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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Calligrammes - Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) - -Author: Guillaume Apollinaire - -Release Date: September 17, 2017 [EBook #55569] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version,also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) (Images generously made available -by the Hathi Trust) - - - - - -CALLIGRAMMES - -POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE - -(1913-1916) - -PAR - -GUILLAUME APOLLINAIRE - - -ONDES--ÉTENDARDS--CASE D'ARMONS -LUEURS DES TIRS--OBUS COULEUR DE LUNE -LA TÊTE ÉTOILÉE - - -AVEC UN PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO -GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON - - -PARIS - -MERCURE DE FRANCE - -XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI - -MCMXVIII - - -[ILLUSTRATION: PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO -GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON] - - - - À LA MÉMOIRE - - DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES - - RENÉ DALIZE - - MORT AU CHAMP D'HONNEUR - - le 7 mai 1917 - - - - - ONDES - - - - - LIENS - - - Cordes faites de cris - - Sons de cloches à travers l'Europe - Siècles pendus - - Rails qui ligotez les nations - Nous ne sommes que deux ou trois hommes - Libres de tous liens - Donnons-nous la main - - Violente pluie qui peigne les fumées - Cordes - Cordes tissées - Câbles sous-marins - Tours de Babel changées en ponts - - Araignées--Pontifes - Tous les amoureux qu'un seul lien a liés - - D'autres liens plus ténus - Blancs rayons de lumière - Cordes et Concorde - - J'écris seulement pour vous exalter - Ô sens ô sens chéris - Ennemis du souvenir - Ennemis du désir - - Ennemis du regret - Ennemis des larmes - Ennemis de tout ce que j'aime encore - - - - - LES FENÊTRES - - - - Du rouge au vert tout le jaune se meurt - Quand chantent les aras dans les forêts natales - Abatis de pihis - Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile - Nous l'enverrons en message téléphonique - Traumatisme géant - Il fait couler les yeux - Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises - Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate - blanche - Tu soulèveras le rideau - Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre - Araignées quand les mains tissaient la lumière - Beauté pâleur insondables violets - Nous tenterons en vain de prendre du repos - On commencera à minuit - Quand on a le temps on a la liberté - Bigorneaux Lotte multiples Soleils et i'Oursin du couchant - Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre - - Tours - Les Tours ce sont les rues - Puits - Puits ce sont les places - Puits - Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes - Les Chabins chantent des airs à mourir - Aux Chabines maronnes - Et l'oie oua-oua trompette au nord - Où les chasseurs de ratons - Raclent les pelleteries - Étincelant diamant - Vancouver - Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit - l'hiver - Ô Paris - Du rouge au vert tout le jaune se meurt - Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les - Antilles - La fenêtre s'ouvre comme une orange - Le beau fruit de la lumière - - - [Illustration: Paysage.] - - - - - LES COLLINES - - - Au-dessus de Paris un jour - Combattaient deux grands avions - L'un était rouge et l'autre noir - Tandis qu'au zénith flamboyait - L'éternel avion solaire - - - L'un était toute ma jeunesse - Et l'autre c'était l'avenir - Ils se combattaient avec rage - Ainsi fit contre Lucifer - l'Archange aux ailes radieuses - - - Ainsi le calcul au problème - Ainsi la nuit contre le jour - Ainsi attaque ce que j'aime - Mon amour ainsi l'ouragan - Déracine l'arbre qui crie - - - Mais vois quelle douceur partout - Paris comme une jeune fille - S'éveille langoureusement - Secoue sa longue chevelure - Et chante sa belle chanson - - - Où donc est tombée ma jeunesse - Tu vois que flambe l'avenir - Sache que je parle aujourd'hui - Pour annoncer au monde entier - Qu'enfin est né l'art de prédire - - - Certains hommes sont des collines - Qui s'élèvent d'entre les hommes - Et voient au loin tout l'avenir - Mieux que s'il était le présent - Plus net que s'il était passé - - - Ornement des temps et des routes - Passe et dure sans t'arrêter - Laissons sibiler les serpents - En vain contre le vent du sud - Les Psylles et l'onde ont péri - - - Ordre des temps si les machines - Se prenaient enfin à penser - Sur les plages de pierreries - Des vagues d'or se briseraient - L'écume serait mère encore - - - Moins haut que l'homme vont les aigles - C'est lui qui fait la joie des mers - Comme il dissipe dans les airs - L'ombre et les spleens vertigineux - Par où l'esprit rejoint le songe - - - Voici le temps de la magie - Il s'en revient attendez-vous - À des milliards de prodiges - Oui n'ont fait naître aucune fable - Nul les ayant imaginés - - - Profondeurs de la conscience - On vous explorera demain - Et qui sait quels êtres vivants - Seront tirés de ces abîmes - Avec des univers entiers - - - Voici s'élever des prophètes - Comme au loin des collines bleues - Ils sauront des choses précises - Comme croient savoir les savants - Et nous transporteront partout - - - La grande force est le désir - Et viens que je te baise au front - Ô légère comme une flamme - Dont tu as toute la souffrance - Toute l'ardeur et tout l'éclat - - - L'âge en vient on étudiera - Tout ce que c'est que de souffrir - Ce ne sera pas du courage - Ni même du renoncement - Ni tout ce que nous pouvons faire - - - On cherchera dans l'homme même - Beaucoup plus qu'on n'y a cherché - On scrutera sa volonté - Et quelle force naîtra d'elle - Sans machine et sans instrument - - - Les secourables mânes errent - Se compénétrant parmi nous - Depuis les temps qui nous rejoignent - Rien n'y finit rien n'y commence - Regarde la bague à ton doigt - - - Temps des déserts des carrefours - Temps des places et des collines - Je viens ici faire des tours - Où joue son rôle un talisman - Mort et plus subtil que la vie - - - Je me suis enfin détaché - De toutes choses naturelles - Je peux mourir mais non pécher - Et ce qu'on n'a jamais touché - Je l'ai touché je l'ai palpé - - - Et j'ai scruté tout ce que nul - Ne peut en rien imaginer - Et j'ai soupesé maintes fois - Même la vie impondérable - Je peux mourir en souriant - - - Bien souvent j'ai plané si haut - Si haut qu'adieu toutes les choses - Les étrangetés les fantômes - Et je ne veux plus admirer - Ce garçon qui mime l'effroi - - - Jeunesse adieu jasmin du temps - J'ai respiré ton frais parfum - À Rome sur les chars fleuris - Chargés de masques de guirlandes - Et des grelots du carnaval - - - Adieu jeunesse blanc Noël - Quand la vie n'était qu'une étoile - Dont je contemplais le reflet - Dans la mer Méditerranée - Plus nacrée que les météores - - - Duvetée comme un nid d'archanges - Ou la guirlande des nuages - Et plus lustrée que les halos - Émanations et splendeurs - Unique douceur harmonies - - - Je m'arrête pour regarder - Sur la pelouse incandescente - Un serpent erre c'est moi-même - Qui suis la flûte dont je joue - Et le fouet qui châtie les autres - - - Il vient un temps pour la souffrance - Il vient un temps pour la bonté - Jeunesse adieu voici le temps - Où l'on connaîtra l'avenir - Sans mourir de sa connaissance - - - C'est le temps de la grâce ardente - La volonté seule agira - Sept ans d'incroyables épreuves - L'homme se divinisera - Plus pur plus vif et plus savant - - Il découvrira d'autres mondes - L'esprit languit comme les fleurs - Dont naissent les fruits savoureux - Que nous regarderons mûrir - Sur la colline ensoleillée - - - Je dis ce qu'est au vrai la vie - Seul je pouvais chanter ainsi - Mes chants tombent comme des graines - Taisez-vous tous vous qui chantez - Ne mêlez pas l'ivraie au blé - - - Un vaisseau s'en vint dans le port - Un grand navire pavoisé - Mais nous n'y trouvâmes personne - Qu'une femme belle et vermeille - Elle y gisait assassinée - - - Une autre fois je mendiais - L'on ne me donna qu'une flamme - Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres - Et je ne pus dire merci - Torche que rien ne peut éteindre - - - Ou donc es-tu ô mon ami - Qui rentrais si bien en toi-même - Qu'un abîme seul est resté - Où je me suis jeté moi-même - Jusqu'aux profondeurs incolores - - - Et j'entends revenir mes pas - Le long des sentiers que personne - N'a parcourus j'entends mes pas - À toute heure ils passent là-bas - Lents ou pressés ils vont ou viennent - - - Hiver toi qui te fais la barbe - Il neige et je suis malheureux - J'ai traversé le ciel splendide - Où la vie est une musique - Le sol est trop blanc pour mes yeux - - - Habituez-vous comme moi - À ces prodiges que j'annonce - À la bonté qui va régner - À la souffrance que j'endure - Et vous connaîtrez l'avenir - - - C'est de souffrance et de bonté - Que sera faite la beauté - Plus parfaite que n'était celle - Qui venait des proportions - Il neige et je brûle et je tremble - - - Maintenant je suis à ma table - J'écris ce que j'ai ressenti - Et ce que j'ai chanté là-haut - Un arbre élancé que balance - Le vent dont les cheveux s'envolent - - - Un chapeau haut de forme est sur - Une table chargée de fruits - Les gants sont morts près d'une pomme - Une dame se tord le cou - Auprès d'un monsieur qui s'avale - - - Le bal tournoie au fond du temps - J'ai tué le beau chef d'orchestre - Et je pèle pour mes amis - L'orange dont la saveur est - Un merveilleux feu d'artifice - - - Tous sont morts le maître d'hôtel - Leur verse un champagne irréel - Qui mousse comme un escargot - Ou comme un cerveau de poète - Tandis que chantait une rose - - - L'esclave tient une épée nue - Semblable aux sources et aux fleuves - Et chaque fois qu'elle s'abaisse - Un univers est éventré - Dont il sort des mondes nouveaux - - - Le chauffeur se tient au volant - Et chaque fois que sur la route - Il corne en passant le tournant - Il paraît à perte de vue - Un univers encore vierge - - - Et le tiers nombre c'est la dame - Elle monte dans l'ascenseur - Elle monte monte toujours - Et la lumière se déploie - Et ces clartés la transfigurent - - - Mais ce sont de petits secrets - Il en est d'autres plus profonds - Qui se dévoileront bientôt - Et feront de vous cent morceaux - À la pensée toujours unique - - - Mais pleure pleure et repleurons - Et soit que là lune soit pleine - Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant - Ah! pleure pleure et repleurons - Nous avons tant ri au soleil - - - Des bras d'or supportent la vie - Pénétrez le secret doré - Tout n'est qu'une flamme rapide - Que fleurit la rose adorable - Et d'où monte un parfum exquis - - - - - ARBRE - - - _À Frédéric Boutet_ - - - Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes - galopent - Où sont les aveugles où s'en sont-ils allés - La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en - plusieurs mirages - Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au - marché - Ispahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu - Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon - - - Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand - de coco d'autrefois - J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir - Du camarade qui se promènera avec toi en Europe - Tout en restant en Amérique - - - Un enfant - Un veau dépouillé pendu à l'étal - Un enfant - Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au - fond de l'est - Un douanier se tenait là comme un ange - À la porte d'un misérable paradis - Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente - des premières - - - Engoulevent Blaireau - Et la Taupe-Ariane - Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien - Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et - moi - Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé - - - Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince - déguisée en homme - Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme - intelligente - Et il ne faudrait pas oublier les légendes - Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un - quartier désert - Je voyais une chasse tandis que je montais - Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage - - - Entre les pierres - Entre les vêtements multicolores de la vitrine - Entre les charbons ardents du marchand de marrons - Entre deux vaisseaux norvégiens amarrés à Rouen - Il y a ton image - - - Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande - - - Ce beau nègre en acier - - - La plus grande tristesse - C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne - - - Le vent vient du couchant - Le métal des caroubiers - Tout est plus triste qu'autrefois - Tous les dieux terrestres vieillissent - L'univers se plaint par ta voix - Et des êtres nouveaux surgissent - Trois par trois - - - - - LUNDI RUE CHRISTINE - - - La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer - Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir - Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère - Pendant que l'autre monterait - - - Trois bec de gaz allumés - La patronne est poitrinaire - Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet - Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge - Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief - - - Ça a l'air de rimer - - - Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier - Pim pam pim - Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque - Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner - - - Je partirai à 20 h. 27 - Six glaces s'y dévisagent toujours - Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage - Cher monsieur - Vous êtes un mec à la mie de pain - Cette dame a le nez comme un ver solitaire - Louise a oublié sa fourrure - Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid - Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire - Le chat noir traverse la brasserie - - - Ces crêpes étaient exquises - La fontaine coule - Robe noire comme ses ongles - C'est complètement impossible - Voici monsieur - La bague en malachite - Le sol est semé de sciure - Alors c'est vrai - La serveuse rousse a été enlevée par un libraire - - - Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement - - - Écoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire - - - Compagnie de navigation mixte - - - Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire - d'eaux fortes et de tableaux - Je n'ai qu'une petite bonne - - - Après déjeuner café du Luxembourg - Une fois là il me présente un gros bonhomme - Qui me dit - Écoutez c'est charmant - À Smyrne à Naples en Tunisie - Mais nom de Dieu où est-ce - La dernière fois que j'ai été en Chine - C'est il y a huit ou neuf ans - L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule - La quinte major - - - [Illustration: Lettre-Océan.] - - - [Illustration: Lettre-Océan.] - - - - - SUR LES PROPHÉTIES - - - J'ai connu quelques prophétesses - Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes - C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de participer - À une scène savoureuse d'anthropophagie - Elle n'en parlait pas à tout le monde - En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais - - - Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi - Est également habile - Mais Madame Deroy est la mieux inspirée - La plus précise - Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle - M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait - J'ai connu un sciomancien mais je n'ai pas voulu qu'il - interrogeât mon ombre - Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Diriks - Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe - Puissent ces dieux sans figure m'épargner toujours - Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoute - et notez - Que je lis assez bien dans la main - Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est - possible j'écoute - - - Tout le monde est prophète mon cher André Billy - Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens - Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais - Et idiots de naissance - Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée - De se demander s'il connaît l'avenir ou non - Il n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela - Ni dans les superstitions ni dans les prophéties - Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme - Il y a avant tout une façon d'observer la nature - Et d'interpréter la nature - Qui est très légitime - - - - - LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY - - - J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas - Ils passent devant moi et s'accumulent au loin - Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu - Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien - - - Je ne chante pas ce monde ni les autres astres - Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de - ce monde et des astres - Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir - - - - Le 21 du mois de mai 1913 - Passeur des morts et les mordonnantes mériennes - Des millions de mouches éventaient une splendeur - Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles - Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher - - Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues - Homme Ah! Ariane - Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas - Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin - Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé - Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui - Il en venait de toutes parts - Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent - à sonner - Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine - Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc - Puis Saint-Merry se tut - L'inconnu reprit son air de flûte - Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie - Où il entra suivi par la troupe des femmes - Qui sortaient des maisons - Qui venaient par les rues traversières les yeux fous - Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur - II s'en allait indifférent jouant son air - Il s'en allait terriblement - - - - Puis ailleurs - À quelle heure un train partira-t-il pour Paris - - - À ce moment - Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades - - - En même temps - Mission catholique de Borna qu'as-tu fait du sculpteur - - - Ailleurs - Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît - à travers Pützchen - - - Au même instant - Une jeune fille amoureuse du maire - - - Dans un autre quartier - Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs - - - - En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des - hommes - Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur - misère - Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre - Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de - marchandises - - - Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre - - - Et maintenant - Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement - - - Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du - siècle dernier - Ces hautes cheminées pareilles à des tours - - - Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus - le sol - - - Et tandis que le monde vivait et variait - Le cortège des femmes long comme un jour sans pain - Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien - - - Cortèges ô cortèges - C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes - Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris - Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine - Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry - - - Cortèges ô cortèges - Les femmes débordaient tant leur nombre était grand - Dans toutes les rues avoisinantes - Et se hâtaient raides comme balle - Afin de suivre le musicien - - - Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine - Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise - Et toi Colette et toi la belle Geneviève - Elles ont passé tremblantes et vaines - Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la - cadence - De la musique pastorale qui guidait - Leurs oreilles avides - - - - L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à - vendre. - Maison abandonnée - Aux vitres brisées - C'est un logis du seizième siècle - La cour sert de remise à des voitures de livraisons - C'est là qu'entra le musicien - Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse - Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée - Et toutes y entrèrent confondues en bande - Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles - Sans regretter ce qu'elles ont laissé - Ce qu'elles ont abandonné - Sans regretter le jour la vie et la mémoire - Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la - Verrerie - Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry - Nous entrâmes dans la vieille maison - - - Mais nous n'y trouvâmes personne - - - Voici le soir - À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne - Cortèges ô cortèges - C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes - Il vint une troupe de casquettiers - Il vint des marchands de bananes - Il vint des soldats de la garde républicaine - Ô nuit - Troupeau de regards langoureux des femmes - Ô nuit - Toi ma douleur et mon attente vaine - J'entends mourir le son d'une flûte lointaine - - - [Illustration: La cravate et la montre.] - - - - - UN FANTÔME DE NUÉES - - - Comme c'était la veille du quatorze juillet - Vers les quatre heures de l'après-midi - Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques - - - Ces gens qui font des tours en plein air - Commencent à être rares à Paris - Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus - qu'aujourd'hui - Ils s'en sont allés presque tous en province - - - Je pris le boulevard Saint-Germain - Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés - et la statue de Danton - Je rencontrai les saltimbanques - - - La foule les entourait muette et résignée à attendre - Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir - Poids formidables, - Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier - russe de Longwy - Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé - Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme - la vie - - - De nombreux tapis sales couvraient le sol - Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas - Tapis qui sont presque entièrement couleur de la - poussière - Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté - Comme un air de musique qui vous poursuit - - - Vois-tu le personnage maigre et sauvage - La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante - Ii portait ainsi toute son hérédité au visage - Il semblait rêver à l'avenir - En tournant machinalement un orgue de Barbarie - Dont la lente voix se lamentait merveilleusement - Les glouglous les couacs et les sourds gémissements - - - Les saltimbanques ne bougeaient pas - Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre - qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais - près de la mort - Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent - souvent leur bouche - Ou près des narines - C'est un rose plein de traîtrise - - - Cet homme portait-il ainsi sur le dos - La teinte ignoble de ses poumons - - - Les bras les bras partout montaient la garde - - - Le second saltimbanque - N'était vêtu que de son ombre - Je le regardai longtemps - Son visage m'échappe entièrement - C'est un homme sans tête - - - Un autre enfin avait l'air d'un voyou - D'un apache bon et crapule à la fois - Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes - N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa - toilette - - - La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le - public - Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs - cinquante - Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme - prix des tours - - - Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus - rien - On se décida à commencer la séance - De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque - habillé de rose pulmonaire - Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles - Il poussait des cris brefs - Et saluait en écartant gentiment les avant-bras - Mains ouvertes - - - Une jambe en arrière prête à la génuflexion - Il salua ainsi aux quatre points cardinaux - Et quand il marcha sur une boule - Son corps mince devint une musique si délicate que nul - parmi les spectateurs n'y fut insensible - Un petit esprit sans aucune humanité - Pensa chacun - Et cette musique des formes - Détruisit celle de l'orgue mécanique - Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres - - - Le petit saltimbanque fit la roue - Avec tant d'harmonie - Que l'orgue cessa de jouer - Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains - Aux doigts semblables aux descendants de son destin - Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe - Nouveaux cris de Peau-Rouge - Musique angélique des arbres - Disparition de l'enfant - - - Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout - de bras - Ils jonglèrent avec les poids - - - Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant - miraculeux - Siècle ô siècle des nuages - - - [Illustration: Cœur, couronne et miroir.] - - - - - TOUR - - _À R. D._ - - - Au Nord au Sud - Zénith Nadir - Et les grands cris de l'Est - L'Océan se gonfle à l'Ouest - La Tour à la Roue - S'adresse - - - [Illustration: Voyage] - - - - À TRAVERS L'EUROPE - - _À M. Ch._ - - - Rotsoge - Ton visage écarlate ton biplan transformable en - hydroplan - Ta maison ronde où il nage un hareng saur - Il me faut la clef des paupières - Heureusement que nous avons vu M. Panado - Et nous sommes tranquilles de ce côté-là - Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D... - 90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers - le ventre de sa mère - - - J'ai cherché longtemps sur les routes - Tant d'yeux sont clos au bord des routes - Le vent fait pleurer les saussaies - Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre - Regarde mais regarde donc - Le vieux se lave les pieds dans la cuvette - Una volta ho inteso dire Chè vuoi - Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances - - - Et toi tu me montres un violet épouvantable - - - Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour - Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et - rouges - Où je m'en allais à la campagne avec une charmante - cheminée tenant sa chienne en laisse - Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton - La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes - La chienne aboie contre les lilas - La veilleuse est consumée - Sur la robe ont chu des pétales - Deux anneaux d'or près des sandales - Au soleil se sont allumés - Mais tes cheveux sont le trolley - À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores - - - [Illustration: Il pleut.] - - - - - ÉTENDARDS - - - - - LA PETITE AUTO - - - Le 31 du mois d'Août 1914 - Je partis de Deauville un peu avant minuit - Dans la petite auto de Rouveyre - - - Avec son chauffeur nous étions trois - - - Nous dîmes adieu à toute une époque - Des géants furieux se dressaient sur l'Europe - Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil - Les poissons voraces montaient des abîmes - Les peuples accouraient pour se connaître à fond - Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres - demeures - - - Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières - Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se - battaient - Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où - elles serpentaient - Avec les forêts les villages heureux de la Belgique - Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons - Région par où se font toujours les invasions - Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir - Saluaient encore une fois la vie colorée - Océans profonds où remuaient les monstres - Dans les vieilles carcasses naufragées - Hauteurs inimaginables où l'homme combat - Plus haut que l'aigle ne plane - L'homme y combat contre l'homme - Et descend tout à coup comme une étoile filante - - - Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité - Bâtir et aussi agencer un univers nouveau - Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille - prodigieuse - Disposait un étalage extraordinaire - Et des bergers gigantesques menaient - De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles - Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route - Et quand après avoir passé l'après-midi - Par Fontainebleau - - - [Illustration: La petite Auto.] - - - Nous arrivâmes à Paris - Au moment où l'on affichait la mobilisation - Nous comprîmes mon camarade et moi - Que la petite auto nous avait conduits dans une époque - Nouvelle - Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs - Nous venions cependant de naître - - - [Illustration: La mandoline, l'œillet et le bambou.] - - - - - FUMÉES - - - Et tandis que la guerre - Ensanglante la terre - Je hausse les odeurs - Près des couleurs-saveurs - - Et je fu - m - e - - du - - ta - bac - de - ZoNE - - Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées - Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées - Mais je connais aussi les grottes parfumées - Où gravite l'azur unique des fumées - Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour. - Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour - Tu fascines les flammes - Elles rampent à les pieds - Ces nonchalantes femmes - Tes feuilles de papier - - - - - À NÎMES - - _À Emile Léonard_ - - - Je me suis engagé sous le plus beau des cieux - Dans Nice la Marine au nom victorieux - - Perdu parmi 900 conducteurs anonymes - Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes - - L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus - Épousent ardemment et sans cesse les buts - - J'attends que le printemps commande que s'en aille - Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille - - Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts - Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons - - Un bel après-midi de garde à l'écurie - J'entends sonner les trompettes d'artillerie - - J'admire la gaîté de ce détachement - Qui va rejoindre au front notre beau régiment - - Le territorial se mange une salade - À l'anchois en parlant de sa femme malade - - 4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux - Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux - - Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures - Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures - - Je flatte de la main le petit canon gris - Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris - - Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine - Des obus dans la nuit la splendeur argentine - - Je mâche lentement ma portion de bœuf - Je me promène seul le soir de 5 à 9 - - Je selle mon cheval nous battons la campagne - Je te salue au loin belle rose ô tour Magne - - - [Illustration: La colombe poignardée et le jet d'eau.] - - - - - 2e CANONNIER CONDUCTEUR - - - Me voici libre et fier parmi mes compagnons - Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue - La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue - - [Illustration: 2e canonnier conducteur.] - - Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis - sur l'avant-train - Et conducteur par mont par vol sur le porteur - Au pas au trot ou au galop je conduis le canon - Le bras de l'officier est mon étoile polaire - Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois - la figure - Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du - sous-verge - Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux - La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit - - [Illustration: 2e canonnier conducteur.] - - Fantassins - Marchantes mottes de terre - Vous êtes la puissance - Du sol qui vous a faits - Et c'est le sol qui va - Lorsque vous avancez - Un officier passe au galop - Comme un ange bleu dans la pluie grise - Un blessé chemine en fumant une pipe - Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime - Et cette jeune femme nous salue charretiers - La Victoire se tient après nos jugulaires - Et calcule pour nos canons les mesures angulaires - Nos salves nos rafales sont ses cris de joie - Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses - Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses - - J'ENTENDS C H A - L N - E TER l'oiseau - B E - EL OISEAU RAPAC - - - - - - VEILLE - - - Mon cher André Rouveyre - Troudla la Champignon Tabatière - On ne sait quand on partira - Ni quand on reviendra - - - Au Mercure de France - Mars revient tout couleur d'espérance - J'ai envoyé mon papier - Sur papier quadrillé - - - J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant - au trot sur la grand-route où moi je veille - Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe - jusqu'à l'oreille - - - Quel - Ciel - Triste - Piste - Où - Va le - Pâle - Sou- - rire - De la lune qui me regarde écrire - - - - - OMBRE - - - Vous voilà de nouveau près de moi - Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre - L'olive du temps - Souvenirs qui n'en faites plus qu'un - Comme cent fourrures ne font qu'un manteau - Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article - de journal - Apparence impalpable et sombre qui avez pris - La forme changeante de mon ombre - Un indien à l'affût pendant l'éternité - Ombre vous rampez près de moi - Mais vous ne m'entendez plus - Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante - Tandis que moi je vous entends je vous vois encore - Destinées - Ombre multiple que le soleil vous garde - Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter - Et qui dansez au soleil sans faire de poussière - Ombre encre du soleil - Écriture de ma lumière - Caisson de regrets - Un dieu qui s'humilie - - - - - C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT - - - Il est des loups de toute sorte - Je connais le plus inhumain - Mon cœur que le diable l'emporte - Et qu'il le dépose à sa porte - N'est plus qu'un jouet dans sa main - - - Les loups jadis étaient fidèles - Comme sont les petits toutous - Et les soldats amants des belles - Galamment en souvenir d'elles - Ainsi que les loups étaient doux - - - Mais aujourd'hui les temps sont pires - Les loups sont tigres devenus - Et les Soldats et les Empires - Les Césars devenus Vampires - Sont aussi cruels que Vénus - - - J'en ai pris mon parti Rouveyre - Et monté sur mon grand cheval - Je vais bientôt partir en guerre - Sans pitié chaste et l'œil sévère - Comme ces guerriers qu'Épinal - - - Vendait Images populaires - Que Georgin gravait dans le bois - Où sont-ils ces beaux militaires - Soldats passés Où sont les guerres - Où sont les guerres d'autrefois - - - - - CASE D'ARMONS - - - La 1re édition à 25 exemplaires de _Case d'Armons_ a - été polygraphiée sur papier quadrillé, à l'encre violette, au - moyen de gélatine, à la batterie de tir (45e batterie, - 38e Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et - le tirage a été achevé le 17 juin 1915. - - - [Illustration: Loin du pigeonnier.] - - - - - RECONNAISSANCE - - - _À Mademoiselle P..._ - - - Un seul bouleau crépusculaire - Pâlit au seuil de l'horizon - Où fuit la mesure angulaire - Du cœur à l'âme et la raison - - Le galop bleu des souvenances - Traverse les lilas des yeux - - Et les canons des indolences - Tirent nies songes vers - les - cieux - - - [Illustration: S.P.] - - - [Illustration: Visée.] - - - [ILLUSTRATION: 1913.] - - - [ILLUSTRATION: Carte postale.] - - - - - SAILLANT - - _À André Level_ - - - Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude - Mais un dragon à pied sans armes - Parmi le vent quand survient la - - - - S torpille aérienne - A Le balai de verdure Grain - Salut L T'en souviens-tu de - La Rapace U Il est ici dans les pierres blé - T Du beau royaume dévasté - - Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée - - - - Vive comme un cheval pif - Un trou d'obus propre comme une salle de bain - Berger suivi de son troupeau mordoré - Mais où est un cœur et le svastica - - - Aÿ Ancien nom du renom - Le crapaud chantait les saphirs nocturnes - - Lou - [Illustration: VIVE LE CAPISTON] - Lou Verzy - - - Et le long du canal des filles s'en allaient - - - - - GUERRE - - - Rameau central de combat - Contact par l'écoute - Ou tire dans la direction «des bruits entendus» - Les jeunes de la classe 1915 - Et ces fils de fer électrisés - Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre - Avant elle nous n'avions que la surface - De la terre et des mers - Après elle nous aurons les abîmes - Le sous-sol et l'espace aviatique - Maîtres du timon - Après après - Nous prendrons toutes les joies - Des vainqueurs qui se délassent - Femmes Jeux Usines Commerce - Industrie Agriculture Métal - Feu Cristal Vitesse - Voix Regard Tact à part - Et ensemble dans le tact venu de loin - De plus loin encore - De l'Au-delà de cette terre - - - - - MUTATION - - - Une femme qui pleurait - Eh! Oh! Ha! - Des soldats qui passaient - Eh! Oh! Ha! - Un éclusier qui pêchait - Eh! Oh! Ha! - Les tranchées qui blanchissaient - Eh! Oh! Ha! - Des obus qui pétaient - Eh! Oh! Ha! - Des allumettes qui ne prenaient pas - Et tout - A tant changé - En moi - Tout - Sauf mon Amour - Eh! Oh! Ha! - - - - - ORACLES - - - Je porte votre bague - Elle est très finement ciselée - Le sifflet me fait plus plaisir - Qu'un palais égyptien - Le sifflet des tranchées - Tu sais - Tout au plus si je n'arrête pas - Les métros et les taxis avec - Ô Guerre - Multiplication de l'amour - - PETIT Avec un fil - SIFFLET on prend - à 2 trous la mesure - du doigt - - - - - 14 JUIN 1915 - - - On ne peut rien dire - Rien de ce qui se passe - Mais on change de Secteur - Ah! voyageur égaré - Pas de lettres - Mais l'espoir - Mais un journal - Le glaive antique de la Marseillaise de Rude - S'est changé en constellation - Il combat pour nous au ciel - Mais cela signifie surtout - Qu'il faut être de ce temps - Pas de glaive antique - Pas de Glaive - Mais l'Espoir - - - - - DE LA BATTERIE DE TIR - - - _Au maréchal des logis F. Bodard_ - - - Nous sommes ton collier France - Venus des Atlantides ou bien des Négrities - Des Eldorados ou bien des Cimméries - Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie - Diamants qui éclosent la nuit - Ô Roses ô France - Nous nous pâmons de volupté - À ton cou penché vers l'Est - Nous sommes l'Arc-en-terre - Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel - Signe de nos origines profondes - Étincelles - Ô nous les très belles couleurs - - - - - ÉCHELON - - Grenouilles et rainettes - Crapauds et crapoussins - Ascèse sous les peupliers et les frênes - La reine des prés va fleurir - Une petite hutte dans la forêt - Là-bas plus blanche est la blessure - - - Le Ciel - - Coquelicots - Flacon au col d'or - On a pendu la mort - À la lisière du bois - On a pendu la mort - Et ses beaux seins dorés - Se montrent tour à tour - - - [VERT. gauche et droite] - - On tire contre avions - Verdun - - L'orvet - _Le sac à malice_ - _La trousse à boutons_ - - - Ô rose toujours vive - Ô France - Embaume les espoirs d'une armée qui halète - - Le Loriot chante - - N'est-ce pas rigolo - - Enfin une plume d'épervier - - - - - VERS LE SUD - - - Zénith - Tous ces regrets - Ces jardins sans limite - Où le crapaud module un tendre cri d'azur - La biche du silence éperdu passe vite - Un rossignol meurtri par l'amour chante sur - Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses - Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier - Et les fleurs de grenade en nos regards écloses - En tombant tour à tour ont jonché le sentier - - - - - LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR - - - C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier - Auprès des canons gris tournés vers le nord - Que je songe au village africain - Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour - Et de longs discours - Nobles et joyeux - - Je revois mon père qui se battit - Contre les Achantis - Au service des Anglais - Je revois ma sœur au rire en folie - Aux seins durs comme des obus - Et je revois - Ma mère la sorcière qui seule du village - Méprisait le sel - Piler le millet dans un mortier - Je me souviens du si délicat si inquiétant - Fétiche dans l'arbre - Et du double fétiche de la fécondité - - Plus tard une tête coupée - Au bord d'un marécage - Ô pâleur de mon ennemi - C'était une tête d'argent - Et dans le marais - C'était la lune qui luisait - C'était donc une tête d'argent - Là-haut c'était la lune qui dansait - C'était donc une tête d'argent - Et moi dans l'antre j'étais invisible - C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde - Similitudes Pâleurs - Et ma sœur - Suivit plus tard un tirailleur - Mort à Arras - - Si je voulais savoir mon âge - Il faudrait le demander à l'évêque - Si doux si doux avec ma mère - De beurre de beurre avec ma sœur - C'était dans une petite cabane - Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants - J'ai connu l'affût au bord des marécages - Où la girafe boit les jambes écartées - - J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste - Le Village - Viole les femmes - Emmène les filles - Et les garçons dont la croupe dure sursaute - J'ai porté l'administrateur des semaines - De village en village - En chantonnant - Et je fus domestique à Paris - Je ne sais pas mon âge - Mais au recrutement - On m'a donné vingt ans - Je suis soldat français on m'a blanchi du coup - Secteur 59 je ne peux pas dire où - Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir - Pourquoi ne pas danser et discourir - Manger et puis dormir - Et nous tirons sur les ravitaillements boches - Ou sur les fils de fer devant les bobosses - Sous la tempête métallique - Je me souviens d'un lac affreux - Et de couples enchaînés par un atroce amour - Une nuit folle - Une nuit de sorcellerie - Comme cette nuit-ci - Où tant d'affreux regards - Éclatent dans le ciel splendide - - - - - TOUJOURS - - _À Madame Faure-Favier_ - - - Toujours - Nous irons plus loin sans avancer jamais - - Et de planète en planète - De nébuleuse en nébuleuse - Le don Juan des mille et trois comètes - Même sans bouger de la terre - Cherche les forces neuves - Et prend au sérieux les fantômes - - Et tant d'univers s'oublient - Quels sont les grands oublieurs - Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle - partie du monde - Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli - d'un continent - - Perdre - Mais perdre vraiment - Pour laisser place à la trouvaille - Perdre - La vie pour trouver la Victoire - - - - - FÊTE - - - _À André Rouveyre_ - - - Feu d'artifice en acier - Qu'il est charmant cet éclairage - Artifice d'artificier - Mêler quelque grâce au courage - - - Deux fusants - Rose éclatement - Comme deux seins que l'on dégrafe - Tendent leurs bouts insolemment - IL SUT AIMER - quelle épitaphe - - - Un poète dans la forêt - Regarde avec indifférence - Son revolver au cran d'arrêt - Des roses mourir d'espérance - - - Il songe aux roses de Saadi - Et soudain sa tête se penche - Car une rose lui redit - La molle courbe d'une hanche - - - L'air est plein d'un terrible alcool - Filtré des étoiles mi-closes - Les obus caressent le mol - Parfum nocturne où tu reposes - Mortification des roses - - - [Illustration: Madeleine.] - - - - LES SAISONS - - - C'était un temps béni nous étions sur les plages - Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau - Et vite comme va la langue d'un crapaud - L'amour blessait au cœur les fous comme les sages - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - C'était un temps béni Le temps du vaguemestre - On est bien plus serré que dans les autobus - Et des astres passaient que singeaient les obus - Quand dans la nuit survint la batterie équestre - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues - Les marmites donnaient aux rondins des cagnats - Quelque aluminium où tu t'ingénias - À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - C'était un temps béni La guerre continue - Les Servants ont limé la bague au long des mois - Le Conducteur écoute abrité dans les bois - La chanson que répète une étoile inconnue - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - [ILLUSTRATION: Venu de Dieuze.] - - - [ILLUSTRATION] - - - - LA NUIT D'AVRIL 1915 - - - _À L. de C.--C._ - - - Le ciel est étoilé par les obus des Boches - La forêt merveilleuse où je vis donne un bal - La mitrailleuse joue un air à triples-croches - Mais avez-vous le mot - Eh! oui le mot fatal - Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches - - - Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons - Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance - Et tes mille soleils ont vidé les caissons - Que les dieux de mes yeux remplissent en silence - - - Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons - - - Les obus miaulaient un amour à mourir - Un amour qui se meurt est plus doux que les autres - Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir - - - Les obus miaulaient - Entends chanter les nôtres - Pourpre amour salué par ceux qui vont périr - - - Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque - - - Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts - - - Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque - - - Couche-toi sur la paille et songe un beau remords - Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque - - - Mais - orgues - aux fétus de la paille où tu dors - L'hymne de l'avenir est paradisiaque - - - - - LUEURS DES TIRS - - - - - LA GRACE EXILÉE - - - Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel - Allez-vous-en couleurs charmantes - Cet exil t'est essentiel - Infante aux écharpes changeantes - - - Et l'arc-en-ciel est exilé - Puisqu'on exile qui l'irise - Mais un drapeau s'est envolé - Prendre ta place au vent de bise - - - - - LA BOUCLE RETROUVÉE - - - Il retrouve dans sa mémoire - La boucle de cheveux châtains - T'en souvient-il à n'y point croire - De nos deux étranges destins - - - Du boulevard de la Chapelle - Du joli Montmartre et d'Auteuil - Je me souviens murmure-t-elle - Du jour où j'ai franchi ton seuil - - - Il y tomba comme un automne - La boucle de mon souvenir - Et notre destin qui t'étonne - Se joint au jour qui va finir - - - - - REFUS DE LA COLOMBE - - - Mensonge de l'Annonciade - La Noël fut la Passion - Et qu'elle était charmante et sade - Cette renonciation - - - Si la colombe poignardée - Saigne encore de ses refus - J'en plume les ailes l'idée - Et le poème que tu fus - - - - - LES FEUX DU BIVOUAC - - - Les feux mouvants du bivouac - Éclairent des formes de rêve - Et le songe dans l'entrelac - Des branches lentement s'élève - - - Voici les dédains du regret - Tout écorché comme une fraise - Le souvenir et le secret - Dont il ne reste que la braise - - - - - LES GRENADINES REPENTANTES - - - En est-il donc deux dans Grenade - Qui pleurent sur ton seul péché - Ici l'on jette la grenade - Qui se change en un œuf coché - - - Puisqu'il en naît des coqs Infante - Entends-les chanter leurs dédains - Et que la grenade est touchante - Dans nos effroyables jardins - - - - - TOURBILLON DE MOUCHES - - - Un cavalier va dans la plaine - La jeune fille pense à lui - Et cette flotte à Mitylène - Le fil de fer est là qui luit - - - Comme ils cueillaient la rose ardente - Leurs jeux tout à coup ont fleuri - Mais quel soleil la bouche errante - À qui la bouche avait souri - - - - - L'ADIEU DU CAVALIER - - - Ah Dieu! que la guerre est jolie - Avec ses chants ses longs loisirs - Cette bague je l'ai polie - Le vent se mêle à vos soupirs - - - Adieu! voici le boute-selle - Il disparut dans un tournant - Et mourut là-bas tandis qu'elle - Riait au destin surprenant - - - - - LE PALAIS DU TONNERRE - - - Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie - En regardant le paroi adverse qui semble en nougat - On voit à gauche et à droite fuir l'humide couloir désert - Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux - yeux réglementaires qui servent à l'attacher sous les - caissons - Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte - Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches - Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe - blanchâtre - Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé - par quelques lignes droites - Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui - paraît ancien - Le plafond est fait de traverses de chemin de fer - Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes - d'aiguilles de sapin - Et de temps en temps des débris de craie tombent - comme des morceaux de vieillesse - - - À côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce - qui sert généralement aux emballages - Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un - feu semblable à l'âme - Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il - dévore et fugitif - Les fils de fer se tendent partout servant de sommier - supportant des planches - Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille - choses - Comme on fait à la mémoire - Des musettes bleues des casques bleus des cravates - bleues des vareuses bleues - Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs - Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie - - - Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux - dorés à tête émaillée - Noirs blancs rouges - Funambules qui attendent leur tour de passer sur les - trajectoires - Et font un ornement mince et élégant à cette demeure - souterraine - Ornée de six lits placés en fer à cheval - Six lits couverts de riches manteaux bleus - - - Sur le palais il y a un haut tumulus de craie - Et des plaques de tôle ondulée - Fleuve figé de ce domaine idéal - Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la - mélinite - Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés - Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes - Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais - Le palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi - petite qu'une souris - Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros - bout d'une lunette - Petit palais où tout s'assourdit - Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien - Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme - un roi - Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse - Un journal du jour traîne par terre - Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure - Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique - Le goût de l'anticaille - Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes - Tout y était si précieux et si neuf - Tout y est si précieux et si neuf - Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y - apparaît - Plus précieuse - Que ce qu'on a sous la main - Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche - et si neuve - Et deux marches neuves - Elles n'ont pas deux semaines - Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique - sans imiter l'antique - Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf - est ce qui est - Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique - Et ce qui est surchargé d'ornements - A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle - antique - Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure - De ce qui est neuf et qui sert - Surtout si cela est simple simple - Aussi simple que le petit palais du tonnerre - - - - - PHOTOGRAPHIE - - - Ton sourire m'attire comme - Pourrait m'attirer une fleur - Photographie tu es le champignon brun - De la forêt - Qu'est sa beauté - Les blancs y sont - Un clair de lune - Dans un jardin pacifique - Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés - Photographie tu es la fumée de l'ardeur - Qu'est sa beauté - Et il y a en toi - Photographie - Des tons alanguis - On y entend - Une mélopée - Photographie tu es l'ombre - Du Soleil - Qu'est sa beauté - - - - - L'INSCRIPTION ANGLAISE - - - C'est quelque chose de si ténu de si lointain - Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser - Forme limitée par la mer bleue - Par la rumeur d'un train en marche - Par l'odeur des eucalyptus des mimosas - Et des pins maritimes - - _Mais le contact et la saveur_ - - - Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la - tête sur le quai de la gare à Marseille - Et s'en alla - Sans savoir - Que son souvenir planerait - Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce - Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition - À travers la fumée d'écorce de bouleau - Qui sent l'encens minéen - Tandis que les volutes bleuâtres qui montent - D'un cigare écrivent le plus tendre des noms - Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant - Écrivent aussi le nom émouvant - Dont chaque lettre se love en belle anglaise - - - Et le soldat n'ose point achever - Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter - Cette calligraphie sylvestre et vernale - - - - - DANS L'ABRI-CAVERNE - - - Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes - vers moi - Une force part de nous qui est un feu solide qui nous - soude - Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous - ne pouvons nous apercevoir - En face de moi la paroi de craie s'effrite - Il y a des cassures - De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent - être faites dans de la stéarine - Des coins de cassures sont arrachés par le passage des - types de ma pièce - Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide - On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de - fond - Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher - Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids - qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où - Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie - qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu - encore cultiver ou élever ou humaniser - Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il - manque ce qui éclaire - C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours - Heureusement que ce n'est que ce soir - Les autres jours je me rattache à toi - Les autres jours je me console de la solitude et de toutes - les horreurs - En imaginant ta beauté - Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié - Puis je pense que je l'imagine en vain - Je ne la connais par aucun sens - Ni même par les mots - Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain - Existe-tu mon amour - Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir - Pour peupler la solitude - Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs - avaient douées pour moins s'ennuyer - Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que - dans mon imagination - - - - - FUSÉE - - - La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor - Ma pensée te rejoint et la tienne la croise - Tes seins sont les seuls obus que j'aime - Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à - pointer la nuit - - - En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes - hanches - - - Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un - journal - - - Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa - gueule - - - Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit - chat et pattes de chat - - - Une souris verte file parmi la mousse - - - Le riz a brûlé dans la marmite de campement - Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses - - - Le mégaphone crie - Allongez le tir - - - Allongez le tir amour de vos batteries - - - Balance des batteries lourdes cymbales - Qu'agitent les chérubins fous d'amour - En l honneur du Dieu des Armées - - - Un arbre dépouillé sur une butte - - - Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée - - - Ô vieux monde du XIXe siècle plein de hautes cheminées - si belles et si pures - - - Virilités du siècle où nous sommes - Ô canons - - - Douilles éclatantes des obus de 75 - Carillonnez pieusement - - - - - DÉSIR - - - Mon désir est la région qui est devant moi - Derrière les lignes boches - Mon désir est aussi derrière moi - Après la zone des armées - - Mon désir c'est la butte du Mesnil - Mon désir est là sur quoi je tire - De mon désir qui est au delà de la zone des armées - Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense - - Butte du Mesnil je t'imagine en vain - Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs - d'eux - Trop enfoncés sous terre déjà enterrés - Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant - - En y veillant tard dans la nuit - Le Decauville qui toussote - La tôle ondulée sous la pluie - Et sous la pluie ma bourguignotte - - Entends la terre véhémente - Vois les lueurs avant d'entendre les coups - - - Et tel obus siffler de la démence - Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût - - - Je désire - Te serrer dans ma main Main de Massiges - Si décharnée sur la carte - - - Le boyau Gœthe où j'ai tiré - J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche - Décidément je ne respecte aucune gloire - - - Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par - moments - Nuit des hommes seulement - Nuit du 24 septembre - Demain l'assaut - Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond - devenait plus intense de minute en minute - Nuit qui criait comme une femme qui accouche - Nuit des hommes seulement - - - - - CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE - - - _À M. Joseph Granié_ - - - Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée - Voici le nez des soldats invisibles - Moi l'horizon invisible je chante - Que les civils et les femmes écoutent ces chansons - Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé - - - Le sol est blanc la nuit l'azure - Saigne la crucifixion - Tandis que saigne la blessure - Du soldat de Promission - - - Un chien jappait l'obus miaule - La lueur muette a jailli - À savoir si la guerre est drôle - Les masques n'ont pas tressailli - - - Mais quel fou rire sous le masque - Blancheur éternelle d'ici - Où la colombe porte un casque - Et l'acier s'envole aussi - - - Je suis seul sur le champ de bataille - Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux - L'obus miaule - Je te tuerai - Animez-vous fantassins à passepoil jaune - Grands artilleurs roux comme des taupes - Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens - Veloutés de toutes les nuances du velours - Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres - Ou déteints - Venez le pot en tête - Debout fusée éclairante - Danse grenadier en agitant tes pommes de pin - Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs - Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous - Sculptez les profondeurs - Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les - avettes - Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon - Écoutez renaître les oracles qui avaient cessé - Le grand Pan est ressuscité - - - Champagne viril qui émoustille la Champagne - Hommes faits jeunes gens - Caméléon des autos-canons - Et vous classe 16 - Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans - les cieux - J'étais content pourtant ça brûlait la paupière - Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms - Œil du Breton blessé couché sur la civière - Et qui criait aux morts aux sapins aux canons - _Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre_ - - - Boyaux et rumeur du canon - Sur cette mer aux blanches vagues - Fou stoïque comme Zénon - Pilote du cœur tu zigzagues - - - Petites forêts de sapins - La nichée attend la becquée - Pointe-t-il des nez de lapins - Comme l'euphorbe verruquée - - - Ainsi que l'euphorbe d'ici - Le soleil à peine boutonne - Je l'adore comme un Parsi - Ce tout petit soleil d'automne - - - Un fantassin presque un enfant - Bleu comme le jour qui s'écoule - Beau comme mon cœur triomphant - Disait en mettant sa cagoule - - - _Tandis que nous n'y sommes pas_ - _Que de filles deviennent belles_ - _Voici l'hiver et pas à pas_ - _Leur beauté s'éloignera d'elles_ - - _Ô Lueurs soudaines des tirs_ - _Cette beauté que j'imagine_ - _Faute d'avoir des souvenirs_ - _Tire de vous son origine_ - - _Car elle n'est rien que l'ardeur_ - _De la bataille violente_ - Et de la terrible lueur - Il s'est fait une muse ardente - - - Il regarde longtemps l'horizon - Couteaux tonneaux d'eau - Des lanternes allumées se sont croisées - Moi l'horizon je combattrai pour la victoire - Je suis l'invisible qui ne peut disparaître - Je suis comme l'onde - Allons ouvrez les écluses que je me précipite - tout - - - - - OCÉAN DE TERRE - - - _À G. de Chirico_ - - - J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan - Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux - Des poulpes grouillent partout où se tiennent les - murailles - Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux - vitres - Maison humide - Maison ardente - Saison rapide - Saison qui chante - Les avions pondent des œufs - Attention on va jeter l'ancre - Attention à l'encre que l'on jette - Il serait bon que vous vinssiez du ciel - Le chèvrefeuille du ciel grimpe - Les poulpes terrestres palpitent - - Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres - fossoyeurs - Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs - pâles - Autour de la maison il y a cet océan que tu connais - Et qui ne se repose jamais - - - - - OBUS COULEUR DE LUNE - - - - - MERVEILLE DE LA GUERRE - - - Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit - Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour - regarder - Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour - yeux bras et cœurs - - - Jai reconnu ton sourire et ta vivacité - - - C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices - dont les chevelures sont devenues des comètes - Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps - et à toutes les races - Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que - le temps de mourir - - - Comme c'est beau toutes ces fusées - Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore - S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet - et relatif comme les lettres d'un livre - Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des - mourants - - - Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus - encore - Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre - et s'évanouit aussitôt - Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno - C'est un banquet que s'offre la terre - Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles - La terre a faim et voici son festin de Balthasar - cannibale - - - Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage - Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain - C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui - n'est ma foi pas désagréable - Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait - avec la terre - il n'avale que les âmes - Ce qui est une façon de ne pas se nourrir - Et se contente de jongler avec des feux versicolores - - - Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec - toute ma compagnie au long des longs boyaux - - Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma - présence - J'ai creusé le lit ou je coule en me ramifiant en mille - petits fleuves qui vont partout - Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant - je suis partout ou plutôt je commence à être partout - C'est moi qui commence celte chose des siècles à venir - Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare - volant - - - Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire - Qui fut à la guerre et sut être partout - Dans les villes heureuses de l'arrière - Dans tout le reste de l'univers - Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé - Dans les femmes dans les canons dans les chevaux - Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux - Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes - - - Et ce serait sans doute bien plus beau - Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles - je suis partout - Pouvaient m'occuper aussi - Mais dans ce sens il n'y a rien de fait - Car si je suis partout à cette heure il n'y a cependant - que moi qui suis en moi - - - - - EXERCICE - - - Vers un village de l'arrière - S'en allaient quatre bombardiers - Ils étaient couverts de poussière - Depuis la tête jusqu'aux pieds - - - Ils regardaient la vaste plaine - En parlant entre eux du passé - Et ne se retournaient qu'à peine - Quand un obus avait toussé - - - Tous quatre de la classe seize - Parlaient d'antan non d'avenir - Ainsi se prolongeait l'ascèse - Qui les exerçait à mourir - - - - - À L'ITALIE - - - _À Ardengo Soffici_ - - - L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans - la zone des armées - J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva - Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année - Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même - C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées - Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la - Marne - - - J'évoquais le sac de Rome par les Allemands - Le sac de Rome qu'ont décrit - Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin - Je me disais - Est-il possible que la nation - Qui est la mère de la civilisation - Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la - détruire - - - Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes - Les fantômes des Esclaves toujours frémissants - Se sont dressés en criant SUS AUX TUDESQUES - Nous l'armée invisible aux cris éblouissants - Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de - terre - Nous te tournons bénignement le dos Italie - Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien - Italie mère qui est aussi notre fille - - - Nous sommes là tranquillement et sans tristesse - Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins - nous tombions - Nous savons qu'un autre prendrait notre place - Et que les Armées ne périront jamais - - - Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits - C'est la guerre qui est longue - - - Italie - Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une - sœur - J'ai comme toi pour me réconforter - Le quart de pinard - Qui met tant de différence entre nous et les Boches - J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux - des 75 - - - Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches - et je sais rigoler - Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces - gens sans mesure que leurs actions dépassent sans - qu'ils sachent s'amuser - Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils - emploient - Elle est au delà de la vie confortable - Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie - Les fleurs sont nos enfants et non les leurs - Même la fleur de lys qui meurt au Vatican - - - La plaine est infinie et les tranchées sont blanches - Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles - Sur les roses momentanés des éclatements - Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements - De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées - - - Nous jouissons de tout même de nos souffrances - Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il - faut - Nous sommes narquois car nous savons faire la part des - choses - Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades - que chez celui qui plume les patates - Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots - sonores - - Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de - la majesté héroïque et le courageux honneur - individuel - Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous - dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui - se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de - l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure - Et nous fumons du gros avec volupté - - - C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par - l'électricité en bâton - Je pense à toi pays des 2 volcans - Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au - moment de Messine - Je salue le Colleoni équestre de Venise - Je salue la chemise rouge - Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir - aux hauts faits de ta bleusaille - Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de - bonheur ou de malheur en ce monde - Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que - les Boches m'en empêcheraient - Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous - avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite - remplacé par je ne sais quelles commodités dont je - n'ai que faire - - - Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et - qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir - Une même destinée nous lie en cette occase - - - Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis - Mais pour chacun de toi Italie - - - Ne te borne point à prendre les terres irrédentes - Mets ton destin dans la balance où est le nôtre - - - Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux - d'escargots - Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la - terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins - - - Notre armée invisible est une belle nuit constellée - Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux - - - Ô nuit ô nuit éblouissante - Les morts sont avec nos soldats - Les morts sont debout dans les tranchées - Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées - Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers - Nous jetons nos villes comme des grenades - Nos fleuves sont brandis comme des sabres - Nos montagnes chargent comme cavalerie - - - Nous reprendrons les villes les fleuves les collines - De la frontière helvétique aux frontières bataves - Entre toi et nous Italie - Il y a des patelins pleins de femmes - Et près de toi m'attend celle que j'adore - Ô Frères d'Italie - - - Ondes nuages délétères - Métalliques débris qui vous rouillez partout - Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête - Italie - Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras - Et ce soldat blessé toujours debout Arras - - - Et maintenant chantons ceux qui sont morts - Ceux qui vivent - Les officiers les soldats - Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les - chevaux - Chantons les bagues pâles les casques - Chantons ceux qui sont morts - Chantons la terre qui bâille d'ennui - Chantons et rigolons - Durant des années - Italie - Entends braire l'âne boche - Faisons la guerre à coups de fouets - Faits avec les rayons du soleil - Italie - Chantons et rigolons - Durant des années - - - - - LA TRAVERSÉE - - - Du joli bateau de Port-Vendres - Tes yeux étaient les matelots - Et comme les flots étaient tendres - Dans les parages de Palos - - - Que de sous-marins dans mon âme - Naviguent et vont l'attendant - Le superbe navire où clame - Le chœur de ton regard ardent. - - - - - IL Y A - - - Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée - Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait - des asticots dont naîtraient les étoiles - Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour - Il y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus - autour de moi - Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz - asphyxiants - Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de - Nietzsche de Goethe et de Cologne - Il y a que je languis après une lettre qui tarde - Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon - amour - Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète - Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des - pièces - Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de - l'Abre isolé - Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme - l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec - quoi il se confond - Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour - Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communications - de la T S F sur l'Atlantique - Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour - les cercueils - Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris - devant un Christ sanglant à Mexico - Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant - Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres - Il y a des croix partout de-ci de-là - Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie - Il y a les longues mains souples de mon amour - Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de 15 centimètres - et qu'on n'a pas laissé partir - Il y a ma selle exposée à la pluie - Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours - Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur - Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse - sur son dos - Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été - à la guerre - Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les - campagnes occidentales - Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent - s'ils les reverront - Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de - l'invisibilité - - - - - L'ESPIONNE - - - Pâle espionne de l'Amour - Ma mémoire à peine fidèle - N'eut pour observer cette belle - Forteresse qu'une heure un jour - - - Tu te déguises - À ta guise - Mémoire espionne du cœur - Tu ne retrouves plus l'exquise - Ruse et le cœur seul est vainqueur - - - Mais la vois-tu cette mémoire - Les yeux bandés prête à mourir - Elle affirme qu'on peut l'en croire - Mon cœur vaincra sans coup férir - - - - - LE CHANT D'AMOUR - - Voici de quoi est fait le chant symphonique de l'amour - Il y a le chant de l'amour de jadis - Le bruit des baisers éperdus des amants illustres - Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux - Les virilités des héros fabuleux érigées comme des - pièces contre avions - Le hurlement précieux de Jason - Le chant mortel du cygne - Et l'hymne victorieux que les premiers rayons du soleil - ont fait chanter à Memnon l'immobile - Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement - Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles - La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes - tropicales - Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible - amour des peuples - Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté - - - Il y a là le chant de tout l'amour du monde - - - - - AUSSI BIEN QUE LES CIGALES - - - - _gens du midi_ ne savez pas M - _gens du mi_ creuser que ais - _di vous n'_ vous ne sa vous - _avez donc_ vez pas vous savez - _pas regar_ éclairer ni encore - _dé les ciga_ voir Que vous boire com le jour - _les que vous_ manque-t-il me les ci de gloire - donc pour gales ô se - voir aus gens du mi _c_ ra - si bien di gens du _reusez_ ce - que les soleil gens qui _voyez bu_ lui - ciga devriez savoir _vez pissez_ où - les creuser et voir _comme_ vous - aussi bien pour le _les ciga_ sau - moins aussi bien _les_ rez - que les cigales creu - Eh quoi! vous savez _gens du Midi il faut_ ser - boire et ne savez _creuser voir boire_ pour - plus pisser utile _pisser aussi bien que_ bien - ment comme les _les cigales_ sor - cigales LA JOIE _pour chan_ tir - ADORABLE _ter com_ au - DE LA PAIX _me elles_ so - SOLAIRE leil - - - - - SIMULTANÉITÉS - - - Les canons tonnent dans la nuit - On dirait des vagues tempête - Des cœurs où pointe un grand ennui - Ennui qui toujours se répète - - - Il regarde venir là-bas - Les prisonniers L'heure est si douce - Dans ce grand bruit ouaté très bas - Très bas qui grandit sans secousse - - - Il tient son casque dans ses mains - Pour saluer la souvenance - Des lys des roses des jasmins - Éclos dans les jardins de France - - - Et sous la cagoule masqué - Il pense à des cheveux si sombres - Mais qui donc l'attend sur le quai - Ô vaste mer aux mauves ombres - - Belles noix du vivant noyer - La grand folie en vain vous gaule - Brunette écoute gazouiller - La mésange sur ton épaule - - - Notre amour est une lueur - Qu'un projecteur du cœur dirige - Vers l'ardeur égale du cœur - Qui sur le haut Phare s'érige - - - Ô phare-fleur mes souvenirs - Les cheveux noirs de Madeleine - Les atroces lueurs des tirs - Ajoutent leur clarté soudaine - À tes beaux yeux ô Madeleine - - - [Illustration: Du coton dans les oreilles.] - - - Ceux qui revenaient de la mort - En attendaient une pareille - Et tout ce qui venait du nord - Allait obscurcir le soleil - - Mais que voulez-vous - c'est son sort - Allô la truie - - C'est quand sonnera le réveil - - ALLÔ LA TRUIE - - La sentinelle au long regard - La sentinelle au long regard - Et la cagnat s'appelait - - LES CÉNOBITES - TRANQUILLES - - La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard - Allô la truie - - - Tant et tant de coquelicots - D'où tant de sang a-t-il coulé - Qu'est-ce qu'il se met dans le coco - Bon sang de bois il s'est saoulé - Et sans pinard et sans tacot - Avec de l'eau - Allô la truie - - - Le silence des phonographes - Mitrailleuses des cinémas - Tout l'échelon là-bas piaffe - Fleurs de feu des lueurs-frimas - Puisque le canon avait soif - Allô la truie - Et les trajectoires cabrées - Trébuchements de soleils-nains - Sur tant de chansons déchirées - - - Il a l'Étoile du Bénin - Mais du singe en boîtes carrées - Crois-tu qu'il y aura la guerre - Allô la truie - Ah! s'il vous plaît - Ami l'Anglais - Ah! qu'il est laid - Ton frère ton frère ton frère de lait - - - Et je mangeais du pain de Gênes - En respirant leurs gaz lacrymogènes - Mets du coton dans tes oreilles - D'siré - - - Puis ce fut cette fleur sans nom - À peine un souffle un souvenir - Quand s'en allèrent les canons. - Au tour des roues heure à courir - La baleine a d'autres fanons - Éclatements qui nous fanons - - - Mais mets du coton dans des oreilles - Evidemment les fanions - Des signaleurs - Allô la truie - - - _Ici la musique militaire joue_ - _Quelque chose_ - _ Et chacun se souvient d'une joue_ - _Rose_ - _Parce que même les airs entraînants_ - _Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à_ - _la guerre_ - - Écoute s'il pleut écoute s'il pleut - - - - - puis sol des con la - é dats Flan fon pluie - cou a dres dez- si - tez veu à vous ten - tom gles l' a dre - ber per a vec la - la dus go l' pluie - pluie par nie ho si - si mi sous ri dou - ten les la zon ce - dre che pluie beaux - et vaux fi ê - si de ne tres - dou fri la in - ce se pluie vi - sous si si - la ten bles - lu dre sous - ne et la - li si pluie - qui dou fi - de ce ne - - Les longs boyaux où tu chemines - Adieu les cagnats d'artilleurs - - Tu retrouveras - La tranchée en première ligne - Les éléphants des pare-éclats - Une girouette maligne - Et les regards des guetteurs las - Qui veillent le silence insigne - Ne vois-tu rien venir - - au - Pé - ris - co - pe - - La balle qui froisse le silence - Les projectiles d'artillerie qui glissent - Comme un fleuve aérien - Ne mettez plus de coton dans les oreilles - Ça n'en vaut plus la peine - Mais appelez donc Napoléon sur la tour - Allô - - Le petit geste du fantassin qui se gratte au - où les totos le démangent - La vague - Dans les caves - Dans les caves - - - - - LA TÊTE ÉTOILÉE - - - - - LE DÉPART - - - Et leurs visages étaient pâles - Et leurs sanglots s'étaient brisés - - - Comme la neige aux purs pétales - Ou bien tes mains sur mes baisers - Tombaient les feuilles automnales - - - - - LE VIGNERON CHAMPENOIS - - - Le régiment arrive - Le village est presque endormi dans la lumière parfumée - Un prêtre a le casque en tête - La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie - Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu - Bonjour soldats - Je les ai vus passer et repasser en courant - Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang - fermente - Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne - Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne - J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une - charmante artillerie - - - La nuit est blonde ô vin blond - Un vigneron chantait courbé dans sa vigne - Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon - Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante - Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre - Un vigneron champenois qui est un artilleur - - - C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche - Puis les soldats s'en iront là-haut - Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes - Allons Adieu messieurs tâchez de revenir - Mais nul ne sait ce qui peut advenir - - - - - CARTE POSTALE - - - Je t'écris de dessous la tente - Tandis que meurt ce jour d'été - Où floraison éblouissante - Dans le ciel à peine bleuté - Une canonnade éclatante - Se fane avant d'avoir été - - - [Illustration: Éventail des saveurs.] - - - - - SOUVENIRS - - - Deux lacs nègres - Entre une forêt - Et une chemise qui sèche - - - Bouche ouverte sur un harmonium - C'était une voix faite d'yeux - Tandis qu'il traîne de petites gens - - - Une toute petite vieille au nez pointu - J'admire la bouillotte d'émail bleu - Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure - - - Un monsieur en bras de chemise - Se rase près de la fenêtre - En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien - Ça fait tout un opéra - - - Toi qui te tournes vers le roi - Est-ce que Dieu voudrait mourir encore - - - - - L'AVENIR - - - Soulevons la paille - Regardons la neige - Écrivons des lettres - Attendons des ordres - - - Fumons la pipe - En songeant à l'amour - Les gabions sont là - Regardons la rose - - - La fontaine n'a pas tari - Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni - Regardons l'abeille - Et ne songeons pas à l'avenir - - - Regardons nos mains - Qui sont la neige - La rose et l'abeille - Ainsi que l'avenir - - - - - UN OISEAU CHANTE - - - Un oiseau chante ne sais où - C'est je crois ton âme qui veille - Parmi tous les soldats d'un sou - Et l'oiseau charme mon oreille - - - Écoute il chante tendrement - Je ne sais pas sur quelle branche - Et partout il va me charmant - Nuit et jour semaine et dimanche - - - Mais que dire de cet oiseau - Que dire des métamorphoses - De l'âme en chant dans l'arbrisseau - Du cœur en ciel du ciel en roses - - - L'oiseau des soldats c'est l'amour - Et mon amour c'est une fille - La rose est moins parfaite et pour - Moi seul l'oiseau bleu s'égosille - - - Oiseau bleu comme le cœur bleu - De mon amour au cœur céleste - Ton chant si doux répète-le - À la mitrailleuse funeste - - - Qui claque à l'horizon et puis - Sont-ce les astres que l'on sème - Ainsi vont les jours et les nuits - Amour bleu comme est le cœur même - - - - - CHEVAUX DE FRISE - - - Pendant le blanc et nocturne novembre - Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie - Vieillissaient encore sous la neige - Et semblaient à peine des chevaux de frise - Entourés de vagues de fils de fer - Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps - Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent - Les fleurs de l'amour - - - Pendant le blanc et nocturne novembre - Tandis que chantaient épouvantablement les obus - Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient - Leurs mortelles odeurs - Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine - - La neige met de pâles fleurs sur les arbres - Et toisonne d'hermine les chevaux de frise - Que l'on voit partout - Abandonnés et sinistres - Chevaux muets - - - Non chevaux barbes mais barbelés - Et je les anime tout soudain - En troupeau de jolis chevaux pies - Qui vont vers toi comme de blanches vagues - Sur la Méditerranée - Et t'apportent mon amour - Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue - ô Madeleine - Je t'aime avec délices - Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches - Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent - Si je songe à tes seins le Paraclet descend - Ô double colombe de ta poitrine - Et vient délier ma langue de poète - Pour te redire - Je t'aime - Ton visage est un bouquet de fleurs - Aujourd'hui je te vois non Panthère - Mais Toutefleur - Et je te respire ô ma Toutefleur - Tous les lys montent en toi comme des cantiques - d'amour et d'allégresse - Et ces chants qui s'envolent vers toi - M'emportent à ton côté - Dans ton bel Orient où les lys - Se changent en palmiers qui de leurs belles mains - Me font signe de venir - La fusée s'épanouit fleur nocturne - Quand il fait noir - Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses - De larmes heureuses que la joie fait couler - Et je t'aime comme tu m'aimes - Madeleine - - - - - CHANT DE L'HONNEUR - - - - LE POÈTE - - - Je me souviens ce soir de ce drame indien - Le Chariot d'Enfant un voleur y survient - Qui pense avant de faire un trou dans la muraille - Quelle forme il convient de donner à l'entaille - Afin que la beauté ne perde pas ses droits - Même au moment d'un crime - Et nous aurions je crois - À l'instant de périr nous poètes nous hommes - Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes - - Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté - N'est la plupart du temps que la simplicité - Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée - Étaient restés debout et la tête penchée - S'appuyant simplement contre le parapet - - J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait - Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes - Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes - - Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit - Dans les éboulements et la boue et le froid - Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture - Anxieux nous gardons la route de Tahure - - - J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir - Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure - Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir - - - Cette nuit est si belle où la balle roucoule - Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule - Parfois une fusée illumine la nuit - C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit - La terre se lamente et comme une marée - Monte le flot chantant dans mon abri de craie - Séjour de l'insomnie incertaine maison - De l'Alerte la Mort et la Démangeaison - - - - LA TRANCHÉE - - - Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse - Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort - Tapie au fond du sol je vous guette jalouse - Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord - - - - LES BALLES - - - De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile - Abeilles le butin qui sanglant emmielle - Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle - Provient de ce jardin exquis l'humanité - Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté - - - - LE POÈTE - - - Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes - Si des fleuves de sang limitent les royaumes - Et même de l'Amour on sait la cruauté - C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté - Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise - Elle porte cent noms dans la langue française - Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là - Que la même Beauté - - - - LA FRANCE - - Poète honore-la - Souci de la Beauté non souci de la Gloire - Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire - - - - LE POÈTE - - - Ô poètes des temps à venir ô chanteurs - Je chante la beauté de toutes nos douleurs - J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux - Donner un sens sublime aux gestes glorieux - Et fixer la grandeur de ces trépas pieux - - - L'un qui détend son corps en jetant des grenades - L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades - L'autre les bras ballants porte des seaux de vin - Et le prêtre-soldat dit le secret divin - - - J'interprète pour tous la douceur des trois notes - Que lance un loriot canon quand tu sanglotes - - - Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré - Ma génération sur ton trépas sacré - - - Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude - Chantez ce que je chante un chant pur le prélude - Des chants sacrés que la beauté de notre temps - Saura vous inspirer plus purs plus éclatants - Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir - En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir - - - 17 décembre 1915 - - - - - CHEF DE SECTION - - - Ma bouche aura des ardeur de géhenne - Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction - Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur - Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut - Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté - Ton âme s'agitera comme une région pendant un - tremblement de terre - Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est - amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle - existe - Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine - de disparates - Variée comme un enchanteur qui sait varier ses - métamorphoses - L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon - amour - Elle te le murmure de loin - Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la - minute prescrite pour l'assaut - - - - - TRISTESSE D'UNE ÉTOILE - - - Une belle Minerve est l'enfant de ma tête - Une étoile de sang me couronne à jamais - La raison est au fond et le ciel est au faîte - Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais - - - C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire - Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé - Mais le secret malheur qui nourrit mon délire - Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé - - - Et je porte avec moi cette ardente souffrance - Comme le ver luisant tient son corps enflammé - Comme au cœur du soldat il palpite la France - Et comme au cœur du lys le pollen parfumé - - - - - LA VICTOIRE - - - - Un coq chante je rêve et les feuillards agitent - Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins - - - Ailés et tournoyants comme Icare le faux - Des aveugles gesticulant comme des fourmis - Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir - - - Leurs rires amassés en grappes de raisin - - - Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais - Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient - Mon lit ma lampe et mon casque troué - - Regards précieux saphirs taillés aux environs de - Saint-Claude - Les jours étaient une pure émeraude - - - Je me souviens de toi ville des météores - Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne - dort - - - Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets - - - Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel - Qu'il garde son hoquet - - - On imagine difficilement - À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles - - - À l'institut des jeunes aveugles on a demandé - _N'avez-vous point de jeune aveugle ailé_ - - - Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau - langage - Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire - - - Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir - Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace - Qu'on les fait encore servir à la poésie - - - Mais elles sont comme des malades sans volonté - Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme - La mimique suffit bien au cinéma - - Mais entêtons-nous à parler - Remuons la langue - Lançons des postillons - On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de - nouveaux sons - On veut des consonnes sans voyelles - Des consonnes qui pèsent sourdement - Imitez le son de la toupie - Laisser pétiller un son nasal et continu - Faites claquer votre langue - Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans - civilité - Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle - consonne - - - Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours - claironnants - Habituez-vous à roter à volonté - Et quelle lettre grave comme un son de cloche - À travers nos mémoires - Nous n'aimons pas assez la joie - De voir les belles choses neuves - Ô mon amie hâte-toi - Crains qu'un jour un train ne t'émeuve - Plus - Regarde-le plus vite pour toi - Ces chemins de fer qui circulent - Sortiront bientôt de la vie - Ils seront beaux et ridicules - - - Deux lampes brûlent devant moi - Comme deux femmes qui rient - Je courbe tristement la tête - Devant l'ardente moquerie - Ce rire se répand - Partout - Parlez avec les mains faites claquer vos doigts - Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour - Ô paroles - Elles suivent dans la myrtaie - L'Eros et l'Antéros en larmes - Je suis le ciel de la cité - - - Écoutez la mer - - - La mer gémir au loin et crier toute seule - Ma voix fidèle comme l'ombre - Veut être enfin l'ombre de la vie - Veut être ô mer vivante infidèle comme toi - - - La mer qui a trahi des matelots sans nombre - Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés - Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre - Que jettent des oiseaux les ailes éployées - - - La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble - Avance et soutiens-moi je regrette les mains - De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble - Quelle oasis de bras m'accueillera demain - Connais-tu cette joie de voir des choses neuves - - - Ô voix je parle le langage de la mer - Et dans le port la nuit les dernières tavernes - Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne - - - La rue où nagent mes deux mains - Aux-doigts subtils fouillant la ville - S'en va mais qui sait si demain - La rue devenait immobile - Qui sait ou serait mon chemin - - - Songe que les chemins de fer - Seront démodés et abandonnés dans peu de temps - Regarde - - - La Victoire avant tout sera - De bien voir au loin - De tout voir - De près - Et que tout ait un nom nouveau - - - - - LA JOLIE ROUSSE - - - Me voici devant tous un homme plein de sens - Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut - connaître - Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour - Ayant su quelquefois imposer ses idées - Connaissant plusieurs langages - Ayant pas mal voyagé - Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie - Blessé à la tête trépané sous le chloroforme - Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte - Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul - pourrait des deux savoir - Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre - Entre nous et pour nous mes amis - Je juge cette longue querelle de la tradition et de - l'invention - De l'Ordre et de l'Aventure - - - Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu - Bouche qui est l'ordre même - Soyez indulgents quand vous nous comparez - À ceux qui furent la perfection de l'ordre - Nous qui quêtons partout l'aventure - - - Nous ne sommes pas vos ennemis - Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges - domaines - Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir - Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues - Mille phantasmes impondérables - Auxquels il faut donner de la réalité - Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout - se tait - Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir - Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières - De l'illimité et de l'avenir - Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés - - - Voici que vient l'été la saison violente - Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps - Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente - Et j'attends - Pour la suivre toujours la forme noble et douce - Qu'elle prend afin que je l'aime seulement - Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant - Elle a l'aspect charmant - D'une adorable rousse - - - Ses cheveux sont d'or on dirait - Un bel éclair qui durerait - Ou ces flammes qui se pavanent - Dans les roses-thé qui se fanent - - - Mais riez riez de moi - Hommes de partout surtout gens d'ici - Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire - Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire - Ayez pitié de moi - - - - - TABLE - - - ONDES - - LIENS - LES FENÊTRES - PAYSAGE - LES COLLINES - ARBRE - LUNDI RUE CHRISTINE - LETTRE-OCÉAN - SUR LES PROPHÉTIES - LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY - LA CRAVATE ET LA MONTRE - UN FANTOME DE NUÉES - CŒUR COURONNE ET MIROIR - TOUR - VOYAGE - À TRAVERS L'EUROPE - IL PLEUT - - - ÉTENDARDS - - LA PETITE AUTO - LA MANDOLINE l'ŒILLET ET LE BAMBOU - FUMÉE - À NÎMES - LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU - 2e CANONNIER CONDUCTEUR - VEILLE - OMBRE - C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT - - - CASE D'ARMONS - - LOIN DU PIGEONNIER - RECONNAISSANCE - S. P. - VISÉE - 1915 - CARTE POSTALE - SAILLANT - GUERRE - MUTATION - ORACLES - 14 JUIN 1915 - DE LA BATTERIE DE TIR - ÉCHELON - VERS LE SUD - LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR - TOUJOURS - FÊTE - MADELEINE - LES SAISONS - VENU DE DIEUZE - LA NUIT D'AVRIL 1915 - - - LUEURS DES TIRS - - LA GRACE EXILÉE - LA BOUCLE RETROUVÉE - REFUS DE LA COLOMBE - LES FEUX DU BIVOUAC - LES GRENADINES REPENTANTES - TOURBILLON DE MOUCHES - L'ADIEU DU CAVALIER - LE PALAIS DU TONNERRE - PHOTOGRAPHIE - L'INSCRIPTION ANGLAISE - DANS L'ABRI-CAVERNE - FUSÉE - DÉSIR - CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE - OCÉAN DE TERRE - - - OBUS COULEUR DE LUNE - - MERVEILLE DE LA GUERRE - EXERCICE - À L'ITALIE - LA TRAVERSÉE - IL Y A - L'ESPIONNE - LE CHANT D'AMOUR - AUSSI BIEN QUE LES CIGALES - SIMULTANÉITÉS - DU COTON DANS LES OREILLES - - - LA TÊTE ÉTOILÉE - - LE DÉPART - LE VIGNERON CHAMPENOIS - CARTE POSTALE - ÉVENTAIL DES SAVEURS - SOUVENIRS - L'AVENIR - UN OISEAU CHANTE - CHEVAUX DE FRISE - CHANT DE L'HONNEUR - CHEF DE SECTION - TRISTESSE D'UNE ÉTOILE - LA VICTOIRE - LA JOLIE ROUSSE - - - - -TRANSCRIPTIONS DES CALLIGRAMMES - - 001--Paysage - -[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités -[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble -[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres -[Cigare] un cigare allumé qui fume - - - 002--Lettre-océan - - [Première image] - - Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2 - J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique - Ta voix me parvient malgré l'énorme distance - Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz - [Carte postale] - Les voyageurs de l'Espagne devant faire - le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer - je t'envoie cette carte au lieu - de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr - Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente - Des événements. - [à gauche] - - Juan Aldama - Correos - Mexico - 4 centavos - U.S. Postage - 2 cents 2 - [au centre] - - Ypiranga - Republica Mexicana - Tarjeta Postal - [à droite] - - 11.45 - 29-5 - 14 - Rue des Batignolles - [motif circulaire, centre] - - Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna - [motif circulaire, rayons] - - Zut pour M. Zun - arrêtez cocher - Vive le Roy - Evviva il Papa - ta gueule mon vieux pad - non si vous avez une moustache - La Tunisie tu fondes un journal - Jacques c'était délicieux - A bas la calotte - Des clefs j'en ai vu mille et mille - Hou le croquant - Vive la République - [à droite du motif circulaire] - - TSF - [bas de l'image] - - Bonjour Anomo Anora - Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas - - [Deuxième image] - - Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890 - on coucha plus d'un mois sous la tente - bonjour mon frère Albert à Mexico - Jeunes filles à Chapultepec - [Motif circulaire, centre] - -Haute de 300 mètres -Sirènes -Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou -Autobus -R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting -Gramophones -z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris -fermez les portes -Les chaussures neuves du poète -cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré -cré cré cré cré cré cré cré -[Motif circulaire, rayons] - - et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce - rue St-Isidore à La Havane ça n'existe + - Chirimoya - A la Crème à - Pendeco c'est + qu'un imbécile - Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada - priétaire de 5 ou 6 im - je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton - le câblogramme comportait 2 mots en sûreté - allons circulez Mes - ture les voyageurs pour Chatou - Toussaint Luca est maintenant à Poitiers - - - 003--La cravate et la montre - - [cravate] - -la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la -si tu veux bien respirer -[montre, remontoir] - - comme l'on s'amuse bien - [bord droit de la montre] - - la beauté de la vie passe la douleur de mourir - [heures] - - mon cœur - les yeux - l'enfant - Agla - la main - Tircis - semaine - l'infini redressé par un fous de philosophe - les Muses aux portes de ton corps - le bel inconnu - et le vers dantesque luisant et cadavérique - les heures - [aiguilles] - - Il est – 5 - Et tout sera fini - - - 004--coeur, couronne et miroir - - [cœur] - - Mon Cœur semblable à une flamme renversée - [couronne] - -Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes -[miroir] - -Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges -et non comme sont les reflets -Guillaume Apollinaire - - - 005--Voyage - - [nuage] - - Adieu amour nuage qui fuis - et n'a pas chu pluie fécondante - refais le voyage de Dante - [oiseau] - - télégraphe - oiseau qui laisse tomber - ses ailes partout - [train] - - où va donc ce train qui meurt au loin - dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle - [ciel] - - la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles - c'est ton visage que je ne vois plus - - - 006--Il pleut - -Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans -le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de -ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout -comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que -le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les -liens qui te retiennent en haut et en bas - - - 007--La petite auto - -Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot -Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares -ô nuit tendre d'avant la guerre -ô villages où se hâtaient les -maréchaux-ferrants rappelés -entre minuit et une heure du matin -vers Lisieux la très bleue -ou bien -Versailles d'or -et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté. - - - 008--La mandoline l'œillet et le bambou - - [la mandoline] - -comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison -c'est ton art femme -o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline - - [l'œillet] - -Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée -et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise & -+ subtile que les sons qui nous dirigent -Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie -Il est le trône de la future sagesse - - [le bambou] - -Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers -infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles - - - 009--La colombe poignardée et le jet d'eau - - [colombe] - - douces figures poignardées - chères lèvres fleuries - Mia Mareye Yette Lorie - Annie et toi Marie - où êtes-vous ô jeunes filles - Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie - cette colombe s'extasie - [jet d'eau] - - Tous les souvenirs de naguère - Ô mes amis partis en guerre - Jaillissent vers le firmament - Et vos regards en l'eau dormant - Meurent mélancoliquement - Où sont-ils Braque et Max Jacob - Derain aux yeux gris comme l'aube - Où sont Raynal Billy Dalize - Dont les noms se mélancolisent - Comme des pas dans une église - Où est Cremnitz qui s'engagea - Peut-être sont-ils morts déjà - De souvenirs mon âme est pleine - Le jet d'eau pleure sur ma peine - [bassin] - -Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant -Le soir tombe Ô sanglante mer -Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière - - - 010--2e canonnier conducteur - - [trompette] - - As-tu connu la putain de Nancy - qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie - l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul] - [botte] - -Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant -que la nuit descend -[Notre-Dame] - -souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux -après la victoire -[Tour Eiffel] - -salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire -et tirera toujours aux Allemands -[obus] - - j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace - - - 011--Loin du pigeonnier - - Et vous savez pourquoi - Pourquoi la chère couleuvre - Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est - Xexaèdres - barbelés - mais un secret - collines bleues - en sentinelle - Malourène 75 Canteraine - Ô gerbes des 305 en déroute - Dans la Forêt où nous chantons - - - 012--S.P. - - Qu'est-ce qu'on y met - Dans la case d'armons - Espèce de poilu de mon cœur - Pan pan pan - Perruque à perruque - Pan pan pan - Perruque à canon - Pour lutter contre les vapeurs - les lunettes pour protéger les yeux - au moyen d'un masque nocivité gaz - un tissu trempé mouchoir des nez - dans la solution de bicarbonate de sodium - les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire - - - 013--Visée - - Chevaux couleur cerise limite des Zélandes - Des mitrailleuses d'or coassent des légendes - Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées - Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique - L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil - Et l'avenir secret que la fusée élucide - Entends nager le Mot poisson subtil - Les villes tour à tour deviennent des clefs - Le masque bleu comme met Dieu son ciel - Guerre paisible ascèse solitude métaphysique - Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes - - 014--1915 - - 1915 - soldats de faïence et d'escarboucle - ô amour - - - 015--Carte postale - - Nous sommes bien - mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux - ne vient pas jusqu'ici - LUL - on les aura - faire suivre route transparente - France - - - 016--Saillant - - [quand survient la] torpille aérienne - Le balai de verdure - T'en souviens-tu - Il est ici dans les pierres - Du beau royaume dévasté - [à gauche] - - Salut le Rapace - Salut - [à droite] - - grain de blé - [fin du poème] - - Lou - Lou Verzy - Vive le capiston - - - 017--Échelon - - [à gauche] - - On tire contre avions - Verdun - [au centre] - - Le Ciel - Coquelicots - Flacon au col d'or - On a pendu la mort - A la lisière du bois - On a pendu la mort - Et ses beaux seins dorés - Se montrent tour à tour - [à droite] - - L'orvet - Le sac à malice - La trousse à boutons - - - 018--Madeleine - - [étoile] - - Dans le village arabe - Des Souvenirs - mais il y a d'autres chansons - - [lettre] - - Bonjour mon poète - Je me souviens de votre voix - Votre petite fée - Photographie tant attendue - [canons] - Far tiz rose - - - 018--Venu de Dieuze - - Halte là - [ficelle] - - mesure du doigt - Qui vive - France - Avance au ralliement - Halte là - Le Mot - Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel - [portée] - - forte s'allantanado - funambule des lianes du printemps - tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C. - La poule d'eau caquète et plonge à ton approche - Cantato - Ah ! mon Dieu m' quiot' fille - L'hommé qu' j'ai - C'est eun' mouq' dans d' l'huile - Tout à fouait - Couple des marais les turquoises - Hennissements partout - Amour sacré amour de la Patrie - Le général - Il était Antisthène et c'était Fabius - - - 019--Aussi bien que les cigales - - gens du midi ne savez pas M - gens du mi creuser que ais - di vous n' vous ne sa vous - avez donc vez pas vous savez - pas regar éclairer ni encore - dé les ciga voir Que vous boire com le jour - les que vous manque-t-il me les ci de gloire - donc pour gales ô se - voir aus gens du mi c ra - si bien di gens du reusez ce - que les soleil gens qui voyez bu lui - ciga devriez savoir vez pissez où - les creuser et voir comme vous - aussi bien pour le les ciga sau - moins aussi bien les rez - que les cigales creu - Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser - boire et ne savez creuser voir boire pour - plus pisser utile pisser aussi bien que bien - ment comme les les cigales sor - cigales LA JOIE pour chan tir - ADORABLE ter com au - DE LA PAIX me elles so - SOLAIRE leil - - - - 020--Du coton dans les oreilles - - [première page] - - Tant d'explosifs sur le point vif ! - Ecris un mot si tu l'oses ? - Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre - Ton troupeau féroce crache le feu - Ô Mégaphone - [écriteau] - - Les Cénobites tranquilles - [pluie] - -puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce -soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide -des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce -confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine -la pluie si tendre et si douce - Les longs boyaux où tu chemines - Adieu les cagnats d'artilleurs - - - - 021--Éventail des saveurs - - [coiffure] - - Attols singuliers - de brownings quel - goût de vivre Ah ! - [œil gauche] - - Des lacs versicolores - dans les glaciers solaires - [œil droit] - - Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs - et ta bouche au souffle azur - [doigt] - -1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une -[bouche] - - ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès - éclater et le petit mirliton - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES *** - -***** This file should be named 55569-0.txt or 55569-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/5/5/6/55569/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version,also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) (Images generously made available -by the Hathi Trust) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. 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It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/old/55569-0.zip b/old/55569-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 0e0ce8c..0000000 --- a/old/55569-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/55569-h.zip b/old/55569-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index f786367..0000000 --- a/old/55569-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/55569-h/55569-h.htm b/old/55569-h/55569-h.htm deleted file mode 100644 index c147e10..0000000 --- a/old/55569-h/55569-h.htm +++ /dev/null @@ -1,5084 +0,0 @@ -<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> -<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> - <head> - <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=utf-8" /> - <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> - <title> - The Project Gutenberg eBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire. - </title> - <style type="text/css"> - -body { - margin-left: 10%; - margin-right: 10%; -} - - h1,h2,h3,h4,h5,h6 { - text-align: center; /* all headings centered */ - clear: both; -} - -p { - margin-top: .51em; - text-align: justify; - margin-bottom: .49em; -} - -.p2 {margin-top: 2em;} -.p4 {margin-top: 4em;} -.p6 {margin-top: 6em;} - -hr { - width: 33%; - margin-top: 2em; - margin-bottom: 2em; - margin-left: auto; - margin-right: auto; - clear: both; -} - -hr.tb {width: 45%;} -hr.chap {width: 65%} -hr.full {width: 95%;} - -hr.r5 {width: 5%; margin-top: 1em; margin-bottom: 1em;} -hr.r65 {width: 65%; margin-top: 3em; margin-bottom: 3em;} - -a:link {color: #000099;} - -v:link {color: #000099;} - -table { - margin-left: auto; - margin-right: auto; -} - - .tdl {text-align: left;} - .tdr {text-align: right;} - .tdc {text-align: center;} - - -.blockquot { - margin-left: 5%; - margin-right: 10%; -} - -.center {text-align: center;} - -.right {text-align: right;} - -.smcap {font-variant: small-caps;} - -.caption {font-weight: bold;} - -/* Images */ -.figcenter { - margin: auto; - text-align: center; -} - -.figleft { - clear: left; - margin-left: 0; - margin-bottom: 1em; - margin-top: 1em; - margin-right: 1em; - padding: 0; - text-align: center; -} - -.figright { - float: right; - clear: right; - margin-left: 1em; - margin-bottom: - 1em; - margin-top: 1em; - margin-right: 0; - padding: 0; - text-align: center; -} - -/* Footnotes */ -.footnotes {border: dashed 1px;} - -.footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 0.9em;} - -.footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;} - -.fnanchor { - vertical-align: super; - font-size: .8em; - text-decoration: - none; -} - -/* Transcriber's notes */ -.transnote {background-color: #E6E6FA; - color: black; - font-size:smaller; - padding:0.5em; - margin-bottom:5em; - font-family:sans-serif, serif; } - </style> - </head> -<body> - - -<pre> - -The Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Calligrammes - Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) - -Author: Guillaume Apollinaire - -Release Date: September 17, 2017 [EBook #55569] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version,also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) (Images generously made available -by the Hathi Trust) - - - - - - -</pre> - - -<div class="figcenter" style="width: 500px;"> -<img src="images/cover.jpg" width="500" alt="" /> -</div> - -<h1>CALLIGRAMMES</h1> - -<h3>POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE</h3> - -<h3>(1913-1916)</h3> - -<h3>PAR</h3> - -<h2>GUILLAUME APOLLINAIRE</h2> - - -<h4>ONDES—ÉTENDARDS—CASE D'ARMONS<br /> -LUEURS DES TIRS—OBUS COULEUR DE LUNE<br /> -LA TÊTE ÉTOILÉE</h4> - - -<h4>AVEC UN PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO<br /> -GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON</h4> - - -<h5>PARIS</h5> - -<h5>MERCURE DE FRANCE</h5> - -<h5>XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI</h5> - -<h5>MCMXVIII</h5> -<hr class="full" /> -<p><a href="#TABLE">Table</a></p> -<div class="figcenter" style="width: 400px;"> -<img src="images/apoll_pica.jpg" width="400" alt="" /> -<p style="font-size: 0.8em; text-align: center">PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO -GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON</p></div> - -<hr class="chap" /> - -<p class="center">À LA MÉMOIRE<br /> - -DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES<br /> - -<span style="font-size: 1.2em;">RENÉ DALIZE</span><br /> - -MORT AU CHAMP D'HONNEUR<br /> - -le 7 mai 1917</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="ONDES" id="ONDES">ONDES</a></h3> - -<hr class="r5" /> - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LIENS"></a>LIENS</span><br /> -<br /> -<br /> -Cordes faites de cris<br /> -<br /> -Sons de cloches à travers l'Europe<br /> -Siècles pendus<br /> -<br /> -Rails qui ligotez les nations<br /> -Nous ne sommes que deux ou trois hommes<br /> -Libres de tous liens<br /> -Donnons-nous la main<br /> -<br /> -Violente pluie qui peigne les fumées<br /> -Cordes<br /> -Cordes tissées<br /> -Câbles sous-marins<br /> -Tours de Babel changées en ponts<br /> -<br /> -Araignées—Pontifes<br /> -Tous les amoureux qu'un seul lien a liés<br /> -<br /> -D'autres liens plus ténus<br /> -Blancs rayons de lumière<br /> -Cordes et Concorde<br /> -<br /> -J'écris seulement pour vous exalter<br /> -Ô sens ô sens chéris<br /> -Ennemis du souvenir<br /> -Ennemis du désir<br /> -<br /> -Ennemis du regret<br /> -Ennemis des larmes<br /> -Ennemis de tout ce que j'aime encore<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_FENETRES"></a>LES FENÊTRES</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -Du rouge au vert tout le jaune se meurt<br /> -Quand chantent les aras dans les forêts natales<br /> -Abatis de pihis<br /> -Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile<br /> -Nous l'enverrons en message téléphonique<br /> -Traumatisme géant<br /> -Il fait couler les yeux<br /> -Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises<br /> -Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">blanche</span><br /> -Tu soulèveras le rideau<br /> -Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre<br /> -Araignées quand les mains tissaient la lumière<br /> -Beauté pâleur insondables violets<br /> -Nous tenterons en vain de prendre du repos<br /> -On commencera à minuit<br /> -Quand on a le temps on a la liberté<br /> -Bigorneaux Lotte multiples Soleils et l'Oursin du couchant<br /> -Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre<br /> -<br /> -Tours<br /> -Les Tours ce sont les rues<br /> -Puits<br /> -Puits ce sont les places<br /> -Puits<br /> -Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes<br /> -Les Chabins chantent des airs à mourir<br /> -Aux Chabines maronnes<br /> -Et l'oie oua-oua trompette au nord<br /> -Où les chasseurs de ratons<br /> -Raclent les pelleteries<br /> -Étincelant diamant<br /> -Vancouver<br /> -Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'hiver</span><br /> -Ô Paris<br /> -Du rouge au vert tout le jaune se meurt<br /> -Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Antilles</span><br /> -La fenêtre s'ouvre comme une orange<br /> -Le beau fruit de la lumière<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="PAYSAGE"></a>PAYSAGE</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 425px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_001_paysage.jpg" width="425" alt="" /> -<p><a href="#a001">Transcription</a></p> -</div> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_COLLINES"></a>LES COLLINES</span><br /> -<br /> -<br /> -Au-dessus de Paris un jour<br /> -Combattaient deux grands avions<br /> -L'un était rouge et l'autre noir<br /> -Tandis qu'au zénith flamboyait<br /> -L'éternel avion solaire<br /> -<br /> -<br /> -L'un était toute ma jeunesse<br /> -Et l'autre c'était l'avenir<br /> -Ils se combattaient avec rage<br /> -Ainsi fit contre Lucifer<br /> -l'Archange aux ailes radieuses<br /> -<br /> -<br /> -Ainsi le calcul au problème<br /> -Ainsi la nuit contre le jour<br /> -Ainsi attaque ce que j'aime<br /> -Mon amour ainsi l'ouragan<br /> -Déracine l'arbre qui crie<br /> -<br /> -<br /> -Mais vois quelle douceur partout<br /> -Paris comme une jeune fille<br /> -S'éveille langoureusement<br /> -Secoue sa longue chevelure<br /> -Et chante sa belle chanson<br /> -<br /> -<br /> -Où donc est tombée ma jeunesse<br /> -Tu vois que flambe l'avenir<br /> -Sache que je parle aujourd'hui<br /> -Pour annoncer au monde entier<br /> -Qu'enfin est né l'art de prédire<br /> -<br /> -<br /> -Certains hommes sont des collines<br /> -Qui s'élèvent d'entre les hommes<br /> -Et voient au loin tout l'avenir<br /> -Mieux que s'il était le présent<br /> -Plus net que s'il était passé<br /> -<br /> -<br /> -Ornement des temps et des routes<br /> -Passe et dure sans t'arrêter<br /> -Laissons sibiler les serpents<br /> -En vain contre le vent du sud<br /> -Les Psylles et l'onde ont péri<br /> -<br /> -<br /> -Ordre des temps si les machines<br /> -Se prenaient enfin à penser<br /> -Sur les plages de pierreries<br /> -Des vagues d'or se briseraient<br /> -L'écume serait mère encore<br /> -<br /> -<br /> -Moins haut que l'homme vont les aigles<br /> -C'est lui qui fait la joie des mers<br /> -Comme il dissipe dans les airs<br /> -L'ombre et les spleens vertigineux<br /> -Par où l'esprit rejoint le songe<br /> -<br /> -<br /> -Voici le temps de la magie<br /> -Il s'en revient attendez-vous<br /> -À des milliards de prodiges<br /> -Oui n'ont fait naître aucune fable<br /> -Nul les ayant imaginés<br /> -<br /> -<br /> -Profondeurs de la conscience<br /> -On vous explorera demain<br /> -Et qui sait quels êtres vivants<br /> -Seront tirés de ces abîmes<br /> -Avec des univers entiers<br /> -<br /> -<br /> -Voici s'élever des prophètes<br /> -Comme au loin des collines bleues<br /> -Ils sauront des choses précises<br /> -Comme croient savoir les savants<br /> -Et nous transporteront partout<br /> -<br /> -<br /> -La grande force est le désir<br /> -Et viens que je te baise au front<br /> -Ô légère comme une flamme<br /> -Dont tu as toute la souffrance<br /> -Toute l'ardeur et tout l'éclat<br /> -<br /> -<br /> -L'âge en vient on étudiera<br /> -Tout ce que c'est que de souffrir<br /> -Ce ne sera pas du courage<br /> -Ni même du renoncement<br /> -Ni tout ce que nous pouvons faire<br /> -<br /> -<br /> -On cherchera dans l'homme même<br /> -Beaucoup plus qu'on n'y a cherché<br /> -On scrutera sa volonté<br /> -Et quelle force naîtra d'elle<br /> -Sans machine et sans instrument<br /> -<br /> -<br /> -Les secourables mânes errent<br /> -Se compénétrant parmi nous<br /> -Depuis les temps qui nous rejoignent<br /> -Rien n'y finit rien n'y commence<br /> -Regarde la bague à ton doigt<br /> -<br /> -<br /> -Temps des déserts des carrefours<br /> -Temps des places et des collines<br /> -Je viens ici faire des tours<br /> -Où joue son rôle un talisman<br /> -Mort et plus subtil que la vie<br /> -<br /> -<br /> -Je me suis enfin détaché<br /> -De toutes choses naturelles<br /> -Je peux mourir mais non pécher<br /> -Et ce qu'on n'a jamais touché<br /> -Je l'ai touché je l'ai palpé<br /> -<br /> -<br /> -Et j'ai scruté tout ce que nul<br /> -Ne peut en rien imaginer<br /> -Et j'ai soupesé maintes fois<br /> -Même la vie impondérable<br /> -Je peux mourir en souriant<br /> -<br /> -<br /> -Bien souvent j'ai plané si haut<br /> -Si haut qu'adieu toutes les choses<br /> -Les étrangetés les fantômes<br /> -Et je ne veux plus admirer<br /> -Ce garçon qui mime l'effroi<br /> -<br /> -<br /> -Jeunesse adieu jasmin du temps<br /> -J'ai respiré ton frais parfum<br /> -À Rome sur les chars fleuris<br /> -Chargés de masques de guirlandes<br /> -Et des grelots du carnaval<br /> -<br /> -<br /> -Adieu jeunesse blanc Noël<br /> -Quand la vie n'était qu'une étoile<br /> -Dont je contemplais le reflet<br /> -Dans la mer Méditerranée<br /> -Plus nacrée que les météores<br /> -<br /> -<br /> -Duvetée comme un nid d'archanges<br /> -Ou la guirlande des nuages<br /> -Et plus lustrée que les halos<br /> -Émanations et splendeurs<br /> -Unique douceur harmonies<br /> -<br /> -<br /> -Je m'arrête pour regarder<br /> -Sur la pelouse incandescente<br /> -Un serpent erre c'est moi-même<br /> -Qui suis la flûte dont je joue<br /> -Et le fouet qui châtie les autres<br /> -<br /> -<br /> -Il vient un temps pour la souffrance<br /> -Il vient un temps pour la bonté<br /> -Jeunesse adieu voici le temps<br /> -Où l'on connaîtra l'avenir<br /> -Sans mourir de sa connaissance<br /> -<br /> -<br /> -C'est le temps de la grâce ardente<br /> -La volonté seule agira<br /> -Sept ans d'incroyables épreuves<br /> -L'homme se divinisera<br /> -Plus pur plus vif et plus savant<br /> -<br /> -Il découvrira d'autres mondes<br /> -L'esprit languit comme les fleurs<br /> -Dont naissent les fruits savoureux<br /> -Que nous regarderons mûrir<br /> -Sur la colline ensoleillée<br /> -<br /> -<br /> -Je dis ce qu'est au vrai la vie<br /> -Seul je pouvais chanter ainsi<br /> -Mes chants tombent comme des graines<br /> -Taisez-vous tous vous qui chantez<br /> -Ne mêlez pas l'ivraie au blé<br /> -<br /> -<br /> -Un vaisseau s'en vint dans le port<br /> -Un grand navire pavoisé<br /> -Mais nous n'y trouvâmes personne<br /> -Qu'une femme belle et vermeille<br /> -Elle y gisait assassinée<br /> -<br /> -<br /> -Une autre fois je mendiais<br /> -L'on ne me donna qu'une flamme<br /> -Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres<br /> -Et je ne pus dire merci<br /> -Torche que rien ne peut éteindre<br /> -<br /> -<br /> -Ou donc es-tu ô mon ami<br /> -Qui rentrais si bien en toi-même<br /> -Qu'un abîme seul est resté<br /> -Où je me suis jeté moi-même<br /> -Jusqu'aux profondeurs incolores<br /> -<br /> -<br /> -Et j'entends revenir mes pas<br /> -Le long des sentiers que personne<br /> -N'a parcourus j'entends mes pas<br /> -À toute heure ils passent là-bas<br /> -Lents ou pressés ils vont ou viennent<br /> -<br /> -<br /> -Hiver toi qui te fais la barbe<br /> -Il neige et je suis malheureux<br /> -J'ai traversé le ciel splendide<br /> -Où la vie est une musique<br /> -Le sol est trop blanc pour mes yeux<br /> -<br /> -<br /> -Habituez-vous comme moi<br /> -À ces prodiges que j'annonce<br /> -À la bonté qui va régner<br /> -À la souffrance que j'endure<br /> -Et vous connaîtrez l'avenir<br /> -<br /> -<br /> -C'est de souffrance et de bonté<br /> -Que sera faite la beauté<br /> -Plus parfaite que n'était celle<br /> -Qui venait des proportions<br /> -Il neige et je brûle et je tremble<br /> -<br /> -<br /> -Maintenant je suis à ma table<br /> -J'écris ce que j'ai ressenti<br /> -Et ce que j'ai chanté là-haut<br /> -Un arbre élancé que balance<br /> -Le vent dont les cheveux s'envolent<br /> -<br /> -<br /> -Un chapeau haut de forme est sur<br /> -Une table chargée de fruits<br /> -Les gants sont morts près d'une pomme<br /> -Une dame se tord le cou<br /> -Auprès d'un monsieur qui s'avale<br /> -<br /> -<br /> -Le bal tournoie au fond du temps<br /> -J'ai tué le beau chef d'orchestre<br /> -Et je pèle pour mes amis<br /> -L'orange dont la saveur est<br /> -Un merveilleux feu d'artifice<br /> -<br /> -<br /> -Tous sont morts le maître d'hôtel<br /> -Leur verse un champagne irréel<br /> -Qui mousse comme un escargot<br /> -Ou comme un cerveau de poète<br /> -Tandis que chantait une rose<br /> -<br /> -<br /> -L'esclave tient une épée nue<br /> -Semblable aux sources et aux fleuves<br /> -Et chaque fois qu'elle s'abaisse<br /> -Un univers est éventré<br /> -Dont il sort des mondes nouveaux<br /> -<br /> -<br /> -Le chauffeur se tient au volant<br /> -Et chaque fois que sur la route<br /> -Il corne en passant le tournant<br /> -Il paraît à perte de vue<br /> -Un univers encore vierge<br /> -<br /> -<br /> -Et le tiers nombre c'est la dame<br /> -Elle monte dans l'ascenseur<br /> -Elle monte monte toujours<br /> -Et la lumière se déploie<br /> -Et ces clartés la transfigurent<br /> -<br /> -<br /> -Mais ce sont de petits secrets<br /> -Il en est d'autres plus profonds<br /> -Qui se dévoileront bientôt<br /> -Et feront de vous cent morceaux<br /> -À la pensée toujours unique<br /> -<br /> -<br /> -Mais pleure pleure et repleurons<br /> -Et soit que là lune soit pleine<br /> -Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant<br /> -Ah! pleure pleure et repleurons<br /> -Nous avons tant ri au soleil<br /> -<br /> -<br /> -Des bras d'or supportent la vie<br /> -Pénétrez le secret doré<br /> -Tout n'est qu'une flamme rapide<br /> -Que fleurit la rose adorable<br /> -Et d'où monte un parfum exquis<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="ARBRE"></a>ARBRE</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À Frédéric Boutet</i><br /> -<br /> -<br /> -Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">galopent</span><br /> -Où sont les aveugles où s'en sont-ils allés<br /> -La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">plusieurs mirages</span><br /> -Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">marché</span><br /> -Ispahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu<br /> -Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon<br /> -<br /> -<br /> -Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">de coco d'autrefois</span><br /> -J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir<br /> -Du camarade qui se promènera avec toi en Europe<br /> -Tout en restant en Amérique<br /> -<br /> -<br /> -Un enfant<br /> -Un veau dépouillé pendu à l'étal<br /> -Un enfant<br /> -Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">fond de l'est</span><br /> -Un douanier se tenait là comme un ange<br /> -À la porte d'un misérable paradis<br /> -Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">des premières</span><br /> -<br /> -<br /> -Engoulevent Blaireau<br /> -Et la Taupe-Ariane<br /> -Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien<br /> -Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">moi</span><br /> -Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé<br /> -<br /> -<br /> -Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">déguisée en homme</span><br /> -Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">intelligente</span><br /> -Et il ne faudrait pas oublier les légendes<br /> -Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">quartier désert</span><br /> -Je voyais une chasse tandis que je montais<br /> -Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage<br /> -<br /> -<br /> -Entre les pierres<br /> -Entre les vêtements multicolores de la vitrine<br /> -Entre les charbons ardents du marchand de marrons<br /> -Entre deux vaisseaux norvégiens amarrés à Rouen<br /> -Il y a ton image<br /> -<br /> -<br /> -Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande<br /> -<br /> -<br /> -Ce beau nègre en acier<br /> -<br /> -<br /> -La plus grande tristesse<br /> -C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne<br /> -<br /> -<br /> -Le vent vient du couchant<br /> -Le métal des caroubiers<br /> -Tout est plus triste qu'autrefois<br /> -Tous les dieux terrestres vieillissent<br /> -L'univers se plaint par ta voix<br /> -Et des êtres nouveaux surgissent<br /> -Trois par trois<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LUNDI_RUE_CHRISTINE"></a>LUNDI RUE CHRISTINE</span><br /> -<br /> -<br /> -La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer<br /> -Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir<br /> -Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère<br /> -Pendant que l'autre monterait<br /> -<br /> -<br /> -Trois bec de gaz allumés<br /> -La patronne est poitrinaire<br /> -Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet<br /> -Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge<br /> -Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief<br /> -<br /> -<br /> -Ça a l'air de rimer<br /> -<br /> -<br /> -Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier<br /> -Pim pam pim<br /> -Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque<br /> -Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner<br /> -<br /> -<br /> -Je partirai à 20 h. 27<br /> -Six glaces s'y dévisagent toujours<br /> -Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage<br /> -Cher monsieur<br /> -Vous êtes un mec à la mie de pain<br /> -Cette dame a le nez comme un ver solitaire<br /> -Louise a oublié sa fourrure<br /> -Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid<br /> -Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire<br /> -Le chat noir traverse la brasserie<br /> -<br /> -<br /> -Ces crêpes étaient exquises<br /> -La fontaine coule<br /> -Robe noire comme ses ongles<br /> -C'est complètement impossible<br /> -Voici monsieur<br /> -La bague en malachite<br /> -Le sol est semé de sciure<br /> -Alors c'est vrai<br /> -La serveuse rousse a été enlevée par un libraire<br /> -<br /> -<br /> -Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement<br /> -<br /> -<br /> -Écoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire<br /> -<br /> -<br /> -Compagnie de navigation mixte<br /> -<br /> -<br /> -Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">d'eaux fortes et de tableaux</span><br /> -Je n'ai qu'une petite bonne<br /> -<br /> -<br /> -Après déjeuner café du Luxembourg<br /> -Une fois là il me présente un gros bonhomme<br /> -Qui me dit<br /> -Écoutez c'est charmant<br /> -À Smyrne à Naples en Tunisie<br /> -Mais nom de Dieu où est-ce<br /> -La dernière fois que j'ai été en Chine<br /> -C'est il y a huit ou neuf ans<br /> -L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule<br /> -La quinte major<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LETTRE-OCEAN"></a>LETTRE-OCÉAN</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 600px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_002_01_lettre_ocean.jpg" width="600" alt="Lettre-océan" /> -</div> - -<div class="figleft" style="width: 600px; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_002_02_lettre_ocean.jpg" width="600" alt="Lettre-océan" /> -<p><a href="#a002">Transcription</a></p> -</div> - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SUR_LES_PROPHETIES"></a>SUR LES PROPHÉTIES</span><br /> -<br /> -<br /> -J'ai connu quelques prophétesses<br /> -Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes<br /> -C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de participer<br /> -À une scène savoureuse d'anthropophagie<br /> -Elle n'en parlait pas à tout le monde<br /> -En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais<br /> -<br /> -<br /> -Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi<br /> -<span style="margin-left: 6em;">Est également habile</span><br /> -Mais Madame Deroy est la mieux inspirée<br /> -<span style="margin-left: 6em;">La plus précise</span><br /> -Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle<br /> -M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait<br /> -J'ai connu un sciomancien mais je n'ai pas voulu qu'il<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">interrogeât mon ombre</span><br /> -Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Diriks<br /> -Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe<br /> -Puissent ces dieux sans figure m'épargner toujours<br /> -Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoute<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et notez</span><br /> -Que je lis assez bien dans la main<br /> -Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">possible j'écoute</span><br /> -<br /> -<br /> -Tout le monde est prophète mon cher André Billy<br /> -Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens<br /> -Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais<br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Et idiots de naissance</span><br /> -Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée<br /> -De se demander s'il connaît l'avenir ou non<br /> -Il n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela<br /> -Ni dans les superstitions ni dans les prophéties<br /> -Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme<br /> -Il y a avant tout une façon d'observer la nature<br /> -Et d'interpréter la nature<br /> -Qui est très légitime<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_MUSICIEN_DE_SAINT-MERRY"></a>LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY</span><br /> -<br /> -<br /> -J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas<br /> -Ils passent devant moi et s'accumulent au loin<br /> -Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu<br /> -Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien<br /> -<br /> -<br /> -Je ne chante pas ce monde ni les autres astres<br /> -Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">ce monde et des astres</span><br /> -Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -Le 21 du mois de mai 1913<br /> -Passeur des morts et les mordonnantes mériennes<br /> -Des millions de mouches éventaient une splendeur<br /> -Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles<br /> -Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher<br /> -<br /> -Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues<br /> -Homme Ah! Ariane<br /> -Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas<br /> -Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin<br /> -Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé<br /> -Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui<br /> -Il en venait de toutes parts<br /> -Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">à sonner</span><br /> -Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine<br /> -Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc<br /> -Puis Saint-Merry se tut<br /> -L'inconnu reprit son air de flûte<br /> -Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie<br /> -Où il entra suivi par la troupe des femmes<br /> -Qui sortaient des maisons<br /> -Qui venaient par les rues traversières les yeux fous<br /> -Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur<br /> -II s'en allait indifférent jouant son air<br /> -Il s'en allait terriblement<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -Puis ailleurs<br /> -À quelle heure un train partira-t-il pour Paris<br /> -<br /> -<br /> -À ce moment<br /> -Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades<br /> -<br /> -<br /> -En même temps<br /> -Mission catholique de Borna qu'as-tu fait du sculpteur<br /> -<br /> -<br /> -Ailleurs<br /> -Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">à travers Pützchen</span><br /> -<br /> -<br /> -Au même instant<br /> -Une jeune fille amoureuse du maire<br /> -<br /> -<br /> -Dans un autre quartier<br /> -Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">hommes</span><br /> -Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">misère</span><br /> -Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre<br /> -Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">marchandises</span><br /> -<br /> -<br /> -Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre<br /> -<br /> -<br /> -Et maintenant<br /> -Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement<br /> -<br /> -<br /> -Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">siècle dernier</span><br /> -Ces hautes cheminées pareilles à des tours<br /> -<br /> -<br /> -Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">le sol</span><br /> -<br /> -<br /> -Et tandis que le monde vivait et variait<br /> -Le cortège des femmes long comme un jour sans pain<br /> -Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien<br /> -<br /> -<br /> -Cortèges ô cortèges<br /> -C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes<br /> -Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris<br /> -Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine<br /> -Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry<br /> -<br /> -<br /> -Cortèges ô cortèges<br /> -Les femmes débordaient tant leur nombre était grand<br /> -Dans toutes les rues avoisinantes<br /> -Et se hâtaient raides comme balle<br /> -Afin de suivre le musicien<br /> -<br /> -<br /> -Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine<br /> -Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise<br /> -Et toi Colette et toi la belle Geneviève<br /> -Elles ont passé tremblantes et vaines<br /> -Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">cadence</span><br /> -De la musique pastorale qui guidait<br /> -Leurs oreilles avides<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">vendre.</span><br /> -Maison abandonnée<br /> -Aux vitres brisées<br /> -C'est un logis du seizième siècle<br /> -La cour sert de remise à des voitures de livraisons<br /> -C'est là qu'entra le musicien<br /> -Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse<br /> -Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée<br /> -Et toutes y entrèrent confondues en bande<br /> -Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles<br /> -Sans regretter ce qu'elles ont laissé<br /> -Ce qu'elles ont abandonné<br /> -Sans regretter le jour la vie et la mémoire<br /> -Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Verrerie</span><br /> -Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry<br /> -Nous entrâmes dans la vieille maison<br /> -<br /> -<br /> -Mais nous n'y trouvâmes personne<br /> -<br /> -<br /> -Voici le soir<br /> -À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne<br /> -Cortèges ô cortèges<br /> -C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes<br /> -Il vint une troupe de casquettiers<br /> -Il vint des marchands de bananes<br /> -Il vint des soldats de la garde républicaine<br /> -Ô nuit<br /> -Troupeau de regards langoureux des femmes<br /> -Ô nuit<br /> -Toi ma douleur et mon attente vaine<br /> -J'entends mourir le son d'une flûte lointaine<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_CRAVATE_ET_LA_MONTRE"></a>LA CRAVATE ET LA MONTRE</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 500px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_003_cravate.jpg" width="500" alt="La cravate et la montre." /> -<p><a href="#a003">Transcription</a></p> -</div> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="UN_FANTOME_DE_NUEES"></a>UN FANTÔME DE NUÉES</span><br /> -<br /> -<br /> -Comme c'était la veille du quatorze juillet<br /> -Vers les quatre heures de l'après-midi<br /> -Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques<br /> -<br /> -<br /> -Ces gens qui font des tours en plein air<br /> -Commencent à être rares à Paris<br /> -Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qu'aujourd'hui</span><br /> -Ils s'en sont allés presque tous en province<br /> -<br /> -<br /> -Je pris le boulevard Saint-Germain<br /> -Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et la statue de Danton</span><br /> -Je rencontrai les saltimbanques<br /> -<br /> -<br /> -La foule les entourait muette et résignée à attendre<br /> -Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir<br /> -Poids formidables,<br /> -Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">russe de Longwy</span><br /> -Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé<br /> -Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">la vie</span><br /> -<br /> -<br /> -De nombreux tapis sales couvraient le sol<br /> -Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas<br /> -Tapis qui sont presque entièrement couleur de la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">poussière</span><br /> -Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté<br /> -Comme un air de musique qui vous poursuit<br /> -<br /> -<br /> -Vois-tu le personnage maigre et sauvage<br /> -La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante<br /> -Ii portait ainsi toute son hérédité au visage<br /> -Il semblait rêver à l'avenir<br /> -En tournant machinalement un orgue de Barbarie<br /> -Dont la lente voix se lamentait merveilleusement<br /> -Les glouglous les couacs et les sourds gémissements<br /> -<br /> -<br /> -Les saltimbanques ne bougeaient pas<br /> -Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">près de la mort</span><br /> -Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">souvent leur bouche</span><br /> -Ou près des narines<br /> -C'est un rose plein de traîtrise<br /> -<br /> -<br /> -Cet homme portait-il ainsi sur le dos<br /> -La teinte ignoble de ses poumons<br /> -<br /> -<br /> -Les bras les bras partout montaient la garde<br /> -<br /> -<br /> -Le second saltimbanque<br /> -N'était vêtu que de son ombre<br /> -Je le regardai longtemps<br /> -Son visage m'échappe entièrement<br /> -C'est un homme sans tête<br /> -<br /> -<br /> -Un autre enfin avait l'air d'un voyou<br /> -D'un apache bon et crapule à la fois<br /> -Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes<br /> -N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">toilette</span><br /> -<br /> -<br /> -La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">public</span><br /> -Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">cinquante</span><br /> -Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">prix des tours</span><br /> -<br /> -<br /> -Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">rien</span><br /> -On se décida à commencer la séance<br /> -De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">habillé de rose pulmonaire</span><br /> -Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles<br /> -Il poussait des cris brefs<br /> -Et saluait en écartant gentiment les avant-bras<br /> -Mains ouvertes<br /> -<br /> -<br /> -Une jambe en arrière prête à la génuflexion<br /> -Il salua ainsi aux quatre points cardinaux<br /> -Et quand il marcha sur une boule<br /> -Son corps mince devint une musique si délicate que nul<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">parmi les spectateurs n'y fut insensible</span><br /> -Un petit esprit sans aucune humanité<br /> -Pensa chacun<br /> -Et cette musique des formes<br /> -Détruisit celle de l'orgue mécanique<br /> -Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres<br /> -<br /> -<br /> -Le petit saltimbanque fit la roue<br /> -Avec tant d'harmonie<br /> -Que l'orgue cessa de jouer<br /> -Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains<br /> -Aux doigts semblables aux descendants de son destin<br /> -Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe<br /> -Nouveaux cris de Peau-Rouge<br /> -Musique angélique des arbres<br /> -Disparition de l'enfant<br /> -<br /> -<br /> -Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">de bras</span><br /> -Ils jonglèrent avec les poids<br /> -<br /> -<br /> -Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">miraculeux</span><br /> -Siècle ô siècle des nuages<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="COEUR_COURONNE_ET_MIROIR"></a>CŒUR, COURONNE ET MIROIR</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 500px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_004_coeur.jpg" width="500" alt="Cœur, couronne et miroir." /> -<p><a href="#a004">Transcription</a></p> -</div> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TOUR"></a>TOUR</span><br /> -<br /> -<i>À R. D.</i><br /> -<br /> -<br /> -Au Nord au Sud<br /> -Zénith Nadir<br /> -Et les grands cris de l'Est<br /> -L'Océan se gonfle à l'Ouest<br /> -La Tour à la Roue<br /> -S'adresse<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VOYAGE"></a>VOYAGE</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 550px; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_005_01_voyage.jpg" width="550" alt="Voyage." /> -</div> - -<div class="figleft" style="width: 550px; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_005_02_voyage.jpg" width="550" alt="Voyage." /> -<p><a href="#a005">Transcription</a></p> -</div> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="A_TRAVERS_LEUROPE"></a>À TRAVERS L'EUROPE</span><br /> -<br /> -<i>À M. Ch.</i><br /> -<br /> -<br /> -Rotsoge<br /> -Ton visage écarlate ton biplan transformable en<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">hydroplan</span><br /> -Ta maison ronde où il nage un hareng saur<br /> -Il me faut la clef des paupières<br /> -Heureusement que nous avons vu M. Panado<br /> -Et nous sommes tranquilles de ce côté-là<br /> -Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D...<br /> -90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">le ventre de sa mère</span><br /> -<br /> -<br /> -J'ai cherché longtemps sur les routes<br /> -Tant d'yeux sont clos au bord des routes<br /> -Le vent fait pleurer les saussaies<br /> -Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre<br /> -Regarde mais regarde donc<br /> -Le vieux se lave les pieds dans la cuvette<br /> -Una volta ho inteso dire Chè vuoi<br /> -Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances<br /> -<br /> -<br /> -Et toi tu me montres un violet épouvantable<br /> -<br /> -<br /> -Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour<br /> -Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">rouges</span><br /> -Où je m'en allais à la campagne avec une charmante<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">cheminée tenant sa chienne en laisse</span><br /> -Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton<br /> -La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes<br /> -La chienne aboie contre les lilas<br /> -La veilleuse est consumée<br /> -Sur la robe ont chu des pétales<br /> -Deux anneaux d'or près des sandales<br /> -Au soleil se sont allumés<br /> -Mais tes cheveux sont le trolley<br /> -À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="IL_PLEUT"></a>IL PLEUT</span> -</p> - - -<div class="figcenter" style="width: 550px; margin-top: 4em;"> -<img src="images/calli_006_il_pleut.jpg" width="550" alt="Il pleut." /> -<p><a href="#a006">Transcription</a></p> -</div> - - - -<h3 class="p4"><a name="ETENDARDS" id="ETENDARDS">ÉTENDARDS</a></h3> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_PETITE_AUTO"></a>LA PETITE AUTO</span><br /> -<br /> -<br /> -Le 31 du mois d'Août 1914<br /> -Je partis de Deauville un peu avant minuit<br /> -Dans la petite auto de Rouveyre<br /> -<br /> -<br /> -Avec son chauffeur nous étions trois<br /> -<br /> -<br /> -Nous dîmes adieu à toute une époque<br /> -Des géants furieux se dressaient sur l'Europe<br /> -Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil<br /> -Les poissons voraces montaient des abîmes<br /> -Les peuples accouraient pour se connaître à fond<br /> -Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">demeures</span><br /> -<br /> -<br /> -Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières<br /> -Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">battaient</span><br /> -Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">elles serpentaient</span><br /> -Avec les forêts les villages heureux de la Belgique<br /> -Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons<br /> -Région par où se font toujours les invasions<br /> -Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir<br /> -Saluaient encore une fois la vie colorée<br /> -Océans profonds où remuaient les monstres<br /> -Dans les vieilles carcasses naufragées<br /> -Hauteurs inimaginables où l'homme combat<br /> -Plus haut que l'aigle ne plane<br /> -L'homme y combat contre l'homme<br /> -Et descend tout à coup comme une étoile filante<br /> -<br /> -<br /> -Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité<br /> -Bâtir et aussi agencer un univers nouveau<br /> -Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">prodigieuse</span><br /> -Disposait un étalage extraordinaire<br /> -Et des bergers gigantesques menaient<br /> -De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles<br /> -Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route<br /> -Et quand après avoir passé l'après-midi<br /> -Par Fontainebleau<br /> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 550px; margin-top: 2em; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_007_petit_auto.jpg" width="550" alt="La petite auto." /> -<p><a href="#a007">Transcription</a></p> -</div> - - -<p class="p2" style="margin-left: 20%;"> -Nous arrivâmes à Paris<br /> -Au moment où l'on affichait la mobilisation<br /> -Nous comprîmes mon camarade et moi<br /> -Que la petite auto nous avait conduits dans une époque<br /> -<span style="margin-left: 9em;">Nouvelle</span><br /> -Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs<br /> -Nous venions cependant de naître<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_MANDOLINE_LOEILLET_ET_LE_BAMBOU"></a>LA MANDOLINE, L'ŒILLET ET LE BAMBOU.</span></p> - - -<div class="figleft" style="width: 450px; margin-top: 4em; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_008_mandoline.jpg" width="450" alt="La mandoline, l'œillet et le bambou." /> -<p><a href="#a008">Transcription</a></p> -</div> - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="FUMEES"></a>FUMÉES</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Et tandis que la guerre</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ensanglante la terre</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Je hausse les odeurs</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Près des couleurs-saveurs</span><br /> -</p> - -<div style="width: 175px; margin-top: 2em; margin-left: 30%;"> -<img src="images/calli_009_fumee.jpg" width="175" alt="Et je fume du tabac de zone" /> -</div> - -<p style="margin-left: 20%;"> -Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées<br /> -Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées<br /> -Mais je connais aussi les grottes parfumées<br /> -Où gravite l'azur unique des fumées<br /> -Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour.<br /> -Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Tu fascines les flammes</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Elles rampent à les pieds</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ces nonchalantes femmes</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Tes feuilles de papier</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="A_NIMES"></a>À NÎMES</span><br /> -<br /> -<i>À Emile Léonard</i><br /> -<br /> -<br /> -Je me suis engagé sous le plus beau des cieux<br /> -Dans Nice la Marine au nom victorieux<br /> -<br /> -Perdu parmi 900 conducteurs anonymes<br /> -Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes<br /> -<br /> -L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus<br /> -Épousent ardemment et sans cesse les buts<br /> -<br /> -J'attends que le printemps commande que s'en aille<br /> -Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille<br /> -<br /> -Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts<br /> -Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons<br /> -<br /> -Un bel après-midi de garde à l'écurie<br /> -J'entends sonner les trompettes d'artillerie<br /> -<br /> -J'admire la gaîté de ce détachement<br /> -Qui va rejoindre au front notre beau régiment<br /> -<br /> -Le territorial se mange une salade<br /> -À l'anchois en parlant de sa femme malade<br /> -<br /> -4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux<br /> -Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux<br /> -<br /> -Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures<br /> -Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures<br /> -<br /> -Je flatte de la main le petit canon gris<br /> -Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris<br /> -<br /> -Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine<br /> -Des obus dans la nuit la splendeur argentine<br /> -<br /> -Je mâche lentement ma portion de bœuf<br /> -Je me promène seul le soir de 5 à 9<br /> -<br /> -Je selle mon cheval nous battons la campagne<br /> -Je te salue au loin belle rose ô tour Magne<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_COLOMBE_POIGNARDEE_ET_LE_JET_DEAU"></a>LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 450px; margin-top: 4em; margin-left: 10%;"> -<img src="images/calli_010_colombe.jpg" width="450" alt="La colombe poignardée et le jet d'eau." /> -<p><a href="#a009">Transcription</a></p> -</div> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;">2<sup>e</sup> <a id="CANONNIER_CONDUCTEUR"></a>CANONNIER CONDUCTEUR</span><br /> -<br /> -<br /> -Me voici libre et fier parmi mes compagnons<br /> -Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue<br /> -La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue<br /> -</p> -<div class="figleft" style="width: 450px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_011_canon.jpg" width="450" alt="2e canonnier conducteur" /> -<p><a href="#a010">Transcription</a></p> -</div> - -<p style="margin-left: 20%;"> -Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">sur l'avant-train</span><br /> -Et conducteur par mont par vol sur le porteur<br /> -Au pas au trot ou au galop je conduis le canon<br /> -Le bras de l'officier est mon étoile polaire<br /> -Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">la figure</span><br /> -Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">sous-verge</span><br /> -Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux<br /> -La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit<br /> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 550px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_012_canon.jpg" width="550" alt="2e canonnier conducteur" /> -</div> - -<p style="margin-left: 20%;"> -Fantassins<br /> -Marchantes mottes de terre<br /> -Vous êtes la puissance<br /> -Du sol qui vous a faits<br /> -Et c'est le sol qui va<br /> -Lorsque vous avancez<br /> -Un officier passe au galop<br /> -Comme un ange bleu dans la pluie grise<br /> -Un blessé chemine en fumant une pipe<br /> -Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime<br /> -Et cette jeune femme nous salue charretiers<br /> -La Victoire se tient après nos jugulaires<br /> -Et calcule pour nos canons les mesures angulaires<br /> -Nos salves nos rafales sont ses cris de joie<br /> -Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses<br /> -Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses<br /> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 250px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_013_oiseau.jpg" width="250" alt="2e canonnier conducteur" /> -</div> - - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VEILLE"></a>VEILLE</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Mon cher André Rouveyre</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Troudla la Champignon Tabatière</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">On ne sait quand on partira</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ni quand on reviendra</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Au Mercure de France</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Mars revient tout couleur d'espérance</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">J'ai envoyé mon papier</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Sur papier quadrillé</span><br /> -<br /> -<br /> -J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">au trot sur la grand-route où moi je veille</span><br /> -Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">jusqu'à l'oreille</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 12em;">Quel</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Ciel</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Triste</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Piste</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Où</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Va le</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Pâle</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">Sou-</span><br /> -<span style="margin-left: 12em;">rire</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">De la lune qui me regarde écrire</span><br /> -</p> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="OMBRE"></a>OMBRE</span><br /> -<br /> -<br /> -Vous voilà de nouveau près de moi<br /> -Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre<br /> -L'olive du temps<br /> -Souvenirs qui n'en faites plus qu'un<br /> -Comme cent fourrures ne font qu'un manteau<br /> -Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">de journal</span><br /> -Apparence impalpable et sombre qui avez pris<br /> -La forme changeante de mon ombre<br /> -Un indien à l'affût pendant l'éternité<br /> -Ombre vous rampez près de moi<br /> -Mais vous ne m'entendez plus<br /> -Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante<br /> -Tandis que moi je vous entends je vous vois encore<br /> -Destinées<br /> -Ombre multiple que le soleil vous garde<br /> -Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter<br /> -Et qui dansez au soleil sans faire de poussière<br /> -Ombre encre du soleil<br /> -Écriture de ma lumière<br /> -Caisson de regrets<br /> -Un dieu qui s'humilie<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CEST_LOU_QUON_LA_NOMMAIT"></a>C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT</span><br /> -<br /> -<br /> -Il est des loups de toute sorte<br /> -Je connais le plus inhumain<br /> -Mon cœur que le diable l'emporte<br /> -Et qu'il le dépose à sa porte<br /> -N'est plus qu'un jouet dans sa main<br /> -<br /> -<br /> -Les loups jadis étaient fidèles<br /> -Comme sont les petits toutous<br /> -Et les soldats amants des belles<br /> -Galamment en souvenir d'elles<br /> -Ainsi que les loups étaient doux<br /> -<br /> -<br /> -Mais aujourd'hui les temps sont pires<br /> -Les loups sont tigres devenus<br /> -Et les Soldats et les Empires<br /> -Les Césars devenus Vampires<br /> -Sont aussi cruels que Vénus<br /> -<br /> -<br /> -J'en ai pris mon parti Rouveyre<br /> -Et monté sur mon grand cheval<br /> -Je vais bientôt partir en guerre<br /> -Sans pitié chaste et l'œil sévère<br /> -Comme ces guerriers qu'Épinal<br /> -<br /> -<br /> -Vendait Images populaires<br /> -Que Georgin gravait dans le bois<br /> -Où sont-ils ces beaux militaires<br /> -Soldats passés Où sont les guerres<br /> -Où sont les guerres d'autrefois<br /> -</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="CASE_DARMONS" id="CASE_DARMONS">CASE D'ARMONS</a></h3> - -<blockquote> -<p>La 1<sup>re</sup> édition à 25 exemplaires de <i>Case d'Armons</i> a été polygraphiée -sur papier quadrillé, à l'encre violette, au moyen de -gélatine, à la batterie de tir (45<sup>e</sup> batterie, 38<sup>e</sup> Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et le tirage a été achevé le -17 juin 1915.</p> -</blockquote> - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"><a id="LOIN_DU_PIGEONNIER"></a>LOIN DU PIGEONNIER</p> -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_014_pigeonnier.jpg" width="400" alt="Loin du pigeonnier" /> -<p><a href="#a011">Transcription</a></p> -</div> - - - -<p style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="RECONNAISSANCE"></a>RECONNAISSANCE</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À Mademoiselle P...</i><br /> -<br /> -<br /> -Un seul bouleau crépusculaire<br /> -Pâlit au seuil de l'horizon<br /> -Où fuit la mesure angulaire<br /> -Du cœur à l'âme et la raison<br /> -<br /> -Le galop bleu des souvenances<br /> -Traverse les lilas des yeux<br /> -<br /> -Et les canons des indolences<br /> -Tirent nies songes vers<br /> -<span style="margin-left: 9em;">les</span><br /> -<span style="margin-left: 10em;">cieux</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SP"></a>SP</span> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_015_SP.jpg" width="400" alt="SP" /> -<p><a href="#a012">Transcription</a></p> -</div> - -<p class="p4" style="font-size: 0.9em; margin-left: 20%;"><a id="VISEE"></a>VISÉE</p> -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;"> -<img src="images/calli_016_visee.jpg" width="400" alt="Visée" /> -<p><a href="#a013">Transcription</a></p> -</div> - - - -<p class="p4" style="font-size: 0.9em; margin-left: 20%;"><a id="a1915"></a>1915</p> -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_017_1915.jpg" width="400" alt="1915" /> -<p><a href="#a014">Transcription</a></p> -</div> - - -<p class="p4" style="font-size: 0.9em; margin-left: 20%;"><a id="CARTE_POSTALE"></a>CARTE POSTALE</p> -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_018_carte_postale.jpg" width="400" alt="Carte postale" /> -<p><a href="#a015">Transcription</a></p> -</div> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SAILLANT"></a>SAILLANT</span><br /> -<br /> -<i>À André Level</i><br /> -<br /> -<br /> -Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude<br /> -Mais un dragon à pied sans armes<br /> -Parmi le vent quand survient la<br /> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 350px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_019_salut_rapace.jpg" width="350" alt="Salut rapace" /> -<p><a href="#a016">Transcription</a></p> -</div> - -<p style="margin-left: 20%;"> -Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -Vive comme un cheval pif<br /> -Un trou d'obus propre comme une salle de bain<br /> -Berger suivi de son troupeau mordoré<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Mais où est un cœur et le svastica</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Àÿ Ancien nom du renom</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Le crapaud chantait les saphirs nocturnes</span><br /> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 350px; margin-left: 25%;"> -<img src="images/calli_020_lou_verzy.jpg" width="350" alt="vive le capiston" /></div> - -<p style="margin-left: 20%;"> -Et le long du canal des filles s'en allaient<br /> -</p> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="GUERRE"></a>GUERRE</span><br /> -<br /> -<br /> -Rameau central de combat<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Contact par l'écoute</span><br /> -Ou tire dans la direction «des bruits entendus»<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Les jeunes de la classe 1915</span><br /> -Et ces fils de fer électrisés<br /> -Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre<br /> -Avant elle nous n'avions que la surface<br /> -De la terre et des mers<br /> -Après elle nous aurons les abîmes<br /> -Le sous-sol et l'espace aviatique<br /> -Maîtres du timon<br /> -Après après<br /> -Nous prendrons toutes les joies<br /> -Des vainqueurs qui se délassent<br /> -<span style="margin-left: 3em;">Femmes Jeux Usines Commerce</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Industrie Agriculture Métal</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Feu Cristal Vitesse</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Voix Regard Tact à part</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Et ensemble dans le tact venu de loin</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">De plus loin encore</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">De l'Au-delà de cette terre</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="MUTATION"></a>MUTATION</span><br /> -<br /> -<br /> -Une femme qui pleurait<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br /> -Des soldats qui passaient<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br /> -Un éclusier qui pêchait<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br /> -Les tranchées qui blanchissaient<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br /> -Des obus qui pétaient<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Eh! Oh! Ha!</span><br /> -Des allumettes qui ne prenaient pas<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Et tout</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">A tant changé</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">En moi</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Tout</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Sauf mon Amour</span><br /> -<span style="margin-left: 8.5em;">Eh! Oh! Ha!</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="ORACLES"></a>ORACLES</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Je porte votre bague</span><br /> -Elle est très finement ciselée<br /> -Le sifflet me fait plus plaisir<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Qu'un palais égyptien</span><br /> -Le sifflet des tranchées<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Tu sais</span><br /> -Tout au plus si je n'arrête pas<br /> -Les métros et les taxis avec<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ô Guerre</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Multiplication de l'amour</span><br /> -</p> - -<pre style="margin-left: 10%; font-size: 1.2em;"> -Petit Avec un fil<br /> - Sifflet on prend<br /> - à 2 trous la mesure<br /> - du doigt<br /> -</pre> - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="a14_JUIN_1915"></a>14 JUIN 1915</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4em;">On ne peut rien dire</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Rien de ce qui se passe</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Mais on change de Secteur</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Ah! voyageur égaré</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Pas de lettres</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Mais l'espoir</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Mais un journal</span><br /> -Le glaive antique de la Marseillaise de Rude<br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">S'est changé en constellation</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Il combat pour nous au ciel</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Mais cela signifie surtout</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Qu'il faut être de ce temps</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Pas de glaive antique</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Pas de Glaive</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Mais l'Espoir</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DE_LA_BATTERIE_DE_TIR"></a>DE LA BATTERIE DE TIR</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>Au maréchal des logis F. Bodard</i><br /> -<br /> -<br /> -Nous sommes ton collier France<br /> -Venus des Atlantides ou bien des Négrities<br /> -Des Eldorados ou bien des Cimméries<br /> -Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie<br /> -Diamants qui éclosent la nuit<br /> -<span style="margin-left: 4em;">Ô Roses ô France</span><br /> -Nous nous pâmons de volupté<br /> -À ton cou penché vers l'Est<br /> -Nous sommes l'Arc-en-terre<br /> -Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Signe de nos origines profondes</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Étincelles</span><br /> -Ô nous les très belles couleurs<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="ECHELON"></a>ÉCHELON</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Grenouilles et rainettes</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Crapauds et crapoussins</span><br /> -Ascèse sous les peupliers et les frênes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">La reine des prés va fleurir</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Une petite hutte dans la forêt</span><br /> -Là-bas plus blanche est la blessure<br /> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 350px; margin-left: 20%;"> -<img src="images/calli_021_ciel.jpg" width="350" alt="Le ciel" /> -<p><a href="#a017">Transcription</a></p> -</div> - - -<p style="margin-left: 20%;"> -<span style="margin-left: 2em;">Ô rose toujours vive</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ô France</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Embaume les espoirs d'une armée qui halète</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Le Loriot chante</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4em;">N'est-ce pas rigolo</span><br /> -<br /> -Enfin une plume d'épervier<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VERS_LE_SUD"></a>VERS LE SUD</span><br /> -<br /> -<br /> -Zénith<br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Tous ces regrets</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Ces jardins sans limite</span><br /> -Où le crapaud module un tendre cri d'azur<br /> -La biche du silence éperdu passe vite<br /> -Un rossignol meurtri par l'amour chante sur<br /> -Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses<br /> -Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier<br /> -Et les fleurs de grenade en nos regards écloses<br /> -En tombant tour à tour ont jonché le sentier<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_SOUPIRS_DU_SERVANT_DE_DAKAR"></a>LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR</span><br /> -<br /> -<br /> -C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier<br /> -Auprès des canons gris tournés vers le nord<br /> -<span style="margin-left: 3em;">Que je songe au village africain</span><br /> -Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour<br /> -<span style="margin-left: 5em;">Et de longs discours</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">Nobles et joyeux</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 3em;">Je revois mon père qui se battit</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Contre les Achantis</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Au service des Anglais</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Je revois ma sœur au rire en folie</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Aux seins durs comme des obus</span><br /> -<span style="margin-left: 8em;">Et je revois</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Ma mère la sorcière qui seule du village</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">Méprisait le sel</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Piler le millet dans un mortier</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Je me souviens du si délicat si inquiétant</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">Fétiche dans l'arbre</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Et du double fétiche de la fécondité</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 6em;">Plus tard une tête coupée</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">Au bord d'un marécage</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">Ô pâleur de mon ennemi</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">C'était une tête d'argent</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">Et dans le marais</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">C'était la lune qui luisait</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">C'était donc une tête d'argent</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Là-haut c'était la lune qui dansait</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">C'était donc une tête d'argent</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Et moi dans l'antre j'étais invisible</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Similitudes Pâleurs</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Et ma sœur</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Suivit plus tard un tirailleur</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Mort à Arras</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 5em;">Si je voulais savoir mon âge</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Il faudrait le demander à l'évêque</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Si doux si doux avec ma mère</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">De beurre de beurre avec ma sœur</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">C'était dans une petite cabane</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">J'ai connu l'affût au bord des marécages</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Où la girafe boit les jambes écartées</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 2em;">J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Le Village</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Viole les femmes</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Emmène les filles</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Et les garçons dont la croupe dure sursaute</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">J'ai porté l'administrateur des semaines</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">De village en village</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">En chantonnant</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Et je fus domestique à Paris</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Je ne sais pas mon âge</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Mais au recrutement</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">On m'a donné vingt ans</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Je suis soldat français on m'a blanchi du coup</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Secteur 59 je ne peux pas dire où</span><br /> -Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Pourquoi ne pas danser et discourir</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Manger et puis dormir</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Et nous tirons sur les ravitaillements boches</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Ou sur les fils de fer devant les bobosses</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Sous la tempête métallique</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Je me souviens d'un lac affreux</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Et de couples enchaînés par un atroce amour</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Une nuit folle</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Une nuit de sorcellerie</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Comme cette nuit-ci</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Où tant d'affreux regards</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Éclatent dans le ciel splendide</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TOUJOURS"></a>TOUJOURS</span><br /> -<br /> -<i>À Madame Faure-Favier</i><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Toujours</span><br /> -Nous irons plus loin sans avancer jamais<br /> -<br /> -Et de planète en planète<br /> -De nébuleuse en nébuleuse<br /> -Le don Juan des mille et trois comètes<br /> -Même sans bouger de la terre<br /> -Cherche les forces neuves<br /> -Et prend au sérieux les fantômes<br /> -<br /> -Et tant d'univers s'oublient<br /> -Quels sont les grands oublieurs<br /> -Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">partie du monde</span><br /> -Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">d'un continent</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Perdre</span><br /> -Mais perdre vraiment<br /> -Pour laisser place à la trouvaille<br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Perdre</span><br /> -La vie pour trouver la Victoire<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="FETE"></a>FÊTE</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À André Rouveyre</i><br /> -<br /> -<br /> -Feu d'artifice en acier<br /> -Qu'il est charmant cet éclairage<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Artifice d'artificier</span><br /> -Mêler quelque grâce au courage<br /> -<br /> -<br /> -Deux fusants<br /> -Rose éclatement<br /> -Comme deux seins que l'on dégrafe<br /> -Tendent leurs bouts insolemment<br /> -<span style="font-size: 0.9em;">IL SUT AIMER</span><br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">quelle épitaphe</span><br /> -<br /> -<br /> -Un poète dans la forêt<br /> -Regarde avec indifférence<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Son revolver au cran d'arrêt</span><br /> -Des roses mourir d'espérance<br /> -<br /> -<br /> -Il songe aux roses de Saadi<br /> -Et soudain sa tête se penche<br /> -Car une rose lui redit<br /> -La molle courbe d'une hanche<br /> -<br /> -<br /> -L'air est plein d'un terrible alcool<br /> -Filtré des étoiles mi-closes<br /> -Les obus caressent le mol<br /> -Parfum nocturne où tu reposes<br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Mortification des roses</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="MADELEINE"></a>MADELEINE</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 475px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;"> -<img src="images/calli_022_madeleine.jpg" width="475" alt="Madeleine" /> -<p><a href="#a018">Transcription</a></p> -</div> - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_SAISONS"></a>LES SAISONS</span><br /> -<br /> -<br /> -C'était un temps béni nous étions sur les plages<br /> -Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau<br /> -Et vite comme va la langue d'un crapaud<br /> -L'amour blessait au cœur les fous comme les sages<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br /> -<br /> -<br /> -C'était un temps béni Le temps du vaguemestre<br /> -On est bien plus serré que dans les autobus<br /> -Et des astres passaient que singeaient les obus<br /> -Quand dans la nuit survint la batterie équestre<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br /> -<br /> -<br /> -C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues<br /> -Les marmites donnaient aux rondins des cagnats<br /> -Quelque aluminium où tu t'ingénias<br /> -À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br /> -<br /> -<br /> -C'était un temps béni La guerre continue<br /> -Les Servants ont limé la bague au long des mois<br /> -Le Conducteur écoute abrité dans les bois<br /> -La chanson que répète une étoile inconnue<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était militaire</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">As-tu connu Guy au galop</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Du temps qu'il était artiflot</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">À la guerre</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="VENU_DE_DIEUZE"></a>VENU DE DIEUZE</span> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 475px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;"> -<img src="images/calli_023_Venu_de_Dieuze.jpg" width="475" alt="Venu de Dieuze" /> -<p><a href="#a019">Transcription</a></p></div> - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_NUIT_DAVRIL_1915"></a>LA NUIT D'AVRIL 1915</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À L. de C.—C.</i><br /> -<br /> -<br /> -Le ciel est étoilé par les obus des Boches<br /> -La forêt merveilleuse où je vis donne un bal<br /> -La mitrailleuse joue un air à triples-croches<br /> -Mais avez-vous le mot<br /> -<span style="margin-left: 10.5em;">Eh! oui le mot fatal</span><br /> -Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches<br /> -<br /> -<br /> -Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons<br /> -Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance<br /> -Et tes mille soleils ont vidé les caissons<br /> -Que les dieux de mes yeux remplissent en silence<br /> -<br /> -<br /> -Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons<br /> -<br /> -<br /> -Les obus miaulaient un amour à mourir<br /> -Un amour qui se meurt est plus doux que les autres<br /> -Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir<br /> -<br /> -<br /> -Les obus miaulaient<br /> -<span style="margin-left: 9.5em;">Entends chanter les nôtres</span><br /> -Pourpre amour salué par ceux qui vont périr<br /> -<br /> -<br /> -Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque<br /> -<br /> -<br /> -Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts<br /> -<br /> -<br /> -Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque<br /> -<br /> -<br /> -Couche-toi sur la paille et songe un beau remords<br /> -Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque<br /> -<br /> -<br /> -Mais<br /> -<span style="margin-left: 2em;">orgues</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">aux fétus de la paille où tu dors</span><br /> -L'hymne de l'avenir est paradisiaque<br /> -</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="LUEURS_DES_TIRS" id="LUEURS_DES_TIRS">LUEURS DES TIRS</a></h3> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_GRACE_EXILEE"></a>LA GRACE EXILÉE</span><br /> -<br /> -<br /> -Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel<br /> -Allez-vous-en couleurs charmantes<br /> -Cet exil t'est essentiel<br /> -Infante aux écharpes changeantes<br /> -<br /> -<br /> -Et l'arc-en-ciel est exilé<br /> -Puisqu'on exile qui l'irise<br /> -Mais un drapeau s'est envolé<br /> -Prendre ta place au vent de bise<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_BOUCLE_RETROUVEE"></a>LA BOUCLE RETROUVÉE</span><br /> -<br /> -<br /> -Il retrouve dans sa mémoire<br /> -La boucle de cheveux châtains<br /> -T'en souvient-il à n'y point croire<br /> -De nos deux étranges destins<br /> -<br /> -<br /> -Du boulevard de la Chapelle<br /> -Du joli Montmartre et d'Auteuil<br /> -Je me souviens murmure-t-elle<br /> -Du jour où j'ai franchi ton seuil<br /> -<br /> -<br /> -Il y tomba comme un automne<br /> -La boucle de mon souvenir<br /> -Et notre destin qui t'étonne<br /> -Se joint au jour qui va finir<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="REFUS_DE_LA_COLOMBE"></a>REFUS DE LA COLOMBE</span><br /> -<br /> -<br /> -Mensonge de l'Annonciade<br /> -La Noël fut la Passion<br /> -Et qu'elle était charmante et sade<br /> -Cette renonciation<br /> -<br /> -<br /> -Si la colombe poignardée<br /> -Saigne encore de ses refus<br /> -J'en plume les ailes l'idée<br /> -Et le poème que tu fus<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_FEUX_DU_BIVOUAC"></a>LES FEUX DU BIVOUAC</span><br /> -<br /> -<br /> -Les feux mouvants du bivouac<br /> -Éclairent des formes de rêve<br /> -Et le songe dans l'entrelac<br /> -Des branches lentement s'élève<br /> -<br /> -<br /> -Voici les dédains du regret<br /> -Tout écorché comme une fraise<br /> -Le souvenir et le secret<br /> -Dont il ne reste que la braise<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LES_GRENADINES_REPENTANTES"></a>LES GRENADINES REPENTANTES</span><br /> -<br /> -<br /> -En est-il donc deux dans Grenade<br /> -Qui pleurent sur ton seul péché<br /> -Ici l'on jette la grenade<br /> -Qui se change en un œuf coché<br /> -<br /> -<br /> -Puisqu'il en naît des coqs Infante<br /> -Entends-les chanter leurs dédains<br /> -Et que la grenade est touchante<br /> -Dans nos effroyables jardins<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TOURBILLON_DE_MOUCHES"></a>TOURBILLON DE MOUCHES</span><br /> -<br /> -<br /> -Un cavalier va dans la plaine<br /> -La jeune fille pense à lui<br /> -Et cette flotte à Mitylène<br /> -Le fil de fer est là qui luit<br /> -<br /> -<br /> -Comme ils cueillaient la rose ardente<br /> -Leurs jeux tout à coup ont fleuri<br /> -Mais quel soleil la bouche errante<br /> -À qui la bouche avait souri<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LADIEU_DU_CAVALIER"></a>L'ADIEU DU CAVALIER</span><br /> -<br /> -<br /> -Ah Dieu! que la guerre est jolie<br /> -Avec ses chants ses longs loisirs<br /> -Cette bague je l'ai polie<br /> -Le vent se mêle à vos soupirs<br /> -<br /> -<br /> -Adieu! voici le boute-selle<br /> -Il disparut dans un tournant<br /> -Et mourut là-bas tandis qu'elle<br /> -Riait au destin surprenant<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_PALAIS_DU_TONNERRE"></a>LE PALAIS DU TONNERRE</span><br /> -<br /> -<br /> -Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie<br /> -En regardant le paroi adverse qui semble en nougat<br /> -On voit à gauche et à droite fuir l'humide couloir désert<br /> -Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">yeux réglementaires qui servent à l'attacher sous les</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">caissons</span><br /> -Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte<br /> -Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches<br /> -Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">blanchâtre</span><br /> -Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">par quelques lignes droites</span><br /> -Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">paraît ancien</span><br /> -Le plafond est fait de traverses de chemin de fer<br /> -Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">d'aiguilles de sapin</span><br /> -Et de temps en temps des débris de craie tombent<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">comme des morceaux de vieillesse</span><br /> -<br /> -<br /> -À côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qui sert généralement aux emballages</span><br /> -Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">feu semblable à l'âme</span><br /> -Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">dévore et fugitif</span><br /> -Les fils de fer se tendent partout servant de sommier<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">supportant des planches</span><br /> -Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">choses</span><br /> -Comme on fait à la mémoire<br /> -Des musettes bleues des casques bleus des cravates<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">bleues des vareuses bleues</span><br /> -Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs<br /> -Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie<br /> -<br /> -<br /> -Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">dorés à tête émaillée</span><br /> -Noirs blancs rouges<br /> -Funambules qui attendent leur tour de passer sur les<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">trajectoires</span><br /> -Et font un ornement mince et élégant à cette demeure<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">souterraine</span><br /> -Ornée de six lits placés en fer à cheval<br /> -Six lits couverts de riches manteaux bleus<br /> -<br /> -<br /> -Sur le palais il y a un haut tumulus de craie<br /> -Et des plaques de tôle ondulée<br /> -Fleuve figé de ce domaine idéal<br /> -Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">mélinite</span><br /> -Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés<br /> -Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes<br /> -Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais<br /> -Le palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">petite qu'une souris</span><br /> -Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">bout d'une lunette</span><br /> -Petit palais où tout s'assourdit<br /> -Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien<br /> -Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">un roi</span><br /> -Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse<br /> -Un journal du jour traîne par terre<br /> -Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure<br /> -Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique<br /> -Le goût de l'anticaille<br /> -Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes<br /> -Tout y était si précieux et si neuf<br /> -Tout y est si précieux et si neuf<br /> -Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">apparaît</span><br /> -<span style="margin-left: 8.5em;">Plus précieuse</span><br /> -Que ce qu'on a sous la main<br /> -Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et si neuve</span><br /> -Et deux marches neuves<br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Elles n'ont pas deux semaines</span><br /> -Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">sans imiter l'antique</span><br /> -Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">est ce qui est</span><br /> -Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique<br /> -Et ce qui est surchargé d'ornements<br /> -A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">antique</span><br /> -Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure<br /> -De ce qui est neuf et qui sert<br /> -Surtout si cela est simple simple<br /> -Aussi simple que le petit palais du tonnerre<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="PHOTOGRAPHIE"></a>PHOTOGRAPHIE</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Ton sourire m'attire comme</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Pourrait m'attirer une fleur</span><br /> -Photographie tu es le champignon brun<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">De la forêt</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Qu'est sa beauté</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Les blancs y sont</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Un clair de lune</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Dans un jardin pacifique</span><br /> -Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés<br /> -Photographie tu es la fumée de l'ardeur<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Qu'est sa beauté</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Et il y a en toi</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Photographie</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Des tons alanguis</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">On y entend</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Une mélopée</span><br /> -Photographie tu es l'ombre<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Du Soleil</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Qu'est sa beauté</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LINSCRIPTION_ANGLAISE"></a>L'INSCRIPTION ANGLAISE</span><br /> -<br /> -<br /> -C'est quelque chose de si ténu de si lointain<br /> -Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser<br /> -Forme limitée par la mer bleue<br /> -Par la rumeur d'un train en marche<br /> -Par l'odeur des eucalyptus des mimosas<br /> -Et des pins maritimes<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 5.5em;"><i>Mais le contact et la saveur</i></span><br /> -<br /> -<br /> -Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">tête sur le quai de la gare à Marseille</span><br /> -<span style="margin-left: 9.5em;">Et s'en alla</span><br /> -<span style="margin-left: 9.5em;">Sans savoir</span><br /> -Que son souvenir planerait<br /> -Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce<br /> -Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition<br /> -À travers la fumée d'écorce de bouleau<br /> -Qui sent l'encens minéen<br /> -Tandis que les volutes bleuâtres qui montent<br /> -D'un cigare écrivent le plus tendre des noms<br /> -Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant<br /> -Écrivent aussi le nom émouvant<br /> -Dont chaque lettre se love en belle anglaise<br /> -<br /> -<br /> -Et le soldat n'ose point achever<br /> -Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter<br /> -Cette calligraphie sylvestre et vernale<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DANS_LABRI-CAVERNE"></a>DANS L'ABRI-CAVERNE</span><br /> -<br /> -<br /> -Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">vers moi</span><br /> -Une force part de nous qui est un feu solide qui nous<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">soude</span><br /> -Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">ne pouvons nous apercevoir</span><br /> -En face de moi la paroi de craie s'effrite<br /> -Il y a des cassures<br /> -De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">être faites dans de la stéarine</span><br /> -Des coins de cassures sont arrachés par le passage des<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">types de ma pièce</span><br /> -Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide<br /> -On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">fond</span><br /> -Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher<br /> -Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où</span><br /> -Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">encore cultiver ou élever ou humaniser</span><br /> -Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">manque ce qui éclaire</span><br /> -C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours<br /> -Heureusement que ce n'est que ce soir<br /> -Les autres jours je me rattache à toi<br /> -Les autres jours je me console de la solitude et de toutes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">les horreurs</span><br /> -En imaginant ta beauté<br /> -Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié<br /> -Puis je pense que je l'imagine en vain<br /> -Je ne la connais par aucun sens<br /> -Ni même par les mots<br /> -Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain<br /> -Existe-tu mon amour<br /> -Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir<br /> -Pour peupler la solitude<br /> -Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">avaient douées pour moins s'ennuyer</span><br /> -Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">dans mon imagination</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="FUSEE"></a>FUSÉE</span><br /> -<br /> -<br /> -La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor<br /> -Ma pensée te rejoint et la tienne la croise<br /> -Tes seins sont les seuls obus que j'aime<br /> -Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">pointer la nuit</span><br /> -<br /> -<br /> -En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">hanches</span><br /> -<br /> -<br /> -Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">journal</span><br /> -<br /> -<br /> -Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">gueule</span><br /> -<br /> -<br /> -Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">chat et pattes de chat</span><br /> -<br /> -<br /> -Une souris verte file parmi la mousse<br /> -<br /> -<br /> -Le riz a brûlé dans la marmite de campement<br /> -Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses<br /> -<br /> -<br /> -Le mégaphone crie<br /> -Allongez le tir<br /> -<br /> -<br /> -Allongez le tir amour de vos batteries<br /> -<br /> -<br /> -Balance des batteries lourdes cymbales<br /> -Qu'agitent les chérubins fous d'amour<br /> -En l honneur du Dieu des Armées<br /> -<br /> -<br /> -Un arbre dépouillé sur une butte<br /> -<br /> -<br /> -Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée<br /> -<br /> -<br /> -Ô vieux monde du XIX<sup>e</sup> siècle plein de hautes cheminées<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">si belles et si pures</span><br /> -<br /> -<br /> -Virilités du siècle où nous sommes<br /> -Ô canons<br /> -<br /> -<br /> -Douilles éclatantes des obus de 75<br /> -Carillonnez pieusement<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DESIR"></a>DÉSIR</span><br /> -<br /> -<br /> -Mon désir est la région qui est devant moi<br /> -Derrière les lignes boches<br /> -Mon désir est aussi derrière moi<br /> -Après la zone des armées<br /> -<br /> -Mon désir c'est la butte du Mesnil<br /> -Mon désir est là sur quoi je tire<br /> -De mon désir qui est au-delà de la zone des armées<br /> -Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense<br /> -<br /> -Butte du Mesnil je t'imagine en vain<br /> -Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">d'eux</span><br /> -Trop enfoncés sous terre déjà enterrés<br /> -Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant<br /> -<br /> -En y veillant tard dans la nuit<br /> -Le Decauville qui toussote<br /> -La tôle ondulée sous la pluie<br /> -Et sous la pluie ma bourguignotte<br /> -<br /> -Entends la terre véhémente<br /> -Vois les lueurs avant d'entendre les coups<br /> -<br /> -<br /> -Et tel obus siffler de la démence<br /> -Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût<br /> -<br /> -<br /> -Je désire<br /> -Te serrer dans ma main Main de Massiges<br /> -Si décharnée sur la carte<br /> -<br /> -<br /> -Le boyau Gœthe où j'ai tiré<br /> -J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche<br /> -Décidément je ne respecte aucune gloire<br /> -<br /> -<br /> -Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">moments</span><br /> -Nuit des hommes seulement<br /> -Nuit du 24 septembre<br /> -Demain l'assaut<br /> -Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">devenait plus intense de minute en minute</span><br /> -Nuit qui criait comme une femme qui accouche<br /> -Nuit des hommes seulement<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHANT_DE_LHORIZON_EN_CHAMPAGNE"></a>CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À M. Joseph Granié</i><br /> -<br /> -<br /> -Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée<br /> -Voici le nez des soldats invisibles<br /> -Moi l'horizon invisible je chante<br /> -Que les civils et les femmes écoutent ces chansons<br /> -Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Le sol est blanc la nuit l'azure</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Saigne la crucifixion</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Tandis que saigne la blessure</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Du soldat de Promission</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Un chien jappait l'obus miaule</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">La lueur muette a jailli</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">À savoir si la guerre est drôle</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Les masques n'ont pas tressailli</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Mais quel fou rire sous le masque</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Blancheur éternelle d'ici</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Où la colombe porte un casque</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Et l'acier s'envole aussi</span><br /> -<br /> -<br /> -Je suis seul sur le champ de bataille<br /> -Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux<br /> -L'obus miaule<br /> -Je te tuerai<br /> -Animez-vous fantassins à passepoil jaune<br /> -Grands artilleurs roux comme des taupes<br /> -Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens<br /> -Veloutés de toutes les nuances du velours<br /> -Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres<br /> -Ou déteints<br /> -Venez le pot en tête<br /> -Debout fusée éclairante<br /> -Danse grenadier en agitant tes pommes de pin<br /> -Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs<br /> -Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Sculptez les profondeurs</span><br /> -Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">avettes</span><br /> -Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon<br /> -Ecoutez renaître les oracles qui avaient cessé<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Le grand Pan est ressuscité</span><br /> -<br /> -<br /> -Champagne viril qui émoustille la Champagne<br /> -Hommes faits jeunes gens<br /> -Caméléon des autos-canons<br /> -Et vous classe 16<br /> -Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">les cieux</span><br /> -J'étais content pourtant ça brûlait la paupière<br /> -Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms<br /> -Œil du Breton blessé couché sur la civière<br /> -Et qui criait aux morts aux sapins aux canons<br /> -<i>Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre</i><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Boyaux et rumeur du canon</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Sur cette mer aux blanches vagues</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Fou stoïque comme Zénon</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Pilote du cœur tu zigzagues</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Petites forêts de sapins</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">La nichée attend la becquée</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Pointe-t-il des nez de lapins</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Comme l'euphorbe verruquée</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ainsi que l'euphorbe d'ici</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Le soleil à peine boutonne</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Je l'adore comme un Parsi</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ce tout petit soleil d'automne</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Un fantassin presque un enfant</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Bleu comme le jour qui s'écoule</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Beau comme mon cœur triomphant</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Disait en mettant sa cagoule</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Tandis que nous n'y sommes pas</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Que de filles deviennent belles</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Voici l'hiver et pas à pas</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Leur beauté s'éloignera d'elles</i></span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Ô Lueurs soudaines des tirs</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Cette beauté que j'imagine</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Faute d'avoir des souvenirs</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Tire de vous son origine</i></span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>Car elle n'est rien que l'ardeur</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;"><i>De la bataille violente</i></span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Et de la terrible lueur</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Il s'est fait une muse ardente</span><br /> -<br /> -<br /> -Il regarde longtemps l'horizon<br /> -Couteaux tonneaux d'eau<br /> -Des lanternes allumées se sont croisées<br /> -Moi l'horizon je combattrai pour la victoire<br /> -Je suis l'invisible qui ne peut disparaître<br /> -Je suis comme l'onde<br /> -Allons ouvrez les écluses que je me précipite<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">tout</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="OCEAN_DE_TERRE"></a>OCÉAN DE TERRE</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À G. de Chirico</i><br /> -<br /> -<br /> -J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan<br /> -Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux<br /> -Des poulpes grouillent partout où se tiennent les<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">murailles</span><br /> -Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">vitres</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Maison humide</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Maison ardente</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Saison rapide</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Saison qui chante</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Les avions pondent des œufs</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Attention on va jeter l'ancre</span><br /> -Attention à l'encre que l'on jette<br /> -Il serait bon que vous vinssiez du ciel<br /> -Le chèvrefeuille du ciel grimpe<br /> -Les poulpes terrestres palpitent<br /> -<br /> -Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">fossoyeurs</span><br /> -Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">pâles</span><br /> -Autour de la maison il y a cet océan que tu connais<br /> -Et qui ne se repose jamais<br /> -</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="OBUS_COULEUR_DE_LUNE" id="OBUS_COULEUR_DE_LUNE">OBUS COULEUR DE LUNE</a></h3> - - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="MERVEILLE_DE_LA_GUERRE"></a>MERVEILLE DE LA GUERRE</span><br /> -<br /> -<br /> -Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit<br /> -Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">regarder</span><br /> -Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour<br /> -yeux bras et cœurs<br /> -<br /> -<br /> -Jai reconnu ton sourire et ta vivacité<br /> -<br /> -<br /> -C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">dont les chevelures sont devenues des comètes</span><br /> -Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et à toutes les races</span><br /> -Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">le temps de mourir</span><br /> -<br /> -<br /> -Comme c'est beau toutes ces fusées<br /> -Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore<br /> -S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et relatif comme les lettres d'un livre</span><br /> -Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">mourants</span><br /> -<br /> -<br /> -Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">encore</span><br /> -Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et s'évanouit aussitôt</span><br /> -Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno<br /> -C'est un banquet que s'offre la terre<br /> -Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles<br /> -La terre a faim et voici son festin de Balthasar<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">cannibale</span><br /> -<br /> -<br /> -Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage<br /> -Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain<br /> -C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">n'est ma foi pas désagréable</span><br /> -Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">avec la terre</span><br /> -il n'avale que les âmes<br /> -Ce qui est une façon de ne pas se nourrir<br /> -Et se contente de jongler avec des feux versicolores<br /> -<br /> -<br /> -Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">toute ma compagnie au long des longs boyaux</span><br /> -<br /> -Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">présence</span><br /> -J'ai creusé le lit ou je coule en me ramifiant en mille<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">petits fleuves qui vont partout</span><br /> -Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">je suis partout ou plutôt je commence à être partout</span><br /> -C'est moi qui commence celte chose des siècles à venir<br /> -Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">volant</span><br /> -<br /> -<br /> -Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire<br /> -Qui fut à la guerre et sut être partout<br /> -Dans les villes heureuses de l'arrière<br /> -Dans tout le reste de l'univers<br /> -Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé<br /> -Dans les femmes dans les canons dans les chevaux<br /> -Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux<br /> -Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes<br /> -<br /> -<br /> -Et ce serait sans doute bien plus beau<br /> -Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">je suis partout</span><br /> -Pouvaient m'occuper aussi<br /> -Mais dans ce sens il n'y a rien de fait<br /> -Car si je suis partout à cette heure il n'y a cependant<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">que moi qui suis en moi</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="EXERCICE"></a>EXERCICE</span><br /> -<br /> -<br /> -Vers un village de l'arrière<br /> -S'en allaient quatre bombardiers<br /> -Ils étaient couverts de poussière<br /> -Depuis la tête jusqu'aux pieds<br /> -<br /> -<br /> -Ils regardaient la vaste plaine<br /> -En parlant entre eux du passé<br /> -Et ne se retournaient qu'à peine<br /> -Quand un obus avait toussé<br /> -<br /> -<br /> -Tous quatre de la classe seize<br /> -Parlaient d'antan non d'avenir<br /> -Ainsi se prolongeait l'ascèse<br /> -Qui les exerçait à mourir<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="A_LITALIE"></a>À L'ITALIE</span><br /> -<br /> -<br /> -<i>À Ardengo Soffici</i><br /> -<br /> -<br /> -L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">la zone des armées</span><br /> -J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva<br /> -Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année<br /> -Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même<br /> -C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées<br /> -Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Marne</span><br /> -<br /> -<br /> -J'évoquais le sac de Rome par les Allemands<br /> -Le sac de Rome qu'ont décrit<br /> -Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin<br /> -Je me disais<br /> -Est-il possible que la nation<br /> -Qui est la mère de la civilisation<br /> -Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">détruire</span><br /> -<br /> -<br /> -Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes<br /> -Les fantômes des Esclaves toujours frémissants<br /> -Se sont dressés en criant <span style="font-size: 0.9em;">SUS AUX TUDESQUES</span><br /> -Nous l'armée invisible aux cris éblouissants<br /> -Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">terre</span><br /> -Nous te tournons bénignement le dos Italie<br /> -Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien<br /> -Italie mère qui est aussi notre fille<br /> -<br /> -<br /> -Nous sommes là tranquillement et sans tristesse<br /> -Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">nous tombions</span><br /> -Nous savons qu'un autre prendrait notre place<br /> -Et que les Armées ne périront jamais<br /> -<br /> -<br /> -Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits<br /> -C'est la guerre qui est longue<br /> -<br /> -<br /> -Italie<br /> -Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">sœur</span><br /> -J'ai comme toi pour me réconforter<br /> -Le quart de pinard<br /> -Qui met tant de différence entre nous et les Boches<br /> -J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">des 75</span><br /> -<br /> -<br /> -Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et je sais rigoler</span><br /> -Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">gens sans mesure que leurs actions dépassent sans</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qu'ils sachent s'amuser</span><br /> -Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">emploient</span><br /> -Elle est au delà de la vie confortable<br /> -Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie<br /> -Les fleurs sont nos enfants et non les leurs<br /> -Même la fleur de lys qui meurt au Vatican<br /> -<br /> -<br /> -La plaine est infinie et les tranchées sont blanches<br /> -Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles<br /> -Sur les roses momentanés des éclatements<br /> -Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements<br /> -De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées<br /> -<br /> -<br /> -Nous jouissons de tout même de nos souffrances<br /> -Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">faut</span><br /> -Nous sommes narquois car nous savons faire la part des<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">choses</span><br /> -Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">que chez celui qui plume les patates</span><br /> -Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">sonores</span><br /> -<br /> -Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">la majesté héroïque et le courageux honneur</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">individuel</span><br /> -Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure</span><br /> -Et nous fumons du gros avec volupté<br /> -<br /> -<br /> -C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'électricité en bâton</span><br /> -Je pense à toi pays des 2 volcans<br /> -Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">moment de Messine</span><br /> -Je salue le Colleoni équestre de Venise<br /> -Je salue la chemise rouge<br /> -Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">aux hauts faits de ta bleusaille</span><br /> -Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">bonheur ou de malheur en ce monde</span><br /> -Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que<br /> -<span style="margin-left: 1em;">les Boches m'en empêcheraient</span><br /> -Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">remplacé par je ne sais quelles commodités dont je</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">n'ai que faire</span><br /> -<br /> -<br /> -Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir</span><br /> -Une même destinée nous lie en cette occase<br /> -<br /> -<br /> -Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis<br /> -Mais pour chacun de toi Italie<br /> -<br /> -<br /> -Ne te borne point à prendre les terres irrédentes<br /> -Mets ton destin dans la balance où est le nôtre<br /> -<br /> -<br /> -Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">d'escargots</span><br /> -Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins</span><br /> -<br /> -<br /> -Notre armée invisible est une belle nuit constellée<br /> -Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Ô nuit ô nuit éblouissante</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Les morts sont avec nos soldats</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">Les morts sont debout dans les tranchées</span><br /> -Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées<br /> -Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers<br /> -Nous jetons nos villes comme des grenades<br /> -Nos fleuves sont brandis comme des sabres<br /> -Nos montagnes chargent comme cavalerie<br /> -<br /> -<br /> -Nous reprendrons les villes les fleuves les collines<br /> -De la frontière helvétique aux frontières bataves<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Entre toi et nous Italie</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Il y a des patelins pleins de femmes</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Et près de toi m'attend celle que j'adore</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ô Frères d'Italie</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Ondes nuages délétères</span><br /> -Métalliques débris qui vous rouillez partout<br /> -Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête<br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Italie</span><br /> -Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras<br /> -Et ce soldat blessé toujours debout Arras<br /> -<br /> -<br /> -Et maintenant chantons ceux qui sont morts<br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Ceux qui vivent</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Les officiers les soldats</span><br /> -Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les<br /> -<span style="margin-left: 1em;">chevaux</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons les bagues pâles les casques</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons ceux qui sont morts</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons la terre qui bâille d'ennui</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons et rigolons</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Durant des années</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Italie</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Entends braire l'âne boche</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Faisons la guerre à coups de fouets</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Faits avec les rayons du soleil</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Italie</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Chantons et rigolons</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Durant des années</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_TRAVERSEE"></a>LA TRAVERSÉE</span><br /> -<br /> -<br /> -Du joli bateau de Port-Vendres<br /> -Tes yeux étaient les matelots<br /> -Et comme les flots étaient tendres<br /> -Dans les parages de Palos<br /> -<br /> -<br /> -Que de sous-marins dans mon âme<br /> -Naviguent et vont l'attendant<br /> -Le superbe navire où clame<br /> -Le chœur de ton regard ardent.<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="IL_Y_A"></a>IL Y A</span><br /> -<br /> -<br /> -Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée<br /> -Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">des asticots dont naîtraient les étoiles</span><br /> -Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour<br /> -Il y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">autour de moi</span><br /> -Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">asphyxiants</span><br /> -Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Nietzsche de Goethe et de Cologne</span><br /> -Il y a que je languis après une lettre qui tarde<br /> -Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">amour</span><br /> -Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète<br /> -Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">pièces</span><br /> -Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'Arbre isolé</span><br /> -Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">quoi il se confond</span><br /> -Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour<br /> -Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communications<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">de la T S F sur l'Atlantique</span><br /> -Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">les cercueils</span><br /> -Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">devant un Christ sanglant à Mexico</span><br /> -Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant<br /> -Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres<br /> -Il y a des croix partout de-ci de-là<br /> -Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie<br /> -Il y a les longues mains souples de mon amour<br /> -Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de 15 centimètres<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">et qu'on n'a pas laissé partir</span><br /> -Il y a ma selle exposée à la pluie<br /> -Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours<br /> -Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur<br /> -Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">sur son dos<br /></span> -Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">à la guerre</span><br /> -Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">campagnes occidentales</span><br /> -Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">s'ils les reverront</span><br /> -Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'invisibilité</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LESPIONNE"></a>L'ESPIONNE</span><br /> -<br /> -<br /> -Pâle espionne de l'Amour<br /> -Ma mémoire à peine fidèle<br /> -N'eut pour observer cette belle<br /> -Forteresse qu'une heure un jour<br /> -<br /> -<br /> -Tu te déguises<br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">À ta guise</span><br /> -Mémoire espionne du cœur<br /> -Tu ne retrouves plus l'exquise<br /> -Ruse et le cœur seul est vainqueur<br /> -<br /> -<br /> -Mais la vois-tu cette mémoire<br /> -Les yeux bandés prête à mourir<br /> -Elle affirme qu'on peut l'en croire<br /> -Mon cœur vaincra sans coup férir<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_CHANT_DAMOUR"></a>LE CHANT D'AMOUR</span><br /> -<br /> -Voici de quoi est fait le chant symphonique de l'amour<br /> -Il y a le chant de l'amour de jadis<br /> -Le bruit des baisers éperdus des amants illustres<br /> -Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux<br /> -Les virilités des héros fabuleux érigées comme des<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">pièces contre avions</span><br /> -Le hurlement précieux de Jason<br /> -Le chant mortel du cygne<br /> -Et l'hymne victorieux que les premiers rayons du soleil<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">ont fait chanter à Memnon l'immobile</span><br /> -Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement<br /> -Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles<br /> -La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">tropicales</span><br /> -Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">amour des peuples</span><br /> -Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté<br /> -<br /> -Il y a là le chant de tout l'amour du monde<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="AUSSI_BIEN_QUE_LES_CIGALES"></a>AUSSI BIEN QUE LES CIGALES</span> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 500px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;"> -<img src="images/calli_024_cigale.jpg" width="500" alt="Aussi bien que les cigales" /> -<p><a href="#a019">Transcription</a></p> -</div> - - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SIMULTANEITES"></a>SIMULTANÉITÉS</span><br /> -<br /> -<br /> -Les canons tonnent dans la nuit<br /> -On dirait des vagues tempête<br /> -Des cœurs où pointe un grand ennui<br /> -Ennui qui toujours se répète<br /> -<br /> -<br /> -Il regarde venir là-bas<br /> -Les prisonniers L'heure est si douce<br /> -Dans ce grand bruit ouaté très bas<br /> -Très bas qui grandit sans secousse<br /> -<br /> -<br /> -Il tient son casque dans ses mains<br /> -Pour saluer la souvenance<br /> -Des lys des roses des jasmins<br /> -Éclos dans les jardins de France<br /> -<br /> -<br /> -Et sous la cagoule masqué<br /> -Il pense à des cheveux si sombres<br /> -Mais qui donc l'attend sur le quai<br /> -Ô vaste mer aux mauves ombres<br /> -<br /> -Belles noix du vivant noyer<br /> -La grand folie en vain vous gaule<br /> -Brunette écoute gazouiller<br /> -La mésange sur ton épaule<br /> -<br /> -<br /> -Notre amour est une lueur<br /> -Qu'un projecteur du cœur dirige<br /> -Vers l'ardeur égale du cœur<br /> -Qui sur le haut Phare s'érige<br /> -<br /> -<br /> -Ô phare-fleur mes souvenirs<br /> -Les cheveux noirs de Madeleine<br /> -Les atroces lueurs des tirs<br /> -Ajoutent leur clarté soudaine<br /> -À tes beaux yeux ô Madeleine<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="DU_COTON_DANS_LES_OREILLES"></a>DU COTON DANS LES OREILLES</span> -</p> - - - -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;"> -<img src="images/calli_025_cotton_01.jpg" width="400" alt="Du coton dans les oreilles." /> -<p><a href="#a020">Transcription</a></p> -</div> - - -<p style="margin-left: 20%;"> -Ceux qui revenaient de la mort<br /> -En attendaient une pareille<br /> -Et tout ce qui venait du nord<br /> -Allait obscurcir le soleil<br /> -<br /> -Mais que voulez-vous<br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">c'est son sort</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Allô la truie</span><br /> -<br /> -C'est quand sonnera le réveil<br /> -</p> -<p style="font-size: 2.5em; margin-left: 12.5%;">ALLÔ LA TRUIE</p> -<p style="margin-left: 20%;"> -La sentinelle au long regard<br /> -La sentinelle au long regard<br /> -Et la cagnat s'appelait</p> - -<div class="figleft" style="width: 200px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;"> -<img src="images/calli_026_cotton_02.jpg" width="200" alt="LES CÉNOBITES TRANQUILLES." /></div> - -<p style="margin-left: 12.5%;"> -La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard</p> -<p style="margin-left: 20%;"> -<span style="margin-left: 4em;">Allô la truie</span><br /> -<br /> -<br /> -Tant et tant de coquelicots<br /> -D'où tant de sang a-t-il coulé<br /> -Qu'est-ce qu'il se met dans le coco<br /> -Bon sang de bois il s'est saoulé<br /> -Et sans pinard et sans tacot<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Avec de l'eau</span><br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Allô la truie</span><br /> -<br /> -<br /> -Le silence des phonographes<br /> -Mitrailleuses des cinémas<br /> -Tout l'échelon là-bas piaffe<br /> -Fleurs de feu des lueurs-frimas<br /> -Puisque le canon avait soif<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Allô la truie</span><br /> -Et les trajectoires cabrées<br /> -Trébuchements de soleils-nains<br /> -Sur tant de chansons déchirées<br /> -<br /> -<br /> -Il a l'Étoile du Bénin<br /> -Mais du singe en boîtes carrées<br /> -Crois-tu qu'il y aura la guerre<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Allô la truie</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Ah! s'il vous plaît</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Ami l'Anglais</span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;">Ah! qu'il est laid</span><br /> -Ton frère ton frère ton frère de lait<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 0.5em;">Et je mangeais du pain de Gênes</span><br /> -En respirant leurs gaz lacrymogènes<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Mets du coton dans tes oreilles</span><br /> -<span style="margin-left: 6em;">D'siré</span><br /> -<br /> -<br /> -Puis ce fut cette fleur sans nom<br /> -À peine un souffle un souvenir<br /> -Quand s'en allèrent les canons.<br /> -Au tour des roues heure à courir<br /> -La baleine a d'autres fanons<br /> -Éclatements qui nous fanons<br /> -<br /> -<br /> -Mais mets du coton dans des oreilles<br /> -Evidemment les fanions<br /> -<span style="margin-left: 4em;">Des signaleurs</span><br /> -<span style="margin-left: 5em;">Allô la truie</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;"><i>Ici la musique militaire joue</i></span><br /> -<span style="margin-left: 5em;"><i>Quelque chose</i></span><br /> -<span style="margin-left: 2.5em;"><i> Et chacun se souvient d'une joue</i></span><br /> -<span style="margin-left: 5em;"><i>Rose</i></span><br /> -<span style="margin-left: 3em;"><i>Parce que même les airs entraînants</i></span><br /> -<i>Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à</i><br /> -<span style="margin-left: 2em;"><i>la guerre</i></span><br /> -<br /> -Écoute s'il pleut écoute s'il pleut<br /> -</p> - - -<div class="figleft" style="width: 400px; margin-left: 20%; margin-top: 2em;"> -<img src="images/calli_027_cotton_03.jpg" width="400" alt="Il pleut, écoute s'il pleut." /></div> - - -<p style="margin-left: 25%;"> -Les longs boyaux où tu chemines<br /> -Adieu les cagnats d'artilleurs<br /> -</p> - -<p style="margin-left: 25%;"> -Tu retrouveras<br /> -La tranchée en première ligne<br /> -Les éléphants des pare-éclats<br /> -Une girouette maligne<br /> -Et les regards des guetteurs las<br /> -Qui veillent le silence insigne<br /> -<span style="margin-left: 4em;">Ne vois-tu rien venir</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 11.5em;">au</span><br /> -<span style="margin-left: 11.5em;">Pé</span><br /> -<span style="margin-left: 11.5em;">ris</span><br /> -<span style="margin-left: 11.5em;">co</span><br /> -<span style="margin-left: 11.5em;">pe</span><br /> -<br /> -La balle qui froisse le silence<br /> -Les projectiles d'artillerie qui glissent<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Comme un fleuve aérien</span><br /> -Ne mettez plus de coton dans les oreilles<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">Ça n'en vaut plus la peine</span><br /> -Mais appelez donc Napoléon sur la tour<br /> -<span style="margin-left: 10em;">Allô</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Le petit geste du fantassin qui se gratte au</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">où les totos le démangent</span><br /> -La vague<br /> -<span style="margin-left: 4em;">Dans les caves</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Dans les caves</span><br /> -</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="LA_TETE_ETOILEE" id="LA_TETE_ETOILEE">LA TÊTE ÉTOILÉE</a></h3> - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_DEPART"></a>LE DÉPART</span><br /> -<br /> -<br /> -Et leurs visages étaient pâles<br /> -Et leurs sanglots s'étaient brisés<br /> -<br /> -<br /> -Comme la neige aux purs pétales<br /> -Ou bien tes mains sur mes baisers<br /> -Tombaient les feuilles automnales<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LE_VIGNERON_CHAMPENOIS"></a>LE VIGNERON CHAMPENOIS</span><br /> -<br /> -<br /> -Le régiment arrive<br /> -Le village est presque endormi dans la lumière parfumée<br /> -Un prêtre a le casque en tête<br /> -La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie<br /> -Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu<br /> -Bonjour soldats<br /> -Je les ai vus passer et repasser en courant<br /> -Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">fermente</span><br /> -Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne<br /> -Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne<br /> -J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">charmante artillerie</span><br /> -<br /> -<br /> -La nuit est blonde ô vin blond<br /> -Un vigneron chantait courbé dans sa vigne<br /> -Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon<br /> -Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante<br /> -Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre<br /> -Un vigneron champenois qui est un artilleur<br /> -<br /> -<br /> -C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche<br /> -Puis les soldats s'en iront là-haut<br /> -Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes<br /> -Allons Adieu messieurs tâchez de revenir<br /> -Mais nul ne sait ce qui peut advenir<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CARTE_POSTALE2"></a>CARTE POSTALE</span><br /> -<br /> -<br /> -Je t'écris de dessous la tente<br /> -Tandis que meurt ce jour d'été<br /> -Où floraison éblouissante<br /> -Dans le ciel à peine bleuté<br /> -Une canonnade éclatante<br /> -Se fane avant d'avoir été<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="EVENTAIL_DES_SAVEURS"></a>ÉVENTAIL DES SAVEURS</span> -</p> - -<div class="figleft" style="width: 450px; margin-left: 20%; margin-top: 4em;"> -<img src="images/calli_028_eventail.jpg" width="450" alt="Éventail des saveurs." /> -<p><a href="#a021">Transcription</a></p> -</div> - - -<p class="p4" style="margin-left: 20%;"> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="SOUVENIRS"></a>SOUVENIRS</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Deux lacs nègres</span><br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Entre une forêt</span><br /> -<span style="margin-left: 9em;">Et une chemise qui sèche</span><br /> -<br /> -<br /> -Bouche ouverte sur un harmonium<br /> -C'était une voix faite d'yeux<br /> -Tandis qu'il traîne de petites gens<br /> -<br /> -<br /> -Une toute petite vieille au nez pointu<br /> -J'admire la bouillotte d'émail bleu<br /> -Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure<br /> -<br /> -<br /> -Un monsieur en bras de chemise<br /> -Se rase près de la fenêtre<br /> -En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien<br /> -Ça fait tout un opéra<br /> -<br /> -<br /> -Toi qui te tournes vers le roi<br /> -Est-ce que Dieu voudrait mourir encore<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LAVENIR"></a>L'AVENIR</span><br /> -<br /> -<br /> -Soulevons la paille<br /> -Regardons la neige<br /> -Écrivons des lettres<br /> -Attendons des ordres<br /> -<br /> -<br /> -Fumons la pipe<br /> -En songeant à l'amour<br /> -Les gabions sont là<br /> -Regardons la rose<br /> -<br /> -<br /> -La fontaine n'a pas tari<br /> -Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni<br /> -Regardons l'abeille<br /> -Et ne songeons pas à l'avenir<br /> -<br /> -<br /> -Regardons nos mains<br /> -Qui sont la neige<br /> -La rose et l'abeille<br /> -Ainsi que l'avenir<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="UN_OISEAU_CHANTE"></a>UN OISEAU CHANTE</span><br /> -<br /> -<br /> -Un oiseau chante ne sais où<br /> -C'est je crois ton âme qui veille<br /> -Parmi tous les soldats d'un sou<br /> -Et l'oiseau charme mon oreille<br /> -<br /> -<br /> -Écoute il chante tendrement<br /> -Je ne sais pas sur quelle branche<br /> -Et partout il va me charmant<br /> -Nuit et jour semaine et dimanche<br /> -<br /> -<br /> -Mais que dire de cet oiseau<br /> -Que dire des métamorphoses<br /> -De l'âme en chant dans l'arbrisseau<br /> -Du cœur en ciel du ciel en roses<br /> -<br /> -<br /> -L'oiseau des soldats c'est l'amour<br /> -Et mon amour c'est une fille<br /> -La rose est moins parfaite et pour<br /> -Moi seul l'oiseau bleu s'égosille<br /> -<br /> -<br /> -Oiseau bleu comme le cœur bleu<br /> -De mon amour au cœur céleste<br /> -Ton chant si doux répète-le<br /> -À la mitrailleuse funeste<br /> -<br /> -<br /> -Qui claque à l'horizon et puis<br /> -Sont-ce les astres que l'on sème<br /> -Ainsi vont les jours et les nuits<br /> -Amour bleu comme est le cœur même<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHEVAUX_DE_FRISE"></a>CHEVAUX DE FRISE</span><br /> -<br /> -<br /> -Pendant le blanc et nocturne novembre<br /> -Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie<br /> -Vieillissaient encore sous la neige<br /> -Et semblaient à peine des chevaux de frise<br /> -Entourés de vagues de fils de fer<br /> -Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps<br /> -Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent<br /> -<span style="margin-left: 6em;">Les fleurs de l'amour</span><br /> -<br /> -<br /> -Pendant le blanc et nocturne novembre<br /> -Tandis que chantaient épouvantablement les obus<br /> -Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient<br /> -<span style="margin-left: 6em;">Leurs mortelles odeurs</span><br /> -Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine<br /> -<br /> -La neige met de pâles fleurs sur les arbres<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Et toisonne d'hermine les chevaux de frise</span><br /> -<span style="margin-left: 4.5em;">Que l'on voit partout</span><br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Abandonnés et sinistres</span><br /> -<span style="margin-left: 8em;">Chevaux muets</span><br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Non chevaux barbes mais barbelés</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Et je les anime tout soudain</span><br /> -<span style="margin-left: 2em;">En troupeau de jolis chevaux pies</span><br /> -Qui vont vers toi comme de blanches vagues<br /> -<span style="margin-left: 6.5em;">Sur la Méditerranée</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Et t'apportent mon amour</span><br /> -Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue<br /> -<span style="margin-left: 8.5em;">ô Madeleine</span><br /> -Je t'aime avec délices<br /> -Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches<br /> -Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent<br /> -Si je songe à tes seins le Paraclet descend<br /> -<span style="margin-left: 4em;">Ô double colombe de ta poitrine</span><br /> -Et vient délier ma langue de poète<br /> -<span style="margin-left: 4em;">Pour te redire</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Je t'aime</span><br /> -Ton visage est un bouquet de fleurs<br /> -<span style="margin-left: 2em;">Aujourd'hui je te vois non Panthère</span><br /> -<span style="margin-left: 8.5em;">Mais Toutefleur</span><br /> -Et je te respire ô ma Toutefleur<br /> -Tous les lys montent en toi comme des cantiques<br /> -<span style="margin-left: 4em;">d'amour et d'allégresse</span><br /> -Et ces chants qui s'envolent vers toi<br /> -<span style="margin-left: 8.5em;">M'emportent à ton côté</span><br /> -<span style="margin-left: 4em;">Dans ton bel Orient où les lys</span><br /> -Se changent en palmiers qui de leurs belles mains<br /> -Me font signe de venir<br /> -La fusée s'épanouit fleur nocturne<br /> -<span style="margin-left: 7em;">Quand il fait noir</span><br /> -Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses<br /> -De larmes heureuses que la joie fait couler<br /> -<span style="margin-left: 8em;">Et je t'aime comme tu m'aimes</span><br /> -<span style="margin-left: 15em;">Madeleine</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHANT_DE_LHONNEUR"></a>CHANT DE L'HONNEUR</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.8em;">LE POÈTE</span><br /> -<br /> -<br /> -Je me souviens ce soir de ce drame indien<br /> -Le Chariot d'Enfant un voleur y survient<br /> -Qui pense avant de faire un trou dans la muraille<br /> -Quelle forme il convient de donner à l'entaille<br /> -Afin que la beauté ne perde pas ses droits<br /> -Même au moment d'un crime<br /> -<span style="margin-left: 10.5em;">Et nous aurions je crois</span><br /> -À l'instant de périr nous poètes nous hommes<br /> -Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes<br /> -<br /> -Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté<br /> -N'est la plupart du temps que la simplicité<br /> -Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée<br /> -Étaient restés debout et la tête penchée<br /> -S'appuyant simplement contre le parapet<br /> -<br /> -J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait<br /> -Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes<br /> -Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes<br /> -<br /> -Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit<br /> -Dans les éboulements et la boue et le froid<br /> -Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture<br /> -Anxieux nous gardons la route de Tahure<br /> -<br /> -<br /> -J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir<br /> -Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure<br /> -Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir<br /> -<br /> -<br /> -Cette nuit est si belle où la balle roucoule<br /> -Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule<br /> -Parfois une fusée illumine la nuit<br /> -C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit<br /> -La terre se lamente et comme une marée<br /> -Monte le flot chantant dans mon abri de craie<br /> -Séjour de l'insomnie incertaine maison<br /> -De l'Alerte la Mort et la Démangeaison<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.8em;">LA TRANCHÉE</span><br /> -<br /> -<br /> -Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse<br /> -Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort<br /> -Tapie au fond du sol je vous guette jalouse<br /> -Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.8em;">LES BALLES</span><br /> -<br /> -<br /> -De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile<br /> -Abeilles le butin qui sanglant emmielle<br /> -Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle<br /> -Provient de ce jardin exquis l'humanité<br /> -Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.8em;">LE POÈTE</span><br /> -<br /> -<br /> -Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes<br /> -Si des fleuves de sang limitent les royaumes<br /> -Et même de l'Amour on sait la cruauté<br /> -C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté<br /> -Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise<br /> -Elle porte cent noms dans la langue française<br /> -Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là<br /> -Que la même Beauté<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.8em;">LA FRANCE</span><br /> -<br /> -<span style="margin-left: 14em;">Poète honore-la</span><br /> -Souci de la Beauté non souci de la Gloire<br /> -Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.8em;">LE POÈTE</span><br /> -<br /> -<br /> -Ô poètes des temps à venir ô chanteurs<br /> -Je chante la beauté de toutes nos douleurs<br /> -J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux<br /> -Donner un sens sublime aux gestes glorieux<br /> -Et fixer la grandeur de ces trépas pieux<br /> -<br /> -<br /> -L'un qui détend son corps en jetant des grenades<br /> -L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades<br /> -L'autre les bras ballants porte des seaux de vin<br /> -Et le prêtre-soldat dit le secret divin<br /> -<br /> -<br /> -J'interprète pour tous la douceur des trois notes<br /> -Que lance un loriot canon quand tu sanglotes<br /> -<br /> -<br /> -Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré<br /> -Ma génération sur ton trépas sacré<br /> -<br /> -<br /> -Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude<br /> -Chantez ce que je chante un chant pur le prélude<br /> -Des chants sacrés que la beauté de notre temps<br /> -Saura vous inspirer plus purs plus éclatants<br /> -Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir<br /> -En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 30%; font-size: 0.8em;">17 décembre 1915</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="CHEF_DE_SECTION"></a>CHEF DE SECTION</span><br /> -<br /> -<br /> -Ma bouche aura des ardeur de géhenne<br /> -Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction<br /> -Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur<br /> -Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut<br /> -Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté<br /> -Ton âme s'agitera comme une région pendant un<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">tremblement de terre</span><br /> -Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle</span><br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">existe</span><br /> -Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">de disparates</span><br /> -Variée comme un enchanteur qui sait varier ses<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">métamorphoses</span><br /> -L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">amour</span><br /> -Elle te le murmure de loin<br /> -Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">minute prescrite pour l'assaut</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="TRISTESSE_DUNE_ETOILE"></a>TRISTESSE D'UNE ÉTOILE</span><br /> -<br /> -<br /> -Une belle Minerve est l'enfant de ma tête<br /> -Une étoile de sang me couronne à jamais<br /> -La raison est au fond et le ciel est au faîte<br /> -Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais<br /> -<br /> -<br /> -C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire<br /> -Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé<br /> -Mais le secret malheur qui nourrit mon délire<br /> -Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé<br /> -<br /> -<br /> -Et je porte avec moi cette ardente souffrance<br /> -Comme le ver luisant tient son corps enflammé<br /> -Comme au cœur du soldat il palpite la France<br /> -Et comme au cœur du lys le pollen parfumé<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_VICTOIRE"></a>LA VICTOIRE</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -Un coq chante je rêve et les feuillards agitent<br /> -Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins<br /> -<br /> -<br /> -Ailés et tournoyants comme Icare le faux<br /> -Des aveugles gesticulant comme des fourmis<br /> -Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir<br /> -<br /> -<br /> -Leurs rires amassés en grappes de raisin<br /> -<br /> -<br /> -Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais<br /> -Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient<br /> -Mon lit ma lampe et mon casque troué<br /> -<br /> -Regards précieux saphirs taillés aux environs de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">Saint-Claude</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Les jours étaient une pure émeraude</span><br /> -<br /> -<br /> -Je me souviens de toi ville des météores<br /> -Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">dort</span><br /> -<br /> -<br /> -Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets<br /> -<br /> -<br /> -Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel<br /> -<span style="margin-left: 6em;">Qu'il garde son hoquet</span><br /> -<br /> -<br /> -On imagine difficilement<br /> -À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">À l'institut des jeunes aveugles on a demandé</span><br /> -<i>N'avez-vous point de jeune aveugle ailé</i><br /> -<br /> -<br /> -Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">langage</span><br /> -Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire<br /> -<br /> -<br /> -Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir<br /> -Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace<br /> -Qu'on les fait encore servir à la poésie<br /> -<br /> -<br /> -Mais elles sont comme des malades sans volonté<br /> -Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme<br /> -La mimique suffit bien au cinéma<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 3em;">Mais entêtons-nous à parler</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Remuons la langue</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Lançons des postillons</span><br /> -On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">nouveaux sons</span><br /> -On veut des consonnes sans voyelles<br /> -Des consonnes qui pèsent sourdement<br /> -<span style="margin-left: 3em;">Imitez le son de la toupie</span><br /> -Laisser pétiller un son nasal et continu<br /> -Faites claquer votre langue<br /> -Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">civilité</span><br /> -Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">consonne</span><br /> -<br /> -<br /> -Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">claironnants</span><br /> -Habituez-vous à roter à volonté<br /> -Et quelle lettre grave comme un son de cloche<br /> -<span style="margin-left: 3.5em;">À travers nos mémoires</span><br /> -Nous n'aimons pas assez la joie<br /> -De voir les belles choses neuves<br /> -Ô mon amie hâte-toi<br /> -Crains qu'un jour un train ne t'émeuve<br /> -<span style="margin-left: 5.5em;">Plus</span><br /> -Regarde-le plus vite pour toi<br /> -Ces chemins de fer qui circulent<br /> -Sortiront bientôt de la vie<br /> -Ils seront beaux et ridicules<br /> -<br /> -<br /> -Deux lampes brûlent devant moi<br /> -Comme deux femmes qui rient<br /> -Je courbe tristement la tête<br /> -Devant l'ardente moquerie<br /> -Ce rire se répand<br /> -Partout<br /> -Parlez avec les mains faites claquer vos doigts<br /> -Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour<br /> -<span style="margin-left: 9em;">Ô paroles</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Elles suivent dans la myrtaie</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">L'Eros et l'Antéros en larmes</span><br /> -Je suis le ciel de la cité<br /> -<br /> -<br /> -<span style="margin-left: 9em;">Écoutez la mer</span><br /> -<br /> -<br /> -La mer gémir au loin et crier toute seule<br /> -<span style="margin-left: 3em;">Ma voix fidèle comme l'ombre</span><br /> -<span style="margin-left: 3em;">Veut être enfin l'ombre de la vie</span><br /> -Veut être ô mer vivante infidèle comme toi<br /> -<br /> -<br /> -La mer qui a trahi des matelots sans nombre<br /> -Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés<br /> -Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre<br /> -Que jettent des oiseaux les ailes éployées<br /> -<br /> -<br /> -La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble<br /> -Avance et soutiens-moi je regrette les mains<br /> -De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble<br /> -Quelle oasis de bras m'accueillera demain<br /> -Connais-tu cette joie de voir des choses neuves<br /> -<br /> -<br /> -Ô voix je parle le langage de la mer<br /> -Et dans le port la nuit les dernières tavernes<br /> -Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne<br /> -<br /> -<br /> -La rue où nagent mes deux mains<br /> -Aux-doigts subtils fouillant la ville<br /> -S'en va mais qui sait si demain<br /> -La rue devenait immobile<br /> -Qui sait ou serait mon chemin<br /> -<br /> -<br /> -Songe que les chemins de fer<br /> -Seront démodés et abandonnés dans peu de temps<br /> -Regarde<br /> -<br /> -<br /> -La Victoire avant tout sera<br /> -De bien voir au loin<br /> -De tout voir<br /> -De près<br /> -Et que tout ait un nom nouveau<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<span style="font-size: 0.9em;"><a id="LA_JOLIE_ROUSSE"></a>LA JOLIE ROUSSE</span><br /> -<br /> -<br /> -Me voici devant tous un homme plein de sens<br /> -Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">connaître</span><br /> -Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour<br /> -Ayant su quelquefois imposer ses idées<br /> -Connaissant plusieurs langages<br /> -Ayant pas mal voyagé<br /> -Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie<br /> -Blessé à la tête trépané sous le chloroforme<br /> -Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte<br /> -Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">pourrait des deux savoir</span><br /> -Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre<br /> -Entre nous et pour nous mes amis<br /> -Je juge cette longue querelle de la tradition et de<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">l'invention</span><br /> -<span style="margin-left: 7em;">De l'Ordre et de l'Aventure</span><br /> -<br /> -<br /> -Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu<br /> -Bouche qui est l'ordre même<br /> -Soyez indulgents quand vous nous comparez<br /> -À ceux qui furent la perfection de l'ordre<br /> -Nous qui quêtons partout l'aventure<br /> -<br /> -<br /> -Nous ne sommes pas vos ennemis<br /> -Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">domaines</span><br /> -Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir<br /> -Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues<br /> -Mille phantasmes impondérables<br /> -Auxquels il faut donner de la réalité<br /> -Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout<br /> -<span style="margin-left: 1.5em;">se tait</span><br /> -Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir<br /> -Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières<br /> -De l'illimité et de l'avenir<br /> -Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés<br /> -<br /> -<br /> -Voici que vient l'été la saison violente<br /> -Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps<br /> -Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente<br /> -<span style="margin-left: 10.5em;">Et j'attends</span><br /> -Pour la suivre toujours la forme noble et douce<br /> -Qu'elle prend afin que je l'aime seulement<br /> -Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant<br /> -<span style="margin-left: 10.5em;">Elle a l'aspect charmant</span><br /> -<span style="margin-left: 10.5em;">D'une adorable rousse</span><br /> -<br /> -<br /> -Ses cheveux sont d'or on dirait<br /> -Un bel éclair qui durerait<br /> -Ou ces flammes qui se pavanent<br /> -Dans les roses-thé qui se fanent<br /> -<br /> -<br /> -Mais riez riez de moi<br /> -Hommes de partout surtout gens d'ici<br /> -Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire<br /> -Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire<br /> -Ayez pitié de moi<br /> -</p> - - -<hr class="full" /> - -<p style="margin-left: 10%; font-weight: bold;"> -<a id="TABLE"></a>TABLE</p> - -<p style="margin-left: 10%; font-size: 0.8em;"> -<a href="#ONDES">ONDES</a><br /> -<br /> -<a href="#LIENS">LIENS</a><br /> -<a href="#LES_FENETRES">LES FENÊTRES</a><br /> -<a href="#PAYSAGE">PAYSAGE</a><br /> -<a href="#LES_COLLINES">LES COLLINES</a><br /> -<a href="#ARBRE">ARBRE</a><br /> -<a href="#LUNDI_RUE_CHRISTINE">LUNDI RUE CHRISTINE</a><br /> -<a href="#LETTRE-OCEAN">LETTRE-OCÉAN</a><br /> -<a href="#SUR_LES_PROPHETIES">SUR LES PROPHÉTIES</a><br /> -<a href="#LE_MUSICIEN_DE_SAINT-MERRY">LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY</a><br /> -<a href="#LA_CRAVATE_ET_LA_MONTRE">LA CRAVATE ET LA MONTRE</a><br /> -<a href="#UN_FANTOME_DE_NUEES">UN FANTOME DE NUÉES</a><br /> -<a href="#COEUR_COURONNE_ET_MIROIR">CŒUR COURONNE ET MIROIR</a><br /> -<a href="#TOUR">TOUR</a><br /> -<a href="#VOYAGE">VOYAGE</a><br /> -<a href="#A_TRAVERS_LEUROPE">À TRAVERS L'EUROPE</a><br /> -<a href="#IL_PLEUT">IL PLEUT</a><br /> -<br /> -<br /> -<a href="#ETENDARDS">ÉTENDARDS</a><br /> -<br /> -<a href="#LA_PETITE_AUTO">LA PETITE AUTO</a><br /> -<a href="#LA_MANDOLINE_LOEILLET_ET_LE_BAMBOU">LA MANDOLINE l'ŒILLET ET LE BAMBOU</a><br /> -<a href="#FUMEES">FUMÉE</a><br /> -<a href="#A_NIMES">À NÎMES</a><br /> -<a href="#LA_COLOMBE_POIGNARDEE_ET_LE_JET_DEAU">LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU</a><br /> -<a href="#CANONNIER_CONDUCTEUR">2<sup>e</sup> CANONNIER CONDUCTEUR</a><br /> -<a href="#VEILLE">VEILLE</a><br /> -<a href="#OMBRE">OMBRE</a><br /> -<a href="#CEST_LOU_QUON_LA_NOMMAIT">C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT</a><br /> -<br /> -<br /> -<a href="#CASE_DARMONS">CASE D'ARMONS</a><br /> -<br /> -<a href="#LOIN_DU_PIGEONNIER">LOIN DU PIGEONNIER</a><br /> -<a href="#RECONNAISSANCE">RECONNAISSANCE</a><br /> -<a href="#SP">S. P.</a><br /> -<a href="#VISEE">VISÉE</a><br /> -<a href="#a1915">1915</a><br /> -<a href="#CARTE_POSTALE">CARTE POSTALE</a><br /> -<a href="#SAILLANT">SAILLANT</a><br /> -<a href="#GUERRE">GUERRE</a><br /> -<a href="#MUTATION">MUTATION</a><br /> -<a href="#ORACLES">ORACLES</a><br /> -<a href="#a14_JUIN_1915">14 JUIN 1915</a><br /> -<a href="#DE_LA_BATTERIE_DE_TIR">DE LA BATTERIE DE TIR</a><br /> -<a href="#ECHELON">ÉCHELON</a><br /> -<a href="#VERS_LE_SUD">VERS LE SUD</a><br /> -<a href="#LES_SOUPIRS_DU_SERVANT_DE_DAKAR">LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR</a><br /> -<a href="#TOUJOURS">TOUJOURS</a><br /> -<a href="#FETE">FÊTE</a><br /> -<a href="#MADELEINE">MADELEINE</a><br /> -<a href="#LES_SAISONS">LES SAISONS</a><br /> -<a href="#VENU_DE_DIEUZE">VENU DE DIEUZE</a><br /> -<a href="#LA_NUIT_DAVRIL_1915">LA NUIT D'AVRIL 1915</a><br /> -<br /> -<br /> -<a href="#LUEURS_DES_TIRS">LUEURS DES TIRS</a><br /> -<br /> -<a href="#LA_GRACE_EXILEE">LA GRACE EXILÉE</a><br /> -<a href="#LA_BOUCLE_RETROUVEE">LA BOUCLE RETROUVÉE</a><br /> -<a href="#REFUS_DE_LA_COLOMBE">REFUS DE LA COLOMBE</a><br /> -<a href="#LES_FEUX_DU_BIVOUAC">LES FEUX DU BIVOUAC</a><br /> -<a href="#LES_GRENADINES_REPENTANTES">LES GRENADINES REPENTANTES</a><br /> -<a href="#TOURBILLON_DE_MOUCHES">TOURBILLON DE MOUCHES</a><br /> -<a href="#LADIEU_DU_CAVALIER">L'ADIEU DU CAVALIER</a><br /> -<a href="#LE_PALAIS_DU_TONNERRE">LE PALAIS DU TONNERRE</a><br /> -<a href="#PHOTOGRAPHIE">PHOTOGRAPHIE</a><br /> -<a href="#LINSCRIPTION_ANGLAISE">L'INSCRIPTION ANGLAISE</a><br /> -<a href="#DANS_LABRI-CAVERNE">DANS L'ABRI-CAVERNE</a><br /> -<a href="#FUSEE">FUSÉE</a><br /> -<a href="#DESIR">DÉSIR</a><br /> -<a href="#CHANT_DE_LHORIZON_EN_CHAMPAGNE">CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE</a><br /> -<a href="#OCEAN_DE_TERRE">OCÉAN DE TERRE</a><br /> -<br /> -<br /> -<a href="#OBUS_COULEUR_DE_LUNE">OBUS COULEUR DE LUNE</a><br /> -<br /> -<a href="#MERVEILLE_DE_LA_GUERRE">MERVEILLE DE LA GUERRE</a><br /> -<a href="#EXERCICE">EXERCICE</a><br /> -<a href="#A_LITALIE">À L'ITALIE</a><br /> -<a href="#LA_TRAVERSEE">LA TRAVERSÉE</a><br /> -<a href="#IL_Y_A">IL Y A</a><br /> -<a href="#LESPIONNE">L'ESPIONNE</a><br /> -<a href="#LE_CHANT_DAMOUR">LE CHANT D'AMOUR</a><br /> -<a href="#AUSSI_BIEN_QUE_LES_CIGALES">AUSSI BIEN QUE LES CIGALES</a><br /> -<a href="#SIMULTANEITES">SIMULTANÉITÉS</a><br /> -<a href="#DU_COTON_DANS_LES_OREILLES">DU COTON DANS LES OREILLES</a><br /> -<br /> -<br /> -<a href="#LA_TETE_ETOILEE">LA TÊTE ÉTOILÉE</a><br /> -<br /> -<a href="#LE_DEPART">LE DÉPART</a><br /> -<a href="#LE_VIGNERON_CHAMPENOIS">LE VIGNERON CHAMPENOIS</a><br /> -<a href="#CARTE_POSTALE2">CARTE POSTALE</a><br /> -<a href="#EVENTAIL_DES_SAVEURS">ÉVENTAIL DES SAVEURS</a><br /> -<a href="#SOUVENIRS">SOUVENIRS</a><br /> -<a href="#LAVENIR">L'AVENIR</a><br /> -<a href="#UN_OISEAU_CHANTE">UN OISEAU CHANTE</a><br /> -<a href="#CHEVAUX_DE_FRISE">CHEVAUX DE FRISE</a><br /> -<a href="#CHANT_DE_LHONNEUR">CHANT DE L'HONNEUR</a><br /> -<a href="#CHEF_DE_SECTION">CHEF DE SECTION</a><br /> -<a href="#TRISTESSE_DUNE_ETOILE">TRISTESSE D'UNE ÉTOILE</a><br /> -<a href="#LA_VICTOIRE">LA VICTOIRE</a><br /> -<a href="#LA_JOLIE_ROUSSE">LA JOLIE ROUSSE</a><br /> -</p> - - -<hr class="full" /> - - -<h3>TRANSCRIPTIONS des CALLIGRAMMES</h3> - - -<p> -<a id="a001"></a>001—Paysage<br /> -<br /> -[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités<br /> -[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble<br /> -[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres<br /> -[Cigare] un cigare allumé qui fume<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a002"></a>002—Lettre-océan<br /> -<br /> -[Première image]<br /> -<br /> -Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2<br /> -J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique<br /> -Ta voix me parvient malgré l'énorme distance<br /> -Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz<br /> -[Carte postale]<br /> -Les voyageurs de l'Espagne devant faire<br /> -le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer<br /> -je t'envoie cette carte au lieu<br /> -de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr<br /> -Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente<br /> -Des événements.<br /> -[à gauche]<br /> -<br /> -Juan Aldama<br /> -Correos<br /> -Mexico<br /> -4 centavos<br /> -U.S. Postage<br /> -2 cents 2<br /> -[au centre]<br /> -<br /> -Ypiranga<br /> -Republica Mexicana<br /> -Tarjeta Postal<br /> -[à droite]<br /> -<br /> -11.45<br /> -29-5<br /> -14<br /> -Rue des Batignolles<br /> -[motif circulaire, centre]<br /> -<br /> -Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna<br /> -[motif circulaire, rayons]<br /> -<br /> -Zut pour M. Zun<br /> -arrêtez cocher<br /> -Vive le Roy<br /> -Evviva il Papa<br /> -ta gueule mon vieux pad<br /> -non si vous avez une moustache<br /> -La Tunisie tu fondes un journal<br /> -Jacques c'était délicieux<br /> -A bas la calotte<br /> -Des clefs j'en ai vu mille et mille<br /> -Hou le croquant<br /> -Vive la République<br /> -[à droite du motif circulaire]<br /> -<br /> -TSF<br /> -[bas de l'image]<br /> -<br /> -Bonjour Anomo Anora<br /> -Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas<br /> -<br /> -[Deuxième image]<br /> -<br /> -Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890<br /> -on coucha plus d'un mois sous la tente<br /> -bonjour mon frère Albert à Mexico<br /> -Jeunes filles à Chapultepec<br /> -[Motif circulaire, centre]<br /> -<br /> -Haute de 300 mètres<br /> -Sirènes<br /> -Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou<br /> -Autobus<br /> -R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting<br /> -Gramophones<br /> -z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris<br /> -fermez les portes<br /> -Les chaussures neuves du poète<br /> -cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré<br /> -cré cré cré cré cré cré cré<br /> -[Motif circulaire, rayons]<br /> -<br /> -et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce<br /> -rue St-Isidore à La Havane ça n'existe +<br /> -Chirimoya<br /> -A la Crème à<br /> -Pendeco c'est + qu'un imbécile<br /> -Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada<br /> -priétaire de 5 ou 6 im<br /> -je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton<br /> -le câblogramme comportait 2 mots en sûreté<br /> -allons circulez Mes<br /> -ture les voyageurs pour Chatou<br /> -Toussaint Luca est maintenant à Poitiers<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a003"></a>003—La cravate et la montre<br /> -<br /> -[cravate]<br /> -<br /> -la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la<br /> -si tu veux bien respirer<br /> -[montre, remontoir]<br /> -<br /> -comme l'on s'amuse bien<br /> -[bord droit de la montre]<br /> -<br /> -la beauté de la vie passe la douleur de mourir<br /> -[heures]<br /> -<br /> -mon cœur<br /> -les yeux<br /> -l'enfant<br /> -Agla<br /> -la main<br /> -Tircis<br /> -semaine<br /> -l'infini redressé par un fous de philosophe<br /> -les Muses aux portes de ton corps<br /> -le bel inconnu<br /> -et le vers dantesque luisant et cadavérique<br /> -les heures<br /> -[aiguilles]<br /> -<br /> -Il est – 5<br /> -Et tout sera fini<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a004"></a>004—coeur, couronne et miroir<br /> -<br /> -[cœur]<br /> -<br /> -Mon Cœur semblable à une flamme renversée<br /> -[couronne]<br /> -<br /> -Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes<br /> -[miroir]<br /> -<br /> -Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges<br /> -et non comme sont les reflets<br /> -Guillaume Apollinaire<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a005"></a>005—Voyage<br /> -<br /> -[nuage]<br /> -<br /> -Adieu amour nuage qui fuis<br /> -et n'a pas chu pluie fécondante<br /> -refais le voyage de Dante<br /> -[oiseau]<br /> -<br /> -télégraphe<br /> -oiseau qui laisse tomber<br /> -ses ailes partout<br /> -[train]<br /> -<br /> -où va donc ce train qui meurt au loin<br /> -dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle<br /> -[ciel]<br /> -<br /> -la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles<br /> -c'est ton visage que je ne vois plus<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a006"></a>006—Il pleut<br /> -<br /> -Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans<br /> -le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de<br /> -ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout<br /> -comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que<br /> -le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les<br /> -liens qui te retiennent en haut et en bas<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a007"></a>007—La petite auto<br /> -<br /> -Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot<br /> -Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares<br /> -ô nuit tendre d'avant la guerre<br /> -ô villages où se hâtaient les<br /> -maréchaux-ferrants rappelés<br /> -entre minuit et une heure du matin<br /> -vers Lisieux la très bleue<br /> -ou bien<br /> -Versailles d'or<br /> -et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté.<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a008"></a>008—La mandoline l'œillet et le bambou<br /> -<br /> -[la mandoline]<br /> -<br /> -comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison<br /> -c'est ton art femme<br /> -o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline<br /> -<br /> -[l'œillet]<br /> -<br /> -Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée<br /> -et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise &<br /> -+ subtile que les sons qui nous dirigent<br /> -Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie<br /> -Il est le trône de la future sagesse<br /> -<br /> -[le bambou]<br /> -<br /> -Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers<br /> -infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a009"></a>009—La colombe poignardée et le jet d'eau<br /> -<br /> -[colombe]<br /> -<br /> -douces figures poignardées<br /> -chères lèvres fleuries<br /> -Mia Mareye Yette Lorie<br /> -Annie et toi Marie<br /> -où êtes-vous ô jeunes filles<br /> -Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie<br /> -cette colombe s'extasie<br /> -[jet d'eau]<br /> -<br /> -Tous les souvenirs de naguère<br /> -Ô mes amis partis en guerre<br /> -Jaillissent vers le firmament<br /> -Et vos regards en l'eau dormant<br /> -Meurent mélancoliquement<br /> -Où sont-ils Braque et Max Jacob<br /> -Derain aux yeux gris comme l'aube<br /> -Où sont Raynal Billy Dalize<br /> -Dont les noms se mélancolisent<br /> -Comme des pas dans une église<br /> -Où est Cremnitz qui s'engagea<br /> -Peut-être sont-ils morts déjà<br /> -De souvenirs mon âme est pleine<br /> -Le jet d'eau pleure sur ma peine<br /> -[bassin]<br /> -<br /> -Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant<br /> -Le soir tombe Ô sanglante mer<br /> -Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a010"></a>010—2e canonnier conducteur<br /> -<br /> -[trompette]<br /> -<br /> -As-tu connu la putain de Nancy<br /> -qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie<br /> -l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul]<br /> -[botte]<br /> -<br /> -Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant<br /> -que la nuit descend<br /> -[Notre-Dame]<br /> -<br /> -souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux<br /> -après la victoire<br /> -[Tour Eiffel]<br /> -<br /> -salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire<br /> -et tirera toujours aux Allemands<br /> -[obus]<br /> -<br /> -j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a011"></a>011—Loin du pigeonnier<br /> -<br /> -Et vous savez pourquoi<br /> -Pourquoi la chère couleuvre<br /> -Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est<br /> -Xexaèdres<br /> -barbelés<br /> -mais un secret<br /> -collines bleues<br /> -en sentinelle<br /> -Malourène 75 Canteraine<br /> -Ô gerbes des 305 en déroute<br /> -Dans la Forêt où nous chantons<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a012"></a>012—S.P.<br /> -<br /> -Qu'est-ce qu'on y met<br /> -Dans la case d'armons<br /> -Espèce de poilu de mon cœur<br /> -Pan pan pan<br /> -Perruque à perruque<br /> -Pan pan pan<br /> -Perruque à canon<br /> -Pour lutter contre les vapeurs<br /> -les lunettes pour protéger les yeux<br /> -au moyen d'un masque nocivité gaz<br /> -un tissu trempé mouchoir des nez<br /> -dans la solution de bicarbonate de sodium<br /> -les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a013"></a>013—Visée<br /> -<br /> -Chevaux couleur cerise limite des Zélandes<br /> -Des mitrailleuses d'or coassent des légendes<br /> -Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées<br /> -Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique<br /> -L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil<br /> -Et l'avenir secret que la fusée élucide<br /> -Entends nager le Mot poisson subtil<br /> -Les villes tour à tour deviennent des clefs<br /> -Le masque bleu comme met Dieu son ciel<br /> -Guerre paisible ascèse solitude métaphysique<br /> -Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes<br /> -<br /> -<a id="a014"></a>014—1915<br /> -<br /> -1915<br /> -soldats de faïence et d'escarboucle<br /> -ô amour<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a015"></a>015—Carte postale<br /> -<br /> -Nous sommes bien<br /> -mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux<br /> -ne vient pas jusqu'ici<br /> -LUL<br /> -on les aura<br /> -faire suivre route transparente<br /> -France<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a016"></a>016—Saillant<br /> -<br /> -[quand survient la] torpille aérienne<br /> -Le balai de verdure<br /> -T'en souviens-tu<br /> -Il est ici dans les pierres<br /> -Du beau royaume dévasté<br /> -[à gauche]<br /> -<br /> -Salut le Rapace<br /> -Salut<br /> -[à droite]<br /> -<br /> -grain de blé<br /> -[fin du poème]<br /> -<br /> -Lou<br /> -Lou Verzy<br /> -Vive le capiston<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a017"></a>017—Échelon<br /> -<br /> -[à gauche]<br /> -<br /> -On tire contre avions<br /> -Verdun<br /> -[au centre]<br /> -<br /> -Le Ciel<br /> -Coquelicots<br /> -Flacon au col d'or<br /> -On a pendu la mort<br /> -A la lisière du bois<br /> -On a pendu la mort<br /> -Et ses beaux seins dorés<br /> -Se montrent tour à tour<br /> -[à droite]<br /> -<br /> -L'orvet<br /> -Le sac à malice<br /> -La trousse à boutons<br /> -<br /> -<br /> -018—Madeleine<br /> -<br /> -[étoile]<br /> -<br /> -Dans le village arabe<br /> -Des Souvenirs<br /> -mais il y a d'autres chansons<br /> -<br /> -[lettre]<br /> -<br /> -Bonjour mon poète<br /> -Je me souviens de votre voix<br /> -Votre petite fée<br /> -Photographie tant attendue<br /> -[canons]<br /> -Far tiz rose<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a018"></a>018—Venu de Dieuze<br /> -<br /> -Halte là<br /> -[ficelle]<br /> -<br /> -mesure du doigt<br /> -Qui vive<br /> -France<br /> -Avance au ralliement<br /> -Halte là<br /> -Le Mot<br /> -Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel<br /> -[portée]<br /> -<br /> -forte s'allantanado<br /> -funambule des lianes du printemps<br /> -tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C.<br /> -La poule d'eau caquète et plonge à ton approche<br /> -Cantato<br /> -Ah ! mon Dieu m' quiot' fille<br /> -L'hommé qu' j'ai<br /> -C'est eun' mouq' dans d' l'huile<br /> -Tout à fouait<br /> -Couple des marais les turquoises<br /> -Hennissements partout<br /> -Amour sacré amour de la Patrie<br /> -Le général<br /> -Il était Antisthène et c'était Fabius<br /> -</p> - -<p><a id="a019"></a>019—Aussi bien que les cigales</p> - -<pre style="font-size: 1.2em;"> - gens du midi ne savez pas M - gens du mi creuser que ais - di vous n' vous ne sa vous - avez donc vez pas vous savez - pas regar éclairer ni encore - dé les ciga voir Que vous boire com le jour - les que vous manque-t-il me les ci de gloire - donc pour gales ô se - voir aus gens du mi c ra - si bien di gens du reusez ce - que les soleil gens qui voyez bu lui - ciga devriez savoir vez pissez où - les creuser et voir comme vous - aussi bien pour le les ciga sau - moins aussi bien les rez - que les cigales creu - Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser - boire et ne savez creuser voir boire pour - plus pisser utile pisser aussi bien que bien - ment comme les les cigales sor -cigales LA JOIE pour chan tir - ADORABLE ter com au - DE LA PAIX me elles so - SOLAIRE leil -</pre> - - -<p> -<a id="a020"></a>020—Du coton dans les oreilles<br /> -<br /> -[première page]<br /> -<br /> -Tant d'explosifs sur le point vif !<br /> -Ecris un mot si tu l'oses ?<br /> -Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre<br /> -Ton troupeau féroce crache le feu<br /> -Ô Mégaphone<br /> -[écriteau]<br /> -<br /> -Les Cénobites tranquilles<br /> -[pluie]<br /> -<br /> -puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce<br /> -soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide<br /> -des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce<br /> -confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine<br /> -la pluie si tendre et si douce<br /> -<span style="margin-left: 7.5em;">Les longs boyaux où tu chemines</span><br /> -<span style="margin-left: 9.5em;">Adieu les cagnats d'artilleurs</span><br /> -<br /> -<br /> -<br /> -<a id="a021"></a>021—Éventail des saveurs<br /> -<br /> -[coiffure]<br /> -<br /> -Attols singuliers<br /> -de brownings quel<br /> -goût de vivre Ah !<br /> -[œil gauche]<br /> -<br /> -Des lacs versicolores<br /> -dans les glaciers solaires<br /> -[œil droit]<br /> -<br /> -Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs<br /> -et ta bouche au souffle azur<br /> -[doigt]<br /> -<br /> -1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une<br /> -[bouche]<br /> -<br /> -ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès<br /> -éclater et le petit mirliton<br /> -</p> - - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES *** - -***** This file should be named 55569-h.htm or 55569-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/5/5/6/55569/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version,also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) (Images generously made available -by the Hathi Trust) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. 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It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. 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Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - - -</pre> - -</body> -</html> diff --git a/old/55569-h/images/apoll_pica.jpg b/old/55569-h/images/apoll_pica.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index 133a531..0000000 --- a/old/55569-h/images/apoll_pica.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/55569-h/images/calli_001_paysage.jpg b/old/55569-h/images/calli_001_paysage.jpg Binary files differdeleted file mode 100644 index a5ab1e8..0000000 --- a/old/55569-h/images/calli_001_paysage.jpg +++ /dev/null diff --git a/old/55569-h/images/calli_002_01_lettre_ocean.jpg 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