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-The Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
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-
-Title: Calligrammes
- Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
-
-Author: Guillaume Apollinaire
-
-Release Date: September 17, 2017 [EBook #55569]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES ***
-
-
-
-
-Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at
-Free Literature (online soon in an extended version,also
-linking to free sources for education worldwide ... MOOC's,
-educational materials,...) (Images generously made available
-by the Hathi Trust)
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-
-CALLIGRAMMES
-
-POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE
-
-(1913-1916)
-
-PAR
-
-GUILLAUME APOLLINAIRE
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-
-ONDES--ÉTENDARDS--CASE D'ARMONS
-LUEURS DES TIRS--OBUS COULEUR DE LUNE
-LA TÊTE ÉTOILÉE
-
-
-AVEC UN PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO
-GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON
-
-
-PARIS
-
-MERCURE DE FRANCE
-
-XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI
-
-MCMXVIII
-
-
-[ILLUSTRATION: PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO
-GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON]
-
-
-
- À LA MÉMOIRE
-
- DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES
-
- RENÉ DALIZE
-
- MORT AU CHAMP D'HONNEUR
-
- le 7 mai 1917
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-
- ONDES
-
-
-
-
- LIENS
-
-
- Cordes faites de cris
-
- Sons de cloches à travers l'Europe
- Siècles pendus
-
- Rails qui ligotez les nations
- Nous ne sommes que deux ou trois hommes
- Libres de tous liens
- Donnons-nous la main
-
- Violente pluie qui peigne les fumées
- Cordes
- Cordes tissées
- Câbles sous-marins
- Tours de Babel changées en ponts
-
- Araignées--Pontifes
- Tous les amoureux qu'un seul lien a liés
-
- D'autres liens plus ténus
- Blancs rayons de lumière
- Cordes et Concorde
-
- J'écris seulement pour vous exalter
- Ô sens ô sens chéris
- Ennemis du souvenir
- Ennemis du désir
-
- Ennemis du regret
- Ennemis des larmes
- Ennemis de tout ce que j'aime encore
-
-
-
-
- LES FENÊTRES
-
-
-
- Du rouge au vert tout le jaune se meurt
- Quand chantent les aras dans les forêts natales
- Abatis de pihis
- Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile
- Nous l'enverrons en message téléphonique
- Traumatisme géant
- Il fait couler les yeux
- Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises
- Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate
- blanche
- Tu soulèveras le rideau
- Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre
- Araignées quand les mains tissaient la lumière
- Beauté pâleur insondables violets
- Nous tenterons en vain de prendre du repos
- On commencera à minuit
- Quand on a le temps on a la liberté
- Bigorneaux Lotte multiples Soleils et i'Oursin du couchant
- Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre
-
- Tours
- Les Tours ce sont les rues
- Puits
- Puits ce sont les places
- Puits
- Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes
- Les Chabins chantent des airs à mourir
- Aux Chabines maronnes
- Et l'oie oua-oua trompette au nord
- Où les chasseurs de ratons
- Raclent les pelleteries
- Étincelant diamant
- Vancouver
- Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit
- l'hiver
- Ô Paris
- Du rouge au vert tout le jaune se meurt
- Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les
- Antilles
- La fenêtre s'ouvre comme une orange
- Le beau fruit de la lumière
-
-
- [Illustration: Paysage.]
-
-
-
-
- LES COLLINES
-
-
- Au-dessus de Paris un jour
- Combattaient deux grands avions
- L'un était rouge et l'autre noir
- Tandis qu'au zénith flamboyait
- L'éternel avion solaire
-
-
- L'un était toute ma jeunesse
- Et l'autre c'était l'avenir
- Ils se combattaient avec rage
- Ainsi fit contre Lucifer
- l'Archange aux ailes radieuses
-
-
- Ainsi le calcul au problème
- Ainsi la nuit contre le jour
- Ainsi attaque ce que j'aime
- Mon amour ainsi l'ouragan
- Déracine l'arbre qui crie
-
-
- Mais vois quelle douceur partout
- Paris comme une jeune fille
- S'éveille langoureusement
- Secoue sa longue chevelure
- Et chante sa belle chanson
-
-
- Où donc est tombée ma jeunesse
- Tu vois que flambe l'avenir
- Sache que je parle aujourd'hui
- Pour annoncer au monde entier
- Qu'enfin est né l'art de prédire
-
-
- Certains hommes sont des collines
- Qui s'élèvent d'entre les hommes
- Et voient au loin tout l'avenir
- Mieux que s'il était le présent
- Plus net que s'il était passé
-
-
- Ornement des temps et des routes
- Passe et dure sans t'arrêter
- Laissons sibiler les serpents
- En vain contre le vent du sud
- Les Psylles et l'onde ont péri
-
-
- Ordre des temps si les machines
- Se prenaient enfin à penser
- Sur les plages de pierreries
- Des vagues d'or se briseraient
- L'écume serait mère encore
-
-
- Moins haut que l'homme vont les aigles
- C'est lui qui fait la joie des mers
- Comme il dissipe dans les airs
- L'ombre et les spleens vertigineux
- Par où l'esprit rejoint le songe
-
-
- Voici le temps de la magie
- Il s'en revient attendez-vous
- À des milliards de prodiges
- Oui n'ont fait naître aucune fable
- Nul les ayant imaginés
-
-
- Profondeurs de la conscience
- On vous explorera demain
- Et qui sait quels êtres vivants
- Seront tirés de ces abîmes
- Avec des univers entiers
-
-
- Voici s'élever des prophètes
- Comme au loin des collines bleues
- Ils sauront des choses précises
- Comme croient savoir les savants
- Et nous transporteront partout
-
-
- La grande force est le désir
- Et viens que je te baise au front
- Ô légère comme une flamme
- Dont tu as toute la souffrance
- Toute l'ardeur et tout l'éclat
-
-
- L'âge en vient on étudiera
- Tout ce que c'est que de souffrir
- Ce ne sera pas du courage
- Ni même du renoncement
- Ni tout ce que nous pouvons faire
-
-
- On cherchera dans l'homme même
- Beaucoup plus qu'on n'y a cherché
- On scrutera sa volonté
- Et quelle force naîtra d'elle
- Sans machine et sans instrument
-
-
- Les secourables mânes errent
- Se compénétrant parmi nous
- Depuis les temps qui nous rejoignent
- Rien n'y finit rien n'y commence
- Regarde la bague à ton doigt
-
-
- Temps des déserts des carrefours
- Temps des places et des collines
- Je viens ici faire des tours
- Où joue son rôle un talisman
- Mort et plus subtil que la vie
-
-
- Je me suis enfin détaché
- De toutes choses naturelles
- Je peux mourir mais non pécher
- Et ce qu'on n'a jamais touché
- Je l'ai touché je l'ai palpé
-
-
- Et j'ai scruté tout ce que nul
- Ne peut en rien imaginer
- Et j'ai soupesé maintes fois
- Même la vie impondérable
- Je peux mourir en souriant
-
-
- Bien souvent j'ai plané si haut
- Si haut qu'adieu toutes les choses
- Les étrangetés les fantômes
- Et je ne veux plus admirer
- Ce garçon qui mime l'effroi
-
-
- Jeunesse adieu jasmin du temps
- J'ai respiré ton frais parfum
- À Rome sur les chars fleuris
- Chargés de masques de guirlandes
- Et des grelots du carnaval
-
-
- Adieu jeunesse blanc Noël
- Quand la vie n'était qu'une étoile
- Dont je contemplais le reflet
- Dans la mer Méditerranée
- Plus nacrée que les météores
-
-
- Duvetée comme un nid d'archanges
- Ou la guirlande des nuages
- Et plus lustrée que les halos
- Émanations et splendeurs
- Unique douceur harmonies
-
-
- Je m'arrête pour regarder
- Sur la pelouse incandescente
- Un serpent erre c'est moi-même
- Qui suis la flûte dont je joue
- Et le fouet qui châtie les autres
-
-
- Il vient un temps pour la souffrance
- Il vient un temps pour la bonté
- Jeunesse adieu voici le temps
- Où l'on connaîtra l'avenir
- Sans mourir de sa connaissance
-
-
- C'est le temps de la grâce ardente
- La volonté seule agira
- Sept ans d'incroyables épreuves
- L'homme se divinisera
- Plus pur plus vif et plus savant
-
- Il découvrira d'autres mondes
- L'esprit languit comme les fleurs
- Dont naissent les fruits savoureux
- Que nous regarderons mûrir
- Sur la colline ensoleillée
-
-
- Je dis ce qu'est au vrai la vie
- Seul je pouvais chanter ainsi
- Mes chants tombent comme des graines
- Taisez-vous tous vous qui chantez
- Ne mêlez pas l'ivraie au blé
-
-
- Un vaisseau s'en vint dans le port
- Un grand navire pavoisé
- Mais nous n'y trouvâmes personne
- Qu'une femme belle et vermeille
- Elle y gisait assassinée
-
-
- Une autre fois je mendiais
- L'on ne me donna qu'une flamme
- Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres
- Et je ne pus dire merci
- Torche que rien ne peut éteindre
-
-
- Ou donc es-tu ô mon ami
- Qui rentrais si bien en toi-même
- Qu'un abîme seul est resté
- Où je me suis jeté moi-même
- Jusqu'aux profondeurs incolores
-
-
- Et j'entends revenir mes pas
- Le long des sentiers que personne
- N'a parcourus j'entends mes pas
- À toute heure ils passent là-bas
- Lents ou pressés ils vont ou viennent
-
-
- Hiver toi qui te fais la barbe
- Il neige et je suis malheureux
- J'ai traversé le ciel splendide
- Où la vie est une musique
- Le sol est trop blanc pour mes yeux
-
-
- Habituez-vous comme moi
- À ces prodiges que j'annonce
- À la bonté qui va régner
- À la souffrance que j'endure
- Et vous connaîtrez l'avenir
-
-
- C'est de souffrance et de bonté
- Que sera faite la beauté
- Plus parfaite que n'était celle
- Qui venait des proportions
- Il neige et je brûle et je tremble
-
-
- Maintenant je suis à ma table
- J'écris ce que j'ai ressenti
- Et ce que j'ai chanté là-haut
- Un arbre élancé que balance
- Le vent dont les cheveux s'envolent
-
-
- Un chapeau haut de forme est sur
- Une table chargée de fruits
- Les gants sont morts près d'une pomme
- Une dame se tord le cou
- Auprès d'un monsieur qui s'avale
-
-
- Le bal tournoie au fond du temps
- J'ai tué le beau chef d'orchestre
- Et je pèle pour mes amis
- L'orange dont la saveur est
- Un merveilleux feu d'artifice
-
-
- Tous sont morts le maître d'hôtel
- Leur verse un champagne irréel
- Qui mousse comme un escargot
- Ou comme un cerveau de poète
- Tandis que chantait une rose
-
-
- L'esclave tient une épée nue
- Semblable aux sources et aux fleuves
- Et chaque fois qu'elle s'abaisse
- Un univers est éventré
- Dont il sort des mondes nouveaux
-
-
- Le chauffeur se tient au volant
- Et chaque fois que sur la route
- Il corne en passant le tournant
- Il paraît à perte de vue
- Un univers encore vierge
-
-
- Et le tiers nombre c'est la dame
- Elle monte dans l'ascenseur
- Elle monte monte toujours
- Et la lumière se déploie
- Et ces clartés la transfigurent
-
-
- Mais ce sont de petits secrets
- Il en est d'autres plus profonds
- Qui se dévoileront bientôt
- Et feront de vous cent morceaux
- À la pensée toujours unique
-
-
- Mais pleure pleure et repleurons
- Et soit que là lune soit pleine
- Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant
- Ah! pleure pleure et repleurons
- Nous avons tant ri au soleil
-
-
- Des bras d'or supportent la vie
- Pénétrez le secret doré
- Tout n'est qu'une flamme rapide
- Que fleurit la rose adorable
- Et d'où monte un parfum exquis
-
-
-
-
- ARBRE
-
-
- _À Frédéric Boutet_
-
-
- Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes
- galopent
- Où sont les aveugles où s'en sont-ils allés
- La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en
- plusieurs mirages
- Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au
- marché
- Ispahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu
- Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon
-
-
- Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand
- de coco d'autrefois
- J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir
- Du camarade qui se promènera avec toi en Europe
- Tout en restant en Amérique
-
-
- Un enfant
- Un veau dépouillé pendu à l'étal
- Un enfant
- Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au
- fond de l'est
- Un douanier se tenait là comme un ange
- À la porte d'un misérable paradis
- Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente
- des premières
-
-
- Engoulevent Blaireau
- Et la Taupe-Ariane
- Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien
- Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et
- moi
- Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé
-
-
- Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince
- déguisée en homme
- Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme
- intelligente
- Et il ne faudrait pas oublier les légendes
- Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un
- quartier désert
- Je voyais une chasse tandis que je montais
- Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage
-
-
- Entre les pierres
- Entre les vêtements multicolores de la vitrine
- Entre les charbons ardents du marchand de marrons
- Entre deux vaisseaux norvégiens amarrés à Rouen
- Il y a ton image
-
-
- Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande
-
-
- Ce beau nègre en acier
-
-
- La plus grande tristesse
- C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne
-
-
- Le vent vient du couchant
- Le métal des caroubiers
- Tout est plus triste qu'autrefois
- Tous les dieux terrestres vieillissent
- L'univers se plaint par ta voix
- Et des êtres nouveaux surgissent
- Trois par trois
-
-
-
-
- LUNDI RUE CHRISTINE
-
-
- La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer
- Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir
- Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère
- Pendant que l'autre monterait
-
-
- Trois bec de gaz allumés
- La patronne est poitrinaire
- Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet
- Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge
- Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief
-
-
- Ça a l'air de rimer
-
-
- Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier
- Pim pam pim
- Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque
- Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner
-
-
- Je partirai à 20 h. 27
- Six glaces s'y dévisagent toujours
- Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage
- Cher monsieur
- Vous êtes un mec à la mie de pain
- Cette dame a le nez comme un ver solitaire
- Louise a oublié sa fourrure
- Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid
- Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire
- Le chat noir traverse la brasserie
-
-
- Ces crêpes étaient exquises
- La fontaine coule
- Robe noire comme ses ongles
- C'est complètement impossible
- Voici monsieur
- La bague en malachite
- Le sol est semé de sciure
- Alors c'est vrai
- La serveuse rousse a été enlevée par un libraire
-
-
- Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement
-
-
- Écoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire
-
-
- Compagnie de navigation mixte
-
-
- Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire
- d'eaux fortes et de tableaux
- Je n'ai qu'une petite bonne
-
-
- Après déjeuner café du Luxembourg
- Une fois là il me présente un gros bonhomme
- Qui me dit
- Écoutez c'est charmant
- À Smyrne à Naples en Tunisie
- Mais nom de Dieu où est-ce
- La dernière fois que j'ai été en Chine
- C'est il y a huit ou neuf ans
- L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule
- La quinte major
-
-
- [Illustration: Lettre-Océan.]
-
-
- [Illustration: Lettre-Océan.]
-
-
-
-
- SUR LES PROPHÉTIES
-
-
- J'ai connu quelques prophétesses
- Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes
- C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de participer
- À une scène savoureuse d'anthropophagie
- Elle n'en parlait pas à tout le monde
- En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais
-
-
- Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi
- Est également habile
- Mais Madame Deroy est la mieux inspirée
- La plus précise
- Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle
- M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait
- J'ai connu un sciomancien mais je n'ai pas voulu qu'il
- interrogeât mon ombre
- Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Diriks
- Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe
- Puissent ces dieux sans figure m'épargner toujours
- Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoute
- et notez
- Que je lis assez bien dans la main
- Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est
- possible j'écoute
-
-
- Tout le monde est prophète mon cher André Billy
- Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens
- Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais
- Et idiots de naissance
- Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée
- De se demander s'il connaît l'avenir ou non
- Il n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela
- Ni dans les superstitions ni dans les prophéties
- Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme
- Il y a avant tout une façon d'observer la nature
- Et d'interpréter la nature
- Qui est très légitime
-
-
-
-
- LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY
-
-
- J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas
- Ils passent devant moi et s'accumulent au loin
- Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu
- Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien
-
-
- Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
- Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de
- ce monde et des astres
- Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir
-
-
-
- Le 21 du mois de mai 1913
- Passeur des morts et les mordonnantes mériennes
- Des millions de mouches éventaient une splendeur
- Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles
- Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher
-
- Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues
- Homme Ah! Ariane
- Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas
- Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin
- Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé
- Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui
- Il en venait de toutes parts
- Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent
- à sonner
- Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine
- Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc
- Puis Saint-Merry se tut
- L'inconnu reprit son air de flûte
- Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie
- Où il entra suivi par la troupe des femmes
- Qui sortaient des maisons
- Qui venaient par les rues traversières les yeux fous
- Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur
- II s'en allait indifférent jouant son air
- Il s'en allait terriblement
-
-
-
- Puis ailleurs
- À quelle heure un train partira-t-il pour Paris
-
-
- À ce moment
- Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades
-
-
- En même temps
- Mission catholique de Borna qu'as-tu fait du sculpteur
-
-
- Ailleurs
- Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît
- à travers Pützchen
-
-
- Au même instant
- Une jeune fille amoureuse du maire
-
-
- Dans un autre quartier
- Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs
-
-
-
- En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des
- hommes
- Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur
- misère
- Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre
- Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de
- marchandises
-
-
- Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre
-
-
- Et maintenant
- Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement
-
-
- Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du
- siècle dernier
- Ces hautes cheminées pareilles à des tours
-
-
- Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus
- le sol
-
-
- Et tandis que le monde vivait et variait
- Le cortège des femmes long comme un jour sans pain
- Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien
-
-
- Cortèges ô cortèges
- C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes
- Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris
- Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine
- Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry
-
-
- Cortèges ô cortèges
- Les femmes débordaient tant leur nombre était grand
- Dans toutes les rues avoisinantes
- Et se hâtaient raides comme balle
- Afin de suivre le musicien
-
-
- Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine
- Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise
- Et toi Colette et toi la belle Geneviève
- Elles ont passé tremblantes et vaines
- Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la
- cadence
- De la musique pastorale qui guidait
- Leurs oreilles avides
-
-
-
- L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à
- vendre.
- Maison abandonnée
- Aux vitres brisées
- C'est un logis du seizième siècle
- La cour sert de remise à des voitures de livraisons
- C'est là qu'entra le musicien
- Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse
- Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée
- Et toutes y entrèrent confondues en bande
- Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles
- Sans regretter ce qu'elles ont laissé
- Ce qu'elles ont abandonné
- Sans regretter le jour la vie et la mémoire
- Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la
- Verrerie
- Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry
- Nous entrâmes dans la vieille maison
-
-
- Mais nous n'y trouvâmes personne
-
-
- Voici le soir
- À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne
- Cortèges ô cortèges
- C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes
- Il vint une troupe de casquettiers
- Il vint des marchands de bananes
- Il vint des soldats de la garde républicaine
- Ô nuit
- Troupeau de regards langoureux des femmes
- Ô nuit
- Toi ma douleur et mon attente vaine
- J'entends mourir le son d'une flûte lointaine
-
-
- [Illustration: La cravate et la montre.]
-
-
-
-
- UN FANTÔME DE NUÉES
-
-
- Comme c'était la veille du quatorze juillet
- Vers les quatre heures de l'après-midi
- Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques
-
-
- Ces gens qui font des tours en plein air
- Commencent à être rares à Paris
- Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus
- qu'aujourd'hui
- Ils s'en sont allés presque tous en province
-
-
- Je pris le boulevard Saint-Germain
- Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés
- et la statue de Danton
- Je rencontrai les saltimbanques
-
-
- La foule les entourait muette et résignée à attendre
- Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir
- Poids formidables,
- Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier
- russe de Longwy
- Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé
- Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme
- la vie
-
-
- De nombreux tapis sales couvraient le sol
- Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas
- Tapis qui sont presque entièrement couleur de la
- poussière
- Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté
- Comme un air de musique qui vous poursuit
-
-
- Vois-tu le personnage maigre et sauvage
- La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante
- Ii portait ainsi toute son hérédité au visage
- Il semblait rêver à l'avenir
- En tournant machinalement un orgue de Barbarie
- Dont la lente voix se lamentait merveilleusement
- Les glouglous les couacs et les sourds gémissements
-
-
- Les saltimbanques ne bougeaient pas
- Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre
- qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais
- près de la mort
- Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent
- souvent leur bouche
- Ou près des narines
- C'est un rose plein de traîtrise
-
-
- Cet homme portait-il ainsi sur le dos
- La teinte ignoble de ses poumons
-
-
- Les bras les bras partout montaient la garde
-
-
- Le second saltimbanque
- N'était vêtu que de son ombre
- Je le regardai longtemps
- Son visage m'échappe entièrement
- C'est un homme sans tête
-
-
- Un autre enfin avait l'air d'un voyou
- D'un apache bon et crapule à la fois
- Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes
- N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa
- toilette
-
-
- La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le
- public
- Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs
- cinquante
- Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme
- prix des tours
-
-
- Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus
- rien
- On se décida à commencer la séance
- De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque
- habillé de rose pulmonaire
- Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles
- Il poussait des cris brefs
- Et saluait en écartant gentiment les avant-bras
- Mains ouvertes
-
-
- Une jambe en arrière prête à la génuflexion
- Il salua ainsi aux quatre points cardinaux
- Et quand il marcha sur une boule
- Son corps mince devint une musique si délicate que nul
- parmi les spectateurs n'y fut insensible
- Un petit esprit sans aucune humanité
- Pensa chacun
- Et cette musique des formes
- Détruisit celle de l'orgue mécanique
- Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres
-
-
- Le petit saltimbanque fit la roue
- Avec tant d'harmonie
- Que l'orgue cessa de jouer
- Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains
- Aux doigts semblables aux descendants de son destin
- Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe
- Nouveaux cris de Peau-Rouge
- Musique angélique des arbres
- Disparition de l'enfant
-
-
- Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout
- de bras
- Ils jonglèrent avec les poids
-
-
- Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant
- miraculeux
- Siècle ô siècle des nuages
-
-
- [Illustration: Cœur, couronne et miroir.]
-
-
-
-
- TOUR
-
- _À R. D._
-
-
- Au Nord au Sud
- Zénith Nadir
- Et les grands cris de l'Est
- L'Océan se gonfle à l'Ouest
- La Tour à la Roue
- S'adresse
-
-
- [Illustration: Voyage]
-
-
-
- À TRAVERS L'EUROPE
-
- _À M. Ch._
-
-
- Rotsoge
- Ton visage écarlate ton biplan transformable en
- hydroplan
- Ta maison ronde où il nage un hareng saur
- Il me faut la clef des paupières
- Heureusement que nous avons vu M. Panado
- Et nous sommes tranquilles de ce côté-là
- Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D...
- 90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers
- le ventre de sa mère
-
-
- J'ai cherché longtemps sur les routes
- Tant d'yeux sont clos au bord des routes
- Le vent fait pleurer les saussaies
- Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre
- Regarde mais regarde donc
- Le vieux se lave les pieds dans la cuvette
- Una volta ho inteso dire Chè vuoi
- Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances
-
-
- Et toi tu me montres un violet épouvantable
-
-
- Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour
- Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et
- rouges
- Où je m'en allais à la campagne avec une charmante
- cheminée tenant sa chienne en laisse
- Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton
- La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes
- La chienne aboie contre les lilas
- La veilleuse est consumée
- Sur la robe ont chu des pétales
- Deux anneaux d'or près des sandales
- Au soleil se sont allumés
- Mais tes cheveux sont le trolley
- À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores
-
-
- [Illustration: Il pleut.]
-
-
-
-
- ÉTENDARDS
-
-
-
-
- LA PETITE AUTO
-
-
- Le 31 du mois d'Août 1914
- Je partis de Deauville un peu avant minuit
- Dans la petite auto de Rouveyre
-
-
- Avec son chauffeur nous étions trois
-
-
- Nous dîmes adieu à toute une époque
- Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
- Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil
- Les poissons voraces montaient des abîmes
- Les peuples accouraient pour se connaître à fond
- Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres
- demeures
-
-
- Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
- Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se
- battaient
- Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où
- elles serpentaient
- Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
- Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
- Région par où se font toujours les invasions
- Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir
- Saluaient encore une fois la vie colorée
- Océans profonds où remuaient les monstres
- Dans les vieilles carcasses naufragées
- Hauteurs inimaginables où l'homme combat
- Plus haut que l'aigle ne plane
- L'homme y combat contre l'homme
- Et descend tout à coup comme une étoile filante
-
-
- Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
- Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
- Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille
- prodigieuse
- Disposait un étalage extraordinaire
- Et des bergers gigantesques menaient
- De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
- Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route
- Et quand après avoir passé l'après-midi
- Par Fontainebleau
-
-
- [Illustration: La petite Auto.]
-
-
- Nous arrivâmes à Paris
- Au moment où l'on affichait la mobilisation
- Nous comprîmes mon camarade et moi
- Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
- Nouvelle
- Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
- Nous venions cependant de naître
-
-
- [Illustration: La mandoline, l'œillet et le bambou.]
-
-
-
-
- FUMÉES
-
-
- Et tandis que la guerre
- Ensanglante la terre
- Je hausse les odeurs
- Près des couleurs-saveurs
-
- Et je fu
- m
- e
-
- du
-
- ta
- bac
- de
- ZoNE
-
- Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées
- Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées
- Mais je connais aussi les grottes parfumées
- Où gravite l'azur unique des fumées
- Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour.
- Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour
- Tu fascines les flammes
- Elles rampent à les pieds
- Ces nonchalantes femmes
- Tes feuilles de papier
-
-
-
-
- À NÎMES
-
- _À Emile Léonard_
-
-
- Je me suis engagé sous le plus beau des cieux
- Dans Nice la Marine au nom victorieux
-
- Perdu parmi 900 conducteurs anonymes
- Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes
-
- L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus
- Épousent ardemment et sans cesse les buts
-
- J'attends que le printemps commande que s'en aille
- Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille
-
- Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts
- Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons
-
- Un bel après-midi de garde à l'écurie
- J'entends sonner les trompettes d'artillerie
-
- J'admire la gaîté de ce détachement
- Qui va rejoindre au front notre beau régiment
-
- Le territorial se mange une salade
- À l'anchois en parlant de sa femme malade
-
- 4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux
- Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux
-
- Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures
- Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures
-
- Je flatte de la main le petit canon gris
- Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris
-
- Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine
- Des obus dans la nuit la splendeur argentine
-
- Je mâche lentement ma portion de bœuf
- Je me promène seul le soir de 5 à 9
-
- Je selle mon cheval nous battons la campagne
- Je te salue au loin belle rose ô tour Magne
-
-
- [Illustration: La colombe poignardée et le jet d'eau.]
-
-
-
-
- 2e CANONNIER CONDUCTEUR
-
-
- Me voici libre et fier parmi mes compagnons
- Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue
- La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue
-
- [Illustration: 2e canonnier conducteur.]
-
- Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis
- sur l'avant-train
- Et conducteur par mont par vol sur le porteur
- Au pas au trot ou au galop je conduis le canon
- Le bras de l'officier est mon étoile polaire
- Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois
- la figure
- Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du
- sous-verge
- Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux
- La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit
-
- [Illustration: 2e canonnier conducteur.]
-
- Fantassins
- Marchantes mottes de terre
- Vous êtes la puissance
- Du sol qui vous a faits
- Et c'est le sol qui va
- Lorsque vous avancez
- Un officier passe au galop
- Comme un ange bleu dans la pluie grise
- Un blessé chemine en fumant une pipe
- Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime
- Et cette jeune femme nous salue charretiers
- La Victoire se tient après nos jugulaires
- Et calcule pour nos canons les mesures angulaires
- Nos salves nos rafales sont ses cris de joie
- Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses
- Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses
-
- J'ENTENDS C H A
- L N
- E TER l'oiseau
- B E
- EL OISEAU RAPAC
-
-
-
-
-
- VEILLE
-
-
- Mon cher André Rouveyre
- Troudla la Champignon Tabatière
- On ne sait quand on partira
- Ni quand on reviendra
-
-
- Au Mercure de France
- Mars revient tout couleur d'espérance
- J'ai envoyé mon papier
- Sur papier quadrillé
-
-
- J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant
- au trot sur la grand-route où moi je veille
- Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe
- jusqu'à l'oreille
-
-
- Quel
- Ciel
- Triste
- Piste
- Où
- Va le
- Pâle
- Sou-
- rire
- De la lune qui me regarde écrire
-
-
-
-
- OMBRE
-
-
- Vous voilà de nouveau près de moi
- Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
- L'olive du temps
- Souvenirs qui n'en faites plus qu'un
- Comme cent fourrures ne font qu'un manteau
- Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article
- de journal
- Apparence impalpable et sombre qui avez pris
- La forme changeante de mon ombre
- Un indien à l'affût pendant l'éternité
- Ombre vous rampez près de moi
- Mais vous ne m'entendez plus
- Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
- Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
- Destinées
- Ombre multiple que le soleil vous garde
- Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter
- Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
- Ombre encre du soleil
- Écriture de ma lumière
- Caisson de regrets
- Un dieu qui s'humilie
-
-
-
-
- C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT
-
-
- Il est des loups de toute sorte
- Je connais le plus inhumain
- Mon cœur que le diable l'emporte
- Et qu'il le dépose à sa porte
- N'est plus qu'un jouet dans sa main
-
-
- Les loups jadis étaient fidèles
- Comme sont les petits toutous
- Et les soldats amants des belles
- Galamment en souvenir d'elles
- Ainsi que les loups étaient doux
-
-
- Mais aujourd'hui les temps sont pires
- Les loups sont tigres devenus
- Et les Soldats et les Empires
- Les Césars devenus Vampires
- Sont aussi cruels que Vénus
-
-
- J'en ai pris mon parti Rouveyre
- Et monté sur mon grand cheval
- Je vais bientôt partir en guerre
- Sans pitié chaste et l'œil sévère
- Comme ces guerriers qu'Épinal
-
-
- Vendait Images populaires
- Que Georgin gravait dans le bois
- Où sont-ils ces beaux militaires
- Soldats passés Où sont les guerres
- Où sont les guerres d'autrefois
-
-
-
-
- CASE D'ARMONS
-
-
- La 1re édition à 25 exemplaires de _Case d'Armons_ a
- été polygraphiée sur papier quadrillé, à l'encre violette, au
- moyen de gélatine, à la batterie de tir (45e batterie,
- 38e Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et
- le tirage a été achevé le 17 juin 1915.
-
-
- [Illustration: Loin du pigeonnier.]
-
-
-
-
- RECONNAISSANCE
-
-
- _À Mademoiselle P..._
-
-
- Un seul bouleau crépusculaire
- Pâlit au seuil de l'horizon
- Où fuit la mesure angulaire
- Du cœur à l'âme et la raison
-
- Le galop bleu des souvenances
- Traverse les lilas des yeux
-
- Et les canons des indolences
- Tirent nies songes vers
- les
- cieux
-
-
- [Illustration: S.P.]
-
-
- [Illustration: Visée.]
-
-
- [ILLUSTRATION: 1913.]
-
-
- [ILLUSTRATION: Carte postale.]
-
-
-
-
- SAILLANT
-
- _À André Level_
-
-
- Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude
- Mais un dragon à pied sans armes
- Parmi le vent quand survient la
-
-
-
- S torpille aérienne
- A Le balai de verdure Grain
- Salut L T'en souviens-tu de
- La Rapace U Il est ici dans les pierres blé
- T Du beau royaume dévasté
-
- Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée
-
-
-
- Vive comme un cheval pif
- Un trou d'obus propre comme une salle de bain
- Berger suivi de son troupeau mordoré
- Mais où est un cœur et le svastica
-
-
- Aÿ Ancien nom du renom
- Le crapaud chantait les saphirs nocturnes
-
- Lou
- [Illustration: VIVE LE CAPISTON]
- Lou Verzy
-
-
- Et le long du canal des filles s'en allaient
-
-
-
-
- GUERRE
-
-
- Rameau central de combat
- Contact par l'écoute
- Ou tire dans la direction «des bruits entendus»
- Les jeunes de la classe 1915
- Et ces fils de fer électrisés
- Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre
- Avant elle nous n'avions que la surface
- De la terre et des mers
- Après elle nous aurons les abîmes
- Le sous-sol et l'espace aviatique
- Maîtres du timon
- Après après
- Nous prendrons toutes les joies
- Des vainqueurs qui se délassent
- Femmes Jeux Usines Commerce
- Industrie Agriculture Métal
- Feu Cristal Vitesse
- Voix Regard Tact à part
- Et ensemble dans le tact venu de loin
- De plus loin encore
- De l'Au-delà de cette terre
-
-
-
-
- MUTATION
-
-
- Une femme qui pleurait
- Eh! Oh! Ha!
- Des soldats qui passaient
- Eh! Oh! Ha!
- Un éclusier qui pêchait
- Eh! Oh! Ha!
- Les tranchées qui blanchissaient
- Eh! Oh! Ha!
- Des obus qui pétaient
- Eh! Oh! Ha!
- Des allumettes qui ne prenaient pas
- Et tout
- A tant changé
- En moi
- Tout
- Sauf mon Amour
- Eh! Oh! Ha!
-
-
-
-
- ORACLES
-
-
- Je porte votre bague
- Elle est très finement ciselée
- Le sifflet me fait plus plaisir
- Qu'un palais égyptien
- Le sifflet des tranchées
- Tu sais
- Tout au plus si je n'arrête pas
- Les métros et les taxis avec
- Ô Guerre
- Multiplication de l'amour
-
- PETIT Avec un fil
- SIFFLET on prend
- à 2 trous la mesure
- du doigt
-
-
-
-
- 14 JUIN 1915
-
-
- On ne peut rien dire
- Rien de ce qui se passe
- Mais on change de Secteur
- Ah! voyageur égaré
- Pas de lettres
- Mais l'espoir
- Mais un journal
- Le glaive antique de la Marseillaise de Rude
- S'est changé en constellation
- Il combat pour nous au ciel
- Mais cela signifie surtout
- Qu'il faut être de ce temps
- Pas de glaive antique
- Pas de Glaive
- Mais l'Espoir
-
-
-
-
- DE LA BATTERIE DE TIR
-
-
- _Au maréchal des logis F. Bodard_
-
-
- Nous sommes ton collier France
- Venus des Atlantides ou bien des Négrities
- Des Eldorados ou bien des Cimméries
- Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie
- Diamants qui éclosent la nuit
- Ô Roses ô France
- Nous nous pâmons de volupté
- À ton cou penché vers l'Est
- Nous sommes l'Arc-en-terre
- Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel
- Signe de nos origines profondes
- Étincelles
- Ô nous les très belles couleurs
-
-
-
-
- ÉCHELON
-
- Grenouilles et rainettes
- Crapauds et crapoussins
- Ascèse sous les peupliers et les frênes
- La reine des prés va fleurir
- Une petite hutte dans la forêt
- Là-bas plus blanche est la blessure
-
-
- Le Ciel
-
- Coquelicots
- Flacon au col d'or
- On a pendu la mort
- À la lisière du bois
- On a pendu la mort
- Et ses beaux seins dorés
- Se montrent tour à tour
-
-
- [VERT. gauche et droite]
-
- On tire contre avions
- Verdun
-
- L'orvet
- _Le sac à malice_
- _La trousse à boutons_
-
-
- Ô rose toujours vive
- Ô France
- Embaume les espoirs d'une armée qui halète
-
- Le Loriot chante
-
- N'est-ce pas rigolo
-
- Enfin une plume d'épervier
-
-
-
-
- VERS LE SUD
-
-
- Zénith
- Tous ces regrets
- Ces jardins sans limite
- Où le crapaud module un tendre cri d'azur
- La biche du silence éperdu passe vite
- Un rossignol meurtri par l'amour chante sur
- Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses
- Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier
- Et les fleurs de grenade en nos regards écloses
- En tombant tour à tour ont jonché le sentier
-
-
-
-
- LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR
-
-
- C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier
- Auprès des canons gris tournés vers le nord
- Que je songe au village africain
- Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour
- Et de longs discours
- Nobles et joyeux
-
- Je revois mon père qui se battit
- Contre les Achantis
- Au service des Anglais
- Je revois ma sœur au rire en folie
- Aux seins durs comme des obus
- Et je revois
- Ma mère la sorcière qui seule du village
- Méprisait le sel
- Piler le millet dans un mortier
- Je me souviens du si délicat si inquiétant
- Fétiche dans l'arbre
- Et du double fétiche de la fécondité
-
- Plus tard une tête coupée
- Au bord d'un marécage
- Ô pâleur de mon ennemi
- C'était une tête d'argent
- Et dans le marais
- C'était la lune qui luisait
- C'était donc une tête d'argent
- Là-haut c'était la lune qui dansait
- C'était donc une tête d'argent
- Et moi dans l'antre j'étais invisible
- C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde
- Similitudes Pâleurs
- Et ma sœur
- Suivit plus tard un tirailleur
- Mort à Arras
-
- Si je voulais savoir mon âge
- Il faudrait le demander à l'évêque
- Si doux si doux avec ma mère
- De beurre de beurre avec ma sœur
- C'était dans une petite cabane
- Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants
- J'ai connu l'affût au bord des marécages
- Où la girafe boit les jambes écartées
-
- J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste
- Le Village
- Viole les femmes
- Emmène les filles
- Et les garçons dont la croupe dure sursaute
- J'ai porté l'administrateur des semaines
- De village en village
- En chantonnant
- Et je fus domestique à Paris
- Je ne sais pas mon âge
- Mais au recrutement
- On m'a donné vingt ans
- Je suis soldat français on m'a blanchi du coup
- Secteur 59 je ne peux pas dire où
- Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir
- Pourquoi ne pas danser et discourir
- Manger et puis dormir
- Et nous tirons sur les ravitaillements boches
- Ou sur les fils de fer devant les bobosses
- Sous la tempête métallique
- Je me souviens d'un lac affreux
- Et de couples enchaînés par un atroce amour
- Une nuit folle
- Une nuit de sorcellerie
- Comme cette nuit-ci
- Où tant d'affreux regards
- Éclatent dans le ciel splendide
-
-
-
-
- TOUJOURS
-
- _À Madame Faure-Favier_
-
-
- Toujours
- Nous irons plus loin sans avancer jamais
-
- Et de planète en planète
- De nébuleuse en nébuleuse
- Le don Juan des mille et trois comètes
- Même sans bouger de la terre
- Cherche les forces neuves
- Et prend au sérieux les fantômes
-
- Et tant d'univers s'oublient
- Quels sont les grands oublieurs
- Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle
- partie du monde
- Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli
- d'un continent
-
- Perdre
- Mais perdre vraiment
- Pour laisser place à la trouvaille
- Perdre
- La vie pour trouver la Victoire
-
-
-
-
- FÊTE
-
-
- _À André Rouveyre_
-
-
- Feu d'artifice en acier
- Qu'il est charmant cet éclairage
- Artifice d'artificier
- Mêler quelque grâce au courage
-
-
- Deux fusants
- Rose éclatement
- Comme deux seins que l'on dégrafe
- Tendent leurs bouts insolemment
- IL SUT AIMER
- quelle épitaphe
-
-
- Un poète dans la forêt
- Regarde avec indifférence
- Son revolver au cran d'arrêt
- Des roses mourir d'espérance
-
-
- Il songe aux roses de Saadi
- Et soudain sa tête se penche
- Car une rose lui redit
- La molle courbe d'une hanche
-
-
- L'air est plein d'un terrible alcool
- Filtré des étoiles mi-closes
- Les obus caressent le mol
- Parfum nocturne où tu reposes
- Mortification des roses
-
-
- [Illustration: Madeleine.]
-
-
-
- LES SAISONS
-
-
- C'était un temps béni nous étions sur les plages
- Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau
- Et vite comme va la langue d'un crapaud
- L'amour blessait au cœur les fous comme les sages
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- C'était un temps béni Le temps du vaguemestre
- On est bien plus serré que dans les autobus
- Et des astres passaient que singeaient les obus
- Quand dans la nuit survint la batterie équestre
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues
- Les marmites donnaient aux rondins des cagnats
- Quelque aluminium où tu t'ingénias
- À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- C'était un temps béni La guerre continue
- Les Servants ont limé la bague au long des mois
- Le Conducteur écoute abrité dans les bois
- La chanson que répète une étoile inconnue
-
-
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était militaire
- As-tu connu Guy au galop
- Du temps qu'il était artiflot
- À la guerre
-
-
- [ILLUSTRATION: Venu de Dieuze.]
-
-
- [ILLUSTRATION]
-
-
-
- LA NUIT D'AVRIL 1915
-
-
- _À L. de C.--C._
-
-
- Le ciel est étoilé par les obus des Boches
- La forêt merveilleuse où je vis donne un bal
- La mitrailleuse joue un air à triples-croches
- Mais avez-vous le mot
- Eh! oui le mot fatal
- Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches
-
-
- Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons
- Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance
- Et tes mille soleils ont vidé les caissons
- Que les dieux de mes yeux remplissent en silence
-
-
- Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons
-
-
- Les obus miaulaient un amour à mourir
- Un amour qui se meurt est plus doux que les autres
- Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir
-
-
- Les obus miaulaient
- Entends chanter les nôtres
- Pourpre amour salué par ceux qui vont périr
-
-
- Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque
-
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- Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts
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- Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque
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- Couche-toi sur la paille et songe un beau remords
- Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque
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- Mais
- orgues
- aux fétus de la paille où tu dors
- L'hymne de l'avenir est paradisiaque
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- LUEURS DES TIRS
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- LA GRACE EXILÉE
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- Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel
- Allez-vous-en couleurs charmantes
- Cet exil t'est essentiel
- Infante aux écharpes changeantes
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- Et l'arc-en-ciel est exilé
- Puisqu'on exile qui l'irise
- Mais un drapeau s'est envolé
- Prendre ta place au vent de bise
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- LA BOUCLE RETROUVÉE
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- Il retrouve dans sa mémoire
- La boucle de cheveux châtains
- T'en souvient-il à n'y point croire
- De nos deux étranges destins
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- Du boulevard de la Chapelle
- Du joli Montmartre et d'Auteuil
- Je me souviens murmure-t-elle
- Du jour où j'ai franchi ton seuil
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- Il y tomba comme un automne
- La boucle de mon souvenir
- Et notre destin qui t'étonne
- Se joint au jour qui va finir
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- REFUS DE LA COLOMBE
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- Mensonge de l'Annonciade
- La Noël fut la Passion
- Et qu'elle était charmante et sade
- Cette renonciation
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- Si la colombe poignardée
- Saigne encore de ses refus
- J'en plume les ailes l'idée
- Et le poème que tu fus
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- LES FEUX DU BIVOUAC
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- Les feux mouvants du bivouac
- Éclairent des formes de rêve
- Et le songe dans l'entrelac
- Des branches lentement s'élève
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- Voici les dédains du regret
- Tout écorché comme une fraise
- Le souvenir et le secret
- Dont il ne reste que la braise
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- LES GRENADINES REPENTANTES
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- En est-il donc deux dans Grenade
- Qui pleurent sur ton seul péché
- Ici l'on jette la grenade
- Qui se change en un œuf coché
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- Puisqu'il en naît des coqs Infante
- Entends-les chanter leurs dédains
- Et que la grenade est touchante
- Dans nos effroyables jardins
-
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- TOURBILLON DE MOUCHES
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- Un cavalier va dans la plaine
- La jeune fille pense à lui
- Et cette flotte à Mitylène
- Le fil de fer est là qui luit
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- Comme ils cueillaient la rose ardente
- Leurs jeux tout à coup ont fleuri
- Mais quel soleil la bouche errante
- À qui la bouche avait souri
-
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- L'ADIEU DU CAVALIER
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- Ah Dieu! que la guerre est jolie
- Avec ses chants ses longs loisirs
- Cette bague je l'ai polie
- Le vent se mêle à vos soupirs
-
-
- Adieu! voici le boute-selle
- Il disparut dans un tournant
- Et mourut là-bas tandis qu'elle
- Riait au destin surprenant
-
-
-
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- LE PALAIS DU TONNERRE
-
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- Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie
- En regardant le paroi adverse qui semble en nougat
- On voit à gauche et à droite fuir l'humide couloir désert
- Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux
- yeux réglementaires qui servent à l'attacher sous les
- caissons
- Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte
- Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches
- Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe
- blanchâtre
- Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé
- par quelques lignes droites
- Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui
- paraît ancien
- Le plafond est fait de traverses de chemin de fer
- Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes
- d'aiguilles de sapin
- Et de temps en temps des débris de craie tombent
- comme des morceaux de vieillesse
-
-
- À côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce
- qui sert généralement aux emballages
- Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un
- feu semblable à l'âme
- Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il
- dévore et fugitif
- Les fils de fer se tendent partout servant de sommier
- supportant des planches
- Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille
- choses
- Comme on fait à la mémoire
- Des musettes bleues des casques bleus des cravates
- bleues des vareuses bleues
- Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs
- Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie
-
-
- Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux
- dorés à tête émaillée
- Noirs blancs rouges
- Funambules qui attendent leur tour de passer sur les
- trajectoires
- Et font un ornement mince et élégant à cette demeure
- souterraine
- Ornée de six lits placés en fer à cheval
- Six lits couverts de riches manteaux bleus
-
-
- Sur le palais il y a un haut tumulus de craie
- Et des plaques de tôle ondulée
- Fleuve figé de ce domaine idéal
- Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la
- mélinite
- Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés
- Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes
- Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais
- Le palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi
- petite qu'une souris
- Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros
- bout d'une lunette
- Petit palais où tout s'assourdit
- Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien
- Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme
- un roi
- Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse
- Un journal du jour traîne par terre
- Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure
- Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique
- Le goût de l'anticaille
- Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes
- Tout y était si précieux et si neuf
- Tout y est si précieux et si neuf
- Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y
- apparaît
- Plus précieuse
- Que ce qu'on a sous la main
- Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche
- et si neuve
- Et deux marches neuves
- Elles n'ont pas deux semaines
- Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique
- sans imiter l'antique
- Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf
- est ce qui est
- Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique
- Et ce qui est surchargé d'ornements
- A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle
- antique
- Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure
- De ce qui est neuf et qui sert
- Surtout si cela est simple simple
- Aussi simple que le petit palais du tonnerre
-
-
-
-
- PHOTOGRAPHIE
-
-
- Ton sourire m'attire comme
- Pourrait m'attirer une fleur
- Photographie tu es le champignon brun
- De la forêt
- Qu'est sa beauté
- Les blancs y sont
- Un clair de lune
- Dans un jardin pacifique
- Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés
- Photographie tu es la fumée de l'ardeur
- Qu'est sa beauté
- Et il y a en toi
- Photographie
- Des tons alanguis
- On y entend
- Une mélopée
- Photographie tu es l'ombre
- Du Soleil
- Qu'est sa beauté
-
-
-
-
- L'INSCRIPTION ANGLAISE
-
-
- C'est quelque chose de si ténu de si lointain
- Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser
- Forme limitée par la mer bleue
- Par la rumeur d'un train en marche
- Par l'odeur des eucalyptus des mimosas
- Et des pins maritimes
-
- _Mais le contact et la saveur_
-
-
- Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la
- tête sur le quai de la gare à Marseille
- Et s'en alla
- Sans savoir
- Que son souvenir planerait
- Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce
- Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition
- À travers la fumée d'écorce de bouleau
- Qui sent l'encens minéen
- Tandis que les volutes bleuâtres qui montent
- D'un cigare écrivent le plus tendre des noms
- Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant
- Écrivent aussi le nom émouvant
- Dont chaque lettre se love en belle anglaise
-
-
- Et le soldat n'ose point achever
- Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter
- Cette calligraphie sylvestre et vernale
-
-
-
-
- DANS L'ABRI-CAVERNE
-
-
- Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes
- vers moi
- Une force part de nous qui est un feu solide qui nous
- soude
- Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous
- ne pouvons nous apercevoir
- En face de moi la paroi de craie s'effrite
- Il y a des cassures
- De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent
- être faites dans de la stéarine
- Des coins de cassures sont arrachés par le passage des
- types de ma pièce
- Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide
- On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de
- fond
- Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher
- Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids
- qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où
- Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie
- qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu
- encore cultiver ou élever ou humaniser
- Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il
- manque ce qui éclaire
- C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours
- Heureusement que ce n'est que ce soir
- Les autres jours je me rattache à toi
- Les autres jours je me console de la solitude et de toutes
- les horreurs
- En imaginant ta beauté
- Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié
- Puis je pense que je l'imagine en vain
- Je ne la connais par aucun sens
- Ni même par les mots
- Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain
- Existe-tu mon amour
- Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir
- Pour peupler la solitude
- Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs
- avaient douées pour moins s'ennuyer
- Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que
- dans mon imagination
-
-
-
-
- FUSÉE
-
-
- La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor
- Ma pensée te rejoint et la tienne la croise
- Tes seins sont les seuls obus que j'aime
- Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à
- pointer la nuit
-
-
- En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes
- hanches
-
-
- Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un
- journal
-
-
- Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa
- gueule
-
-
- Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit
- chat et pattes de chat
-
-
- Une souris verte file parmi la mousse
-
-
- Le riz a brûlé dans la marmite de campement
- Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses
-
-
- Le mégaphone crie
- Allongez le tir
-
-
- Allongez le tir amour de vos batteries
-
-
- Balance des batteries lourdes cymbales
- Qu'agitent les chérubins fous d'amour
- En l honneur du Dieu des Armées
-
-
- Un arbre dépouillé sur une butte
-
-
- Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée
-
-
- Ô vieux monde du XIXe siècle plein de hautes cheminées
- si belles et si pures
-
-
- Virilités du siècle où nous sommes
- Ô canons
-
-
- Douilles éclatantes des obus de 75
- Carillonnez pieusement
-
-
-
-
- DÉSIR
-
-
- Mon désir est la région qui est devant moi
- Derrière les lignes boches
- Mon désir est aussi derrière moi
- Après la zone des armées
-
- Mon désir c'est la butte du Mesnil
- Mon désir est là sur quoi je tire
- De mon désir qui est au delà de la zone des armées
- Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense
-
- Butte du Mesnil je t'imagine en vain
- Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs
- d'eux
- Trop enfoncés sous terre déjà enterrés
- Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant
-
- En y veillant tard dans la nuit
- Le Decauville qui toussote
- La tôle ondulée sous la pluie
- Et sous la pluie ma bourguignotte
-
- Entends la terre véhémente
- Vois les lueurs avant d'entendre les coups
-
-
- Et tel obus siffler de la démence
- Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût
-
-
- Je désire
- Te serrer dans ma main Main de Massiges
- Si décharnée sur la carte
-
-
- Le boyau Gœthe où j'ai tiré
- J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche
- Décidément je ne respecte aucune gloire
-
-
- Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par
- moments
- Nuit des hommes seulement
- Nuit du 24 septembre
- Demain l'assaut
- Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond
- devenait plus intense de minute en minute
- Nuit qui criait comme une femme qui accouche
- Nuit des hommes seulement
-
-
-
-
- CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE
-
-
- _À M. Joseph Granié_
-
-
- Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée
- Voici le nez des soldats invisibles
- Moi l'horizon invisible je chante
- Que les civils et les femmes écoutent ces chansons
- Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé
-
-
- Le sol est blanc la nuit l'azure
- Saigne la crucifixion
- Tandis que saigne la blessure
- Du soldat de Promission
-
-
- Un chien jappait l'obus miaule
- La lueur muette a jailli
- À savoir si la guerre est drôle
- Les masques n'ont pas tressailli
-
-
- Mais quel fou rire sous le masque
- Blancheur éternelle d'ici
- Où la colombe porte un casque
- Et l'acier s'envole aussi
-
-
- Je suis seul sur le champ de bataille
- Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux
- L'obus miaule
- Je te tuerai
- Animez-vous fantassins à passepoil jaune
- Grands artilleurs roux comme des taupes
- Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens
- Veloutés de toutes les nuances du velours
- Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres
- Ou déteints
- Venez le pot en tête
- Debout fusée éclairante
- Danse grenadier en agitant tes pommes de pin
- Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs
- Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous
- Sculptez les profondeurs
- Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les
- avettes
- Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon
- Écoutez renaître les oracles qui avaient cessé
- Le grand Pan est ressuscité
-
-
- Champagne viril qui émoustille la Champagne
- Hommes faits jeunes gens
- Caméléon des autos-canons
- Et vous classe 16
- Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans
- les cieux
- J'étais content pourtant ça brûlait la paupière
- Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms
- Œil du Breton blessé couché sur la civière
- Et qui criait aux morts aux sapins aux canons
- _Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre_
-
-
- Boyaux et rumeur du canon
- Sur cette mer aux blanches vagues
- Fou stoïque comme Zénon
- Pilote du cœur tu zigzagues
-
-
- Petites forêts de sapins
- La nichée attend la becquée
- Pointe-t-il des nez de lapins
- Comme l'euphorbe verruquée
-
-
- Ainsi que l'euphorbe d'ici
- Le soleil à peine boutonne
- Je l'adore comme un Parsi
- Ce tout petit soleil d'automne
-
-
- Un fantassin presque un enfant
- Bleu comme le jour qui s'écoule
- Beau comme mon cœur triomphant
- Disait en mettant sa cagoule
-
-
- _Tandis que nous n'y sommes pas_
- _Que de filles deviennent belles_
- _Voici l'hiver et pas à pas_
- _Leur beauté s'éloignera d'elles_
-
- _Ô Lueurs soudaines des tirs_
- _Cette beauté que j'imagine_
- _Faute d'avoir des souvenirs_
- _Tire de vous son origine_
-
- _Car elle n'est rien que l'ardeur_
- _De la bataille violente_
- Et de la terrible lueur
- Il s'est fait une muse ardente
-
-
- Il regarde longtemps l'horizon
- Couteaux tonneaux d'eau
- Des lanternes allumées se sont croisées
- Moi l'horizon je combattrai pour la victoire
- Je suis l'invisible qui ne peut disparaître
- Je suis comme l'onde
- Allons ouvrez les écluses que je me précipite
- tout
-
-
-
-
- OCÉAN DE TERRE
-
-
- _À G. de Chirico_
-
-
- J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan
- Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux
- Des poulpes grouillent partout où se tiennent les
- murailles
- Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux
- vitres
- Maison humide
- Maison ardente
- Saison rapide
- Saison qui chante
- Les avions pondent des œufs
- Attention on va jeter l'ancre
- Attention à l'encre que l'on jette
- Il serait bon que vous vinssiez du ciel
- Le chèvrefeuille du ciel grimpe
- Les poulpes terrestres palpitent
-
- Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres
- fossoyeurs
- Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs
- pâles
- Autour de la maison il y a cet océan que tu connais
- Et qui ne se repose jamais
-
-
-
-
- OBUS COULEUR DE LUNE
-
-
-
-
- MERVEILLE DE LA GUERRE
-
-
- Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit
- Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour
- regarder
- Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour
- yeux bras et cœurs
-
-
- Jai reconnu ton sourire et ta vivacité
-
-
- C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices
- dont les chevelures sont devenues des comètes
- Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps
- et à toutes les races
- Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que
- le temps de mourir
-
-
- Comme c'est beau toutes ces fusées
- Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore
- S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet
- et relatif comme les lettres d'un livre
- Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des
- mourants
-
-
- Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus
- encore
- Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre
- et s'évanouit aussitôt
- Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno
- C'est un banquet que s'offre la terre
- Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles
- La terre a faim et voici son festin de Balthasar
- cannibale
-
-
- Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage
- Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain
- C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui
- n'est ma foi pas désagréable
- Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait
- avec la terre
- il n'avale que les âmes
- Ce qui est une façon de ne pas se nourrir
- Et se contente de jongler avec des feux versicolores
-
-
- Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec
- toute ma compagnie au long des longs boyaux
-
- Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma
- présence
- J'ai creusé le lit ou je coule en me ramifiant en mille
- petits fleuves qui vont partout
- Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant
- je suis partout ou plutôt je commence à être partout
- C'est moi qui commence celte chose des siècles à venir
- Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare
- volant
-
-
- Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire
- Qui fut à la guerre et sut être partout
- Dans les villes heureuses de l'arrière
- Dans tout le reste de l'univers
- Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé
- Dans les femmes dans les canons dans les chevaux
- Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux
- Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes
-
-
- Et ce serait sans doute bien plus beau
- Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles
- je suis partout
- Pouvaient m'occuper aussi
- Mais dans ce sens il n'y a rien de fait
- Car si je suis partout à cette heure il n'y a cependant
- que moi qui suis en moi
-
-
-
-
- EXERCICE
-
-
- Vers un village de l'arrière
- S'en allaient quatre bombardiers
- Ils étaient couverts de poussière
- Depuis la tête jusqu'aux pieds
-
-
- Ils regardaient la vaste plaine
- En parlant entre eux du passé
- Et ne se retournaient qu'à peine
- Quand un obus avait toussé
-
-
- Tous quatre de la classe seize
- Parlaient d'antan non d'avenir
- Ainsi se prolongeait l'ascèse
- Qui les exerçait à mourir
-
-
-
-
- À L'ITALIE
-
-
- _À Ardengo Soffici_
-
-
- L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans
- la zone des armées
- J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva
- Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année
- Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même
- C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées
- Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la
- Marne
-
-
- J'évoquais le sac de Rome par les Allemands
- Le sac de Rome qu'ont décrit
- Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin
- Je me disais
- Est-il possible que la nation
- Qui est la mère de la civilisation
- Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la
- détruire
-
-
- Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes
- Les fantômes des Esclaves toujours frémissants
- Se sont dressés en criant SUS AUX TUDESQUES
- Nous l'armée invisible aux cris éblouissants
- Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de
- terre
- Nous te tournons bénignement le dos Italie
- Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien
- Italie mère qui est aussi notre fille
-
-
- Nous sommes là tranquillement et sans tristesse
- Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins
- nous tombions
- Nous savons qu'un autre prendrait notre place
- Et que les Armées ne périront jamais
-
-
- Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits
- C'est la guerre qui est longue
-
-
- Italie
- Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une
- sœur
- J'ai comme toi pour me réconforter
- Le quart de pinard
- Qui met tant de différence entre nous et les Boches
- J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux
- des 75
-
-
- Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches
- et je sais rigoler
- Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces
- gens sans mesure que leurs actions dépassent sans
- qu'ils sachent s'amuser
- Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils
- emploient
- Elle est au delà de la vie confortable
- Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie
- Les fleurs sont nos enfants et non les leurs
- Même la fleur de lys qui meurt au Vatican
-
-
- La plaine est infinie et les tranchées sont blanches
- Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles
- Sur les roses momentanés des éclatements
- Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements
- De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées
-
-
- Nous jouissons de tout même de nos souffrances
- Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il
- faut
- Nous sommes narquois car nous savons faire la part des
- choses
- Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades
- que chez celui qui plume les patates
- Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots
- sonores
-
- Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de
- la majesté héroïque et le courageux honneur
- individuel
- Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous
- dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui
- se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de
- l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure
- Et nous fumons du gros avec volupté
-
-
- C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par
- l'électricité en bâton
- Je pense à toi pays des 2 volcans
- Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au
- moment de Messine
- Je salue le Colleoni équestre de Venise
- Je salue la chemise rouge
- Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir
- aux hauts faits de ta bleusaille
- Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de
- bonheur ou de malheur en ce monde
- Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que
- les Boches m'en empêcheraient
- Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous
- avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite
- remplacé par je ne sais quelles commodités dont je
- n'ai que faire
-
-
- Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et
- qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir
- Une même destinée nous lie en cette occase
-
-
- Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis
- Mais pour chacun de toi Italie
-
-
- Ne te borne point à prendre les terres irrédentes
- Mets ton destin dans la balance où est le nôtre
-
-
- Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux
- d'escargots
- Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la
- terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins
-
-
- Notre armée invisible est une belle nuit constellée
- Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux
-
-
- Ô nuit ô nuit éblouissante
- Les morts sont avec nos soldats
- Les morts sont debout dans les tranchées
- Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées
- Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers
- Nous jetons nos villes comme des grenades
- Nos fleuves sont brandis comme des sabres
- Nos montagnes chargent comme cavalerie
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- Nous reprendrons les villes les fleuves les collines
- De la frontière helvétique aux frontières bataves
- Entre toi et nous Italie
- Il y a des patelins pleins de femmes
- Et près de toi m'attend celle que j'adore
- Ô Frères d'Italie
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- Ondes nuages délétères
- Métalliques débris qui vous rouillez partout
- Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête
- Italie
- Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras
- Et ce soldat blessé toujours debout Arras
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- Et maintenant chantons ceux qui sont morts
- Ceux qui vivent
- Les officiers les soldats
- Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les
- chevaux
- Chantons les bagues pâles les casques
- Chantons ceux qui sont morts
- Chantons la terre qui bâille d'ennui
- Chantons et rigolons
- Durant des années
- Italie
- Entends braire l'âne boche
- Faisons la guerre à coups de fouets
- Faits avec les rayons du soleil
- Italie
- Chantons et rigolons
- Durant des années
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- LA TRAVERSÉE
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- Du joli bateau de Port-Vendres
- Tes yeux étaient les matelots
- Et comme les flots étaient tendres
- Dans les parages de Palos
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- Que de sous-marins dans mon âme
- Naviguent et vont l'attendant
- Le superbe navire où clame
- Le chœur de ton regard ardent.
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- IL Y A
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- Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée
- Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait
- des asticots dont naîtraient les étoiles
- Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour
- Il y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus
- autour de moi
- Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz
- asphyxiants
- Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de
- Nietzsche de Goethe et de Cologne
- Il y a que je languis après une lettre qui tarde
- Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon
- amour
- Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète
- Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des
- pièces
- Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de
- l'Abre isolé
- Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme
- l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec
- quoi il se confond
- Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour
- Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communications
- de la T S F sur l'Atlantique
- Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour
- les cercueils
- Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris
- devant un Christ sanglant à Mexico
- Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant
- Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres
- Il y a des croix partout de-ci de-là
- Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie
- Il y a les longues mains souples de mon amour
- Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de 15 centimètres
- et qu'on n'a pas laissé partir
- Il y a ma selle exposée à la pluie
- Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours
- Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur
- Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse
- sur son dos
- Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été
- à la guerre
- Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les
- campagnes occidentales
- Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent
- s'ils les reverront
- Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de
- l'invisibilité
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- L'ESPIONNE
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- Pâle espionne de l'Amour
- Ma mémoire à peine fidèle
- N'eut pour observer cette belle
- Forteresse qu'une heure un jour
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- Tu te déguises
- À ta guise
- Mémoire espionne du cœur
- Tu ne retrouves plus l'exquise
- Ruse et le cœur seul est vainqueur
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- Mais la vois-tu cette mémoire
- Les yeux bandés prête à mourir
- Elle affirme qu'on peut l'en croire
- Mon cœur vaincra sans coup férir
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- LE CHANT D'AMOUR
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- Voici de quoi est fait le chant symphonique de l'amour
- Il y a le chant de l'amour de jadis
- Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
- Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux
- Les virilités des héros fabuleux érigées comme des
- pièces contre avions
- Le hurlement précieux de Jason
- Le chant mortel du cygne
- Et l'hymne victorieux que les premiers rayons du soleil
- ont fait chanter à Memnon l'immobile
- Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement
- Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles
- La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes
- tropicales
- Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible
- amour des peuples
- Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté
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- Il y a là le chant de tout l'amour du monde
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- AUSSI BIEN QUE LES CIGALES
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- _gens du midi_ ne savez pas M
- _gens du mi_ creuser que ais
- _di vous n'_ vous ne sa vous
- _avez donc_ vez pas vous savez
- _pas regar_ éclairer ni encore
- _dé les ciga_ voir Que vous boire com le jour
- _les que vous_ manque-t-il me les ci de gloire
- donc pour gales ô se
- voir aus gens du mi _c_ ra
- si bien di gens du _reusez_ ce
- que les soleil gens qui _voyez bu_ lui
- ciga devriez savoir _vez pissez_ où
- les creuser et voir _comme_ vous
- aussi bien pour le _les ciga_ sau
- moins aussi bien _les_ rez
- que les cigales creu
- Eh quoi! vous savez _gens du Midi il faut_ ser
- boire et ne savez _creuser voir boire_ pour
- plus pisser utile _pisser aussi bien que_ bien
- ment comme les _les cigales_ sor
- cigales LA JOIE _pour chan_ tir
- ADORABLE _ter com_ au
- DE LA PAIX _me elles_ so
- SOLAIRE leil
-
-
-
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- SIMULTANÉITÉS
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- Les canons tonnent dans la nuit
- On dirait des vagues tempête
- Des cœurs où pointe un grand ennui
- Ennui qui toujours se répète
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- Il regarde venir là-bas
- Les prisonniers L'heure est si douce
- Dans ce grand bruit ouaté très bas
- Très bas qui grandit sans secousse
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- Il tient son casque dans ses mains
- Pour saluer la souvenance
- Des lys des roses des jasmins
- Éclos dans les jardins de France
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- Et sous la cagoule masqué
- Il pense à des cheveux si sombres
- Mais qui donc l'attend sur le quai
- Ô vaste mer aux mauves ombres
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- Belles noix du vivant noyer
- La grand folie en vain vous gaule
- Brunette écoute gazouiller
- La mésange sur ton épaule
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- Notre amour est une lueur
- Qu'un projecteur du cœur dirige
- Vers l'ardeur égale du cœur
- Qui sur le haut Phare s'érige
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- Ô phare-fleur mes souvenirs
- Les cheveux noirs de Madeleine
- Les atroces lueurs des tirs
- Ajoutent leur clarté soudaine
- À tes beaux yeux ô Madeleine
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- [Illustration: Du coton dans les oreilles.]
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- Ceux qui revenaient de la mort
- En attendaient une pareille
- Et tout ce qui venait du nord
- Allait obscurcir le soleil
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- Mais que voulez-vous
- c'est son sort
- Allô la truie
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- C'est quand sonnera le réveil
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- ALLÔ LA TRUIE
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- La sentinelle au long regard
- La sentinelle au long regard
- Et la cagnat s'appelait
-
- LES CÉNOBITES
- TRANQUILLES
-
- La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard
- Allô la truie
-
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- Tant et tant de coquelicots
- D'où tant de sang a-t-il coulé
- Qu'est-ce qu'il se met dans le coco
- Bon sang de bois il s'est saoulé
- Et sans pinard et sans tacot
- Avec de l'eau
- Allô la truie
-
-
- Le silence des phonographes
- Mitrailleuses des cinémas
- Tout l'échelon là-bas piaffe
- Fleurs de feu des lueurs-frimas
- Puisque le canon avait soif
- Allô la truie
- Et les trajectoires cabrées
- Trébuchements de soleils-nains
- Sur tant de chansons déchirées
-
-
- Il a l'Étoile du Bénin
- Mais du singe en boîtes carrées
- Crois-tu qu'il y aura la guerre
- Allô la truie
- Ah! s'il vous plaît
- Ami l'Anglais
- Ah! qu'il est laid
- Ton frère ton frère ton frère de lait
-
-
- Et je mangeais du pain de Gênes
- En respirant leurs gaz lacrymogènes
- Mets du coton dans tes oreilles
- D'siré
-
-
- Puis ce fut cette fleur sans nom
- À peine un souffle un souvenir
- Quand s'en allèrent les canons.
- Au tour des roues heure à courir
- La baleine a d'autres fanons
- Éclatements qui nous fanons
-
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- Mais mets du coton dans des oreilles
- Evidemment les fanions
- Des signaleurs
- Allô la truie
-
-
- _Ici la musique militaire joue_
- _Quelque chose_
- _ Et chacun se souvient d'une joue_
- _Rose_
- _Parce que même les airs entraînants_
- _Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à_
- _la guerre_
-
- Écoute s'il pleut écoute s'il pleut
-
-
-
-
- puis sol des con la
- é dats Flan fon pluie
- cou a dres dez- si
- tez veu à vous ten
- tom gles l' a dre
- ber per a vec la
- la dus go l' pluie
- pluie par nie ho si
- si mi sous ri dou
- ten les la zon ce
- dre che pluie beaux
- et vaux fi ê
- si de ne tres
- dou fri la in
- ce se pluie vi
- sous si si
- la ten bles
- lu dre sous
- ne et la
- li si pluie
- qui dou fi
- de ce ne
-
- Les longs boyaux où tu chemines
- Adieu les cagnats d'artilleurs
-
- Tu retrouveras
- La tranchée en première ligne
- Les éléphants des pare-éclats
- Une girouette maligne
- Et les regards des guetteurs las
- Qui veillent le silence insigne
- Ne vois-tu rien venir
-
- au
- Pé
- ris
- co
- pe
-
- La balle qui froisse le silence
- Les projectiles d'artillerie qui glissent
- Comme un fleuve aérien
- Ne mettez plus de coton dans les oreilles
- Ça n'en vaut plus la peine
- Mais appelez donc Napoléon sur la tour
- Allô
-
- Le petit geste du fantassin qui se gratte au
- où les totos le démangent
- La vague
- Dans les caves
- Dans les caves
-
-
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- LA TÊTE ÉTOILÉE
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- LE DÉPART
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- Et leurs visages étaient pâles
- Et leurs sanglots s'étaient brisés
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- Comme la neige aux purs pétales
- Ou bien tes mains sur mes baisers
- Tombaient les feuilles automnales
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- LE VIGNERON CHAMPENOIS
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- Le régiment arrive
- Le village est presque endormi dans la lumière parfumée
- Un prêtre a le casque en tête
- La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie
- Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu
- Bonjour soldats
- Je les ai vus passer et repasser en courant
- Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang
- fermente
- Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne
- Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne
- J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une
- charmante artillerie
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-
- La nuit est blonde ô vin blond
- Un vigneron chantait courbé dans sa vigne
- Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon
- Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante
- Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre
- Un vigneron champenois qui est un artilleur
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- C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche
- Puis les soldats s'en iront là-haut
- Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes
- Allons Adieu messieurs tâchez de revenir
- Mais nul ne sait ce qui peut advenir
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- CARTE POSTALE
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- Je t'écris de dessous la tente
- Tandis que meurt ce jour d'été
- Où floraison éblouissante
- Dans le ciel à peine bleuté
- Une canonnade éclatante
- Se fane avant d'avoir été
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- [Illustration: Éventail des saveurs.]
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- SOUVENIRS
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- Deux lacs nègres
- Entre une forêt
- Et une chemise qui sèche
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- Bouche ouverte sur un harmonium
- C'était une voix faite d'yeux
- Tandis qu'il traîne de petites gens
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- Une toute petite vieille au nez pointu
- J'admire la bouillotte d'émail bleu
- Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure
-
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- Un monsieur en bras de chemise
- Se rase près de la fenêtre
- En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien
- Ça fait tout un opéra
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- Toi qui te tournes vers le roi
- Est-ce que Dieu voudrait mourir encore
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- L'AVENIR
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- Soulevons la paille
- Regardons la neige
- Écrivons des lettres
- Attendons des ordres
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- Fumons la pipe
- En songeant à l'amour
- Les gabions sont là
- Regardons la rose
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- La fontaine n'a pas tari
- Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni
- Regardons l'abeille
- Et ne songeons pas à l'avenir
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- Regardons nos mains
- Qui sont la neige
- La rose et l'abeille
- Ainsi que l'avenir
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- UN OISEAU CHANTE
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- Un oiseau chante ne sais où
- C'est je crois ton âme qui veille
- Parmi tous les soldats d'un sou
- Et l'oiseau charme mon oreille
-
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- Écoute il chante tendrement
- Je ne sais pas sur quelle branche
- Et partout il va me charmant
- Nuit et jour semaine et dimanche
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- Mais que dire de cet oiseau
- Que dire des métamorphoses
- De l'âme en chant dans l'arbrisseau
- Du cœur en ciel du ciel en roses
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-
- L'oiseau des soldats c'est l'amour
- Et mon amour c'est une fille
- La rose est moins parfaite et pour
- Moi seul l'oiseau bleu s'égosille
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- Oiseau bleu comme le cœur bleu
- De mon amour au cœur céleste
- Ton chant si doux répète-le
- À la mitrailleuse funeste
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- Qui claque à l'horizon et puis
- Sont-ce les astres que l'on sème
- Ainsi vont les jours et les nuits
- Amour bleu comme est le cœur même
-
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- CHEVAUX DE FRISE
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- Pendant le blanc et nocturne novembre
- Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie
- Vieillissaient encore sous la neige
- Et semblaient à peine des chevaux de frise
- Entourés de vagues de fils de fer
- Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps
- Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent
- Les fleurs de l'amour
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-
- Pendant le blanc et nocturne novembre
- Tandis que chantaient épouvantablement les obus
- Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient
- Leurs mortelles odeurs
- Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine
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- La neige met de pâles fleurs sur les arbres
- Et toisonne d'hermine les chevaux de frise
- Que l'on voit partout
- Abandonnés et sinistres
- Chevaux muets
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-
- Non chevaux barbes mais barbelés
- Et je les anime tout soudain
- En troupeau de jolis chevaux pies
- Qui vont vers toi comme de blanches vagues
- Sur la Méditerranée
- Et t'apportent mon amour
- Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue
- ô Madeleine
- Je t'aime avec délices
- Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches
- Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent
- Si je songe à tes seins le Paraclet descend
- Ô double colombe de ta poitrine
- Et vient délier ma langue de poète
- Pour te redire
- Je t'aime
- Ton visage est un bouquet de fleurs
- Aujourd'hui je te vois non Panthère
- Mais Toutefleur
- Et je te respire ô ma Toutefleur
- Tous les lys montent en toi comme des cantiques
- d'amour et d'allégresse
- Et ces chants qui s'envolent vers toi
- M'emportent à ton côté
- Dans ton bel Orient où les lys
- Se changent en palmiers qui de leurs belles mains
- Me font signe de venir
- La fusée s'épanouit fleur nocturne
- Quand il fait noir
- Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses
- De larmes heureuses que la joie fait couler
- Et je t'aime comme tu m'aimes
- Madeleine
-
-
-
-
- CHANT DE L'HONNEUR
-
-
-
- LE POÈTE
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-
- Je me souviens ce soir de ce drame indien
- Le Chariot d'Enfant un voleur y survient
- Qui pense avant de faire un trou dans la muraille
- Quelle forme il convient de donner à l'entaille
- Afin que la beauté ne perde pas ses droits
- Même au moment d'un crime
- Et nous aurions je crois
- À l'instant de périr nous poètes nous hommes
- Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes
-
- Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté
- N'est la plupart du temps que la simplicité
- Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée
- Étaient restés debout et la tête penchée
- S'appuyant simplement contre le parapet
-
- J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait
- Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes
- Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes
-
- Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit
- Dans les éboulements et la boue et le froid
- Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture
- Anxieux nous gardons la route de Tahure
-
-
- J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir
- Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure
- Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir
-
-
- Cette nuit est si belle où la balle roucoule
- Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule
- Parfois une fusée illumine la nuit
- C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit
- La terre se lamente et comme une marée
- Monte le flot chantant dans mon abri de craie
- Séjour de l'insomnie incertaine maison
- De l'Alerte la Mort et la Démangeaison
-
-
-
- LA TRANCHÉE
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-
- Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse
- Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort
- Tapie au fond du sol je vous guette jalouse
- Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord
-
-
-
- LES BALLES
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-
- De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile
- Abeilles le butin qui sanglant emmielle
- Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle
- Provient de ce jardin exquis l'humanité
- Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté
-
-
-
- LE POÈTE
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-
- Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes
- Si des fleuves de sang limitent les royaumes
- Et même de l'Amour on sait la cruauté
- C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté
- Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise
- Elle porte cent noms dans la langue française
- Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là
- Que la même Beauté
-
-
-
- LA FRANCE
-
- Poète honore-la
- Souci de la Beauté non souci de la Gloire
- Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire
-
-
-
- LE POÈTE
-
-
- Ô poètes des temps à venir ô chanteurs
- Je chante la beauté de toutes nos douleurs
- J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux
- Donner un sens sublime aux gestes glorieux
- Et fixer la grandeur de ces trépas pieux
-
-
- L'un qui détend son corps en jetant des grenades
- L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades
- L'autre les bras ballants porte des seaux de vin
- Et le prêtre-soldat dit le secret divin
-
-
- J'interprète pour tous la douceur des trois notes
- Que lance un loriot canon quand tu sanglotes
-
-
- Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré
- Ma génération sur ton trépas sacré
-
-
- Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude
- Chantez ce que je chante un chant pur le prélude
- Des chants sacrés que la beauté de notre temps
- Saura vous inspirer plus purs plus éclatants
- Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir
- En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir
-
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- 17 décembre 1915
-
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-
-
- CHEF DE SECTION
-
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- Ma bouche aura des ardeur de géhenne
- Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction
- Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur
- Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut
- Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté
- Ton âme s'agitera comme une région pendant un
- tremblement de terre
- Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est
- amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle
- existe
- Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine
- de disparates
- Variée comme un enchanteur qui sait varier ses
- métamorphoses
- L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon
- amour
- Elle te le murmure de loin
- Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la
- minute prescrite pour l'assaut
-
-
-
-
- TRISTESSE D'UNE ÉTOILE
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-
- Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
- Une étoile de sang me couronne à jamais
- La raison est au fond et le ciel est au faîte
- Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais
-
-
- C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
- Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
- Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
- Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé
-
-
- Et je porte avec moi cette ardente souffrance
- Comme le ver luisant tient son corps enflammé
- Comme au cœur du soldat il palpite la France
- Et comme au cœur du lys le pollen parfumé
-
-
-
-
- LA VICTOIRE
-
-
-
- Un coq chante je rêve et les feuillards agitent
- Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins
-
-
- Ailés et tournoyants comme Icare le faux
- Des aveugles gesticulant comme des fourmis
- Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir
-
-
- Leurs rires amassés en grappes de raisin
-
-
- Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais
- Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient
- Mon lit ma lampe et mon casque troué
-
- Regards précieux saphirs taillés aux environs de
- Saint-Claude
- Les jours étaient une pure émeraude
-
-
- Je me souviens de toi ville des météores
- Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne
- dort
-
-
- Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets
-
-
- Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel
- Qu'il garde son hoquet
-
-
- On imagine difficilement
- À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles
-
-
- À l'institut des jeunes aveugles on a demandé
- _N'avez-vous point de jeune aveugle ailé_
-
-
- Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau
- langage
- Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire
-
-
- Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir
- Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace
- Qu'on les fait encore servir à la poésie
-
-
- Mais elles sont comme des malades sans volonté
- Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme
- La mimique suffit bien au cinéma
-
- Mais entêtons-nous à parler
- Remuons la langue
- Lançons des postillons
- On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de
- nouveaux sons
- On veut des consonnes sans voyelles
- Des consonnes qui pèsent sourdement
- Imitez le son de la toupie
- Laisser pétiller un son nasal et continu
- Faites claquer votre langue
- Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans
- civilité
- Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle
- consonne
-
-
- Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours
- claironnants
- Habituez-vous à roter à volonté
- Et quelle lettre grave comme un son de cloche
- À travers nos mémoires
- Nous n'aimons pas assez la joie
- De voir les belles choses neuves
- Ô mon amie hâte-toi
- Crains qu'un jour un train ne t'émeuve
- Plus
- Regarde-le plus vite pour toi
- Ces chemins de fer qui circulent
- Sortiront bientôt de la vie
- Ils seront beaux et ridicules
-
-
- Deux lampes brûlent devant moi
- Comme deux femmes qui rient
- Je courbe tristement la tête
- Devant l'ardente moquerie
- Ce rire se répand
- Partout
- Parlez avec les mains faites claquer vos doigts
- Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour
- Ô paroles
- Elles suivent dans la myrtaie
- L'Eros et l'Antéros en larmes
- Je suis le ciel de la cité
-
-
- Écoutez la mer
-
-
- La mer gémir au loin et crier toute seule
- Ma voix fidèle comme l'ombre
- Veut être enfin l'ombre de la vie
- Veut être ô mer vivante infidèle comme toi
-
-
- La mer qui a trahi des matelots sans nombre
- Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés
- Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre
- Que jettent des oiseaux les ailes éployées
-
-
- La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble
- Avance et soutiens-moi je regrette les mains
- De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble
- Quelle oasis de bras m'accueillera demain
- Connais-tu cette joie de voir des choses neuves
-
-
- Ô voix je parle le langage de la mer
- Et dans le port la nuit les dernières tavernes
- Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne
-
-
- La rue où nagent mes deux mains
- Aux-doigts subtils fouillant la ville
- S'en va mais qui sait si demain
- La rue devenait immobile
- Qui sait ou serait mon chemin
-
-
- Songe que les chemins de fer
- Seront démodés et abandonnés dans peu de temps
- Regarde
-
-
- La Victoire avant tout sera
- De bien voir au loin
- De tout voir
- De près
- Et que tout ait un nom nouveau
-
-
-
-
- LA JOLIE ROUSSE
-
-
- Me voici devant tous un homme plein de sens
- Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut
- connaître
- Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
- Ayant su quelquefois imposer ses idées
- Connaissant plusieurs langages
- Ayant pas mal voyagé
- Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
- Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
- Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
- Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
- pourrait des deux savoir
- Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
- Entre nous et pour nous mes amis
- Je juge cette longue querelle de la tradition et de
- l'invention
- De l'Ordre et de l'Aventure
-
-
- Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
- Bouche qui est l'ordre même
- Soyez indulgents quand vous nous comparez
- À ceux qui furent la perfection de l'ordre
- Nous qui quêtons partout l'aventure
-
-
- Nous ne sommes pas vos ennemis
- Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges
- domaines
- Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
- Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
- Mille phantasmes impondérables
- Auxquels il faut donner de la réalité
- Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout
- se tait
- Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
- Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
- De l'illimité et de l'avenir
- Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
-
-
- Voici que vient l'été la saison violente
- Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
- Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente
- Et j'attends
- Pour la suivre toujours la forme noble et douce
- Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
- Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
- Elle a l'aspect charmant
- D'une adorable rousse
-
-
- Ses cheveux sont d'or on dirait
- Un bel éclair qui durerait
- Ou ces flammes qui se pavanent
- Dans les roses-thé qui se fanent
-
-
- Mais riez riez de moi
- Hommes de partout surtout gens d'ici
- Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
- Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
- Ayez pitié de moi
-
-
-
-
- TABLE
-
-
- ONDES
-
- LIENS
- LES FENÊTRES
- PAYSAGE
- LES COLLINES
- ARBRE
- LUNDI RUE CHRISTINE
- LETTRE-OCÉAN
- SUR LES PROPHÉTIES
- LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY
- LA CRAVATE ET LA MONTRE
- UN FANTOME DE NUÉES
- CŒUR COURONNE ET MIROIR
- TOUR
- VOYAGE
- À TRAVERS L'EUROPE
- IL PLEUT
-
-
- ÉTENDARDS
-
- LA PETITE AUTO
- LA MANDOLINE l'ŒILLET ET LE BAMBOU
- FUMÉE
- À NÎMES
- LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU
- 2e CANONNIER CONDUCTEUR
- VEILLE
- OMBRE
- C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT
-
-
- CASE D'ARMONS
-
- LOIN DU PIGEONNIER
- RECONNAISSANCE
- S. P.
- VISÉE
- 1915
- CARTE POSTALE
- SAILLANT
- GUERRE
- MUTATION
- ORACLES
- 14 JUIN 1915
- DE LA BATTERIE DE TIR
- ÉCHELON
- VERS LE SUD
- LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR
- TOUJOURS
- FÊTE
- MADELEINE
- LES SAISONS
- VENU DE DIEUZE
- LA NUIT D'AVRIL 1915
-
-
- LUEURS DES TIRS
-
- LA GRACE EXILÉE
- LA BOUCLE RETROUVÉE
- REFUS DE LA COLOMBE
- LES FEUX DU BIVOUAC
- LES GRENADINES REPENTANTES
- TOURBILLON DE MOUCHES
- L'ADIEU DU CAVALIER
- LE PALAIS DU TONNERRE
- PHOTOGRAPHIE
- L'INSCRIPTION ANGLAISE
- DANS L'ABRI-CAVERNE
- FUSÉE
- DÉSIR
- CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE
- OCÉAN DE TERRE
-
-
- OBUS COULEUR DE LUNE
-
- MERVEILLE DE LA GUERRE
- EXERCICE
- À L'ITALIE
- LA TRAVERSÉE
- IL Y A
- L'ESPIONNE
- LE CHANT D'AMOUR
- AUSSI BIEN QUE LES CIGALES
- SIMULTANÉITÉS
- DU COTON DANS LES OREILLES
-
-
- LA TÊTE ÉTOILÉE
-
- LE DÉPART
- LE VIGNERON CHAMPENOIS
- CARTE POSTALE
- ÉVENTAIL DES SAVEURS
- SOUVENIRS
- L'AVENIR
- UN OISEAU CHANTE
- CHEVAUX DE FRISE
- CHANT DE L'HONNEUR
- CHEF DE SECTION
- TRISTESSE D'UNE ÉTOILE
- LA VICTOIRE
- LA JOLIE ROUSSE
-
-
-
-
-TRANSCRIPTIONS DES CALLIGRAMMES
-
- 001--Paysage
-
-[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités
-[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble
-[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres
-[Cigare] un cigare allumé qui fume
-
-
- 002--Lettre-océan
-
- [Première image]
-
- Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2
- J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique
- Ta voix me parvient malgré l'énorme distance
- Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz
- [Carte postale]
- Les voyageurs de l'Espagne devant faire
- le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer
- je t'envoie cette carte au lieu
- de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr
- Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente
- Des événements.
- [à gauche]
-
- Juan Aldama
- Correos
- Mexico
- 4 centavos
- U.S. Postage
- 2 cents 2
- [au centre]
-
- Ypiranga
- Republica Mexicana
- Tarjeta Postal
- [à droite]
-
- 11.45
- 29-5
- 14
- Rue des Batignolles
- [motif circulaire, centre]
-
- Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna
- [motif circulaire, rayons]
-
- Zut pour M. Zun
- arrêtez cocher
- Vive le Roy
- Evviva il Papa
- ta gueule mon vieux pad
- non si vous avez une moustache
- La Tunisie tu fondes un journal
- Jacques c'était délicieux
- A bas la calotte
- Des clefs j'en ai vu mille et mille
- Hou le croquant
- Vive la République
- [à droite du motif circulaire]
-
- TSF
- [bas de l'image]
-
- Bonjour Anomo Anora
- Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas
-
- [Deuxième image]
-
- Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890
- on coucha plus d'un mois sous la tente
- bonjour mon frère Albert à Mexico
- Jeunes filles à Chapultepec
- [Motif circulaire, centre]
-
-Haute de 300 mètres
-Sirènes
-Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou
-Autobus
-R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting
-Gramophones
-z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris
-fermez les portes
-Les chaussures neuves du poète
-cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré
-cré cré cré cré cré cré cré
-[Motif circulaire, rayons]
-
- et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce
- rue St-Isidore à La Havane ça n'existe +
- Chirimoya
- A la Crème à
- Pendeco c'est + qu'un imbécile
- Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada
- priétaire de 5 ou 6 im
- je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton
- le câblogramme comportait 2 mots en sûreté
- allons circulez Mes
- ture les voyageurs pour Chatou
- Toussaint Luca est maintenant à Poitiers
-
-
- 003--La cravate et la montre
-
- [cravate]
-
-la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la
-si tu veux bien respirer
-[montre, remontoir]
-
- comme l'on s'amuse bien
- [bord droit de la montre]
-
- la beauté de la vie passe la douleur de mourir
- [heures]
-
- mon cœur
- les yeux
- l'enfant
- Agla
- la main
- Tircis
- semaine
- l'infini redressé par un fous de philosophe
- les Muses aux portes de ton corps
- le bel inconnu
- et le vers dantesque luisant et cadavérique
- les heures
- [aiguilles]
-
- Il est – 5
- Et tout sera fini
-
-
- 004--coeur, couronne et miroir
-
- [cœur]
-
- Mon Cœur semblable à une flamme renversée
- [couronne]
-
-Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes
-[miroir]
-
-Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges
-et non comme sont les reflets
-Guillaume Apollinaire
-
-
- 005--Voyage
-
- [nuage]
-
- Adieu amour nuage qui fuis
- et n'a pas chu pluie fécondante
- refais le voyage de Dante
- [oiseau]
-
- télégraphe
- oiseau qui laisse tomber
- ses ailes partout
- [train]
-
- où va donc ce train qui meurt au loin
- dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle
- [ciel]
-
- la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles
- c'est ton visage que je ne vois plus
-
-
- 006--Il pleut
-
-Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans
-le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de
-ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout
-comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que
-le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les
-liens qui te retiennent en haut et en bas
-
-
- 007--La petite auto
-
-Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot
-Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares
-ô nuit tendre d'avant la guerre
-ô villages où se hâtaient les
-maréchaux-ferrants rappelés
-entre minuit et une heure du matin
-vers Lisieux la très bleue
-ou bien
-Versailles d'or
-et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté.
-
-
- 008--La mandoline l'œillet et le bambou
-
- [la mandoline]
-
-comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison
-c'est ton art femme
-o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline
-
- [l'œillet]
-
-Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée
-et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise &
-+ subtile que les sons qui nous dirigent
-Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie
-Il est le trône de la future sagesse
-
- [le bambou]
-
-Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers
-infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles
-
-
- 009--La colombe poignardée et le jet d'eau
-
- [colombe]
-
- douces figures poignardées
- chères lèvres fleuries
- Mia Mareye Yette Lorie
- Annie et toi Marie
- où êtes-vous ô jeunes filles
- Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie
- cette colombe s'extasie
- [jet d'eau]
-
- Tous les souvenirs de naguère
- Ô mes amis partis en guerre
- Jaillissent vers le firmament
- Et vos regards en l'eau dormant
- Meurent mélancoliquement
- Où sont-ils Braque et Max Jacob
- Derain aux yeux gris comme l'aube
- Où sont Raynal Billy Dalize
- Dont les noms se mélancolisent
- Comme des pas dans une église
- Où est Cremnitz qui s'engagea
- Peut-être sont-ils morts déjà
- De souvenirs mon âme est pleine
- Le jet d'eau pleure sur ma peine
- [bassin]
-
-Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant
-Le soir tombe Ô sanglante mer
-Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière
-
-
- 010--2e canonnier conducteur
-
- [trompette]
-
- As-tu connu la putain de Nancy
- qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie
- l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul]
- [botte]
-
-Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant
-que la nuit descend
-[Notre-Dame]
-
-souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux
-après la victoire
-[Tour Eiffel]
-
-salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire
-et tirera toujours aux Allemands
-[obus]
-
- j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace
-
-
- 011--Loin du pigeonnier
-
- Et vous savez pourquoi
- Pourquoi la chère couleuvre
- Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est
- Xexaèdres
- barbelés
- mais un secret
- collines bleues
- en sentinelle
- Malourène 75 Canteraine
- Ô gerbes des 305 en déroute
- Dans la Forêt où nous chantons
-
-
- 012--S.P.
-
- Qu'est-ce qu'on y met
- Dans la case d'armons
- Espèce de poilu de mon cœur
- Pan pan pan
- Perruque à perruque
- Pan pan pan
- Perruque à canon
- Pour lutter contre les vapeurs
- les lunettes pour protéger les yeux
- au moyen d'un masque nocivité gaz
- un tissu trempé mouchoir des nez
- dans la solution de bicarbonate de sodium
- les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire
-
-
- 013--Visée
-
- Chevaux couleur cerise limite des Zélandes
- Des mitrailleuses d'or coassent des légendes
- Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées
- Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique
- L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil
- Et l'avenir secret que la fusée élucide
- Entends nager le Mot poisson subtil
- Les villes tour à tour deviennent des clefs
- Le masque bleu comme met Dieu son ciel
- Guerre paisible ascèse solitude métaphysique
- Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes
-
- 014--1915
-
- 1915
- soldats de faïence et d'escarboucle
- ô amour
-
-
- 015--Carte postale
-
- Nous sommes bien
- mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux
- ne vient pas jusqu'ici
- LUL
- on les aura
- faire suivre route transparente
- France
-
-
- 016--Saillant
-
- [quand survient la] torpille aérienne
- Le balai de verdure
- T'en souviens-tu
- Il est ici dans les pierres
- Du beau royaume dévasté
- [à gauche]
-
- Salut le Rapace
- Salut
- [à droite]
-
- grain de blé
- [fin du poème]
-
- Lou
- Lou Verzy
- Vive le capiston
-
-
- 017--Échelon
-
- [à gauche]
-
- On tire contre avions
- Verdun
- [au centre]
-
- Le Ciel
- Coquelicots
- Flacon au col d'or
- On a pendu la mort
- A la lisière du bois
- On a pendu la mort
- Et ses beaux seins dorés
- Se montrent tour à tour
- [à droite]
-
- L'orvet
- Le sac à malice
- La trousse à boutons
-
-
- 018--Madeleine
-
- [étoile]
-
- Dans le village arabe
- Des Souvenirs
- mais il y a d'autres chansons
-
- [lettre]
-
- Bonjour mon poète
- Je me souviens de votre voix
- Votre petite fée
- Photographie tant attendue
- [canons]
- Far tiz rose
-
-
- 018--Venu de Dieuze
-
- Halte là
- [ficelle]
-
- mesure du doigt
- Qui vive
- France
- Avance au ralliement
- Halte là
- Le Mot
- Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel
- [portée]
-
- forte s'allantanado
- funambule des lianes du printemps
- tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C.
- La poule d'eau caquète et plonge à ton approche
- Cantato
- Ah ! mon Dieu m' quiot' fille
- L'hommé qu' j'ai
- C'est eun' mouq' dans d' l'huile
- Tout à fouait
- Couple des marais les turquoises
- Hennissements partout
- Amour sacré amour de la Patrie
- Le général
- Il était Antisthène et c'était Fabius
-
-
- 019--Aussi bien que les cigales
-
- gens du midi ne savez pas M
- gens du mi creuser que ais
- di vous n' vous ne sa vous
- avez donc vez pas vous savez
- pas regar éclairer ni encore
- dé les ciga voir Que vous boire com le jour
- les que vous manque-t-il me les ci de gloire
- donc pour gales ô se
- voir aus gens du mi c ra
- si bien di gens du reusez ce
- que les soleil gens qui voyez bu lui
- ciga devriez savoir vez pissez où
- les creuser et voir comme vous
- aussi bien pour le les ciga sau
- moins aussi bien les rez
- que les cigales creu
- Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser
- boire et ne savez creuser voir boire pour
- plus pisser utile pisser aussi bien que bien
- ment comme les les cigales sor
- cigales LA JOIE pour chan tir
- ADORABLE ter com au
- DE LA PAIX me elles so
- SOLAIRE leil
-
-
-
- 020--Du coton dans les oreilles
-
- [première page]
-
- Tant d'explosifs sur le point vif !
- Ecris un mot si tu l'oses ?
- Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre
- Ton troupeau féroce crache le feu
- Ô Mégaphone
- [écriteau]
-
- Les Cénobites tranquilles
- [pluie]
-
-puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce
-soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide
-des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce
-confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine
-la pluie si tendre et si douce
- Les longs boyaux où tu chemines
- Adieu les cagnats d'artilleurs
-
-
-
- 021--Éventail des saveurs
-
- [coiffure]
-
- Attols singuliers
- de brownings quel
- goût de vivre Ah !
- [œil gauche]
-
- Des lacs versicolores
- dans les glaciers solaires
- [œil droit]
-
- Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs
- et ta bouche au souffle azur
- [doigt]
-
-1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une
-[bouche]
-
- ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès
- éclater et le petit mirliton
-
-
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES ***
-
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