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-The Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Calligrammes
- Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
-
-Author: Guillaume Apollinaire
-
-Release Date: September 17, 2017 [EBook #55569]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at
-Free Literature (online soon in an extended version,also
-linking to free sources for education worldwide ... MOOC's,
-educational materials,...) (Images generously made available
-by the Hathi Trust)
-
-
-
-
-
-CALLIGRAMMES
-
-POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE
-
-(1913-1916)
-
-PAR
-
-GUILLAUME APOLLINAIRE
-
-
-ONDES--ÉTENDARDS--CASE D'ARMONS
-LUEURS DES TIRS--OBUS COULEUR DE LUNE
-LA TÊTE ÉTOILÉE
-
-
-AVEC UN PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO
-GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON
-
-
-PARIS
-
-MERCURE DE FRANCE
-
-XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI
-
-MCMXVIII
-
-
-[ILLUSTRATION: PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO
-GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON]
-
-
-
- À LA MÉMOIRE
-
- DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES
-
- RENÉ DALIZE
-
- MORT AU CHAMP D'HONNEUR
-
- le 7 mai 1917
-
-
-
-
- ONDES
-
-
-
-
- LIENS
-
-
- Cordes faites de cris
-
- Sons de cloches à travers l'Europe
- Siècles pendus
-
- Rails qui ligotez les nations
- Nous ne sommes que deux ou trois hommes
- Libres de tous liens
- Donnons-nous la main
-
- Violente pluie qui peigne les fumées
- Cordes
- Cordes tissées
- Câbles sous-marins
- Tours de Babel changées en ponts
-
- Araignées--Pontifes
- Tous les amoureux qu'un seul lien a liés
-
- D'autres liens plus ténus
- Blancs rayons de lumière
- Cordes et Concorde
-
- J'écris seulement pour vous exalter
- Ô sens ô sens chéris
- Ennemis du souvenir
- Ennemis du désir
-
- Ennemis du regret
- Ennemis des larmes
- Ennemis de tout ce que j'aime encore
-
-
-
-
- LES FENÊTRES
-
-
-
- Du rouge au vert tout le jaune se meurt
- Quand chantent les aras dans les forêts natales
- Abatis de pihis
- Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile
- Nous l'enverrons en message téléphonique
- Traumatisme géant
- Il fait couler les yeux
- Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises
- Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate
- blanche
- Tu soulèveras le rideau
- Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre
- Araignées quand les mains tissaient la lumière
- Beauté pâleur insondables violets
- Nous tenterons en vain de prendre du repos
- On commencera à minuit
- Quand on a le temps on a la liberté
- Bigorneaux Lotte multiples Soleils et i'Oursin du couchant
- Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre
-
- Tours
- Les Tours ce sont les rues
- Puits
- Puits ce sont les places
- Puits
- Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes
- Les Chabins chantent des airs à mourir
- Aux Chabines maronnes
- Et l'oie oua-oua trompette au nord
- Où les chasseurs de ratons
- Raclent les pelleteries
- Étincelant diamant
- Vancouver
- Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit
- l'hiver
- Ô Paris
- Du rouge au vert tout le jaune se meurt
- Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les
- Antilles
- La fenêtre s'ouvre comme une orange
- Le beau fruit de la lumière
-
-
- [Illustration: Paysage.]
-
-
-
-
- LES COLLINES
-
-
- Au-dessus de Paris un jour
- Combattaient deux grands avions
- L'un était rouge et l'autre noir
- Tandis qu'au zénith flamboyait
- L'éternel avion solaire
-
-
- L'un était toute ma jeunesse
- Et l'autre c'était l'avenir
- Ils se combattaient avec rage
- Ainsi fit contre Lucifer
- l'Archange aux ailes radieuses
-
-
- Ainsi le calcul au problème
- Ainsi la nuit contre le jour
- Ainsi attaque ce que j'aime
- Mon amour ainsi l'ouragan
- Déracine l'arbre qui crie
-
-
- Mais vois quelle douceur partout
- Paris comme une jeune fille
- S'éveille langoureusement
- Secoue sa longue chevelure
- Et chante sa belle chanson
-
-
- Où donc est tombée ma jeunesse
- Tu vois que flambe l'avenir
- Sache que je parle aujourd'hui
- Pour annoncer au monde entier
- Qu'enfin est né l'art de prédire
-
-
- Certains hommes sont des collines
- Qui s'élèvent d'entre les hommes
- Et voient au loin tout l'avenir
- Mieux que s'il était le présent
- Plus net que s'il était passé
-
-
- Ornement des temps et des routes
- Passe et dure sans t'arrêter
- Laissons sibiler les serpents
- En vain contre le vent du sud
- Les Psylles et l'onde ont péri
-
-
- Ordre des temps si les machines
- Se prenaient enfin à penser
- Sur les plages de pierreries
- Des vagues d'or se briseraient
- L'écume serait mère encore
-
-
- Moins haut que l'homme vont les aigles
- C'est lui qui fait la joie des mers
- Comme il dissipe dans les airs
- L'ombre et les spleens vertigineux
- Par où l'esprit rejoint le songe
-
-
- Voici le temps de la magie
- Il s'en revient attendez-vous
- À des milliards de prodiges
- Oui n'ont fait naître aucune fable
- Nul les ayant imaginés
-
-
- Profondeurs de la conscience
- On vous explorera demain
- Et qui sait quels êtres vivants
- Seront tirés de ces abîmes
- Avec des univers entiers
-
-
- Voici s'élever des prophètes
- Comme au loin des collines bleues
- Ils sauront des choses précises
- Comme croient savoir les savants
- Et nous transporteront partout
-
-
- La grande force est le désir
- Et viens que je te baise au front
- Ô légère comme une flamme
- Dont tu as toute la souffrance
- Toute l'ardeur et tout l'éclat
-
-
- L'âge en vient on étudiera
- Tout ce que c'est que de souffrir
- Ce ne sera pas du courage
- Ni même du renoncement
- Ni tout ce que nous pouvons faire
-
-
- On cherchera dans l'homme même
- Beaucoup plus qu'on n'y a cherché
- On scrutera sa volonté
- Et quelle force naîtra d'elle
- Sans machine et sans instrument
-
-
- Les secourables mânes errent
- Se compénétrant parmi nous
- Depuis les temps qui nous rejoignent
- Rien n'y finit rien n'y commence
- Regarde la bague à ton doigt
-
-
- Temps des déserts des carrefours
- Temps des places et des collines
- Je viens ici faire des tours
- Où joue son rôle un talisman
- Mort et plus subtil que la vie
-
-
- Je me suis enfin détaché
- De toutes choses naturelles
- Je peux mourir mais non pécher
- Et ce qu'on n'a jamais touché
- Je l'ai touché je l'ai palpé
-
-
- Et j'ai scruté tout ce que nul
- Ne peut en rien imaginer
- Et j'ai soupesé maintes fois
- Même la vie impondérable
- Je peux mourir en souriant
-
-
- Bien souvent j'ai plané si haut
- Si haut qu'adieu toutes les choses
- Les étrangetés les fantômes
- Et je ne veux plus admirer
- Ce garçon qui mime l'effroi
-
-
- Jeunesse adieu jasmin du temps
- J'ai respiré ton frais parfum
- À Rome sur les chars fleuris
- Chargés de masques de guirlandes
- Et des grelots du carnaval
-
-
- Adieu jeunesse blanc Noël
- Quand la vie n'était qu'une étoile
- Dont je contemplais le reflet
- Dans la mer Méditerranée
- Plus nacrée que les météores
-
-
- Duvetée comme un nid d'archanges
- Ou la guirlande des nuages
- Et plus lustrée que les halos
- Émanations et splendeurs
- Unique douceur harmonies
-
-
- Je m'arrête pour regarder
- Sur la pelouse incandescente
- Un serpent erre c'est moi-même
- Qui suis la flûte dont je joue
- Et le fouet qui châtie les autres
-
-
- Il vient un temps pour la souffrance
- Il vient un temps pour la bonté
- Jeunesse adieu voici le temps
- Où l'on connaîtra l'avenir
- Sans mourir de sa connaissance
-
-
- C'est le temps de la grâce ardente
- La volonté seule agira
- Sept ans d'incroyables épreuves
- L'homme se divinisera
- Plus pur plus vif et plus savant
-
- Il découvrira d'autres mondes
- L'esprit languit comme les fleurs
- Dont naissent les fruits savoureux
- Que nous regarderons mûrir
- Sur la colline ensoleillée
-
-
- Je dis ce qu'est au vrai la vie
- Seul je pouvais chanter ainsi
- Mes chants tombent comme des graines
- Taisez-vous tous vous qui chantez
- Ne mêlez pas l'ivraie au blé
-
-
- Un vaisseau s'en vint dans le port
- Un grand navire pavoisé
- Mais nous n'y trouvâmes personne
- Qu'une femme belle et vermeille
- Elle y gisait assassinée
-
-
- Une autre fois je mendiais
- L'on ne me donna qu'une flamme
- Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres
- Et je ne pus dire merci
- Torche que rien ne peut éteindre
-
-
- Ou donc es-tu ô mon ami
- Qui rentrais si bien en toi-même
- Qu'un abîme seul est resté
- Où je me suis jeté moi-même
- Jusqu'aux profondeurs incolores
-
-
- Et j'entends revenir mes pas
- Le long des sentiers que personne
- N'a parcourus j'entends mes pas
- À toute heure ils passent là-bas
- Lents ou pressés ils vont ou viennent
-
-
- Hiver toi qui te fais la barbe
- Il neige et je suis malheureux
- J'ai traversé le ciel splendide
- Où la vie est une musique
- Le sol est trop blanc pour mes yeux
-
-
- Habituez-vous comme moi
- À ces prodiges que j'annonce
- À la bonté qui va régner
- À la souffrance que j'endure
- Et vous connaîtrez l'avenir
-
-
- C'est de souffrance et de bonté
- Que sera faite la beauté
- Plus parfaite que n'était celle
- Qui venait des proportions
- Il neige et je brûle et je tremble
-
-
- Maintenant je suis à ma table
- J'écris ce que j'ai ressenti
- Et ce que j'ai chanté là-haut
- Un arbre élancé que balance
- Le vent dont les cheveux s'envolent
-
-
- Un chapeau haut de forme est sur
- Une table chargée de fruits
- Les gants sont morts près d'une pomme
- Une dame se tord le cou
- Auprès d'un monsieur qui s'avale
-
-
- Le bal tournoie au fond du temps
- J'ai tué le beau chef d'orchestre
- Et je pèle pour mes amis
- L'orange dont la saveur est
- Un merveilleux feu d'artifice
-
-
- Tous sont morts le maître d'hôtel
- Leur verse un champagne irréel
- Qui mousse comme un escargot
- Ou comme un cerveau de poète
- Tandis que chantait une rose
-
-
- L'esclave tient une épée nue
- Semblable aux sources et aux fleuves
- Et chaque fois qu'elle s'abaisse
- Un univers est éventré
- Dont il sort des mondes nouveaux
-
-
- Le chauffeur se tient au volant
- Et chaque fois que sur la route
- Il corne en passant le tournant
- Il paraît à perte de vue
- Un univers encore vierge
-
-
- Et le tiers nombre c'est la dame
- Elle monte dans l'ascenseur
- Elle monte monte toujours
- Et la lumière se déploie
- Et ces clartés la transfigurent
-
-
- Mais ce sont de petits secrets
- Il en est d'autres plus profonds
- Qui se dévoileront bientôt
- Et feront de vous cent morceaux
- À la pensée toujours unique
-
-
- Mais pleure pleure et repleurons
- Et soit que là lune soit pleine
- Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant
- Ah! pleure pleure et repleurons
- Nous avons tant ri au soleil
-
-
- Des bras d'or supportent la vie
- Pénétrez le secret doré
- Tout n'est qu'une flamme rapide
- Que fleurit la rose adorable
- Et d'où monte un parfum exquis
-
-
-
-
- ARBRE
-
-
- _À Frédéric Boutet_
-
-
- Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes
- galopent
- Où sont les aveugles où s'en sont-ils allés
- La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en
- plusieurs mirages
- Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au
- marché
- Ispahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu
- Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon
-
-
- Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand
- de coco d'autrefois
- J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir
- Du camarade qui se promènera avec toi en Europe
- Tout en restant en Amérique
-
-
- Un enfant
- Un veau dépouillé pendu à l'étal
- Un enfant
- Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au
- fond de l'est
- Un douanier se tenait là comme un ange
- À la porte d'un misérable paradis
- Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente
- des premières
-
-
- Engoulevent Blaireau
- Et la Taupe-Ariane
- Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien
- Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et
- moi
- Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé
-
-
- Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince
- déguisée en homme
- Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme
- intelligente
- Et il ne faudrait pas oublier les légendes
- Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un
- quartier désert
- Je voyais une chasse tandis que je montais
- Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage
-
-
- Entre les pierres
- Entre les vêtements multicolores de la vitrine
- Entre les charbons ardents du marchand de marrons
- Entre deux vaisseaux norvégiens amarrés à Rouen
- Il y a ton image
-
-
- Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande
-
-
- Ce beau nègre en acier
-
-
- La plus grande tristesse
- C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne
-
-
- Le vent vient du couchant
- Le métal des caroubiers
- Tout est plus triste qu'autrefois
- Tous les dieux terrestres vieillissent
- L'univers se plaint par ta voix
- Et des êtres nouveaux surgissent
- Trois par trois
-
-
-
-
- LUNDI RUE CHRISTINE
-
-
- La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer
- Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir
- Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère
- Pendant que l'autre monterait
-
-
- Trois bec de gaz allumés
- La patronne est poitrinaire
- Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet
- Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge
- Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief
-
-
- Ça a l'air de rimer
-
-
- Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier
- Pim pam pim
- Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque
- Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner
-
-
- Je partirai à 20 h. 27
- Six glaces s'y dévisagent toujours
- Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage
- Cher monsieur
- Vous êtes un mec à la mie de pain
- Cette dame a le nez comme un ver solitaire
- Louise a oublié sa fourrure
- Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid
- Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire
- Le chat noir traverse la brasserie
-
-
- Ces crêpes étaient exquises
- La fontaine coule
- Robe noire comme ses ongles
- C'est complètement impossible
- Voici monsieur
- La bague en malachite
- Le sol est semé de sciure
- Alors c'est vrai
- La serveuse rousse a été enlevée par un libraire
-
-
- Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement
-
-
- Écoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire
-
-
- Compagnie de navigation mixte
-
-
- Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire
- d'eaux fortes et de tableaux
- Je n'ai qu'une petite bonne
-
-
- Après déjeuner café du Luxembourg
- Une fois là il me présente un gros bonhomme
- Qui me dit
- Écoutez c'est charmant
- À Smyrne à Naples en Tunisie
- Mais nom de Dieu où est-ce
- La dernière fois que j'ai été en Chine
- C'est il y a huit ou neuf ans
- L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule
- La quinte major
-
-
- [Illustration: Lettre-Océan.]
-
-
- [Illustration: Lettre-Océan.]
-
-
-
-
- SUR LES PROPHÉTIES
-
-
- J'ai connu quelques prophétesses
- Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes
- C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de participer
- À une scène savoureuse d'anthropophagie
- Elle n'en parlait pas à tout le monde
- En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais
-
-
- Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi
- Est également habile
- Mais Madame Deroy est la mieux inspirée
- La plus précise
- Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle
- M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait
- J'ai connu un sciomancien mais je n'ai pas voulu qu'il
- interrogeât mon ombre
- Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Diriks
- Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe
- Puissent ces dieux sans figure m'épargner toujours
- Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoute
- et notez
- Que je lis assez bien dans la main
- Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est
- possible j'écoute
-
-
- Tout le monde est prophète mon cher André Billy
- Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens
- Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais
- Et idiots de naissance
- Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée
- De se demander s'il connaît l'avenir ou non
- Il n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela
- Ni dans les superstitions ni dans les prophéties
- Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme
- Il y a avant tout une façon d'observer la nature
- Et d'interpréter la nature
- Qui est très légitime
-
-
-
-
- LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY
-
-
- J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas
- Ils passent devant moi et s'accumulent au loin
- Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu
- Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien
-
-
- Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
- Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de
- ce monde et des astres
- Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir
-
-
-
- Le 21 du mois de mai 1913
- Passeur des morts et les mordonnantes mériennes
- Des millions de mouches éventaient une splendeur
- Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles
- Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher
-
- Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues
- Homme Ah! Ariane
- Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas
- Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin
- Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé
- Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui
- Il en venait de toutes parts
- Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent
- à sonner
- Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine
- Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc
- Puis Saint-Merry se tut
- L'inconnu reprit son air de flûte
- Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie
- Où il entra suivi par la troupe des femmes
- Qui sortaient des maisons
- Qui venaient par les rues traversières les yeux fous
- Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur
- II s'en allait indifférent jouant son air
- Il s'en allait terriblement
-
-
-
- Puis ailleurs
- À quelle heure un train partira-t-il pour Paris
-
-
- À ce moment
- Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades
-
-
- En même temps
- Mission catholique de Borna qu'as-tu fait du sculpteur
-
-
- Ailleurs
- Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît
- à travers Pützchen
-
-
- Au même instant
- Une jeune fille amoureuse du maire
-
-
- Dans un autre quartier
- Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs
-
-
-
- En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des
- hommes
- Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur
- misère
- Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre
- Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de
- marchandises
-
-
- Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre
-
-
- Et maintenant
- Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement
-
-
- Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du
- siècle dernier
- Ces hautes cheminées pareilles à des tours
-
-
- Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus
- le sol
-
-
- Et tandis que le monde vivait et variait
- Le cortège des femmes long comme un jour sans pain
- Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien
-
-
- Cortèges ô cortèges
- C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes
- Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris
- Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine
- Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry
-
-
- Cortèges ô cortèges
- Les femmes débordaient tant leur nombre était grand
- Dans toutes les rues avoisinantes
- Et se hâtaient raides comme balle
- Afin de suivre le musicien
-
-
- Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine
- Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise
- Et toi Colette et toi la belle Geneviève
- Elles ont passé tremblantes et vaines
- Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la
- cadence
- De la musique pastorale qui guidait
- Leurs oreilles avides
-
-
-
- L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à
- vendre.
- Maison abandonnée
- Aux vitres brisées
- C'est un logis du seizième siècle
- La cour sert de remise à des voitures de livraisons
- C'est là qu'entra le musicien
- Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse
- Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée
- Et toutes y entrèrent confondues en bande
- Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles
- Sans regretter ce qu'elles ont laissé
- Ce qu'elles ont abandonné
- Sans regretter le jour la vie et la mémoire
- Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la
- Verrerie
- Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry
- Nous entrâmes dans la vieille maison
-
-
- Mais nous n'y trouvâmes personne
-
-
- Voici le soir
- À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne
- Cortèges ô cortèges
- C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes
- Il vint une troupe de casquettiers
- Il vint des marchands de bananes
- Il vint des soldats de la garde républicaine
- Ô nuit
- Troupeau de regards langoureux des femmes
- Ô nuit
- Toi ma douleur et mon attente vaine
- J'entends mourir le son d'une flûte lointaine
-
-
- [Illustration: La cravate et la montre.]
-
-
-
-
- UN FANTÔME DE NUÉES
-
-
- Comme c'était la veille du quatorze juillet
- Vers les quatre heures de l'après-midi
- Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques
-
-
- Ces gens qui font des tours en plein air
- Commencent à être rares à Paris
- Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus
- qu'aujourd'hui
- Ils s'en sont allés presque tous en province
-
-
- Je pris le boulevard Saint-Germain
- Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés
- et la statue de Danton
- Je rencontrai les saltimbanques
-
-
- La foule les entourait muette et résignée à attendre
- Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir
- Poids formidables,
- Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier
- russe de Longwy
- Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé
- Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme
- la vie
-
-
- De nombreux tapis sales couvraient le sol
- Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas
- Tapis qui sont presque entièrement couleur de la
- poussière
- Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté
- Comme un air de musique qui vous poursuit
-
-
- Vois-tu le personnage maigre et sauvage
- La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante
- Ii portait ainsi toute son hérédité au visage
- Il semblait rêver à l'avenir
- En tournant machinalement un orgue de Barbarie
- Dont la lente voix se lamentait merveilleusement
- Les glouglous les couacs et les sourds gémissements
-
-
- Les saltimbanques ne bougeaient pas
- Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre
- qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais
- près de la mort
- Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent
- souvent leur bouche
- Ou près des narines
- C'est un rose plein de traîtrise
-
-
- Cet homme portait-il ainsi sur le dos
- La teinte ignoble de ses poumons
-
-
- Les bras les bras partout montaient la garde
-
-
- Le second saltimbanque
- N'était vêtu que de son ombre
- Je le regardai longtemps
- Son visage m'échappe entièrement
- C'est un homme sans tête
-
-
- Un autre enfin avait l'air d'un voyou
- D'un apache bon et crapule à la fois
- Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes
- N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa
- toilette
-
-
- La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le
- public
- Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs
- cinquante
- Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme
- prix des tours
-
-
- Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus
- rien
- On se décida à commencer la séance
- De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque
- habillé de rose pulmonaire
- Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles
- Il poussait des cris brefs
- Et saluait en écartant gentiment les avant-bras
- Mains ouvertes
-
-
- Une jambe en arrière prête à la génuflexion
- Il salua ainsi aux quatre points cardinaux
- Et quand il marcha sur une boule
- Son corps mince devint une musique si délicate que nul
- parmi les spectateurs n'y fut insensible
- Un petit esprit sans aucune humanité
- Pensa chacun
- Et cette musique des formes
- Détruisit celle de l'orgue mécanique
- Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres
-
-
- Le petit saltimbanque fit la roue
- Avec tant d'harmonie
- Que l'orgue cessa de jouer
- Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains
- Aux doigts semblables aux descendants de son destin
- Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe
- Nouveaux cris de Peau-Rouge
- Musique angélique des arbres
- Disparition de l'enfant
-
-
- Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout
- de bras
- Ils jonglèrent avec les poids
-
-
- Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant
- miraculeux
- Siècle ô siècle des nuages
-
-
- [Illustration: Cœur, couronne et miroir.]
-
-
-
-
- TOUR
-
- _À R. D._
-
-
- Au Nord au Sud
- Zénith Nadir
- Et les grands cris de l'Est
- L'Océan se gonfle à l'Ouest
- La Tour à la Roue
- S'adresse
-
-
- [Illustration: Voyage]
-
-
-
- À TRAVERS L'EUROPE
-
- _À M. Ch._
-
-
- Rotsoge
- Ton visage écarlate ton biplan transformable en
- hydroplan
- Ta maison ronde où il nage un hareng saur
- Il me faut la clef des paupières
- Heureusement que nous avons vu M. Panado
- Et nous sommes tranquilles de ce côté-là
- Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D...
- 90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers
- le ventre de sa mère
-
-
- J'ai cherché longtemps sur les routes
- Tant d'yeux sont clos au bord des routes
- Le vent fait pleurer les saussaies
- Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre
- Regarde mais regarde donc
- Le vieux se lave les pieds dans la cuvette
- Una volta ho inteso dire Chè vuoi
- Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances
-
-
- Et toi tu me montres un violet épouvantable
-
-
- Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour
- Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et
- rouges
- Où je m'en allais à la campagne avec une charmante
- cheminée tenant sa chienne en laisse
- Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton
- La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes
- La chienne aboie contre les lilas
- La veilleuse est consumée
- Sur la robe ont chu des pétales
- Deux anneaux d'or près des sandales
- Au soleil se sont allumés
- Mais tes cheveux sont le trolley
- À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores
-
-
- [Illustration: Il pleut.]
-
-
-
-
- ÉTENDARDS
-
-
-
-
- LA PETITE AUTO
-
-
- Le 31 du mois d'Août 1914
- Je partis de Deauville un peu avant minuit
- Dans la petite auto de Rouveyre
-
-
- Avec son chauffeur nous étions trois
-
-
- Nous dîmes adieu à toute une époque
- Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
- Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil
- Les poissons voraces montaient des abîmes
- Les peuples accouraient pour se connaître à fond
- Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres
- demeures
-
-
- Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
- Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se
- battaient
- Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où
- elles serpentaient
- Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
- Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
- Région par où se font toujours les invasions
- Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir
- Saluaient encore une fois la vie colorée
- Océans profonds où remuaient les monstres
- Dans les vieilles carcasses naufragées
- Hauteurs inimaginables où l'homme combat
- Plus haut que l'aigle ne plane
- L'homme y combat contre l'homme
- Et descend tout à coup comme une étoile filante
-
-
- Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
- Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
- Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille
- prodigieuse
- Disposait un étalage extraordinaire
- Et des bergers gigantesques menaient
- De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
- Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route
- Et quand après avoir passé l'après-midi
- Par Fontainebleau
-
-
- [Illustration: La petite Auto.]
-
-
- Nous arrivâmes à Paris
- Au moment où l'on affichait la mobilisation
- Nous comprîmes mon camarade et moi
- Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
- Nouvelle
- Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
- Nous venions cependant de naître
-
-
- [Illustration: La mandoline, l'œillet et le bambou.]
-
-
-
-
- FUMÉES
-
-
- Et tandis que la guerre
- Ensanglante la terre
- Je hausse les odeurs
- Près des couleurs-saveurs
-
- Et je fu
- m
- e
-
- du
-
- ta
- bac
- de
- ZoNE
-
- Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées
- Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées
- Mais je connais aussi les grottes parfumées
- Où gravite l'azur unique des fumées
- Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour.
- Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour
- Tu fascines les flammes
- Elles rampent à les pieds
- Ces nonchalantes femmes
- Tes feuilles de papier
-
-
-
-
- À NÎMES
-
- _À Emile Léonard_
-
-
- Je me suis engagé sous le plus beau des cieux
- Dans Nice la Marine au nom victorieux
-
- Perdu parmi 900 conducteurs anonymes
- Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes
-
- L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus
- Épousent ardemment et sans cesse les buts
-
- J'attends que le printemps commande que s'en aille
- Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille
-
- Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts
- Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons
-
- Un bel après-midi de garde à l'écurie
- J'entends sonner les trompettes d'artillerie
-
- J'admire la gaîté de ce détachement
- Qui va rejoindre au front notre beau régiment
-
- Le territorial se mange une salade
- À l'anchois en parlant de sa femme malade
-
- 4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux
- Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux
-
- Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures
- Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures
-
- Je flatte de la main le petit canon gris
- Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris
-
- Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine
- Des obus dans la nuit la splendeur argentine
-
- Je mâche lentement ma portion de bœuf
- Je me promène seul le soir de 5 à 9
-
- Je selle mon cheval nous battons la campagne
- Je te salue au loin belle rose ô tour Magne
-
-
- [Illustration: La colombe poignardée et le jet d'eau.]
-
-
-
-
- 2e CANONNIER CONDUCTEUR
-
-
- Me voici libre et fier parmi mes compagnons
- Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue
- La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue
-
- [Illustration: 2e canonnier conducteur.]
-
- Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis
- sur l'avant-train
- Et conducteur par mont par vol sur le porteur
- Au pas au trot ou au galop je conduis le canon
- Le bras de l'officier est mon étoile polaire
- Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois
- la figure
- Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du
- sous-verge
- Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux
- La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit
-
- [Illustration: 2e canonnier conducteur.]
-
- Fantassins
- Marchantes mottes de terre
- Vous êtes la puissance
- Du sol qui vous a faits
- Et c'est le sol qui va
- Lorsque vous avancez
- Un officier passe au galop
- Comme un ange bleu dans la pluie grise
- Un blessé chemine en fumant une pipe
- Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime
- Et cette jeune femme nous salue charretiers
- La Victoire se tient après nos jugulaires
- Et calcule pour nos canons les mesures angulaires
- Nos salves nos rafales sont ses cris de joie
- Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses
- Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses
-
- J'ENTENDS C H A
- L N
- E TER l'oiseau
- B E
- EL OISEAU RAPAC
-
-
-
-
-
- VEILLE
-
-
- Mon cher André Rouveyre
- Troudla la Champignon Tabatière
- On ne sait quand on partira
- Ni quand on reviendra
-
-
- Au Mercure de France
- Mars revient tout couleur d'espérance
- J'ai envoyé mon papier
- Sur papier quadrillé
-
-
- J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant
- au trot sur la grand-route où moi je veille
- Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe
- jusqu'à l'oreille
-
-
- Quel
- Ciel
- Triste
- Piste
- Où
- Va le
- Pâle
- Sou-
- rire
- De la lune qui me regarde écrire
-
-
-
-
- OMBRE
-
-
- Vous voilà de nouveau près de moi
- Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
- L'olive du temps
- Souvenirs qui n'en faites plus qu'un
- Comme cent fourrures ne font qu'un manteau
- Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article
- de journal
- Apparence impalpable et sombre qui avez pris
- La forme changeante de mon ombre
- Un indien à l'affût pendant l'éternité
- Ombre vous rampez près de moi
- Mais vous ne m'entendez plus
- Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
- Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
- Destinées
- Ombre multiple que le soleil vous garde
- Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter
- Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
- Ombre encre du soleil
- Écriture de ma lumière
- Caisson de regrets
- Un dieu qui s'humilie
-
-
-
-
- C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT
-
-
- Il est des loups de toute sorte
- Je connais le plus inhumain
- Mon cœur que le diable l'emporte
- Et qu'il le dépose à sa porte
- N'est plus qu'un jouet dans sa main
-
-
- Les loups jadis étaient fidèles
- Comme sont les petits toutous
- Et les soldats amants des belles
- Galamment en souvenir d'elles
- Ainsi que les loups étaient doux
-
-
- Mais aujourd'hui les temps sont pires
- Les loups sont tigres devenus
- Et les Soldats et les Empires
- Les Césars devenus Vampires
- Sont aussi cruels que Vénus
-
-
- J'en ai pris mon parti Rouveyre
- Et monté sur mon grand cheval
- Je vais bientôt partir en guerre
- Sans pitié chaste et l'œil sévère
- Comme ces guerriers qu'Épinal
-
-
- Vendait Images populaires
- Que Georgin gravait dans le bois
- Où sont-ils ces beaux militaires
- Soldats passés Où sont les guerres
- Où sont les guerres d'autrefois
-
-
-
-
- CASE D'ARMONS
-
-
- La 1re édition à 25 exemplaires de _Case d'Armons_ a
- été polygraphiée sur papier quadrillé, à l'encre violette, au
- moyen de gélatine, à la batterie de tir (45e batterie,
- 38e Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et
- le tirage a été achevé le 17 juin 1915.
-
-
- [Illustration: Loin du pigeonnier.]
-
-
-
-
- RECONNAISSANCE
-
-
- _À Mademoiselle P..._
-
-
- Un seul bouleau crépusculaire
- Pâlit au seuil de l'horizon
- Où fuit la mesure angulaire
- Du cœur à l'âme et la raison
-
- Le galop bleu des souvenances
- Traverse les lilas des yeux
-
- Et les canons des indolences
- Tirent nies songes vers
- les
- cieux
-
-
- [Illustration: S.P.]
-
-
- [Illustration: Visée.]
-
-
- [ILLUSTRATION: 1913.]
-
-
- [ILLUSTRATION: Carte postale.]
-
-
-
-
- SAILLANT
-
- _À André Level_
-
-
- Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude
- Mais un dragon à pied sans armes
- Parmi le vent quand survient la
-
-
-
- S torpille aérienne
- A Le balai de verdure Grain
- Salut L T'en souviens-tu de
- La Rapace U Il est ici dans les pierres blé
- T Du beau royaume dévasté
-
- Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée
-
-
-
- Vive comme un cheval pif
- Un trou d'obus propre comme une salle de bain
- Berger suivi de son troupeau mordoré
- Mais où est un cœur et le svastica
-
-
- Aÿ Ancien nom du renom
- Le crapaud chantait les saphirs nocturnes
-
- Lou
- [Illustration: VIVE LE CAPISTON]
- Lou Verzy
-
-
- Et le long du canal des filles s'en allaient
-
-
-
-
- GUERRE
-
-
- Rameau central de combat
- Contact par l'écoute
- Ou tire dans la direction «des bruits entendus»
- Les jeunes de la classe 1915
- Et ces fils de fer électrisés
- Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre
- Avant elle nous n'avions que la surface
- De la terre et des mers
- Après elle nous aurons les abîmes
- Le sous-sol et l'espace aviatique
- Maîtres du timon
- Après après
- Nous prendrons toutes les joies
- Des vainqueurs qui se délassent
- Femmes Jeux Usines Commerce
- Industrie Agriculture Métal
- Feu Cristal Vitesse
- Voix Regard Tact à part
- Et ensemble dans le tact venu de loin
- De plus loin encore
- De l'Au-delà de cette terre
-
-
-
-
- MUTATION
-
-
- Une femme qui pleurait
- Eh! Oh! Ha!
- Des soldats qui passaient
- Eh! Oh! Ha!
- Un éclusier qui pêchait
- Eh! Oh! Ha!
- Les tranchées qui blanchissaient
- Eh! Oh! Ha!
- Des obus qui pétaient
- Eh! Oh! Ha!
- Des allumettes qui ne prenaient pas
- Et tout
- A tant changé
- En moi
- Tout
- Sauf mon Amour
- Eh! Oh! Ha!
-
-
-
-
- ORACLES
-
-
- Je porte votre bague
- Elle est très finement ciselée
- Le sifflet me fait plus plaisir
- Qu'un palais égyptien
- Le sifflet des tranchées
- Tu sais
- Tout au plus si je n'arrête pas
- Les métros et les taxis avec
- Ô Guerre
- Multiplication de l'amour
-
- PETIT Avec un fil
- SIFFLET on prend
- à 2 trous la mesure
- du doigt
-
-
-
-
- 14 JUIN 1915
-
-
- On ne peut rien dire
- Rien de ce qui se passe
- Mais on change de Secteur
- Ah! voyageur égaré
- Pas de lettres
- Mais l'espoir
- Mais un journal
- Le glaive antique de la Marseillaise de Rude
- S'est changé en constellation
- Il combat pour nous au ciel
- Mais cela signifie surtout
- Qu'il faut être de ce temps
- Pas de glaive antique
- Pas de Glaive
- Mais l'Espoir
-
-
-
-
- DE LA BATTERIE DE TIR
-
-
- _Au maréchal des logis F. Bodard_
-
-
- Nous sommes ton collier France
- Venus des Atlantides ou bien des Négrities
- Des Eldorados ou bien des Cimméries
- Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie
- Diamants qui éclosent la nuit
- Ô Roses ô France
- Nous nous pâmons de volupté
- À ton cou penché vers l'Est
- Nous sommes l'Arc-en-terre
- Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel
- Signe de nos origines profondes
- Étincelles
- Ô nous les très belles couleurs
-
-
-
-
- ÉCHELON
-
- Grenouilles et rainettes
- Crapauds et crapoussins
- Ascèse sous les peupliers et les frênes
- La reine des prés va fleurir
- Une petite hutte dans la forêt
- Là-bas plus blanche est la blessure
-
-
- Le Ciel
-
- Coquelicots
- Flacon au col d'or
- On a pendu la mort
- À la lisière du bois
- On a pendu la mort
- Et ses beaux seins dorés
- Se montrent tour à tour
-
-
- [VERT. gauche et droite]
-
- On tire contre avions
- Verdun
-
- L'orvet
- _Le sac à malice_
- _La trousse à boutons_
-
-
- Ô rose toujours vive
- Ô France
- Embaume les espoirs d'une armée qui halète
-
- Le Loriot chante
-
- N'est-ce pas rigolo
-
- Enfin une plume d'épervier
-
-
-
-
- VERS LE SUD
-
-
- Zénith
- Tous ces regrets
- Ces jardins sans limite
- Où le crapaud module un tendre cri d'azur
- La biche du silence éperdu passe vite
- Un rossignol meurtri par l'amour chante sur
- Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses
- Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier
- Et les fleurs de grenade en nos regards écloses
- En tombant tour à tour ont jonché le sentier
-
-
-
-
- LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR
-
-
- C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier
- Auprès des canons gris tournés vers le nord
- Que je songe au village africain
- Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour
- Et de longs discours
- Nobles et joyeux
-
- Je revois mon père qui se battit
- Contre les Achantis
- Au service des Anglais
- Je revois ma sœur au rire en folie
- Aux seins durs comme des obus
- Et je revois
- Ma mère la sorcière qui seule du village
- Méprisait le sel
- Piler le millet dans un mortier
- Je me souviens du si délicat si inquiétant
- Fétiche dans l'arbre
- Et du double fétiche de la fécondité
-
- Plus tard une tête coupée
- Au bord d'un marécage
- Ô pâleur de mon ennemi
- C'était une tête d'argent
- Et dans le marais
- C'était la lune qui luisait
- C'était donc une tête d'argent
- Là-haut c'était la lune qui dansait
- C'était donc une tête d'argent
- Et moi dans l'antre j'étais invisible
- C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde
- Similitudes Pâleurs
- Et ma sœur
- Suivit plus tard un tirailleur
- Mort à Arras
-
- Si je voulais savoir mon âge
- Il faudrait le demander à l'évêque
- Si doux si doux avec ma mère
- De beurre de beurre avec ma sœur
- C'était dans une petite cabane
- Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants
- J'ai connu l'affût au bord des marécages
- Où la girafe boit les jambes écartées
-
- J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste
- Le Village
- Viole les femmes
- Emmène les filles
- Et les garçons dont la croupe dure sursaute
- J'ai porté l'administrateur des semaines
- De village en village
- En chantonnant
- Et je fus domestique à Paris
- Je ne sais pas mon âge
- Mais au recrutement
- On m'a donné vingt ans
- Je suis soldat français on m'a blanchi du coup
- Secteur 59 je ne peux pas dire où
- Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir
- Pourquoi ne pas danser et discourir
- Manger et puis dormir
- Et nous tirons sur les ravitaillements boches
- Ou sur les fils de fer devant les bobosses
- Sous la tempête métallique
- Je me souviens d'un lac affreux
- Et de couples enchaînés par un atroce amour
- Une nuit folle
- Une nuit de sorcellerie
- Comme cette nuit-ci
- Où tant d'affreux regards
- Éclatent dans le ciel splendide
-
-
-
-
- TOUJOURS
-
- _À Madame Faure-Favier_
-
-
- Toujours
- Nous irons plus loin sans avancer jamais
-
- Et de planète en planète
- De nébuleuse en nébuleuse
- Le don Juan des mille et trois comètes
- Même sans bouger de la terre
- Cherche les forces neuves
- Et prend au sérieux les fantômes
-
- Et tant d'univers s'oublient
- Quels sont les grands oublieurs
- Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle
- partie du monde
- Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli
- d'un continent
-
- Perdre
- Mais perdre vraiment
- Pour laisser place à la trouvaille
- Perdre
- La vie pour trouver la Victoire
-
-
-
-
- FÊTE
-
-
- _À André Rouveyre_
-
-
- Feu d'artifice en acier
- Qu'il est charmant cet éclairage
- Artifice d'artificier
- Mêler quelque grâce au courage
-
-
- Deux fusants
- Rose éclatement
- Comme deux seins que l'on dégrafe
- Tendent leurs bouts insolemment
- IL SUT AIMER
- quelle épitaphe
-
-
- Un poète dans la forêt
- Regarde avec indifférence
- Son revolver au cran d'arrêt
- Des roses mourir d'espérance
-
-
- Il songe aux roses de Saadi
- Et soudain sa tête se penche
- Car une rose lui redit
- La molle courbe d'une hanche
-
-
- L'air est plein d'un terrible alcool
- Filtré des étoiles mi-closes
- Les obus caressent le mol
- Parfum nocturne où tu reposes
- Mortification des roses
-
-
- [Illustration: Madeleine.]
-
-
-
- LES SAISONS
-
-
- C'était un temps béni nous étions sur les plages
- Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau
- Et vite comme va la langue d'un crapaud
- L'amour blessait au cœur les fous comme les sages
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- C'était un temps béni Le temps du vaguemestre
- On est bien plus serré que dans les autobus
- Et des astres passaient que singeaient les obus
- Quand dans la nuit survint la batterie équestre
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues
- Les marmites donnaient aux rondins des cagnats
- Quelque aluminium où tu t'ingénias
- À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- C'était un temps béni La guerre continue
- Les Servants ont limé la bague au long des mois
- Le Conducteur écoute abrité dans les bois
- La chanson que répète une étoile inconnue
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- [ILLUSTRATION: Venu de Dieuze.]
-
-
- [ILLUSTRATION]
-
-
-
- LA NUIT D'AVRIL 1915
-
-
- _À L. de C.--C._
-
-
- Le ciel est étoilé par les obus des Boches
- La forêt merveilleuse où je vis donne un bal
- La mitrailleuse joue un air à triples-croches
- Mais avez-vous le mot
- Eh! oui le mot fatal
- Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches
-
-
- Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons
- Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance
- Et tes mille soleils ont vidé les caissons
- Que les dieux de mes yeux remplissent en silence
-
-
- Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons
-
-
- Les obus miaulaient un amour à mourir
- Un amour qui se meurt est plus doux que les autres
- Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir
-
-
- Les obus miaulaient
- Entends chanter les nôtres
- Pourpre amour salué par ceux qui vont périr
-
-
- Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque
-
-
- Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts
-
-
- Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque
-
-
- Couche-toi sur la paille et songe un beau remords
- Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque
-
-
- Mais
- orgues
- aux fétus de la paille où tu dors
- L'hymne de l'avenir est paradisiaque
-
-
-
-
- LUEURS DES TIRS
-
-
-
-
- LA GRACE EXILÉE
-
-
- Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel
- Allez-vous-en couleurs charmantes
- Cet exil t'est essentiel
- Infante aux écharpes changeantes
-
-
- Et l'arc-en-ciel est exilé
- Puisqu'on exile qui l'irise
- Mais un drapeau s'est envolé
- Prendre ta place au vent de bise
-
-
-
-
- LA BOUCLE RETROUVÉE
-
-
- Il retrouve dans sa mémoire
- La boucle de cheveux châtains
- T'en souvient-il à n'y point croire
- De nos deux étranges destins
-
-
- Du boulevard de la Chapelle
- Du joli Montmartre et d'Auteuil
- Je me souviens murmure-t-elle
- Du jour où j'ai franchi ton seuil
-
-
- Il y tomba comme un automne
- La boucle de mon souvenir
- Et notre destin qui t'étonne
- Se joint au jour qui va finir
-
-
-
-
- REFUS DE LA COLOMBE
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-
- Mensonge de l'Annonciade
- La Noël fut la Passion
- Et qu'elle était charmante et sade
- Cette renonciation
-
-
- Si la colombe poignardée
- Saigne encore de ses refus
- J'en plume les ailes l'idée
- Et le poème que tu fus
-
-
-
-
- LES FEUX DU BIVOUAC
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-
- Les feux mouvants du bivouac
- Éclairent des formes de rêve
- Et le songe dans l'entrelac
- Des branches lentement s'élève
-
-
- Voici les dédains du regret
- Tout écorché comme une fraise
- Le souvenir et le secret
- Dont il ne reste que la braise
-
-
-
-
- LES GRENADINES REPENTANTES
-
-
- En est-il donc deux dans Grenade
- Qui pleurent sur ton seul péché
- Ici l'on jette la grenade
- Qui se change en un œuf coché
-
-
- Puisqu'il en naît des coqs Infante
- Entends-les chanter leurs dédains
- Et que la grenade est touchante
- Dans nos effroyables jardins
-
-
-
-
- TOURBILLON DE MOUCHES
-
-
- Un cavalier va dans la plaine
- La jeune fille pense à lui
- Et cette flotte à Mitylène
- Le fil de fer est là qui luit
-
-
- Comme ils cueillaient la rose ardente
- Leurs jeux tout à coup ont fleuri
- Mais quel soleil la bouche errante
- À qui la bouche avait souri
-
-
-
-
- L'ADIEU DU CAVALIER
-
-
- Ah Dieu! que la guerre est jolie
- Avec ses chants ses longs loisirs
- Cette bague je l'ai polie
- Le vent se mêle à vos soupirs
-
-
- Adieu! voici le boute-selle
- Il disparut dans un tournant
- Et mourut là-bas tandis qu'elle
- Riait au destin surprenant
-
-
-
-
- LE PALAIS DU TONNERRE
-
-
- Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie
- En regardant le paroi adverse qui semble en nougat
- On voit à gauche et à droite fuir l'humide couloir désert
- Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux
- yeux réglementaires qui servent à l'attacher sous les
- caissons
- Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte
- Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches
- Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe
- blanchâtre
- Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé
- par quelques lignes droites
- Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui
- paraît ancien
- Le plafond est fait de traverses de chemin de fer
- Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes
- d'aiguilles de sapin
- Et de temps en temps des débris de craie tombent
- comme des morceaux de vieillesse
-
-
- À côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce
- qui sert généralement aux emballages
- Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un
- feu semblable à l'âme
- Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il
- dévore et fugitif
- Les fils de fer se tendent partout servant de sommier
- supportant des planches
- Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille
- choses
- Comme on fait à la mémoire
- Des musettes bleues des casques bleus des cravates
- bleues des vareuses bleues
- Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs
- Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie
-
-
- Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux
- dorés à tête émaillée
- Noirs blancs rouges
- Funambules qui attendent leur tour de passer sur les
- trajectoires
- Et font un ornement mince et élégant à cette demeure
- souterraine
- Ornée de six lits placés en fer à cheval
- Six lits couverts de riches manteaux bleus
-
-
- Sur le palais il y a un haut tumulus de craie
- Et des plaques de tôle ondulée
- Fleuve figé de ce domaine idéal
- Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la
- mélinite
- Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés
- Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes
- Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais
- Le palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi
- petite qu'une souris
- Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros
- bout d'une lunette
- Petit palais où tout s'assourdit
- Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien
- Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme
- un roi
- Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse
- Un journal du jour traîne par terre
- Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure
- Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique
- Le goût de l'anticaille
- Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes
- Tout y était si précieux et si neuf
- Tout y est si précieux et si neuf
- Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y
- apparaît
- Plus précieuse
- Que ce qu'on a sous la main
- Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche
- et si neuve
- Et deux marches neuves
- Elles n'ont pas deux semaines
- Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique
- sans imiter l'antique
- Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf
- est ce qui est
- Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique
- Et ce qui est surchargé d'ornements
- A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle
- antique
- Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure
- De ce qui est neuf et qui sert
- Surtout si cela est simple simple
- Aussi simple que le petit palais du tonnerre
-
-
-
-
- PHOTOGRAPHIE
-
-
- Ton sourire m'attire comme
- Pourrait m'attirer une fleur
- Photographie tu es le champignon brun
- De la forêt
- Qu'est sa beauté
- Les blancs y sont
- Un clair de lune
- Dans un jardin pacifique
- Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés
- Photographie tu es la fumée de l'ardeur
- Qu'est sa beauté
- Et il y a en toi
- Photographie
- Des tons alanguis
- On y entend
- Une mélopée
- Photographie tu es l'ombre
- Du Soleil
- Qu'est sa beauté
-
-
-
-
- L'INSCRIPTION ANGLAISE
-
-
- C'est quelque chose de si ténu de si lointain
- Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser
- Forme limitée par la mer bleue
- Par la rumeur d'un train en marche
- Par l'odeur des eucalyptus des mimosas
- Et des pins maritimes
-
- _Mais le contact et la saveur_
-
-
- Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la
- tête sur le quai de la gare à Marseille
- Et s'en alla
- Sans savoir
- Que son souvenir planerait
- Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce
- Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition
- À travers la fumée d'écorce de bouleau
- Qui sent l'encens minéen
- Tandis que les volutes bleuâtres qui montent
- D'un cigare écrivent le plus tendre des noms
- Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant
- Écrivent aussi le nom émouvant
- Dont chaque lettre se love en belle anglaise
-
-
- Et le soldat n'ose point achever
- Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter
- Cette calligraphie sylvestre et vernale
-
-
-
-
- DANS L'ABRI-CAVERNE
-
-
- Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes
- vers moi
- Une force part de nous qui est un feu solide qui nous
- soude
- Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous
- ne pouvons nous apercevoir
- En face de moi la paroi de craie s'effrite
- Il y a des cassures
- De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent
- être faites dans de la stéarine
- Des coins de cassures sont arrachés par le passage des
- types de ma pièce
- Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide
- On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de
- fond
- Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher
- Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids
- qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où
- Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie
- qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu
- encore cultiver ou élever ou humaniser
- Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il
- manque ce qui éclaire
- C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours
- Heureusement que ce n'est que ce soir
- Les autres jours je me rattache à toi
- Les autres jours je me console de la solitude et de toutes
- les horreurs
- En imaginant ta beauté
- Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié
- Puis je pense que je l'imagine en vain
- Je ne la connais par aucun sens
- Ni même par les mots
- Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain
- Existe-tu mon amour
- Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir
- Pour peupler la solitude
- Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs
- avaient douées pour moins s'ennuyer
- Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que
- dans mon imagination
-
-
-
-
- FUSÉE
-
-
- La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor
- Ma pensée te rejoint et la tienne la croise
- Tes seins sont les seuls obus que j'aime
- Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à
- pointer la nuit
-
-
- En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes
- hanches
-
-
- Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un
- journal
-
-
- Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa
- gueule
-
-
- Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit
- chat et pattes de chat
-
-
- Une souris verte file parmi la mousse
-
-
- Le riz a brûlé dans la marmite de campement
- Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses
-
-
- Le mégaphone crie
- Allongez le tir
-
-
- Allongez le tir amour de vos batteries
-
-
- Balance des batteries lourdes cymbales
- Qu'agitent les chérubins fous d'amour
- En l honneur du Dieu des Armées
-
-
- Un arbre dépouillé sur une butte
-
-
- Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée
-
-
- Ô vieux monde du XIXe siècle plein de hautes cheminées
- si belles et si pures
-
-
- Virilités du siècle où nous sommes
- Ô canons
-
-
- Douilles éclatantes des obus de 75
- Carillonnez pieusement
-
-
-
-
- DÉSIR
-
-
- Mon désir est la région qui est devant moi
- Derrière les lignes boches
- Mon désir est aussi derrière moi
- Après la zone des armées
-
- Mon désir c'est la butte du Mesnil
- Mon désir est là sur quoi je tire
- De mon désir qui est au delà de la zone des armées
- Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense
-
- Butte du Mesnil je t'imagine en vain
- Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs
- d'eux
- Trop enfoncés sous terre déjà enterrés
- Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant
-
- En y veillant tard dans la nuit
- Le Decauville qui toussote
- La tôle ondulée sous la pluie
- Et sous la pluie ma bourguignotte
-
- Entends la terre véhémente
- Vois les lueurs avant d'entendre les coups
-
-
- Et tel obus siffler de la démence
- Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût
-
-
- Je désire
- Te serrer dans ma main Main de Massiges
- Si décharnée sur la carte
-
-
- Le boyau Gœthe où j'ai tiré
- J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche
- Décidément je ne respecte aucune gloire
-
-
- Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par
- moments
- Nuit des hommes seulement
- Nuit du 24 septembre
- Demain l'assaut
- Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond
- devenait plus intense de minute en minute
- Nuit qui criait comme une femme qui accouche
- Nuit des hommes seulement
-
-
-
-
- CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE
-
-
- _À M. Joseph Granié_
-
-
- Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée
- Voici le nez des soldats invisibles
- Moi l'horizon invisible je chante
- Que les civils et les femmes écoutent ces chansons
- Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé
-
-
- Le sol est blanc la nuit l'azure
- Saigne la crucifixion
- Tandis que saigne la blessure
- Du soldat de Promission
-
-
- Un chien jappait l'obus miaule
- La lueur muette a jailli
- À savoir si la guerre est drôle
- Les masques n'ont pas tressailli
-
-
- Mais quel fou rire sous le masque
- Blancheur éternelle d'ici
- Où la colombe porte un casque
- Et l'acier s'envole aussi
-
-
- Je suis seul sur le champ de bataille
- Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux
- L'obus miaule
- Je te tuerai
- Animez-vous fantassins à passepoil jaune
- Grands artilleurs roux comme des taupes
- Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens
- Veloutés de toutes les nuances du velours
- Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres
- Ou déteints
- Venez le pot en tête
- Debout fusée éclairante
- Danse grenadier en agitant tes pommes de pin
- Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs
- Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous
- Sculptez les profondeurs
- Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les
- avettes
- Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon
- Écoutez renaître les oracles qui avaient cessé
- Le grand Pan est ressuscité
-
-
- Champagne viril qui émoustille la Champagne
- Hommes faits jeunes gens
- Caméléon des autos-canons
- Et vous classe 16
- Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans
- les cieux
- J'étais content pourtant ça brûlait la paupière
- Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms
- Œil du Breton blessé couché sur la civière
- Et qui criait aux morts aux sapins aux canons
- _Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre_
-
-
- Boyaux et rumeur du canon
- Sur cette mer aux blanches vagues
- Fou stoïque comme Zénon
- Pilote du cœur tu zigzagues
-
-
- Petites forêts de sapins
- La nichée attend la becquée
- Pointe-t-il des nez de lapins
- Comme l'euphorbe verruquée
-
-
- Ainsi que l'euphorbe d'ici
- Le soleil à peine boutonne
- Je l'adore comme un Parsi
- Ce tout petit soleil d'automne
-
-
- Un fantassin presque un enfant
- Bleu comme le jour qui s'écoule
- Beau comme mon cœur triomphant
- Disait en mettant sa cagoule
-
-
- _Tandis que nous n'y sommes pas_
- _Que de filles deviennent belles_
- _Voici l'hiver et pas à pas_
- _Leur beauté s'éloignera d'elles_
-
- _Ô Lueurs soudaines des tirs_
- _Cette beauté que j'imagine_
- _Faute d'avoir des souvenirs_
- _Tire de vous son origine_
-
- _Car elle n'est rien que l'ardeur_
- _De la bataille violente_
- Et de la terrible lueur
- Il s'est fait une muse ardente
-
-
- Il regarde longtemps l'horizon
- Couteaux tonneaux d'eau
- Des lanternes allumées se sont croisées
- Moi l'horizon je combattrai pour la victoire
- Je suis l'invisible qui ne peut disparaître
- Je suis comme l'onde
- Allons ouvrez les écluses que je me précipite
- tout
-
-
-
-
- OCÉAN DE TERRE
-
-
- _À G. de Chirico_
-
-
- J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan
- Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux
- Des poulpes grouillent partout où se tiennent les
- murailles
- Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux
- vitres
- Maison humide
- Maison ardente
- Saison rapide
- Saison qui chante
- Les avions pondent des œufs
- Attention on va jeter l'ancre
- Attention à l'encre que l'on jette
- Il serait bon que vous vinssiez du ciel
- Le chèvrefeuille du ciel grimpe
- Les poulpes terrestres palpitent
-
- Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres
- fossoyeurs
- Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs
- pâles
- Autour de la maison il y a cet océan que tu connais
- Et qui ne se repose jamais
-
-
-
-
- OBUS COULEUR DE LUNE
-
-
-
-
- MERVEILLE DE LA GUERRE
-
-
- Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit
- Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour
- regarder
- Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour
- yeux bras et cœurs
-
-
- Jai reconnu ton sourire et ta vivacité
-
-
- C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices
- dont les chevelures sont devenues des comètes
- Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps
- et à toutes les races
- Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que
- le temps de mourir
-
-
- Comme c'est beau toutes ces fusées
- Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore
- S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet
- et relatif comme les lettres d'un livre
- Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des
- mourants
-
-
- Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus
- encore
- Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre
- et s'évanouit aussitôt
- Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno
- C'est un banquet que s'offre la terre
- Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles
- La terre a faim et voici son festin de Balthasar
- cannibale
-
-
- Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage
- Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain
- C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui
- n'est ma foi pas désagréable
- Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait
- avec la terre
- il n'avale que les âmes
- Ce qui est une façon de ne pas se nourrir
- Et se contente de jongler avec des feux versicolores
-
-
- Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec
- toute ma compagnie au long des longs boyaux
-
- Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma
- présence
- J'ai creusé le lit ou je coule en me ramifiant en mille
- petits fleuves qui vont partout
- Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant
- je suis partout ou plutôt je commence à être partout
- C'est moi qui commence celte chose des siècles à venir
- Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare
- volant
-
-
- Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire
- Qui fut à la guerre et sut être partout
- Dans les villes heureuses de l'arrière
- Dans tout le reste de l'univers
- Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé
- Dans les femmes dans les canons dans les chevaux
- Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux
- Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes
-
-
- Et ce serait sans doute bien plus beau
- Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles
- je suis partout
- Pouvaient m'occuper aussi
- Mais dans ce sens il n'y a rien de fait
- Car si je suis partout à cette heure il n'y a cependant
- que moi qui suis en moi
-
-
-
-
- EXERCICE
-
-
- Vers un village de l'arrière
- S'en allaient quatre bombardiers
- Ils étaient couverts de poussière
- Depuis la tête jusqu'aux pieds
-
-
- Ils regardaient la vaste plaine
- En parlant entre eux du passé
- Et ne se retournaient qu'à peine
- Quand un obus avait toussé
-
-
- Tous quatre de la classe seize
- Parlaient d'antan non d'avenir
- Ainsi se prolongeait l'ascèse
- Qui les exerçait à mourir
-
-
-
-
- À L'ITALIE
-
-
- _À Ardengo Soffici_
-
-
- L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans
- la zone des armées
- J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva
- Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année
- Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même
- C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées
- Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la
- Marne
-
-
- J'évoquais le sac de Rome par les Allemands
- Le sac de Rome qu'ont décrit
- Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin
- Je me disais
- Est-il possible que la nation
- Qui est la mère de la civilisation
- Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la
- détruire
-
-
- Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes
- Les fantômes des Esclaves toujours frémissants
- Se sont dressés en criant SUS AUX TUDESQUES
- Nous l'armée invisible aux cris éblouissants
- Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de
- terre
- Nous te tournons bénignement le dos Italie
- Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien
- Italie mère qui est aussi notre fille
-
-
- Nous sommes là tranquillement et sans tristesse
- Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins
- nous tombions
- Nous savons qu'un autre prendrait notre place
- Et que les Armées ne périront jamais
-
-
- Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits
- C'est la guerre qui est longue
-
-
- Italie
- Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une
- sœur
- J'ai comme toi pour me réconforter
- Le quart de pinard
- Qui met tant de différence entre nous et les Boches
- J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux
- des 75
-
-
- Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches
- et je sais rigoler
- Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces
- gens sans mesure que leurs actions dépassent sans
- qu'ils sachent s'amuser
- Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils
- emploient
- Elle est au delà de la vie confortable
- Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie
- Les fleurs sont nos enfants et non les leurs
- Même la fleur de lys qui meurt au Vatican
-
-
- La plaine est infinie et les tranchées sont blanches
- Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles
- Sur les roses momentanés des éclatements
- Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements
- De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées
-
-
- Nous jouissons de tout même de nos souffrances
- Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il
- faut
- Nous sommes narquois car nous savons faire la part des
- choses
- Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades
- que chez celui qui plume les patates
- Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots
- sonores
-
- Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de
- la majesté héroïque et le courageux honneur
- individuel
- Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous
- dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui
- se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de
- l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure
- Et nous fumons du gros avec volupté
-
-
- C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par
- l'électricité en bâton
- Je pense à toi pays des 2 volcans
- Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au
- moment de Messine
- Je salue le Colleoni équestre de Venise
- Je salue la chemise rouge
- Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir
- aux hauts faits de ta bleusaille
- Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de
- bonheur ou de malheur en ce monde
- Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que
- les Boches m'en empêcheraient
- Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous
- avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite
- remplacé par je ne sais quelles commodités dont je
- n'ai que faire
-
-
- Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et
- qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir
- Une même destinée nous lie en cette occase
-
-
- Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis
- Mais pour chacun de toi Italie
-
-
- Ne te borne point à prendre les terres irrédentes
- Mets ton destin dans la balance où est le nôtre
-
-
- Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux
- d'escargots
- Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la
- terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins
-
-
- Notre armée invisible est une belle nuit constellée
- Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux
-
-
- Ô nuit ô nuit éblouissante
- Les morts sont avec nos soldats
- Les morts sont debout dans les tranchées
- Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées
- Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers
- Nous jetons nos villes comme des grenades
- Nos fleuves sont brandis comme des sabres
- Nos montagnes chargent comme cavalerie
-
-
- Nous reprendrons les villes les fleuves les collines
- De la frontière helvétique aux frontières bataves
- Entre toi et nous Italie
- Il y a des patelins pleins de femmes
- Et près de toi m'attend celle que j'adore
- Ô Frères d'Italie
-
-
- Ondes nuages délétères
- Métalliques débris qui vous rouillez partout
- Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête
- Italie
- Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras
- Et ce soldat blessé toujours debout Arras
-
-
- Et maintenant chantons ceux qui sont morts
- Ceux qui vivent
- Les officiers les soldats
- Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les
- chevaux
- Chantons les bagues pâles les casques
- Chantons ceux qui sont morts
- Chantons la terre qui bâille d'ennui
- Chantons et rigolons
- Durant des années
- Italie
- Entends braire l'âne boche
- Faisons la guerre à coups de fouets
- Faits avec les rayons du soleil
- Italie
- Chantons et rigolons
- Durant des années
-
-
-
-
- LA TRAVERSÉE
-
-
- Du joli bateau de Port-Vendres
- Tes yeux étaient les matelots
- Et comme les flots étaient tendres
- Dans les parages de Palos
-
-
- Que de sous-marins dans mon âme
- Naviguent et vont l'attendant
- Le superbe navire où clame
- Le chœur de ton regard ardent.
-
-
-
-
- IL Y A
-
-
- Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée
- Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait
- des asticots dont naîtraient les étoiles
- Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour
- Il y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus
- autour de moi
- Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz
- asphyxiants
- Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de
- Nietzsche de Goethe et de Cologne
- Il y a que je languis après une lettre qui tarde
- Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon
- amour
- Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète
- Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des
- pièces
- Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de
- l'Abre isolé
- Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme
- l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec
- quoi il se confond
- Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour
- Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communications
- de la T S F sur l'Atlantique
- Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour
- les cercueils
- Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris
- devant un Christ sanglant à Mexico
- Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant
- Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres
- Il y a des croix partout de-ci de-là
- Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie
- Il y a les longues mains souples de mon amour
- Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de 15 centimètres
- et qu'on n'a pas laissé partir
- Il y a ma selle exposée à la pluie
- Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours
- Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur
- Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse
- sur son dos
- Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été
- à la guerre
- Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les
- campagnes occidentales
- Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent
- s'ils les reverront
- Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de
- l'invisibilité
-
-
-
-
- L'ESPIONNE
-
-
- Pâle espionne de l'Amour
- Ma mémoire à peine fidèle
- N'eut pour observer cette belle
- Forteresse qu'une heure un jour
-
-
- Tu te déguises
- À ta guise
- Mémoire espionne du cœur
- Tu ne retrouves plus l'exquise
- Ruse et le cœur seul est vainqueur
-
-
- Mais la vois-tu cette mémoire
- Les yeux bandés prête à mourir
- Elle affirme qu'on peut l'en croire
- Mon cœur vaincra sans coup férir
-
-
-
-
- LE CHANT D'AMOUR
-
- Voici de quoi est fait le chant symphonique de l'amour
- Il y a le chant de l'amour de jadis
- Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
- Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux
- Les virilités des héros fabuleux érigées comme des
- pièces contre avions
- Le hurlement précieux de Jason
- Le chant mortel du cygne
- Et l'hymne victorieux que les premiers rayons du soleil
- ont fait chanter à Memnon l'immobile
- Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement
- Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles
- La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes
- tropicales
- Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible
- amour des peuples
- Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté
-
-
- Il y a là le chant de tout l'amour du monde
-
-
-
-
- AUSSI BIEN QUE LES CIGALES
-
-
-
- _gens du midi_ ne savez pas M
- _gens du mi_ creuser que ais
- _di vous n'_ vous ne sa vous
- _avez donc_ vez pas vous savez
- _pas regar_ éclairer ni encore
- _dé les ciga_ voir Que vous boire com le jour
- _les que vous_ manque-t-il me les ci de gloire
- donc pour gales ô se
- voir aus gens du mi _c_ ra
- si bien di gens du _reusez_ ce
- que les soleil gens qui _voyez bu_ lui
- ciga devriez savoir _vez pissez_ où
- les creuser et voir _comme_ vous
- aussi bien pour le _les ciga_ sau
- moins aussi bien _les_ rez
- que les cigales creu
- Eh quoi! vous savez _gens du Midi il faut_ ser
- boire et ne savez _creuser voir boire_ pour
- plus pisser utile _pisser aussi bien que_ bien
- ment comme les _les cigales_ sor
- cigales LA JOIE _pour chan_ tir
- ADORABLE _ter com_ au
- DE LA PAIX _me elles_ so
- SOLAIRE leil
-
-
-
-
- SIMULTANÉITÉS
-
-
- Les canons tonnent dans la nuit
- On dirait des vagues tempête
- Des cœurs où pointe un grand ennui
- Ennui qui toujours se répète
-
-
- Il regarde venir là-bas
- Les prisonniers L'heure est si douce
- Dans ce grand bruit ouaté très bas
- Très bas qui grandit sans secousse
-
-
- Il tient son casque dans ses mains
- Pour saluer la souvenance
- Des lys des roses des jasmins
- Éclos dans les jardins de France
-
-
- Et sous la cagoule masqué
- Il pense à des cheveux si sombres
- Mais qui donc l'attend sur le quai
- Ô vaste mer aux mauves ombres
-
- Belles noix du vivant noyer
- La grand folie en vain vous gaule
- Brunette écoute gazouiller
- La mésange sur ton épaule
-
-
- Notre amour est une lueur
- Qu'un projecteur du cœur dirige
- Vers l'ardeur égale du cœur
- Qui sur le haut Phare s'érige
-
-
- Ô phare-fleur mes souvenirs
- Les cheveux noirs de Madeleine
- Les atroces lueurs des tirs
- Ajoutent leur clarté soudaine
- À tes beaux yeux ô Madeleine
-
-
- [Illustration: Du coton dans les oreilles.]
-
-
- Ceux qui revenaient de la mort
- En attendaient une pareille
- Et tout ce qui venait du nord
- Allait obscurcir le soleil
-
- Mais que voulez-vous
- c'est son sort
- Allô la truie
-
- C'est quand sonnera le réveil
-
- ALLÔ LA TRUIE
-
- La sentinelle au long regard
- La sentinelle au long regard
- Et la cagnat s'appelait
-
- LES CÉNOBITES
- TRANQUILLES
-
- La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard
- Allô la truie
-
-
- Tant et tant de coquelicots
- D'où tant de sang a-t-il coulé
- Qu'est-ce qu'il se met dans le coco
- Bon sang de bois il s'est saoulé
- Et sans pinard et sans tacot
- Avec de l'eau
- Allô la truie
-
-
- Le silence des phonographes
- Mitrailleuses des cinémas
- Tout l'échelon là-bas piaffe
- Fleurs de feu des lueurs-frimas
- Puisque le canon avait soif
- Allô la truie
- Et les trajectoires cabrées
- Trébuchements de soleils-nains
- Sur tant de chansons déchirées
-
-
- Il a l'Étoile du Bénin
- Mais du singe en boîtes carrées
- Crois-tu qu'il y aura la guerre
- Allô la truie
- Ah! s'il vous plaît
- Ami l'Anglais
- Ah! qu'il est laid
- Ton frère ton frère ton frère de lait
-
-
- Et je mangeais du pain de Gênes
- En respirant leurs gaz lacrymogènes
- Mets du coton dans tes oreilles
- D'siré
-
-
- Puis ce fut cette fleur sans nom
- À peine un souffle un souvenir
- Quand s'en allèrent les canons.
- Au tour des roues heure à courir
- La baleine a d'autres fanons
- Éclatements qui nous fanons
-
-
- Mais mets du coton dans des oreilles
- Evidemment les fanions
- Des signaleurs
- Allô la truie
-
-
- _Ici la musique militaire joue_
- _Quelque chose_
- _ Et chacun se souvient d'une joue_
- _Rose_
- _Parce que même les airs entraînants_
- _Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à_
- _la guerre_
-
- Écoute s'il pleut écoute s'il pleut
-
-
-
-
- puis sol des con la
- é dats Flan fon pluie
- cou a dres dez- si
- tez veu à vous ten
- tom gles l' a dre
- ber per a vec la
- la dus go l' pluie
- pluie par nie ho si
- si mi sous ri dou
- ten les la zon ce
- dre che pluie beaux
- et vaux fi ê
- si de ne tres
- dou fri la in
- ce se pluie vi
- sous si si
- la ten bles
- lu dre sous
- ne et la
- li si pluie
- qui dou fi
- de ce ne
-
- Les longs boyaux où tu chemines
- Adieu les cagnats d'artilleurs
-
- Tu retrouveras
- La tranchée en première ligne
- Les éléphants des pare-éclats
- Une girouette maligne
- Et les regards des guetteurs las
- Qui veillent le silence insigne
- Ne vois-tu rien venir
-
- au
- Pé
- ris
- co
- pe
-
- La balle qui froisse le silence
- Les projectiles d'artillerie qui glissent
- Comme un fleuve aérien
- Ne mettez plus de coton dans les oreilles
- Ça n'en vaut plus la peine
- Mais appelez donc Napoléon sur la tour
- Allô
-
- Le petit geste du fantassin qui se gratte au
- où les totos le démangent
- La vague
- Dans les caves
- Dans les caves
-
-
-
-
- LA TÊTE ÉTOILÉE
-
-
-
-
- LE DÉPART
-
-
- Et leurs visages étaient pâles
- Et leurs sanglots s'étaient brisés
-
-
- Comme la neige aux purs pétales
- Ou bien tes mains sur mes baisers
- Tombaient les feuilles automnales
-
-
-
-
- LE VIGNERON CHAMPENOIS
-
-
- Le régiment arrive
- Le village est presque endormi dans la lumière parfumée
- Un prêtre a le casque en tête
- La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie
- Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu
- Bonjour soldats
- Je les ai vus passer et repasser en courant
- Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang
- fermente
- Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne
- Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne
- J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une
- charmante artillerie
-
-
- La nuit est blonde ô vin blond
- Un vigneron chantait courbé dans sa vigne
- Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon
- Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante
- Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre
- Un vigneron champenois qui est un artilleur
-
-
- C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche
- Puis les soldats s'en iront là-haut
- Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes
- Allons Adieu messieurs tâchez de revenir
- Mais nul ne sait ce qui peut advenir
-
-
-
-
- CARTE POSTALE
-
-
- Je t'écris de dessous la tente
- Tandis que meurt ce jour d'été
- Où floraison éblouissante
- Dans le ciel à peine bleuté
- Une canonnade éclatante
- Se fane avant d'avoir été
-
-
- [Illustration: Éventail des saveurs.]
-
-
-
-
- SOUVENIRS
-
-
- Deux lacs nègres
- Entre une forêt
- Et une chemise qui sèche
-
-
- Bouche ouverte sur un harmonium
- C'était une voix faite d'yeux
- Tandis qu'il traîne de petites gens
-
-
- Une toute petite vieille au nez pointu
- J'admire la bouillotte d'émail bleu
- Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure
-
-
- Un monsieur en bras de chemise
- Se rase près de la fenêtre
- En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien
- Ça fait tout un opéra
-
-
- Toi qui te tournes vers le roi
- Est-ce que Dieu voudrait mourir encore
-
-
-
-
- L'AVENIR
-
-
- Soulevons la paille
- Regardons la neige
- Écrivons des lettres
- Attendons des ordres
-
-
- Fumons la pipe
- En songeant à l'amour
- Les gabions sont là
- Regardons la rose
-
-
- La fontaine n'a pas tari
- Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni
- Regardons l'abeille
- Et ne songeons pas à l'avenir
-
-
- Regardons nos mains
- Qui sont la neige
- La rose et l'abeille
- Ainsi que l'avenir
-
-
-
-
- UN OISEAU CHANTE
-
-
- Un oiseau chante ne sais où
- C'est je crois ton âme qui veille
- Parmi tous les soldats d'un sou
- Et l'oiseau charme mon oreille
-
-
- Écoute il chante tendrement
- Je ne sais pas sur quelle branche
- Et partout il va me charmant
- Nuit et jour semaine et dimanche
-
-
- Mais que dire de cet oiseau
- Que dire des métamorphoses
- De l'âme en chant dans l'arbrisseau
- Du cœur en ciel du ciel en roses
-
-
- L'oiseau des soldats c'est l'amour
- Et mon amour c'est une fille
- La rose est moins parfaite et pour
- Moi seul l'oiseau bleu s'égosille
-
-
- Oiseau bleu comme le cœur bleu
- De mon amour au cœur céleste
- Ton chant si doux répète-le
- À la mitrailleuse funeste
-
-
- Qui claque à l'horizon et puis
- Sont-ce les astres que l'on sème
- Ainsi vont les jours et les nuits
- Amour bleu comme est le cœur même
-
-
-
-
- CHEVAUX DE FRISE
-
-
- Pendant le blanc et nocturne novembre
- Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie
- Vieillissaient encore sous la neige
- Et semblaient à peine des chevaux de frise
- Entourés de vagues de fils de fer
- Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps
- Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent
- Les fleurs de l'amour
-
-
- Pendant le blanc et nocturne novembre
- Tandis que chantaient épouvantablement les obus
- Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient
- Leurs mortelles odeurs
- Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine
-
- La neige met de pâles fleurs sur les arbres
- Et toisonne d'hermine les chevaux de frise
- Que l'on voit partout
- Abandonnés et sinistres
- Chevaux muets
-
-
- Non chevaux barbes mais barbelés
- Et je les anime tout soudain
- En troupeau de jolis chevaux pies
- Qui vont vers toi comme de blanches vagues
- Sur la Méditerranée
- Et t'apportent mon amour
- Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue
- ô Madeleine
- Je t'aime avec délices
- Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches
- Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent
- Si je songe à tes seins le Paraclet descend
- Ô double colombe de ta poitrine
- Et vient délier ma langue de poète
- Pour te redire
- Je t'aime
- Ton visage est un bouquet de fleurs
- Aujourd'hui je te vois non Panthère
- Mais Toutefleur
- Et je te respire ô ma Toutefleur
- Tous les lys montent en toi comme des cantiques
- d'amour et d'allégresse
- Et ces chants qui s'envolent vers toi
- M'emportent à ton côté
- Dans ton bel Orient où les lys
- Se changent en palmiers qui de leurs belles mains
- Me font signe de venir
- La fusée s'épanouit fleur nocturne
- Quand il fait noir
- Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses
- De larmes heureuses que la joie fait couler
- Et je t'aime comme tu m'aimes
- Madeleine
-
-
-
-
- CHANT DE L'HONNEUR
-
-
-
- LE POÈTE
-
-
- Je me souviens ce soir de ce drame indien
- Le Chariot d'Enfant un voleur y survient
- Qui pense avant de faire un trou dans la muraille
- Quelle forme il convient de donner à l'entaille
- Afin que la beauté ne perde pas ses droits
- Même au moment d'un crime
- Et nous aurions je crois
- À l'instant de périr nous poètes nous hommes
- Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes
-
- Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté
- N'est la plupart du temps que la simplicité
- Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée
- Étaient restés debout et la tête penchée
- S'appuyant simplement contre le parapet
-
- J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait
- Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes
- Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes
-
- Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
- Dans les éboulements et la boue et le froid
- Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture
- Anxieux nous gardons la route de Tahure
-
-
- J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir
- Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure
- Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir
-
-
- Cette nuit est si belle où la balle roucoule
- Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule
- Parfois une fusée illumine la nuit
- C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit
- La terre se lamente et comme une marée
- Monte le flot chantant dans mon abri de craie
- Séjour de l'insomnie incertaine maison
- De l'Alerte la Mort et la Démangeaison
-
-
-
- LA TRANCHÉE
-
-
- Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse
- Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort
- Tapie au fond du sol je vous guette jalouse
- Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord
-
-
-
- LES BALLES
-
-
- De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile
- Abeilles le butin qui sanglant emmielle
- Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle
- Provient de ce jardin exquis l'humanité
- Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté
-
-
-
- LE POÈTE
-
-
- Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes
- Si des fleuves de sang limitent les royaumes
- Et même de l'Amour on sait la cruauté
- C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté
- Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise
- Elle porte cent noms dans la langue française
- Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là
- Que la même Beauté
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- LA FRANCE
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- Poète honore-la
- Souci de la Beauté non souci de la Gloire
- Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire
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- LE POÈTE
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- Ô poètes des temps à venir ô chanteurs
- Je chante la beauté de toutes nos douleurs
- J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux
- Donner un sens sublime aux gestes glorieux
- Et fixer la grandeur de ces trépas pieux
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- L'un qui détend son corps en jetant des grenades
- L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades
- L'autre les bras ballants porte des seaux de vin
- Et le prêtre-soldat dit le secret divin
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- J'interprète pour tous la douceur des trois notes
- Que lance un loriot canon quand tu sanglotes
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- Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré
- Ma génération sur ton trépas sacré
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- Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude
- Chantez ce que je chante un chant pur le prélude
- Des chants sacrés que la beauté de notre temps
- Saura vous inspirer plus purs plus éclatants
- Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir
- En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir
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- 17 décembre 1915
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- CHEF DE SECTION
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- Ma bouche aura des ardeur de géhenne
- Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction
- Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur
- Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut
- Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté
- Ton âme s'agitera comme une région pendant un
- tremblement de terre
- Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est
- amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle
- existe
- Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine
- de disparates
- Variée comme un enchanteur qui sait varier ses
- métamorphoses
- L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon
- amour
- Elle te le murmure de loin
- Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la
- minute prescrite pour l'assaut
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- TRISTESSE D'UNE ÉTOILE
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- Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
- Une étoile de sang me couronne à jamais
- La raison est au fond et le ciel est au faîte
- Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais
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- C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
- Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
- Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
- Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé
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- Et je porte avec moi cette ardente souffrance
- Comme le ver luisant tient son corps enflammé
- Comme au cœur du soldat il palpite la France
- Et comme au cœur du lys le pollen parfumé
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- LA VICTOIRE
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- Un coq chante je rêve et les feuillards agitent
- Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins
-
-
- Ailés et tournoyants comme Icare le faux
- Des aveugles gesticulant comme des fourmis
- Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir
-
-
- Leurs rires amassés en grappes de raisin
-
-
- Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais
- Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient
- Mon lit ma lampe et mon casque troué
-
- Regards précieux saphirs taillés aux environs de
- Saint-Claude
- Les jours étaient une pure émeraude
-
-
- Je me souviens de toi ville des météores
- Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne
- dort
-
-
- Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets
-
-
- Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel
- Qu'il garde son hoquet
-
-
- On imagine difficilement
- À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles
-
-
- À l'institut des jeunes aveugles on a demandé
- _N'avez-vous point de jeune aveugle ailé_
-
-
- Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau
- langage
- Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire
-
-
- Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir
- Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace
- Qu'on les fait encore servir à la poésie
-
-
- Mais elles sont comme des malades sans volonté
- Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme
- La mimique suffit bien au cinéma
-
- Mais entêtons-nous à parler
- Remuons la langue
- Lançons des postillons
- On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de
- nouveaux sons
- On veut des consonnes sans voyelles
- Des consonnes qui pèsent sourdement
- Imitez le son de la toupie
- Laisser pétiller un son nasal et continu
- Faites claquer votre langue
- Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans
- civilité
- Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle
- consonne
-
-
- Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours
- claironnants
- Habituez-vous à roter à volonté
- Et quelle lettre grave comme un son de cloche
- À travers nos mémoires
- Nous n'aimons pas assez la joie
- De voir les belles choses neuves
- Ô mon amie hâte-toi
- Crains qu'un jour un train ne t'émeuve
- Plus
- Regarde-le plus vite pour toi
- Ces chemins de fer qui circulent
- Sortiront bientôt de la vie
- Ils seront beaux et ridicules
-
-
- Deux lampes brûlent devant moi
- Comme deux femmes qui rient
- Je courbe tristement la tête
- Devant l'ardente moquerie
- Ce rire se répand
- Partout
- Parlez avec les mains faites claquer vos doigts
- Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour
- Ô paroles
- Elles suivent dans la myrtaie
- L'Eros et l'Antéros en larmes
- Je suis le ciel de la cité
-
-
- Écoutez la mer
-
-
- La mer gémir au loin et crier toute seule
- Ma voix fidèle comme l'ombre
- Veut être enfin l'ombre de la vie
- Veut être ô mer vivante infidèle comme toi
-
-
- La mer qui a trahi des matelots sans nombre
- Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés
- Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre
- Que jettent des oiseaux les ailes éployées
-
-
- La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble
- Avance et soutiens-moi je regrette les mains
- De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble
- Quelle oasis de bras m'accueillera demain
- Connais-tu cette joie de voir des choses neuves
-
-
- Ô voix je parle le langage de la mer
- Et dans le port la nuit les dernières tavernes
- Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne
-
-
- La rue où nagent mes deux mains
- Aux-doigts subtils fouillant la ville
- S'en va mais qui sait si demain
- La rue devenait immobile
- Qui sait ou serait mon chemin
-
-
- Songe que les chemins de fer
- Seront démodés et abandonnés dans peu de temps
- Regarde
-
-
- La Victoire avant tout sera
- De bien voir au loin
- De tout voir
- De près
- Et que tout ait un nom nouveau
-
-
-
-
- LA JOLIE ROUSSE
-
-
- Me voici devant tous un homme plein de sens
- Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut
- connaître
- Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
- Ayant su quelquefois imposer ses idées
- Connaissant plusieurs langages
- Ayant pas mal voyagé
- Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
- Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
- Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
- Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
- pourrait des deux savoir
- Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
- Entre nous et pour nous mes amis
- Je juge cette longue querelle de la tradition et de
- l'invention
- De l'Ordre et de l'Aventure
-
-
- Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
- Bouche qui est l'ordre même
- Soyez indulgents quand vous nous comparez
- À ceux qui furent la perfection de l'ordre
- Nous qui quêtons partout l'aventure
-
-
- Nous ne sommes pas vos ennemis
- Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges
- domaines
- Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
- Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
- Mille phantasmes impondérables
- Auxquels il faut donner de la réalité
- Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout
- se tait
- Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
- Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
- De l'illimité et de l'avenir
- Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
-
-
- Voici que vient l'été la saison violente
- Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
- Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente
- Et j'attends
- Pour la suivre toujours la forme noble et douce
- Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
- Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
- Elle a l'aspect charmant
- D'une adorable rousse
-
-
- Ses cheveux sont d'or on dirait
- Un bel éclair qui durerait
- Ou ces flammes qui se pavanent
- Dans les roses-thé qui se fanent
-
-
- Mais riez riez de moi
- Hommes de partout surtout gens d'ici
- Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
- Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
- Ayez pitié de moi
-
-
-
-
- TABLE
-
-
- ONDES
-
- LIENS
- LES FENÊTRES
- PAYSAGE
- LES COLLINES
- ARBRE
- LUNDI RUE CHRISTINE
- LETTRE-OCÉAN
- SUR LES PROPHÉTIES
- LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY
- LA CRAVATE ET LA MONTRE
- UN FANTOME DE NUÉES
- CŒUR COURONNE ET MIROIR
- TOUR
- VOYAGE
- À TRAVERS L'EUROPE
- IL PLEUT
-
-
- ÉTENDARDS
-
- LA PETITE AUTO
- LA MANDOLINE l'ŒILLET ET LE BAMBOU
- FUMÉE
- À NÎMES
- LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU
- 2e CANONNIER CONDUCTEUR
- VEILLE
- OMBRE
- C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT
-
-
- CASE D'ARMONS
-
- LOIN DU PIGEONNIER
- RECONNAISSANCE
- S. P.
- VISÉE
- 1915
- CARTE POSTALE
- SAILLANT
- GUERRE
- MUTATION
- ORACLES
- 14 JUIN 1915
- DE LA BATTERIE DE TIR
- ÉCHELON
- VERS LE SUD
- LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR
- TOUJOURS
- FÊTE
- MADELEINE
- LES SAISONS
- VENU DE DIEUZE
- LA NUIT D'AVRIL 1915
-
-
- LUEURS DES TIRS
-
- LA GRACE EXILÉE
- LA BOUCLE RETROUVÉE
- REFUS DE LA COLOMBE
- LES FEUX DU BIVOUAC
- LES GRENADINES REPENTANTES
- TOURBILLON DE MOUCHES
- L'ADIEU DU CAVALIER
- LE PALAIS DU TONNERRE
- PHOTOGRAPHIE
- L'INSCRIPTION ANGLAISE
- DANS L'ABRI-CAVERNE
- FUSÉE
- DÉSIR
- CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE
- OCÉAN DE TERRE
-
-
- OBUS COULEUR DE LUNE
-
- MERVEILLE DE LA GUERRE
- EXERCICE
- À L'ITALIE
- LA TRAVERSÉE
- IL Y A
- L'ESPIONNE
- LE CHANT D'AMOUR
- AUSSI BIEN QUE LES CIGALES
- SIMULTANÉITÉS
- DU COTON DANS LES OREILLES
-
-
- LA TÊTE ÉTOILÉE
-
- LE DÉPART
- LE VIGNERON CHAMPENOIS
- CARTE POSTALE
- ÉVENTAIL DES SAVEURS
- SOUVENIRS
- L'AVENIR
- UN OISEAU CHANTE
- CHEVAUX DE FRISE
- CHANT DE L'HONNEUR
- CHEF DE SECTION
- TRISTESSE D'UNE ÉTOILE
- LA VICTOIRE
- LA JOLIE ROUSSE
-
-
-
-
-TRANSCRIPTIONS DES CALLIGRAMMES
-
- 001--Paysage
-
-[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités
-[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble
-[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres
-[Cigare] un cigare allumé qui fume
-
-
- 002--Lettre-océan
-
- [Première image]
-
- Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2
- J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique
- Ta voix me parvient malgré l'énorme distance
- Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz
- [Carte postale]
- Les voyageurs de l'Espagne devant faire
- le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer
- je t'envoie cette carte au lieu
- de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr
- Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente
- Des événements.
- [à gauche]
-
- Juan Aldama
- Correos
- Mexico
- 4 centavos
- U.S. Postage
- 2 cents 2
- [au centre]
-
- Ypiranga
- Republica Mexicana
- Tarjeta Postal
- [à droite]
-
- 11.45
- 29-5
- 14
- Rue des Batignolles
- [motif circulaire, centre]
-
- Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna
- [motif circulaire, rayons]
-
- Zut pour M. Zun
- arrêtez cocher
- Vive le Roy
- Evviva il Papa
- ta gueule mon vieux pad
- non si vous avez une moustache
- La Tunisie tu fondes un journal
- Jacques c'était délicieux
- A bas la calotte
- Des clefs j'en ai vu mille et mille
- Hou le croquant
- Vive la République
- [à droite du motif circulaire]
-
- TSF
- [bas de l'image]
-
- Bonjour Anomo Anora
- Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas
-
- [Deuxième image]
-
- Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890
- on coucha plus d'un mois sous la tente
- bonjour mon frère Albert à Mexico
- Jeunes filles à Chapultepec
- [Motif circulaire, centre]
-
-Haute de 300 mètres
-Sirènes
-Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou
-Autobus
-R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting
-Gramophones
-z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris
-fermez les portes
-Les chaussures neuves du poète
-cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré
-cré cré cré cré cré cré cré
-[Motif circulaire, rayons]
-
- et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce
- rue St-Isidore à La Havane ça n'existe +
- Chirimoya
- A la Crème à
- Pendeco c'est + qu'un imbécile
- Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada
- priétaire de 5 ou 6 im
- je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton
- le câblogramme comportait 2 mots en sûreté
- allons circulez Mes
- ture les voyageurs pour Chatou
- Toussaint Luca est maintenant à Poitiers
-
-
- 003--La cravate et la montre
-
- [cravate]
-
-la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la
-si tu veux bien respirer
-[montre, remontoir]
-
- comme l'on s'amuse bien
- [bord droit de la montre]
-
- la beauté de la vie passe la douleur de mourir
- [heures]
-
- mon cœur
- les yeux
- l'enfant
- Agla
- la main
- Tircis
- semaine
- l'infini redressé par un fous de philosophe
- les Muses aux portes de ton corps
- le bel inconnu
- et le vers dantesque luisant et cadavérique
- les heures
- [aiguilles]
-
- Il est – 5
- Et tout sera fini
-
-
- 004--coeur, couronne et miroir
-
- [cœur]
-
- Mon Cœur semblable à une flamme renversée
- [couronne]
-
-Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes
-[miroir]
-
-Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges
-et non comme sont les reflets
-Guillaume Apollinaire
-
-
- 005--Voyage
-
- [nuage]
-
- Adieu amour nuage qui fuis
- et n'a pas chu pluie fécondante
- refais le voyage de Dante
- [oiseau]
-
- télégraphe
- oiseau qui laisse tomber
- ses ailes partout
- [train]
-
- où va donc ce train qui meurt au loin
- dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle
- [ciel]
-
- la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles
- c'est ton visage que je ne vois plus
-
-
- 006--Il pleut
-
-Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans
-le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de
-ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout
-comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que
-le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les
-liens qui te retiennent en haut et en bas
-
-
- 007--La petite auto
-
-Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot
-Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares
-ô nuit tendre d'avant la guerre
-ô villages où se hâtaient les
-maréchaux-ferrants rappelés
-entre minuit et une heure du matin
-vers Lisieux la très bleue
-ou bien
-Versailles d'or
-et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté.
-
-
- 008--La mandoline l'œillet et le bambou
-
- [la mandoline]
-
-comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison
-c'est ton art femme
-o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline
-
- [l'œillet]
-
-Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée
-et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise &
-+ subtile que les sons qui nous dirigent
-Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie
-Il est le trône de la future sagesse
-
- [le bambou]
-
-Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers
-infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles
-
-
- 009--La colombe poignardée et le jet d'eau
-
- [colombe]
-
- douces figures poignardées
- chères lèvres fleuries
- Mia Mareye Yette Lorie
- Annie et toi Marie
- où êtes-vous ô jeunes filles
- Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie
- cette colombe s'extasie
- [jet d'eau]
-
- Tous les souvenirs de naguère
- Ô mes amis partis en guerre
- Jaillissent vers le firmament
- Et vos regards en l'eau dormant
- Meurent mélancoliquement
- Où sont-ils Braque et Max Jacob
- Derain aux yeux gris comme l'aube
- Où sont Raynal Billy Dalize
- Dont les noms se mélancolisent
- Comme des pas dans une église
- Où est Cremnitz qui s'engagea
- Peut-être sont-ils morts déjà
- De souvenirs mon âme est pleine
- Le jet d'eau pleure sur ma peine
- [bassin]
-
-Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant
-Le soir tombe Ô sanglante mer
-Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière
-
-
- 010--2e canonnier conducteur
-
- [trompette]
-
- As-tu connu la putain de Nancy
- qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie
- l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul]
- [botte]
-
-Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant
-que la nuit descend
-[Notre-Dame]
-
-souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux
-après la victoire
-[Tour Eiffel]
-
-salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire
-et tirera toujours aux Allemands
-[obus]
-
- j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace
-
-
- 011--Loin du pigeonnier
-
- Et vous savez pourquoi
- Pourquoi la chère couleuvre
- Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est
- Xexaèdres
- barbelés
- mais un secret
- collines bleues
- en sentinelle
- Malourène 75 Canteraine
- Ô gerbes des 305 en déroute
- Dans la Forêt où nous chantons
-
-
- 012--S.P.
-
- Qu'est-ce qu'on y met
- Dans la case d'armons
- Espèce de poilu de mon cœur
- Pan pan pan
- Perruque à perruque
- Pan pan pan
- Perruque à canon
- Pour lutter contre les vapeurs
- les lunettes pour protéger les yeux
- au moyen d'un masque nocivité gaz
- un tissu trempé mouchoir des nez
- dans la solution de bicarbonate de sodium
- les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire
-
-
- 013--Visée
-
- Chevaux couleur cerise limite des Zélandes
- Des mitrailleuses d'or coassent des légendes
- Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées
- Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique
- L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil
- Et l'avenir secret que la fusée élucide
- Entends nager le Mot poisson subtil
- Les villes tour à tour deviennent des clefs
- Le masque bleu comme met Dieu son ciel
- Guerre paisible ascèse solitude métaphysique
- Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes
-
- 014--1915
-
- 1915
- soldats de faïence et d'escarboucle
- ô amour
-
-
- 015--Carte postale
-
- Nous sommes bien
- mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux
- ne vient pas jusqu'ici
- LUL
- on les aura
- faire suivre route transparente
- France
-
-
- 016--Saillant
-
- [quand survient la] torpille aérienne
- Le balai de verdure
- T'en souviens-tu
- Il est ici dans les pierres
- Du beau royaume dévasté
- [à gauche]
-
- Salut le Rapace
- Salut
- [à droite]
-
- grain de blé
- [fin du poème]
-
- Lou
- Lou Verzy
- Vive le capiston
-
-
- 017--Échelon
-
- [à gauche]
-
- On tire contre avions
- Verdun
- [au centre]
-
- Le Ciel
- Coquelicots
- Flacon au col d'or
- On a pendu la mort
- A la lisière du bois
- On a pendu la mort
- Et ses beaux seins dorés
- Se montrent tour à tour
- [à droite]
-
- L'orvet
- Le sac à malice
- La trousse à boutons
-
-
- 018--Madeleine
-
- [étoile]
-
- Dans le village arabe
- Des Souvenirs
- mais il y a d'autres chansons
-
- [lettre]
-
- Bonjour mon poète
- Je me souviens de votre voix
- Votre petite fée
- Photographie tant attendue
- [canons]
- Far tiz rose
-
-
- 018--Venu de Dieuze
-
- Halte là
- [ficelle]
-
- mesure du doigt
- Qui vive
- France
- Avance au ralliement
- Halte là
- Le Mot
- Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel
- [portée]
-
- forte s'allantanado
- funambule des lianes du printemps
- tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C.
- La poule d'eau caquète et plonge à ton approche
- Cantato
- Ah ! mon Dieu m' quiot' fille
- L'hommé qu' j'ai
- C'est eun' mouq' dans d' l'huile
- Tout à fouait
- Couple des marais les turquoises
- Hennissements partout
- Amour sacré amour de la Patrie
- Le général
- Il était Antisthène et c'était Fabius
-
-
- 019--Aussi bien que les cigales
-
- gens du midi ne savez pas M
- gens du mi creuser que ais
- di vous n' vous ne sa vous
- avez donc vez pas vous savez
- pas regar éclairer ni encore
- dé les ciga voir Que vous boire com le jour
- les que vous manque-t-il me les ci de gloire
- donc pour gales ô se
- voir aus gens du mi c ra
- si bien di gens du reusez ce
- que les soleil gens qui voyez bu lui
- ciga devriez savoir vez pissez où
- les creuser et voir comme vous
- aussi bien pour le les ciga sau
- moins aussi bien les rez
- que les cigales creu
- Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser
- boire et ne savez creuser voir boire pour
- plus pisser utile pisser aussi bien que bien
- ment comme les les cigales sor
- cigales LA JOIE pour chan tir
- ADORABLE ter com au
- DE LA PAIX me elles so
- SOLAIRE leil
-
-
-
- 020--Du coton dans les oreilles
-
- [première page]
-
- Tant d'explosifs sur le point vif !
- Ecris un mot si tu l'oses ?
- Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre
- Ton troupeau féroce crache le feu
- Ô Mégaphone
- [écriteau]
-
- Les Cénobites tranquilles
- [pluie]
-
-puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce
-soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide
-des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce
-confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine
-la pluie si tendre et si douce
- Les longs boyaux où tu chemines
- Adieu les cagnats d'artilleurs
-
-
-
- 021--Éventail des saveurs
-
- [coiffure]
-
- Attols singuliers
- de brownings quel
- goût de vivre Ah !
- [œil gauche]
-
- Des lacs versicolores
- dans les glaciers solaires
- [œil droit]
-
- Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs
- et ta bouche au souffle azur
- [doigt]
-
-1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une
-[bouche]
-
- ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès
- éclater et le petit mirliton
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-End of the Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire
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-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES ***
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
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-
-The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
-mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
-volunteers and employees are scattered throughout numerous
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-date contact information can be found at the Foundation's web site and
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-
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-
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- The Project Gutenberg eBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire.
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-The Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire
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-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
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-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Calligrammes
- Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
-
-Author: Guillaume Apollinaire
-
-Release Date: September 17, 2017 [EBook #55569]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at
-Free Literature (online soon in an extended version,also
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-by the Hathi Trust)
-
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-
-
-<div class="figcenter" style="width: 500px;">
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-</div>
-
-<h1>CALLIGRAMMES</h1>
-
-<h3>POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE</h3>
-
-<h3>(1913-1916)</h3>
-
-<h3>PAR</h3>
-
-<h2>GUILLAUME APOLLINAIRE</h2>
-
-
-<h4>ONDES&mdash;ÉTENDARDS&mdash;CASE D'ARMONS<br />
-LUEURS DES TIRS&mdash;OBUS COULEUR DE LUNE<br />
-LA TÊTE ÉTOILÉE</h4>
-
-
-<h4>AVEC UN PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO<br />
-GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON</h4>
-
-
-<h5>PARIS</h5>
-
-<h5>MERCURE DE FRANCE</h5>
-
-<h5>XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI</h5>
-
-<h5>MCMXVIII</h5>
-<hr class="full" />
-<p><a href="#TABLE">Table</a></p>
-<div class="figcenter" style="width: 400px;">
-<img src="images/apoll_pica.jpg" width="400" alt="" />
-<p style="font-size: 0.8em; text-align: center">PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO
-GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON</p></div>
-
-<hr class="chap" />
-
-<p class="center">À LA MÉMOIRE<br />
-
-DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES<br />
-
-<span style="font-size: 1.2em;">RENÉ DALIZE</span><br />
-
-MORT AU CHAMP D'HONNEUR<br />
-
-le 7 mai 1917</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="ONDES" id="ONDES">ONDES</a></h3>
-
-<hr class="r5" />
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LIENS"></a>LIENS</span><br />
-<br />
-<br />
-Cordes faites de cris<br />
-<br />
-Sons de cloches à travers l'Europe<br />
-Siècles pendus<br />
-<br />
-Rails qui ligotez les nations<br />
-Nous ne sommes que deux ou trois hommes<br />
-Libres de tous liens<br />
-Donnons-nous la main<br />
-<br />
-Violente pluie qui peigne les fumées<br />
-Cordes<br />
-Cordes tissées<br />
-Câbles sous-marins<br />
-Tours de Babel changées en ponts<br />
-<br />
-Araignées&mdash;Pontifes<br />
-Tous les amoureux qu'un seul lien a liés<br />
-<br />
-D'autres liens plus ténus<br />
-Blancs rayons de lumière<br />
-Cordes et Concorde<br />
-<br />
-J'écris seulement pour vous exalter<br />
-Ô sens ô sens chéris<br />
-Ennemis du souvenir<br />
-Ennemis du désir<br />
-<br />
-Ennemis du regret<br />
-Ennemis des larmes<br />
-Ennemis de tout ce que j'aime encore<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_FENETRES"></a>LES FENÊTRES</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-Du rouge au vert tout le jaune se meurt<br />
-Quand chantent les aras dans les forêts natales<br />
-Abatis de pihis<br />
-Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile<br />
-Nous l'enverrons en message téléphonique<br />
-Traumatisme géant<br />
-Il fait couler les yeux<br />
-Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises<br />
-Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">blanche</span><br />
-Tu soulèveras le rideau<br />
-Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre<br />
-Araignées quand les mains tissaient la lumière<br />
-Beauté pâleur insondables violets<br />
-Nous tenterons en vain de prendre du repos<br />
-On commencera à minuit<br />
-Quand on a le temps on a la liberté<br />
-Bigorneaux Lotte multiples Soleils et l'Oursin du couchant<br />
-Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre<br />
-<br />
-Tours<br />
-Les Tours ce sont les rues<br />
-Puits<br />
-Puits ce sont les places<br />
-Puits<br />
-Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes<br />
-Les Chabins chantent des airs à mourir<br />
-Aux Chabines maronnes<br />
-Et l'oie oua-oua trompette au nord<br />
-Où les chasseurs de ratons<br />
-Raclent les pelleteries<br />
-Étincelant diamant<br />
-Vancouver<br />
-Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'hiver</span><br />
-Ô Paris<br />
-Du rouge au vert tout le jaune se meurt<br />
-Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Antilles</span><br />
-La fenêtre s'ouvre comme une orange<br />
-Le beau fruit de la lumière<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="PAYSAGE"></a>PAYSAGE</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 425px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_001_paysage.jpg" width="425" alt="" />
-<p><a href="#a001">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_COLLINES"></a>LES COLLINES</span><br />
-<br />
-<br />
-Au-dessus de Paris un jour<br />
-Combattaient deux grands avions<br />
-L'un était rouge et l'autre noir<br />
-Tandis qu'au zénith flamboyait<br />
-L'éternel avion solaire<br />
-<br />
-<br />
-L'un était toute ma jeunesse<br />
-Et l'autre c'était l'avenir<br />
-Ils se combattaient avec rage<br />
-Ainsi fit contre Lucifer<br />
-l'Archange aux ailes radieuses<br />
-<br />
-<br />
-Ainsi le calcul au problème<br />
-Ainsi la nuit contre le jour<br />
-Ainsi attaque ce que j'aime<br />
-Mon amour ainsi l'ouragan<br />
-Déracine l'arbre qui crie<br />
-<br />
-<br />
-Mais vois quelle douceur partout<br />
-Paris comme une jeune fille<br />
-S'éveille langoureusement<br />
-Secoue sa longue chevelure<br />
-Et chante sa belle chanson<br />
-<br />
-<br />
-Où donc est tombée ma jeunesse<br />
-Tu vois que flambe l'avenir<br />
-Sache que je parle aujourd'hui<br />
-Pour annoncer au monde entier<br />
-Qu'enfin est né l'art de prédire<br />
-<br />
-<br />
-Certains hommes sont des collines<br />
-Qui s'élèvent d'entre les hommes<br />
-Et voient au loin tout l'avenir<br />
-Mieux que s'il était le présent<br />
-Plus net que s'il était passé<br />
-<br />
-<br />
-Ornement des temps et des routes<br />
-Passe et dure sans t'arrêter<br />
-Laissons sibiler les serpents<br />
-En vain contre le vent du sud<br />
-Les Psylles et l'onde ont péri<br />
-<br />
-<br />
-Ordre des temps si les machines<br />
-Se prenaient enfin à penser<br />
-Sur les plages de pierreries<br />
-Des vagues d'or se briseraient<br />
-L'écume serait mère encore<br />
-<br />
-<br />
-Moins haut que l'homme vont les aigles<br />
-C'est lui qui fait la joie des mers<br />
-Comme il dissipe dans les airs<br />
-L'ombre et les spleens vertigineux<br />
-Par où l'esprit rejoint le songe<br />
-<br />
-<br />
-Voici le temps de la magie<br />
-Il s'en revient attendez-vous<br />
-À des milliards de prodiges<br />
-Oui n'ont fait naître aucune fable<br />
-Nul les ayant imaginés<br />
-<br />
-<br />
-Profondeurs de la conscience<br />
-On vous explorera demain<br />
-Et qui sait quels êtres vivants<br />
-Seront tirés de ces abîmes<br />
-Avec des univers entiers<br />
-<br />
-<br />
-Voici s'élever des prophètes<br />
-Comme au loin des collines bleues<br />
-Ils sauront des choses précises<br />
-Comme croient savoir les savants<br />
-Et nous transporteront partout<br />
-<br />
-<br />
-La grande force est le désir<br />
-Et viens que je te baise au front<br />
-Ô légère comme une flamme<br />
-Dont tu as toute la souffrance<br />
-Toute l'ardeur et tout l'éclat<br />
-<br />
-<br />
-L'âge en vient on étudiera<br />
-Tout ce que c'est que de souffrir<br />
-Ce ne sera pas du courage<br />
-Ni même du renoncement<br />
-Ni tout ce que nous pouvons faire<br />
-<br />
-<br />
-On cherchera dans l'homme même<br />
-Beaucoup plus qu'on n'y a cherché<br />
-On scrutera sa volonté<br />
-Et quelle force naîtra d'elle<br />
-Sans machine et sans instrument<br />
-<br />
-<br />
-Les secourables mânes errent<br />
-Se compénétrant parmi nous<br />
-Depuis les temps qui nous rejoignent<br />
-Rien n'y finit rien n'y commence<br />
-Regarde la bague à ton doigt<br />
-<br />
-<br />
-Temps des déserts des carrefours<br />
-Temps des places et des collines<br />
-Je viens ici faire des tours<br />
-Où joue son rôle un talisman<br />
-Mort et plus subtil que la vie<br />
-<br />
-<br />
-Je me suis enfin détaché<br />
-De toutes choses naturelles<br />
-Je peux mourir mais non pécher<br />
-Et ce qu'on n'a jamais touché<br />
-Je l'ai touché je l'ai palpé<br />
-<br />
-<br />
-Et j'ai scruté tout ce que nul<br />
-Ne peut en rien imaginer<br />
-Et j'ai soupesé maintes fois<br />
-Même la vie impondérable<br />
-Je peux mourir en souriant<br />
-<br />
-<br />
-Bien souvent j'ai plané si haut<br />
-Si haut qu'adieu toutes les choses<br />
-Les étrangetés les fantômes<br />
-Et je ne veux plus admirer<br />
-Ce garçon qui mime l'effroi<br />
-<br />
-<br />
-Jeunesse adieu jasmin du temps<br />
-J'ai respiré ton frais parfum<br />
-À Rome sur les chars fleuris<br />
-Chargés de masques de guirlandes<br />
-Et des grelots du carnaval<br />
-<br />
-<br />
-Adieu jeunesse blanc Noël<br />
-Quand la vie n'était qu'une étoile<br />
-Dont je contemplais le reflet<br />
-Dans la mer Méditerranée<br />
-Plus nacrée que les météores<br />
-<br />
-<br />
-Duvetée comme un nid d'archanges<br />
-Ou la guirlande des nuages<br />
-Et plus lustrée que les halos<br />
-Émanations et splendeurs<br />
-Unique douceur harmonies<br />
-<br />
-<br />
-Je m'arrête pour regarder<br />
-Sur la pelouse incandescente<br />
-Un serpent erre c'est moi-même<br />
-Qui suis la flûte dont je joue<br />
-Et le fouet qui châtie les autres<br />
-<br />
-<br />
-Il vient un temps pour la souffrance<br />
-Il vient un temps pour la bonté<br />
-Jeunesse adieu voici le temps<br />
-Où l'on connaîtra l'avenir<br />
-Sans mourir de sa connaissance<br />
-<br />
-<br />
-C'est le temps de la grâce ardente<br />
-La volonté seule agira<br />
-Sept ans d'incroyables épreuves<br />
-L'homme se divinisera<br />
-Plus pur plus vif et plus savant<br />
-<br />
-Il découvrira d'autres mondes<br />
-L'esprit languit comme les fleurs<br />
-Dont naissent les fruits savoureux<br />
-Que nous regarderons mûrir<br />
-Sur la colline ensoleillée<br />
-<br />
-<br />
-Je dis ce qu'est au vrai la vie<br />
-Seul je pouvais chanter ainsi<br />
-Mes chants tombent comme des graines<br />
-Taisez-vous tous vous qui chantez<br />
-Ne mêlez pas l'ivraie au blé<br />
-<br />
-<br />
-Un vaisseau s'en vint dans le port<br />
-Un grand navire pavoisé<br />
-Mais nous n'y trouvâmes personne<br />
-Qu'une femme belle et vermeille<br />
-Elle y gisait assassinée<br />
-<br />
-<br />
-Une autre fois je mendiais<br />
-L'on ne me donna qu'une flamme<br />
-Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres<br />
-Et je ne pus dire merci<br />
-Torche que rien ne peut éteindre<br />
-<br />
-<br />
-Ou donc es-tu ô mon ami<br />
-Qui rentrais si bien en toi-même<br />
-Qu'un abîme seul est resté<br />
-Où je me suis jeté moi-même<br />
-Jusqu'aux profondeurs incolores<br />
-<br />
-<br />
-Et j'entends revenir mes pas<br />
-Le long des sentiers que personne<br />
-N'a parcourus j'entends mes pas<br />
-À toute heure ils passent là-bas<br />
-Lents ou pressés ils vont ou viennent<br />
-<br />
-<br />
-Hiver toi qui te fais la barbe<br />
-Il neige et je suis malheureux<br />
-J'ai traversé le ciel splendide<br />
-Où la vie est une musique<br />
-Le sol est trop blanc pour mes yeux<br />
-<br />
-<br />
-Habituez-vous comme moi<br />
-À ces prodiges que j'annonce<br />
-À la bonté qui va régner<br />
-À la souffrance que j'endure<br />
-Et vous connaîtrez l'avenir<br />
-<br />
-<br />
-C'est de souffrance et de bonté<br />
-Que sera faite la beauté<br />
-Plus parfaite que n'était celle<br />
-Qui venait des proportions<br />
-Il neige et je brûle et je tremble<br />
-<br />
-<br />
-Maintenant je suis à ma table<br />
-J'écris ce que j'ai ressenti<br />
-Et ce que j'ai chanté là-haut<br />
-Un arbre élancé que balance<br />
-Le vent dont les cheveux s'envolent<br />
-<br />
-<br />
-Un chapeau haut de forme est sur<br />
-Une table chargée de fruits<br />
-Les gants sont morts près d'une pomme<br />
-Une dame se tord le cou<br />
-Auprès d'un monsieur qui s'avale<br />
-<br />
-<br />
-Le bal tournoie au fond du temps<br />
-J'ai tué le beau chef d'orchestre<br />
-Et je pèle pour mes amis<br />
-L'orange dont la saveur est<br />
-Un merveilleux feu d'artifice<br />
-<br />
-<br />
-Tous sont morts le maître d'hôtel<br />
-Leur verse un champagne irréel<br />
-Qui mousse comme un escargot<br />
-Ou comme un cerveau de poète<br />
-Tandis que chantait une rose<br />
-<br />
-<br />
-L'esclave tient une épée nue<br />
-Semblable aux sources et aux fleuves<br />
-Et chaque fois qu'elle s'abaisse<br />
-Un univers est éventré<br />
-Dont il sort des mondes nouveaux<br />
-<br />
-<br />
-Le chauffeur se tient au volant<br />
-Et chaque fois que sur la route<br />
-Il corne en passant le tournant<br />
-Il paraît à perte de vue<br />
-Un univers encore vierge<br />
-<br />
-<br />
-Et le tiers nombre c'est la dame<br />
-Elle monte dans l'ascenseur<br />
-Elle monte monte toujours<br />
-Et la lumière se déploie<br />
-Et ces clartés la transfigurent<br />
-<br />
-<br />
-Mais ce sont de petits secrets<br />
-Il en est d'autres plus profonds<br />
-Qui se dévoileront bientôt<br />
-Et feront de vous cent morceaux<br />
-À la pensée toujours unique<br />
-<br />
-<br />
-Mais pleure pleure et repleurons<br />
-Et soit que là lune soit pleine<br />
-Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant<br />
-Ah! pleure pleure et repleurons<br />
-Nous avons tant ri au soleil<br />
-<br />
-<br />
-Des bras d'or supportent la vie<br />
-Pénétrez le secret doré<br />
-Tout n'est qu'une flamme rapide<br />
-Que fleurit la rose adorable<br />
-Et d'où monte un parfum exquis<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="ARBRE"></a>ARBRE</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À Frédéric Boutet</i><br />
-<br />
-<br />
-Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">galopent</span><br />
-Où sont les aveugles où s'en sont-ils allés<br />
-La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">plusieurs mirages</span><br />
-Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">marché</span><br />
-Ispahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu<br />
-Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon<br />
-<br />
-<br />
-Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">de coco d'autrefois</span><br />
-J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir<br />
-Du camarade qui se promènera avec toi en Europe<br />
-Tout en restant en Amérique<br />
-<br />
-<br />
-Un enfant<br />
-Un veau dépouillé pendu à l'étal<br />
-Un enfant<br />
-Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">fond de l'est</span><br />
-Un douanier se tenait là comme un ange<br />
-À la porte d'un misérable paradis<br />
-Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">des premières</span><br />
-<br />
-<br />
-Engoulevent Blaireau<br />
-Et la Taupe-Ariane<br />
-Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien<br />
-Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">moi</span><br />
-Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé<br />
-<br />
-<br />
-Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">déguisée en homme</span><br />
-Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">intelligente</span><br />
-Et il ne faudrait pas oublier les légendes<br />
-Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">quartier désert</span><br />
-Je voyais une chasse tandis que je montais<br />
-Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage<br />
-<br />
-<br />
-Entre les pierres<br />
-Entre les vêtements multicolores de la vitrine<br />
-Entre les charbons ardents du marchand de marrons<br />
-Entre deux vaisseaux norvégiens amarrés à Rouen<br />
-Il y a ton image<br />
-<br />
-<br />
-Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande<br />
-<br />
-<br />
-Ce beau nègre en acier<br />
-<br />
-<br />
-La plus grande tristesse<br />
-C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne<br />
-<br />
-<br />
-Le vent vient du couchant<br />
-Le métal des caroubiers<br />
-Tout est plus triste qu'autrefois<br />
-Tous les dieux terrestres vieillissent<br />
-L'univers se plaint par ta voix<br />
-Et des êtres nouveaux surgissent<br />
-Trois par trois<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LUNDI_RUE_CHRISTINE"></a>LUNDI RUE CHRISTINE</span><br />
-<br />
-<br />
-La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer<br />
-Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir<br />
-Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère<br />
-Pendant que l'autre monterait<br />
-<br />
-<br />
-Trois bec de gaz allumés<br />
-La patronne est poitrinaire<br />
-Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet<br />
-Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge<br />
-Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief<br />
-<br />
-<br />
-Ça a l'air de rimer<br />
-<br />
-<br />
-Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier<br />
-Pim pam pim<br />
-Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque<br />
-Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner<br />
-<br />
-<br />
-Je partirai à 20 h. 27<br />
-Six glaces s'y dévisagent toujours<br />
-Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage<br />
-Cher monsieur<br />
-Vous êtes un mec à la mie de pain<br />
-Cette dame a le nez comme un ver solitaire<br />
-Louise a oublié sa fourrure<br />
-Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid<br />
-Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire<br />
-Le chat noir traverse la brasserie<br />
-<br />
-<br />
-Ces crêpes étaient exquises<br />
-La fontaine coule<br />
-Robe noire comme ses ongles<br />
-C'est complètement impossible<br />
-Voici monsieur<br />
-La bague en malachite<br />
-Le sol est semé de sciure<br />
-Alors c'est vrai<br />
-La serveuse rousse a été enlevée par un libraire<br />
-<br />
-<br />
-Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement<br />
-<br />
-<br />
-Écoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire<br />
-<br />
-<br />
-Compagnie de navigation mixte<br />
-<br />
-<br />
-Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">d'eaux fortes et de tableaux</span><br />
-Je n'ai qu'une petite bonne<br />
-<br />
-<br />
-Après déjeuner café du Luxembourg<br />
-Une fois là il me présente un gros bonhomme<br />
-Qui me dit<br />
-Écoutez c'est charmant<br />
-À Smyrne à Naples en Tunisie<br />
-Mais nom de Dieu où est-ce<br />
-La dernière fois que j'ai été en Chine<br />
-C'est il y a huit ou neuf ans<br />
-L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule<br />
-La quinte major<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LETTRE-OCEAN"></a>LETTRE-OCÉAN</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 600px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_002_01_lettre_ocean.jpg" width="600" alt="Lettre-océan" />
-</div>
-
-<div class="figleft" style="width: 600px; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_002_02_lettre_ocean.jpg" width="600" alt="Lettre-océan" />
-<p><a href="#a002">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SUR_LES_PROPHETIES"></a>SUR LES PROPHÉTIES</span><br />
-<br />
-<br />
-J'ai connu quelques prophétesses<br />
-Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes<br />
-C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de participer<br />
-À une scène savoureuse d'anthropophagie<br />
-Elle n'en parlait pas à tout le monde<br />
-En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais<br />
-<br />
-<br />
-Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi<br />
-<span style="margin-left: 6em;">Est également habile</span><br />
-Mais Madame Deroy est la mieux inspirée<br />
-<span style="margin-left: 6em;">La plus précise</span><br />
-Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle<br />
-M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait<br />
-J'ai connu un sciomancien mais je n'ai pas voulu qu'il<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">interrogeât mon ombre</span><br />
-Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Diriks<br />
-Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe<br />
-Puissent ces dieux sans figure m'épargner toujours<br />
-Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoute<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et notez</span><br />
-Que je lis assez bien dans la main<br />
-Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">possible j'écoute</span><br />
-<br />
-<br />
-Tout le monde est prophète mon cher André Billy<br />
-Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens<br />
-Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais<br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Et idiots de naissance</span><br />
-Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée<br />
-De se demander s'il connaît l'avenir ou non<br />
-Il n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela<br />
-Ni dans les superstitions ni dans les prophéties<br />
-Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme<br />
-Il y a avant tout une façon d'observer la nature<br />
-Et d'interpréter la nature<br />
-Qui est très légitime<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_MUSICIEN_DE_SAINT-MERRY"></a>LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY</span><br />
-<br />
-<br />
-J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas<br />
-Ils passent devant moi et s'accumulent au loin<br />
-Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu<br />
-Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien<br />
-<br />
-<br />
-Je ne chante pas ce monde ni les autres astres<br />
-Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">ce monde et des astres</span><br />
-Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-Le 21 du mois de mai 1913<br />
-Passeur des morts et les mordonnantes mériennes<br />
-Des millions de mouches éventaient une splendeur<br />
-Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles<br />
-Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher<br />
-<br />
-Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues<br />
-Homme Ah! Ariane<br />
-Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas<br />
-Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin<br />
-Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé<br />
-Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui<br />
-Il en venait de toutes parts<br />
-Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">à sonner</span><br />
-Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine<br />
-Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc<br />
-Puis Saint-Merry se tut<br />
-L'inconnu reprit son air de flûte<br />
-Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie<br />
-Où il entra suivi par la troupe des femmes<br />
-Qui sortaient des maisons<br />
-Qui venaient par les rues traversières les yeux fous<br />
-Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur<br />
-II s'en allait indifférent jouant son air<br />
-Il s'en allait terriblement<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-Puis ailleurs<br />
-À quelle heure un train partira-t-il pour Paris<br />
-<br />
-<br />
-À ce moment<br />
-Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades<br />
-<br />
-<br />
-En même temps<br />
-Mission catholique de Borna qu'as-tu fait du sculpteur<br />
-<br />
-<br />
-Ailleurs<br />
-Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">à travers Pützchen</span><br />
-<br />
-<br />
-Au même instant<br />
-Une jeune fille amoureuse du maire<br />
-<br />
-<br />
-Dans un autre quartier<br />
-Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">hommes</span><br />
-Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">misère</span><br />
-Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre<br />
-Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">marchandises</span><br />
-<br />
-<br />
-Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre<br />
-<br />
-<br />
-Et maintenant<br />
-Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement<br />
-<br />
-<br />
-Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">siècle dernier</span><br />
-Ces hautes cheminées pareilles à des tours<br />
-<br />
-<br />
-Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">le sol</span><br />
-<br />
-<br />
-Et tandis que le monde vivait et variait<br />
-Le cortège des femmes long comme un jour sans pain<br />
-Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien<br />
-<br />
-<br />
-Cortèges ô cortèges<br />
-C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes<br />
-Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris<br />
-Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine<br />
-Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry<br />
-<br />
-<br />
-Cortèges ô cortèges<br />
-Les femmes débordaient tant leur nombre était grand<br />
-Dans toutes les rues avoisinantes<br />
-Et se hâtaient raides comme balle<br />
-Afin de suivre le musicien<br />
-<br />
-<br />
-Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine<br />
-Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise<br />
-Et toi Colette et toi la belle Geneviève<br />
-Elles ont passé tremblantes et vaines<br />
-Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">cadence</span><br />
-De la musique pastorale qui guidait<br />
-Leurs oreilles avides<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">vendre.</span><br />
-Maison abandonnée<br />
-Aux vitres brisées<br />
-C'est un logis du seizième siècle<br />
-La cour sert de remise à des voitures de livraisons<br />
-C'est là qu'entra le musicien<br />
-Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse<br />
-Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée<br />
-Et toutes y entrèrent confondues en bande<br />
-Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles<br />
-Sans regretter ce qu'elles ont laissé<br />
-Ce qu'elles ont abandonné<br />
-Sans regretter le jour la vie et la mémoire<br />
-Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Verrerie</span><br />
-Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry<br />
-Nous entrâmes dans la vieille maison<br />
-<br />
-<br />
-Mais nous n'y trouvâmes personne<br />
-<br />
-<br />
-Voici le soir<br />
-À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne<br />
-Cortèges ô cortèges<br />
-C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes<br />
-Il vint une troupe de casquettiers<br />
-Il vint des marchands de bananes<br />
-Il vint des soldats de la garde républicaine<br />
-Ô nuit<br />
-Troupeau de regards langoureux des femmes<br />
-Ô nuit<br />
-Toi ma douleur et mon attente vaine<br />
-J'entends mourir le son d'une flûte lointaine<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_CRAVATE_ET_LA_MONTRE"></a>LA CRAVATE ET LA MONTRE</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 500px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_003_cravate.jpg" width="500" alt="La cravate et la montre." />
-<p><a href="#a003">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="UN_FANTOME_DE_NUEES"></a>UN FANTÔME DE NUÉES</span><br />
-<br />
-<br />
-Comme c'était la veille du quatorze juillet<br />
-Vers les quatre heures de l'après-midi<br />
-Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques<br />
-<br />
-<br />
-Ces gens qui font des tours en plein air<br />
-Commencent à être rares à Paris<br />
-Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qu'aujourd'hui</span><br />
-Ils s'en sont allés presque tous en province<br />
-<br />
-<br />
-Je pris le boulevard Saint-Germain<br />
-Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et la statue de Danton</span><br />
-Je rencontrai les saltimbanques<br />
-<br />
-<br />
-La foule les entourait muette et résignée à attendre<br />
-Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir<br />
-Poids formidables,<br />
-Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">russe de Longwy</span><br />
-Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé<br />
-Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">la vie</span><br />
-<br />
-<br />
-De nombreux tapis sales couvraient le sol<br />
-Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas<br />
-Tapis qui sont presque entièrement couleur de la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">poussière</span><br />
-Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté<br />
-Comme un air de musique qui vous poursuit<br />
-<br />
-<br />
-Vois-tu le personnage maigre et sauvage<br />
-La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante<br />
-Ii portait ainsi toute son hérédité au visage<br />
-Il semblait rêver à l'avenir<br />
-En tournant machinalement un orgue de Barbarie<br />
-Dont la lente voix se lamentait merveilleusement<br />
-Les glouglous les couacs et les sourds gémissements<br />
-<br />
-<br />
-Les saltimbanques ne bougeaient pas<br />
-Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">près de la mort</span><br />
-Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">souvent leur bouche</span><br />
-Ou près des narines<br />
-C'est un rose plein de traîtrise<br />
-<br />
-<br />
-Cet homme portait-il ainsi sur le dos<br />
-La teinte ignoble de ses poumons<br />
-<br />
-<br />
-Les bras les bras partout montaient la garde<br />
-<br />
-<br />
-Le second saltimbanque<br />
-N'était vêtu que de son ombre<br />
-Je le regardai longtemps<br />
-Son visage m'échappe entièrement<br />
-C'est un homme sans tête<br />
-<br />
-<br />
-Un autre enfin avait l'air d'un voyou<br />
-D'un apache bon et crapule à la fois<br />
-Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes<br />
-N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">toilette</span><br />
-<br />
-<br />
-La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">public</span><br />
-Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">cinquante</span><br />
-Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">prix des tours</span><br />
-<br />
-<br />
-Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">rien</span><br />
-On se décida à commencer la séance<br />
-De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">habillé de rose pulmonaire</span><br />
-Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles<br />
-Il poussait des cris brefs<br />
-Et saluait en écartant gentiment les avant-bras<br />
-Mains ouvertes<br />
-<br />
-<br />
-Une jambe en arrière prête à la génuflexion<br />
-Il salua ainsi aux quatre points cardinaux<br />
-Et quand il marcha sur une boule<br />
-Son corps mince devint une musique si délicate que nul<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">parmi les spectateurs n'y fut insensible</span><br />
-Un petit esprit sans aucune humanité<br />
-Pensa chacun<br />
-Et cette musique des formes<br />
-Détruisit celle de l'orgue mécanique<br />
-Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres<br />
-<br />
-<br />
-Le petit saltimbanque fit la roue<br />
-Avec tant d'harmonie<br />
-Que l'orgue cessa de jouer<br />
-Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains<br />
-Aux doigts semblables aux descendants de son destin<br />
-Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe<br />
-Nouveaux cris de Peau-Rouge<br />
-Musique angélique des arbres<br />
-Disparition de l'enfant<br />
-<br />
-<br />
-Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">de bras</span><br />
-Ils jonglèrent avec les poids<br />
-<br />
-<br />
-Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">miraculeux</span><br />
-Siècle ô siècle des nuages<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="COEUR_COURONNE_ET_MIROIR"></a>CŒUR, COURONNE ET MIROIR</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 500px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_004_coeur.jpg" width="500" alt="Cœur, couronne et miroir." />
-<p><a href="#a004">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TOUR"></a>TOUR</span><br />
-<br />
-<i>À R. D.</i><br />
-<br />
-<br />
-Au Nord au Sud<br />
-Zénith Nadir<br />
-Et les grands cris de l'Est<br />
-L'Océan se gonfle à l'Ouest<br />
-La Tour à la Roue<br />
-S'adresse<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VOYAGE"></a>VOYAGE</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 550px; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_005_01_voyage.jpg" width="550" alt="Voyage." />
-</div>
-
-<div class="figleft" style="width: 550px; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_005_02_voyage.jpg" width="550" alt="Voyage." />
-<p><a href="#a005">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="A_TRAVERS_LEUROPE"></a>À TRAVERS L'EUROPE</span><br />
-<br />
-<i>À M. Ch.</i><br />
-<br />
-<br />
-Rotsoge<br />
-Ton visage écarlate ton biplan transformable en<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">hydroplan</span><br />
-Ta maison ronde où il nage un hareng saur<br />
-Il me faut la clef des paupières<br />
-Heureusement que nous avons vu M. Panado<br />
-Et nous sommes tranquilles de ce côté-là<br />
-Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D...<br />
-90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">le ventre de sa mère</span><br />
-<br />
-<br />
-J'ai cherché longtemps sur les routes<br />
-Tant d'yeux sont clos au bord des routes<br />
-Le vent fait pleurer les saussaies<br />
-Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre<br />
-Regarde mais regarde donc<br />
-Le vieux se lave les pieds dans la cuvette<br />
-Una volta ho inteso dire Chè vuoi<br />
-Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances<br />
-<br />
-<br />
-Et toi tu me montres un violet épouvantable<br />
-<br />
-<br />
-Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour<br />
-Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">rouges</span><br />
-Où je m'en allais à la campagne avec une charmante<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">cheminée tenant sa chienne en laisse</span><br />
-Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton<br />
-La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes<br />
-La chienne aboie contre les lilas<br />
-La veilleuse est consumée<br />
-Sur la robe ont chu des pétales<br />
-Deux anneaux d'or près des sandales<br />
-Au soleil se sont allumés<br />
-Mais tes cheveux sont le trolley<br />
-À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="IL_PLEUT"></a>IL PLEUT</span>
-</p>
-
-
-<div class="figcenter" style="width: 550px; margin-top: 4em;">
-<img src="images/calli_006_il_pleut.jpg" width="550" alt="Il pleut." />
-<p><a href="#a006">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-<h3 class="p4"><a name="ETENDARDS" id="ETENDARDS">ÉTENDARDS</a></h3>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_PETITE_AUTO"></a>LA PETITE AUTO</span><br />
-<br />
-<br />
-Le 31 du mois d'Août 1914<br />
-Je partis de Deauville un peu avant minuit<br />
-Dans la petite auto de Rouveyre<br />
-<br />
-<br />
-Avec son chauffeur nous étions trois<br />
-<br />
-<br />
-Nous dîmes adieu à toute une époque<br />
-Des géants furieux se dressaient sur l'Europe<br />
-Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil<br />
-Les poissons voraces montaient des abîmes<br />
-Les peuples accouraient pour se connaître à fond<br />
-Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">demeures</span><br />
-<br />
-<br />
-Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières<br />
-Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">battaient</span><br />
-Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">elles serpentaient</span><br />
-Avec les forêts les villages heureux de la Belgique<br />
-Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons<br />
-Région par où se font toujours les invasions<br />
-Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir<br />
-Saluaient encore une fois la vie colorée<br />
-Océans profonds où remuaient les monstres<br />
-Dans les vieilles carcasses naufragées<br />
-Hauteurs inimaginables où l'homme combat<br />
-Plus haut que l'aigle ne plane<br />
-L'homme y combat contre l'homme<br />
-Et descend tout à coup comme une étoile filante<br />
-<br />
-<br />
-Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité<br />
-Bâtir et aussi agencer un univers nouveau<br />
-Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">prodigieuse</span><br />
-Disposait un étalage extraordinaire<br />
-Et des bergers gigantesques menaient<br />
-De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles<br />
-Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route<br />
-Et quand après avoir passé l'après-midi<br />
-Par Fontainebleau<br />
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 550px; margin-top: 2em; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_007_petit_auto.jpg" width="550" alt="La petite auto." />
-<p><a href="#a007">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-<p class="p2" style="margin-left: 20%;">
-Nous arrivâmes à Paris<br />
-Au moment où l'on affichait la mobilisation<br />
-Nous comprîmes mon camarade et moi<br />
-Que la petite auto nous avait conduits dans une époque<br />
-<span style="margin-left: 9em;">Nouvelle</span><br />
-Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs<br />
-Nous venions cependant de naître<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_MANDOLINE_LOEILLET_ET_LE_BAMBOU"></a>LA MANDOLINE, L'ŒILLET ET LE BAMBOU.</span></p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 450px; margin-top: 4em; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_008_mandoline.jpg" width="450" alt="La mandoline, l'œillet et le bambou." />
-<p><a href="#a008">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="FUMEES"></a>FUMÉES</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Et tandis que la guerre</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ensanglante la terre</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Je hausse les odeurs</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Près des couleurs-saveurs</span><br />
-</p>
-
-<div style="width: 175px; margin-top: 2em; margin-left: 30%;">
-<img src="images/calli_009_fumee.jpg" width="175" alt="Et je fume du tabac de zone" />
-</div>
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées<br />
-Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées<br />
-Mais je connais aussi les grottes parfumées<br />
-Où gravite l'azur unique des fumées<br />
-Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour.<br />
-Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Tu fascines les flammes</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Elles rampent à les pieds</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ces nonchalantes femmes</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Tes feuilles de papier</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="A_NIMES"></a>À NÎMES</span><br />
-<br />
-<i>À Emile Léonard</i><br />
-<br />
-<br />
-Je me suis engagé sous le plus beau des cieux<br />
-Dans Nice la Marine au nom victorieux<br />
-<br />
-Perdu parmi 900 conducteurs anonymes<br />
-Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes<br />
-<br />
-L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus<br />
-Épousent ardemment et sans cesse les buts<br />
-<br />
-J'attends que le printemps commande que s'en aille<br />
-Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille<br />
-<br />
-Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts<br />
-Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons<br />
-<br />
-Un bel après-midi de garde à l'écurie<br />
-J'entends sonner les trompettes d'artillerie<br />
-<br />
-J'admire la gaîté de ce détachement<br />
-Qui va rejoindre au front notre beau régiment<br />
-<br />
-Le territorial se mange une salade<br />
-À l'anchois en parlant de sa femme malade<br />
-<br />
-4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux<br />
-Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux<br />
-<br />
-Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures<br />
-Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures<br />
-<br />
-Je flatte de la main le petit canon gris<br />
-Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris<br />
-<br />
-Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine<br />
-Des obus dans la nuit la splendeur argentine<br />
-<br />
-Je mâche lentement ma portion de bœuf<br />
-Je me promène seul le soir de 5 à 9<br />
-<br />
-Je selle mon cheval nous battons la campagne<br />
-Je te salue au loin belle rose ô tour Magne<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_COLOMBE_POIGNARDEE_ET_LE_JET_DEAU"></a>LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 450px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;">
-<img src="images/calli_010_colombe.jpg" width="450" alt="La colombe poignardée et le jet d'eau." />
-<p><a href="#a009">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;">2<sup>e</sup> <a id="CANONNIER_CONDUCTEUR"></a>CANONNIER CONDUCTEUR</span><br />
-<br />
-<br />
-Me voici libre et fier parmi mes compagnons<br />
-Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue<br />
-La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue<br />
-</p>
-<div class="figleft" style="width: 450px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_011_canon.jpg" width="450" alt="2e canonnier conducteur" />
-<p><a href="#a010">Transcription</a></p>
-</div>
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">sur l'avant-train</span><br />
-Et conducteur par mont par vol sur le porteur<br />
-Au pas au trot ou au galop je conduis le canon<br />
-Le bras de l'officier est mon étoile polaire<br />
-Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">la figure</span><br />
-Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">sous-verge</span><br />
-Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux<br />
-La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit<br />
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 550px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_012_canon.jpg" width="550" alt="2e canonnier conducteur" />
-</div>
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-Fantassins<br />
-Marchantes mottes de terre<br />
-Vous êtes la puissance<br />
-Du sol qui vous a faits<br />
-Et c'est le sol qui va<br />
-Lorsque vous avancez<br />
-Un officier passe au galop<br />
-Comme un ange bleu dans la pluie grise<br />
-Un blessé chemine en fumant une pipe<br />
-Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime<br />
-Et cette jeune femme nous salue charretiers<br />
-La Victoire se tient après nos jugulaires<br />
-Et calcule pour nos canons les mesures angulaires<br />
-Nos salves nos rafales sont ses cris de joie<br />
-Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses<br />
-Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses<br />
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 250px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_013_oiseau.jpg" width="250" alt="2e canonnier conducteur" />
-</div>
-
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VEILLE"></a>VEILLE</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Mon cher André Rouveyre</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Troudla la Champignon Tabatière</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">On ne sait quand on partira</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ni quand on reviendra</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Au Mercure de France</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Mars revient tout couleur d'espérance</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">J'ai envoyé mon papier</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Sur papier quadrillé</span><br />
-<br />
-<br />
-J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">au trot sur la grand-route où moi je veille</span><br />
-Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">jusqu'à l'oreille</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 12em;">Quel</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Ciel</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Triste</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Piste</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Où</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Va le</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Pâle</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">Sou-</span><br />
-<span style="margin-left: 12em;">rire</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">De la lune qui me regarde écrire</span><br />
-</p>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="OMBRE"></a>OMBRE</span><br />
-<br />
-<br />
-Vous voilà de nouveau près de moi<br />
-Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre<br />
-L'olive du temps<br />
-Souvenirs qui n'en faites plus qu'un<br />
-Comme cent fourrures ne font qu'un manteau<br />
-Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">de journal</span><br />
-Apparence impalpable et sombre qui avez pris<br />
-La forme changeante de mon ombre<br />
-Un indien à l'affût pendant l'éternité<br />
-Ombre vous rampez près de moi<br />
-Mais vous ne m'entendez plus<br />
-Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante<br />
-Tandis que moi je vous entends je vous vois encore<br />
-Destinées<br />
-Ombre multiple que le soleil vous garde<br />
-Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter<br />
-Et qui dansez au soleil sans faire de poussière<br />
-Ombre encre du soleil<br />
-Écriture de ma lumière<br />
-Caisson de regrets<br />
-Un dieu qui s'humilie<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CEST_LOU_QUON_LA_NOMMAIT"></a>C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT</span><br />
-<br />
-<br />
-Il est des loups de toute sorte<br />
-Je connais le plus inhumain<br />
-Mon cœur que le diable l'emporte<br />
-Et qu'il le dépose à sa porte<br />
-N'est plus qu'un jouet dans sa main<br />
-<br />
-<br />
-Les loups jadis étaient fidèles<br />
-Comme sont les petits toutous<br />
-Et les soldats amants des belles<br />
-Galamment en souvenir d'elles<br />
-Ainsi que les loups étaient doux<br />
-<br />
-<br />
-Mais aujourd'hui les temps sont pires<br />
-Les loups sont tigres devenus<br />
-Et les Soldats et les Empires<br />
-Les Césars devenus Vampires<br />
-Sont aussi cruels que Vénus<br />
-<br />
-<br />
-J'en ai pris mon parti Rouveyre<br />
-Et monté sur mon grand cheval<br />
-Je vais bientôt partir en guerre<br />
-Sans pitié chaste et l'œil sévère<br />
-Comme ces guerriers qu'Épinal<br />
-<br />
-<br />
-Vendait Images populaires<br />
-Que Georgin gravait dans le bois<br />
-Où sont-ils ces beaux militaires<br />
-Soldats passés Où sont les guerres<br />
-Où sont les guerres d'autrefois<br />
-</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="CASE_DARMONS" id="CASE_DARMONS">CASE D'ARMONS</a></h3>
-
-<blockquote>
-<p>La 1<sup>re</sup> édition à 25 exemplaires de <i>Case d'Armons</i> a été polygraphiée
-sur papier quadrillé, à l'encre violette, au moyen de
-gélatine, à la batterie de tir (45<sup>e</sup> batterie, 38<sup>e</sup> Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et le tirage a été achevé le
-17 juin 1915.</p>
-</blockquote>
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;"><a id="LOIN_DU_PIGEONNIER"></a>LOIN DU PIGEONNIER</p>
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_014_pigeonnier.jpg" width="400" alt="Loin du pigeonnier" />
-<p><a href="#a011">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="RECONNAISSANCE"></a>RECONNAISSANCE</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À Mademoiselle P...</i><br />
-<br />
-<br />
-Un seul bouleau crépusculaire<br />
-Pâlit au seuil de l'horizon<br />
-Où fuit la mesure angulaire<br />
-Du cœur à l'âme et la raison<br />
-<br />
-Le galop bleu des souvenances<br />
-Traverse les lilas des yeux<br />
-<br />
-Et les canons des indolences<br />
-Tirent nies songes vers<br />
-<span style="margin-left: 9em;">les</span><br />
-<span style="margin-left: 10em;">cieux</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SP"></a>SP</span>
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_015_SP.jpg" width="400" alt="SP" />
-<p><a href="#a012">Transcription</a></p>
-</div>
-
-<p class="p4" style="font-size: 0.9em; margin-left: 20%;"><a id="VISEE"></a>VISÉE</p>
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;">
-<img src="images/calli_016_visee.jpg" width="400" alt="Visée" />
-<p><a href="#a013">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-<p class="p4" style="font-size: 0.9em; margin-left: 20%;"><a id="a1915"></a>1915</p>
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_017_1915.jpg" width="400" alt="1915" />
-<p><a href="#a014">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-<p class="p4" style="font-size: 0.9em; margin-left: 20%;"><a id="CARTE_POSTALE"></a>CARTE POSTALE</p>
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_018_carte_postale.jpg" width="400" alt="Carte postale" />
-<p><a href="#a015">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SAILLANT"></a>SAILLANT</span><br />
-<br />
-<i>À André Level</i><br />
-<br />
-<br />
-Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude<br />
-Mais un dragon à pied sans armes<br />
-Parmi le vent quand survient la<br />
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 350px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_019_salut_rapace.jpg" width="350" alt="Salut rapace" />
-<p><a href="#a016">Transcription</a></p>
-</div>
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-Vive comme un cheval pif<br />
-Un trou d'obus propre comme une salle de bain<br />
-Berger suivi de son troupeau mordoré<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Mais où est un cœur et le svastica</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Àÿ Ancien nom du renom</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Le crapaud chantait les saphirs nocturnes</span><br />
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 350px; margin-left: 25%;">
-<img src="images/calli_020_lou_verzy.jpg" width="350" alt="vive le capiston" /></div>
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-Et le long du canal des filles s'en allaient<br />
-</p>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="GUERRE"></a>GUERRE</span><br />
-<br />
-<br />
-Rameau central de combat<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Contact par l'écoute</span><br />
-Ou tire dans la direction «des bruits entendus»<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Les jeunes de la classe 1915</span><br />
-Et ces fils de fer électrisés<br />
-Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre<br />
-Avant elle nous n'avions que la surface<br />
-De la terre et des mers<br />
-Après elle nous aurons les abîmes<br />
-Le sous-sol et l'espace aviatique<br />
-Maîtres du timon<br />
-Après après<br />
-Nous prendrons toutes les joies<br />
-Des vainqueurs qui se délassent<br />
-<span style="margin-left: 3em;">Femmes Jeux Usines Commerce</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Industrie Agriculture Métal</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Feu Cristal Vitesse</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Voix Regard Tact à part</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Et ensemble dans le tact venu de loin</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">De plus loin encore</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">De l'Au-delà de cette terre</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="MUTATION"></a>MUTATION</span><br />
-<br />
-<br />
-Une femme qui pleurait<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br />
-Des soldats qui passaient<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br />
-Un éclusier qui pêchait<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br />
-Les tranchées qui blanchissaient<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br />
-Des obus qui pétaient<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br />
-Des allumettes qui ne prenaient pas<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Et tout</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">A tant changé</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">En moi</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Tout</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Sauf mon Amour</span><br />
-<span style="margin-left: 8.5em;">Eh! Oh! Ha!</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="ORACLES"></a>ORACLES</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Je porte votre bague</span><br />
-Elle est très finement ciselée<br />
-Le sifflet me fait plus plaisir<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Qu'un palais égyptien</span><br />
-Le sifflet des tranchées<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Tu sais</span><br />
-Tout au plus si je n'arrête pas<br />
-Les métros et les taxis avec<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ô Guerre</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Multiplication de l'amour</span><br />
-</p>
-
-<pre style="margin-left: 10%; font-size: 1.2em;">
-Petit Avec un fil<br />
- Sifflet on prend<br />
- à 2 trous la mesure<br />
- du doigt<br />
-</pre>
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="a14_JUIN_1915"></a>14 JUIN 1915</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4em;">On ne peut rien dire</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Rien de ce qui se passe</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Mais on change de Secteur</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Ah! voyageur égaré</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Pas de lettres</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Mais l'espoir</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Mais un journal</span><br />
-Le glaive antique de la Marseillaise de Rude<br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">S'est changé en constellation</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Il combat pour nous au ciel</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Mais cela signifie surtout</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Qu'il faut être de ce temps</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Pas de glaive antique</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Pas de Glaive</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Mais l'Espoir</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DE_LA_BATTERIE_DE_TIR"></a>DE LA BATTERIE DE TIR</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>Au maréchal des logis F. Bodard</i><br />
-<br />
-<br />
-Nous sommes ton collier France<br />
-Venus des Atlantides ou bien des Négrities<br />
-Des Eldorados ou bien des Cimméries<br />
-Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie<br />
-Diamants qui éclosent la nuit<br />
-<span style="margin-left: 4em;">Ô Roses ô France</span><br />
-Nous nous pâmons de volupté<br />
-À ton cou penché vers l'Est<br />
-Nous sommes l'Arc-en-terre<br />
-Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Signe de nos origines profondes</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Étincelles</span><br />
-Ô nous les très belles couleurs<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="ECHELON"></a>ÉCHELON</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Grenouilles et rainettes</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Crapauds et crapoussins</span><br />
-Ascèse sous les peupliers et les frênes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">La reine des prés va fleurir</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Une petite hutte dans la forêt</span><br />
-Là-bas plus blanche est la blessure<br />
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 350px; margin-left: 20%;">
-<img src="images/calli_021_ciel.jpg" width="350" alt="Le ciel" />
-<p><a href="#a017">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-<span style="margin-left: 2em;">Ô rose toujours vive</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ô France</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Embaume les espoirs d'une armée qui halète</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Le Loriot chante</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4em;">N'est-ce pas rigolo</span><br />
-<br />
-Enfin une plume d'épervier<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VERS_LE_SUD"></a>VERS LE SUD</span><br />
-<br />
-<br />
-Zénith<br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Tous ces regrets</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Ces jardins sans limite</span><br />
-Où le crapaud module un tendre cri d'azur<br />
-La biche du silence éperdu passe vite<br />
-Un rossignol meurtri par l'amour chante sur<br />
-Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses<br />
-Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier<br />
-Et les fleurs de grenade en nos regards écloses<br />
-En tombant tour à tour ont jonché le sentier<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_SOUPIRS_DU_SERVANT_DE_DAKAR"></a>LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR</span><br />
-<br />
-<br />
-C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier<br />
-Auprès des canons gris tournés vers le nord<br />
-<span style="margin-left: 3em;">Que je songe au village africain</span><br />
-Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour<br />
-<span style="margin-left: 5em;">Et de longs discours</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">Nobles et joyeux</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 3em;">Je revois mon père qui se battit</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Contre les Achantis</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Au service des Anglais</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Je revois ma sœur au rire en folie</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Aux seins durs comme des obus</span><br />
-<span style="margin-left: 8em;">Et je revois</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Ma mère la sorcière qui seule du village</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">Méprisait le sel</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Piler le millet dans un mortier</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Je me souviens du si délicat si inquiétant</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">Fétiche dans l'arbre</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Et du double fétiche de la fécondité</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 6em;">Plus tard une tête coupée</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">Au bord d'un marécage</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">Ô pâleur de mon ennemi</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">C'était une tête d'argent</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">Et dans le marais</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">C'était la lune qui luisait</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">C'était donc une tête d'argent</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Là-haut c'était la lune qui dansait</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">C'était donc une tête d'argent</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Et moi dans l'antre j'étais invisible</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Similitudes Pâleurs</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Et ma sœur</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Suivit plus tard un tirailleur</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Mort à Arras</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 5em;">Si je voulais savoir mon âge</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Il faudrait le demander à l'évêque</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Si doux si doux avec ma mère</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">De beurre de beurre avec ma sœur</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">C'était dans une petite cabane</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">J'ai connu l'affût au bord des marécages</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Où la girafe boit les jambes écartées</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2em;">J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Le Village</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Viole les femmes</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Emmène les filles</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Et les garçons dont la croupe dure sursaute</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">J'ai porté l'administrateur des semaines</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">De village en village</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">En chantonnant</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Et je fus domestique à Paris</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Je ne sais pas mon âge</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Mais au recrutement</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">On m'a donné vingt ans</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Je suis soldat français on m'a blanchi du coup</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Secteur 59 je ne peux pas dire où</span><br />
-Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Pourquoi ne pas danser et discourir</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Manger et puis dormir</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Et nous tirons sur les ravitaillements boches</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Ou sur les fils de fer devant les bobosses</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Sous la tempête métallique</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Je me souviens d'un lac affreux</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Et de couples enchaînés par un atroce amour</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Une nuit folle</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Une nuit de sorcellerie</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Comme cette nuit-ci</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Où tant d'affreux regards</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Éclatent dans le ciel splendide</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TOUJOURS"></a>TOUJOURS</span><br />
-<br />
-<i>À Madame Faure-Favier</i><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Toujours</span><br />
-Nous irons plus loin sans avancer jamais<br />
-<br />
-Et de planète en planète<br />
-De nébuleuse en nébuleuse<br />
-Le don Juan des mille et trois comètes<br />
-Même sans bouger de la terre<br />
-Cherche les forces neuves<br />
-Et prend au sérieux les fantômes<br />
-<br />
-Et tant d'univers s'oublient<br />
-Quels sont les grands oublieurs<br />
-Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">partie du monde</span><br />
-Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">d'un continent</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Perdre</span><br />
-Mais perdre vraiment<br />
-Pour laisser place à la trouvaille<br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Perdre</span><br />
-La vie pour trouver la Victoire<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="FETE"></a>FÊTE</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À André Rouveyre</i><br />
-<br />
-<br />
-Feu d'artifice en acier<br />
-Qu'il est charmant cet éclairage<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Artifice d'artificier</span><br />
-Mêler quelque grâce au courage<br />
-<br />
-<br />
-Deux fusants<br />
-Rose éclatement<br />
-Comme deux seins que l'on dégrafe<br />
-Tendent leurs bouts insolemment<br />
-<span style="font-size: 0.9em;">IL SUT AIMER</span><br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">quelle épitaphe</span><br />
-<br />
-<br />
-Un poète dans la forêt<br />
-Regarde avec indifférence<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Son revolver au cran d'arrêt</span><br />
-Des roses mourir d'espérance<br />
-<br />
-<br />
-Il songe aux roses de Saadi<br />
-Et soudain sa tête se penche<br />
-Car une rose lui redit<br />
-La molle courbe d'une hanche<br />
-<br />
-<br />
-L'air est plein d'un terrible alcool<br />
-Filtré des étoiles mi-closes<br />
-Les obus caressent le mol<br />
-Parfum nocturne où tu reposes<br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Mortification des roses</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="MADELEINE"></a>MADELEINE</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 475px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;">
-<img src="images/calli_022_madeleine.jpg" width="475" alt="Madeleine" />
-<p><a href="#a018">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_SAISONS"></a>LES SAISONS</span><br />
-<br />
-<br />
-C'était un temps béni nous étions sur les plages<br />
-Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau<br />
-Et vite comme va la langue d'un crapaud<br />
-L'amour blessait au cœur les fous comme les sages<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br />
-<br />
-<br />
-C'était un temps béni Le temps du vaguemestre<br />
-On est bien plus serré que dans les autobus<br />
-Et des astres passaient que singeaient les obus<br />
-Quand dans la nuit survint la batterie équestre<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br />
-<br />
-<br />
-C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues<br />
-Les marmites donnaient aux rondins des cagnats<br />
-Quelque aluminium où tu t'ingénias<br />
-À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br />
-<br />
-<br />
-C'était un temps béni La guerre continue<br />
-Les Servants ont limé la bague au long des mois<br />
-Le Conducteur écoute abrité dans les bois<br />
-La chanson que répète une étoile inconnue<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VENU_DE_DIEUZE"></a>VENU DE DIEUZE</span>
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 475px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;">
-<img src="images/calli_023_Venu_de_Dieuze.jpg" width="475" alt="Venu de Dieuze" />
-<p><a href="#a019">Transcription</a></p></div>
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_NUIT_DAVRIL_1915"></a>LA NUIT D'AVRIL 1915</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À L. de C.&mdash;C.</i><br />
-<br />
-<br />
-Le ciel est étoilé par les obus des Boches<br />
-La forêt merveilleuse où je vis donne un bal<br />
-La mitrailleuse joue un air à triples-croches<br />
-Mais avez-vous le mot<br />
-<span style="margin-left: 10.5em;">Eh! oui le mot fatal</span><br />
-Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches<br />
-<br />
-<br />
-Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons<br />
-Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance<br />
-Et tes mille soleils ont vidé les caissons<br />
-Que les dieux de mes yeux remplissent en silence<br />
-<br />
-<br />
-Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons<br />
-<br />
-<br />
-Les obus miaulaient un amour à mourir<br />
-Un amour qui se meurt est plus doux que les autres<br />
-Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir<br />
-<br />
-<br />
-Les obus miaulaient<br />
-<span style="margin-left: 9.5em;">Entends chanter les nôtres</span><br />
-Pourpre amour salué par ceux qui vont périr<br />
-<br />
-<br />
-Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque<br />
-<br />
-<br />
-Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts<br />
-<br />
-<br />
-Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque<br />
-<br />
-<br />
-Couche-toi sur la paille et songe un beau remords<br />
-Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque<br />
-<br />
-<br />
-Mais<br />
-<span style="margin-left: 2em;">orgues</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">aux fétus de la paille où tu dors</span><br />
-L'hymne de l'avenir est paradisiaque<br />
-</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="LUEURS_DES_TIRS" id="LUEURS_DES_TIRS">LUEURS DES TIRS</a></h3>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_GRACE_EXILEE"></a>LA GRACE EXILÉE</span><br />
-<br />
-<br />
-Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel<br />
-Allez-vous-en couleurs charmantes<br />
-Cet exil t'est essentiel<br />
-Infante aux écharpes changeantes<br />
-<br />
-<br />
-Et l'arc-en-ciel est exilé<br />
-Puisqu'on exile qui l'irise<br />
-Mais un drapeau s'est envolé<br />
-Prendre ta place au vent de bise<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_BOUCLE_RETROUVEE"></a>LA BOUCLE RETROUVÉE</span><br />
-<br />
-<br />
-Il retrouve dans sa mémoire<br />
-La boucle de cheveux châtains<br />
-T'en souvient-il à n'y point croire<br />
-De nos deux étranges destins<br />
-<br />
-<br />
-Du boulevard de la Chapelle<br />
-Du joli Montmartre et d'Auteuil<br />
-Je me souviens murmure-t-elle<br />
-Du jour où j'ai franchi ton seuil<br />
-<br />
-<br />
-Il y tomba comme un automne<br />
-La boucle de mon souvenir<br />
-Et notre destin qui t'étonne<br />
-Se joint au jour qui va finir<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="REFUS_DE_LA_COLOMBE"></a>REFUS DE LA COLOMBE</span><br />
-<br />
-<br />
-Mensonge de l'Annonciade<br />
-La Noël fut la Passion<br />
-Et qu'elle était charmante et sade<br />
-Cette renonciation<br />
-<br />
-<br />
-Si la colombe poignardée<br />
-Saigne encore de ses refus<br />
-J'en plume les ailes l'idée<br />
-Et le poème que tu fus<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_FEUX_DU_BIVOUAC"></a>LES FEUX DU BIVOUAC</span><br />
-<br />
-<br />
-Les feux mouvants du bivouac<br />
-Éclairent des formes de rêve<br />
-Et le songe dans l'entrelac<br />
-Des branches lentement s'élève<br />
-<br />
-<br />
-Voici les dédains du regret<br />
-Tout écorché comme une fraise<br />
-Le souvenir et le secret<br />
-Dont il ne reste que la braise<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_GRENADINES_REPENTANTES"></a>LES GRENADINES REPENTANTES</span><br />
-<br />
-<br />
-En est-il donc deux dans Grenade<br />
-Qui pleurent sur ton seul péché<br />
-Ici l'on jette la grenade<br />
-Qui se change en un œuf coché<br />
-<br />
-<br />
-Puisqu'il en naît des coqs Infante<br />
-Entends-les chanter leurs dédains<br />
-Et que la grenade est touchante<br />
-Dans nos effroyables jardins<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TOURBILLON_DE_MOUCHES"></a>TOURBILLON DE MOUCHES</span><br />
-<br />
-<br />
-Un cavalier va dans la plaine<br />
-La jeune fille pense à lui<br />
-Et cette flotte à Mitylène<br />
-Le fil de fer est là qui luit<br />
-<br />
-<br />
-Comme ils cueillaient la rose ardente<br />
-Leurs jeux tout à coup ont fleuri<br />
-Mais quel soleil la bouche errante<br />
-À qui la bouche avait souri<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LADIEU_DU_CAVALIER"></a>L'ADIEU DU CAVALIER</span><br />
-<br />
-<br />
-Ah Dieu! que la guerre est jolie<br />
-Avec ses chants ses longs loisirs<br />
-Cette bague je l'ai polie<br />
-Le vent se mêle à vos soupirs<br />
-<br />
-<br />
-Adieu! voici le boute-selle<br />
-Il disparut dans un tournant<br />
-Et mourut là-bas tandis qu'elle<br />
-Riait au destin surprenant<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_PALAIS_DU_TONNERRE"></a>LE PALAIS DU TONNERRE</span><br />
-<br />
-<br />
-Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie<br />
-En regardant le paroi adverse qui semble en nougat<br />
-On voit à gauche et à droite fuir l'humide couloir désert<br />
-Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">yeux réglementaires qui servent à l'attacher sous les</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">caissons</span><br />
-Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte<br />
-Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches<br />
-Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">blanchâtre</span><br />
-Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">par quelques lignes droites</span><br />
-Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">paraît ancien</span><br />
-Le plafond est fait de traverses de chemin de fer<br />
-Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">d'aiguilles de sapin</span><br />
-Et de temps en temps des débris de craie tombent<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">comme des morceaux de vieillesse</span><br />
-<br />
-<br />
-À côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qui sert généralement aux emballages</span><br />
-Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">feu semblable à l'âme</span><br />
-Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">dévore et fugitif</span><br />
-Les fils de fer se tendent partout servant de sommier<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">supportant des planches</span><br />
-Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">choses</span><br />
-Comme on fait à la mémoire<br />
-Des musettes bleues des casques bleus des cravates<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">bleues des vareuses bleues</span><br />
-Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs<br />
-Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie<br />
-<br />
-<br />
-Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">dorés à tête émaillée</span><br />
-Noirs blancs rouges<br />
-Funambules qui attendent leur tour de passer sur les<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">trajectoires</span><br />
-Et font un ornement mince et élégant à cette demeure<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">souterraine</span><br />
-Ornée de six lits placés en fer à cheval<br />
-Six lits couverts de riches manteaux bleus<br />
-<br />
-<br />
-Sur le palais il y a un haut tumulus de craie<br />
-Et des plaques de tôle ondulée<br />
-Fleuve figé de ce domaine idéal<br />
-Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">mélinite</span><br />
-Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés<br />
-Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes<br />
-Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais<br />
-Le palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">petite qu'une souris</span><br />
-Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">bout d'une lunette</span><br />
-Petit palais où tout s'assourdit<br />
-Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien<br />
-Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">un roi</span><br />
-Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse<br />
-Un journal du jour traîne par terre<br />
-Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure<br />
-Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique<br />
-Le goût de l'anticaille<br />
-Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes<br />
-Tout y était si précieux et si neuf<br />
-Tout y est si précieux et si neuf<br />
-Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">apparaît</span><br />
-<span style="margin-left: 8.5em;">Plus précieuse</span><br />
-Que ce qu'on a sous la main<br />
-Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et si neuve</span><br />
-Et deux marches neuves<br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Elles n'ont pas deux semaines</span><br />
-Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">sans imiter l'antique</span><br />
-Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">est ce qui est</span><br />
-Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique<br />
-Et ce qui est surchargé d'ornements<br />
-A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">antique</span><br />
-Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure<br />
-De ce qui est neuf et qui sert<br />
-Surtout si cela est simple simple<br />
-Aussi simple que le petit palais du tonnerre<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="PHOTOGRAPHIE"></a>PHOTOGRAPHIE</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Ton sourire m'attire comme</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Pourrait m'attirer une fleur</span><br />
-Photographie tu es le champignon brun<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">De la forêt</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Qu'est sa beauté</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Les blancs y sont</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Un clair de lune</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Dans un jardin pacifique</span><br />
-Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés<br />
-Photographie tu es la fumée de l'ardeur<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Qu'est sa beauté</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Et il y a en toi</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Photographie</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Des tons alanguis</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">On y entend</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Une mélopée</span><br />
-Photographie tu es l'ombre<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Du Soleil</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Qu'est sa beauté</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LINSCRIPTION_ANGLAISE"></a>L'INSCRIPTION ANGLAISE</span><br />
-<br />
-<br />
-C'est quelque chose de si ténu de si lointain<br />
-Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser<br />
-Forme limitée par la mer bleue<br />
-Par la rumeur d'un train en marche<br />
-Par l'odeur des eucalyptus des mimosas<br />
-Et des pins maritimes<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 5.5em;"><i>Mais le contact et la saveur</i></span><br />
-<br />
-<br />
-Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">tête sur le quai de la gare à Marseille</span><br />
-<span style="margin-left: 9.5em;">Et s'en alla</span><br />
-<span style="margin-left: 9.5em;">Sans savoir</span><br />
-Que son souvenir planerait<br />
-Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce<br />
-Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition<br />
-À travers la fumée d'écorce de bouleau<br />
-Qui sent l'encens minéen<br />
-Tandis que les volutes bleuâtres qui montent<br />
-D'un cigare écrivent le plus tendre des noms<br />
-Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant<br />
-Écrivent aussi le nom émouvant<br />
-Dont chaque lettre se love en belle anglaise<br />
-<br />
-<br />
-Et le soldat n'ose point achever<br />
-Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter<br />
-Cette calligraphie sylvestre et vernale<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DANS_LABRI-CAVERNE"></a>DANS L'ABRI-CAVERNE</span><br />
-<br />
-<br />
-Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">vers moi</span><br />
-Une force part de nous qui est un feu solide qui nous<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">soude</span><br />
-Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">ne pouvons nous apercevoir</span><br />
-En face de moi la paroi de craie s'effrite<br />
-Il y a des cassures<br />
-De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">être faites dans de la stéarine</span><br />
-Des coins de cassures sont arrachés par le passage des<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">types de ma pièce</span><br />
-Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide<br />
-On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">fond</span><br />
-Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher<br />
-Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où</span><br />
-Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">encore cultiver ou élever ou humaniser</span><br />
-Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">manque ce qui éclaire</span><br />
-C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours<br />
-Heureusement que ce n'est que ce soir<br />
-Les autres jours je me rattache à toi<br />
-Les autres jours je me console de la solitude et de toutes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">les horreurs</span><br />
-En imaginant ta beauté<br />
-Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié<br />
-Puis je pense que je l'imagine en vain<br />
-Je ne la connais par aucun sens<br />
-Ni même par les mots<br />
-Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain<br />
-Existe-tu mon amour<br />
-Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir<br />
-Pour peupler la solitude<br />
-Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">avaient douées pour moins s'ennuyer</span><br />
-Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">dans mon imagination</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="FUSEE"></a>FUSÉE</span><br />
-<br />
-<br />
-La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor<br />
-Ma pensée te rejoint et la tienne la croise<br />
-Tes seins sont les seuls obus que j'aime<br />
-Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">pointer la nuit</span><br />
-<br />
-<br />
-En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">hanches</span><br />
-<br />
-<br />
-Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">journal</span><br />
-<br />
-<br />
-Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">gueule</span><br />
-<br />
-<br />
-Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">chat et pattes de chat</span><br />
-<br />
-<br />
-Une souris verte file parmi la mousse<br />
-<br />
-<br />
-Le riz a brûlé dans la marmite de campement<br />
-Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses<br />
-<br />
-<br />
-Le mégaphone crie<br />
-Allongez le tir<br />
-<br />
-<br />
-Allongez le tir amour de vos batteries<br />
-<br />
-<br />
-Balance des batteries lourdes cymbales<br />
-Qu'agitent les chérubins fous d'amour<br />
-En l honneur du Dieu des Armées<br />
-<br />
-<br />
-Un arbre dépouillé sur une butte<br />
-<br />
-<br />
-Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée<br />
-<br />
-<br />
-Ô vieux monde du XIX<sup>e</sup> siècle plein de hautes cheminées<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">si belles et si pures</span><br />
-<br />
-<br />
-Virilités du siècle où nous sommes<br />
-Ô canons<br />
-<br />
-<br />
-Douilles éclatantes des obus de 75<br />
-Carillonnez pieusement<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DESIR"></a>DÉSIR</span><br />
-<br />
-<br />
-Mon désir est la région qui est devant moi<br />
-Derrière les lignes boches<br />
-Mon désir est aussi derrière moi<br />
-Après la zone des armées<br />
-<br />
-Mon désir c'est la butte du Mesnil<br />
-Mon désir est là sur quoi je tire<br />
-De mon désir qui est au-delà de la zone des armées<br />
-Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense<br />
-<br />
-Butte du Mesnil je t'imagine en vain<br />
-Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">d'eux</span><br />
-Trop enfoncés sous terre déjà enterrés<br />
-Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant<br />
-<br />
-En y veillant tard dans la nuit<br />
-Le Decauville qui toussote<br />
-La tôle ondulée sous la pluie<br />
-Et sous la pluie ma bourguignotte<br />
-<br />
-Entends la terre véhémente<br />
-Vois les lueurs avant d'entendre les coups<br />
-<br />
-<br />
-Et tel obus siffler de la démence<br />
-Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût<br />
-<br />
-<br />
-Je désire<br />
-Te serrer dans ma main Main de Massiges<br />
-Si décharnée sur la carte<br />
-<br />
-<br />
-Le boyau Gœthe où j'ai tiré<br />
-J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche<br />
-Décidément je ne respecte aucune gloire<br />
-<br />
-<br />
-Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">moments</span><br />
-Nuit des hommes seulement<br />
-Nuit du 24 septembre<br />
-Demain l'assaut<br />
-Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">devenait plus intense de minute en minute</span><br />
-Nuit qui criait comme une femme qui accouche<br />
-Nuit des hommes seulement<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHANT_DE_LHORIZON_EN_CHAMPAGNE"></a>CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À M. Joseph Granié</i><br />
-<br />
-<br />
-Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée<br />
-Voici le nez des soldats invisibles<br />
-Moi l'horizon invisible je chante<br />
-Que les civils et les femmes écoutent ces chansons<br />
-Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Le sol est blanc la nuit l'azure</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Saigne la crucifixion</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Tandis que saigne la blessure</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Du soldat de Promission</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Un chien jappait l'obus miaule</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">La lueur muette a jailli</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">À savoir si la guerre est drôle</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Les masques n'ont pas tressailli</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Mais quel fou rire sous le masque</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Blancheur éternelle d'ici</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Où la colombe porte un casque</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Et l'acier s'envole aussi</span><br />
-<br />
-<br />
-Je suis seul sur le champ de bataille<br />
-Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux<br />
-L'obus miaule<br />
-Je te tuerai<br />
-Animez-vous fantassins à passepoil jaune<br />
-Grands artilleurs roux comme des taupes<br />
-Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens<br />
-Veloutés de toutes les nuances du velours<br />
-Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres<br />
-Ou déteints<br />
-Venez le pot en tête<br />
-Debout fusée éclairante<br />
-Danse grenadier en agitant tes pommes de pin<br />
-Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs<br />
-Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Sculptez les profondeurs</span><br />
-Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">avettes</span><br />
-Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon<br />
-Ecoutez renaître les oracles qui avaient cessé<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Le grand Pan est ressuscité</span><br />
-<br />
-<br />
-Champagne viril qui émoustille la Champagne<br />
-Hommes faits jeunes gens<br />
-Caméléon des autos-canons<br />
-Et vous classe 16<br />
-Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">les cieux</span><br />
-J'étais content pourtant ça brûlait la paupière<br />
-Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms<br />
-Œil du Breton blessé couché sur la civière<br />
-Et qui criait aux morts aux sapins aux canons<br />
-<i>Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre</i><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Boyaux et rumeur du canon</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Sur cette mer aux blanches vagues</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Fou stoïque comme Zénon</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Pilote du cœur tu zigzagues</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Petites forêts de sapins</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">La nichée attend la becquée</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Pointe-t-il des nez de lapins</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Comme l'euphorbe verruquée</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ainsi que l'euphorbe d'ici</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Le soleil à peine boutonne</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Je l'adore comme un Parsi</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ce tout petit soleil d'automne</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Un fantassin presque un enfant</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Bleu comme le jour qui s'écoule</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Beau comme mon cœur triomphant</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Disait en mettant sa cagoule</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Tandis que nous n'y sommes pas</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Que de filles deviennent belles</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Voici l'hiver et pas à pas</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Leur beauté s'éloignera d'elles</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Ô Lueurs soudaines des tirs</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Cette beauté que j'imagine</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Faute d'avoir des souvenirs</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Tire de vous son origine</i></span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Car elle n'est rien que l'ardeur</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;"><i>De la bataille violente</i></span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Et de la terrible lueur</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Il s'est fait une muse ardente</span><br />
-<br />
-<br />
-Il regarde longtemps l'horizon<br />
-Couteaux tonneaux d'eau<br />
-Des lanternes allumées se sont croisées<br />
-Moi l'horizon je combattrai pour la victoire<br />
-Je suis l'invisible qui ne peut disparaître<br />
-Je suis comme l'onde<br />
-Allons ouvrez les écluses que je me précipite<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">tout</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="OCEAN_DE_TERRE"></a>OCÉAN DE TERRE</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À G. de Chirico</i><br />
-<br />
-<br />
-J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan<br />
-Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux<br />
-Des poulpes grouillent partout où se tiennent les<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">murailles</span><br />
-Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">vitres</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Maison humide</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Maison ardente</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Saison rapide</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Saison qui chante</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Les avions pondent des œufs</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Attention on va jeter l'ancre</span><br />
-Attention à l'encre que l'on jette<br />
-Il serait bon que vous vinssiez du ciel<br />
-Le chèvrefeuille du ciel grimpe<br />
-Les poulpes terrestres palpitent<br />
-<br />
-Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">fossoyeurs</span><br />
-Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">pâles</span><br />
-Autour de la maison il y a cet océan que tu connais<br />
-Et qui ne se repose jamais<br />
-</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="OBUS_COULEUR_DE_LUNE" id="OBUS_COULEUR_DE_LUNE">OBUS COULEUR DE LUNE</a></h3>
-
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="MERVEILLE_DE_LA_GUERRE"></a>MERVEILLE DE LA GUERRE</span><br />
-<br />
-<br />
-Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit<br />
-Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">regarder</span><br />
-Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour<br />
-yeux bras et cœurs<br />
-<br />
-<br />
-Jai reconnu ton sourire et ta vivacité<br />
-<br />
-<br />
-C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">dont les chevelures sont devenues des comètes</span><br />
-Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et à toutes les races</span><br />
-Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">le temps de mourir</span><br />
-<br />
-<br />
-Comme c'est beau toutes ces fusées<br />
-Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore<br />
-S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et relatif comme les lettres d'un livre</span><br />
-Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">mourants</span><br />
-<br />
-<br />
-Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">encore</span><br />
-Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et s'évanouit aussitôt</span><br />
-Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno<br />
-C'est un banquet que s'offre la terre<br />
-Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles<br />
-La terre a faim et voici son festin de Balthasar<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">cannibale</span><br />
-<br />
-<br />
-Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage<br />
-Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain<br />
-C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">n'est ma foi pas désagréable</span><br />
-Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">avec la terre</span><br />
-il n'avale que les âmes<br />
-Ce qui est une façon de ne pas se nourrir<br />
-Et se contente de jongler avec des feux versicolores<br />
-<br />
-<br />
-Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">toute ma compagnie au long des longs boyaux</span><br />
-<br />
-Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">présence</span><br />
-J'ai creusé le lit ou je coule en me ramifiant en mille<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">petits fleuves qui vont partout</span><br />
-Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">je suis partout ou plutôt je commence à être partout</span><br />
-C'est moi qui commence celte chose des siècles à venir<br />
-Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">volant</span><br />
-<br />
-<br />
-Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire<br />
-Qui fut à la guerre et sut être partout<br />
-Dans les villes heureuses de l'arrière<br />
-Dans tout le reste de l'univers<br />
-Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé<br />
-Dans les femmes dans les canons dans les chevaux<br />
-Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux<br />
-Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes<br />
-<br />
-<br />
-Et ce serait sans doute bien plus beau<br />
-Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">je suis partout</span><br />
-Pouvaient m'occuper aussi<br />
-Mais dans ce sens il n'y a rien de fait<br />
-Car si je suis partout à cette heure il n'y a cependant<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">que moi qui suis en moi</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="EXERCICE"></a>EXERCICE</span><br />
-<br />
-<br />
-Vers un village de l'arrière<br />
-S'en allaient quatre bombardiers<br />
-Ils étaient couverts de poussière<br />
-Depuis la tête jusqu'aux pieds<br />
-<br />
-<br />
-Ils regardaient la vaste plaine<br />
-En parlant entre eux du passé<br />
-Et ne se retournaient qu'à peine<br />
-Quand un obus avait toussé<br />
-<br />
-<br />
-Tous quatre de la classe seize<br />
-Parlaient d'antan non d'avenir<br />
-Ainsi se prolongeait l'ascèse<br />
-Qui les exerçait à mourir<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="A_LITALIE"></a>À L'ITALIE</span><br />
-<br />
-<br />
-<i>À Ardengo Soffici</i><br />
-<br />
-<br />
-L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">la zone des armées</span><br />
-J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva<br />
-Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année<br />
-Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même<br />
-C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées<br />
-Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Marne</span><br />
-<br />
-<br />
-J'évoquais le sac de Rome par les Allemands<br />
-Le sac de Rome qu'ont décrit<br />
-Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin<br />
-Je me disais<br />
-Est-il possible que la nation<br />
-Qui est la mère de la civilisation<br />
-Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">détruire</span><br />
-<br />
-<br />
-Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes<br />
-Les fantômes des Esclaves toujours frémissants<br />
-Se sont dressés en criant <span style="font-size: 0.9em;">SUS AUX TUDESQUES</span><br />
-Nous l'armée invisible aux cris éblouissants<br />
-Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">terre</span><br />
-Nous te tournons bénignement le dos Italie<br />
-Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien<br />
-Italie mère qui est aussi notre fille<br />
-<br />
-<br />
-Nous sommes là tranquillement et sans tristesse<br />
-Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">nous tombions</span><br />
-Nous savons qu'un autre prendrait notre place<br />
-Et que les Armées ne périront jamais<br />
-<br />
-<br />
-Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits<br />
-C'est la guerre qui est longue<br />
-<br />
-<br />
-Italie<br />
-Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">sœur</span><br />
-J'ai comme toi pour me réconforter<br />
-Le quart de pinard<br />
-Qui met tant de différence entre nous et les Boches<br />
-J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">des 75</span><br />
-<br />
-<br />
-Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et je sais rigoler</span><br />
-Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">gens sans mesure que leurs actions dépassent sans</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qu'ils sachent s'amuser</span><br />
-Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">emploient</span><br />
-Elle est au delà de la vie confortable<br />
-Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie<br />
-Les fleurs sont nos enfants et non les leurs<br />
-Même la fleur de lys qui meurt au Vatican<br />
-<br />
-<br />
-La plaine est infinie et les tranchées sont blanches<br />
-Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles<br />
-Sur les roses momentanés des éclatements<br />
-Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements<br />
-De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées<br />
-<br />
-<br />
-Nous jouissons de tout même de nos souffrances<br />
-Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">faut</span><br />
-Nous sommes narquois car nous savons faire la part des<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">choses</span><br />
-Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">que chez celui qui plume les patates</span><br />
-Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">sonores</span><br />
-<br />
-Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">la majesté héroïque et le courageux honneur</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">individuel</span><br />
-Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure</span><br />
-Et nous fumons du gros avec volupté<br />
-<br />
-<br />
-C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'électricité en bâton</span><br />
-Je pense à toi pays des 2 volcans<br />
-Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">moment de Messine</span><br />
-Je salue le Colleoni équestre de Venise<br />
-Je salue la chemise rouge<br />
-Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">aux hauts faits de ta bleusaille</span><br />
-Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">bonheur ou de malheur en ce monde</span><br />
-Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que<br />
-<span style="margin-left: 1em;">les Boches m'en empêcheraient</span><br />
-Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">remplacé par je ne sais quelles commodités dont je</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">n'ai que faire</span><br />
-<br />
-<br />
-Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir</span><br />
-Une même destinée nous lie en cette occase<br />
-<br />
-<br />
-Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis<br />
-Mais pour chacun de toi Italie<br />
-<br />
-<br />
-Ne te borne point à prendre les terres irrédentes<br />
-Mets ton destin dans la balance où est le nôtre<br />
-<br />
-<br />
-Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">d'escargots</span><br />
-Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins</span><br />
-<br />
-<br />
-Notre armée invisible est une belle nuit constellée<br />
-Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Ô nuit ô nuit éblouissante</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Les morts sont avec nos soldats</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">Les morts sont debout dans les tranchées</span><br />
-Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées<br />
-Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers<br />
-Nous jetons nos villes comme des grenades<br />
-Nos fleuves sont brandis comme des sabres<br />
-Nos montagnes chargent comme cavalerie<br />
-<br />
-<br />
-Nous reprendrons les villes les fleuves les collines<br />
-De la frontière helvétique aux frontières bataves<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Entre toi et nous Italie</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Il y a des patelins pleins de femmes</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Et près de toi m'attend celle que j'adore</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ô Frères d'Italie</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Ondes nuages délétères</span><br />
-Métalliques débris qui vous rouillez partout<br />
-Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête<br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Italie</span><br />
-Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras<br />
-Et ce soldat blessé toujours debout Arras<br />
-<br />
-<br />
-Et maintenant chantons ceux qui sont morts<br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Ceux qui vivent</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Les officiers les soldats</span><br />
-Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les<br />
-<span style="margin-left: 1em;">chevaux</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons les bagues pâles les casques</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons ceux qui sont morts</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons la terre qui bâille d'ennui</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons et rigolons</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Durant des années</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Italie</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Entends braire l'âne boche</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Faisons la guerre à coups de fouets</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Faits avec les rayons du soleil</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Italie</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons et rigolons</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Durant des années</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_TRAVERSEE"></a>LA TRAVERSÉE</span><br />
-<br />
-<br />
-Du joli bateau de Port-Vendres<br />
-Tes yeux étaient les matelots<br />
-Et comme les flots étaient tendres<br />
-Dans les parages de Palos<br />
-<br />
-<br />
-Que de sous-marins dans mon âme<br />
-Naviguent et vont l'attendant<br />
-Le superbe navire où clame<br />
-Le chœur de ton regard ardent.<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="IL_Y_A"></a>IL Y A</span><br />
-<br />
-<br />
-Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée<br />
-Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">des asticots dont naîtraient les étoiles</span><br />
-Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour<br />
-Il y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">autour de moi</span><br />
-Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">asphyxiants</span><br />
-Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Nietzsche de Goethe et de Cologne</span><br />
-Il y a que je languis après une lettre qui tarde<br />
-Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">amour</span><br />
-Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète<br />
-Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">pièces</span><br />
-Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'Arbre isolé</span><br />
-Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">quoi il se confond</span><br />
-Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour<br />
-Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communications<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">de la T S F sur l'Atlantique</span><br />
-Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">les cercueils</span><br />
-Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">devant un Christ sanglant à Mexico</span><br />
-Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant<br />
-Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres<br />
-Il y a des croix partout de-ci de-là<br />
-Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie<br />
-Il y a les longues mains souples de mon amour<br />
-Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de 15 centimètres<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">et qu'on n'a pas laissé partir</span><br />
-Il y a ma selle exposée à la pluie<br />
-Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours<br />
-Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur<br />
-Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">sur son dos<br /></span>
-Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">à la guerre</span><br />
-Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">campagnes occidentales</span><br />
-Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">s'ils les reverront</span><br />
-Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'invisibilité</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LESPIONNE"></a>L'ESPIONNE</span><br />
-<br />
-<br />
-Pâle espionne de l'Amour<br />
-Ma mémoire à peine fidèle<br />
-N'eut pour observer cette belle<br />
-Forteresse qu'une heure un jour<br />
-<br />
-<br />
-Tu te déguises<br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">À ta guise</span><br />
-Mémoire espionne du cœur<br />
-Tu ne retrouves plus l'exquise<br />
-Ruse et le cœur seul est vainqueur<br />
-<br />
-<br />
-Mais la vois-tu cette mémoire<br />
-Les yeux bandés prête à mourir<br />
-Elle affirme qu'on peut l'en croire<br />
-Mon cœur vaincra sans coup férir<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_CHANT_DAMOUR"></a>LE CHANT D'AMOUR</span><br />
-<br />
-Voici de quoi est fait le chant symphonique de l'amour<br />
-Il y a le chant de l'amour de jadis<br />
-Le bruit des baisers éperdus des amants illustres<br />
-Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux<br />
-Les virilités des héros fabuleux érigées comme des<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">pièces contre avions</span><br />
-Le hurlement précieux de Jason<br />
-Le chant mortel du cygne<br />
-Et l'hymne victorieux que les premiers rayons du soleil<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">ont fait chanter à Memnon l'immobile</span><br />
-Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement<br />
-Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles<br />
-La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">tropicales</span><br />
-Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">amour des peuples</span><br />
-Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté<br />
-<br />
-Il y a là le chant de tout l'amour du monde<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="AUSSI_BIEN_QUE_LES_CIGALES"></a>AUSSI BIEN QUE LES CIGALES</span>
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 500px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;">
-<img src="images/calli_024_cigale.jpg" width="500" alt="Aussi bien que les cigales" />
-<p><a href="#a019">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SIMULTANEITES"></a>SIMULTANÉITÉS</span><br />
-<br />
-<br />
-Les canons tonnent dans la nuit<br />
-On dirait des vagues tempête<br />
-Des cœurs où pointe un grand ennui<br />
-Ennui qui toujours se répète<br />
-<br />
-<br />
-Il regarde venir là-bas<br />
-Les prisonniers L'heure est si douce<br />
-Dans ce grand bruit ouaté très bas<br />
-Très bas qui grandit sans secousse<br />
-<br />
-<br />
-Il tient son casque dans ses mains<br />
-Pour saluer la souvenance<br />
-Des lys des roses des jasmins<br />
-Éclos dans les jardins de France<br />
-<br />
-<br />
-Et sous la cagoule masqué<br />
-Il pense à des cheveux si sombres<br />
-Mais qui donc l'attend sur le quai<br />
-Ô vaste mer aux mauves ombres<br />
-<br />
-Belles noix du vivant noyer<br />
-La grand folie en vain vous gaule<br />
-Brunette écoute gazouiller<br />
-La mésange sur ton épaule<br />
-<br />
-<br />
-Notre amour est une lueur<br />
-Qu'un projecteur du cœur dirige<br />
-Vers l'ardeur égale du cœur<br />
-Qui sur le haut Phare s'érige<br />
-<br />
-<br />
-Ô phare-fleur mes souvenirs<br />
-Les cheveux noirs de Madeleine<br />
-Les atroces lueurs des tirs<br />
-Ajoutent leur clarté soudaine<br />
-À tes beaux yeux ô Madeleine<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DU_COTON_DANS_LES_OREILLES"></a>DU COTON DANS LES OREILLES</span>
-</p>
-
-
-
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;">
-<img src="images/calli_025_cotton_01.jpg" width="400" alt="Du coton dans les oreilles." />
-<p><a href="#a020">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-<p style="margin-left: 20%;">
-Ceux qui revenaient de la mort<br />
-En attendaient une pareille<br />
-Et tout ce qui venait du nord<br />
-Allait obscurcir le soleil<br />
-<br />
-Mais que voulez-vous<br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">c'est son sort</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Allô la truie</span><br />
-<br />
-C'est quand sonnera le réveil<br />
-</p>
-<p style="font-size: 2.5em; margin-left: 12.5%;">ALLÔ LA TRUIE</p>
-<p style="margin-left: 20%;">
-La sentinelle au long regard<br />
-La sentinelle au long regard<br />
-Et la cagnat s'appelait</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 200px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;">
-<img src="images/calli_026_cotton_02.jpg" width="200" alt="LES CÉNOBITES TRANQUILLES." /></div>
-
-<p style="margin-left: 12.5%;">
-La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard</p>
-<p style="margin-left: 20%;">
-<span style="margin-left: 4em;">Allô la truie</span><br />
-<br />
-<br />
-Tant et tant de coquelicots<br />
-D'où tant de sang a-t-il coulé<br />
-Qu'est-ce qu'il se met dans le coco<br />
-Bon sang de bois il s'est saoulé<br />
-Et sans pinard et sans tacot<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Avec de l'eau</span><br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Allô la truie</span><br />
-<br />
-<br />
-Le silence des phonographes<br />
-Mitrailleuses des cinémas<br />
-Tout l'échelon là-bas piaffe<br />
-Fleurs de feu des lueurs-frimas<br />
-Puisque le canon avait soif<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Allô la truie</span><br />
-Et les trajectoires cabrées<br />
-Trébuchements de soleils-nains<br />
-Sur tant de chansons déchirées<br />
-<br />
-<br />
-Il a l'Étoile du Bénin<br />
-Mais du singe en boîtes carrées<br />
-Crois-tu qu'il y aura la guerre<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Allô la truie</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Ah! s'il vous plaît</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Ami l'Anglais</span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;">Ah! qu'il est laid</span><br />
-Ton frère ton frère ton frère de lait<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 0.5em;">Et je mangeais du pain de Gênes</span><br />
-En respirant leurs gaz lacrymogènes<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Mets du coton dans tes oreilles</span><br />
-<span style="margin-left: 6em;">D'siré</span><br />
-<br />
-<br />
-Puis ce fut cette fleur sans nom<br />
-À peine un souffle un souvenir<br />
-Quand s'en allèrent les canons.<br />
-Au tour des roues heure à courir<br />
-La baleine a d'autres fanons<br />
-Éclatements qui nous fanons<br />
-<br />
-<br />
-Mais mets du coton dans des oreilles<br />
-Evidemment les fanions<br />
-<span style="margin-left: 4em;">Des signaleurs</span><br />
-<span style="margin-left: 5em;">Allô la truie</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;"><i>Ici la musique militaire joue</i></span><br />
-<span style="margin-left: 5em;"><i>Quelque chose</i></span><br />
-<span style="margin-left: 2.5em;"><i> Et chacun se souvient d'une joue</i></span><br />
-<span style="margin-left: 5em;"><i>Rose</i></span><br />
-<span style="margin-left: 3em;"><i>Parce que même les airs entraînants</i></span><br />
-<i>Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à</i><br />
-<span style="margin-left: 2em;"><i>la guerre</i></span><br />
-<br />
-Écoute s'il pleut écoute s'il pleut<br />
-</p>
-
-
-<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;">
-<img src="images/calli_027_cotton_03.jpg" width="400" alt="Il pleut, écoute s'il pleut." /></div>
-
-
-<p style="margin-left: 25%;">
-Les longs boyaux où tu chemines<br />
-Adieu les cagnats d'artilleurs<br />
-</p>
-
-<p style="margin-left: 25%;">
-Tu retrouveras<br />
-La tranchée en première ligne<br />
-Les éléphants des pare-éclats<br />
-Une girouette maligne<br />
-Et les regards des guetteurs las<br />
-Qui veillent le silence insigne<br />
-<span style="margin-left: 4em;">Ne vois-tu rien venir</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 11.5em;">au</span><br />
-<span style="margin-left: 11.5em;">Pé</span><br />
-<span style="margin-left: 11.5em;">ris</span><br />
-<span style="margin-left: 11.5em;">co</span><br />
-<span style="margin-left: 11.5em;">pe</span><br />
-<br />
-La balle qui froisse le silence<br />
-Les projectiles d'artillerie qui glissent<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Comme un fleuve aérien</span><br />
-Ne mettez plus de coton dans les oreilles<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">Ça n'en vaut plus la peine</span><br />
-Mais appelez donc Napoléon sur la tour<br />
-<span style="margin-left: 10em;">Allô</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Le petit geste du fantassin qui se gratte au</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">où les totos le démangent</span><br />
-La vague<br />
-<span style="margin-left: 4em;">Dans les caves</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Dans les caves</span><br />
-</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="LA_TETE_ETOILEE" id="LA_TETE_ETOILEE">LA TÊTE ÉTOILÉE</a></h3>
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_DEPART"></a>LE DÉPART</span><br />
-<br />
-<br />
-Et leurs visages étaient pâles<br />
-Et leurs sanglots s'étaient brisés<br />
-<br />
-<br />
-Comme la neige aux purs pétales<br />
-Ou bien tes mains sur mes baisers<br />
-Tombaient les feuilles automnales<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_VIGNERON_CHAMPENOIS"></a>LE VIGNERON CHAMPENOIS</span><br />
-<br />
-<br />
-Le régiment arrive<br />
-Le village est presque endormi dans la lumière parfumée<br />
-Un prêtre a le casque en tête<br />
-La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie<br />
-Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu<br />
-Bonjour soldats<br />
-Je les ai vus passer et repasser en courant<br />
-Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">fermente</span><br />
-Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne<br />
-Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne<br />
-J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">charmante artillerie</span><br />
-<br />
-<br />
-La nuit est blonde ô vin blond<br />
-Un vigneron chantait courbé dans sa vigne<br />
-Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon<br />
-Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante<br />
-Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre<br />
-Un vigneron champenois qui est un artilleur<br />
-<br />
-<br />
-C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche<br />
-Puis les soldats s'en iront là-haut<br />
-Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes<br />
-Allons Adieu messieurs tâchez de revenir<br />
-Mais nul ne sait ce qui peut advenir<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CARTE_POSTALE2"></a>CARTE POSTALE</span><br />
-<br />
-<br />
-Je t'écris de dessous la tente<br />
-Tandis que meurt ce jour d'été<br />
-Où floraison éblouissante<br />
-Dans le ciel à peine bleuté<br />
-Une canonnade éclatante<br />
-Se fane avant d'avoir été<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="EVENTAIL_DES_SAVEURS"></a>ÉVENTAIL DES SAVEURS</span>
-</p>
-
-<div class="figleft" style="width: 450px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;">
-<img src="images/calli_028_eventail.jpg" width="450" alt="Éventail des saveurs." />
-<p><a href="#a021">Transcription</a></p>
-</div>
-
-
-<p class="p4" style="margin-left: 20%;">
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SOUVENIRS"></a>SOUVENIRS</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Deux lacs nègres</span><br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Entre une forêt</span><br />
-<span style="margin-left: 9em;">Et une chemise qui sèche</span><br />
-<br />
-<br />
-Bouche ouverte sur un harmonium<br />
-C'était une voix faite d'yeux<br />
-Tandis qu'il traîne de petites gens<br />
-<br />
-<br />
-Une toute petite vieille au nez pointu<br />
-J'admire la bouillotte d'émail bleu<br />
-Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure<br />
-<br />
-<br />
-Un monsieur en bras de chemise<br />
-Se rase près de la fenêtre<br />
-En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien<br />
-Ça fait tout un opéra<br />
-<br />
-<br />
-Toi qui te tournes vers le roi<br />
-Est-ce que Dieu voudrait mourir encore<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LAVENIR"></a>L'AVENIR</span><br />
-<br />
-<br />
-Soulevons la paille<br />
-Regardons la neige<br />
-Écrivons des lettres<br />
-Attendons des ordres<br />
-<br />
-<br />
-Fumons la pipe<br />
-En songeant à l'amour<br />
-Les gabions sont là<br />
-Regardons la rose<br />
-<br />
-<br />
-La fontaine n'a pas tari<br />
-Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni<br />
-Regardons l'abeille<br />
-Et ne songeons pas à l'avenir<br />
-<br />
-<br />
-Regardons nos mains<br />
-Qui sont la neige<br />
-La rose et l'abeille<br />
-Ainsi que l'avenir<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="UN_OISEAU_CHANTE"></a>UN OISEAU CHANTE</span><br />
-<br />
-<br />
-Un oiseau chante ne sais où<br />
-C'est je crois ton âme qui veille<br />
-Parmi tous les soldats d'un sou<br />
-Et l'oiseau charme mon oreille<br />
-<br />
-<br />
-Écoute il chante tendrement<br />
-Je ne sais pas sur quelle branche<br />
-Et partout il va me charmant<br />
-Nuit et jour semaine et dimanche<br />
-<br />
-<br />
-Mais que dire de cet oiseau<br />
-Que dire des métamorphoses<br />
-De l'âme en chant dans l'arbrisseau<br />
-Du cœur en ciel du ciel en roses<br />
-<br />
-<br />
-L'oiseau des soldats c'est l'amour<br />
-Et mon amour c'est une fille<br />
-La rose est moins parfaite et pour<br />
-Moi seul l'oiseau bleu s'égosille<br />
-<br />
-<br />
-Oiseau bleu comme le cœur bleu<br />
-De mon amour au cœur céleste<br />
-Ton chant si doux répète-le<br />
-À la mitrailleuse funeste<br />
-<br />
-<br />
-Qui claque à l'horizon et puis<br />
-Sont-ce les astres que l'on sème<br />
-Ainsi vont les jours et les nuits<br />
-Amour bleu comme est le cœur même<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHEVAUX_DE_FRISE"></a>CHEVAUX DE FRISE</span><br />
-<br />
-<br />
-Pendant le blanc et nocturne novembre<br />
-Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie<br />
-Vieillissaient encore sous la neige<br />
-Et semblaient à peine des chevaux de frise<br />
-Entourés de vagues de fils de fer<br />
-Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps<br />
-Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent<br />
-<span style="margin-left: 6em;">Les fleurs de l'amour</span><br />
-<br />
-<br />
-Pendant le blanc et nocturne novembre<br />
-Tandis que chantaient épouvantablement les obus<br />
-Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient<br />
-<span style="margin-left: 6em;">Leurs mortelles odeurs</span><br />
-Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine<br />
-<br />
-La neige met de pâles fleurs sur les arbres<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Et toisonne d'hermine les chevaux de frise</span><br />
-<span style="margin-left: 4.5em;">Que l'on voit partout</span><br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Abandonnés et sinistres</span><br />
-<span style="margin-left: 8em;">Chevaux muets</span><br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Non chevaux barbes mais barbelés</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Et je les anime tout soudain</span><br />
-<span style="margin-left: 2em;">En troupeau de jolis chevaux pies</span><br />
-Qui vont vers toi comme de blanches vagues<br />
-<span style="margin-left: 6.5em;">Sur la Méditerranée</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Et t'apportent mon amour</span><br />
-Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue<br />
-<span style="margin-left: 8.5em;">ô Madeleine</span><br />
-Je t'aime avec délices<br />
-Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches<br />
-Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent<br />
-Si je songe à tes seins le Paraclet descend<br />
-<span style="margin-left: 4em;">Ô double colombe de ta poitrine</span><br />
-Et vient délier ma langue de poète<br />
-<span style="margin-left: 4em;">Pour te redire</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Je t'aime</span><br />
-Ton visage est un bouquet de fleurs<br />
-<span style="margin-left: 2em;">Aujourd'hui je te vois non Panthère</span><br />
-<span style="margin-left: 8.5em;">Mais Toutefleur</span><br />
-Et je te respire ô ma Toutefleur<br />
-Tous les lys montent en toi comme des cantiques<br />
-<span style="margin-left: 4em;">d'amour et d'allégresse</span><br />
-Et ces chants qui s'envolent vers toi<br />
-<span style="margin-left: 8.5em;">M'emportent à ton côté</span><br />
-<span style="margin-left: 4em;">Dans ton bel Orient où les lys</span><br />
-Se changent en palmiers qui de leurs belles mains<br />
-Me font signe de venir<br />
-La fusée s'épanouit fleur nocturne<br />
-<span style="margin-left: 7em;">Quand il fait noir</span><br />
-Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses<br />
-De larmes heureuses que la joie fait couler<br />
-<span style="margin-left: 8em;">Et je t'aime comme tu m'aimes</span><br />
-<span style="margin-left: 15em;">Madeleine</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHANT_DE_LHONNEUR"></a>CHANT DE L'HONNEUR</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.8em;">LE POÈTE</span><br />
-<br />
-<br />
-Je me souviens ce soir de ce drame indien<br />
-Le Chariot d'Enfant un voleur y survient<br />
-Qui pense avant de faire un trou dans la muraille<br />
-Quelle forme il convient de donner à l'entaille<br />
-Afin que la beauté ne perde pas ses droits<br />
-Même au moment d'un crime<br />
-<span style="margin-left: 10.5em;">Et nous aurions je crois</span><br />
-À l'instant de périr nous poètes nous hommes<br />
-Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes<br />
-<br />
-Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté<br />
-N'est la plupart du temps que la simplicité<br />
-Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée<br />
-Étaient restés debout et la tête penchée<br />
-S'appuyant simplement contre le parapet<br />
-<br />
-J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait<br />
-Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes<br />
-Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes<br />
-<br />
-Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit<br />
-Dans les éboulements et la boue et le froid<br />
-Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture<br />
-Anxieux nous gardons la route de Tahure<br />
-<br />
-<br />
-J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir<br />
-Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure<br />
-Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir<br />
-<br />
-<br />
-Cette nuit est si belle où la balle roucoule<br />
-Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule<br />
-Parfois une fusée illumine la nuit<br />
-C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit<br />
-La terre se lamente et comme une marée<br />
-Monte le flot chantant dans mon abri de craie<br />
-Séjour de l'insomnie incertaine maison<br />
-De l'Alerte la Mort et la Démangeaison<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.8em;">LA TRANCHÉE</span><br />
-<br />
-<br />
-Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse<br />
-Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort<br />
-Tapie au fond du sol je vous guette jalouse<br />
-Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.8em;">LES BALLES</span><br />
-<br />
-<br />
-De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile<br />
-Abeilles le butin qui sanglant emmielle<br />
-Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle<br />
-Provient de ce jardin exquis l'humanité<br />
-Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.8em;">LE POÈTE</span><br />
-<br />
-<br />
-Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes<br />
-Si des fleuves de sang limitent les royaumes<br />
-Et même de l'Amour on sait la cruauté<br />
-C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté<br />
-Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise<br />
-Elle porte cent noms dans la langue française<br />
-Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là<br />
-Que la même Beauté<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.8em;">LA FRANCE</span><br />
-<br />
-<span style="margin-left: 14em;">Poète honore-la</span><br />
-Souci de la Beauté non souci de la Gloire<br />
-Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.8em;">LE POÈTE</span><br />
-<br />
-<br />
-Ô poètes des temps à venir ô chanteurs<br />
-Je chante la beauté de toutes nos douleurs<br />
-J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux<br />
-Donner un sens sublime aux gestes glorieux<br />
-Et fixer la grandeur de ces trépas pieux<br />
-<br />
-<br />
-L'un qui détend son corps en jetant des grenades<br />
-L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades<br />
-L'autre les bras ballants porte des seaux de vin<br />
-Et le prêtre-soldat dit le secret divin<br />
-<br />
-<br />
-J'interprète pour tous la douceur des trois notes<br />
-Que lance un loriot canon quand tu sanglotes<br />
-<br />
-<br />
-Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré<br />
-Ma génération sur ton trépas sacré<br />
-<br />
-<br />
-Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude<br />
-Chantez ce que je chante un chant pur le prélude<br />
-Des chants sacrés que la beauté de notre temps<br />
-Saura vous inspirer plus purs plus éclatants<br />
-Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir<br />
-En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 30%; font-size: 0.8em;">17 décembre 1915</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHEF_DE_SECTION"></a>CHEF DE SECTION</span><br />
-<br />
-<br />
-Ma bouche aura des ardeur de géhenne<br />
-Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction<br />
-Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur<br />
-Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut<br />
-Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté<br />
-Ton âme s'agitera comme une région pendant un<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">tremblement de terre</span><br />
-Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle</span><br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">existe</span><br />
-Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">de disparates</span><br />
-Variée comme un enchanteur qui sait varier ses<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">métamorphoses</span><br />
-L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">amour</span><br />
-Elle te le murmure de loin<br />
-Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">minute prescrite pour l'assaut</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TRISTESSE_DUNE_ETOILE"></a>TRISTESSE D'UNE ÉTOILE</span><br />
-<br />
-<br />
-Une belle Minerve est l'enfant de ma tête<br />
-Une étoile de sang me couronne à jamais<br />
-La raison est au fond et le ciel est au faîte<br />
-Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais<br />
-<br />
-<br />
-C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire<br />
-Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé<br />
-Mais le secret malheur qui nourrit mon délire<br />
-Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé<br />
-<br />
-<br />
-Et je porte avec moi cette ardente souffrance<br />
-Comme le ver luisant tient son corps enflammé<br />
-Comme au cœur du soldat il palpite la France<br />
-Et comme au cœur du lys le pollen parfumé<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_VICTOIRE"></a>LA VICTOIRE</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-Un coq chante je rêve et les feuillards agitent<br />
-Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins<br />
-<br />
-<br />
-Ailés et tournoyants comme Icare le faux<br />
-Des aveugles gesticulant comme des fourmis<br />
-Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir<br />
-<br />
-<br />
-Leurs rires amassés en grappes de raisin<br />
-<br />
-<br />
-Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais<br />
-Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient<br />
-Mon lit ma lampe et mon casque troué<br />
-<br />
-Regards précieux saphirs taillés aux environs de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">Saint-Claude</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Les jours étaient une pure émeraude</span><br />
-<br />
-<br />
-Je me souviens de toi ville des météores<br />
-Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">dort</span><br />
-<br />
-<br />
-Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets<br />
-<br />
-<br />
-Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel<br />
-<span style="margin-left: 6em;">Qu'il garde son hoquet</span><br />
-<br />
-<br />
-On imagine difficilement<br />
-À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">À l'institut des jeunes aveugles on a demandé</span><br />
-<i>N'avez-vous point de jeune aveugle ailé</i><br />
-<br />
-<br />
-Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">langage</span><br />
-Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire<br />
-<br />
-<br />
-Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir<br />
-Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace<br />
-Qu'on les fait encore servir à la poésie<br />
-<br />
-<br />
-Mais elles sont comme des malades sans volonté<br />
-Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme<br />
-La mimique suffit bien au cinéma<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 3em;">Mais entêtons-nous à parler</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Remuons la langue</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Lançons des postillons</span><br />
-On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">nouveaux sons</span><br />
-On veut des consonnes sans voyelles<br />
-Des consonnes qui pèsent sourdement<br />
-<span style="margin-left: 3em;">Imitez le son de la toupie</span><br />
-Laisser pétiller un son nasal et continu<br />
-Faites claquer votre langue<br />
-Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">civilité</span><br />
-Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">consonne</span><br />
-<br />
-<br />
-Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">claironnants</span><br />
-Habituez-vous à roter à volonté<br />
-Et quelle lettre grave comme un son de cloche<br />
-<span style="margin-left: 3.5em;">À travers nos mémoires</span><br />
-Nous n'aimons pas assez la joie<br />
-De voir les belles choses neuves<br />
-Ô mon amie hâte-toi<br />
-Crains qu'un jour un train ne t'émeuve<br />
-<span style="margin-left: 5.5em;">Plus</span><br />
-Regarde-le plus vite pour toi<br />
-Ces chemins de fer qui circulent<br />
-Sortiront bientôt de la vie<br />
-Ils seront beaux et ridicules<br />
-<br />
-<br />
-Deux lampes brûlent devant moi<br />
-Comme deux femmes qui rient<br />
-Je courbe tristement la tête<br />
-Devant l'ardente moquerie<br />
-Ce rire se répand<br />
-Partout<br />
-Parlez avec les mains faites claquer vos doigts<br />
-Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour<br />
-<span style="margin-left: 9em;">Ô paroles</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Elles suivent dans la myrtaie</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">L'Eros et l'Antéros en larmes</span><br />
-Je suis le ciel de la cité<br />
-<br />
-<br />
-<span style="margin-left: 9em;">Écoutez la mer</span><br />
-<br />
-<br />
-La mer gémir au loin et crier toute seule<br />
-<span style="margin-left: 3em;">Ma voix fidèle comme l'ombre</span><br />
-<span style="margin-left: 3em;">Veut être enfin l'ombre de la vie</span><br />
-Veut être ô mer vivante infidèle comme toi<br />
-<br />
-<br />
-La mer qui a trahi des matelots sans nombre<br />
-Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés<br />
-Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre<br />
-Que jettent des oiseaux les ailes éployées<br />
-<br />
-<br />
-La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble<br />
-Avance et soutiens-moi je regrette les mains<br />
-De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble<br />
-Quelle oasis de bras m'accueillera demain<br />
-Connais-tu cette joie de voir des choses neuves<br />
-<br />
-<br />
-Ô voix je parle le langage de la mer<br />
-Et dans le port la nuit les dernières tavernes<br />
-Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne<br />
-<br />
-<br />
-La rue où nagent mes deux mains<br />
-Aux-doigts subtils fouillant la ville<br />
-S'en va mais qui sait si demain<br />
-La rue devenait immobile<br />
-Qui sait ou serait mon chemin<br />
-<br />
-<br />
-Songe que les chemins de fer<br />
-Seront démodés et abandonnés dans peu de temps<br />
-Regarde<br />
-<br />
-<br />
-La Victoire avant tout sera<br />
-De bien voir au loin<br />
-De tout voir<br />
-De près<br />
-Et que tout ait un nom nouveau<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_JOLIE_ROUSSE"></a>LA JOLIE ROUSSE</span><br />
-<br />
-<br />
-Me voici devant tous un homme plein de sens<br />
-Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">connaître</span><br />
-Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour<br />
-Ayant su quelquefois imposer ses idées<br />
-Connaissant plusieurs langages<br />
-Ayant pas mal voyagé<br />
-Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie<br />
-Blessé à la tête trépané sous le chloroforme<br />
-Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte<br />
-Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">pourrait des deux savoir</span><br />
-Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre<br />
-Entre nous et pour nous mes amis<br />
-Je juge cette longue querelle de la tradition et de<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">l'invention</span><br />
-<span style="margin-left: 7em;">De l'Ordre et de l'Aventure</span><br />
-<br />
-<br />
-Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu<br />
-Bouche qui est l'ordre même<br />
-Soyez indulgents quand vous nous comparez<br />
-À ceux qui furent la perfection de l'ordre<br />
-Nous qui quêtons partout l'aventure<br />
-<br />
-<br />
-Nous ne sommes pas vos ennemis<br />
-Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">domaines</span><br />
-Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir<br />
-Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues<br />
-Mille phantasmes impondérables<br />
-Auxquels il faut donner de la réalité<br />
-Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout<br />
-<span style="margin-left: 1.5em;">se tait</span><br />
-Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir<br />
-Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières<br />
-De l'illimité et de l'avenir<br />
-Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés<br />
-<br />
-<br />
-Voici que vient l'été la saison violente<br />
-Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps<br />
-Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente<br />
-<span style="margin-left: 10.5em;">Et j'attends</span><br />
-Pour la suivre toujours la forme noble et douce<br />
-Qu'elle prend afin que je l'aime seulement<br />
-Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant<br />
-<span style="margin-left: 10.5em;">Elle a l'aspect charmant</span><br />
-<span style="margin-left: 10.5em;">D'une adorable rousse</span><br />
-<br />
-<br />
-Ses cheveux sont d'or on dirait<br />
-Un bel éclair qui durerait<br />
-Ou ces flammes qui se pavanent<br />
-Dans les roses-thé qui se fanent<br />
-<br />
-<br />
-Mais riez riez de moi<br />
-Hommes de partout surtout gens d'ici<br />
-Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire<br />
-Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire<br />
-Ayez pitié de moi<br />
-</p>
-
-
-<hr class="full" />
-
-<p style="margin-left: 10%; font-weight: bold;">
-<a id="TABLE"></a>TABLE</p>
-
-<p style="margin-left: 10%; font-size: 0.8em;">
-<a href="#ONDES">ONDES</a><br />
-<br />
-<a href="#LIENS">LIENS</a><br />
-<a href="#LES_FENETRES">LES FENÊTRES</a><br />
-<a href="#PAYSAGE">PAYSAGE</a><br />
-<a href="#LES_COLLINES">LES COLLINES</a><br />
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-<br />
-<br />
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-<br />
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-<br />
-<br />
-<a href="#OBUS_COULEUR_DE_LUNE">OBUS COULEUR DE LUNE</a><br />
-<br />
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-<br />
-<br />
-<a href="#LA_TETE_ETOILEE">LA TÊTE ÉTOILÉE</a><br />
-<br />
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-<a href="#LE_VIGNERON_CHAMPENOIS">LE VIGNERON CHAMPENOIS</a><br />
-<a href="#CARTE_POSTALE2">CARTE POSTALE</a><br />
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-<a href="#CHEVAUX_DE_FRISE">CHEVAUX DE FRISE</a><br />
-<a href="#CHANT_DE_LHONNEUR">CHANT DE L'HONNEUR</a><br />
-<a href="#CHEF_DE_SECTION">CHEF DE SECTION</a><br />
-<a href="#TRISTESSE_DUNE_ETOILE">TRISTESSE D'UNE ÉTOILE</a><br />
-<a href="#LA_VICTOIRE">LA VICTOIRE</a><br />
-<a href="#LA_JOLIE_ROUSSE">LA JOLIE ROUSSE</a><br />
-</p>
-
-
-<hr class="full" />
-
-
-<h3>TRANSCRIPTIONS des CALLIGRAMMES</h3>
-
-
-<p>
-<a id="a001"></a>001&mdash;Paysage<br />
-<br />
-[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités<br />
-[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble<br />
-[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres<br />
-[Cigare] un cigare allumé qui fume<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a002"></a>002&mdash;Lettre-océan<br />
-<br />
-[Première image]<br />
-<br />
-Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2<br />
-J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique<br />
-Ta voix me parvient malgré l'énorme distance<br />
-Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz<br />
-[Carte postale]<br />
-Les voyageurs de l'Espagne devant faire<br />
-le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer<br />
-je t'envoie cette carte au lieu<br />
-de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr<br />
-Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente<br />
-Des événements.<br />
-[à gauche]<br />
-<br />
-Juan Aldama<br />
-Correos<br />
-Mexico<br />
-4 centavos<br />
-U.S. Postage<br />
-2 cents 2<br />
-[au centre]<br />
-<br />
-Ypiranga<br />
-Republica Mexicana<br />
-Tarjeta Postal<br />
-[à droite]<br />
-<br />
-11.45<br />
-29-5<br />
-14<br />
-Rue des Batignolles<br />
-[motif circulaire, centre]<br />
-<br />
-Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna<br />
-[motif circulaire, rayons]<br />
-<br />
-Zut pour M. Zun<br />
-arrêtez cocher<br />
-Vive le Roy<br />
-Evviva il Papa<br />
-ta gueule mon vieux pad<br />
-non si vous avez une moustache<br />
-La Tunisie tu fondes un journal<br />
-Jacques c'était délicieux<br />
-A bas la calotte<br />
-Des clefs j'en ai vu mille et mille<br />
-Hou le croquant<br />
-Vive la République<br />
-[à droite du motif circulaire]<br />
-<br />
-TSF<br />
-[bas de l'image]<br />
-<br />
-Bonjour Anomo Anora<br />
-Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas<br />
-<br />
-[Deuxième image]<br />
-<br />
-Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890<br />
-on coucha plus d'un mois sous la tente<br />
-bonjour mon frère Albert à Mexico<br />
-Jeunes filles à Chapultepec<br />
-[Motif circulaire, centre]<br />
-<br />
-Haute de 300 mètres<br />
-Sirènes<br />
-Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou<br />
-Autobus<br />
-R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting<br />
-Gramophones<br />
-z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris<br />
-fermez les portes<br />
-Les chaussures neuves du poète<br />
-cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré<br />
-cré cré cré cré cré cré cré<br />
-[Motif circulaire, rayons]<br />
-<br />
-et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce<br />
-rue St-Isidore à La Havane ça n'existe +<br />
-Chirimoya<br />
-A la Crème à<br />
-Pendeco c'est + qu'un imbécile<br />
-Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada<br />
-priétaire de 5 ou 6 im<br />
-je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton<br />
-le câblogramme comportait 2 mots en sûreté<br />
-allons circulez Mes<br />
-ture les voyageurs pour Chatou<br />
-Toussaint Luca est maintenant à Poitiers<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a003"></a>003&mdash;La cravate et la montre<br />
-<br />
-[cravate]<br />
-<br />
-la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la<br />
-si tu veux bien respirer<br />
-[montre, remontoir]<br />
-<br />
-comme l'on s'amuse bien<br />
-[bord droit de la montre]<br />
-<br />
-la beauté de la vie passe la douleur de mourir<br />
-[heures]<br />
-<br />
-mon cœur<br />
-les yeux<br />
-l'enfant<br />
-Agla<br />
-la main<br />
-Tircis<br />
-semaine<br />
-l'infini redressé par un fous de philosophe<br />
-les Muses aux portes de ton corps<br />
-le bel inconnu<br />
-et le vers dantesque luisant et cadavérique<br />
-les heures<br />
-[aiguilles]<br />
-<br />
-Il est – 5<br />
-Et tout sera fini<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a004"></a>004&mdash;coeur, couronne et miroir<br />
-<br />
-[cœur]<br />
-<br />
-Mon Cœur semblable à une flamme renversée<br />
-[couronne]<br />
-<br />
-Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes<br />
-[miroir]<br />
-<br />
-Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges<br />
-et non comme sont les reflets<br />
-Guillaume Apollinaire<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a005"></a>005&mdash;Voyage<br />
-<br />
-[nuage]<br />
-<br />
-Adieu amour nuage qui fuis<br />
-et n'a pas chu pluie fécondante<br />
-refais le voyage de Dante<br />
-[oiseau]<br />
-<br />
-télégraphe<br />
-oiseau qui laisse tomber<br />
-ses ailes partout<br />
-[train]<br />
-<br />
-où va donc ce train qui meurt au loin<br />
-dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle<br />
-[ciel]<br />
-<br />
-la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles<br />
-c'est ton visage que je ne vois plus<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a006"></a>006&mdash;Il pleut<br />
-<br />
-Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans<br />
-le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de<br />
-ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout<br />
-comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que<br />
-le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les<br />
-liens qui te retiennent en haut et en bas<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a007"></a>007&mdash;La petite auto<br />
-<br />
-Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot<br />
-Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares<br />
-ô nuit tendre d'avant la guerre<br />
-ô villages où se hâtaient les<br />
-maréchaux-ferrants rappelés<br />
-entre minuit et une heure du matin<br />
-vers Lisieux la très bleue<br />
-ou bien<br />
-Versailles d'or<br />
-et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté.<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a008"></a>008&mdash;La mandoline l'œillet et le bambou<br />
-<br />
-[la mandoline]<br />
-<br />
-comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison<br />
-c'est ton art femme<br />
-o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline<br />
-<br />
-[l'œillet]<br />
-<br />
-Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée<br />
-et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise &amp;<br />
-+ subtile que les sons qui nous dirigent<br />
-Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie<br />
-Il est le trône de la future sagesse<br />
-<br />
-[le bambou]<br />
-<br />
-Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers<br />
-infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a009"></a>009&mdash;La colombe poignardée et le jet d'eau<br />
-<br />
-[colombe]<br />
-<br />
-douces figures poignardées<br />
-chères lèvres fleuries<br />
-Mia Mareye Yette Lorie<br />
-Annie et toi Marie<br />
-où êtes-vous ô jeunes filles<br />
-Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie<br />
-cette colombe s'extasie<br />
-[jet d'eau]<br />
-<br />
-Tous les souvenirs de naguère<br />
-Ô mes amis partis en guerre<br />
-Jaillissent vers le firmament<br />
-Et vos regards en l'eau dormant<br />
-Meurent mélancoliquement<br />
-Où sont-ils Braque et Max Jacob<br />
-Derain aux yeux gris comme l'aube<br />
-Où sont Raynal Billy Dalize<br />
-Dont les noms se mélancolisent<br />
-Comme des pas dans une église<br />
-Où est Cremnitz qui s'engagea<br />
-Peut-être sont-ils morts déjà<br />
-De souvenirs mon âme est pleine<br />
-Le jet d'eau pleure sur ma peine<br />
-[bassin]<br />
-<br />
-Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant<br />
-Le soir tombe Ô sanglante mer<br />
-Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a010"></a>010&mdash;2e canonnier conducteur<br />
-<br />
-[trompette]<br />
-<br />
-As-tu connu la putain de Nancy<br />
-qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie<br />
-l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul]<br />
-[botte]<br />
-<br />
-Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant<br />
-que la nuit descend<br />
-[Notre-Dame]<br />
-<br />
-souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux<br />
-après la victoire<br />
-[Tour Eiffel]<br />
-<br />
-salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire<br />
-et tirera toujours aux Allemands<br />
-[obus]<br />
-<br />
-j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a011"></a>011&mdash;Loin du pigeonnier<br />
-<br />
-Et vous savez pourquoi<br />
-Pourquoi la chère couleuvre<br />
-Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est<br />
-Xexaèdres<br />
-barbelés<br />
-mais un secret<br />
-collines bleues<br />
-en sentinelle<br />
-Malourène 75 Canteraine<br />
-Ô gerbes des 305 en déroute<br />
-Dans la Forêt où nous chantons<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a012"></a>012&mdash;S.P.<br />
-<br />
-Qu'est-ce qu'on y met<br />
-Dans la case d'armons<br />
-Espèce de poilu de mon cœur<br />
-Pan pan pan<br />
-Perruque à perruque<br />
-Pan pan pan<br />
-Perruque à canon<br />
-Pour lutter contre les vapeurs<br />
-les lunettes pour protéger les yeux<br />
-au moyen d'un masque nocivité gaz<br />
-un tissu trempé mouchoir des nez<br />
-dans la solution de bicarbonate de sodium<br />
-les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a013"></a>013&mdash;Visée<br />
-<br />
-Chevaux couleur cerise limite des Zélandes<br />
-Des mitrailleuses d'or coassent des légendes<br />
-Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées<br />
-Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique<br />
-L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil<br />
-Et l'avenir secret que la fusée élucide<br />
-Entends nager le Mot poisson subtil<br />
-Les villes tour à tour deviennent des clefs<br />
-Le masque bleu comme met Dieu son ciel<br />
-Guerre paisible ascèse solitude métaphysique<br />
-Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes<br />
-<br />
-<a id="a014"></a>014&mdash;1915<br />
-<br />
-1915<br />
-soldats de faïence et d'escarboucle<br />
-ô amour<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a015"></a>015&mdash;Carte postale<br />
-<br />
-Nous sommes bien<br />
-mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux<br />
-ne vient pas jusqu'ici<br />
-LUL<br />
-on les aura<br />
-faire suivre route transparente<br />
-France<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a016"></a>016&mdash;Saillant<br />
-<br />
-[quand survient la] torpille aérienne<br />
-Le balai de verdure<br />
-T'en souviens-tu<br />
-Il est ici dans les pierres<br />
-Du beau royaume dévasté<br />
-[à gauche]<br />
-<br />
-Salut le Rapace<br />
-Salut<br />
-[à droite]<br />
-<br />
-grain de blé<br />
-[fin du poème]<br />
-<br />
-Lou<br />
-Lou Verzy<br />
-Vive le capiston<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a017"></a>017&mdash;Échelon<br />
-<br />
-[à gauche]<br />
-<br />
-On tire contre avions<br />
-Verdun<br />
-[au centre]<br />
-<br />
-Le Ciel<br />
-Coquelicots<br />
-Flacon au col d'or<br />
-On a pendu la mort<br />
-A la lisière du bois<br />
-On a pendu la mort<br />
-Et ses beaux seins dorés<br />
-Se montrent tour à tour<br />
-[à droite]<br />
-<br />
-L'orvet<br />
-Le sac à malice<br />
-La trousse à boutons<br />
-<br />
-<br />
-018&mdash;Madeleine<br />
-<br />
-[étoile]<br />
-<br />
-Dans le village arabe<br />
-Des Souvenirs<br />
-mais il y a d'autres chansons<br />
-<br />
-[lettre]<br />
-<br />
-Bonjour mon poète<br />
-Je me souviens de votre voix<br />
-Votre petite fée<br />
-Photographie tant attendue<br />
-[canons]<br />
-Far tiz rose<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a018"></a>018&mdash;Venu de Dieuze<br />
-<br />
-Halte là<br />
-[ficelle]<br />
-<br />
-mesure du doigt<br />
-Qui vive<br />
-France<br />
-Avance au ralliement<br />
-Halte là<br />
-Le Mot<br />
-Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel<br />
-[portée]<br />
-<br />
-forte s'allantanado<br />
-funambule des lianes du printemps<br />
-tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C.<br />
-La poule d'eau caquète et plonge à ton approche<br />
-Cantato<br />
-Ah ! mon Dieu m' quiot' fille<br />
-L'hommé qu' j'ai<br />
-C'est eun' mouq' dans d' l'huile<br />
-Tout à fouait<br />
-Couple des marais les turquoises<br />
-Hennissements partout<br />
-Amour sacré amour de la Patrie<br />
-Le général<br />
-Il était Antisthène et c'était Fabius<br />
-</p>
-
-<p><a id="a019"></a>019&mdash;Aussi bien que les cigales</p>
-
-<pre style="font-size: 1.2em;">
- gens du midi ne savez pas M
- gens du mi creuser que ais
- di vous n' vous ne sa vous
- avez donc vez pas vous savez
- pas regar éclairer ni encore
- dé les ciga voir Que vous boire com le jour
- les que vous manque-t-il me les ci de gloire
- donc pour gales ô se
- voir aus gens du mi c ra
- si bien di gens du reusez ce
- que les soleil gens qui voyez bu lui
- ciga devriez savoir vez pissez où
- les creuser et voir comme vous
- aussi bien pour le les ciga sau
- moins aussi bien les rez
- que les cigales creu
- Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser
- boire et ne savez creuser voir boire pour
- plus pisser utile pisser aussi bien que bien
- ment comme les les cigales sor
-cigales LA JOIE pour chan tir
- ADORABLE ter com au
- DE LA PAIX me elles so
- SOLAIRE leil
-</pre>
-
-
-<p>
-<a id="a020"></a>020&mdash;Du coton dans les oreilles<br />
-<br />
-[première page]<br />
-<br />
-Tant d'explosifs sur le point vif !<br />
-Ecris un mot si tu l'oses ?<br />
-Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre<br />
-Ton troupeau féroce crache le feu<br />
-Ô Mégaphone<br />
-[écriteau]<br />
-<br />
-Les Cénobites tranquilles<br />
-[pluie]<br />
-<br />
-puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce<br />
-soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide<br />
-des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce<br />
-confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine<br />
-la pluie si tendre et si douce<br />
-<span style="margin-left: 7.5em;">Les longs boyaux où tu chemines</span><br />
-<span style="margin-left: 9.5em;">Adieu les cagnats d'artilleurs</span><br />
-<br />
-<br />
-<br />
-<a id="a021"></a>021&mdash;Éventail des saveurs<br />
-<br />
-[coiffure]<br />
-<br />
-Attols singuliers<br />
-de brownings quel<br />
-goût de vivre Ah !<br />
-[œil gauche]<br />
-<br />
-Des lacs versicolores<br />
-dans les glaciers solaires<br />
-[œil droit]<br />
-<br />
-Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs<br />
-et ta bouche au souffle azur<br />
-[doigt]<br />
-<br />
-1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une<br />
-[bouche]<br />
-<br />
-ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès<br />
-éclater et le petit mirliton<br />
-</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES ***
-
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-
-
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-
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-
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+++ /dev/null
Binary files differ
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deleted file mode 100644
index f9f59c3..0000000
--- a/old/55569-h/images/calli_021_ciel.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/55569-h/images/calli_022_madeleine.jpg b/old/55569-h/images/calli_022_madeleine.jpg
deleted file mode 100644
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--- a/old/55569-h/images/calli_022_madeleine.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/55569-h/images/calli_023_Venu_de_Dieuze.jpg b/old/55569-h/images/calli_023_Venu_de_Dieuze.jpg
deleted file mode 100644
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Binary files differ
diff --git a/old/55569-h/images/calli_024_cigale.jpg b/old/55569-h/images/calli_024_cigale.jpg
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Binary files differ
diff --git a/old/55569-h/images/calli_025_cotton_01.jpg b/old/55569-h/images/calli_025_cotton_01.jpg
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
diff --git a/old/55569-h/images/cover.jpg b/old/55569-h/images/cover.jpg
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Binary files differ