diff options
Diffstat (limited to 'old/55569-0.txt')
| -rw-r--r-- | old/55569-0.txt | 4816 |
1 files changed, 0 insertions, 4816 deletions
diff --git a/old/55569-0.txt b/old/55569-0.txt deleted file mode 100644 index e991f73..0000000 --- a/old/55569-0.txt +++ /dev/null @@ -1,4816 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire - -This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most -other parts of the world at no cost and with almost no restrictions -whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Calligrammes - Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) - -Author: Guillaume Apollinaire - -Release Date: September 17, 2017 [EBook #55569] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES *** - - - - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version,also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) (Images generously made available -by the Hathi Trust) - - - - - -CALLIGRAMMES - -POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE - -(1913-1916) - -PAR - -GUILLAUME APOLLINAIRE - - -ONDES--ÉTENDARDS--CASE D'ARMONS -LUEURS DES TIRS--OBUS COULEUR DE LUNE -LA TÊTE ÉTOILÉE - - -AVEC UN PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO -GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON - - -PARIS - -MERCURE DE FRANCE - -XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI - -MCMXVIII - - -[ILLUSTRATION: PORTRAIT DE L'AUTEUR PAR PABLO PICASSO -GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUDON] - - - - À LA MÉMOIRE - - DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES - - RENÉ DALIZE - - MORT AU CHAMP D'HONNEUR - - le 7 mai 1917 - - - - - ONDES - - - - - LIENS - - - Cordes faites de cris - - Sons de cloches à travers l'Europe - Siècles pendus - - Rails qui ligotez les nations - Nous ne sommes que deux ou trois hommes - Libres de tous liens - Donnons-nous la main - - Violente pluie qui peigne les fumées - Cordes - Cordes tissées - Câbles sous-marins - Tours de Babel changées en ponts - - Araignées--Pontifes - Tous les amoureux qu'un seul lien a liés - - D'autres liens plus ténus - Blancs rayons de lumière - Cordes et Concorde - - J'écris seulement pour vous exalter - Ô sens ô sens chéris - Ennemis du souvenir - Ennemis du désir - - Ennemis du regret - Ennemis des larmes - Ennemis de tout ce que j'aime encore - - - - - LES FENÊTRES - - - - Du rouge au vert tout le jaune se meurt - Quand chantent les aras dans les forêts natales - Abatis de pihis - Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile - Nous l'enverrons en message téléphonique - Traumatisme géant - Il fait couler les yeux - Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises - Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate - blanche - Tu soulèveras le rideau - Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre - Araignées quand les mains tissaient la lumière - Beauté pâleur insondables violets - Nous tenterons en vain de prendre du repos - On commencera à minuit - Quand on a le temps on a la liberté - Bigorneaux Lotte multiples Soleils et i'Oursin du couchant - Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre - - Tours - Les Tours ce sont les rues - Puits - Puits ce sont les places - Puits - Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes - Les Chabins chantent des airs à mourir - Aux Chabines maronnes - Et l'oie oua-oua trompette au nord - Où les chasseurs de ratons - Raclent les pelleteries - Étincelant diamant - Vancouver - Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit - l'hiver - Ô Paris - Du rouge au vert tout le jaune se meurt - Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les - Antilles - La fenêtre s'ouvre comme une orange - Le beau fruit de la lumière - - - [Illustration: Paysage.] - - - - - LES COLLINES - - - Au-dessus de Paris un jour - Combattaient deux grands avions - L'un était rouge et l'autre noir - Tandis qu'au zénith flamboyait - L'éternel avion solaire - - - L'un était toute ma jeunesse - Et l'autre c'était l'avenir - Ils se combattaient avec rage - Ainsi fit contre Lucifer - l'Archange aux ailes radieuses - - - Ainsi le calcul au problème - Ainsi la nuit contre le jour - Ainsi attaque ce que j'aime - Mon amour ainsi l'ouragan - Déracine l'arbre qui crie - - - Mais vois quelle douceur partout - Paris comme une jeune fille - S'éveille langoureusement - Secoue sa longue chevelure - Et chante sa belle chanson - - - Où donc est tombée ma jeunesse - Tu vois que flambe l'avenir - Sache que je parle aujourd'hui - Pour annoncer au monde entier - Qu'enfin est né l'art de prédire - - - Certains hommes sont des collines - Qui s'élèvent d'entre les hommes - Et voient au loin tout l'avenir - Mieux que s'il était le présent - Plus net que s'il était passé - - - Ornement des temps et des routes - Passe et dure sans t'arrêter - Laissons sibiler les serpents - En vain contre le vent du sud - Les Psylles et l'onde ont péri - - - Ordre des temps si les machines - Se prenaient enfin à penser - Sur les plages de pierreries - Des vagues d'or se briseraient - L'écume serait mère encore - - - Moins haut que l'homme vont les aigles - C'est lui qui fait la joie des mers - Comme il dissipe dans les airs - L'ombre et les spleens vertigineux - Par où l'esprit rejoint le songe - - - Voici le temps de la magie - Il s'en revient attendez-vous - À des milliards de prodiges - Oui n'ont fait naître aucune fable - Nul les ayant imaginés - - - Profondeurs de la conscience - On vous explorera demain - Et qui sait quels êtres vivants - Seront tirés de ces abîmes - Avec des univers entiers - - - Voici s'élever des prophètes - Comme au loin des collines bleues - Ils sauront des choses précises - Comme croient savoir les savants - Et nous transporteront partout - - - La grande force est le désir - Et viens que je te baise au front - Ô légère comme une flamme - Dont tu as toute la souffrance - Toute l'ardeur et tout l'éclat - - - L'âge en vient on étudiera - Tout ce que c'est que de souffrir - Ce ne sera pas du courage - Ni même du renoncement - Ni tout ce que nous pouvons faire - - - On cherchera dans l'homme même - Beaucoup plus qu'on n'y a cherché - On scrutera sa volonté - Et quelle force naîtra d'elle - Sans machine et sans instrument - - - Les secourables mânes errent - Se compénétrant parmi nous - Depuis les temps qui nous rejoignent - Rien n'y finit rien n'y commence - Regarde la bague à ton doigt - - - Temps des déserts des carrefours - Temps des places et des collines - Je viens ici faire des tours - Où joue son rôle un talisman - Mort et plus subtil que la vie - - - Je me suis enfin détaché - De toutes choses naturelles - Je peux mourir mais non pécher - Et ce qu'on n'a jamais touché - Je l'ai touché je l'ai palpé - - - Et j'ai scruté tout ce que nul - Ne peut en rien imaginer - Et j'ai soupesé maintes fois - Même la vie impondérable - Je peux mourir en souriant - - - Bien souvent j'ai plané si haut - Si haut qu'adieu toutes les choses - Les étrangetés les fantômes - Et je ne veux plus admirer - Ce garçon qui mime l'effroi - - - Jeunesse adieu jasmin du temps - J'ai respiré ton frais parfum - À Rome sur les chars fleuris - Chargés de masques de guirlandes - Et des grelots du carnaval - - - Adieu jeunesse blanc Noël - Quand la vie n'était qu'une étoile - Dont je contemplais le reflet - Dans la mer Méditerranée - Plus nacrée que les météores - - - Duvetée comme un nid d'archanges - Ou la guirlande des nuages - Et plus lustrée que les halos - Émanations et splendeurs - Unique douceur harmonies - - - Je m'arrête pour regarder - Sur la pelouse incandescente - Un serpent erre c'est moi-même - Qui suis la flûte dont je joue - Et le fouet qui châtie les autres - - - Il vient un temps pour la souffrance - Il vient un temps pour la bonté - Jeunesse adieu voici le temps - Où l'on connaîtra l'avenir - Sans mourir de sa connaissance - - - C'est le temps de la grâce ardente - La volonté seule agira - Sept ans d'incroyables épreuves - L'homme se divinisera - Plus pur plus vif et plus savant - - Il découvrira d'autres mondes - L'esprit languit comme les fleurs - Dont naissent les fruits savoureux - Que nous regarderons mûrir - Sur la colline ensoleillée - - - Je dis ce qu'est au vrai la vie - Seul je pouvais chanter ainsi - Mes chants tombent comme des graines - Taisez-vous tous vous qui chantez - Ne mêlez pas l'ivraie au blé - - - Un vaisseau s'en vint dans le port - Un grand navire pavoisé - Mais nous n'y trouvâmes personne - Qu'une femme belle et vermeille - Elle y gisait assassinée - - - Une autre fois je mendiais - L'on ne me donna qu'une flamme - Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres - Et je ne pus dire merci - Torche que rien ne peut éteindre - - - Ou donc es-tu ô mon ami - Qui rentrais si bien en toi-même - Qu'un abîme seul est resté - Où je me suis jeté moi-même - Jusqu'aux profondeurs incolores - - - Et j'entends revenir mes pas - Le long des sentiers que personne - N'a parcourus j'entends mes pas - À toute heure ils passent là-bas - Lents ou pressés ils vont ou viennent - - - Hiver toi qui te fais la barbe - Il neige et je suis malheureux - J'ai traversé le ciel splendide - Où la vie est une musique - Le sol est trop blanc pour mes yeux - - - Habituez-vous comme moi - À ces prodiges que j'annonce - À la bonté qui va régner - À la souffrance que j'endure - Et vous connaîtrez l'avenir - - - C'est de souffrance et de bonté - Que sera faite la beauté - Plus parfaite que n'était celle - Qui venait des proportions - Il neige et je brûle et je tremble - - - Maintenant je suis à ma table - J'écris ce que j'ai ressenti - Et ce que j'ai chanté là-haut - Un arbre élancé que balance - Le vent dont les cheveux s'envolent - - - Un chapeau haut de forme est sur - Une table chargée de fruits - Les gants sont morts près d'une pomme - Une dame se tord le cou - Auprès d'un monsieur qui s'avale - - - Le bal tournoie au fond du temps - J'ai tué le beau chef d'orchestre - Et je pèle pour mes amis - L'orange dont la saveur est - Un merveilleux feu d'artifice - - - Tous sont morts le maître d'hôtel - Leur verse un champagne irréel - Qui mousse comme un escargot - Ou comme un cerveau de poète - Tandis que chantait une rose - - - L'esclave tient une épée nue - Semblable aux sources et aux fleuves - Et chaque fois qu'elle s'abaisse - Un univers est éventré - Dont il sort des mondes nouveaux - - - Le chauffeur se tient au volant - Et chaque fois que sur la route - Il corne en passant le tournant - Il paraît à perte de vue - Un univers encore vierge - - - Et le tiers nombre c'est la dame - Elle monte dans l'ascenseur - Elle monte monte toujours - Et la lumière se déploie - Et ces clartés la transfigurent - - - Mais ce sont de petits secrets - Il en est d'autres plus profonds - Qui se dévoileront bientôt - Et feront de vous cent morceaux - À la pensée toujours unique - - - Mais pleure pleure et repleurons - Et soit que là lune soit pleine - Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant - Ah! pleure pleure et repleurons - Nous avons tant ri au soleil - - - Des bras d'or supportent la vie - Pénétrez le secret doré - Tout n'est qu'une flamme rapide - Que fleurit la rose adorable - Et d'où monte un parfum exquis - - - - - ARBRE - - - _À Frédéric Boutet_ - - - Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes - galopent - Où sont les aveugles où s'en sont-ils allés - La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en - plusieurs mirages - Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au - marché - Ispahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu - Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon - - - Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand - de coco d'autrefois - J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir - Du camarade qui se promènera avec toi en Europe - Tout en restant en Amérique - - - Un enfant - Un veau dépouillé pendu à l'étal - Un enfant - Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au - fond de l'est - Un douanier se tenait là comme un ange - À la porte d'un misérable paradis - Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente - des premières - - - Engoulevent Blaireau - Et la Taupe-Ariane - Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien - Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et - moi - Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé - - - Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince - déguisée en homme - Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme - intelligente - Et il ne faudrait pas oublier les légendes - Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un - quartier désert - Je voyais une chasse tandis que je montais - Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage - - - Entre les pierres - Entre les vêtements multicolores de la vitrine - Entre les charbons ardents du marchand de marrons - Entre deux vaisseaux norvégiens amarrés à Rouen - Il y a ton image - - - Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande - - - Ce beau nègre en acier - - - La plus grande tristesse - C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne - - - Le vent vient du couchant - Le métal des caroubiers - Tout est plus triste qu'autrefois - Tous les dieux terrestres vieillissent - L'univers se plaint par ta voix - Et des êtres nouveaux surgissent - Trois par trois - - - - - LUNDI RUE CHRISTINE - - - La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer - Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir - Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère - Pendant que l'autre monterait - - - Trois bec de gaz allumés - La patronne est poitrinaire - Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet - Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge - Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief - - - Ça a l'air de rimer - - - Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier - Pim pam pim - Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque - Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner - - - Je partirai à 20 h. 27 - Six glaces s'y dévisagent toujours - Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage - Cher monsieur - Vous êtes un mec à la mie de pain - Cette dame a le nez comme un ver solitaire - Louise a oublié sa fourrure - Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid - Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire - Le chat noir traverse la brasserie - - - Ces crêpes étaient exquises - La fontaine coule - Robe noire comme ses ongles - C'est complètement impossible - Voici monsieur - La bague en malachite - Le sol est semé de sciure - Alors c'est vrai - La serveuse rousse a été enlevée par un libraire - - - Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement - - - Écoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire - - - Compagnie de navigation mixte - - - Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire - d'eaux fortes et de tableaux - Je n'ai qu'une petite bonne - - - Après déjeuner café du Luxembourg - Une fois là il me présente un gros bonhomme - Qui me dit - Écoutez c'est charmant - À Smyrne à Naples en Tunisie - Mais nom de Dieu où est-ce - La dernière fois que j'ai été en Chine - C'est il y a huit ou neuf ans - L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule - La quinte major - - - [Illustration: Lettre-Océan.] - - - [Illustration: Lettre-Océan.] - - - - - SUR LES PROPHÉTIES - - - J'ai connu quelques prophétesses - Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes - C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de participer - À une scène savoureuse d'anthropophagie - Elle n'en parlait pas à tout le monde - En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais - - - Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi - Est également habile - Mais Madame Deroy est la mieux inspirée - La plus précise - Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle - M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait - J'ai connu un sciomancien mais je n'ai pas voulu qu'il - interrogeât mon ombre - Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Diriks - Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe - Puissent ces dieux sans figure m'épargner toujours - Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoute - et notez - Que je lis assez bien dans la main - Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est - possible j'écoute - - - Tout le monde est prophète mon cher André Billy - Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens - Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais - Et idiots de naissance - Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée - De se demander s'il connaît l'avenir ou non - Il n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela - Ni dans les superstitions ni dans les prophéties - Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme - Il y a avant tout une façon d'observer la nature - Et d'interpréter la nature - Qui est très légitime - - - - - LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY - - - J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas - Ils passent devant moi et s'accumulent au loin - Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu - Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien - - - Je ne chante pas ce monde ni les autres astres - Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de - ce monde et des astres - Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir - - - - Le 21 du mois de mai 1913 - Passeur des morts et les mordonnantes mériennes - Des millions de mouches éventaient une splendeur - Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles - Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher - - Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues - Homme Ah! Ariane - Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas - Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin - Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé - Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui - Il en venait de toutes parts - Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent - à sonner - Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine - Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc - Puis Saint-Merry se tut - L'inconnu reprit son air de flûte - Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie - Où il entra suivi par la troupe des femmes - Qui sortaient des maisons - Qui venaient par les rues traversières les yeux fous - Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur - II s'en allait indifférent jouant son air - Il s'en allait terriblement - - - - Puis ailleurs - À quelle heure un train partira-t-il pour Paris - - - À ce moment - Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades - - - En même temps - Mission catholique de Borna qu'as-tu fait du sculpteur - - - Ailleurs - Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît - à travers Pützchen - - - Au même instant - Une jeune fille amoureuse du maire - - - Dans un autre quartier - Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs - - - - En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des - hommes - Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur - misère - Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre - Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de - marchandises - - - Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre - - - Et maintenant - Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement - - - Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du - siècle dernier - Ces hautes cheminées pareilles à des tours - - - Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus - le sol - - - Et tandis que le monde vivait et variait - Le cortège des femmes long comme un jour sans pain - Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien - - - Cortèges ô cortèges - C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes - Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris - Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine - Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry - - - Cortèges ô cortèges - Les femmes débordaient tant leur nombre était grand - Dans toutes les rues avoisinantes - Et se hâtaient raides comme balle - Afin de suivre le musicien - - - Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine - Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise - Et toi Colette et toi la belle Geneviève - Elles ont passé tremblantes et vaines - Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la - cadence - De la musique pastorale qui guidait - Leurs oreilles avides - - - - L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à - vendre. - Maison abandonnée - Aux vitres brisées - C'est un logis du seizième siècle - La cour sert de remise à des voitures de livraisons - C'est là qu'entra le musicien - Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse - Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée - Et toutes y entrèrent confondues en bande - Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles - Sans regretter ce qu'elles ont laissé - Ce qu'elles ont abandonné - Sans regretter le jour la vie et la mémoire - Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la - Verrerie - Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry - Nous entrâmes dans la vieille maison - - - Mais nous n'y trouvâmes personne - - - Voici le soir - À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne - Cortèges ô cortèges - C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes - Il vint une troupe de casquettiers - Il vint des marchands de bananes - Il vint des soldats de la garde républicaine - Ô nuit - Troupeau de regards langoureux des femmes - Ô nuit - Toi ma douleur et mon attente vaine - J'entends mourir le son d'une flûte lointaine - - - [Illustration: La cravate et la montre.] - - - - - UN FANTÔME DE NUÉES - - - Comme c'était la veille du quatorze juillet - Vers les quatre heures de l'après-midi - Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques - - - Ces gens qui font des tours en plein air - Commencent à être rares à Paris - Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus - qu'aujourd'hui - Ils s'en sont allés presque tous en province - - - Je pris le boulevard Saint-Germain - Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés - et la statue de Danton - Je rencontrai les saltimbanques - - - La foule les entourait muette et résignée à attendre - Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir - Poids formidables, - Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier - russe de Longwy - Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé - Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme - la vie - - - De nombreux tapis sales couvraient le sol - Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas - Tapis qui sont presque entièrement couleur de la - poussière - Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté - Comme un air de musique qui vous poursuit - - - Vois-tu le personnage maigre et sauvage - La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante - Ii portait ainsi toute son hérédité au visage - Il semblait rêver à l'avenir - En tournant machinalement un orgue de Barbarie - Dont la lente voix se lamentait merveilleusement - Les glouglous les couacs et les sourds gémissements - - - Les saltimbanques ne bougeaient pas - Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre - qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais - près de la mort - Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent - souvent leur bouche - Ou près des narines - C'est un rose plein de traîtrise - - - Cet homme portait-il ainsi sur le dos - La teinte ignoble de ses poumons - - - Les bras les bras partout montaient la garde - - - Le second saltimbanque - N'était vêtu que de son ombre - Je le regardai longtemps - Son visage m'échappe entièrement - C'est un homme sans tête - - - Un autre enfin avait l'air d'un voyou - D'un apache bon et crapule à la fois - Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes - N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa - toilette - - - La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le - public - Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs - cinquante - Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme - prix des tours - - - Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus - rien - On se décida à commencer la séance - De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque - habillé de rose pulmonaire - Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles - Il poussait des cris brefs - Et saluait en écartant gentiment les avant-bras - Mains ouvertes - - - Une jambe en arrière prête à la génuflexion - Il salua ainsi aux quatre points cardinaux - Et quand il marcha sur une boule - Son corps mince devint une musique si délicate que nul - parmi les spectateurs n'y fut insensible - Un petit esprit sans aucune humanité - Pensa chacun - Et cette musique des formes - Détruisit celle de l'orgue mécanique - Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres - - - Le petit saltimbanque fit la roue - Avec tant d'harmonie - Que l'orgue cessa de jouer - Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains - Aux doigts semblables aux descendants de son destin - Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe - Nouveaux cris de Peau-Rouge - Musique angélique des arbres - Disparition de l'enfant - - - Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout - de bras - Ils jonglèrent avec les poids - - - Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant - miraculeux - Siècle ô siècle des nuages - - - [Illustration: Cœur, couronne et miroir.] - - - - - TOUR - - _À R. D._ - - - Au Nord au Sud - Zénith Nadir - Et les grands cris de l'Est - L'Océan se gonfle à l'Ouest - La Tour à la Roue - S'adresse - - - [Illustration: Voyage] - - - - À TRAVERS L'EUROPE - - _À M. Ch._ - - - Rotsoge - Ton visage écarlate ton biplan transformable en - hydroplan - Ta maison ronde où il nage un hareng saur - Il me faut la clef des paupières - Heureusement que nous avons vu M. Panado - Et nous sommes tranquilles de ce côté-là - Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D... - 90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers - le ventre de sa mère - - - J'ai cherché longtemps sur les routes - Tant d'yeux sont clos au bord des routes - Le vent fait pleurer les saussaies - Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre - Regarde mais regarde donc - Le vieux se lave les pieds dans la cuvette - Una volta ho inteso dire Chè vuoi - Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances - - - Et toi tu me montres un violet épouvantable - - - Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour - Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et - rouges - Où je m'en allais à la campagne avec une charmante - cheminée tenant sa chienne en laisse - Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton - La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes - La chienne aboie contre les lilas - La veilleuse est consumée - Sur la robe ont chu des pétales - Deux anneaux d'or près des sandales - Au soleil se sont allumés - Mais tes cheveux sont le trolley - À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores - - - [Illustration: Il pleut.] - - - - - ÉTENDARDS - - - - - LA PETITE AUTO - - - Le 31 du mois d'Août 1914 - Je partis de Deauville un peu avant minuit - Dans la petite auto de Rouveyre - - - Avec son chauffeur nous étions trois - - - Nous dîmes adieu à toute une époque - Des géants furieux se dressaient sur l'Europe - Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil - Les poissons voraces montaient des abîmes - Les peuples accouraient pour se connaître à fond - Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres - demeures - - - Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières - Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se - battaient - Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où - elles serpentaient - Avec les forêts les villages heureux de la Belgique - Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons - Région par où se font toujours les invasions - Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir - Saluaient encore une fois la vie colorée - Océans profonds où remuaient les monstres - Dans les vieilles carcasses naufragées - Hauteurs inimaginables où l'homme combat - Plus haut que l'aigle ne plane - L'homme y combat contre l'homme - Et descend tout à coup comme une étoile filante - - - Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité - Bâtir et aussi agencer un univers nouveau - Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille - prodigieuse - Disposait un étalage extraordinaire - Et des bergers gigantesques menaient - De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles - Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route - Et quand après avoir passé l'après-midi - Par Fontainebleau - - - [Illustration: La petite Auto.] - - - Nous arrivâmes à Paris - Au moment où l'on affichait la mobilisation - Nous comprîmes mon camarade et moi - Que la petite auto nous avait conduits dans une époque - Nouvelle - Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs - Nous venions cependant de naître - - - [Illustration: La mandoline, l'œillet et le bambou.] - - - - - FUMÉES - - - Et tandis que la guerre - Ensanglante la terre - Je hausse les odeurs - Près des couleurs-saveurs - - Et je fu - m - e - - du - - ta - bac - de - ZoNE - - Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées - Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées - Mais je connais aussi les grottes parfumées - Où gravite l'azur unique des fumées - Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour. - Tu t'étends comme un dieu fatigué par l'amour - Tu fascines les flammes - Elles rampent à les pieds - Ces nonchalantes femmes - Tes feuilles de papier - - - - - À NÎMES - - _À Emile Léonard_ - - - Je me suis engagé sous le plus beau des cieux - Dans Nice la Marine au nom victorieux - - Perdu parmi 900 conducteurs anonymes - Je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes - - L'Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus - Épousent ardemment et sans cesse les buts - - J'attends que le printemps commande que s'en aille - Vers le nord glorieux l'intrépide bleusaille - - Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts - Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons - - Un bel après-midi de garde à l'écurie - J'entends sonner les trompettes d'artillerie - - J'admire la gaîté de ce détachement - Qui va rejoindre au front notre beau régiment - - Le territorial se mange une salade - À l'anchois en parlant de sa femme malade - - 4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux - Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux - - Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures - Un grand air d'opéra toi l'écoutant tu pleures - - Je flatte de la main le petit canon gris - Gris comme l'eau de Seine et je songe à Paris - - Mais ce pâle blessé m'a dit à la cantine - Des obus dans la nuit la splendeur argentine - - Je mâche lentement ma portion de bœuf - Je me promène seul le soir de 5 à 9 - - Je selle mon cheval nous battons la campagne - Je te salue au loin belle rose ô tour Magne - - - [Illustration: La colombe poignardée et le jet d'eau.] - - - - - 2e CANONNIER CONDUCTEUR - - - Me voici libre et fier parmi mes compagnons - Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue - La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue - - [Illustration: 2e canonnier conducteur.] - - Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endormis - sur l'avant-train - Et conducteur par mont par vol sur le porteur - Au pas au trot ou au galop je conduis le canon - Le bras de l'officier est mon étoile polaire - Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois - la figure - Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du - sous-verge - Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux - La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit - - [Illustration: 2e canonnier conducteur.] - - Fantassins - Marchantes mottes de terre - Vous êtes la puissance - Du sol qui vous a faits - Et c'est le sol qui va - Lorsque vous avancez - Un officier passe au galop - Comme un ange bleu dans la pluie grise - Un blessé chemine en fumant une pipe - Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime - Et cette jeune femme nous salue charretiers - La Victoire se tient après nos jugulaires - Et calcule pour nos canons les mesures angulaires - Nos salves nos rafales sont ses cris de joie - Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses - Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses - - J'ENTENDS C H A - L N - E TER l'oiseau - B E - EL OISEAU RAPAC - - - - - - VEILLE - - - Mon cher André Rouveyre - Troudla la Champignon Tabatière - On ne sait quand on partira - Ni quand on reviendra - - - Au Mercure de France - Mars revient tout couleur d'espérance - J'ai envoyé mon papier - Sur papier quadrillé - - - J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant - au trot sur la grand-route où moi je veille - Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'enveloppe - jusqu'à l'oreille - - - Quel - Ciel - Triste - Piste - Où - Va le - Pâle - Sou- - rire - De la lune qui me regarde écrire - - - - - OMBRE - - - Vous voilà de nouveau près de moi - Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre - L'olive du temps - Souvenirs qui n'en faites plus qu'un - Comme cent fourrures ne font qu'un manteau - Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article - de journal - Apparence impalpable et sombre qui avez pris - La forme changeante de mon ombre - Un indien à l'affût pendant l'éternité - Ombre vous rampez près de moi - Mais vous ne m'entendez plus - Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante - Tandis que moi je vous entends je vous vois encore - Destinées - Ombre multiple que le soleil vous garde - Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter - Et qui dansez au soleil sans faire de poussière - Ombre encre du soleil - Écriture de ma lumière - Caisson de regrets - Un dieu qui s'humilie - - - - - C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT - - - Il est des loups de toute sorte - Je connais le plus inhumain - Mon cœur que le diable l'emporte - Et qu'il le dépose à sa porte - N'est plus qu'un jouet dans sa main - - - Les loups jadis étaient fidèles - Comme sont les petits toutous - Et les soldats amants des belles - Galamment en souvenir d'elles - Ainsi que les loups étaient doux - - - Mais aujourd'hui les temps sont pires - Les loups sont tigres devenus - Et les Soldats et les Empires - Les Césars devenus Vampires - Sont aussi cruels que Vénus - - - J'en ai pris mon parti Rouveyre - Et monté sur mon grand cheval - Je vais bientôt partir en guerre - Sans pitié chaste et l'œil sévère - Comme ces guerriers qu'Épinal - - - Vendait Images populaires - Que Georgin gravait dans le bois - Où sont-ils ces beaux militaires - Soldats passés Où sont les guerres - Où sont les guerres d'autrefois - - - - - CASE D'ARMONS - - - La 1re édition à 25 exemplaires de _Case d'Armons_ a - été polygraphiée sur papier quadrillé, à l'encre violette, au - moyen de gélatine, à la batterie de tir (45e batterie, - 38e Régiment d'artillerie de campagne) devant l'ennemi, et - le tirage a été achevé le 17 juin 1915. - - - [Illustration: Loin du pigeonnier.] - - - - - RECONNAISSANCE - - - _À Mademoiselle P..._ - - - Un seul bouleau crépusculaire - Pâlit au seuil de l'horizon - Où fuit la mesure angulaire - Du cœur à l'âme et la raison - - Le galop bleu des souvenances - Traverse les lilas des yeux - - Et les canons des indolences - Tirent nies songes vers - les - cieux - - - [Illustration: S.P.] - - - [Illustration: Visée.] - - - [ILLUSTRATION: 1913.] - - - [ILLUSTRATION: Carte postale.] - - - - - SAILLANT - - _À André Level_ - - - Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude - Mais un dragon à pied sans armes - Parmi le vent quand survient la - - - - S torpille aérienne - A Le balai de verdure Grain - Salut L T'en souviens-tu de - La Rapace U Il est ici dans les pierres blé - T Du beau royaume dévasté - - Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée - - - - Vive comme un cheval pif - Un trou d'obus propre comme une salle de bain - Berger suivi de son troupeau mordoré - Mais où est un cœur et le svastica - - - Aÿ Ancien nom du renom - Le crapaud chantait les saphirs nocturnes - - Lou - [Illustration: VIVE LE CAPISTON] - Lou Verzy - - - Et le long du canal des filles s'en allaient - - - - - GUERRE - - - Rameau central de combat - Contact par l'écoute - Ou tire dans la direction «des bruits entendus» - Les jeunes de la classe 1915 - Et ces fils de fer électrisés - Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre - Avant elle nous n'avions que la surface - De la terre et des mers - Après elle nous aurons les abîmes - Le sous-sol et l'espace aviatique - Maîtres du timon - Après après - Nous prendrons toutes les joies - Des vainqueurs qui se délassent - Femmes Jeux Usines Commerce - Industrie Agriculture Métal - Feu Cristal Vitesse - Voix Regard Tact à part - Et ensemble dans le tact venu de loin - De plus loin encore - De l'Au-delà de cette terre - - - - - MUTATION - - - Une femme qui pleurait - Eh! Oh! Ha! - Des soldats qui passaient - Eh! Oh! Ha! - Un éclusier qui pêchait - Eh! Oh! Ha! - Les tranchées qui blanchissaient - Eh! Oh! Ha! - Des obus qui pétaient - Eh! Oh! Ha! - Des allumettes qui ne prenaient pas - Et tout - A tant changé - En moi - Tout - Sauf mon Amour - Eh! Oh! Ha! - - - - - ORACLES - - - Je porte votre bague - Elle est très finement ciselée - Le sifflet me fait plus plaisir - Qu'un palais égyptien - Le sifflet des tranchées - Tu sais - Tout au plus si je n'arrête pas - Les métros et les taxis avec - Ô Guerre - Multiplication de l'amour - - PETIT Avec un fil - SIFFLET on prend - à 2 trous la mesure - du doigt - - - - - 14 JUIN 1915 - - - On ne peut rien dire - Rien de ce qui se passe - Mais on change de Secteur - Ah! voyageur égaré - Pas de lettres - Mais l'espoir - Mais un journal - Le glaive antique de la Marseillaise de Rude - S'est changé en constellation - Il combat pour nous au ciel - Mais cela signifie surtout - Qu'il faut être de ce temps - Pas de glaive antique - Pas de Glaive - Mais l'Espoir - - - - - DE LA BATTERIE DE TIR - - - _Au maréchal des logis F. Bodard_ - - - Nous sommes ton collier France - Venus des Atlantides ou bien des Négrities - Des Eldorados ou bien des Cimméries - Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orient chatoie - Diamants qui éclosent la nuit - Ô Roses ô France - Nous nous pâmons de volupté - À ton cou penché vers l'Est - Nous sommes l'Arc-en-terre - Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel - Signe de nos origines profondes - Étincelles - Ô nous les très belles couleurs - - - - - ÉCHELON - - Grenouilles et rainettes - Crapauds et crapoussins - Ascèse sous les peupliers et les frênes - La reine des prés va fleurir - Une petite hutte dans la forêt - Là-bas plus blanche est la blessure - - - Le Ciel - - Coquelicots - Flacon au col d'or - On a pendu la mort - À la lisière du bois - On a pendu la mort - Et ses beaux seins dorés - Se montrent tour à tour - - - [VERT. gauche et droite] - - On tire contre avions - Verdun - - L'orvet - _Le sac à malice_ - _La trousse à boutons_ - - - Ô rose toujours vive - Ô France - Embaume les espoirs d'une armée qui halète - - Le Loriot chante - - N'est-ce pas rigolo - - Enfin une plume d'épervier - - - - - VERS LE SUD - - - Zénith - Tous ces regrets - Ces jardins sans limite - Où le crapaud module un tendre cri d'azur - La biche du silence éperdu passe vite - Un rossignol meurtri par l'amour chante sur - Le rosier de ton corps dont j'ai cueilli les roses - Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier - Et les fleurs de grenade en nos regards écloses - En tombant tour à tour ont jonché le sentier - - - - - LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR - - - C'est dans la cagnat en rondins voilés d'osier - Auprès des canons gris tournés vers le nord - Que je songe au village africain - Où l'on dansait où l'on chantait où l'on faisait l'amour - Et de longs discours - Nobles et joyeux - - Je revois mon père qui se battit - Contre les Achantis - Au service des Anglais - Je revois ma sœur au rire en folie - Aux seins durs comme des obus - Et je revois - Ma mère la sorcière qui seule du village - Méprisait le sel - Piler le millet dans un mortier - Je me souviens du si délicat si inquiétant - Fétiche dans l'arbre - Et du double fétiche de la fécondité - - Plus tard une tête coupée - Au bord d'un marécage - Ô pâleur de mon ennemi - C'était une tête d'argent - Et dans le marais - C'était la lune qui luisait - C'était donc une tête d'argent - Là-haut c'était la lune qui dansait - C'était donc une tête d'argent - Et moi dans l'antre j'étais invisible - C'était donc une tête de nègre dans la nuit profonde - Similitudes Pâleurs - Et ma sœur - Suivit plus tard un tirailleur - Mort à Arras - - Si je voulais savoir mon âge - Il faudrait le demander à l'évêque - Si doux si doux avec ma mère - De beurre de beurre avec ma sœur - C'était dans une petite cabane - Moins sauvage que notre cagnat de canonniers-servants - J'ai connu l'affût au bord des marécages - Où la girafe boit les jambes écartées - - J'ai connu l'horreur de l'ennemi qui dévaste - Le Village - Viole les femmes - Emmène les filles - Et les garçons dont la croupe dure sursaute - J'ai porté l'administrateur des semaines - De village en village - En chantonnant - Et je fus domestique à Paris - Je ne sais pas mon âge - Mais au recrutement - On m'a donné vingt ans - Je suis soldat français on m'a blanchi du coup - Secteur 59 je ne peux pas dire où - Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu'être noir - Pourquoi ne pas danser et discourir - Manger et puis dormir - Et nous tirons sur les ravitaillements boches - Ou sur les fils de fer devant les bobosses - Sous la tempête métallique - Je me souviens d'un lac affreux - Et de couples enchaînés par un atroce amour - Une nuit folle - Une nuit de sorcellerie - Comme cette nuit-ci - Où tant d'affreux regards - Éclatent dans le ciel splendide - - - - - TOUJOURS - - _À Madame Faure-Favier_ - - - Toujours - Nous irons plus loin sans avancer jamais - - Et de planète en planète - De nébuleuse en nébuleuse - Le don Juan des mille et trois comètes - Même sans bouger de la terre - Cherche les forces neuves - Et prend au sérieux les fantômes - - Et tant d'univers s'oublient - Quels sont les grands oublieurs - Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle - partie du monde - Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli - d'un continent - - Perdre - Mais perdre vraiment - Pour laisser place à la trouvaille - Perdre - La vie pour trouver la Victoire - - - - - FÊTE - - - _À André Rouveyre_ - - - Feu d'artifice en acier - Qu'il est charmant cet éclairage - Artifice d'artificier - Mêler quelque grâce au courage - - - Deux fusants - Rose éclatement - Comme deux seins que l'on dégrafe - Tendent leurs bouts insolemment - IL SUT AIMER - quelle épitaphe - - - Un poète dans la forêt - Regarde avec indifférence - Son revolver au cran d'arrêt - Des roses mourir d'espérance - - - Il songe aux roses de Saadi - Et soudain sa tête se penche - Car une rose lui redit - La molle courbe d'une hanche - - - L'air est plein d'un terrible alcool - Filtré des étoiles mi-closes - Les obus caressent le mol - Parfum nocturne où tu reposes - Mortification des roses - - - [Illustration: Madeleine.] - - - - LES SAISONS - - - C'était un temps béni nous étions sur les plages - Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau - Et vite comme va la langue d'un crapaud - L'amour blessait au cœur les fous comme les sages - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - C'était un temps béni Le temps du vaguemestre - On est bien plus serré que dans les autobus - Et des astres passaient que singeaient les obus - Quand dans la nuit survint la batterie équestre - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - C'était un temps béni Jours vagues et nuits vagues - Les marmites donnaient aux rondins des cagnats - Quelque aluminium où tu t'ingénias - À limer jusqu'au soir d'invraisemblables bagues - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - C'était un temps béni La guerre continue - Les Servants ont limé la bague au long des mois - Le Conducteur écoute abrité dans les bois - La chanson que répète une étoile inconnue - - - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était militaire - As-tu connu Guy au galop - Du temps qu'il était artiflot - À la guerre - - - [ILLUSTRATION: Venu de Dieuze.] - - - [ILLUSTRATION] - - - - LA NUIT D'AVRIL 1915 - - - _À L. de C.--C._ - - - Le ciel est étoilé par les obus des Boches - La forêt merveilleuse où je vis donne un bal - La mitrailleuse joue un air à triples-croches - Mais avez-vous le mot - Eh! oui le mot fatal - Aux créneaux Aux créneaux Laissez là les pioches - - - Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons - Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance - Et tes mille soleils ont vidé les caissons - Que les dieux de mes yeux remplissent en silence - - - Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons - - - Les obus miaulaient un amour à mourir - Un amour qui se meurt est plus doux que les autres - Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir - - - Les obus miaulaient - Entends chanter les nôtres - Pourpre amour salué par ceux qui vont périr - - - Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque - - - Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts - - - Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque - - - Couche-toi sur la paille et songe un beau remords - Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque - - - Mais - orgues - aux fétus de la paille où tu dors - L'hymne de l'avenir est paradisiaque - - - - - LUEURS DES TIRS - - - - - LA GRACE EXILÉE - - - Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel - Allez-vous-en couleurs charmantes - Cet exil t'est essentiel - Infante aux écharpes changeantes - - - Et l'arc-en-ciel est exilé - Puisqu'on exile qui l'irise - Mais un drapeau s'est envolé - Prendre ta place au vent de bise - - - - - LA BOUCLE RETROUVÉE - - - Il retrouve dans sa mémoire - La boucle de cheveux châtains - T'en souvient-il à n'y point croire - De nos deux étranges destins - - - Du boulevard de la Chapelle - Du joli Montmartre et d'Auteuil - Je me souviens murmure-t-elle - Du jour où j'ai franchi ton seuil - - - Il y tomba comme un automne - La boucle de mon souvenir - Et notre destin qui t'étonne - Se joint au jour qui va finir - - - - - REFUS DE LA COLOMBE - - - Mensonge de l'Annonciade - La Noël fut la Passion - Et qu'elle était charmante et sade - Cette renonciation - - - Si la colombe poignardée - Saigne encore de ses refus - J'en plume les ailes l'idée - Et le poème que tu fus - - - - - LES FEUX DU BIVOUAC - - - Les feux mouvants du bivouac - Éclairent des formes de rêve - Et le songe dans l'entrelac - Des branches lentement s'élève - - - Voici les dédains du regret - Tout écorché comme une fraise - Le souvenir et le secret - Dont il ne reste que la braise - - - - - LES GRENADINES REPENTANTES - - - En est-il donc deux dans Grenade - Qui pleurent sur ton seul péché - Ici l'on jette la grenade - Qui se change en un œuf coché - - - Puisqu'il en naît des coqs Infante - Entends-les chanter leurs dédains - Et que la grenade est touchante - Dans nos effroyables jardins - - - - - TOURBILLON DE MOUCHES - - - Un cavalier va dans la plaine - La jeune fille pense à lui - Et cette flotte à Mitylène - Le fil de fer est là qui luit - - - Comme ils cueillaient la rose ardente - Leurs jeux tout à coup ont fleuri - Mais quel soleil la bouche errante - À qui la bouche avait souri - - - - - L'ADIEU DU CAVALIER - - - Ah Dieu! que la guerre est jolie - Avec ses chants ses longs loisirs - Cette bague je l'ai polie - Le vent se mêle à vos soupirs - - - Adieu! voici le boute-selle - Il disparut dans un tournant - Et mourut là-bas tandis qu'elle - Riait au destin surprenant - - - - - LE PALAIS DU TONNERRE - - - Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie - En regardant le paroi adverse qui semble en nougat - On voit à gauche et à droite fuir l'humide couloir désert - Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux - yeux réglementaires qui servent à l'attacher sous les - caissons - Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte - Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches - Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe - blanchâtre - Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé - par quelques lignes droites - Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui - paraît ancien - Le plafond est fait de traverses de chemin de fer - Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes - d'aiguilles de sapin - Et de temps en temps des débris de craie tombent - comme des morceaux de vieillesse - - - À côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce - qui sert généralement aux emballages - Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un - feu semblable à l'âme - Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il - dévore et fugitif - Les fils de fer se tendent partout servant de sommier - supportant des planches - Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille - choses - Comme on fait à la mémoire - Des musettes bleues des casques bleus des cravates - bleues des vareuses bleues - Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs - Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie - - - Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux - dorés à tête émaillée - Noirs blancs rouges - Funambules qui attendent leur tour de passer sur les - trajectoires - Et font un ornement mince et élégant à cette demeure - souterraine - Ornée de six lits placés en fer à cheval - Six lits couverts de riches manteaux bleus - - - Sur le palais il y a un haut tumulus de craie - Et des plaques de tôle ondulée - Fleuve figé de ce domaine idéal - Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la - mélinite - Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés - Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes - Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais - Le palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi - petite qu'une souris - Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros - bout d'une lunette - Petit palais où tout s'assourdit - Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien - Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme - un roi - Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse - Un journal du jour traîne par terre - Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure - Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique - Le goût de l'anticaille - Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes - Tout y était si précieux et si neuf - Tout y est si précieux et si neuf - Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y - apparaît - Plus précieuse - Que ce qu'on a sous la main - Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche - et si neuve - Et deux marches neuves - Elles n'ont pas deux semaines - Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique - sans imiter l'antique - Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf - est ce qui est - Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique - Et ce qui est surchargé d'ornements - A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle - antique - Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure - De ce qui est neuf et qui sert - Surtout si cela est simple simple - Aussi simple que le petit palais du tonnerre - - - - - PHOTOGRAPHIE - - - Ton sourire m'attire comme - Pourrait m'attirer une fleur - Photographie tu es le champignon brun - De la forêt - Qu'est sa beauté - Les blancs y sont - Un clair de lune - Dans un jardin pacifique - Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés - Photographie tu es la fumée de l'ardeur - Qu'est sa beauté - Et il y a en toi - Photographie - Des tons alanguis - On y entend - Une mélopée - Photographie tu es l'ombre - Du Soleil - Qu'est sa beauté - - - - - L'INSCRIPTION ANGLAISE - - - C'est quelque chose de si ténu de si lointain - Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser - Forme limitée par la mer bleue - Par la rumeur d'un train en marche - Par l'odeur des eucalyptus des mimosas - Et des pins maritimes - - _Mais le contact et la saveur_ - - - Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la - tête sur le quai de la gare à Marseille - Et s'en alla - Sans savoir - Que son souvenir planerait - Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce - Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition - À travers la fumée d'écorce de bouleau - Qui sent l'encens minéen - Tandis que les volutes bleuâtres qui montent - D'un cigare écrivent le plus tendre des noms - Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant - Écrivent aussi le nom émouvant - Dont chaque lettre se love en belle anglaise - - - Et le soldat n'ose point achever - Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter - Cette calligraphie sylvestre et vernale - - - - - DANS L'ABRI-CAVERNE - - - Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes - vers moi - Une force part de nous qui est un feu solide qui nous - soude - Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous - ne pouvons nous apercevoir - En face de moi la paroi de craie s'effrite - Il y a des cassures - De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent - être faites dans de la stéarine - Des coins de cassures sont arrachés par le passage des - types de ma pièce - Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide - On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de - fond - Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher - Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids - qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où - Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie - qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu - encore cultiver ou élever ou humaniser - Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il - manque ce qui éclaire - C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours - Heureusement que ce n'est que ce soir - Les autres jours je me rattache à toi - Les autres jours je me console de la solitude et de toutes - les horreurs - En imaginant ta beauté - Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié - Puis je pense que je l'imagine en vain - Je ne la connais par aucun sens - Ni même par les mots - Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain - Existe-tu mon amour - Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir - Pour peupler la solitude - Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs - avaient douées pour moins s'ennuyer - Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que - dans mon imagination - - - - - FUSÉE - - - La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor - Ma pensée te rejoint et la tienne la croise - Tes seins sont les seuls obus que j'aime - Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à - pointer la nuit - - - En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes - hanches - - - Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un - journal - - - Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa - gueule - - - Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit - chat et pattes de chat - - - Une souris verte file parmi la mousse - - - Le riz a brûlé dans la marmite de campement - Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses - - - Le mégaphone crie - Allongez le tir - - - Allongez le tir amour de vos batteries - - - Balance des batteries lourdes cymbales - Qu'agitent les chérubins fous d'amour - En l honneur du Dieu des Armées - - - Un arbre dépouillé sur une butte - - - Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée - - - Ô vieux monde du XIXe siècle plein de hautes cheminées - si belles et si pures - - - Virilités du siècle où nous sommes - Ô canons - - - Douilles éclatantes des obus de 75 - Carillonnez pieusement - - - - - DÉSIR - - - Mon désir est la région qui est devant moi - Derrière les lignes boches - Mon désir est aussi derrière moi - Après la zone des armées - - Mon désir c'est la butte du Mesnil - Mon désir est là sur quoi je tire - De mon désir qui est au delà de la zone des armées - Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense - - Butte du Mesnil je t'imagine en vain - Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs - d'eux - Trop enfoncés sous terre déjà enterrés - Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant - - En y veillant tard dans la nuit - Le Decauville qui toussote - La tôle ondulée sous la pluie - Et sous la pluie ma bourguignotte - - Entends la terre véhémente - Vois les lueurs avant d'entendre les coups - - - Et tel obus siffler de la démence - Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût - - - Je désire - Te serrer dans ma main Main de Massiges - Si décharnée sur la carte - - - Le boyau Gœthe où j'ai tiré - J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche - Décidément je ne respecte aucune gloire - - - Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par - moments - Nuit des hommes seulement - Nuit du 24 septembre - Demain l'assaut - Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond - devenait plus intense de minute en minute - Nuit qui criait comme une femme qui accouche - Nuit des hommes seulement - - - - - CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE - - - _À M. Joseph Granié_ - - - Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée - Voici le nez des soldats invisibles - Moi l'horizon invisible je chante - Que les civils et les femmes écoutent ces chansons - Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé - - - Le sol est blanc la nuit l'azure - Saigne la crucifixion - Tandis que saigne la blessure - Du soldat de Promission - - - Un chien jappait l'obus miaule - La lueur muette a jailli - À savoir si la guerre est drôle - Les masques n'ont pas tressailli - - - Mais quel fou rire sous le masque - Blancheur éternelle d'ici - Où la colombe porte un casque - Et l'acier s'envole aussi - - - Je suis seul sur le champ de bataille - Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux - L'obus miaule - Je te tuerai - Animez-vous fantassins à passepoil jaune - Grands artilleurs roux comme des taupes - Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens - Veloutés de toutes les nuances du velours - Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres - Ou déteints - Venez le pot en tête - Debout fusée éclairante - Danse grenadier en agitant tes pommes de pin - Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs - Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous - Sculptez les profondeurs - Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les - avettes - Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon - Écoutez renaître les oracles qui avaient cessé - Le grand Pan est ressuscité - - - Champagne viril qui émoustille la Champagne - Hommes faits jeunes gens - Caméléon des autos-canons - Et vous classe 16 - Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans - les cieux - J'étais content pourtant ça brûlait la paupière - Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms - Œil du Breton blessé couché sur la civière - Et qui criait aux morts aux sapins aux canons - _Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre_ - - - Boyaux et rumeur du canon - Sur cette mer aux blanches vagues - Fou stoïque comme Zénon - Pilote du cœur tu zigzagues - - - Petites forêts de sapins - La nichée attend la becquée - Pointe-t-il des nez de lapins - Comme l'euphorbe verruquée - - - Ainsi que l'euphorbe d'ici - Le soleil à peine boutonne - Je l'adore comme un Parsi - Ce tout petit soleil d'automne - - - Un fantassin presque un enfant - Bleu comme le jour qui s'écoule - Beau comme mon cœur triomphant - Disait en mettant sa cagoule - - - _Tandis que nous n'y sommes pas_ - _Que de filles deviennent belles_ - _Voici l'hiver et pas à pas_ - _Leur beauté s'éloignera d'elles_ - - _Ô Lueurs soudaines des tirs_ - _Cette beauté que j'imagine_ - _Faute d'avoir des souvenirs_ - _Tire de vous son origine_ - - _Car elle n'est rien que l'ardeur_ - _De la bataille violente_ - Et de la terrible lueur - Il s'est fait une muse ardente - - - Il regarde longtemps l'horizon - Couteaux tonneaux d'eau - Des lanternes allumées se sont croisées - Moi l'horizon je combattrai pour la victoire - Je suis l'invisible qui ne peut disparaître - Je suis comme l'onde - Allons ouvrez les écluses que je me précipite - tout - - - - - OCÉAN DE TERRE - - - _À G. de Chirico_ - - - J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan - Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux - Des poulpes grouillent partout où se tiennent les - murailles - Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux - vitres - Maison humide - Maison ardente - Saison rapide - Saison qui chante - Les avions pondent des œufs - Attention on va jeter l'ancre - Attention à l'encre que l'on jette - Il serait bon que vous vinssiez du ciel - Le chèvrefeuille du ciel grimpe - Les poulpes terrestres palpitent - - Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres - fossoyeurs - Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs - pâles - Autour de la maison il y a cet océan que tu connais - Et qui ne se repose jamais - - - - - OBUS COULEUR DE LUNE - - - - - MERVEILLE DE LA GUERRE - - - Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit - Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour - regarder - Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour - yeux bras et cœurs - - - Jai reconnu ton sourire et ta vivacité - - - C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Bérénices - dont les chevelures sont devenues des comètes - Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps - et à toutes les races - Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que - le temps de mourir - - - Comme c'est beau toutes ces fusées - Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore - S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet - et relatif comme les lettres d'un livre - Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des - mourants - - - Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus - encore - Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre - et s'évanouit aussitôt - Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno - C'est un banquet que s'offre la terre - Elle a faim et ouvre de longues bouches pâles - La terre a faim et voici son festin de Balthasar - cannibale - - - Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage - Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain - C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui - n'est ma foi pas désagréable - Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y mangeait - avec la terre - il n'avale que les âmes - Ce qui est une façon de ne pas se nourrir - Et se contente de jongler avec des feux versicolores - - - Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec - toute ma compagnie au long des longs boyaux - - Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma - présence - J'ai creusé le lit ou je coule en me ramifiant en mille - petits fleuves qui vont partout - Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant - je suis partout ou plutôt je commence à être partout - C'est moi qui commence celte chose des siècles à venir - Ce sera plus long à réaliser que non la fable d'Icare - volant - - - Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire - Qui fut à la guerre et sut être partout - Dans les villes heureuses de l'arrière - Dans tout le reste de l'univers - Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé - Dans les femmes dans les canons dans les chevaux - Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux - Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes - - - Et ce serait sans doute bien plus beau - Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans lesquelles - je suis partout - Pouvaient m'occuper aussi - Mais dans ce sens il n'y a rien de fait - Car si je suis partout à cette heure il n'y a cependant - que moi qui suis en moi - - - - - EXERCICE - - - Vers un village de l'arrière - S'en allaient quatre bombardiers - Ils étaient couverts de poussière - Depuis la tête jusqu'aux pieds - - - Ils regardaient la vaste plaine - En parlant entre eux du passé - Et ne se retournaient qu'à peine - Quand un obus avait toussé - - - Tous quatre de la classe seize - Parlaient d'antan non d'avenir - Ainsi se prolongeait l'ascèse - Qui les exerçait à mourir - - - - - À L'ITALIE - - - _À Ardengo Soffici_ - - - L'amour a remué ma vie comme on remue la terre dans - la zone des armées - J'atteignais l'âge mûr quand la guerre arriva - Et dans ce jour d'août 1915 le plus chaud de l'année - Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-même - C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées - Et déjà quand von Kluck marchait sur Paris avant la - Marne - - - J'évoquais le sac de Rome par les Allemands - Le sac de Rome qu'ont décrit - Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin - Je me disais - Est-il possible que la nation - Qui est la mère de la civilisation - Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la - détruire - - - Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes - Les fantômes des Esclaves toujours frémissants - Se sont dressés en criant SUS AUX TUDESQUES - Nous l'armée invisible aux cris éblouissants - Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de - terre - Nous te tournons bénignement le dos Italie - Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien - Italie mère qui est aussi notre fille - - - Nous sommes là tranquillement et sans tristesse - Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins - nous tombions - Nous savons qu'un autre prendrait notre place - Et que les Armées ne périront jamais - - - Les mois ne sont pas longs ni les jours ni les nuits - C'est la guerre qui est longue - - - Italie - Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une - sœur - J'ai comme toi pour me réconforter - Le quart de pinard - Qui met tant de différence entre nous et les Boches - J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux - des 75 - - - Comme toi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches - et je sais rigoler - Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces - gens sans mesure que leurs actions dépassent sans - qu'ils sachent s'amuser - Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils - emploient - Elle est au delà de la vie confortable - Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie - Les fleurs sont nos enfants et non les leurs - Même la fleur de lys qui meurt au Vatican - - - La plaine est infinie et les tranchées sont blanches - Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles - Sur les roses momentanés des éclatements - Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements - De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées - - - Nous jouissons de tout même de nos souffrances - Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il - faut - Nous sommes narquois car nous savons faire la part des - choses - Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les grenades - que chez celui qui plume les patates - Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots - sonores - - Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de - la majesté héroïque et le courageux honneur - individuel - Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous - dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui - se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de - l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure - Et nous fumons du gros avec volupté - - - C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par - l'électricité en bâton - Je pense à toi pays des 2 volcans - Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au - moment de Messine - Je salue le Colleoni équestre de Venise - Je salue la chemise rouge - Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir - aux hauts faits de ta bleusaille - Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de - bonheur ou de malheur en ce monde - Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que - les Boches m'en empêcheraient - Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous - avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite - remplacé par je ne sais quelles commodités dont je - n'ai que faire - - - Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir et - qu'eux voudraient nous forcer à ne plus choisir - Une même destinée nous lie en cette occase - - - Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis - Mais pour chacun de toi Italie - - - Ne te borne point à prendre les terres irrédentes - Mets ton destin dans la balance où est le nôtre - - - Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeux - d'escargots - Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la - terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins - - - Notre armée invisible est une belle nuit constellée - Et chacun de nos hommes est un astre merveilleux - - - Ô nuit ô nuit éblouissante - Les morts sont avec nos soldats - Les morts sont debout dans les tranchées - Ou se glissent souterrainement vers les Bien-Aimées - Ô Lille Saint-Quentin Laon Maubeuge Vouziers - Nous jetons nos villes comme des grenades - Nos fleuves sont brandis comme des sabres - Nos montagnes chargent comme cavalerie - - - Nous reprendrons les villes les fleuves les collines - De la frontière helvétique aux frontières bataves - Entre toi et nous Italie - Il y a des patelins pleins de femmes - Et près de toi m'attend celle que j'adore - Ô Frères d'Italie - - - Ondes nuages délétères - Métalliques débris qui vous rouillez partout - Ô frères d'Italie vos plumes sur la tête - Italie - Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras - Et ce soldat blessé toujours debout Arras - - - Et maintenant chantons ceux qui sont morts - Ceux qui vivent - Les officiers les soldats - Les flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les - chevaux - Chantons les bagues pâles les casques - Chantons ceux qui sont morts - Chantons la terre qui bâille d'ennui - Chantons et rigolons - Durant des années - Italie - Entends braire l'âne boche - Faisons la guerre à coups de fouets - Faits avec les rayons du soleil - Italie - Chantons et rigolons - Durant des années - - - - - LA TRAVERSÉE - - - Du joli bateau de Port-Vendres - Tes yeux étaient les matelots - Et comme les flots étaient tendres - Dans les parages de Palos - - - Que de sous-marins dans mon âme - Naviguent et vont l'attendant - Le superbe navire où clame - Le chœur de ton regard ardent. - - - - - IL Y A - - - Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée - Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait - des asticots dont naîtraient les étoiles - Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour - Il y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus - autour de moi - Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz - asphyxiants - Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de - Nietzsche de Goethe et de Cologne - Il y a que je languis après une lettre qui tarde - Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon - amour - Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète - Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des - pièces - Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de - l'Abre isolé - Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme - l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec - quoi il se confond - Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour - Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communications - de la T S F sur l'Atlantique - Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour - les cercueils - Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris - devant un Christ sanglant à Mexico - Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant - Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres - Il y a des croix partout de-ci de-là - Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie - Il y a les longues mains souples de mon amour - Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de 15 centimètres - et qu'on n'a pas laissé partir - Il y a ma selle exposée à la pluie - Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours - Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur - Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse - sur son dos - Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été - à la guerre - Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les - campagnes occidentales - Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent - s'ils les reverront - Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de - l'invisibilité - - - - - L'ESPIONNE - - - Pâle espionne de l'Amour - Ma mémoire à peine fidèle - N'eut pour observer cette belle - Forteresse qu'une heure un jour - - - Tu te déguises - À ta guise - Mémoire espionne du cœur - Tu ne retrouves plus l'exquise - Ruse et le cœur seul est vainqueur - - - Mais la vois-tu cette mémoire - Les yeux bandés prête à mourir - Elle affirme qu'on peut l'en croire - Mon cœur vaincra sans coup férir - - - - - LE CHANT D'AMOUR - - Voici de quoi est fait le chant symphonique de l'amour - Il y a le chant de l'amour de jadis - Le bruit des baisers éperdus des amants illustres - Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux - Les virilités des héros fabuleux érigées comme des - pièces contre avions - Le hurlement précieux de Jason - Le chant mortel du cygne - Et l'hymne victorieux que les premiers rayons du soleil - ont fait chanter à Memnon l'immobile - Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement - Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles - La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes - tropicales - Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible - amour des peuples - Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté - - - Il y a là le chant de tout l'amour du monde - - - - - AUSSI BIEN QUE LES CIGALES - - - - _gens du midi_ ne savez pas M - _gens du mi_ creuser que ais - _di vous n'_ vous ne sa vous - _avez donc_ vez pas vous savez - _pas regar_ éclairer ni encore - _dé les ciga_ voir Que vous boire com le jour - _les que vous_ manque-t-il me les ci de gloire - donc pour gales ô se - voir aus gens du mi _c_ ra - si bien di gens du _reusez_ ce - que les soleil gens qui _voyez bu_ lui - ciga devriez savoir _vez pissez_ où - les creuser et voir _comme_ vous - aussi bien pour le _les ciga_ sau - moins aussi bien _les_ rez - que les cigales creu - Eh quoi! vous savez _gens du Midi il faut_ ser - boire et ne savez _creuser voir boire_ pour - plus pisser utile _pisser aussi bien que_ bien - ment comme les _les cigales_ sor - cigales LA JOIE _pour chan_ tir - ADORABLE _ter com_ au - DE LA PAIX _me elles_ so - SOLAIRE leil - - - - - SIMULTANÉITÉS - - - Les canons tonnent dans la nuit - On dirait des vagues tempête - Des cœurs où pointe un grand ennui - Ennui qui toujours se répète - - - Il regarde venir là-bas - Les prisonniers L'heure est si douce - Dans ce grand bruit ouaté très bas - Très bas qui grandit sans secousse - - - Il tient son casque dans ses mains - Pour saluer la souvenance - Des lys des roses des jasmins - Éclos dans les jardins de France - - - Et sous la cagoule masqué - Il pense à des cheveux si sombres - Mais qui donc l'attend sur le quai - Ô vaste mer aux mauves ombres - - Belles noix du vivant noyer - La grand folie en vain vous gaule - Brunette écoute gazouiller - La mésange sur ton épaule - - - Notre amour est une lueur - Qu'un projecteur du cœur dirige - Vers l'ardeur égale du cœur - Qui sur le haut Phare s'érige - - - Ô phare-fleur mes souvenirs - Les cheveux noirs de Madeleine - Les atroces lueurs des tirs - Ajoutent leur clarté soudaine - À tes beaux yeux ô Madeleine - - - [Illustration: Du coton dans les oreilles.] - - - Ceux qui revenaient de la mort - En attendaient une pareille - Et tout ce qui venait du nord - Allait obscurcir le soleil - - Mais que voulez-vous - c'est son sort - Allô la truie - - C'est quand sonnera le réveil - - ALLÔ LA TRUIE - - La sentinelle au long regard - La sentinelle au long regard - Et la cagnat s'appelait - - LES CÉNOBITES - TRANQUILLES - - La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard - Allô la truie - - - Tant et tant de coquelicots - D'où tant de sang a-t-il coulé - Qu'est-ce qu'il se met dans le coco - Bon sang de bois il s'est saoulé - Et sans pinard et sans tacot - Avec de l'eau - Allô la truie - - - Le silence des phonographes - Mitrailleuses des cinémas - Tout l'échelon là-bas piaffe - Fleurs de feu des lueurs-frimas - Puisque le canon avait soif - Allô la truie - Et les trajectoires cabrées - Trébuchements de soleils-nains - Sur tant de chansons déchirées - - - Il a l'Étoile du Bénin - Mais du singe en boîtes carrées - Crois-tu qu'il y aura la guerre - Allô la truie - Ah! s'il vous plaît - Ami l'Anglais - Ah! qu'il est laid - Ton frère ton frère ton frère de lait - - - Et je mangeais du pain de Gênes - En respirant leurs gaz lacrymogènes - Mets du coton dans tes oreilles - D'siré - - - Puis ce fut cette fleur sans nom - À peine un souffle un souvenir - Quand s'en allèrent les canons. - Au tour des roues heure à courir - La baleine a d'autres fanons - Éclatements qui nous fanons - - - Mais mets du coton dans des oreilles - Evidemment les fanions - Des signaleurs - Allô la truie - - - _Ici la musique militaire joue_ - _Quelque chose_ - _ Et chacun se souvient d'une joue_ - _Rose_ - _Parce que même les airs entraînants_ - _Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à_ - _la guerre_ - - Écoute s'il pleut écoute s'il pleut - - - - - puis sol des con la - é dats Flan fon pluie - cou a dres dez- si - tez veu à vous ten - tom gles l' a dre - ber per a vec la - la dus go l' pluie - pluie par nie ho si - si mi sous ri dou - ten les la zon ce - dre che pluie beaux - et vaux fi ê - si de ne tres - dou fri la in - ce se pluie vi - sous si si - la ten bles - lu dre sous - ne et la - li si pluie - qui dou fi - de ce ne - - Les longs boyaux où tu chemines - Adieu les cagnats d'artilleurs - - Tu retrouveras - La tranchée en première ligne - Les éléphants des pare-éclats - Une girouette maligne - Et les regards des guetteurs las - Qui veillent le silence insigne - Ne vois-tu rien venir - - au - Pé - ris - co - pe - - La balle qui froisse le silence - Les projectiles d'artillerie qui glissent - Comme un fleuve aérien - Ne mettez plus de coton dans les oreilles - Ça n'en vaut plus la peine - Mais appelez donc Napoléon sur la tour - Allô - - Le petit geste du fantassin qui se gratte au - où les totos le démangent - La vague - Dans les caves - Dans les caves - - - - - LA TÊTE ÉTOILÉE - - - - - LE DÉPART - - - Et leurs visages étaient pâles - Et leurs sanglots s'étaient brisés - - - Comme la neige aux purs pétales - Ou bien tes mains sur mes baisers - Tombaient les feuilles automnales - - - - - LE VIGNERON CHAMPENOIS - - - Le régiment arrive - Le village est presque endormi dans la lumière parfumée - Un prêtre a le casque en tête - La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie - Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu - Bonjour soldats - Je les ai vus passer et repasser en courant - Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang - fermente - Vous resterez quelques jours et puis remonterez en ligne - Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne - J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une - charmante artillerie - - - La nuit est blonde ô vin blond - Un vigneron chantait courbé dans sa vigne - Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon - Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante - Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre - Un vigneron champenois qui est un artilleur - - - C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche - Puis les soldats s'en iront là-haut - Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes - Allons Adieu messieurs tâchez de revenir - Mais nul ne sait ce qui peut advenir - - - - - CARTE POSTALE - - - Je t'écris de dessous la tente - Tandis que meurt ce jour d'été - Où floraison éblouissante - Dans le ciel à peine bleuté - Une canonnade éclatante - Se fane avant d'avoir été - - - [Illustration: Éventail des saveurs.] - - - - - SOUVENIRS - - - Deux lacs nègres - Entre une forêt - Et une chemise qui sèche - - - Bouche ouverte sur un harmonium - C'était une voix faite d'yeux - Tandis qu'il traîne de petites gens - - - Une toute petite vieille au nez pointu - J'admire la bouillotte d'émail bleu - Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure - - - Un monsieur en bras de chemise - Se rase près de la fenêtre - En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien - Ça fait tout un opéra - - - Toi qui te tournes vers le roi - Est-ce que Dieu voudrait mourir encore - - - - - L'AVENIR - - - Soulevons la paille - Regardons la neige - Écrivons des lettres - Attendons des ordres - - - Fumons la pipe - En songeant à l'amour - Les gabions sont là - Regardons la rose - - - La fontaine n'a pas tari - Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni - Regardons l'abeille - Et ne songeons pas à l'avenir - - - Regardons nos mains - Qui sont la neige - La rose et l'abeille - Ainsi que l'avenir - - - - - UN OISEAU CHANTE - - - Un oiseau chante ne sais où - C'est je crois ton âme qui veille - Parmi tous les soldats d'un sou - Et l'oiseau charme mon oreille - - - Écoute il chante tendrement - Je ne sais pas sur quelle branche - Et partout il va me charmant - Nuit et jour semaine et dimanche - - - Mais que dire de cet oiseau - Que dire des métamorphoses - De l'âme en chant dans l'arbrisseau - Du cœur en ciel du ciel en roses - - - L'oiseau des soldats c'est l'amour - Et mon amour c'est une fille - La rose est moins parfaite et pour - Moi seul l'oiseau bleu s'égosille - - - Oiseau bleu comme le cœur bleu - De mon amour au cœur céleste - Ton chant si doux répète-le - À la mitrailleuse funeste - - - Qui claque à l'horizon et puis - Sont-ce les astres que l'on sème - Ainsi vont les jours et les nuits - Amour bleu comme est le cœur même - - - - - CHEVAUX DE FRISE - - - Pendant le blanc et nocturne novembre - Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie - Vieillissaient encore sous la neige - Et semblaient à peine des chevaux de frise - Entourés de vagues de fils de fer - Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps - Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent - Les fleurs de l'amour - - - Pendant le blanc et nocturne novembre - Tandis que chantaient épouvantablement les obus - Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient - Leurs mortelles odeurs - Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine - - La neige met de pâles fleurs sur les arbres - Et toisonne d'hermine les chevaux de frise - Que l'on voit partout - Abandonnés et sinistres - Chevaux muets - - - Non chevaux barbes mais barbelés - Et je les anime tout soudain - En troupeau de jolis chevaux pies - Qui vont vers toi comme de blanches vagues - Sur la Méditerranée - Et t'apportent mon amour - Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue - ô Madeleine - Je t'aime avec délices - Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches - Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent - Si je songe à tes seins le Paraclet descend - Ô double colombe de ta poitrine - Et vient délier ma langue de poète - Pour te redire - Je t'aime - Ton visage est un bouquet de fleurs - Aujourd'hui je te vois non Panthère - Mais Toutefleur - Et je te respire ô ma Toutefleur - Tous les lys montent en toi comme des cantiques - d'amour et d'allégresse - Et ces chants qui s'envolent vers toi - M'emportent à ton côté - Dans ton bel Orient où les lys - Se changent en palmiers qui de leurs belles mains - Me font signe de venir - La fusée s'épanouit fleur nocturne - Quand il fait noir - Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses - De larmes heureuses que la joie fait couler - Et je t'aime comme tu m'aimes - Madeleine - - - - - CHANT DE L'HONNEUR - - - - LE POÈTE - - - Je me souviens ce soir de ce drame indien - Le Chariot d'Enfant un voleur y survient - Qui pense avant de faire un trou dans la muraille - Quelle forme il convient de donner à l'entaille - Afin que la beauté ne perde pas ses droits - Même au moment d'un crime - Et nous aurions je crois - À l'instant de périr nous poètes nous hommes - Un souci de même ordre à la guerre où nous sommes - - Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté - N'est la plupart du temps que la simplicité - Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée - Étaient restés debout et la tête penchée - S'appuyant simplement contre le parapet - - J'en vis quatre une fois qu'un même obus frappait - Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes - Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes - - Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit - Dans les éboulements et la boue et le froid - Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture - Anxieux nous gardons la route de Tahure - - - J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir - Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure - Ô mes soldats souffrants ô blessés à mourir - - - Cette nuit est si belle où la balle roucoule - Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule - Parfois une fusée illumine la nuit - C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit - La terre se lamente et comme une marée - Monte le flot chantant dans mon abri de craie - Séjour de l'insomnie incertaine maison - De l'Alerte la Mort et la Démangeaison - - - - LA TRANCHÉE - - - Ô jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse - Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort - Tapie au fond du sol je vous guette jalouse - Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord - - - - LES BALLES - - - De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile - Abeilles le butin qui sanglant emmielle - Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle - Provient de ce jardin exquis l'humanité - Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté - - - - LE POÈTE - - - Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes - Si des fleuves de sang limitent les royaumes - Et même de l'Amour on sait la cruauté - C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté - Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise - Elle porte cent noms dans la langue française - Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là - Que la même Beauté - - - - LA FRANCE - - Poète honore-la - Souci de la Beauté non souci de la Gloire - Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire - - - - LE POÈTE - - - Ô poètes des temps à venir ô chanteurs - Je chante la beauté de toutes nos douleurs - J'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux - Donner un sens sublime aux gestes glorieux - Et fixer la grandeur de ces trépas pieux - - - L'un qui détend son corps en jetant des grenades - L'autre ardent à tirer nourrit les fusillades - L'autre les bras ballants porte des seaux de vin - Et le prêtre-soldat dit le secret divin - - - J'interprète pour tous la douceur des trois notes - Que lance un loriot canon quand tu sanglotes - - - Oui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré - Ma génération sur ton trépas sacré - - - Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude - Chantez ce que je chante un chant pur le prélude - Des chants sacrés que la beauté de notre temps - Saura vous inspirer plus purs plus éclatants - Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir - En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir - - - 17 décembre 1915 - - - - - CHEF DE SECTION - - - Ma bouche aura des ardeur de géhenne - Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction - Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur - Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut - Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté - Ton âme s'agitera comme une région pendant un - tremblement de terre - Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est - amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle - existe - Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine - de disparates - Variée comme un enchanteur qui sait varier ses - métamorphoses - L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon - amour - Elle te le murmure de loin - Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la - minute prescrite pour l'assaut - - - - - TRISTESSE D'UNE ÉTOILE - - - Une belle Minerve est l'enfant de ma tête - Une étoile de sang me couronne à jamais - La raison est au fond et le ciel est au faîte - Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais - - - C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire - Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé - Mais le secret malheur qui nourrit mon délire - Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé - - - Et je porte avec moi cette ardente souffrance - Comme le ver luisant tient son corps enflammé - Comme au cœur du soldat il palpite la France - Et comme au cœur du lys le pollen parfumé - - - - - LA VICTOIRE - - - - Un coq chante je rêve et les feuillards agitent - Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins - - - Ailés et tournoyants comme Icare le faux - Des aveugles gesticulant comme des fourmis - Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir - - - Leurs rires amassés en grappes de raisin - - - Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais - Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient - Mon lit ma lampe et mon casque troué - - Regards précieux saphirs taillés aux environs de - Saint-Claude - Les jours étaient une pure émeraude - - - Je me souviens de toi ville des météores - Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne - dort - - - Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets - - - Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel - Qu'il garde son hoquet - - - On imagine difficilement - À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles - - - À l'institut des jeunes aveugles on a demandé - _N'avez-vous point de jeune aveugle ailé_ - - - Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau - langage - Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire - - - Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir - Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace - Qu'on les fait encore servir à la poésie - - - Mais elles sont comme des malades sans volonté - Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme - La mimique suffit bien au cinéma - - Mais entêtons-nous à parler - Remuons la langue - Lançons des postillons - On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de - nouveaux sons - On veut des consonnes sans voyelles - Des consonnes qui pèsent sourdement - Imitez le son de la toupie - Laisser pétiller un son nasal et continu - Faites claquer votre langue - Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans - civilité - Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle - consonne - - - Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours - claironnants - Habituez-vous à roter à volonté - Et quelle lettre grave comme un son de cloche - À travers nos mémoires - Nous n'aimons pas assez la joie - De voir les belles choses neuves - Ô mon amie hâte-toi - Crains qu'un jour un train ne t'émeuve - Plus - Regarde-le plus vite pour toi - Ces chemins de fer qui circulent - Sortiront bientôt de la vie - Ils seront beaux et ridicules - - - Deux lampes brûlent devant moi - Comme deux femmes qui rient - Je courbe tristement la tête - Devant l'ardente moquerie - Ce rire se répand - Partout - Parlez avec les mains faites claquer vos doigts - Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour - Ô paroles - Elles suivent dans la myrtaie - L'Eros et l'Antéros en larmes - Je suis le ciel de la cité - - - Écoutez la mer - - - La mer gémir au loin et crier toute seule - Ma voix fidèle comme l'ombre - Veut être enfin l'ombre de la vie - Veut être ô mer vivante infidèle comme toi - - - La mer qui a trahi des matelots sans nombre - Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés - Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre - Que jettent des oiseaux les ailes éployées - - - La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble - Avance et soutiens-moi je regrette les mains - De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble - Quelle oasis de bras m'accueillera demain - Connais-tu cette joie de voir des choses neuves - - - Ô voix je parle le langage de la mer - Et dans le port la nuit les dernières tavernes - Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne - - - La rue où nagent mes deux mains - Aux-doigts subtils fouillant la ville - S'en va mais qui sait si demain - La rue devenait immobile - Qui sait ou serait mon chemin - - - Songe que les chemins de fer - Seront démodés et abandonnés dans peu de temps - Regarde - - - La Victoire avant tout sera - De bien voir au loin - De tout voir - De près - Et que tout ait un nom nouveau - - - - - LA JOLIE ROUSSE - - - Me voici devant tous un homme plein de sens - Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut - connaître - Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour - Ayant su quelquefois imposer ses idées - Connaissant plusieurs langages - Ayant pas mal voyagé - Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie - Blessé à la tête trépané sous le chloroforme - Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte - Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul - pourrait des deux savoir - Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre - Entre nous et pour nous mes amis - Je juge cette longue querelle de la tradition et de - l'invention - De l'Ordre et de l'Aventure - - - Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu - Bouche qui est l'ordre même - Soyez indulgents quand vous nous comparez - À ceux qui furent la perfection de l'ordre - Nous qui quêtons partout l'aventure - - - Nous ne sommes pas vos ennemis - Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges - domaines - Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir - Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues - Mille phantasmes impondérables - Auxquels il faut donner de la réalité - Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout - se tait - Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir - Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières - De l'illimité et de l'avenir - Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés - - - Voici que vient l'été la saison violente - Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps - Ô Soleil c'est le temps de la Raison ardente - Et j'attends - Pour la suivre toujours la forme noble et douce - Qu'elle prend afin que je l'aime seulement - Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant - Elle a l'aspect charmant - D'une adorable rousse - - - Ses cheveux sont d'or on dirait - Un bel éclair qui durerait - Ou ces flammes qui se pavanent - Dans les roses-thé qui se fanent - - - Mais riez riez de moi - Hommes de partout surtout gens d'ici - Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire - Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire - Ayez pitié de moi - - - - - TABLE - - - ONDES - - LIENS - LES FENÊTRES - PAYSAGE - LES COLLINES - ARBRE - LUNDI RUE CHRISTINE - LETTRE-OCÉAN - SUR LES PROPHÉTIES - LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY - LA CRAVATE ET LA MONTRE - UN FANTOME DE NUÉES - CŒUR COURONNE ET MIROIR - TOUR - VOYAGE - À TRAVERS L'EUROPE - IL PLEUT - - - ÉTENDARDS - - LA PETITE AUTO - LA MANDOLINE l'ŒILLET ET LE BAMBOU - FUMÉE - À NÎMES - LA COLOMBE POIGNARDÉE ET LE JET D'EAU - 2e CANONNIER CONDUCTEUR - VEILLE - OMBRE - C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT - - - CASE D'ARMONS - - LOIN DU PIGEONNIER - RECONNAISSANCE - S. P. - VISÉE - 1915 - CARTE POSTALE - SAILLANT - GUERRE - MUTATION - ORACLES - 14 JUIN 1915 - DE LA BATTERIE DE TIR - ÉCHELON - VERS LE SUD - LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR - TOUJOURS - FÊTE - MADELEINE - LES SAISONS - VENU DE DIEUZE - LA NUIT D'AVRIL 1915 - - - LUEURS DES TIRS - - LA GRACE EXILÉE - LA BOUCLE RETROUVÉE - REFUS DE LA COLOMBE - LES FEUX DU BIVOUAC - LES GRENADINES REPENTANTES - TOURBILLON DE MOUCHES - L'ADIEU DU CAVALIER - LE PALAIS DU TONNERRE - PHOTOGRAPHIE - L'INSCRIPTION ANGLAISE - DANS L'ABRI-CAVERNE - FUSÉE - DÉSIR - CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE - OCÉAN DE TERRE - - - OBUS COULEUR DE LUNE - - MERVEILLE DE LA GUERRE - EXERCICE - À L'ITALIE - LA TRAVERSÉE - IL Y A - L'ESPIONNE - LE CHANT D'AMOUR - AUSSI BIEN QUE LES CIGALES - SIMULTANÉITÉS - DU COTON DANS LES OREILLES - - - LA TÊTE ÉTOILÉE - - LE DÉPART - LE VIGNERON CHAMPENOIS - CARTE POSTALE - ÉVENTAIL DES SAVEURS - SOUVENIRS - L'AVENIR - UN OISEAU CHANTE - CHEVAUX DE FRISE - CHANT DE L'HONNEUR - CHEF DE SECTION - TRISTESSE D'UNE ÉTOILE - LA VICTOIRE - LA JOLIE ROUSSE - - - - -TRANSCRIPTIONS DES CALLIGRAMMES - - 001--Paysage - -[Maison] voici la maison où naissent les étoiles et les divinités -[Arbre] cet arbrisseau qui se prépare à fructifier te ressemble -[Personnage] amants couchés ensemble vous vous séparerez mes membres -[Cigare] un cigare allumé qui fume - - - 002--Lettre-océan - - [Première image] - - Je traverse la ville nez en avant et je la coupe en 2 - J'étais au bord du Rhin quand tu partis pour le Mexique - Ta voix me parvient malgré l'énorme distance - Gens de mauvaise mine sur le quai à la Vera Cruz - [Carte postale] - Les voyageurs de l'Espagne devant faire - le voyage de Coatzalcoalcos pour s'embarquer - je t'envoie cette carte au lieu - de profiter du courrier de Vera Cruz qui n'est pas sûr - Tout est calme ici et nous sommes dans l'attente - Des événements. - [à gauche] - - Juan Aldama - Correos - Mexico - 4 centavos - U.S. Postage - 2 cents 2 - [au centre] - - Ypiranga - Republica Mexicana - Tarjeta Postal - [à droite] - - 11.45 - 29-5 - 14 - Rue des Batignolles - [motif circulaire, centre] - - Sur la rive gauche devant le pont d'Iéna - [motif circulaire, rayons] - - Zut pour M. Zun - arrêtez cocher - Vive le Roy - Evviva il Papa - ta gueule mon vieux pad - non si vous avez une moustache - La Tunisie tu fondes un journal - Jacques c'était délicieux - A bas la calotte - Des clefs j'en ai vu mille et mille - Hou le croquant - Vive la République - [à droite du motif circulaire] - - TSF - [bas de l'image] - - Bonjour Anomo Anora - Tu ne connaîtras jamais bien les Mayas - - [Deuxième image] - - Te souviens-tu du tremblement de terre entre 1885 et 1890 - on coucha plus d'un mois sous la tente - bonjour mon frère Albert à Mexico - Jeunes filles à Chapultepec - [Motif circulaire, centre] - -Haute de 300 mètres -Sirènes -Hou ou ou ou ou ou ou ou Hou Hou Hou -Autobus -R r o o o to ro ro ro ting ting ro o changement de section ting ting -Gramophones -z z z z z z z z z z z z ou ou ou o o o o o o de vos jardins fleuris -fermez les portes -Les chaussures neuves du poète -cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré cré -cré cré cré cré cré cré cré -[Motif circulaire, rayons] - - et comment j'ai brûlé le dur avec ma gerce - rue St-Isidore à La Havane ça n'existe + - Chirimoya - A la Crème à - Pendeco c'est + qu'un imbécile - Il appelait l'Indien Hijo de la Cingada - priétaire de 5 ou 6 im - je me suis levé à 2h. du matin et j'ai déjà bu un mouton - le câblogramme comportait 2 mots en sûreté - allons circulez Mes - ture les voyageurs pour Chatou - Toussaint Luca est maintenant à Poitiers - - - 003--La cravate et la montre - - [cravate] - -la cravate douloureuse que tu portes et qui t'orne ô civilisé ôte-la -si tu veux bien respirer -[montre, remontoir] - - comme l'on s'amuse bien - [bord droit de la montre] - - la beauté de la vie passe la douleur de mourir - [heures] - - mon cœur - les yeux - l'enfant - Agla - la main - Tircis - semaine - l'infini redressé par un fous de philosophe - les Muses aux portes de ton corps - le bel inconnu - et le vers dantesque luisant et cadavérique - les heures - [aiguilles] - - Il est – 5 - Et tout sera fini - - - 004--coeur, couronne et miroir - - [cœur] - - Mon Cœur semblable à une flamme renversée - [couronne] - -Les rois qui meurent tour à tour renaissent au cœur des poètes -[miroir] - -Dans ce miroir je suis enclos vivant et vrai comme on imagine les anges -et non comme sont les reflets -Guillaume Apollinaire - - - 005--Voyage - - [nuage] - - Adieu amour nuage qui fuis - et n'a pas chu pluie fécondante - refais le voyage de Dante - [oiseau] - - télégraphe - oiseau qui laisse tomber - ses ailes partout - [train] - - où va donc ce train qui meurt au loin - dans les vals et les beaux bois frais du tendre été si pâle - [ciel] - - la douce nuit lunaire et pleine d'étoiles - c'est ton visage que je ne vois plus - - - 006--Il pleut - -Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans -le souvenir c'est vous aussi qu'il pleur merveilleuses rencontres de -ma vie ô gouttelettes et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout -comme un univers de villes auriculaires écoute s'il pleut tandis que -le regret et le dédain pleurent une ancienne musique écoute tomber les -liens qui te retiennent en haut et en bas - - - 007--La petite auto - -Je n'oublierai jamais ce voyage nocturne ou nul de nous ne dit un mot -Ô départ sombre où mouraient nos 3 phares -ô nuit tendre d'avant la guerre -ô villages où se hâtaient les -maréchaux-ferrants rappelés -entre minuit et une heure du matin -vers Lisieux la très bleue -ou bien -Versailles d'or -et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu quyi avait éclaté. - - - 008--La mandoline l'œillet et le bambou - - [la mandoline] - -comme la balle à travers le corps le son traverse la vérité car la raison -c'est ton art femme -o batailles la terre tremble comme une ma[n]doline - - [l'œillet] - -Que cet œillet te dise la loi des odeurs qu'on n'a pas encore promulguée -et qui viendra un jour régner sur nos cerveaux bien + précise & -+ subtile que les sons qui nous dirigent -Je préfère ton nez à tous tes organes ô mon amie -Il est le trône de la future sagesse - - [le bambou] - -Ô nez de la pipe les odeurs-centre fourneau y forgent les chaînes univers -infiniment déliées qui lient les autres raisons formelles - - - 009--La colombe poignardée et le jet d'eau - - [colombe] - - douces figures poignardées - chères lèvres fleuries - Mia Mareye Yette Lorie - Annie et toi Marie - où êtes-vous ô jeunes filles - Mais près d'un jet d'eau qui pleure et prie - cette colombe s'extasie - [jet d'eau] - - Tous les souvenirs de naguère - Ô mes amis partis en guerre - Jaillissent vers le firmament - Et vos regards en l'eau dormant - Meurent mélancoliquement - Où sont-ils Braque et Max Jacob - Derain aux yeux gris comme l'aube - Où sont Raynal Billy Dalize - Dont les noms se mélancolisent - Comme des pas dans une église - Où est Cremnitz qui s'engagea - Peut-être sont-ils morts déjà - De souvenirs mon âme est pleine - Le jet d'eau pleure sur ma peine - [bassin] - -Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant -Le soir tombe Ô sanglante mer -Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière - - - 010--2e canonnier conducteur - - [trompette] - - As-tu connu la putain de Nancy - qui a foutu la vxxxxx à toute l'artillerie - l'artillerie ne s'est pas aperçu qu'elle avait mal au [cul] - [botte] - -Sacré nom de Dieu quelle allure nom de Dieu quelle allure cependant -que la nuit descend -[Notre-Dame] - -souvenirs de Paris avant la guerre ils seront bien plus doux -après la victoire -[Tour Eiffel] - -salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire -et tirera toujours aux Allemands -[obus] - - j'entends chanter l'oiseau le bel oiseau rapace - - - 011--Loin du pigeonnier - - Et vous savez pourquoi - Pourquoi la chère couleuvre - Se love de la mer jusqu'à l'espoir attendrissant de l'Est - Xexaèdres - barbelés - mais un secret - collines bleues - en sentinelle - Malourène 75 Canteraine - Ô gerbes des 305 en déroute - Dans la Forêt où nous chantons - - - 012--S.P. - - Qu'est-ce qu'on y met - Dans la case d'armons - Espèce de poilu de mon cœur - Pan pan pan - Perruque à perruque - Pan pan pan - Perruque à canon - Pour lutter contre les vapeurs - les lunettes pour protéger les yeux - au moyen d'un masque nocivité gaz - un tissu trempé mouchoir des nez - dans la solution de bicarbonate de sodium - les masques seront simplement mouillés des larmes de rire de rire - - - 013--Visée - - Chevaux couleur cerise limite des Zélandes - Des mitrailleuses d'or coassent des légendes - Je t'aime liberté qui veilles dans les hypogées - Harpe aux cordes d'argent ô pluie ô ma musique - L'invisible ennemi plaie d'argent au soleil - Et l'avenir secret que la fusée élucide - Entends nager le Mot poisson subtil - Les villes tour à tour deviennent des clefs - Le masque bleu comme met Dieu son ciel - Guerre paisible ascèse solitude métaphysique - Enfant aux mains coupées parmi les roses oriflammes - - 014--1915 - - 1915 - soldats de faïence et d'escarboucle - ô amour - - - 015--Carte postale - - Nous sommes bien - mais l'auto-bazar que l'on dit merveilleux - ne vient pas jusqu'ici - LUL - on les aura - faire suivre route transparente - France - - - 016--Saillant - - [quand survient la] torpille aérienne - Le balai de verdure - T'en souviens-tu - Il est ici dans les pierres - Du beau royaume dévasté - [à gauche] - - Salut le Rapace - Salut - [à droite] - - grain de blé - [fin du poème] - - Lou - Lou Verzy - Vive le capiston - - - 017--Échelon - - [à gauche] - - On tire contre avions - Verdun - [au centre] - - Le Ciel - Coquelicots - Flacon au col d'or - On a pendu la mort - A la lisière du bois - On a pendu la mort - Et ses beaux seins dorés - Se montrent tour à tour - [à droite] - - L'orvet - Le sac à malice - La trousse à boutons - - - 018--Madeleine - - [étoile] - - Dans le village arabe - Des Souvenirs - mais il y a d'autres chansons - - [lettre] - - Bonjour mon poète - Je me souviens de votre voix - Votre petite fée - Photographie tant attendue - [canons] - Far tiz rose - - - 018--Venu de Dieuze - - Halte là - [ficelle] - - mesure du doigt - Qui vive - France - Avance au ralliement - Halte là - Le Mot - Claire-Ville-Neuve-En-Cristal-Eternel - [portée] - - forte s'allantanado - funambule des lianes du printemps - tu assassines les arbres qui sont tes G.V.C. - La poule d'eau caquète et plonge à ton approche - Cantato - Ah ! mon Dieu m' quiot' fille - L'hommé qu' j'ai - C'est eun' mouq' dans d' l'huile - Tout à fouait - Couple des marais les turquoises - Hennissements partout - Amour sacré amour de la Patrie - Le général - Il était Antisthène et c'était Fabius - - - 019--Aussi bien que les cigales - - gens du midi ne savez pas M - gens du mi creuser que ais - di vous n' vous ne sa vous - avez donc vez pas vous savez - pas regar éclairer ni encore - dé les ciga voir Que vous boire com le jour - les que vous manque-t-il me les ci de gloire - donc pour gales ô se - voir aus gens du mi c ra - si bien di gens du reusez ce - que les soleil gens qui voyez bu lui - ciga devriez savoir vez pissez où - les creuser et voir comme vous - aussi bien pour le les ciga sau - moins aussi bien les rez - que les cigales creu - Eh quoi! vous savez gens du Midi il faut ser - boire et ne savez creuser voir boire pour - plus pisser utile pisser aussi bien que bien - ment comme les les cigales sor - cigales LA JOIE pour chan tir - ADORABLE ter com au - DE LA PAIX me elles so - SOLAIRE leil - - - - 020--Du coton dans les oreilles - - [première page] - - Tant d'explosifs sur le point vif ! - Ecris un mot si tu l'oses ? - Les points d'impact dans mon âme toujours en guerre - Ton troupeau féroce crache le feu - Ô Mégaphone - [écriteau] - - Les Cénobites tranquilles - [pluie] - -puis écoutez tomber la pluie si tendre et si douce -soldats aveugles perdus parmi les chevaux de frise sous la lune liquide -des Flandres à l'agonie sous la pluie fine la pluie su tendre et si douce -confondez-vous avec l'horizon beaux êtres invisibles sous la pluie fine -la pluie si tendre et si douce - Les longs boyaux où tu chemines - Adieu les cagnats d'artilleurs - - - - 021--Éventail des saveurs - - [coiffure] - - Attols singuliers - de brownings quel - goût de vivre Ah ! - [œil gauche] - - Des lacs versicolores - dans les glaciers solaires - [œil droit] - - Mes tapis de la saveur moussons des sons obscurs - et ta bouche au souffle azur - [doigt] - -1 tout petit oiseau qui n'a pas de queue et qui s'envole quand on lui en met une -[bouche] - - ouïs ouïs les pas le phonographe ouïs ouïs l'aloès - éclater et le petit mirliton - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Calligrammes, by Guillaume Apollinaire - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CALLIGRAMMES *** - -***** This file should be named 55569-0.txt or 55569-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/5/5/6/55569/ - -Produced by Laura Natal Rodriguez and Marc D'Hooghe at -Free Literature (online soon in an extended version,also -linking to free sources for education worldwide ... MOOC's, -educational materials,...) (Images generously made available -by the Hathi Trust) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, -and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive -specific permission. If you do not charge anything for copies of this -eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook -for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports, -performances and research. They may be modified and printed and given -away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks -not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the -trademark license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all -the terms of this agreement, you must cease using and return or -destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your -possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a -Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound -by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the -person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph -1.E.8. - -1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be -used on or associated in any way with an electronic work by people who -agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few -things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works -even without complying with the full terms of this agreement. See -paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this -agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm -electronic works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the -Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection -of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual -works in the collection are in the public domain in the United -States. If an individual work is unprotected by copyright law in the -United States and you are located in the United States, we do not -claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, -displaying or creating derivative works based on the work as long as -all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope -that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting -free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm -works in compliance with the terms of this agreement for keeping the -Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily -comply with the terms of this agreement by keeping this work in the -same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when -you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are -in a constant state of change. If you are outside the United States, -check the laws of your country in addition to the terms of this -agreement before downloading, copying, displaying, performing, -distributing or creating derivative works based on this work or any -other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no -representations concerning the copyright status of any work in any -country outside the United States. - -1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: - -1.E.1. The following sentence, with active links to, or other -immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear -prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work -on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the -phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, -performed, viewed, copied or distributed: - - This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and - most other parts of the world at no cost and with almost no - restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it - under the terms of the Project Gutenberg License included with this - eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the - United States, you'll have to check the laws of the country where you - are located before using this ebook. - -1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is -derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not -contain a notice indicating that it is posted with permission of the -copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in -the United States without paying any fees or charges. If you are -redistributing or providing access to a work with the phrase "Project -Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply -either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or -obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm -trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted -with the permission of the copyright holder, your use and distribution -must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any -additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms -will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works -posted with the permission of the copyright holder found at the -beginning of this work. - -1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm -License terms from this work, or any files containing a part of this -work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. - -1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this -electronic work, or any part of this electronic work, without -prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with -active links or immediate access to the full terms of the Project -Gutenberg-tm License. - -1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, -compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including -any word processing or hypertext form. However, if you provide access -to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format -other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official -version posted on the official Project Gutenberg-tm web site -(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense -to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means -of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain -Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the -full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1. - -1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, -performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works -unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. - -1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing -access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works -provided that - -* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from - the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method - you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed - to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has - agreed to donate royalties under this paragraph to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid - within 60 days following each date on which you prepare (or are - legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty - payments should be clearly marked as such and sent to the Project - Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in - Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg - Literary Archive Foundation." - -* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies - you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he - does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm - License. You must require such a user to return or destroy all - copies of the works possessed in a physical medium and discontinue - all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm - works. - -* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of - any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the - electronic work is discovered and reported to you within 90 days of - receipt of the work. - -* You comply with all other terms of this agreement for free - distribution of Project Gutenberg-tm works. - -1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project -Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than -are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing -from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The -Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm -trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below. - -1.F. - -1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -works not protected by U.S. copyright law in creating the Project -Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm -electronic works, and the medium on which they may be stored, may -contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate -or corrupt data, transcription errors, a copyright or other -intellectual property infringement, a defective or damaged disk or -other medium, a computer virus, or computer codes that damage or -cannot be read by your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium -with your written explanation. The person or entity that provided you -with the defective work may elect to provide a replacement copy in -lieu of a refund. If you received the work electronically, the person -or entity providing it to you may choose to give you a second -opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If -the second copy is also defective, you may demand a refund in writing -without further opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO -OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT -LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of -damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement -violates the law of the state applicable to this agreement, the -agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or -limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or -unenforceability of any provision of this agreement shall not void the -remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in -accordance with this agreement, and any volunteers associated with the -production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm -electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, -including legal fees, that arise directly or indirectly from any of -the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this -or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or -additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any -Defect you cause. - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of -computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It -exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations -from people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future -generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see -Sections 3 and 4 and the Foundation information page at -www.gutenberg.org - - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by -U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the -mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its -volunteers and employees are scattered throughout numerous -locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt -Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to -date contact information can be found at the Foundation's web site and -official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To SEND -DONATIONS or determine the status of compliance for any particular -state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. To -donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - |
