc et Trs Excellents Seigneurs,</p>
-
-<p>Pendant que Nous prenons connaissance des plaintes et reprsentations,
-que les ministres de Votre Rpublique ont faites depuis quelque temps
-de ce que les sujets de la ntre fourniraient des armes et autres marchandises
-de contrebande aux mcontents de l'le de Corse, et pendant que
-Nous sommes occups dlibrer l dessus, Nous apprenons avec beaucoup
-de dplaisir par les relations qui nous viennent de Livourne et d'autres
-lieux, le tort que souffrent Nos sujets dans leur navigation et dans leur
-commerce, par les insinuations accompagnes des menaces des ministres
-et consuls Gnois, par lesquelles les marchands sont dtourns de charger
-dans les navires de Nos sujets, et qui mettent un grand obstacle leur
-libre navigation et commerce, comme il est arriv bien particulirement
-l'gard de deux vaisseaux nomms la <i>Maria-Jacoba</i> et l'<i>Agatha</i>, aprs
-qu'ils sont entrs dans le port de Livourne. Votre Srnit et Vos Excellences
-comprendront aisment que Nous ne saurions regarder avec indiffrence
-le grand prjudice et le tort que Nos sujets trafiquant dans la Mditerrane,
- Livourne et en d'autres endroits, souffrent par ces insinuations
-et menaces, et moins encore par les dnonciations des patrons de quelques
-barques gnoises disant avoir ordre de Votre Srnit et Vos Excellences
-de visiter les vaisseaux de Nos sujets et de les arrter, sous prtexte
-qu'ils seraient destins pour l'le de Corse, pour y faire la contrebande
-avec les mcontents. Ce prjudice a t particulirement caus, ainsi que
-Nous l'apprenons avec chagrin, aux vaisseaux susdits, la <i>Maria-Jacoba</i>
-et l'<i>Agatha</i>, dont le premier a t oblig de sortir vide du port de
-Livourne, pour aller charger au Levant, puisque personne Livourne n'a
-voulu lui confier ses effets; et l'autre a t ncessit de reprendre sa route
-vers Hambourg, personne aussi, autant que Nous en sommes instruits,
-ayant voulu mettre de marchandises son bord de peur qu'il serait arrt
-et dtenu. Nous ne pouvons considrer ces sortes de vexations que comme
-tout fait ruineuses la navigation et au commerce de Nos sujets, et
-comme contraire la justice et au droit des gens, suivant lequel il n'est
-<span class="pagenum"><a id="Page_401"> 401</a></span>
-pas permis d'arrter, visiter et de perscuter les vaisseaux d'autrui en
-pleine mer. Le prtexte dont on s'est servi, comme si ces deux vaisseaux
-auraient t destins pour aller en Corse et auraient t chargs de contrebande,
-ne peut tre regard que comme destitu de tout fondement,
-car outre que le transport de contrebande, o il n'y a point des traits ni
-engagements, est sujet bien des explications et de modifications, il se
-trouve casuellement, l'gard de ces deux vaisseaux, que les matres n'en
-sont nullement coupables et, en tout cas, n'en sont nullement convaincus.
-Que pour ce qui regarde le vaisseau la <i>Maria-Jacoba</i>, matre Corneille
-Roos, il sort entirement sa dcharge, ce que Votre Srnit et Vos
-Excellences ne peuvent pas ignorer, que le gnral de l'Empereur, comte
-de Wachtendonck, qui commande Livourne, aprs avoir le tout bien
-examin, l'a mis en libert avec permission de poursuivre son voyage, et
-que, de plus, le matre de ce vaisseau n'est point all en Corse, mais a
-dcharg ses marchandises Livourne et aprs a poursuivi son voyage
-vers le Levant. Qu' l'gard du deuxime vaisseau, l'<i>Agatha</i>, matre
-Gustave Berents, quelque grand que soit le bruit qu'on en fasse, il est
-certain qu'on ne saurait allguer, bien moins prouver qu'il aurait t
-destin d'aller en Corse, ou qu'il ait eu son bord des effets pour le compte
-des mcontents de cette le; il parat au contraire que ce matre n'a point
-pris sa course vers l'le de Corse, mais est entr dans le port de Livourne et
-que l il a dbarqu les passagers et a dcharg les marchandises qu'il
-avait sur son vaisseau, cherchant aprs cela nouvelle charge pour la porter
- Hambourg.</p>
-
-<p>Cependant, nous avons reu par M. Hop, Notre envoy extraordinaire
-la cour de la Grande-Bretagne, une lettre lui crite par le secrtaire
-Gastaldi, avec la copie d'une prtendue relation de ce qui se serait pass
-cet gard, sans que ni l'une ni l'autre Nous ait paru satisfactoire. Nous
-trouvons bien que, par rapport au vaisseau la <i>Maria-Jacoba</i>, on pose en
-fait que Notre consul Livourne, Bouver, aurait t persuad lui-mme
-que la destination de ce vaisseau n'aurait pas t bonne et qu'il aurait mis
- terre cinquante morceaux ou pains de plomb et quatre caisses de pierres
- fusil, mais outre que, pour toute preuve, il n'y a que le simple dire du
-secrtaire Gastaldi, qui n'en peut rien savoir que par la simple relation
-qui lui en a t envoye, tout cela est dtruit en partie par l'exprience du
-contraire que le gnral Wachtendonck en a fait et par le relchement du
-vaisseau qu'il a ordonn, et en partie parce que ce vaisseau a effectivement
-mis et laiss terre ses marchandises, pour ne rien dire de ce
-qu'une si petite quantit de plomb et pierres fusil ne serait pas assez
-considrable pour donner du confort aux Corses, ni pour faire entreprendre
- un matre de vaisseau un voyage aussi prilleux. Quant au vaisseau
-l'<i>Agatha</i>, matre Gustave Berents, il semble bien qu'il aurait eu son
-bord quelques passagers, une plus grande quantit de poudre, de mousquets,
-de canons et pistolets et autres choses, mais qu'il n'y a pas la moindre
-<span class="pagenum"><a id="Page_402"> 402</a></span>
-preuve qu'avec cette charge il aurait t destin en Corse, except qu'un
-seul des passagers en aurait dit quelque chose. Avec quoi, il est fort
-noter, pour la dcharge du matre dudit vaisseau, qu'il parat par la relation
-et papiers sus mentionns, en premier lieu, que de tous ces passagers et
-de toute cette charge rien n'est entr dans ledit vaisseau quand il est
-sorti des ports de ces pays, mais que le tout y a t embarqu Lisbonne,
-et, en second lieu, que ce mme vaisseau, parti de Lisbonne, ayant t
-par une rencontre inopine conduit Oran, le gouverneur espagnol n'a
-rien trouv qui ft la charge du matre et ainsi l'a laiss en libert, et,
-en troisime lieu, que le matre de ce vaisseau n'a point pris sa route pour
-aller l'le de Corse, mais est all Livourne et que l il a mis terre
-toute sa charge, tant passagers que marchandises, laissant le tout la
-disposition des intresss. Il rsulte de ce que nous venons d'allguer
-clairement et videmment qu'en cas que le matre de ce vaisseau en ceci
-se serait laiss sduire, ce qui pourtant ne parat point, le mal n'aurait pas
-eu sa source dans ces pays, mais Lisbonne, ce qui encore ne pourrait pas
-tre mis la charge dudit matre de vaisseau, tant qu'on ne peut prouver,
-comme on ne le prouve point, qu'il aurait t inform d'un mauvais
-dessein, tant vrai au contraire qu'on ne peut point imputer crime un
-matre de vaisseau qu'tant entr dans un port libre, il y prend son bord,
-pour rendre son voyage plus profitable, une augmentation de sa charge,
-soit de passagers, soit de marchandises non dfendues. Nous devons ajouter
- ceci, qu'ayant fait une due perquisition du cas du susdit vaisseau l'<i>Agatha</i>,
-Nous avons trouv qu'il est sorti de Nos ports, sans qu'il ait eu son bord
-plus de monde que le ncessaire et l'ordinaire et que, quant aux passagers
-et aux marchandises qui on donne le nom des contrebandes, qu'ils ont
-t pris son bord Lisbonne et que le matre du vaisseau n'a rien su de
-leur prtendue destination. Votre Srnit et Vos Excellences verront par
-l que c'est tort qu'on forme des soupons contre Nous et Nos sujets,
-comme s'ils se laisseraient induire donner de l'assistance aux Corses
-mcontents. Cette ide erroneuse tant autant moins fonde que dj, par
-Notre rsolution du 5 juillet 1736, Nous avons dclar que des pareilles
-entreprises seraient tout fait contraires Notre intention et que Nous
-tions ports empcher, autant qu'il Nous serait possible, qu'on n'envoyt
-aucune assistance aux Corses mcontents d'aucun endroit dpendant de
-Notre domination, de quoi aussi Nous avons averti Nos amirauts par
-Nos rsolutions du 15 septembre et 22 octobre de l'an pass 1736. Nous
-avons bien pris en considration et dlibr s'il conviendrait de dfendre
-par placard le transport des marchandises de contrebande en Corse, mais
-Nous en avons t dtourns par le mauvais usage que les sujets de Votre
-Rpublique font de Nos rsolutions du 5 juillet, 15 septembre et 22 octobre
-de l'an 1736, et que Nous prvoyons qu'un tel placard ne produirait aucun
-autre effet que de colorer les dtentions des vaisseaux de Nos sujets et de
-les rendre plus frquentes; au moins de l'exemple cit du vaisseau l'<i>Agatha</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_403"> 403</a></span>
-rsulte cette vrit qu'un placard de la nature que celui dont Nous venons
-de parler, ne saurait tre d'aucun effet, tant que les mmes dfenses ne
-seront pas faites dans les autres royaumes et tats, et tant que les passagers
-ou marchandises en d'autres pays auront la facult de tromper sous
-divers prtextes les matres des vaisseaux qui sont ignorants. Nous ne
-pouvons dissimuler que le procd l'gard des vaisseaux de Nos sujets,
-Nous est d'autant plus sensible qu'il parat qu'on les prend seuls en butte
-et qu'on laisse passer d'autres sans y prendre garde.</p>
-
-<p>Quand il plaira Votre Srnit et Vos Excellences de faire les
-rflexions ncessaires sur ce que Nous venons de leur exposer, nous
-esprons qu'Elles voudront bien donner des ordres prcis Leurs Ministres
-et Leurs sujets partout o il appartient, pour que soigneusement ils
-prennent garde de ne faire rien qui puisse troubler les sujets de Notre
-rpublique ni leurs vaisseaux, dans le libre exercice de leur navigation et
-commerce, afin que Nous ne soyons pas obligs de dlibrer ultrieurement
-sur la manire de prvenir ces troubles si prjudiciables au commerce de
-Nos sujets. Nous attendons ce remde de l'amiti et de l'quit de Votre
-Srnit et Vos Excellences, et en l'attendant, Nous prions Dieu, Srnissime
-Duc et Trs Excellents Seigneurs, de Vous avoir en Sa sainte et digne
-garde.</p>
-
-<p class="signature">A La Haye, le 23 novembre 1737.<br />
-<span class="small">De Votre Srnit et Vos Excellences</span><br />
-<span class="small">Trs affectionns amis vous faire service.</span></p>
-
-<p class="signature"><span class="xs i3">LES TATS-GNRAUX</span><br />
-<span class="xs">DES PROVINCES UNIES DES PAYS-BAS</span>.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Filza 1/2121 (1737-1738)</i>.</p>
-
-<p class="subt">X.<br />
-<span class="medium">DPCHE DE PUISIEUX A AMELOT.</span></p>
-
-<p class="dater">Naples, le 7 janvier 1738.</p>
-
-<p class="blockquote">Il y a dans ce port, depuis environ un mois, un btiment hollandais,
-nomm <i>Jan Ramboulde</i>. Il est charg de munitions de guerre qu'il a
-prises en Zlande et qui sont destines pour la Corse..... Je fus inform
-hier que le capitaine de ce btiment, appel Antoine Bevers, de Flessingue,
-devait partir incessamment pour la Corse. Aprs m'tre assur plus particulirement
-de ce fait, je me dterminai envoyer prier le consul de
-Hollande de passer chez moi. Je lui reprsentai qu'il devait empcher
-<span class="pagenum"><a id="Page_404"> 404</a></span>
-ledit btiment d'aller porter des secours aux ennemis d'une puissance
-avec laquelle les tats Gnraux n'taient point en guerre, qu'il devait,
-d'ailleurs, savoir l'intrt que le Roi prenait dans cette affaire et que
-j'osais l'assurer que ses matres ne dsapprouveraient pas les gards qu'il
-aurait pour mes reprsentations en cette occasion. L'ambigut de la
-rponse de ce consul m'ayant laiss dans l'incertitude sur le parti qu'il
-prendrait, j'ai crit M. de Campredon, Gnes, pour le prvenir sur le
-dpart de ce btiment hollandais. J'en ai aussi dit deux mots M. de Montalgre,
-qui m'a rpondu que les munitions de guerre embarques sur ce
-btiment n'ayant point t achetes dans les tats de Sa Majest Sicilienne
-et que le Roi n'ayant point dclar la guerre aux Corses, le roi des Deux-Siciles
-ne pouvait prendre sur lui de l'arrter. Il m'a promis cependant de
-parler au consul de Hollande et d'intimider quelques Corses qui sont la
-suite de ce btiment. Je ne puis douter que cette cour n'ait favoris les
-Corses dans plusieurs occasions, non dans l'intention de les entretenir
-dans la rvolte, mais parce qu' la faveur des troubles de cette le, les
-officiers au service de Sa Majest Sicilienne ont trouv de grandes facilits
- y faire des recrues.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Naples, vol. 35.</p>
-
-<p class="subt">XI.<br />
-<span class="medium">NOUVEAU CONTRAT ENTRE LE PATRON DU BTIMENT ZLANDAIS,</span><br />
-<i>YONG-ROMBOUT</i>, ET LES MINISTRES DE THODORE I<sup>er</sup><a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor">&nbsp;[873]</a>.<br />
-TRADUCTION DE L'ITALIEN.</p>
-
-<p class="dater">Naples, 20 janvier 1738.</p>
-
-<p>Nous soussigns, capitaine et pilote du btiment, nomm <i>Yong-Rombout</i>,
-d'une part, et les ministres de Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse, de
-l'autre, promettons moyennant l'assistance divine, d'excuter ponctuellement
-le contenu des articles suivants, sans exception aucune, moins
-que la ncessit nous force au contraire.</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> Le susdit capitaine Antoine Bevers sera oblig de faire voile avec
-son vaisseau et les passagers qui seront dessus, l'le de Corse, et,
-moyennant l'assistance divine, jeter l'ancre Porto-Vecchio; mais il
-devra d'abord prendre langue Aleria avec sa chaloupe et y faire les
-<span class="pagenum"><a id="Page_405"> 405</a></span>
-signaux convenus; ldit capitaine s'obligeant, en outre, de faire toutes
-sortes de diligences et ce qui dpendra de lui pour y excuter le dbarquement
-ainsi qu'il est d'usage en semblables conjectures. Cependant, si
-ce btiment tait attaqu et que malgr tous ses efforts, il ne pt rsister
-et ft battu ou qu'il lui arrivt quelque autre accident,&mdash;ce qu' Dieu
-ne plaise&mdash;le patron sera tenu de faire voile vers Malte, ou autre port
-plus commode, pour y porter ses passagers, et il laissera les marchandises
-o il jugera le plus propos. Bien entendu que le capitaine, en semblable
-cas, ne prendra de rsolutions qu'autant qu'il y sera contraint par la
-ncessit.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> Les seigneurs ministres susdits seront tenus de s'embarquer sur
-ldit vaisseau et d'tre fidles au capitaine pendant le voyage, dans
-quelques conjonctures que ce soit, et aider ldit capitaine en lui donnant
-des marques de leur bienveillance.</p>
-
-<p>3<sup>o</sup> Les susdits seigneurs ministres seront obligs de fournir vingt
-hommes, y compris le pilote qui aura connaissance des ports de la Corse,
-lesquels hommes dfendront le btiment au cas qu'il soit attaqu, et
-serviront la man&oelig;uvre, et ces hommes seront commands par le
-seigneur Dominique Rivarola.</p>
-
-<p>4<sup>o</sup> Lesdits seigneurs ministres fourniront les vivres ces hommes;
-cependant le capitaine aura soin, outre cela, d'en faire encore pour son
-voyage.</p>
-
-<p>5<sup>o</sup> Le seigneur Rivarola et les autres ministres feront leurs diligences
-pour que ces vingt hommes soient embarqus au plus tt, le btiment
-tant prt et n'attendant que cela pour lever l'ancre; et aussitt qu'ils
-seront bord, ldit capitaine sera tenu de faire voile.</p>
-
-<p>6<sup>o</sup> Le btiment tant arriv en Corse, le seigneur Rivarola et les autres
-ministres seront tenus de lui fournir son chargement conformment au
-contrat fait en Zlande.</p>
-
-<p>7<sup>o</sup> A l'arrive du btiment, l'on fera en sorte de dbarquer des canons
-et d'en dresser une batterie terre pour dfendre ldit vaisseau contre les
-btiments gnois qui pourront l'attaquer et pour faciliter le dchargement
-de ses marchandises.</p>
-
-<p>8<sup>o</sup> Les autres munitions seront aussi dbarques sans aucun retard.
-L'on devra embarquer, en mme temps, proportion, les marchandises
-qui seront prises en change de ces munitions et l'on continuera de cette
-manire jusqu' l'entier dchargement des unes et au total embarquement
-des autres.</p>
-
-<p>9<sup>o</sup> Nous promettons d'adhrer exactement aux points ci-dessus et de les
-observer constamment et fidlement autant que nous le pourrons pour
-l'avantage, comme il est dit, du roi Thodore.</p>
-
-<p>En foi de quoi sign, fait bord dudit btiment, le 20 janvier 1738.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 101.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_406"> 406</a></span></p>
-
-<p class="subt">XII.<br />
-<span class="medium">CONTRAT DE NOLISSEMENT DE BATIMENT FAIT A FLESSINGUE<br />
-PAR LES REPRSENTANTS DU ROI THODORE.<br />
-TRADUCTION DE L'ITALIEN.</span>
-<span class="medium">[1738.]</span></p>
-
-<p>Nous soussigns, en vertu des pouvoirs de Sa Majest Thodore I<sup>er</sup>,
-roi de Corse, reconnaissons avoir nolis des sieurs Splenter, Van Doorn
-et Abraham Louxissen, le vaisseau nomm <i>Yong-Rombout</i> de dix-huit
-canons de 3<sup>l</sup> et quatre <i>bossen</i> avec vingt-quatre <i>koppen</i>, command par le
-capitaine Antoine Bevers, moyennant la somme de seize cents florins de
-Hollande par mois en lui assurant quatre mois fixes et plus, voulant le
-payer proportion du temps commencer du jour que ldit vaisseau
-sera entirement charg, et ce pour faire un voyage en Corse et sur la
-route o devra se faire le dchargement. Et au cas que le noliseur voult
-aller Lisbonne, ou dans quelque autre port libre, il lui sera permis condition
-qu'il n'y restera que quatorze jours et pourra ensuite charger en
-retour de l'huile, de la cire, des cuirs et autres marchandises, sans que
-ldit vaisseau soit oblig d'autres voyages, et encore moins de faire aucun
-transport, contre quelque nation du monde que ce soit. Il lui sera
-libre au contraire de retourner sans aucun retard Flessingue, pour y
-dcharger les marchandises qu'il aura embarques, indpendamment desquelles
-le fret convenu sera pay aux propritaires dudit btiment. Il
-est convenu particulirement que ni le pilote ni le capitaine ne pourront
-charger aucune marchandise pour leur compte, sous peine de confiscation
-au profit du roi; et au cas que quelques passagers s'embarquent sur
-ce btiment et mangent et logent dans la chambre du capitaine, ils payeront
-un florin de Hollande par jour, et les autres passagers sept sols de
-Hollande seulement, sans qu'on puisse exiger rien de plus pour leur passage.
-En foi de quoi, nous soussigns obligeons nos corps et nos biens,
-nous soumettant aux lois de la justice et aux ordonnances du pays.</p>
-
-<p class="signature">
-<i>Sign</i>: <span class="xs">VALENTINO TADEI, FRANCESCO DE AGATA, SPLENTER,
-VAN DOORN et ABRAHAM LOUXISSEN.</span></p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 101.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_407"> 407</a></span></p>
-
-<p class="subt">XIII.<br />
-<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. SAINT-MARTIN.</span><br />
-<span class="medium">COPIE COMMUNIQUE AVEC LA DPCHE DU DUC DE SAINT-AIGNAN,</span><br />
-AMBASSADEUR DE FRANCE A ROME, DU 18 OCTOBRE 1738.</p>
-
-<p class="dater">16 mai 1738.</p>
-
-<p>La part que je vois, Monsieur, que vous prenez ce qui me regarde et
-les offres obligeantes de service que vous me fates par une lettre du 29 du
-pass, me sont des plus sensibles et agrables. En revanche, je vous offre
-de vous rendre tous les bons offices qui dpendent de moi et si vous continuez
-dans la rsolution de vous attacher moi et de m'accompagner dans
-mon retour, vous pouvez, sans perdre de temps, vous rendre Middelbourg,
-en Zlande, chez le sieur Joh. Dicler Schuler, marchand dans ladite
-ville, lequel vous dirigera me venir trouver; mme si vous me pourriez
-procurer quelque bon officier d'artillerie, ou autre, il peut hardiment venir,
-que je le recevrai et pourvoirai toute satisfaction, et comptez que ni
-vous ni d'autres n'auront jamais lieu de se reprocher de s'tre attachs
-moi et que je suis sincrement</p>
-
-<p class="signature">Votre bon ami.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, vol. 427.</p>
-
-<p class="subt">XIV.<br />
-<span class="medium">RSOLUTIONS DE L. H. P.</span><br />
-<span class="xs">LES SEIGNEURS TATS-GNRAUX DES PROVINCES-UNIES DES PAYS-BAS.</span></p>
-
-<p class="dater">20 septembre 1738.</p>
-
-<p>Ayant t dlibr par rsomption sur deux lettres du consul Lesbergen<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor">&nbsp;[874]</a>,
-du 21 janvier et 11 fvrier de cette anne, crites de Naples
-L. H. P. comme aussi sur une troisime lettre du mme consul du 31 mai
-dernier et aussi arrive depuis, et ayant t pris en considration que
-L. H. P. ne se sont jamais mles des affaires et des entreprises des Corses
-<span class="pagenum"><a id="Page_408"> 408</a></span>
-contre la rpublique de Gnes, et au contraire que par leurs rsolutions
-du 5 juillet et 15 septembre 1736, elles ont mand aux collges des amirauts
-respectives d'avoir attention qu'aucune munition ou autres outils
-de guerre ne partissent d'ici pour la Corse, il a t trouv bon et arrt
-qu'il sera mand audit Consul que L. H. P. ne sauraient approuver qu'il
-se soit donn tant de mouvement au sujet du navire le <i>Jeune Rombout</i>,
-capitaine Antoine Bevers et autres de mme nature et que lui, consul, fera
-bien de ne plus se mler de cette affaire ou autres semblables, que prcisment
-autant qu'il sera ncessaire pour la protection des navires des Provinces-Unies
-qui n'auront point contrevenu aux prcdentes rsolutions
-de L. H. P. du 5 juillet et 15 septembre 1736.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Hollande, vol. 427.</p>
-
-<p class="subt">XV.<br />
-<span class="medium">DPCHE DE PUISIEUX A AMELOT.</span></p>
-
-<p class="dater">Naples, 11 novembre 1738.</p>
-
-<p><b>........</b> Cet aventurier [Thodore] frta au mois d'avril dernier
-trois vaisseaux Amsterdam. Divers ngociants de cette ville abuss par
-ses promesses firent une socit entre eux pour lui fournir des munitions
-de guerre. Il s'engagea, de son ct, payer Malaga et Alicante (o
-l'on convint qu'il relcherait avant d'aller en Corse) la valeur desdites
-munitions. Les ngociants, pour sret du trait, firent choix d'un capitaine
-sr et expriment, auquel ils confirent le commandement des trois navires.
-Le capitaine, en consquence de ses instructions, relcha dans sa route
-Malaga, puis Alicante. Le baron de Neuhoff n'ayant pu remplir dans
-aucun de ces deux ports les engagements ports dans sa convention,
-tcha de persuader au capitaine de continuer son voyage, l'assurant qu'il
-ne serait pas plus tt abord en Corse que ces insulaires lui enverraient de
-terre des denres, en retour des marchandises qu'il y dbarquerait. Le
-capitaine, sur cette esprance, continua sa route. Arriv en Corse, il
-dbarqua quelques munitions, mais ne voyant rien venir en retour, et
-s'apercevant, d'ailleurs, que les rebelles montraient peu d'empressement
-pour leur nouveau souverain, il fit cesser le dbarquement et ayant tenu
-conseil avec son quipage sur le parti qu'il avait prendre, il se dtermina
-enfin, tromp une seconde fois par les promesses de cet aventurier, faire
-voile vers ce port avec ses trois navires, o il a t arrt cinq jours aprs
-son arrive et mis en prison la rquisition du consul de Hollande, qui
-ne veut pas l'en laisser sortir qu'il n'ait consenti de retourner en Corse.
-<span class="pagenum"><a id="Page_409"> 409</a></span>
-(<i>En chiffres</i>). Instruit de tout ceci par quelques matelots hollandais, j'avais
-fait dire adroitement ce capitaine que je lui conseillais de signer tout ce
-que l'on exigerait de lui dans la prison, et que lorsqu'il serait la mer, il
-pourrait prendre, s'il le voulait, la route de quelqu'un de nos ports, conseil
-qu'il aurait peut-tre t porte d'excuter si M. l'envoy de Gnes,
-qui n'a pas encore toute la prudence d'un ministre consomm, n'avait tenu
-indiscrtement quelques discours, qui ont mis le consul de Hollande et
-Thodore en mfiance contre le capitaine.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Naples, vol. 36.</p>
-
-<p class="subt">XVI.<br />
-<span class="medium">NOTE SUR LES CORRESPONDANTS DE THODORE.</span></p>
-
-<p class="dater">Janvier 1740.</p>
-
-<p>Direction des lettres que Thodore crit Rome, savoir:</p>
-
-<p>Il se sert quelquefois de l'adresse de M<sup>me</sup> Marie-Constance Cavalieri,
-religieuse au couvent des Saints-Dominique et Sixte.</p>
-
-<p>Souvent, il les adresse au comte Fedi, la Porte du Peuple; quelquefois
-au comte Orsini; rarement au docteur Gaffori, qui demeure San Gio.
-Fiorentini. Il s'est servi, en dernier lieu du banquier Quarantolo, associ
-du marquis Nous.</p>
-
-<p>Quelquefois aussi les envoie-t-il en droiture aux dames Fonseca, religieuses
-au mme couvent des Saints-Dominique et Sixte.</p>
-
-<p>Ses correspondants Rome portent leurs lettres chez le comte Fedi ou
-chez le comte Orsini, qui font divers plis selon la qualit des lettres et les
-mettent sous quatre enveloppes; la premire est pour le sieur Valentini;
-la seconde est pour le baron de Stos; la troisime pour le consul anglais
-de Venise et la quatrime est pour le baron tienne Romberg qui est
-lui-mme.</p>
-
-<p>Ses correspondants de Rome sont: les comtes Fedi et Orsini; les
-dames Fonseca; Mailliani, marchand drapier prs Saint-Eustache; un
-allemand nomm Joseph Campidolio, qui a t au service de S. A. de
-Bavire; le docteur Gaffori; un capucin, faiseur d'or n<sup>o</sup> 64 (?); un abb
-nomm Punciani, ministre de la maison Fonseca la Minerve et distributeur
-du sel; le matre de chambre de M. l'ambassadeur de Malte, nomm
-Ludovico Sancty (?), vers la Trinit du Mont. Celui-ci, ce que l'on peut
-conjecturer, n'agit pas par lui-mme, car, non seulement il a aid le cousin
-de Thodore d'armes et d'argent quand il tait Rome, mais encore le
-neveu du mme ambassadeur lui fit deux visites secrtes et, son dpart
-<span class="pagenum"><a id="Page_410"> 410</a></span>
-pour la Corse, le matre de chambre l'accompagna jusqu' Ostia et lui
-donna deux signaux pour pouvoir reconnatre ceux qui seraient envoys
-de sa part. Ces signaux consistaient en un petit carr de papier o son
-nom est crit en lettres qui imitent le moule, et un cachet de cire rouge
-appliqu au-dessous reprsentant un cupidon mont sur un lion. Un
-nomm Raimondi, chevalier de Saint-Sylvestre et peintre, est aussi
-correspondant.</p>
-
-<p>Ceux de Naples sont le consul de Hollande, Valembergh; M<sup>me</sup> la princesse
-de la Rochette et un officier irlandais nomm Georges, qui est dans
-le chteau Sainte-Magdeleine, du ct des Carmes.</p>
-
-<p>A Livourne, il n'y a plus que l'ancien capitaine du bagne, nomm
-Bigani; D. Felice Cervioni et Thomas Santucci d'Alesani.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Corse, vol. 2.</p>
-
-<p class="subt">XVII.<br />
-<span class="medium">RELATION DE CE QUI S'EST PASS A AJACCIO, LE 2 MARS 1743,</span><br />
-<span class="medium">ENTRE LE VAISSEAU DE GUERRE ESPAGNOL, LE <i>SAINT-ISIDORE</i></span><br />
-<span class="medium">ET LES VAISSEAUX DE GUERRE ANGLAIS<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor">&nbsp;[875]</a>.</span></p>
-
-<p class="dater">Livourne, le 21 mars 1743.</p>
-
-<p>Par la dclaration unanime des matelots du vaisseau du Roi, le <i>Saint-Isidore</i>,
-on a appris que le 28 fvrier, le secrtaire de Thodore tant sur
-une des chaloupes de l'escadre anglaise qui tait dix milles la vue
-d'Ajaccio o elle allait, prit terre Ajaccio et alla parler au gouverneur de
-ladite place pour reconnatre le camp et les magasins de marine dudit
-vaisseau le <i>Saint-Isidore</i>, qui taient terre, ce qui lui fut accord
-d'abord par ldit gouverneur avec l'assistance du capitaine Giannetti et son
-frre, officiers allemands au service de la rpublique et de la garnison
-d'Ajaccio. Aprs que cela fut fait, la chaloupe retourna l'escadre anglaise,
-qui vint donner fonds la nuit du 1<sup>er</sup> de ce mois sous le canon d'Ajaccio,
-consistant en deux vaisseaux de haut bord et une frgate de quarante
-pices de canon, auxquels se joignit le lendemain matin un autre vaisseau
-de ligne, laissant vers le midi le vaisseau le <i>Fulston</i> (le <i>Folkestone</i>), avec
-dessein de prendre ou brler le vaisseau espagnol. Ce que le commandant
-anglais fit connatre, le 2, faisant approcher les deux vaisseaux une porte
-<span class="pagenum"><a id="Page_411"> 411</a></span>
-de fusil de celui le <i>Saint-Isidore</i>, et faisant dire M. le chevalier de Lage
-que s'il tardait rendre son vaisseau, il ne donnerait quartier ni lui ni
-son quipage. M. de Lage rpondit qu'une telle proposition ne se faisait pas
- un homme comme lui, qu'il savait son devoir, qu'tant capitaine d'un
-vaisseau de Sa Majest Catholique, il devait le dfendre, que M. le commandant
-anglais pourrait faire ce qu'il voudrait, et que lui ferait son
-devoir. En effet, d'abord que la chaloupe de l'officier anglais fut loigne
-du vaisseau le <i>Saint-Isidore</i>, M. de Lage fit dcharger toute son artillerie
-contre les vaisseaux ennemis, entre lesquels celui du commandant tant le
-plus expos, il perdit un de ses mts et fut si maltrait dans le ct, qu'il
-se trouva d'abord hors d'tat de man&oelig;uvrer ayant huit pieds d'eau. Le
-chevalier de Lage, voyant le bon effet qu'avait produit sa premire dcharge,
-voulait en faire une seconde, mais s'apercevant que les quatre autres
-vaisseaux allaient le cribler de coups, et qu'il courrait un risque vident de
-sacrifier tout l'quipage et laisser l'ennemi la gloire de prendre ou de
-brler son vaisseau, il se dtermina le prvenir, faisant donner feu et
-ordonnant l'quipage de se retirer. Il fut obi et se sauva lui et son quipage
- la nage laissant le vaisseau en flammes. Il y eut trente hommes de
-noys, entre lesquels neuf espagnols, sans comprendre cinq autres qui
-furent tus par le canon, les autres tant des dserteurs allemands recruts
-en Corse. M. de Lage fut oblig de se retirer la nuit avec son quipage
-la montagne, le gouverneur d'Ajaccio lui ayant refus de lui donner asile
-dans la place, ainsi qu'il avait fait de le dfendre par son artillerie, ni de
-lui permettre de dcharger la sienne terre. Le commandant anglais fut
-oblig de rester Ajaccio, jusqu'au 6, ayant renvoy le secrtaire de
-Thodore qui fut tmoin avec le vaisseau le <i>Fulston</i> de l'action et on fut
-dtromp des ides chimriques que Thodore avait donnes de ses allis.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 112.</p>
-
-<p class="subt">XVIII.<br />
-<span class="medium">DPCHE DU DUC DE NEWCASTLE A GASTALDI, MINISTRE</span><br />
-<span class="medium">DE LA RPUBLIQUE DE GNES A LONDRES.</span></p>
-
-<p class="dater">Whitehall, ce 17<sup>me</sup> mars 1743.</p>
-
-<p class="titel">A Monsieur Gastaldi,</p>
-
-<p>Le Roi m'a ordonn de vous faire savoir, en rponse au mmoire que
-vous avez prsent Sa Majest, du 25 du mois pass, et la lettre que
-vous m'avez crite, en date du 19 du courant, que Sa Majest n'a aucune
-<span class="pagenum"><a id="Page_412"> 412</a></span>
-connaissance de ce qui y est allgu d'avoir t fait par les commandants
-de ses vaisseaux en transportant et dbarquant Thodore Neuhoff dans
-l'le de Corse; et que si quelqu'un desdits commandants a tenu une
-telle conduite, il a agi, non seulement sans l'ordre du Roi, mais contre
-les intentions de Sa Majest. Le Roi m'a command d'envoyer aux seigneurs
-commissaires de l'Amiraut copies de votre mmoire et lettres
-susdites, et de leur ordonner de s'informer, sans perte de temps, si les
-commandants des vaisseaux du Roi dans la Mditerrane, et notamment
-les capitaines des vaisseaux dont vous faites mention dans votre mmoire,
-ont actuellement fait ce qui leur est imput; et, en ce cas-l, par quel
-ordre ils l'ont fait, afin que Sa Majest tant pleinement informe du cas,
-puisse prendre, cet gard, les mesures qu'Elle jugera propos.</p>
-
-<p>J'ai aussi eu ordre du Roi d'crire dans le mme sens au vice-amiral
-Matthews, commandant la flotte de Sa Majest dans la mer Mditerrane,
-et de lui faire savoir au nom de Sa Majest qu'il doit veiller que pour
-l'avenir il n'arrive rien de semblable.</p>
-
-<p>Je dois cependant, Monsieur, cette occasion vous faire observer que
-bien que les officiers du Roi fussent trs coupables, en cas qu'ils eussent
-agi sans autorit ou contre les ordres de Sa Majest, le Roi ne peut pourtant
-que voir avec regret que la conduite de la Rpublique de Gnes ait
-t telle envers les Espagnols, ses ennemis dclars, qu'elle aurait pu
-donner un juste sujet de mcontentement Sa Majest et ses allis.</p>
-
-<p class="signature"><span class="i6 xs">Je suis, Monsieur,</span><br />
-<span class="i5 xs">Votre trs humble et</span><br />
-<span class="i4 xs">trs obissant serviteur.</span><br />
-<span class="i5 cap">N</span><span class="smallc">EWCASTLE.</span>.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Gnes, archives secrtes: <i>Filza 41-2050</i>. <i>Corsica 1743.</i></p>
-
-<p class="subt">XIX.<br />
-<span class="medium">DPCHE DE LORENZI A AMELOT.</span></p>
-
-<p class="dater">Florence, le 27 avril 1743.</p>
-
-<p>Le baron Thodore est parti de cette ville depuis le 18 pour Pise et
-comptait, aprs s'y tre arrt quelques jours, de se rendre Livourne
-pour s'embarquer sur le mme vaisseau de guerre anglais de quarante
-pices de canon, qui l'y avait conduit nomm <i>Folkestone</i>, et command
-par le capitaine Balchen; mais j'ai appris qu'il n'y est pas encore all et
-<span class="pagenum"><a id="Page_413"> 413</a></span>
-qu'il est encore en quelque endroit qui n'est pas loign de Florence et
-que je n'ai pu encore dcouvrir. Plusieurs Corses qui s'taient rassembls
- Livourne de diffrents endroits se sont embarqus sur le mme vaisseau.
-M. Matthews dit n'avoir consenti que Thodore y retournt parce qu'il
-tait venu dans la Mditerrane sur un vaisseau de guerre de sa nation,
-et qu'au reste les lettres de sa cour ne lui en avaient jamais parl, mais
-qu'il y avait dpch un courrier avec une lettre qu'il avait reue de Thodore
-pour avoir des instructions l-dessus. Le ministre d'Angleterre
-Turin assure aussi que sa cour ne lui a jamais rien mand ce sujet, et
-elle a gard le mme silence envers M. Mann, ce qui est assez surprenant,
-car s'il est vrai que le roi d'Angleterre n'a jamais eu la moindre part aux
-affaires de Thodore, et qu'il aurait fait examiner la conduite des capitaines
-dont la mme rpublique se plaignait, comme le ministre de M. le
-grand-duc Londres mande ce gouvernement avoir cette cour-l
-rpondu au mmoire prsent par le ministre de Gnes S. M. Brittanique,
-il tait naturel que ce prince et donn des ordres au susdit vice-amiral et
-et mand quelque chose en consquence ses ministres Florence et
-Turin, d'autant plus que M. le marquis d'Ormea a plusieurs fois questionn
-ce dernier sur l'intrt que paraissait prendre l'Angleterre l'entreprise
-de Thodore. D'ailleurs, puisque la cour de Londres sait l'opinion
-que le public a eu lieu de former qu'elle s'intresse cette entreprise, et
-le tort que cette opinion peut lui faire, il paraissait qu'elle devait donner
-une dclaration authentique du contraire, si elle n'y prenait pas effectivement
-intrt. L'on peut peu prs remarquer la mme conduite de la cour
-de Londres dans celle de Vienne, car MM. de Breitwitz et de Richecourt
-assurent, et l'gard du premier, j'ai lieu de le croire trs certainement,
-que S. A. R. leur a demand uniquement de l'informer de ce qui se passerait
- ce sujet. Il tait cependant naturel que si ce prince ne prenait
-aucune part cette entreprise, il et la dsavouer, au moins sesdits
-ministres, surtout aprs la confrence que M. de Breitwitz a eue avec
-Thodore et l'dit que celui-ci a publi. Cette conduite de ces deux cours
-peut faire souponner qu'elles attendent quelque vnement pour se
-dclarer, d'autant plus que le mme aventurier assure toujours que son
-entreprise a t concerte avec elles et qu'elles sont convenues de le
-soutenir. MM. de Richecourt et de Breitwitz ont assur une personne de
-leur confiance qu'ils ne l'ont point vu pendant tout le sjour qu'il a fait en
-cette ville. Il a dit qu'il y est venu principalement pour pouvoir crire plus
-librement; en effet, il a reu et crit pendant son sjour ici une prodigieuse
-quantit de lettres.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Florence, vol. 97.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_414"> 414</a></span></p>
-
-<p class="subt">XX.<br />
-<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.</span></p>
-
-<p class="dater">Le 11 mai 1744.</p>
-
-<p>J'ai reu mercredi pass sous votre couvert la lettre du baron de Salis
-en date du 22 pass, laquelle je vous remets, cachet volant, la rponse,
-vous priant, mon trs cher Monsieur, de vouloir la lui inclure dans votre
-paquet aprs l'avoir lue. Cette tardance de lettres de Turin, jointe aux
-manquances que l'on me fait dans ces conjonctures, me lve tout repos,
-d'autant plus que je me trouve contre le mur et min par ces perfides
-missaires, lesquels me dtournent et me refroidissent un chacun pour le
-surplus, par ici, et ayant dj gagn en Allemagne tous mes amis et correspondants
- me retenir mme ce qui est moi, afin de m'ter les moyens
- me pouvoir mouvoir; enfin j'abrge.</p>
-
-<p>Si par ce courrier j'ai la satisfaction de recevoir de vos chres nouvelles,
-jeudi j'aurai celle de vous faire rponse et suis sans rserve tout vous.</p>
-
-<p>Ma dernire est du 6 avec la lettre d'Olmeta touchant le prince
-Rakoczy, lequel ce que j'ai appris hier d'un Corse venu de Rome, a,
-depuis deux annes, la promesse de France et d'Espagne d'avoir en Corse
-son refuge avec le caractre de gnral, et que ceci est notoire tous les
-partisans d'Espagne en Corse. A moments, j'attends des nouvelles de l;
-mais tous mes frais et soins seront tous inutiles, si l'on ne m'assiste sans
-perte de temps, car, pour tre sr, ils veulent proclamer Don Philippe, si
-je tarde marcher; ils sont soutenus en cela Gnes mme. Si cette
-affaire se fait et qu'ils y dbarquent quelque monde, comme ils le font
-assurer dans le pays, qui les en chassera? Aucune puissance est en tat
-de le faire, les peuples tant varis, ce qu'ils seront certainement si l'on
-ne me met en tat d'y pouvoir aller pour anantir ces vues-l.</p>
-
-<p>Je ne comprends plus ce silence de vos seigneurs de Londres, desquels
-je ne vois aucune rponse; d'autres amis d'Hanovre et de La Haye m'assurent
-de l'appui promis; entre temps, par ici, l'on fait le sourd et l'on
-m'abandonne; enfin l'on ne fait aucun cas de moi par reconnaissance de
-mes sincres sentiments d'honneur ou oprations relles de fidlit et d'un
-attachement parfait, ce qui m'est bien sensible et m'en ronge l'me.
-J'espre que vous aurez eu la bont de parler M. le gnral baron de
-Breitwitz touchant ce peu de Corses, qui sont dans ces deux compagnies
-corses suivant le contenu de ma dernire. S'il y a de la rsolution, il y a
-moyen encore d'anantir les vues des ennemis en faisant un dbarquement
-de sept huit mille hommes de mes gens, pour faire une diversion,
-<span class="pagenum"><a id="Page_415"> 415</a></span>
-en laissant ces Anglais dans les ports de Corse et mme dans le golfe de
-la Spezzia, et employer mes gens contre l'ennemi mme; mais il me faut
-trois vaisseaux, avec ordre prcis de m'obir. Si puis, l'on continue en
-Italie tre sourd, je dois m'efforcer faire pour l'avenir le muet, et me
-retirer du tout, laissant le champ libre tous mes ennemis. Ci-jointe une
-liste des Corses disperss en Italie<a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor">&nbsp;[876]</a>, dont j'ai eu tous les soins, et puis
-avancer, selon la promesse des officiers, qui les commandent, de me les
-voir joindre au premier ordre que j'enverrai sign de ma main, et suis
-trs assur qu'aucun ne restera en arrire quand il s'agira d'tre mes
-ordres et moi leur tte.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p>
-
-<p class="subt">XXI.<br />
-<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.</span></p>
-
-<p class="dater">Le 14 mai 1744.</p>
-
-<p>Je reois votre chre lettre du 9 avec celles que vous me renvoyez.
-Touchant puis au cong des Corses, comme je vous ai parl dans mes prcdentes
-de le procurer de M. le gnral baron de Breitwitz, il n'a pas
-besoin d'ordre pour cela, parce que quand ils demandent leur cong, il leur
-est accord toujours, selon la teneur de mon offerte faite Vienne du
-temps du baron de Wachtendonck; mais prsent, que je ne veux avoir
-aucune liaison avec leur capitaine et que je les demande pour tre employs
-pour le service commun, je cherche la licence du gnral pour pouvoir
-puis en faire rapport la cour, laquelle sera charme certainement
-que je les emploie au service du roi de Sardaigne. Mais ces rsolutions
-finales tardent bien de Turin; ils croyent et attendent l mon arrive, ou
-du moins, un de ma part; mais ma sensible confusion et mortel chagrin,
-je me vois hors d'tat de pouvoir me mouvoir, ne trouvant pas ni d'amis,
-ni d'ennemis, avec le gage en main, l'avance ncessaire et dois me voir
-enfin prir avec mes polices de change endosses toutes mon ordre argent
-comptant partout; mais par ici ne sachant de qui me fier, et d'autres
-tant sourds et charms de me plonger davantage, m'entretiennent en
-esprance et puis, en fait, ils me manquent; enfin la maxime est, en certaines
-affaires, trs mauvaise de donner du temps au temps; mais moi
-il me convient de m'y soumettre et d'avaler ces pilules.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_416"> 416</a></span>
-Si M. l'amiral Matthews est bien inform, il secondera en tout mes vues
-et me donnera la main faire la diversion mentionne et de chtier ces
-Gnois promoteurs de toutes les dmarches des Gallispans contre votre
-nation et de la personne sacre de Sa Majest Britannique mme; mes
-fidles et sincres remontrances se vrifient journalirement de plus en
-plus. Ds l'anne passe, tout se pouvait prvenir; mais que ne cause la
-prsomption et le mpris dans ce monde!</p>
-
-<p>Le dnomm Maurice-Lopold Kartz, dpch de Rakoczy, est Livourne
-prsentement, protg de M. de Selva, et doit passer en Corse. Enfin j'espre
-qu'avec ce courrier vous recevrez quelque rponse de Turin pour moi,
-laquelle j'attends avec la dernire des impatiences. Avertissez, je vous
-prie, Londres qu'un tel chevalier Champigny, l'envoy de l'lecteur de
-Cologne, est un espion pay depuis sept annes de la France; il l'tait
-mme, contre moi, pay des Gnois; mais mon arrive Cologne, le
-dit Champigny jugea propos de se sauver de Bonn de la cour de l'lecteur
-de Cologne, pour n'tre trait par moi et les miens comme il le mritait.
-Avec sret, vous le pouvez dnoncer de ma part et j'en crirai,
-l'ordinaire prochain, mes amis Bonn et Hanovre, afin qu'ils le fassent
-savoir l'lecteur de ma part, comme de ma surprise d'employer un semblable
-sujet. Si M. l'amiral voulait s'entendre avec moi de bonne foi, nous
-ferions plus dans un mois pour l'avantage commun, qu'il n'a fait depuis
-deux annes avec les avis de ses consuls tous jacobites sous-main et qui
-l'informent trs mal. Je vous salue de tout mon c&oelig;ur, et suis sans rserve
-tout vous.</p>
-
-<p>En ce moment je reois votre chre lettre du 12, avec l'incluse du baron
-de Salis. Jugez, mon cher Monsieur, de mon embarras mortel ne pouvoir
-me rendre Turin ni y envoyer quelqu'un, n'ayant aucun la main
-capable pour finir de traiter cette affaire; celui que j'ai dsign n'est pas
-encore retourn de Corse, o je l'ai envoy par la voie de Civita-Vecchia
-avec un petit secours, et pour assister la consulte gnrale tenue, et
-quand il retournera, il sera toujours oblig une petite quarantaine. J'ai,
-de plus, la mortification aujourd'hui de recevoir, par trois diffrentes lettres,
-une belle excuse sur ma demande d'une avance de cent sequins. Je ne sais
-enfin o donner de la tte dans ces quartiers et me trouve manquant, subsistant
-avec l'argent qui me reste engager. Si M. l'Anglais m'avait fait le
-plaisir trois mois passs, j'aurais t alors Turin, et le tout serait fray
-et la troupe serait assemble; enfin je me ronge ici l'me et me crve de
-chagrin.</p>
-
-<p>Si vous crivez Turin et M. l'amiral, faites-leur part du contenu de
-la lettre de M. de Salis et assurez pour sr que s'il me conduit en Corse,
-nous chargerons dans les huit jours six huit mille hommes pour les
-transporter au golfe de la Spezzia, me faisant fort de m'en rendre matre
-sans perte d'un homme. M. l'amiral puis y pourra mettre garnison anglaise,
-et moi j'agirai puis, et le reste de mes gens, au grand bnfice commun
-<span class="pagenum"><a id="Page_417"> 417</a></span>
-et aux dpens de l'ennemi mme. Vous voyez l ce que j'ai dj crit au
-baron de Salis et Milord Carteret, et mes amis Londres en sont bien
-suborns.</p>
-
-<p>Si vous croyez que M. l'Anglais votre instance se laisse persuader
-me faire l'avance de cent sequins, faites-le, je vous prie, et soyez sr que
-de Turin j'en remettrai ponctuellement le remboursement, y ayant de bons
-amis, mais ma prsence y est ncessaire.</p>
-
-<p>L'on m'crit de Rome que cinquante-trois autres Corses dserteurs de
-Naples y sont arrivs pour me joindre. Excusez ce brouillon, je vous prie.
-Je suis si accabl de chagrin et de confusion de me voir ainsi, qu' peine
-sais-je crire.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p>
-
-<p class="subt">XXII.<br />
-<span class="i2">TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES.</span></p>
-
-<p class="dater">Florence, 30 mai 1744.</p>
-
-<p class="titel">Monsieur,</p>
-
-<p>Le courrier de Turin m'a remis ce matin en passant la lettre que vous
-m'avez fait la grce de m'crire le 27 de ce mois. Les ordres que M. le marquis
-d'Ormea a bien voulu donner ne coteront que trs peu de peine aux
-courriers, puisqu'en allant Rome et en revenant de cette ville, ils sont
-obligs de passer dans la rue o je demeure. J'espre que vous approuverez
-cette manire de continuer notre correspondance. Elle vous pargnera
-souvent la dsagrable fatigue de mettre vos lettres en chiffres, ce
-qui ne pourrait que vous tre fort incommode dans des circonstances o
-vous avez tant d'affaires sur les bras. Je suis charm que vous ayez t
-content du contenu des papiers que je vous ai envoys, et que M. le marquis
-d'Ormea les ait jugs dignes de son attention. Je vous prie de prsenter
-mes trs humbles respects Son Excellence et de l'assurer que je me
-ferai un devoir, en toute occasion, d'obir aux ordres dont Elle m'honorera,
-bien persuad que rien n'est plus capable de m'attirer l'approbation du
-Roi, mon matre, que de m'employer utilement, si je puis, pour le service
-de Sa Majest Sarde, dont les intrts sont si unis aux siens.</p>
-
-<p>J'ai eu soin de communiquer sur le champ mon ami cette partie de
-votre lettre qui regarde l'auteur des propositions<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor">&nbsp;[877]</a>. Il m'a promis de lui
-crire sans dlai, pour l'engager venir Florence au cas qu'il se
-<span class="pagenum"><a id="Page_418"> 418</a></span>
-trouve toujours peu loign de cette ville, comme il l'tait en dernier lieu.
-Nous n'avions pas jug propos, mon ami ni moi, de lui donner la moindre
-connaissance de l'affaire, jusqu' ce que nous eussions reu votre rponse;
-nous ne diffrerons plus prsent de l'en informer et nous tcherons de
-lui persuader d'aller Turin. C'est assurment le plus sage parti. On
-rglera plus de choses, avec lui en personne, en deux jours, qu'on ne ferait
-dans un mois par lettres, outre qu'en traitant avec lui les ministres du
-roi de Sardaigne pourront mieux juger de sa capacit et de ce qu'il est en
-tat de faire. Le gnral Breitwitz, de qui je tiens les propositions, m'a
-permis de vous dire son nom, mais il souhaite de n'tre nomm qu'
-M. le marquis d'Ormea, ne se souciant pas que la cour de Vienne ou le
-grand-duc sachent qu'il se soit ml d'aucune affaire sans leur participation,
-quoiqu'il ne doute pas d'ailleurs que sa conduite ne ft approuve,
-s'il jugeait ncessaire de les en informer. La proposition, comme vous
-l'aurez observ, a t faite autrefois la reine de Hongrie, par le canal du
-gnral Breitwitz; mais elle fut nglige. Par rapport la paye des officiers
-et des soldats, le gnral suppose que la personne comptait qu'elle serait
-tablie sur le pied des autres troupes de la reine; mais il n'est pas possible
-de rien dire de positif sur cet article, non plus que sur les autres conditions,
-jusqu' ce que l'auteur en traite lui-mme. Je ne vous ai pas d'abord
-envoy l'crit en original, sign de sa main et scell du cachet de ses
-armes, crainte de quelque accident; mais si vous souhaitez de l'avoir,
-vous n'avez qu' m'en dire un mot et je vous l'enverrai. Je souhaite
-ardemment que le succs de cette affaire rponde l'attente de vos amis.</p>
-
-<p>Je vous ai envoy par le dernier ordinaire une lettre de mon correspondant
-secret<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor">&nbsp;[878]</a> M. le marquis d'Ormea. Dans une autre qu'il m'a
-crite en m'en envoyant une pour l'amiral, il me dit: A la fin
-M. l'amiral a eu ordre de m'assister et de m'appuyer. Je ne puis rien dire
-de ce fait jusqu' ce que l'amiral l'explique. Je suis toujours oblig de
-rpondre au grand nombre de lettres qu'il continue de m'crire; mais je
-le fais toujours en termes gnraux, en lui disant que je n'ai point reu
-d'instructions sur ses affaires, ni aucune rponse de votre part ni de
-l'amiral; cependant cette mthode ne mettra jamais fin notre correspondance.
-Je ne voudrais pas que M. de Salis ft inform que je vous ai
-dit si librement mon sentiment du personnage, car je vois que nonobstant
-ce que j'ai crit avec la mme libert son fils sa prire, il pense encore
-aussi favorablement sur son compte: prvention dont je vous dirai en
-confidence que son fils est aussi surpris que moi. Il a peut-tre des raisons
-que nous ignorons.</p>
-
-<p>Je vous prie de croire...</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_419"> 419</a></span></p>
-
-<p class="subt">XXIII.<br />
-<span class="medium">TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES</span></p>
-
-<p class="dater">7 juin 1744.</p>
-
-<p class="titel">Monsieur,</p>
-
-<p>J'espre que vous aurez reu les deux lettres que je vous ai crites le 2
-et le 8 de ce mois. J'ai t oblig d'envoyer la dernire par la poste ordinaire,
-ne l'ayant reue qu'aprs le dpart du courrier de Turin. Je dois
-prsent vous informer que j'ai vu le comte Rivarola, que le gnral
-Breitwitz a fait venir Florence. Il est fort dispos aller Turin, pour
-traiter de la leve des troupes corses. Il se flatte de lever aisment toutes
-les difficults qui pourraient se rencontrer dans cette affaire. J'avoue qu'au
-premier coup d'&oelig;il, voir son ge et sa figure, il ne m'a point paru fort
-propre faire russir une pareille entreprise; mais, aprs plusieurs conversations
-que j'ai eues avec lui et par les informations que j'ai prises sur son
-compte, j'ai trouv que c'tait un homme fort accrdit en Corse et celui
-de tous les chefs auquel les mcontents de cette le s'adressent le plus
-volontiers. Il a toujours t opprim par les Gnois, une grande partie de
-son bien a t confisque en Corse, o sa femme est encore. Il a men
-pendant plusieurs annes une vie obscure hors de son le.</p>
-
-<p>Je l'ai questionn touchant les talents qu'il se sentait pour commander
-le rgiment que son nom et son crdit le mettaient en tat de lever. A cela,
-il a navement rpondu qu'il ne pouvait pas prtendre avoir beaucoup
-d'exprience pour la conduite des troupes rgulires; mais qu'il avait
-pass toute sa vie les armes la main et que pour suppler ce qui lui
-manquait il voulait supplier Sa Majest Sarde de lui donner un major (sur
-qui roulerait la conduite du rgiment) et autant d'officiers qu'on croira
-ncessaires, pour bien former et discipliner ses compatriotes. Cependant,
-on ne doit pas oublier, dit-il, que les Corses obissent plus volontiers
-des officiers de leur nation qu' d'autres; que nanmoins, il sera toujours
-prt se soumettre tous les ordres que le roi de Sardaigne lui donnera,
-et qu'il ne doute nullement que le corps de troupes qu'il lvera ne soit
-fort utile Sa Majest.</p>
-
-<p>Le gnral Breitwitz, m'crivant son sujet de sa maison de campagne,
-m'en parle dans les termes suivants: C'est un homme qui a grand crdit
-en Corse. Il ne tiendra qu' lui de faire venir la plus grande quantit des
-Corses qui sont au service de la rpublique de Gnes celui de Sa Majest
-le roi de Sardaigne, ce qui ferait un double effet. Quand on crira
-Vienne pour avoir la permission de rassembler le rgiment dans cet tat,
-la cour de Turin pourrait demander au grand-duc les officiers corses et
-<span class="pagenum"><a id="Page_420"> 420</a></span>
-les hommes de cette nation, qui sont son service; cela serait un petit
-commencement former un pied. Je suis persuad, si la neutralit ne fait
-quelque obstacle, que S. A. R. fera tout pour Sa Majest le roi de Sardaigne.</p>
-
-<p>Je ne sais pas bien ce que le gnral veut dire quand il parle d'<i>officiers</i>
-au pluriel, car, aprs m'en tre inform, je n'ai trouv qu'un seul officier
-corse dans les deux compagnies de ce nom.</p>
-
-<p>Voici la liste des Corses qui se trouvent dans ces compagnies, qui
-pour le dire en passant, sont fort inutiles au grand-duc:</p>
-
-<ul class="small">
-<li>Giuseppe Costa, lieutenant.</li>
-<li>49 simples soldats dans la premire compagnie.</li>
-<li>11 simples soldats dans la seconde</li>
-<li> ------</li>
-<li>61</li>
-</ul>
-
-<p>Il est inutile que j'entre dans un dtail circonstanci de toutes les conversations
-que j'ai eues avec le comte Rivarola. Je dois vous avertir,
-cependant, que comme il ne fait aucune difficult d'avouer le mauvais
-tat de fortune o l'ont rduit ses malheurs et son long exil, je me suis
-engag lui faire payer les frais de son voyage. La demande m'a paru si
-raisonnable que j'ai cru devoir y acquiescer, et je vous prie de vous souvenir
-de cet article. Vous trouverez dans l'crit ci-inclus quelques informations
- son sujet, avant qu'il arrive Turin; il vous communiquera
-lui-mme d'autres papiers, qui vous convaincront que c'est un homme
-fort accrdit dans sa patrie. Il n'attend pour partir que l'arrive de son
-fils, qui est Sienne, au sminaire, et les habits qu'il se fait faire, qui,
-autant que j'en puis juger, ne feront pas une brillante figure. Il m'a dit
-qu'il voulait se faire faire un habit, avant de se prsenter M. le marquis
-d'Ormea; j'ai tch de l'en dissuader, l'assurant que ce ministre ne
-jugera pas de lui par la faon dont il sera mis. Il espre d'tre Turin
-sur la fin de la semaine prochaine, environ le 14. Je lui donnerai une
-courte lettre pour vous pour lui servir d'introduction. Il veut tre absolument
-dirig par vous. Dans cette lettre et dans le passeport dont je le
-munirai, je l'appellerai Domenico Santini, nom qu'il souhaite de porter pendant
-son voyage. Je vous laisse le soin de tout le reste. Je serai bien
-charm d'apprendre que l'affaire tourne la satisfaction de Sa Majest
-Sarde et au bien de son service. Je vous prie d'assurer M. le marquis
-d'Ormea de mes trs humbles respects<b>...</b></p>
-
-<p>J'crivis hier au soir ce qui prcde; j'ai reu ce matin de bonne
-heure la lettre dont vous m'avez favoris avec l'Horace de Pine, pour
-lequel j'aurai des remerciements vous faire l'ordinaire prochain, de la
-part du prince Craon. Je ne suis point du tout surpris de la lettre que
-Thodore a crite M. le marquis d'Ormea, ni de la manire dont ce
-ministre l'a reue. J'en reus une hier au soir du personnage, en rponse
-<span class="pagenum"><a id="Page_421"> 421</a></span>
- celle que je lui avais crite, pour accompagner la lettre de M. de Salis
-(dont je vous ai envoy une copie). Il est extrmement piqu de cette
-lettre, laquelle, dit-il, je ne rpondrai nullement, ne me mettant en
-nulle peine pour son contenu si peu digr, tant d'ailleurs sr que votre
-ministre traite cette affaire. Enfin les rponses de Turin en dcideront en
-huit jours, et si l'on y a chang de sentiment, patience! J'en serai pour les
-frais faits. Mon secrtaire est parti dimanche pass. Voil la substance
-de sa lettre. Je vous disais dans ma dernire qu'il avait fait partir son
-secrtaire, circonstance qui ne peut que dplaire. J'avoue nanmoins qu'il
-ne me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude; car quoique ses
-propositions soient mal digres et qu'il ne paraisse pas probable qu'elles
-puissent mener rien et quoiqu'il n'y ait peut-tre pas beaucoup de fond
- faire sur ce qu'il dit des grandes dpenses qu'il prtend avoir faites, je
-ne saurais approuver qu'on continue le bercer de vaines esprances.
-Quant aux affaires de Corse, je sais qu'il a encore un parti considrable
-dans cette le qui le recevrait avec beaucoup d'empressement, s'il y paraissait
-avec quelque secours rel. Mais il les a tromps si souvent, qu'ils
-ne se fient plus ses promesses. J'apprends cependant que ce parti est
-rsolu de lui rester fidle encore quelques mois et si aprs ce temps-l, ils
-s'aperoivent qu'il n'est pas rellement soutenu, ils l'abandonneront
-coup sr, sans pourtant se soumettre aux Gnois.</p>
-
-<p>On m'a dit que le capitaine Barckley, commandant du vaisseau
-<i>la Revanche</i>, qui a conduit Thodore en Italie, s'informa fort soigneusement
-de lui en dernier lieu Livourne, dclarant que s'il pouvait dcouvrir
-o il tait, soit en Toscane, soit Rome, il irait le trouver en personne.
-Une personne, qui a dit avoir entendu ceci de la bouche de M.
-Barckley lui-mme, l'a crit Thodore, qui m'a envoy la lettre. Je ne
-puis pas pntrer le motif qui faisait souhaiter au capitaine Barckley de le
-voir; mais si son empressement tait aussi grand qu'on le dit, j'ai lieu de
-m'tonner qu'il ne se soit pas adress moi, de qui il pouvait attendre
-d'en avoir des nouvelles.</p>
-
-<p>Le comte Rivarola est prsent chez moi; il m'apprend qu'il a dpch
-un homme son fils, Sienne, qui n'arrivera ici que mardi au soir;
-cela me fait craindre qu'ils ne puissent partir d'ici que jeudi matin; ils
-pourraient bien tre Turin le 15, m'ayant promis de faire toute la diligence
-possible. Il lui en a dj cot quelque chose pour faire venir son
-fils, ne pouvant pas absolument voyager seul. Il vous prie, Monsieur, de
-vous en souvenir, ainsi que de la dpense de son voyage Turin; je me
-flatte que M. le marquis d'Ormea ne trouvera pas mauvais que je me sois
-engag la lui faire payer.</p>
-
-<p>Je n'ai rien ajouter que les v&oelig;ux sincres que je fais pour le succs
-de l'affaire; j'espre qu'elle rpondra notre attente, d'autant plus qu'on
-m'a donn les plus fortes assurances de son crdit parmi ses compatriotes
-qui considrent beaucoup son nom. A l'gard de sa capacit personnelle et
-<span class="pagenum"><a id="Page_422"> 422</a></span>
-des conditions de son engagement, je m'en repose entirement sur le
-discernement des personnes qui traiteront avec lui.</p>
-
-<p>Je vous prie de me croire<b>.....</b></p>
-
-<p>P.S.&mdash;Toute rflexion faite, nous n'avons pas jug propos de perdre
-du temps attendre l'arrive du fils du comte Rivarola, et nous lui avons
-trouv un autre compagnon de voyage. C'est un nomm Carlo Testori,
-milanais, secrtaire du commissaire des guerres du grand-duc, jeune
-homme discret et qui est au fait de tout, ayant t employ pour faire
-venir secrtement le comte. Son suprieur a bien voulu consentir qu'il ft
-le voyage. Le comte envoya hier les papiers par un exprs. Il partira
-demain matin bonne heure.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Materie militari</i>. <i>Levata truppe straniere</i>, mazzo 32.</p>
-
-<p class="subt">XXIV.<br />
-<span class="medium">DPCHE DE LORENZI A D'ARGENSON.</span></p>
-
-<p class="dater">Florence, le 2 dcembre 1745.</p>
-
-<p>L'intrigue mnage par le roi de Sardaigne contre la Corse a enfin
-clat et j'ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint un petit dtail. L'on en
-fut inform ici le 27 par un exprs dpch au prince pour l'informer de
-cette affaire. Ce rsident d'Angleterre reut par cette mme voie des lettres
-du commandant de l'escadre de sa nation, et il envoya peu aprs son secrtaire
- M. Viale pour lui dire que ldit commandant l'avait charg de lui
-dclarer que les prisonniers gnois seraient traits comme la rpublique
-traiterait les deux fils du colonel Rivarola, qui sont depuis longtemps en
-prison Gnes. M. Viale lui rpondit que n'tant pas ministre il ne pouvait
-pas recevoir cette dclaration, qu'il aurait t ncessaire d'ailleurs de
-lui donner par crit; que cependant par manire de discours, il tait bien
-aise de lui dire qu'il ne voyait pas avec quel fondement l'on voulait mettre
-sur un pied d'galit lesdits prisonniers gnois avec les deux fils de Rivarola,
-puisque ceux-ci taient sujets de la rpublique, dtenus en prison
-pour crimes, et particulirement celui d'avoir fait des enrlements dans
-l'tat pour le service tranger contre les lois.</p>
-
-<p>Le baron Thodore a t si fort mpris des Anglais, qui l'ont trouv
-d'un caractre, de c&oelig;ur et d'esprit bien diffrent de celui qu'ils lui
-croyaient, qu'il est revenu Livourne, d'o il s'est rendu ensuite chez un
-cur de campagne o il a demeur d'autres fois... Il parat que les rebelles
-ont trouv tant de facilit s'emparer de Bastia, cause que cette place
-manquait de presque tout ce qui est ncessaire faire une bonne dfense,
-<span class="pagenum"><a id="Page_423"> 423</a></span>
-et que M. Mari n'a pas agi avec la valeur qu'il a montre lorsqu'il a t
-attaqu par mer par les Anglais, lorsqu'il a vu qu'il avait faire par
-terre aux rebelles, dans la crainte apparemment de tomber entre leurs
-mains, ce qu'il regardait sans doute comme son dernier malheur. Il est
-prsumer qu'il va natre en Corse une guerre civile fort cruelle, car le
-colonel Rivarola y a un grand nombre d'ennemis et l'on assure que les
-deux puissants chefs de partis, nomms Gaffori et Matra, allaient descendre
-avec un grand nombre de gens pour le chasser du pays.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Florence,
-vol. 102.</p>
-
-<p class="subt">XXV.<br />
-<span class="medium">EXTRAIT DE LA LETTRE DE L'AMIRAL MEDLEY A S. E. LE MARQUIS DE</span><br />
-<span class="medium">GORZEGNO, CRITE DEVANT CARTHAGNE, A BORD DU <i>RUSSEL</i>.</span></p>
-
-<p class="dater">19 mars 1749.</p>
-
-<p><b>.....</b>Les divisions qui se sont leves entre les chefs corses engags
-dans les intrts de Sa Majest Sarde m'alarment extrmement. Je crains
-fort que les Gnois n'en tirent avantage et que par leur argent ou leurs
-intrigues ils n'en attirent beaucoup dans leur parti, de ceux mme qui se
-sont montrs d'abord les plus anims contre cette rpublique et son gouvernement.
-Il n'est pas moins craindre d'un autre ct, que ces dissensions
-n'apportent beaucoup d'obstacles nos progrs dans l'le, en empchant
-les mcontents de s'unir et d'agir de concert avec nous pour l'excution
-des mesures vigoureuses que l'on pourra prendre pour pousser et
-expulser entirement les Gnois des tablissements et des forteresses
-qu'ils y occupent. On s'est plaint de la conduite du comte Rivarola, et la
-lettre par laquelle le roi de Sardaigne le rappelle a t envoye au commodore
-Townshend, qui a jug propos de la retenir jusqu' son retour en
-Corse. Mais si le comte ne parat pas, d'un ct, avoir assez de crdit ni
-tre assez considr parmi les mcontents, ou qu'il ne soit pas propre
-manier les affaires dans l'intrieur de l'le, d'un autre ct j'apprhende
-que son rappel ne soit un faible remde au mal, moins qu'il ne soit
-remplac par une personne habile et d'autorit et qui on mette en mains
-les moyens convenables pour travailler avec fruit. Je prends la libert
-d'offrir ces considrations Votre Excellence, comme dignes de son attention
-et, comme le commodore Townshend informera de temps en temps
-M. de Villettes de ses oprations, vous pourrez juger, Monsieur, quelles
-mesures seront ncessaires pour l'avancement de l'entreprise<b>......</b></p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Toscana</i>, mazzo 1.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_424"> 424</a></span></p>
-
-<p class="subt">XXVI.<br />
-<span class="medium">HORACE MANN AU MARQUIS DE GORZEGNO.</span></p>
-
-<p class="dater">Florence, le 7 juin 1746.</p>
-
-<p><b>.......</b> J'ai t pleinement inform par la lettre de Votre Excellence
-et par celle de M. Villettes de la rsolution de notre cour de renoncer
-l'entreprise de la Corse par le peu de probabilit d'y russir et par la
-ncessit qu'elle a d'employer ses vaisseaux de guerre ailleurs, et de la
-dfrence que Sa Majest le Roi de Sardaigne a bien voulu montrer en
-cette occasion ces sentiments, nonobstant les motifs qu'il aurait au
-contraire; ainsi comme il s'agit prsent d'en informer les Corses, et de
-se servir de tous les moyens possibles pour les soustraire de la vengeance
-des Gnois et que Sa Majest (par la favorable opinion dont il lui plat
-de m'honorer) souhaite que je m'y emploie, je ne manquerai en rien
-de ce qui dpend de moi pour contribuer l'excution de ses ordres et je
-m'estimerai trop heureux de pouvoir russir rendre efficaces les mouvements
-d'humanit dont Sa Majest est touche. Votre Excellence aura
-vu par mes dernires lettres que la sret des mcontents de la Corse m'a
-tenu fort c&oelig;ur et que j'en avais crit plusieurs fois M. Townshend. Je
-lui en ai crit de nouveau pour lui insinuer tout ce qui me parat le plus
-propre, n'ayant pas jug de devoir prendre aucune dmarche sans tre
-inform de ce qu'il pourrait avoir dj communiqu ces gens et sans
-tre instruit des moyens qu'il pourra employer l'avenir aprs les insinuations
-que je viens de lui faire. J'ai cru cette prcaution trs ncessaire
-pour ne rien prcipiter, d'autant plus que j'ai t inform qu'il n'y a rien
- craindre prsent, les chefs des mcontents tant en sret San Fiorenzo
-et par une lettre que j'ai reue ce matin du comte Rivarola du 22 mai,
-il me marque qu'il a entre les mains plusieurs prisonniers qu'il souhaiterait
-de faire passer en Sardaigne. Je ne sais pas s'ils sont tous Corses, mais s'il
-y en a des principaux ou quelques Gnois. C'est prcisment la circonstance
-que j'avais recommande avec instance M. Townshend, comme
-aussi de faire ses efforts pour se saisir de quelques Gnois accrdits,
-comme le moyen le plus efficace pour rendre la rpublique plus traitable
-par rapport ceux qui auraient l'avenir le malheur de tomber entre leurs
-mains. J'ai donc prvenu les ordres de Votre Excellence par rapport ce
-point, et je n'omettrai rien de ce qui dpend de moi, soit par mon conseil
- M. Townshend, soit par quelqu'autre moyen qui se prsentera pour
-contribuer finir cette affaire de la manire la moins dsavantageuse
-pour les mcontents et la plus convenable la dignit des cours intresses.</p>
-
-<p class="small">Archives d'tat de Turin: <i>Toscana</i>, mazzo 1.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_425"> 425</a></span></p>
-
-<p class="subt">XXVII<br />
-<span class="medium">DPCHE DE LORENZI AU COMTE DE MAUREPAS</span></p>
-
-<p class="dater">Florence, le 4 mars 1747.</p>
-
-<p><b>.......</b> Le nouveau rgiment de marine, ayant t achev de former,
-prta le 23 du mois dernier serment de fidlit M. le grand-duc, qui s'est
-rserv d'en tre colonel, ce qui donne de plus en plus lieu de croire
-importante sa destination. On prpara audit port les deux barques armes
-en guerre de S. A. R. pour transporter ce rgiment Porto-Ferraio. Mais
-on m'assure de fort bonne part qu'il n'y doit tre envoy que pour masquer
-sa vritable destination. A l'gard de celle-ci, je n'ai jusqu'ici que des avis
-incertains. Selon quelques-uns, on doit les transporter Trieste, ce qui
-serait fort probable, si l'on construit dans ce port les btiments dont j'ai
-eu l'honneur de vous faire mention. D'autres m'ont dit que lesdites deux
-barques, avec ce rgiment, doivent porter le baron Thodore en Corse, ce
-qui serait conforme au projet de cet aventurier, et dont j'ai eu aussi
-l'honneur de vous rendre compte. D'autres enfin m'assurent que ce rgiment
-doit aller armer trois vaisseaux de guerre anglais, qu'on dit avoir t
-achets par M. le grand-duc, et j'ai d'autant plus lieu de le croire, que,
-par une autre voie, j'apprends qu'on a fait Livourne des pavillons aux
-armes de S. A. R. pour servir des vaisseaux de guerre. J'ignore l'objet de
-ces trois vaisseaux, qui pourront tre joints par les deux barques sus mentionnes
-et peut-tre encore par deux galres de ce prince; mais on
-pourrait employer lesdits trois vaisseaux faire la course contre nous, les
-Espagnols et les Gnois sous le nom d'une compagnie marchande de
-Vienne, selon le projet, dont j'ai eu l'honneur de vous informer, ou contre
-la Corse. Il arriva Florence le soir du 24 du mois dernier le fameux
-aventurier nomm le chevalier Farinaccio, natif de cette le. Il fut arrt
-en entrant dans la ville, en vertu d'un ordre donn plusieurs jours auparavant.
-L'on n'en sait pas bien le motif, mais quelques-uns prtendent
-savoir que 'a t cause qu'il venait pour tuer le baron Thodore afin de
-gagner le prix qui est sa tte. Il est le mme qui avait fait des projets aux
-cours de Vienne et de Turin pour soumettre la Corse leur pouvoir. Il
-venait en dernier lieu de Venise.</p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Florence, vol.
-105.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_426"> 426</a></span></p>
-
-<p class="subt">XXVIII<br />
-<span class="medium">LETTRE DU BARON DE NEUHOFF<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor">&nbsp;[879]</a>.</span></p>
-
-<p class="dater">11 juillet 1750.</p>
-
-<p class="titel">Monsieur,</p>
-
-<p>Ci-joint l'adresse du conseiller bien inform de mes affaires et connu de
-M. le conseiller Green qui voulait me procurer une avance. Tchez, je
-vous prie, Monsieur, de les voir le plus tt possible, comme de procurer
-l'argent pour payer dans cette maison, du moins une partie, ne voulant
-avoir patience d'aucun autre moment pass aujourd'hui, cette femme
-encourage m'affronter, et comptez, Monsieur, que vous n'aurez jamais
-lieu de vous repentir vous tre bien voulu employer pour moi, tant trs
-sincrement tout vous.</p>
-
-<p class="signature">Th. B<sup>on</sup> <span class="smallc">DE</span> <span class="cap">N</span><span class="smallc">EUHOFF.</span></p>
-
-<p class="small">Archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Corse, vol. 3.</p>
-
-<p class="subt">XXIX.<br />
-<span class="medium">TRADUCTION DE LA LGENDE D'UNE CARICATURE ALLEMANDE</span><br />
-<span class="medium">AU SUJET DE THODORE DE NEUHOFF<a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor">&nbsp;</a>.</span></p>
-
-<p class="subh"><i>Le Satyre Corse visionnaire ou le rve l'tat de veille dont l'image<br />
-reprsente drisoirement Thodore, premier et dernier en sa personne<br />
-pseudo-roi des Corses rebelles.</i></p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Hte bienvenu, absolument inespr!<a href="#a">#a</a>"<a id="a"></a></p>
-<p>Avec quelle joie te recevra-t-on?</p>
-<p>En suite de la lettre que tu as crite,</p>
-<p>Tu vas maintenant atteindre le but.</p>
-<p>La prsence a beaucoup plus de force</p>
-<p>Que les crits ne produisent d'impression</p>
-<p>Pour gagner compltement les c&oelig;urs;</p>
-<p>Tu es un tranger, ainsi que chacun sait,</p>
-<p>Mais le voyage dans les eaux calmes</p>
-<p>Rend tes sentiments trs patriotiques.</p>
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_427"> 437</a></span></div>
-<p>Nous, Corses, tombons genoux<a href="#b">"#b</a><a id="b"></a></p>
-<p>Mais non pour nous courber devant Gnes;</p>
-<p>Une nouvelle Majest est ici<a href="#c">#c</a><a id="c"></a>,</p>
-<p>Que l'on doit fter royalement,</p>
-<p>Et lorsque l'antique Rome</p>
-<p>Fit Tarquin Roi,</p>
-<p>Une couronne de feuillage fut aussi tresse,</p>
-<p>Mais, il est vrai, bientt l'inconstance,</p>
-<p>De la ville a banni le roi.</p>
-<p>Les grandeurs sont trs contestes!</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>C'est le sort que je crains toujours pour toi,</p>
-<p>Parce que ton royaume s'est si vite form;</p>
-<p>A peine pouvais-tu passer pour baron,</p>
-<p>Que ton heure comme roi tait venue.</p>
-<p>A aucune cour, puissance ou couronne</p>
-<p>Tu n'as annonc ton avnement.</p>
-<p>Que penseront-elles toutes?</p>
-<p>Le droit lgitime gnois</p>
-<p>Te combattra fort encore;</p>
-<p>Et qui sait quelle prime il donnera?</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Tu es, il est vrai, parfaitement qualifi</p>
-<p>Et tu parles beaucoup de jolies langues;</p>
-<p>Tu sais aussi comment on ergote</p>
-<p>Et peux galement bien prorer;</p>
-<p>Un empire exige un trne,</p>
-<p>Un sceptre de roi et la couronne;</p>
-<p>Il est donn chacun ce dont il est digne;</p>
-<p>Que cela te soit donc octroy,</p>
-<p>Car tu l'as bien mrit!</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Mais, mais Monsieur Thodore,</p>
-<p>Il me faut te le dire franchement,</p>
-<p>Je ne vois pas bien la suite,</p>
-<p>Ne dois-je pas la dire purile?</p>
-<p>Dis donc o est crit</p>
-<p>Que la Majest t'appartienne?</p>
-<p>Comment l'as-tu donc acquise?</p>
-<p>La ruse, l'intrigue et mme le vol</p>
-<p>T'ont apport sur cette le;</p>
-<p>Autrement tu aurais perdu ta mise.</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_428"> 428</a></span></div>
-<p>Tu peux, il est vrai, ainsi que je l'ai dit,</p>
-<p>Parler latin, allemand, franais.</p>
-<p>L'anglais, l'espagnol ne te font pas dfaut.</p>
-<p>Mais cela n'empche point que je te dise mes raisons.</p>
-<p>L'le n'est pas un royaume libre,</p>
-<p>Elle appartient la Rpublique</p>
-<p>Qui y a fait tant de dpenses,</p>
-<p>Car de cette terre prcdemment inculte,</p>
-<p>Elle a fait un tat polic</p>
-<p>Et y a tabli le bon ordre.</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Tu peux toi-mme, Monsieur le Baron,</p>
-<p>Te dire en langue italienne:</p>
-<p>Tu es un nouveau Robinson.</p>
-<p>Mais cela n'a pas le sens commun,</p>
-<p>Car lui seul tait seigneur et chevalier,</p>
-<p>Habitait une le sans tres humains</p>
-<p>Et peuple d'animaux sauvages;</p>
-<p>Tandis que tu fais en Corse</p>
-<p>Une curie royale, Neuhoff,</p>
-<p>Et veux comme souverain rgir une multitude.</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Ce que disent la Russie de Demetrio</p>
-<p>Et Naples de Masagnello</p>
-<p>Montre ce que l est la rbellion,</p>
-<p>Et comment on en chasse cette peste;</p>
-<p>On y gurit rapidement les malades,</p>
-<p>Par le sommeil de mort, soudain,</p>
-<p>Produit au moyen du glaive.</p>
-<p>Ainsi un pays est bientt libr</p>
-<p>De cette pidmie, de ce flau;</p>
-<p>Tu peux porter cela en ton c&oelig;ur!</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Tu dis il est vrai: Bast! advienne que pourra!</p>
-<p>Rsider Bastia.</p>
-<p>Est mon but dj manifest;</p>
-<p>Je ne dois plus me soumettre.</p>
-<p>Maintenant la multitude mcontente</p>
-<p>Arbore, en pays devenu tat,</p>
-<p>La tte de maure comme insigne du Royaume<a href="#d">#d</a><a id="d"></a>.</p>
-<p>La croix rouge sur cu d'argent,</p>
-<p>Qui de Gnes est l'insigne<a href="#e">#e</a><a id="e"></a>,</p>
-<p>Doit, de l'le, totalement disparatre.</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_429"> 429</a></span></div>
-<p>Pronostique seulement qui peut.</p>
-<p>Nous, Corses, avons argent et armes;</p>
-<p>Tout cela le Satyre l'entend<a href="#f">#f</a><a id="f"></a>,</p>
-
-<p>Qui maintenant rvant dort veill.</p>
-<p>Le roi Thodore premier</p>
-<p>Se prsente lui comme dernier.</p>
-<p>Tout sera bientt boulevers<a href="#g">#g</a><a id="g"></a></p>
-<p>Lorsque la Rpublique trouvera aide:</p>
-<p>Ainsi sera chti le valet licencieux,</p>
-<p>Et la nouvelle cour sera renverse.</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Car ce qui nat en avril,</p>
-<p>Rarement a une longue existence,</p>
-<p>Et passe comme la parure de feuillage.</p>
-<p>Ainsi changent les heures inconstantes.</p>
-<p>Qui sait ce qui arrivera d'ici l'automne?</p>
-<p>Je n'ai pas moi d'incertitude quant mon foyer</p>
-<p>Et j'assisterai en riant l'aventure.</p>
-<p>Je m'enquiers curieusement la poste,</p>
-<p>Et alors mme qu'il m'en coterait quatre gros,</p>
-<p>Il faut que je m'achte la gazette!</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Et prcisment il me revient en mmoire</p>
-<p>Que l'or et l'argent ne sauraient manquer.</p>
-<p>Un travailleur sait parfaitement<a href="#h">#h</a><a id="h"></a></p>
-<p>Qu'il n'a pas se faire de peine:</p>
-<p>On prend des ducats ici et l,</p>
-<p>Et on donne en change les plus belles paroles.</p>
-<p>On a voulu les multiplier,</p>
-<p>Et, l'instar du voleur, Mercure s'envole.</p>
-<p>On sait donc, non sans raison,</p>
-<p>Avec du vent contenter les gens!</p>
-</div></div>
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p>Ainsi s'vanouit le rgne baronique</p>
-<p>Et Sa Majest on doit conseiller</p>
-<p>De se retirer vivement en Alger</p>
-<p>Pour y cuisiner du singe.<a href="#i">#i</a><a id="i"></a></p>
-<p>Si un Corse vient avoir connaissance</p>
-<p>De ce que sur lui il est crit ici,</p>
-<p>Je serais dsireux qu'il veuille bien</p>
-<p>Faire ainsi qu'il le pensait.</p>
-<p>Que celui qui a fait ceci</p>
-<p>Prs de lui soit mand.</p>
-</div></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_430"> 430</a></span><br />
-EXPLICATION DE LA GRAVURE.</p>
-
-<p>Le baron Thodore de Neuhoff dbarquant.
-Les Corses rebelles lui souhaitent la bienvenue et le proclament roi.
-Le roi nouvellement couronn avec une couronne forme de feuillage.
-Les armes de Corse.
-Un d'eux est repouss qui porte sur l'paule, au bout d'un bton, les
-armes gnoises.
-Satyre sous un chne (reprsentant l'inconstance qu'il faut craindre)
-dormant sur une couche de roses pineuses; il tient la main une longue-vue
-largement dveloppe lui permettant de voir l'avenir.
-Le gnie de la Vanit lui soufflant dans la main une bulle de savon.
-Un singe travailleur cause des explosions et voit crit dans la fume
-le mot: fourberie.
-Deux singes jouant, ct d'eux, les cartes mlanges; devant eux,
-les unes sur les autres, les cartes joues, dont celle de dessus est le roi
-vert; un des singes fait le point avec l'as de c&oelig;ur et attire lui la mise.
-<i>Passeport provisoire du Roi chimrique remerci se sauvant.</i></p>
-
-<p>a. Je suis un des grands d'Espagne,<br />
- Le Chevalier errant sans armes.</p>
-
-<p>b. Pour beaucoup j'tais un lord anglais.<br />
- Maintenant que je suis un roi, la renomme le dira.</p>
-
-<p>c. Moi, pauvre tranger, j'ai voulu galer les grands.<br />
- En France on se rit de moi comme partout ailleurs.</p>
-
-<p>f. Le nouveau roi doit partir de la Corse<br />
- Et bientt rpandra d'amers pleurs.</p>
-
-<p>g. Je viens du Nord, si je suis n prince;<br />
- Comme lieutenant allemand j'ai perdu le service.</p>
-
-<p>h. L'Ordre allemand doit me faire aussi chevalier.</p>
-
-<p>i. J'ai su partout me conduire parfaitement.<br />
- Il est vrai que je suis issu de nobles en Westphalie;</p>
-
-<p>j. Cependant comme baron tranger je dois lever le pied.</p>
-
-<p class="subh">Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a t proclam par
-quelques Corses.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_431"> 431</a></span></p>
-
-<h2 class="normal">TABLE ALPHABTIQUE DES NOMS</h2>
-
-<p class="alphabet">A</p>
-<ul>
-<li>ACCINELLI, chroniqueur gnois,<a href="#Page_10"> 10</a>, <a href="#Page_12">12</a>.</li>
-<li><i>AFRICAIN</i> (<i>L'</i>), navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_182">182,</a> <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_188">188,</a> <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_200">200</a>.</li>
-<li>AFRIQUE, <a href="#Page_149">149</a>.</li>
-<li>AGATA (Franois de), <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</li>
-<li>AGOSTINI (Franois), <a href="#Page_331">331</a>.</li>
-<li>AITELLI (Simon), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</li>
-<li>AIX-LA-CHAPELLE, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_352">352</a>.</li>
-<li>AJACCIO, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li>
-<li>ALBERONI (Cardinal), <a href="#Page_22">22</a>,<a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li>
-<li>ALBERTINI (Chanoine), <a href="#Page_47">47</a>.</li>
-<li>ALBREET (Baron d'), ministre imprial Lisbonne, <a href="#Page_145">145</a>.</li>
-<li>ALRIA, arr. de Corte, canton de Moita, <a href="#Page_1">1</a>, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>ALESANI (Auj. Valle-D'Alesani), arr. de Corte, cant. de Valle, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>&mdash; (Couvent d'), <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_385">385</a>.</li>
-<li>ALICANTE, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_203">203</a>.</li>
-<li>ALFIERI, <a href="#Page_4">4</a>.</li>
-<li>ALGAJOLA, arr. de Calvi, cant. de Muro, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>.</li>
-<li>ALGER, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_183">183</a>.</li>
-<li>ALLEMAGNE, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_256">256,</a> <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-<li>AMBROGGI (Jean-Jacques), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>AMLIE, mre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>.</li>
-<li>AMELOT, ministre des affaires trangres, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_174"></a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_223"> 223</a>, <a href="#Page_224">224</a>,<a href="#Page_225"> 225</a>, <a href="#Page_227">227</a>,<a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_285">285</a>.</li>
-<li>AMPUGNANI (Auj. San-Gavino d'Ampugnani), arr. de Bastia, cant. de Porta, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_98">98</a>.</li>
-<li>AMSTERDAM, <a href="#Page_101"></a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_133">133</a>, <a href="#Page_132">132</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_391">391</a>.</li>
-<li>ANGELO (d'), vice-consul de France Bastia, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_63">63</a>.</li>
-<li>ANGERVILLIERS (d'), ministre de la guerre, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_169">169</a>.</li>
-<li>ANGES DE LA CONGRGATION DE MANTOUE (Couvent des), <a href="#Page_290">290</a>.</li>
-<li>ANGLETERRE, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_271">271</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li>ANTIBES, arr. de Grasse, chef-l. de canton, <a href="#Page_171">171</a>.</li>
-<li>ANTOINE I<sup>er</sup>, prince de Monaco, <a href="#Page_248">248</a>.</li>
-<li>APPREMONT (Comtesse d'), <a href="#Page_26">26</a>.</li>
-<li>ARGENSON (d'), ministre des affaires trangres, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-<li>ARNO (Fleuve), <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-<li>ARRIGHI, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_210">210</a>.</li>
-<li>ARRIGO (Le comte), surnomm <i>Il Bel Mersere</i>, <a href="#Page_3">3</a>.</li>
-<li>ASCANIO (Le Pre), ministre d'Espagne Florence, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.</li>
-<li>ASINAO (Aiguilles de l'), Corse, <a href="#Page_119">119</a>.</li>
-<li>AUTRICHE, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>AVIGNON, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="Page_432"> 432</a></span></li>
-</ul>
-
-
-<p class="alphabet">B</p>
-<ul>
-<li>BAGLIONI, valet de chambre du grand-duc de Toscane, <a href="#Page_126"></a>.</li>
-<li>BAA, prov. et circond. de Caserte,<a href="#Page_196"> 196</a>.</li>
-<li>BALAGNE (Province de Corse), <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_95">95,</a> <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li>
-<li>BALCHEN, capitaine de navire, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-<li>BALDANZI, prtre, 290.</li>
-<li>BALIZONE TEODORINI (Gio-Maria), prtre, <a href="#Page_209">209</a>.</li>
-<li>BANC DU ROI, prison pour dettes, Londres, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_366">366</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_386">386</a>.</li>
-<li>BARCKLEY, capitaine de navire, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_313">313</a>.</li>
-<li>BARENTZ (Gustave), capitaine de navire, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>.</li>
-<li>BASTIA, chef-l. d'arr., <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_110">110</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_167">167</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_232">232</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li>
-<li>BASTILLE (La), Paris, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_28">28</a>.</li>
-<li>BAVELLA (Fort de), Corse, <a href="#Page_119">119</a>.</li>
-<li>BAVIRE, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>BEAUJEU (Humbert de), <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li>
-<li>BEDFORD (Duc de), <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_362">362</a>.</li>
-<li>BELLE-ISLE (Marchal de), <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li>
-<li>BEMBO, capitaine gnois, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>.</li>
-<li>BENTINCK (Comte de), plnipotentiaire des tats-Gnraux au Congrs d'Aix-la-Chapelle, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_373">373</a>.</li>
-<li>BELEM, Portugal, Estram., <a href="#Page_143">143</a>.</li>
-<li>BERGHEIM (Baron de), nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</li>
-<li>BERLENGA (les), Portugal, <a href="#Page_143">143</a>.</li>
-<li>BERNABO, agent de Gnes Rome, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_246">246</a>.</li>
-<li>BERSIN, <a href="#Page_356">356</a>.</li>
-<li>BERTELLI, commandant, <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-<li>BERTOLETTI, <a href="#Page_106">106</a>.</li>
-<li>BESSEL (Jonias von), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_190">190</a>.</li>
-<li>BEVERS (Antoine), capitaine de navire, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>.</li>
-<li>BIAGI (Guido), <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li>BIGANI (Ranieri), ancien commandant du bagne Livourne, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-<li>&mdash;(M<sup>me</sup>), <a href="#Page_240">240</a>.</li>
-<li>&mdash; (M<sup>lle</sup>), <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-<li>&mdash; (Fils), <a href="#Page_39">39</a>.</li>
-<li>BIGORNO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, <a href="#Page_214">214</a>.</li>
-<li>BOIERI, colonel au service de l'Espagne, <a href="#Page_252">252</a>.</li>
-<li>BOISSIEUX (Comte de), commandant de l'expdition franaise en Corse, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_206">206</a>.</li>
-<li>BOLLER, <a href="#Page_193">193</a>.</li>
-<li>BOLLET (Tobias-Fredericus), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>BOLOGNE, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_173">173</a>.</li>
-<li>BONFIGLIO GUELFUCCI, chroniqueur corse, <a href="#Page_4">4</a>.</li>
-<li>BONIFACIO, arr. de Sartne, chef-l. de cant., <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li>
-<li>BONIS (Ange de), docteur, <a href="#Page_320">320</a>.</li>
-<li>BONN-SUR-LE-RHIN, <a href="#Page_227">227</a>.</li>
-<li>BONNEVAL (Comte de), <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_42">42</a>.</li>
-<li>BOOKMANN, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_165">165</a>.</li>
-<li>BOON (Lucas), dput aux tats pour la province de Gueldre, <a href="#Page_138">138</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>.</li>
-<li>BORGO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., <a href="#Page_205">205</a>.</li>
-<li>BOTTA (Marquis de), <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>.</li>
-<li>BOUVER (Franois), consul de Hollande Livourne, <a href="#Page_199">199</a>.</li>
-<li>BOYER (Alexandre), patron de tartane, <a href="#Page_186">186</a>.</li>
-<li>BRADIMENTE MARI (Comte), <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-<li>BRACKWELL (Thomas), <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_433"> 433</a></span></div></li>
-<li>BRAVONA (Rivire), Corse, <a href="#Page_51">51</a>.</li>
-<li>BREITWITZ (Gnral), commandant des troupes autrichiennes en Toscane, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-<li>BRESCIA, <a href="#Page_307">307</a>.</li>
-<li>BORSCHERD (M. et M<sup>me</sup>), de Cologne, <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-<li>BRIGNOLE, envoy extraordinaire de Gnes Paris, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li>
-<li>BRUYN, VERNAIS et CLOOTS, marchands droguistes Lisbonne, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_165">165</a>.</li>
-<li>BUONGIORNO (Cristoforo), <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_174">174</a>.</li>
-<li>&mdash; (Lonard), <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">C</p>
-<ul>
-<li>CAGLIARI (Sardaigne), <a href="#Page_132"></a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_184">184</a>.</li>
-<li>CALABRE (Province d'Italie), <a href="#Page_128">128</a>.</li>
-<li>CALENZANA, arr. de Calvi, chef-l. de canton, <a href="#Page_95">95</a>.</li>
-<li>CALIFORNIE, <a href="#Page_42">42</a>. </li>
-<li>CALVI, chef-l. d'arrondissement, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_340">340</a>.</li>
-<li>CAMPOMORO, arr. de Sartne, cant. d'Olmeto, c<sup>ne</sup> de Fozzano, <a href="#Page_209">209</a>.</li>
-<li>CAMPREDON, envoy de France Gnes, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_273">273</a>.</li>
-<li>CAP CORSE, <a href="#Page_171">171</a>.</li>
-<li>CAPONE, <a href="#Page_73">73</a>.</li>
-<li>CAPUCINS (Fort des), prs Bastia, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-<li>CARAVAGGIO (Marquis de), <a href="#Page_287">287</a>.</li>
-<li>CARGSE, arr. d'Ajaccio, cant. de Piana, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_56">56</a>.</li>
-<li>CARLOS (Don), infant d'Espagne, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li>
-<li>CARMEL (glise du), Florence, <a href="#Page_290">290</a>.</li>
-<li>CARTHAGNE (Espagne), <a href="#Page_24">24</a>.</li>
-<li>CARTERET (Lord), <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_304">304</a>,<a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>CARTIER (E.), <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li>CASACCONI, arr. de Bastia, canton de Campile, <a href="#Page_68">68</a>.</li>
-<li>CASALMAGGIORE, prov. de Crmone, chef-l. de circond., <a href="#Page_176">176</a>.</li>
-<li>CASIMIR, roi de Pologne, <a href="#Page_370">370</a>.</li>
-<li>CASINCA, arr. de Bastia, canton de Vescovato, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_175">175</a>.</li>
-<li>CASTELLARA (Rgiment de), <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-<li>CASTI, pote, <a href="#Page_380">380</a>.</li>
-<li>CASTINETA, <a href="#Page_72">72</a>.</li>
-<li>CATON, <a href="#Page_369">369</a>.</li>
-<li>CAVALIERI (Marie-Constance), religieuse, <a href="#Page_234">234</a>.</li>
-<li>CECCALDI (Andr), <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_34">34</a>.</li>
-<li>&mdash; (Jrme), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>.</li>
-<li>CELESIA, ministre de Gnes Londres, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li>
-<li>CERF ROUGE (Le), cabaret Amsterdam, <a href="#Page_133">133</a>.</li>
-<li>CERVIONE, arr. de Bastia, chef-l. de canton, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</li>
-<li>CHAMPIGNY, gentilhomme de l'lecteur de Cologne, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li>
-<li>&mdash; (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_227">227</a>.</li>
-<li>CHARLES VI, empereur, <a href="#Page_7">7</a>, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_257">257</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_278">278</a>.</li>
-<li>CHARLES XII, roi de Sude, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>.</li>
-<li>CHARLES-EMMANUEL III, roi de Sardaigne, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_339">339</a>.</li>
-<li>CHARLES-QUINT, <a href="#Page_370">370</a>.</li>
-<li>CHARNY (Comte de), commandant des troupes espagnoles en Italie, <a href="#Page_35">35</a>.</li>
-<li>CHARTES, agent des Corses, <a href="#Page_196">196</a>.</li>
-<li>CHAUVELIN, ministre des affaires trangres, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-<li>CHIAA, <a href="#Page_201">201</a>.</li>
-<li>CHRISTE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, c<sup>ne</sup> de Ghisoni, <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-<li>CIABALDINI, <a href="#Page_253">253</a>.</li>
-<li>CIGOLI, aux environs de Florence, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_434"> 434</a></span></div></li>
-<li>CINQ-MARS, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>COLOGNE, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_259">259</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-<li>COLONNA (Comte Antoine), <a href="#Page_136">136</a>.</li>
-<li>COLONNA (Joseph), abb, <a href="#Page_236">236</a>.</li>
-<li>&mdash; Religieux, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-<li>CONSTANTINOPLE, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li>
-<li>COOPER, commandant d'escadre anglaise, <a href="#Page_325">325</a>.</li>
-<li>COPENHAGUE, <a href="#Page_260">260</a>.</li>
-<li>CORBARA, arr. de Calvi, cant. de l'le-Rousse, <a href="#Page_391">391</a>.</li>
-<li>CORNEJO, envoy d'Espagne Gnes, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_168">168</a>.</li>
-<li>CORTE, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_129">129</a>.</li>
-<li>COSCIONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Zicavo, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li>
-<li>Costa (Jean-Paul), <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li>&mdash;(Joseph), officier au service de la Toscane, <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-<li>&mdash; (Sbastien), <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_91">91</a>, <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_119">119</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_386">386</a>.</li>
-<li>&mdash; (Virginie, M<sup>me</sup>), <a href="#Page_236">236</a>.</li>
-<li>&mdash; (Neveu), <a href="#Page_127">127</a>.</li>
-<li>Cottone (Jean-Charles), <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-<li>CRAON (Prince DE), prsident du Conseil de rgence de Toscane, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li>
-<li>CROCE, prtre, <a href="#Page_269">269</a>.</li>
-<li>CURSAY, commandant des troupes franaises en Corse, <a href="#Page_367">367</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">D</p>
-
-<ul>
-<li>DANTZIG, <a href="#Page_250">250</a>.</li>
-<li>DCUGIS, <a href="#Page_120">120</a>.</li>
-<li>DEDIEU (Daniel), ancien prsident des chevins d'Amsterdam, , 139, 140, 142, 165, 177.</li>
-<li>DLIVRANCE (Ordre de la), <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_115">115</a>, <a href="#Page_116">116</a>, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li><i>Demoiselle Agathe</i> (<i>La</i>), navire, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>.</li>
-<li>DEUX-SICILES, <a href="#Page_253">253</a>.</li>
-<li>&mdash; (Roi des), <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-<li>DICK (Capitaine), <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>.</li>
-<li>DODSLEY (Robert), libraire Londres, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_372">372</a>.</li>
-<li>DORIA, ministre de Gnes en France, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_278">278</a>.</li>
-<li>DOYEN, <a href="#Page_225">225</a>.</li>
-<li>DRAKSELTS, <a href="#Page_317">317</a>.</li>
-<li>DRESDE, <a href="#Page_226">226</a>.</li>
-<li>DROST (Baron de), seigneur de Morsbrock, grand-commandeur de l'Ordre Teutonique, Cologne, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_259">259</a>.</li>
-<li>&mdash;(Mathieu), <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_262">262</a>.</li>
-<li>DUCHATEL, marchal de camp, <a href="#Page_215">215</a>.</li>
-<li>DUFFOUR, <a href="#Page_239">239</a>.</li>
-<li>DUNKERQUE, <a href="#Page_219">219</a>.</li>
-<li>DURAZZO (Emmanuel), <a href="#Page_169">169</a>.</li>
-<li>&mdash;(Jacques), abb, <a href="#Page_287">287</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">E</p>
-<ul>
-<li>DOUARD III, roi d'Angleterre, <a href="#Page_371">371</a>.</li>
-<li>LECTEUR DE BAVIRE, <a href="#Page_19">19</a>.</li>
-<li>LECTEUR DE COLOGNE, <a href="#Page_227">227</a>.</li>
-<li>EMBRUN, <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-<li>ESCURIAL, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>.</li>
-<li>ESPAGNE, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_55">55</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_108">108</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>TATS GNRAUX DE HOLLANDE, <a href="#Page_136">136</a>.</li>
-<li>TATS PONTIFICAUX, <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-<li>EUROPE, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_114">114</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_302">302</a>.</li>
-<li>EVERS, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_165">165</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_435"> 435</a></span></div></li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">F</p>
-<ul>
-<li>FABIANI (Simon), <a href="#Page_49">49</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_70">70</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li>
-<li>FANDERMIL, <a href="#Page_177">177</a>.</li>
-<li>FANE, ministre d'Angleterre Florence, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_266">266</a>.</li>
-<li>FARINACCI (Le chevalier), <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_338">338</a>.</li>
-<li>FARINOLE, arr. de Bastia, cant. de Saint-Florent, <a href="#Page_33">33</a>.</li>
-<li>FEDI (Comte), <a href="#Page_234">234</a>.</li>
-<li>FNELON, ambassadeur de France La Haye, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_204">204</a>.</li>
-<li>FITZ-ADAM, pseudonyme d'Horace Walpole, <a href="#Page_368">368</a>.</li>
-<li>FITZGERALD (Percy), <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li>
-<li>Fitz-Hbert (Lord), <a href="#Page_383">383</a>.</li>
-<li>FLESSINGUE (Zlande), <a href="#Page_140">140</a>.</li>
-<li>FLEURY (Cardinal), <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_227">227</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</li>
-<li><i>FLORE</i> (<i>La</i>), frgate, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-<li>FLORENCE, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li>
-<li>FOGLIA (Joseph), <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-<li><i>FOLKESTONE</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_286">286</a>.</li>
-<li>FONSECA (Anglique-Cassandre), sous-prieure du couvent des Saints-Dominique et Sixte Rome, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_356">356</a>.</li>
-<li>&mdash; (Franoise-Constance), religieuse, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_347">347</a>.</li>
-<li>FONTAINEBLEAU, <a href="#Page_223">223</a>.</li>
-<li>FRANCE, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_63">63</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_165">165</a>, <a href="#Page_168">168</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li>
-<li>FRANCESCHINI (Marc-Antoine), peintre bolonais, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-<li>FRANCHI (Capitaine), <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-<li>&mdash; (Adrien), <a href="#Page_315">315</a>.</li>
-<li>&mdash; (Benot) de), inquisiteur d'tat Gnes, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-<li>FRANOIS I<sup>er</sup>, roi de France, <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-<li>FRDRIC (Colonel), soi-disant fils de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_385">385</a>, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li>
-<li>FRENTZEL (Alexandre), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_185">185</a>.</li>
-<li>FURIANI, arr. et cant. de Bastia, <a href="#Page_74">74</a>.</li>
-<li>FURNES (Belgique), <a href="#Page_221">221</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">G</p>
-<ul>
-<li>GATE, prov. de Caserte, chef-l. de circond., <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_245">245</a>.</li>
-<li>GAFFORI, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_89">89</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-<li>GALEN (Bernard de), vque de Munster, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>GALLISPANS (Les), troupes franco-espagnoles, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_321">321</a>.</li>
-<li>GARCHI, <a href="#Page_58">58</a>.</li>
-<li>GARDES ROYALES (Compagnie des), <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-<li>GARRIC, acteur, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_372">372</a>.</li>
-<li>GASTALDI, envoy de Gnes en Angleterre, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_367">367</a>.</li>
-<li>GAUTIER, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_366">366</a>, <a href="#Page_367">367</a>.</li>
-<li>GAVI, consul de Gnes Livourne, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li>
-<li>GENTILE (Major), <a href="#Page_10">10</a>.</li>
-<li>GEORGE I<sup>er</sup>, roi d'Angleterre, <a href="#Page_22">22</a>.</li>
-<li>GEORGE II, roi d'Angleterre, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_375">375</a>.</li>
-<li>GHISONI, arr. de Corte, cant. de Vezzani, <a href="#Page_83">83</a>.</li>
-<li>GIAFFERI (Louis), <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_97">97</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_170">170</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_436"> 436</a></span></div></li>
-<li>GIANNETTI (Les frres), <a href="#Page_275">275</a>.</li>
-<li>GIAPPICONI, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_97">97</a>.</li>
-<li>&mdash; (Marc-Antoine), <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>.</li>
-<li>GIBRALTAR, <a href="#Page_153">153</a>.</li>
-<li>GINESTRA (Pre), <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_252">252</a>.</li>
-<li>&mdash; (Sauveur), <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_252">252</a>.</li>
-<li>GIORDANI, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-<li>GIOVANNAL (Les), secte corse, <a href="#Page_119">119</a>.</li>
-<li>GIOVANNI della GROSSA, chroniqueur corse, <a href="#Page_3">3</a>.</li>
-<li>GIUDICELLI, <a href="#Page_113">113</a>.</li>
-<li>GIULANI (Jean-Thomas), <a href="#Page_170">170</a>.</li>
-<li>GIULIO (Francesco), <a href="#Page_88">88</a>.</li>
-<li>GOERTZ (Baron de), ministre de Charles XII de Sude, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li>
-<li>GOLDWORTHY, consul d'Angleterre Livourne, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>.</li>
-<li>GOLO (Rivire), Corse, <a href="#Page_214">214</a>.</li>
-<li>GOLOWKIN, ministre de Russie La Haye, <a href="#Page_139">139</a>.</li>
-<li>GOM-DELAGRANGE, conseiller au parlement de Metz, beau-frre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-<li>GORGONA (le), dans la Mditerrane, <a href="#Page_155">155</a>.</li>
-<li>GORZEGNO (Marquis de), ministre de Charles-Emmanuel III, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</li>
-<li><i>Grand-Christophe</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>.</li>
-<li>GRAND-TURC, <a href="#Page_254">254</a>.</li>
-<li>GREGORIO, de Livourne, <a href="#Page_106">106</a>.</li>
-<li>GRIMALDI (Ansaldo), <a href="#Page_296">296</a>.</li>
-<li>&mdash; (Augustin), <a href="#Page_168">168</a>.</li>
-<li>&mdash; (Franois-Marie), <a href="#Page_246">246</a>.</li>
-<li>&mdash; (Marquis), envoy de Gnes Naples, <a href="#Page_162">162</a>.</li>
-<li>GROEBEN (Louis de), capitaine prussien, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li>
-<li>GUAGNO, arr. d'Ajaccio, cant. de Soccia, <a href="#Page_193">193</a>.</li>
-<li>GUASTALLA, prov. de Reggio-Emilia, chef-l. de circond., <a href="#Page_252">252</a>.</li>
-<li>GUERNESEY, le anglaise de la Manche, <a href="#Page_141">141</a>.</li>
-<li>GUICCIARDI, envoy imprial Gnes, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li>
-<li>GUILLAUME, lieutenant rform, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li>
-<li>GYLLENBORG (Comte de), ministre de Sude Londres, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">H</p>
-<ul>
-<li>HAM, <a href="#Page_132">132</a>.</li>
-<li>HAMBOURG, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_347">347</a>.</li>
-<li>HANBURY WILLIAMS (Sir), <a href="#Page_360">360</a>.</li>
-<li>HANOVRE, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-<li>HARRINGTON (Milord), <a href="#Page_321">321</a>.</li>
-<li>HEE KERHOET (Jonas), capitaine de navire, <a href="#Page_152">152</a>.</li>
-<li>HELDER (Le), ville de la Hollande septentrionale, <a href="#Page_141">141</a>.</li>
-<li>HRAULT, lieutenant gnral de police, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-<li>HOGARTH, graveur anglais, <a href="#Page_363">363</a>.</li>
-<li>HOLLANDE, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_107">107</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_177">177</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_220">220</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_349">349</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_378">378</a>, <a href="#Page_388">388</a>.</li>
-<li>HOLSTEIN, province de l'Allemagne du Nord, <a href="#Page_263">263</a>.</li>
-<li>HOOPER (S.), libraire Londres, <a href="#Page_384">384</a>.</li>
-<li>HOP, ministre des Pays-Bas Londres, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_361">361</a>.</li>
-<li>HUIGENS, de Cologne, banquier Livourne, <a href="#Page_106">106</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">I</p>
-<ul>
-<li>ILARIO, chanoine de Guagno, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-<li>LE ROUSSE, arr. de Calvi, chef-l. de cant, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li>
-<li>INDES (Les), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>ITALIE, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_355">355</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_437"> 437</a></span></div></li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">J</p>
-<ul>
-<li>JABACH (Everhard), banquier Paris, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-<li>&mdash; (Franois-Antoine), banquier Livourne, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-<li>&mdash; (Jean-Engelbert), chanoine capitulaire Cologne, <a href="#Page_31">31</a>.</li>
-<li>&mdash; (Michel), <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-<li><i>Jacob-et-Christine</i>, navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_196">196</a>.</li>
-<li>JAPON, <a href="#Page_42">42</a>.</li>
-<li>JAUSSIN, apothicaire de l'expdition franaise en Corse, <a href="#Page_180">180</a>.</li>
-<li>JEAN II, dit le bon, roi de France, <a href="#Page_371">371</a>.</li>
-<li><i>Jesus-Maria-Joseph, l'anime del purgatorio</i>, pinque, <a href="#Page_190">190</a>.</li>
-<li>JONVILLE, envoy de France Gnes, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_279">279</a>.</li>
-<li>JOSEPH II, empereur d'Autriche, <a href="#Page_381">381</a>.</li>
-<li>JOSEPH (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_243">243</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">K</p>
-<ul>
-<li>KEELMANN (Pierre), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>.</li>
-<li>KEL MORENE, <a href="#Page_195">195</a>.</li>
-<li>KERMOYSAN (Chevalier E), <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-<li>KEVERBERG (GIRAUD dit), <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</li>
-<li>KILMALLOCK (Lord), <a href="#Page_23">23</a>.</li>
-<li>KRAAM, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>KYRIE ELEISON (Rocher du), Corse, arr. de Corte, cant. de Vezzani, c<sup>ne</sup> de Ghisoni, <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">L</p>
-<ul>
-<li>LAGE (Chevalier de), capitaine de navire, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li>
-<li>LA HAYE, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</li>
-<li>LA MARCK (Comte de), <a href="#Page_62">62</a>.</li>
-<li>LA MARCK (Rgiment de), <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_104">104</a>.</li>
-<li>LANFRANCHI, banquier gnois, <a href="#Page_11">11</a>.</li>
-<li>LANGERAK (Jean-Arn), libraire Leyde, <a href="#Page_388">388</a>.</li>
-<li>LANGUEDOC, <a href="#Page_131">131</a>.</li>
-<li>LANSBERG, reprsentant des tats-Gnraux Cologne, <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-<li>LARNAGE (de), brigadier et lieut.-colonel du rgiment de Montmorency, <a href="#Page_215">215</a>.</li>
-<li>LASNE (Michel), graveur, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-<li>LA VILARSELLE (de), commandant de barque, <a href="#Page_213">213</a>.</li>
-<li>LAW, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>.</li>
-<li>LEAR (Le roi), <a href="#Page_370">370</a>.</li>
-<li><i>Lgre</i> (<i>La</i>), barque, <a href="#Page_213">213</a>.</li>
-<li>LENTO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, <a href="#Page_214">214</a>.</li>
-<li>LEONESSA (Anne-Marie della), religieuse, <a href="#Page_200">200</a>.</li>
-<li>LEVIE, arr. de Sartne, chef-l. de cant., <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li>LVIS-MIREPOIX, ambassadeur de France Londres, <a href="#Page_361">361</a>.</li>
-<li>LEYDE (Hollande mridionale), <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</li>
-<li>LIPARI (les), sur la cte septentrionale de la Sicile, <a href="#Page_161">161</a>.</li>
-<li>LIPPE (La), en Westphalie, <a href="#Page_262">262</a>.</li>
-<li>LISBONNE, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_438"> 438</a></span></div></li>
-<li>LIVOURNE, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_155">155</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_264">264</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_274">274</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li>
-<li>LOMBARDIE, <a href="#Page_8">8</a>.</li>
-<li>LONDRES, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_69">69</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_361">361</a>, <a href="#Page_362">362</a>, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_367">367</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_377">377</a>, <a href="#Page_383">383</a>, <a href="#Page_384">384</a>, <a href="#Page_386">386</a>, <a href="#Page_387">387</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li>LORENZI (Comte), envoy de France Florence, <a href="#Page_68">68</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li>
-<li>LORRAINE (Franois de), <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Page_380">380</a>.</li>
-<li>LORRAINE (Maison de), <a href="#Page_251">251</a>.</li>
-<li>LOUIS XIV, roi de France, <a href="#Page_364">364</a>, <a href="#Page_370">370</a>.</li>
-<li>LOUIS XV, roi de France, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_194">194</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_260">260</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_366">366</a>.</li>
-<li>LOUKISSEN (Abraham), <a href="#Page_160">160</a>.</li>
-<li>LUCA, <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li>LUCCIONI, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_99">99</a>.</li>
-<li>LUCQUES, <a href="#Page_124">124</a>.</li>
-<li>LUDIK (Capitaine), <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>LUDOVICI (Jean), <a href="#Page_239">239</a>.</li>
-<li>LUSINCHI, <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li>LUXEMBOURG (Le), <a href="#Page_173">173</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">M</p>
-<ul>
-<li>MADRID, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_248">248</a>.</li>
-<li>MAILLEBOIS (Marquis de), commandant en chef des troupes franaises en Corse, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_255">255</a>.</li>
-<li>MAINTENON (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>MALAGA, <a href="#Page_182">182</a>.</li>
-<li>MALATO (Roch), patron de barque, <a href="#Page_190">190</a>.</li>
-<li>MALTE (le de), <a href="#Page_19">19</a>.</li>
-<li>MANETTI (Casa), Florence, <a href="#Page_267">267</a>.</li>
-<li>MANN (Horace), ministre d'Angleterre Florence, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_283">283</a>, <a href="#Page_285">285</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_322">322</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_341">341</a>, <a href="#Page_343">343</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_379">379</a>.</li>
-<li>MARCH (Lord), <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_368">368</a>.</li>
-<li>MARCHELLI, colonel gnois, <a href="#Page_102">102</a>.</li>
-<li>MARCK (Comt de), Westphalie, <a href="#Page_15">15</a>.</li>
-<li>MARI, vque d'Alria, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_52">52</a>.</li>
-<li>&mdash; gouverneur gnois en Corse, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>.</li>
-<li>&mdash; (de), ambassadeur de Gnes Venise, <a href="#Page_296">296</a>.</li>
-<li>&mdash; (J.-B. de), envoy de Gnes Turin, <a href="#Page_106">106</a>.</li>
-<li>&mdash;(Laurent de), <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-<li>MARIANI (Dominique), <a href="#Page_287">287</a>, <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-<li>MARIANNE, <a href="#Page_18">18</a>.</li>
-<li>MARIE-THRSE, impratrice, reine de Hongrie, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</li>
-<li>MARNEAU, commis des douanes Metz, beau-pre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_62">62</a>.</li>
-<li>MAROC, <a href="#Page_38">38</a>.</li>
-<li>MARSA, environs d'Oran, <a href="#Page_150">150</a>.</li>
-<li>MARSEILLE, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_131">131</a>.</li>
-<li>MARTIGUES (Les), Bouches-du-Rhne, arr. d'Aix, <a href="#Page_185">185</a>.</li>
-<li>MARTINETTI (Vincent), consul de Fiumorbo, <a href="#Page_208">208</a>.</li>
-<li>MASSA (Province de), <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>&mdash; chef-l. de la prov. de Massa e Carrara, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-<li>MASSON (Frdric), <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li>MATRA, arr. de Corte, cant. de Moita, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_93">93</a>.</li>
-<li>MATRA (Xavier, marquis de), <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_83">83</a>, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_175">175</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_329">329</a>.</li>
-<li>&mdash; (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_46">46</a>.</li>
-<li>MATTEO d'ORTIPORIO (Don), cur de Rostino, <a href="#Page_84">84</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_89">89</a>.</li>
-<li>MATTHEWS (Amiral), commandant en chef des forces anglaises dans la Mditerrane, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_282">282</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_310">310</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_439"> 439</a></span></div></li>
-<li>MAUREPAS (Comte de), ministre de la marine, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_342">342</a>.</li>
-<li>MDICIS (Jean-Gaston), grand-duc de Toscane, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>.</li>
-<li>&mdash; (Octavien de), <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>MELA, <a href="#Page_123">123</a>.</li>
-<li>METZ, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_224">224</a>.</li>
-<li>MILAN, <a href="#Page_287">287</a>.</li>
-<li>MILLS, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>Milton, <a href="#Page_370">370</a>.</li>
-<li>MODANAIS (Le), province d'Italie, <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-<li>MODENE (Duch de), <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>MONACO, <a href="#Page_248">248</a>.</li>
-<li>MONGIARDINO, consul de Gnes Cagliari, <a href="#Page_184">184</a>.</li>
-<li>MONTALGRE (Marquis DE), ministre du roi des Deux-Siciles, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_204">204</a>.</li>
-<li>MONTE-CRISTO, le de la Mditerrane, <a href="#Page_161">161</a>.</li>
-<li>MONTE-CRISTO, turc de la suite de Thodore, <a href="#Page_44">44</a>.</li>
-<li>MONTE-MAGGIORE, arr. de Calvi, cant. de Calenzana, <a href="#Page_95">95</a>.</li>
-<li>MONTICELLO, arr. de Calvi, cant. de l'le Rousse, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_274">274</a>.</li>
-<li>MONZA (tienne), <a href="#Page_288">288</a>.</li>
-<li>MOUVET, moine du Brabant, professeur de droit l'Universit de Leyde, <a href="#Page_347">347</a>, <a href="#Page_348">348</a>, <a href="#Page_350">350</a>, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_356">356</a>.</li>
-<li>MUNICHAUSEN, ministre de Hanovre Londres, <a href="#Page_357">357</a>.</li>
-<li>MUNSTER, en Westphalie, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_18">18</a>.</li>
-<li>MURCIA (Murzo), arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, <a href="#Page_192">192</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">N</p>
-<ul>
-<li>NAPOLON (Bonaparte), <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_6">6</a>, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li>NAPOLEONI, cur, <a href="#Page_186">186</a>.</li>
-<li>NAPLES, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_272">272</a>.</li>
-<li>NAYSSEN, capitaine au rgiment de La Marck, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>.</li>
-<li>NEBBIO, province de Corse, <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a>.</li>
-<li>NEGRO (Del), <a href="#Page_176">176</a>.</li>
-<li>NEUFVILLE, ngociant, <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-<li>NEUHOFF (Antoine de), <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_16">16</a>.</li>
-<li>NEUHOFF (lisabeth de). V. Trvoux (Comtesse DE).</li>
-<li>&mdash; (Frdric de), neveu de Thodore, colonel, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_262">262</a>.</li>
-<li>&mdash; (Frdric, baron de), neveu de Thodore de Neuhoff, seigneur de Rauschenburg, <a href="#Page_207">207</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_211">211</a>, <a href="#Page_212">212</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_262">262</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li>
-<li>NEWCASTLE (Duc de), <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_279">279</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_331">331</a>, <a href="#Page_332">332</a> <a href="#Page_342">342</a> <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</li>
-<li>NICE, <a href="#Page_136">136</a>.</li>
-</ul>
-
-
-<p class="alphabet">O</p>
-<ul>
-<li>OLMETTA (Sauveur), docteur, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_289">289</a>.</li>
-<li>ORAN (Algrie), <a href="#Page_148">148</a>, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_151">151</a>, <a href="#Page_155">155</a>.</li>
-<li>ORANGE (Prince d'), <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li>
-<li>OREZZA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_93">93</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_101">101</a>.</li>
-<li>ORLANS (Duc d'), rgent de France, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>ORLANS (Duchesse D'), princesse palatine, <a href="#Page_18">18</a>, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>ORMEA (Marquis d'), ministre de Charles-Emmanuel III, <a href="#Page_278">278</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_319">319</a>.</li>
-<li>ORMOND (Duc d'), <a href="#Page_23">23</a>.</li>
-<li>ORNANI (Paul-Franois d'), <a href="#Page_208">208</a>.</li>
-<li>ORNANO (Luc), gnral corse, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_332">332</a>.</li>
-<li>ORSINI (Comte), <a href="#Page_234">234</a>.</li>
-<li>&mdash; (Emmanuel), <a href="#Page_391">391</a>.</li>
-<li>ORTICONI (Chanoine), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li>
-<li>ORTOLI, capitaine corse, <a href="#Page_74">74</a>.</li>
-<li>OSTENDE (Belgique), <a href="#Page_221">221</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_440"> 440</a></span></div></li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">P</p>
-<ul>
-<li>PADUELLA (Tour de), Corse, <a href="#Page_96">96</a>.</li>
-<li>PAGET, consul de France Cagliari, <a href="#Page_184">184</a>.</li>
-<li>PAISIELLO, compositeur, <a href="#Page_380">380</a>.</li>
-<li>PANZANI, <a href="#Page_45">45</a>.</li>
-<li>PAOLI (Hyacinthe), <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_45">45</a>, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_47">47</a>, <a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_54">54</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_75">75</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_95">95</a>, <a href="#Page_98">98</a>, <a href="#Page_117">117</a>, <a href="#Page_129">129</a>, <a href="#Page_136">136</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li>
-<li>&mdash; (Pascal), <a href="#Page_387">387</a>.</li>
-<li>&mdash; (Paul-Marie), <a href="#Page_170">170</a>.</li>
-<li>PARDAILLAN (Comte de), chef d'escadre de l'expdition franaise, <a href="#Page_171">171</a>.</li>
-<li>PARIS, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_30">30</a>, <a href="#Page_31">31</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_239">239</a>.</li>
-<li>PARIS (Joseph), cuisinier, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_150">150</a>.</li>
-<li>PASQUINO (Giovanni), <a href="#Page_55">55</a>.</li>
-<li>PATRONE (Francesco), <a href="#Page_39">39</a>.</li>
-<li>PAUL (Pre), moine, <a href="#Page_350">350</a>.</li>
-<li>PAUPIE (Pierre), libraire La Haye, <a href="#Page_41">41</a>.</li>
-<li>PAYS-BAS, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_351">351</a>.</li>
-<li>PELOUX, commissaire ordonnateur des guerres en Corse, <a href="#Page_169">169</a>.</li>
-<li>PELLEGRINO (Mont), Italie, <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-<li>PERESEN (Adolphe), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>.</li>
-<li>PERELLI, conseiller du roi des Deux-Siciles, <a href="#Page_201">201</a>.</li>
-<li>PERETTI (Comte Zenobio), <a href="#Page_208">208</a>.</li>
-<li>PERIALE, <a href="#Page_74">74</a>.</li>
-<li>PESCIA, prov. et circond. de Lucques, <a href="#Page_124">124</a>.</li>
-<li>PETRIGNANI (Hyacinthe), <a href="#Page_99">99</a>.</li>
-<li>PHILIPPE V, roi d'Espagne, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_134">134</a>.</li>
-<li>PHILIPPE (Don), infant d'Espagne, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_303">303</a>.</li>
-<li>PIAZZOLE (Les), arr. de Corte, cant. de Piedicroce, <a href="#Page_99">99</a>.</li>
-<li>PIC de la MIRANDOLE, <a href="#Page_296">296</a>.</li>
-<li>PIERRE I<sup>er</sup>, tzar de Russie, <a href="#Page_22">22</a>.</li>
-<li>PIGNEROL, prov. de Turin, chef-l. de circond., <a href="#Page_104">104</a>.</li>
-<li>PIGNON, envoy franais Livourne et en Corse, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_175">175</a>.</li>
-<li>PISARELLO, <a href="#Page_145">145</a>.</li>
-<li>PISE, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_272">272</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>PISTOIA, prov. de Florence, chef-l. de circond., <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>PLUTARQUE, <a href="#Page_17">17</a>.</li>
-<li>POGGI (Comte), <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>PONTREMOLI, prov. de Massa e Carrara, chef-l. de circond., <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-<li>PORTLAND (Duc de), homme d'tat anglais, <a href="#Page_374">374</a>.</li>
-<li>PORT-MAHON, capitale de l'le de Minorque, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_298">298</a>.</li>
-<li>PORTO-FERRAIO, capitale de l'le d'Elbe, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_340">340</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>PORTO-VECCHIO, arr. de Sartne, chef-l. de cant., <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_77">77</a>, <a href="#Page_78">78</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li>
-<li>PORTUGAL, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_144">144</a>.</li>
-<li><i>Preterod</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_184">184</a>, <a href="#Page_185">185</a>.</li>
-<li>PRESBOURG, en Hongrie, <a href="#Page_250">250</a>, <a href="#Page_251">251</a>.</li>
-<li>PROCIDA (le), Italie, <a href="#Page_195">195</a>.</li>
-<li>PROVENCE, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-<li>PRUSSE, <a href="#Page_178">178</a>.</li>
-<li>PUISIEUX (Marquis de), ambassadeur de France Naples, puis ministre des affaires trangres, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_163">163</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_204">204</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_365">365</a>, <a href="#Page_367">367</a>.</li>
-<li>PUNCIANI (Abb), aumnier du couvent des Saints-Dominique et Sixte, Rome, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">Q</p>
-<ul>
-<li>QUENZA, arr. de Sartne, cant. de Serradi-Scopamene, <a href="#Page_216">216</a>.</li>
-<li>QUILICO (Fascianello), <a href="#Page_39">39</a>.</li>
-<li>QUIRINAL (Mont), Rome, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_441"> 441</a></span></div></li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">R</p>
-<ul>
-<li>RADEMACKER, trsorier du prince d'Orange, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-<li>RADICONDOLI, prov. et circond. de Sienne, <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>RAFFAELLI (Marquis), <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>.</li>
-<li>&mdash; (Simon), auditeur, <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_32">32</a>.</li>
-<li>RAKOCZY (Franois), prince de Transylvanie, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>RATHSAMHAUSEN (M<sup>me</sup> de), <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>REGNARD, <a href="#Page_268">268</a>.</li>
-<li><i>Re Teodoro</i> (<i>Il</i>), opra hroco-comique, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_381">381</a>.</li>
-<li>REUSSE (Jean-Gottlieb), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li><i>Revenger</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>, <a href="#Page_273">273</a>, <a href="#Page_313">313</a>.</li>
-<li>RHIN (Le), fleuve, <a href="#Page_173">173</a>.</li>
-<li>RICHARD (Denis), <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_143">143</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href="#Page_154">154</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_157">157</a>, <a href="#Page_158">158</a>, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_166">166</a>.</li>
-<li>RICHECOURT, vice-prsident du conseil de rgence de Toscane, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_266">266</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>RICHELIEU (Cardinal de), <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>RICHMOND (Angleterre), <a href="#Page_383">383</a>.</li>
-<li>RIESENBERG, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_190">190</a>, <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_195">195</a>.</li>
-<li>RIPPERDA (Duc de), ministre en Espagne, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-<li>RIVAROLA, gouverneur gnois en Corse, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_58">58</a>, <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_136">136</a>.</li>
-<li>RIVAROLA (Marquis de), vice-roi de Sardaigne, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_184">184</a>.</li>
-<li>&mdash; (Dominique), <a href="#Page_35">35</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_166">166</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_205">205</a>, <a href="#Page_206">206</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_325">325</a>, <a href="#Page_326">326</a>, <a href="#Page_327">327</a>, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_330">330</a>, <a href="#Page_332">332</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>RIVERA (Comte), envoy sarde Gnes, <a href="#Page_63">63</a>.</li>
-<li>RIVIRE du Ponent, <a href="#Page_110">110</a>.</li>
-<li>ROBERTI (Giuseppe), <a href="#Page_320">320</a>.</li>
-<li>ROCCA (La), province de Corse, <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li><i>Roi Lear</i>, tragdie, <a href="#Page_371">371</a>.</li>
-<li>ROOS (Cornelius), capitaine de navire, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_200">200</a>.</li>
-<li>ROMBERG (Baron tienne), nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_234">234</a>.</li>
-<li>ROME, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_234">234</a>, <a href="#Page_236">236</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_346">346</a>, <a href="#Page_356">356</a>.</li>
-<li>ROSS (Anselme), <a href="#Page_387">387</a>.</li>
-<li>ROSSICIO (Pont de), Corse, <a href="#Page_97">97</a>.</li>
-<li>ROSTINI, chroniqueur corse, <a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_78">78</a>.</li>
-<li>ROSTINO, arr. de Corte, cant. de Morosaglia, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href="#Page_93">93</a>.</li>
-<li>ROUEN, <a href="#Page_131">131</a>.</li>
-<li>ROWLEY (Amiral), <a href="#Page_321">321</a>.</li>
-<li>RUFFINO, frre franciscain, <a href="#Page_33">33</a>, <a href="#Page_34">34</a>, <a href="#Page_35">35</a>.</li>
-<li>RUNSWEIG, <a href="#Page_190">190</a>.</li>
-<li>RUSSIE, <a href="#Page_22">22</a>, <a href="#Page_139">139</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">S</p>
-<ul>
-<li>SABRAN (de), chevalier de Malte, commandant de frgate, <a href="#Page_144">144</a>.</li>
-<li>SADE (Comte de), envoy de France Cologne, <a href="#Page_228">228</a>.</li>
-<li>SAGONE, arr. d'Ajaccio, cant. de Vico, <a href="#Page_191">191</a>.</li>
-<li>SAINT-AIGNAN (Duc de), ambassadeur de France Rome, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_246">246</a>.</li>
-<li><i>Saint-Antoine</i> (<i>Le</i>), tartane, <a href="#Page_185">185</a>.</li>
-<li>SAINT-CHARLES (Chteau), Oran, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</li>
-<li>SAINTS-DOMINIQUE ET SIXTE (Couvent des), Rome, <a href="#Page_29">29</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_233">233</a>, <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_247">247</a>.</li>
-<li>SAINT-FLORENT, arr. de Bastia, chef-l. de cant., <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_96">96</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li>
-<li>SAINT-FRANOIS (Couvent de), aujourd'hui petit sminaire de Corte, <a href="#Page_97">97</a>.</li>
-<li>SAINT-GEORGES (Jacques-Franois-douard Stuart, chevalier de), <a href="#Page_42">42</a>.</li>
-<li>SAINT-GEORGES (Maison de), banque Gnes, <a href="#Page_3">3</a>, <a href="#Page_8">8</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_442"> 442</a></span></div></li>
-<li>SAINT-GILL (Marquis de), ministre d'Espagne La Haye, <a href="#Page_134">134</a>, <a href="#Page_137">137</a>.</li>
-<li><i>Saint-Isidore</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_275">275</a>, <a href="#Page_276">276</a>, <a href="#Page_277">277</a>.</li>
-<li>SAINT-JACQUES (Chteau), Oran, <a href="#Page_149">149</a>.</li>
-<li>SAINT-JEAN DE LATRAN, Rome, <a href="#Page_233">233</a>.</li>
-<li>SAINT-JOSEPH, poste prs de Bastia, <a href="#Page_75">75</a>.</li>
-<li>SAINT-LAURENT (Comte de), <a href="#Page_320">320</a>.</li>
-<li>SAINT-MARTIN (Chevalier) (Bigou), <a href="#Page_239">239</a>, <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>, <a href="#Page_242">242</a>, <a href="#Page_243">243</a>, <a href="#Page_244">244</a>, <a href="#Page_245">245</a>, <a href="#Page_246">246</a>, <a href="#Page_247">247</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_361">361</a>.</li>
-<li>&mdash; (M<sup>me</sup>), <a href="#Page_240">240</a>, <a href="#Page_241">241</a>.</li>
-<li>SAINT-TROPEZ, arr. de Draguignan, chef-l. de cant., <a href="#Page_120">120</a>.</li>
-<li>SAINTE-ANNE, glise Londres, <a href="#Page_379">379</a>, <a href="#Page_380">380</a>.</li>
-<li>SAINTE-CATHERINE (Baie), Lisbonne, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_145">145</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_147">147</a>.</li>
-<li>SAINTE-MARIE D'ORNANO (Sainte-Marie-Sich), arr. d'Ajaccio, chef-l. de cant., <a href="#Page_94">94</a>, <a href="#Page_208">208</a>.</li>
-<li>SAINTE-MARIE MAJEURE (Couvent de), Florence, <a href="#Page_290">290</a>.</li>
-<li>SALIS (Baron de), <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_319">319</a>.</li>
-<li><i>Salisbury</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_269">269</a>.</li>
-<li>SALUZZI (vque), <a href="#Page_84">84</a>.</li>
-<li>SALVETTI, <a href="#Page_103">103</a>.</li>
-<li>SALVINI (Grgoire), agent des Corses, <a href="#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a>, <a href="#Page_170">170</a>, <a href="#Page_173">173</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_210">210</a>, <a href="#Page_237">237</a>, <a href="#Page_271">271</a>.</li>
-<li>SALWEY, <a href="#Page_321">321</a>, <a href="#Page_322">322</a>.</li>
-<li>SAMPIERO, <a href="#Page_8">8</a>.</li>
-<li>SAN CRISTOFANO, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_296">296</a>.</li>
-<li>SAN PELLEGRINO, fort gnois en Corse, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href="#Page_57">57</a>, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_74">74</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href="#Page_82">82</a>, <a href="#Page_86">86</a>, <a href="#Page_96">96</a>.</li>
-<li>SANTA-REPARATA, arr. de Calvi, cant. de l'le Rousse, <a href="#Page_271">271</a>.</li>
-<li>SANTINI (Dominique), <a href="#Page_312">312</a>.</li>
-<li>SARDAIGNE, <a href="#Page_152">152</a>, <a href="#Page_189">189</a>, <a href="#Page_325">325</a>.</li>
-<li>SARRI (Paul-Franois), capitaine corse au service du Pimont, <a href="#Page_319">319</a>.</li>
-<li>SARSFIELD (Lady), baronne de Neuhoff, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_24">24</a>, <a href="#Page_383">383</a>.</li>
-<li>SARTNE, chef-l. d'arr., <a href="#Page_112">112</a>, <a href="#Page_113">113</a>, <a href="#Page_119">119</a>.</li>
-<li>SARTORIO, <a href="#Page_290">290</a>.</li>
-<li>SARZANA, prov. de Gnes, circond. de la Spezia, <a href="#Page_295">295</a>.</li>
-<li>SAVOIE (Htel de), Londres, <a href="#Page_371">371</a>.</li>
-<li>SAVOIE (Prince Eugne de), <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_248">248</a>, <a href="#Page_251">251</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li>
-<li>SAVONE, prov. de Gnes, chef-l. de circond., <a href="#Page_11">11</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_176">176</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>SCADEN (Allemagne), <a href="#Page_225">225</a>.</li>
-<li>SCHAUB (Le Chevalier), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_359">359</a>.</li>
-<li>&mdash; (Lady), <a href="#Page_358">358</a>, <a href="#Page_360">360</a>.</li>
-<li>SCHIETTO, <a href="#Page_97">97</a>.</li>
-<li>SCHMERLING, ministre imprial en France, <a href="#Page_169">169</a>.</li>
-<li>SCHMETAW (Comte de), lieutenant du prince de Wurtemberg, <a href="#Page_9">9</a>.</li>
-<li>SESTRI, prov. et circond. de Gnes, <a href="#Page_107">107</a>.</li>
-<li>SHAKESPEARE, <a href="#Page_368">368</a>, <a href="#Page_370">370</a>.</li>
-<li>SICILE, <a href="#Page_235">235</a>.</li>
-<li>SIENNE, <a href="#Page_301">301</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_318">318</a>, <a href="#Page_323">323</a>.</li>
-<li>SINIBALDI (Jean-Baptiste), <a href="#Page_136">136</a>.</li>
-<li>SLEIN (Baron), <a href="#Page_260">260</a>.</li>
-<li>SMYRNE (Turquie d'Asie), <a href="#Page_71">71</a>, <a href="#Page_199">199</a>.</li>
-<li>SOLARO, arr. de Corte, cant. de Prunelli-di-Fiumorbo, <a href="#Page_120">120</a>.</li>
-<li>SOLENZARA, arr. de Sartne, cant. de Porto-Vecchio, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_120">120</a>.</li>
-<li>SORBA, ministre de Gnes en France, <a href="#Page_41">41</a>, <a href="#Page_104">104</a>, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_124">124</a>, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_219">219</a>, <a href="#Page_221">221</a>, <a href="#Page_222">222</a>, <a href="#Page_223">223</a>.</li>
-<li>SORRACO, arr. de Sartne, <a href="#Page_186">186</a>, <a href="#Page_195">195</a>.</li>
-<li>SPEZIA (La), prov. de Gnes, chef-l. de circond., <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_306">306</a>.</li>
-<li>SPINOLA (Marquis), envoy de Gnes Naples, <a href="#Page_205">205</a>.</li>
-<li>SPITZLAER, <a href="#Page_228">228</a>, <a href="#Page_229">229</a>.</li>
-<li>SPLENTER, <a href="#Page_159">159</a>.</li>
-<li>SPORCHEN (Baron), envoy extraordinaire du roi d'Angleterre en qualit d'lecteur de Hanovre, auprs des tats Gnraux, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>.</li>
-<li>STANHOPE (Lady Lucy), <a href="#Page_280">280</a>.</li>
-<li>STAZZONA, arr. de Corte, cant. de Piedicroce, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_100">100</a>.</li>
-<li>STEIN (Baron), nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_357">357</a>, <a href="#Page_358">358</a>.</li>
-<li>STOCKHOLM, <a href="#Page_152">152</a>.</li>
-<li>STOS (Baron de), <a href="#Page_234">234</a>.</li>
-<li>STUART (Le prtendant), <a href="#Page_267">267</a>. Voir Saint Georges (Chevalier de).</li>
-<li>SUDE, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_22">22</a>.</li>
-<li>SUZINI (Ange-Brando), <a href="#Page_330">330</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_443"> 443</a></span></div></li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">T</p>
-<ul>
-<li>TADEI (Valentin), <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_242">242</a>.</li>
-<li>TAINE, <a href="#Page_15">15</a>.</li>
-<li>TAMBIN (Le Pre), jsuite, <a href="#Page_168">168</a>.</li>
-<li>TANGER (Maroc), <a href="#Page_105">105</a>.</li>
-<li>TASSO (Martin), <a href="#Page_94">94</a>.</li>
-<li>TAVAGNA (Couvent de), arr. de Bastia, <a href="#Page_88">88</a>, <a href="#Page_92">92</a>.</li>
-<li>TARAVO (Rivire), Corse, <a href="#Page_214">214</a>.</li>
-<li>TELLANO, <a href="#Page_131">131</a>.</li>
-<li>TERRAZZANO, prov. et circond. de Milan, <a href="#Page_315">315</a>.</li>
-<li>TESS (Marchal de), <a href="#Page_248">248</a>.</li>
-<li>TESTORI (Charles), <a href="#Page_314">314</a>.</li>
-<li>TEXEL (Le), le de la mer du Nord, <a href="#Page_140">140</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>, <a href="#Page_182">182</a>.</li>
-<li>TOSCANE, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_254">254</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_277">277</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_339">339</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_348">348</a>.</li>
-<li>TOULON, chef-l. d'arr., <a href="#Page_195">195</a>, <a href="#Page_206">206</a>.</li>
-<li>TOUSSAINT, <a href="#Page_249">249</a>.</li>
-<li>TOWNSHEND (Amiral), <a href="#Page_328">328</a>.</li>
-<li>TRVOUX (Comte de), beau-frre de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>&mdash; (Comtesse de, s&oelig;ur de Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_16">16</a>, <a href="#Page_20">20</a>, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>.</li>
-<li>&mdash; (Fils), officier dans la compagnie des Gardes royales, <a href="#Page_105">105</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_224">224</a>.</li>
-<li>TRINITA (Pont della), Florence, <a href="#Page_267">267</a>.</li>
-<li>TROIS-VCHS, <a href="#Page_104">104</a>.</li>
-<li>TRONCHIN (Csar), <a href="#Page_138">138</a>.</li>
-<li>TUNIS, <a href="#Page_36">36</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href="#Page_44">44</a>, <a href="#Page_53">53</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href="#Page_225">225</a>, <a href="#Page_316">316</a>, <a href="#Page_317">317</a>, <a href="#Page_331">331</a>.</li>
-<li>TUNIS (Bey de), <a href="#Page_128">128</a>, <a href="#Page_254">254</a>.</li>
-<li>TUNISIE, <a href="#Page_66">66</a>.</li>
-<li>TURCATI DE CARCHETO (Les), <a href="#Page_99">99</a>.</li>
-<li>TURIN, <a href="#Page_26">26</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_130">130</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_229">229</a>, <a href="#Page_303">303</a>, <a href="#Page_304">304</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_308">308</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_311">311</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_313">313</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_319">319</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_336">336</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_338">338</a>.</li>
-<li>TURQUIE, <a href="#Page_124">124</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">U</p>
-<ul>
-<li>ULLOA, auditeur gnral de l'arme du roi des Deux-Siciles, <a href="#Page_201">201</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">V</p>
-<ul>
-<li>VACCARO, <a href="#Page_299">299</a>.</li>
-<li>VAGUE (Comte de la). Voir Beaujeu.</li>
-<li>VALEMBERG (Joseph), consul de Hollande Naples, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href="#Page_197">197</a>, <a href="#Page_198">198</a>, <a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_200">200</a>, <a href="#Page_201">201</a>, <a href="#Page_202">202</a>, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_238">238</a>, <a href="#Page_239">239</a>.</li>
-<li>VALLEJO (Marquis de), gouverneur gnral d'Oran, <a href="#Page_149">149</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</li>
-<li>VAN DOORN, <a href="#Page_160">160</a>.</li>
-<li>VAN DYCK, <a href="#Page_231">231</a>.</li>
-<li>VAN HAAGEN, nom pris par Thodore de Neuhoff, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_319">319</a>.</li>
-<li>VAN HOCHUM, <a href="#Page_133">133</a>, <a href="#Page_135">135</a>.</li>
-<li>VAN HOY, envoy de Hollande en France, <a href="#Page_203">203</a>, <a href="#Page_204">204</a>.</li>
-<li>VAN SIL, rsident de Hollande Lisbonne, <a href="#Page_144">144</a>, <a href="#Page_146">146</a>, <a href="#Page_164">164</a>.</li>
-<li>VARNESI (Luc-Antoine), abb, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_239">239</a>.</li>
-<li>VARNHAGEN, <a href="#Page_188">188</a>.</li>
-<li>VASTEL (Franois), matelot, <a href="#Page_182">182</a>, <a href="#Page_183">183</a>, <a href="#Page_185">185</a>, <a href="#Page_203">203</a>.</li>
-<li>VATER (Jean-Godofredus), <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_193">193</a>.</li>
-<li>&mdash; (Jean-Policarpe), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>&mdash; (Marie), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>VENISE, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_307">307</a>, <a href="#Page_315">315</a>, <a href="#Page_338">338</a>.</li>
-<li>&mdash; (Rpublique de), <a href="#Page_272">272</a>.</li>
-<li>VENZOLASCA, arr. de Bastia, cant. de Vescovato, <a href="#Page_72">72</a>, <a href="#Page_99">99</a>, <a href="#Page_103">103</a>, <a href="#Page_212">212</a>.</li>
-<li>VERDE (Canton de), Corse, <a href="#Page_112">112</a>.</li>
-<li><div><span class="pagenum"><a id="Page_444"> 444</a></span></div></li>
-<li>VRONE, <a href="#Page_307">307</a>.</li>
-<li>VERSAILLES, <a href="#Page_21">21</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_208">208</a>, <a href="#Page_223">223</a>, <a href="#Page_230">230</a>, <a href="#Page_263">263</a>.</li>
-<li>VESCOVATO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., <a href="#Page_10">10</a>, <a href="#Page_331">331</a>.</li>
-<li>VIALE (Augustin), inquisiteur d'tat, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_291">291</a>.</li>
-<li>&mdash; (Augustin), reprsentant de Gnes Florence, <a href="#Page_125">125</a>, <a href="#Page_126">126</a>, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_286">286</a>, <a href="#Page_288">288</a>, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>, <a href="#Page_291">291</a>, <a href="#Page_292">292</a>, <a href="#Page_293">293</a>, <a href="#Page_294">294</a>, <a href="#Page_295">295</a>, <a href="#Page_296">296</a>, <a href="#Page_297">297</a>, <a href="#Page_298">298</a>, <a href="#Page_333">333</a>.</li>
-<li>VICO, arr. d'Ajaccio, chef-l. de cant., <a href="#Page_191">191</a>, <a href="#Page_192">192</a>, <a href="#Page_193">193</a>, <a href="#Page_194">194</a>.</li>
-<li>VIENNE, capitale de l'Autriche, <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_249">249</a>, <a href="#Page_252">252</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_256">256</a>, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_335">335</a>, <a href="#Page_337">337</a>, <a href="#Page_338">338</a>, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>VIGANEGO, consul de Gnes Lisbonne, <a href="#Page_145">145</a>.</li>
-<li>VIGLIAWISCHI (Frdric). Voir Frdric (Colonel).</li>
-<li>VILLALONGA (Don Andr), gouverneur du chteau Saint-Charles Oran, <a href="#Page_150">150</a>.</li>
-<li>VILLAVECCHIA, ministre de Gnes La Haye, <a href="#Page_351">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_354">354</a>, <a href="#Page_355">355</a>, <a href="#Page_356">356</a>, <a href="#Page_357">357</a>.</li>
-<li>VILLEFRANCHE, arr. de Nice, chef-l. de cant., <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_302">302</a>.</li>
-<li>VILLETTES, ministre anglais Turin, <a href="#Page_284">284</a>, <a href="#Page_302">302</a>, <a href="#Page_305">305</a>, <a href="#Page_309">309</a>, <a href="#Page_310">310</a>, <a href="#Page_312">312</a>, <a href="#Page_314">314</a>, <a href="#Page_320">320</a>, <a href="#Page_324">324</a>, <a href="#Page_332">332</a>.</li>
-<li><i>VINCES</i> (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_269">269</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-<li>VINCHELSEA (Milord), <a href="#Page_321">321</a>.</li>
-<li>VOLNEY, <a href="#Page_6">6</a>.</li>
-<li>VOLTAIRE, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_5">5</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href="#Page_380">380</a>.</li>
-<li>VOLTERRA, prov. de Pise, chef-l. de circond., <a href="#Page_318">318</a>.</li>
-<li>VOORNE (le de), Pays-Bas, <a href="#Page_28">28</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">W</p>
-<ul>
-<li>WACHTENDONCK (Gnral baron de), <a href="#Page_8">8</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_13">13</a>, <a href="#Page_156">156</a>, <a href="#Page_171">171</a>, <a href="#Page_217">217</a>, <a href="#Page_235">235</a>, <a href="#Page_253">253</a>, <a href="#Page_255">255</a>, <a href="#Page_265">265</a>.</li>
-<li>WALPOLE (Horace), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_268">268</a>, <a href="#Page_280">280</a>, <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_360">360</a>, <a href="#Page_363">363</a>, <a href="#Page_368">368</a>, <a href="#Page_369">369</a>, <a href="#Page_370">370</a>, <a href="#Page_371">371</a>, <a href="#Page_372">372</a>, <a href="#Page_375">375</a>, <a href="#Page_376">376</a>, <a href="#Page_379">379</a>, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_390">390</a>.</li>
-<li>&mdash; (Robert), <a href="#Page_267">267</a>, <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-<li>&mdash; (Lady), <a href="#Page_281">281</a>.</li>
-<li>WENDT (de), cuyer de la duchesse d'Orlans, <a href="#Page_19">19</a>, <a href="#Page_20">20</a>.</li>
-<li>WESTMINSTER, <a href="#Page_384">384</a>.</li>
-<li>WESTPHALIE, prov. d'Allemagne, <a href="#Page_2">2</a>, <a href="#Page_15">15</a>, <a href="#Page_17">17</a>, <a href="#Page_23">23</a>, <a href="#Page_188">188</a>, <a href="#Page_342">342</a>, <a href="#Page_374">374</a>, <a href="#Page_375">375</a>.</li>
-<li>WICKMANNSHAUSEN (Capitaine), <a href="#Page_188">188</a>.</li>
-<li>WORT (Gaspard), <a href="#Page_179">179</a>, <a href="#Page_180">180</a>.</li>
-<li>WRIGHT, marchand d'huile Londres, <a href="#Page_378">378</a>.</li>
-<li>WURTEMBERG (Royaume de), <a href="#Page_179">179</a>.</li>
-<li>WURTEMBERG (Prince Louis de), <a href="#Page_9">9</a>, <a href="#Page_12">12</a>, <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_253">253</a>.</li>
-<li>WYK-AAN-ZE (Hollande), <a href="#Page_141">141</a>, <a href="#Page_142">142</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">Y</p>
-<ul>
-<li>YARMOUTH (Lady), <a href="#Page_281">281</a>, <a href="#Page_364">364</a>.</li>
-<li>YHARCE, <a href="#Page_341">341</a>.</li>
-<li>YONG-ROMBOUT (<i>Le</i>), navire, <a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_160">160</a>, <a href="#Page_161">161</a>, <a href="#Page_162">162</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href="#Page_181">181</a>, <a href="#Page_270">270</a>.</li>
-</ul>
-
-<p class="alphabet">Z</p>
-<ul>
-<li>ZLANDE, prov. des Pays-Bas, <a href="#Page_131">131</a>, <a href="#Page_163">163</a>.</li>
-<li>ZICAVO, prov. d'Ajaccio, chef-l. de cant., <a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_214">214</a>, <a href="#Page_215">215</a>, <a href="#Page_216">216</a>.</li>
-<li>ZINZENDORF (Comte de), chancelier de Charles VI, <a href="#Page_27">27</a>, <a href="#Page_248">248</a>.</li>
-</ul>
-
-<div><span class="pagenum"><a id="Page_445"> 445</a></span></div>
-
-<div class="chapter">
-<div class="footnotes">
-<h2 class="normal">NOTES:</h2>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> Numro du mois de janvier 1886.</p>
-
-<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Chronique de Giovanni della Grossa, publie par la Socit des Sciences historiques
-et naturelles de la Corse. Traduction de M. l'abb Letteron.&mdash;Bastia, 1888,
-<i>Histoire de la Corse</i>, t. I, p. 122.</p>
-
-<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> <i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci de Belgodre</i>, publis par la Socit
-des Sciences historiques et naturelles de la Corse, p. 4.&mdash;Bastia, 1882.</p>
-
-<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Pommereul, <i>Histoire de l'isle de Corse. Description abrge de l'le de
-Corse</i>, t. I, p. 92.&mdash;Berne, 1779.</p>
-
-<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 81.</p>
-
-<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Voltaire, t. XXV. <i>Prcis du sicle de Louis XV.</i>&mdash;De la Corse, ch. XL,
-p. 452.&mdash;Ed. de 1785.</p>
-
-<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Voir pour toute la priode qui suit la rvolution de 1729: <i>La Correspondance
-des agents de France Gnes avec le Ministre (ann. 1730 et suiv.)</i> tire des
-archives du Ministre des affaires trangres et publie par M. l'abb Letteron...
-Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse. Bastia, 1902.</p>
-
-<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 169.</p>
-</div>
-<div class="footnote">
-<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Abb de Germanes, <i>Histoire des Rvolutions de Corse</i>.&mdash;Pommereul,
-<i>op. cit.</i>, t. I, p. 167.&mdash;Cambiagi, <i>Istoria del Regno di Corsica</i>, t. III, p. 30.&mdash;<i>Histoire
-des Rvolutions de l'isle de Corse et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur
-le trne de cet tat</i> (Anonyme), p. 151.&mdash;<i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci.</i>&mdash;Accinelli,
-<i>Compendio delle storie di Genova</i>, t. II, p. 38.&mdash;Gnes, 1851.</p>
-<p><a id="Footnote_9-a" href="#FNanchor_9-a" class="label">[9-a]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 30.&mdash;<i>Histoire des Rvolutions de l'isle de
-Corse</i>, <i>op. cit.</i>, p. 151.</p>
-
-<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> La rpublique payait l'Empereur, pour ces troupes, 30,000 florins par mois et
-100 cus pour chaque homme mort, disparu ou dserteur.</p>
-
-<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 31.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 177.&mdash;Bonfiglio
-Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 27.</p>
-
-<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Accinelli, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 39.</p>
-
-<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 41.&mdash;Pommereul, <i>op cit.</i>, t. I, p. 182.&mdash;Bonfiglio
-Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 29.&mdash;De Germanes, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 184.&mdash;De Germanes, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 44.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 184.&mdash;De Germanes,
-<i>op. cit.</i>&mdash;Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 30.&mdash;D'aprs Cambiagi et Guelfucci,
-l'dit du prince de Wurtemberg porterait la date du 1<sup>er</sup> mai 1732.</p>
-
-<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 45.&mdash;D'aprs Cambiagi, les dlgus de
-l'Empereur taient, outre le prince de Wurtemberg, prsident, le prince de Culmback,
-le prince de Waldeck, le baron de Wachtendonck et le comte de Ligneville;
-pour Gnes: Camille Doria, Franois Grimaldi et Paul Baptiste Rivarola; pour la
-Corse: Louis Giafferi, Andr Ceccaldi, Simon Raffaelli, Charles Alessandrini et
-Evariste Piccioli.</p>
-
-<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 45.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 185.&mdash;De Germanes,
-<i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 46.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 186.&mdash;De Germanes,
-<i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 51.</p>
-
-<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 188.&mdash;Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 51.&mdash;Accinelli,
-<i>op. cit.</i>, t. II, p. 43.&mdash;Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 32.</p>
-
-<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Accinelli, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 43.</p>
-
-<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 187.&mdash;De Germanes, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 52.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 189.&mdash;De
-Germanes, <i>op. cit.</i>&mdash;Le 11 octobre, d'aprs Cambiagi.</p>
-
-<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 53.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 189.&mdash;De Germanes,
-<i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 53.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 189.&mdash;De Germanes,
-<i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Accinelli, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 43.</p>
-
-<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i> t. I, p. 192.</p>
-
-<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 64.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 194.</p>
-
-<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Pre du fameux Pascal Paoli.</p>
-
-<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> Cambiagi, <i>op. cit.,</i> t. III, p. 71, <i>Histoire des Rvolutions de l'le de Corse
-et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat, p. 177.&mdash;Pommereul,
-op. cit., t. I, p. 197.&mdash;De Germanes, op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <i>Les Origines de la France contemporaine. L'Ancien Rgime</i>, t. I, p. 189.</p>
-
-<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 81.&mdash;Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I. p. 202.&mdash;<i>Histoire
-des Rvolutions de l'le de Corse</i>, <i>op. cit.</i>, p. 207. dit de la Rpublique de Gnes
-contre le baron de Neuhoff, communiqu par Campredon, ministre de France Gnes.
-Correspondance de Gnes, vol. 97, archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> Gregorovius, <i>Corsica</i>, traduction de M. P. Lucciana, t. II, p. 322. Bulletin
-de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse.&mdash;Bastia, 1888-1884.</p>
-
-<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> Pierre de Sgur, <i>Gens d'autrefois</i>, p. 4.</p>
-
-<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 202. <i>Histoire des Rvolutions de l'le de Corse</i>,
-<i>op. cit.</i>, p. 207.</p>
-
-<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> Marneau M. le C..., Metz, 23 avril 1736.&mdash;Lettre communique par Sorba,
-ministre de Gnes Paris. (<i>Francia</i>, mazzo 45, anni 1734-37). Archives d'tat
-Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Quelques biographes le font natre Metz et varient au sujet de la date de sa
-naissance. J'ai eu la bonne fortune de trouver dans le <i>Mercure historique et politique
-de Hollande</i> la reproduction d'une pice mane du baron de Neuhoff et publie
- Cologne en 1740. Elle contredit des faits accepts par les biographes du personnage,
-mais il y a tout lieu de croire la sincrit du baron de Neuhoff. Ce ne sont
-plus des pices destines blouir de promesses fallacieuses et de titres ronflants
-quelques montagnards crdules. Le baron est revenu dans le pays qui fut le berceau
-de sa famille: il y avait des parents et des allis. C'tait le dernier endroit du monde
-o il eut pu sciemment raconter sur ses origines des choses errones. L, plus
-qu'ailleurs, la contradiction tait facile. Elle n'a pas, que je sache, t prsente. J'ai
-donc accept le lieu de naissance et la date ports dans le document publi dans le
-<i>Mercure historique et politique de Hollande</i>. Le jour de sa naissance est, au surplus,
-indiqu par Thodore lui-mme dans le post-scriptum d'une lettre autographe adresse
-le 25 aot 1748 la religieuse Fonsea Rome. Cette lettre, intercepte par les
-Gnois, se trouve dans les archives d'tat Gnes. <i>Ribellione di Corsica</i>, filza
-14/3102.</p>
-
-<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> Lettre de Thodore au baron de Drost, de Corse, le 18 mars 1736, publie
-notamment par Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 83, et dans l'<i>Histoire des Rvolutions
-de l'le de Corse</i>, <i>op. cit.</i>, p. 202.</p>
-
-<p>Varnhagen, <i>Thodore I<sup>er</sup>, roi de Corse</i>, traduit de l'allemand par M. Pierre
-Farinole. Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse,
-p. 3. Bastia, 1894.</p>
-
-<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Cette lettre a t publie par Gregorovius dans <i>Corsica</i>, t. II, p. 321. Traduction
-de M. P. Lucciana. Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles
-de la Corse, 2 vol., Bastia, 1883-1884. Gregorovius affirme avoir tir cette lettre, du
-compagnon de Thodore un de ses amis en Hollande, d'un petit livre allemand imprim
- Francfort en 1736 et intitul: <i>Sur la vie et les gestes du baron Thodore
-de Neuhoff et sur la Rpublique de Gnes par lui offense. Relation
-de San Fiorenzo</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> Princesse palatine, seconde femme de Monsieur, frre de Louis XIV, mre du
-Rgent.</p>
-
-<p>.....Je vous remercie bien des gazettes. Elles me divertissent fort, et quand je
-les ai lues, je les donne deux pages allemands que j'ai, un Neuhoff et un Keversberg,
-pour qu'ils conservent l'habitude de l'allemand et n'oublient pas leur
-langue.....</p>
-
-<p><i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> Traduction et notes par
-Ernest Jaegl. 3 vol., Paris, 1890, t. II, p. 96.</p>
-
-<p>Neuhoff est galement port sur l'<i>tat de la France</i>, parmi les pages de la
-princesse.</p>
-
-<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 85.</p>
-
-<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> Marneau, le second mari de la mre de Thodore, prtend que son beau-fils
-aurait servi dans les rgiments de Navarre et de Courcillon avant de prendre du
-service en Bavire. (Marneau M. le C..., Metz, le 26 avril 1736. <i>Loc. cit.</i>, Archives
-d'tat Gnes. Archives secrtes). Mais il faut s'en tenir l'assertion de Madame,
-puisque c'est elle-mme qui recommanda, l'Electeur de Bavire, son page Neuhoff.</p>
-
-<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Ecuyer de la duchesse d'Orlans.</p>
-
-<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Lonore de Rathsamhausen tait une amie d'enfance de la princesse. Elle
-faisait chaque anne de longs sjours auprs d'elle.</p>
-
-<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 85.</p>
-
-<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <i>Ibidem.</i>&mdash;J'ignore sur quoi est bas ce nouveau rquisitoire de la Palatine.
-Si le baron de Neuhoff a contract plusieurs mariages au cours de son aventureuse
-existence, il n'en a jamais avou qu'un: celui avec lady Sarsfield qu'il pousa en
-Espagne quelques annes plus tard.</p>
-
-<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica, containing genuine and
-impartial memoirs of his private life and adventures in France, Spain, Holland,
-England, etc. The rise and consequence of the troubles in Corsica, and the
-resolution of its inhabitants to shake off the government of the Genoese. The
-interposition of the Imperialists and French in favour of the Republic and the
-causes of their quitting the Island and also the true spring of this last revolution,
-and the motives of King Theodore's present expdition.&mdash;Londres, 1743.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> Gabriel Syveton, <i>L'erreur de G&oelig;rtz</i>. Revue d'histoire diplomatique, 1896,
-n<sup>o</sup> 2, p. 244.</p>
-
-<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> G&oelig;rtz et Gyllenborg restrent emprisonns pendant cinq mois.</p>
-
-<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> Ces ngociations aboutirent au congrs d'Aland. L'auteur du livre, publi
-Londres en 1743, ne dit pas par qui Neuhoff fut charg de porter des dpches G&oelig;rtz
-aprs son emprisonnement. Comme cette mission concide avec son dpart de France,
-il est peu prs certain que Thodore porta Gyllenborg, en Angleterre, et G&oelig;rtz,
-en Hollande, les dpches du comte Erik Sparre, ministre de Charles XII, en France.</p>
-
-<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Le 30 novembre 1718.</p>
-
-<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Le 2 mars 1719.</p>
-
-<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> Percy Fitzgerald, <i>King Theodore of Corsica</i>, p. 28.&mdash;<i>Histoire des Rvolutions
-de l'le de Corse et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup> sur le trne de cet tat</i>,
-p. 206.</p>
-
-<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, p. 208.&mdash;Pommereul,
-<i>op. cit.</i>, t. I, p. 203.&mdash;Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 28.</p>
-
-<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 29.</p>
-
-<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> <i>Mercure historique et politique de Hollande</i>, avril 1740. Gnalogie publie
- Cologne par Thodore de Neuhoff.</p>
-
-<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 29&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i>
-<i>Op. cit.</i>, p. 209.</p>
-
-<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 86.</p>
-
-<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> <i>Journal et Mmoires de Mathieu Marais</i>, publi par M. de Lescure, 4 vol.
-Paris, 1864, t. I, p. 264.</p>
-
-<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <i>Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans.</i> <i>Op. cit.</i>, t. III, p. 86.</p>
-
-<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Lettre la comtesse d'Appremont, communique au Srnissime Collge, par
-J.-B. de Mari. Turin, le 27 juin 1736. <i>Ribellioni de' Corsi</i>, filza 14/3012. Archives
-d'tat Gnes, archives secrtes.&mdash;Cette lettre a t publie par M. Antonio
-Battistella, <i>Re Teodoro di Corsica. Ritagli e scampoli.</i> Voghera, 1890, p. 167.</p>
-
-<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> <i>Correspondance complte de Madame, duchesse d'Orlans.</i> dit. Brunet,
-t. II, p. 278.</p>
-
-<p>Varnhagen, le trop partial biographe de Thodore, dit que M<sup>me</sup> de Trvoux aida
-son frre, avec l'aide de l'ambassadeur sudois, le comte de La Marck. Il y a l une
-erreur vidente. Tout le monde sait, en effet, que le comte de La Marck n'tait pas le
-reprsentant du roi de Sude en France, mais bien le ministre de France en Sude.</p>
-
-<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> <i>Correspondance complte de Madame, duchesse d'Orlans</i>, dition Brunet,
-t. II, p. 279.</p>
-
-<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> <i>Mmoires historiques, militaires et politiques sur les principaux vnements
-arrivs dans l'isle et royaume de Corse depuis le commencement de
-l'anne 1738 jusque la fin de l'anne 1741</i>, par Jaussin, ancien apothicaire
-major des camps et armes de S. M. trs chrtienne, t. I, p. 296.&mdash;Lausanne, 1758.</p>
-
-<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> Sorba, ministre de Gnes en France, au Srnissime Collge. Paris, le
-30 avril 1736. <i>Francia</i>, mazzo 45, anni 1734-1737. Archives d'tat Gnes, archives
-secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 30.</p>
-
-<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> <i>Ibidem.</i>&mdash;L'auteur ne croit pas la sincrit de ce rapport de police. Il estime
-que ces histoires auraient t fabriques aprs coup par des espions gnois pour noircir
-Thodore. Les rapports de police valaient l'poque ce qu'ils valent de nos jours;
-on pouvait y trouver tout ce qu'on voulait pour perdre quelqu'un. On avait du reste
-beau jeu accuser Thodore de filouterie; il tait matre en cet art.</p>
-
-<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> Varnhagen, <i>op. cit.</i>, p. 11.</p>
-
-<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> M. le vicomte de Grouchy, dans les <i>Mmoires de la Socit de l'Histoire de
-Paris et de l'le de France</i>, t. XXI, 1894, donne la gnalogie de cette famille dans
-une intressante notice consacre Everhard Jabach.</p>
-
-<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> Vicomte de Grouchy, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> <i>The history of Theodore I, King of Corsica.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> <i>Correspondances de Corse</i>, vol. I. Archives du ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> <i>Mmoires de Rostini</i>, publis et traduits par M. l'abb Letteron.&mdash;Bulletin
-de la Socit des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 2 vol.</p>
-
-<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> Il ne faut pas confondre Dominique Rivarola avec le gouverneur gnois de
-Bastia, du mme nom. Voici d'ailleurs les dtails biographiques que donne l'abb
-Rostini sur ce personnage: Ce Rivarola, originaire de Chiavari, de l'tat de Gnes,
-et, semble-t-il, d'une bonne famille (puisqu'il obtint un arrt favorable propos de
-quelques places dans certain collge de Sienne, destines aux descendants d'une
-bonne famille, des Rivarola de Gnes), s'tait tabli depuis longtemps Bastia, et,
-par une double parent, s'tait uni la maison Frediani. Plusieurs fois il avait
-particip des gains illicites, des ventes par autorit de justice, comme en font
-les commissaires gnois, comme il y en eut particulirement sous le gouvernement
-de Nicol Durazzo. Il tait consul d'Espagne lorsque l'infant Don Carlos passa en
-Toscane, et que les galres qui le conduisaient ayant t disperses par la tempte,
-celle sur laquelle tait mont le marquis de Monte-Allegro, aujourd'hui duc de
-Sales, arriva Bastia. Le marquis eut avec Rivarola plusieurs confrences, et
-s'claira, dit-on, sur ce qu'on pensait des affaires de la Corse. Ce qu'il y a de certain,
-c'est que, depuis cette poque, Dominique Rivarola se montra toujours ouvertement
-dvou aux intrts de la Corse. Soit hasard, soit politique, il fut relev de sa charge
-de consul; il restait Livourne, o il s'occupait spcialement de faire venir de
-Corse des recrues, surtout pour le rgiment corse au service de l'Espagne, dans
-lequel tait lieutenant-colonel, Francisco, son fils, jeune homme de grand talent
-emport Naples par une mort prmature. Nous retrouvons ce mme Dominique
-Rivarola, colonel, au service de S. M. sarde, et commandant du sige lorsque les
-Anglais bombardrent Bastia.&mdash;<i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Varnhagen, <i>op. cit.</i>, p. 21.</p>
-
-<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <i>Ibidem</i>, p. 24.</p>
-
-<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> Cette pice n'a t cite par aucun des historiens qui se sont occups de
-Thodore de Neuhoff. C'est la dposition faite sous serment, Gnes, le 3 juin 1736,
-par deux esclaves rachets: Michel Varalzi et Pierre Varsi, natifs de Bonifacio.</p>
-
-<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Les dposants n'indiquent pas l'anne o aurait eu lieu cette arrive; ils se
-contentent de dire que le personnage arriva vers le milieu du mois de mars et qu'il
-resta chez Buongiorno jusqu' la fin d'avril. Comme les esclaves rachets ont fait leurs
-dpositions en 1736, il semble rsulter qu'ils paraissent indiquer cette anne-l comme
-celle o Thodore serait arriv Tunis. Or, le 12 mars 1736, il jetait l'ancre devant
-Alria. Ou les esclaves rachets se sont tromps de mois, ou ils ont voulu parler d'une
-anne antrieure.</p>
-
-<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Gabriel Syveton, <i>Une Cour et un Aventurier au XVIII<sup>e</sup> sicle&mdash;Le baron
-de Ripperda</i>, p. 230.&mdash;Paris, 1896.</p>
-
-<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <i>Dpositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de l'illustrissime
-magistrat du rachat des esclaves.</i> <i>Loc. cit.</i> Archives d'tat Gnes, archives
-secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse et de l'lvation de Thodore I<sup>er</sup>
-sur le trne de cet tat, tire des Mmoires tant secrets que publics.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> Pierre Paupie tait l'diteur de la <i>Gazette d'Amsterdam</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> Le livre anglais anonyme dit que le pavillon du navire qui amena Thodore
-en Corse tait bleu avec des raies blanches.</p>
-
-<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> J'ai dj eu l'honneur de vous rendre compte de l'arrive en cette le d'un
-personnage inconnu qui y a fait beaucoup de bruit..... Quelques-uns s'imaginent
-que ce pourrait tre M. de Ripperda, d'autres que ce n'est qu'un corse travesti.
-Quoiqu'il en soit, cette aventure inquite fort la rpublique et elle fera partir
-incessamment trois galres pour se rendre la Bastie.&mdash;Campredon Maurepas,
-ministre de la Marine. Gnes, le 19 avril 1736.&mdash;Correspondance de Gnes, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, p. 198.&mdash;<i>Lettres juives</i>,
-t. II, p. 265.</p>
-
-<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, prface, p. 2.</p>
-
-<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse.</i> <i>Op. cit.</i>, p. 193.</p>
-
-<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <i>Lettres juives.</i> <i>Op. cit.</i>, t. II, p. 264.</p>
-
-<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> <i>Dpositions faites le 3 juin 1736 dans la chancellerie de l'illustrissime
-magistrat du rachat des esclaves.</i> <i>Loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> Voir le chapitre prcdent.</p>
-
-<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 167.</p>
-
-<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> Cette lettre est tire du <i>Journal de Costa</i>.&mdash;Extraits traduits en anglais et
-publis par M. Theodore J. Bent dans <i>The historical review</i>.&mdash;Janvier 1886.</p>
-
-<p>Rostini, dans ses mmoires, reproduit cette lettre dans des termes identiques, sauf
-qu'il indique Paoli comme le destinataire au lieu de Giafferi.</p>
-
-<p>Je prfre m'en tenir la version de Costa, parce que: 1<sup>o</sup> Costa a t tmoin
-oculaire des faits; 2<sup>o</sup> Giafferi figurait, on l'a vu, parmi les prisonniers dtenus Gnes
-en 1733. C'tait eux que Thodore avait connus, et non pas ceux qui taient rests dans
-l'le, tels que Paoli.</p>
-
-<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> <i>Journal de Costa.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <i>Ibidem.</i>&mdash;<i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> <i>Journal de Costa.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <i>Ibidem.</i>&mdash;<i>Mmoires de Rostini.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> <i>Journal de Costa.</i> <i>Op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> Voltaire, <i>&OElig;uvres</i>, t. XXV. <i>Prcis du sicle de Louis XV</i>: De la Corse,
-ch. XL, p. 458.</p>
-
-<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> Lettre d'Angelo, vice-consul de France Bastia, Campredon, Bastia, le
-12 avril 1736, communique avec la lettre de Campredon du 10 mai: Correspondance
-de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Cette lettre a t
-publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 278.</p>
-
-<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> Hrdit possible par un mariage postrieur. Il faut remarquer que si Thodore
-avait eu un fils de son mariage avec lady Sarsfield, comme on l'a gnralement prtendu,
-il n'aurait pas manqu d'en faire mention dans la Constitution approuve par
-lui. Il et fait dclarer ce fils Prince hrditaire, chose trs naturelle, et les Corses n'y
-auraient pu faire objection, puisqu'ils admettaient le principe de l'hrdit dynastique.</p>
-
-<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> Le comte Rivera, ministre du roi de Sardaigne Gnes, au roi. Gnes, le
-5 mai 1736: <i>Genova</i>, <i>Lettere ministri</i>, mazzo 15. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> <i>Lettres juives</i>, t. II, p. 265.</p>
-
-<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <i>lection de Thodore et lois tablies pour le gouvernement du royaume.</i>
-Publi par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 278 281, d'aprs le manuscrit
-des archives du Ministre des affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 97.&mdash;Publi
-galement dans <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 212-220, et
-par Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 86-89.</p>
-
-<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Costa indique la date du 2 mai 1736. C'est videmment une erreur. L'acte du
-couronnement, rapport d'une faon identique par plusieurs historiens, est bien dat
-du 15 avril 1736. D'ailleurs les copies de cet acte qui se trouvent Gnes et aux
-archives du Ministre des affaires trangres portent toutes cette mme date.</p>
-
-<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> D'Angelo, vice-consul de France Bastia, Campredon, le 12 avril 1736:
-Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 276. Cette lettre est date du 12 avril par erreur,
-puisqu'elle rend compte de ce qui s'est pass le 15 et le 16.</p>
-
-<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> D'Angelo Campredon, Bastia, le 12 avril 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 277.</p>
-
-<p><i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 202-206.&mdash;Cambiagi, <i>op. cit.</i>,
-t. III, p. 159.</p>
-
-<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> La mre de Thodore avait&mdash;nous l'avons vu&mdash;pous en secondes noces,
-Marneau, employ des douanes Metz.</p>
-
-<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> La lettre de Thodore Marneau est indite. Elle se trouve dans les Archives
-d'tat Gnes. Sorba, ministre de Gnes, en France, l'avait eue par Schmerling,
-ambassadeur de l'Empereur Paris, qui la tenait lui mme d'un de ses amis, ainsi
-qu'une lettre de Marneau envoyant M. le C.... (?) la lettre de son beau-fils. Sorba
-adressa le 21 mai 1736 les copies de ces deux lettres son gouvernement, en expliquant
-comment il en avait eu connaissance.&mdash;<i>Francia</i>, mazzo 43 (anni 1734-37). Archives
-d'tat, see p. 61, 55, 53, etc.</p>
-
-<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> Cela prouve&mdash;si la preuve avait encore besoin d'en tre faite&mdash;que celui qui
-se fit appeler le colonel Frderick ne fut pas son fils; il l'aurait fait venir en Corse de
-prfrence un neveu.</p>
-
-<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> Au comte de la Marck&mdash;son ancien protecteur&mdash;sans aucun doute. Cette
-lettre extraite des archives du Ministre des affaires trangres (volume Corse) a t
-publie dans le Bulletin des Sciences historiques et naturelles de la Corse, 1883-1884.</p>
-
-<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> Marneau M. le C... Metz, le 26 avril 1736. <i>Loc. cit.</i> Archives d'tat Gnes,
-archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> Campredon Chauvelin, Gnes les 15 et 29 mars 1736: Correspondance de
-Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> Chauvelin Campredon, Versailles le 2 mai 1736: Correspondance de Gnes,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> Les rapports du comte Rivera qui se trouvent aux archives d'tat de Turin
-(<i>Genova.</i> <i>Lettere ministri.</i> Mazzo 15), racontent, au sujet de Thodore, les mmes
-faits que les dpches de Campredon au gouvernement franais.</p>
-
-<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> Le comte Rivera (envoy pimontais Gnes)..... parat s'intresser fort aux
-affaires de Corse..... Je lui communique sans difficult les nouvelles que je tiens de
-notre vice-consul, car elles sont publiques..... Il croit que l'aventure est plus srieuse
-que les Gnois ne font semblant d'en tre persuads et si je dois ajouter foi aux discours
-de Farinacci et ceux d'un officier vallon que je rencontrai hier cher M. Cornejo
-(envoy d'Espagne Gnes), Nehof est appuy par une puissance trangre. On ne
-nous souponne point; mais on est persuad que c'est la reine d'Espagne ou les Anglois,
-parce que depuis peu il est arriv en Corse quatre btiments de cette nation avec des
-munitions..... L'abb Michel m'avertit qu'une barque venue en vingt-quatre heures de
-la Bastie porte la nouvelle que les rvolts au nombre de 5 6 mille se sont avancs
-deux portes de canon de la Bastie. Farinacci m'a dit que d'ordre de la reine catholique,
-Nehof doit arborer l'tendard d'Espagne la premire ville dont il pourrait s'emparer....
-La Rpublique a ordonn au capitaine de la galre, partie hier, de ne pas aborder
-la Bastie, mais Ajaccio.....</p>
-
-<p>Campredon Chauvelin, Gnes, le 3 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Lettre de Bastia du 16 avril 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 282-284.</p>
-
-<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> D'Angelo, vice-consul de France Bastia, Campredon. Bastia, le 7 mai 1736:
-Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres,
-publie par M. l'abb Letteron, <i>op. cit.</i>, p. 287.</p>
-
-<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> Il n'est pas vraisemblable que Neuhoff ait de son fonds ni de celui des rvolts
-les sommes considrables en lisbonnines et louis d'or qu'il distribue avec assez
-d'abondance. Bien des gens souponnent les Anglais. L'le de Corse entre leurs
-mains donnerait le dernier coup au commerce de la Mditerrane dont la France a
-tant d'intrt de maintenir la libert.</p>
-
-<p>Campredon Chauvelin, Gnes le 10 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> Si l'on pouvait croire que quelque puissance et part ce qui se passe en
-Corse, les soupons devraient principalement tomber sur les Anglais... Nous sentons
-combien il serait nuisible notre commerce et mme celui de tout le reste de
-l'Europe, que cette le se trouvt entre les mains des Anglais. Nous devons tre
-aussi attentifs que les Gnois peuvent tre de leur ct inquiets du dnouement de
-cette aventure qui peut nous intresser beaucoup si elle tait suscite par les Anglais
-ou quelque autre puissance.</p>
-
-<p>Chauvelin Campredon, Versailles le 5 juin 1736: Correspondance de Gnes,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> Copie d'une lettre de Cornejo Trvino, 4 juin 1736, communique par
-Campredon: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Campredon Chauvelin. Gnes, le 14 juin 1736: Correspondance de Gnes,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> Abb de Germanes, <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> Dcret donn Alesani, le 16 avril 1736. Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 281.</p>
-
-<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 14 avril 1736: Correspondance de Florence,
-vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> L'on m'crit de Florence et de Livourne que le capitaine de cette nation
-(anglais), qui a fait un second voyage en Corse, aprs y avoir dbarqu Neof, sur la
-dfense que M. Fane, ministre d'Angleterre lui a faite d'y retourner, a produit une
-lettre du roi de la Grande Bretagne qui l'y autorise et c'est apparemment ce qui a
-caus la mission de M. Franois Brignole Londres, o il s'est rendu en poste. Ces
-circonstances jointes celles de l'examen des ports de la Corse par un btiment anglais
-donnent des soupons fonds....&mdash;Campredon Chauvelin. Gnes, le 24 mai 1736:
-Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.
-Cette lettre a t publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 293-294.</p>
-
-<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> Lorenzi Chauvelin. Florence, le 12 mai 1736: Correspondance de Florence,
-vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <i>Journal de Costa.</i>&mdash;Lettre de Bastia du 16 avril 1736 jointe la lettre de Campredon
-du 26: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires
-trangres.&mdash;Cette lettre, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 284,
-porte que Rafaelli, grand chancelier de Corse, tait bord de l'esquif avec un
-capucin et six autres Corses. Cet esquif aurait dbarqu huit barils de poudre,
-trois caisses de fusils et plusieurs autres choses qu'on ne sait pas.</p>
-
-<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> Note de l'diteur des <i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci</i>, <i>op. cit.</i>, p. 66.</p>
-
-<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> Fait Cervione, le 19 avril 1736, sign: Costa, grand chancelier: Correspondance
-de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publi par
-M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 284-285.</p>
-
-<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> Village natal de Paoli.</p>
-
-<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> D'Angelo Campredon. Bastia, le 5 mai 1736: Correspondance de Gnes,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publie par M. l'abb Letteron,
-<i>Correspondance</i>, p. 286.</p>
-
-<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 287.</p>
-
-<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> Lettre de Bastia, 7 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives
-du Ministre des affaires trangres, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 287.</p>
-
-<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> <i>Journal de Costa.</i>&mdash;<i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 67.</p>
-
-<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Ce mme abb (l'abb Michel Robert), qui a eu tout le dtail des dpenses
-pour la Corse, m'a assur qu'actuellement elles se montaient soixante mille livres
-par mois, sans compter les provisions de bouche, que la rpublique n'tait pas en tat
-de continuer cette dpense, qu'aussi dlibrait-on d'abandonner tout le plat pays
-pour ne garder que les quatre villes fortifies.</p>
-
-<p>Campredon Maurepas. Gnes, 2 mars 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres. Cette lettre a t publie in-extenso par
-M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 275.</p>
-
-<p>Si au commencement de 1736 les dpenses de Gnes pour la Corse se montaient
-soixante mille livres par mois, elles durent certainement s'lever un chiffre suprieur
-aprs le dbarquement de Thodore.</p>
-
-<p>L'abb Michel Robert, prtre franais, tait secrtaire de Flix Pinelli. Cet ecclsiastique
-alla en Corse en 1735 avec son matre, lorsque celui-ci fut nomm commissaire
-gnral de l'le. Campredon avait eu soin de se mnager les confidences de cet
-abb en toute sret. C'est une des meilleures acquisitions que j'eusse pu faire en
-ce pays-l pour le service du roi, disait-il, et j'espre, Monseigneur, que vous en
-reconnatrez l'utilit et le mrite.</p>
-
-<p>Campredon au ministre, le 16 juin 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 229.</p>
-
-<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> L'dit, sign par le doge Giuseppe Maria, est dat du 9 mai 1736. Il fut imprim
-chez Franchelli. Ce placard porte en tte l'cu de Gnes avec la croix et la couronne
-ducale soutenues par deux griffons. Communiqu avec la lettre de Campredon du
-17 mai: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires
-trangres. Voir galement: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 287; Cambiagi,
-<i>op. cit.</i>, t. III, p. 86; <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 222 et suiv.
-La traduction de cet dit parut dans les gazettes de Hollande (juin 1736).</p>
-
-<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> L'abb Michel me dit que les choses (en Corse) sont sans remde..... Je ne
-vois cependant pas que le Snat se donne beaucoup de mal pour y en apporter. Il s'est
-content jusqu' prsent de faire publier le manifeste ci-joint contre le sieur Thodore
-de Neuhoff et cette belle pice a t le fruit de dix conseils tenus exprs pour dlibrer
-si elle aurait lieu, en sorte que l'on peut dire que c'est proprement dans le Snat que
-subsiste la guerre et la division.&mdash;Campredon Chauvelin, Gnes, le 17 mai 1736.</p>
-
-<p>Le ministre rpondit: C'est une faible ressource contre les progrs de Neuhoff que
-la pice qu'on s'est dtermin publier contre lui.&mdash;Chauvelin Campredon, le
-29 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p>En reproduisant l'dit du Snat dans son numro du mois de juin 1736, <i>le Mercure
-historique et politique de Hollande</i> disait: <i>Qui nimis probat nihil probat</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> Fait au Patrimoine de Nebbio le 2 juin 1736. Ce manifeste, publi par
-M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 397, se trouve dans la Correspondance de
-Gnes, vol. 97, aux archives du Ministre des affaires trangres. Les journaux
-de Hollande en reproduisirent un texte approchant dans leur numro de juin. Voir
-galement Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 93 et <i>Histoire des rvolutions de l'le de
-Corse</i>, p. 230.</p>
-
-<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 209.</p>
-
-<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> Les gens de Bastia taient tellement affols qu'ils prtendaient que Thodore
-payait argent comptant le mtal qu'on recherchait. Il fallait le connatre bien mal
-pour faire une supposition pareille! Ils exagraient du reste singulirement son butin.</p>
-
-<p>Il prend toute la vaisselle d'argent ou monnaie, de mme que le cuivre, dont il
-paie la valeur comptant en or et fait ensuite marquer toute cette monnaie son coin;
-en un mot il est obi et respect comme pourrait l'tre le plus lgitime monarque;
-cela passe l'imagination. Cependant nous sommes ici sans forces et sans provisions de
-bouche, sans esprance de rcolte, tout le plat pays tant au pouvoir des rebelles. Dans
-les seuls districts de Vescovato et de Procoli, ils ont pris ou confisqu pour plus de
-six cent mille livres d'effets, jugez du reste et de notre situation. Dieu le pardonne
-ceux qui en sont la cause. Lettre de Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance de
-Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publie par M. l'abb
-Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 295.</p>
-
-<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Xavier Matra Thodore, Matra, le 30 mai 1736: <i>Materie politiche&mdash;Negoziazione
-colla Corsica&mdash;Carte diverse relative al regno di Teodoro Neuhoff in
-Corsica</i>, mazzo 3, inserto II. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> D'aprs une lettre de Bastia du 7 mai 1736, Thodore serait all dans le Nebbio
-ds le commencement de mai. Il aurait log dans la maison du feu comte Masimo
-qui est situe entre La Bastie et San Fiorenzo: Correspondance de Gnes, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres. Cette lettre a t publie par M. l'abb
-Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 287.</p>
-
-<p>Sur une adresse de la main de Thodore Costa, qui se trouve la bibliothque
-municipale de Turin (collection Cossila), figure un petit cachet en cire rouge qui
-reprsente un cusson coup. D'un ct, d'argent, le buste d'un homme; de l'autre,
-de sable, un dessin qui semble reprsenter le monogramme du roi.</p>
-
-<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> Costa, comme la plupart des lieutenants de Thodore, commence toutes ses
-lettres selon les rgles du protocole par le mot <i>Sire</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> Un nomm Pietri de Tavagna expdiait lui aussi des bestiaux et des denres
-au camp tabli devant San Pellegrino.&mdash;Pietri Thodore, Tavagna, le 31 mai 1736:
-<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> Costa Thodore, Orneto, le 6 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> On appelait ainsi, en Corse, les tratres et les assassins soudoys par les Gnois,
-du nom de Vittolo, qui, le 17 janvier 1567, l'instigation de Gnes et moyennant,
-dit-on, cent cinquante cus, assassina Sampiero, le hros corse, dont il tait cuyer.
-Voir la chronique d'Anton Pietro Philippini traduite et publie par M. l'abb Letteron,
-dans le <i>Bulletin de la Socit des sciences historiques et naturelles de la Corse</i>,
-Bastia, 1890. <i>Histoire de la Corse</i>, t. III, p. 230-236.</p>
-
-<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> Costa Thodore, Orneto, le 7 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> Poggi Thodore, Zicavo, le 8 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> Costa Thodore, Orneto, le 9 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> Costa Thodore, Orneto, le 13 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> Costa Thodore, Orneto, le 15 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Costa Thodore, Orneto, le 19 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> Costa Thodore, Orneto, le 29 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> Cristoforo Buongiorno Thodore, Orneto, les 13 et 22 juin 1736: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> Lettre anonyme sans date, mais certainement crite dans le courant de 1736,
-puisqu'elle a t adresse Thodore pendant qu'il tait en Corse: Bibliothque
-municipale de Turin, collection d'autographes Cossilla, mazzo 28.</p>
-
-<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i>&mdash;<i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> Pietro Gaffori Thodore, Tavagna, les 26 et 30 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> Gaffori Thodore, Tavagna, le 30 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat
-de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin; Couvent de Tavagna, le 29 juin 1736:
-<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> E. Cartier, <i>Monnaies frappes en Corse par Thodore et Paoli</i>, dans la
-<i>Revue numismatique</i>, 1812, p. 193-212.&mdash;Campredon envoya Chauvelin une
-pice de deux soldi et demi avec sa dpche du 28 juin: Correspondance de Gnes,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> Jaussin, l'apothicaire de l'arme franaise pendant l'expdition de 1738, dit:
-Je fis l'acquisition de deux pices de monnaie de ce roi de nfles. Quelque viles
-qu'elles fussent cause du sujet et de la matire, elles taient pourtant rares; elles
-eurent un peu de cours dans plusieurs <i>pieve</i> rebelles. Cette monnaie tait de billon,
-de la plus basse valeur, petite, mince et mal fabrique. On n'y voyait point de portrait
-et il tait impossible d'en dchiffrer la lgende; on apercevait seulement une couronne
-ferme et au-dessous un grand T et une grande R qui signifiaient sans doute
-Thodore Roi. Mais l o Jaussin se trompait c'est quand il ajoutait: <i>On
-frappa aussi quelques pices d'or et d'argent</i>, mais je ne pus jamais en avoir,
-vu leur extrme raret. <i>Op. cit.</i>, t. 1, liv. II, p. 274-275.</p>
-
-<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 208.&mdash;E. Cartier, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> La reproduction de la monnaie de Thodore a t faite d'aprs l'ouvrage du
-colonel Maillet: <i>Catalogue descriptif de toutes les monnaies obsidionales et de
-ncessit</i>. Bruxelles, 1870-73, 2 vol. in-8<sup>o</sup> et 2 atlas oblongs avec 218 planches.</p>
-
-<p>M. J. Protat, de Mcon, collectionneur et numismate des plus rudits, a bien
-voulu me donner ce dessin et les clichs typographiques dont il a surveill lui-mme
-la confection. J'ai le regret de n'avoir pu lui tmoigner ma sincre gratitude avant sa
-disparition prmature. Qu'il me soit au moins permis de donner sa mmoire
-un souvenir reconnaissant.</p>
-
-<p>Comparez ce dessin, qui reprsente les pices comme elles auraient d tre, avec la
-planche d'aprs les moulages.</p>
-
-<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> E. Cartier, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> E. Cartier, <i>op. cit.</i>&mdash;<i>Relazione della Corsica di Giacomo Boswell scudiere,
-trasportata in italiano dall'originale inglese</i>, p. 112.&mdash;Note de l'diteur des
-<i>Mmoires du Pre Bonfiglio Guelfucci</i>, p. 67.</p>
-
-<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> Il y a une diffrence trs sensible entre les deux spcimens en argent de la
-Bibliothque nationale. L'un parat tre d'un mtal trs infrieur l'autre et d'une
-frappe plus grossire. On aperoit parfaitement dans l'une de ces pices (n<sup>o</sup> 1 de la
-planche d'aprs les moulages) comme une hsitation dans la gravure, des doubles
-traits, ce qui laisserait supposer qu'on s'y serait repris deux fois et pas au mme
-endroit. La circonfrence est plus irrgulire; sur l'un des bords de la face, il y a une
-saillie du mtal trs caractrise provenant sans doute de ce que le coin aurait t
-appliqu d'une faon trs imparfaite. La dfectuosit de l'outillage dont se servaient
-les ouvriers de Thodore, la raret de l'argent qu'ils avaient leur disposition,
-donnent penser que l'exemplaire le plus grossier comme frappe et le plus bas comme
-titre serait le vrai.</p>
-
-<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> Giacomo Francesco Pietri Thodore, Couvent de Tavagna, le 17 juin 1736:
-<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> <i>Ibidem.</i> ... La monnaie qu'il avait fait battre depuis peu n'avait aucun
-cours parce que personne ne voulait la recevoir. Tout ceci fait juger que ces peuples,
-naturellement froces et peu patients, pourraient bien tourner toute leur fureur contre
-le sieur Thodore et ses adhrents; ce serait un grand coup pour la rpublique qui ne
-saurait mieux faire que de semer la division parmi eux; c'est l'unique moyen de
-rtablir son autorit. Lettre de Bastia, du 16 juillet 1736, publie par M. l'abb
-Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 309.</p>
-
-<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin; Tavagna, les 29 et 30 juin 1736: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> L'altra sera si lasci sortir di bocca che di qua e re da se et che il nostro re
-e re de' coglioni.</p>
-
-<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> Jean-Paul Costa son oncle, Sainte-Marie d'Ornano, le 25 juin 1736: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> Hyacinthe Paoli Thodore, Rostino, le 27 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat
-de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> Lettre de Bastia, du 18 juin 1736, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 304-305.</p>
-
-<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> Arrighi Thodore, du camp de Bastia le 24 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> Costa Thodore, Orneto, le 26 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> Aujourd'hui le petit sminaire de Corte.</p>
-
-<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> Thodore Costa, Corte, le 2 juillet 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> A Vico selon Rostini, Bogognano suivant une lettre de Bastia du 31 juillet
-1736, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 309-311.</p>
-
-<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <i>Journal de Costa.</i>&mdash;<i>Mmoires de Rostini.</i>&mdash;Lettre crite de Bastia, le
-31 juillet 1736, publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 309-311.</p>
-
-<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> Costa Thodore, Orneto (sans date): <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> Les parents du feu Luccioni qu'ils ont fait mourir, bien loin d'en tmoigner
-du ressentiment, comme on s'tait flatt ici, se sont runis au nouveau roy sur la parole
-de Fabiani qui lui conduit des otages de leur part. En cette considration, il les a
-crs marquis et comtes, savoir Paviani de Matra, et Martinetti d'Alria, aprs
-quoi Thodore les a congdis.... Lettre de Bastia, du 30 mai 1736: Correspondance
-de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres, publie par
-M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 295.</p>
-
-<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> <i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> Cette date est celle du testament politique de Fabiani dont je parle plus loin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> <i>Journal de Costa.</i>&mdash;<i>Mmoires de Rostini.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> Cet crit a t publi dans le <i>Bulletin de la Socit des sciences historiques et
-naturelles de la Corse</i> IX<sup>e</sup> anne, 1889, 103<sup>e</sup>, 104<sup>e</sup>, 105<sup>e</sup> et 106<sup>e</sup> fascicules, p. 576-600).
-D'aprs une note de l'diteur, le testament politique de Fabiani serait rest manuscrit
-jusqu'alors. Il avait t communiqu la Socit par des descendants du gnral qui
-habitent Santa Reparata. Il y a l une erreur. Le testament politique de Simon Fabiani
-a t imprim aprs l'assassinat. Il se trouve en effet aux archives du Ministre des
-affaires trangres: Correspondance de Gnes, vol. 98, anne 1736, fol. 27 34, un
-exemplaire imprim de cet crit qui porte pour titre: <i>Simone Fabiani, tenente
-generale dell'armi de' malcontenti di Corsica, ferito a morte da sicarj, scrive a'
-Corsi suoi compagni, ed a quei Corsi, che sono dentro e fuori del Regno</i>. L'crit
-porte la fin: <i>Da Piazzole di Orezza, li 15 di luglio 1736</i>. L'imprim qui se
-trouve Paris fut communiqu par Campredon au Ministre le 15 novembre 1736.
-Voir: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 323.</p>
-
-<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> Grgoire Salvini Thodore, Monticello, le 1<sup>er</sup> juillet 1736: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> Grgoire Salvini Thodore de Neuhoff, Ville, le 18 juillet 1736: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> Lettre du 5 aot 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 311.</p>
-
-<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> Lettre de Campredon, du 23 aot 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 312.</p>
-
-<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> Lettre de Bastia du 23 aot 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 312-313.</p>
-
-<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> Bonfiglio Guelfucci, <i>op. cit.</i>, p. 67.</p>
-
-<p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282" class="label">[282]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283" class="label">[283]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284" class="label">[284]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285" class="label">[285]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286" class="label">[286]</a> Sorba, crivait Campredon, n'a contre lui que le pch originel de sa naissance
-qui est d'tre corse. Campredon Amelot, Gnes, le 18 juillet 1737: Correspondance
-de Gnes, vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287" class="label">[287]</a> Lettre la comtesse d'Apremont communique par J.-B. Mari, ministre de
-Gnes Turin. Turin, le 27 juin 1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives
-secrtes. Cette lettre a t publie par M. Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 167.</p>
-
-<p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288" class="label">[288]</a> Mmoire remis par la rpublique de Gnes Campredon et transmis par celui-ci
-en original et en traduction au ministre. Campredon Chauvelin, Gnes, le
-31 mai 1736: Correspondance de Gnes, vol. 97. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289" class="label">[289]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 2 juillet 1736: <i>Francia</i>, mazzo 45
-(anni 1734-37). Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290" class="label">[290]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 23 juillet 1736: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291" class="label">[291]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, les 8 et 14 octobre 1736: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292" class="label">[292]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 12 novembre 1736: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293" class="label">[293]</a> M<sup>me</sup> de Trvoux, s&oelig;ur du baron de Neuhoff, tait morte quelques annes
-auparavant, laissant un fils et une fille. Le fils tait officier aux Gardes franaises.
-La fille se trouvait encore au couvent en 1736. On la disait fiance un certain
-Desnoyers, de Normandie.&mdash;Sorba au Srnissime Collge, Paris, les 13 et 20 aot
-1736: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294" class="label">[294]</a> J.-B. de Mari au Srnissime Collge, Turin, le 5 septembre 1736. <i>Filza
-Ribellione di Corsica</i>, N. G<sup>le</sup> 14-3012. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.&mdash;Lorenzi
- Chauvelin, Florence, le 25 aot 1736: Correspondance de Florence, vol. 87.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295" class="label">[294]</a> Campredon Chauvelin, Gnes, le 14 juin 1736: Correspondance de Gnes,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 306.</p>
-
-<p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296" class="label">[296]</a> Campredon envoya la copie de ce manifeste Chauvelin avec sa dpche du
-23 aot 1736: Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297" class="label">[297]</a> Gregorius, <i>Corsica</i>, t. II, p. 334-338.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de
-Corse</i>, p. 249-260.&mdash;Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 98-101.</p>
-
-<p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298" class="label">[298]</a> Beaucoup de personnes doutrent fort de l'authenticit de cette lettre, et, en
-effet, elle a tout l'air d'avoir t fabrique par des gens disposs se divertir aux
-dpens des Gnois.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 249.</p>
-
-<p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299" class="label">[299]</a> Il y a un second libelle qu'on attribue aux Corses, mais si peu revtu de
-ressemblance que je le crois fabriqu Gnes.&mdash;Campredon Chauvelin, Gnes,
-le 30 aot 1736: Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300" class="label">[300]</a> La rpublique de Gnes est sans doute fonde cacher autant qu'elle peut les
-dsavantages qu'elle essuie en Corse; mais elle a dans son sein bien des mcontents
-qui se portent l'autre extrmit pour dvoiler tous les mystres, et les feudataires
-de l'empereur ou du roi de Sardaigne ne se font pas un scrupule pour trahir le bien
-public pour leurs intrts particuliers. C'est par un de ces canaux que j'ai eu la pice
-ci-jointe... La personne qui m'a confi ces pices s'exprime en ces termes: Je
-satisfais plus mon devoir qu' votre curiosit en vous envoyant les deux derniers
-mmoires ou libelles de Thodore. Ils sortent de la mme plume que le prcdent;
-j'ai eu de la rpugnance les lire et du regret les communiquer, car s'ils contiennent
-vrit, nous aurions de la honte vous et moi passer notre vie auprs de tels
-princes. En effet, les Gnois y sont bien mal traits; mais l'esprit de satire prs
-qui y rgne d'un bout l'autre, l'auteur cite des faits historiques anciens et modernes
-qui sont sans rplique.&mdash;Campredon Chauvelin, Gnes, le 20 septembre 1736:
-Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301" class="label">[301]</a> Campredon Chauvelin, Gnes, le 19 juillet 1736: Correspondance de Gnes,
-vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302" class="label">[302]</a> Abb de Germanes, <i>op. cit.</i>&mdash;P. P. Pompei, <i>tat actuel de la Corse.
-Caractres et m&oelig;urs de ses habitants</i>, Paris, 1821, p. 189.</p>
-
-<p>Nous verrons dans la suite que Thodore tait en rapports assez suivis avec une
-M<sup>me</sup> de Champigny habitant Paris. Ils changeaient des lettres fort tendres. Serait-ce
-cette dame qui aurait t la matresse royale attitre?</p>
-
-<p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303" class="label">[303]</a> Abb de Germanes, <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304" class="label">[304]</a> Les promesses sont des arguments uss l'gard de ces insulaires qui ne
-s'y laisseront plus surprendre.&mdash;Campredon Chauvelin, Gnes, le 23 aot 1736:
-Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305" class="label">[305]</a> Thodore Jean-Charles Cottone, Verde, les 16 et 29 aot 1736: <i>loc. cit.</i>
-Bibliothque municipale de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306" class="label">[306]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307" class="label">[307]</a> Ces rochers ont une lvation de plus de 1,500 mtres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308" class="label">[308]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309" class="label">[309]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310" class="label">[310]</a> <i>Ibidem.</i> Le chroniqueur n'indique pas le nom du village. Peut-tre ne le
-savait-il mme pas.</p>
-
-<p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311" class="label">[311]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312" class="label">[312]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313" class="label">[313]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314" class="label">[314]</a> Le 16 septembre 1736.</p>
-
-<p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315" class="label">[315]</a> L'dit comportait seize articles et les rgles annexes neuf.</p>
-
-<p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316" class="label">[316]</a> Cambiagi, <i>loc. cit.</i>, t. III, p. 109-112.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de
-Corse</i>, p. 262-272.</p>
-
-<p>Voici la description que donne ce livre de l'insigne de l'<i>Ordre de la Dlivrance</i>.
-Il est supposer d'ailleurs que cet insigne resta toujours l'tat de projet: La
-croix ou toile de cet ordre est un champ de sinople, arec un ourlet d'argent ou blanc.
-Les sept pointes de la croix ou toile, et l'anneau par lequel elle est attache, sont d'or
-ou jaunes; et les sept autres petites pointes de sable et charges des armes du roi
-blanches ou d'argent; et le bord de la croix jaune ou d'or. Dans le milieu de l'toile
-est la justice, couleur de chair, reprsente par une femme qui a une ceinture d'o
-pend une feuille de figuier d'or. Elle tient de la main droite une pe d'acier, et de la
-gauche une balance, dans un des bassins triangulaires de laquelle est une tache rouge
-et dans l'autre une couleur de plomb. Au-dessous de la main, qui tient l'pe, est un
-globe d'or surmont d'une croix; et au-dessous de la main, qui tient la balance, est un
-triangle d'or au milieu duquel est un T.</p>
-
-<p>En 1757, Pascal Paoli cra galement un ordre de chevalerie compos de cinquante
-<i>braves</i>, qui s'appelaient entre eux <i>confrres</i>. L'insigne consistait en une mdaille
-reprsentant Sainte Dvote: Pommereul, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 19.</p>
-
-<p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317" class="label">[317]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318" class="label">[318]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319" class="label">[319]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 272.</p>
-
-<p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320" class="label">[320]</a> Toute l'le tait si dpourvue d'artisans, qu' peine y pouvait-on trouver un
-tonnelier; en sorte qu'ils (les Corses) taient obligs de mettre leur huile et leur vin
-dans des cruches ou dans des outres: <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 276.</p>
-
-<p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321" class="label">[321]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 277.</p>
-
-<p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322" class="label">[322]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323" class="label">[323]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324" class="label">[324]</a>
-Ayant dlibr de passer en terre ferme afin de chasser les Gnois, nos
-ennemis, des places fortes de notre royaume, craignant d'tre tromp par ceux qui
-seraient chargs de nos affaires en notre absence; et voyant, d'ailleurs, les mois
-s'couler sans qu'il vienne de secours et sans que nous sachions d'o provient ce
-retardement, nous avons cru qu'il tait de notre devoir de consoler nos peuples
-avant notre dpart, non seulement en leur faisant connatre les justes motifs de ce
-voyage, mais aussi en pourvoyant toutes les places et provinces de bons et fidles
-commandants; de manire que le gouvernement de notre royaume ne souffre point de
-notre absence, et que toutes les munitions de guerre que nous y enverrons avant
-notre retour, soient reues en toute sret. C'est pourquoi, en vertu de notre prsente
-ordonnance royale, nous avons lu, comme nous lisons pour commandants
-extraordinaires les ci-aprs nomms, auxquels nous confions toute notre autorit
-royale, en ce qui concerne le gouvernement de nos peuples dans les places et provinces
-respectives. Ordonnons, en consquence, tous nos peuples de rendre l'obissance
-due nos commandants et nos officiers, que nous leur enjoignons de reconnatre
-comme tels, et de les assister lorsqu'il sera ncessaire, sous peine de notre
-indignation royale. Nous dclarons qu'autant, notre retour, nous saurons bon gr
- ceux qui auront t fidles et obissants, autant sommes-nous rsolu de chtier et
-de punir avec toute la svrit possible ceux qui seront coupables de dsobissance.
-A cette fin, et pour que la prsente dlibration vienne la connaissance de tous et
-soit un sujet de consolation pour les bons et un motif de crainte pour les mchants,
-nous voulons que cette ordonnance soit publie dans tous les lieux du pays, par ces
-mmes commandants que nous chargeons de notre puissance royale. Et afin de
-donner plus de validit notre prsente ordonnance, nous l'avons signe de notre
-propre main et munie de notre sceau royal.</p>
-
-<p>Donn artne.</p>
-
-<p class="signature">THODORE.</p>
-
-<p>Comte Costa, secrtaire d'tat, grand chancelier et garde des sceaux.</p>
-
-<p>Suit la liste des diffrents commandants institus. Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III,
-p. 115-117.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 281-284. Cet auteur porte
-que l'dit est dat du 14 novembre. Cambiagi indique le 10. Ce sont des erreurs
-matrielles. Thodore est arriv le 12 novembre Livourne. La date du 4 novembre
-est formellement indique sur l'exemplaire de l'ordonnance, envoy au ministre par
-Campredon: Correspondance de Gnes, vol. 98. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325" class="label">[325]</a> Voir sur la secte des Giovannali et sur leurs pratiques: <i>Chronique de Giovanni
-della Grossa</i>, p. 220.</p>
-
-<p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326" class="label">[326]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327" class="label">[327]</a> Lait de chvre caill.</p>
-
-<p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328" class="label">[328]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329" class="label">[329]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330" class="label">[330]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331" class="label">[331]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332" class="label">[332]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 117.&mdash;Lettre de Campredon du 22 novembre,
-publie par M. l'abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 323.</p>
-
-<p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333" class="label">[333]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334" class="label">[334]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 287.&mdash;Percy Fitzgerald,
-<i>op. cit.</i>, p. 83.</p>
-
-<p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335" class="label">[335]</a> <i>Journal de Costa.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336" class="label">[336]</a> Le consul de France Livourne fit mettre le patron Dcugis aux arrts. La
-rpublique de Gnes avait, en effet, demand aux puissances maritimes d'interdire
-leurs nationaux de faire le commerce avec les rebelles. Nanmoins Dcugis fut
-promptement remis en libert.</p>
-
-<p>Maurepas Campredon, le 13 dcembre 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 328.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 287.</p>
-
-<p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337" class="label">[337]</a> Il faut distinguer le marquis de Rivarola des deux personnages dont j'ai
-dj eu occasion de parler: Rivarola, le gouverneur gnois Bastia, et Dominique
-Rivarola, l'agent des Corses Naples.</p>
-
-<p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338" class="label">[338]</a> Le marquis de Rivarola au comte Trivera, le 27 novembre 1736, <i>Genova</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339" class="label">[339]</a> <i>Mercure politique et historique de Hollande</i>, dcembre 1736.</p>
-
-<p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340" class="label">[340]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 17 novembre 1736: Correspondance de Florence,
-vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341" class="label">[341]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 1<sup>er</sup> dcembre 1736: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342" class="label">[342]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 17 dcembre 1736: Correspondance de
-France, <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343" class="label">[343]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 8 dcembre 1736: Correspondance de Florence,
-vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344" class="label">[344]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 15 dcembre 1736: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345" class="label">[345]</a> Campredon Maurepas, 20 dcembre 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 328. Ce confesseur devait tre un de ces prtres qui entouraient le roi et auquel
-celui-ci aurait donn ce titre purement honorifique, car il est vraisemblable que
-Sa Majest ne pratiquait pas beaucoup.</p>
-
-<p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346" class="label">[346]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 174.</p>
-
-<p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347" class="label">[347]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 26 janvier 1737: Correspondance de Florence,
-vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348" class="label">[348]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 15 dcembre 1736, vol. 87: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349" class="label">[349]</a> Le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France Rome, Chauvelin, Rome,
-le 28 dcembre 1736: Correspondance de Rome, vol. 759.&mdash;Campredon Chauvelin,
-Gnes, le 17 janvier 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du Ministre
-des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350" class="label">[340]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 5 janvier 1737, vol. 88: Correspondance de
-Florence. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351" class="label">[351]</a> Campredon Chauvelin, Gnes, le 17 janvier 1737, vol. 99: Correspondance de
-Gnes. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352" class="label">[352]</a></p>
-
-<p>Lorenzi Chauvelin, Florence, les 1<sup>er</sup> et 22 dcembre 1736: Correspondance de
-Florence, vol. 38. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p>De son ct Campredon crivait Chauvelin: Si la conduite du consul espagnol
-Livourne a eu pour objet la compassion dans ce qu'il a fait en faveur du baron de
-Neuhoff l'on ne peut pas dire la mme chose de ce qui a rapport au chanoine Orticoni,
-aumnier du roi des Deux-Siciles et son pensionnaire; il ne parat gure vraisemblable
-que de cette part on et approuv tacitement la dmarche du consul, s'il avait, comme
-on le dit, surpris le commandant de Livourne lorsqu'il lui a demand de faire sortir
-de nuit sa felouque pour une expdition qui regardait le service de la cour de Naples.
-Quoi qu'il en soit, l'on voit que depuis l'arrive d'Orticoni en Corse, les rvolts ont
-redoubl d'animosit et de courage...</p>
-
-<p>Je suis bien persuad que la cour de Naples ne leur donne encore aucun secours
-ouvertement, sous le prtexte de religion, de ne point envahir le bien d'autrui, mais
-il y a de bonnes raisons pour croire que si Orticoni vient bout d'occuper quelques
-villes o il y a un bon port, et rendre son parti suprieur, le roi de Naples acceptera
-l'offre que lui feront les Corses de se donner lui...</p>
-
-<p>Gnes, le 17 janvier 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du Ministre
-des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353" class="label">[353]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 22 dcembre 1736: Correspondance de Florence,
-vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354" class="label">[354]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 296-297.&mdash;Cambiagi, <i>op. cit.</i>,
-t. III, p. 120-123.</p>
-
-<p>Les rvolts paraissent plus anims et plus unis qu'avant le dpart du baron de
-Neuhoff. Campredon Maurepas, 6 dcembre 1736: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 325.</p>
-
-<p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355" class="label">[355]</a> Les personnages dont la rpublique mettait la tte prix taient: Thodore de
-Neuhoff, Costa pre et fils et Durazzo. En ce qui concernait le jeune Costa, le Snat
-se trompait; il n'tait pas le fils, mais bien le neveu du fidle compagnon de Thodore.</p>
-
-<p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_355" class="label">[356]</a> Campredon Maurepas, 10 janvier 1737: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p.321.</p>
-
-<p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357" class="label">[357]</a> Cambiagi, <i>op. cit.</i>, t. III, p. 126-197.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de l'le de
-Corse</i>, p. 307-378.</p>
-
-<p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358" class="label">[358]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 175.</p>
-
-<p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359" class="label">[359]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 14 janvier 1737: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360" class="label">[360]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 313.</p>
-
-<p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361" class="label">[361]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 91.</p>
-
-<p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362" class="label">[362]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 4 mars 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat
-de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363" class="label">[363]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 313-314.&mdash;Percy Fitzgerald,
-<i>op. cit.</i>, p. 91.</p>
-
-<p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364" class="label">[364]</a> Lettre crite d'Amsterdam le 16 mars 1737: Correspondance de Hollande,
-vol. 422. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365" class="label">[365]</a> De la Ville, faisant l'intrim de Fnlon, ministre de France La Haye,
-Amelot, La Haye, le 23 avril 1737: Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives
-du Ministre des affaires trangres.&mdash;Le comte Borr de la Chavanne, ministre
-sarde La Haye, au roi de Sardaigne, La Haye, le 23 avril 1737: <i>Lettere ministri</i>,
-mazzo Olanda, mazzo 33. Archives d'tat de Turin.&mdash;Suivant ces deux ministres,
-les dettes de Thodore, en Hollande, se montaient dix-sept mille florins. Une relation
-de l'arrestation de Thodore indique le chiffre de trente mille florins.</p>
-
-<p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366" class="label">[366]</a> <i>Relazione del modo con cui vienne scoperto nella citt d'Amsterdam il
-barone Teodoro di Neuhoff, re di Corsica, e dell'arresto fattone eseguire dai
-vari crditori del medesimo: Materie politiche, negoziazioni colla Corsica</i>,
-mazzo 1<sup>o</sup> d'addizione. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367" class="label">[367]</a> De la Ville Amelot, La Haye, le 23 avril 1737: Correspondance de Hollande,
-vol. 422. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368" class="label">[368]</a> <i>Relazione</i>: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369" class="label">[369]</a> Chaque jour de nouveaux cranciers se produisent, qui aggravent son crou
-et il ne lui sera pas ais de trouver les sommes qu'on lui demande.&mdash;De la Ville
- Amelot, La Haye, le 7 mai 1737: Correspondance de Hollande, vol. 423. Archives
-du Ministre des affaires trangres.&mdash;Borr de la Chavanne au roi de Sardaigne,
-La Haye, le 7 mai 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p>Le jour mme o le ministre de France et le ministre sarde signalaient leur
-gouvernement la difficult pour Thodore de se librer promptement, celui-ci sortait
-de prison.</p>
-
-<p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370" class="label">[370]</a> <i>Relazione</i>: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371" class="label">[371]</a> <i>Relazione</i>: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.&mdash;De la Ville Amelot, La
-Haye, le 25 avril 1737: Correspondance de Hollande, vol. 422. Archives du Ministre
-des affaires trangres.&mdash;Borr de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye, le
-30 avril 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372" class="label">[372]</a> <i>Histoire des rvolutions de l'le de Corse</i>, p. 316-318.</p>
-
-<p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373" class="label">[373]</a> <i>Mercure historique et politique de Hollande</i>, numro de juin 1737.</p>
-
-<p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374" class="label">[374]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 16 mai 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99.
-Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 353.</p>
-
-<p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375" class="label">[375]</a> J'ai d reconstituer cette partie de la vie de Thodore avec des documents
-trs postrieurs.</p>
-
-<p>Au moment o l'expdition franaise, en Corse, se prparait, c'est--dire la fin
-de l'anne 1737, Amelot envoya Livourne le sieur Pignon. Celui-ci avait pour
-mission spciale de se tenir au courant de tous les faits et gestes des Corses un peu
-influents dont Livourne tait le rendez-vous. Pignon se trouva en rapport avec un
-insulaire trs au courant des dmarches de Thodore en Hollande aprs sa captivit.
-Dans une lettre date du 13 janvier 1738, Pignon rapportait tous ces dtails Amelot.
-Du reste, Campredon, le 2 octobre 1738, fournit Amelot des renseignements trs prcis
-sur les intrigues de Thodore au sortir de prison. Il tenait ces dtails&mdash;nous verrons
-comment&mdash;d'un des secrtaires de Thodore. Les rcits de Pignon et de Campredon
-concordent absolument. Ce sont ces rapports qui m'ont servi pour cette priode. La
-correspondance de Pignon figure dans le volume <i>Corse</i> n<sup>o</sup> 1 aux archives du
-Ministre des affaires trangres. Elle a t publie par M. l'abb Letteron dans:
-<i>Pices et documents divers pour servir l'histoire de la Corse pendant les
-annes 1737-1739</i>. Bulletin de la Socit des Sciences historiques et naturelles
-de la Corse; Bastia, 1893.</p>
-
-<p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376" class="label">[376]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377" class="label">[377]</a> Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737, communique le 14 mai par
-de la Ville Amelot: Correspondance de Hollande, vol. 423. Archives du Ministre
-des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378" class="label">[378]</a> Extrait d'une lettre d'Amsterdam du 12 mai 1737, communique le 14 mai par
-de la Ville Amelot: Correspondance de Hollande, vol. 123. Archives du Ministre
-des affaires trangres.&mdash;Borr de la Chavanne au roi de Sardaigne, La Haye, le
-14 mai 1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.&mdash;<i>Histoire des rvolutions de
-l'le de Corse</i>, p. 315-316.</p>
-
-<p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379" class="label">[379]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380" class="label">[380]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe, <i>maistre Gustavius
-Barentz, parti de Texel le 30<sup>e</sup> juin et arriv la rade de Livourne le 13<sup>e</sup> septembre
-de 1737</i>: <i>Corsica 1737-1738</i> N. 1/2121. Archives d'tat de Gnes, archives
-secrtes.</p>
-
-<p>Ce journal a t rdig par Denis Richard, qui ensuite le livra au gouvernement
-gnois.&mdash;Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 176.</p>
-
-<p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381" class="label">[381]</a> Bookmann et Evers existaient rellement. Ils taient Livourne les correspondants
-de Lucas Boon.&mdash;Pignon Amelot, le 13 janvier 1738: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 95-99.&mdash;<i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle
-Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382" class="label">[382]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383" class="label">[383]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>&mdash;Lettre
-crite de Lisbonne le 30 juillet 1737 Joseph Buonaroti, Gnes, et communique
-par celui-ci au Srnissime Collge. Filza 1737-38, N<sup>o</sup> generale 1/2121. Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384" class="label">[384]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 95-99.&mdash;<i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385" class="label">[385]</a> Viganego, consul de Gnes, Lisbonne au Srnissime Collge, le 30 juillet
-1737: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386" class="label">[386]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387" class="label">[387]</a> Viganego au Srnissime Collge, Lisbonne, le 30 juillet 1737: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388" class="label">[388]></a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389" class="label">[389]</a> Lettre de Lisbonne du 30 juillet 1737 Joseph Buonaroti: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.&mdash;Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 177.</p>
-
-<p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390" class="label">[390]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>&mdash;Pignon
-Amelot, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391" class="label">[391]</a> Viganego au Srnissime Collge, Lisbonne, le 30 juillet 1737: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392" class="label">[392]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>&mdash;Pignon
- Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>,
-p. 95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393" class="label">[393]</a> <i>Journal du voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394" class="label">[394]</a> <i>Journal de voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i>&mdash;Pignon
-Amelot, Livourne, le 13 janvier 1737: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 95-99.&mdash;Antonio
-Battistella, <i>op. cit.</i> p. 179.</p>
-
-<p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395" class="label">[395]</a> <i>Journal de voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396" class="label">[396]</a> <i>Journal de voyage du navire</i> La Demoiselle Agathe: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397" class="label">[397]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 14 septembre 1737: Correspondance de Florence,
-vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398" class="label">[398]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 18 septembre et 12 octobre 1737: Correspondance
-de Florence, vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399" class="label">[399]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400" class="label">[400]</a> <i>Mmoire que Denis Richard prsente avec soubmission aux Srnissimes
-Doge, gouverneur et procurateur de la Srnissime Rpublique de Gnes.</i>
-Livourne, le 27 novembre 1737: <i>Ribellione di Corsica, Filza</i>, N. G<sup>le</sup> 13-3011.
-Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401" class="label">[401]</a> Rcapitulation d'une lettre crite le 6 dcembre 1737 par Lucas Boon
-d'Amsterdam Bookmann et Evers, Livourne: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes,
-archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402" class="label">[402]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 2 octobre 1738: Correspondance de Gnes,
-vol. 101. Archives du Ministre des affaires trangres; publie par M. l'abb Letteron:
-<i>Correspondance</i>, p. 423-426.</p>
-
-<p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403" class="label">[403]</a> <i>Copie du pouvoir du roi Thodore, traduit de sa main du hollandais en
-italien, donn Franois de Agata, son secrtaire, pour frter un btiment
-Amsterdam, le 23 juin 1737</i>: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du
-Ministre des affaires trangres. Ce document est court et sans intrt.</p>
-
-<p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404" class="label">[404]</a> Contrat de nolissement du <i>Yong-Rombout</i>: Correspondance de Gnes,
-vol. 101. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405" class="label">[405]</a> Pignon Amelot, Livourne, les 23 dcembre 1737 et 13 janvier 1738: Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 88-95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406" class="label">[406]</a> Lucas Boon Bookmann et Evers, le 13 dcembre 1737: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407" class="label">[407]</a> Pignon Amelot, les 13 et 20 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>,
-p. 95-99, 101 et 103.</p>
-
-<p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408" class="label">[408]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 7 janvier 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 35. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409" class="label">[409]</a> Du mme au mme, mme date: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410" class="label">[410]</a> Ce contrat ne fut jamais sign. Puisieux Amelot, Naples, le 21 janvier 1738:
-<i>Ibidem</i>.&mdash;Le projet de contrat se trouve dans la Correspondance de Gnes au fol. 26
-du vol. 101.</p>
-
-<p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411" class="label">[411]</a> Puisieux Amelot, Naples, les 4, 18, 25 mars et 1<sup>er</sup> avril 1738: Correspondance
-de Naples, vol. 35. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412" class="label">[412]</a> L'opinion que les tats Gnraux de Hollande favorisaient en secret l'entreprise
-du baron de Neuhoff, tait cependant assez rpandue. Dans un document intitul:
-<i>Mmoires de certaines intrigues de Thodore</i>, qui se trouve aux Archives du
-Ministre des affaires trangres, dans la Correspondance de Corse, vol. 2, on lit:
-Il (Thodore) fut arrt pour dettes en arrivant Amsterdam, mais ayant trouv
-un des juifs avec lequel il avait fait un trait de leur remettre San Fiorenzo ou Portovecchio,
-selon qu'il leur conviendrait, ce juif, dis-je, paya pour lui et le produisit
-ses correspondants Lucas Boon, Tronchin et Neufville, qui firent un fonds en marchandises
-et munitions de cinq millions. Il est prsumer que ces marchands n'taient
-que procureurs dans cette affaire, puisque Thodore s'obligeait de leur donner pour
-sret de leurs avances Ajaccio jusqu' l'entier payement de la somme. Quelles troupes
-ont des marchands pour garder une forteresse dans un pays o la guerre est
-actuellement, si les tats eux-mmes n'y avaient pris des engagements secrets. De
-plus, l'armement des trois vaisseaux qui s'taient prsents sur les ctes de Corse,
-s'tait fait assez publiquement en Hollande pour que les tats ne l'eussent pas ignor.</p>
-
-<p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413" class="label">[413]</a> La lettre des tats Gnraux la Rpublique de Gnes parle d'un autre navire
-qui se serait trouv dans le mme cas que <i>La Demoiselle Agathe</i>, <i>Le Maria Jacoba</i>,
-capitaine Cornelius Roos. Ce btiment avait t surveill et visit par les Gnois
-Livourne contre tout droit.</p>
-
-<p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414" class="label">[414]</a> Les tats Gnraux des Provinces-Unies des Pays-Bas la Srnissime Rpublique
-de Gnes. La Haye, le 23 novembre 1737, <i>Filza</i> I, 2121 (1737-1738). Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415" class="label">[415]</a> Lettre de Van Sil du 15 octobre 1737 sans nom de destinataire: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416" class="label">[416]</a> Copie d'une lettre d'Amsterdam du 23 octobre 1737, communique avec la
-lettre de Fnelon Amelot du 29 octobre: Correspondance de Hollande, vol. 424.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p>En envoyant cette copie Fnelon crivait:</p>
-
-<p>Je joins ici la copie d'une lettre qui a t crite d'Amsterdam et qui m'a t
-confie. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a t fourni par la ville d'Amsterdam pour
-premier commissaire aux confrences d'Anvers et pour qui l'agent arriv de Corse
-avait une commission, et bien d'autres particularits qui se peuvent joindre, ont
-assurment de quoi donner de fortes indices que l'Angleterre s'est intresse pour
-procurer les facilits que le baron de Neuhoff a trouves non seulement pour se tirer
-des mains de ses cranciers qui l'avaient fait arrter Amsterdam, mais encore pour
-s'y pourvoir de tout ce qu'il en a tir en munitions, armes, etc... et qui ont suivi ou
-devanc son retour en Corse. L'Angleterre n'aura pas pris cet intrt sans vue
-(en chiffres). Celle de prendre le contrepied de nous dans une affaire qu'elle croirait
-propre nous mettre moins bien avec l'Espagne serait remarquable.</p>
-
-<p>La diplomatie franaise voulait voir dans l'quipe de Thodore des menes
-anglaises. Ses craintes ne semblaient pas justifies. Plus tard, l'Angleterre favorisera
-les entreprises de Thodore. Pour l'instant, ce n'tait qu'un coup de commerce
-tent par des trafiquants trop crdules.</p>
-
-<p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417" class="label">[417]</a> Pignon Amelot, Livourne, 13 janvier 1738: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>,
-p. 95-99.</p>
-
-<p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418" class="label">[418]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 2 janvier 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 35. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419" class="label">[419]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 12 octobre 1737: Correspondance de Florence,
-vol. 88. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420" class="label">[420]</a> La rpublique a fait arrter un btiment gnois qui portait des provisions
-de bouche et mme quelques armes aux rvolts. La chose ne serait point surprenante,
-puisque tous ceux qui gagnent aux emplois, en Corse, ou qui sont chargs de la
-fourniture des vivres qu'on est dans la ncessit d'y envoyer, sont bien loigns de
-dsirer que cette guerre finisse, dt-elle achever de ruiner le trsor public...</p>
-
-<p>Campredon Maurepas, Gnes, le 4 avril 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421" class="label">[421]</a> Les deux lettres, Monsieur, que vous avez crites M. Chauvelin, le 14 du
-mois dernier, confirment beaucoup les soupons qu'on avait dj que les rvolts de
-l'le de Corse taient soutenus par la cour de Madrid et par celle de Naples, et c'est
-un objet assez intressant pour que vous deviez employer toute votre adresse en
-dcouvrir la vrit. Vos conjectures deviendraient plus que vraisemblables si l'on
-effectue la rsolution d'envoyer M. Augustin Grimaldi Madrid. Il serait dsirer
-que la rpublique ft, comme on vous l'a assur, dans la disposition de vendre cette le.
-Le roi n'y aurait jamais port ses vues, tant qu'elle serait demeure au pouvoir des
-Gnois, et Sa Majest n'avait pas mme jug propos, jusques prsent, de prendre
-part cette rvolution sur laquelle on ne pouvait former que des conjectures fort incertaines;
-mais lorsqu'il s'agira de traiter de la vente de cette le, il ne conviendrait pas aux
-intrts de la France qu'aucune autre puissance en ft l'acquisition; c'est pourquoi je
-vous prie de veiller exactement sur ce qui se passe ce sujet et de m'informer de ce
-que vous apprendrez. Vous comprenez bien que ce qu'on offrirait aux Gnois ne serait
-pay qu'aprs que la France en serait entre en possession et vous pouvez faire
-sentir, sans trop vous expliquer, que la France ne verrait pas tranquillement qu'une
-autre puissance voult s'en rendre matresse.</p>
-
-<p>L'Espagne n'est pas la seule qui ait des vues sur l'le de Corse. Le mmoire que
-j'ai reu de Vienne et dont je vous envoie une copie, vous fera connatre que le duc
-de Lorraine peut tre souponn d'y prtendre et de vouloir y exciter un parti en sa
-faveur, et il est propos que vous trouviez moyen de rendre ce mmoire public sans
-que vous paraissiez y avoir pris part.</p>
-
-<p>Amelot Campredon, 5 mars 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives
-du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422" class="label">[422]</a> Campredon Amelot, Gnes, les 4 mars et 18 avril 1737: Correspondance de
-Gnes, vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423" class="label">[423]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 4 avril 1737. Correspondance de Gnes, vol. 99.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424" class="label">[424]</a> Le mme au mme, le 27 juin 1737: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425" class="label">[425]</a> Le mme au mme, les 19 et 26 septembre 1737: Correspondance de Gnes,
-vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426" class="label">[426]</a> Dclaration signe le 12 juillet 1737 au nom du Roi et de l'Empereur: Correspondance
-de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 2.</p>
-
-<p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427" class="label">[427]</a> Convention entre la rpublique de Gnes et la cour de France, Fontainebleau,
-le 10 novembre 1737: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des
-affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 61.</p>
-
-<p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428" class="label">[428]</a> Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 1.</p>
-
-<p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429" class="label">[429]</a> Instructions pour le sieur Pignon, Fontainebleau, le 13 novembre 1737: Correspondance
-de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 65-69.</p>
-
-<p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430" class="label">[430]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 18-21.</p>
-
-<p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431" class="label">[431]</a> <i>Idem</i>, <i>ibidem</i>, p. 24.</p>
-
-<p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432" class="label">[432]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 12 dcembre 1737: Correspondance de Gnes,
-vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433" class="label">[433]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 26 dcembre 1737: Correspondance de Gnes,
-vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434" class="label">[434]</a> Instructions pour le comte de Boissieux: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>,
-p. 73-76.</p>
-
-<p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435" class="label">[435]</a> Traduction d'une lettre d'Angelo, vice-consul de France Bastia, le
-25 fvrier 1738: Correspondance de Gnes, vol. 101. Archives du Ministre des affaires
-trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 398-400.</p>
-
-<p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436" class="label">[436]</a> Boissieux Campredon, Bastia, le 27 fvrier 1738: Correspondance de Gnes,
-vol. 101. Archives des affaires trangres.&mdash;Abb letteron, <i>Corespondance,</i>
-<i>p. 401-402</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437" class="label">[437]</a> Pignon Amelot, Livourne, 2 janvier 1738: Correspondance de Corse, vol. 1
-Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>,
-p. 101-103</p>
-
-<p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438" class="label">[438]</a> Antonio Batistella: op. cit., p. 180.</p>
-
-<p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439" class="label">[439]</a> Salvini Opticoni, Livourne, 8 fvrier 1738. Communique avec la lettre de
-Pignon Amelor du 10 fvrier: Correspondance de Corse, vol. 1 Archives du
-du Ministre des Affaires trangres&mdash;Abb Letteron, Pices et documents, p. 114-117.</p>
-
-<p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440" class="label">[440]</a> Il n'y avait dans cette faon d'agir rien de contraire la loyaut, puisque Salvini,
-en recommandant aux rebelles de s'en remettre Louis XV, entrait dans les vues
-du gouvernement franais. Les instructions de Boissieux taient formelles&mdash;nous
-l'avons vu&mdash;; il devait employer tous les moyens de conciliation avant de recourir aux
-armes. Les Gnois voulaient au contraire que les insulaires fussent svrement rprims
-et c'est pourquoi Boissieux tait en droit de favoriser secrtement la correspondance
-des chefs, quand celle-ci avait pour but d'amener l'apaisement.</p>
-
-<p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441" class="label">[441]</a> Orticoni Salvini, Casinca, le 19 fvrier 1738. Lettre jointe celle de Pignon
- Amelot du 28 fvrier: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des
-affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 130-135.</p>
-
-<p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442" class="label">[442]</a> Pignon Amelot, Livourne, le 20 fvrier 1738: Correspondance de Corse,
-vol. 1. Archives du Ministre des archives trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 135-136.</p>
-
-<p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443" class="label">[443]</a> Amelot Pignon, Versailles, le 11 fvrier 1738: Correspondance de Corse, vol.
-1. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 118-119.</p>
-
-<p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444" class="label">[444]</a> Pignon Amelot, Bastia, les 4, 7, 13 et 14 mai 1738: Correspondance de
-Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices
-et documents</i>, p. 173-176, 193-194, 201, 204.</p>
-
-<p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445" class="label">[445]</a> Amelot Pignon, Versailles, le 13 mai 1738: Correspondance de Corse, vol. 1.
-Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>,
-p. 200.</p>
-
-<p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446" class="label">[446]</a> Le baron de Neuhoff n'avait comme parent du nom de Drost que le grand commandeur
-de l'Ordre Teutonique Cologne.</p>
-
-<p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447" class="label">[447]</a> Pignon Amelot, Bastia, le 14 mai 1738: Correspondance de Corse. Archives
-du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 203.</p>
-
-<p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448" class="label">[448]</a> La s&oelig;ur Fonseca Bigani, Rome, le 14 juin 1738. <i>Ribellione di Corsica</i>,
-filza 13/3011. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449" class="label">[449]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 13 septembre, 4 et 11 octobre 1738: Correspondance
-de Florence, vol. 89. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450" class="label">[450]</a> <i>Mercure historique et politique de Hollande</i>, numro du mois de
-janvier 1738: Abb Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 411.</p>
-
-<p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451" class="label">[451]</a> Les dtails de la seconde expdition de Thodore nous sont connus par des
-documents qui se trouvent dans les archives du Ministre des affaires trangres
-(Correspondance de Corse, vol. 1-2). Ces pices sont:</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> <i>Dclaration faite au consulat d'Alicante par le nomm Franois Vastel, le
-7 novembre 1738</i>;</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> <i>Rapport du Commissaire provincial des guerres La Villeheurnois</i>;</p>
-
-<p>3<sup>o</sup> <i>Prcis de l'extrait du journal de voyage du nomm Riesenberg (allemand
-de nation)</i>;</p>
-
-<p>4<sup>o</sup> <i>Extrait des interrogatoires de dix personnes de la suite de Thodore
-restes en Corse et qui ont depuis t envoyes Toulon.</i></p>
-
-<p>Les trois premiers documents ont t publis par M. l'abb Letteron, <i>Pices et
-documents</i>, p. 283-286, 287-290, 334-346.</p>
-
-<p>Les documents ci-dessus relatifs la seconde expdition de Thodore, manent de
-gens qui faisaient partie de cette expdition des titres diffrents. Franois Vastel
-tait matelot bord d'un des navires; Riesenberg se trouvait parmi les gens au
-service de Neuhoff.</p>
-
-<p>Quant aux dix personnes, dont les interrogatoires furent envoys Versailles,
-c'taient de pauvres diables engags en Hollande par les agents de Thodore et qui
-furent pris en Corse. Ces interrogatoires sont prcds de cette note: Lors de la
-prise que fit M. de Sabran, commandant la frgate <i>La Flore</i>, sur la cte de Corse,
-de quelques btiments de la suite de Thodore, il se trouva terre une trentaine
-de personnes, dont dix manquant de tout allrent se rendre M. de Sabran, sur la
-parole qu'il leur donna que leur vie serait en sret. Ces dix personnes ont t conduites
-dans les prisons de Toulon o elles sont actuellement. M. le duc de Villars a
-envoy les interrogatoires qui lui ont t faits le 23 janvier dernier (1739) par les
-maires-consuls.</p>
-
-<p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452" class="label">[452]</a> Ce navire, on s'en souvient, faisait partie de l'expdition de 1737. On le nommait
-<i>La Demoiselle Agathe</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453" class="label">[453]</a> Dans le journal de Reisenberg ce navire est appel <i>Le Marie-Jacob</i>, capitaine
-Cornlie Rose.</p>
-
-<p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454" class="label">[454]</a> Vastel appelle ce navire <i>Le Briderose</i>; d'autres le nomment <i>Le Breterod</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455" class="label">[455]</a> <i>Rapport de La Villeheurnois.</i>&mdash;<i>Dposition des gens arrts par M. de
-Sabran</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456" class="label">[456]</a> <i>Dposition des gens arrts par M. de Sabran</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457" class="label">[457]</a> Extrait d'une lettre de Naples du 16 dcembre 1738: Correspondance de
-Naples, vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><i>Cargaison des vaisseaux de Thodore, suivant la liste qu'il en avait
-rpandue</i>:</p>
-
-<table id="canon" summary="contents">
-<tr>
-<td class="tdl">Douze pices de canon de vingt-quatre livres de balles, trois mille six cents boulets;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Trois grandes couleuvrines de dix-huit livres de balles, sept cents boulets;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Douze pices de canon de douze livres de balles, quatre cents boulets;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Six mille fusils, dont deux mille avec baonnettes;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Mille grands mousquets et trois cent quatre-vingts mousquetons;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Deux mille paires de pistolets;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Quatre-vingt mille livres de poudre canon;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Cent mille livres de poudre fine;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Deux cent mille livres de plomb;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Quatre cent mille pierres fusil;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Cinquante mille livres de fer;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Deux mille pics et autres outils;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Quatre cents tonneaux avec des cercles de fer;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Quatre mille livres de plomb en saumon;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Cinquante caisses de tambour; une timbale; vingt-quatre trompettes; <br />
-habits pour deux cents gardes;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Six mille paires de souliers et de bas; du cuir pour la valeur de trois mille<br />
-florins; de la toile pour mille paillasses et mille tentes;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Bandoulires, fourniments, ceinturons, gibecires au nombre de deux mille;<br />
-trois cents fusils pour les officiers, trois cents couteaux de chasse;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Cinquante drapeaux et tendards;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Six grandes seringues de cuivre, quatre cuves d'tain;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Deux mille grenades charges, sept cents bombes de bois charges;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Quatre-vingts tant coffres, malles que caisses, contenant l'quipage <br />
-du roi dont la maison est compose de cinquante officiers;</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Un secrtaire, un commissaire, un matre d'htel,<br />
-deux chirurgiens, deux valets de chambre, deux cuisiniers, deux cuyers,<br />
-quatre chasseurs et six valets de pied.</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p class="small">Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 265-266.&mdash;Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458" class="label">[458]</a> Petite le situe vingt milles d'Amsterdam.</p>
-
-<p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459" class="label">[459]</a> <i>Dclaration faite au consulat d'Alicante par le nomm Franois Vastel</i>:
-<i>loc. cit.</i>&mdash;Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 283-286.</p>
-
-<p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460" class="label">[460]</a> Franois Vastel, dans sa dclaration, n'indique pas les mmes dates que celles
-qui sont portes dans le rapport de La Villeheurnois et dans le journal de Riesenberg.
-D'aprs lui, <i>Le Preterod</i> ne serait arriv Malaga que le 5 ou le 6 juillet une heure
-et demie de l'aprs-midi.</p>
-
-<p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461" class="label">[461]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462" class="label">[462]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 11 novembre 1738: Correspondance de Naples,
-Vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463" class="label">[463]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464" class="label">[464]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel.</i>&mdash;<i>Rapport du Commissaire provincial
-des guerres La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p>La Villeheurnois donne, d'aprs les tmoignages recueillis, la cause de la prsence
-si frquente du consul hollandais bord du <i>Preterod</i>: Deux tailleurs, embarqus
-alors sur ce btiment, ont rapport que le capitaine de Frentzel avait ordre d'y aller
-( Alger) pour conclure un trait de paix entre les tats Gnraux, le roi d'Alger et
-le bey de Tunis. Il ajoutait que le roi d'Alger est venu plusieurs fois bord du
-<i>Preterod</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465" class="label">[465]</a> D'aprs Vastel, les navires seraient rests Alger de vingt-et-un vingt-deux
-jours; selon La Villeheurnois quatorze jours seulement.</p>
-
-<p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466" class="label">[466]</a> Cette date du 14 aot est indique dans le <i>Rapport</i> de La Villeheurnois ainsi
-que dans le <i>Journal de Riesenberg</i>. Vastel, dans sa dclaration, donne le 18 septembre,
-comme date d'arrive Cagliari. D'ailleurs la date du 14 aot est confirme,
-par les lettres de Mongiardino, consul de Gnes Cagliari, Mari (17 et 20 aot 1738),
-par une de Paget, consul de France, crite Boissieux (20 aot 1738), enfin par une
-relation du marquis de Rivarola, vice-roi de Sardaigne, envoye galement Boissieux
-(21 aot 1738): Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 238-249.</p>
-
-<p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467" class="label">[467]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 233-249.&mdash;<i>Ribellione de' Corsi</i>, filza 12/3010.
-Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468" class="label">[468]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469" class="label">[469]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 249.</p>
-
-<p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470" class="label">[470]</a> <i>Dclaration de Franois Vastel</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471" class="label">[471]</a> <i>Journal du capitaine Keelmann, hollandais, commandant le vaisseau</i>
-L'Africain <i>de quarante canons</i>: Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du
-Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472" class="label">[472]</a> Le 14, suivant Riesenberg; le 15, d'aprs les gens interrogs par La Villeheurnois.</p>
-
-<p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473" class="label">[473]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474" class="label">[474]</a> <i>Journal de Riesenberg.</i>&mdash;<i>Rapport de La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;<i>Vera
-relazione dello sbarco felice del re Teodore nel porto di Sorracho del suo regno
-di Corsica.</i> Abb Letteron: <i>Correspondance</i>, p. 419-422.</p>
-
-<p>Tous les documents indiquent Sorraco comme l'endroit o mouilla le navire de
-Thodore. Cependant, celui-ci date une lettre cite plus loin de <i>la plage d'Alria</i>.
-Il donnait sans doute ce nom une grande partie de la cte orientale, sur laquelle tait
-situ ce port.</p>
-
-<p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475" class="label">[475]</a> Cette lettre fut intercepte et remise Boissieux le 14 septembre 1738.
-Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 260-262.</p>
-
-<p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476" class="label">[476]</a> Thodore au Rv. Napoleoni, cur de Zonza et de Porto-Vecchio, de la plage
-d'Aleria le 14 septembre 1738. Copie d'une lettre intercepte: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat
-de Gnes, archives secrtes. Jaussin donne galement la traduction de cette lettre,
-mais il l'indique date du 15 septembre au lieu du 14: <i>op. cit.</i>, t. I, p. 267-269.</p>
-
-<p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477" class="label">[477]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;<i>Rapport de La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;Les
-gens interrogs par La Villeheurnois ne croyaient pas que les petits btiments
-siciliens aient t forcs servir Thodore.</p>
-
-<p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478" class="label">[478]</a> <i>Journal du capitaine Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479" class="label">[479]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;<i>Rapport de La Villeheurnois</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;Bonfiglio
-Guelfucci: <i>op. cit.</i>, p. 79. Le Pre Guelfucci dit que l'officier hollandais,
-en voulant tuer le baron de Neuhoff, avait t sduit par la prime de deux mille
-genuines offerte par la rpublique de Gnes pour la tte de l'aventurier.</p>
-
-<p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480" class="label">[480]</a> Varnhagen, <i>op. cit.</i>, p. 55.</p>
-
-<p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481" class="label">[481]</a> Numro de novembre 1738.&mdash;Abb Letteron: <i>Correspondance</i>, p. 414-422.</p>
-
-<p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482" class="label">[482]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483" class="label">[483]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 11 novembre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484" class="label">[484]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485" class="label">[485]</a> <i>Accord fait entre Thodore et un des patrons du btiment pris par M. de
-Sabran.</i> Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. II, p. 267-268.</p>
-
-<p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486" class="label">[486]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487" class="label">[487]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488" class="label">[488]</a> Guagno, sans doute.</p>
-
-<p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489" class="label">[489]</a> Murzo, trs certainement.</p>
-
-<p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490" class="label">[490]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491" class="label">[491]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 286-288. Cette proclamation, date de Bastia le
-31 octobre 1738, arriva le 5 novembre dans l'intrieur de l'le.</p>
-
-<p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492" class="label">[492]</a> <i>Journal de Riesenberg</i>: <i>loc. cit.</i> Ce journal s'arrte la date du 21 janvier
-1739.</p>
-
-<p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493" class="label">[493]</a> Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. II, p. 283-286.</p>
-
-<p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494" class="label">[494]</a> <i>Journal de Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495" class="label">[495]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 21 octobre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496" class="label">[496]</a> <i>Journal de Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i> Nous avons vu, d'aprs Rostini, que la
-femme de Thodore tait parente du marquis de Montalgre. Comment se fait-il que
-le baron ayant si odieusement abandonn sa femme enceinte, ce ministre ait consenti
- lui accorder sa protection?</p>
-
-<p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497" class="label">[497]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 28 octobre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498" class="label">[498]</a> Puisieux Amelot (en chiffres), Naples, le 11 novembre 1738: Correspondance
-de Naples, vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499" class="label">[499]</a> Extrait d'une lettre de Naples du 16 dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500" class="label">[500]</a> <i>Journal de Keelmann</i>: <i>loc. cit.</i>&mdash;<i>Traduction de la protestation faite par
-l'quipage du vaisseau hollandais</i> L'Africain, <i>contre le consul des tats Gnraux
-tabli Naples, du 15 novembre 1738</i>: <i>Ibidem</i>. L'original de la protestation
-accompagne la traduction.</p>
-
-<p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501" class="label">[501]</a> S. M. souhaite que vous ne diffriez pas un moment d'instruire M. le marquis
-de Montalgre du procd du consul de Hollande. Le roi ne peut pas se persuader
-que les liaisons d'intrt, de sang et d'amiti qui doivent tre entre S. M. et
-le roi des Deux-Siciles, puissent laisser S. M. S. dans l'incertitude du parti qu'Elle
-doit prendre dans une affaire qui intresse galement l'honneur de la France et les
-droits de tous les souverains.&mdash;Amelot Puisieux, le 2 dcembre 1738: Correspondance
-de Naples, vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502" class="label">[502]</a> Un volume ne suffirait pas pour dtailler les manges et les injustices dont
-on a us son gard pendant sa prison.&mdash;Puisieux Amelot, Naples, le 9
-dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503" class="label">[503]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 30 dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504" class="label">[504]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 3 fvrier 1739: <i>Ibidem</i>, vol. 37.</p>
-
-<p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505" class="label">[505]</a> Joseph Valembergh Franois Bouver, consul de Hollande Livourne, le
-11 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte: <i>Ribellioni di Corsica</i>, filza
-13-3011. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506" class="label">[506]</a> La s&oelig;ur Fonseca la s&oelig;ur Anne-Marie della Leonessa, le 14 novembre 1738.
-Copie d'une lettre intercepte: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507" class="label">[507]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 18 novembre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508" class="label">[508]</a> <i>Gazette d'Amsterdam</i>, numros des 2 janvier et 20 mars 1739.&mdash;<i>Mercure
-politique et historique de Hollande</i>, janvier, fvrier et mars 1739.&mdash;<i>The annals
-of the year 1739.</i> Londres, 2 vol. in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509" class="label">[509]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 16 dcembre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510" class="label">[510]</a> (En chiffres). Cet aventurier demanda alors qu'il fut arrt, s'il y avait
-sret pour sa vie, question que j'imagine qu'il ne fit que pour persuader qu'il n'tait
-pas prvenu sur ce qu'il devait lui arriver, mais il y a toute apparence qu'il en avait
-t averti et quoique M. de Sangro, gouverneur de Gate, ait ordre de le veiller de
-prs, je crois cependant que l'intention du ministre n'est pas de le garder toujours et
-que l'on pourra bien se contenter de le faire conduire dans quelque temps hors du
-royaume. Il a crit un de ses plus zls adhrents, qui est rest ici, de ne se point
-alarmer de son aventure, qu'il reparatrait au premier jour avec plus d'clat, et que
-tout ceci ne se faisait que pour endormir une certaine puissance. Puisieux
-Amelot, Naples, le 9 dcembre 1738: Correspondance de Naples, vol. 36. Archives du
-Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511" class="label">[511]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 20 dcembre 1738: Correspondance de Florence,
-vol. 89. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512" class="label">[512]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 23 dcembre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513" class="label">[513]</a> Amelot Fnelon, Versailles, le 7 dcembre 1738: Correspondance de Hollande,
-vol. 429. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514" class="label">[514]</a> Extrait de la rsolution du 2 dcembre 1738 prise par L. H. P. les tats
-Gnraux relativement au consul de Naples: <i>Ibidem</i>.&mdash;Puisieux Amelot, Naples,
-le 20 janvier 1739: Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministre des
-affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515" class="label">[515]</a> Amelot Fnelon, Versailles, le 14 dcembre 1738: Correspondance de Hollande,
-vol. 429.</p>
-
-<p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516" class="label">[516]</a> Fnelon Amelot, le 23 dcembre 1738: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517" class="label">[517]</a> Amelot Fnelon, Versailles, le 1<sup>er</sup> janvier 1739: Correspondance de Hollande,
-vol. 429. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518" class="label">[518]</a> Correspondance de Fnelon: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519" class="label">[519]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 6 janvier 1739: Correspondance de Naples,
-vol. 37. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520" class="label">[520]</a> Plus je vais en avant, et plus je me confirme dans les soupons que j'ai eus
-sur le retour du baron de Neuhoff dans ce royaume. (En chiffres.) Ce gouvernement
-tche de les dtruire en faisant arrter de temps en temps quelques partisans de cet
-aventurier, mais je remarque que cette svrit ne tombe que sur ceux de la fidlit
-desquels l'on croit devoir se mfier, tmoin le baron de Drost qui est toujours ici,
-quoique je l'eusse recommand trs particulirement, le regardant comme l'agent du
-baron de Neuhoff en cette ville. Je ne doute point que ce dernier, inform de l'opinitret
-des rebelles, ne fasse une seconde tentative pour retourner en Corse, ce qui ne
-dplairait nullement cette Cour.&mdash;Puisieux Amelot, Naples, le 20 janvier 1739,
-<i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521" class="label">[521]</a> Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. I, p. 347.</p>
-
-<p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522" class="label">[522]</a> <i>Traduction de la relation rpandue Naples par quelques adhrents du
-baron de Neuhoff qui y sont actuellement, de la victoire qu'ils prtendent que
-les rebelles corses ont remporte sur les troupes du Roi les 12 et 13 dcembre
-1738</i>: Correspondance de Gnes, vol. 101. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523" class="label">[523]</a> Campredon Maurepas, Gnes, le 1<sup>er</sup> janvier 1739: <i>Ibidem</i>, vol. 102.&mdash;Abb
-Letteron: <i>Correspondance</i>, p. 427-431.</p>
-
-<p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524" class="label">[524]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 30 dcembre 1738: Correspondance de Naples,
-vol. 36. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525" class="label">[525]</a> Puisieux Amelot, Naples, le 3 fvrier 1739: Correspondance de Naples,
-vol. 37. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526" class="label">[526]</a> Il fut inhum dans l'glise Saint-Jean de Bastia.&mdash;Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. I, p. 352.</p>
-
-<p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527" class="label">[527]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Calvi, le 22 mars 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 423.</p>
-
-<p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528" class="label">[528]</a> Instructions pour M. le marquis de Maillebois, le 14 fvrier 1739: Abb
-Letteron, <i>Ibidem</i>, p. 351-356.</p>
-
-<p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529" class="label">[529]</a> Amelot Campredon, Versailles, le 31 mars 1739: Correspondance de Gnes,
-vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 450.</p>
-
-<p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530" class="label">[530]</a> Plusieurs historiens et mme des correspondances de l'poque ont donn, par
-erreur, le nom de Drost ce personnage. On l'a confondu avec l'individu qui, en 1738,
-tait arriv en Corse en se faisant appeler Mathieu Drost et qui fut arrt Livourne,
-nous l'avons vu. Le colonel de Neuhoff, qui l'anne prcdente s'tait embarqu avec
-Thodore, en Hollande, et qui l'avait rejoint Naples, n'tait pas non plus le mme
-individu que Frdric. Dans une correspondance postrieure et que nous verrons plus
-loin, Thodore fera la distinction entre ses deux neveux et Drost. Il faut nous en
-tenir son tmoignage, qui est formel ce sujet.</p>
-
-<p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531" class="label">[531]</a> Maillebois Fleury, Bastia, le 25 avril 1739: Correspondance de Gnes, vol. 102.
-Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Maillebois Amelot, Bastia, le
-25 avril 1739.&mdash;Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 25 avril 1739: Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 367-368, 449-453.</p>
-
-<p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532" class="label">[532]</a> Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 356-357.</p>
-
-<p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533" class="label">[533]</a> Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 358.</p>
-
-<p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534" class="label">[534]</a> Village situ dans le golfe Valinco, sur la cte occidentale.</p>
-
-<p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535" class="label">[535]</a> Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 339-364.</p>
-
-<p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536" class="label">[536]</a> Abb Letteron, p. 364.&mdash;Duchtel au comte de Belle-Isle: <i>Ibidem</i>, p. 449-453.&mdash;En
-envoyant Versailles les copies des lettres interceptes, Maillebois avait ajout
-cette note: Le mcontentement que Thodore a contre Hyacinthe Paoli vient de ce
-que l'on assure que le susdit Paoli est la tte d'une cabale, conjointement avec le
-chanoine Orticoni pour livrer l'le au roi de Naples et que Thodore est trs oppos
-ce projet par les raisons que voici: la premire est qu'il a pris des engagements
-Amsterdam avec les juifs de cette ville pour leur livrer des tablissements dans l'le
-de Corse et l'on prtend mme que la rpublique de Hollande en a aussi cet gard.
-La seconde raison vient aussi, dit-on, des quelques engagements qu'il a pris avec les
-Tunisiens pour leur fournir un asile dans cette le, et tous ces engagements pris la
-condition d'en tre reconnu le lgitime souverain. Correspondance de Corse, vol. 2.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537" class="label">[537]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 453-458.</p>
-
-<p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538" class="label">[538]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 453-458.&mdash;Jaussin: <i>op. cit.</i>, t. II, p. 312.</p>
-
-<p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539" class="label">[539]</a> C'est ainsi que Duchtel appelle ironiquement Frdric. Cela prouverait une
-fois de plus que l'existence d'un fils de Thodore est purement imaginaire. D'ailleurs,
-aucun document srieux de l'poque ne fait mention de ce fils. Cette lgende naquit
-plus tard.</p>
-
-<p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540" class="label">[540]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 30 avril 1739: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541" class="label">[541]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 9 mai 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 458-462.</p>
-
-<p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542" class="label">[542]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia, le 15 mai 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 462-464.</p>
-
-<p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543" class="label">[543]</a> Les mesures qu'on leur voit prendre sont de se fortifier dans Lento et dans
-tous les postes que nous pourrions avoir envie d'occuper, d'inonder par leur multitude
-les frontires du Nebbio et de nous prsenter partout des ttes pour nous faire
-croire qu'ils veulent sans cesse nous attaquer. Cette conduite dans des gens de cette
-espce n'est pas draisonnable; ils nous donnent, en effet, de l'occupation; ils nous
-forcent faire de frquents dtachements et nous tiennent dans un mouvement
-continuel et pnible cause de l'pret des marches dans un pays si difficile...
-On ne sait d'ailleurs ici qui se fier; on se trouve environn de gens suspects,
-dont les protestations d'union et d'amiti sont autant de mensonges, dont tous les
-conseils sont des trahisons et les avis des piges faits pour vous prcipiter dans
-quelque entreprise tmraire et funeste.&mdash;Duchtel au comte de Belle-Isle, Bastia,
-le 27 mai 1739: Abb Letteron, <i>Pices et documents</i>, p. 477-480.</p>
-
-<p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544" class="label">[544]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 juillet 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 495-499.&mdash;Jaussin, <i>op. cit.</i>, t. I, p. 447.</p>
-
-<p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545" class="label">[545]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Ajaccio, le 30 juillet 1739: Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 499-501.</p>
-
-<p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546" class="label">[546]</a> Le mme au mme, Sartne, le 27 septembre 1739: <i>Ibidem</i>, p. 514-516.</p>
-
-<p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547" class="label">[547]</a> Duchtel au comte de Belle-Isle, Corte, le 24 octobre 1739. Abb Letteron,
-<i>Pices et documents</i>, p. 519-521.</p>
-
-<p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548" class="label">[548]</a> Pajol, <i>Les guerres sous Louis XV.</i>&mdash;Comme la plupart des historiens,
-Pajol donne Frdric le nom de Drost. Nous avons vu que c'tait une erreur.</p>
-
-<p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549" class="label">[549]</a> Pajol, <i>op. cit.</i>&mdash;Pajol dit que Frdric arriva Livourne le 19 octobre. Dans
-sa correspondance, Lorenzi indique la date du 8.</p>
-
-<p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550" class="label">[550]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 15 octobre 1740: Correspondance de Florence,
-vol. 92. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551" class="label">[551]</a> Ceci est faux puisqu' ce moment-l, Thodore voguait sur <i>Le Grand Christophe</i>,
-aprs avoir abandonn <i>La Demoiselle Agathe</i> et qu'il ne savait pas encore
-lui-mme o il aborderait.</p>
-
-<p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552" class="label">[552]</a> Guillaume Sorba, Dunkerque, le 3 septembre 1737: <i>Busta Francia</i>,
-mazzo 45-2221. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553" class="label">[553]</a> Sorba Guillaume, Paris, le 6 septembre 1737: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554" class="label">[554]</a> La rpublique de Gnes traitait alors avec la cour de Versailles de la mdiation
-arme de la France pour mettre fin la rvolte en Corse.</p>
-
-<p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555" class="label">[555]</a> Guillaume Sorba, Dunkerque, le 11 septembre 1737: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556" class="label">[556]</a> Franois Brignole, un des membres les plus influents du Conseil, avait t,
-nous l'avons vu, envoy Paris en mission extraordinaire lors des ngociations
-entames pour l'expdition franaise en Corse.</p>
-
-<p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557" class="label">[557]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 16 novembre 1737: <i>Busta Francia</i>,
-mazzo 45-2221. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558" class="label">[558]</a> Champigny au cardinal Fleury et Amelot, Zerbst au pays d'Anhalt, le
-27 dcembre 1737: Correspondance de Cologne, vol. 72. Archives du Ministre des
-affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559" class="label">[559]</a></p>
-
-<p class="titel">Monsieur,</p>
-
-<p>Une erreur de nom est cause que j'ai reu deux lettres originales du soi-disant
-roi Thodore, apparemment qu'elles ont t mises un bureau de poste o ma mre et
-ma femme sont connues et que cela a occasionn qu'elles me sont parvenues; mon
-zle ordinaire pour les intrts de Sa Majest me fait croire que je ne puis me dispenser
-de vous les adresser. Monsieur, je vous supplie de m'en accuser rception et d'tre
-persuad que j'tudierai jusqu'au moindre vnement pour vous convaincre du
-respect avec lequel je suis, Monsieur, votre trs humble et trs obissant serviteur.</p>
-
-<p class="signature">LE CHEVALIER DE CHAMPIGNY,<br />
-Gentilhomme de S. A. S. E.<br />
-<span class="i2">de Cologne.</span></p>
-
-<p class="date">21 janvier 1738.</p>
-
-<p>Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560" class="label">[560]</a> Sorba au Srnissime Collge, Paris, le 8 octobre 1736: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561" class="label">[561]</a> Saint-Martin Thodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte:
-<i>Ribellione di Corsica</i>, filza 13/3011. Archives d'tat de Gnes, archives
-secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562" class="label">[562]</a> L'adresse est ainsi libelle:</p>
-
-<p>En mains propres.</p>
-
-<p>A Madame de Champigny, rue de la Poterie, prs la Grve, chez Monsieur
-Richard, marchand en gros d'picerie, Paris.</p>
-
-<p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563" class="label">[563]</a> Jointes la lettre de Champigny Amelot du 21 janvier 1738: Correspondance
-de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564" class="label">[564]</a></p>
-
-<p class="dater">Dresde, le 2 du novembre.</p>
-
-<p>Il a paru en ces jours passs une lettre circulaire du roi Thodore par laquelle
-il ordonne tous ceux qui sont inscrits dans son ordre de la Rdemption, de se rendre
-tous vers le mois de mars prochain dans les villes et ports diffrents dj leur
-prescrits et que chaque chevalier ait conduire avec soi cinq hommes affids. Selon
-la liste ils sont plus grande partie Sudois, Prussiens, Livoniens et Westphaliens,
-l'on y compte trente-et-un seigneurs anglais, quarante-deux Italiens, vingt-sept
-Franais, dix-sept Espagnols, neuf Polonais, onze Hollandais et sept Grecs de More,
-en tout quatre cents chevaliers. Le nombre des nationaux n'y est pas spcifi. Ces
-dmarches jointes d'autres prparatifs de guerre qu'il fait donne que trop connatre
-qu'il est sr de la fidlit et constance des Corses maintenir inviolablement
-leur lection en sa personne et qu'ils ne se dpartiront jamais ni lui ni eux du serment
-mutuel jur solennellement le jour de son lection Alesani, le 15 d'avril 1736.</p>
-
-<p>Pice jointe la lettre de Champigny du 21 janvier 1738: Correspondance de
-Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565" class="label">[565]</a> Abb de Germanes, <i>op. cit.</i>, t. I, liv. V, p. 281 283.</p>
-
-<p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566" class="label">[566]</a> Jaussin publie ces lettres de Thodore M<sup>me</sup> de Champigny, sans donner le
-nom de la destinataire et avec quelques variantes dans le texte. Le fond est le mme.
-Il donne ces lettres les dates des 2 et 24 novembre, ce qui est erron. Nous l'avons
-vu par les originaux.</p>
-
-<p>Le cardinal Fleury avait refus de le recommander Son
-Altesse lectorale, mais cela ne refroidissait en rien son zle
-pour le service et l'intrt du roi. Il insistait afin de savoir</p>
-
-<p>Jaussin indique bien que ces lettres taient adresses un particulier qui
-demeurait chez un picier auprs de la Grve, rue de la Poterie. Il en a publi une
-troisime date du 9 dcembre 1737, que Thodore aurait crite la mme personne
-alors Metz. Dans cette dernire ptre, le roi dclarait envoyer la liste des chevaliers
-de son ordre: la pice que nous avons vue sans doute. Thodore terminait cette lettre
-ainsi: Si vous avez rponse de Tunis, mandez-le-moi, on m'a remis soixante florins
- Amsterdam: quand cela aura pris un pli fixe, je ne m'occuperai plus que du soin
-de votre satisfaction. <i>Op. cit.</i>, t. I, p. 297-299.</p>
-
-<p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567" class="label">[567]</a> Le chevalier de Champigny Amelot, Bonn-sur-le-Rhin, le 28 mars 1738:
-Correspondance de Cologne, vol. 73. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568" class="label">[568]</a> Amelot au comte de Sade, Versailles, le 20 avril 1741: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569" class="label">[569]</a> J'ai l'honneur de vous adresser une lettre signe du seigneur Thodore et
-une autre crite de Rome concernant un dtail sur les projets de ce capitaine, lesquelles
-m'ont t communiques par le sieur Spitzlaer, mdecin allemand tabli en France
-depuis un grand nombre d'annes et en qui, Monsieur, vous pouvez prendre la
-confiance la plus entire. Il m'a toujours communiqu ce qu'il a reu du seigneur
-Thodore dans le temps que M. Chauvelin tait en place et il y a tout lieu de se louer
-de sa fidlit. Le docteur V. Spitzlaer aura l'honneur de vous en renouveler lui-mme
-les assurances.</p>
-
-<p>Hrault Amelot, Paris, le 28 janvier 1738: Correspondance de Corse, vol. 1.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570" class="label">[570]</a> En marge: Ces invitations tendent l'obliger, lui et les autres partisans de
-Thodore, revenir en Corse pour l'assister.</p>
-
-<p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571" class="label">[571]</a> Traduction de la lettre de Ginestra Fleury, Paris, le 19 novembre
-1738: Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572" class="label">[572]</a> Lettre en italien du 20 ou 29 septembre 1738, jointe la lettre de Ginestra
- Fleury.</p>
-
-<p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573" class="label">[573]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 10 janvier 1739: Correspondance de Florence,
-vol. 90. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574" class="label">[574]</a> Graveur du XVII<sup>e</sup> sicle.</p>
-
-<p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575" class="label">[575]</a> Le Cabinet des estampes la Bibliothque nationale possde les deux pices:
-celle avec l'indication relle de Jabach et celle avec la fausse mention de Thodore I<sup>er</sup>,
-roi de Corse. Ce renseignement m'a t fourni par M. Henri Bouchot, membre de
-l'Institut, conservateur du Cabinet des estampes. Au moment o je corrigeais les
-preuves de ce passage, j'ai appris la mort prmature de M. Bouchot; je tiens
-donner sa mmoire l'expression de ma sincre gratitude. J'ai en ma possession la
-gravure portant la fausse indication.</p>
-
-<p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576" class="label">[576]</a> Voir la traduction de la pice de vers et le <i>passeport</i> aux pices justificatives.</p>
-
-<p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577" class="label">[577]</a> Gavi, consul de Gnes Livourne, au Srnissime Collge, Livourne, le
-18 octobre 1741: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 14/3012. Archives d'tat de Gnes,
-archives secrtes.</p>
-
-<p>Au commencement de 1740, le pape avait refus de nommer visiteur apostolique
-des monastres corses M<sup>gr</sup> Mari, vque d'Alria, parce que celui-ci tait gnois. Le
-cardinal de Tencin proposa M<sup>gr</sup> Fonseca, vque d'Iesy, gentilhomme d'Avignon.
-Maillebois fit remarquer que ce choix n'tait pas heureux, ce prlat tant le parent de
-la dame Fonseca, religieuse Rome, qui soutenait ouvertement Thodore.&mdash;Maillebois
-au Ministre, le 10 fvrier 1740: Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre
-des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578" class="label">[578]</a> <i>Direction des lettres que Thodore crit Rome</i>: Correspondance de Corse,
-janvier 1740, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579" class="label">[579]</a> S&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca au capitaine Bigani Livourne, Rome, le
-9 novembre 1737. Copie d'une lettre intercepte transmise par Bernabo, agent de
-Gnes Rome, le 9 novembre 1737: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 13/3011. Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580" class="label">[580]</a> La mme Thodore, Naples, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre
-intercepte transmise par Bernabo le 15 novembre 1738: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581" class="label">[581]</a> <i>Direction des lettres que Thodore crit Rome</i>: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582" class="label">[582]</a> Le fils de Bigani, nous l'avons vu, s'tait embarqu Tunis pour la Corse avec
-Thodore en 1736.</p>
-
-<p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583" class="label">[583]</a> Le comte de Wachtendonck au marquis tienne Lomellini, Gnes, Livourne,
-le 15 aot 1737: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 1-2121. Archives d'tat de Gnes,
-archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584" class="label">[584]</a> Mme lettre du comte de Wachtendonck au marquis tienne Lomellini.</p>
-
-<p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585" class="label">[585]</a> S&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca Bigani, Rome, le 14 septembre 1737.
-Copie d'une lettre intercepte transmise Gnes, le 14 septembre, par Bernabo:
-<i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586" class="label">[586]</a> S&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca Bigani, Rome, le 9 novembre 1737.
-Copie d'une lettre intercepte, transmise le 9 novembre, Gnes, par Bernabo:
-<i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587" class="label">[587]</a> La mme au mme, Rome, le 7 juin 1738. Copie d'une lettre intercepte transmise
-le 14 juin, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588" class="label">[588]</a> Thodore Bigani, le 20 dcembre 1738. Copie d'une lettre intercepte,
-transmise le 27 dcembre, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589" class="label">[589]</a> S&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca Lucas Boon, sans date, mais du mois
-de septembre 1738 trs certainement. Lettre autographe intercepte, transmise le
-27 septembre, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590" class="label">[590]</a> Thodore Gom Delagrange, conseiller au Parlement de Metz, 11 dcembre
-1740: Correspondance de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591" class="label">[591]</a> S&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca Drost, Rome, le 7 juin 1738. Copie
-d'une lettre intercepte, transmise le 14 juin, Gnes, par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592" class="label">[592]</a> Jean Ludovici Thodore, s&oelig;ur Fonseca, Joseph Valembergh, Rome, le
-11 novembre 1738. Lettres interceptes transmises le 15 novembre, Gnes,
-par Bernabo: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593" class="label">[593]</a> Duffour s&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca, Livourne, le 27 juillet 1737.
-Copie d'une lettre intercepte, filza 1/2121 aux archives d'tat de Gnes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594" class="label">[594]</a> Le duc de Saint-Aignan Amelot, Rome, le 27 septembre 1738: Correspondance
-de Rome, vol. 770. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595" class="label">[595]</a> Saint-Martin Thodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte
-transmise par Bernabo Gnes: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596" class="label">[596]</a> Mathieu Drost la s&oelig;ur Fonseca, Livourne, le 14 septembre 1738. Copie d'une
-lettre intercepte transmise par Bernabo Gnes, le 27 septembre: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597" class="label">[597]</a> Bigani la s&oelig;ur Fonseca, Livourne, le 16 septembre 1738. Copie d'une lettre
-intercepte transmise par Bernabo Gnes, le 27 septembre: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598" class="label">[598]</a> Le duc de Saint-Aignan Amelot, Rome, le 27 septembre 1738: Correspondance
-de Rome, vol. 770. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599" class="label">[599]</a> Copie d'une lettre de Thodore Saint-Martin, du 16 mai 1738. Communique
- M. de Fnelon, ambassadeur de France en Hollande, par le duc de Saint-Aignan,
-ambassadeur Rome, le 18 octobre 1738: Correspondance de Hollande, vol. 427.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600" class="label">[600]</a> Saint-Martin Thodore, Rome, le 7 novembre 1738. Copie d'une lettre intercepte,
-transmise par Bernabo Gnes, le 15 novembre: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601" class="label">[601]</a> Billet de s&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca Thodore, joint la lettre de
-Saint-Martin, Rome, le 7 novembre 1738: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602" class="label">[602]</a> Bernabo au Srnissime Collge, Rome, le 14 juin 1738: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603" class="label">[603]</a> Saint-Martin Bernabo sans date, transmise le 27 septembre Gnes, par
-Bernabo: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604" class="label">[604]</a> Bernabo au Srnissime Collge, Rome, le 27 septembre 1738: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605" class="label">[605]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat, du 10 octobre 1738: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606" class="label">[606]</a> Le duc de Saint-Aignan Amelot, Rome, les 27 septembre et 4 octobre 1738:
-Correspondance de Rome, vol. 770. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607" class="label">[607]</a> Saint-Martin au Srnissime Collge, Rome, le 27 dcembre 1738, transmise
-par Bernabo Gnes, le 27 dcembre: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608" class="label">[608]</a> Ticquet (intrimaire de Puisieux) Amelot, Naples, les 2, 9 et 23 juin 1739:
-Correspondance de Naples, vol. 37. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609" class="label">[609]</a> Bernabo au Srnissime Collge, Rome, le 8 octobre 1740: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p>Par le mme courrier, Bernabo envoya Gnes une lettre de Bigani la s&oelig;ur
-Franoise-Constance. Le capitaine disait qu'il ne pouvait soutenir plus longtemps les
-partisans du roi. C'tait une demande d'argent dguise.</p>
-
-<p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610" class="label">[610]</a> Voir mon article: <i>La politique de la Retirade</i>, dans la <i>Revue d'histoire
-diplomatique</i>, anne 1898, n<sup>os</sup> 2 et 3.</p>
-
-<p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611" class="label">[611]</a> Lorenzi Chauvelin, Florence, le 12 mai 1736: Correspondance de Florence,
-vol. 87. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612" class="label">[612]</a> Du mme au mme, les 26 mai et 16 juin 1736: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613" class="label">[613]</a> Le prince Antoine de Monaco au marchal de Tess, les 6 et 10 octobre 1724.
-Archives du palais de Monaco, C<sup>e</sup> 60.&mdash;Le marchal de Tess au prince Antoine,
-Madrid, le 30 octobre 1724: <i>Ibidem</i>, C<sup>e</sup> 24.</p>
-
-<p>Le Beaujeu de Madrid, de Monaco et de Florence, comme plus tard de Vienne, est
-bien le mme personnage. Les renseignements fournis, en 1724 par Tess, et en 1737
-par Campredon, portent des deux cts que cet individu tait le fils d'un marchand de
-bois ou charpentier de Lyon.</p>
-
-<p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614" class="label">[614]</a> Franois de Lorraine n'tait pas encore grand-duc de Toscane, mais la succession
-de Jean-Gaston de Mdicis lui tait promise et on le considrait dj comme
-tel. Quelques mois plus tard, Jean-Gaston mourut et Franois eut le grand-duch.</p>
-
-<p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615" class="label">[615]</a> Thodore arriva Alria le 12 mars.</p>
-
-<p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616" class="label">[616]</a> Correspondance de Corse, vol. 1. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617" class="label">[617]</a> Amelot Campredon, Gnes, le 5 mars 1737: Correspondance de Gnes, vol. 99.
-Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 335-336.</p>
-
-<p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618" class="label">[618]</a> Le mme au mme, le 5 mars 1737: <i>Ibidem</i>. La lettre du ministre transmettant
-le mmoire et les renseignements fournis par Campredon sont du mme jour. Les
-intrigues de Beaujeu taient donc connues Versailles et Gnes en mme temps.</p>
-
-<p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619" class="label">[619]</a> Les relations de Beaujeu avec l'Empereur et son gendre sont confirmes par un
-rapport transmis au gouvernement gnois et que nous verrons dans un instant.</p>
-
-<p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620" class="label">[620]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 5 mars 1737. Lettre dj cite.</p>
-
-<p>Dans une autre dpche, date du 3 avril, Campredon affirmait nouveau les relations
-de Franois avec Beaujeu. L'on vous aura sans doute donn avis comme
-moi, Monseigneur, que le sieur Beaujeu de la Salle, ci-devant aide de camp de M. le
-marchal de Coigny et reconnu pour avoir servi d'espion la cour de Vienne pendant
-la dernire guerre, avait ordre du duc de Lorraine de passer en Corse pour y porter
-des propositions aux mcontents. Correspondance de Gnes, vol. 99. Archives du
-Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621" class="label">[621]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 18 avril 1737: <i>Ibidem</i>.&mdash;Abb Letteron,
-<i>Correspondance</i>, p. 342-343.</p>
-
-<p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622" class="label">[622]</a> Lettres de Bastia des 8 et 18 mai 1737, communiques par Campredon: <i>Ibidem</i>.&mdash;Abb
-Letteron, <i>Correspondance</i>, p. 349-351, 354-355.</p>
-
-<p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623" class="label">[623]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 16 mai 1737: <i>Ibidem</i>.&mdash;Abb Letteron, <i>Correspondance</i>,
-p. 352-353.</p>
-
-<p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624" class="label">[624]</a> <i>Memoria di tutto cio che stato fatto dal signor comte Humberto di
-Beaujeu, ministro de' Corsi del anno 1736, sino al presente 1744 in Corsica,
-Vienne, Francoforte, Londra, Amburgo, Venezia, Constantinopoli e Tunis.</i>
-Filza Corsica 1744, 1/2122. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625" class="label">[625]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626" class="label">[626]</a> <i>La politique de la Retirade</i>, dans la <i>Revue d'histoire diplomatique</i>, anne
-1898, n<sup>os</sup> 2 et 3. J'ai donn en dtail, dans cet article, le rcit des complots de Beaujeu.
-J'ai cru devoir les rappeler ici, car ils se rattachent intimement l'histoire de Thodore.</p>
-
-<p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627" class="label">[627]</a> Campredon Amelot, Gnes, le 21 fvrier 1737: Correspondance de Gnes,
-vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628" class="label">[628]</a> Maillebois au marquis de Mirepoix, le 14 avril 1740: Correspondance de Corse,
-vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629" class="label">[629]</a> Maillebois Amelot, le 19 mai 1740: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630" class="label">[630]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 21 fvrier 1739: Correspondance de Florence,
-vol. 90. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631" class="label">[631]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 14 mai et 18 juin 1740: <i>Ibidem</i>, vol. 91.</p>
-
-<p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632" class="label">[632]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 9 juillet 1740: <i>Ibidem</i>, vol. 92.</p>
-
-<p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633" class="label">[633]</a> Copie d'une lettre de Vienne du 3 septembre 1740: Correspondance de Corse,
-vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634" class="label">[634]</a> Le 20 octobre 1740.</p>
-
-<p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635" class="label">[635]</a> Extrait d'une lettre de Cologne du mois d'avril 1740. Communiqu le 21 mai
-par le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France Rome: Correspondance de
-Cologne, vol. 73. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636" class="label">[636]</a> Thodore Gom-Delagrange, le 1<sup>er</sup> octobre 1740: Correspondance de Corse,
-vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637" class="label">[637]</a> Gom-Delagrange avait pous la demi-s&oelig;ur de Thodore, ne du second
-mariage de la mre de celui-ci avec M. Marneau.</p>
-
-<p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638" class="label">[638]</a> Il n'est pas besoin de faire ressortir l'invraisemblance de cette ascendance.
-C'tait un grossier mensonge destin blouir ceux qu'il voulait duper. Au dixime
-sicle, la Corse tait, d'aprs les vieux chroniqueurs, sous la domination des comtes
-de la famille Colonna. Ils descendaient d'Ugo qui avait chass les Sarrazins. Pendant
-quatre-vingts ans environ ils se succdrent de pre en fils. Ce furent Bianco,
-Orlando, Ridolfo et Guido dont le fils Arrigo, surnomm Bel Messere cause de sa
-beaut, mourut assassin en l'an 1000 avec tous ses fils. L'pope du Bel Messere est
-reste lgendaire en Corse: <i>Chronique de Giovanni della Grossa</i>: <i>Op. cit.</i>,
-p. 117 122.</p>
-
-<p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639" class="label">[639]</a> Ce Jean-Frdric de Neuhoff tait celui qui faisait partie de l'expdition de
-1738 et qui se trouvait parmi les malheureux abandonns par Thodore et rapatris
-par les Franais.</p>
-
-<p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640" class="label">[640]</a> Cet autre Neuhoff tait celui qui avait abord en Corse en 1739 et avait essay
-d'organiser une rsistance nergique dans l'intrieur de l'le contre les Franais. J'ai
-racont prcdemment son quipe qui ne manquait pas de grandeur (voir chapitre V).</p>
-
-<p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641" class="label">[641]</a> Dans son numro du mois de mars 1740 <i>le Mercure historique et politique
-de Hollande</i> portait que Thodore avait t vu Venise.</p>
-
-<p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642" class="label">[642]</a> Thodore de Neuhoff Gom-Delagrange, le 11 dcembre 1740: Correspondance
-de Corse, vol. 2. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Comme d'habitude,
-Thodore ne mit pas l'endroit d'o il crivait.</p>
-
-<p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643" class="label">[643]</a> Gom-Delagrange Amelot, Thionville, le 14 janvier 1741: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644" class="label">[644]</a> Amelot Gom-Delagrange, 24 janvier 1741: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645" class="label">[645]</a> Amelot Gom-Delagrange, 10 fvrier 1741: Correspondance de Corse, vol. 2.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646" class="label">[646]</a> Gom-Delagrange Amelot, Lunville, le 23 fvrier 1741: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647" class="label">[647]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance de Florence, vol.
-97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648" class="label">[648]</a> Cette lettre de Groeben est adresse Monsieur le capitaine Bigani, consul
-gnral de la Levante et Barbarie pour le service de Sa Majest le Roy de Naples et
-Sicile.</p>
-
-<p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649" class="label">[649]</a> Groeben Bigani, Livourne, le 18 septembre 1741. Communique par Gavi
-avec sa lettre du 18 octobre: <i>Ribellione de' Corsi</i>, filza 14-3012. Archives d'tat de
-Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650" class="label">[650]</a> Louis de Groeben la s&oelig;ur Franoise-Constance Fonseca, Livourne, le
-18 septembre 1741, communique par Gavi avec sa lettre du 18 octobre: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651" class="label">[651]</a> Antonio Battistella, <i>op. cit.</i>, p. 187.</p>
-
-<p>J'ai publi dans la <i>Revue d'histoire diplomatique</i> toute cette partie qui a trait
-l'arrive de Thodore sur <i>Le Revenger</i>, ainsi que le rcit des pisodes qui suivirent.
-Je retranche ici quelques lignes qui servaient de prambule ncessaire et j'ai ajout
-des dtails nouveaux.</p>
-
-<p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652" class="label">[652]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 9 fvrier 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653" class="label">[653]</a> De ses fentres, crit le pote Gray, qui fut son hte, nous pouvons pcher
-dans l'Arno.</p>
-
-<p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654" class="label">[654]</a> <i>Mann and Manners at the court of Florence 1740-1786</i>, par le D<sup>r</sup> Doran
-F. S. A., Londres, 1876.</p>
-
-<p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655" class="label">[655]</a> Horace Walpole Mann, 13 fvrier 1743: <i>The letters of Horace Walpole</i>,
-9 vol. in-8<sup>o</sup>, London, 1891.</p>
-
-<p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656" class="label">[656]</a> Horace Walpole Mann, 13 fvrier 1743: <i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657" class="label">[657]</a> Les lettres de Thodore taient adresses Thomas Giulani, Paul-Marie
-Paoli, Ambroise Quilici de Speluncato, au prtre Croce de Lavatoggio, Gafforio de
-Corte, Ciabaldini d'Orezza et Zerbino du Niolo.</p>
-
-<p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658" class="label">[658]</a> Ozero, vice-consul de France Calvi, Jonville, Calvi, le 21 janvier 1743.&mdash;Extrait
-de quelques lettres du consul de Gnes Livourne, communiqu par
-Lorenzi: Correspondance de Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires
-trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659" class="label">[659]</a> Gavi au Srnissime Collge, Livourne, le 30 janvier 1743: <i>Ribellione de'
-Corsi</i>, filza 14/3012. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660" class="label">[660]</a> Jonville Amelot, Gnes, le 13 fvrier 1743: Correspondance de Gnes, vol. 112.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661" class="label">[661]</a> Gavi au Srnissime Collge, Livourne, le 6 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i> Archives
-d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662" class="label">[662]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 16 fvrier 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.&mdash;Gavi au Srnissime Collge,
-Livourne, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663" class="label">[663]</a> Extrait de quelques lettres du consul de Gnes Livourne. Communiqu par
-Lorenzi: Correspondance de Gnes, vol. 112.</p>
-
-<p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664" class="label">[664]</a> Marie-Thrse.</p>
-
-<p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665" class="label">[665]</a> Cet dit se trouve aux archives d'tat de Turin: <i>Materie politiche, Negoziazione
-colla Corsica</i>, mazzo n<sup>o</sup> 2.&mdash;Gavi le transmit au Srnissime Collge le
-13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i>&mdash;Lorenzi et Jonville en adressrent galement des copies
-au gouvernement franais, les 2, 13 et 16 fvrier: Correspondance de Gnes, vol. 112.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666" class="label">[666]</a> Gavi au Srnissime Collge, Livourne, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667" class="label">[667]</a> Extrait de quelques lettres du consul de Gnes Livourne M. Viale, communiqu
-par Lorenzi le 23 fvrier: Correspondance de Gnes, vol. 112. Archives du
-Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668" class="label">[668]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669" class="label">[669]</a> Ozero, vice-consul de France Calvi, Jonville, le 13 fvrier 1743: Correspondance
-de Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670" class="label">[670]</a> Traduction de la lettre crite par Thodore au capitaine Bertelli, commandant de
-l'le Rousse, le 10 fvrier, filza 41/2050, <i>Corsica</i>, 1743. Archives d'tat de Gnes,
-archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671" class="label">[671]</a> Ozero Jonville, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672" class="label">[672]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 16 fvrier 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673" class="label">[673]</a> Gavi au Srnissime Collge, Calvi, le 6 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674" class="label">[674]</a> Ozero Jonville, Calvi, le 13 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675" class="label">[675]</a> <i>Relation de ce qui s'est pass Ajaccio, le 2 mars 1743 entre le vaisseau
-de guerre espagnol</i> Le Saint-Isidore <i>et les vaisseaux de guerre anglais</i>. Cette
-relation a t faite par le consul d'Espagne, Livourne, sur la dposition des matelots
-du vaisseau espagnol et traduit de l'espagnol, Livourne, ce 21 mars 1743: Correspondance
-de Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676" class="label">[676]</a> Ozero Jonville, Calvi, le 3 mars 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677" class="label">[677]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 16 fvrier 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678" class="label">[678]</a> Extrait d'une lettre du 18 mars 1743 de Bertellet, consul de France Livourne.&mdash;Lorenzi
- Amelot, Florence, le 5 avril 1743: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679" class="label">[679]</a> Extrait d'une lettre, dj cite, du 18 mars 1743, crite par le consul Bertellet.</p>
-
-<p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680" class="label">[680]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681" class="label">[681]</a> Jonville Amelot, Gnes, 20 fvrier 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682" class="label">[682]</a> Note de la rpublique au roi d'Angleterre, fvrier 1743: Correspondance de
-Gnes, vol. 112. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683" class="label">[683]</a> Amelot Jonville, Versailles, 5 mars 1743: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684" class="label">[684]</a> Newcastle Gastaldi, Whitehall, 17 mars 1743: <i>Corsica</i>, 1743; filza 41/2050.
-Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685" class="label">[685]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 30 mars 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686" class="label">[686]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 2 mars 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687" class="label">[687]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688" class="label">[688]</a> S&oelig;ur de Philippe, deuxime comte de Stanhope.</p>
-
-<p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689" class="label">[689]</a> Horace Walpole Horace Mann, 14 mars 1743.</p>
-
-<p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690" class="label">[690]</a> <i>Mann and Manners at the court of Florence, 1740.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691" class="label">[691]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692" class="label">[692]</a> <i>Mann and Manners.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693" class="label">[693]</a> <i>Mann and Manners.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694" class="label">[694]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 5 avril 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695" class="label">[695]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 13 avril 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696" class="label">[696]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 27 avril 1743: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697" class="label">[697]</a> Mme dpche de Lorenzi Amelot.</p>
-
-<p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698" class="label">[698]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance de Florence, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699" class="label">[699]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 4 mai 1743: Correspondance de Florence, vol. 97.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700" class="label">[700]</a> J'ai eu la bonne fortune de trouver dans la partie des archives d'tat Gnes,
-classe sous le titre d'<i>Archivio secreto</i>, non seulement tous les documents concernant
-cette curieuse histoire, mais aussi les dcisions du Srnissime Collge et
-celles de l'Illustrissime Tribunal des inquisiteurs d'tat touchant les faits signals.
-Lus d'abord devant le collge, ces documents taient ensuite transmis aux inquisiteurs
- qui incombait tout spcialement l'examen des affaires concernant Thodore. Cette
-transmission se faisait avec toutes sortes de protocoles. Invariablement chaque envoi
-se terminait par cette formule: <i>Per Serenississima Collegia ad Calculos</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701" class="label">[701]</a> Dominique Mariani l'Excellentissime et Illustrissime Junte de Corse Gnes,
-Milan, le 1<sup>er</sup> avril 1743: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702" class="label">[702]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat sur la lettre de Mariani, le 3 avril 1743:
-<i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703" class="label">[703]</a> Viale au Srnissime Collge, Florence, le 10 mai 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704" class="label">[704]</a> C'tait un homonyme du rsident gnois Florence. L'inquisiteur portait le
-titre d'<i>Illustrissime</i>, l'autre celui de <i>Magnifique</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705" class="label">[705]</a> Lettre d'Augustin Viale au Srnissime Collge, Florence, le 21 mai 1743,
-suivie de la dlibration du tribunal des inquisiteurs d'tat du 24 mai: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706" class="label">[706]</a> Viale Sartorio, Florence, le 28 mai 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707" class="label">[707]</a> Viale au Srnissime Collge, Florence, le 23 juin 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708" class="label">[708]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat prise le 28 juin la suite de la lettre de
-Viale du 23 juin: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709" class="label">[709]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 16 juillet 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710" class="label">[710]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat prise le 22 juillet la suite de la lettre
-de Viale du 16: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711" class="label">[711]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 23 juillet 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712" class="label">[712]</a> Viale de Franchi, Florence, le 6 aot 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713" class="label">[713]</a> De Mari Ansaldo Grimaldi, Venise, le 10 aot 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714" class="label">[714]</a> Dlibration prise le 17 aot la suite de la lettre de de Mari: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715" class="label">[715]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 22 juin 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 97. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716" class="label">[716]</a> Amelot Lorenzi, Versailles, les 21 mai et 9 juillet: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717" class="label">[717]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 29 juin 1743: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718" class="label">[718]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 13 aot 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719" class="label">[719]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720" class="label">[720]</a> Viale Benot de Franchi, Florence, le 17 septembre 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721" class="label">[721]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 17 septembre 1743: Correspondance de Florence,
-vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722" class="label">[722]</a> Viale Sorba, Florence, le 17 dcembre 1743: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723" class="label">[723]</a> Lorenzi Amelot, Florence, les 21 et 28 dcembre 1743: Correspondance de
-Florence, vol. 98. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724" class="label">[724]</a> Thodore au Pre Colonna, le 27 dcembre 1743: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de
-Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725" class="label">[725]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 30 avril 1744: Correspondance de Florence,
-vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726" class="label">[726]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 7 mai 1744: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727" class="label">[727]</a> Giuseppe Roberti, <i>Carlo Emmanuele III e la Corsica al tempo della guerra
-di successione austriaca</i> (Turin, 1890), p. 6.</p>
-
-<p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728" class="label">[728]</a> Dans les archives d'tat de Turin, on trouve quatre lettres autographes de
-Thodore dates des 16 avril, 11 et 14 mai et 1<sup>er</sup> juin 1744. Ces lettres mentionnes par
-M. Giuseppe Roberti, en note dans l'ouvrage cit plus haut (p. 7), ne portent pas le
-nom de la personne qui elles taient adresses. Il est probable que le destinataire
-tait Mann avec qui le baron tait rest en relations pistolaires. En effet, Neuhoff,
-dans celle du 15 avril, donne des renseignements sur le fils du prtendant Stuart
-que Mann avait pour mission spciale de surveiller en Italie. Quoi qu'il en soit, les
-rponses parvenaient Thodore par l'intermdiaire de Villettes et de Mann.</p>
-
-<p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729" class="label">[729]</a> Lettre de Thodore du 15 avril: <i>Materie militare, Levata truppe straniere</i>,
-mazzo 2. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730" class="label">[730]</a></p>
-
-<table id="corse" summary="nombre">
-<tr>
-<td class="tdl">tat des Corses disperss en Italie,<br />
-au service du Pape<br />
-officiers, soldats et autres, sans emplois</td>
-<td class="tdr">742</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Au service de Venise</td>
-<td class="tdr">885</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">de l'Espagne et de Naples, en Italie</td>
-<td class="tdr">911</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">de la France</td>
-<td class="tdr">409</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">du Pimont</td>
-<td class="tdr">89</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">de la Toscane</td>
-<td class="tdr">83</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">de Gnes</td>
-<td class="tdr">1.481<br />
--------<br />
-4.600<br />
-======</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p>L'tat porte un total de 4.381, ce qui est une erreur.</p>
-
-<p>Lettre de Thodore du 11 mai 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731" class="label">[731]</a> Nom donn aux troupes franco-espagnoles.</p>
-
-<p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732" class="label">[732]</a> Lettre de Thodore du 14 mai 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p>Dans sa lettre Thodore demande son correspondant de mettre ses amis de
-Londres en garde contre les agissements du chevalier de Champigny, envoy de l'lecteur
-de Cologne. Il l'accuse d'tre un espion de la France&mdash;ce qui est faux&mdash;puisqu'en
-effet nous avons vu que le ministre avait recommand au rsident de France
- Cologne de mettre ce chevalier d'industrie la porte s'il se prsentait chez lui.
-Champigny, qui avait livr les lettres de sa mre, continuait ses exploits Londres, et
-Thodore demandait qu'on le dnont en son nom.</p>
-
-<p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733" class="label">[733]</a> Copie d'une lettre de M. de Salis au baron Thodore de Neuhoff, ce 20 mai 1744:
-<i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734" class="label">[734]</a> Lettre autographe de Thodore au marquis d'Ormea, le 24 mai 1744: <i>loc. cit.</i>
-Archives d'tat de Turin.&mdash;Cette lettre a t cite en partie par M. Giuseppe Roberti
-dans son tude, p. 7-8.</p>
-
-<p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735" class="label">[735]</a> Lettre autographe de Thodore d'Ormea, le 5 juin 1744: Bibliothque municipale
-de Turin. Collection d'autographes Cossilla.&mdash;Cette lettre, mentionne en note
-par M. Giuseppe Roberti (p. 8), se trouve galement en copie aux archives d'tat,
-<i>Materie militare, Levata truppe straniere</i>, mazzo 2.</p>
-
-<p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736" class="label">[736]</a> Traduction d'une lettre de M. Mann M. de Villettes, crite de Florence, le
-30 mai 1744: <i>loc. cit.</i>, mazzo 2. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737" class="label">[737]</a> J'en ai donn le texte plus haut. Mann avait envoy une copie de cette lettre
- Villettes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738" class="label">[738]</a> Traduction d'une lettre de M. Mann M. de Villettes, du 7 juin 1744:
-<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p>M. Giuseppe Roberti a cit en partie cette lettre dans son tude, p. 9.</p>
-
-<p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739" class="label">[739]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 10.</p>
-
-<p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740" class="label">[740]</a> Victor Hugo, <i>Ruy-Blas</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741" class="label">[741]</a> Lorenzi Amelot, Florence, le 11 juin 1744: Correspondance de Florence,
-vol. 99. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742" class="label">[742]</a> Viale au Srnissime Collge avec la copie d'une lettre de Sienne du
-6 juillet 1744. Florence, le 7 juillet 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes.
-Archives secrtes.&mdash;Lorenzi Amelot, Florence, le 7 juillet 1744: Correspondance de
-Florence, vol. 100. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743" class="label">[743]</a> Dlibration des inquisiteurs d'tat du 12 juillet 1744, prise la suite de la
-lettre de Viale du 7 juillet: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744" class="label">[744]</a> Lorenzi Amelot, 19 juillet 1744: Correspondance de Florence, vol. 100.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745" class="label">[745]</a> Lettre du consul de Gnes Livourne, du 28 octobre 1744, au Srnissime
-Collge: <i>Ribellione di Corsica</i>, filza 14/3012. Archives d'tat de Gnes, archives
-secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746" class="label">[746]</a> Cette pice est date de Corte, le 11 juin 1744. Elle fut communique par
-Lorenzi, le 12 aot: Correspondance de Gnes, vol. 116. Archives du Ministre des
-affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747" class="label">[747]</a> Voir chapitre VI.</p>
-
-<p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748" class="label">[748]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 10.</p>
-
-<p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749" class="label">[749]</a> Viale au Srnissime Collge, le 8 dcembre 1744: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de
-Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750" class="label">[750]</a> Viale au Srnissime Collge, les 15 dcembre 1744 et 12 janvier 1745: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751" class="label">[751]</a> Thodore au marquis d'Ormea, le 4 juin 1745: <i>Materie militare, Levata
-truppe straniere</i>, mazzo 2. Archives d'tat de Turin.&mdash;Cette lettre a t cite par
-M. Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 11.</p>
-
-<p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752" class="label">[752]</a> D'Ormea mourut le 24 mai. Thodore pouvait donc ignorer cet vnement
-lorsqu'il crivait le 4 juin. Le marquis d'Argenson crivait le 4 mai Lorenzi: On
-nous assure que le marquis d'Ormea se meurt. Je rabaterois beaucoup de son habilet
-s'il n'avait pas su connatre ce qu'est le baron de Neuhoff. On ne l'a jamais regard
-ici que comme un misrable et un poltron incapable de soutenir le rle d'aventurier
-qu'il a voulu jouer: Correspondance de Florence, vol. 101. Archives du Ministre
-des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753" class="label">[753]</a> Lettre de Mann au marquis de Gorzegno, du 27 juillet 1745, cite par M. Giuseppe
-Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 11.</p>
-
-<p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754" class="label">[754]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 11 14.</p>
-
-<p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755" class="label">[755]</a> Relation d'une confrence que le comte de Saint-Laurent a eue avec M. de
-Villettes, Turin, le 21 septembre 1745: <i>Negoziazioni colla Corsica. Materie
-politiche</i>, mazzo 1. Archives d'tat de Turin.&mdash;Cite par M. Giuseppe Roberti,
-<i>op. cit.</i>, p. 14.</p>
-
-<p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756" class="label">[756]</a> Cette lettre, date du 9 septembre 1745, est signe Haagen. Une note mise
-aprs la signature porte: C'est un nom que Thodore a pris. Nous avons vu en
-effet que c'tait un de ses pseudonymes. Correspondance de Gnes, vol. 119. Archives
-du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757" class="label">[757]</a> Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, les 16 et 23 septembre 1745: Correspondance
-de Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758" class="label">[758]</a> Lorenzi au marquis d'Argenson, Florence, le 30 septembre 1745: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759" class="label">[759]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, les 14 et 21 octobre 1745: Correspondance de
-Florence, vol. 102. Archives du Ministre des Affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760" class="label">[760]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 28 octobre 1745: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761" class="label">[761]</a> D'Argenson Lorenzi, Versailles, le 2 novembre 1745: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762" class="label">[762]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 26 octobre 1745: <i>Lettere ministri Toscana</i>,
-mazzo 1. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763" class="label">[763]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 2 dcembre 1745: Correspondance de
-Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764" class="label">[764]</a> Cette proclamation date du quartier gnral de Casale, le 2 octobre 1745,
-fut transmise le 20 dcembre 1745 au gouvernement franais par Du Pont intrimaire
- Gnes: Correspondance de Gnes, vol. 119. Archives du Ministre des affaires
-trangres. Elle a t publie in extenso d'aprs les Archives d'tat de Turin par
-M. Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 15-17.</p>
-
-<p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765" class="label">[765]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 18.</p>
-
-<p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766" class="label">[766]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 18 novembre 1745: Correspondance de
-Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767" class="label">[767]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 25 novembre 1745.&mdash;<i>Relation de ce qui
-s'est pass la prise de la Bastie</i>, transmise par Lorenzi le 2 dcembre: Correspondance
-de Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768" class="label">[768]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 23 novembre 1745: <i>Lettere ministri, Toscana</i>,
-mazzo 1. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769" class="label">[769]</a> <i>Relation de ce qui s'est pass la prise de la Bastie</i>: Correspondance de
-Florence, vol. 102. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770" class="label">[770]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 27 novembre 1745: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de
-Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771" class="label">[771]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 19-20.</p>
-
-<p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772" class="label">[772]</a> Giuseppe Roberti, <i>op. cit.</i>, p. 20-21.</p>
-
-<p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773" class="label">[773]</a> <i>Ibidem</i>, p. 22.</p>
-
-<p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774" class="label">[774]</a> Je n'ai rien de certain vous marquer, Monseigneur, par rapport Thodore.
-Quoiqu'on ne paraisse point douter ici qu'il ne se soit embarqu pour passer en Corse,
-je n'entends point dire qu'il y ait ici d'avis positif de son dbarquement dans cette
-le. Il est vrai que ceux du gouvernement vitent de parler de cet aventurier, soit
-qu'ils veuillent tenir la chose secrte, soit qu'ils comptent sur notre alliance pour
-avoir, par la suite, raison de cette affaire, et c'est sans doute cette considration qui
-les tranquillise sur le danger o ils sont de perdre cette le par les man&oelig;uvres du roi
-de Sardaigne et des Anglais.&mdash;Du Pont d'Argenson, Gnes, le 1<sup>er</sup> novembre 1745:
-Correspondance de Gnes, vol. 119. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775" class="label">[775]</a> Continuez vous instruire avec le plus de prcision qu'il vous sera possible
-de ce qui regarde les affaires de Corse. Je vous ai dj mand combien il serait
-dangereux que les Anglais pussent se former quelque tablissement dans cette le.&mdash;D'Argenson
- du Pont, Paris, le 8 fvrier 1746: Correspondance de Gnes, vol. 120.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776" class="label">[776]</a> Guymont d'Argenson, Gnes, le 19 juin 1746: Correspondance de Gnes,
-vol. 120. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777" class="label">[777]</a> Thodore Ange-Brando Suzini, le 17 octobre 1745: <i>loc. cit.</i> Bibliothque
-municipale de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778" class="label">[778]</a> Thodore au comte Bradimente Mari, le 23 dcembre 1745: <i>Materie politiche,
-negoziazioni colla Corsica</i>, mazzo 3. Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779" class="label">[779]</a> Thodore au comte Bradimente Mari, le 25 janvier 1746: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780" class="label">[780]</a> Le 15 dcembre 1745, Lorenzi en communiquant ce document au gouvernement
-franais, disait qu'en Toscane on tait persuad qu'il avait t fait par Thodore lui-mme.
-Florence, le 20 janvier 1746: Correspondance de Florence, vol. 103.&mdash;Du Pont
- d'Argenson, Gnes, le 30 janvier 1746: Correspondance de Gnes, vol. 120. Archives
-du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781" class="label">[781]</a> Du Pont d'Argenson, Gnes, les 16 et 30 janvier 1746: Correspondance de
-Gnes, vol. 120. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782" class="label">[782]</a> Mann Gorzegno, le 7 juin 1746: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783" class="label">[783]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746: Correspondance de Florence,
-vol. 103. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784" class="label">[784]</a> Guymont d'Argenson, Gnes, le 25 avril 1746: Correspondance de Gnes,
-vol. 120. <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785" class="label">[785]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 31 mars 1746: Correspondance de Florence,
-vol. 103. <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786" class="label">[786]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 9 juin 1746: Correspondance de Florence.
-Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787" class="label">[787]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 10 octobre 1746: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de
-Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788" class="label">[788]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 25 octobre 1746: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789" class="label">[789]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 31 octobre 1746: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de
-Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790" class="label">[790]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 7 janvier 1747: Correspondance de Florence,
-vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791" class="label">[791]</a> Mann Gorzegno, Florence, le 20 fvrier 1747: <i>loc. cit.</i> Archives d'tat de
-Turin.</p>
-
-<p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792" class="label">[792]</a> Lorenzi d'Argenson, Florence, le 18 fvrier 1747: Correspondance de Florence,
-vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793" class="label">[793]</a> Lorenzi Maurepas, Florence, le 4 mars 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794" class="label">[794]</a> Lorenzi Puisieux, qui avait remplac d'Argenson aux affaires trangres,
-Florence, le 11 mars 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795" class="label">[795]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 18 mars 1747: Correspondance de Florence,
-vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796" class="label">[796]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, les 25 mars et 15 avril 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797" class="label">[797]</a> Vous sentez combien il est intressant pour nous d'tre exactement et promptement
-instruits des suites que pourrait avoir le projet qui parat avoir t form
-contre la Corse; et je ne crois pas avoir besoin d'exciter cet gard votre vigilance et
-votre zle. Puisieux Lorenzi, Paris, le 25 avril 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798" class="label">[798]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 6 mai 1747: Correspondance de Florence,
-vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799" class="label">[799]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 13 mai 1747: Correspondance de Florence,
-vol. 105. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800" class="label">[800]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 20 mai 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801" class="label">[801]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 17 mai 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802" class="label">[802]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803" class="label">[803]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 26 aot 1747: <i>Ibidem</i>, vol. 106.</p>
-
-<p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804" class="label">[804]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 17 juin 1747: <i>Ibidem</i>, vol. 105.</p>
-
-<p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805" class="label">[805]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 2 septembre 1747: Correspondance de Florence,
-vol. 106. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806" class="label">[806]</a> Lorenzi Puisieux, Florence, le 26 septembre 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807" class="label">[807]</a> Je voudrais que vous puissiez vrifier si en effet le baron de Neuhoff a t
-renvoy en Westphalie et quel a t le motif qui a dtermin le grand-duc le chasser
-de ses tats (en chiffres). Puisieux Lorenzi, Fontainebleau, le 17 octobre 1747:
-<i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808" class="label">[808]</a> Ces Lorrains qui ont renvoy le baron Thodore chez lui, ont eu avis qu'il
-y est arriv. Il parat que les ennemis ont abandonn, au moins pour le prsent,
-leurs projets sur la Corse. Lorenzi Maurepas, Florence, le 24 octobre 1747:
-<i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809" class="label">[809]</a> Lorenzi Puisieux (en chiffres), Florence, le 7 novembre 1747: Correspondance
-de Florence, vol. 106. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810" class="label">[810]</a> Puisieux Lorenzi, Paris, le 28 novembre 1747: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811" class="label">[811]</a> Thodore la s&oelig;ur Franoise-Constance Fonseca, le 15 juillet 1748: <i>Ribellione
-di Corsica</i>, filza n<sup>o</sup> 14/3012. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812" class="label">[812]</a> Thodore la s&oelig;ur Franoise-Constance Fonseca, le 25 aot 1748: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813" class="label">[813]</a> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814" class="label">[814]</a> Flix-Vincent Villavecchia au Srnissime Collge, La Haye, le 18 juillet 1749:
-<i>loc. cit.</i> Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815" class="label">[815]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 20 janvier 1749: <i>Busta Inghilterra
-n<sup>o</sup> 15 (1748-1756)</i>. <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816" class="label">[816]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 139.</p>
-
-<p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817" class="label">[817]</a> Durand, ambassadeur extraordinaire provisoire de France en Angleterre,
-Puisieux, Londres, le 6 fvrier 1749: Correspondance d'Angleterre, vol. 425. Archives
-du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818" class="label">[818]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 20 janvier 1749: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819" class="label">[819]</a> Mme dpche de Gastaldi, 20 janvier 1749.&mdash;Durand Puisieux, Londres,
-le 6 fvrier 1749: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820" class="label">[820]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 21 janvier 1749: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821" class="label">[821]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 3 fvrier 1749: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822" class="label">[822]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823" class="label">[823]</a> Horace Walpole Horace Mann, Londres, Arlington street, le 23 mars 1749:
-<i>op. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824" class="label">[824]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825" class="label">[825]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 140.</p>
-
-<p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826" class="label">[826]</a> Lvis-Mirepoix Puisieux, Londres, le 4 octobre 1749: Correspondance d'Angleterre,
-vol. 425. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827" class="label">[827]</a> Lvis-Mirepoix Puisieux, Londres, le 25 septembre 1749: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828" class="label">[828]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 25 dcembre 1749: <i>loc. cit.</i>&mdash;Percy
-Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 140.</p>
-
-<p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829" class="label">[829]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 1<sup>er</sup> janvier 1750: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830" class="label">[830]</a> Gastaldi au Srnissime Collge, Londres, le 29 janvier 1750: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831" class="label">[831]</a> Dlibration du Srnissime Collge, du 11 fvrier 1750: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832" class="label">[832]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 140.</p>
-
-<p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833" class="label">[833]</a> <i>Ibidem</i>, p. 141.</p>
-
-<p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834" class="label">[834]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 141.</p>
-
-<p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835" class="label">[835]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 141.</p>
-
-<p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836" class="label">[836]</a> Lettre de Thodore de Neuhoff, du 11 juillet 1750: Correspondance de Corse,
-vol. 3. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837" class="label">[837]</a> Le marchal de Belle-Isle Puisieux, Metz, le 7 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838" class="label">[838]</a> Gautier Belle-Isle, Londres, le 12 juillet 1750: Correspondance de Corse,
-vol. 3. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839" class="label">[839]</a> Gautier Belle-Isle, Londres, le 16 juillet 1750: Correspondance de Corse,
-vol. 3. Archives du Ministre des affaires trangres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840" class="label">[840]</a> Puisieux Belle-Isle, Versailles, le 18 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841" class="label">[841]</a> Puisieux Cursay, Versailles, le 11 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842" class="label">[842]</a> Cursay Puisieux, Bastia, le 26 aot 1750: <i>Ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843" class="label">[843]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 142.</p>
-
-<p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844" class="label">[844]</a> <i>Ibidem.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845" class="label">[845]</a> Le roi Jean mourut Londres, l'htel de Savoie, dans la nuit du 8 au 9 avril
-1364. douard III, roi d'Angleterre, l'y avait reu avec tous les honneurs.</p>
-
-<p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846" class="label">[846]</a> <i>The World</i>, n<sup>o</sup> 8, jeudi 22 fvrier 1753. Article cit en partie par Percy
-Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 142-143.</p>
-
-<p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847" class="label">[847]</a> <i>The World</i>, n<sup>o</sup> 9, 1<sup>er</sup> mars 1753.</p>
-
-<p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848" class="label">[848]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849" class="label">[849]</a> Horace Walpole Horace Mann, Strawberry Hill, 27 avril 1753: <i>op. cit.</i>&mdash;Percy
-Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 144.</p>
-
-<p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850" class="label">[850]</a> Thodore au comte Bentinck, 12 mai 1754. Lettre cite par Percy Fitzgerald,
-<i>op. cit.</i>, p. 145.</p>
-
-<p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851" class="label">[851]</a> Lettre de Thodore du 8 juillet 1754, cite par Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>,
-p. 144-145.</p>
-
-<p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852" class="label">[852]</a> <i>The World</i>, n<sup>os</sup> des 3, 10 et 20 mai 1755.&mdash;Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 146.</p>
-
-<p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853" class="label">[853]</a> Horace Walpole Horace Mann, Arlington street, 17 janvier 1757: <i>op. cit.</i>&mdash;Percy
-Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 146.</p>
-
-<p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854" class="label">[854]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 147.</p>
-
-<p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855" class="label">[855]</a> MM. Charles Asgill, Aldermann et Co., Lombard street, et MM. Campbell et
-Coutts dans le Strand.&mdash;Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 147.</p>
-
-<p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856" class="label">[856]</a> <i>Idem</i>, <i>ibidem</i>.</p>
-
-<p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857" class="label">[857]</a> Horace Walpole Horace Mann, Arlington street, 17 janvier 1757, <i>loc. cit.</i>&mdash;Percy
-Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 148.</p>
-
-<p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858" class="label">[858]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 149.</p>
-
-<p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859" class="label">[859]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 148.</p>
-
-<p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860" class="label">[860]</a> Voici, d'aprs M. Percy Fitzgerald (p. 149), la note des funrailles du baron de
-Neuhoff, fournie par Joseph Hubbard, fabricant de cercueils, entrepreneur de pompes
-funbres:</p>
-
-<p><i>For the funeral of baron Neuhoff, king of Corsica, interred in St.
-Anne's Ground, december 15, 1756.</i></p>
-
-<p>To a large elm coffin, covered with superfine black cloth, finished with double
-rows of brass nails, a large plate of inscription, two cup coronets gilt,
-four pair of chinese contrast handles gilt, with coronets over ditto,
-the inside lined</p>
-
-<table id="coffin" summary="contents">
-<tr>
-<td class="tdl">and ruffed with fine crape and inseared</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 6.6.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">A fine double shroud, pillow, and nuts</td>
-<td class="tdr">&nbsp;0.16.6</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Four men in black to move the body down</td>
-<td class="tdr">&nbsp;0.4.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Paid the parish dues of St. Anne's</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 1.2.8</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Paid the gravedigger's fee</td>
-<td class="tdr"> &nbsp; 0.1.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Best velvet pall</td>
-<td class="tdr">&nbsp;0.10.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Use of three gentlemen's cloaks and crapes</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 0.4.6</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">A coach and hearse with pairs</td>
-<td class="tdr">&nbsp;0.16.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Cloaks, hatbands, and gloves for the coachmen</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 0.7.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Beer for the men</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 0.1.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Attendance at the funeral</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 0.2.6</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="&nbsp;"></td>
-<td class="tdr">---------</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="&nbsp;"></td>
-<td class="tdr">&nbsp;10.11.2</td>
-
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Received in part</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 8.8.0</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdr">&nbsp;</td>
-<td class="tdr">=======</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Balance due</td>
-<td class="tdr">&nbsp; 2.3.2</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdr">&nbsp;</td>
-<td class="tdr">========</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861" class="label">[861]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 150.</p>
-
-<p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862" class="label">[862]</a> Horace Walpole Horace Mann, Arlington street, 6 janvier 1757: <i>loc. cit.</i></p>
-
-<p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863" class="label">[863]</a> Percy Fitzgerald, <i>op. cit.</i>, p. 150.</p>
-
-<p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864" class="label">[864]</a> <i>Il Re Teodoro</i> fut reprsent pour la premire fois Vienne. Le livret fut
-ensuite traduit en franais par Moline et Dubuisson. Ftis dit que cet opra-bouffe
-renferme un septuor devenu clbre dans toute l'Europe, dlicieuse composition
-d'un genre absolument neuf alors et modle de suavit, d'lgance et de verve
-comique. <i>Biographie universelle des musiciens et bibliographie gnrale de la
-musique</i>, t. VI, p. 421-422.</p>
-
-<p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865" class="label">[865]</a> Programme d'un des concerts donns en 1806 aux Tuileries. Frdric Masson,
-<i>Josphine, impratrice et reine</i>, p. 282.</p>
-
-<p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866" class="label">[866]</a> lie de Beaumont, <i>Un voyageur franais en Angleterre en 1764</i>, dans la
-<i>Revue Britannique</i>, octobre 1895.</p>
-
-<p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867" class="label">[867]</a> Celesia au Srnissime Collge, Londres, les 10 et 17 octobre 1758: <i>Ribellione
-di Corsica</i>, n<sup>o</sup> 15-3013. Archives d'tat de Gnes, archives secrtes.</p>
-
-<p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868" class="label">[868]</a> <i>Napolon inconnu, papiers indits (1786-1793)</i>, 2 vol., t. I, p. 193-194.</p>
-
-<p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869" class="label">[869]</a> Le lieu d'o elle a t crite n'a pas t marqu.</p>
-
-<p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870" class="label">[870]</a> Ministre de Sardaigne en Hollande.</p>
-
-<p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871" class="label">[871]</a> Il s'agit de Thodore de Neuhoff.</p>
-
-<p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872" class="label">[872]</a> Ministre de Russie en Hollande.</p>
-
-<p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873" class="label">[873]</a> En marge: Ceci n'est qu'un projet qui a t communiqu M. de Grimaldi, lequel n'a pu
-encore parvenir tre exactement inform si ce contrat a t effectivement sign.</p>
-
-<p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874" class="label">[874]</a> Valembergh.</p>
-
-<p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875" class="label">[875]</a> Cette relation a t faite par le consul d'Espagne Livourne, sur la dposition des matelots
-du vaisseau espagnol et traduite de l'espagnol.</p>
-
-<p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876" class="label">[876]</a> J'ai donn cette liste en note p. 303.</p>
-
-<p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877" class="label">[877]</a> Il s'agit de Rivarola.</p>
-
-<p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878" class="label">[878]</a> Thodore de Neuhoff.</p>
-
-<p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879" class="label">[879]</a> Cette lettre est la copie du fac-simil de l'criture de Thodore qui est donn dans le cours de
-l'ouvrage.</p>
-
-<p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880" class="label">[880]</a> Voir la gravure, p. 232-233.</p>
-
- </div>
- </div>
-</div>
-
-<h2 class="normal">TABLE DES MATIRES</h2>
-
-<table id="ToC" summary="contents">
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">AVANT-PROPOS</th>
-</tr>
-<tr>
-<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_VI">V</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE PREMIER.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">La Corse l'arrive de Thodore.&mdash;Rvolutions.&mdash;vnements de 1729.&mdash;Intervention
-allemande.&mdash;Le peuple corse attend un sauveur.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">La famille de Neuhoff.&mdash;Les parents de Thodore.&mdash;Sa jeunesse.&mdash;A la
-Cour de France.&mdash;G&oelig;rtz, Alberoni et Ripperda.&mdash;Thodore en Hollande
-et en Italie.&mdash;Sa rencontre avec les prisonniers corses.&mdash;Il
-accepte d'tre le sauveur.&mdash;Voyage et sjour Tunis.&mdash;Il s'embarque
-pour la Corse.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE II.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Dbarquement du baron de Neuhoff Alria.&mdash;Il est proclam roi de
-Corse.&mdash;Son couronnement.&mdash;Thodore I<sup>er</sup> notifie son lvation sa
-famille.&mdash;Opinions et inquitudes des diplomates.&mdash;Le roi nomme les
-grands dignitaires de la Cour.&mdash;Jalousies et querelles des chefs corses.&mdash;Premires
-oprations contre les Gnois.&mdash;Trahison de Luccioni.&mdash;Sa
-condamnation et son excution.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_41">41</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE III.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">dit du Snat de Gnes.&mdash;Rponse de Thodore.&mdash;Le roi dans le Nebbio
-et en Balagne.&mdash;Tribulations de Costa.&mdash;Frappe de la monnaie.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Affaire de Monte-Maggiore.&mdash;Thodore devant Corte.&mdash;Il prend la ville
-sur ses gnraux.&mdash;Assassinat de Fabiani.&mdash;Discours du roi Venzolasca.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le ministre de Gnes en France.&mdash;Affaire Nayssen.&mdash;Les libelles satiriques
- Gnes.&mdash;Le roi et la paysanne.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Thodore a peur.&mdash;Dpart pour Sartne.&mdash;Institution de l'<i>Ordre de la
-Dlivrance</i>.&mdash;Lois nouvelles.&mdash;Le dernier mensonge.&mdash;La fuite.&mdash;Dbarquement
- Livourne.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_79">79</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE IV.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">La fuite de Thodore et les gazettes.&mdash;Sjour Florence.&mdash;Jean-Gaston de
-Mdicis et le roi de Corse.&mdash;Inquitude des Gnois.&mdash;Leurs dmarches
- Paris.&mdash;Passage de Thodore en France.
-<span class="pagenum"><a id="Page_446"> 446</a></span></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Son arrive en Hollande.&mdash;Son arrestation pour dettes.&mdash;Il est mis
-en libert.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Il monte une opration commerciale.&mdash;Ses commanditaires.&mdash;Il frte des
-navires.&mdash;Son voyage sur <i>La Demoiselle Agathe</i>.&mdash;Ses aventures
-Lisbonne et Oran.&mdash;Sa fuite en pleine mer.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl"><i>La Demoiselle Agathe</i> Livourne.&mdash;Denis Richard.&mdash;Aventure tragique
-du <i>Yong-Rombout</i>.&mdash;Intrigues Naples.&mdash;Protestation des Gnois.&mdash;Rponse
-des tats Gnraux de Hollande.&mdash;Mort de Costa.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_123">123</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE V.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">La rpublique de Gnes est impuissante rprimer la rvolte en Corse.&mdash;Ngociations
-avec la France.&mdash;Trait de Fontainebleau.&mdash;La mission
-de Pignon.&mdash;Expdition franaise.&mdash;Duplicit des Gnois.&mdash;Thodore
-revient en Hollande.&mdash;Mathieu Drost.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">La rclame dans les gazettes de Hollande.&mdash;Nouvelle entreprise commerciale.&mdash;Enrlement
-des colons.&mdash;La cargaison des navires.&mdash; Relche
-Malaga et Alicante.&mdash;La flotte de Thodore Cagliari.&mdash;Arrive en
-Corse.&mdash;Le roi malgr lui.&mdash;Excution d'un tratre.&mdash;Thodore s'en
-va.&mdash;Aventures de ses officiers.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Arrive de <i>L'Africain</i> Naples.&mdash;Le consul de Hollande.&mdash;Arrestation
-du capitaine Keelmann.&mdash;Thodore est arrt et conduit Gate.&mdash;Le
-gouvernement franais et les tats Gnraux de Hollande.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Mort de Boissieux.&mdash;Il est remplac par le marquis de Maillebois.&mdash;Nouvelles
-instructions.&mdash;La guerre dans les montagnes.&mdash;Frdric de
-Neuhoff.&mdash;Son odysse.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_167">167</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE VI.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Espions et tratres.&mdash;L'envoy de Gnes, Sorba et le lieutenant Guillaume.&mdash;Le
-chevalier de Champigny livre au gouvernement franais la correspondance
-de sa mre.&mdash;Le docteur Spitzlaer et la police.&mdash;Sauveur
-Ginestra.&mdash;L'criture de Thodore.&mdash;Son faux portrait.&mdash;Sa caricature.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le couvent de Rome.&mdash;La s&oelig;ur Fonseca.&mdash;Son enthousiasme et son
-dvouement.&mdash;Sa correspondance avec Bigani.&mdash;Avec Lucas Boon.&mdash;Son
-homme de confiance: le chevalier Saint-Martin.&mdash;Les entrevues du
-chevalier avec le ministre de Gnes.&mdash;Il lui communique la correspondance
-de la religieuse.&mdash;Il lui propose un bon coup.&mdash;Mort de
-la s&oelig;ur Anglique-Cassandre Fonseca.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Franois de Lorraine.&mdash;Il veut avoir la Corse.&mdash;Un concurrent Thodore:
-le comte de Beaujeu.&mdash;Ses rapports avec Franois.&mdash;Les instructions du
-duc.&mdash;La <i>retirade</i>.&mdash;Beaujeu meurt en prison.&mdash;Intrigues des lieutenants
-de Franois.&mdash;Mort de l'empereur Charles VI.</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_219">219</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE VII.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Thodore Cologne.&mdash;Entretien secret avec le Grand-Commandeur de l'Ordre
-Teutonique.&mdash;Correspondance de Neuhoff avec son beau-frre Gom-Delagrange.&mdash;Le
-roi de Corse veut traiter avec le roi de France.&mdash;Louis
-de Groeben.<br />
-<span class="pagenum"><a id="Page_447"> 447</a></span></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Thodore arrive en Mditerrane avec une escadre anglaise.&mdash;Horace Mann.&mdash;Le
-<i>Mystre</i>.&mdash;Le <i>Vinces</i> en Corse.&mdash;Neuhoff en vue de son
-royaume.&mdash;Sa proclamation.&mdash;Il ne dbarque pas.&mdash;L'affaire du <i>Saint-Isidore</i>.&mdash;Protestation
-des Gnois.&mdash;Rponse du gouvernement
-anglais.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Les entrevues secrtes de Mann avec Thodore.&mdash;Un diplomate ennuy.&mdash;La
-Cour de Turin.&mdash; Augustin Viale, rsident gnois en Toscane.&mdash;Mariani.&mdash;Les
-inquisiteurs de Gnes.&mdash;Ils dcident de faire tuer
-Thodore.&mdash;Scrupules de Viale.&mdash;Ses propositions.&mdash;San Christofano.&mdash;La
-kabale de Pic de la Mirandole</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_259">259</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE VIII.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Thodore en Toscane.&mdash;Il veut entamer des ngociations avec la cour de
-Turin.&mdash;Ses lettres d'Ormea.&mdash;Dominique Rivarola.&mdash;Mann joue
-double jeu.&mdash;Rivarola traite avec le gouvernement sarde.&mdash;L'expdition
-de Corse dcide.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Thodore touche une forte somme.&mdash;D'o vient l'argent?&mdash;Le comte de
-la Vague.&mdash;Rivarola prpare l'expdition.&mdash;Thodore proteste.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Neuhoff veut s'embarquer pour la Corse.&mdash;Mann empche ce dpart.&mdash;Proclamation
-du roi de Sardaigne.&mdash;L'escadre anglaise devant Bastia.&mdash;Bombardement.&mdash;Rivarola
-sous les murs de Bastia.&mdash;Capitulation de
-la ville.&mdash;Les Anglais renoncent l'entreprise sur la Corse.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le roi de Sardaigne et Thodore.&mdash;Dnment du roi de Corse.&mdash;La Cour
-de Vienne songe Neuhoff.&mdash;Le projet est abandonn.&mdash;Thodore est
-expuls de Toscane</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_301">301</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">CHAPITRE IX.</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Thodore en Hollande et en Allemagne.&mdash;Il ne veut pas abdiquer.&mdash;Ses
-griefs contre les Corses.&mdash;Le rcit de Mouvet.&mdash;Le moine et le diplomate.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le roi de Corse arrive Londres.&mdash;Dmarches du ministre de Gnes.&mdash;Thodore
-est reu dans la haute socit.&mdash;Une soire.&mdash;Neuhoff est
-arrt pour dettes.&mdash;Il reoit des visiteurs.&mdash;Un spectacle attrayant.&mdash;Les
-<i>Tnbres de Corse</i>.</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Des membres de la Chambre des Communes vont voir Thodore en prison.&mdash;Un
-article de journal.&mdash;L'acteur Garrick et le <i>Roi Lear</i>.&mdash;Thodore
-recouvre la libert.&mdash;Il abandonne le royaume de Corse ses cranciers.&mdash;On
-le remet en prison.&mdash;Il en sort dfinitivement.&mdash;Le roi et
-l'ouvrier.&mdash;Mort de Thodore.&mdash;Le marchand d'huile.&mdash;pitaphe.&mdash;Un
-opra-bouffe</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_345">345</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<th colspan="3" class="tdc">APPENDICES:</th>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">I.&mdash;Note sur le colonel Frdric qui prtendait tre le fils de Thodore de
-Neuhoff</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_383">383</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">II.&mdash;Note sur des pamphlets concernant le baron de Neuhoff</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_388">388</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">PICES JUSTIFICATIVES</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_393">393</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">TABLE ALPHABTIQUE DES NOMS</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_431">431</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_448"> 448</a></span></p>
-
-<p class="titre">ERRATA</p>
-
-<p>Page 130, ligne 19, <i>au lieu de</i>: les dames Cassandre et Anglique Fonseca, <i>lire</i>:<br />
- les dames Anglique-Cassandre et Franoise Constance Fonseca.<br />
-&mdash; 252, &mdash; 7, <i>au lieu de</i>: Giucciardi, <i>lire</i>: Guicciardi.<br />
-&mdash; 253, &mdash; 5, <i>au lieu de</i>: Giucciardi, <i>lire</i>: Guicciardi.<br />
-&mdash; 375, &mdash; 13, <i>au lieu de</i>: vingt-huitime anne de George II, <i>lire</i>: vingt-huitime
- anne du rgne de George II.<br />
-&mdash; 383, titre, ligne 2, <i>au lieu de</i>: qui ptendait, <i>lire</i>: qui prtendait.<br />
-&mdash; 384, ligne 9, <i>au lieu de</i>: ce dbarrasser, <i>lire</i>: se dbarrasser.</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Thodore de Neuhoff, by
-Andr Joseph Ghislain Le Glay
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK THODORE DE NEUHOFF ***
-
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