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-The Project Gutenberg EBook of Lexique comparé de la langue de Molière
-et des écrivains du XVIIe siècle, by François Génin
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle
-
-Author: François Génin
-
-Release Date: October 21, 2016 [EBook #53331]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LEXIQUE COMPARÉ DE LA LANGUE ***
-
-
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-
-Produced by Anna Tuinman, Hugo Voisard, Hans Pieterse and
-the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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- Au lecteur.
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- Ce livre électronique reproduit intégralement le texte original,
- et l’orthographe d’origine a été conservée. Seules quelques
- erreurs clairement introduites par le typographe ont été
- corrigées. La liste de ces corrections se trouve à la fin du
- texte.
-
- Également les corrections de l'Errata on été effectuées, la
- ponctuation a été corrigée par endroits, et les accents manquants
- sur les E majuscules ont été rétablis.
-
- Les notes ont été renumérotées de 1 à 104 et placées après le
- paragraphe auquel elles se rapportent.
-
-
-
-
- LEXIQUE COMPARÉ
-
- DE LA
-
- LANGUE DE MOLIÈRE.
-
-
-
-
- PARIS.--TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,
- RUE JACOB, 56.
-
-
-
-
- LEXIQUE COMPARÉ
- DE LA
- LANGUE DE MOLIÈRE
- ET DES
- ÉCRIVAINS DU XVIIe SIÈCLE,
-
- SUIVI D’UNE LETTRE
- A M. A. F. DIDOT,
- SUR QUELQUES POINTS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE,
-
- PAR F. GÉNIN,
- PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE STRASBOURG.
-
-
- PARIS,
- LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,
- IMPRIMEURS DE L’INSTITUT,
- RUE JACOB, 56.
-
- 1846.
-
-
-
-
- A
-
- J.P. DE BÉRANGER.
-
-
-Voici un livre sur la langue du plus admirable écrivain qui jamais ait
-fait parler la raison et l’esprit en français. On vit chez lui, de
-niveau, le caractère de l’homme et le génie du poëte. La dédicace de
-cet ouvrage revenait de droit au dernier et plus proche parent de celui
-qui en a fourni la matière. Recevez-la donc, mon cher Béranger, comme
-l’hommage d’une sincère admiration et de l’affection la plus dévouée.
-
- F. GÉNIN.
-
- Du Bignon, 1er Octobre 1846.
-
-
-
-
- PRÉFACE.
-
-
-Notre langue française présente une particularité curieuse, que je
-doute qui se rencontre dans aucune autre langue moderne: c’est qu’elle
-a été formée deux fois sur le même type, en suivant chaque fois un
-procédé différent. Depuis sa naissance, vers le Xe siècle, jusqu’à
-la fin du XVe, le français se transforma lentement du latin, par des
-règles constantes que j’ai essayé d’entrevoir ailleurs, et qui sans
-doute finiront par être saisies et mises complétement à découvert.
-Au XVIe siècle, la ferveur de la renaissance méconnut, rejeta
-dédaigneusement tout ce qui s’était produit jusqu’alors; et l’esprit
-d’érudition, pour ne rien dire de pis, recommença la langue, mais sans
-garder aucune des règles et des lois qui avaient présidé jadis à sa
-naissance. Les savants renversèrent brusquement toutes les digues, pour
-laisser le latin et le grec faire irruption chez nous. Le déluge, à
-leur gré, ne pouvait jamais être assez prompt ni assez considérable. Ce
-flot turbulent jeta le désordre dans notre langue jusque-là si calme
-et si reposée; et elle éprouva de cette secousse un dérangement si
-profond, que jamais elle ne put reprendre son cours dans la direction
-précise où elle l’avait commencé.
-
-Mais le peuple, qui n’a point l’impétuosité des savants; le peuple,
-qui s’était fabriqué, à force de sens et d’expérience, un langage
-excellent, plein d’unité, de logique, approprié surtout aux
-délicatesses de l’oreille et rompu à celles de la pensée, le peuple
-demeura fidèle à ses habitudes: il continua de parler comme par
-le passé, et laissa les savants écrire à leur guise; de là deux
-espèces de langue française. Celle du peuple était la meilleure et
-la mieux faite, je n’en doute pas; mais celle des savants était la
-plus complète: et comme après tout c’est la classe lettrée qui fait
-marcher les idées, il fallut bien, en recevant l’idée, recevoir aussi
-l’expression. Mais la résistance aux nouveautés ne cède chez le
-peuple qu’à la dernière extrémité, et tout ce qu’il a pu soustraire à
-l’influence moderne, il le retient, et refuse encore à cette heure de
-s’en dessaisir. Les lettrés eux-mêmes ont été, sur bien des points,
-obligés de plier à l’obstination du peuple, et de laisser debout, au
-milieu de leur langue reconstruite, une foule de vestiges de l’ancien
-usage. Ces débris isolés, ruinés, noircis par l’âge, n’offrent plus de
-sens aux générations modernes, qui passent et repassent sans y faire
-attention, ou n’y prennent garde que pour en rire et les mépriser: la
-sagesse des pères est devenue folie aux yeux de leurs enfants. Cette
-espèce d’impiété filiale traîne avec soi son châtiment: l’ignorance
-orgueilleuse de notre propre idiome. Et le mal n’est pas près de
-cesser: la tradition, qui perpétue les expressions de la première
-langue française, créée uniquement par ceux qui parlaient, tend chaque
-jour à s’affaiblir par l’influence de ceux qui écrivent. C’est un vrai
-malheur, car le génie natif du français est avec le peuple, et non avec
-les lettrés. Le XVIIe siècle, comme plus voisin que nous de la vieille
-et saine tradition, la laisse aussi paraître davantage dans ses œuvres,
-indépendamment du talent individuel des auteurs. Cela est si vrai,
-que, même les écrivains de second et de troisième ordre, portent dans
-leur style je ne sais quelle saveur particulière qui en révèle tout
-de suite la date. C’est ce que prétendait Courier lorsqu’il soutenait,
-avec une hyperbole évidente, que la cuisinière de madame de Sévigné
-écrivait mieux que pas un académicien de nos jours.
-
-Mais on ne saurait le nier: ce que, par une heureuse expression, M.
-Nisard appelle l’excès de l’esprit académique, appauvrit notre langue
-sous prétexte d’élégance, l’enchaîne sous prétexte de correction, et
-l’enroidit sous prétexte de dignité. Les grammairiens se mêlant de
-l’affaire, ont achevé de tout gâter avec leurs décisions arbitraires,
-leurs distinctions, leurs finesses, et, s’il faut tout dire, en
-appelant sans cesse leur triste imagination au secours de leur
-ignorance, pour expliquer, définir, motiver ce qu’ils ne soupçonnent
-pas.
-
-Il est donc urgent de retremper notre langue à ses sources antiques et
-populaires, si nous voulons sauver son génie agonisant. Pour nous y
-préparer, le premier soin à prendre, c’est de substituer à l’autorité
-usurpée des puristes qui ne sont pas autre chose, l’autorité des
-grands écrivains qui n’étaient pas puristes. Avec le même zèle que le
-XVIIe siècle mettait à réclamer les libertés gallicanes, réclamons
-les libertés de style du XVIIe siècle: les unes comme les autres sont
-fondées sur le droit et la raison.
-
-C’est la pensée qui a inspiré ce Lexique: l’auteur s’y est proposé de
-recueillir toutes les expressions et les tournures qui constituent
-la langue de Molière; de les relever, non pas une seule fois, mais
-autant de fois qu’elles se rencontrent. Cette méthode a paru nécessaire
-pour constater l’habitude ou l’intention du grand écrivain, et pour
-déterminer la portée réelle de son exemple.
-
-L’autorité étant l’esprit de ce travail, j’ai cru devoir fortifier
-à l’occasion celle de Molière par celle de ses plus illustres
-contemporains, la Fontaine, Pascal, Racine, Bossuet, la Bruyère; et je
-n’ai pas craint de les appuyer tous sur Montaigne, Rabelais, et les
-poëtes du moyen âge.
-
-_Obsequium vestrum sit rationabile._ C’est pour me conformer à ce
-précepte de saint Paul, que je n’ai point négligé la discussion
-de l’autorité; car l’autorité ne mérite la confiance, mère de la
-soumission, qu’autant qu’elle représente la raison et la justice.
-
-C’est pourquoi, aussi souvent que je l’ai pu, j’ai tâché de lui
-procurer ces deux bases solides dans les origines de notre langue et
-jusqu’au sein de la langue latine. J’ai poursuivi dans cet ouvrage le
-développement et la preuve des idées émises dans mon essai sur _les
-Variations du langage français_. J’aurais pu borner mon travail à une
-simple nomenclature; mais la discussion critique de divers points de
-philologie obscurs ou mal connus m’a semblé indispensable pour donner à
-ce livre toute son utilité. La question n’est pas seulement de savoir
-comment a parlé Molière, mais pourquoi il a parlé de la sorte, et quel
-droit il en avait. Le résultat doit montrer qu’il nous faut reprendre
-certaines tournures, certaines expressions; en bannir certaines autres
-ou les corriger, conformément à l’usage primitif. Le but de cet ouvrage
-est de seconder ceux qui déplorent de voir se resserrer chaque jour
-le domaine de notre langue et voudraient lui restituer ses anciennes
-limites. En un mot, de Molière comme d’un point central et culminant,
-j’essaye de porter le regard sur toute l’étendue de la langue
-française. Cette contemplation attentive ne saurait, je m’assure,
-produire que d’heureux effets.
-
-Ce travail, fruit d’une admiration bien vive pour l’auteur de _Tartufe_
-et du _Misanthrope_, pourrait cependant devenir une arme offensive
-aux mains d’un ennemi de Molière; j’entends un ennemi de mauvaise foi
-(Molière en peut-il avoir d’autres?). En effet, je n’éclaire que la
-partie de son style ou défectueuse ou douteuse: ce sont des archaïsmes,
-des négligences, des expressions risquées, de mauvaises métaphores,
-des fautes à lui particulières, ou communes à toute son époque, etc.,
-etc. Mais tant de sublimes beautés dont il foisonne n’obtiennent ici
-aucune mention; la raison en est bien simple: le premier mérite de ces
-beautés, c’est d’être parfaitement correctes; dès lors elles ne sont
-plus de mon domaine: la rhétorique peut les faire admirer, la grammaire
-n’a rien à y voir.
-
-Ce qu’il y a de beau dans Molière frappe d’abord tous les regards; au
-contraire, il faut un commentateur pour vous arrêter, sur les endroits
-qui prêtent à l’épilogue. Mais il serait injuste d’en rien conclure ni
-contre Molière ni contre ce commentateur, de ne supposer dans l’un que
-des fautes, et dans l’autre que le sentiment de ces fautes.
-
-
-Je me suis servi, pour mon travail, de plusieurs éditions, en ayant
-soin de les conférer avec les éditions originales des pièces séparées
-qui existent soit à la bibliothèque du Roi, soit dans celle de M.
-Ambroise-Firmin Didot, à qui j’en offre ici mes remercîments. Aussi ne
-devra-t-on pas s’étonner que certaines leçons données comme variantes
-n’aient pas été consignées dans ce recueil. Ce n’est point omission, ou
-qu’on ait méconnu l’importance de ces variantes: c’est qu’elles ne sont
-pas authentiques. Deux exemples suffiront.
-
-Dans la fameuse scène du second acte des _Fourberies de Scapin_, M.
-Auger a reçu partout dans son texte cette leçon: «Que diable allait-il
-faire A _cette galère_?» et il met au bas de la page: «Variante: DANS
-_cette galère_,» sans indiquer d’où est prise la nouvelle leçon qu’il
-adopte. Mais on doit la supposer certaine, puisque, dans sa préface,
-M. Auger assure qu’il a donné partout le texte vrai, _le texte des
-éditions originales_[1].
-
- [1] «Un point sur lequel je m’exprimerai avec une entière
- assurance, parce qu’il est un pur objet de patience et
- d’exactitude, c’est la correction du texte.......... J’ai suivi
- ces éditions originales avec une exactitude scrupuleuse.»
- (_Avertissement_, p. XVIII et XXII.)
-
-_Les Fourberies de Scapin_ furent représentées pour la première fois en
-1671, le 24 mai. L’édition originale donnée par l’auteur est de la même
-année, chez Pierre Lemonnier. On lit à la suite du privilége: «Achevé
-d’imprimer le 18 aoust 1671.» On ne peut douter que ce ne soit bien
-là la première édition. Eh bien! dans la scène dont il s’agit, il y a
-partout, DANS _cette galère_[2].
-
- [2] Cette pièce est fort rare; la bibliothèque du Roi ne la
- possède pas. Je dois à l’obligeance de M. A. F. Didot d’avoir
- pu faire cette vérification, et beaucoup d’autres non moins
- importantes.
-
-
-Dans _Tartufe_, acte V, scène 1re:
-
- ORGON.
-
- Quoi! _sur_ un beau semblant de ferveur si touchante,
- Cacher un cœur si double, une âme si méchante!
-
-«Toutes les éditions, dit M. Auger, toutes les éditions _sans
-exception_ portent _sur un beau semblant_. Cependant, _cacher un cœur
-double_ SUR _un beau semblant_ est une figure si peu exacte dans les
-termes, et il était si naturel d’écrire SOUS _un beau semblant_, qu’il
-est impossible de ne pas supposer une faute d’impression.»
-
-La première édition de _l’Imposteur_ est de 1669, et le titre porte
-cette note: _Imprimé aux despens de l’autheur_[3]. Ainsi, pour le
-remarquer en passant, ce chef-d’œuvre du génie humain, qui devait faire
-la gloire éternelle de la France et la fortune de tant de libraires,
-_Tartufe_, à son apparition, ne put trouver un éditeur! l’auteur
-fut obligé de l’imprimer à ses dépens. Le trait m’a semblé digne
-d’être recueilli, ne fût-ce que pour la consolation de tant d’auteurs
-contemporains, qui, ayant déjà ce point de commun avec Molière,
-pourront rêver le reste, et se promettre dans la postérité l’achèvement
-de la ressemblance.
-
- [3] De la bibliothèque de M. A. F. Didot.
-
-Je n’ai point examiné toutes les autres éditions de _Tartufe_; sur le
-témoignage de M. Auger, je crois volontiers qu’elles portent _sur un
-beau semblant_; mais je puis affirmer que l’édition de 1669, l’édition
-originale, donne sous _un beau semblant_.
-
-Si j’ai relevé ces deux erreurs, ce n’est pas pour accuser mon
-prochain, mais plutôt pour me faire un droit à l’indulgence, en
-montrant combien, dans le travail même le plus soigné et le plus
-consciencieux, il est difficile de se garantir de toute inexactitude.
-
-
-Les exemples ont été disposés dans l’ordre chronologique des pièces,
-afin qu’on puisse remarquer les progrès du style de Molière. J’ai pris
-soin d’indiquer le nom du personnage qui parle, toutes les fois que
-son caractère ou sa condition pouvait suggérer quelque doute sur la
-pureté de son langage, par exemple, si c’est un valet, un pédant, une
-précieuse, etc.
-
-Pour faciliter les vérifications, je dois prévenir que lorsque je cite
-les œuvres de Voltaire, tel volume, telle page, il s’agit de l’édition
-de M. Beuchot;
-
-Les _Pensées_ de Pascal, c’est le texte donné par M. Cousin, et suivi
-d’un petit lexique qui m’a servi d’un utile auxiliaire;
-
-Les fabliaux de Barbazan, c’est l’édition originale, en trois volumes
-in-12, et non celle de M. Meon, en quatre volumes in-8°;
-
-Montaigne, c’est l’édition _Variorum_ du Panthéon littéraire.
-
-J’ai rencontré souvent l’occasion de toucher à des théories exposées
-dans mes _Variations du langage français_, soit pour m’en appuyer, soit
-pour les fortifier. Ces théories ne se trouvant point ailleurs, on me
-pardonnera, j’espère, comme une nécessité de position, d’y renvoyer
-quelquefois. Ce n’est pas pour la satisfaction puérile de me citer
-moi-même; c’est pour épargner le temps du lecteur.
-
-
-
-
- VIE DE MOLIÈRE.
-
-
-
-
- CHAPITRE PREMIER.
-
- Naissance de Molière.--Ses études.--Il se fait comédien
- ambulant.--Il débute à Paris par _les Précieuses ridicules_.
-
-
-L’histoire des grands écrivains est l’histoire de leurs ouvrages. C’est
-là que viennent se refléter, comme en un miroir, leur cœur et leur
-esprit, tout ce qu’il importe de connaître d’un homme.
-
-Jean-Baptiste Poquelin, qui prit plus tard le nom de Molière, fut
-baptisé à Paris, dans l’église de Saint-Eustache, le 15 janvier
-1622[4]. Le public, qui attache un grand prix aux circonstances
-matérielles de la vie des hommes illustres, a longtemps répété que
-Molière naquit sous les piliers des Halles. Des découvertes récentes
-constatent qu’en 1622 le père de Molière, tapissier, habitait, au coin
-de la rue des Vieilles-Étuves et de la rue Saint-Honoré, une maison
-appelée la maison ou le pavillon des Singes, à cause d’un poteau
-sculpté placé à l’encoignure, et représentant des singes grimpés sur
-un pommier. Les amateurs de rapprochements et de présages ne perdront
-rien à transporter le berceau de notre poëte comique de la maison des
-Halles à la maison des Singes. Au reste, cette maison est aujourd’hui
-démolie, et une partie de l’emplacement a servi à élargir la voie
-publique. Cela n’empêche pas qu’une inscription officielle ne désigne
-comme maison natale de Molière une maison de la rue de la Tonnellerie.
-De même, dans le cimetière de l’Est, vous verrez un sarcophage décoré
-du nom de Molière, et un autre du nom de la Fontaine, bien que depuis
-longtemps les cendres de Molière et celles de la Fontaine aient été
-égarées ou dispersées. Ces monuments trompeurs sont destinés à amuser
-la curiosité publique; c’est, si l’on veut, une sorte d’hommage à
-d’illustres mémoires: mais, si l’on prend les choses au sérieux, il ne
-faut chercher à Paris ni le berceau ni la tombe de Molière.
-
- [4] On n’a point la date positive de la naissance de Molière,
- mais on a l’acte de mariage de ses père et mère, du 27 avril
- 1621. Tous les anciens biographes de Molière le font naître, par
- une erreur manifeste, en 1620 ou 1621. Il est probable qu’il fut
- baptisé le jour même de sa naissance; s’il en était autrement,
- l’acte de baptême l’indiquerait, selon l’usage constant du
- dix-septième siècle.
-
-Les Poquelin étaient tapissiers de père en fils, et même, depuis Louis
-XIII, tapissiers valets de chambre du roi. Jean-Baptiste, comme l’aîné
-de dix enfants, était réservé à ce glorieux héritage; il s’en créa par
-son génie un plus glorieux encore. Cependant, comme on ne peut, quelque
-chemin qu’on prenne, éviter complétement sa destinée, Molière porta
-plus tard le titre de valet de chambre du roi; seulement il n’en fut
-pas tapissier.
-
-A cette époque, l’instruction était l’apanage exclusif de la noblesse
-et du clergé; les bourgeois, voués au commerce, n’étudiaient point.
-Le génie de Molière ne s’accommoda pas de l’ignorance traditionnelle;
-le besoin impérieux d’apprendre ne tarda pas à se révéler en lui, et
-M. Poquelin le père vit avec horreur, comme la famille Boileau, dans
-la poussière de sa boutique, _un poëte naissant_. Il fallut céder
-toutefois, et Jean Poquelin consentit à ce que son fils Jean-Baptiste
-fréquentât comme externe le collége de Clermont. Autre sujet de
-rapprochement: l’auteur futur de _Tartufe_ étudiant chez les jésuites!
-
-Molière à dix ans était orphelin de mère, et n’avait pour le _gâter_
-que son aïeul Nicolas Poquelin. De fortune, il se trouva que ce
-grand-père aimait le théâtre, et conduisait volontiers son petit-fils à
-la comédie. On la jouait à l’hôtel de Bourgogne, et les grands acteurs
-comiques de ce temps-là étaient Gautier-Garguille, Gros-Guillaume, et
-Turlupin. Les poëtes en renom s’appelaient Monchrétien, Hardy, Baro,
-Scudéry, Desmarets; et à leur suite, fort éloigné de pouvoir lutter
-contre de tels maîtres, un jeune homme, natif de Rouen, nommé Pierre
-Corneille: mais celui-ci ne comptait pas. Ce fut l’école où Molière
-allait étudier l’art dramatique, et qui, sans doute, éveilla dans son
-sein les premières ardeurs du génie.
-
-Il terminait en même temps de solides études. Son cours de philosophie,
-qu’il fit sous Gassendi avec Bernier, Hénault, Chapelle et Cyrano de
-Bergerac, eut cet avantage, observe Voltaire, que les élèves du bon
-prêtre de Digne échappèrent du moins à la barbarie scolastique. Molière
-étudia ensuite le droit et même la théologie, si l’on en croit le
-témoignage de Tallemant des Réaux. Tallemant veut que Molière, destiné
-par sa famille à l’état ecclésiastique, ait déserté la Sorbonne, et se
-soit fait comédien de campagne pour suivre la Béjart, dont il était
-amoureux. Mais c’est là une _historiette_ au moins suspecte, comme bon
-nombre d’autres recueillies par le même auteur.
-
-Le cardinal de Richelieu, passionné pour le théâtre, en avait
-généralement répandu le goût: la comédie bourgeoise était à la mode.
-Au commencement de la régence, nous retrouvons Molière à la tête
-d’un théâtre de société qui avait pris le nom pompeux de l’_Illustre
-Théâtre_. Bientôt les troubles politiques obligèrent les acteurs de cet
-_illustre théâtre_ à quitter Paris, et à courir la province. Molière
-mena quelques années cette vie nomade et aventureuse, si plaisamment
-dépeinte par Scarron. A Bordeaux, il fait jouer une tragédie de sa
-façon, _la Thébaïde_, dont plus tard il donnera le sujet au petit
-Racine; à Nantes, il lutte avec désavantage contre les marionnettes
-d’un Vénitien; Vienne le console par des applaudissements fructueux;
-puis il revient à Paris, et va faire la révérence au prince de Conti,
-son ancien camarade du collége de Clermont, désormais son fidèle
-protecteur; puis il repart pour Lyon, auteur, acteur, directeur, et,
-par-dessus le marché, amant tantôt heureux, tantôt rebuté, de Madeleine
-Béjart, de mademoiselle du Parc, et de mademoiselle de Brie. Il visite
-Avignon, Béziers, Pézénas, Narbonne, Montpellier, où il a l’honneur
-de divertir les états de Languedoc, tenus par le prince de Conti.
-Il échappe au poste éminent de secrétaire de son altesse, il garde
-son indépendance, qu’il promène d’Avignon à Rouen avec des fortunes
-diverses, sifflé dans un endroit, accueilli dans un autre, souvent
-malaisé, et toujours honnête homme.
-
-Contre les écueils dont une pareille vie est semée, combien eussent
-fait naufrage! Molière en sortit sain et sauf, parce que le ciel lui
-avait départi une droiture et une probité aussi extraordinaires que son
-génie. Grâce à cette libéralité peu commune de la nature, Molière se
-donna impunément la meilleure éducation que puisse recevoir un poëte
-comique: il eut de bonne heure l’expérience de la vie, et à peu près
-gratis, puisqu’il n’en coûta rien à son caractère, ni à ses mœurs.
-
-Dans cette pratique de la philosophie qu’il avait apprise chez
-Gassendi, il atteignait la quarantaine. C’est alors qu’il rentra
-à Paris pour s’y fixer, pour utiliser son abondante récolte
-d’observations, et commencer cette éclatante carrière qui aurait pu se
-prolonger un demi-siècle, et qui se ferma au bout de treize ans!
-
-Molière, arrivé à trente-huit ans, n’avait encore produit que quelques
-canevas informes, _le Docteur amoureux_, _la Jalousie de Barbouillé_,
-_le Grand benêt de fils_, et deux comédies régulières, _l’Étourdi_
-et _le Dépit amoureux_, toutes deux calquées sur les _imbroglios_
-italiens, mais où se font déjà remarquer des traits précieux de vérité
-qui décèlent Molière. La comédie moderne n’existait pas, ou n’existait
-que comme une imitation de la comédie antique, soit que cette imitation
-fût directe, soit qu’elle passât par l’intermédiaire de l’Espagne ou de
-l’Italie. Les poëtes, depuis la renaissance, avaient toujours tenu les
-yeux attachés sur les Romains et les Grecs; personne ne s’était encore
-avisé de regarder ses contemporains. Le poëte doué de l’originalité la
-plus puissante, Molière, à son début, suivit la route commune: il imita.
-
-_Les Précieuses ridicules_ (1659) ouvrirent une ère nouvelle. A partir
-de ce moment, Molière sentit qu’il avait trouvé sa voie. «Je n’ai plus
-que faire, dit-il, d’étudier Aristophane, Térence, ni Plaute.» Il
-n’avait, sans porter si loin ses regards, qu’à copier les ridicules
-qui vivaient et se mouvaient autour de lui. Désormais les anciens lui
-fourniront encore quelques détails accessoires, quelques procédés
-dramatiques, mais ils ne seront plus ses modèles. Ses modèles seront
-pris dans la société contemporaine.
-
-Il est certain, quoi qu’en aient dit Voltaire et M. Rœderer après
-lui, que _les Précieuses_ furent composées à Paris, et représentées
-pour la première fois à Paris. Il ne s’agit point là d’un ridicule de
-province, mais du ridicule de l’hôtel de Rambouillet. M. Rœderer, dans
-son _Histoire de la société polie_, a beaucoup insisté sur l’injustice
-prétendue de Molière, et sur les éminents services rendus au langage
-par la coterie de madame de Rambouillet. Cette thèse a fait fortune,
-par un air piquant et paradoxal. Que l’hôtel de Rambouillet ait exercé
-une grande influence sur la langue française, je ne prétends pas le
-nier; mais que cette influence ait été salutaire, c’est ce qui est
-très-contestable. Pour moi, je suis d’un avis opposé. Ce n’est pas ici
-le lieu de discuter ce point: je me contenterai de dire en bref que
-les précieuses ont réformé ce que, les trois quarts du temps, elles
-ne comprenaient pas; et qu’à la franche allure, à l’ampleur native de
-notre langue, elles ont substitué un esprit de circonspection étroite,
-des habitudes guindées, maniérées, en un mot, une _préciosité_ qui est
-devenue son caractère essentiel, et dont il est à craindre qu’elle
-ne puisse jamais se débarrasser. C’est payer bien cher une douzaine
-de mots dont les précieuses ont enrichi le dictionnaire. Molière en
-écrivant s’est constamment affranchi de leur joug; autant en a fait la
-Fontaine: mais qui oserait aujourd’hui écrire la langue de la Fontaine
-et de Molière? Celle de Rabelais ou de Montaigne, il n’en faut point
-parler: ce sont trésors à jamais fermés; nous sommes condamnés à les
-admirer de loin sans en pouvoir approcher, condamnés à écrire et à
-parler _précieux_.
-
-Molière, dans son instinct de vieux Gaulois, avait parfaitement senti
-la portée de cette _société polie_ et de son œuvre. Il l’attaqua dès
-son premier pas dans la lice; et lorsque la mort vint le surprendre,
-elle le trouva encore occupé à combattre les précieuses ou les femmes
-savantes[5].
-
- [5] _Les Précieuses ridicules_ sont de 1659; _les Femmes
- savantes_, de 1672. Molière mourut au commencement de 1673.
-
-
-
-
- CHAPITRE II.
-
- Mariage de Molière.--Molière se brouille avec Racine.--Il est
- accusé d’inceste.--Louis XIV le protége.
-
-
-Le 20 février 1662, qui était le jour du lundi gras de cette
-année, à la paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois, Molière épousa
-Armande-Gresinde-Claire-Élisabeth Béjart, sœur et non pas fille de
-Madeleine Béjart, avec qui il avait entretenu une longue et intime
-liaison. Molière avait quarante ans, et sa femme dix-sept! Elle était
-charmante, remplie de grâces et de talents, chantant à merveille
-le français et l’italien; excellente actrice, et sachant animer la
-scène lors même qu’elle ne faisait qu’écouter; mais d’une coquetterie
-indomptable, qui fit le désespoir et le malheur de Molière, car il en
-fut, jusqu’à la fin de sa vie, éperdument amoureux. Madame ou plutôt
-mademoiselle Molière, comme l’on disait alors, n’était pas cependant
-une beauté accomplie: mademoiselle Poisson nous la représente petite,
-avec une très-grande bouche et de très-petits yeux[6]. Il est vrai
-que mademoiselle Poisson était la camarade de mademoiselle Molière;
-mais Molière a tracé de sa femme le même portrait, dans une scène du
-_Bourgeois gentilhomme_:
-
- «COVIELLE. Vous trouverez cent personnes qui seront plus dignes
- de vous. Premièrement, elle a les yeux petits.--CLÉONTE. Cela
- est vrai, elle a les yeux petits; mais elle les a pleins
- de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde, et
- les plus touchants qu’on puisse voir.--Elle a la bouche
- grande.--Oui; mais on y voit des grâces qu’on ne voit point
- aux autres bouches; et cette bouche, en la voyant, inspire
- des désirs; elle est la plus attrayante, la plus amoureuse du
- monde.--Pour sa taille, elle n’est pas grande.--Non, mais elle
- est aisée et bien prise[7], etc., etc.»
-
- C’est ainsi qu’un amant dont l’ardeur est extrême
- Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime.
-
- [6] _Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière_, dans le
- _Mercure_ de mai 1740.
-
- [7] Acte III, scène 9.
-
-Molière, comme l’on voit, avait pour l’objet de son amour d’aussi
-bons yeux qu’Alceste en a pour Célimène. Son malheur était de voir sa
-faiblesse, d’en rougir, et de ne pouvoir la surmonter. Toutes les fois
-qu’il peint des scènes de tendresse, de jalousie, de brouille et de
-raccommodement, c’est sa femme qu’il regarde, c’est sa propre histoire
-qu’il retrace. Il ne faut donc pas s’étonner de la vérité du tableau,
-mais plaindre le malheureux artiste.
-
-Les torts d’Armande Béjart furent si répétés et ses infidélités si
-publiques, qu’après trois ans de mariage et la naissance de leur
-second enfant, il fallut en venir à une séparation. Seulement, par
-égard pour les bienséances, Molière exigea que sa femme n’allât point
-demeurer dans un autre logis que le sien; mais ils ne se voyaient
-plus qu’au théâtre. Molière avait une petite maison à Auteuil, où il
-se réfugiait, au milieu de ses amis, contre le bruit de la ville et
-les chagrins domestiques. C’est dans une de ces réunions qu’eut lieu
-l’anecdote si connue du souper, attestée par Racine fils, qui la tenait
-de son père. Nous voyons qu’à cette époque déjà la santé de Molière
-était altérée, puisqu’il était au régime du lait pour sa poitrine,
-et dut à cette circonstance d’échapper à l’ivresse générale de ses
-convives.
-
-
-_L’École des maris_, _les Fâcheux_, _l’École des femmes_, qui se
-succédèrent rapidement, avaient placé Molière très-haut dans l’estime
-du public, et commencé de lui donner part dans l’amitié du roi, cette
-amitié qui lui fut si utile, et lui servit de bouclier contre la rage
-envenimée de ses ennemis. Molière, bien venu à la cour, bien venu
-du surintendant Fouquet, lié avec Racine, Boileau, Chapelle et la
-Fontaine; Molière, admiré, fêté, il n’en fallait pas la moitié tant
-pour déchaîner l’envie. Molière jouait au Palais-Royal: Montfleury,
-l’homme important de la troupe rivale, qui jouait à l’hôtel de
-Bourgogne, osa présenter au roi une requête dans laquelle il accusait
-Molière d’avoir _épousé sa propre fille_! Molière n’eut pas de peine
-à repousser cette infâme calomnie, à laquelle personne n’ajouta foi
-un seul instant. Racine, pour qui Molière avait été un bienfaiteur,
-Racine, brouillé avec Molière pour un intérêt d’amour-propre, une
-misérable querelle de coulisses, Racine, écrivant cette indignité à son
-fils, ajoute froidement: _Mais Montfleury n’est pas écouté à la cour_.
-Il est triste d’être obligé de le dire, Racine n’avait pas une de ces
-âmes énergiquement trempées à la façon de Corneille ou de Molière; il
-n’était pas susceptible d’éprouver
-
- ..... ces haines vigoureuses
- Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
-
-On sait comment il se retourna contre ses maîtres de Port-Royal.
-Racine était dévot et courtisan: dévot sincère, je le veux croire; et
-courtisan malhabile, cela est évident. En cette occasion, il ne devina
-pas la pensée du roi. Louis XIV ferma la bouche aux calomniateurs, en
-tenant sur les fonts de baptême le premier enfant de Molière; madame
-Henriette fut la marraine[8].
-
- [8] Le roi fut représenté par le duc de Créquy, premier
- gentilhomme de la chambre, ambassadeur à Rome; madame de
- Choiseul, maréchale du Plessis, représenta madame Henriette.
- L’acte est du 28 février 1664; il est rapporté dans l’_Histoire
- de la vie et des ouvrages de Molière_, par M. J. Taschereau, 3e
- édit., p. 237.
-
-Louis XIV ne manqua jamais l’occasion de témoigner l’estime qu’il
-faisait de Molière. Il l’honorait d’une familiarité publique; il lui
-avait accordé les petites entrées; un jour il le fit manger dans sa
-chambre, et dit aux courtisans survenus: «Vous me voyez occupé de faire
-manger Molière, que mes officiers ne trouvent pas assez bonne compagnie
-pour eux.» On sait que le roi avait dansé un rôle d’Égyptien dans le
-ballet du _Mariage forcé_. Une autre fois il tança vertement le duc de
-la Feuillade, son impertinent favori, qui s’était permis envers Molière
-un outrage brutal. Enfin, Louis XIV aimait Molière, cela soit dit à
-l’éternel honneur de l’un et de l’autre; il l’aimait non par égoïsme,
-comme on l’a voulu dire, et pour le plaisir d’en être flatté. Si la
-vanité du monarque eût seule inspiré son affection, on l’eût vu en
-montrer une pareille à Lulli, à Racine, à tant d’autres, plus empressés
-courtisans que Molière; et il est certain que de tous les grands
-hommes de ce règne aucun ne posséda au même degré que Molière l’amitié
-de Louis XIV. Ne cherchons pas à rabaisser par une interprétation
-malveillante le prix d’un noble sentiment: Louis XIV aimait Molière en
-vertu de cette sympathie qui rapproche invinciblement les grandes âmes.
-Le roi s’est honoré en protégeant le poëte; aujourd’hui qu’ils sont
-entrés l’un et l’autre dans la postérité, les rôles sont intervertis,
-et c’est la mémoire du grand poëte qui protége à son tour la mémoire du
-grand roi.
-
-Le moment est arrivé où Molière va le plus avoir besoin de l’appui
-de Louis XIV. Tourner en ridicule les petits marquis, c’était déjà
-passablement audacieux; mais attaquer les hypocrites!... Nous allons
-voir Molière préluder au coup terrible qu’il leur porta dans _Tartufe_.
-
-
-
-
- CHAPITRE III.
-
- Le _Don Juan_ de Tirso de Molina et celui de Molière.--Fureur
- des hypocrites en voyant les _Provinciales_ transportées sur le
- théâtre.
-
-
-On jouait alors sur tous les théâtres de Paris, sans en excepter
-celui des Marionnettes, _le Festin de Pierre_, traduit ou imité de
-l’espagnol, de Tirso de Molina. Le héros de cette pièce, don Juan
-Tenorio, a véritablement existé. Les chroniques de Séville en font
-mention; il siégeait parmi ces magistrats ou administrateurs publics
-qu’on appelait les vingt-quatre; il enleva réellement doña Anna,
-et lui tua son père, sans qu’il fût possible à la famille outragée
-d’obtenir justice. Les franciscains résolurent de délivrer Séville d’un
-homme qui était l’effroi général. Ils trouvèrent moyen, par l’appât
-d’un rendez-vous, d’attirer don Juan, le soir, dans leur église, où
-était enterré le commandeur. Don Juan ne reparut jamais. Les moines
-répandirent sur son compte cette terrible et merveilleuse légende, qui
-est devenue la source de tant de poésie.
-
-Un religieux de la Merci, Fray-Gabriel Tellez, qui, sous le nom
-de Tirso de Molina, a enrichi la scène espagnole de plusieurs
-chefs-d’œuvre, envisagea le sujet de don Juan avec l’œil du génie.
-Son drame est profondément empreint d’une horreur religieuse. Les
-scènes de la statue avec le débauché, le souper dans le sépulcre du
-commandeur, sont de nature à faire frissonner un auditoire populaire,
-surtout un auditoire espagnol. Çà et là étincellent de grands traits,
-des mots sublimes; je n’en citerai qu’un. Dans la première scène entre
-don Juan et la statue du commandeur, le meurtrier demande à sa victime
-en quel état la mort l’a surpris, quel est son sort dans l’autre vie,
-en un mot s’il est sauvé ou damné. Le spectre ne répond pas à cette
-question; mais à la fin de cette terrible scène, lorsque don Juan
-prend une bougie pour reconduire le commandeur, celui-ci l’arrête,
-et dit solennellement: «Ne m’éclaire pas; JE SUIS EN ÉTAT DE GRACE!»
-Quel mot! et comme, après cette longue anxiété, l’auditoire catholique
-devait respirer! Dans Molière la statue dit aussi: «On n’a pas besoin
-de lumière quand on est conduit par le ciel.» Mais ici la révélation
-est indifférente et la phrase sans portée, parce qu’elle ne répond à
-rien. C’est une froide équivoque sur le mot _lumière_, une maxime aussi
-convenable dans la bouche d’un philosophe que dans celle d’un revenant.
-Le don Juan espagnol n’a donc que les semblants de l’incrédulité; c’est
-un fanfaron d’athéisme, et il n’en est que plus dramatique. Molière,
-pressé par sa troupe, qui voulait avoir aussi son _Festin de Pierre_,
-ne pouvait accepter complétement la donnée de Tirso. L’imagination
-n’était pas le caractère du XVIIe siècle, encore moins l’imagination
-fantastique: c’est la raison, tantôt austère, tantôt embellie, par
-les charmes du langage, mais toujours la raison. Molière refit donc le
-caractère de don Juan; c’est Molière qui a créé le don Juan adopté par
-les arts, sceptique universel, railleur de toutes choses, incrédule
-en amour comme en religion et en médecine; type du vice élégant et
-spirituel, qui cependant intéresse et s’élève à force d’orgueil et
-d’énergie, comme le Satan de Milton.
-
-Il répandit ainsi une couleur philosophique sur sa pièce, et y
-intercala deux scènes excellentes: celle du pauvre et celle de M.
-Dimanche. La première fut jugée trop hardie, et supprimée à la seconde
-représentation; l’autre est d’un comique si parfait et si vrai, qu’on
-n’a pas le courage d’observer qu’elle est tout à fait hors des mœurs
-espagnoles, hors surtout du caractère altier de don Juan. Don Juan
-se transforme tout à coup ici en un marquis de la cour de Louis XIV,
-contraint de ruser et de s’assouplir devant un créancier importun. Mais
-M. Dimanche et son petit chien Brusquet sont demeurés proverbes.
-
-Malheureusement cette philosophie et ces peintures de la société ne
-font que mettre mieux en relief l’absurdité de la fantasmagorie finale.
-Au moins dans le monde de Tirso tout est poétique, tout est impossible
-depuis le commencement jusqu’à la fin, actions et personnages: il
-y a unité. Le poëte ne demande à son spectateur que la foi, la foi
-aveugle. Molière demande au sien la foi et la raison tout ensemble.
-Il passe brusquement du monde réel et prosaïque, dans le domaine de
-l’imagination et de la poésie. C’est là le vice radical de sa pièce:
-aussi son malaise est-il sensible, et s’empresse-t-il de tourner court,
-lorsqu’après quatre actes d’une portée toute morale et philosophique,
-il lui faut se servir d’un dénoûment qui ne va qu’aux idées
-religieuses de Tirso. On a hasardé ces remarques pour montrer que les
-plus admirables natures ne sauraient s’affranchir de certaines règles
-dictées par le bon sens vulgaire et l’expérience. Cela n’empêche pas
-que le _don Juan_ ne soit une des plus fortes conceptions de Molière,
-et de celles qui font le plus d’honneur à son génie.
-
-Ce don Juan a tous les vices. Remarquez la progression: il est
-débauché, esprit fort, impie, enfin hypocrite. Lisez, dans la seconde
-scène du cinquième acte, cette longue tirade de don Juan en faveur de
-l’hypocrisie: «Il n’y a plus de honte maintenant à cela: l’hypocrisie
-est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus.
-La profession d’hypocrite a de merveilleux avantages, etc....» Quelle
-vigueur de coloris! quelle verve! quelle éloquence! Cléante n’en a pas
-davantage. «O ciel! s’écrie le bonhomme Sganarelle, qu’entends-je ici?
-Il ne vous manquait plus que d’être hypocrite pour vous achever de
-tout point; et voilà le comble des abominations!» Maintenant, si vous
-voulez savoir à qui tout cela s’adresse, tournez le feuillet: voyez
-dans la scène suivante don Juan, pressé par don Carlos, lui alléguer,
-pour toute réponse et toute explication, le ciel, l’intérêt du ciel!
-puis, lorsque don Carlos poussé à bout fait entendre quelques paroles
-de menaces, voyez de quel style don Juan le provoque en duel:--«Vous
-ferez ce que vous voudrez. Vous savez que je ne manque pas de cœur,
-et que je sais me servir de mon épée quand il le faut. Je m’en vais
-passer tout à l’heure dans cette petite rue écartée qui mène au grand
-couvent; mais je vous déclare, pour moi, que ce n’est point moi qui
-me veux battre: le ciel m’en défend la pensée! et si vous m’attaquez,
-nous verrons ce qui en arrivera.»--N’y êtes-vous pas encore? Eh bien!
-voyez donc dans la septième _Provinciale_ en quels termes, et par
-quels artifices de direction d’intention, le grand Hurtado de Mendoza
-autorise l’acceptation du duel, «en se promenant armé dans un champ
-en attendant un homme, sauf à se défendre si l’on est attaqué... Et
-ainsi l’on ne pèche en aucune manière, puisque ce n’est point du tout
-accepter un duel, ayant l’intention dirigée à d’autres circonstances.
-Car l’acceptation du duel consiste en l’intention expresse de se
-battre, laquelle celui-ci n’a pas.»
-
-Il est évident que Molière, en écrivant la scène de don Juan avec don
-Carlos, avait présent à la mémoire ce passage de Pascal. L’allusion ne
-pouvait échapper à personne. On ne sera donc pas étonné, connaissant
-ceux dont il s’agit, que des clameurs furibondes aient accueilli _le
-Festin de Pierre_. Un libelliste du parti osa implorer hautement
-l’autorité du roi contre _un farceur qui fait plaisanterie de la
-religion, et tient école de libertinage, contre ce monstre de Molière,
-qui est l’original de don Juan_.
-
-Leur rage s’augmentait encore de la rumeur occasionnée par _le
-Tartufe_. Molière n’en avait encore composé que trois actes, qui
-avaient été joués au Raincy, chez le duc d’Orléans. Louis XIV, assailli
-de toutes parts, s’était vu forcé d’interdire ces représentations
-jusqu’à plus ample informé; mais il s’empressa de dédommager Molière en
-accordant à sa troupe le titre de comédiens du roi, avec une pension de
-sept mille livres. Molière avait d’ailleurs la permission de lire tant
-qu’il voulait _Tartufe_ dans les sociétés, et, dit Boileau dans une
-note de ses Satires, tout le monde le voulait avoir.
-
-La guerre était déclarée entre Molière et les hypocrites. Les
-hostilités furent suspendues (de son côté, non du leur) par les
-représentations du _Misanthrope_, joué le 4 juin 1666. Molière avait
-alors quarante-quatre ans; son génie était dans toute sa vigueur, les
-chefs-d’œuvre se succédaient à de courts intervalles: on vit paraître
-en 1665 _Don Juan_; en 1666, _le Misanthrope_; en 1667, _Tartufe_; en
-1668, _l’Avare_; sans compter les petites pièces d’un ordre inférieur,
-_l’Amour médecin_, _le Médecin malgré lui_, _la Princesse d’Élide_, _le
-Sicilien_, _Mélicerte_, et _la Pastorale comique_.
-
-
-
-
- CHAPITRE IV.
-
- _Le Misanthrope_;--critiqué par J. J. Rousseau.--Le _Timon_ de
- Shakspeare.
-
-
-La chute du _Misanthrope_ à la première représentation est une anecdote
-reproduite par tous les commentateurs. Ce n’en est pas moins une
-erreur. Il paraît avéré que le public fut en effet la dupe du sonnet
-d’Oronte; mais que son dépit soit allé jusqu’à faire tomber la pièce,
-c’est une de ces fables dont les anciens biographes de Molière se sont
-plu à embellir leur récit. Les registres de la Comédie constatent
-que _le Misanthrope_, seul, sans petite pièce qui l’accompagnât, fut
-représenté vingt et une fois de suite, succès extraordinaire pour le
-temps, et procura d’excellentes recettes.
-
-J. J. Rousseau, dans sa _Lettre à d’Alembert_, veut établir que le
-théâtre corrompt les mœurs. Prenons, dit-il, la meilleure de toutes les
-comédies, la plus morale; je vous prouverai qu’elle attaque la vertu,
-et il s’ensuivra _à fortiori_ que toutes les autres sont également ou
-plus dangereuses, corruptrices et perverses. Il choisit pour cette
-expérience _le Misanthrope_. Pourquoi pas _Tartufe_? C’est qu’il eût
-fallu prendre le parti des hypocrites contre la piété sincère; et,
-avec tout son talent pour le paradoxe, le citoyen de Genève aurait pu
-s’y trouver embarrassé. Au contraire, _le Misanthrope_ lui fournit
-l’occasion d’entretenir le public de lui-même. Il s’identifie avec
-Alceste, et peu s’en faut qu’il ne regarde la pièce de Molière comme
-une personnalité contre Jean-Jacques. Sa longue argumentation n’est
-qu’un tissu de sophismes, de contradictions et de puérilités. Molière a
-composé _le Misanthrope_ «pour faire rire aux dépens de la vertu,--pour
-avilir la vertu;» et cette intention, Molière ne l’a pas eue seulement
-dans _le Misanthrope_, mais _le Misanthrope_ «nous découvre la
-véritable vue dans laquelle Molière a composé _tout son théâtre_.»--«On
-ne peut nier, dit-il, que le théâtre de Molière ne soit _une école de
-vices et de mauvaises mœurs_, plus dangereuse que les livres mêmes où
-l’on fait profession de les enseigner.» Peut-être, en écrivant ces
-dernières paroles, la pensée de Rousseau se reportait à _la Nouvelle
-Héloïse_. Qu’il y pensât ou non, la flétrissure est plus applicable à
-ce roman qu’au _Misanthrope_ et à tout le théâtre de Molière.
-
-Deux pages plus loin, vous lisez:--«Dans toutes les autres pièces de
-Molière,..... _on sent pour lui au fond du cœur un respect_..., etc.»
-Du respect pour un professeur de vices et de mauvaises mœurs! pour
-celui qui tâche constamment d’_avilir la vertu_! Jean-Jacques n’y
-pensait pas!
-
-Si Molière a voulu, dans le personnage d’Alceste, avilir la vertu, il a
-bien mal réussi; car il n’est pas d’honnête homme qui, comme, le duc de
-Montausier, ne fût charmé de ressembler au Misanthrope.
-
-Le portrait que Rousseau se complaît à tracer du véritable Misanthrope
-est évidemment, dans son intention, le portrait de Jean-Jacques,
-c’est-à-dire, de l’homme parfait. «Le tort de Molière est d’avoir donné
-au Misanthrope des fureurs puériles sur des sujets qui ne devraient
-pas même l’émouvoir.» Eh! Jean-Jacques, rappelez-vous un peu la scène
-ridicule que vous-même vous jouâtes dans le salon du baron d’Holbach,
-lorsque le curé de Montchauvet y vint lire sa tragédie de _Balthazar_!
-Vous n’auriez pas dû vous émouvoir non plus des éloges perfides donnés
-à cet autre Oronte: cependant vous vous mîtes en fureur comme Alceste,
-et plus que lui; car, à partir de ce jour, vous rompîtes avec vos
-anciens amis, et ne voulûtes jamais les revoir. Avouez qu’Alceste est
-moins extrême et plus raisonnable. Mais c’est justement en quoi il vous
-déplaît. Vous vous plaignez de ses ménagements envers Oronte; vous
-voudriez qu’il lui parlât comme vous fîtes à l’auteur de _Balthazar_:
-«Votre pièce ne vaut rien, votre discours est une extravagance; tous
-ces messieurs se moquent de vous. Sortez d’ici, et retournez vicarier
-dans votre village[9].» En un mot, il aurait fallu que Molière devinât
-Rousseau, et fît son apologie anticipée en cinq actes; qu’au lieu
-d’Alceste et de Célimène, il peignît Jean-Jacques et Thérèse. C’est
-peut-être exiger beaucoup.
-
- [9] _Mémoires_ de l’abbé Morellet, II, 271.
-
-Shakspeare a fait, dans _Timon d’Athènes_, un misanthrope selon le cœur
-et le goût de Rousseau. Il nous montre d’abord Timon dans son palais,
-environné de luxe et d’un peuple de faux amis. Timon, ayant fini par
-les apprécier, les invite à un grand festin. On sert sur la table
-quantité de plats, tous remplis d’eau et de fumée. Tout à coup Timon se
-lève, les convives croient que c’est pour découper; point du tout! il
-leur jette les plats à la tête, en criant: «Fatale maison, que le feu
-te consume! Péris, Athènes, péris; et que désormais l’homme et tout ce
-qui a la figure humaine soit haï de Timon!» Ce disant, il se sauve au
-fond des bois, et plante là ses convives, fort mal édifiés.
-
-Dans la forêt, Timon rencontre un philosophe de son espèce. Ils ont
-ensemble une longue scène. Timon dit à Apémantus: «Tu es trop sale
-pour qu’on te crache au visage; que la peste t’étouffe!--APÉMANTUS.
-Tu es trop vil pour qu’on te maudisse.--TIMON. Hors d’ici; enfant
-d’un chien galeux. La colère me transporte de te voir vivant. Ta vue
-me soulève le cœur.--APÉMANTUS. Je voudrais te voir crever.--TIMON.
-Hors d’ici, ennuyeux importun. Je ne veux pas perdre une pierre
-après toi.--APÉMANTUS. Bête sauvage!--TIMON. Esclave!--APÉMANTUS.
-Crapaud!--TIMON. Coquin! coquin! coquin[10]!...» M. W. A. Schlegel
-appelle cela _une scène incomparable_[11]; mais il trouve _le
-Misanthrope_ de Molière, sinon tout à fait mauvais, au moins bien
-médiocre!
-
- [10] Acte IV, scène 3.
-
- [11] _Cours de littérature dramatique_, tome III, page 90.
-
-Il est clair que le Timon de Shakspeare a le cerveau dérangé; dès lors
-ce qu’il dit comme ce qu’il fait est sans portée morale. Alceste, au
-contraire, est assez sage pour se juger lui-même intérieurement: la
-preuve, c’est qu’avec Oronte, comme dans la scène des portraits, il
-fait des efforts inouïs pour se contenir, et ne s’échappe que poussé à
-bout. Tout l’effet comique et l’effet moral du rôle consistent dans ce
-tempérament de caractère.
-
-Mais le coup de maître est d’avoir fait Alceste amoureux, d’avoir
-courbé cette âme indomptée sous le joug de la passion, et montré par
-là surtout que le plus sage ne peut être complétement sage,
-
- Et que dans tous les cœurs il est toujours de l’homme.
-
-Ce vers renferme toute la pièce.
-
-Avant Molière, on n’avait présenté l’amour sur la scène qu’à
-l’espagnole, c’est-à-dire, comme une vertu héroïque qui grandit les
-personnages. C’est ainsi que Corneille l’a employé dans _le Cid_, dans
-_Cinna_, partout. Molière le premier, d’après sa triste expérience, a
-peint l’amour comme une faiblesse d’un grand cœur. De là des luttes qui
-peuvent s’élever jusqu’au tragique; et Molière y touche dans la scène
-du billet: _Ah! ne plaisantez pas; il n’est pas temps de rire_, etc.
-
-Racine tira de cette admirable scène une importante leçon. Il n’avait
-encore donné que _la Thébaïde_ et _Alexandre_, et, dans ces deux
-pièces, il avait traité l’amour suivant le procédé de Corneille; mais,
-après avoir vu _le Misanthrope_, il rompit sans retour avec l’amour
-romanesque, et abandonna la convention pour la nature, que Molière
-lui avait fait sentir. Un an juste après _le Misanthrope_ parut
-_Andromaque_, qui commence l’ère véritable du génie de Racine. Il y a
-plus: la position de Pyrrhus et d’Hermione n’est pas sans analogie avec
-celle d’Alceste et de Célimène. Quand Voltaire dit, «C’est peut-être à
-Molière que nous devons Racine,» il ne songeait qu’aux encouragements
-pécuniaires[12] et aux conseils dont le premier aida le second; mais ce
-mot peut encore être vrai dans un sens plus étendu.
-
- [12] Racine, arrivant d’Uzès, vint soumettre à Molière son
- premier essai de tragédie, _Théagène et Chariclée_; Molière lui
- donna cent louis, et le sujet de _la Thébaïde_.
-
-
-
-
- CHAPITRE V.
-
- _Tartufe._
-
-
-Beaucoup de critiques d’une autorité imposante ont proclamé _le
-Misanthrope_ le chef-d’œuvre de la scène française: on prend ici la
-liberté de n’être pas de leur avis. Quelque prodigieuse que soit cette
-œuvre, où Molière s’était fait comme à plaisir un sujet stérile et
-dénué d’action pour triompher ensuite des obstacles, _Tartufe_, soit
-que l’on considère le mérite de la difficulté vaincue, la perfection
-du style, ou la hauteur du but et l’importance du résultat, me paraît
-l’emporter sur _le Misanthrope_. Prenez-le philosophiquement, prenez-le
-au point de vue dramatique ou au point de vue purement littéraire,
-_Tartufe_ est le dernier effort du génie.
-
-Quelle admirable combinaison de caractères! Deux morales sont mises en
-présence: la vraie piété se personnifie dans Cléante, l’hypocrisie dans
-Tartufe. Cléante est la ligne inflexible tendue à travers la pièce pour
-séparer le bien du mal, le faux du vrai. Orgon, c’est la multitude de
-bonne foi, faible et crédule, livrée au premier charlatan venu, extrême
-et emportée dans ses résolutions comme dans ses préjugés. Le fond du
-drame repose sur ces trois personnages. A côté d’eux paraissent les
-aimables figures de Marianne et de Valère; la piquante et malicieuse
-Dorine, chargée de représenter le bon sens du peuple, comme madame
-Pernelle en représente l’entêtement; Damis, l’ardeur juvénile qui,
-s’élançant vers le bien et la justice avec une impétuosité aveugle, se
-brise contre l’impassibilité calculée de l’imposteur; Elmire enfin,
-toute charmante de décence, quoiqu’elle aille _vêtue ainsi qu’une
-princesse_. Quelle habileté dans cette demi-teinte du caractère
-d’Elmire, de la jeune femme unie à un vieillard! Si Molière l’eût
-faite passionnée, tout le reste devenait à l’instant impossible ou
-invraisemblable: la résistance d’Elmire perdait de son mérite; Elmire
-était obligée de s’offenser, de se récrier, de se plaindre à Orgon.
-Point:
-
- Une femme se rit de sottises pareilles,
- Et jamais d’un mari n’en trouble les oreilles.
-
-Elle n’éprouve pour Tartufe pas plus de haine que de sympathie; elle
-le méprise, c’est tout. Ce sang-froid était indispensable pour arriver
-à démasquer l’imposteur. Elmire nous prouve quels sont les avantages
-d’une honnête femme qui demeure insensible sur la passion du plus rusé
-des hommes, de Tartufe. _Amour, Amour, quand tu nous tiens!....._
-s’écrie le fabuliste.
-
-Il n’est pas jusqu’à M. Loyal qui ne soit utile au tableau. M. Loyal,
-tout confit en patelinage, en bénignité doucereuse et dévote, est
-un reflet de ce bon M. Tartufe. Gageons que M. Tartufe a été son
-directeur? Derrière M. Loyal, j’aperçois Laurent: _Laurent, serrez ma
-haire avec ma discipline_. C’est une perspective d’hypocrisie à perte
-de vue. Molière fait entrevoir à quelle profondeur s’étendent les
-ramifications de la _société_, comme dit Pascal, de la _cabale_, comme
-l’appelle Cléante.
-
-_Tartufe_ parut dans un moment de crise. Aux guerres de la Fronde
-avaient succédé les querelles religieuses. Deux sectes célèbres
-étaient en lutte: Jansénius, accusé de schisme et d’hérésie; Molina,
-de relâchement et d’ambition. La morale de Port-Royal était austère
-avec sincérité, peut-être même avec excès; la morale des jésuites,
-au fond relâchée et sophistiquée, n’avait de la sévérité que les
-apparences. De quel côté pencherait un jeune roi, emporté par le goût
-des voluptés? L’éducation qu’il avait reçue de Mazarin n’était pas
-rassurante. Par les soins d’une politique corrompue, Louis XIV avait
-été élevé dans un oubli complet de ses devoirs, mais dans l’habitude de
-toutes les pratiques extérieures de la religion. Livré à l’ignorance
-et à ses passions, un moyen naturel s’offrait à lui de tout concilier,
-de satisfaire à la fois la vieille cour et la nouvelle: l’hypocrisie
-lui tendait les bras, il n’avait qu’à s’y jeter. En ce péril, Molière
-se dévoua pour sauver le roi et la nation. Le comédien entreprit
-de démasquer publiquement l’hypocrisie, à la veille peut-être de
-monter sur le trône; il résolut d’éclairer cette hideuse figure d’une
-telle lumière, qu’elle fît naître en même temps l’effroi, le dégoût,
-et l’envie de rire. Quel problème d’art! Car il n’est peut-être
-pas, l’ingrat excepté, un seul caractère plus opposé que celui de
-l’hypocrite aux mœurs de la comédie; et l’ingrat et l’hypocrite sont
-réunis dans le Tartufe.
-
-L’audace vertueuse de Molière n’eut peur de rien, ne déguisa rien.
-Lorsque Cléante presse Tartufe de remettre en grâce Damis avec son
-père, et lui rappelle que la religion prescrit le pardon des injures,
-Tartufe échappe à l’argument par la direction d’intention: _Hélas!
-je le voudrais, quant à moi, de bon cœur_, etc. La même théorie lui
-fournit un prétexte pour enlever à un fils son héritage: c’est de peur
-_que tout ce bien ne tombe en de méchantes mains_. Vous retrouvez
-la maxime favorite de Loyola: La fin justifie les moyens. Quand
-Elmire oppose le ciel aux vœux de Tartufe: _Si ce n’est que le ciel!_
-répond-il. Et tout de suite il lui développe cette précieuse doctrine
-de la direction d’intention:
-
- Selon divers besoins, il est une science
- D’étendre les liens de notre conscience,
- Et de rectifier le mal de l’action
- Avec la pureté de notre intention.
-
-Il semble qu’on lise la neuvième Provinciale, fortifiée du charme
-d’une versification nerveuse et facile. Et pourquoi Orgon a-t-il confié
-aux mains de Tartufe la cassette compromettante d’Argas? Il vous le
-dit: c’est par suite de la doctrine des restrictions mentales,
-
- Afin que pour nier, en cas de quelque enquête,
- J’eusse d’un faux-fuyant la faveur toute prête,
- Par où ma conscience eût pleine sûreté
- A faire des serments contre la vérité.
-
-Orgon n’a point à se plaindre: il est puni par où il a péché. La
-société humaine ne subsiste que par la bonne foi: donc l’hypocrisie
-attaque la société dans sa base. C’est la moralité évidente de la pièce.
-
-Ensuite Molière fait appel à tous les nobles instincts de la grande
-âme de Louis XIV; il sollicite son amour de la gloire et de la
-louange. Au dénoûment, cet éloge du roi, que Voltaire a blâmé comme
-un hors-d’œuvre[13], est tout ce qu’il y a de plus adroit et de plus
-équitable. Adroit, en ce que le conseil se glisse sous la forme de
-la louange, et que le poëte, par de fines allusions, lie, pour ainsi
-dire, le monarque, et lui fait contracter l’obligation de réprimer
-l’hypocrisie et de châtier les hypocrites. Équitable; sans Louis XIV
-est-ce que _Tartufe_ eût jamais été représenté? Et qui sauva Molière
-en butte aux saintes fureurs de ceux qu’il dévoilait? Contre ce
-torrent d’injures, d’anathèmes, d’intrigues, de libelles, quel autre
-bras s’opposa que le bras de Louis XIV? quel autre s’y fût opposé
-efficacement? Une reconnaissance légitime, une affection réciproque
-excuserait encore Molière, s’il se fût avancé trop loin; mais Molière
-n’a pas besoin d’excuse: il n’a jamais loué dans Louis XIV que ce qui
-était louable.
-
- [13] Voyez dans _le Lexique_ l’article IL.
-
-Aujourd’hui que le retour des mêmes intérêts nous fait assister aux
-mêmes violences, il est encore impossible de se figurer jusqu’où
-fut porté le déchaînement contre l’auteur du _Tartufe_. Un curé de
-Paris publia un libelle où il appelle Molière «un démon vêtu de
-chair, habillé en homme; un libertin, un impie _digne d’être brûlé
-publiquement_.» Il serait dommage que la postérité ne sût pas le nom
-de ce bon prêtre; elle en aura l’obligation à M. J. Taschereau, qui a
-découvert qu’il se nommait Pierre Roullès, curé de Saint-Barthélemy;
-digne, comme on voit, de desservir l’autel placé sous cette invocation
-sinistre.
-
-L’archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, prêtre indigne, dont
-les mœurs dissolues déshonoraient publiquement le sacerdoce, donna un
-mandement dans lequel il _excommunie_ quiconque lirait ou verrait jouer
-_Tartufe_; en quoi il faut avouer qu’il agit moins par ressentiment
-personnel que par esprit de corps, car il ne se donnait même pas la
-peine d’être hypocrite. C’est de lui que Fénelon écrivait à Louis XIV:
-«Vous avez un archevêque corrompu, scandaleux, incorrigible, faux,
-malin, artificieux, ennemi de toute vertu, et qui fait gémir tous les
-gens de bien. Vous vous en accommodez, parce qu’il ne songe qu’à vous
-plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu’en prostituant
-son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les gens
-de bien, et lui laissez tyranniser l’Église[14].» Voilà le saint
-personnage qui lance l’anathème contre Molière, parce que sa comédie,
-«sous prétexte de condamner la fausse dévotion et l’hypocrisie, donne
-lieu d’en accuser ceux qui font profession de la plus solide piété, et
-les expose aux railleries des libertins.» Le père Bourdaloue ne rougit
-pas de prêcher en chaire contre Molière, ce qui revient à prendre en
-main la cause de Tartufe et de ses pareils. L’argument du jésuite est
-celui de l’archevêque: «Comme la véritable et la fausse dévotion ont un
-grand nombre d’actions qui leur sont communes, et comme les dehors de
-l’une et de l’autre sont presque tout semblables, les traits dont on
-peint celle-ci _défigurent celle-là_[15].»
-
- [14] Lettre de Fénelon à Louis XIV, p. 32, éd. de M. Renouard.
-
- [15] _Sermon_ pour le septième dimanche après Pâques.
-
-Nullement. Molière, qui avait prévu et ce danger et ce reproche, s’est
-appliqué à les éviter, en traçant avec un soin religieux la ligne de
-démarcation entre le vrai et le faux zèle. C’est là, je le répète, le
-but principal de ce rôle éloquent de Cléante. Mais on veut l’ignorer,
-pour se ménager un prétexte de déclamations, et se livrer à son aise à
-des alarmes affectées.
-
-Ainsi voilà, par le raisonnement de Bourdaloue, la plus cruelle ennemie
-de la piété, l’hypocrisie, rendue inviolable au nom de la religion! Il
-faudra, suivant Bourdaloue, ne toucher à aucun abus, de peur de nuire à
-l’usage, et respecter le mensonge par égard pour la vérité! Désormais
-le sanctuaire abritera au même titre les saints confondus avec les
-impies, ou plutôt les impies seront ceux qui tâchent de discerner les
-boucs des brebis, le crime de la vertu, l’hypocrisie de la piété! Parce
-qu’il y a des hommes qui aiment Dieu et veulent faire prospérer son
-culte, il faut assurer, non-seulement l’impunité, mais les honneurs de
-la vertu à ceux dont la conduite ferait détester la religion, et tend
-à la ruine du culte! C’est pourtant là l’argument unique que, depuis
-un siècle et demi, l’on veut faire prévaloir contre la comédie de
-Molière et les adversaires de la _tartuferie_! Combien plus sensé et
-plus judicieux est celui qui écrit:--«L’hypocrite est le plus dangereux
-des méchants, la fausse piété étant cause que les hommes n’osent plus
-se fier à la véritable. Les hypocrites souffrent dans les enfers des
-peines plus cruelles que les enfants qui ont égorgé leurs pères et
-leurs mères, que les épouses qui ont trempé leurs mains dans le sang
-de leurs époux, que les traîtres qui ont livré leur patrie après avoir
-violé tous leurs serments.»--Je reconnais le langage d’un honnête homme
-et d’un chrétien: c’est celui de Fénelon[16].
-
- [16] _Télémaque_, livre XVIII.
-
-Aussi Fénelon prit-il ouvertement le parti de Molière et de sa
-comédie. Il n’hésita point à blâmer tout haut la sortie de Bourdaloue:
-«Bourdaloue, disait-il, n’est point Tartufe; mais ses ennemis diront
-qu’il est jésuite[17].» Le mot est dur pour les jésuites.
-
- [17] D’ALEMBERT, _Eloge de Fénelon_.
-
-On vit alors ce qui s’est renouvelé depuis, la violence avec les dévots
-agresseurs, et la modération avec les laïques offensés. Molière ne
-répondit que par ses _Placets_ au roi, et peut-être par la _Lettre sur
-l’Imposteur_, où brille une si profonde entente de la scène, qu’il
-est permis de la lui attribuer, malgré les incorrections probablement
-préméditées d’un style qui se déguise.
-
-_Tartufe_ obtint un succès immense. Il est humiliant pour l’esprit
-humain que _la Femme juge et partie_ l’ait contre-balancé par un succès
-égal, et que Montfleury ait brillé un instant au niveau de Molière.
-Ces égarements de l’opinion publique ne durent pas. L’unique suffrage
-littéraire qui ait manqué au _Tartufe_, est celui de la Bruyère;
-mais, tandis que Tartufe soulève encore d’implacables ressentiments,
-l’Onuphre de la Bruyère n’a jamais offensé personne.
-
-Qui ne connaît l’anecdote de Molière notifiant au public la défense
-qu’il venait de recevoir de représenter _Tartufe_? _M. le premier
-président ne veut pas qu’on le joue._ Le fait est aussi faux qu’il est
-accrédité. Sous un roi comme Louis XIV, une plaisanterie si déplacée,
-un si grossier outrage lancé publiquement par un comédien contre un
-magistrat, contre l’illustre Lamoignon, ne fût certainement pas resté
-impuni: Molière, aimé de Louis XIV, était d’ailleurs l’homme de France
-le plus incapable de blesser à ce point les convenances, sans parler
-des égards qu’il devait à Boileau, honoré de l’intimité de M. de
-Lamoignon. Ce conte, beaucoup plus vieux que Molière, a été ramassé
-dans les _Anas_ espagnols, qui attribuent ce mot à Lope ou à Calderon,
-au sujet d’une comédie de _l’Alcade_: _L’alcade ne veut pas qu’on le
-joue_. Quelqu’un a trouvé spirituel de transporter cette facétie à
-Molière, et l’invention a fait fortune. La biographie des grands hommes
-est remplie de ces impertinences: c’est le devoir de la critique de les
-signaler, et d’en obtenir justice.
-
-
-
-
- CHAPITRE VI.
-
- _Amphitryon_, _George Dandin_, _l’Avare_.--Les farces de
- Molière.--Ses derniers ouvrages.
-
-
-_Amphitryon_, _George Dandin_, _l’Avare_, parurent l’année suivante.
-De ces trois comédies, les deux premières ont encouru le reproche
-d’immoralité, et, toujours emporté par son amour du paradoxe,
-Jean-Jacques ne l’a pas épargné même à la troisième, à cause d’un
-mot: «_Je n’ai que faire de vos dons_.» Cette ironie de Cléante est
-criminelle, d’accord; Molière l’entend bien ainsi: il veut montrer
-comment un père avare amène son fils à lui manquer de respect. Personne
-ne peut s’y méprendre. S’il était dit sérieusement, c’est alors que le
-mot serait immoral. C’est ce que M. Saint-Marc Girardin fait toucher
-avec autant de bon sens que de finesse, en traduisant _je n’ai que
-faire de vos dons_ en style du drame moderne: «HARPAGON. Je te maudis!
-CLÉANTE (_gravement_). Vous n’en avez plus le droit. Maudire, cela
-est d’un père; vous êtes mon rival. Maudire, cela est d’un prêtre;
-mais où sont en vous les signes du prêtre, la colère vaincue et les
-passions domptées? Vous n’êtes ni père ni prêtre: (_avec solennité et
-intention_) JE N’ACCEPTE PAS VOTRE MALÉDICTION!»
-
- «Quel est, demande ensuite M. Saint-Marc Girardin, quel est
- de ces deux mots le plus corrupteur? Lequel met le plus en
- discussion le mystère de l’autorité paternelle?»
-
- (_Cours de littérature dramatique_, page 325.)
-
-Dans _Amphitryon_, l’éloignement des temps, des lieux, la différence
-des mœurs grecques avec les nôtres, l’intervention des personnages
-mythologiques, la banalité d’une légende connue même des enfants, mille
-circonstances, écartent le danger. _Amphitryon_ est une étude d’après
-l’antique, et n’est pas plus immoral que la Diane chasseresse ou
-l’Apollon du Belvédère ne sont indécents.
-
-_George Dandin_, c’est autre chose: «La coquetterie de la femme,
-dit Voltaire, n’est que la punition de la sottise que fait George
-Dandin d’épouser la fille d’un gentilhomme ridicule.» Soit; mais, en
-attendant, le vice d’Angélique joue le rôle avantageux, il triomphe, et
-les conséquences de ce vice sont plus funestes à la société que celles
-de la sottise de George Dandin. Toutefois, ce n’est pas à Rousseau à
-se plaindre et à déclamer si haut; car la récrimination serait facile
-contre lui. L’adultère de madame de Wolmar est d’un pire exemple que
-celui d’Angélique. Le vice d’Angélique n’est que spirituel; dans Julie,
-il est intéressant, ennobli par la passion; il emprunte les dehors de
-la vertu, tout au plus est-il présenté comme une faiblesse rachetable.
-On ne peut s’empêcher de mépriser Angélique; mais Rousseau prétend
-faire estimer Julie, Julie qui n’a pas, comme Angélique, l’excuse d’un
-mari sot, d’un George Dandin. Enfin, quand on a ri à la comédie de
-Molière, toutes les conséquences, ou à peu près, en sont épuisées, il
-n’en reste guère de trace; au contraire, _la Nouvelle Héloïse_ a fondé
-cette école de l’adultère sentimental, qui, de nos jours, a envahi le
-roman, le théâtre, et jusqu’à certaines théories philosophiques.
-
-Mais _George Dandin_ offre aussi son côté moral. Les bourgeois, en
-1668, sont pris d’une manie qui va devenir épidémique: ils veulent
-sortir de leur sphère, monter, contracter de grandes alliances et de
-grandes amitiés; ils se hissent sur leur coffre-fort pour atteindre
-jusqu’à l’aristocratie et s’y mêler. De son côté, l’aristocratie est
-fort disposée à se baisser, à descendre, à se mêler familièrement
-aux bourgeois pour puiser dans leur caisse, tout en raillant et
-en méprisant ceux qu’elle pressure. La roture opulente passant un
-marché avec la noblesse besoigneuse, cette donnée qui a défrayé tout
-le théâtre de Dancourt et quelques-unes des meilleures comédies du
-dix-huitième siècle, c’est Molière qui le premier l’a trouvée. Molière,
-avant le Sage et d’Allainval, a châtié la sotte vanité des uns et
-la cupidité avilissante des autres. George Dandin et M. Jourdain
-sont les types du ridicule des bourgeois, et le marquis Dorante
-personnifie la bassesse de certains gentilshommes d’alors. Seulement
-M. Jourdain possède un travers de plus que le rustique Dandin: à
-l’ambition de la noblesse, il joint celle des belles manières et
-du savoir. Molière semble l’avoir créé tout exprès pour servir de
-preuve et de commentaire à la pensée de Montaigne: «La sotte chose
-qu’un vieillard abecedaire! on peut continuer en tout temps l’estude,
-mais non pas l’escholage.» Les trois premiers actes du _Bourgeois
-gentilhomme_ égalent ce que Molière a produit de meilleur: quel dommage
-que l’impatience et les ordres de Louis XIV aient précipité les deux
-derniers dans la farce! Au reste, cette farce joyeuse n’est pas si loin
-de la vérité qu’elle le paraît. L’abbé de Saint-Martin, célèbre dans
-ce temps-là, justifie la réception du Mamamouchi: on lui fit accroire
-que le roi de Siam l’avait créé mandarin et marquis de Miskou, et il
-apposa sa signature à ces deux diplômes[18]. Molière n’est jamais sorti
-de la nature; ce n’est pas sa faute si le vrai n’est pas toujours
-vraisemblable.
-
- [18] On publia en trois volumes le récit de cette plaisanterie,
- sous le titre d’_Histoire comique du mandarinat de l’abbé de
- Saint-Martin_.
-
-Ceux qui cultivent les lettres ou les arts ont souvent à lutter
-contre des préjugés et des obstacles dont la postérité ne peut se
-faire d’idée. Croirait-on, par exemple, que l’emploi de la prose,
-dans une comédie de caractère en cinq actes, compromit gravement le
-succès de _l’Avare_? Le témoignage des contemporains, en particulier
-de Grimarest, confirmé par Voltaire, ne permet pas d’en douter. Quant
-aux inculpations plus graves de Rousseau, Marmontel y a répondu; et un
-sens droit, à défaut de Marmontel, en eût fait justice. J’aime mieux
-invoquer en faveur de la comédie de Molière le mot connu d’un confrère
-d’Harpagon: «Il y a beaucoup à profiter dans cette pièce: on y peut
-prendre d’_excellentes leçons d’économie_[19].»
-
- [19] Grandménil, qui jouait Harpagon au naturel, trouvait
- aussi la pièce fort bonne: il y avait pourtant remarqué une
- faute.--Laquelle? C’est au sujet du diamant qu’au nom de son père
- Éraste fait accepter à Élise. Plus tard, au dénoûment, le mariage
- d’Harpagon est rompu, c’est Éraste qui épouse Élise, et il n’est
- plus question de ce diamant! Harpagon devrait le réclamer.--L’art
- a beau être habile, la nature garde toujours sa supériorité.
-
-Diderot, avec son exagération habituelle, dit quelque part: «Si
-l’on croit qu’il y ait beaucoup plus d’hommes capables de faire
-_Pourceaugnac_ que de faire _Tartufe_ ou _le Misanthrope_, on
-se trompe.» Sans aller si loin, on peut dire que _Monsieur de
-Pourceaugnac_, _les Fourberies de Scapin_ et _le Malade imaginaire_
-sont des farces où abondent des scènes de haute comédie, des farces
-remplies de verve, de sel, d’une intarissable gaieté, telles enfin
-qu’un génie supérieur pouvait seul les composer. Il faut se rappeler
-que Molière était directeur de spectacle, obligé, comme il le disait,
-de donner du pain à tant de pauvres gens, et que les connaisseurs au
-goût pur et austère ne forment, dans tous les temps, qu’une très-petite
-minorité.
-
-Molière termina sa carrière comme il l’avait commencée, en immolant les
-précieuses, les pédants et les pédantes. _Les Femmes savantes_ furent
-son dernier chef-d’œuvre, comparable au _Misanthrope_ et au _Tartufe_,
-sinon par l’élévation du but, au moins par le style, par les détails,
-et l’art de féconder, d’étendre un sujet ingrat, stérile et borné.
-On a reproché à Molière d’avoir joué l’abbé Cotin en plein théâtre;
-Cotin, dit-on, en mourut de chagrin. On a prétendu de même que les
-satires de Boileau avaient rendu fou l’abbé Cassagne. Ces rumeurs ont
-été accueillies par Voltaire mal à propos. Il est prouvé que Cassagne
-mourut en pleine jouissance de son bon sens, tel que Dieu le lui avait
-départi, et que l’abbé Cotin survécut dix ans aux _Femmes savantes_.
-Il n’est pas moins prouvé que ces deux hommes avaient fait tout leur
-possible pour nuire à Despréaux et à Molière, et s’étaient attiré le
-rude châtiment auquel ils doivent d’être immortels.
-
-
-
-
- CHAPITRE VII.
-
- Caractère privé de Molière.--Sa mort.--Son talent comme auteur.
-
-
-Qui jugerait du caractère des auteurs par celui de leurs ouvrages
-s’exposerait à des erreurs étranges. Les plus folles comédies de
-Molière furent composées à la fin de sa vie, lorsqu’il était tourmenté
-de souffrances morales. Molière réunissait deux dispositions d’esprit
-en apparence contradictoires, et que néanmoins on trouve souvent
-associées, l’enjouement des paroles et la mélancolie de l’âme: l’un
-résulte de la vivacité de l’esprit, l’autre de la tendresse du cœur.
-Personne ne fut meilleur que Molière, personne peut-être ne fut
-plus malheureux intérieurement. Il était très-porté à l’amour: sa
-passion pour Armande Béjart, passion qui sembla s’accroître par le
-mariage, empoisonna son existence. Les galanteries de mademoiselle
-Molière étaient publiques, tantôt avec Lauzun, tantôt avec le duc
-de Guiche, tantôt, avec un autre grand seigneur; car du moins elle
-n’_encanaillait_ pas ses amours. Sa coquetterie ne se contint pas
-même devant le fils adoptif de Molière, le jeune Baron, que Molière
-chérissait paternellement, et se plaisait à former. Les bienfaits
-de cet infortuné grand homme tournaient contre lui: c’est ainsi
-qu’il s’était vu trahi par Racine, mais d’une façon pourtant moins
-sensible et cruelle. _La Fameuse comédienne_, biographie satirique de
-mademoiselle Molière, rapporte une longue conversation entre Molière et
-Chapelle, dans laquelle le premier expose à son ami la vivacité et la
-tyrannie de ce funeste amour. Les traits en sont désespérés, et cette
-peinture est à la fois si naïve et si véhémente, qu’il n’est guère
-possible qu’elle ne soit vraie.--«Mes bontés, dit le pauvre Molière,
-ne l’ont point changée. Je me suis donc déterminé à vivre avec elle
-comme si elle n’était point ma femme; mais si vous saviez ce que je
-souffre, vous auriez pitié de moi! Ma passion est venue à un tel point,
-qu’elle va jusqu’à entrer avec compassion dans ses intérêts; et quand
-je considère combien il m’est impossible de vaincre ce que je sens pour
-elle, je me dis en même temps qu’elle a peut-être la même difficulté à
-détruire le penchant qu’elle a d’être coquette, et je me trouve plus
-de disposition à la plaindre qu’à la blâmer. Vous me direz sans doute
-qu’il faut être poëte pour aimer de cette manière; mais, pour moi, je
-crois qu’il n’y a qu’une sorte d’amour, et que les gens qui n’ont point
-senti de semblables délicatesses n’ont jamais aimé véritablement...
-Quand je la vois, une émotion qu’on peut sentir, mais qu’on ne saurait
-exprimer, m’ôte l’usage de la réflexion. Je n’ai plus d’yeux pour ses
-défauts: il m’en reste seulement pour ce qu’elle a d’aimable.» C’est
-exactement l’amour d’Alceste pour Célimène. Molière, devant ce même
-public qu’il avait tant réjoui aux dépens des maris trompés, voulut une
-fois épancher noblement la douleur qui navrait son âme. De là vient que
-_le Misanthrope_, sans action, est si intéressant: c’est le cœur du
-poëte qui s’ouvre, c’est dans le cœur de Molière que vous lisez, sans
-vous en douter; tout cet esprit si fin, cette délicatesse élevée, cette
-jalousie vigilante et confuse d’elle-même, cette fière vertu rebelle à
-la passion qui la dompte, c’est Molière, c’est lui qui se plaint, qui
-se débat, qui s’indigne; c’est lui que vous aimez, que vous admirez, de
-qui vous riez d’un rire si plein de bienveillance et de respect. Quel
-homme que celui qui, pour créer un tel chef-d’œuvre, n’a eu besoin
-que de se peindre au naturel! Et quel spectacle quand Molière jouait
-Alceste, et mademoiselle Molière Célimène! Ce n’était plus l’illusion,
-c’était la réalité. Lorsque vous verrez _le Misanthrope_, songez à
-Molière, à son infortune profonde; persuadez-vous bien que, sous le
-nom d’Alceste, c’est lui-même que vous avez devant les yeux, et vous
-sentirez quelle douleur amère se cache au fond de ce charmant plaisir.
-
-Le cœur se serre de tristesse quand on entend Molière dire à son ami
-Rohault, le célèbre physicien: «Oui, mon cher monsieur Rohault, je suis
-le plus malheureux des hommes, et je n’ai que ce que je mérite[20].»
-
- [20] Grimarest, _Vie de Molière_.
-
-On lit toujours avec plaisir deux traits qui peignent la générosité du
-cœur de Molière.
-
-Un pauvre comédien de campagne appelé Mondorge, qui avait jadis fait
-partie de la troupe de Molière, n’osant, à cause de son extrême misère,
-se présenter devant lui, fit solliciter par Baron quelques secours,
-afin de pouvoir rejoindre sa troupe. Molière, qui ne perdait pas une
-occasion d’exercer son élève, lui demande combien il fallait donner.
-Baron répond au hasard: «Quatre pistoles.--Donnez-lui, dit Molière,
-ces quatre pistoles pour moi; mais en voilà vingt qu’il faut que vous
-lui donniez pour vous, car je veux qu’il vous ait l’obligation de ce
-service.» Ce qui fut exécuté. Molière ne s’en tint pas là: il voulut
-voir son ancien camarade; il le consola et l’embrassa, dit Laserre[21],
-et mit le comble à ce bon accueil par le cadeau d’un magnifique habit
-de théâtre.
-
- [21] _Mémoires sur la vie et les ouvrages de Molière._
-
-Une autre fois, un mendiant lui demanda l’aumône. Molière, qui était
-fort charitable, lui jette une pièce de monnaie; le mendiant court
-après la voiture où Molière s’entretenait avec Charpentier, qui composa
-la musique du _Malade imaginaire_: «Monsieur, dit le pauvre, vous
-n’aviez probablement pas dessein de me donner un louis d’or; je viens
-vous le rendre.--Tiens, mon ami, dit Molière, en voilà un autre.» Et
-comme son génie était continuellement en sentinelle, il s’écria: «Où la
-vertu va-t-elle se nicher!»
-
-Molière était taciturne, comme Corneille; Boileau l’avait surnommé
-_le contemplateur_. Avec cette humeur sérieuse, il était obligé de
-représenter les personnages comiques ou ridicules, où il était, dit-on,
-incomparable. Ses rôles habituels étaient Mascarille, George Dandin,
-Scapin, Sganarelle, Pourceaugnac: il se dédommageait par des rôles
-d’un comique plus relevé, dans Arnolphe, Orgon, Harpagon, surtout dans
-Alceste et le bonhomme Chrysale; mais peignez-vous le grave Molière
-jouant Sosie dans _Amphitryon_, Zéphire dans _Psyché_, ou Moron de
-_la Princesse d’Élide_! Encore s’il n’eût joué que ses ouvrages! mais
-il était obligé de faire valoir en conscience toutes les platitudes,
-soit en vers, soit en prose, dont les auteurs ses rivaux voulaient
-bien gratifier son théâtre. Il est plus que probable que lorsqu’on
-représentait _Don Japhet_, _l’Héritier ridicule_ et les _Jodelet_
-de Scarron, Molière remplissait le principal rôle de ces ignobles
-comédies, qui avaient encore l’honneur d’être jouées à la cour devant
-le roi. Apparemment aussi ces rôles donnèrent lieu à une foule de
-particularités concernant Molière, qui nous sembleraient bien piquantes
-si nous pouvions les savoir. Une seule anecdote, conservée par
-Grimarest, servira d’échantillon. Molière jouait Sancho dans le _Don
-Quichotte_ de Guérin du Bouscal, et se tenait dans la coulisse, monté
-sur son âne, guettant le moment d’entrer. «Mais l’âne, qui ne savait
-pas son rôle par cœur, n’observa point ce moment, et dès qu’il fut dans
-la coulisse il voulut entrer en scène, quelques efforts que Molière
-employât pour qu’il n’en fît rien. Molière tirait le licou de toute sa
-force; l’âne n’obéissait point, et voulait paraître. Molière appelait:
-_Baron! Laforêt! à moi!... ce maudit âne veut entrer!_ Cette femme
-était dans la coulisse opposée, d’où elle ne pouvait passer par-dessus
-le théâtre pour arrêter l’âne; et elle riait de tout son cœur de voir
-son maître renversé sur le derrière de cet animal, tant il mettait de
-force à tirer le licou pour le retenir. Enfin, destitué de tout secours
-et désespérant de vaincre l’opiniâtreté de son âne, il prit le parti
-de se retenir aux ailes du théâtre, et de laisser glisser l’animal
-entre ses jambes, pour aller faire telle scène qu’il jugerait à propos.
-Quand on fait réflexion au caractère d’esprit de Molière, à la gravité
-de sa conversation, il est risible que ce philosophe fût exposé à de
-pareilles aventures, et prît sur lui les personnages les plus comiques.»
-
-Ce genre de vie, qui avait été la vocation de sa jeunesse, était devenu
-l’affliction de son âge mûr. Grimarest rapporte qu’un jour, s’en
-expliquant à un de ses amis: «Ne me plaignez-vous pas, lui dit-il,
-d’être d’une profession si opposée à l’humeur et aux sentiments que
-j’ai maintenant? J’aime la vie tranquille, et la mienne est agitée par
-une infinité de détails communs et turbulents sur lesquels je n’avais
-pas compté, et auxquels il faut que je me livre tout entier.» Et comme
-cet ami cherchait à lui faire envisager certains côtés moins tristes
-de sa condition, Molière ajouta: «Vous croyez peut-être qu’elle a ses
-agréments? vous vous trompez. Il est vrai que nous sommes en apparence
-recherchés des grands seigneurs; mais ils nous assujettissent à leurs
-plaisirs, et c’est la plus triste de toutes les situations que d’être
-l’esclave de leurs fantaisies. Le reste du monde nous regarde comme des
-gens perdus, et nous méprise!»
-
-Mais puisque Molière était si désenchanté de la comédie, que ne la
-quittait-il? Il l’aurait pu: sa fortune, sans être considérable, le
-lui aurait permis; sa santé délabrée se joignait à son goût pour
-l’engager au repos. L’Académie offrait même un fauteuil à l’auteur du
-_Misanthrope_, s’il voulait renoncer au métier de comédien. Boileau
-insistant sur cette nécessité, Molière lui objecta le point d’honneur:
-«Plaisant point d’honneur! s’écria le satirique, qui consiste à se
-barbouiller d’une moustache de Sganarelle, et à recevoir des coups de
-bâton!» Molière avait un motif plus sérieux, qu’il ne dit pas cette
-fois-là; mais, le jour de la quatrième représentation du _Malade
-imaginaire_, Molière, qui faisait Argan, se trouvait si véritablement
-malade, que Baron et quelques autres personnes le pressaient de ne
-point jouer. «Et comment voulez-vous que je fasse? répondit Molière. Il
-y a cinquante pauvres ouvriers qui n’ont que leur journée pour vivre:
-que feront-ils, si on ne joue pas? Je me reprocherais d’avoir négligé
-de leur donner du pain un seul jour, le pouvant faire absolument.»
-
-Voilà ce qui le retenait au théâtre: l’humanité.
-
-Il joua donc, non sans de grandes douleurs et de grands efforts pour
-achever son rôle. Dans la cérémonie, en prononçant le _Juro_, il
-éprouva une convulsion qu’il parvint à déguiser. Rentré chez lui, sa
-toux le prit si violemment qu’il se vit en danger, et réclama les
-secours de la religion. Deux prêtres de Saint-Eustache refusèrent de
-venir; un troisième ecclésiastique, mieux instruit de ses devoirs,
-arriva lorsque Molière avait perdu l’usage de la parole. Il s’était
-rompu un vaisseau dans la poitrine, et il expira suffoqué par le sang,
-à dix heures du soir, le 17 février 1673, anniversaire de la mort
-de Madeleine Béjart, sa belle-sœur et son premier amour; il avait
-cinquante et un ans.
-
-Le pieux Harlay de Champvallon ne manqua pas de s’opposer à ce que
-Molière fût inhumé en terre sainte. Un comédien! La veuve du comédien
-présenta humblement requête au prélat _ennemi de toute vertu_, à qui
-Louis XIV _livrait les gens de bien, et laissait tyranniser l’Église_.
-Il ne fallut rien de moins qu’un ordre du roi; Louis XIV donna cet
-ordre, et l’archevêque voulut bien y consentir, à condition que la
-cérémonie aurait lieu de nuit, et que le convoi ne serait pas escorté
-de plus de deux prêtres. Il s’y joignit une centaine de personnes, amis
-ou connaissances du défunt, chacune portant une torche. Molière fut
-enterré au coin de la rue Montmartre et de la rue Saint-Joseph, où est
-à présent le marché; c’était alors un cimetière. Quant à l’archevêque,
-lorsque son tour vint, «il fut enterré pompeusement au son de toutes
-les cloches, avec toutes les belles cérémonies qui conduisent
-infailliblement l’âme d’un archevêque dans l’Empyrée[22].». Il est vrai
-qu’il avait béni le mariage clandestin de Louis XIV avec madame de
-Maintenon; cela valait mieux que d’avoir fait _le Misanthrope_ et _les
-Femmes savantes_.
-
- [22] Voltaire, lettre à Chamfort, du 27 septembre 1769. Harlay
- de Champvallon mourut à Conflans en août 1695, _assisté_ de Mme
- de Lesdiguières, comme plus tard le régent, de la duchesse de
- Phalaris.
-
-L’histoire et les arts ont consacré le souvenir des deux sœurs
-de charité qui assistèrent Molière au moment suprême. Ces bonnes
-religieuses venaient tous les ans quêter à Paris à la même époque, et
-l’hospitalité leur était assurée chez l’auteur de _Tartufe_; mais,
-dans cette scène touchante et solennelle, il n’est pas question de
-sa femme. Bussy-Rabutin nous apprend que cette indigne épouse reparut
-sur le théâtre _treize jours après la mort de son mari_! Molière avait
-eu d’elle trois enfants: deux garçons et une fille[23]. Les garçons
-moururent en bas âge; la fille, après la mort de son père, épousa M. de
-Montalant, par qui elle avait été enlevée. Ils ne laissèrent point de
-postérité.
-
- [23] Louis, filleul du roi, né en 1664, l’année de la première
- apparition de _Tartufe_;--Esprit-Madeleine, née le 4 août 1665,
- qui fut madame de Montalant;--et Jean-Baptiste-Armand, né en
- septembre 1672, l’année des _Femmes savantes_, cinq mois avant la
- mort de son père. Cet enfant, fruit d’un raccommodement tardif,
- ne vécut qu’un mois.
-
-A la mort de Molière, son théâtre ferma pendant _six jours_: on rouvrit
-par _le Misanthrope_; Baron remplaça Molière dans le rôle d’Alceste.
-
-On sera bien aise de connaître le portrait de Molière tracé dans
-le _Mercure de France_ par une actrice de sa troupe, mademoiselle
-Poisson:--«Il n’était ni trop gras, ni trop maigre; il avait la taille
-plus grande que petite, le port noble, la jambe belle. Il marchait
-gravement, avait l’air très-sérieux, le nez gros; la bouche grande,
-les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils noirs et forts, et
-les divers mouvements qu’il leur donnait lui rendaient la physionomie
-extrêmement comique.»
-
-_Le Mercure galant_, appréciant le jeu de Molière, le met au-dessus de
-Roscius:--«Il méritait le premier rang: il était tout comédien depuis
-les pieds jusqu’à la tête. Il semblait qu’il eût plusieurs voix: tout
-parlait en lui, et d’un pas, d’un sourire, d’un clin d’œil et d’un
-remuement de tête, il faisait plus concevoir de choses que le plus
-grand parleur n’aurait pu en dire une heure.»
-
-Ce témoignage, rendu sur la tombe récente de Molière, ne doit
-s’entendre sans doute que de l’acteur comique. Mais Molière jouait
-aussi la tragédie, pour laquelle il eut toute sa vie une singulière
-affection: cependant il n’y réussit jamais. Il jouait lui-même son _Don
-Garcie_, et y fut sifflé; il faisait Nicomède; César, dans _la Mort de
-Pompée_. Montfleury le fils l’a peint en caricature dans ce rôle: il le
-compare à ces héros qu’on voit dans les tapisseries:
-
- Il est fait tout de même! il vient, le nez au vent,
- Les pieds en parenthèse et l’épaule en avant;
- Sa perruque qui suit le côté qu’il avance,
- Plus pleine de lauriers qu’un jambon de Mayence;
- Les mains sur les côtés, d’un air peu négligé;
- La tête sur le dos, comme un mulet chargé;
- Les yeux fort égarés; puis, débitant ses rôles,
- D’un hoquet éternel sépare ses paroles.
-
- (_L’Impromptu de l’hôtel Condé._)
-
-On sent la main d’un ennemi; cependant il peut y avoir du vrai dans
-ces détails. Le hoquet, par exemple, est mentionné par tous les
-historiens du théâtre. Molière, dit Grimarest, avait contracté ce tic
-en s’efforçant de maîtriser une excessive volubilité de prononciation;
-mais, dans la comédie, il dissimulait ce défaut à force d’art[24].
-Molière, en récitant des vers, n’employait pas cette espèce de mélopée
-si fort en honneur dans le XVIIIe siècle; son débit était simple, sans
-affectation, et devait offrir beaucoup d’analogie avec la manière de
-Talma, autant du moins qu’on en peut juger par celle de Baron, élève
-de Molière. «Baron, dit Collé, ne déclamait jamais, même dans le plus
-grand tragique; et il rompait la mesure de telle sorte que l’on ne
-sentait pas l’insupportable monotonie du vers alexandrin.» Sans doute
-Baron tenait ce système de Molière, et c’est peut-être ce passage de
-Collé qui l’a transmis à Talma.
-
- [24] Voyez M. J. Taschereau, _Histoire de la vie et des ouvrages
- de Molière_, page 55, 3e édition.
-
-Molière, dans sa jeunesse, avait traduit en vers le poëme de Lucrèce,
-_De la nature des choses_. Il est certain que cette traduction existait
-encore, en 1664; elle est aujourd’hui perdue. Les papiers de Molière,
-parmi lesquels devaient se trouver des esquisses et des fragments de
-comédies inachevées, ont été vendus et dispersés avec la bibliothèque
-du comédien Lagrange, héritier des manuscrits de son illustre camarade.
-On assure pourtant qu’en 1799, la Comédie française possédait encore
-quelques-uns de ces cahiers, mais qu’ils ont péri dans l’incendie de
-l’Odéon; en sorte que l’on ne connaît aujourd’hui de la main de Molière
-que sa signature au bas d’un acte.
-
-
-
-
- CHAPITRE VIII.
-
- Du génie dramatique de Molière.--Du style de Molière.
-
-
-Les comédies de Molière sont à présent, et, tout en réservant les
-chances de l’avenir, on peut croire qu’elles resteront le plus grand
-monument de la littérature française, l’éternel honneur du siècle et
-du pays qui les a vues naître. Personne n’est descendu plus avant que
-Molière dans le cœur humain. Il n’y a point de vices, de travers, de
-ridicules, auxquels il n’ait au moins touché, sur lesquels il n’ait
-laissé l’empreinte de sa main puissante; en sorte qu’il semble avoir
-confisqué par anticipation l’originalité de tous ses successeurs.
-
-On a tenté d’amoindrir la sienne en recherchant les sources où il avait
-puisé, en faisant voir qu’il avait emprunté une idée tantôt à Térence,
-tantôt à Aristophane; un caractère ou un bon mot à Plaute; à Cyrano
-le fond de deux scènes; _le Médecin malgré lui_ à un fabliau du XIIIe
-siècle; _la Princesse d’Élide_ à Augustin Moreto (il eût mieux fait de
-la lui laisser); un trait de _Tartufe_ à Scarron. Et qu’importe? tout
-cela était enfoui, inconnu, méprisé, sans valeur. Reprocheriez-vous à
-un alchimiste d’avoir ramassé dans la rue un morceau de plomb, pour le
-changer en or? Ce que Molière a pris à tout le monde, personne ne le
-reprendra sur lui, et l’on ne lui arrachera pas davantage ce qu’il n’a
-pris à personne.
-
-Il était toujours à la piste de la vérité, et, dans l’ardente recherche
-qu’il en faisait, il ne dédaignait pas d’aller s’asseoir au théâtre
-de Polichinelle, ni de s’arrêter devant les tréteaux de Tabarin; il
-en rapporta un jour la fameuse scène du sac, que Boileau lui a tant
-reprochée. Il furetait également les livres italiens et espagnols,
-romans, recueils de bons mots, facéties, etc. «Il n’est, dit l’auteur
-de _la Guerre comique_, _point de bouquin qui se sauve de ses mains_;
-mais le bon usage qu’il fait de ces choses le rend encore plus
-louable.» Et de Visé, dans sa rapsodie de _Zélinde_, dirigée cependant
-contre Molière: «Pour réussir, il faut prendre la manière de Molière:
-lire tous les livres satiriques, prendre dans l’espagnol, prendre dans
-l’italien, et _lire tous les vieux bouquins_. Il faut avouer que c’est
-un galant homme, et qu’il est louable de se servir de tout ce qu’il lit
-de bon[25].»
-
- [25] _Zélinde_, ou _la véritable critique de l’École des femmes_,
- acte Ier, scène 7.--_La Guerre comique_ ou _la Défense de l’École
- des femmes_, par le sieur de Lacroix (1664), se compose d’un
- dialogue entre Apollon et Momus, suivi de quatre _Disputes_. Dans
- la dernière dispute on voit figurer le personnage de la Rancune,
- du _Roman comique_.
-
-Le génie de Molière était si éminemment dramatique, qu’il a employé
-toutes les formes du drame, y compris celles que l’on croirait plus
-modernes; tous les tons et toutes les nuances de la comédie, cela
-va sans dire; la tragédie et le drame héroïque dans _Don Garcie de
-Navarre_, dont les meilleures scènes ont enrichi _le Misanthrope_; la
-tragédie lyrique dans _Psyché_; l’opéra-ballet dans _Mélicerte_, dans
-_la Princesse d’Élide_, et dans les nombreux intermèdes de ses autres
-pièces; et jusqu’à l’opéra-comique dans _le Sicilien_, qui peut à bon
-droit passer pour le premier essai du genre.
-
-Voltaire a reproché à Molière des dénoûments postiches et peu naturels,
-et cette opinion a trouvé de nombreux échos. Cette question, examinée
-de près, atteste, je crois, l’étude profonde que Molière avait faite
-de la nature et de l’art. En effet, il n’y a point de dénoûments dans
-la nature: j’entends de ces péripéties qui tout d’un coup placent un
-nombre donné de personnages, tous en même temps, dans une situation
-arrêtée, définitive, et qui ne laisse plus à s’enquérir de rien sur
-leur compte. Par rapport à l’art, une pièce de théâtre n’est point
-faite pour le dénoûment; au contraire, le dénoûment n’est qu’un
-prétexte pour faire la pièce. Quand vous sortez pour vous promener,
-est-ce le terme de la promenade qui en est l’objet véritable?
-Nullement: le vrai but, c’est de parcourir lentement, curieusement,
-le chemin. L’art consiste à vous faire avancer par des sentiers dont
-les sinuosités et les retours ont été savamment calculés, embellis à
-droite et à gauche de toutes sortes de fleurs et d’agréments qui vous
-attirent: c’est là votre plaisir, et l’artifice du jardinier ou du
-poëte. Mais ce que vous trouverez à la fin, vous le savez d’avance, et
-c’est votre moindre souci. La preuve que la curiosité n’est ici pour
-rien, c’est que l’on reverra cent fois la même pièce. Il n’y a au
-théâtre que deux dénoûments: la mort dans la tragédie, dans la comédie
-le mariage. Le talent du poëte est d’accumuler au-devant des obstacles
-en apparence invincibles; et quand il les a fait disparaître un à un,
-ce qu’il a de mieux à faire, c’est de tourner court, et de disparaître
-lui-même. Il vous a donné ce que vous lui demandiez: le plaisir de
-la promenade. Quelles sont donc les conditions rigoureuses d’un bon
-dénoûment? C’est de satisfaire la raison, le jugement, les sympathies
-ou les antipathies excitées dans le cours de l’ouvrage; l’imagination
-n’a rien à y réclamer, elle a eu sa part. Considérés de ce point de
-vue, les dénoûments de Molière n’offrent plus rien à reprendre.
-
-L’arrêt porté par Boileau est d’une sévérité qui va jusqu’à l’injustice:
-
- C’est par là que Molière, illustrant ses écrits,
- Peut-être de son art eût remporté le prix,
- Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures
- Il n’eût point fait souvent grimacer ses figures,
- Quitté pour le bouffon l’agréable et le fin,
- Et sans honte à Térence allié Tabarin.
- Dans ce sac ridicule où Scapin l’enveloppe,
- Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.
-
-Que vous le reconnaissiez ou non, il n’en est pas moins cet auteur.
-Quand il s’agit d’apprécier et de classer définitivement un écrivain,
-on doit considérer non le point où il est descendu, mais le point où il
-s’est élevé. La raison en est simple: les bons ouvrages avancent l’art;
-les mauvais ne le font pas reculer. La postérité ne voit de Corneille
-que _le Cid_, _Horace_, _Cinna_, _Polyeucte_; quant à _Théodore_,
-_Agésilas_, _Attila_, _Suréna_, elle les ignore ou les oublie.
-
-Boileau était le maître de choisir son public; il ne s’embarrassa
-de plaire qu’à Louis XIV, à un duc de Beauvilliers, à un duc de
-Montausier, à Guilleragues, à Seignelay, aux esprits d’élite. C’est
-pour eux qu’il écrit, pour eux seuls. Molière subissait des conditions
-tout à fait différentes: il a travaillé tantôt pour la cour, tantôt
-pour le peuple, et il est arrivé que ses ouvrages ont été goûtés
-universellement. Est-il juste de lui en faire un crime? Mais, au
-contraire, cette austérité inflexible, ce puritanisme de goût qui
-bannit une certaine variété, sera toujours, aux yeux de beaucoup de
-gens, un titre d’exclusion contre Boileau.
-
-Enfin, si Molière n’emporte pas le prix dans son art, qui l’emportera?
-à qui réserve-t-on ce prix?
-
-A Shakspeare, à Caldéron, répond Schlegel. Nous n’opposerons à
-l’adoption de cette sentence qu’une petite difficulté: Schlegel, qui
-condamne Racine et méprise Molière, ne les entend pas assez; et il
-entend trop Caldéron et Shakspeare.
-
-Saint-Évremond, cet esprit si fin, si juste, et en même temps si sobre
-dans l’expression, me paraît avoir, en deux lignes, jugé Molière mieux
-et plus complétement que personne: «Molière a pris les anciens pour
-modèles, inimitable à ceux qu’il a imités, s’ils vivaient encore.»
-
-Le style de Molière a été déprécié par deux juges d’une autorité
-imposante: la Bruyère et Fénelon. Voici d’abord l’opinion de l’auteur
-du _Télémaque_, qui, fidèle à son caractère de mansuétude, s’exprime
-avec moins de dureté que l’auteur des _Caractères_.
-
- «En pensant bien, il parle souvent mal. Il se sert des phrases
- les plus forcées et les moins naturelles. Térence dit en
- quatre mots, avec la plus grande simplicité, ce que celui-ci
- ne dit qu’avec une multitude de métaphores qui approchent du
- galimatias. J’aime bien mieux sa prose que ses vers. _L’Avare_,
- par exemple, est moins mal écrit que les pièces qui sont en
- vers. Il est vrai que la versification française l’a gêné...
- Mais, en général, il me paraît jusque dans sa prose ne point
- parler assez simplement pour exprimer toutes les passions.»
-
- (_Lettre sur l’Éloquence._)
-
-La Bruyère ne fait que résumer ce jugement, en exagérant les termes
-presque jusqu’à l’injure:
-
- «Il n’a manqué à Molière que d’éviter _le jargon et le
- barbarisme_, et d’écrire purement.»
-
- (_Des ouvrages de l’esprit._)
-
-Incorrection, jargon, et barbarisme, voilà, suivant la Bruyère, les
-caractères du style de notre grand comique. Il ne laisse, lui, aucun
-refuge à Molière; il ne distingue pas entre la prose et les vers, et
-ne s’avise pas de demander aux difficultés de la versification une
-circonstance atténuante; il est impitoyable et brutal: _La mort, sans
-phrases_!
-
-Sur cette distinction entre la prose et les vers de Molière, laissons
-parler d’abord un troisième juge, dont la compétence en matière de goût
-et de style est irrécusable:
-
- «On s’est piqué à l’envi, dans quelques dictionnaires nouveaux,
- de décrier les vers de Molière en faveur de sa prose, sur la
- parole de l’archevêque de Cambrai, Fénelon, qui semble en effet
- donner la préférence à la prose de ce grand comique, et qui
- avait ses raisons pour n’aimer que la prose poétique: mais
- Boileau ne pensait pas ainsi. Il faut convenir que, à quelques
- négligences près, négligences que la comédie tolère, Molière
- est plein de vers admirables, qui s’impriment facilement
- dans la mémoire. _Le Misanthrope_, _les Femmes savantes_,
- _le Tartufe_, sont écrits comme les satires de Boileau;
- _l’Amphitryon_ est un recueil d’épigrammes et de madrigaux
- faits avec un art qu’on n’a point imité depuis. La poésie est à
- la bonne prose ce que la danse est à une simple démarche noble,
- ce que la musique est au récit ordinaire, ce que les couleurs
- sont à des dessins au crayon.»
-
- (VOLTAIRE, _Siècle de Louis XIV_.)
-
-A cette réponse sans réplique, on pourrait ajouter une autre
-observation, à quoi Fénelon ni Voltaire n’ont pris garde: c’est que
-_l’Avare_, comme plusieurs autres comédies en prose de Molière, est
-presque tout entier en vers blancs[26]. Le rhythme et la mesure y sont
-déjà; il n’y manque plus que la rime. Une telle prose assurément ne
-peut se dire affranchie des contraintes de la versification, auxquelles
-Fénelon attribue le méchant style des vers de Molière. Ainsi l’exemple
-de _l’Avare_ est très-malheureusement choisi; ce qu’il aurait fallu
-citer comme modèle de belle et franche prose, c’était le _Don Juan_,
-_la Critique de l’École des femmes_, ou _le Malade imaginaire_.
-
- [26] Voyez l’article _VERS BLANCS_, du Lexique.
-
-J’espère montrer, contre l’opinion de Fénelon et même de Voltaire,
-que beaucoup d’expressions des vers de Molière, qu’on regarde comme
-suggérées par le besoin de la rime ou de la mesure, parce qu’elles sont
-aujourd’hui hors d’usage, étaient alors du langage commun; et l’on n’en
-doutera point, lorsqu’on les retrouvera dans la prose de Pascal et dans
-celle de Bossuet.
-
-Il ne s’agit point de comparer Molière à Térence, et de décider si
-le français de l’un est moins élégant et moins pur que le latin de
-l’autre. Térence, quand Fénelon lui donnait le prix, avait l’avantage
-d’être mort depuis longtemps, et aussi sa langue. Il est à craindre que
-l’heureux imitateur d’Homère n’ait trop cédé à ses préoccupations en
-faveur des anciens. Nous devons croire à l’élégance et à la pureté de
-Térence, dont il y a tant de bons témoins; mais y croire d’une manière
-absolue, et sans nous mêler de faire concourir le poëte latin avec les
-écrivains d’un autre idiome. Nous avons un mémorable exemple du danger
-où nous nous exposerions, puisque le sentiment excessif des mérites de
-Térence a pu faire paraître _le Misanthrope_, _Tartufe_, et _les Femmes
-savantes_, des pièces _mal écrites_: «_L’Avare est moins mal écrit_
-que les pièces qui sont en vers.» Il faut ranger cette proposition de
-l’archevêque de Cambrai parmi les _Maximes des saints_, qui ne sont
-point orthodoxes.
-
-Je ne sais si la simplicité des termes, et l’absence ou l’humilité des
-figures, est le caractère essentiel du langage des passions. J’en doute
-fort quand je lis Eschyle, Sophocle, et Homère lui-même. Je demanderai
-quelles passions Molière a mal exprimées, pour leur avoir prêté un
-langage trop chargé de figures: est-ce l’avarice, l’amour, la jalousie?
-
-Sortons un peu des accusations vagues et des termes généraux. Molière,
-dit Fénelon, pense bien, mais il parle mal. C’est quelque chose déjà
-que de bien penser; et j’ajoute qu’il est rare, quand la pensée est
-juste, que l’expression soit fausse. Mais enfin, depuis Fénelon et
-la Bruyère, on a souvent fait à Molière ce reproche de ne pas écrire
-purement. Il ne faut qu’une délicatesse de goût médiocre et une
-attention superficielle pour sentir, dans le style de Molière, une
-différence avec les autres grands écrivains du XVIIe siècle, Racine,
-Boileau, Fénelon, la Bruyère, etc. Mais cette différence est-elle de
-l’incorrection?
-
-Nous sommes accoutumés, nous qui regardons déjà de loin cette époque, à
-confondre un peu les plans du tableau, et à mêler les personnages: sous
-prétexte qu’ils ont vécu ensemble, nous faisons Molière absolument
-contemporain de Boileau, de Racine, de Bossuet et de Fénelon; et ce que
-nous donnent les uns, nous pensons avoir le droit de l’exiger aussi de
-l’autre. C’est mal à propos. Molière enseigna tout ce monde, et les
-seuls vraiment grands écrivains dont l’exemple put lui servir furent
-Corneille et Pascal. Songez que Molière écrivit de 1653 à 1672, de
-l’âge de vingt et un ans à celui de cinquante. Durant cette période
-de vingt-neuf années, que se produisit-il? Corneille était fini:
-_l’Étourdi_ naquit la même année que _Pertharite_; _Œdipe_ en tombant
-vit le succès des _Précieuses_. Molière s’avança dans la carrière tout
-seul, ou à peu près, jusqu’en 1667, que Racine fit son véritable début
-dans _Andromaque_. La Fontaine venait de publier le premier recueil
-de ses contes; on avait de Boileau son _Discours au roi_, plusieurs
-satires, et de la Rochefoucauld, le livre des _Maximes_. Voilà tout.
-Et Molière, où en était-il, lui? Il avait déjà donné à la littérature
-française _Don Juan_, _le Misanthrope_, et _Tartufe_! De ce point
-jusqu’au moment où la tombe l’engloutit dans toute la force de son
-génie, Racine donna _les Plaideurs_, _Britannicus_, _Bérénice_, et
-_Bajazet_; la Fontaine, un second volume de contes et les premiers
-livres de ses fables; Boileau, trois épîtres; Bossuet, deux oraisons
-funèbres: celle de la reine d’Angleterre, et celle de la duchesse
-d’Orléans.
-
-La Bruyère, Fénelon, madame de Sévigné, Fontenelle, n’avaient point
-encore paru.
-
-C’est seulement après la mort de Molière que nous voyons éclore tous
-ces illustres chefs-d’œuvre du XVIIe siècle: _Mithridate_, _Iphigénie_,
-_Phèdre_, _Esther_, et _Athalie_; les six derniers livres des fables
-de la Fontaine; les épîtres de Boileau, ses deux meilleures satires
-(X et XI), _l’Art poétique_, et _le Lutrin_; dans un autre genre,
-l’oraison funèbre du prince de Condé, l’_Histoire des Variations_, et
-le _Discours sur l’histoire universelle_. Entre la mort de Molière et
-_Télémaque_, il y a neuf ans; et, pour aller jusqu’aux _Caractères_
-de la Bruyère, il y en a quatorze. Durant cet intervalle, la langue
-française changea beaucoup.
-
-Je ne vois, dans le XVIIe siècle, que quatre hommes qui aient parlé la
-même langue: Pascal, la Fontaine, Molière, et Bossuet.
-
-Le caractère essentiel de cette langue, c’est une indépendance
-complète, un esprit d’initiative très-hardi, sous la surveillance
-d’une logique rigoureuse. Le premier devoir de cette langue, c’est de
-traduire la pensée; le second, de satisfaire la grammaire: aujourd’hui
-la grammaire passe devant, et souvent contraint la pensée à plier. Du
-temps de Molière, l’esprit géométrique ne s’était pas encore rendu
-maître de la langue: elle ne souffrait d’être gouvernée que par son
-génie natif, reconnaissant les engagements pris à l’origine, mais aussi
-leur laissant leur plein effet. On écrivait le français alors avec la
-liberté de Rabelais et de Montaigne. Mais bientôt cette liberté reçut
-des entraves, qui chaque jour allèrent se resserrant; on accepta des
-lois tyranniques et des distinctions arbitraires: l’emploi de telle
-construction fut admis avec tel mot et proscrit avec tel autre, sans
-qu’on sût pourquoi: la langue tendait à se mettre en formules. On
-n’examina point si une locution était juste et utile; on dit: Elle est
-vieille, nous la rejetons! Quantité de détails, dont on ne comprenait
-plus l’usage, eurent le même sort. Il fallut aux femmes et aux beaux
-esprits des modes nouvelles, où le caprice remplaçait la raison. Je
-ne dis pas qu’à ces épurations le style n’ait absolument rien gagné,
-mais je suis persuadé qu’en somme la langue y a perdu. Eh! que peut-on
-gagner qui vaille l’indépendance? quels galons, fussent-ils d’or,
-compensent la perte de la liberté?
-
-Cependant la Bruyère félicite la langue de ses progrès. Le passage vaut
-d’être cité: «On écrit régulièrement _depuis vingt années_; on est
-esclave de la construction; on a enrichi la langue de nouveaux mots,
-secoué le joug du latinisme, et réduit le style à la phrase purement
-française. On a _presque_ retrouvé le nombre que Malherbe et Balzac
-avaient les premiers rencontré, et que tant d’auteurs depuis eux ont
-laissé perdre; on a mis enfin dans le discours tout l’ordre et toute la
-netteté dont il est capable: cela conduit insensiblement à y mettre de
-l’esprit.»
-
-On sent au fond de cette apologie la satisfaction d’une bonne
-conscience; mais la sincérité n’exclut pas l’erreur. Il paraît un peu
-dur de prétendre qu’on n’écrivait pas régulièrement avant 1667, et de
-reléguer ainsi, parmi les ouvrages d’un style irrégulier, les _Lettres
-provinciales_, _l’École des maris_, _l’École des femmes_, _Don Juan_,
-et même _Tartufe_, dont les trois premiers actes furent joués en 1664.
-La langue française étant une transformation de la latine, ne peut
-abjurer le génie de sa mère sans anéantir le sien. Ces mots, _réduire
-le style à la phrase purement française_[27], n’offrent donc point de
-sens; et cela est si vrai, que Bossuet, Fénelon et Racine sont remplis
-de latinismes. _On est esclave de la construction_, cela signifie qu’on
-emploie des constructions beaucoup moins variées; que l’inversion, par
-exemple, a été supprimée, dont nos vieux écrivains savaient tirer
-de si grands avantages. C’est ce que la Bruyère appelle l’ordre et
-la netteté du discours, qui conduisent insensiblement à y mettre _de
-l’esprit_. Ce dernier trait est vraiment admirable! Avant 1667, il
-n’y avait dans le discours ni ordre, ni netteté, ni par conséquent
-d’esprit; les écrivains n’ont commencé d’avoir de l’esprit que depuis
-1667.
-
- [27] Cette expression semble bizarre, surtout au moment où la
- Bruyère se glorifie de la _netteté_ de son discours. Comment
- peut-on réduire le _style_, qui est un terme général, à
- _la phrase_, qui est un terme particulier? Le contraire se
- comprendrait mieux: on ramena la phrase au style français. C’est
- ce qu’a voulu dire la Bruyère.
-
-Relisez maintenant cet éloge, et vous verrez qu’il ne s’applique
-exactement qu’au style d’un seul écrivain: c’est la Bruyère. Il n’en
-est pas un trait qui convienne aux quatre grands modèles, Pascal,
-Molière, la Fontaine et Bossuet. Il semble plutôt que ce soit une
-attaque voilée contre leur manière. Tout en paraissant louer son
-époque, la Bruyère ne loue en effet que les allures sèches et uniformes
-du style de la Bruyère. On donne trop d’autorité aux décisions de cet
-écrivain. Si le livre était lu davantage, l’auteur n’eût pas joui sans
-trouble, jusqu’à présent, d’une réputation consacrée par l’habitude,
-et protégée par l’indifférence. Pourquoi a-t-on crié tant et si fort
-contre Boileau? C’est que Boileau est dans toutes les mémoires. Je
-suis contraint de reconnaître avec ses ennemis, qu’il n’a point mis de
-sensibilité dans ses satires; et c’est une grande lacune sans doute.
-Mais je ne pense pas que le cœur se montre davantage dans la Bruyère,
-que personne pourtant n’a jamais inquiété pour ce fait.
-
-Fénelon reproche à Molière des métaphores voisines du galimatias; la
-Bruyère, enchérissant sur Fénelon, l’accuse de jargon et de barbarisme.
-Il serait bien étrange que celui qui a passé sa vie à poursuivre le
-galimatias des pédants et le jargon des précieuses, eût été, à l’insu
-de tout le monde, atteint de la même maladie! Comment tant d’ennemis de
-Molière n’ont-ils pas su relever, dans ses œuvres, un ridicule qu’il
-relevait si bien dans les leurs? C’est que rien n’est plus opposé que
-le jargon et le galimatias au génie franc et naïf de Molière. Je ne
-prétends pas nier qu’on ne rencontre çà et là chez lui de mauvaises
-métaphores, quelque expression obscure ou peu naturelle. Moi-même j’ai
-pris soin de les signaler[28], car, malgré son divin génie, Molière
-après tout n’était qu’un homme: il a pu quelquefois se tromper au choix
-de ses sujets; et quand, par exemple, il se mit à _Don Garcie_, il
-n’eut pas le don d’habiller d’expressions vraies des sentiments faux
-et des aventures romanesques[29]. Quand un ordre du roi l’attachait à
-des arguments tels que _Psyché_ ou _Mélicerte_, ou bien lui faisait
-brusquer les deux derniers actes du _Bourgeois gentilhomme_, le désir
-de plaire à Louis XIV ne parvint pas toujours à suppléer au manque de
-temps, ni à l’ingratitude de la donnée. Mais il est souverainement
-injuste d’aller rechercher quelques détails perdus, pour en faire
-un caractère général de l’ensemble. La Bruyère n’a pas été plus
-heureux à juger le style de Molière qu’à refaire _Tartufe_ sous le
-nom d’_Onuphre_. Un peintre de mœurs qui estime Tartufe un caractère
-manqué, où Molière a pris justement le contre-pied de la vérité, et
-qui entreprend de le rétablir au naturel, je ne veux pas affirmer que
-ce peintre-là soit aveuglé par la jalousie; mais que ce soit par la
-jalousie ou autrement, il m’est désormais impossible de croire à la
-justesse de sa vue, ni à l’infaillibilité de ses oracles.
-
- [28] Voyez les articles MÉTAPHORES VICIEUSES; IL; ON.
-
- [29] Mais aussi voyez, au milieu de ses erreurs, quand il
- rencontre un filon de vérité, comment il en tire parti! La scène
- de jalousie de _Don Garcie_ a passé dans _le Misanthrope_, où
- elle brille.
-
-Qu’entend-il, lorsqu’il regrette que Molière n’ait pas évité le
-barbarisme? Est-ce à dire qu’il y a des barbarismes dans Molière,
-ou que Molière écrit d’un style barbare? Ni l’un ni l’autre n’est
-soutenable. La Bruyère se sauve ici par le laconisme. Quand le
-chartreux dom Bonaventure d’Argonne l’accusa lui-même de néologisme
-et de solécismes, à l’appui de ses assertions il cita des exemples
-qui permirent de vérifier sa critique, et d’en reconnaître, sinon la
-justesse constante, au moins la bonne foi. C’est tout ce qu’on peut
-exiger.
-
-J’espère que je sens comme un autre le mérite des _Caractères_, et
-que l’injustice de la Bruyère envers Molière ne me rend point à mon
-tour injuste envers la Bruyère. Je rends pleine justice à la finesse
-des vues, et à la parfaite convenance du style avec les pensées. Tout
-cela ne m’empêchera point de dire que ce style est plus remarquable
-par l’absence des défauts que par la présence de grandes qualités;
-tandis que c’est précisément l’inverse dans Molière. En pareil cas, le
-choix n’est pas douteux: le style de la Bruyère est le beau idéal de
-la réforme accomplie par les précieuses de l’hôtel de Rambouillet[30];
-réforme étroite et mesquine, ayant pour point de départ le mépris,
-c’est-à-dire, l’ignorance de la vieille langue, et qui résume et
-absorbe toutes les qualités en une misérable et vétilleuse correction.
-C’est dans cette école qu’on supprime une bonne pensée, quand on
-ne lui trouve pas une brillante vêture; mais, au contraire, on
-n’hésite pas à lancer une pensée fausse, quand elle s’enveloppe d’une
-phrase coquette et bien tirée; en sorte que ce qu’on peut souhaiter
-de mieux, c’est que la phrase soit vide. De l’abondance autre que
-celle des mots, de l’élévation, du mouvement, de l’originalité,
-n’en demandez pas à cette école: ce sont choses qui troublent et
-risqueraient de déranger l’équilibre et la symétrie; voyez plutôt
-Bossuet! quel écrivain incorrect! Molière n’est pas pire, ni Pascal, ni
-Montaigne, ni Rabelais. Or, figurez-vous par plaisir ces esprits vifs,
-soudains, énergiques, obligés de se révéler dans cette belle langue
-perfectionnée, qui est esclave de la correction, qui a secoué le joug
-du latinisme, et qui réduit le style à la phrase purement française;
-figurez-vous Rabelais, Montaigne, Pascal et Molière, n’ayant à leur
-service d’autre instrument que cette langue effacée, délavée, cette
-langue de bégueule et de pédante: croyez-vous, avec la Bruyère, qu’elle
-les eût conduits _insensiblement_ à mettre plus d’esprit dans leurs
-ouvrages?
-
- [30] Aussi l’historien de la société, c’est-à-dire, le
- panégyriste des _Précieuses_, met-il sans hésiter la Bruyère
- fort au-dessus de Molière: «Supérieur à Molière par l’étendue,
- la profondeur, la diversité, la sagacité, la moralité de ses
- observations, il est son émule dans l’art d’écrire et de décrire;
- et son talent de peindre est si parfait, qu’il n’a pas besoin
- de comédien pour vous imprimer dans l’esprit la figure et le
- mouvement de ses personnages.» (_Hist. de la soc. pol._ p. 414,
- 415.)
-
- On ne discute pas de tels jugements, encore moins les combat-on;
- il suffit de les exposer. Pour avoir osé écrire celui-là, il faut
- que M. R. ait trouvé de grands rapports entre son propre talent
- et celui de la Bruyère.
-
-Nous avions autrefois une langue riche et souple, diverse et ondoyante,
-docile à recevoir l’empreinte de chaque génie, et fidèle à la
-conserver. Mais depuis que les grammairiens, progéniture de l’hôtel de
-Rambouillet, nous ont mis cette langue en équations, tous les styles
-se ressemblent. On croit assister à cet ancien bal de l’Opéra, célèbre
-pour sa monotonie, où tous les masques étaient affublés du même domino
-noir; moyennant quoi Thersite ne se distinguait pas de l’Apollon du
-Belvédère.
-
-La langue des précieuses est meilleure pour l’étiquette; celle de
-Molière est meilleure pour les passions. La première a été une réaction
-contre la seconde: n’est-il pas temps que la seconde rentre dans ses
-droits, pour n’en plus être dépossédée? n’est-il pas temps que ce qu’on
-appelle _la langue française_, ce soit la langue des grands écrivains
-de la France?
-
-Je demande pardon de la témérité de cette idée.
-
-
-
-
- CHAPITRE IX.
-
- De la moralité des comédies de Molière.--Attaques de
- Bossuet.--Sentiment de Fléchier sur la comédie et les comédiens.
-
-
-La portée morale des comédies de Molière a été diversement estimée.
-J. J. Rousseau écrit en termes formels: «Les comédies de Molière
-sont l’école des «mauvaises mœurs;» mais comme, un peu avant ou un
-peu après, il affirme qu’on ne peut les lire sans se sentir «pénétré
-de respect pour l’auteur,» ces deux propositions se neutralisent
-réciproquement, et ce n’est pas la peine de s’y arrêter.
-
-Mais il est une opinion trop importante pour qu’il soit permis de la
-passer sous silence: c’est celle de Bossuet.
-
-En 1686, treize ans après la mort de Molière, le père Caffaro, théatin,
-publia une dissertation en faveur de la comédie. Il déclarait ce
-plaisir innocent, d’autant que jamais, par la confession, il n’y avait
-reconnu aucun danger. Le scandale fut grand parmi les théologiens.
-On retira les pouvoirs au père Caffaro; Bossuet saisit sa redoutable
-plume, et s’en servit contre le théatin avec plus d’éloquence que de
-charité. Le pauvre père Caffaro se hâta de donner une rétractation
-empreinte de terreur. «J’assure Votre Grandeur, devant Dieu, dit-il
-à Bossuet, que je n’ai jamais lu aucune comédie ni de Racine, ni de
-Molière, ni de Corneille; _ou au moins je n’en ai jamais lu une tout
-entière_. J’en ai lu quelques-unes de Boursault, de celles qui sont
-plaisantes, etc.» Peut-être le bon théatin croyait-il ingénument la
-lecture de Boursault une expiation suffisante de la lecture de Molière.
-
-L’évêque de Meaux étendit la substance de sa lettre, et en fit ses
-_Maximes et réflexions sur la comédie_. Rarement Bossuet a porté plus
-loin l’éloquence et la vigueur; mais être fort ne dispense pas d’être
-juste, et souvent rien n’est plus éloquent que la passion aveuglée
-par son propre excès. Ce traité, qu’on lira toujours pour admirer la
-puissance et l’énergie de l’auteur, offre partout une virulence de
-langage, une intolérance extraordinaire chez un homme de soixante et un
-ans, chez un prélat. S’il parle de la profession de comédien, il dit
-_leur infâme métier_; il déclare Corneille et Racine _dangereux à la
-pudeur_; leurs ouvrages sont «_des infamies_, qui, selon saint Paul, ne
-doivent pas même être nommées parmi les chrétiens.» Si saint Paul avait
-pu lire _Athalie_, _Esther_, _Polyeucte_, et même _Iphigénie_, il est
-permis de douter qu’il leur eût appliqué de telles expressions. Bossuet
-se révolte et s’indigne contre l’emploi de l’amour dans les ouvrages
-dramatiques. Dites-moi, s’écrie le fougueux prélat, que veut UN
-_Corneille_ dans son _Cid_? etc.; il ne tolère pas même «l’inclination
-pour la beauté, qui se termine au nœud conjugal;» et voici son motif,
-sur lequel il insiste, et qu’il reproduit sous vingt formes: «La
-passion ne saisit que son objet, et la sensualité est seule excitée.»
-Le mariage final n’atténue pas le danger, parce que «le mariage
-présuppose la concupiscence, etc., etc.»
-
-Après ces rigoureuses maximes, rien n’est plus fait pour surprendre que
-la correspondance de Bossuet avec la sœur Cornuau de Saint-Bénigne,
-où elles sont continuellement mises de côté. Ces lettres sont pleines
-d’un mysticisme aussi exalté que celui de Fénelon et de madame Guyon;
-il y est question sans cesse de l’époux, de s’abandonner aux désirs
-de l’époux, de baisers, d’embrassements, de caresses de l’époux, de
-pâmoisons amoureuses, etc. Bossuet conseille à sa pénitente de lire
-_le Cantique des cantiques_, et il lui écrit: «Ma chère sœur, laissez
-vaguer votre imagination.» La recommandation était superflue; sœur
-Cornuau la suivit si bien, qu’elle commença à avoir des extases, des
-visions. Elle rédigea par écrit celle de l’_Amour divin_[31], et
-l’adressa à Bossuet: ce n’est pas autre chose qu’une série d’images
-excessivement passionnées et voluptueuses, car rien ne ressemble
-à l’amour impur comme cet amour pur, rien n’est sensuel comme ce
-mysticisme. Cependant nous voyons Bossuet approuver l’écrit de la
-sœur Cornuau, et, peu de temps après, fulminer l’anathème contre
-le théâtre et les auteurs de comédies. Veut-on dire que ces écarts
-d’imagination soient excusés par le nom de Jésus-Christ? Le père
-Caffaro essayait aussi de justifier l’emploi de l’_amour épuré_ dans
-la comédie; mais Bossuet lui répondait: «Croyez-vous que la subtile
-contagion d’un mal dangereux demande toujours un objet grossier?...
-Vous vous trompez..., la représentation des passions agréables porte
-naturellement au péché, puisqu’elle nourrit la concupiscence, qui en
-est le principe.» Ces réflexions ne peuvent frapper Corneille, Racine
-et Molière, sans frapper en même temps Bossuet et la sœur Cornuau; et
-plus fortement, j’ose le dire, car on voit tout de suite combien le
-danger est plus grand d’une passion traitée dans une correspondance
-secrète, mystérieuse, que d’un amour banal, exposé en théâtre public
-aux regards de plusieurs milliers de spectateurs.
-
- [31] Voyez ce curieux morceau dans le tome XI des _Œuvres de
- Bossuet_, in-quarto.
-
-Bossuet ne peut donc échapper au reproche d’inconséquence.
-
-Il invoque contre la comédie l’autorité de Platon, qui bannit de sa
-république tous les poëtes, sans en excepter le divin Homère. Je ne
-sais si Platon y aurait souffert des mystiques comme la sœur Cornuau;
-en tout cas, l’autorité de Platon ne conclut rien, parce qu’on fait
-dire à Platon, comme à Aristote, tout ce qu’on veut. Platon fournira
-cent arguments en faveur de la comédie, quand on voudra les lui
-demander; par exemple, ce passage des _Lois_.--«On ne peut connaître
-les choses honnêtes et sérieuses, si l’on ne connaît les choses
-malhonnêtes et risibles; et, pour acquérir la prudence et la sagesse,
-il faut connaître les contraires, etc.»
-
-Il est malheureusement trop clair que la rigueur de Bossuet contre le
-théâtre prend sa source dans les comédies de Molière. Sans Molière,
-Corneille et Racine seraient moins coupables; on ne pouvait séparer
-leurs causes: _Tartufe_ a fait condamner le _Cid_. C’est surtout contre
-Molière que se déploie l’animosité de l’évêque de Meaux; c’est surtout
-à Molière qu’il en revient.--«Il faudra donc que nous passions pour
-honnêtes _les infamies et les impiétés_ dont sont pleines les comédies
-de Molière!» Était-ce à Bossuet à tomber dans ces exagérations, qui, si
-elles n’étaient de la passion, seraient de la mauvaise foi? était-ce
-à lui à voir dans _Tartufe_, dans la censure de l’hypocrisie, une
-impiété?--«Il faudra bannir du milieu des chrétiens les _prostitutions_
-qu’on voit encore toutes crues dans les pièces de Molière; on
-réprouvera les discours où ce rigoureux censeur des grands canons, ce
-grave réformateur des mines et des expressions de nos précieuses,
-étale cependant au plus grand jour les avantages d’une infâme tolérance
-dans les maris, et sollicite les femmes à de honteuses vengeances
-contre leurs jaloux.» Cela passe les bornes du zèle légitime. On doit
-supposer que Bossuet, avant de condamner Molière si impitoyablement,
-avait pris la peine de le lire: où a-t-il vu Molière exposer les
-avantages d’une infâme tolérance de la part des maris, et provoquer les
-femmes à se venger de leurs jaloux? Ce n’est pas dans _George Dandin_,
-car George Dandin est si loin de se prêter à son déshonneur, que c’est,
-au contraire, son désespoir et ses combats qui font le sujet de la
-pièce; ce n’est pas dans _l’École des maris_, ni dans _l’École des
-femmes_, puisque Isabelle non plus qu’Agnès n’est mariée à son jaloux.
-Ce n’est ni là, ni ailleurs. J’ai regret de le dire, mais les dignités
-ecclésiastiques ne doivent pas offusquer la vérité: Bossuet a calomnié
-Molière.
-
-Les canons des marquis, les mines des précieuses, dignes objets
-de l’aigreur et de l’ironie du dernier Père de l’Église! Mais,
-la haine se prend à tout ce qu’elle rencontre. Celle de Bossuet,
-longtemps mal contenue, éclate enfin dans ces paroles odieuses et
-antichrétiennes:--«La postérité saura peut-être la fin de ce poëte
-comédien, qui, en jouant son _Malade imaginaire_ ou son _Médecin par
-force_[32], reçut la dernière atteinte de la maladie dont il mourut peu
-d’heures après, et passa des plaisanteries du théâtre, parmi lesquelles
-il rendit presque le dernier soupir, au tribunal de celui qui dit:
-_Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez!_» Oui, Monseigneur, la
-postérité saura la fin déplorable de Molière, de ce poëte comédien,
-comme l’appelle Votre Grandeur; et elle saura aussi que l’évêque de
-Meaux, ce grand Bossuet, pouvait haïr jusqu’à souhaiter l’enfer au
-malheureux objet de sa haine, ou du moins triompher, du haut de la
-chaire évangélique, à l’idée de le voir éternellement damné.
-
- [32] L’incertitude de Bossuet était-elle sincère? Était-il si
- mal instruit de ce qui concernait la personne et les œuvres de
- Molière? Molière n’a point fait de _Médecin par force_; Bossuet
- ignorait-il le titre du _Médecin malgré lui_?
-
-Au langage fanatique de l’évêque de Meaux opposons celui d’un homme qui
-fut aussi un prélat célèbre, et l’égal de Bossuet en vertu, sinon en
-génie.
-
- «Je ne suis point de ceux qui sont ennemis jurés de la
- comédie, et s’emportent contre un divertissement qui peut être
- indifférent lorsqu’il est dans la bienséance. Je n’ai pas la
- même ardeur que les Pères de l’Église ont témoignée contre les
- comédies anciennes, qui, selon saint Augustin, faisaient une
- partie de la religion des païens, et qui étaient accompagnées
- de certains spectacles qui offensaient la pureté chrétienne.
- Aussi je ne crois pas qu’il faille mesurer les comédiens comme
- nos ancêtres et les Romains, qui les méprisèrent, en les
- privant de toute sorte d’honneurs, et en les séparant même du
- rang des tribus.... Je leur pardonne même de n’être pas trop
- bons acteurs, pourvu qu’ils ne jouent pas indifféremment tout
- ce qui leur tombe entre les mains, et qu’ils n’offensent ni la
- société, ni l’honnêteté civile[33].»
-
- [33] FLÉCHIER, _Mémoires sur les Grands Jours_ de 1665.
-
- Voilà mes gens! voilà comme il faut en user!
-
-Il n’est personne qui ne voie combien l’opinion de Fléchier est
-non-seulement plus humaine et plus sensée, mais même plus chrétienne
-que celle de Bossuet. Une seule façon d’agir eût été plus chrétienne
-encore: c’était de prier Dieu pour celui qu’on supposait en avoir tant
-besoin. C’est ce que fit sans doute Fénelon, sans orgueil et sans bruit.
-
-Saint-Évremond, après une longue vie passée tout entière dans le plus
-dur scepticisme, Saint-Évremond mourant écrit à un de ses amis:--«Je
-ne sais comment on a pu empêcher si longtemps la représentation de
-_Tartufe_. _Si je me sauve, je lui devrai mon salut._ La dévotion est
-si raisonnable dans la bouche de Cléante, qu’elle me fait renoncer à
-toute ma philosophie; et les faux dévots sont si bien dépeints, que
-la honte de leur peinture les fera renoncer à toute leur hypocrisie.
-Sainte piété, que de bien vous allez apporter au monde[34]!»
-
- [34] Voyez _le Conservateur_, avril 1758.
-
-Ne semble-t-il pas que ce langage soit celui du prélat, et que les
-violences de Bossuet sortent de la bouche du vieil incrédule?
-
-Molière a répondu d’avance à Bossuet dans cette admirable préface de
-_Tartufe_, où la question morale du théâtre est traitée solidement,
-complétement, et qui suffirait seule pour mettre Molière au premier
-rang de nos écrivains. La réfutation est si exacte, qu’on dirait que
-l’auteur avait sous les yeux le plan de son adversaire. Entendons-le à
-son tour:
-
- «Je sais qu’il y a des esprits dont la délicatesse ne peut
- souffrir aucune comédie; qui disent que les plus honnêtes sont
- les plus dangereuses, que les passions qu’on y dépeint sont
- d’autant plus touchantes qu’elles sont pleines de vertu, et que
- les âmes sont attendries par ces sortes de représentations. Je
- ne vois pas quel grand crime c’est que de s’attendrir à la
- vue d’une passion honnête. C’est un haut étage de vertu que
- cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre
- âme. Je doute qu’une si grande perfection soit dans les forces
- de la nature humaine, et je ne sais s’il n’est pas mieux de
- travailler à rectifier et adoucir les passions des hommes, que
- de vouloir les retrancher entièrement.»
-
-Voilà, en dix lignes, toute la question. Le génie impétueux de Bossuet
-poursuit, en foulant aux pieds tous les obstacles, un résultat
-chimérique: la perfection absolue de l’homme par la religion. Molière
-ne demande aux hommes qu’une perfection relative, et tâche à tirer
-d’eux le meilleur parti possible par les leçons du théâtre.
-
-
-
-
- CHAPITRE X.
-
- D’une opinion très-particulière de l’historien de la société
- polie.
-
-
-Qui croirait que, parmi nos contemporains, Molière a rencontré en
-France un censeur plus sévère, un adversaire à lui seul plus rigoureux
-que Bossuet, Bourdaloue et Jean-Jacques réunis? Dans un livre où les
-faits et les personnages du XVIIe siècle sont violentés, torturés de
-la manière la plus étrange, sous prétexte de faire l’histoire de la
-société polie, M. Rœderer n’a pas entrepris moins que la réhabilitation
-complète des _précieuses_ et de l’hôtel de Rambouillet. Il fausse
-librement toutes les vues, toutes les données de l’histoire, pour les
-faire cadrer à son bizarre système. En voici un aperçu:
-
-Selon M. Rœderer, la société polie ce sont les précieuses; la
-préciosité, la morale et la vertu, c’est tout un. Or M. Rœderer imagine
-un complot de quatre poëtes, ou plutôt quatre scélérats, ligués contre
-la morale publique et la vertu: ce sont Molière, Boileau, Racine, et
-la Fontaine. Dans quel intérêt, direz-vous? Dans l’intérêt, répond M.
-Rœderer, de plaire à Louis XIV en flattant ses penchants vicieux. Ces
-quatre poëtes travaillant sous la protection du roi, c’est ce que M.
-Rœderer appelle «_le quatrumvirat placé sous les créneaux de Louis
-XIV_.» Je ne m’étonne plus de la sympathie de M. Rœderer pour les
-précieuses. M. Rœderer nous peint les membres du _quatrumvirat_ réunis,
-et de concert «pour favoriser les mœurs de la cour, célébrer les
-maîtresses, exalter sous le nom de munificence royale des profusions
-ruineuses, au grand préjudice des mœurs générales. On faisait tomber
-des ridicules, mais on les immolait au vice; et l’honnêteté des femmes
-était traitée d’hypocrisie, comme si le désordre eût été une règle sans
-exception.» (_Société polie_, p. 206.)
-
-Je ne voudrais pas jurer que M. Rœderer n’ait retrouvé le contrat
-d’association, tant il paraît sûr de son fait. Vainement lui ferait-on
-observer que Molière et Racine sont restés brouillés depuis la
-représentation d’_Andromaque_; c’est-à-dire, depuis le véritable début
-de Racine; que Louis XIV, loin de protéger la Fontaine, témoigna
-toujours contre le fabuliste et contre ses ouvrages une invincible
-antipathie; M. Rœderer ne s’arrête pas à si peu:
-
- «Le quatrumvirat placé sous les créneaux de Louis XIV obtint
- une victoire facile sur le ridicule; mais il succomba devant
- l’honnêteté, parce qu’elle était appuyée sur la haute société,
- qui joignait le bon goût à la délicatesse des mœurs. Cette
- société faisait cause commune avec la cour contre le mauvais
- langage et les mauvaises manières, et eut peut-être la plus
- grande part à _leur réprobation_; mais elle faisait cause
- commune avec les bonnes mœurs de la préciosité contre la
- licence de la cour et contre celle des écrivains nouveaux, et
- elle eut la plus grande part à leur défaite.» (P. 24.)
-
-Certes, avant M. Rœderer personne n’avait soupçonné ni cette
-association de Molière, Boileau, la Fontaine et Racine contre les
-bonnes mœurs et l’honnêteté, ni surtout la défaite du _quatrumvirat_.
-Molière et Boileau défaits par les précieuses! Ceux qui aiment le
-nouveau, quoi qu’il coûte, auront ici lieu d’être satisfaits.
-
-Et quel but pensez-vous que se proposât Molière dans _le Misanthrope_?
-Peindre la vertu, et la faire estimer et chérir jusque dans les excès
-comiques où elle peut s’emporter? Point du tout! La véritable intention
-de Molière était de servir les maîtresses de Louis XIV; et en cela il
-était soufflé par Louis XIV lui-même. Préparer le triomphe du vice, tel
-est le sens mystérieux du caractère d’Alceste:
-
- «En considérant la position de Molière et le plaisir que le roi
- prenait à diriger son talent, on se persuaderait sans peine
- qu’en approchant l’oreille des rideaux du roi, on surprendrait
- quelques paroles dites à demi-voix pour désigner à Molière ce
- caractère qui, bien que respecté au fond du cœur, avait quelque
- chose d’importun pour les maîtresses, et pour les femmes qui
- aspiraient à le devenir.» (P. 219.)
-
-Vous en seriez-vous douté? Non. C’est que vous n’avez pas, comme M.
-Rœderer, approché l’oreille des rideaux de Louis XIV.
-
-Et _Amphitryon_? Vous croyez bonnement que c’est une imitation de
-Plaute; que les personnages de cette comédie sont Jupiter, Alcmène
-et Amphitryon? Pauvres gens! vues bornées! détrompez-vous: apprenez
-de M. Rœderer qu’il faut entendre sous ces noms Louis XIV, madame de
-Montespan, et M. de Montespan; dès lors vous comprenez la malice de ces
-vers:
-
- Un partage avec Jupiter
- N’a rien du tout qui déshonore.
-
-C’est ingénieux, n’est-ce pas? M. Rœderer fait des découvertes
-admirables dans les pièces de Molière! Mais ce n’est pas tout, et voyez
-jusqu’où va son talent: cet Amphitryon si gai, si comique, M. Rœderer
-trouve le moyen de le tourner à la tragédie; il mêle là-dedans la
-mort de madame de Montausier, et veut en rendre Molière responsable.
-Comment? madame de Montausier serait-elle morte de rire à _Amphitryon_?
-Nullement; elle mourut des suites d’une frayeur causée par une
-vision, une apparition en plein jour. Saint-Simon et mademoiselle de
-Montpensier s’accordent sur cette histoire: «Madame de Montausier
-étant dans un passage, derrière la chambre de la reine, où l’on met
-ordinairement un flambeau en plein jour, elle vit une grande femme qui
-venait droit à elle, et qui, lorsqu’elle en fut proche, disparut à ses
-yeux; ce qui lui fit une si grande impression dans la tête et une si
-grande crainte, qu’elle en tomba malade.» (_Mémoires de Mademoiselle._)
-
-Saint-Simon ajoute que la grande femme était mal mise, qu’elle parla
-à l’oreille de madame de Montausier; et que celle-ci étant sujette à
-certains dérangements de cerveau, l’on ne sut jamais ce qu’il y avait
-de réel ou de fantastique dans cette scène.
-
-Vous n’apercevez, je gage, aucun rapport entre cette aventure lugubre
-et _Amphitryon_? C’est que vous n’avez pas les yeux de lynx de M.
-Rœderer.
-
-M. Rœderer, avec une sagacité nonpareille, devine et affirme sans
-hésiter que le fantôme inconnu n’était autre que M. de Montespan,
-déguisé en grande femme mal mise, pour, à l’aide de ce costume,
-pénétrer plus facilement dans les appartements de la reine, et faire à
-madame de Montausier de sanglants reproches sur sa complaisance pour
-les amours adultères du roi et de la marquise. Or, comme madame de
-Montausier mourut de cette affaire, c’est-à-dire de l’effroi d’avoir vu
-M. de Montespan en grande femme mal mise; et d’autre part Molière ayant
-composé _Amphitryon_ dans une vue favorable à l’adultère du roi, tout
-cela donne à M. Rœderer le droit de s’écrier:
-
- «Combien cette mort fait perdre de son esprit et de sa gaieté à
- l’_Amphitryon_ de Molière! et quelle condamnation la pure vertu
- dont la société de Rambouillet avait été l’école prononça par
- cette mort sur la conduite de Louis XIV!» (P. 135.)
-
-La beauté de l’expression répond à la justesse des pensées.
-
-Mais voici le chef-d’œuvre de l’immoralité de Molière, l’ouvrage où
-se montre en plein son intention perverse de protéger le vice et de
-faire triompher les mauvaises mœurs, toujours sous les créneaux de
-Louis XIV, bien entendu. Vous vous hasardez à nommer _Tartufe_: point!
-vous n’y êtes pas. C’est _les Femmes savantes_; _Tartufe_ n’attaque
-pas les précieuses. Il n’y avait point de précieuses ridicules, point
-de pédantes; il n’y en a jamais eu; Philaminte et Bélise n’ont jamais
-existé. Mais il y avait des femmes d’une éclatante vertu, dont la
-conduite immaculée protestait contre la conduite scandaleuse de madame
-de Montespan. «C’étaient là les femmes dont les mœurs inquiétaient
-Molière et offensaient la cour; c’étaient ces femmes-là que le poëte
-voulait attaquer sous le nom de femmes savantes.» (P. 306-307.)
-
-Pour en venir à bout, Molière profita perfidement d’une circonstance
-favorable à son dessein. C’est que ces femmes vertueuses
-«s’appliquaient à l’étude du grec et du latin, à la métaphysique de
-Descartes, aux sciences physiques et mathématiques; quelques-unes
-particulièrement à l’astronomie.» (P. 306.) Molière eut la méchanceté
-noire d’employer ce hasard pour faire illusion au public et masquer son
-but affreux; mais il n’a pu tromper l’œil vigilant de M. Rœderer.
-
- «Cependant Molière, qui voyait le train de la cour continuer,
- l’amour du roi et de madame de Montespan braver le scandale,
- _imagina d’infliger un surcroît de ridicule aux femmes dont les
- mœurs chastes et l’esprit délicat étaient la censure muette,
- mais profonde et continue, de la dissolution de la cour_. Il
- ne doutait pas que ce ne fût un moyen de plaire au roi et à
- madame de Montespan..... La pièce des _Femmes savantes_ est
- une dernière malice de Molière à double fin: d’abord pour se
- défendre de la réprobation de quelques mots de son langage
- et de quelques erreurs de sa morale; ensuite _pour servir
- les amours du roi et de madame de Montespan_, qui blessaient
- tous les gens de bien, et dont la mort récente de madame de
- Montausier était une éclatante condamnation.» (P. 305-306.)
-
-Que de révélations inattendues coup sur coup! Molière défendant son
-propre langage et les erreurs de sa morale, Molière sapant les bonnes
-mœurs dans _les Femmes savantes_!
-
- Le voilà donc connu ce secret plein d’horreur!
-
- «Il est _évident_ par le travail de cette comédie qu’elle n’a
- été inspirée ni par le spectacle de la société, ni avouée
- par l’art: c’est une œuvre de combinaison politique, _invita
- Minerva_.» (P. 309.)
-
-Quoi! _les Femmes savantes_ ont été faites _malgré Minerve_? Ah! M.
-Rœderer, je n’y tiens plus; et, comme dit Sganarelle à don Juan: «Cette
-dernière m’emporte!» Il faut que la défense des précieuses soit une
-entreprise bien difficile, puisqu’elle réduit à de telles extrémités!
-
-Le zèle de M. Rœderer pour les précieuses et les précieux ne recule
-devant aucune tâche, ne s’effraye d’aucun obstacle: il va jusqu’à
-embrasser l’apologie de l’abbé Cotin! On sait que l’abbé Cotin avait
-insulté Molière et Boileau dans un libelle rimé, où, parmi cent
-platitudes atroces, il leur reprochait de ne reconnaître ni Dieu, ni
-foi, ni loi; d’être des bateleurs, des turlupins, mendiant un dîner
-qu’ils payaient en grimaces, après s’y être enivrés jusqu’à tomber sous
-la table[35]. La scène de Vadius et de Trissotin s’était passée chez
-Mademoiselle, entre Cotin et Ménage, justement à l’occasion du fameux
-sonnet à la princesse Uranie; et, pour preuve, Saint-Évremond avant
-Molière avait reproduit cette scène dans sa comédie des _Académistes_.
-Ce sonnet à Uranie, et le madrigal sur un carrosse de couleur amarante,
-sont imprimés dans le recueil de Cotin; Trissotin s’appela _Tricotin_,
-c’est-à-dire, triple Cotin, jusqu’à la douzième représentation. Ménage
-même ajoute que Molière, pour rendre son intention encore plus
-sensible, avait songé d’affubler l’acteur d’un vieil habit de Cotin. Ce
-sont là des raisons de quelque poids sans doute, mais non pas pour M.
-Rœderer. M. Rœderer s’indigne de l’idée qu’on ait pu voir Cotin dans
-Trissotin. Cette fois, le crime lui paraît si énorme qu’il refuse d’en
-charger même Molière! Il s’en prend aux commentateurs:
-
-«De nos jours, des commentateurs ont osé (quelle audace!) ce dont les
-écrits du temps de Molière se sont abstenus, ce à quoi _la volonté
-de Molière a été de ne donner ni occasion, ni prétexte_..... Ils
-veulent que le Trissotin des _Femmes savantes_ soit précisément l’abbé
-Cotin!..... Mais Trissotin est un homme à marier qui veut attraper
-une honnête famille, et Cotin était ecclésiastique; Trissotin est un
-malhonnête homme, et l’abbé Cotin avait une réputation intacte. Un
-coquin ne prêche pas _dix-sept carêmes de suite à Notre-Dame_!» Voilà
-ce qui s’appelle un argument! L’abbé Cotin a prêché dix-sept carêmes
-de suite à Notre-Dame, donc il ne pouvait être un poëte ridicule, et
-Molière n’a pu le jouer en cette qualité. J’ose dire que le livre de
-M. Rœderer est raisonné d’un bout à l’autre avec la même puissance de
-logique.
-
- [35] Despréaux sans argent, crotté jusqu’à l’échine,
- S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine;
- Son Turlupin l’assiste, et, jouant de son nez,
- Chez le sot campagnard gagne de bons dîners, etc.....
-
- Ce même Cotin fit contre son ancien ami Ménage une satire
- intitulée _la Ménagerie_. On voit qu’il ne se contentait pas
- d’être un méchant poëte; il était encore un méchant homme.
-
-A l’occasion de Trissotin, M. Rœderer s’élève contre l’impertinence des
-faiseurs de _clefs_. Je suis de son avis; mais pourquoi nous a-t-il
-donné tout à l’heure une _clef_ de l’_Amphitryon_? pourquoi prend-il
-sur lui d’affirmer que, sous le nom de _Madelon_, Molière a voulu jouer
-mademoiselle de Scudéry, qui s’appelait _Madeleine_? Il s’appuie d’un
-passage du discours de réception de la Bruyère à l’Académie; il aurait
-dû s’en souvenir plus tôt. La clef du _Gargantua_ et du _Pantagruel_,
-celle des _Caractères_, sont beaucoup plus innocentes que celle qu’il
-forge pour _Amphitryon_; c’est l’histoire de la poutre et du fétu de
-l’Évangile.
-
-Enfin Molière mourut! Dès ce moment le _quatrumvirat_ dont il était
-l’âme fut considérablement affaibli. A la vérité, Racine, tout
-faible qu’il était, fit encore _Iphigénie_, _Phèdre_, _Esther_, et
-_Athalie_; la Fontaine publia ses meilleures fables, et ses derniers
-contes; Boileau, ses _Épîtres_, _le Lutrin_, et _l’Art poétique_;
-mais il n’importe: _le parti honorable_, _la société d’élite_, comme
-l’appelle M. Rœderer (p. 215), commença dès lors à respirer. Le parti
-honorable, ce sont les précieuses, par opposition au parti déshonorant
-ou déshonoré, représenté par Molière, Boileau, Racine et la Fontaine,
-Louis XIV en tête. Peu s’en faut que M. Rœderer ne se réjouisse de la
-mort de Molière; et, à tout prendre, on ne saurait lui en vouloir,
-puisque la morale est plus nécessaire que l’esprit, et que «la mort de
-Molière marqua un terme à la protection que les lettres donnaient à la
-société licencieuse contre la société d’élite.» (P. 329.) Cette mort
-fit un bien infini, car avec Molière disparurent _les mots grossiers
-qu’il protégeait_, et tout rentra dans l’ordre: les rois n’eurent plus
-de maîtresses; il n’y eut plus de profusions ruineuses, sous le nom de
-munificence royale; les mœurs publiques se purifièrent, et devinrent
-aussi irréprochables que celles même de l’hôtel de Rambouillet; en un
-mot, le temps de la régence fut l’âge d’or de la morale et de la vertu.
-Évidemment tout le mal tenait à Molière et aux mots grossiers.
-
-
-S’arrêter une seule minute à combattre les assertions de M. Rœderer,
-ce serait insulter à la fois la mémoire de Molière et le bon sens
-du lecteur. Il a suffi d’exposer ces rêveries; encore ne l’eût-on
-pas fait si longuement, si le livre qui les contient eût été publié
-comme les autres livres; mais l’auteur a pris la précaution de ne le
-pas laisser vendre: il s’est contenté d’en prodiguer de tous côtés
-les exemplaires en pur don. Par cet ingénieux moyen, il a échappé à
-l’examen de la critique, ou bien, si quelqu’un en a parlé quelque part,
-ç’a été pour acquitter en éloges la dette de la reconnaissance ou de
-l’amitié; en sorte que, depuis tantôt dix ans, les accusations les
-plus graves, et, disons le mot, les plus calomnieuses, circulent en
-France, au sein de la _société polie_, sur le compte des plus nobles
-caractères et du plus beau génie dont notre nation s’honore. Celui qui
-a répandu la gloire de notre littérature dans tous les coins du monde
-civilisé, et l’y maintiendra encore après que la langue française aura
-cessé d’être une langue vivante, c’est celui-là que M. Rœderer a choisi
-pour en faire le chef de je ne sais quelle officine ténébreuse, où,
-sous l’espoir d’un salaire, les quatre premiers poëtes du dix-septième
-siècle deviendraient les courtisans des courtisanes, les adversaires
-de l’honnêteté, et les destructeurs de la morale! Tant de frais pour
-réhabiliter les précieuses ridicules et l’abbé Cotin[36]!
-
- [36] M. Rœderer met toujours _Cottin_ par deux _t_. Il défigure
- le nom de son héros, comme ceux de _la Fare_ et de _Roberval_,
- qu’il écrit _Lafarre_, et _Robervalle_. Ce sont de petits
- détails, mais non pas sans importance dans un livre qui prétend
- surtout tirer sa valeur de l’exactitude parfaite des petits
- détails.
-
- En voici de plus essentiels:
-
- M. Rœderer (p. 195) fait la Fontaine plus jeune que Molière, dont
- il place la naissance en 1620. L’acte de naissance authentique de
- Molière, publié en 1821, prouve que Molière est né en 1622, et
- donne raison à Bret, qui avait indiqué cette date. Ainsi Molière
- était d’un an plus jeune que la Fontaine.
-
- (P. 28.) Il ne devrait plus être permis de répéter le conte du
- génie de la Fontaine, éveillé en sursaut à vingt-six ans par la
- lecture d’une ode de Malherbe. L’ouvrage de M. Walckenaer, fort
- antérieur à celui de M. Rœderer, a démontré la fausseté de cette
- historiette.
-
- M. Rœderer donne comme un fait notoire et au-dessus de tout
- examen la représentation des _Précieuses ridicules_ en province
- en 1654, c’est-à-dire, cinq ans avant la représentation à Paris.
- Il affirme, sans aucune preuve, que cette comédie fut jouée à
- Béziers, durant les états de Provence. C’est là, dit-il, un
- fait _indubitable_ que personne n’a jamais contredit. Il a été
- contredit par Somaise, par de Visé, par les frères Parfaict,
- et après eux par Bret et par M. Taschereau. Il est surtout
- démenti de la manière la plus formelle par le registre de la
- Comédie, écrit de la main de la Grange, où il est dit, page 3,
- que _l’Étourdi_ et _le Dépit_ avaient été joués en province, et,
- page 12, que _les Précieuses_ étaient _une pièce nouvelle_; et
- la Grange, qui y créa le rôle de Jodelet, a répété ce témoignage
- dans son édition des œuvres de Molière: «En 1659, M. de Molière
- FIT _les Précieuses ridicules_.»
-
- Ces preuves avaient été rassemblées dans l’estimable travail de
- M. Taschereau, que M. Rœderer qualifie d’_absurde_ et d’_odieux_,
- parce qu’il contrarie son système sur _les Précieuses_. Il eût
- mieux fait de le lire que de l’injurier.
-
- Enfin, M. Rœderer (p. 10) combat l’opinion de ceux qui attribuent
- à Molière, à Racine, à Boileau, et aux écrivains de leur temps,
- le perfectionnement de la langue française; et, parmi les auteurs
- à qui il attribue réellement ce mérite, et qui écrivaient,
- dit-il, longtemps avant le siècle de Louis XIV, il cite madame de
- Sévigné entre Regnier, Corneille et Malherbe.
-
- D’abord, ni la langue de Malherbe et de Regnier, ni même la
- langue de Corneille, n’est celle de Racine et de Boileau.
-
- Ensuite le recueil des lettres de madame de Sévigné ne
- commence qu’en 1671. Il est vrai que nous n’avons pas toute
- sa correspondance; mais il faut être aussi prévenu et aussi
- intrépide que M. Rœderer pour se faire un argument de ces
- lettres perdues, dont on ignore et le nombre et la date: «_Une
- multitude d’autres_ sont perdues. On pourrait assurer, _sans les
- connaître_, que ce sont les plus curieuses, les plus variées,
- les plus charmantes.» Tout est possible à M. Rœderer, hormis de
- dissimuler sa passion. A chaque page de son livre on reconnaît
- l’homme qui discute avec un parti pris, et ne se fait aucun
- scrupule d’altérer, de mutiler l’histoire, pour la plier à ses
- idées.
-
- Quant à dire que Cathos et Madelon sont «des bourgeoises _presque
- canailles_;» que Tallemant parle de madame de Sablé «comme
- d’une intrigante fieffée et d’une _insigne catin_ (p. 240); ces
- expressions et beaucoup d’autres pareilles, semblent indiquer que
- l’auteur n’était pas né pour être l’historien de la société polie.
-
- Au reste, cette prétendue histoire de la société polie se résume
- en trois points: éloge de l’hôtel de Rambouillet; invectives
- contre Molière; amours de Louis XIV avec Mlle de la Vallière,
- Mme de Montespan, Mme de Maintenon, Mme de Ludre, Mme de Gramont
- et Mlle de Fontanges. Sur trente-sept chapitres, les intrigues
- galantes de Louis XIV en remplissent treize, qui font plus de la
- moitié du volume. L’auteur prétend que «le triomphe de Mme de
- Maintenon est celui de la société polie.»--«On sait, dit-il, que
- le mariage de Mme de Maintenon fut une longue partie d’échecs, où
- la veuve Scarron fit son adversaire mat en avançant opiniâtrement
- la religion.» M. Rœderer disserte là-dessus en docteur qui aurait
- pris ses degrés dans les cours d’amour, et son style cette fois
- est tout à fait digne de l’hôtel de Rambouillet: «La main du roi
- fut sollicitée par la religion en faveur de l’amour; l’amour
- l’aurait peut-être donnée sans elle, et elle ne l’aurait pas
- donnée sans lui.» (P. 464.) L’abbé Cotin ou l’abbé de Pure n’eût
- pas rencontré mieux.
-
-Aujourd’hui ces orages sont passés, ces flots de haine, ces torrents
-d’injures sont écoulés, et Molière est debout. Vivant, il fut
-vilipendé par les fanatiques et les hypocrites; on se fût scandalisé de
-l’idée seule de l’admettre à l’Académie française: un comédien! A sa
-mort le peuple fut ameuté devant sa maison, et sa veuve se vit obligée
-de jeter de l’argent par les fenêtres, pour qu’on le laissât prendre
-possession de ce petit coin de terre _obtenu par prière_. Cent ans
-après, l’Académie française mettait l’éloge de Molière au concours; il
-fallut cent autres années pour qu’on osât saisir l’occasion d’élever
-la première statue de Molière, sur une fontaine, contre un pignon,
-à l’angle de deux rues fangeuses. Encore un siècle de patience, et
-Molière obtiendra peut-être sur une place publique de Paris un monument
-sans partage, digne de lui et de nous. La justice de la postérité est
-lente, mais elle est sûre, et d’autant plus complète qu’elle s’est fait
-davantage attendre. Sachons gré à Louis XIV de l’avoir devancée. Elle
-a commencé enfin pour Molière, celui de tous les génies français qui
-représente le mieux la France. Ce que Cicéron promettait à Auguste,
-on peut le promettre bien plus sûrement à Molière: _Nulla unquam ætas
-de laudibus suis conticescet_, Aucune époque ne tarira jamais sur tes
-louanges[37].
-
- [37] La vie de Molière a été souvent écrite. Parmi ses
- historiens, les plus célèbres sont Grimarest et Voltaire; c’est
- la source où sont allés puiser tous les autres. Le livre de
- Grimarest a l’avantage d’être le plus rapproché des faits qu’il
- expose; mais il manque de critique et de style. L’écrit de
- Voltaire fourmille d’inexactitudes et de négligences; il n’est
- digne ni de Voltaire ni de Molière. L’auteur, travaillant pour
- obliger un libraire, attachait à son œuvre une importance fort
- médiocre: il comptait en rejeter la responsabilité, et s’évader
- par l’anonyme. Mais Voltaire aurait dû se rendre plus de justice,
- et sentir que tout lui serait possible en littérature, hormis de
- se cacher. Dans ces derniers temps, des découvertes importantes,
- dues en partie à M. de Beffara, ont révélé des faits jusqu’ici
- inconnus, et mis à même de rectifier des erreurs graves. En sorte
- que, pour l’abondance des renseignements comme pour la sûreté de
- la critique, rien n’approche du travail de M. Jules Taschereau,
- _Histoire de la vie et des ouvrages de Molière_, souvent cité
- dans cette notice. C’est un monument durable, élevé par une main
- habile et pieuse à la gloire du père de la comédie française.
-
-
-
-
- TABLE.
-
-
- Pages.
-
- Préface. III
-
- CHAPITRE Ier. Naissance de Molière.--Ses études.--Il se fait
- comédien ambulant.--Il débute à Paris par
- _les Précieuses ridicules_. XI
-
- ---- II. Mariage de Molière.--Molière se brouille avec
- Racine.--Il est accusé d’inceste.--Louis XIV
- le protége. XVII
-
- ---- III. Le _Don Juan_ de Tirso de Molina et celui de
- Molière.--Fureur des hypocrites en voyant
- _les Provinciales_ sur le théâtre. XXI
-
- ---- IV. _Le Misanthrope_;--critiqué par J. J. Rousseau.
- Le _Timon_ de Shakspeare. XXVI
-
- ---- V. _Tartufe_;--attaqué par Bourdaloue, défendu par
- Fénelon. XXXI
-
- ---- VI. _Amphitryon_, _George Dandin_, _l’Avare._--Les
- farces de Molière.--Ses derniers ouvrages. XXXVIII
-
- ---- VII. Caractère privé de Molière.--Sa mort.--Son
- talent comme auteur. XLIII
-
- ---- VIII. Du génie dramatique de Molière.--Du style de
- Molière. LII
-
- ---- IX. De la moralité des comédies de Molière.
- Attaques de Bossuet.--Sentiment de Fléchier
- sur la comédie et les comédiens. LXVII
-
- ---- X. D’une opinion très-particulière de l’historien
- de la société polie. LXXIV
-
- Errata. LXXXIX
-
- Lexique de la langue de Molière. 1
-
- Lettre à M. A. F. Didot, sur quelques points de philologie
- française. 425
-
-
-
-
- ERRATA.
-
-
- Page 51, lig. 14: on se contente du simple _c_ devant _o_ et _n_;
- lisez: devant _o_ et _a_.
-
- Page 134, lig. 21:
-
- Nel puet nommer et _ne porquant_
- Balbié l’a en souglotant.
-
- lisez en seul mot _neporquant_, ou en trois mots _ne por quant_
- (neque per quantum, non pas même pour autant, nonobstant cela).
- Il n’y a point de motif de séparer une des trois racines.
-
- Pag. 166, lig. 9: le sepulchre u li _bom_ huem fud enseveliz;
- lisez: u li _bons_ huem.
-
-
-
-
- LEXIQUE
-
- DE LA
-
- LANGUE DE MOLIÈRE.
-
-
-A, devant un infinitif, propre à, capable de, de force ou de nature
-à....
-
- Cherchons une maison _à vous mettre_ en repos.
-
- (_L’Ét._ V. 3.)
-
- Je me sens un cœur _à aimer_ toute la terre.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
- Je n’ai point un courroux _à s’exhaler_ en paroles vaines.
-
- (_Ibid._ I. 3.)
-
- Pour de l’esprit, j’en ai sans doute, et du bon goût
- _A juger_ sans étude et raisonner de tout,
- _A faire_ aux nouveautés, dont je suis idolâtre,
- Figure de savant sur les bancs d’un théâtre.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
- Et la cour et la ville
- Ne m’offrent rien qu’objets _à m’échauffer_ la bile.
-
- (_Ibid._ I. 1.)
-
- Monsieur n’est point une personne _à faire rire_.
-
- (_Pourc._ I. 5.)
-
- Des ennuis _à ne finir_ que par la mort.
-
- (_Am. Magn._ I. 1.)
-
---A, devant un infinitif, pour _en_ suivi d’un participe présent:
-
- On ne devient guère si riche _à être_ honnêtes gens.
-
- (_B. Gent._ III. 12.)
-
-En étant honnêtes gens.
-
- L’allégresse du cœur s’augmente _à la répandre_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 6.)
-
-En la répandant, lorsqu’on la répand.
-
-Cette tournure correspond au gérondif en _do_, ou au supin en _u_ des
-Latins, qui n’est lui-même qu’un datif ou un ablatif, l’un et l’autre
-marqués en français par _à_: _vires acquirit eundo_; _diffunditur
-auditu_.
-
- Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens,
- Et nous faisons contre eux _à leur être indulgents_.
-
- (_Éc. des f._ V. 7.)
-
-En leur étant indulgents.
-
- Votre choix est tel,
- Qu’_à_ vous rien _reprocher_ je serois criminel.
-
- (_Sgan._ 20.)
-
-En vous reprochant rien, si je vous reprochais rien.
-
---A, devant un infinitif, marque le but:
-
- ... Un cœur qui jamais n’a fait la moindre chose
- _A mériter_ l’affront où ton mépris l’expose.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-Pour mériter, tendant à mériter.
-
- Si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos
- coudées franches _à vous en faire la justice_ à bons coups de
- bâton.
-
- (_G. D. I._ 3.)
-
- Lorsque si généreusement on vous vit prêter votre témoignage _à
- faire pendre_ ces deux personnes qui ne l’avoient pas mérité.
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
- Ah! c’est ici le coup le plus cruel de tous,
- Et dont _à s’assurer_ trembloit mon feu jaloux.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- La chose quelquefois est fâcheuse à connoître,
- Et _je tremble à la demander_.
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
---A, devant un infinitif, au point de, jusqu’à:
-
- La curiosité qui vous presse est bien forte,
- M’amie, _à nous venir écouter_ de la sorte!
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
---A, devant un infinitif, par le moyen de:
-
- Et que deviendra lors cette publique estime
- Qui te vante partout pour un fourbe sublime,
- Et que tu t’es acquise en tant d’occasions,
- _A ne t’être_ jamais vu court d’inventions!
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
---A _supprimé_.
-
-Voyez PRÉPOSITION supprimée.
-
---A datif, redoublé surabondamment:
-
- Et je le donnerois _à_ bien d’autres qu’_à_ moi,
- De se voir sans chagrin au point où je me voi.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
- Que de son cuisinier il s’est fait un mérite,
- Et que c’est _à_ sa table _à qui_ l’on rend visite.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-L’on prescrit aujourd’hui de dire _à bien d’autres que moi.... C’est
-à sa table que l’on rend visite_, sous prétexte que les deux datifs
-font double emploi; mais cette façon de parler est originelle dans
-notre langue, et nous vient du latin, où cette symétrie des cas est
-rigoureusement observée entre le substantif et son pronom relatif.
-
-Boileau a dit de même:
-
- «C’est _à vous_, mon esprit, _à qui_ je veux parler.»
-
- (_Sat._ IX.)
-
-Vers qu’il lui eût été facile de changer, et qu’il voulut maintenir,
-avec raison; car ce pléonasme est dans le génie et la tradition de la
-langue:
-
- LE DRAPIER.
-
- «Par la croix où Dieu s’estendy,
- «C’est _à vous à qui_ je vendy
- «Six aulnes de drap, maistre Pierre.»
-
- (_Pathelin._)
-
-Voyez DE redoublé surabondamment.
-
---A VOUS, où nous ne mettons plus que _vous_.
-
- Voilà un homme qui veut _parler à vous_.
-
- (_Mal. im._ II. 2.)
-
---A datif, marquant la perte ou le profit.
-
-ÊTRE AMI A QUELQU’UN:
-
- Mais, quelque ami que vous _lui_ soyez...
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
-Cette tournure vient des Latins, qui l’avaient empruntée aux Grecs.
-
---A (un substantif) devant, en présence de...
-
- _A l’orgueil_ de ce traître,
- De mes ressentiments je n’ai pas été maître.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
- _A cette audace_ étrange,
- J’ai peine à me tenir, et la main me démange.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
---A pour _de_; _essayer à_, _manquer à_, _tâcher à_...
-
- _Essayez_, un peu, par plaisir, _à_ m’envoyer des ambassades,
- _à_ m’écrire secrètement de petits billets doux, _à_ épier les
- moments que mon mari n’y sera pas....
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
- Manquez un peu, _manquez à_ le bien recevoir.
-
- (_Sgan._ 1.)
-
- Depuis assez longtemps _je tâche à_ le comprendre.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
---A pour _en_, _dans_: SE METTRE QUELQUE CHOSE A LA TÊTE:
-
- Pensez-vous.....
- Et, quand _nous nous mettons quelque chose à la tête_,
- Que l’homme le plus fin ne soit pas une bête?
-
- (_Éc. des Mar._ I, 2.)
-
---A pour _contre_; CHANGER UNE CHOSE A UNE AUTRE:
-
- Et, des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,
- Je n’y _changerois pas_ le bonheur de vous voir.
-
- (_Mélicerte._ II. 2.)
-
- «Ce jour même, ce jour, l’heureuse Bérénice
- «_Change le nom de reine au nom_ d’impératrice.»
-
- (RACINE, _Bérén._)
-
---A pour _sur_, _d’après_; A MON SERMENT:
-
- Je n’en serai point cru _à mon serment_, et l’on dira que je rêve.
-
- (_G. D._ II. 8.)
-
- _A mon serment_ l’on peut m’en croire.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
---A dans le sens de _par_, SE LAISSER SÉDUIRE A....:
-
- Et ne vous laissez point _séduire à vos bontés_.
-
- (_Fem. sav._ V. 2.)
-
- .... Et que j’aurois cette faiblesse d’âme
- De me laisser mener par le nez _à_ ma femme?
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
-Il est clair que Molière a voulu éviter la répétition de _par_. _A_ se
-construit avec _laisser_; _par_ se construirait avec _mener_.
-
-Voyez A CAUSE QUE,--A CE COUP,--A CETTE FOIS,--A CRÉDIT,--A LA
-CONSIDÉRATION,--A L’ENTOUR DE,--A L’HEURE,--A MA SUPPRESSION,--A
-PLEIN,--A SAVOIR,--AU ET AUX.
-
-
-ABANDONNER. ABANDONNER SON CŒUR A..., suivi d’un infinitif:
-
- Aussi n’aurois-je pas
- _Abandonné mon cœur à suivre_ ses appas....
-
- (_Éc. des Mar._ II. 9.)
-
-
-ABOYER, métaphoriquement; ABOYER APRÈS QUELQU’UN, en parlant des
-créanciers:
-
- Nous avons de tous côtés des gens qui _aboient après nous_.
-
- (_Scap._ I. 7.)
-
-
-ABSENT. ABSENT DE QUELQU’UN:
-
- Et qu’un rival, _absent de vos divins appas_.....
-
- (_D. Garcie._ I. 3.)
-
- «Nul heur, nul bien ne me contente,
- «Absent de ma divinité.»
-
- (FRANÇOIS Ier.)
-
-C’est un latinisme: _abesse ab_.
-
-
-A CAUSE QUE.
-
- Vous ne lui voulez mal, et ne le rebutez
- Qu’_à cause qu_’il vous dit à tous vos vérités.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas,
- _A cause qu_’elle manque à parler Vaugelas.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
- «Ceux qu’on nomme chercheurs, _à cause que_, dix-sept cents
- ans après J. C., ils cherchent encore la religion.»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. de la R. d’A._)
-
-
-ACCESSOIRE. EN UN TEL ACCESSOIRE, en pareille circonstance:
-
- Et tout ce qu’elle a pu, _dans un tel accessoire_,
- C’est de me renfermer dans une grande armoire.
-
- (_Éc. des f._ IV. 6.)
-
-_Accessoire_ paraît un mot impropre, suggéré par le besoin de rimer.
-On voit, à la plénitude du sens et à la fermeté habituelle de
-l’expression, que Molière avait, comme Boileau, l’usage de s’assurer
-d’abord de son second vers. De là vient que souvent le second
-hémistiche du premier tient de la cheville, comme en cette occasion.
-(Voyez CHEVILLES.)
-
-
-ACCOISER, calmer:
-
- Ier MÉDECIN. Adoucissons, lénifions et _accoisons_ l’aigreur de
- ses esprits.
-
- (_Pourc._ I. 2.)
-
-L’orthographe primitive est _quoi_, _quoie_, de _quietus_: on devrait
-donc écrire aussi _aquoiser_; mais l’écriture s’applique à saisir les
-sons plutôt qu’à garder les étymologies. C’est une des causes qui
-transforment les mots.
-
-_Accoiser_ était du langage usuel; Bossuet s’en est servi dans sa
-_Connaissance de Dieu_; les éditeurs modernes ont changé mal à propos
-cette expression. Voici le passage tel qu’on le lit dans l’édition
-originale donnée par l’auteur:
-
- «Si les couleurs semblent vaguer au milieu de l’air, si elles
- s’affoiblissent peu à peu, si enfin elles se dissipent,
- c’est que le coup que donnoit l’objet présent ayant cessé,
- le mouvement qui reste dans le nerf est moins fixe, qu’il se
- ralentit, et enfin s’_accoise_ tout à fait.»
-
-On a substitué _qu’il cesse tout à fait_. (P. 93, éd. de 1846.)
-
-
-ACCOMMODÉ pour _à l’aise_, _opulent_:
-
- J’ai découvert sous main qu’elles ne sont pas fort _accommodées_.
-
- (_L’Av._ I. 2.)
-
- Le seigneur Anselme est....... un gentilhomme qui est noble,
- doux, posé, sage, et _fort accommodé_.
-
- (_Ibid._ I. 7.)
-
- «Mon pere estoit des premiers et des plus _accommodez_ de son
- village.»
-
- (SCARRON, _Rom. com._, 1e p., ch. XIII.)
-
-Trévoux dit:
-
- «Un homme riche et _accommodé_, _dives_.» «Un homme assez
- _accommodé des biens de la fortune_.»
-
- (MASCARON.)
-
-Cette locution _accommodé des biens de la fortune_ paraissant trop
-longue, on a fini par dire simplement _accommodé_. Mais ce qui est
-plus singulier, c’est de trouver _incommodé_ aussi absolument et sans
-régime, pour signifier _pauvre, dans la gêne ou la misère_.
-
- «Revenons donc aux personnes _incommodées_, pour le soulagement
- desquelles nos pères... assurent qu’il est permis de dérober,
- non-seulement dans une extrême nécessité....»
-
- (PASCAL, 8e _Prov._)
-
-(Voyez INCOMMODÉ.)
-
---ACCOMMODÉ DE TOUTES PIÈCES:
-
- Est-ce qu’on n’en voit pas de toutes les espèces,
- Qui sont _accommodés_ chez eux _de toutes pièces_?
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- On ne sauroit aller nulle part, où l’on ne vous entende
- _accommoder de toutes pièces_.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
- L’on vous _accommode de toutes pièces_, sans que vous puissiez
- vous venger.
-
- (_G. D._ I. 3.)
-
-Cette métaphore, _de toutes pièces_, nous reporte au temps de la
-chevalerie. Un chevalier, accommodé de toutes les pièces de son armure,
-était accommodé aussi complétement que possible; il n’y manquait rien.
-
- J’ai en main de quoi vous faire voir comme elle _m’accommode_.
-
- (_G. D._ II. 9.)
-
---ACCOMMODER A LA COMPOTE:
-
- Il me prend des tentations d’_accommoder tout son visage à la
- compote_...
-
- (_G. D._ II. 4.)
-
-
-ACCORD. ÊTRE D’ACCORD DE, convenir, reconnaître:
-
- Autant qu’_il est d’accord de vous avoir aimé_.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
- Qu’aux pressantes clartés de ce que je puis être,
- Lui-même _soit d’accord du sang_ qui m’a fait naître.
-
- (_Ib._ III. 5.)
-
---ALLER AUX ACCORDS, être conciliant; accommoder les choses:
-
- Argatiphontidas _ne va point aux accords_.
-
- (_Amph._ III. 8.)
-
-
-ACCOUTUMÉ; AVOIR ACCOUTUMÉ, avoir coutume:
-
- Allez, monsieur, on voit bien que _vous n’avez pas accoutumé_
- de parler à des visages.
-
- (_Mal. im._ III. 6.)
-
-
-ACCROCHÉ, ACCROCHÉ A QUELQU’UN:
-
- Mais aux hommes par trop _vous êtes accrochées_.
-
- (_Amph._ II. 5.)
-
-Sur cette locution _par trop_, je ferai observer que c’est un des plus
-anciens débris de la langue française primitive. _Par_ s’y construit,
-non avec _trop_, mais avec l’adjectif ou le participe qui le suit,
-et qui se trouve ainsi élevé à la puissance du superlatif. C’est
-une imitation de l’emploi de _per_ chez les Latins: _pergrandis_,
-_pergratus_. Cette formule se pratiquait en français avec la tmèse
-de _par_; c’était comme si l’on eût dit sans tmèse: Vous êtes _trop
-paraccrochées_ aux hommes.
-
-_Par_ se construisait de même avec les verbes: _parfaire_,
-_parachever_, _parcourir_, _parbouillir_, _pargagner_:
-
- Pourtant, et s’il eust barguigné
- Plus fort, il eust _par_ bien _gaigné_
- Un escu d’or.
-
- (_Le nouveau Pathelin._)
-
-S’il eût marchandé, il eût bien pargagné un écu d’or.
-
-(Voyez _Des Variations du langage français_, p. 236.)
-
-
-A CE COUP:
-
- Voyons si votre diable aura bien le pouvoir
- De détruire, _à ce coup_, un si solide espoir.
-
- (_L’Ét._ V. 16.)
-
-(Voyez A CETTE FOIS.)
-
-
-A CETTE FOIS:
-
- Mais _à cette fois_, Dieu merci! les choses vont être éclaircies.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-Racine a dit pareillement:
-
- «La frayeur les emporte, et, sourds _à cette fois_,
- «Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix.»
-
- (_Phèdre._ V. 6.)
-
-_A cette fois_ était la seule façon de parler admise originairement:
-
- «Je ne say plus que vous mander
- «_A cette fois_, ne mes que tant
- «Que je di: a Dieu vous commant.»
-
- (_Rom. de Coucy._ v. 3184.)
-
-A se mettait pour marquer le temps, où nous mettons aujourd’hui sans
-prépositions un véritable ablatif absolu; cependant nous disons encore
-_à toujours_, _à jamais_, comme dans le Roman du _Châtelain de Coucy_:
-
- «Vostre serois _à tousjours mais_...»
-
- (_Coucy._ v. 5357.)
-
- «_A une aultre fois_, ils (les Espagnols) meirent brusler pour
- un coup, en mesme feu, quatre cents soixante hommes touts vifs.»
-
- (MONT. III. 6.)
-
-Nous dirions: _une autre fois_.
-
- «En quoy (à bien employer les richesses de l’État) le pape
- Gregoire treizieme laissa sa memoire recommandable _à long
- temps_; et en quoy nostre royne Catherine tesmoigneroit _à
- longues années_ sa liberalité naturelle et munificence, si les
- moyens suffisoient à son affection.»
-
- (MONT. _Ibid._)
-
-Bossuet dit toujours _à cette fois_:
-
- «Mais, _à cette dernière fois_, la valeur et le grand nom de
- Cyrus fit que..... etc.»
-
- (_Hist. Un._ IIIe p. § 4.)
-
-
-ACHEMINER QUELQU’UN A UNE JOIE:
-
- Ah! Frosine, la joie _où vous m’acheminez_.....
-
- (_Dép. am._ V. 5.)
-
-
-ACOQUINER QUELQU’UN A QUELQUE CHOSE:
-
- Et je crois, tout de bon, que nous les verrions (les femmes)
- nous courir, sans tous ces respects et ces soumissions _où les
- hommes les acoquinent_.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 3.)
-
- Mon Dieu, qu’_à tes appas je suis acoquiné_!
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
- «.... tant les hommes sont _accoquinez à leur estre miserable_!»
-
- (MONTAIGNE. II. 37.)
-
-COQUIN, au moyen âge, signifiait un mendiant paresseux; d’où l’on est
-passé à l’idée de malfaiteur ou de voleur dissimulé.
-
- «Lesquels jeunes hommes, venant de la ville de Roches en la
- ville de Rueil, ou chemin trouvèrent un homme en habit de
- _quoquin_.....»
-
- (_Lettres de rémission_ de 1375.)
-
- «Un homme querant et demandant l’aumosne, qui estoit vestu
- d’un manteau tout plain de paletaux, comme un _coquin_ ou
- caimant[38].»
-
- (_Lettres_ de 1392.)
-
- «Pierre Perreau, homme plain d’oisiveté... alant _mendiant et
- coquinant_ par le pays.»
-
- (_Lettres_ de 1460.)
-
- [38] De _caimant_ il nous reste _quémander_.
-
-Dans les Actes de la vie de saint Jean, il est question d’un jeune
-homme qui insultait le saint:
-
- «Vocando ipsum _coquinum_ et truantem.»
-
- (DUCANGE, _in Coquinus_.)
-
-_S’acoquiner_ est donc s’attacher comme fait un mendiant importun à
-celui qu’il sollicite.
-
-L’étymologie la plus probable dérive _coquin_ de _coquina_, cuisine,
-lieu que les coquins hantent volontiers. On voit déjà dans Plaute que
-_cuisinier_ était synonyme de voleur:
-
- Mihi omnis angulos
- Furum implevisti in ædibus misero mihi,
- Qui intromisisti in ædes quingentos _coquos_.
-
- (_Aulul._)
-
- Forum coquinum qui vocant stulte vocant;
- Nam non _coquinum_, verum _furinum_ est forum.
-
- (_Pseudol._)
-
-Voyez Du Cange, aux mots _coquinus_ et _cociones_.
-
-Nicot, au mot _accoquiner_, dit sans autorité que _coquin_ signifiait
-_privé_, _familier_.
-
-
-A CRÉDIT, gratuitement: MISÉRABLE A CRÉDIT:
-
- C’est jouer en amour un mauvais personnage,
- Et se rendre, après tout, _misérable à crédit_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
-
-ADIEU VOUS DIS, sorte d’adverbe composé:
-
- Adieu vous dis mes soins pour l’espoir qui vous flatte.
-
- (_L’Ét._ II. 1.)
-
-Il faut considérer _adieu vous dis_, ancienne formule, comme _adieu_
-tout simplement, sans tenir compte du _vous_ ni du verbe _dire_: _Adieu
-mes soins_ pour l’espoir qui vous flatte.
-
-L’édition de P. Didot ponctue, d’après celle de 1770:
-
- Adieu, vous dis, mes soins pour l’espoir qui vous flatte.
-
-Où l’on voit que l’éditeur prend _vous dis_ pour _vous dis-je_:--Adieu
-mes soins, _vous dis-je_... Ce n’est pas le sens. _Vous dis_ ne
-s’adresse point à l’interlocuteur de Mascarille, pas plus que ce n’est
-une apostrophe: _adieu vous dis_, ô mes soins! C’est tout simplement:
-_Adieu mes soins_.
-
-
-A DIRE VÉRITÉ, _pour dire la vérité_:
-
- Mais il vaut beaucoup mieux, _à dire vérité_,
- Que la femme qu’on a pèche de ce côté.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
-
-ADMETTRE CHEZ QUELQU’UN, introduire:
-
- En vous le produisant, je ne crains point le blâme
- D’avoir _admis chez vous_ un profane, madame.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
-
-ADMIRER DE (un infinitif):
-
- _J’admire de le voir_ au point où le voilà.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
- Et _j’admire de voir_ cette lettre ajustée
- Avec le sens des mots et la pierre jetée.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
---ADMIRER COMME....:
-
- J’_admire comme_ le ciel a pu former deux âmes aussi semblables
- en tout que les nôtres.....
-
- (_Pr. d’Él._ IV. 1.)
-
-Pascal a dit _j’admire que_:
-
- «Car qui n’_admirera que_ notre corps.... soit à présent un
- colosse, un monde, etc.»
-
- (_Pensées_, p. 282.)
-
- «Vous _admirerez que_ la dévotion qui étonnoit tout le monde
- ait pu être traitée par nos pères avec une telle prudence,
- que....., etc.»
-
- (9e. _Prov._)
-
- «Il faudroit _admirer qu’elle_ (cette doctrine) ne produisît
- pas cette licence.»
-
- (14e _Prov._)
-
-
-ADRESSES, au pluriel:
-
- Enfin, j’ai vu le monde et j’en sais les finesses:
- Il faudra que mon homme ait de _grandes adresses_,
- Si message ou poulet de sa part peut entrer.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 5.)
-
-
-ADRESSER, diriger, faire arriver:
-
- Mon esprit, il est vrai, trouve une étrange voie
- Pour _adresser mes vœux_ au comble de leur joie.
-
- (_L’Ét._ IV. 2.)
-
-
-AFFECTER, affectionner; rechercher avec affection.
-
---MONTRER D’AFFECTER, étaler de l’affection ou la laisser paraître:
-
- Vous buviez sur son reste, et _montriez d’affecter_
- Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
---AFFECTER L’EXEMPLE DE QUELQU’UN:
-
- Diane même, _dont vous affectez tant l’exemple_, n’a pas rougi
- de pousser des soupirs d’amour.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 1.)
-
-
-AFFOLER, v. a. ÊTRE AFFOLÉ DE QUELQU’UN, figurément en être épris:
-
- Vous ne sauriez croire comme elle est _affolée de ce Léandre_.
-
- (_Méd. malgré lui._ III. 7.)
-
-_Affoler_ ne signifie pas rendre fou, comme l’explique le Suppl.
-au. Dict. de l’Acad., mais _blesser_, au propre et au figuré. C’est
-le verbe _fouler_ composé avec a, marquant le progrès d’une action,
-comme dans _alentir_, _apetisser_, _agrandir_, _amaladir_. _Elle en est
-affolée_, elle en est férue.
-
- «Ha! le brigand! il m’a tout _affolée_.»
-
- (LA FONT. _Le diable de Pap._)
-
-Rendre fou se disait _affolir_ (racines, _fol_, _folle_, et _a_).
-Montaigne a bien gardé la différence de ces deux mots:
-
- «Et leur sembloit que c’estoit affoler les mystères de Venus,
- que de les oster du retiré sacraire de son temple.» (II, 12.)
- _Lædere mysteria Veneris._
-
- «Il y a non-seulement du plaisir, mais de la gloire encores,
- d’affolir ceste molle doulceur et ceste pudeur enfantine.»
-
- (MONT. II. 15.)
-
-On avait composé aussi de _foler_ (_fouler_) _gourfoler_ ou
-_gourfouler_. (Voyez DU CANGE, au mot _affolare_.)
-
-Ce qui aura conduit à confondre les deux formes de l’infinitif, c’est
-qu’en effet le présent de l’indicatif est le même: le berger Aignelet,
-à qui son avocat recommande de ne répondre à toutes les questions autre
-chose sinon _bée_, s’y engage:
-
- «Dites hardiment que j’_affole_,
- «Si je dis huy autre parole.»
-
- (_Pathelin._)
-
-On remarque de plus, dans cet exemple, _affolir_ employé au sens
-neutre, pour _devenir fou_.
-
-De même, un peu plus loin, quand le drapier brouille son drap et ses
-moutons, Pathelin s’écrie vers le juge:
-
- «Je regny sainct Pierre de Rome,
- «S’il n’est fin fol, ou il _affole_.»
-
-Il est fou, ou il le devient.
-
-
-AFFRONTER QUELQU’UN, le tromper effrontément, jusqu’à l’outrager et
-s’exposer à sa vengeance:
-
- Ah! vous me faites tort! S’il faut qu’on vous _affronte_,
- Croyez qu’il m’a trompé le premier à ce conte.
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
- Courons-le donc chercher, ce pendant qui m’_affronte_.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
- Si j’y retombe plus, je veux bien qu’on m’_affronte_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- «A votre avis, le Mogol est-il homme
- Que l’on osât de la sorte _affronter_?»
-
- (LA FONT., _la Mandr._)
-
---AFFRONTER UN CŒUR:
-
- _Un cœur_ ne pèse rien, alors que l’on l’_affronte_.
-
- (_Dép. am._ II. 4.)
-
-
-AGRÉER QUE...:
-
- _Agréez_, monsieur, _que je vous félicite_ de votre mariage.
-
- (_Mar. for. 12._)
-
-
-AGROUPÉ:
-
- Les contrastes savants des membres _agroupés_,
- Grands, nobles, étendus, et bien développés.
-
- (_La Gloire du Val de Grâce._)
-
-Trévoux le donne comme un terme technique en peinture, et cite cette
-phrase de Félibien: «Il faut que les membres soient _agroupés_ aussi
-bien que les corps.»
-
-Sur l’_a_ initial des verbes composés, voyez ASSAVOIR.
-
-
-AHEURTÉ A QUELQUE CHOSE:
-
- De tout temps elle a été _aheurtée à cela_.
-
- (_Mal. im._ I. 5.)
-
-Nicot donne pour exemple:
-
- «Un aheurté plaideur, un homme confit en procès, un plaidereau.»
-
-Selon Trévoux, il se dit aussi absolument: c’est un homme qui
-s’_aheurte_, un homme _aheurté_.
-
-
-AIENT en deux syllabes:
-
- Ils ne vous ôtent rien, en m’ôtant à vos yeux,
- Dont ils n’_aient_ pris soin de réparer la perte.
-
- (_Psyché._ II. 1.)
-
-
-AIGREUR, ressentiment:
-
- El l’_aigreur_ de la dame, à ces sortes d’outrages
- Dont la plaint doucement le complaisant témoin,
- Est un champ à pousser les choses assez loin.
-
- (_Éc. des m._ I. 6.)
-
-On a peine à concevoir une _aigreur_ qui est un _champ_.
-
-
-AIMER (S’) QUELQUE PART, s’y plaire:
-
- Pourquoi me chasses-tu?--Pourquoi fuis-tu mes pas?
- --Tu me plais loin de moi.--_Je m’aime où tu n’es pas._
-
- (_Mélicerte._ I. 1.)
-
-
-AIR, façon, manière, AGIR D’UN AIR..... TRAITER D’UN AIR....:
-
- Au contraire, j’_agis d’un air tout différent_.
-
- (_L’Ét._ V. 13.)
-
- Et _traitent du même air_ l’honnête homme et le fat.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Et je me vis contrainte à demeurer d’accord
- Que l’_air_ dont vous viviez vous faisoit un peu tort.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
- Parlez, don Juan, et voyons _de quel air_ vous saurez vous
- justifier.
-
- (_D. Juan._ I. 3.)
-
---AVOIR DE L’AIR DE.... ressembler à....:
-
- Et ses effets soudains[39] _ont de l’air des miracles_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
- [39] Les effets de l’amour.
-
-
-AJUSTER (S’) A:
-
- Ne voyez-vous pas bien que tout ceci n’est fait que pour _nous
- ajuster aux visions_ de votre mari......?
-
- (_B. gent._ V. 7.)
-
---AU TEMPS:
-
- Suivons, suivons l’exemple, _ajustons-nous au temps_.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-On remarquera dans ce verbe, _s’ajuster à_..., le pléonasme du datif
-qui s’y montre à l’état libre et dans la composition, preuve que le
-datif redoublé n’est pas plus contraire au génie de la langue française
-que ne l’est en latin, le redoublement analogue de la préposition
-_adspirar ad_, _addere ad_.
-
-On trouve dans la version des _Rois_, _se juster à_ et _s’ajuster à_.
-
-La même observation s’applique à l’expression _s’amuser à_, qui
-renferme deux fois le même datif. Le verbe simple est _muser_; _muser à
-quelque chose_, _s’amuser_.
-
-
-AJUSTER L’ÉCHINE; voyez ÉCHINE.
-
-
-A LA CONSIDÉRATION DE... voyez CONSIDÉRATION.
-
-
-ALAMBIQUER (S’), être ingénieux à se tourmenter:
-
- Pour moi, j’ai déjà vu cent contes de la sorte.
- Sans _nous alambiquer_, servons-nous-en: qu’importe?
-
- (_L’Ét._ IV. 1.)
-
-
-ALENTIR, ralentir:
-
- Et notre passion, _alentissant_ son cours,
- Après ces bonnes nuits donne de mauvais jours.
-
- (_L’Ét._ IV. 4.)
-
- Je veux de son rival _alentir_ les transports.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
-(Voyez ASSAVOIR.)
-
-
-A L’ENTOUR DE:
-
- MORON.
-
- Les voilà tous _à l’entour de lui_; courage! ferme!
-
- (_La Pr. d’Él. Intermède 1er_; sc. 4.)
-
-On ne voit pas pourquoi cette locution a été proscrite, ni sur quelle
-autorité suffisante. _Entour_ est un substantif, puisqu’il a un
-pluriel: les _entours_ de quelqu’un. _A l’entour_, soit qu’on l’écrive
-en deux mots ou en un, n’est pas plus un adverbe que _à la hauteur_, _à
-la veille_, etc.
-
- «Le malheureux lion se déchire lui-même,
- «Fait résonner sa queue _à l’entour de ses flancs_.»
-
- (LA FONTAINE.)
-
-Mais M. Boniface interdit ce complément. (_Gramm. fr._, n° 674.)
-
-
-A L’HEURE, pour _tout à l’heure_:
-
- _A l’heure_ même encor, nous avons eu querelle
- Sur l’hymen d’Hippolyte, où je le vois rebelle.
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
---A L’HEURE QUE:
-
- _A l’heure que je parle_, un jeune Égyptien....
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
---A L’HEURE, sur l’heure, à l’instant même:
-
- Et je souhaite fort, pour ne rien reculer,
- Qu’_à l’heure_, de ma part, tu l’ailles appeler.
-
- (_Fâcheux._ I. 10.)
-
-
-ALLÉGEANCE:
-
- Et quand ses déplaisirs auront quelque _allégeance_,
- J’aurai soin de tirer de lui votre assurance.
-
- (_L’Ét._ II. 4.)
-
-
-ALLER, construit avec un participe:
-
- Il _va vêtu_ d’une façon extravagante.
-
- (_Méd. malgré lui._ I. 5.)
-
-Ici _il va_ signifie _il sort_, _il se montre_. _Aller_, construit avec
-le participe présent, marque d’ordinaire une action en progrès, comme
-dans cette phrase de Pascal: «Les opinions probables _vont toujours en
-mûrissant_.» (_12e Prov._)
-
---ALLER, lié à un autre verbe à l’infinitif:
-
-Molière en fait toujours un verbe réfléchi construit avec _en_:
-
- Je m’_en vais la traiter_ du mieux qu’il me sera possible.
-
- (_Sicilien._ 19.)
-
- La voici qui _s’en va venir_.
-
- (_Ibid._ 18.)
-
- Le jour s’_en va paraître_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 1.)
-
---ALLER A, au sens moral, aspirer à, tendre vers...:
-
- Il ne faut mettre ici nulle force en usage,
- Messieurs; et si vos vœux _ne vont qu’au mariage_,
- Vos transports en ce lieu se peuvent apaiser.
-
- (_Éc. des mar._ III. 6.)
-
- Tous mes vœux les plus doux
- _Vont à m’en rendre maître_ en dépit du jaloux.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
- Et, comme je vous dis, toute l’habileté Ne _va qu’à_ le savoir
- tourner du bon côté[40].
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- [40] Le cocuage.
-
- Je gagerois presque que l’affaire _va là_.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Notre honneur _ne va point à_ vouloir cacher notre honte.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Il _ne va pas à moins_ qu’à vous déshonorer.
-
- (_Tart._ III. 5.)
-
- Et toute mon inquiétude
- Ne doit _aller qu’à_ me venger.
-
- (_Amph._ III. 3.)
-
- Argatiphontidas _ne va point_ aux accords.
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- Ce n’est qu’_à l’esprit_ seul que _vont_ tous les transports.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
- «De quelque manière qu’il pallie ses maximes, celles que j’ai
- à vous dire _ne vont_ en effet _qu’à_ favoriser les juges
- corrompus, les usuriers, les banqueroutiers, les larrons, les
- femmes perdues, etc.»
-
- (PASCAL. _8e Prov._)
-
---ALLER DANS LA DOUCEUR, voy. DANS LA DOUCEUR.
-
-
-ALTÉRÉ, troublé, ému:
-
- Un tel discours n’a rien dont je sois _altéré_.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
-
-AMBIGU, substantif, UN AMBIGU:
-
- C’est _un ambigu_ de précieuse et de coquette que leur personne.
-
- (_Préc. rid._ I.)
-
-
-AME QUI FLOTTE SUR DES SOUPÇONS:
-
- Et je veux qu’un amant, pour me prouver sa flamme,
- _Sur d’éternels soupçons laisse flotter son âme_.
-
- (_Fâcheux_, II. 4.)
-
-
-AMI, ÊTRE AMI A QUELQU’UN:
-
- Mais, quelque _ami que vous lui soyez_.
-
- (_Don Juan._ III. 4)
-
---AMIS D’ÉPÉE:
-
- Vous êtes de l’humeur de ces _amis d’épée_,
- Que l’on trouve toujours plus prompts à dégaîner
- Qu’à tirer un teston s’il le falloit donner.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
-
-AMITIÉ TUANTE:
-
- Leur _tuante amitié_ de tous côtés m’arrête.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-
-A MOINS QUE, suivi d’un infinitif, sans _de_:
-
- Le moyen d’en rien croire, _à moins qu’être insensé_?
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-
-A MOINS QUE DE:
-
- _A moins que de cela_, l’eussé-je soupçonné?
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
-
-AMOUR, féminin:
-
- Il disait qu’il m’aimoit d’une amour sans _seconde_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- Vous ne pouvez aimer que _d’une amour grossière_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-Pourquoi _amour_ est-il aujourd’hui du masculin au singulier, et du
-féminin au pluriel? Cette inconséquence est toute moderne, et l’on n’en
-voit pas le prétexte. _Un amour_ est un petit Cupidon; _une amour_ est
-une affection de l’âme; on aurait dû y maintenir la même différence
-qu’entre _un satyre_ et _une satire_. _Amour_ est demeuré féminin
-depuis l’origine de la langue jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
-
- «Qu’une _première amour est belle_!
- «Qu’on a peine à s’en dégager!
- «Et qu’on doit plaindre un cœur fidèle
- «Quand il est réduit à changer!»
-
- (QUINAULT. _Atys._)
-
-C’est comme le mot _orgue_, qui est aussi masculin au singulier et
-féminin au pluriel. Qu’y a-t-on gagné? d’être obligé de dire: C’est
-_un_ des plus _belles_ orgues du monde.
-
-
-AMOUREUSEMENT, en parlant de la tendresse filiale:
-
- Elle faisoit fondre chacun en larmes, en se jetant
- _amoureusement_ sur le corps de cette mourante, qu’elle
- appeloit sa chère mère.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
-Pascal, parlant d’un enfant que veulent ravir des voleurs, et que sa
-mère s’efforce de retenir:
-
- «Il ne doit pas accuser de la violence qu’il souffre la mère
- qui le retient _amoureusement_, mais ses injustes ravisseurs.»
-
- (8e _Prov._)
-
-
-_AMPHIBOLOGIE:_
-
- Et de même qu’à vous je ne lui suis pas chère.
-
- (_Mélicerte._ II. 3.)
-
-Il semble que Mélicerte veuille dire: Je ne suis chère ni à lui, ni à
-vous; et sa pensée est au contraire: Je ne suis pas chère à votre père
-comme _je le suis_ à vous. L’ellipse combinée avec l’inversion produit
-cette équivoque, car sans l’inversion la phrase serait encore assez
-claire: Je ne lui suis pas chère comme à vous, ou de même qu’à vous.
-
-
-AMPLEMENT AJUSTÉ, paré fastueusement:
-
- Quand un carrosse fait de superbe manière,
- Et comblé de laquais et devant et derrière,
- S’est avec grand fracas devant nous arrêté,
- D’où sortant un jeune homme _amplement ajusté_......
-
- (_Les Fâcheux_, I. 1.)
-
-
-AMUSEMENT, dans le sens où l’on dit _amuser quelqu’un_, _s’amuser à_:
-
- Tu prends d’un feint courroux le vain _amusement_.
-
- (_Sgan._ 6.)
-
---Perte de temps, retard:
-
- Moi, je l’attends ici, pour moins d’_amusement_.
-
- (_Tart._ I. 3.)
-
-Pour m’arrêter moins longtemps.
-
- Le moindre _amusement_ vous peut être fatal.
-
- (_Ibid._ V. 6.)
-
- N’est-il point là quelqu’un?--Ah que d’_amusement_!
- Veux-tu parler?
-
- (_Mis._ IV. 4.)
-
- Mais plus d’_amusement_ et plus d’incertitude.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
- Amphitryon, c’est trop pousser l’_amusement_!
- Finissons cette raillerie.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Henriette, entre, nous est un _amusement_,
- Un voilé ingénieux, un prétexte, mon frère,
- A couvrir d’autres feux dont je sais le mystère.
-
- (_Fem. sav._ II. 3.)
-
-La Fontaine a dit _amusette_ dans le sens de _joujou_:
-
- «Le fermier vient, le prend, l’encage bien et beau,
- «Le donne à ses enfants pour servir d’_amusette_.»
-
- (_Le Corbeau voulant imiter l’Aigle._)
-
-
-ANCRER (S’) CHEZ QUELQU’UN, se mettre avant dans sa faveur:
-
- A ma suppression _il s’est ancré chez elle_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 5.)
-
-
-ANES BIEN FAITS, bien véritables, ânes de tout point:
-
- Ma foi, de tels savants sont _des ânes bien faits_!
-
- (_Fâcheux._ III. 2.)
-
-
-ANGER, verbe actif:
-
- Votre père se moque-t-il de vouloir vous _anger_ de son avocat
- de Limoges?
-
- (_M. de Pourc._ I. 1.)
-
-Ce mot vient du latin _augere_, par la confusion, autrefois
-très-fréquente de l’_n_ et de l’_u_. De l’italien _montone_ est venu
-_mouton_; de _monasterium_, par syncope _monstier_ et _moustier_, de
-_conventus_, _convent_ et _couvent_, etc.
-
- «Il les _angea_ de petits Mazillons,
- «Desquels on fit de petits moinillons.»
-
- (LA FONTAINE, _Mazet_.)
-
-_Auxit eas._ De l’idée d’augmentation à l’idée d’embarras il n’y a
-presque pas de distance. Mais M. Auger se trompe trois fois quand il
-dit que _anger_ n’est pas dans Nicot, qu’il vient du latin _angere_, et
-qu’il signifie _incommoder_.
-
-_Anger_ est dans Nicot, mais écrit par un _e_: _enger_. Cette
-orthographe vicieuse a prévalu, et persiste encore dans _engeance_,
-dont le sens prouve bien l’étymologie _augere_. C’est _angoisse_ qui
-vient d’_angere_.
-
-Trévoux se trompe encore plus gravement quand il fait venir _enger_ du
-latin _ingignere_.
-
-_Anger_ était à la fois verbe actif et verbe neutre, absolument comme
-_augere_ en latin. Voici les exemples cités par Nicot:
-
- «L’ambassadeur Nicot _a engé la France_ de l’herbe nicotiane,»
-
-où l’on voit que _enger_ n’implique pas une idée de blâme.
-
- «La peste _enge_ fort;...... ceste dartre _enge_ grandement,
- c’est-à-dire, croist, se dilate, se multiplie.» _Auget._
-
-
-ANGUILLE SOUS ROCHE:
-
- NICOLE. Je crois qu’il y a quelque _anguille sous roche_.
-
- (_B. gent._ III. 7.)
-
-Quelque mystère caché.
-
-
-ANIMALES, au féminin:
-
- Quelques provinciales,
- Aux personnes de cour fâcheuses _animales_.
-
- (_Fâcheux._ II. 3.)
-
-
-A PLEIN, VOIR A PLEIN, pleinement:
-
- Au travers de son masque on _voit à plein_ le traître.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- «Qui voudra connoître _à plein_ la vanité de l’homme.»
-
- (PASCAL. _Pensées_, p. 195.)
-
---A PLEINS TRANSPORTS:
-
- Goûter _à pleins transports_ ce bonheur éclatant.
-
- (_D. Garc._ III. 4.)
-
-
-APPAS, D’INDIGNES APPAS, au figuré:
-
- Mais l’argent, dont on voit tant de gens faire cas,
- Pour un vrai philosophe a _d’indignes appas_.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
---APPAS, au singulier, appât:
-
- Qui dort en sûreté sur un _pareil appas_,
- Et le plaint, ce galant, des soins qu’il ne perd pas.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-Bossuet écrit de même:
-
- «Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude
- par l’_appas_ de sa liberté...»
-
- (_Or. fun. de la R. d’Angl._)
-
-
-APPAT, SOUS L’APPAT DE...:
-
- Ce marchand déguisé,
- Introduit _sous l’appât d’un conte supposé_.
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
-
-APPLICATION, FAIRE UNE APPLICATION, appliquer un soufflet ou un coup de
-poing:
-
- Chien d’homme! oh! que je suis tenté d’étrange sorte
- De _faire_ sur ce mufle _une application_!
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
-
-APPRÊTER A RIRE:
-
- _N’apprêtons point à rire_ aux hommes,
- En nous disant nos vérités.
-
- (_Amph._ prol.)
-
-
-APPROCHE, proximité, rapprochement:
-
- Et quelle force il faut aux objets mis en place,
- Que l’_approche_ distingue, et le lointain efface.
-
- (_La Gloire du Val de Grâce._)
-
---APPROCHE D’UN AIR:
-
- L’_approche de l’air de la cour_ a donné à son ridicule de
- nouveaux agréments.
-
- (_Comtesse d’Esc._)
-
-
-APRÈS, préposition, recevant un complément direct:
-
- Attaché dessus vous comme un joueur de boule
- _Après le mouvement_ de la sienne qui roule.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
- Si bien donc que done Elvire..... s’est mise en campagne _après
- nous_?
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Plusieurs médecins ont déjà épuisé leur science _après elle_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
- La pendarde s’est retirée, voyant qu’elle ne gagnoit rien
- _après moi_, ni par prières, ni par menaces.
-
- (_G. D._ III. 10.)
-
- Ils _étoient_ une douzaine de possédés _après mes chausses_.
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
- J’ai mis vingt garçons _après votre habit_.
-
- (_B. g._ II. 8.)
-
- Il veut envoyer la justice en mer _après la galère du Turc_.
-
- (_Scapin._ III. 3.)
-
-
-APRÈS-DINÉE, féminin:
-
- _L’après-dînée_ m’a semblé fort _longue_.--Et moi je l’ai
- trouvée fort _courte_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ I.)
-
-La Fontaine emploie _la dînée_ sans _après_: «Mais dès la _dînée_ le
-panier fut entamé.» (_Vie d’Ésope._)
-
-Ce mot, _la dînée_, se rapporte au lieu et à l’heure où l’on mange _le
-dîner_, plutôt qu’au dîner lui-même.
-
---APRÈS-SOUPÉE, par deux _e_, comme _après-dînée_:
-
- Si je ne vous croyois l’âme trop occupée,
- J’irois parfois chez vous passer l’_après-soupée_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 5.)
-
- Et ce sera tantôt, n’étant plus occupée,
- Le divertissement de notre _après-soupée_.
-
- (_Ibid._ II. 9.)
-
-
-ARDEURS, vif désir:
-
- J’avois _toutes les ardeurs du monde_ d’entrer dans votre
- alliance.
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
-
-ARDEZ, par apocope, regardez:
-
- MARINETTE.
-
- _Ardez_ le beau museau,
- Pour nous donner envie encore de sa peau!
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-
-ARRÊTER, neutre, pour _s’arrêter_:
-
- Mais, moi, mon jugement, sans qu’aux marques j’_arrête_,
- Fut qu’il n’étoit que cerf à sa seconde tête.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
- Autant qu’il vous plaira vous pouvez _arrêter_,
- Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
-Nos aïeux paraissent avoir exprimé ou supprimé arbitrairement le pronom
-des verbes réfléchis. Dans la version des _Rois_, on lit presque
-toujours _en aller_ pour s’en aller:
-
- «Goliath ki _en vint_ de l’ost as Philistiens.» (P. 64.)
- --«Samuel od Saul _en alad_.» (P. 57.)
-
-_Plaindre_ pour _se plaindre_:
-
- «Cume deus dameiseles vinrent _plaindre_ ad rei Salomum.»
-
- (P. 235.)
-
- «Pur ço _en va_ e destruis Amalech.»
-
- (P. 53.)
-
-_Arrêter_ était dans les mêmes conditions; et même aujourd’hui l’on ne
-dit pas _arrête-toi_, _arrêtez-vous_, mais _arrête! arrêtez!_
-
-Cette faculté de prendre ou de laisser le pronom a été cause que
-beaucoup de verbes sont devenus exclusivement neutres ou actifs, qui
-dans l’origine étaient réfléchis. Car cette forme réfléchie plaisait à
-nos pères, pour les verbes exprimant une action dont l’auteur pouvait
-être aussi l’objet. Ainsi ils disaient _se dormir_, _se disner_, _se
-combattre à quelqu’un_, _se fuir_ (d’où reste _s’enfuir_), _se mourir_,
-_se jouer_, etc.; quelques verbes sont restés dans l’indécision, comme
-_arrêter_ ou _s’arrêter_.
-
- «Car pour moi j’ai certaine affaire
- «Qui ne me permet pas d’_arrêter_ en chemin.»
-
- (LA FONTAINE. _Le Renard et le Bouc._)
-
---ARRÊTER AVEC SOI:
-
- Si tu veux me servir, je t’_arrête avec moi_.
-
- (_L’Ét._ II. 9.)
-
-Nous dirions aujourd’hui simplement: _Je t’arrête_.
-
-
-ARTICLE mis où nous avons coutume de l’omettre, FAIRE LA JUSTICE:
-
- Si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos
- coudées franches à vous en faire _la_ justice à bons coups de
- bâton.
-
- (_G. D._ I. 3.)
-
- Nous serons les premiers, sa mère et moi, à vous en faire _la_
- justice.
-
- (_Ibid._ I. 4.)
-
---Mis en correspondance de _un_, _une_:
-
- George Dandin, George Dandin, vous avez fait _une_ sottise _la_
- plus grande du monde.
-
- (_Ibid._ I. 1.)
-
- Elle se prend d’_un_ air _le_ plus charmant du monde aux choses
- qu’elle fait.
-
- (_L’Av._ I. 2.)
-
---Article supprimé où nous le répétons:
-
- Dis si _les_ plus cruels _et plus durs_ sentiments
- Ont rien d’impénétrable à des traits si charmants.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
- Il nous faut _le_ mener en quelque hôtellerie,
- _Et faire_ sur les pots décharger sa furie.
-
- (_Ibid._ I. 11.)
-
-Le mener.... le faire décharger sa furie.
-
- Les querelles, _procès, faim, soif et maladie_,
- Troublent-ils pas assez le repos de la vie?
-
- (_Sgan._ 17.)
-
-Les quatre derniers substantifs sont embrassés dans l’article pluriel,
-placé une fois pour toutes devant le premier.
-
-Cet emploi de l’article était une tradition du XVIe siècle. Au
-XVIe siècle, on n’exprimait qu’une fois l’article devant plusieurs
-substantifs, même de genres différents, pourvu qu’ils fussent au même
-nombre, c’est-à-dire, tous au pluriel ou tous au singulier:
-
- «Quant à _la hardiesse et courage_, quant à _la fermeté,
- constance et resolution_ contre les douleurs, etc.»
-
- (MONTAIGNE. III. 6.)
-
- «Qui ne participe _au hasard et difficulté_ ne peult pretendre
- interest _à l’honneur et plaisir_ qui suit les actions
- hasardeuses.»
-
- (_Id._ III. 7.)
-
-La même règle s’appliquait au pronom possessif:
-
- «Nostre royne Catherine tesmoigneroist _sa liberalité et
- munificence_.»
-
- (_Id._ III. 6.)
-
- «Madame Katerine, ma sœur......, est partie avecques _ma
- litiere et cheval_.......»
-
- (LA REINE DE NAVARRE. _Lettres._ I. p. 290.)
-
-Notre vieille langue avait si fort le goût de l’ellipse, qu’elle
-s’empressait de l’admettre dès qu’il n’en résultait pas le danger
-d’être obscur ou équivoque. _Le plus_, marque du superlatif, ne se
-répétait pas aussi devant plusieurs adjectifs. La première fois servait
-pour toute la suite:
-
- «...... Tant de villes rasées, tant de nations exterminées,
- tant de millions de peuples passés au fil de l’espée, et _la
- plus riche et belle_ partie du monde bouleversée pour la
- negociation des perles et du poivre.»
-
- (MONTAIGNE. III. 6.)
-
-Que gagnons-nous à répéter toujours l’article? ce n’est ni de la
-clarté, ni de la rapidité.
-
-
-A SAVOIR, voy. ASSAVOIR.
-
-
-AS DE PIQUE, langue piquante, mauvaise langue:
-
- O la fine pratique,
- Un mari confident!
-
- MARINETTE.
-
- Taisez-vous, _as de pique_!
-
- (_Dép. am._ V. 9.)
-
-Jeu de mots sur le sens figuré du verbe _piquer_.
-
-
-ASSASSINANT, adjectif; RIGUEUR ASSASSINANTE:
-
- Et dans le procédé des dieux,
- Dont tu veux que je me contente,
- Une _rigueur assassinante_
- Ne paroît-elle pas aux yeux?
-
- (_Psyché._ II. 1.)
-
-(Voyez AMITIÉ TUANTE.)
-
-
-ASSAVOIR:
-
- Le bal et la grand’bande, _assavoir_ deux musettes.
-
- (_Tart._ II. 3.)
-
-Toutes les éditions portent mal à propos _à savoir_ en deux mots. Il ne
-faut point d’_à_; c’est l’ancien infinitif _assavoir_. L’usage permet
-aussi bien de dire: _savoir_, _deux musettes_, non qu’alors on supprime
-l’_à_, mais on substitue à l’ancienne forme la nouvelle. _Faire à
-savoir_ n’a point de sens.
-
-Dans l’origine, l’_a_ était employé comme affixe au-devant de certains
-verbes: _asavoir_, _alogier_, _apetisser_, _asasier_, _alentir_, etc.;
-on ne sait pourquoi les trois derniers ont pris l’_r_: _rapetisser_,
-_rassasier_, _ralentir_:
-
- «Dame, je vos fais _asavoir_
- «Que j’ai esté et main et soir
- «Vos homs, vo serfs, vo chevaliers.»
-
- (_Roman de Coucy._)
-
- «Israel se fud _alogied_ sur une fontaine.»
-
- (_Rois_, p. 112.)
-
-Se logea sur une fontaine.
-
- «Li sages est cil qui met en bones gens ce qu’il pot soufrir,
- sans _apetisser_ et sans acquerre malvaisement.»
-
- (_Beaumanoir._ I. 22.)
-
- «Li cueur avariscieus ne pot estre _assasiez_ d’avoir.»
-
- (_Ibid._ p. 21.)
-
-Pascal, dans la première _Provinciale_:
-
- «Si j’avois du crédit en France, je ferois publier à son de
- trompe: _On fait à savoir_ (_sic_) que quand les jacobins
- disent que la grâce suffisante est donnée à tous, ils entendent
- que tous n’ont pas la grâce qui suffit effectivement.»
-
-Cette formule de publication s’est transmise, par la tradition orale,
-du fond du moyen âge; je l’ai encore entendue dans quelques villes de
-province. Mais quand on l’écrit, il faut mettre _assavoir_.
-
-
-ASSEZ BONNE HEURE, de bonne heure:
-
- Ah! pour cela toujours il est _assez bonne heure_.
-
- (_Dép. am._ IV. 1.)
-
-Si Molière eût jugé cette expression incorrecte, il lui était aisé de
-mettre: _Il est d’assez bonne heure_.
-
-
-ASSIGNER SUR:
-
- Les dettes que vous avez _assignées sur_ le mariage de ma fille.
-
- (_Pourc._ II. 7.)
-
-On dirait aujourd’hui: _hypothéquées_ sur le mariage de ma fille.
-
-
-ASSOUVIR (S’), absolument comme _se satisfaire_:
-
- Laissez-moi _m’assouvir_ dans mon couroux extrême.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
-
-ASSURANCE SUR (PRENDRE):
-
- Ne m’abusez-vous point d’un faux espoir, et puis-je _prendre
- quelque assurance sur_ la nouveauté surprenante d’une telle
- conversion?
-
- (_D. Juan._ V. 1.)
-
-
-ASSURÉ, absolument, hardi, intrépide:
-
- Est-il possible qu’un homme si _assuré_ dans la guerre soit si
- timide en amour?
-
- (_Am. Magn._ I. 1.)
-
---ASSURER QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN:
-
- Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
- Et _leur assurai_ fort que c’étoit médisance.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
---ASSURER QUELQU’UN DE SES SERVICES:
-
- Dites-lui un peu que monsieur et madame sont des personnes de
- grande qualité qui lui viennent faire la révérence comme mes
- amis, et l’_assurer de leurs services_.
-
- (_B. gent._ V. 5.)
-
---ASSURER (S’), absolument, prendre sécurité, confiance; se rassurer:
-
- A moins que Valère se pende,
- Bagatelle! son cœur _ne s’assurera point_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Moins on mérite un bien qu’on nous fait espérer,
- Plus notre âme a de peine à pouvoir _s’assurer_.
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
- Quelque chien enragé l’a mordu, _je m’assure_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 2.)
-
- Ce n’est pas assez pour _m’assurer_, entièrement, que ce qu’il
- vient de faire.
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
- «On ne peut _s’assurer_, et l’on est toujours dans la défiance.»
-
- (PASCAL. _Pensées_, p. 406.)
-
- «Voyant trop pour nier et trop peu pour _m’assurer_.»
-
- (_Ibid._ p. 210.)
-
- «_Je m’assure_, mes pères, que ces exemples sacrés suffisent
- pour vous faire entendre... etc.»
-
- (PASCAL. 11e _Prov._)
-
- «On lui a envoyé les dix premières lettres (à Escobar): vous
- pouviez aussi lui envoyer votre objection, et _je m’assure_
- qu’il y eût bien répondu.»
-
- (_Id._ 12e _Prov._)
-
---ASSURER (S’) A...:
-
- Faut-il que _je m’assure au rapport_ de mes yeux?
-
- (_D. Garcie._ IV. 7.)
-
- Et n’est-il pas coupable en ne _s’assurant pas
- A_ ce qu’on ne dit point qu’après de grands combats?
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
---ASSURER (S’) DE.... prendre sécurité, compter certitude sur....:
-
- Pour mon cœur, vous pouvez _vous assurer de lui_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 7.)
-
---ASSURER (S’) EN QUELQU’UN, EN QUELQUE CHOSE:
-
- Du sort dont vous parlez je le garantis, moi,
- S’il faut que par l’hymen il reçoive ma foi:
- Il _s’en peut assurer_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 3.)
-
- C’est conscience à ceux qui _s’assurent en nous_.
-
- (_Ibid._)
-
---ASSURER (S’) SUR:
-
- C’est en quoi je trouve la condition d’un gentilhomme
- malheureuse, de ne pouvoir point _s’assurer sur_ toute la
- prudence et toute l’honnêteté de sa conduite.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
- Nos vœux _sur des discours_ ont peine à _s’assurer_.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-
-ATTACHE, subst. fém., attachement, ATTACHE A...:
-
- Et sa puissante _attache aux choses éternelles_.
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
- «Pour moi, je n’ai pu y prendre d’_attache_.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 115.)
-
-
-ATTAQUER QUELQU’UN D’AMITIÉ, D’AMOUR:
-
- ZERBINETTE.
-
- Je ne suis point personne à reculer lorsqu’on _m’attaque
- d’amitié_.
-
- SCAPIN.
-
- Et lorsque c’est _d’amour_ qu’on _vous attaque_?
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
-Zerbinette veut dire: Lorsqu’on me prévient en m’offrant son amitié,
-comme vient de le faire Hyacinthe.
-
-
-AU, AUX, dans le, dans les, relativement à:
-
- Je ne me trompe guère _aux_ choses que je pense.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Je ne sais si quelqu’un blâmera ma conduite
- _Au_ secret que j’ai fait d’une telle visite;
- Mais je sais qu’_aux_ projets qui veulent la clarté,
- Prince, je n’ai jamais cherché l’obscurité.
-
- (_D. Garcie._ III. 3.)
-
- L’endurcissement _au péché_ traîne une mort funeste.
-
- (_D. Juan._ V. 6.)
-
- Comment?--Je vois ma faute _aux_ choses qu’il me dit.
-
- (_Tart._ IV. 8.)
-
- Et qu’_au dû de ma charge_ on ne me trouble en rien.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
- Je trouve dans votre personne de quoi avoir raison _aux choses_
- que je fais pour vous.
-
- (_L’Av._ I. 1.)
-
- Elle se prend d’un air le plus charmant du monde _aux_ choses
- qu’elle fait.
-
- (_L’Av._ I. 2.)
-
- Et laver mon affront _au_ sang d’un scélérat.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- On souffre _aux entretiens_ ces sortes de combats.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
- Je ne m’étonne pas, _au combat_ que j’essuie,
- De voir prendre à monsieur la thèse qu’il appuie.
-
- (_Ibid._)
-
-Molière emploie volontiers _aux_ dans la première partie de la phrase,
-et _dans les_ dans la seconde.
-
- Nous saurons toutes deux imiter notre mère
- ..........................................
- ..........................................
- Vous, _aux productions_ d’esprit et de lumière,
- Moi, _dans celles_, ma sœur, qui sont de la matière.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- _Aux ballades_ surtout vous êtes admirable.
- --Et _dans les bouts-rimés_ je vous trouve adorable.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
-Cet emploi du datif, qui communique au discours tant de rapidité, était
-régulier dans le XVIe et le XVIIe siècle.
-
- «De toutes les absurdités la plus absurde _aux epicuriens_ est
- desadvouer la force et l’effect des sens.»
-
- (MONTAIGNE. II. ch. 12.)
-
- «C’est à l’adventure quelque sens particulier qui..... advertit
- les poulets de la qualité hostile qui est _au chat_ contre eux.»
-
- (_Id._ I. 1.)
-
- «Il n’est rien qui nous jecte tant _aux dangiers_ qu’une faim
- inconsiderée de nous en mettre hors.»
-
- (_Id._ III. 6.)
-
- «Je ne craindray point d’opposer les exemples que je trouveray
- parmi eulx (les sauvages américains), aux plus fameux exemples
- anciens que nous ayons _aux mémoires_ de nostre monde par deçà.»
-
- (_Id. ibid._)
-
-L’origine et la justification de cet emploi du datif se voient toutes
-seules: c’est un latinisme. Le datif représente ici l’ablatif avec ou
-sans préposition.
-
-Pascal a dit, par un latinisme analogue:
-
- «Il étoit naturel à Adam et _juste à son innocence_...»
-
- (_Pensées._ p. 323.)
-
-Mais ici le datif dépend plutôt de l’adjectif. Cette expression revient
-très-souvent dans les _Provinciales_: _au sens de_, c’est-à-dire, _dans
-le sens de_:
-
- «.... Je lui dis au hasard: Je l’entends _au sens des
- molinistes_.»
-
- (1re _Prov._)
-
---AUX, sur les; FAIRE UNE ÉPREUVE A QUELQU’UN:
-
- J’approuve la pensée, et nous avons matière
- D’en _faire l’épreuve_ première
- _Aux deux princes_ qui sont les derniers arrivés.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-(Voyez DATIF.)
-
-
-AUCUN, quelque, le moindre:
-
- Sans me nommer pourtant en _aucune_ manière,
- Ni faire _aucun_ semblant que je serai derrière.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 9.)
-
-
-AUDIENCE AVIDE:
-
- Et je vois sa raison
- D’une _audience avide_ avaler ce poison.
-
- (_D. Garcie._ II. 1.)
-
-_Avaler d’une audience_ est une expression inadmissible, et qui touche
-au galimatias. Les Latins, plus hardis que nous, disaient bien _densum
-humeris bibit aure vulgus_; mais le français ne souffre pas l’image
-d’un homme qui avale par l’oreille.
-
-
-AUNE, TOUT DU LONG DE L’AUNE:
-
- Mme PERNELLE.
-
- C’est véritablement la tour de Babylone,
- Car chacun y babille, et _tout du long de l’aune_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-Jusqu’au bout, sans omettre un seul point.
-
-Il est superflu sans doute d’avertir que cette locution est triviale;
-on est assez prévenu par le caractère de celle qui l’emploie.
-
-
-AUPARAVANT QUE DE, archaïsme:
-
- JEANNOT.
-
- C’est M. le conseiller, madame, qui vous souhaite le bonjour,
- et, _auparavant que de_ venir, vous envoie des poires de son
- jardin.
-
- (_C{sse} d’Esc._ 13.)
-
-_Par avant_ est une expression composée, que l’on traitait comme un
-substantif: _le par-avant_, _du par-avant_, _au par-avant_; c’est le
-datif, ou plutôt l’ablatif absolu des Latins, et l’on construisait
-comme _avant_. (Voyez AVANT QUE DE.)
-
-
-AUPRÈS, adverbe:
-
- Monsieur, si vous n’êtes _auprès_,
- Nous aurons de la peine à retenir Agnès.
-
- (_Éc. des fem._ V. 8.)
-
-
-AUQUEL pour _où_:
-
- Et c’est assez, je crois, pour remettre ton cœur
- Dans l’état _auquel_ il doit être.
-
- (_Amph._ III. 11.)
-
-
-AU PRIX DE, en comparaison de:
-
- Tout ce qu’il a touché jusqu’ici n’est que bagatelle, _au prix
- de_ ce qui reste.
-
- (_Impromptu._ 3. 1663.)
-
-Comparé à la valeur de ce qui reste.
-
- «Elles filoient si bien, que les sœurs filandières
- «Ne faisoient que brouiller _au prix de celles-ci_.»
-
- (LA FONT. _La Vieille et ses Servantes._)
-
- «..... Il n’étoit _au prix d’elle_
- «Qu’un franc dissipateur, un parfait débauché.»
-
- (BOILEAU. _Sat._ X.)
-
-
-AU RETOUR DE, en retour de...:
-
- Et j’en ai refusé cent pistoles, crois-moi,
- _Au retour d’un cheval_ amené pour le roi.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-
-AUSSI, pour _non plus_, dans une phrase négative:
-
- Ma foi, je n’irai pas.
- --Je n’irai pas _aussi_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- Si je n’approuve pas ces amis des galants,
- Je ne suis pas _aussi_ pour ces gens turbulents....
-
- (_Ibid._ IV. 8.)
-
- L’action que vous avez faite n’est pas d’un gentilhomme, et ce
- n’est pas en gentilhomme _aussi_ que je veux vous traiter.
-
- (_G. D._ II. 10.)
-
-La tournure moderne pour employer _aussi_, serait: _aussi_ n’est-ce pas
-en gentilhomme, etc....
-
-Mais le XVIIe siècle conservait _aussi_ même après la négation
-exprimée, qui aujourd’hui commande _non plus_.
-
- --«Ragotin fit entendre à la Rancune qu’une des comédiennes
- luy plaisoit infiniment. Et laquelle? dit la Rancune. Le petit
- homme estoit si troublé d’en avoir tant dit, qu’il respondit:
- Je ne sçay.--_Ny moy aussy_, dit la Rancune.»
-
- (SCARRON. _Rom. com._ 1re p. ch. XI.)
-
- «Ces paroles ne peuvent donc servir qu’à vous convaincre
- vous-même d’imposture, et elles _ne_ servent pas _aussi_
- davantage pour justifier Vasquez.»
-
- (PASCAL. 12e _provinc._)
-
-L’étymologie d’_aussi_ est _etiam_. On disait dans l’origine _essi_,
-d’où l’on fit aisément _ossi_, et l’on écrivit par corruption _aussi_.
-Sylvius, dans sa grammaire imprimée chez Robert Estienne, en 1531, dit:
-«_Etiam_, _eci_ vel _oci_; corrupte _aussi_.» (P. 145.)
-
-
-AUTANT; IL N’EN FAUT PLUS QU’AUTANT, pour dire _il ne s’en faut guère_:
-
- On la croyoit morte, et ce n’étoit rien.
- _Il n’en faut plus qu’autant_, elle se porte bien.
-
- (_Sgan._ 6.)
-
-
-AVALER L’USAGE DE QUELQUE CHOSE, s’y soumettre bon gré malgré:
-
- De ces femmes aux beaux et louables talents,
- Qui savent accabler leurs maris de tendresses,
- Pour leur faire _avaler l’usage des galants_!
-
- (_Amph._ I. 4.)
-
-
-AVANCÉ: PAROLE AVANCÉE, donnée:
-
- Me tiendrez-vous au moins la _parole avancée_?
-
- (_Mélicerte._ II. 5.)
-
-
-AVANT, adverbe, pour _auparavant_:
-
- Mais _avant_, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,
- J’ai fait que vers sa grange il a porté ses pas.
-
- (_L’Ét._ II. 1.)
-
---AVANT JOUR, préposition, avant le jour:
-
- Je veux savoir de toi, traître,
- Ce que tu fais, d’où tu viens _avant jour_.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
---AVANT QUE (un infinitif), sans _de_:
-
- Ne me demandez rien _avant que regarder_
- Ce qu’à mes sentiments vous devez demander.
-
- (_D. Garcie._ III. 2.)
-
- Il faut, _avant que voir_ ma femme,
- Que je débrouille ici cette confusion.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-Molière emploie indifféremment ces trois formes: _avant de_, _avant
-que_, _avant que de_, suivis d’un verbe à l’infinitif.
-
---AVANT QUE, sans _ne_:
-
- Allons, courons _avant que_ d’avec eux _il sorte_.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- «_Avant qu’on l’ouvrît_ (la cédule), les amis du prince
- soutinrent que, _etc._...»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
- «Toutes vos fables pouvoient vous servir _avant qu’on sût_ vos
- principes.»
-
- (PASCAL. 15e _Prov._)
-
-La question de _ne_, exprimé ou supprimé après _avant que_, a été fort
-controversée. M. François de Neufchâteau, dans une lettre au _Mercure
-de France_ du 26 août 1809, admet la négation _quelquefois_. On lui
-répondit par une lettre signée VALANT, où quantité d’exemples sont
-accumulés, ensuite d’une longue discussion théorique, pour démontrer
-qu’il ne faut _jamais_ de négation entre _avant que_ et le verbe
-subséquent; et c’est aussi l’opinion de l’Académie, fondée sur l’usage
-invariable du XVIIe siècle. Pascal, la Bruyère, la Fontaine, Boileau,
-Racine, Molière, Regnard, etc., etc., n’emploient pas la négation.
-
-Marmontel l’a employée, mais c’est Marmontel.
-
---AVANT QUE DE....:
-
- Si l’auteur lui eût montré sa comédie _avant que de_ la faire
- voir au public, il l’eût trouvée la plus belle du monde.
-
- (_Crit. de l’Éc. des f._ 6.)
-
- _Avant que de_ passer plus avant, je voudrois bien agiter à
- fond cette matière.
-
- (_Mar. for._ 5.)
-
- Je les conjure de tout mon cœur de ne point condamner les
- choses _avant que de les voir_.
-
- (_Préf. de Tartufe_.)
-
- «_Avant que de les mener_ sur la place, il fit habiller les
- deux premiers le plus proprement qu’il put.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
-(Voyez DE _supprimé_ après _avant que_.)
-
- «_Avant que de répondre_ aux reproches que vous me faites, je
- commencerai par l’éclaircissement de votre doctrine à ce sujet.»
-
- (PASCAL. 12e _Prov._)
-
-
-AVECQUE, archaïsme:
-
- Vous êtes romanesque _avecque_ vos chimères.
-
- (_Ibid._ I. 2.)
-
- Les dettes aujourd’hui, quelque soin qu’on emploie,
- Sont comme les enfants, que l’on conçoit en joie,
- Et dont _avecque_ peine on fait l’accouchement.
-
- (_Ibid._ I. 6.)
-
- Si je pouvois parler _avecque_ hardiesse.
-
- (_Ibid._ 9.)
-
- Et m’en vais tout mon soûl pleurer _avecque_ lui.
-
- (_Ibid._ II. 4.)
-
- L’union de Valère _avecque_ Marianne.
-
- (_Tart._ III. 1.)
-
- Et qu’_avecque_ le cœur d’un perfide vaurien
- Vous confondiez les cœurs de tous les gens de bien.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
-Cette forme est si fréquente dans Molière, qu’il a paru inutile d’en
-rapporter plus d’exemples.
-
-
-AVENANT QUE, participe absolu, c’est-à-dire, dans le cas où....:
-
- Quelque bien de mon père et le fruit de mes peines,
- Dont, _avenant que Dieu de ce monde m’ôtât_,
- J’entendois tout de bon que lui seul héritât.
-
- (_L’Ét._ IV. 2.)
-
-
-AVIOMMES; patois; pour _avions_:
-
- PIERROT.
-
- Tout gros monsieur qu’il est, il seroit par ma fiqué nayé, si
- je _n’aviomme_ été là.
-
- (_D. Juan._ II. 1.)
-
-Cette forme est primitive. L’_m_ à la terminaison caractérise en latin
-les premières personnes du pluriel, _habemus_, _amamus_; _vidissemus_,
-_audivimus_, etc. Aussi les plus anciens textes, par exemple le
-livre des Rois, ne manquent jamais d’écrire _nous attendrum_, _nous
-manderum_, _nous renderum_.
-
-Quand le mot suivant avait pour initiale une voyelle, l’_m_ finale s’y
-détachait:
-
- «.... Salvez seiez de Deu
- «Li glorius que _devum aurer_.»
-
- (_Roland._ st. 32.)
-
- «Que devome aourer» (_adorer_).
-
-Mais s’il suivait une consonne, il fallait bien, pour n’en pas
-articuler deux consécutives (ce qui ne se faisait jamais), éteindre
-l’_m_ et la changer en _n_. Par exemple:
-
- «Le matin à vos _vendrum_, e en vostre merci nus _mettrum_.»
-
- (_Rois._ p. 37.)
-
-On prononçait _vendrome_ et _mettrons_.
-
-La dernière forme a supplanté l’autre, et s’est établie exclusivement
-pour tous les cas.
-
-Mais auparavant l’autre avait régné, et avait été sur le point de
-triompher aussi; car, pour la fixer, on écrivit longtemps les premières
-personnes en _omes_. Marsile parlant de Roland:
-
- «Seit ki l’ocie, tute pais puis _auriomes_.»
-
- (_Roland._ st. 28.)
-
- «Qu’en avez fait, ce dit fromons li viez?
- «--Sire, en ce bois _l’avoumes_ nous laissie.»
-
- (_Garin._ t. II. p. 243.)
-
- --«Se nous _demenomes_ ensi li uns les aultres, et _alomes_
- rancunant, bien voi que nous _reperdrons_ toute la tiere, et
- nous meismes _seromes_ perdu.»
-
- (VILLEHARDHOIN. p. 199. éd. P. Paris.)
-
-On remarquera dans ce passage la forme moderne _nous reperdrons_
-au milieu des formes primitives en _omes_, qui sont celles que
-Villehardhoin affectionne.
-
-Qui pourra dire ce qui a déterminé le triomphe définitif de l’une
-plutôt que de l’autre? Le langage est plein de ces mystères
-insondables, pareils à ceux de la conception et de la génération
-humaine: on les suit jusqu’à une certaine limite, où soudain la nature
-se cache, et disparaît derrière un voile que tous les efforts de la
-philosophie, aidée de la science, ne parviendront pas à soulever.
-
-Sur l’union du pronom singulier au verbe pluriel, _je n’aviomme_, voyez
-à JE.
-
-
-AVIS FAISABLE, exécutable:
-
- Enfin c’est un _avis_ d’un gain inconcevable,
- Et que du premier mot on trouvera _faisable_.
-
- (_Fâcheux._ III. 3.)
-
-
-AVISER, actif; AVISER QUELQU’UN DE, le faire songer à...:
-
- _De ta femme_ il fallut moi-même _t’aviser_.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
---Neutre, pour _s’aviser_:
-
- Sans aller de surcroît _aviser_ sottement
- De se faire un chagrin qui n’a nul fondement.
-
- (_Coc. im._ 17.)
-
- Selon la coutume de certains impertinents de laquais qui
- viennent provoquer les gens, _et les faire aviser_ de boire
- lorsqu’ils n’y songent pas.
-
- (_L’Av._ III. 2.)
-
- Je vais vite consulter un avocat, _et aviser_ des biais que
- j’ai à prendre.
-
- (_Scapin._ II. 1.)
-
-Réfléchir ou prendre avis touchant les biais que, etc.
-
-
-AVOIR, auxiliaire, pour _être_:
-
- Et _j’ai_ pour vous trouver _rentré_ par l’autre porte.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
- _J’ai monté_ pour vous dire, et d’un cœur véritable...
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Au reste, vous saurez
- Que _je n’ai demeuré_ qu’un quart d’heure à le faire.
-
- (_Ibid._)
-
-Pareillement dans la Fontaine:
-
- «Si le ciel t’eût, dit-il, donné par excellence
- «Autant de jugement que de barbe au menton,
- «Tu _n’aurois_ pas à la légère
- «_Descendu_ dans ce puits.»
-
- (_Le Renard et le Bouc._)
-
---AVOIR, N’AVOIR PAS POUR UN.... voyez POUR.
-
---AVOIR DE COUTUME:
-
- Oui, monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter
- l’envie de nous faire courir toutes les nuits, comme vous
- _aviez de coutume_.
-
- (_Scapin._ II. 5.)
-
---AVOIR DES CONJECTURES DE QUELQUE CHOSE:
-
- La cabale s’est réveillée aux simples _conjectures_ qu’ils ont
- pu _avoir de la chose_.
-
- (2e _Placet au R._)
-
---AVOIR EN MAIN:
-
- _J’avois_ pour de tels coups certaine vieille _en main_.
-
- (_Éc. des f._ III. 4.)
-
---AVOIR FAMILIARITÉ AVEC QUELQU’UN:
-
- _Tu as donc familiarité_, Moron, _avec le prince_ d’Ithaque?
-
- (_Pr. d’Él._ III. 3.)
-
---AVOIR PEINE DE (un infinitif), avoir peine à....:
-
- J’ai peur, si le logis du roi fait ma demeure,
- De m’y trouver si bien dès le premier quart d’heure,
- Que _j’aie peine_ aussi _d’en sortir_ par après.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
- Cet amas d’actions indignes dont _on a peine.... d’adoucir_ le
- mauvais visage.
-
- (_D. Juan._ IV. 6.)
-
-On ne dirait plus aujourd’hui le visage d’une action; mais le
-Dictionnaire de l’Académie (1694) cite comme exemple: _Cette affaire a
-deux visages_; et l’on dira bien encore: _envisager une affaire_ sous
-tel ou tel aspect.
-
---AVOIR POUR AGRÉABLE:
-
- Et je vous supplierai d’_avoir pour agréable_
- Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Cette façon de parler est très-fréquente dans _Gil Blas_.
-
---AVOIR QUELQU’UN QUI... QUE...:
-
- Et quand _on a quelqu’un qu’_on hait ou _qui_ déplaît,
- Lui doit-on déclarer la chose comme elle est?
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Cette façon de parler paraît embarrassée et pénible; cependant elle
-n’a pas été suggérée à Molière par la difficulté de la mesure, car il
-l’emploie en prose:
-
- _Vous avez_, monsieur, _un certain monsieur de Pourceaugnac
- qui_ doit épouser votre fille.
-
- (_Pourc._ II. 2.)
-
-
-AVOUER LA DETTE, figurément, ne pas dissimuler:
-
- Ma foi, madame, _avouons la dette_: vous voudriez qu’il fût à
- vous.
-
- (_ Pr. d’Él._ IV. 6.)
-
-Regnard, dans le _Distrait_:
-
- «Parlons à cœur ouvert, et _confessons la dette_:
- «Je suis un peu coquet, tu n’es pas mal coquette.»
-
- (IV. 3.)
-
-
-AYE, ou AY, monosyllabe:
-
- Dans cette joie...--_Aye, ay!_ doucement, je vous prie.
-
- (_L’Ét._ V. 15.)
-
-AÏE, par l’introduction du _d_, _aïde_ ou _aide_, selon la
-prononciation moderne, syncope d’_adjutorium_. _Aye, aye!_
-c’est-à-dire, à l’aide, à l’aide!
-
- «Certes, nous ne vous faudrons mie:
- «Tous jours serons en vostre _aïe_.»
-
- (_R. de Coucy._ v. 766.)
-
- «... Quant ele vit Arabis si cunfundre,
- «A halte voix s’escrie: _Aïez_ nous, mahum!»
-
- (_Roland._ st. 266.)
-
-
-BABYLONE; LA TOUR DE BABYLONE, comme qui dirait la tour du babil:
-
- C’est véritablement _la tour de Babylone_,
- Car chacun y babille, et tout du long de l’aune.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- «Le Père Caussin, jésuite, dit, dans sa _Cour sainte_, que _les
- hommes ont fondé la tour de Babel, et les femmes la tour de
- babil_. Ce quolibet du jésuite n’aurait-il pas donné l’idée de
- celui que Molière met dans la bouche de madame Pernelle? et le
- père Caussin ne serait-il pas le docteur dont parle la vieille
- dévote?»
-
- (M. AUGER.)
-
-
-BAIE:
-
- C’est une _baie_
- Qui sert sans doute aux feux dont l’ingrate _le paie_.
-
- (_Dép. am._ I. 5.)
-
-Cette expression, _payer d’une baie_, nous reporte à la farce de
-Pathelin, dont la première édition est de 1490. Le prodigieux succès
-de ce _Pathelin_ fit passer en proverbe plusieurs mots de cette pièce;
-nous disons encore: _revenir à ses moutons_. _Payer d’une baie_ est
-une allusion à cette autre scène excellente, où le berger, acquitté du
-meurtre des moutons, paye son avocat en lui disant _Bée_, comme il a
-fait au juge; et la fourberie retombe sur son auteur.
-
- _Messire_ JEHAN.
-
- «Et comme quoi?
-
- PATHELIN.
-
- «Pour ce qu’_en bée_
- «_Il me paya_ subtilement.»
-
- (_Le Testament de Pathelin._)
-
---BAIE (DONNER LA):
-
- Le sort a bien _donné la baie_ à mon espoir.
-
- (_L’Ét._ II. 13.)
-
-
-BAILLER, archaïsme, donner:
-
- Un sergent _baillera_ de faux exploits, sur quoi vous serez
- condamné sans que vous le sachiez.
-
- (_Scapin._ II. 8.)
-
-_Bailler un exploit_ était le terme consacré en style d’huissier;
-Molière n’avait garde de changer le mot technique.
-
-
-BAISSEMENT DE TÊTE:
-
- Quelque _baissement de tête_, un soupir mortifié, deux
- roulements d’yeux, rajustent dans le monde tout ce qu’ils (les
- scélérats) peuvent faire.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-
-BALANCER QUELQUE CHOSE:
-
- Un homme qui..... et _ne balance aucune chose_.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-Qui ne pèse rien.
-
-
-BALLE, RIMEUR DE BALLE:
-
- Allez, _rimeur de balle_, opprobre du métier.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
- «_Balle_, en termes d’agriculture, est une petite paille,
- capsule ou gousse, qui sert d’enveloppe au grain dans l’épi.»
-
- (TRÉVOUX.)
-
-Si _balle_ est ici dans ce sens, _rimeur de balle_ serait une métaphore
-prise d’un objet qui, devant être rembourré de plume ou de crin, ne
-l’est que de _balle_, et ainsi d’une valeur réelle très-inférieure à
-l’apparence; mais cela paraît forcé.
-
-Trévoux explique _rimeur de balle_, par allusion à la _balle_ des
-marchands forains: «On appelle _rimeur de balle_ un poëte dont les vers
-sont si mauvais, qu’ils ne servent qu’à envelopper des marchandises.»
-C’est ainsi qu’on dit _poëte des halles_.
-
-
-BARBARISMES DE BON GOUT, en matière de bon goût:
-
- Des incongruités de bonne chère et des _barbarismes de bon
- goût_.
-
- (_B. gent._ IV. 1.)
-
-(Voyez SOLÉCISMES EN CONDUITE.)
-
-
-BARGUIGNER:
-
- A quoi bon tant _barguigner_ et tant tourner autour du pot?
-
- (_Pourc._ I. 7.)
-
-_Barguigner_ signifie _marchander_ en vieux français; racine _bargain_,
-que les Anglais nous ont pris et conservent encore.
-
- «Estagiers de Paris puent _barguignier_ et achater bled, ou
- marchié de Paris.»
-
- (_Livre des mestiers._ p. 17.)
-
-Le sire de Coucy, déguisé en mercier ambulant, ouvre sa balle; toute la
-maison y accourt, et la châtelaine de Fayel elle-même:
-
- «Iluec trouverent le mercier,
- «E lor dame qui remuoit
- «Les joiaus, et les _bargignoit_.
- «Aulcuns aussy de la mesnie
- «Ont mainte chose _bargignie_....
- «Et quant rien plus ne _bargigna_,
- «Sa marchandise appareilla,
- «Et prist son fardel à trousser.....
-
- (_Roman de Coucy._)
-
- «La dame dist à son valet:
- «Faites demourer sans long plait
- «Ce povre home, marchand estragne.
- «Cilz respont, sans faire _bargagne_:
- «Gentilz dame, Dieus le vous mire.»
-
- (_Ibid._)
-
-Elle _marchandait_ les joyaux;--et quand on ne _marchanda_ plus
-rien...;--il répond _sans marchander_. _Barguigner_ n’a plus
-aujourd’hui que le sens figuré de _marchander_.
-
-
-BASTE, de l’italien _basta_, suffit:
-
- _Baste!_ songez à vous dans ce nouveau dessein.
-
- (_L’Ét._ IV. 1.)
-
- _Baste!_ laissons là ce chapitre.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
-
-BATIR SUR DES ATTRAITS....:
-
- Mon cœur aura _bâti sur ses attraits naissants_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 1.)
-
-C’est l’abrégé d’une expression métaphorique: bâtir, fonder un espoir
-sur.....
-
-
-BATTEUR:
-
- Oui, je te ferai voir, _batteur_ que Dieu confonde,
- Que ce n’est pas pour rien qu’il faut rouer le monde.
-
- (_L’Ét._ II. 9.)
-
-
-BEAU, au sens métaphorique de _pur_:
-
- SGANARELLE.
-
- Vous vous taisez exprès, et me laissez parler _par belle
- malice_!
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
-
-BEAUCOUP devant un adjectif ou un partic. passé:
-
- Je vous suis _beaucoup obligé_.
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
- Leur savoir à la France est _beaucoup nécessaire_!
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-
-BÉCARRE; DU BÉCARRE, terme technique, aujourd’hui inusité:
-
- Ah! monsieur, _c’est du beau bécarre_!
-
- (_Le Sicilien._ 2.)
-
- Et là-dessus vient un berger, berger joyeux, avec _un bécarre
- admirable_, qui se moque de leur foiblesse.
-
- (_Ibid._)
-
-Cela veut dire que la musique passe du mode mineur au majeur.
-
-
-BÉCASSE BRIDÉE:
-
- Ma foi, monsieur, _la bécasse est bridée_; et vous avez cru
- faire un jeu qui demeure une vérité.
-
- (_Am. méd._ III. 9.)
-
- «Cela se dit figurément, à cause d’une chasse que les paysans
- font aux bécasses avec des lacets et collets qu’ils tendent, où
- elles se brident elles-mêmes.»
-
- (TRÉVOUX.)
-
-
-BEC CORNU, ou mieux BECQUE CORNU:
-
- Et sans doute il faut bien qu’à ce _becque cornu_
- Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 6.)
-
- Que maudit soit le _bec cornu_ de notaire qui m’a fait signer
- ma ruine!
-
- (_Méd. m. lui._ I. 2.)
-
-_Becque_ est formé de l’italien _becco_, _un bouc_, mot qui reçoit deux
-sens métaphoriques, injurieux l’un et l’autre. _Becco_ est un lourdaud,
-ou un homme que déshonore l’inconduite de sa femme ou de sa sœur
-(_Trésor des trois langues_). L’épithète _cornu_ s’explique d’elle-même.
-
-
-BÉJAUNE, erreur grossière:
-
- C’est fort bien fait d’apprendre à vivre aux gens, et de leur
- montrer leur _béjaune_.
-
- (_Am. méd._ II. 3.)
-
- Monsieur, souffrez que je lui montre son _béjaune_, et le tire
- d’erreur.
-
- (_Mal. im._ III. 16.)
-
-Les jeunes oiseaux ont le bec garni d’une sorte de frange jaune. Ainsi,
-par métaphore, avoir le bec jaune, c’est manquer d’expérience, être
-dupe. Molière a écrit aussi _bec jaune_; conformément à l’étymologie:
-
- Oui, Mathurine, je veux que monsieur vous montre votre _bec
- jaune_.
-
- (_D. Juan._ II. 5.)
-
- «Ce sont six aulnes.... ne sont mie?
- «Et non sont; que je suis _bec jaulne_!»
-
- (_Pathelin._)
-
-Dans l’origine, les consonnes finales étant muettes lorsque suivait une
-consonne; on prononçait pour _bec_, _mer_, _fer_, _bé_, _mé_, _fé_.
-
- (_Des variations du langage français_, p. 44.)
-
-
-BESOIN, FAIRE BESOIN, être nécessaire:
-
- Aussi bien _nous fera-t-il ici besoin_ pour apprêter le souper.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
-
-BIAIS, dissyllabe:
-
- Nous n’aurions pas besoin maintenant de rêver
- A chercher les _biais_ que nous devons trouver.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
- Des _biais_ qu’on doit prendre à terminer vos feux.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- Il faut voir maintenant quel _biais_ je prendrai.
-
- (_Ibid._ IV. 8.)
-
- Pour tâcher de trouver un _biais_ salutaire.
-
- (_Ibid._ V. 12.)
-
- Et du _biais_ qu’il faut vous prenez cette affaire.
-
- (_Sgan._ 21.)
-
- Le pousser est encor grande imprudence à vous,
- Et vous deviez chercher quelque _biais_ plus doux.
-
- (_Tart._ V. I.)
-
---Monosyllabe:
-
- J’ai donc cherché longtemps _un biais_ de vous donner
- La beauté que les ans ne peuvent moissonner.
-
- (_Fem. sav._ III. 6.)
-
---SAVOIR LE BIAIS DE FAIRE QUELQUE CHOSE:
-
- Mais, encore une fois, madame, _je ne sais point le biais de
- faire entrer_ ici des vérités si éclatantes.
-
- (_Ép. dédic. de la Critique de l’Éc. des fem._)
-
-
-BICÊTRE, voyez BISSÊTRE.
-
-
-BIEN; AVOIR LE BIEN DE... le plaisir, l’avantage de...:
-
- ... _J’ai le bien d’être_ de vos voisins.
-
- (_Éc. des mar._ I. 5.)
-
- Il s’est dit grand chasseur, et nous a prié tous
- Qu’il pût _avoir le bien de courir_ avec nous.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-
-BIEN ET BEAU:
-
- Cependant arrivé, vous sortez _bien et beau_,
- Sans prendre de repos ni manger un morceau.
-
- (_Sgan._ 7.)
-
-Remarquez _beau_, employé comme adverbe. C’était originairement le
-privilége de tous les adjectifs. Il nous en reste encore de nombreux
-exemples: voir _clair_, frapper _ferme_, parler _haut_, partir
-_soudain_, parler _net_, etc., etc., pour _clairement_, _fermement_,
-_hautement_, _soudainement_, _nettement_.
-
- «Le fermier vient, le prend, l’encage _bien et beau_,
- «Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.»
-
- (LA FONTAINE. _Le Corbeau voulant imiter l’Aigle._)
-
-
-BIENSÉANCE; ÊTRE EN LA BIENSÉANCE DE QUELQU’UN, c’est-à-dire, à sa
-disposition:
-
- Cette maison meublée _est en ma bienséance_;
- Je puis en disposer avec grande licence.
-
- (_L’Ét._ V. 2.)
-
-
-BISSÊTRE; malheur résultant d’une fatalité. FAIRE UN BISSÊTRE:
-
- Eh bien! ne voilà pas mon enragé de maître?
- Il nous va _faire_ encor _quelque nouveau bissêtre_.
-
- (_L’Ét._ V. 7.)
-
-L’orthographe est _bissêtre_, et non _bicêtre_; le mot primitif est
-_bissexte_. Du Cange, au mot _Bissextus_, l’explique _infortunium_,
-_malum superveniens_. La mauvaise influence de l’an et du jour
-bissextile était proverbiale au moyen âge:
-
- «Cette année-là étoit bissextile, et le _bissexte_ tomba de
- fait sur les traistres.»
-
- (_Orderic Vital._ lib. XIII. p. 882.)
-
- «Cette tumultueuse année fut bissextile.... et le _bissexte_
- tomba sur le roi et sur son peuple, tant en Angleterre qu’en
- Normandie.»
-
- (_Id._ lib. XIII. p. 905.)
-
-C’était une locution populaire: le _bissexte_ est tombé sur telle
-affaire, pour dire qu’elle avait mal tourné. Nous voyons déjà paraître
-la forme corrompue _bissextre_ dans Molinet:
-
- «Pour ce que bissextre eschiet,
- «L’an en sera tout desbauchiet.»
-
- (_Le Calendrier._)
-
-L’_x_ s’éteignait dans la prononciation, et laissait prévaloir le _t_,
-par la règle des consonnes consécutives. On prononçait donc _bissête_,
-et, par l’intercalation euphonique de l’_r_, _bissêtre_.
-
-La superstition du jour bissextile remontait aux Romains. Voyez
-là-dessus le témoignage de Macrobe, au livre Ier, chapitre 13, des
-_Saturnales_.
-
-Molière rappelle donc ici, par l’emploi du mot _bicêtre_, une
-expression et une superstition du moyen âge.
-
-Le vice d’orthographe tendrait à confondre le _bissêtre_ avec le
-château de _Bicestre_ ou de _Bicêtre_. Celui-ci a une tout autre
-origine: la grange aux Gueux, qui appartenait, en 1290, à l’évêque de
-Paris, passa plus tard à Jean, évêque de _Wincestre_, dont le nom,
-transformé en _Bicestre_, est resté attaché à cette demeure.
-
-Le peuple dit d’un enfant méchant et tapageur: C’est un _bicêtre_;
-ah! le petit _bicêtre_! Trévoux veut que ce soit par allusion à la
-prison de _Bicêtre_; mais ne serait-ce pas plutôt un vestige de la
-superstition du _bissêtre_? Ah! le maudit enfant! le petit malheureux!
-né le jour du _bissêtre_, sur qui est tombé le _bissêtre_!
-
-On lit dans le _Roman bourgeois_, de Furetière:
-
- «Si j’ai _fait_ ici _quelque bissêtre_;»
-
-Et dans la _Noce de village_, de Brécourt:
-
- «Avant, je veux _faire bissêtre_.»
-
-
-BLANCHIR, NE FAIRE QUE BLANCHIR; au sens métaphorique:
-
- Les douceurs _ne feront que blanchir_ contre moi.
-
- (_Dép. am._ V. 9.)
-
- Et nos enseignements _ne font là que blanchir_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
- LE MARQUIS.--Voilà des raisons qui ne valent rien.
-
- CLIMÈNE.--Tout cela _ne fait que blanchir_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
-Bien que cette expression se trouve dans la bouche de Climène, il ne
-s’ensuit pas que Molière ait prétendu la blâmer.
-
-Voici comment Furetière expose l’origine de cette métaphore:
-
-«BLANCHIR se dit aussi des coups de canon qui ne font qu’effleurer une
-muraille, et y laissent une marque blanche. En ce sens, on dit, au
-figuré, de ceux qui entreprennent d’attaquer ou de persuader quelqu’un,
-et dont tous les efforts sont inutiles, que tout ce qu’ils ont fait,
-tout ce qu’ils ont dit, n’a fait que _blanchir_ devant cet homme ferme
-et opiniâtre.»
-
-
-BOIRE LA CHOSE; métaphoriquement, se résigner:
-
- Mon frère, doucement il faut _boire la chose_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 10.)
-
-Molière a dit, par la même figure: _Avaler l’usage des galants_.
-
---BOIRE SUR LE RESTE DE QUELQU’UN:
-
- Vous _buviez sur son reste_, et montriez d’affecter
- Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
-
-BON, BONNE, ironiquement:
-
- Hé, _la bonne effrontée_!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
- Parbleu! _le voilà bon_, avec son habit d’empereur romain!
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
- D’où viens-tu, _bon pendard_?
-
- (_G. D._ III. 11.)
-
- Taisez-vous, _bonne pièce_!
-
- (_Ibid._ I. 6.)
-
- Oses-tu bien paroître devant mes yeux, après tes _bons
- déportements_?
-
- (_Scapin._ I. 4.)
-
---BON A FAIRE A....:
-
- Refuser ce qu’on donne est _bon à faire aux fous_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
---BON ARGENT (PRENDRE POUR DE), prendre au sérieux:
-
- Quoi! _tu prends pour de bon argent_ ce que je viens de dire?
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-Métaphore tirée de la fausse monnaie.
-
---AVOIR LE CŒUR BON, c’est-à-dire, en style moderne, _bien placé_:
-
- Sachez que j’ai _le cœur trop bon_ pour me parer de quelque
- chose qui ne soit point à moi.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
---LE BON DU CŒUR, substantivement:
-
- Et _du bon de mon cœur_ à cela je m’engage.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
-Du meilleur de mon cœur.
-
---BONS JOURS, jours de fête, jours solennels:
-
- Que d’une serge honnête elle ait son vêtement,
- Et ne porte le noir qu’aux _bons jours_ seulement.
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
-
-BOUCHE. BOUCHE COUSUE, adverbialement, pour recommander la discrétion:
-
- Adieu. _Bouche cousue_, au moins! Gardez bien le secret, que le
- mari ne le sache pas!
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
---LAISSER SUR LA BONNE BOUCHE:
-
- Vous n’en tâterez plus, et _je vous laisse sur la bonne bouche_.
-
- (_Ib._ II. 7.)
-
---DANS MA BOUCHE, DANS LEURS BOUCHES, c’est-à-dire d’après mes paroles,
-à les entendre:
-
- _Dans ma bouche_, une nuit, cet amant trop aimable
- Crut rencontrer Lucile à ses vœux favorable.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-Il n’y a pas moyen d’approuver cette façon de parler.
-
-Ascagne veut dire qu’elle se fit passer pour Lucile, parla comme
-si elle eût été Lucile. Cette expression étrange paraît tenir à
-l’inexpérience de Molière, quand il fit le _Dépit_; mais on est surpris
-de la retrouver, mieux construite, il est vrai, dans la préface du
-_Tartufe_. Il s’agit des hypocrites:
-
- Le _Tartufe_, _dans leur bouche_, est une pièce qui offense la
- piété.
-
-Molière s’exprimerait-il autrement s’il voulait dire que les
-hypocrites, par leur manière de réciter _Tartufe_, d’en accentuer les
-vers, dénaturent la pensée de l’auteur, et font d’un ouvrage innocent
-un ouvrage impie?
-
-(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)
-
-
-BOUCHON ET BOUCHONNER:
-
- Hai, hai, mon petit nez, pauvre petit _bouchon_!
-
- (_Éc. des m._ II. 14.)
-
- Je te _bouchonnerai_, baiserai, mangerai.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-_Bouchon_ est ici le diminutif de _bouche_. Il ne faut pas s’arrêter
-à ce que cette terminaison _on_, _one_, est en italien la marque d’un
-augmentatif; il est certain qu’en français elle a reçu un emploi
-opposé, comme de _Pierre_, _Pierron_ ou _Pierrot_; de _Charles_,
-_Charlon_ ou _Charlot_, de _Gothe_, _Gothon_; de _Marie_, _Marion_,
-etc. Et dans les noms communs, _bestion_ (de beste), _valeton_ (valet),
-_luiton_ (lutin), _tetton_ (tette), _peton_ (pied), _chaton_ (chat),
-_poupon_ (poupe, poupée, etc.)
-
-Voici l’article de Furetière: «BOUCHON est aussi un nom de cajollerie
-qu’on donne aux petits enfants, aux jeunes filles de basse condition:
-Mon petit cœur, mon petit _bouchon_.»
-
-
-BOUGER (SE), verbe réfléchi, pour _bouger_, neutre:
-
- Et personne, monsieur, qui _se_ veuille _bouger_
- Pour retenir des gens qui se vont égorger!
-
- (_Dép. am._ V. 7.)
-
-
-BOURLE, de l’italien _burla_, _moquerie_, FAIRE UNE BOURLE:
-
- Une certaine mascarade..... que je prétends faire entrer dans
- une _bourle_ que je veux faire à notre ridicule.
-
- (_Bourg. gent._ III. 14.)
-
-C’est la leçon de l’édition de 1670, qui est la première. Les éditions
-modernes mettent _bourde_, qui est la forme corrompue, aujourd’hui
-adoptée. _Bourle_ n’est dans aucun dictionnaire; ils donnent tous
-_bourde_.
-
-
-BRANLER LE MENTON, manger:
-
- MASCARILLE.
-
- Oh! tu seras ainsi tenu pour un poltron.
- --Soit, pourvu que toujours _je branle le menton_.
-
- (_Dép. am._ V. 1.)
-
-
-BRAS, SE METTRE...... SUR LES BRAS:
-
- Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte pensée, et
- que j’allasse, en vous retenant, _me mettre le ciel sur les
- bras_?
-
- (_D. Juan._ I. 5.)
-
- Qui en touche un (hypocrite), _se les attire tous sur les bras_.
-
- (_Ib._ V. 2.)
-
---SE JETER.... SUR LES BRAS, même sens;
-
- Et je _me jetterois_ cent choses _sur les bras_.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-
-BRAVADE, FAIRE BRAVADE A QUELQU’UN:
-
- Moi, je serois cocu?--Vous voilà bien malade!
- Mille gens le sont bien, _sans vous faire bravade_,
- Qui, de mine, de cœur, de biens et de maison,
- Ne feroient avec vous nulle comparaison.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-Sans vous insulter.
-
---BRAVADE D’UN DISCOURS:
-
- Je ne sais qui me tient qu’avec une gourmade
- Ma main _de ce discours_ ne venge la _bravade_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-
-BRAVE en ajustements:
-
- Ta forte passion est d’être _brave_ et leste.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
- Est-ce que tu es jalouse de quelqu’une de tes compagnes que tu
- voies plus _brave_ que toi?
-
- (_Am. méd._ I. 2.)
-
-
-BRAVERIE, parure:
-
- LA GRANGE.--Vite, qu’on les dépouille sur-le-champ.
-
- JODELET.--Adieu, notre _braverie_!
-
- (_Préc. rid._ 16.)
-
- Pour moi, je tiens que _la braverie_, que l’ajustement est la
- chose qui réjouit le plus les filles.
-
- (_Am. méd._ I. 1.)
-
-
-BRIDER D’UN ZÈLE:
-
- _D’un zèle simulé j’ai bridé_ le bon sire.
-
- (_L’Ét._ IV. 1.)
-
-
-BRILLANTS; qualités brillantes:
-
- Comme par son esprit et ses autres _brillants_
- Il rompt l’ordre commun et devance le temps....
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
---LES BRILLANTS DES YEUX:
-
- Mais, voyant _de ses yeux tous les brillants baisser_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Et si je rends hommage _aux brillants de leurs yeux_,
- De leur esprit aussi j’honore les lumières.
-
- (_Fem sav._ III. 2.)
-
---LES BRILLANTS D’UNE VICTOIRE:
-
- Ne vous enflez donc point d’une si grande gloire,
- Pour les petits _brillants_ d’une faible victoire.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
-
-BROUILLER:
-
- Que nous _brouilles-tu_ ici de ma fille?
-
- (_L’Av._ V. 3.)
-
---DESTIN BROUILLÉ, embrouillé:
-
- Fut-il jamais destin plus _brouillé_ que le nôtre?
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
-
-BRUIRE. FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX, métaphoriquement, faire tapage:
-
- Le vin émétique _fait bruire ses fuseaux_.
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
-
-BRUIT. Bruit répandu, ouï-dire:
-
- J’ai rencontré un orfévre qui, sur le _bruit_ que vous
- cherchiez quelque beau diamant en bague....
-
- (_Mar. for._ 5.)
-
---AVOIR UN BRUIT DE, avoir la réputation de:
-
- Hé! là, là, madame la Nuit,
- Un peu doucement, je vous prie;
- _Vous avez_ dans le monde _un bruit_
- De n’être pas si renchérie.
-
- (_Amph._ prol.)
-
- «Elle _eut le bruit_, à la cour, de n’avoir pas sa pareille.»
-
- (LA REINE DE NAV. _Hept._ nouv. 15.)
-
-On disait de même, _donner un bruit à quelqu’un_.
-
-Bonnivet, au témoignage de la reine de Navarre,
-
- «Estoit des dames mieulx voulu que ne feut oncques François,
- tant par sa beauté, bonne grace et parole, que pour _le bruit
- que chacun luy donnoit_ d’estre l’un des plus adroits et hardis
- aux armes qui feust de son tems.»
-
- (_Heptaméron._ nouvelle 14e.)
-
- «Elle connoissoit le contraire du _faux bruit que l’on donnoit
- aux François_, car ils estoient plus sages, etc.»
-
- (_Ibidem._)
-
-(Voyez la note au mot DONNER UN CRIME.)
-
---A PETIT BRUIT:
-
- Je me divertirai _à petit bruit_.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-BRULER SES LIVRES A QUELQUE CHOSE:
-
- J’_y brûlerai mes livres_, ou je romprai ce mariage.
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
-Chicaneau dit pareillement:
-
- CHICANEAU.
-
- «Vous plaidez?
-
- LA COMTESSE.
-
- Plût à Dieu!
-
- CHICANEAU.
-
- _J’y brûlerai mes livres!_»
-
- (_Les Plaideurs._ I. 7.)
-
-
-BRUTALITÉ DE SENS COMMUN ET DE RAISON:
-
- Un homme qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur
- de confiance, une _brutalité de sens commun et de raison_,
- donne au travers des purgations et des saignées.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-
-BUTER A QUELQUE CHOSE, prendre cette chose pour but:
-
- Toutes mes volontés _ne butent qu’à vous plaire_.
-
- (_L’Ét._ V. 3.)
-
-
-BUTIN, au lieu de _proie_, dans le sens métaphorique:
-
- D. ELVIRE.
-
- On ne me verra point _le butin_ de vos feux.
-
- (_D. Garcie._ III. 3.)
-
-Je ne crois pas qu’on trouve en français un second exemple de cette
-façon de parler bizarre. Dans une métaphore consacrée, on n’a pas le
-droit de substituer un synonyme au mot qui fait la figure; autrement
-cet Anglais aurait bien parlé, qui écrivait à Fénelon: «Monseigneur,
-vous avez pour moi _des boyaux de père_,» car _entrailles_ et _boyaux_
-sont synonymes, comme _proie_ et _butin_.
-
-
-CABALE, pour signifier le parti des faux dévots:
-
- Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer,
- prendre mes intérêts à toute _la cabale_.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-Pascal, dans les _Provinciales_, emploie ce mot dans le même sens.
-
-
-CACHE, cachette:
-
- On n’est pas peu embarrassé à inventer dans toute une maison
- une _cache_ fidèle.
-
- (_L’Av._ I. 4.)
-
- «Et qui vous a cette _cache_ montrée?»
-
- (LA FONTAINE.)
-
-
-CACHEMENT DE VISAGE:
-
- Leurs détournements de tête et leurs _cachements de visage_
- firent dire cent sottises de leur conduite.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-
-CADEAU, dîner en partie de campagne, dont on régale quelqu’un. Molière
-l’explique lui-même dans ce passage:
-
- Des promenades du temps,
- Ou dîners qu’on donne aux champs,
- Il ne faut point qu’elle essaye:
- Selon les prudents cerveaux,
- Le mari, dans ces _cadeaux_,
- Est toujours celui qui paye.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
-Des maris benins qui:
-
- De leurs femmes toujours vont citant les galants,
- ................................................
- Témoignent avec eux d’étroites sympathies,
- Sont de tous leurs _cadeaux_, de toutes leurs parties.
-
- (_Ib._ IV. 8.)
-
- J’aime le jeu, les visites, les assemblées, _les cadeaux_, et
- les promenades....
-
- (_Mar. forc._ 4.)
-
- Le diamant qu’elle a reçu de votre part, et le _cadeau_ que
- vous lui préparez....
-
- (_Bourg. g._ III. 6.)
-
- Les déclarations ont entraîné les sérénades et les _cadeaux_,
- que les présents ont suivis.
-
- (_Ibid._ III. 18.)
-
-«_Cadeau_ se dit aussi des repas qu’on donne hors de chez soi, et
-particulièrement à la campagne. Les femmes coquettes ruinent leurs
-galants à force de leur faire faire des _cadeaux_. En ce sens il
-vieillit.»
-
- (FURETIÈRE.)
-
---DONNER UN CADEAU:
-
- Nous mènerions promener ces dames hors des portes, et _leur
- donnerions un cadeau_.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
- Je l’ai fait consentir enfin au _cadeau_ que vous lui voulez
- _donner_.
-
- (_B. gent._ III. 6.)
-
---CADEAU DE MUSIQUE, DE DANSE:
-
- Elles y ont reçu _des cadeaux_ merveilleux _de musique et de
- danse_.
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
-
-CAJOLER, verbe neutre:
-
- Tudieu! comme avec lui votre langue _cajole_!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-
-CALOMNIER A QUELQU’UN, c’est-à-dire, DANS QUELQU’UN, sa vertu:
-
- Vous osez sur Célie attacher vos morsures,
- Et _lui calomnier_ la plus rare vertu
- Qui puisse faire éclat sous un sort abattu?
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
-Et calomnier en elle. Cet exemple se rapporte au datif de perte ou de
-profit. (Voyez DATIF.)
-
-
-ÇAMON:
-
- _Çamon_ vraiment! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles.
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
- _Çamon_, ma foi! j’en suis d’avis, après ce que je me suis fait.
-
- (_Mal. im._ I. 2.)
-
-On ne trouve indiqués nulle part le sens précis ni l’origine de cette
-expression, qui est évidemment une sorte d’exclamation affirmative.
-
-Elle est formée de trois racines, _ce a mon_, que l’on trouve ainsi
-divisées dans les plus anciens textes. La reine de Navarre parlant d’un
-prêcheur:
-
- «Si l’on disoit, en oyant un sermon,
- «Il a bien dit; je répondrois: _Ce a mon_.»
-
- (_Le Miroir de l’âme péch._)
-
-Il _a ce_, c’est-à-dire, bien dit. On sous-entend dans la réponse le
-verbe exprimé dans la demande.
-
-Quand ce verbe dans la demande est accompagné d’une négation, la
-négation se glisse dans la formule de la réponse, ce qui achève d’en
-découvrir le sens.
-
- «Or, n’i a fors que del huchier
- «Nos voisins.--Certes, _ce n’a mon_.»
-
- (_De sire Hains et dame Anieuse._ BARBAZ. III. 45.)
-
-Il n’y a que d’appeler nos voisins.--Certes, _il n’y a que ce_ (à
-faire). _Ce_, c’est-à-dire, appeler nos voisins.
-
-Reste à expliquer le mot _mon_.
-
-Il se présente souvent séparé de la formule que j’analyse, et joint
-au verbe _savoir_, mis pour _chose_ à _savoir_. Par exemple, dans
-Montaigne:
-
- «Sçavoir _mon_ si Ptolémée s’y est aussy trompé aultre foys.»
-
- (MONTAIGNE. _Essais._ II. 12.)
-
-_Mon_ paraît une transformation de _num_. Du grec μῶν, _est-ce que_,
-les Latins avaient fait _num_: pourquoi, par une disposition d’organe
-réciproque, du latin _num_ les Français, à leur tour, n’auraient-ils
-pas refait _mon_? _Cum_, _numerus_, changent de même leur _u_ en _o_: _comme_,
-_nombre_.
-
-_Mon_ garde la valeur de _num_ et de μῶν, et répond à _n’est-ce
-pas_, _pas vrai_, qui s’emploient familièrement dans un sens moitié
-interrogatif, moitié affirmatif: savoir, _n’est-ce pas_, si Ptolémée
-jadis ne s’y est pas trompé?--Je répondrais: Il a bien prêché, _pas
-vrai_?
-
-Par suite de l’usage, les trois racines se sont fondues en un seul mot,
-qui a pris pour acception la valeur affirmative de la dernière racine:
-Il y a tant à gagner avec votre noblesse, _n’est-ce pas_!--J’en suis
-d’avis, _n’est-ce pas_, ou _en vérité_, après ce que je me suis fait!
-
-A l’appui de l’étymologie que je propose, je ne dois pas omettre de
-faire observer que _um_, en latin, au moyen âge, se prononçait _on_.
-Voyez ce point développé au mot MATRIMONION.
-
-
-CAMUS (RENDRE), métaphoriquement, _casser le nez_, rendre confus:
-
- MATHURINE.
-
- Oui, Charlotte; je veux que monsieur _vous rende un peu camuse_.
-
- (_D. Juan._ II. 5.)
-
-Vous remarquerez que l’on emploie à rendre la même pensée deux images
-contraires: _être camus_ et _avoir un pied de nez_.
-
-
-CAPRIOLER, cabrioler:
-
- Parbleu! si grande joie à l’heure me transporte,
- Que mes jambes sur l’heure en _caprioleroient_,
- Si nous n’étions point vus de gens qui s’en riroient.
-
- (_Sgan._ 18.)
-
-
-CARACTÈRE, talisman:
-
- Oui, c’est un enchanteur qui porte un _caractère_
- Pour ressembler aux maîtres des maisons.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- On dit qu’il a _un caractère_ pour se faire aimer de toutes les
- femmes.
-
- (_Pourc._ III. 8.)
-
-Le Crispin des _Folies amoureuses_ se dit grand chimiste, qui passait
-même pour un peu sorcier:
-
- «On m’a même accusé d’avoir _un caractère_.»
-
- (_Fol. am._ I. 5.)
-
-«_Caractère_ se dit aussi de certains billets que donnent des
-charlatans ou sorciers, et qui sont marqués de figures talismaniques ou
-de simples cachets.» (TRÉVOUX.)
-
-
-CARÊME-PRENANT, mardi gras, qui touche au mercredi des cendres, jour où
-prend le carême:
-
- On diroit qu’il est céans _carême-prenant_ tous les jours.
-
- (_B. gent._ III. 2.)
-
-_Un carême-prenant_ est un masque du mardi gras:
-
- On dit que vous voulez donner votre fille en mariage à _un
- carême-prenant_?
-
- (_Ibid._ V. 7.)
-
-
-CARESSE, UN PEU DE CARESSE, au singulier:
-
- Cela se passera avec _un peu de caresse_ que vous lui ferez.
-
- (_G. D._ II. 12.)
-
-
-CARNE, angle d’une table, d’un volet, etc.:
-
- Je me suis donné un grand coup à la tête contre _la carne d’un
- volet_.
-
- (_Mal. im._ I. 2.)
-
-_Carne_ est le mot simple, dont on rencontre souvent au moyen âge
-le diminutif _carenon_ (on écrivait _carreignon_ ou _quarreignon_);
-la racine est _carré_, _quarré_, _quarre_, qui existe encore dans
-_bécarre_, c’est-à-dire _B carré_.
-
-Dans les Vosges on dit: _à la carre du bois_; c’est _à l’angle_.
-_L’équerre_, instrument qui fait _la carre_.
-
-Le _quarreignon_ était une mesure d’une _quarte_; c’était aussi un
-coin, un cachet de lettre.
-
- «Blanchandrin fist un brief escrire,
- Puis mist le _carregnon_ en cire.»
-
- (DU CANGE, _in Ceraculum_.)
-
-
-CAROGNE, c’est-à-dire _charogne_; la grossièreté du mot étant un peu
-dissimulée par la différence de prononciation:
-
- Voilà nos _carognes_ de femmes!
-
- (_G. D._ III. 5.)
-
-Ce mot est fréquent dans Molière comme imprécation: _ah, carogne!_
-
-Primitivement le _ch_ sonnait dur, comme le _k_. De _carnem_ on fit
-_carn_, _karn_ ou _charn_, et dans la forme moderne _chair_. _Carogne_
-témoigne de l’ancienne prononciation.
-
-J’observe que le CH est entré dans l’orthographe pour un service
-diamétralement opposé à celui qu’il y fait aujourd’hui. L’_h_, signe
-d’aspiration, empêchait le _c_ de s’adoucir, de se briser sur la
-voyelle suivante, et le maintenait dur.
-
-Car le _c_ tout seul faisait devant chacune des cinq voyelles le rôle
-du _ch_ moderne (qu’il conserve dans l’italien devant _e_ et _i_). On
-lit dans les plus vieux textes, _ceval_, _bouce_, _ceminée_, _fresce_;
-cela faisait, comme aujourd’hui, cheval, bouche, cheminée, fraîche.
-Au contraire, la notation moderne eût représenté _keval_, _bouke_,
-_keminée_, _fraîke_.... ce qui est la prononciation picarde. Et
-pourquoi les Picards prononcent-ils ainsi? pourquoi semblent-ils avoir
-pris le contre-pied des autres en prononçant un _kien_, un _kat_, une
-_mouke_, un _kemin_, un _pékeur_; et au contraire par _ch_, _chela_,
-_chel homme_, _chelle femme_, _merchi_, _chest boin_, etc. Est-ce
-purement et simplement par esprit de contradiction?
-
-Nullement. C’est par fidélité à la langue latine, dont le Belgium de
-César paraît avoir été plus fortement imprimé que les autres provinces
-de la conquête romaine.
-
-En effet, les Picards maintiennent le son du _k_ partout où les Latins
-sonnaient le _c_ dur: _vacca_, _vaque_; _bucca_, _bouque_; _caballus_, _keval_; _caro_, _karn_ et _carogne_; _catus_, _carrus_, _piscator_,
-_kat_, _kar_ et _karrette_, _péqueur_; _canis_, _kien_; _cacare_, _kier_, _etc._ Vous
-voyez qu’ils se reportent toujours à l’étymologie pour maintenir le _c_
-dur, sans égard à la nature de la voyelle qui suit en français. Que
-cette voyelle soit devenue un _i_, comme dans _chien_, ou un _e_, comme
-dans _cheval_, n’importe; ils ne s’arrêtent point à la métamorphose;
-leur oreille se souvient de plus haut: c’était un _a_ en latin, et le
-_c_ y était dur; ils le garderont dur.
-
-Mais dans _ce_, _ci_, _merci_, et autres pareils, qui ne viennent pas
-du latin, ou n’y avaient pas le _c_ dur, ils lui laissent la valeur du
-_ch_ moderne; ils disent _merchi_, comme les Italiens disent _mercè_.
-
-Les autres provinces se sont réglées depuis sur la nature des voyelles
-françaises pour modifier la valeur du _c_; mais, dans l’origine, elles
-semblent lui avoir attribué partout, et sans distinction, l’effet du
-_ch_ moderne. Comment expliquer autrement que de _carrus_, on ait dit
-_chat_, _char_?
-
-En italien, le _ch_ conserve sa valeur primitive: _chiamare_, _chiave_,
-_chiuso_.
-
-Aujourd’hui l’on se contente du simple _c_ devant _o_ et _a_:
-_comminciare_, _decamerone_; mais autrefois on y écrivait aussi le
-_ch_, comme cela se voit par un manuscrit du XVe siècle, dont voici le
-titre exact:
-
- --«In_ch_omincia il libro _ch_iamato de_ch_ameron,
- _ch_ognominato principe _Gh_aleotto[41], nel quale si
- _ch_ontengono cento novelle..... etc.»
-
- (_Cité dans_ P. PARIS, _mss._ III. 327.)
-
-Ce qui semble indiquer que, dans l’origine, les Italiens aussi
-prêtaient au _c_ une action uniforme sur les cinq voyelles. Et en
-effet, il est plus naturel, quand on pose une règle, de la poser
-générale; les exceptions viennent ensuite, amenées par le temps, et
-avec elles les inconséquences. Le _cahot_ de la voiture et le _chaos_
-de Démogorgon sonnent à l’oreille comme la dernière moitié de _cacao_.
-Concluez donc la prononciation d’après l’orthographe!
-
- [41] La règle relative au _c_ s’appliquait au _g_, qui n’est
- qu’un adoucissement du _c_. Apparemment, sans l’aspiration
- interposée, le _g_ de _Galeatto_ se fût prononcé comme celui de
- _girare_, _gelare_, au lieu d’être tenu dur comme dans _ghiaccia_.
-
-
-CAS, GRAND CAS, chose considérable:
-
- Ce que de plus que vous on en pourroit avoir (_d’âge_)
- N’est pas _un si grand cas_ pour s’en tant prévaloir.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
- «Quoi payer?--La dîme aux bons pères.
- «--Quelle dîme?--Savez-vous pas?
- «--Moi, je le sais?--_C’est un grand cas_,
- «Que toujours femme aux moines donne.»
-
- (LA FONT. _Les Cordeliers de Catalogne._)
-
-
-CAUSER, parler au hasard:
-
- Le monde, chère Agnès, est une étrange chose!
- Voyez la médisance, et comme chacun _cause_!
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
-Le sens primitif de _causer_ est, en effet, _blâmer_, _gronder_,
-_médire_. C’était un verbe actif, _causer quelqu’un_:
-
- «Sa femme l’ot, moult fort le _cose_.»
-
- (_Vie de J. C._ dans DUC.)
-
-Sa femme l’entend, et le gronde fort.
-
- «Moult de sa gent parler n’en osent,
- «Mais par derrière moult l’en _chosent_.»
-
- (BARBAZ. _Fabliaux._ I. p. 160.)
-
-Voyez Du Cange, au mot _Causare_.
-
-
-CAUTION BOURGEOISE, garantie suffisante:
-
- Je m’en vais gagner au pied, ou je veux _caution bourgeoise_
- qu’ils ne me feront pas de mal. (Les yeux de Cathos et ceux de
- Madelon.)
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
-Allusion à l’ancienne coutume de livrer en otage au vainqueur un
-certain nombre des principaux bourgeois. Eustache de Saint-Pierre
-faisait partie de la caution bourgeoise fournie par la ville de Calais.
-
- LE MARQUIS. Je la garantis détestable!
-
- DORANTE. _La caution_ n’est pas _bourgeoise_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
-«On appelle _caution bourgeoise_, dit Furetière, une caution valable et
-facile à discuter, comme serait celle d’un bourgeois bien connu dans sa
-ville.»
-
-Au mot _caution_, Furetière met cet exemple: «On ne veut point prêter
-aux grands seigneurs sans _caution bourgeoise_.»
-
-
-CE interrogatif, lié au verbe _pouvoir_:
-
- Qui _peut-ce_ être?
-
- (_L’Av._ IV. 7.)
-
---CE, suivi du verbe au pluriel:
-
- Il faut que, dans l’obscurité, je tâche à découvrir quelles
- gens _ce peuvent être_.
-
- (_Sicilien._ 5.)
-
- Tous les discours sont des sottises,
- Partant d’un homme sans éclat;
- _Ce seroient_ paroles exquises,
- Si c’étoit un grand qui parlât.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
- _Ce que_ je vous dis là _ne sont pas_ des chansons.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
-(Voyez CE QUE et CE SONT.)
-
-
-CÉANS:
-
- Qu’est-ce qu’on fait _céans_? comme est-ce qu’on s’y porte?
-
- (_Tart._ I. 5.)
-
- Dénichons de _céans_, et sans cérémonie.
-
- (_Ibid._ IV. 7.)
-
-Ce vieux mot est employé dans _Tartufe_ avec une sorte de prédilection.
-Madame Pernelle, comme aussi madame Jourdain, affectionnent _céans_.
-
- Et je parle d’un vieux Sosie
- Qui fut jadis de mes parents,
- Qu’avec très-grande barbarie
- A l’heure du dîner l’on chassa de _céans_.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-_Céans_, racines _ci ens_, ici dedans; comme _léans_ est pour _là ens_,
-là dedans.
-
-Fayel, surprenant le châtelain de Coucy chez sa femme, le chasse avec
-la suivante Isabelle:
-
- «Or, chastelains, vous en irez,
- «Isabelle o vous enmenrez;
- «Car _ci ens_ jamais ne girra.»
-
- (_R. de Coucy_, V. 4744.)
-
-Car elle ne couchera jamais plus _céans_.
-
- «Un frère Jean, novice de _léans_.»
-
- (LA FONTAINE, _Féronde_.)
-
-Novice de là-dedans.
-
-_En_ prenait autrefois l’_s_ finale euphonique. Cette _s_ s’est
-conservée aussi dans cette autre forme _dedans_, où le second _d_ est
-une euphonique intercalaire. (_Des Var. du lang. fr._, 93 et 339.)
-
-
-CEPENDANT QUE...:
-
- _Cependant que_ chacun, après cette tempête,
- Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête...
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
-Pendant cela (savoir), que chacune, etc., _hoc pendente_ (seu
-_durante_) _quod_.... _Cependant que_, fréquent dans la prose de
-Froissart, est un archaïsme cher à la Fontaine.
-
-
-CE QUE LE CIEL NOUS A FAIT NAÎTRE, notre origine:
-
- Il y a de la lâcheté à déguiser _ce que le ciel nous a fait
- naître_.
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
---CE QUE C’EST QUE DE.... pour _ce que c’est que le_...:
-
- Moi! voyez _ce que c’est que du_ monde aujourd’hui!
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
-Quid sit _de_ mundo hodie. (Voyez DE, représentant _que le_.)
-
-
-CE QUE... SONT:
-
- _Ce que_ je vous dis là _ne sont pas_ des chansons.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
- On m’a montré la pièce, et comme _tout ce qu’il y a_ d’agréable
- _sont_ effectivement les idées qui ont été prises de Molière,
- etc.
-
- (_Impr._ 3.)
-
- «Son droit? _tout ce qu’_il dit _sont_ autant d’impostures.»
-
- (RACINE. _Les Plaideurs._ II. 9.)
-
-L’idée réveillée ici par le singulier _ce que_, représente des détails,
-et non pas un ensemble. Le verbe au singulier y serait déplacé; qu’on
-l’essaye: Monsieur, tout ce qu’il dit _est_ autant d’impostures. Tout
-ce qu’il y a d’agréable _est_ effectivement les idées, etc.
-
-Cela n’est pas acceptable. Avant de s’accorder entre eux, les mots sont
-tenus de s’accorder avec la pensée; et quand il y a conflit, c’est la
-pensée qui doit l’emporter. Aussi, quand une suite de substantifs, même
-au pluriel, ne réveillent qu’une idée simple, l’idée d’un ensemble, le
-verbe se met au singulier.
-
- Quatre ou cinq mille écus _est_ un denier considérable!
-
- (_Pour._ III. 9.)
-
-Voyez la contre-partie de cet article à C’EST.
-
-
-CE QUI.... CE SONT:
-
- _Ce sont_ charmes pour moi que _ce qui_ part de vous.
-
- (_Fem. sav._ III. 1.)
-
-Il est permis de supposer que, sans la nécessité de la mesure, Molière
-n’eût pas donné à l’usage la satisfaction de cette étrange alliance
-d’un singulier avec un verbe au pluriel. Ce _qui part... ce sont_
-charmes.
-
-Je dois observer cependant que Montaigne a écrit:
-
- «_Cela, ce sont_ des effects particuliers.»
-
- (_II. ch._ 12)
-
-(Voyez des exemples du contraire à l’article C’EST.)
-
-
-CERVELLE, figurément, la cause pour l’effet; impétuosité, extravagance:
-ESSUYER LA CERVELLE DE QUELQU’UN:
-
- On n’a point à louer les vers de messieurs tels,
- A donner de l’encens à madame une telle,
- Et de nos francs marquis _essuyer la cervelle_.
-
- (_Mis._ III. 7.)
-
-
-CE SONT, SONT-CE:
-
-C’est comme parle le plus souvent Molière, quand il suit un pluriel; et
-non pas _c’est_, _est-ce_, à la manière de Bossuet:
-
- Comment, ces noms étranges _ne sont-ce pas_ vos noms de baptême?
-
- (_Précieuses ridic._ 5.)
-
- _Ce sont_ vingt mille francs qu’il m’en pourra coûter.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-Il est probable qu’en prose Molière eût dit _c’est vingt mille francs_,
-comme dans la phrase de _Pourceaugnac_ citée plus haut; car l’idée ne
-se porte pas à considérer les francs isolément, mais sur une somme de
-20,000 francs.
-
- _Ce ne sont_ plus rien que des fantômes ou des façons de chevaux.
-
- (_L’Avare._ III. 5.)
-
-
-C’EST ou EST, en rapport avec un substantif au pluriel:
-
- Et _deux ans_, dans son sexe, _est_ une grande avance.
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
-Il est clair qu’il n’y a point là de faute, parce que la pensée porte
-non pas sur le nombre des années, mais sur l’unité de temps représentée
-par deux ans. Deux ans, c’est une grande avance.
-
- Quatre ou cinq mille écus _est_ un denier considérable!
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
- Tous les hommes sont semblables par les paroles, et _ce n’est_
- que _les actions_ qui les découvrent différents.
-
- (_L’Av._ I. 1.)
-
-Il est certain que cette façon de parler paraît la plus conforme à la
-logique habituelle de la langue française, qui gouverne toujours la
-phrase, non sur les mots à venir, mais sur les mots déjà passés, en
-sorte qu’une inversion change la règle: J’ai _vu_ maints chapitres;
-j’ai maints chapitres _vus_.
-
-_Ce_ est au singulier, représentant _cela_. Pourquoi mettre le verbe au
-pluriel? On ne dirait plus aujourd’hui, comme du temps de Montaigne,
-_cela sont_.
-
-Mais _ce_ peut être un mot collectif enfermant une idée de pluriel; et
-quand ce pluriel touche immédiatement au verbe qui le suit, il n’y a
-point d’inconvénient à mettre _ce sont_, au lieu de _ce est_. Nos pères
-paraissent en avoir jugé ainsi, car la forme _ce sont_ se retrouve
-dans le berceau de la langue. Elle prédomine dans le livre des _Rois_:
-
- «_Ço sunt les deus_ ki flaelerent e tuerent ces d’Égypte el
- désert.»
-
- (_Rois._ p. 15.)
-
-Le tort des grammairiens est d’avoir rendu cette forme obligatoire;
-elle n’est que facultative, et il est toujours loisible d’employer
-_c’est_ devant un nom pluriel. Les grammairiens, qui nous imposent
-rigoureusement _ce sont eux_, prescrivent aussi _c’est nous_, _c’est
-vous_, locutions absurdes! Puisqu’on gardait la tradition du moyen
-âge, il fallait du moins la garder tout entière, et dire, _ce sommes
-nous_, _c’êtes vous_. Mais on n’a obéi qu’à une routine aveugle et
-inconséquente.
-
-Dans _Pathelin_, Guillemette recommande à M. Jousseaume de parler bas,
-par égard pour le pauvre malade; et elle-même s’oublie jusqu’à élever
-fort la voix. Le drapier ne manque pas d’en faire la remarque:
-
- «Vous me disiez que je parlasse
- «Si bas, saincte benoiste dame:
- «Vous criez!
-
- GUILLEMETTE.
-
- _C’estes vous_, par mame!»
-
-_C’est vous_, par mon âme!
-
-A la fin, le drapier reconnaît son voleur dans l’avocat:
-
- «Je puisse Dieu desadvouer
- «Se _ce n’estes vous_, vous, sans faulte...»
-
-Je renie Dieu si ce n’est vous!
-
-Et dans la scène où Pathelin subtilise le drap: L’honnête homme que feu
-votre père!
-
- «Vrayment, _c’estes vous_ tout craché!»
-
-_C’est vous_ tout craché.
-
- «On trouve douze rois choisis par le peuple, qui partagèrent
- entre eux le gouvernement du royaume. _C’est eux_ qui ont bâti
- les douze palais qui composoient le labyrinthe.»
-
- (BOSSUET. _Disc. sur l’hist. un._ 3e p.)
-
- «_Ce n’est_ pas seulement _des hommes_ à combattre, _c’est des
- montagnes_ inaccessibles, _c’est des ravines et des précipices_
- d’un côté; _c’est_ partout _des_ forts élevés....»
-
- (_Or. fun. du pr. de Condé._)
-
-On voit que Bossuet veut présenter une idée d’ensemble: les rois qui ont
-bâti le labyrinthe, et ce qu’il y a à combattre; et non pas attirer la
-pensée, la divertir sur les détails, sur les éléments qui forment cette
-unité. Il ne veut pas nous faire compter les rois égyptiens ni les
-sommets des montagnes, mais nous frapper par un tableau; il emploie le
-singulier.
-
-Cependant, après avoir rapporté ce passage, l’auteur des _Remarques sur
-la langue française et le style_ déclare avec dureté: «Il faut partout
-_ce sont_.» «Il est certain, ajoute-t-il par forme d’atténuation, que
-les Latins disaient poétiquement _animalia currit_.» Les Latins n’ont
-jamais parlé de la sorte, ni en vers ni en prose; l’auteur confond la
-grammaire latine avec la grecque. Au surplus, la locution ζῶα τρέχει
-n’a pas le moindre rapport à ce dont il s’agit. On aimerait mieux
-trouver dans ce livre moins d’érudition, et un peu plus d’égards pour
-les grandes gloires littéraires de la France. C’est à l’instant même
-où il vient d’inventer cet _animalia currit_, que l’auteur reproche à
-Bossuet des _solécismes_: «Bossuet a commis cette faute à outrance....
-_Le solécisme_ est commis avec une telle insistance, qu’il est permis
-de croire que Bossuet n’était pas bien fixé sur cette règle d’usage,
-_qu’il rencontre néanmoins quelquefois_.» (I. p. 445.) Non, Bossuet n’a
-pas fait ici de solécisme, et il parlait français autrement que par
-rencontre et par hasard.
-
- «_Ce n’est plus ces promptes saillies_ qu’il savoit si vite et
- si agréablement réparer.»
-
- (_Or. f. du pr. de Condé._)
-
-Substituez _ce ne sont_, vous déchirez l’oreille: _ce ne sont plus
-ces_....
-
-Voltaire dit pareillement:
-
- «Les saints ont eu des foiblesses; _ce n’est pas leurs
- foiblesses_ qu’on révère.»
-
- (_Canonis. de s. Cucufin._)
-
-L’idée porte sur _ce qu’on révère_, et non sur les faiblesses des
-saints.
-
-Et Racine:
-
- «Ce _n’est_ pas _les Troyens_, c’est Hector qu’on poursuit.»
-
- (_Androm._)
-
-L’idée porte de même ici non pas sur _les Troyens_, mais sur _ce qu’on
-poursuit_.
-
-Et comme après un nom collectif au singulier on peut mettre le verbe au
-pluriel, par rapport à la pensée que ce singulier réveille, de même on
-peut mettre le verbe au singulier à côté d’un substantif au pluriel,
-quand il y a unité dans l’idée.
-
-Ainsi, dans Pourceaugnac, Molière a pu dire, et devait dire en effet:
-
- _Quatre ou cinq mille écus_ EST un denier considérable.
-
- (III. 9.)
-
-_Sont_ un denier eût été impropre.
-
-Par la même raison, M. de Chateaubriand a dû écrire:
-
- «Qui racontera ces détails, si je ne les révèle? _Ce n’est pas
- les journaux._»
-
- (_De la censure._)
-
-Concluons qu’il y a un art, une délicatesse de style à choisir l’une ou
-l’autre forme, selon le besoin de la pensée ou de l’harmonie; et c’est
-à l’usage qu’il fait de cette liberté qu’on reconnaît le bon écrivain.
-
-
-C’EST A.... A (un infinitif), et non pas _de_:
-
- C’est _aux_ gens mal tournés, aux mérites vulgaires,
- _A_ brûler constamment pour des beautés sévères.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
-
-C’EST POUR (un infinitif), cela mérite que....:
-
- Certes _c’est pour en rire_, et tu peux me le rendre.
-
- (_Mélic._ I. 2.)
-
---C’EST POUR (un infinitif) QUE....:
-
- Et _c’est pour essuyer_ de très-fâcheux moments,
- _Que_ les soudains retours de son âme inégale.
-
- (_Psyché._ I. 2.)
-
-Cela est fait pour.... Cela, savoir que....
-
-
-C’EST (un infinitif) DE (un infinitif); et non _que de_:
-
- _C’est m’honorer_ beaucoup _de vouloir_ que je sois témoin
- d’une entrevue si agréable.
-
- (_Mal. im._ II. 5.)
-
-
-C’EST QUE, par syllepse, sans relation grammaticale avec ce qui précède:
-
- Et afin, madame Jourdain, que vous puissiez avoir l’esprit
- tout à fait content, et que vous perdiez aujourd’hui toute
- la jalousie que vous pourriez avoir conçue de monsieur votre
- mari, _c’est que_ nous nous servirons du même notaire pour nous
- marier, madame et moi.
-
- (_B. gent._ V. 7.)
-
-Je vais vous dire une chose, c’est que nous nous servirons, etc.
-
-
-C’EST TOUT DIT, adverbe; c’est tout dire, tout est dit quand on a dit
-cela:
-
- Il est fort enfoncé dans la cour, _c’est tout dit_:
- La cour, comme l’on sait, ne tient pas pour l’esprit.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-
-CE QUI EST DE BON, pour _ce qu’il y a de bon_:
-
- Le mari ne se doute point de la manigance, voilà _ce qui est de
- bon_.
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
-
-CE VOUS EST, CE NOUS EST:
-
- En un mot, _ce vous est_ une attente assez belle
- Que la sévérité du tuteur d’Isabelle.
-
- (_Éc. des mar._ I. 6.)
-
- _Ce nous est_ une douce rente que ce M. Jourdain.
-
- (_Bourg. gent._ I. 1.)
-
-C’est ici le datif de profit: c’est _à vous_, _à nous_....
-
-
-CHAGRIN DÉLICAT, délicatesse chagrine:
-
- S’il faut que cela soit, ce sera seulement pour venger le
- public du _chagrin délicat_ de certaines gens.
-
- (_Préf. de la Crit. de l’Éc. des fem._)
-
-
-CHAISE pour _chaire_:
-
- Les savants ne sont bons que pour prêcher en _chaise_.
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
-«_Chaise_ n’est point une erreur de Martine. Autrefois, on appelait
-ainsi ce que nous nommons aujourd’hui _chaire_; on disait: _une chaise
-de prédicateur, de régent_. Vaugelas préférait en ce sens le mot
-_chaise_, mais il n’excluait pas le mot _chaire_. Ce dernier ne se dit
-plus que des siéges ordinaires.» (M. AUGER.)
-
-La note de M. Auger est fort juste; mais il y faut ajouter quelques
-développements, car ce point touche à l’une des circonstances les
-plus singulières de l’ancienne langue; c’est l’habitude de grasseyer
-et de zézayer. Jacques Dubois (Sylvius) et Charles Bouille en font le
-caractère du parler parisien au XVIe siècle; mais je suis persuadé que
-la chose est beaucoup plus ancienne et plus générale, au moins en ce
-qui touche le grasseyement. En effet, les preuves de l’_r_ supprimée,
-ou transformée en _l_, se rencontrent partout dans les manuscrits du
-moyen âge. L’_amure_ pour l’_armure_, dans la chanson de Roland;
-_quatier_, _mabre_, _paller_, _bone_, pour _quartier_, _marbre_,
-_parler_, _borne_, dans le Roman de la Rose; _asi_ pour _arsi_ (brûlé),
-dans _les Rois_; _coupe_ pour _coulpe_, dans le Roman du châtelain de
-Coucy; _mellan_, _huller_, _supellatif_, etc., etc., dans des auteurs
-de toutes provinces et des plus anciennes époques.
-
- «Item, un estuy à corporaulx, tout ouvré de _pelles_.»
-
- (_Invent. de la Ste.-Chapelle_, de 1363.)
-
- «Les entrechamps de grosses _pelles_ fines.»
-
- (_Texte de_ 1336.)
-
-(Voyez Du Cange, au mot _Chaste_.)
-
-Bouille et Dubois se trompent donc en prenant un abus contemporain pour
-un abus moderne. C’est une erreur, du reste, assez commune.
-
-Cette précaution prise, voici leur témoignage:
-
-«Je ne veux point oublier ici un autre vice de la prononciation
-parisienne: c’est la confusion des lettres _R_ et _S_. Les exemples
-en sont innombrables, tant en latin qu’en vulgaire. Ils disent _Jeru
-Masia_, pour _Jesu Maria_; _misesese_, pour _miserere_; _cosona_, pour
-_corona_. _Ma mèse_, _mon frèse_, pour _mère_, _frère_; et au rebours,
-_courin_, pour _cousin_; _de l’oreille_, pour de _l’oseille_. Et ils ne
-se contentent pas de pécher de la sorte en parlant, mais c’est qu’ils
-écrivent comme ils prononcent; et les doctes même ont toutes les peines
-du monde à se préserver de cette mauvaise habitude, dont les enseignes
-des rues de Paris rendent témoignage à tous les passants, car on y
-lit: Au gril _cousonné_; à l’estelle (l’étoile) _cousonnée_, au bœuf
-_cousonné_.» (_De vitiis vulg. ling._, p. 36.)
-
-J. Dubois est aussi explicite; il ajoute seulement cette remarque,
-que les Latins pratiquaient la même confusion, disant indifféremment:
-_Fusius_, _Valesius_, ou _Furius_, _Valerius_; _arbos_, _labos_, ou
-_arbor, _labor_; comme les Grecs, θαῤῥέιν et θαρσέιν. (_Isagoge in
-ling. gall._, p. 52.)
-
-De _cathedram_, la première forme française a été _chayère_ ou
-_kayère_, d’où par resserrement _chaire_. Les Picards d’aujourd’hui
-disent encore une _kayelle_.
-
-Et _chaire_, par le zézayement, est devenu _chaise_, comme _hure_ était
-devenu _huse_.
-
- «En la mesme feuille ont mis aussi la figure de la divine
- infante, couronnée en royne de France, comme vous, vous
- regardants _huze à huze_ l’un l’autre[42].»
-
- (_Sat. Ménippée_, p. 104, éd. Charp.)
-
- [42] Sur les anciennes monnaies d’Espagne, Ferdinand et Isabelle
- sont représentés face à face.
-
-Nous avons repris la forme _hure_, mais nous avons gardé la forme
-_chaise_, créée par un abus, tout en retenant aussi la forme primitive
-et légitime _chaire_; mais comme il est convenu qu’il ne peut y avoir
-dans une langue deux mots synonymes, on s’est empressé d’attacher à
-chacune de ces formes une nuance de valeur différente.
-
-Combien de mots subsistent honorablement au cœur de notre langue, qui
-ne sont, comme le mot _chaise_, que des parvenus sans titres? Par
-exemple, _fauxbourg_, _chambellan_, qui devraient être _forsbourg_,
-_chamberlan_; et bien d’autres!
-
-(Voyez SUS.)
-
-
-CHALEUR DE, empressement à:
-
- Et que, par _la chaleur de montrer ses ouvrages_,
- On s’expose à jouer de mauvais personnages.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
---CHALEUR POUR QUELQUE CHOSE:
-
- _La chaleur_ qu’ils ont _pour les intérêts du ciel_.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
-
-CHAMAILLER et SE CHAMAILLER:
-
- Nous irons bien armés; et si quelqu’un nous gronde,
- _Nous nous chamaillerons_...
- Moi, _chamailler_! bon Dieu, suis-je un Roland, mon maître?
-
- (_Dép. am._ V. 1.)
-
-Sur les verbes réfléchis qui prennent ou laissent le pronom, Voyez
-ARRÊTER et PRONOM RÉFLÉCHI.
-
-
-CHAMP, par métaphore pour _occasion_:
-
- Et l’aigreur de la dame, à ces sortes d’outrages
- Dont la plaint doucement le complaisant témoin,
- Est un _champ_ à pousser les choses assez loin.
-
- (_Éc. des mar._ I. 6.)
-
-Le ressentiment fournit l’occasion de pousser les choses assez loin;
-l’idée est claire, mais la métaphore est incohérente: une aigreur ne
-peut être un champ.
-
---ALLER AUX CHAMPS, aller à la campagne:
-
- Votre maître de musique est _allé aux champs_, et voilà une
- personne qu’il envoie à sa place pour vous montrer.
-
- (_Mal. im._ II. 4.)
-
-
-CHAMPIONNES, féminin de _champion_:
-
- Tous viennent sur mes pas, hors les deux _championnes_.
-
- (_L’Ét._ V. 15.)
-
-
-CHANGE; DONNER POUR CHANGE A, c’est-à-dire, _en échange de_:
-
- C’est ce qu’on peut _donner pour change
- Au songe_ dont vous me parlez.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
-
-CHANGÉ DE:
-
- Vous me voyez _bien changé de ce que j’étois ce matin_.
-
- (_D. Juan._ IV. 9.)
-
-Quantum mutatus _ab illo_.
-
---CHANGER DE NOTE:
-
- Je te ferai _changer de note_, chien de philosophe enragé!
-
- (_Mar. for._ 8.)
-
-Changer de langage, changer de ton. La Fontaine a dit _changer de note_
-pour _changer de tactique_:
-
- «Leur ennemi _changea de note_,
- «Sur la robe du dieu fit tomber une crotte:
- «Le dieu, la secouant, jeta les œufs à bas.»
-
- (_L’Aigle et l’Escarbot._)
-
---CHANGER UNE CHOSE A UNE AUTRE:
-
- Et, des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,
- Je _n’y changerois pas_ le bien de vous avoir.
-
- (_Mélicerte._ II. 3.)
-
- «Cependant l’humble toit devient temple, et ses murs
- «_Changent_ leur frêle enduit _aux marbres_ les plus durs.»
-
- (LA FONT. _Philémon et Baucis._)
-
- «Peut-être avant la nuit l’heureuse Bérénice
- «_Change_ le nom de reine _au nom_ d’impératrice.»
-
- (RACINE. _Bér._ I. 3.)
-
-
-CHANSONS, REPAÎTRE QUELQU’UN DE CHANSONS:
-
- Il faut être, je le confesse,
- D’un esprit bien posé, bien tranquille, bien doux,
- Pour souffrir qu’un valet _de chansons me repaisse_.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-
-CHANTER DES PROPOS:
-
- Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos,
- Et ne nous _chantez_ plus _d’impertinents propos_.
-
- (_L’Ét._ I. 8.)
-
---CHANTER MERVEILLE, promettre monts et merveilles:
-
- Nous en tenons, madame; et puis prêtons l’oreille
- Aux bons chiens de pendards qui nous _chantent merveille_!
-
- (_Dép. am._ II. 4.)
-
-
-CHARGER; CHARGER UN COURROUX, y donner de nouveaux motifs:
-
- Mon courroux n’a déjà que trop de violence,
- Sans _le charger_ encor d’une nouvelle offense.
-
- (_Sgan._ 6.)
-
---CHARGER, métaphoriquement, en bonne part:
-
- L’honneur de cet acte héroïque
- Dont mon nom est _chargé_ par la rumeur publique.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
-La figure en ce sens ne paraît pas heureuse. On dit cependant _le poids
-d’un grand nom_; et Regnard a dit aussi, ironiquement, il est vrai:
-
- «C’est un pesant fardeau qu’avoir un gros mérite.»
-
- (_Le Joueur._ II. 8.)
-
---CHARGER LE DOS à quelqu’un, le battre:
-
- Vous n’avez pas _chargé son dos_ avec outrance?
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
---CHARGER QUELQU’UN, courir sur lui pour le battre:
-
- ALAIN.
-
- ... Si quelque affamé venoit pour en manger,
- Tu serois en colère et voudrois _le charger_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 3.)
-
- Je veux.....
- .........................................................
- Que tous deux à l’envi vous me _chargiez ce traître_.
-
- (_Ibid._ IV. 9.)
-
---CHARGER SUR QUELQU’UN:
-
- D’abord il a si bien _chargé sur les recors_...
-
- (_L’Ét._ V. 1.)
-
-Molière s’en est servi pareillement au sens figuré:
-
- _Sur mon inquiétude_ ils viennent tous _charger_.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-
-CHARITÉS, par antiphrase, imputations médisantes ou calomnieuses;
-PRÊTER DES CHARITÉS A QUELQU’UN:
-
- Une de ces personnes qui _prêtent doucement des charités_ à
- tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup
- de langue en passant.
-
- (_Impromptu._ I.)
-
---CHARITÉ SOPHISTIQUÉE:
-
- Ces faux monnoyeurs en dévotion, qui veulent attraper les
- hommes avec un zèle contrefait et une _charité sophistiquée_.
-
- (1er _Placet au roi_.)
-
-
-CHAT, ACHETER CHAT EN POCHE:
-
- Vous êtes-vous mis en tête que Léonard de Pourceaugnac soit
- homme à _acheter chat en poche_....?
-
- (_Pourc._ II. 7.)
-
-Acheter un chat dans la poche du marchand, acquérir un objet sans
-l’examiner.
-
- «Elles (les filles qui se marient) _acheptent chat en sac_.»
-
- (MONT. III. 5.)
-
-
-CHATOUILLANT (adj. verbal), au sens figuré:
-
- ... Par de _chatouillantes approbations_ vous régaler de votre
- travail.
-
- (_B. gent._ I. 1.)
-
---CHATOUILLER UNE AME:
-
- J’aime à te voir presser cet aveu de ma flamme:
- Combattant mes raisons, _tu chatouilles mon âme_.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
-Racine a dit dans le style noble _chatouiller un cœur_:
-
- «Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce
- «_Chatouilloient de mon cœur_ l’orgueilleuse foiblesse.»
-
- (_Iphigénie._ I. 1.)
-
-La Fontaine emploie _chatouiller_ sans complément:
-
- «Sa sœur se croyant déjà entre les bras de l’amour,
- _chatouillée_ de ce témoignage de son mérite....»
-
- (_Psyché_, livre II.)
-
-
-CHAUDE, L’AVOIR CHAUDE, avec l’ellipse du mot _alerte_ ou _alarme_:
-
- Mon front _l’a_, sur mon âme, _eu bien chaude_ pourtant.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-
-CHAUSSÉ D’UNE OPINION (ÊTRE):
-
- Chose étrange de voir comme avec passion
- Un chacun est _chaussé de son opinion_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-CHER, précieux:
-
- Et la plus glorieuse (estime) a des régals _peu chers_.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Otez-moi votre amour, et portez à quelque autre
- Les hommages d’un cœur aussi _cher_ que le vôtre.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
-Ce n’est pas à dire un cœur _si chéri_, mais _de si haut prix_.
-
-Comme on chérit ce qui est précieux, il est clair que, dans bien des
-cas, les deux nuances se confondent; mais il en est d’autres aussi où
-elles sont bien distinctes. Par exemple: _des régals peu chers_, un
-cœur _aussi cher que le vôtre_. _Cher_ ici ne signifie que _précieux_;
-car Henriette ne _chérit_ pas le cœur de Trissotin, non plus que Phèdre
-ne chérit la tête de Thésée.
-
-_Tenir cher_, dans la vieille langue, apprécier, estimer à haut prix.
-Les gens de Nevers, quand leur duc Gérard les a quittés, _ne tiendront
-plus rien cher_, ni le son de la musique, ni le ramage des oiseaux:
-
- «Son de note, ne cri d’oisiel,
- «N’ierent mais chaiens _chier tenu_.»
-
- (_La Violette._ p. 71.)
-
-L’italien emploie de même _caro_: _questo m’è caro!_ _quanto m’è caro!_
-
-
-CHERCHER DE (un infinitif), chercher à:
-
- Vous ne trouverez pas étrange que nous _cherchions d’en prendre
- vengeance_.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
-Molière, conformément au génie de la vieille langue, évite l’hiatus
-avec un soin extrême; c’est pourquoi il remplace souvent _à_ par _de_:
-_commencer de_ pour _commencer à_; _chercher de_, _obliger de_, etc....
-_A en prendre_ révolterait l’oreille.
-
-(Voyez DE, remplaçant _à_ entre deux verbes.)
-
-
-CHÈRE, FAIRE BONNE CHÈRE, dans le sens d’un traiteur qui fait une bonne
-cuisine, chez qui l’on fait bonne chère:
-
- Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui _fait si bonne
- chère_?
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
-_Chère_ est l’italien _ciera_, _visage_. Il s’est pris par extension
-pour une nourriture abondante et recherchée, parce qu’une telle
-nourriture procure un bon visage. C’est dans ce sens que le traiteur de
-Limoges _faisait une bonne chère_ à ses habitués; mais il est important
-de retenir l’étymologie du mot _chère_, pour comprendre l’ancienne
-acception figurée qui se trouve dans la Fontaine: _faire bonne chère
-à quelqu’un_, lui faire bon accueil, bonne mine. _Chère_ d’homme fait
-vertu, dit un vieux proverbe; c’est _face_ d’homme.
-
-
-CHEVILLES:
-
- Je ne vous parle point, _pour devoir en distraire_,
- Du don de tout son bien, qu’il venoit de vous faire.
-
- (_Tart._ V. 7.)
-
-_Pour devoir en distraire_, signifie probablement pour avoir dû vous
-détourner d’une telle action. Il serait difficile d’être plus obscur.
-Ce passage, et bien d’autres, font voir que Molière suivait en
-versifiant la méthode de Boileau, de commencer par le second vers,
-et d’y renfermer toute l’énergie de la pensée dans les termes les
-plus propres. Le premier se faisait ensuite du mieux qu’on pouvait,
-ajusté sur le second. Molière a dû, comme Virgile, laisser souvent des
-hémistiches vides, qu’il remplissait à la hâte au dernier moment.
-
- Quoi! vous ne pouvez pas, _voyant comme on vous nomme_,
- Vous résoudre une fois à vouloir être un homme?
-
- (_Fem. sav._ II. 8.)
-
-Le second vers, ferme, compacte, énergique, était certainement fait
-avant le premier. _Voyant comme on vous nomme_ n’est que la paraphrase
-affaiblie et peu claire du mot _être un homme_.
-
- Pour moi, je ne tiens pas...........
- Que la science soit pour gâter quelque chose.
-
- (_Ibid._ IV. 3.)
-
-Voilà la pensée complète, comme elle s’est présentée à Molière. Mais il
-a fallu remplir l’hémistiche:
-
- Pour moi, je ne tiens pas, _quelque effet qu’on suppose_, etc.
-
-Plus loin:
-
- Et c’est mon sentiment que..........
- La science est sujette à faire de grands sots!
-
-Quelle petite phrase incidente remplira le premier hémistiche _en faits
-comme en propos_?
-
- Et c’est mon sentiment qu’_en faits comme en propos_,
- La science est sujette à faire de grands sots.
-
- (_Ibid._ IV. 3.)
-
-
-CHEVIR DE....:
-
- M. DIMANCHE.--Nous ne saurions _en chevir_.
-
- (_D. Juan._ IV. 3.)
-
-La racine de ce vieux mot est _chef_, que l’on prononçait _ché_, comme
-_clef_ se prononce encore _clé_[43]; ainsi _chevir de..._, c’est être
-chef ou maître de....
-
- [43] _Des variations du lang. fr._, p. 46, 47.
-
-La même racine est celle du vieux mot _chevestre_, licou, _capistrum_;
-d’où il nous reste _enchevêtré_, qui a le chef pris.
-
-
-CHÈVRE; PRENDRE LA CHÈVRE, pour _s’alarmer_; _se fâcher_:
-
- D’un mari sur ce point j’approuve le souci;
- Mais c’est _prendre la chèvre_ un peu bien vite aussi.
-
- (_Sgan._ 12.)
-
- NICOLE. Notre accueil de ce matin l’a fait _prendre la chèvre_.
-
- (_B. gent._ III. 10.)
-
-On dit, par une figure analogue, _prendre la mouche_.
-
-(Voyez MOUCHE.)
-
-
-CHOISIR DE... (un infinitif):
-
- _Choisis d’épouser_, dans quatre jours, ou monsieur ou un couvent.
-
- (_Mal. im._ II. 8.)
-
-
-CHOIX (LE) DE..., le choix entre:
-
- _Le choix d’elle et de nous_ est assez inégal.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
-Le choix entre elle et nous.
-
-
-CHOQUER, v. act., avec un nom de chose, contrarier, contredire:
-
- Vous prétendez _choquer_ ce que j’ai résolu?
-
- (_Sgan._ I.)
-
- Ce dessein, don Juan, _ne choque point_ ce que _je dis_.
-
- (_Don Juan._ V. 3.)
-
-
-CHOSE ÉTRANGE DE (un infinitif):
-
- _Chose étrange de voir_ comme avec passion
- Un chacun est chaussé de son opinion!
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-_De_ est pour _que de_: Chose étrange que de voir.....
-
- _Chose étrange d’aimer!..._
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
-
-CHRÉTIEN, PARLER CHRÉTIEN:
-
- Il faut _parler chrétien_, si vous voulez que je vous entende.
-
- (_Préc. rid._ 7.)
-
-_Parler chrétien_, c’est _parler le chrétien_, comme _parler turc_,
-_parler français_, c’est _parler le français_, _le turc_. Parler
-chrétiennement, c’est tout autre chose: on peut parler chrétien,
-c’est-à-dire la langue des chrétiens; sans parler chrétiennement, en
-chrétien, avec des sentiments chrétiens.
-
-
-CHROMATIQUE, substantif féminin:
-
- Il y a _de la chromatique_ là-dedans.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
-Il paraît très-raisonnable de dire _la_ chromatique, comme on dit _la
-rhétorique_ au féminin. On disait autrefois _la mathématique_, et les
-Italiens le disent encore: _la matematica_. Ce sont autant d’adjectifs
-devant lesquels on sous-entend, comme en grec, d’où ils sont tirés, le
-mot _science_, τέχνη.
-
-
-CLARTÉ, flambeau:
-
- Monsieur le commissaire,
- Votre présence en robe est ici nécessaire:
- Suivez-moi, s’il vous plaît, avec votre _clarté_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
---RECEVOIR LA CLARTÉ, naître:
-
- Mais où vous a-t-il dit qu’il _reçut la clarté_?
-
- (_L’Ét._ IV. 3.)
-
---CLARTÉS, renseignements, éclaircissements:
-
- Et j’ai vécu depuis, sans que de ma maison
- J’eusse d’autres _clartés_ que d’en savoir le nom.
-
- (_Ibid._ V. 14.)
-
- Et je prétends me faire à tous si bien connoître,
- Qu’aux pressantes _clartés_ de ce que je puis être
- Lui-même soit d’accord du sang qui m’a fait naître.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- Le voici,
- Pour donner devant tous _les clartés_ qu’on désire.
-
- (_Ibid._ III. 9.)
-
- Don Louis du secret a toutes les _clartés_.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
- Mais ces douces _clartés_ d’un secret favorable
- Vers l’objet adoré me découvrent coupable.
-
- (_Ibid._ V. 6.)
-
---CLARTÉS, lumières, au sens moral:
-
- Aspirez aux _clartés_ qui sont dans la famille.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- Je consens qu’une femme ait _des clartés_ de tout.
-
- (_Ibid._ I. 3.)
-
- On en attend beaucoup de vos vives _clartés_,
- Et pour vous la nature a peu d’obscurités.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
-
-CŒUR BON, AVOIR LE CŒUR BON. Voy. BON.
-
-
-COIFFER (SE) LE CERVEAU, s’enivrer:
-
- Quel est le cabaret honnête
- Où _tu t’es coiffé le cerveau_?
-
- (_Amph._ III. 2.)
-
---COIFFER (SE) DE, au sens figuré, s’entêter de:
-
- Faut-il de ses appas _m’être si fort coiffé_!
-
- (_Éc. des fem._ III. 5.)
-
-
-COIN, TENIR SON COIN PARMI....:
-
- Il peut _tenir son coin parmi_ les beaux esprits.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
-
-COLLET-MONTÉ, antique, suranné comme la mode des collets montés:
-
- Il est vrai que le mot est bien _collet-monté_.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-Molière souligne cette façon de parler, pour en faire sentir
-l’affectation ridicule.
-
-
-COLORÉ, EXCUSES COLORÉES:
-
- Vous nous payez ici d’_excuses colorées_.
-
- (_Tart._ IV. 1.)
-
-(Voyez COULEUR, métaphoriquement.)
-
-
-COMBLÉ; UN CARROSSE COMBLÉ DE LAQUAIS:
-
- Quand un carrosse, fait de superbe manière,
- _Et comblé de laquais_ et devant et derrière...
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-
-COMÉDIE, dans le sens général de représentation dramatique:
-
- Et j’ai maudit cent fois cette innocente envie
- Qui m’a pris, à dîner, de voir la _comédie_.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-Le père Bouhours fait une _remarque_ pour établir le sens général de
-ce mot, et qu’on doit dire _aller à la comédie_, _les comédies de M.
-Corneille_, _les comédies de M. Racine_; après quoi il introduit cette
-exception assez singulière: «Il n’y a qu’une occasion où l’on doit se
-servir du mot _tragédie_, c’est quand on parle des pièces de théâtre
-qui se représentent dans les colléges. Ce seroit mal dit: _J’ai esté à
-la comédie du collége de Clermont_; il faut dire _à la tragédie_.»
-
- (_Remarques nouvelles_, p. 93.)
-
-Le collége de Clermont était dirigé par les jésuites; c’est
-probablement l’unique motif de l’exception du père Bouhours, jésuite.
-
-
-COMME, lié à un adjectif, en qualité de; COMME CURIEUX:
-
- ... Ce gentilhomme françois qui, _comme curieux_ d’obliger les
- honnêtes gens, a bien voulu, etc...
-
- (_Sicilien._ II.)
-
-Latinisme: _Utpote curiosus_.
-
---COMME SAGE:
-
- _Comme sage_,
- J’ai pesé mûrement toutes choses.
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
-Comme un homme sage, en homme sage que je suis.
-
---COMME, pour _comment_:
-
-Les auteurs de _traités des synonymes_, s’engageant à découvrir partout
-des différences ou des nuances de valeur, n’ont pas manqué d’en
-signaler entre _comme_ et _comment_: «L’un est objectif ou relatif
-à l’effet; l’autre est subjectif ou relatif à l’action.... Dans les
-_Provinciales_, Pascal, ayant rapporté en propres termes certaines
-opinions de Jansénius, ajoute: «Voilà _comme_ il parle sur tous ces
-chefs,» c’est-à-dire, voilà de quelle sorte sont ses paroles. Et,
-quelques lignes plus loin, il écrit: «Voilà _comment_ agissent ceux qui
-n’en veulent qu’aux erreurs.» _Comment_ et non pas _comme_, parce qu’il
-s’agit ici d’un fait, et non d’une chose[44].» Je ne comprends rien,
-je l’avoue, à cette distinction subtile. Ce qui paraît beaucoup plus
-clair, c’est que ni Molière, ni Pascal, ne mettaient aucune différence
-entre _comme_ et _comment_[45]. Sans davantage m’arrêter à discuter
-la théorie de M. Lafaye, je vais rapporter les exemples de Molière,
-laissant à d’autres le soin d’y reconnaître le subjectif ou l’objectif:
-
- Qui sait _comme_ en ses mains ce portrait est venu?
-
- (_Sgan._ 6.)
-
- Non, mais vous a-t-on dit _comme_ on le nomme?--Enrique.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
- _Comme_ est-ce que chez moi s’est introduit cet homme?
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
- Je ne comprends point _comme_, après tant d’amour et tant
- d’impatience témoignée, il auroit le cœur de pouvoir manquer à
- sa parole.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Cela se peut-il souffrir à un homme comme vous, qui savez
- _comme_ il faut vivre?
-
- (_Ibid._ IV. 7.)
-
- DUBOIS.
-
- ... Attendez!... _comme_ est-ce qu’il s’appelle?
-
- (_Mis._ IV. 4.)
-
- J’ai peine à concevoir, tant ma surprise est forte,
- _Comme_ un tel fils est né d’un père de la sorte.
-
- (_Mélicerte._ I. 2.)
-
- Qu’est-ce qu’on fait céans? _comme_ est-ce qu’on s’y porte?
-
- (_Tart._ I. 5.)
-
- Oui, il faut qu’une fille obéisse à son père; il ne faut point
- qu’elle regarde _comme_ un mari est fait.
-
- (_L’Av._ I. 9.)
-
- Je suis bien aise d’apprendre _comme_ on parle de moi.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
- Voilà, mon gendre, _comme_ il faut pousser les choses.
-
- (_G. D._ I. 8.)
-
- J’ai en main de quoi vous faire voir _comme_ elle m’accommode.
-
- (_Ibid._ II. 9.)
-
- Voilà un de mes étonnements, _comme_ il est possible qu’il y
- ait des fourbes comme cela dans le monde.
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
- Qu’importe _comme ils parlent_, pourvu qu’ils me disent ce que
- je veux savoir?
-
- (_Ibid._ II. 12.)
-
- Là, voyons un peu _comme_ vous ferez.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- Jamais il n’a été en ma puissance de concevoir _comme_ on
- trouve écrit dans le ciel jusqu’aux plus petites particularités
- de la fortune du moindre des hommes.
-
- (_Am. mag._ III. 1.)
-
- [44] _Synonymes français_, par M. B. Lafaye, p. 600.
-
- [45] La forme _comme_ (_cume_) se rencontre seule dans les
- _Rois_. _Comment_ est postérieur, et aura été formé pour
- l’euphonie.
-
---ÊTRE EN PEINE COMME IL FAUT FAIRE, en peine de savoir comment il faut
-faire:
-
- On _n’est pas en peine_ sans doute _comme il faut faire_ pour
- vous louer.
-
- (_Ép. dédic. de l’École des fem._)
-
-(Voyez COMMENT.)
-
---COMME, combien:
-
- Vous ne sauriez croire _comme_ elle est affolée de ce Léandre!
-
- (_Méd. m. lui._ III. 7.)
-
---COMME.... ET QUE...:
-
- _Comme_ vous êtes un fort galant homme, _et que_ vous savez
- comme il faut vivre.....
-
- (_Mar. for._ 4.)
-
- Prince, _comme_ jusqu’ici nous avons fait paroître une
- conformité de sentiments, _et que_ le ciel a semblé mettre en
- nous, etc.
-
- (_Pr. d’Él._ IV. 1.)
-
- «_Comme_ elle possédoit son affection.... _et que_ son heureuse
- fécondité redoubloit tous les jours les sacrés liens...»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. d’Henr. d’A._)
-
- «_Comme_ c’est la vocation qui nous inspire la foi, _et que_
- c’est la persévérance qui nous transmet à la gloire....»
-
- (Id. _Or. fun. de la duch. d’Orl._)
-
- «_Comme_ il fut sorti de Delphes, _et que_ il eut pris le
- chemin de la Phocide.....»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
---COMME pour _que_; S’ÉTONNER COMME...:
-
- _Je m’étonne comme_ le ciel les a pu souffrir si longtemps.
-
- (_D. Juan._ V. 1.)
-
-(Voyez ADMIRER COMME.)
-
---TOUT COMME, adverbialement:
-
- C’est justement _tout comme_:
- La femme est en effet le potage de l’homme.
-
- (_Éc. des fem._ II. 3.)
-
-
-COMMENCER DE:
-
- Et déjà mon rival _commence de_ paroître.
-
- (_D. Garcie._ V. 3.)
-
- .............................................
- Et veuille que ce frère, où l’on va m’exposer,
- _Commence d’être roi_ par me tyranniser.
-
- (_Ibid._ V. 5.)
-
- L’amour a _commencé d’en déchirer_ le voile.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
-_Commencer à_ paraît avoir été la forme primitive; c’est celle
-qu’emploie le plus ancien monument connu de notre langue:
-
- «Saul estoit fis d’un an, quand il _comencad a_ regner.»
-
- (_Rois._ p. 41.)
-
-Mais plus tard, quand le _d_ euphonique fut tombé, par l’influence de
-la langue écrite sur la langue parlée, le soin de l’euphonie suggéra
-d’éviter l’hiatus, en construisant aussi avec _de_ tous ces verbes qui
-se construisaient déjà avec _à_.
-
-(Voyez DE remplaçant _à_ entre deux verbes.)
-
-
-COMMENT, comme, à quel point:
-
- Vous ne sauriez croire _comment_ l’erreur s’est répandue, et de
- quelle façon chacun s’est endiablé à me croire médecin!
-
- (_Méd. m. lui._ III. 1.)
-
-_Comment_, c’est-à-dire, _à quel point_ l’erreur s’est répandue. (Voyez
-COMME.)
-
-
-COMMERCE, AVOIR COMMERCE CHEZ QUELQU’UN:
-
- .... Cette marquise agréable _chez qui j’avois commerce_.
-
- (_B. Gent._ III. 6.)
-
-
-COMMETTRE A QUELQU’UN, lui confier:
-
- Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite
- D’avoir depuis Bologne accompagné ce fils,
- Qu’à sa discrétion vos soins avoient _commis_.
-
- (_L’Ét._ IV. 3.)
-
- Allons, sans crainte aucune,
- _A la foi_ d’un amant _commettre_ ma fortune.
-
- (_Éc. des mar._ III. 1.)
-
- «Un voleur se hasarde
- «D’enlever le dépôt _commis aux soins_ du garde.»
-
- (LA FONT. _La Matrone d’Éphèse._)
-
---COMMETTRE QUELQU’UN A UN SOIN:
-
- _Je vous commets au soin_ de nettoyer partout.
-
- (_L’Av._ III. 1.)
-
- Allons _commettre un autre au soin que l’on me donne_.
-
- (_Fem. sav._ I. 5.)
-
-Le substantif _commis_ n’est autre chose que le participe passé de ce
-verbe, et se construit de même avec le datif: un commis aux aides,
-commis à la douane.
-
---COMMETTRE (SE) DE.... se confier relativement à:
-
-Agnès, dit Horace,
-
- N’a plus voulu songer à retourner chez soi,
- Et _de tout son destin s’est commise_ à ma foi.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
-_De_ est ici le _de_ latin.
-
-
-COMPAGNONS, pour _confrères_:
-
- LE NOTAIRE.
-
- Moi! si j’allois, madame, accorder vos demandes,
- Je me ferois siffler de tous mes _compagnons_.
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
-
-COMPAS; RÉGLÉ PAR COMPAS:
-
- Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tête,
- Que tout ne soit pas bien _réglé par ses compas_.
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
-
-COMPASSER, verbe actif, mesurer au compas, c’est-à-dire, examiner à la
-rigueur:
-
- Et quant à moi je trouve, ayant tout _compassé_,
- Qu’il vaut mieux être encor cocu que trépassé.
-
- (_Sgan._ 11.)
-
-
-COMPATIR AVEC, être compatible avec:
-
- L’engagement ne _compatit point avec mon humeur_.
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
-
-COMPÉTITER:
-
- GROS-RENÉ.
-
- On voit une tempête, en forme de bourrasque,
- Qui veut _compétiter_ par de certains... propos...
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
-Furetière et Trévoux ne donnent que _compétiteur_. Il y a grande
-apparence que _compétiter_ est forgé par Gros-René d’après ce
-substantif. On dit, en termes de droit, _compéter_, mais dans une autre
-acception que _compétiter_.
-
-
-COMPLAISANT A....:
-
- .... Vos désirs _lui_ seront complaisants
- Jusques à lui laisser et mouches et rubans?
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
- Mais, au moins, sois _complaisante aux civilités_ qu’on te rend.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 4.)
-
-
-COMPLEXION; ÊTRE DE COMPLEXION AMOUREUSE...:
-
- Ah, ah! _vous êtes donc de complexion amoureuse_?
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
-
-COMPLIMENT; ÊTRE SANS COMPLIMENT, sans façon:
-
- Non, m’a-t-il répondu, _je suis sans compliment_,
- Et j’y vais pour causer avec toi seulement.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
---Devoir à quelqu’un un compliment de quelque chose, c’est-à-dire, la
-politesse de lui en donner avis:
-
- On _vous en devoit_ bien au moins _un compliment_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 1.)
-
-
-COMPOSER (SE) PAR ÉTUDE:
-
- Là, tâchez de _vous composer par étude_; un peu de hardiesse,
- et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous
- dire.
-
- (_Scapin._ I. 4.)
-
-
-CONCERT DE MUSIQUE:
-
- Il faut qu’une personne comme vous... ait un _concert de
- musique_ chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis.
-
- (_B. gent._ II. 1.)
-
-M. Auger blâme cette expression, comme redondante. Il est vrai
-qu’aujourd’hui l’on a restreint le mot _concert_ à signifier _concert
-de musique_, mais ce n’est pas l’acception essentielle du mot; la
-preuve en est qu’on dit également bien un concert de louanges, un
-concert d’intrigues. _Concerter_ ne s’applique pas exclusivement à la
-musique, et _déconcerter_ ne s’y applique pas du tout.
-
-Tout le XVIIe siècle a dit _concert de musique_.
-
-
-CONCERTÉ, en parlant d’un seul, par exemple, du ciel:
-
- Une aventure, par _le ciel concertée_, me fit voir la charmante
- Élise.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
-_Concertée_ veut dire simplement ici _préparée_.
-
-
-CONCLURE DE, suivi d’un infinitif:
-
- Et nous _conclûmes_ tous _d’attacher_ nos efforts
- Sur un cerf que chacun nous disoit cerf dix cors.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-(Voyez DE remplaçant _à_ entre deux verbes.)
-
-
-CONCURRENCE; BONHEUR QUI EST EN CONCURRENCE:
-
- Grâce à Dieu, _mon bonheur n’est plus en concurrence_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 38.)
-
-En effet, l’amour d’Horace n’a plus à craindre de concurrent, puisque
-Agnès s’est enfuie du logis d’Arnolphe, pour se mettre sous sa
-protection.
-
-
-CONDAMNER D’UN CRIME, c’est-à-dire, pour un crime, à cause d’un crime;
-latinisme, _damnare de..._:
-
- Ne me _condamnez point d’_un deuil hors de saison.
-
- (_Sgan._ 10.)
-
- Je veux que vous puissiez un peu l’examiner,
- Et voir si _de mon choix_ l’on peut me _condamner_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- L’erreur trop longtemps dure,
- Et c’est trop _condamner ma bouche d’imposture_.
-
- (_Tart._ II. 3)
-
- C’est trop me pousser là-dessus,
- Et d’_infidélité_ me voir trop _condamnée_.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Loin de te _condamner d’un si perfide trait_,
- Tu m’en fais éclater la joie en ton visage.
-
- (_Ibid._ II. 3.)
-
-Pascal a dit de même _blâmer de_:
-
- «_Ne blâmez donc pas de fausseté_ ceux qui ont pris un choix,
- car vous n’en savez rien.»
-
- (_Pensées._ p. 262.)
-
-(Voyez DE dans tous les sens du latin _de_.)
-
-
-CONDITIONNELS: deux conditionnels, le second commandé par le premier:
-
- Pour moi, _j’aurois_ toutes les hontes du monde, s’il falloit
- qu’on vînt à me demander _si j’aurois_ vu quelque chose de
- nouveau que je n’aurois pas vu.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
-Nous dirions aujourd’hui, _si j’ai vu_; mais on suivait alors pour les
-conditionnels une certaine loi de symétrie qui s’appliquait aussi aux
-futurs. (Voyez FUTURS.)
-
- S’il falloit qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je
- _dirois_ hautement que _tu en aurois menti_.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Je leur disois que si quelqu’un leur venoit dire du mal
- de vous, elles se gardassent bien de le croire, et _ne
- manquassent_ pas de lui dire qu’_il en auroit_ menti.
-
- (_Ibid._ II. 7.)
-
- _Je croirois_ que la conquête d’un tel cœur ne _seroit_ pas une
- victoire à dédaigner.
-
- (_Pr. d’Él._ IV. 3.)
-
- Si je n’étois sûre que ma mère étoit honnête femme, _je dirois_
- que _ce seroit_ quelque petit frère qu’elle m’_auroit_ donné
- depuis le trépas de mon père.
-
- (_Mal. im._ III. 8.)
-
-L’usage actuel mettrait: Je _dirais_ que _c’est_ quelque petit frère
-qu’elle _m’a_ donné, etc.
-
-La Fortune dit à l’enfant qu’elle trouve endormi sur le rebord d’un
-puits:
-
- «Sus, badin, levez-vous. Si vous tombiez dedans,
- «De douleur, vos parents, comme vous imprudents,
- «Croyant en leur esprit que de tout je dispose,
- «_Diroient_, en me blâmant, que j’en _serois_ la cause.»
-
- (REGNIER. sat. XIV.)
-
-Cette symétrie, empruntée du latin, était, dans l’ancienne langue, une
-règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, son mari, dans la scène de
-la folie feinte:
-
- «Par ceste pecheresse lasse,
- «Si j’_eusse_ aide, je vous _liasse_[46].»
-
- [46] _Si_ gouvernait le subjonctif devant l’imparfait, comme en
- latin.
-
-Si adjutorium _haberem_, te _ligarem_.
-
-Et Patelin, moqué par Aignelet:
-
- «Par saint Jaques, se je _trouvasse_
- «Un bon sergent, te _feisse_ prendre.»
-
- (_Pathelin._)
-
-Pascal ne manque jamais à cette loi:
-
- «Si vous ne m’aviez dit que c’est le père le Moine qui est
- l’auteur de cette peinture, _j’aurois dit_ que _c’eût été_
- quelque impie qui l’_auroit_ faite, à dessein de tourner les
- saints en ridicule.»
-
- (9e _Provinciale_.)
-
- «S’il s’en trouvoit qui _crussent_ que j’_aurois_ blessé la
- charité que je vous dois en décriant votre morale...»
-
- (11e _Prov._)
-
---CONDITIONNEL construit avec un indicatif:
-
- Si _je me dispense_ ici de m’étendre sur les belles et
- glorieuses vérités qu’on pourroit dire d’elle, c’est par la
- juste appréhension que ces grandes idées _ne fissent éclater_
- encore davantage la bassesse de mon offrande.
-
- (_Ép. dédic. de l’École des maris._)
-
-Racine a dit de même, dans _Andromaque_:
-
- «On _craint_ qu’il _n’essuyât_ les larmes de sa mère.»
-
-Sur quoi d’Olivet élève une chicane grammaticale aussi pédante qu’elle
-est injuste. Rien n’est plus logique, ni plus irréprochable que cette
-alliance de temps, puisqu’il existe entre les deux l’ellipse bien
-claire d’une condition:--on craint (_si l’on me laissait mon fils_)
-qu’il _n’essuyât_ un jour, _etc._.....--Je me dispense de cet éloge, de
-peur que (_si je l’essayais_) le contraste des idées _ne fît_ ressortir
-la bassesse de mon offrande.
-
- De peur qu’elle _revînt_, fermons à clef la porte.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
-De peur que (_si je laissais la porte ouverte_) elle ne _revînt_.
-
-(Voyez SUBJONCTIF.)
-
-
-CONDUITE, direction:
-
- Et nous verrons ensuite
- Si je dois de vos feux reprendre la _conduite_.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
---CONDUITE, celui qui conduit, comme _sentinelle_, _garde_, celui qui
-fait sentinelle, celui qui garde:
-
- A vous mettre en lieu sûr je m’offre pour _conduite_.
-
- (_Tart._ V. 6.)
-
-
-CONFIRMER QUELQU’UN A (un infinitif), le fortifier dans la résolution
-de...:
-
- L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre
- ...............................................
- _Me confirme_ encor mieux _à ne pas différer_
- Les noces, où j’ai dit qu’il vous faut préparer.
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
-
-CONFORME, absolument, et en sous-entendant le complément:
-
- Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère,
- Et ce choix plus _conforme_ étoit mieux votre affaire.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Philinte veut dire que le caractère d’Éliante se rapproche du
-caractère d’Alceste, et qu’ainsi Alceste, choisissant Éliante au lieu
-de Célimène, eût fait un choix plus conforme à ses goûts et à ses
-principes.
-
-Cette absence du complément paraît rendre l’expression trop vague, et
-laisser la pensée incertaine.
-
-
-CONGÉ, permission:
-
- Et si dans quelque chose ils vous ont outragé,
- Je puis vous assurer que c’est sans mon _congé_.
-
- (_L’Ét._ I. 3.)
-
- Nous n’oserons plus trouver rien de bon sans _le congé_ de
- messieurs les experts.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
- Et je pense, seigneur, entendre ce langage.
- Mais sans votre _congé_, de peur de trop risquer,
- Je n’ose m’enhardir jusques à l’expliquer.
-
- (_Princ. d’Él._ I. 1.)
-
- Je lui donne à présent _congé_ d’être Sosie.
-
- (_Amph._ III. 10.)
-
-
-CONGRATULANT, adjectif verbal, comme _chatouillant_:
-
- Ne vous embarquez nullement
- Dans ces _douceurs congratulantes_.
-
- (_Amph._ III. 11.)
-
-
-CONSCIENCE; C’EST UNE CONSCIENCE, c’est-à-dire, un cas de conscience:
-
- _C’est une conscience_
- Que de vous laisser faire une telle alliance.
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
- _C’est une conscience_ de voir une pauvre jeune femme mariée de
- la façon.
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
-
-CONSEILLER; (SE) CONSEILLER A QUELQU’UN, prendre le conseil de
-quelqu’un:
-
- _Je me suis_ même encore aujourd’hui _conseillé au ciel_ pour
- cela.
-
- (_D. Juan._ V. 3.)
-
- Mais si _je me conseillois à vous_ pour ce choix?--Si _vous
- vous conseilliez à moi_, je serois fort embarrassé.
-
- (_Am. magn._ II. 4.)
-
- «Il est droit que _je me conseille_!»
-
- (RUTEBEUF. _Le Testam. de l’asne._)
-
- «Comment Panurge _se conseille à_ Her Trippa.--Comment Panurge
- _se conseille à_ Pantagruel.»
-
- (RABELAIS.)
-
-Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commencement de la
-langue, voyez au mot ARRÊTER.
-
-
-CONSENTIR, verb. act., CONSENTIR QUELQUE CHOSE:
-
- Mais je mourrai plutôt que de _consentir rien_.
-
- (_D. Garcie._ I. 5.)
-
---CONSENTIR QUE, accorder que:
-
- Mais je veux _consentir qu’_elle soit pour une autre.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
-_Consentir à ce que_ rendrait une pensée différente. Alceste ne consent
-pas _à ce que_ la lettre de Célimène soit pour un autre; il consent,
-c’est-à-dire, il accorde par hypothèse qu’elle soit pour un autre que
-lui.
-
-Si _consentir que_ eût été une expression fautive ou seulement
-insolite, il était facile à Molière de mettre:
-
- Mais je veux _accorder_ qu’elle soit pour un autre.
-
-Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, _consentir que_ pour _à
-ce que_:
-
- «Elle (la société de Jésus) _consent qu’_ils gardent leur
- opinion, pourvu que la sienne soit libre.»
-
- (PASCAL. 1re _Prov._)
-
- «Homere a esté contrainct de _consentir que_ Venus feust blecée
- au combat de Troie.»
-
- (MONTAIGNE. III. 7.)
-
- _Je consens qu’_une femme ait des clartés de tout.
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
-
-CONSÉQUENCE; CHOSE DE CONSÉQUENCE:
-
- Je sais bien qu’un bienfait de cette _conséquence_
- Ne sauroit demander trop de reconnoissance.
-
- (_Don Garcie._ V. 5.)
-
- Que ne me dites-vous que des affaires _de la dernière
- conséquence_ vous ont obligé à partir sans m’en donner avis?
-
- (_D. Juan._ I. 3.)
-
- En vérité, monsieur, ce procès _m’est d’une conséquence_ tout à
- fait grande.
-
- (_L’Av._ II. 7.)
-
- «Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paroître la
- vivacité de son esprit.........; elles _sont de trop peu de
- conséquence_ pour en informer la postérité.»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
- «J’ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne étoit........
- _d’une extrême conséquence_ pour la religion.»
-
- (PASCAL. 1re _Prov._)
-
---CONSÉQUENCE (FAIRE OU NE FAIRE POINT DE):
-
- Un homme mort n’est qu’un homme mort, et _ne fait point de
- conséquence_.
-
- (_Am. méd._ II. 3.)
-
-Ne produit pas de suites.
-
---HOMME DE CONSÉQUENCE:
-
- Prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec _un
- homme de ma conséquence_.
-
- (_Méd. m. lui._ III. 11.)
-
-
-CONSIDÉRABLE, digne d’être considéré, en parlant des personnes et des
-choses:
-
- Comme je sais que vous êtes une personne _considérable_, je
- voudrois vous prier.....
-
- (_Sicilien._ 8.)
-
- Je vous tiens préférable
- A tout ce que j’y vois de plus _considérable_.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Ah! mon père, le bien n’est pas _considérable_ lorsqu’il est
- question d’épouser une honnête personne.
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
-Le bien n’est pas à considérer.
-
- La noblesse, de soi, est bonne; c’est une chose _considérable_
- assurément.
-
- (_Georges D._ I. 1.)
-
---CONSIDÉRABLE A QUELQU’UN:
-
- Mais si jamais mon bien _te fut considérable_,
- Répare mon malheur, et me sois secourable.
-
- (_L’Ét._ II. 7.)
-
- Monsieur, votre vertu _m’est_ tout à fait _considérable_.
-
- (_Méd. m. l._ III. 11.)
-
- «Ces raisons ont..... rendu leur condition (des hommes) si
- _considérable à l’Eglise_, qu’elle a toujours puni l’homicide
- qui les détruit....»
-
- (PASCAL. 1re _Prov._)
-
-
-CONSIDÉRATION; A LA CONSIDÉRATION DE, c’est-à-dire, en considération de:
-
- Je vous donne ma parole, don Pèdre, qu’_à votre considération_,
- je vais la traiter du mieux qu’il me sera possible.
-
- (_Sicilien._ 19.)
-
-
-CONSOLATIF:
-
- Je suis homme _consolatif_, homme à m’intéresser aux affaires
- des jeunes gens.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
-Pascal a dit _consolatif à....._ et _consolatif pour...._:
-
- «Discours bien _consolatif à_ ceux qui ont assez de liberté
- d’esprit..., etc.»--«Un beau mot de saint Augustin est bien
- _consolatif pour_ de certaines personnes.»
-
- (_Pensées._ p. 51, 310 et 359.)
-
-CONSOLATIF paraît formé de _consoler_, aussi légitimement que
-_récréatif_ de _récréer_, _portatif_ de _porter_, etc.
-
-
-CONSOMMER, consumer:
-
- Et, quoi que l’on reproche au feu qui vous _consomme_.
-
- (_Dép. am._ III. 9.)
-
---SE CONSOMMER DANS QUELQUE CHOSE:
-
- La vertu fait ses soins, et son cœur _s’y consomme_
- Jusques à s’offenser des seuls regards d’un homme.
-
- (_Éc. des m._ II. 4.)
-
-On dit encore, au participe, _il est consommé dans son art_; on disait
-autrefois _se consommer dans_ un art, dans une science, dans la
-pratique de la vertu, etc., etc.
-
- Puisqu’_en raisonnements_ votre esprit _se consomme_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
- _Dans l’amour du prochain_ sa vertu _se consomme_.
-
- (_Tart._ V. 5.)
-
-C’est-à-dire _éclate au plus haut degré_.
-
- Qui se donne à la cour se dérobe à son art;
- Un esprit partagé rarement _s’y consomme_,
- Et les emplois de feu demandent tout un homme.
-
- (_La Gloire du Val de Grâce._)
-
-La confusion entre _consommer_ et _consumer_ a été signalée par
-Vaugelas comme une faute, à la vérité commune chez de bons écrivains,
-mais enfin comme une faute.
-
-Ménage, sans en donner une bonne raison, n’a pas voulu se rendre à
-la décision de Vaugelas; mais l’Académie l’a adoptée, et le sens des
-racines commanderait en effet la distinction, si _consommer_ venait de
-_summa_, et _consumer_ de _sumere_. Je n’en crois rien: _consumere_ est
-la seule racine des deux formes. L’usage de prononcer le _um_ latin par
-_on_ (voyez MATRIMONION) a conduit tout d’abord à traduire _consumere_
-par _consommer_.
-
- «Ceste qualité estouffe et _consomme_ les aultres qualités
- vrayes et essentielles.»
-
- (MONTAIGNE. III. 7.)
-
-Alors la forme _consumer_ n’existait pas; _consommer_ était seul;
-car il faut toujours se rappeler que notre langue a été soumise à
-deux systèmes de formation très-différents. _Consommer_ est le mot de
-première époque, et _consumer_ le mot de seconde époque. L’archaïsme
-luttait encore du temps de Molière.
-
-
-CONSTAMMENT, avec constance:
-
- Instruire ainsi les gens
- A porter _constamment_ de pareils accidents.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
-
-CONSTITUER A, c’est-à-dire, préposer à....:
-
- Je vous _constitue_ pendant le souper _au gouvernement des
- bouteilles_.
-
- (_L’Av._ III. 1.)
-
-
-_CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES:_
-
- Du meilleur de mon cœur _je donnerois_ sur l’heure
- Les vingt plus beaux louis de ce qui me demeure,
- _Et pouvoir_ à plaisir sur ce mufle asséner
- Le plus grand coup de poing qui se puisse donner!
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
-La passion légitime qui trouble Orgon excuse le dérangement grammatical
-de sa phrase. On le comprend d’ailleurs très-bien. C’est comme s’il
-disait: _Je voudrois donner... et pouvoir_, etc...
-
- C’est bien la moindre chose que _je vous doive_, après _m’avoir
- sauvé la vie_.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
-Après que vous m’avez sauvé la vie;--mais l’autre façon est
-incomparablement plus rapide.
-
- .... _Qui_ pourra montrer une marque certaine
- D’avoir meilleure part au cœur de Célimène,
- _L’autre ici fera place_ au vainqueur prétendu,
- Et le délivrera d’un rival assidu.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
-C’est-à-dire: Si l’un de nous peut montrer..., l’autre lui fera place.
-
- Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte,
- Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte;
- _Et, rejetant mes vœux_ dès le premier abord,
- Mon cœur n’auroit eu droit de s’en plaindre qu’au sort.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
-J’oserais blâmer cette construction, à cause de l’ambiguïté. _Rejetant
-mes vœux_ se rapporte à _votre bouche_; la construction grammaticale
-semble le rapporter à _mon cœur_, qui est le sujet de ce second membre
-de phrase.
-
- C’est prendre peu de part à mes cuisants soucis,
- Que de _rire, et me voir_ en l’état où je suis.
-
- (_Dép. am._ IV. 1.)
-
-Dans l’ordre naturel, l’action de voir a précédé celle de rire. Virgile
-a dit pareillement:
-
- _Moriamur, in arma ruamus._
-
-Si l’on commençait par mourir, il ne serait plus temps ensuite de se
-jeter au milieu des ennemis. Les grammairiens, habiles à couvrir de
-beaux noms les fautes échappées aux grands poëtes, ont trouvé pour
-celle-là le terme imposant d’hystérologie, c’est-à-dire renversement
-de l’ordre, qui met devant ce qui devait être derrière. La faute de
-Virgile, en bonne foi, n’est pas justifiable; celle de Molière le
-serait peut-être davantage, en ce qu’on peut dire que l’action de rire
-et celle de voir sont simultanées.
-
-(Voyez PARTICIPE PRÉSENT.)
-
-
-CONSULTER, absolument et sans régime, comme _délibérer_:
-
- Le jour s’en va paroître, et je vais _consulter_
- Comment dans ce malheur je dois me comporter.
-
- (_Éc. des fem._ V. 1.)
-
- Ah! faut-il _consulter_ dans un affront si rude!
-
- (_Amph._ III. 3.)
-
- Laissez-moi _consulter_ un peu si je le puis faire en conscience.
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
---CONSULTER, verb. act.: _consulter quelque chose_: une maladie, un
-procès, c’est-à-dire, délibérer là-dessus:
-
- Si Lélie a pour lui l’amour et sa puissance,
- Andrès pour son partage a la reconnoissance,
- Qui ne souffrira point que mes pensers secrets
- _Consultent_ jamais _rien_ contre ses intérêts.
-
- (_L’Ét._ V. 12.)
-
- Il me semble
- Que l’on doit commencer par _consulter_ ensemble
- _Les choses_ qu’on peut faire en cet événement.
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
- J’ai ici un ancien de mes amis, avec qui je serai bien aise de
- _consulter sa maladie_.
-
- (_Pourc._ I. 9.)
-
- Voici un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais
- _consulter la manière_ dont nous vous traiterons.
-
- (_Ibid._ I. 11.)
-
- Je vous prie de me mener chez quelque avocat, pour _consulter
- mon affaire_.
-
- (_Ibid._ II. sc. 12.)
-
-
-CONTE; DONNER D’UN CONTE PAR LE NEZ. Voy. NEZ.
-
-
-CONTENTÉ DE (ÊTRE), être payé, récompensé de:
-
- Vous serez pleinement _contentés de vos soins_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
-
-CONTENTEMENT, construit avec le verbe _être_:
-
- Elle dit que _ce n’est pas contentement_ pour elle que d’avoir
- cinquante-six ans.
-
- (_L’Av._ II. 7.)
-
- «Mais vivre sans plaider, _est-ce contentement_?»
-
- (_Les Plaid._ I. 7.)
-
- _Ce n’est pas contentement_ pour l’injure que j’ai reçue.
-
- (_Méd. m. l._ I. 4.)
-
-Ce n’est pas satisfaction pour l’injure que j’ai reçue.
-
-
-CONTESTE:
-
- La maison à présent, comme savez de reste,
- Au bon monsieur Tartufe appartient sans _conteste_.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
-_Conteste_ est le substantif de _contester_, dont la forme
-primitive est _contrester_ (_contra stare_). Les Italiens disent
-_contrastar_, et nous avons formé, à une époque relativement récente,
-_contraste_, qui est au fond le même mot que _conteste_. On a
-oublié la loi qui changeait l’_a_ des Latins en _e_ français:
-
- «Li marescaus de nostre ost esgarda devant un casal, et
- pierchut la gent Barile qui venoient huant et glatissant, et
- menant li grand tempieste, que bien cuidoient _contrester_ à
- nos fourriers.»
-
- (VILLEHARDHOIN, p. 178, éd. de Mr Paris.)
-
-Nicot écrit _contr’ester_, et cite pour exemple cette phrase:--«Onc
-n’avoit trouvé homme qui luy peust _contr’ester_ en champ de bataille
-Guy de Warwich.»
-
-M. B. Lafaye fait cette distinction chimérique:--«Le _conteste_ est une
-simple difficulté; la _contestation_ en est la manifestation.» (Synon.,
-p. 391). L’un est le mot ancien, et l’autre le moderne: le sens est
-identique.
-
-
-CONTRADICTOIRE A:
-
- Ho, ho! qui des deux croire?
- Ce discours _au premier_ est fort _contradictoire_.
-
- (_L’Ét._ I. 4)
-
-
-CONTRAIRE PARTI:
-
- ... Il se venge hautement en prenant le _contraire parti_.
-
- (_Crit. de L’Éc. des fem._ 6.)
-
-Corneille avait dit, dans _Cinna_:
-
- «Et l’inclination n’a jamais démenti
- Le sang qui t’avoit fait du _contraire parti_.»
-
- (V. 1.)
-
-La prose de Molière nous montre que la locution était ainsi faite, et
-non _parti contraire_.
-
- «Et chacun s’est rangé du _contraire parti_.»
-
- (REGNIER. sat. 17.)
-
-
-CONTRARIÉTÉS, taquineries par représailles:
-
- Laissons ces _contrariétés_,
- Et demeurons ce que nous sommes.
-
- (_Amph._ Prol.)
-
-Il faut noter dans ce mot un exemple de la substitution des liquides
-_l_ et _r_. Les racines sont _contra_ et _alium_; la forme primitive du
-verbe était _contralier_.--Dans Partonopeus:
-
- «Ce sont clergastes qui en mesdient (des femmes),
- «Qui lor meschines _contralient_.
- «Ils sont vilains, et eles foles.
-
- (V. 5489.)
-
- «Grant pechie fait qui _contralie_
- «Dame qui est d’amors marrie.
-
- (V. 6660.)
-
- «Ahi mon! com ies desdaignouse!
- «Ahi! com ies _contraliouse_!
-
- (V. 5423.)
-
-Nous disons _armoire_ (d’_armarium_, racine, _arma_), et nous avons
-raison; nos aïeux écrivaient _almarie_, _almoire_, qu’ils prononçaient
-par _au_, _aumarie_, _aumoire_. (Voyez les _Rois_, _passim_.) C’était
-l’inverse de la faute que nous commettons en disant _contrarier_, pour
-_contralier_.
-
-
-CONTREFAISEUR DE GENS:
-
- Point de quartier à ce _contrefaiseur de gens_.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-
-CONTREFAIT, simulé; UN ZÈLE CONTREFAIT:
-
- .... Attraper les hommes avec _un zèle contrefait_ et une
- charité sophistiquée.
-
- (1er _Placet au Roi_.)
-
-
-CONVULSIONS DE CIVILITÉS:
-
- Et, tandis que tous deux étoient précipités
- Dans les _convulsions de leurs civilités_....
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-
-COQUIN ASSURÉ, effronté coquin:
-
- Que me vient donc conter cet _assuré coquin_?
-
- (_Dép. am._ III. 8.)
-
-Marot, dans son _Épistre au Roi_, _pour avoir esté desrobé_:
-
- «J’avois un jour ung valet de Gascogne,
- «Gourmand, yvrogne, et _assuré menteur_.»
-
-
-CORDE: SI LA CORDE NE ROMPT, formule empruntée au métier du danseur de
-corde:
-
- Nous allons voir beau jeu, _si la corde ne rompt_.
-
- (_L’Ét._ III. 10.)
-
-
-CORRESPONDANCE; DE LA CORRESPONDANCE, du retour:
-
- Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et y
- promettre en même temps _de la correspondance_!
-
- (_G. D._ I. 3.)
-
-On dit bien, dans ce sens, _correspondre à l’amour de quelqu’un_;
-pourquoi pas _correspondance à l’amour_?
-
-
-COTE DE SAINT LOUIS; ÊTRE DE LA CÔTE DE SAINT LOUIS, d’une antique
-noblesse:
-
- Est-ce que nous sommes, nous autres, _de la côte de saint
- Louis_?
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
-Comme Ève était de la côte d’Adam.
-
-
-COUCHER DE, mettre au jeu; figurément:
-
- Tu _couches d’imposture_, et tu m’en as donné.
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
-_Coucher de_ signifie être au jeu pour une somme de: «parce qu’en effet
-on _couche_, on étend l’argent sur une table, sur une carte..... On le
-dit figurément des paroles: Ce garçon ne demande pas moins qu’une fille
-de 100,000 écus; il _couche_ trop gros.--Il ne _couche_ pas moins que
-de faire employer pour lui toutes les puissances.......»
-
- (TRÉVOUX.)
-
- «Vous _couchez d’imposture_, et vous osez jurer!»
-
- (CORN. _Le Ment._)
-
- «J’aurai mille beaux mots chaque jour à te dire;
- «Je _coucherai de feux, de sanglots, de martyre_.»
-
- (Id. _La suite du Menteur._)
-
-Sur quoi Voltaire remarque qu’on disait, en termes de jeu, _couché de
-20 pistoles_, _de 30 pistoles_; _couché belle_.
-
-Les éditions modernes ont _tu payes_. Ce n’était pas la peine de
-changer, pour prêter à Molière une faute de versification.
-
-
-COULEUR, métaphoriquement, faux prétexte, mensonge:
-
- _Sous couleur_ de changer de l’or que l’on doutoit.
-
- (_Étourdi._ II. 7.)
-
-(Voyez DOUTER.)
-
- Ils ont l’art de _donner de belles couleurs à toutes leurs
- intentions_.
-
- (2me _Placet au Roi_.)
-
-Molière a dit, par la même métaphore, _excuses colorées_.
-
- Vous nous payez ici d’_excuses colorées_.
-
- (_Tart._ IV. 1.)
-
- «Des peuples surprins _soubs couleur_ d’amitié et de bonne foy.»
-
- (MONTAIGNE. III. 6.)
-
-Cette métaphore est restée en usage parmi le peuple: C’est _une
-couleur_; on lui a donné _une couleur_.
-
- «Au reste, leurs injustices (des Romains) étoient d’autant plus
- dangereuses, qu’ils savoient mieux les couvrir du prétexte
- spécieux de l’équité, et qu’ils mettoient sous le joug
- insensiblement les rois et les nations, _sous couleur_ de les
- protéger et de les défendre.»
-
- (BOSSUET. _Hist. univ._, IIIe p.)
-
---COULEUR DE FEU, subst. masc.; UN COULEUR DE FEU:
-
- Je vous trouve les lèvres _d’un couleur de feu surprenant_.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-_Couleur de feu_ est ici un terme composé, dans lequel le mot
-_couleur_, pas plus que le mot _feu_, ne fait prédominer son genre.
-L’ensemble est au neutre, dont, en français, la forme ne se distingue
-pas de celle du masculin.
-
-
-COUPER A, couper court à:
-
- Tout cela va le mieux du monde;
- Mais enfin _coupons aux discours_.
-
- (_Amph._ III. 11.)
-
---COUPER CHEMIN A:
-
- _A tous nos démêlés coupons chemin_, de grâce.
-
- (_Mis._ II. 1.)
-
-
-COURIR A, recourir:
-
- Et je suis en suspens si, pour me l’acquérir,
- _Aux extrêmes moyens_ je ne dois point _courir_.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
-
-COURAGE, non pas dans le sens restreint de _valeur_, mais dans le sens
-large du latin _animus_, disposition morale qu’une épithète détermine
-en bien ou en mal:
-
- O la lâche personne!--ô _le foible courage_!
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-
-COURRE; COURRE UN LIÈVRE:
-
- Quand il vous plaira, je vous donnerai le divertissement de
- _courre un lièvre_.
-
- (_G. D._ I. 8.)
-
-C’est la forme primitive dérivée de _currere_, comme _ponre_ (_pondre_)
-de _ponere_. Il est demeuré comme terme de chasse. Des vocabulaires
-techniques seraient de précieux répertoires de notre vieille langue.
-
-
-COURT, pris adverbialement:
-
- Et moi, pour _trancher court_ toute cette dispute....
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
---DEMEURER COURT A QUELQUE CHOSE:
-
- N’as-tu point de honte, toi, de _demeurer court à si peu de
- chose_?
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
---COURT, adjectif; COURT DE, pour à court de....:
-
- Et que tu t’es acquise (la gloire) en tant d’occasions,
- A ne t’être jamais vu _court d’inventions_.
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
-Sur l’emploi de _à_ dans ce passage, voyez: A, par le moyen de.
-
---COURT JOINTÉ (court est ici adverbe), terme de manége; cheval court
-jointé, comme celui du chasseur dans les _Fâcheux_:
-
- Point d’épaules non plus qu’un lièvre; _court jointé_.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-«_Court jointé_, c’est le nom qu’on donne au cheval qui a le paturon
-court, qui a les jambes droites depuis le genou, jusqu’à la couronne.»
-(TRÉVOUX.)
-
-
-COUSU DE PISTOLES:
-
- On viendra me couper la gorge, dans la pensée que je suis _tout
- cousu de pistoles_!
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
-La Fontaine:
-
- «Son voisin, au contraire, étoit _tout cousu d’or_.»
-
- (_Le Savetier et le Financier._)
-
-
-COUVRIR, au figuré, excuser, autoriser, dissimuler:
-
- Ciel, faut-il que le rang dont on veut tout _couvrir_,
- De cent sots tous les jours nous oblige à souffrir!
-
- (_Fâcheux_, I. 6.)
-
- Je veux changer de batterie, _couvrir le zèle que j’ai pour
- vous_, et feindre d’entrer, etc.
-
- (_Mal. im._ I. 10.)
-
- «Nostre religion est faite pour extirper les vices: elle les
- _couvre_, les nourrit, les incite.»
-
- (MONTAIGNE.)
-
-
-CRACHÉ, TOUT CRACHÉ, c’est-à-dire _ressemblant_:
-
- LUCAS. Le v’là _tout craché_ comme on nous l’a défiguré.
-
- (_Méd. m. l._ I. 6.)
-
-Cette métaphore, aujourd’hui reléguée parmi le bas peuple, était,
-au XVIe siècle, du langage ordinaire. Pathelin, qui, comme avocat,
-s’exprime toujours bien, l’emploie sans difficulté. Il loue le drapier,
-monsieur Jousseaume, de ressembler à défunt son père:
-
- «Vrayment c’estes vous tout poché.
- Car quoy? qui vous auroit _craché_
- Tous deux encontre la paroy
- D’une maniere et d’un arroy,
- Si seriez vous sans difference.»
-
-Plus loin, faisant à sa femme le récit de cette scène:
-
- «Et puis, fais-je, saincte Marie!
- Comment prestoit il doucement
- Ses denrées si humblement?
- _C’estes_, fais-je, _vous tout craché_.»
-
- (_Pathelin._)
-
-Observez que nos pères disaient _c’êtes vous_, et non _c’est vous_.
-Ils gardaient au moins l’accord des personnes, en quoi ils se montrent
-meilleurs logiciens que leur postérité.
-
-
-CRAINTE, adverbialement; CRAINTE DE....:
-
- _Crainte_ pourtant _de sinistre aventure_,
- Allons chez nous achever l’entretien.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-Pascal emploie de la même façon _manque_:
-
- «_Manque de loisir_; _manque_ d’avoir contemplé ces infinis.»
-
- (PASC. _Pensées_, p. 367, 120, 124.)
-
-Et l’usage commun a consacré _faute de...._, c’est-à-dire _de_ ou _par
-crainte_, _manque_, _faute_.
-
-Le peuple dit _peur de...._ Le caprice de l’usage n’a point admis cette
-expression.
-
-
-CRAYON, un dessin, une esquisse:
-
- Ce n’est ici qu’un simple _crayon_, un petit impromptu, dont le
- roi a voulu faire un divertissement.
-
- (_Préf. de l’Amour médecin._)
-
-
-CRÉDIT, PRENDRE CRÉDIT SUR:
-
- Et voir si ce n’est point une vaine chimère
- Qui _sur ses sens troublés_ ait su _prendre crédit_.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-
-CRIER QUELQU’UN, LE GRONDER:
-
- Tu ne me diras plus, toi qui toujours _me cries_,
- Que je gâte en brouillon toutes tes fourberies.
-
- (_L’Ét._ II. 14)
-
- Pourquoi _me criez-vous_?--J’ai grand tort, en effet!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-Cet archaïsme rappelle le petit pays où Agnès a été élevée _loin de
-toute pratique_, comme dit Arnolphe.
-
---CRIER APRÈS QUELQU’UN:
-
- ... de zèles indiscrets qui... _crieront_ en public _après
- eux_, qui les accableront d’injures.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
- Ses plus célèbres philosophes (de l’antiquité) ont donné des
- louanges à la comédie, eux qui.... _crioient_ sans cesse _après
- les vices de leur siècle_.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
---CRIER VENGEANCE AU CIEL:
-
- Voilà qui _crie_ vengeance _au ciel_.
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
-
-CRINS-CRINS, de méchants violons, par onomatopée:
-
- Monsieur, ce sont des masques,
- Qui portent des _crins-crins_ et des tambours de basques.
-
- (_Fâcheux_, III. 5.)
-
-
-CROIRE, actif; CROIRE QUELQUE CHOSE, croire à quelque chose:
-
- Un Turc, un hérétique, qui _ne croit ni ciel, ni saint, ni
- Dieu, ni loup-garou_......
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Mais encore faut-il _croire quelque chose_ dans le monde.
- _Qu’est-ce donc que vous croyez?_
-
- (_Ibid._ II. 1.)
-
-Molière emploie _croire quelque chose_ et _croire à quelque chose_:
-
- Un homme qui _croit à ses règles_ plus qu’_à_ toutes les
- démonstrations des mathématiques.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
---CROIRE A QUELQU’UN:
-
- Allez, _ne croyez point à monsieur votre père_.
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
- _A qui croire_ des deux?
-
- (_Am. méd._ II. 5.)
-
-Et, au contraire, dans l’_Étourdi_:
-
- Oh! oh! _qui_ des deux _croire_?
- Ce discours au premier est fort contradictoire.
-
- (_L’Ét._ I. 4.)
-
---CROIRE DU CRIME A QUELQUE CHOSE:
-
- Un homme qui croit à ses règles plus qu’à toutes les
- démonstrations des mathématiques, et qui _croiroit du crime à
- les vouloir examiner_.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-Qui croiroit qu’il y a du crime. La forme elliptique de Molière est
-cent fois préférable.
-
-
-CUL-DE-COUVENT, comme _cul-de-basse-fosse_, _cul-de-sac_, c’est-à-dire
-sac, fosse, et couvent sans issue par l’extrémité opposée à l’entrée:
-
- Vous rebutez mes vœux et me poussez à bout;
- Mais un _cul-de-couvent_ me vengera de tout!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-Voltaire a beaucoup raillé cette expression, _cul-de-sac_: la métaphore
-peut manquer de noblesse (quoique, après tout, l’habitude efface le
-relief de ces locutions), mais elle ne manque pas de justesse, puisque
-le sac se tient assis sur son fond, et qu’une personne obstinée à
-traverser une impasse n’en viendrait non plus à bout qu’une obstinée à
-sortir d’un sac par le fond.
-
-_Cul-de-couvent_ est par analogie. Ce terme énergique est arraché à
-Arnolphe par la fureur. On voit qu’il est, comme au reste il le dit
-lui-même, poussé à bout.
-
-
-CURIOSITÉS au pluriel, dans la même acception qu’au singulier:
-
- Pour les nouveautés
- On peut avoir parfois _des curiosités_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 5.)
-
- La faiblesse humaine est d’avoir
- _Des curiosités_ d’apprendre
- Ce qu’on ne voudroit pas savoir.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
-Molière, en ce passage, s’est rencontré avec un poëte du XIIIe siècle,
-Gibert de Montreuil, qui introduit Gérard de Nevers chantant, dans un
-couplet:
-
- «Si s’en doit on bien garder
- D’enquerre par jalousie
- Chou qu’on ne vouroit trouver.»
-
- (_La Violette_, p. 68.)
-
-
-_D_ EUPHONIQUE:
-
- Il porte une jaquette à grands basques plissées,
- Avec _du dor dessus_.
-
- (_Mis._ II. 6.)
-
- Il a _du dor_ à son habit tout depis le haut jusqu’en bas.
-
- (_D. Juan._ II. 1.)
-
-Dans l’origine du langage, tous les mots étaient armés d’une consonne
-finale, pour préserver la voyelle précédente du choc et de l’élision
-contre une voyelle initiale du mot suivant. Quelquefois cette voyelle
-est demeurée attachée au commencement du mot auquel elle n’appartenait
-pas. Ainsi le substantif _or_ avait fait le verbe _orer_, comme
-_argent_, _argenter_; mais, par suite de quelque locution, comme _c’est
-oré_, on aura écrit _c’est doré_, et le mot _dorer_ est resté.
-
-_Ma(t) ante_ (_mea amita_) est, par la même façon, devenu _ma tante_.
-(Voyez au mot D’AUCUNS).
-
-Le _d_ euphonique jouait un grand rôle dans l’ancienne prononciation;
-on le trouve écrit à chaque page du _Livre des Rois_, de la _Chanson de
-Roland_, des _Sermons de saint Bernard_, etc.
-
- «Cument Semeï ki maldist nostre seignur le rei _escaperad il_
- de mort?»
-
- (_Rois_, p. 193.)
-
-Nous écrivons aujourd’hui entre deux tirets _échappera-t-il_; il
-est certain cependant que ce _t_ final appartient au verbe, dont il
-caractérise la troisième personne.
-
- «Il y en a _d’aucunes_ qui prennent des maris seulement pour se
- tirer de la contrainte de leurs parents.»
-
- (_Mal. imag._ II. 7.)
-
-Le _d_ appartient au verbe: _il y en ad_, comme dans ce vers du Roland:
-
- «En l’oret punt i _ad_ asez reliques.»
-
-«Dans la poignée dorée de Durandal il y a beaucoup de reliques.»
-
-Il serait donc mieux d’imprimer _avec dud or_..... _Il y en ad aucunes._
-
-Mais comme le sens des traditions se perd souvent, on a cru que ce _d_
-était l’initiale du second mot, et on l’a si bien cru, que l’usage s’en
-est établi, et que l’Académie le ratifie en permettant de commencer une
-phrase par _d’aucuns_: _d’aucuns_ ont dit, _d’aucuns_ ont pensé.....
-_d’aucuns_ croiront que j’en suis amoureux..... On voit ici l’origine
-de cette méprise. C’est justement comme si l’on disait un jour: Mes
-souliers sont _pétroits_, sous prétexte qu’on fait sonner le _p_ dans
-_trop étroits_.
-
-(Voyez sur le D euphonique: _Des Variations du langage français_, p. 92
-et 339).
-
-
-D’ABORD QUE:
-
- Je n’en ai point douté _d’abord que_ je l’ai vue.
-
- (_Éc. des fem._ V. 9.)
-
-
-DADAIS. Voy. MALITORNE.
-
-
-DAME! exclamation:
-
- _Oh! dame_, interrompez-moi donc!...
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
-_Dame_ est la traduction primitive de _dominum_, par syncope _domnum_,
-et, par une prononciation altérée, _damne_, _dame_, _damp_. Ce mot
-s’appliquait au masculin:
-
- «_Il_ est _sire et dame_ du nostre.»
-
- (BARBAZAN, _Fabliaux_. III, p. 44.)
-
-_Dame Dieu_, _damp abbé_.
-
- «Respond Roland: ne place _dame Deu_...»
-
- (_Ch. de Roland_, _passim_.)
-
-_Dam-Martin_, _damp-Pierre_, et autres noms propres, déposent encore du
-sens et de l’étymologie de _dame_.
-
-Ainsi, cette exclamation signifie simplement _Seigneur!_
-
-
-DANS pour _à_:
-
- N’allez point pousser les choses _dans_ les dernières violences
- du pouvoir paternel.
-
- (_L’Av._ V. 4.)
-
- Ne l’examinons point _dans_ la grande rigueur.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
---DESCENDRE DANS DES HUMILITÉS:
-
- Non, ne _descendez point dans ces humilités_.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
---S’INTÉRESSER DANS QUELQUE CHOSE:
-
- Et _dans l’événement_ mon âme _s’intéresse_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
---DANS L’ABORD, au commencement, dès l’abord:
-
- Elle m’a _dans l’abord_ servi de bonne sorte.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
---DANS LA DOUCEUR, en douceur:
-
- Pour moi, je ne le cèle point, je souhaite fort que les choses
- aillent _dans la douceur_.
-
- (_D. Juan._ V. 3.)
-
---DANS UNE HUMEUR (ÊTRE):
-
- Vous êtes aujourd’hui _dans une humeur_ désobligeante.
-
- (_Sicilien._ 7.)
-
---ASSASSINER QUELQU’UN DANS SON BIEN, SON HONNEUR:
-
- On _m’assassine dans le bien_, on _m’assassine dans l’honneur_.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
---COMPRENDRE QUELQU’UN DANS SES CHAGRINS:
-
- _Dans vos_ brusques _chagrins_ je ne puis _vous comprendre_.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-
-_DATIF, de perte ou de profit_:
-
- A qui la bourse?--Ah, dieux, elle _m’_étoit tombée!
-
- (_L’Av._ I. 7.)
-
-_Exciderat mihi._
-
- Rien ne _me_ peut _chasser_ cette image cruelle.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
- Je veux jusqu’au trépas incessamment pleurer
- Ce que tout l’univers ne peut _me réparer_.
-
- (_Ibid._ II. 1.)
-
-_Me chasser_, _me réparer_, pour _chasser_, _réparer à moi_, _à mon
-bénéfice_, ne sont pas conformes à l’usage et ne paraissent pas
-désirables, à cause de l’équivoque qui peut en résulter.
-
- Vous ne voulez pas, vous, _me_ la faire sortir?
-
- (_Fem. sav._ II. 6.)
-
---DEUX PRONOMS AU DATIF placés consécutivement:
-
- Allons, monsieur, faites le dû de votre charge, et
- _dressez-lui-moi_ son procès comme larron et comme suborneur.
-
- (_L’Av._ V. 4.)
-
---DATIF marquant la cause, l’occasion:
-
- Un scrupule me gêne
- _Aux tendres sentiments_ que vous me faites voir.
-
- (_Amph._ I. 3.)
-
-Dans les tendres sentiments, à l’occasion des tendres sentiments.
-
-L’emploi du datif ou de l’ablatif, car c’est tout un, pour exprimer ce
-qu’on rend aujourd’hui avec la préposition _dans_, est un latinisme qui
-remonte à l’origine de la langue. Je me contenterai de deux exemples
-pris chez Montaigne:
-
- «De toutes les absurdités, la plus absurde _aux epicuriens_ est
- desadvouer la force et l’effet des sens.»
-
- (_Essais._ II. ch. 12.)
-
- «C’est à l’adventure quelque sens particulier qui.... advertit
- les poulets de la qualité hostile qui est _au chat_ contre eux.»
-
- (_Ibid._ II. ch. 1.)
-
-_Absurdum est epicureis;--inest feli._ Cette tournure, qui va se
-perdant chaque jour, était encore en pleine vigueur du temps de
-Molière. (Voyez AU, AUX, pour _dans_).
-
---DATIF REDOUBLÉ, ou non redoublé:
-
-Non redoublé:
-
- Il vient avec mon père achever ma ruine,
- Et _c’est sa fille unique à qui_ l’on me destine.
-
- (_Éc. des fem._ V. 6.)
-
-Redoublé:
-
- Que de son cuisinier il s’est fait un mérite,
- Et que _c’est à sa table à qui_ l’on rend visite.
-
- (_Mis._ III.)
-
-(Voyez A, _datif redoublé surabondamment_.)
-
-
-DAUBER QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE, au figuré:
-
- Je _les dauberai_ tant en toutes rencontres, qu’à la fin ils se
- rendront sages.
-
- (_Crit. de L’Éc. des fem._ 6.)
-
- On m’a dit qu’on va le _dauber, lui et toutes ses comédies_, de
- la belle manière.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
- «_Daube_ au coucher du roi
- Son camarade absent.»
-
- (LA FONT. _Les Obsèques de la lionne._)
-
---DAUBER SUR QUELQU’UN:
-
- Comme _sur les maris_ accusés de souffrance
- Votre langue en tout temps a _daubé_ d’importance.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-D’AUCUNS, D’AUCUNES:
-
- _Il y en a d’aucunes_ qui prennent des maris seulement pour se
- tirer de la contrainte de leurs parents.
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
-Cette façon de parler n’est explicable que comme un reste de l’ancien
-langage français, et par le _d_ euphonique. L’écriture a mal figuré
-l’expression en attachant le _d_ à aucuns; c’est au verbe qu’il
-appartient: il y en a_d_ aucunes.
-
-Ensuite de cette méprise, dont l’œil seulement, et non l’oreille,
-pouvait s’apercevoir, s’est établi l’usage de commencer une phrase par
-_d’aucuns_: _d’aucuns ont pensé..._
-
-(Voyez D _euphonique_, et DE devant _certains_.)
-
-
-DAVANTAGE QUE:
-
- Oui, vous ne pourriez pas lui dire _davantage
- Que_ ce que je lui dis pour le faire être sage.
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
- JACQUELINE. Pour un quarquié de vaigne qu’il avoit _davantage
- que_ le jeune Robin.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 2.)
-
- Il n’y a rien assurément qui chatouille _davantage que_ les
- approbations que vous dites.
-
- (_B. gent._ I. 1.)
-
-Tous les grammairiens condamnent hautement cette façon de parler; et
-tous nos plus habiles écrivains l’ont employée: Amyot, la Bruyère,
-Sarrasin, Molière, Bouhours, Bossuet, J. J. Rousseau. (_Des variations
-du langage français_, p. 425.)
-
-Le substantif _avantage_ se construit avec _sur_. _Davantage_ (_de_ ou
-_par avantage_) marque une comparaison, et se construit comme _plus_,
-avec la marque du comparatif _que_. L’idée de l’adjectif au comparatif
-prévaut sur la forme du substantif.
-
-Dire, comme font les grammairiens, que _davantage_ est adverbe, par
-conséquent incapable d’un régime, c’est ne rien dire; c’est mettre en
-fait le point en question. Au reste, deux autorités sont en présence,
-on n’a qu’à choisir.
-
- «La foiblesse de l’homme paroît bien _davantage_ en ceux qui ne
- la connoissent pas _qu’_en ceux qui la connoissent.»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
- «Il est impossible que cette surprise ne fasse rire, parce que
- rien n’y porte _davantage qu’_une disproportion surprenante
- entre ce qu’on attend et ce qu’on voit.»
-
- (_Id._ 11e _Prov._)
-
- «Je puis dire devant Dieu qu’il n’y a rien que je déteste
- _davantage que_ de blesser la vérité.»
-
- (PASCAL, _Ibidem_.)
-
- «L’une en prisant _davantage_ le temporel _que_ le spirituel.»
-
- (_Id._ 12e _Prov._)
-
- «Voulez-vous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de
- vous. Vous le serez _davantage_ par cette conduite _que_ par ne
- pas vous laisser voir.»
-
- (LA BRUYÈRE. _Des biens de la fortune._)
-
- «Quel astre brille _davantage_ dans le firmament _que_ le
- prince de Condé n’a fait en Europe?»
-
- (BOSSUET.)
-
- «Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser _davantage_,
- mais ne nous navre pas tant _que_ une pierre lancée à dessein
- par une main malveillante.»
-
- (_J. J. Rousseau._ 8e _Promenade_.)
-
-Mais voici l’oracle qui abat toutes autorités:
-
- «_Davantage_ NE PEUT PAS être suivi d’un complément, comme
- dans: J’aime _davantage_ la campagne _que_ la ville. Il faut,
- dans ce cas, employer l’adverbe _plus_.»
-
- (M. BONIFACE.)
-
-_Il faut_, paraît bien dur en présence de telles autorités!
-
-
-DE, dans tous les sens du latin _de_, touchant, par, à cause de, pour:
-
- Ne me condamnez point _d’un_ deuil hors de saison.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-Noli damnare me _de_ luctu.
-
- Il me faudroit des journées entières pour me bien expliquer à
- vous _de_ tout ce que je sens.
-
- (_G. D._ III. 5.)
-
- Mais je hais vos messieurs _de_ leurs honteux délais.
-
- (_Amph._ III. 8.)
-
- Ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et
- _dont_ je sens fort bien que je ne pourrai me taire quelque
- jour.
-
- (_Ép. dédic. de l’Éc. des fem._)
-
- «Romains, j’aime la gloire, et ne veux point _m’en taire_.»
-
- (VOLTAIRE. _Rome sauvée._)
-
-_Silere de aliqua re._
-
-Molière dit de même;--_se découvrir de_ quelque chose;--_désavouer
-de_ quelque chose;--_éluder de_... (Voyez ces mots.)
-
- Hélas! si l’on n’aimoit pas,
- _Que seroit-ce de la vie_?
-
- (_Pourc._ III. 10.)
-
-_Quid esset de vita?_
-
- «J’ai veu un gentilhomme de bonne maison aveugle nay, au moins
- aveugle de tel aage qu’il ne sçait _que c’est de veue_.»
-
- (MONTAIGNE. II. ch. 12.)
-
- Mille gens le sont bien[47], sans vous faire bravade,
- Qui _de_ mine, _de_ cœur, _de_ biens et _de_ maison,
- Ne feroient avec vous nulle comparaison.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- [47] Cocus.
-
-_De_ n’est pas ici marque du génitif: _comparaison de mine_, _de
-cœur_, _etc._; c’est le latin _de_, comme dans ces formules _de moi_,
-_de soi_, pour _quant à moi_, _quant à soi_; et dans celles-ci,
-_de l’Allemagne_;--_de la prière_;--_de la grâce_;--_de l’amitié_.
-Comparaison _quant_ à la mine, au cœur, etc.
-
-Le même emploi de _de_ paraît dans cet autre passage: Agnès, dit Horace,
-
- N’a plus voulu songer à retourner chez soi,
- Et _de_ tout son destin s’est _commise_ à ma foi.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-C’est un pur latinisme:--Confidere alicui _de_ aliqua re.--Et ce
-latinisme remonte à l’origine de la langue:
-
- «E tut li poples oïd cume li Reis fist sun cumandement _de_
- Absalon.»
-
- (_Rois_, p. 186.)
-
-_De_ remplit encore l’office du _de_ latin dans cette locution _de
-rien_; cela ne sert _de rien_:
-
- .... se dépouiller de l’un et de l’autre (sa fille et sa
- fortune) entre les mains d’un homme qui ne nous touche _de
- rien_.
-
- (_Amour méd._ I. 5.)
-
-C’est-à-dire en rien; _de (nulla) re_; _de nihilo_, _nullatenus_.
-
---DE exprimant la cause, la manière, et répondant à _par_, _avec_,
-_pour_:
-
- Mais suis-je pas bien fou, de vouloir raisonner
- Où, _de droit absolu_, j’ai pouvoir d’ordonner?
-
- (_Sgan._ I.)
-
- Après quelques paroles _dont_ je tâchai d’adoucir la douleur de
- cette charmante affligée.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
- C’est une dame
- Qui _de_ quelque espérance avoit flatté mon âme.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Nous faisons maintenant la médecine _d’une_ façon toute nouvelle.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 6.)
-
- Et tâchons d’ébranler, _de force_ ou _d’industrie_,
- Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.
-
- (_Tart._ IV. 2.)
-
-On dit tous les jours, par la même tournure, _de gré ou de force_;
-c’est-à-dire, par gré ou par force.
-
- Vous les voulez _traiter d’un semblable langage_?
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
- Et, _traitant de mépris_ les sens et la matière,
- A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- Et _traitent du même air_ l’honnête homme et le fat.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Avec mépris, avec le même air, le même langage.
-
-Je ne vois pas d’autre explication possible à cette locution, _traiter
-du haut en bas_, qu’en traduisant _du_ par _avec_: _avec le haut
-en bas_, en mettant en bas ce qui est en haut; c’est-à-dire, en
-renversant, bouleversant cette personne, en lui mettant la tête aux
-pieds.
-
- Quel sort ont nos yeux en partage,
- Et qu’est-ce qu’ils ont fait aux dieux,
- _De_ ne jouir d’aucun hommage....
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-_Pour_ s’emploie plus communément à cet usage: Qu’ont-ils fait _pour_
-ne jouir d’aucun hommage?
-
---DE, entre deux verbes, le second à l’infinitif:
-
- _Je croyois_ tout perdu _de crier_ de la sorte.
-
- (_Sgan._ 3.)
-
- Et je _le donnerois_ à bien d’autres qu’à moi,
- _De se voir_ sans chagrin au point où je me voi.
-
- (_Ibid._ 16.)
-
- Ah! voilà qui _me plaît de parler_ de la sorte!
-
- (_Ibid._ 18.)
-
- _Ai-je fait_ quelque mal _de_ coucher avec vous?
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Il n’est aucune horreur que mon forfait _ne passe
- D’avoir_ offensé vos beaux yeux.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
-Dans ce dernier passage, on pourrait peut-être construire _de_ avec
-_forfait_: le forfait d’avoir offensé vos beaux yeux.
-
- Ils _se mêlent_ de trop d’affaires,
- _De prétendre_ tenir nos chastes feux gênés.
-
- (_Amph._ II. 3)
-
- Est-ce pour rire, ou si tous deux _vous extravaguez, de
- vouloir_ que je sois médecin?
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
---DE, _entre deux substantifs_, où il ne marque pas le génitif du
-second, mais en fait la qualification du premier:
-
- Réglez-vous, regardez _l’honnête homme de père_
- Que vous avez du ciel.
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
-D’Olivet essaye d’expliquer le tour par un latinisme, parce que Plaute
-a dit: _Scelus viri, monstrum mulieris._
-
-Vaugelas trouve ce _de_ «bien étrange, mais bien françois.»
-
- «Et puis, à l’aide d’une échelle
- «Qu’un _maraud de valet_ lui tint.»
-
- (VERGIER. _Le Rossignol._)
-
- «_Un saint homme de chat_, bien fourré, gros et gras.»
-
- (LA FONT. _Fables._ VII. 16.)
-
---DE, représentant _que le_:
-
- C’est un étrange fait _du_ soin que vous prenez
- A me venir toujours jeter mon âge au nez.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
- Chose étrange _d’_aimer!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-Chose étrange _que le_ soin... _que_ l’aimer! l’infinitif pris
-substantivement.
-
- _Chose étrange de voir_ comme avec passion
- Un chacun est coiffé de son opinion!
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-La construction grammaticale est: la chose d’aimer,... la chose de
-voir,... le fait du soin... est étrange. Les infinitifs _voir_,
-_aimer_, sont ici de véritables substantifs; et cette façon d’employer
-_de_ rentre dans l’article précédent, où l’on voit _de_ entre deux
-substantifs, servant à qualifier le premier par le second.
-
-(Voyez DU.)
-
---DE, remplaçant _à_ entre deux verbes:
-
- La crainte fait en moi l’office du zèle..., et me _réduit
- d’applaudir_ bien souvent à ce que mon âme déteste.
-
- (_D. J._ I. 1.)
-
- Ah! _je vous apprendrai de me traiter_ ainsi!
-
- (_Amph._ III. 4.)
-
-Molière prend cette tournure pour fuir l’hiatus: me réduit _à
-app_laudir.--Je vous _apprendrai à_... Il dit de même _commencer
-de_... _obliger de_... _chercher de_. (Voyez ces mots.)
-
- Une galère turque où on les avoit _invités d’entrer_.
-
- (_Scapin._ III. 3.)
-
- Cet amas d’actions indignes dont on a peine _d’adoucir_ le
- mauvais visage.
-
- (_D. J._ IV. 6.)
-
-_Peine à adoucir_ serait insupportable.
-
- «Il exhorta le poëte _de_ ne plus faire de vers la nuit.»
-
- (SCARRON. _Rom. com._, 1re part., ch. 12.)
-
-Le XVIIe siècle employait sans difficulté _de_ pour _à_, comme aussi
-_devant_ pour _avant_.
-
-Voyez CHERCHER DE,--COMMENCER DE,--CONCLURE DE,--FEINDRE DE et
-FEINDRE A.
-
---DE, et non _des_, devant un adjectif que l’on traite aujourd’hui
-comme incorporé au substantif:
-
- Et dans tous ses propos
- On voit qu’il se travaille à dire _de bons mots_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-On dirait aujourd’hui, sans scrupule, _des bons mots_.--_Bon mot_
-n’étant considéré que pour un substantif, comme _jeune homme_.
-
---DE, entre deux substantifs, marquant le sens actif du premier sur le
-second:
-
-Chez les Latins, _amor patris_ signifiait aussi bien la tendresse du
-père au fils que celle du fils au père; c’était au reste de la phrase
-à déterminer l’acception active ou passive. Molière a dit de même,
-_la contrainte des parents_, pour exprimer, non la contrainte qu’ils
-subissent, mais celle qu’ils imposent:
-
- Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se
- tirer de _la contrainte de leurs parents_.
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
-(Voyez aux mots CHOIX, CHOSE, HYMEN.)
-
---DE; _supprimé_ après _aimer mieux...._ suivi d’un infinitif:
-
- Et j’ai bien _mieux aimé_ me voir aux mains d’un autre,
- _Que ne pas mériter_ un cœur comme le vôtre.
-
- (_Éc. des mar._ III. 10.)
-
- _J’aimerois mieux_ mourir _que la voir_ abusée.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2)
-
---Après _à moins que_, suivi d’un infinitif:
-
- Et l’on ne doit jamais souffrir, sans dire un mot,
- De semblables affronts, _à moins qu’être_ un vrai sot.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
---Après _avant que_, suivi d’un infinitif:
-
- Laisse-m’en rire encore _avant que te le dire_.
-
- (_L’Ét._ II. 13.)
-
- Mais _avant que passer_, Frosine, à ce discours....
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
- J’ai voulu qu’il sortît _avant que vous parler_.
-
- (_Fâcheux._ III. 3.)
-
- _Avant que nous lier_, il faut nous mieux connoître.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Pour la forme, il faudra, s’il vous plaît, qu’on m’apporte,
- _Avant que se coucher_, les clefs de votre porte.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
---Après _plutôt que_, suivi d’un infinitif:
-
- ...................................................
- Que son cœur tout à moi d’un tel projet s’offense,
- Qu’elle mourroit _plutôt qu’en souffrir l’insolence_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 13.)
-
-Cela paraît une concession à la mesure, car ailleurs Molière exprime le
-_de_:
-
- Sinon faites état de m’arracher le jour,
- _Plutôt que de m’ôter_ l’objet de mon amour.
-
- (_Éc. des mar._ III. 8.)
-
---Après _valoir mieux que_, suivi d’un infinitif:
-
- _Il vaut mieux_, quand on craint ces malheurs éclatants,
- En mourir tout d’un coup _que traîner_ si longtemps.
-
- (_Mélicerte._ II. 5.)
-
---Après _quelque chose_:
-
- Je crains fort pour mon fait _quelque chose approchant_.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
---Dans cette locution, _rien de tel_:
-
- Il n’est _rien tel_ en ce monde que de se contenter.
-
- (_D. J._ I. 2.)
-
- «Il n’est _rien tel_ que les jésuites.»
-
- (PASCAL. 3e _Prov._)
-
---Après _vous plaît-il_, suivi d’un infinitif:
-
- _Vous plaît-il_, don Juan, _nous éclaircir_ ces beaux mystères.
-
- (_D. J._ I. 3.)
-
---DE, _surabondant_, après _valoir mieux_:
-
- Il leur _vaudroit bien mieux_, les pauvres animaux, _de_
- travailler beaucoup et _de_ manger de même.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
- _Il vaut bien mieux_ pour vous _de_ prendre un vieux mari qui
- vous donne beaucoup de bien.
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- _Il me vaudroit bien mieux d’être_ au diable que d’être à lui.
-
- (_D. J._ I. 1.)
-
-Après _prétendre_:
-
- C’est en vain que tu _prétendrois de_ me le déguiser.
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
---Surabondant avec _dont_ et _en_:
-
- Ce n’est pas _de_ ces sortes de respects _dont_ je vous parle.
-
- (_G. D._ II. 3.)
-
- Ce n’est pas _de vous_, madame, _dont_ il est amoureux.
-
- (_Am. magn._ II. 3.)
-
- Mais _de vous_, cher compère, il _en_ est autrement!
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-(Voyez A _répété surabondamment_.)
-
---Devant _besoin_; IL EST DE BESOIN:
-
- MARTINE.
-
- Laissez-moi: j’aurai soin
- De vous encourager, s’_il en est de besoin_.
-
- (_Fem. sav._ V. 2.)
-
---Devant _certains_:
-
- Il y a _de certains_ impertinents au monde qui viennent prendre
- les gens pour ce qu’ils ne sont pas.
-
- (_Méd. m. lui_ II. 9.)
-
---Devant _aucuns_:
-
- Il y en a d’_aucunes_ qui prennent des maris seulement pour se
- tirer de la contrainte de leurs parents.
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
-(Voyez D euphonique.)
-
---Devant _coutume_ dans cette locution, _avoir de coutume_:
-
- ... Pour vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les
- nuits, comme vous _aviez de coutume_.
-
- (_Scapin._ II. 5.)
-
---Après _à quoi bon_, suivi d’un infinitif:
-
- Ah j’enrage!--_A quoi bon de te cacher_ de moi?
-
- (_Fâch._ III. 4.)
-
- _A quoi bon de dissimuler?_
-
- (_Le Sicilien._ 7.)
-
---DÉ, particule inséparable en composition:
-
- Et l’on me _désosie_ enfin,
- Comme on vous _désamphitryonne_.
-
- (_Amph._ III. 8.)
-
-_De_ avait en latin la même valeur, et Lucile, par le même procédé que
-Molière, avait forgé _deargenture_, _depeculare_ et _depoculare_, voler
-de l’argent, des coupes:
-
- «Depeculassere[48] aliqua, sperans me ac deargentassere.»
-
- (LUCIL. ap NON. 2. 218.)
-
- [48] Ou _depoculassere_.
-
- «Me impune irrisum depeculatumque eis.»
-
- (PLAUT. _Epidic._ IV. 1. 18.)
-
-(Voyez DÉSATTRISTER, DÉSENAMOURER, DÉSUISSER.)
-
-
-DÉ, TENIR LE DÉ, par métaphore empruntée au jeu, où le dé passe de main
-en main:
-
- _A vous le dé_, monsieur.
-
- (_Mis._ V. 4.)
-
---TENIR LE DÉ A (un infinitif):
-
- Car madame _à jaser tient le dé tout le jour_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-
-DÉBATTU, pour _contesté_:
-
- Ce titre par aucun ne leur est _débattu_.
-
- (_Tartufe._ I. 6.)
-
-
-DE BOUT EN BOUT, d’un bout à l’autre, complétement:
-
- Vous saurez tout cela tantôt _de bout en bout_.
-
- (_Mélicerte._ II. 7.)
-
-
-DÉBUTER A QUELQU’UN, avec quelqu’un:
-
- Par où _lui débuter_?
-
- (_Dép. am._ III. 4.)
-
-_Par où lui débuter_, signifie _que lui dire d’abord_. _Lui_ est donc
-aussi recevable dans une locution que dans l’autre; il n’y a que la
-différence de l’usage.
-
-
-DE CE QUE, dans le sens de _parce que_:
-
- Ce n’est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir, que _de
- ce qu’il_ est fâcheux à un gentilhomme d’être pendu.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-
-DÉCHANTER; FAIRE DÉCHANTER; métaphoriquement troubler, déranger dans
-ses entreprises:
-
- Tu vois qu’à chaque instant _il te fait déchanter_.
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
-Il te fait sortir du ton et perdre la mesure.
-
-
-DÉCHARPIR, séparer des combattants acharnés l’un contre l’autre:
-
- Andrès et Trufaldin, à l’éclat du murmure,
- Ainsi que force monde accourus d’aventure,
- Ont à les _décharpir_ eu de la peine assez;
- Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés.
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
-Nicot, et Trévoux après lui, donnent le verbe _charpir_; _charpir de
-la laine_, _carpere lanam_; et par composition, _décharpir_, _charpir_
-entièrement, comme _définir_, de _finir_.
-
-Il nous reste encore le substantif _charpie_.
-
-_Décharpir_ les combattants, est regrettable comme terme expressif;
-_séparer_ est loin d’atteindre à la même énergie.
-
-
-DÉCORUM (GARDER LE) DE:
-
- Non, mais il faut sans cesse
- _Garder le décorum de la divinité_.
-
- (_Amph._ prol.)
-
-
-DÉCOUCHER (SE), se lever:
-
- MORON.
-
- Car en chasseur fameux j’étois enharnaché,
- Et dès le point du jour _je m’étois découché_.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 2.)
-
-C’est un archaïsme:
-
- «Quand ce vint à l’endemain, toutes les mesnies de l’ostel
- s’assemblerent, et vinrent au seigneur à l’heure qu’il fut
- _descouché_.»
-
- (FROISSART, _Chron._ III. 22.)
-
-Dans le récit de l’assassinat du connétable de Clisson par Pierre de
-Craon:
-
- «Duquel coup il (Clisson) versa jus de son cheval, droit à
- l’encontre de l’huis d’un fournier, qui jà estoit _descouché_
- pour ordonner ses besognes et faire son pain et cuire.»
-
- (Id. IV. ch. 28.)
-
-
-DÉCOUVRIR (SE) DE...:
-
- Souffrez pour vous parler, madame, qu’un amant
- Prenne l’occasion de cet heureux instant,
- Et _se découvre à vous de la sincère flamme_....
-
- (_Fem. sav._ I. 4.)
-
-(Voyez DE dans tous les sens du latin _de_.)
-
---DÉCOUVRIR QUELQU’UN (un adjectif), démontrer qu’il est ce que marque
-l’adjectif:
-
- Tous les hommes sont semblables par les paroles; ce n’est que
- _les actions qui les découvrent différents_.
-
- (_L’Avare_, I. 1.)
-
-
-DE FORCE OU D’INDUSTRIE, par force ou par adresse:
-
- Et tâchons d’ébranler, _de force ou d’industrie_,
- Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.
-
- (_Tart._ IV. 2.)
-
-(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)
-
-
-DE LA FAÇON, ainsi, de cette sorte:
-
- Est-ce _de la façon_ que l’on doit me parler?
-
- (_Mélicerte._ II. 5.)
-
- On se riroit de vous, Alceste, tout de bon,
- Si l’on vous entendoit parler _de la façon_.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-
-DÉCRIS au pluriel:
-
- Oh! que je sais au roi bon gré de ces _décris_!
-
- (_Éc. des mar._ II. 9.)
-
-Le _décri_ est une défense faite à _cri_ public. _Cri_ et _crier_
-ont fait _décri_ et _décrier_: c’est revenir sur la permission ou
-l’ordonnance proclamée par le _cri_.
-
-De là l’expression figurée, _tomber dans le décri_.
-
-
-DEDANS, préposition:
-
- Et je crois que le ciel, _dedans un rang si bas_,
- Cache son origine, et ne l’en tire pas.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
- Il est vrai: c’est tomber d’un mal _dedans un pire_.
-
- (_Ibidem._)
-
- Mon argent bien-aimé, rentrez _dedans ma poche_.
-
- (_L’Ét._ II. 6.)
-
- La vieille Égyptienne à l’heure même...--Hé bien?
- --Passoit _dedans la place_, et ne songeoit à rien.
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
- Je lis _dedans son âme_, et vois ce qui le presse.
-
- (_Dép. am._ III. 5.)
-
- Las! il vit comme un saint, et _dedans la maison_
- Du matin jusqu’au soir il est en oraison.
-
- (_Ibid._ III. 6.)
-
- Et je tremble à présent _dedans la Canicule_.
-
- (_Sganarelle._ 2.)
-
- Puis-je obtenir de vous de savoir l’aventure
- Qui fait _dedans vos mains_ trouver cette peinture?
-
- (_Ibid._ 9.)
-
-_Dedans_, _dessus_, _dessous_, _devers_, suivis d’un complément, sont
-aussi vieux que la langue française. Je ne vois pas sur quelle autorité
-l’on a prétendu, depuis un demi-siècle, les restreindre au rôle
-d’adverbes. C’est apparemment pour leur inventer une valeur différente
-de celle de la forme simple _dans_, _sur_, _sous_, _vers_, dont ils ne
-sont qu’une variante. Mais après avoir proclamé, d’une manière absolue,
-qu’il n’y avait dans aucune langue deux mots parfaitement synonymes,
-il fallait nécessairement reviser la nôtre, constituer à chacun de ses
-mots un apanage, et le circonscrire, sans égard pour les anciennes
-limites; autrement cette profonde maxime eût été bien vite renversée.
-
-C’est ce qui fait que Molière, Pascal et Bossuet sont remplis de
-solécismes posthumes.
-
- «Le sultan dormoit lors, et _dedans son domaine_
- «Chacun dormoit aussi.»
-
- (LA FONT. _Fables._ XI. 1.)
-
- «Ceux qui ont la foi vive _dedans le cœur_ voient...»
-
- (PASCAL. _Pensées_, p. 173.)
-
-Le dictionnaire de Nicot (1606) donne encore pour exemples:
-
- «Il est _dedans la maison_;--_dedans vingt jours_;--_dedans
- l’an et jour_ de la spoliation et du trouble.»
-
-(Voyez DESSUS, DESSOUS, DEVANT, DEVERS.)
-
-
-DÉDITES, pour _dédisez_:
-
- Puisque je l’ai promis, ne m’en _dédisez_ pas.
-
- (_Tart._ III. 4.)
-
-C’est la leçon donnée par l’édition de P. Didot, 1821. L’édition de
-1710 et toutes les modernes ont _ne m’en dédites pas_.
-
-J’ai vérifié sur l’édition originale, imprimée sous les yeux et
-aux frais de Molière, par Jean Ribou, le 23 juin 1669, il y a bien
-_dédites_. «Ne m’en _desdites_ pas.»
-
-Trévoux:
-
- «_Nous desdisons, vous desdisez_, et, selon quelques-uns, _vous
- desdites_.»
-
-Et il cite, en exemple de cette seconde forme, le vers de Molière.
-
-Je n’hésite pas à penser que Molière a ici péché contre la langue,
-et même contre le bon usage de son temps. L’Académie a raison, qui
-prescrit _vous dédisez_ et _dédisez-vous_, comme _vous élisez_,
-_cuisez_, _lisez_, _vous disez_ et _vous contredisez_.
-
-Vous _dictes_, contraction de _dic(i)tis_, est une forme isolée,
-bizarre, dont il serait très-curieux de signaler les premiers exemples,
-car la forme primitive doit avoir été _vous disez_; la preuve en
-demeure dans tous les composés de _dire_, _médire_, _prédire_,
-_maudire_, _contredire_, _interdire_. Mais cette forme _vous dites_
-remonte à une bien haute antiquité: Palsgrave, en 1530, la donne, et ne
-fait de l’autre aucune mention.
-
-A ce qu’il paraît, Molière s’est laissé entraîner à former le composé
-comme le simple, et P. Didot à rectifier la faute de Molière. L’un et
-l’autre a eu tort.
-
-
-DÉFAIRE (SE), perdre contenance, se démonter:
-
- MORON. Courage, seigneur...., _ne vous défaites pas_.
-
- (_Pr. d’Él._ IV. 1.)
-
-Le participe passé est encore en usage: l’air défait, le visage défait.
-
-
-DÉFENDRE, verbe actif, interdire:
-
- Ah! monsieur, qu’est ceci? _je défends la surprise_!
-
- (_Dép. am._ III. 7.)
-
-
-DÉFÉRER A..., consulter, s’en rapporter à....:
-
- Ce n’est pas _à mon cœur_ qu’il faut que _je défère_,
- Pour entrer sous de tels liens.
-
- (_Psyché._ I. 3.)
-
-
-DÉFIGURÉ, porteur d’une laide figure:
-
- Alors qu’une autre vieille assez _défigurée_
- L’ayant de près, au nez, longtemps considérée...
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
-
-DÉFIGURER (patois), peindre la figure:
-
- LUCAS. Le v’là tout craché, comme on nous l’a _défiguré_.
-
- (_Méd. m. l._ I. 6.)
-
-_Défiguré_ est une faute de langage comme la peut faire Lucas; il
-devait dire simplement _figuré_; c’est comme parle Célimène:
-
- Voici monsieur Dubois plaisamment _figuré_.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
-
-DÉGOISER, babiller:
-
- Peste! madame la nourrice, comme _vous dégoisez_!
-
- (_Méd. m. lui._ II. 2.)
-
-Racines _dé_ et _gosier_, comme qui dirait _dégosier_. _S’égosiller_
-est composé d’une manière analogue avec _é_, répondant au latin _ex_.
-
-On disait autrefois _dégoiser_, neutre, et _se dégoiser_, réfléchi,
-comme _s’égosiller_: «Les oiseaux _se dégoisent_; oiseaux qui _se
-dégoisent_. Les oiseaux _dégoisent leurs chansonnettes_ et ramages.»
-
-Nicot, après ces exemples, donne le substantif _dégoisement_, que nous
-n’avons plus.
-
-
-DE LA FAÇON QUE, de la façon dont:
-
- Hélas! _de la façon qu’il parle_, serait-il bien possible qu’il
- ne dît pas vrai?
-
- (_Mal. im._ I. 4.)
-
-_Que_ représente en français les neutres _quid_, _quod_, et les cas obliques de
-_qui_:--eo modo _quo_ loquitur.
-
-(Voyez QUE répondant à l’ablatif du _qui_ relatif des Latins.)
-
- «_De la manière_ enfin _qu’_avec toi j’ai vécu,
- «Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»
-
- (CORNEILLE, _Cinna_. V. 1.)
-
-
-DÉLIBÉRÉS, substantif; UN DÉLIBÉRÉ, un homme délibéré:
-
- Je sais des officiers de justice altérés,
- Qui sont pour de tels coups _de vrais délibérés_.
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
-
-DÉLICATESSE D’HONNEUR, susceptibilité de vertu ou de pruderie:
-
- Je ne vois rien de si ridicule que cette _délicatesse
- d’honneur_ qui prend tout en mauvaise part.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-Molière a dit aussi, par une expression analogue, _un chagrin délicat._
-
-
-DÉLIÉ, pour _mince_, _transparent_:
-
- Cette coiffe est un peu trop _déliée_; j’en vais quérir une
- plus épaisse.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-Pascal l’a employé au figuré:
-
- «Cette _erreur_ est si _déliée_, que, pour peu qu’on s’en
- éloigne, on se trouve dans la vérité.»
-
- (3e _Prov._)
-
-
-DEMAIN JOUR, comme _demain matin_:
-
- Et tu m’avois prié même que mon retour
- T’y souffrît en repos jusques à _demain jour_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
-
-DE MA PART, pour ma part, quant à moi:
-
- Je saurai, _de ma part_, expliquer ce silence.
-
- (_Mis._ V. 2.)
-
-
-DÉMÊLÉ, substantif; AVOIR DÉMÊLÉ AVEC QUELQU’UN:
-
- Il en a bien usé, et j’ai regret _d’avoir démêlé avec lui_.
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
-
-DE MÊME, adverbe employé pour _pareil_, _égal_:
-
- C’est un transport si grand qu’il n’en est point _de même_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
- Jamais il ne s’est vu de surprise _de même_.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-
-DÉMENTIR, désavouer, DÉMENTIR UN BILLET:
-
- Ce _billet démenti_ pour n’avoir point de seing....
- --Pourquoi le _démentir_, puisqu’il est de ma main?
-
- (_Don Garcie._ II. 5.)
-
-Mais Molière jugea lui-même cette expression inexacte; et cinq ans plus
-tard, lorsqu’il transporta dans le _Misanthrope_ une partie de cette
-scène de _Don Garcie_, il corrigea ces vers de la manière suivante:
-
- Le _désavouerez-vous_ pour n’avoir point de seing?
- --Pourquoi _désavouer_ un billet de ma main?
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
---DÉMENTIR QUELQU’UN DE:
-
- A quoi bon se montrer, et, comme un étourdi,
- _Me_ venir _démentir de tout ce que je di_?
-
- (_L’Ét._ I. 5.)
-
-(Voyez MENTIR DE QUELQUE CHOSE.)
-
---SE DÉMENTIR DE:
-
- _Tu te démens_ bientôt _de tes bons sentiments_.
-
- (_Sgan._ 23.)
-
-
-DEMI; SANS (un substantif) NI DEMI:
-
- Cette infâme,
- Dont le coupable feu, trop bien vérifié,
- _Sans respect ni demi_ nous a cocufié.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-Sans respect ni demi-respect, sans le moindre respect.
-
-
-DÉMORDRE DES RÈGLES:
-
- C’est un homme qui.... _ne démordroit pas_ d’un _iota_ des
- règles des anciens.
-
- (_Pourc._ I. 7.)
-
-
-DENIER, pour exprimer l’ensemble d’une somme d’argent:
-
- Quatre ou cinq mille écus _est un denier_ considérable, et qui
- vaut bien la peine qu’un homme manque à sa parole.
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
-_Est_ un denier, et non pas _sont_ un denier.
-
-(Voyez cet exemple, discuté au mot CE SONT.)
-
-
-DENT, AVOIR UNE DENT DE LAIT CONTRE QUELQU’UN:
-
- C’est que vous avez, mon frère, _une dent de lait contre lui_.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-Une rancune qui date d’aussi loin que possible, du temps où l’on était
-en nourrice.
-
---EN DÉPIT DE NOS DENTS:
-
- N’avons-nous pas assez des autres accidents
- Qui nous viennent frapper, _en dépit de nos dents_?
-
- (_Sgan._ 17.)
-
-(Voyez DÉPIT.)
-
---MALGRÉ MES DENTS:
-
- Ils m’ont fait médecin _malgré mes dents_.
-
- (_Méd. m. lui._ III. 1.)
-
-Quoi que je fisse pour m’en défendre.
-
- Et, pour la mieux braver, voilà, _malgré ses dents_,
- Martine que j’amène et rétablis céans.
-
- (_Fem. sav._ V. 2.)
-
---AVOIR LES DENTS LONGUES, _avoir faim_; on suppose que la faim aiguise
-les dents:
-
- On a le temps _d’avoir les dents longues_, lorsqu’on attend
- pour vivre le trépas de quelqu’un.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 2.)
-
---ÊTRE SUR LES DENTS:
-
- La pauvre Françoise _est presque sur les dents_, à frotter les
- planchers que.... etc.
-
- (_B. Gent._ III. 3.)
-
-
-DÉPARTIR; SE DÉPARTIR DE (un infinitif):
-
- Tu ne _t’es pas départi d’y prétendre_?
-
- (_L’Av._ IV. 5.)
-
-La préposition, ici, figure deux fois: à l’état libre et à l’état
-composé, comme en latin _de_cedere _de_; _de_ducere _de_; _de_trahere
-_de_; _de_cidere _de_, _etc._, _etc._
-
-(Voyez AMUSER (S’) A.)
-
-
-DÉPIT, EN DÉPIT QUE J’EN AIE:
-
- Il faut que je lui sois fidèle, _en dépit que j’en aie_.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Je me sens pour vous de la tendresse, _en dépit que j’en aie_.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
- Je prétends le guérir, _en dépit qu’il en ait_.
-
- (_Pourc._ II. 1.)
-
- Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net,
- D’épouser une fille _en dépit qu’elle en ait_.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
-Cette locution, _en dépit que j’en aie_, est l’analogue de cette autre,
-_malgré que j’en aie_, qui s’analyse très-facilement.
-
-Il faut partir, mal gré, c’est-à-dire, tel mauvais gré que j’en aie.
-C’est une sorte d’accusatif absolu.
-
-(Voyez MALGRÉ QUE J’EN AIE.)
-
-Mais dans l’autre expression on rencontre, de plus, la préposition
-_en_, dont rien ne justifie la présence. On ne dirait pas: _en mal
-gré que j’en aie_. Il semble que l’on aurait dû dire, avec une exacte
-parité: _dépit que j’en aye_, sans _en_. C’est que cet _en_ n’est pas
-une préposition, mais une partie mal à propos séparée de l’ancien
-mot _endépit_: _endépit_, comme _encharge_, _encommencement_, et les
-verbes _engarder_, _enrouiller_, _enseller_ un cheval, s’_engeler_,
-s’_endemener_, _etc._, qui sont les anciennes formes. La vraie
-orthographe serait donc _endépit qu’on en ait_, et la locution
-redevient parfaitement claire et logique. Ici, comme en une foule de
-cas, l’oreille entend juste, mais l’œil voit faux, parce que la main
-s’est trompée.
-
-
-DÉPOUILLER (SE) ENTRE LES MAINS DE QUELQU’UN:
-
- Amasser du bien avec de grands travaux, élever une fille avec
- beaucoup de soin et de tendresse, pour _se dépouiller_ de l’un
- et de l’autre _entre les mains_ d’un homme qui ne nous touche
- de rien.
-
- (_Am. méd._ I. 5.)
-
-
-DEPUIS, suivi d’un infinitif, comme _après_:
-
- _Depuis avoir connu_ feu monsieur votre père... j’ai voyagé par
- tout le monde.
-
- (_B. Gent._ IV. 5.)
-
-
-DE QUI, pour _dont_ ou _duquel_:
-
- Au mérite souvent _de qui_ l’éclat vous blesse
- Vos chagrins font ouvrir les yeux d’une maîtresse.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Depuis huit jours entiers, avec vos longues traites,
- Nous sommes à piquer deux chiennes de mazettes,
- _De qui_ le train maudit nous a tant secoués,
- Que je me sens, pour moi, tous les membres roués.
-
- (_Sgan._ 7.)
-
- Quoi! me soupçonnez-vous d’avoir une pensée
- _De qui_ son âme ait lieu de se croire offensée?
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Il court parmi le monde un livre abominable,
- Et _de qui_ la lecture est même condamnable.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-Il était bien facile à Molière de mettre _duquel_; mais il paraît avoir
-eu, ainsi que tous ses contemporains, une répugnance décidée à se
-servir de ce mot, si prodigué de nos jours.
-
-De même:
-
- Tous deux m’ont rencontrée, et se sont plaints à moi
- D’un trait _à qui_ mon cœur ne sauroit prêter foi.
-
- (_Mis._ V. 4.)
-
-Il était bien aisé de mettre _auquel_, si _à qui_ eût été une faute.
-
-(Voyez LEQUEL _évité_.)
-
-
-DE QUOI, d’où? comment?
-
- _De quoi_ donc connaissez-vous monsieur?
-
- (_Am. méd._ II. 2.)
-
---VOILA BIEN DE QUOI!....
-
- Hé bien? qu’est-ce que cela, soixante ans? _voilà bien de
- quoi!_...
-
- (_L’Av._ II. 6.)
-
-Il y a ici réticence d’un verbe, comme _s’étonner_, _se récrier_.
-
-
-DÉRACINER LES CARREAUX:
-
- NICOLE.--Et d’un grand maître tireur d’armes, qui vient, avec
- ses battements de pied, ébranler toute la maison, et nous
- _déraciner tous les carriaux_ de notre salle.
-
- (_B. Gent._ III. 3.)
-
-
-DERNIER, extrême, _summus_:
-
- Je vous vois accabler un homme de caresses,
- Et témoigner pour lui _les dernières tendresses_.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- On dit qu’avec Bélise il est _du dernier bien_.
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
- Les _dernières violences_ du pouvoir paternel.
-
- (_L’Av._ V. 4.)
-
- .... C’est pour une affaire _de la dernière conséquence_.
-
- (_G. D._ III. 4.)
-
-C’est la locution favorite des précieuses: _du dernier beau_, _du
-dernier galant_; _je vous aurois la dernière obligation_; etc.
-
-Mais Molière n’en prétend blâmer que l’abus, car lui-même en fait un
-usage fréquent, ainsi que Pascal:
-
- «C’est là où vous verrez _la dernière bénignité_ de la conduite
- de nos pères.»
-
- (PASCAL, 9e _prov._)
-
-
-DÉROBER, verbe actif, comme _voler_; DÉROBER QUELQU’UN:
-
- Pour aller ainsi vêtu, il faut bien que _vous me dérobiez_.
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
---DÉROBER (SE) D’AUPRÈS DE....:
-
- Il vous dira... que... _je me suis dérobée d’auprès de lui_.
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
-
-DÉSATTRISTER:
-
- Donnez-lui le loisir de se _désattrister_.
-
- (_L’Ét._ II. 4.)
-
-(Voyez DÉ, particule inséparable en composition.)
-
-
-DÉSAVOUER QUELQU’UN DE:
-
- Et vous avez eu peur de _le désavouer
- Du trait_ qu’à ce pauvre homme il a voulu jouer.
-
- (_Tart._ IV. 3.)
-
-
-DÈS DEVANT, dès avant:
-
- --Moi je vins hier?--Sans doute; et _dès devant_ l’aurore
- Vous vous en êtes retourné.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
-
-DÉSENAMOURÉ:
-
- Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie
- Soit _désenamourée_, ou si c’est raillerie?
-
- (_Dép. am._ I. 4.)
-
-L’absence de ce mot ou d’un équivalent est une lacune sensible dans la
-langue. Nous sommes réduits à une circonlocution, comme: soit revenu
-de son amour. _Enamouré_ est aussi une perte, mal dissimulée par
-_amoureux_.
-
-On remarquera dans ce mot la présence de l’_s_ euphonique, qui sert
-à lier sans hiatus les racines: _dé (s) enamourer_, comme _dé (s)
-enfler_, _dé (s) habiller_, _dé (s) honorer_, _etc._ Cette particule
-inséparable en composition n’est autre que le _de_ latin, qui n’a
-droit par lui-même à aucune consonne finale. Aussi n’en voit-on
-pas dans _détromper_, _dédire_, _défaire_, _démentir_, _etc._, où
-elle n’était point nécessaire. On écrivait à la vérité _desdire_,
-_desfaire_; mais c’était pour donner à l’_e_ suivi d’une double
-consonne le son aigu, que nous obtenons aujourd’hui par l’accent.
-
-
-DÉSESPÉRER, verbe neutre, se désespérer:
-
- GEORGES DANDIN.--_Je désespère!_
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
-Les Anglais ont gardé cet emploi du même verbe:
-
- «_Despair_ and Die!»
-
- (SHAKSPEARE. _Rich. III._)
-
-Palsgrave (1530), dans sa table des verbes, le donne comme verbe neutre
-et verbe réfléchi. Voici son article:
-
- «_I Despayre, I am in wan hope._--_Je despère_ (_sic_) primæ
- conjugat.--Dispayre nat man: God is there he was wonte to be:
- _ne te despère pas_; Dieu est là où il souloyt estre.»
-
-Par où l’on voit que _désespérer_ est une forme moderne et allongée. On
-fit d’abord de _desperare_, _despérer_; puis, par l’insertion de l’_s_
-euphonique (voy. DÉSENAMOURER), _dé(s)espérer_.
-
-La première forme est calquée sur le mot latin;
-
-La seconde est ajustée sur le latin, d’après les habitudes françaises.
-
---DÉSESPÉRÉ CONTRE QUELQU’UN:
-
- J’étois aigri, fâché, _désespéré contre elle_!
-
- (_Éc. des fem._ IV. 1.)
-
-
-DES MIEUX, comme ceux qui (ici le verbe) le mieux:
-
- ..... Enfermez-vous _des mieux_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-Soyez des mieux enfermés.
-
- Voilà qui va _des mieux_.
- Mais parlons du sujet qui m’amène en ces lieux.
-
- (_Fem. sav._ II. 1.)
-
-
-DE SOI, en soi, par soi-même:
-
- Cet accident, _de soi_, doit être indifférent.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- Le choix du fils d’Oronte est glorieux, _de soi_.
-
- (_Ibid._ V. 7.)
-
- La noblesse, _de soi_, est bonne.
-
- (_G. D._ I. 1.)
-
-_De_, dans cette locution, se rapporte au sens du latin _de_,
-c’est-à-dire, par rapport à soi, en ce qui la touche.
-
-Il faut observer que ce mot _moi_ est entré dans la langue pour
-traduire _meus_, et qu’à l’origine on ne le rencontre pas comme pronom
-de la première personne; c’est l’adjectif _moi_, _moie_; _meus_, _mea_.
-Par conséquent, _de moi_ correspond exactement à la locution latine
-_de meo_, employée par Plaute, Térence et Cicéron, dans un sens à la
-vérité un peu différent; puisqu’il signifie _à mes frais_; mais mon
-observation porte surtout sur la forme matérielle.
-
-Les Latins disaient aussi, _de me_, _de te_, pour _de meo_, _de tuo_:
-_De te largitor_ (TER.): donne _de toi_. Sois généreux à tes propres
-dépens.
-
-
-DÉSOSIER et DÉSAMPHITRYONNER. Voyez DÉ, particule inséparable en
-composition.
-
-
-DESSALÉE; UNE DESSALÉE, une matoise, une rusée:
-
- Vous faites la sournoise; mais je vous connois il y a
- longtemps, et vous êtes _une dessalée_.
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-
-DESSOUS, substantivement; AVOIR DU DESSOUS:
-
- Est-il possible que toujours _j’aurai du dessous avec elle_?
-
- (_G. D._ II. 13.)
-
- «Nous _avons_ toujours _du dessus_ et _du dessous_, de plus
- habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus
- misérables, pour abaisser notre orgueil et relever notre
- abjection.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 229.)
-
-Il est fâcheux qu’on ait laissé perdre cette expression utile, car on
-peut _avoir du dessous_ sans avoir complétement _le dessous_. C’est
-pour avoir eu trop souvent _du dessous_ dans ses querelles de ménage,
-que George Dandin finit par _avoir le dessous_.
-
---DESSOUS, préposition avec un complément:
-
- Je sais qu’il est rangé _dessous les lois_ d’une autre.
-
- (_Dép. am._ II. 3.)
-
-Voyez DEDANS, DESSUS, DEVANT, DEVERS.
-
-
-DESSUISSER (SE), quitter le rôle de Suisse:
-
- Si vous êtes d’accord, par un bonheur extrême,
- Je me _dessuisse_ donc; et redeviens moi-même,
-
- (_L’Ét._ V. 7.)
-
-
-DESSUS, préposition:
-
- Le bonhomme tout vieux chérit fort la lumière,
- Et ne veut point de jeu _dessus cette matière_.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
- Vous étendiez la patte
- Plus brusquement qu’un chat _dessus une souris_.
-
- (_Ibid._ IV. 5.)
-
- Attaché _dessus vous_ comme un joueur de boule
- Après le mouvement de la sienne qui roule.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
- Je veux, quoi qu’il en soit, le servir malgré lui,
- Et _dessus_ son lutin obtenir la victoire.
-
- (_Ibid._ V. 11.)
-
- Faites parler les droits qu’on a _dessus mon cœur_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Il pourroit bien, mettant _affront dessus affront_,
- Charger de bois mon dos comme il a fait mon front.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
- _Dessus ses grands chevaux_ est monté mon courage.
-
- (_Ibid._ 21.)
-
- _Dessus quel fondement_ venez-vous donc, mon frère....
-
- (_Éc. des mar._ III. 9.)
-
- Si j’avois _dessus moi_ ces paroles nouvelles,
- Nous les lirions ensemble, et verrions les plus belles.
-
- (_Fâch._ I. 5.)
-
- Pour moi, venant _dessus le lieu_,
- J’ai trouvé l’action tellement hors d’usage....
-
- (_Ibid._ II. 7.)
-
-_Dessus_ et _dessous_ étaient originairement prépositions, comme leurs
-formes plus simples, _sur_ et _sous_.
-
- «_Dessus mes piez_ charrunt.»
-
- (_Rois._ p. 209.)
-
- «Abaissez as _dessuz mei_ ces ki esturent (_steterunt_)
- encuntre mei.»
-
- (_Ibid._)
-
-C’est la subtilité des grammairiens modernes qui a inventé de partager
-la puissance entre _sur_, _sous_, et _dessus_, _dessous_, et de réduire
-les seconds au rôle exclusif d’adverbes.
-
-Malherbe et Racan disaient sans scrupule: _dessus mes
-volontés_;--_dedans la misère_;--_ce sera dessous cette égide_, et
-Port-Royal s’y accorde; mais l’oracle Vaugelas n’avait pas encore
-parlé! Il parle, et Ménage déclare, d’après lui, que ces mots, comme
-prépositions, «_ne sont plus du bel usage_.» Toutefois Vaugelas veut
-bien, par grâce, excepter de sa règle trois façons de parler:
-
-1° «Quand on met de suite les deux contraires. Exemple: Il n’y a pas
-assez d’or ni _dessus_ ni _dessous la terre_.
-
-2° «Quand il y a deux prépositions de suite, quoique non
-contraires:--Elle n’est ni _dedans ni dessus le coffre_.
-
-3° «Lorsqu’il y a une autre préposition devant:--_Par-dessus la tête_,
-_par-dessous le bras_, _par dehors la ville_,» _etc._
-
-L’usage, en rejetant les deux premiers articles de cette loi, a
-confirmé le dernier, qui n’est pas plus justifié que les deux autres.
-Que de caprice et d’arbitraire dans tout cela! En vérité, quand on
-examine les actes de ces tyrans de notre langue, on est honteux d’être
-soumis à leur autorité.
-
-J’oubliais de dire que Vaugelas reçoit comme légitime dans les vers ce
-qu’il condamne comme solécisme dans la prose.
-
-(Voyez DEDANS, DESSOUS, DEVANT, DEVERS.)
-
-
-DÉTACHER (SE) CONTRE QUELQU’UN, se déchaîner:
-
- Et son jaloux dépit, qu’avec peine elle cache,
- En tous endroits sous main _contre moi se détache_.
-
- (_Mis._ III. 3.)
-
-
-DÉTERMINER A, dans le sens _d’ordonner de_:
-
- Et cet homme est monsieur, que _je vous détermine
- A_ voir comme l’époux que mon choix vous destine.
-
- (_Fem. sav._ III. 6.)
-
-
-DÉTOUR, angle formé par une rue ou quelque saillie de maison; COIN D’UN
-DÉTOUR:
-
- Un de mes gens la garde _au coin de ce détour_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
-
-DÉTOURNEMENT DE TÊTE:
-
- Leurs _détournements de tête_ et leurs cachements de visage
- firent dire cent sottises de leur conduite.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-
-DÉTRUIRE QUELQU’UN, ruiner son crédit:
-
- Quel mal vous ai-je fait, madame, et quelle offense,
- Pour armer contre moi toute votre éloquence,
- Pour _me_ vouloir _détruire_, et prendre tant de soin
- De me rendre odieux aux gens dont j’ai besoin?
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-
-DEVANT, préposition, pour _avant_:
-
- Je crie toujours, Voilà qui est beau! _devant_ que les
- chandelles soient allumées.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
- Et, _devant qu’il_ vous pût ôter à mon ardeur,
- Mon bras de mille coups lui perceroit le cœur.
-
- (_Éc. des mar._ III. 3.)
-
- «Celle-ci prévoyoit jusqu’aux moindres orages,
- Et _devant_ qu’ils fussent éclos
- Les annonçoit aux matelots.»
-
- (LA FONT. _Fables._ I. 8.)
-
-Pascal fixe l’âge viril à vingt ans:
-
- «_Devant ce temps_ l’on est enfant.»
-
- (_Sur l’amour_, p. 396.)
-
- «Mais si les Égyptiens n’ont pas inventé l’agriculture, ni les
- autres arts que nous voyons _devant le déluge_...»
-
- (BOSSUET. _Hist. univ._ 3e part.)
-
- «A vous parler franchement, l’intérêt du directeur va presque
- toujours _devant le salut_ de celui qui est sous la direction.»
-
- (ST.-ÉVREMONT. _Conv. du P. Canaye._)
-
- «Il lui demanda, _devant_ que de l’acheter, à quoi il lui
- seroit propre.»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
-Les grammairiens n’ont pas manqué d’exercer sur _avant_ et _devant_ la
-sagacité de leur esprit subtil. Ils signalent entre _avant_ et _devant_
-une différence essentielle, et dont il importe de se bien pénétrer:
-c’est que «_avant_ est plus abstrait, et _devant_ plus concret[49].»
-C’est la raison qui fait que, suivant le même auteur, «on n’emploie
-plus _devant_ par rapport au temps.» L’argument ne paraît pas concluant.
-
- [49] _Des Synonymes français_, par M. B. Lafaye.
-
-Un autre assure que «le génie de notre langue établit une différence
-entre les _déterminatifs avant_ et _devant_[50].» Ce que je puis à mon
-tour assurer, c’est que _devant_ se trouve comme synonyme d’_avant_,
-dans le berceau de notre langue. La traduction des _Rois_, faite au XIe
-siècle, s’en sert sans scrupule:--«E pis que nuls qui _devant lui_ out
-ested envers N. S. uverad (p. 309),» Asa ouvra envers N. S. pis que nul
-qui eût été _devant lui_.
-
- [50] _Résumé de toutes les grammaires_, par N. Landais.
-
-M. Nap. Landais peut-il se flatter de connaître le génie de la langue
-française mieux que ceux qui l’ont créée; mieux que Bossuet, Pascal,
-Corneille, Molière, et la Fontaine?
-
-_Avant_, _devant_, sont deux formes du même mot inventées pour les
-besoins de l’euphonie et de la versification, comme _dans_ et _dedans_,
-_sur_ et _dessus_, _sous_ et _dessous_. La perte de ces doubles formes
-a été préjudiciable surtout à la poésie, et la suppression de ces
-petites ressources a contribué, plus qu’on ne pense, à la décadence de
-l’art.
-
-Comme en certains cas donnés l’on employait indifféremment _à_ et _de_
-(voyez DE remplaçant _à_ devant un verbe), de même on substituait l’un
-à l’autre _avant_ et _devant_.
-
-_Dedans_, _dessus_, _dessous_, _devers_, sont dans le même cas. (Voyez
-ces mots.)
-
-
-DEVERS, préposition comme _vers_:
-
- LUCAS.--Tourne un peu ton visage _devers moi_.
-
- (_G. D._ II. 1.)
-
-C’est un paysan qui parle, à qui Molière prête des locutions surannées.
-
-_Devers_ et _envers_ ont été jadis employés pour _vers_, comme on en
-voit un exemple dans une vieille chanson introduite par Beaumarchais
-dans le _Mariage de Figaro_:
-
- «Tournez-vous donc _envers ici_,
- «Jean de Lyra, mon bel ami.»
-
- «Enfin la Rancune l’ayant tourné dans sa chaise _devers le feu_
- dont l’on avoit chauffé les draps, il ouvrit les yeux.»
-
- (SCARRON. _Rom. com._ Ire p., ch. XI.)
-
-Mais Molière a mis aussi _devers_ dans la bouche des personnages qui
-s’expriment avec le plus d’élégance et de correction:
-
- ÉRASTE.
-
- Il a poussé sa chance,
- Et s’est _devers_ la fin levé longtemps d’avance.
-
- (_Fâch._ I. 1.)
-
- «C’est ainsi _devers Caen_ que tout Normand raisonne.»
-
- (BOILEAU.)
-
- «J’ai des cavales en Égypte, qui conçoivent au hennissement des
- chevaux qui sont _devers Babylone_.»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
-_Devers_ et _envers_ sont des formes variées de _vers_. _Vers_ a été la
-première forme usitée:
-
- «Si hom peche _vers_ altre, a Deu se purrad acorder; e s’il
- peche _vers_ Deu, ki purrad pur lui preier?»
-
- (_Rois._ p. 8.)
-
- «Pur ço que la guerre _vers_ les ennemis Deu mantenist.»
-
- (_Ibid._ p. 71.)
-
-Beaumanoir n’emploie que _vers_:
-
- «Li baillis qui est debonaires _vers_ les malfesans... qui
- _vers_ toz est fel et cruels...»
-
- (T. Ier. p. 18, 19.)
-
-Cependant la version des _Rois_, qui paraît de la fin du XIe siècle,
-connaît déjà _envers_ et _devers_.
-
- «Ore t’aparceif que felenie n’ad en mei ne crimne _envers tei_.»
-
- (P. 95.)
-
- «E pis que nuls ki devant lui out ested _devers_ Nostre Seignur
- uverad.»
-
- (P. 309.)
-
-(Voyez DEDANS, DESSOUS, DEVANT.)
-
-
-DEVOIR; NE DEVOIR QU’A, avec l’ellipse de _rien_:
-
- Hors d’ici _je ne dois plus qu’à_ mon honneur.
-
- (_D. Juan._ III. 5.)
-
-
-DÉVORER DU CŒUR, figur., recevoir avidement:
-
- Et vous devez _du cœur dévorer ces leçons_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
-
-DÉVOTS DE PLACE:
-
- Que ces francs charlatans, que ces _dévots de place_.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
-Comme les _valets de place_, qui se tiennent en vue sur les places
-publiques.
-
-
-DE VRAI: véritablement, _de vero_:
-
- Je ne sais pas, _de vrai_, quel homme il peut être.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Nous verrons, _de vrai_, nous verrons!
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
- Ma foi, c’est promptement, _de vrai_, que j’achèverai.
-
- (_Am. magn._ V. 1.)
-
-Cette locution était jadis très-usitée; les exemples en sont fréquents.
-On disait aussi _au vrai_:
-
- «Je ne sais pas _au vrai_ si vous les lui devez;
- «Mais, il me les a, lui, mille fois demandés.»
-
- (REGNARD. _Le Légataire._ V. 7.)
-
-
-DEXTÉRITÉS, au pluriel, adresse:
-
- Oui, _vos dextérités_ veulent me détourner
- D’un éclaircissement qui vous doit condamner.
-
- (_D. Garcie._ IV. 8.)
-
- Je sais les tours rusés et les subtiles trames
- Dont pour nous en planter savent user les femmes;
- Et comme on est dupé par leurs _dextérités_,
- Contre cet accident j’ai pris mes sûretés.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-D’HOMME D’HONNEUR; ellipse: foi d’homme d’honneur:
-
- _D’homme d’honneur_, il est ainsi que je le dis.
-
- (_Dép. am._ III. 8.)
-
-
-DIABLE; DIABLE EMPORTE SI...:
-
- _Diable emporte si_ je le suis! (médecin.)
-
- (_Méd. mal. lui._ I. 6.)
-
- _Diable emporte si_ j’entends rien en médecine!
-
- (_Ibid._ III. 1.)
-
-C’est une sorte d’atténuation du blasphème complet: Que le diable
-m’emporte si... On en retranche le pronom personnel, pour moins
-d’horreur.
-
---EN DIABLE; COMME TOUS LES DIABLES:
-
- La justice, en ce pays-ci, est rigoureuse _en diable_ contre
- cette sorte de crime.
-
- (_Pourc._ II. 12.)
-
- Elle est sévère _comme tous les diables_, particulièrement sur
- ces sortes de crimes.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-(Voyez QUE DIABLE!)
-
-
-DIANTRE, modification de _diable_; DIANTRE SOIT:
-
- _Diantre soit_ la coquine!
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
---DIANTRE, adjectif; comme _diable_, _diablesse_:
-
- Qu’on est aisément amadoué par ces _diantres_ d’animaux-là!
-
- (_Ibid._ III. 10.)
-
---DIANTRE SOIT DE...:
-
- _Diantre soit de la folle_, avec ses visions!
-
- (_Fem. sav._ I. 5.)
-
---DIANTRE SOIT FAIT DE...:
-
- Encore! _diantre soit fait de vous!_ Si... je le veux.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
-
-DIE, dise:
-
- Veux-tu que je te _die_? une atteinte secrète
- Ne laisse point mon âme en une bonne assiette.
-
- (_Dép. am._ I. 1.)
-
- Ah! souffrez que je _die_,
- Valère, que le cœur qui vous est engagé.....
-
- (_Ibid._ V. 9.)
-
-_Die_ n’est pas une forme suggérée par le besoin de la rime; elle est
-aussi fréquente que _dise_ chez les vieux prosateurs. Malherbe, dans
-ses lettres, n’en emploie pas d’autre.
-
- Voulez-vous que je vous _die_?
-
- (_Impromptu de Versailles._ 3.)
-
-Ainsi cette forme était encore usuelle dans la conversation en 1663.
-
-Cependant, neuf ans après, en 1672, dans les _Femmes savantes_, Molière
-tourne en ridicule le _quoi qu’on die_ de Trissotin:
-
- Faites-la sortir, _quoi qu’on die_,
- De votre riche appartement.
-
-Cette forme alors était donc déjà surannée.
-
-«Il faut toujours, en prose, écrire et prononcer _dise_ et jamais
-_die_, ni avec _quoi que_, ni dans aucune autre phrase.» C’est la
-décision de _Trévoux_, d’après Th. Corneille.
-
-
-DIFFAMER:
-
- MORON.
-
- Je vous croyois la bête
- Dont à me _diffamer_ j’ai vu la gueule prête.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 2.)
-
-L’emploi de _diffamer_ pour _dévorer_, _déchirer_, en parlant d’un
-sanglier, pourrait sembler une bouffonnerie de ce fou de cour; mais
-Furetière nous apprend que «_diffamer_ signifie aussi _salir_, _gâter_,
-_défigurer_. Il a renversé cette sauce sur mon habit: il l’a tout
-_diffamé_. Il lui a donné du taillant de son épée, et lui a tout
-_diffamé_ le visage. En ce sens il est bas.»
-
-Ainsi Moron parle sérieusement et correctement. _Diffamer_,
-aujourd’hui, ne se prend plus qu’au sens moral.
-
-On observera que _diffamer_, au sens moral, n’emporte pas
-nécessairement l’idée de calomnie, ni même aucune idée de blâme,
-puisque Boileau a dit, en parlant des précieuses:
-
- «Reste de ces esprits jadis si renommés,
- Que d’un coup de son art Molière a _diffamés_.»
-
-C’est-à-dire, tout simplement: a perdus de réputation. _Fame_ (_fama_)
-a été français dans l’origine:
-
- «E vint la _fame_ a tuz ces de Israel, que desconfiz furent li
- Philistien.»
-
- (_Rois._ p. 42)
-
-Héli dit à ses fils:
-
- «Votre _fame_ n’est mie saine.»
-
- (_Ibid._ p. 8.)
-
-Vous n’avez pas bonne réputation.
-
-
-DIGNE, en mauvaise part:
-
- Et toutes les hauteurs de sa folle fierté
- Sont _dignes_ tout au moins _de ma sincérité_.
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
- «Mais il (Vasquez) _n’est pas digne de ce reproche_.»
-
- (PASCAL. 11e _Prov._)
-
-
-DINER: AVOIR DINÉ, métaphoriquement:
-
- Mme JOURDAIN.--Il me semble que _j’ai dîné_ quand _je le vois_!
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
-On dirait, par la même métaphore: Je suis _rassasiée_ de le voir.
-
-
-DIRE, actif avec un complément direct, désirer; TROUVER QUELQU’UN A
-DIRE:
-
- Mettez-vous donc bien en tête..... que _je vous trouve à
- dire_ plus que je ne voudrois dans toutes les parties où l’on
- m’entraîne.»
-
- (_Mis._ V. 4.)
-
-Ce verbe _dire_ vient, par une suite de syncopes, non pas de _dicere_,
-mais de _desiderare_, dont on ne retient que les syllabes extrêmes,
-_desiderare_, _desirare_ (d’où l’on a fait à la seconde époque
-_désirer_), et _dere_, dont le premier _e_ se change en _i_, par la
-règle accoutumée. (V. _Des Var. du langage fr._, p. 208).
-
-Ce verbe _dire_ était très-usité au XVIe siècle: Montaigne, la reine de
-Navarre, et les autres, en font constamment usage:
-
- «Que sait-on, si...... plusieurs effects des animaux qui
- excedent nostre capacité sont produits par la faculté de
- quelque sens que nous ayons à _dire_?»
-
- (MONTAIGNE. II. 12.)
-
-A désirer, à regretter; qui nous manque.
-
- «Si nous avions à _dire_ l’intelligence des sons de l’harmonie
- et de la voix, cela apporteroit une confusion inimaginable à
- tout le reste de nostre science.»
-
- (Id. _Ibid._)
-
- «Ce desfault (une taille trop petite) n’a pas seulement de la
- laideur, mais encores de l’incommodité, à ceulx mesmement qui
- ont des commandements et des charges; car l’auctorité que donne
- une belle presence et majesté corporelle en est à _dire_.»
-
- (Id. II. 17.)
-
-L’autorité, par suite de ce défaut, se fait désirer, ne s’obtient pas.
-
-La reine de Navarre écrit à chaque instant dans ses lettres: Le roi et
-madame vous trouvent bien à _dire_; nous vous trouvons bien à _dire_.
-C’est dans ce sens que l’employait encore Célimène en 1666.
-
-Ce mot a disparu, peut-être banni pour laisser régner, sans équivoque
-possible, _dire_, venu de _dicere_.
-
---DIRE de quelque chose TOUS LES MAUX DU MONDE:
-
- Tous les autres comédiens..... en ont dit _tous les maux du
- monde_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
-(Voyez ON DIRAIT DE.)
-
---DIRE pour _redire_:
-
- Ayant eu la bonté de déclarer qu’elle (Votre Majesté) ne
- trouvoit rien à _dire_ dans cette comédie, qu’elle me défendoit
- de produire en public.
-
- (1er _Placet au roi_.)
-
---DIRE construit avec _en_ et _à_; EN DIRE A, pour _être favorable à_:
-
- Si le sort _nous en dit_, tout sera bien réglé.
-
- (_L’Ét._ V. 2.)
-
-Si le sort nous est propice, nous seconde.
-
-Cette bizarre expression est évidemment calquée sur cette façon de
-parler usuelle: Le cœur m’en dit; le cœur vous en dit-il? Molière n’a
-pu s’en servir que dans un ouvrage de sa jeunesse.
-
---DIRE VÉRITÉ, dire _la_ vérité:
-
- Et s’il avoit mon cœur, _à dire vérité_....
-
- (_Mis._ IV. 1.)
-
-
-DISPENSER (SE) A...., se disposer à:
-
- Et c’est aussi pourquoi ma bouche _se dispense_
- A vous ouvrir mon cœur avec plus d’assurance.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-Autrefois, _dispenser_ se disait en pharmacie, pour _disposer_,
-_préparer_.
-
-«Plusieurs auteurs ont écrit en détail la préparation des remèdes
-que les apothicaires doivent _dispenser_. _Dispenser_ la thériaque,
-c’est-à-dire, la préparer. Les statuts des espiciers portent que les
-aspirants à la maistrise _dispenseront_ leur chef-d’œuvre en présence
-de tous les maistres.» (FURETIÈRE.)
-
-Cette ancienne valeur du mot _dispenser_ est encore attestée par le mot
-anglais _dispensary_, pharmacie, dont nous avons refait, à notre tour,
-_dispensaire_.
-
-
-DISPUTER A FAIRE QUELQUE CHOSE:
-
- Je suis un pauvre pâtre; et ce m’est trop de gloire
- Que deux nymphes d’un rang le plus haut du pays
- _Disputent à se faire un époux_ de mon fils.
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
-
-DIVERTIR, du latin _divertere_, détourner, distraire, tourner d’un
-autre côté:
-
- Après de si beaux coups qu’il a su _divertir_.
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
- Votre feinte douceur forge un amusement,
- Pour _divertir_ l’effet de mon ressentiment.
-
- (_D. Garcie._ IV. 8.)
-
- Bonjour.--Hé quoi, toujours ma flamme _divertie_!
-
- (_Fâcheux._ II. 2.)
-
- Viendra-t-il point quelqu’un encor me _divertir_?
-
- (_Ibid._ III. 3.)
-
- Et, cherchant à _divertir cette tristesse_, nous sommes allés
- nous promener sur le port.
-
- (_Scapin._ II. 11.)
-
- «C’est un artifice du diable, de _divertir ailleurs_ les armes
- dont ces gens-là combattoient les hérésies.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 237.)
-
- «Si l’homme étoit heureux, il le seroit d’autant plus qu’il
- seroit moins _diverti_, comme les saints et Dieu.»
-
- (Id. _Ibid._ p. 219.)
-
-
-DONCQUES, archaïsme:
-
- _Doncques_ si le pouvoir de parler m’est ôté,
- Pour moi, j’aime autant perdre aussi l’humanité.
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
-On écrivit originairement avec une _s_ finale, _doncques_, _avecques_,
-_ores_, _illecques_, _mesmes_.
-
-
-DONNER; DONNER A PLEINE TÊTE DANS....:
-
- Il ne faut point douter qu’elle ne _donne à pleine tête dans
- cette tromperie_.
-
- (_Am. magn._ IV. 4.)
-
---DONNER AU TRAVERS DE:
-
- Un homme...... _qui donne au travers des purgations et des
- saignées_.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-_Donner_, dans cette locution, et dans celles qui vont suivre jusqu’à
-_se donner de garde_, est pris au sens de _tomber_ ou _se lancer avec
-impétuosité_, et il est verbe neutre, ou plutôt réfléchi, mais dépourvu
-de son pronom. Les Latins disaient de même _dare se_:--_dare se in
-viam_ (CIC.); _dare se præcipitem_: _dabit me præcipitem in pistrinum_
-(PLAUT.); _dare se fugæ_ (CIC.)
-
-Molière aussi construit _donner_ avec le datif et avec l’accusatif,
-c’est-à-dire, avec _à_ et _dans_.
-
---DONNER CHEZ QUELQU’UN:
-
- _Nous donnions chez les dames romaines_,
- Et tout le monde là parloit de nos fredaines.
-
- (_Fem. sav._ II. 4.)
-
---DONNER DANS:
-
- _Vous donnez_ furieusement _dans le marquis_!
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
- ..... les riches bijoux, les meubles somptueux _où donnent_ ses
- pareilles avec tant de chaleur.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
---DONNER DANS LA VUE, éblouir:
-
- Ce monsieur le comte qui va chez elle _lui donne peut-être dans
- la vue_?
-
- (_B. gent._ III. 9.)
-
---DONNER A UN BRUIT, c’est-à-dire, croire à ce bruit:
-
- Enfin il est constant que l’on n’a point _donné
- Au bruit_ que contre vous sa malice a tourné.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-On n’a point donné créance au bruit, _etc._ Mais, sans recourir à cette
-ellipse violente, _donner au bruit_ est dit comme _donner au piége_,
-c’est-à-dire, _dans le piége_.
-
---DONNER DE GARDE (SE), prendre ses précautions:
-
- Je venois l’avertir de _se donner de garde_.
-
- (_L’Ét._ IV. 1.)
-
-Il y a deux manières d’expliquer cette locution: en y considérant _de_
-comme surabondant, ce qui ne me plaît guère; ou bien en expliquant _se
-donner_, par _se faire_, _se mettre_. _Se donner de garde_, _se faire
-de garde_, se tenir à l’erte, au guet.
-
-On disait aussi, avec un complément indirect, _se donner de garde de
-quelque chose_:
-
- MORON.--_Donnez-vous-en bien de garde_, seigneur, si vous
- voulez m’en croire.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 2.)
-
-_Se donner de garde_ est une ancienne façon de dire _s’apercevoir de
-quelque chose_, _s’en mettre en garde_:
-
- «Et fut tout ce fait si soubdainement, que les gens de la ville
- _ne s’en donnerent de garde_.»
-
- (FROISSART.)
-
---DONNER DES REVERS, renverser d’un soufflet, métaphoriquement:
-
- Toutefois n’allez pas, sur cette sûreté,
- _Donner de vos revers_ au projet que je tente.
-
- (_L’Ét._ II. 1.)
-
---EN DONNER A QUELQU’UN, lui en donner à garder, le tromper:
-
- Tu couches d’imposture, et _tu m’en as donné_.
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
-(Voyez COUCHER DE.)
-
- Ah, ah! l’homme de bien, _vous m’en vouliez donner_!
-
- (_Tart._ IV. 7.)
-
-Cet _en_ ne se rapporte grammaticalement à rien, comme dans plusieurs
-expressions analogues: _en tenir_, _en faire_, etc.
-
---EN DONNER DU LONG ET DU LARGE:
-
- _Donnons-en_ à ce fourbe _et du long et du large_.
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
-Donnons-lui-en dans tous les sens, accommodons-le de toutes les façons
-possibles, de toutes pièces.
-
---DONNER LA BAIE....:
-
- Le sort a bien _donné la baie_ à mon espoir.
-
- (_L’Ét._ II. 13.)
-
-(Voyez BAIE.)
-
---DONNER LA MAIN ou LES MAINS A..., métaphoriquement, soutenir:
-
- _Donne la main à mon dépit_, et soutiens ma résolution.....
-
- (_B. gent._ III. 9.)
-
- Pourvu que votre cœur veuille _donner les mains_
- Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains.
-
- (_Mis._ V. sc. dernière.)
-
-Un cœur qui donne les mains est une image fausse, et une expression
-forcée.
-
-La Fontaine a dit absolument _donner les mains_, dans le sens où le
-vulgaire dit aujourd’hui _mettre les pouces_:
-
- «De façon que le philosophe fut obligé de _donner les mains_.»
-
- (_Vie d’Ésope._)
-
---DONNER UN CRIME, UNE RÉPUTATION:
-
- J’ignore le détail du _crime qu’on vous donne_.
-
- (_Tart._ V. 6.)
-
-C’est le latin _dare crimen alicui_.
-
- Je me souviens toujours du soir qu’elle eut envie de voir
- Damon, sur _la réputation qu’on lui donne_, et les choses que
- le public a vues de lui.
-
- (_Critique de l’École des fem._ sc. 2.)
-
-On disait de même, au XVIe siècle, _donner un bruit à quelqu’un_:
-c’était lui attribuer une réputation. Bonnivet était
-
- «Des dames mieux voulu que ne feut oncques François, tant pour
- sa beauté, bonne grace et parole, que pour _le bruit que chacun
- luy donnoit_ d’estre l’un des plus adroits et hardis aux armes
- qui feust de son temps.»
-
- (La R. DE NAV. _Heptaméron_, nouvelle 14.)
-
- «Elle connoissoit le contraire du faux _bruit que l’on donnoit
- aux François_.»
-
- (_Ibid._)
-
-(Voyez BRUIT.)
-
-
-DONT, au sens de _par qui_, _de qui_:
-
- C’est moi, vous dis-je, moi, _dont_ le patron le sait.
-
- (_Dép. am._ III. 7.)
-
-Cette expression pèche par l’équivoque: il semble que Mascarille
-veuille dire: _ego_, CUJUS _dominus id rescivit_,--et il veut dire: A
-QUO OU _per quem dominus id rescivit_.
-
-L’ancienne orthographe eût évité cette confusion (aux yeux du moins),
-en écrivant: _dond_ le patron le sait.--_Unde id rescivit._
-
---DONT, pour _de qui_, avec un nom de personne:
-
- Messieurs les maréchaux, _dont_ j’ai commandement.
-
- (_Mis._ II. 7.)
-
- Mon fils, _dont_ votre fille acceptoit l’hyménée.....
-
- (_Sgan._ 7.)
-
- Et principalement ma mère étant morte, _dont_ on ne peut m’ôter
- le bien.
-
- (_L’Av._ II. 1.)
-
- Comme ami de son maître de musique, _dont_ j’ai obtenu le
- pouvoir de dire qu’il m’envoie à sa place.
-
- (_Mal. im._ II. 1.)
-
---DONT, par laquelle:
-
- La beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède
- facilement à cette douce violence _dont_ elle nous entraîne.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
- La bassesse de ma fortune, _dont_ il plaît au ciel de rabattre
- l’ambition de mon amour.....
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
---DONT A LA MAISON, pour _à la maison de qui_:
-
- L’objet de votre amour, lui, _dont à la maison_
- Votre imposture enlève un brillant héritage.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-Molière ne s’est permis qu’une seule fois cette tournure entortillée,
-et c’est dans son premier ouvrage; car, malgré la chronologie reçue, je
-tiens le _Dépit amoureux_ aîné de l’_Étourdi_.
-
-Bossuet fournit un exemple d’une construction aussi bizarre:
-
- «On a peine à placer Osymanduas, _dont_ nous voyons de si
- magnifiques monuments dans Diodore, et de si belles marques _de
- ses combats_.
-
- (_Hist. un._ IIIe p. § 3.)
-
-_Dont nous voyons de si belles marques de ses combats!_ pour _des
-combats de qui nous voyons de si belles marques_. Il n’y a point de
-doute que ce ne soit là une construction très-vicieuse. Les saints ont
-eu leurs faiblesses, dit Voltaire; ce n’est point leurs faiblesses
-qu’il faut imiter.
-
---DONT, au neutre, pour _de quoi_:
-
- Ah! poltron, _dont_ j’enrage!
- Lâche! vrai cœur de poule!
-
- (_Sgan._ 21.)
-
-Ah! poltron que je suis, de quoi j’enrage; c’est-à-dire, d’être
-poltron. _Unde venit mihi rabies._
-
---DONT relatif, séparé de son sujet:
-
- Comme _le mal_ fut prompt, _dont_ on la vit mourir.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-(Voyez QUI RELATIF, séparé de son sujet.)
-
-
-D’ORES-EN-AVANT:
-
- THOMAS DIAFOIRUS. Aussi mon cœur, _d’ores-en-avant_
- tournera-t-il toujours vers les astres resplendissants de vos
- yeux adorables.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
-Archaïsme, comme _ne plus_, _ne moins_. On voit que Thomas Diafoirus
-est issu de vieille bourgeoisie. On a dit, en ôtant l’_s d’ore_,
-_dorenavant_, et l’on met aujourd’hui un accent sur l’_é_,
-_dorénavant_; en sorte que les racines de ce mot sembleraient être
-_doré_ et _navant_. C’est _d’ora in avanti_, _d’ore en avant_.
-
-Il est fâcheux que l’Académie consacre l’orthographe et la
-prononciation vicieuses.
-
-
-DORMIR SA RÉFECTION, ce qu’il faut pour se refaire.
-
- Le sommeil est nécessaire à l’homme; et lorsqu’on ne _dort pas
- sa réfection_, il arrive que.....
-
- (_Prol. de la Pr. d’Él._, 2.)
-
-
-DOS; TOMBER SUR LE DOS A QUELQU’UN, en parlant d’un événement fâcheux:
-
- Il faut que tout le mal _tombe sur notre dos_.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
-
-DOT, substantif masculin, archaïsme:
-
- L’ordre est que le futur doit doter la future
- Du tiers _du dot_ qu’il a.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 2.)
-
-Les éditeurs modernes ont substitué «du tiers _de_ dot.»--Il faudrait
-au moins du tiers _de la_ dot.
-
- C’est une raillerie que de vouloir me constituer _son dot_ de
- toutes les dépenses qu’elle ne fera point.
-
- (_L’Av._ II. 6.)
-
-Montaigne fait toujours _dot_ masculin. Ménage: «Il faut dire _la dot_
-et non pas _le dot_, comme dit M. de Vaugelas dans sa traduction de
-Quinte-Curce, et M. d’Ablancourt dans tous ses livres. Nicot dit _le
-dost_, qui est encore plus mauvais que _le dot_.» (_Obs. sur la lang.
-fr._ p. 126.)
-
-L’_Avare_ est de 1668, et Ménage écrivait ses observations en 1672, un
-an avant la mort de Molière. C’est donc vers cette seconde date que le
-genre du mot _dot_ a été fixé au féminin.
-
-M. Auger cite ce vers du _Riche vilain_:
-
- «_Un grand dot_ est suivi d’une grande arrogance.»
-
-Le moyen âge disait _dos_ fém., et _dotum_, neutre.
-
-(Voyez DU CANGE, au mot _dotum_.)
-
-
-DOUBLE, substantif, pièce de monnaie:
-
- Vous ne les auriez pas, s’il s’en falloit _un double_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
- Il n’y a point de monsieur maître Jacques _pour un double_!
-
- (_L’Av._ III. 6.)
-
-C’est-à-dire qu’il se tient plus cher, à plus haut prix. Le double était
-une petite monnaie de billon. _Il n’y en a point pour un double_,
-espèce d’adage pour exprimer un refus formel, une dénégation.
-
-
-DOUBLE FILS DE PUTAIN:
-
- _Double fils de putain_, de trop d’orgueil enflé.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-_Put_, _pute_, du latin _putidus_, par apocope, ancien adjectif qui
-signifiait à peu près _vilain_, _vilaine_. Il est encore d’usage dans
-les Vosges et la Franche-Comté. Un vieux noël en patois lorrain, sur
-l’Épiphanie, dit, en parlant du roi d’Éthiopie:
-
- «Qui ot ce _put_ chabrouillé?»
-
-Qui est ce vilain barbouillé?
-
-La terminaison _ain_ s’ajoutait volontiers, dans les premiers temps de
-la langue, aux noms de femme ou de femelle. Ève, Èvain; Berte, Bertain.
-Dans le roman de Renard, la poule s’appelle _Pinte_ et _Pintain_. M.
-Ampère pense que c’est un vestige d’anciennes déclinaisons, et la
-marque du cas oblique; je suis plus porté à y voir simplement une forme
-de diminutif.
-
-
-DOUCEUR DE CŒUR, tendresse, amour:
-
- Il se rend complaisant à tout ce qu’elle dit,
- Et pourroit bien avoir _douceur de cœur_ pour elle.
-
- (_Tart._ III. 1.)
-
-
-DOUTER, verbe actif, DOUTER QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire, le redouter,
-le tenir suspect:
-
- Sous couleur de changer de l’or _que l’on doutoit_.
-
- (_L’Ét._ II. 7.)
-
-De l’or que l’on craignait qui ne fût faux.
-
-_Douter_, se disait jadis en la forme simple; _redouter_ marquait
-la répétition, l’augmentation de la crainte. Nicot dit: «DOUBTER,
-_hesitare_, _dubitare_, _vereri_, _timere_.»
-
- «Il n’y a homme tant hardi qui ne _doubte_ trop d’en aller
- cueillir.»
-
- (_Amadis._ livre II.)
-
- CLOVIS _à saint Remi_.
-
- «Sire arcevesque, nous lavez
- «Corps et ame dedans ces fons,
- «Pour nous garder d’aller à fons
- «D’enfer, qui tant fait à _doubter_.»
-
- (_Mystère de Ste Clotilde._)
-
-Froissart ne connaît que le verbe _douter_ ou _se douter_, pour
-signifier _redouter_:
-
- «Le clerc _se doubta_ du chevalier, car Il estoit crueux....
- il vint en presence du sire de Corasse, et luy dit:.... Je ne
- suis pas si fort en ce pays comme vous estes; mais sachez que,
- au plustost que je pourrai, je vous envoierai tel champion
- que vous _doubterez_ plus que vous ne faictes moi. Le sire de
- Corasse..... luy dict: Va à Dieu, va; fais ce que tu peux: _je
- te doubte_ autant mort que vif.».
-
- (FROISSART. _Chron._ III. ch. 22.)
-
-_Se douter_ avait le même sens. Pathelin confie à sa femme son plan
-pour duper le drapier: Bon, dit Guillemette:
-
- «Mais se vous renchéez arrière,
- «Que justice vous en repreigne,
- «_Je me doute_ qu’il ne vous preigne
- «Pis la moitié qu’à l’autre fois.»
-
- (_Pathelin._)
-
-«Mais si vous ne réussissez pas, et que la justice s’en mêle, j’ai peur
-qu’il ne vous en arrive la moitié pis que la dernière fois.»
-
-
-DOUZE, dans une espèce de rébus ou de calembour trivial:
-
- JACQUELINE. Je vous _dis et vous douze_ (10 et 12) que tous ces
- médecins n’y feront rian que de l’iau claire.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 2.)
-
-
-DRAPS BLANCS; METTRE QUELQU’UN DANS DE BEAUX DRAPS BLANCS, par ironie:
-
- Ah! coquines, vous nous mettez _dans de beaux draps blancs_!
-
- (_Préc. rid._ 18.)
-
-
-DRESSER; DRESSER UN ARTIFICE:
-
- Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,
- Que pour avoir vos biens on _dresse un artifice_?
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Mais pour lequel des deux princes au moins _dressez-vous tout
- cet artifice_?
-
- (_Am. magn._ IV. 4.)
-
---DRESSER SA PROMENADE VERS...., la diriger:
-
- _Dressons notre promenade_, ma fille, _vers_ cette belle grotte
- où j’ai promis d’aller.
-
- (_Ibid._ III. 1.)
-
- «Elle _dressa_ donc _ses pas_ vers le lieu où elle avoit vu
- cette fumée.»
-
- (LA FONT. _Psyché._ II.)
-
-
-DU, pour _que le_:
-
- C’est un étrange fait _du_ soin que vous prenez
- A me venir toujours jeter mon âge au nez.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
- «C’est dommage _du_ gentilhomme, quand il est ainsi mort.»
-
- (FROISSART. _Chron._ II. ch. 30.)
-
- «Voyez que c’est _du_ monde et _des_ choses humaines!»
-
- (REGNIER, _le mauvais Giste_.)
-
-(Voyez DE remplaçant _que le_.)
-
-
-DULCIFIÉ, au sens métaphorique:
-
- GROS-RENÉ.
-
- .... Voilà tout mon courroux
- Déjà _dulcifié_; qu’en dis-tu, romprons-nous?
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
---DULCIFIANT, adjectif:
-
- SGANARELLE. Quelque petit clystère _dulcifiant_.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 7.)
-
-
-DU MATIN, dès le matin:
-
- Mais demain, _du matin_, il vous faut être habile
- A vider de céans jusqu’au moindre ustensile.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
---DU GRAND MATIN, dès le grand matin:
-
- Aujourd’hui il est trop tard; mais demain, _du grand matin_, je
- l’enverrai querir.
-
- (_Mal. im._ I. 10.)
-
-
-DU MIEUX QUE:
-
- Allez; si elle meurt, ne manquez pas de la faire enterrer _du
- mieux que_ vous pourrez.
-
- (_Méd. m. lui._ III. 2.)
-
-(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)
-
-
-DU MOINS, pour _au moins_:
-
- Je vais gager qu’en perruques et rubans il y a _du moins_ vingt
- pistoles.
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
-C’est pour éviter l’hiatus _a_ au.
-
-
-DUPE A (un infinitif):
-
- Et moi, la bonne _dupe à trop croire_ un vaurien....
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
-Et moi, qui en croyant un tel vaurien suis une trop bonne dupe.
-
-(Voyez A (un infinitif), capable de, de nature à.)
-
-
-DURANT QUE:
-
- Je vous dirai..... que, _durant qu’il dormoit_, je me suis
- dérobée d’auprès de lui....
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
-C’est le participe ablatif absolu des Latins: _durante quod_, comme
-_pendant que_, _pendente quod_.
-
-
-DURER CONTRE QUELQU’UN, DURER A QUELQUE CHOSE:
-
- CLAUDINE. Il a tant bu, que je ne pense pas qu’on puisse _durer
- contre lui_.
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
-Il faut observer que ce _durer_ est devenu du style de servante, mais
-que cette servante parle comme Tite-Live: «Nec poterat _durari_ extra
-tecta.» On ne pouvait _durer_ hors des maisons; et comme Plaute:
-«Nequeo _durare_ in ædibus.» Je ne puis _durer_ chez nous.
-
- «....... _durate_, atque exspectate cicadas.»
-
- (JUVEN. IX. 69.)
-
-Au surplus, Molière a relevé cette expression, en la mettant dans la
-bouche de l’aimable et spirituelle Élise:
-
- Pensez-vous que je puisse _durer à ses turlupinades_
- perpétuelles?
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 1.)
-
-
-DU TOUT:
-
- ..... Mon fils, je ne puis _du tout_ croire
- Qu’il ait voulu commettre une action si noire.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
-Je relève ces vers, uniquement pour avoir occasion d’observer que _du
-tout_ ne s’emploie plus aujourd’hui qu’en des formules négatives, mais
-qu’il entrait aussi originairement dans des phrases affirmatives. Par
-exemple:
-
- «Nostre Seignur Deu _del tut_ siwez et de tut vostre quer
- servez.»
-
- (_Rois._ p. 41.)
-
-Suivez _du tout_, c’est-à-dire, absolument, sans restriction, Notre
-Seigneur Dieu.--Nous sommes appauvris de la moitié de cette locution.
-
- «Pensez, amis, que je faz moult
- «Quant je me mets en vous _du tout_
- «Et de ma mort et de ma vie.»
-
- (_Partonopeus._ v. 7730.)
-
-Quand je me confie entièrement en vous, quand je vous livre ma mort et
-ma vie.
-
-
-_E muet_ étouffé pour la mesure:
-
- Les flots contre les flots font un _remue-ménage_.
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
-L’édition de P. Didot écrit _remû-ménage_; l’édition faite sous les
-yeux de Molière, _remue-ménage_.
-
- Je pousse, et je me trouve en un fort à l’écart,
- A la _queue_ de nos chiens, moi seul avec Drécart.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-La locution étant ainsi faite, il n’y avait pas moyen de l’employer
-autrement en vers.
-
-Au reste, il est bon d’observer que dans l’ancienne versification l’_e_
-muet ne comptait pas plus à l’hémistiche qu’il ne fait aujourd’hui à la
-fin d’un vers. Et tout atteste que nos pères avaient l’oreille aussi
-délicate que nous, pour le moins. Il se passe quelque chose d’analogue
-en musique. C’est l’altération de la septième dans la gamme mineure;
-on n’en avait pas l’idée jadis, et nous ne saurions nous en passer. Ce
-sont des effets de l’éducation, qu’on prend pour des lois naturelles:
-
- Tant de nos premiers ans l’habitude a de force!
-
---_E muet_ de la seconde ou de la troisième personne, comptant pour une
-syllabe:
-
- Anselme, mon mignon, _crie_-t-elle à toute heure.
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
- Ah! _n’aie_ pas pour moi si grande indifférence!
-
- (_Ibid._ II. 7.)
-
- Ils ne vous ôtent rien, en m’ôtant à vos yeux,
- Dont ils n’_aient_ pris soin de réparer la perte.
-
- (_Psyché._ II. 1.)
-
-Mais _Psyché_ est écrite avec une précipitation extrême. Molière,
-depuis ses premiers ouvrages, ne se permettait plus cette négligence.
-
-
-ÉBAUBI:
-
- Je suis tout _ébaubie_, et je tombe des nues!
-
- (_Tart._ V. 5.)
-
-Trévoux dit que c’est une forme populaire et corrompue du mot
-_ébahi_. Il se trompe. La forme première est _abaubi_, et nos pères
-distinguaient bien _esbahi_ et _abaubi_:
-
- «Lors le voit morne et _abaubit_.»
-
- (_Rom. de Coucy._ v. 185.)
-
- «Li chastelains fut _esbahis_.»
-
- (_Ibid._ v. 223.)
-
-La châtelaine de Fayel, voyant dans sa chambre son époux et son amant,
-demeure stupéfaite:
-
- «Quant ele andeus leans les vist,
- «Le cuer a tristre et _abaubit_.
- «Dont dist come _esbahie_ fame:
- «Sire diex! quel gent sont cecy?»
-
- (_Ibid._ v. 4546.)
-
-_Esbahi_ est celui qui reste la bouche béante, comme s’il bâillait. La
-racine est _hiare_.
-
-_Abaubi_ a pour racine _balbus_, dont on fit _baube_. Louis le Bègue
-était _Loys li Baube_:
-
- «Looys, le fil Challe le Chauf, qui _Loys li Baubes_ fut
- apelez.»
-
- (_Chron. de St.-Denys_, ad ann. 877.)
-
-Et Philippe de Mouskes:
-
- «Loeys ki _Baubes_ ot nom.»
-
-Louis, surnommé le Bègue.
-
-En composant cet adjectif avec _a_, qui marquait une action en progrès,
-on fit _abaubir_, comme _alentir_, _apetisser_, _agrandir_, et, par la
-corruption de l’âge, _ébaubi_.
-
-Un homme _ébahi_ est muet de surprise; l’_ébaubi_ est celui que la
-surprise fait bégayer, balbutier.
-
-Trévoux dérive _esbahir_ de l’hébreu _schebasch_, et _ébaubi_,
-d’_ébahir_.
-
-Le verbe était _bauboier_ ou _baubier_, qui s’écrivait _balbier_. Il
-y a dans Partonopeus un exemple naïf d’une femme ébaubie, ou abaubie:
-c’est quand la fée Mélior, en s’éveillant, ne trouve plus Partonopeus à
-ses côtés; elle veut l’appeler par son nom:
-
- «Nel puet nomer, et neporquant
- «_Balbié_ l’a en souglotant:
- «_Parto, Parto_, a dit souvent,
- «Puis dit _nopeu_, moult feblement;
- «Et quant a _Partonopeu_ dit
- «Pasmee ciet desor son lit.»
-
- (_Partonopeus._ v. 7245.)
-
-(Voyez Du Cange aux mots _Balbire_ et _Balbuzare_.)
-
-_Balbier_ (_baubier_), est la forme primitive, tirée de _balbus_.
-
-_Balbutier_ est de seconde formation, calqué sur _balbutire_.
-
-
-ÉBULLITIONS DE CERVEAU:
-
- Je suis pour le bon sens, et ne saurois souffrir les
- _ébullitions de cerveau_ de nos marquis de Mascarille.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
-
-ÉCHAPPER (L’) BELLE:
-
- Je viens de l’_échapper bien belle_, je vous jure!
-
- (_Éc. des fem._ IV. 6.)
-
-Le substantif de l’ellipse paraît être _occasion_, comme dans _vous
-nous la donnez belle_! On comprend que, dans ces formules, l’absence
-du mot précis a permis à l’usage d’étendre un peu le sens et les
-applications.
-
- Nous l’avons en dormant, madame, _échappé belle_!
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-L’usage a consacré cette forme avec cette orthographe, parce qu’elle
-date d’une époque où l’on n’était pas bien rigoureux sur l’accord des
-participes, et que d’ailleurs l’ellipse du substantif féminin dissimule
-un peu la faute. Il est certain que, à la rigueur, il faudrait
-_échappée belle_. Cependant, en prose même, personne n’a jamais écrit
-le participe au féminin:
-
- «Ma foi, mon ami, _je l’ai échappé belle_ depuis que je ne t’ai
- vu!»
-
- (LESAGE, _Gil Blas_.)
-
-L’italien possède beaucoup de locutions faites, où l’adjectif est
-ainsi au féminin par rapport à un substantif sous-entendu:--_come la
-passate?_--_questa non l’intendo_;--_ei me l’ha fatta_;--_questa non
-mi calza_, etc., etc., où l’on peut supposer dans l’ellipse les mots
-_vita_, _cosa_, _burla_, _scarpa_.
-
-
-ÉCHELLE; TIRER L’ÉCHELLE APRÈS QUELQU’UN:
-
- LUCAS. Oh, morguenne! il faut _tirer l’échelle après ceti-là_.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 1.)
-
-Cette figure s’entend assez: quand on tire l’échelle, c’est qu’on n’a
-plus à laisser monter personne, étant satisfait de ce qui est monté.
-
-
-ÉCHINE; AJUSTER L’ÉCHINE, bâtonner:
-
- Ah! vous y retournez!
- Je _vous ajusterai l’échine_.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-
-ÉCLAIRÉ EN HONNÊTES GENS:
-
- L’âge le rendra plus _éclairé en honnêtes gens_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des f._ 5.)
-
-C’est-à-dire, lui apprendra à les mieux reconnaître.
-
-
-ÉCLAIRER QUELQU’UN, l’espionner, éclairer ses démarches:
-
- Au diable le fâcheux qui toujours _nous éclaire_!
-
- (_L’Ét._ I. 4.)
-
- Dites-lui qu’il s’avance,
- ...............................................
- Et qu’il ne se verra d’aucuns yeux _éclairé_.
-
- (_D. Garcie._ IV. 3.)
-
- J’ai voulu vous parler en secret d’une affaire,
- Et suis bien aise ici qu’aucun ne nous _éclaire_.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
-Il nous reste en ce sens le substantif _éclaireur_; _aller en éclaireur_.
-
-On disait _éclairer à quelqu’un_, pour signifier lui éclairer son
-chemin. Nicot fait soigneusement la distinction entre _éclairer
-quelqu’un_ et _à quelqu’un_; il explique le second: «_Prælucere alicui;
-lucem facere alicui; lustrare lampade._» Ainsi quand on lit dans _Don
-Juan_, act. IV, scène 3,--Allons, monsieur Dimanche, je vais _vous
-éclairer_,--il faut entendre ce _vous_ au datif, pour _à vous_, et non
-pas à l’accusatif, comme aujourd’hui nous disons, _Éclairez monsieur_.
-C’est une politesse très-impolie: monsieur n’a pas besoin qu’on
-_l’éclaire_, mais qu’on _lui éclaire_ sa route.
-
-Ce vice du langage moderne paraît né de l’équivoque des formes _vous_,
-_moi_, _me_, qui servent aussi pour _à vous_, _à moi_.
-
-
-ÉCLATS DE RISÉE, éclats de rire:
-
- A tous les _éclats de risée_, il haussoit les épaules, et
- regardoit le parterre en pitié.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
- «Ces paroles à quoi Gélaste ne s’attendoit point, et qui firent
- faire un petit _éclat de risée_, l’interdirent un peu.»
-
- (LA FONTAINE. _Psyché._ I.)
-
-
-ÉCOT; PARLER A SON ÉCOT:
-
- Mais quoi...?--Taisez-vous, vous; _parlez à votre écot_.
- Je vous défends tout net d’oser dire un seul mot.
-
- (_Tart._ IV. 3.)
-
-C’est-à-dire parlez à votre tour, en proportion de votre droit et de
-votre dû, comme chacun mange à son écot.
-
-
-ÉCOUTER UN CHOIX, y entendre, l’examiner:
-
- _Le choix_ est glorieux, et vaut bien qu’on l’_écoute_.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
-
-ÉCU; LE RESTE DE NOTRE ÉCU:
-
- Mme JOURDAIN (_apercevant Dorimène et Dorante_). Ah, ah! voici
- justement _le reste de notre écu_! Je ne vois que chagrins de
- tous côtés.
-
- (_B. gent._ V. 1.)
-
-Expression figurée, prise du change des monnaies. Voici le reste de
-notre écu! c’est-à-dire, voici qui complète notre infortune.
-
-
-EFFICACE, substantif féminin:
-
- On n’ignore pas qu’une louange, en grec, est d’_une
- merveilleuse efficace_ à la tête d’un livre.
-
- (_Préf. des Précieuses ridicules._)
-
- Il est trop heureux d’être fou, pour éprouver l’_efficace_ et
- la douceur des remèdes que vous avez si judicieusement ordonnés.
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
-_L’efficace_, pour _l’efficacité_, commençait déjà, en 1669, à devenir
-un terme suranné; mais il a d’autant meilleure grâce dans la bouche
-d’un personnage grave et doctoral.
-
-Il faut observer qu’il y a dix ans entre les _Précieuses ridicules_ et
-_Monsieur de Pourceaugnac_ (1659-1669.)
-
-
-EFFRÉNÉ: PROPOS EFFRÉNÉS:
-
- Comment! il vient d’avoir l’audace
- De me fermer la porte au nez,
- Et de joindre encor la menace
- A mille _propos effrénés_!
-
- (_Amph._ III. 4.)
-
-Puisqu’on dit bien _une langue sans frein_, pourquoi ne dirait-on
-pas aussi _des propos effrénés_? La métaphore est la même. Mais on
-ne saurait approuver _des traits effrontés_ (_Tartufe_, II. 2); des
-épigrammes, des coups de langue, peuvent s’appeler des _traits_, parce
-que l’effet de l’un comme de l’autre est de blesser, de piquer; mais
-des _traits_ n’ont pas de _front_. Il y a incohérence, incompatibilité
-d’images. C’est Dorine qui est _effrontée_.
-
-
-EFFROI, au sens actif. Voyez PLEIN D’EFFROI.
-
-
-ÉGARER (SE) DE QUELQU’UN:
-
- Je m’étois par hasard _égaré d’un frère et de_ tous ceux de
- notre suite.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
-Les Italiens disent de même _smarrito della via_.
-
-J’observe que l’on disait aussi _égarer quelqu’un_, au même sens que
-_s’égarer de quelqu’un_:
-
- «Considerant les mouvements du chien........ à la queste de son
- maistre _qu’il a esgaré_.»
-
- (MONTAIGNE, II. 13.)
-
-C’est-à-dire dont il s’est égaré.
-
-Nicot ne donne que la forme _s’égarer d’avec_: «L’enfant _s’est esgaré
-d’avec son père_.»
-
-Ménage dérive _égarer_ de je ne sais quel _varare_, qu’il traduit par
-_traverser_. _Égarer_, _garer_, _garder_, _garir_ (auj. _guérir_),
-_guérite_, _garantir_, tous ces mots descendent de l’allemand,
-_bewahren_ (en anglais _beware_), en passant par la basse latinité,
-d’où le _w_ se changeait, pour le français, en _gu_ ou _g_ dur.
-_Werdung_, _guerdon_;--_Wantus_, _guant_ (gant);--_Wardia_,
-_garde_;--_Wadium_, _gage_;--Wallia, Gaule;--_Warenna_ (_ubi animalia
-custodiuntur_), _garenne_; etc., etc.
-
-_Guérite_ ou _garite_ signifiait une route à l’écart, un sentier
-détourné, par où l’on cherchait un refuge devant l’ennemi, _sich
-bewahren_, à _se garer_ ou à _se garir_. De là cette vieille
-expression, _enfiler la guérite_, c’est-à-dire, fuir, chercher un asile
-dans la fuite. De même _s’égarer_, c’est se jeter dans ce petit chemin
-perdu, hors de la vue et de la poursuite.
-
-On voit d’un même coup d’œil comment se rattachent à cette famille
-l’exclamation _gare!_ qui n’est que l’impératif du verbe _se garer_: se
-garer des chevaux, des voitures; et le substantif féminin _gare_; une
-_gare_ pour les bateaux, la _gare_ d’un chemin de fer. L’enchaînement
-des idées est donc celui-ci: protection, fuite, écart, égarement.
-
-
-ÉGAYER SA DEXTÉRITÉ, la faire jouer, en faire parade:
-
- Mais la princesse a voulu _égayer sa dextérité_, et de son
- dard, qu’elle lui a lancé un peu mal à propos.... etc.
-
- (_Am. magn._ V. 1.)
-
-
-ÉLEVER SES PAROLES, élever la voix:
-
- Plus haut que les acteurs _élevant ses paroles_.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-
-_ÉLISION._
-
-OUI, ne faisant pas élision:
-
- Et son cœur est épris des grâces d’Henriette.
- --Quoi! de ma _fille?
- --Oui_, Clitandre en est charmé.
-
- (_Fem. sav._ II. 3.)
-
-L’hiatus n’est pas en cet endroit plus choquant que dans cet autre, où
-la règle du moins n’a pas à se plaindre:
-
- Ces gens vous _aiment?--Oui_, de toute leur puissance.
-
- (_Ibid._ II. 3.)
-
-Le repos fortement marqué fait disparaître l’hiatus. Quand ce repos est
-moindre, Molière ne manque pas d’élider:
-
- Notre sœur est folle, oui!--Cela croît tous les jours.
-
- (_Fem. sav._ II. 4.)
-
-Sans élision:
-
- Moi, ma _mère?--Oui_, vous. Faites la sotte un peu!
-
- (_Ibid._ III. 6.)
-
- OUAIS:
-
- Hé non! mon _père.--Ouais!_ qu’est-ce donc que ceci?
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
-L’hiatus dans ces passages est moins sensible à l’oreille que dans une
-foule d’autres, où il est plus réel, quoique dissimulé à l’œil par
-l’orthographe. Ainsi:
-
- Aucun, hors moi, dans la maison
- N’a droit de _commander.--Oui_, vous avez raison.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
-Cela est très-légitime; mais on interdirait: _il m’a commandé,
-oui....._, qui est pour l’oreille absolument la même chose. Un des
-pires inconvénients de la versification moderne, c’est que les règles
-en ont été faites pour le plaisir des yeux, sans égard de celui de
-l’oreille. C’était précisément le contraire dans l’ancienne poésie
-française. Aussi les vers modernes, avec leur apparence de politesse
-et de rigidité, sont-ils remplis d’hiatus et de fautes contre la
-mesure. C’est ce que j’ai essayé de développer dans mon essai _sur les
-variations du langage français_, p. 177.
-
-
-ELLÉBORE, raison, bon sens:
-
- Vous le voyez, sans moi vous y seriez encore;
- Et vous aviez besoin de mon peu d’_ellébore_.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-Sur cette expression _mon peu d’ellébore_, voyez PEU pour _un peu_.
-
-
-_ELLIPSE:_
-
---D’UN VERBE DÉJA EXPRIMÉ, et qui, répété, serait aux mêmes temps,
-nombre et personne que devant:
-
- Hé bien! vous le pouvez, _et prendre_ votre temps.
-
- (_Fâcheux._ III. 2.)
-
-Et vous pouvez prendre votre temps.
-
- Oui, _toute mon amie_, elle est, et je la nomme,
- Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.
-
- (_Mis._ III. 7.)
-
-Toute mon amie _qu’elle est_, elle est, etc....
-
- Puisse-t-il te confondre, _et celui qui_ t’envoie!
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
-Et confondre celui, etc. Confondre toi et celui...
-
---D’UN VERBE DÉJA EXPRIMÉ, qui, répété, serait à une autre personne, à
-un autre nombre ou à un autre temps:
-
- Vous vous moquez de moi, Léandre, _ou lui de vous_.
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
-Ou lui _se moque_ de vous.
-
- Ah! vous ne pouvez pas trop tôt me l’accorder (le pardon),
- Ni moi sur cette peur trop tôt le demander.
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-Ni moi _je ne peux....._
-
- Il parle d’Isabelle, et vous de Léonor.
-
- (_Éc. des mar._ III. 10.)
-
-Et _vous parlez_ de Léonor.
-
- Je ne veux point ici faire le capitan,
- Mais on m’a vu soldat _avant que courtisan_.
-
- (_Fâcheux._ I. 10.)
-
-Avant que _de me voir_ courtisan.
-
- Vous _attendez_ un frère, et _Léon son vrai maître_.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
-Vous attendez un frère, et le royaume de Léon _attend_ son vrai maître.
-
- _Je suis_ le misérable, _et toi_ le fortuné.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
-_Tu es_ le fortuné.
-
- Puisque vous n’êtes pas en des liens si doux
- Pour _trouver_ tout en moi, comme _moi_ tout en vous...
-
- (_Ibid._ V. 7.)
-
-Comme _je trouve_ tout en vous.
-
- Et comme ses lumières _sont_ fort petites, _et son sens_ le
- plus borné du monde.....
-
- (_Pourc._ III. 1.)
-
-Et _que_ son sens _est_ le plus borné du monde.
-
-Ces sortes d’ellipses sont très-favorables à la rapidité du langage,
-mais la grammaire les repousse. Bossuet en use fréquemment:
-
- «Au point du jour, lorsque l’esprit _est_ le plus net _et les
- pensées le plus pures_, ils lisoient, etc.»
-
- (_Hist. un._ IIIe p. § III.)
-
-Et _que_ les pensées _sont_ le plus pures.
-
- «Le roi de Babylone _fut_ tué, et _les Assyriens mis en
- déroute_.»
-
- (_Ibid._ § iv.)
-
-Et les Assyriens _furent_ mis en déroute.
-
- «M. Arnauld _mériteroit_ l’approbation de la Sorbonne, _et
- moi_, la censure de l’Académie.»
-
- (PASCAL, 3e _Prov._)
-
-Et moi je mériterais.
-
---D’UN VERBE NON EXPRIMÉ, mais que la pensée supplée facilement:
-
- ....... Ton maître t’a chargé
- De me saluer?--Oui.--Je lui suis obligé:
- _Va, que_ je lui souhaite une joie infinie.
-
- (_Dép. am._ III. 2.)
-
-Va, _dis-lui_ que, etc.
-
- Non, mon père m’en parle, _et qu’il est revenu_,
- Comme s’il devoit m’être entièrement connu.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-_Et me dit_ qu’il est revenu.
-
- «Ils ont demandé avec instance que s’il y avoit quelque docteur
- qui les y eût vues (les cinq propositions), il voulût les
- montrer: _que_ c’étoit une chose si facile, qu’elle ne pouvoit
- être refusée.»
-
- (PASCAL, 1re _Prov._)
-
---D’UN SUBSTANTIF OU D’UN ADJECTIF:
-
- Et sur lui, quoiqu’aux yeux il montrât beau semblant,
- _Petit Jean de Gaveau_ ne montoit qu’en tremblant.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-Gaveau était le nom du marchand de chevaux, petit Jean était son fils
-ou son valet: le petit Jean de chez Gaveau, comme dans la Comtesse
-d’Escarbagnas:--Voilà _Jeannot de monsieur le conseiller_ qui vous
-demande, madame. (Sc. 12.)
-
- Comme _à de mes amis_, il faut que je le chante
- Certain air que j’ai fait de petite courante.
-
- (_Fâcheux._ I. 5.)
-
-Comme à _l’un_ de mes amis.
-
- Ressouvenez-vous que, hors d’ici, _je ne dois plus qu’à mon
- honneur_.
-
- (_Don Juan._ III. 5.)
-
-Je ne dois plus _rien_ qu’à mon honneur.
-
---D’UN PRONOM PERSONNEL:
-
- C’est donc ainsi qu’_absent_ vous m’avez obéi?
-
- (_Éc. des fem._ II. 2.)
-
-Moi absent, tandis que j’étais absent, _me absente_.
-
-La tournure en elle-même n’a rien de blâmable; au contraire, elle
-s’accorde bien avec la passion qui transporte Arnolphe; seulement
-il est fâcheux que le mot _absent_ soit placé, de manière à faire
-équivoque: d’après les règles et les usages de la grammaire, le sens
-serait, _vous absent_, _tandis que vous étiez absent_; et c’est _moi
-absent_, _en mon absence_. Il faut que l’intelligence de l’auditeur
-supplée à l’inexactitude de l’expression.
-
-
-ÉLUDER QUELQU’UN DE...., c’est-à-dire, à l’aide, au moyen de:
-
- _J’éludois un chacun d’un deuil_ si vraisemblable,
- Que les plus clairvoyants l’auroient cru véritable.
-
- (_L’Ét._ II. 7.)
-
-Cet exemple se rapporte à DE, employé pour marquer la cause ou la
-manière.
-
-
-EMBÉGUINÉ, coiffé, métaphoriquement:
-
- Ce beau monsieur le comte, dont vous êtes _embéguiné_!
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
- Est-il possible que vous serez toujours _embéguiné de vos
- apothicaires et de vos médecins_?
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-
-EMBUCHE; METTRE EN EMBUCHE, en embuscade:
-
- Va-t’en faire venir ceux que je viens de dire,
- Pour _les mettre en embûche_ au lieu que je désire.
-
- (_Fâcheux._ III. 5.)
-
-Je ferai remarquer qu’on prononce aujourd’hui _embûche_ et _embusquer_;
-Nicot ne donne que _embuscher_. La racine est _bois_, «car, dit Nicot,
-les embusches et telles surprinses se font communement dedans le bois.»
-
-Regnard s’est servi de _rembûcher_, pour dire faire rentrer dans sa
-cachette:
-
- MERLIN.
-
- «........ Qu’il vous souvienne
- «Qu’un jour, étant chez vous, par malheur la garenne
- «S’ouvrit, et qu’aussitôt on vit tous vos garçons
- «S’armer habilement de broches, de bâtons;
- «Et qu’ils eurent grand’peine, avec cet air si brave,
- «A faire _rembûcher_ au fond de votre cave
- «Et dans votre grenier tous les lapins fuyards,
- «Qu’on voyoit dans la rue abondamment épars.»
-
- (_Le Bal._ 2.)
-
-
-EMMAIGRIR:
-
- Moi, jaloux! Dieu m’en garde, et d’être assez badin
- Pour m’aller _emmaigrir_ avec un tel chagrin!
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
-_Emmaigrir_ et non _amaigrir_, comme portent les éditions modernes.
-_Emmegrir_ est dans l’édition faite sous les yeux de Molière.
-
-Et c’est la forme primitive du mot:
-
- «E dist al bacheler: Qu’espelt (_quid spectat_) que tu es si
- deshaitez e si _emmegriz_?»
-
- (_Rois._ p. 162.)
-
-«Et dit au jeune homme: D’où vient que tu es si défait et si amaigri?»
-
-Nos pères ont composé avec _en_ quantité de verbes, entre autres ceux
-qui marquent le passage progressif d’un état dans un autre: _embellir_,
-_enlaidir_, _emmaladir_[51], _engraisser_, _emmaigrir_, etc.,
-c’est-à-dire, devenir de plus en plus beau, laid, gras, maigre; tomber
-malade.
-
- [51] «Le enfançunet que David out engendred de la femme Urie,
- _enmaladid_ e fut desesperez. (_Rois_, 160.) Si l’amad tant
- forment qu’il _enmaladid_ (_Rois_, 162.) Mes sires me guerpi, pur
- co que ier e avant ier _enmaladi_. (_Rois_ 115.)»
-
-Mais comme la notation _en_ sonnait _an_, d’où vient qu’on a écrit
-et prononcé _anemi_, _fame_, _solanel_, les mots figurés, _ennemi_,
-_femme_, _solennel_, on a de même prononcé, et par suite écrit,
-_amaigrir_, _agrandir_, pour _emmaigrir_, _engrandir_; certains mots
-ont conservé leur syllabe initiale _en_; d’autres ont totalement péri,
-par exemple, _emmaladir_, au lieu de quoi il nous faut dire _tomber
-malade_; d’autres enfin ont conservé la double forme, comme _ennoblir_
-et _anoblir_, à chacune desquelles les grammairiens sont parvenus
-à fixer une nuance particulière, d’abord toute de fantaisie, puis
-adoptée, et maintenant consacrée par l’usage.
-
-Les grammairiens obtiendront peut-être un jour ce résultat pour
-_maigrir_ et _amaigrir_. Déjà, dans un _Traité des synonymes_, je lis
-sur ces deux verbes: «Nul doute que la particule initiale du second
-ne vienne du latin _ad_......... _Maigrir_ est toujours neutre et
-intransitif; au contraire, _amaigrir_ se prend d’ordinaire dans le sens
-actif; au lieu _d’énoncer simplement le fait, il le fait comprendre
-davantage, il le montre s’accomplissant dans un objet_, etc.»[52].
-
- [52] _Traité des Synonymes_, par M. B. Lafaye. Mon dessein
- n’est nullement de faire de la peine à l’auteur de ce travail
- consciencieux. Je désire montrer seulement combien il est utile
- de connaître l’ancienne langue pour étudier la langue moderne.
- S’il eût consulté la vieille langue, M. B. L. n’eût point dit que
- _amaigrir_ renfermait la préposition _ad_, et l’erreur du point
- de départ ne se fût pas répandue sur toute la route.
-
-J’avoue que je ne saisis pas la distinction que l’auteur s’évertue
-à établir. Le résumé le plus clair de ce long paragraphe, c’est que
-_maigrir_ est _intransitif_, et _amaigrir_, _représentatif_. _Sunt
-verba et voces._ Les faiseurs de synonymes sont les premiers hommes du
-monde pour trouver un mot à des énigmes qui n’en ont pas.
-
-Je reviens à la distinction d’_anoblir_ et _ennoblir_, dont on veut
-que le premier soit pour le sens propre, et le second pour le sens
-métaphorique. C’est là, dis-je, une distinction toute chimérique.
-Montaigne se sert d’_anoblir_ au figuré:
-
- «Les lois prennent leur auctorité de la possession et de
- l’usage: il est dangereux de les ramener à leur naissance[53];
- elles grossissent et s’_anoblissent_ en roulant, comme nos
- rivières.»
-
- (MONTAIGNE. II. 12.)
-
- [53] Les lois civiles et politiques, s’entend; car quant aux lois
- de la grammaire et du langage, on ne saurait trop en examiner et
- maintenir l’origine.
-
-Nicot ne connaît pas _anoblir_, mais seulement _ennoblir_. Il n’y avait
-qu’une prononciation; on l’a notée par deux orthographes; puis les gens
-qui font gloire et métier de raffiner sur les mots, ont voulu assigner
-à chaque orthographe sa valeur à part.
-
-Le plus simple bon sens indique que toujours l’acception figurée est
-venue à la suite de l’acception propre: pourquoi donc où l’origine est
-commune voulez-vous prescrire des formes différentes?
-
-L’étymologie d’_ennoblir_ est _in_ et _nobilitare_, sans conteste. Et
-_anoblir_, d’où viendra-t-il? De _ad_ et _nobilitare_, sans doute,
-parce que _ad_ est plus métaphorique que _in_? Belles finesses!
-
-Dufresny, au contraire, se sert d’_ennoblir_ dans le sens propre:
-
- «Mais ici j’ai de plus un grade que j’ai pris
- «Avec feu mon mari, doyen de ce bailliage.
- «C’est ainsi que je vins m’_ennoblir_ au village;
- «Bonne noblesse au fond, etc.»
-
- (_La Coquette de village._ I. 1.)
-
-La distinction d’_anoblir_ et _ennoblir_ est toute récente. Le
-Dictionnaire de l’Académie, de 1718, ne donnait encore qu’_ennoblir_,
-avec cette définition: «Rendre plus considérable, plus noble, plus
-illustre.» Trévoux (1740) met les deux formes, mais seulement comme
-différence d’orthographe, et en attribuant à chacune les deux
-valeurs:--«ANOBLIR se dit figurément en parlant du langage: _Anoblir
-son style_. (_D’Ablancourt._)»
-
-Et au mot ENNOBLIR:--«On distingue ordinairement trois degrés de
-noblesse: l’_ennobli_, qui acquiert le premier la noblesse; le noble,
-qui naît de l’_ennobli_; l’écuyer ou le gentilhomme, qui est au
-troisième degré. (_Le P. Menestrier._)»
-
-
-ÉMOUVOIR UN DÉBAT:
-
- Souffrez qu’on vous appelle
- Pour être entre nous deux juge d’une querelle,
- D’un _débat qu’ont ému_ nos divers sentiments
- Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants.
-
- (_Fâcheux._ II. 4.)
-
-
-EMPAUMER L’ESPRIT:
-
- Je vois qu’il a, le traître, _empaumé son esprit_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 5.)
-
-Métaphore prise du jeu de paume. Empaumer la balle, c’est la saisir
-bien juste au milieu de la paume de la main, ou de la raquette qui
-remplace la main; ce qui donne moyen de la renvoyer avec le plus de
-puissance et d’avantage possible.
-
-La racine est _palma_, syncope du grec παλάμη, paume de la main.
-Nos pères, ne voulant jamais articuler deux consonnes consécutives,
-changeaient _al_ en _au_. Cette règle primitive de formation ou de
-transformation fut oubliée dès le XVIe siècle; aussi avons-nous
-aujourd’hui les mots _palme_, _palmé_, _palmipède_.
-
-Nos pères avaient fait le verbe _paumoier_, que nous avons laissé
-perdre, et que _manier_ remplace bien faiblement.
-
-
-EMPÊCHER absolument, dans le sens d’arrêter, embarrasser:
-
- Oui, j’ai juré sa mort; rien ne peut _m’empêcher_.
-
- (_Sgan._ 21.)
-
- Mais aux hommes par trop vous êtes accrochées,
- Et vous seriez, ma foi, toutes bien _empêchées_
- Si le diable les prenait tous.
-
- (_Amph._ II. 5.)
-
- Dis-lui que je suis _empêché_, et qu’il revienne une autre fois.
-
- (_L’Av._ III. 13)
-
- «Je suis bien _empêché_: la vérité me presse,
- «Le crime est avéré; lui-même le confesse.»
-
- (RACINE. _Les Plaideurs._ III. 3.)
-
-Les Latins employaient de même _impeditus_ au figuré.
-
---EMPÊCHER QUE sans _ne_. (voyez à NE _supprimé_.)
-
-
-EMPLOIS; FAIRE SES EMPLOIS DE QUELQUE CHOSE, en faire son occupation
-favorite:
-
- Et que _je fasse_ enfin _mes plus fréquents emplois
- De parcourir_ nos monts, nos plaines et nos bois.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 3.)
-
-
-EMPLOYÉ; C’EST BIEN EMPLOYÉ, espèce d’adage:
-
- Poussez, c’est moi qui vous le dis; _ce sera bien employé_!
-
- (_G. D._ I. 7.)
-
-Ce sera un effort bien employé, ce sera bien fait.
-
-
-EMPORTER, au sens figuré:
-
- Monsieur, cette dernière (abomination) _m’emporte_, et je ne
- puis m’empêcher de parler.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-Métaphore tirée de la balance, quand un plateau emporte l’autre.
-
-
-EN, archaïsme de prononciation pour _on_:
-
- MARTINE.
-
- Hélas! l’_en_ dit bien vrai:
- Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.
-
- .... Ce que j’ai?
- --Oui.--J’ai que l’_en_ me donne aujourd’hui mon congé.
-
- (_Fem. sav._ II. 5.)
-
-Cette confusion de formes, occasionnée par l’analogie des sons, était
-originairement permanente dans le meilleur langage.
-
- «Et tenoit l’_en_ que le dit arcevesque avoit ung dyable privé
- qu’il appeloit _Toret_, par lequel il disoit toutes choses que
- l’_en_ lui demandoit...... Maugier cheit en la mer, et si se
- noya que l’_en_ ne le peut sauver.»
-
- (_Chr. de Norm._, dans le _Recueil des
- historiens des Gaules_. XI. 338.)
-
-Les exemples en sont trop communs pour s’arrêter à les recueillir;
-mais il est intéressant d’observer que cette forme, aujourd’hui
-reléguée chez le peuple, était encore, au XVIe siècle, en usage à la
-cour et chez les mieux parlants. Dans l’aînée de toutes les grammaires
-françaises, celle que Palsgrave écrivit en anglais pour la sœur de
-Henri VIII (1530), on voit constamment _l’en_ figurer à côté de _l’on_:
-
-«Au singulier, dit Palsgrave, le pronom personnel a huit formes: _je_,
-_tu_, _il_, _elle_, _l’en_, _l’on_ ou _on_, et _se_. Exemple: _l’en_,
-_l’on_ ou _on parlera_, etc.» (Fol. 34 _verso_.) «Annotations pour
-savoir quand on doit employer _l’en_, _l’on_ ou _on_..... _L’en_,
-_l’on_ ou _on_, peult estre bien joyeux.» (Fol. 102 _verso_.)
-
-J’ai eu ailleurs l’occasion de montrer que François Ier disait et
-écrivait: _j’avons_, _j’allons_. D’où l’on voit que ces formes,
-considérées comme des vices de la rusticité, sont nées au Louvre, et
-sont descendues de la bouche des rois dans celle des paysans.
-
---EN, préposition, représentant par syllepse le pluriel d’un substantif
-qui n’a figuré dans la phrase qu’au singulier:
-
- Comme l’amour ici ne m’offre _aucun plaisir_,
- Je m’_en_ veux faire au moins _qui soient_ d’autre nature;
- Et je vais égayer mon sérieux loisir.....
-
- (_Amph._ III. 2.)
-
-Je veux me faire _des plaisirs_ qui soient.....
-
---EN sans rapport grammatical:
-
- Mais je ne suis pas homme à gober le morceau,
- Et laisser le champ libre aux yeux d’un damoiseau.
- _J’en veux rompre le cours._
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
-Rompre le cours de quoi? Des yeux du damoiseau? Des yeux n’ont point de
-cours. Cet _en_ figure par syllepse avec l’idée d’_intrigue_, qu’ont
-fait naître les premiers vers.
-
---EN pour _avec_, _de_: ASSAISONNER EN:
-
- Il n’y a rien qu’on ne fasse avaler, lorsqu’on l’assaisonne
- _en_ louanges.
-
- (_L’Av._ I. 1.)
-
---EN pour _à_; S’ALLIER EN:
-
- J’aurois bien mieux fait, tout riche que je suis, de _m’allier
- en bonne et franche paysannerie_.
-
- (_G. D._ I. 1.)
-
---EN, comme, en qualité de:
-
- Autrement qu’_en tuteur_ sa personne me touche.
-
- (_Éc. des mar._ II. 3.)
-
- Et je puis sans rougir faire un aveu si doux
- A celui que déjà je regarde _en époux_.
-
- (_Ibid._ 14.)
-
- Je la regarde _en femme_, aux termes qu’elle en est.
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
-Je la regarde comme ma femme.
-
- Touchez à monsieur dans la main,
- Et le considérez désormais, dans votre âme,
- _En homme_ dont je veux que vous soyez la femme.
-
- (_Fem. sav._ III. 3.)
-
-Cette locution n’a de remarquable que la façon dont Molière l’a placée.
-Clitandre agit _en homme qui_ vous aime; c’est la manière de parler
-toute naturelle: _en homme_ se rapporte au sujet _Clitandre_. Le sens
-et la grammaire sont d’accord.
-
-Mais: _ma fille_, considérez monsieur _en homme dont....._, _en homme_
-ne se rapporte plus du tout au sujet, et semble prêter à une équivoque,
-comme si l’on disait: _Madame_, considérez ce malheur _en homme_
-courageux, c’est-à-dire, comme si vous étiez un homme courageux.
-
-Cette équivoque est ici impossible, et le sens saute aux yeux; mais
-enfin j’ai cru qu’il y avait matière à une observation, par rapport à
-la rigueur de l’exactitude grammaticale.
-
---EN, à la manière de: EN DIABLE, voyez DIABLE.
-
---EN surabondant; EN ÊTRE DE MÊME:
-
- Il est très-naturel, et j’_en suis bien de même_.
-
- (_Dép. am._ I. 3.)
-
- Hé oui, la qualité! la raison _en_ est belle!
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Ah! ah! tu t’_en_ avises,
- Traître, _de_ l’approcher de nous!
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Mais _de vous_, cher compère, il _en_ est autrement.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-_De vous_, dans ce dernier exemple, est pour _quant à vous_, _de te_:
-quant à vous, il en est autrement. On ne peut donc pas dire que _en_ y
-fasse un double emploi réel.
-
- Quels inconvénients auroient pu _s’en ensuivre_!
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
-Molière suivait ici la règle et l’usage de son temps.
-
-Le grammairien la Touche, dans son _Art de bien parler français_, dit,
-à l’article du verbe _s’ensuivre_: «Dans les temps composés, on met
-toujours la particule _en_ devant l’auxiliaire _être_:--Ce qui _s’en_
-est _ensuivi_; les procédures qui s’_en_ étaient _ensuivies_.» (T. II,
-p. 204.)
-
-Nos pères composaient avec _en_ tous les verbes qui expriment une idée
-de mouvement, soit progrès, dérangement, métamorphose:--_S’ensauver_,
-_s’enpartir_, _s’endormir_, _s’entourner_, _s’enaller_, _s’enrepentir_,
-etc., etc. On disait de même activement, _enoindre_, _enamer_,
-_enappeler_, _ensuivre_, etc., dont les simples sont aujourd’hui seuls
-usités:
-
-«Je n’ignore pas les lois de la nostre (politesse); j’aime à les
-_ensuivre_.»
-
- (MONTAIGNE.)
-
-Ces verbes se construisaient encore avec la préposition _en_, même
-au commencement du 18e siècle. Fontenelle, dans l’_Histoire des
-oracles_: «Voyons ce qui s’_en_ est _ensuivi_;» et l’abbé d’Olivet,
-dans sa _Prosodie_: «_De là_ il _s’ensuit_...;» ce que M. Landais,
-avec sa confiance intrépide et accoutumée, ne manque pas d’appeler un
-solécisme, à cause, dit-il, de la répétition vicieuse des deux _en_.
-
-Il n’y a pas là de répétition vicieuse, ni de solécisme, non plus
-que lorsque nous disons d’un homme épris d’une femme: il _en_ est
-_enflammé_; il _en_ est _ensorcelé_;--vous avez ouvert la cage de ces
-oiseaux; il s’_en_ est _envolé_ deux.
-
-_Ensuivre_, traduction d’_insequi_, comme poursuivre de _persequi_, est
-dans Nicot et dans Trévoux. Le dimanche _ensuivant_, pour _le dimanche
-suivant_, est du style de procédure.
-
- «Le lendemain, ne fut tenu, pour cause,
- «Aucun chapitre; et _le jour ensuivant_,
- «Tout aussi peu.»
-
- (LA FONTAINE. _Le Psautier._)
-
-(Voyez EMMAIGRIR.)
-
---EN _supprimé_:
-
- Tu _n’es pas_ où tu crois. En vain tu files doux.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
- Je vous montrerai bien....
- Qu’on _n’est pas_ où l’on croit, en me faisant injure.
-
- (_Tart._ IV. 7.)
-
-Sosie croit être dans le palais d’Amphitryon, Orgon croit être chez
-soi; et ni l’un ni l’autre ne s’abuse par cette croyance. Mais il
-s’agit ici d’un point moral, et non du lieu physique: c’est pourquoi
-je pense qu’il n’est pas permis de supprimer cet _en_, qui marque la
-différence des deux locutions _être quelque part_ et _en être à....._
-
---EN, relatif à un nom de personne:
-
- C’est pourquoi dépêchons, et cherche dans ta tête
- Les moyens les plus prompts d’_en_ faire ma conquête.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
-De faire que Célie soit ma conquête.
-
- Le plus parfait objet dont je serois charmé
- N’auroit pas mon amour, n’_en_ étant point aimé.
-
- (_Dép. am._ I. 3.)
-
-C’est-à-dire, si je n’en étais pas aimé.
-
-(Voyez PARTICIPE PRÉSENT, pour _si_ suivi d’un conditionnel.)
-
-Arnolphe dit d’Agnès:
-
- Je l’aurai fait passer chez moi dès son enfance,
- Et j’_en_ aurai chéri la plus tendre espérance.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 1.)
-
-L’espérance d’Agnès, c’est-à-dire que donnait Agnès.
-
- Ce n’est là qu’une ébauche du personnage; et, pour _en_ achever
- le portrait, il faudroit bien d’autres coups de pinceau....
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Mes justes soupçons chaque jour avoient beau me parler, j’_en_
- rejetois la voix qui vous rendoit criminel.
-
- (_Ibid._ I. 3.)
-
- Allons, cédons au sort dans mon affliction;
- Suivons-_en_ aujourd’hui l’aveugle fantaisie.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-Le sort est personnifié dans cet exemple, comme les soupçons dans le
-précédent.
-
- Et tandis qu’au milieu des béotiques plaines
- Amphitryon son époux
- Commande aux troupes thébaines,
- Il _en_ a pris la forme.
-
- (_Ibid._ prol.)
-
-Jupiter a pris la forme d’Amphitryon.
-
---EN, construit avec un verbe, avec ALLER:
-
- Il faut que ce soit elle, avec une parole
- Qui trouve le moyen de les faire _en aller_.
-
- (_D. Garcie._ IV. 6.)
-
- Vous ne voulez pas _faire en aller_ cet homme-là?
-
- (_Impromptu._ 2.)
-
-L’usage est fort ancien de supprimer le pronom réfléchi:
-
-(Voyez ARRÊTER et PRONOM RÉFLÉCHI.)
-
-Ne devrait-on pas écrire tout d’un mot _enaller_, comme _enflammer_,
-_s’envoler_, _s’enfuir_, et tous les composés avec _en_?
-
-Pourquoi la tmèse est-elle prescrite au participe passé de ce verbe,
-tandis qu’elle est défendue dans les analogues? Pourquoi faut-il
-absolument dire _il s’en est allé_, et ne peut-on dire _il s’en est
-volé_, _il s’en est flammé_?
-
-Le peuple dit toujours: _il s’est enallé_.
-
-Le livre des _Rois_ tantôt fait la tmèse, et tantôt non.
-
-Ce qui a placé ce verbe dans une catégorie particulière, c’est
-peut-être l’irrégularité de ses formes à certains temps.
-
-On trouve, dès l’origine de la langue, _en aller_ avec ou sans le
-pronom réfléchi:
-
- «A tant Samuel s’enturnad, e en Gabaa Benjamin _s’enalad_, e li
- altre _enalerent_ od Saul.»
-
- (_Rois._ p. 44.)
-
-On rencontre, à l’impératif, _en va_, sans le pronom, et _va-t-en_,
-avec le pronom:
-
- «Pur co, _enva_ e oci e destrui Amalech.»
-
- (_Ibid._ p. 53.)
-
- «Truvad Cisnee, ki cusins fu Moysi, e bonement li dist: _Vat en_
- d’ici.»
-
- (_Ibidem._)
-
---EN (S’) ALLER, pour _aller_ simplement. Molière affectionne la
-première forme:
-
- Oui, notaire royal.--De plus, homme d’honneur.
- --Cela _s’en va sans dire_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
- Le commissaire viendra bientôt, et l’on _s’en va_ vous mettre
- en lieu où l’on me répondra de vous.
-
- (_Méd. m. lui._ III. 10.)
-
- Mais son valet m’a dit qu’il _s’en alloit_ descendre.
-
- (_Tart._ III. 1.)
-
---Avec _devoir_; EN DEVOIR A QUELQU’UN:
-
- Il ne vous _en doit rien_, madame, en dureté de cœur.
-
- (_Princ. d’Él._ III. 5.)
-
---Avec _donner_ et _jouer_; EN DONNER D’UNE, et EN JOUER D’UNE AUTRE:
-
- Bon, bon! tu voudrois bien ici _m’en donner d’une_.
-
- (_Dép. am._ III. 7.)
-
- Pour toi premièrement, puis pour ce bon apôtre,
- Qui veut _m’en donner d’une, et m’en jouer d’une autre_.
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
-Le mot de l’ellipse paraît être le substantif _bourde_ ou plutôt
-_bourle_.
-
-(Voyez BOURLE.)
-
---Avec _être_; EN ÊTRE JUSQU’A (un infinitif):
-
- Pour moi, _j’en suis_ souvent _jusqu’à verser des larmes_.
-
- (_Psyché_, I. 1.)
-
---Avec _payer_:
-
- Non, en conscience, vous _en payerez_ cela.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
---Avec _planter_; EN PLANTER A QUELQU’UN:
-
- Je sais les tours rusés et les subtiles trames
- Dont, pour _nous en planter_, savent user les femmes.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-_En_ figure ici le mot _cornes_, qu’on laisse de côté par bienséance et
-discrétion.
-
---Avec _pouvoir_; N’EN POUVOIR MAIS:
-
- .... Ayant de la manière
- Sur ce qui _n’en peut mais_ déchargé sa colère.....
-
- (_Éc. des fem._ IV. 6.)
-
- Est-ce que _j’en puis mais_? Lui seul en est la cause.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
-_Mais_ est le latin _magis_, qu’on prononçait, dans l’origine, en deux
-syllabes: _ma-his_, l’aspiration remplaçant le _g_ du latin. _Mais_
-signifie donc _plus_, _davantage_; et _je n’en puis mais_, _non possum
-magis_, c’est-à-dire, je n’en puis rien, pas plus que vous ne voyez.
-
---EN POUVOIR QUE DIRE, locution elliptique:
-
- Beaucoup d’honnêtes gens _en pourroient bien que dire_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
-Pourraient bien avoir ou savoir que dire de cela.
-
-_Que_ représente ici _quod_, comme dans cette locution: _faire que
-sage_; c’est faire ce que fait le sage.
-
---EN, construit avec un substantif ou un adverbe; EN ALGER:
-
- Il va vous emmener votre fils _en Alger_.--On t’emmène esclave
- _en Alger_!
-
- (_Scapin._ II. 11.)
-
-Cette façon de parler est née de l’horreur de nos pères pour l’hiatus,
-même en prose. _A Alger_, leur paraissait intolérable. En pareil cas,
-ils appelaient à leur secours les consonnes euphoniques, dont l’_n_
-était une des principales, et disaient: Aller A(_n_) Alger. L’identité
-de prononciation a fait écrire par _e_, _en Alger_.
-
- «Je serai marié, si l’on veut, _en Alger_.»
-
- (CORNEILLE. _Le Ment._)
-
-Aujourd’hui, que l’euphonie de notre langue a été détruite par
-l’intrusion des habitudes étrangères, tous les journaux écrivent, et
-l’on prononce, _à Alger_. Cela s’appelle un perfectionnement logique.
-
---EN-BAS, EN-HAUT, considérés comme substantifs, et recevant encore
-devant eux la préposition _en_:
-
- Qu’est ceci? vous avez mis les fleurs _en en-bas_?--Vous ne
- m’aviez pas dit que vous les vouliez _en en-haut_.
-
- (_B. gent._ II. 8.)
-
-Nicot écrit d’un seul mot _embas_, _enhault_. Perrault, parlant de la
-feuille d’arbre:
-
- «Lorsque l’hiver répand sa neige et ses frimas,
- «Elle quitte sa tige, et descend _en en-bas_.»
-
-«Ce mot, en de certaines occasions, doit être regardé comme substantif,
-car on lui donne une préposition.»
-
- (TRÉVOUX.)
-
---EN DÉPIT QUE..... Voyez DÉPIT.
-
---EN LA PLACE DE:
-
- Et qui des rois, hélas! heureux petit moineau,
- Ne voudrait être _en_ votre place!
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
-
-ENCANAILLER (S’), néologisme en 1663:
-
- CLIMÈNE (_précieuse_).--..... Le siècle _s’encanaille_
- furieusement!
-
- ÉLISE.--Celui-là est joli encore, _s’encanaille_! Est-ce vous
- qui l’avez inventé, madame?
-
- CLIMÈNE.--Hé!
-
- ÉLISE.--Je m’en suis bien doutée.
-
- (_Crit. de l’Éc. des f._ 7.)
-
-Il paraît que ce mot fit un établissement rapide, car il est dans
-Furetière (1684), et sans observation.
-
-_S’enducailler_, que Chamfort avait fait par représailles, n’a pas eu
-le même bonheur, sans doute parce qu’il était moins nécessaire.
-
-
-ENCENS, au pluriel; DES ENCENS, des hommages, des louanges:
-
- Cet empire, que tient la raison sur les sens,
- Ne fait pas renoncer aux douceurs _des encens_.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- _Aux encens_ qu’elle donne à son héros d’esprit.
-
- (_Ibid._ I. 3.)
-
- Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,
- Qu’un auteur qui partout va gueuser _des encens_.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
-
-ENCHÈRE; PORTER LA FOLLE ENCHÈRE DE QUELQU’UN:
-
- Vous pourriez bien _porter la folle enchère de tous les
- autres_, et vous n’avez point de père gentilhomme.
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-_Porter la folle enchère_, c’est couvrir à soi seul les mises de tous
-les autres enchérisseurs, demeurer seul responsable et payer pour tout
-le monde, et un peu encore au delà.
-
-
-ENCLOUURE:
-
- De l’argent, dites-vous: ah! voilà _l’enclouure_!
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
- On a deviné l’_enclouure_.
-
- (_B. gent._ III. 10.)
-
-L’_enclouure_ est, au propre, la plaie secrète d’un cheval que le
-maréchal a piqué jusqu’au vif en le ferrant, et qui fait boîter la
-bête. Comme il est très-difficile de reconnaître au dehors lequel
-des clous perce trop avant, on est quelquefois obligé de dessoler
-entièrement le cheval.
-
-De là, le sens figuré de cette expression: _deviner l’enclouure_.
-
-Nicot ne donne que _enclouer_, d’où il paraîtrait que le substantif est
-plus moderne; mais on le rencontre dès le XIIIe siècle:
-
- «Li rois qui payens asseure
- «Panse bien cette _encloeure_ (enclouvéure).»
-
- (_Complainte de Constantinoble_, p. 29.)
-
-
-ENCORE QUE, quoique:
-
- _Encor que_ son retour
- En un grand embarras jette ici mon amour....
-
- (_Éc. des f._ III. 4.)
-
-Les Italiens disent de même _ancora che_.
-
- «_Encore qu’_ils soient fort opposés à ceux qui commettent des
- crimes...»
-
- (PASCAL. 8e _Prov._)
-
-La Fontaine affectionne cette expression; elle revient très-souvent
-aussi dans les _Provinciales_.
-
-_Encore que_, pour la construction, est autre que _quoique_. _Quoi_
-n’est pas un adverbe, c’est un pronom neutre à l’accusatif; on ne
-devrait donc, à la rigueur, l’employer que devant un verbe dont il pût
-recevoir l’action: _quoi que_ vous disiez; _quoi qu’il_ fasse. Ainsi
-l’on ne devrait pas dire: _quoi qu’ils_ soient opposés, parce que rien
-ici ne gouverne _quoi_. En latin: _quod cumque agas_, et _quamvis
-sint oppositi_. Il faut, en français, prendre l’autre expression,
-_encore que_. C’est par abus et par oubli de la valeur des mots qu’on
-a laissé _quoique_ passer pour adverbe, et en cette qualité usurper
-indistinctement toutes les positions, au point d’étouffer comme inutile
-l’autre forme.
-
-
-ENDIABLER (S’) A (un infinitif):
-
- Chacun _s’est endiablé à me croire_ médecin.
-
- (_Méd. m. lui._ III. 1.)
-
-
-ENFLÉ D’UNE NOUVELLE:
-
- Et quand je puis venir, _enflé d’une nouvelle_,
- Donner à son repos une atteinte mortelle,
- C’est lors que plus il m’aime.
-
- (_D. Garcie._ II. 1.)
-
-
-ENFONCÉ, par métaphore comme _plongé_: ENFONCÉ DANS LA COUR:
-
- Il est _fort enfoncé dans la cour_; c’est tout dit.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-
-ENGAGÉ DE PAROLE AVEC QUELQU’UN:
-
- J’étois, par les doux nœuds d’une amour mutuelle,
- _Engagé de parole avecque cette belle_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 9.)
-
-
-ENGAGEMENT, condition d’être engagé:
-
- _L’engagement_ ne compatit point avec mon humeur.
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
-
-ENGENDRER la MÉLANCOLIE:
-
- Allons, morbleu! il ne faut point _engendrer de mélancolie_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
---ENGENDRER (S’), se donner un gendre:
-
- Ma foi, je _m’engendrois_ d’une belle manière!
-
- (_L’Ét._ II. 6.)
-
- Que vous serez bien _engendré_!
-
- (_Mal. im._ II. 5.)
-
-Remarquez que dans _gendre_, _engendrer_, le _d_ est euphonique, attiré
-entre l’_n_ et l’_r_, qui se trouvent rapprochés après la syncope du
-mot latin: _gen(era)re, gen(e)rum_. C’est ainsi que _Vendres_
-représente _Veneris_, dans le nom de _Port-Vendres_, _portus
-Ven(e)ris_. Les Grecs disaient de même ἀνδρός pour ἀνρός, syncope
-d’ἀνερός.
-
-_Nr_ attirait le _d_ intermédiaire; _ml_ attirait le _b_. De _humilem_,
-on fit d’abord _humele_, qui se lit dans les plus anciens textes; puis,
-par syncope, _humle_; et enfin _humble_.
-
-Les lois de l’euphonie sont les mêmes en tout temps comme en tous
-lieux; seulement elles sont mieux obéies par les peuples naissants que
-par les peuples vieillis. Il semble que, chez les derniers, la langue
-soit devenue plus souple à proportion que l’oreille devenait plus dure.
-
-
-ENGER. Voyez ANGER.
-
-
-ENGLOUTIR LE CŒUR:
-
- Pouas! vous _m’engloutissez le cœur_!
-
- (_G. D._ III. 11.)
-
-
-ENGROSSER:
-
- N’a-t-il pas fallu que votre père ait _engrossé_ votre mère
- pour vous faire?
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
-Ce mot ne serait plus souffert sur la scène, à cause du progrès des
-mœurs.
-
-
-ENNUYER (S’); JE M’ENNUIE, IL M’ENNUIE, absolument, sans complément; et
-IL M’ENNUIE DE:
-
- Lorsque j’étois aux champs, n’a-t-il point fait de pluie?
- --Non.--_Vous ennuyoit-il?_--Jamais _je ne m’ennuie_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- _Il vous ennuyoit_ d’être maître chez vous.
-
- (_G. D._ I. 3.)
-
-Molière, pour ce verbe, a mis en présence l’ancienne locution et la
-nouvelle; l’ancienne, qui est la seule logique: _il m’ennuie_, comme
-_tædet_, _pœnitet_; et la moderne, aujourd’hui seule usitée: _je
-m’ennuie_, comme _je me repens_, quoique la forme réfléchie n’ait
-ici aucun sens, puisque l’on n’ennuie ni ne repent soi-même. Mais
-l’usage!...
-
-Il faut, au surplus, observer que _se repentir_ était usité dès le XIIe
-siècle:
-
- «Deu _se repenti_ que ont fait rei Saul.»
-
- (_Rois._ p. 54.)
-
-Et la glose marginale:
-
- «Deu ne _se_ puet pas _repentir_ de chose qu’il face.»
-
- «Il n’est pas huem ki _se repente_.»
-
- (_Ibid._ p. 57.)
-
-On trouve à côté de cette forme réfléchie la forme impersonnelle.
-
- «Ore, dit Dieu, ore _m’enrepent_ que fait ai Saul rei sur
- Israel.»
-
- (_Ibid._ p. 54.)
-
-Il m’enrepent, _me pœnitet_.
-
-
-ENQUÊTER (S’) DE, _s’enquérir_:
-
- Ils ne _s’enquêtent_ point _de cela_.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-_Quester_, par syncope de _quæs(i)tare_. _Quærere_ a donné _querir_.
-
-
-ENRAGER QUE, à cause que:
-
- _J’enrage que_ mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait
- étudier dans toutes les sciences, quand j’étois jeune.
-
- (_Bourg. gent._ II. 6.)
-
-
-ENROUILLÉ. Voyez SAVOIR ENROUILLÉ.
-
-
-ENSEVELIR (S’) DANS UNE PASSION:
-
- La belle chose que de..... _s’ensevelir_ pour toujours _dans
- une passion_!
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
-Molière a dit de même _s’enterrer dans un mari_.
-
-(Voyez ENTERRER.)
-
-
-ENSUITE DE...
-
- Il voudroit vous prier _ensuite de l’instance_
- D’excuser de tantôt son trop de violence.
-
- (_L’Ét._ II. 3.)
-
-On devrait écrire séparément _en suite de_, par suite de.
-
- --«_En suite des_ premiers compliments.--_En suite de_ tant de
- veilles.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 370 et 377.)
-
- ..... «Une réponse exacte, _en suite de laquelle_ je crois que
- vous n’aurez pas envie de continuer cette sorte d’accusation.
-
- (Id. 11e _Prov._)
-
- «Filiutius n’avoit garde de laisser les confesseurs dans cette
- peine: c’est pourquoi, _en suite de ces paroles_, il leur donne
- cette méthode facile pour en sortir.»
-
- (Id. 10e _Prov._)
-
-Cette locution est très-fréquente dans Pascal.
-
-
-ENTENDRE (L’), mis absolument, comme on dirait _s’y entendre_:
-
- Je pensois faire bien.--Oui! c’étoit fort _l’entendre_.
-
- (_L’Ét._ I. 5.)
-
-Le français, surtout celui du XVIIe siècle, a une foule de locutions où
-l’article s’emploie ainsi sans relation grammaticale, et par rapport
-à un substantif sous-entendu, dont l’idée, bien que vague, est assez
-claire.
-
-
-ENTERRER, figurément; S’ENTERRER DANS UN MARI:
-
- Mon dessein n’est pas..... de _m’enterrer toute vive dans un
- mari_.
-
- (_G. D._ II. 4.)
-
-_S’enterrer dans un mari_, comme _s’ensevelir dans une passion_. (Voyez
-ENSEVELIR.)
-
-
-ENTÊTEMENT, en bonne part, passion obstinée:
-
- J’aime la poésie _avec entêtement_.
-
- (_Fem. sav._ III. 2.)
-
-
-ENTHOUSIASME, à peu près dans le sens de _frénésie_:
-
- Mais voyez quel diable d’_enthousiasme_ il leur prend de me
- venir chanter aux oreilles comme cela!
-
- (_Prol. de la Pr. d’Él._ 2.)
-
-
-ENTICHÉ:
-
- Vous en êtes un peu dans votre âme _entiché_.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
-Ce mot remonte à l’origine de la langue.
-
- «Sathanas se elevad encuntre Israel, e _enticha_ David que il
- feist anumbrer ces de Israel e ces de Juda.»
-
- (_Rois._ p. 215.)
-
-_Taxa_, _taxare aliquem._ D’où _teche_, _techer_, ou _tache_, _tacher_.
-_Entacher_, _enticher_, _tacher_, _tasser_ et _taxer_, ont la même
-origine: _taxare_. Mais la date relative de leur naissance se révèle
-par leur forme matérielle.
-
-
-ENTRECOUPER (S’) DE QUESTIONS:
-
- Ensuite, s’il vous plaît?--_Nous nous entrecoupâmes
- De mille questions_ qui nous pouvoient toucher.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
-
-ENTREMETTRE (S’) DE....:
-
- Ah, ah! c’est toi, Frosine? Que viens-tu faire ici?--Ce que je
- fais partout ailleurs: _m’entremettre d’affaires_, me rendre
- serviable aux gens.
-
- (_L’Av._ II. 5.)
-
-Locution qui remonte à l’origine de la langue:
-
- «Saül aveit osted de la terre ces ki _s’entremeteient
- d’enchantement e de sorcerie_.»
-
- (_Rois._ p. 108.)
-
-
-ENTRER, construit avec divers substantifs. ENTRER DEDANS L’ÉTONNEMENT:
-
- _N’entrez pas_ tout à fait _dedans l’étonnement_.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
---ENTRER DANS LES MOUVEMENTS D’UN CŒUR, s’y associer:
-
- C’est que _tu n’entres point dans tous les mouvements D’un
- cœur_, hélas! rempli de tendres sentiments.
-
- (_Mélicerte._ II. 1.)
-
---ENTRER EN DÉSESPOIR:
-
- Et l’accord que son père a conclu pour ce soir
- La fait à tous moments _entrer en désespoir_.
-
- (_Tart._ IV. 2.)
-
---EN UNE HUMEUR:
-
- _J’entre en une humeur noire_, en un chagrin profond,
- Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- «_J’entre en une vénération_ qui me transit de respect envers
- ceux qu’il (Dieu) me semble avoir choisis pour ses élus.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 344.)
-
- «Colette _entra dans des peurs_ nonpareilles.»
-
- (LA FONTAINE. _Le Berceau._)
-
- «Car, mes pères, puisque vous m’obligez d’_entrer dans ce
- discours_...»
-
- (PASCAL, 11e _Prov._)
-
---ENTRER SOUS DES LIENS, se marier:
-
- Ce n’est pas à mon cœur qu’il faut que je défère
- Pour _entrer sous de tels liens_.
-
- (_Psyché._ I. 3.)
-
-
-ENTRIGUET. Voyez INTRIGUET.
-
-
-ENTRIPAILLÉ:
-
- Un roi, morbleu, qui soit _entripaillé_ comme il faut.
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
-
-ENVERS, préposition, construite avec un verbe:
-
- Je vois qu’_envers_ mon frère on tâche à me _noircir_.
-
- (_Tart._ III. 7.)
-
-(Voyez VERS.)
-
-
-ENVERS DU BON SENS, substantivement:
-
- _Un envers du bon sens_, un jugement à gauche.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
-
-ENVIES, au pluriel:
-
- J’en avois pour moi _toutes les envies du monde_.
-
- (_D. Juan._ V. 3.)
-
-
-ENVOYER A QUELQU’UN, l’envoyer chercher:
-
- Armande, prenez soin _d’envoyer au notaire_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 5.)
-
- Pour dresser le contrat _elle envoie au notaire_.
-
- (_Ib._ IV. 7.)
-
-
-ÉPARGNE DE BOUCHE, pour _sobriété_:
-
- Premièrement, elle est nourrie et élevée dans une grande
- _épargne de bouche_.
-
- (_L’Av._ II. 6.)
-
-
-ÉPAULER DE SES LOUANGES:
-
- C’est bien la moindre chose que nous devions faire que
- d’_épauler de nos louanges_ le vengeur de nos intérêts.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-
-ÉPÉE DE CHEVET, métaphoriquement:
-
- Toujours parler d’argent! voilà leur _épée de chevet_, de
- l’argent!
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
-L’épée accrochée au chevet du lit est l’arme sur laquelle on saute tout
-d’abord, pour se défendre d’une surprise nocturne.
-
-
-ÉPIDERME, féminin:
-
- La beauté du visage est un frêle ornement,
- Une fleur passagère, un éclat d’un moment,
- Et qui n’est attaché qu’_à la simple épiderme_.
-
- (_Fem. sav._ III. 6.)
-
-L’Académie fait ce mot masculin. Il est vrai que δέρμα est neutre en
-grec, et que nos médecins ont fait _derme_ masculin. Mais _derme_ est
-un terme scientifique récent; _épiderme_ est ancien, et du commun
-usage; et comme il réveille l’idée de _la peau_, il paraissait plus
-naturel qu’il fût aussi féminin.
-
-
-ÉPINES; AVOIR L’ESPRIT SUR DES ÉPINES:
-
- _N’ayez point_ pour ce fait _l’esprit sur des épines_.
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
-On ne comprend pas que des épines matérielles puissent piquer l’esprit,
-qui est immatériel.
-
-
-ÉPOUSE:
-
- DON JUAN.
-
- Comment se porte madame Dimanche, _votre épouse_?.... C’est une
- brave _femme_.
-
- (_D. Juan._ IV. 3.)
-
-Il est vraisemblable que don Juan emploie ici ce mot _épouse_ par
-moquerie des gens d’état, comme M. Dimanche, qui trouvent _ma femme_
-une expression trop basse, et croient _mon épouse_ un terme bien plus
-digne et relevé.
-
-Et, comme pour mieux faire ressortir cette emphase ironique, don Juan,
-en homme sûr de son aristocratie, ajoute tout de suite cette expression
-familière: _C’est une brave femme_.
-
-Madame Jacob, revendeuse à la toilette et sœur de M. Turcaret, parlant
-à une baronne, n’a garde non plus de dire _mon mari_:
-
- «Il fait bien pis, le dénaturé qu’il est! il m’a défendu
- l’entrée de sa maison, et il n’a pas le cœur d’employer _mon
- époux_!»
-
- (_Turcaret._ IV. 12.)
-
-
-ÉPOUSER LES INQUIÉTUDES DE QUELQU’UN:
-
- Le mien (mon maître) me fait ici _épouser ses inquiétudes_.
-
- (_Sicilien._ 1.)
-
-Molière dit, dans le même sens, _prendre la vengeance, le courroux de
-quelqu’un_. (Voyez PRENDRE.)
-
-
-ÉPOUSTER:
-
- Oui-dà, très-volontiers, je _l’épousterai bien_.
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
-Molière a contracté par licence le futur d’_épousseter_, consultant la
-prononciation plutôt que la grammaire.
-
-
-ÉPURÉ DU COMMERCE DES SENS:
-
- Il n’a laissé dans mon cœur, pour vous, qu’_une flamme épurée
- de tout le commerce des sens_.
-
- (_D. Juan._ IV. 9.)
-
-
-ESCAMPATIVOS, mot espagnol ou de forme espagnole, _des échappées_:
-
- Ah! je vous y prends donc, madame ma femme! et vous faites des
- _escampativos_ pendant que je dors!
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-
-ESCOFFION, bonnet de femme, cornette:
-
- D’abord leurs _escoffions_ ont volé par la place.
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
-La racine est l’italien _scuffia_, devant lequel on ajoute l’_é_, comme
-dans _éponge_, _esprit_, et tous les mots qui commencent par ces deux
-consonnes _st_, _sp_, _sq_, pour éviter d’articuler la première.
-
-Au XVIe siècle, la reine de Navarre écrit, ou plutôt ses éditeurs lui
-font écrire, _scofion_:
-
- «Un lit de toile fort desliée... et la dame seule dedans, avec
- son _scofion_ et chemise, etc.»
-
- (_Heptaméron_, _nouv._ 14.)
-
-
-ESPÉRANCE (L’) DE QUELQU’UN, l’espérance ou les espérances qu’il donne:
-
- Je l’aurai fait passer chez moi dès son enfance,
- Et j’_en_ aurai chéri _la plus tendre espérance_...
-
- (_Éc. des fem._ IV. 1.)
-
-Je me serai complu dans les espérances que donnait Agnès. Cette
-expression est embarrassée et peu claire.
-
-
-ESPÉRER A, espérer dans:
-
- Mais _j’espère aux bontés_ qu’une autre aura pour moi.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
-«J’espère dans les bontés.» (Voyez AU, AUX.)
-
-
-ESPRIT CHAUSSÉ A REBOURS:
-
- Tout ce que vous avez été durant vos jours,
- C’est-à-dire un _esprit chaussé tout à rebours_.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
---FAIRE ÉCLATER UN ESPRIT:
-
- Je ne suis point d’humeur à vouloir contre vous
- _Faire éclater_, madame, _un esprit_ fort jaloux.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-
-ESSAYER A, suivi d’un infinitif:
-
- Est-ce donc que par là vous voulez _essayer
- A réparer_ l’accueil dont je vous ai fait plainte?
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Et j’ose maintenant vous conjurer, madame,
- De ne point _essayer à rappeler_ un cœur
- Résolu de mourir dans cette douce ardeur.
-
- (_Fem. sav._ I. 2.)
-
-
-ESSUYER, subir; ESSUYER LA BARBARIE:
-
- C’est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots,
- que _d’essuyer_ sur des compositions _la barbarie_ d’un stupide.
-
- (_B. gent._ I. 1.)
-
---LA CERVELLE:
-
- On n’a point à louer les vers de messieurs tels,
- A donner de l’encens à madame une telle,
- Et de nos francs marquis _essuyer la cervelle_.
-
- (_Mis._ III. 7.)
-
-(Voyez CERVELLE.)
-
---UN COMBAT:
-
- Je ne m’étonne pas; au _combat_ que _j’essuie_,
- De voir prendre à monsieur la thèse qu’il appuie.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
---UNE CONVERSATION:
-
- Ces conversations ne font que m’ennuyer,
- Et c’est trop que vouloir me les faire _essuyer_.
-
- (_Mis._ II. 4.)
-
-
-EST _après un pluriel_. Voyez C’EST _après un pluriel_.
-
-
-EST-CE.... OU SI....:
-
- Mais _est-ce_ un coup bien sûr que votre seigneurie
- Soit désenamourée? _ou si_ c’est raillerie?
-
- (_Dép. am._ I. 4.)
-
- De grâce, _est-ce_ pour rire, _ou si_ tous deux vous
- extravaguez, de vouloir que je sois médecin?
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
-
-EST-CE PAS, pour _n’est-ce pas_:
-
- LUBIN. Il aura un pied de nez avec sa jalousie, _est-ce pas_?
-
- (_Georg. Dand._ I. 2.)
-
-(Voyez NE _supprimé dans une forme interrogative_.)
-
-
-EST-IL DE (un substantif), est-il quelque:
-
- _Est-il_ pour nous, ma sœur, _de_ plus rude disgrâce?
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-Marmontel a dit pareillement dans _le Sylvain_:
-
- «_Est-il de puissance_
- «Qui rompe ces nœuds?»
-
-
-ESTIME, comme les mots _ressentiment_, _heur_, _succès_, recevant une
-épithète qui en détermine l’acception favorable ou défavorable:
-
- C’est de mon jugement avoir _mauvaise estime_,
- Que douter si j’approuve un choix si légitime.
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
---ESTIME DE, comme _réputation de_; ÊTRE EN ESTIME D’HOMME D’HONNEUR:
-
- En quelle _estime_ est-il, mon frère, auprès de vous?
- --_D’homme d’honneur, d’esprit, de cœur et de conduite._
-
- (_Fem. sav._ II. 1.)
-
---ESTIME au sens passif, pour l’estime qu’on inspire. Voyez MON ESTIME.
-
-
-ESTOC; PARLER D’ESTOC ET DE TAILLE, au hasard:
-
- N’importe, _parlons-en et d’estoc et de taille_,
- Comme oculaire témoin.
-
- (_Amph._ I. 1.)
-
-Par allusion à cette expression, _frapper d’estoc et de taille_,
-désespérément, comme l’on peut.
-
-L’_estoc_ est la pointe de l’épée, ou l’épée elle-même, longue et
-pointue. La racine est _stocum_, avec l’_e_ initial, comme dans tous
-les mots commençant en latin par _st_, _sp_.
-
-Voyez Du Cange, aux mots _Stocum_, _Stochus_ et _Estoquum_.
-
-L’expression _d’estoc et de taille_ remonte très-haut, car on la trouve
-dans les chartes du moyen âge:
-
- «Diversis vulneribus _tam de taillo quam de stoquo_ vulnerare
- dicuntur.»
-
- (Ap. Cang. in _stoquum litt. rem._ ann. 1364.)
-
-D’_estoc_ vient le verbe _estoquer_ (_étoquer_), encore usité en
-Picardie. _Toquer_, dont se sert le peuple, paraît plutôt abrégé
-_d’étoquer_, que formé sur l’onomatopée de _toc_.
-
-Le radical de cette famille de mots est l’allemand _stock_, canne,
-bâton; anglais, _stick_; latin, _stocum_; italien, _stocco_; espagnol,
-_estoque_, _estoquear_; français, _estoc_, _estoquer_.
-
-
-ÉTAGE DE VERTU:
-
- C’est _un haut étage de vertu_ que cette pleine insensibilité
- où ils veulent faire monter notre âme.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
-
-ÉTAT, façon de se vêtir, comme l’on dit aujourd’hui _la mise_; PORTER
-UN ÉTAT:
-
- Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir _l’état_ que
- vous _portez_?
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
---FAIRE ÉTAT DE QUELQUE CHOSE:
-
- Dis à ta maîtresse
- Qu’avecque ses écrits elle me laisse en paix,
- Et que voilà _l’état_, infâme, _que j’en fais_.
-
- (_Dép. am._ I. 6.)
-
- Elle m’a répondu, tenant son quant-à-soi:
- Va, va, _je fais état de lui comme de toi_.
-
- (_Ibid._ IV. 2.)
-
- Il connoîtra _l’état que l’on fait de ses feux_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 7.)
-
- Afin de lui faire connoître
- _Quel grand état je fais de ses nobles avis_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 4.)
-
---FAIRE ÉTAT DE (un infinitif), compter sur, être certain de....:
-
- Sinon, _faites état de m’arracher_ le jour,
- Plutôt que de m’ôter l’objet de mon amour.
-
- (_Éc. des mar._ III. 8.)
-
-Pascal a dit, _faire état que_, comme _compter que_:
-
- «_Faites état que_ jamais les Pères, les papes, les
- conciles....... n’ont parlé de cette sorte.»
-
- (PASCAL. 3e _Prov._)
-
-
-ET LE RESTE; c’était la traduction consacrée d’_et cætera_, qu’on met
-aujourd’hui sans scrupule en latin:
-
- Je ne manque point de livres qui m’auroient fourni tout ce
- qu’on peut dire de savant sur la tragédie et la comédie,
- l’étymologie de toutes deux, leur origine, leur définition, _et
- le reste_.
-
- (_Préf. des Préc. rid._)
-
- «Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,
- «Bon souper, bon gîte, _et le reste_?»
-
- (LA FONT. _Les deux Pig._)
-
-C’est-à-dire: bon souper, bon gîte, _et cætera_. Les commentateurs, qui
-entendent finesse à tout et sont toujours prêts à enrichir leur auteur,
-ont supposé que la Fontaine avait créé cette expression pour faire, en
-termes chastes, allusion aux mœurs amoureuses de ses héros: sur quoi
-ils lui ont donné de grandes louanges. L’intention peut y être, mais ce
-ne serait qu’une application d’une façon de parler usuelle.
-
-
-ÉTONNÉ QUE:
-
- _Je fus étonné que_, deux jours après, il me montra toute
- l’affaire exécutée...
-
- (_Préf. de la Crit. de l’Éc. des Fem._)
-
-
-ÊTRE pour _aller_:
-
- Et _nous fûmes_ coucher sur le pays exprès,
- C’est-à-dire, mon cher, en fin fond de forêts.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
- A peine _ai-je été_ les voir trois ou quatre fois, depuis que
- nous sommes à Paris.
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
- Et en Hollande, où _vous fûtes_ ensuite?
-
- (_Mar. for._ 2.)
-
- LUCAS. Il se relevit sur ses pieds, et _s’en fut_ jouer à la
- fossette.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
- Toutes mes études _n’ont été_ que jusqu’en sixième.
-
- (_Ibid._ III. 1.)
-
- On servit. Tête à tête ensemble nous soupâmes,
- Et, le soupé fini, _nous fûmes_ nous coucher.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Je lui ai défendu de bouger, à moins que _j’y fusse_ moi-même.
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
-Pascal fait le même usage du verbe _être_:
-
- «Je le quittai après cette instruction; et, bien glorieux de
- savoir le nœud de l’affaire, _je fus trouver_ M. N***...»
-
- (1re _Prov._)
-
- «Et, de peur de l’oublier, _je fus_ promptement retrouver mon
- janséniste.»
-
- (_Ibid._)
-
---ÊTRE A MÊME DE QUELQUE CHOSE:
-
- Afin de m’appuyer de bons secours..... et d’_être à même des
- consultations et des ordonnances_.
-
- (_Mal. im._ I. 5.)
-
-C’est être dans la chose même, au centre de la chose dont il s’agit;
-par conséquent aussi bien placé que possible pour en contenter son
-désir.
-
-On dit _être à même_, ou _à même de_, avec ou sans complément:
-
- «On demanda, à un philosophe que l’on surprist _à mesmes_, ce
- qu’il faisoit.»
-
- (MONTAIGNE. II. 12.)
-
-Que l’on surprit au milieu de l’action.
-
-La version des Rois dit _en meime_, suivi du substantif auquel
-s’accorde _même_:
-
- «E cumandad à ses fils que il à sa mort fust enseveliz _en
- meime le sepulchre_ u li bons huem fud enseveliz.»
-
- (P. 290.)
-
-Il commanda qu’on l’ensevelît _à même le sépulcre_, c’est-à-dire dans
-le même sépulcre où, etc.
-
-_A même_ est donc une sorte d’adverbe composé, du moins on l’emploie
-comme tel; mais il est hors de doute que c’est au fond l’adjectif
-_même_, avec l’ellipse du substantif.
-
---ÊTRE APRÈS QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire, être occupé à cette chose:
-
- On est venu lui dire, et par mon artifice,
- Que les ouvriers qui _sont après son édifice_....
-
- (_L’Ét._ II. 1.)
-
---ÊTRE CONTENT DE QUELQUE CHOSE, y consentir volontiers:
-
- ASCAGNE.
-
- Ayez-le donc[54], et lors, nous expliquant nos vœux,
- Nous verrons qui tiendra mieux parole des deux.
-
- VALÈRE.
-
- Adieu, _j’en suis content_.
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
-C’est-à-dire, cette condition me plaît, je l’accepte.
-
- [54] Le consentement d’un autre.
-
---ÊTRE DE, être à la place de:
-
- Mais enfin, _si j’étois de mon fils_ son époux,
- Je vous prierois bien fort de n’entrer point chez nous.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-(Voyez ÊTRE QUE DE...)
-
---Faire partie de, être compris dans...:
-
- Mais, monsieur, cela _seroit-il de la permission_ que vous
- m’avez donnée, si je vous disois... etc.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
---ÊTRE DE CONCERT:
-
- _Soyons de concert_ auprès des malades.
-
- (_Am. méd._ III. 1.)
-
---ÊTRE EN MAIN POUR FAIRE QUELQUE CHOSE; être en situation avantageuse:
-
- MORON.
-
- Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause:
- _Je serai mieux en main_ pour vous conter la chose.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 2.)
-
---ÊTRE POUR (un infinitif); être fait pour, de nature à...:
-
- _Ce seroit pour monter_ à des sommes très-hautes.
-
- (_Fâcheux._ III. 3.)
-
- _Nous ne sommes que pour leur plaire_ (aux grands).
-
- (_Impr._ 1.)
-
- Puisque vous y donnez dans ces vices du temps,
- Morbleu! _vous n’êtes pas pour être_ de mes gens.
-
-_Être_, ou n’_être pas pour être_, est une expression manifestement
-trop négligée; mais Molière ne la créait pas, et il était directeur de
-troupe, souvent pressé par le temps et par l’ordre du roi:
-
- Je crois qu’un ami chaud, et de ma qualité,
- _N’est pas_ assurément _pour être_ rejeté.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Le sentiment d’autrui _n’est_ jamais _pour lui plaire_.
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
- Les choses _ne sont plus pour traîner_ en longueur.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
- Puisque _vous n’êtes point_ en des liens si doux
- _Pour trouver_ tout en moi, comme moi tout en vous.
-
- (_Ibid._ V. 7.)
-
- _Je ne suis pas pour_ être en ces lieux importun.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
- Pareil déguisement _seroit pour ne rien faire_.
-
- (_Amph._ prol.)
-
- Ah, juste ciel! cela se peut-il demander?
- Et _n’est-ce pas pour mettre à bout_ une âme?
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
- Lui auroit-on appris qui je suis? et _serois-tu pour me trahir_?
-
- (_L’Av._ II. 1.)
-
- Elle sera charmée de votre haut-de-chausse attaché avec des
- aiguillettes: _c’est pour la rendre_ folle de vous.
-
- (_Ibid._ II. 7.)
-
- Ses contrôles perpétuels..... _ne sont rien que pour vous
- gratter_ et vous faire sa cour.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
- Il y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela _n’est pas
- pour durer_.
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- _Je suis homme pour serrer le bouton_ à qui que ce puisse être.
-
- (_G. D._ I. 4.)
-
- Si le galant est chez moi, _ce seroit pour avoir raison_ aux
- yeux du père et de la mère.
-
- (_Ibid._ II. 8.)
-
- S’il vous demeure quelque chose sur le cœur, _je suis pour vous
- répondre_.
-
- (_Ibid._ II. 11.)
-
- _Je ne suis pas pour recevoir_ avec sévérité les ouvertures que
- vous pourriez me faire de votre cœur.
-
- (_Am. magn._ IV. 1.)
-
- Si Anaxarque a pu vous offenser, _j’étois pour vous en faire
- justice_ moi-même.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
- De tels attachements, ô ciel! _sont pour vous plaire!_
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- _Suis-je pour_ la chasser sans cause légitime?
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
-Cette locution, qui paraît abrégée de _être fait pour_, était usuelle
-au XVIe siècle et auparavant. Montaigne dit que Socrate, dans une
-déroute d’armée, se retirait avec fierté:
-
- «Regardant tantost les uns, tantost les aultres, amis et
- ennemis, d’une façon qui encourageoit les uns, et signifioit
- aux aultres qu’_il estoit pour vendre_ bien cher son sang et sa
- vie à qui essayeroit de la luy oster.»
-
- (MONTAIGNE. III. 6.)
-
- «S’il me vient quelque bon hasard
- «De par vous, songez que _je suis_
- «_Pour le reconnoistre_.»
-
- (_Le Nouveau Pathelin._)
-
---ÊTRE QUE DE:
-
- Moi? Voyez _ce que c’est que du monde_ aujourd’hui!
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
-Rien n’était si facile que de mettre: ce que c’est que _le_ monde; mais
-tout le piquant de l’expression s’en va avec le vieux gallicisme.
-
-Molière paraît s’être ici rappelé ce début de la satire de Regnier:
-
- «Voyez _que c’est du monde_ et des choses humaines!
- «Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines.»
-
- (_Le Mauvais Giste._)
-
- _Si j’étois que de vous_, je lui achèterois dès aujourd’hui une
- belle garniture de diamants.
-
- (_Am. méd._ I. 1.)
-
-(Voyez DU représentant _que le_.)
-
- Vous ferez ce qu’il vous plaira; mais _si j’étois que de vous_,
- je fuirois les procès.
-
- (_Scapin._ II. 8.)
-
- Je ne souffrirois point, _si j’étois que de vous_,
- Que jamais d’Henriette il pût être l’époux.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-_Que_ est en français la traduction de _quod_. _Si essem quod de te_
-(sous-entendu _est_), si j’étais ce qui est de vous.
-
-Le _que_, dans cette locution, est donc nécessaire, et ne peut en être
-supprimé que par ellipse.
-
- _Si j’étois que de vous_, mon fils, je ne la forcerois point à
- se marier.
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
- _Si j’étois que des médecins_, je me vengerois de son
- impertinence.
-
- (_Mal. im._ III. 14.)
-
- Voilà un bras que je me ferois couper tout à l’heure _si
- j’étois que de vous_.
-
- (_Ibid._ III. 3.)
-
-(Voyez p. 166, ÊTRE DE.)
-
---ÊTRE SUR QUELQU’UN, être sur son propos, s’occuper de lui:
-
- Ma foi,
- Demande: _nous étions_ tout à l’heure _sur toi_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
---ÊTRE ou EN ÊTRE SUR UNE MATIÈRE:
-
- _Sur quoi en étiez-vous_, mesdames, lorsque je vous ai
- interrompues?
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 5.)
-
- _Vous êtes là sur une matière_ qui depuis quatre jours fait
- presque l’entretien de toutes les maisons de Paris.
-
- (_Ibid._ 6.)
-
- _Nous sommes ici sur une matière_ que je serai bien aise que
- nous poussions.
-
- (_Ibid._ 7.)
-
---ÊTRE UN HOMME A (un infinitif):
-
- Albert _n’est pas un homme à vous refuser_ rien.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
-
-ÉTROIT, au sens figuré; ÉTROITES FAVEURS:
-
- Et je serois un fou, de prétendre plus rien
- Aux _étroites faveurs_ qu’il a de cette belle.
-
- (_Dép. am._ I. 4.)
-
-
-ET SI, et cependant:
-
- Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre,
- _Et si_ plus je l’écoute, et moins je puis l’entendre.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
- Vous me semblez toute mélancolique: qu’avez-vous, madame
- Jourdain?--J’ai la tête plus grosse que le poing, _et si_ elle
- n’est pas enflée.
-
- (_B. gent._ III. 5.)
-
-_Et si_ paraît être tout simplement l’_etsi_ latin, _quoique_, écrit en
-deux mots par erreur, et à cause d’une trompeuse analogie.
-
-
-ET-TANT-MOINS; _l’_ET-TANT-MOINS, substantif composé, comme _le
-quant-à-soi_:
-
- LUBIN.--Claudine, je t’en prie, sur l’_et-tant-moins_.
-
- (_G. D._ II. 1.)
-
-C’est-à-dire que ce soit une avance à rabattre plus tard.
-
-
-ÉTUDIER DANS UN ART, UNE SCIENCE:
-
- J’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait
- _étudier dans toutes les sciences_ quand j’étois jeune!
-
- (_B. gent._ II. 6.)
-
-
-EUX AUTRES:
-
- Il s’est fait un grand vol; par qui? L’on n’en sait rien:
- _Eux autres_ rarement passent pour gens de bien.
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
-
-EXACT; UN ESPION D’EXACTE VUE:
-
- Je veux, pour _espion_ qui soit _d’exacte vue_,
- Prendre le savetier du coin de notre rue.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 4.)
-
-Pascal a dit de même, _une réponse exacte_.
-
- «J’espère que vous y verrez, mes pères, _une réponse exacte_,
- et dans peu de temps.»
-
- (11e _Prov._)
-
-_Exacte_ est ici au sens de _rigoureuse_, _qui n’omet rien_.
-
-Aujourd’hui, une réponse exacte signifierait celle qui arrive à
-l’heure précise, qui serait ponctuelle. C’est dans ce sens que l’on
-dit _répondre exactement_:--Je lui écris toutes les semaines, et il me
-répond _exactement_.
-
-
-EXCELLENT; LE PLUS EXCELLENT:
-
- J’aurois voulu faire voir........ que _les plus excellentes
- choses_ sont sujettes à être copiées par de mauvais singes...
-
- (_Préf. des Précieuses ridicules._)
-
-
-EXCITER UNE DOULEUR A QUELQU’UN:
-
- Et, dans cette _douleur_ que l’amitié _m’excite_.
-
- (_D. Garcie._ V. 4.)
-
-(Voyez DATIF DE PERTE OU DE PROFIT.)
-
-
-EXCUSER A QUELQU’UN....., auprès de quelqu’un:
-
- Ne viens point _m’excuser_ l’action de cette infidèle.
-
- (_B. gent._ III. 9.)
-
---EXCUSER QUELQU’UN SUR:
-
- ... _Vous m’excuserez sur_ l’humaine foiblesse.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
- _Je vous excusai_ fort _sur_ votre intention.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
-
-EXCUSES; FAIRE LES EXCUSES DE QUELQUE CHOSE:
-
- Ne m’oblige point à _faire les excuses de ta froideur_.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 4.)
-
-
-EXPRESSION; DES EXPRESSIONS, en parlant du mérite d’une peinture:
-
- Dis-nous quel feu divin, dans tes fécondes veilles,
- De tes _expressions_ enfante les merveilles.
-
- (_La Gloire du Val-de-Grâce._)
-
- De ses _expressions_ les touchantes beautés.
-
- (_Ibid._)
-
-
-EXPULSER LE SUPERFLU DE LA BOISSON. Voyez SUPERFLU.
-
-
-FACHER; SE FACHER dans le sens de _s’affliger_:
-
- _Ne vous fâchez point tant_, ma très-chère madame.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-
-FACHERIE, dans le même sens:
-
- En tout cas, ce qui peut m’ôter ma _fâcherie_,
- C’est que je ne suis pas seul de ma confrérie.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
- Et je m’en sens le cœur tout gros de _fâcherie_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 5.)
-
- Le beau sujet de _fâcherie_!
-
- (_Amph._ I. 4.)
-
-
-FACILE A (un infinitif):
-
- ... De véritables gens de bien... _faciles à recevoir les
- impressions_ qu’on veut leur donner.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
-
-FAÇON; DE LA FAÇON, ainsi, de la sorte:
-
- On se riroit de vous, Alceste, tout de bon,
- Si l’on vous entendoit parler _de la façon_.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-_De la façon que_, avec un verbe, se trouve dans Pascal:
-
- «Il semble, _de la façon que vous parlez_, que la vérité
- dépende de notre volonté!»
-
- (_Prov._ 8e _lettre_.)
-
-Et dans Corneille, _de la manière que_:
-
- «_De la manière_ enfin _qu’_avec toi j’ai vécu,
- «Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»
-
- (_Cinna._ V. 1.)
-
-
-FAÇONNIER, FAÇONNIÈRE, adjectif pris substantivement:
-
- ... La plus grande _façonnière_ du monde.
-
- (_Crit. de l’Éc. des f._ 2.)
-
- De tous vos _façonniers_ on n’est point les esclaves.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
-_Façon_ est le diminutif de _face_. La finale _on_, qui est
-augmentative en italien, est diminutive en français: _Beste_,
-_bestion_; _lutin_, _luiton_; _pied_, _peton_; _gars_, _garson_;
-_poupe_ (du latin _pupa_), _poupon_; _Jeanne_, _Jeanneton_, _Pierron_,
-_Suzon_, etc.
-
-Les _façons_, par conséquent, sont de petites mines.
-
-(Voyez GRIMACIERS.)
-
-
-FAIBLE, substantif, LE FAIBLE DE QUELQU’UN:
-
- Et que votre langage _à mon foible_ s’ajuste.
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
-C’est le point faible, et non la faiblesse.
-
-Le _faible_ continue à être en usage dans cette locution: Prendre
-quelqu’un par son faible.
-
-
-FAILLIR A QUELQUE CHOSE:
-
- Ne me l’a-t-il pas dit?--Oui, oui, il ne manquera pas _d’y
- faillir_.
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
-Aujourd’hui qu’on a retranché, ou à peu près, le verbe _faillir_, comme
-suranné, il faudrait dire: Il ne manquera pas d’y manquer. Voilà
-l’avantage de supprimer les synonymes.
-
-(Voyez FAUT.)
-
-
-FAIM, désir; AVOIR FAIM, GRAND’FAIM de....:
-
- _Je n’ai pas grande faim de mort_ ni de blessure.
-
- (_Dép. am._ V. 1.)
-
-Cette locution est demeurée de fréquent usage en Picardie; elle est
-dans Montaigne:
-
- «Il n’est rien qui nous jecte tant aux perils qu’une _faim_
- inconsidérée de nous en mettre hors.»
-
- (MONTAIGNE. III. 6.)
-
- «Il _a grand faim de se combattre_ contre Annibal.--Quand il
- luy viendra _faim de vomir_.--Il _avait faim de l’avoir_.»
-
- (NICOT.)
-
-
-FAIRE, pour _dire_:
-
- AGNÈS.
-
- Moi, j’ai blessé quelqu’un? _fis-je_ tout étonnée...
- Hé! mon Dieu, ma surprise est, _fis-je_, sans seconde...
- Oui, _fit-elle_, vos yeux pour donner le trépas...
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
-Cet archaïsme remonte à l’origine de la langue.
-
-Le livre des _Rois_, traduit au XIe siècle, en fait constamment usage,
-non-seulement pour _inquit_, mais aussi pour _dixit_:
-
- «Vien t’en, _fist_ Jonathas.... _fist_ Jonathas: à els irrum...»
-
- (p. 46.)
-
- «_Fist_ li poples à Saul: Comment! si murrad Jonathas?»
-
- (p. 51.)
-
- «_Fist_ li prestres: Pernez de Deu conseil.»
-
- (p. 50.)
-
-Voltaire l’a souvent employé pour donner à son style une teinte de
-naïveté ironique.
-
-Mais comment le verbe _faire_ s’est-il, dès l’origine de la langue,
-substitué au verbe _dire_? Cette substitution n’est pas réelle: elle
-n’est qu’apparente.
-
-Par suite des habitudes de syncope et des lois de la transmutation
-des voyelles, il est arrivé que des formes rapprochées en latin ont
-produit, en français, des formes identiques.
-
-_Dicere_ a donné _dire_, _di(ce)re_.
-
-_Desi(de)rare_, _de(si)rare_, _dire_ aussi.
-
-(Voyez DIRE, TROUVER QUELQU’UN A DIRE.)
-
-Pareillement, de _făcere_, _fere_, et de _fāri_, _faire_.
-
-L’oreille les confondait, la plume ne tarda pas à les confondre; et les
-deux formes sont encore mêlées dans l’orthographe moderne: _Je fAis_,
-_je fErai_, _fEsant_ ou _fAisant_.
-
---FAIRE, remplaçant dans ses temps, nombres et personnes, un verbe
-précédemment exprimé, et qu’il faudrait répéter:
-
- Ah! que j’ai de dépit, que la loi n’autorise
- A changer de mari comme _on fait_ de chemise!
-
- (_Sgan._ 5.)
-
- Je risque plus du mien que tu ne _fais_ du tien.
-
- (_Ibid._ 22.)
-
- Puisque me voilà éveillé, il faut que j’éveille les autres, et
- que je les tourmente comme on m’a _fait_.
-
- (_Prol. de la Pr. d’Él._ sc. 2.)
-
-Comme on m’a tourmenté.
-
- On vous aime autant en un quart d’heure qu’on _feroit_ une
- autre en six mois.
-
- (_D. Juan._ II. 2.)
-
- Il l’appelle son frère, et l’aime, dans son âme,
- Cent fois plus qu’il ne _fait_ mère, fils, fille et femme.
-
- (_Tart._ I. 2.)
-
- Le nom du grand Condé est un nom trop glorieux pour le traiter
- comme on _fait_ tous les autres noms.
-
- (_Ép. dédic. d’Amphitryon._)
-
- Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le
- miel _fait_ les mouches.
-
- (_G. D._ II. 4)
-
-Les Anglais emploient absolument au même usage leur verbe _do_, faire,
-qui n’est autre que le saxon _thun_. Par exemple, dans cette phrase:
-«He _loves_ not plays as thou _dost_, Antony.» (SHAKSP. _Jul. Cæs._)
-«Il n’_aime_ pas la comédie comme _tu fais_, Antoine.» _Dost_ remplace
-_lovest_, par une tournure toute française. J’ai montré ailleurs[55]
-que _how do you do_, est aussi une formule française traduite avec des
-mots saxons.
-
- [55] _Des Variat. du lang. fr._, p. 375.
-
---FAIRE, représentant l’idée exprimée par une phrase ou une demi-phrase:
-
- VALÈRE. Je vous proteste de ne prétendre rien à tous vos biens,
- pourvu que vous me laissiez celui que j’ai.
-
- HARPAGON. _Non ferai_, de par tous les diables!
-
- (_L’Av._ V. 3.)
-
-C’est-à-dire: je ne te laisserai pas celui que tu as, à la charge par
-toi de ne prétendre rien aux autres.
-
-On disait, _si ferai_, aussi bien que _non ferai_.
-
---FAIRE (un substantif), être la cause, l’objet, le but de....:
-
- Non, non, vous pouvez bien,
- Puisque _vous le faisiez_, rompre notre entretien.
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
- Oui, je veux bien qu’on sache, et j’en dois être crue,
- Que le sort offre ici deux objets à ma vue
- Qui, m’inspirant pour eux différents sentiments,
- De mon cœur agité _font tous les mouvements_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 14.)
-
- Elle _fait tous mes soins, tous mes désirs, toute ma joie_.
-
- (_B. gent._ III. 9.)
-
---FAIRE, suivi d’un adverbe, produire un effet:
-
- Ces deux adverbes joints _font admirablement_.
-
- (_Fem. sav._ III. 2.)
-
---FAIRE, représenter, dépeindre:
-
- Mais, las! il _le fait_, lui, si rempli de plaisirs[56],
- Que de se marier il donne des désirs.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
- [56] Le mariage.
-
---FAIRE, simuler, feindre:
-
- _Je ferai_ le vengeur des intérêts du ciel.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
- Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave
- Qu’il a gagné votre âme en _faisant votre esclave_?
-
- (_Mis._ II. 1.)
-
- M’engager à _faire l’amant_ de la maîtresse du logis, c’est....
- etc.
-
- (_Comtesse d’Esc._ 1.)
-
-C’est ainsi qu’on l’emploie en parlant des rôles de théâtre: Molière
-_faisait_ Sganarelle; il _faisait_ aussi les rois et les personnages
-nobles; il _faisait_ don Garcie, et il y fut sifflé à double titre,
-comme auteur et comme acteur.
-
---FAIRE A QUELQUE CHOSE, y contribuer:
-
- Même, si cela _fait à votre allégement_,
- J’avouerai qu’à lui seul en est toute la faute.
-
- (_Dép. am._ III. 4.)
-
---FAIRE BESOIN, être nécessaire:
-
- Quand nous _faisons besoin_, nous autres misérables,
- Nous sommes les chéris et les incomparables.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
- S’il vous _faisoit besoin_, mon bras est tout à vous.
-
- (_Dép. am._ V. 3.)
-
---FAIRE CONTRE QUELQU’UN, agir contre ses intérêts:
-
- Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens,
- Et _nous faisons contre eux_ à leur être indulgents.
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
-(Voyez FAIRE POUR QUELQU’UN.)
-
---FAIRE DE (un substantif), traiter, en agir avec:
-
- Et tout homme bien sage
- Doit _faire des habits_ ainsi que _du langage_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
- Je voudrois bien qu’_on fît de la coquetterie_
- Comme _de la guipure et de la broderie_.
-
- (_Ibid._ II. 9.)
-
---FAIRE DU...., prendre le rôle de...., FAIRE DE SON DRÔLE:
-
- J’ai bravé ses armes assez longtemps (de l’amour), et _fait de
- mon drôle_ comme un autre.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 2.)
-
- J’ai ouï dire, moi, que vous aviez été autrefois un bon
- compagnon parmi les femmes; que vous _faisiez de votre drôle_
- avec les plus galantes de ce temps-là....
-
- (_Scapin._ I. 6.)
-
- «_Faire du roy, faire du capitaine, pro rege se gerere,
- imperatorias partes sumere. Faire du liperquam_, se montrer le
- grand gouverneur.»
-
- (NICOT.)
-
-_Faire_, dans ces locutions, se rapporte au sens de _feindre_,
-_simuler_. (Voyez p. 174.) Le _de_, marque du génitif, suppose une
-ellipse: faire (le rôle) du roi; faire (le rôle) du liperquam.
-
-Ce mot _liperquam_, qui est une corruption de _luy per quem_
-(sous-entendu _omnia geruntur_), ou plutôt qui est la notation fidèle
-de la manière dont on prononçait ces mots latins au moyen âge, paraît
-renfermer l’origine du mot _péquin_. Un _péquin_, ou un _per quem_,
-est un fat qui tranche de l’important, qui _se monstre le grand
-gouverneur_, qui fait du _liperquan_.
-
-(Voyez _des Variations du langage français_, p. 414.)
-
---FAIRE DES DISCOURS, UN DESSEIN, DES CRIS; FAIRE PLAINTE, FAIRE ÉCLAT:
-
- Tous ces signes sont vains: _quels discours as-tu faits_?
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
- Je quitterois le _dessein que j’ai fait_!
-
- (_Mar. forc._ 2.)
-
- Tu vois, Toinette, _les desseins_ violents que l’on _fait_ sur
- lui (sur son cœur)!
-
- (_Mal. im._ I. 10.)
-
- Comment, bourreau, tu _fais des cris_?
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
- J’ai peine à comprendre sur quoi
- Vous fondez _les discours_ que je vous entends _faire_.
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
- Est-ce donc que par là vous voulez essayer
- A réparer l’accueil dont je vous ai _fait plainte_?
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
- La plus rare vertu
- Qui puisse _faire éclat_ sous un sort abattu.
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
---FAIRE EN..., agir en:
-
- Il sait faire obéir les plus grands de l’État,
- Et je trouve qu’_il fait en digne potentat_.
-
- (_Fâcheux._ I. 10.)
-
- J’avois mangé de l’ail, et _fis en homme sage_
- De détourner un peu mon haleine de toi.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
---EN FAIRE A QUELQU’UN POUR....:
-
- J’en suis pour mon honneur; mais à toi, qui me l’ôtes,
- _Je t’en ferai_ du moins _pour_ un bras ou deux côtes.
-
- (_Sgan._ 6.)
-
-Je t’en donnerai pour un bras ou deux côtes.--C’est-à-dire, il t’en
-coûtera un bras ou deux côtes.
-
-Cette expression est empruntée au langage technique du commerce, où
-l’on dit: _Faites_-moi de cette marchandise pour telle somme.--On n’en
-_fait_ pas pour ce prix.
-
- «Le marchand _fit_ son chantre mille écus, et son grammairien
- trois mille.»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
---FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire relativement à quelque
-chose, _de aliqua re_:
-
- Mais, _je ne t’en fais pas le fin_,
- Nous avions bu de je ne sais quel vin
- Qui m’a fait oublier tout ce que j’ai pu faire.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
---IL FAIT, impersonnel, construit avec l’adjectif _sûr_, comme avec
-l’adjectif _bon_, _beau_, _clair_, etc.:
-
- _Il ne fait pas bien sûr_, à vous le trancher net,
- D’épouser une fille en dépit qu’elle en ait.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
---FAIRE FAUX BOND A L’HONNEUR:
-
- Mais il faut qu’_à l’honneur_ elle _fasse faux bond_...
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
---FAIRE FORCE A (un substantif), forcer, contraindre:
-
- Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois,
- _Faire force à l’amour_ qui m’impose des lois.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
---FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif). Voyez GALANTERIE.
-
---FAIRE LA COMÉDIE:
-
- Ne voulez-vous point, un de ces jours, venir voir avec elle _le
- ballet et la comédie_ que l’on _fait_ chez le roi?
-
- (_B. gent._ III. 5.)
-
---FAIRE LES HONNEURS DE QUELQUE CHOSE:
-
- _Faisons bien les honneurs_ au moins _de notre esprit_.
-
- (_Fem. sav._ III. 4.)
-
---FAIRE MÉTIER ET MARCHANDISE DE:
-
- Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,
- _Font de dévotion métier et marchandise_.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
---SE FAIRE LES DOUCEURS D’UNE INNOCENTE VIE:
-
- Et, de cette union de tendresse suivie,
- _Se faire les douceurs d’une innocente vie_.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
---FAIRE PARAITRE (SE), se montrer:
-
- La douceur de sa voix a voulu _se faire paroître_ dans un air
- tout charmant qu’elle a daigné chanter.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 2.)
-
---FAIRE POUR QUELQU’UN, agir pour lui, le protéger:
-
- Dieu _fera pour les siens_.
-
- (_Dép. am._ III. 7.)
-
- _C’est ce qui fait pour vous_; et sur ces conséquences
- Votre amour doit fonder de grandes espérances.
-
- (_Éc. des mar._ I. 6.)
-
-(Voyez FAIRE CONTRE QUELQU’UN.)
-
---FAIRE SCRUPULE, causer du scrupule:
-
- Ce nom (de gentilhomme) _ne fait aucun scrupule_ à prendre.
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
---FAIRE SEMBLANT QUE....:
-
- Profitons de la leçon si nous pouvons, sans _faire semblant
- qu’on_ parle à nous.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
---FAIRE SON POUVOIR, faire son possible:
-
- _Faites votre pouvoir_, et nous ferons le nôtre.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
-C’était l’expression du temps:
-
- «J’ai fait mon pouvoir, sire, et n’ai rien obtenu.»
-
- (CORNEILLE, _Le Cid_. I. 6.)
-
---FAIRE UNE BOURLE (_bourle_, de l’italien _burla_, moquerie):
-
- .... Une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans
- une _bourle_ que je veux _faire_ à notre ridicule.
-
- (_B. gent._ III. 14.)
-
-(Voyez BOURLE.)
-
---FAIRE UNE VENGEANCE DE QUELQU’UN; en tirer vengeance:
-
- Et je prétends _faire de lui une vengeance exemplaire_.
-
- (_Scapin._ III. 7.)
-
-
-FAIT A (un infinitif), habitué à....:
-
- Car les femmes y sont _faites à coqueter_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-
-FAIT, substantif; C’EST UN ÉTRANGE FAIT QUE....:
-
- _C’est un étrange fait que_, avec tant de lumières,
- Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières.
-
- (_Ibid._ IV. 8.)
-
---LE FAIT DE QUELQU’UN; tout ce qui le concerne, sa conduite, sa
-fortune, etc....:
-
- Tout son _fait_, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Je crains fort pour mon _fait_ quelque chose approchant.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
- Bienheureux qui a _tout son fait_ bien placé!
-
- (_L’Av._ I. 4.)
-
-Dans La Fontaine:
-
- «Le malheureux, n’osant presque répondre,
- «Court au magot, et dit: C’est _tout mon fait_.»
-
- (_Le Paysan qui a offensé son seigneur._)
-
---DIRE SON FAIT A QUELQU’UN:
-
- Il me donna un soufflet, mais _je lui dis bien son fait_!
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
-
-FALLANT, participe présent de _falloir_:
-
- Mais _lui fallant_ un pic, je sortis hors d’effroi.
-
- (_Fâcheux._ II. 2.)
-
-Comme il lui fallait un pique. Le participe abrège singulièrement, et
-mériterait pour cela seul d’être en usage.
-
-
-FALLOT, plaisant, grotesque; TRAIT FALLOT:
-
- Sans ce trait _fallot_,
- Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
- «........ Hé quoi, plaisant _fallot_,
- «Vous parlerez toujours, et je ne dirai mot?»
-
- (TH. CORNEILLE, _Jodelet prince_.)
-
- «Là, par quelque chanson _fallote_,
- «Nous célébrerons la vertu
- «Qu’on tire de ce bois tortu.»
-
- (ST.-AMAND.)
-
- «_Falot_ se prend aussi pour un muguet, compagnon de
- village:--_Un gentil falot_.»
-
- (NICOT.)
-
-Au sens propre, le substantif _falot_ est très-ancien dans notre
-langue, où il est venu de la basse latinité. Dans les actes de Minutius
-Félix (_ap. Baron. ad ann. 303_), on trouve déjà _cereofalum_, un falot
-de cire; et dans une charte de l’évêché d’Amiens, en 1240, _falæ_
-signifie les torches employées aux enterrements.
-
-_Falæ_ était traduit _failles_ en français:
-
- «Et des murs toutes les entrailles
- «Portent brandons et mettent _failles_.»
-
- (_R. d’Athis et Prophil._)
-
- «_Failles_ emportent et brandons;
- «Tot en resplent (_resplendit_) la regions.»
-
- (_R. de la Guerre de Troie._)
-
-De _faille_ ou _fale_, le diminutif _falot_.
-
-_Falot_ se trouve dans Albert Mussato, de Padoue, qui écrivait, au
-commencement du XIVe siècle, la chronique des gestes d’Henri VI:
-«Soudain ils voient briller, au sommet de la Gorgone, une sorte
-de signal par le feu, qu’ils appellent _falot_: _quod ipsi falo
-nuncupabant_.»--Sur quoi Nicolas Villani fait une note pour expliquer
-ce que c’est qu’un _falot_, et il dérive ce mot du grec φαλὸς, dérivé
-lui-même du verbe φάλω, _briller_.
-
-Il est à remarquer que ceux dont il est question, et que désigne le mot
-_ipsi_, ce sont les Padouans. _Falot_, ou plutôt _falo_, était donc,
-vers 1300, un terme italien. On le retrouve en effet dans la chronique
-de Modène: «Et ex hoc facti fuerunt magni _falo_ mutinæ.»
-
- (Ap. MURATORI, t. 15.)
-
-_Fallodia_, _fallogia_, dans les chroniques italiennes du moyen âge,
-sont des illuminations.
-
-J’ai insisté sur l’origine de ce mot, parce qu’il a causé beaucoup de
-tortures aux érudits; on peut voir dans Trévoux les peines qu’ils se
-sont données pour tirer falot du saxon _bal_, ou du chaldéen _lappid_,
-changé en _peled_, qui se serait à son tour transformé en _falot_.
-
-Le passage du sens propre au sens métaphorique ne peut arrêter
-personne. Il est tout naturel de comparer un homme gai, facétieux,
-folâtre, à une flamme qui joue sous le vent. Les Latins disaient, par
-une figure pareille, _igniculi ingenii_ (_Quintilien_).
-
-(Voyez Du Cange aux mots _Falo_, _Phalæ_, _Fallodia_.)
-
-
-FAMEUX, au sens de _considérable_, _important_:
-
- Et me donner le temps qui sera nécessaire
- Pour tâcher de finir cette _fameuse affaire_.
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
- Oui, je suis don Alphonse; et mon sort conservé
- Est un _fameux effet_ de l’amitié sincère
- Qui fut entre son prince et le roi notre père.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
- Et ce _fameux secret_ vient d’être dévoilé.
-
- (_Ibid._ V. 6.)
-
-Cet emploi de _fameux_, qui paraît avoir été du style noble du temps de
-Molière, est aujourd’hui une des formes triviales du langage du peuple.
-
- Quoi! faut-il que pour moi vous renonciez, seigneur,
- A cette royale constance
- Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur,
- Une _fameuse expérience_?
-
- (_Psyché._ II. 1.)
-
-_Royale constance_, _fameuse expérience_, laissent trop voir la
-précipitation de l’écrivain.
-
-
-FANFAN, terme de tendresse et de mignardise:
-
- Oui, ma pauvre _fanfan_, pouponne de mon âme.
-
- (_Éc. des mar._ II. 14.)
-
-C’est la dernière syllabe du mot _enfant_, redoublée, à l’imitation des
-enfants eux-mêmes.
-
-
-FANFARONNERIE:
-
- C’est pure _fanfaronnerie_
- De vouloir profiter de la poltronnerie
- De ceux qu’attaque notre bras.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-La _fanfaronnade_ est l’expression de la _fanfaronnerie_.
-
-
-FATRAS au pluriel:
-
- Et se charger l’esprit d’un ténébreux butin
- De _tous les vieux fatras_ qui traînent dans les livres.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-
-FAUT, de _faillir_:
-
- .......... Le cœur me _faut_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 2.)
-
-De même de _défaillir_, _défaut_:
-
- «Que si la frayeur nous saisit de sorte que le sang se glace si
- fort que tout le corps tombe en défaillance, l’âme _défaut_ en
- même temps.»
-
- (BOSSUET. _Connaissance de Dieu._ p. 115.)
-
-Dans l’édition in-12, imprimée en 1846 chez MM. Didot, l’éditeur a
-mis: «l’âme _semble s’affaiblir_.» De pareilles corrections sont de
-véritables sacriléges. Comment n’a-t-on pas vu l’intention de ce
-rapprochement entre les mots _défaillance_ et _défaillir_? comment, à
-cette expression énergique _l’âme défaut_, a-t-on osé substituer cette
-misérable et lâche expression, _semble s’affaiblir_? comment enfin se
-trouve-t-il des mains qui osent toucher à Bossuet, et mutiler sa pensée?
-
-
-FAUTE, absence, manque; IL VIENT FAUTE DE:
-
- _S’il vient faute de vous_, mon fils, je ne veux plus rester au
- monde.
-
- (_Mal. im._ I. 9.)
-
-
-FAUX, dans le sens de _méchant_, _félon_, _déloyal_:
-
- Mais le _faux animal_, sans en prendre d’alarmes,
- Est venu droit à moi, qui ne lui disois rien.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 2.)
-
-
-FAUX BOND. Voyez FAIRE FAUX BOND.
-
-
-FAUX MONNOYEURS EN DÉVOTION:
-
- ..... Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à
- outrance, toutes les friponneries couvertes de ces _faux
- monnoyeurs en dévotion_....
-
- (1er _Placet au Roi_.)
-
-
-FAVEUR, ressource, protection:
-
- Afin que pour nier, en cas de quelque enquête,
- J’eusse d’un faux-fuyant _la faveur_ toute prête.
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
-On dit encore tous les jours _à la faveur de_: il a nié, _à la faveur_
-d’un faux-fuyant.
-
-
-FAVEURS ÉTROITES. Voyez ÉTROIT.
-
-
-FEINDRE A (un infinitif), hésiter à.....:
-
- _Tu feignois à sortir_ de ton déguisement.
-
- (_L’Ét._ V. 8.)
-
- Vous ne devez point _feindre à me le faire voir_.
-
- (_Mis._ V. 2.)
-
- _Nous feignions à vous aborder_, de peur de vous interrompre.
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
---FEINDRE DE (un infinitif), même sens:
-
- Ainsi, monsieur, _je ne feindrai point de vous dire_ que
- l’offense que nous cherchons à venger..... etc.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
-Je ne feindrai pas de dire, de faire, c’est-à-dire, je dirai, je ferai
-réellement, sincèrement.
-
- _Nous ne feignons point de mettre_ tout en usage.
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
- _Je ne feindrai point de vous dire_ que le hasard nous a fait
- connoître il y a six jours.
-
- (_Mal. im._ I. 5.)
-
---FEINDRE, suivi d’un infinitif sans préposition, hésiter, comme
-_feindre à_, et _feindre de_:
-
- _Feindre s’ouvrir à moi_, dont vous avez connu Dans tous vos
- intérêts l’esprit si retenu!
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-La reine de Navarre construit pareillement _feindre_ avec un infinitif,
-sans préposition intermédiaire:
-
- «Le seigneur de Bonnivet, pour luy arracher son secret,
- _feignit luy dire_ le sien.»
-
- (_Heptam._, nouvelle 14.)
-
-La vieille langue employait _se faindre_, pour exprimer s’épargner à
-quelque chose, ne faire que le semblant de.....
-
- «Ne _se_ doit pas _faindre_ de luy aider.....»
- «De luy aider ne _se_ va pas _faignant_.»
-
- (_Ogier._ V. 9632 et 9638.)
-
-Nicot dit: «SE FAINDRE, _parcere labori_, _remittere_, _summittere_.
-Sans se faindre, sedulo.—SE FAINDRE, _prævaricari_. Tu te fains à
-jouer; _non bona fide ludis_.»
-
-Montaigne emploie _se feindre_ absolument, pour _feindre_, comme _se
-jouer_, pour _jouer_; _se mourir_, pour _mourir_:
-
- «Pour revenir à sa clemence (de César), nous en avons plusieurs
- naïfs exemples au temps de sa domination, lorsque, toutes
- choses estant reduictes en sa main, il n’avoit plus à _se
- feindre_.»
-
- (MONT. II. 33.)
-
-
-FEMME DE BIEN, recevant comme un adjectif la marque du comparatif:
-
- Croyez-moi, celles qui font tant de façons n’en sont pas
- estimées _plus femmes de bien_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-
-FERME, adverbialement:
-
- Vous me parlez bien _ferme!_ et cette suffisance...
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Allons, _ferme!_ poussez, mes bons amis de cour!
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
-(Voyez PREMIER QUE, FRANC, NET.)
-
-
-FERMER, métaphoriquement; FERMER LES MOYENS DE:
-
- C’est que vous voyez bien que _tous les moyens_ vous en sont
- _fermés_.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-Vous en sont interdits. (Voyez OUVRIR.)
-
-
-FÉRU, blessé, de _férir_, archaïsme, dans le sens restreint de _rendre
-amoureux_:
-
- Peut-être en avez-vous déjà _féru_ quelqu’une?
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-
-FESTINER QUELQU’UN, lui offrir un festin:
-
- C’est ainsi que vous _festinez les dames_ en mon absence!
-
- (_B. gent._ IV. 2.)
-
-
-FEU, invariable:
-
- Je tiens de _feu ma femme_, et je me sens comme elle
- Pour les désirs d’autrui beaucoup d’humanité.
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
- Et l’on dit qu’autrefois _feu Bélise_, sa mère...
-
- (_Ibid._ II. 7.)
-
-Furetière qualifie ce terme _substantif_, et il lui donne, comme à un
-adjectif, un féminin: le _feu_ roi, la _feue_ reine. Il nous apprend
-même que les notaires de province usent du pluriel _furent_, en
-parlant de deux personnes conjointes et décédées, ce qui, ajoute-t-il,
-marque que ce mot vient de _fuit_ et de _fuerunt_. C’est une raison
-pour maintenir _feu_ invariable. Dans le temps que la notation _eu_
-sonnait _u_, l’on prononçait _fu_ mon père, _fu_ ma mère (_fut_ mon
-père, _fut_ ma mère); l’ignorance des origines a laissé s’introduire, à
-la suite d’une mauvaise orthographe, une mauvaise prononciation qui a
-prévalu; en sorte qu’aujourd’hui cette espèce de prétérit-adverbe est
-transformé en un véritable adjectif.
-
-Nicot dérive _feu_ de _defunctus_, et le qualifie adjectif; puis
-il ajoute: «Aussi le pourrait-on extraire de cette tierce personne
-_fuit_..... comme _feut_ signifiant en ce sens _a esté_ ou _fut_,
-c’est-à-dire, a vescu et n’est plus.»
-
-C’est la bonne étymologie.
-
-
-FEU QUI SE RÉSOUT EN ARDEUR DE COURROUX:
-
- Tout son _feu se résout en ardeur de courroux_.
-
- (_Dép. am._ V. 8.)
-
-
-FIEFFÉ, FOU FIEFFÉ:
-
- Peste du fou _fieffé_!
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
-_Fieffé_ est celui à qui l’on a donné un fief, ce qui suppose un homme
-en son genre excellant par-dessus ses confrères. Cette locution se
-rapporte aux mœurs du moyen âge. Aujourd’hui qu’il n’y a plus de fiefs,
-mais des brevets d’invention, on dirait, par une expression tout à fait
-correspondante: un fou breveté.
-
-
-FIER, adjectif; ÊTRE FIER A QUELQU’UN:
-
- Oh! qu’elles _nous_ sont bien _fières_ par notre faute!
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
-
-FIÈVRE QUARTAINE (VOTRE)......., sorte de serment elliptique:
-
- ... Si vous y manquez, _votre fièvre quartaine_!....
-
- (_L’Ét._ IV. 8.)
-
-Si vous y manquez, vous consentez à être pris de la fièvre quartaine;
-jurez sur votre fièvre quartaine.
-
-C’est aussi une espèce d’exclamation imprécatoire: Que la fièvre
-quartaine te serre! ta fièvre quartaine!
-
-Dans l’explication entre le prêtre et le pelletier, joués par Pathelin:
-
- LE PREBSTRE.
-
- «Je ne le congnois nullement.
- «Il m’a dit que presentement
- «Vous confesse, et que payerez
- «Tres-bien, et si me baillerez
- «Argent, pour dire une douzaine
- «De messes.
-
- LE PELLETIER.
-
- _Sa fiebvre quartaine!_»
-
- (_Le nouv. Pathelin._)
-
- LE PREBSTRE.
-
- «Vuyde dehors, fol insensé,
- «Car il est temps que tu t’en partes.
-
- LE PELLETIER:
-
- «Et je feray, _tes fiebvres quartes_!»
-
- (_Ibid._)
-
-
-FIGURE, dans le sens restreint de _forme_. Molière a dit, en ce sens,
-_la figure du visage_:
-
- Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure
- _Des visages humains_ offusque _la figure_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
-Offusque la forme des visages humains.
-
---TENIR LA FIGURE DE:
-
- Je vous laisse à penser si, dans la nuit obscure,
- J’ai _d’un vrai trépassé_ su _tenir la figure_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
-Cette acception de _figure_ se rapporte à celle de FIGURER. (Voyez ce
-mot.)
-
-
-FIGURER, se rapportant à tout l’extérieur, à la _configuration_, en
-quelque sorte:
-
- Voici monsieur Dubois plaisamment _figuré_.
-
- (_Mis._ IV. 2.)
-
- .... Une vieille tante qui.... _nous figure_ tous les hommes
- comme des diables qu’il faut fuir.
-
- (_B. gent._ III. 10.)
-
-
-FILER DOUX:
-
- Tu n’es pas où tu crois; en vain tu _files doux_.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
-_Doux_ est adverbial, comme _franc_, _ferme_, _net_, _clair_,
-_soudain_, etc., dans des locutions analogues.
-
-
-FILET, diminutif de _fil_:
-
- Il semble, à vous entendre, que monsieur Purgon tienne dans ses
- mains _le filet de vos jours_, et que, d’autorité suprême, il
- vous l’allonge ou le raccourcisse comme il lui plaît.
-
- (_Mal. im._ III. 7.)
-
-Trévoux indique encore _filet_ comme diminutif de _fil_, _tenue filum_;
-et Regnier décrivant le costume de son pédant:
-
- «Les Alpes en jurant lui grimpoient au collet,
- «Et la Savoy, plus bas, ne pend qu’à un _filet_.»
-
- (_Sat._ X.)
-
-
-FILLE A SECRET, capable de garder un secret:
-
- Ascagne, je suis _fille à secret_, Dieu merci.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-
-FILLOLE, filleule, archaïsme:
-
- Il n’a pas aperçu Jeannette ma _fillole_,
- Laquelle m’a tout dit, parole pour parole.
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
-Nicot dit: «filleul ou fillol.»
-
-Vaugelas déclare que _fillol_ pour _filleul_, c’est très-mal parler.
-Pourquoi, puisque la racine est _filiolus_? L’usage, dira-t-on? A la
-bonne heure, si l’on pose en principe que l’usage ne saurait avoir
-tort.
-
-
-FIN. Voyez FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE (p. 176).
-
---FIN FOND:
-
- Et nous fûmes coucher sur le pays exprès,
- C’est-à-dire, mon cher, en _fin fond_ de forêts.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-_Fin_, dans l’ancienne langue, se joignait comme affixe à un substantif
-ou à un adjectif, pour lui donner la forme superlative.
-
- «De lermes sont lor vis moilliez,
- «Sourdant de _fin cueur_ amoureus.»
-
- (_R. de Coucy._ v. 6176.)
-
- «La dame estoit si _fine bele_,
- «Que n’avoit dame ne pucele
- «Ens el païs qui l’ataindist.»
-
- (_Ibid._ v. 150.)
-
-On dit, en certains pays vignobles, que du vin est _fin clair_. Il nous
-reste encore, dans l’usage commun, _fin fond_, et _fine fleur_.
-
- «Près de Rouen, pays de sapience,
- «Gens pesant l’air, _fine fleur_ de Normands.»
-
- (LA FONT. _Le Remède._)
-
- «Nous mourons de _fine famine_,»
-
-dit Guillemette à Pathelin. Et plus loin:
-
- «Vous en estes _un fin droict maistre_.» (de tromperie.)
-
-
-FLAIREUR DE CUISINE:
-
- Impudent _flaireur de cuisine_!
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-
-FLÉCHIR AU TEMPS:
-
- Il faut _fléchir au temps_ sans obstination.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Molière eût mis aussi bien _céder au temps_; mais _fléchir au temps_
-fait une image bien plus vive et poétique.
-
-
-FOIN! exclamation:
-
-Ce mot n’a que la forme de commun avec _foin_, _fœnum_.
-
-On rencontre fréquemment, dans Plaute et dans Térence, l’exclamation
-_phu!_ (en grec φεῦ), exprimant tantôt le dégoût, tantôt l’admiration:
-_peste_, _oh oh_, _diantre!_ Ce _phu_ est devenu en français _foin_,
-par le changement de l’_u_ en _oi_, comme _pungere_, _ungere_,
-_poindre_, _oindre_. Il s’emploie sans complément ou avec un complément:
-
- _Foin!_ que n’ai-je avec moi pris mon porte respect!
-
- (_L’Ét._ III. 9.)
-
- «_Foin du loup et de sa race!_»
-
- (LA FONTAINE. _Le Chevreau, la Chèvre et le Loup._)
-
-Foin ou fi sur le loup--_phu de lupo_.
-
- «Adieu donc. _Fi du plaisir_
- «Que la crainte peut corrompre!»
-
- (LA FONT. _Fables._ I. 9.)
-
-
-FOND D’AME, substantif; UN FOND D’AME:
-
- Et n’est-ce pas sans doute un crime punissable,
- De gâter méchamment ce _fond d’âme_ admirable?
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
-
-FONDANTE EN LARMES:
-
- Une jeune fille toute _fondante en larmes_, la plus belle et la
- plus touchante qu’on puisse jamais voir.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
-M. Auger veut qu’ici _fondant_ soit un participe présent, et non
-un adjectif verbal, attendu le complément indirect _en larmes_. La
-raison ne paraît pas convaincante. On dit bien: cette jeune fille est
-_charmante de grâces_. Le complément ne fait donc rien à l’affaire;
-mais le féminin _toute_, qui précède _fondante_, y fait beaucoup, et
-détermine au second mot le caractère d’adjectif. Cette femme est _toute
-riante de santé_, ou bien _toute fondante en larmes_; il est clair
-qu’il s’agit d’un état, d’une manière d’être, et non pas d’une action.
-
-(Voyez PARTICIPE PRÉSENT _variable_.)
-
-
-FONDER SUR QUELQUE CHOSE, absolument:
-
- Tant de méchants placets, monsieur, sont présentés,
- Qu’ils étouffent les bons; et l’espoir où _je fonde_
- Est qu’on donne le mien quand le prince est sans monde.
-
- (_Fâcheux._ III. 2.)
-
-L’espoir où je _me_ fonde. (Voyez ARRÊTER.)
-
-
-FORCE, adverbe; FORCE GENS:
-
- Voir cajoler sa femme, et n’en témoigner rien,
- Se pratique aujourd’hui par _force gens_ de bien.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
-Nicot: «Force, _id est copia_: il luy est allé _force gens_ au
-devant.--Lieux où il y a _force arbres_.»
-
-Cette locution est trop commune pour qu’il en faille rapporter des
-exemples. Je me contenterai d’observer que le mot _force_ doit être
-porté sur la liste des substantifs que l’usage a transformés en
-adverbes dans certains cas donnés, comme _pas_, _point_, _trop_ (qui
-est une ancienne forme de _troupe_), _rien_, _mot_ ou _motus_.
-
-
-FORCER, vaincre en luttant; FORCER UN MALHEUR:
-
- Il m’échappe! ô _malheur qui ne se peut forcer_!
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
-L’emploi de _forcer_ est ici le même que dans cette locution: _forcer
-un lièvre_.
-
-
-FORFANTERIE D’UN ART, vanité d’un art qui se vante:
-
- Sans découvrir encore au peuple,...... _la forfanterie de notre
- art_.
-
- (_Am. méd._ III. 2.)
-
-Les Italiens disent _un furfante_; mais, au rebours de ce qu’affirme
-Nicot, ce n’est pas d’eux que nous avons emprunté _forfant_ ni
-_forfanterie_, car les racines de ces mots sont exclusivement
-françaises. _Forfanterie_ est pour _forvanterie_. _For_, en
-composition, signifie tantôt _hors_, comme dans _forligner_,
-_forclore_, _forbannir_, _forban_, etc., tantôt _mal_, parce que le
-mal résulte de l’excès qui franchit les limites. Ainsi _forfaire_,
-_forsenné_, _forconseiller_, _forjuger_, _formarier_ et _formariage_
-(mariage contre la loi et la coutume), _formener_ (malmener), etc. _Se
-forfanter_, c’est se vanter au delà de la vérité, se vanter à faux; et
-c’est de nous que les Italiens l’ont emprunté.
-
-
-FORGER UN AMUSEMENT:
-
- Votre feinte douceur _forge un amusement_,
- Pour divertir l’effet de mon ressentiment.
-
- (_D. Garcie._ IV. 8.)
-
-(Voyez DIVERTIR et AMUSER.)
-
-
-FORLIGNER DE:
-
- Jour de Dieu! je l’étranglerois de mes propres mains, s’il
- falloit qu’elle _forlignât de l’honnêteté de sa mère_!
-
- (_G. D._ II. 14.)
-
-_Fors-ligner_, c’est sortir hors de la ligne droite, _se dévier_, comme
-on parlait jadis.
-
-(Voyez FORFANTERIE.)
-
-
-FORMER DES SENTIMENTS, comme _former des vœux_:
-
- Et _je ne forme point_ d’assez beaux _sentiments_
- Pour.....
-
- (_Dép. am._ I. 3.)
-
-
-FORT EN GUEULE:
-
- MADAME PERNELLE:
-
- ..... Vous êtes, m’amie, une fille suivante
- Un peu trop _forte en gueule_, et très-impertinente.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
---FORTE PASSION, passion dominante:
-
- Ta _forte passion_ est d’être brave et leste.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-
-FORTUNE, au sens du latin _fortuna_, la destinée, dans ce vers d’Horace:
-
- _Fortunam_ Priami cantabo, et nobile bellum.
-
- ..... Elle est de vous (cette lettre), suffit: même _fortune_.
-
- (_Dépit. am._ II. 3.)
-
- Le capitaine de ce vaisseau, touché de _ma fortune_, prit
- amitié pour moi.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
- Voyons quelle _fortune_ en ce jour peut m’attendre.
-
- (_Amph._ III. 4.)
-
- Comme on trouve écrit dans le ciel jusqu’aux plus petites
- particularités de la _fortune_ du moindre des hommes.
-
- (_Am. magn._ III. 1.)
-
-La _fortune_ d’un homme, pour signifier sa richesse, l’ensemble de son
-avoir, est une acception toute moderne, qui ne se rencontre point dans
-Molière.
-
-Un homme _fortuné_ n’est point un homme riche, mais un homme favorisé
-du sort. On peut être le plus _fortuné_ des mortels, et très-pauvre en
-même temps.
-
-_Avoir de la fortune_, ne signifie donc réellement autre chose que
-avoir la chance heureuse, _fortune_ se prenant pour _bonne fortune_,
-comme _heur_ pour _bon heur_; _succès_ pour _heureux succès_, etc.
-
-Arnolphe demande à Horace:
-
- Vous est-il point encore arrivé de _fortune_?
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-C’est-à-dire, d’aventure galante.
-
-«Tu portes César et sa fortune.» Il serait ridicule d’entendre: Tu
-portes César et ses trésors.
-
---PAR FORTUNE, par hasard:
-
- Je l’avois sous mes pieds rencontré _par fortune_.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-La Fontaine dit _de fortune_:
-
- «Comme elle disoit ces mots,
- «Le loup, _de fortune_, passe.»
-
- (_La Chèvre, le Chevreau et le Loup._)
-
-
-FORTUNES, au pluriel, même sens:
-
- ..... Nous parlions des _fortunes d’_Horace.
-
- (_L’Ét._ IV. 6.)
-
- «Quant au surplus des _fortunes_ humaines,
- Les biens, les maux, les plaisirs et les peines...»
-
- (LA FONTAINE. _Belphégor._)
-
-Les Anglais ont retenu ce sens: _the fortunes of Nigel_, sont _les
-aventures_ de Nigel.
-
-Horace dit aussi, au pluriel:
-
- «Si dicentis erunt _fortunis_ absona dicta....»
-
-Si le langage ne convient pas à la position du personnage, à sa
-fortune, ou à ses fortunes.
-
-
-FOUDRE PUNISSEUR. Voyez PUNISSEUR.
-
-
-FOURBER QUELQU’UN:
-
- --Vous vous êtes accordés, Scapin, vous et mon fils, pour _me
- fourber_.
-
- --Ma foi, monsieur, si Scapin _vous fourbe_, je m’en lave les
- mains.
-
- (_Scapin._ III. 6.)
-
-
-FOURBISSIME:
-
- Mascarille est un fourbe, et fourbe _fourbissime_.
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
-La forme en _issime_ fut naturellement la forme primitive de notre
-superlatif. La traduction des _Rois_, la chanson de Roland, saint
-Bernard, l’emploient constamment; d’ordinaire elle est contractée en
-_isme_: _saintisme_, _grandisme_, _altisme_, _cherisme_, etc., y sont
-pour _saintissime_, _grandissime_, etc. On disait même _bonisme_, et
-non _optime_, formé de _bon_, par analogie.
-
-C’est donc à tort que le P. Bouhours (_Entretiens d’Ariste et Eugène_)
-prétend ces superlatifs contraires au génie de notre langue.
-
-En 1607, Malherbe, dans ses lettres, se sert fréquemment de
-_grandissime_; et Perrot d’Ablancourt, dans sa traduction de César: «Il
-y avait un _grandissime_ nombre de villes.» Mais on les en a repris
-l’un et l’autre. Par conséquent, c’est du commencement du XVIIe siècle
-qu’il faut dater dans notre langue la déchéance de l’ancienne forme
-latine, et l’emploi exclusif de _très_ pour marquer le superlatif.
-
-Les Latins, outre la forme en _issimus_, formaient aussi le superlatif
-par le mot _ter_, soit séparé, soit en composition. Ils avaient
-emprunté cela des Grecs, qui disaient τρισόλβιος, τρισευδαίμων,
-τρισκατάρατος, etc.
-
-Plaute dit de même, _trifur_, _triveneficus_, _tricerberus_.
-
-Et Virgile: «O _ter_ quaterque _beati_!»
-
-_Très-docte_, en français, est donc comme _tridoctus_, et nous avons
-eu, à l’instar des Latins, deux manières de former les superlatifs;
-seulement la forme grecque, chez les Latins la moins usitée, a fini par
-l’emporter chez nous, et par étouffer complétement la forme latine.
-
-
-FOURNIR A, suffire à:
-
- Ma foi, me trouvant las pour ne pouvoir _fournir
- Aux différents emplois_ où Jupiter m’engage......
-
- (_Amph._ Prol.)
-
-
-FRAIS; PRENDRE LE FRAIS, c’est-à-dire, choisir l’heure du frais, le
-soir ou le matin:
-
- Pour arriver ici, mon père _a pris le frais_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 6.)
-
-
-FRANC, adverbialement:
-
- Je vous parle _un peu franc_; mais c’est là mon humeur.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Je vous dirai _tout franc_ que c’est avec justice.
-
- (_Ibid._ I. 6.)
-
- C’est de presser _tout franc_, et sans nulle chicane,
- L’union de Valère avecque Marianne.
-
- (_Ibid._ III. 3.)
-
- Je vous dirai _tout franc_ que cette maladie,
- Partout où vous allez, donne la comédie.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-_Tout franchement_, comme _tout net_ est pour _tout nettement_.
-
-(Voyez PREMIER QUE, FERME, NET.)
-
-
-FRÉQUENTER CHEZ QUELQU’UN:
-
- Sans doute; et je le vois qui _fréquente chez nous_.
-
- (_Fem. sav._ II. 1.)
-
-Les Latins employaient _frequentare_ sans _apud_, comme aujourd’hui
-nous faisons. Dans Cicéron: _Qui domum meam frequentant_, ceux qui
-fréquentent ma maison; et dans Phèdre: _Aras frequentas_, tu fréquentes
-les autels.
-
-
-FRICASSER, métaphoriquement:
-
- MARINETTE.
-
- Moi, je te chercherois! Ma foi, _l’on t’en fricasse_,
- Des filles comme nous!.....
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-Observez que c’est Marinette qui parle.
-
-
-FRIPERIE; NOTRE FRIPERIE, notre personne:
-
- Gare une irruption sur _notre friperie_!
-
- (_Dép. am._ III. 1.)
-
-C’est un valet qui parle.
-
-
-FROTTER SON NEZ AUPRÈS DE LA COLÈRE DE QUELQU’UN:
-
- GROS-RENÉ.
-
- Viens, viens _frotter ton nez auprès de ma colère_!
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-
-FUIR DE (un infinitif), comme éviter de....:
-
- Si votre âme les suit, et _fuit d’être coquette_....
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
- Il ne _fuit_ rien tant tous les jours que _d’exercer_ les
- merveilleux talents qu’il a eus du ciel pour la médecine.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
-C’est le _fuge quærere_ d’Horace.
-
-_De_, dans l’expression française, est la marque de l’ablatif employé
-dans ce vers de Virgile:
-
- Quanquam animus meminisse horret, _luctuque refugit_.
-
- (_Æneid._ II.)
-
-«Mon esprit recule d’horreur à ces images de deuil, et _fuit de s’en
-souvenir_.»
-
- --«J’ay monstré, en la conduite de ma vie et de mes
- entreprinses, que j’ay plustost _fuy_ qu’aultrement
- _d’enjamber_ par dessus le degré de fortune auquel Dieu logea
- ma naissance.»
-
- (MONT. III. 7.)
-
-
-FULIGINES, terme technique:
-
- Beaucoup de _fuligines_ épaisses et crasses, etc.
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
-
-FURIEUX, dans le sens d’_extrême_:
-
- Voilà _une furieuse imprudence_, que de nous envoyer querir.
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
-
-FUSEAUX; FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX. Voyez BRUIRE.
-
-
-FUTURS (DEUX), _commandés l’un par l’autre_:
-
- Ce ne _sera_ pas là qu’il _viendra_ la chercher.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-Cette symétrie des temps, empruntée du latin, est aussi négligée au
-XIXe siècle qu’elle était soigneusement observée au XVIIe. On dirait
-aujourd’hui sans scrupule: Ce n’_est_ pas là qu’il _viendra_.
-
- _Je reviendrai_ voir sur le soir en quel état elle _sera_.
-
- (_Méd. m. l._ II. 6.)
-
-Et non: en quel état elle _est_.
-
- Lorsqu’on me _trouvera_ morte, il n’y aura personne qui mette
- en doute que ce ne soit vous qui _m’aurez_ tuée.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-Et non: _qui m’avez_.
-
- J’ai des raisons à faire approuver ma conduite,
- Et _je connoîtrai_ bien si vous _l’aurez_ instruite.
-
- (_Fem. sav._ II. 8.)
-
-Cette symétrie des temps s’observait aussi pour le conditionnel.
-
-(Voyez CONDITIONNELS.) (DEUX.)
-
---Futur suivi d’un présent de l’indicatif:
-
- _Ce ne sera point_ vous que je leur _sacrifie_.
-
- (_Ibid._ V. 5.)
-
-L’exigence du mètre, et la nécessité de rimer à _philosophie_, ont
-apparemment ici forcé la main à Molière, dont l’usage constant est
-de mettre les deux futurs, même en des cas où ils sont bien moins
-nécessaires.
-
-
-GAGE QUE...., adverbialement, ou par une sorte d’ellipse pour _je gage
-que_:
-
- _Gage qu’_il se dédit.--Et moi, _gage que_ non.
-
- (_L’Ét._ III. 3.)
-
-
-GAGER QUELQU’UN POUR (un substantif), c’est-à-dire, _en qualité de_:
-
- Je suis auprès de lui _gagé pour serviteur_:
- Vous me voudriez encor payer _pour précepteur_.
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
-(Voyez POUR, en qualité de.)
-
-
-GAGNER; GAGNER AU PIED, s’enfuir:
-
- Ah! par ma foi, je m’en défie, et je m’en vais _gagner au pied_.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
-La Fontaine a dit, dans le même sens, _gagner au haut_:
-
- «....... Le galant aussitôt
- «Tire ses grègues, _gagne au haut_.
-
- (_Le Renard et le Coq._)
-
-Nicot et Trévoux ne donnent que _gagner le haut_.
-
-(Voyez HAUT.)
-
---GAGNER DE (un infinitif), obtenir:
-
- Et qu’il n’est repentir ni suprême puissance
- Qui _gagnât_ sur mon cœur _d’oublier_ cette offense.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
---GAGNER LE TAILLIS, fuir, s’évader:
-
- Tant pis!
- J’en serai moins léger à _gagner le taillis_.
-
- (_Dép. am._ V. 1.)
-
---GAGNER LES RÉSOLUTIONS _de quelqu’un_, les surmonter:
-
- Pied à pied _vous gagnez mes résolutions_.
-
- (_B. gent._ III. 18.)
-
-
-GALANT, substantif, un nœud de rubans:
-
- Voilà
- Ton beau _galant_ de neige, avec ta nonpareille:
- Il n’aura plus l’honneur d’être sur mon oreille.
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-
-GALANT, adjectif, au sens d’_élégant_, _distingué_:
-
- Il me montra toute l’affaire, exécutée d’une manière, à la
- vérité, beaucoup plus _galante_ et plus spirituelle que je ne
- puis faire.
-
- (_Préf. de la Crit. de l’Éc. des fem._)
-
-
-GALANTERIE, FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif):
-
- N’a-t-il pas (Molière), ceux...... qui, le dos tourné, _font
- galanterie de se déchirer_ l’un l’autre?
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-Rien n’a remplacé cette excellente expression; il faut, pour en rendre
-le sens, recourir à une longue périphrase.
-
-
-GALIMATIAS au pluriel:
-
- Mon Dieu, prince, je ne donne point dans _tous ces galimatias_
- où donnent la plupart des femmes.
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
-
-GARANT; ÊTRE GARANT DE QUELQUE CHOSE, en fournir la garantie, la preuve:
-
- Moi, je lui couperois sur-le-champ les oreilles,
- S’il _n’étoit pas garant_ de tout ce qu’il m’a dit.
-
- (_L’Ét._ III. 3.)
-
-
-GARD’, en style familier, pour garde:
-
- Dieu te _gard’_, Cléanthis!
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
-
-GARDE; SE DONNER DE GARDE DE.... Voyez à DONNER.
-
-
-GARDER DE (un infinitif), se garder de, prendre garde de:
-
- Mon Dieu, Éraste, _gardons_ d’être surpris.
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
- Rentrez donc, et surtout _gardez de babiller_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 9.)
-
- Rentrez dans la maison, et _gardez de rien dire_.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
- _Gardez de vous tromper!_
-
- (_Georg. D._ II. 9.)
-
-Molière emploie indifféremment, et selon le besoin de la circonstance,
-_garder_ ou _se garder de_:
-
- Et surtout _gardez-vous de la quitter_ des yeux.
-
- (_Éc. des fem._ V. 5.)
-
---GARDER QUE (sans _ne_):
-
- _Gardons bien que_, par nulle autre voie, _elle en apprenne_
- jamais rien.
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
-(Voyez DONNER DE GARDE (SE).)
-
-
-GARDIEN, en trois syllabes:
-
- Suis-je donc _gardien_, pour employer ce style,
- De la virginité des filles de la ville?
-
- (_Dép. am._ V. 3.)
-
-Il est probable que plus tard Molière eût écrit: Suis-je donc _le_
-gardien.....
-
-
-GATER QUELQU’UN DE, c’est-à-dire, à l’aide, par le moyen de....:
-
- Je veux être pendu, si nous ne les verrions
- Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
- Sans tous ces vils devoirs _dont_ la plupart des hommes
- _Les gâtent_ tous les jours, dans le siècle où nous sommes.
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
-Cette tournure se rapporte à DE, exprimant la cause, la manière.
-
---GATER (SE) SUR L’EXEMPLE D’AUTRUI; par l’exemple, d’après l’exemple
-d’autrui:
-
- Mais _ne vous gâtez pas sur l’exemple d’autrui_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
-
-GAUCHIR, aller à gauche; GAUCHIR DE QUELQUE CHOSE, s’en écarter:
-
- Notre sort ne dépend que de sa seule tête;
- _De ce qu’elle s’y met_, rien ne la fait _gauchir_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
-
-GAULIS, terme technique, branche d’arbre:
-
- Je pousse mon cheval et par haut et par bas,
- Qui plioit des _gaulis_ aussi gros que le bras.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-«Les gaulis, dit Trévoux, sont, en terme de vénerie, des branches
-d’arbre qu’il faut que les veneurs plient ou détournent pour percer
-dans un bois.»
-
-_Gault_, en vieux français, est une forêt:
-
- «Onc charpentier en bos ne sot si charpenter,
- «Ne mena telle noise en parfont _gault_ ramé.»
-
- (_Renaut de Montauban._)
-
- «Que florissent cil prez, e cil _gault_ sont foilli.»
-
- (_Rom. d’Aïe d’Avig._)
-
- «Cerchant prés et jardins et _gaults_.»
-
- (_Rom. de la Rose._)
-
-«_Gault_ paraît venir du bas latin _caula_, d’où s’est formé _gaule_,
-par l’adoucissement du _c_ en _g_. Dans un compte de 1202: «pro
-perticis et _caulis_.... pro L _caulis_.» Pour des perches et des
-gaules..... pour 50 gaules.» (DU CANGE, au mot CAULA.)
-
-J’avoue que j’aimerais mieux dériver _gault_ de _saltus_, et _gaule_
-de _caula_. Le _nom_ propre _Gault de Saint-Germain_ signifie _Bois de
-Saint-Germain_.
-
-
-GAYETÉ, en trois syllabes:
-
- Mais je vous avouerai que cette _gayeté_
- Surprend au dépourvu toute ma fermeté.
-
- (_D. Garcie._ V. 6.)
-
- Mais que de _gayeté_ de cœur
- On passe aux mouvements d’une fureur extrême....
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-
-GENDARMÉ CONTRE...:
-
- Cet homme _gendarmé_ d’abord _contre mon feu_.
-
- (_Éc. des f._ III. 4.)
-
-
-GÊNER (gehenner) QUELQU’UN, le torturer, lui faire violence:
-
- Et pour tout dire enfin, jaloux ou non jaloux,
- Mon roi sans _me gêner_ peut me donner à vous.
-
- (_D. Garcie._ V. 6.)
-
-Racine a dit de même:
-
- «Et le puis-je, madame? Ah, que vous me _gênez_!»
-
- (_Androm._ I. 4.)
-
-Ah, que vous torturez mon cœur!
-
-Ce mot a perdu aujourd’hui toute l’énergie de son acception primitive;
-c’était même déjà un archaïsme dans Racine et dans Molière. On voit
-par cet exemple combien les mœurs influent sur le langage: à mesure
-que l’usage de la torture ou de la _gene_ s’éloignait, la valeur
-du mot s’affaiblissait comme le souvenir de la chose. _Il est gêné
-dans ses habits_ eût été, au XIIe siècle, une hyperbole violente;
-aujourd’hui, cela signifie simplement, _il n’y est pas à son aise_;
-c’est l’expression la plus douce qu’on puisse employer.
-
-
-GÊNES, au pluriel, dans le sens du latin _gehenna_, _torture_:
-
- Je sens de son courroux des _gênes_ trop cruelles.
-
- (_Dép. am._ V. 2.)
-
-
-GENS masculin:
-
- Ma langue est impuissante, et je voudrois avoir
- Celle de _tous les gens_ du plus exquis savoir.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
- La délicatesse est trop grande, de ne pouvoir souffrir que des
- _gens triés_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ I.)
-
- Et qu’en n’approuvant rien des ouvrages du temps,
- Il se met au-dessus de _tous_ les autres _gens_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
- Et qu’avecque le cœur d’un perfide vaurien
- Vous confondiez les cœurs de _tous les gens de bien_.
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
- Pour _tous les gens de bien_ j’ai de grandes tendresses.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
- Cependant noire âme insensée
- S’acharne au vain honneur de demeurer près d’eux,
- Et s’y veut contenter de la fausse pensée
- Qu’ont _tous les autres gens_ que nous sommes heureux.
-
- (_Amph._ I. 1.)
-
- Combien de _gens_ font-_ils_ des récits de bataille,
- Dont _ils_ se sont tenus loin!
-
- (_Ibid._)
-
---GENS avec un nom de nombre déterminé:
-
- Et je connois des _gens_ à Paris, plus de _quatre_,
- Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre.
-
- (_Fâcheux._ II. 4.)
-
- Moi, je serois cocu?--Vous voilà bien malade!
- _Mille gens_ le sont bien qui de rang et de nom
- Ne feroient avec vous nulle comparaison.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- _Un de mes gens_ la garde au coin de ce détour.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
- Il y a là _vingt gens_ qui sont fort assurés de n’entrer point.
-
- (_Impr._ 3.)
-
- Et jamais il ne parut si sot que parmi _une demi-douzaine de
- gens_ à qui elle avoit fait fête de lui.
-
- (_Critique de l’Éc. des fem._ sc. 2.)
-
-A l’origine de la langue il a été souvent employé ainsi:
-
- «Pour ces _trois gens_ qui ont pel de beste afublée.»
-
- (_Le dit du Buef._)
-
---GENS DE BIEN A OUTRANCE:
-
- Toutes les grimaces étudiées de ces _gens de bien à outrance_.
-
- (1er _Placet au Roi_.)
-
---GENS DE DIFFICULTÉS:
-
- Ce sont (les avocats) _gens de difficultés_.
-
- (_Mal. im._ I. 9.)
-
-
---GENS DE NOM:
-
- Toute mon ambition est de rendre service aux _gens de nom_ et
- de mérite.
-
- (_Sicilien._ 11.)
-
-
-GENTILLESSE, dans le sens de l’italien _gentilezza_, _noblesse_:
-
- Ce sont des brutaux, ennemis de _la gentillesse_ et du mérite
- des autres villes.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-
-GLOIRE, considération personnelle, mérite:
-
- Pourquoi voulez-vous croire
- Que de ce cas fortuit dépende notre _gloire_?
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- C’est où je mets aussi _ma gloire_ la plus haute.
-
- (_Tart._ II. 1.)
-
-Je mets ma gloire, je fais consister mon mérite principal à vous
-satisfaire.
-
-
-GOBER LE MORCEAU, se laisser prendre, duper tranquillement:
-
- Mais je ne suis pas homme à _gober le morceau_.
-
- (_Éc. des f._ II. 1.)
-
-Métaphore prise de la pêche à la ligne.
-
-
-GOGUENARDERIE:
-
- Oui, mais je l’enverrois promener avec ses _goguenarderies_.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 3.)
-
-
-GRACE; DONNER GRACE, pardonner:
-
- Et l’on _donne grâce_ aisément
- A ce dont on n’est pas le maître.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-
-GRAIS, Grec:
-
- MARTINE.
-
- Et, ne voulant savoir _le grais_ ni le latin....
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
-C’est l’ancienne et légitime prononciation, comme dans _échecs_,
-_legs_. Ce passage nous montre que, du temps de Molière, le peuple la
-retenait encore.
-
-
-GRAND invariable en genre:
-
- Le bal et _la grand bande_, assavoir deux musettes.
-
- (_Tart._ II. 3.)
-
- Vous n’aurez pas _grand peine_ à le suivre, je crois.
-
- (_Ibid._ II. 4.)
-
- Il porte une jaquette à _grands basques plissées_.
-
- (_Mis._ II. 6.)
-
-Dans l’origine de la langue, tout adjectif dérivé d’un adjectif latin
-en _is_, _grandis_, _qualis_, _regalis_, _viridis_, etc., ne changeait
-pas non plus en français pour le féminin.
-
-Il nous reste encore de cet usage, _grand messe_, _grand mère_, _grand
-route_, etc., et, dans le langage du palais, _lettres royaux_.
-
-C’est donc une véritable faute de mettre une apostrophe après _grand_,
-comme si l’_e_ s’élidait.
-
-(Voyez _des Variations du langage français_, p. 226.)
-
---GRAND LATIN, grand latiniste, comme on dit _grand grec_ pour grand
-helléniste:
-
- Je vous crois _grand latin_ et grand docteur juré.
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
---GRAND SEIGNEUR (LE), pour l’_aristocratie_, _la noblesse_:
-
- O l’ennuyeux conteur!
- Jamais on ne le voit sortir _du grand seigneur_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-De même _le marquis_, pour _la classe des marquis_.
-
-(Voyez MARQUIS.)
-
-
-GRIMACIERS, hypocrites:
-
- Ils donnent bonnement (les hommes sincèrement vertueux) dans le
- panneau des _grimaciers_, et appuient aveuglément les singes de
- leurs actions.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-(Voyez FAÇONNIER.)
-
-
-GROUILLER:
-
- Et l’on demande l’heure, et l’on bâille vingt fois,
- Qu’elle _grouille_ aussi peu qu’une pièce de bois.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-Comme _grouiller_ est devenu, l’on ne sait pourquoi, un terme bas,
-les éditeurs de 1682 ont jugé qu’il était mal séant dans la bouche de
-Célimène, et ils ont fait à Molière l’aumône d’une correction que les
-comédiens se sont empressés d’adopter:
-
- Qu’elle _s’émeut autant_ qu’une pièce de bois.
-
-M. Auger observe qu’il fallait au moins mettre _se meut_ ou _remue_, car
-c’est de cela qu’il s’agit, et non de _s’émouvoir_.
-
-Ces corrections, faites au texte d’un écrivain comme Molière, sont
-autant d’impertinences.
-
- Est-ce que madame Jourdain est décrépite? et la tête lui
- _grouille-t-elle_ déjà?
-
- (_B. gent._ III. 5.)
-
-_Grouiller_ est une forme de _crouller_. La prononciation les
-confondait. _Crouller_, verbe actif ou verbe neutre, _trembler_,
-_agiter_, _ébranler_; en italien, _crollare_: _crollare il capo_,
-_secouer la tête_: «Les fundemens des munz sunt emeuz et _crollez_, kar
-nostre sire est curuciez.» (_Rois_, p. 205.) Les fondements des monts
-sont émus et ébranlés, _concussa et conquassata_.
-
- «Baucent l’oï, si a froncie le nez;
- «_La teste croule_ si a des piez houez.»
-
- (_La bataille d’Arlescamp._)
-
-Baucent _grouille la tête_, secoue la tête.
-
-Il peut être intéressant, pour l’histoire de la langue, d’observer
-que nos pères avaient à la fois _crouler_ et _trembler_, et qu’ils
-distinguaient fort bien l’un de l’autre. En voici un exemple, tiré du
-roman d’Alexandre; il s’agit des prodiges qui signalèrent la naissance
-de ce héros:
-
- «Dieu demonstra par signe qu’il (Alexandre) se feroyt
- cremir[57], car l’on vit l’aer muer, le firmament croissir[58],
- et la _terre crouler_; la mer par lieus rougir, et _les bestes
- trembler_, et les hommes fremir.»
-
- (_Préf. de la Ch. des Saxons._ p. 22.)
-
- [57] _Cremir_, craindre, de _tremere_, pour _tremir_. _Cremir_
- est devenu _craindre_, le _c_ continuant à remplacer le _t_; car
- il semble qu’on dût dire _traindre_.
-
- [58] Craquer.
-
-Ces finesses de nuances n’indiquent pas une langue barbare.
-
- «Quand le souldich l’eut entendu, si _crolla la teste_ et le
- regarda fellement, et dist: Tu has murdry!»
-
- (FROISSART. _Chron._ II. ch. 30.)
-
-
-GUÉRIR, au sens figuré:
-
- NICOLE.
-
- De quoi est-ce que tout cela _guérit_?
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
-A quoi tout cela sert-il?
-
-
-GUEUSER DES ENCENS:
-
- Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,
- Qu’un auteur qui partout va _gueuser des encens_.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
-
-GUEUX COMME DES RATS:
-
- Tous ces blondins sont agréables.... mais la plupart sont
- _gueux comme des rats_.
-
- (_L’Av._ III. 8.)
-
-L’expression complète eût été: Comme des rats d’église, qui n’y
-trouvent rien à manger. Mais, du temps de Molière, on n’osait pas
-prononcer sur le théâtre le mot _église_; quand on y était réduit, on
-disait _le temple_. (Voyez TEMPLE.)
-
---GUEUX D’AVIS:
-
- Non de ces _gueux d’avis_, dont les prétentions
- Ne parlent que de vingt ou trente millions.
-
- (_Fâcheux._ III. 3.)
-
-
-GUIDE, subst. féminin, comme _sentinelle_; archaïsme:
-
- _La Guide_ des pécheurs est encore un bon livre.
-
- (_Sgan._ I.)
-
- «Elle lit saint Bernard, _la Guide_ des pécheurs[59].»
-
- (RÉGNIER. _Macette._)
-
- [59] Ouvrage ascétique, composé en espagnol par le père Louis de
- Grenade.
-
-_Guide_, terme technique, est resté féminin: CONDUIRE A GRANDES GUIDES.
-
-
-GUIGNER, lorgner du coin de l’œil:
-
- J’ai _guigné_ ceci tout le jour.
-
- (_L’Av._ IV. 6.)
-
-_De guingois_, espèce d’adverbe, pour signifier _de côté_, _de
-travers_, paraît dérivé de _guigner_: _de guingois_, comme _de
-guïgois_. Mme de Sévigné affectionne ce terme familier: _un esprit de
-guingois_.
-
-
-HABILLER; S’HABILLER D’UN NOM:
-
- Le monde aujourd’hui n’est plein..... que de ces imposteurs
- qui.... _s’habillent insolemment du premier nom illustre_
- qu’ils s’avisent de prendre.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
-
-HABITUDE DU CORPS, tenue, maintien, _habitus_:
-
- Cette _habitude du corps_ menue, grêle, noire et velue.
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
-
-HAINE POUR QUELQU’UN, au lieu de _haine contre_:
-
- Ils ont en cette ville _une haine effroyable pour_ les gens de
- votre pays.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-
-HANTER QUELQUE PART:
-
- Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps,
- Ne sauroit-il souffrir qu’aucun _hante céans_?
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-
-HANTISES, FRÉQUENTATION:
-
- Isabelle pourroit perdre dans ces _hantises_
- Les semences d’honneur qu’avec nous elle a prises.
-
- (_Éc. des mar._ I. 4.)
-
-La forme primitive était _hant_, racine du verbe _hanter_:
-
- «Sunt se nettement guardé tes vadlets, e meimement de _hant_ de
- femme?»
-
- (_Rois._ p. 83.)
-
-
-HARDI, employé comme exclamation:
-
- Là, _hardi!_ tâche à faire un effort généreux.
-
- (_Sgan._ 21.)
-
-
-HATÉ, pressé, urgent:
-
- Nous sortions.--Il s’agit d’un fait assez _hâté_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
-
-HAUT, substantif; _un haut_, pour _une hauteur_:
-
- Sur _un haut_, vers cet endroit,
- Étoit leur infanterie.
-
- (_Amph._ I. 1.)
-
-(Voyez GAGNER LE HAUT.)
-
---HAUT DE L’ESPRIT (DU):
-
- Et, les deux bras croisés, _du haut de son esprit_
- Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
---HAUT LA MAIN, sans l’ombre de résistance ou de difficulté:
-
- Vous l’auriez guéri _haut la main_.
-
- (_Pourc._ II. 1.)
-
-Molière a dit aussi _la main haute_:
-
- La grammaire, qui sait régenter jusqu’aux rois,
- Et les fait, _la main haute_, obéir à ses lois!
-
- (_Fem. sav._ II. 6.)
-
-Cette expression se rapporte à cette autre, _avoir la haute main
-sur..._; et cette dernière se trouve fréquemment dans les plus vieux
-monuments de notre langue:
-
- «E la malvaise gent e les fils Belial.... _ourent la plus halte
- main envers Roboam_.»
-
- (_Rois._ p. 298.)
-
-On trouve aussi, _avant la main_, pour _haut la main_:
-
- LE PELLETIER.
-
- «Mais pensez-y, de par le diable,
- «Et me payez _avant la main_.»
-
- (_Le nouv. Pathelin._)
-
---LE PORTER HAUT, être fier, orgueilleux:
-
- Détrompez-vous de grâce, et _portez-le moins haut_.
-
- (_Mis._ V. 6.)
-
-Le subst. de l’ellipse paraît être _chef_: portez le chef moins haut.
-
---HAUT DU JOUR (le); midi:
-
- Le roi vint honorer Tempé de sa présence;
- Il entra dans Larisse hier, _sur le haut du jour_.
-
- (_Mélicerte._ I. 3.)
-
---FAIRE UNE HAUTE PROFESSION DE (un infinitif):
-
- Ils ont trouvé moyen de surprendre des esprits qui, dans toute
- autre matière, _font une haute profession de ne se point
- laisser surprendre_.
-
- (2e _Placet au Roi_.)
-
-
-HAUTEUR; DE HAUTEUR, hautement, avec hauteur:
-
- ... Pour récompense, on s’en vient _de hauteur_
- Me traiter de faquin, de lâche, d’imposteur.
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
---HAUTEUR D’ESTIME:
-
- Cette _hauteur d’estime_ où vous êtes de vous.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
-
-HÉROS D’ESPRIT:
-
- Aux encens qu’elle donne à son _héros d’esprit_.
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
-
-HEUR, bonheur; d’où vient _heureux_:
-
- Expliquez-vous, Ascagne, et croyez par avance
- Que votre _heur_ est certain, s’il est en ma puissance.
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
- Je vous épouse, Agnès; et cent fois la journée
- Vous devez bénir _l’heur_ de votre destinée.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
- Mais au moins dites-moi, madame, par quel sort
- Votre Clitandre a _l’heur_ de vous plaire si fort.
-
- (_Mis._ II. 1.)
-
- Lorsque dans un haut rang on a _l’heur_ de paroître,
- Tout ce qu’on fait est toujours bel et bon.
-
- (_Amph._ prol.)
-
---HEURE; A L’HEURE, maintenant, à cette heure, comme dans l’italien
-_allora_:
-
- Parbleu! si grande joie _à l’heure_ me transporte,
- Que mes jambes sur l’heure en caprioleroient,
- Si nous n’étions point vus de gens qui s’en riroient.
-
- (_Sgan._ 18.)
-
-
-_HIATUS._
-
-Nos vers sont pleins d’hiatus très-réels pour l’oreille, que l’on se
-contente de masquer aux yeux:
-
- C’est un miracle encor qu’il ne m’ait aujourd’hui
- Enfermée à la _clef, ou_ menée avec lui.
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
- Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,
- Font de dévotion _métier et_ marchandise.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
-On en citerait de pareils par centaines dans Boileau, la Fontaine,
-Racine et Molière. Cette remarque a surtout pour but de montrer quelle
-est dans les arts la puissance de l’habitude et de la convention.
-
-Molière ne s’arrête pas à l’hiatus qui résulte de l’interjection:
-
- Un homme à grands canons est entré brusquement,
- En criant: _Holà, Ho!_ un siége promptement.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
- _Là! là! hem, hem!_... écoute avec soin, je te prie.
-
- (_Ibid._ I. 5.)
-
- _Eh! a_-t-on jamais vu de plus farouche esprit?
-
- (_Pr. d’Él._ I. 4)
-
-
-HOC; ÊTRE HOC:
-
- MARTINE.
-
- .... Mon congé cent fois me fût-il _hoc_,
- La poule ne doit point chanter avant le coq.
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
-Le _hoc_ est un jeu de cartes: «Et parce qu’en jouant ces sortes de
-cartes on a coutume de dire _hoc_, de là vient que, dans le discours
-familier, pour dire qu’une chose est assurée à quelqu’un, on dit: _Cela
-lui est hoc_.» (_Dictionn. de l’Acad._)
-
- «Bonne chasse, dit-il, qui l’auroit à son croc!
- «Eh! que n’es-tu mouton, car _tu me serois hoc_.»
-
- (LA FONTAINE.)
-
-Un commentateur reproduit sur ce vers l’explication ci-dessus; mais
-cette explication, tirée du jeu de cartes, n’est point satisfaisante;
-car les cartes furent inventées au XVe siècle seulement, et dès le XIe
-le mot _hoc_ entrait dans une locution analogue à _être hoc_:
-
- «Respundi David: Ci est la lance le rei. Vienge un vadlet, _pur
- hoc_ si l’emport.»
-
- (_Rois._ p. 105.)
-
-Tous ceux qui ont tenté d’expliquer cette locution sont partis de ce
-point que _hoc_ était un mot latin, le neutre du pronom _hic_.
-
-Mais c’est une erreur: _hoc_ est un mot français, un mot de la vieille
-langue, où il signifie _un croc_:
-
- «Un _hoc_ à tanneur, de quoy l’on trait les cuirs hors de
- l’eaue.»
-
- (_Lettres de rémiss._ de 1369.)
-
-(Voyez Du Cange au mot _Hoccus_.)
-
-Du substantif _hoc_ viennent les verbes _hocher_ et _ahocher_ (_hoker_,
-_ahoker_); ce dernier est le même qu’_accrocher_:
-
- «Mes son soupelis _ahocha_
- «A un pel, si qu’il remest la.»
-
- (BARBAZ. _Estula._)
-
-«Mais le surplis du prêtre s’accrocha à un pieu, en sorte qu’il y
-resta.»
-
- «Aussi com un singe _ahoquié_
- «A un bloquel et ataquié.»
-
- (Cité dans DU CANGE à _Hoccus_.)
-
-«Ainsi comme un singe accroché et lié à un bloc.»
-
-Saint-Évremond ne se doutait pas qu’il faisait rimer le mot avec
-lui-même, quand il écrivait:
-
- «Le paradis vous est _hoc_:
- «Pendez le rosaire au _croc_.»
-
-_Cela m’est hoc_ est donc une locution faite, dont le sens revient à:
-cela ne peut me manquer, cela m’est acquis aussi infailliblement que
-si je le tirais de la rivière avec un croc; j’ai _accroché_ cela. Mon
-congé cent fois me fût-il _hoc_, c’est-à-dire, eussé-je _accroché_ cent
-fois mon congé.--_Hoc_ ou _croc_, le nom de l’instrument mis pour celui
-du butin qu’il procure.
-
-Voilà l’explication que j’offre de cette façon de parler, n’empêchant
-point qu’on n’en adopte une meilleure, si on la trouve telle; par
-exemple, celle de Trévoux:
-
-«Ce mot vient du latin _hoc_, qui en gascon veut dire _oui_, ou _ita
-est_; de sorte qu’en disant _cela est hoc_, c’est-à-dire, _oui_ j’y
-consens. Le Languedoc est nommé ainsi comme _langue_ de _hoc_, parce
-qu’on y dit _hoc_ pour _oui_.»
-
-
-HOMMAGES; FAIRE DES HOMMAGES:
-
- _Je lui ai fait des hommages_ soumis de tous mes vœux.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
-
-HOMME; ÊTRE HOMME QUI.... être un homme qui...:
-
- _Vous êtes homme qui_ savez les maximes du point d’honneur.
-
- (_G. D._ I. 8.)
-
- Je suis _homme qui_ aime à m’acquitter le plus tôt que je puis.
-
- (_Bourg. g._ III. 4.)
-
---HOMME DE (un substantif):
-
- Vous êtes _homme d’accommodement_.
-
- (_Pourc._ III. 6.)
-
- _Homme de suffisance, homme de capacité._
-
- (_Mar. forc._ 6.)
-
-
-HONNÊTES DIABLESSES:
-
- Ces dragons de vertu, ces _honnêtes diablesses_,
- Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses....
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-
-HONNEUR, susceptibilité:
-
- Quoi que sur ce sujet votre _honneur_ vous inspire...
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-Votre délicatesse ombrageuse, le soin de votre honneur.
-
-Molière emploie aussi _honneur_ dans le sens général et indéterminé de
-considération personnelle. Alors il y joint une épithète pour fixer la
-nature de cet _honneur_. Il fait dire énergiquement à Alceste, parlant
-du _franc scélérat_ contre lequel il plaide:
-
- Son _misérable honneur_ ne voit pour lui personne.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Il est tout naturel qu’on dise, en parlant de soi: _Mon honneur_, le
-soin de _mon honneur_; mais appliquer ce mot à un tiers, et y joindre
-une épithète de mépris, c’est ce qui rend l’expression neuve et
-originale; et toutefois elle est si claire et si juste, qu’on n’y prend
-pas garde.
-
-
-HONTE; AVOIR HONTE A (un infinitif):
-
- Monsieur, vous vous moquez; _j’aurois honte à la prendre_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
-
-HORS DE GARDE (ÊTRE), métaphore prise de l’art de l’escrime:
-
- Léandre pour nous nuire _est hors de garde_ enfin.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
- «Tu vas _sortir de garde_, et perdre tes mesures.»
-
- (CORNEILLE, _Le Menteur_.)
-
---HORS DE PAGE, au figuré, affranchi:
-
- Il faut se relever de ce honteux partage,
- Et mettre hautement notre esprit _hors de page_.
-
- (_Fem. sav._ III. 2)
-
-Il faut observer que cette locution affectée, parce qu’on l’applique
-à l’esprit, est mise dans la bouche de Bélise; ce qui équivaut à une
-censure.
-
---HORS DE SENS; IL EST HORS DE SENS QUE..., _il est invraisemblable,
-absurde de croire que..._:
-
- Mais _il est hors de sens que_ sous ces apparences
- Un homme pour époux se puisse supposer.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-Cela excède les limites du bon sens.
-
-
-HOURETS, mauvais chiens de chasse:
-
- De ces gens qui, suivis de dix _hourets_ galeux,
- Disent _ma meute_, et font les chasseurs merveilleux.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-
-HUCHET, cor de chasse; Voyez PORTEUR DE HUCHET.
-
-
-HUMANISER (S’) DE....:
-
- Que _d’un peu de pitié_ ton âme _s’humanise_.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)
-
---HUMANISER SON DISCOURS; le mettre à la portée des humains:
-
- Ne paroissez point si savant, de grâce! _humanisez votre
- discours_, et parlez pour être entendu.
-
- (_Critique de l’Éc. des fem._ 7.)
-
-
-HUMANITÉ (L’), le caractère d’homme, la forme humaine:
-
- Doncques, si de parler le pouvoir m’est ôté,
- Pour moi, j’aime autant perdre aussi _l’humanité_.
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
---L’HUMANITÉ, au sens philosophique:
-
- Va, va, je te le donne pour l’amour de _l’humanité_.
-
- (_D. Juan._ III. 2.)
-
-Molière a devancé le XVIIIe siècle dans cette acception du mot
-_humanité_, que la philosophie moderne a rendue depuis si commune.
-Au XVIIe siècle, on entendait par _l’humanité_ une vertu analogue
-à la charité, mais non l’ensemble du genre humain, considéré
-philosophiquement comme une seule famille.
-
-
-HUMEUR SOUFFRANTE, endurante:
-
- Des hommes en amour d’une _humeur si souffrante_,
- Qu’ils vous verroient sans peine entre les bras de trente.
-
- (_Fâcheux._ II. 4.)
-
-Sur ce mot _humeur_, j’observerai qu’il avait encore du temps de
-Corneille un sens qu’on a laissé perdre depuis, et qui persiste dans
-l’anglais _humour_; si bien que beaucoup de gens, désespérant de faire
-sentir toute la force et la grâce du mot anglais, le transportent dans
-notre langue comme ils font du mot _fashion_, qui n’est que notre
-_façon_, et de bien d’autres.
-
- CLITON.
-
- «Par exemple, voyez: aux traits de ce visage,
- «Mille dames m’ont pris pour homme de courage;
- «Et sitôt que je parle, on devine à demi
- «Que le sexe jamais ne fut mon ennemi.
-
- CLÉANDRE.
-
- «Cet homme a de l’_humeur_.
-
- DORANTE.
-
- C’est un vieux domestique
- «Qui, comme vous voyez, n’est pas mélancolique.»
-
- (_La Suite du Menteur._ III. 1.)
-
-Cette remarque a échappé à Voltaire, qui en a fait de moins importantes.
-
-
-HYMEN (L’) DE, c’est-à-dire, avec:
-
- Comme il a volonté
- De me déterminer à _l’hymen d’Hippolyte_.
-
- (_L’Ét._ II. 9.)
-
- Chercher dans _l’hymen d’une_ douce et sage personne la
- consolation de quelque nouvelle famille.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
- La promesse accomplie
- Qui me donna l’espoir de _l’hymen de Célie_.
-
- (_Sgan._ 23.)
-
- Mon fils, _dont_ votre fille acceptoit _l’hyménée_.
-
- (_Ibid._ 24.)
-
- Et _l’hymen d’Henriette_ est le bien où j’aspire.
-
- (_Fem. sav._ I. 4.)
-
-
-ICI AUTOUR:
-
- Depuis quelque temps il y a des voleurs _ici autour_.
-
- (_D. Juan._ III. 2.)
-
---ICI DEDANS:
-
- Vite, venez nous tendre _ici dedans_ le conseiller des grâces.
-
- (_Préc. rid._ 7.)
-
-Pour _ici dedans_, on disait, au moyen âge, _ci ens_, et plus tard
-_céans_. Aujourd’hui on ne dit plus rien du tout, car les tyrans de la
-grammaire ont proscrit _ici dedans_.
-
---ICI DESSOUS:
-
- J’ai crainte _ici dessous_ de quelque manigance.
-
- (_L’Ét._ I. 4.)
-
-_Ici dessous_ comme _ici dedans_, bonnes et utiles expressions qui ont
-disparu, et qu’on n’a point remplacées.
-
-Ces anciennes façons de parler _ici dedans_, _ici dessus_, _ici
-dessous_, persistent en Picardie.
-
-
-IDOLE, ironiquement, UNE IDOLE D’ÉPOUX:
-
- Et de n’entrevoir point de plaisirs plus touchants
- _Qu’une idole d’époux_ et des marmots d’enfants!
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
-
-IGNORANT DE QUELQUE CHOSE:
-
- Ce sont gens de difficultés (les avocats), et qui sont
- _ignorants des détours de la conscience_.
-
- (_Mal. im._ I. 9.)
-
-C’est un latinisme: _inscius rei_.
-
-Nous construisons de même avec le génitif le verbe _ignorer_, ce que ne
-faisaient pas les Latins:
-
- «Monsieur l’abbé, _vous n’ignorez de rien_,
- «Et ne vis onc mémoire si féconde.»
-
- (J.-B. ROUSSEAU. _Épigr._)
-
-
-IL COUTE, impersonnel, pour _il en coûte_:
-
- Et je sais ce qu’_il coûte_ à de certaines gens,
- Pour avoir pris les leurs (leurs femmes) avec trop de talents.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-IL N’EST PAS QUE...:
-
- Mais peut-être _il n’est pas que_ vous n’ayez bien vu
- Ce jeune astre d’amour, de tant d’attraits pourvu.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-Il n’est pas (possible) que.....
-
-Cette manière d’employer _que_ est toute latine. _Hoc est quod ad vos
-venio_ (PLAUTE), c’est cela _que_ je viens à vous.
-
-
-IL Y VA DU MIEN, DU VÔTRE:
-
- A déboucher la porte _il iroit trop du vôtre_.
-
- (_Remercîment au Roi._ 1663.)
-
-Molière a supprimé l’_y_ pour le soin de l’euphonie, ou plutôt cet _y_
-s’absorbe dans celui de _irait_. C’était originairement la coutume,
-non-seulement pour l’_i_, mais pour toute voyelle:
-
- «Seignurs baruns, _ki i_ purruns enveier?»
-
- (_Roland._ st. 18.)
-
- «Le duc Og_er e_ l’arcevesque Turpin.»
-
- (_Ibid._ st. 12.)
-
- «La fame s’en prist _à a_percoivre.»
-
- (_La Bourse pleine de sens._ v. 18.)
-
-On ne compte dans la mesure qu’un seul _i_, un seul _a_, un seul _e_.
-
-(Voyez _des Variations du langage français_, p. 192, 193.)
-
-_Le mien_, _le vôtre_, dans cette locution sont au neutre, signifiant
-_mon intérêt_, _votre intérêt_, ou _mon bien_ et _le vôtre_, comme en
-latin _meum_, _tuum_: «Nil addo _de meo_,» (CICER.) Je n’y ajoute rien
-_du mien_. «Tetigin’ _tui_?» (TER.) Ai-je rien pris _du tien_?
-
-
-IL _supprimé_ après _voilà_:
-
- Eh bien! _ne voilà pas_ mon enragé de maître?
-
- (_L’Ét._ V. 7.)
-
- _Ne voilà pas_ de mes mouchards qui prennent garde à ce qu’on
- fait?
-
- (_L’Av._ I. 3.)
-
- Ne _voilà pas_ ce que je vous ai dit?
-
- (_G. D._ III. 12.)
-
---IL; deux _il_ se rapportant à des sujets divers:
-
-L’éloge de Louis XIV, dans le ve acte de _Tartufe_, présente un
-singulier exemple de mauvais style, où l’incorrection des deux _il_ se
-montre plusieurs fois. Cette tirade, si souvent reprochée à Molière,
-vaut la peine d’être examinée. Molière commence par dire de Louis XIV:
-
- Il donne aux gens de bien une gloire immortelle,
- _Mais_ sans aveuglement il fait briller ce zèle;
- Et l’amour pour les vrais ne ferme point son cœur
- A tout ce que les faux doivent donner d’horreur.....
-
-Ce _mais_ et cette remarque ne semblent-ils pas dire que d’ordinaire
-l’amour de la vertu exclut la haine du vice?
-
- D’abord _il_ (le roi) a percé par ses vives clartés
- Des replis de _son cœur_ toutes ces lâchetés.
-
-_Son cœur_ est le cœur de Tartufe.
-
- _Venant_ vous accuser, _il_ s’est trahi lui-même;
-
-Le sujet change: _il_ n’est plus le roi, c’est Tartufe.
-
- Et, par un juste trait de l’équité suprême,
- S’est découvert au prince un fourbe renommé,
- Dont sous un autre nom _il_ étoit informé.
-
-_Il_ revient au monarque; _sous un autre nom_ s’applique à Tartufe, et
-non pas à Louis XIV; c’est Tartufe qui était connu sous un autre nom.
-
- Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté
- _Sa_ lâche ingratitude et _sa_ déloyauté.
-
-On ne s’exprimerait pas autrement si c’était Louis XIV qui se repentît
-d’avoir été ingrat et déloyal envers Orgon.
-
- A _ses_ autres horreurs _il_ a joint cette suite,
-
-Le roi a joint cette suite, ou ce supplément, aux autres horreurs de
-Tartufe.
-
- Et ne m’a jusqu’ici soumis _à sa conduite
- Que_ pour voir l’impudence aller jusques au bout.
-
-_Sa conduite_, pour dire que Tartufe commandait à l’exempt.
-
- Oui, de tous vos papiers, dont _il_ (Tartufe) se dit le maître,
- _Il_ (le roi) veut qu’entre vos mains je dépouille le traître.
-
-Tant d’impropriété de termes, d’incorrection et de négligence, feraient
-à bon droit soupçonner que ce morceau de placage n’est pas de Molière.
-Molière en aura donné l’idée et confié l’exécution à quelqu’un des
-versificateurs de sa troupe. C’est ce qui expliquerait l’étrange
-disparate de cette tirade dans une pièce qui, parmi toutes celles de
-Molière, peut réclamer le prix du style.
-
-Enfin, si Molière a versifié lui-même ce passage, il fallait qu’il
-n’attachât guère d’importance à la matière.
-
- L’amant n’a point de part à ce transport brutal.
- Il a pour vous, ce cœur, pour jamais y penser,
- Trop de respect, trop de tendresse:
- Et si de faire rien à vous pouvoir blesser
- _Il_ avoit eu la coupable foiblesse,
- De cent coups à vos yeux _il_ voudroit le percer.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-Le premier _il_ se rapporte au cœur; le second, à l’amant, qui est
-nommé dans la phrase précédente.
-
-Peut-être faudrait-il lire _se percer_; mais aucune édition ne le donne.
-
-Enfin le _Malade imaginaire_ offre de fréquents exemples de cette
-incorrection:
-
- Tout le spectacle se passe sans qu’_il_ (le berger) y donne la
- moindre attention. Mais _il_ se plaint qu’_il_ est trop court,
- parce qu’_en finissant il_ se sépare de son adorable bergère.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
-Le premier _il_ représente le berger; le second, le spectacle; et le
-troisième, encore le berger. _En finissant_, qui grammaticalement ne
-peut se rapporter qu’au berger, se rapporte au spectacle.
-
-On lit dans la même scène:
-
- Des manières de vers libres _tels que_ la passion et la
- nécessité _peuvent faire trouver_.
-
- (_Ibid._)
-
-Il paraît qu’il faut _en_ ou _les faire trouver_.
-
- On l’avertit que le père de la belle a conclu _son_ mariage
- avec un autre.
-
- (_Ibid._)
-
-_Son_ ne désigne pas le mariage du père, comme la phrase le ferait
-entendre, mais celui de la belle.
-
-Cette pièce est de toutes celles de Molière la plus négligemment
-écrite. On y sent en quelque sorte la rapidité de l’auteur fuyant
-devant la mort, qui l’atteignit à la quatrième représentation. Au
-reste, cette faute d’employer dans la même phrase deux _il_ relatifs à
-des sujets différents, se rencontre dans les meilleurs écrivains. En
-voici un exemple de Pascal:
-
- «Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre jugés
- de la disposition de leurs pénitents, puisqu’_ils_ (les
- confesseurs) sont obligés de les croire sur leur parole, lors
- même qu’_ils_ (les pénitents) ne donnent aucun signe suffisant
- de douleur.»
-
- (10e _Prov._)
-
-Et l’on sait pourtant avec quel soin les Provinciales étaient
-travaillées! Mais nul n’est exempt de faillir, ni Pascal, ni Molière,
-ni Bossuet.
-
---IL surabondant:
-
- Chacun fait ici-bas la figure qu’il peut,
- Ma tante; et bel esprit, _il_ ne l’est pas qui veut!
-
- (_Fem. sav._ III. 2.)
-
-Cette tournure a une naïveté qui donne du piquant à l’adage. On se
-tromperait fort de prendre cet _il_ pour une cheville commandée par la
-mesure.
-
- Son cœur, pour se livrer, à peine devant moi
- S’est-_il_ donné le temps d’en recevoir la loi.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- «La source de tout le mal est que _ceux qui_ n’ont pas craint
- de tenter au siècle passé la réformation par le schisme, ne
- trouvant point de plus fort rempart contre leurs nouveautés que
- la sainte autorité de l’Église, _ils_ ont été obligés de la
- renverser.»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. de la r. d’A._)
-
---IL, construit avec _qui_, dans le sens de _celui qui_:
-
- _Il_ est bien heureux _qui_ peut avoir dix mille écus chez soi!
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
-Corneille a dit de même:
-
- «_Il_ passe pour tyran _quiconque_ s’y fait maître.»
-
- (_Cinna._ II. 1.)
-
-Sur quoi voici la remarque de Voltaire: «Cet _il_ était autrefois un
-tour très-heureux; la tyrannie de l’usage l’a aboli.»
-
- «_Qui_ se contraint au monde, _il_ ne vit qu’en torture.»
-
- (REGNIER, sat. XV.)
-
- «Et _qui_ jeune n’a pas grande dévotion,
- «Il faut que pour le monde à le feindre _il_ s’exerce.»
-
- (_Id._ sat. XIII.)
-
- «Ha, ha! _il_ n’a pas paire de chausses _qui_ veult!»
-
- (_Gargantua._ I. 9.)
-
-Pathelin fait au drapier compliment sur son activité:
-
- LE DRAPIER.
-
- «Que voulez-vous? _il_ faut songer
- «_Qui_ veult vivre, et soustenir peine.»
-
- (_Pathelin._)
-
---IL N’EST QUE DE (un infinitif), il n’est rien tel que de...:
-
- Ma foi, _il n’est que de jouer d’adresse_ en ce monde.
-
- (1er _Interm. du Malade im._ sc. 6.)
-
---IL M’ENNUIE. (Voyez ENNUYER) (s’):
-
---IL Y A, CE QU’IL Y A (s.-ent. _à faire_):
-
- Or sus, mon fils, savez-vous _ce qu’il y a_? C’est qu’il faut
- songer, s’il vous plaît, à vous défaire de votre amour.
-
- (_L’Av._ IV. 3.)
-
-
-ILLUSTRE; UN ILLUSTRE substantivement:
-
- Madame, voilà _un illustre_!
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
-
-IMBÉCILE, au sens du latin _imbecillis_:
-
- Est-il rien de plus foible et de plus _imbécile_!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-_Imbécile_ ne fait qu’exprimer plus fortement, et avec une légère
-nuance de mépris, l’idée de faiblesse.
-
- «Taisez-vous, nature _imbécile_!»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
-
-IMPÉTUOSITÉ DE PRÉVENTION. (Voyez BRUTALITÉ.)
-
-
-IMPOSER, pour _en imposer_, mentir.
-
-Tous les grammairiens font une loi d’exprimer _en_ dans ce sens;
-Molière ne le met jamais:
-
- Jamais l’air d’un visage,
- Si ce qu’il dit est vrai, _n’imposa davantage_.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
- C’est bien assez pour moi qu’il m’ait désabusé
- De voir par quels motifs _tu m’avois imposé_.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Faites-moi pis encor: tuez-moi si _j’impose_.
-
- (_Dép. am._ I. 4.)
-
- Vous verrez si _j’impose_, et si leur foi donnée
- N’avoit pas joint leurs cœurs depuis plus d’une année.
-
- (_Éc. des mar._ III. 6.)
-
- Je ne sais pas s’il _impose_;
- Mais il parle sur la chose
- Comme s’il avoit raison.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- Hélas! à vos paroles je puis répondre ici, moi, que vous
- _n’imposez point_.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
- «On demande s’il ne lui seroit pas plus aisé _d’imposer_ à
- celle dont il est aimé, qu’à celle qui ne l’aime point.»
-
- (LA BRUYÈRE, ch. III.)
-
-Tout le XVIIe siècle a parlé ainsi.
-
-«Quelques écrivains, dit Bouhours, ont voulu établir _imposturer_. Le
-public s’est contenté du verbe _imposer_, qui signifie la même chose:
-_vous imposez_; _il impose à tout l’univers_.» (_Rem. nouv._)
-
-La Touche, qui écrivait en 1730, dit pareillement: «_Imposer_ tout seul
-veut dire _mentir_.» (_Art de bien parler françois._ II. p. 23.)
-
-La distinction entre _imposer_ et _en imposer_, dont le premier se
-prendrait en bonne part, _imposer du respect_, et l’autre en mauvaise
-pour _tromper_, est donc une subtilité chimérique, invention des
-grammairiens de notre âge. M. N. Landais, par exemple, après avoir cité
-la phrase de la Bruyère, ajoute: «C’est une faute: il fallait d’_en
-imposer_.» M. Boniface s’y accorde. Mais d’où vient à M. Landais et à
-M. Boniface l’autorité sur Molière et sur la Bruyère?
-
-Les Latins disaient _imponere_ tout seul pour signifier mentir.
-_Imposuit Catoni._ (CICER.) _Imposuit mihi caupo._ (MARTIAL.)
-_Præfectis Antigoni imposuit._ (CORN. NEPOS.)--Il a trompé Caton;--le
-cabaretier m’a dupé;--il donna le change aux lieutenants d’Antigonus.
-
-Quand la pythonisse d’Endor reconnut l’ombre de Samuel, elle s’écria
-vers Saül: _Quare imposuisti mihi?_ Pourquoi _m’avez-vous imposé_ par
-votre déguisement?» (_Rois_, I, cap. 28.)
-
---IMPOSER, verbe actif, comme IMPUTER; IMPOSER UNE TACHE A QUELQU’UN:
-
- On ne peut _imposer de tache_ à cette fille.
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
---IMPOSER A QUELQU’UN, dans le même sens:
-
- «Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de
- Vasquez....... il n’est ni calomniateur ni faussaire, et vous
- ne vous plaignez point _qu’il lui impose_; au lieu que quand
- je représente ces mêmes sentiments de Vasquez, mais sans le
- traiter de phénix, je suis un imposteur, un faussaire, et un
- corrupteur de ses maximes.»
-
- (PASCAL. 11e _Prov._)
-
-Dans l’affaire de Carrouge et Legris, la jeune dame de Carrouge
-accusait Legris de lui avoir fait violence:
-
- «Jacques Legris s’excusoit trop fort, et disoit que rien n’en
- estoit, et que la dame _lui imposoit_ induement.»
-
- (FROISSART. _Chron._ III. ch. 49.)
-
-
-IMPRESSIONS:
-
- La jalousie a des _impressions_
- Dont bien souvent la force nous entraîne.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-
-IMPRIMER; ÊTRE IMPRIMÉ DE QUELQUE CHOSE, en garder une impression
-profonde, en style néologique, en être _impressionné_:
-
- Et pourtant Trufaldin
- Est si bien _imprimé de ce conte badin_...
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
-La Bruyère, dans son discours de réception à l’Académie, dit: «La
-mémoire des choses _dont_ nous nous sommes vus le plus fortement
-_imprimés_.»
-
-(Voyez plus bas S’IMPRIMER QUELQUE CHOSE.)
-
-On ne voit pas pourquoi M. Auger blâme cette expression dans la Bruyère
-et dans Molière. Il prétend que «_Imprimé_ se dit de ce qui a fait
-l’impression, et non de ce qui l’a reçue.» Qu’est-ce qui autorise cette
-loi? Qui est-ce qui l’a portée? Où? Ce sont les questions qu’on a
-toujours à faire aux grammairiens.
-
-_Imprimer_ a fait _impression_; _impression_ a produit, de notre
-temps, _impressionner_, qui ne manquera pas d’engendrer, au premier
-jour, _impressionnement_. Pourquoi d’_impressionnement_ ne ferait-on
-pas _impressionnementer_, comme d’_ornement_ nous avons vu sortir
-_ornementer_? C’est ainsi qu’on _enrichit_ la langue!
-
---IMPRIMER DE L’AMOUR:
-
- Sachez donc que vos vœux sont trahis
- Par _l’amour_ qu’une esclave _imprime_ à votre fils.
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
-Nous disons encore bien imprimer de la crainte, de la terreur, du
-respect: pourquoi pas de l’amour? Ce dernier sentiment peut être aussi
-vif, aussi soudain et aussi profond que les autres. On ne voit pas d’où
-naîtrait la distinction.
-
---IMPRIMER (S’) QUELQUE CHOSE:
-
- Là, regardez-moi là durant cet entretien,
- Et jusqu’au moindre mot _imprimez-le-vous_ bien.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
-Si l’on peut dire _s’imprimer quelque chose_, la conséquence rigoureuse
-sera qu’on puisse dire _être imprimé de quelque chose_, contrairement à
-la remarque de M. Auger, qui blâme cette façon de parler.
-
-
-INCLINER QUELQU’UN A ou VERS UNE PERSONNE:
-
- Et je sais encor moins comment votre cousine
- Peut être la personne _où_ son penchant _l’incline_.
-
- (_Mis._ IV. 1.)
-
-
-INCOMMODÉ; peu accommodé des biens de la fortune:
-
- Vous êtes la grande protectrice du mérite _incommodé_; et tout
- ce qu’il y a de vertueux indigents au monde va débarquer chez
- vous.
-
- (_Am. mag._ I. 6.)
-
- «Revenons donc aux personnes _incommodées_, pour le soulagement
- desquelles nos pères....... assurent qu’il est permis de
- dérober.»
-
- (PASCAL. 8e _Provinciale_.)
-
-(Voyez ACCOMMODÉ.)
-
-
-INCONGRUITÉ DE BONNE CHÈRE:
-
- Vous y trouverez des _incongruités de bonne chère_ et des
- barbarismes de bon goût.
-
- (_B. gent._ IV. 1.)
-
-
-INDÉFENDABLE:
-
- CLIMÈNE (_précieuse ridicule_).
-
- Cette pièce (_l’École des Femmes_), à le bien prendre, est tout
- à fait _indéfendable_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
-Ce mot paraît un barbarisme forgé par la précieuse; Furetière ne le
-donne pas, non plus que Trévoux. Montaigne a dit: «La faiblesse d’une
-cause _indéfensible_.»
-
-
-_INDICATIF PRÉSENT_ après _que_, où nous mettrions le subjonctif:
-
- Vous tournez les choses d’une manière qu’il semble que _vous
- avez_ raison.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
- Ma foi, monsieur, voilà qui est bien fait! _Il semble_ qu’il
- est en vie, et qu’il s’en va parler.
-
- (_Ibid._ V. 5.)
-
-
-INDIENNE, substantivement; UNE INDIENNE, robe de chambre de toile des
-Indes:
-
- Je me suis fait faire cette _indienne-ci_.
-
- (_B. gent._ I. 1.)
-
-
-_INFINITIF_, gouverné par un autre sujet que celui de la phrase:
-
- _Il_ ne vous a pas faite une belle personne,
- Afin de mal _user_ des choses qu’il vous donne.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
-_Il_, le ciel, ne vous a pas faite, _etc._.... afin _d’user_..... non
-pas afin qu’_il_ use, mais afin que _vous usiez_. La familiarité du
-dialogue semble autoriser cette légère irrégularité, surtout quand
-l’équivoque n’est pas possible.
-
- _Elle_ (la demande) me touche assez pour _m’en charger_
- moi-même.
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
-Pour que _je_ m’en charge moi-même.
-
---DEUX INFINITIFS _de suite_:
-
- J’y ai déjà jeté des dispositions à ne pas _me souffrir_
- longtemps _pousser_ des soupirs.
-
- (_D. Juan._ II. 2.)
-
---INFINITIF ACTIF avec le sens passif:
-
- Nous avons en main divers stratagèmes tout prêts _à produire_
- dans l’occasion.
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
-C’est-à-dire, _à être produits_.
-
-
-INFLEXIBLE; ÊTRE INFLEXIBLE A QUELQU’UN:
-
- Si tu _m’es inflexible_,
- Je m’en vais me tuer!
-
- (_L’Ét._ II. 7.)
-
-
-INGÉRER (S’) DE QUELQUE CHOSE, dans quelque chose:
-
- Et vous êtes un impertinent, de _vous ingérer des affaires
- d’autrui_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 2.)
-
-
-INSTANCE, pour renchérir sur le mot _soin_; _instance à faire quelque
-chose_:
-
- Et notre plus grand soin, notre _première instance_
- Doit être _à le nourrir_ du suc de la science.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-
-INSTRUIT DANS, instruit de...:
-
- Et ce que le soldat _dans son devoir instruit_
- Montre d’obéissance au chef qui le conduit...
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
-
-INTERDIRE (S’), verbe réfléchi:
-
- Achevez de lire;
- Votre âme, pour ce mot, ne doit point _s’interdire_.
-
- (_D. Garc._ II. 6.)
-
-
-INTÉRESSER A, ayant pour sujet un nom autre qu’un nom de personne:
-
- _Mon devoir m’intéresse_,
- Mon père, _à_ dégager bientôt votre promesse.
-
- (_Sgan._ 23.)
-
-_Intéresser à_ est ici comme _obliger à_, _engager à_.
-
---S’INTÉRESSER DANS QUELQUE CHOSE:
-
- De vos premiers progrès j’admire la vitesse,
- Et _dans l’événement_ mon âme _s’intéresse_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
-
-INTERPRÉTER A, c’est-à-dire, au sens de:
-
- Aux faux soupçons la nature est sujette,
- Et c’est souvent _à mal_ que le bien s’_interprète_.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
- Je dois _interpréter à charitable soin_
- Le désir d’embrasser ma femme?...
-
- (_Ibid._)
-
-
-INTIME (UN), substantivement:
-
- Non, non; c’est _mon intime_, et sa gloire est la mienne.
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
-
-INTRÉPIDITÉ DE BONNE OPINION:
-
- La constante hauteur de sa présomption,
- Cette _intrépidité de bonne opinion_....
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
-
-INTRIGUET; GENS DE L’INTRIGUET:
-
- Et que toute notre famille
- Si proprement s’habille,
- Pour être placée au sommet
- De la salle où l’on met
- _Les gens de l’intriguet_.
-
- (_Ballet des Nations_, à la suite du _B. gent._)
-
-Les gens de la basse intrigue, les chevaliers d’industrie. Les
-anciennes éditions ont _entriguet_. Les mots latins _in_ et _inter_
-faisant en français _en_ et _entre_, la véritable forme du mot serait
-effectivement _entrigue_, de _intricare_; et il paraît qu’on l’a
-d’abord dit ainsi.
-
-Notre langue est de double formation. Dans les mots formés à une bonne
-époque, _in_, _inter_ sont toujours traduits _en_, _entre_; dans les
-mots de création moderne, on a tout simplement transcrit le radical
-latin.
-
-De la première formation sont: _engager_, _enhardir_, _engendrer_,
-_entreprendre_, _entretenir_, _etc._, _etc._
-
-De la seconde: _inventer_, _introduire_, _inspirer_, _imprimer_ (jadis
-_empreindre_), _s’ingénier_ (primitivement _engigner_), _intermède_
-(primitivement _entremets_), _intention_, substantif nouveau du vieux
-verbe _entendre_, _etc._, _etc._
-
-
-_INVERSION._
-
- Ah! Octave, _est-il vrai ce que_ Silvestre vient de dire à
- Nérine, que votre père est de retour, et qu’il veut vous marier?
-
- (_Scapin._ I. 3.)
-
-Pour juger l’excellence et la rapidité de ce tour, il n’y a qu’à
-rétablir la construction et l’ordre grammatical ordinaires: «_Ce que_
-Silvestre vient de dire à Nérine, que votre père est de retour et qu’il
-veut vous marier, _est-il vrai_?»
-
-Il y a longtemps que l’esprit a saisi cette question; aussi quand
-elle arrive est-elle superflue. L’art de celui qui parle est de ne
-point se laisser devancer par la pensée de celui qui écoute. De là les
-constructions renversées, pour être naturelles.
-
---INVERSION DU PRONOM après un subjonctif, en supprimant _que_:
-
- Ah! tout cela n’est que trop véritable;
- Et plût au ciel le _fût-il moins_!
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-L’harmonie est bien plus douce par ce tour que par la construction
-ordinaire:
-
- Et plût au ciel qu’il le fût moins!
-
-
-INVITÉ DE....
-
- Ils avoient vu une galère turque, où on les avoit _invités
- d’entrer_.
-
- (_Scapin._ III. 3.)
-
-
-J’AI PEUR, en phrase incidente, pour _j’en ai peur_, _je le crains_:
-
- La défense, _j’ai peur_, sera trop tard venue.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
-
-JALOUSIE DE QUELQU’UN au sujet de quelqu’un:
-
- Toute _la jalousie_ que vous pourriez avoir conçue _de_
- monsieur votre mari.
-
- (_B. gent._ V. 7.)
-
-Molière a construit le substantif comme son adjectif: _jaloux de_,
-_jalousie de_.... Ce _de_ est le latin _de_, touchant, relativement à.
-
-
-JAMBE; RENDRE LA JAMBE MIEUX FAITE, ironiquement, pour exprimer qu’une
-chose est sans application utile:
-
- NICOLE. Oui, ma foi, _cela vous rendroit la jambe bien mieux
- faite_!
-
- (_Bourg. gent._ III. 3.)
-
-
-JE, pronom singulier joint à un verbe au pluriel: _je sommes_,
-_j’avons_, _je parlons_, etc:
-
- MARTINE.
-
- Ce n’est point à la femme à parler, et _je sommes_
- Pour céder le dessus en toute chose aux hommes.
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
- Mon Dieu, _je n’avons_ point étuguié comme vous!
- Et _je parlons_ tout droit comme on parle cheux nous.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
-Pierrot, Charlotte et Mathurine, dans _Don Juan_, usent également de
-cette façon de parler, qui attire à la pauvre Martine cette réprimande
-de Bélise:
-
- Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel!
- _Je_ n’est qu’un singulier, _avons_ est un pluriel.
- Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire?
-
-Mais il est bon de savoir qu’avant de se trouver dans la bouche des
-servantes et des paysans, cette façon de parler avait été dans celle
-des savants et des princes. Henri Estienne en rend témoignage dans
-ses _Dialogues du langage françois italianisé_:--«Ce sont les mieux
-parlants qui prononcent ainsi, «_j’allons_, _je venons_, _je disnons_,
-_je soupons_.»
-
-Cette faute, dont il accuse les courtisans de Henri III, remonte
-beaucoup plus haut, puisqu’on lit, dans une lettre autographe de
-François Ier à M. de Montmorency:
-
- «_J’avons_ espérance qu’y fera beau tems, veu ce que disent les
- estoiles que _j’avons_ eu le loysir de veoir.»
-
- (_Lett. de la Reine de Navarre._ I. 467.)
-
-Il y a plus, cette locution est consignée dans la grammaire de
-Palsgrave:
-
- «_I finde in comon speche suche maners of speking_, je trouve
- dans le commun langage ces façons de parler...... Cependant
- que j’_irons_ au marché, pour _nous irons_;--j’_avons_ bien
- bu, pour _nous avons_;--_allons m’en_, de par le diable! pour
- _allons-nous-en_;--_j’allons_ bien, pour _nous allons bien_.»
-
- (_Of the verbe, folio 125 au verso._)
-
-(Voyez OUS et _des Variations du lang. fr._, p. 290-293).
-
-
-JE SOIS, par exclamation; que je sois:
-
- _Je sois exterminé_ si je ne tiens parole!
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-
-JETER DES MENACES, DES LARMES:
-
- Cette doña Elvire,....... dont l’âme irritée ne _jetoit que
- menaces_ et ne respiroit que vengeance...
-
- (_D. Juan._ IV. 9.)
-
- _Je jette des larmes de joie._
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
---JETER UN OBSTACLE _à quelque chose_:
-
- Et je ne voudrois point, par des efforts trop vains,
- _Jeter le moindre obstacle à vos justes desseins_.
-
- (_D. Garcie._ V. 3.)
-
-
-JEU; A JEU SUR:
-
- Battre un homme _à jeu sûr_ n’est pas d’une belle âme.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-
-_JEU DE MOTS AFFECTÉ:_
-
- Ainsi mon cœur, Frosine, un peu trop foible, hélas!
- Se _rendit_ à des soins qu’on ne lui _rendoit_ pas.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-Le _Dépit amoureux_ est le second[60] ouvrage de Molière, qui était
-encore, en ce temps-là, l’écolier des Italiens et des Espagnols.
-
- [60] Suivant l’opinion reçue et l’ordre adopté. Je crois,
- après un mûr examen, que ce fut le premier. L’_Étourdi_ et le
- _Dépit_ ayant été composés en province, on n’a pu en savoir la
- chronologie très-authentique. Il est certain que l’_Étourdi_, par
- rapport à la conception comme par rapport au style, montra un
- progrès immense sur le _Dépit_.
-
-
-JOCRISSE; FAIRE LE JOCRISSE:
-
- MARTINE.
-
- Je ne l’aimerois point s’_il faisoit le jocrisse_.
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
- Et demeure les bras croisés comme _un jocrisse_.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-Le Dictionnaire de Trévoux donne le nom de _Jocrisse_ et le dicton
-populaire où il s’encadre, mais il ne révèle rien sur l’origine de ce
-personnage, qui paraît nous être venu d’Italie.
-
-
-JOINDRE pour _rejoindre_:
-
- Allons vite _joindre_ notre provincial.
-
- (_Pourc._ I. 3.)
-
-
-JOINT, adverbialement:
-
- La mémoire du père à bon droit respectée,
- _Joint_ au grand intérêt que je prends à la sœur,
- Veut que du moins l’on tâche à lui rendre l’honneur.
-
- (_Éc. des Mar._ III. 4.)
-
-Ce n’est pas la mémoire unie à l’intérêt; c’est la mémoire du père à
-bon droit respectée, _cela joint_ à l’intérêt que..... _etc._ _Joint_
-embrasse d’une manière complexe l’idée du vers précédent.
-
-On disait autrefois, _joint que_, invariable: cela signifie, dit
-Furetière, _ajoutez-y que_:
-
- «_Joint encore qu’_il falloit avoir fini bientôt, et passer
- rapidement dans un pays!»
-
- (BOSSUET. _Hist. univ._ I. 11e part. § 5.)
-
-Le participe _joint_ a remplacé dans ces locutions le vieil adverbe
-_jouxte_, _juxta_.
-
-
-JOUER, actif, suivi d’un nom de chose, éluder:
-
- Jusqu’ici vous avez _joué mes accusations_.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-Les Latins aussi ne disaient _ludere_ en ce sens qu’avec un nom de la
-personne:
-
- «Sat me lusistis; ludite nunc alios.»
-
-Cependant on trouve aussi, dans Pétrone, _ludere vestigia_, manquer
-sous le pied.
-
---JOUER AU PLUS SUR:
-
- Pour _jouer au plus sûr_,
- Il faut me l’amener dans un lieu plus obscur.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
---JOUER (SE), mis absolument comme _jouer_:
-
- Que veut dire ceci? _Nous, nous jouons_, je croi.
-
- (_Mélicerte._ I. 2.)
-
-
-JOUR, au figuré, notion, connaissance:
-
- Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu,
- Du trait qu’elle a joué _quelque jour soit venu_.
-
- (_Éc. des f._ IV. 6.)
-
---JOUR A, facilité à:
-
- Je veux vous faire _un peu de jour à la pouvoir entretenir_
-
- (_Sicilien._ 10.)
-
---DONNER UN JOUR, _donner une couleur_, _considérer sous un aspect_:
-
- Du semblables erreurs, _quelque jour qu’on leur donne_,...
-
- (_Amph._ III. 8.)
-
-
-JUDAS, adjectivement, pour _traître_:
-
- COVIELLE. Que cela est _Judas_!
-
- (_B. gent._ III. 10.)
-
-
-JUDICIAIRE, jugement; AVOIR QUELQUE MORCEAU DE JUDICIAIRE:
-
- Vous êtes-vous mis dans la tête que Léonard de
- Pourceaugnac...... n’ait pas là-dedans quelque _morceau de
- judiciaire_ pour se conduire?
-
- (_Pourc._ II. 7.)
-
-J’observe qu’on devrait écrire _morseau_, car ce mot est un diminutif
-de _mors_, _un mors de pain_, formé du verbe _mordre_, qui faisait
-au participe passé _mors_, d’où _morceler_ (qui serait mieux écrit
-_morseller_), et non _mordu_; comme _tordre_, _tors_, et non _tordu_:
-
- «Adonc repartit l’espousée:
- «Je ne vous ai pas _mors_ aussy!»
-
- (MAROT.)
-
-
-JUGEMENT A GAUCHE:
-
- Un envers du bon sens, un _jugement à gauche_.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
-
-JURER; JURER DE QUELQUE CHOSE; latinisme, _jurare de aliqua re_:
-
- Vous avez beau faire la garde: j’_en ai juré_, elle sera à nous.
-
- (_Sicilien._ 9.)
-
-
-JUSTIFIER; JUSTIFIER QUELQUE CHOSE ET SE JUSTIFIER A QUELQU’UN SUR,
-pour _auprès de quelqu’un_:
-
- C’est _aux vrais dévots_ que je veux partout _me justifier sur_
- la conduite de ma comédie.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
- Et pour _justifier à tout le monde_ l’innocence de mon ouvrage.
-
- (1er _Placet au roi_.)
-
- ... C’est consoler un philosophe que de _lui justifier ses
- larmes_.
-
- (_Lettre à Lamothe-Levayer_)[61].
-
- [61] En lui envoyant un sonnet sur la mort du jeune Lamothe-Levayer.
-
- Votre père ne prend que trop le soin de vous _justifier à tout
- le monde_.
-
- (_L’Av._ I. 1.)
-
- «C’est ainsi que notre bergère _se justifiait à Cérès_.»
-
- (LA FONTAINE. _Psyché._ II.)
-
-
-LA, rapporté à un mot caché dans une ellipse:
-
- Fût-ce mon propre frère, il me _la_ payeroit.
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
-_La_ ne se rapporte grammaticalement à rien; le substantif sous-entendu
-peut être _dette_. L’usage est de dire aujourd’hui, au masculin ou au
-neutre: «Il me _le_ payerait; tu me _le_ payeras.»
-
-(Voyez des exemples analogues au mot ÉCHAPPER BELLE (L’).)
-
---LA, construit avec le verbe _être_, et représentant un substantif:
-
- Je veux être mère parce que je _la suis_, et ce seroit en vain
- que je ne _la_ voudrois pas être.
-
- (_Am. mag._ I. 2.)
-
-_La_ tient la place du mot _mère_. Madame de Sévigné prétendait
-mal à propos étendre ce privilége de l’article, et mettre _la_ en
-remplacement d’un participe: Êtes-vous _enrhumée?_--Je _la_ suis.
-L’article, dans ce dernier cas, représente _être enrhumé_, qui n’a
-point de genre; par conséquent: je _le_ suis.
-
-
-LA CONTRE, contre cela:
-
- On ne peut pas aller _là contre_.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
- Eh bien! oui; vous dit-on quelque chose _là contre_?
-
- (_Fem. sav._ II. 6.)
-
- Mon frère, pouvez-vous tenir _là contre_?
-
- (_Mal. im._ III. 21.)
-
-
-LA DONNER SÈCHE A QUELQU’UN:
-
- Et, sortis de ce lieu, _me la donnant plus sèche_:
- Marquis, allons au cours faire voir ma calèche.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-(Voyez ÉCHAPPER (L’) BELLE.)
-
-
-LAIDIR, devenir laid:
-
- Je crains fort de vous voir comme un géant grandir,
- Et tout votre visage affreusement _laidir_.
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
-Nous n’avons plus que le composé _enlaidir_.
-
-J’observe que cette terminaison _ir_, aux verbes neutres, marquait
-une action en progrès, comme en latin _escere_: _grandir_; _laidir_,
-_emmaladir_; _assagir_, rendre sage; _affolir_, rendre fou (_affoler_
-est autre chose; c’est _fouler_, _blesser_, etc.). En termes de marine,
-_calmir_ c’est être en train de se calmer: _la mer calmit_, _commence à
-calmir_.
-
-
-LAISSER A (le verbe à l’infinitif sans préposition):
-
- Et _laisse à mon devoir s’acquitter_ de ses soins.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
---NE PAS LAISSER DE (un infinitif):
-
- Ce n’est rien, _ne laissons pas d’achever_.
-
- (_Préc. rid._ 15.)
-
- Je lui dis que vous n’y êtes pas, madame, et il ne veut pas
- _laisser d’entrer_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 4.)
-
- Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n’entrer point,
- et qui _ne laissent pas de_ se presser.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
- Cela choque le sens commun,
- Mais cela _ne laisse pas d’être_.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
- _Ne laissons pas d’attendre_ le vieillard.
-
- (_Scapin._ I. 5.)
-
- _Ils ne laisseroient pas de l’apprendre_, s’ils vouloient
- écouter les personnes.
-
- (_Comtesse d’Escarb._ 11.)
-
-Parmi nos bons écrivains, je n’en trouve pas qui aient employé cette
-autre forme de la même locution, _ne pas laisser que de_.
-
- «Son orgueil (de Nabuchodonosor) _ne laissa pas_ de revivre
- dans ses successeurs.»
-
- (BOSSUET. _Hist. Univ._ IIIe part. § 4.)
-
- «_L’eau ne laissa pas d’agir_, et de mettre en évidence les
- figues toutes crues encore et toutes vermeilles.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
- «Cela n’importe, dit le père; _on ne laisse pas d’obliger_
- toujours les confesseurs à les croire (les pénitents).»
-
- (PASCAL. 10e _Provinc._)
-
- «_Je ne laissai pas de compter_ avec plaisir l’argent que
- j’avois dans mes poches, bien que ce fût le salaire de mes
- assassinats.»
-
- (LE SAGE. _Gil Blas._ II. 6.)
-
-Dans cette façon de parler, _laisser_ représente _omettre_. On dit
-_omettre de_, et non pas _omettre que de_. Les Italiens disent
-pareillement: «_Egli non lascia di dire il suo parer_,» et non pas _non
-lascia che di dire_.
-
-Si cette locution nous vient d’eux, il est clair que nous l’avons
-altérée; s’ils l’ont au contraire prise de nous, c’est la preuve que
-dans l’origine le _que_ n’y figurait pas.
-
-Thomas Corneille, dans ses notes sur Vaugelas, blâme l’introduction du
-_que_ parasite dans cette façon de parler; un dictionnaire moderne ne
-laisse pas de l’autoriser, c’est celui de M. Napoléon Landais.
-
-
-LANGUE; AVOIR DE LA LANGUE, être bavard:
-
- C’est _avoir bien de la langue_ que de ne pouvoir se taire de
- ses propres affaires!
-
- (_Scap._ III. 4.)
-
---LANGUE qui FAIT UN PAS DE CLERC:
-
- Ce mariage est vrai?--_Ma langue_ en cet endroit
- _A fait un pas de clerc_, dont elle s’aperçoit.
-
- (_Dépit am._ I. 4.)
-
-Il faut observer que cette métaphore bouffonne est placée dans la
-bouche de Mascarille.
-
-
-LA PESTE SOIT, telle ou telle chose. (Voyez PESTE.)
-
-
-LAS! hélas:
-
- Où voulez-vous courir?--_Las!_ que sais-je?
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
-Il faut observer que cet adjectif, depuis longtemps passé à l’état
-d’interjection, n’était pas primitivement immobile. Une femme
-s’écriait, _hé, lasse!_ comme en latin _me lassam!_ Dans _hélas_,
-l’interjection est _hé_, comme dans _hémi_: «_Hémi_, où arai-je
-recours? (_R. de Coucy._)» _Hei mihi,--hei lassum._
-
-
-LATIN pour _latiniste_:
-
- Vous êtes grand _latin_ et grand docteur juré.
-
- (_Dépit am._ II. 7.)
-
-On dit de même familièrement un grand _grec_, pour _helléniste_.
-
-
-LÉGER; DE LÉGER, légèrement:
-
- Mon Dieu! l’on ne doit rien croire trop _de léger_.
-
- (_Tart._ IV. 6.)
-
-Au XIIe siècle on disait _de legerie_, c’est-à-dire, avec légèreté.
-Roland dit à Charlemagne que ses conseillers l’ont conseillé un peu _de
-léger_ sur le fait des ambassadeurs de Marsile:
-
- «Loerent vous alques _de legerie_.»
-
- (_Chanson de Roland_, st. 14.)
-
-_De léger_ comme _de vrai_. Les Italiens disent de même _di leggiero_.
-
---LÉGER D’ÉTUDE:
-
- Et, de nos courtisans _les plus légers d’étude_,
- Elle (la fresque) a pour quelque temps fixé l’inquiétude.
-
- (_La Gloire du Val de Grâce._)
-
-
-LEQUEL:
-
-Molière paraît avoir eu pour ce mot une antipathie si prononcée, il
-l’emploie si rarement, que j’ai pensé intéressant de recueillir les
-passages où il se trouve, et ceux ou il est visiblement évité.
-
-Les premiers sont au nombre de huit; les autres sont à peu près
-innombrables: aussi je me contenterai des principaux de ces derniers.
-
- Ma bague est la marque choisie
- Sur _laquelle_ au premier il doit livrer Célie.
-
- (_L’Ét._ II. 9.)
-
- Il n’a pas aperçu Jeannette, ma fillole,
- _Laquelle_ a tout ouï, parole pour parole.
-
- (_Ibid._ IV. 7.)
-
- Car goûtez bien, de grâce,
- Ce raisonnement-ci, _lequel_ est des plus forts.
-
- (_Dépit am._ IV. 2.)
-
- Le malheureux tison de ta flamme secrète,
- Le drôle avec _lequel_...--Avec _lequel_? poursui.
-
- (_Sgan._ 6.)
-
- J’ai appris cette nouvelle d’un paysan qu’ils ont interrogé, et
- _auquel_ ils vous ont dépeint.
-
- (_D. Juan._ II. 8.)
-
- En vertu d’un contrat _duquel_ je suis porteur.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
- Est-ce que.....
- Et que du doux accueil _duquel_ je m’acquittai
- Votre cœur prétend à ma flamme
- Ravir toute l’honnêteté?
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Je viens, mon fils, avant que de sortir, vous donner avis d’une
- chose _à laquelle_ il faut que vous preniez garde.
-
- (_Mal. im._ II. 10.)
-
-(Voyez LEQUEL _évité_, et OU.)
-
-
-_NOTA._ On lit dans l’_École des maris_:
-
- SGANARELLE (sortant de l’accablement _dans lequel_ il étoit
- plongé.)
-
- (_Éc. des Mar._ III. 10.)
-
-Cette indication scénique n’est pas de Molière. On ne la trouve
-point dans les éditions de 1692 ni de 1710; mais elle se montre dans
-l’édition de 1774, chez la veuve David. P. Didot (1821) l’a reproduite.
-C’est style du XVIIIe siècle.
-
---LEQUEL _évité_:
-
- En bonne foi, ce point _sur quoi_ vous me pressez....
-
- (_Dépit am._ II. 1.)
-
- Le foudre punisseur
- Sous _qui_ doit succomber un lâche ravisseur.
-
- (_D. Garcie._ I. 2.)
-
-Il eût été facile de mettre,
-
- _Sous lequel_ doit tomber un lâche ravisseur,
-
-si Molière n’avait pris à tâche d’éviter _lequel_.
-
- Outre que je pourrois désavouer sans blâme
- Ces libres vérités _sur quoi_ s’ouvre mon âme.
-
- (_Ibid._ II. 1.)
-
- Cet hymen redoutable
- Pour _qui_ j’aurois souffert une mort véritable.
-
- (_Ibid._ IV. 4.)
-
- Et ce sont particulièrement ces dernières (qualités) _pour qui_
- je suis.
-
- (_Ép. dédic. de l’Éc. des fem._)
-
- C’est un supplice, à tous coups,
- Sous _qui_ cet amant expire.
-
- (_Sicilien._ 9.)
-
- Vous avez des traits _à qui_ fort peu d’autres ressemblent.
-
- (_Ibid._ 12.)
-
- ..... De ces galanteries ingénieuses _à qui_ le vulgaire
- ignorant donne le nom de fourberies.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
- L’éducation des enfants est une chose _à quoi_ il faut
- s’attacher fortement.
-
- (_Ibid._ II. 1.)
-
- C’est la puissance paternelle, auprès _de qui_ tout le mérite
- ne sert de rien.
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
-Voyez aux mots QUI, DE QUI,--QUOI,--OÙ,--d’autres exemples, en
-grand nombre, qui ne permettent pas de douter que Molière n’évitât de
-propos délibéré l’emploi de _lequel_. Apparemment il réservait ce mot
-pour marquer le sens du latin _uter_, c’est-à-dire, l’alternative.
-
-Au surplus, la même remarque s’applique, plus ou moins absolue, à tous
-les écrivains du XVIIe siècle en général. C’est du siècle suivant que
-date le fréquent usage de ces formes, _duquel_, _auquel_, _par lequel_,
-_dans lequel_, _à la faveur duquel_, etc., etc., dont le grand siècle
-exprimait ordinairement la valeur par ce simple monosyllabe _où_.
-
-Les écrivains de la renaissance avaient fait abus de _lequel_, mais
-d’une autre façon, en l’employant à relier les deux parties d’une
-phrase.
-
-
-LES UNS DES AUTRES:
-
- Nous devons parler des ouvrages _les uns des autres_ avec
- beaucoup de circonspection.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
-Ici l’on voit la première partie de l’expression invariable; c’est la
-seconde qui subit l’influence de la construction: parler des ouvrages
-_les_ uns _des_ autres.
-
-Bossuet maintient l’expression entière invariable, comme un seul mot
-qui ne se modifierait point au milieu:
-
- «Auparavant l’on mettoit la force et la sûreté de l’empire
- uniquement dans les troupes, que l’on disposoit de manière
- qu’elles se prêtassent la main _les unes les autres_.»
-
- (BOSSUET. _Hist. un._ IIIe p. § 6.)
-
-Et non: les unes _aux_ autres.
-
-
-LESTE, au figuré; BRAVE ET LESTE:
-
- Ta forte passion est d’être _brave et leste_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
- Vous souffrez que la vôtre aille _leste_ et pimpante!
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
-
-LEVER UN HABIT, c’est-à-dire, de quoi faire un habit:
-
- C’est que l’étoffe me sembla si belle, que j’en ai voulu _lever
- un habit_ pour moi.--Oui, mais il ne falloit pas _le lever_
- avec le mien.
-
- (_B. Gent._ II. 8.)
-
-
-LIBERTÉS au pluriel:
-
- Ma sœur, je vous demande un généreux pardon,
- Si de _mes libertés_ j’ai taché votre nom.
-
- (_Éc. des mar._ III. 10.)
-
-
-LIBERTIN:
-
- C’est être _libertin_ que d’avoir de bons yeux.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
- Je le soupçonne encor d’être un peu _libertin_:
- Je ne remarque pas qu’il hante les églises.
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
- Laissez aux _libertins_ ces sottes conséquences.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
-_Libertin_, aujourd’hui restreint à la débauche des femmes, signifiait
-dans l’origine un esprit fort, un libre penseur, et n’emportait pas
-nécessairement une idée désavantageuse.
-
-«Ce mot, dit Bouhours, signifie quelquefois une personne qui hait la
-contrainte, qui suit son inclination, qui vit à sa mode, sans s’écarter
-néanmoins des règles de l’honnêteté et de la vertu. Ainsi l’on dira
-d’un homme de bien qui ne sauroit se gêner, et qui est ennemi de tout
-ce qui s’appelle servitude: _Il est libertin_. Il n’y a pas au monde
-un homme plus _libertin_ que lui. Une honnête femme dira même d’elle,
-jusqu’à s’en faire honneur: Je suis née _libertine_. _Libertin_ et
-_libertine_, en ces endroits, ont un bon sens et une signification
-délicate.» (_Remarques nouvelles sur la langue françoise_, p. 395, édition
-de 1675.)
-
-
-LIBERTINAGE, indépendance d’esprit poussée jusqu’à la témérité:
-
- Mon frère, ce discours sent _le libertinage_.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
- «Il y en a bien qui croient, mais par superstition; il y en a
- bien qui ne croient pas, mais par _libertinage_.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 227.)
-
-Ainsi le libertinage était l’excès opposé à la superstition; ce que le
-néologisme dévot de la Harpe, de Mme de Genlis et autres tels apôtres,
-appelait, au XIXe siècle, _le philosophisme_.
-
-(Voyez LIBERTIN.)
-
-
-LICENCIER (SE) A (un infinitif), se donner licence jusqu’à...:
-
- Quoi! ta bouche _se licencie_
- _A_ te donner encore un nom que je défends?
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
-
-LIEU comme _endroit_:
-
- Vous le trouverez maintenant vers _ce petit lieu_ que voilà,
- qui s’amuse à couper du bois.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
-
-LOGIS DU ROI, c’est-à-dire, donné par le roi, la prison:
-
- J’ai peur, si _le logis du roi_ fait ma demeure,
- De m’y trouver si bien dès le premier quart d’heure,
- Que j’aye peine aussi d’en sortir par après.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
-
-LONGUEUR, pour _durée de temps_, _lenteur_, _délais_:
-
- Vous pourriez éprouver, _sans beaucoup de longueur_,
- Si mon bras sait encor montrer quelque vigueur.
-
- (_Sgan._ 1.)
-
- Et la grande _longueur_ de son éloignement
- Me le fait soupçonner de quelque changement.
-
- (_Ibid._ 2.)
-
- Allons donc, messieurs et mesdames, vous moquez-vous avec votre
- _longueur_?
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
-
-LOUP-GAROU, employé comme une sorte d’adjectif invariable:
-
- Il a le repart brusque et _l’accueil loup-garou_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 6.)
-
-
-LUI, que nous employons au datif pour le masculin et le féminin, est
-souvent, dans Molière, remplacé par _à lui_, _à elle_, qui permettent
-de distinguer les genres:
-
- Venez avec moi, je vous ferai parler _à elle_.
-
- (_G. D._ II. 6.)
-
---LUI, où Molière met ordinairement _soi_:
-
- Mais il (l’amour) traîne après _lui_ des troubles effroyables.
-
- (_Mélicerte._ II. 2.)
-
- Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces
- rochers, cette terre et ce ciel que voilà là-haut; et si tout
- cela s’est bâti _de lui-même_.
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
-Je pense qu’il faut dans ces deux passages _après soi_ et _de
-soi-même_, comme on lit dans les passages suivants:
-
- Oui, madame, on s’en charge; et la chose, _de soi_...
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
- Le choix du fils d’Oronte est glorieux, _de soi_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
- La noblesse, _de soi_, est bonne.
-
- (_G. D._ I. 1.)
-
-_De lui_, _d’elle_ feraient ici le même solécisme qu’en latin _per
-illum_ au lieu de _per se_. (Voyez SOI.)
-
-
-LUMIÈRE; PARLER AVEC LUMIÈRE; c’est la même métaphore que parler
-clairement:
-
- Et j’en veux, dans les fers où je suis prisonnière,
- Hasarder un (_avis_) qui _parle avec plus de lumière_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 5.)
-
---DONNER DE LA LUMIÈRE DE; manifester:
-
- Un cœur _de son penchant donne assez de lumière_,
- Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à rompre en visière.
-
- (_Mis._ V. 2.)
-
---OUVRIR DES LUMIÈRES:
-
- _Ouvre_-nous des _lumières_.
-
- (_L’Av._ IV. 1.)
-
-_Lumières_ n’est pas ici dans le sens du latin _faces_, mais dans celui
-de _fenêtres_, ou toute ouverture par où la lumière s’introduit et la
-vue peut saisir une perspective. _Ouvrir des lumières_ signifie donc,
-en style moderne, _ouvrir des jours_.
-
-La _lumière_ d’un canon est une ouverture au canon.
-
-La vieille langue disait, par une de ces apocopes si fréquentes chez
-elle, _un lu_, pour _une lumière_, c’est-à-dire, une fenêtre. Le paysan
-picard dit encore: _freme ch’ lu_, ferme cette lumière. De _lu_ s’est
-formé _lucarne_, qui est un _lu_ carré.
-
-(Voyez au mot CARNE.)
-
-Chez les Latins, _lumina_, en termes d’architecture, signifie également
-des fenêtres, des jours.
-
---PETITES LUMIÈRES, au figuré, capacité étroite:
-
- Et comme ses _lumières sont fort petites_....
-
- (_Pourc._ III. 1.)
-
-
-LUMINAIRE (LE) les yeux:
-
- Oui! je devois au dos avoir mon _luminaire_!
-
- (_L’Ét._ I. 8.)
-
-
-L’UN, en parlant de plus de deux:
-
- Je m’offre à vous mener _l’un de ces jours_ à la comédie.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
- Ce n’est ici qu’un bal à la hâte; mais _l’un de ces jours_ nous
- vous en donnerons un dans les formes.
-
- (_Ibid._)
-
- Mais par ce cavalier, _l’un de ses plus fidèles_,
- Vous en pourrez sans doute apprendre des nouvelles.
-
- (_Don Garcie._ V. 5.)
-
-C’est mal à propos que les grammairiens ont voulu défendre d’employer
-l’_un_ en parlant de plus de deux. Cet usage du mot l’_un_ date de
-l’origine de la langue:
-
- «E partid son pople en _treis_, e livrad _l’une_ partie à Joab,
- e l’altre à Abisaï, e la tierce à Ethaï.»
-
- (_Rois._ p. 185.)
-
- «Sa femme commença à devenir _l’une_ des plus belles femmes qui
- feust en France.»
-
- (MARGUERITE, _Heptam._ nouv. 15.)
-
- «Voilà _l’un_ des péchés où mon âme est encline.»
-
- (REGNIER. Sat. 12.)
-
- «_L’un_ des plaisirs où plus il dépensa
- «Fut la louange: Apollon l’encensa.»
-
- (LA FONT. _Belphégor._)
-
- «J’ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j’ai
- écrites _à un de mes amis_ sur le sujet de votre morale, où
- _l’un des principaux points_ de votre défense est que.....»
-
- (PASCAL. 11e _Prov._)
-
---L’UNE par ellipse, pour _l’une de vous_, _l’une ou l’autre_:
-
- Non, je veux qu’il se donne à _l’une_ pour époux.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
---L’UN NI L’AUTRE, pour _ni l’un ni l’autre_:
-
- Vous n’aurez _l’un ni l’autre_ aucun lieu de vous plaindre.
-
- (_Mélicerte._ II. 6.)
-
- «Mais, aussitôt que l’ouvrage eut paru,
- «Plus n’ont voulu l’avoir fait _l’un ni l’autre_.»
-
- (RACINE. _Épigr. sur l’Iphigénie de Leclerc._)
-
-
-MACHER CE QUE L’ON A SUR LE CŒUR:
-
- Mme PERNELLE.
-
- Et _je ne mâche point ce que j’ai sur le cœur_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-Cette métaphore est empruntée des animaux ruminants: je ne rumine point
-les griefs dont j’ai à me plaindre.
-
-
-MA COMMÈRE DOLENTE, expression proverbiale:
-
- Et maintenant je suis _ma commère dolente_.
-
- (_Sgan._ 2.)
-
-
-MAIN; LA MAIN HAUTE. (Voyez HAUT LA MAIN.)
-
---A TOUTES MAINS, toujours prêt à tous les partis:
-
- C’est un épouseur _à toutes mains_.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
-(Voyez DONNER LES MAINS.)
-
-
-MAINTENIR QUELQU’UN, absolument, le maintenir en joie et prospérité:
-
- Le bon Dieu _vous maintienne_!
-
- (_Dép. am._ III. 4.)
-
-
-MAL, adverbe joint à un adjectif. (Voyez MAL PROPRE.)
-
-
-MAL DE MORT, VOULOIR MAL DE MORT A QUELQU’UN:
-
- _Je me veux mal de mort_ d’être de votre race!
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
---MAL D’OPINION, qui gît dans l’opinion:
-
- Un _mal d’opinion_ ne touche que les sots.
-
- (_Amph._ I. 4.)
-
-
-MALEPESTE DE....:
-
- _Malepeste du_ sot que je suis aujourd’hui!
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
-(Que la) male peste (soit) du sot...
-
-(Voyez PESTE.)
-
-
-MALFAIT, substantif; UN MALFAIT:
-
- Peux-tu me conseiller un semblable forfait,
- D’abandonner Lélie et prendre _ce malfait_?
-
- (_Sgan._ 2.)
-
-
-MALGRÉ QUE J’EN AIE ou QU’ON EN AIT:
-
- --Me voulez-vous toujours appeler de ce nom?
- --Ah! _malgré que j’en aie_, il me vient à la bouche.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- Madame tourne les choses d’une manière si agréable, qu’il faut
- être de son sentiment _malgré qu’on en ait_.
-
- (_Crit. de L’Éc. des fem._ 3.)
-
-Cet exemple n’autorise point l’emploi de _malgré que_. _Malgré que vous
-disiez..._ pour _quoi que vous disiez_, sera toujours un solécisme.
-Voici la différence: dans _malgré qu’on en ait_, _mal gré_ ou _mauvais
-gré_ est le complément naturel et direct d’_avoir_. C’est une espèce
-d’accusatif absolu: mauvais gré, tel mauvais gré que vous en ayez.
-
-Mais cette explication n’est plus possible dans _malgré que vous
-disiez, fassiez..._, parce que _gré_ ne saurait être ici le complément
-des verbes _faire_, _dire_: on ne dit pas, on ne fait pas un gré. Au
-contraire, _quoi_ (_quid_) s’allie très-bien aux verbes _faire_ et
-_dire_: _quoi que vous fassiez_, mot à mot _quid quod agas_.
-
-La faute est venue de ce qu’on a fait de _malgré_ une sorte d’adverbe,
-en perdant de vue ses racines. Cela ne fût pas arrivé si l’on avait
-retenu l’usage d’écrire en deux mots _mal gré_. Personne ne s’est
-jamais avisé de dire: _En dépit que vous fassiez_; parce que _dépit_
-est resté visiblement substantif.
-
-(Voyez DÉPIT.)
-
-
-MALHEURE (A LA):
-
- Et bien _à la malheure_ est-il venu d’Espagne,
- Ce courrier que la foudre ou la grêle accompagne!
-
- (_L’Ét._ II. 13.)
-
-A la male ou mauvaise heure: _in malora_; _andate in malora_.
-
- «Va-t-en _à la malheure_, excrément de la terre!»
-
- (LA FONTAINE. _Le Lion et le Moucheron._)
-
-
-MALITORNE:
-
- Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le
- plus grand _malitorne_ et le plus sot dadais que j’aie jamais
- vu.
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
-_Malitorne_ vient sans doute de _male tornatus_:
-
- «Et male tornatos incudi reddere versus.»
-
- (HOR. _de Art. poet._)
-
-
-MAL PROPRE A...:
-
- Monsieur, je suis _mal propre à_ décider la chose.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
-Les comédiens, par la crainte d’une équivoque ignoble, substituent _je
-suis peu propre_. Le sens n’est pas le même. On employait autrefois
-_mal_ et _peu_ à cet office avec des nuances différentes. _Mal
-gracieux_, _mal habile_, étaient des expressions moins fortes que _peu
-gracieux_, _peu habile_. Il est regrettable que l’on ait laissé perdre
-cet emploi de _mal_. La prononciation a soudé inséparablement l’adverbe
-à l’adjectif dans _maussade_ (_mal sade_), c’est-à-dire qui est mal
-sérieux, d’un sérieux désagréable, déplaisant, et non _peu sérieux_[62].
-
- [62] _Sade_ marquait un sérieux doux, une contenance réservée
- avec grâce. Plusieurs écrivains du XVe siècle ont pris _sade_
- et son diminutif _sadinet_ pour _gentil_, _agréable_. Les
- Anglais, entraînant l’exagération du mot dans le sens opposé,
- ont gardé _sad_ pour signifier _triste_. Le sens primitif était
- intermédiaire. «_Sadde_, dit Palsgrave (en 1530), discrete;
- _sadde_, full of gravity.» (_Fol. 94 verso._)
-
- _Sade_ paraît venir de _sedatus_, et en exprime parfaitement
- le sens. Borel dérive _maussade_ de _male satus_; c’est une
- étymologie à la façon de Ménage, qui se contente de quelques
- lettres communes ou analogues pour conclure la filiation. Si
- _maussade_ vient de _satus_? Borel n’y a pas réfléchi.
-
- Je me sens _mal propre_ à bien exécuter ce que vous souhaitez
- de moi.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
- «........ Le galant aussitôt
- «Tire ses grègues, gagne au haut,
- «_Mal content_ de son stratagème.»
-
- (LA FONT. _Le Renard et le Coq._)
-
-
-MALVERSATIONS, dans le sens étendu de désordres de conduite:
-
- GEORGE DANDIN (_à sa femme_.)
-
- Vous avez ébloui vos parents et plâtré vos _malversations_.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-L’Académie n’attribue à ce mot qu’une application restreinte:--«Faute
-grave commise _par cupidité_ dans l’exercice d’une charge, d’un emploi,
-dans l’exécution d’un mandat.»
-
-L’explication de Trévoux s’accorde avec celle de l’Académie; ainsi
-Molière s’est servi d’un mot impropre, ou plutôt n’y aurait-il pas
-une intention comique dans cette impropriété même? Le paysan enrichi
-se sert du terme le plus considérable qu’il connaisse pour accuser sa
-femme, et c’est un terme de finances.
-
-
-MANIÈRE; D’UNE MANIÈRE QUE, avec l’ellipse de TELLE:
-
- Vous tournez les choses _d’une manière qu’il_ semble que vous
- avez raison.
-
- (_Don Juan._ I. 2.)
-
---DES MANIÈRES (des espèces) DE...:
-
- Vous n’allez entendre chanter que de la prose cadencée, ou _des
- manières de vers libres_.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
-
-MANQUEMENT DE FOI, DE MÉMOIRE, pour _manque_:
-
- Et qu’on s’aille former un monstre plein d’effroi
- De l’affront que nous fait son _manquement de foi_?
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- Et n’ai-je à craindre que _le manquement de mémoire_?
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
-
-MARCHÉ; COURIR SUR LE MARCHÉ DES AUTRES:
-
- MATHURINE.--Ça n’est pas biau de _courir su le marché des
- autres_!
-
- (_D. Juan._ II. 5.)
-
-De mettre l’enchère à ce qu’ils marchandent.
-
-
-MARCHER SUR QUELQUE CHOSE, métaphoriquement, traiter un sujet avec
-circonspection:
-
- Mon Dieu, madame, _marchons là-dessus_, s’il vous plaît, avec
- beaucoup de retenue.
-
- (_C{tesse} d’Esc._ 1.)
-
-
-MARQUIS; LE MARQUIS dans un sens général, et pour désigner toute une
-classe; DONNER DANS LE MARQUIS:
-
- _Vous donnez_ furieusement dans _le marquis_!
-
- (_L’Av._ I. 5.)
-
-Vous vous jetez dans les allures des marquis.
-
-Molière a dit de même:
-
- Jamais on ne le voit sortir _du grand seigneur_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-
-MASQUE, adjectivement, dans le sens d’_hypocrite_, dissimulée:
-
- _La masque_, encore après, lui fait civilité!
-
- (_Sgan._ 14.)
-
- Ah, ah, petite _masque_, vous ne me dites pas que vous avez vu
- un homme dans la chambre de votre sœur!
-
- (_Mal. im._ II. 11.)
-
---MASQUE DE FAVEUR; faveur simulée qui n’a que l’apparence:
-
- D’un _masque de faveur_ vous couvrir mes dédains!
-
- (_D. Garc._ II. 6.)
-
-
-MATIÈRE; DES MATIÈRES DE LARMES:
-
- Ah! Myrtil, vous avez du ciel reçu des charmes
- Qui nous ont préparé _des matières de larmes_.
-
- (_Mélicerte._ II. 6.)
-
---D’ILLUSTRES MATIÈRES A....:
-
- Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville.... pour
- chercher d’_illustres matières à ma capacité_.
-
- (_Mal. im._ III. 14.)
-
-
-MATRIMONION, mot latin, _mariage_:
-
- Quelque autre, sous l’espoir du _matrimonion_,
- Aurait ouvert l’oreille à la tentation.
-
- (_Dépit am._ II. 4.)
-
-Dans l’origine, ces notations _om_, _um_, soit en latin, soit en
-français, soit au commencement ou à la fin des mots, se prononçaient
-_on_, et non pas, comme on fait aujourd’hui, _ome_. _Eum_ se prononçait
-_eon_, comme on le voit par l’histoire de ce fanatique du moyen âge
-qui, entendant chanter à la messe _per eum qui venturus est_, s’alla
-persuader qu’il s’agissait de lui, parce qu’il s’appelait _Eon_[63]. On
-disait, au XVIIe siècle, de l’_opion_:
-
- «Lit-on du mal, c’est jubilation;
- «Lit-on du bien, des mains tombe le livre,
- «Qui vous endort comme bel _opion_.»
-
- (SENECÉ.)
-
- [63] Il se donna pour le fils de Dieu, et gagna des partisans,
- à l’aide desquels il envahissait les monastères et en chassait
- les moines. Pour arrêter cette espèce d’hérésie ridicule, il ne
- fallut rien de moins qu’un concile tenu à Reims, et présidé par
- le pape en personne. Cela se passait en 1148. (_Cf. d’Argentré_.)
-
-Voltaire a dit encore, au XVIIIe:
-
- «L’opium peut servir un sage:
- «Mais, suivant mon opinion,
- «Il lui faut, au lieu _d’opion_,
- «Un pistolet et du courage.»
-
-_Galbanon_, _aliboron_, _rogaton_, _dicton_, _toton_, sont les mots
-latins _aliorum_ (barbarement _aliborum_), _galbanum_, _rogatum_,
-_dictum_, _totum_ (parce que si le toton s’abat de manière à
-présenter la face où est inscrite la lettre T, le joueur prend la
-totalité des enjeux.)
-
-On dit indifféremment _factotum_ et _factoton_, mais _factotum_ est la
-prononciation moderne:
-
- «..... Je pense qu’en effet,
- «Reprit Nuto, cela peut être cause
- «Que le pater avec le _factoton_
- «N’auront de toi ni crainte ni soupçon.»
-
- (LA FONT. _Mazet._)
-
-
-MAUX; DIRE TOUS LES MAUX DU MONDE:
-
- Qu’ils disent _tous les maux du monde_ de mes pièces, j’en suis
- d’accord.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-
-ME, avec un verbe neutre, comme _tomber_:
-
- A qui la bourse?--Ah dieux, elle _m’_étoit _tombée_!
-
- (_L’Ét._ I. 7.)
-
-_Me_ est ici au datif: _à moi_. C’est le datif que les Latins
-employaient pour exprimer soit le profit, soit la perte: _Exciderat
-mihi marsupium_.
-
-(Voyez DATIF.)
-
-
-MÉCHANT, mauvais; en parlant du goût, d’un art:
-
- Mais peut-être, madame, que leur danse sera _méchante_?
- --_Méchante_ ou non, il la faut voir.
-
- (_Am. magn._ I. 6.)
-
- ..... Je n’ai pas si _méchant goût_ que vous avez pensé.
-
- (_Ibid._ II. 1.)
-
-Il ne faut point perdre de vue le sens primitif de _meschant_, qui
-n’est point celui de _malus_, _nequam_, auquel seul il est aujourd’hui
-réduit, mais celui de _infortuné_, _qui a contre soi la chance_. Ce
-radical _mes_ agit de même dans _mes-prix_, _mes-dire_, _mes-offrir_,
-_mes-aventure_, _mes-estime_, etc. (en anglais _mis_: _mistake_,
-_misfortune_, etc.).
-
-_Meschant_ est le participe de _meschoir_, pour _meschéant_. Alain
-Chartier oppose _méchant_ à _heureux_:
-
- «Adonc y seras-tu plus _meschant_ de ce que tu cuideras y estre
- plus _heureux_.»
-
- (ALAIN CHARTIER. _Curial._ p. 394.)
-
-Greban dit qu’à la mort de Charles VII les bergers désolés se
-rassemblaient:
-
- «Car par troupeaux s’assemblèrent ez champs,
- «Criants: Ha Dieu, que ferons-nous, _meschants_?»
-
- (_Épitaphe de Charles VII._)
-
-Charles Bouille, de Saint-Quentin (1533): «_Meschant_: qua voce
-abutentes Galli, virum interdum inopem, interdum iniquum, dolosum et
-_infelicem_ effantur.» (_De vitiis vulgarium Ling._, p. 15.) Mais il
-n’est pas si exact quand il dérive _méchant_ du grec μηχανή, parce que
-les artisans voués aux arts _mécaniques_ sont d’ordinaire pauvres, et
-de pauvres deviennent _méchants_. C’est de l’étymologie à la façon de
-Ménage.
-
-_Meschance_ a été la forme primitive de _méchanceté_.
-
- «Tu es le vray Dieu, qui _meschance_
- «N’aymes point, ni malignité.»
-
- (MAROT, _Psaume_ 5.)
-
-Ainsi un _méchant goût_, une _méchante danse_, c’est un goût, une danse
-qui ne réussissent point, qui ont la chance contraire.
-
- «Voilà, dit Xanthus, la pâtisserie _la plus méchante_ que j’aie
- jamais mangée. Il faut brûler l’ouvrière, car elle ne fera de
- sa vie rien qui vaille.»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
-
-MÉDIRE SUR QUELQU’UN:
-
- Ceux de qui la conduite offre le plus à rire
- Sont toujours _sur autrui_ les premiers à _médire_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-«On médit _de_ quelqu’un, et non _sur_ quelqu’un. C’est une légère
-faute, que Molière eût évitée en mettant:
-
- «Des autres sont toujours les premiers à médire.»
-
- (M. AUGER.)
-
-Le vers de Molière est le plus naturel du monde: celui qu’on propose
-pour le remplacer offre une inversion tout à fait forcée, et qui
-trahirait la gêne du poëte. Pourquoi ne dirait-on pas _médire sur_
-comme _médire de_, puisque, dans cette dernière forme, _de_ est le
-latin _de_, qui signifie _sur_? On dit bien _malédiction sur lui_!
-
-Molière, en construisant le verbe comme substantif, n’a point ici
-commis de faute, même légère; et c’en est toujours une d’être guindé,
-soit en vers, soit en prose.
-
-
-MÊLER pour _se mêler_:
-
- Faut-il le demander, et me voit-on _mêler_ de rien dont je ne
- vienne à bout?
-
- (_L’Av._ II. 6.)
-
-Molière, par égard pour l’euphonie, a fait servir un seul _me_ pour les
-deux verbes _voir_ et _mêler_.
-
-(Sur la suppression du pronom des verbes réfléchis, voyez au mot
-ARRÊTER.)
-
-
-MÊME, pour _le même_:
-
- Si sa bouche dit vrai, nous avons _même sort_.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
- Tout autre n’eût pas fait _même chose_ à ma place?
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
---MÊME, précédant son substantif comme en espagnol:
-
- Avoir ainsi traité
- Et _la même innocence_ et _la même bonté_!
-
- (_Sgan._ 16.)
-
- Seigneur, de vos soupçons l’injuste violence
- A _la même vertu_ vient de faire une offense.
-
- (_D. Garcie._ IV. 10.)
-
- «Sais-tu que ce vieillard fut _la même_ vertu...?»
-
- (CORN. _Le Cid._)
-
-L’italien a la même construction: _l’istessa innocenza e l’istessa
-bonta_.
-
---LE MÊME DE, le même que:
-
- Je ne suis plus _le même d’hier au soir_.
-
- (_D. Juan._ V. 1.)
-
-Je ne suis plus le don Juan d’hier au soir.
-
- «Le curé donc qui s’estoit logé dans _la mesme_ hostellerie
- _de_ nos comédiens...»
-
- (SCARRON. _Rom. com._ 1re p. ch. 14.)
-
-_De_ pour _que_, dans cette locution, est un hispanisme.
-
-(DE MÊME pour PAREIL, voyez de même.)
-
-
-MÉNAGE; VIVRE DE MÉNAGE:
-
- Qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis!--C’est _vivre
- de ménage_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
-La plaisanterie repose sur la double acception du mot _de_: vivre
-_avec_ ménage, épargne; et vivre _aux dépens_, _au moyen de_ son
-ménage, de son mobilier.
-
-
-MENER, pour _amener_:
-
- Je sais ce qui vous _mène_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
-
-MENTIR DE QUELQUE CHOSE:
-
- Mais, à _n’en point mentir_, il seroit des moments
- Où je pourrois entrer en d’autres sentiments.
-
- (_D. Garcie._ I. 5.)
-
- Et, pour _n’en point mentir_, n’êtes-vous pas méchante
- De vous plaire à me dire une chose affligeante?
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
-Selon M. Auger, on ne dit point _mentir d’une chose_. Pourquoi pas? on
-dit bien _se taire de quelque chose_.
-
-(Voyez DE dans tous les sens du latin _de_.)
-
-
-MÉPRIS avec un nom de nombre, comme d’une chose qui se compte:
-
- J’ai souffert sous leur joug _cent mépris_ différents.
-
- (_Fem. sav._ I. 2.)
-
-Sur le radical _mes_, voyez à MÉCHANT.
-
-
-MERCI DE MA VIE:
-
- Hé! _merci de ma vie_, il en iroit bien mieux
- Si tout se gouvernoit par ses ordres pieux.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-Trévoux dit que c’est une espèce de jurement employé par les femmes du
-peuple.
-
-_Merci_ signifie _grâce_, _miséricorde_. _Merci de ma vie_ est
-l’opposé de _mort de ma vie_. C’est l’imprécation heureuse substituée
-à l’imprécation funeste, comme _Dieu me sauve!_ au lieu de _Dieu me
-damne!_
-
-L’espagnol et l’italien ont la même formule.
-
-
-ME SEMBLE, ce me semble:
-
- Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble,
- Ni, qui plus est, écrit l’un à l’autre, _me semble_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-
-MESSIEURS VOS PARENTS, appliqué aux père et mère:
-
- Je vous respecte trop, vous et _messieurs vos parents_, pour
- être amoureux de vous.
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-La bizarrerie de cette expression disparaît, si l’on réfléchit que
-_messieurs_ signifie exactement _mes seigneurs_. Vos parents, votre
-père et votre mère, qui sont mes seigneurs.
-
-
-_MÉTAPHORES vicieuses, incohérentes, hasardées:_
-
-Les exemples n’en sont pas rares dans Molière, à cause de la rapidité
-avec laquelle il était souvent obligé d’écrire.
-
---BOUCHE:
-
- _Dans ma bouche_, une nuit, cet amant trop aimable
- Crut rencontrer Lucile à ses vœux favorable.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
-Ascagne veut dire qu’à la faveur de la nuit, elle se fit passer,
-auprès de Valère, pour Lucile. Tout le respect dû à Molière ne saurait
-empêcher qu’on ne rie de cet amant qui croit rencontrer Lucile, la
-nuit, dans la bouche d’Ascagne. Molière sans doute serait le premier à
-s’en moquer.
-
---RESSORTS:
-
- Fais-moi dans tes desseins entrer pour quelque chose:
- Mais que _de leurs ressorts la porte me soit close_,
- C’est ce qui fait toujours que je suis pris sans verd.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
-On concevrait _les ressorts de la porte_, mais _la porte des ressorts_
-est une image absolument impossible: les ressorts n’ont point de porte.
-
- Ne vous y fiez pas! il aura des _ressorts_
- _Pour donner_ contre vous _raison_ à ses efforts.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
-On ne donne pas raison avec des ressorts. Molière veut dire: il aura
-des artifices, des ressources.
-
---POIDS:
-
- Le _poids de sa grimace_, où brille _l’artifice_,
- Renverse le bon droit et tourne la justice.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
- Et sur moins que cela _le poids d’une cabale_
- Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
-Le poids d’une cabale paraît une figure plus acceptable que le poids
-d’une grimace. (Voyez POIDS.)
-
---NŒUDS:
-
- Je voudrois de bon cœur qu’on pût entre vous deux
- De quelque _ombre de paix_ raccommoder _les nœuds_.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
-Une ombre n’a point de nœuds; ainsi on ne raccommode pas les nœuds
-d’une ombre.
-
- L’hymen ne peut nous joindre, et j’abhorre _des nœuds_
- Qui deviendroient sans doute _un enfer_ pour tous deux.
-
- (_D. Garcie._ I. 1.)
-
-Comment des nœuds peuvent-ils devenir un enfer?
-
---AUDIENCE:
-
- Et je vois sa raison
- _D’une audience avide avaler ce poison_.
-
- (_D. Garcie._ II. 1.)
-
-On ne peut se figurer quelqu’un avalant par l’oreille. Les Latins,
-plus hardis que nous dans leurs métaphores, disaient bien: _densum
-humeris bibit aure vulgus_ (HORACE.) Cette image en français paraîtrait
-ridicule, pour être trop violente. Il faut tenir compte de l’usage.
-
---FACE:
-
- Et je me vis contrainte à demeurer d’accord
- Que l’_air_ dont vous viviez vous faisoit un peu tort;
- Qu’il prenoit dans le monde une méchante _face_.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
-La face d’un air?
-
---PRÊTER LES MAINS:
-
- A vous _prêter les mains ma tendresse_ consent.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
-On ne conçoit pas bien ce que c’est que les mains d’une tendresse,
-ni une tendresse qui prête les mains. Mais ici l’excuse de Molière
-peut être que _prêter les mains_ est une locution reçue pour dire
-_seconder_, et qu’ainsi le sens particulier de chaque mot se perd dans
-le sens général de l’expression.
-
-La même observation se reproduit sur ce vers:
-
- Pourvu que votre _cœur_ veuille _donner les mains_
- Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains.
-
- (_Mis._ V. 7.)
-
-Les mains d’un cœur sont encore plus choquantes que les mains d’une
-tendresse.
-
---BRAS:
-
- _Un souris_ chargé de douceurs
- _Qui tend les bras_ à tout le monde.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
---DENTS:
-
- Tout cet embarras _met mon esprit sur les dents_.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-Il est superflu de remarquer que les dents d’un esprit, les bras d’un
-souris, sont des images aussi forcées que les mains d’une tendresse ou
-d’un cœur.
-
-Les vers suivants présentent une suite d’images tout à fait
-incohérentes. Il s’agit des ornements gothiques:
-
- Ces _monstres odieux_ des siècles ignorants,
- Que de la barbarie ont produits les _torrents_,
- Quand _leur cours, inondant_ presque toute la terre,
- Fit à la politesse une mortelle guerre.
-
- (_La Gloire du Val de Grâce._)
-
-Comment les torrents de la barbarie peuvent-ils produire des monstres
-odieux dont le cours inonde la terre? Il faut avouer que La Bruyère
-n’avait pas tort d’appliquer à ce style le nom de galimathias; mais il
-avait tort d’appliquer ce jugement au style de Molière en général.
-
-Peut-être faut-il lire, au troisième vers, _quand son cours_; ce
-serait alors le cours de la barbarie, et non le cours des monstres.
-Le passage, après cette correction, n’en serait guère moins mauvais.
-Il est bien étonnant que Molière, au moment où il venait de donner
-_Tartufe_ et le _Misanthrope_, pût écrire des vers comme ceux-là et
-comme les suivants:
-
- Louis, le grand Louis, dont l’esprit souverain
- Ne dit rien au hasard et voit tout d’un œil sain,
- A _versé de sa bouche_, à ses grâces brillantes,
- _De deux précieux mots les douceurs chatouillantes_;
- Et l’on sait qu’en deux mots ce roi judicieux
- Fait des plus beaux travaux l’éloge glorieux.
-
-Les précieuses et l’abbé Cotin ont dû se croire vengés.
-
-(Voyez d’autres exemples de métaphores vicieuses aux mots AIGREUR,
-CHAMP, LANGUE, PEINDRE EN ENNEMIS, RESSORTS, ROIDIR, TRACER,
-TRAITS, VERSER, VISAGE, etc., etc.)
-
-
-METTRE, absolument, mettre son chapeau, se couvrir:
-
- _Mettons_ donc sans façon.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
- Allons, _mettez_.--Mon Dieu, _mettez_.--_Mettez_, vous dis-je,
- monsieur Jourdain; vous êtes mon ami.
-
- (_Bourg. gent._ III. 4.)
-
---METTRE DESSUS, même sens:
-
- _Mettez donc dessus_, s’il vous plaît.
-
- (_Mar. for._ 2.)
-
-Mettez dessus la tête.
-
---SE METTRE, se vêtir:
-
- Quant à _se mettre bien_, je crois, sans me flatter,
- Qu’on serait mal venu de me le disputer.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
- Voilà ce que c’est que de _se mettre_ en personne de qualité!
-
- (_B. gent._ II. 9.)
-
---METTRE A...., appliquer à:
-
- C’est une fille de ma mère nourrice que j’ai _mise à la
- chambre_, et elle est toute neuve encore.
-
- (_Comtesse d’Esc._ 4.)
-
---METTRE A BAS, métaphoriquement, renverser, terrasser:
-
- C’est maintenant que je triomphe, et j’ai de quoi _mettre à
- bas_ votre orgueil.
-
- (_George D._ III. 8.)
-
---METTRE A BOUT UNE AME:
-
- Et n’est-ce pas pour _mettre à bout une âme_?
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
---METTRE A TOUTE OCCASION; mettre une chose à toute occasion, en faire
-abus, la profaner:
-
- Mais l’amitié demande un peu plus de mystère,
- Et c’est assurément en profaner le nom
- Que de vouloir _le mettre à toute occasion_.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
---METTRE AU CABINET:
-
- Franchement, il est bon à _mettre au cabinet_.
-
- (_Ibid._ I. 2.)
-
-On a beaucoup disputé sur le sens de cette expression. Les uns veulent
-que ce soit: bon à serrer, loin du jour, dans les tiroirs d’un cabinet
-(sorte de meuble alors à la mode); les autres prennent le mot dans un
-sens moins délicat, et qui s’est attaché à ce vers, devenu proverbe. Je
-crois que Molière a cherché l’équivoque. Et qu’on ne dise pas que la
-grossièreté du second sens est indigne d’Alceste; Alceste est poussé
-à bout, et lui, qui ne s’est pas refusé tout à l’heure une mauvaise
-pointe sur la _chute_ du sonnet, ne paraît pas homme à refuser à sa
-colère un mot à la fois dur et comique, bien que d’un comique trivial.
-C’est justement cette trivialité qui fait rire, par le contraste avec
-le rang et les manières habituelles d’Alceste.
-
---METTRE AUX YEUX, devant les yeux:
-
- _Je lui mettois aux yeux_ comme dans notre temps
- Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Me _mettre aux yeux_ que le sort implacable
- Auprès d’elles me rend trop peu considérable.
-
- (_Mélicerte._ II. 1.)
-
- Vous devriez _leur mettre un bon exemple aux yeux_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
---METTRE BAS, quitter, déposer:
-
- Qui, moi, monsieur?--Oui, vous. _Mettons bas_ toute feinte.
-
- (_Éc. des mar._ II. 3.)
-
- Allons donc, messieurs, _mettez bas_ toute rancune.
-
- (_Am. méd._ III. 1.)
-
---METTRE DANS UN DISCOURS, DANS UN PROPOS:
-
- Si, pour les sots _discours où l’on peut être mis_,
- Il falloit renoncer à ses meilleurs amis.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Et pour ne vous point _mettre_ aussi _dans le propos_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
---METTRE EN ARRIÈRE, déposer, quitter:
-
- De grâce, parle, et _mets_ ces mines _en arrière_.
-
- (_Mélicerte._ I. 3.)
-
---METTRE EN COMPROMIS, compromettre:
-
- C’est un brave homme: il sait que les cœurs généreux
- _Ne mettent point les gens en compromis_ pour eux.
-
- (_Dép. am._ V. 7.)
-
---METTRE EN MAIN, confier:
-
- Et l’on m’a _mis en main_ une bague à la mode
- Qu’après vous payerez, si cela l’accommode.
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
---METTRE EN MAIN QUELQU’UN A UN AUTRE:
-
- Pour moi, je ne ferai que _vous la mettre en main_.
-
- (_Éc. des fem. V._ 2.)
-
-Je ne ferai que remettre Agnès entre vos mains.
-
---METTRE PAR ÉCRIT:
-
- Une autre fois _je mettrai mes raisonnements par écrit_, pour
- disputer avec vous.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
-Brossette rapporte que Boileau, dans l’épître à son jardinier, avait
-mis d’abord:
-
- «Mais non; tu te souviens qu’au village on t’a dit
- «Que ton maître est gagé pour _mettre par écrit_
- «Les faits d’un roi, etc.»
-
-Il changea le second vers de cette façon:
-
- «Que ton maître est _nommé_ pour _coucher par écrit_.»
-
-Apparemment _gagé_ lui parut manquer de dignité, et _coucher par
-écrit_ lui sembla une expression rustique d’un effet plus piquant que
-l’expression ordinaire, _mettre par écrit_.
-
-
-MEUBLE, comme nous disons _mobilier_:
-
- Vos livres éternels ne me contentent pas;
- Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats,
- Vous devriez brûler tout ce _meuble_ inutile.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-
-MEUBLÉ de science:
-
- Mais nous voulons montrer. . . . .
- Que _de science_ aussi les femmes _sont meublées_.
-
- (_Fem. sav._ III. 2.)
-
-
-MIEUX, le mieux:
-
- Nous verrons qui tiendra _mieux_ parole des deux.
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
- C’est par là que son feu se peut _mieux_ expliquer.
-
- (_D. Garcie._ I. 1.)
-
-(Voyez PLUS pour _le plus_.)
-
---DU MIEUX QUE pour _le mieux que_:
-
- Voilà une personne..... qui aura soin pour moi de vous traiter
- _du mieux qu’_il lui sera possible.
-
- (_Pourc._ I. 10.)
-
-(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)
-
-
-MIGNON DE COUCHETTE:
-
- Le voilà le beau fils, le mignon de couchette!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
-
-MIJAURÉE. (Voyez PIMPESOUÉE.)
-
-
-MILLE GENS:
-
- Moi! je serois cocu?--Vous voilà bien malade!
- _Mille gens_ le sont bien....
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-(Voyez GENS _avec un nom de nombre déterminé_.)
-
-
-MINE; AVOIR DE LA MINE:
-
- _J’ai de la mine_ encore assez pour plaire aux yeux.
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
---AVOIR LA MINE DE (un infinitif):
-
- _J’ai bien la mine_, pour moi, _de payer_ plus cher vos folies.
-
- (_Scapin._ I. 1.)
-
---FAIRE LES MINES DE SONGER A QUELQUE CHOSE:
-
- Pour peu que d’y songer vous nous _fassiez les mines_.
-
- (_Mis._ III. 7.)
-
-_Faire mine de_, c’est _faire semblant de_. Faire mine de désirer,
-faire mine de songer à quelque chose.
-
-_Faire la mine_, c’est bouder.
-
-_Faire des mines_, c’est _minauder_.
-
-On dirait donc aujourd’hui, et mieux, je crois: pour peu que vous nous
-fassiez mine d’y songer.
-
-Il est vraisemblable même que Molière, en altérant l’expression
-consacrée, a cédé à la contrainte du vers.
-
-
-MINUTER, projeter tacitement, sournoisement:
-
- Je le remerciois doucement de la tête,
- _Minutant_ à tous coups quelque retraite honnête.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-«_Minuter_ secrètement quelque entreprise.» (VAUGELAS.)
-
-Secrètement, dans cet exemple, fait pléonasme:
-
-«Ce marchand _minute_ sa fuite, s’apprête à faire banqueroute. Ce
-mécontent _minute_ quelque conspiration.» (TRÉVOUX.)
-
-
-MIRACLE; JEUNE MIRACLE, une jeune beauté:
-
- Qui, dans nos soins communs pour ce _jeune miracle_,
- Aux feux de son rival portera plus d’obstacle.
-
- (_L’Ét._ I. 1.)
-
-
-MITONNER QUELQU’UN:
-
- Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissants,
- Et cru _la mitonner_ pour moi durant treize ans....
-
- (_Éc. des fem._ IV. 1.)
-
-Métaphore du style le plus familier. Une soupe _mitonnée_ est une
-soupe que l’on a longtemps et avec patience fait bouillir à petit feu.
-(Racine, _mitis_?)
-
-
-MODÉRATIONS, au pluriel:
-
- Et vous nous faites voir
- _Des modérations_ qu’on ne peut concevoir.
-
- (_Fem. sav._ I. 2.)
-
-
-MODESTE; ÊTRE MODESTE A QUELQUE CHOSE, relativement à quelque chose:
-
- Jamais on ne m’a vu triompher de ces bruits;
- J’_y_ suis assez _modeste_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-MOI, substantif:
-
- _Un moi_ de vos ordres jaloux,
- Que vous avez du port envoyé vers Alcmène,
- Et qui de vos secrets a connoissance pleine
- Comme _le moi_ qui parle à vous.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
---MOI-MÊME, où nous dirions _lui-même_:
-
- Oui, je suis don Juan _moi-même_.
-
- (_D. Juan._ III. 5.)
-
-Cette façon de dire paraît plus raisonnable que l’autre, puisque tout
-y est à la première personne, au lieu d’accoupler la première à la
-troisième. En effet, je suis don Juan _lui-même_, reviendrait à: c’est
-_moi_ qui _est_ don Juan _lui-même_.
-
-Au surplus, Molière s’est aussi exprimé de cette dernière façon:
-
- N’est-ce pas _vous_ qui _se nomme_ Sganarelle?
-
- --En ce cas, _c’est moi_ qui _se nomme_ Sganarelle.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
-
-MOMON; JOUER UN MOMON:
-
- Masques, où courez-vous? Le pourroit-on apprendre?
- Trufaldin, ouvrez-leur pour _jouer un momon_.
-
- (_L’Ét._ III. 11.)
-
-Trévoux, et d’après lui le supplément du Dictionnaire de l’Académie,
-définissent le _momon_: «Défi d’un coup de dez qu’on fait quand on est
-en masque.» Cette définition ne s’applique pas au passage précédent ni
-au suivant:
-
- Est-ce un _momon_ que vous allez _porter_?
-
- (_B. gent._ V. 1.)
-
-Le momon pouvait donc être joué et porté. L’explication de Borel paraît
-lever toute difficulté. Le momon, selon lui, était une sorte de pelote
-énorme que l’on portait dans les mascarades notables, comme si c’eût
-été une grosse bourse enflée contenant des enjeux.
-
-Périzonius dérive _momon_ du grec μομμω; Ménage, de _Momus_, le bouffon
-des dieux; Nicot, de _mon mon_, espèce de gromellement que font
-entendre les masques, dit-il; d’autres, du sicilien _momar_, un fou.
-Personne n’a songé à l’allemand _mumme_, un masque; _mummerey_,
-mascarade; d’où en français _momerie_.
-
-
-MON ESTIME, au sens passif:
-
- Et qu’il eût mieux valu pour moi, pour _mon estime_,
- Suivre les mouvements d’une peur légitime.
-
- (_Dép. am._ III. 3.)
-
-C’est-à-dire, pour l’estime qu’on fera de moi, dans l’intérêt de ma
-réputation. _Mon estime_ est ici comme _mon honneur_.
-
-
-MONSTRE PLEIN D’EFFROI. (Voyez PLEIN D’EFFROI.)
-
-
-MONTRE, substantif féminin au sens d’_exposition_:
-
- Conserve à nos neveux une _montre_ fidèle
- Des exquises beautés que tu tiens de son zèle.
-
- (_La Gloire du Val-de-Grâce._)
-
-_Montre_ s’employait autrefois au sens de _revue_: _la montre des
-soldats_; _passer à la montre_, c’est _passer à la revue_:
-
- «Ainsi Richard jouit de ses amours,
- «Vécut content, et fit force bons tours,
- «Dont celui-ci peut _passer à la montre_.»
-
- (LA FONT. _Richard Minutolo._)
-
-
-MONTRER A QUELQU’UN, absolument, pour _donner des leçons_:
-
- Outre le maître d’armes qui _me montre_, j’ai arrêté encore un
- maître de philosophie.
-
- (_B. gent._ I. 2.)
-
- Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une
- personne qu’il envoie à sa place pour _vous montrer_.
-
- (_Mal. im._ II. 4.)
-
- «Son maître tous les jours vient pourtant _lui montrer_.»
-
- (REGNARD. _Le Distrait._)
-
-Bossuet emploie de la même façon _enseigner_, comme verbe actif;
-_enseigner quelqu’un_:
-
- «J’ai déjà dit que ce grand Dieu _les enseigne_, et en leur
- donnant et en leur ôtant le pouvoir.»
-
- (_Or. fun. d’Henr. d’A._)
-
---MONTRER DE (un infinitif):
-
- Vous buviez sur son reste, et _montriez d’affecter_
- Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
-
-MOQUER; SE MOQUER DE (un infinitif), dans le sens de ne pas vouloir, se
-mettre peu en peine de, _non curare de_:
-
- _Je me moquerois_ fort _de prendre_ un tel époux!
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
- Je veux lui donner pour époux un homme aussi riche que sage; et
- la coquine me dit au nez qu’_elle se moque de le prendre_.
-
- (_L’Av._ I. 7.)
-
-C’est-à-dire, non pas qu’elle est indifférente à le prendre ou non,
-mais qu’elle se moque de la volonté de son père de le lui faire prendre.
-
- On sait leur rendre justice (à certains maris), et l’on _se
- moque fort de les considérer_ au delà de ce qu’ils méritent.
-
- (_G. D._ III. 5.)
-
- Quand l’amour à vos yeux offre un choix agréable,
- Jeunes beautés, laissez-vous enflammer:
- _Moquez-vous d’affecter_ cet orgueil indomptable
- Dont on vous dit qu’il est beau de s’armer.
-
- (_Prol. de la pr. d’Élide._ I.)
-
- C’est que les filles bien sages et bien honnêtes comme vous _se
- moquent d’être obéissantes_ et soumises aux volontés de leur
- père.
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
-
-MORCEAU DE JUDICIAIRE. (Voyez JUDICIAIRE.)
-
-
-MORGUER QUELQU’UN, le braver insolemment:
-
- Et de son large dos _morguant les spectateurs_.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
- «...... tous ces vaillants, de leur valeur guerrière,
- «_Morguent la destinée_ et gourmandent la mort.»
-
- (REGNIER. _Sat._ VI.)
-
-
-MOUCHE; LA MOUCHE MONTE A LA TÊTE:
-
- Ah! que vous êtes prompte!
- _La mouche_ tout à coup _à la tête vous monte_.
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
-C’est une autre forme de la locution proverbiale, _prendre la mouche_.
-On dit en italien, _la mosca vi salta al naso_.
-
-
-MOUCHER DU PIED (SE):
-
- DORINE.
-
- Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la chose,
- N’est pas un homme, non, qui _se mouche du pied_!
-
- (_Tart._ II. 3.)
-
-Se moucher avec le pied était un tour d’agilité des saltimbanques. De là
-cette expression ironiquement familière en parlant d’un homme grave et
-considérable: Il ne se mouche pas du pied! ou, comme dit Mascarille: Il
-tient son quant-à-moi!
-
-
-MOUSTACHE; SUR LA MOUSTACHE, à la barbe:
-
- Afin qu’un jeune fou dont elle s’amourache
- Me la vienne enlever jusque _sur la moustache_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 1.)
-
-
-MOUVEMENT; DE SON MOUVEMENT, _proprio motu_:
-
- S’il s’attache à me voir, et me veut quelque bien,
- C’est _de son mouvement_; je ne l’y force en rien.
-
- (_Mélicerte._ II. 4.)
-
-
-MYSTÈRE; FAIRE GRAND MYSTÈRE, c’est-à-dire, grand embarras de quelque
-chose:
-
- Du nom de philosophe _elle fait grand mystère_,
- Mais elle n’en est pas pour cela moins colère.
-
- (_Fem. sav._ II. 8.)
-
-
-NE, _supprimé_; dans une formule interrogative:
-
- De quoi te peux-tu plaindre? _ai-je_ pas réussi?
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
- Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner....
-
- (_Sgan._ 1.)
-
- Les querelles, procès, faim, soif et maladie,
- _Troublent-ils_ pas assez le repos de la vie?
-
- (_Ibid._ 17.)
-
- Et tu trembles de peur _qu’on t’ôte_ ton galant.
-
- (_Ibid._ 22.)
-
- _Dis-tu_ pas qu’on t’a dit qu’il s’appelle Valère?
-
- (_Éc. des mar._ II. 1.)
-
- ...... Valère _est-il_ pas votre nom?
-
- (_Ibid._ II. 3.)
-
- L’amour _sait-il pas l’art_ d’aiguiser les esprits?
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
- _Trouvez-vous pas_ plaisant de voir quel personnage
- A joué mon jaloux dans tout ce badinage?
-
- (_Ibid._)
-
- Pour dresser un contrat _m’a-t-on_ pas fait venir?
-
- (_Ibid._ IV. 2.)
-
- _M’êtes-vous pas_ venu querir pour votre maître?
-
- (_Ibid._ IV. 3.)
-
- _T’ai-je pas_ là-dessus ouvert cent fois mon cœur?
- Et _sais-tu pas_ pour lui jusqu’où va mon ardeur?
-
- (_Tart._ II. 3.)
-
- _Pouvez-vous pas_ y suppléer de votre esprit?
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
- Il aura un pied de nez avec sa jalousie, _est-ce pas_?
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
- _Pourrois-je_ point m’éclaircir doucement s’il y est encore?
-
- (_Ibid._ II. 8.)
-
- _Est-ce pas_ vous, Clitandre?
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
---Après _à moins que_:
-
- La maîtresse ne peut abuser votre foi,
- _A moins que_ la maîtresse _en_ fasse autant de moi.
-
- (_Dép. am._ I. 1.)
-
- _A moins que_ Valère _se pende_,
- Bagatelle; son cœur ne s’assurera point.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- _A moins que_ le ciel _fasse_ un grand miracle en vous.
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
- Et moi, je ne puis vivre _à moins que_ vos bontés
- _Accordent_ un pardon à mes témérités.
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
-On ne saurait dire que, dans ce dernier exemple, Molière ait cédé
-aux besoins de la mesure, car il ne lui en coûtait rien de Mettre:
-_N’accordent_ un pardon.
-
- Et moi, je ne puis vivre _à moins que vous quittiez_
- Cette colère qui m’accable.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
- Et l’on en est réduite à n’espérer plus rien,
- _A moins que l’on se jette_ à la tête des hommes.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-Si cette suppression avait eu quelque importance dans la coutume du
-langage du temps, il eût été facile à Molière de mettre:
-
- A moins qu’on _ne_ se jette à la tête des hommes.
-
- Je lui ai défendu de bouger, à moins que _j’y fusse_ moi-même,
- de peur de quelque fourberie.
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
---Après AVANT QUE:
-
- _Avant que vous parliez_, je demande instamment
- Que vous daigniez, seigneur, m’écouter un moment.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
- Allons, courons _avant que_ d’avec eux _il sorte_.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- «_Avant qu’on l’ouvrît_ (la cédule), les amis du prince
- soutinrent que, etc.»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
- «Toutes vos fables pouvoient vous servir _avant qu’on sût_ vos
- principes.»
-
- (PASCAL. 15e _Prov._)
-
---Après AVOIR PEUR QUE:
-
- _J’ai bien peur que_ ses yeux _resserrent_ votre chaîne.
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
---D’abord exprimé, puis supprimé après AVOIR PEUR QUE:
-
- _J’ai peur qu’elle ne_ soit mal payée de son amour, que son
- voyage en cette ville _produise_ peu de fruit, et que _vous
- eussiez_ autant gagné à ne bouger de là.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
---Après CRAINDRE QUE:
-
- Mais, hélas! _je crains bien que j’y perde_ mes soins.
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
- _Je craindrois que_ peut-être
- A quelques yeux suspects _tu me fisses_ connoître.
-
- (_Fâcheux._ III. 1.)
-
- ..... Oui, mais qui rit d’autrui
- Doit _craindre qu’_à son tour _on rie_ aussi de lui.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- Peut-on _craindre que_ des choses si généralement détestées
- _fassent_ quelque impression dans les esprits?
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
---Après EMPÊCHER QUE:
-
- Si son cœur m’est volé par ce blondin funeste,
- _J’empêcherai_ du moins _qu’on s’empare_ du reste.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 7.)
-
-Molière l’a exprimé ailleurs:
-
- Cela _n’empêchera pas que_ je _ne_ conserve pour vous ces
- sentiments d’estime.....
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
-Mais il l’a encore supprimé dans ce passage:
-
- Le choix qui m’est offert s’oppose à votre attente,
- Et peut seul _empêcher que_ mon cœur _vous_ contente.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
-Je crois qu’ici Molière a cédé à la contrainte de la mesure. Pascal
-exprime _ne_:
-
- «M. le premier président a apporté un ordre pour _empêcher
- que_ certains greffiers _ne_ prissent de l’argent pour cette
- préférence.»
-
- (18e _Prov._)
-
-Au surplus, il est vraisemblable que Molière n’attachait aucune
-importance à exprimer ou retrancher le _ne_; son habitude paraît avoir
-été pour la suppression. Pascal, au contraire, est pour l’expression.
-
---Après DE PEUR QUE:
-
- _De peur que_ ma présence encor _soit_ criminelle.
-
- (_L’Ét._ I. 5.)
-
- De peur _qu’elle revînt_, fermons à clef la porte.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
-Ailleurs Molière l’a exprimé:
-
- Ah! Myrtil, levez-vous, _de peur qu’on ne_ vous voie.
-
- (_Mélicerte._ II. 3.)
-
---Après DEVANT ou AVANT QUE:
-
- _Devant que_ les chandelles _soient_ allumées.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
---Après GARDER QUE:
-
- _Gardons bien que_ par nulle autre voie elle _en_ apprenne
- jamais rien.
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
---Après MIEUX QUE, précédé d’une négation:
-
- Je _ne_ crois pas qu’on puisse _mieux_ danser _qu’ils dansent_.
-
- (_Am. magn._ II. 1.)
-
- Chacun demeura d’accord qu’on ne pouvoit pas _mieux_ jouer
- _qu’il fit_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
---NE, _exprimé_; après NE DOUTER POINT QUE:
-
- Oui, _je ne doute point que_ l’hymen _ne_ vous plaise.
-
- (_Éc. des fem._ II. 7.)
-
- _Je ne doute point_ que vos paroles _ne_ soient sincères.
-
- (_Scapin._ I. 3.)
-
-BOSSUET a dit:
-
- «Je _ne_ crois pas qu’on puisse _douter que_ Ninus _ne_ se soit
- attaché à l’Orient.»
-
- (_Hist. Un._ IIIe p. § 4.)
-
-Ici pourtant l’expression est différente de celle de Molière, en ce que
-le premier _ne_ s’attache, non pas au verbe _douter_, mais au verbe
-_croire_. Il paraît que le XVIIe siècle tenait pour règle invariable
-d’exprimer _ne_ après _douter que_, quel que fût d’ailleurs le sens de
-la phrase, affirmatif ou négatif. Ninus s’était attaché à l’Orient, je
-ne crois pas qu’on en puisse douter; c’est ce que veut dire Bossuet, et
-il met deux négations. Il me semble que dans cet exemple la seconde est
-de trop, mais on observait encore certaines lois de symétrie, tradition
-de la vieille langue, qu’aujourd’hui nous qualifions pléonasmes.
-
-(Voyez plus bas NE _répété par pléonasme_.)
-
---Après IL ME TARDE QUE:
-
- _Il me tarde que_ je _ne_ goûte le plaisir de la voir.
-
- (_Sicilien._ 10.)
-
---Après PRENDRE GARDE QUE....:
-
- On m’a chargé de _prendre garde que_ personne _ne_ me vît.
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
---Après NE TENIR QU’A:
-
- Il _ne tiendra qu’_à elle que nous _ne_ soyons mariés ensemble.
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
---Après METTRE EN DOUTE QUE:
-
- Il n’y aura personne qui _mette en doute que_ ce _ne_ soit vous
- qui m’aurez tuée.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
---NE, _répété par pléonasme_:
-
- Je _ne_ puis pas nier qu’il _n’_y ait eu des Pères de l’Église
- qui ont condamné la comédie; mais on _ne_ peut pas me nier
- aussi qu’il _n’_y en ait eu quelques-uns qui l’ont traitée un
- peu plus doucement.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
- Je _ne_ doute point, sire, que les gens que je peins dans ma
- comédie _ne_ remuent bien des ressorts auprès de Votre Majesté,
- et _ne_ jettent dans leur parti....
-
- (2me _Placet au Roi_.)
-
-On pourrait supprimer chaque fois le second _ne_; la phrase n’en serait
-pas moins claire, ni l’expression moins complète; mais je crois que
-le génie de la langue française préfère cette répétition, qui a une
-foule d’analogues: c’est _à_ vous _à_ parler,--c’est _à_ vous _à_ qui
-je m’adresse;--c’est _de_ vous _dont_ je m’occupe.--C’est _là où_ vous
-verrez la bénignité de nos pères.
-
---NE, ni:
-
- Un mari qui n’ait pas d’autre livre que moi,
- Qui ne sache _A ne B_, n’en déplaise à madame.
-
- (_Fem. sav._ V. 3.)
-
-C’est un archaïsme. Thomas Diafoirus s’en sert également: «_Ne_ plus
-_ne_ moins que la fleur que les anciens nommoient héliotrope...» (_Mal.
-im._ II. 6.) Cette forme, jadis seule en usage, était commode pour
-l’élision:
-
- «Onc n’avoit vu, _ne_ lu, _n’ouï_ conter....»
-
- (LA FONT. _Le Diable de Papefig._)
-
-On disait de même _se_ pour _si_: _se non_, _sinon_. Malgré des
-réclamations réitérées, certains éditeurs de textes du moyen âge
-impriment encore avec un accent aigu _né_, _sé_, _qué_, _cé_, pour
-_ne_, _se_, _que_, _ce_; l’élision même de cet _e_ n’a pu leur
-persuader qu’il n’y faut point mettre d’accent. C’est une obstination
-bien étrange!
-
-
-NÉCESSITANT, nécessiteux:
-
- Aussi est-ce à vous seule qu’on voit avoir recours toutes les
- muses _nécessitantes_.
-
- (_Am. magn._ I. 6.)
-
-
-_NÉGATION_; DEUX NÉGATIONS REDOUBLÉES. (Voy. à la fin de l’article
-PAS.)
-
-
-NEIGE; DE NEIGE, expression de mépris:
-
- Tiens, tiens, sans y chercher tant de façons, voilà
- Ton beau galant _de neige_ avec ta nonpareille.
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-Cette expression rappelle le _floccifacere_ et _floccipendere_ des
-Latins.
-
- «Ah le beau médecin _de neige_ avec ses remèdes!»
-
- (DESTOUCHES. _Le Tambour nocturne._)
-
-
-NE M’EN PARLEZ POINT, incidemment, dans un sens affirmatif et laudatif:
-
- Il y a plaisir, _ne m’en parlez point_, à travailler pour des
- personnes qui soient capables de sentir les délicatesses de
- l’art.
-
- (_B. gent._ I. 1.)
-
-
-N’EN EST-CE PAS FAIT?
-
- Nous rompons?--Oui, vraiment! Quoi? _n’en est-ce pas fait_?
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-_En_, figure ici au même titre que dans _c’en est fait_; _c’est fait de
-moi_, _de cela_.
-
-
-NE PERDRE QUE L’ATTENTE DE QUELQUE CHOSE:
-
- Tu _n’en perds que l’attente_, et je te le promets.
-
- (_Dép. am._ III. 10.)
-
-On dit dans le même sens, et avec des termes contraires: Tu n’y perdras
-rien pour attendre.
-
-
-NE QUE, faisant pléonasme avec _seulement_. (Voy. SEUL.)
-
-
-NET, adverbialement:
-
- Madame, voulez-vous que je vous parle _net_?
- De vos façons d’agir je suis mal satisfait.
-
- (_Mis._ II. 1.)
-
-(Voyez PREMIER QUE, FERME, FRANC.)
-
---NET, adjectif, au sens moral: loyal, sans détour; AME FRANCHE ET
-NETTE:
-
- Et j’avouerai tout haut, _d’une âme franche et nette_.....
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
-
-NEZ; DONNER PAR LE NEZ, au figuré:
-
- Ils nous _donnent_ encore, avec leurs lois sévères,
- _De cent sots contes par le nez_.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
-_Par_ est ici abrégé de _parmi_; parmi le nez, au milieu du visage.
-
---C’EST POUR TON NEZ, ironiquement:
-
- _C’est pour ton nez_, vraiment! cela ce fait ainsi.
-
- (_Amph._ II. 7.)
-
- «Mais _c’est pour leur beau nez_! le puits n’est pas commun;
- Et si j’en avois cent, ils n’en auroient pas un.»
-
- (REGNIER. _Macette._)
-
-
-NI, exprimé seulement au dernier terme de l’énumération:
-
- Dans ses meubles, dût-elle en avoir de l’ennui,
- Il ne faut écritoire, encre, papier, _ni plumes_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
---Exprimé devant chaque terme:
-
- Elle n’a _ni_ parents, _ni_ support, _ni_ richesse.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
---NI, répété après la négation:
-
- Cela _n’est pas_ capable, _ni_ de convaincre mon esprit, _ni_
- d’ébranler mon âme.
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
---NI, _supprimé_. (Voyez L’UN NI L’AUTRE.)
-
-
-NIER, dénier, refuser:
-
- Et je n’ai pu _nier_ au destin qui le tue
- Quelques moments secrets d’une si chère vue.
-
- (_D. Garcie._ III. 2.)
-
- Et tâcher, par des soins d’une très-longue suite,
- D’obtenir ce qu’on _nie_ à leur peu de mérite.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
- Imitant en vigueur les gestes des muets,
- Qui veulent réparer la voix que la nature
- Leur a voulu _nier_, ainsi qu’à la peinture.
-
- (_La Gloire du Val-de-Grâce._)
-
-Nous n’employons plus que le composé _dénier_, et encore il devient
-rare:
-
- «Pour obtenir les vents que le ciel vous _dénie_,
- «Sacrifiez Iphigénie.»
-
- (RACINE. _Iphig._ I. 1.)
-
-
-NOIRCIR QUELQU’UN ENVERS UN AUTRE. (Voyez ENVERS.)
-
-
-NOMBRE; QUELQUE NOMBRE DE, pour _quelques_:
-
- Je veux jouir, s’il vous plaît, de _quelque nombre de beaux
- jours_ que m’offre la jeunesse.
-
- (_G. D._ II. 4.)
-
-
-NOMPAREIL:
-
- J’ai souhaité un fils avec des ardeurs _nompareilles_.
-
- (_D. Juan._ IV. 6.)
-
- «Colette entra dans des peurs _nompareilles_.»
-
- (LA FONT. _Le Berceau._)
-
-Boileau s’est moqué de cette expression, déjà surannée de son temps,
-aujourd’hui tout à fait hors d’usage:
-
- «Si je voulois vanter _un objet nompareil_,
- «Je mettrais à l’instant: Plus beau que le soleil.»
-
- (_Sat._ II.)
-
-
-NON CONTENT, employé comme adverbe:
-
- Et, _non content_ encor du tort que l’on me fait,
- Il court parmi le monde un livre abominable.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-_Non content_ ne se rapporte à personne, comme s’il y avait, par
-exemple, _nonobstant_...
-
- Et, _nonobstant_ encor le tort que l’on me fait,
- Il court.....
-
-
-NOUS, indéterminé, construit avec _on_:
-
- Au moins, en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux
- Quand _on_ sait qu’on n’a point d’avantage sur _nous_.
-
- (_Dép. am._ II. 4.)
-
- Et qu’_on_ s’aille former un monstre plein d’effroi
- De l’affront que _nous_ fait son manquement de foi?
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-(Voyez VOUS.)
-
-
-NOUVEAUTÉS, nouvelles:
-
- Je demeure immobile à tant de _nouveautés_.
-
- (_L’Ét._ V. 15.)
-
- Seigneur, ces _nouveautés_ ont droit de me confondre.
-
- (_D. Garcie._)
-
-
-NOUVEAUX YEUX: JETER DE NOUVEAUX YEUX SUR..., de nouveaux regards:
-
- Et mon esprit, _jetant de nouveaux yeux sur elle_...
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
-Un esprit qui jette de nouveaux yeux, est apparemment une de ces
-expressions qui semblaient du jargon à la Bruyère.
-
-
-NUAGE DE COUPS DE BATONS:
-
- Je vois se former de loin _un nuage de coups de bâton_ qui
- crèvera sur mes épaules.
-
- (_Scapin_, I. 1.)
-
-
-OBJET par excellence, objet aimé:
-
- LA MONTAGNE.
-
- Si ce parfait amour que vous prouvez si bien
- Se fait vers _votre objet_ un grand crime de rien.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
-_Mon objet_, _son objet_, _votre objet_, est une expression à l’usage
-du peuple, comme _mon époux_, _mon épouse_, pour _mon mari_, _ma
-femme_. Le ridicule s’y est attaché à cause de l’emphase. Aussi
-est-ce un valet à qui Molière prête cette façon de parler, Éliante ne
-s’exprime point comme _la Montagne_: elle dit, _l’objet aimé_:
-
- Et dans l’_objet aimé_ tout lui paroît aimable.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-Le génie observateur de Molière recueille jusqu’aux nuances de vérité
-les plus fines et les plus fugitives. On ne le surprend jamais en
-défaut.
-
-
-OBLIGER, absolument, dans le sens du latin _obligare_, lier:
-
- Mes plus ardents respects n’ont pu vous _obliger_;
- Vous avez voulu rompre: il n’y faut plus songer.
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
---OBLIGER A, forcer à:
-
- Je me retire pour ne me voir point _obligée à_ recevoir ses
- compliments.
-
- (_G. D._ II. 11.)
-
- «Quoique personne n’ignore les grandes qualités d’une reine
- dont l’histoire a rempli l’univers, je me sens _obligé_ d’abord
- _à_ les rappeler à votre mémoire.»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. d’Henr. d’Angl._)
-
- «Mais je suis _obligé à_ me contraindre.»
-
- (PASCAL. 8e _Prov._)
-
- «C’est pourquoi on n’est pas _obligé à_ s’en confesser.»
-
- (Id. 10e _Prov._)
-
-Pascal, bien qu’il paraisse préférer _obliger à_, emploie aussi
-_obliger de_:
-
- «Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre juges de
- la disposition de leurs pénitents, puisqu’ils sont _obligés de_
- les en croire sur leur parole.»
-
- (10e _Prov._)
-
-Au XVIIe siècle, _obliger de_ paraît avoir été réservé pour signifier
-_rendre le service de_:
-
- «_Obligez-moi de_ n’en rien dire.»
-
- (LA FONT. _Fables_, III. 6.)
-
-C’est-à-dire, rendez-moi le service de n’en rien dire; faites que je
-vous aie cette obligation.
-
- «Il y a des âmes basses qui se tiennent _obligées de tout_, et
- il y a des âmes vaines qui ne se tiennent _obligées de rien_.»
-
- (SAINT-ÉVREMOND.)
-
- «L’abbesse lui fit réponse qu’elle et ses filles se sentoient
- infiniment _obligées de ses bontés_.»
-
- (PATRU.)
-
-Obligées par ses bontés.
-
---S’OBLIGER DE, s’obliger à..., prendre l’engagement de...:
-
- Un fort honnête médecin..... veut _s’obliger de_ me faire vivre
- encore trente années.
-
- (3e _Placet au Roi._)
-
- Je ne lui demandois pas tant, et je serois satisfait de lui,
- pourvu qu’il _s’obligeât de_ ne me point tuer.
-
- (_Ibid._)
-
---S’OBLIGER QUE, pour _à ce que_:
-
- Il _s’obligera_, si vous voulez, _que_ son père mourra avant
- qu’il soit huit mois.
-
- (_L’Av._ II. 2. )
-
-Remarquez que cette locution admet le second verbe au futur de
-l’indicatif, tandis qu’avec la tournure ordinaire il le faudrait au
-présent du subjonctif: «Il s’obligera _à ce que_ son père _meure_.»
-C’est par où l’autre façon, employée par Molière, peut être utile.
-
-L’analyse d’ailleurs la démontre excellente. Elle revient à ceci: Son
-père mourra avant huit mois, et à cet égard il s’obligera, il prendra
-un engagement positif. Cette forme exprime bien mieux la certitude du
-fils de la mort de son père, que si l’on y employait le conditionnel.
-
-
-OBSCÉNITÉ, néologisme en 1663:
-
- ÉLISE.
-
- Comment dites-vous ce mot-là, madame?
-
- CLIMÈNE.
-
- _Obscénité_, madame.
-
- ÉLISE.
-
- Ah! mon Dieu, _obscénité_! Je ne sais ce que ce mot veut dire,
- mais je le trouve le plus joli du monde!
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-
-OCCISEUR, meurtrier:
-
- MASCARILLE.
-
- Faisons l’olibrius, l’_occiseur_ d’innocents.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
-_Occiseur_ n’a été recueilli ni dans Trévoux ni dans le supplément
-au Dictionnaire de l’Académie. Aussi paraît-il forgé par Mascarille,
-d’après le latin.
-
-
-ŒIL; CONDUIRE DE L’ŒIL:
-
- _Je conduis de l’œil_ toutes choses.
-
- (_Pourc._ II. 11.)
-
---ŒIL CONSTANT (D’UN), sans se troubler, avec fermeté:
-
- J’attendrai _d’un œil constant_ ce qu’il plaira au ciel de
- résoudre de moi.
-
- (_Scapin._ I. 3.)
-
-
-OI rimant avec È:
-
- Ho, ho! les grands talents que votre esprit _possède_!
- Diroit-on qu’elle y touche avec sa mine _froide_?
-
- (_Dép. am._ I. 1.)
-
-_Oi_ sonnait dans l’origine _oué_[64]. On prononçait donc _frouéde_,
-d’où, par allégement, _fréde_, comme on prononce encore _roide_, que
-l’on commence à écrire _raide_. C’est une inconséquence de prononcer,
-comme nous faisons, _froide_ et _rède_.
-
- [64] J’ai développé ce point dans les _Variations du lang. fr._,
- p. 177, 301 et suivantes.
-
- VALÈRE.
-
- Que vient de te donner cette farouche _bête_?
-
- ERGASTE.
-
- Cette lettre, monsieur, qu’avecque cette _boîte_
- On prétend qu’ait reçue Isabelle de vous.
-
- (_Éc. des mar._ II. 8.)
-
-On prononçait _bouéte_. Quelques textes imprimés du XVIe siècle
-l’écrivent même de la sorte, ainsi que les mots _vouele_, _mirouer_,
-etc., pour _voile_, _miroir_.
-
- Une tête de barbe, avec l’étoile _nette_;
- L’encolure d’un cygne, effilée et bien _droite_.
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
- D’abord j’appréhendai que cette ardeur _secrète_
- Ne fût du noir esprit une surprise _adroite_.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
- Qui va là?--Hé! ma peur à chaque pas _s’accroist_!
- Messieurs, ami de tout le monde.
- Ah! quelle audace sans seconde
- De marcher à l’heure qu’il _est_!
-
- (_Amph._ I. 1.)
-
-Toutes ces rimes eussent été exactes au moyen âge, et même encore au
-XVIe siècle, lorsque Marguerite d’Angoulême, Saint-Gelais et les autres
-faisaient rimer _étoiles_ et _demoiselles_, _paroisse_ et _pécheresse_.
-Alors on rimait encore pour l’oreille seule; c’est seulement au XVIIe
-siècle que s’introduisit la coutume vraiment barbare de rimer pour les
-yeux. La prononciation de la syllabe _oi_ avait changé; mais les poëtes
-ne voulurent pas renoncer aux anciens priviléges, et ils sacrifièrent
-la rime véritable pour garder la facilité de rimer en apparence.
-
-
-OMBRAGE; UN OMBRAGE, un soupçon, ou plutôt la disposition à soupçonner:
-
- Quand d’_un injuste ombrage_
- Votre raison saura me réparer l’outrage.
-
- (_D. Garcie._ I. 3.)
-
---OMBRAGES, au pluriel, dans le même sens:
-
- Et que de votre esprit _les ombrages_ puissants
- Forcent mon innocence à convaincre vos sens...
-
- (_D. Garc._ IV. 8.)
-
- Qu’injustement de lui vous prenez de l’_ombrage_.
-
- (_Mis._ II. 1.)
-
-
-OMBRE; A L’OMBRE DE, figurément, sous la protection de...:
-
- Je souhaiterois que notre mariage se pût faire _à l’ombre du
- leur_.
-
- (_B. gent._ III. 7.)
-
---OMBRES, apparences:
-
- Mais aux _ombres du crime_ on prête aisément foi.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
- Vos mines et vos cris aux _ombres d’indécence_
- Que d’un mot ambigu peut avoir l’innocence.
-
- (_Ibid._)
-
-
-ON; deux ON se rapportant à deux sujets différents:
-
-Cette faute est très-fréquente dans Molière:
-
- Au moins en pareil cas est-ce un bonheur bien doux
- Quand _on_ sait qu’_on_ n’a pas d’avantage sur nous.
-
- (_Dép. am._ II. 4.)
-
- Moins _on_ mérite un bien qu’_on_ nous fait espérer,
- Plus notre âme a de peine à pouvoir s’assurer.
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
- Je ne sais point par où l’_on_ a pu soupçonner
- Cette assignation qu’_on_ m’avoit su donner.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
- Et l’ennui qu’_on_ auroit que ce nœud qu’_on_ résout
- Vînt partager du moins un cœur que l’_on_ veut tout.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-Le premier et le dernier _on_ désignent Elmire elle-même;
-l’intermédiaire se rapporte à Orgon, et au mariage qu’il a résolu de
-Marianne avec Tartufe.
-
- Mais puisque l’_on_ (Orgon) s’obstine à m’y vouloir réduire,
- Puisqu’_on_ ne veut point croire à tout ce qu’_on_ (Elmire)
- peut dire,
- Et qu’_on_ (Orgon) veut des témoins qui soient plus
- convaincants,
- Il faut bien s’y résoudre et contenter les gens.
-
- (_Ibid._ IV. 5.)
-
-L’embarras d’Elmire, obligée de parler à double sens, peut servir
-peut-être d’excuse à cet endroit, et donner du moins à cette ambiguïté
-un air très-naturel.
-
- Que chez vous _on_ vit d’étrange sorte,
- Et qu’_on_ ne sait que trop la haine qu’_on_ lui porte.
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
-_On_ vit chez vous d’étrange sorte, et _je_ ne sais que trop la haine
-que _vous_ lui portez.
-
- _On_ n’attend pas même qu’_on_ en demande (du tabac).
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Veut-_on_ qu’_on_ rabatte,
- Par des moyens doux,
- Les vapeurs de rate
- Qui nous minent tous?
- Qu’_on_ laisse Hippocrate,
- Et qu’on vienne à nous.
-
- (_Am. méd._ III. 8.)
-
-Le premier _on_ désigne le malade, le second, le médecin qui rabat les
-vapeurs. Ou bien les deux _on_ se rapportent tous deux au malade, et
-la phrase revient à celle-ci: _veut-on rabattre?_ Dans ce dernier cas,
-la tournure est entortillée, inusitée. Molière ne donnait pas beaucoup
-d’attention au style de ces divertissements.
-
- Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers,
- Dès qu’_on_ voit qu’_on_ nous mêle avec tout l’univers.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Celui qui se voit mêlé n’est pas celui qui mêle.
-
- Et qu’eût-_on_ d’autre part cent belles qualités,
- _On_ regarde les gens par leurs méchants côtés.
-
- (_Ibid._ I. 2.)
-
-La personne qui a cent belles qualités n’est pas celle qui regarde les
-gens par leurs méchants côtés. Molière a parlé plus correctement dans
-cet autre passage:
-
- Et l’_on_ a tort ici de nourrir dans votre âme
- Ce grand attachement aux défauts qu’_on_ y blâme.
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
-Parce qu’il est possible que Célimène soit blâmée par ceux même qui en
-sa présence ont le tort de nourrir son penchant à la raillerie.
-
-Les exemples suivants sont irréprochables:
-
- En vain de tous côtés _on_ l’a voulu tourner;
- Hors de son sentiment _on_ n’a pu l’entraîner.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- Et lorsque d’en mieux faire (des vers) _on_ n’a pas le bonheur,
- _On_ ne doit de rimer avoir aucune envie,
- Qu’_on_ n’y soit condamné sur peine de la vie.
-
- (_Ibid._)
-
-La faute reparaît dans:
-
- Mais croyez-vous qu’_on_ l’aime, aux choses qu’_on_ peut voir?
-
- (_Ibid._)
-
- _On_ lève les cachets, qu’_on_ ne l’aperçoit pas.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
- Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les
- receleurs des choses qu’_on_ dérobe, et je voudrois qu’_on_ en
- eût fait pendre quelqu’un.
-
- (_L’Av._ I. 3.)
-
-_On_ ne peut servir à désigner tout à la fois le voleur et le juge qui
-le fait pendre.
-
-Molière, parlant en prose, et pour son propre compte, commet cette
-faute; ce qui achève de montrer combien elle lui était familière, ou
-que ce n’était point alors une faute reconnue:
-
- _On_ n’ignore pas que souvent _on_ l’a détournée de son
- emploi (la philosophie) ............... Mais _on_ ne laisse
- pas pour cela de faire les distinctions qu’il est besoin de
- faire: _on_ n’enveloppe point dans une fausse conséquence
- la bonté des choses que l’_on_ corrompt, avec la malice des
- corrupteurs................... Et puisque l’_on_ ne garde point
- cette rigueur à tant de choses dont _on_ abuse tous les jours,
- _on_ doit bien faire la même grâce à la comédie.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
- Est-_on_ d’une figure à faire qu’_on_ se raille?
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-Aglaure veut dire: Suis-je d’une figure à faire qu’on se raille?
-
- Et, pour donner toute son âme,
- Regarde-t-_on_ quel droit _on_ a de nous charmer?
-
- (_Ibid._ I. 2.)
-
-Cette négligence est très-commune dans les premiers écrivains du XVIIe
-siècle; c’est un des progrès incontestables de l’époque suivante de
-l’avoir proscrite.
-
- «_On_ amorce le monde avec de tels portraits;
- «Pour les faire surprendre on les apporte exprès:
- «On s’en fâche, on fait bruit, on vous les redemande;
- «Mais on tremble toujours de crainte qu’_on_ les rende.»
-
- (CORN. _La Suite du Menteur._ II. 7.)
-
- «Si ces personnes étoient en danger d’être assassinées,
- s’offenseroient-elles de ce que _on_ les avertiroit de
- l’embûche qu’_on_ leur dresse?... S’amuseroient-elles à se
- plaindre du peu de charité qu’_on_ auroit eu de découvrir le
- dessein criminel de ces assassins?»
-
- (PASCAL. 11e _Prov._)
-
- «En vérité, mes pères, voilà le moyen de vous faire croire
- jusqu’à ce qu’_on_ vous réponde; mais c’est aussi le moyen de
- faire qu’_on_ ne vous croie jamais plus après qu’_on_ vous aura
- répondu.»
-
- (15e _Prov._)
-
-Celui qui répond aux jésuites, et celui qui leur ajoutait foi jusqu’au
-moment de cette réponse, sont évidemment deux personnes différentes.
-
-
-ON DIRAIT DE..., cela ressemble à:
-
- Et _l’on diroit d’_un tas de mouches reluisantes
- Qui suivent en tous lieux un doux rayon de miel.
-
- (_Mélicerte._ I. 3.)
-
-Ce n’est pas que le verbe _dire_ s’emploie jamais pour _ressembler_.
-Cette formule _on dirait de_, correspondant au présent _cela ressemble
-à_, suppose une ellipse: On dirait (la même chose) de... donc, cela
-ressemble à...
-
-
-OPÉRA, en langage de gastronome:
-
- ... Et pour son _opéra_, d’une soupe à bouillon perlé, etc.
-
- (_B. gent._ IV. 1.)
-
-_Son opéra_ signifie ici _son chef-d’œuvre_. «Opéra, dit Bouhours,
-se prend encore pour une chose excellente et pour un chef-d’œuvre.»
-Scarron écrit: «Toutes vos lettres sont admirables! ce sont ce qu’on
-appelle _des opéra_.»
-
-_Capi d’opera_, des _chefs-d’œuvre_.
-
-
-OPÉRER, amener un résultat:
-
- Vous avez _bien opéré_ avec ce beau monsieur le comte, dont
- vous êtes embéguiné!
-
- (_Bourg. gent._ III. 3.)
-
---OPÉRER DANS QUELQUE CHOSE:
-
- AGNÈS.
-
- Vous avez _là-dedans bien opéré_, vraiment!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-
-OPINIATRETÉ CIVILE:
-
- Vous avez une _civile opiniâtreté_ qui, etc.
-
- (_B. gent._ III. 18.)
-
-
-ORDRE; PAR ORDRE, comme en latin _ex ordine_:
-
- Eh bien! qu’est-ce? M’as-tu tout parcouru _par ordre_?
-
- (_Amph._ III. 2.)
-
-Des pieds à la tête, en détail.
-
-
-ORDURES, au figuré:
-
- Chaque instant de ma vie est chargé de souillures;
- Elle n’est qu’un amas de crimes et _d’ordures_.
-
- (_Tart._ III. 6.)
-
-Pascal a employé _ordure_ au singulier, dans le même sens:
-
- «Que le cœur de l’homme est creux et plein _d’ordure_!»
-
- (_Pensées._ p. 175.)
-
-_Ordure_ est formé de l’ancien adjectif _ord_, qui vient lui-même de
-_sordidus_, en lui ôtant la première lettre et les deux dernières
-syllabes. Nicot donne les verbes _ordir_ et _ordoyer_, qui signifient
-_salir_, _souiller_. _Ordir_ est le latin _sordere_, devenu de verbe
-neutre verbe actif:
-
- «Trop grande privauté et accointance d’hommes derechef engendre
- diffame, et _ordoye_ la renommée des femmes très-honnestes.»
-
- (_Anc. trad. de_ BOCCACE, _Des Nobles malheureux_. liv. 9.)
-
-
-OU, _ubi_:
-
-Molière paraît avoir eu une aversion décidée pour _lequel_, comme
-relatif. (Voyez LEQUEL.) On ne rencontre presque jamais chez lui ces
-façons de parler, _auquel_, _par lequel_, _dans lequel_, _vers lequel_,
-_à l’aide duquel_, _au sujet desquels_, etc.; au lieu de ces détours et
-de ces syllabes vides, Molière emploie brusquement _où_.
-
-_Où_ se place chez lui toutes les fois qu’il s’agit d’exprimer la
-relation du datif ou de l’ablatif.
-
-A, Y, où, sont pour Molière trois termes corrélatifs. Toute phrase qui
-admettrait l’un, admettra les deux autres.
-
-Comme cet emploi de _où_ est très-commode, très-vif, et tout à fait
-condamné ou perdu de nos jours, j’ai cru devoir en rassembler tous les
-exemples fournis par Molière, pour bien faire apprécier ce parti pris
-du grand écrivain, et les avantages qu’il en tire. La série sera un peu
-longue: je la divise en exemples dans les vers, et exemples dans la
-prose.
-
-Exemples dans les vers:
-
- Nous avons eu querelle
- Sur l’hymen d’Hippolyte, _où_ je le vois rebelle.
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
- Je sais un sûr moyen
- Pour rompre cet achat, _où_ tu pousses si bien.
-
- (_Ibid._ 10.)
-
- Mais cessez, croyez-moi, de craindre pour un bien
- _Où_ je serois fâché de vous disputer rien.
-
- (_Ibid._ III. 3.)
-
- Vous avez vu ce fils _où_ mon espoir se fonde?
-
- (_Ibid._ IV. 3.)
-
- Mon âme embarrassée
- Ne voit que Mascarille _où_ jeter sa pensée.
-
- (_Dép. am._ III. 6.)
-
- Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner
- _Où_, de droit absolu, j’ai pouvoir d’ordonner?
-
- (_Sgan._ 1.)
-
- ... Un cœur qui jamais n’a fait la moindre chose
- A mériter l’affront _où_ ton mépris l’expose.
-
- (_Ibid._ 16.)
-
- Rien ne me reprochoit
- Le tendre mouvement _où_ mon âme penchoit.
-
- (_D. Garcie._ I. 1.)
-
- Puisque chez notre sexe, _où_ l’honneur est puissant...
-
- (_Ibid._)
-
- Ah! souffrez, dans les maux _où_ mon destin m’expose.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- Oui, le trépas cent fois me semble moins à craindre
- Que cet hymen fatal _où_ l’on me veut contraindre.
-
- (_D. Garc._ III. 1.)
-
- Entretenir ce soir cet amant sous mon nom,
- Par la petite rue _où_ ma chambre répond.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- Et pour justifier cette intrigue de nuit
- _Où_ me faisoit du sang relâcher la tendresse.....
-
- (_Ibid._)
-
- Elle pourroit se plaindre
- Du peu de retenue _où_ j’ai su me contraindre.
-
- (_Ibid._)
-
- Les noces _où_ j’ai dit qu’il vous faut préparer.
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
- Considérez un peu, par ce trait d’innocence,
- _Où_ l’expose d’un fou la haute impertinence.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
- Elle a de certains mots _où_ mon dépit redouble.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
- Et qu’un premier coup d’œil allume en nous les flammes
- _Où_ le ciel en naissant a destiné nos âmes.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
- L’estime _où_ je vous tiens ne doit pas vous surprendre.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- J’estime plus cela que la pompe fleurie
- De tous ces faux brillants _où_ chacun se récrie.
-
- (_Ibid._)
-
- Des vices _où_ l’on voit les humains se répandre.
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
- Enfin, toute la grâce et l’accommodement
- _Où_ s’est avec effort plié son sentiment,
- C’est de dire, etc.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m’étonne
- De cette passion _où_ son cœur s’abandonne.
-
- (_Ibid._)
-
- Et je sais encor moins comment votre cousine
- Peut être la personne _où_ son penchant l’incline.
-
- (_Ibid._)
-
- Je vous promets ici d’éviter sa présence,
- De faire place au choix _où_ vous vous résoudrez.
-
- (_Mélicerte._ II. 4.)
-
- Vous devez n’avoir soin que de me contenter.
- --C’est _où_ je mets aussi ma gloire la plus haute.
-
- (_Tart._ II. 1.)
-
- Fort bien! c’est un recours _où_ je ne songeois pas.
-
- (_Ibid._ II. 3.)
-
- Au plus beau des portraits _où_ lui-même il s’est peint.
-
- (_Ibid._ III. 3.)
-
- De vos regards divins l’ineffable douceur
- Força la résistance _où_ s’obstinoit mon cœur.
-
- (_Ibid._)
-
- Il suffit qu’il se rende plus sage,
- Et tâche à mériter la grâce _où_ je m’engage.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Et ce sont des papiers, à ce qu’il m’a pu dire,
- _Où_ sa vie et ses biens se trouvent attachés.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
- Aux différents emplois _où_ Jupiter m’engage.
-
- (_Amph._ Prol.)
-
- Si votre cœur, charmante Alcmène,
- Me refuse la grâce _où_ j’ose recourir...
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
- Non, il faut qu’il ait le salaire
- Des mots _où_ tout à l’heure il s’est émancipé.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Ayez, je vous prie, agréable
- De venir honorer la table
- _Où_ vous a Sosie invités.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
- J’aurois mauvaise grâce
- De maltraiter l’asile et blesser les bontés
- _Où_ je me suis sauvé de toutes vos fiertés.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
- Et les soins _où_ je vois tant de femmes sensibles
- Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.
-
- (_Ibid._ I. 1.)
-
- Mais vous qui m’en parlez, _où_ la pratiquez-vous?
-
- (_Ibid._ I. 2.)
-
- Et l’hymen d’Henriette est le bien _où_ j’aspire.
-
- (_Ibid._. I. 4.)
-
- Et la pensée enfin _où_ mes vœux ont souscrit....
-
- (_Ibid._ III. 6.)
-
- Cette pureté
- _Où_ du parfait amour consiste la beauté.
-
- (_Ibid._ IV. 2.)
-
- Et madame doit être instruite par sa sœur
- De l’hymen _où_ l’on veut qu’elle apprête son cœur.
-
- (_Ibid._ IV. 7.)
-
- Il est une retraite _où_ notre âme se donne.
-
- (_Ibid._ IV. 8.)
-
- C’est sur le mariage _où_ ma mère s’apprête
- Que j’ai voulu, monsieur, vous parler tête à tête.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
- Le don de votre main _où_ l’on me fait prétendre.
-
- (_Ibid._)
-
- Deux époux!
- C’est trop pour la coutume.--_Où_ vous arrêtez-vous?
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
- Suivez, suivez, monsieur, le choix _où_ je m’arrête.
-
- (_Ibid._)
-
-Molière a même employé _où_, rapporté à un nom de personne, pour _à
-qui_:
-
- Et ne permettez pas.......
- Que votre amour, qui sait quel intérêt m’anime,
- S’obstine à triompher d’un refus légitime,
- Et veuille que ce frère _où_ l’on va m’exposer
- Commence d’être roi pour me tyranniser.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
- Et je n’en veux l’éclat que pour avoir la joie
- D’en couronner l’objet _où_ le ciel me renvoie.
-
- (_Ibid._)
-
- Le véritable Amphitryon
- Est l’Amphitryon _où_ l’on dîne.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
-_Où_, dans ce dernier exemple, est adverbe de lieu: _dans la maison de
-qui_.
-
-Les Latins de même ont quelquefois employé _ubi_ en relation avec un
-nom de personne: «Neque nobis præter te quisquam fuit _ubi_.....»
-(CICÉRON), pour _apud quem_.
-
-Exemples dans la prose:
-
- C’est elle (la contrainte) qui me fait passer sur des
- formalités _où_ la bienséance du sexe oblige.
-
- (_Éc. des mar._ II. 8.)
-
- Est-il rien de si bas que quelques mots _où_ tout le monde rit?
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
- Eh! sans sortir de la cour, n’a-t-il pas (Molière) vingt
- caractères de gens _où_ il n’a point touché?
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
- Vous ne sauriez m’ordonner rien _où_ je ne réponde aussitôt par
- une obéissance aveugle.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 4.)
-
- Et rends à chacune les tributs _où_ la nature nous oblige.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
- Laissons là la médecine, _où_ vous ne croyez point.
-
- (_Ibid._ III. 1.)
-
- Une grimace nécessaire _où_ je veux me contraindre.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
- Tous les dérèglements criminels _où_ m’a porté le feu d’une
- aveugle jeunesse.
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
- Serait-ce quelque chose _où_ je vous puisse aider?
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
- Je viens tout à l’heure de recevoir des lettres _par où_
- j’apprends que mon oncle est mort.
-
- (_Ibid._ III. 11.)
-
- Je te pardonne ces coups de bâton, en faveur de la dignité _où_
- tu m’as élevé.
-
- (_Ibid._ III. 11.)
-
- Vous repentez-vous de cet engagement _où_ mes feux ont su vous
- contraindre?
-
- (_L’Av._ I. 1.)
-
- C’en est assez à mes yeux pour me justifier l’engagement _où_
- j’ai pu consentir.
-
- (_Ibid._)
-
- C’est une chose _où_ vous ne me réduirez point.
-
- (_Ibid._ I. 6.)
-
- C’est un parti _où_ il n’y a point à redire.
-
- (_Ibid._)
-
- C’est une chose _où_ l’on doit avoir de l’égard.
-
- (_Ibid._ I. 7.)
-
- Elle n’aime ni les superbes habits, ni les riches bijoux, ni
- les meubles somptueux, _où_ donnent ses pareilles avec tant de
- chaleur.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
- Les alarmes d’une personne toute prête à voir le supplice _où_
- l’on veut l’attacher.
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- C’est ici une aventure _où_ sans doute je ne m’attendais pas.
-
- (_Ibid._ III. 11.)
-
- C’est un mariage _où_ vous imaginez bien que je dois avoir de
- la répugnance.
-
- (_Ibid._)
-
- Quand je pourrois passer sur la quantité d’égards _où_ notre
- sexe est obligé...
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- Ce sont des suites fâcheuses _où_ je n’ai garde de me
- commettre.
-
- (_L’Av._ IV. 31)
-
- Ce ne sont point ici des choses _où_ les enfants soient obligés
- de déférer aux pères.
-
- (_Ibid._)
-
- C’est une chose _où_ tu m’obliges par la soumission et le
- respect _où_ tu te ranges.
-
- (_Ibid._ IV. 5.)
-
- Je ne vois pas.... le supplice _où_ vous croyez que je puisse
- être condamné pour notre engagement.
-
- (_Ibid._ V. 5.)
-
- Une journée de travail _où_ je ne gagne que dix sols.
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
- Si j’avois étudié, j’aurois été songer à des choses _où_ on n’a
- jamais songé.
-
- (_Ibid._ III. 1.)
-
- Voilà un coup sans doute _où_ vous ne vous attendiez pas!
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- C’est une chose _où_ je ne puis consentir.
-
- (_Ibid._ III. 12.)
-
- Voilà une connoissance _où_ je ne m’attendois point.
-
- (_Pourc._ I. 7.)
-
- C’est une chose _où_ il y va de l’intérêt du prochain.
-
- (_Ibid._ II. 4.)
-
- Les sentiments d’estime et de vénération _où_ votre personne
- m’oblige.
-
- (_Ibid._ III. 9.)
-
- Je renonce à la gloire _où_ elles veulent m’élever.
-
- (_Am. magn._ III. 1.)
-
- Le ciel ne sauroit rien faire _où_ je ne souscrive sans
- répugnance.
-
- (_Ibid._)
-
- Un mariage _où_ je ne me sens pas encore bien résolue.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- Une aventure merveilleuse _où_ personne ne s’attendoit.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
- Que vous arrive-t-il à tous deux _où_ vous ne soyez préparés?
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
- Je ne veux pas me donner un nom _où_ d’autres en ma place
- croiroient prétendre.
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
- C’est une chose _où_ je ne consentirai point.
-
- (_Ibid._)
-
- Cette feinte _où_ je me force n’étant que pour vous plaire.....
-
- (_Comtesse d’Esc._ 1.)
-
- Or çà, ma fille, je vais vous dire une nouvelle _où_ peut-être
- ne vous attendez-vous pas.
-
- (_Mal. im._ I. 5.)
-
- Elle m’a expliqué vos intentions, et le dessein _où_ vous êtes
- pour elle.
-
- (_Ibid._ I. 9.)
-
-Ces divers emplois de _où_, y compris la relation à un nom de personne,
-sont autorisés par l’usage constant des plus anciens monuments de notre
-langue:
-
-«_Où_ aurai-je fiance?» (_R. de Coucy_), pour à qui me fierai-je?
-
---«Karlon, le roi _où_ France apent.» (_Les quatre fils Aymon_); à qui
-appartient la France.
-
- «Les fils Garin, _où_ tant a de fierté.»
-
- (_Gérars de Viane._)
-
- «Trestous li Deu _où_ croient les François.»
-
- (_Ogier le Danois._)
-
- «_Où_ pensez-vous, frère Symon?
- «Je pens, fait-il, à un sermon
- «Le meilleur _où_ je pensasse oncques.»
-
- (RUTEBEUF.)
-
- «Et _les gens_ au monde pour la santé _où_ plus il avoit de
- fiance (Charles V), c’estoit en bons maistres medecins.»
-
- (FROISSART. _Chron._ II. ch. 70.)
-
-On en citerait des exemples innombrables de Montaigne, de Regnier, de
-Rabelais, etc.; il n’y a qu’à ouvrir le volume.
-
-En voici de Bossuet et de Pascal:
-
- «Les Égyptiens sont les premiers _où_ l’on ait su les règles du
- gouvernement.»
-
- (BOSSUET. _Hist Un._)
-
- «Ils (les rois) assistoient à une prière pleine d’instruction,
- _où_ le pontife prioit les dieux, etc.....»
-
- (_Ibid._)
-
- «Ils ont pris un si grand soin de les rétablir parmi les
- peuples _où_ la barbarie les avoit fait oublier... etc.»
-
- (_Ibid._)
-
- «Le premier de tous les peuples _où_ l’on voie des
- bibliothèques est celui d’Égypte.»
-
- (_Ibid._)
-
- «Si un animal faisoit par esprit ce qu’il fait par instinct, et
- s’il parloit par esprit ce qu’il parle par instinct.......
- il parleroit aussi bien pour dire des choses _où_ il a plus
- d’affection, comme pour dire: Rongez cette corde qui me blesse,
- et _où_ je ne puis atteindre.»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
- «Mais pensez un peu _où_ vous vous engagez.»
-
- (PASCAL. 12e _Prov._)
-
- «Mais parce qu’il faut que le nom de simonie demeure, et qu’il
- y ait un sujet _où_ il soit attaché...»
-
- (_Ibid._)
-
- «Voilà la doctrine de Vasquez, _où_ vous renvoyez vos lecteurs
- pour leur édification.»
-
- (_Ibid._)
-
- «Je ne vous dirai rien cependant sur les avertissements pleins
- de faussetés scandaleuses _par où_ vous finissez chaque
- imposture.»
-
- (_Ibid._)
-
- «Les méchants desseins des molinistes, que je ne veux pas
- croire sur sa parole, et _où_ je n’ai point d’intérêt.»
-
- (1re _Prov._)
-
- «Une action si grande, _où_ ils tiennent la place de Dieu.»
-
- (14e _Prov._)
-
-Enfin tout le XVIIe siècle a ainsi parlé, et une partie du XVIIIe.
-C’est de nos jours seulement qu’on a prétendu restreindre _où_ à
-marquer l’alternative ou le lieu, et qu’on a imposé ces affreuses
-locutions traînantes _par laquelle_, _dans lesquels_, _à l’aide
-desquels_, _chez lesquels_, _par rapport auxquelles_, etc., etc.
-
-Sur ces deux vers de Corneille,
-
- «Et c’est je ne sais quoi d’abaissement secret
- «_Où_ quiconque a du cœur ne descend qu’à regret,»
-
- (_Ép. à Ariste._)
-
-Voltaire a eu le tort d’écrire lestement: «Cela n’est pas français.»
-Racine n’a donc pas non plus parlé français lorsqu’il a dit:
-
- «Et voilà donc l’hymen _où_ j’étois destinée?»
-
- (_Iphigénie._ III. 5.)
-
-et Voltaire lui-même:
-
- «Pardonne à cet hymen _où_ j’ai pu consentir.»
-
- (_Alzire._ III. 1.)
-
- «La honte _où_ je descends de me justifier.»
-
- (_Zaïre._ IV. 6.)
-
- «Sais-tu l’excès d’horreur _où_ je me vois livrée?»
-
- (_Mérope._ IV. 4.)
-
-Alléguer les priviléges de la poésie est une défaite ridicule, qui
-n’a pu naître que dans un temps où l’on avait perdu le sentiment vrai
-des choses, et où le raisonnement bannissait la raison. Est-ce qu’un
-solécisme en prose peut devenir légitime au moyen d’une rime? Il serait
-absurde de le penser. On me permettra de répéter ici ce que j’ai déjà
-dit ailleurs: «Ouvrez la _Grammaire des grammaires_; vous allez être
-bien édifié! elle distingue _où_ adverbe, _où_ pronom absolu, et _où_
-pronom relatif (le pronom relatif _ubi_!). Elle permet ce dernier _où_,
-_avec un verbe qui marque une sorte de localité physique ou morale_.
-Mais elle avoue que la poésie s’en sert quelquefois en des cas où il
-n’y a pas _localité physique ou morale_.
-
-«C’est à ces faiseurs de galimatias double qu’est abandonnée la
-police de notre langue! Ce sont là nos instructeurs, et les juges en
-dernier ressort de Molière, de Pascal, de Bossuet, de tous nos grands
-écrivains! Il fallait effectivement moins de génie pour composer
-_Tartufe_ ou les _Provinciales_, que pour surprendre _le pronom_ où
-_dans une localité morale_.»
-
-Reprenons donc, il en est temps, une façon de parler vive, commode,
-excellente, que nous sommes en train de remplacer par la plus lourde et
-la plus insipide.
-
---où, pour _jusqu’où_:
-
- Je ne sais qui me tient, infâme,
- Que je ne t’arrache les yeux,
- Et ne t’apprenne _où_ va le courroux d’une femme.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
---où, faisant pléonasme où nous mettrions _que_:
-
- Et c’est _dans_ cette allée _où_ devroit être Orphise.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
- «C’est _ici où_ je veux vous faire sentir la nécessité de nos
- casuistes.»
-
- (PASCAL. 7e _Prov._)
-
- «C’est _là où_ vous verrez la dernière bénignité de la conduite
- de nos pères.»
-
- (Id. 9e _Prov._)
-
---OU (ou bien), pour _ni_:
-
- Monsieur, j’ai grande honte et demande pardon
- D’être sans vous connoître _ou_ savoir votre nom.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
---OU NON, transporté devant le verbe sur lequel porte l’alternative:
-
- Je ne vais point chercher, pour m’estimer heureux,
- Si Mascarille _ou non s’arrache_ les cheveux.
-
- (_Dép. am._ I. 1.)
-
-Ce n’est point _Mascarille ou non_, c’est _s’arrache ou non_. En prose,
-_ou bien_ n’étant pas contraint par le besoin de la mesure, Molière eût
-suivi la construction ordinaire.
-
---OU SI, complément d’une interrogation par _il_, après une troisième
-personne:
-
- Mon cœur _court-il_ au change? _ou si_ vous l’y poussez?
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-
-OUS, pour _vous_, dans le langage des paysans:
-
- PIERROT. Je vous dis qu’_ous_ vous teigniois, et qu’_ous_ ne
- caressiez point nos accordées.... Testiguenne, parce qu’_ous_
- êtes monsieur!....
-
- (_D. Juan._ II. 3.)
-
-Cette suppression du _v_, suggérée en certains cas par l’instinct de
-l’euphonie, était régulière et du bon langage dans le vieux français.
-
-Dans la Bourse pleine de sens, de Jean le Gallois d’Aubepierre (XIIIe
-siècle):
-
- «_N’avous honte?_--Dame, de quoi?»
-
-Dans la farce de Pathelin, qui est du XVe siècle:
-
- LE DRAPIER.
-
- «Et qu’est cecy? _n’avous_ pas honte?
- «Par mon serment c’est trop desvé.»
-
- LE JUGE.
-
- «Comment, vous avez la main haute!
- «_A’vous_ mal aux dens, maistre Pierre?»
-
- MAISTRE JEHAN (à Pathelin malade):
-
- Or, dictes _Benedicite_.
-
- PATHELIN.
-
- _Benedicite_, monseigneur.
-
- MAISTRE JEHAN.
-
- Et voicy une grant hydeur! _Sça’vous_ réspondre _Dominus_?
-
- (_Le testament de Pathelin._)
-
-Et encore, au XVIe siècle, cette syncope était maintenue à la cour de
-François Ier. La reine de Navarre l’emploie dans ses poésies, écrites
-dans le style le plus élevé du temps:
-
- «Pourquoi _a’vous_ espousé l’estrangière?....
- «Mais qu’_a’vous_ faict, voyant ma repentance?...»
-
- (_Le Miroir de l’Ame pescheresse._)
-
-Théodore de Bèze consacre cette apocope par une règle formelle. (_De
-linguæ fran. recta pronuntiatione_, p. 84.)
-
-(Voyez JE.)
-
-
-OUTRÉS DE; CONTES OUTRÉS D’EXTRAVAGANCE:
-
- Quoi! tu me veux donner pour des vérités, traître,
- Des _contes_ que je vois _d’extravagance outrés_?
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
-
-OUVERTURE; FAIRE UNE OUVERTURE:
-
- S’il faut _faire_ à la cour pour vous _quelque ouverture_.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
-Bossuet dit: _donner ouverture à..._
-
- «Le roi n’avoit point _donné d’ouverture_ ni de prétexte aux
- excès sacriléges.....»
-
- (_Or. fun. de la R. d’A._)
-
-(Voyez OUVRIR.)
-
-
-OUVRIER DE, comme _ouvrier en_:
-
- On n’a guère vu d’homme qui fût plus habile _ouvrier de
- ressorts et d’intrigues_.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
-On dit de même, un artisan de troubles.
-
---OUVRIERS en deux syllabes:
-
- On est venu lui dire, et par mon artifice,
- Que les _ouvriers_ qui sont après son édifice....
-
- (_L’Ét._ II. 1.)
-
-Primitivement l’_i_, dans toutes ces finales en _ier_, ne sonnait
-pas; il ne servait qu’à marquer l’accent fermé de l’_é_. Ainsi l’on
-prononçait _un sangler_, _un boucler_, _un rocher_, _un verger_,
-_se coucher_. Peu à peu l’on en est venu à faire entendre l’_i_
-dans quelques-uns de ces mots, sans pour cela modifier la règle de
-versification qui les concernait, et l’on s’est récrié sur la barbarie
-d’oreille de nos pères, quand il n’y avait lieu que d’admirer le
-peu de mémoire de leurs enfants. En effet, pourquoi dites-vous _un
-sanglier_, et ne dites-vous pas _un rochier_? Pourquoi avez-vous altéré
-l’orthographe de l’un, et point celle de l’autre? Pourquoi avez-vous
-introduit la disparité d’écriture et de prononciation entre des mots
-qui s’écrivaient et se prononçaient jadis de même?
-
-
-OUVRIR; OUVRIR DES IDÉES:
-
- Je le dois, sire (le succès), à l’ordre qu’elle (Votre Majesté)
- me donna d’y ajouter un caractère de fâcheux, dont elle eut la
- bonté de _m’ouvrir les idées elle-même_...
-
- (_Ép. dédic. des Fâcheux._)
-
- «La vérité qui _ouvre ce mystère_.»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
---OUVRIR DU SECOURS:
-
- Et contre cet hymen _ouvre-moi du secours_.
-
- (_Tart._ II. 3.)
-
---OUVRIR LES PREMIÈRES PAROLES, comme _ouvrir un avis_:
-
- Au moins appuyez-moi,
- Pour en avoir _ouvert les premières paroles_.
-
- (_Fâcheux._ III. 3.)
-
---OUVRIR L’OCCASION DE:
-
- D’autant mieux qu’ayant entrepris de vous peindre, _ils vous
- ouvroient l’occasion_ de la peindre aussi.
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
---OUVRIR SES SENTIMENTS, SON INTENTION, comme _ouvrir son cœur_:
-
- Non, non, ma fille; vous pouvez sans scrupule _m’ouvrir vos
- sentiments_.
-
- (_Am. magn._ IV. 1.)
-
- C’est à quoi j’ai songé,
- Et je vous veux _ouvrir l’intention que j’ai_.
-
- (_Fem. sav._ II. 8.)
-
---OUVRIR UN MOYEN:
-
- Ne me pourriez-vous point _ouvrir quelque moyen_?
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
-(Voyez OUVERTURE.)
-
-
-PAIN BÉNIT; C’EST PAIN BÉNIT:
-
- C’est conscience à ceux qui s’assurent en nous,
- Mais _c’est pain bénit_, certe, à des gens comme vous.
-
- (_Éc. des mar._ I. 3.)
-
-C’est-à-dire: aux gens de votre sorte, cela vient aussi naturellement
-que le pain bénit à la messe.
-
---PAIN DE RIVE, terme technique de gastronomie:
-
- Il ne manqueroit pas de vous parler d’un _pain de rive_ à
- biseau doré....
-
- (_B. gent._ IV. 1.)
-
-Pain qui, ayant été placé sur la rive, c’est-à-dire, sur le bord du
-four, n’a point touché les autres pains, et se trouve cuit et doré tout
-alentour.
-
-
-PAMER, verbe neutre, pour _se pâmer_:
-
- Madame,
- D’où vous pourroit venir... Ah bons dieux! elle pâme!
-
- (_Sgan._ 2.)
-
- Dans ses simplicités à tous coups je l’admire,
- Et parfois elle en dit dont _je pâme_ de rire.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- On n’en peut plus.--_On pâme._--On se meurt de plaisir.
-
- (_Fem. sav._ III. 2.)
-
- «Sire, on _pâme_ de joie ainsi que de tristesse.»
-
- (CORN. _Le Cid._)
-
-(Voyez ARRÊTER.)
-
-
-PAQUET, métaphoriquement au figuré, accident, surprise:
-
- Ah! le fâcheux _paquet_ que nous venons d’avoir!
-
- (_L’Ét._ II. 13.)
-
-
-PAR; CONDAMNER PAR, à cause de:
-
- J’ai ouï condamner cette comédie à de certaines gens, _par les
- mêmes choses_ que j’ai vu d’autres estimer le plus.
-
- (_Crit. de l’École des fem._ 6.)
-
---PAR, par rapport à, du côté de:
-
- Les hommages ne sont jamais considérés _par_ les choses qu’ils
- portent.
-
- (_Ép. dédic. de l’École des maris._)
-
-C’est-à-dire qu’en un présent l’intention est plus considérable que la
-valeur de l’objet offert.
-
-L’expression de Molière paraît obscure en cet endroit; elle est
-très-claire dans ce vers:
-
- On regarde les gens _par_ leurs méchants côtés.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
---PAR, parmi:
-
- D’abord leurs escoffions ont volé _par_ la place.
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
-Parmi la place, dans le milieu de la place.
-
- Suivez-moi, que j’aille un peu montrer mon habit _par_ la ville.
-
- (_B. gent._ III. 1.)
-
-(Voyez PARMI.)
-
---PAR UN MALHEUR, par malheur;
-
- Et moi, _par un malheur_, je m’aperçois, madame,
- Que j’ai, ne vous déplaise, un corps tout comme une âme.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
---DE PAR:
-
- Eh! _de par Belzébut_, qui vous puisse emporter!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
-L’exactitude voudrait qu’on écrivît _de part_ avec un _t_: _ex parte
-Beelzebut_, de la part de Belzébut. Le rapport du génitif, aujourd’hui
-marqué par _de_, l’était primitivement par la simple juxtaposition. Les
-plus anciens textes écrivent _de part_:--«_De part_ nostre Seigneur»
-(_Rois_, 144, 289, 292.)--«Samuel li prophetes vint à Saül _de part_
-Deu.» (_Rois_, 53.)
-
-_De part Dieu_, aujourd’hui _pardieu_, opposé à _de part le diable_ ou
-_de part Béelzebut_.
-
-(Voyez PAR SOI, et _des Variations du langage français_, p. 410.)
-
-
-PARAGUANTE, de l’espagnol _para guantes_, _pour (acheter) des gants_;
-ce qu’on appelle en allemand _Trinkgeld_, en français _pour boire_:
-
- Dessus l’avide espoir de quelque _paraguante_,
- Il n’est rien que leur art aveuglément ne tente.
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
-
-PARAITRE AUX YEUX pour _paraître simplement_:
-
- La géante _paroît_ une déesse _aux yeux_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
- Et les soins où je vois tant de femmes sensibles
- Me _paroissent aux yeux_ des pauvretés horribles.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
---FAIRE PARAÎTRE, montrer, manifester:
-
- Nous allons tous le remercier des extrêmes bontés qu’il _nous
- fait paroître_.
-
- (_Impromptu._ 10.)
-
- Quels sentiments aurai-je à lui _faire paroître_?
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
- Mais ma discrétion _se veut faire paroître_.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
- Mais si son amitié pour vous _se fait paroître_...
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-«Une amitié paraît, et ne se fait point paraître. On fait paraître ses
-sentiments, et les sentiments se font connaître.»
-
- (VOLTAIRE. _Mél._ t. XXXIX, p. 226.)
-
-Cette critique de Voltaire ne constate que l’usage du XVIIIe siècle;
-mais est-ce à dire que tout ce qui s’écarte de l’usage du XVIIIe siècle
-soit mauvais par cela seul? Le XVIIIe siècle, malheureusement, fut trop
-persuadé de la vérité de ce principe.
-
- Pour en juger ainsi vous avez vos raisons;
- Mais vous trouverez bon qu’on en puisse avoir d’autres,
- Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres.
-
-Voltaire croyait sans doute que cette expression, _se faire paraître_,
-était créée par Molière pour le besoin de sa rime; il se trompait:
-
- «Il y a si peu de personnes à qui Dieu _se fasse paroître_
- par ces coups extraordinaires, qu’on doit profiter de ces
- occasions.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 338.)
-
-
-PAR APRÈS, pour _après_ simplement:
-
- Que j’aye peine aussi d’en sortir _par après_.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
-_Par après_ est la contre-partie de _par avant_, qui ne s’emploie plus
-que sous cette forme, _auparavant_.
-
-_Par ainsi_ est complétement hors d’usage.
-
---PAR DEVANT, pour _devant_:
-
- En passant _par devant la chambre_ d’Angélique, j’ai vu un
- jeune homme.....
-
- (_Mal. im._ II. 10.)
-
-
-PARER QUELQUE CHOSE, s’en garantir:
-
- Et quand par les plus grandes précautions du monde vous aurez
- _paré tout cela_... vous serez ébahi, etc...
-
- (_Scapin._ II. 8.)
-
---PARER (SE) D’UN COUP, d’un malheur:
-
- Pour _se parer du coup_, en vain on se fatigue.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
- ... Toutes les mesures qu’il prend pour _se parer du malheur
- qu’il craint_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
- Quoi! de votre poursuite on ne peut _se parer_?
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-On dit encore _se remparer_.
-
-
-PARLER, verbe actif; PARLER QUELQUE CHOSE:
-
- Je vous demande, _ce que je parle_ avec vous, qu’est-ce que
- c’est?
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
- «Si un animal faisoit par esprit ce qu’il fait par instinct, et
- s’il parloit par esprit _ce qu’il parle_ par instinct...»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
---PARLER CERCLE ET RUELLE:
-
- Moi, j’irois me charger d’une spirituelle
- Qui _ne parleroit rien que cercle et que ruelle_!...
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- «Et, sans _parler curé, doyen, chantre ou Sorbonne_...»
-
- (REGNIER. Sat. XV.)
-
- «Ore ils _parloient soldat_, et ore _citoyen_.»
-
- (Id. Sat. II.)
-
-C’est une expression tout à fait analogue à celle du vers célèbre de
-Juvénal:
-
- Qui Curios simulant et _bacchanalia vivunt_.
-
-(Voyez ci-dessous PARLER VAUGELAS.)
-
---PARLER suivi de _que_, comme _dire_:
-
- Vous avez ouï _parler que_ ce monsieur Oronte a une fille?
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
---PARLER SUR-LE-CHAMP, improviser:
-
- Vous n’allez entendre chanter que de la prose cadencée ou des
- manières de vers libres, tels que la passion et la nécessité
- peuvent faire trouver à deux personnes qui disent les choses
- d’eux-mêmes, et _parlent sur-le-champ_.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
---PARLER TERRE A TERRE:
-
-Expression ridiculisée par Molière:
-
- Il prétend que _nous parlions toujours terre à terre_,
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-dit Mlle du Parc, qui représente une précieuse.
-
---PARLER VAUGELAS:
-
- Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas,
- A cause qu’elle manque à _parler Vaugelas_.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-C’est-à-dire, à la mode de Vaugelas, le français de Vaugelas. Le mot
-_Vaugelas_ fait ici le rôle d’un adjectif pris adverbialement, comme
-_grec_, _latin_, dans _parler grec_, _parler latin_: c’est _loqui
-græce, latine_.
-
-(Voyez PARLER CERCLE.)
-
-
-PARMI, au milieu, par le milieu de:
-
- On est venu lui dire, et par mon artifice,
- Que les ouvriers qui sont après son édifice,
- _Parmi les fondements_ qu’ils en jettent encor,
- Avoient fait par hasard rencontre d’un trésor.
-
- (_L’Ét._ II. 1.)
-
- Un trésor supposé,
- Dont _parmi les chemins_ on m’a désabusé.
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
- Ce m’est quelque plaisir, _parmi tant de tristesse_,
- Que l’on me donne avis du piége qu’on me dresse.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 7.)
-
- Et jamais il ne parut si sot que _parmi une demi-douzaine de
- gens_ à qui elle avoit fait fête de lui.
-
- (_Crit. de L’Éc. des fem._ 2.)
-
- Vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air
- pédant qui se conserve _parmi le commerce du beau monde_.
-
- (_Impr._ I.)
-
- MORON.
-
- Et sa gueule faisoit une laide grimace,
- Qui _parmi de l’écume_, à qui l’osoit presser,
- Montroit de certains crocs.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 2.)
-
- Quelle est ton occupation _parmi_ ces arbres?
-
- (_D. Juan._ III. 2.)
-
- Ne voyez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous
- font _parmi le monde_?
-
- (_Amour méd._ III. 1.)
-
- Il faut _parmi le monde_ une vertu traitable.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Il court _parmi le monde_ un livre abominable.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
- Et _parmi leurs contentions_
- Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
- On ne demeure point tout seul, pendant une fête, à rêver _parmi
- des arbres_.
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
- Et, _parmi cette grande gloire_ et ces longues prospérités que
- le ciel promet à votre union.....
-
- (_Ibid._ IV. 7.)
-
- _Parmi l’éclat du sang_ vos yeux n’ont-ils vu qu’elle?
-
- (_Psyché._ I. 2.)
-
- Mais c’est, _parmi tant de mérite_,
- Trop que deux cœurs pour moi, trop peu qu’un cœur pour vous.
-
- (_Ibid._ I. 3.)
-
-_Parmi_ a pour racines _par_ et _mi_, apocope de _milieu_. _Mi_, au
-moyen âge, s’employait comme substantif, pour moitié:
-
- «Et le bacon faisoit _par mi_ tranchier.»
-
- (_R. d’Ogier le Danois._)
-
-«Il faisait couper le porc par la moitié.»
-
-Ainsi, sans s’arrêter aux distinctions chimériques ni aux subtilités
-des grammairiens, _parmi_ s’emploie légitimement où il s’agit
-d’exprimer, _au milieu de_.
-
-(Voyez PAR.)
-
-
-PAROLE, ÊTRE EN PAROLE QUE...: être en pour-parler (pour convenir)
-que...:
-
- Il _est_ avec Anselme _en parole_ pour vous
- _Que_ de son Hippolyte on vous fera l’époux!
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
---ÊTRE EN PAROLE, absolument, converser ensemble:
-
- Juste ciel, qu’ils sont prompts! je les vois _en parole_.
-
- (_L’Ét._ II. 2.)
-
---AVOIR DE LA PAROLE POUR TOUT LE MONDE, être affable:
-
- Qu’on dise que je suis une bonne princesse, que _j’ai de la
- parole pour tout le monde_, de la chaleur pour mes amis.....
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
-
-PAR OU, pour _comment_ ou _de quoi_:
-
- Voit-on, dans les horreurs d’une telle pensée,
- _Par où_ jamais se consoler
- Du coup dont on est menacée?
-
- (_Amph._ I. 3.)
-
-
-PAR SOI, tout seul, _per se_:
-
- E par soi, _é_.
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
-C’est-à-dire _e_ tout seul, pris à par soi (et non à _part_ soi), _é_.
-
-Cette valeur de _par_ est un débris de notre langue primitive. Les
-Latins disaient _per me_, _per te_, dans le sens de _moi seul_, _toi
-seul_:
-
- «Quamvis, Scæva, satis _per te_ tibi consulis, et scis...»
-
- (HOR. Ep. 17, lib. 1)
-
-Et nos pères disaient, à l’imitation des Latins, _tout par moi_, _par
-lui_, _par eux_, _par elles_:
-
- «Et Felix li sains homs _tout par li_ demoura.»
-
- (_Des Trois Chanoines._)
-
-Demeura tout seul.
-
- «Les cloches de l’eglise, de ce soyez certains,
- «Sonnerent _tout par elles_, sans mettre piez ne mains.»
-
- (_Le Dit du Buef._)
-
-On écrit mal à propos, avec un _t_, _à part_, _à part soi_. _Par_, ici,
-vient de _per_, et non de _pars_, _partis_.
-
-Au contraire, il faut mettre un _t_ dans cette autre formule où l’usage
-moderne l’a supprimé: _De part le roi_; _de part Dieu_.
-
-(Voyez DE PAR, à l’article PAR, et _des Variations du langage
-français_, p. 407 à 411.)
-
-
-PARTAGER UN SORT A QUELQU’UN, le lui donner en partage:
-
- Ne faites point languir deux amants davantage,
- Et nous dites _quel sort_ votre cœur _nous partage_.
-
- (_Mélicerte._ II. 6.)
-
-_Partager_ est construit ici comme le latin _impertire_, _dispertire_
-et _dispertiri_.
-
-
-PARTI; FAIRE PARTI, monter un coup:
-
- Léandre _fait parti_
- Pour enlever Célie.
-
- (_L’Ét._ III. 6.)
-
-
-_PARTICIPE PRÉSENT_ mis au lieu de _si_, suivi d’un conditionnel:
-
- Et _trouvant_ son argent, qu’ils lui font trop attendre,
- Je sais bien qu’il seroit très-ravi de la vendre.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
-Si Trufaldin trouvait son argent.
-
- Le plus parfait objet dont je serois charmé
- N’auroit pas mes tributs, _n’en étant point aimé_.
-
- (_Dép. am._ I. 3.)
-
-Si je n’en étais pas aimé.
-
-Pascal se sert aussi de cette espèce de participe absolu:
-
- «Quand on auroit décidé qu’il faut prononcer les syllabes _pro
- chain_, qui ne voit que, _n’ayant point été expliquées_, chacun
- de vous voudra jouir de la victoire?»
-
- (PASCAL. 1re _Prov._)
-
-Ces syllabes n’ayant point été expliquées; si elles n’ont pas été
-expliquées.
-
---PARTICIPE PRÉSENT _qui s’accorde_:
-
- De ces petits pourpoints sous les bras se _perdants_,
- Et de ces grands collets jusqu’au nombril _pendants_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
-On veut que _pendant_ s’accorde, parce qu’il est, dit-on, _adjectif
-verbal_: une manche _pendante_; mais on commande de laisser _se
-perdant_ invariable, parce qu’il est participe. Cette distinction
-toute moderne a bien l’air d’une chimère et d’un raffinement
-sophistique; le XVIIe siècle n’en avait nulle idée, et moins encore les
-siècles précédents:
-
- Si quatre mille écus de rente bien _venants_,
- Une grande tendresse et des soins complaisants...
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
- De ces brutaux fieffés, qui sans raison ni suite
- De leurs femmes en tout contrôlent la conduite,
- Et, du nom de maris fièrement _se parants_,
- Leur rompent en visière aux yeux des soupirants.
-
- (_Ibid._ I. 6.)
-
- 1er MÉDECIN. Cette maladie _procédante_ du vice des hypocondres.
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
- Pour remédier à cette pléthore _obturante_, et à cette
- cacochymie _luxuriante_ par tout le corps...
-
- (_Ibid._)
-
- Une jeune fille toute _fondante_ en larmes.
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
-Boileau, tout sévère grammairien qu’il était, a dit:
-
- «Et plus loin des laquais, l’un l’autre _s’agaçants_,
- «Font aboyer les chiens et jurer les passants.»
-
- (_Sat._ VI.)
-
- «Entendra les discours sur l’amour seul _roulants_,
- «Ces doucereux Renauds, ces insensés Rolands.»
-
- (_Sat._ X.)
-
- «Cent mille faux zélés, le fer en main _courants_,
- «Allèrent attaquer leurs amis, leurs parents.»
-
- (_Sat._ XII.)
-
- «Infâmes scélérats à sa gloire _aspirants_,
- «Et voleurs revêtus du nom de conquérants.»
-
- (_Ibid._)
-
-Et Racine:
-
- «Les ennemis, offensés de la gloire,
- «Vaincus cent fois et cent fois suppliants,
- «En leur fureur de nouveau _s’oubliants_[65].»
-
- (_Idylle sur la Paix._)
-
- [65] Cette pièce est de 1685, Phèdre est de 1677; ainsi Racine
- avait composé tous ses ouvrages, hormis _Esther_ et _Athalie_.
-
-Et Voltaire:
-
- «De deux alexandrins côte à côte _marchants_,
- «Que l’un est pour la rime et l’autre pour le sens.»
-
- (_Ép. au roi de la Chine._)
-
-Ce sont vestiges de l’ancienne langue. Dans l’origine, le participe
-présent, placé après son substantif, s’y accordait, comme fait encore
-le participe passé:
-
- «Les femmes et les meschines vindrent encuntre le rei Saul...
- _charolantes_, e _juantes_, e _chantantes_ que Saul out ocis
- mille David dis mille.»
-
- (_Rois._ p. 70.)
-
- «Et ele descirad sa gunelle... si s’en alad _criante_ e
- _plurante_.»
-
- (_Ibid._ p. 164.)
-
- «Li fiz le rei entrerent, et vindrent devant le rei _crianz_ e
- _pluranz_.»
-
- (_Ibid._ p. 167.)
-
-Je trouve, à la vérité, un exemple du participe présent invariable dans
-le Merlin de Robert de Bouron, écrit au XVe siècle:
-
- «Il voit issir fors bien cent damoiselles et plus, qui viennent
- _carolant_ et _dansant_ et _chantant_.»
-
- (DU CANGE, _in Charolare_.)
-
-Peut-être est-ce à cause de l’intermédiaire _qui viennent_; et puis sur
-quel manuscrit Du Cange ou ses continuateurs ont-ils pris ce texte?
-
-Ce qui est certain, c’est que Montaigne fait accorder le participe
-présent, même des auxiliaires _être_ et _avoir_:
-
- «Aulcuns _choisissants_ plustost de se laisser desfaillir
- par faim et par jeusne, _estants_ prins... Combien il eust
- esté aysé de faire son proufit d’ames si neufves, si affamées
- d’apprentissage, _ayants_ pour la pluspart de si beaux
- commencements naturels!»
-
- (_Essais._ III. 6.)
-
-Mais, comme dans le passage de Robert de Bouron, il tient le participe
-invariable construit avec un autre verbe:
-
- «Ceulx qui, pour le miracle de la lueur d’ung mirouer ou d’un
- coulteau, _alloient eschangeant_ une grande richesse en or et
- en perles.»
-
- (_Ibid._)
-
-Cette méthode de l’accord n’était pas sans avantages; par exemple,
-Montaigne dit des Espagnols qui torturèrent Guatimozin:
-
- «Ils le pendirent depuis, _ayant_ courageusement entreprins de
- se deslivrer par armes d’une si longue captivité et subjection.»
-
- (_Essais_, III. 6.)
-
-_Ayant_, au singulier, fait voir que la phrase se rapporte au cacique,
-et non à ses bourreaux, qui sont le sujet de la phrase. Si c’étaient
-les Espagnols qui eussent entrepris, Montaigne eût écrit _ayants_, avec
-une _s_. C’est au reste l’usage latin; voilà pourquoi il a passé dans
-notre langue: _Occiderunt eum luctantem et conantem plurima frustra_.
-
-La grammaire de Sylvius, ou Jacques Dubois, rédigée en latin en 1531,
-ne pose point de règles particulières pour le participe présent; mais,
-en conjuguant le verbe _avoir_, elle dit, p. 132:--«habens, habentis;
-haiant, _haiante_;» et dans la conjugaison du verbe _aimer_: «amans,
-aimant, _aimante_.»
-
-Jehan Masset, dont l’_Acheminement à la langue françoyse_ est imprimé
-à la suite du dictionnaire de Nicot (1606), ne dit rien non plus du
-participe; mais, dans les modèles de conjugaison, il le met aussi
-variable. Page 15: «_habens_; masculin _ayant_, féminin _ayante_.»
-
-Le langage du palais, qui est un témoin si fidèle, fait le participe
-présent variable. Regnard, dans _le Joueur_, a reproduit la formule
-exacte:
-
- «. . . . . . A Margot de la Plante,
- «Majeure, et de ses droits _usante_ et _jouissante_.»
-
-En somme, on trouve que l’invariabilité absolue du participe présent
-ne s’est guère établie que dans le courant du XVIIIe siècle, et que
-la distinction entre ce participe et l’adjectif verbal est du XIXe.
-Jusque-là, on ne savait ce que c’était que l’adjectif verbal.
-
-Ce sont les grammairiens très-modernes qui ont enrichi notre langue
-de ces distinctions souvent insaisissables, et de ces difficultés de
-participes parfois insolubles.
-
---_PARTICIPE PRÉSENT_ rapporté par syllepse à un sujet autre que le sujet
-de la phrase:
-
- Je prétends, s’il vous plaît,
- Dût le mettre au tombeau le mal dont il vous berce,
- Qu’avec lui désormais vous rompiez tout commerce;
- Que, _venant_ au logis, pour votre compliment,
- Vous lui fermiez au nez la porte honnêtement.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
-_Venant au logis_, lorsqu’_il_ viendra au logis, _vous_ lui fermiez,
-etc...
-
- Et lui _jetant_, s’il heurte, un grès par la fenêtre,
- L’obligiez tout de bon à ne plus y paroître.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
-_Et lui jetant_: ce second participe se rapporte régulièrement à Agnès,
-et rend plus sensible l’incorrection du premier.
-
- _N’ayant_ ni beauté ni naissance
- A pouvoir mériter leur amour et leurs soins,
- _Ils_ nous favorisent au moins
- De l’honneur de la confidence.
-
- (_Psyché._ I. 3.)
-
-Aglaure veut dire à sa sœur: Comme nous n’avons ni beauté ni naissance,
-_ils_, les princes, nous favorisent...
-
-On peut hardiment proscrire cette tournure, parce qu’elle prête à
-l’équivoque; il semble ici que ce soient les deux princes qui, sans
-avoir ni beauté ni naissance, favorisent Aglaure et Cydippe...
-
-
-_PARTICIPE ABSOLU_, comme en latin:
-
- Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin!
- Mais j’avois, _lui vivant_, le teint d’un chérubin.
-
- (_Sgan._ 2.)
-
-La plupart des exemples de l’article précédent, où l’on voit le
-participe présent employé d’une manière sujette à l’équivoque, peuvent
-se rapporter au participe absolu, que les Latins mettaient à l’ablatif.
-
- On connoîtra sans doute que, _n’étant autre chose qu’un poëme
- ingénieux_,... on ne sauroit la censurer sans injustice.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
-_N’étant autre chose_, se rapporte à la comédie dont le nom ne se
-trouve pas dans cette phrase, mais seulement dans la précédente.
-
- Mais je l’ai vue ailleurs, où _m’ayant fait_ connoître
- Les grands talents qu’elle a pour savoir l’avenir,
- Je voulois sur un point un peu l’entretenir.
-
- (_L’Ét._ I. 4.)
-
-_Je l’ai vue..._, _je voulois_, se rapportent à Mascarille, et _m’ayant
-fait connaître_, à _elle_, à Célie, qui n’est désignée qu’après. En
-sorte que le nominatif est changé, avant que l’auditeur ou le lecteur
-en puisse être prévenu.
-
- Mais savez-vous aussi, _lui trouvant des appas_,
- Qu’autrement qu’en tuteur sa personne me touche...
-
- (_Éc. des mar._ II. 3.)
-
-Savez-vous, Valère, que moi, Sganarelle, lui trouvant des appas, sa
-personne me touche autrement qu’en tuteur?
-
-Ces tournures sont fréquentes dans Molière.
-
- J’ai voulu l’acheter, l’édit, expressément,
- Afin que d’Isabelle il soit lu hautement;
- Et ce sera tantôt, _n’étant plus occupée_,
- Le divertissement de notre après-soupée.
-
- (_Ibid._ II. 9.)
-
-Isabelle n’étant plus occupée, quand Isabelle ne sera plus occupée.
-
-
-_PARTICIPE PASSÉ_ invariable en genre:
-
- HIPPOLYTE.
-
- Si, lorsque mes amants sont devenus les vôtres,
- Un seul m’eût _consolé_ de la perte des autres.
-
- (_L’Ét._ V. 13.)
-
- ARNOLPHE (_à Agnès_):
-
- L’air dont je vous ai _vu_ lui jeter cette pierre...
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
- ELMIRE.
-
- Aurois-je pris la chose ainsi qu’on m’a _vu_ faire?
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-Il ne faut pas douter que ce ne soient là des fautes de français. Si
-Corneille a fait rimer, dans le _Menteur_, ceux que le ciel a _joint_
-avec _point_, Corneille a eu tort; et tort qui voudrait s’autoriser
-là-dessus des exemples de Corneille et de Molière.
-
-
-PARTICULIER (LE), substantif:
-
- _Dans le particulier_ elle oblige sans peine.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
-
-PAR TROP; _par_ donne à _trop_ la force du superlatif:
-
- Tu m’obliges _par trop_ avec cette nouvelle.
-
- (_L’Étourdi._ III. 8.)
-
-On trouve dans Térence et dans Priscien, _pernimium_.
-
-_Par_, dans la vieille langue, se composait avec les noms, les verbes,
-les adjectifs et les adverbes, pour leur communiquer la valeur
-superlative. _Pardon_ (summum donum); _paramer_ (peramare);--_parhardi_
-(peraudax);--_partrop_ (pernimium.)
-
-_Trop_ est le substantif _trope_ (_troupe_), pris adverbialement
-(_turba_, _truba_, _trupa_); comme _mie_, _pas_, _point_, _peu_, _prou_.
-
-(Voyez _des Variations du langage français_, p. 235.)
-
-
-PAS, surabondant, pour nier, avec _aucun_, _ni_, _ne_:
-
- Autrefois j’ai connu cet honnête garçon,
- Et vous _n’_avez _pas_ lieu d’en prendre _aucun_ soupçon.
-
- (_L’Étourdi._ I. 4.)
-
- Les bruits que j’ai faits
- Des visites qu’ici reçoivent vos attraits,
- Ne sont _pas_ envers vous l’effet d’_aucune_ haine.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
-Molière a traité _aucun_ absolument comme _quelque_:
-
- _Ne_ sont pas envers vous l’effet _de quelque_ haine.
-
-Et véritablement c’est la valeur de _aucun_, dérivé de _aliquis_:
-_alque_, _auque_, _auque un_ (_aliquis unus_.) Ainsi le mot _aucun_ est
-par lui-même affirmatif.
-
- Est-il possible que ce même Sostrate, _qui n’a pas craint ni
- Brennus, ni_ tous les Gaulois....
-
- (_Am. magn._ I. 1.)
-
- Ah! vous avez plus faim que vous _ne_ pensez _pas_!
-
- (_L’Ét._ IV. 3.)
-
-_Ne_ est l’unique négation que possède la langue française.
-
-Pour l’aider en quelque sorte dans son office, on a déterminé un
-certain nombre de substantifs monosyllabes, exprimant des objets
-minimes, des quantités réduites, qui servent de terme de comparaison,
-et, construits avec _ne_, semblent prendre à son contact la qualité
-d’adverbes et de négations; mais il ne faut pas s’y tromper. Ces mots
-sont: _pas_, _point_, _rien_, _mie_; ce sont de vrais substantifs
-à l’accusatif, complément d’un verbe qui se place entre _ne_ et
-son adjoint. Je _ne_ dis _rien_; il _ne_ vient _pas_; _ne_ mentez
-_point_[66].
-
- [66] Si _mentir_ n’est plus en français un verbe actif, il
- l’était en latin, et cela revient au même. _Mentior at si
- quid...._ (HOR. _sat._)
-
-Maintenant il faut savoir que l’on ne donne à _ne_ qu’un seul de ces
-adjoints, de ces adverbes artificiels: _ne pas_;--_ne point_;--_ne
-mie_;--_ne... rien_. La faute de Martine, dans les _Femmes savantes_,
-est de joindre à la négation deux de ces suppléments:
-
-«Et tous vos biaux dictons _ne_ servent _pas_ de _rien_.» Le _vice
-d’oraison_ ne consiste donc pas à joindre _pas_ avec _rien_, comme le
-prétend Philaminte, mais à joindre _pas_ et _rien_ avec _ne_.
-
-Cela est si vrai, que Molière a très-souvent fait cette réunion de
-_ne... pas... rien_. Mais alors il y a toujours deux verbes, l’un qui
-supporte l’action négative de _ne pas_; l’autre qui commande _rien_.
-
-Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d’œil choquer la
-règle posée par Molière lui-même, analysés d’après ce principe, n’ont
-plus rien que de très-régulier. On y trouvera partout deux verbes pour
-les trois mots _ne_, _pas_, _rien_, que la bonne Martine accumulait
-tous trois sur l’unique verbe _servir_.
-
- . . . . . Il la gardera bien,
- Et _je ne vois pas_ lieu d’y _prétendre_ plus _rien_.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
- Et tu _n’as pas_ sujet de _rien appréhender_.
-
- (_Ibid._ V. 7.)
-
- Albert _n’est pas_ un homme à vous _refuser rien_.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Et mon dessein _n’est pas_ de leur _rien opposer_.
-
- (_D. Garcie._ V. 6.)
-
- Ce _n’est pas_ ma coutume que de _rien blâmer_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
- Nous _n’avons pas_ envie aussi de _rien savoir_.
-
- (_Mélicerte._ I. 3.)
-
- Auprès de cet objet mon sort est assez doux,
- Pour _ne pas consentir_ à _rien prendre_ de vous.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
- _Ce n’est pas_ mon dessein de me faire épouser par force, et de
- _rien prétendre_ à un cœur qui se seroit donné.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
- Je ne suis _point_ un homme à _rien_ craindre.
-
- (_Ibid._)
-
- _Il ne faut pas_ qu’il _sache rien_ de tout ceci.
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
- Mon intention _n’est pas_ de vous _rien déguiser_.
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- Je _ne veux point_ qu’il me _dise rien_.
-
- (_Ibid._)
-
- _Ne faites point_ semblant _de rien_.
-
- (_G. D._ I. 2. et _B. gent._ V. 7.)
-
-Dans ce dernier exemple, _rien_ est visiblement un substantif au
-génitif, gouverné par un substantif qui le précède, _semblant_. Ne
-faites pas semblant de quelque chose, ou qu’il y ait quelque chose.
-
---PAS, _supprimé_:
-
- Non, _je ne veux du tout_ vous voir ni vous entendre.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-A l’occasion de ce vers, j’observe que _du tout_, au sens de
-_absolument_, _complétement_, ne sert plus que dans les formules
-négatives; mais que, dans l’origine, on l’employait également pour
-affirmer:
-
- --_Servite Domino in omni corde vestro._ «Nostre Seigneur Deu
- _del tut_ (du tout) siwez, e de tut vostre quer servez.»
-
- (_Rois._ p. 41.)
-
-
-PAS, substantif; PAS A PAS, posément:
-
- Vous achèverez seule; et, _pas à pas_, tantôt
- Je vous expliquerai ces choses comme il faut.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
---PAS DEVANT (LE), substantif composé, PRENDRE LE PAS DEVANT:
-
- Du _pas devant_ sur moi _tu prendras l’avantage_.
-
- (_Amph._ III. 7.)
-
- L’esprit doit sur le corps prendre _le pas devant_.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-_Devant_ n’est pas ici une préposition qui ferait double emploi avec
-_sur_; _pas-devant_ est un mot composé, comme qui dirait le _pas
-antérieur_. N’a-t-on pas eu tort de laisser perdre cette expression
-qui n’a aucun équivalent, et dont l’absence oblige à une périphrase?
-
-(Voyez PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN.)
-
---PASSE; ÊTRE EN PASSE DE:
-
- Nous ne sommes pas encore connues, mais _nous sommes en passe
- de l’être_.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
- J’ai servi quatorze ans, et je crois _être en passe
- De pouvoir_ d’un tel pas me tirer avec grâce.
-
- (_Fâcheux._ I. 10.)
-
- Et je crois, par le rang que me donne ma race,
- Qu’il est fort peu d’emplois _dont je ne sois en passe_.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
-_Passe_ s’appelait autrefois, au jeu de mail et de billard, une
-porte ou arc de fer, par où la boule ou la bille devait passer. Le
-joueur assez adroit pour s’être placé le plus près de cet arc était
-_en passe_, c’est-à-dire, sur le point de passer. De là l’expression
-figurée en parlant d’un homme en mesure de réussir. C’est l’explication
-de _Trévoux_, qui cite à l’appui les vers du _Misanthrope_.
-
-
-PASSER; FAIRE PASSER A QUELQU’UN LA PLUME PAR LE BEC, l’attraper, le
-duper, sans qu’il puisse se plaindre:
-
- Nous verrons cette affaire, pendard, nous verrons cette
- affaire. Je ne prétends pas qu’on me fasse _passer la plume par
- le bec_.
-
- (_Scapin._ III. 6.)
-
-«Pour empêcher les oisons de traverser les haies et d’entrer dans les
-jardins qu’elles entourent, on passe une plume par les deux ouvertures
-qui sont à la partie supérieure de leur bec. De là le proverbe _passer
-la plume par le bec_; de là vient aussi l’expression proverbiale
-d’_oison bridé_.» (Note de M. AUGER.)
-
-Ainsi, passer à quelqu’un la plume par le bec, signifie le traiter
-comme un oison.
-
---PASSER, se passer:
-
- Vous savez que dans celle[67] où _passa_ mon bas âge...
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
- [67] Dans la maison.
-
---PASSER DE, pour _sortir de_:
-
- Il y a cent choses comme cela qui _passent de la tête_.
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
---PASSER (SE) DE, se contenter de, et non _se priver_:
-
- Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme _qui s’est passé_
- durant sa vie _d’une assez simple demeure_ en veuille avoir une
- si magnifique pour quand il n’en a plus que faire.
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
-
-PATINEURS:
-
- CLAUDINE.--Ah! doucement. Je n’aime pas _les patineurs_.
-
- (_G. D._ II. 1.)
-
-La racine de ce mot est _patte_, pour _main_.
-
- «Les _patineurs_ sont gens insupportables,
- «Même aux beautés qui sont très-patinables.»
-
- (SCARRON.)
-
- «_Patiner_, manier malproprement.»
-
- (TRÉVOUX.)
-
-
-PATROCINER, du latin _patrocinari_, faire l’avocat:
-
- Prêchez, _patrocinez_ jusqu’à la Pentecôte.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-PAYER; PAYER UN PRIX DE QUELQUE CHOSE:
-
- Non, en conscience, _vous en payerez cela_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
---PAYER DE, alléguer pour excuse:
-
- Tantôt _vous payerez de_ quelque maladie
- Qui viendra tout à coup, et voudra des délais;
- Tantôt _vous payerez de_ présages mauvais.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
- Vous nous _payez ici d’excuses_ colorées.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- «Je le croiray volontiers, pourveu qu’il ne me _donne pas en
- payement_ une doctrine beaucoup plus difficile et fantastique
- que n’est la chose mesme.»
-
- (MONTAIGNE. II. 37.)
-
---PAYER POUR (un substantif), payer en qualité de. (Voyez GAGER POUR.)
-
---PAYEROIT, PAYEREZ, de trois syllabes:
-
- Fût-ce mon propre frère, il me la _payeroit_.
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
- Tantôt vous _payerez_ de quelque maladie.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
- Et l’on m’a mis en main une bague à la mode,
- Qu’après vous _payerez_, si cela l’accommode.
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
-Molière, s’il eût été d’usage alors de syncoper les mots, eût mis
-facilement _que vous paîrez après_.
-
-
-PAYSANNE, de trois syllabes:
-
- Et la bonne _paysanne_, apprenant mon désir....
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
---de quatre syllabes:
-
- Et cette _paysanne_ a dit, avec franchise,
- Qu’en vos mains à quatre ans elle l’avoit remise.
-
- (_Éc. des f._ V. 9.)
-
---PAYSAN, de trois syllabes:
-
- Je sais un _paysan_ qu’on appeloit Gros-Pierre....
-
- (_Ibid._ I. 1.)
-
---de deux:
-
- «Que le _paysan_ recueille, emplissant à milliers
- «Greniers, granges, chartis, et caves, et celiers.»
-
- (REGNIER. Sat. XV.)
-
-
-PAYSANNERIE comme _bourgeoisie_:
-
- J’aurois bien mieux fait...... de m’allier en bonne et franche
- _paysannerie_.
-
- (_G. D._ I. 1.)
-
-L’Académie dit qu’il est peu usité.
-
-
-PECQUES:
-
- A-t-on jamais vu, dis-moi, deux _pecques_ provinciales faire
- plus les renchéries que celles-là?
-
- (_Préc. rid._ 1.)
-
-Molière avait rapporté cette expression du Midi, où l’on dit d’un
-fâcheux dont on ne peut se débarrasser, que c’est un morceau de poix:
-_es una pegue_.
-
-A moins que _pecque_ ne soit une abréviation de _pécore_, ce qui
-conviendrait mieux au sens de ce passage.
-
-Trévoux dit que _pecq_, en vieux français, signifiait un mauvais
-cheval. Il aurait bien dû en citer des exemples, s’il en connaissait:
-pour moi, je ne l’ai jamais vu.
-
-
-PEINDRE EN ENNEMIS, c’est-à-dire, sous les traits d’ennemis:
-
- Et me jeter au rang de ces princes soumis,
- Que le titre d’amants lui _peint en ennemis_.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
-Un titre qui peint ne paraît pas une métaphore heureuse.
-
-
-PEINE; ÊTRE EN PEINE OÙ...:
-
- _Ne soyez point en peine où_ je vous mènerai.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
-De savoir où je vous mènerai.
-
---AVOIR PEINE A, pour _avoir de la peine à..._:
-
- Comment! il semble que _vous ayez peine à_ me reconnoître!
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
- «_J’ai peine à contempler_ son grand cœur dans ces dernières
- épreuves.»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. de la R. d’A._)
-
-Pascal dit pareillement _faire peine_, pour _faire de la peine_:
-
- «La seule comparaison que nous faisons de nous au fini _fait
- peine_.»
-
- (_Pensées._ p. 122, 298.)
-
-
-PEINTURE, au lieu de _portrait_:
-
- Je n’ai pas reconnu les traits de _sa peinture_.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-_Sa peinture_ ne peut signifier que la peinture dont il est l’auteur,
-et non la peinture où il a servi de modèle.
-
-(Voyez PORTRAIT, pour _peinture_, _tableau_.)
-
-
-PÈLERIN, CONNAÎTRE LE PÈLERIN:
-
- Si tu _connoissois le pèlerin_, tu trouverois la chose assez
- facile pour lui.
-
- (_Don Juan._ I. 1.)
-
-
-PENSER, substantif masculin:
-
- Le seul _penser_ de cette ingratitude
- Fait souffrir à mon âme un supplice si rude....
-
- (_Tart._ III. 7.)
-
- Ah! fasse le ciel équitable
- Que ce _penser_ soit véritable!
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-Dans l’origine, tous les infinitifs pouvaient jouer le rôle de
-substantifs, moyennant l’addition de l’article, comme tout adjectif
-pouvait faire l’office d’adverbe:
-
- «Tous les _marchers_, _toussers_, _mouchers_, _éternuers_, sont
- différents.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 213.)
-
-Il est évidemment impossible de substituer ici _démarche_, _toux_,
-_éternument_; et nous n’avons aucun substantif, même approximatif, pour
-dire _le moucher_.
-
---PENSER (verbe) suivi d’un infinitif, pour _être près de_:
-
- Nous avons aussi mon neveu le chanoine, qui a _pensé mourir_ de
- la petite vérole.
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
-
-PENTE, penchant; AVOIR PENTE A...:
-
- _La pente qu’a le prince à_ de jaloux soupçons.
-
- (_Don Garcie._ II. 1.)
-
- Un sort trop plein de gloire à nos yeux est fragile,
- Et nous laisse _aux soupçons une pente_ facile.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
-
-PERDRE FORTUNE:
-
- Et les premières flammes
- S’établissent des droits si sacrés sur les âmes,
- Qu’il faut _perdre fortune_, et renoncer au jour,
- Plutôt que de brûler des feux d’un autre amour.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-Perdre toute fortune. _Fortune_ est ici pris au sens le plus large du
-latin _fortuna_; il ne s’agit pas seulement des biens de la fortune,
-mais de tout ce qui constitue ici-bas la félicité. C’est en quoi
-l’expression _perdre fortune_ diffère de _perdre sa fortune_.
-
---PERDRE L’ATTENTE de quelque chose. (Voyez NE PERDRE QUE L’ATTENTE.)
-
---PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN, perdre sa trace:
-
- Il m’est, lorsque j’y pense, avantageux sans doute
- D’avoir _perdu ses pas_ et pu manquer sa route.
-
- (_Éc. des f._ II. 1.)
-
---PERDRE TEMPS:
-
- Monsieur, _j’ai perdu temps_, votre homme se dédit.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
- «Je vais, sans _perdre temps_, y disposer Oronte.»
-
- (CORNEILLE. _La Galerie du Palais._)
-
-M. Auger blâme cette locution comme équivoque: est-ce perdre _du_
-temps, ou perdre _son_ temps? La critique est bien vétilleuse, et
-l’équivoque du sens, argument spécieux auquel on recourt beaucoup trop
-souvent, n’est presque jamais à craindre.
-
-
-PÉRICLITER, absolument, courir un danger, risquer:
-
- Mais croyez-vous, maître Simon, qu’il n’y ait rien à
- _péricliter_?
-
- (_L’Av._ II. 1.)
-
-Rien à risquer en faisant cette affaire? croyez-vous que je n’expose
-rien?
-
-
-PERSONNE, suivi d’un adjectif, d’un pronom ou d’un participe au
-masculin:
-
- _Personne_ ne t’est _venu_ rendre visite?
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 1.)
-
- La complaisance est trop grande, de souffrir indifféremment
- toutes _sortes_ de _personnes_.--Je goûte _ceux_ qui sont
- raisonnables, et me divertis des _extravagants_.
-
- (_Ibidem._)
-
- Jamais je n’ai vu _deux personnes_ être si _contents_ l’un de
- l’autre.
-
- (_Don Juan._ I. 2.)
-
-Il s’agit d’un amant et de sa fiancée.
-
- Des vers tels que la passion et la nécessité peuvent faire
- trouver à _deux personnes_ qui disent les choses _d’eux-mêmes_
- et parlent sur-le-champ.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
---PERSONNE DU MONDE, personne absolument:
-
- Quoi, cousine, personne ne t’est venu rendre visite?--_Personne
- du monde._
-
- (_Crit. de l’Éc. des femmes._ 1.)
-
-On observera que le mot _personne_ est affirmatif de soi; il sert ici
-à nier, parce que la pensée le rattache à la négation renfermée dans
-l’ellipse: personne _n_’est venu me rendre visite.
-
-
-_PERSONNE._ Verbe à une autre personne que son sujet:
-
- VALÈRE. Je vous demande si ce n’est pas _vous_ qui _se nomme_
- Sganarelle.
-
- SGAN. En ce cas, c’est _moi_ qui se _nomme_ Sganarelle.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
-Plus loin, Molière a mis, en observant le rapport des personnes:
-
- Ouais! seroit-ce bien _moi_ qui me _tromperois_?
-
- (_Ibid._)
-
- Et que me diriez-vous, monsieur, si c’était _moi_
- Qui vous _eût_ procuré cette bonne fortune?
-
- (_Dépit am._ III. 7.)
-
- Ce ne seroit pas _moi_ qui _se feroit_ prier.
-
- (_Sgan._ 2.)
-
-Racine a dit pareillement:
-
- «Il ne voit dans son sort que _moi_ qui _s’intéresse_.»
-
- (_Britannicus._)
-
-Les grammairiens, depuis Vaugelas, ont décidé qu’il faut toujours le
-verbe à la première personne, parce que le pronom y est. La raison
-paraît douteuse, car il y a aussi un autre verbe qui est placé le
-premier, et qui est à la troisième personne. Pourquoi l’accord ne se
-ferait-il pas aussi bien avec ce premier verbe qu’avec le pronom qui le
-suit?
-
-Celui qui se nomme Sganarelle, c’est moi;--celui qui vous a procuré
-cette bonne fortune, c’est moi;--celle qui se ferait prier, ce ne
-serait pas moi:--voilà comme on serait obligé de parler pour satisfaire
-la logique. Et parce que l’ordre des mots est renversé, le rapport
-des termes de l’idée change-t-il aussi? Non sans doute. La facilité
-que laissait l’usage du XVIIe siècle me semble donc, en principe,
-plus raisonnable que la loi étroite du XIXe. Il est certain d’ailleurs
-que cette rigueur ne produirait pas toujours un bon effet dans
-l’application. Par exemple, il n’en coûtait pas davantage, à Racine de
-mettre:
-
- Il ne voit dans ses pleurs que moi qui _m’intéresse_.
-
-Mais la pensée ne se présente plus du tout de même. Junie ne veut pas
-dire: Moi seule je m’intéresse dans ses pleurs; mais: Qui est-ce qui
-s’intéresse dans ses pleurs?--Moi seule. Dans la première tournure,
-l’idée qui frappe d’abord, c’est la personne de Junie; dans la seconde,
-c’est l’isolement et l’abandon de Britannicus. L’une est propre à
-irriter Néron, l’autre à le désarmer.
-
-Ces délicatesses font le caractère des grands écrivains; et les
-despotes de la grammaire, avec leur précision géométrique, tendent à
-les rendre impossibles: ils matérialisent la langue.
-
-
-PESTE; LA PESTE SOIT, LA PESTE SOIT FAIT; exclamation, suivie du
-nominatif; LA PESTE DE:
-
- _La peste le coquin! La peste le benêt!_
-
- (_Don Juan._ III. 6. et V. 2.)
-
- _Peste soit le coquin_, de battre ainsi sa femme!
-
- (_Méd. m. l._ I. 2.)
-
-C’est une inversion: que le coquin soit la peste, c’est-à-dire, soit
-empesté, devienne la peste elle-même.
-
- _La peste soit fait l’homme_ et sa chienne de face!
-
- (_Éc. des f._ IV. 2.)
-
- _La peste de ta chute_, empoisonneur au diable!
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
- Peste _du_ fou fieffé!--Peste _de_ la carogne!
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
-
-PÉTAUD; LA COUR DU ROI PÉTAUD:
-
- Et c’est tout justement _la cour du roi Pétaud_.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-Les commentateurs, avec assez d’apparence, veulent que ce soit la cour
-du roi _Peto_, du roi des mendiants, où règnent le désordre et la
-confusion. Le mot _pétaudière_ confirme l’autre orthographe.
-
-
-PETITE OIE, terme de toilette:
-
- MASCARILLE. Que vous semble de ma _petite oie_? la trouvez-vous
- congruante à l’habit?
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
-«_Petite oye_ est ce qu’on retranche d’une oye quand on l’habille pour
-la faire rostir, comme les pieds, les bouts d’aile, le cou, le foye, le
-gesier.» (TRÉVOUX.) C’est ce qu’on appelle aujourd’hui _un abatis_.
-
-Par une métaphore facile à comprendre, _petite oie_ a désigné les
-accessoires de la toilette, plumes, rubans, dentelles, dont à cette
-époque le costume masculin était fort chargé:
-
- «Ne vous vendrai-je rien, monsieur? des bas de soie,
- «Des gants en broderie, ou quelque _petite oie_?»
-
- (CORNEILLE. _La Galerie du Palais._)
-
-_La petite oie_ signifiait aussi, par une métaphore analogue, les plus
-légères faveurs de l’amour.
-
-
-PETONS, diminutif de _pieds_:
-
- Ah! que j’en sais, belle nourrice,.... qui se tiendroient
- heureux de baiser seulement les petits bouts de vos _petons_!
-
- (_Méd. m. l._ III. 3.)
-
-(Voyez BOUCHON.)
-
-
-PEU pour _un peu_:
-
- Vous le voyez: sans moi vous y seriez encore,
- Et vous aviez besoin de _mon peu d’ellébore_.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-La suivante veut dire: Vous aviez besoin de ce peu de jugement que
-m’a départi le ciel. Mais, à prendre sa phrase dans le sens ordinaire
-de cette tournure, elle dirait: Vous aviez besoin que j’eusse peu de
-jugement.
-
-Votre peu de foi vous a perdu.--Vous êtes perdu pour avoir eu trop peu
-de foi. C’est le sens régulier.
-
-Votre peu de foi vous a sauvé. C’est-à-dire, il vous a suffi d’un
-peu de foi pour être sauvé. C’est le sens exceptionnel que donne ici
-Molière à cette façon de parler. L’équivoque, sans compter l’usage, ne
-permet pas de l’admettre.
-
-Voltaire parle plus correctement que Molière, quand il fait dire à Omar:
-
- «Je voulus le punir, quand _mon peu de lumière_
- «Méconnut ce grand homme entré dans la carrière.»
-
- (_Mahomet._ I. 4.)
-
---QUELQUE PEU:
-
- J’en avois fait à sa mère _quelque peu_ d’ouverture.
-
- (_L’Av._ II. 3.)
-
-
-PEUR DE, adverbialement, de peur de:
-
- ALAIN.
-
- J’empêche, _peur du chat_, que mon moineau ne sorte.
-
- (_Éc. des fem._ I. 2.)
-
-On dit de même, mais légitimement, _faute de_, _crainte de_.--_Manque
-de_, souvent employé par Pascal, est aujourd’hui hors d’usage. Toutes
-ces locutions sont autant d’accusatifs ou d’ablatifs absolus. Si
-l’on admet les unes, il paraît inconséquent de rejeter les autres,
-d’approuver _faute de_, et de blâmer _peur de_. On allègue l’usage;
-mais, en bonne grammaire, l’usage nouveau ne devrait point établir de
-prescription définitive, surtout contre la logique appuyant l’ancien
-usage.
-
-
-PEUT-ÊTRE... ET QUE:
-
- _Peut-être_ a-t-il dans l’âme autant que moi de crainte,
- _Et que_ le drôle parle ainsi,
- Pour me cacher sa peur sous une audace feinte.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-
-PHILOSOPHE, adjectif comme _philosophique_:
-
- Ce chagrin _philosophe_ est un peu trop sauvage.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Et je crois qu’à la cour, aussi bien qu’à la ville,
- Mon flegme est _philosophe_ autant que votre bile.
-
- (_Ibid._)
-
- Qu’il a bien découvert ici son caractère,
- Et que peu _philosophe_ est ce qu’il vient de faire.
-
- (_Fem. sav._ V. 5.)
-
- «C’étoit la partie la moins _philosophe_ et la moins sérieuse
- de leur vie.»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
- «_Le plus philosophe_ étoit de vivre simplement.»
-
- (Id. _Ibid._)
-
---PHILOSOPHE, substantif féminin:
-
- C’est _une philosophe_ enfin; je n’en dis rien.
-
- (_Fem. sav._ II. 8.)
-
-
-PHLÉBOTOMISER, archaïsme, pour _saigner_:
-
- 1er MÉDECIN. Je suis d’avis qu’il soit _phlébotomisé_
- libéralement.
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
-
-PIC ou PIQUE, aux cartes:
-
-Molière écrit les deux:
-
- O la fine pratique!
- Un mari confident!--Taisez-vous, _as de pique_!
-
- (_Dép. am._ V. 9.)
-
- Dame et roi de carreau, dix et dame de _pique_.
-
- (_Fâcheux._ II. 2.)
-
- Mais lui fallant un _pic_, je sortis hors d’effroi.
-
- (_Ibid._)
-
- Il ne m’en faut que deux, l’autre a besoin d’un _pic_.
-
- (_Ibid._)
-
-Molière altère ici l’orthographe pour le besoin de la rime. _Pic_, ainsi
-figuré, signifie autre chose que _pique_: c’est un terme du jeu de
-piquet: _pic, repic et capot_:
-
- Vous allez faire _pic, repic et capot_ tout ce qu’il y a de
- galant dans Paris.
-
- (_Préc. rid._ 10.)
-
- «Philis, contre la mort vainement on réclame:
- «Tôt ou tard qui s’y joue est fait _pic et capot_.»
-
- (BENSERADE.)
-
-
-PIÈCE; BONNE PIÈCE, ironiquement:
-
- Taisez-vous, _bonne pièce_!
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-(Voyez BON.)
-
---FAIRE UNE PIÈCE, jouer un tour:
-
- Cet homme-là est un fourbe qui m’a mis dans une maison pour se
- moquer de moi, et _me faire une pièce_.
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
- C’est une _pièce que l’on m’a faite_, et je n’ai aucun mal.
-
- (_Ibid._ I. 7.)
-
- Ce sont des _pièces_ qu’on lui fait.
-
- (_Ibid._ III. 9.)
-
- «Ce ne fut pas sans la garder bonne à Ésope, qui tous les jours
- _faisoit de nouvelles pièces à son maître_.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
-
-PIED; METTRE SOUS LES PIEDS, pour _mépriser_, _négliger_:
-
- Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes,
- Et _mettons sous nos pieds_ les soupirs et les larmes.
-
- (_Sgan._ 18.)
-
---PIED A PIED, pas à pas, petit à petit:
-
- _Pied à pied_ vous gagnez mes résolutions.
-
- (_B. Gent._ III. 18.)
-
-
-PILULE; DORER LA PILULE:
-
- Le seigneur Jupiter sait _dorer la pilule_.
-
- (_Amph._ III. 11.)
-
-
-PIMPESOUÉE:
-
- Voilà une belle mijaurée, une _pimpesouée_ bien bâtie, pour
- vous donner tant d’amour!
-
- (_B. gent._ III. 9.)
-
-«_Pimpesouée_, femme qui montre des prétentions, avec de petites
-manières affectées et ridicules. _Pimpesouée_ vient probablement du
-vieux verbe _pimper_, qui signifie _parer_, _attifer_, dont il nous
-reste _pimpant_, et du vieil adjectif _souef_, _souefve_, qui voulait
-dire _doux_, _agréable_. (M. AUGER.)
-
-Cette étymologie ne manque pas de vraisemblance; il ne reste plus qu’à
-trouver quelque part le vieux verbe _pimper_. J’avoue que, pour moi, je
-ne l’ai jamais rencontré; mais c’est un mot vraisemblable.
-
-Ménage veut que _pimpant_ soit dit pour _pompant_. Il est certain
-qu’on disait, dans le latin du moyen âge, _pompare_, pour _superbire_,
-_gloriari_:
-
- «Grandisonis _pompare_ modis tragicoque boatu.»
-
- (SEDULIUS.)
-
-(Voyez Du Cange au mot POMPARE.)
-
-Sur l’étymologie de _mijaurée_, je ne trouve rien de satisfaisant.
-
-
-PIQUÉ, au figuré; AVOIR L’AME PIQUÉE DE QUELQUE CHOSE:
-
- Pour mettre en mon pouvoir certaine Égyptienne
- _Dont j’ai l’âme piquée_, et qu’il faut que j’obtienne.
-
- (_L’Ét._ V. 6.)
-
-
-PIS, au neutre, quelque chose de pis:
-
- La prose est _pis_ que les vers.
-
- (_Impromptu de Versailles._ 1.)
-
-Il s’agit de savoir, de la prose ou des vers, quel est le plus
-difficile à retenir par cœur; Molière décide que la prose est, à cet
-égard, _pis_ que les vers.
-
-_Pire_ que les vers, marquerait la prééminence relative de la prose, ce
-dont il n’est pas question. _Pire_ s’accorderait avec _prose_; _pis_,
-au neutre, se rapporte, à l’idée de _retenir par cœur_.
-
-C’est l’observation encore plus instinctive que raisonnée de ces
-nuances délicates qui fait l’habile écrivain.
-
-
-PLAIDERIE:
-
- Je verrai dans cette _plaiderie_
- Si les hommes auront assez d’effronterie...
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-La racine est _plaid_:
-
- «Tous les jours le premier aux _plaids_, et le dernier!»
-
- (RACINE. _Les Plaideurs._)
-
-On ne dit plus que _plaidoirie_.
-
-
-PLAINTE; MURMURER A PLAINTE COMMUNE, murmurer ensemble, pour le même
-sujet:
-
- Nous nous voyons sœurs d’infortune;
- Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport,
- Que nous pouvons mêler toutes les deux en une,
- Et dans notre juste transport
- _Murmurer à plainte commune_.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-_A plainte commune_ est dit comme _à frais communs_.
-
-
-PLAISANT, qui plaît, agréable. Archaïsme:
-
- AGNÈS.
-
- C’est une chose, hélas! si _plaisante_ et si douce!
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- «Le _plaisant_ dialogue du _legislateur_ de Platon, avecques
- ses concitoyens, fera honneur à ce passage.»
-
- (MONTAIGNE. II. 7.)
-
- «Entre les livres simplement _plaisants_, je treuve des modernes
- le Decameron de Boccace, etc...»
-
- (Id. _Ibid._ 10.)
-
-_Livres plaisants_, c’est-à-dire qui n’apportent que du plaisir, de
-l’agrément, qu’on lit uniquement pour s’amuser.
-
- «...... Une perception soudaine et vive qui se fait d’abord en
- nous, à la présence des objets _plaisants_ et fâcheux.»
-
- (BOSSUET. _Connaissance de Dieu._)
-
-On s’est permis, dans l’édition in-12 de 1846, de substituer «objets
-_agréables ou déplaisants_.» On ne saurait trop vivement blâmer ces
-témérités, qui n’iraient pas à moins qu’à transformer tous les dix ans
-les textes les plus précieux et vénérables.
-
-
-PLANTUREUX, archaïsme, abondant:
-
- Que les saignées soient fréquentes et _plantureuses_.
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
-On devrait écrire _plentureuses_ par un _e_, la racine de ce mot étant,
-non pas _plante_, mais _plenté_, syncopé de _plenitatem_:
-
- «Vous aurez du foin assez,
- «Et de l’avoine _à plenté_.»
-
- (_Prose de l’Asne._)
-
-Et non _à planter_, comme je l’ai vu imprimé. Les ânes mangent de
-l’avoine, mais ils n’en plantent point; au rebours des hommes.
-
-
-PLATRER, métaphoriquement, dans le sens où nous disons aujourd’hui
-_replâtrer_, _dissimuler_:
-
- Jusqu’ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents,
- et _plâtré vos malversations_.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
- Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
- Que _le dehors plâtré_ d’un zèle spécieux.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
-Boileau se sert pareillement du substantif _plâtre_, au figuré:
-
- «Ses bons mots ont besoin de farine et de _plâtre_.»
-
-
-PLEIN, complet:
-
- Il est bien des endroits où la _pleine franchise_
- Deviendroit ridicule, et seroit peu permise.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Cette _pleine droiture_ où vous vous renfermez.
-
- (_Ibid._)
-
- C’est un haut étage de vertu que cette _pleine insensibilité_
- où ils veulent faire monter notre âme.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
- «Que l’homme contemple donc la nature dans sa haute et _pleine
- majesté_!»
-
- (PASCAL. _Pensées._)
-
- «La promesse que J. C. nous a faite de rendre sa _joie pleine_
- en nous.»
-
- (Id. _Ibid._)
-
-(Voyez A PLEIN.)
-
---PLEIN D’EFFROI, au sens actif, c’est-à-dire qui remplit d’effroi:
-
- Et qu’on s’aille former _un monstre plein d’effroi_
- De l’affront que nous fait son manquement de foi?
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-
-PLUS pour _le plus_, au superlatif:
-
- Mais je vais employer mes efforts _plus puissants_,
- Remuer terre et ciel, m’y prendre de tous sens...
-
- (_L’Ét._ V. 12.)
-
- Si vous leur dérobez leurs conquêtes _plus belles_,
- Et de tous leurs amants faites des infidèles.
-
- (_Ibid._ V. 13.)
-
- Le remède _plus prompt_ où j’ai su recourir.
-
- (_Dép. am._ III. 1.)
-
- Mais ce qui _plus me plaît_ d’une attente si chère...
-
- (_D. Garcie._ I. 3.)
-
- C’est lors que _plus il m’aime_.
-
- (_Ibid._ II. 1.)
-
- Qui est _plus criminel_ à votre avis, ou celui qui achète un
- argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont
- il n’a que faire?
-
- (_L’Avare._ II. 3.)
-
- «Quatre cent mille soldats qu’elle entretenoit étoient ceux de
- ses citoyens qu’elle (l’Égypte) exerçoit avec _plus_ de soin.»
-
- (BOSSUET, _Hist. un._ IIIe partie.)
-
- «Chargeant de mon débris les reliques _plus chères_.»
-
- (RACINE. _Bajazet._)
-
-Cette façon de parler commençait dès lors à vieillir, et l’on ne tarda
-pas à la proscrire; mais au XVIe siècle, et surtout au moyen âge, on ne
-s’en faisait aucun scrupule:
-
- «L’honneur, qui sous faux titre habite avecque nous,
- Qui nous ôte la vie et les plaisirs _plus doux_.»
-
- (REGNIER. Sat. VI.)
-
- «Estant là, je furète aux recoins _plus cachés_.»
-
- (_Ibid._)
-
- «Les gens du monde pour la santé où il avoit _plus_ de fiance
- (Charles V), c’estoit en bons maistres medecins.»
-
- (FROISSART. _Chron._ II. 70.)
-
- «Gentis rois, dit la dame, par Deu qui maint la sus,
- Je vos commant la rien el monde que j’aim _plus_.»
-
- (_Chans. des Saxons._ I. 85.)
-
-Je vous recommande la chose que j’aime le plus au monde.
-
- «Donez l’or et l’argent, et le vair et le gris;
- Car doner est la rien qui _plus_ monte à haut pris.»
-
- (_Ibid._ I. 85.)
-
- «Vous estes, fais-je, du lignage
- «D’icy entour _plus_ à louer.»
-
- (_Pathelin._)
-
-Du lignage des environs le plus à louer.
-
-
-PLUT A DIEU, suivi de l’infinitif:
-
- _Plût à Dieu l’avoir_ tout à l’heure, devant tout le monde (le
- fouet), et savoir ce qu’on apprend au collége!
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
-
-POIDS; LE POIDS D’UNE GRIMACE:
-
- _Le poids de sa grimace_, où brille l’artifice,
- Renverse le bon droit et tourne la justice.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-(Voyez TOURNER LA JUSTICE, et MÉTAPHORES VICIEUSES.)
-
---LE POIDS D’UNE CABALE:
-
- Et, pour moins que cela, _le poids d’une cabale_
- Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
-Pascal a dit, _le poids de la vérité_:
-
- «Il est sans doute que _le poids de la vérité_ les déterminera
- incontinent à ne plus croire à vos impostures.»
-
- (15e _Prov._)
-
-La métaphore d’un poids qui détermine la balance à pencher à droite ou à
-gauche, est juste; celle d’un poids qui embarrasse dans un dédale, ne
-l’est pas.
-
---METTRE DU POIDS A QUELQUE CHOSE, y attacher de l’importance:
-
- Mon père est d’une humeur à consentir à tout;
- Mais _il met peu de poids_ aux choses qu’il résout.
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
-
-POINT, surabondant avec _aucun_:
-
- On ne doit _point_ songer à garder _aucunes_ mesures.
-
- (_D. Juan._ III. 5.)
-
-_Aucun_ étant exactement synonyme de _quelque_, il n’y a pas ici de
-faute contre le génie de la langue; mais j’avoue qu’il y en a une
-contre l’usage, qui est vicieux, de considérer _aucun_ comme renfermant
-une négation.
-
-(Voyez PAS.)
-
---POINT D’AFFAIRES, exclamation elliptique dont le sens est sans doute
-celui-ci: Point d’affaires entre nous! je ne vous écoute pas:
-
- _Point d’affaires!_ je suis inexorable.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
- De la louange, de l’estime, de la bienveillance en paroles, et
- de l’amitié, tant qu’il vous plaira; mais de l’argent, _point
- d’affaires_.
-
- (_L’Av._ II. 5.)
-
-
-POMMADER, faire de la pommade:
-
- Que font-elles?--De la pommade pour leurs lèvres.--C’est trop
- _pommadé_. Dites-leur qu’elles descendent.
-
- (_Préc. rid._ 3.)
-
-Cet emploi du participe passé, avec _trop_ et _assez_, est remarquable,
-encore que très-usuel: c’est assez bu; c’est assez causé; c’est trop
-pommadé.
-
-
-PORTE; ENTRER DANS UNE PORTE:
-
- _Entrez dans cette porte_, et laissez-vous conduire.
-
- (_Éc. des fem._ V. 3.)
-
-Il est incommode et fâcheux que nous soyons réduits à un seul mot
-pour exprimer l’ouverture pratiquée dans la muraille et la pièce de
-menuiserie destinée à la fermer. Les Latins avaient _janua_, auxquels
-correspondaient, dans notre vieille langue, _porte_ et _huis_[68].
-Mais depuis qu’on a banni le second, il faut bien que l’autre fasse un
-double service, et désigne à la fois les deux choses contraires.
-
- [68] On les confondait souvent dans l’usage; mais enfin _huis_,
- d’après sa racine _uscire_, _sortir_, marquait _l’ouverture_
- qu’on fermait avec la _porte_.
-
---LA PORTE DES RESSORTS. (Voyez RESSORTS à l’article MÉTAPHORES
-VICIEUSES.)
-
-
-PORTE-RESPECT:
-
- Foin! que n’ai-je avec moi pris mon _porte-respect_!
-
- (_L’Ét._ III. 9.)
-
-Je ne sais trop ce qu’entend Lélie par ce terme, si ce n’est un bâton;
-mais comment la défense d’un bâton est-elle regrettable à qui porte
-deux pistolets et une épée?
-
- Mais vienne qui voudra contre notre personne:
- J’ai deux bons pistolets, et mon épée est bonne.
-
- (_Ibid._)
-
-
-PORTER, pour _porter en soi, avec soi_:
-
- Un dieu _qui porte les excuses_ de tout ce qu’il fait: l’Amour.
-
- (_L’Av._ V. 3.)
-
---PORTER DU CRIME DANS..., en mettre où il n’y en a pas:
-
- Il n’y a chose si innocente où les hommes ne puissent _porter
- du crime_.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
---PORTER DU SCANDALE, causer, entraîner du scandale:
-
- Après son action, qui n’eut jamais d’égale,
- Le commerce entre nous _porteroit du scandale_.
-
- (_Tart._ IV. 1.)
-
---PORTER UN AIR:
-
- Et partout _porte un air_ qui saute aux yeux d’abord.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Ce monsieur Loyal _porte un air_ bien déloyal!
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
-
-PORTEUR DE HUCHET:
-
- Dieu préserve, en chassant, toute sage personne
- D’un _porteur de huchet_ qui mal à propos sonne!
-
- (_Fâcheux._ II. 7.)
-
-Le huchet est un petit cor de chasseur ou de postillon, qui sert à
-_hucher_ (appeler) les chiens.
-
-
-PORTRAIT, pour _peinture_, _tableau_, LE PORTRAIT D’UN COMBAT:
-
- Je dois aux yeux d’Alcmène _un portrait_ militaire
- _Du grand combat_ qui met nos ennemis à bas.
-
- (_Amph._ I. 1.)
-
-(Voyez PEINTURE pour _portrait_.)
-
---PORTRAIT D’UN CŒUR:
-
- Nous allons en tous lieux
- Montrer _de votre cœur le portrait glorieux_.
-
- (_Mis._ V. 4.)
-
-
-POSSIBLE, adverbe, peut-être:
-
- Son heure doit venir, et c’est à vous, _possible_,
- Qu’est réservé l’honneur de la rendre sensible.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 4.)
-
-Primitivement tous les adjectifs s’employaient aussi comme adverbes;
-notre langue en a conservé de nombreux exemples: _voir clair_; _frapper
-fort_; _tenir ferme_; _partir soudain_, etc. Il n’y a aucune raison
-pour que _possible_ soit exclu de ce privilége. La Fontaine l’y
-maintenait:
-
- «Ils ne cédoient à pas une nonnain
- «Dans le désir de faire que madame
- «Ne fût honteuse, ou bien n’eût dans son âme
- «Tel récipé, _possible_, à contre-cœur.»
-
- (_L’Abbesse malade._)
-
- «Deux ou trois de ses officiers et autant de femmes se
- promenoient à cinq cents pas d’elle, et s’entretenoient
- _possible_ de leur amour.»
-
- (LA FONT. _Amours de Psyché._ liv. II.)
-
- «_Possible_ personne qu’elle n’étoit descendue sous cette voûte
- depuis qu’on l’avoit bâtie.»
-
- (Id. _Ibid._)
-
---POSSIBLE QUE, peut-être que...:
-
- _Possible que_, malgré la cure qu’elle essaie,
- Mon âme saignera longtemps de cette plaie.
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-
-POSTE:
-
-«Poste aussi, avec une diction possessive (un pronom possessif),
-signifie _façon_, _manière_, _volonté_, _guise_, comme: Il est fait _à
-ma poste_; il luy a aposté ou baillé des tesmoins faits _à sa poste_.
-
-«Et quand il n’est joinct à telles particules possessives, il signifie
-_pourpensé_, _attiltré_, comme: cela est faict _à poste_.»
-
- (NICOT.)
-
- TOINETTE. J’avois songé en moi-même que ç’auroit été une bonne
- affaire de pouvoir introduire ici un médecin _à notre poste_,
- pour le dégoûter de son monsieur Purgon.
-
- (_Mal. im._ III. 2.)
-
- «Que Martial retrousse Venus _à sa poste_, il n’arrive pas à la
- faire paroistre si entiere.»
-
- (MONTAIGNE. III. 5.)
-
- «Un valet qui les escrivit soubs moy pensa faire un grand butin
- de m’en desrober plusieurs pieces choisies _à sa poste_.»
-
- (Id. II. 37.)
-
- «Dieu fasse paix au gentil Arioste,
- «Et daigne aussi mettre en lieu de repos
- «Jean la Fontaine, auteur fait _à la poste_
- «Du Ferrarois, adoptant ses bons mots.»
-
- (SENECÉ. _Camille._)
-
-A la guise, sur le modèle, dans le goût de l’Arioste.
-
-Les Italiens disent aussi _a mia posta_, et, sans pronom possessif,
-_alla posta_, _apposta_:
-
- «Ha la bocca fatta _apposta_
- «Pel servizio della posta.»
-
- (_Duo de Guglielmi._)
-
-Il a la bouche faite _à poste_ pour le service de la poste.
-
-On pourrait croire que nous leur avons emprunté cette expression; mais
-elle existait dans notre langue depuis un temps bien reculé, avec des
-acceptions diverses. _Posta_, dans les actes du moyen âge, signifie une
-station, un lieu désigné, _un poste_, et _volonté_, _gré_, _convenance_.
-
-Dans les ordonnances du roi Jean (1355), on trouve _faire fausse
-poste_, pour _aposter_, qui alors n’était pas encore créé. Il s’agit
-des revues de troupes, où l’on faisait figurer de faux soldats, des
-hommes _apostés_, des soldats _postiches_:
-
-«Nous avons ordené et ordenons que nul _ne face fausse poste_, sur
-peine de perdre chevaux et hernois..... avons ordené et ordenons, pour
-eschiver les _fausses postes_.....»
-
- (_Ap._ CANG. in _Posta_.)
-
-_Postiquer_, _postiqueur_, c’était, au sens propre, courir la poste,
-postillon; au figuré, fourber, intriguer; un intrigant.
-
-_Le poste_ d’un couvent, d’un collége, était le coureur, le messager de
-la maison.
-
-De cette famille il nous reste _la poste_; _poster_, _aposter_; et
-_postiche_.
-
-
-POSTURE (position), soit en bonne, soit en mauvaise part:
-
- C’est un placet, monsieur, que je voudrois vous lire,
- Et que, dans la _posture_ où vous met votre emploi,
- J’ose vous conjurer de présenter au roi.
-
- (_Fâcheux._ II. 2.)
-
- Un duel met les gens en mauvaise _posture_.
-
- (_Ibid._ II. 10.)
-
- Mes affaires y sont en fort bonne _posture_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
-
-POT; TOURNER AUTOUR DU POT:
-
- A quoi bon tant barguigner, et tant _tourner autour du pot_?
-
- (_Pourc._ I. 7.)
-
-Cette métaphore est du style de Pourceaugnac et de Petit-Jean:
-
- «... Eh! faut-il tant _tourner autour du pot_?»
-
- (_Les Plaideurs._ III. 3.)
-
---POTS CASSÉS; PAYER LES POTS CASSÉS DE QUELQUE CHOSE:
-
- Un cordonnier, en faisant les souliers, ne sauroit gâter un
- morceau de cuir qu’il n’en _paye les pots cassés_.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 1.)
-
-Cette expression proverbiale fait allusion à un jeu usité au moyen
-âge parmi les enfants. Ce jeu consistait à faire circuler rapidement,
-de proche en proche, un pot qu’il fallait élever en l’air avant de
-le transmettre à son voisin. Il se trouvait quelque maladroit qui le
-laissait tomber, et celui-là payait les pots cassés.
-
-Menot parle de ce jeu:
-
- «Le diable et le monde font comme les enfants qui jouent à la
- balle ou au _pot cassé_: ils se le passent de main en main; un
- des joueurs le lève bien haut et le laisse tomber, et le pot
- vole en éclats[69].»
-
- [69] «Diabolus et mundus faciunt sicut faciunt pueri ludentes ad
- pilam vel ad potum fractum: dant illum de manu in manum; elevabit
- quis potum alte, et cadere dimittet, et sic frangetur.»
-
- (_Sermones_, fol. 15.)
-
-
-POTAGE; POUR TOUT POTAGE, au sens figuré, uniquement:
-
- Vous n’êtes, _pour tout potage_, qu’un faquin de cuisinier.
-
- (_L’Av._ III. 6.)
-
-La Fontaine s’est servi, dans cette locution, du mot _besogne_ au lieu
-de _potage_. Le renard invite à dîner _madame la cigogne_:
-
- «Le galant, _pour toute besogne_,
- Avoit un brouet clair; il vivoit chichement.»
-
- (_Le Renard et la Cigogne._)
-
-Ailleurs il dit, _pour tout mets_:
-
- «Le renard dit au loup: Notre cher, _pour tout mets_
- J’ai souvent un vieux coq ou de maigres poulets.»
-
- (_Le Loup et le Renard._)
-
-
-POULE LAITÉE:
-
- Avec leur ton de _poule laitée_, et leurs trois petits brins de
- barbe relevés en barbe de chat!
-
- (_L’Av._ II. 7.)
-
-«On dit, pour se moquer d’un lâche, d’un sot qui se mêle du ménage
-des femmes; que c’est une _poule mouillée_, une _poule laitée_, un
-_tâte-poules_.» (TRÉVOUX.)
-
-
-POUR, faisant l’office de _seulement_:
-
- On nous fait voir que Jupiter n’a pas aimé _pour_ une fois.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 1.)
-
- On est faite d’un air, je pense, à pouvoir dire
- Qu’on n’a pas _pour_ un cœur soumis à son empire.
-
- (_Fem. sav._ II. 3.)
-
-Pourquoi ces façons de parler sont-elles tout à fait hors d’usage, et
-cependant maintient-on encore _pour_ dans cette locution: Cela peut
-passer _pour une fois_, c’est-à-dire, une fois seulement? Ce sont là
-des inconséquences que les écrivains devraient tâcher d’empêcher, ou de
-corriger.
-
---POUR, au point de, jusqu’à:
-
- Ma foi, me trouvant las _pour_ ne pouvoir fournir
- Aux différents emplois où Jupiter m’engage....
-
- (_Amph._ prol.)
-
---POUR, en qualité de:
-
- Je suis auprès de lui gagé _pour serviteur_;
- Me voudriez-vous encor gager _pour précepteur_?
-
- (_L’Ét._ I. 9.)
-
- Et vous l’avez connu _pour gentilhomme_.
-
- (_B. gent._ IV. 5.)
-
-Cet emploi de _pour_ est encore usuel dans cette phrase, par exemple:
-Prendre _pour_ domestique. Connaître _pour_ gentilhomme, gager _pour_
-précepteur, ne sont guère que des applications du même principe. Ce
-qui appauvrit les langues, c’est justement de restreindre la valeur
-générale d’un mot à quelques formules particulières. Molière, non plus
-que Bossuet, ne se laisse jamais garrotter dans ces entraves, et c’est
-là peut-être le caractère essentiel de leur langue, et ce qui lui donne
-tant d’ampleur.
-
-Les Espagnols emploient de même _por_ devant un adjectif. Tirso de
-Molina intitule une de ses pièces: «El condemnado _por desconfiado_.»
-_Le damné pour déconfès_, pour être mort sans confession, en qualité de
-déconfès.
-
---POUR (un infinitif) marquant, non le but, mais la cause, comme _parce
-que_:
-
- Moi...
- Trahir mes sentiments, et, _pour être en vos mains_,
- D’un masque de faveur vous couvrir mes dédains!
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
-_Parce que je suis en vos mains_, et non _afin d’être en vos mains_.
-
- Je hais ces cœurs pusillanimes, qui, _pour trop prévoir_ les
- suites des choses, n’osent rien entreprendre.
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
-Parce qu’ils prévoient trop.
-
- Tous les désordres, toutes les guerres n’arrivent que _pour
- n’apprendre pas_ la musique.
-
- (_B. gent._)
-
-_Parce qu’on_ n’apprend pas, et non, _afin de ne_ pas apprendre.
-
- C’est _pour nous attacher_ à trop de bienséance
- Qu’aucun amant, ma sœur, à nous ne veut venir.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-_Parce que nous nous attachons_, et non, _afin de nous attacher_.
-
- Et je ne fuis sa main que _pour le trop chérir_.
-
- (_Fem. sav._ V. 5.)
-
- On ne s’avise point de défendre la médecine _pour avoir été
- bannie de Rome_, ni la philosophie _pour avoir été condamnée
- publiquement dans Athènes_.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
-_Parce qu’elle_ a été bannie, _parce qu’elle_ a été condamnée.
-
-Pascal dit de même:
-
- «La durée de notre vie n’est-elle pas également et infiniment
- éloignée de l’éternité _pour_ durer dix ans davantage?»
-
- (_Pensées._ p. 298.)
-
-C’est-à-dire: Notre vie, parce qu’elle aura duré dix ans de plus ou de
-moins, ne sera-t-elle pas toujours aussi éloignée de l’éternité? Ce
-tour, dans Pascal, me paraît un peu obscur, peut-être à cause de la
-désuétude.
-
- «Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos juments
- entendent de si loin nos chevaux hennir, et conçoivent _pour
- les entendre_?»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
---POUR, uni à l’auxiliaire _être_. (Voyez ÊTRE POUR.)
-
---POUR L’AMOUR DE, en mauvaise part:
-
- Que tous ces jeunes fous me paroissent fâcheux!
- Je me suis dérobée au bal _pour l’amour d’eux_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 9.)
-
---POUR CERTAIN:
-
- Tous les bruits de Léon annoncent _pour certain_
- Qu’à la comtesse Ignès il va donner la main.
-
- (_D. Garcie._ I. 2.)
-
---POUR CE QUI EST DE CELA, sans relation à rien, et en forme
-d’exclamation, comme _en vérité_:
-
- _Pour ce qui est de cela_, la jalousie est une étrange chose!
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-
-POURQUOI..., ET QUE...:
-
- GEORGETTE.
-
- Oui; mais _pourquoi_ chacun n’en fait-il pas de même,
- _Et que_ nous en voyons qui paroissent joyeux
- Lorsque leurs femmes sont avec les beaux monsieux?
-
- (_Éc. des fem._ II. 3.)
-
-Le second vers répond à cette tournure: _et comment se fait-il que..._
-Rien n’est plus naturel que ce changement subit de construction au
-milieu d’une phrase, comme rien n’est plus fréquent dans le discours
-familier.
-
-Néanmoins, ce qui peut passer dans la bouche de Georgette n’est-il pas
-trop abandonné sous la plume de Voltaire commentant Corneille?
-
- --«Pourquoi dit-on _prêter l’oreille_, ET QUE _prêter les yeux_
- n’est pas français?»
-
- (Sur le vers 27, sc. V, act. 3, de _Rodogune_.)
-
-
-POURSUIVRE A, continuer à:
-
- Il ne faut que _poursuivre à garder le silence_.
-
- (_Mis._ V. 3.)
-
-
-POUR UN PEU, pour un moment:
-
- Souffrez que j’interrompe _pour un peu_ la répétition.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-
-POUR VOIR, adverbialement:
-
- Ayez recours, _pour voir_, à tous les détours des amants.
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-
-POUSSER, absolument, insister:
-
- _Pousse_, mon cher marquis, _pousse_.
-
- (_Critique de l’École des fem._ 7.)
-
- _Poussez_, c’est moi qui vous le dis.
-
- (_G. D._ I. 7.)
-
---POUSSER LES CHOSES:
-
- N’allez point _pousser les choses_ dans les dernières violences
- du pouvoir paternel.
-
- (_L’Av._ V. 4.)
-
- Voilà, mon gendre, comme il faut _pousser les choses_.
-
- (_G. D._ I. 8.)
-
- «Mais, mon père, qui voudroit _pousser cela_ vous
- embarrasseroit.»
-
- (PASCAL. 9e _Prov._)
-
---POUSSER QUELQU’UN, au sens moral; le pousser à bout:
-
- Vraiment _vous me poussez_; et, contre mon envie,
- Votre présomption veut que je l’humilie.
-
- (_Dép. am._ I. 3.)
-
- «_Vous me poussez!_--Bonhomme, allez garder vos foins.»
-
- (_Les Plaideurs._ I. 7.)
-
---POUSSER DES CONCERTS:
-
- _Poussons_ à sa mémoire
- _Des concerts_ si touchants,
- Que du haut de sa gloire
- Il[70] écoute nos chants.
-
- (_Am. magn._ 6e _intermède_.)
-
- [70] Le soleil, c’est-à-dire Louis XIV.
-
-Corneille a dit _pousser des harmonies_:
-
- «Des flûtes au troisième[71], au dernier des hautbois,
- «Qui tour à tour en l’air _poussoient des harmonies_
- «Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies.»
-
- (_Le Ment._ I. 5.)
-
- [71] Bateau.
-
-Et Pascal, _pousser des imprécations_:
-
- «D’où vient, disent-ils, qu’on _pousse tant d’imprécations_...»
-
- (3e _Prov._)
-
---POUSSER LA SATIRE:
-
- Les rieurs sont pour vous, madame, c’est tout dire;
- Et vous pouvez _pousser contre moi la satire_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
---POUSSER les tendres sentiments,--l’amusement:
-
- Il nous feroit beau voir, attachés face à face,
- _Pousser les tendres sentiments_!
-
- (_Amph._ I. 4.)
-
- Amphitryon, c’est trop _pousser l’amusement_.
-
- (_Ibid._ II. 2.)
-
---POUSSER SA CHANCE, SA FORTUNE, SON BIDET:
-
- J’avois beau m’en défendre, il a _poussé sa chance_.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
- Elle se rend à sa poursuite: il _pousse sa fortune_; le voilà
- surpris avec elle par ses parents.
-
- (_Scapin._ I. 6.)
-
- Moquez-vous des sermons d’un vieux barbon de père;
- _Poussez votre bidet_, vous dis-je, et laissez faire.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
---POUSSER UNE MATIÈRE, creuser un sujet:
-
- Nous sommes ici _sur une matière_ que je serai bien aise que
- nous _poussions_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
-
-POUSSEUSES DE TENDRESSE:
-
- Héroïnes du temps, mesdames les savantes,
- _Pousseuses de tendresse_ et de beaux sentiments...
-
- (_Éc. des fem._ I. 5.)
-
-(Voyez POUSSER.)
-
-
-POUVOIR, verbe; IL NE SE PEUT QUE NE...:
-
- _Il ne se peut donc pas que tu ne sois_ bien à ton aise?
-
- (_D. Juan._ III. 2.)
-
-Pacuvius et Lucrèce ont dit _potestur_, au passif. _Non potestur quin_
-traduirait exactement _il ne se peut que ne_.
-
-(Voyez QUE dans cette formule IL N’EST PAS QUE, p. 333.)
-
---POUVOIR MAIS, sans exprimer _en_:
-
- Sur la tentation ai-je quelque crédit,
- Et _puis-je mais_, chétif, si le cœur leur en dit?
-
- (_Dép. am._ V. 3.)
-
-_Mais_ conserve dans cette locution le sens du latin _magis_. _Je n’en
-puis mais_, je ne puis davantage de cela, c’est-à-dire, touchant cela,
-_de hoc_.
-
---POUVOIR; substantif. (Voyez FAIRE SON POUVOIR.)
-
-
-PRATIQUE, manière de se conduire, intrigue, sourdes menées:
-
- O la fine _pratique_!
- Un mari confident!--Taisez-vous, as de pique.
-
- (_Dép. am._ V. 9.)
-
- Rentrez, pour n’ouïr point cette _pratique_ infâme.
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
- Dans un petit couvent, loin de toute _pratique_,
- Je la fis élever selon ma politique.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- Ses _pratiques_, je crois, ne vous sont pas nouvelles.
-
- (_Amph._ prol.)
-
-
-PRATIQUER DES AMES, les travailler par des intrigues:
-
- Il a tenté Léon, et ses fidèles trames
- Des grands comme du peuple ont _pratiqué les âmes_.
-
- (_Don Garcie._ I. 2.)
-
-
-PRÉALABLE; AU PRÉALABLE:
-
- Je ne prétends point qu’il se marie, qu’_au préalable_ il n’ait
- satisfait à la médecine.
-
- (_Pourc._ II. 2.)
-
-
-PRÉCIEUSE, substantif. Molière prend toujours ce mot en mauvaise part:
-
- Voyez comme raisonne et répond la vilaine!
- Peste! _une précieuse_ en diroit-elle plus?
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-On voit que Molière avait déterminé de ruiner ce titre; mais il n’y va
-point brusquement; il garde quelque ménagement pour l’opinion publique,
-au moyen d’une distinction que tantôt il rappelle, tantôt il a soin
-d’oublier:
-
- Est-ce qu’il y a une personne qui soit plus véritablement
- ce qu’on appelle _précieuse, à prendre le mot dans sa plus
- mauvaise signification_?
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 2.)
-
- Le bel assemblage que ce seroit d’une _précieuse_ et d’un
- turlupin!
-
- (_Ibid._)
-
-Et cette dernière précieuse se trouve être «la plus grande façonnière
-du monde,» une femme d’un ridicule accompli dans ses manières comme
-dans son langage.
-
-Molière avait porté le premier coup aux précieuses en 1659; il revient
-à la charge quatre ans après: la _Critique de l’École des femmes_ est
-de 1663.
-
-
-PRÉCIPITÉ D’UN ESPOIR:
-
- Ah! madame, faut-il me voir _précipité
- De l’espoir glorieux_ dont je m’étois flatté?
-
- (_D. Garcie._ III. 2.)
-
-
-PREMIER; QUI PREMIER, qui le premier:
-
- Maudit soit _qui premier_ trouva l’invention
- De s’affliger l’esprit de cette vision!
-
- (_Sgan._ 17.)
-
-Latinisme: qui primus.
-
- «Nous verrons, volage bergere,
- «_Qui premier_ s’en repentira!»
-
- (DESPORTES.)
-
-_Premier_ s’employait aussi adverbialement:
-
- «Tout ce en Bretagne apparut
- Quand _premier_ la guerre y esmeut,
- L’an 300 quarante et un mil,
- Le derrain jour du mois d’apvril.»
-
- (_Chron. de Guill. de Saint-André._ v. 104.)
-
-Quand premièrement, pour la première fois.
-
- «Dieu _tout premier_, puis père et mère, honore.»
-
- (PYBRAC.)
-
-(Voyez plus bas PREMIER QUE.)
-
---LE PREMIER, le premier venu:
-
- Ma bague est la marque choisie
- Sur laquelle _au premier_ il doit livrer Célie.
-
- (_L’Ét._ II. 9.)
-
-Il semblerait qu’il s’agit de deux personnages, le premier et le
-second. La gêne de l’expression est trop visible.
-
---PREMIER QUE, avant, ou avant que:
-
- Et là, _premier que lui_ si nous faisons la prise,
- Il aura fait pour nous les frais de l’entreprise.
-
- (_L’Ét._ III. 7.)
-
- «_Premier que_ d’avoir mal, ils trouvent le remède.»
-
- (MALHERBE.)
-
-Trévoux cite ce dernier exemple et les suivants: «Il étoit au monde
-_premier que_ vous fussiez né.--Un moine n’oseroit sortir _que premier_
-il n’en ait demandé la permission.--En ce sens il vieillit.» (1740.)
-
-Dans l’origine, tous les adjectifs s’employaient adverbialement sans
-changer de forme: partir soudain; voir clair; tenir ferme; courir vite;
-parler net, haut, fort. Dans toutes ces locutions et les semblables,
-l’adjectif joue le rôle de l’adverbe. Ce privilége de l’adjectif
-subsiste encore en allemand et en anglais.
-
-_Premier_ pour _premièrement_ était donc une locution très-régulière
-et très-correcte. Quant à l’adjonction du _que_, _premier que_, pour
-_premièrement que_, elle est justifiée par cette réflexion fort simple,
-que _premier_ marque une comparaison, est un véritable comparatif; il
-est donc naturel qu’il en ait la construction et l’attribut.
-
-(Voyez aux mots FERME, FRANC, NET, POSSIBLE.)
-
-
-PRENDRE, choisir, préférer:
-
- Ai-je l’éclat ou le secret à _prendre_?
-
- (_Amph._ III. 3.)
-
---LE PRENDRE A (un substantif), s’en rapporter à...:
-
- _Si vous le voulez prendre aux usages_ du mot,
- L’alliance est plus grande entre pédant et sot.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
---SE PRENDRE A (un infinitif), s’y prendre pour:
-
- Voyons d’un esprit adouci
- Comment _vous vous prendrez à soutenir_ ceci.
-
- (_Mis._ V. 4.)
-
---PRENDRE A TÉMOIN SI...:
-
- Je _prends à témoin_ le prince votre père _si_ ce n’est pas
- vous que j’ai demandée.
-
- (_Pr. d’Él._ V. 3.)
-
-(Afin qu’il dise) si ce n’est pas vous... etc.
-
---PRENDRE CRÉANCE EN QUELQU’UN:
-
- Et tâchez, comme _il prend en vous grande créance_,
- De le dissuader de cette autre alliance.
-
- (_Éc. des fem._ V. 6.)
-
---PRENDRE DROIT:
-
- Et je serois encore à nommer le vainqueur,
- Si le mérite seul _prenoit droit_ sur un cœur.
-
- (_D. Garcie._ I. 1.)
-
- Cependant apprenez, prince, à vous mieux armer
- Contre ce qui _prend droit_ de vous trop alarmer.
-
- (_Ibid._ I. 5.)
-
- Et c’est ce qui chez vous _prend droit_ de m’amener.
-
- (_Éc. des mar._ II. 3.)
-
- Ah! qu’il est bien peu vrai que ce qu’on doit aimer,
- Aussitôt qu’on le voit, _prend droit_ de nous charmer!
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
- Il est très-assuré, sire, qu’il ne faut plus que je songe à
- faire des comédies, si les tartufes ont l’avantage; qu’ils
- _prendront droit_ par là de me persécuter plus que jamais.....
-
- (2e _Placet au Roi_.)
-
---PRENDRE EN MAIN:
-
- Tous les magistrats sont intéressés à _prendre cette affaire en
- main_.
-
- (_L’Av._ V. 1.)
-
---PRENDRE FOI SUR...:
-
- Mais je n’ai point _pris foi sur ces méchantes langues_.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
---PRENDRE GARDE A (un infinitif):
-
-C’est donner toute son attention à faire l’action marquée par cet
-infinitif:
-
- _Prenez bien garde_, vous, _à vous déhancher_ comme il faut, et
- _à faire bien des façons_.
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-_Prenez garde de_ marquerait le contraire, et le soin d’éviter.
-
-Les Latins avaient de même _vereor ut_ et _vereor ne_.
-
-Pascal dit _prendre garde que_, comme _observer_, _remarquer que_:
-
- «Les valets peuvent faire en conscience de certains messages
- fâcheux; n’avez-vous pas _pris garde que_ c’étoit seulement en
- détournant leur intention du mal, etc.....»
-
- (7e _Prov._)
-
---PRENDRE INTÉRÊT EN QUELQU’UN:
-
- Qu’est-ce que cette instance a dû vous faire entendre,
- Que l’_intérêt qu’en vous l’on s’avise de prendre_?
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
- Un ami qui m’est joint d’une amitié fort tendre,
- Et qui sait l’_intérêt_ qu’_en_ vous j’ai lieu de _prendre_.
-
- (_Ibid._ V. 6.)
-
---PRENDRE LA VENGEANCE DE:
-
- Pour m’ouvrir une voie _à prendre la vengeance_
- _De_ son hypocrisie et de son insolence.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
---absolument pour _épouser la querelle_:
-
- Loin d’être les premiers à _prendre ma vengeance_,
- Eux-mêmes font obstacle à mon ressentiment.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- Et vous devez, en raisonnable époux,
- Être pour moi contre elle, et _prendre mon courroux_.
-
- (_Fem. sav._ II. 6.)
-
---PRENDRE LE FRAIS, choisir l’heure du frais:
-
- Pour arriver ici, mon père _a pris le frais_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 6.)
-
---PRENDRE LE PIED DE (un infinitif):
-
- De peur que, sur votre foiblesse, il ne _prenne le pied de vous
- mener_ comme un enfant.
-
- (_Scapin._ I. 3.)
-
---PRENDRE LOI DE QUELQU’UN:
-
- Il seroit beau vraiment qu’on le vît aujourd’hui
- _Prendre loi_ de qui doit la recevoir de lui!
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
---PRENDRE PAR LES ENTRAILLES, au figuré, parlant de l’effet des ouvrages
-de l’esprit:
-
- Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui _nous prennent
- par les entrailles_, et ne cherchons point des raisonnements
- pour nous empêcher d’avoir du plaisir.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
---PRENDRE PEINE A (un infinitif):
-
- Tant pis encore de _prendre peine à dire des sottises_.
-
- (_Ibid._ 1.)
-
---PRENDRE PLAISIR DE (un infinitif):
-
- Car le ciel _a trop pris plaisir de m’affliger_.
-
- (_Dép. am._ II. 4.)
-
- Je _prends plaisir d’être seule_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 1.)
-
- Je pense qu’_il ne prend pas plaisir de_ nous voir.
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
---PRENDRE SOIN A (un infinitif):
-
- C’est un étrange fait du _soin que vous prenez_,
- _A me venir_ toujours _jeter_ mon âge au nez.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
---PRENDRE VISÉE QUELQUE PART, diriger là son attention et ses efforts:
-
- Elle est sage, elle m’aime, et votre amour l’outrage.
- _Prenez visée_ ailleurs, et troussez-moi bagage.
-
- (_Ibid._ II. 9.)
-
---SE PRENDRE A QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire, _s’y prendre pour la faire_:
-
- Elle _se prend_ d’un air le plus charmant du monde _aux choses_
- qu’elle fait.
-
- (_L’Av._ I. 2.)
-
---SE PRENDRE A QUELQU’UN DE, s’en prendre à lui, l’en accuser:
-
- C’est ainsi qu’_aux flatteurs_ on doit partout _se prendre_
- Des vices où l’on voit les humains se répandre.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-
-_PRÉPOSITION supprimée_, où l’usage moderne est de la répéter, soit
-devant un nom, soit devant un infinitif:
-
- . . . . . . On sait bien que Célie
- A causé des désirs _à_ Léandre _et Lélie_.
-
- (_L’Ét._ V. 13.)
-
-Nous dirions: à Léandre et à Lélie.
-
-Il n’y a dans Molière qu’un second exemple pareil à celui-ci,
-c’est-à-dire, où la préposition soit supprimée devant un substantif:
-
- La peste soit _de_ l’homme _et sa chienne de face_!
-
- (_Éc. des fem._ IV. 2.)
-
-Et de sa chienne de face.
-
- Pour de l’esprit, j’en ai sans doute, et du bon goût
- _A_ juger sans étude et raisonner de tout;
- _A_ faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,
- Figure de savant sur les bancs d’un théâtre;
- _Y décider_ en chef, et faire du fracas
- A tous les beaux endroits qui méritent des _ah_!
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
-_A y décider._
-
- C’est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires,
- _A_ brûler constamment pour des beautés sévères;
- _A_ languir à leurs pieds _et souffrir_ leurs rigueurs;
- _A_ chercher le secours des soupirs et des pleurs,
- _Et tâcher_, par des soins d’une très-longue suite,
- D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.
-
- (_Ibid._)
-
-Et _à_ souffrir, et _à_ tâcher.
-
- On n’a point _à_ louer les vers de messieurs tels,
- _A donner_ de l’encens à madame une telle,
- Et de nos francs marquis _essuyer_ la cervelle.
-
- (_Ibid._ III. 7.)
-
-_A essuyer_ la cervelle de nos marquis.
-
- Vous apprendrez, maroufle, à rire à nos dépens,
- Et sans aucun respect _faire_ cocus les gens!
-
- (_Sgan._ 8.)
-
-_A faire_ cocus les gens.
-
- Comme si j’étois femme _à violer_ la foi que j’ai donnée à un
- mari, _et m’éloigner_ jamais de la vertu que mes parents m’ont
- enseignée!
-
- (_G. D._ II. 10.)
-
- Le remède plus prompt où j’ai su recourir,
- C’est _de_ pousser ma pointe _et dire_ en diligence
- A notre vieux patron toute la manigance.
-
- (_Dép. am._ III. 1.)
-
- Trouves-tu beau, dis-moi, _de_ diffamer ma fille,
- _Et faire_ un tel scandale à toute une famille?
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- Loin _d’_assurer une âme, _et lui fournir_ des armes....
-
- (_Ibid._ IV. 2.)
-
- Peux-tu me conseiller un semblable forfait,
- _D’_abandonner Lélie _et prendre_ ce malfait?
-
- (_Sgan._ 2.)
-
- Et les plus prompts moyens de gagner leur faveur,
- C’est _de_ flatter toujours le foible de leur cœur,
- _D’_applaudir en aveugle à ce qu’ils veulent faire,
- _Et n’appuyer_ jamais ce qui peut leur déplaire.
-
- (_D. Garcie._ II. 1.)
-
- Et voulez-vous, charmé de ses rares mérites,
- M’obliger _à_ l’aimer, _et souffrir_ ses visites?
-
- (_Éc. des mar._ II. 14.)
-
- En quelle impatience
- Suis-je _de_ voir mon frère _et lui conter_ sa chance!
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- Mais je ne suis pas homme _à_ gober le morceau,
- _Et laisser_ le champ libre aux yeux d’un damoiseau.
-
- (_Éc. des fem._ II. 1.)
-
- Il ne veut obtenir
- Que le bien _de_ vous voir _et vous entretenir_.
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
- Employons ce temps _à répéter_ notre affaire, _et voir_ la
- manière dont il faut jouer les choses.
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
- C’est _de_ ne plus souffrir qu’Alceste vous prétende;
- _De_ le sacrifier, madame, à mon amour;
- Et de chez vous enfin _le bannir_ sans retour.
-
- (_Mis._ V. 2.)
-
- Je vous promets ici d’éviter sa présence,
- _De_ faire place au choix où vous vous résoudrez,
- _Et ne souffrir_ ses vœux que quand vous le voudrez.
-
- (_Mélicerte._ II. 4.)
-
- Mais mon secours pourra lui donner les moyens
- _De_ sortir d’embarras _et rentrer_ dans ses biens.
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
- Pour m’ouvrir une voie _à_ prendre la vengeance
- De son hypocrisie et de son insolence,
- _A_ détromper un père, _et lui mettre_ en plein jour
- L’âme d’un scélérat qui vous parle d’amour.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Ce seroit mériter qu’il me la vînt ravir (l’occasion),
- Que _de_ l’avoir en main, _et ne m’en pas servir_.
-
- (_Ibid._)
-
- Un ordre _de_ vider d’ici, vous et les vôtres,
- _Mettre_ vos meubles hors, _et faire_ place à d’autres.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
- On sait qu’une épître dédicatoire dit tout ce qu’il lui plaît,
- et qu’un auteur est en pouvoir d’aller saisir les personnes les
- plus augustes, et de parer de leurs grands noms les premiers
- feuillets de son livre; qu’il a la liberté _de_ s’y donner
- autant qu’il veut l’honneur de leur estime, _et se faire_ des
- protecteurs qui n’ont jamais songé à l’être.
-
- (_Ép. déd. d’Amphitryon._)
-
-Cette tournure est ici d’autant plus remarquable, que l’épître est
-écrite avec un soin particulier, comme adressée au prince de Condé,
-aussi fin connaisseur dans les choses d’esprit que grand capitaine.
-
- Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence
- Que _de_ chanter _et m’étourdir_ ainsi?
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
- Il me prend des tentations _d’_accommoder son visage à la
- compote, _et le_ mettre en état de ne plaire de sa vie aux
- diseurs de fleurettes.
-
- (_G. D._ II. 4.)
-
- J’aime bien mieux, pour moi, qu’en épluchant ses herbes
- Elle accommode mal les noms avec les verbes,
- Et redise cent fois un bas ou méchant mot,
- Que _de_ brûler ma viande, _ou saler_ trop mon pot.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
- Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes,
- De cette indigne classe où nous rangent les hommes,
- _De_ borner nos talents à des futilités,
- _Et nous fermer la porte_ aux sublimes clartés.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire,
- Que _de_ leur arracher ce qu’ils ont de vulgaire,
- _Et vouloir_ les réduire à cette pureté.....
-
- (_Ibid._ IV. 2.)
-
-La multiplicité de ces exemples, tant en vers qu’en prose, fait assez
-voir que Molière, en supprimant en poésie la préposition une fois
-exprimée, ne cédait pas à la contrainte de la mesure; il suit la
-coutume de tous les écrivains du XVIIe siècle. Je n’en apporterai qu’un
-exemple; il est de la Fontaine, et curieux à cause de la longueur de
-la période, et du nombre de verbes devant lesquels il faut suppléer le
-_de_ mis au commencement.
-
- «Ésope, pour toute punition, lui recommanda _d’_honorer les
- dieux et son prince; _se rendre_ terrible à ses ennemis, facile
- et commode aux autres; _bien traiter_ sa femme, sans pourtant
- lui confier son secret; _parler peu, et chasser_ de chez soi
- les babillards; _ne se point laisser abattre_ au malheur;
- _avoir soin_ du lendemain....... surtout _n’être point envieux_
- du bonheur ni de la vertu d’autrui.......»
-
- (LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
-
-
-PRESCRIT, fixé, déterminé d’avance, et non pas _ordonné_:
-
- Pensez-vous qu’à choisir de deux choses _prescrites_,
- Je n’aimasse pas mieux être ce que vous dites.....
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-C’est le sens du latin _præscriptus_, écrit d’avance.
-
-
-_PRÉSENT DU SUBJONCTIF_, en relation avec l’imparfait:
-
- _Seroit-ce_ quelque chose où je vous _puisse_ aider?
-
- (_Méd. m. l._ I. 5.)
-
-Ici l’imparfait _serait-ce_ est une forme convenue pour représenter
-le présent _est-ce_: _Est-ce_ quelque chose où je vous puisse aider?
-Ainsi, la correspondance des temps n’est réellement pas troublée.
-
-
-PRESSER QUELQU’UN D’UNE COURTOISIE:
-
- Toute _la courtoisie_ enfin _dont je vous presse_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 4.)
-
-
-PRÊT A, près de, sur le point de:
-
- Je vous vois _prêt_, monsieur, _à_ tomber en foiblesse.
-
- (_Sgan._ 11.)
-
- Si c’est vous offenser,
- Mon offense envers vous n’est pas _prête à_ cesser.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
---PRÊT DE, disposé à, sur le point de:
-
- Ajoute que ma mort
- Est _prête d’expier_ l’erreur de ce transport.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
-Molière, en ce sens, a dit deux fois _prêt à_:
-
- Le voilà _prêt à faire_ en tout vos volontés.
-
- (_Ibid._ III. 8.)
-
- Et que me sert d’aimer comme je fais, hélas!
- Si vous êtes si _prête à ne le croire pas_?
-
- (_Mélicerte._ II. 3.)
-
-Mais son habitude est _prêt de_:
-
- Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense,
- je suis _tout prêt de mourir_ pour vous en venger.
-
- (_Pr. d’Él._ V. 2.)
-
- Vous n’avez qu’à parler, je suis _prêt d’obéir_.
-
- (_Mélicerte._ II. 5.)
-
- Et il n’y a pas quatre mois encore, qu’étant _toute prête
- d’être mariée_, elle rompit tout net le mariage....
-
- (_L’Av._ II. 7.)
-
- Je suis _prêt de_ soutenir cette vérité contre qui que ce soit.
-
- (_Ibid._ V. 5.)
-
- Est-il l’heure de revenir chez soi quand le jour est _prêt de_
- paroître?
-
- (_G. D._ III. 11.)
-
-Quelques éditions modernes ont imprimé ici _près de_; cette correction,
-ou plutôt cette infidélité, est impossible dans les exemples qui
-précèdent.
-
-Tous les grands écrivains du XVIIe siècle ont employé _prêt de_ pour
-_disposé à_:
-
- «Qu’on rappelle mon fils, qu’il vienne se défendre;
- «Qu’il vienne me parler, je suis _prêt de l’entendre_.»
-
- (RACINE. _Phèdre._ V. 5.)
-
-Le bon usage donnait même la préférence à _prêt de_: «Lorsque _prêt_
-signifie _sur le point_, _prêt de_ est beaucoup meilleur.» (BOUHOURS,
-_Rem. nouv._)
-
- «Elle estoit _preste d’accoucher_.»
-
- (SCARRON. _Rom. com._ I. 13.)
-
- «Je le vis tout _prest d’abandonner_ son bucéphale, pour
- marcher à pied à la teste des fantassins.»
-
- (ST.-ÉVREMOND. _Conv. du P. Canaye._ éd. de Barbin, 1697.)
-
- LA SERRE.
-
- «Es-tu si _prêt d’écrire_?
-
- CASSAIGNE.
-
- Es-tu las d’imprimer?»
-
- (BOILEAU.)
-
- «Dites un mot, seigneur, soldats et matelots
- «Seront _prêts_ avec vous _de traverser_ les flots.»
-
- (CRÉBILLON. _Electre._)
-
- «Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie,
- est encore _prêt de suivre_ les consuls.»
-
- (VERTOY.)
-
- «Ils coururent chez un de ses oncles où il s’étoit retiré, et
- d’où il étoit _prêt de sortir_ pour aller se battre.»
-
- (FLÉCHIER. _Les Grands Jours_, p. 194.)
-
- «Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d’amour, toute _prête
- de réparer_ cette faute si son mari le souhaitoit, et quand
- même il ne le souhaiteroit pas.»
-
- (LA FONT. _Psyché._ l. 1.)
-
-C’est _paratus de_ au lieu de _paratus ad_. La première forme était
-celle qu’avait choisie le moyen âge:
-
- «S’il y est, il sera tout _prest
- «De vous payer_ à la raison.»
-
- (_Le Nouv. Pathelin._)
-
- «Ouy, mon amy, je suis _prest_
- «_De vous despescher_ vistement.»
-
- (_Ibid._)
-
- «Je suis _tout prest de recevoir_.»
-
- (_Ibid._)
-
-Les grammairiens modernes reconnaissent l’emploi de _prêt de_ dans tous
-les écrivains du XVIIe siècle, et, en le tolérant comme un archaïsme,
-ils s’avisent d’une distinction subtile autant qu’elle est chimérique:
-_Prêt de_, disent-ils, s’employait pour _disposé à_, mais non jamais
-pour signifier _sur le point de_, car il fallait toujours alors mettre
-l’adverbe _près de_.
-
-On voit par les exemples de Molière la vanité de cette règle. _Ma
-mort est prête d’expier ce transport_;--_étant toute prête d’être
-mariée...._;--_le jour est prêt de paroître_; ne sont pas des phrases
-où l’on puisse substituer _disposé à_.
-
-La distinction rigoureuse et constante entre l’adverbe _près_
-(_presso_) et l’adjectif prêt (_paratus_) paraît être venue tard:
-c’est un des résultats heureux, je crois, de l’analyse moderne.
-Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l’oreille
-identifie; et quant aux compléments _à_ ou _de_, comme ils
-s’employaient sans cesse et correctement l’un pour l’autre, ils ne
-pouvaient qu’entretenir la confusion, loin de l’empêcher.
-
-
-PRÊTE-JEAN:
-
-C’est ainsi que Molière écrit, et non _prêtre Jean_, personnage qui est
-appelé, dans les chroniques latines, _presbyter Joannes_, et _pretiosus
-Joannes_. J. Scaliger était pour le dernier.
-
- Ce qui s’agite dans les conseils du _prête-Jean_ ou du Grand
- Mogol.
-
- (_Comtesse d’Escarb._ 1.)
-
-«On appela d’abord _prêtre Jean_ un prince tartare qui combattit
-Gengis. Des religieux envoyés auprès de lui prétendirent qu’ils
-l’avaient converti, l’avaient nommé _Jean_ au baptême, et même lui
-avaient conféré le sacerdoce: de là cette qualification de _prêtre
-Jean_, qui est devenue depuis, _on ne sait pourquoi_, celle d’un prince
-nègre, moitié chrétien schismatique et moitié juif. C’est de ce dernier
-qu’il est question ici.» (M. AUGER.)
-
-Voici à présent l’explication de Trévoux:
-
-«_Prestre Jean._ On appelle ainsi l’empereur des Abyssins, parce que
-autrefois les princes de ce pays étoient réellement prestres, et que le
-mot _Jean_, en leur langue, veut dire _Roi_.
-
-«..... Le nom de _prestre Jean_ est tout à fait inconnu en Éthiopie; et
-cette erreur vient de ce que ceux d’une province où ce prince réside
-souvent, quand ils lui veulent demander quelque chose, crient _Jean
-coi_, c’est-à-dire, _mon roi_.»
-
-C’est le cas de s’écrier aussi, avec le bonhomme Trufaldin:
-
- Oh! oh! qui des deux croire?
- Ce discours au premier est fort contradictoire.
-
-Ceux qui voudront en lire davantage sur le _prêtre_ ou _prête Jean_,
-peuvent consulter Du Cange au mot _Presbyter Joannes_.
-
-
-PRÉTENDRE QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE:
-
- C’est inutilement qu’_il prétend done Elvire_.
-
- (_D. Garcie._ I. 1.)
-
- Donnez-en à mon cœur _les preuves qu’il prétend_.
-
- (_Ibid._ I. 5.)
-
- Quoi! si vous l’épousez, elle pourra _prétendre
- Les mêmes libertés_ que fille on lui voit prendre?
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
- Et par de prompts transports donne un signe éclatant
- De l’estime qu’il fait de _celle qu’il prétend_.
-
- (_Fâcheux._ II. 4.)
-
- Et la preuve après tout que je vous en demande,
- C’est de ne plus souffrir qu’Alceste _vous prétende_.
-
- (_Mis._ V. 2.)
-
- Ces deux nymphes, Myrtil, à la fois _te prétendent_.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
- Toutes vos poursuites auprès d’une personne _que je prétends_
- pour moi.
-
- (_L’Av._ IV. 3.)
-
-Molière a dit aussi PRÉTENDRE A QUELQU’UN:
-
- Il ne _prétend à vous_ qu’en tout bien et en tout honneur.
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
-Et PRÉTENDRE SUR QUELQUE CHOSE:
-
- Moi, madame? Et _sur quoi_ pourrois-je en rien _prétendre_?
-
- (_Mis._ III. 7.)
-
---A CE QUE JE PRÉTENDS, j’espère:
-
- Et vous n’y montez pas[72], _à ce que je prétends_,
- Pour être libertine et prendre du bon temps.
-
- (_Éc. des fem._ III. 2.)
-
- [72] Au rang de femme.
-
-
-PRÊTER LA MAIN A...:
-
- Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de _prêter
- la main_, comme vous faites, aux sottises de mon mari.
-
- (_B. gent._ IV. 2.)
-
-(Voyez au mot DONNER, DONNER LA MAIN ou LES MAINS.)
-
---PRÊTER LE COLLET, soutenir une lutte:
-
- _Je vous prêterai le collet_ en tout genre d’érudition.
-
- (_Am. méd._ II. 4.)
-
-
-PRÉTEXTE A (un infinitif):
-
- Henriette, entre nous, est un amusement,
- Un voile ingénieux, _un prétexte_, mon frère,
- _A couvrir_ d’autres feux dont je sais le mystère.
-
- (_Fem. sav._ II. 3.)
-
-
-PRIER D’UNE FÊTE, y inviter:
-
- Pressez vite le jour de la cérémonie;
- J’y prends part, et déjà moi-même _je m’en prie_.
-
- (_Éc. des f._ V. 8.)
-
-
-PRINCIPAUTÉ; SA PRINCIPAUTÉ, comme _sa majesté_, _son altesse_, ou bien
-sa qualité de prince:
-
- MORON. Je l’ai trouvé un peu impertinent, n’en déplaise à _sa
- principauté_.
-
- (_Princ. d’Él._ III. 3.)
-
-
-PRISES; EN ÊTRE AUX PRISES, être près d’en venir aux prises:
-
- Souvent _nous en étions aux prises_;
- Et vous ne croiriez point de combien de sottises....
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-
-PRODUIRE A QUELQU’UN, lui montrer, lui présenter:
-
- Quoi! deux Amphitryons ici _nous sont produits_!
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
- Voici l’homme qui meurt du désir de vous voir.
- En _vous le produisant_, je ne crains point le blâme
- D’avoir admis chez vous un profane, madame.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
---SE PRODUIRE, se montrer:
-
- Ah, ah! cette impudente ose encor _se produire_?
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
-
-PROMENER, verbe neutre, sans le pronom réfléchi:
-
- Qu’on me laisse ici _promener_ toute seule.
-
- (_Am. magn._ I. 6.)
-
-Sur la suppression du pronom, voyez ARRÊTER.
-
---PROMENER QUELQU’UN SUR.... au figuré:
-
- Ma jalousie à tout propos
- _Me promène sur ma disgrâce_.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-Ramène ma pensée sur ma disgrâce.
-
-
-PROMETTRE, assurer:
-
- Je vous _promets_ que je ne saurois les donner à moins.
-
- (_Méd. m. l._ I. 6.)
-
-
-_PRONOM DE LA PREMIÈRE PERSONNE_, construit avec un verbe à la
-troisième:
-
- Et que me diriez-vous, monsieur, si c’étoit _moi_
- Qui vous _eût_ procuré cette bonne fortune?
-
- (_Dép. am._ III. 7.)
-
-Cette tournure ne choque pas, parce que _eût_ figure avec _c’était_,
-et non pas avec _moi_. Au reste, Molière a donné cela au besoin de la
-mesure, car, deux vers plus loin, il rentre dans la forme ordinaire:
-
- C’est _moi_, vous dis-je, _moi_, dont le patron le sait,
- Et qui vous _ai_ produit ce favorable effet.
-
- (_Ibid._ III. 7.)
-
-Molière a employé encore ailleurs cette discordance de personnes:
-
- Ce ne seroit pas _moi_ qui _se feroit_ prier.
-
- (_Sgan._ 2.)
-
- En ce cas, c’est _moi_ qui _se nomme_ Sganarelle.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
- _Nous_ chercherons partout à trouver à redire,
- Et _ne verrons_ que nous qui _sachent_ bien écrire.
-
- (_Fem. sav._ III. 2.)
-
-Molière mettait ici le verbe en accord avec le pronom relatif,
-qui désigne en effet la 3e personne. L’usage prescrit absolument
-aujourd’hui le verbe à la 1re personne, _qui sachions_. Au surplus,
-comme la mesure eût été la même, on est induit à penser que du temps de
-Molière la règle n’était pas encore fixée sur ce point.
-
-
-_PRONOM RÉFLÉCHI_, supprimé:
-
- Les mauvais traitements qu’il me faut endurer
- Pour jamais de la cour me feroient _retirer_.
-
- (_Fâcheux._ III. 2.)
-
- Je ne feindrai point de vous dire que le hasard _nous a fait
- connoître_ il y a six jours.
-
- (_Mal. im._ I. 5.)
-
-Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition _nous a fait
-nous connoître; me feroient me retirer_. Il pouvait dire, _nous a
-fait connoître l’un à l’autre_; mais il a pensé que la rapidité de
-l’expression ne faisait ici rien perdre à la clarté, et pour un
-dialogue était assez correcte.
-
-J’observe que les bons écrivains du XVIIe siècle n’expriment jamais
-qu’une fois le pronom personnel, quand la tournure de la phrase et
-l’emploi d’un verbe réfléchi sembleraient, comme ici, exiger qu’il fût
-exprimé deux fois.
-
-
-_PRONOM RELATIF_, séparé de son substantif:
-
- Et j’ai des _gens_ en main _que_ j’emploierai pour vous.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
- Tandis que _Célimène_ en ses liens s’amuse,
- _De qui_ l’humeur coquette et l’esprit médisant
- Semblent donner si fort dans les mœurs d’à présent.
-
- (_Ibid._ I. 1.)
-
-Ce tour est si fréquent dans Molière et dans tous les écrivains du
-XVIIe siècle, qu’il a paru superflu d’en rassembler ici d’autres
-exemples.
-
-
-PROPOS; METTRE DANS LE PROPOS:
-
- Et, pour ne vous point _mettre_ aussi _dans le propos_...
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-
-PROPRE, au sens d’_élégant_, _paré_:
-
- DORANTE. Comment, monsieur Jourdain, vous voilà le plus
- _propre_ du monde!
-
- (_B. gent._ III. 4.)
-
-
-PROU, adverbe, beaucoup; archaïsme:
-
- J’ai _prou_ de ma frayeur en cette conjecture.
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
-_Prou_, par apocope de _proufit_ (_profit_). En italien, _pro_ n’est que
-substantif: _Buon pro vi faccia._--Bon prou vous fasse.
-
-La _Civilité puérile et honnête_ apprenait aux enfants à dire à leurs
-père et mère, après les grâces, _prouface_, c’est-à-dire, _bon prou
-vous fasse_; que ce repas vous profite.
-
-En français, _prou_ fait aussi l’office d’adverbe, comme ces autres
-substantifs monosyllabes, _pas_, _point_, _mie_, _trop_, _rien_.
-
-(Voyez PAS; RIEN.)
-
- «L’un jura foi de roi, l’autre foi de hibou,
- «Qu’ils ne se goberoient leurs petits _peu ni prou_.»
-
- (LA FONT. _L’Aigle et le Hibou._)
-
-
-PRUNES; POUR DES PRUNES, pour rien:
-
- CLIMÈNE. Ce _le_, où elle s’arrête, n’est pas mis _pour des
- prunes_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-Molière prête à Climène cette trivialité, pour faire un contraste
-plaisant avec le superbe néologisme de cette précieuse, et l’importance
-qu’elle attache à ce _le_.
-
-La même intention paraît dans Sganarelle, qui, interrogé au plus fort
-de son chagrin, répond:
-
- Si je suis affligé, ce n’est pas _pour des prunes_.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
- ARNOLPHE.
-
- Diantre, _ce ne sont pas des prunes_ que cela!
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
-
-PUBLIER POUR (un adjectif), faire passer publiquement pour...:
-
- Et que direz-vous de la marquise Araminte, qui _la publie
- partout pour épouvantable_? (la comédie de _l’École des
- femmes_).
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
-
-PUER SON ANCIENNETÉ:
-
- ... Ah! _sollicitude_ à mon oreille est rude;
- Il _put_ étrangement son ancienneté.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-Ce présent se dérive de la forme _puir_, qui est la primitive; _puer_
-est moderne. «C’est _puir_ que sentir bon.» (MONTAIGNE.)
-
-«PUER ou PUÏR, verbe neutre. L’Académie ne parle que de _puer_,
-et point du tout de _puir_. Danet en parle comme l’Académie; mais
-Richelet, aussi bien que Furetière, les admet tous deux, en disant
-que ce sont deux verbes défectueux; que _puïr_ ne se dit point à
-l’infinitif, mais seulement _puer_, et qu’ils empruntent l’un de
-l’autre quelques temps. Quoi qu’il en soit, on ne conjugue point _je
-pue_, ni _je puïs_, comme il semble qu’on devroit conjuguer; mais _je
-pus_, _tu pus_, _il put_.» (TRÉVOUX.)
-
-L’exemple tiré de Montaigne, auquel on en pourrait ajouter mille
-autres, prouve l’erreur de Richelet et de Furetière quant à l’infinitif
-_puïr_: ils ont pris pour défectueux deux verbes très-complets chacun
-de sa part, mais différents d’âge. Les dernières lignes de Trévoux
-prouvent qu’en 1740 la forme moderne n’avait pas encore supplanté
-l’ancienne complétement, et que _puïr_ subsistait toujours dans le
-présent de l’indicatif. A plus forte raison, en 1672 Molière ne
-pouvait-il écrire, comme le mettent certaines éditions: «Il _pue_
-étrangement.....» (Voyez SENTIR.)
-
-
-PUNISSEUR; FOUDRE PUNISSEUR:
-
- Il ne veut le montrer qu’en tête d’une armée,
- Et tout prêt à lancer _le foudre punisseur_.
-
- (_D. Garcie._ I. 2.)
-
-
-PUNITION; FAIRE LA PUNITION DE... SUR...:
-
- Ils _en feront sur votre personne toute la punition_ que leur
- pourront offrir et les poursuites de la justice, et la chaleur
- de leur ressentiment.
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-Molière dit de même, _faire la justice_ d’un crime.
-
-
-PURGER (SE) DE SA MAGNIFICENCE, l’expliquer, la justifier:
-
- L’autre, _pour se purger de sa magnificence_,
- Dit qu’elle gagne au jeu l’argent qu’elle dépense.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
---SE PURGER D’UNE IMPOSTURE, en démontrer la fausseté:
-
- Votre Majesté juge bien elle-même...... quel intérêt j’ai enfin
- à _me purger de leur imposture_.
-
- (1er _Placet au roi_.)
-
-
-QUAND... ET QUE...:
-
- Enfin, _quand_ il (le ciel) exposeroit à mes yeux un miracle
- d’esprit, d’adresse et de beauté, _et que_ cette personne
- m’aimeroit avec toutes les tendresses imaginables; je vous
- l’avoue franchement, je ne l’aimerois pas.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 4.)
-
- Oui, _quand_ Alexandre seroit ici, _et que_ ce seroit votre
- amant......
-
- (_Sicilien._ 12.)
-
- «_Quand_ un homme nous auroit ruinés, estropiés, brûlé nos
- maisons, tué notre père, _et qu’_il se disposeroit encore à
- nous assassiner...»
-
- (PASCAL. 14e _Prov._)
-
-Cette tournure paraît lâche et incorrecte. On observera dans la phrase
-de Pascal une autre négligence, c’est le même _nous_ servant à la fois
-comme accusatif et comme datif: _nous_ aurait ruinés, _nous_ aurait tué
-notre père.
-
-
-QUANT-A-MOI, substantif. (Voyez TENIR SON QUANT-A-MOI).
-
-
-QUASI, presque:
-
- Figurez-vous donc que Télèbe,
- Madame, est de ce côté.
- C’est une ville, en vérité,
- Aussi grande _quasi_ que Thèbe.
-
- (_Amph._ I. 1.)
-
-Ce mot a joui d’une grande faveur jusqu’à la fin du XVIIe siècle:
-
- «Nous sommes _quasi_ en tout iniques juges de leurs actions
- (des femmes).»
-
- (MONTAIGNE. III. 5.)
-
- «....... Notre grande méthode (de diriger l’intention), dont
- l’importance est telle, que j’oserois _quasi_ la comparer à la
- doctrine de la probabilité.»
-
- (PASCAL, 7e _Prov._)
-
- «Je ne me laisse pas emporter aux haines publiques, que je sais
- estre _quasi_ toujours injustes.»
-
- (VOITURE.)
-
- «L’amour n’a _quasi_ jamais bien establi son pouvoir qu’après
- avoir ruiné celui de nostre raison.»
-
- (ST.-ÉVREMOND.)
-
- «Le mot _quasi_ n’est pas mauvais, et il ne faut faire nul
- scrupule de s’en servir, surtout dans les discours de longue
- haleine.»
-
- (PATRU.)
-
-Là commencent les retours: Vaugelas, Ménage, Bouhours, Thomas
-Corneille, ont condamné _quasi_, les uns plus sévèrement, les autres
-moins; les plus indulgents ne l’ont toléré que par pitié.
-
-Le temps a donné gain de cause à Vaugelas, qui le proscrivait net, et
-le chassait du _beau langage_.
-
-
-QUE.
-
-Ce mot est entré dans la langue française pour y représenter 1°
-l’adverbe latin _quòd_;
-
-2° Les accusatifs du pronom relatif _qui_, _quæ_, _quod_, et le neutre
-_quid_;
-
-3° L’adverbe _quàm_ dans les formules de comparaison: plus pieux que
-vous, magis pius _quàm_ tu.
-
-Enfin, il figure dans quelques autres locutions qui ne sont point
-prises du latin, et sont des idiotismes de notre langue.
-
-Molière nous fournit des exemples de ces divers emplois de QUE; nous
-allons les rapporter dans l’ordre où ils viennent d’être mentionnés.
-
---QUE (_quòd_), entre deux verbes, tous deux à l’indicatif:
-
- Ah! madame, _il suffit_, pour me rendre croyable,
- _Que_ ce qu’on vous promet _doit_ être inviolable.
-
- (_D. Garcie._ I. 3.)
-
- _Est-il_ possible _que_ toujours _j’aurai_ du dessous avec elle?
-
- (_G. D._ II. 13.)
-
- _Est-il_ possible _que vous serez_ toujours embéguiné de vos
- apothicaires et de vos médecins?
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-L’idée du second verbe énonce un fait certain, c’est pourquoi on
-met l’indicatif. Le doute, ou plutôt l’exclamation, s’exprime dans
-l’autre partie de la phrase. Vous serez toujours embéguiné des
-médecins;--j’aurai toujours du dessous avec elle;--cela est-il possible?
-
- «_Croyez-vous qu’_il _suffit_ d’être sorti de moi?»
-
- (CORN. _Le Menteur._)
-
-Il suffit d’être sorti de moi.--Le croyez-vous? La première proposition
-paraît incontestable à Dorante.
-
-Montaigne, parlant du nouveau monde, se sert de la même tournure:
-
- «Bien _crains-je que_ nous luy _aurons_ très fort hasté sa
- ruine par nostre contagion, et _que nous luy aurons_ bien cher
- vendu nos opinions et nos arts!»
-
- (MONTAIGNE. III. 6.)
-
-Observez que dans tous ces exemples le premier verbe est au présent de
-l’indicatif, et le second au futur.
-
---QUE pour _de ce que_, répondant au latin _quòd_, adverbe; S’OFFENSER
-QUE (suivi d’un autre verbe):
-
- Et cet arrêt suprême
- Doit m’être assez touchant pour ne pas _s’offenser
- Que_ mon cœur par deux fois _le fasse répéter_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 14.)
-
- Vous aurez la consolation _qu’elle_ sera morte dans les formes.
-
- (_Am. méd._ II. 5.)
-
-Hoc erit tibi solamen _quòd_..... Cette consolation (savoir) que elle
-sera morte... etc.
-
- Voilà qui m’étonne, _qu’en_ ce pays-ci les formes de la justice
- ne soient point observées.
-
- (_Pourc._ III. 2.)
-
-La Fontaine a dit, par la même tournure, _prier que_ et _menacer que_.
-
- «Quelques voyageurs _le prièrent_, au nom de Jupiter
- hospitalier, _qu’il leur enseignât_ le chemin qui conduisoit à
- la ville....... Ésope _le menaça que_ ses mauvais traitements
- _seroient sus_.»
-
- (_Vie d’Ésope._)
-
-Cette construction est très-commode, et abrége un long détour; mais
-elle ne paraît pas admissible hors du dialogue ou du style familier.
-
---QUE dans cette formule, IL N’EST PAS QUE; c’est-à-dire, _pas possible
-que_:
-
- _Il n’est pas que_ vous ne sachiez quelques nouvelles de cette
- affaire.
-
- (_L’Av._ V. 2.)
-
-Le comte de Foix, dit Froissart, fit mourir dans des supplices
-horribles quinze de ses serviteurs:
-
- «Et la raison que il y mist et mettoit estoit telle: que _il ne
- pouvoit estre que_ ils ne sceussent de ses secrets.»
-
- (FROISSART, liv. III.)
-
-Les Latins ont de même employé _quòd_ et _quin_. «Hoc est _quòd_ ad
-vos venio.» (PLAUTE.) C’est cela _que_ je viens à vous.--«Non possum
-_quin_ exclamem.» (CICÉRON.) Je ne peux _que_ je ne m’écrie.
-
-(Voy. POUVOIR.)
-
---QUE, ouvrant une formule de souhait (en latin QUOD UTINAM,
-Salluste.)
-
- _Que_ puissiez vous avoir toutes choses prospères!
-
- (_Dép. am._ III. 4.)
-
- _Que_ maudit soit l’amour, et les filles maudites
- Qui veulent en tâter, puis font les chatemites!
-
- (_Dép. am._ V. 4)
-
- Le pauvre homme! Allons vite en dresser un écrit,
- Et _que puisse_ l’envie en crever de dépit!
-
- (_Tart._ III. 7.)
-
-Cette locution s’explique par l’ellipse: _Je souhaite_, _je prie Dieu
-que_.... etc.
-
---QU’AINSI NE SOIT, espèce de formule oratoire au commencement d’une
-phrase, comme le _verum enimvero_ de Cicéron (déjà surannée du temps de
-Molière):
-
- 1er MÉDECIN.
-
- _Qu’ainsi ne soit_: pour diagnostique incontestable de ce que
- je dis.....
-
- (_Pourc._ I. 11.)
-
---QUE pour _à ce que_, dans ces formules, QUE JE CROIS, QUE JE PENSE:
-
- Vous n’avez pas été sans doute la première,
- Et vous ne serez pas, _que je crois_, la dernière.
-
- (_Dép. am._ III. 9.)
-
- Vous devez, _que je croi_,
- En savoir un peu plus de nouvelles que moi.
-
- (_Ibid._)
-
- On aura, _que je pense_,
- Grande joie à me voir après dix jours d’absence.
-
- (_Éc. des fem._ I. 2.)
-
- Parbleu! vous êtes fou, mon frère, _que je croi_.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
- Vous n’aurez, _que je crois_, rien à me repartir.
-
- (_Ibid._ IV. 4.)
-
- Vous n’êtes pas d’ici, _que je crois_?
-
- (_G. D._ I. 2.)
-
- Je n’ai pas besoin, _que je pense_, de lui recommander de la
- faire agréable.
-
- (_Ibid._ II. 5.)
-
- Je m’y suis pris, _que je crois_, de toutes les tendres
- manières dont un amant se peut servir.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
-L’usage a prévalu de supprimer dans ces formules le _que_ comme
-surabondant.
-
---QUE JE SACHE:
-
- Il n’est point de destin plus cruel, _que je sache_.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-Traduction rigoureuse de la formule latine _quod sciam_.
-
---QUE répondant au neutre _quod_, dans N’AVOIR QUE FAIRE:
-
- Et vous êtes un sot de venir vous fourrer _où vous n’avez que_
- faire.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 2.)
-
- Je n’ai _que_ faire de votre aide.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 2.)
-
- Je n’ai _que_ faire de vos dons.
-
- (_L’Av._ IV. 5.)
-
---QUE répondant à l’ablatif du _qui_ relatif latin, où, auquel, dans
-lequel, par où:
-
- L’argent dans notre bourse entre agréablement;
- Mais _le terme_ venu _que_ nous devons le rendre,
- C’est lors que les douleurs commencent à nous prendre.
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
- Las! _en l’état qu’_il est, comment vous contenter?
-
- (_Ibid._ II. 4.)
-
- _A l’heure que_ je parle, un jeune Égyptien,
- Qui n’est pas noir pourtant.......
-
- (_Ibid._ IV. 9.)
-
- D’abord il a si bien chargé sur les recors,
- Qui sont gens d’ordinaire à craindre pour leur corps,
- Qu’_à l’heure que je parle_ ils sont encore en fuite.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
- Je la regarde en femme, _aux termes qu’_elle en est.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- Je regarde les choses _du côté qu’_on me les montre.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
- _De la façon qu’_elle a parlé, tout ce qu’elle en a fait a été
- sans dessein.
-
- (_Sicilien._ 16.)
-
- On se défend d’abord; mais, _de l’air qu’on s’y prend_,
- On fait entendre assez que notre cœur se rend.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
- Est-il possible, notre gendre, qu’il n’y ait pas moyen de vous
- instruire _de la manière qu’_il faut vivre parmi les personnes
- de qualité?
-
- (_G. D._ I. 4.)
-
-_Quo modo_ vivendum sit.
-
- Nous voilà au temps, m’a-t-il dit, _que_ je dois partir pour
- l’armée.
-
- (_Scapin._ II. 8.)
-
- Et l’on vous a su prendre _par l’endroit seul que_ vous êtes
- prenable.
-
- (1er _Placet au roi_.)
-
-M. Auger fait ici la remarque suivante:
-
-«_Prendre_ et _prenable_, appartenant à deux propositions distinctes,
-devraient avoir chacun leur complément indirect, et ils n’en ont qu’un
-à eux deux. C’est là qu’est la faute. Il faudrait: On a su vous prendre
-_par l’endroit seul par lequel_....»
-
-Je sais bien que M. Auger est avec l’usage, au moins l’usage moderne,
-et Molière hors de cet usage; mais je ne crains pas de dire: Tant pis
-pour l’usage moderne! Qui ne voit l’immense avantage de ce rapide
-monosyllabe _que_ sur cette lourde et pesante tournure, _par l’endroit
-par lequel_?
-
-La raison alléguée par M. Auger en faveur de l’usage ne vaut rien.
-Qu’importe en effet que _prendre_ et _prenable_ n’aient pour eux deux
-qu’un seul complément, s’ils le gouvernent tous deux de même? _Prendre
-par_ un endroit; _prenable par_ un endroit. Et où prend-il lui-même
-cette loi, qu’il faut deux compléments lorsqu’il y a deux propositions
-distinctes? Enfin, peut-on dire qu’il y ait ici deux propositions
-distinctes? Ce sont là toutes arguties de grammairien. Pour faire voir
-la légitimité de la construction de Molière au point de vue de la
-logique, il n’y a qu’à traduire sa phrase en latin:--_Captus es quo
-loco capi poteras_.--Le _que_ n’est aussi exprimé qu’une fois.
-
-Voici un tableau qui fera comprendre, mieux que tous les raisonnements
-subtils, le jeu de ces relatifs QUI, QUE, QUOI. J’en puise les éléments
-dans la grammaire de Jehan Masset, imprimée à la suite du dictionnaire
-de Nicot (1606.)
-
-QUI, nominatif de tout genre et de tout nombre:
-
- { Le père }
- Exemples: { La mère } QUI vous aiment.
- { Les pères }
- { Les mères }
-
-QUE, accusatif de tout genre et de tout nombre:
-
- Exemples: { Le père, la mère } QUE vous aimez.
- { Les pères, les mères }
-
-QUE sert aussi pour les neutres _quid_ et _quod_. _Que_ dites-vous?
-(_quid_ dicis?) Ce _que_ je sais (_quod_ scio).
-
-QUOI, accusatif neutre.--_Quoi_ voyant, ou _ce que_ voyant..... _quod_
-cum videret.--_Quoi que_ vous disiez, littéralement en latin du moyen
-âge, _quid quod dicas_.
-
- «_De la façon enfin qu’_avec toi j’ai vécu,
- «Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»
-
- (CORN. _Cinna._)
-
- «_Au temps que_ les bêtes parloient.....»
-
- (LA FONTAINE.)
-
- «_Le jour suivant, que_ les vapeurs de Bacchus furent
- dissipées, Xantus fut extrêmement surpris de ne plus trouver
- son anneau.»
-
- (Id. _Vie d’Ésope._)
-
- «Un jour viendra _que_ votre méchanceté ne trouvera point de
- retraite sûre, non pas même dans les temples.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
-Un jour viendra _dans lequel_.
-
---QUE, suivi de _ne_, répondant au latin _quin_ ou _quin_ ou
-_quominus_:
-
- Et ce bien, par la fraude entré dans ma maison,
- N’en sera point tiré _que_ dans cette sortie
- Il _n’_entraîne du mien la meilleure partie.
-
- (_Dép. am._ III. 3.)
-
- Entrez dans cette porte,
- Et sans bruit ayez l’œil _que_ personne _n’_en sorte.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
-Afin que personne, pour empêcher que personne n’en sorte.
-
- Il n’avouera jamais qu’il est médecin,..... _que_ vous _ne_
- preniez chacun un bâton.....
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
-_Quin_ baculum sumas: A moins que vous ne preniez un bâton.
-
- Je ne sais qui me tient, infâme,
- _Que_ je _ne_ t’arrache les yeux.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
-_Quin_ oculos tibi eripiam.
-
- Passe, mon pauvre ami, crois-moi,
- _Que_ quelqu’un ici _ne_ t’écoute.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- Sors vite, _que_ je _ne_ t’assomme.
-
- (_L’Av._ I. 3.)
-
- Allez vite, _qu’_il _ne_ nous voie ensemble.
-
- (_Pourc._ III. 1.)
---NE POUVOIR QUE... NE:
-
- Dans le fond, je suis de votre sentiment, et _vous ne pouvez
- pas que_ vous _n’_ayez raison.
-
- (_L’Av._ I. 7.)
-
-«Non possum quin exclamem.» (CICER.) Je ne puis que je ne m’écrie; je
-ne puis m’empêcher de m’écrier.
-
---QUE, répondant au latin _quàm_, _præterquàm_, _nisi_, excepté, sinon:
-
- Mais quoi! que feras-tu _que_ de l’eau toute claire?
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
- Ont-elles répondu _que_ oui et non à tout ce que nous avons pu
- leur dire?
-
- (_Préc. rid._ 1.)
-
- Où trouver, sire, une protection _qu’_au lieu où je la viens
- chercher? et qui puis-je solliciter..... _que_ la source de la
- puissance et de l’autorité?
-
- (2e _Placet au roi_.)
-
- Je vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi _que_
- ce qui peut être permis par l’honneur et la bienséance.
-
- (_L’Av._ IV. 1.)
-
- Descendons-nous tous deux _que_ de bonne bourgeoisie?
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
- «Je l’ai suivi (Planude), sans retrancher de ce qu’il a dit
- d’Ésope _que_ ce qui m’a semblé trop puéril.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
---QUE répondant au latin _cum_, lorsque, tandis que:
-
- Il aime quelquefois sans qu’il le sache bien,
- Et croit aimer aussi, parfois _qu’_il n’en est rien.
-
- (_Mis._ IV. 1.)
-
-Tandis qu’il n’en est rien.
-
- Comment voudriez-vous qu’ils traînassent un carrosse, _qu’_ils
- ne peuvent pas se traîner eux-mêmes?
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
-Lorsqu’ils ne peuvent pas.
-
- Où me réduisez-vous, _que_ de me renvoyer à ce que voudront
- permettre, etc....
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
-Lorsque vous me renvoyez.
-
- Et la raison bien souvent les pardonne,
- _Que_ l’honneur et l’amour ne les pardonnent pas.
-
- (_Amph._ III. 8.)
-
---QUE _elliptique_; tel que, ou, adverbialement, tellement que, de
-telle sorte que:
-
- Je suis dans une colère, _que_ je ne me sens pas!
-
- (_Mar. for._ 6.)
-
-Telle, que je ne me sens pas.
-
- J’ai une tendresse pour mes chevaux, _qu’_il me semble que
- c’est moi-même.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
-Telle, qu’il me semble....
-
- Suis-je faite d’un air, à votre jugement,
- _Que_ mon mérite au sien doive céder la place?
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-D’un tel air que mon mérite, etc.
-
- Et vous me le parez[73] tous deux _d’une manière,
- Qu’_on ne peut rien offrir qui soit plus précieux.
-
- (_Ibid._ I. 3.)
-
- [73] Le choix qu’ils font d’elle.
-
- «Nous ne laissâmes pas toutefois de délier l’homme et la femme,
- que la crainte tenoit saisis _à un point qu’_ils n’avoient pas
- la force de nous remercier.»
-
- (_Gil Blas._ liv. V. ch. 2.)
-
- On lève des cachets, _qu’_on ne l’aperçoit pas.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-De telle sorte que l’on ne l’aperçoit pas.
-
- Souvent on se marie,
- _Qu’_on s’en repent après tout le temps de sa vie.
-
- (_Fem. sav._ V. 5.)
-
-Tellement, de telle façon que l’on s’en repent.
-
---QUE, relatif après _ce que_:
-
- Bon! voilà _ce qu’_il nous faut _qu’_un compliment de créancier.
-
- (_Don Juan._ IV. 2.)
-
---ET QUE... en relation avec _en_:
-
- J’_en_ suis persuadé,
- _Et que_ de votre appui je serai secondé.
-
- (_Fem. sav._ IV. 6.)
-
---QUE DIABLE:
-
- _Que diable_ est-ce là? Les gens de ce pays-ci sont-ils
- insensés?
-
- (_Pourc._ I. 12.)
-
-Il faut écrire _quel diable_, qu’on prononçait _queu diable_, et qu’on
-a fini par écrire _que diable_.
-
-(Voyez DIABLE.)
-
- Si vous n’êtes pas malade, _que diable_ ne le dites-vous donc!
-
- (_Méd. m. lui._ II. 9.)
-
-Dans cette construction, _que_ répond au latin _cur_. Pourquoi
-(diable!) ne le dites-vous donc? La véritable ponctuation serait
-d’isoler le mot _diable_: Que, diable! ne le dites-vous? _Quin_,
-ædepol, illud, aperis? (Voyez, p. 337, QUE suivi de _ne_.)
-
-On pourrait encore expliquer _que diable_ ne le dites-vous, _quel
-diable_ ne le dites-vous? c’est-à-dire, quel diable vous empêche de le
-dire? Ce serait une de ces constructions interrompues dont il y a des
-exemples dans toutes les langues, et surtout dans la nôtre.
-
---QUE NE, après _tarder_:
-
- Adieu; _il me tarde_ déjà _que je n’_aie des habits
- raisonnables, pour quitter vite ces guenilles.
-
- (_Mar. for._ 4.)
-
---QUE NON PAS, après _aimer mieux_:
-
- Et tout ce que vous m’avez dit, je l’aime bien mieux une feinte
- _que non pas_ une vérité.
-
- (_Pr. d’Él._ V. 2.)
-
---QUE... QUI:
-
- C’est vous, si quelque erreur n’abuse ici mes yeux,
- _Qu’_on m’a dit _qui_ vivez inconnu dans ces lieux.
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
- Mais, pour guérir le mal _qu’_il dit _qui_ le possède,
- N’a-t-il pas exigé de vous d’autre remède?
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- Nous verrons si c’est moi _que_ vous voudrez _qui_ sorte.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
- Et c’est toi _que_ l’on veut _qui_ choisisses des deux.
-
- (_Mélicerte._ I. 5.)
-
- Je la recevrai comme un essai de l’amitié _que_ je veux _qui_
- soit entre nous.
-
- (_Sicilien._ 16.)
-
- Mon Dieu, Scapin, fais-nous un peu ce récit _qu’_on m’a dit
- _qui_ est si plaisant.....
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
-Ce gallicisme n’est pas élégant, mais il peut souvent être commode;
-c’est pourquoi il a été employé par de bons écrivains dans le style
-familier:
-
- «Et que pourra faire un époux
- «_Que_ vous voulez _qui_ soit nuit et jour avec vous?»
-
- (LA FONT. _Le Mal marié._)
-
-Ce tour, proscrit par la délicatesse raffinée des modernes, était
-encore d’usage au XVIIIe siècle; Voltaire lui-même ne fait point
-difficulté de s’en servir:
-
- «Voici cette épître de Corneille, _qu’_on prétend _qui_ lui
- attira tant d’ennemis.»
-
- (_Comment. sur l’Ép. à Ariste._)
-
-Si l’on essaye d’exprimer la même idée en termes différents, on verra
-ce que la tournure de Molière et de Voltaire offre d’avantageux.
-
---QUE construit avec un adjectif, dans le sens où les Espagnols disent
-_por_; _por grandes que sean los reyes..._ c’est-à-dire, encore que les
-rois soient grands, ou quels grands que soient les rois:
-
- Ma crainte toutefois n’est pas trop dissipée;
- Et, _doux que soit le mal_, je crains d’être trompée.
-
- (_Sgan._ 22.)
-
-Cette locution est elliptique; c’est comme s’il y avait, _et, quel doux
-que soit le mal_[74]. Pour l’euphonie et la rapidité, on avait fini par
-omettre _quel_; mais dans l’origine il était exprimé.
-
-(Voyez QUEL pour _tel.... que_, p. 341.)
-
- [74] Sur cette tmèse de _quel... que_, seule forme usitée au
- moyen âge, et corrompue par l’ignorance de l’âge suivant, voyez
- _des Var. du lang. fr._, p. 419, 420, 421.
-
-On doit regretter que ce tour élégant et concis n’ait pas été conservé,
-au lieu de ce pénible et raboteux _quelque... que_.
-
---QUE pour _ce que_, archaïsme:
-
- Voilà, voilà _que c’est_ de ne pas voir Jeannette,
- Et d’avoir en tout temps une langue indiscrète.
-
- (_L’Ét._ IV. 8.)
-
-(Voyez ÊTRE QUE DE, SI (un adjectif) QUE DE, SI PEU... QUE DE...
-etc., et ENRAGER QUE,--ÉTONNÉ QUE,--FAIRE SEMBLANT QUE,--GARDER
-QUE, etc.)
-
-
-QUEL, pour _tel... que_:
-
- Allez, allez, vous pourrez avoir avec eux (les médecins) _quel_
- mal il vous plaira.
-
- (_L’Av._ I. 8.)
-
-Les grammairiens sont unanimes à déclarer que c’est là _une faute
-grave_. Ils veulent: _tel_ mal _qu’_il vous plaira.
-
-Chez les Latins, _talis_ et _qualis_ étaient corrélatifs, ou se
-substituaient l’un à l’autre. Par exemple: _talis_ pater, _qualis_
-filius; ou bien: _qualis_ pater, _talis_ filius.
-
-Le peuple s’obstine à dire: Prenez _lequel que_ vous voudrez; venez à
-_quelle_ heure _qu’_il vous plaira. C’est la tradition de l’ancienne
-langue:
-
- «Parole a David, si lui dis que il elise de treis choses _quele
- que_ il volt mielz que je li face.
-
- «E li prophetes vint al rei, si li dist issi de part nostre
- seignur, e ruvad (rogavit) que il eleist (qu’il choisît,
- élisît) _quel_ membre _que_ il volsist.»
-
- (_Rois._ p. 217.)
-
-Supprimez par euphonie le _que_ relatif, vous avez la locution de
-Molière: Le prophète pria David de choisir _quel_ membre il voudrait
-que Dieu frappât.
-
-Mais au lieu de supprimer ce _que_ relatif, qui déjà n’était pas
-indispensable, l’usage moderne le redouble, et dit, avec une harmonie
-réellement barbare, _quelque... que_.
-
-(Voyez l’article suivant.)
-
---QUEL (un adj. ou un subst.) QUE, pour _quelque... que_:
-
- En _quel_ lieu _que_ ce soit, je veux suivre tes pas.
-
- (_Fâcheux._ III. 4.)
-
-C’est la véritable locution française, la seule qui ait du sens, et
-qu’autorisent les origines de la langue.
-
- «E Deu guardad David, _quel_ part _qu’_il alast.»
-
- (_Rois._ p. 148.)
-
- «E _quel_ part _qu’_il (Saül) se turnout, ses adversaires
- surmontout.»
-
- (_Ibid._ p. 52.)
-
- «De _quel_ forfait _que_ home out fait en cel tens.....»
-
- (_Loix de Guillaume le Conquer._)
-
-_Quelque_ forfait _que_ l’on ait commis en ce temps, l’église y est un
-asile.
-
- «_Quel_ deul _que_ j’en doie soufrir.»
-
- (_R. de Coucy._ v. 6151.)
-
- «Je m’en vois, dame! a Dieu le creatour,
- Comant vo cors, en _quel_ lieu _ke_ je soie.»
-
- (_Chanson du sire de Coucy_, dans le roman, vers 7413.)
-
-Les Anglais égorgent par surprise les Danois établis à Londres; des
-jeunes gens nobles, montés sur une nacelle, échappent à cette boucherie:
-
- «Emmi se colent par Tamise,
- «Ne lor nut tant nord est ne bise,
- «Qu’en Danemarche n’arrivassent,
- «_Queu_ mer orrible _qu’_il trovassent.»
-
- (_Benoist de S.-More._ _Chronique_, v. 27550.)
-
-Le vent ne leur nuisit pas tellement qu’ils n’arrivassent en Danemark,
-_quelle_ horrible mer _qu’_ils trouvassent.
-
- «En _quel_ oncques liu _que_ je soie.»
-
- (_La Violette_, p. 44.)
-
- «Avis li fu qu .I. angle de par Dieu li disoit
- «Qu’aler lessast Flourence _quel_ part _que_ ele voudroit.»
-
- (_Le dit de Flourence de Rome._)
-
-Froissart parlant de la cour du comte de Foix:
-
- «Nouvelles de _quel_ royaume ni (et) de _quel_ pays _que_ ce
- feust là dedans on y apprenoit.»
-
- (_Chron._ liv. III.)
-
-_Quelque... que_ est une locution dont il est impossible de rendre
-compte; elle échappe à toute analyse par son absurdité. Pourquoi ces
-deux _que_ l’un sur l’autre, et _quel_ invariable? Il appartenait à
-Molière de maintenir au milieu du XVIIe siècle la forme primitive.
-
-Il serait bien à souhaiter qu’on reprît l’ancien usage, et qu’on
-purgeât notre langue de cet affreux _quelque... que_.
-
-Nous avons vu Froissart, à la fin du XVe siècle, employer encore la
-vraie locution. A la même époque, je trouve déjà la mauvaise forme
-installée dans un chef-d’œuvre, dans la farce de Pathelin:
-
- A moy mesme pour _quelque_ chose
- _Que_ je te die ne propose........
- Dictes hardiment que j’affole
- Se je dis huy aultre parole
- A vous n’a quelque aultre personne,
- Pour _quelque_ mot _que_ l’en me sonne,
- Fors Bée que vous m’avez aprins.
-
- (_Pathelin._)
-
-Ainsi, dès la fin du XVe siècle, les deux locutions étaient en
-présence, et luttaient. Selon la marche des choses d’ici-bas, la pire
-devait l’emporter, et son triomphe ne se fit pas attendre. Le XVIe
-siècle, tant ses ardeurs de grec, de latin, d’italien et d’espagnol lui
-brouillaient la cervelle, n’entendait plus rien du tout à la première
-langue française; je ne suis donc pas surpris de voir la forme _quelque
-que_ mentionnée seule, et consacrée comme une règle dans la grammaire
-de Palsgrave (1530); c’est au folio 114 (_recto_), où l’auteur expose
-que l’on emploie indifféremment _quelque_ et _quelconque_. Voici ses
-exemples:
-
- «_Quelconque_ ou _quelque_ excusation _que_ vous alleguez, elle
- ne vous servira de rien.»
-
- «_Quelques_ dieux, ou _quelconques_ dieux _que_ ils soient.»
-
- «O deesse specieuse, _quelque_ tu soies, si m’engarderay à
- faire à aultruy _mencion quel conques_.»
-
-Ces exemples sont pris dans quelque traduction du latin, faite par un
-célèbre écrivain de l’époque.
-
-Vous observerez que Palsgrave recommande bien surtout de ne
-jamais faire accorder _quel_ dans _quelque_ ni _quelconque_. Si
-l’on trouve parfois dans les livres _quelle que_, _quelsconques_
-ou _quellesconques_, c’est, dit-il, par une grosse méprise des
-imprimeurs: «that was done by the errour of the printers.» Il fait de
-cette invariabilité une règle formelle, que l’âge suivant, avec son
-inconséquence ordinaire, a gardée pour _quelconque_, et violée pour
-_quelque_. Nous écrivons: une femme _quelconque_, sans faire accorder
-_quel_, et en le faisant accorder: _quelle que_ soit cette femme. Notre
-grammaire moderne ressemble à un écheveau mêlé.
-
---QUELQUE SOT, locution elliptique:
-
- LÉLIE.
-
- Tu te vas emporter d’un courroux sans égal.
-
- MASCARILLE.
-
- Moi, monsieur? _quelque sot!_ la colère fait mal.
-
- (_L’Ét._ II. 7.)
-
-C’est-à-dire, quelque sot s’emporterait; mais moi, non!
-
- Certes je t’y guettois!--_Quelque sotte_, ma foi!
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
-Quelque sotte y serait prise; mais non pas moi!
-
- Hé, _quelque sot!_ je vous vois venir.
-
- (_G. D._ II. 7.)
-
-
-QUÊTE, recherche; LA QUÊTE DE QUELQU’UN:
-
- Si bien qu’à _votre quête_ ayant perdu mes peines...
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
-A votre recherche.
-
-C’est le sens primitif du mot: _la quête du S. Graal_.
-
-
-QUI, se rapportant à un nom de chose, au lieu de _lequel_, que Molière
-et ses contemporains paraissent avoir évité autant que possible:
-
- J’ai conçu, digéré, produit un stratagème
- Devant _qui_ tous les tiens, dont tu fais tant de cas,
- Doivent sans contredit mettre pavillon bas.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
- Et pourvu que tes soins, _en qui_ je me repose...
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
- Et contre cet assaut je sais un coup fourré,
- Par _qui_ je veux qu’il soit de lui-même enferré.
-
- (_Ibid._ III. 6.)
-
- Et de ces blonds cheveux, _de qui_ la vaste enflure
- Des visages humains offusque la figure.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
- Je veux une coiffure, en dépit de la mode,
- Sous _qui_ toute ma tête ait un abri commode.
-
- (_Ibid._)
-
- O trois ou quatre fois béni soit cet édit
- Par _qui_ des vêtements le luxe est interdit!
-
- (_Ibid._ 9.)
-
-Ce n’est pas que Molière ait sacrifié au besoin de la mesure:
-
- Oui, oui, votre mérite, _à qui_ chacun se rend....
-
- (_Ibid._)
-
-Il ne lui en eût pas coûté davantage de mettre _auquel_, si ce terme
-eût été alors plus juste et plus conforme à l’usage.
-
- Vous donner une main contre _qui_ l’on enrage.
-
- (_Fâcheux._ I. 5.)
-
- Cette liberté pour _qui_ j’avois des tendresses si grandes...
-
- (_Princ. d’Él._ IV. 1.)
-
- Une de ces injures pour _qui_ un honnête homme doit périr.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
- C’est un art (l’hypocrisie) _de qui_ l’imposture est toujours
- respectée.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
- L’honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs
- Par _qui_ vous débauchez ainsi les jeunes cœurs?
-
- (_Mélicerte._ II. 4.)
-
- Mais les gens comme nous brûlent d’un feu discret,
- Avec _qui_ pour toujours on est sûr du secret.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
-_Qui_ se rapporte à _feu_, et non pas à _gens_: avec lequel feu.
-
- N’oublie rien..... de ces caresses touchantes _à qui_ je suis
- persuadé qu’on ne sauroit rien refuser.
-
- (_L’Av._ IV. 1.)
-
- De grâce, souffrez-moi, par un peu de bonté,
- Des bassesses _à qui_ vous devez la clarté.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
---QUI _relatif_, séparé de son sujet:
-
- Sans ce trait falot,
- _Un homme_ l’emmenoit, _qui_ s’est trouvé fort sot.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
- Ah! sans doute, _un amour_ a peu de violence,
- _Qu’_est capable d’éteindre une si foible offense.
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
- La tête d’une femme est comme une _girouette_
- Au haut d’une maison, _qui_ tourne au premier vent.
-
- (_Ib._ IV. 2.)
-
- N’allez point présenter _un espoir_ à mon cœur,
- _Qu’_il recevroit peut-être avec trop de douceur.
-
- (_Mélicerte._ II. 3.)
-
- Nous perdons des _moments_ en bagatelles pures,
- _Qu’_il faudroit employer à prendre des mesures.
-
- (_Tart._ V. 3.)
-
- Il me faut aussi _un cheval_ pour monter mon valet, _qui_ me
- coûtera bien trente pistoles.
-
- (_Scapin._ II. 8.)
-
-C’est le cheval qui coûtera trente pistoles, et non le valet.
-
- Vous avez _notre mère_ en exemple à vos yeux,
- _Que_ du nom de savante on honore en tous lieux.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- _Nos pères_ sur ce point étoient gens bien sensés,
- _Qui_ disoient qu’une femme en sait toujours assez...
-
- (_Ibid._ II. 7.)
-
-Cette construction était une des plus usitées:
-
- «On ne parloit qu’avec transport de _la bonté_ de cette
- princesse, _qui_, malgré les divisions trop ordinaires dans les
- cours, lui gagna d’abord tous les esprits.»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. de la duch. d’Orl._)
-
-_Qui_ ne se rapporte pas à la princesse, mais à sa bonté, qui lui
-gagnait tous les esprits.
-
- «Il a eu raison d’interdire _un prêtre_ pour toute sa vie,
- _qui_, pour se défendre, avoit tué un voleur d’un coup de
- pierre.»
-
- (PASCAL, 14e _Prov._)
-
- «Votre père Alby fit _un livre sanglant_ contre lui (le curé de
- St.-Nizier de Lyon), _que_ vous vendites vous-même, dans votre
- propre église, le jour de l’Assomption.»
-
- (_Id._ 15e _Prov._)
-
---QUI, répété disjonctivement pour _celui-ci_, _celui-là_:
-
- Ils n’ont pas manqué de dire que cela procédoit _qui_ du
- cerveau, _qui_ des entrailles, _qui_ de la rate, _qui_ du foie.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 9.)
-
- «_Qui_ lance un pain, un plat, une assiette, un couteau;
- «_Qui_ pour une rondache empoigne un escabeau.»
-
- (REGNIER. _Le Festin._)
-
-
-QUITTER SA PART A (un infinitif):
-
- La mienne (ma main), quoiqu’aux yeux elle semble moins forte,
- _N’en quitte pas sa part à le bien étriller_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 9.)
-
---JE LE QUITTE:
-
- Ho! poussez. _Je le quitte_, et ne raisonne plus.
-
- (_Dép. am._ II. 1.)
-
- Oh! _je le quitte_.
-
- (_B. gent._ IV. 5.)
-
- Ah! _je le quitte_ maintenant, et je n’y vois plus de remède.
-
- (_G. D._ III. 13.)
-
-C’est-à-dire, je donne quittance du surplus; j’en ai assez, j’y
-renonce. _Le_ est ici au neutre, sans relation grammaticale.
-
- «La police feminine a un train mystérieux; il fault _le leur
- quitter_.»
-
- (MONTAIGNE. III. 5.)
-
-Le leur abandonner, ne s’en point mêler.
-
- «Mon père, lui dis-je, _je le quitte_, si cela est.»
-
- (PASCAL. 7e _Prov._)
-
---QUITTER A QUELQU’UN LA PLACE, LA PARTIE, la lui abandonner:
-
- Ma présence le chasse,
- Et je ferai bien mieux de _lui quitter la place_.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
- Mettez dans vos discours un peu de modestie,
- Ou je vais sur-le-champ _vous quitter la partie_.
-
- (_Ibid._ III. 2.)
-
- --«Adrian l’empereur, débattant avecques le philosophe
- Favorinus de l’interpretation de quelque mot, Favorinus _luy en
- quitta bientost la victoire_.»
-
- (MONT. III. 7.)
-
-On disait aussi _quitter quelqu’un de quelque chose_.
-
-Le baron de la Crasse, de Raymond Poisson, se vante de son talent à
-jouer la comédie; et pour en donner sur-le-champ un échantillon:
-
- «Autrefois j’ai joué dans les fureurs d’Oreste:
- «Tiens, tiens, voilà le coup...--_Nous vous quittons du reste._»
-
-Et le pelletier vantant ses fourrures à Patelin:
-
- «N’en payez ne denier ne maille,
- «Se vous en trouvez qui les vaille;
- «_Je vous en quitte_.»
-
- (_Le Nouv. Pathelin._)
-
-
-QUOI, adjectif neutre, pour _lequel_:
-
- Le grand secret pour _quoi_ je vous ai tant cherché.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Ce n’est pas le bonheur après _quoi_ je soupire.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
- Ces disputes d’âges, _sur quoi_ nous voyons tant de folles.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
- Voici de petits vers pour de jeunes amants,
- _Sur quoi_ je voudrois bien avoir vos sentiments.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
- .... La dissection d’une femme, _sur quoi_ je dois raisonner.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
-Il est remarquable avec quel soin Molière fuit ce mot _lequel_.
-
-(Voyez LEQUEL évité.)
-
-«Selon Vaugelas, _quoi_, pronom relatif, est d’un usage fort élégant et
-fort commode pour suppléer au pronom _lequel_ en tout genre et en tout
-nombre. Et de ces deux locutions: le plus grand vice _à quoi_ il est
-sujet, ou bien _auquel_ il est sujet, il préférait la première.»
-(M. AUGER.)
-
-Vaugelas ne faisait ici que réduire en maxime l’usage de son temps.
-Pascal aime beaucoup à se servir de _quoi_:
-
- «C’est donc la pensée qui fait l’être de l’homme, et sans
- _quoi_ on ne le peut concevoir.»
-
- (_Pensées._ p. 43.)
-
- «Elles tiennent de la tige sauvage sur _quoi_ elles sont
- entées.»
-
- (_Ibid._ p. 153.)
-
- «Une base constante _sur quoi_ nous puissions édifier.»
-
- (_Ibid._ p. 296.)
-
- «Je manque à faire plusieurs choses _à quoi_ je suis obligé.»
-
- (_Ibid._ p. 355.)
-
-
-RACCROCHER (SE), absolument:
-
- Cet homme me rompt tout!--Oui, mais cela n’est rien;
- Et de _vous raccrocher_ vous trouverez moyen.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
-
-RAGE; FAIRE RAGE, faire l’impossible:
-
- Notre maître Simon.... dit qu’_il a fait rage_ pour vous.
-
- (_L’Av._ II. 1.)
-
-Ou au pluriel:
-
- C’est un drôle qui _fait des rages_!
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-
-RAGOUT, figurément:
-
- Je voudrois bien savoir _quel ragoût il y a_ à eux?
-
- (_L’Av._ II. 7.)
-
- Un amant aiguilleté _sera pour elle un ragoût_ merveilleux.
-
- (_Ibid._)
-
-Cette métaphore est mise dans la bouche de Frosine.
-
-
-RAISON; LA RAISON, pour _la justice_, _ce qui est raisonnable_:
-
- Je pense, Dieu merci, qu’on vaut son prix comme elles;
- Que, pour se faire honneur d’un cœur comme le mien,
- Ce n’est pas _la raison_ qu’il ne leur coûte rien.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
- Nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de _la
- raison_.
-
- (_G. D._ II. 1.)
-
---RAISON EN DÉBAUCHE, c’est-à-dire, égarée comme on l’est par la
-débauche:
-
- _Une raison_ malade, et toujours _en débauche_.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
---FAIRE RAISON, venger équitablement:
-
- Une bonne potence _me fera raison_ de ton audace.
-
- (_L’Av._ V. 4.)
-
-_Faire raison_, dans le langage bachique, tenir tête à un buveur qui
-vous provoque:
-
- «Tous trois burent d’autant: l’ânier et le grison
- _Firent_ à l’éponge _raison_.
-
- (LA FONT. _L’Ane chargé d’éponges._)
-
-
-RAISONNANT, adjectif, raisonneur:
-
- Je vous trouve aujourd’hui bien _raisonnante_!
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
-
-RAJUSTER (SE), se raccommoder:
-
- Ils goûtent le plaisir de _s’être rajustés_.
-
- (_Amph._ III. 2.)
-
-
-RAMASSER (SE) EN SOI-MÊME, au sens moral:
-
- Lorsque, _me ramassant tout entier en moi-même_,
- J’ai conçu, digéré, produit un stratagème...
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
- «Je prie Dieu, lorsque je sens que je m’engage dans ces
- prévoyances, de me renfermer dans mes limites; _je me ramasse
- dans moi-même_, et je trouve que je manque à faire plusieurs
- choses..... etc.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 67.)
-
-
-RAMENTEVOIR, archaïsme, remettre en l’esprit, rappeler:
-
- Ne _ramentevons rien_, et réparons l’offense.
-
- (_Dép. am._ III. 4.)
-
-Le présent de l’indicatif est _je ramentois_, _tu ramentois_, etc.
-
- «Ceste opinion me _ramentoit_ l’experience que nous avons.»
-
- (MONTAIGNE. II. 12.)
-
-Les racines sont _ad mentem habere_, précédées du _re_ itératif.
-
-«Ménage le tire de _ramentaire_.» (TRÉVOUX.) Mais d’où tire-t-on
-_ramentaire_, et où le trouve-t-on?
-
-
-RANGER QUELQU’UN, avec ou sans complément indirect:
-
- Il faut avec vigueur _ranger les jeunes gens_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 7.)
-
- Et que je ne sache pas trouver le moyen de _te ranger à ton
- devoir_?
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
- Ne vous mettez pas en peine: _je la rangerai bien_.
-
- (_Mal. im._ II. 8.)
-
---RANGER AU DESTIN, réduire au destin:
-
- Et _ne me rangez pas à l’indigne destin_
- De me voir le rival de monsieur Trissotin.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-
-RAPATRIAGE et RAPATRIER:
-
- Veux-tu qu’à leur exemple ici
- Nous fassions entre nous un peu de paix aussi,
- Quelque petit _rapatriage_?
-
- (_Amph._ II. 7.)
-
- Pour couper tout chemin à nous _rapatrier_,
- Il faut rompre la paille.
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-
-RAPPORTER; SE RAPPORTER, pour _s’en rapporter_:
-
- Je veux bien aussi _me rapporter_ à toi, maître Jacques, de
- notre différend.
-
- (_L’Av._ IV. 4.)
-
-
-RATE; DÉCHARGER SA RATE:
-
- Il faut qu’enfin j’éclate,
- Que je lève le masque et _décharge ma rate_.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-
-REBOURS; CHAUSSÉ A REBOURS, métaphoriquement:
-
- Tout ce que vous avez été durant vos jours,
- C’est-à-dire, un esprit _chaussé tout à rebours_.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
-_Rebours_ est un substantif comme _revers_; aussi dit-on, _au rebours
-de..._ _A rebours_ est une sorte d’adverbe composé, et, en cette
-qualité, ne reçoit point de complément.
-
-_Rebours_ était aussi un adjectif, faisant au féminin _rebourse_:
-
- «Madame, je vous remercie
- «De m’avoir esté si _rebourse_.»
-
- (MAROT.)
-
-De m’avoir été si farouche, si intraitable.
-
-Enfin il y avait le verbe _rebourser_, qui existe encore sous la forme
-_rebrousser_; et je ne doute même pas qu’on ne l’ait toujours prononcé
-de la sorte, comme on a toujours dit _du fromage_ et des _brebis_,
-lorsqu’on écrivait _du formage_ et des _berbis_, à cause de _forma_
-et _verveces_. On a fini par transposer sur le papier l’_r_ qu’on
-transposait dans la prononciation, pour éviter la double consonne. Ce
-point est développé dans les _Variations du langage français_, p. 30.
-
-Mais _rebourser_ ou _rebrousser_, d’où vient-il?
-
-Je conjecture que l’_r_ y est parasite, comme on en a des exemples dans
-plusieurs mots[75]; et que _rebrousser_ est le même que _reboucher_,
-qui signifie, dans la vieille langue, _émousser_, au propre et au
-figuré:
-
- «Puisse être à ta grandeur le destin si propice,
- «Que ton cœur de leurs traits _rebouche_ la malice!»
-
- (REGNIER.)
-
-Que ton cœur émousse leurs traits; que leurs traits _rebroussent_ sur
-ton cœur.
-
- [75] Chartre, registre, esclandre, chaufferette (chauffrette), de
- _charta_, _regestum_, _scandalum_, _chaufeta_, qui est dans Du
- Cange.
-
- «Rechignée estoit, et froncé
- «Avoit le nez et _rebourcé_.»
-
- (_Roman de la Rose._)
-
-Elle avait le nez rebroussé et comme émoussé.
-
-Il peut être curieux d’observer que cette métaphore de la bouche,
-appliquée au tranchant de l’acier ou à la pointe d’une flèche, nous
-vient des Grecs:
-
-Στόμα, bouche et tranchant du fer; στομόω, ouvrir la bouche et tremper
-le fer; στόμωμα et στόμωσις, ouverture de bouche, trempe de fer, le fil
-d’une lame tranchante.
-
-Le sens propre et le figuré se trouvent réunis dans ces vers d’Œdipe à
-Créon:
-
- Τὸ σὸν δ’ ἀφῖκται δεῦρ’ ὑπόβλητον στόμα,
- πολλὴν ἔχον στόμωσιν.
-
- (Οἰδ. ἐπὶ Κολ. v. 828.)
-
-«Et tu viens ici avec ta _langue_ bien _affilée_.....»
-
-Les outils qui n’avaient plus de taillant étaient autrefois des outils
-sans bouche, des outils _rebouchés_:
-
- «Kar _rebuchie_ furent lur hustils de fer.»
-
- (_Rois._ p. 44.)
-
-Un outil _rebouché_ rebrousse, et en rebroussant il va _à rebours_.
-
-
-RECEVOIR, pour _souffrir_:
-
- Cela ne _reçoit_ point _de contradiction_.
-
- (_L’Av._ I. 7.)
-
- Ne voulant point céder, ni _recevoir l’ennui_
- Qu’il me pût estimer moins civile que lui.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- Quoi donc! _recevrai-je la confusion_....
-
- (_Impromptu._ 9.)
-
-
-RECONNU DE (ÊTRE)..... pour _récompensé_:
-
- Voilà qui est étrange, et _tu es bien mal reconnu de tes soins_.
-
- (_D. Juan._ III. 2.)
-
-
-RECULER A QUELQUE CHOSE:
-
- Dès demain?--Par pudeur tu feins d’_y reculer_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 15.)
-
- Hé bien, oui, puisqu’il veut te choisir pour juge, _je n’y
- recule point_.
-
- (_L’Av._ IV. 4.)
-
-
-RÉDUIT; AME RÉDUITE, soumise, résignée à son sort, comme on dit
-_réduire un cheval_:
-
- Il faut jouer d’adresse, et, d’une _âme réduite_,
- Corriger le hasard par la bonne conduite.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
---RÉDUIT EN UN SORT:
-
- Que vous fussiez _réduite en un sort_ misérable.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
-
-RÉGAL, au sens propre, fête, plaisir:
-
- D’où vient qu’il n’est pas venu à la promenade?--Il a quelque
- chose dans la tête qui l’empêche de prendre plaisir _à tous ces
- beaux régals_.
-
- (_Am. magn._ II. 3.)
-
---DONNER UN RÉGAL:
-
- Il m’a demandé si vous aviez témoigné grande joie au magnifique
- _régal que l’on vous a donné_.
-
- (_Am. magn._ II. 3.)
-
---RÉGALS, au sens figuré:
-
- Et la plus glorieuse (estime) a _des régals peu chers_,
- Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-(Voyez CHER.)
-
-Il faut avouer que cette expression, _a des régals peu chers_, manque
-de naturel, et laisse trop voir le besoin de préparer une rime à
-_univers_; nouvelle preuve que Molière commençait par faire son second
-vers. (Voyez CHEVILLES.)
-
-«Une estime glorieuse est chère, mais elle n’a point des régals chers.
-Il fallait dire _des plaisirs peu chers_, ou plutôt tourner autrement
-la phrase. On dit, dans le style bas: _cela est un régal pour moi_;
-mais non pas _il a des régals pour moi_.» (VOLTAIRE.)
-
-
-RÉGALE, substantif féminin:
-
- Mais quoi! partir ainsi d’une façon brutale,
- Sans me dire un seul mot de douceur pour _régale_!
-
- (_Amph._ I. 4.)
-
-La racine est _gale_, en italien _gala_. (Voyez p. 352, RÉGALER D’UNE
-PEINE.)
-
-
-RÉGALER QUELQU’UN D’UN BON VISAGE:
-
- Je vous recommande surtout de _régaler d’un bon visage_ cette
- personne-là.....
-
- (_L’Av._ III. 4.)
-
---RÉGALER D’UNE PEINE, indemniser de cette peine:
-
- Mais, pour vous régaler
- Du souci qui pour elle ici vous inquiète,
- Elle vous fait présent de cette cassolette.
-
- (_L’Ét._ III. 13.)
-
-_Régaler_ est la forme itérative de _galer_, qui signifiait se réjouir,
-prendre du bon temps; ce qu’on dit en italien _far gala_. Nous avions
-aussi en français le substantif _gale_, racine de _régal_. _Mener
-gale_, ou _galer_:
-
- «Lesquieulx respondirent qu’ils danceroient et meneroient
- _grant gale_.»
-
- (_Lettres de rémission de 1380._)
-
- «Icelle femme dit à son mary: Vous ne faites que aler par pays,
- et _galer_ par les tavernes..... Le suppliant s’en ala jouer
- et esbattre à la taverne, où il demoura buvant, mengeant et
- _menant gale_ avec les aultres.»
-
- (_Lettres de rém._ de 1409.)
-
-(Voyez Du Cange, au mot _Galare_.)
-
-_Galer_ était aussi un verbe actif; _galer quelqu’un_, _le faire
-danser_, _le réjouir_.
-
- «Çà, là, _galons-le_ en enfant de bon lieu.»
-
- (LA FONTAINE. _Le Diable de Papefig._)
-
-
-REGARDER; NE REGARDER RIEN, ne regarder à rien:
-
- Pour moi, _je ne regarde rien_ quand il faut servir un ami.
-
- (_B. gent._ III. 6.)
-
-
-REGARDS CHARGÉS DE LANGUEUR:
-
- Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur,
- Et ces fixes _regards, si chargés de langueur_,
- Disent beaucoup sans doute à des gens de mon âge.
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
-
-RÉGLER A... régler sur, d’après:
-
- Que sur cette conduite à son aise l’on glose;
- Chacun _règle la sienne au but_ qu’il se propose.
-
- (_D. Garcie._ II. 1.)
-
- Le douaire _se règle au bien_ qu’on nous apporte.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 2.)
-
- Vous savez mieux que moi qu’_aux volontés des cieux_,
- Seigneur, il faut _régler_ les nôtres.
-
- (_Psyché._ II. 1.)
-
-
-REGRETS; FAIRE DES REGRETS, comme _faire des cris_:
-
- Nous voyons une vieille femme mourante, assistée d’une servante
- qui _faisoit des regrets_....
-
- (_Scapin._ I. 2.)
-
-
-RÉGULARITÉS, comme _règles_:
-
- Je traiterai, monsieur, méthodiquement, et dans toutes les
- _régularités_ de notre art.
-
- (_Pourc._ I. 10.)
-
-
-_RELATION au sens particulier d’un mot employé dans une locution faite:_
-
- _Ayons un cœur dont_ nous soyons les maîtres.
-
- (_D. Juan._ III. 5.)
-
- Qu’avez-vous fait pour _être gentilhomme_? Croyez-vous qu’il
- suffise d’_en_ porter le nom et les armes?
-
- (_Ibid._ IV. 6.)
-
-Corneille, à qui Molière a emprunté la pensée et presque l’expression
-de ce passage, a mis le verbe à l’indicatif après _que_:
-
- «Croyez-vous qu’_il suffit_ d’être sorti de moi?»
-
- (_Le Ment._ V. 3.)
-
-
-RELEVÉ; de fortune relevée:
-
- Elle n’a pas toujours été si _relevée_ que la voilà!
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
-
-REMENER:
-
- _Remenez_-moi chez nous.
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-Et non pas _ramenez-moi_, comme on parle aujourd’hui. Le simple est
-_menez-moi_, et non _amenez-moi_.
-
-_Raconter_, _rapporter_, et plusieurs autres, sont dans le même cas que
-_ramener_; c’était autrefois _reconter_, _reporter_, etc.
-
- «Si i alad, e _remenad_ ses serfs.»
-
- (_Rois._ p. 232.)
-
- «Et li poples _recontad_ que li reis ço e ço durreit a celi ki
- l’ociereit.»
-
- (_Ibid._ p. 64.)
-
-
-REMERCIER L’AVANTAGE, rendre grâce à l’avantage:
-
- Certes, il peut _remercier l’avantage_ qu’il a de vous
- appartenir.
-
- (_G. D._ I. 5.)
-
-
-REMETTRE (SE), verbe actif, pour _reconnaître_, _se rappeler_:
-
- _Vous ne vous remettez point mon visage?_
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
- _Vous ne vous remettez pas tout cela?_--Excusez-moi, _je me le
- remets_.
-
- (_Ibid._)
-
-
-REMONTRER A QUELQU’UN, lui en remontrer:
-
- Que les jeunes enfants _remontrent aux vieillards_.
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
-
-REMPLACER DE QUELQUE CHOSE, avec quelque chose, par quelque chose:
-
- Elle a suivi le mauvais exemple de celles qui, étant sur le
- retour de l’âge, veulent _remplacer de quelque chose_ ce
- qu’elles voient qu’elles perdent.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
-
-RENCHÉRI, adjectif, prude, austère:
-
- Vous avez dans le monde un bruit
- De n’être pas si _renchérie_.
-
- (_Amph._ prol.)
-
-
-RENDRE (SE) construit avec un adjectif, se montrer, devenir:
-
- Bon! voyons si son feu _se rend opiniâtre_.
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
- Je les dauberai tant en toutes rencontres, qu’à la fin ils _se
- rendront sages_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
- Il _se rend complaisant_ à tout ce qu’elle dit.
-
- (_Tart._ III. 1.)
-
- Non, Damis, il suffit qu’il _se rende plus sage_.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
- Elle _se rendra sage_; allons, laissons-la faire.
-
- (_Fem. sav._ III. 6.)
-
---RENDRE DES CIVILITÉS:
-
- Mais du moins sois complaisante aux _civilités qu’on te rend_.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 4.)
-
---RENDRE DES DEHORS, observer les bienséances:
-
- Mais quand on est du monde, il faut bien que l’on _rende
- Quelques dehors civils_ que l’usage demande.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
---RENDRE GRACE SUR QUELQUE CHOSE:
-
- Et le mari benêt, sans songer à quel jeu,
- _Sur_ les gains qu’elle fait _rend des grâces_ à Dieu.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
---RENDRE INSTRUIT, instruire:
-
- Vous me direz: Pourquoi cette narration?
- C’est pour vous _rendre instruit_ de ma précaution.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-L’emploi de ce tour est fréquent dans Bossuet: «Plusieurs, dans la
-crainte d’être trop faciles, _se rendent inflexibles_ à la raison.»
-(_Oraison fun. de la duchesse d’Orléans._)
-
---RENDRE OBÉISSANCE A QUELQU’UN, lui obéir:
-
- Nous vous avons _rendu_, monsieur, _obéissance_.
-
- (_Ibid._ V. 1.)
-
-
-RENFORT DE POTAGE:
-
- NICOLE. J’ai encore ouï dire, madame, qu’il a pris aujourd’hui,
- _pour renfort de potage_, un maître de philosophie.
-
- (_B. gent._ III. 3.)
-
-«Le peuple dit d’un écornifleur, que c’est un _renfort-potage_.»
-(TRÉVOUX.)
-
-Cette figure est naturellement de la rhétorique de Nicole, qui est
-cuisinière.
-
-
-RENGAINER UN COMPLIMENT:
-
- Hé! monsieur, _rengaînez ce compliment_.
-
- (_Mar. for._ 16.)
-
-Cette expression existait avant Molière:
-
- «Le compliment fut court, le maire _le rengaîne_.»
-
- (SENECÉ.)
-
-Pascal a dit RENGAîNER absolument, pour cesser d’attaquer, abandonner
-une manœuvre, une intrigue commencée:
-
- «On _rengaîna_, et promptement.»
-
- (_Pensées._)[76]
-
- [76] M. Cousin a omis d’indiquer la page où se trouve cette
- phrase, citée dans son vocabulaire de Pascal, au mot _Rengaîner_.
-
---RENGAÎNER UNE NOUVELLE:
-
- CLITIDAS (_bouffon_.)
-
- Puisque cela vous incommode, _je rengaîne ma nouvelle_, et m’en
- retourne droit comme je suis venu.
-
- (_Am. magn._ V. 1.)
-
-
-RENGRÉGEMENT, archaïsme:
-
- _Rengrégement de mal_, surcroît de désespoir!
-
- (_L’Av._ V. 3.)
-
-La racine de ce mot est l’ancien comparatif de _grand_, _greignour_. Il
-y avait aussi le verbe _rengréger_ (_re-en-greger_.)
-
- «Chacun rendit par là sa douleur _rengrégée_.»
-
- (LA FONT. _La Matrone d’Éphèse._)
-
-_Rengrégement_, _rengréger_, n’ont point d’équivalents dans la
-langue moderne. _Accroître_, _empirer_, remplacent mal le verbe;
-_accroissement_ est plus faible et moins harmonieux que _rengrégement_;
-_empirement_, bien qu’il se trouve dans Montaigne, n’est pas français,
-et _agrandissement_ blesserait l’usage dans cette acception, _un
-agrandissement de chagrin_.
-
-
-RENTRER AU DEVOIR, dans le devoir:
-
- Pour _rentrer au devoir_ je change de langage.
-
- (_Mélicerte._ II. 5.)
-
---RENTRER DANS SON AME:
-
- Rappelle tous tes sens, _rentre bien dans ton âme_.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-
-REPAITRE, verbe neutre, manger:
-
- --Mais, seigneur Trufaldin, songez-vous que peut-être
- Ce monsieur l’étranger a besoin de _repaître_?
-
- (_L’Ét._ IV. 3.)
-
---REPAÎTRE, verbe actif, pris au sens figuré:
-
- Pour souffrir qu’un valet _de chansons me repaisse_.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-
-RÉPANDRE, distribuer:
-
- Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le _répandre_.
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
---RÉPANDRE (SE) DANS LES VICES:
-
- C’est ainsi qu’aux flatteurs on doit partout se prendre
- Des _vices où_ l’on voit les humains _se répandre_.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-
-RÉPARER, restituer, rendre, et construit de même avec le datif:
-
- Je veux jusqu’au trépas incessamment pleurer
- Ce que tout l’univers ne peut _me réparer_.
-
- (_Psyché._ II. 1.)
-
-
-REPART, substantif masculin, repartie:
-
- Il a le _repart_ brusque et l’accueil loup-garou.
-
- (_Éc. des mar._ I. 6.)
-
-
-RÉPONSE DE... réponse à...:
-
- J’attends avec un peu d’espérance respectueuse la réponse _de
- mon placet_.
-
- (3e _Placet au roi_.)
-
-
-REPROCHE, tache, sujet de reproche:
-
- Si je ne suis pas né noble, au moins suis-je d’une race où il
- n’y a point de _reproche_.
-
- (_G. D._ II. 3.)
-
-
-RÉPRÉHENSION, dans le sens de _réprimande_, mais d’une nuance moins
-forte:
-
- On souffre aisément des _répréhensions_, mais on ne souffre pas
- la raillerie.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
-On dit _reprendre_ et _répréhensible_; pourquoi ne dirait-on pas
-_répréhension_, comme l’on dit _comprendre_, _compréhensible_,
-_compréhension_?
-
-
-RÉPUGNANCE AVEC (AVOIR), se mal accorder avec, répugner à:
-
- Une passion...... dont tous les désordres _ont tant de
- répugnance avec la gloire de votre sexe_.
-
- (_Pr. d’Él._ II. 1.)
-
-
-RÉPUGNER; LE TEMPS RÉPUGNE A...:
-
- M. CARITIDÈS.
-
- Monsieur, _le temps répugne à l’honneur de vous voir_.
-
- (_Fâcheux._ III. 2.)
-
-Bien que M. Caritidès s’exprime en général correctement, il est
-probable que Molière a l’intention de lui prêter ici une expression
-ridicule par le pédantisme.
-
-
-REQUÉRIR, querir de nouveau:
-
- Va, va vite _requérir_ mon fils.
-
- (_Scapin._ II. 11.)
-
-
-RÉSOUDRE; SE RÉSOUDRE DE (un infinitif), se résoudre à:
-
- Sus, sans plus de discours, _résous-toi de me suivre_.
-
- (_Dép. am._ V. 4.)
-
- Il faut attendre
- Quel parti de lui-même _il résoudra de prendre_.
-
- (_Ibid._)
-
- La haine que pour vous _il se résout d’avoir_.
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
- Je serois fâché d’être ingrat, mais _je me résoudrois_ plutôt
- _de l’être que d’aimer_.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 4.)
-
-
-RESPIRER LE JOUR, latinisme, vivre:
-
- Je n’entreprendrai point de dire à votre amour
- Si done Ignès est morte, ou _respire le jour_.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
-
-RESSENTIMENT, en bonne part, sentiment profond, reconnaissance:
-
- Mais apprenez......
-
- Que je garde aux ardeurs, aux soins qu’il me fait voir,
- Tout le _ressentiment_ qu’une âme puisse avoir.
-
- (_D. Garcie._ III. 3.)
-
- Madame, je viens... vous témoigner avec transport le
- _ressentiment_ où je suis des bontés surprenantes dont vous
- daignez favoriser le plus soumis de vos captifs.
-
- (_Pr. d’Él._ IV. 4.)
-
- Je n’ai point connu qu’elle ait dans l’âme aucun _ressentiment_
- de mon ardeur.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
- ARISTIONE. En vérité, ma fille, vous êtes bien obligée à ces
- princes, et vous ne sauriez assez reconnoître tous les soins
- qu’ils prennent pour vous.
-
- ÉRIPHILE. J’en ai, madame, tout le _ressentiment_ qu’il est
- possible.
-
- (_Ibid._ III. 1.)
-
- Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que
- je vous embrasse pour vous témoigner mon _ressentiment_.
-
- (_Mal. im._ III. 21.)
-
-Ce mot, dont l’usage a déterminé l’acception en mauvaise part,
-ne signifiait jadis que _sentiment_ avec plus de force, comme le
-_ressouvenir_ exprime un souvenir qui date de plus loin.
-
-
-RESSENTIR (SE) D’UNE OFFENSE, la sentir vivement:
-
- Une offense _dont_ nous devons toutes _nous ressentir_.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 4.)
-
-
-RESSORT qu’on ne _comprend_ pas, et qui _sème_ un embarras:
-
- Oui, c’est elle, en un mot, dont l’adresse subtile,
- La nuit, reçut ta foi sous le nom de Lucile,
- Et qui, par ce _ressort qu’on ne comprenoit pas,
- A semé_ parmi vous _un si grand embarras_.
-
- (_Dép. am._ V. 9.)
-
-Il faut avouer que ce passage, et quelques autres pareils,
-justifieraient l’accusation de jargon et de galimatias portée par
-la Bruyère contre Molière, s’il était loyal ou seulement permis de
-caractériser le style d’un écrivain d’après quelques taches perdues au
-milieu de beautés excellentes.
-
-(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)
-
-
-RESSOUVENIR; SE RESSOUVENIR, _pour se souvenir_:
-
- De cet exemple-ci _ressouvenez-vous_ bien;
- Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.
-
- (_Sgan._ 24.)
-
- _Ressouvenez-vous_ que, hors d’ici, je ne dois plus qu’à mon
- honneur.
-
- (_D. Juan._ III. 5.)
-
- Ah! je suis médecin sans contredit. Je l’avois oublié, mais _je
- m’en ressouviens_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 6.)
-
- Attendez qu’on vous en demande plus d’une fois, et _vous
- ressouvenez_ de porter toujours beaucoup d’eau.
-
- (_L’Av._ III. 2.)
-
- Laissez-moi faire: je viens de me _ressouvenir_ d’une de mes
- amies qui sera notre fait.
-
- (_Ibid._ IV. 1.)
-
- _Vous ne vous ressouvenez pas que_ j’ai eu le bonheur de boire
- avec vous, je ne sais combien de fois?
-
- (_Pourc._ I. 6.)
-
-Molière emploie partout _se ressouvenir_, au lieu de _se souvenir_.
-C’est la même prédilection que pour _s’en aller_ au lieu _d’aller_; par
-exemple: il _s’en va_ faire jour.
-
-(Voyez EN construit avec ALLER.)
-
-
-RESTE; DONNER SON RESTE A QUELQU’UN:
-
- Monsieur est frais émoulu du collége: il _vous donnera toujours
- votre reste_.
-
- (_Mal. im._ II. 7.)
-
-Métaphore empruntée au jeu, où le plus fort, sûr de triompher, est
-toujours en mesure d’offrir à l’autre de jouer son reste.
-
-
-RETATER QUELQU’UN SUR.... figurément comme _sonder_:
-
- Je veux _la retâter sur ce fâcheux mystère_.
-
- (_Amph._ III. 1.)
-
-
-RETENIR EN BALANCE, comme _tenir en balance_:
-
- Oui, rien _n’a retenu_ son esprit _en balance_.
-
- (_Fem. sav._ IV. 1.)
-
-
-RÉTIF A (un substantif):
-
- Vous êtes _rétive aux remèdes_, mais nous saurons vous
- soumettre à la raison.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 7.)
-
-
-RETIRER, se retirer:
-
- Les mauvais traitements qu’il me faut endurer
- Pour jamais de la cour me feroient _retirer_.
-
- (_Fâcheux._ III. 2.)
-
- Retirez-vous d’ici, ou je vous en ferai _retirer_ d’une autre
- manière.
-
- (_Pr. d’Él._ IV. 6.)
-
-Molière a supprimé la seconde fois le pronom réfléchi, pour n’avoir pas
-à mettre deux _me_ ou deux _vous_, dont le rapprochement eût alourdi
-sa phrase: _me_ feraient _me_ retirer; je _vous_ ferai _vous_ retirer.
-(Voyez PRONOM RÉFLÉCHI _supprimé_.)
-
-
-RETRANCHER (un substantif) A, pour _borner_, _réduire à_:
-
- _Je retranche mon chagrin aux appréhensions_ du blâme qu’on
- pourra me donner.
-
- (_L’Av._ I. 1.)
-
-
-RÉUSSIR, sans impliquer l’idée de bon ou de mauvais succès:
-
- Et comme ton ami, quoi qu’il en _réussisse_,
- Je te viens contre tous faire offre de service.
-
- (_Fâcheux._ III. 4.)
-
- Voyons ce qui pourra de ceci _réussir_.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
-M. Auger blâme cet emploi de _réussir_ pour _résulter_, en se fondant
-sur l’usage. Il paraît se tromper. On dit: une réussite bonne ou
-mauvaise; pourquoi le verbe n’aurait-il pas la même ampleur de sens
-que son substantif? _Il a bien réussi_, _il a mal réussi_, personne ne
-songeait à blâmer cette manière de s’exprimer; preuve que _réussir_
-n’emporte pas nécessairement l’idée d’heureux succès. Il reçoit souvent
-et très-bien cette dernière valeur, mais c’est par extension de sens.
-Il en est de même des mots _heur_, _succès_, _fortune_, _ressentiment_,
-qui sont indifférents par eux-mêmes et indéterminés.
-
-
-REVENIR AU CŒUR, au sens figuré:
-
- Ces coups de bâton _me reviennent au cœur_; je ne les saurois
- digérer.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
-
-RÉVÉRENCE; PARLANT PAR RÉVÉRENCE pris adverbialement:
-
- Ce damoiseau, _parlant par révérence_,
- Me fait cocu, madame, avec toute licence.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
---RÉVÉRENCE PARLER, comme _parlant par révérence_:
-
- .... Que j’ai mon haut-de-chausses tout troué par derrière, et
- qu’on me voit, _révérence parler_....
-
- (_L’Av._ III. 2.)
-
-
-REVERS DE SATIRE, un revirement, un retour de satire:
-
- Pourtant je n’ai jamais affecté de le dire;
- Car enfin il faut craindre un _revers de satire_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-
-REVOULOIR:
-
- Mais si mon cœur encor _revouloit_ sa prison?
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-
-RHABILLER, figurément rajuster, couvrir, déguiser:
-
- Combien crois-tu que j’en connoisse qui, par ce stratagème
- (l’hypocrisie), ont _rhabillé_ adroitement les désordres de
- leur jeunesse.....?
-
- (_D. Juan._ V. 2.)
-
-
-RIDICULE, substantif; UN RIDICULE:
-
- Et l’on m’en a parlé comme d’_un ridicule_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 6.)
-
- Ne voyez-vous pas bien que c’est _un ridicule_ qu’il fait
- parler?
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
- La constance n’est bonne que pour _des ridicules_.
-
- (_D. Juan._ I. 2.)
-
- Parbleu, je viens du Louvre, où Cléonte, au levé,
- Madame, a bien paru _ridicule_ achevé.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
- Dans une bourde que je veux faire à _notre ridicule_.
-
- (_B. gent._ III. 14.)
-
-
-RIEN, mot positif; quelque chose:
-
- ..... Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu’un
- gentilhomme sache _rien_ faire.
-
- (_Sicilien._ 10.)
-
-C’est-à-dire, qui ne veut pas qu’un gentilhomme sache faire quelque
-chose.
-
- Il ne sera pas dit que je ne serve _de rien_ dans cette
- affaire-là.
-
- (_Ibid._)
-
-Que je n’y serve de quelque chose.
-
- Pourquoi consentiez-vous à _rien_ prendre de lui?
-
- (_Tart._ V. 7.)
-
-A prendre quelque chose.
-
- Allons, vous dis-je, _il n’y a rien à balancer_.
-
- (_G. D._ I. 8.)
-
-Il n’y a chose à balancer, il n’y a pas à balancer.
-
-C’est le sens conforme à l’étymologie _rem_. (Voy. _des Var. du lang.
-fr._, p. 500.)
-
---RIEN, négatif:
-
- Et sa morale, faite à mépriser le bien,
- Sur l’aigreur de sa bile _opère comme rien_.
-
- (_Fem. sav._ II. 8.)
-
-C’est que la négation est ici renfermée dans l’ellipse: sa morale opère
-comme rien (_n’_opère), comme chose qui n’opère pas.
-
---RIEN, surabondant, NE FAIRE RIEN QUE:
-
- Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre,
- Bien loin d’y prendre part, _n’en ont rien fait que rire_.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-N’en ont fait chose ou autre chose que rire.
-
---RIEN MOINS:
-
- Ma comédie n’est _rien moins_ que ce qu’on veut qu’elle soit.
-
- (1er _Placet au roi_.)
-
-Elle est tout, plutôt que ce qu’on veut qu’elle soit. Et les ennemis
-de Molière soutenaient qu’elle n’était _rien de moins_ que ce qu’ils
-disaient.
-
- Un pédant qu’à tout coup votre femme apostrophe
- Du nom de bel esprit et de grand philosophe,
- D’homme qu’en vers galants jamais on n’égala,
- Et qui n’est, comme on sait, _rien moins que tout cela_?
-
- (_Fem. sav._ II. 9.)
-
-Il n’est _rien moins_ qu’homme d’esprit, c’est-à-dire qu’il ne l’est
-pas du tout.--Homme d’esprit? il n’est rien moins que cela; il est
-tout, plus que cela. S’il l’était, il faudrait dire: Il n’est _rien de
-moins_ qu’homme d’esprit.
-
---RIEN QU’A; N’AVOIR RIEN QU’A DIRE:
-
- Monsieur, _vous n’avez rien qu’à dire_:
- Je mentirai, si vous voulez.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-Expression elliptique: vous n’avez rien (à faire) qu’à dire, qu’à
-parler; il suffira d’un mot de vous.
-
-
-RIRE A QUELQU’UN:
-
- On l’accueille, on _lui rit_, partout il s’insinue.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
---RIRE A SON MÉRITE:
-
- Cet indolent état de confiance extrême,
- Qui le rend en tout temps si content de soi-même,
- Qui fait qu’_à son mérite_ incessamment _il rit_.
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
-
-RISÉE, rire. (Voyez ÉCLAT DE RISÉE.)
-
-
-ROBINS, gens en robe, terme de mépris:
-
- O les plaisants _robins_, qui pensent me surprendre!
-
- (_L’Ét._ III. 11.)
-
-Trufaldin s’adresse à une troupe de masques en dominos.
-
-
-ROIDEUR DE CONFIANCE. (Voyez BRUTALITÉ.)
-
-
-ROIDIR; SE ROIDIR CONTRE UN CHEMIN:
-
- Des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours
- _se roidissent contre le droit chemin de la raison_.
-
- (_L’Av._ I. 8.)
-
-Cette métaphore représente le chemin de la raison comme escarpé et
-difficile à gravir.
-
-
-ROMPRE, interrompre, empêcher; ROMPRE UN ACHAT, DES ATTENTES:
-
- Je sais un sûr moyen
- Pour _rompre cet achat_ où tu pousses si bien.
-
- (_L’Ét._ I. 10.)
-
- Je ne m’étonne pas si _je romps tes attentes_.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
---ROMPRE L’ORDRE COMMUN:
-
- Il _rompt l’ordre commun_, et devance le temps.
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
---ROMPRE TOUT A QUELQU’UN, traverser toutes ses entreprises:
-
- Cet homme _me rompt tout_!
-
- (_Éc. des f._ III. 4.)
-
---ROMPRE UN DÉPART, UN DESSEIN, UNE PENSÉE:
-
- Elle vint me prier de souffrir que sa flamme
- Puisse _rompre un départ_ qui lui perceroit l’âme.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
- Et vous avez bien vu que j’ai fait mes efforts
- Pour _rompre son dessein_ et calmer ses transports.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
- J’en suis fâché, car cela _rompt une pensée_ qui m’étoit venue
- dans l’esprit.
-
- (_L’Av._ IV. 3.)
-
---ROMPRE LA PAILLE:
-
- Pour couper tout chemin à nous rapatrier,
- Il faut _rompre la paille_. Une paille rompue
- Rend entre gens d’honneur une affaire conclue.
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-Sur l’emploi d’un fétu de paille comme symbole, voyez Du Cange, aux
-mots _festuca_, _infestucare_, _exfestucare_.
-
-
-ROUGE; UN ROUGE, substantif, une rougeur:
-
- Au visage sur l’heure _un rouge_ m’est monté.
-
- (_Fâch._ I. 1.)
-
-
-RUDANIER:
-
- LUBIN. Adieu, beauté _rudanière_.
-
- (_G. D._ II. 1.)
-
-La première édition écrit en deux mots _rude asnière_.
-
-«Terme populaire qui se dit des gens grossiers, qui rabrouent fortement
-les autres. Il est composé de _rude_ et _ânier_, comme qui dirait un
-ânier qui est trop rude à ses ânes.» (TRÉVOUX.)
-
-
-RUER, verbe actif, prenant un régime:
-
- Ah! je devois du moins lui jeter son chapeau,
- _Lui ruer quelque pierre_, ou crotter son manteau.
-
- (_Sgan._ 16.)
-
-On dirait ces vers composés tout exprès pour nous faire comprendre la
-différence entre _jeter_ et _ruer_, et notre misère d’être aujourd’hui
-réduits exclusivement au premier. On _jetait_ à quelqu’un son chapeau à
-bas, mais on lui _ruait_ une pierre.
-
-Cette nuance existait dès l’origine de la langue. Absalon percé par
-Joab, les soldats du parti de David décrochent son cadavre de l’arbre:
-
- «Pois _ruerent_ Absalon en une grant fosse de cele lande, e
- _jeterent_ pierres sur lui.»
-
- (_Rois._ p. 187.)
-
-Ils _ruèrent_ le cadavre du fils rebelle avec passion, et _jetèrent_
-avec indifférence des pierres dessus pour le couvrir.
-
-Plus loin, Joab assiége Abelmacha. Une _sage dame_ vient parlementer
-aux créneaux, et, voyant qu’il ne s’agit que de livrer le révolté Siba,
-dit au capitaine:
-
- «Nus vus frum _ruer son chief_ aval del mur.»
-
- (_Rois._ p. 200.)
-
-Nous dirions sans énergie: jeter sa tête du haut des murailles.
-
-
-SABOULER:
-
- Comme vous me _saboulez_ la tête avec vos mains pesantes!
-
- (_Comtesse d’Esc._ 3.)
-
-
-SAGES PROUESSES, prouesses de vertu:
-
- Ces honnêtes diablesses
- Se retranchant toujours sur leurs _sages prouesses_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-
-SAISIR LES GENS PAR LEURS PAROLES, les prendre au mot:
-
- Je suis homme à _saisir les gens par leurs paroles_.
-
- (_Éc. des f._ I. 6.)
-
-
-SAISON; temps, moment:
-
- En une autre _saison_, cette naïveté
- Dont vous accompagnez votre crédulité,
- Anselme, me seroit un charmant badinage.
-
- (_L’Ét._ II. 5.)
-
- ... Ce n’est pas _la saison_
- De m’expliquer, vous dis-je.
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
- La lettre que je dis a donc été remise;
- Mais sais-tu bien comment? En _saison_ si bien prise,
- Que le porteur m’a dit que, sans ce trait falot,
- Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
- Remettons ce discours pour une autre _saison_;
- Monsieur n’y trouveroit ni rime ni raison.
-
- (_Fem. sav._ IV. 3.)
-
-_Saison_ pour temps était fort usité au XVIIe siècle.
-
- «Soit; mais il est _saison_ que nous allions au temple.»
-
- (CORN. _Le Menteur._)
-
- «Un homme entre les deux âges,
- «Et tirant sur le grison,
- «Jugea qu’il étoit _saison_
- «De songer au mariage.»
-
- (LA FONTAINE. _L’Homme entre deux âges._)
-
-L’usage a maintenu _hors de saison_ pour _déplacé_, _mal à propos_.
-
-
-SALIR L’IMAGINATION, expression nouvelle en 1663, et raillée par
-Molière:
-
- CLIMÈNE (_précieuse ridicule_). Peut-on, ayant de la vertu,
- trouver de l’agrément dans une pièce qui tient sans cesse la
- pudeur en alarme, et _salit_ à tout moment l’_imagination_?
-
- ÉLISE. Les jolies façons de parler que voilà!
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
-
-
-SANGLIER, dissyllabe:
-
-Partout, dans la _Princesse d’Élide_:
-
- Où pourrai-je éviter ce _sanglier_ redoutable?
-
- (I. 2.)
-
- J’ai donc vu ce _sanglier_, qui par nos gens chassé.....
-
- (_Ibid._)
-
- Fuir devant un _sanglier_, ayant de quoi l’abattre!
-
- (_Ibid._)
-
-(Voyez la remarque sur le mot OUVRIER, p. 276.)
-
-
-SANS QUE (l’indicatif), archaïsme, pour _si_ (un substantif) _ne_,
-suivi du conditionnel:
-
- _Sans que_ mon bon génie au-devant _m’a poussé_,
- Déjà tout mon bonheur eût été renversé.
-
- (_L’Ét._ I. 11.)
-
-_Si_ mon bon génie _ne m’eût_ poussé au-devant...
-
- «_Sans que je crains_ de commettre Géronte,
- «Je poserois tantôt un si bon guet,
- «Qu’il seroit pris ainsi qu’au trébuchet.»
-
- (LA FONTAINE. _La Confidente sans le savoir._)
-
-Sans cette circonstance, savoir, que je crains, etc. Sans cette
-circonstance, que mon bon génie m’a poussé au-devant.... On doit
-regretter la perte de cette ellipse, pleine de naturel et de vivacité.
-Aujourd’hui l’on serait obligé de dire: _Si je ne craignois de
-commettre Géronte_, _si mon bon génie ne m’eût poussé au-devant_. Quand
-il n’existe qu’une seule tournure pour exprimer les choses, la prose
-encore s’en accommode, étant tout à fait libre de ses allures; mais,
-par la suppression des doubles formes et de certains idiotismes, c’est
-la poésie qu’on ruine, ou, si l’on veut, l’art de la versification.
-
-
-SATISFAIRE A:
-
- Je ne prétends point qu’il se marie, qu’au préalable il n’ait
- _satisfait à la médecine_.
-
- (_Pourc._ II. 2.)
-
- «Notre grand Hurtado de Mendoza, dit le père, _vous y
- satisfera_ sur l’heure.»
-
- (PASCAL, 7e _Prov._)
-
-
-SAVANTAS:
-
- Et des gens comme vous devroient fuir l’entretien
- De tous ces _savantas_ qui ne sont bons à rien.
-
- (_Fâcheux._ III. 3.)
-
-«Injure gasconne. Le baron de Fæneste se moquoit de tous les
-_savantas_.» (FURETIÈRE.)
-
-
-SAVOIR ENROUILLÉ:
-
- On s’y fait (à la cour) une manière d’esprit qui, sans
- comparaison, juge plus finement des choses que tout le _savoir
- enrouillé_ des pédants.
-
- (_Crit. de l’Éc. des f._ 7.)
-
---NOUS SAVONS CE QUE NOUS SAVONS:
-
- SGANARELLE. Il suffit que _nous savons ce que nous savons_, et
- que tu fus bien heureuse de me trouver.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
-Formule de réticence du style familier; espèce de dicton populaire.
-(Voyez SUFFIT QUE.)
-
---SAVOIR QUELQU’UN, connaître quelqu’un:
-
- _Je sais un paysan_ qu’on appeloit Gros-Pierre.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
---SAVOIR SA COUR:
-
- Laissez-moi faire: je suis homme qui _sais ma cour_.
-
- (_Am. magn._ II. 2.)
-
-
-SCANDALE, au sens d’affront, esclandre; FAIRE UN SCANDALE A QUELQU’UN,
-lui faire un esclandre:
-
- Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille,
- Et _faire un tel scandale à toute une famille_?
-
- (_Dép. am._ II. 8.)
-
-_Scandale_, outre le sens qu’il porte aujourd’hui, avait encore celui
-d’_outrage_. Nicot cite, au mot _Scandaliser_, cette explication de
-Budée: «Le peuple exprime quelquefois, par _scandaliser quelqu’un_,
-ce que les gens bien élevés rendent par _reprocher à quelqu’un une
-faute_.» Le Dictionnaire de l’Académie de 1694 consacre les deux
-acceptions de _scandale_ et _scandaliser_; Trévoux les maintient encore
-en 1740.
-
-_Scandale_ est de formation moderne, c’est-à-dire, du XVIe siècle,
-lorsque l’oreille ne craignait plus les doubles consonnes. Le moyen
-âge avait tiré de _scandalum_, _esclande_, qu’on prononçait _éclande_,
-et qui persiste sous cette forme _esclandre_. L’usage s’est chargé
-d’attribuer à chacun de ces deux mots une nuance de signification qui
-rend l’un et l’autre utile; mais c’est une occasion de remarquer:
-1° qu’en augmentant le nombre des mots, il a fallu restreindre leur
-signification, et faire aux nouveaux un apanage aux dépens des anciens;
-2° que, selon les époques où ils ont passé dans notre langue, les
-mots latins ont subi l’empire d’une loi différente. De _spatium_,
-_spongium_, _spiritus_, le moyen âge avait fait les substantifs
-_espace_, _esponge_, _esprit_ (l’_s_ ne sonnant point); plus tard,
-après la perte de la tradition primitive, et sous l’influence du
-pédantisme de la renaissance, on créa les adjectifs _spacieux_,
-_spongieux_, _spirituel_, qui serrent de plus près la forme latine. Au
-lieu de _spirituel_, le moyen âge disait _espiritable_.
-
-On peut à ce signe reconnaître tout d’abord si tel mot français est
-antérieur ou postérieur à la renaissance, car le moyen âge n’en avait
-pas un seul qui commençât par deux consonnes consécutives[77].
-
- [77] Les liquides ne comptent que pour demi-consonnes, comme,
- _plein_, _prendre_, etc.
-
-
-SE JOUER, sans complément, pour _jouer_:
-
- On n’est point capable de _se jouer_ longtemps, lorsqu’on a
- dans l’esprit une passion aussi sérieuse.....
-
- (_Comtesse d’Esc._ 1.)
-
-On disait, avec ou sans la forme réfléchie, _jouer_, ou _se jouer_,
-comme _combattre_, ou _se combattre_; _fuir_, _dormir_, _dîner_,
-_mourir_, ou _se fuir_, _se dormir_, _se dîner_, _se mourir_.
-
-(Voyez ARRÊTER.)
-
-
-SE METTRE SUR L’HOMME D’IMPORTANCE, sur le ton ou sur le pied d’homme
-d’importance:
-
- Je veux _me mettre un peu sur l’homme d’importance_,
- Et jouir quelque temps de votre impatience.
-
- (_Mélicerte._ I. 3.)
-
-
-SE... NOUS, corrélatifs:
-
- _Se_ dépouiller entre les mains d’un homme qui ne _nous_ touche
- de rien.
-
- (_Am. méd._ I. 5.)
-
-
-SECOURS, au singulier, les auxiliaires:
-
- Ah, tête! ah, ventre! que ne le trouvé-je tout à l’heure _avec
- tout son secours_! que ne paroît-il à mes yeux au milieu de
- trente personnes!
-
- (_Scapin._ II. 9.)
-
-
-SEMBLANT DE RIEN (FAIRE, NE PAS FAIRE). Voyez à la fin de l’article
-PAS.
-
-
-SEMBLER DE (un infinitif):
-
- Quand il m’a dit ces mots, il m’a _semblé d’entendre_:
- Va-t’_en_ vite chercher un licou pour te pendre.
-
- (_Dép. am._ V. 1.)
-
-Pourquoi cette préposition? _Commencer de_ est, par euphonie, pour
-_commencer à_, afin d’éviter quelque hiatus; mais _sembler_ se
-construit avec un second verbe, sans préposition intermédiaire.
-
-Cependant c’est encore la raison d’euphonie qui lui a donné celle-ci;
-ou, pour mieux dire, il n’y a pas réellement de préposition: il n’y a
-qu’un _d_ euphonique, vestige de la prononciation primitive. Ce _d_ ou
-_t_ final armait autrefois toutes les terminaisons en _é_, soit des
-substantifs, soit du participe, comme on peut s’en convaincre en jetant
-les yeux sur les plus anciens monuments de notre langue. «J’ai peche_d_
-à lui seul,» qu’on lit dans saint Bernard, est comme «il m’a semble_d_
-entendre.»
-
-Que l’oreille ait ensuite causé l’erreur de la main, et qu’on ait
-écrit: il me semble _de_ voir, _d’_entendre, c’est ce qui est arrivé
-mainte autre fois. Par exemple, lorsqu’on a mis: Il y en a _d’aucuns_,
-pour il y en a_d_ aucuns;--Ma _tante_ pour ma_t_ ante; _Ante_,
-d’_amita_, conservé dans l’anglais_aunt_.
-
-(Voyez D euphonique.)
-
-
-SEMENCES, figurément, principes; SEMENCES D’HONNEUR:
-
- Isabelle pourroit perdre dans ces hantises
- Les _semences d’honneur_ qu’avec nous elle a prises.
-
- (_Éc. des mar._ I. 4.)
-
-
-SEMONDRE, exhorter par un sermon, un avis:
-
- De peur que cet objet qui le rend hypocondre
- A faire un vilain coup ne me l’allât _semondre_.
-
- (_L’Ét._ II. 3.)
-
-M. Auger dérive _semondre_ de _submonere_, à tort, selon moi. Il a pris
-cette étymologie dans Nicot, où il aurait fallu la laisser cachée.
-
-La racine de _semondre_ me paraît être _sermo_; _semondre_ serait
-alors une forme primitive de _sermonner_. L’_r_ s’éteignait dans la
-prononciation, pour éviter deux consonnes consécutives: _sermonner_,
-_semoner_, _semonre_, enfin _semondre_, avec un _d_ euphonique,
-comme dans _pondre_ tiré de _ponere_, dans _moudre_, de _molere_
-(_moul(d)re_). Si l’on veut que _semondre_ vienne de _monere_, il
-faudra expliquer d’où vient la syllabe initiale _se_. On ne peut
-admettre qu’elle représente le latin _sub_; il n’y en aurait pas
-d’autre exemple.
-
-On trouve dans Nicot SEMONNEUR, _vocator_, _monitor_; n’est-ce pas le
-même mot que SERMONNEUR? Celui qui fait des _sermons_ et celui qui
-donne des _semonces_, n’est-ce pas tout un?
-
-Nous doutons, et nous soumettons nos doutes aux doctes capables de les
-dissiper.
-
-
-S’EN RETOURNER, avec la tmèse de _en_:
-
- Et, dès devant l’aurore,
- Vous _vous en_ êtes _retourné_.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
-(Voyez EN construit avec un verbe, p. 150.)
-
-
-SENS, au pluriel; le sens, la signification:
-
- Et les _sens imparfaits_ de cet écrit funeste
- Pour s’expliquer à moi n’ont pas besoin du reste.
-
- (_D. Garcie._ II. 4.)
-
-Les sens imparfaits d’un écrit funeste qui n’ont pas besoin du reste
-pour s’expliquer, c’est là sans doute ce que la Bruyère appelait
-du jargon, et il n’y a pas moyen d’y contredire. Hormis quelques
-fragments, comme la scène de jalousie du IVe acte, cette malheureuse
-pièce de Don Garcie est entièrement de ce style. Molière, pour cette
-fois, était sorti de son domaine habituel, la vérité, et il ne pouvait
-pas mettre un style vrai sur un sujet faux et romanesque.
-
-
-SENSIBLE, clair, intelligible, qui tombe sous le sens:
-
- Mon malheur m’est visible,
- Et mon amour en vain voudroit me l’obscurcir;
- Mais le détail encor ne m’en est pas _sensible_.
-
- (_Amph._ II. 2.)
-
-
-SENTIMENTS OUVERTS; PARLER A SENTIMENTS OUVERTS:
-
- Et je crois, _à parler à sentiments ouverts_,
- Que nous ne nous en devons guères.
-
- (_Amph. prol._)
-
-
-SENTIR, construit avec un pronom possessif, suivi d’un substantif;
-SENTIR SON BIEN:
-
- A l’heure que je parle, un jeune Égyptien,
- Qui n’est pas noir pourtant et _sent assez son bien_,
- Arrive, accompagné d’une vieille fort hâve.
-
- (_L’Ét._ IV. 9.)
-
-_Bien_, dans cette locution, signifie _bonne_ extraction; sentir son
-bien né, son homme bien né:
-
---SENTIR SON VIEILLARD, SON HOMME QUI...:
-
- Cela _sent son vieillard_ qui, pour en faire accroire,
- Cache ses cheveux blancs d’une perruque noire.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
- Votre conseil _sent son homme_ qui a envie de se défaire de sa
- marchandise.
-
- (_Am. méd._ I. 1.)
-
- «Mon languaige françois est altéré, et en la prononciation et
- ailleurs, par la barbarie de mon creu. Je ne veis jamais homme
- des contrées de deçà qui ne _sentist_ bien evidemment _son
- ramage_, et qui ne bleceast les aureilles pures françoises.»
-
- (MONTAIGNE. II. 17.)
-
- «Il y a trop de somptuosité à votre habit: cela _ne sent pas sa
- criminelle_ assez repentante.»
-
- (LA FONTAINE. _Psyché._ II.)
-
- «Cybèle est vieille, Junon de mauvaise humeur; Cérès _sent sa
- divinité de province_, et n’a nullement l’air de cour.»
-
- (Id. _Ibid._)
-
---SENTIR LE BATON, impersonnel:
-
- C’est _qu’il sent le bâton_ du côté que voilà.
-
- (_Dép. am._ V. 4.)
-
---SENTIR (SE), avoir la conscience de son être:
-
- Petit serpent que j’ai réchauffé dans mon sein,
- Et qui dès qu’il _se sent_, par une humeur ingrate,
- Cherche à faire du mal à celui qui le flatte!
-
- (_Éc. des fem._ V. 4.)
-
-
-SERRER, verbe actif, en parlant d’une maladie, peste, fièvre, etc:
-
- Que la fièvre quartaine puisse _serrer bien fort_ le bourreau
- de tailleur!
-
- (_B. gent._ II. 7.)
-
-(Voyez FIÈVRE.)
-
-
-SERVIR SUR TABLE:
-
- GALOPIN. Madame, on a _servi sur table_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 8.)
-
-C’était l’expression consacrée:
-
- «Ainsi dit Gilotin, et ce ministre sage
- «_Sur table_ au même instant fait _servir_ le potage.»
-
- (BOILEAU. _Le Lutrin._)
-
---SERVIR DE QUELQUE CHOSE:
-
- Et voilà _de quoi sert_ un sage directeur.
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
- L’un fait beaucoup de bruit qui _ne lui sert de guères_.
-
- (_Ibid._ I. 1.)
-
---Dans cette façon de parler, NE SERVIR DE RIEN, on usait d’une
-inversion au participe passé:
-
- Tout cela _n’a de rien servi_.
-
- (_Préf. de Tartufe_ et 2e _Placet au roi_.)
-
-
-SES, pluriel, précédant deux substantifs au singulier:
-
- Chacun, à _ses péril et fortune_, peut croire tout ce qu’il lui
- plaît.
-
- (_Mal. im._ III. 3.)
-
-Cette façon de parler est tout à fait conforme à l’ancienne langue.
-Aussi je ne crois pas que la vraie locution soit: _à ses risques et
-périls_, mais _à ses risque et péril_, au singulier.
-
-
-SEUL, faisant pléonasme avec _ne que_:
-
- Notre sort _ne dépend que_ de sa _seule_ tête.
-
- (_Éc. des fem._ III. 1.)
-
- Mais j’entends que la mienne
- Vive à ma fantaisie, et non pas à la sienne;
- Que d’une serge honnête elle ait son vêtement,
- Et _ne_ porte le noir _qu’_aux bons jours _seulement_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 2.)
-
- Ce _n’est qu’_après moi _seul_ que son âme respire.
-
- (_Ibid._ II. 14.)
-
- Et je _n’ai seulement qu’_à vous dire deux mots.
-
- (_Tart._ III. 2.)
-
- _Ce n’est que la seule_ considération que j’ai pour monsieur
- votre père.
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
- _Ce n’est qu’à l’esprit seul_ que vont tous les transports.
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
-Ce tour, qu’on appellerait aujourd’hui un pléonasme, est très-familier
-aux écrivains du XVIIe siècle:
-
- «Le roi son mari lui a donné jusqu’à la mort ce bel éloge,
- qu’il _n’_y avoit _que le seul_ point de la religion où leurs
- cœurs fussent désunis.»
-
- (BOSSUET. _Or. f. de la r. d’A._)
-
-
-SI, pris substantivement; UN SI, une condition:
-
- Ces protestations ne coûtent pas grand’chose,
- Alors qu’à leur effet _un pareil si_ s’oppose.
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
- «Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable;
- Mais _par tel si_, qu’au lieu qu’on obéit au diable
- Quand il a fait ce plaisir-là,
- A tes commandements le diable obéira.»
-
- (LA FONTAINE. _La Chose impossible._)
-
-Cette locution est très-fréquente dans les poëtes du XIIIe siècle: Le
-comte de Forest, le fanfaron Lisiard, se vante de faire en moins de
-huit jours la conquête de la belle Euriant, à condition qu’elle ne sera
-de rien prévenue:
-
- «Et _par si_ qu’on ne li voist dire.»
-
- (GIBERT DE MONTREUIL. _La Violette._ p. 17.)
-
-Par tel _si_ qu’on n’aille le lui dire, la mettre sur ses gardes.
-
-Il est très-important d’observer que nos pères avaient _se_ et _si_;
-_se_ exprimait seul un sens dubitatif, et venait du latin _si_; au
-contraire, _si_ n’était jamais dubitatif, aussi venait-il de _sic_.
-Cette distinction est essentielle pour l’intelligence de certains
-archaïsmes.
-
-Plus loin, Lisiard propose à Gérard un défi; Gérard l’accepte, mais
-en dicte les conditions, et les soumet à la demoiselle affligée qu’il
-s’agit de venger:
-
- «Et _par si_ soit fait li recors,
- S’il me puet ocire et conquerre,
- Que vous et toute vostre terre
- Serez à son comandement;
- Et se je le conquiers, ensement.»
-
- (_La Violette._ p. 84.)
-
-«Et soit fait notre accord par tel _si_, que s’il me peut tuer et
-conquérir, vous lui appartiendrez avec toute votre terre; et de même,
-si c’est moi qui le conquiers.»
-
---SI (_sic_), toutefois; ET SI, et pourtant, et encore:
-
- J’ai la tête plus grosse que le poing, _et si_ elle n’est pas
- enflée.
-
- (_B. gent._ III. 5.)
-
---SI FAUT-IL, encore faut-il:
-
- MORON. _Si faut-il_ tenter toute chose, et éprouver si son âme
- est entièrement insensible.
-
- (_Pr. d’Él._ III. 5.)
-
- _Si faut-il bien_ pourtant trouver quelque moyen.... pour
- attraper notre brutal.
-
- (_Sicilien._ 5.)
-
- «On m’a pourvu d’un cœur peu content de soi-même,
- «Inquiet, et fécond en nouvelles amours:
- «Il aime à s’engager, mais non pas pour toujours;
- «_Si faut-il_ une fois brûler d’un feu durable.»
-
- (LA FONT. _Elég._ III.)
-
---SI... COMME (_sic ut_):
-
- Je vous félicite, vous, d’avoir une femme _si_ belle, _si_
- sage, _si_ bien faite, _comme_ elle est.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 4.)
-
-_Sic pulchra ut est._
-
-_Comme_, dans l’origine, était le complément naturel de _si_, _aussi_,
-_tant_.
-
- «Li reis jurad: _Si_ veirement _cume_ Deus vit, David ne
- murrad.»
-
- (_Rois._ p. 74.)
-
- «Ki, entre tute ta gent, est _si_ fidel _cume_ David vostre
- gendre est?»
-
- (_Ibid._ p. 87.)
-
-Ou sans séparation, _sicume_ (italien, _siccome_):
-
- «E fud a curt _sicume_ il out ested devant.»
-
- (_Rois._ p. 74.)
-
-_Comme_ se construisait de même avec _tel_:
-
- «Deus te face _tel_ merci _cume_ tu m’as mustred ici.»
-
- (_Ibid._ p. 95.)
-
- «Vous voulez vous guérir de l’infidélité, et vous en demandez les
- remèdes? Apprenez-les de ceux qui ont été _tels comme vous_.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 272.)
-
-_Comme_ suppléait _que_, au grand avantage de l’euphonie:
-
- «Peut-être que tu mens _aussi bien comme_ lui.»
-
- (CORNEILLE. _Le Menteur._ IV. 7.)
-
- «Qu’il fasse _autant_ pour soi _comme_ je fais pour lui.»
-
- (Id. _Polyeucte._ III. 3.)
-
-Sur quoi Voltaire dit: «Ce vers est un solécisme; on dit _autant que_,
-et non pas _autant comme_.» Mais pourquoi pas? L’usage? Il était du
-temps de Corneille en faveur d’_autant comme_. La logique? C’est un pur
-latinisme. Les Latins faisaient donc aussi un solécisme, de dire:
-
- Haud _ita_ vitam agerent _ut_ nunc plerumque _videmus_?
-
- (LUCRÈCE. III.)
-
-Il est fâcheux que Voltaire ait appuyé une réforme sans motif, qui
-appauvrit la langue, surtout celle des poëtes, et envieillit les
-écrivains faits pour rester modèles. J’ai dit que l’emploi de _comme_
-relatif avait jadis pour soi l’autorité de l’usage; voici en preuve
-quelques exemples:
-
-Marot demandant une haquenée à François Ier:
-
- «Savez comment Marot l’acceptera?
- «_D’aussi_ bon cueur _comme_ la sienne il donne
- «Au fin premier qui la demandera.»
-
- «Ma foi seule, _aussi_ pure et belle
- «_Comme_ le sujet en est beau.....»
-
- «Il n’est rien de _si_ beau _comme_ Calixte est belle.»
-
- (MALHERBE.)
-
- «Tant qu’a duré la guerre, on m’a vu constamment
- «_Aussi_ bon citoyen _comme_ parfait amant.»
-
- (CORNEILLE. _Horace._)
-
-Mais tout à coup cette façon de parler a déplu aux grammairiens-jurés
-de la fin du XVIIe siècle: ils l’ont réprouvée d’un commun accord.
-Ménage donne pour raison qu’«elle n’est pas naturelle.» (_Obs._ p.
-348.) La nature est ici invoquée bien à propos! Mais est-il prouvé que
-ce mot _que_ soit plus rapproché de la nature que le mot _comme_?
-Est-il sûr que l’usage consacré par une longue suite de siècles,
-appuyé sur la logique, sur l’étymologie, et fortifié par l’exemple des
-meilleurs écrivains, doive céder au caprice de trois ou quatre pédants
-sans autorité que celle qu’ils s’arrogent avec insolence? Cela n’est
-pas naturel non plus, et pourtant, hélas! cela se voit tous les jours.
-
-_Comme_, à la place de _que_, est un archaïsme qui a de la grâce et de
-la naïveté:
-
- «Catin veut espouser Martin;
- «C’est une très-fine femelle!
- «Martin ne veut pas de Catin:
- «Je le trouve _aussi_ fin _comme_ elle.»
-
- (MAROT.)
-
---SI dubitatif (_si_),... ET QUE...:
-
- _S’il_ ne vous suffit pas de toute l’assurance
- Que vous peuvent donner mon cœur et ma puissance,
- _Et que_ de votre esprit les ombrages puissants
- Forcent mon innocence à convaincre vos sens...
-
- (_D. Garcie._ IV. 8.)
-
- Ce seroit une chose plaisante _si_ les malades guérissoient,
- _et qu’_on m’en vînt remercier!
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
- «_Si_ Babylone eût pu croire qu’elle eût été périssable comme
- toutes les choses humaines, _et que_ une confiance insensée ne
- l’eût pas jetée dans l’aveuglement.....»
-
- (BOSSUET. _Hist. un._ IIIe p.)
-
---SI, répondant au latin _an_, _utrum_:
-
- Et je suis _en suspens si_, pour me l’acquérir,
- Aux extrêmes moyens je ne dois point courir.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
- Je suis _dans l’incertitude si_ je dois me battre avec mon
- homme, ou bien le faire assassiner.
-
- (_Sicilien._ 13.)
-
---SI C’ÉTAIT QUE:
-
- Et _si c’étoit qu’_à moi la chose pût tenir...
-
- (_Mis._ IV. 1.)
-
---SI (un adjectif) QUE DE (_adeò... ut..._); tant ou tellement... que
-de...:
-
- Et j’ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui fut _si
- considéré_ en son temps _que d’_avoir permission de vendre tout
- son bien pour le voyage d’outre-mer.
-
- (_G. D._ I. 5.)
-
- S’il étoit _si hardi que de_ me déclarer son amour, il perdroit
- pour jamais ma présence et mon estime.
-
- (_Am. magn._ II. 3.)
-
- Ouais! je ne croyois pas que ma fille fût _si habile que de_
- chanter ainsi à livre ouvert.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
- «Celui-ci le paya d’ingratitude, et fut _si méchant que d’oser_
- souiller le lit de son bienfaiteur.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
-
-SIÈCLE D’AUJOURD’HUI (AU):
-
- C’est une chose rare _au siècle d’aujourd’hui_.
-
- (_Mis._ IV. 1.)
-
-
-SINGULIER; SINGULIER A, particulier à:
-
- Cette fermeté d’âme, _à vous si singulière_.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
-«On dit d’une chose qu’elle est _particulière à quelqu’un_, mais non
-pas qu’elle _lui est singulière_.» (M. AUGER.)
-
-Et pourquoi ne le dirait-on pas? On dit bien _singulier_, sans
-complément, pour _particulier_. M. Auger n’a rien repris à ces vers:
-
- Et je ne veux aussi, pour grâce _singulière_,
- Que montrer à vos yeux mon âme tout entière.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
-_Grâce singulière_ est pourtant bien là pour _grâce particulière_.
-Si on laisse au mot _singulier_ le sens de _singularis_ dans un cas,
-pourquoi ne pas le lui laisser dans l’autre? Pourquoi le permettre sans
-complément et le défendre, avec un complément?
-
-En général, on critique beaucoup trop par cette formule: _cela ne se
-dit pas_. Ce qu’il faut montrer, c’est que cela ne doit pas, ne peut
-pas se dire, surtout quand cela a été dit par des gens comme Molière,
-Pascal ou Bossuet.
-
-
-_SINGULIER_ (verbe au) après un nombre pluriel:
-
- Quatre ou cinq mille écus _est_ un denier considérable.
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
- Et deux ans, dans le sexe, _est_ une grande avance.
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
-(Voyez C’EST ou EST en accord avec un pluriel, et CE SONT.)
-
-
-SI PEU QUE DE (un infinitif):
-
- Vous êtes-vous mis dans la tête qu’un homme de soixante-trois
- ans.... considère _si peu_ sa fille _que de la marier_ avec un
- homme qui a ce que vous savez?
-
- (_Pourc._ II. 7.)
-
-(Voyez SI (un adjectif) QUE DE, p. 375.)
-
-
-SIQUENILLES (_sic_ dans l’édition originale; Ribou, 1669), souquenilles:
-
- Quitterons-nous nos _siquenilles_, monsieur?
-
- (_L’Av._ III. 2.)
-
-
-SITUÉ; AME BIEN SITUÉE:
-
- Non, non, il n’est point d’âme un peu _bien située_
- Qui veuille d’une estime ainsi prostituée.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-L’expression est insolite; cependant nous disons chaque jour, avec
-l’autorité de l’usage: Avoir le cœur _bien placé_. C’est la même figure.
-
-
-SŒURS D’INFORTUNE, comme _frères d’armes_:
-
- Nous nous voyons _sœurs d’infortune_.
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-
-SOI, où l’usage moderne emploie _lui_, _elle_, _eux_:
-
- Bien que de vous mon cœur ne prenne point de loi,
- Et ne doive en ces lieux aucun compte qu’à _soi_...
-
- (_D. Garcie._ II. 5.)
-
- C’est une fille à nous, que, sous un don de foi,
- Un Valère a séduite et fait entrer chez _soi_.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
-_Apud se_, et non _apud illum_.
-
-Agnès, dit Horace,
-
- N’a plus voulu songer à retourner chez _soi_,
- Et de tout son destin s’est commise à ma foi.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
- Je vous dis que mon fils n’a rien fait de plus sage
- Qu’en recueillant chez _soi_ ce dévot personnage.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Toi, Sosie?--Oui, Sosie; et si quelqu’un s’y joue,
- Il peut bien prendre garde à _soi_.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
- Ne voyez-vous pas qu’il tire à _soi_ toute la nourriture, et
- qu’il empêche ce côté-là de profiter?
-
- (_Mal. im._ III. 14.)
-
- Cet indolent état de confiance extrême,
- Qui le rend en tout temps si content de _soi-même_.
-
- (_Fem. sav._ I. 3.)
-
- Ce sont choses, _de soi_, qui sont belles et bonnes.
-
- (_Ibid._ IV. 3.)
-
- Le savoir garde _en soi_ son mérite éminent.
-
- (_Ibid._)
-
- Il n’est pour le vrai sage aucun revers funeste;
- Et, perdant toute chose, à _soi-même_ il se reste.
-
- (_Ibid._ V. 4.)
-
-Tout le XVIIe siècle a ainsi parlé. Les grammairiens se sont perdus en
-distinctions et en subtilités pour régler quand il fallait _soi_, et
-quand _lui_. Tout cela est chimérique. Les grands écrivains du temps de
-Louis XIV se sont guidés bien plus sûrement sur un seul point: partout
-où le latin mettrait _se_, ils ont mis _soi_,
-
- «Qu’il fasse autant pour _soi_ comme je fais pour lui.»
-
- (CORNEILLE. _Polyeucte._ III. 8.)
-
-_Pro se ipso_, et non _pro illo_.
-
- «Mais il se craint, dit-il, _soi-même_ plus que tous.»
-
- (RACINE. _Androm._ V. 2.)
-
-_Timet se ipsum._
-
- «Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après _soi_.»
-
- (Id. _Phèdre._)
-
-_Post se_, et non _post illum_.
-
- «Mais souvent un auteur, qui se flatte et qui s’aime,
- «Méconnoît ses défauts et s’ignore _soi-même_.»
-
- (BOILEAU.)
-
- «Il n’ouvre la bouche que pour répondre...... Il crache presque
- sur _soi_.»
-
- (LA BRUYÈRE.)
-
- «Idoménée, revenant à _soi_, remercia ses amis.»
-
- (FÉNELON.)
-
- «Tant de profanations que les armes traînent après _soi_!»
-
- (MASSILLON.)
-
- «Dieux immortels, dit-elle en _soi-même_, est-ce donc ainsi que
- sont faits les monstres?»
-
- (LA FONTAINE. _Psyché._ I.)
-
-On voit qu’il n’est pas besoin de tant raffiner, à la suite de
-Vaugelas, d’Olivet et les modernes.
-
-
-SOIENT, monosyllabe:
-
- Et votre front, je crois, veut que du mariage
- Les cornes _soient_ chez vous l’infaillible apanage.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- «Qu’ils _soient_ comme la poudre et la paille légère
- «Que le vent chasse devant lui.»
-
- (RACINE. _Esther._ I. 5.)
-
-
-SOIS-JE, dans une formule de souhait:
-
- _Sois-je_ du ciel écrasé si je mens!
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
-Forme excellente, au lieu de _puissé-je être_.
-
-
-SOLÉCISMES EN CONDUITE:
-
- Le moindre _solécisme_, en parlant, vous irrite;
- Mais vous en faites, vous, d’étranges _en conduite_.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-
-SOLLICITER DE QUELQUE CHOSE:
-
- J’ai cru faire assez de fuir l’engagement _dont j’étois
- sollicitée_.
-
- (_Am. magn._ IV. 7.)
-
- Ne me refusez point la grâce _dont je vous sollicite_.
-
- (_L’Av._ II. 7.)
-
-
-SON, SA, SES, se rapportant à un autre mot que le sujet de la phrase:
-
- Je ne puis vous celer que ma fille Célie
- Dès longtemps par moi-même est promise à Lélie,
- Et que, riche en vertus, _son retour_ aujourd’hui
- M’empêche d’agréer un autre époux que lui.
-
- (_Sgan._ 24.)
-
-_Son retour_, c’est le retour de Lélie; _riche en vertus_ se rapporte
-aussi à Lélie, quoique la construction de la phrase semble appliquer
-ces mots au retour. Il n’y a pas moyen d’excuser cette faute, source
-d’équivoques.
-
- Jusqu’ici don Louis, qui vit à _sa prudence_
-
-(La prudence de don Louis.)
-
- Par le feu roi mourant commettre _son enfance_,
-
-(L’enfance de don Alphonse.)
-
- A caché _ses destins_ aux yeux de tout l’État...
-
-(Les destins d’Alphonse.)
-
- Et bien que le tyran, depuis _sa lâche audace_,
-
-(L’audace du tyran.)
-
- L’ait souvent demandé pour lui rendre _sa place_,
-
-(La place d’Alphonse.)
-
- Jamais _son zèle ardent_ n’a pris de sûreté
-
-(Le zèle d’Alphonse.)
-
- A l’appât dangereux de _sa fausse équité_.
-
- (_D. Garcie._ I. 2.)
-
-(La fausse équité du tyran.)
-
-Il est difficile d’écrire avec plus de négligence.
-
-On dit bien _la surveillance de l’État_, mais non _les yeux de l’État_.
-L’État est une abstraction, une idée complexe, qui ne saurait être
-personnifiée jusqu’à prendre des yeux ni des oreilles.
-
---SON, SA, rapportés à un nom de chose:
-
- LYSIDAS (_parlant de sa pièce_). Tous ceux qui étoient là
- doivent venir à _sa_ première représentation.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
---SON avec _sentir_. (Voyez SENTIR, p. 370.)
-
-
-SONGER, actif, pour _imaginer_, _méditer_:
-
- C’est une foible ruse;
- J’en _songeois une_...--Et quelle?--Elle n’iroit pas bien.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
- J’avois _songé une comédie_ où il y auroit eu un poëte, etc...
-
- (_Impromptu._ 1.)
-
---SONGER DE (un infinitif); songer à:
-
- Et qu’ils s’étoient promis une foi mutuelle,
- Avant qu’il eût _songé de poursuivre_ Isabelle.
-
- (_Éc. des mar._ III. 6.)
-
-(Voyez p. 99, DE remplaçant A.)
-
-
-SONT pour font, en style d’arithmétique:
-
- Je crois que deux et deux _sont_ quatre.
-
- (_D. Juan._ III. 1.)
-
-L’édition d’Amsterdam a corrigé, selon sa coutume, et mis _font_.
-
---SONT-CE:
-
- _Sont-ce_ encore des bergers?--C’est ce qu’il vous plaira.
-
- (_B. gent._ I. 2.)
-
- _Sont-ce_ des vers que vous lui voulez écrire?
-
- (_Ibid._ II. 6.)
-
- _Sont-ce_ des visions que je me mets en tête?
-
- (_Psyché._ I. 1.)
-
-(Voyez CE SONT.)
-
-
-SORTILÉGE; DONNER UN SORTILÉGE A QUELQU’UN, lui jeter un sort:
-
- C’est _un sortilége qu’il lui a donné_.
-
- (_Pourc._ III. 9.)
-
-
-SORTIR HORS:
-
- Tenez, voyez ce mot, et _sortez hors_ de doute.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Mais lui fallant un pic, je _sortis hors_ d’effroi.
-
- (_Fâcheux._ II. 2.)
-
-
-SOT, terme adouci pour exprimer ce qu’ailleurs Molière appelle crûment
-un cocu:
-
- Elles font la sottise, et nous sommes les _sots_.
-
- (_Sgan._ 17.)
-
- Elle? Elle n’en fera qu’un _sot_, je vous l’assure.
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
- Épouser une sotte est pour n’être point _sot_.
-
- (_Éc. des mar._ I. 1.)
-
- «Il veut à toute force être au nombre des _sots_.»
-
- (LA FONT. _La Coupe enchantée._)
-
---SOT, passionné au point d’en perdre le sens:
-
- Si bien donc?--Si bien donc qu’elle est _sotte_ de vous.
-
- (_L’Ét._ I. 6.)
-
---ÊTRE SOT APRÈS QUELQU’UN, en être assotté:
-
- MARINETTE.
-
- Que Marinette _est sotte après son Gros-René_!
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
-
-SOUCIER, verbe actif, comme _affliger_, _chagriner_:
-
- Hé! je crois que cela foiblement _vous soucie_.
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
- «Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi
- «Me fasse peur, ni _me soucie_?»
-
- (LA FONTAINE. _Le Lion et le Moucheron._)
-
-
-SOUFFRIR, absolument; SOUFFRIR DE QUELQU’UN:
-
- Ciel! faut-il que le rang, dont on veut tout couvrir,
- _De cent sortes de sots_ nous oblige à _souffrir_!
-
- (_Fâcheux._ I. 6.)
-
---SOUFFRIR QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN:
-
- De grâce, _souffrez-moi_, par un peu de bonté,
- _Des bassesses_ à qui vous devez la clarté.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- «Mais le père Lemoine a apporté une modération à cette
- permission générale; car _il ne le veut point du tout souffrir
- aux vieilles_.»
-
- (PASCAL. 9e _Prov._)
-
-
-SOUFFRIR A QUELQU’UN DE (un infinitif), lui permettre:
-
- . . . . . . . _Souffrez à mon amour
- De_ vous revoir, madame, avant la fin du jour.
-
- (_Mis._ IV. 4.)
-
- Si votre cœur me considère
- Assez pour _me souffrir de disposer de vous_....
-
- (_Psyché._ I. 3.)
-
-_Me_ est ici au datif, et non à l’accusatif.
-
-
-SOUPÇON; HORS DE SOUPÇON:
-
- On ne reçoit plus rien qui soit _hors de soupçon_.
-
- (_L’Ét._ II. 6.)
-
-Qui soit à l’abri du soupçon, qui ne soit suspect.
-
---SOUPÇONS DE QUELQU’UN:
-
- Ce n’est pas d’aujourd’hui, Nicole, que j’ai conçu des soupçons
- _de_ mon mari.
-
- (_B. gent._ III. 7.)
-
-Molière dit _soupçons de quelqu’un_, comme _l’hymen_, _la vengeance_,
-_la jalousie de quelqu’un_, c’est-à-dire, relativement à quelqu’un.
-
---SOUPÇON ENTRE DEUX PERSONNES, qui porte sur deux personnes:
-
- Cela ne vous offense point: _il ne tombe entre lui et vous
- aucun soupçon_ de ressemblance.
-
- (_Scapin._ II. 7.)
-
-
-SOUPÇONNER, suspecter:
-
- On _soupçonne_ aisément un sort tout plein de gloire;
- Et l’on veut en jouir avant que de le croire.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-
-SOUS, au lieu de _par_ ou _avec_:
-
- Enfin je l’ai fait fuir, et, _sous ce traitement_,
- De beaucoup d’actions il a reçu la peine.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
- Ne prétendez pas vous sauver _sous_ cette imposture.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
---SOUS COULEUR, sous prétexte:
-
- Anselme, instruit de l’artifice,
- M’a repris maintenant tout ce qu’il nous prêtoit,
- _Sous couleur_ de changer de l’or que l’on doutoit.
-
- (_L’Ét._ II. 7.)
-
-(Voyez COULEUR et COLORÉ.)
-
---SOUS DES LIENS:
-
- La fille qu’autrefois de l’aimable Angélique,
- _Sous des liens_ secrets, eut le seigneur Enrique.
-
- (_Éc. des fem._ V. 9.)
-
- Ce n’est pas à mon cœur qu’il faut que je défère,
- Pour entrer _sous de tels liens_.
-
- (_Psyché._ I. 3.)
-
---SOUS DES SOINS:
-
- Je ris des noirs accès où je vous envisage,
- Et crois voir en nous deux, _sous mêmes soins nourris_,
- Ces deux frères que peint l’École des maris.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-L’idée de protection, enfermée dans le verbe _nourrir_, sauve cette
-métaphore:
-
- «Parva _sub_ ingenti matris se subjicit _umbra_.»
-
- (VIRG.)
-
---SOUS L’APPAT DE..., sous le prétexte de:
-
- Ce marchand déguisé,
- Introduit _sous l’appât_ d’un conte supposé:
-
- (_L’Ét._ IV. 7.)
-
---SOUS SA MOUSTACHE:
-
- On n’est point bien aise de voir, _sous sa moustache_, cajoler
- hardiment sa femme ou sa maîtresse.
-
- (_Sicilien._ 14.)
-
---SOUS TANT DE VRAISEMBLANCE:
-
- Quoi! le premier transport d’un amour qu’on abuse
- _Sous tant de vraisemblance_ est indigne d’excuse!
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
---SOUS UN DON DE FOI:
-
- C’est une fille à nous, que, _sous un don de foi_,
- Un Valère a séduite et fait entrer chez soi.
-
- (_Éc. des mar._ III. 5.)
-
-Dans toutes ces locutions, _sur_ serait aussi bien venu que _sous_.
-Molière, pour l’emploi de l’un et de l’autre, paraît n’avoir suivi que
-le hasard, et l’usage l’y autorisait. (Voyez au mot SUR, où l’origine
-de cette confusion est exposée.)
-
-
-SOUTENIR LE COURROUX, y persévérer:
-
- Pour vouloir _soutenir le courroux_ qu’on me donne,
- Mon cœur a trop su me trahir.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-
-SPIRITUELLE, substantif; UNE SPIRITUELLE:
-
- Moi, j’irois me charger d’_une spirituelle_
- Qui ne parleroit rien que cercle et que ruelle?
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
-(Voyez RIDICULE, substantif.)
-
-
-_SUBJONCTIF_ qui en commande un autre, dans une place où nous mettrions
-aujourd’hui l’_indicatif_:
-
- _J’aurois_ assez d’adresse pour faire accroire à votre père
- que ce _seroit_ une personne riche, outre ses maisons, de cent
- mille écus en argent comptant; qu’elle _seroit_ éperdument
- amoureuse de lui, et _souhaiteroit_ de se voir sa femme.
-
- (_L’Av._ IV. 11)
-
-Il est clair qu’en effet la forme conditionnelle est la meilleure dans
-tout ce passage, qui n’expose qu’une hypothèse.
-
---Construit avec un présent de l’indicatif:
-
- Que vient de te donner cette farouche bête?
- --Cette lettre, monsieur, qu’avecque cette boète
- _On prétend_ qu’_ait_ reçue Isabelle de vous.
-
- (_Éc. des mar._ II. 8.)
-
-On dirait en style moderne: on prétend qu’_a_ reçue. Il est manifeste
-que le conditionnel est plus juste, puisqu’il s’agit encore ici d’une
-hypothèse.
-
-(Voyez CONDITIONNELS, FUTURS.)
-
-
-SUCCÉDER, arriver, réussir, _contingere_:
-
- Quelque chose de bon nous pourra _succéder_.
-
- (_Dép. am._ III. 1.)
-
- Ces maximes, un temps, leur peuvent _succéder_.
-
- (_D. Garcie._ II. 1.)
-
-
-SUCCÈS, issue d’une affaire, dans le sens du latin _exitus_, sans
-impliquer l’idée de bien ni de mal:
-
- Ce qu’on _voit_ de _succès_ peut bien persuader
- Qu’ils ne sont pas encor fort près de s’accorder.
-
- (_L’Ét._ V. 12.)
-
- J’en viens d’entendre ici le _succès merveilleux_.
-
- (_Ibid._ V. 15.)
-
- Adieu; nous en saurons le _succès_ dans ce jour.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Daignez, je vous conjure,
- Attendre le _succès_ qu’aura cette aventure.
-
- (_Ibid._ III. 7.)
-
- Hé bien! ce beau _succès_ que tu devois produire?
-
- (_Ibid._ III. 9.)
-
- Vous vous tromperez.--Soit. J’en veux voir le _succès_.
- --Mais...--J’aurai le plaisir de perdre mon procès.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-
-SUCRÉE (FAIRE LA), faire la prude, la renchérie:
-
- Elle _fait la sucrée_, et veut passer pour prude.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
- --Qui, moi?--Oui; vous _ne faites point tant la sucrée_.
-
- (_G. D._ I. 6.)
-
-
-SUFFISANCE, en bonne part; HOMME DE SUFFISANCE:
-
- _Homme de suffisance_, homme de capacité.
-
- (_Mar. for._ 6.)
-
-Dans le XVIIe siècle, _suffisant_ et _suffisance_ se prenaient en bonne
-part, au sens de _qui suffit à quelque chose_. Voici les exemples
-que donne Furetière: «Le roi a des ministres qui sont d’une grande
-_suffisance_, d’une grande capacité, d’une grande pénétration.» Et au
-mot SUFFISANT: «Se dit d’un grand mérite et de la sotte présomption. Le
-roi cherche des gens qui soient _suffisants_, et capables de remplir
-les prélatures et les grandes charges.»
-
---SUFFISANT DE (un infinitif), qui suffit; qui suffit à, capable de:
-
- Bon Dieu! que de discours!
- Rien n’est-il _suffisant d’en arrêter_ le cours?
-
- (_Dép. am._ II. 7.)
-
- «Je me déchargerai d’un faix que je dédaigne,
- «_Suffisant de crever_ un mulet de Sardaigne.»
-
- (REGNIER. _Sat._ VI.)
-
-
-SUFFIT QUE, suivi d’un verbe à l’indicatif:
-
- _Il suffit que nous savons_ ce que nous savons, et que tu fus
- bien heureuse de me trouver.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 1.)
-
-Nous savons ce que nous savons, cela suffit, c’est en dire assez. _Il
-suffit que nous sachions_ présenterait un sens tout autre.
-
-
-SUITE; EN SUITE DE. (Voyez ENSUITE DE.)
-
---SUITE, développement:
-
-Don Alphonse dit à dona Elvire, qui vient de réciter trente-cinq vers
-sans interruption:
-
- J’ai de votre discours assez souffert _la suite_.
-
- (_D. Garcie._ V. 5.)
-
---D’UNE LONGUE SUITE, très-suivi:
-
- Et tâcher, par des soins _d’une très-longue suite_,
- D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.
-
- (_Mis._ III. 1.)
-
---SUITE, conséquence:
-
- Un avis _dont la suite_
- Vous réduit au parti d’une soudaine fuite.
-
- (_Tart._ V. 6.)
-
- Les _suites_ de ce mot, quand je les envisage,
- Me font voir un mari, des enfants, un ménage.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
-
-SUIVRE LE COURROUX DE QUELQU’UN, s’y associer:
-
- Assembler des amis qui _suivent mon courroux_.
-
- (_Amph._ III. 5.)
-
---SUIVRE QUELQU’UN AU DESSEIN DE (un infinitif):
-
- Bon.--Et moi, pour _vous suivre au dessein de tout rendre_....
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
-Pour vous imiter dans ce dessein.
-
---SUIVRE SA POINTE:
-
- Quel diable d’étourdi, qui _suit toujours sa pointe_!
-
- (_Scapin._ III. 11.)
-
-
-_SUJET_ à la première personne, et le verbe à la troisième. (Voyez
-PRONOM.)
-
-
-_SUJET SOUS-ENTENDU_ autre que le sujet exprimé:
-
- Elle vous diroit bien qu’elle vous trouve bon,
- Et qu’_elle_ n’est point d’âge à _lui donner_ ce nom.
-
- (_Tart._ I. 2.)
-
-_Elle_ n’est point d’âge à ce qu’_on_ puisse lui donner.
-
-Le besoin de brièveté, joint à la clarté de l’expression, paraît plus
-que suffisant à excuser cette légère inexactitude.
-
-
-SUPERFLU DE LA BOISSON (LE), périphrase qui s’entend de reste:
-
- Je m’étois amusé dans votre cour à expulser _le superflu de la
- boisson_.
-
- (_Méd. m. lui._ III. 5.)
-
-
-SUPPORT, dans le sens moral; appui:
-
- Elle n’a ni parent, ni _support_, ni richesse.
-
- (_Éc. des fem._ III. 5.)
-
- L’éclat d’une fortune en mille biens féconde
- Fera connoître à tous que je suis ton _support_.
-
- (_Amph._ III. 11.)
-
-
-SUPPORTER QUELQU’UN DANS, comme nous disons _soutenir dans_:
-
- Nous ne sommes point gens à _la supporter dans_ de mauvaises
- actions.
-
- (_G. D._ I. 4.)
-
-
-SUPPRESSION; A MA SUPPRESSION, en me supprimant, m’excluant:
-
- _A ma suppression_ il s’est ancré chez elle.
-
- (_Éc. des fem._ III. 5.)
-
-Comme on dit _à mon profit_, _à mon dam_.
-
-Bossuet a dit: «_Au grand malheur_ des hommes ingrats.» (_Or. fun. de
-la R. d’A._)
-
-
-SUR LE FIER; SE TENIR SUR LE FIER:
-
- Mais puisque _sur le fier vous vous tenez_ si bien.....
-
- (_Mélicerte._ I. 3.)
-
-
-SUR PEINE DE, sous peine de:
-
- On ne doit de rimer avoir aucune envie,
- Qu’on n’y soit condamné _sur peine_ de la vie.
-
- (_Mis._ IV. 1.)
-
- Mais à condition......... que vous n’en ouvrirez la bouche à
- personne du monde, _sur peine de la vie_.
-
- (_Am. magn._ II. 3.)
-
- «Madame, qui de tous poins veoit le seigneur de Saintré à
- combattre meu et desliberé, feloneusement luy dist: Sire
- de Saintré, nous voulons et vous commandons, _sur peine_
- d’encourir nostre indignacion, que incontinent tous deux vous
- desarmez.»
-
- (_Le Petit Jehan de Saintré._)
-
- «Les seigneurs du Carthage, voyants que leur pays se
- despeuploit peu à peu, feirent desfense expresse, _sur peine de
- mort_, que nul n’eust plus à aller par là.»
-
- (MONTAIGNE. I. 30.)
-
- «Si mon fils a jamais des enfants, je veux qu’ils étudient au
- collége de Clermont, _sur peine_ d’être déshérités.»
-
- (ST.-ÉVREMOND. _Convers. du P. Canaye._)
-
- «Est-ce un article de foi qu’il faille croire, _sur peine_ de
- damnation?»
-
- (PASCAL. 18e _Prov._)
-
-On écrivait originairement _sor_ et _soz_; quand la consonne
-finale était muette, comme l’_o_ sonnait le plus souvent _ou_, la
-prononciation confondait pour l’oreille _sour_ et _souz_; de là
-l’emploi indifférent de l’un ou de l’autre dans certaines locutions
-consacrées, comme _sur peine_ et _sous peine_.
-
-(Voyez _des Var. du lang. fr._, p. 430.)
-
---SUR LE PIED DE (un infinitif):
-
- Et veulent, _sur le pied de nous être fidèles_,
- Que nous soyons tenus à tout endurer d’elles.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-Sous prétexte qu’elles nous sont fidèles; s’appuyant sur ce qu’elles
-nous sont fidèles.
-
---SUR UN SEMBLANT:
-
- Quoi! _sur un beau semblant_ de ferveur si touchante...
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
-Mauvaise leçon. L’édition originale de 1669 porte: sous _un beau
-semblant_. (voy. la Préface.)
-
-
-SURPRENDRE AU DÉPOURVU:
-
- Mais je vous avouerai que cette gayeté
- _Surprend au dépourvu_ toute ma fermeté.
-
- (_D. Garcie._ V. 6.)
-
-
-SURSÉANCE; FAIRE SURSÉANCE A... surseoir:
-
- Et jusques à demain _je ferai surséance
- A l’exécution_, monsieur, de l’ordonnance.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
-
-SUS; SUS DONC:
-
- Oui? _Sus donc_, préparez vos jambes à bien faire.
-
- (_L’Ét._ II. 14.)
-
-_Sus_ n’est autre chose que _sur_. La consonne finale étant inarticulée
-dans l’origine, il arrivait souvent que l’écriture notât une consonne
-pour une autre. _Courir sus à quelqu’un_, c’est courir sur quelqu’un;
-mais _sur_, dans la première de ces locutions, est aujourd’hui employé
-comme adverbe; il est préposition dans la seconde. _Sus, sus_,
-c’est-à-dire, Allons, debout!
-
-Mais pourquoi n’a-t-on pas dit _courir sus à quelqu’un_? l’euphonie y
-trouvait aussi bien son compte. Voyez, à l’article CHAISE, ce qui est
-dit du zézayement parisien.
-
-NICOT: «SUS ou SUR, _super_.»
-
-Le langage de la jurisprudence a conservé _susanner_, qui est une
-autre prononciation de _suranner_, réduit lui-même aujourd’hui à son
-participe passé.
-
- «Une prise de corps ne se _susanne_ jamais.»
-
- (DE LAURIÈRE.)
-
-C’est-à-dire, ne perd pas sa vertu, faute d’avoir été exécutée dans
-l’année; ne se _suranne_ pas, _non antiquatur_.
-
-Vous observerez que les Latins employaient déjà _sus_ pour _super_
-en composition. _Suspendere_ est pour _superpendere_.
-
-
-SUSPENS SI (ÊTRE EN)...: (Voyez SI répondant au latin _an_, _utrùm_.)
-
-
-_SYLLEPSE_ qui suppose un nominatif non exprimé:
-
- Cet arrêt suprême,
- Qui décide du sort de mon amour extrême,
- Doit m’être assez touchant _pour ne pas s’offenser_
- Que mon cœur par deux fois le fasse répéter.
-
- (_Éc. des mar._ II. 14.)
-
-_Pour ne pas s’offenser_, c’est-à-dire _pour qu’_ON _ne s’offense
-pas_. Le sujet de la phrase est _l’arrêt_; ce n’est point l’arrêt qui
-s’offensera, c’est Sganarelle.
-
-Il semble que, quand le sens est aussi évident, on peut dans un
-dialogue familier, et pour l’amour de la concision, tolérer ces
-inexactitudes, et laisser dormir la rigueur de certaines lois
-grammaticales.
-
- D. PÈDRE. Et, cette nuit encore, on est venu chanter sous nos
- fenêtres.
-
- ISIDORE. Il est vrai. La musique _en_ étoit admirable!
-
- (_Sicilien._ 7.)
-
-_En_ se rapporte à l’idée de _concert_, _sérénade_, éveillée par la
-phrase précédente, où pourtant ce mot ne se trouve pas, ni aucun
-semblable.
-
- Ah! _les menuets_ sont ma danse, et je veux que vous me _le_
- voyiez danser.
-
- (_B. gent._ II. 1.)
-
-Que vous me voyiez danser _le menuet_.
-
-Racine a dit, par un tour semblable:
-
- «Entre _le pauvre_ et vous vous prendrez Dieu pour juge;
- «Vous souvenant, mon fils, que, caché sons ce lin,
- «Comme _eux_ vous fûtes pauvre, et comme _eux_ orphelin.»
-
- (_Athalie._ IV. 4.)
-
-(Voyez, p. 147, EN par syllepse.)
-
-
-_SYMÉTRIE DES TEMPS._ (Voyez aux mots CONDITIONNELS, SUBJONCTIF, et
-FUTURS.)
-
-
-_T_ EUPHONIQUE:
-
- Voilà-_t_-il pas monsieur qui ricane déjà?
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-Nos anciens eussent écrit _voilat il pas_, ou bien _voila il pas_,
-laissant à l’usage le soin d’indiquer la consonne euphonique.
-
-La seconde manière était celle du XVIe siècle; mais Théodore de Bèze
-nous avertit de prononcer un _t_ intercalaire:--«Cette lettre offre une
-particularité curieuse, c’est qu’on la prononce là où elle n’est pas
-écrite. Vous voyez écrit _parle il_, et vous prononcez, en intercalant
-le _t_, _parle til_. On écrira _va il_, _ira il_, _parlera il_, et l’on
-prononcera _va til_, _ira til_, _parlera til_.» (_De fr. ling. rect.
-pron._ p. 36.)
-
- Ainsi, n’ayant au cœur nul dessein pour Clitandre,
- Que vous importe-_t_-il qu’on y puisse prétendre?
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- Va, va-_t’_en faire amende honorable au Parnasse.
-
- (_Ibid._ III. 5.)
-
-
-TABLER, tenir table:
-
- Et, pleins de joie, allez _tabler_ jusqu’à demain.
-
- (_Amph._ III. 6.)
-
-
-TACHER A (un infinitif), tâcher de:
-
- La mémoire du père, à bon droit respectée,
- Joint au grand intérêt que je prends à la sœur,
- Veut que du moins l’on _tâche à lui rendre_ l’honneur.
-
- (_Éc. des mar._ III. 4.)
-
- _Tâchons à modérer_ notre ressentiment.
-
- (_Éc. des fem._ II. 2.)
-
- Que votre esprit un peu _tâche à se rappeler_.
-
- (_Mis._ IV. 2.)
-
- Il suffit qu’il se rende plus sage,
- Et _tâche à mériter_ la grâce où je m’engage.
-
- (_Tart._ III. 4.)
-
- Je vois qu’envers mon frère on _tâche à me noircir_.
-
- (_Ibid._ III. 7.)
-
-
-TAIRE (SE) DE QUELQUE CHOSE:
-
- C’est bien la moindre chose que je vous doive..., que de _me
- taire_ devant vous _d’une personne_ que vous connoissez.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
- C’est avoir bien de la langue, que de ne pouvoir _se taire de
- ses propres affaires_.
-
- (_Scapin._ III. 4.)
-
- «Je _m’en tais_, et ne veux leur causer nul ennui.»
-
- (LA FONT. _Le Geai paré des plumes du Paon._)
-
- «Dame, si vous faictes nulle mention de celle avenue, vous
- serez deshonorée. _Taisez-vous-en_, et je _m’en tairai_ aussi
- pour vostre honneur.»
-
- (FROISSART. _Chron._ III. ch. 49.)
-
-(Voyez DE répondant au latin _de_, touchant; et MENTIR.)
-
-
-TANT devant un adjectif, pour _si_, _tellement_:
-
- Voilà une malade qui n’est pas _tant dégoûtante_.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 6.)
-
- Elle n’est point _tant sotte_, ma foi, et je la trouve assez
- passable.
-
- (_Scapin._ I. 3.)
-
-
---TANT DE (un substantif), QUE DE (un infinitif):
-
- Qui donc est le coquin qui prend _tant de licence
- Que de chanter_ et m’étourdir ainsi?
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-
-TARARE!
-
- GEORGE DANDIN. Je te donnerai....
-
- LUBIN. _Tarare!..._
-
- (_G. D._ II. 7.)
-
-L’emploi de ce mot paraît remonter très-haut dans les origines de notre
-langue. _Tarare_ serait une tradition de _taratara_, parole dépourvue
-de sens, espèce d’onomatopée pour exprimer le son émis d’une bouche qui
-ne peut articuler. «La peste lui avait ôté la parole; au lieu de parler
-il sifflait, et, voulant crier, ne faisait entendre que _taratara_» (ou
-_tarare_). (_Vie de St. Augustin._ DU CANGE, in _Taratara_.)
-
-
-TARTUFIER:
-
- Non, vous serez, ma foi, _tartufiée_.
-
- (_Tart._ II. 3.)
-
-Ce verbe, de la création de Molière, n’a point passé dans la langue
-commune, comme _tartufe_ et _tartuferie_.
-
-Molière a composé de même _désosier_ et _désamphitryonner_.
-
-
-TATÉ, tâtonné, cherché; DES TRAITS NON TATÉS:
-
- Une main prompte à suivre un beau feu qui la guide,
- Et dont, comme un éclair, la justesse rapide
- Répande dans ses fonds, à grands _traits non tâtés_,
- De ses expressions les touchantes beautés.
-
- (_La Gloire du Val-de-Grâce._)
-
---EN TATER, mis absolument, avec un sens elliptique, mais sans relation
-grammaticale:
-
- Voilà ce que c’est d’avoir causé. _Vous n’en tâterez plus_, et
- je vous laisse sur la bonne bouche.
-
- (_G. D._ II. 7.)
-
-
-TAXER DE (un infinitif), comme _accuser de_:
-
- Je m’offre à vous y servir, puisqu’_il m’en a déjà taxée_.
-
- (_G. D._ I. 7.)
-
-
-TEMPÉRAMENT, dans le sens du latin _temperare_, modérer, ménager,
-régler:
-
- Vous ne gardez en rien les doux _tempéraments_.
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
-Dans la vieille langue, on disait _tremper une harpe_; c’était,
-avec l’_r_ transposée, _temprer_, _tempérer_ cette harpe,
-l’accorder, _temperare_. Dans Ovide: «_Temperare citharam nervis.»
-On accorde les pianos par _tempérament_, c’est-à-dire, en tempérant
-les quintes, qui, dans les instruments à clavier, ne peuvent
-s’accorder avec une rigueur mathématique, puisque le bémol s’y
-confond avec le dièze.
-
-_Tempérament_, dans le vers de Molière, exprime la même idée.
-
-
-TEMPLE.
-
-On n’osait pas, au XVIIe siècle, faire prononcer sur le théâtre le mot
-_église_: c’eût été regardé comme une profanation. On se servait du mot
-païen:
-
- Et vous promets ma foi ...--Quoi?--Que vous n’êtes pas
- Au _temple_, au cours, chez vous, ni dans la grande place.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- «Soit; mais il est saison que nous allions _au temple_.»
-
- (CORNEILLE. _Le Menteur._)
-
-
-TEMPS; LE BON TEMPS; ironiquement, l’âge d’or:
-
- Pour une jeune déesse,
- Vous êtes bien _du bon temps_!
-
- (_Amph._ prol.)
-
-Dit Mercure à la Nuit.
-
---UN TEMPS, adverbe; quelque temps:
-
- Je souffrirai _un temps_, mais j’en viendrai à bout.
-
- (_B. gent._ III. 10.)
-
-
-TENDRE, verbe neutre; TENDRE A, _tendere ad_, se diriger vers...:
-
- _Où tend_ Mascarille à cette heure?
-
- (_Dép. am._ I. 4.)
-
-Molière emploie ici au sens propre une expression qui se dit tous les
-jours au sens figuré: Où tend cette conduite? où tend ce discours? Si
-on le dit bien au figuré, à plus forte raison est-il permis de le dire
-au propre, puisque l’image suppose toujours la réalité, et le sens
-étendu le sens restreint.
-
---TENDRE, adjectif; substantivement, LE TENDRE DE L’AME:
-
- C’est me faire une plaie _au plus tendre de l’âme_.
-
- (_L’Ét._ III. 4.)
-
---TENDRE A (un substantif):
-
- Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette
- Friande de l’intrigue, et _tendre à la fleurette_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 9.)
-
- Vous êtes donc bien _tendre à la tentation_?
-
- (_Tart._ III. 2.)
-
-
-TENIR; EN TENIR, être pris, être attrapé:
-
- Quoi, peste? le baiser!
- Ah! _j’en tiens_!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
- Il _en tient_, le bonhomme, avec tout son phébus,
- Et je n’en voudrois pas _tenir_ cent bons écus.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
-_Il en tient_ signifie _il est attrapé_. Je ne voudrais pas _en tenir_
-cent écus, c’est-à-dire, je ne voudrais pas, au lieu de cette aventure,
-tenir cent écus; je ne la donnerais pas pour cent écus. _En_ joue ici
-le même rôle que dans cette locution: Combien _en_ voulez-vous?--Je
-n’_en_ voudrais pas tenir ou recevoir cent écus. Dans l’une et l’autre
-formule, _en_ marque l’échange.
-
-Sganarelle, plus loin, exprime la même idée en d’autres termes:
-
- Allez, mon frère aîné, cela vous sied fort bien!
- Et je ne voudrois pas, pour vingt bonnes pistoles,
- Que vous n’eussiez ce fruit de vos maximes folles.
-
- (_Éc. des mar._ III. 6.)
-
- SGANARELLE. Je ne voudrois pas _en tenir dix pistoles_! Hé
- bien, monsieur?
-
- (_D. Juan._ III. 6.)
-
-Hé bien, monsieur, votre incrédulité est-elle assez confondue? Je ne
-voudrais pas, pour dix pistoles, que la statue n’eût baissé la tête.
-
---TENIR, retenir:
-
- Je ne sais qui me _tient_, infâme,
- Que je ne t’arrache les yeux!
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
---TENIR, verbe actif, estimer, juger:
-
- On _la tenoit morte_ il y avoit déjà six heures.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
-On la tenait pour morte.
-
- Fort bien.--Et _je vous tiens mon véritable père_.
-
- (_Éc. des fem._ V. 6.)
-
- Je _le tiendrois_ fort misérable,
- S’il ne quittoit jamais sa mine redoutable.
-
- (_Amph._ prol.)
-
- Je n’ignore pas qu’à cause de votre noblesse _vous me tenez_
- fort au-dessous de vous.
-
- (_G. D._ II. 3.)
-
- «Je _tiens_ impossible de connoître les parties sans connoître
- le tout.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 300.)
-
- «On a véritablement recueilli les vies de ces deux grands
- hommes (Homère et Ésope), mais la plupart des savants _les
- tiennent toutes deux fabuleuses_.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
---TENIR A (un substantif), même sens:
-
- Il n’y a personne sans doute qui ne _tint à beaucoup de gloire_
- de toucher à un tel ouvrage.
-
- (_Sicilien._ 12.)
-
- «Le magistrat, _tenant à mépris et irrévérence_ cette réponse,
- le fit mener en prison.»
-
- (LA FONT. _Vie d’Ésope._)
-
-Molière a dit, par la même tournure, _être à mépris_:
-
- Et toi, pour te montrer que _tu m’es à mépris_,
- Voilà ton demi-cent d’épingles de Paris.
-
- (_Dép. am._ IV. 4.)
-
---TENIR (SE) A QUELQUE CHOSE, pour _s’en tenir_:
-
- Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes,
- Tant que _vous vous tiendrez aux muets interprètes_.
-
- (_Fem. sav._ I. 4.)
-
---TENIR AU CUL ET AUX CHAUSSES, c’est empoigner solidement; métaphore
-triviale que Molière met dans la bouche de maître Jacques:
-
- On n’est pas plus ravi que de _vous tenir au cul et aux
- chausses_, et de faire sans cesse des contes de votre lésine.
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
---TENIR DES CHARGES, les occuper:
-
- Je suis né de parents sans doute qui _ont tenu des charges_
- honorables.
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
---TENIR DES PAROLES, comme _tenir un discours_, _un propos_:
-
- Je vous trouve fort bon de _tenir ces paroles_!
-
- (_Fâcheux._ I. 8.)
-
- Qui ose _tenir ces paroles_? Je crois connoître cette voix.
-
- (_D. Juan._ V. 5.)
-
---TENIR LA CAMPAGNE:
-
- Nous nous voyons obligés, mon frère et moi, à _tenir la
- campagne_ pour une de ces fâcheuses affaires qui..., etc.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
- «Lui (Napoléon), bravant tous les dangers,
- «Semblait _tenir seul la campagne_.»
-
- (BÉRANGER.)
-
---TENIR SA FOI, comme on dit _tenir sa parole_:
-
- Valère a votre foi: _la tiendrez-vous_, ou non?
-
- (_Tart._ I. 6.)
-
---TENIR SON QUANT-A-MOI:
-
- Elle m’a répondu, _tenant son quant-à-moi_:
- Va, va, je fais état de lui comme de toi.
-
- (_Dép. am._ IV. 2.)
-
- «Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais
- la froide et l’indifférente, elle me recherche; si elle _se
- tient sur son quant-à-moi_, je vas au-devant.»
-
- (LA FONTAINE. _Psyché._ II.)
-
-«Dans les phrases à la troisième personne, comme celle-ci, on dit
-aussi, et avec plus de raison peut-être, _quant-à-soi_: il a tenu son
-_quant-à-soi_.» M. AUGER.
-
-Du moment que ce groupe de mots ne forme plus qu’un substantif composé,
-les éléments doivent en être fixes et invariables. Il semble qu’on doit
-adopter _quant-à-moi_, comme ont fait Molière et la Fontaine; car on
-ne pourrait pas dire: _je garde mon quant-à-soi_, tandis qu’on dira
-bien: _il garde son quant-à-moi_.
-
-A propos de cette locution _quant à moi_, signifiant quant à ce qui
-me regarde, Ménage déclare qu’elle n’est plus _du bel usage_. «M. de
-Vaugelas, dit-il, permet _quant à nous_, _quant à vous_, et condamne
-seulement _quant à moi_. Je suis plus sévère: toutes ces façons de
-parler ont vieilli, et ne sont plus du bel usage.»
-
-Rien n’est plus propre que cette observation de Ménage à faire voir
-combien, dans les études grammaticales de ce temps-là, le caprice
-tenait lieu de raison. En effet, quelle raison pouvait avoir Vaugelas
-de permettre _quant à nous_ et d’interdire _quant à moi_? Où prenait-il
-le prétexte de cette distinction? Il fallait qu’il fût bien sûr de
-l’autorité de son nom pour oser rendre de semblables arrêts! Au
-reste, la docilité du public se chargeait de justifier la tyrannie de
-Vaugelas. Ménage du moins était plus conséquent, qui supprimait tout.
-
---TENIR UN EMPIRE, le posséder, en être investi:
-
- _Cet empire_ que _tient_ la raison sur nos sens
- Ne ferme point notre âme aux douceurs des encens.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
-
-TERMES; EN ÊTRE AUX TERMES DE:
-
- La chose _en est aux termes de_ n’en plus faire de secret.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
-
-TIRÉ, forcé:
-
- Et toutes vos raisons, monsieur, sont trop _tirées_.
-
- (_Tart._ IV. 1.)
-
-Par abréviation, pour _tiré par les cheveux_.
-
- «Il y a (dans l’Ancien Testament) des figures qui ont pu
- tromper les Juifs, et qui semblent un peu _tirées par les
- cheveux_.»
-
- (PASCAL. _Pensées._ p. 177.)
-
-Port-Royal, par révérence du beau langage, a substitué: _peu
-naturelles_.
-
-
-TIRER, attirer:
-
- Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces
- Qui pour _tirer_ les cœurs ont d’incroyables forces.
-
- (_L’Ét._ III. 2.)
-
---TIRER, prendre son chemin; métaphore prise du cheval, qui tire à
-droite ou à gauche:
-
- _Tirez_ de cette part; et vous, _tirez_ de l’autre.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
---TIRER SA POUDRE AUX MOINEAUX, perdre sa peine:
-
- Croyez-moi, c’est _tirer votre poudre aux moineaux_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 9.)
-
---TIRER SES CHAUSSES, s’enfuir:
-
- Donnez-moi vitement quelques coups de bâton,
- Et me laissez _tirer mes chausses_ sans murmure.
-
- (_Dép. am._ I. 4.)
-
- MORON.
-
- Il m’a fallu _tirer mes chausses_ au plus vite.
-
- (_Pr. d’Él._ V. 1.)
-
-La Fontaine dit, d’une manière moins triviale, _tirer ses grègues_:
-
- «Le galant aussitôt
- «_Tire ses grègues_, gagne au haut,
- «Mal content de son stratagème.»
-
- (_Le Coq et le Renard._)
-
-Les _grègues_ étaient une espèce particulière de chausses à la
-mode grecque. Le moyen âge écrivait et prononçait _segretaire_;
-nous prononçons _segond_ tout en écrivant _second_, par égard pour
-l’étymologie _secundus_; nous écrivons et prononçons _cigogne_, qui
-vient de _ciconia_; et nous articulons aussi durement que possible le
-féminin de _grec_, _grecque_. Ce sont les effets du temps et du progrès.
-
---TIRER UNE AFFAIRE DE LA BOUCHE DE QUELQU’UN:
-
- Je pense qu’il vaut mieux que _de sa propre bouche
- Je tire_ avec douceur _l’affaire_ qui me touche.
-
- (_Éc. des fem._ II. 2.)
-
-Je tire le détail de l’affaire. La pensée va toujours à l’économie des
-paroles, surtout la pensée d’un homme agité par la passion, comme est
-Arnolphe.
-
-
-TOMBER DANS L’EXEMPLE, en venir aux exemples:
-
- Et, pour _tomber dans l’exemple_, il y avoit l’autre jour des
- femmes....
-
- (_Critique de l’Éc. des fem._ 3.)
-
---TOMBER DANS UNE MALADIE:
-
- Monsieur, j’ai une fille qui est _tombée dans une étrange
- maladie_.
-
- (_Méd. m. lui._ II. 3.)
-
-
-TON, métaphoriquement, joint à _frapper_, pris au propre:
-
- _Il frappe un ton plus fort!_
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
-Comme on dirait: il chante un ton plus haut.
-
-
-TORRENT EFFRÉNÉ:
-
- C’est battre l’eau, de prétendre arrêter
- Ce _torrent effréné_, qui de tes artifices
- Renverse en un moment les plus beaux édifices.
-
- (_L’Ét._ III. 1.)
-
-Peut-on dire un _torrent effréné_? Le frein se met à la bouche; un
-torrent peut-il recevoir un frein? Racine a bien dit:
-
- «Celui qui met un _frein_ à la fureur des flots...;»
-
-mais il y a le mot _fureur_ qui sauve l’excès de la métaphore en la
-préparant, puisque la fureur est le propre des êtres animés.
-
-
-TOUCHANT A..., important pour...:
-
- Et cet arrêt suprême,
- Qui décide du sort de mon amour extrême,
- Doit _m’être assez touchant_ pour ne pas s’offenser
- Que mon cœur par deux fois le fasse répéter.
-
- (_Éc. des mar._ II. 14.)
-
-
-TOUCHER, métaphoriquement, parlant des ouvrages d’esprit:
-
- La tragédie sans doute est quelque chose de beau quand elle est
- bien _touchée_.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
-
---TOUCHER DE RIEN (NE):
-
- Se dépouiller..... entre les mains d’un homme qui ne nous
- _touche de rien_.
-
- (_Am. méd._ I. 5.)
-
-
-TOUR DE BABYLONE. (Voyez BABYLONE.)
-
-
-TOURNER, pour _se tourner_:
-
- Aussi mon cœur d’ores en avant _tournera-t-il_ toujours vers
- les astres resplendissants de vos yeux adorables.
-
- (_Mal. im._ II. 6.)
-
---TOURNER LA JUSTICE:
-
- Le poids de sa grimace, où brille l’artifice,
- Renverse le bon droit et _tourne la justice_.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
-«L’expression _tourne la justice_ n’est pas juste. On tourne la roue de
-fortune, on tourne une chose, un esprit même, à un sens; mais _tourner
-la justice_ ne peut signifier _séduire_, _corrompre la justice_.»
-(VOLTAIRE.)
-
-Cette remarque paraît sévère. Pourquoi ne dirait-on pas _tourner_
-pour _retourner_, _détourner_? _Tourner le visage_, _tourner la tête_,
-_tourner le dos_, c’est _retourner_ ou _détourner_ le dos, la tête, le
-visage. De même _tourner la justice_, c’est la détourner de son cours
-naturel.
-
---TOURNER UNE AME:
-
- Ainsi que je voudrai, _je tournerai cette âme_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
-
-TOUT, invariable devant un adjectif:
-
- Mais enfin je connus, ô beauté _tout aimable_,
- Que cette passion peut n’être point coupable.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
- Et, traitant de mépris les sens et la matière,
- A l’esprit, comme nous, donnez-vous _tout_ entière.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- «Je crains que cette censure... ne donne, à ceux qui en sauront
- l’histoire, une impression _tout opposée_ à la conclusion.»
-
- (PASCAL. 1re _Prov._)
-
-_Tout_ signifie ici _tout à fait_. Il est donc adverbe. Molière
-cependant l’a fait quelquefois adjectif, s’ajustant en cela aux
-inconséquences de l’usage.
-
-On remarquera que, dans tous ces exemples, l’adjectif uni à _tout_
-commence par une voyelle, en sorte que si l’on écrivait _toute_, il
-y aurait élision. Il a dépendu de l’imprimeur de supprimer l’_e_ de
-_toute_, et ces textes ne sont pas des preuves irrécusables pour
-l’invariabilité; au lieu que pour le cas contraire ils ne peuvent avoir
-été falsifiés.
-
-(Voyez TOUT, variable.)
-
---TOUT, _variable_ devant un adjectif:
-
- La fourbe a de l’esprit, la sotte est _toute bonne_.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
- Oui, _toute_ mon amie, elle est, et je la nomme,
- Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.
-
- (_Ibid._ III. 7.)
-
- «Ils y en ont trouvé de _toutes contraires_.»
-
- (PASCAL. 1re _Prov._)
-
-Des propositions tout à fait contraires aux cinq attribuées à Jansénius.
-
- «La Grèce, _toute polie_ et _toute sage_ qu’elle étoit...»
-
- (BOSSUET. _Hist. univ._)
-
-Il est manifeste que dans ces exemples _tout_ représente _tout à fait_;
-il devrait donc être invariable comme l’adverbe dont il tient la
-place. Cependant il ne l’est pas, soit à cause de l’euphonie à qui tout
-cède, soit par un autre motif, ou peut-être par une pure inconséquence.
-Quoi qu’il en soit, les grammairiens, bien empêchés par l’usage, ont
-posé à cet égard une plaisante règle: _Tout_, disent-ils, mis pour
-_tout à fait_, est adverbe devant les adjectifs féminins _commençant
-par une voyelle_, et, au contraire, il devient adjectif devant les
-adjectifs _commençant par une consonne_.
-
-C’est-à-dire, pour parler vrai, que dans le premier cas on profite de
-l’élision pour escamoter sur le papier l’_e_ final de _toute_, par
-exemple, _tout aimable_, _tout entière_, _tout opposée_. Cela passe,
-parce que l’oreille n’a rien à y réclamer; mais réellement il y a
-toujours accord.
-
---TOUT, invariable devant un nom de ville:
-
- C’est moi qui suit Sosie, et _tout Thèbes_ l’avoue.
-
- (_Amph._ I. 2.)
-
- Vous parlez devant un homme à qui _tout Naples_ est connu.
-
- (_L’Av._ V. 5.)
-
- «_Tout Smyrne_ ne parloit que d’elle.»
-
- (LA BRUYÈRE.)
-
-Les Italiens observent la même règle: _tutto Napoli_, _tutto Siviglia_:
-
- «_Tutto Siviglia_
- «Conosce Bartolo.»
-
- (_Le Nozze di Figaro._)
-
---TOUT, TOUTE, adjectif, avec le sens de l’adverbe latin _totidem_:
-
- Ce sont _toutes_ façons dont je n’ai pas besoin.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
- Ces visites, ces bals, ces conversations,
- Sont du malin esprit _toutes inventions_.
-
- (_Ibid._)
-
---TOUTE-BONTÉ, comme _toute-puissance_:
-
- Que le ciel à jamais, par sa _toute-bonté_,
- Et de l’âme et du corps vous donne la santé!
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
---TOUT CE QUE... SONT:
-
- On m’a montré la pièce; et comme _tout ce qu’il y a d’agréable
- sont_ effectivement des idées qui ont été prises de Molière.....
-
- (_Impromptu._ 3.)
-
-(Voyez CE QUE... SONT.)
-
---TOUT DE BON, pour tout de bon, sérieusement:
-
- Mais j’aime _tout de bon_ l’adorable Henriette.
-
- (_Fem. sav._ V. 1.)
-
- «Je ne le disois pas _tout de bon_, repartit le père; mais
- parlons plus sérieusement.»
-
- (PASCAL. 8e _Prov._)
-
- «_Tout de bon_, mes pères, il seroit aisé de vous tourner
- là-dessus en ridicule.»
-
- (Id. 12e _Prov._)
-
---TOUT DOUX, adverbe, comme _tout doucement_:
-
- Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant,
- Et je m’en veux _tout doux_ éclaircir avec elle.
-
- (_Amph._ II. 3.)
-
---TOUT D’UN TEMPS, en même temps:
-
- Bonsoir; car _tout d’un temps_ je vais me renfermer.
-
- (_Éc. des mar._ III. 2.)
-
---TOUT MAINTENANT, subitement, à l’instant même:
-
- Il m’est dans la pensée
- Venu _tout maintenant_ une affaire pressée.
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
---TOUT VIEUX, sans ajouter _qu’il est_:
-
- Le bonhomme, _tout vieux_, chérit fort la lumière.
-
- (_L’Ét._ III. 5.)
-
-De même, dans le _Misanthrope_:
-
- Oui, _toute mon amie_, elle est, et je la nomme,
- Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.
-
- (_Mis._ III. 7.)
-
-Sur ce passage, voici la remarque de Voltaire:
-
-«Il faut dire _toute mon amie qu’elle est_, et non pas _toute mon amie
-elle est_.»
-
-«_Et je la nomme_; cet _et_ est de trop. _Je la nomme_ est vicieux; le
-terme propre est _je la déclare_; on ne peut nommer qu’un nom: je _le
-nomme_ grand, vertueux, barbare; je _le déclare_ indigne de mon amitié.»
-(_Mélanges._ T. III. p. 228.)
-
-Il est manifeste que Voltaire n’a pas saisi le sens de ce passage.
-Il a supposé une inversion très-dure, et compris: Elle est toute,
-c’est-à-dire, tout à fait, mon amie, et je la nomme indigne d’asservir,
-etc.; tandis que le sens véritable est celui-ci: Toute mon amie qu’elle
-est, elle est (et je ne crains pas de la nommer, et je le dis tout
-haut), elle est indigne, etc.
-
-Il est probable que Voltaire avait sous les yeux un texte mal ponctué:
-
- Oui, toute mon amie elle est; et je la nomme
- Indigne d’asservir, etc....[78].
-
- [78] C’est effectivement ainsi que le vers est ponctué dans la
- citation.
-
-C’est ce qui a causé son erreur, qu’un peu de réflexion eût promptement
-dissipée. Il est bien fâcheux que Voltaire eût si peu de patience,
-et qu’il ait mis tant de précipitation à condamner des hommes comme
-Corneille et Molière. On l’accuse de perfidie calculée envers le
-premier; je suis persuadé qu’il n’est coupable que de légèreté et
-d’impétuosité dans sa critique: mais c’est déjà beaucoup trop quand on
-est Voltaire, et qu’on juge Corneille devant l’Europe attentive.
-
-
-TRACER L’IMAGE DES CHANSONS, danser aux chansons:
-
- Et _tracez_ sur les herbettes
- _L’image de vos chansons_.
-
- (_Am. magn._ 3e _intermède_.)
-
-Métaphore outrée. On sait comment la parodie de Benserade en faisait
-ressortir le ridicule:
-
- «Et tracez sur les herbettes
- L’image de vos _chaussons_.»
-
-(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)
-
-
-TRADUIRE EN RIDICULE (SE):
-
- J’enrage de voir de ces gens qui _se traduisent en ridicule_
- malgré leur qualité.
-
- (_Crit. de l’Éc. des fem._ 6.)
-
-
-TRAHIR SON AME:
-
-Non pas dans le sens où l’on dit _trahir sa pensée_, c’est-à-dire
-la révéler involontairement; mais, au contraire, dans le sens de la
-contraindre, la contenir, lorsqu’elle voudrait s’échapper; véritable
-trahison contre la nature et la vérité:
-
- Morbleu! c’est une chose indigne, lâche, infâme,
- De s’abaisser ainsi jusqu’à _trahir son âme_!
- Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,
- Je m’irois de regret pendre tout à l’instant.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-
-TRAINER, entraîner:
-
- Don Juan, l’endurcissement au péché _traîne_ une mort funeste!
-
- (_D. Juan._ V. 6.)
-
-
-TRAIT, atteinte; DONNER LE PREMIER TRAIT, figurément:
-
- Je m’en vais là-dedans _donner le premier trait_.
-
- (_L’Ét._ IV. 1.)
-
-C’est-à-dire, entamer l’affaire.
-
---TRAIT, épigramme, parole mordante. Orgon dit à Dorine:
-
- Te tairas-tu, serpent, dont les _traits effrontés_...
-
- (_Tart._ II. 2.)
-
-Premièrement, un serpent ne lance point de traits; ensuite des traits
-n’ont point de front, par conséquent ne peuvent être effrontés.
-C’est Dorine qui est un serpent et une effrontée, et dont les mots
-sont autant de traits. Ces trois expressions, qui sont justes prises
-séparément, fondues en une seule métaphore sont fausses, à cause de
-l’incohérence des images, qui devraient former un ensemble.
-
---JOUER UN TRAIT:
-
- Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu
- _Du trait qu’elle a joué_ quelque jour soit venu.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 6.)
-
- Et vous avez eu peur de le désavouer
- Du _trait_ qu’à ce pauvre homme il a voulu _jouer_.
-
- (_Tart._ IV. 3.)
-
---TRAIT D’AVENTURE:
-
- Ah! fortune, ce _trait d’aventure_ propice
- Répare tous les maux que m’a faits ton caprice.
-
- (_Éc. des fem._ V. 2.)
-
-«Molière dit souvent _jouer un trait_ et _faire un tour_. L’usage
-actuel est inverse; on dit communément _faire un trait_ et _jouer un
-tour_.» (M. AUGER.)
-
---TRAITS, traits de plume, l’écriture:
-
- Jetez ici les yeux et connoissez vos _traits_:
- Ce billet découvert suffit pour vous confondre.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
-Et reconnaissez votre écriture.
-
-
-TRAITER, mis absolument comme _agir_, _se conduire_:
-
- On détruiroit par là, _traitant de bonne foi_,
- Ce grand aveuglement où chacun est de soi.
-
- (_Mis._ III. 5.)
-
-Bossuet dit fréquemment _traiter avec quelqu’un_, pour avoir des
-relations avec quelqu’un:
-
- «Sous un visage riant........... elle cachoit un sérieux dont
- ceux qui _traitoient avec elle_ étoient surpris.»
-
- (_Or. f. de la duch. d’Orl._)
-
- «Quand quelqu’un _traitoit avec elle_, il sembloit qu’elle eût
- oublié son rang.....»
-
- (_Ibid._)
-
---TRAITER DE MÉPRIS, D’ÉGALITÉ, avec mépris, avec égalité:
-
- Et, _traitant de mépris_ les sens et la matière,
- A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- Ils sont insupportables avec _les impertinentes égalités dont
- ils traitent_ les gens.
-
- (_Comtesse d’Esc._ 11.)
-
-Cette façon de parler me paraît de celles qu’il n’est pas bon de
-prendre à Molière.
-
-(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)
-
---TRAITER DU HAUT EN BAS:
-
- Ces honnêtes diablesses,
- Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses,
- Qui, pour un petit tort qu’elles ne nous font pas,
- Prennent droit de _traiter les gens du haut en bas_.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
-(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)
-
---TRAITER LES CHOSES DANS LA DOUCEUR:
-
- Mais nous sommes personnes à _traiter les choses dans la
- douceur_.
-
- (_Mar. forc._ 16.)
-
-
-TRANCHER AVEC QUELQU’UN, en finir tout net avec lui:
-
- Car, _tranchant avec moi_ par ces termes exprès.....
-
- (_Éc. des fem._ III. 4.)
-
---TRANCHER SON DISCOURS D’UN APOPHTHEGME:
-
- PANCRACE. _Tranchez-moi votre discours d’un apophthegme_ à la
- laconienne.
-
- (_Mar. for._ 6.)
-
-Soyez bref, supprimez les longs discours au moyen d’un apophthegme
-laconique.
-
-
-TRAVAILLÉ DE:
-
- _De quel démon_ est donc leur âme _travaillée_?
-
- (_Dép. am._ I. 6.)
-
- «Êtes-vous _travaillé de la lycanthropie_?»
-
- (REGNIER.)
-
-
-TRAVAUX D’UN VOYAGE, pour _les fatigues_:
-
- Ce sensible outrage,
- Se mêlant aux _travaux d’un assez long voyage_...
-
- (_Sgan._ 10.)
-
-
-TREDAME! par apocope, Notre-Dame!
-
- _Tredame_, monsieur, est-ce que madame Jourdain est
- décrépite?...
-
- (_B. gent._ III. 5.)
-
-
-TREUVE, archaïsme, pour _trouve_:
-
- Mais, encore une fois, la joie où je vous _treuve_
- M’expose à la rigueur d’une trop rude épreuve.
-
- (_D. Garcie._ V. 6.)
-
- Non, l’ardeur que je sens pour cette jeune veuve
- Ne ferme point mon âme aux défauts qu’on lui _treuve_.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
-Il était de règle, dans l’origine de la langue, que tout verbe
-ayant à l’infinitif la diphthongue _ou_, la changeait en _eu_ à
-l’indicatif.--_Mouvoir_, _mourir_, _pouvoir_, _couvrir_, _secourir_,
-_se douloir_, etc., faisaient à l’indicatif _je meus_, _je meurs_, _je
-peux_, _je cueuvre_, _je sequeurs_, _je me deuls_, etc.
-
-Je n’ai jamais vu, dans les monuments primitifs de notre langue,
-d’exemple de l’infinitif _treuver_; c’est toujours _trover_, _trouver_.
-(Voy. _des Var. du lang. fr._, p. 179.)
-
-Au XVIe siècle, que déjà les traditions originelles commençaient à
-se perdre, on rencontre quelquefois _treuver_. Olivier de Serres,
-par exemple, n’emploie pas d’autre forme; mais elle est évidemment
-déduite, par erreur, de celle du présent. C’est ainsi que, de la
-forme contractée _ci-gît_, certains lexicographes modernes ont conclu
-l’infinitif GIR, au lieu de GÉSIR.
-
-(Voyez le Dict. de M. N. Landais.)
-
-
-TRIBOUILLER, patois, agiter, secouer violemment:
-
- LUBIN.--Je me sens tout _tribouiller_ le cœur quand je te
- regarde.
-
- (_G. D._ II. 1.)
-
-Racines, _brouiller_ et _tri_, pour _tres_, communiquant la force du
-superlatif au verbe ou au nom avec lequel il se compose.
-
-_Tribouiller_, _tribouilleur_, ont été jadis des mots d’un français
-très-correct:
-
- «Tapez, trompez, tourmentez, trondelez,
- «Brisez, riflez, tempestez, _triboulez_.»
-
- (Cités dans BOREL.)
-
-
-TRIBUTS, tribut d’hommages:
-
- Le plus parfait objet dont je serois charmé
- N’auroit pas _mes tributs_, n’en étant point aimé.
-
- (_Dép. am._ I. 3.)
-
-
-TRIOMPHER DE QUELQUE CHOSE, à l’occasion de quelque chose:
-
- Jamais on ne m’a vu _triompher de ces bruits_.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- «Et, d’autre part aussi, sa charmante moitié
- «_Triomphoit d’être inconsolable_.»
-
- (LA FONTAINE. _Joconde._)
-
-(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)
-
- Vous _ne triompherez pas_, comme vous le pensez, _de_ votre
- infidélité.
-
- (_B. gent._ III. 10.)
-
-C’est-à-dire, votre indifférence ne vous procurera pas le triomphe que
-vous espérez. Mais cette phrase, dans les usages de la langue moderne,
-signifierait: vous ne surmonterez pas votre infidélité, vous ne pourrez
-la vaincre, en triompher.
-
-Probablement l’équivoque de cette locution est ce qui a déterminé à
-l’abandonner.
-
-On disait aussi _triompher sur_, c’est-à-dire _au sujet de_:
-
- «Ils _triomphoient_ encor _sur cette maladie_.»
-
- (LA FONT. _Les Médecins._)
-
- «Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond, qui _triomphe
- sur cette matière_...»
-
- (PASCAL. 10e _Prov._)
-
-
-TRIQUETRAC, onomatopée; UN TRIQUETRAC DE PIEDS:
-
- Puis, outre tout cela, vous faisiez sous la table
- Un bruit, un _triquetrac de pieds_ insupportable.
-
- (_L’Ét._ IV. 5.)
-
-Le nom du jeu de _trictrac_ n’a pas d’autre origine.
-
-
-TROP DE (LE), substantivement:
-
- Il s’en est peu fallu que durant mon absence
- On ne m’ait attrapé par _son trop d’innocence_.
-
- (_Éc. des fem._ III. 3.)
-
- «Dorante, arrêtons-nous; _le trop de promenade_
- «Me mettroit hors d’haleine et me feroit malade.»
-
- (CORN. _Le Menteur._ II. 5.)
-
-Ce n’est que restituer à _trop_ sa qualité originelle: _turba_,
-_truba_, ou _trupa_; _troupe_ ou _trop_; puis on l’a employé
-adverbialement comme _mie_, _pas_, _point_, _goutte_, etc.
-
-
-TROUBLÉ D’ESPRIT, expression moins forte que _aliéné_:
-
- C’est moi, monsieur, qui vous ai envoyé parler les jours passés
- pour un parent un peu _troublé d’esprit_...
-
- (_Pourc._ I. 9.)
-
-
-TROUSSER BAGAGE:
-
- Prenez visée ailleurs, et _troussez-moi bagage_.
-
- (_Éc. des mar._ II. 9.)
-
-_Trousser_, dans sa primitive acception, signifie _charger_.
-
- «D’or e d’argent quatre cens muls _trussez_.»
-
- (_Roland._ st. 9.)
-
-Quatre cents mulets _troussés_ d’or et d’argent.
-
- «De sul le fer fust un mulet _trusset_.»
-
- (_Ibid._ st. 227.)
-
-Du seul fer de cette lance on eût _troussé_ un mulet.
-
-_Trousser en malle_, c’est charger à la façon d’une malle, en guise de
-malle.
-
-_Trousser bagage_, c’est charger son bagage pour déménager, décamper.
-
-_Bagage_ est la réunion, l’ensemble des _bagues_. _Bagues_ sont les
-meubles, vêtements, ustensiles, etc.
-
-BAGA, dans le latin du moyen âge, un coffre, un sac. Les Anglais
-appellent encore _bag-pipe_ (tuyau à sac), une musette, à cause de son
-sac plein de vent. On disait _baguer_ et _débaguer_, pour _garnir_ et
-_dévaliser_. (Voyez DU CANGE, au mot _Baga_.)
-
-
-TROUVER QUELQU’UN A DIRE. (Voyez DIRE.)
-
-
-TURQUERIE:
-
- Il est turc là-dessus, mais d’une _turquerie_ à désespérer tout
- le monde.
-
- (_L’Av._ II. 5.)
-
-
-UN CHACUN, archaïsme, chacun:
-
- _Un chacun_ est chaussé de son opinion.
-
- (_Éc. des fem._ I. 1.)
-
- D. LOUIS. Leur gloire est un flambeau qui éclaire, aux yeux
- d’_un chacun_, la honte de vos actions.
-
- (_D. Juan._ IV. 6.)
-
- Voilà par sa mort _un chacun_ satisfait.
-
- (_Ibid._ V. 7.)
-
- Hautement d’_un chacun_ elles blâment la vie.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-
-UN PETIT, pour _un peu_, archaïsme:
-
- Qu’avez-vous? Vous grondez, ce me semble, _un petit_?
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
- J’ai, devant notre porte,
- En moi-même voulu répéter _un petit_,
- Sur quel ton et de quelle sorte
- Je ferois du combat un glorieux récit.
-
- (_Amph._ II. 1.)
-
-_Peu_, qu’on dérive habituellement de _parum_, me semble n’être que
-la première syllabe de _petit_, comme _mi_ de _milieu_, _prou_ de
-_profit_, etc., etc. _Un petit_ ne serait alors que l’expression
-complète, au lieu de l’expression abrégée.
-
-
-UN PEU construit avec BEAUCOUP, BIEN, DOUCEMENT:
-
- Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez _un peu
- beaucoup_ de mon père?
-
- (_Mal. im._ III. 22.)
-
- Je trouve _un peu bien prompt_ le dessein où vous êtes.
-
- (_Mis._ V. 1.)
-
- La déclaration est tout à fait galante;
- Mais elle est, à vrai dire, _un peu bien surprenante_.
-
- (_Tart._ III. 3.)
-
- Voilà une petite menotte qui est _un peu bien rude_.
-
- (_G. D._ III. 3.)
-
- Cela m’est sorti _un peu bien vite_ de la bouche.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
- Hé! là, là, madame la Nuit,
- _Un peu doucement_, je vous prie.
-
- (_Amph._ prol.)
-
- «Depuis qu’elles (les femmes) sont du tout rendues à la mercy
- de nostre foy et constance, elles sont _un peu bien hazardées_.»
-
- (MONTAIGNE. III. 5.)
-
---UN PEU PLUS FORT QUE JEU:
-
- Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires,
- _Un peu plus fort que jeu_ n’ait poussé les affaires.
-
- (_Éc. des fem._ II. 6.)
-
-Un peu plus fort que les règles du jeu ne le permettaient.
-
-
-UN TEMPS. (Voyez TEMPS.)
-
-
-UN, UNE, _supprimé_:
-
- O ciel! _c’est miniature_;
- Et voilà d’un bel homme une vive peinture!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
- Tu vois si _c’est mensonge_, et j’en suis fort ravie.
-
- (_Ibid._ 22.)
-
---UN, répété surabondamment:
-
- _Une_ action d’_un_ homme à fort petit cerveau.
-
- (_Dép. am._ V. 1.)
-
- Et l’on sait ce que c’est qu’_un_ courroux d’_un_ amant.
-
- (_Mis._ IV. 2.)
-
- Ceux qui me connoîtront n’auront pas la pensée
- Que ce soit _un_ effet d’_une_ âme intéressée.
-
- (_Tart._ IV. 1.)
-
- Plus, _une_ peau d’_un_ lézard de trois pieds et demi, remplie
- de foin.
-
- (_L’Av._ II. 1.)
-
-On dirait aujourd’hui une action d’homme;--un courroux
-d’amant;--l’effet d’une âme:--une peau de lézard.
-
---UN, surabondant devant _le plus_:
-
- Que deux nymphes, d’_un_ rang _le plus haut_ du pays,
- Disputent à se faire un époux de mon fils.
-
- (_Mélicerte._ I. 4.)
-
- Voilà une belle merveille que de faire bonne chère avec de
- l’argent! C’est _une_ chose _la_ plus aisée du monde!
-
- (_L’Av._ III. 5.)
-
- Je suis dans _une confusion la plus grande_ du monde, de voir
- une personne de votre qualité..., etc.
-
- (_B. gent._ III. 6.)
-
- «Une si illustre princesse ne paroîtra dans ce discours que
- comme _un exemple le plus grand_ qu’on se puisse proposer.»
-
- (BOSSUET. _Or. fun. de la duch. d’Or._)
-
-
-VACHE; LA VACHE EST A NOUS, sorte d’adage:
-
- S’il ne tient qu’à battre, _la vache est à nous_.
-
- (_Méd. m. lui._ I. 5.)
-
---VACHE A LAIT, figurément:
-
- Cet homme-là fait de vous une _vache à lait_.
-
- (_B. gent._ III. 4.)
-
-
-VAILLANTISES:
-
- Que je vais m’en donner, et me mettre en bon train
- De raconter nos _vaillantises_!
-
- (_Amph._ III. 6.)
-
-
-VALOIR QUE, suivi d’un verbe au subjonctif:
-
- Et vous _ne valez pas que l’on vous considère_.
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
- Le choix est glorieux, et _vaut bien qu’on l’écoute_.
-
- (_Tart._ II. 4.)
-
- _Je veux bien que_ de moi _l’on fasse_ plus de cas.
-
- (_Fem. sav._ V. 4.)
-
-
-VASTE DISGRACE:
-
- Par où pourrois-je, hélas! dans ma _vaste disgrâce_,
- Vers vous de quelque plainte autoriser l’audace?
-
- (_D. Garcie._ V. 3.)
-
-
-VENEZ-Y-VOIR, substantivement; UN VENEZ-Y-VOIR:
-
- D’un panache de cerf sur le front me pourvoir,
- Hélas, voilà vraiment _un beau venez-y-voir_!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
-
-VENIR, impersonnel; IL VIENT FAUTE DE:
-
- _S’il vient faute de vous_, mon fils, je ne veux plus rester au
- monde.
-
- (_Mal. im._ I. 9.)
-
-
-VENTRE; AVOIR DANS LE VENTRE..., en parlant du temps qui reste à vivre:
-
- C’est un homme qui mourra avant qu’il soit peu, et qui _n’a
- tout au plus que six mois dans le ventre_.
-
- (_Mar. for._ 12.)
-
-
-VENUE, substantif; UNE VENUE DE COUPS DE BATON:
-
- Tu vas courir risque de t’attirer _une venue de coups de bâton_.
-
- (_Scapin._ III. 1.)
-
-«On dit proverbialement qu’un homme _en a eu d’une venue_, pour dire
-qu’il a fait quelque perte, qu’il a été obligé de faire quelque
-dépense.» (TRÉVOUX.)
-
-_Venue_, dans la phrase de Molière, est au sens de _récolte_, _bonne
-récolte_, parce que le grain de l’année est bien venu. Nicot, au mot
-_venir_, donne pour exemples: «Grande _venue_ de brebis et abondante,
-_bonus proventus_.»
-
-_Venue_ pour _bonne venue_, _ample venue_, comme _heur_, _succès_,
-_fortune_, pour _bon heur_, _bon succès_, _bonne fortune_.
-
-Une _volée_ de coups de bâton; métaphore prise des oiseaux qui voyagent
-par troupe: une _volée_ de perdreaux, une _volée_ de pigeons, etc.
-Trévoux cite cet exemple: «Il vint une _volée_ de cailles dans le
-désert, qui réjouit fort les Israélites, dégoûtés de la manne.»
-
-
-VÊPRE; LE BON VÊPRE, archaïsme, le bon soir:
-
- M. BOBINET.--Je donne _le bon vêpre_ à toute l’honorable
- compagnie.
-
- (_Comtesse d’Esc._ 17.)
-
-_Vespre_, contracté de _vesp(e)ra_, le soir. On disait aussi _la
-vesprée_.
-
- «Venir _sur le vespre_;--préparez pour _le vespre_.»
-
- (NICOT.)
-
-
-_VERBE RÉFLÉCHI_ perd son pronom étant précédé d’un autre verbe:
-
- Faites-la _ressouvenir_ qu’il faut se rendre de bonne heure
- dans le bois de Diane.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
- Qu’on me laisse ici _promener_ toute seule.
-
- (_Ibid._ I. 6.)
-
-(Voyez ARRÊTER, et PRONOM RÉFLÉCHI.)
-
-
-VÉRITABLE; véridique, sincère:
-
- Nous en tenons tous deux, si l’autre est _véritable_.
-
- (_Dépit. am._ I. 5.)
-
- J’ai monté pour vous dire, et d’_un cœur véritable_,
- Que j’ai conçu pour vous une estime incroyable.
-
- (_Mis._ I. 2.)
-
-C’est l’ancienne valeur du mot.
-
- «Longarine n’a point accoutumé de celer la vérité, soit contre
- homme ou contre femme.--Puisque vous m’estimez si _véritable_,
- dit Longarine.....»
-
- (La R. DE NAV. _Heptaméron_, nouvelle 14.)
-
- «Mais, mon père, si le diable ne répond pas la vérité, car il
- n’est guère plus _véritable_ que l’astrologie, il faudra donc
- que le devin restitue, par la même raison?»
-
- (PASCAL. 8e _Prov._)
-
- «Si elles (les précieuses) sont coquettes, je n’en dirai rien;
- car je fais profession d’être un auteur _fort véritable_, et
- point médisant.»
-
- (Mlle DE MONTPENSIER, _Portrait des Précieuses_.)
-
-
-VÉRITÉ; DIRE VÉRITÉ:
-
- Si je vous faisois voir qu’on vous _dit vérité_?
-
- (_Tart._ IV. 3.)
-
-
-VERS, pour _envers_:
-
- J’ai tardé trop longtemps
- A m’acquitter _vers toi_ d’une telle promesse.
-
- (_Dép. am._ I. 2.)
-
- Ah! madame, excusez un amant misérable,
- Qu’un sort prodigieux a fait _vers vous_ coupable.
-
- (_D. Garcie._ II. 6.)
-
- Par où pourrois-je, hélas! dans ma vaste disgrâce,
- _Vers vous_ de quelque plainte autoriser l’audace?
-
- (_Ibid._ V. 3.)
-
- . . . . . Ah! gardez de me faire un outrage,
- Et de vous hasarder à dire que _vers moi_
- Un cœur dont j’ai fait cas ait pu manquer de foi.
-
- (_Ibid._ V. 5.)
-
- Votre flamme _vers moi_ ne vous rend pas coupable.
-
- (_Ibid._)
-
- Si ce parfait amour que vous prouvez si bien
- Se fait _vers_ votre objet un grand crime de rien.
-
- (_Fâcheux._ I. 1.)
-
- Et pouvez-vous le voir sans demeurer confuse
- Du crime dont _vers_ moi son style vous accuse?
-
- (_Mis._ IV. 3.)
-
- Ce monarque, en un mot, a _vers_ vous détesté
- Sa lâche ingratitude et sa déloyauté.
-
- (_Tart._ V. 7.)
-
- Oui, c’est lui qui sans doute est criminel _vers vous_.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
- Je trouve une espèce d’injustice bien grande à me montrer
- ingrate _vers_ l’un ou _vers_ l’autre.
-
- (_Am. magn._ III. 1.)
-
-On pourrait supposer, à ne considérer que quelques exemples, que
-Molière a fait céder l’exactitude de l’expression à la mesure. Il
-n’en est rien, puisqu’il emploie _vers_ dans la prose, où rien ne le
-contraignait, et dans des vers, où l’élision lui permettait l’une ou
-l’autre forme à son choix.
-
-_Vers_ est la plus ancienne. _Envers_ et _devers_ sont venus ensuite.
-Le livre des _Rois_ emploie constamment _vers_:
-
- «Si hom peche _vers_ altre, a Deu se purrad acorder, e s’il
- peche _vers_ Deu, ki purrad pur lui preier?»
-
- (_Rois._ p. 8.)
-
- «Pur co que la guerre _vers_ les enemis Deu maintenist[79].»
-
- (_Ibid._ p. 71.)
-
- [79] _Envers_ et _devers_ se rencontrent déjà dans le livre des
- Rois:
-
- «Ore l’aparceif ke felenie n’ad en mei, ne crime _envers_
- tei.»
-
- (_Rois._ p. 95.)
-
- (Jéroboam) «pis que nuls ki devant lui out ested _devers_
- N. S. uverad.»
-
- (_Ibid._ p. 309.)
-
-Beaumanoir ne connaît que la forme _vers_:
-
- «Li baillis qui est deboneres _vers_ les malfesans.»
-
- (_Cout. de Beauv._ I. p. 18.)
-
- «Li baillis qui _vers_ tos est fel et cruels.»
-
- (_Ibid._ I. 19.)
-
-Racine a dit encore:
-
- «Et m’acquitter _vers_ vous de mes respects profonds.»
-
- (_Bajazet._ III. 2.)
-
- «La libéralité _vers_ le pays natal.»
-
- (CORNEILLE. _Cinna._ II. 1.)
-
-
-VERS A LA LOUANGE DE QUELQU’UN, ironiquement, et par antiphrase:
-
- Nous avons entendu votre galant entretien, et _les beaux vers à
- ma louange_ que vous avez dits l’un et l’autre!
-
- (_G. D._ III. 8.)
-
-
-_VERS BLANCS:_
-
-Tous les commentateurs ont remarqué, l’un après l’autre, que le début
-du _Sicilien_ est en vers blancs d’inégale mesure:
-
- Il fait noir comme dans un four;
- Le ciel s’est habillé ce soir en Scaramouche,
- Et je ne vois pas une étoile
- Qui montre le bout de son nez.
- Triste condition que celle d’un esclave... _etc._
-
-Ils auraient pu ajouter que la remarque s’applique à toute la pièce,
-et à beaucoup d’autres de Molière. En effet, la prose de Molière est
-souvent remplie de vers non rimés, au point qu’il est difficile de ne
-pas reconnaître là un parti pris, ou une nature pourvue d’un instinct
-du rhythme vraiment extraordinaire.
-
-Et ce qui semble confirmer le premier soupçon, c’est la différence qui
-se montre d’une pièce à une autre. Par exemple, le _Festin de Pierre_,
-qui est de la plus belle prose de Molière, et qui par l’élévation des
-pensées, en plusieurs parties, semblait appeler la versification, le
-_Festin de Pierre_ n’en présente que des traces fort rares, qui ne
-valent pas qu’on en tienne compte.
-
-Il en est de même de la _Critique de l’École des femmes_: on sent que
-Molière s’y est surveillé. Au contraire, L’_Avare_ est presque tout
-en vers libres, comme _Amphitryon_. L’auteur n’a pas eu le temps d’y
-attacher les rimes, mais la mesure y est déjà[80].
-
- [80] «Si Molière ne versifia pas L’_Avare_, c’est qu’il n’en eut
- pas le temps.» (LA HARPE).
-
- La Harpe ici, comme souvent ailleurs, n’est que l’écho
- de l’opinion de Voltaire, exprimée dans les _Questions
- encyclopédiques_ à l’article _Art dramatique; comédie_.
-
-Il n’y a qu’à ouvrir au hasard:
-
- VALÈRE.
-
- Vous voyez comme je m’y prends,
- Et les adroites complaisances
- Qu’il m’a fallu mettre en usage
- Pour m’introduire à son service;
- Sous quel masque de sympathie
- Et de rapports de sentiments
- Je me déguise pour lui plaire,
- Et quel personnage je joue
- Tous les jours avec lui,
- Afin d’acquérir sa tendresse.
- J’y fais des progrès admirables! etc.
-
- (I. 1.)
-
-Transportons-nous ailleurs:
-
- CLÉANTE.
-
- Il est vrai que mon père, madame,
- Ne peut pas faire un plus beau choix,
- Et que ce m’est une sensible joie
- Que l’honneur de vous voir;
- Mais, avec tout cela,
- Je ne vous assurerai point
- Que je me réjouis
- Du dessein où vous pourriez être
- De devenir ma belle-mère;
- Le compliment, je vous l’avoue,
- Est trop difficile pour moi;
- Et c’est un titre, s’il vous plaît,
- Que je ne vous souhaite point.
- Ce discours paroîtra brutal
- Aux yeux de quelques-uns;
- Mais je suis assuré
- Que vous serez personne
- A le prendre comme il faudra;
- Que c’est un mariage,
- (Madame),
- Où vous vous imaginez bien
- Que je dois avoir
- De la répugnance;
- Que vous n’ignorez pas, sachant ce que je suis,
- Comme il choque mes intérêts,
- Et que vous voulez bien enfin que je vous dise.... etc.
-
- (III. 11.)
-
-C’est à peine si, de loin en loin, un mot vient déranger le rhythme.
-
- MARIANNE.
-
- Mais que voulez-vous que je fasse?
- Quand je pourrois passer sur quantité d’égards
- Où notre sexe est obligé,
- J’ai de la considération
- Pour ma mère.
- Elle m’a toujours élevée
- Avec une tendresse extrême,
- Et je ne saurois me résoudre
- A lui donner du déplaisir.
- Faites, agissez auprès d’elle;
- Employez tous vos soins à gagner son esprit;
- Vous pouvez faire et dire
- Tout ce que vous voudrez.
- Faites, agissez auprès d’elle;
- Je veux bien consentir
- A lui faire un aveu moi-même
- De tout ce que je sens pour vous.
-
- (IV. 1.)
-
-Est-il possible, est-il vraisemblable que le hasard produise de pareils
-résultats? Qui pourra le croire, s’il manque de goût, ne manquera pas
-de foi.
-
-Je me borne à ces trois échantillons. La lecture de la pièce entière, à
-ce point de vue, convaincra, je pense, les plus incrédules.
-
-Les farces de Molière, comme _Pourceaugnac_, les _Fourberies de
-Scapin_, la _Comtesse d’Escarbagnas_, même le _Bourgeois gentilhomme_,
-semblent écrites dans un autre système, et, comme destinées à rester
-en prose, ne renferment presque point de vers. Mais il s’en rencontre
-beaucoup dans _George Dandin_; ce qui porterait à croire que, dans la
-pensée de Molière, la forme sous laquelle cette pièce est parvenue
-n’était point sa forme définitive.
-
- GEORGE DANDIN.
-
- Ah! qu’une femme demoiselle
- Est une étrange affaire!
- Et que mon mariage
- Est une leçon bien parlante
- A tous les paysans qui veulent s’élever
- Au-dessus de leur condition,
- Et s’allier, comme j’ai fait,
- A la maison d’un gentilhomme!
- . . . . . . . . . . . . . . .
- Et j’aurois bien mieux fait,
- Tout riche que je suis,
- De m’allier en bonne et franche paysannerie[81],
- Que de prendre une femme
- Qui se tient au-dessus de moi,
- S’offense de porter mon nom,
- Et pense qu’avec tout mon bien
- Je n’ai pas assez acheté
- La qualité de son mari.
- George Dandin, George Dandin,
- Vous avez fait une sottise..., etc.
-
- (I. 1.)
-
- [81] _Paysannerie_ de quatre syllabes, comme _paysan_, de deux.
- C’est encore ainsi que l’on prononce partout en Bretagne.
-
-La leçon donnée dans George Dandin valait la peine d’être présentée
-en vers, autant que celle qui résulte de l’_École des femmes_ et de
-l’_École des maris_. Celle-ci eût été l’_École des bourgeois_.
-
- Si c’étoit une paysanne,
- Vous auriez maintenant toutes vos coudées franches
- A vous en faire la justice
- A bons coups de bâton.
- Mais vous avez voulu tâter de la noblesse,
- Et il vous ennuyoit d’être maître chez vous.
- Ah! j’enrage de tout mon cœur!
- Et je me donnerois volontiers des soufflets!
-
- (_G. D._ I. 3.)
-
-Dirigé dans ce sens, un examen attentif et délicat du style de Molière
-conduirait peut-être à des inductions intéressantes sur la manière de
-travailler de ce grand génie, et sur les intentions que la mort ne lui
-a point permis de réaliser.
-
-Vaugelas le premier s’est avisé de signaler, comme un grand défaut, les
-vers que le hasard seul, et non l’intention de l’écrivain, a répandus
-dans la prose. La pratique de presque tous nos grands auteurs condamne
-l’opinion de Vaugelas. Les orateurs grecs et les Latins rencontraient
-souvent des ïambes tout faits sans les chercher. Il y a des alexandrins
-dans la prose de Cicéron, dans Tacite et dans Tite-Live. Il s’est
-glissé des vers dans la traduction des Psaumes de David et jusque dans
-les formules du droit romain[82]. Et Ménage remarque assez plaisamment
-que Vaugelas s’est pris lui-même dans sa propre sentence, en écrivant,
-du mot _sériosité_:
-
- Ne nous hâtons pas de le dire,
- Et moins encore de l’écrire:
- Laissons faire les plus hardis,
- Qui nous frayeront le chemin.
-
- [82] Les _Annales_ de Tacite débutent par un hexamètre: «Urbem
- Romam a principio reges habuere.» Le _Miserere_ finit par un
- pentamètre:
-
- Imponent super altare tuum vitulos.
-
- Semper in obscuris quod minimum est sequimur.
-
- (_De regulis juris._)
-
-Il est certain que l’affectation d’écrire en vers blancs, telle qu’on
-la voit dans les _Incas_, par exemple, serait une chose insupportable.
-En cela, comme en tout, c’est le goût qui décide et marque la limite.
-
-
-VERSER LA RÉCOMPENSE D’UNE ACTION:
-
- Pour montrer que son cœur sait, quand moins on y pense,
- _D’une bonne action verser la récompense_.
-
- (_Tart._ V. 7.)
-
-Un cœur qui verse la récompense d’une bonne action ne paraît pas d’un
-style digne de Molière.
-
-(Voyez l’examen de tout ce passage à l’article IL, p. 210.)
-
---VERSER L’HONNEUR D’UN EMPLOI:
-
- Madame, vous avez cent personnes dans votre cour sur qui vous
- pourriez mieux _verser l’honneur d’un tel emploi_.
-
- (_Am. magn._ I. 2.)
-
-L’usage qui permet de _déverser l’outrage_, _l’ignominie_ sur
-quelqu’un; de _verser_ sur lui _des faveurs_, ne permet pas de _verser
-un honneur_ ni _des honneurs_.
-
-
-VERTU, efficacité:
-
- Le théâtre a une grande _vertu_ pour la correction.
-
- (_Préf. de Tartufe._)
-
---VERTU, dans le sens plus large du _virtù_ italien: le mérite, la
-bravoure:
-
- Plus l’obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire;
- Et les difficultés dont on est combattu
- Sont les dames d’atour qui parent _la vertu_.
-
- (_L’Ét._ V. 11.)
-
-
-VÊTIR UNE FIGURE:
-
- Adieu; je vais là-bas dans ma commission
- Dépouiller promptement la forme de Mercure,
- Pour y _vêtir la figure_
- Du valet d’Amphitryon.
-
- (_Amph._ prol.)
-
-
-VIDER, verbe neutre, dans le sens de _sortir_; VIDER D’UN LIEU:
-
- M. LOYAL.
-
- Monsieur, sans passion,
- Ce n’est rien seulement qu’une sommation,
- Un ordre de _vider d’ici_ vous et les vôtres.
-
- (_Tart._ V. 4.)
-
- «_Vuyde dehors_, fol insensé;
- Car il est temps que tu t’en partes.»
-
- (_Le Nouveau Pathelin._)
-
-Montaigne l’emploie activement, dans la réponse des sauvages américains
-aux Espagnols:
-
- «Ainsi, qu’ils se despeschassent promptement de _vuider leur
- terre_.»
-
- (_Essais._ III. 6.)
-
---VIDER, v. actif, figurément, au sens de _purgare_:
-
- Adieu; _videz_ sans moi tout ce que vous aurez.
-
- (_Fâcheux._ III. 4.)
-
-Videz tous vos différends.
-
-On disait _vider un procès_, _vider une cause_, _vider toutes les
-difficultés_, _vider ses intérêts_.
-
- Laissez-moi, madame, je vous prie,
- _Vider mes intérêts_ moi-même là-dessus.
-
- (_Mis._ V. 6.)
-
-
-VIN A FAIRE FÊTE, digne d’être bu dans une fête:
-
- Était-ce _un vin à faire fête_?
-
- (_Amph._ III. 2.)
-
-
-VISAGE, au figuré, en parlant des actions:
-
- Cet amas d’actions indignes, dont on a peine, devant le monde,
- d’adoucir le mauvais _visage_.
-
- (_D. Juan._ IV. 6.)
-
-Le visage d’une action est une métaphore qui ne saurait être admise
-aujourd’hui, mais qui paraît l’avoir été autrefois; car Montaigne a dit
-_le visage d’une entreprise_. C’est en parlant du dessein qu’il a formé
-d’écrire ses Essais:
-
- «Si l’estrangeté ne me saulve et la nouvelleté, qui ont
- accoustumé de donner prix aux choses, je ne sors jamais à
- mon honneur de cette sotte entreprinse; mais elle est si
- fantastique, et a _un visage_ si esloingné de l’usage commun,
- que cela luy pourra donner passage.»
-
- (_Essais._ II. 8.)
-
-Cela montre qu’il faut être très-circonspect à condamner Molière, lors
-même qu’il paraît le plus clairement avoir tort. Ce tort, tout réel,
-peut n’être pas le sien, mais celui de ses contemporains, ou de ses
-prédécesseurs les plus dignes de servir de modèles.
-
-
-VISÉE; METTRE SA VISÉE A...:
-
- Votre _visée_ au moins n’est pas _mise à Clitandre_?
-
- (_Fem. sav._ I. 1.)
-
- J’ai grand regret, monsieur, de voir qu’à vos _visées_
- Les choses ne soient pas tout à fait disposées.
-
- (_Ibid._ IV. 6.)
-
-(Voyez PRENDRE VISÉE.)
-
-
-VISIÈRE; ROMPRE EN VISIÈRE:
-
- Je n’y puis plus tenir, j’enrage; et mon dessein
- Est de _rompre en visière_ à tout le genre humain.
-
- (_Mis._ I. 1.)
-
- Qu’un cœur de son penchant donne assez de lumière,
- Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à _rompre en visière_.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
-
-VISIONS, idées folles, rêves:
-
- Et dans vos _visions_ savez-vous, s’il vous plaît,
- Que j’ai pour Henriette un autre époux tout prêt?
-
- (_Fem. sav._ IV. 2.)
-
---VISIONS CORNUES:
-
- Peut-être sans raison
- Me suis-je en tête mis ces _visions cornues_.
-
- (_Sgan._ 13.)
-
- «Égaré dans les nues,
- «Me lasser à chercher des _visions cornues_.»
-
- (BOILEAU.)
-
-Des visions effrayantes ou simplement chimériques; mais, dans la bouche
-du pauvre Sganarelle, l’expression de _visions cornues_ a une double
-portée.
-
---VISIONS DE NOBLESSE:
-
- Ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les
- _visions de noblesse et de galanterie_ qu’il est allé se mette
- en tête.
-
- (_B. gent._ I. 1.)
-
-
-VOICI VENIR:
-
- Mais _les voici venir_.
-
- (_L’Ét._ V. 14.)
-
- _Voici venir_ Ascagne.
-
- (_Dép. am._ V. 8.)
-
-_Voici_ est pour _vois ici_: vois ici venir Ascagne. On disait au
-pluriel _veez-ci_, voyez ici. L’union intime des deux racines a depuis
-fait perdre de vue le sens de la première; _voici_ n’est plus qu’un
-adverbe invariable. Messieurs, _voici_ le roi, si l’on se reporte au
-sens exact de ces mots, est absurde: il faudrait dire, Messieurs,
-_vez-ci_ le roi: (voyez-le ici.)
-
-_Vécy_ est resté, chez les paysans et dans quelques provinces, comme
-une forme corrompue de _voici_, et aussi invariable.
-
-
-VOILA QUE C’EST, pour _ce que c’est_:
-
- Voilà, _voilà que c’est_ de ne pas voir Jeannette.
-
- (_L’Ét._ IV. 8.)
-
---VOILA, NE VOILA PAS, pour _ne voilà-t-il pas_:
-
- Eh bien! _ne voilà pas_ de vos emportements!
-
- (_Tart._ V. 1.)
-
- _Voilà pas_ le coup de langue!
-
- (_B. gent._ III. 12.)
-
-(Voyez IL supprimé après VOILA.)
-
-
-VOIR A (un infinitif):
-
- Parlons à votre femme, et _voyons à la rendre_
- Favorable....
-
- (_Fem. sav._ II. 4.)
-
---VOIR DE (un infinitif), elliptiquement, voir, chercher le moyen de...:
-
- Parlons à cœur ouvert, et _voyons d’arrêter_...
-
- (_Mis._ II. 1.)
-
---VOIR PARLER:
-
- Vous à qui j’ai tant _vu parler_ de son mérite.
-
- (_Ibid._ V. 2.)
-
-
-VOUDRIEZ, _dissyllabe_:
-
- Monsieur votre père
- Est un autre vilain qui ne vous laisse pas,
- Comme vous _voudriez_ bien, manier ses ducats.
-
- (_L’Ét._ I. 2.)
-
- Vous me _voudriez_ encor payer pour précepteur.
-
- (_Ibid._ I. 9.)
-
- Vous êtes généreux, vous ne le _voudriez_ pas.
-
- (_Ibid._ V. 9.)
-
-(Voyez SANGLIER.)
-
---VOUDRIEZ, en trois syllabes:
-
- Hé quoi! vous _voudriez_, Valère, injustement....
-
- (_Dép. am._ II. 2.)
-
-
-VOULOIR (SE) MAL, ou MAL DE MORT DE QUELQUE CHOSE:
-
- Laissez, _je me veux mal de mon trop de foiblesse_.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
- _Je me veux mal de mort d’être_ de votre race.
-
- (_Fem. sav._ II. 7.)
-
-
-VOUS, indéfini et général comme _soi_, en relation avec ON:
-
- Ah! que pour ses enfants un père a de foiblesse!
- Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse?
- Et ne se sent-on pas certains mouvements doux,
- Quand _on_ vient à songer que cela sort de _vous_?
-
- (_Mélicerte._ II. 5.)
-
-(Voyez NOUS.)
-
-
-VOYENT, dissyllabe:
-
- Et _voyent_ mettre à fin la contrainte où vous êtes.
-
- (_Dép. am._ III. 7.)
-
-(Voyez PAYENT, PAYSAN, SANGLIER, VOUDRIEZ, etc.)
-
-
-VRAI; DE VRAI, _véritablement_, comme _de léger_, _légèrement_:
-
- Le ciel défend, _de vrai_, certains contentements.
-
- (_Tart._ IV. 5.)
-
-
-VUE DE PAYS (A):
-
- Non pas; mais, _à vue de pays_, je connois à peu près le train
- des choses.
-
- (_D. Juan._ I. 1.)
-
-Au premier coup d’œil jeté sur l’ensemble des choses.
-
---VUES DE LA LUMIÈRE, l’aspect, le jour, en parlant d’une peinture:
-
- Voici le lieu le plus avantageux, et qui reçoit le mieux _les
- vues favorables de la lumière_ que nous cherchons.
-
- (_Sicilien._ 12.)
-
-
-Y.
-
-L’emploi de _y_, dans Molière, est fort étendu. C’est le terme
-corrélatif de _à_, _lui_, _leur_, qu’il s’agisse de choses ou de
-personnes.
-
-Y représente également _dans_ et _avec_.
-
-Y se construit encore avec un verbe, et souvent représente
-elliptiquement l’idée exprimée par une phrase.
-
-(Voyez OÙ.)
-
-Y en relation avec un nom de personne ou de chose, pour _à_, _lui_,
-_leur_:
-
- Quoi! Lucile n’est pas sous des liens secrets
- A mon maître?--Non, traître, et n’_y_ sera jamais.
-
- (_Dép. am._ III. 8.)
-
-A Lucile.
-
- Ils comptent les défauts pour des perfections,
- Et savent _y_ donner de favorables noms.
-
- (_Mis._ II. 5.)
-
-Aux défauts.
-
- Ils ne manquent jamais de saisir promptement
- L’apparente lueur du moindre attachement,
- D’en semer la nouvelle avec beaucoup de joie,
- Et d’_y_ donner le tour qu’ils veulent qu’on _y_ croie.
-
- (_Tart._ I. 1.)
-
-Aux lueurs d’attachement.
-
- Je ne distingue rien en celui qui m’offense;
- Tout _y_ devient l’objet de mon courroux.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-Tout en lui devient, etc:
-
- Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et _y_
- promettre de la correspondance!
-
- (_G. D._ I. 3.)
-
-A l’amour du damoiseau. Nous dirions aujourd’hui: et lui promettre.
-
- C’est la belle Julie, la véritable cause de mon retardement; et
- si je voulois _y_ donner une excuse galante.....
-
- (_Comtesse d’Esc._ 1.)
-
- Oui, oui, je te renvoie à l’auteur des Satires.
- --Je t’_y_ renvoie aussi.
-
- (_Fem. sav._ III. 5.)
-
---Y représentant _avec_:
-
- Je romps avecque vous, et j’_y_ romps pour jamais.
-
- (_Dép. am._ IV. 3.)
-
- Vivez, vivez contente, et bravez ma mémoire
- Avec le digne époux qui vous comble de gloire.
- --Oui, traître, j’_y_ veux vivre.
-
- (_Sgan._ 20.)
-
---Y répondant à _en_, _dans_, _à_:
-
- Et, pour se bien conduire en ces difficultés,
- Il _y_ faut, comme en tout, fuir les extrémités.
-
- (_Éc. des fem._ IV. 8.)
-
- Je veux vous _y_ servir, et vous épargner des soins inutiles.
-
- (_D. Juan._ III. 4.)
-
- Il faut toujours garder de grandes formalités, quoi qu’il
- puisse arriver.--Pour moi, j’_y_ suis sévère en diable.
-
- (_Am. méd._ II. 3.)
-
-A garder de grandes formalités.
-
- Comment, mon gendre, vous en êtes encore là-dessus?--Oui, j’_y_
- suis, et jamais je n’eus tant sujet d’_y_ être.
-
- (_G. D._ II. 9.)
-
---Y corrélatif d’un verbe:
-
- Je me vois, ma cousine, ici persécutée
- Par des gens dont l’humeur _y_ paroît concertée.
-
- (_Mis._ V. 3.)
-
-Concertée à me persécuter.
-
---Y, à cela, sur ce point:
-
- CLITANDRE. Promettez-moi donc que je pourrai vous parler cette
- nuit.
-
- ANGÉLIQUE. J’_y_ ferai mes efforts.
-
- (_G. D._ II. 10.)
-
-Je ferai mes efforts à ce que vous puissiez me parler cette nuit.
-
- Vous me haïssez donc?--J’_y_ fais tout mon effort.
-
- (_Amph._ II. 6.)
-
-A vous haïr.
-
- Vous devez éclaircir toute cette aventure.
- --Allons, vous _y_ pourrez seconder mon effort.
-
- (_Ibid._ III. 4.)
-
-A éclaircir cette aventure.
-
---Y rapporté au sens de toute une phrase:
-
- HENRIETTE.
-
- Je me trouve fort bien, ma mère, d’être bête;
- Et j’aime mieux n’avoir que de communs propos,
- Que de me tourmenter à dire de beaux mots.
-
- PHILAMINTE.
-
- Oui; mais j’_y_ suis blessée, et ce n’est pas mon compte.
-
- (_Fem. sav._ III. 6.)
-
-Je suis blessée à ce que vous soyez dans cette opinion.
-
---Y redondant avec _où_:
-
- C’est une chose _où_ il _y_ va de l’intérêt du prochain.
-
- (_Pourc._ II. 4.)
-
-Molière n’a pas cru qu’on pût altérer cette forme, _il y va_, et mettre
-_il va_.
-
---Avec _en_:
-
- Nous vous _y_ surprenons, _en_ faute contre nous!
-
- (_Sgan._ 6.)
-
---Y avec _contredire_:
-
- Accablez-moi de noms encor plus détestés,
- _Je n’y contredis point_; je les ai mérités.
-
- (_Tart._ III. 6.)
-
---Avec _marchander_:
-
- Si j’étois en sa place, je n’_y_ marchanderois point.
-
- (_G. D._ I. 7.)
-
---Avec _s’en aller_:
-
- Laissez-moi faire, je m’_y_ en vais moi-même.
-
- (_D. Juan._ IV. 11.)
-
-(Voyez où, dont toutes les constructions correspondent dans Molière à
-celle de Y.)
-
---Y A, pour _il y a_:
-
- Et quels avantages, madame, puisque madame _y a_?
-
- (_G. D._ I. 4.)
-
---QU’IL Y A, surabondant:
-
- Et pensez-vous qu’on soit capable d’aimer de certains maris
- _qu’il y a_?
-
- (_G. D._ III. 5.)
-
-De certains maris comme il en existe au monde.
-
-Cette locution était jadis du commun usage:
-
- «Ainsy beaucoup de femmes _qu’il y a_ se desbattent avec leurs
- maris quand ils leur veulent oster l’affeterie, la braveté, et
- la despense.»
-
- (LA BOÉTIE, _Trad. de Plutarque_, p. 281.)
-
-
-YEUX; METTRE AUX YEUX, mettre devant les yeux, représenter, remontrer:
-
- Mais votre conscience et le soin de votre âme
- Vous devroient _mettre aux yeux_ que ma femme est ma femme.
-
- (_Sgan._ 21.)
-
-(Voyez METTRE AUX YEUX, p. 246.)
-
---DE NOUVEAUX YEUX, de nouveaux regards:
-
- Et mon esprit, jetant _de nouveaux yeux_ sur elle....
-
- (_Pr. d’Él._ I. 1.)
-
---YEUX DE L’AME, figurément:
-
- Il m’est venu des scrupules, madame; et j’ai ouvert _les yeux
- de l’âme_ sur ce que je faisois.
-
- (_D. Juan._ I. 3.)
-
-
-
-
- LETTRE
- A
- MONSIEUR A. FIRMIN DIDOT,
- SUR QUELQUES POINTS
- DE PHILOLOGIE FRANÇAISE.
-
-
-MONSIEUR ET CHER ÉDITEUR,
-
-Le livre _Des variations du langage français_, que j’ai publié chez
-vous il y a quelques mois, a été vivement attaqué dans la _Bibliothèque
-de l’École des chartes_, également sortie de vos presses.
-
-Si ces attaques n’atteignaient que mon amour-propre, je ne répondrais
-pas une syllabe; mais l’intérêt de la science s’y trouve et mêlé
-et compromis; il s’agit surtout d’un point de grammaire curieux et
-fondamental: dès lors je suis tenu de défendre ce que je crois la
-vérité. Cette considération vous fera, j’espère, excuser l’étendue de
-cette lettre, qui eût pris bien d’autres développements encore, si
-j’eusse voulu suivre la critique pas à pas, et la combattre à toute
-occasion. Il suffira de toucher quelques détails saillants; on jugera
-du reste par analogie.
-
-
-J’ai refusé de reconnaître, par rapport à l’étude de la vieille
-langue dans ses monuments, l’importance exagérée qu’on a faite aux
-patois sous le nom pompeux de _dialectes_. J’ai dit: Il y avait un
-centre du royaume, une langue française constituée; les écrivains de
-la province visaient tous à écrire la langue du centre. S’il en est
-autrement, qu’on me montre dans ces écrivains les expressions en dehors
-de la langue commune, caractéristiques de tel ou tel dialecte. Bien
-entendu, je n’accepte pas comme autant de mots à part les différences
-d’orthographe qui se rencontrent souvent dans la même page d’un
-manuscrit.
-
-Mais comme un élève de l’École des chartes, feu M. Fallot, d’estimable
-et regrettable mémoire, a laissé un gros volume sur ces dialectes,
-dont il a plus que personne préconisé l’importance, il fallait bien
-_a priori_ que mon opinion fût erronée, absurde, monstrueuse et
-révoltante. Après toutes les vaines déclamations possibles, M. Guessard
-en vient enfin à m’opposer le témoignage d’un texte.
-
-Je laisse parler mon adversaire:
-
-«Que le trouvère fît _parfois_ effort pour écrire en français de
-France, et qu’il y réussît tant bien que mal, c’est possible; mais
-qu’il le voulût toujours, ou que toujours il y parvînt, _ce n’est pas
-vrai_[83].
-
- [83] _Parfois_ est bon, comme _c’est possible_. Lisez, au lieu
- de _parfois_, _toujours_, et au lieu de _c’est possible_, _c’est
- certain_, en attendant que M. Guessard fournisse _une_ preuve du
- contraire. Un démenti n’en est pas une, si grossier qu’il soit.
-
-«Voyez plutôt ce qui arriva au trouvère Quenes de Béthune[84], ce
-grand seigneur poëte et guerrier, qui mieux que tout autre pouvait
-s’instruire du beau langage. Il était Artésien, comme l’indique son
-nom, et il composait en artésien ou en picard; ce qui était tout un.
-Vers l’an 1180, il vint à la cour de France, où la régente Alix de
-Champagne, et le jeune prince son fils, qui depuis régna sous le nom
-de Philippe-Auguste, lui exprimèrent le désir d’entendre quelqu’une de
-ses chansons. Quenes de Béthune récita donc des vers très-intelligibles
-pour ses auditeurs, _mais fortement empreints d’un cachet picard_;
-aussi fut-il raillé par les seigneurs de France, repris par la reine et
-par son fils:
-
- Mon _langage_ ont blasmé li François
- Et mes chançons, oyant les Champenois,
- Et la comtesse encoir (dont plus me poise).
- La roïne ne fit pas que cortoise
- Qui me reprist, elle et ses fiex li rois:
- Encor ne soit ma _parole_ françoise,
- Si la puet on bien entendre en françois;
- Ne cil ne sont bien appris ne cortois
- Qui m’ont repris se j’ai dit _mot d’Artois_,
- Car je ne fus pas norriz a Pontoise[85].»
-
-Voilà le passage fondamental, unique, dont on argumente pour prouver
-l’emploi des dialectes dans la littérature.
-
- [84] M. Guessard écrit toujours _Quènes de Béthune_, avec un
- accent grave sur l’_e_, ce qui force à prononcer _caine_ de
- Béthune. La vraie prononciation est _cane_ de Béthune (comme
- _femme_, _fame_); et lorsqu’on rencontre ce mot écrit en une
- syllabe _quens_, _cuens_, il faut prononcer _can_. Les Italiens
- disent de même: _can-grande_, _can-francesco_; _facino-cane_;
- _can della scala_. C’est un titre de dignité répondant à celui
- de bailli. Ce radical _can_ appartient à la langue tartare, où
- il signifie _roi_, _prince_, _chef_: le grand _khan_ de Tartarie
- commandait aux _khans_ inférieurs; _Gengis-khan_. Les Huns et les
- Avares ont laissé chez nous ce curieux vestige de leur passage
- en Europe, au Ve siècle: les chroniqueurs latins du moyen âge
- ont traduit _khan_ par _canis_, _caganus_, _canesius_: «Rex
- Tartarorum, qui et _magnus canis_ dicitur.» (Chron. Nangii, ann.
- 1299.)--«Rex Avarorum, quem sua lingua _cacanum_ appellant.»
- (PAUL WARNEFRIED, _de Gest. Langob._ IV, 39); «constituerunt
- _canesios_, id est baillivos, qui justitiam facerent.» (Magister
- ROGERIUS, ap. CANG. in _Caganus_.) De là est venu le français
- _quens_, l’italien _king_.
-
- On voit, par cet exemple, de quelle importance est la recherche
- et le maintien de la prononciation véritable. Ce travail offre
- déjà bien assez de difficultés, sans y en ajouter encore comme
- à plaisir. Je me suis élevé souvent contre cette barbare manie
- d’introduire des accents dans les vieux textes: l’unique résultat
- possible est d’égarer le lecteur philologue, et d’effacer les
- dernières traces d’étymologie. Il serait si simple et raisonnable
- d’imprimer les manuscrits comme ils sont! Mais précisément par ce
- motif il est à craindre qu’on ne l’obtienne jamais des savants
- éditeurs. On vient encore de publier _la Mort de Garin_, où les
- mots _que_, _ce_, _ne_, sont figurés _qué_, _cé_, _né_, même
- lorsque l’e s’élide. Il faut bien être possédé de la fureur des
- accents!
-
- [85]: _Bibliot. de l’Éc. des chartes_, t. II (1846), p. 192.
-
-Il est facile de répondre à M. Guessard.
-
-Observez d’abord qu’il s’agit ici d’une pièce _récitée_, et non de vers
-_écrits_. La distinction est essentielle.
-
-Que le premier venu, en lisant ce couplet, comprenne qu’il est
-question des _mots_, c’est une erreur excusable: il est étranger à ces
-études, et habitué à la précision de notre langue moderne. Mais que
-M. Guessard s’y trompe, c’est ce que je ne saurais expliquer, s’il
-n’était bien connu que la passion fait arme et ressource de tout.
-Lorsque Quenes de Béthune dit qu’on a raillé _sa parole, son langage_,
-il entend sa prononciation, son accent picard. Au douzième siècle,
-ces mots _accent_, _prononciation_, n’étaient point encore dans la
-langue; il fallait, pour en rendre la pensée, se servir d’équivalents
-approximatifs. _J’ai dit mot d’Artois_ signifie: j’ai parlé à la mode
-du pays d’Artois; cette dernière expression représente exactement
-l’équivoque de l’autre: _j’ai parlé_, s’agit-il des mots que vous avez
-employés, ou de votre manière de les prononcer?
-
-Ces deux vers, où les mots soulignés par M. Guessard semblent renfermer
-ma condamnation,
-
- Encor ne soit ma parole _françoise_,
- Si la puet on bien entendre en _françois_,
-
-signifient, selon M. Guessard: Encore que je parle picard, les Français
-peuvent bien me comprendre.
-
-Et, selon moi: Encore que je récite avec un accent de province, on
-peut me comprendre parfaitement dans l’Ile de France; ou, en d’autres
-termes: Comme je parle d’ailleurs bon français, mon mauvais accent
-n’empêche pas qu’on ne me comprenne très-bien à Paris.
-
-Ainsi ce passage établit précisément la pureté du style de Quenes de
-Béthune. M. Guessard, croyant me perdre sans retour, a fait comparaître
-un témoin dont la déposition m’absout et le condamne.
-
-M. Guessard peut m’en croire: je sais assez le picard pour lui
-attester 1° que ni les poésies de Quenes de Béthune, ni celles
-d’Eustache d’Amiens, ni celles de tous les trouvères de la Picardie
-et de l’Artois, ne sont écrites dans ce dialecte, puisque dialecte
-il y a; 2° que des poésies picardes, surtout récitées, défieraient
-l’intelligence de tous les Français, sans en excepter M. Guessard
-lui-même. La Picardie a fourni, au moyen âge, un nombre de trouvères
-très-considérable: tous ont écrit en _français_, Quenes de Béthune
-comme les autres. Au surplus, ses poésies sont là: que M. Guessard ait
-la bonté de m’y montrer du picard, ou de m’expliquer en quoi consiste
-le _cachet picard_ des vers de Quenes de Béthune, si ce n’est pas dans
-l’_accent parlé_.
-
-La Picardie n’est pas si loin de l’Ile de France, pour qu’un grand
-seigneur, qui faisait des lettres sa principale occupation, ne
-parvînt pas, malgré ses efforts, à posséder à fond le français
-littéraire. Aujourd’hui même que notre langue est bien autrement fixée
-et vétilleuse qu’au moyen âge, la critique pourrait signaler des
-provincialismes dans des vers composés à Bordeaux ou à Strasbourg;
-mais on n’en rirait pas. Ce qui ferait rire inévitablement, ce serait
-l’accent gascon ou alsacien du déclamateur; et si les vers étaient
-d’ailleurs purement écrits, le poëte aurait le droit de s’écrier,
-comme Quenes de Béthune: Vous n’êtes ni justes ni polis: ce n’est pas
-ma faute si je n’ai pas été nourri près de Pontoise. On peut exiger
-d’un écrivain qu’il sache le français, mais non qu’il soit exempt
-de l’accent de sa province. Ce qui est indélébile, ce n’est pas
-l’ignorance, c’est l’accent natal.
-
-Je maintiens que voilà le sens du passage de Quenes de Béthune; pour
-l’entendre différemment, il faut y apporter toute la bonne volonté de
-M. Guessard.
-
-Une dernière observation: M. Guessard place l’anecdote de Quenes
-de Béthune vers 1180. C’est le plus tard possible, puisque
-Philippe-Auguste parvint à la couronne en 1180, et qu’à l’époque de la
-visite du trouvère il était encore sous la tutelle de la régente. Il
-n’avait donc pas quinze ans. Je crois qu’à cet âge les petits princes
-du douzième siècle n’étaient pas si grands puristes, et n’auraient pas
-remarqué, dans une pièce de vers français, un ou deux termes sentant la
-province. Mais un accent provincial frappe d’abord les enfants comme
-les grandes personnes; et le petit Philippe dut s’en amuser aussi bien
-que sa mère Alix, peu renommée, du reste, entre les savantes et les
-beaux esprits de son temps.
-
-Je crois, sauf erreur, que M. Guessard aurait bien fait d’y regarder à
-deux fois avant de me crier, de sa grosse voix, CE N’EST PAS VRAI! car
-je lui répondrai, comme Quenes de Béthune: Vous n’êtes ni juste ni poli.
-
-La question des _dialectes_ demeure donc, jusqu’à nouvel ordre, un
-système, sans autre appui que des théories arbitraires. L’étai emprunté
-à Quenes de Béthune ne vaut rien; on fera bien d’en chercher un plus
-solide.
-
-Passons à un autre point, dont M. Guessard fait le point capital.
-
-
-J’avais posé ce principe pour la prononciation du moyen âge: «Dans
-aucun cas l’on ne faisait sentir deux consonnes consécutives, soit au
-commencement, soit au milieu d’un mot, soit l’une à la fin d’un mot, et
-l’autre au commencement du mot suivant.»
-
-J’avais été conduit à cette règle par la comparaison des vieux textes.
-Il me sembla rencontrer un dernier vestige de cette loi primitive dans
-un écrit de Théodore de Bèze sur la prononciation du français, traité
-en latin publié en 1584, c’est-à-dire fort avant dans la renaissance,
-et par conséquent fort loin de l’époque où ma règle aurait été en
-vigueur. Voici ce passage: _Curandum etiam ne qua (littera) putide et
-duriter sonet, imo ut omnes molliter et quasi negligenter efferantur,
-omnem pronuntiationis asperitatem usque adeo refugiente francica
-lingua, ut, exceptis_ cc, _ut_ accès (_accessus_), mm _ut_ somme,
-nn _ut annus_, rr _ut_ terre, _NULLAM GEMINATAM CONSONANTEM
-PRONUNTIET.
-
-On prétendit que j’avais fait sur le texte de Th. de Bèze _un
-incroyable contre-sens_; que _geminatam consonantem_ signifiait, non
-pas deux consonnes consécutives quelconques, comme je l’avais entendu,
-mais seulement deux consonnes consécutives jumelles, la même consonne
-redoublée.
-
-On en concluait que la règle de M. Génin était fausse, imaginaire;
-qu’elle n’avait jamais existé. On alla même plus loin: on soutint que
-le principe était _d’une absurdité manifeste_:--«Le contre-sens de M.
-Génin, disait-on, est vraiment incroyable! Plein de confiance dans une
-traduction signée par un professeur de faculté, je me suis mis l’esprit
-à la torture pour m’expliquer comment Th. de Bèze avait pu écrire une
-pareille règle, etc., etc.» Je répondis sommairement, par une lettre
-insérée dans la _Revue indépendante_, du 10 avril 1846. Un second
-article de la _Bibliothèque de l’École des chartes_ rend nécessaire
-une seconde réponse. Je la ferai plus explicite; et, pour mettre le
-lecteur mieux à même d’en suivre l’argumentation, je reproduis ici les
-principaux passages de ma première lettre:
-
-«Je consens, disais-je, à examiner un des points attaqués par la
-_Bibliothèque de l’École des Chartes_. Je choisis le plus important,
-de l’aveu du critique lui-même. C’est la règle de ne prononcer jamais
-deux consonnes consécutives (sauf les liquides), que j’ai donnée comme
-la clef de voûte de tout le système d’orthographe et de prononciation
-de nos ancêtres.--«Elle est, dit mon adversaire, elle est en réalité la
-clef de voûte, non de la prononciation de nos ancêtres, mais du système
-de M. Génin; et, par conséquent, si je la fais fléchir, tout le système
-tombera, sans que j’aie besoin de le prendre pièce à pièce.»
-
-«J’accepte de bon cœur le défi, à condition, bien entendu, que,
-réciproquement, si l’on ne fait pas fléchir la clef de voûte, mon
-système entier subsistera, sans que j’aie besoin non plus de le
-défendre pièce à pièce.
-
-«Ainsi la discussion de ce point capital me dispensera de toute autre,
-et je veux bien qu’on juge par cet échantillon de la valeur de tout le
-reste, tant pour l’attaque que pour la défense.
-
-«S’il était vrai que j’eusse commis sur le texte de Th. de Bèze _un
-incroyable contre-sens_, il ne s’ensuivrait pas encore que j’eusse
-posé une règle fausse et imaginaire; car cette règle, je ne l’ai point
-empruntée à Théod. de Bèze. Tout au plus aurais-je invoqué à l’appui
-de mon principe une autorité illusoire; mais il resterait toujours
-à établir que ce principe, étranger à Th. de Bèze, est lui-même une
-illusion. Mon critique l’affirme de sa propre autorité. Il croit, en
-m’ôtant Th. de Bèze, m’avoir enlevé toute ressource, m’avoir ruiné, mis
-à sec. Erreur!
-
-«Depuis la publication de mon livre, il m’est venu entre les mains
-plusieurs ouvrages rares, que je n’avais pu consulter plus tôt. De
-ce nombre est la grammaire de Jean Palsgrave, l’aînée de toutes les
-grammaires françaises. Ce Jean Palsgrave était Anglais de naissance,
-mais il avait longtemps vécu à Paris, où il avait même pris ses degrés.
-Chargé, comme le plus habile de son temps, d’enseigner le français à la
-sœur de Henri VIII, veuve de Louis XII, remariée au duc de Norfolck, il
-composa sa grammaire sur le plan de la grammaire du célèbre Théodore
-de Gaza. Ce livre, qui n’a pas moins de 900 pages in-folio, est rédigé
-en anglais, avec un titre en français et une dédicace à Henri VIII
-(Londres, 1530); il est doublement précieux par le savoir exact et
-minutieux de l’auteur, et par l’abondance des exemples, toujours puisés
-dans les meilleurs écrivains, Jean Lemaire, Alain Chartier, l’évêque
-d’Angoulême, etc., etc. Palsgrave débute par un Traité fort détaillé de
-la prononciation: or voici ce que j’y ai lu, je le confesse, avec la
-vive satisfaction d’un homme qui, ayant deviné une énigme difficile,
-s’assure, par le numéro suivant de son journal, qu’il avait rencontré
-juste.
-
-«Les Français, dans leur prononciation, s’appliquent à trois choses
-qu’ils recherchent principalement: 1° l’harmonie du langage; 2° la
-brièveté et la rapidité en articulant leurs mots; 3° enfin, de donner à
-chaque mot sur lequel ils appuient son articulation la plus distincte.
-
-(_Ici un long développement du premier point._)
-
-
-«Maintenant, sur le second point, qui est la brièveté et la rapidité
-du discours, quel que soit le nombre des consonnes écrites pour garder
-la véritable orthographe, ils tiennent tant à faire ouïr toutes leurs
-voyelles et leurs diphthongues, que, _entre deux voyelles_ (soit
-réunies dans un même mot, soit partagées entre deux mots qui se
-suivent), _ils n’articulent jamais qu’une consonne à la fois; en sorte
-que si deux consonnes différentes, c’est-à-dire_, N’ÉTANT PAS TOUTES
-DEUX DE MÊME NATURE, _se rencontrent entre deux voyelles, ils laissent
-toujours la première inarticulée_[86].»
-
- [86] The Frenche men in theyr pronunciation do chefly regard and
- cover thre thynges: to be armonious in theyr spekyng; to be brefe
- and sodayne in sounding of theyr wordes, avoyding all maner of
- harshnesse in theyr pronunciation; and thirdly, to gyve every
- worde that they abyde and reste upon theyr most audible sounde....
-
- And now touching the second point whiche is to be brefe,
- _etc._... what consonantes soever they write in any worde for the
- kepyng of trewe orthographie, yet so moche covyt they in reding
- or spekyng to have all theyr vowelles and diphthongues clerly
- herde, that betweene two vowelles (whether they chaunce in one
- worde alone, or as one worde fortuneth to folowe after an other),
- they never sounde but one consonant at ones, in so moche that if
- two different consonantes, that is to say, _nat beyng both of one
- sorte_ come together betweene two vowelles, _they leve first of
- them unsounded_.
-
- PALSGRAVE. _Introd._ (non paginée).
-
-«Y a-t-il rien de plus positif? Comprenez-vous bien qu’il est question
-là des consonnes consécutives en général, et non des jumelles en
-particulier? _Nat beyng both of one sorte?_ Comprenez-vous enfin ce que
-c’est que la _geminata consonans_ de Th. de Bèze[87]? Comprenez-vous
-que cette règle a existé, que je ne l’ai pas tirée de mon imagination?
-Cette règle impossible, monstrueuse, absurde, sur laquelle vous
-demandez qu’on juge tout mon livre; cette règle que j’avais posée pour
-le douzième siècle, la voilà encore dans un grammairien du commencement
-du seizième, antérieur de soixante-quatre ans à Th. de Bèze! En vérité,
-quand j’aurais chargé ce bonhomme Jean Palsgrave de plaider ma cause,
-il n’eût pu s’en acquitter mieux. Il a deviné, trois siècles d’avance,
-la chicane que me fait aujourd’hui l’École des chartes, et s’est donné
-la peine d’y répondre de manière à ne laisser aucune ressource à la
-mauvaise foi la plus subtile. Je mets son vénérable texte au bas de la
-page, afin que monsieur le chartrier, grand éplucheur de textes, puisse
-s’assurer si je n’y ai pas fait quelque incroyable contre-sens, et si
-je n’ai pas, encore cette fois, pris le contre-pied de la pensée, comme
-il déclare que c’est ma coutume habituelle.
-
- [87] Pour peu que mon critique eût été de bonne foi, aurait-il
- pu s’y tromper en lisant ce que Bèze écrit dix lignes plus loin
- de la prononciation des Français, qu’elle est NULLO CONSONANTIUM
- CONCURSU CONFRAGOSA? D’où vient que ce texte que j’avais traduit,
- il a pris soin dans sa citation de l’écarter?
-
-«Qu’il vienne à présent m’alléguer qu’à la fin du seizième siècle
-on articulait, dans certains mots, les consonnes consécutives: que
-me fait cela? ce n’est point mon affaire; ou plutôt, si vraiment ce
-l’est, puisque j’ai dit que le seizième siècle avait perdu la tradition
-de l’ancien langage. Il va chercher dans Pierre Fabri ou Lefebvre
-une phrase dont il prétend m’accabler, en prouvant que, dès 1534, on
-prononçait des consonnes consécutives.--«Il est, dit Fabri, un barbare
-de rude langage à ouïr, qui s’appelle _Cacephaton_ ou _Clipsis_[88],
-comme _gros_, _gris_, _gras_, _grant_ et _croc_, _cric_, _crac_; et
-_évangélistes_, _stalle_, _stille_...» Premièrement, il s’agit là d’un
-assemblage cherché de consonnances étranges; et ensuite Fabri lui-même
-déclare ce langage _barbare_; donc ce n’est pas le langage ordinaire.
-Les vieux grammairiens rangent ce _Cacephaton_ parmi les figures de
-mots: quel rapport d’un trope ridicule avec la prononciation? C’est
-bien de l’érudition perdue.
-
- [88] Apparemment il faut lire _Eclipsis_. Je cite d’après mon
- adversaire.
-
---«Après avoir cité une règle qui n’a jamais existé, l’auteur en cite
-une autre qui n’a aucun rapport à la question. En effet, il s’agit de
-prouver qu’on n’a jamais prononcé deux consonnes de suite; et M. Génin
-s’évertue à établir qu’au seizième siècle on n’en prononçait pas trois,
-ce qui serait encore contestable.»
-
-«Il s’agit de prouver qu’on ne prononçait pas les _consonnes
-consécutives_; et après avoir montré qu’on n’en prononçait pas deux, je
-montre qu’on n’en prononçait pas trois. Si nous avions des groupes de
-quatre et de cinq consonnes, j’aurais eu à les examiner à leur tour.
-C’est être, assurément, dans la question; et il faut tout le parti pris
-de mon critique pour déclarer que cela n’y a nul rapport.
-
-«Çà, maître Jehan Palsgrave, avancez de nouveau; car c’est vous,
-aussi bien que moi, qui êtes en cause, vous qui, après avoir parlé des
-doubles consonnes consécutives, avez aussi battu la campagne en parlant
-tout de suite des triples consonnes. Cette coïncidence est vraiment
-merveilleuse! mais la découverte si à propos de ce volume ne l’est pas
-moins. O bon Palsgrave, sans vous j’étais perdu! l’École des chartes
-me foudroyait!... Je reprends la citation au dernier mot où je l’ai
-laissée:--«Et si trois consonnes sont rassemblées, ils (les Français)
-en laissent toujours les deux premières inarticulées, ne faisant, je
-le répète, aucune différence si ces consonnes sont ainsi groupées
-toutes dans un seul mot, ou réparties entre des mots qui se suivent;
-car souvent leurs mots se terminent par deux consonnes, à cause du
-retranchement de la dernière voyelle du mot latin: par exemple,
-_corps_, _temps_, etc.[89]»
-
- [89] And if the thre consonantes come together, they ever leve
- two of the first unsounded, putting here, as I have said, no
- difference whether the consonantes thus come together in one
- worde alone, or the wordes do folowe one another; for many tymes
- theyr wordes ende in two consonantes, bycause they take awaye the
- last vowell of the latine tong, as _corps_, _temps_.
-
- Id., _ibid._
-
-«Palsgrave ajoute que cette distinction entre les consonnes purement
-étymologiques qu’on éteint et celles qu’on doit faire sonner, est la
-grande difficulté pour les Anglais: _hath semed unto us of our nation a
-thyng of so great difficulty_.
-
-«Monsieur mon contradicteur trouve-t-il encore contestable cette
-proposition, qu’on ne prononçait pas trois consonnes consécutives?
-
-«Quant à n’en prononcer qu’une sur deux, admettra-t-il enfin cette
-monstruosité, qui lui a mis l’esprit à la torture? «Je me suis mis
-l’esprit _à la torture_ pour m’expliquer comment Th. de Bèze avait pu
-écrire une pareille règle, et en quel sens il fallait l’entendre; car,
-de la prendre à la lettre, _je n’en voyais pas le moyen!_» J’espère
-qu’il en voit le moyen à cette heure? En général, il répète souvent:
-_Je ne puis m’imaginer, je ne puis comprendre_; il prend cela pour un
-argument irrésistible!
-
-«Voilà comment ce fort Samson fait fléchir les clefs de voûte. Je
-le prie de recevoir mes remercîments: un principe fondamental, qui
-pour moi n’était pas douteux, mais qui peut-être pouvait le sembler à
-d’autres, croyant le renverser, il m’a fourni l’occasion d’y revenir,
-et de le mettre, j’espère, au-dessus de toute contestation.
-
-«De toutes les prétentions, la plus folle serait celle de plaire à
-tout le monde. Je ne vise pas si haut: je me contente de l’assentiment
-des meilleurs juges, _principibus placuisse viris_. S’agit-il de
-l’érudition? Quels noms plus imposants que ceux de MM. Victor le Clerc,
-Naudet, Littré, Augustin Thierry? Parlez-vous de cet heureux instinct,
-de ce génie de la langue qui éclate si vivement dans la Fontaine et
-dans Molière? Où le trouver plus complet et plus profond que dans
-notre Béranger? Quels plus illustres suffrages serait-il possible
-d’ambitionner? Et quand on les a réunis, est-on bien à plaindre d’avoir
-manqué celui de M. Guessard?
-
- Et qu’importe à mes vers que Perrault les admire?»
-
-
-Telle fut en abrégé ma réponse au premier article de M. Guessard; voici
-maintenant ma réponse au second:
-
-Le procès continue sur la _geminata consonans_ de Th. de Bèze. Je
-suis obligé de défendre jusqu’au bout ma traduction, puisque M.
-Guessard fait dépendre de ce mot l’estime de tout mon ouvrage, et que
-j’ai accepté son défi. Au surplus, je vous dirai, en passant, que M.
-Guessard n’a pas son pareil pour trouver de ces alternatives. Son
-esprit net et concis aime à réduire toutes les questions à deux termes.
-Vous en verrez plus d’un exemple dans cette réponse. J’avais, dans la
-première, cru tirer autorité de quelques suffrages imposants, tels
-que ceux de MM. Augustin Thierry, Victor le Clerc, Naudet, Littré,
-Béranger; mais me voilà bien loin de compte! M. Guessard exige, pour se
-rendre, «un arrêt en bonne forme,» signé de ces messieurs; il dresse,
-le plus sérieusement du monde, un formulaire en trois articles, dont
-le dernier doit attester «qu’_une seule_ des assertions de mon livre
-_est restée debout_, après l’examen que M. Guessard en a fait.» J’irai
-présenter ce formulaire à la signature des illustres juges par moi
-invoqués; et si je ne le rapporte à M. Guessard, revêtu de toutes les
-formalités authentiques, je suis déclaré vaincu aux yeux du monde
-savant (page 362).
-
-M. Guessard a bonne opinion des effets de sa dialectique; mais on ne
-voit pas où il prend le droit d’exiger des certificats de ses erreurs.
-S’il n’y veut pas croire à moins, d’autres ne seront pas si difficiles.
-Ne nous dérangeons pas, et ne dérangeons personne, pour si peu.
-
-_Geminata consonans_, voilà donc la grande énigme. Est-ce, au sens
-le plus large, deux consonnes consécutives? ou bien, dans un sens
-beaucoup plus restreint, la même consonne redoublée? Je défends la
-première interprétation, qui contient la seconde, puisque les consonnes
-redoublées sont consécutives; M. Guessard soutient la seconde, qui
-exclut la première. L’un de nous fait un contre-sens, mais lequel des
-deux?
-
-Avant tout, je dois reconnaître à M. Guessard un merveilleux talent
-pour embrouiller les questions les plus nettes, dissimuler les parties
-d’un texte qui lui nuisent, et mettre en relief, au contraire, celles
-qui paraissent le servir. Au nom de la logique, il assemble d’épais
-nuages; et puis, quand tout est noir partout, quand on n’y voit plus
-goutte, il s’écrie, du ton le plus naturel et le plus persuadé: _Est-ce
-clair?_... _Est-ce encore clair?_... Le pauvre lecteur serait bien
-tenté de lui répondre: Ma foi, non! Mais tant d’assurance intimide; on
-se dit: Apparemment que c’est bien clair pour les gens au fait de la
-matière. Allons, accordons-lui ce point, et suivons. On avance, et il
-vous conduit de l’analogie dans l’amphibologie, de l’amphibologie dans
-la battologie, de la battologie dans la tautologie et la macrologie:
-de la macrologie à la périssologie il n’y a qu’un pas; la périssologie
-mène infailliblement à l’acyrologie, qui produit la cacologie, d’où
-vous tombez dans la céphalalgie, et de la céphalalgie dans un profond
-sommeil, pendant lequel M. Guessard chante victoire tout à son aise!
-
-Voyons toutefois qui sera le plus habile, lui à condenser le
-brouillard, ou moi à le dissiper.
-
-J’ai aussi la prétention de m’appuyer sur la logique pour déterminer le
-sens de l’expression _geminata consonans_. Le passage où elle se trouve
-est complété, éclairci jusqu’à l’évidence par un autre passage voisin
-du premier. Il paraît que M. Guessard n’avait pas aperçu ce second
-passage. Je le lui ai mis sous les yeux dans ma réponse, et pour cette
-fois j’ose affirmer qu’il l’a très-bien vu et en a compris la portée;
-car sa réplique n’en souffle mot. Il bat la campagne à côté. Puisque
-cette partie de mon argumentation l’embarrasse, je vais la reprendre.
-
-C’est à la page 9 que Th. de Bèze explique l’euphonie du parler
-français, par l’attention de ne prononcer _nullam geminatam
-consonantem_.
-
-A la page 10, il revient sur ce caractère général de notre langue[90].
-
- [90] Francorum enim ut ingenia valde mobilia sunt, ita quoque
- pronuntiatio celerrima est, _nullo consonantium concursu
- confragosa_, paucissimis longis syllabis retardata....
- consonantibus (si dictionem aliquam terminarint) sic cohærentibus
- cum proximis vocibus a vocali incipientibus, _ut integra interdum
- sententia haud secus quant si unicum esset vocabulum efferatur_.
- (_De recta Linguæ francicæ pronunt._)
-
-«La prononciation des Français, mobile et rapide comme leur génie, ne
-se heurte jamais au concours des consonnes, ni ne s’attarde guère sur
-des voyelles longues. Une consonne finit-elle un mot? elle se lie à la
-voyelle initiale du mot suivant, si bien qu’une phrase entière glisse
-comme un mot unique.»
-
-Ces deux passages évidemment se rapportent à la même idée, et
-renferment le vrai sens de _geminata consonans_. Il s’agit de les
-expliquer en les conciliant.
-
-J’ai fait observer que les consonnes jumelles sont très-coulantes,
-et sont toujours placées au cœur des mots. J’ai demandé comment
-l’extinction de ces jumelles pouvait favoriser la liaison d’un mot à un
-autre.
-
-Au contraire, que les consonnes consécutives, autres que jumelles, sont
-très-dures, munissent ordinairement les extrémités des mots, et, si on
-les veut articuler toutes, hérissent la phrase d’aspérités, et font un
-obstacle considérable à la liaison de ses éléments.
-
-M. Guessard veut qu’il ne soit question que des consonnes jumelles. Je
-l’ai prié d’accorder son interprétation avec le texte _complet_, de
-m’aplanir ces difficultés. Il garde le silence.
-
-Examinons, ai-je dit ensuite, la logique des idées de Bèze, et leur
-enchaînement, en prenant le sens de mon adversaire: le français est
-si antipathique à toute rudesse de prononciation, qu’il n’articule
-jamais les consonnes jumelles (_qui sont très-douces_); mais il a grand
-soin d’articuler les autres consécutives, comme _st_, _sp_ (_qui sont
-très-rudes_); d’où il résulte que la prononciation des Français est
-pleine de mollesse, et que dans leur bouche une phrase entière glisse
-comme un seul mot.
-
-Profond silence de M. Guessard.
-
-Il se contente de dire, en termes vagues: «M. Génin sue sang et eau à
-défendre un contre-sens.» (Page 357.) Non, je ne sue ni sang ni eau; je
-cite en entier un texte que vous aviez tronqué. Je vous dis d’un grand
-sang-froid que votre sens mène à l’absurde. Que me répondez-vous?
-
-Au lieu de me répondre, il cherche à opérer une diversion, et à me
-faire paraître dans la position fâcheuse où lui-même se sent arrêté.
-Voici comme il s’y prend: il va chercher un passage où Bèze avertit
-que _ct_, à l’intérieur des mots, se prononce entièrement. Ce sont là,
-dit M. Guessard, des consonnes consécutives, ou jamais; donc elles
-n’étaient pas muettes.--«Voilà cet illustre savant, qui pose une règle,
-qui en excepte quatre cas, ni plus ni moins, et qui, vingt pages plus
-loin, dans un petit livre de quarante-deux feuillets seulement, oublie
-sa règle et ses quatre exceptions, pour se contredire lui-même, en
-m’apprenant que _ct_ se prononce entièrement!.... Mais alors votre
-illustre savant n’est plus qu’un illustre radoteur, ou bien c’est vous
-qui ne l’avez pas compris, et qui me le rendez tel. Il n’y a pas de
-milieu entre ces deux propositions, et le choix n’est pas douteux.
-Sortez de là: JE VOUS EN DÉFIE RÉSOLUMENT!....»(Page 358.)
-
-M. Guessard prend toujours des tons incroyables pour les choses les
-plus simples du monde: _Je vous en défie résolûment!_ On dirait un
-paladin de Charlemagne! _Résolûment_ est superbe! Comment n’être pas
-convaincu par _résolûment_?
-
-Oui, Bèze remarque que b se prononce dans _absent_, _obsèques_,
-_objet_; que _ct_ sonne pleinement dans _acte_, _actif_, _affection_,
-_détracteur_; que _st_, _sp_ se prononcent quelquefois en double,
-et plus souvent en simple. Et puis, vous prétendez que c’est là un
-argument en votre faveur? Vous n’y songez pas. Quelle est la règle
-générale, selon vous? Que les consécutives ne s’éteignaient jamais.
-Alors pourquoi Bèze relève-t-il des mots où elles ne s’éteignent pas?
-Qu’y a-t-il là d’extraordinaire? Nous sommes dans la règle. Ah! si
-la règle était ce que j’ai dit, de ne prononcer pas les consonnes
-consécutives, la remarque de Bèze serait toute naturelle; mais ici, ce
-qu’il aurait fallu signaler, au contraire, ce seraient des mots où ces
-consécutives non jumelles se seraient éteintes, car c’est seulement
-alors que votre règle eût été violée.
-
-Voilà votre thèse, et voici la mienne, dans laquelle je résume et
-concilie tout ce qu’a dit Th. de Bèze.
-
-Il est de règle, pour obtenir une prononciation molle et coulante, de
-ne point faire sentir deux consonnes consécutives.
-
-Nous en exceptons quatre cas de consonnes jumelles; _ct_, _à
-l’intérieur des mots_, et quelques autres, comme le _b_ dans _absent_,
-_objet_, _obsèques_.
-
-Toute l’argumentation diffuse de M. Guessard repose sur ce que Bèze n’a
-point réuni sous sa règle tous les cas d’exception, et n’a mentionné
-d’abord que les jumelles. Bèze ne peut avoir signalé plus loin d’autres
-exceptions, ou bien il se serait rendu coupable d’oubli de ses propres
-paroles, de contradiction, de radotage. Mais les gros mots ne prouvent
-rien, et nous avons déjà vu que le fort de M. Guessard est de poser des
-alternatives qui n’en sont pas, des dilemmes ouverts de toutes parts.
-C’est alors que, dans la joie de son cœur, il s’écrie: _Sortez de là,
-je vous en défie résolûment!_...
-
-Je l’ai dit et redit à satiété: au XVIe siècle, la tradition du langage
-primitif est considérablement altérée: on n’y peut plus recueillir que
-des vestiges et des débris. On avait oublié les anciennes règles du
-XIIe siècle. Les vieux mots restaient sous l’empire du vieil usage;
-mais les mots nouveaux, qui s’introduisaient en foule, entraient avec
-la marque de l’usage nouveau. Les grammairiens se transmettaient encore
-l’ancienne règle; mais ils étaient obligés d’y signaler des exceptions
-à chaque pas. Leur procédé, à cet égard, est empirique. Tel mot se dit
-ainsi.--Pourquoi?--Il se dit ainsi; n’en demandez pas davantage.--Mais
-cela semble contredire une règle que vous venez de poser.--Que
-voulez-vous que je vous dise? Je suis le greffier de l’usage.
-
-En voici un pourtant qui a mis un pied hors de ce cercle étroit; c’est
-Jacques Dubois (d’Amiens), qui, sous le nom de Sylvius, imprimait sa
-Grammaire chez Robert Estienne en 1531. Il avertit que «_s_ devant
-_t_ et quelques autres consonnes se prononce rarement en plein dans
-le corps des mots; on l’obscurcit ou la supprime, pour la rapidité
-du langage.» Et, tout de suite, il cite des mots exceptionnels où
-_st_ sonne en plein: _domestique_, _fantastique_, _organiste_,
-_évangéliste_, etc...; «probablement, ajoute-t-il, parce que ces mots
-ont été depuis peu puisés par les doctes aux sources grecques et
-latines[91].»
-
- [91] «_S_ ante _t_ et alias quasdam consonantes in media dictione
- raro ad plenum sed tantum tenuiter sonamus, et pronuntiando
- vel elidimus vel obscuramus, ad sermonis brevitatem.... Quem
- (sibilum) in quibusdam perfecte cum Græcis et Latinis servamus,
- ut _domestique_, _phantastique_, _scholastique_.... etc., forte
- quod hæc haud ita pridem a doctis in usum Gallorum ex fonte vel
- græco vel latino invecta sunt.» (Sylvius, p. 7.)
-
- Pendant que je tiens Sylvius, je ne le laisserai point aller
- sans en tirer un autre témoignage. J’ai mis en principe que la
- consonne finale d’un mot était muette, et se réservait à sonner
- sur la voyelle initiale du mot suivant. (Des Var., p. 41.)
- C’était la conséquence rigoureuse de la règle des consonnes
- consécutives. M. Guessard, qui a nié la première règle, nie
- également la seconde. Je lui ai montré la première écrite dans
- Palsgrave; voici la seconde dans Sylvius:
-
- «In fine quoque dictionis nec illam (_s_) nec cæteras consonantes
- eadem de causa (ad sermonis brevitatem) ad plenum sonamus;
- _scribimus tantum_, nisi aut vocalis sequetur, aut finis clausulæ
- sit, etc.» (P. 7.)
-
-Voilà la raison bien simple de ces exceptions. Si Th. de Bèze ne la
-donne pas, Sylvius supplée à Th. de Bèze. On prononçait avec les deux
-consonnes _objet_, _absent_, _obsèques_, _détracteur_, _action_, parce
-que c’étaient des mots nouveaux.
-
-Observez un point essentiel dans le passage de Bèze invoqué par M.
-Guessard: _ct_, y est-il dit, sonne pleinement _dans le corps des
-mots_; c’est assez dire qu’aux extrémités il ne sonnait pas. Ainsi le
-_c_ s’entendait dans _affection_, _détracteur_, mais non à la fin de
-_subject_, _object_. Cette _geminata consonans_ eût empêché la liaison
-des mots. On ne disait pas _un objecte divin_, mais on disait, comme
-aujourd’hui, _objet divin_, sans faire soupçonner ni le _c_ ni le _t_.
-Sur trois consonnes consécutives, on effaçait les deux premières. Leur
-rôle se bornait à ouvrir le son de l’_e_ précédent, comme s’il y eût eu
-_objait_.
-
-On voit combien il importe, dans les exemples que l’on crée pour
-rendre une théorie sensible par l’application, de n’admettre que des
-mots contemporains de la règle. C’est un soin que M. Guessard, soit
-hasard ou calcul, néglige toujours: il puise sans scrupule dans la
-langue du XIXe siècle des exemples qu’il soumet aux lois du XIIe, et ne
-manque pas de trouver l’effet ridicule. Il ne peut se persuader qu’on
-ait jamais prononcé, sous Henri III, _teme_ et _pete_ pour _terme_
-et _perte_; _tenir_ pour _ternir_, _la chateté_ pour _la chasteté_,
-un _âtrologue_, etc. Mais ces mots _terme_, _perte_, _ternir_,
-_chasteté_, _astrologue_, les avez-vous jamais rencontrés dans un texte
-du XIIIe siècle? S’ils sont entrés dans la langue après la désuétude
-de l’ancienne règle et sous l’empire de la règle nouvelle, qui était
-l’opposé de l’autre, quel argument pouvez-vous en tirer par rapport à
-un principe qui concerne le moyen âge exclusivement? C’est là pourtant
-l’artifice le plus habituel de M. Guessard.
-
-Qu’on y regarde, et l’on verra que les trois quarts de ses objections
-seraient réduites à néant par cette distinction bien simple de l’âge
-des mots. Si cette tactique fait briller l’esprit de M. Guessard, c’est
-aux dépens de sa loyauté.
-
-Au XVe siècle, deux systèmes étaient en présence, l’ancien et le
-moderne. C’est ce que les grammairiens constatent par leurs règles
-et leurs exceptions. J’ai invoqué subsidiairement les règles pour
-constater le règne de l’ancien système avant le XVIe siècle; M.
-Guessard s’appuie des exceptions du XVIe siècle pour soutenir que le
-système moderne a toujours régné seul.
-
-Dans l’intervalle écoulé depuis mon ouvrage et la critique de M.
-Guessard, j’ai découvert, chez un grammairien du commencement du XVIe
-siècle, ma règle des consonnes consécutives, mais formelle, précise,
-ne laissant pas la moindre prise aux distinctions, aux mille arguties
-de mon adversaire. J’ai cité Palsgrave: à Palsgrave M. Guessard oppose
-Fabri. Qu’est-ce que c’est que Fabri? C’est l’auteur d’un _grant et
-vray art de plaine rhetorique_, «qu’il écrivait» (notez ces mots) «à la
-fin du XVe ou au commencement du XVIe siècle.» C’est le même Fabri qui
-avait fourni à M. Guessard ce triste argument du _Cacephaton_, dont il
-est (je l’en loue) si confus qu’il n’ose pas y revenir. Eh bien! voyons
-votre Fabri; que dit-il?
-
---«Le lecteur a pu le voir dans mon précédent article: _st_ se profère
-après _a_, comme _astuce_, _astrologue_, _astrolabe_; après _i_, comme
-_histoire_, etc.... On ne disait donc pas _âtrologue_, _châteté_, etc.;
-par conséquent Palsgrave et Fabri se contredisent, juste à la même
-époque, sur la même question!» (P. 260.)
-
-M. Guessard ajoute que, dans le doute, il aime mieux s’en rapporter au
-témoin français qu’à l’anglais.
-
-L’autorité comparative de ces deux écrivains diffère autant que leurs
-matières. L’un écrivait _ex professo_ sur la grammaire; l’autre ne
-traite que la rhétorique. C’est seulement à propos de la rime que Fabri
-écrit, sur la prononciation de l’_s_ devant le _t_, quatre lignes
-sans profondeur comme sans portée. Il remarque que tantôt l’_s_ est
-articulée et tantôt ne l’est pas. Il cite une vingtaine d’exemples
-pour et contre, et recommande, pour bien rimer, de consulter l’usage.
-Voilà ce que M. Guessard présente comme un témoignage grave sur la
-question des consonnes consécutives. Je récuse Fabri, non pas comme
-curé, ni même comme Normand, mais comme faux témoin[92].
-
- [92] Il était natif de Rouen, et curé de Meray. M. Guessard
- tire même de cette circonstance une allusion bien fine et bien
- malicieuse: «Mais, va dire M. Génin, que m’importe Fabri, un
- homme inconnu, un clerc, _un curé_? (car Fabri fut curé!)»
- (P. 203.) Cette épigramme dénonciatrice sent furieusement les
- bureaux de l’_Univers_, où M. Guessard compte des partisans et
- des admirateurs si chauds. Il est zélé pour eux, ils sont zélés
- pour lui; rien de plus juste.
-
- (Voyez le _post-scriptum_ de cette lettre).
-
-Après avoir nié la justesse de ce rapprochement, je dirai à M. Guessard
-qu’il n’y a entre Fabri, Palsgrave et Sylvius, aucune contradiction.
-Palsgrave a posé la règle générale; Sylvius en a donné le motif; Fabri
-n’a rien donné, que quelques faits bruts, avec cette note, que, «dans
-les mots orthographiés par art, les doubles consonnans tantost se
-proferent, tantost s’escripvent et ne se proferent point.» Palsgrave
-a-t-il méconnu les exceptions à sa règle générale? Il les a si peu
-méconnues qu’il a pris la peine d’en dresser un catalogue complet,
-spécialement pour le groupe _st_[93]. Cette prétendue contradiction
-n’est donc aussi qu’un fantôme évoqué par M. Guessard, qui abuse un peu
-de son talent de magicien.
-
- [93] Voici ce catalogue de Palsgrave: c’est un document
- inestimable dans la question qui nous occupe.
-
- CHAPITRE XIV du 1er livre.
-
- «Mots qui articulent distinctement leur _s_ dans les syllabes
- médiantes, contrairement aux règles générales ci-dessus
- énoncées[A]:
-
- [A] Cap. XIII. The wordes whiche sounde their _s_ distinctely,
- comyng in the meane syllables, contrarie to the generall rules
- above rehersed. (The fyrst Boke, Fol. XIV.)
-
- apostat | constellation | disposer |
- astrologie | consterner | disputer |
- aspirer | constituer | distincter (_sic_) |
- agreste | construire | distance |
- assister | circumspection | distinguer |
- aspic | custode | distraire |
- administrer | -- | distribuer |
- asteure | désister | domestique |
- astruser | désespérer | -- |
- astuce | destinée | escabeau |
- -- | destruction | esclave |
- bastille | (mais non pas | escorpion |
- bastillon | _destruire_) | espécial |
- bastiller | détestable | espèce |
- bestialité | digestion | espagne |
- bistocquer | digeste | espérer |
- -- | discorder | espirit |
- cabestan | discret | estimer |
- chaste | discuter | estomaquer |
- consistoire | dispenser | estradiot |
- constant | disparser } (_sic_) | existence |
- conspirer | disparer } | -- |
-
- fastidieux | majesté | postérieur |
- (festival) | miste | prosterner |
- festivité | mistère | postille |
- (mais non _feste_) | mission | prédestiner |
- frisque | molester | prospérer |
- frustrer | monastère | pronostiquer |
- -- | -- | -- |
- histoire | «Je n’en trouve | questionner |
- -- | point dans les mots | questueux |
- illustrer | qui commencent | question |
- indistret (_sic_) | par _n_» | -- |
- industrie | -- | recrastiner |
- instruire | obstant | resister |
- instance | obstination | restituer |
- instant | obscurcir | robuste |
- instituer | offusquer | rustre |
- instrument | ostenter | -- |
- investiguer | ostruce | sinistre |
- investiture | obstacle | substance |
- (mais ni le verbe | -- | substencacle (_sic_)|
- _vestir_ ni | peste | -- |
- _vestement_) | pestilence | testament |
- -- | perspicacité | triste. |
-
- Voilà donc une liste de cent neuf mots qui étaient de formation
- récente en 1530, ou qui en très-petit nombre, comme _festival_,
- _espirit_, venus du fond de la langue, subissaient la loi de la
- mode et des lettres modernes. On en remarquera dans le nombre qui
- n’ont pas vécu, par exemple, _astruser_, _estradiot_, _frisque_,
- _miste_, _ostenter_, _questueux_, _recrastiner_;--d’autres qui se
- sont modifiés, comme _especial_, _escorpion_, à qui l’on a ôté
- l’_e_ initial, cachet de leur antique origine;--d’autres, enfin,
- qui suivent une loi différente de celle qui régit leur racine,
- par exemple, _destruction_ avec l’_s_, quoiqu’on prononçât
- _détruire_ sans _s_; _fête_ et _festivité_; _vêtir_, _vêtement_
- et _investiture_. Les uns étaient les types anciens, résistant
- à la mode; les autres, les dérivés frappés au coin de l’époque.
- C’est pourquoi j’ai tant insisté dans mon livre sur la nécessité
- d’avoir l’acte de naissance de chaque mot.
-
- Palsgrave a fait le même travail sur chaque consonne de
- l’alphabet, mais aucune n’approche de l’_s_ pour le nombre des
- exceptions. Les autres en présentent environ trois ou quatre
- exemples chacune.
-
- Après cela on ne peut accuser Palsgrave d’ignorance ni de
- contradiction. S’il a posé et maintenu sa règle générale, _On ne
- prononce jamais deux consonnes consécutives_,» c’est qu’il avait
- pour le faire de bonnes raisons; c’est qu’en présence de deux
- usages contraires, il savait bien, lui, versé dans le commerce
- des savants de son âge, Alain Chartier, Jean Lemaire, l’évêque
- d’Angoulême, distinguer la tradition ancienne de l’innovation, le
- principe originel du principe de la renaissance.
-
-Venons à la dernière fin de non-recevoir de M. Guessard contre
-Palsgrave. C’est que Palsgrave était Anglais.--Fort bien!
-Vous le récusez.--«J’aurais moi-même produit le passage de
-Palsgrave.....»--Vous l’admettez donc?..... Vous comprenez, lecteur:
-il l’admettra s’il trouve jour à le tourner contre moi. Alors
-Palsgrave sera un savant nourri en France, gradué en l’université de
-Paris, le plus habile maître de français que le roi Henri VIII ait pu
-rencontrer pour sa sœur enfin, une autorité irrécusable. Autrement,
-ce ne sera qu’un Anglais, et on l’immolera au bonhomme Fabri sur
-l’autel du _Cacephaton_. M. Guessard tient d’une main le couteau,
-et de l’autre l’encensoir: _in utrumque paratus_. Mais laissons-le
-poursuivre son propos:--«J’aurais moi-même produit ce passage de
-Palsgrave, et _d’autres qui en donnent le vrai sens et la portée_, si
-j’avais eu l’exemplaire.»--Cela sent un peu son Gascon: vous ne savez
-pas ce qu’il y a dans Palsgrave, et vous vous vantez de le mettre en
-contradiction avec lui-même!--«J’opposerai Palsgrave à Palsgrave.
-Dès aujourd’hui cela me serait possible, rien qu’à l’aide des textes
-cités par M. Génin.»--Voyons donc! Faites.--«Mais je ne veux pas être
-incomplet.»--Cela vaudrait toujours mieux que de rester muet.--«Il
-suffit d’ailleurs, pour ma thèse, de lui avoir opposé Fabri et le bon
-sens.»--Vous ne m’avez pas opposé Fabri, car cette opposition n’est
-qu’illusoire; vous ne m’avez pas opposé le bon sens, car lorsque je
-vous montre que votre manière d’interpréter le passage mène droit à
-l’absurde, vous ne répondez rien.
-
-Une preuve réellement curieuse de l’aveuglement obstiné de mon
-adversaire, c’est qu’il m’apporte, comme argument décisif en sa faveur,
-un texte que j’ignorais, et que je ne dois pas négliger de recueillir.
-Le lecteur jugera de quel côté ce texte fait pencher la balance.
-
-«Si un mot finit par une consonne, et que le mot suivant commence
-aussi par une consonne (sans aucun intermédiaire, s’entend), la
-consonne finale du premier mot _est toujours effacée dans le langage_,
-ce qui donne beaucoup de grâce et de légèreté. Mais on est tenu
-d’écrire ces consonnes..... Devant _t_, _l_, _m_[94], l’_s_, encore
-qu’elle soit écrite, _ne sonne presque jamais_. Par exemple: _mon
-host_, prononcez _mon ôte_.--Ung enfant _masle_, prononcez _enfant
-malle_; dans ce dernier cas, on double l’_l_ pour remplacer l’_s_, qui
-se mange. On écrit _abysme_ avec une _s_, et l’on prononce sans _s_,
-_abîme_. Toutes ces règles sont sujettes à beaucoup d’exceptions et de
-commentaires; il y faut beaucoup d’étude.» (_Docum. inéd. sur l’hist.
-de France. Relations des ambassadeurs vénitiens_, t. II, p. 586.)
-
- [94] L’imprimé porte «devant _li_, _lo_, _o_, _m_,» ce qui
- n’offre point de sens. J’ai rétabli le texte à l’aide des
- exemples.
-
-Cette pièce est de 1577. Rapprochez ce que dit ici Jérôme Lippomano,
-ou son secrétaire, de la règle donnée en 1530 par Jean Palsgrave;
-joignez-y le témoignage de Sylvius, et dites si le sens de Th. de Bèze
-peut être un moment douteux.
-
-Mais M. Guessard est inébranlable:--«Vous soutenez avec Palsgrave qu’en
-1530 on n’articulait jamais qu’une consonne sur deux; moi je soutiens
-le contraire contre vous, et au besoin contre Palsgrave (il n’est plus
-aussi sûr que tout à l’heure de mettre Palsgrave de son côté). Je le
-soutiens avec Fabri.» (P. 359).
-
-Dites donc que vous le soutenez tout seul et contre tout le monde, et
-contre l’évidence.
-
-Au surplus, il y a dans cette dernière phrase de M. Guessard une
-finesse que je ne veux pas laisser aller inaperçue. «Vous soutenez
-que, _en 1530_, on n’articulait _jamais_ deux consonnes de suite.» Un
-moment, s’il vous plaît! Je n’ai dit cela nulle part. Vous falsifiez
-ma proposition en y glissant la date de 1530. J’ai posé le principe
-pour le moyen âge, pour le XIIe siècle, si vous voulez une date. J’ai
-eu bien soin au contraire de mettre à part le XVIe siècle, comme
-époque d’altération, d’ignorance même des lois primitives. Si j’ai
-cité les paroles de Bèze, c’est comme vestige de l’ancienne tradition.
-Je vous ai toujours reproché de vouloir attirer le débat sur le XVIe
-siècle, et l’y fixer. Je vous ai dit qu’il n’y avait aucune bonne foi
-à me représenter comme empruntant ma règle à Th. de Bèze (p. 11 de ma
-réponse). J’ai signalé la perfidie de votre manœuvre, lorsqu’il s’agit
-du moyen âge, de faire tout dépendre du témoignage d’un écrivain qui
-touche au XVIIe siècle. Vous n’avez pas laissé de continuer:--«M.
-Génin, _à l’entendre_, a voulu prouver ce principe pour le XIIe siècle,
-et non pour le XVIe.» A m’entendre ou à ne m’entendre pas, c’est ainsi;
-et pour peu que j’eusse du style matamore, je pourrais à mon tour
-vous _défier résolûment_ d’élever là-dessus l’ombre d’un doute.--«Ce
-qui ne l’empêche pas d’invoquer encore un grammairien qui écrivait en
-1530[95].»--Et s’il n’y en a pas de plus ancien, qui voulez-vous donc
-que j’invoque en fait d’autorité dogmatique, puisque vous en demandez?
-Je vous cite le XVIe siècle, par surabondance de droit; et il se trouve
-à présent que, battu par la logique, vous l’êtes encore par toutes les
-autorités, même du XVIe siècle. Vous le sentez, et vous vous préparez
-un petit faux-fuyant par cette phrase: «Vous soutenez _qu’en 1530_ on
-ne prononçait _jamais_ deux consonnes de suite.» Vraiment, vous auriez
-trop beau jeu à me prouver qu’on les prononçait quelquefois _en 1530_.
-Mais ce n’est point là la question, et je ne vous laisserai pas nous
-donner le change en feignant de le prendre. A d’autres, Monsieur, à
-d’autres! J’ai fait la guerre contre les Jésuites.
-
- [95] P. 259.
-
-Ce que vous avez à établir par preuves bonnes et loyales, ce n’est pas
-qu’au XVIe siècle il y avait diversité, c’est que ma règle «_n’a jamais
-existé_,» et qu’elle est «_d’une absurdité manifeste_.» C’est là votre
-thèse: ne reculez pas.
-
-Réflexion faite, l’autorité de Palsgrave a paru inquiétante à M.
-Guessard; et, ne comptant pas trop sur ces passages contradictoires
-dont il se vante par anticipation, il a jugé plus prudent de
-l’atténuer pour le moyen âge, tout en l’admettant pour le XVIe siècle:
-«L’observation de Palsgrave, _généralement vraie pour le temps où elle
-a été écrite_, le devient beaucoup moins si on la reporte à trois ou
-quatre siècles en arrière.»--C’est bientôt dit; mais où est la preuve?
-Le critique espère se sauver ici à la faveur du vague de l’expression.
-Ce qu’il veut dire, le voici nettement: Eh bien! soit: il se peut,
-après tout, qu’au seizième siècle on ne prononçât pas deux consonnes
-consécutives; mais plus on s’enfoncera dans le passé, moins cette règle
-sera juste. En d’autres termes, M. Guessard affirme que plus notre
-langue vieillit, plus elle tend à s’amollir, et à se dépouiller de
-consonnes. Cela ne mérite pas qu’on y réponde.
-
-Dire, au contraire, que par les influences extérieures notre langage
-va chaque jour se durcissant et se chargeant de consonnes, c’est
-émettre une vérité si vulgaire qu’elle en est triviale. On ne manque
-jamais aujourd’hui à prononcer les consonnes consécutives[96]. En
-sorte que, pour appliquer le raisonnement par induction, on dira: La
-règle actuelle est d’articuler les consonnes consécutives; au seizième
-siècle, on ne les articulait que la moitié ou le quart du temps, et
-seulement dans les mots nouveaux; donc, _plus on recule_ vers l’origine
-de la langue, _moins_ ces consonnes devaient être prononcées. Mais M.
-Guessard, qui a une logique à lui tout seul, conclut au contraire:
-_plus_ elles étaient prononcées.
-
- [96] La preuve en est qu’on a pris le parti de les chasser de
- l’écriture dans tous les mots où la tradition trop continue ne
- permettait pas au langage de les recevoir.
-
-Prenez le chemin que vous voudrez, le raisonnement, les faits,
-l’autorité des grammairiens, vous arrivez toujours au même résultat,
-savoir: que ma règle est juste, et que j’ai donné le vrai sens
-de Théodore de Bèze. Et quand je dis que M. Guessard a fait un
-contre-sens, il a beau me crier sa démonstration favorite: CE N’EST PAS
-VRAI! (p. 358); s’il ne veut pas avouer son erreur, parce qu’il est
-désagréable de s’être trompé si arrogamment, cela ne l’empêchera pas
-d’en être convaincu aux yeux de tout lecteur impartial.
-
-Ce second article de M. Guessard se compose surtout d’observations
-détachées en forme de glossaire. Il est beaucoup plus long que le
-premier; et pour peu qu’il fallût établir sur chaque article une
-controverse pareille à celle qu’a soulevée le mot _geminata_, vous
-sentez où cela nous mènerait! Deux ou trois échantillons suffisent
-à faire voir avec quelle légèreté (non pas de style!), avec quelle
-témérité passionnée M. Guessard se lance dans la contradiction[97]. A
-tout prendre, j’en suis humilié; car enfin, je croyais valoir la peine
-qu’on y fît un peu plus de façon.
-
- [97] On ne doit rien avancer que sur de bonnes raisons, mais
- il en faut deux fois plus pour contredire. Celui qui affirme
- n’est tenu que d’avoir de quoi fonder sa conviction; celui
- qui contredit doit avoir en outre de quoi renverser celle de
- l’autre. Un pareil nombre de raisons opposées ne produirait que
- l’équilibre.
-
- Il y a souvent des raisons philosophiques de contredire; mais il
- ne paraît pas y en avoir jamais de contredire de parti pris.
-
-J’ai fait venir _âge_ de la forme ancienne _aé_, qui touche à _ætas_.
-Il faut voir là-dessus l’érudition et les dédains de mon critique! Je
-passe sa dissertation, d’après Robert Estienne, pour venir au vrai
-point:--«Quant à la forme _eage_ qu’on écrivait aussi _aage_, elle
-suppose un mot de basse latinité, comme _aagium_. Je ne trouve ni l’un
-ni l’autre dans Du Cange, mais j’y rencontre _aagiatus_, qui implique
-_aagium_.» (P. 291.)
-
-Voilà donc sur quoi l’on me condamne en termes si durs: _âge_ ne vient
-pas d’_aé_, mais d’_aagium_, qu’à la vérité l’on ne rencontre nulle
-part, mais _qui a dû exister_, puisqu’on trouve _aagiatus_. La raison
-est admirable!
-
-_Aagiatus_, que Du Cange cite dans un acte du temps de Charles V,
-c’est-à-dire de la fin du quatorzième siècle, est la traduction du
-français _aagié_, et Du Cange lui-même en avertit. Comme les actes
-publics, jusqu’à l’ordonnance de Villers-Cotterets (1539), se faisaient
-en latin, on y rencontre à chaque instant des mots de la langue
-vulgaire, qui n’ont que la terminaison latine. On trouve aussi dans le
-Glossaire de Du Cange, _grossus_, _blancus_, _blancheria_, _borgnus_,
-_avantagium_, et une infinité d’autres semblables. Prétendre en
-conclure que ces mots ont existé les premiers, et ont donné naissance
-aux mots français correspondants, serait se moquer du monde, et c’est
-ce que fait M. Guessard: c’est avec un aplomb imperturbable qu’il donne
-la copie pour le modèle, le mot calqué pour le prototype. Pour croire
-à son _aagium_, j’attendrai qu’il nous donne de meilleures preuves
-qu’_aagiatus_, et, en attendant, je garderai mon étymologie du mot
-_âgé_ par _aé_.
-
-«_Port_ signifie _défilé_, et non _porte d’un défilé_, comme l’a
-traduit M. Génin.... _Port_ a ici le même sens que _puerto_ en
-espagnol, et l’un et l’autre ont pour racine commune, non pas _porta_,
-mais _portus_, _un port_, qui est en effet une sorte de défilé.» (P.
-342.)
-
-Si M. Guessard eût pris la peine d’ouvrir Du Cange, il se fût convaincu
-à peu de frais de la fausseté de sa critique. Il y eût vu _pors_
-traduit en latin par _portæ_; _portæ_, _angustiæ itinerum_; et en grec
-par _pylaï_; il se fût assuré que Jornandès et Othon de Frisingue
-emploient constamment ces expressions, _portas caspias_, _armenicas_,
-_cilicas_; _porta mœsia_; que les _pors d’Espagne_ sont, dans Roger de
-Hoveden, _portæ hispaniæ_; qu’ainsi l’expression se tire de l’analogie
-d’un défilé avec une _porte_, et non avec un _port_. Le dictionnaire
-espagnol-italien de Franciosini explique nettement que _puerto_ est un
-passage étroit entre deux montagnes, _una strettezza o passo chiuso tra
-un monte e l’altro_.
-
-Au reste, que _port_ vienne de _porta_ ou de _portus_, cela n’importait
-guère; mais M. Guessard ne voulait rien perdre de ce qui pouvait
-ressembler à une critique. Il ramasse jusqu’aux miettes, et puis à la
-fin il se donne des airs de me faire grâce: «Voilà _une faible partie
-des observations_ auxquelles ce livre a paru donner lieu.»--Cela me
-rappelle ce bon M. Gail, qui, au frontispice de ses livres, imprimait
-avec une exactitude rigoureuse la liste de ses titres et dignités: cela
-ne faisait guère moins de vingt lignes; et puis quand il avait tout
-passé en revue, quand il avait épuisé la nomenclature des académies
-françaises et étrangères, des sociétés savantes, des cordons, croix et
-distinctions de toute espèce, il mettait, _etc., etc., etc..._ J’avais
-trouvé le premier article de M. Guessard un peu long, et je l’avais dit
-ingénument. Le second dépasse le premier, et on lit à l’avant-dernière
-page: «M. Génin me reproche d’être trop long; M. Génin est un _ingrat_:
-il me devrait _des remercîments_ pour n’avoir fait que la moitié de la
-besogne qu’il a taillée à la critique.» Comment trouvez-vous ce trait
-final d’une diatribe de cent trente-sept pages? C’est la meilleure
-plaisanterie du recueil.
-
-J’avais demandé d’où vient que l’Académie, contrairement à l’usage
-primitif et à la logique, a consacré le mot _fort_ invariable dans
-cette locution: _se faire fort_ (_des Var. du lang. fr._, p. 369).
-
-«Cet article a tout lieu de surprendre dans la bouche de M. Génin. Il
-raisonne là comme un de ces grammairiens de profession qu’il aime tant
-à railler, et l’occasion était belle de donner à l’Académie une leçon
-d’ancien français. M. Génin aurait pu dire: L’Académie veut que _fort_
-soit invariable, mais elle ne sait pas pourquoi. Moi, je vais vous
-l’expliquer. C’est encore un archaïsme: jadis tous les adjectifs, comme
-_grand_, _fort_, _vert_, n’avaient qu’une seule et même forme pour le
-masculin et le féminin, comme en latin _grandis_, _fortis_, _viridis_.»
-
-Il est vrai que je n’ai point pris le ton de cette prosopopée
-avantageuse ordonnée par l’impérieux M. Guessard: MOI, _je vais vous
-expliquer_...! J’ai des habitudes moins altières. Mais, sans ouvrir
-une si grande bouche, j’ai dans mon ouvrage exposé cette théorie des
-adjectifs sur les mots _grand_, _fort_, _vert_, et plus complétement
-que ne fait ici M. Guessard[98]. J’y montre comment l’adjectif,
-invariable en genre, ne l’était qu’à la condition de précéder
-immédiatement son substantif. Qu’ainsi l’on disait: «Moult y ot _grant
-noise_ et _grant presse_;» et: «Or fut au lit _grande_ la _noise_,» à
-cause de l’article interposé; qu’on disait une _grant cave_, et: «Saül
-trouva une cave _grande_.»
-
- [98] Voy. _des Var. du lang. fr._, p. 226 et suiv.
-
-Or, quand on dit _cette femme se fait fort pour son mari_, l’adjectif
-_fort_ suit son substantif _femme_; donc il doit varier. Guillemette,
-après avoir récité à son mari, _l’Avocat Patelin_, la fable du renard
-happant le fromage du corbeau, ajoute:
-
- Ainsi est-il, _je m’en fais forte_,
- De ce drap vous l’avez happé
- Par blasonner, et attrapé.
-
- (_Pathelin_.)
-
- «Nous nous faisons _fortes_ pour luy.»
-
- (_Petit Jehan de Saintré._)
-
-Les exemples cités par M. Guessard lui-même confirment la règle que
-j’ai posée, et qui reste debout, quoique M. Guessard ait affirmé, au
-début de sa diatribe, que _pas une_ de ces règles ne pourrait lui
-résister.--«D’une _fort fievre_ dont il avoit esté menacé.» (_Recueil
-des histor. de France_, III, 284.)--«Deux _citez_ des plus _forz_ de
-soz le ciel.» (VILLEHARDOUIN)[99].
-
- [99] On se tromperait de croire que, dans ce second exemple,
- l’adjectif suit son substantif; il faut tenir compte de
- l’ellipse: deux citez des plus _forz citez_ de France.
-
-M. Guessard propose donc ici une fausse application du principe, et
-réclame comme à faire ce que j’ai fait et au delà. Je ne puis supposer
-qu’il n’ait pas lu mon livre; par conséquent il n’ignorait pas la
-distinction que j’ai établie; puisqu’il ne la combat pas, il l’admet:
-alors que signifient et l’étonnement qu’il affecte, et sa manière de
-résoudre la difficulté par une erreur?
-
-Ce passage n’est pas le seul qui réduisît M. Guessard à l’alternative
-fâcheuse de s’avouer étourdi ou de mauvaise foi. Si j’avais seulement
-la moitié de sa témérité, je n’hésiterais pas à lui soutenir qu’il n’a
-pas lu ce qu’il critique; et les preuves à l’appui de cette assertion
-ne me manqueraient pas, car il me pose souvent comme invincibles des
-objections que j’avais prévues et résolues d’avance.
-
-Par exemple, sur le mot _rien_. J’ai mis en principe que cet adverbe,
-affirmatif en soi, n’avait de valeur négative qu’en vertu d’une
-négation adjointe. Que fait M. Guessard? Il m’allègue des exemples où
-_rien_ nie évidemment, sans être accompagné d’aucune négation exprimée;
-cela semble péremptoire:
-
- Et sa morale, faite à mépriser le bien,
- Sur l’aigreur de sa bile opère comme _rien_.
-
- (MOLIÈRE.)
-
-Mais ici, et dans une foule de cas semblables, la négation est enfermée
-dans l’ellipse, sans laquelle il est impossible d’analyser la phrase,
-ni même d’entendre la pensée: Sa morale opère comme _rien n’opère_.
-
-Est-il venu quelqu’un?--_Personne_. Voyez-vous beaucoup de monde?--_Ame
-qui vive_. Il serait trop plaisant qu’on vînt soutenir que _personne_,
-_âme_, sont des mots négatifs par eux-mêmes, sous prétexte qu’ils
-servent à nier sans l’addition de _ne_. _Ne_ est dans l’ellipse: il
-_n_’est venu _personne_; je _ne_ vois _âme_ qui vive. La vivacité du
-dialogue fait que l’on court aux derniers mots; mais grammaticalement
-les premiers sont toujours supposés.
-
-Autre exemple:--Ce critique a-t-il de la bonne foi?--_Guère_. Tout le
-monde comprend cela: il _n_’en a _guère_; c’est évident! Bien que la
-négation soit encore dans l’ellipse, personne ne s’y trompera, et n’ira
-comprendre que le critique a beaucoup de bonne foi.
-
-Tout cela est bien expliqué aux pages 504 à 505 de mon livre; mais M.
-Guessard, cette fois encore, n’a point voulu voir. Seulement il montre
-un moment cette explication comme de lui, et comme une conjecture
-possible de son antagoniste; et il se hâte de déclarer «qu’il serait
-_prodigieux_ de sous-entendre dans une phrase négative ce qui lui donne
-précisément sa force négative, à savoir la négation.» (Page 345.) Dans
-une phrase complète, soit; dans une elliptique, non; et voilà toute la
-finesse: elle n’est pas grande! Si cela est _prodigieux_, il faut que
-M. Guessard se résigne à ce prodige, ou à soutenir que _personne_ et
-_âme_ sont des négations.
-
-Par une autre malice aussi ingénieuse, il affecte de confondre dans
-ses exemples _rien_, adverbe, avec _un rien_, substantif, afin de les
-soumettre à une loi commune. Sa discussion est un mélange d’éléments
-hétérogènes, qui déroutent le lecteur peu habitué, et l’entraînent
-d’un principe faux à une conséquence fausse. Une autre encore de ses
-adresses, est de réfuter en termes généraux ce qu’il ne pourrait
-attaquer d’une manière directe et de front, en citant le texte. Quoi
-de plus simple que ce que je viens de dire sur la négation tantôt
-exprimée, tantôt elliptique? Un enfant le saisirait. Aussi M. Guessard
-s’est-il bien gardé de le reproduire! il n’aurait pas ensuite pu
-brouiller quatre pages sur _rien_. Voici donc comment il s’exprime:
-
-«C’est une chose curieuse que de considérer _les artifices d’analyse_
-auxquels M. Génin se livre, _les subterfuges_, _les faux-fuyants_ où il
-s’engage pour échapper à l’évidence qui le poursuit, et surtout pour se
-donner le plaisir de fustiger l’Académie.» (Page 344.)
-
-Me voilà réfuté sans avoir été cité. Tous ces artifices d’analyse, ces
-subterfuges, ces faux-fuyants, vous avez vu à quoi cela se réduit. Et
-comme M. Guessard ne peut supposer dans autrui moins que le mensonge,
-et le mensonge dans des vues odieuses, il prend sur lui d’affirmer que
-je m’efforce d’_échapper à l’évidence qui me poursuit_; et pourquoi?
-Pour _me donner le plaisir de fustiger l’Académie_! M. Guessard estime
-bien haut le plaisir de fustiger!
-
-C’est qu’il faut savoir que M. Guessard a résolu de se faire
-accepter pour le vengeur de l’Académie, et de réduire en poudre les
-censures que j’ai osé porter contre la dernière édition du célèbre
-Dictionnaire[100]. A voir le zèle singulier qu’il apporte dans
-cette tâche, on croirait volontiers que toute sa polémique n’a été
-entreprise que pour en venir là. Si ce zèle est sincère, s’il est pur
-de toute vue intéressée, je n’ai, sauf les conclusions grammaticales,
-rien à y reprendre. Mais jusqu’ici, je l’avoue, je n’ai pas cru que
-l’excès de générosité fût le défaut de M. Guessard. Comment donc M.
-Guessard, habituellement si farouche, si ardent à mordre, devient-il
-tout à coup si doux, si indulgent, si tendre, quand il s’agit de
-l’Académie? Comment tout son fiel s’est-il changé en miel? Quelle
-ardeur à défendre les choses les moins défendables, par exemple:
-_rien_, donné pour adverbe de négation! S’il eût trouvé cette erreur
-dans mon livre, eût-il amoncelé cinq pages d’arguments pour la
-défendre? J’en doute fort. «M. Génin rit de l’Académie! L’académie
-aurait beau jeu pour _renvoyer la balle_ à son aristarque!.....
-L’Académie pourrait rendre à M. Génin _la monnaie de sa pièce_!» (P.
-332 et 335.) Comme on reconnaît dans ces nobles métaphores le langage
-exalté de la passion! C’est que M. Guessard peut bien plaisanter quand
-il ne s’agit que de la science; mais blesser l’Académie, c’est le
-blesser lui-même à l’endroit le plus sensible; alors il s’irrite, il
-s’indigne, il s’échauffe jusqu’à la prosopopée, sa figure favorite.
-Voici comme il fait parler l’Académie, se justifiant d’avoir reçu _mie_
-substantif tronqué, pour _amie_[101]:
-
---«Jugez un peu de son embarras! L’infortuné jeune homme eût été
-capable de le confondre avec _mie de pain_; et si par ma faute il
-était tombé dans une telle erreur, il n’aurait pas eu assez de tout
-son esprit pour me railler; dans son dépit, Monsieur, il eût encore
-emprunté le vôtre; et alors c’eût été fait de moi! on eût bientôt lu,
-sur le monument élevé à ma mémoire: Ci-gît l’Académie française, morte
-des traits d’esprit que lui décochèrent un jour M. Génin et un jeune
-Prussien. Priez pour elle!» (P. 333.)
-
- [100] Un des moyens de M. Guessard pour innocenter l’Académie
- consiste à dire que son dictionnaire _est un almanach_. «Il
- fallait négliger les vieilles expressions (celles de Molière)
- dans un almanach de la langue. Le Dictionnaire de l’Académie, tel
- qu’il a été conçu et exécuté, est cet almanach.» (P. 314.) C’est
- le cas de lui citer deux vers des _Ménechmes_:
-
- Monsieur, une autre fois, ou bien ne parlez pas,
- Ou prenez, s’il vous plaît, de meilleurs almanachs.
-
- [101] Je ne lui reprochais pas l’admission de ce mot, mais de
- n’y avoir pas joint un avertissement. J’avais supposé un jeune
- étranger cherchant inutilement dans le Dictionnaire de l’Académie
- certains mots de Molière.
-
-Je ne pense pas que l’Académie se reconnaisse à ce langage. Elle sera
-touchée, comme elle doit l’être, de la protection que lui accorde M.
-Guessard; mais je suis bien trompé, si jamais elle lui donne chez elle
-la charge d’orateur. Si elle couronne quelque chose de M. Guessard, ce
-ne sera pas ce discours-là[102].
-
- [102] M. Guessard et moi concourions alors pour le prix sur
- la langue de Molière. L’Académie l’a partagé entre nous deux;
- mais les amis et admirateurs de M. Guessard écrivent, dans
- l’_Univers_, qu’une fausse couleur de voltairianisme répandue
- dans mes écrits «a trompé le goût émoussé de quelques vieillards,
- et qu’ainsi s’expliquent les récents succès de M. Génin à
- l’Académie française.» (L’_Univers_ du 24 octobre 1846.)
-
- C’est de la part des amis de M. Guessard un vote de confiance
- contre moi, car je ne suppose pas que l’Académie ait communiqué
- mon manuscrit aux abbés de l’_Univers_. Mais je le publie, et
- ils pourront désormais me déchirer sans trahir l’excès de leur
- passion par l’excès de leur maladresse. Si mon travail resserré
- en un volume est incomplet, il sera complété par la publication
- de celui de M. Guessard, bien autrement important, puisque, au
- su de tout le monde, le manuscrit ne formait pas moins de _dix
- volumes in-folio_. (Note écrite au mois d’octobre.)
-
-Mon adversaire a manqué d’art, sinon d’artifice, dans son procédé. Sa
-manœuvre est trop à découvert; les tons de son tableau sont trop crus
-et trop heurtés; il a trop négligé les ombres et les voiles, _partes
-velare tegendas_. Le contraste perpétuel qu’il a soin d’établir sous
-les yeux de l’Académie entre sa conduite et la mienne, entre mes
-censures et ses apologies, pourra choquer la délicatesse de ceux-là
-même qui se sont montrés offensés de mes critiques. M. Guessard
-s’alarme avec trop de faste d’un danger qui n’a point d’apparence; il
-s’empresse trop de jeter des cris de détresse et de voler au secours.
-Il voudrait faire croire que l’Académie a peur de moi, et _par
-conséquent_ besoin de lui. C’est se faire de fête où l’on n’est point
-nécessaire, et l’Académie est assez forte toute seule. Apparemment M.
-Guessard trouve dans son rôle de grands sujets d’espérance: je ne vois
-dans le mien aucun sujet d’inquiétude. Ainsi nous avons tous deux bonne
-confiance en l’Académie, mais par des motifs diamétralement opposés. En
-cet endroit, si l’on me trouve obscur, c’est que j’aime mieux manquer
-de clarté que de pudeur. Avant peu, l’on connaîtra le secret de cette
-polémique, et l’on pourra dignement apprécier le bon goût, l’élévation
-d’âme qui a combiné cette défense de l’Académie auprès de ces attaques
-contre mon ouvrage. Je ne sais quel en sera le dernier succès; je
-sais seulement qu’en certaines circonstances données, les flatteries
-me sembleraient plus injurieuses que les censures. Les raisons de M.
-Guessard en faveur de l’Académie se présentent avec une négligence qui
-provoque l’attaque par l’appât d’une victoire aisée. Le piége est bien
-grossier! Je l’ai vu, je le méprise, et je passe.
-
-La lecture de cette immense diatribe m’a pourtant appris quelque chose
-dont, je l’avoue, je ne me doutais pas: c’est que je n’ai pas fait mon
-livre; je l’ai pillé de tous côtés. Si j’en crois la formidable mémoire
-de mon critique, il n’est personne parmi les vivants ou les morts qui
-n’ait à revendiquer son bien dans ce que je croyais mon ouvrage. M.
-Raynouard, M. Ampère, M. Paulin Paris, M. Francis Wey, M. Francisque
-Michel, M. Guessard lui-même (_proh pudor!_), Robert Estienne, Fabry,
-Roquefort, Du Cange, l’_inappréciable Du Cange_ (Du Cange n’attendait
-plus que cette épithète de M. Guessard), tous ces noms ne forment pas
-la moitié de la litanie des savants dépouillés par mes larcins: larcin
-est le mot, car M. Guessard ne suppose jamais qu’on ne sache point
-par cœur ses écrits et ceux de ses amis; il n’admet pas de rencontre
-fortuite, ce sont toujours des vols prémédités: or, il ne reçoit
-dans un livre de philologie que des idées toutes neuves, absolument
-inédites; ou bien, chaque fois qu’on passe devant une idée précédemment
-effleurée ou entrevue par un autre, il faut tirer son chapeau et rendre
-hommage. C’est ainsi qu’on en use dans les coteries du jour:--Je suis
-redevable de ce mot au savant M. un tel, dont l’inépuisable érudition
-égale l’obligeance infatigable. Je le prie de recevoir ici mes
-remercîments.--Le lendemain, M. un tel fait imprimer à son tour, et
-n’oublie pas de mettre en note dans le bel endroit:--Je saisis cette
-occasion d’offrir le tribut de ma reconnaissance publique à mon savant
-ami M. tel autre, dont les vastes lumières sont d’un si grand secours à
-tous ceux qui s’occupent de ces questions.--La France s’honore de ses
-travaux!--l’étranger nous l’envie! etc., etc. C’est ainsi qu’à propos
-de tout et de rien, d’un manuscrit indiqué, d’une syllabe restituée,
-d’une virgule rectifiée, on sonne des fanfares mutuelles, on se fait
-connaître réciproquement, on se tient, on se pousse, on arrive à
-quelque chose, ne fût-ce qu’à la croix d’honneur; on obtient le grand
-résultat, le résultat unique qui se poursuive aujourd’hui, et n’importe
-par quel chemin: paraître, faire du bruit, être quelqu’un, _esse
-aliquis!_
-
-Nous avons continuellement sous les yeux la scène de Trissotin et
-Vadius: ils n’en ont retranché que la fin; ils ne déposent plus
-l’encensoir pour se gourmer et se prendre aux cheveux; l’art de donner
-le coup de poing et le croc-en-jambe ne s’exerce plus qu’envers les
-membres d’une coterie adverse; et, naturellement, qui n’appartient à
-aucune les a toutes contre soi.
-
-De même que dans les salles d’escrime chaque maître bretteur a sa
-botte secrète et favorite, de même ici j’observe que cette accusation
-de plagiat paraît être la botte secrète, le moyen victorieux de M.
-Guessard. Voici la formule fondamentale mise à nu: Ce qui est de vous
-est détestable; ce qui est bon n’est pas de vous. Lorsque M. Ampère
-publia son _Histoire de la formation de la langue française_, le même
-M. Guessard précipita sur ce livre son avalanche de petites critiques
-pointues, nébuleuses, douteuses, entortillées, auxquelles le lecteur
-a plus tôt fait de se rendre sans conviction que de les examiner à la
-loupe, avec la certitude de plusieurs migraines. Ce n’est point faire
-un grand compliment à M. Ampère que de répéter ici que sa science est
-hors de doute. Écoutez cependant M. Guessard:
-
-«L’ouvrage de M. Ampère _n’est pas original, il s’en faut!_ Il ne l’est
-ni dans la théorie générale, ni dans les détails. M. Ampère _a emprunté
-son système sur la formation des langues néo-latines à Scipion Maffei_,
-l’a habillé d’un surtout indo-européen, et l’a présenté au lecteur
-ainsi déguisé. A côté de ce système s’élevait celui de _M. Raynouard_;
-M. Ampère l’a attaqué et renversé _avec les armes de M. Fauriel_...»
-
-Le reste de ce long passage constitue M. Ampère débiteur de M. Dietz,
-de M. Schlegel, de M. Orell, de M. Lewis; et quand il est à bout de
-noms propres, M. Guessard fait arriver les complaisants _et cætera_ de
-M. Gail, qui du moins ne les employait, lui, qu’à se louer, et non pas
-à diffamer les autres.
-
-Un petit détail entre mille, pour faire apprécier la méthode et la
-sincérité de M. Guessard. M. Ampère n’a pas cru devoir reconnaître
-aux dialectes l’importance que leur attribuait le livre de Fallot, en
-quoi je suis parfaitement de son avis; de sorte que M. Ampère, ni moi,
-ne nous en sommes point occupés. M. Guessard trouva que c’était une
-impardonnable lacune dans M. Ampère.--«Une grande question et neuve,
-celle des dialectes, offrait à l’historien de la langue française
-l’occasion de déployer toute sa sagacité philologique; mais il
-n’existait sur ce sujet qu’un livre, un seul, imparfait, inexact même.
-L’analyser était imprudent; (pourquoi?) pour le refaire il fallait du
-temps, _et le reste_. M. Ampère a nié l’importance du problème, et par
-là il s’est évité de le résoudre.» (_Bibliot. de l’Éc. des chartes_,
-octobre 1831, p. 100.)
-
-Maintenant il s’agit de blâmer le même tort chez moi, et surtout de
-l’aggraver le plus possible:
-
-«Tout autre que M. Génin, qui aurait pris pour sujet l’histoire de la
-formation de la langue française, _aurait pu, sans trop d’inconvénient,
-négliger les dialectes_; cette négligence n’était pas permise dans un
-livre sur la prononciation.» (_Biblioth. de l’Éc. des chartes_, janvier
-1846, p. 198.)
-
-Ainsi, en 1841, M. Guessard déclare le péché de M. Ampère irrémissible:
-Négliger les dialectes dans une _histoire de la formation de la
-langue_! ô ciel!.....
-
-En 1846, je comparais à mon tour au tribunal de la pénitence. Aussitôt
-M. Ampère se trouve innocent, et l’anathème passe de sa tête sur la
-mienne: On pourrait sans inconvénient négliger les dialectes dans une
-_histoire de la formation de la langue_; mais dans les _Variations du
-langage français_, c’est impardonnable.
-
-Cela ressemble un peu à la casuistique des révérends pères Jésuites,
-qui prisent si haut dans leur journal l’esprit charmant et la vaste
-érudition de M. Guessard. Comme eux, M. Guessard a ses principes de
-rechange, selon les temps et les gens; ce système n’est pas moins
-commode en critique qu’en morale, et je ne suis pas surpris que cette
-théologie prête la main à cette philologie: ce sont des sœurs qui
-s’embrassent: _geminata consonans_.
-
-On vient de voir comment M. Guessard juge une moitié du livre de
-M. Ampère, la moitié d’emprunt; quant à l’autre partie, celle qui
-appartient en propre à l’auteur, écoutez le ton dogmatique de M.
-Guessard, présidant du haut de son tribunal infaillible:
-
---«Je vois un mauvais système mal appliqué, au fond; dans la forme, nul
-enchaînement, nulle suite, nul ordre rigoureux. Beaucoup de lecture et
-d’acquit, mais peu ou point d’intelligence directe du sujet. Du métier,
-de la science, _si l’on veut_, mais point d’études mûres et profondes
-sur les faits (_des études mûres et profondes!_); _des généralisations
-indiscrètes_[103]; trop de détails puérils ou faux.» (_Bibl. de l’Éc.
-des ch., octobre_ 1841, p. 101.)
-
- [103] C’est aussi le principal grief de M. Guessard contre mon
- ouvrage. M. Guessard paraît nourrir des prétentions extrêmes au
- titre de personnage discret; c’est pour y arriver qu’il écrit des
- articles de 137 pages, ayant soin d’avertir, il est vrai, que ce
- n’est là qu’une faible partie de ce qu’il a sur le cœur.
-
-En d’autres termes: Ce qui est de vous est détestable; ce qui est bon
-n’est pas de vous.
-
-M. Guessard a-t-il, comme il y visait, détruit le livre de M. Ampère?
-Pas le moins du monde.
-
-Dans les citations précédentes, substituez mon nom à celui de M.
-Ampère, vous aurez la critique que M. Guessard a faite de mon livre,
-la seule apparemment qu’il sache faire. Quand M. Guessard publiera des
-travaux philologiques, ces travaux seront tous _di prima intenzione_;
-il ne s’appuiera sur rien ni sur personne; il tirera tout de son
-imagination et de son génie. Mais quand en publiera-t-il? quand luira
-ce grand jour? Gare qu’on ne puisse appliquer trop justement à M.
-Guessard l’épigramme de J. B. Rousseau:
-
- Petits auteurs d’un fort mauvais journal,
- Pour Dieu, tâchez d’écrire un peu moins mal,
- Ou taisez-vous sur les écrits des autres.
- Vous vous tuez à chercher dans les nôtres
- De quoi blâmer, et l’y trouvez très-bien;
- Nous, au rebours, nous cherchons dans les vôtres
- De quoi louer, et nous n’y trouvons rien.
-
-
-J’avais déclaré ne travailler que pour la recherche de la vérité; M.
-Guessard m’exhorte à ne travailler désormais que pour l’argent, parce
-que la vérité, dit-il, me fuira toujours. Je ne crois pas plus à cet
-oracle qu’aux autres sortis de la même bouche, et je renvoie le conseil
-à son auteur, qui seul de nous deux est digne de le suivre, ayant été
-capable de le donner.
-
-Veuillez recevoir, Monsieur et cher Éditeur, l’assurance de mes
-sentiments les plus distingués et affectueux.
-
- Paris, le 30 octobre 1846.
-
- F. GÉNIN,
- Professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg.
-
-
-_P. S._ On vient de me montrer, dans un journal _religieux_[104], deux
-articles où je suis diffamé, travesti, calomnié, insulté, _etc._,
-pour la plus grande gloire de M. Guessard et de saint Ignace de
-Loyola. Depuis la publication de mes _Jésuites_, l’_Univers_ s’efforce
-charitablement d’appeler sur moi les rigueurs du pouvoir; depuis
-notre concours sur la langue de Molière, M. Guessard sollicitait
-_discrètement_ contre mes travaux le ressentiment de l’Académie;
-tous deux travaillent à me perdre dans l’opinion publique. Aimable
-concert! pieuse collaboration! association honnête et morale! M.
-Guessard connaît sans doute l’écrivain anonyme qui le porte aux
-nues, et reproduit si affectueusement ses doctrines et ses objections
-contre mon livre (sans dire un mot de mes réponses). Pour moi, je ne
-le connais ni ne veux le connaître. Je vois seulement que M. Guessard
-a pour soi l’_Univers_; mais comme c’est l’_Univers_ qui loge rue
-du Vieux-Colombier, n° 29, je ne m’en inquiète guère: j’ai depuis
-longtemps renoncé à l’espoir d’être canonisé par les jésuites; au
-contraire, je suis ravi de voir les opinions de M. Guessard soutenues
-par la Société de Jésus: d’une et d’autre part l’orthodoxie me semble
-égale, et j’espère que les deux causes, unies dans la défense, ne
-seront point séparées dans le succès définitif.
-
- [104] L’_Univers_ du 24 et du 25 octobre 1846.
-
-
- * * * * *
-
-
- Corrections.
-
- Page XL: «dix-hutième» remplacé par «dix-huitième» (comédies du
- dix-huitième siècle).
- Page 10: «apetiser» remplacé par «apetisser» (comme dans
- _alentir_, _apetisser_, _agrandir_).
- Page 29: «courrons» remplacé par «courons» (Allons, courons
- _avant que_ d’avec eux).
- Page 35: «_bragain_» remplacé par _bargain_» (racine _bargain_).
- Page 51: «_n_» remplacé par «_a_» (du simple _c_ devant _o_ et
- _a_).
- Page 55: «chapitre» remplacé par «chapitres» (j’ai maints
- chapitres _vus_).
- Page 61: «Tartuffe» remplacé par «Tartufe» (_Préf. de Tartufe._).
- Page 83: «constrastar» remplacé par «contrastar» (Les Italiens
- disent _contrastar_).
- Page 106: «duisez» remplacé par «disez» (_vous disez_ et _vous
- contredisez_).
- Page 114: «Georges» remplacé par «George» (George Dandin finit
- par _avoir le dessous_).
- Page 137: «Tartuffe» remplacé par «Tartufe»: <i>des traits
- effrontés</i> (<i>Préf. de Tartufe.</i>).
- Page 150: «boétiques» remplacé par «béotiques» (Et tandis qu’au
- milieu des béotiques plaines).
- Page 196: «_gautl_» remplacé par «_gault_» (e cil _gault_ sont
- foilli).
- Page 220: «suprimant» remplacé par «supprimant» (après un
- subjonctif, en supprimant _que_).
- Page 259: «COUP» remplacé par «COUPS» (NUAGE DE COUPS DE BATONS).
- Page 286: «d’adjectif» remplacé par «l’adjectif» (ce que c’était
- que l’adjectif verbal).
- Page 310: «cette cette» remplacé par «cette» (dans cette locution).
- Page 332: «adverve» remplacé par «adverbe» (3º L’adverbe _quàm_).
- Page 431: «auto-torité» remplacé par «autorité» (une autorité
- illusoire).
- Page 449: «seu-ment» remplacé par «seulement» (et seulement dans
- les mots nouveaux).
-
-
-
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-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Lexique comparé de la langue d
- Molière et des écrivains du , by François Génin
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LEXIQUE COMPARÉ DE LA LANGUE ***
-
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-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
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-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
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-
-
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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-donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
-the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
-necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
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-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
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-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Lexique comparé de la langue de Molière
-et des écrivains du XVIIe siècle, by François Génin
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
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-
-Title: Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle
-
-Author: François Génin
-
-Release Date: October 21, 2016 [EBook #53331]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LEXIQUE COMPARÉ DE LA LANGUE ***
-
-
-
-
-Produced by Anna Tuinman, Hugo Voisard, Hans Pieterse and
-the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This file was produced from images
-generously made available by the Bibliothèque nationale
-de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<hr class="full" />
-
-<p class="ext"><a href="#au_lecteur"><b>Au lecteur</b></a>.</p>
-
-<p class="ext" style="margin-bottom: 4em;"><a href="#toc"><b>Table</b></a>.</p>
-
-<div class="screenonly">
- <div class="figcenter sepb0">
- <img src="images/cover-s.jpg" alt="" title="" width="450" height="600" />
- <p class="cent t4">L’image de couverture a été réalisée pour cette édition
- électronique.<br />Elle appartient au domaine public.</p>
- </div>
-</div>
-
-<div class="npage">
-
-<p class="sep2 cent t1"><span class="t5">LEXIQUE COMPARÉ</span><br />
-<span class="t6">DE LA</span><br />
-<span class="t4">LANGUE DE MOLIÈRE.</span></p>
-
-<hr class="hr50t" />
-
-<p class="cent t4">PARIS.&mdash;TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,<br />
-RUE JACOB, 56.</p>
-
-<hr class="hr50b" />
-
-</div>
-
-<div class="npage">
-
-<h1><span class="t4">LEXIQUE COMPARÉ</span><br />
-<span class="t5">DE LA</span><br />
-LANGUE DE MOLIÈRE</h1>
-
-<p class="cent" style="line-height: 1.8em;"><span class="t5">ET DES</span><br />
-ÉCRIVAINS DU XVII<sup>e</sup> SIÈCLE,<br />
-<span class="t4">SUIVI D’UNE LETTRE</span><br />
-<span style="padding-right: 0.3em;">A</span>&nbsp;M. A. F. DIDOT,<br />
-<span class="t4">SUR QUELQUES POINTS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE,</span><br />
-<b><span class="t3">PAR F. GÉNIN,</span></b><br />
-<span class="t4">PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE STRASBOURG.</span></p>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/filet-240.jpg" alt="" title="" width="240" height="11" />
-</div>
-
-<p class="cent"><span class="t3">PARIS,</span><br />
-LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,<br />
-<span class="t4">IMPRIMEURS DE L’INSTITUT,</span><br />
-<span class="t5">RUE JACOB, 56.</span></p>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="cent">1846.</p>
-
-</div>
-
-<div class="npage">
-
-<p class="sep4 cent t3 ext gesp"><b>A<br />
-J. P. DE BÉRANGER.</b></p>
-
-<p>Voici un livre sur la langue du plus admirable écrivain qui
-jamais ait fait parler la raison et l’esprit en français. On vit
-chez lui, de niveau, le caractère de l’homme et le génie du
-poëte. La dédicace de cet ouvrage revenait de droit au dernier
-et plus proche parent de celui qui en a fourni la matière.
-Recevez-la donc, mon cher Béranger, comme l’hommage
-d’une sincère admiration et de l’affection la plus dévouée.</p>
-
-<p class="sign"><span class="smcap">F. Génin.</span></p>
-
-<p class="addr">Du Bignon, 1<sup>er</sup> Octobre 1846.</p>
-
-</div>
-
-<div class="npage" id="Page_III">
-
-<hr class="dbl" />
-
-<h2>PRÉFACE.</h2>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="sep2">Notre langue française présente une particularité curieuse,
-que je doute qui se rencontre dans aucune autre
-langue moderne: c’est qu’elle a été formée deux fois
-sur le même type, en suivant chaque fois un procédé
-différent. Depuis sa naissance, vers le <span class="t5">X</span><sup>e</sup> siècle, jusqu’à
-la fin du <span class="t5">XV</span><sup>e</sup>, le français se transforma lentement du
-latin, par des règles constantes que j’ai essayé d’entrevoir
-ailleurs, et qui sans doute finiront par être saisies
-et mises complétement à découvert. Au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, la
-ferveur de la renaissance méconnut, rejeta dédaigneusement
-tout ce qui s’était produit jusqu’alors; et l’esprit
-d’érudition, pour ne rien dire de pis, recommença la
-langue, mais sans garder aucune des règles et des lois
-qui avaient présidé jadis à sa naissance. Les savants renversèrent
-brusquement toutes les digues, pour laisser le
-latin et le grec faire irruption chez nous. Le déluge, à
-leur gré, ne pouvait jamais être assez prompt ni assez
-considérable. Ce flot turbulent jeta le désordre dans notre
-langue jusque-là si calme et si reposée; et elle
-éprouva de cette secousse un dérangement si profond,
-que jamais elle ne put reprendre son cours dans la
-direction précise où elle l’avait commencé.</p>
-
-<p>Mais le peuple, qui n’a point l’impétuosité des savants;
-le peuple, qui s’était fabriqué, à force de sens
-et d’expérience, un langage excellent, plein d’unité,
-<span class="pagenum" id="Page_IV">IV</span>
-de logique, approprié surtout aux délicatesses de
-l’oreille et rompu à celles de la pensée, le peuple
-demeura fidèle à ses habitudes: il continua de parler
-comme par le passé, et laissa les savants écrire à
-leur guise; de là deux espèces de langue française. Celle
-du peuple était la meilleure et la mieux faite, je n’en
-doute pas; mais celle des savants était la plus complète:
-et comme après tout c’est la classe lettrée qui fait marcher
-les idées, il fallut bien, en recevant l’idée, recevoir
-aussi l’expression. Mais la résistance aux nouveautés ne
-cède chez le peuple qu’à la dernière extrémité, et tout
-ce qu’il a pu soustraire à l’influence moderne, il le retient,
-et refuse encore à cette heure de s’en dessaisir. Les lettrés
-eux-mêmes ont été, sur bien des points, obligés de
-plier à l’obstination du peuple, et de laisser debout, au
-milieu de leur langue reconstruite, une foule de vestiges
-de l’ancien usage. Ces débris isolés, ruinés, noircis par
-l’âge, n’offrent plus de sens aux générations modernes,
-qui passent et repassent sans y faire attention, ou n’y
-prennent garde que pour en rire et les mépriser: la sagesse
-des pères est devenue folie aux yeux de leurs enfants.
-Cette espèce d’impiété filiale traîne avec soi son
-châtiment: l’ignorance orgueilleuse de notre propre
-idiome. Et le mal n’est pas près de cesser: la tradition,
-qui perpétue les expressions de la première langue française,
-créée uniquement par ceux qui parlaient, tend
-chaque jour à s’affaiblir par l’influence de ceux qui écrivent.
-C’est un vrai malheur, car le génie natif du français
-est avec le peuple, et non avec les lettrés. Le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup>
-siècle, comme plus voisin que nous de la vieille et saine
-tradition, la laisse aussi paraître davantage dans ses
-œuvres, indépendamment du talent individuel des auteurs.
-Cela est si vrai, que, même les écrivains de second
-et de troisième ordre, portent dans leur style je ne sais
-<span class="pagenum" id="Page_V">V</span>
-quelle saveur particulière qui en révèle tout de suite la
-date. C’est ce que prétendait Courier lorsqu’il soutenait,
-avec une hyperbole évidente, que la cuisinière de madame
-de Sévigné écrivait mieux que pas un académicien
-de nos jours.</p>
-
-<p>Mais on ne saurait le nier: ce que, par une heureuse
-expression, M. Nisard appelle l’excès de l’esprit académique,
-appauvrit notre langue sous prétexte d’élégance,
-l’enchaîne sous prétexte de correction, et l’enroidit
-sous prétexte de dignité. Les grammairiens se mêlant
-de l’affaire, ont achevé de tout gâter avec leurs décisions
-arbitraires, leurs distinctions, leurs finesses, et, s’il
-faut tout dire, en appelant sans cesse leur triste imagination
-au secours de leur ignorance, pour expliquer,
-définir, motiver ce qu’ils ne soupçonnent pas.</p>
-
-<p>Il est donc urgent de retremper notre langue à ses
-sources antiques et populaires, si nous voulons sauver
-son génie agonisant. Pour nous y préparer, le premier
-soin à prendre, c’est de substituer à l’autorité usurpée
-des puristes qui ne sont pas autre chose, l’autorité des
-grands écrivains qui n’étaient pas puristes. Avec le
-même zèle que le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle mettait à réclamer les libertés
-gallicanes, réclamons les libertés de style du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup>
-siècle: les unes comme les autres sont fondées sur le
-droit et la raison.</p>
-
-<p>C’est la pensée qui a inspiré ce Lexique: l’auteur s’y
-est proposé de recueillir toutes les expressions et les
-tournures qui constituent la langue de Molière; de les
-relever, non pas une seule fois, mais autant de fois
-qu’elles se rencontrent. Cette méthode a paru nécessaire
-pour constater l’habitude ou l’intention du grand
-écrivain, et pour déterminer la portée réelle de son
-exemple.</p>
-
-<p>L’autorité étant l’esprit de ce travail, j’ai cru devoir
-<span class="pagenum" id="Page_VI">VI</span>
-fortifier à l’occasion celle de Molière par celle de ses plus
-illustres contemporains, la Fontaine, Pascal, Racine,
-Bossuet, la Bruyère; et je n’ai pas craint de les appuyer
-tous sur Montaigne, Rabelais, et les poëtes du moyen âge.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Obsequium vestrum sit rationabile.</i> C’est pour me
-conformer à ce précepte de saint Paul, que je n’ai point
-négligé la discussion de l’autorité; car l’autorité ne mérite
-la confiance, mère de la soumission, qu’autant
-qu’elle représente la raison et la justice.</p>
-
-<p>C’est pourquoi, aussi souvent que je l’ai pu, j’ai tâché
-de lui procurer ces deux bases solides dans les origines
-de notre langue et jusqu’au sein de la langue latine. J’ai
-poursuivi dans cet ouvrage le développement et la
-preuve des idées émises dans mon essai sur <i>les Variations
-du langage français</i>. J’aurais pu borner mon travail
-à une simple nomenclature; mais la discussion critique
-de divers points de philologie obscurs ou mal
-connus m’a semblé indispensable pour donner à ce livre
-toute son utilité. La question n’est pas seulement
-de savoir comment a parlé Molière, mais pourquoi il a
-parlé de la sorte, et quel droit il en avait. Le résultat
-doit montrer qu’il nous faut reprendre certaines tournures,
-certaines expressions; en bannir certaines autres
-ou les corriger, conformément à l’usage primitif.
-Le but de cet ouvrage est de seconder ceux qui déplorent
-de voir se resserrer chaque jour le domaine de
-notre langue et voudraient lui restituer ses anciennes
-limites. En un mot, de Molière comme d’un point central
-et culminant, j’essaye de porter le regard sur toute
-l’étendue de la langue française. Cette contemplation
-attentive ne saurait, je m’assure, produire que d’heureux
-effets.</p>
-
-<p>Ce travail, fruit d’une admiration bien vive pour
-l’auteur de <i>Tartufe</i> et du <i>Misanthrope</i>, pourrait cependant
-<span class="pagenum" id="Page_VII">VII</span>
-devenir une arme offensive aux mains d’un ennemi
-de Molière; j’entends un ennemi de mauvaise foi
-(Molière en peut-il avoir d’autres?). En effet, je n’éclaire
-que la partie de son style ou défectueuse ou
-douteuse: ce sont des archaïsmes, des négligences, des
-expressions risquées, de mauvaises métaphores, des
-fautes à lui particulières, ou communes à toute son époque,
-etc., etc. Mais tant de sublimes beautés dont il
-foisonne n’obtiennent ici aucune mention; la raison en
-est bien simple: le premier mérite de ces beautés,
-c’est d’être parfaitement correctes; dès lors elles ne
-sont plus de mon domaine: la rhétorique peut les faire
-admirer, la grammaire n’a rien à y voir.</p>
-
-<p>Ce qu’il y a de beau dans Molière frappe d’abord
-tous les regards; au contraire, il faut un commentateur
-pour vous arrêter, sur les endroits qui prêtent à
-l’épilogue. Mais il serait injuste d’en rien conclure ni
-contre Molière ni contre ce commentateur, de ne supposer
-dans l’un que des fautes, et dans l’autre que le
-sentiment de ces fautes.</p>
-
-<p class="sep2">Je me suis servi, pour mon travail, de plusieurs éditions,
-en ayant soin de les conférer avec les éditions
-originales des pièces séparées qui existent soit à la bibliothèque
-du Roi, soit dans celle de M. Ambroise-Firmin
-Didot, à qui j’en offre ici mes remercîments. Aussi
-ne devra-t-on pas s’étonner que certaines leçons données
-comme variantes n’aient pas été consignées dans
-ce recueil. Ce n’est point omission, ou qu’on ait méconnu
-l’importance de ces variantes: c’est qu’elles ne
-sont pas authentiques. Deux exemples suffiront.</p>
-
-<p>Dans la fameuse scène du second acte des <i>Fourberies
-<span class="pagenum" id="Page_VIII">VIII</span>
-de Scapin</i>, M. Auger a reçu partout dans son texte cette
-leçon: «Que diable allait-il faire <span class="t5">A</span> <i>cette galère</i>?» et il
-met au bas de la page: «Variante: <span class="t5">DANS</span> <i>cette galère</i>,»
-sans indiquer d’où est prise la nouvelle leçon qu’il
-adopte. Mais on doit la supposer certaine, puisque,
-dans sa préface, M. Auger assure qu’il a donné partout
-le texte vrai, <i>le texte des éditions
-originales</i><a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p><i>Les Fourberies de Scapin</i> furent représentées pour la
-première fois en 1671, le 24 mai. L’édition originale
-donnée par l’auteur est de la même année, chez Pierre
-Lemonnier. On lit à la suite du privilége: «Achevé
-d’imprimer le 18 aoust 1671.» On ne peut douter que
-ce ne soit bien là la première édition. Eh bien! dans la
-scène dont il s’agit, il y a partout, <span class="t5">DANS</span> <i>cette
-galère</i><a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
-
-<p class="sep2">Dans <i>Tartufe</i>, acte V, scène 1<sup>re</sup>:</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="pers">ORGON.</div>
-<div class="verse">Quoi! <i>sur</i> un beau semblant de ferveur si touchante,</div>
-<div class="verse">Cacher un cœur si double, une âme si méchante!</div>
-</div>
-
-<p>«Toutes les éditions, dit M. Auger, toutes les éditions
-<i>sans exception</i> portent <i>sur un beau semblant</i>. Cependant,
-<i>cacher un cœur double</i> <span class="t5">SUR</span> <i>un beau semblant</i>
-est une figure si peu exacte dans les termes, et il était
-si naturel d’écrire <span class="t5">SOUS</span> <i>un beau semblant</i>, qu’il est impossible
-de ne pas supposer une faute d’impression.»</p>
-
-<p>La première édition de <i>l’Imposteur</i> est de 1669,
-<span class="pagenum" id="Page_IX">IX</span>
-et le titre porte cette note: <i>Imprimé aux despens de
-l’autheur</i><a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>.
-Ainsi, pour le remarquer en passant,
-ce chef-d’œuvre du génie humain, qui devait faire
-la gloire éternelle de la France et la fortune de tant
-de libraires, <i>Tartufe</i>, à son apparition, ne put trouver
-un éditeur! l’auteur fut obligé de l’imprimer à ses dépens.
-Le trait m’a semblé digne d’être recueilli, ne
-fût-ce que pour la consolation de tant d’auteurs contemporains,
-qui, ayant déjà ce point de commun avec
-Molière, pourront rêver le reste, et se promettre dans
-la postérité l’achèvement de la ressemblance.</p>
-
-<p>Je n’ai point examiné toutes les autres éditions de
-<i>Tartufe</i>; sur le témoignage de M. Auger, je crois volontiers
-qu’elles portent <i>sur un beau semblant</i>; mais je puis
-affirmer que l’édition de 1669, l’édition originale, donne
-<span class="t5">sous</span> <i>un beau semblant</i>.</p>
-
-<p>Si j’ai relevé ces deux erreurs, ce n’est pas pour accuser
-mon prochain, mais plutôt pour me faire un
-droit à l’indulgence, en montrant combien, dans le travail
-même le plus soigné et le plus consciencieux, il
-est difficile de se garantir de toute inexactitude.</p>
-
-<p class="sep2">Les exemples ont été disposés dans l’ordre chronologique
-des pièces, afin qu’on puisse remarquer les progrès
-du style de Molière. J’ai pris soin d’indiquer le
-nom du personnage qui parle, toutes les fois que son
-caractère ou sa condition pouvait suggérer quelque
-doute sur la pureté de son langage, par exemple, si
-c’est un valet, un pédant, une précieuse, etc.</p>
-
-<p>Pour faciliter les vérifications, je dois prévenir que
-<span class="pagenum" id="Page_X">X</span>
-lorsque je cite les œuvres de Voltaire, tel volume, telle
-page, il s’agit de l’édition de M. Beuchot;</p>
-
-<p>Les <i>Pensées</i> de Pascal, c’est le texte donné par
-M. Cousin, et suivi d’un petit lexique qui m’a servi
-d’un utile auxiliaire;</p>
-
-<p>Les fabliaux de Barbazan, c’est l’édition originale, en
-trois volumes in-12, et non celle de M. Meon, en quatre
-volumes in-8<sup>o</sup>;</p>
-
-<p>Montaigne, c’est l’édition <i>Variorum</i> du Panthéon littéraire.</p>
-
-<p>J’ai rencontré souvent l’occasion de toucher à des théories
-exposées dans mes <i>Variations du langage français</i>,
-soit pour m’en appuyer, soit pour les fortifier. Ces théories
-ne se trouvant point ailleurs, on me pardonnera,
-j’espère, comme une nécessité de position, d’y renvoyer
-quelquefois. Ce n’est pas pour la satisfaction puérile de
-me citer moi-même; c’est pour épargner le temps du
-lecteur.</p>
-
-<div class="figcenter">
- <img src="images/filet-172.jpg" title="" alt="" width="172" height="12" />
-</div>
-
-</div>
-
-<div class="npage" id="Page_XI">
-
-<h2>VIE DE MOLIÈRE.</h2>
-
-<hr class="hr20" />
-
-<h3>CHAPITRE PREMIER.</h3>
-
-<p class="somm">Naissance de Molière.&mdash;Ses études.&mdash;Il se fait comédien ambulant.&mdash;Il
-débute à Paris par <i>les Précieuses ridicules</i>.</p>
-
-<p>L’histoire des grands écrivains est l’histoire de leurs
-ouvrages. C’est là que viennent se refléter, comme en
-un miroir, leur cœur et leur esprit, tout ce qu’il importe
-de connaître d’un homme.</p>
-
-<p>Jean-Baptiste Poquelin, qui prit plus tard le nom de Molière,
-fut baptisé à Paris, dans l’église de Saint-Eustache, le 15 janvier
-1622<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>. Le public, qui attache
-un grand prix aux circonstances matérielles de la vie des
-hommes illustres, a longtemps répété que Molière naquit
-sous les piliers des Halles. Des découvertes récentes
-constatent qu’en 1622 le père de Molière, tapissier,
-habitait, au coin de la rue des Vieilles-Étuves
-et de la rue Saint-Honoré, une maison appelée la
-<span class="pagenum" id="Page_XII">XII</span>
-maison ou le pavillon des Singes, à cause d’un poteau
-sculpté placé à l’encoignure, et représentant des singes
-grimpés sur un pommier. Les amateurs de rapprochements
-et de présages ne perdront rien à transporter le
-berceau de notre poëte comique de la maison des Halles
-à la maison des Singes. Au reste, cette maison est aujourd’hui
-démolie, et une partie de l’emplacement a
-servi à élargir la voie publique. Cela n’empêche pas
-qu’une inscription officielle ne désigne comme maison
-natale de Molière une maison de la rue de la Tonnellerie.
-De même, dans le cimetière de l’Est, vous verrez
-un sarcophage décoré du nom de Molière, et un
-autre du nom de la Fontaine, bien que depuis longtemps
-les cendres de Molière et celles de la Fontaine
-aient été égarées ou dispersées. Ces monuments trompeurs
-sont destinés à amuser la curiosité publique; c’est,
-si l’on veut, une sorte d’hommage à d’illustres mémoires:
-mais, si l’on prend les choses au sérieux, il ne
-faut chercher à Paris ni le berceau ni la tombe de
-Molière.</p>
-
-<p>Les Poquelin étaient tapissiers de père en fils, et
-même, depuis Louis XIII, tapissiers valets de chambre
-du roi. Jean-Baptiste, comme l’aîné de dix enfants,
-était réservé à ce glorieux héritage; il s’en créa par
-son génie un plus glorieux encore. Cependant, comme
-on ne peut, quelque chemin qu’on prenne, éviter
-complétement sa destinée, Molière porta plus tard le
-titre de valet de chambre du roi; seulement il n’en fut
-pas tapissier.</p>
-
-<p>A cette époque, l’instruction était l’apanage exclusif
-de la noblesse et du clergé; les bourgeois, voués au
-commerce, n’étudiaient point. Le génie de Molière ne
-s’accommoda pas de l’ignorance traditionnelle; le besoin
-impérieux d’apprendre ne tarda pas à se révéler
-<span class="pagenum" id="Page_XIII">XIII</span>
-en lui, et M. Poquelin le père vit avec horreur,
-comme la famille Boileau, dans la poussière de sa boutique,
-<i>un poëte naissant</i>. Il fallut céder toutefois, et
-Jean Poquelin consentit à ce que son fils Jean-Baptiste
-fréquentât comme externe le collége de Clermont. Autre
-sujet de rapprochement: l’auteur futur de <i>Tartufe</i> étudiant
-chez les jésuites!</p>
-
-<p>Molière à dix ans était orphelin de mère, et n’avait
-pour le <i>gâter</i> que son aïeul Nicolas Poquelin. De fortune,
-il se trouva que ce grand-père aimait le théâtre,
-et conduisait volontiers son petit-fils à la comédie. On
-la jouait à l’hôtel de Bourgogne, et les grands acteurs
-comiques de ce temps-là étaient Gautier-Garguille,
-Gros-Guillaume, et Turlupin. Les poëtes en renom s’appelaient
-Monchrétien, Hardy, Baro, Scudéry, Desmarets;
-et à leur suite, fort éloigné de pouvoir lutter
-contre de tels maîtres, un jeune homme, natif de
-Rouen, nommé Pierre Corneille: mais celui-ci ne
-comptait pas. Ce fut l’école où Molière allait étudier
-l’art dramatique, et qui, sans doute, éveilla dans son
-sein les premières ardeurs du génie.</p>
-
-<p>Il terminait en même temps de solides études. Son
-cours de philosophie, qu’il fit sous Gassendi avec Bernier,
-Hénault, Chapelle et Cyrano de Bergerac, eut
-cet avantage, observe Voltaire, que les élèves du bon
-prêtre de Digne échappèrent du moins à la barbarie
-scolastique. Molière étudia ensuite le droit et même la
-théologie, si l’on en croit le témoignage de Tallemant
-des Réaux. Tallemant veut que Molière, destiné par sa
-famille à l’état ecclésiastique, ait déserté la Sorbonne,
-et se soit fait comédien de campagne pour suivre la
-Béjart, dont il était amoureux. Mais c’est là une <i>historiette</i>
-au moins suspecte, comme bon nombre d’autres
-recueillies par le même auteur.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_XIV">XIV</span>
-Le cardinal de Richelieu, passionné pour le théâtre,
-en avait généralement répandu le goût: la comédie
-bourgeoise était à la mode. Au commencement de la
-régence, nous retrouvons Molière à la tête d’un théâtre
-de société qui avait pris le nom pompeux de l’<i>Illustre
-Théâtre</i>. Bientôt les troubles politiques obligèrent les
-acteurs de cet <i>illustre théâtre</i> à quitter Paris, et à courir
-la province. Molière mena quelques années cette vie
-nomade et aventureuse, si plaisamment dépeinte par
-Scarron. A Bordeaux, il fait jouer une tragédie de sa
-façon, <i>la Thébaïde</i>, dont plus tard il donnera le sujet
-au petit Racine; à Nantes, il lutte avec désavantage
-contre les marionnettes d’un Vénitien; Vienne le console
-par des applaudissements fructueux; puis il revient
-à Paris, et va faire la révérence au prince de Conti,
-son ancien camarade du collége de Clermont, désormais
-son fidèle protecteur; puis il repart pour Lyon,
-auteur, acteur, directeur, et, par-dessus le marché,
-amant tantôt heureux, tantôt rebuté, de Madeleine Béjart,
-de mademoiselle du Parc, et de mademoiselle de
-Brie. Il visite Avignon, Béziers, Pézénas, Narbonne,
-Montpellier, où il a l’honneur de divertir les états de
-Languedoc, tenus par le prince de Conti. Il échappe
-au poste éminent de secrétaire de son altesse, il garde
-son indépendance, qu’il promène d’Avignon à Rouen
-avec des fortunes diverses, sifflé dans un endroit, accueilli
-dans un autre, souvent malaisé, et toujours honnête
-homme.</p>
-
-<p>Contre les écueils dont une pareille vie est semée,
-combien eussent fait naufrage! Molière en sortit sain et
-sauf, parce que le ciel lui avait départi une droiture et
-une probité aussi extraordinaires que son génie. Grâce
-à cette libéralité peu commune de la nature, Molière
-se donna impunément la meilleure éducation que puisse
-<span class="pagenum" id="Page_XV">XV</span>
-recevoir un poëte comique: il eut de bonne heure
-l’expérience de la vie, et à peu près gratis, puisqu’il
-n’en coûta rien à son caractère, ni à ses mœurs.</p>
-
-<p>Dans cette pratique de la philosophie qu’il avait apprise
-chez Gassendi, il atteignait la quarantaine. C’est
-alors qu’il rentra à Paris pour s’y fixer, pour utiliser
-son abondante récolte d’observations, et commencer
-cette éclatante carrière qui aurait pu se prolonger un
-demi-siècle, et qui se ferma au bout de treize ans!</p>
-
-<p>Molière, arrivé à trente-huit ans, n’avait encore produit
-que quelques canevas informes, <i>le Docteur amoureux</i>,
-<i>la Jalousie de Barbouillé</i>, <i>le Grand benêt de fils</i>,
-et deux comédies régulières, <i>l’Étourdi</i> et <i>le Dépit amoureux</i>,
-toutes deux calquées sur les <i>imbroglios</i> italiens,
-mais où se font déjà remarquer des traits précieux de
-vérité qui décèlent Molière. La comédie moderne n’existait
-pas, ou n’existait que comme une imitation de la
-comédie antique, soit que cette imitation fût directe,
-soit qu’elle passât par l’intermédiaire de l’Espagne ou
-de l’Italie. Les poëtes, depuis la renaissance, avaient
-toujours tenu les yeux attachés sur les Romains et les
-Grecs; personne ne s’était encore avisé de regarder
-ses contemporains. Le poëte doué de l’originalité la
-plus puissante, Molière, à son début, suivit la route
-commune: il imita.</p>
-
-<p><i>Les Précieuses ridicules</i> (1659) ouvrirent une ère
-nouvelle. A partir de ce moment, Molière sentit qu’il
-avait trouvé sa voie. «Je n’ai plus que faire, dit-il,
-d’étudier Aristophane, Térence, ni Plaute.» Il n’avait,
-sans porter si loin ses regards, qu’à copier les ridicules
-qui vivaient et se mouvaient autour de lui. Désormais
-les anciens lui fourniront encore quelques détails accessoires,
-quelques procédés dramatiques, mais ils ne
-<span class="pagenum" id="Page_XVI">XVI</span>
-seront plus ses modèles. Ses modèles seront pris dans
-la société contemporaine.</p>
-
-<p>Il est certain, quoi qu’en aient dit Voltaire et M. Rœderer
-après lui, que <i>les Précieuses</i> furent composées à
-Paris, et représentées pour la première fois à Paris. Il
-ne s’agit point là d’un ridicule de province, mais du
-ridicule de l’hôtel de Rambouillet. M. Rœderer, dans
-son <i>Histoire de la société polie</i>, a beaucoup insisté sur
-l’injustice prétendue de Molière, et sur les éminents
-services rendus au langage par la coterie de madame de
-Rambouillet. Cette thèse a fait fortune, par un air
-piquant et paradoxal. Que l’hôtel de Rambouillet ait
-exercé une grande influence sur la langue française, je
-ne prétends pas le nier; mais que cette influence ait
-été salutaire, c’est ce qui est très-contestable. Pour
-moi, je suis d’un avis opposé. Ce n’est pas ici le lieu
-de discuter ce point: je me contenterai de dire en bref
-que les précieuses ont réformé ce que, les trois quarts
-du temps, elles ne comprenaient pas; et qu’à la franche
-allure, à l’ampleur native de notre langue, elles ont substitué
-un esprit de circonspection étroite, des habitudes
-guindées, maniérées, en un mot, une <i>préciosité</i> qui est
-devenue son caractère essentiel, et dont il est à craindre
-qu’elle ne puisse jamais se débarrasser. C’est payer bien
-cher une douzaine de mots dont les précieuses ont enrichi
-le dictionnaire. Molière en écrivant s’est constamment
-affranchi de leur joug; autant en a fait la Fontaine:
-mais qui oserait aujourd’hui écrire la langue de la Fontaine
-et de Molière? Celle de Rabelais ou de Montaigne,
-il n’en faut point parler: ce sont trésors à jamais
-fermés; nous sommes condamnés à les admirer
-de loin sans en pouvoir approcher, condamnés à écrire
-et à parler <i>précieux</i>.</p>
-
-<p>Molière, dans son instinct de vieux Gaulois, avait
-<span class="pagenum" id="Page_XVII">XVII</span>
-parfaitement senti la portée de cette <i>société polie</i> et de
-son œuvre. Il l’attaqua dès son premier pas dans la lice;
-et lorsque la mort vint le surprendre, elle le trouva
-encore occupé à combattre les précieuses ou les femmes
-savantes<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
-
-<h3>CHAPITRE II.</h3>
-
-<p class="somm">Mariage de Molière.&mdash;Molière se brouille avec Racine.&mdash;Il est accusé
-d’inceste.&mdash;Louis XIV le protége.</p>
-
-<p>Le 20 février 1662, qui était le jour du lundi gras
-de cette année, à la paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois,
-Molière épousa Armande-Gresinde-Claire-Élisabeth
-Béjart, sœur et non pas fille de Madeleine Béjart,
-avec qui il avait entretenu une longue et intime liaison.
-Molière avait quarante ans, et sa femme dix-sept! Elle
-était charmante, remplie de grâces et de talents, chantant
-à merveille le français et l’italien; excellente actrice,
-et sachant animer la scène lors même qu’elle ne faisait
-qu’écouter; mais d’une coquetterie indomptable, qui fit
-le désespoir et le malheur de Molière, car il en fut,
-jusqu’à la fin de sa vie, éperdument amoureux. Madame
-ou plutôt mademoiselle Molière, comme l’on disait
-alors, n’était pas cependant une beauté accomplie:
-mademoiselle Poisson nous la représente petite,
-avec une très-grande bouche et de très-petits
-yeux<a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. Il est
-vrai que mademoiselle Poisson était la camarade de
-mademoiselle Molière; mais Molière a tracé de sa
-<span class="pagenum" id="Page_XVIII">XVIII</span>
-femme le même portrait, dans une scène du <i>Bourgeois
-gentilhomme</i>:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«<span class="smcap">Covielle.</span> Vous trouverez cent personnes qui seront
-plus dignes de vous. Premièrement, elle a les yeux
-petits.&mdash;<span class="smcap">Cléonte.</span> Cela est vrai, elle a les yeux petits;
-mais elle les a pleins de feu, les plus brillants,
-les plus perçants du monde, et les plus touchants
-qu’on puisse voir.&mdash;Elle a la bouche grande.&mdash;Oui;
-mais on y voit des grâces qu’on ne voit point aux
-autres bouches; et cette bouche, en la voyant, inspire
-des désirs; elle est la plus attrayante, la plus
-amoureuse du monde.&mdash;Pour sa taille, elle n’est
-pas grande.&mdash;Non, mais elle est aisée et bien
-prise<a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, etc., etc.»</p>
-</div>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">C’est ainsi qu’un amant dont l’ardeur est extrême</div>
-<div class="verse">Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime.</div>
-</div>
-
-<p>Molière, comme l’on voit, avait pour l’objet de son
-amour d’aussi bons yeux qu’Alceste en a pour Célimène.
-Son malheur était de voir sa faiblesse, d’en rougir,
-et de ne pouvoir la surmonter. Toutes les fois qu’il
-peint des scènes de tendresse, de jalousie, de brouille
-et de raccommodement, c’est sa femme qu’il regarde,
-c’est sa propre histoire qu’il retrace. Il ne faut donc
-pas s’étonner de la vérité du tableau, mais plaindre le
-malheureux artiste.</p>
-
-<p>Les torts d’Armande Béjart furent si répétés et ses
-infidélités si publiques, qu’après trois ans de mariage
-et la naissance de leur second enfant, il fallut en venir
-à une séparation. Seulement, par égard pour les bienséances,
-Molière exigea que sa femme n’allât point demeurer
-dans un autre logis que le sien; mais ils ne se
-voyaient plus qu’au théâtre. Molière avait une petite
-<span class="pagenum" id="Page_XIX">XIX</span>
-maison à Auteuil, où il se réfugiait, au milieu de ses
-amis, contre le bruit de la ville et les chagrins domestiques.
-C’est dans une de ces réunions qu’eut lieu l’anecdote
-si connue du souper, attestée par Racine fils,
-qui la tenait de son père. Nous voyons qu’à cette époque
-déjà la santé de Molière était altérée, puisqu’il était au
-régime du lait pour sa poitrine, et dut à cette circonstance
-d’échapper à l’ivresse générale de ses convives.</p>
-
-<p class="sep2"><i>L’École des maris</i>, <i>les Fâcheux</i>, <i>l’École des femmes</i>,
-qui se succédèrent rapidement, avaient placé Molière
-très-haut dans l’estime du public, et commencé de lui
-donner part dans l’amitié du roi, cette amitié qui lui
-fut si utile, et lui servit de bouclier contre la rage envenimée
-de ses ennemis. Molière, bien venu à la cour,
-bien venu du surintendant Fouquet, lié avec Racine,
-Boileau, Chapelle et la Fontaine; Molière, admiré, fêté,
-il n’en fallait pas la moitié tant pour déchaîner l’envie.
-Molière jouait au Palais-Royal: Montfleury, l’homme
-important de la troupe rivale, qui jouait à l’hôtel de
-Bourgogne, osa présenter au roi une requête dans laquelle
-il accusait Molière d’avoir <i>épousé sa propre fille</i>!
-Molière n’eut pas de peine à repousser cette infâme
-calomnie, à laquelle personne n’ajouta foi un seul instant.
-Racine, pour qui Molière avait été un bienfaiteur,
-Racine, brouillé avec Molière pour un intérêt d’amour-propre,
-une misérable querelle de coulisses, Racine,
-écrivant cette indignité à son fils, ajoute froidement:
-<i>Mais Montfleury n’est pas écouté à la cour</i>. Il est triste
-d’être obligé de le dire, Racine n’avait pas une de ces
-âmes énergiquement trempées à la façon de Corneille
-ou de Molière; il n’était pas susceptible d’éprouver</p>
-
-<div class="poemsc">
-<span class="pagenum" id="Page_XX">XX</span>
-<div class="verse-5">..... ces haines vigoureuses</div>
-<div class="verse">Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.</div>
-</div>
-
-<p>On sait comment il se retourna contre ses maîtres
-de Port-Royal. Racine était dévot et courtisan: dévot
-sincère, je le veux croire; et courtisan malhabile,
-cela est évident. En cette occasion, il ne devina pas la
-pensée du roi. Louis XIV ferma la bouche aux calomniateurs,
-en tenant sur les fonts de baptême le premier
-enfant de Molière; madame Henriette fut la
-marraine<a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
-
-<p>Louis XIV ne manqua jamais l’occasion de témoigner
-l’estime qu’il faisait de Molière. Il l’honorait d’une familiarité
-publique; il lui avait accordé les petites entrées;
-un jour il le fit manger dans sa chambre, et dit
-aux courtisans survenus: «Vous me voyez occupé de
-faire manger Molière, que mes officiers ne trouvent
-pas assez bonne compagnie pour eux.» On sait que
-le roi avait dansé un rôle d’Égyptien dans le ballet du
-<i>Mariage forcé</i>. Une autre fois il tança vertement le duc
-de la Feuillade, son impertinent favori, qui s’était permis
-envers Molière un outrage brutal. Enfin, Louis XIV
-aimait Molière, cela soit dit à l’éternel honneur de
-l’un et de l’autre; il l’aimait non par égoïsme, comme
-on l’a voulu dire, et pour le plaisir d’en être flatté. Si
-la vanité du monarque eût seule inspiré son affection,
-on l’eût vu en montrer une pareille à Lulli, à Racine,
-à tant d’autres, plus empressés courtisans que Molière;
-et il est certain que de tous les grands hommes de ce
-règne aucun ne posséda au même degré que Molière
-l’amitié de Louis XIV. Ne cherchons pas à rabaisser
-<span class="pagenum" id="Page_XXI">XXI</span>
-par une interprétation malveillante le prix d’un noble
-sentiment: Louis XIV aimait Molière en vertu de cette
-sympathie qui rapproche invinciblement les grandes
-âmes. Le roi s’est honoré en protégeant le poëte; aujourd’hui
-qu’ils sont entrés l’un et l’autre dans la postérité,
-les rôles sont intervertis, et c’est la mémoire du
-grand poëte qui protége à son tour la mémoire du
-grand roi.</p>
-
-<p>Le moment est arrivé où Molière va le plus avoir
-besoin de l’appui de Louis XIV. Tourner en ridicule
-les petits marquis, c’était déjà passablement audacieux;
-mais attaquer les hypocrites!... Nous allons voir Molière
-préluder au coup terrible qu’il leur porta dans
-<i>Tartufe</i>.</p>
-
-<h3>CHAPITRE III.</h3>
-
-<p class="somm">Le <i>Don Juan</i> de Tirso de Molina et celui de Molière.&mdash;Fureur des
-hypocrites en voyant les <i>Provinciales</i> transportées sur le théâtre.</p>
-
-<p>On jouait alors sur tous les théâtres de Paris, sans
-en excepter celui des Marionnettes, <i>le Festin de Pierre</i>,
-traduit ou imité de l’espagnol, de Tirso de Molina. Le
-héros de cette pièce, don Juan Tenorio, a véritablement
-existé. Les chroniques de Séville en font mention;
-il siégeait parmi ces magistrats ou administrateurs publics
-qu’on appelait les vingt-quatre; il enleva réellement
-doña Anna, et lui tua son père, sans qu’il fût
-possible à la famille outragée d’obtenir justice. Les
-franciscains résolurent de délivrer Séville d’un homme
-qui était l’effroi général. Ils trouvèrent moyen, par
-l’appât d’un rendez-vous, d’attirer don Juan, le soir,
-dans leur église, où était enterré le commandeur. Don
-Juan ne reparut jamais. Les moines répandirent sur son
-<span class="pagenum" id="Page_XXII">XXII</span>
-compte cette terrible et merveilleuse légende, qui est
-devenue la source de tant de poésie.</p>
-
-<p>Un religieux de la Merci, Fray-Gabriel Tellez, qui,
-sous le nom de Tirso de Molina, a enrichi la scène
-espagnole de plusieurs chefs-d’œuvre, envisagea le sujet
-de don Juan avec l’œil du génie. Son drame est profondément
-empreint d’une horreur religieuse. Les scènes
-de la statue avec le débauché, le souper dans le
-sépulcre du commandeur, sont de nature à faire frissonner
-un auditoire populaire, surtout un auditoire espagnol.
-Çà et là étincellent de grands traits, des mots
-sublimes; je n’en citerai qu’un. Dans la première scène
-entre don Juan et la statue du commandeur, le meurtrier
-demande à sa victime en quel état la mort l’a surpris,
-quel est son sort dans l’autre vie, en un mot s’il
-est sauvé ou damné. Le spectre ne répond pas à cette
-question; mais à la fin de cette terrible scène, lorsque
-don Juan prend une bougie pour reconduire le commandeur,
-celui-ci l’arrête, et dit solennellement: «Ne
-m’éclaire pas; <span class="t5">JE SUIS EN ÉTAT DE GRACE</span>!» Quel mot!
-et comme, après cette longue anxiété, l’auditoire catholique
-devait respirer! Dans Molière la statue dit aussi:
-«On n’a pas besoin de lumière quand on est conduit par
-le ciel.» Mais ici la révélation est indifférente et la phrase
-sans portée, parce qu’elle ne répond à rien. C’est une
-froide équivoque sur le mot <i>lumière</i>, une maxime aussi
-convenable dans la bouche d’un philosophe que dans celle
-d’un revenant. Le don Juan espagnol n’a donc que les
-semblants de l’incrédulité; c’est un fanfaron d’athéisme,
-et il n’en est que plus dramatique. Molière, pressé par
-sa troupe, qui voulait avoir aussi son <i>Festin de Pierre</i>,
-ne pouvait accepter complétement la donnée de Tirso.
-L’imagination n’était pas le caractère du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle,
-encore moins l’imagination fantastique: c’est la raison,
-<span class="pagenum" id="Page_XXIII">XXIII</span>
-tantôt austère, tantôt embellie, par les charmes du
-langage, mais toujours la raison. Molière refit donc le
-caractère de don Juan; c’est Molière qui a créé le don
-Juan adopté par les arts, sceptique universel, railleur
-de toutes choses, incrédule en amour comme en religion
-et en médecine; type du vice élégant et spirituel,
-qui cependant intéresse et s’élève à force d’orgueil et
-d’énergie, comme le Satan de Milton.</p>
-
-<p>Il répandit ainsi une couleur philosophique sur sa
-pièce, et y intercala deux scènes excellentes: celle du
-pauvre et celle de M. Dimanche. La première fut jugée
-trop hardie, et supprimée à la seconde représentation;
-l’autre est d’un comique si parfait et si vrai, qu’on n’a
-pas le courage d’observer qu’elle est tout à fait hors des
-mœurs espagnoles, hors surtout du caractère altier de
-don Juan. Don Juan se transforme tout à coup ici en
-un marquis de la cour de Louis XIV, contraint de ruser
-et de s’assouplir devant un créancier importun.
-Mais M. Dimanche et son petit chien Brusquet sont demeurés
-proverbes.</p>
-
-<p>Malheureusement cette philosophie et ces peintures
-de la société ne font que mettre mieux en relief l’absurdité
-de la fantasmagorie finale. Au moins dans le
-monde de Tirso tout est poétique, tout est impossible
-depuis le commencement jusqu’à la fin, actions et personnages:
-il y a unité. Le poëte ne demande à son
-spectateur que la foi, la foi aveugle. Molière demande
-au sien la foi et la raison tout ensemble. Il passe
-brusquement du monde réel et prosaïque, dans le domaine
-de l’imagination et de la poésie. C’est là le vice
-radical de sa pièce: aussi son malaise est-il sensible, et
-s’empresse-t-il de tourner court, lorsqu’après quatre
-actes d’une portée toute morale et philosophique, il lui
-faut se servir d’un dénoûment qui ne va qu’aux idées
-<span class="pagenum" id="Page_XXIV">XXIV</span>
-religieuses de Tirso. On a hasardé ces remarques pour
-montrer que les plus admirables natures ne sauraient
-s’affranchir de certaines règles dictées par le bon sens
-vulgaire et l’expérience. Cela n’empêche pas que le <i>don
-Juan</i> ne soit une des plus fortes conceptions de Molière,
-et de celles qui font le plus d’honneur à son
-génie.</p>
-
-<p>Ce don Juan a tous les vices. Remarquez la progression:
-il est débauché, esprit fort, impie, enfin hypocrite.
-Lisez, dans la seconde scène du cinquième acte,
-cette longue tirade de don Juan en faveur de l’hypocrisie:
-«Il n’y a plus de honte maintenant à cela: l’hypocrisie
-est un vice à la mode, et tous les vices à la
-mode passent pour vertus. La profession d’hypocrite
-a de merveilleux avantages, etc....» Quelle vigueur
-de coloris! quelle verve! quelle éloquence! Cléante n’en
-a pas davantage. «O ciel! s’écrie le bonhomme Sganarelle,
-qu’entends-je ici? Il ne vous manquait plus que
-d’être hypocrite pour vous achever de tout point; et
-voilà le comble des abominations!» Maintenant, si
-vous voulez savoir à qui tout cela s’adresse, tournez
-le feuillet: voyez dans la scène suivante don Juan,
-pressé par don Carlos, lui alléguer, pour toute réponse
-et toute explication, le ciel, l’intérêt du ciel! puis,
-lorsque don Carlos poussé à bout fait entendre quelques
-paroles de menaces, voyez de quel style don Juan
-le provoque en duel:&mdash;«Vous ferez ce que vous voudrez.
-Vous savez que je ne manque pas de cœur, et
-que je sais me servir de mon épée quand il le faut.
-Je m’en vais passer tout à l’heure dans cette petite
-rue écartée qui mène au grand couvent; mais je vous
-déclare, pour moi, que ce n’est point moi qui me
-veux battre: le ciel m’en défend la pensée! et si vous
-m’attaquez, nous verrons ce qui en arrivera.»&mdash;N’y
-<span class="pagenum" id="Page_XXV">XXV</span>
-êtes-vous pas encore? Eh bien! voyez donc dans la
-septième <i>Provinciale</i> en quels termes, et par quels artifices
-de direction d’intention, le grand Hurtado de Mendoza
-autorise l’acceptation du duel, «en se promenant
-armé dans un champ en attendant un homme,
-sauf à se défendre si l’on est attaqué... Et ainsi l’on
-ne pèche en aucune manière, puisque ce n’est point
-du tout accepter un duel, ayant l’intention dirigée à
-d’autres circonstances. Car l’acceptation du duel consiste
-en l’intention expresse de se battre, laquelle celui-ci
-n’a pas.»</p>
-
-<p>Il est évident que Molière, en écrivant la scène de
-don Juan avec don Carlos, avait présent à la mémoire
-ce passage de Pascal. L’allusion ne pouvait échapper à
-personne. On ne sera donc pas étonné, connaissant
-ceux dont il s’agit, que des clameurs furibondes aient
-accueilli <i>le Festin de Pierre</i>. Un libelliste du parti osa
-implorer hautement l’autorité du roi contre <i>un farceur
-qui fait plaisanterie de la religion, et tient école de
-libertinage, contre ce monstre de Molière, qui est l’original
-de don Juan</i>.</p>
-
-<p>Leur rage s’augmentait encore de la rumeur occasionnée
-par <i>le Tartufe</i>. Molière n’en avait encore composé que
-trois actes, qui avaient été joués au Raincy, chez le duc
-d’Orléans. Louis XIV, assailli de toutes parts, s’était vu
-forcé d’interdire ces représentations jusqu’à plus ample
-informé; mais il s’empressa de dédommager Molière en
-accordant à sa troupe le titre de comédiens du roi, avec
-une pension de sept mille livres. Molière avait d’ailleurs
-la permission de lire tant qu’il voulait <i>Tartufe</i> dans les
-sociétés, et, dit Boileau dans une note de ses Satires,
-tout le monde le voulait avoir.</p>
-
-<p>La guerre était déclarée entre Molière et les hypocrites.
-Les hostilités furent suspendues (de son côté, non
-<span class="pagenum" id="Page_XXVI">XXVI</span>
-du leur) par les représentations du <i>Misanthrope</i>, joué
-le 4 juin 1666. Molière avait alors quarante-quatre
-ans; son génie était dans toute sa vigueur, les chefs-d’œuvre
-se succédaient à de courts intervalles: on vit
-paraître en 1665 <i>Don Juan</i>; en 1666, <i>le Misanthrope</i>;
-en 1667, <i>Tartufe</i>; en 1668, <i>l’Avare</i>; sans compter les
-petites pièces d’un ordre inférieur, <i>l’Amour médecin</i>, <i>le
-Médecin malgré lui</i>, <i>la Princesse d’Élide</i>, <i>le Sicilien</i>, <i>Mélicerte</i>,
-et <i>la Pastorale comique</i>.</p>
-
-<h3>CHAPITRE IV.</h3>
-
-<p class="somm"><i>Le Misanthrope</i>;&mdash;critiqué par J. J. Rousseau.&mdash;Le <i>Timon</i> de
-Shakspeare.</p>
-
-<p>La chute du <i>Misanthrope</i> à la première représentation
-est une anecdote reproduite par tous les commentateurs.
-Ce n’en est pas moins une erreur. Il paraît avéré que le
-public fut en effet la dupe du sonnet d’Oronte; mais
-que son dépit soit allé jusqu’à faire tomber la pièce, c’est
-une de ces fables dont les anciens biographes de Molière
-se sont plu à embellir leur récit. Les registres de
-la Comédie constatent que <i>le Misanthrope</i>, seul, sans petite
-pièce qui l’accompagnât, fut représenté vingt et une
-fois de suite, succès extraordinaire pour le temps, et
-procura d’excellentes recettes.</p>
-
-<p>J. J. Rousseau, dans sa <i>Lettre à d’Alembert</i>, veut établir
-que le théâtre corrompt les mœurs. Prenons, dit-il,
-la meilleure de toutes les comédies, la plus morale; je
-vous prouverai qu’elle attaque la vertu, et il s’ensuivra
-<i>à fortiori</i> que toutes les autres sont également ou plus
-dangereuses, corruptrices et perverses. Il choisit pour
-cette expérience <i>le Misanthrope</i>. Pourquoi pas <i>Tartufe</i>?
-<span class="pagenum" id="Page_XXVII">XXVII</span>
-C’est qu’il eût fallu prendre le parti des hypocrites contre
-la piété sincère; et, avec tout son talent pour le
-paradoxe, le citoyen de Genève aurait pu s’y trouver embarrassé.
-Au contraire, <i>le Misanthrope</i> lui fournit l’occasion
-d’entretenir le public de lui-même. Il s’identifie
-avec Alceste, et peu s’en faut qu’il ne regarde la pièce
-de Molière comme une personnalité contre Jean-Jacques.
-Sa longue argumentation n’est qu’un tissu de sophismes,
-de contradictions et de puérilités. Molière a
-composé <i>le Misanthrope</i> «pour faire rire aux dépens de
-la vertu,&mdash;pour avilir la vertu;» et cette intention,
-Molière ne l’a pas eue seulement dans <i>le Misanthrope</i>,
-mais <i>le Misanthrope</i> «nous découvre la véritable vue
-dans laquelle Molière a composé <i>tout son théâtre</i>.»&mdash;«On
-ne peut nier, dit-il, que le théâtre de Molière ne
-soit <i>une école de vices et de mauvaises mœurs</i>, plus dangereuse
-que les livres mêmes où l’on fait profession de
-les enseigner.» Peut-être, en écrivant ces dernières paroles,
-la pensée de Rousseau se reportait à <i>la Nouvelle
-Héloïse</i>. Qu’il y pensât ou non, la flétrissure est plus
-applicable à ce roman qu’au <i>Misanthrope</i> et à tout le
-théâtre de Molière.</p>
-
-<p>Deux pages plus loin, vous lisez:&mdash;«Dans toutes
-les autres pièces de Molière,..... <i>on sent pour lui au
-fond du cœur un respect</i>..., etc.» Du respect pour un
-professeur de vices et de mauvaises mœurs! pour celui
-qui tâche constamment d’<i>avilir la vertu</i>! Jean-Jacques
-n’y pensait pas!</p>
-
-<p>Si Molière a voulu, dans le personnage d’Alceste,
-avilir la vertu, il a bien mal réussi; car il n’est pas
-d’honnête homme qui, comme, le duc de Montausier,
-ne fût charmé de ressembler au Misanthrope.</p>
-
-<p>Le portrait que Rousseau se complaît à tracer du véritable
-Misanthrope est évidemment, dans son intention,
-<span class="pagenum" id="Page_XXVIII">XXVIII</span>
-le portrait de Jean-Jacques, c’est-à-dire, de l’homme
-parfait. «Le tort de Molière est d’avoir donné au Misanthrope
-des fureurs puériles sur des sujets qui ne
-devraient pas même l’émouvoir.» Eh! Jean-Jacques,
-rappelez-vous un peu la scène ridicule que vous-même
-vous jouâtes dans le salon du baron d’Holbach, lorsque
-le curé de Montchauvet y vint lire sa tragédie de <i>Balthazar</i>!
-Vous n’auriez pas dû vous émouvoir non plus
-des éloges perfides donnés à cet autre Oronte: cependant
-vous vous mîtes en fureur comme Alceste, et plus
-que lui; car, à partir de ce jour, vous rompîtes avec vos
-anciens amis, et ne voulûtes jamais les revoir. Avouez
-qu’Alceste est moins extrême et plus raisonnable. Mais
-c’est justement en quoi il vous déplaît. Vous vous plaignez
-de ses ménagements envers Oronte; vous voudriez
-qu’il lui parlât comme vous fîtes à l’auteur de <i>Balthazar</i>:
-«Votre pièce ne vaut rien, votre discours est une
-extravagance; tous ces messieurs se moquent de vous.
-Sortez d’ici, et retournez vicarier dans votre
-village<a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.»
-En un mot, il aurait fallu que Molière devinât Rousseau,
-et fît son apologie anticipée en cinq actes; qu’au
-lieu d’Alceste et de Célimène, il peignît Jean-Jacques et
-Thérèse. C’est peut-être exiger beaucoup.</p>
-
-<p>Shakspeare a fait, dans <i>Timon d’Athènes</i>, un misanthrope
-selon le cœur et le goût de Rousseau. Il nous
-montre d’abord Timon dans son palais, environné de
-luxe et d’un peuple de faux amis. Timon, ayant fini
-par les apprécier, les invite à un grand festin. On sert
-sur la table quantité de plats, tous remplis d’eau et de
-fumée. Tout à coup Timon se lève, les convives croient
-que c’est pour découper; point du tout! il leur jette les
-plats à la tête, en criant: «Fatale maison, que le feu
-<span class="pagenum" id="Page_XXIX">XXIX</span>
-te consume! Péris, Athènes, péris; et que désormais
-l’homme et tout ce qui a la figure humaine soit haï
-de Timon!» Ce disant, il se sauve au fond des bois,
-et plante là ses convives, fort mal édifiés.</p>
-
-<p>Dans la forêt, Timon rencontre un philosophe de son
-espèce. Ils ont ensemble une longue scène. Timon dit
-à Apémantus: «Tu es trop sale pour qu’on te crache
-au visage; que la peste t’étouffe!&mdash;<span class="smcap">Apémantus.</span> Tu
-es trop vil pour qu’on te maudisse.&mdash;<span class="smcap">Timon.</span> Hors
-d’ici; enfant d’un chien galeux. La colère me transporte
-de te voir vivant. Ta vue me soulève le cœur.&mdash;<span class="smcap">Apémantus.</span>
-Je voudrais te voir crever.&mdash;<span class="smcap">Timon.</span>
-Hors d’ici, ennuyeux importun. Je ne veux pas perdre
-une pierre après toi.&mdash;<span class="smcap">Apémantus.</span>
-Bête sauvage!&mdash;<span class="smcap">Timon.</span> Esclave!&mdash;<span class="smcap">Apémantus.</span>
-Crapaud!&mdash;<span class="smcap">Timon.</span> Coquin! coquin!
-coquin<a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>!...»
-M. W. A. Schlegel appelle cela <i>une scène
-incomparable</i><a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>;
-mais il trouve <i>le Misanthrope</i> de Molière, sinon tout à
-fait mauvais, au moins bien médiocre!</p>
-
-<p>Il est clair que le Timon de Shakspeare a le cerveau
-dérangé; dès lors ce qu’il dit comme ce qu’il fait est
-sans portée morale. Alceste, au contraire, est assez sage
-pour se juger lui-même intérieurement: la preuve, c’est
-qu’avec Oronte, comme dans la scène des portraits, il
-fait des efforts inouïs pour se contenir, et ne s’échappe
-que poussé à bout. Tout l’effet comique et l’effet moral
-du rôle consistent dans ce tempérament de caractère.</p>
-
-<p>Mais le coup de maître est d’avoir fait Alceste amoureux,
-d’avoir courbé cette âme indomptée sous le joug
-<span class="pagenum" id="Page_XXX">XXX</span>
-de la passion, et montré par là surtout que le plus sage
-ne peut être complétement sage,</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">Et que dans tous les cœurs il est toujours de l’homme.</div>
-</div>
-
-<p class="noind">Ce vers renferme toute la pièce.</p>
-
-<p>Avant Molière, on n’avait présenté l’amour sur la
-scène qu’à l’espagnole, c’est-à-dire, comme une vertu
-héroïque qui grandit les personnages. C’est ainsi que
-Corneille l’a employé dans <i>le Cid</i>, dans <i>Cinna</i>, partout.
-Molière le premier, d’après sa triste expérience, a peint
-l’amour comme une faiblesse d’un grand cœur. De là
-des luttes qui peuvent s’élever jusqu’au tragique; et Molière
-y touche dans la scène du billet: <i>Ah! ne plaisantez
-pas; il n’est pas temps de rire</i>, etc.</p>
-
-<p>Racine tira de cette admirable scène une importante
-leçon. Il n’avait encore donné que <i>la Thébaïde</i> et <i>Alexandre</i>,
-et, dans ces deux pièces, il avait traité l’amour suivant
-le procédé de Corneille; mais, après avoir vu <i>le
-Misanthrope</i>, il rompit sans retour avec l’amour romanesque,
-et abandonna la convention pour la nature, que
-Molière lui avait fait sentir. Un an juste après <i>le Misanthrope</i>
-parut <i>Andromaque</i>, qui commence l’ère véritable
-du génie de Racine. Il y a plus: la position de
-Pyrrhus et d’Hermione n’est pas sans analogie avec celle
-d’Alceste et de Célimène. Quand Voltaire dit, «C’est
-peut-être à Molière que nous devons Racine,»
-il ne songeait qu’aux encouragements
-pécuniaires<a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> et aux
-conseils dont le premier aida le second; mais ce mot
-peut encore être vrai dans un sens plus étendu.</p>
-
-<div class="pagenum" id="Page_XXXI">XXXI</div>
-
-<h3>CHAPITRE V.</h3>
-
-<p class="somm"><i>Tartufe.</i></p>
-
-<p>Beaucoup de critiques d’une autorité imposante ont
-proclamé <i>le Misanthrope</i> le chef-d’œuvre de la scène
-française: on prend ici la liberté de n’être pas de leur
-avis. Quelque prodigieuse que soit cette œuvre, où Molière
-s’était fait comme à plaisir un sujet stérile et dénué
-d’action pour triompher ensuite des obstacles, <i>Tartufe</i>,
-soit que l’on considère le mérite de la difficulté
-vaincue, la perfection du style, ou la hauteur du but
-et l’importance du résultat, me paraît l’emporter sur
-<i>le Misanthrope</i>. Prenez-le philosophiquement, prenez-le
-au point de vue dramatique ou au point de vue purement
-littéraire, <i>Tartufe</i> est le dernier effort du génie.</p>
-
-<p>Quelle admirable combinaison de caractères! Deux
-morales sont mises en présence: la vraie piété se personnifie
-dans Cléante, l’hypocrisie dans Tartufe. Cléante
-est la ligne inflexible tendue à travers la pièce pour séparer
-le bien du mal, le faux du vrai. Orgon, c’est la
-multitude de bonne foi, faible et crédule, livrée au
-premier charlatan venu, extrême et emportée dans ses
-résolutions comme dans ses préjugés. Le fond du drame
-repose sur ces trois personnages. A côté d’eux paraissent
-les aimables figures de Marianne et de Valère; la
-piquante et malicieuse Dorine, chargée de représenter
-le bon sens du peuple, comme madame Pernelle en représente
-l’entêtement; Damis, l’ardeur juvénile qui, s’élançant
-vers le bien et la justice avec une impétuosité
-aveugle, se brise contre l’impassibilité calculée de l’imposteur;
-Elmire enfin, toute charmante de décence,
-quoiqu’elle aille <i>vêtue ainsi qu’une princesse</i>. Quelle
-<span class="pagenum" id="Page_XXXII">XXXII</span>
-habileté dans cette demi-teinte du caractère d’Elmire, de
-la jeune femme unie à un vieillard! Si Molière l’eût faite
-passionnée, tout le reste devenait à l’instant impossible
-ou invraisemblable: la résistance d’Elmire perdait de
-son mérite; Elmire était obligée de s’offenser, de se récrier,
-de se plaindre à Orgon. Point:</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">Une femme se rit de sottises pareilles,</div>
-<div class="verse">Et jamais d’un mari n’en trouble les oreilles.</div>
-</div>
-
-<p>Elle n’éprouve pour Tartufe pas plus de haine que
-de sympathie; elle le méprise, c’est tout. Ce sang-froid
-était indispensable pour arriver à démasquer l’imposteur.
-Elmire nous prouve quels sont les avantages d’une honnête
-femme qui demeure insensible sur la passion du
-plus rusé des hommes, de Tartufe. <i>Amour, Amour,
-quand tu nous tiens!.....</i> s’écrie le fabuliste.</p>
-
-<p>Il n’est pas jusqu’à M. Loyal qui ne soit utile au tableau.
-M. Loyal, tout confit en patelinage, en bénignité
-doucereuse et dévote, est un reflet de ce bon M. Tartufe.
-Gageons que M. Tartufe a été son directeur? Derrière
-M. Loyal, j’aperçois Laurent: <i>Laurent, serrez ma
-haire avec ma discipline</i>. C’est une perspective d’hypocrisie
-à perte de vue. Molière fait entrevoir à quelle profondeur
-s’étendent les ramifications de la <i>société</i>, comme
-dit Pascal, de la <i>cabale</i>, comme l’appelle Cléante.</p>
-
-<p><i>Tartufe</i> parut dans un moment de crise. Aux guerres
-de la Fronde avaient succédé les querelles religieuses.
-Deux sectes célèbres étaient en lutte: Jansénius, accusé
-de schisme et d’hérésie; Molina, de relâchement et d’ambition.
-La morale de Port-Royal était austère avec sincérité,
-peut-être même avec excès; la morale des jésuites,
-au fond relâchée et sophistiquée, n’avait de la
-sévérité que les apparences. De quel côté pencherait un
-jeune roi, emporté par le goût des voluptés? L’éducation
-qu’il avait reçue de Mazarin n’était pas rassurante. Par
-<span class="pagenum" id="Page_XXXIII">XXXIII</span>
-les soins d’une politique corrompue, Louis XIV avait
-été élevé dans un oubli complet de ses devoirs, mais
-dans l’habitude de toutes les pratiques extérieures de la
-religion. Livré à l’ignorance et à ses passions, un moyen
-naturel s’offrait à lui de tout concilier, de satisfaire à la
-fois la vieille cour et la nouvelle: l’hypocrisie lui tendait
-les bras, il n’avait qu’à s’y jeter. En ce péril, Molière
-se dévoua pour sauver le roi et la nation. Le comédien
-entreprit de démasquer publiquement l’hypocrisie,
-à la veille peut-être de monter sur le trône; il résolut
-d’éclairer cette hideuse figure d’une telle lumière, qu’elle
-fît naître en même temps l’effroi, le dégoût, et l’envie
-de rire. Quel problème d’art! Car il n’est peut-être pas,
-l’ingrat excepté, un seul caractère plus opposé que celui
-de l’hypocrite aux mœurs de la comédie; et l’ingrat
-et l’hypocrite sont réunis dans le Tartufe.</p>
-
-<p>L’audace vertueuse de Molière n’eut peur de rien, ne
-déguisa rien. Lorsque Cléante presse Tartufe de remettre
-en grâce Damis avec son père, et lui rappelle que
-la religion prescrit le pardon des injures, Tartufe
-échappe à l’argument par la direction d’intention: <i>Hélas!
-je le voudrais, quant à moi, de bon cœur</i>, etc. La
-même théorie lui fournit un prétexte pour enlever à un
-fils son héritage: c’est de peur <i>que tout ce bien ne tombe
-en de méchantes mains</i>. Vous retrouvez la maxime favorite
-de Loyola: La fin justifie les moyens. Quand Elmire
-oppose le ciel aux vœux de Tartufe: <i>Si ce n’est
-que le ciel!</i> répond-il. Et tout de suite il lui développe
-cette précieuse doctrine de la direction d’intention:</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">Selon divers besoins, il est une science</div>
-<div class="verse">D’étendre les liens de notre conscience,</div>
-<div class="verse">Et de rectifier le mal de l’action</div>
-<div class="verse">Avec la pureté de notre intention.</div>
-</div>
-
-<p>Il semble qu’on lise la neuvième Provinciale, fortifiée
-<span class="pagenum" id="Page_XXXIV">XXXIV</span>
-du charme d’une versification nerveuse et facile. Et
-pourquoi Orgon a-t-il confié aux mains de Tartufe la
-cassette compromettante d’Argas? Il vous le dit: c’est
-par suite de la doctrine des restrictions mentales,</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">Afin que pour nier, en cas de quelque enquête,</div>
-<div class="verse">J’eusse d’un faux-fuyant la faveur toute prête,</div>
-<div class="verse">Par où ma conscience eût pleine sûreté</div>
-<div class="verse">A faire des serments contre la vérité.</div>
-</div>
-
-<p>Orgon n’a point à se plaindre: il est puni par où il
-a péché. La société humaine ne subsiste que par la
-bonne foi: donc l’hypocrisie attaque la société dans sa
-base. C’est la moralité évidente de la pièce.</p>
-
-<p>Ensuite Molière fait appel à tous les nobles instincts
-de la grande âme de Louis XIV; il sollicite son amour
-de la gloire et de la louange. Au dénoûment,
-cet éloge du roi, que Voltaire a blâmé comme un
-hors-d’œuvre<a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>,
-est tout ce qu’il y a de plus adroit et de plus
-équitable. Adroit, en ce que le conseil se glisse sous la
-forme de la louange, et que le poëte, par de fines allusions,
-lie, pour ainsi dire, le monarque, et lui fait contracter
-l’obligation de réprimer l’hypocrisie et de châtier
-les hypocrites. Équitable; sans Louis XIV est-ce
-que <i>Tartufe</i> eût jamais été représenté? Et qui sauva
-Molière en butte aux saintes fureurs de ceux qu’il dévoilait?
-Contre ce torrent d’injures, d’anathèmes, d’intrigues,
-de libelles, quel autre bras s’opposa que le bras
-de Louis XIV? quel autre s’y fût opposé efficacement?
-Une reconnaissance légitime, une affection réciproque
-excuserait encore Molière, s’il se fût avancé trop loin;
-mais Molière n’a pas besoin d’excuse: il n’a jamais
-loué dans Louis XIV que ce qui était louable.</p>
-
-<p>Aujourd’hui que le retour des mêmes intérêts nous
-<span class="pagenum" id="Page_XXXV">XXXV</span>
-fait assister aux mêmes violences, il est encore impossible
-de se figurer jusqu’où fut porté le déchaînement
-contre l’auteur du <i>Tartufe</i>. Un curé de Paris publia
-un libelle où il appelle Molière «un démon vêtu de
-chair, habillé en homme; un libertin, un impie <i>digne
-d’être brûlé publiquement</i>.» Il serait dommage
-que la postérité ne sût pas le nom de ce bon prêtre;
-elle en aura l’obligation à M. J. Taschereau, qui a découvert
-qu’il se nommait Pierre Roullès, curé de Saint-Barthélemy;
-digne, comme on voit, de desservir l’autel
-placé sous cette invocation sinistre.</p>
-
-<p>L’archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, prêtre
-indigne, dont les mœurs dissolues déshonoraient
-publiquement le sacerdoce, donna un mandement dans
-lequel il <i>excommunie</i> quiconque lirait ou verrait jouer
-<i>Tartufe</i>; en quoi il faut avouer qu’il agit moins par ressentiment
-personnel que par esprit de corps, car il ne
-se donnait même pas la peine d’être hypocrite. C’est de
-lui que Fénelon écrivait à Louis XIV: «Vous avez un
-archevêque corrompu, scandaleux, incorrigible, faux,
-malin, artificieux, ennemi de toute vertu, et qui fait
-gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommodez,
-parce qu’il ne songe qu’à vous plaire par ses flatteries.
-Il y a plus de vingt ans qu’en prostituant son
-honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui
-livrez les gens de bien, et lui laissez tyranniser
-l’Église<a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.»
-Voilà le saint personnage qui lance l’anathème contre
-Molière, parce que sa comédie, «sous prétexte de condamner
-la fausse dévotion et l’hypocrisie, donne lieu
-d’en accuser ceux qui font profession de la plus solide
-piété, et les expose aux railleries des libertins.»
-Le père Bourdaloue ne rougit pas de prêcher en chaire
-<span class="pagenum" id="Page_XXXVI">XXXVI</span>
-contre Molière, ce qui revient à prendre en main la
-cause de Tartufe et de ses pareils. L’argument du jésuite
-est celui de l’archevêque: «Comme la véritable
-et la fausse dévotion ont un grand nombre d’actions
-qui leur sont communes, et comme les dehors de
-l’une et de l’autre sont presque tout semblables,
-les traits dont on peint celle-ci <i>défigurent
-celle-là</i><a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>.»</p>
-
-<p>Nullement. Molière, qui avait prévu et ce danger et
-ce reproche, s’est appliqué à les éviter, en traçant avec
-un soin religieux la ligne de démarcation entre le vrai
-et le faux zèle. C’est là, je le répète, le but principal de
-ce rôle éloquent de Cléante. Mais on veut l’ignorer, pour
-se ménager un prétexte de déclamations, et se livrer à
-son aise à des alarmes affectées.</p>
-
-<p>Ainsi voilà, par le raisonnement de Bourdaloue, la
-plus cruelle ennemie de la piété, l’hypocrisie, rendue
-inviolable au nom de la religion! Il faudra, suivant
-Bourdaloue, ne toucher à aucun abus, de peur de nuire
-à l’usage, et respecter le mensonge par égard pour la vérité!
-Désormais le sanctuaire abritera au même titre les
-saints confondus avec les impies, ou plutôt les impies seront
-ceux qui tâchent de discerner les boucs des brebis,
-le crime de la vertu, l’hypocrisie de la piété! Parce
-qu’il y a des hommes qui aiment Dieu et veulent faire
-prospérer son culte, il faut assurer, non-seulement l’impunité,
-mais les honneurs de la vertu à ceux dont la
-conduite ferait détester la religion, et tend à la ruine du
-culte! C’est pourtant là l’argument unique que, depuis
-un siècle et demi, l’on veut faire prévaloir contre la comédie
-de Molière et les adversaires de la <i>tartuferie</i>!
-Combien plus sensé et plus judicieux est celui qui écrit:&mdash;«L’hypocrite
-est le plus dangereux des méchants, la
-<span class="pagenum" id="Page_XXXVII">XXXVII</span>
-fausse piété étant cause que les hommes n’osent plus se
-fier à la véritable. Les hypocrites souffrent dans les enfers
-des peines plus cruelles que les enfants qui ont
-égorgé leurs pères et leurs mères, que les épouses qui
-ont trempé leurs mains dans le sang de leurs époux,
-que les traîtres qui ont livré leur patrie après avoir violé
-tous leurs serments.»&mdash;Je reconnais le langage
-d’un honnête homme et d’un chrétien: c’est celui de
-Fénelon<a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
-
-<p>Aussi Fénelon prit-il ouvertement le parti de Molière
-et de sa comédie. Il n’hésita point à blâmer tout
-haut la sortie de Bourdaloue: «Bourdaloue, disait-il,
-n’est point Tartufe; mais ses ennemis diront qu’il est
- jésuite<a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.»
-Le mot est dur pour les jésuites.</p>
-
-<p>On vit alors ce qui s’est renouvelé depuis, la violence
-avec les dévots agresseurs, et la modération avec les laïques
-offensés. Molière ne répondit que par ses <i>Placets</i>
-au roi, et peut-être par la <i>Lettre sur l’Imposteur</i>, où
-brille une si profonde entente de la scène, qu’il est permis
-de la lui attribuer, malgré les incorrections probablement
-préméditées d’un style qui se déguise.</p>
-
-<p><i>Tartufe</i> obtint un succès immense. Il est humiliant
-pour l’esprit humain que <i>la Femme juge et partie</i> l’ait
-contre-balancé par un succès égal, et que Montfleury
-ait brillé un instant au niveau de Molière. Ces égarements
-de l’opinion publique ne durent pas. L’unique
-suffrage littéraire qui ait manqué au <i>Tartufe</i>, est celui
-de la Bruyère; mais, tandis que Tartufe soulève encore
-d’implacables ressentiments, l’Onuphre de la Bruyère
-n’a jamais offensé personne.</p>
-
-<p>Qui ne connaît l’anecdote de Molière notifiant au public
-la défense qu’il venait de recevoir de représenter
-<span class="pagenum" id="Page_XXXVIII">XXXVIII</span>
-<i>Tartufe</i>? <i>M. le premier président ne veut pas qu’on
-le joue.</i> Le fait est aussi faux qu’il est accrédité. Sous
-un roi comme Louis XIV, une plaisanterie si déplacée,
-un si grossier outrage lancé publiquement par un comédien
-contre un magistrat, contre l’illustre Lamoignon,
-ne fût certainement pas resté impuni: Molière,
-aimé de Louis XIV, était d’ailleurs l’homme de France
-le plus incapable de blesser à ce point les convenances,
-sans parler des égards qu’il devait à Boileau, honoré de
-l’intimité de M. de Lamoignon. Ce conte, beaucoup
-plus vieux que Molière, a été ramassé dans les <i>Anas</i>
-espagnols, qui attribuent ce mot à Lope ou à Calderon,
-au sujet d’une comédie de <i>l’Alcade</i>: <i>L’alcade ne
-veut pas qu’on le joue</i>. Quelqu’un a trouvé spirituel de
-transporter cette facétie à Molière, et l’invention a fait
-fortune. La biographie des grands hommes est remplie
-de ces impertinences: c’est le devoir de la critique de
-les signaler, et d’en obtenir justice.</p>
-
-<h3>CHAPITRE VI.</h3>
-
-<p class="somm"><i>Amphitryon</i>, <i>George Dandin</i>, <i>l’Avare</i>.&mdash;Les farces de Molière.&mdash;Ses
-derniers ouvrages.</p>
-
-<p><i>Amphitryon</i>, <i>George Dandin</i>, <i>l’Avare</i>, parurent l’année
-suivante. De ces trois comédies, les deux premières
-ont encouru le reproche d’immoralité, et, toujours emporté
-par son amour du paradoxe, Jean-Jacques ne l’a
-pas épargné même à la troisième, à cause d’un mot:
-«<i>Je n’ai que faire de vos dons</i>.» Cette ironie de
-Cléante est criminelle, d’accord; Molière l’entend bien
-ainsi: il veut montrer comment un père avare amène
-son fils à lui manquer de respect. Personne ne peut s’y
-méprendre. S’il était dit sérieusement, c’est alors que le
-<span class="pagenum" id="Page_XXXIX">XXXIX</span>
-mot serait immoral. C’est ce que M. Saint-Marc Girardin
-fait toucher avec autant de bon sens que de finesse, en
-traduisant <i>je n’ai que faire de vos dons</i> en style du
-drame moderne: «<span class="smcap">Harpagon.</span> Je te maudis! <span class="smcap">Cléante</span>
-(<i>gravement</i>). Vous n’en avez plus le droit. Maudire, cela
-est d’un père; vous êtes mon rival. Maudire, cela est
-d’un prêtre; mais où sont en vous les signes du prêtre,
-la colère vaincue et les passions domptées? Vous n’êtes
-ni père ni prêtre: (<i>avec solennité et intention</i>) <span class="t5">JE N’ACCEPTE
-PAS VOTRE MALÉDICTION!</span>»</p>
-
-<p>«Quel est, demande ensuite M. Saint-Marc Girardin,
-quel est de ces deux mots le plus corrupteur? Lequel
-met le plus en discussion le mystère de l’autorité paternelle?»
-(<i>Cours de littérature dramatique</i>, page 325.)</p>
-
-<p>Dans <i>Amphitryon</i>, l’éloignement des temps, des
-lieux, la différence des mœurs grecques avec les nôtres,
-l’intervention des personnages mythologiques, la banalité
-d’une légende connue même des enfants, mille
-circonstances, écartent le danger. <i>Amphitryon</i> est une
-étude d’après l’antique, et n’est pas plus immoral que
-la Diane chasseresse ou l’Apollon du Belvédère ne sont
-indécents.</p>
-
-<p><i>George Dandin</i>, c’est autre chose: «La coquetterie
-de la femme, dit Voltaire, n’est que la punition
-de la sottise que fait George Dandin d’épouser
-la fille d’un gentilhomme ridicule.» Soit; mais, en
-attendant, le vice d’Angélique joue le rôle avantageux,
-il triomphe, et les conséquences de ce vice sont plus
-funestes à la société que celles de la sottise de George
-Dandin. Toutefois, ce n’est pas à Rousseau à se plaindre
-et à déclamer si haut; car la récrimination serait facile
-contre lui. L’adultère de madame de Wolmar est d’un
-pire exemple que celui d’Angélique. Le vice d’Angélique
-n’est que spirituel; dans Julie, il est intéressant,
-<span class="pagenum" id="Page_XL">XL</span>
-ennobli par la passion; il emprunte les dehors de la
-vertu, tout au plus est-il présenté comme une faiblesse
-rachetable. On ne peut s’empêcher de mépriser Angélique;
-mais Rousseau prétend faire estimer Julie, Julie
-qui n’a pas, comme Angélique, l’excuse d’un mari
-sot, d’un George Dandin. Enfin, quand on a ri à la
-comédie de Molière, toutes les conséquences, ou à peu
-près, en sont épuisées, il n’en reste guère de trace; au
-contraire, <i>la Nouvelle Héloïse</i> a fondé cette école de
-l’adultère sentimental, qui, de nos jours, a envahi le roman,
-le théâtre, et jusqu’à certaines théories philosophiques.</p>
-
-<p>Mais <i>George Dandin</i> offre aussi son côté moral. Les
-bourgeois, en 1668, sont pris d’une manie qui va devenir
-épidémique: ils veulent sortir de leur sphère,
-monter, contracter de grandes alliances et de grandes
-amitiés; ils se hissent sur leur coffre-fort pour atteindre
-jusqu’à l’aristocratie et s’y mêler. De son côté, l’aristocratie
-est fort disposée à se baisser, à descendre, à
-se mêler familièrement aux bourgeois pour puiser dans
-leur caisse, tout en raillant et en méprisant ceux qu’elle
-pressure. La roture opulente passant un marché avec la
-noblesse besoigneuse, cette donnée qui a défrayé tout
-le théâtre de Dancourt et quelques-unes des meilleures
-comédies du <ins id="cor_1" title="dix-hutième">dix-huitième</ins> siècle, c’est Molière qui le premier
-l’a trouvée. Molière, avant le Sage et d’Allainval,
-a châtié la sotte vanité des uns et la cupidité avilissante
-des autres. George Dandin et M. Jourdain sont les types
-du ridicule des bourgeois, et le marquis Dorante
-personnifie la bassesse de certains gentilshommes d’alors.
-Seulement M. Jourdain possède un travers de plus
-que le rustique Dandin: à l’ambition de la noblesse, il
-joint celle des belles manières et du savoir. Molière semble
-l’avoir créé tout exprès pour servir de preuve et de
-<span class="pagenum" id="Page_XLI">XLI</span>
-commentaire à la pensée de Montaigne: «La sotte chose
-qu’un vieillard abecedaire! on peut continuer en tout
-temps l’estude, mais non pas l’escholage.» Les trois
-premiers actes du <i>Bourgeois gentilhomme</i> égalent ce que
-Molière a produit de meilleur: quel dommage que l’impatience
-et les ordres de Louis XIV aient précipité les
-deux derniers dans la farce! Au reste, cette farce joyeuse
-n’est pas si loin de la vérité qu’elle le paraît. L’abbé de
-Saint-Martin, célèbre dans ce temps-là, justifie la réception
-du Mamamouchi: on lui fit accroire que le roi de
-Siam l’avait créé mandarin et marquis de Miskou,
-et il apposa sa signature à ces deux
-diplômes<a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Molière
-n’est jamais sorti de la nature; ce n’est pas sa faute si
-le vrai n’est pas toujours vraisemblable.</p>
-
-<p>Ceux qui cultivent les lettres ou les arts ont souvent
-à lutter contre des préjugés et des obstacles dont la postérité
-ne peut se faire d’idée. Croirait-on, par exemple,
-que l’emploi de la prose, dans une comédie de caractère
-en cinq actes, compromit gravement le succès de
-<i>l’Avare</i>? Le témoignage des contemporains, en particulier
-de Grimarest, confirmé par Voltaire, ne permet pas
-d’en douter. Quant aux inculpations plus graves de
-Rousseau, Marmontel y a répondu; et un sens droit, à
-défaut de Marmontel, en eût fait justice. J’aime mieux
-invoquer en faveur de la comédie de Molière le mot
-connu d’un confrère d’Harpagon: «Il y a beaucoup à
-profiter dans cette pièce: on y peut prendre d’<i>excellentes
-leçons d’économie</i><a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_XLII">XLII</span>
-Diderot, avec son exagération habituelle, dit quelque
-part: «Si l’on croit qu’il y ait beaucoup plus d’hommes
-capables de faire <i>Pourceaugnac</i> que de faire <i>Tartufe</i>
-ou <i>le Misanthrope</i>, on se trompe.» Sans aller si loin,
-on peut dire que <i>Monsieur de Pourceaugnac</i>, <i>les Fourberies
-de Scapin</i> et <i>le Malade imaginaire</i> sont des farces
-où abondent des scènes de haute comédie, des farces
-remplies de verve, de sel, d’une intarissable gaieté, telles
-enfin qu’un génie supérieur pouvait seul les composer.
-Il faut se rappeler que Molière était directeur de
-spectacle, obligé, comme il le disait, de donner du pain
-à tant de pauvres gens, et que les connaisseurs au goût
-pur et austère ne forment, dans tous les temps, qu’une
-très-petite minorité.</p>
-
-<p>Molière termina sa carrière comme il l’avait commencée,
-en immolant les précieuses, les pédants et les
-pédantes. <i>Les Femmes savantes</i> furent son dernier chef-d’œuvre,
-comparable au <i>Misanthrope</i> et au <i>Tartufe</i>, sinon
-par l’élévation du but, au moins par le style, par les
-détails, et l’art de féconder, d’étendre un sujet ingrat, stérile
-et borné. On a reproché à Molière d’avoir joué l’abbé
-Cotin en plein théâtre; Cotin, dit-on, en mourut de chagrin.
-On a prétendu de même que les satires de Boileau
-avaient rendu fou l’abbé Cassagne. Ces rumeurs
-ont été accueillies par Voltaire mal à propos. Il est
-prouvé que Cassagne mourut en pleine jouissance de son
-bon sens, tel que Dieu le lui avait départi, et que l’abbé
-Cotin survécut dix ans aux <i>Femmes savantes</i>. Il n’est
-pas moins prouvé que ces deux hommes avaient fait
-tout leur possible pour nuire à Despréaux et à Molière,
-<span class="pagenum" id="Page_XLIII">XLIII</span>
-et s’étaient attiré le rude châtiment auquel ils doivent
-d’être immortels.</p>
-
-<h3>CHAPITRE VII.</h3>
-
-<p class="somm">Caractère privé de Molière.&mdash;Sa mort.&mdash;Son talent comme auteur.</p>
-
-<p>Qui jugerait du caractère des auteurs par celui de
-leurs ouvrages s’exposerait à des erreurs étranges. Les
-plus folles comédies de Molière furent composées à la
-fin de sa vie, lorsqu’il était tourmenté de souffrances
-morales. Molière réunissait deux dispositions d’esprit
-en apparence contradictoires, et que néanmoins on
-trouve souvent associées, l’enjouement des paroles et la
-mélancolie de l’âme: l’un résulte de la vivacité de l’esprit,
-l’autre de la tendresse du cœur. Personne ne fut
-meilleur que Molière, personne peut-être ne fut plus
-malheureux intérieurement. Il était très-porté à l’amour:
-sa passion pour Armande Béjart, passion qui sembla
-s’accroître par le mariage, empoisonna son existence.
-Les galanteries de mademoiselle Molière étaient publiques,
-tantôt avec Lauzun, tantôt avec le duc de Guiche,
-tantôt, avec un autre grand seigneur; car du moins
-elle n’<i>encanaillait</i> pas ses amours. Sa coquetterie ne se
-contint pas même devant le fils adoptif de Molière, le
-jeune Baron, que Molière chérissait paternellement, et
-se plaisait à former. Les bienfaits de cet infortuné grand
-homme tournaient contre lui: c’est ainsi qu’il s’était vu
-trahi par Racine, mais d’une façon pourtant moins sensible
-et cruelle. <i>La Fameuse comédienne</i>, biographie satirique
-de mademoiselle Molière, rapporte une longue
-conversation entre Molière et Chapelle, dans laquelle le
-premier expose à son ami la vivacité et la tyrannie de
-ce funeste amour. Les traits en sont désespérés, et cette
-<span class="pagenum" id="Page_XLIV">XLIV</span>
-peinture est à la fois si naïve et si véhémente, qu’il n’est
-guère possible qu’elle ne soit vraie.&mdash;«Mes bontés,
-dit le pauvre Molière, ne l’ont point changée. Je me
-suis donc déterminé à vivre avec elle comme si elle
-n’était point ma femme; mais si vous saviez ce que
-je souffre, vous auriez pitié de moi! Ma passion est
-venue à un tel point, qu’elle va jusqu’à entrer avec
-compassion dans ses intérêts; et quand je considère
-combien il m’est impossible de vaincre ce que je sens
-pour elle, je me dis en même temps qu’elle a peut-être
-la même difficulté à détruire le penchant qu’elle
-a d’être coquette, et je me trouve plus de disposition
-à la plaindre qu’à la blâmer. Vous me direz sans doute
-qu’il faut être poëte pour aimer de cette manière;
-mais, pour moi, je crois qu’il n’y a qu’une sorte d’amour,
-et que les gens qui n’ont point senti de semblables
-délicatesses n’ont jamais aimé véritablement...
-Quand je la vois, une émotion qu’on peut sentir, mais
-qu’on ne saurait exprimer, m’ôte l’usage de la réflexion.
-Je n’ai plus d’yeux pour ses défauts: il
-m’en reste seulement pour ce qu’elle a d’aimable.»
-C’est exactement l’amour d’Alceste pour Célimène. Molière,
-devant ce même public qu’il avait tant réjoui aux
-dépens des maris trompés, voulut une fois épancher
-noblement la douleur qui navrait son âme. De là vient
-que <i>le Misanthrope</i>, sans action, est si intéressant: c’est
-le cœur du poëte qui s’ouvre, c’est dans le cœur de Molière
-que vous lisez, sans vous en douter; tout cet esprit
-si fin, cette délicatesse élevée, cette jalousie vigilante
-et confuse d’elle-même, cette fière vertu rebelle à
-la passion qui la dompte, c’est Molière, c’est lui qui se
-plaint, qui se débat, qui s’indigne; c’est lui que vous
-aimez, que vous admirez, de qui vous riez d’un rire si
-plein de bienveillance et de respect. Quel homme que
-<span class="pagenum" id="Page_XLV">XLV</span>
-celui qui, pour créer un tel chef-d’œuvre, n’a eu besoin
-que de se peindre au naturel! Et quel spectacle
-quand Molière jouait Alceste, et mademoiselle Molière
-Célimène! Ce n’était plus l’illusion, c’était la réalité.
-Lorsque vous verrez <i>le Misanthrope</i>, songez à Molière,
-à son infortune profonde; persuadez-vous bien que, sous
-le nom d’Alceste, c’est lui-même que vous avez devant les
-yeux, et vous sentirez quelle douleur amère se cache au
-fond de ce charmant plaisir.</p>
-
-<p>Le cœur se serre de tristesse quand on entend Molière
-dire à son ami Rohault, le célèbre physicien:
-«Oui, mon cher monsieur Rohault, je suis le
-plus malheureux des hommes, et je n’ai que ce que je
-mérite<a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>.»</p>
-
-<p>On lit toujours avec plaisir deux traits qui peignent
-la générosité du cœur de Molière.</p>
-
-<p>Un pauvre comédien de campagne appelé Mondorge,
-qui avait jadis fait partie de la troupe de Molière, n’osant,
-à cause de son extrême misère, se présenter devant
-lui, fit solliciter par Baron quelques secours, afin
-de pouvoir rejoindre sa troupe. Molière, qui ne perdait
-pas une occasion d’exercer son élève, lui demande
-combien il fallait donner. Baron répond au hasard:
-«Quatre pistoles.&mdash;Donnez-lui, dit Molière,
-ces quatre pistoles pour moi; mais en voilà vingt qu’il
-faut que vous lui donniez pour vous, car je veux qu’il
-vous ait l’obligation de ce service.» Ce qui fut exécuté.
-Molière ne s’en tint pas là: il voulut voir son
-ancien camarade; il le consola et l’embrassa, dit
-Laserre<a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>,
-et mit le comble à ce bon accueil par le cadeau d’un
-magnifique habit de théâtre.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_XLVI">XLVI</span>
-Une autre fois, un mendiant lui demanda l’aumône.
-Molière, qui était fort charitable, lui jette une pièce de
-monnaie; le mendiant court après la voiture où Molière
-s’entretenait avec Charpentier, qui composa la musique
-du <i>Malade imaginaire</i>: «Monsieur, dit le pauvre,
-vous n’aviez probablement pas dessein de me
-donner un louis d’or; je viens vous le rendre.&mdash;Tiens,
-mon ami, dit Molière, en voilà un autre.» Et comme
-son génie était continuellement en sentinelle, il s’écria:
-«Où la vertu va-t-elle se nicher!»</p>
-
-<p>Molière était taciturne, comme Corneille; Boileau
-l’avait surnommé <i>le contemplateur</i>. Avec cette humeur
-sérieuse, il était obligé de représenter les personnages
-comiques ou ridicules, où il était, dit-on, incomparable.
-Ses rôles habituels étaient Mascarille, George Dandin,
-Scapin, Sganarelle, Pourceaugnac: il se dédommageait
-par des rôles d’un comique plus relevé, dans Arnolphe,
-Orgon, Harpagon, surtout dans Alceste et le bonhomme
-Chrysale; mais peignez-vous le grave Molière jouant Sosie
-dans <i>Amphitryon</i>, Zéphire dans <i>Psyché</i>, ou Moron
-de <i>la Princesse d’Élide</i>! Encore s’il n’eût joué que ses
-ouvrages! mais il était obligé de faire valoir en conscience
-toutes les platitudes, soit en vers, soit en prose,
-dont les auteurs ses rivaux voulaient bien gratifier son
-théâtre. Il est plus que probable que lorsqu’on représentait
-<i>Don Japhet</i>, <i>l’Héritier ridicule</i> et les <i>Jodelet</i> de
-Scarron, Molière remplissait le principal rôle de ces
-ignobles comédies, qui avaient encore l’honneur d’être
-jouées à la cour devant le roi. Apparemment aussi ces
-rôles donnèrent lieu à une foule de particularités concernant
-Molière, qui nous sembleraient bien piquantes
-si nous pouvions les savoir. Une seule anecdote, conservée
-par Grimarest, servira d’échantillon. Molière jouait
-Sancho dans le <i>Don Quichotte</i> de Guérin du Bouscal,
-<span class="pagenum" id="Page_XLVII">XLVII</span>
-et se tenait dans la coulisse, monté sur son âne, guettant
-le moment d’entrer. «Mais l’âne, qui ne savait pas
-son rôle par cœur, n’observa point ce moment, et dès
-qu’il fut dans la coulisse il voulut entrer en scène,
-quelques efforts que Molière employât pour qu’il n’en
-fît rien. Molière tirait le licou de toute sa force; l’âne
-n’obéissait point, et voulait paraître. Molière appelait:
-<i>Baron! Laforêt! à moi!... ce maudit âne veut entrer!</i>
-Cette femme était dans la coulisse opposée, d’où elle
-ne pouvait passer par-dessus le théâtre pour arrêter
-l’âne; et elle riait de tout son cœur de voir son maître
-renversé sur le derrière de cet animal, tant il mettait
-de force à tirer le licou pour le retenir. Enfin,
-destitué de tout secours et désespérant de vaincre l’opiniâtreté
-de son âne, il prit le parti de se retenir aux
-ailes du théâtre, et de laisser glisser l’animal entre ses
-jambes, pour aller faire telle scène qu’il jugerait à
-propos. Quand on fait réflexion au caractère d’esprit
-de Molière, à la gravité de sa conversation, il est risible
-que ce philosophe fût exposé à de pareilles aventures,
-et prît sur lui les personnages les plus comiques.»</p>
-
-<p>Ce genre de vie, qui avait été la vocation de sa jeunesse,
-était devenu l’affliction de son âge mûr. Grimarest
-rapporte qu’un jour, s’en expliquant à un de ses
-amis: «Ne me plaignez-vous pas, lui dit-il, d’être d’une
-profession si opposée à l’humeur et aux sentiments
-que j’ai maintenant? J’aime la vie tranquille, et la
-mienne est agitée par une infinité de détails communs
-et turbulents sur lesquels je n’avais pas compté, et auxquels
-il faut que je me livre tout entier.» Et comme
-cet ami cherchait à lui faire envisager certains côtés
-moins tristes de sa condition, Molière ajouta: «Vous
-croyez peut-être qu’elle a ses agréments? vous vous
-trompez. Il est vrai que nous sommes en apparence
-<span class="pagenum" id="Page_XLVIII">XLVIII</span>
-recherchés des grands seigneurs; mais ils nous assujettissent
-à leurs plaisirs, et c’est la plus triste de toutes
-les situations que d’être l’esclave de leurs fantaisies.
-Le reste du monde nous regarde comme des gens
-perdus, et nous méprise!»</p>
-
-<p>Mais puisque Molière était si désenchanté de la comédie,
-que ne la quittait-il? Il l’aurait pu: sa fortune,
-sans être considérable, le lui aurait permis; sa santé délabrée
-se joignait à son goût pour l’engager au repos.
-L’Académie offrait même un fauteuil à l’auteur du <i>Misanthrope</i>,
-s’il voulait renoncer au métier de comédien.
-Boileau insistant sur cette nécessité, Molière lui objecta
-le point d’honneur: «Plaisant point d’honneur! s’écria
-le satirique, qui consiste à se barbouiller d’une moustache
-de Sganarelle, et à recevoir des coups de bâton!»
-Molière avait un motif plus sérieux, qu’il ne dit pas
-cette fois-là; mais, le jour de la quatrième représentation
-du <i>Malade imaginaire</i>, Molière, qui faisait Argan, se
-trouvait si véritablement malade, que Baron et quelques
-autres personnes le pressaient de ne point jouer. «Et
-comment voulez-vous que je fasse? répondit Molière.
-Il y a cinquante pauvres ouvriers qui n’ont que leur
-journée pour vivre: que feront-ils, si on ne joue pas?
-Je me reprocherais d’avoir négligé de leur donner du
-pain un seul jour, le pouvant faire absolument.»</p>
-
-<p>Voilà ce qui le retenait au théâtre: l’humanité.</p>
-
-<p>Il joua donc, non sans de grandes douleurs et de
-grands efforts pour achever son rôle. Dans la cérémonie,
-en prononçant le <i>Juro</i>, il éprouva une convulsion
-qu’il parvint à déguiser. Rentré chez lui, sa toux le prit
-si violemment qu’il se vit en danger, et réclama les secours
-de la religion. Deux prêtres de Saint-Eustache refusèrent
-de venir; un troisième ecclésiastique, mieux
-instruit de ses devoirs, arriva lorsque Molière avait perdu
-<span class="pagenum" id="Page_XLIX">XLIX</span>
-l’usage de la parole. Il s’était rompu un vaisseau dans
-la poitrine, et il expira suffoqué par le sang, à dix heures
-du soir, le 17 février 1673, anniversaire de la mort
-de Madeleine Béjart, sa belle-sœur et son premier amour;
-il avait cinquante et un ans.</p>
-
-<p>Le pieux Harlay de Champvallon ne manqua pas de
-s’opposer à ce que Molière fût inhumé en terre sainte.
-Un comédien! La veuve du comédien présenta humblement
-requête au prélat <i>ennemi de toute vertu</i>, à qui
-Louis XIV <i>livrait les gens de bien, et laissait tyranniser
-l’Église</i>. Il ne fallut rien de moins qu’un ordre du roi;
-Louis XIV donna cet ordre, et l’archevêque voulut bien
-y consentir, à condition que la cérémonie aurait lieu de
-nuit, et que le convoi ne serait pas escorté de plus de
-deux prêtres. Il s’y joignit une centaine de personnes,
-amis ou connaissances du défunt, chacune portant une
-torche. Molière fut enterré au coin de la rue Montmartre
-et de la rue Saint-Joseph, où est à présent le marché;
-c’était alors un cimetière. Quant à l’archevêque, lorsque
-son tour vint, «il fut enterré pompeusement au son de toutes
-les cloches, avec toutes les belles cérémonies
-qui conduisent infailliblement l’âme d’un archevêque dans
-l’Empyrée<a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.». Il est vrai qu’il
-avait béni le mariage clandestin de Louis XIV avec
-madame de Maintenon; cela valait mieux que d’avoir
-fait <i>le Misanthrope</i> et <i>les Femmes savantes</i>.</p>
-
-<p>L’histoire et les arts ont consacré le souvenir des
-deux sœurs de charité qui assistèrent Molière au moment
-suprême. Ces bonnes religieuses venaient tous les
-ans quêter à Paris à la même époque, et l’hospitalité
-leur était assurée chez l’auteur de <i>Tartufe</i>; mais, dans
-<span class="pagenum" id="Page_L">L</span>
-cette scène touchante et solennelle, il n’est pas question
-de sa femme. Bussy-Rabutin nous apprend que cette
-indigne épouse reparut sur le théâtre <i>treize jours
-après la mort de son mari</i>! Molière avait eu
-d’elle trois enfants: deux garçons et une
-fille<a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>. Les garçons moururent
-en bas âge; la fille, après la mort de son père,
-épousa M. de Montalant, par qui elle avait été enlevée.
-Ils ne laissèrent point de postérité.</p>
-
-<p>A la mort de Molière, son théâtre ferma pendant <i>six
-jours</i>: on rouvrit par <i>le Misanthrope</i>; Baron remplaça
-Molière dans le rôle d’Alceste.</p>
-
-<p>On sera bien aise de connaître le portrait de Molière
-tracé dans le <i>Mercure de France</i> par une actrice de sa
-troupe, mademoiselle Poisson:&mdash;«Il n’était ni trop
-gras, ni trop maigre; il avait la taille plus grande que
-petite, le port noble, la jambe belle. Il marchait gravement,
-avait l’air très-sérieux, le nez gros; la bouche
-grande, les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils
-noirs et forts, et les divers mouvements qu’il leur
-donnait lui rendaient la physionomie extrêmement
-comique.»</p>
-
-<p><i>Le Mercure galant</i>, appréciant le jeu de Molière, le
-met au-dessus de Roscius:&mdash;«Il méritait le premier
-rang: il était tout comédien depuis les pieds
-jusqu’à la tête. Il semblait qu’il eût plusieurs voix:
-tout parlait en lui, et d’un pas, d’un sourire, d’un
-clin d’œil et d’un remuement de tête, il faisait plus
-concevoir de choses que le plus grand parleur n’aurait
-pu en dire une heure.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_LI">LI</span>
-Ce témoignage, rendu sur la tombe récente de Molière,
-ne doit s’entendre sans doute que de l’acteur
-comique. Mais Molière jouait aussi la tragédie, pour
-laquelle il eut toute sa vie une singulière affection:
-cependant il n’y réussit jamais. Il jouait lui-même son
-<i>Don Garcie</i>, et y fut sifflé; il faisait Nicomède; César,
-dans <i>la Mort de Pompée</i>. Montfleury le fils l’a peint en
-caricature dans ce rôle: il le compare à ces héros qu’on
-voit dans les tapisseries:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est fait tout de même! il vient, le nez au vent,</div>
-<div class="verse">Les pieds en parenthèse et l’épaule en avant;</div>
-<div class="verse">Sa perruque qui suit le côté qu’il avance,</div>
-<div class="verse">Plus pleine de lauriers qu’un jambon de Mayence;</div>
-<div class="verse">Les mains sur les côtés, d’un air peu négligé;</div>
-<div class="verse">La tête sur le dos, comme un mulet chargé;</div>
-<div class="verse">Les yeux fort égarés; puis, débitant ses rôles,</div>
-<div class="verse">D’un hoquet éternel sépare ses paroles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Impromptu de l’hôtel Condé.</i>)</div>
-
-<p>On sent la main d’un ennemi; cependant il peut y
-avoir du vrai dans ces détails. Le hoquet, par exemple,
-est mentionné par tous les historiens du théâtre. Molière,
-dit Grimarest, avait contracté ce tic en s’efforçant
-de maîtriser une excessive volubilité de prononciation;
-mais, dans la comédie, il dissimulait ce défaut à
-force d’art<a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>.
-Molière, en récitant des vers, n’employait
-pas cette espèce de mélopée si fort en honneur
-dans le <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup> siècle; son débit était simple, sans affectation,
-et devait offrir beaucoup d’analogie avec la
-manière de Talma, autant du moins qu’on en peut juger
-par celle de Baron, élève de Molière. «Baron, dit
-Collé, ne déclamait jamais, même dans le plus grand
-tragique; et il rompait la mesure de telle sorte que
-l’on ne sentait pas l’insupportable monotonie du vers
-<span class="pagenum" id="Page_LII">LII</span>
-alexandrin.» Sans doute Baron tenait ce système de
-Molière, et c’est peut-être ce passage de Collé qui l’a
-transmis à Talma.</p>
-
-<p>Molière, dans sa jeunesse, avait traduit en vers le
-poëme de Lucrèce, <i>De la nature des choses</i>. Il est certain
-que cette traduction existait encore, en 1664; elle
-est aujourd’hui perdue. Les papiers de Molière, parmi
-lesquels devaient se trouver des esquisses et des fragments
-de comédies inachevées, ont été vendus et dispersés
-avec la bibliothèque du comédien Lagrange,
-héritier des manuscrits de son illustre camarade. On
-assure pourtant qu’en 1799, la Comédie française possédait
-encore quelques-uns de ces cahiers, mais qu’ils
-ont péri dans l’incendie de l’Odéon; en sorte que l’on
-ne connaît aujourd’hui de la main de Molière que sa
-signature au bas d’un acte.</p>
-
-<h3>CHAPITRE VIII.</h3>
-
-<p class="somm">Du génie dramatique de Molière.&mdash;Du style de Molière.</p>
-
-<p>Les comédies de Molière sont à présent, et, tout en
-réservant les chances de l’avenir, on peut croire qu’elles
-resteront le plus grand monument de la littérature française,
-l’éternel honneur du siècle et du pays qui les a
-vues naître. Personne n’est descendu plus avant que
-Molière dans le cœur humain. Il n’y a point de vices,
-de travers, de ridicules, auxquels il n’ait au moins
-touché, sur lesquels il n’ait laissé l’empreinte de sa
-main puissante; en sorte qu’il semble avoir confisqué
-par anticipation l’originalité de tous ses successeurs.</p>
-
-<p>On a tenté d’amoindrir la sienne en recherchant les
-sources où il avait puisé, en faisant voir qu’il avait
-<span class="pagenum" id="Page_LIII">LIII</span>
-emprunté une idée tantôt à Térence, tantôt à Aristophane;
-un caractère ou un bon mot à Plaute; à Cyrano le
-fond de deux scènes; <i>le Médecin malgré lui</i> à un fabliau
-du <span class="t5">XIII</span><sup>e</sup> siècle; <i>la Princesse d’Élide</i> à Augustin Moreto
-(il eût mieux fait de la lui laisser); un trait de <i>Tartufe</i>
-à Scarron. Et qu’importe? tout cela était enfoui, inconnu,
-méprisé, sans valeur. Reprocheriez-vous à un
-alchimiste d’avoir ramassé dans la rue un morceau de
-plomb, pour le changer en or? Ce que Molière a pris à
-tout le monde, personne ne le reprendra sur lui, et
-l’on ne lui arrachera pas davantage ce qu’il n’a pris à
-personne.</p>
-
-<p>Il était toujours à la piste de la vérité, et, dans l’ardente
-recherche qu’il en faisait, il ne dédaignait pas
-d’aller s’asseoir au théâtre de Polichinelle, ni de s’arrêter
-devant les tréteaux de Tabarin; il en rapporta
-un jour la fameuse scène du sac, que Boileau lui a tant
-reprochée. Il furetait également les livres italiens et espagnols,
-romans, recueils de bons mots, facéties, etc.
-«Il n’est, dit l’auteur de <i>la Guerre comique</i>, <i>point de
-bouquin qui se sauve de ses mains</i>; mais le bon usage
-qu’il fait de ces choses le rend encore plus louable.»
-Et de Visé, dans sa rapsodie de <i>Zélinde</i>, dirigée cependant
-contre Molière: «Pour réussir, il faut prendre
-la manière de Molière: lire tous les livres satiriques,
-prendre dans l’espagnol, prendre dans l’italien, et
-<i>lire tous les vieux bouquins</i>. Il faut avouer que c’est
-un galant homme, et qu’il est louable de se servir de
-tout ce qu’il lit de bon<a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_LIV">LIV</span>
-Le génie de Molière était si éminemment dramatique,
-qu’il a employé toutes les formes du drame, y
-compris celles que l’on croirait plus modernes; tous
-les tons et toutes les nuances de la comédie, cela va
-sans dire; la tragédie et le drame héroïque dans <i>Don
-Garcie de Navarre</i>, dont les meilleures scènes ont enrichi
-<i>le Misanthrope</i>; la tragédie lyrique dans <i>Psyché</i>;
-l’opéra-ballet dans <i>Mélicerte</i>, dans <i>la Princesse d’Élide</i>,
-et dans les nombreux intermèdes de ses autres pièces;
-et jusqu’à l’opéra-comique dans <i>le Sicilien</i>, qui peut à
-bon droit passer pour le premier essai du genre.</p>
-
-<p>Voltaire a reproché à Molière des dénoûments postiches
-et peu naturels, et cette opinion a trouvé de
-nombreux échos. Cette question, examinée de près, atteste,
-je crois, l’étude profonde que Molière avait faite
-de la nature et de l’art. En effet, il n’y a point de dénoûments
-dans la nature: j’entends de ces péripéties qui
-tout d’un coup placent un nombre donné de personnages,
-tous en même temps, dans une situation arrêtée,
-définitive, et qui ne laisse plus à s’enquérir de rien sur
-leur compte. Par rapport à l’art, une pièce de théâtre
-n’est point faite pour le dénoûment; au contraire, le
-dénoûment n’est qu’un prétexte pour faire la pièce.
-Quand vous sortez pour vous promener, est-ce le terme
-de la promenade qui en est l’objet véritable? Nullement:
-le vrai but, c’est de parcourir lentement, curieusement,
-le chemin. L’art consiste à vous faire
-avancer par des sentiers dont les sinuosités et les retours
-ont été savamment calculés, embellis à droite et
-à gauche de toutes sortes de fleurs et d’agréments qui
-vous attirent: c’est là votre plaisir, et l’artifice du jardinier
-ou du poëte. Mais ce que vous trouverez à la
-fin, vous le savez d’avance, et c’est votre moindre
-souci. La preuve que la curiosité n’est ici pour rien,
-<span class="pagenum" id="Page_LV">LV</span>
-c’est que l’on reverra cent fois la même pièce. Il n’y a
-au théâtre que deux dénoûments: la mort dans la tragédie,
-dans la comédie le mariage. Le talent du poëte
-est d’accumuler au-devant des obstacles en apparence
-invincibles; et quand il les a fait disparaître un à un,
-ce qu’il a de mieux à faire, c’est de tourner court, et
-de disparaître lui-même. Il vous a donné ce que vous
-lui demandiez: le plaisir de la promenade. Quelles sont
-donc les conditions rigoureuses d’un bon dénoûment?
-C’est de satisfaire la raison, le jugement, les sympathies
-ou les antipathies excitées dans le cours de l’ouvrage;
-l’imagination n’a rien à y réclamer, elle a eu
-sa part. Considérés de ce point de vue, les dénoûments
-de Molière n’offrent plus rien à reprendre.</p>
-
-<p>L’arrêt porté par Boileau est d’une sévérité qui va
-jusqu’à l’injustice:</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">C’est par là que Molière, illustrant ses écrits,</div>
-<div class="verse">Peut-être de son art eût remporté le prix,</div>
-<div class="verse">Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures</div>
-<div class="verse">Il n’eût point fait souvent grimacer ses figures,</div>
-<div class="verse">Quitté pour le bouffon l’agréable et le fin,</div>
-<div class="verse">Et sans honte à Térence allié Tabarin.</div>
-<div class="verse">Dans ce sac ridicule où Scapin l’enveloppe,</div>
-<div class="verse">Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.</div>
-</div>
-
-<p>Que vous le reconnaissiez ou non, il n’en est pas
-moins cet auteur. Quand il s’agit d’apprécier et de classer
-définitivement un écrivain, on doit considérer non
-le point où il est descendu, mais le point où il s’est
-élevé. La raison en est simple: les bons ouvrages avancent
-l’art; les mauvais ne le font pas reculer. La postérité
-ne voit de Corneille que <i>le Cid</i>, <i>Horace</i>, <i>Cinna</i>,
-<i>Polyeucte</i>; quant à <i>Théodore</i>, <i>Agésilas</i>, <i>Attila</i>, <i>Suréna</i>,
-elle les ignore ou les oublie.</p>
-
-<p>Boileau était le maître de choisir son public; il ne
-s’embarrassa de plaire qu’à Louis XIV, à un duc de
-<span class="pagenum" id="Page_LVI">LVI</span>
-Beauvilliers, à un duc de Montausier, à Guilleragues,
-à Seignelay, aux esprits d’élite. C’est pour eux qu’il
-écrit, pour eux seuls. Molière subissait des conditions
-tout à fait différentes: il a travaillé tantôt pour la cour,
-tantôt pour le peuple, et il est arrivé que ses ouvrages
-ont été goûtés universellement. Est-il juste de lui en
-faire un crime? Mais, au contraire, cette austérité inflexible,
-ce puritanisme de goût qui bannit une certaine
-variété, sera toujours, aux yeux de beaucoup de
-gens, un titre d’exclusion contre Boileau.</p>
-
-<p>Enfin, si Molière n’emporte pas le prix dans son art,
-qui l’emportera? à qui réserve-t-on ce prix?</p>
-
-<p>A Shakspeare, à Caldéron, répond Schlegel. Nous
-n’opposerons à l’adoption de cette sentence qu’une petite
-difficulté: Schlegel, qui condamne Racine et méprise
-Molière, ne les entend pas assez; et il entend
-trop Caldéron et Shakspeare.</p>
-
-<p>Saint-Évremond, cet esprit si fin, si juste, et en même
-temps si sobre dans l’expression, me paraît avoir, en
-deux lignes, jugé Molière mieux et plus complétement
-que personne: «Molière a pris les anciens pour modèles,
-inimitable à ceux qu’il a imités, s’ils vivaient
-encore.»</p>
-
-<p>Le style de Molière a été déprécié par deux juges
-d’une autorité imposante: la Bruyère et Fénelon. Voici
-d’abord l’opinion de l’auteur du <i>Télémaque</i>, qui, fidèle
-à son caractère de mansuétude, s’exprime avec moins
-de dureté que l’auteur des <i>Caractères</i>.</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«En pensant bien, il parle souvent mal. Il se sert
-des phrases les plus forcées et les moins naturelles.
-Térence dit en quatre mots, avec la plus grande simplicité,
-ce que celui-ci ne dit qu’avec une multitude
-de métaphores qui approchent du galimatias. J’aime
-bien mieux sa prose que ses vers. <i>L’Avare</i>, par exemple,
-<span class="pagenum" id="Page_LVII">LVII</span>
-est moins mal écrit que les pièces qui sont en
-vers. Il est vrai que la versification française l’a gêné...
-Mais, en général, il me paraît jusque dans sa prose
-ne point parler assez simplement pour exprimer toutes
-les passions.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettre sur l’Éloquence.</i>)</div>
-</div>
-
-<p>La Bruyère ne fait que résumer ce jugement, en
-exagérant les termes presque jusqu’à l’injure:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Il n’a manqué à Molière que d’éviter <i>le jargon et le
-barbarisme</i>, et d’écrire purement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Des ouvrages de l’esprit.</i>)</div>
-</div>
-
-<p>Incorrection, jargon, et barbarisme, voilà, suivant
-la Bruyère, les caractères du style de notre grand comique.
-Il ne laisse, lui, aucun refuge à Molière; il ne
-distingue pas entre la prose et les vers, et ne s’avise pas
-de demander aux difficultés de la versification une
-circonstance atténuante; il est impitoyable et brutal:
-<i>La mort, sans phrases</i>!</p>
-
-<p>Sur cette distinction entre la prose et les vers de
-Molière, laissons parler d’abord un troisième juge, dont
-la compétence en matière de goût et de style est irrécusable:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«On s’est piqué à l’envi, dans quelques dictionnaires
-nouveaux, de décrier les vers de Molière en faveur de
-sa prose, sur la parole de l’archevêque de Cambrai,
-Fénelon, qui semble en effet donner la préférence à
-la prose de ce grand comique, et qui avait ses raisons
-pour n’aimer que la prose poétique: mais Boileau ne
-pensait pas ainsi. Il faut convenir que, à quelques négligences
-près, négligences que la comédie tolère, Molière
-est plein de vers admirables, qui s’impriment
-facilement dans la mémoire. <i>Le Misanthrope</i>, <i>les Femmes
-savantes</i>, <i>le Tartufe</i>, sont écrits comme les satires
-de Boileau; <i>l’Amphitryon</i> est un recueil d’épigrammes
-<span class="pagenum" id="Page_LVIII">LVIII</span>
-et de madrigaux faits avec un art qu’on n’a point
-imité depuis. La poésie est à la bonne prose ce que la
-danse est à une simple démarche noble, ce que la
-musique est au récit ordinaire, ce que les couleurs
-sont à des dessins au crayon.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Voltaire</span>, <i>Siècle de Louis XIV</i>.)</div>
-</div>
-
-<p>A cette réponse sans réplique, on pourrait ajouter
-une autre observation, à quoi Fénelon ni Voltaire n’ont
-pris garde: c’est que <i>l’Avare</i>, comme plusieurs autres
-comédies en prose de Molière, est presque tout entier
-en vers blancs<a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.
-Le rhythme et la mesure y sont déjà; il n’y manque plus que la rime.
-Une telle prose assurément ne peut se dire affranchie des contraintes
-de la versification, auxquelles Fénelon attribue le méchant
-style des vers de Molière. Ainsi l’exemple de <i>l’Avare</i> est
-très-malheureusement choisi; ce qu’il aurait fallu citer
-comme modèle de belle et franche prose, c’était le
-<i>Don Juan</i>, <i>la Critique de l’École des femmes</i>, ou <i>le Malade
-imaginaire</i>.</p>
-
-<p>J’espère montrer, contre l’opinion de Fénelon et même
-de Voltaire, que beaucoup d’expressions des vers de
-Molière, qu’on regarde comme suggérées par le besoin
-de la rime ou de la mesure, parce qu’elles sont aujourd’hui
-hors d’usage, étaient alors du langage commun;
-et l’on n’en doutera point, lorsqu’on les retrouvera
-dans la prose de Pascal et dans celle de Bossuet.</p>
-
-<p>Il ne s’agit point de comparer Molière à Térence, et
-de décider si le français de l’un est moins élégant et
-moins pur que le latin de l’autre. Térence, quand Fénelon
-lui donnait le prix, avait l’avantage d’être mort
-depuis longtemps, et aussi sa langue. Il est à craindre
-que l’heureux imitateur d’Homère n’ait trop cédé à
-<span class="pagenum" id="Page_LIX">LIX</span>
-ses préoccupations en faveur des anciens. Nous devons
-croire à l’élégance et à la pureté de Térence, dont il y
-a tant de bons témoins; mais y croire d’une manière
-absolue, et sans nous mêler de faire concourir le poëte
-latin avec les écrivains d’un autre idiome. Nous avons un
-mémorable exemple du danger où nous nous exposerions,
-puisque le sentiment excessif des mérites de Térence a
-pu faire paraître <i>le Misanthrope</i>, <i>Tartufe</i>, et <i>les Femmes
-savantes</i>, des pièces <i>mal écrites</i>: «<i>L’Avare est moins mal
-écrit</i> que les pièces qui sont en vers.» Il faut ranger
-cette proposition de l’archevêque de Cambrai parmi
-les <i>Maximes des saints</i>, qui ne sont point orthodoxes.</p>
-
-<p>Je ne sais si la simplicité des termes, et l’absence ou
-l’humilité des figures, est le caractère essentiel du langage
-des passions. J’en doute fort quand je lis Eschyle,
-Sophocle, et Homère lui-même. Je demanderai quelles
-passions Molière a mal exprimées, pour leur avoir prêté
-un langage trop chargé de figures: est-ce l’avarice,
-l’amour, la jalousie?</p>
-
-<p>Sortons un peu des accusations vagues et des termes
-généraux. Molière, dit Fénelon, pense bien, mais il
-parle mal. C’est quelque chose déjà que de bien penser;
-et j’ajoute qu’il est rare, quand la pensée est juste, que
-l’expression soit fausse. Mais enfin, depuis Fénelon et
-la Bruyère, on a souvent fait à Molière ce reproche de
-ne pas écrire purement. Il ne faut qu’une délicatesse de
-goût médiocre et une attention superficielle pour sentir,
-dans le style de Molière, une différence avec les autres
-grands écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, Racine, Boileau, Fénelon,
-la Bruyère, etc. Mais cette différence est-elle de
-l’incorrection?</p>
-
-<p>Nous sommes accoutumés, nous qui regardons déjà
-de loin cette époque, à confondre un peu les plans du
-tableau, et à mêler les personnages: sous prétexte qu’ils
-<span class="pagenum" id="Page_LX">LX</span>
-ont vécu ensemble, nous faisons Molière absolument
-contemporain de Boileau, de Racine, de Bossuet et de
-Fénelon; et ce que nous donnent les uns, nous pensons
-avoir le droit de l’exiger aussi de l’autre. C’est mal à propos.
-Molière enseigna tout ce monde, et les seuls vraiment
-grands écrivains dont l’exemple put lui servir furent
-Corneille et Pascal. Songez que Molière écrivit de
-1653 à 1672, de l’âge de vingt et un ans à celui de
-cinquante. Durant cette période de vingt-neuf années,
-que se produisit-il? Corneille était fini: <i>l’Étourdi</i> naquit
-la même année que <i>Pertharite</i>; <i>Œdipe</i> en tombant vit
-le succès des <i>Précieuses</i>. Molière s’avança dans la carrière
-tout seul, ou à peu près, jusqu’en 1667, que
-Racine fit son véritable début dans <i>Andromaque</i>.
-La Fontaine venait de publier le premier recueil de ses
-contes; on avait de Boileau son <i>Discours au roi</i>, plusieurs
-satires, et de la Rochefoucauld, le livre des <i>Maximes</i>.
-Voilà tout. Et Molière, où en était-il, lui? Il avait
-déjà donné à la littérature française <i>Don Juan</i>, <i>le Misanthrope</i>,
-et <i>Tartufe</i>! De ce point jusqu’au moment où
-la tombe l’engloutit dans toute la force de son génie,
-Racine donna <i>les Plaideurs</i>, <i>Britannicus</i>, <i>Bérénice</i>, et
-<i>Bajazet</i>; la Fontaine, un second volume de contes et les
-premiers livres de ses fables; Boileau, trois épîtres;
-Bossuet, deux oraisons funèbres: celle de la reine d’Angleterre,
-et celle de la duchesse d’Orléans.</p>
-
-<p>La Bruyère, Fénelon, madame de Sévigné, Fontenelle,
-n’avaient point encore paru.</p>
-
-<p>C’est seulement après la mort de Molière que nous
-voyons éclore tous ces illustres chefs-d’œuvre du
-<span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle: <i>Mithridate</i>, <i>Iphigénie</i>, <i>Phèdre</i>, <i>Esther</i>, et
-<i>Athalie</i>; les six derniers livres des fables de la Fontaine;
-les épîtres de Boileau, ses deux meilleures satires
-(X et XI), <i>l’Art poétique</i>, et <i>le Lutrin</i>; dans un autre
-<span class="pagenum" id="Page_LXI">LXI</span>
-genre, l’oraison funèbre du prince de Condé, l’<i>Histoire
-des Variations</i>, et le <i>Discours sur l’histoire universelle</i>.
-Entre la mort de Molière et <i>Télémaque</i>, il y a neuf ans;
-et, pour aller jusqu’aux <i>Caractères</i> de la Bruyère, il y
-en a quatorze. Durant cet intervalle, la langue française
-changea beaucoup.</p>
-
-<p>Je ne vois, dans le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, que quatre hommes
-qui aient parlé la même langue: Pascal, la Fontaine,
-Molière, et Bossuet.</p>
-
-<p>Le caractère essentiel de cette langue, c’est une indépendance
-complète, un esprit d’initiative très-hardi,
-sous la surveillance d’une logique rigoureuse. Le premier
-devoir de cette langue, c’est de traduire la pensée;
-le second, de satisfaire la grammaire: aujourd’hui la
-grammaire passe devant, et souvent contraint la pensée
-à plier. Du temps de Molière, l’esprit géométrique ne
-s’était pas encore rendu maître de la langue: elle ne
-souffrait d’être gouvernée que par son génie natif, reconnaissant
-les engagements pris à l’origine, mais aussi
-leur laissant leur plein effet. On écrivait le français alors
-avec la liberté de Rabelais et de Montaigne. Mais bientôt
-cette liberté reçut des entraves, qui chaque jour
-allèrent se resserrant; on accepta des lois tyranniques
-et des distinctions arbitraires: l’emploi de telle construction
-fut admis avec tel mot et proscrit avec tel autre,
-sans qu’on sût pourquoi: la langue tendait à se mettre
-en formules. On n’examina point si une locution était
-juste et utile; on dit: Elle est vieille, nous la rejetons!
-Quantité de détails, dont on ne comprenait plus l’usage,
-eurent le même sort. Il fallut aux femmes et aux beaux
-esprits des modes nouvelles, où le caprice remplaçait
-la raison. Je ne dis pas qu’à ces épurations le style n’ait
-absolument rien gagné, mais je suis persuadé qu’en
-somme la langue y a perdu. Eh! que peut-on gagner qui
-<span class="pagenum" id="Page_LXII">LXII</span>
-vaille l’indépendance? quels galons, fussent-ils d’or, compensent
-la perte de la liberté?</p>
-
-<p>Cependant la Bruyère félicite la langue de ses progrès.
-Le passage vaut d’être cité: «On écrit régulièrement <i>depuis
-vingt années</i>; on est esclave de la construction; on
-a enrichi la langue de nouveaux mots, secoué le joug du
-latinisme, et réduit le style à la phrase purement française.
-On a <i>presque</i> retrouvé le nombre que Malherbe
-et Balzac avaient les premiers rencontré, et que tant
-d’auteurs depuis eux ont laissé perdre; on a mis enfin
-dans le discours tout l’ordre et toute la netteté dont
-il est capable: cela conduit insensiblement à y mettre
-de l’esprit.»</p>
-
-<p>On sent au fond de cette apologie la satisfaction d’une
-bonne conscience; mais la sincérité n’exclut pas l’erreur.
-Il paraît un peu dur de prétendre qu’on n’écrivait
-pas régulièrement avant 1667, et de reléguer ainsi, parmi
-les ouvrages d’un style irrégulier, les <i>Lettres provinciales</i>,
-<i>l’École des maris</i>, <i>l’École des femmes</i>, <i>Don
-Juan</i>, et même <i>Tartufe</i>, dont les trois premiers actes
-furent joués en 1664. La langue française étant une
-transformation de la latine, ne peut abjurer le génie de
-sa mère sans anéantir le sien. Ces mots, <i>réduire le style
-à la phrase purement française</i><a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>,
-n’offrent donc point de sens; et cela est si vrai, que Bossuet, Fénelon et
-Racine sont remplis de latinismes. <i>On est esclave de la
-construction</i>, cela signifie qu’on emploie des constructions
-beaucoup moins variées; que l’inversion, par
-exemple, a été supprimée, dont nos vieux écrivains
-<span class="pagenum" id="Page_LXIII">LXIII</span>
-savaient tirer de si grands avantages. C’est ce que la
-Bruyère appelle l’ordre et la netteté du discours, qui
-conduisent insensiblement à y mettre <i>de l’esprit</i>. Ce
-dernier trait est vraiment admirable! Avant 1667, il n’y
-avait dans le discours ni ordre, ni netteté, ni par conséquent
-d’esprit; les écrivains n’ont commencé d’avoir
-de l’esprit que depuis 1667.</p>
-
-<p>Relisez maintenant cet éloge, et vous verrez qu’il ne
-s’applique exactement qu’au style d’un seul écrivain:
-c’est la Bruyère. Il n’en est pas un trait qui convienne
-aux quatre grands modèles, Pascal, Molière, la Fontaine
-et Bossuet. Il semble plutôt que ce soit une attaque
-voilée contre leur manière. Tout en paraissant louer
-son époque, la Bruyère ne loue en effet que les allures
-sèches et uniformes du style de la Bruyère. On donne
-trop d’autorité aux décisions de cet écrivain. Si le livre
-était lu davantage, l’auteur n’eût pas joui sans trouble,
-jusqu’à présent, d’une réputation consacrée par l’habitude,
-et protégée par l’indifférence. Pourquoi a-t-on
-crié tant et si fort contre Boileau? C’est que Boileau est
-dans toutes les mémoires. Je suis contraint de reconnaître
-avec ses ennemis, qu’il n’a point mis de sensibilité
-dans ses satires; et c’est une grande lacune sans
-doute. Mais je ne pense pas que le cœur se montre davantage
-dans la Bruyère, que personne pourtant n’a
-jamais inquiété pour ce fait.</p>
-
-<p>Fénelon reproche à Molière des métaphores voisines
-du galimatias; la Bruyère, enchérissant sur Fénelon,
-l’accuse de jargon et de barbarisme. Il serait
-bien étrange que celui qui a passé sa vie à poursuivre le
-galimatias des pédants et le jargon des précieuses, eût
-été, à l’insu de tout le monde, atteint de la même maladie!
-Comment tant d’ennemis de Molière n’ont-ils pas su
-relever, dans ses œuvres, un ridicule qu’il relevait si
-<span class="pagenum" id="Page_LXIV">LXIV</span>
-bien dans les leurs? C’est que rien n’est plus opposé que
-le jargon et le galimatias au génie franc et naïf de
-Molière. Je ne prétends pas nier qu’on ne rencontre çà
-et là chez lui de mauvaises métaphores, quelque expression
-obscure ou peu naturelle. Moi-même j’ai pris soin de les
-signaler<a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>, car, malgré
-son divin génie, Molière après tout n’était qu’un homme: il a pu
-quelquefois se tromper au choix de ses sujets; et quand, par exemple,
-il se mit à <i>Don Garcie</i>, il n’eut pas le don d’habiller
-d’expressions vraies des sentiments faux et des aventures
-romanesques<a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>.
-Quand un ordre du roi l’attachait à des arguments tels que <i>Psyché</i> ou
-<i>Mélicerte</i>, ou bien lui faisait brusquer les deux derniers actes du <i>Bourgeois
-gentilhomme</i>, le désir de plaire à Louis XIV ne parvint
-pas toujours à suppléer au manque de temps, ni à
-l’ingratitude de la donnée. Mais il est souverainement
-injuste d’aller rechercher quelques détails perdus,
-pour en faire un caractère général de l’ensemble. La
-Bruyère n’a pas été plus heureux à juger le style de
-Molière qu’à refaire <i>Tartufe</i> sous le nom d’<i>Onuphre</i>.
-Un peintre de mœurs qui estime Tartufe un caractère
-manqué, où Molière a pris justement le contre-pied de
-la vérité, et qui entreprend de le rétablir au naturel, je
-ne veux pas affirmer que ce peintre-là soit aveuglé par
-la jalousie; mais que ce soit par la jalousie ou autrement,
-il m’est désormais impossible de croire à la justesse
-de sa vue, ni à l’infaillibilité de ses oracles.</p>
-
-<p>Qu’entend-il, lorsqu’il regrette que Molière n’ait pas
-évité le barbarisme? Est-ce à dire qu’il y a des barbarismes
-dans Molière, ou que Molière écrit d’un style barbare?
-<span class="pagenum" id="Page_LXV">LXV</span>
-Ni l’un ni l’autre n’est soutenable. La Bruyère se
-sauve ici par le laconisme. Quand le chartreux dom
-Bonaventure d’Argonne l’accusa lui-même de néologisme
-et de solécismes, à l’appui de ses assertions il cita des
-exemples qui permirent de vérifier sa critique, et d’en
-reconnaître, sinon la justesse constante, au moins la
-bonne foi. C’est tout ce qu’on peut exiger.</p>
-
-<p class="sep2">J’espère que je sens comme un autre le mérite des
-<i>Caractères</i>, et que l’injustice de la Bruyère envers Molière
-ne me rend point à mon tour injuste envers la
-Bruyère. Je rends pleine justice à la finesse des vues, et
-à la parfaite convenance du style avec les pensées. Tout
-cela ne m’empêchera point de dire que ce style est plus
-remarquable par l’absence des défauts que par la présence
-de grandes qualités; tandis que c’est précisément
-l’inverse dans Molière. En pareil cas, le choix n’est pas
-douteux: le style de la Bruyère est le beau idéal de la
-réforme accomplie par les précieuses de l’hôtel de
-Rambouillet<a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>;
-réforme étroite et mesquine, ayant pour
-point de départ le mépris, c’est-à-dire, l’ignorance de
-la vieille langue, et qui résume et absorbe toutes les
-qualités en une misérable et vétilleuse correction. C’est
-dans cette école qu’on supprime une bonne pensée,
-quand on ne lui trouve pas une brillante vêture; mais,
-<span class="pagenum" id="Page_LXVI">LXVI</span>
-au contraire, on n’hésite pas à lancer une pensée fausse,
-quand elle s’enveloppe d’une phrase coquette et bien
-tirée; en sorte que ce qu’on peut souhaiter de mieux,
-c’est que la phrase soit vide. De l’abondance autre que
-celle des mots, de l’élévation, du mouvement, de l’originalité,
-n’en demandez pas à cette école: ce sont choses
-qui troublent et risqueraient de déranger l’équilibre et
-la symétrie; voyez plutôt Bossuet! quel écrivain incorrect!
-Molière n’est pas pire, ni Pascal, ni Montaigne, ni
-Rabelais. Or, figurez-vous par plaisir ces esprits vifs, soudains,
-énergiques, obligés de se révéler dans cette belle
-langue perfectionnée, qui est esclave de la correction,
-qui a secoué le joug du latinisme, et qui réduit le style
-à la phrase purement française; figurez-vous Rabelais,
-Montaigne, Pascal et Molière, n’ayant à leur service
-d’autre instrument que cette langue effacée, délavée,
-cette langue de bégueule et de pédante: croyez-vous, avec
-la Bruyère, qu’elle les eût conduits <i>insensiblement</i> à
-mettre plus d’esprit dans leurs ouvrages?</p>
-
-<p class="sep2">Nous avions autrefois une langue riche et souple,
-diverse et ondoyante, docile à recevoir l’empreinte de
-chaque génie, et fidèle à la conserver. Mais depuis que
-les grammairiens, progéniture de l’hôtel de Rambouillet,
-nous ont mis cette langue en équations, tous les styles se
-ressemblent. On croit assister à cet ancien bal de l’Opéra,
-célèbre pour sa monotonie, où tous les masques
-étaient affublés du même domino noir; moyennant
-quoi Thersite ne se distinguait pas de l’Apollon du
-Belvédère.</p>
-
-<p class="sep2">La langue des précieuses est meilleure pour l’étiquette;
-celle de Molière est meilleure pour les passions. La première
-a été une réaction contre la seconde: n’est-il pas
-temps que la seconde rentre dans ses droits, pour n’en
-plus être dépossédée? n’est-il pas temps que ce qu’on
-<span class="pagenum" id="Page_LXVII">LXVII</span>
-appelle <i>la langue française</i>, ce soit la langue des grands
-écrivains de la France?</p>
-
-<p>Je demande pardon de la témérité de cette idée.</p>
-
-<h3>CHAPITRE IX.</h3>
-
-<p class="somm">De la moralité des comédies de Molière.&mdash;Attaques de Bossuet.&mdash;Sentiment
-de Fléchier sur la comédie et les comédiens.</p>
-
-<p>La portée morale des comédies de Molière a été
-diversement estimée. J. J. Rousseau écrit en termes
-formels: «Les comédies de Molière sont l’école des
-«mauvaises mœurs;» mais comme, un peu avant ou
-un peu après, il affirme qu’on ne peut les lire sans se
-sentir «pénétré de respect pour l’auteur,» ces deux
-propositions se neutralisent réciproquement, et ce n’est
-pas la peine de s’y arrêter.</p>
-
-<p>Mais il est une opinion trop importante pour qu’il
-soit permis de la passer sous silence: c’est celle de
-Bossuet.</p>
-
-<p>En 1686, treize ans après la mort de Molière, le
-père Caffaro, théatin, publia une dissertation en faveur
-de la comédie. Il déclarait ce plaisir innocent,
-d’autant que jamais, par la confession, il n’y avait reconnu
-aucun danger. Le scandale fut grand parmi les
-théologiens. On retira les pouvoirs au père Caffaro;
-Bossuet saisit sa redoutable plume, et s’en servit contre
-le théatin avec plus d’éloquence que de charité. Le
-pauvre père Caffaro se hâta de donner une rétractation
-empreinte de terreur. «J’assure Votre Grandeur,
-devant Dieu, dit-il à Bossuet, que je n’ai jamais lu
-aucune comédie ni de Racine, ni de Molière, ni de
-Corneille; <i>ou au moins je n’en ai jamais lu une tout
-<span class="pagenum" id="Page_LXVIII">LXVIII</span>
-entière</i>. J’en ai lu quelques-unes de Boursault, de
-celles qui sont plaisantes, etc.» Peut-être le bon
-théatin croyait-il ingénument la lecture de Boursault
-une expiation suffisante de la lecture de Molière.</p>
-
-<p>L’évêque de Meaux étendit la substance de sa lettre,
-et en fit ses <i>Maximes et réflexions sur la comédie</i>. Rarement
-Bossuet a porté plus loin l’éloquence et la vigueur;
-mais être fort ne dispense pas d’être juste, et souvent
-rien n’est plus éloquent que la passion aveuglée par
-son propre excès. Ce traité, qu’on lira toujours pour
-admirer la puissance et l’énergie de l’auteur, offre partout
-une virulence de langage, une intolérance extraordinaire
-chez un homme de soixante et un ans, chez
-un prélat. S’il parle de la profession de comédien, il
-dit <i>leur infâme métier</i>; il déclare Corneille et Racine
-<i>dangereux à la pudeur</i>; leurs ouvrages sont «<i>des infamies</i>,
-qui, selon saint Paul, ne doivent pas même
-être nommées parmi les chrétiens.» Si saint Paul
-avait pu lire <i>Athalie</i>, <i>Esther</i>, <i>Polyeucte</i>, et même <i>Iphigénie</i>,
-il est permis de douter qu’il leur eût appliqué
-de telles expressions. Bossuet se révolte et s’indigne
-contre l’emploi de l’amour dans les ouvrages dramatiques.
-Dites-moi, s’écrie le fougueux prélat, que veut
-<span class="t5">UN</span> <i>Corneille</i> dans son <i>Cid</i>? etc.; il ne tolère pas même
-«l’inclination pour la beauté, qui se termine au nœud
-conjugal;» et voici son motif, sur lequel il insiste,
-et qu’il reproduit sous vingt formes: «La passion ne
-saisit que son objet, et la sensualité est seule excitée.»
-Le mariage final n’atténue pas le danger, parce que «le
-mariage présuppose la concupiscence, etc., etc.»</p>
-
-<p>Après ces rigoureuses maximes, rien n’est plus fait
-pour surprendre que la correspondance de Bossuet avec
-la sœur Cornuau de Saint-Bénigne, où elles sont continuellement
-mises de côté. Ces lettres sont pleines d’un
-<span class="pagenum" id="Page_LXIX">LXIX</span>
-mysticisme aussi exalté que celui de Fénelon et de madame
-Guyon; il y est question sans cesse de l’époux,
-de s’abandonner aux désirs de l’époux, de baisers, d’embrassements,
-de caresses de l’époux, de pâmoisons
-amoureuses, etc. Bossuet conseille à sa pénitente de
-lire <i>le Cantique des cantiques</i>, et il lui écrit: «Ma chère
-sœur, laissez vaguer votre imagination.» La recommandation
-était superflue; sœur Cornuau la suivit si bien, qu’elle commença
-à avoir des extases, des visions. Elle rédigea par écrit celle de l’<i>Amour
-divin</i><a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>, et l’adressa
-à Bossuet: ce n’est pas autre chose qu’une série d’images
-excessivement passionnées et voluptueuses, car
-rien ne ressemble à l’amour impur comme cet amour
-pur, rien n’est sensuel comme ce mysticisme. Cependant
-nous voyons Bossuet approuver l’écrit de la sœur
-Cornuau, et, peu de temps après, fulminer l’anathème
-contre le théâtre et les auteurs de comédies. Veut-on
-dire que ces écarts d’imagination soient excusés par le
-nom de Jésus-Christ? Le père Caffaro essayait aussi de
-justifier l’emploi de l’<i>amour épuré</i> dans la comédie;
-mais Bossuet lui répondait: «Croyez-vous que la subtile
-contagion d’un mal dangereux demande toujours
-un objet grossier?... Vous vous trompez..., la représentation
-des passions agréables porte naturellement
-au péché, puisqu’elle nourrit la concupiscence,
-qui en est le principe.» Ces réflexions ne peuvent
-frapper Corneille, Racine et Molière, sans frapper en
-même temps Bossuet et la sœur Cornuau; et plus fortement,
-j’ose le dire, car on voit tout de suite combien
-le danger est plus grand d’une passion traitée dans une
-correspondance secrète, mystérieuse, que d’un amour
-<span class="pagenum" id="Page_LXX">LXX</span>
-banal, exposé en théâtre public aux regards de plusieurs
-milliers de spectateurs.</p>
-
-<p>Bossuet ne peut donc échapper au reproche d’inconséquence.</p>
-
-<p>Il invoque contre la comédie l’autorité de Platon,
-qui bannit de sa république tous les poëtes, sans en
-excepter le divin Homère. Je ne sais si Platon y aurait
-souffert des mystiques comme la sœur Cornuau; en
-tout cas, l’autorité de Platon ne conclut rien, parce
-qu’on fait dire à Platon, comme à Aristote, tout ce
-qu’on veut. Platon fournira cent arguments en faveur
-de la comédie, quand on voudra les lui demander; par
-exemple, ce passage des <i>Lois</i>.&mdash;«On ne peut connaître
-les choses honnêtes et sérieuses, si l’on ne connaît les
-choses malhonnêtes et risibles; et, pour acquérir la prudence
-et la sagesse, il faut connaître les contraires, etc.»</p>
-
-<p>Il est malheureusement trop clair que la rigueur de
-Bossuet contre le théâtre prend sa source dans les comédies
-de Molière. Sans Molière, Corneille et Racine
-seraient moins coupables; on ne pouvait séparer leurs
-causes: <i>Tartufe</i> a fait condamner le <i>Cid</i>. C’est surtout
-contre Molière que se déploie l’animosité de l’évêque
-de Meaux; c’est surtout à Molière qu’il en revient.&mdash;«Il
-faudra donc que nous passions pour honnêtes <i>les
-infamies et les impiétés</i> dont sont pleines les comédies
-de Molière!» Était-ce à Bossuet à tomber dans ces
-exagérations, qui, si elles n’étaient de la passion, seraient
-de la mauvaise foi? était-ce à lui à voir dans <i>Tartufe</i>,
-dans la censure de l’hypocrisie, une impiété?&mdash;«Il
-faudra bannir du milieu des chrétiens les <i>prostitutions</i>
-qu’on voit encore toutes crues dans les pièces de
-Molière; on réprouvera les discours où ce rigoureux
-censeur des grands canons, ce grave réformateur des
-mines et des expressions de nos précieuses, étale
-<span class="pagenum" id="Page_LXXI">LXXI</span>
-cependant au plus grand jour les avantages d’une infâme
-tolérance dans les maris, et sollicite les femmes
-à de honteuses vengeances contre leurs jaloux.» Cela
-passe les bornes du zèle légitime. On doit supposer que
-Bossuet, avant de condamner Molière si impitoyablement,
-avait pris la peine de le lire: où a-t-il vu Molière
-exposer les avantages d’une infâme tolérance de la part
-des maris, et provoquer les femmes à se venger de
-leurs jaloux? Ce n’est pas dans <i>George Dandin</i>, car
-George Dandin est si loin de se prêter à son déshonneur,
-que c’est, au contraire, son désespoir et ses combats
-qui font le sujet de la pièce; ce n’est pas dans <i>l’École
-des maris</i>, ni dans <i>l’École des femmes</i>, puisque
-Isabelle non plus qu’Agnès n’est mariée à son jaloux.
-Ce n’est ni là, ni ailleurs. J’ai regret de le dire, mais
-les dignités ecclésiastiques ne doivent pas offusquer la
-vérité: Bossuet a calomnié Molière.</p>
-
-<p>Les canons des marquis, les mines des précieuses,
-dignes objets de l’aigreur et de l’ironie du dernier Père
-de l’Église! Mais, la haine se prend à tout ce qu’elle
-rencontre. Celle de Bossuet, longtemps mal contenue,
-éclate enfin dans ces paroles odieuses et antichrétiennes:&mdash;«La
-postérité saura peut-être la fin de ce poëte comédien, qui, en jouant
-son <i>Malade imaginaire</i> ou son <i>Médecin par
-force</i><a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>, reçut la dernière
-atteinte de la maladie dont il mourut peu d’heures
-après, et passa des plaisanteries du théâtre, parmi
-lesquelles il rendit presque le dernier soupir, au tribunal
-de celui qui dit: <i>Malheur à vous qui riez,
-car vous pleurerez!</i>» Oui, Monseigneur, la postérité
-<span class="pagenum" id="Page_LXXII">LXXII</span>
-saura la fin déplorable de Molière, de ce poëte comédien,
-comme l’appelle Votre Grandeur; et elle saura
-aussi que l’évêque de Meaux, ce grand Bossuet, pouvait
-haïr jusqu’à souhaiter l’enfer au malheureux objet
-de sa haine, ou du moins triompher, du haut de la
-chaire évangélique, à l’idée de le voir éternellement
-damné.</p>
-
-<p>Au langage fanatique de l’évêque de Meaux opposons
-celui d’un homme qui fut aussi un prélat célèbre, et
-l’égal de Bossuet en vertu, sinon en génie.</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Je ne suis point de ceux qui sont ennemis jurés de
-la comédie, et s’emportent contre un divertissement
-qui peut être indifférent lorsqu’il est dans la bienséance.
-Je n’ai pas la même ardeur que les Pères de
-l’Église ont témoignée contre les comédies anciennes,
-qui, selon saint Augustin, faisaient une partie de la
-religion des païens, et qui étaient accompagnées de
-certains spectacles qui offensaient la pureté chrétienne.
-Aussi je ne crois pas qu’il faille mesurer les
-comédiens comme nos ancêtres et les Romains, qui
-les méprisèrent, en les privant de toute sorte d’honneurs,
-et en les séparant même du rang des tribus.... Je
-leur pardonne même de n’être pas trop bons acteurs,
-pourvu qu’ils ne jouent pas indifféremment
-tout ce qui leur tombe entre les mains, et qu’ils
-n’offensent ni la société, ni l’honnêteté
-civile<a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.»</p>
-</div>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">Voilà mes gens! voilà comme il faut en user!</div>
-</div>
-
-<p>Il n’est personne qui ne voie combien l’opinion de
-Fléchier est non-seulement plus humaine et plus sensée,
-mais même plus chrétienne que celle de Bossuet. Une
-<span class="pagenum" id="Page_LXXIII">LXXIII</span>
-seule façon d’agir eût été plus chrétienne encore: c’était
-de prier Dieu pour celui qu’on supposait en avoir tant
-besoin. C’est ce que fit sans doute Fénelon, sans orgueil
-et sans bruit.</p>
-
-<p>Saint-Évremond, après une longue vie passée tout
-entière dans le plus dur scepticisme, Saint-Évremond
-mourant écrit à un de ses amis:&mdash;«Je ne sais comment
-on a pu empêcher si longtemps la représentation de
-<i>Tartufe</i>. <i>Si je me sauve, je lui devrai mon salut.</i> La
-dévotion est si raisonnable dans la bouche de Cléante,
-qu’elle me fait renoncer à toute ma philosophie; et
-les faux dévots sont si bien dépeints, que la honte de
-leur peinture les fera renoncer à toute leur hypocrisie.
-Sainte piété, que de bien vous allez apporter
-au monde<a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>!»</p>
-
-<p>Ne semble-t-il pas que ce langage soit celui du prélat,
-et que les violences de Bossuet sortent de la bouche du
-vieil incrédule?</p>
-
-<p>Molière a répondu d’avance à Bossuet dans cette
-admirable préface de <i>Tartufe</i>, où la question morale
-du théâtre est traitée solidement, complétement, et qui
-suffirait seule pour mettre Molière au premier rang de
-nos écrivains. La réfutation est si exacte, qu’on dirait
-que l’auteur avait sous les yeux le plan de son adversaire.
-Entendons-le à son tour:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Je sais qu’il y a des esprits dont la délicatesse ne
-peut souffrir aucune comédie; qui disent que les plus
-honnêtes sont les plus dangereuses, que les passions
-qu’on y dépeint sont d’autant plus touchantes qu’elles
-sont pleines de vertu, et que les âmes sont attendries
-par ces sortes de représentations. Je ne vois pas quel
-<span class="pagenum" id="Page_LXXIV">LXXIV</span>
-grand crime c’est que de s’attendrir à la vue d’une
-passion honnête. C’est un haut étage de vertu que
-cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter
-notre âme. Je doute qu’une si grande perfection soit
-dans les forces de la nature humaine, et je ne sais s’il
-n’est pas mieux de travailler à rectifier et adoucir les
-passions des hommes, que de vouloir les retrancher
-entièrement.»</p>
-</div>
-
-<p>Voilà, en dix lignes, toute la question. Le génie impétueux
-de Bossuet poursuit, en foulant aux pieds tous
-les obstacles, un résultat chimérique: la perfection absolue
-de l’homme par la religion. Molière ne demande
-aux hommes qu’une perfection relative, et tâche à tirer
-d’eux le meilleur parti possible par les leçons du théâtre.</p>
-
-<h3>CHAPITRE X.</h3>
-
-<p class="somm">D’une opinion très-particulière de l’historien de la société polie.</p>
-
-<p>Qui croirait que, parmi nos contemporains, Molière
-a rencontré en France un censeur plus sévère, un adversaire
-à lui seul plus rigoureux que Bossuet, Bourdaloue
-et Jean-Jacques réunis? Dans un livre où les faits et les
-personnages du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle sont violentés, torturés de
-la manière la plus étrange, sous prétexte de faire l’histoire
-de la société polie, M. Rœderer n’a pas entrepris
-moins que la réhabilitation complète des <i>précieuses</i> et
-de l’hôtel de Rambouillet. Il fausse librement toutes les
-vues, toutes les données de l’histoire, pour les faire cadrer
-à son bizarre système. En voici un aperçu:</p>
-
-<p>Selon M. Rœderer, la société polie ce sont les
-<span class="pagenum" id="Page_LXXV">LXXV</span>
-précieuses; la préciosité, la morale et la vertu, c’est tout
-un. Or M. Rœderer imagine un complot de quatre poëtes,
-ou plutôt quatre scélérats, ligués contre la morale
-publique et la vertu: ce sont Molière, Boileau, Racine,
-et la Fontaine. Dans quel intérêt, direz-vous? Dans l’intérêt,
-répond M. Rœderer, de plaire à Louis XIV en
-flattant ses penchants vicieux. Ces quatre poëtes travaillant
-sous la protection du roi, c’est ce que M. Rœderer
-appelle «<i>le quatrumvirat placé sous les créneaux de
-Louis XIV</i>.» Je ne m’étonne plus de la sympathie de
-M. Rœderer pour les précieuses. M. Rœderer nous peint
-les membres du <i>quatrumvirat</i> réunis, et de concert «pour
-favoriser les mœurs de la cour, célébrer les maîtresses,
-exalter sous le nom de munificence royale des profusions
-ruineuses, au grand préjudice des mœurs générales.
-On faisait tomber des ridicules, mais on les immolait
-au vice; et l’honnêteté des femmes était traitée
-d’hypocrisie, comme si le désordre eût été une règle
-sans exception.» (<i>Société polie</i>, p. 206.)</p>
-
-<p>Je ne voudrais pas jurer que M. Rœderer n’ait retrouvé
-le contrat d’association, tant il paraît sûr de son
-fait. Vainement lui ferait-on observer que Molière et
-Racine sont restés brouillés depuis la représentation
-d’<i>Andromaque</i>; c’est-à-dire, depuis le véritable début de
-Racine; que Louis XIV, loin de protéger la Fontaine,
-témoigna toujours contre le fabuliste et contre ses ouvrages
-une invincible antipathie; M. Rœderer ne s’arrête
-pas à si peu:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Le quatrumvirat placé sous les créneaux de Louis XIV
-obtint une victoire facile sur le ridicule; mais il succomba
-devant l’honnêteté, parce qu’elle était appuyée
-sur la haute société, qui joignait le bon goût à la délicatesse
-des mœurs. Cette société faisait cause commune
-avec la cour contre le mauvais langage et les
-<span class="pagenum" id="Page_LXXVI">LXXVI</span>
-mauvaises manières, et eut peut-être la plus grande part
-à <i>leur réprobation</i>; mais elle faisait cause commune
-avec les bonnes mœurs de la préciosité contre la licence
-de la cour et contre celle des écrivains nouveaux,
-et elle eut la plus grande part à leur défaite.»
-(P. 24.)</p>
-</div>
-
-<p>Certes, avant M. Rœderer personne n’avait soupçonné
-ni cette association de Molière, Boileau, la Fontaine
-et Racine contre les bonnes mœurs et l’honnêteté,
-ni surtout la défaite du <i>quatrumvirat</i>. Molière et Boileau
-défaits par les précieuses! Ceux qui aiment le nouveau,
-quoi qu’il coûte, auront ici lieu d’être satisfaits.</p>
-
-<p>Et quel but pensez-vous que se proposât Molière dans
-<i>le Misanthrope</i>? Peindre la vertu, et la faire estimer et
-chérir jusque dans les excès comiques où elle peut s’emporter?
-Point du tout! La véritable intention de Molière
-était de servir les maîtresses de Louis XIV; et en cela
-il était soufflé par Louis XIV lui-même. Préparer le
-triomphe du vice, tel est le sens mystérieux du caractère
-d’Alceste:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«En considérant la position de Molière et le plaisir
-que le roi prenait à diriger son talent, on se persuaderait
-sans peine qu’en approchant l’oreille des rideaux
-du roi, on surprendrait quelques paroles dites
-à demi-voix pour désigner à Molière ce caractère qui,
-bien que respecté au fond du cœur, avait quelque chose
-d’importun pour les maîtresses, et pour les femmes qui
-aspiraient à le devenir.» (P. 219.)</p>
-</div>
-
-<p>Vous en seriez-vous douté? Non. C’est que vous n’avez
-pas, comme M. Rœderer, approché l’oreille des rideaux
-de Louis XIV.</p>
-
-<p>Et <i>Amphitryon</i>? Vous croyez bonnement que c’est
-une imitation de Plaute; que les personnages de cette
-<span class="pagenum" id="Page_LXXVII">LXXVII</span>
-comédie sont Jupiter, Alcmène et Amphitryon? Pauvres
-gens! vues bornées! détrompez-vous: apprenez de
-M. Rœderer qu’il faut entendre sous ces noms Louis XIV,
-madame de Montespan, et M. de Montespan; dès lors
-vous comprenez la malice de ces vers:</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse8">Un partage avec Jupiter</div>
-<div class="verse8">N’a rien du tout qui déshonore.</div>
-</div>
-
-<p>C’est ingénieux, n’est-ce pas? M. Rœderer fait des
-découvertes admirables dans les pièces de Molière! Mais
-ce n’est pas tout, et voyez jusqu’où va son talent: cet
-Amphitryon si gai, si comique, M. Rœderer trouve le
-moyen de le tourner à la tragédie; il mêle là-dedans la
-mort de madame de Montausier, et veut en rendre Molière
-responsable. Comment? madame de Montausier serait-elle
-morte de rire à <i>Amphitryon</i>? Nullement; elle
-mourut des suites d’une frayeur causée par une vision,
-une apparition en plein jour. Saint-Simon et mademoiselle
-de Montpensier s’accordent sur cette histoire:
-«Madame de Montausier étant dans un passage, derrière
-la chambre de la reine, où l’on met ordinairement un
-flambeau en plein jour, elle vit une grande femme qui
-venait droit à elle, et qui, lorsqu’elle en fut proche,
-disparut à ses yeux; ce qui lui fit une si grande impression
-dans la tête et une si grande crainte, qu’elle
-en tomba malade.» (<i>Mémoires de Mademoiselle.</i>)</p>
-
-<p>Saint-Simon ajoute que la grande femme était mal
-mise, qu’elle parla à l’oreille de madame de Montausier;
-et que celle-ci étant sujette à certains dérangements
-de cerveau, l’on ne sut jamais ce qu’il y avait de
-réel ou de fantastique dans cette scène.</p>
-
-<p>Vous n’apercevez, je gage, aucun rapport entre cette
-aventure lugubre et <i>Amphitryon</i>? C’est que vous n’avez
-pas les yeux de lynx de M. Rœderer.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_LXXVIII">LXXVIII</span>
-M. Rœderer, avec une sagacité nonpareille, devine et
-affirme sans hésiter que le fantôme inconnu n’était autre
-que M. de Montespan, déguisé en grande femme
-mal mise, pour, à l’aide de ce costume, pénétrer plus
-facilement dans les appartements de la reine, et faire à
-madame de Montausier de sanglants reproches sur sa
-complaisance pour les amours adultères du roi et de
-la marquise. Or, comme madame de Montausier mourut
-de cette affaire, c’est-à-dire de l’effroi d’avoir vu
-M. de Montespan en grande femme mal mise; et
-d’autre part Molière ayant composé <i>Amphitryon</i> dans
-une vue favorable à l’adultère du roi, tout cela donne
-à M. Rœderer le droit de s’écrier:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Combien cette mort fait perdre de son esprit et de
-sa gaieté à l’<i>Amphitryon</i> de Molière! et quelle condamnation
-la pure vertu dont la société de Rambouillet
-avait été l’école prononça par cette mort sur la conduite
-de Louis XIV!» (P. 135.)</p>
-</div>
-
-<p>La beauté de l’expression répond à la justesse des
-pensées.</p>
-
-<p>Mais voici le chef-d’œuvre de l’immoralité de Molière,
-l’ouvrage où se montre en plein son intention perverse
-de protéger le vice et de faire triompher les mauvaises
-mœurs, toujours sous les créneaux de Louis XIV,
-bien entendu. Vous vous hasardez à nommer <i>Tartufe</i>:
-point! vous n’y êtes pas. C’est <i>les Femmes savantes</i>;
-<i>Tartufe</i> n’attaque pas les précieuses. Il n’y avait point
-de précieuses ridicules, point de pédantes; il n’y en a
-jamais eu; Philaminte et Bélise n’ont jamais existé. Mais
-il y avait des femmes d’une éclatante vertu, dont la
-conduite immaculée protestait contre la conduite scandaleuse
-de madame de Montespan. «C’étaient là les femmes
-dont les mœurs inquiétaient Molière et offensaient
-la cour; c’étaient ces femmes-là que le poëte
-<span class="pagenum" id="Page_LXXIX">LXXIX</span>
-voulait attaquer sous le nom de femmes savantes.»
-(P. 306-307.)</p>
-
-<p>Pour en venir à bout, Molière profita perfidement
-d’une circonstance favorable à son dessein. C’est que ces
-femmes vertueuses «s’appliquaient à l’étude du grec et
-du latin, à la métaphysique de Descartes, aux sciences
-physiques et mathématiques; quelques-unes particulièrement
-à l’astronomie.» (P. 306.) Molière eut la méchanceté
-noire d’employer ce hasard pour faire illusion
-au public et masquer son but affreux; mais il n’a pu
-tromper l’œil vigilant de M. Rœderer.</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Cependant Molière, qui voyait le train de la cour continuer,
-l’amour du roi et de madame de Montespan
-braver le scandale, <i>imagina d’infliger un surcroît de
-ridicule aux femmes dont les mœurs chastes et l’esprit
-délicat étaient la censure muette, mais profonde
-et continue, de la dissolution de la cour</i>. Il ne doutait
-pas que ce ne fût un moyen de plaire au roi et à madame
-de Montespan..... La pièce des <i>Femmes savantes</i>
-est une dernière malice de Molière à double fin: d’abord
-pour se défendre de la réprobation de quelques
-mots de son langage et de quelques erreurs de sa morale;
-ensuite <i>pour servir les amours du roi et de madame
-de Montespan</i>, qui blessaient tous les gens de
-bien, et dont la mort récente de madame de Montausier
-était une éclatante condamnation.» (P. 305-306.)</p>
-</div>
-
-<p>Que de révélations inattendues coup sur coup! Molière
-défendant son propre langage et les erreurs de sa
-morale, Molière sapant les bonnes mœurs dans <i>les
-Femmes savantes</i>!</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse">Le voilà donc connu ce secret plein d’horreur!</div>
-</div>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«Il est <i>évident</i> par le travail de cette comédie qu’elle
-<span class="pagenum" id="Page_LXXX">LXXX</span>
-n’a été inspirée ni par le spectacle de la société, ni
-avouée par l’art: c’est une œuvre de combinaison politique,
-<i>invita Minerva</i>.» (P. 309.)</p>
-</div>
-
-<p>Quoi! <i>les Femmes savantes</i> ont été faites <i>malgré Minerve</i>?
-Ah! M. Rœderer, je n’y tiens plus; et, comme
-dit Sganarelle à don Juan: «Cette dernière m’emporte!»
-Il faut que la défense des précieuses soit une
-entreprise bien difficile, puisqu’elle réduit à de telles
-extrémités!</p>
-
-<p>Le zèle de M. Rœderer pour les précieuses et les précieux
-ne recule devant aucune tâche, ne s’effraye d’aucun
-obstacle: il va jusqu’à embrasser l’apologie de l’abbé Cotin!
-On sait que l’abbé Cotin avait insulté Molière et
-Boileau dans un libelle rimé, où, parmi cent platitudes
-atroces, il leur reprochait de ne reconnaître ni Dieu, ni
-foi, ni loi; d’être des bateleurs, des turlupins, mendiant
-un dîner qu’ils payaient en grimaces, après s’y être enivrés jusqu’à tomber sous la
-table<a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>. La scène de Vadius
-et de Trissotin s’était passée chez Mademoiselle, entre
-Cotin et Ménage, justement à l’occasion du fameux
-sonnet à la princesse Uranie; et, pour preuve, Saint-Évremond
-avant Molière avait reproduit cette scène
-dans sa comédie des <i>Académistes</i>. Ce sonnet à Uranie,
-et le madrigal sur un carrosse de couleur amarante, sont
-imprimés dans le recueil de Cotin; Trissotin s’appela
-<i>Tricotin</i>, c’est-à-dire, triple Cotin, jusqu’à la douzième
-représentation. Ménage même ajoute que Molière, pour
-<span class="pagenum" id="Page_LXXXI">LXXXI</span>
-rendre son intention encore plus sensible, avait songé
-d’affubler l’acteur d’un vieil habit de Cotin. Ce sont
-là des raisons de quelque poids sans doute, mais non
-pas pour M. Rœderer. M. Rœderer s’indigne de l’idée
-qu’on ait pu voir Cotin dans Trissotin. Cette fois, le
-crime lui paraît si énorme qu’il refuse d’en charger
-même Molière! Il s’en prend aux commentateurs:</p>
-
-<p>«De nos jours, des commentateurs ont osé (quelle audace!)
-ce dont les écrits du temps de Molière se sont
-abstenus, ce à quoi <i>la volonté de Molière a été de
-ne donner ni occasion, ni prétexte</i>..... Ils veulent que
-le Trissotin des <i>Femmes savantes</i> soit précisément
-l’abbé Cotin!..... Mais Trissotin est un homme à marier
-qui veut attraper une honnête famille, et Cotin
-était ecclésiastique; Trissotin est un malhonnête
-homme, et l’abbé Cotin avait une réputation intacte.
-Un coquin ne prêche pas <i>dix-sept carêmes de suite à
-Notre-Dame</i>!» Voilà ce qui s’appelle un argument!
-L’abbé Cotin a prêché dix-sept carêmes de suite à Notre-Dame,
-donc il ne pouvait être un poëte ridicule, et
-Molière n’a pu le jouer en cette qualité. J’ose dire que
-le livre de M. Rœderer est raisonné d’un bout à l’autre
-avec la même puissance de logique.</p>
-
-<p>A l’occasion de Trissotin, M. Rœderer s’élève contre
-l’impertinence des faiseurs de <i>clefs</i>. Je suis de son avis;
-mais pourquoi nous a-t-il donné tout à l’heure une <i>clef</i>
-de l’<i>Amphitryon</i>? pourquoi prend-il sur lui d’affirmer
-que, sous le nom de <i>Madelon</i>, Molière a voulu jouer
-mademoiselle de Scudéry, qui s’appelait <i>Madeleine</i>? Il
-s’appuie d’un passage du discours de réception de la
-Bruyère à l’Académie; il aurait dû s’en souvenir plus
-tôt. La clef du <i>Gargantua</i> et du <i>Pantagruel</i>, celle des
-<i>Caractères</i>, sont beaucoup plus innocentes que celle qu’il
-<span class="pagenum" id="Page_LXXXII">LXXXII</span>
-forge pour <i>Amphitryon</i>; c’est l’histoire de la poutre et
-du fétu de l’Évangile.</p>
-
-<p>Enfin Molière mourut! Dès ce moment le <i>quatrumvirat</i>
-dont il était l’âme fut considérablement affaibli. A
-la vérité, Racine, tout faible qu’il était, fit encore <i>Iphigénie</i>,
-<i>Phèdre</i>, <i>Esther</i>, et <i>Athalie</i>; la Fontaine publia
-ses meilleures fables, et ses derniers contes; Boileau,
-ses <i>Épîtres</i>, <i>le Lutrin</i>, et <i>l’Art poétique</i>; mais il n’importe:
-<i>le parti honorable</i>, <i>la société d’élite</i>, comme l’appelle
-M. Rœderer (p. 215), commença dès lors à respirer. Le
-parti honorable, ce sont les précieuses, par opposition
-au parti déshonorant ou déshonoré, représenté par Molière,
-Boileau, Racine et la Fontaine, Louis XIV en
-tête. Peu s’en faut que M. Rœderer ne se réjouisse de la
-mort de Molière; et, à tout prendre, on ne saurait lui en
-vouloir, puisque la morale est plus nécessaire que l’esprit,
-et que «la mort de Molière marqua un terme à la
-protection que les lettres donnaient à la société licencieuse
-contre la société d’élite.» (P. 329.) Cette mort
-fit un bien infini, car avec Molière disparurent <i>les mots
-grossiers qu’il protégeait</i>, et tout rentra dans l’ordre: les
-rois n’eurent plus de maîtresses; il n’y eut plus de profusions
-ruineuses, sous le nom de munificence royale;
-les mœurs publiques se purifièrent, et devinrent aussi
-irréprochables que celles même de l’hôtel de Rambouillet;
-en un mot, le temps de la régence fut l’âge d’or
-de la morale et de la vertu. Évidemment tout le mal
-tenait à Molière et aux mots grossiers.</p>
-
-<p class="sep2">S’arrêter une seule minute à combattre les assertions
-de M. Rœderer, ce serait insulter à la fois la mémoire
-de Molière et le bon sens du lecteur. Il a suffi
-<span class="pagenum" id="Page_LXXXIII">LXXXIII</span>
-d’exposer ces rêveries; encore ne l’eût-on pas fait si longuement,
-si le livre qui les contient eût été publié comme
-les autres livres; mais l’auteur a pris la précaution de
-ne le pas laisser vendre: il s’est contenté d’en prodiguer
-de tous côtés les exemplaires en pur don. Par cet ingénieux
-moyen, il a échappé à l’examen de la critique,
-ou bien, si quelqu’un en a parlé quelque part, ç’a été
-pour acquitter en éloges la dette de la reconnaissance
-ou de l’amitié; en sorte que, depuis tantôt dix ans, les
-accusations les plus graves, et, disons le mot, les plus
-calomnieuses, circulent en France, au sein de la <i>société
-polie</i>, sur le compte des plus nobles caractères et du plus
-beau génie dont notre nation s’honore. Celui qui a répandu
-la gloire de notre littérature dans tous les coins
-du monde civilisé, et l’y maintiendra encore après que
-la langue française aura cessé d’être une langue vivante,
-c’est celui-là que M. Rœderer a choisi pour en faire le
-chef de je ne sais quelle officine ténébreuse, où, sous
-l’espoir d’un salaire, les quatre premiers poëtes du dix-septième
-siècle deviendraient les courtisans des courtisanes,
-les adversaires de l’honnêteté, et les destructeurs
-de la morale! Tant de frais pour réhabiliter les précieuses
-ridicules et l’abbé Cotin<a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>!</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_LXXXIV">LXXXIV</span>
-Aujourd’hui ces orages sont passés, ces flots de haine,
-ces torrents d’injures sont écoulés, et Molière est debout.
-<span class="pagenum" id="Page_LXXXV">LXXXV</span>
-Vivant, il fut vilipendé par les fanatiques et les
-hypocrites; on se fût scandalisé de l’idée seule de l’admettre
-à l’Académie française: un comédien! A sa mort
-le peuple fut ameuté devant sa maison, et sa veuve se
-vit obligée de jeter de l’argent par les fenêtres, pour
-qu’on le laissât prendre possession de ce petit coin de
-terre <i>obtenu par prière</i>. Cent ans après, l’Académie
-française mettait l’éloge de Molière au concours; il
-fallut cent autres années pour qu’on osât saisir l’occasion
-d’élever la première statue de Molière, sur une
-fontaine, contre un pignon, à l’angle de deux rues
-fangeuses. Encore un siècle de patience, et Molière obtiendra
-peut-être sur une place publique de Paris un
-monument sans partage, digne de lui et de nous. La
-justice de la postérité est lente, mais elle est sûre, et
-d’autant plus complète qu’elle s’est fait davantage attendre.
-Sachons gré à Louis XIV de l’avoir devancée.
-Elle a commencé enfin pour Molière, celui de tous les
-génies français qui représente le mieux la France. Ce
-<span class="pagenum" id="Page_LXXXVI">LXXXVI</span>
-que Cicéron promettait à Auguste, on peut le promettre
-bien plus sûrement à Molière: <i lang="la" xml:lang="la">Nulla unquam ætas de
-laudibus suis conticescet</i>, Aucune époque ne tarira jamais
-sur tes louanges<a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>.</p>
-
-</div>
-
-<div class="npage" id="toc">
-
-<hr class="dbl" />
-
-<h2>TABLE.</h2>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<table class="tabmat" summary="Table des matières">
-<tr>
- <td class="tdl" colspan="3">&nbsp;</td>
- <td class="tdr">Pages.</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdm" colspan="3">Préface.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_III"><span class="t5">III</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdm"><span class="smcap">Chapitre</span></td>
- <td class="tdl">I<sup>er</sup>.</td>
- <td class="tdm">Naissance de Molière.&mdash;Ses études.&mdash;Il se fait
-comédien ambulant.&mdash;Il débute à Paris par
-<i>les Précieuses ridicules</i></td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XI"><span class="t5">XI</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">II.</td>
- <td class="tdm">Mariage de Molière.&mdash;Molière se brouille avec
-Racine.&mdash;Il est accusé d’inceste.&mdash;Louis XIV
-le protége</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XVII"><span class="t5">XVII</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">III.</td>
- <td class="tdm">Le <i>Don Juan</i> de Tirso de Molina et celui de Molière.&mdash;Fureur
-des hypocrites en voyant <i>les
-Provinciales</i> sur le théâtre</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XXI"><span class="t5">XXI</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">IV.</td>
- <td class="tdm"><i>Le Misanthrope</i>;&mdash;critiqué par J. J. Rousseau.&mdash;Le
-<i>Timon</i> de Shakspeare</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XXVI"><span class="t5">XXVI</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">V.</td>
- <td class="tdm"><i>Tartufe</i>;&mdash;attaqué par Bourdaloue, défendu par
-Fénelon</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XXXI"><span class="t5">XXXI</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">VI.</td>
- <td class="tdm"><i>Amphitryon</i>, <i>George Dandin</i>, <i>l’Avare.</i>&mdash;Les
-farces de Molière.&mdash;Ses derniers ouvrages</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XXXVIII"><span class="t5">XXXVIII</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">VII.</td>
- <td class="tdm">Caractère privé de Molière.&mdash;Sa mort.&mdash;Son
-talent comme auteur</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_XLIII"><span class="t5">XLIII</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">VIII.</td>
- <td class="tdm">Du génie dramatique de Molière.&mdash;Du style de
-Molière</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_LII"><span class="t5">LII</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">IX.</td>
- <td class="tdm">De la moralité des comédies de Molière.&mdash;Attaques
-de Bossuet.&mdash;Sentiment de Fléchier sur
-la comédie et les comédiens</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_LXVII"><span class="t5">LXVII</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdc">&mdash;&mdash;</td>
- <td class="tdl">X.</td>
- <td class="tdm">D’une opinion très-particulière de l’historien de la
-société polie</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_LXXIV"><span class="t5">LXXIV</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdm" colspan="3">Errata.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_LXXXIX"><span class="t5">LXXXIX</span></a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdm" colspan="3">Lexique de la langue de Molière.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdm" colspan="3">Lettre à M. A. F. Didot,
- sur quelques points de philologie française.</td>
- <td class="tdr"><a href="#Page_425">425</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-</div>
-
-<div class="npage" id="Page_LXXXIX">
-
-<h3>ERRATA.</h3>
-
-<hr class="hr10" />
-
-<p class="sep2 hang"><a href="#err_1">Page 51, lig. 14</a>: on se contente du simple <i>c</i> devant <i>o</i> et <i>n</i>;
-lisez: devant <i>o</i> et <i>a</i>.</p>
-
-<p class="hang"><a href="#err_2">Page 134, lig. 21</a>:</p>
-
-<div class="poemsc">
-<div class="verse8">Nel puet nommer et <i>ne porquant</i></div>
-<div class="verse8">Balbié l’a en souglotant.</div>
-</div>
-
-<p class="hangc">lisez en seul mot <i>neporquant</i>, ou en trois mots <i lang="la" xml:lang="la">ne por quant</i>
-(<span lang="la" xml:lang="la">neque per quantum</span>, non pas même pour autant, nonobstant
-cela). Il n’y a point de motif de séparer une des trois racines.</p>
-
-<p class="hang"><a href="#err_3">Pag. 166, lig. 9</a>: le sepulchre u li <i>bom</i>
-huem fud enseveliz; lisez: u li <i>bons</i> huem.</p>
-
-</div>
-
-<div class="npage" id="Page_1">
-
-<hr class="dbl" />
-
-<h2>LEXIQUE<br />
-<span class="t5">DE LA</span><br />
-LANGUE DE MOLIÈRE.</h2>
-
-<hr class="hrt" />
-<div class="cent t3"><a href="#item_A">A</a> <a href="#item_B">B</a>
- <a href="#item_C">C</a> <a href="#item_D">D</a> <a href="#item_E">E</a> <a href="#item_F">F</a>
- <a href="#item_G">G</a> <a href="#item_H">H</a> <a href="#item_I">I</a> <a href="#item_J">J</a>
- <a href="#item_L">L</a> <a href="#item_M">M</a> <a href="#item_N">N</a> <a href="#item_O">O</a>
- <a href="#item_P">P</a> <a href="#item_Q">Q</a> <a href="#item_R">R</a> <a href="#item_S">S</a>
- <a href="#item_T">T</a> <a href="#item_U">U</a> <a href="#item_V">V</a> <a href="#item_Y">Y</a>
-</div>
-<hr class="hrb" />
-
-<p class="item" id="item_A">A, devant un infinitif, propre à, capable de, de
-force ou de nature à....</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cherchons une maison <i>à vous mettre</i> en repos.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Je me sens un cœur <i>à aimer</i> toute la terre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je n’ai point un courroux <i>à s’exhaler</i> en paroles vaines.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour de l’esprit, j’en ai sans doute, et du bon goût</div>
-<div class="verse"><i>A juger</i> sans étude et raisonner de tout,</div>
-<div class="verse"><i>A faire</i> aux nouveautés, dont je suis idolâtre,</div>
-<div class="verse">Figure de savant sur les bancs d’un théâtre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et la cour et la ville</div>
-<div class="verse">Ne m’offrent rien qu’objets <i>à m’échauffer</i> la bile.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Monsieur n’est point une personne <i>à faire rire</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Des ennuis <i>à ne finir</i> que par la mort.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. Magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A, devant un infinitif, pour <i>en</i> suivi d’un participe
-présent:</p>
-
-<p class="cit">On ne devient guère si riche <i>à être</i> honnêtes gens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p>En étant honnêtes gens.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’allégresse du cœur s’augmente <i>à la répandre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p>En la répandant, lorsqu’on la répand.</p>
-
-<p>Cette tournure correspond au gérondif en <i>do</i>, ou au supin
-en <i>u</i> des Latins, qui n’est lui-même qu’un datif ou un
-ablatif, l’un et l’autre marqués en français par <i>à</i>: <span lang="la" xml:lang="la"><i>vires acquirit
-eundo</i>; <i>diffunditur auditu</i></span>.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_2">2</span>
-<div class="verse">Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens,</div>
-<div class="verse">Et nous faisons contre eux <i>à leur être indulgents</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>En leur étant indulgents.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Votre choix est tel,</div>
-<div class="verse">Qu’<i>à</i> vous rien <i>reprocher</i> je serois criminel.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 20.)</div>
-
-<p>En vous reprochant rien, si je vous reprochais rien.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A</span>, devant un infinitif, marque le but:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">... Un cœur qui jamais n’a fait la moindre chose</div>
-<div class="verse"><i>A mériter</i> l’affront où ton mépris l’expose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p>Pour mériter, tendant à mériter.</p>
-
-<p class="cit">Si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos coudées
-franches <i>à vous en faire la justice</i> à bons coups de bâton.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Lorsque si généreusement on vous vit prêter votre témoignage <i>à faire
-pendre</i> ces deux personnes qui ne l’avoient pas mérité.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! c’est ici le coup le plus cruel de tous,</div>
-<div class="verse">Et dont <i>à s’assurer</i> trembloit mon feu jaloux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La chose quelquefois est fâcheuse à connoître,</div>
-<div class="verse8">Et <i>je tremble à la demander</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A, devant un infinitif, au point de, jusqu’à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La curiosité qui vous presse est bien forte,</div>
-<div class="verse">M’amie, <i>à nous venir écouter</i> de la sorte!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti" id="a_au_moyen">&mdash;A, devant un infinitif, par le moyen de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que deviendra lors cette publique estime</div>
-<div class="verse">Qui te vante partout pour un fourbe sublime,</div>
-<div class="verse">Et que tu t’es acquise en tant d’occasions,</div>
-<div class="verse"><i>A ne t’être</i> jamais vu court d’inventions!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A <i>supprimé</i>.</p>
-
-<p>Voyez <a href="#preposition"><span class="t5">PRÉPOSITION</span> supprimée</a>.</p>
-
-<p class="ti" id="a_repete">&mdash;A datif, redoublé surabondamment:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je le donnerois <i>à</i> bien d’autres qu’<i>à</i> moi,</div>
-<div class="verse">De se voir sans chagrin au point où je me voi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que de son cuisinier il s’est fait un mérite,</div>
-<div class="verse">Et que c’est <i>à</i> sa table <i>à qui</i> l’on rend visite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>L’on prescrit aujourd’hui de dire <i>à bien d’autres que moi....
-C’est à sa table que l’on rend visite</i>, sous prétexte que les
-deux datifs font double emploi; mais cette façon de parler est
-<span class="pagenum" id="Page_3">3</span>
-originelle dans notre langue, et nous vient du latin, où cette
-symétrie des cas est rigoureusement observée entre le substantif
-et son pronom relatif.</p>
-
-<p>Boileau a dit de même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«C’est <i>à vous</i>, mon esprit, <i>à qui</i> je veux parler.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> IX.)</div>
-
-<p>Vers qu’il lui eût été facile de changer, et qu’il voulut maintenir,
-avec raison; car ce pléonasme est dans le génie et la
-tradition de la langue:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE DRAPIER.</div>
-<div class="verse8">«Par la croix où Dieu s’estendy,</div>
-<div class="verse8">«C’est <i>à vous à qui</i> je vendy</div>
-<div class="verse8">«Six aulnes de drap, maistre Pierre.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Voyez <a href="#de_surabondant"><span class="t5">DE</span> redoublé surabondamment</a>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;A VOUS, où nous ne mettons plus que <i>vous</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voilà un homme qui veut <i>parler à vous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A</span> datif, marquant la perte ou le profit.</p>
-
-<p><span class="smcap">Être ami a quelqu’un</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, quelque ami que vous <i>lui</i> soyez...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Cette tournure vient des Latins, qui l’avaient empruntée aux
-Grecs.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;A (un substantif) devant, en présence de...</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5"><i>A l’orgueil</i> de ce traître,</div>
-<div class="verse">De mes ressentiments je n’ai pas été maître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5"><i>A cette audace</i> étrange,</div>
-<div class="verse">J’ai peine à me tenir, et la main me démange.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A pour <i>de</i>; <i>essayer à</i>, <i>manquer à</i>, <i>tâcher à</i>...</p>
-
-<p class="cit"><i>Essayez</i>, un peu, par plaisir, <i>à</i> m’envoyer des ambassades, <i>à</i> m’écrire
-secrètement de petits billets doux, <i>à</i> épier les moments que mon mari n’y
-sera pas....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Manquez un peu, <i>manquez à</i> le bien recevoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Depuis assez longtemps <i>je tâche à</i> le comprendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A pour <i>en</i>, <i>dans</i>: <span class="t5">SE METTRE QUELQUE CHOSE A LA
-TÊTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pensez-vous.....</div>
-<div class="verse">Et, quand <i>nous nous mettons quelque chose à la tête</i>,</div>
-<div class="verse">Que l’homme le plus fin ne soit pas une bête?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des Mar.</abbr></i> I, 2.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_4">4</span>
-&mdash;<span class="t4">A</span> pour <i>contre</i>; <span class="smcap">Changer une chose A une
-autre</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,</div>
-<div class="verse">Je n’y <i>changerois pas</i> le bonheur de vous voir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ce jour même, ce jour, l’heureuse Bérénice</div>
-<div class="verse">«<i>Change le nom de reine au nom</i> d’impératrice.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine</span>, <i>Bérén.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A pour <i>sur</i>, <i>d’après</i>; <span class="t5">A MON SERMENT</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je n’en serai point cru <i>à mon serment</i>, et l’on dira que je rêve.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A mon serment</i> l’on peut m’en croire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;A dans le sens de <i>par</i>, <span class="t5">SE LAISSER SÉDUIRE A</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ne vous laissez point <i>séduire à vos bontés</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;Et que j’aurois cette faiblesse d’âme</div>
-<div class="verse">De me laisser mener par le nez <i>à</i> ma femme?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p>Il est clair que Molière a voulu éviter la répétition de <i>par</i>.
-<i>A</i> se construit avec <i>laisser</i>; <i>par</i> se construirait avec <i>mener</i>.</p>
-
-<p><span class="smcap">Voyez <a href="#a_cause_que">A cause que</a>,&mdash;<a href="#a_ce_coup">A ce
-coup</a>,&mdash;<a href="#a_cette_fois">A cette fois</a>,&mdash;<a href="#a_credit">A
-crédit</a>,&mdash;<a href="#a_la_consideration">A la considération</a>,&mdash;<a href="#a_l_entour">A
-l’entour de</a>,&mdash;<a href="#a_l_heure">A l’heure</a>,&mdash;<a href="#suppression">A ma
-suppression</a>,&mdash;<a href="#a_plein">A plein</a>,&mdash;<a href="#a_savoir">A
-savoir</a>,&mdash;<a href="#au_et_aux">Au et Aux</a>.</span></p>
-
-<p class="item" id="abandonner">ABANDONNER. <span class="smcap">Abandonner son cœur a</span>..., suivi
-d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Aussi n’aurois-je pas</div>
-<div class="verse"><i>Abandonné mon cœur à suivre</i> ses appas....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des Mar.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="aboyer">ABOYER, métaphoriquement; <span class="t5">ABOYER APRÈS QUELQU’UN</span>,
-en parlant des créanciers:</p>
-
-<p class="cit">Nous avons de tous côtés des gens qui <i>aboient après nous</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Fourberies de Scapin">Scap.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="absent">ABSENT. <span class="smcap">Absent de quelqu’un</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’un rival, <i>absent de vos divins appas</i>.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Nul heur, nul bien ne me contente,</div>
-<div class="verse8">«Absent de ma divinité.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">François</span> I<sup>er</sup>.)</div>
-
-<p>C’est un latinisme: <i>abesse ab</i>.</p>
-
-<p class="item" id="a_cause_que">A CAUSE QUE.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous ne lui voulez mal, et ne le rebutez</div>
-<div class="verse">Qu’<i>à cause qu</i>’il vous dit à tous vos vérités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_5">5</span>
-<div class="verse">Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas,</div>
-<div class="verse"><i>A cause qu</i>’elle manque à parler Vaugelas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">«Ceux qu’on nomme chercheurs, <i>a_cause_que</i>, dix-sept cents ans après
-J. C., ils cherchent encore la religion.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i><abbr title="Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre">Or. fun. de la R. d’A.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="accessoire">ACCESSOIRE. <span class="smcap">En un tel accessoire</span>, en pareille
-circonstance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tout ce qu’elle a pu, <i>dans un tel accessoire</i>,</div>
-<div class="verse">C’est de me renfermer dans une grande armoire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p><i>Accessoire</i> paraît un mot impropre, suggéré par le besoin
-de rimer. On voit, à la plénitude du sens et à la fermeté habituelle
-de l’expression, que Molière avait, comme Boileau,
-l’usage de s’assurer d’abord de son second vers. De là vient
-que souvent le second hémistiche du premier tient de la cheville,
-comme en cette occasion. (Voyez <a href="#chevilles"><span class="t5">CHEVILLES</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="accoiser">ACCOISER, calmer:</p>
-
-<p class="cit">I<sup>er</sup> <span class="t5">MÉDECIN</span>. Adoucissons, lénifions et <i>accoisons</i>
-l’aigreur de ses esprits.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>L’orthographe primitive est <i>quoi</i>, <i>quoie</i>, de <i lang="la" xml:lang="la">quietus</i>: on devrait
-donc écrire aussi <i>aquoiser</i>; mais l’écriture s’applique à
-saisir les sons plutôt qu’à garder les étymologies. C’est une
-des causes qui transforment les mots.</p>
-
-<p><i>Accoiser</i> était du langage usuel; Bossuet s’en est servi dans
-sa <i>Connaissance de Dieu</i>; les éditeurs modernes ont changé
-mal à propos cette expression. Voici le passage tel qu’on le lit
-dans l’édition originale donnée par l’auteur:</p>
-
-<p class="cit">«Si les couleurs semblent vaguer au milieu de l’air, si elles s’affoiblissent
-peu à peu, si enfin elles se dissipent, c’est que le coup que donnoit l’objet
-présent ayant cessé, le mouvement qui reste dans le nerf est moins fixe,
-qu’il se ralentit, et enfin s’<i>accoise</i> tout à fait.»</p>
-
-<p>On a substitué <i>qu’il cesse tout à fait</i>. (P. 93, éd. de 1846.)</p>
-
-<p class="item" id="accommode">ACCOMMODÉ pour <i>à l’aise</i>, <i>opulent</i>:</p>
-
-<p class="cit">J’ai découvert sous main qu’elles ne sont pas fort <i>accommodées</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Le seigneur Anselme est....... un gentilhomme qui est noble, doux,
-posé, sage, et <i>fort accommodé</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 7.)</div>
-
-<p class="cit">«Mon pere estoit des premiers et des plus <i>accommodez</i> de son village.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron</span>, <i><abbr title="le Roman comique">Rom. com.</abbr></i>, 1<sup>e</sup> p.,
-ch. <span class="t5">XIII</span>.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_6">6</span>
-Trévoux dit:</p>
-
-<p class="cit">«Un homme riche et <i>accommodé</i>, <i>dives</i>.» «Un homme assez <i>accommodé
-des biens de la fortune</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Mascaron.</span>)</div>
-
-<p>Cette locution <i>accommodé des biens de la fortune</i> paraissant
-trop longue, on a fini par dire simplement <i>accommodé</i>. Mais
-ce qui est plus singulier, c’est de trouver <i>incommode</i> aussi
-absolument et sans régime, pour signifier <i>pauvre, dans la gêne
-ou la misère</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Revenons donc aux personnes <i>incommodees</i>, pour le soulagement desquelles
-nos pères... assurent qu’il est permis de dérober, non-seulement
-dans une extrême nécessité....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 8<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#incommode"><span class="t5">INCOMMODÉ</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ACCOMMODÉ DE TOUTES PIÈCES:</span></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-ce qu’on n’en voit pas de toutes les espèces,</div>
-<div class="verse">Qui sont <i>accommodés</i> chez eux <i>de toutes pièces</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">On ne sauroit aller nulle part, où l’on ne vous entende <i>accommoder de
-toutes pièces</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">L’on vous <i>accommode de toutes pièces</i>, sans que vous puissiez vous
-venger.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Cette métaphore, <i>de toutes pièces</i>, nous reporte au temps de
-la chevalerie. Un chevalier, accommodé de toutes les pièces
-de son armure, était accommodé aussi complétement que possible;
-il n’y manquait rien.</p>
-
-<p class="cit">J’ai en main de quoi vous faire voir comme elle <i>m’accommode</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ACCOMMODER A LA COMPOTE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il me prend des tentations d’<i>accommoder tout son visage à la compote</i>...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="accord">ACCORD. <span class="smcap">Être d’accord de</span>, convenir, reconnaître:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Autant qu’<i>il est d’accord de vous avoir aimé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’aux pressantes clartés de ce que je puis être,</div>
-<div class="verse">Lui-même <i>soit d’accord du sang</i> qui m’a fait naître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ibidem">Ib.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ALLER AUX ACCORDS</span>, être conciliant; accommoder
-les choses:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Argatiphontidas <i>ne va point aux accords</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="accoutume">ACCOUTUMÉ; <span class="t5">AVOIR ACCOUTUMÉ</span>, avoir coutume:</p>
-
-<p class="cit">Allez, monsieur, on voit bien que <i>vous n’avez pas accoutumé</i> de parler
-à des visages.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_7">7</span>
-ACCROCHÉ, <span class="t5">ACCROCHÉ A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais aux hommes par trop <i>vous êtes accrochées</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Sur cette locution <i>par trop</i>, je ferai observer que c’est un des
-plus anciens débris de la langue française primitive. <i>Par</i> s’y
-construit, non avec <i>trop</i>, mais avec l’adjectif ou le participe
-qui le suit, et qui se trouve ainsi élevé à la puissance du superlatif.
-C’est une imitation de l’emploi de <i>per</i> chez les Latins:
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>pergrandis</i>, <i>pergratus</i></span>. Cette formule se pratiquait en français
-avec la tmèse de <i>par</i>; c’était comme si l’on eût dit sans tmèse:
-Vous êtes <i>trop paraccrochées</i> aux hommes.</p>
-
-<p><i>Par</i> se construisait de même avec les verbes: <i>parfaire</i>, <i>parachever</i>,
-<i>parcourir</i>, <i>parbouillir</i>, <i>pargagner</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Pourtant, et s’il eust barguigné</div>
-<div class="verse8">Plus fort, il eust <i>par</i> bien <i>gaigné</i></div>
-<div class="verse8">Un escu d’or.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le nouveau Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>S’il eût marchandé, il eût bien pargagné un écu d’or.</p>
-
-<p>(Voyez <i>Des Variations du langage français</i>, p. 236.)</p>
-
-<p class="item" id="a_ce_coup">A CE COUP:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voyons si votre diable aura bien le pouvoir</div>
-<div class="verse">De détruire, <i>à ce coup</i>, un si solide espoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 16.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#a_cette_fois"><span class="t5">A CETTE FOIS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="a_cette_fois">A CETTE FOIS:</p>
-
-<p class="cit">Mais <i>à cette fois</i>, Dieu merci! les choses vont être éclaircies.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Racine a dit pareillement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«La frayeur les emporte, et, sourds <i>à cette fois</i>,</div>
-<div class="verse">«Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Phèdre.</i> V. 6.)</div>
-
-<p><i>A cette fois</i> était la seule façon de parler admise originairement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Je ne say plus que vous mander</div>
-<div class="verse8">«<i>A cette fois</i>, ne mes que tant</div>
-<div class="verse8">«Que je di: a Dieu vous commant.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rom. de Coucy.</i> v. 3184.)</div>
-
-<p>A se mettait pour marquer le temps, où nous mettons aujourd’hui
-sans prépositions un véritable ablatif absolu; cependant
-nous disons encore <i>à toujours</i>, <i>à jamais</i>, comme dans
-le Roman du <i>Châtelain de Coucy</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Vostre serois <i>à tousjours mais</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Coucy.</i> v. 5357.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_8">8</span>
-«<i>A une aultre fois</i>, ils (les Espagnols) meirent brusler pour un coup, en
-mesme feu, quatre cents soixante hommes touts vifs.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> III. 6.)</div>
-
-<p>Nous dirions: <i>une autre fois</i>.</p>
-
-<p class="cit">«En quoy (à bien employer les richesses de l’État) le pape Gregoire
-treizieme laissa sa memoire recommandable <i>à long temps</i>; et en quoy
-nostre royne Catherine tesmoigneroit <i>à longues années</i> sa liberalité naturelle
-et munificence, si les moyens suffisoient à son affection.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> <i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Bossuet dit toujours <i>à cette fois</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Mais, <i>à cette dernière fois</i>, la valeur et le grand nom de Cyrus fit
-que..... etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Histoire universelle">Hist. Un.</abbr></i> III<sup>e</sup> p. § 4.)</div>
-
-<p class="item" id="acheminer">ACHEMINER <span class="t5">QUELQU’UN A UNE JOIE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! Frosine, la joie <i>où vous m’acheminez</i>.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="acoquiner">ACOQUINER <span class="t5">QUELQU’UN A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Et je crois, tout de bon, que nous les verrions (les femmes) nous courir,
-sans tous ces respects et ces soumissions <i>où les hommes les acoquinent</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon Dieu, qu’<i>à tes appas je suis acoquiné</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="cit">«.... tant les hommes sont <i>accoquinez à leur estre miserable</i>!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 37.)</div>
-
-<p><span class="smcap">Coquin</span>, au moyen âge, signifiait un mendiant paresseux;
-d’où l’on est passé à l’idée de malfaiteur ou de voleur dissimulé.</p>
-
-<p class="cit">«Lesquels jeunes hommes, venant de la ville de Roches en la ville de
-Rueil, ou chemin trouvèrent un homme en habit de <i>quoquin</i>.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettres de rémission</i> de 1375.)</div>
-
-<p class="cit">«Un homme querant et demandant l’aumosne, qui estoit
-vestu d’un manteau tout plain de paletaux, comme un <i>coquin</i> ou
-caimant<a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettres</i> de 1392.)</div>
-
-<p class="cit">«Pierre Perreau, homme plain d’oisiveté... alant <i>mendiant et coquinant</i>
-par le pays.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettres</i> de 1460.)</div>
-
-<p>Dans les Actes de la vie de saint Jean, il est question d’un
-jeune homme qui insultait le saint:</p>
-
-<p class="cit">«Vocando ipsum <i>coquinum</i> et truantem.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Ducange</span>, <i lang="la" xml:lang="la">in Coquinus</i>.)</div>
-
-<p><i>S’acoquiner</i> est donc s’attacher comme fait un mendiant
-importun à celui qu’il sollicite.</p>
-
-<p>L’étymologie la plus probable dérive <i>coquin</i> de <i>coquina</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_9">9</span>
-cuisine, lieu que les coquins hantent volontiers. On voit déjà
-dans Plaute que <i>cuisinier</i> était synonyme de voleur:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse-5">Mihi omnis angulos</div>
-<div class="verse">Furum implevisti in ædibus misero mihi,</div>
-<div class="verse">Qui intromisisti in ædes quingentos <i>coquos</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Aulul.</i>)</div>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">Forum coquinum qui vocant stulte vocant;</div>
-<div class="verse">Nam non <i>coquinum</i>, verum <i>furinum</i> est forum.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pseudol.</i>)</div>
-
-<p>Voyez Du Cange, aux mots <i>coquinus</i> et <i>cociones</i>.</p>
-
-<p>Nicot, au mot <i>accoquiner</i>, dit sans autorité que <i>coquin</i> signifiait
-<i>privé</i>, <i>familier</i>.</p>
-
-<p class="item" id="a_credit">A CRÉDIT, gratuitement: <span class="t5">MISÉRABLE A CRÉDIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est jouer en amour un mauvais personnage,</div>
-<div class="verse">Et se rendre, après tout, <i>misérable à crédit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="adieu">ADIEU VOUS DIS, sorte d’adverbe composé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Adieu vous dis mes soins pour l’espoir qui vous flatte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Il faut considérer <i>adieu vous dis</i>, ancienne formule, comme
-<i>adieu</i> tout simplement, sans tenir compte du <i>vous</i> ni du verbe
-<i>dire</i>: <i>Adieu mes soins</i> pour l’espoir qui vous flatte.</p>
-
-<p>L’édition de P. Didot ponctue, d’après celle de 1770:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Adieu, vous dis, mes soins pour l’espoir qui vous flatte.</div>
-</div>
-
-<p>Où l’on voit que l’éditeur prend <i>vous dis</i> pour <i>vous dis-je</i>:&mdash;Adieu
-mes soins, <i>vous dis-je</i>... Ce n’est pas le sens. <i>Vous
-dis</i> ne s’adresse point à l’interlocuteur de Mascarille, pas plus
-que ce n’est une apostrophe: <i>adieu vous dis</i>, ô mes soins!
-C’est tout simplement: <i>Adieu mes soins</i>.</p>
-
-<p class="item">A DIRE VÉRITÉ, <i>pour dire la vérité</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais il vaut beaucoup mieux, <i>à dire vérité</i>,</div>
-<div class="verse">Que la femme qu’on a pèche de ce côté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="admettre">ADMETTRE <span class="t5">CHEZ QUELQU’UN</span>, introduire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En vous le produisant, je ne crains point le blâme</div>
-<div class="verse">D’avoir <i>admis chez vous</i> un profane, madame.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="admirer">ADMIRER DE (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’admire de le voir</i> au point où le voilà.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>j’admire de voir</i> cette lettre ajustée</div>
-<div class="verse">Avec le sens des mots et la pierre jetée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti" id="admirer_comme"><span class="pagenum" id="Page_10">10</span>
-&mdash;<span class="t4">ADMIRER COMME</span>....:</p>
-
-<p class="cit">J’<i>admire comme</i> le ciel a pu former deux âmes aussi semblables en
-tout que les nôtres.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Pascal a dit <i>j’admire que</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Car qui n’<i>admirera que</i> notre corps.... soit à présent un colosse, un
-monde, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées</i>, p. 282.)</div>
-
-<p class="cit">«Vous <i>admirerez que</i> la dévotion qui étonnoit tout le monde ait pu être
-traitée par nos pères avec une telle prudence, que....., etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(9<sup>e</sup>. <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Il faudroit <i>admirer qu’elle</i> (cette doctrine) ne produisît pas cette licence.»</p>
-
-<div class="citsrc">(14<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="adresses">ADRESSES, au pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Enfin, j’ai vu le monde et j’en sais les finesses:</div>
-<div class="verse">Il faudra que mon homme ait de <i>grandes adresses</i>,</div>
-<div class="verse">Si message ou poulet de sa part peut entrer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="adresser">ADRESSER, diriger, faire arriver:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon esprit, il est vrai, trouve une étrange voie</div>
-<div class="verse">Pour <i>adresser mes vœux</i> au comble de leur joie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="affecter">AFFECTER, affectionner; rechercher avec affection.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">MONTRER D’AFFECTER</span>, étaler de l’affection ou la
-laisser paraître:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous buviez sur son reste, et <i>montriez d’affecter</i></div>
-<div class="verse">Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AFFECTER L’EXEMPLE DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Diane même, <i>dont vous affectez tant l’exemple</i>, n’a pas rougi de
-pousser des soupirs d’amour.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="affoler">AFFOLER, v. a. <span class="t5">ÊTRE AFFOLÉ DE QUELQU’UN</span>, figurément
-en être épris:</p>
-
-<p class="cit">Vous ne sauriez croire comme elle est <i>affolée de ce Léandre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. malgré lui</abbr>.</i> III. 7.)</div>
-
-<p><i>Affoler</i> ne signifie pas rendre fou, comme l’explique le
-Suppl. au. Dict. de l’Acad., mais <i>blesser</i>, au propre et au figuré.
-C’est le verbe <i>fouler</i> composé avec a, marquant le progrès
-d’une action, comme dans <i>alentir</i>, <ins id="cor_20" title="apetiser"><i>apetisser</i></ins>, <i>agrandir</i>,
-<i>amaladir</i>. <i>Elle en est affolée</i>, elle en est férue.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ha! le brigand! il m’a tout <i>affolée</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le diable de <abbr title="Papefiguière">Pap.</abbr></i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_11">11</span>
-Rendre fou se disait <i>affolir</i> (racines, <i>fol</i>, <i>folle</i>, et <i>a</i>). Montaigne
-a bien gardé la différence de ces deux mots:</p>
-
-<p class="cit">«Et leur sembloit que c’estoit affoler les mystères de Venus, que de
-les oster du retiré sacraire de son temple.»</p>
-
-<div class="citsrc">(II, 12.) <i lang="la" xml:lang="la">Lædere mysteria
-Veneris.</i></div>
-
-<p class="cit">«Il y a non-seulement du plaisir, mais de la gloire encores, d’affolir ceste
-molle doulceur et ceste pudeur enfantine.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> II. 15.)</div>
-
-<p>On avait composé aussi de <i>foler</i> (<i>fouler</i>) <i>gourfoler</i> ou
-<i>gourfouler</i>. (Voyez <span class="smcap">Du Cange</span>, au mot <i>affolare</i>.)</p>
-
-<p>Ce qui aura conduit à confondre les deux formes de l’infinitif,
-c’est qu’en effet le présent de l’indicatif est le même:
-le berger Aignelet, à qui son avocat recommande de ne répondre
-à toutes les questions autre chose sinon <i>bée</i>, s’y engage:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Dites hardiment que j’<i>affole</i>,</div>
-<div class="verse8">«Si je dis huy autre parole.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>On remarque de plus, dans cet exemple, <i>affolir</i> employé au
-sens neutre, pour <i>devenir fou</i>.</p>
-
-<p>De même, un peu plus loin, quand le drapier brouille son
-drap et ses moutons, Pathelin s’écrie vers le juge:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Je regny sainct Pierre de Rome,</div>
-<div class="verse8">«S’il n’est fin fol, ou il <i>affole</i>.»</div>
-</div>
-
-<p>Il est fou, ou il le devient.</p>
-
-<p class="item" id="affronter">AFFRONTER <span class="t5">QUELQU’UN</span>, le tromper effrontément,
-jusqu’à l’outrager et s’exposer à sa vengeance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! vous me faites tort! S’il faut qu’on vous <i>affronte</i>,</div>
-<div class="verse">Croyez qu’il m’a trompé le premier à ce conte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Courons-le donc chercher, ce pendant qui m’<i>affronte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si j’y retombe plus, je veux bien qu’on m’<i>affronte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«A votre avis, le Mogol est-il homme</div>
-<div class="verse10">Que l’on osât de la sorte <i>affronter</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span>, <i><abbr title="La Mandragore">la Mandr.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AFFRONTER UN CŒUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Un cœur</i> ne pèse rien, alors que l’on l’<i>affronte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_12">12</span>
-AGRÉER QUE...:</p>
-
-<p class="cit"><i>Agréez</i>, monsieur, <i>que je vous félicite</i> de votre mariage.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 12.)</div>
-
-<p class="item">AGROUPÉ:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les contrastes savants des membres <i>agroupés</i>,</div>
-<div class="verse">Grands, nobles, étendus, et bien développés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val de Grâce.</i>)</div>
-
-<p>Trévoux le donne comme un terme technique en peinture,
-et cite cette phrase de Félibien: «Il faut que les membres soient
-<i>agroupés</i> aussi bien que les corps.»</p>
-
-<p>Sur l’<i>a</i> initial des verbes composés, voyez <a href="#assavoir"><span class="t5">ASSAVOIR</span></a>.</p>
-
-<p class="item">AHEURTÉ <span class="t5">A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De tout temps elle a été <i>aheurtée à cela</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Nicot donne pour exemple:</p>
-
-<p class="cit">«Un aheurté plaideur, un homme confit en procès, un plaidereau.»</p>
-
-<p>Selon Trévoux, il se dit aussi absolument: c’est un homme
-qui s’<i>aheurte</i>, un homme <i>aheurté</i>.</p>
-
-<p class="item" id="aient">AIENT en deux syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ils ne vous ôtent rien, en m’ôtant à vos yeux,</div>
-<div class="verse">Dont ils n’<i>aient</i> pris soin de réparer la perte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="aigreur">AIGREUR, ressentiment:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">El l’<i>aigreur</i> de la dame, à ces sortes d’outrages</div>
-<div class="verse">Dont la plaint doucement le complaisant témoin,</div>
-<div class="verse">Est un champ à pousser les choses assez loin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des m.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>On a peine à concevoir une <i>aigreur</i> qui est un <i>champ</i>.</p>
-
-<p class="item" id="aimer">AIMER (S’) <span class="t5">QUELQUE PART</span>, s’y plaire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pourquoi me chasses-tu?&mdash;Pourquoi fuis-tu mes pas?</div>
-<div class="verse">&mdash;Tu me plais loin de moi.&mdash;<i>Je m’aime où tu n’es pas.</i></div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="air">AIR, façon, manière, <span class="t5">AGIR D’UN AIR</span>..... <span class="t5">TRAITER
-D’UN AIR</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au contraire, j’<i>agis d’un air tout différent</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(L’<i>Ét.</i> V. 13.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>traitent du même air</i> l’honnête homme et le fat.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je me vis contrainte à demeurer d’accord</div>
-<div class="verse">Que l’<i>air</i> dont vous viviez vous faisoit un peu tort.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_13">13</span>
-Parlez, don Juan, et voyons <i>de quel air</i> vous saurez vous justifier.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR DE L’AIR DE</span>.... ressembler à....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ses effets soudains<a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>
-<i>ont de l’air des miracles</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="ajuster">AJUSTER (S’) A:</p>
-
-<p class="cit"> Ne voyez-vous pas bien que tout ceci n’est fait que
-pour <i>nous ajuster aux visions</i> de votre mari......?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AU TEMPS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Suivons, suivons l’exemple, <i>ajustons-nous au temps</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p id="amuser">On remarquera dans ce verbe, <i>s’ajuster à</i>..., le pléonasme
-du datif qui s’y montre à l’état libre et dans la composition,
-preuve que le datif redoublé n’est pas plus contraire au génie
-de la langue française que ne l’est en latin, le redoublement
-analogue de la préposition <span lang="la" xml:lang="la"><i>adspirar ad</i>,
-<i lang="la" xml:lang="la">addere ad</i></span>.</p>
-
-<p>On trouve dans la version des <i>Rois</i>, <i>se juster à</i> et <i>s’ajuster à</i>.</p>
-
-<p>La même observation s’applique à l’expression <i>s’amuser à</i>,
-qui renferme deux fois le même datif. Le verbe simple est
-<i>muser</i>; <i>muser à quelque chose</i>, <i>s’amuser</i>.</p>
-
-<p class="item">AJUSTER L’ÉCHINE; voyez <a href="#echine"><span class="t5">ÉCHINE</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="a_la_consideration">A LA CONSIDÉRATION DE... voyez
-<a href="#consideration"><span class="t5">CONSIDÉRATION</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="alambiquer">ALAMBIQUER (S’), être ingénieux à se tourmenter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, j’ai déjà vu cent contes de la sorte.</div>
-<div class="verse">Sans <i>nous alambiquer</i>, servons-nous-en: qu’importe?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="alentir">ALENTIR, ralentir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et notre passion, <i>alentissant</i> son cours,</div>
-<div class="verse">Après ces bonnes nuits donne de mauvais jours.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux de son rival <i>alentir</i> les transports.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#assavoir"><span class="t5">ASSAVOIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="a_l_entour">A L’ENTOUR DE:</p>
-
-<p class="pers">MORON.</p>
-
-<p class="cit">Les voilà tous <i>à l’entour de lui</i>; courage! ferme!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">La Pr. d’Él.</abbr>
-Intermède 1<sup>er</sup></i>; sc. 4.)</div>
-
-<p>On ne voit pas pourquoi cette locution a été proscrite, ni
-sur quelle autorité suffisante. <i>Entour</i> est un substantif, puisqu’il
-a un pluriel: les <i>entours</i> de quelqu’un. <i>A l’entour</i>, soit
-<span class="pagenum" id="Page_14">14</span>
-qu’on l’écrive en deux mots ou en un, n’est pas plus un adverbe
-que <i>à la hauteur</i>, <i>à la veille</i>, etc.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le malheureux lion se déchire lui-même,</div>
-<div class="verse">«Fait résonner sa queue <i>à l’entour de ses flancs</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span>)</div>
-
-<p>Mais M. Boniface interdit ce complément. (<i>Gramm. fr.</i>, n<sup>o</sup> 674.)</p>
-
-<p class="item" id="a_l_heure">A L’HEURE, pour <i>tout à l’heure</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A l’heure</i> même encor, nous avons eu querelle</div>
-<div class="verse">Sur l’hymen d’Hippolyte, où je le vois rebelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A L’HEURE QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A l’heure que je parle</i>, un jeune Égyptien....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A L’HEURE</span>, sur l’heure, à l’instant même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je souhaite fort, pour ne rien reculer,</div>
-<div class="verse">Qu’<i>à l’heure</i>, de ma part, tu l’ailles appeler.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux</i> I. 10.)</div>
-
-<p class="item">ALLÉGEANCE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et quand ses déplaisirs auront quelque <i>allégeance</i>,</div>
-<div class="verse">J’aurai soin de tirer de lui votre assurance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="aller">ALLER, construit avec un participe:</p>
-
-<p class="cit">Il <i>va vêtu</i> d’une façon extravagante.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. malgré lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p>Ici <i>il va</i> signifie <i>il sort</i>, <i>il se montre</i>. <i>Aller</i>, construit avec
-le participe présent, marque d’ordinaire une action en progrès,
-comme dans cette phrase de Pascal: «Les opinions probables
-<i>vont toujours en mûrissant</i>.» (<i>12<sup>e</sup> Prov.</i>)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ALLER</span>, lié à un autre verbe à l’infinitif:</p>
-
-<p>Molière en fait toujours un verbe réfléchi construit avec <i>en</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je m’<i>en vais la traiter</i> du mieux qu’il me sera possible.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 19.)</div>
-
-<p class="cit">La voici qui <i>s’en va venir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 18.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6">Le jour s’<i>en va paraître</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ALLER A</span>, au sens moral, aspirer à, tendre vers...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il ne faut mettre ici nulle force en usage,</div>
-<div class="verse">Messieurs; et si vos vœux <i>ne vont qu’au mariage</i>,</div>
-<div class="verse">Vos transports en ce lieu se peuvent apaiser.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Tous mes vœux les plus doux</div>
-<div class="verse"><i>Vont à m’en rendre maître</i> en dépit du jaloux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_15">15</span>
-<div class="verse">Et, comme je vous dis, toute l’habileté</div>
-<div class="verse">Ne <i>va qu’à</i> le savoir tourner du bon
- côté<a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Je gagerois presque que l’affaire <i>va là</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Notre honneur <i>ne va point à</i> vouloir cacher notre honte.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il <i>ne va pas à moins</i> qu’à vous déshonorer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Et toute mon inquiétude</div>
-<div class="verse8">Ne doit <i>aller qu’à</i> me venger.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Argatiphontidas <i>ne va point</i> aux accords.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce n’est qu’<i>à l’esprit</i> seul que <i>vont</i> tous les transports.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="cit">«De quelque manière qu’il pallie ses maximes, celles que j’ai à vous
-dire <i>ne vont</i> en effet <i>qu’à</i> favoriser les juges corrompus, les usuriers, les
-banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>8<sup>e</sup> Prov.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ALLER DANS LA DOUCEUR</span>, voy.
-<a href="#dans_la_douceur"><span class="t5">DANS LA DOUCEUR</span></a>.</p>
-
-<p class="item">ALTÉRÉ, troublé, ému:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un tel discours n’a rien dont je sois <i>altéré</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="ambigu">AMBIGU, substantif, <span class="t5">UN AMBIGU</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est <i>un ambigu</i> de précieuse et de coquette que leur personne.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> I.)</div>
-
-<p class="item" id="ame">AME <span class="t5">QUI FLOTTE SUR DES SOUPÇONS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je veux qu’un amant, pour me prouver sa flamme,</div>
-<div class="verse"><i>Sur d’éternels soupçons laisse flotter son âme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux</i>, II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="ami">AMI, <span class="t5">ÊTRE AMI A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, quelque <i>ami que vous lui soyez</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> III. 4)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AMIS D’ÉPÉE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous êtes de l’humeur de ces <i>amis d’épée</i>,</div>
-<div class="verse">Que l’on trouve toujours plus prompts à dégaîner</div>
-<div class="verse">Qu’à tirer un teston s’il le falloit donner.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="amitie">AMITIÉ TUANTE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Leur <i>tuante amitié</i> de tous côtés m’arrête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="a_moins_que">A MOINS QUE, suivi d’un infinitif, sans <i>de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le moyen d’en rien croire, <i>à moins qu’être insensé</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_16">16</span>
-A MOINS QUE DE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A moins que de cela</i>, l’eussé-je soupçonné?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="amour">AMOUR, féminin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il disait qu’il m’aimoit d’une amour sans <i>seconde</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous ne pouvez aimer que <i>d’une amour grossière</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Pourquoi <i>amour</i> est-il aujourd’hui du masculin au singulier,
-et du féminin au pluriel? Cette inconséquence est toute moderne,
-et l’on n’en voit pas le prétexte. <i>Un amour</i> est un petit
-Cupidon; <i>une amour</i> est une affection de l’âme; on aurait dû
-y maintenir la même différence qu’entre <i>un satyre</i> et <i>une
-satire</i>. <i>Amour</i> est demeuré féminin depuis l’origine de la langue
-jusqu’à la fin du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Qu’une <i>première amour est belle</i>!</div>
-<div class="verse8">«Qu’on a peine à s’en dégager!</div>
-<div class="verse8">«Et qu’on doit plaindre un cœur fidèle</div>
-<div class="verse8">«Quand il est réduit à changer!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Quinault.</span> <i>Atys.</i>)</div>
-
-<p>C’est comme le mot <i>orgue</i>, qui est aussi masculin au singulier
-et féminin au pluriel. Qu’y a-t-on gagné? d’être obligé de
-dire: C’est <i>un</i> des plus <i>belles</i> orgues du monde.</p>
-
-<p class="item" id="amoureusement">AMOUREUSEMENT, en parlant de la tendresse
-filiale:</p>
-
-<p class="cit">Elle faisoit fondre chacun en larmes, en se jetant <i>amoureusement</i> sur
-le corps de cette mourante, qu’elle appeloit sa chère mère.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Pascal, parlant d’un enfant que veulent ravir des voleurs,
-et que sa mère s’efforce de retenir:</p>
-
-<p class="cit">«Il ne doit pas accuser de la violence qu’il souffre la mère qui le retient
-<i>amoureusement</i>, mais ses injustes ravisseurs.»</p>
-
-<div class="citsrc">(8<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="amphibologie"><i>AMPHIBOLOGIE:</i></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et de même qu’à vous je ne lui suis pas chère.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 3.)</div>
-
-<p>Il semble que Mélicerte veuille dire: Je ne suis chère ni à
-lui, ni à vous; et sa pensée est au contraire: Je ne suis pas
-chère à votre père comme <i>je le suis</i> à vous. L’ellipse combinée
-avec l’inversion produit cette équivoque, car sans l’inversion
-la phrase serait encore assez claire: Je ne lui suis pas chère
-comme à vous, ou de même qu’à vous.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_17">17</span>
-AMPLEMENT AJUSTÉ, paré fastueusement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quand un carrosse fait de superbe manière,</div>
-<div class="verse">Et comblé de laquais et devant et derrière,</div>
-<div class="verse">S’est avec grand fracas devant nous arrêté,</div>
-<div class="verse">D’où sortant un jeune homme <i>amplement ajusté</i>......</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Les Fâcheux</i>, I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="amusement">AMUSEMENT, dans le sens où l’on dit <i>amuser quelqu’un</i>,
-<i>s’amuser à</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu prends d’un feint courroux le vain <i>amusement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Perte de temps, retard:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, je l’attends ici, pour moins d’<i>amusement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Pour m’arrêter moins longtemps.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le moindre <i>amusement</i> vous peut être fatal.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’est-il point là quelqu’un?&mdash;Ah que d’<i>amusement</i>!</div>
-<div class="verse">Veux-tu parler?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais plus d’<i>amusement</i> et plus d’incertitude.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Amphitryon, c’est trop pousser l’<i>amusement</i>!</div>
-<div class="verse6">Finissons cette raillerie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Henriette, entre, nous est un <i>amusement</i>,</div>
-<div class="verse">Un voilé ingénieux, un prétexte, mon frère,</div>
-<div class="verse">A couvrir d’autres feux dont je sais le mystère.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>La Fontaine a dit <i>amusette</i> dans le sens de <i>joujou</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le fermier vient, le prend, l’encage bien et beau,</div>
-<div class="verse">«Le donne à ses enfants pour servir d’<i>amusette</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Corbeau voulant imiter l’Aigle.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="ancrer">ANCRER (S’) <span class="t5">CHEZ QUELQU’UN</span>, se mettre avant dans
-sa faveur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A ma suppression <i>il s’est ancré chez elle</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="anes">ANES <span class="t5">BIEN FAITS</span>, bien véritables, ânes de tout
-point:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma foi, de tels savants sont <i>des ânes bien faits</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="anger">ANGER, verbe actif:</p>
-
-<p class="cit">Votre père se moque-t-il de vouloir vous <i>anger</i> de son avocat de Limoges?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Monsieur de Pourceaugnac">M. de Pourc.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Ce mot vient du latin <i lang="la" xml:lang="la">augere</i>, par la confusion, autrefois
-<span class="pagenum" id="Page_18">18</span>
-très-fréquente de l’<i>n</i> et de l’<i>u</i>. De l’italien <i lang="it" xml:lang="it">montone</i> est venu
-<i>mouton</i>; de <i lang="la" xml:lang="la">monasterium</i>, par syncope <i>monstier</i> et <i>moustier</i>,
-de <i lang="la" xml:lang="la">conventus</i>, <i>convent</i> et <i>couvent</i>, etc.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Il les <i>angea</i> de petits Mazillons,</div>
-<div class="verse">«Desquels on fit de petits moinillons.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine</span>, <i>Mazet</i>.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Auxit eas.</i> De l’idée d’augmentation à l’idée d’embarras il
-n’y a presque pas de distance. Mais M. Auger se trompe trois
-fois quand il dit que <i>anger</i> n’est pas dans Nicot, qu’il vient du
-latin <i lang="la" xml:lang="la">angere</i>, et qu’il signifie <i>incommoder</i>.</p>
-
-<p><i>Anger</i> est dans Nicot, mais écrit par un <i>e</i>: <i>enger</i>. Cette
-orthographe vicieuse a prévalu, et persiste encore dans <i>engeance</i>,
-dont le sens prouve bien l’étymologie <i lang="la" xml:lang="la">augere</i>. C’est
-<i>angoisse</i> qui vient d’<i>angere</i>.</p>
-
-<p>Trévoux se trompe encore plus gravement quand il fait venir
-<i>enger</i> du latin <i lang="la" xml:lang="la">ingignere</i>.</p>
-
-<p><i>Anger</i> était à la fois verbe actif et verbe neutre, absolument
-comme <i lang="la" xml:lang="la">augere</i> en latin. Voici les exemples cités par
-Nicot:</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«L’ambassadeur Nicot <i>a engé la France</i> de l’herbe nicotiane,»</p>
-</div>
-
-<p>où l’on voit que <i>enger</i> n’implique pas une idée de blâme.</p>
-
-<div class="manuscrsc">
-<p>«La peste <i>enge</i> fort;...... ceste dartre <i>enge</i> grandement, c’est-à-dire,
-croist, se dilate, se multiplie.» <i>Auget.</i></p>
-</div>
-
-<p class="item" id="anguille">ANGUILLE <span class="t5">SOUS ROCHE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Nicole.</span> Je crois qu’il y a quelque <i>anguille sous roche</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Quelque mystère caché.</p>
-
-<p class="item" id="animales">ANIMALES, au féminin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Quelques provinciales,</div>
-<div class="verse">Aux personnes de cour fâcheuses <i>animales</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="a_plein">A PLEIN, <span class="t5">VOIR A PLEIN</span>, pleinement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au travers de son masque on <i>voit à plein</i> le traître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Qui voudra connoître <i>à plein</i> la vanité de l’homme.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées</i>, p. 195.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A PLEINS TRANSPORTS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Goûter <i>à pleins transports</i> ce bonheur éclatant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garc.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="appas"><span class="pagenum" id="Page_19">19</span>
-APPAS, <span class="t5">D’INDIGNES APPAS</span>, au figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais l’argent, dont on voit tant de gens faire cas,</div>
-<div class="verse">Pour un vrai philosophe a <i>d’indignes appas</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">APPAS</span>, au singulier, appât:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui dort en sûreté sur un <i>pareil appas</i>,</div>
-<div class="verse">Et le plaint, ce galant, des soins qu’il ne perd pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Bossuet écrit de même:</p>
-
-<p class="cit">«Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par
-l’<i>appas</i> de sa liberté...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre">Or. fun. de la R. d’Angl.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="appat">APPAT, <span class="t5">SOUS L’APPAT DE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ce marchand déguisé,</div>
-<div class="verse">Introduit <i>sous l’appât d’un conte supposé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="application">APPLICATION, <span class="t5">FAIRE UNE APPLICATION</span>, appliquer
-un soufflet ou un coup de poing:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Chien d’homme! oh! que je suis tenté d’étrange sorte</div>
-<div class="verse">De <i>faire</i> sur ce mufle <i>une application</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item">APPRÊTER A RIRE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>N’apprêtons point à rire</i> aux hommes,</div>
-<div class="verse">En nous disant nos vérités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="item" id="approche">APPROCHE, proximité, rapprochement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et quelle force il faut aux objets mis en place,</div>
-<div class="verse">Que l’<i>approche</i> distingue, et le lointain efface.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val de Grâce.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">APPROCHE D’UN AIR</span>:</p>
-
-<p class="cit">L’<i>approche de l’air de la cour</i> a donné à son ridicule de nouveaux
-agréments.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item">APRÈS, préposition, recevant un complément direct:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Attaché dessus vous comme un joueur de boule</div>
-<div class="verse"><i>Après le mouvement</i> de la sienne qui roule.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Si bien donc que done Elvire..... s’est mise en campagne <i>après nous</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Plusieurs médecins ont déjà épuisé leur science <i>après elle</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">La pendarde s’est retirée, voyant qu’elle ne gagnoit rien <i>après moi</i>, ni
-par prières, ni par menaces.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="cit">Ils <i>étoient</i> une douzaine de possédés <i>après mes chausses</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="cit">J’ai mis vingt garçons <i>après votre habit</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. g.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Il veut envoyer la justice en mer <i>après la galère du Turc</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_20">20</span>
-APRÈS-DINÉE, féminin:</p>
-
-<p class="cit"><i>L’après-dînée</i> m’a semblé fort <i>longue</i>.&mdash;Et moi je l’ai trouvée fort
-<i>courte</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> I.)</div>
-
-<p>La Fontaine emploie <i>la dînée</i> sans <i>après</i>: «Mais dès la <i>dînée</i>
-le panier fut entamé.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p>Ce mot, <i>la dînée</i>, se rapporte au lieu et à l’heure où l’on
-mange <i>le dîner</i>, plutôt qu’au dîner lui-même.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">APRÈS-SOUPÉE</span>, par deux <i>e</i>, comme <i>après-dînée</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si je ne vous croyois l’âme trop occupée,</div>
-<div class="verse">J’irois parfois chez vous passer l’<i>après-soupée</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ce sera tantôt, n’étant plus occupée,</div>
-<div class="verse">Le divertissement de notre <i>après-soupée</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="ardeurs">ARDEURS, vif désir:</p>
-
-<p class="cit">J’avois <i>toutes les ardeurs du monde</i> d’entrer dans votre alliance.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="ardez">ARDEZ, par apocope, regardez:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARINETTE.</div>
-<div class="verse-5"><i>Ardez</i> le beau museau,</div>
-<div class="verse">Pour nous donner envie encore de sa peau!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="arreter">ARRÊTER, neutre, pour <i>s’arrêter</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, moi, mon jugement, sans qu’aux marques j’<i>arrête</i>,</div>
-<div class="verse">Fut qu’il n’étoit que cerf à sa seconde tête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Autant qu’il vous plaira vous pouvez <i>arrêter</i>,</div>
-<div class="verse">Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Nos aïeux paraissent avoir exprimé ou supprimé arbitrairement
-le pronom des verbes réfléchis. Dans la version des <i>Rois</i>,
-on lit presque toujours <i>en aller</i> pour s’en aller:</p>
-
-<p class="cit">«Goliath ki <i>en vint</i> de l’ost as Philistiens.» (P. 64.)&mdash;«Samuel od
-Saul <i>en alad</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(P. 57.)</div>
-
-<p><i>Plaindre</i> pour <i>se plaindre</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Cume deus dameiseles vinrent <i>plaindre</i> ad rei Salomum.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(P. 235.)</div>
-
-<p class="cit">«Pur ço <i>en va</i> e destruis Amalech.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(P. 53.)</div>
-
-<p><i>Arrêter</i> était dans les mêmes conditions; et même aujourd’hui
-l’on ne dit pas <i>arrête-toi</i>, <i>arrêtez-vous</i>, mais <i>arrête!</i>
-<i>arrêtez!</i></p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_21">21</span>
-Cette faculté de prendre ou de laisser le pronom a été cause
-que beaucoup de verbes sont devenus exclusivement neutres
-ou actifs, qui dans l’origine étaient réfléchis. Car cette forme
-réfléchie plaisait à nos pères, pour les verbes exprimant une
-action dont l’auteur pouvait être aussi l’objet. Ainsi ils disaient
-<i>se dormir</i>, <i>se disner</i>, <i>se combattre à quelqu’un</i>, <i>se fuir</i> (d’où
-reste <i>s’enfuir</i>), <i>se mourir</i>, <i>se jouer</i>, etc.; quelques verbes sont
-restés dans l’indécision, comme <i>arrêter</i> ou <i>s’arrêter</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse4">«Car pour moi j’ai certaine affaire</div>
-<div class="verse">«Qui ne me permet pas d’<i>arrêter</i> en chemin.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Renard et le Bouc.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ARRÊTER AVEC SOI</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si tu veux me servir, je t’<i>arrête avec moi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p>Nous dirions aujourd’hui simplement: <i>Je t’arrête</i>.</p>
-
-<p class="item" id="article"><i>ARTICLE</i> mis où nous avons coutume de l’omettre,
-<span class="t5">FAIRE LA JUSTICE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos coudées
-franches à vous en faire <i>la</i> justice à bons coups de bâton.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Nous serons les premiers, sa mère et moi, à vous en faire <i>la</i> justice.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Mis en correspondance de <i>un</i>, <i>une</i>:</p>
-
-<p class="cit">George Dandin, George Dandin, vous avez fait <i>une</i> sottise <i>la</i> plus grande
-du monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Elle se prend d’<i>un</i> air <i>le</i> plus charmant du monde aux choses qu’elle
-fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<i>Article supprimé</i> où nous le répétons:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dis si <i>les</i> plus cruels <i>et plus durs</i> sentiments</div>
-<div class="verse">Ont rien d’impénétrable à des traits si charmants.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il nous faut <i>le</i> mener en quelque hôtellerie,</div>
-<div class="verse"><i>Et faire</i> sur les pots décharger sa furie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 11.)</div>
-
-<p>Le mener.... le faire décharger sa furie.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les querelles, <i>procès, faim, soif et maladie</i>,</div>
-<div class="verse">Troublent-ils pas assez le repos de la vie?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p>Les quatre derniers substantifs sont embrassés dans l’article
-pluriel, placé une fois pour toutes devant le premier.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_22">22</span>
-Cet emploi de l’article était une tradition du <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle. Au
-<span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, on n’exprimait qu’une fois l’article devant plusieurs
-substantifs, même de genres différents, pourvu qu’ils fussent
-au même nombre, c’est-à-dire, tous au pluriel ou tous au singulier:</p>
-
-<p class="cit">«Quant à <i>la hardiesse et courage</i>, quant à <i>la fermeté, constance et resolution</i>
-contre les douleurs, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Qui ne participe <i>au hasard et difficulté</i> ne peult pretendre interest
-<i>à l’honneur et plaisir</i> qui suit les actions hasardeuses.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>La même règle s’appliquait au pronom possessif:</p>
-
-<p class="cit">«Nostre royne Catherine tesmoigneroist <i>sa liberalité et munificence</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Madame Katerine, ma sœur......, est partie avecques <i>ma litiere et
-cheval</i>.......»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La reine de Navarre.</span> <i>Lettres.</i> I. p. 290.)</div>
-
-<p>Notre vieille langue avait si fort le goût de l’ellipse, qu’elle
-s’empressait de l’admettre dès qu’il n’en résultait pas le danger
-d’être obscur ou équivoque. <i>Le plus</i>, marque du superlatif, ne
-se répétait pas aussi devant plusieurs adjectifs. La première
-fois servait pour toute la suite:</p>
-
-<p class="cit">«...... Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions
-de peuples passés au fil de l’espée, et <i>la plus riche et belle</i> partie
-du monde bouleversée pour la negociation des perles et du poivre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 6.)</div>
-
-<p>Que gagnons-nous à répéter toujours l’article? ce n’est ni
-de la clarté, ni de la rapidité.</p>
-
-<p class="item" id="a_savoir">A SAVOIR, voy. <a href="#assavoir"><span class="t5">ASSAVOIR</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="as">AS DE PIQUE, langue piquante, mauvaise langue:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">O la fine pratique,</div>
-<div class="verse">Un mari confident!</div>
-<div class="pers">MARINETTE.</div>
-<div class="verse-5">Taisez-vous, <i>as de pique</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<p>Jeu de mots sur le sens figuré du verbe <i>piquer</i>.</p>
-
-<p class="item" id="assassinant">ASSASSINANT, adjectif; <span class="t5">RIGUEUR ASSASSINANTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Et dans le procédé des dieux,</div>
-<div class="verse8">Dont tu veux que je me contente,</div>
-<div class="verse8">Une <i>rigueur assassinante</i></div>
-<div class="verse8">Ne paroît-elle pas aux yeux?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#amitie"><span class="t5">AMITIÉ TUANTE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="assavoir"><span class="pagenum" id="Page_23">23</span>
-ASSAVOIR:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le bal et la grand’bande, <i>assavoir</i> deux musettes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Toutes les éditions portent mal à propos <i>à savoir</i> en deux
-mots. Il ne faut point d’<i>à</i>; c’est l’ancien infinitif <i>assavoir</i>.
-L’usage permet aussi bien de dire: <i>savoir</i>, <i>deux musettes</i>, non
-qu’alors on supprime l’<i>à</i>, mais on substitue à l’ancienne forme
-la nouvelle. <i>Faire à savoir</i> n’a point de sens.</p>
-
-<p>Dans l’origine, l’<i>a</i> était employé comme affixe au-devant de
-certains verbes: <i>asavoir</i>, <i>alogier</i>, <i>apetisser</i>, <i>asasier</i>, <i>alentir</i>, etc.;
-on ne sait pourquoi les trois derniers ont pris l’<i>r</i>: <i>rapetisser</i>,
-<i>rassasier</i>, <i>ralentir</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Dame, je vos fais <i>asavoir</i></div>
-<div class="verse8">«Que j’ai esté et main et soir</div>
-<div class="verse8">«Vos homs, vo serfs, vo chevaliers.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roman de Coucy.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Israel se fud <i>alogied</i> sur une fontaine.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois</i>, p. 112.)</div>
-
-<p>Se logea sur une fontaine.</p>
-
-<p class="cit">«Li sages est cil qui met en bones gens ce qu’il pot soufrir, sans <i>apetisser</i>
-et sans acquerre malvaisement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Beaumanoir.</i> I. 22.)</div>
-
-<p class="cit">«Li cueur avariscieus ne pot estre <i>assasiez</i> d’avoir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 21.)</div>
-
-<p>Pascal, dans la première <i>Provinciale</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Si j’avois du crédit en France, je ferois publier à son de trompe: <i>On
-fait à savoir</i> (<i>sic</i>) que quand les jacobins disent que la grâce suffisante est
-donnée à tous, ils entendent que tous n’ont pas la grâce qui suffit effectivement.»</p>
-
-<p>Cette formule de publication s’est transmise, par la tradition
-orale, du fond du moyen âge; je l’ai encore entendue dans
-quelques villes de province. Mais quand on l’écrit, il faut mettre
-<i>assavoir</i>.</p>
-
-<p class="item" id="assez">ASSEZ BONNE HEURE, de bonne heure:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! pour cela toujours il est <i>assez bonne heure</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Si Molière eût jugé cette expression incorrecte, il lui était
-aisé de mettre: <i>Il est d’assez bonne heure</i>.</p>
-
-<p class="item" id="assigner">ASSIGNER SUR:</p>
-
-<p class="cit">Les dettes que vous avez <i>assignées sur</i> le mariage de ma fille.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>On dirait aujourd’hui: <i>hypothéquées</i> sur le mariage de ma
-fille.</p>
-
-<p class="item" id="assouvir"><span class="pagenum" id="Page_24">24</span>
-ASSOUVIR (S’), absolument comme <i>se satisfaire</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Laissez-moi <i>m’assouvir</i> dans mon couroux extrême.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="assurance">ASSURANCE SUR (<span class="t5">PRENDRE</span>):</p>
-
-<p class="cit">Ne m’abusez-vous point d’un faux espoir, et puis-je <i>prendre quelque
-assurance sur</i> la nouveauté surprenante d’une telle conversion?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item">ASSURÉ, absolument, hardi, intrépide:</p>
-
-<p class="cit">Est-il possible qu’un homme si <i>assuré</i> dans la guerre soit si timide en
-amour?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Les Amants magnifiques">Am. Magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSURER QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, contre chacun je pris votre défense,</div>
-<div class="verse">Et <i>leur assurai</i> fort que c’étoit médisance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSURER QUELQU’UN DE SES SERVICES</span>:</p>
-
-<p class="cit">Dites-lui un peu que monsieur et madame sont des personnes de grande
-qualité qui lui viennent faire la révérence comme mes amis, et l’<i>assurer
-de leurs services</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSURER (S’)</span>, absolument, prendre sécurité, confiance;
-se rassurer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse2">A moins que Valère se pende,</div>
-<div class="verse">Bagatelle! son cœur <i>ne s’assurera point</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moins on mérite un bien qu’on nous fait espérer,</div>
-<div class="verse">Plus notre âme a de peine à pouvoir <i>s’assurer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quelque chien enragé l’a mordu, <i>je m’assure</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ce n’est pas assez pour <i>m’assurer</i>, entièrement, que ce qu’il vient de
-faire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«On ne peut <i>s’assurer</i>, et l’on est toujours dans la défiance.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées</i>, p. 406.)</div>
-
-<p class="cit">«Voyant trop pour nier et trop peu pour <i>m’assurer</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 210.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Je m’assure</i>, mes pères, que ces exemples sacrés suffisent pour
-vous faire entendre... etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«On lui a envoyé les dix premières lettres (à Escobar): vous pouviez
-aussi lui envoyer votre objection, et <i>je m’assure</i> qu’il y eût bien répondu.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> 12<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSURER (S’) A</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Faut-il que <i>je m’assure au rapport</i> de mes yeux?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et n’est-il pas coupable en ne <i>s’assurant pas</i></div>
-<div class="verse"><i>A</i> ce qu’on ne dit point qu’après de grands combats?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_25">25</span>
-&mdash;<span class="t4">ASSURER (S’) DE</span>.... prendre sécurité, compter
-certitude sur....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour mon cœur, vous pouvez <i>vous assurer de lui</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSURER (S’) EN QUELQU’UN, EN QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Du sort dont vous parlez je le garantis, moi,</div>
-<div class="verse">S’il faut que par l’hymen il reçoive ma foi:</div>
-<div class="verse">Il <i>s’en peut assurer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est conscience à ceux qui <i>s’assurent en nous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSURER (S’) SUR</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est en quoi je trouve la condition d’un gentilhomme malheureuse, de
-ne pouvoir point <i>s’assurer sur</i> toute la prudence et toute l’honnêteté de
-sa conduite.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nos vœux <i>sur des discours</i> ont peine à <i>s’assurer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="attache">ATTACHE, subst. fém., attachement, <span class="t5">ATTACHE A</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sa puissante <i>attache aux choses éternelles</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">«Pour moi, je n’ai pu y prendre d’<i>attache</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 115.)</div>
-
-<p class="item" id="attaquer">ATTAQUER <span class="t5">QUELQU’UN D’AMITIÉ, D’AMOUR</span>:</p>
-
-<p class="pers">ZERBINETTE.</p>
-
-<p class="cit">Je ne suis point personne à reculer lorsqu’on <i>m’attaque d’amitié</i>.</p>
-
-<p class="pers">SCAPIN.</p>
-
-<p class="cit">Et lorsque c’est <i>d’amour</i> qu’on <i>vous attaque</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Zerbinette veut dire: Lorsqu’on me prévient en m’offrant
-son amitié, comme vient de le faire Hyacinthe.</p>
-
-<p class="item" id="au_et_aux">AU, AUX, dans le, dans les, relativement à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne me trompe guère <i>aux</i> choses que je pense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne sais si quelqu’un blâmera ma conduite</div>
-<div class="verse"><i>Au</i> secret que j’ai fait d’une telle visite;</div>
-<div class="verse">Mais je sais qu’<i>aux</i> projets qui veulent la clarté,</div>
-<div class="verse">Prince, je n’ai jamais cherché l’obscurité.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">L’endurcissement <i>au péché</i> traîne une mort funeste.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Comment?&mdash;Je vois ma faute <i>aux</i> choses qu’il me dit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’<i>au dû de ma charge</i> on ne me trouble en rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Je trouve dans votre personne de quoi avoir raison <i>aux choses</i> que je
-fais pour vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_26">26</span>
-Elle se prend d’un air le plus charmant du monde <i>aux</i> choses qu’elle
-fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et laver mon affront <i>au</i> sang d’un scélérat.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On souffre <i>aux entretiens</i> ces sortes de combats.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne m’étonne pas, <i>au combat</i> que j’essuie,</div>
-<div class="verse">De voir prendre à monsieur la thèse qu’il appuie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Molière emploie volontiers <i>aux</i> dans la première partie de la
-phrase, et <i>dans les</i> dans la seconde.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous saurons toutes deux imiter notre mère</div>
-<div class="verse">..................................................................</div>
-<div class="verse">..................................................................</div>
-<div class="verse">Vous, <i>aux productions</i> d’esprit et de lumière,</div>
-<div class="verse">Moi, <i>dans celles</i>, ma sœur, qui sont de la matière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Aux ballades</i> surtout vous êtes admirable.</div>
-<div class="verse">&mdash;Et <i>dans les bouts-rimés</i> je vous trouve adorable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p>Cet emploi du datif, qui communique au discours tant de
-rapidité, était régulier dans le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> et le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup>
-siècle.</p>
-
-<p class="cit">«De toutes les absurdités la plus absurde <i>aux epicuriens</i> est desadvouer
-la force et l’effect des sens.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. ch. 12.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est à l’adventure quelque sens particulier qui..... advertit les poulets
-de la qualité hostile qui est <i>au chat</i> contre eux.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Il n’est rien qui nous jecte tant <i>aux dangiers</i> qu’une faim inconsiderée
-de nous en mettre hors.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Je ne craindray point d’opposer les exemples que je trouveray parmi
-eulx (les sauvages américains), aux plus fameux exemples anciens que
-nous ayons <i>aux mémoires</i> de nostre monde par deçà.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem ibidem">Id. ibid.</abbr></i>)</div>
-
-<p>L’origine et la justification de cet emploi du datif se voient
-toutes seules: c’est un latinisme. Le datif représente ici l’ablatif
-avec ou sans préposition.</p>
-
-<p>Pascal a dit, par un latinisme analogue:</p>
-
-<p class="cit">«Il étoit naturel à Adam et <i>juste à son innocence</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 323.)</div>
-
-<p>Mais ici le datif dépend plutôt de l’adjectif. Cette expression
-revient très-souvent dans les <i>Provinciales</i>: <i>au sens de</i>, c’est-à-dire,
-<i>dans le sens de</i>:</p>
-
-<p class="cit">«.... Je lui dis au hasard: Je l’entends <i>au sens des molinistes</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_27">27</span>
-&mdash;<span class="t4">AUX</span>, sur les; <span class="t4">FAIRE UNE ÉPREUVE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’approuve la pensée, et nous avons matière</div>
-<div class="verse8">D’en <i>faire l’épreuve</i> première</div>
-<div class="verse"><i>Aux deux princes</i> qui sont les derniers arrivés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#datif"><span class="smcap">Datif</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="aucun">AUCUN, quelque, le moindre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sans me nommer pourtant en <i>aucune</i> manière,</div>
-<div class="verse">Ni faire <i>aucun</i> semblant que je serai derrière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="audience">AUDIENCE AVIDE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et je vois sa raison</div>
-<div class="verse">D’une <i>audience avide</i> avaler ce poison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p><i>Avaler d’une audience</i> est une expression inadmissible, et
-qui touche au galimatias. Les Latins, plus hardis que nous,
-disaient bien <i lang="la" xml:lang="la">densum humeris bibit aure vulgus</i>; mais le français
-ne souffre pas l’image d’un homme qui avale par l’oreille.</p>
-
-<p class="item" id="aune">AUNE, <span class="t5">TOUT DU LONG DE L’AUNE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">M<sup>me</sup> PERNELLE.</div>
-<div class="verse">C’est véritablement la tour de Babylone,</div>
-<div class="verse">Car chacun y babille, et <i>tout du long de l’aune</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Jusqu’au bout, sans omettre un seul point.</p>
-
-<p>Il est superflu sans doute d’avertir que cette locution est triviale;
-on est assez prévenu par le caractère de celle qui l’emploie.</p>
-
-<p class="item" id="auparavant">AUPARAVANT QUE DE, archaïsme:</p>
-
-<p class="pers">JEANNOT.</p>
-
-<p class="cit">C’est M. le conseiller, madame, qui vous souhaite le bonjour, et, <i>auparavant
-que de</i> venir, vous envoie des poires de son jardin.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">C<sup>sse</sup> d’Esc.</abbr></i> 13.)</div>
-
-<p><i>Par avant</i> est une expression composée, que l’on traitait
-comme un substantif: <i>le par-avant</i>, <i>du par-avant</i>, <i>au par-avant</i>;
-c’est le datif, ou plutôt l’ablatif absolu des Latins, et
-l’on construisait comme <i>avant</i>. (Voyez <a href="#avant_que_de"><span class="smcap">Avant que de</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">AUPRÈS, adverbe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse2">Monsieur, si vous n’êtes <i>auprès</i>,</div>
-<div class="verse">Nous aurons de la peine à retenir Agnès.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 8.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_28">28</span>
-AUQUEL pour <i>où</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est assez, je crois, pour remettre ton cœur</div>
-<div class="verse">Dans l’état <i>auquel</i> il doit être.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="au_prix_de">AU PRIX DE, en comparaison de:</p>
-
-<p class="cit">Tout ce qu’il a touché jusqu’ici n’est que bagatelle, <i>au prix de</i> ce qui
-reste.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3. 1663.)</div>
-
-<p>Comparé à la valeur de ce qui reste.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Elles filoient si bien, que les sœurs filandières</div>
-<div class="verse">«Ne faisoient que brouiller <i>au prix de celles-ci</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>La Vieille et ses Servantes.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse2">«..... Il n’étoit <i>au prix d’elle</i></div>
-<div class="verse">«Qu’un franc dissipateur, un parfait débauché.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Boileau.</span> <i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> X.)</div>
-
-<p class="item" id="au_retour_de">AU RETOUR DE, en retour de...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’en ai refusé cent pistoles, crois-moi,</div>
-<div class="verse"><i>Au retour d’un cheval</i> amené pour le roi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="aussi">AUSSI, pour <i>non plus</i>, dans une phrase négative:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ma foi, je n’irai pas.</div>
-<div class="verse">&mdash;Je n’irai pas <i>aussi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si je n’approuve pas ces amis des galants,</div>
-<div class="verse">Je ne suis pas <i>aussi</i> pour ces gens turbulents....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="cit">L’action que vous avez faite n’est pas d’un gentilhomme, et ce n’est pas
-en gentilhomme <i>aussi</i> que je veux vous traiter.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 10.)</div>
-
-<p>La tournure moderne pour employer <i>aussi</i>, serait: <i>aussi</i>
-n’est-ce pas en gentilhomme, etc....</p>
-
-<p>Mais le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle conservait <i>aussi</i> même après la négation
-exprimée, qui aujourd’hui commande <i>non plus</i>.</p>
-
-<p class="cit">&mdash;«Ragotin fit entendre à la Rancune qu’une des comédiennes luy
-plaisoit infiniment. Et laquelle? dit la Rancune. Le petit homme estoit si
-troublé d’en avoir tant dit, qu’il respondit: Je ne sçay.&mdash;<i>Ny moy aussy</i>,
-dit la Rancune.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron.</span> <i><abbr title="le Roman comique">Rom. com.</abbr></i> 1<sup>re</sup> p. ch. XI.)</div>
-
-<p class="cit">«Ces paroles ne peuvent donc servir qu’à vous convaincre vous-même
-d’imposture, et elles <i>ne</i> servent pas <i>aussi</i> davantage pour justifier Vasquez.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 12<sup>e</sup> <i>provinc.</i>)</div>
-
-<p>L’étymologie d’<i>aussi</i> est <i lang="la" xml:lang="la">etiam</i>. On disait dans l’origine <i>essi</i>,
-d’où l’on fit aisément <i>ossi</i>, et l’on écrivit par corruption <i>aussi</i>.
-Sylvius, dans sa grammaire imprimée chez Robert Estienne,
-en 1531, dit: «<span lang="la" xml:lang="la"><i>Etiam</i>, <i>eci</i> vel <i>oci</i>; corrupte
-</span><i>aussi</i>.» (P. 145.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_29">29</span>
-AUTANT; <span class="t5">IL N’EN FAUT PLUS QU’AUTANT</span>, pour dire
-<i>il ne s’en faut guère</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">On la croyoit morte, et ce n’étoit rien.</div>
-<div class="verse"><i>Il n’en faut plus qu’autant</i>, elle se porte bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item" id="avaler">AVALER <span class="t5">L’USAGE DE QUELQUE CHOSE</span>, s’y soumettre
-bon gré malgré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De ces femmes aux beaux et louables talents,</div>
-<div class="verse">Qui savent accabler leurs maris de tendresses,</div>
-<div class="verse">Pour leur faire <i>avaler l’usage des galants</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item">AVANCÉ: <span class="t5">PAROLE AVANCÉE</span>, donnée:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Me tiendrez-vous au moins la <i>parole avancée</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="avant">AVANT, adverbe, pour <i>auparavant</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>avant</i>, pour pouvoir mieux feindre ce trépas,</div>
-<div class="verse">J’ai fait que vers sa grange il a porté ses pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVANT JOUR</span>, préposition, avant le jour:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse4">Je veux savoir de toi, traître,</div>
-<div class="verse">Ce que tu fais, d’où tu viens <i>avant jour</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti" id="avant_que">&mdash;<span class="t4">AVANT QUE</span> (un infinitif), sans <i>de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne me demandez rien <i>avant que regarder</i></div>
-<div class="verse">Ce qu’à mes sentiments vous devez demander.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse4">Il faut, <i>avant que voir</i> ma femme,</div>
-<div class="verse">Que je débrouille ici cette confusion.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Molière emploie indifféremment ces trois formes: <i>avant de</i>,
-<i>avant que</i>, <i>avant que de</i>, suivis d’un verbe à l’infinitif.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVANT QUE</span>, sans <i>ne</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allons, <ins id="cor_17" title="courrons">courons</ins> <i>avant que</i> d’avec eux <i>il sorte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Avant qu’on l’ouvrît</i> (la cédule), les amis du prince soutinrent que,
-<i>etc.</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Toutes vos fables pouvoient vous servir <i>avant qu’on sût</i> vos principes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 15<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>La question de <i>ne</i>, exprimé ou supprimé après <i>avant que</i>, a
-été fort controversée. M. François de Neufchâteau, dans une
-lettre au <i>Mercure de France</i> du 26 août 1809, admet la négation
-<i>quelquefois</i>. On lui répondit par une lettre signée <span class="smcap">Valant</span>, où
-<span class="pagenum" id="Page_30">30</span>
-quantité d’exemples sont accumulés, ensuite d’une longue discussion
-théorique, pour démontrer qu’il ne faut <i>jamais</i> de négation
-entre <i>avant que</i> et le verbe subséquent; et c’est aussi
-l’opinion de l’Académie, fondée sur l’usage invariable du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup>
-siècle. Pascal, la Bruyère, la Fontaine, Boileau, Racine, Molière,
-Regnard, etc., etc., n’emploient pas la négation.</p>
-
-<p>Marmontel l’a employée, mais c’est Marmontel.</p>
-
-<p class="ti" id="avant_que_de">&mdash;<span class="t4">AVANT QUE DE</span>....:</p>
-
-<p class="cit">Si l’auteur lui eût montré sa comédie <i>avant que de</i> la faire voir au public,
-il l’eût trouvée la plus belle du monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des f.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Avant que de</i> passer plus avant, je voudrois bien agiter à fond cette
-matière.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je les conjure de tout mon cœur de ne point condamner les choses
-<i>avant que de les voir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de</i> <span class="smcap">Tartufe</span>.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Avant que de les mener</i> sur la place, il fit habiller les deux premiers
-le plus proprement qu’il put.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#avant_que">DE</a> <i>supprimé</i> après <i>avant que</i>.)</p>
-
-<p class="cit">«<i>Avant que de répondre</i> aux reproches que vous me faites, je commencerai
-par l’éclaircissement de votre doctrine à ce sujet.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 12<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="avecque">AVECQUE, archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous êtes romanesque <i>avecque</i> vos chimères.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les dettes aujourd’hui, quelque soin qu’on emploie,</div>
-<div class="verse">Sont comme les enfants, que l’on conçoit en joie,</div>
-<div class="verse">Et dont <i>avecque</i> peine on fait l’accouchement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si je pouvois parler <i>avecque</i> hardiesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et m’en vais tout mon soûl pleurer <i>avecque</i> lui.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’union de Valère <i>avecque</i> Marianne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’<i>avecque</i> le cœur d’un perfide vaurien</div>
-<div class="verse">Vous confondiez les cœurs de tous les gens de bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<p>Cette forme est si fréquente dans Molière, qu’il a paru inutile
-d’en rapporter plus d’exemples.</p>
-
-<p class="item" id="avenant">AVENANT QUE, participe absolu, c’est-à-dire, dans
-le cas où....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quelque bien de mon père et le fruit de mes peines,</div>
-<div class="verse">Dont, <i>avenant que Dieu de ce monde m’ôtât</i>,</div>
-<div class="verse">J’entendois tout de bon que lui seul héritât.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="aviommes"><span class="pagenum" id="Page_31">31</span>
-AVIOMMES; patois; pour <i>avions</i>:</p>
-
-<p class="pers">PIERROT.</p>
-
-<p>Tout gros monsieur qu’il est, il seroit par ma fiqué nayé, si je <i>n’aviomme</i>
-été là.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Cette forme est primitive. L’<i>m</i> à la terminaison caractérise
-en latin les premières personnes du pluriel, <span lang="la" xml:lang="la"><i>habemus</i>, <i>amamus</i>;
-<i>vidissemus</i>, <i>audivimus</i></span>, etc. Aussi les plus anciens textes, par
-exemple le livre des Rois, ne manquent jamais d’écrire <i>nous
-attendrum</i>, <i>nous manderum</i>, <i>nous renderum</i>.</p>
-
-<p>Quand le mot suivant avait pour initiale une voyelle, l’<i>m</i>
-finale s’y détachait:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse4">«.... Salvez seiez de Deu</div>
-<div class="verse8">«Li glorius que <i>devum aurer</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roland.</i> st. 32.)</div>
-
-<p>«Que devome aourer» (<i>adorer</i>).</p>
-
-<p>Mais s’il suivait une consonne, il fallait bien, pour n’en pas
-articuler deux consécutives (ce qui ne se faisait jamais), éteindre
-l’<i>m</i> et la changer en <i>n</i>. Par exemple:</p>
-
-<p class="cit">«Le matin à vos <i>vendrum</i>, e en vostre merci nus <i>mettrum</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 37.)</div>
-
-<p>On prononçait <i>vendrome</i> et <i>mettrons</i>.</p>
-
-<p>La dernière forme a supplanté l’autre, et s’est établie exclusivement
-pour tous les cas.</p>
-
-<p>Mais auparavant l’autre avait régné, et avait été sur le point
-de triompher aussi; car, pour la fixer, on écrivit longtemps les
-premières personnes en <i>omes</i>. Marsile parlant de Roland:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Seit ki l’ocie, tute pais puis <i>auriomes</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roland.</i> st. 28.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Qu’en avez fait, ce dit fromons li viez?</div>
-<div class="verse">«&mdash;Sire, en ce bois <i>l’avoumes</i> nous laissie.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Garin.</i> t. II. p. 243.)</div>
-
-<p class="cit">&mdash;«Se nous <i>demenomes</i> ensi li uns les aultres, et <i>alomes</i> rancunant,
-bien voi que nous <i>reperdrons</i> toute la tiere, et nous meismes <i>seromes</i>
-perdu.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Villehardhoin.</span> p. 199. éd. P. Paris.)</div>
-
-<p>On remarquera dans ce passage la forme moderne <i>nous reperdrons</i>
-au milieu des formes primitives en <i>omes</i>, qui sont
-celles que Villehardhoin affectionne.</p>
-
-<p>Qui pourra dire ce qui a déterminé le triomphe définitif de
-l’une plutôt que de l’autre? Le langage est plein de ces mystères
-insondables, pareils à ceux de la conception et de la
-<span class="pagenum" id="Page_32">32</span>
-génération humaine: on les suit jusqu’à une certaine limite, où
-soudain la nature se cache, et disparaît derrière un voile que
-tous les efforts de la philosophie, aidée de la science, ne parviendront
-pas à soulever.</p>
-
-<p>Sur l’union du pronom singulier au verbe pluriel, <i>je n’aviomme</i>,
-voyez à <a href="#je"><span class="smcap">Je</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="avis">AVIS FAISABLE, exécutable:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Enfin c’est un <i>avis</i> d’un gain inconcevable,</div>
-<div class="verse">Et que du premier mot on trouvera <i>faisable</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="aviser">AVISER, actif; <span class="t5">AVISER QUELQU’UN DE</span>, le faire
-songer à...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>De ta femme</i> il fallut moi-même <i>t’aviser</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Neutre, pour <i>s’aviser</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sans aller de surcroît <i>aviser</i> sottement</div>
-<div class="verse">De se faire un chagrin qui n’a nul fondement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Le Cocu imaginaire">Coc. im.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p class="cit">Selon la coutume de certains impertinents de laquais qui viennent provoquer
-les gens, <i>et les faire aviser</i> de boire lorsqu’ils n’y songent pas.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je vais vite consulter un avocat, <i>et aviser</i> des biais que j’ai à prendre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Réfléchir ou prendre avis touchant les biais que, etc.</p>
-
-<p class="item" id="avoir">AVOIR, auxiliaire, pour <i>être</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>j’ai</i> pour vous trouver <i>rentré</i> par l’autre porte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’ai monté</i> pour vous dire, et d’un cœur véritable...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Au reste, vous saurez</div>
-<div class="verse">Que <i>je n’ai demeuré</i> qu’un quart d’heure à le faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Pareillement dans la Fontaine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Si le ciel t’eût, dit-il, donné par excellence</div>
-<div class="verse">«Autant de jugement que de barbe au menton,</div>
-<div class="verse8">«Tu <i>n’aurois</i> pas à la légère</div>
-<div class="verse">«<i>Descendu</i> dans ce puits.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Renard et le Bouc.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR, N’AVOIR PAS POUR UN</span>.... voyez <a href="#pour"><span class="t5">POUR</span></a>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR DE COUTUME</span>:</p>
-
-<p class="cit">Oui, monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter l’envie de
-nous faire courir toutes les nuits, comme vous <i>aviez de coutume</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_33">33</span>
-&mdash;<span class="t4">AVOIR DES CONJECTURES DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">La cabale s’est réveillée aux simples <i>conjectures</i> qu’ils ont pu <i>avoir de la
-chose</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(2<sup>e</sup> <i>Placet au R.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR EN MAIN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’avois</i> pour de tels coups certaine vieille <i>en main</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR FAMILIARITÉ AVEC QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Tu as donc familiarité</i>, Moron, <i>avec le prince</i> d’Ithaque?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR PEINE DE</span> (un infinitif), avoir peine à....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai peur, si le logis du roi fait ma demeure,</div>
-<div class="verse">De m’y trouver si bien dès le premier quart d’heure,</div>
-<div class="verse">Que <i>j’aie peine</i> aussi <i>d’en sortir</i> par après.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Cet amas d’actions indignes dont <i>on a peine.... d’adoucir</i> le mauvais
-visage.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p>On ne dirait plus aujourd’hui le visage d’une action; mais le
-Dictionnaire de l’Académie (1694) cite comme exemple: <i>Cette
-affaire a deux visages</i>; et l’on dira bien encore: <i>envisager une
-affaire</i> sous tel ou tel aspect.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR POUR AGRÉABLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je vous supplierai d’<i>avoir pour agréable</i></div>
-<div class="verse">Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Cette façon de parler est très-fréquente dans <i>Gil Blas</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR QUELQU’UN QUI</span>... <span class="t5">QUE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et quand <i>on a quelqu’un qu’</i>on hait ou <i>qui</i> déplaît,</div>
-<div class="verse">Lui doit-on déclarer la chose comme elle est?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Cette façon de parler paraît embarrassée et pénible; cependant
-elle n’a pas été suggérée à Molière par la difficulté de la
-mesure, car il l’emploie en prose:</p>
-
-<p class="cit"><i>Vous avez</i>, monsieur, <i>un certain monsieur de Pourceaugnac qui</i> doit
-épouser votre fille.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="avouer">AVOUER LA DETTE, figurément, ne pas dissimuler:</p>
-
-<p class="cit">Ma foi, madame, <i>avouons la dette</i>: vous voudriez qu’il fût à vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p>Regnard, dans le <i>Distrait</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Parlons à cœur ouvert, et <i>confessons la dette</i>:</div>
-<div class="verse">«Je suis un peu coquet, tu n’es pas mal coquette.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="aye"><span class="pagenum" id="Page_34">34</span>
-AYE, ou AY, monosyllabe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dans cette joie...&mdash;<i>Aye, ay!</i> doucement, je vous prie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 15.)</div>
-
-<p><span class="smcap">Aïe</span>, par l’introduction du <i>d</i>, <i>aïde</i> ou <i>aide</i>, selon la prononciation
-moderne, syncope d’<i>adjutorium</i>. <i>Aye, aye!</i> c’est-à-dire,
-à l’aide, à l’aide!</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Certes, nous ne vous faudrons mie:</div>
-<div class="verse8">«Tous jours serons en vostre <i>aïe</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de Coucy.</i> v. 766.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«... Quant ele vit Arabis si cunfundre,</div>
-<div class="verse8">«A halte voix s’escrie: <i>Aïez</i> nous, mahum!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roland.</i> st. 266.)</div>
-
-<p class="item" id="item_B">BABYLONE; <span class="t5">LA TOUR DE BABYLONE</span>, comme qui dirait
-la tour du babil:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est véritablement <i>la tour de Babylone</i>,</div>
-<div class="verse">Car chacun y babille, et tout du long de l’aune.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Le Père Caussin, jésuite, dit, dans sa <i>Cour sainte</i>, que <i>les hommes ont
-fondé la tour de Babel, et les femmes la tour de babil</i>. Ce quolibet du jésuite
-n’aurait-il pas donné l’idée de celui que Molière met dans la bouche
-de madame Pernelle? et le père Caussin ne serait-il pas le docteur dont
-parle la vieille dévote?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="baie">BAIE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-8">C’est une <i>baie</i></div>
-<div class="verse">Qui sert sans doute aux feux dont l’ingrate <i>le paie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Cette expression, <i>payer d’une baie</i>, nous reporte à la farce de
-Pathelin, dont la première édition est de 1490. Le prodigieux
-succès de ce <i>Pathelin</i> fit passer en proverbe plusieurs mots de
-cette pièce; nous disons encore: <i>revenir à ses moutons</i>. <i>Payer
-d’une baie</i> est une allusion à cette autre scène excellente, où le
-berger, acquitté du meurtre des moutons, paye son avocat en
-lui disant <i>Bée</i>, comme il a fait au juge; et la fourberie retombe
-sur son auteur.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers"><i>Messire</i> JEHAN.</div>
-<div class="verse-3">«Et comme quoi?</div>
-<div class="pers">PATHELIN.</div>
-<div class="verse-8">«Pour ce qu’<i>en bée</i></div>
-<div class="verse">«<i>Il me paya</i> subtilement.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Testament de Pathelin.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">BAIE (DONNER LA)</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le sort a bien <i>donné la baie</i> à mon espoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p class="item" id="bailler"><span class="pagenum" id="Page_35">35</span>
-BAILLER, archaïsme, donner:</p>
-
-<p class="cit">Un sergent <i>baillera</i> de faux exploits, sur quoi vous serez condamné sans
-que vous le sachiez.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 8.)</div>
-
-<p><i>Bailler un exploit</i> était le terme consacré en style d’huissier;
-Molière n’avait garde de changer le mot technique.</p>
-
-<p class="item" id="baissement">BAISSEMENT <span class="t5">DE TÊTE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Quelque <i>baissement de tête</i>, un soupir mortifié, deux roulements
-d’yeux, rajustent dans le monde tout ce qu’ils (les scélérats) peuvent faire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="balancer">BALANCER <span class="t5">QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Un homme qui..... et <i>ne balance aucune chose</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Qui ne pèse rien.</p>
-
-<p class="item" id="balle">BALLE, <span class="t5">RIMEUR DE BALLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allez, <i>rimeur de balle</i>, opprobre du métier.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Balle</i>, en termes d’agriculture, est une petite paille, capsule ou gousse,
-qui sert d’enveloppe au grain dans l’épi.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p>Si <i>balle</i> est ici dans ce sens, <i>rimeur de balle</i> serait une métaphore
-prise d’un objet qui, devant être rembourré de plume
-ou de crin, ne l’est que de <i>balle</i>, et ainsi d’une valeur réelle
-très-inférieure à l’apparence; mais cela paraît forcé.</p>
-
-<p>Trévoux explique <i>rimeur de balle</i>, par allusion à la <i>balle</i>
-des marchands forains: «On appelle <i>rimeur de balle</i> un poëte
-dont les vers sont si mauvais, qu’ils ne servent qu’à envelopper
-des marchandises.» C’est ainsi qu’on dit <i>poëte des halles</i>.</p>
-
-<p class="item" id="barbarismes">BARBARISMES <span class="t5">DE BON GOUT</span>, en matière de bon
-goût:</p>
-
-<p class="cit">Des incongruités de bonne chère et des <i>barbarismes de bon goût</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#solecismes"><span class="smcap">Solécismes en conduite</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="barguigner">BARGUIGNER:</p>
-
-<p class="cit">A quoi bon tant <i>barguigner</i> et tant tourner autour du pot?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p><i>Barguigner</i> signifie <i>marchander</i> en vieux français; racine
-<ins id="cor_2" title="bragain"><i>bargain</i></ins>, que les Anglais nous ont pris et conservent encore.</p>
-
-<p class="cit">«Estagiers de Paris puent <i>barguignier</i> et achater bled, ou marchié de
-Paris.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Livre des mestiers.</i> p. 17.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_36">36</span>
-Le sire de Coucy, déguisé en mercier ambulant, ouvre sa
-balle; toute la maison y accourt, et la châtelaine de Fayel
-elle-même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Iluec trouverent le mercier,</div>
-<div class="verse8">«E lor dame qui remuoit</div>
-<div class="verse8">«Les joiaus, et les <i>bargignoit</i>.</div>
-<div class="verse8">«Aulcuns aussy de la mesnie</div>
-<div class="verse8">«Ont mainte chose <i>bargignie</i>....</div>
-<div class="verse8">«Et quant rien plus ne <i>bargigna</i>,</div>
-<div class="verse8">«Sa marchandise appareilla,</div>
-<div class="verse8">«Et prist son fardel à trousser.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roman de Coucy.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«La dame dist à son valet:</div>
-<div class="verse8">«Faites demourer sans long plait</div>
-<div class="verse8">«Ce povre home, marchand estragne.</div>
-<div class="verse8">«Cilz respont, sans faire <i>bargagne</i>:</div>
-<div class="verse8">«Gentilz dame, Dieus le vous mire.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Elle <i>marchandait</i> les joyaux;&mdash;et quand on ne <i>marchanda</i>
-plus rien...;&mdash;il répond <i>sans marchander</i>. <i>Barguigner</i> n’a
-plus aujourd’hui que le sens figuré de <i>marchander</i>.</p>
-
-<p class="item" id="baste">BASTE, de l’italien <i>basta</i>, suffit:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Baste!</i> songez à vous dans ce nouveau dessein.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Baste!</i> laissons là ce chapitre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="batir">BATIR <span class="t5">SUR DES ATTRAITS</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon cœur aura <i>bâti sur ses attraits naissants</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>C’est l’abrégé d’une expression métaphorique: bâtir, fonder
-un espoir sur.....</p>
-
-<p class="item" id="batteur">BATTEUR:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, je te ferai voir, <i>batteur</i> que Dieu confonde,</div>
-<div class="verse">Que ce n’est pas pour rien qu’il faut rouer le monde.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="beau">BEAU, au sens métaphorique de <i>pur</i>:</p>
-
-<p class="pers">SGANARELLE.</p>
-
-<p class="cit">Vous vous taisez exprès, et me laissez parler <i>par belle malice</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="beaucoup">BEAUCOUP devant un adjectif ou un partic. passé:</p>
-
-<p class="cit">Je vous suis <i>beaucoup obligé</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Leur savoir à la France est <i>beaucoup nécessaire</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_37">37</span>
-BÉCARRE; <span class="t5">DU BÉCARRE</span>, terme technique, aujourd’hui
-inusité:</p>
-
-<p class="cit">Ah! monsieur, <i>c’est du beau bécarre</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Sicilien.</i> 2.)</div>
-
-<p class="cit">Et là-dessus vient un berger, berger joyeux, avec <i>un bécarre admirable</i>,
-qui se moque de leur foiblesse.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Cela veut dire que la musique passe du mode mineur au
-majeur.</p>
-
-<p class="item">BÉCASSE <span class="t5">BRIDÉE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ma foi, monsieur, <i>la bécasse est bridée</i>; et vous avez cru faire un jeu
-qui demeure une vérité.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="cit">«Cela se dit figurément, à cause d’une chasse que les paysans font aux
-bécasses avec des lacets et collets qu’ils tendent, où elles se brident elles-mêmes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="bec">BEC CORNU, ou mieux <span class="t5">BECQUE CORNU</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sans doute il faut bien qu’à ce <i>becque cornu</i></div>
-<div class="verse">Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Que maudit soit le <i>bec cornu</i> de notaire qui m’a fait signer ma ruine!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p><i>Becque</i> est formé de l’italien <i lang="it" xml:lang="it">becco</i>, <i>un bouc</i>, mot qui reçoit
-deux sens métaphoriques, injurieux l’un et l’autre. <i>Becco</i> est
-un lourdaud, ou un homme que déshonore l’inconduite de sa
-femme ou de sa sœur (<i>Trésor des trois langues</i>). L’épithète
-<i>cornu</i> s’explique d’elle-même.</p>
-
-<p class="item">BÉJAUNE, erreur grossière:</p>
-
-<p class="cit">C’est fort bien fait d’apprendre à vivre aux gens, et de leur montrer leur
-<i>béjaune</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Monsieur, souffrez que je lui montre son <i>béjaune</i>, et le tire d’erreur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 16.)</div>
-
-<p>Les jeunes oiseaux ont le bec garni d’une sorte de frange
-jaune. Ainsi, par métaphore, avoir le bec jaune, c’est manquer
-d’expérience, être dupe. Molière a écrit aussi <i>bec jaune</i>;
-conformément à l’étymologie:</p>
-
-<p class="cit">Oui, Mathurine, je veux que monsieur vous montre votre <i>bec jaune</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Ce sont six aulnes.... ne sont mie?</div>
-<div class="verse8">«Et non sont; que je suis <i>bec jaulne</i>!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_38">38</span>
-Dans l’origine, les consonnes finales étant muettes lorsque
-suivait une consonne; on prononçait pour <i>bec</i>, <i>mer</i>, <i>fer</i>, <i>bé</i>,
-<i>mé</i>, <i>fé</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Des variations du langage français</i>, p. 44.)</div>
-
-<p class="item" id="besoin">BESOIN, <span class="t5">FAIRE BESOIN</span>, être nécessaire:</p>
-
-<p class="cit">Aussi bien <i>nous fera-t-il ici besoin</i> pour apprêter le souper.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="biais">BIAIS, dissyllabe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous n’aurions pas besoin maintenant de rêver</div>
-<div class="verse">A chercher les <i>biais</i> que nous devons trouver.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Des <i>biais</i> qu’on doit prendre à terminer vos feux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut voir maintenant quel <i>biais</i> je prendrai.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour tâcher de trouver un <i>biais</i> salutaire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et du <i>biais</i> qu’il faut vous prenez cette affaire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 21.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le pousser est encor grande imprudence à vous,</div>
-<div class="verse">Et vous deviez chercher quelque <i>biais</i> plus doux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. I.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Monosyllabe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai donc cherché longtemps <i>un biais</i> de vous donner</div>
-<div class="verse">La beauté que les ans ne peuvent moissonner.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SAVOIR LE BIAIS DE FAIRE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Mais, encore une fois, madame, <i>je ne sais point le biais de faire entrer</i>
-ici des vérités si éclatantes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> de la Critique de
-l’<abbr title="École des femmes.">Éc. des fem.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item">BICÊTRE, voyez <a href="#bissetre"><span class="t5">BISSÊTRE</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="bien">BIEN; <span class="t5">AVOIR LE BIEN DE</span>... le plaisir, l’avantage de...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">... <i>J’ai le bien d’être</i> de vos voisins.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il s’est dit grand chasseur, et nous a prié tous</div>
-<div class="verse">Qu’il pût <i>avoir le bien de courir</i> avec nous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="bien_et_beau">BIEN ET BEAU:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cependant arrivé, vous sortez <i>bien et beau</i>,</div>
-<div class="verse">Sans prendre de repos ni manger un morceau.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p>Remarquez <i>beau</i>, employé comme adverbe. C’était originairement
-le privilége de tous les adjectifs. Il nous en reste encore
-de nombreux exemples: voir <i>clair</i>, frapper <i>ferme</i>, parler
-<span class="pagenum" id="Page_39">39</span>
-<i>haut</i>, partir <i>soudain</i>, parler <i>net</i>, etc., etc., pour <i>clairement</i>,
-<i>fermement</i>, <i>hautement</i>, <i>soudainement</i>, <i>nettement</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le fermier vient, le prend, l’encage <i>bien et beau</i>,</div>
-<div class="verse">«Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Corbeau voulant imiter l’Aigle.</i>)</div>
-
-<p class="item">BIENSÉANCE; <span class="t5">ÊTRE EN LA BIENSÉANCE DE QUELQU’UN</span>,
-c’est-à-dire, à sa disposition:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cette maison meublée <i>est en ma bienséance</i>;</div>
-<div class="verse">Je puis en disposer avec grande licence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="bissetre">BISSÊTRE; malheur résultant d’une fatalité. <span class="t5">FAIRE
-UN BISSÊTRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Eh bien! ne voilà pas mon enragé de maître?</div>
-<div class="verse">Il nous va <i>faire</i> encor <i>quelque nouveau bissêtre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>L’orthographe est <i>bissêtre</i>, et non <i>bicêtre</i>; le mot primitif
-est <i>bissexte</i>. Du Cange, au mot <i>Bissextus</i>, l’explique <span lang="la" xml:lang="la"><i>infortunium</i>,
-<i>malum superveniens</i></span>. La mauvaise influence de l’an et
-du jour bissextile était proverbiale au moyen âge:</p>
-
-<p class="cit">«Cette année-là étoit bissextile, et le <i>bissexte</i> tomba de fait sur les
-traistres.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Orderic Vital.</i> lib. XIII. p. 882.)</div>
-
-<p class="cit">«Cette tumultueuse année fut bissextile.... et le <i>bissexte</i> tomba sur
-le roi et sur son peuple, tant en Angleterre qu’en Normandie.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> lib. XIII. p. 905.)</div>
-
-<p>C’était une locution populaire: le <i>bissexte</i> est tombé sur
-telle affaire, pour dire qu’elle avait mal tourné. Nous voyons
-déjà paraître la forme corrompue <i>bissextre</i> dans Molinet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Pour ce que bissextre eschiet,</div>
-<div class="verse8">«L’an en sera tout desbauchiet.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Calendrier.</i>)</div>
-
-<p>L’<i>x</i> s’éteignait dans la prononciation, et laissait prévaloir le <i>t</i>,
-par la règle des consonnes consécutives. On prononçait donc
-<i>bissête</i>, et, par l’intercalation euphonique de l’<i>r</i>, <i>bissêtre</i>.</p>
-
-<p>La superstition du jour bissextile remontait aux Romains.
-Voyez là-dessus le témoignage de Macrobe, au livre I<sup>er</sup>, chapitre
-13, des <i>Saturnales</i>.</p>
-
-<p>Molière rappelle donc ici, par l’emploi du mot <i>bicêtre</i>, une
-expression et une superstition du moyen âge.</p>
-
-<p>Le vice d’orthographe tendrait à confondre le <i>bissêtre</i> avec
-<span class="pagenum" id="Page_40">40</span>
-le château de <i>Bicestre</i> ou de <i>Bicêtre</i>. Celui-ci a une tout autre
-origine: la grange aux Gueux, qui appartenait, en 1290, à
-l’évêque de Paris, passa plus tard à Jean, évêque de <i>Wincestre</i>,
-dont le nom, transformé en <i>Bicestre</i>, est resté attaché à
-cette demeure.</p>
-
-<p>Le peuple dit d’un enfant méchant et tapageur: C’est un
-<i>bicêtre</i>; ah! le petit <i>bicêtre</i>! Trévoux veut que ce soit par allusion
-à la prison de <i>Bicêtre</i>; mais ne serait-ce pas plutôt un
-vestige de la superstition du <i>bissêtre</i>? Ah! le maudit enfant! le
-petit malheureux! né le jour du <i>bissêtre</i>, sur qui est tombé
-le <i>bissêtre</i>!</p>
-
-<p>On lit dans le <i>Roman bourgeois</i>, de Furetière:</p>
-
-<p class="cit">«Si j’ai <i>fait</i> ici <i>quelque bissêtre</i>;»</p>
-
-<p>Et dans la <i>Noce de village</i>, de Brécourt:</p>
-
-<p class="cit">«Avant, je veux <i>faire bissêtre</i>.»</p>
-
-<p class="item" id="blanchir">BLANCHIR, <span class="t5">NE FAIRE QUE BLANCHIR</span>; au sens métaphorique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les douceurs <i>ne feront que blanchir</i> contre moi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et nos enseignements <i>ne font là que blanchir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LE MARQUIS</span>.&mdash;Voilà des raisons qui ne valent rien.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLIMÈNE</span>.&mdash;Tout cela <i>ne fait que blanchir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p>Bien que cette expression se trouve dans la bouche de Climène,
-il ne s’ensuit pas que Molière ait prétendu la blâmer.</p>
-
-<p>Voici comment Furetière expose l’origine de cette métaphore:</p>
-
-<p>«<span class="smcap">Blanchir</span> se dit aussi des coups de canon qui ne font
-qu’effleurer une muraille, et y laissent une marque blanche.
-En ce sens, on dit, au figuré, de ceux qui entreprennent d’attaquer
-ou de persuader quelqu’un, et dont tous les efforts sont
-inutiles, que tout ce qu’ils ont fait, tout ce qu’ils ont dit, n’a
-fait que <i>blanchir</i> devant cet homme ferme et opiniâtre.»</p>
-
-<p class="item" id="boire">BOIRE LA CHOSE; métaphoriquement, se résigner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon frère, doucement il faut <i>boire la chose</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>Molière a dit, par la même figure: <i>Avaler l’usage des galants</i>.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_41">41</span>
-&mdash;<span class="t4">BOIRE SUR LE RESTE DE QUELQU’UN:</span></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous <i>buviez sur son reste</i>, et montriez d’affecter</div>
-<div class="verse">Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="bon">BON, BONNE, ironiquement:</p>
-
-<p class="cit">Hé, <i>la bonne effrontée</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="cit">Parbleu! <i>le voilà bon</i>, avec son habit d’empereur romain!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">D’où viens-tu, <i>bon pendard</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="cit">Taisez-vous, <i>bonne pièce</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Oses-tu bien paroître devant mes yeux, après tes <i>bons déportements</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">BON A FAIRE A</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Refuser ce qu’on donne est <i>bon à faire aux fous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">BON ARGENT (PRENDRE POUR DE)</span>, prendre au sérieux:</p>
-
-<p class="cit">Quoi! <i>tu prends pour de bon argent</i> ce que je viens de dire?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p>Métaphore tirée de la fausse monnaie.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR LE CŒUR BON</span>, c’est-à-dire, en style moderne,
-<i>bien placé</i>:</p>
-
-<p class="cit">Sachez que j’ai <i>le cœur trop bon</i> pour me parer de quelque chose qui ne
-soit point à moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE BON DU CŒUR</span>, substantivement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>du bon de mon cœur</i> à cela je m’engage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Du meilleur de mon cœur.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">BONS JOURS</span>, jours de fête, jours solennels:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que d’une serge honnête elle ait son vêtement,</div>
-<div class="verse">Et ne porte le noir qu’aux <i>bons jours</i> seulement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="bouche">BOUCHE. <span class="t5">BOUCHE COUSUE</span>, adverbialement, pour recommander
-la discrétion:</p>
-
-<p class="cit">Adieu. <i>Bouche cousue</i>, au moins! Gardez bien le secret, que le mari ne
-le sache pas!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LAISSER SUR LA BONNE BOUCHE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous n’en tâterez plus, et <i>je vous laisse sur la bonne bouche</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ibidem">Ib.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_42">42</span>
-&mdash;<span class="t4">DANS MA BOUCHE, DANS LEURS BOUCHES</span>, c’est-à-dire
-d’après mes paroles, à les entendre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dans ma bouche</i>, une nuit, cet amant trop aimable</div>
-<div class="verse">Crut rencontrer Lucile à ses vœux favorable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Il n’y a pas moyen d’approuver cette façon de parler.</p>
-
-<p>Ascagne veut dire qu’elle se fit passer pour Lucile, parla
-comme si elle eût été Lucile. Cette expression étrange paraît
-tenir à l’inexpérience de Molière, quand il fit le <i>Dépit</i>; mais
-on est surpris de la retrouver, mieux construite, il est vrai,
-dans la préface du <i>Tartufe</i>. Il s’agit des hypocrites:</p>
-
-<p class="cit">Le <i>Tartufe</i>, <i>dans leur bouche</i>, est une pièce qui offense la piété.</p>
-
-<p>Molière s’exprimerait-il autrement s’il voulait dire que
-les hypocrites, par leur manière de réciter <i>Tartufe</i>, d’en accentuer
-les vers, dénaturent la pensée de l’auteur, et font
-d’un ouvrage innocent un ouvrage impie?</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#metaphores"><span class="smcap">Métaphores vicieuses</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="bouchon">BOUCHON <span class="t5">ET BOUCHONNER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hai, hai, mon petit nez, pauvre petit <i>bouchon</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des m.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je te <i>bouchonnerai</i>, baiserai, mangerai.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p><i>Bouchon</i> est ici le diminutif de <i>bouche</i>. Il ne faut pas s’arrêter
-à ce que cette terminaison <i>on</i>, <i>one</i>, est en italien la marque
-d’un augmentatif; il est certain qu’en français elle a reçu
-un emploi opposé, comme de <i>Pierre</i>, <i>Pierron</i> ou <i>Pierrot</i>; de
-<i>Charles</i>, <i>Charlon</i> ou <i>Charlot</i>, de <i>Gothe</i>, <i>Gothon</i>; de <i>Marie</i>,
-<i>Marion</i>, etc. Et dans les noms communs, <i>bestion</i> (de beste),
-<i>valeton</i> (valet), <i>luiton</i> (lutin), <i>tetton</i> (tette), <i>peton</i> (pied), <i>chaton</i>
-(chat), <i>poupon</i> (poupe, poupée, etc.)</p>
-
-<p>Voici l’article de Furetière: «<span class="smcap">Bouchon</span> est aussi un nom de
-cajollerie qu’on donne aux petits enfants, aux jeunes filles
-de basse condition: Mon petit cœur, mon petit <i>bouchon</i>.»</p>
-
-<p class="item" id="bouger">BOUGER (SE), verbe réfléchi, pour <i>bouger</i>, neutre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et personne, monsieur, qui <i>se</i> veuille <i>bouger</i></div>
-<div class="verse">Pour retenir des gens qui se vont égorger!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="bourle"><span class="pagenum" id="Page_43">43</span>
-BOURLE, de l’italien <i lang="it" xml:lang="it">burla</i>, <i>moquerie</i>, <span class="t5">FAIRE UNE BOURLE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Une certaine mascarade..... que je prétends faire entrer dans une <i>bourle</i>
-que je veux faire à notre ridicule.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. gent.</abbr></i> III. 14.)</div>
-
-<p>C’est la leçon de l’édition de 1670, qui est la première. Les
-éditions modernes mettent <i>bourde</i>, qui est la forme corrompue,
-aujourd’hui adoptée. <i>Bourle</i> n’est dans aucun dictionnaire; ils
-donnent tous <i>bourde</i>.</p>
-
-<p class="item" id="branler">BRANLER <span class="t5">LE MENTON</span>, manger:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MASCARILLE.</div>
-<div class="verse">Oh! tu seras ainsi tenu pour un poltron.</div>
-<div class="verse">&mdash;Soit, pourvu que toujours <i>je branle le menton</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="bras">BRAS, <span class="t5">SE METTRE...... SUR LES BRAS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que
-j’allasse, en vous retenant, <i>me mettre le ciel sur les bras</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Qui en touche un (hypocrite), <i>se les attire tous sur les bras</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ibidem">Ib.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE JETER.... SUR LES BRAS</span>, même sens;</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je <i>me jetterois</i> cent choses <i>sur les bras</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="bravade">BRAVADE, <span class="t5">FAIRE BRAVADE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, je serois cocu?&mdash;Vous voilà bien malade!</div>
-<div class="verse">Mille gens le sont bien, <i>sans vous faire bravade</i>,</div>
-<div class="verse">Qui, de mine, de cœur, de biens et de maison,</div>
-<div class="verse">Ne feroient avec vous nulle comparaison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>Sans vous insulter.&mdash;<span class="smcap">Bravade d’un discours</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne sais qui me tient qu’avec une gourmade</div>
-<div class="verse">Ma main <i>de ce discours</i> ne venge la <i>bravade</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="brave">BRAVE en ajustements:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ta forte passion est d’être <i>brave</i> et leste.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Est-ce que tu es jalouse de quelqu’une de tes compagnes que tu voies
-plus <i>brave</i> que toi?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="braverie">BRAVERIE, parure:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LA GRANGE</span>.&mdash;Vite, qu’on les dépouille sur-le-champ.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">JODELET</span>.&mdash;Adieu, notre <i>braverie</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_44">44</span>
-Pour moi, je tiens que <i>la braverie</i>, que l’ajustement est la chose qui réjouit
-le plus les filles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="brider">BRIDER D’UN ZÈLE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>D’un zèle simulé j’ai bridé</i> le bon sire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="brillants">BRILLANTS; qualités brillantes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Comme par son esprit et ses autres <i>brillants</i></div>
-<div class="verse">Il rompt l’ordre commun et devance le temps....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LES BRILLANTS DES YEUX</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, voyant <i>de ses yeux tous les brillants baisser</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et si je rends hommage <i>aux brillants de leurs yeux</i>,</div>
-<div class="verse">De leur esprit aussi j’honore les lumières.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LES BRILLANTS D’UNE VICTOIRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne vous enflez donc point d’une si grande gloire,</div>
-<div class="verse">Pour les petits <i>brillants</i> d’une faible victoire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="brouiller">BROUILLER:</p>
-
-<p class="cit">Que nous <i>brouilles-tu</i> ici de ma fille?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DESTIN BROUILLÉ</span>, embrouillé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fut-il jamais destin plus <i>brouillé</i> que le nôtre?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="bruire">BRUIRE. <span class="t5">FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX</span>, métaphoriquement,
-faire tapage:</p>
-
-<p class="cit">Le vin émétique <i>fait bruire ses fuseaux</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="bruit">BRUIT. Bruit répandu, ouï-dire:</p>
-
-<p class="cit">J’ai rencontré un orfévre qui, sur le <i>bruit</i> que vous cherchiez quelque
-beau diamant en bague....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR UN BRUIT DE</span>, avoir la réputation de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hé! là, là, madame la Nuit,</div>
-<div class="verse">Un peu doucement, je vous prie;</div>
-<div class="verse"><i>Vous avez</i> dans le monde <i>un bruit</i></div>
-<div class="verse">De n’être pas si renchérie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="cit">«Elle <i>eut le bruit</i>, à la cour, de n’avoir pas sa pareille.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Reine de <abbr title="Navarre">Nav.</abbr></span> <abbr title="Heptaméron nouvelle"><i>Hept.</i> nouv.</abbr> 15.)</div>
-
-<p>On disait de même, <i>donner un bruit à quelqu’un</i>.</p>
-
-<p>Bonnivet, au témoignage de la reine de Navarre,</p>
-
-<p class="cit">«Estoit des dames mieulx voulu que ne feut oncques François, tant
-<span class="pagenum" id="Page_45">45</span>
-par sa beauté, bonne grace et parole, que pour <i>le bruit que chacun
-luy donnoit</i> d’estre l’un des plus adroits et hardis aux armes qui feust de
-son tems.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Heptaméron.</i> nouvelle 14<sup>e</sup>.)</div>
-
-<p class="cit">«Elle connoissoit le contraire du <i>faux bruit que l’on donnoit aux François</i>,
-car ils estoient plus sages, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibidem.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez la note au mot <a href="#donner_un_crime"><span class="smcap">Donner un crime</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A PETIT BRUIT</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je me divertirai <i>à petit bruit</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="bruler">BRULER <span class="t5">SES LIVRES A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">J’<i>y brûlerai mes livres</i>, ou je romprai ce mariage.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Chicaneau dit pareillement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">CHICANEAU.</div>
-<div class="verse">«Vous plaidez?</div>
-<div class="pers">LA COMTESSE.</div>
-<div class="verse4">Plût à Dieu!</div>
-<div class="pers">CHICANEAU.</div>
-<div class="verse-5"><i>J’y brûlerai mes livres!</i>»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Les Plaideurs.</i> I. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="brutalite">BRUTALITÉ <span class="t5">DE SENS COMMUN ET DE RAISON</span>:</p>
-
-<p class="cit">Un homme qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur de
-confiance, une <i>brutalité de sens commun et de raison</i>, donne au travers
-des purgations et des saignées.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="buter">BUTER <span class="t5">A QUELQUE CHOSE</span>, prendre cette chose
-pour but:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Toutes mes volontés <i>ne butent qu’à vous plaire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="butin">BUTIN, au lieu de <i>proie</i>, dans le sens métaphorique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">D. ELVIRE.</div>
-<div class="verse">On ne me verra point <i>le butin</i> de vos feux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Je ne crois pas qu’on trouve en français un second exemple
-de cette façon de parler bizarre. Dans une métaphore consacrée,
-on n’a pas le droit de substituer un synonyme au mot
-qui fait la figure; autrement cet Anglais aurait bien parlé, qui
-écrivait à Fénelon: «Monseigneur, vous avez pour moi <i>des
-boyaux de père</i>,» car <i>entrailles</i> et <i>boyaux</i> sont synonymes,
-comme <i>proie</i> et <i>butin</i>.</p>
-
-<p class="item" id="item_C"><span class="pagenum" id="Page_46">46</span>
-CABALE, pour signifier le parti des faux dévots:</p>
-
-<p class="cit">Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre
-mes intérêts à toute <i>la cabale</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p>Pascal, dans les <i>Provinciales</i>, emploie ce mot dans le même
-sens.</p>
-
-<p class="item" id="cache">CACHE, cachette:</p>
-
-<p class="cit">On n’est pas peu embarrassé à inventer dans toute une maison une <i>cache</i>
-fidèle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Et qui vous a cette <i>cache</i> montrée?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="cachement">CACHEMENT <span class="t5">DE VISAGE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Leurs détournements de tête et leurs <i>cachements de visage</i> firent dire
-cent sottises de leur conduite.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="cadeau">CADEAU, dîner en partie de campagne, dont on
-régale quelqu’un. Molière l’explique lui-même dans ce
-passage:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">Des promenades du temps,</div>
-<div class="verse7">Ou dîners qu’on donne aux champs,</div>
-<div class="verse7">Il ne faut point qu’elle essaye:</div>
-<div class="verse7">Selon les prudents cerveaux,</div>
-<div class="verse7">Le mari, dans ces <i>cadeaux</i>,</div>
-<div class="verse7">Est toujours celui qui paye.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Des maris benins qui:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De leurs femmes toujours vont citant les galants,</div>
-<div class="verse">..................................................................</div>
-<div class="verse">Témoignent avec eux d’étroites sympathies,</div>
-<div class="verse">Sont de tous leurs <i>cadeaux</i>, de toutes leurs parties.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ibidem">Ib.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="cit">J’aime le jeu, les visites, les assemblées, <i>les cadeaux</i>, et les promenades....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. forc.</abbr></i> 4.)</div>
-
-<p class="cit">Le diamant qu’elle a reçu de votre part, et le <i>cadeau</i> que vous lui préparez....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. g.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Les déclarations ont entraîné les sérénades et les <i>cadeaux</i>, que les présents
-ont suivis.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 18.)</div>
-
-<p>«<i>Cadeau</i> se dit aussi des repas qu’on donne hors de chez soi,
-et particulièrement à la campagne. Les femmes coquettes ruinent
-leurs galants à force de leur faire faire des <i>cadeaux</i>. En
-ce sens il vieillit.»</p>
-
-<div class="citsrct">(<span class="smcap">Furetière.</span>)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_47">47</span>
-&mdash;<span class="t4">DONNER UN CADEAU:</span></p>
-
-<p class="cit">Nous mènerions promener ces dames hors des portes, et <i>leur donnerions
-un cadeau</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p class="cit">Je l’ai fait consentir enfin au <i>cadeau</i> que vous lui voulez <i>donner</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CADEAU DE MUSIQUE, DE DANSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Elles y ont reçu <i>des cadeaux</i> merveilleux <i>de musique et de danse</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="cajoler">CAJOLER, verbe neutre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tudieu! comme avec lui votre langue <i>cajole</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="calomnier">CALOMNIER <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, c’est-à-dire,
-<span class="t5">DANS QUELQU’UN</span>, sa vertu:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous osez sur Célie attacher vos morsures,</div>
-<div class="verse">Et <i>lui calomnier</i> la plus rare vertu</div>
-<div class="verse">Qui puisse faire éclat sous un sort abattu?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Et calomnier en elle. Cet exemple se rapporte au datif de
-perte ou de profit. (Voyez <a href="#datif"><span class="smcap">Datif</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">ÇAMON:</p>
-
-<p class="cit"><i>Çamon</i> vraiment! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Çamon</i>, ma foi! j’en suis d’avis, après ce que je me suis fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>On ne trouve indiqués nulle part le sens précis ni l’origine
-de cette expression, qui est évidemment une sorte d’exclamation
-affirmative.</p>
-
-<p>Elle est formée de trois racines, <i>ce a mon</i>, que l’on trouve
-ainsi divisées dans les plus anciens textes. La reine de Navarre
-parlant d’un prêcheur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Si l’on disoit, en oyant un sermon,</div>
-<div class="verse">«Il a bien dit; je répondrois: <i>Ce a mon</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Miroir de l’âme <abbr title="pécheresse">péch.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Il <i>a ce</i>, c’est-à-dire, bien dit. On sous-entend dans la réponse
-le verbe exprimé dans la demande.</p>
-
-<p>Quand ce verbe dans la demande est accompagné d’une négation,
-la négation se glisse dans la formule de la réponse, ce
-qui achève d’en découvrir le sens.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Or, n’i a fors que del huchier</div>
-<div class="verse8">«Nos voisins.&mdash;Certes, <i>ce n’a mon</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>De sire Hains et dame Anieuse.</i> <span class="smcap">Barbaz.</span> III. 45.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_48">48</span>
-Il n’y a que d’appeler nos voisins.&mdash;Certes, <i>il n’y a que ce</i>
-(à faire). <i>Ce</i>, c’est-à-dire, appeler nos voisins.</p>
-
-<p>Reste à expliquer le mot <i>mon</i>.</p>
-
-<p>Il se présente souvent séparé de la formule que j’analyse, et
-joint au verbe <i>savoir</i>, mis pour <i>chose</i> à <i>savoir</i>. Par exemple,
-dans Montaigne:</p>
-
-<p class="cit">«Sçavoir <i>mon</i> si Ptolémée s’y est aussy trompé aultre foys.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> <i>Essais.</i> II. 12.)</div>
-
-<p><i>Mon</i> paraît une transformation de <i lang="la" xml:lang="la">num</i>. Du grec μῶν, <i>est-ce
-que</i>, les Latins avaient fait <i lang="la" xml:lang="la">num</i>: pourquoi, par une disposition
-d’organe réciproque, du latin <i lang="la" xml:lang="la">num</i> les Français, à leur
-tour, n’auraient-ils pas refait <i>mon</i>? <span lang="la" xml:lang="la"><i>Cum</i>, <i>numerus</i></span>, changent
-de même leur <i>u</i> en <i>o</i>: <i>comme</i>, <i>nombre</i>.</p>
-
-<p><i>Mon</i> garde la valeur de <i lang="la" xml:lang="la">num</i> et de μῶν, et répond à <i>n’est-ce
-pas</i>, <i>pas vrai</i>, qui s’emploient familièrement dans un sens
-moitié interrogatif, moitié affirmatif: savoir, <i>n’est-ce pas</i>, si
-Ptolémée jadis ne s’y est pas trompé?&mdash;Je répondrais: Il a
-bien prêché, <i>pas vrai</i>?</p>
-
-<p>Par suite de l’usage, les trois racines se sont fondues en
-un seul mot, qui a pris pour acception la valeur affirmative de
-la dernière racine: Il y a tant à gagner avec votre noblesse,
-<i>n’est-ce pas</i>!&mdash;J’en suis d’avis, <i>n’est-ce pas</i>, ou <i>en vérité</i>,
-après ce que je me suis fait!</p>
-
-<p>A l’appui de l’étymologie que je propose, je ne dois pas
-omettre de faire observer que <i lang="la" xml:lang="la">um</i>, en latin, au moyen âge, se
-prononçait <i>on</i>. Voyez ce point développé au mot <a href="#matrimonion"><span class="smcap">Matrimonion</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="camus">CAMUS (<span class="t5">RENDRE</span>), métaphoriquement, <i>casser le nez</i>,
-rendre confus:</p>
-
-<p class="pers">MATHURINE.</p>
-
-<p class="cit">Oui, Charlotte; je veux que monsieur <i>vous rende un peu camuse</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Vous remarquerez que l’on emploie à rendre la même pensée
-deux images contraires: <i>être camus</i> et <i>avoir un pied de
-nez</i>.</p>
-
-<p class="item" id="caprioler"><span class="pagenum" id="Page_49">49</span>
-CAPRIOLER, cabrioler:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Parbleu! si grande joie à l’heure me transporte,</div>
-<div class="verse">Que mes jambes sur l’heure en <i>caprioleroient</i>,</div>
-<div class="verse">Si nous n’étions point vus de gens qui s’en riroient.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 18.)</div>
-
-<p class="item">CARACTÈRE, talisman:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, c’est un enchanteur qui porte un <i>caractère</i></div>
-<div class="verse">Pour ressembler aux maîtres des maisons.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">On dit qu’il a <i>un caractère</i> pour se faire aimer de toutes les femmes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Le Crispin des <i>Folies amoureuses</i> se dit grand chimiste, qui
-passait même pour un peu sorcier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«On m’a même accusé d’avoir <i>un caractère</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Folies amoureuses">Fol. am.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>«<i>Caractère</i> se dit aussi de certains billets que donnent des
-charlatans ou sorciers, et qui sont marqués de figures talismaniques
-ou de simples cachets.»</p>
-
-<div class="citsrct">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item">CARÊME-PRENANT, mardi gras, qui touche au
-mercredi des cendres, jour où prend le carême:</p>
-
-<p class="cit">On diroit qu’il est céans <i>carême-prenant</i> tous les jours.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p><i>Un carême-prenant</i> est un masque du mardi gras:</p>
-
-<p class="cit">On dit que vous voulez donner votre fille en mariage à <i>un carême-prenant</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="caresse">CARESSE, <span class="t5">UN PEU DE CARESSE</span>, au singulier:</p>
-
-<p class="cit">Cela se passera avec <i>un peu de caresse</i> que vous lui ferez.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 12.)</div>
-
-<p class="item" id="carne">CARNE, angle d’une table, d’un volet, etc.:</p>
-
-<p class="cit">Je me suis donné un grand coup à la tête contre <i>la carne d’un volet</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p><i>Carne</i> est le mot simple, dont on rencontre souvent au
-moyen âge le diminutif <i>carenon</i> (on écrivait <i>carreignon</i> ou
-<i>quarreignon</i>); la racine est <i>carré</i>, <i>quarré</i>, <i>quarre</i>, qui existe
-encore dans <i>bécarre</i>, c’est-à-dire <i>B carré</i>.</p>
-
-<p>Dans les Vosges on dit: <i>à la carre du bois</i>; c’est <i>à l’angle</i>.
-<i>L’équerre</i>, instrument qui fait <i>la carre</i>.</p>
-
-<p>Le <i>quarreignon</i> était une mesure d’une <i>quarte</i>; c’était aussi
-un coin, un cachet de lettre.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Blanchandrin fist un brief escrire,</div>
-<div class="verse8">Puis mist le <i>carregnon</i> en cire.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Du Cange</span>, <i>in Ceraculum</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="carogne"><span class="pagenum" id="Page_50">50</span>
-CAROGNE, c’est-à-dire <i>charogne</i>; la grossièreté du
-mot étant un peu dissimulée par la différence de prononciation:</p>
-
-<p class="cit">Voilà nos <i>carognes</i> de femmes!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Ce mot est fréquent dans Molière comme imprécation: <i>ah,
-carogne!</i></p>
-
-<p>Primitivement le <i>ch</i> sonnait dur, comme le <i>k</i>. De <i>carnem</i> on
-fit <i>carn</i>, <i>karn</i> ou <i>charn</i>, et dans la forme moderne <i>chair</i>. <i>Carogne</i>
-témoigne de l’ancienne prononciation.</p>
-
-<p>J’observe que le <span class="t5">CH</span> est entré dans l’orthographe pour un
-service diamétralement opposé à celui qu’il y fait aujourd’hui.
-L’<i>h</i>, signe d’aspiration, empêchait le <i>c</i> de s’adoucir, de se
-briser sur la voyelle suivante, et le maintenait dur.</p>
-
-<p>Car le <i>c</i> tout seul faisait devant chacune des cinq voyelles
-le rôle du <i>ch</i> moderne (qu’il conserve dans l’italien devant <i>e</i>
-et <i>i</i>). On lit dans les plus vieux textes, <i>ceval</i>, <i>bouce</i>, <i>ceminée</i>,
-<i>fresce</i>; cela faisait, comme aujourd’hui, cheval, bouche,
-cheminée, fraîche. Au contraire, la notation moderne eût représenté
-<i>keval</i>, <i>bouke</i>, <i>keminée</i>, <i>fraîke</i>.... ce qui est la prononciation
-picarde. Et pourquoi les Picards prononcent-ils
-ainsi? pourquoi semblent-ils avoir pris le contre-pied des autres
-en prononçant un <i>kien</i>, un <i>kat</i>, une <i>mouke</i>, un <i>kemin</i>,
-un <i>pékeur</i>; et au contraire par <i>ch</i>, <i>chela</i>, <i>chel homme</i>, <i>chelle
-femme</i>, <i>merchi</i>, <i>chest boin</i>, etc. Est-ce purement et simplement
-par esprit de contradiction?</p>
-
-<p>Nullement. C’est par fidélité à la langue latine, dont le Belgium
-de César paraît avoir été plus fortement imprimé que les
-autres provinces de la conquête romaine.</p>
-
-<p>En effet, les Picards maintiennent le son du <i>k</i> partout où
-les Latins sonnaient le <i>c</i> dur: <i lang="la" xml:lang="la">vacca</i>, <i>vaque</i>;
-<i lang="la" xml:lang="la">bucca</i>, <i>bouque</i>; <i lang="la" xml:lang="la">caballus</i>, <i>keval</i>;
-<i lang="la" xml:lang="la">caro</i>, <i>karn</i> et <i>carogne</i>; <span lang="la" xml:lang="la"><i>catus</i>,
-<i>carrus</i>, <i>piscator</i></span>, <i>kat</i>, <i>kar</i> et <i>karrette</i>, <i>péqueur</i>;
-<i lang="la" xml:lang="la">canis</i>, <i>kien</i>; <i lang="la" xml:lang="la">cacare</i>, <i>kier</i>, <i>etc.</i>
-Vous voyez qu’ils se reportent toujours à l’étymologie pour
-maintenir le <i>c</i> dur, sans égard à la nature de la voyelle qui
-suit en français. Que cette voyelle soit devenue un <i>i</i>, comme
-dans <i>chien</i>, ou un <i>e</i>, comme dans <i>cheval</i>, n’importe; ils ne
-s’arrêtent point à la métamorphose; leur oreille se souvient de
-<span class="pagenum" id="Page_51">51</span>
-plus haut: c’était un <i>a</i> en latin, et le <i>c</i> y était dur; ils le garderont
-dur.</p>
-
-<p>Mais dans <i>ce</i>, <i>ci</i>, <i>merci</i>, et autres pareils, qui ne viennent
-pas du latin, ou n’y avaient pas le <i>c</i> dur, ils lui laissent la valeur
-du <i>ch</i> moderne; ils disent <i>merchi</i>, comme les Italiens disent
-<i lang="it" xml:lang="it">mercè</i>.</p>
-
-<p>Les autres provinces se sont réglées depuis sur la nature des
-voyelles françaises pour modifier la valeur du <i>c</i>; mais, dans
-l’origine, elles semblent lui avoir attribué partout, et sans distinction,
-l’effet du <i>ch</i> moderne. Comment expliquer autrement
-que de <span lang="la" xml:lang="la"><i>catus</i>, <i>carrus</i></span>, on ait dit <i>chat</i>, <i>char</i>?</p>
-
-<p>En italien, le <i>ch</i> conserve sa valeur primitive: <span lang="it" xml:lang="it"><i>chiamare</i>,
-<i>chiave</i>, <i>chiuso</i></span>.</p>
-
-<p id="err_1">Aujourd’hui l’on se contente du simple <i>c</i> devant <i>o</i> et <ins id="cor_3" title="n"><i>a</i></ins>:
-<span lang="it" xml:lang="it"><i>comminciare</i>, <i>decamerone</i></span>; mais autrefois on y écrivait aussi
-le <i>ch</i>, comme cela se voit par un manuscrit du <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle,
-dont voici le titre exact:</p>
-
-<p class="cit">&mdash;«<span lang="it" xml:lang="it">In<i>ch</i>omincia il libro <i>ch</i>iamato de<i>ch</i>ameron,
-<i>ch</i>ognominato principe <i>Gh</i>aleotto<a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>,
-nel quale si <i>ch</i>ontengono cento novelle.....</span> etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Cité dans</i> <span class="smcap">P. Paris</span>, <i><abbr title="manuscrits">mss.</abbr></i>
-III. 327.)</div>
-
-<p>Ce qui semble indiquer que, dans l’origine, les Italiens aussi
-prêtaient au <i>c</i> une action uniforme sur les cinq voyelles. Et
-en effet, il est plus naturel, quand on pose une règle, de la
-poser générale; les exceptions viennent ensuite, amenées par
-le temps, et avec elles les inconséquences. Le <i>cahot</i> de la voiture
-et le <i>chaos</i> de Démogorgon sonnent à l’oreille comme la
-dernière moitié de <i>cacao</i>. Concluez donc la prononciation
-d’après l’orthographe!</p>
-
-<p class="item" id="cas">CAS, <span class="t5">GRAND CAS</span>, chose considérable:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce que de plus que vous on en pourroit avoir (<i>d’âge</i>)</div>
-<div class="verse">N’est pas <i>un si grand cas</i> pour s’en tant prévaloir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Quoi payer?&mdash;La dîme aux bons pères.</div>
-<div class="verse8">«&mdash;Quelle dîme?&mdash;Savez-vous pas?</div>
-<span class="pagenum" id="Page_52">52</span>
-<div class="verse8">«&mdash;Moi, je le sais?&mdash;<i>C’est un grand cas</i>,</div>
-<div class="verse8">«Que toujours femme aux moines donne.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Les Cordeliers de Catalogne.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="causer">CAUSER, parler au hasard:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le monde, chère Agnès, est une étrange chose!</div>
-<div class="verse">Voyez la médisance, et comme chacun <i>cause</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Le sens primitif de <i>causer</i> est, en effet, <i>blâmer</i>, <i>gronder</i>,
-<i>médire</i>. C’était un verbe actif, <i>causer quelqu’un</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Sa femme l’ot, moult fort le <i>cose</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Vie de <abbr title="Jésus-Christ">J. C.</abbr></i> dans
-<span class="smcap">Duc.</span>)</div>
-
-<p>Sa femme l’entend, et le gronde fort.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Moult de sa gent parler n’en osent,</div>
-<div class="verse8">«Mais par derrière moult l’en <i>chosent</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Barbaz.</span> <i>Fabliaux.</i> I. p. 160.)</div>
-
-<p>Voyez Du Cange, au mot <i>Causare</i>.</p>
-
-<p class="item" id="caution">CAUTION BOURGEOISE, garantie suffisante:</p>
-
-<p class="cit">Je m’en vais gagner au pied, ou je veux <i>caution bourgeoise</i> qu’ils ne me
-feront pas de mal. (Les yeux de Cathos et ceux de Madelon.)</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p>Allusion à l’ancienne coutume de livrer en otage au vainqueur
-un certain nombre des principaux bourgeois. Eustache
-de Saint-Pierre faisait partie de la caution bourgeoise fournie
-par la ville de Calais.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LE MARQUIS.</span> Je la garantis détestable!</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">DORANTE.</span> <i>La caution</i> n’est pas <i>bourgeoise</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p>«On appelle <i>caution bourgeoise</i>, dit Furetière, une caution
-valable et facile à discuter, comme serait celle d’un bourgeois
-bien connu dans sa ville.»</p>
-
-<p>Au mot <i>caution</i>, Furetière met cet exemple: «On ne veut
-point prêter aux grands seigneurs sans <i>caution bourgeoise</i>.»</p>
-
-<p class="item" id="ce">CE interrogatif, lié au verbe <i>pouvoir</i>:</p>
-
-<p class="cit">Qui <i>peut-ce</i> être?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CE</span>, suivi du verbe au pluriel:</p>
-
-<p class="cit">Il faut que, dans l’obscurité, je tâche à découvrir quelles gens <i>ce peuvent
-être</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Tous les discours sont des sottises,</div>
-<div class="verse8">Partant d’un homme sans éclat;</div>
-<div class="verse8"><i>Ce seroient</i> paroles exquises,</div>
-<div class="verse8">Si c’étoit un grand qui parlât.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem"><span class="pagenum" id="Page_53">53</span>
-<div class="verse"><i>Ce que</i> je vous dis là <i>ne sont pas</i> des chansons.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ce_que"><span class="t5">CE QUE</span></a> et <a href="#ce_sont"><span class="t5">CE
-SONT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">CÉANS:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’est-ce qu’on fait <i>céans</i>? comme est-ce qu’on s’y porte?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dénichons de <i>céans</i>, et sans cérémonie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Ce vieux mot est employé dans <i>Tartufe</i> avec une sorte de
-prédilection. Madame Pernelle, comme aussi madame Jourdain,
-affectionnent <i>céans</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Et je parle d’un vieux Sosie</div>
-<div class="verse8">Qui fut jadis de mes parents,</div>
-<div class="verse8">Qu’avec très-grande barbarie</div>
-<div class="verse">A l’heure du dîner l’on chassa de <i>céans</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p><i>Céans</i>, racines <i>ci ens</i>, ici dedans; comme <i>léans</i> est pour <i>là
-ens</i>, là dedans.</p>
-
-<p>Fayel, surprenant le châtelain de Coucy chez sa femme, le
-chasse avec la suivante Isabelle:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Or, chastelains, vous en irez,</div>
-<div class="verse8">«Isabelle o vous enmenrez;</div>
-<div class="verse8">«Car <i>ci ens</i> jamais ne girra.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de Coucy</i>, V. 4744.)</div>
-
-<p>Car elle ne couchera jamais plus <i>céans</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Un frère Jean, novice de <i>léans</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine</span>, <i>Féronde</i>.)</div>
-
-<p>Novice de là-dedans.</p>
-
-<p><i>En</i> prenait autrefois l’<i>s</i> finale euphonique. Cette <i>s</i> s’est conservée
-aussi dans cette autre forme <i>dedans</i>, où le second <i>d</i> est
-une euphonique intercalaire. (<i><abbr title="Des Variations du langage français">Des Var. du lang. fr.</abbr></i>, 93 et 339.)</p>
-
-<p class="item" id="cependant">CEPENDANT QUE...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Cependant que</i> chacun, après cette tempête,</div>
-<div class="verse">Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<p>Pendant cela (savoir), que chacune, etc., <span lang="la" xml:lang="la"><i>hoc pendente</i> (seu
-<i>durante</i>) <i>quod</i>.....</span> <i>Cependant que</i>, fréquent dans la prose
-de Froissart, est un archaïsme cher à la Fontaine.</p>
-
-<p class="item" id="ce_que">CE QUE <span class="t5">LE CIEL NOUS A FAIT NAÎTRE</span>, notre origine:</p>
-
-<p class="cit">Il y a de la lâcheté à déguiser <i>ce que le ciel nous a fait naître</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_54">54</span>
-&mdash;<span class="t4">CE QUE C’EST QUE DE....</span> pour <i>ce que c’est que le</i>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi! voyez <i>ce que c’est que du</i> monde aujourd’hui!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p><span lang="la" xml:lang="la">Quid sit <i>de</i> mundo hodie.</span> (Voyez
-<a href="#de_que_le"><span class="t5">DE</span>, représentant <i>que le</i></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="ce_que_sont">CE QUE... <span class="t5">SONT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ce que</i> je vous dis là <i>ne sont pas</i> des chansons.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">On m’a montré la pièce, et comme <i>tout ce qu’il y a</i> d’agréable <i>sont</i>
-effectivement les idées qui ont été prises de Molière, etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impr.</i> 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Son droit? <i>tout ce qu’</i>il dit <i>sont</i> autant d’impostures.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Les Plaideurs.</i> II. 9.)</div>
-
-<p>L’idée réveillée ici par le singulier <i>ce que</i>, représente des
-détails, et non pas un ensemble. Le verbe au singulier y serait
-déplacé; qu’on l’essaye: Monsieur, tout ce qu’il dit <i>est</i> autant
-d’impostures. Tout ce qu’il y a d’agréable <i>est</i> effectivement
-les idées, etc.</p>
-
-<p>Cela n’est pas acceptable. Avant de s’accorder entre eux,
-les mots sont tenus de s’accorder avec la pensée; et quand il
-y a conflit, c’est la pensée qui doit l’emporter. Aussi, quand
-une suite de substantifs, même au pluriel, ne réveillent qu’une
-idée simple, l’idée d’un ensemble, le verbe se met au singulier.</p>
-
-<p class="cit">Quatre ou cinq mille écus <i>est</i> un denier considérable!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pour.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p>Voyez la contre-partie de cet article à <a href="#c_est"><span class="t5">C’EST</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="ce_qui">CE QUI.... <span class="t5">CE SONT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ce sont</i> charmes pour moi que <i>ce qui</i> part de vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Il est permis de supposer que, sans la nécessité de la mesure,
-Molière n’eût pas donné à l’usage la satisfaction de cette
-étrange alliance d’un singulier avec un verbe au pluriel. Ce
-<i>qui part... ce sont</i> charmes.</p>
-
-<p>Je dois observer cependant que Montaigne a écrit:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Cela, ce sont</i> des effects particuliers.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>II. ch.</i> 12)</div>
-
-<p>(Voyez des exemples du contraire à l’article <a href="#c_est"><span class="t5">C’EST</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="cervelle">CERVELLE, figurément, la cause pour l’effet; impétuosité,
-extravagance: <span class="t5">ESSUYER LA CERVELLE DE
-QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On n’a point à louer les vers de messieurs tels,</div>
-<span class="pagenum" id="Page_55">55</span>
-<div class="verse">A donner de l’encens à madame une telle,</div>
-<div class="verse">Et de nos francs marquis <i>essuyer la cervelle</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="ce_sont">CE SONT, SONT-CE:</p>
-
-<p>C’est comme parle le plus souvent Molière, quand il suit un
-pluriel; et non pas <i>c’est</i>, <i>est-ce</i>, à la manière de Bossuet:</p>
-
-<p class="cit">Comment, ces noms étranges <i>ne sont-ce pas</i> vos noms de baptême?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Précieuses <abbr title="ridicules">ridic.</abbr></i> 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ce sont</i> vingt mille francs qu’il m’en pourra coûter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Il est probable qu’en prose Molière eût dit <i>c’est vingt mille
-francs</i>, comme dans la phrase de <i>Pourceaugnac</i> citée plus haut;
-car l’idée ne se porte pas à considérer les francs isolément,
-mais sur une somme de 20,000 francs.</p>
-
-<p class="cit"><i>Ce ne sont</i> plus rien que des fantômes ou des façons de chevaux.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Avare.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="c_est">C’EST ou EST, en rapport avec un substantif au
-pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>deux ans</i>, dans son sexe, <i>est</i> une grande avance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<p>Il est clair qu’il n’y a point là de faute, parce que la pensée
-porte non pas sur le nombre des années, mais sur l’unité de
-temps représentée par deux ans. Deux ans, c’est une grande
-avance.</p>
-
-<p class="cit">Quatre ou cinq mille écus <i>est</i> un denier considérable!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="cit">Tous les hommes sont semblables par les paroles, et <i>ce n’est</i> que <i>les actions</i>
-qui les découvrent différents.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Il est certain que cette façon de parler paraît la plus conforme
-à la logique habituelle de la langue française, qui gouverne
-toujours la phrase, non sur les mots à venir, mais sur les
-mots déjà passés, en sorte qu’une inversion change la règle:
-J’ai <i>vu</i> maints chapitres; j’ai maints <ins id="cor_4" title="chapitre">chapitres</ins> <i>vus</i>.</p>
-
-<p><i>Ce</i> est au singulier, représentant <i>cela</i>. Pourquoi mettre le
-verbe au pluriel? On ne dirait plus aujourd’hui, comme du
-temps de Montaigne, <i>cela sont</i>.</p>
-
-<p>Mais <i>ce</i> peut être un mot collectif enfermant une idée de
-pluriel; et quand ce pluriel touche immédiatement au verbe
-qui le suit, il n’y a point d’inconvénient à mettre <i>ce sont</i>, au
-lieu de <i>ce est</i>. Nos pères paraissent en avoir jugé ainsi, car la
-<span class="pagenum" id="Page_56">56</span>
-forme <i>ce sont</i> se retrouve dans le berceau de la langue. Elle
-prédomine dans le livre des <i>Rois</i>:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Ço sunt les deus</i> ki flaelerent e tuerent ces d’Égypte el désert.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 15.)</div>
-
-<p>Le tort des grammairiens est d’avoir rendu cette forme obligatoire;
-elle n’est que facultative, et il est toujours loisible
-d’employer <i>c’est</i> devant un nom pluriel. Les grammairiens,
-qui nous imposent rigoureusement <i>ce sont eux</i>, prescrivent
-aussi <i>c’est nous</i>, <i>c’est vous</i>, locutions absurdes! Puisqu’on gardait
-la tradition du moyen âge, il fallait du moins la garder
-tout entière, et dire, <i>ce sommes nous</i>, <i>c’êtes vous</i>. Mais on n’a
-obéi qu’à une routine aveugle et inconséquente.</p>
-
-<p>Dans <i>Pathelin</i>, Guillemette recommande à M. Jousseaume
-de parler bas, par égard pour le pauvre malade; et elle-même
-s’oublie jusqu’à élever fort la voix. Le drapier ne manque pas
-d’en faire la remarque:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Vous me disiez que je parlasse</div>
-<div class="verse8">«Si bas, saincte benoiste dame:</div>
-<div class="verse8">«Vous criez!</div>
-<div class="pers">GUILLEMETTE.</div>
-<div class="verse-4"><i>C’estes vous</i>, par mame!»</div>
-</div>
-
-<p><i>C’est vous</i>, par mon âme!</p>
-
-<p>A la fin, le drapier reconnaît son voleur dans l’avocat:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Je puisse Dieu desadvouer</div>
-<div class="verse8">«Se <i>ce n’estes vous</i>, vous, sans faulte...»</div>
-</div>
-
-<p>Je renie Dieu si ce n’est vous!</p>
-
-<p>Et dans la scène où Pathelin subtilise le drap: L’honnête
-homme que feu votre père!</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Vrayment, <i>c’estes vous</i> tout craché!»</div>
-</div>
-
-<p><i>C’est vous</i> tout craché.</p>
-
-<p class="cit">«On trouve douze rois choisis par le peuple, qui partagèrent entre eux
-le gouvernement du royaume. <i>C’est eux</i> qui ont bâti les douze palais
-qui composoient le labyrinthe.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i><abbr title="Discours sur l’histoire universelle">Disc. sur l’hist. un.</abbr></i> 3<sup>e</sup> p.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Ce n’est</i> pas seulement <i>des hommes</i> à combattre, <i>c’est des montagnes</i>
-inaccessibles, <i>c’est des ravines et des précipices</i> d’un côté; <i>c’est</i> partout
-<i>des</i> forts élevés....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre du prince">Or. fun. du pr.</abbr> de Condé.</i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_57">57</span>
-On voit que Bossuet veut présenter une idée d’ensemble:
-les rois qui ont bâti le labyrinthe, et ce qu’il y a à combattre;
-et non pas attirer la pensée, la divertir sur les détails, sur les
-éléments qui forment cette unité. Il ne veut pas nous faire
-compter les rois égyptiens ni les sommets des montagnes,
-mais nous frapper par un tableau; il emploie le singulier.</p>
-
-<p>Cependant, après avoir rapporté ce passage, l’auteur des
-<i>Remarques sur la langue française et le style</i> déclare avec
-dureté: «Il faut partout <i>ce sont</i>.» «Il est certain, ajoute-t-il
-par forme d’atténuation, que les Latins disaient poétiquement
-<i lang="la" xml:lang="la">animalia currit</i>.» Les Latins n’ont jamais parlé de la sorte,
-ni en vers ni en prose; l’auteur confond la grammaire latine
-avec la grecque. Au surplus, la locution ζῶα τρέχει n’a pas
-le moindre rapport à ce dont il s’agit. On aimerait mieux
-trouver dans ce livre moins d’érudition, et un peu plus d’égards
-pour les grandes gloires littéraires de la France. C’est à
-l’instant même où il vient d’inventer cet <i lang="la" xml:lang="la">animalia currit</i>, que
-l’auteur reproche à Bossuet des <i>solécismes</i>: «Bossuet a commis
-cette faute à outrance.... <i>Le solécisme</i> est commis avec
-une telle insistance, qu’il est permis de croire que Bossuet
-n’était pas bien fixé sur cette règle d’usage, <i>qu’il rencontre
-néanmoins quelquefois</i>.» (I. p. 445.) Non, Bossuet n’a pas fait
-ici de solécisme, et il parlait français autrement que par rencontre
-et par hasard.</p>
-
-<p class="cit">«<i>Ce n’est plus ces promptes saillies</i> qu’il savoit si vite et si agréablement
-réparer.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre du prince">Or. f. du pr.</abbr> de Condé.</i>)</div>
-
-<p>Substituez <i>ce ne sont</i>, vous déchirez l’oreille: <i>ce ne sont plus
-ces</i>....</p>
-
-<p>Voltaire dit pareillement:</p>
-
-<p class="cit">«Les saints ont eu des foiblesses; <i>ce n’est pas leurs foiblesses</i> qu’on révère.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Canonisation de saint">Canonis. de s.</abbr> Cucufin.</i>)</div>
-
-<p>L’idée porte sur <i>ce qu’on révère</i>, et non sur les faiblesses des
-saints.</p>
-
-<p>Et Racine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ce <i>n’est</i> pas <i>les Troyens</i>, c’est Hector qu’on poursuit.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Andromaque">Androm.</abbr></i>)</div>
-
-<p>L’idée porte de même ici non pas sur <i>les Troyens</i>, mais sur
-<i>ce qu’on poursuit</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_58">58</span>
-Et comme après un nom collectif au singulier on peut
-mettre le verbe au pluriel, par rapport à la pensée que ce
-singulier réveille, de même on peut mettre le verbe au singulier
-à côté d’un substantif au pluriel, quand il y a unité dans
-l’idée.</p>
-
-<p>Ainsi, dans Pourceaugnac, Molière a pu dire, et devait dire
-en effet:</p>
-
-<p class="cit"><i>Quatre ou cinq mille écus</i> <span class="t5">EST</span> un denier considérable.</p>
-
-<div class="citsrc">(III. 9.)</div>
-
-<p><i>Sont</i> un denier eût été impropre.</p>
-
-<p>Par la même raison, M. de Chateaubriand a dû écrire:</p>
-
-<p class="cit">«Qui racontera ces détails, si je ne les révèle? <i>Ce n’est pas les journaux.</i>»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>De la censure.</i>)</div>
-
-<p>Concluons qu’il y a un art, une délicatesse de style à choisir
-l’une ou l’autre forme, selon le besoin de la pensée ou de
-l’harmonie; et c’est à l’usage qu’il fait de cette liberté qu’on
-reconnaît le bon écrivain.</p>
-
-<p class="item">C’EST A.... A (un infinitif), et non pas <i>de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est <i>aux</i> gens mal tournés, aux mérites vulgaires,</div>
-<div class="verse"><i>A</i> brûler constamment pour des beautés sévères.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="c_est_pour">C’EST POUR (un infinitif), cela mérite que....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Certes <i>c’est pour en rire</i>, et tu peux me le rendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Mélicerte">Mélic.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">C’EST POUR</span> (un infinitif) <span class="t5">QUE</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>c’est pour essuyer</i> de très-fâcheux moments,</div>
-<div class="verse"><i>Que</i> les soudains retours de son âme inégale.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Cela est fait pour.... Cela, savoir que....</p>
-
-<p class="item">C’EST (un infinitif) DE (un infinitif); et non <i>que de</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>C’est m’honorer</i> beaucoup <i>de vouloir</i> que je sois témoin d’une entrevue
-si agréable.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item">C’EST QUE, par syllepse, sans relation grammaticale
-avec ce qui précède:</p>
-
-<p class="cit">Et afin, madame Jourdain, que vous puissiez avoir l’esprit tout à fait
-content, et que vous perdiez aujourd’hui toute la jalousie que vous pourriez
-avoir conçue de monsieur votre mari, <i>c’est que</i> nous nous servirons
-du même notaire pour nous marier, madame et moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_59">59</span>
-Je vais vous dire une chose, c’est que nous nous servirons,
-etc.</p>
-
-<p class="item" id="c_est_tout_dit">C’EST TOUT DIT, adverbe; c’est tout dire, tout est
-dit quand on a dit cela:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est fort enfoncé dans la cour, <i>c’est tout dit</i>:</div>
-<div class="verse">La cour, comme l’on sait, ne tient pas pour l’esprit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item">CE QUI EST DE BON, pour <i>ce qu’il y a de bon</i>:</p>
-
-<p class="cit">Le mari ne se doute point de la manigance, voilà <i>ce qui est de bon</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="ce_vous_est">CE VOUS EST, <span class="t5">CE NOUS EST</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En un mot, <i>ce vous est</i> une attente assez belle</div>
-<div class="verse">Que la sévérité du tuteur d’Isabelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ce nous est</i> une douce rente que ce M. Jourdain.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>C’est ici le datif de profit: c’est <i>à vous</i>, <i>à nous</i>....</p>
-
-<p class="item" id="chagrin">CHAGRIN <span class="t5">DÉLICAT</span>, délicatesse chagrine:</p>
-
-<p class="cit">S’il faut que cela soit, ce sera seulement pour venger le public du <i>chagrin
-délicat</i> de certaines gens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface de la Critique de l’École des femmes">Préf. de la Crit. de
-l’Éc. des fem.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="chaise">CHAISE pour <i>chaire</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les savants ne sont bons que pour prêcher en <i>chaise</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>«<i>Chaise</i> n’est point une erreur de Martine. Autrefois, on
-appelait ainsi ce que nous nommons aujourd’hui <i>chaire</i>; on disait:
-<i>une chaise de prédicateur, de régent</i>. Vaugelas préférait
-en ce sens le mot <i>chaise</i>, mais il n’excluait pas le mot <i>chaire</i>.
-Ce dernier ne se dit plus que des siéges ordinaires.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p>La note de M. Auger est fort juste; mais il y faut ajouter
-quelques développements, car ce point touche à l’une des circonstances
-les plus singulières de l’ancienne langue; c’est
-l’habitude de grasseyer et de zézayer. Jacques Dubois (Sylvius)
-et Charles Bouille en font le caractère du parler parisien au
-<span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle; mais je suis persuadé que la chose est beaucoup
-plus ancienne et plus générale, au moins en ce qui touche le
-grasseyement. En effet, les preuves de l’<i>r</i> supprimée, ou transformée
-en <i>l</i>, se rencontrent partout dans les manuscrits du
-<span class="pagenum" id="Page_60">60</span>
-moyen âge. L’<i>amure</i> pour l’<i>armure</i>, dans la chanson de Roland;
-<i>quatier</i>, <i>mabre</i>, <i>paller</i>, <i>bone</i>, pour <i>quartier</i>, <i>marbre</i>,
-<i>parler</i>, <i>borne</i>, dans le Roman de la Rose; <i>asi</i> pour <i>arsi</i> (brûlé),
-dans <i>les Rois</i>; <i>coupe</i> pour <i>coulpe</i>, dans le Roman du châtelain
-de Coucy; <i>mellan</i>, <i>huller</i>, <i>supellatif</i>, etc., etc., dans des auteurs
-de toutes provinces et des plus anciennes époques.</p>
-
-<p class="cit">«Item, un estuy à corporaulx, tout ouvré de <i>pelles</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Inventaire">Invent.</abbr> de la <abbr title="Sainte">Ste.</abbr>-Chapelle</i>,
-de 1363.)</div>
-
-<p class="cit">«Les entrechamps de grosses <i>pelles</i> fines.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Texte de</i> 1336.)</div>
-
-<p>(Voyez Du Cange, au mot <i>Chaste</i>.)</p>
-
-<p>Bouille et Dubois se trompent donc en prenant un abus
-contemporain pour un abus moderne. C’est une erreur, du
-reste, assez commune.</p>
-
-<p>Cette précaution prise, voici leur témoignage:</p>
-
-<p>«Je ne veux point oublier ici un autre vice de la prononciation
-parisienne: c’est la confusion des lettres <i>R</i> et <i>S</i>. Les
-exemples en sont innombrables, tant en latin qu’en vulgaire.
-Ils disent <i>Jeru Masia</i>, pour <i>Jesu Maria</i>; <i>misesese</i>, pour <i>miserere</i>;
-<i>cosona</i>, pour <i>corona</i>. <i>Ma mèse</i>, <i>mon frèse</i>, pour <i>mère</i>,
-<i>frère</i>; et au rebours, <i>courin</i>, pour <i>cousin</i>; <i>de l’oreille</i>, pour de
-<i>l’oseille</i>. Et ils ne se contentent pas de pécher de la sorte en
-parlant, mais c’est qu’ils écrivent comme ils prononcent; et les
-doctes même ont toutes les peines du monde à se préserver de
-cette mauvaise habitude, dont les enseignes des rues de Paris
-rendent témoignage à tous les passants, car on y lit: Au gril
-<i>cousonné</i>; à l’estelle (l’étoile) <i>cousonnée</i>, au bœuf <i>cousonné</i>.»
-(<i lang="la" xml:lang="la">De vitiis vulg. ling.</i>, p. 36.)</p>
-
-<p>J. Dubois est aussi explicite; il ajoute seulement cette remarque,
-que les Latins pratiquaient la même confusion, disant indifféremment: <span lang="la" xml:lang="la"><i>Fusius</i>,
-<i>Valesius</i></span>, ou <span lang="la" xml:lang="la"><i>Furius</i>, <i>Valerius</i></span>;
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>arbos</i>, <i>labos</i></span>, ou <span lang="la" xml:lang="la"><i>arbor</i>,
-<i>labor</i></span>; comme les Grecs, θαῤῥέιν et θαρσέιν. (<i lang="la" xml:lang="la">Isagoge in ling. gall.</i>, p. 52.)</p>
-
-<p>De <i lang="la" xml:lang="la">cathedram</i>, la première forme française a été <i>chayère</i> ou
-<i>kayère</i>, d’où par resserrement <i>chaire</i>. Les Picards d’aujourd’hui
-disent encore une <i>kayelle</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_61">61</span>
-Et <i>chaire</i>, par le zézayement, est devenu <i>chaise</i>, comme
-<i>hure</i> était devenu <i>huse</i>.</p>
-
-<p class="cit">«En la mesme feuille ont mis aussi la figure de la divine infante, couronnée
-en royne de France, comme vous, vous regardants <i>huze à huze</i>
-l’un l’autre<a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satire">Sat.</abbr> Ménippée</i>, p. 104, éd. Charp.)</div>
-
-<p>Nous avons repris la forme <i>hure</i>, mais nous avons gardé la
-forme <i>chaise</i>, créée par un abus, tout en retenant aussi la
-forme primitive et légitime <i>chaire</i>; mais comme il est convenu
-qu’il ne peut y avoir dans une langue deux mots synonymes,
-on s’est empressé d’attacher à chacune de ces formes une
-nuance de valeur différente.</p>
-
-<p>Combien de mots subsistent honorablement au cœur de notre
-langue, qui ne sont, comme le mot <i>chaise</i>, que des parvenus
-sans titres? Par exemple, <i>fauxbourg</i>, <i>chambellan</i>, qui
-devraient être <i>forsbourg</i>, <i>chamberlan</i>; et bien d’autres!</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#sus"><span class="t5">SUS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="chaleur_de">CHALEUR DE, empressement à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que, par <i>la chaleur de montrer ses ouvrages</i>,</div>
-<div class="verse">On s’expose à jouer de mauvais personnages.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHALEUR POUR QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>La chaleur</i> qu’ils ont <i>pour les intérêts du ciel</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de <ins id="cor_5" title="Tartuffe">Tartufe</ins>.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="chamailler">CHAMAILLER et <span class="t5">SE CHAMAILLER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous irons bien armés; et si quelqu’un nous gronde,</div>
-<div class="verse"><i>Nous nous chamaillerons</i>.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Moi, <i>chamailler</i>! bon Dieu, suis-je un Roland, mon maître?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Sur les verbes réfléchis qui prennent ou laissent le pronom,
-Voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a> et <a href="#pronom_reflechi"><span class="t5">PRONOM
-RÉFLÉCHI</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="champ">CHAMP, par métaphore pour <i>occasion</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’aigreur de la dame, à ces sortes d’outrages</div>
-<div class="verse">Dont la plaint doucement le complaisant témoin,</div>
-<div class="verse">Est un <i>champ</i> à pousser les choses assez loin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Le ressentiment fournit l’occasion de pousser les choses
-assez loin; l’idée est claire, mais la métaphore est incohérente:
-une aigreur ne peut être un champ.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_62">62</span>
-&mdash;<span class="t4">ALLER AUX CHAMPS</span>, aller à la campagne:</p>
-
-<p class="cit">Votre maître de musique est <i>allé aux champs</i>, et voilà une personne
-qu’il envoie à sa place pour vous montrer.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="championnes">CHAMPIONNES, féminin de <i>champion</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tous viennent sur mes pas, hors les deux <i>championnes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 15.)</div>
-
-<p class="item" id="change">CHANGE; <span class="t5">DONNER POUR CHANGE A</span>, c’est-à-dire, <i>en
-échange de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">C’est ce qu’on peut <i>donner pour change</i></div>
-<div class="verse8"><i>Au songe</i> dont vous me parlez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item">CHANGÉ DE:</p>
-
-<p class="cit">Vous me voyez <i>bien changé de ce que j’étois ce matin</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p lang="la" xml:lang="la">Quantum mutatus <i>ab illo</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHANGER DE NOTE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je te ferai <i>changer de note</i>, chien de philosophe enragé!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 8.)</div>
-
-<p>Changer de langage, changer de ton. La Fontaine a dit
-<i>changer de note</i> pour <i>changer de tactique</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Leur ennemi <i>changea de note</i>,</div>
-<div class="verse">«Sur la robe du dieu fit tomber une crotte:</div>
-<div class="verse">«Le dieu, la secouant, jeta les œufs à bas.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Aigle et l’Escarbot.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHANGER UNE CHOSE A UNE AUTRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,</div>
-<div class="verse">Je <i>n’y changerois pas</i> le bien de vous avoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Cependant l’humble toit devient temple, et ses murs</div>
-<div class="verse">«<i>Changent</i> leur frêle enduit <i>aux marbres</i> les plus durs.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Philémon et Baucis.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Peut-être avant la nuit l’heureuse Bérénice</div>
-<div class="verse">«<i>Change</i> le nom de reine <i>au nom</i> d’impératrice.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Bér.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="chansons">CHANSONS, <span class="t5">REPAÎTRE QUELQU’UN DE CHANSONS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Il faut être, je le confesse,</div>
-<div class="verse">D’un esprit bien posé, bien tranquille, bien doux,</div>
-<div class="verse">Pour souffrir qu’un valet <i>de chansons me repaisse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="chanter">CHANTER <span class="t5">DES PROPOS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos,</div>
-<div class="verse">Et ne nous <i>chantez</i> plus <i>d’impertinents propos</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_63">63</span>
-&mdash;<span class="t4">CHANTER MERVEILLE</span>, promettre monts et merveilles:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous en tenons, madame; et puis prêtons l’oreille</div>
-<div class="verse">Aux bons chiens de pendards qui nous <i>chantent merveille</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="charger">CHARGER; <span class="t5">CHARGER UN COURROUX</span>, y donner de
-nouveaux motifs:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon courroux n’a déjà que trop de violence,</div>
-<div class="verse">Sans <i>le charger</i> encor d’une nouvelle offense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHARGER</span>, métaphoriquement, en bonne part:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse4">L’honneur de cet acte héroïque</div>
-<div class="verse">Dont mon nom est <i>chargé</i> par la rumeur publique.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p>La figure en ce sens ne paraît pas heureuse. On dit cependant
-<i>le poids d’un grand nom</i>; et Regnard a dit aussi, ironiquement,
-il est vrai:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«C’est un pesant fardeau qu’avoir un gros mérite.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Joueur.</i> II. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHARGER LE DOS</span> à quelqu’un, le battre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous n’avez pas <i>chargé son dos</i> avec outrance?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHARGER QUELQU’UN</span>, courir sur lui pour le battre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">ALAIN.</div>
-<div class="verse">... Si quelque affamé venoit pour en manger,</div>
-<div class="verse">Tu serois en colère et voudrois <i>le charger</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux.....</div>
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
-&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;
-.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Que tous deux à l’envi vous me <i>chargiez ce traître</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHARGER SUR QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’abord il a si bien <i>chargé sur les recors</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Molière s’en est servi pareillement au sens figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Sur mon inquiétude</i> ils viennent tous <i>charger</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item">CHARITÉS, par antiphrase, imputations médisantes
-ou calomnieuses; <span class="t5">PRÊTER DES CHARITÉS A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Une de ces personnes qui <i>prêtent doucement des charités</i> à tout le
-monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en
-passant.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> I.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_64">64</span>
-&mdash;<span class="t4">CHARITÉ SOPHISTIQUÉE:</span></p>
-
-<p class="cit">Ces faux monnoyeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec
-un zèle contrefait et une <i>charité sophistiquée</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="chat">CHAT, <span class="t5">ACHETER CHAT EN POCHE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes-vous mis en tête que Léonard de Pourceaugnac soit homme à
-<i>acheter chat en poche</i>....?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>Acheter un chat dans la poche du marchand, acquérir un
-objet sans l’examiner.</p>
-
-<p class="cit">«Elles (les filles qui se marient) <i>acheptent chat en sac</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="chatouillant">CHATOUILLANT (adj. verbal), au sens figuré:</p>
-
-<p class="cit">... Par de <i>chatouillantes approbations</i> vous régaler de votre travail.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CHATOUILLER UNE AME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’aime à te voir presser cet aveu de ma flamme:</div>
-<div class="verse">Combattant mes raisons, <i>tu chatouilles mon âme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Racine a dit dans le style noble <i>chatouiller un cœur</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce</div>
-<div class="verse">«<i>Chatouilloient de mon cœur</i> l’orgueilleuse foiblesse.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Iphigénie.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>La Fontaine emploie <i>chatouiller</i> sans complément:</p>
-
-<p class="cit">«Sa sœur se croyant déjà entre les bras de l’amour, <i>chatouillée</i> de ce
-témoignage de son mérite....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché</i>, livre II.)</div>
-
-<p class="item" id="chaude">CHAUDE, <span class="t5">L’AVOIR CHAUDE</span>, avec l’ellipse du mot
-<i>alerte</i> ou <i>alarme</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon front <i>l’a</i>, sur mon âme, <i>eu bien chaude</i> pourtant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p class="item">CHAUSSÉ <span class="t5">D’UNE OPINION (ÊTRE)</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Chose étrange de voir comme avec passion</div>
-<div class="verse">Un chacun est <i>chaussé de son opinion</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="cher">CHER, précieux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la plus glorieuse (estime) a des régals <i>peu chers</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Otez-moi votre amour, et portez à quelque autre</div>
-<div class="verse">Les hommages d’un cœur aussi <i>cher</i> que le vôtre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Ce n’est pas à dire un cœur <i>si chéri</i>, mais <i>de si haut prix</i>.</p>
-
-<p>Comme on chérit ce qui est précieux, il est clair que, dans
-bien des cas, les deux nuances se confondent; mais il en est
-<span class="pagenum" id="Page_65">65</span>
-d’autres aussi où elles sont bien distinctes. Par exemple: <i>des
-régals peu chers</i>, un cœur <i>aussi cher que le vôtre</i>. <i>Cher</i> ici ne
-signifie que <i>précieux</i>; car Henriette ne <i>chérit</i> pas le cœur de
-Trissotin, non plus que Phèdre ne chérit la tête de Thésée.</p>
-
-<p><i>Tenir cher</i>, dans la vieille langue, apprécier, estimer à haut
-prix. Les gens de Nevers, quand leur duc Gérard les a quittés,
-<i>ne tiendront plus rien cher</i>, ni le son de la musique, ni le ramage
-des oiseaux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Son de note, ne cri d’oisiel,</div>
-<div class="verse8">«N’ierent mais chaiens <i>chier tenu</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Violette.</i> p. 71.)</div>
-
-<p>L’italien emploie de même <span lang="it" xml:lang="it"><i>caro</i>: <i>questo m’è caro!</i> <i>quanto m’è
-caro!</i></span></p>
-
-<p class="item" id="chercher_de">CHERCHER DE (un infinitif), chercher à:</p>
-
-<p class="cit">Vous ne trouverez pas étrange que nous <i>cherchions d’en prendre vengeance</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Molière, conformément au génie de la vieille langue, évite
-l’hiatus avec un soin extrême; c’est pourquoi il remplace souvent
-<i>à</i> par <i>de</i>: <i>commencer de</i> pour <i>commencer à</i>; <i>chercher de</i>,
-<i>obliger de</i>, etc.... <i>A en prendre</i> révolterait l’oreille.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_a"><span class="t5">DE</span></a>, remplaçant <i>à</i> entre deux verbes.)</p>
-
-<p class="item">CHÈRE, <span class="t5">FAIRE BONNE CHÈRE</span>, dans le sens d’un
-traiteur qui fait une bonne cuisine, chez qui l’on fait
-bonne chère:</p>
-
-<p class="cit">Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui <i>fait si bonne chère</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p><i>Chère</i> est l’italien <i lang="it" xml:lang="it">ciera</i>, <i>visage</i>. Il s’est pris par extension
-pour une nourriture abondante et recherchée, parce qu’une
-telle nourriture procure un bon visage. C’est dans ce sens que
-le traiteur de Limoges <i>faisait une bonne chère</i> à ses habitués;
-mais il est important de retenir l’étymologie du mot <i>chère</i>,
-pour comprendre l’ancienne acception figurée qui se trouve
-dans la Fontaine: <i>faire bonne chère à quelqu’un</i>, lui faire bon
-accueil, bonne mine. <i>Chère</i> d’homme fait vertu, dit un vieux
-proverbe; c’est <i>face</i> d’homme.</p>
-
-<p class="item" id="chevilles">CHEVILLES:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne vous parle point, <i>pour devoir en distraire</i>,</div>
-<div class="verse">Du don de tout son bien, qu’il venoit de vous faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_66">66</span>
-<i>Pour devoir en distraire</i>, signifie probablement pour avoir
-dû vous détourner d’une telle action. Il serait difficile d’être
-plus obscur. Ce passage, et bien d’autres, font voir que Molière
-suivait en versifiant la méthode de Boileau, de commencer par
-le second vers, et d’y renfermer toute l’énergie de la pensée
-dans les termes les plus propres. Le premier se faisait ensuite
-du mieux qu’on pouvait, ajusté sur le second. Molière a dû,
-comme Virgile, laisser souvent des hémistiches vides, qu’il
-remplissait à la hâte au dernier moment.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! vous ne pouvez pas, <i>voyant comme on vous nomme</i>,</div>
-<div class="verse">Vous résoudre une fois à vouloir être un homme?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p>Le second vers, ferme, compacte, énergique, était certainement
-fait avant le premier. <i>Voyant comme on vous nomme</i>
-n’est que la paraphrase affaiblie et peu claire du mot <i>être un
-homme</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, je ne tiens pas.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Que la science soit pour gâter quelque chose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Voilà la pensée complète, comme elle s’est présentée à Molière.
-Mais il a fallu remplir l’hémistiche:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, je ne tiens pas, <i>quelque effet qu’on suppose</i>, etc.</div>
-</div>
-
-<p>Plus loin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est mon sentiment que.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">La science est sujette à faire de grands sots!</div>
-</div>
-
-<p>Quelle petite phrase incidente remplira le premier hémistiche
-<i>en faits comme en propos</i>?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est mon sentiment qu’<i>en faits comme en propos</i>,</div>
-<div class="verse">La science est sujette à faire de grands sots.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="chevir">CHEVIR DE....:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">M. Dimanche.</span>&mdash;Nous ne saurions <i>en chevir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>La racine de ce vieux mot est <i>chef</i>, que l’on prononçait <i>ché</i>, comme <i>clef</i> se prononce encore
-<i>clé</i><a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>; ainsi <i>chevir de...</i>,
-c’est être chef ou maître de....</p>
-
-<p>La même racine est celle du vieux mot <i>chevestre</i>, licou,
-<i lang="la" xml:lang="la">capistrum</i>; d’où il nous reste <i>enchevêtré</i>, qui a le chef pris.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_67">67</span>
-CHÈVRE; <span class="t5">PRENDRE LA CHÈVRE</span>, pour <i>s’alarmer</i>; <i>se
-fâcher</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’un mari sur ce point j’approuve le souci;</div>
-<div class="verse">Mais c’est <i>prendre la chèvre</i> un peu bien vite aussi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 12.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Nicole.</span> Notre accueil de ce matin l’a fait <i>prendre la chèvre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>On dit, par une figure analogue, <i>prendre la mouche</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#mouche"><span class="t5">MOUCHE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="choisir">CHOISIR DE... (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit"><i>Choisis d’épouser</i>, dans quatre jours, ou monsieur ou un couvent.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="choix">CHOIX (LE) DE..., le choix entre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Le choix d’elle et de nous</i> est assez inégal.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p>Le choix entre elle et nous.</p>
-
-<p class="item" id="choquer">CHOQUER, <abbr title="verbe actif">v. act.</abbr>, avec un nom de chose, contrarier,
-contredire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous prétendez <i>choquer</i> ce que j’ai résolu?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> I.)</div>
-
-<p class="cit">Ce dessein, don Juan, <i>ne choque point</i> ce que <i>je dis</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="chose">CHOSE <span class="t5">ÉTRANGE DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Chose étrange de voir</i> comme avec passion</div>
-<div class="verse">Un chacun est chaussé de son opinion!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>De</i> est pour <i>que de</i>: Chose étrange que de voir.....</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Chose étrange d’aimer!...</i></div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item">CHRÉTIEN, <span class="t5">PARLER CHRÉTIEN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il faut <i>parler chrétien</i>, si vous voulez que je vous entende.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p><i>Parler chrétien</i>, c’est <i>parler le chrétien</i>, comme <i>parler turc</i>,
-<i>parler français</i>, c’est <i>parler le français</i>, <i>le turc</i>. Parler chrétiennement,
-c’est tout autre chose: on peut parler chrétien,
-c’est-à-dire la langue des chrétiens; sans parler chrétiennement,
-en chrétien, avec des sentiments chrétiens.</p>
-
-<p class="item" id="chromatique">CHROMATIQUE, substantif féminin:</p>
-
-<p class="cit">Il y a <i>de la chromatique</i> là-dedans.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p>Il paraît très-raisonnable de dire <i>la</i> chromatique, comme
-<span class="pagenum" id="Page_68">68</span>
-on dit <i>la rhétorique</i> au féminin. On disait autrefois <i>la mathématique</i>,
-et les Italiens le disent encore: <i lang="it" xml:lang="it">la matematica</i>. Ce
-sont autant d’adjectifs devant lesquels on sous-entend, comme
-en grec, d’où ils sont tirés, le mot <i>science</i>, τέχνη.</p>
-
-<p class="item">CLARTÉ, flambeau:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Monsieur le commissaire,</div>
-<div class="verse">Votre présence en robe est ici nécessaire:</div>
-<div class="verse">Suivez-moi, s’il vous plaît, avec votre <i>clarté</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RECEVOIR LA CLARTÉ</span>, naître:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais où vous a-t-il dit qu’il <i>reçut la clarté</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CLARTÉS</span>, renseignements, éclaircissements:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’ai vécu depuis, sans que de ma maison</div>
-<div class="verse">J’eusse d’autres <i>clartés</i> que d’en savoir le nom.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je prétends me faire à tous si bien connoître,</div>
-<div class="verse">Qu’aux pressantes <i>clartés</i> de ce que je puis être</div>
-<div class="verse">Lui-même soit d’accord du sang qui m’a fait naître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-9">Le voici,</div>
-<div class="verse">Pour donner devant tous <i>les clartés</i> qu’on désire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Don Louis du secret a toutes les <i>clartés</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais ces douces <i>clartés</i> d’un secret favorable</div>
-<div class="verse">Vers l’objet adoré me découvrent coupable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CLARTÉS</span>, lumières, au sens moral:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Aspirez aux <i>clartés</i> qui sont dans la famille.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je consens qu’une femme ait <i>des clartés</i> de tout.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On en attend beaucoup de vos vives <i>clartés</i>,</div>
-<div class="verse">Et pour vous la nature a peu d’obscurités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item">CŒUR BON, <span class="t5">AVOIR LE CŒUR BON</span>. Voy.
-<a href="#bon"><span class="t5">BON</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="coiffer">COIFFER <span class="t5">(SE) LE CERVEAU</span>, s’enivrer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Quel est le cabaret honnête</div>
-<div class="verse8">Où <i>tu t’es coiffé le cerveau</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COIFFER (SE) DE</span>, au sens figuré, s’entêter de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Faut-il de ses appas <i>m’être si fort coiffé</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="coin">COIN, <span class="t5">TENIR SON COIN PARMI</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il peut <i>tenir son coin parmi</i> les beaux esprits.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_69">69</span>
-COLLET-MONTÉ, antique, suranné comme la mode
-des collets montés:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est vrai que le mot est bien <i>collet-monté</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>Molière souligne cette façon de parler, pour en faire sentir
-l’affectation ridicule.</p>
-
-<p class="item" id="colore">COLORÉ, <span class="t5">EXCUSES COLORÉES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous nous payez ici d’<i>excuses colorées</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#couleur"><span class="t5">COULEUR</span></a>, métaphoriquement.)</p>
-
-<p class="item">COMBLÉ; <span class="t5">UN CARROSSE COMBLÉ DE LAQUAIS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quand un carrosse, fait de superbe manière,</div>
-<div class="verse"><i>Et comblé de laquais</i> et devant et derrière...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">COMÉDIE, dans le sens général de représentation
-dramatique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’ai maudit cent fois cette innocente envie</div>
-<div class="verse">Qui m’a pris, à dîner, de voir la <i>comédie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Le père Bouhours fait une <i>remarque</i> pour établir le sens
-général de ce mot, et qu’on doit dire <i>aller à la comédie</i>, <i>les comédies
-de M. Corneille</i>, <i>les comédies de M. Racine</i>; après quoi
-il introduit cette exception assez singulière: «Il n’y a qu’une
-occasion où l’on doit se servir du mot <i>tragédie</i>, c’est quand on
-parle des pièces de théâtre qui se représentent dans les colléges.
-Ce seroit mal dit: <i>J’ai esté à la comédie du collége de Clermont</i>;
-il faut dire <i>à la tragédie</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i>Remarques nouvelles</i>, p. 93.)</div>
-
-<p>Le collége de Clermont était dirigé par les jésuites; c’est
-probablement l’unique motif de l’exception du père Bouhours,
-jésuite.</p>
-
-<p class="item" id="comme">COMME, lié à un adjectif, en qualité de; <span class="t5">COMME
-CURIEUX</span>:</p>
-
-<p class="cit">... Ce gentilhomme françois qui, <i>comme curieux</i> d’obliger les honnêtes
-gens, a bien voulu, etc...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> <span class="t5">II</span>.)</div>
-
-<p>Latinisme: <i lang="la" xml:lang="la">Utpote curiosus</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMME SAGE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-8"><i>Comme sage</i>,</div>
-<div class="verse">J’ai pesé mûrement toutes choses.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>Comme un homme sage, en homme sage que je suis.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_70">70</span>
-&mdash;<span class="t4">COMME</span>, pour <i>comment</i>:</p>
-
-<p>Les auteurs de <i>traités des synonymes</i>, s’engageant à découvrir
-partout des différences ou des nuances de valeur, n’ont
-pas manqué d’en signaler entre <i>comme</i> et <i>comment</i>: «L’un est
-objectif ou relatif à l’effet; l’autre est subjectif ou relatif à l’action....
-Dans les <i>Provinciales</i>, Pascal, ayant rapporté en
-propres termes certaines opinions de Jansénius, ajoute: «Voilà
-<i>comme</i> il parle sur tous ces chefs,» c’est-à-dire, voilà de quelle
-sorte sont ses paroles. Et, quelques lignes plus loin, il écrit:
-«Voilà <i>comment</i> agissent ceux qui n’en veulent qu’aux erreurs.»
-<i>Comment</i> et non pas <i>comme</i>, parce qu’il s’agit ici d’un
-fait, et non d’une chose<a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.»
-Je ne comprends rien, je l’avoue, à cette distinction subtile. Ce qui paraît beaucoup plus clair,
-c’est que ni Molière, ni Pascal, ne mettaient aucune différence
-entre <i>comme</i> et <i>comment</i><a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.
-Sans davantage m’arrêter à discuter la théorie de M. Lafaye, je vais rapporter les
-exemples de Molière, laissant à d’autres le soin d’y reconnaître
-le subjectif ou l’objectif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui sait <i>comme</i> en ses mains ce portrait est venu?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, mais vous a-t-on dit <i>comme</i> on le nomme?&mdash;Enrique.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Comme</i> est-ce que chez moi s’est introduit cet homme?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je ne comprends point <i>comme</i>, après tant d’amour et tant d’impatience
-témoignée, il auroit le cœur de pouvoir manquer à sa parole.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Cela se peut-il souffrir à un homme comme vous, qui savez <i>comme</i> il
-faut vivre?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">DUBOIS.</div>
-<div class="verse">... Attendez!... <i>comme</i> est-ce qu’il s’appelle?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai peine à concevoir, tant ma surprise est forte,</div>
-<div class="verse"><i>Comme</i> un tel fils est né d’un père de la sorte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’est-ce qu’on fait céans? <i>comme</i> est-ce qu’on s’y porte?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Oui, il faut qu’une fille obéisse à son père; il ne faut point qu’elle regarde
-<i>comme</i> un mari est fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_71">71</span>
-Je suis bien aise d’apprendre <i>comme</i> on parle de moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà, mon gendre, <i>comme</i> il faut pousser les choses.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p class="cit">J’ai en main de quoi vous faire voir <i>comme</i> elle m’accommode.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 9.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà un de mes étonnements, <i>comme</i> il est possible qu’il y ait des fourbes
-comme cela dans le monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Qu’importe <i>comme ils parlent</i>, pourvu qu’ils me disent ce que je veux
-savoir?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 12.)</div>
-
-<p class="cit">Là, voyons un peu <i>comme</i> vous ferez.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Jamais il n’a été en ma puissance de concevoir <i>comme</i> on trouve écrit
-dans le ciel jusqu’aux plus petites particularités de la fortune du moindre
-des hommes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Les Amants magnifiques">Am. mag.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE EN PEINE COMME IL FAUT FAIRE</span>, en peine
-de savoir comment il faut faire:</p>
-
-<p class="cit">On <i>n’est pas en peine</i> sans doute <i>comme il faut faire</i> pour vous louer.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> de l’École des <abbr title="femmes">fem.</abbr></i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#comment"><span class="t5">COMMENT</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMME</span>, combien:</p>
-
-<p class="cit">Vous ne sauriez croire <i>comme</i> elle est affolée de ce Léandre!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMME</span>.... <span class="t5">ET QUE</span>...:</p>
-
-<p class="cit"><i>Comme</i> vous êtes un fort galant homme, <i>et que</i> vous savez comme il
-faut vivre.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 4.)</div>
-
-<p class="cit">Prince, <i>comme</i> jusqu’ici nous avons fait paroître une conformité de sentiments,
-<i>et que</i> le ciel a semblé mettre en nous, etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Comme</i> elle possédoit son affection.... <i>et que</i> son heureuse fécondité
-redoubloit tous les jours les sacrés liens...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i><abbr title="Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre">Or.
-fun. d’Henr. d’A.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Comme</i> c’est la vocation qui nous inspire la foi, <i>et que</i> c’est la persévérance
-qui nous transmet à la gloire....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i><abbr title="Oraison funèbre de la duchesse d’Orléans">Or. fun. de la duch. d’Orl.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Comme</i> il fut sorti de Delphes, <i>et que</i> il eut pris le chemin de la
-Phocide.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMME</span> pour <i>que</i>; <span class="t5">S’ÉTONNER COMME</span>...:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je m’étonne comme</i> le ciel les a pu souffrir si longtemps.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#admirer_comme"><span class="t5">ADMIRER COMME</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_72">72</span>
-&mdash;<span class="t4">TOUT COMME</span>, adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est justement <i>tout comme</i>:</div>
-<div class="verse">La femme est en effet le potage de l’homme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="commencer_de">COMMENCER DE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et déjà mon rival <i>commence de</i> paroître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Et veuille que ce frère, où l’on va m’exposer,</div>
-<div class="verse"><i>Commence d’être roi</i> par me tyranniser.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’amour a <i>commencé d’en déchirer</i> le voile.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p><i>Commencer à</i> paraît avoir été la forme primitive; c’est celle
-qu’emploie le plus ancien monument connu de notre langue:</p>
-
-<p class="cit">«Saul estoit fis d’un an, quand il <i>comencad a</i> regner.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 41.)</div>
-
-<p>Mais plus tard, quand le <i>d</i> euphonique fut tombé, par l’influence
-de la langue écrite sur la langue parlée, le soin de
-l’euphonie suggéra d’éviter l’hiatus, en construisant aussi avec
-<i>de</i> tous ces verbes qui se construisaient déjà avec <i>à</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_a"><span class="t5">DE</span></a> remplaçant <i>à</i> entre deux verbes.)</p>
-
-<p class="item" id="comment">COMMENT, comme, à quel point:</p>
-
-<p class="cit">Vous ne sauriez croire <i>comment</i> l’erreur s’est répandue, et de quelle
-façon chacun s’est endiablé à me croire médecin!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p><i>Comment</i>, c’est-à-dire, <i>à quel point</i> l’erreur s’est répandue.
-(Voyez <a href="#comme"><span class="t5">COMME</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="commerce">COMMERCE, <span class="t5">AVOIR COMMERCE CHEZ QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">.... Cette marquise agréable <i>chez qui j’avois commerce</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="commettre">COMMETTRE <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, lui confier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite</div>
-<div class="verse">D’avoir depuis Bologne accompagné ce fils,</div>
-<div class="verse">Qu’à sa discrétion vos soins avoient <i>commis</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Allons, sans crainte aucune,</div>
-<div class="verse"><i>A la foi</i> d’un amant <i>commettre</i> ma fortune.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">«Un voleur se hasarde</div>
-<div class="verse">«D’enlever le dépôt <i>commis aux soins</i> du garde.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>La Matrone d’Éphèse.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMMETTRE QUELQU’UN A UN SOIN</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je vous commets au soin</i> de nettoyer partout.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allons <i>commettre un autre au soin que l’on me donne</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_73">73</span>
-Le substantif <i>commis</i> n’est autre chose que le participe
-passé de ce verbe, et se construit de même avec le datif: un
-commis aux aides, commis à la douane.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMMETTRE (SE) DE</span>.... se confier relativement à:</p>
-
-<p>Agnès, dit Horace,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’a plus voulu songer à retourner chez soi,</div>
-<div class="verse">Et <i>de tout son destin s’est commise</i> à ma foi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p><i>De</i> est ici le <i lang="la" xml:lang="la">de</i> latin.</p>
-
-<p class="item" id="compagnons">COMPAGNONS, pour <i>confrères</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE NOTAIRE.</div>
-<div class="verse">Moi! si j’allois, madame, accorder vos demandes,</div>
-<div class="verse">Je me ferois siffler de tous mes <i>compagnons</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="compas">COMPAS; <span class="t5">RÉGLÉ PAR COMPAS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tête,</div>
-<div class="verse">Que tout ne soit pas bien <i>réglé par ses compas</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="compasser">COMPASSER, verbe actif, mesurer au compas,
-c’est-à-dire, examiner à la rigueur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et quant à moi je trouve, ayant tout <i>compassé</i>,</div>
-<div class="verse">Qu’il vaut mieux être encor cocu que trépassé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 11.)</div>
-
-<p class="item" id="compatir">COMPATIR AVEC, être compatible avec:</p>
-
-<p class="cit">L’engagement ne <i>compatit point avec mon humeur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item">COMPÉTITER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">GROS-RENÉ.</div>
-<div class="verse">On voit une tempête, en forme de bourrasque,</div>
-<div class="verse">Qui veut <i>compétiter</i> par de certains... propos...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Furetière et Trévoux ne donnent que <i>compétiteur</i>. Il y a
-grande apparence que <i>compétiter</i> est forgé par Gros-René d’après
-ce substantif. On dit, en termes de droit, <i>compéter</i>, mais
-dans une autre acception que <i>compétiter</i>.</p>
-
-<p class="item" id="complaisant">COMPLAISANT A....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.... Vos désirs <i>lui</i> seront complaisants</div>
-<div class="verse">Jusques à lui laisser et mouches et rubans?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Mais, au moins, sois <i>complaisante aux civilités</i> qu’on te rend.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="complexion"><span class="pagenum" id="Page_74">74</span>
-COMPLEXION; <span class="t5">ÊTRE DE COMPLEXION AMOUREUSE</span>...:</p>
-
-<p class="cit">Ah, ah! <i>vous êtes donc de complexion amoureuse</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="compliment">COMPLIMENT; <span class="t5">ÊTRE SANS COMPLIMENT</span>, sans façon:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, m’a-t-il répondu, <i>je suis sans compliment</i>,</div>
-<div class="verse">Et j’y vais pour causer avec toi seulement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Devoir à quelqu’un un compliment de quelque
-chose, c’est-à-dire, la politesse de lui en donner avis:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On <i>vous en devoit</i> bien au moins <i>un compliment</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="composer">COMPOSER <span class="t5">(SE) PAR ÉTUDE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Là, tâchez de <i>vous composer par étude</i>; un peu de hardiesse, et songez
-à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="concert">CONCERT DE MUSIQUE:</p>
-
-<p class="cit">Il faut qu’une personne comme vous... ait un <i>concert de musique</i> chez
-soi tous les mercredis ou tous les jeudis.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>M. Auger blâme cette expression, comme redondante. Il est
-vrai qu’aujourd’hui l’on a restreint le mot <i>concert</i> à signifier
-<i>concert de musique</i>, mais ce n’est pas l’acception essentielle du
-mot; la preuve en est qu’on dit également bien un concert de
-louanges, un concert d’intrigues. <i>Concerter</i> ne s’applique pas
-exclusivement à la musique, et <i>déconcerter</i> ne s’y applique pas
-du tout.</p>
-
-<p>Tout le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle a dit <i>concert de musique</i>.</p>
-
-<p class="item">CONCERTÉ, en parlant d’un seul, par exemple, du
-ciel:</p>
-
-<p class="cit">Une aventure, par <i>le ciel concertée</i>, me fit voir la charmante Élise.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p><i>Concertée</i> veut dire simplement ici <i>préparée</i>.</p>
-
-<p class="item" id="conclure_de">CONCLURE DE, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et nous <i>conclûmes</i> tous <i>d’attacher</i> nos efforts</div>
-<div class="verse">Sur un cerf que chacun nous disoit cerf dix cors.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_a"><span class="t5">DE</span></a> remplaçant <i>à</i> entre deux verbes.)</p>
-
-<p class="item" id="concurrence">CONCURRENCE; <span class="t5">BONHEUR QUI EST EN CONCURRENCE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Grâce à Dieu, <i>mon bonheur n’est plus en concurrence</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 38.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_75">75</span>
-En effet, l’amour d’Horace n’a plus à craindre de concurrent,
-puisque Agnès s’est enfuie du logis d’Arnolphe, pour se
-mettre sous sa protection.</p>
-
-<p class="item" id="condamner">CONDAMNER <span class="t5">D’UN CRIME</span>, c’est-à-dire, pour un
-crime, à cause d’un crime; latinisme, <i lang="la" xml:lang="la">damnare de...</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne me <i>condamnez point d’</i>un deuil hors de saison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux que vous puissiez un peu l’examiner,</div>
-<div class="verse">Et voir si <i>de mon choix</i> l’on peut me <i>condamner</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">L’erreur trop longtemps dure,</div>
-<div class="verse">Et c’est trop <i>condamner ma bouche d’imposture</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse4">C’est trop me pousser là-dessus,</div>
-<div class="verse">Et d’<i>infidélité</i> me voir trop <i>condamnée</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Loin de te <i>condamner d’un si perfide trait</i>,</div>
-<div class="verse">Tu m’en fais éclater la joie en ton visage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 3.)</div>
-
-<p>Pascal a dit de même <i>blâmer de</i>:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Ne blâmez donc pas de fausseté</i> ceux qui ont pris un choix, car vous
-n’en savez rien.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 262.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de"><span class="t5">DE</span></a> dans tous les sens du latin <i>de</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="conditionnels"><i>CONDITIONNELS</i>: deux conditionnels, le second
-commandé par le premier:</p>
-
-<p class="cit">Pour moi, <i>j’aurois</i> toutes les hontes du monde, s’il falloit qu’on vînt à
-me demander <i>si j’aurois</i> vu quelque chose de nouveau que je n’aurois
-pas vu.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p>Nous dirions aujourd’hui, <i>si j’ai vu</i>; mais on suivait alors
-pour les conditionnels une certaine loi de symétrie qui s’appliquait
-aussi aux futurs. (Voyez <a href="#futurs"><span class="t5">FUTURS</span></a>.)</p>
-
-<p class="cit">S’il falloit qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je <i>dirois</i> hautement
-que <i>tu en aurois menti</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Je leur disois que si quelqu’un leur venoit dire du mal de vous, elles
-se gardassent bien de le croire, et <i>ne manquassent</i> pas de lui dire qu’<i>il en
-auroit</i> menti.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Je croirois</i> que la conquête d’un tel cœur ne <i>seroit</i> pas une victoire à
-dédaigner.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Si je n’étois sûre que ma mère étoit honnête femme, <i>je dirois</i> que <i>ce
-seroit</i> quelque petit frère qu’elle m’<i>auroit</i> donné depuis le trépas de mon
-père.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_76">76</span>
-L’usage actuel mettrait: Je <i>dirais</i> que <i>c’est</i> quelque petit
-frère qu’elle <i>m’a</i> donné, etc.</p>
-
-<p>La Fortune dit à l’enfant qu’elle trouve endormi sur le rebord
-d’un puits:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Sus, badin, levez-vous. Si vous tombiez dedans,</div>
-<div class="verse">«De douleur, vos parents, comme vous imprudents,</div>
-<div class="verse">«Croyant en leur esprit que de tout je dispose,</div>
-<div class="verse">«<i>Diroient</i>, en me blâmant, que j’en <i>serois</i> la cause.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <abbr title="satire">sat.</abbr> XIV.)</div>
-
-<p>Cette symétrie, empruntée du latin, était, dans l’ancienne
-langue, une règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, son
-mari, dans la scène de la folie feinte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Par ceste pecheresse lasse,</div>
-<div class="verse8">«Si j’<i>eusse</i> aide, je vous
-<i>liasse</i><a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.»</div>
-</div>
-
-<p lang="la" xml:lang="la">Si adjutorium <i>haberem</i>, te <i>ligarem</i>.</p>
-
-<p>Et Patelin, moqué par Aignelet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Par saint Jaques, se je <i>trouvasse</i></div>
-<div class="verse8">«Un bon sergent, te <i>feisse</i> prendre.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Pascal ne manque jamais à cette loi:</p>
-
-<p class="cit">«Si vous ne m’aviez dit que c’est le père le Moine qui est l’auteur de
-cette peinture, <i>j’aurois dit</i> que <i>c’eût été</i> quelque impie qui l’<i>auroit</i>
-faite, à dessein de tourner les saints en ridicule.»</p>
-
-<div class="citsrc">(9<sup>e</sup> <i>Provinciale</i>.)</div>
-
-<p class="cit">«S’il s’en trouvoit qui <i>crussent</i> que j’<i>aurois</i> blessé la charité que je vous
-dois en décriant votre morale...»</p>
-
-<div class="citsrc">(11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CONDITIONNEL</span> construit avec un indicatif:</p>
-
-<p class="cit">Si <i>je me dispense</i> ici de m’étendre sur les belles et glorieuses vérités
-qu’on pourroit dire d’elle, c’est par la juste appréhension que ces grandes
-idées <i>ne fissent éclater</i> encore davantage la bassesse de mon offrande.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> de l’École des maris.</i>)</div>
-
-<p>Racine a dit de même, dans <i>Andromaque</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«On <i>craint</i> qu’il <i>n’essuyât</i> les larmes de sa mère.»</div>
-</div>
-
-<p>Sur quoi d’Olivet élève une chicane grammaticale aussi pédante
-qu’elle est injuste. Rien n’est plus logique, ni plus irréprochable
-que cette alliance de temps, puisqu’il existe entre
-les deux l’ellipse bien claire d’une condition:&mdash;on craint (<i>si
-<span class="pagenum" id="Page_77">77</span>
-l’on me laissait mon fils</i>) qu’il <i>n’essuyât</i> un jour, <i>etc.</i>.....&mdash;Je
-me dispense de cet éloge, de peur que (<i>si je l’essayais</i>)
-le contraste des idées <i>ne fît</i> ressortir la bassesse de mon offrande.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De peur qu’elle <i>revînt</i>, fermons à clef la porte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>De peur que (<i>si je laissais la porte ouverte</i>) elle ne <i>revînt</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#subjonctif"><span class="smcap">Subjonctif</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="conduite">CONDUITE, direction:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et nous verrons ensuite</div>
-<div class="verse">Si je dois de vos feux reprendre la <i>conduite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CONDUITE</span>, celui qui conduit, comme <i>sentinelle</i>,
-<i>garde</i>, celui qui fait sentinelle, celui qui garde:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A vous mettre en lieu sûr je m’offre pour <i>conduite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="confirmer">CONFIRMER <span class="t5">QUELQU’UN A</span> (un infinitif), le fortifier
-dans la résolution de...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre</div>
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse"><i>Me confirme</i> encor mieux <i>à ne pas différer</i></div>
-<div class="verse">Les noces, où j’ai dit qu’il vous faut préparer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="conforme">CONFORME, absolument, et en sous-entendant le
-complément:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère,</div>
-<div class="verse">Et ce choix plus <i>conforme</i> étoit mieux votre affaire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Philinte veut dire que le caractère d’Éliante se rapproche
-du caractère d’Alceste, et qu’ainsi Alceste, choisissant Éliante
-au lieu de Célimène, eût fait un choix plus conforme à ses
-goûts et à ses principes.</p>
-
-<p>Cette absence du complément paraît rendre l’expression trop
-vague, et laisser la pensée incertaine.</p>
-
-<p class="item">CONGÉ, permission:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et si dans quelque chose ils vous ont outragé,</div>
-<div class="verse">Je puis vous assurer que c’est sans mon <i>congé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Nous n’oserons plus trouver rien de bon sans <i>le congé</i> de messieurs les
-experts.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_78">78</span>
-<div class="verse">Et je pense, seigneur, entendre ce langage.</div>
-<div class="verse">Mais sans votre <i>congé</i>, de peur de trop risquer,</div>
-<div class="verse">Je n’ose m’enhardir jusques à l’expliquer.</div>
-</div>
-<div class="citsrc">(<i>Princ. d’Él.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je lui donne à présent <i>congé</i> d’être Sosie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="congratulant">CONGRATULANT, adjectif verbal, comme <i>chatouillant</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne vous embarquez nullement</div>
-<div class="verse">Dans ces <i>douceurs congratulantes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="conscience">CONSCIENCE; <span class="t5">C’EST UNE CONSCIENCE</span>, c’est-à-dire,
-un cas de conscience:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5"><i>C’est une conscience</i></div>
-<div class="verse">Que de vous laisser faire une telle alliance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>C’est une conscience</i> de voir une pauvre jeune femme mariée de la façon.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="item" id="conseiller">CONSEILLER; <span class="t5">(SE) CONSEILLER A QUELQU’UN</span>, prendre
-le conseil de quelqu’un:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je me suis</i> même encore aujourd’hui <i>conseillé au ciel</i> pour cela.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Mais si <i>je me conseillois à vous</i> pour ce choix?</p>
-
-<p class="cit">&mdash;Si <i>vous vous conseilliez à moi</i>, je serois fort embarrassé.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Il est droit que <i>je me conseille</i>!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Rutebeuf.</span> <i>Le <abbr title="Testament">Testam.</abbr> de l’asne.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Comment Panurge <i>se conseille à</i> Her Trippa.&mdash;Comment Panurge <i>se
-conseille à</i> Pantagruel.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Rabelais.</span>)</div>
-
-<p>Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commencement
-de la langue, voyez au mot <a href="#arreter"><span class="smcap">Arrêter</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="consentir">CONSENTIR, verb. act., <span class="t5">CONSENTIR QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je mourrai plutôt que de <i>consentir rien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CONSENTIR QUE</span>, accorder que:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je veux <i>consentir qu’</i>elle soit pour une autre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p><i>Consentir à ce que</i> rendrait une pensée différente. Alceste ne
-consent pas <i>à ce que</i> la lettre de Célimène soit pour un autre;
-il consent, c’est-à-dire, il accorde par hypothèse qu’elle soit
-pour un autre que lui.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_79">79</span>
-Si <i>consentir que</i> eût été une expression fautive ou seulement
-insolite, il était facile à Molière de mettre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je veux <i>accorder</i> qu’elle soit pour un autre.</div>
-</div>
-
-<p>Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, <i>consentir
-que</i> pour <i>à ce que</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Elle (la société de Jésus) <i>consent qu’</i>ils gardent leur opinion, pourvu que
-la sienne soit libre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 1<sup>re</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Homere a esté contrainct de <i>consentir que</i> Venus feust blecée au combat
-de Troie.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je consens qu’</i>une femme ait des clartés de tout.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item">CONSÉQUENCE; <span class="t5">CHOSE DE CONSÉQUENCE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais bien qu’un bienfait de cette <i>conséquence</i></div>
-<div class="verse">Ne sauroit demander trop de reconnoissance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Garcie.</i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Que ne me dites-vous que des affaires <i>de la dernière conséquence</i> vous
-ont obligé à partir sans m’en donner avis?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">En vérité, monsieur, ce procès <i>m’est d’une conséquence</i> tout à fait
-grande.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">«Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paroître la vivacité de
-son esprit.........; elles <i>sont de trop peu de conséquence</i> pour en informer
-la postérité.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«J’ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne étoit........ <i>d’une
-extrême conséquence</i> pour la religion.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 1<sup>re</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CONSÉQUENCE (FAIRE OU NE FAIRE POINT DE)</span>:</p>
-
-<p class="cit">Un homme mort n’est qu’un homme mort, et <i>ne fait point de conséquence</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Ne produit pas de suites.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HOMME DE CONSÉQUENCE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec <i>un homme de
-ma conséquence</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item">CONSIDÉRABLE, digne d’être considéré, en parlant
-des personnes et des choses:</p>
-
-<p class="cit">Comme je sais que vous êtes une personne <i>considérable</i>, je voudrois
-vous prier.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Je vous tiens préférable</div>
-<div class="verse">A tout ce que j’y vois de plus <i>considérable</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ah! mon père, le bien n’est pas <i>considérable</i> lorsqu’il est question d’épouser
-une honnête personne.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_80">80</span>
-Le bien n’est pas à considérer.</p>
-
-<p class="cit">La noblesse, de soi, est bonne; c’est une chose <i>considérable</i> assurément.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>George <abbr title="Dandin">D.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CONSIDÉRABLE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais si jamais mon bien <i>te fut considérable</i>,</div>
-<div class="verse">Répare mon malheur, et me sois secourable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Monsieur, votre vertu <i>m’est</i> tout à fait <i>considérable</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="cit">«Ces raisons ont..... rendu leur condition (des hommes) si <i>considérable
-à l’Eglise</i>, qu’elle a toujours puni l’homicide qui les détruit....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 1<sup>re</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="consideration">CONSIDÉRATION; <span class="t5">A LA CONSIDÉRATION DE</span>, c’est-à-dire,
-en considération de:</p>
-
-<p class="cit">Je vous donne ma parole, don Pèdre, qu’<i>à votre considération</i>, je vais
-la traiter du mieux qu’il me sera possible.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 19.)</div>
-
-<p class="item" id="consolatif">CONSOLATIF:</p>
-
-<p class="cit">Je suis homme <i>consolatif</i>, homme à m’intéresser aux affaires des jeunes
-gens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Pascal a dit <i>consolatif à.....</i> et <i>consolatif pour....</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Discours bien <i>consolatif à</i> ceux qui ont assez de liberté d’esprit..., etc.»&mdash;«Un
-beau mot de saint Augustin est bien <i>consolatif pour</i> de certaines
-personnes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 51, 310 et 359.)</div>
-
-<p><span class="smcap">Consolatif</span> paraît formé de <i>consoler</i>, aussi légitimement que
-<i>récréatif</i> de <i>récréer</i>, <i>portatif</i> de <i>porter</i>, etc.</p>
-
-<p class="item" id="consommer">CONSOMMER, consumer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, quoi que l’on reproche au feu qui vous <i>consomme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE CONSOMMER DANS QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La vertu fait ses soins, et son cœur <i>s’y consomme</i></div>
-<div class="verse">Jusques à s’offenser des seuls regards d’un homme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des m.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>On dit encore, au participe, <i>il est consommé dans son art</i>;
-on disait autrefois <i>se consommer dans</i> un art, dans une science,
-dans la pratique de la vertu, etc., etc.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisqu’<i>en raisonnements</i> votre esprit <i>se consomme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dans l’amour du prochain</i> sa vertu <i>se consomme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire <i>éclate au plus haut degré</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_81">81</span>
-<div class="verse">Qui se donne à la cour se dérobe à son art;</div>
-<div class="verse">Un esprit partagé rarement <i>s’y consomme</i>,</div>
-<div class="verse">Et les emplois de feu demandent tout un homme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val de Grâce.</i>)</div>
-
-<p>La confusion entre <i>consommer</i> et <i>consumer</i> a été signalée
-par Vaugelas comme une faute, à la vérité commune chez de
-bons écrivains, mais enfin comme une faute.</p>
-
-<p>Ménage, sans en donner une bonne raison, n’a pas voulu se
-rendre à la décision de Vaugelas; mais l’Académie l’a adoptée,
-et le sens des racines commanderait en effet la distinction, si
-<i>consommer</i> venait de <i lang="la" xml:lang="la">summa</i>, et <i>consumer</i> de
-<i lang="la" xml:lang="la">sumere</i>. Je n’en crois rien: <i lang="la" xml:lang="la">consumere</i>
-est la seule racine des deux formes. L’usage de prononcer le <i>um</i> latin par <i>on</i>
-(voyez <a href="#matrimonion"><span class="smcap">Matrimonion</span></a>) a conduit tout d’abord à traduire
-<i lang="la" xml:lang="la">consumere</i> par <i>consommer</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Ceste qualité estouffe et <i>consomme</i> les aultres qualités vrayes et essentielles.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 7.)</div>
-
-<p>Alors la forme <i>consumer</i> n’existait pas; <i>consommer</i> était
-seul; car il faut toujours se rappeler que notre langue a été
-soumise à deux systèmes de formation très-différents. <i>Consommer</i>
-est le mot de première époque, et <i>consumer</i> le mot
-de seconde époque. L’archaïsme luttait encore du temps de
-Molière.</p>
-
-<p class="item" id="constamment">CONSTAMMENT, avec constance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Instruire ainsi les gens</div>
-<div class="verse">A porter <i>constamment</i> de pareils accidents.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="constituer">CONSTITUER A, c’est-à-dire, préposer à....:</p>
-
-<p class="cit">Je vous <i>constitue</i> pendant le souper <i>au gouvernement des bouteilles</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item"><i>CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES:</i></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Du meilleur de mon cœur <i>je donnerois</i> sur l’heure</div>
-<div class="verse">Les vingt plus beaux louis de ce qui me demeure,</div>
-<div class="verse"><i>Et pouvoir</i> à plaisir sur ce mufle asséner</div>
-<div class="verse">Le plus grand coup de poing qui se puisse donner!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>La passion légitime qui trouble Orgon excuse le dérangement
-grammatical de sa phrase. On le comprend d’ailleurs
-très-bien. C’est comme s’il disait: <i>Je voudrois donner... et
-pouvoir</i>, etc...</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_82">82</span>
-C’est bien la moindre chose que <i>je vous doive</i>, après <i>m’avoir sauvé la
-vie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Après que vous m’avez sauvé la vie;&mdash;mais l’autre façon
-est incomparablement plus rapide.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.... <i>Qui</i> pourra montrer une marque certaine</div>
-<div class="verse">D’avoir meilleure part au cœur de Célimène,</div>
-<div class="verse"><i>L’autre ici fera place</i> au vainqueur prétendu,</div>
-<div class="verse">Et le délivrera d’un rival assidu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire: Si l’un de nous peut montrer..., l’autre lui
-fera place.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte,</div>
-<div class="verse">Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte;</div>
-<div class="verse"><i>Et, rejetant mes vœux</i> dès le premier abord,</div>
-<div class="verse">Mon cœur n’auroit eu droit de s’en plaindre qu’au sort.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>J’oserais blâmer cette construction, à cause de l’ambiguïté.
-<i>Rejetant mes vœux</i> se rapporte à <i>votre bouche</i>; la construction
-grammaticale semble le rapporter à <i>mon cœur</i>, qui est le sujet
-de ce second membre de phrase.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est prendre peu de part à mes cuisants soucis,</div>
-<div class="verse">Que de <i>rire, et me voir</i> en l’état où je suis.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Dans l’ordre naturel, l’action de voir a précédé celle de rire.
-Virgile a dit pareillement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Moriamur, in arma ruamus.</i></div>
-</div>
-
-<p>Si l’on commençait par mourir, il ne serait plus temps ensuite
-de se jeter au milieu des ennemis. Les grammairiens,
-habiles à couvrir de beaux noms les fautes échappées aux
-grands poëtes, ont trouvé pour celle-là le terme imposant
-d’hystérologie, c’est-à-dire renversement de l’ordre, qui met
-devant ce qui devait être derrière. La faute de Virgile, en
-bonne foi, n’est pas justifiable; celle de Molière le serait
-peut-être davantage, en ce qu’on peut dire que l’action de
-rire et celle de voir sont simultanées.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#participe_present"><span class="t5">PARTICIPE PRÉSENT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="consulter">CONSULTER, absolument et sans régime, comme
-<i>délibérer</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le jour s’en va paroître, et je vais <i>consulter</i></div>
-<div class="verse">Comment dans ce malheur je dois me comporter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_83">83</span>
-<div class="verse">Ah! faut-il <i>consulter</i> dans un affront si rude!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Laissez-moi <i>consulter</i> un peu si je le puis faire en conscience.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CONSULTER</span>, verb. act.: <i>consulter quelque chose</i>:
-une maladie, un procès, c’est-à-dire, délibérer là-dessus:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si Lélie a pour lui l’amour et sa puissance,</div>
-<div class="verse">Andrès pour son partage a la reconnoissance,</div>
-<div class="verse">Qui ne souffrira point que mes pensers secrets</div>
-<div class="verse"><i>Consultent</i> jamais <i>rien</i> contre ses intérêts.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-9">Il me semble</div>
-<div class="verse">Que l’on doit commencer par <i>consulter</i> ensemble</div>
-<div class="verse"><i>Les choses</i> qu’on peut faire en cet événement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="cit">J’ai ici un ancien de mes amis, avec qui je serai bien aise de <i>consulter
-sa maladie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="cit">Voici un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais <i>consulter
-la manière</i> dont nous vous traiterons.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 11.)</div>
-
-<p class="cit">Je vous prie de me mener chez quelque avocat, pour <i>consulter mon
-affaire</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. sc. 12.)</div>
-
-<p class="item" id="conte">CONTE; <span class="t5">DONNER D’UN CONTE PAR LE NEZ</span>. Voy.
-<a href="#nez"><span class="t5">NEZ</span></a>.</p>
-
-<p class="item">CONTENTÉ <span class="t5">DE (ÊTRE)</span>, être payé, récompensé de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous serez pleinement <i>contentés de vos soins</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="contentement">CONTENTEMENT, construit avec le verbe <i>être</i>:</p>
-
-<p class="cit">Elle dit que <i>ce n’est pas contentement</i> pour elle que d’avoir cinquante-six
-ans.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Mais vivre sans plaider, <i>est-ce contentement</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Les Plaid.</i> I. 7.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ce n’est pas contentement</i> pour l’injure que j’ai reçue.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>Ce n’est pas satisfaction pour l’injure que j’ai reçue.</p>
-
-<p class="item" id="conteste">CONTESTE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La maison à présent, comme savez de reste,</div>
-<div class="verse">Au bon monsieur Tartufe appartient sans <i>conteste</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p><i>Conteste</i> est le substantif de <i>contester</i>, dont la forme primitive
-est <i>contrester</i> (<i lang="la" xml:lang="la">contra stare</i>). Les Italiens disent
-<ins id="cor_19" title="constrastar"><i lang="it" xml:lang="it">contrastar</i></ins>, et nous avons formé, à une époque relativement récente,
-<i>contraste</i>, qui est au fond le même mot que <i>conteste</i>. On a oublié
-la loi qui changeait l’<i>a</i> des Latins en <i>e</i> français:</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_84">84</span>
-«Li marescaus de nostre ost esgarda devant un casal, et pierchut la
-gent Barile qui venoient huant et glatissant,et menant li grand tempieste,
-que bien cuidoient <i>contrester</i> à nos fourriers.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Villehardhoin</span>, p. 178, éd. de M<sup>r</sup> Paris.)</div>
-
-<p>Nicot écrit <i>contr’ester</i>, et cite pour exemple cette phrase:&mdash;«Onc
-n’avoit trouvé homme qui luy peust <i>contr’ester</i> en
-champ de bataille Guy de Warwich.»</p>
-
-<p>M. B. Lafaye fait cette distinction chimérique:&mdash;«Le
-<i>conteste</i> est une simple difficulté; la <i>contestation</i> en est la manifestation.»
-(Synon., p. 391). L’un est le mot ancien, et
-l’autre le moderne: le sens est identique.</p>
-
-<p class="item" id="contradictoire">CONTRADICTOIRE A:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ho, ho! qui des deux croire?</div>
-<div class="verse">Ce discours <i>au premier</i> est fort <i>contradictoire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 4)</div>
-
-<p class="item" id="contraire">CONTRAIRE PARTI:</p>
-
-<p class="cit">... Il se venge hautement en prenant le <i>contraire parti</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Crit. de L’Éc. des fem.</i> 6.)</div>
-
-<p>Corneille avait dit, dans <i>Cinna</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et l’inclination n’a jamais démenti</div>
-<div class="verse">Le sang qui t’avoit fait du <i>contraire parti</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(V. 1.)</div>
-
-<p>La prose de Molière nous montre que la locution était ainsi
-faite, et non <i>parti contraire</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et chacun s’est rangé du <i>contraire parti</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <abbr title="satire">sat.</abbr> 17.)</div>
-
-<p class="item">CONTRARIÉTÉS, taquineries par représailles:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Laissons ces <i>contrariétés</i>,</div>
-<div class="verse8">Et demeurons ce que nous sommes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> <abbr title="Prologue">Prol.</abbr>)</div>
-
-<p>Il faut noter dans ce mot un exemple de la substitution des
-liquides <i>l</i> et <i>r</i>. Les racines sont <i>contra</i> et <i>alium</i>; la forme primitive
-du verbe était <i>contralier</i>.&mdash;Dans Partonopeus:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Ce sont clergastes qui en mesdient (des femmes),</div>
-<div class="verse8">«Qui lor meschines <i>contralient</i>.</div>
-<div class="verse8">«Ils sont vilains, et eles foles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(V. 5489.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Grant pechie fait qui <i>contralie</i></div>
-<div class="verse8">«Dame qui est d’amors marrie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(V. 6660.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Ahi mon! com ies desdaignouse!</div>
-<div class="verse8">«Ahi! com ies <i>contraliouse</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(V. 5423.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_85">85</span>
-Nous disons <i>armoire</i> (d’<i lang="la" xml:lang="la">armarium</i>, racine, <i>arma</i>), et nous
-avons raison; nos aïeux écrivaient <i>almarie</i>, <i>almoire</i>, qu’ils prononçaient
-par <i>au</i>, <i>aumarie</i>, <i>aumoire</i>. (Voyez les <i>Rois</i>, <i>passim</i>.)
-C’était l’inverse de la faute que nous commettons en disant
-<i>contrarier</i>, pour <i>contralier</i>.</p>
-
-<p class="item" id="contrefaiseur">CONTREFAISEUR <span class="t5">DE GENS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Point de quartier à ce <i>contrefaiseur de gens</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="contrefait">CONTREFAIT, simulé; <span class="t5">UN ZÈLE CONTREFAIT</span>:</p>
-
-<p class="cit">.... Attraper les hommes avec <i>un zèle contrefait</i> et une charité sophistiquée.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="convulsions">CONVULSIONS <span class="t5">DE CIVILITÉS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, tandis que tous deux étoient précipités</div>
-<div class="verse">Dans les <i>convulsions de leurs civilités</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="coquin">COQUIN ASSURÉ, effronté coquin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que me vient donc conter cet <i>assuré coquin</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Marot, dans son <i>Épistre au Roi</i>, <i>pour avoir esté desrobé</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«J’avois un jour ung valet de Gascogne,</div>
-<div class="verse10">«Gourmand, yvrogne, et <i>assuré menteur</i>.»</div>
-</div>
-
-<p class="item" id="corde">CORDE: <span class="t5">SI LA CORDE NE ROMPT</span>, formule empruntée
-au métier du danseur de corde:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous allons voir beau jeu, <i>si la corde ne rompt</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="correspondance">CORRESPONDANCE; <span class="t5">DE LA CORRESPONDANCE</span>, du
-retour:</p>
-
-<p class="cit">Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et y promettre
-en même temps <i>de la correspondance</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>On dit bien, dans ce sens, <i>correspondre à l’amour de quelqu’un</i>;
-pourquoi pas <i>correspondance à l’amour</i>?</p>
-
-<p class="item" id="cote">COTE DE SAINT LOUIS; <span class="t5">ÊTRE DE LA CÔTE DE SAINT
-LOUIS</span>, d’une antique noblesse:</p>
-
-<p class="cit">Est-ce que nous sommes, nous autres, <i>de la côte de saint Louis</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p>Comme Ève était de la côte d’Adam.</p>
-
-<p class="item" id="coucher_de">COUCHER DE, mettre au jeu; figurément:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu <i>couches d’imposture</i>, et tu m’en as donné.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_86">86</span>
-<i>Coucher de</i> signifie être au jeu pour une somme de: «parce
-qu’en effet on <i>couche</i>, on étend l’argent sur une table, sur
-une carte..... On le dit figurément des paroles: Ce garçon ne
-demande pas moins qu’une fille de 100,000 écus; il <i>couche</i>
-trop gros.&mdash;Il ne <i>couche</i> pas moins que de faire employer
-pour lui toutes les puissances.......»</p>
-
-<div class="citsrct">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Vous <i>couchez d’imposture</i>, et vous osez jurer!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Corneille"><span class="smcap">Corn.</span></abbr> <i>Le Ment.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«J’aurai mille beaux mots chaque jour à te dire;</div>
-<div class="verse">«Je <i>coucherai de feux, de sanglots, de martyre</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>La suite du Menteur.</i>)</div>
-
-<p>Sur quoi Voltaire remarque qu’on disait, en termes de jeu,
-<i>couché de 20 pistoles</i>, <i>de 30 pistoles</i>; <i>couché belle</i>.</p>
-
-<p>Les éditions modernes ont <i>tu payes</i>. Ce n’était pas la peine
-de changer, pour prêter à Molière une faute de versification.</p>
-
-<p class="item" id="couleur">COULEUR, métaphoriquement, faux prétexte, mensonge:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Sous couleur</i> de changer de l’or que l’on doutoit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Étourdi.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#douter"><span class="smcap">Douter</span></a>.)</p>
-
-<p class="cit">Ils ont l’art de <i>donner de belles couleurs à toutes leurs intentions</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(2<sup>me</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p>Molière a dit, par la même métaphore, <i>excuses colorées</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous nous payez ici d’<i>excuses colorées</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Des peuples surprins <i>soubs couleur</i> d’amitié et de bonne foy.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 6.)</div>
-
-<p>Cette métaphore est restée en usage parmi le peuple: C’est
-<i>une couleur</i>; on lui a donné <i>une couleur</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Au reste, leurs injustices (des Romains) étoient d’autant plus dangereuses,
-qu’ils savoient mieux les couvrir du prétexte spécieux de
-l’équité, et qu’ils mettoient sous le joug insensiblement les rois et les
-nations, <i>sous couleur</i> de les protéger et de les défendre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Hist. univ.</i>, III<sup>e</sup> p.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COULEUR DE FEU</span>, subst. masc.; <span class="t5">UN COULEUR DE
-FEU</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je vous trouve les lèvres <i>d’un couleur de feu surprenant</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p><i>Couleur de feu</i> est ici un terme composé, dans lequel le mot
-<i>couleur</i>, pas plus que le mot <i>feu</i>, ne fait prédominer son genre.
-<span class="pagenum" id="Page_87">87</span>
-L’ensemble est au neutre, dont, en français, la forme ne se
-distingue pas de celle du masculin.</p>
-
-<p class="item" id="couper">COUPER A, couper court à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout cela va le mieux du monde;</div>
-<div class="verse">Mais enfin <i>coupons aux discours</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COUPER CHEMIN A</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A tous nos démêlés coupons chemin</i>, de grâce.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="courir">COURIR A, recourir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je suis en suspens si, pour me l’acquérir,</div>
-<div class="verse"><i>Aux extrêmes moyens</i> je ne dois point <i>courir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="courage">COURAGE, non pas dans le sens restreint de <i>valeur</i>,
-mais dans le sens large du latin <i lang="la" xml:lang="la">animus</i>, disposition
-morale qu’une épithète détermine en bien ou en mal:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">O la lâche personne!&mdash;ô <i>le foible courage</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="courre">COURRE; <span class="t5">COURRE UN LIÈVRE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Quand il vous plaira, je vous donnerai le divertissement de <i>courre un
-lièvre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p>C’est la forme primitive dérivée de <i lang="la" xml:lang="la">currere</i>,
-comme <i lang="la" xml:lang="la">ponre</i> (<i>pondre</i>) de <i lang="la" xml:lang="la">ponere</i>. Il est demeuré comme
-terme de chasse. Des vocabulaires techniques seraient de précieux répertoires de notre vieille langue.</p>
-
-<p class="item" id="court">COURT, pris adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et moi, pour <i>trancher court</i> toute cette dispute....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DEMEURER COURT A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">N’as-tu point de honte, toi, de <i>demeurer court à si peu de chose</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COURT</span>, adjectif; <span class="t5">COURT DE</span>, pour à court de....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que tu t’es acquise (la gloire) en tant d’occasions,</div>
-<div class="verse">A ne t’être jamais vu <i>court d’inventions</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Sur l’emploi de <i>à</i> dans ce passage, voyez: <a href="#a_au_moyen"><span class="t5">A</span></a>, par le moyen de.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COURT JOINTÉ</span> (court est ici adverbe), terme de
-manége; cheval court jointé, comme celui du chasseur
-dans les <i>Fâcheux</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Point d’épaules non plus qu’un lièvre; <i>court jointé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_88">88</span>
-«<i>Court jointé</i>, c’est le nom qu’on donne au cheval qui a le
-paturon court, qui a les jambes droites depuis le genou, jusqu’à
-la couronne.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="cousu">COUSU <span class="t5">DE PISTOLES</span>:</p>
-
-<p class="cit">On viendra me couper la gorge, dans la pensée que je suis <i>tout cousu
-de pistoles</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>La Fontaine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Son voisin, au contraire, étoit <i>tout cousu d’or</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Savetier et le Financier.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="couvrir">COUVRIR, au figuré, excuser, autoriser, dissimuler:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ciel, faut-il que le rang dont on veut tout <i>couvrir</i>,</div>
-<div class="verse">De cent sots tous les jours nous oblige à souffrir!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux</i>, I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Je veux changer de batterie, <i>couvrir le zèle que j’ai pour vous</i>, et
-feindre d’entrer, etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p class="cit">«Nostre religion est faite pour extirper les vices: elle les <i>couvre</i>, les
-nourrit, les incite.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span>)</div>
-
-<p class="item">CRACHÉ, <span class="t5">TOUT CRACHÉ</span>, c’est-à-dire <i>ressemblant</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Lucas.</span> Le v’là <i>tout craché</i> comme on nous l’a défiguré.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Cette métaphore, aujourd’hui reléguée parmi le bas peuple,
-était, au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, du langage ordinaire. Pathelin, qui, comme
-avocat, s’exprime toujours bien, l’emploie sans difficulté. Il
-loue le drapier, monsieur Jousseaume, de ressembler à défunt
-son père:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Vrayment c’estes vous tout poché.</div>
-<div class="verse8">Car quoy? qui vous auroit <i>craché</i></div>
-<div class="verse8">Tous deux encontre la paroy</div>
-<div class="verse8">D’une maniere et d’un arroy,</div>
-<div class="verse8">Si seriez vous sans difference.»</div>
-</div>
-
-<p>Plus loin, faisant à sa femme le récit de cette scène:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Et puis, fais-je, saincte Marie!</div>
-<div class="verse8">Comment prestoit il doucement</div>
-<div class="verse8">Ses denrées si humblement?</div>
-<div class="verse8"><i>C’estes</i>, fais-je, <i>vous tout craché</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Observez que nos pères disaient <i>c’êtes vous</i>, et non <i>c’est
-vous</i>. Ils gardaient au moins l’accord des personnes, en quoi
-ils se montrent meilleurs logiciens que leur postérité.</p>
-
-<p class="item" id="crainte"><span class="pagenum" id="Page_89">89</span>
-CRAINTE, adverbialement; <span class="t5">CRAINTE DE</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Crainte</i> pourtant <i>de sinistre aventure</i>,</div>
-<div class="verse">Allons chez nous achever l’entretien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Pascal emploie de la même façon <i>manque</i>:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Manque de loisir</i>; <i>manque</i> d’avoir contemplé ces infinis.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pasc.</span> <i>Pensées</i>, p. 367, 120, 124.)</div>
-
-<p>Et l’usage commun a consacré <i>faute de....</i>, c’est-à-dire
-<i>de</i> ou <i>par crainte</i>, <i>manque</i>, <i>faute</i>.</p>
-
-<p>Le peuple dit <i>peur de....</i> Le caprice de l’usage n’a point
-admis cette expression.</p>
-
-<p class="item" id="crayon">CRAYON, un dessin, une esquisse:</p>
-
-<p class="cit">Ce n’est ici qu’un simple <i>crayon</i>, un petit impromptu, dont le roi a
-voulu faire un divertissement.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de l’Amour médecin.</i>)</div>
-
-<p class="item">CRÉDIT, <span class="t5">PRENDRE CRÉDIT SUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et voir si ce n’est point une vaine chimère</div>
-<div class="verse">Qui <i>sur ses sens troublés</i> ait su <i>prendre crédit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="crier">CRIER <span class="t5">QUELQU’UN</span>, <span class="t5">LE GRONDER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu ne me diras plus, toi qui toujours <i>me cries</i>,</div>
-<div class="verse">Que je gâte en brouillon toutes tes fourberies.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pourquoi <i>me criez-vous</i>?&mdash;J’ai grand tort, en effet!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Cet archaïsme rappelle le petit pays où Agnès a été élevée
-<i>loin de toute pratique</i>, comme dit Arnolphe.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CRIER APRÈS QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">... de zèles indiscrets qui... <i>crieront</i> en public <i>après eux</i>, qui les
-accableront d’injures.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ses plus célèbres philosophes (de l’antiquité) ont donné des louanges à
-la comédie, eux qui.... <i>crioient</i> sans cesse <i>après les vices de leur siècle</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CRIER VENGEANCE AU CIEL</span>:</p>
-
-<p class="cit">Voilà qui <i>crie</i> vengeance <i>au ciel</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="crins-crins">CRINS-CRINS, de méchants violons, par onomatopée:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Monsieur, ce sont des masques,</div>
-<div class="verse">Qui portent des <i>crins-crins</i> et des tambours de basques.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux</i>, III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="croire"><span class="pagenum" id="Page_90">90</span>
-CROIRE, actif; <span class="t5">CROIRE QUELQUE CHOSE</span>, croire à
-quelque chose:</p>
-
-<p class="cit">Un Turc, un hérétique, qui <i>ne croit ni ciel, ni saint, ni Dieu, ni loup-garou</i>......</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Mais encore faut-il <i>croire quelque chose</i> dans le monde. <i>Qu’est-ce donc
-que vous croyez?</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Molière emploie <i>croire quelque chose</i> et <i>croire à quelque
-chose</i>:</p>
-
-<p class="cit">Un homme qui <i>croit à ses règles</i> plus qu’<i>à</i> toutes les démonstrations
-des mathématiques.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CROIRE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allez, <i>ne croyez point à monsieur votre père</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>A qui croire</i> des deux?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Et, au contraire, dans l’<i>Étourdi</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Oh! oh! <i>qui</i> des deux <i>croire</i>?</div>
-<div class="verse">Ce discours au premier est fort contradictoire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">CROIRE DU CRIME A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Un homme qui croit à ses règles plus qu’à toutes les démonstrations
-des mathématiques, et qui <i>croiroit du crime à les vouloir examiner</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Qui croiroit qu’il y a du crime. La forme elliptique de
-Molière est cent fois préférable.</p>
-
-<p class="item" id="cul-de-couvent">CUL-DE-COUVENT, comme <i>cul-de-basse-fosse</i>, <i>cul-de-sac</i>,
-c’est-à-dire sac, fosse, et couvent sans issue par
-l’extrémité opposée à l’entrée:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous rebutez mes vœux et me poussez à bout;</div>
-<div class="verse">Mais un <i>cul-de-couvent</i> me vengera de tout!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Voltaire a beaucoup raillé cette expression, <i>cul-de-sac</i>: la
-métaphore peut manquer de noblesse (quoique, après tout, l’habitude
-efface le relief de ces locutions), mais elle ne manque
-pas de justesse, puisque le sac se tient assis sur son fond, et
-qu’une personne obstinée à traverser une impasse n’en viendrait
-non plus à bout qu’une obstinée à sortir d’un sac par
-le fond.</p>
-
-<p><i>Cul-de-couvent</i> est par analogie. Ce terme énergique est
-<span class="pagenum" id="Page_91">91</span>
-arraché à Arnolphe par la fureur. On voit qu’il est, comme
-au reste il le dit lui-même, poussé à bout.</p>
-
-<p class="item">CURIOSITÉS au pluriel, dans la même acception
-qu’au singulier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Pour les nouveautés</div>
-<div class="verse">On peut avoir parfois <i>des curiosités</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">La faiblesse humaine est d’avoir</div>
-<div class="verse8"><i>Des curiosités</i> d’apprendre</div>
-<div class="verse8">Ce qu’on ne voudroit pas savoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Molière, en ce passage, s’est rencontré avec un poëte du
-<span class="t5">XIII</span><sup>e</sup> siècle, Gibert de Montreuil, qui introduit Gérard de
-Nevers chantant, dans un couplet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Si s’en doit on bien garder</div>
-<div class="verse7">D’enquerre par jalousie</div>
-<div class="verse7">Chou qu’on ne vouroit trouver.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Violette</i>, p. 68.)</div>
-
-<p class="item wsep" id="d_euphonique"><i>D</i> <span class="t5">EUPHONIQUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il porte une jaquette à grands basques plissées,</div>
-<div class="verse">Avec <i>du dor dessus</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Il a <i>du dor</i> à son habit tout depis le haut jusqu’en bas.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Dans l’origine du langage, tous les mots étaient armés d’une
-consonne finale, pour préserver la voyelle précédente du choc
-et de l’élision contre une voyelle initiale du mot suivant. Quelquefois
-cette voyelle est demeurée attachée au commencement
-du mot auquel elle n’appartenait pas. Ainsi le substantif <i>or</i>
-avait fait le verbe <i>orer</i>, comme <i>argent</i>, <i>argenter</i>; mais, par
-suite de quelque locution, comme <i>c’est oré</i>, on aura écrit <i>c’est
-doré</i>, et le mot <i>dorer</i> est resté.</p>
-
-<p><i>Ma(t) ante</i> (<i lang="la" xml:lang="la">mea amita</i>) est, par la même façon, devenu
-<i>ma tante</i>. (Voyez au mot <a href="#d-aucuns"><span class="t5">D’AUCUNS</span></a>).</p>
-
-<p>Le <i>d</i> euphonique jouait un grand rôle dans l’ancienne prononciation;
-on le trouve écrit à chaque page du <i>Livre des Rois</i>,
-de la <i>Chanson de Roland</i>, des <i>Sermons de saint Bernard</i>, etc.</p>
-
-<p class="cit">«Cument Semeï ki maldist nostre seignur le rei <i>escaperad il</i> de
-mort?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois</i>, p. 193.)</div>
-
-<p>Nous écrivons aujourd’hui entre deux tirets <i>échappera-t-il</i>;
-il est certain cependant que ce <i>t</i> final appartient au verbe,
-dont il caractérise la troisième personne.</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_92">92</span>
-«Il y en a <i>d’aucunes</i> qui prennent des maris seulement pour se tirer
-de la contrainte de leurs parents.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mal. imag.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>Le <i>d</i> appartient au verbe: <i>il y en ad</i>, comme dans ce vers
-du Roland:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«En l’oret punt i <i>ad</i> asez reliques.»</div>
-</div>
-
-<p>«Dans la poignée dorée de Durandal il y a beaucoup de
-reliques.»</p>
-
-<p>Il serait donc mieux d’imprimer <i>avec dud or</i>..... <i>Il y en ad
-aucunes.</i></p>
-
-<p>Mais comme le sens des traditions se perd souvent, on a
-cru que ce <i>d</i> était l’initiale du second mot, et on l’a si bien
-cru, que l’usage s’en est établi, et que l’Académie le ratifie
-en permettant de commencer une phrase par <i>d’aucuns</i>: <i>d’aucuns</i>
-ont dit, <i>d’aucuns</i> ont pensé..... <i>d’aucuns</i> croiront que
-j’en suis amoureux..... On voit ici l’origine de cette méprise.
-C’est justement comme si l’on disait un jour: Mes souliers
-sont <i>pétroits</i>, sous prétexte qu’on fait sonner le <i>p</i> dans <i>trop
-étroits</i>.</p>
-
-<p>(Voyez sur le <span class="t5">D</span> euphonique: <i>Des Variations du langage
-français</i>, p. 92 et 339).</p>
-
-<p class="item" id="item_D">D’ABORD QUE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je n’en ai point douté <i>d’abord que</i> je l’ai vue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="dadais">DADAIS. Voy. <a href="#malitorne"><span class="t5">MALITORNE</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="dame">DAME! exclamation:</p>
-
-<p class="cit"><i>Oh! dame</i>, interrompez-moi donc!...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p><i>Dame</i> est la traduction primitive de <i lang="la" xml:lang="la">dominum</i>, par syncope
-<i lang="la" xml:lang="la">domnum</i>, et, par une prononciation altérée, <i>damne</i>, <i>dame</i>,
-<i>damp</i>. Ce mot s’appliquait au masculin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Il</i> est <i>sire et dame</i> du nostre.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Barbazan</span>, <i>Fabliaux</i>. III, p. 44.)</div>
-
-<p><i>Dame Dieu</i>, <i>damp abbé</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Respond Roland: ne place <i>dame Deu</i>...»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Chanson">Ch.</abbr> de Roland</i>, <i>passim</i>.)</div>
-
-<p><i>Dam-Martin</i>, <i>damp-Pierre</i>, et autres noms propres, déposent
-encore du sens et de l’étymologie de <i>dame</i>.</p>
-
-<p>Ainsi, cette exclamation signifie simplement <i>Seigneur!</i></p>
-
-<p class="item" id="dans"><span class="pagenum" id="Page_93">93</span>
-DANS pour <i>à</i>:</p>
-
-<p class="cit">N’allez point pousser les choses <i>dans</i> les dernières violences du pouvoir
-paternel.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne l’examinons point <i>dans</i> la grande rigueur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DESCENDRE DANS DES HUMILITÉS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, ne <i>descendez point dans ces humilités</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">S’INTÉRESSER DANS QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>dans l’événement</i> mon âme <i>s’intéresse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DANS L’ABORD</span>, au commencement, dès l’abord:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle m’a <i>dans l’abord</i> servi de bonne sorte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti" id="dans_la_douceur">&mdash;<span class="t4">DANS LA DOUCEUR</span>, en douceur:</p>
-
-<p class="cit">Pour moi, je ne le cèle point, je souhaite fort que les choses aillent
-<i>dans la douceur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DANS UNE HUMEUR (ÊTRE)</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes aujourd’hui <i>dans une humeur</i> désobligeante.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ASSASSINER QUELQU’UN DANS SON BIEN, SON HONNEUR</span>:</p>
-
-<p class="cit">On <i>m’assassine dans le bien</i>, on <i>m’assassine dans l’honneur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">COMPRENDRE QUELQU’UN DANS SES CHAGRINS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dans vos</i> brusques <i>chagrins</i> je ne puis <i>vous comprendre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="datif"><i>DATIF, de perte ou de profit</i>:</p>
-
-<p class="cit">A qui la bourse?&mdash;Ah, dieux, elle <i>m’</i>étoit tombée!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Exciderat mihi.</i></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Rien ne <i>me</i> peut <i>chasser</i> cette image cruelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux jusqu’au trépas incessamment pleurer</div>
-<div class="verse">Ce que tout l’univers ne peut <i>me réparer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 1.)</div>
-
-<p><i>Me chasser</i>, <i>me réparer</i>, pour <i>chasser</i>, <i>réparer à moi</i>, <i>à
-mon bénéfice</i>, ne sont pas conformes à l’usage et ne paraissent
-pas désirables, à cause de l’équivoque qui peut en résulter.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous ne voulez pas, vous, <i>me</i> la faire sortir?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DEUX PRONOMS AU DATIF</span> placés consécutivement:</p>
-
-<p class="cit">Allons, monsieur, faites le dû de votre charge, et <i>dressez-lui-moi</i> son
-procès comme larron et comme suborneur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_94">94</span>
-&mdash;<span class="t4">DATIF</span> marquant la cause, l’occasion:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Un scrupule me gêne</div>
-<div class="verse"><i>Aux tendres sentiments</i> que vous me faites voir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Dans les tendres sentiments, à l’occasion des tendres sentiments.</p>
-
-<p>L’emploi du datif ou de l’ablatif, car c’est tout un, pour exprimer
-ce qu’on rend aujourd’hui avec la préposition <i>dans</i>,
-est un latinisme qui remonte à l’origine de la langue. Je me
-contenterai de deux exemples pris chez Montaigne:</p>
-
-<p class="cit">«De toutes les absurdités, la plus absurde <i>aux epicuriens</i> est desadvouer
-la force et l’effet des sens.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Essais.</i> II. ch. 12.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est à l’adventure quelque sens particulier qui.... advertit les poulets
-de la qualité hostile qui est <i>au chat</i> contre eux.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. ch. 1.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Absurdum est epicureis;&mdash;inest feli.</i> Cette tournure, qui
-va se perdant chaque jour, était encore en pleine vigueur du
-temps de Molière. (Voyez <a href="#au_et_aux"><span class="t5">AU</span>, <span class="t5">AUX</span></a>, pour <i>dans</i>).</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DATIF REDOUBLÉ</span>, ou non redoublé:</p>
-
-<p>Non redoublé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il vient avec mon père achever ma ruine,</div>
-<div class="verse">Et <i>c’est sa fille unique à qui</i> l’on me destine.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p>Redoublé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que de son cuisinier il s’est fait un mérite,</div>
-<div class="verse">Et que <i>c’est à sa table à qui</i> l’on rend visite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#a_repete">A, <i>datif redoublé surabondamment</i></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="dauber">DAUBER <span class="t5">QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE</span>, au figuré:</p>
-
-<p class="cit">Je <i>les dauberai</i> tant en toutes rencontres, qu’à la fin ils se rendront sages.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Crit. de L’Éc. des fem.</i> 6.)</div>
-
-<p class="cit">On m’a dit qu’on va le <i>dauber, lui et toutes ses comédies</i>, de la belle
-manière.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">«<i>Daube</i> au coucher du roi</div>
-<div class="verse">Son camarade absent.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Les Obsèques de la lionne.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DAUBER SUR QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Comme <i>sur les maris</i> accusés de souffrance</div>
-<div class="verse">Votre langue en tout temps a <i>daubé</i> d’importance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="d-aucuns"><span class="pagenum" id="Page_95">95</span>
-D’AUCUNS, <span class="t5">D’AUCUNES</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Il y en a d’aucunes</i> qui prennent des maris seulement pour se tirer de
-la contrainte de leurs parents.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>Cette façon de parler n’est explicable que comme un reste
-de l’ancien langage français, et par le <i>d</i> euphonique. L’écriture
-a mal figuré l’expression en attachant le <i>d</i> à aucuns;
-c’est au verbe qu’il appartient: il y en a<i>d</i> aucunes.</p>
-
-<p>Ensuite de cette méprise, dont l’œil seulement, et non l’oreille,
-pouvait s’apercevoir, s’est établi l’usage de commencer
-une phrase par <i>d’aucuns</i>: <i>d’aucuns ont pensé...</i></p>
-
-<p>(Voyez <a href="#d_euphonique"><span class="t5">D</span> <i>euphonique</i></a>, et
-<a href="#de_certains"><span class="t5">DE</span> devant <i>certains</i></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="davantage">DAVANTAGE QUE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, vous ne pourriez pas lui dire <i>davantage</i></div>
-<div class="verse"><i>Que</i> ce que je lui dis pour le faire être sage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Jacqueline.</span> Pour un quarquié de vaigne qu’il avoit <i>davantage que</i> le
-jeune Robin.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Il n’y a rien assurément qui chatouille <i>davantage que</i> les approbations
-que vous dites.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Tous les grammairiens condamnent hautement cette façon
-de parler; et tous nos plus habiles écrivains l’ont employée:
-Amyot, la Bruyère, Sarrasin, Molière, Bouhours,
-Bossuet, J. J. Rousseau. (<i>Des variations du langage français</i>,
-p. 425.)</p>
-
-<p>Le substantif <i>avantage</i> se construit avec <i>sur</i>. <i>Davantage</i> (<i>de</i>
-ou <i>par avantage</i>) marque une comparaison, et se construit
-comme <i>plus</i>, avec la marque du comparatif <i>que</i>. L’idée de
-l’adjectif au comparatif prévaut sur la forme du substantif.</p>
-
-<p>Dire, comme font les grammairiens, que <i>davantage</i> est adverbe,
-par conséquent incapable d’un régime, c’est ne rien
-dire; c’est mettre en fait le point en question. Au reste, deux
-autorités sont en présence, on n’a qu’à choisir.</p>
-
-<p class="cit">«La foiblesse de l’homme paroît bien <i>davantage</i> en ceux qui ne la connoissent
-pas <i>qu’</i>en ceux qui la connoissent.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Il est impossible que cette surprise ne fasse rire, parce que rien n’y
-porte <i>davantage qu’</i>une disproportion surprenante entre ce qu’on attend
-et ce qu’on voit.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> 11<sup>e</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_96">96</span>
-«Je puis dire devant Dieu qu’il n’y a rien que je déteste <i>davantage
-que</i> de blesser la vérité.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, <i>Ibidem</i>.)</div>
-
-<p class="cit">«L’une en prisant <i>davantage</i> le temporel <i>que</i> le spirituel.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> 12<sup>e</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Voulez-vous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de vous.
-Vous le serez <i>davantage</i> par cette conduite <i>que</i> par ne pas vous laisser
-voir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Bruyère.</span> <i>Des biens de la fortune.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Quel astre brille <i>davantage</i> dans le firmament <i>que</i> le prince de Condé
-n’a fait en Europe?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser <i>davantage</i>, mais ne
-nous navre pas tant <i>que</i> une pierre lancée à dessein par une main malveillante.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>J. J. Rousseau.</i> 8<sup>e</sup> <i>Promenade</i>.)</div>
-
-<p>Mais voici l’oracle qui abat toutes autorités:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Davantage</i> <span class="t5">NE PEUT PAS</span> être suivi d’un complément, comme dans:
-J’aime <i>davantage</i> la campagne <i>que</i> la ville. Il faut, dans ce cas, employer
-l’adverbe <i>plus</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">M. Boniface.</span>)</div>
-
-<p><i>Il faut</i>, paraît bien dur en présence de telles autorités!</p>
-
-<p class="item" id="de">DE, dans tous les sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">de</i>, touchant, par, à
-cause de, pour:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne me condamnez point <i>d’un</i> deuil hors de saison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p lang="la" xml:lang="la">Noli damnare me <i>de</i> luctu.</p>
-
-<p class="cit">Il me faudroit des journées entières pour me bien expliquer à vous <i>de</i>
-tout ce que je sens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je hais vos messieurs <i>de</i> leurs honteux délais.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et <i>dont</i> je sens
-fort bien que je ne pourrai me taire quelque jour.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> de
-l’<abbr title="École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Romains, j’aime la gloire, et ne veux point <i>m’en taire</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Voltaire.</span> <i>Rome sauvée.</i>)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Silere de aliqua re.</i></p>
-
-<p>Molière dit de même;&mdash;<a href="#decouvrir"><i>se découvrir de</i></a>
-quelque chose;&mdash;<a href="#desavouer"><i>désavouer de</i></a> quelque chose;&mdash;<a href="#eluder"><i>éluder
-de</i></a>... (Voyez ces mots.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">Hélas! si l’on n’aimoit pas,</div>
-<div class="verse7"><i>Que seroit-ce de la vie</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Quid esset de vita?</i></p>
-
-<p class="cit">«J’ai veu un gentilhomme de bonne maison aveugle nay, au moins
-aveugle de tel aage qu’il ne sçait <i>que c’est de veue</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. ch. 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_97">97</span>
-<div class="verse">Mille gens le sont
-bien<a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, sans vous faire bravade,</div>
-<div class="verse">Qui <i>de</i> mine, <i>de</i> cœur, <i>de</i> biens et <i>de</i> maison,</div>
-<div class="verse">Ne feroient avec vous nulle comparaison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p><i>De</i> n’est pas ici marque du génitif: <i>comparaison de mine</i>,
-<i>de cœur</i>, <i>etc.</i>; c’est le latin <i lang="la" xml:lang="la">de</i>, comme dans ces formules <i>de
-moi</i>, <i>de soi</i>, pour <i>quant à moi</i>, <i>quant à soi</i>; et dans celles-ci,
-<i>de l’Allemagne</i>;&mdash;<i>de la prière</i>;&mdash;<i>de la grâce</i>;&mdash;<i>de l’amitié</i>.
-Comparaison <i>quant</i> à la mine, au cœur, etc.</p>
-
-<p>Le même emploi de <i>de</i> paraît dans cet autre passage: Agnès,
-dit Horace,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’a plus voulu songer à retourner chez soi,</div>
-<div class="verse">Et <i>de</i> tout son destin s’est <i>commise</i> à ma foi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>C’est un pur latinisme:&mdash;<span lang="la" xml:lang="la">Confidere alicui <i>de</i> aliqua re.</span>&mdash;Et
-ce latinisme remonte à l’origine de la langue:</p>
-
-<p class="cit">«E tut li poples oïd cume li Reis fist sun cumandement <i>de</i> Absalon.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois</i>, p. 186.)</div>
-
-<p><i>De</i> remplit encore l’office du <i lang="la" xml:lang="la">de</i> latin dans cette locution
-<i>de rien</i>; cela ne sert <i>de rien</i>:</p>
-
-<p class="cit">.... se dépouiller de l’un et de l’autre (sa fille et sa fortune) entre les
-mains d’un homme qui ne nous touche <i>de rien</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Amour <abbr title="médecin">méd.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire en rien; <span lang="la" xml:lang="la"><i>de (nulla) re</i>; <i>de nihilo</i>, <i>nullatenus</i></span>.</p>
-
-<p class="ti" id="de_maniere">&mdash;<span class="t4">DE</span> exprimant la cause, la manière, et répondant
-à <i>par</i>, <i>avec</i>, <i>pour</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais suis-je pas bien fou, de vouloir raisonner</div>
-<div class="verse">Où, <i>de droit absolu</i>, j’ai pouvoir d’ordonner?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> I.)</div>
-
-<p class="cit">Après quelques paroles <i>dont</i> je tâchai d’adoucir la douleur de cette
-charmante affligée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-8">C’est une dame</div>
-<div class="verse">Qui <i>de</i> quelque espérance avoit flatté mon âme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Nous faisons maintenant la médecine <i>d’une</i> façon toute nouvelle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tâchons d’ébranler, <i>de force</i> ou <i>d’industrie</i>,</div>
-<div class="verse">Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>On dit tous les jours, par la même tournure, <i>de gré ou de
-force</i>; c’est-à-dire, par gré ou par force.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_98">98</span>
-<div class="verse">Vous les voulez <i>traiter d’un semblable langage</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, <i>traitant de mépris</i> les sens et la matière,</div>
-<div class="verse">A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>traitent du même air</i> l’honnête homme et le fat.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Avec mépris, avec le même air, le même langage.</p>
-
-<p>Je ne vois pas d’autre explication possible à cette locution,
-<i>traiter du haut en bas</i>, qu’en traduisant <i>du</i> par <i>avec</i>: <i>avec le
-haut en bas</i>, en mettant en bas ce qui est en haut; c’est-à-dire,
-en renversant, bouleversant cette personne, en lui mettant la
-tête aux pieds.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Quel sort ont nos yeux en partage,</div>
-<div class="verse8">Et qu’est-ce qu’ils ont fait aux dieux,</div>
-<div class="verse8"><i>De</i> ne jouir d’aucun hommage....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>Pour</i> s’emploie plus communément à cet usage: Qu’ont-ils
-fait <i>pour</i> ne jouir d’aucun hommage?</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DE</span>, entre deux verbes, le second à l’infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je croyois</i> tout perdu <i>de crier</i> de la sorte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je <i>le donnerois</i> à bien d’autres qu’à moi,</div>
-<div class="verse"><i>De se voir</i> sans chagrin au point où je me voi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 16.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! voilà qui <i>me plaît de parler</i> de la sorte!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 18.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ai-je fait</i> quelque mal <i>de</i> coucher avec vous?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il n’est aucune horreur que mon forfait <i>ne passe</i></div>
-<div class="verse-4"><i>D’avoir</i> offensé vos beaux yeux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p>Dans ce dernier passage, on pourrait peut-être construire
-<i>de</i> avec <i>forfait</i>: le forfait d’avoir offensé vos beaux yeux.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Ils <i>se mêlent</i> de trop d’affaires,</div>
-<div class="verse"><i>De prétendre</i> tenir nos chastes feux gênés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3)</div>
-
-<p class="cit">Est-ce pour rire, ou si tous deux <i>vous extravaguez, de vouloir</i> que je
-sois médecin?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DE</span>, <i>entre deux substantifs</i>, où il ne marque pas le
-génitif du second, mais en fait la qualification du premier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Réglez-vous, regardez <i>l’honnête homme de père</i></div>
-<div class="verse">Que vous avez du ciel.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p>D’Olivet essaye d’expliquer le tour par un latinisme, parce
-que Plaute a dit: <i lang="la" xml:lang="la">Scelus viri, monstrum mulieris.</i></p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_99">99</span>
-Vaugelas trouve ce <i>de</i> «bien étrange, mais bien françois.»</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Et puis, à l’aide d’une échelle</div>
-<div class="verse8">«Qu’un <i>maraud de valet</i> lui tint.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Vergier.</span> <i>Le Rossignol.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Un saint homme de chat</i>, bien fourré, gros et gras.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Fables.</i> VII. 16.)</div>
-
-<p class="ti" id="de_que_le">&mdash;<span class="t4">DE</span>, représentant <i>que le</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un étrange fait <i>du</i> soin que vous prenez</div>
-<div class="verse">A me venir toujours jeter mon âge au nez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Chose étrange <i>d’</i>aimer!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Chose étrange <i>que le</i> soin... <i>que</i> l’aimer! l’infinitif pris substantivement.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Chose étrange de voir</i> comme avec passion</div>
-<div class="verse">Un chacun est coiffé de son opinion!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>La construction grammaticale est: la chose d’aimer,... la
-chose de voir,... le fait du soin... est étrange. Les infinitifs
-<i>voir</i>, <i>aimer</i>, sont ici de véritables substantifs; et cette façon
-d’employer <i>de</i> rentre dans l’article précédent, où l’on voit <i>de</i>
-entre deux substantifs, servant à qualifier le premier par le
-second.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#du"><span class="t5">DU</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti" id="de_a">&mdash;<span class="t4">DE</span>, remplaçant <i>à</i> entre deux verbes:</p>
-
-<p class="cit">La crainte fait en moi l’office du zèle..., et me <i>réduit d’applaudir</i>
-bien souvent à ce que mon âme déteste.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. J.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! <i>je vous apprendrai de me traiter</i> ainsi!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Molière prend cette tournure pour fuir l’hiatus: me réduit
-<i>à app</i>laudir.&mdash;Je vous <i>apprendrai à</i>... Il dit de même
-<a href="#commencer_de"><i>commencer de</i></a>...
-<a href="#obliger_de"><i>obliger de</i></a>...
-<a href="#chercher_de"><i>chercher de</i></a>. (Voyez ces mots.)</p>
-
-<p class="cit">Une galère turque où on les avoit <i>invités d’entrer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Cet amas d’actions indignes dont on a peine <i>d’adoucir</i> le mauvais visage.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. J.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p><i>Peine à adoucir</i> serait insupportable.</p>
-
-<p class="cit">«Il exhorta le poëte <i>de</i> ne plus faire de vers la nuit.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron.</span> <i><abbr title="le Roman comique">Rom. com.</abbr></i>, 1<sup>re</sup> part., ch. 12.)</div>
-
-<p>Le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle employait sans difficulté <i>de</i> pour <i>à</i>, comme
-aussi <i>devant</i> pour <i>avant</i>.</p>
-
-<p>Voyez <a href="#chercher_de"><span class="t5">CHERCHER
-DE</span></a>,&mdash;<a href="#commencer_de"><span class="t5">COMMENCER
-DE</span></a>,&mdash;<a href="#conclure_de"><span class="t5">CONCLURE
-DE</span></a>,&mdash;<a href="#feindre_de"><span class="t5">FEINDRE
-DE</span></a> et <a href="#feindre_a"><span class="t5">FEINDRE A</span></a>.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_100">100</span>
-&mdash;<span class="t4">DE</span>, et non <i>des</i>, devant un adjectif que l’on traite
-aujourd’hui comme incorporé au substantif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et dans tous ses propos</div>
-<div class="verse">On voit qu’il se travaille à dire <i>de bons mots</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>On dirait aujourd’hui, sans scrupule, <i>des bons mots</i>.&mdash;<i>Bon
-mot</i> n’étant considéré que pour un substantif, comme <i>jeune
-homme</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DE</span>, entre deux substantifs, marquant le sens actif
-du premier sur le second:</p>
-
-<p>Chez les Latins, <i lang="la" xml:lang="la">amor patris</i> signifiait aussi bien la tendresse
-du père au fils que celle du fils au père; c’était au reste de la
-phrase à déterminer l’acception active ou passive. Molière a dit
-de même, <i>la contrainte des parents</i>, pour exprimer, non la
-contrainte qu’ils subissent, mais celle qu’ils imposent:</p>
-
-<p class="cit">Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de
-<i>la contrainte de leurs parents</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez aux mots <a href="#choix"><span class="t5">CHOIX</span></a>, <a href="#chose"><span class="t5">CHOSE</span></a>,
-<a href="#hymen"><span class="t5">HYMEN</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DE</span>; <i>supprimé</i> après <i>aimer mieux....</i> suivi d’un
-infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’ai bien <i>mieux aimé</i> me voir aux mains d’un autre,</div>
-<div class="verse"><i>Que ne pas mériter</i> un cœur comme le vôtre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’aimerois mieux</i> mourir <i>que la voir</i> abusée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>à moins que</i>, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on ne doit jamais souffrir, sans dire un mot,</div>
-<div class="verse">De semblables affronts, <i>à moins qu’être</i> un vrai sot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>avant que</i>, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Laisse-m’en rire encore <i>avant que te le dire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>avant que passer</i>, Frosine, à ce discours....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai voulu qu’il sortît <i>avant que vous parler</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Avant que nous lier</i>, il faut nous mieux connoître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour la forme, il faudra, s’il vous plaît, qu’on m’apporte,</div>
-<div class="verse"><i>Avant que se coucher</i>, les clefs de votre porte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>plutôt que</i>, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
-.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
-.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Que son cœur tout à moi d’un tel projet s’offense,</div>
-<div class="verse">Qu’elle mourroit <i>plutôt qu’en souffrir l’insolence</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_101">101</span>
-Cela paraît une concession à la mesure, car ailleurs Molière
-exprime le <i>de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sinon faites état de m’arracher le jour,</div>
-<div class="verse"><i>Plutôt que de m’ôter</i> l’objet de mon amour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>valoir mieux que</i>, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Il vaut mieux</i>, quand on craint ces malheurs éclatants,</div>
-<div class="verse">En mourir tout d’un coup <i>que traîner</i> si longtemps.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>quelque chose</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je crains fort pour mon fait <i>quelque chose approchant</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Dans cette locution, <i>rien de tel</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il n’est <i>rien tel</i> en ce monde que de se contenter.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. J.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">«Il n’est <i>rien tel</i> que les jésuites.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 3<sup>e</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>vous plaît-il</i>, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<p class="cit"><i>Vous plaît-il</i>, don Juan, <i>nous éclaircir</i> ces beaux mystères.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. J.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti" id="de_surabondant">&mdash;<span class="t4">DE</span>, <i>surabondant</i>, après <i>valoir mieux</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il leur <i>vaudroit bien mieux</i>, les pauvres animaux, <i>de</i> travailler beaucoup
-et <i>de</i> manger de même.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Il vaut bien mieux</i> pour vous <i>de</i> prendre un vieux mari qui vous donne
-beaucoup de bien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Il me vaudroit bien mieux d’être</i> au diable que d’être à lui.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. J.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Après <i>prétendre</i>:</p>
-
-<p class="cit">C’est en vain que tu <i>prétendrois de</i> me le déguiser.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Surabondant avec <i>dont</i> et <i>en</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ce n’est pas <i>de</i> ces sortes de respects <i>dont</i> je vous parle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Ce n’est pas <i>de vous</i>, madame, <i>dont</i> il est amoureux.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>de vous</i>, cher compère, il <i>en</i> est autrement!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#a_repete"><span class="t5">A</span> <i>répété surabondamment</i></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Devant <i>besoin</i>; <span class="t5">IL EST DE BESOIN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARTINE.</div>
-<div class="verse-5">Laissez-moi: j’aurai soin</div>
-<div class="verse">De vous encourager, s’<i>il en est de besoin</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti" id="de_certains">&mdash;Devant <i>certains</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il y a <i>de certains</i> impertinents au monde qui viennent prendre les
-gens pour ce qu’ils ne sont pas.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_102">102</span>
-&mdash;Devant <i>aucuns</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il y en a d’<i>aucunes</i> qui prennent des maris seulement pour se tirer de
-la contrainte de leurs parents.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#d_euphonique"><span class="t5">D</span> euphonique</a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Devant <i>coutume</i> dans cette locution, <i>avoir de coutume</i>:</p>
-
-<p class="cit">... Pour vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits, comme
-vous <i>aviez de coutume</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>à quoi bon</i>, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah j’enrage!&mdash;<i>A quoi bon de te cacher</i> de moi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Fâcheux">Fâch.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit"><i>A quoi bon de dissimuler?</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Sicilien.</i> 7.)</div>
-
-<p class="ti" id="de_part">&mdash;<span class="t4">DÉ</span>, particule inséparable en composition:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on me <i>désosie</i> enfin,</div>
-<div class="verse">Comme on vous <i>désamphitryonne</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">De</i> avait en latin la même valeur, et Lucile, par le même
-procédé que Molière, avait forgé <span lang="la" xml:lang="la"><i>deargenture</i>,
-<i>depeculare</i></span> et <i lang="la" xml:lang="la">depoculare</i>, voler de l’argent, des coupes:</p>
-
-<p class="cit">«<span lang="la" xml:lang="la">Depeculassere<a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>
-aliqua, sperans me ac deargentassere.</span>»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Lucil.</span> ap <span class="smcap">Non.</span> 2. 218.)</div>
-
-<p class="cit" lang="la" xml:lang="la">«Me impune irrisum depeculatumque eis.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Plaut.</span> <i>Epidic.</i> IV. 1. 18.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#desattrister"><span class="t5">DÉSATTRISTER</span></a>,
-<a href="#desenamoure"><span class="t5">DÉSENAMOURER</span></a>,
-<a href="#dessuisser"><span class="t5">DÉSUISSER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">DÉ, <span class="t5">TENIR LE DÉ</span>, par métaphore empruntée au
-jeu, où le dé passe de main en main:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A vous le dé</i>, monsieur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR LE DÉ A</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Car madame <i>à jaser tient le dé tout le jour</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">DÉBATTU, pour <i>contesté</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce titre par aucun ne leur est <i>débattu</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Tartufe.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item">DE BOUT EN BOUT, d’un bout à l’autre, complétement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous saurez tout cela tantôt <i>de bout en bout</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_103">103</span>
-DÉBUTER <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, avec quelqu’un:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Par où <i>lui débuter</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p><i>Par où lui débuter</i>, signifie <i>que lui dire d’abord</i>. <i>Lui</i> est
-donc aussi recevable dans une locution que dans l’autre; il n’y
-a que la différence de l’usage.</p>
-
-<p class="item" id="de_ce_que">DE CE QUE, dans le sens de <i>parce que</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ce n’est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir, que <i>de ce qu’il</i> est
-fâcheux à un gentilhomme d’être pendu.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item">DÉCHANTER; <span class="t5">FAIRE DÉCHANTER</span>; métaphoriquement
-troubler, déranger dans ses entreprises:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu vois qu’à chaque instant <i>il te fait déchanter</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Il te fait sortir du ton et perdre la mesure.</p>
-
-<p class="item">DÉCHARPIR, séparer des combattants acharnés
-l’un contre l’autre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Andrès et Trufaldin, à l’éclat du murmure,</div>
-<div class="verse">Ainsi que force monde accourus d’aventure,</div>
-<div class="verse">Ont à les <i>décharpir</i> eu de la peine assez;</div>
-<div class="verse">Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<p>Nicot, et Trévoux après lui, donnent le verbe <i>charpir</i>; <i>charpir
-de la laine</i>, <i lang="la" xml:lang="la">carpere lanam</i>; et par composition, <i>décharpir</i>,
-<i>charpir</i> entièrement, comme <i>définir</i>, de <i>finir</i>.</p>
-
-<p>Il nous reste encore le substantif <i>charpie</i>.</p>
-
-<p><i>Décharpir</i> les combattants, est regrettable comme terme
-expressif; <i>séparer</i> est loin d’atteindre à la même énergie.</p>
-
-<p class="item">DÉCORUM <span class="t5">(GARDER LE) DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Non, mais il faut sans cesse</div>
-<div class="verse"><i>Garder le décorum de la divinité</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="item">DÉCOUCHER (SE), se lever:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MORON.</div>
-<div class="verse">Car en chasseur fameux j’étois enharnaché,</div>
-<div class="verse">Et dès le point du jour <i>je m’étois découché</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>C’est un archaïsme:</p>
-
-<p class="cit">«Quand ce vint à l’endemain, toutes les mesnies de l’ostel s’assemblerent,
-et vinrent au seigneur à l’heure qu’il fut <i>descouché</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart</span>, <i>Chron.</i> III. 22.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_104">104</span>
-Dans le récit de l’assassinat du connétable de Clisson par
-Pierre de Craon:</p>
-
-<p class="cit">«Duquel coup il (Clisson) versa jus de son cheval, droit à l’encontre de
-l’huis d’un fournier, qui jà estoit <i>descouché</i> pour ordonner ses besognes
-et faire son pain et cuire.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> IV. ch. 28.)</div>
-
-<p class="item" id="decouvrir">DÉCOUVRIR <span class="t5">(SE) DE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Souffrez pour vous parler, madame, qu’un amant</div>
-<div class="verse">Prenne l’occasion de cet heureux instant,</div>
-<div class="verse">Et <i>se découvre à vous de la sincère flamme</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de"><span class="t5">DE</span></a> dans tous les sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">de</i>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DÉCOUVRIR QUELQU’UN</span> (un adjectif), démontrer
-qu’il est ce que marque l’adjectif:</p>
-
-<p class="cit">Tous les hommes sont semblables par les paroles; ce n’est que <i>les actions
-qui les découvrent différents</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Avare</i>, I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="de_force">DE FORCE OU D’INDUSTRIE, par force ou par
-adresse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tâchons d’ébranler, <i>de force ou d’industrie</i>,</div>
-<div class="verse">Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la cause, la manière.)</p>
-
-<p class="item">DE LA FAÇON, ainsi, de cette sorte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-ce <i>de la façon</i> que l’on doit me parler?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On se riroit de vous, Alceste, tout de bon,</div>
-<div class="verse">Si l’on vous entendoit parler <i>de la façon</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">DÉCRIS au pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oh! que je sais au roi bon gré de ces <i>décris</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p>Le <i>décri</i> est une défense faite à <i>cri</i> public. <i>Cri</i> et <i>crier</i> ont
-fait <i>décri</i> et <i>décrier</i>: c’est revenir sur la permission ou l’ordonnance
-proclamée par le <i>cri</i>.</p>
-
-<p>De là l’expression figurée, <i>tomber dans le décri</i>.</p>
-
-<p class="item" id="dedans">DEDANS, préposition:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je crois que le ciel, <i>dedans un rang si bas</i>,</div>
-<div class="verse">Cache son origine, et ne l’en tire pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est vrai: c’est tomber d’un mal <i>dedans un pire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibidem.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon argent bien-aimé, rentrez <i>dedans ma poche</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_105">105</span>
-<div class="verse">La vieille Égyptienne à l’heure même...&mdash;Hé bien?</div>
-<div class="verse">&mdash;Passoit <i>dedans la place</i>, et ne songeoit à rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je lis <i>dedans son âme</i>, et vois ce qui le presse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Las! il vit comme un saint, et <i>dedans la maison</i></div>
-<div class="verse">Du matin jusqu’au soir il est en oraison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je tremble à présent <i>dedans la Canicule</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sganarelle.</i> 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puis-je obtenir de vous de savoir l’aventure</div>
-<div class="verse">Qui fait <i>dedans vos mains</i> trouver cette peinture?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 9.)</div>
-
-<p><i>Dedans</i>, <i>dessus</i>, <i>dessous</i>, <i>devers</i>, suivis d’un complément,
-sont aussi vieux que la langue française. Je ne vois pas sur
-quelle autorité l’on a prétendu, depuis un demi-siècle, les
-restreindre au rôle d’adverbes. C’est apparemment pour leur
-inventer une valeur différente de celle de la forme simple
-<i>dans</i>, <i>sur</i>, <i>sous</i>, <i>vers</i>, dont ils ne sont qu’une variante. Mais
-après avoir proclamé, d’une manière absolue, qu’il n’y avait
-dans aucune langue deux mots parfaitement synonymes, il
-fallait nécessairement reviser la nôtre, constituer à chacun de
-ses mots un apanage, et le circonscrire, sans égard pour les
-anciennes limites; autrement cette profonde maxime eût été
-bien vite renversée.</p>
-
-<p>C’est ce qui fait que Molière, Pascal et Bossuet sont remplis
-de solécismes posthumes.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le sultan dormoit lors, et <i>dedans son domaine</i></div>
-<div class="verse">«Chacun dormoit aussi.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Fables.</i> XI. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Ceux qui ont la foi vive <i>dedans le cœur</i> voient...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées</i>, p. 173.)</div>
-
-<p>Le dictionnaire de Nicot (1606) donne encore pour exemples:</p>
-
-<p class="cit">«Il est <i>dedans la maison</i>;&mdash;<i>dedans vingt jours</i>;&mdash;<i>dedans l’an et
-jour</i> de la spoliation et du trouble.»</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#dessus"><span class="t5">DESSUS</span></a>, <a href="#dessous_prep"><span class="t5">DESSOUS</span></a>,
-<a href="#devant"><span class="t5">DEVANT</span></a>, <a href="#devers"><span class="t5">DEVERS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">DÉDITES, pour <i>dédisez</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisque je l’ai promis, ne m’en <i>dédisez</i> pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>C’est la leçon donnée par l’édition de P. Didot, 1821. L’édition
-de 1710 et toutes les modernes ont <i>ne m’en dédites pas</i>.</p>
-
-<p>J’ai vérifié sur l’édition originale, imprimée sous les yeux
-<span class="pagenum" id="Page_106">106</span>
-et aux frais de Molière, par Jean Ribou, le 23 juin 1669, il
-y a bien <i>dédites</i>. «Ne m’en <i>desdites</i> pas.»</p>
-
-<p>Trévoux:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Nous desdisons, vous desdisez</i>, et, selon quelques-uns, <i>vous desdites</i>.»</p>
-
-<p>Et il cite, en exemple de cette seconde forme, le vers de
-Molière.</p>
-
-<p>Je n’hésite pas à penser que Molière a ici péché contre la
-langue, et même contre le bon usage de son temps. L’Académie
-a raison, qui prescrit <i>vous dédisez</i> et <i>dédisez-vous</i>,
-comme <i>vous élisez</i>, <i>cuisez</i>, <i>lisez</i>, <i>vous <ins id="cor_6" title="duisez">disez</ins></i> et
-<i>vous contredisez</i>.</p>
-
-<p>Vous <i>dictes</i>, contraction de <i>dic(i)tis</i>, est une forme isolée, bizarre,
-dont il serait très-curieux de signaler les premiers exemples,
-car la forme primitive doit avoir été <i>vous disez</i>; la preuve
-en demeure dans tous les composés de <i>dire</i>, <i>médire</i>, <i>prédire</i>,
-<i>maudire</i>, <i>contredire</i>, <i>interdire</i>. Mais cette forme <i>vous dites</i> remonte
-à une bien haute antiquité: Palsgrave, en 1530, la
-donne, et ne fait de l’autre aucune mention.</p>
-
-<p>A ce qu’il paraît, Molière s’est laissé entraîner à former le
-composé comme le simple, et P. Didot à rectifier la faute de
-Molière. L’un et l’autre a eu tort.</p>
-
-<p class="item">DÉFAIRE (SE), perdre contenance, se démonter:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">MORON.</span> Courage, seigneur...., <i>ne vous défaites pas</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Le participe passé est encore en usage: l’air défait, le visage
-défait.</p>
-
-<p class="item">DÉFENDRE, verbe actif, interdire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! monsieur, qu’est ceci? <i>je défends la surprise</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item">DÉFÉRER A..., consulter, s’en rapporter à....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce n’est pas <i>à mon cœur</i> qu’il faut que <i>je défère</i>,</div>
-<div class="verse7">Pour entrer sous de tels liens.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item">DÉFIGURÉ, porteur d’une laide figure:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Alors qu’une autre vieille assez <i>défigurée</i></div>
-<div class="verse">L’ayant de près, au nez, longtemps considérée...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_107">107</span>
-DÉFIGURER (patois), peindre la figure:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LUCAS.</span> Le v’là tout craché, comme on nous l’a <i>défiguré</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p><i>Défiguré</i> est une faute de langage comme la peut faire Lucas;
-il devait dire simplement <i>figuré</i>; c’est comme parle Célimène:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voici monsieur Dubois plaisamment <i>figuré</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item">DÉGOISER, babiller:</p>
-
-<p class="cit">Peste! madame la nourrice, comme <i>vous dégoisez</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>Racines <i>dé</i> et <i>gosier</i>, comme qui dirait <i>dégosier</i>. <i>S’égosiller</i>
-est composé d’une manière analogue avec <i>é</i>, répondant au
-latin <i>ex</i>.</p>
-
-<p>On disait autrefois <i>dégoiser</i>, neutre, et <i>se dégoiser</i>, réfléchi,
-comme <i>s’égosiller</i>: «Les oiseaux <i>se dégoisent</i>; oiseaux qui <i>se
-dégoisent</i>. Les oiseaux <i>dégoisent leurs chansonnettes</i> et ramages.»</p>
-
-<p>Nicot, après ces exemples, donne le substantif <i>dégoisement</i>,
-que nous n’avons plus.</p>
-
-<p class="item">DE LA FAÇON QUE, de la façon dont:</p>
-
-<p class="cit">Hélas! <i>de la façon qu’il parle</i>, serait-il bien possible qu’il ne dît pas
-vrai?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p><i>Que</i> représente en français les neutres <span lang="la" xml:lang="la"><i>quid</i>,
-<i>quod</i></span>, et les cas obliques de
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>qui</i>:&mdash;eo modo <i>quo</i> loquitur</span>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#que_ablatif"><span class="t5">QUE</span></a> répondant à l’ablatif du
-<i lang="la" xml:lang="la">qui</i> relatif des Latins.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>De la manière</i> enfin <i>qu’</i>avec toi j’ai vécu,</div>
-<div class="verse">«Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille</span>, <i>Cinna</i>. V. 1.)</div>
-
-<p class="item">DÉLIBÉRÉS, substantif; <span class="t5">UN DÉLIBÉRÉ</span>, un homme
-délibéré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais des officiers de justice altérés,</div>
-<div class="verse">Qui sont pour de tels coups <i>de vrais délibérés</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="item">DÉLICATESSE D’HONNEUR, susceptibilité de vertu
-ou de pruderie:</p>
-
-<p class="cit">Je ne vois rien de si ridicule que cette <i>délicatesse d’honneur</i> qui prend
-tout en mauvaise part.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p>Molière a dit aussi, par une expression analogue, <i>un chagrin
-délicat.</i></p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_108">108</span>
-DÉLIÉ, pour <i>mince</i>, <i>transparent</i>:</p>
-
-<p class="cit">Cette coiffe est un peu trop <i>déliée</i>; j’en vais quérir une plus épaisse.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Pascal l’a employé au figuré:</p>
-
-<p class="cit">«Cette <i>erreur</i> est si <i>déliée</i>, que, pour peu qu’on s’en éloigne, on se trouve
-dans la vérité.»</p>
-
-<div class="citsrc">(3<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="demain">DEMAIN JOUR, comme <i>demain matin</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tu m’avois prié même que mon retour</div>
-<div class="verse">T’y souffrît en repos jusques à <i>demain jour</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="de_ma_part">DE MA PART, pour ma part, quant à moi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je saurai, <i>de ma part</i>, expliquer ce silence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item">DÉMÊLÉ, substantif; <span class="t5">AVOIR DÉMÊLÉ AVEC QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il en a bien usé, et j’ai regret <i>d’avoir démêlé avec lui</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="de_meme">DE MÊME, adverbe employé pour <i>pareil</i>, <i>égal</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un transport si grand qu’il n’en est point <i>de même</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jamais il ne s’est vu de surprise <i>de même</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item">DÉMENTIR, désavouer, <span class="t5">DÉMENTIR UN BILLET</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce <i>billet démenti</i> pour n’avoir point de seing....</div>
-<div class="verse">&mdash;Pourquoi le <i>démentir</i>, puisqu’il est de ma main?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Garcie.</i> II. 5.)</div>
-
-<p>Mais Molière jugea lui-même cette expression inexacte; et
-cinq ans plus tard, lorsqu’il transporta dans le <i>Misanthrope</i>
-une partie de cette scène de <i>Don Garcie</i>, il corrigea ces vers
-de la manière suivante:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le <i>désavouerez-vous</i> pour n’avoir point de seing?</div>
-<div class="verse">&mdash;Pourquoi <i>désavouer</i> un billet de ma main?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DÉMENTIR QUELQU’UN DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A quoi bon se montrer, et, comme un étourdi,</div>
-<div class="verse"><i>Me</i> venir <i>démentir de tout ce que je di</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#mentir"><span class="t5">MENTIR DE QUELQUE CHOSE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE DÉMENTIR DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Tu te démens</i> bientôt <i>de tes bons sentiments</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 23.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_109">109</span>
-DEMI; <span class="t5">SANS</span> (un substantif) <span class="t5">NI DEMI</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Cette infâme,</div>
-<div class="verse">Dont le coupable feu, trop bien vérifié,</div>
-<div class="verse"><i>Sans respect ni demi</i> nous a cocufié.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p>Sans respect ni demi-respect, sans le moindre respect.</p>
-
-<p class="item">DÉMORDRE <span class="t5">DES RÈGLES</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est un homme qui.... <i>ne démordroit pas</i> d’un <i>iota</i> des règles des anciens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="denier">DENIER, pour exprimer l’ensemble d’une somme
-d’argent:</p>
-
-<p class="cit">Quatre ou cinq mille écus <i>est un denier</i> considérable, et qui vaut bien
-la peine qu’un homme manque à sa parole.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p><i>Est</i> un denier, et non pas <i>sont</i> un denier.</p>
-
-<p>(Voyez cet exemple, discuté au mot <a href="#c_est"><span class="t5">CE SONT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="dent">DENT, <span class="t5">AVOIR UNE DENT DE LAIT CONTRE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est que vous avez, mon frère, <i>une dent de lait contre lui</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Une rancune qui date d’aussi loin que possible, du temps
-où l’on était en nourrice.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN DÉPIT DE NOS DENTS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’avons-nous pas assez des autres accidents</div>
-<div class="verse">Qui nous viennent frapper, <i>en dépit de nos dents</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#depit"><span class="t5">DÉPIT</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">MALGRÉ MES DENTS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ils m’ont fait médecin <i>malgré mes dents</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Quoi que je fisse pour m’en défendre.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, pour la mieux braver, voilà, <i>malgré ses dents</i>,</div>
-<div class="verse">Martine que j’amène et rétablis céans.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR LES DENTS LONGUES</span>, <i>avoir faim</i>; on suppose
-que la faim aiguise les dents:</p>
-
-<p class="cit">On a le temps <i>d’avoir les dents longues</i>, lorsqu’on attend pour vivre le
-trépas de quelqu’un.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE SUR LES DENTS</span>:</p>
-
-<p class="cit">La pauvre Françoise <i>est presque sur les dents</i>, à frotter les planchers
-que.... etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_110">110</span>
-DÉPARTIR; <span class="t5">SE DÉPARTIR DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">Tu ne <i>t’es pas départi d’y prétendre</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p>La préposition, ici, figure deux fois: à l’état libre et à l’état
-composé, comme en latin <span lang="la" xml:lang="la"><i>de</i>cedere <i>de</i>; <i>de</i>ducere <i>de</i>;
-<i>de</i>trahere <i>de</i>; <i>de</i>cidere <i>de</i></span>, <i>etc.</i>, <i>etc.</i></p>
-
-<p>(Voyez <a href="#amuser"><span class="t5">AMUSER (S’) A</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="depit">DÉPIT, <span class="t5">EN DÉPIT QUE J’EN AIE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il faut que je lui sois fidèle, <i>en dépit que j’en aie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Je me sens pour vous de la tendresse, <i>en dépit que j’en aie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je prétends le guérir, <i>en dépit qu’il en ait</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net,</div>
-<div class="verse">D’épouser une fille <i>en dépit qu’elle en ait</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Cette locution, <i>en dépit que j’en aie</i>, est l’analogue de cette
-autre, <i>malgré que j’en aie</i>, qui s’analyse très-facilement.</p>
-
-<p>Il faut partir, mal gré, c’est-à-dire, tel mauvais gré que j’en
-aie. C’est une sorte d’accusatif absolu.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#malgre"><span class="t5">MALGRÉ QUE J’EN AIE</span></a>.)</p>
-
-<p>Mais dans l’autre expression on rencontre, de plus, la préposition
-<i>en</i>, dont rien ne justifie la présence. On ne dirait
-pas: <i>en mal gré que j’en aie</i>. Il semble que l’on aurait dû
-dire, avec une exacte parité: <i>dépit que j’en aye</i>, sans <i>en</i>. C’est
-que cet <i>en</i> n’est pas une préposition, mais une partie mal à
-propos séparée de l’ancien mot <i>endépit</i>: <i>endépit</i>, comme <i>encharge</i>,
-<i>encommencement</i>, et les verbes <i>engarder</i>, <i>enrouiller</i>,
-<i>enseller</i> un cheval, s’<i>engeler</i>, s’<i>endemener</i>, <i>etc.</i>, qui sont les anciennes
-formes. La vraie orthographe serait donc <i>endépit qu’on
-en ait</i>, et la locution redevient parfaitement claire et logique.
-Ici, comme en une foule de cas, l’oreille entend juste, mais
-l’œil voit faux, parce que la main s’est trompée.</p>
-
-<p class="item">DÉPOUILLER <span class="t5">(SE) ENTRE LES MAINS DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Amasser du bien avec de grands travaux, élever une fille avec beaucoup
-de soin et de tendresse, pour <i>se dépouiller</i> de l’un et de l’autre <i>entre les
-mains</i> d’un homme qui ne nous touche de rien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_111">111</span>
-DEPUIS, suivi d’un infinitif, comme <i>après</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Depuis avoir connu</i> feu monsieur votre père... j’ai voyagé par tout le
-monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="de_qui">DE QUI, pour <i>dont</i> ou <i>duquel</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au mérite souvent <i>de qui</i> l’éclat vous blesse</div>
-<div class="verse">Vos chagrins font ouvrir les yeux d’une maîtresse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Depuis huit jours entiers, avec vos longues traites,</div>
-<div class="verse">Nous sommes à piquer deux chiennes de mazettes,</div>
-<div class="verse"><i>De qui</i> le train maudit nous a tant secoués,</div>
-<div class="verse">Que je me sens, pour moi, tous les membres roués.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! me soupçonnez-vous d’avoir une pensée</div>
-<div class="verse"><i>De qui</i> son âme ait lieu de se croire offensée?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il court parmi le monde un livre abominable,</div>
-<div class="verse">Et <i>de qui</i> la lecture est même condamnable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Il était bien facile à Molière de mettre <i>duquel</i>; mais il paraît
-avoir eu, ainsi que tous ses contemporains, une répugnance
-décidée à se servir de ce mot, si prodigué de nos jours.</p>
-
-<p>De même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tous deux m’ont rencontrée, et se sont plaints à moi</div>
-<div class="verse">D’un trait <i>à qui</i> mon cœur ne sauroit prêter foi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Il était bien aisé de mettre <i>auquel</i>, si <i>à qui</i> eût été une faute.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#lequel"><span class="t5">LEQUEL</span></a> <i>évité</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="de_quoi">DE QUOI, d’où? comment?</p>
-
-<p class="cit"><i>De quoi</i> donc connaissez-vous monsieur?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VOILA BIEN DE QUOI!</span>....</p>
-
-<p class="cit">Hé bien? qu’est-ce que cela, soixante ans? <i>voilà bien de quoi!</i>...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Il y a ici réticence d’un verbe, comme <i>s’étonner</i>, <i>se récrier</i>.</p>
-
-<p class="item">DÉRACINER <span class="t5">LES CARREAUX</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Nicole.</span>&mdash;Et d’un grand maître tireur d’armes, qui vient, avec ses
-battements de pied, ébranler toute la maison, et nous <i>déraciner tous les
-carriaux</i> de notre salle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="dernier">DERNIER, extrême, <i lang="la" xml:lang="la">summus</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous vois accabler un homme de caresses,</div>
-<div class="verse">Et témoigner pour lui <i>les dernières tendresses</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_112">112</span>
-<div class="verse">On dit qu’avec Bélise il est <i>du dernier bien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Les <i>dernières violences</i> du pouvoir paternel.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="cit">.... C’est pour une affaire <i>de la dernière conséquence</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>C’est la locution favorite des précieuses: <i>du dernier beau</i>,
-<i>du dernier galant</i>; <i>je vous aurois la dernière obligation</i>; etc.</p>
-
-<p>Mais Molière n’en prétend blâmer que l’abus, car lui-même
-en fait un usage fréquent, ainsi que Pascal:</p>
-
-<p class="cit">«C’est là où vous verrez <i>la dernière bénignité</i> de la conduite de nos
-pères.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 9<sup>e</sup> <i>prov.</i>)</div>
-
-<p class="item">DÉROBER, verbe actif, comme <i>voler</i>; <span class="t5">DÉROBER QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Pour aller ainsi vêtu, il faut bien que <i>vous me dérobiez</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DÉROBER (SE) D’AUPRÈS DE</span>....:</p>
-
-<p class="cit">Il vous dira... que... <i>je me suis dérobée d’auprès de lui</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="item" id="desattrister">DÉSATTRISTER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Donnez-lui le loisir de se <i>désattrister</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_part"><span class="t5">DÉ</span></a>, particule inséparable en composition.)</p>
-
-<p class="item" id="desavouer">DÉSAVOUER <span class="t5">QUELQU’UN DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous avez eu peur de <i>le désavouer</i></div>
-<div class="verse"><i>Du trait</i> qu’à ce pauvre homme il a voulu jouer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item">DÈS <span class="t5">DEVANT</span>, dès avant:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">&mdash;Moi je vins hier?&mdash;Sans doute; et <i>dès devant</i> l’aurore</div>
-<div class="verse8">Vous vous en êtes retourné.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="desenamoure">DÉSENAMOURÉ:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie</div>
-<div class="verse">Soit <i>désenamourée</i>, ou si c’est raillerie?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>L’absence de ce mot ou d’un équivalent est une lacune sensible
-dans la langue. Nous sommes réduits à une circonlocution,
-comme: soit revenu de son amour. <i>Enamouré</i> est aussi
-une perte, mal dissimulée par <i>amoureux</i>.</p>
-
-<p>On remarquera dans ce mot la présence de l’<i>s</i> euphonique,
-qui sert à lier sans hiatus les racines: <i>dé (s) enamourer</i>,
-comme <i>dé (s) enfler</i>, <i>dé (s) habiller</i>, <i>dé (s) honorer</i>, <i>etc.</i> Cette
-particule inséparable en composition n’est autre que le <i lang="la" xml:lang="la">de</i> latin,
-<span class="pagenum" id="Page_113">113</span>
-qui n’a droit par lui-même à aucune consonne finale.
-Aussi n’en voit-on pas dans <i>détromper</i>, <i>dédire</i>, <i>défaire</i>, <i>démentir</i>,
-<i>etc.</i>, où elle n’était point nécessaire. On écrivait à la
-vérité <i>desdire</i>, <i>desfaire</i>; mais c’était pour donner à l’<i>e</i> suivi
-d’une double consonne le son aigu, que nous obtenons aujourd’hui
-par l’accent.</p>
-
-<p class="item" id="desesperer">DÉSESPÉRER, verbe neutre, se désespérer:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">GEORGES DANDIN</span>.&mdash;<i>Je désespère!</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p>Les Anglais ont gardé cet emploi du même verbe:</p>
-
-<p class="cit">«<i lang="en" xml:lang="en">Despair</i> and Die!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Shakspeare.</span> <i>Rich. III.</i>)</div>
-
-<p>Palsgrave (1530), dans sa table des verbes, le donne comme
-verbe neutre et verbe réfléchi. Voici son article:</p>
-
-<p class="cit">«<i lang="en" xml:lang="en">I Despayre, I am in wan hope.</i>&mdash;<i>Je despère</i> (<i>sic</i>)
-<span lang="la" xml:lang="la">primæ conjugat</span>.&mdash;<span lang="en" xml:lang="en">Dispayre nat man: God is
-there he was wonte to be</span>: <i>ne te despère pas</i>; Dieu est là où il souloyt estre.»</p>
-
-<p>Par où l’on voit que <i>désespérer</i> est une forme moderne et
-allongée. On fit d’abord de <i lang="la" xml:lang="la">desperare</i>, <i>despérer</i>; puis, par
-l’insertion de l’<i>s</i> euphonique (voy. <a href="#desenamoure"><span class="t5">DÉSENAMOURER</span></a>),
-<a href="#desesperer"><i>dé(s)espérer</i></a>.</p>
-
-<p>La première forme est calquée sur le mot latin;</p>
-
-<p>La seconde est ajustée sur le latin, d’après les habitudes
-françaises.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DÉSESPÉRÉ CONTRE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’étois aigri, fâché, <i>désespéré contre elle</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="des_mieux">DES MIEUX, comme ceux qui (ici le verbe) le mieux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">..... Enfermez-vous <i>des mieux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Soyez des mieux enfermés.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Voilà qui va <i>des mieux</i>.</div>
-<div class="verse">Mais parlons du sujet qui m’amène en ces lieux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="de_soi">DE SOI, en soi, par soi-même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet accident, <i>de soi</i>, doit être indifférent.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le choix du fils d’Oronte est glorieux, <i>de soi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 7.)</div>
-
-<p class="cit">La noblesse, <i>de soi</i>, est bonne.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>De</i>, dans cette locution, se rapporte au sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">de</i>,
-c’est-à-dire, par rapport à soi, en ce qui la touche.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_114">114</span>
-Il faut observer que ce mot <i>moi</i> est entré dans la langue
-pour traduire <i lang="la" xml:lang="la">meus</i>, et qu’à l’origine on ne le rencontre pas
-comme pronom de la première personne; c’est l’adjectif <i>moi</i>,
-<i>moie</i>; <span lang="la" xml:lang="la"><i>meus</i>, <i>mea</i></span>. Par conséquent,
-<i>de moi</i> correspond exactement à la locution latine <i lang="la" xml:lang="la">de meo</i>, employée par Plaute,
-Térence et Cicéron, dans un sens à la vérité un peu différent;
-puisqu’il signifie <i>à mes frais</i>; mais mon observation porte surtout
-sur la forme matérielle.</p>
-
-<p>Les Latins disaient aussi, <span lang="la" xml:lang="la"><i>de me</i>, <i>de te</i></span>, pour
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>de meo</i>, <i>de tuo</i>: <i>De te largitor</i></span>
-(<span class="smcap"><abbr title="Terence">Ter.</abbr></span>): donne <i>de toi</i>. Sois généreux à tes propres dépens.</p>
-
-<p class="item">DÉSOSIER et DÉSAMPHITRYONNER. Voyez <a href="#de_part"><span class="t5">DÉ</span></a>,
-particule inséparable en composition.</p>
-
-<p class="item">DESSALÉE; <span class="t5">UNE DESSALÉE</span>, une matoise, une rusée:</p>
-
-<p class="cit">Vous faites la sournoise; mais je vous connois il y a longtemps, et vous
-êtes <i>une dessalée</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="dessous">DESSOUS, substantivement; <span class="t5">AVOIR DU DESSOUS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Est-il possible que toujours <i>j’aurai du dessous avec elle</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p class="cit">«Nous <i>avons</i> toujours <i>du dessus</i> et <i>du dessous</i>, de plus habiles et de
-moins habiles, de plus élevés et de plus misérables, pour abaisser notre
-orgueil et relever notre abjection.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 229.)</div>
-
-<p>Il est fâcheux qu’on ait laissé perdre cette expression utile,
-car on peut <i>avoir du dessous</i> sans avoir complétement <i>le dessous</i>.
-C’est pour avoir eu trop souvent <i>du dessous</i> dans ses querelles
-de ménage, que <ins id="cor_18" title="Georges">George</ins> Dandin finit par <i>avoir le dessous</i>.</p>
-
-<p class="ti" id="dessous_prep">&mdash;<span class="t4">DESSOUS</span>, préposition avec un complément:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais qu’il est rangé <i>dessous les lois</i> d’une autre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Voyez <a href="#dedans"><span class="t5">DEDANS</span></a>, <a href="#dessus"><span class="t5">DESSUS</span></a>,
-<a href="#devant"><span class="t5">DEVANT</span></a>, <a href="#devers"><span class="t5">DEVERS</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="dessuisser">DESSUISSER (<span class="t5">SE</span>), quitter le rôle de Suisse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si vous êtes d’accord, par un bonheur extrême,</div>
-<div class="verse">Je me <i>dessuisse</i> donc; et redeviens moi-même,</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="dessus">DESSUS, préposition:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le bonhomme tout vieux chérit fort la lumière,</div>
-<div class="verse">Et ne veut point de jeu <i>dessus cette matière</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Vous étendiez la patte</div>
-<div class="verse">Plus brusquement qu’un chat <i>dessus une souris</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_115">115</span>
-<div class="verse">Attaché <i>dessus vous</i> comme un joueur de boule</div>
-<div class="verse">Après le mouvement de la sienne qui roule.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux, quoi qu’il en soit, le servir malgré lui,</div>
-<div class="verse">Et <i>dessus</i> son lutin obtenir la victoire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 11.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Faites parler les droits qu’on a <i>dessus mon cœur</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il pourroit bien, mettant <i>affront dessus affront</i>,</div>
-<div class="verse">Charger de bois mon dos comme il a fait mon front.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dessus ses grands chevaux</i> est monté mon courage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 21.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dessus quel fondement</i> venez-vous donc, mon frère....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si j’avois <i>dessus moi</i> ces paroles nouvelles,</div>
-<div class="verse">Nous les lirions ensemble, et verrions les plus belles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Fâcheux">Fâch.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Pour moi, venant <i>dessus le lieu</i>,</div>
-<div class="verse">J’ai trouvé l’action tellement hors d’usage....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 7.)</div>
-
-<p><i>Dessus</i> et <i>dessous</i> étaient originairement prépositions,
-comme leurs formes plus simples, <i>sur</i> et <i>sous</i>.</p>
-
-<p class="cit">«<i>Dessus mes piez</i> charrunt.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 209.)</div>
-
-<p class="cit" lang="fro">«Abaissez as <i>dessuz mei</i> ces ki esturent
-(<i lang="la" xml:lang="la">steterunt</i>) encuntre mei.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>C’est la subtilité des grammairiens modernes qui a inventé
-de partager la puissance entre <i>sur</i>, <i>sous</i>, et <i>dessus</i>, <i>dessous</i>, et
-de réduire les seconds au rôle exclusif d’adverbes.</p>
-
-<p>Malherbe et Racan disaient sans scrupule: <i>dessus mes volontés</i>;&mdash;<i>dedans
-la misère</i>;&mdash;<i>ce sera dessous cette égide</i>, et
-Port-Royal s’y accorde; mais l’oracle Vaugelas n’avait pas
-encore parlé! Il parle, et Ménage déclare, d’après lui, que
-ces mots, comme prépositions, «<i>ne sont plus du bel usage</i>.»
-Toutefois Vaugelas veut bien, par grâce, excepter de sa règle
-trois façons de parler:</p>
-
-<p>1<sup>o</sup> «Quand on met de suite les deux contraires. Exemple:
-Il n’y a pas assez d’or ni <i>dessus</i> ni <i>dessous la terre</i>.</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> «Quand il y a deux prépositions de suite, quoique non
-contraires:&mdash;Elle n’est ni <i>dedans ni dessus le coffre</i>.</p>
-
-<p>3<sup>o</sup> «Lorsqu’il y a une autre préposition devant:&mdash;<i>Par-dessus
-la tête</i>, <i>par-dessous le bras</i>, <i>par dehors la ville</i>,» <i>etc.</i></p>
-
-<p>L’usage, en rejetant les deux premiers articles de cette loi,
-a confirmé le dernier, qui n’est pas plus justifié que les deux
-autres. Que de caprice et d’arbitraire dans tout cela! En vérité,
-<span class="pagenum" id="Page_116">116</span>
-quand on examine les actes de ces tyrans de notre langue,
-on est honteux d’être soumis à leur autorité.</p>
-
-<p>J’oubliais de dire que Vaugelas reçoit comme légitime dans
-les vers ce qu’il condamne comme solécisme dans la prose.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#dedans"><span class="t5">DEDANS</span></a>,
-<a href="#dessous_prep"><span class="t5">DESSOUS</span></a>,
-<a href="#devant"><span class="t5">DEVANT</span></a>,
-<a href="#devers"><span class="t5">DEVERS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">DÉTACHER (SE) <span class="t5">CONTRE QUELQU’UN</span>, se déchaîner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et son jaloux dépit, qu’avec peine elle cache,</div>
-<div class="verse">En tous endroits sous main <i>contre moi se détache</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item">DÉTERMINER A, dans le sens <i>d’ordonner de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et cet homme est monsieur, que <i>je vous détermine</i></div>
-<div class="verse"><i>A</i> voir comme l’époux que mon choix vous destine.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item">DÉTOUR, angle formé par une rue ou quelque
-saillie de maison; <span class="t5">COIN D’UN DÉTOUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un de mes gens la garde <i>au coin de ce détour</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item">DÉTOURNEMENT <span class="t5">DE TÊTE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Leurs <i>détournements de tête</i> et leurs cachements de visage firent dire cent
-sottises de leur conduite.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="item">DÉTRUIRE <span class="t5">QUELQU’UN</span>, ruiner son crédit:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quel mal vous ai-je fait, madame, et quelle offense,</div>
-<div class="verse">Pour armer contre moi toute votre éloquence,</div>
-<div class="verse">Pour <i>me</i> vouloir <i>détruire</i>, et prendre tant de soin</div>
-<div class="verse">De me rendre odieux aux gens dont j’ai besoin?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="devant">DEVANT, préposition, pour <i>avant</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je crie toujours, Voilà qui est beau! <i>devant</i> que les chandelles soient allumées.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, <i>devant qu’il</i> vous pût ôter à mon ardeur,</div>
-<div class="verse">Mon bras de mille coups lui perceroit le cœur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Celle-ci prévoyoit jusqu’aux moindres orages,</div>
-<div class="verse8">Et <i>devant</i> qu’ils fussent éclos</div>
-<div class="verse8">Les annonçoit aux matelots.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Fables.</i> I. 8.)</div>
-
-<p>Pascal fixe l’âge viril à vingt ans:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Devant ce temps</i> l’on est enfant.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sur l’amour</i>, p. 396.)</div>
-
-<p class="cit">«Mais si les Égyptiens n’ont pas inventé l’agriculture, ni les autres arts
-que nous voyons <i>devant le déluge</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Hist. univ.</i> 3<sup>e</sup> part.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_117">117</span>
-«A vous parler franchement, l’intérêt du directeur va presque toujours
-<i>devant le salut</i> de celui qui est sous la direction.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">St.-Évremont.</span> <i>Conv. du P. Canaye.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Il lui demanda, <i>devant</i> que de l’acheter, à quoi il lui seroit propre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p>Les grammairiens n’ont pas manqué d’exercer sur <i>avant</i> et
-<i>devant</i> la sagacité de leur esprit subtil. Ils signalent entre
-<i>avant</i> et <i>devant</i> une différence essentielle, et dont il importe de
-se bien pénétrer: c’est que «<i>avant</i> est plus abstrait, et <i>devant</i>
-plus concret<a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>.» C’est la raison
-qui fait que, suivant le même auteur, «on n’emploie plus <i>devant</i> par rapport au
-temps.» L’argument ne paraît pas concluant.</p>
-
-<p>Un autre assure que «le génie de notre langue établit une
-différence entre les <i>déterminatifs avant</i> et
-<i>devant</i><a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>.» Ce
-que je puis à mon tour assurer, c’est que <i>devant</i> se trouve
-comme synonyme d’<i>avant</i>, dans le berceau de notre langue.
-La traduction des <i>Rois</i>, faite au <span class="t5">XI</span><sup>e</sup> siècle, s’en sert sans scrupule:&mdash;«E
-pis que nuls qui <i>devant lui</i> out ested envers
-N. S. uverad (p. 309),» Asa ouvra envers N. S. pis que nul
-qui eût été <i>devant lui</i>.</p>
-
-<p>M. Nap. Landais peut-il se flatter de connaître le génie de la
-langue française mieux que ceux qui l’ont créée; mieux que
-Bossuet, Pascal, Corneille, Molière, et la Fontaine?</p>
-
-<p><i>Avant</i>, <i>devant</i>, sont deux formes du même mot inventées
-pour les besoins de l’euphonie et de la versification, comme
-<i>dans</i> et <i>dedans</i>, <i>sur</i> et <i>dessus</i>, <i>sous</i> et <i>dessous</i>. La perte de ces
-doubles formes a été préjudiciable surtout à la poésie, et la
-suppression de ces petites ressources a contribué, plus qu’on
-ne pense, à la décadence de l’art.</p>
-
-<p>Comme en certains cas donnés l’on employait indifféremment
-<i>à</i> et <i>de</i> (voyez <a href="#de_a"><span class="t5">DE</span></a> remplaçant <i>à</i> devant un verbe),
-de même on substituait l’un à l’autre <i>avant</i> et <i>devant</i>.</p>
-
-<p><a href="#dedans"><i>Dedans</i></a>, <a href="#dessus"><i>dessus</i></a>, <a href="#dessous_prep"><i>dessous</i></a>,
-<a href="#devers"><i>devers</i></a>, sont dans le même cas. (Voyez ces mots.)</p>
-
-<p class="item" id="devers"><span class="pagenum" id="Page_118">118</span>
-DEVERS, préposition comme <i>vers</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Lucas.</span>&mdash;Tourne un peu ton visage <i>devers moi</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>C’est un paysan qui parle, à qui Molière prête des locutions
-surannées.</p>
-
-<p><i>Devers</i> et <i>envers</i> ont été jadis employés pour <i>vers</i>, comme
-on en voit un exemple dans une vieille chanson introduite par
-Beaumarchais dans le <i>Mariage de Figaro</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Tournez-vous donc <i>envers ici</i>,</div>
-<div class="verse">«Jean de Lyra, mon bel ami.»</div>
-</div>
-
-<p class="cit">«Enfin la Rancune l’ayant tourné dans sa chaise <i>devers le feu</i> dont l’on
-avoit chauffé les draps, il ouvrit les yeux.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron.</span> <i><abbr title="le Roman comique">Rom. com.</abbr></i> I<sup>re</sup> p., ch.
-<span class="t5">XI</span>.)</div>
-
-<p>Mais Molière a mis aussi <i>devers</i> dans la bouche des personnages
-qui s’expriment avec le plus d’élégance et de correction:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">ÉRASTE.</div>
-<div class="verse-5">Il a poussé sa chance,</div>
-<div class="verse">Et s’est <i>devers</i> la fin levé longtemps d’avance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Fâcheux">Fâch.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est ainsi <i>devers Caen</i> que tout Normand raisonne.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Boileau.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«J’ai des cavales en Égypte, qui conçoivent au hennissement des chevaux
-qui sont <i>devers Babylone</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p><i>Devers</i> et <i>envers</i> sont des formes variées de <i>vers</i>. <i>Vers</i> a été
-la première forme usitée:</p>
-
-<p class="cit">«Si hom peche <i>vers</i> altre, a Deu se purrad acorder; e s’il peche
-<i>vers</i> Deu, ki purrad pur lui preier?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 8.)</div>
-
-<p class="cit">«Pur ço que la guerre <i>vers</i> les ennemis Deu mantenist.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 71.)</div>
-
-<p>Beaumanoir n’emploie que <i>vers</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Li baillis qui est debonaires <i>vers</i> les malfesans... qui <i>vers</i>
-toz est fel et cruels...»</p>
-
-<div class="citsrc">(T. I<sup>er</sup>. p. 18, 19.)</div>
-
-<p>Cependant la version des <i>Rois</i>, qui paraît de la fin du <span class="t5">XI</span><sup>e</sup> siècle,
-connaît déjà <i>envers</i> et <i>devers</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Ore t’aparceif que felenie n’ad en mei ne crimne <i>envers tei</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(P. 95.)</div>
-
-<p class="cit">«E pis que nuls ki devant lui out ested <i>devers</i> Nostre Seignur uverad.»</p>
-
-<div class="citsrc">(P. 309.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#dedans"><span class="t5">DEDANS</span></a>, <a href="#dessous_prep"><span class="t5">DESSOUS</span></a>,
-<a href="#devant"><span class="t5">DEVANT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="devoir">DEVOIR; <span class="t5">NE DEVOIR QU’A</span>, avec l’ellipse de <i>rien</i>:</p>
-
-<p class="cit">Hors d’ici <i>je ne dois plus qu’à</i> mon honneur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_119">119</span>
-DÉVORER DU CŒUR, figur., recevoir avidement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous devez <i>du cœur dévorer ces leçons</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item">DÉVOTS DE PLACE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que ces francs charlatans, que ces <i>dévots de place</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Comme les <i>valets de place</i>, qui se tiennent en vue sur les
-places publiques.</p>
-
-<p class="item" id="de_vrai">DE VRAI: véritablement, <i lang="la" xml:lang="la">de vero</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je ne sais pas, <i>de vrai</i>, quel homme il peut être.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Nous verrons, <i>de vrai</i>, nous verrons!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Ma foi, c’est promptement, <i>de vrai</i>, que j’achèverai.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Cette locution était jadis très-usitée; les exemples en sont
-fréquents. On disait aussi <i>au vrai</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je ne sais pas <i>au vrai</i> si vous les lui devez;</div>
-<div class="verse">«Mais, il me les a, lui, mille fois demandés.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnard.</span> <i>Le Légataire.</i> V. 7.)</div>
-
-<p class="item">DEXTÉRITÉS, au pluriel, adresse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, <i>vos dextérités</i> veulent me détourner</div>
-<div class="verse">D’un éclaircissement qui vous doit condamner.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais les tours rusés et les subtiles trames</div>
-<div class="verse">Dont pour nous en planter savent user les femmes;</div>
-<div class="verse">Et comme on est dupé par leurs <i>dextérités</i>,</div>
-<div class="verse">Contre cet accident j’ai pris mes sûretés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">D’HOMME D’HONNEUR; ellipse: foi d’homme
-d’honneur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>D’homme d’honneur</i>, il est ainsi que je le dis.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="diable">DIABLE; <span class="t5">DIABLE EMPORTE SI</span>...:</p>
-
-<p class="cit"><i>Diable emporte si</i> je le suis! (médecin.)</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. mal. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Diable emporte si</i> j’entends rien en médecine!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>C’est une sorte d’atténuation du blasphème complet: Que le
-diable m’emporte si... On en retranche le pronom personnel,
-pour moins d’horreur.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN DIABLE; COMME TOUS LES DIABLES</span>:</p>
-
-<p class="cit">La justice, en ce pays-ci, est rigoureuse <i>en diable</i> contre cette sorte de
-crime.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 12.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_120">120</span>
-Elle est sévère <i>comme tous les diables</i>, particulièrement sur ces sortes
-de crimes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#que_diable"><span class="t5">QUE DIABLE!</span></a>)</p>
-
-<p class="item" id="diantre">DIANTRE, modification de <i>diable</i>; <span class="t5">DIANTRE SOIT</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Diantre soit</i> la coquine!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIANTRE</span>, adjectif; comme <i>diable</i>, <i>diablesse</i>:</p>
-
-<p class="cit">Qu’on est aisément amadoué par ces <i>diantres</i> d’animaux-là!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 10.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIANTRE SOIT DE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Diantre soit de la folle</i>, avec ses visions!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIANTRE SOIT FAIT DE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Encore! <i>diantre soit fait de vous!</i> Si... je le veux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="die">DIE, dise:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Veux-tu que je te <i>die</i>? une atteinte secrète</div>
-<div class="verse">Ne laisse point mon âme en une bonne assiette.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ah! souffrez que je <i>die</i>,</div>
-<div class="verse">Valère, que le cœur qui vous est engagé.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 9.)</div>
-
-<p><i>Die</i> n’est pas une forme suggérée par le besoin de la rime;
-elle est aussi fréquente que <i>dise</i> chez les vieux prosateurs.
-Malherbe, dans ses lettres, n’en emploie pas d’autre.</p>
-
-<p class="cit">Voulez-vous que je vous <i>die</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu de Versailles.</i> 3.)</div>
-
-<p>Ainsi cette forme était encore usuelle dans la conversation
-en 1663.</p>
-
-<p>Cependant, neuf ans après, en 1672, dans les <i>Femmes savantes</i>,
-Molière tourne en ridicule le <i>quoi qu’on die</i> de Trissotin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Faites-la sortir, <i>quoi qu’on die</i>,</div>
-<div class="verse8">De votre riche appartement.</div>
-</div>
-
-<p>Cette forme alors était donc déjà surannée.</p>
-
-<p>«Il faut toujours, en prose, écrire et prononcer <i>dise</i> et jamais
-<i>die</i>, ni avec <i>quoi que</i>, ni dans aucune autre phrase.»
-C’est la décision de <i>Trévoux</i>, d’après Th. Corneille.</p>
-
-<p class="item" id="diffamer">DIFFAMER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MORON.</div>
-<div class="verse-5">Je vous croyois la bête</div>
-<div class="verse">Dont à me <i>diffamer</i> j’ai vu la gueule prête.</div>
-</div>
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_121">121</span>
-L’emploi de <i>diffamer</i> pour <i>dévorer</i>, <i>déchirer</i>, en parlant d’un
-sanglier, pourrait sembler une bouffonnerie de ce fou de cour;
-mais Furetière nous apprend que «<i>diffamer</i> signifie aussi
-<i>salir</i>, <i>gâter</i>, <i>défigurer</i>. Il a renversé cette sauce sur mon
-habit: il l’a tout <i>diffamé</i>. Il lui a donné du taillant de son
-épée, et lui a tout <i>diffamé</i> le visage. En ce sens il est bas.»</p>
-
-<p>Ainsi Moron parle sérieusement et correctement. <i>Diffamer</i>,
-aujourd’hui, ne se prend plus qu’au sens moral.</p>
-
-<p>On observera que <i>diffamer</i>, au sens moral, n’emporte pas
-nécessairement l’idée de calomnie, ni même aucune idée de
-blâme, puisque Boileau a dit, en parlant des précieuses:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Reste de ces esprits jadis si renommés,</div>
-<div class="verse">Que d’un coup de son art Molière a <i>diffamés</i>.»</div>
-</div>
-
-<p>C’est-à-dire, tout simplement: a perdus de réputation. <i lang="en" xml:lang="en">Fame</i>
-(<i lang="la" xml:lang="la">fama</i>) a été français dans l’origine:</p>
-
-<p class="cit">«E vint la <i>fame</i> a tuz ces de Israel, que desconfiz furent li Philistien.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 42)</div>
-
-<p>Héli dit à ses fils:</p>
-
-<p class="cit">«Votre <i>fame</i> n’est mie saine.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 8.)</div>
-
-<p>Vous n’avez pas bonne réputation.</p>
-
-<p class="item" id="digne">DIGNE, en mauvaise part:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et toutes les hauteurs de sa folle fierté</div>
-<div class="verse">Sont <i>dignes</i> tout au moins <i>de ma sincérité</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">«Mais il (Vasquez) <i>n’est pas digne de ce reproche</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="diner">DINER: <span class="t5">AVOIR DINÉ</span>, métaphoriquement:</p>
-
-<p class="cit">M<sup>me</sup> <span class="smcap">Jourdain</span>.&mdash;Il me semble que <i>j’ai dîné</i> quand
-<i>je le vois</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>On dirait, par la même métaphore: Je suis <i>rassasiée</i> de le
-voir.</p>
-
-<p class="item" id="dire">DIRE, actif avec un complément direct, désirer;
-<span class="t5">TROUVER QUELQU’UN A DIRE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Mettez-vous donc bien en tête..... que <i>je vous trouve à dire</i> plus que
-je ne voudrois dans toutes les parties où l’on m’entraîne.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Ce verbe <i>dire</i> vient, par une suite de syncopes, non pas de
-<i lang="la" xml:lang="la">dicere</i>, mais de <i lang="la" xml:lang="la">desiderare</i>,
-dont on ne retient que les syllabes
-<span class="pagenum" id="Page_122">122</span>
-extrêmes, <span lang="la" xml:lang="la"><i>desiderare</i>, <i>desirare</i></span> (d’où l’on a fait à la seconde époque
-<i>désirer</i>), et <i lang="la" xml:lang="la">dere</i>, dont le premier <i>e</i> se change en <i>i</i>, par la
-règle accoutumée. (V. <i><abbr title="des Variations du langage français">Des Var. du langage fr.</abbr></i>, p. 208).</p>
-
-<p>Ce verbe <i>dire</i> était très-usité au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle: Montaigne, la
-reine de Navarre, et les autres, en font constamment usage:</p>
-
-<p class="cit">«Que sait-on, si...... plusieurs effects des animaux qui excedent nostre
-capacité sont produits par la faculté de quelque sens que nous ayons à
-<i>dire</i>?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 12.)</div>
-
-<p>A désirer, à regretter; qui nous manque.</p>
-
-<p class="cit">«Si nous avions à <i>dire</i> l’intelligence des sons de l’harmonie et de la voix,
-cela apporteroit une confusion inimaginable à tout le reste de nostre
-science.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Ce desfault (une taille trop petite) n’a pas seulement de la laideur,
-mais encores de l’incommodité, à ceulx mesmement qui ont des commandements
-et des charges; car l’auctorité que donne une belle presence et
-majesté corporelle en est à <i>dire</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> II. 17.)</div>
-
-<p>L’autorité, par suite de ce défaut, se fait désirer, ne s’obtient
-pas.</p>
-
-<p>La reine de Navarre écrit à chaque instant dans ses lettres:
-Le roi et madame vous trouvent bien à <i>dire</i>; nous vous trouvons
-bien à <i>dire</i>. C’est dans ce sens que l’employait encore
-Célimène en 1666.</p>
-
-<p>Ce mot a disparu, peut-être banni pour laisser régner, sans
-équivoque possible, <i>dire</i>, venu de <i lang="la" xml:lang="la">dicere</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIRE</span> de quelque chose <span class="t5">TOUS LES MAUX DU MONDE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Tous les autres comédiens..... en ont dit <i>tous les maux du monde</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#dirait"><span class="t5">ON DIRAIT DE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIRE</span> pour <i>redire</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ayant eu la bonté de déclarer qu’elle (Votre Majesté) ne trouvoit rien
-à <i>dire</i> dans cette comédie, qu’elle me défendoit de produire en public.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIRE</span> construit avec <i>en</i> et <i>à</i>; <span class="t5">EN DIRE A</span>,
-pour <i>être favorable à</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si le sort <i>nous en dit</i>, tout sera bien réglé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p>Si le sort nous est propice, nous seconde.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_123">123</span>
-Cette bizarre expression est évidemment calquée sur cette
-façon de parler usuelle: Le cœur m’en dit; le cœur vous en
-dit-il? Molière n’a pu s’en servir que dans un ouvrage de sa
-jeunesse.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIRE VÉRITÉ</span>, dire <i>la</i> vérité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et s’il avoit mon cœur, <i>à dire vérité</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="dispenser">DISPENSER (SE) A...., se disposer à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est aussi pourquoi ma bouche <i>se dispense</i></div>
-<div class="verse">A vous ouvrir mon cœur avec plus d’assurance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Autrefois, <i>dispenser</i> se disait en pharmacie, pour <i>disposer</i>,
-<i>préparer</i>.</p>
-
-<p>«Plusieurs auteurs ont écrit en détail la préparation des remèdes
-que les apothicaires doivent <i>dispenser</i>. <i>Dispenser</i> la
-thériaque, c’est-à-dire, la préparer. Les statuts des espiciers
-portent que les aspirants à la maistrise <i>dispenseront</i> leur chef-d’œuvre
-en présence de tous les maistres.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Furetière.</span>)</div>
-
-<p>Cette ancienne valeur du mot <i>dispenser</i> est encore attestée
-par le mot anglais <i lang="en" xml:lang="en">dispensary</i>, pharmacie, dont nous avons
-refait, à notre tour, <i>dispensaire</i>.</p>
-
-<p class="item" id="disputer">DISPUTER <span class="t5">A FAIRE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je suis un pauvre pâtre; et ce m’est trop de gloire</div>
-<div class="verse">Que deux nymphes d’un rang le plus haut du pays</div>
-<div class="verse"><i>Disputent à se faire un époux</i> de mon fils.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="divertir">DIVERTIR, du latin <i lang="la" xml:lang="la">divertere</i>, détourner, distraire,
-tourner d’un autre côté:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Après de si beaux coups qu’il a su <i>divertir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Votre feinte douceur forge un amusement,</div>
-<div class="verse">Pour <i>divertir</i> l’effet de mon ressentiment.</div>
-</div>
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Bonjour.&mdash;Hé quoi, toujours ma flamme <i>divertie</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Viendra-t-il point quelqu’un encor me <i>divertir</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Et, cherchant à <i>divertir cette tristesse</i>, nous sommes allés nous promener
-sur le port.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 11.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est un artifice du diable, de <i>divertir ailleurs</i> les armes dont ces gens-là
-combattoient les hérésies.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 237.)</div>
-
-<p class="cit">«Si l’homme étoit heureux, il le seroit d’autant plus qu’il seroit moins
-<i>diverti</i>, comme les saints et Dieu.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Ibid.</i> p. 219.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_124">124</span>
-DONCQUES, archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Doncques</i> si le pouvoir de parler m’est ôté,</div>
-<div class="verse">Pour moi, j’aime autant perdre aussi l’humanité.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>On écrivit originairement avec une <i>s</i> finale, <i>doncques</i>,
-<i>avecques</i>, <i>ores</i>, <i>illecques</i>, <i>mesmes</i>.</p>
-
-<p class="item" id="donner">DONNER; <span class="t5">DONNER A PLEINE TÊTE DANS</span>....:</p>
-
-<p class="cit">Il ne faut point douter qu’elle ne <i>donne à pleine tête dans cette tromperie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER AU TRAVERS DE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Un homme...... <i>qui donne au travers des purgations et des saignées</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p><i>Donner</i>, dans cette locution, et dans celles qui vont suivre
-jusqu’à <i>se donner de garde</i>, est pris au sens de <i>tomber</i> ou
-<i>se lancer avec impétuosité</i>, et il est verbe neutre, ou plutôt
-réfléchi, mais dépourvu de son pronom. Les Latins disaient de
-même <span lang="la" xml:lang="la"><i>dare se</i>:&mdash;<i>dare se in viam</i></span> (<span class="smcap">Cic.</span>);
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>dare se præcipitem</i>: <i>dabit me præcipitem in pistrinum</i></span>
-(<span class="smcap">Plaut.</span>); <i lang="la" xml:lang="la">dare se fugæ</i> (<span class="smcap">Cic.</span>)</p>
-
-<p>Molière aussi construit <i>donner</i> avec le datif et avec l’accusatif,
-c’est-à-dire, avec <i>à</i> et <i>dans</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER CHEZ QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-3"><i>Nous donnions chez les dames romaines</i>,</div>
-<div class="verse">Et tout le monde là parloit de nos fredaines.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER DANS</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Vous donnez</i> furieusement <i>dans le marquis</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">..... les riches bijoux, les meubles somptueux <i>où donnent</i> ses pareilles
-avec tant de chaleur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER DANS LA VUE</span>, éblouir:</p>
-
-<p class="cit">Ce monsieur le comte qui va chez elle <i>lui donne peut-être dans la vue</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER A UN BRUIT</span>, c’est-à-dire, croire à ce bruit:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Enfin il est constant que l’on n’a point <i>donné</i></div>
-<div class="verse"><i>Au bruit</i> que contre vous sa malice a tourné.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>On n’a point donné créance au bruit, <i>etc.</i> Mais, sans recourir
-à cette ellipse violente, <i>donner au bruit</i> est dit comme
-<i>donner au piége</i>, c’est-à-dire, <i>dans le piége</i>.</p>
-
-<p class="ti" id="se_donner_de_garde"><span class="pagenum" id="Page_125">125</span>
-&mdash;<span class="t4">DONNER DE GARDE (SE)</span>, prendre ses précautions:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je venois l’avertir de <i>se donner de garde</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Il y a deux manières d’expliquer cette locution: en y considérant
-<i>de</i> comme surabondant, ce qui ne me plaît guère;
-ou bien en expliquant <i>se donner</i>, par <i>se faire</i>, <i>se mettre</i>. <i>Se
-donner de garde</i>, <i>se faire de garde</i>, se tenir à l’erte, au guet.</p>
-
-<p>On disait aussi, avec un complément indirect, <i>se donner de
-garde de quelque chose</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">MORON.</span>&mdash;<i>Donnez-vous-en bien de garde</i>, seigneur, si vous voulez m’en
-croire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p><i>Se donner de garde</i> est une ancienne façon de dire <i>s’apercevoir
-de quelque chose</i>, <i>s’en mettre en garde</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Et fut tout ce fait si soubdainement, que les gens de la ville <i>ne s’en donnerent
-de garde</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER DES REVERS</span>, renverser d’un soufflet, métaphoriquement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Toutefois n’allez pas, sur cette sûreté,</div>
-<div class="verse"><i>Donner de vos revers</i> au projet que je tente.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN DONNER A QUELQU’UN</span>, lui en donner à garder,
-le tromper:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu couches d’imposture, et <i>tu m’en as donné</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#coucher_de"><span class="t5">COUCHER DE</span></a>.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah, ah! l’homme de bien, <i>vous m’en vouliez donner</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Cet <i>en</i> ne se rapporte grammaticalement à rien, comme dans
-plusieurs expressions analogues: <i>en tenir</i>, <i>en faire</i>, etc.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN DONNER DU LONG ET DU LARGE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Donnons-en</i> à ce fourbe <i>et du long et du large</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Donnons-lui-en dans tous les sens, accommodons-le de
-toutes les façons possibles, de toutes pièces.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER LA BAIE</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le sort a bien <i>donné la baie</i> à mon espoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#baie"><span class="t5">BAIE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti" id="donner_les_mains">&mdash;<span class="t4">DONNER LA MAIN</span> ou <span class="t5">LES MAINS
-A...</span>, métaphoriquement, soutenir:</p>
-
-<p class="cit"><i>Donne la main à mon dépit</i>, et soutiens ma résolution.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_126">126</span>
-<div class="verse">Pourvu que votre cœur veuille <i>donner les mains</i></div>
-<div class="verse">Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. sc. dernière.)</div>
-
-<p>Un cœur qui donne les mains est une image fausse, et une
-expression forcée.</p>
-
-<p>La Fontaine a dit absolument <i>donner les mains</i>, dans le sens
-où le vulgaire dit aujourd’hui <i>mettre les pouces</i>:</p>
-
-<p class="cit">«De façon que le philosophe fut obligé de <i>donner les mains</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="ti" id="donner_un_crime">&mdash;<span class="t4">DONNER UN CRIME, UNE RÉPUTATION</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ignore le détail du <i>crime qu’on vous donne</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p>C’est le latin <i lang="la" xml:lang="la">dare crimen alicui</i>.</p>
-
-<p class="cit">Je me souviens toujours du soir qu’elle eut envie de voir Damon, sur
-<i>la réputation qu’on lui donne</i>, et les choses que le public a vues de lui.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Critique de l’École des <abbr title="femmes">fem.</abbr></i> sc. 2.)</div>
-
-<p>On disait de même, au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, <i>donner un bruit à quelqu’un</i>:
-c’était lui attribuer une réputation. Bonnivet était</p>
-
-<p class="cit">«Des dames mieux voulu que ne feut oncques François, tant pour sa
-beauté, bonne grace et parole, que pour <i>le bruit que chacun luy donnoit</i>
-d’estre l’un des plus adroits et hardis aux armes qui feust de son temps.»</p>
-
-<div class="citsrc">(La <span class="smcap"><abbr title="Reine de Navarre">R. de Nav.</abbr></span> <i>Heptaméron</i>, nouvelle 14.)</div>
-
-<p class="cit">«Elle connoissoit le contraire du faux <i>bruit que l’on donnoit aux François</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#bruit"><span class="t5">BRUIT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="dont">DONT, au sens de <i>par qui</i>, <i>de qui</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est moi, vous dis-je, moi, <i>dont</i> le patron le sait.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Cette expression pèche par l’équivoque: il semble que Mascarille
-veuille dire: <span lang="la" xml:lang="la"><i>ego</i>, <span class="t5">CUJUS</span> <i>dominus id
-rescivit</i></span>,&mdash;et il veut dire: <span lang="la" xml:lang="la"><span class="t5">A QUO OU</span> <i>per quem
-dominus id rescivit</i></span>.</p>
-
-<p>L’ancienne orthographe eût évité cette confusion (aux yeux
-du moins), en écrivant: <i>dond</i> le patron le sait.&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Unde id
-rescivit.</i></p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONT</span>, pour <i>de qui</i>, avec un nom de personne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Messieurs les maréchaux, <i>dont</i> j’ai commandement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon fils, <i>dont</i> votre fille acceptoit l’hyménée.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_127">127</span>
-Et principalement ma mère étant morte, <i>dont</i> on ne peut m’ôter le bien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Comme ami de son maître de musique, <i>dont</i> j’ai obtenu le pouvoir de
-dire qu’il m’envoie à sa place.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONT</span>, par laquelle:</p>
-
-<p class="cit">La beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette
-douce violence <i>dont</i> elle nous entraîne.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">La bassesse de ma fortune, <i>dont</i> il plaît au ciel de rabattre l’ambition de
-mon amour.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONT A LA MAISON</span>, pour <i>à la maison de qui</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’objet de votre amour, lui, <i>dont à la maison</i></div>
-<div class="verse">Votre imposture enlève un brillant héritage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Molière ne s’est permis qu’une seule fois cette tournure entortillée,
-et c’est dans son premier ouvrage; car, malgré la
-chronologie reçue, je tiens le <i>Dépit amoureux</i> aîné de l’<i>Étourdi</i>.</p>
-
-<p>Bossuet fournit un exemple d’une construction aussi bizarre:</p>
-
-<p class="cit">«On a peine à placer Osymanduas, <i>dont</i> nous voyons de si magnifiques
-monuments dans Diodore, et de si belles marques <i>de ses combats</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Histoire universelle">Hist. un.</abbr></i> III<sup>e</sup> p. § 3.)</div>
-
-<p><i>Dont nous voyons de si belles marques de ses combats!</i> pour
-<i>des combats de qui nous voyons de si belles marques</i>. Il n’y a
-point de doute que ce ne soit là une construction très-vicieuse.
-Les saints ont eu leurs faiblesses, dit Voltaire; ce n’est point
-leurs faiblesses qu’il faut imiter.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONT</span>, au neutre, pour <i>de quoi</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ah! poltron, <i>dont</i> j’enrage!</div>
-<div class="verse">Lâche! vrai cœur de poule!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 21.)</div>
-
-<p>Ah! poltron que je suis, de quoi j’enrage; c’est-à-dire,
-d’être poltron. <i lang="la" xml:lang="la">Unde venit mihi rabies.</i></p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONT</span> relatif, séparé de son sujet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Comme <i>le mal</i> fut prompt, <i>dont</i> on la vit mourir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#qui_relatif"><span class="t5">QUI RELATIF</span></a>, séparé de son sujet.)</p>
-
-<p class="item" id="d-ores-en-avant">D’ORES-EN-AVANT:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">THOMAS DIAFOIRUS.</span> Aussi mon cœur, <i>d’ores-en-avant</i> tournera-t-il toujours
-vers les astres resplendissants de vos yeux adorables.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_128">128</span>
-Archaïsme, comme <i>ne plus</i>, <i>ne moins</i>. On voit que Thomas
-Diafoirus est issu de vieille bourgeoisie. On a dit, en ôtant l’<i>s
-d’ore</i>, <i>dorenavant</i>, et l’on met aujourd’hui un accent sur l’<i>é</i>,
-<i>dorénavant</i>; en sorte que les racines de ce mot sembleraient
-être <i>doré</i> et <i>navant</i>. C’est <i lang="it" xml:lang="it">d’ora in avanti</i>, <i>d’ore en avant</i>.</p>
-
-<p>Il est fâcheux que l’Académie consacre l’orthographe et
-la prononciation vicieuses.</p>
-
-<p class="item" id="dormir">DORMIR SA RÉFECTION, ce qu’il faut pour se
-refaire.</p>
-
-<p class="cit">Le sommeil est nécessaire à l’homme; et lorsqu’on ne <i>dort pas sa réfection</i>,
-il arrive que.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Prologue de la Princesse d’Élide">Prol. de la Pr. d’Él.</abbr></i>, 2.)</div>
-
-<p class="item" id="dos">DOS; <span class="t5">TOMBER SUR LE DOS A QUELQU’UN</span>, en parlant
-d’un événement fâcheux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut que tout le mal <i>tombe sur notre dos</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p class="item" id="dot">DOT, substantif masculin, archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’ordre est que le futur doit doter la future</div>
-<div class="verse">Du tiers <i>du dot</i> qu’il a.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Les éditeurs modernes ont substitué «du tiers <i>de</i> dot.»&mdash;Il
-faudrait au moins du tiers <i>de la</i> dot.</p>
-
-<p class="cit">C’est une raillerie que de vouloir me constituer <i>son dot</i> de toutes les dépenses
-qu’elle ne fera point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Montaigne fait toujours <i>dot</i> masculin. Ménage: «Il faut dire
-<i>la dot</i> et non pas <i>le dot</i>, comme dit M. de Vaugelas dans sa traduction
-de Quinte-Curce, et M. d’Ablancourt dans tous ses
-livres. Nicot dit <i>le dost</i>, qui est encore plus mauvais que <i>le dot</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i><abbr title="Observations sur la langue française">Obs. sur la lang. fr.</abbr></i> p. 126.)</div>
-
-<p>L’<i>Avare</i> est de 1668, et Ménage écrivait ses observations en
-1672, un an avant la mort de Molière. C’est donc vers cette
-seconde date que le genre du mot <i>dot</i> a été fixé au féminin.</p>
-
-<p>M. Auger cite ce vers du <i>Riche vilain</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Un grand dot</i> est suivi d’une grande arrogance.»</div>
-</div>
-
-<p>Le moyen âge disait <i>dos</i> fém., et <i>dotum</i>, neutre.</p>
-
-<p>(Voyez <span class="smcap">Du Cange</span>, au mot <i>dotum</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="double">DOUBLE, substantif, pièce de monnaie:</p>
-
-<p class="cit">Vous ne les auriez pas, s’il s’en falloit <i>un double</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Il n’y a point de monsieur maître Jacques <i>pour un double</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_129">129</span>
-C’est-à-dire qu’il se tient plus cher, à plus haut prix. Le
-double était une petite monnaie de billon. <i>Il n’y en a point
-pour un double</i>, espèce d’adage pour exprimer un refus formel,
-une dénégation.</p>
-
-<p class="item">DOUBLE <span class="t5">FILS DE PUTAIN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Double fils de putain</i>, de trop d’orgueil enflé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p><i>Put</i>, <i>pute</i>, du latin <i lang="la" xml:lang="la">putidus</i>, par apocope, ancien adjectif
-qui signifiait à peu près <i>vilain</i>, <i>vilaine</i>. Il est encore d’usage
-dans les Vosges et la Franche-Comté. Un vieux noël en
-patois lorrain, sur l’Épiphanie, dit, en parlant du roi
-d’Éthiopie:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Qui ot ce <i>put</i> chabrouillé?»</div>
-</div>
-
-<p>Qui est ce vilain barbouillé?</p>
-
-<p>La terminaison <i>ain</i> s’ajoutait volontiers, dans les premiers
-temps de la langue, aux noms de femme ou de femelle. Ève,
-Èvain; Berte, Bertain. Dans le roman de Renard, la poule
-s’appelle <i>Pinte</i> et <i>Pintain</i>. M. Ampère pense que c’est un vestige
-d’anciennes déclinaisons, et la marque du cas oblique; je
-suis plus porté à y voir simplement une forme de diminutif.</p>
-
-<p class="item" id="douceur">DOUCEUR <span class="t5">DE CŒUR</span>, tendresse, amour:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il se rend complaisant à tout ce qu’elle dit,</div>
-<div class="verse">Et pourroit bien avoir <i>douceur de cœur</i> pour elle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="douter">DOUTER, verbe actif, <span class="t5">DOUTER QUELQUE CHOSE</span>,
-c’est-à-dire, le redouter, le tenir suspect:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sous couleur de changer de l’or <i>que l’on doutoit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>De l’or que l’on craignait qui ne fût faux.</p>
-
-<p><i>Douter</i>, se disait jadis en la forme simple; <i>redouter</i> marquait
-la répétition, l’augmentation de la crainte. Nicot dit:
-«<span class="smcap">Doubter</span>, <span lang="la" xml:lang="la"><i>hesitare</i>, <i>dubitare</i>, <i>vereri</i>,
-<i>timere</i></span>.»</p>
-
-<p class="cit">«Il n’y a homme tant hardi qui ne <i>doubte</i> trop d’en aller cueillir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Amadis.</i> livre II.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="scen"><span class="t4">CLOVIS</span> <i>à saint Remi</i>.</div>
-<div class="verse8">«Sire arcevesque, nous lavez</div>
-<div class="verse8">«Corps et ame dedans ces fons,</div>
-<div class="verse8">«Pour nous garder d’aller à fons</div>
-<div class="verse8">«D’enfer, qui tant fait à <i>doubter</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mystère de Ste Clotilde.</i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_130">130</span>
-Froissart ne connaît que le verbe <i>douter</i> ou <i>se douter</i>, pour
-signifier <i>redouter</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Le clerc <i>se doubta</i> du chevalier, car Il estoit crueux.... il vint en
-presence du sire de Corasse, et luy dit:.... Je ne suis pas si fort en ce
-pays comme vous estes; mais sachez que, au plustost que je pourrai, je
-vous envoierai tel champion que vous <i>doubterez</i> plus que vous ne faictes
-moi. Le sire de Corasse..... luy dict: Va à Dieu, va; fais ce que tu
-peux: <i>je te doubte</i> autant mort que vif.».</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <i>Chron.</i> III. ch. 22.)</div>
-
-<p><i>Se douter</i> avait le même sens. Pathelin confie à sa femme son
-plan pour duper le drapier: Bon, dit Guillemette:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Mais se vous renchéez arrière,</div>
-<div class="verse8">«Que justice vous en repreigne,</div>
-<div class="verse8">«<i>Je me doute</i> qu’il ne vous preigne</div>
-<div class="verse8">«Pis la moitié qu’à l’autre fois.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>«Mais si vous ne réussissez pas, et que la justice s’en mêle,
-j’ai peur qu’il ne vous en arrive la moitié pis que la dernière
-fois.»</p>
-
-<p class="item" id="douze">DOUZE, dans une espèce de rébus ou de calembour
-trivial:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">JACQUELINE.</span> Je vous <i>dis et vous douze</i> (10 et 12) que tous ces médecins
-n’y feront rian que de l’iau claire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="draps">DRAPS BLANCS; <span class="t5">METTRE QUELQU’UN DANS DE BEAUX
-DRAPS BLANCS</span>, par ironie:</p>
-
-<p class="cit">Ah! coquines, vous nous mettez <i>dans de beaux draps blancs</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 18.)</div>
-
-<p class="item" id="dresser">DRESSER; <span class="t5">DRESSER UN ARTIFICE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,</div>
-<div class="verse">Que pour avoir vos biens on <i>dresse un artifice</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Mais pour lequel des deux princes au moins <i>dressez-vous tout cet artifice</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DRESSER SA PROMENADE VERS</span>...., la diriger:</p>
-
-<p class="cit"><i>Dressons notre promenade</i>, ma fille, <i>vers</i> cette belle grotte où j’ai promis
-d’aller.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Elle <i>dressa</i> donc <i>ses pas</i> vers le lieu où elle avoit vu cette fumée.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Psyché.</i> II.)</div>
-
-<p class="item" id="du"><span class="pagenum" id="Page_131">131</span>
-DU, pour <i>que le</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un étrange fait <i>du</i> soin que vous prenez</div>
-<div class="verse">A me venir toujours jeter mon âge au nez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est dommage <i>du</i> gentilhomme, quand il est ainsi mort.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <i>Chron.</i> II. ch. 30.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Voyez que c’est <i>du</i> monde et <i>des</i> choses humaines!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier</span>, <i>le mauvais Giste</i>.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_que_le"><span class="t5">DE</span> remplaçant <i>que le</i></a>.)</p>
-
-<p class="item">DULCIFIÉ, au sens métaphorique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">GROS-RENÉ.</div>
-<div class="verse-5">.... Voilà tout mon courroux</div>
-<div class="verse">Déjà <i>dulcifié</i>; qu’en dis-tu, romprons-nous?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DULCIFIANT</span>, adjectif:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">SGANARELLE.</span> Quelque petit clystère <i>dulcifiant</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="du_matin">DU MATIN, dès le matin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais demain, <i>du matin</i>, il vous faut être habile</div>
-<div class="verse">A vider de céans jusqu’au moindre ustensile.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DU GRAND MATIN</span>, dès le grand matin:</p>
-
-<p class="cit">Aujourd’hui il est trop tard; mais demain, <i>du grand matin</i>, je l’enverrai
-querir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="du_mieux">DU MIEUX QUE:</p>
-
-<p class="cit">Allez; si elle meurt, ne manquez pas de la faire enterrer <i>du mieux que</i>
-vous pourrez.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> III. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la cause, la manière.)</p>
-
-<p class="item" id="du_moins">DU MOINS, pour <i>au moins</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je vais gager qu’en perruques et rubans il y a <i>du moins</i> vingt pistoles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>C’est pour éviter l’hiatus <i>a</i> au.</p>
-
-<p class="item" id="dupe">DUPE A (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et moi, la bonne <i>dupe à trop croire</i> un vaurien....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Et moi, qui en croyant un tel vaurien suis une trop bonne
-dupe.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#item_A"><span class="t5">A</span> (un infinitif)</a>, capable de, de nature à.)</p>
-
-<p class="item" id="durant">DURANT QUE:</p>
-
-<p class="cit">Je vous dirai..... que, <i>durant qu’il dormoit</i>, je me suis dérobée d’auprès
-de lui....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_132">132</span>
-C’est le participe ablatif absolu des Latins: <i lang="la" xml:lang="la">durante quod</i>,
-comme <i>pendant que</i>, <i lang="la" xml:lang="la">pendente quod</i>.</p>
-
-<p class="item" id="durer">DURER <span class="t5">CONTRE QUELQU’UN, DURER A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLAUDINE.</span> Il a tant bu, que je ne pense pas qu’on puisse
-<i>durer contre lui</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p>Il faut observer que ce <i>durer</i> est devenu du style de servante,
-mais que cette servante parle comme Tite-Live:
-«<span lang="la" xml:lang="la">Nec poterat <i>durari</i> extra tecta.</span>» On ne pouvait <i>durer</i> hors
-des maisons; et comme Plaute: «<span lang="la" xml:lang="la">Nequeo <i>durare</i> in ædibus.</span>»
-Je ne puis <i>durer</i> chez nous.</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">«....... <i>durate</i>, atque exspectate cicadas.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Juven.</span> IX. 69.)</div>
-
-<p>Au surplus, Molière a relevé cette expression, en la mettant
-dans la bouche de l’aimable et spirituelle Élise:</p>
-
-<p class="cit">Pensez-vous que je puisse <i>durer à ses turlupinades</i> perpétuelles?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="item" id="du_tout">DU TOUT:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">..... Mon fils, je ne puis <i>du tout</i> croire</div>
-<div class="verse">Qu’il ait voulu commettre une action si noire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Je relève ces vers, uniquement pour avoir occasion d’observer
-que <i>du tout</i> ne s’emploie plus aujourd’hui qu’en des
-formules négatives, mais qu’il entrait aussi originairement
-dans des phrases affirmatives. Par exemple:</p>
-
-<p class="cit">«Nostre Seignur Deu <i>del tut</i> siwez et de tut vostre quer servez.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 41.)</div>
-
-<p>Suivez <i>du tout</i>, c’est-à-dire, absolument, sans restriction,
-Notre Seigneur Dieu.&mdash;Nous sommes appauvris de la moitié
-de cette locution.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Pensez, amis, que je faz moult</div>
-<div class="verse">«Quant je me mets en vous <i>du tout</i></div>
-<div class="verse">«Et de ma mort et de ma vie.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Partonopeus.</i> v. 7730.)</div>
-
-<p>Quand je me confie entièrement en vous, quand je vous
-livre ma mort et ma vie.</p>
-
-<p class="item"><i>E muet</i> étouffé pour la mesure:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les flots contre les flots font un <i>remue-ménage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>L’édition de P. Didot écrit <i>remû-ménage</i>; l’édition faite
-sous les yeux de Molière, <i>remue-ménage</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_133">133</span>
-<div class="verse">Je pousse, et je me trouve en un fort à l’écart,</div>
-<div class="verse">A la <i>queue</i> de nos chiens, moi seul avec Drécart.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>La locution étant ainsi faite, il n’y avait pas moyen de l’employer
-autrement en vers.</p>
-
-<p>Au reste, il est bon d’observer que dans l’ancienne versification
-l’<i>e</i> muet ne comptait pas plus à l’hémistiche qu’il ne
-fait aujourd’hui à la fin d’un vers. Et tout atteste que nos
-pères avaient l’oreille aussi délicate que nous, pour le moins.
-Il se passe quelque chose d’analogue en musique. C’est l’altération
-de la septième dans la gamme mineure; on n’en avait
-pas l’idée jadis, et nous ne saurions nous en passer. Ce sont
-des effets de l’éducation, qu’on prend pour des lois naturelles:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tant de nos premiers ans l’habitude a de force!</div>
-</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<i>E muet</i> de la seconde ou de la troisième personne,
-comptant pour une syllabe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Anselme, mon mignon, <i>crie</i>-t-elle à toute heure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! <i>n’aie</i> pas pour moi si grande indifférence!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ils ne vous ôtent rien, en m’ôtant à vos yeux,</div>
-<div class="verse">Dont ils n’<i>aient</i> pris soin de réparer la perte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Mais <i>Psyché</i> est écrite avec une précipitation extrême. Molière,
-depuis ses premiers ouvrages, ne se permettait plus cette
-négligence.</p>
-
-<p class="item">ÉBAUBI:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je suis tout <i>ébaubie</i>, et je tombe des nues!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p>Trévoux dit que c’est une forme populaire et corrompue du
-mot <i>ébahi</i>. Il se trompe. La forme première est <i>abaubi</i>, et nos
-pères distinguaient bien <i>esbahi</i> et <i>abaubi</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Lors le voit morne et <i>abaubit</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">Rom.</abbr> de Coucy.</i> v. 185.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Li chastelains fut <i>esbahis</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> v. 223.)</div>
-
-<p>La châtelaine de Fayel, voyant dans sa chambre son époux
-et son amant, demeure stupéfaite:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Quant ele andeus leans les vist,</div>
-<div class="verse8">«Le cuer a tristre et <i>abaubit</i>.</div>
-<div class="verse8">«Dont dist come <i>esbahie</i> fame:</div>
-<div class="verse8">«Sire diex! quel gent sont cecy?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> v. 4546.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_134">134</span>
-<i>Esbahi</i> est celui qui reste la bouche béante, comme s’il
-bâillait. La racine est <i lang="la" xml:lang="la">hiare</i>.</p>
-
-<p><i>Abaubi</i> a pour racine <i lang="la" xml:lang="la">balbus</i>, dont on fit <i>baube</i>. Louis le
-Bègue était <i>Loys li Baube</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Looys, le fil Challe le Chauf, qui <i>Loys li Baubes</i> fut apelez.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Chroniques">Chron.</abbr> de St.-Denys</i>, ad ann. 877.)</div>
-
-<p>Et Philippe de Mouskes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Loeys ki <i>Baubes</i> ot nom.»</div>
-</div>
-
-<p>Louis, surnommé le Bègue.</p>
-
-<p>En composant cet adjectif avec <i>a</i>, qui marquait une action
-en progrès, on fit <i>abaubir</i>, comme <i>alentir</i>, <i>apetisser</i>, <i>agrandir</i>,
-et, par la corruption de l’âge, <i>ébaubi</i>.</p>
-
-<p>Un homme <i>ébahi</i> est muet de surprise; l’<i>ébaubi</i> est celui
-que la surprise fait bégayer, balbutier.</p>
-
-<p>Trévoux dérive <i>esbahir</i> de l’hébreu <i>schebasch</i>, et <i>ébaubi</i>,
-d’<i>ébahir</i>.</p>
-
-<p>Le verbe était <i>bauboier</i> ou <i>baubier</i>, qui s’écrivait <i>balbier</i>.
-Il y a dans Partonopeus un exemple naïf d’une femme ébaubie,
-ou abaubie: c’est quand la fée Mélior, en s’éveillant, ne trouve
-plus Partonopeus à ses côtés; elle veut l’appeler par son nom:</p>
-
-<div class="poem" id="err_2">
-<div class="verse8">«Nel puet nomer, et <ins title="ne porquant">neporquant</ins></div>
-<div class="verse8">«<i>Balbié</i> l’a en souglotant:</div>
-<div class="verse8">«<i>Parto, Parto</i>, a dit souvent,</div>
-<div class="verse8">«Puis dit <i>nopeu</i>, moult feblement;</div>
-<div class="verse8">«Et quant a <i>Partonopeu</i> dit</div>
-<div class="verse8">«Pasmee ciet desor son lit.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Partonopeus.</i> v. 7245.)</div>
-
-<p>(Voyez Du Cange aux mots <i>Balbire</i> et <i>Balbuzare</i>.)</p>
-
-<p><i>Balbier</i> (<i>baubier</i>), est la forme primitive, tirée de <i lang="la" xml:lang="la">balbus</i>.</p>
-
-<p><i>Balbutier</i> est de seconde formation, calqué sur <i lang="la" xml:lang="la">balbutire</i>.</p>
-
-<p class="item">ÉBULLITIONS <span class="t5">DE CERVEAU</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je suis pour le bon sens, et ne saurois souffrir les <i>ébullitions de cerveau</i>
-de nos marquis de Mascarille.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item" id="echapper">ÉCHAPPER <span class="t5">(L’) BELLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je viens de l’<i>échapper bien belle</i>, je vous jure!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p>Le substantif de l’ellipse paraît être <i>occasion</i>, comme dans
-<i>vous nous la donnez belle</i>! On comprend que, dans ces formules,
-<span class="pagenum" id="Page_135">135</span>
-l’absence du mot précis a permis à l’usage d’étendre
-un peu le sens et les applications.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous l’avons en dormant, madame, <i>échappé belle</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>L’usage a consacré cette forme avec cette orthographe, parce
-qu’elle date d’une époque où l’on n’était pas bien rigoureux
-sur l’accord des participes, et que d’ailleurs l’ellipse du substantif
-féminin dissimule un peu la faute. Il est certain que, à
-la rigueur, il faudrait <i>échappée belle</i>. Cependant, en prose
-même, personne n’a jamais écrit le participe au féminin:</p>
-
-<p class="cit">«Ma foi, mon ami, <i>je l’ai échappé belle</i> depuis que je ne t’ai vu!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Lesage</span>, <i>Gil Blas</i>.)</div>
-
-<p>L’italien possède beaucoup de locutions faites, où l’adjectif
-est ainsi au féminin par rapport à un substantif sous-entendu:&mdash;<span lang="it" xml:lang="it"><i>come
-la passate?</i>&mdash;<i>questa non l’intendo</i>;&mdash;<i>ei me l’ha
-fatta</i>;&mdash;<i>questa non mi calza</i></span>, etc., etc., où l’on peut supposer
-dans l’ellipse les mots <span lang="it" xml:lang="it"><i>vita</i>, <i>cosa</i>, <i>burla</i>, <i>scarpa</i></span>.</p>
-
-<p class="item">ÉCHELLE; <span class="t5">TIRER L’ÉCHELLE APRÈS QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Lucas.</span> Oh, morguenne! il faut <i>tirer l’échelle après ceti-là</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Cette figure s’entend assez: quand on tire l’échelle, c’est
-qu’on n’a plus à laisser monter personne, étant satisfait de ce
-qui est monté.</p>
-
-<p class="item" id="echine">ÉCHINE; <span class="t5">AJUSTER L’ÉCHINE</span>, bâtonner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ah! vous y retournez!</div>
-<div class="verse">Je <i>vous ajusterai l’échine</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item">ÉCLAIRÉ <span class="t5">EN HONNÊTES GENS</span>:</p>
-
-<p class="cit">L’âge le rendra plus <i>éclairé en honnêtes gens</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des f.</abbr></i> 5.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, lui apprendra à les mieux reconnaître.</p>
-
-<p class="item">ÉCLAIRER <span class="t5">QUELQU’UN</span>, l’espionner, éclairer ses démarches:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au diable le fâcheux qui toujours <i>nous éclaire</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Dites-lui qu’il s’avance,</div>
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
-.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Et qu’il ne se verra d’aucuns yeux <i>éclairé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai voulu vous parler en secret d’une affaire,</div>
-<div class="verse">Et suis bien aise ici qu’aucun ne nous <i>éclaire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_136">136</span>
-Il nous reste en ce sens le substantif <i>éclaireur</i>; <i>aller en éclaireur</i>.</p>
-
-<p>On disait <i>éclairer à quelqu’un</i>, pour signifier lui éclairer son
-chemin. Nicot fait soigneusement la distinction entre <i>éclairer
-quelqu’un</i> et <i>à quelqu’un</i>; il explique le second: «<i lang="la" xml:lang="la">Prælucere
-alicui; lucem facere alicui; lustrare lampade.</i>» Ainsi quand
-on lit dans <i>Don Juan</i>, act. IV, scène 3,&mdash;Allons, monsieur
-Dimanche, je vais <i>vous éclairer</i>,&mdash;il faut entendre ce <i>vous</i> au
-datif, pour <i>à vous</i>, et non pas à l’accusatif, comme aujourd’hui
-nous disons, <i>Éclairez monsieur</i>. C’est une politesse très-impolie:
-monsieur n’a pas besoin qu’on <i>l’éclaire</i>, mais qu’on
-<i>lui éclaire</i> sa route.</p>
-
-<p>Ce vice du langage moderne paraît né de l’équivoque des
-formes <i>vous</i>, <i>moi</i>, <i>me</i>, qui servent aussi pour <i>à vous</i>, <i>à moi</i>.</p>
-
-<p class="item" id="eclats">ÉCLATS <span class="t5">DE RISÉE</span>, éclats de rire:</p>
-
-<p class="cit">A tous les <i>éclats de risée</i>, il haussoit les épaules, et regardoit le parterre
-en pitié.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Ces paroles à quoi Gélaste ne s’attendoit point, et qui firent faire un
-petit <i>éclat de risée</i>, l’interdirent un peu.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Psyché.</i> I.)</div>
-
-<p class="item">ÉCOT; <span class="t5">PARLER A SON ÉCOT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais quoi...?&mdash;Taisez-vous, vous; <i>parlez à votre écot</i>.</div>
-<div class="verse">Je vous défends tout net d’oser dire un seul mot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire parlez à votre tour, en proportion de votre
-droit et de votre dû, comme chacun mange à son écot.</p>
-
-<p class="item">ÉCOUTER <span class="t5">UN CHOIX</span>, y entendre, l’examiner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Le choix</i> est glorieux, et vaut bien qu’on l’<i>écoute</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item">ÉCU; <span class="t5">LE RESTE DE NOTRE ÉCU</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">M</span><sup>me</sup> <span class="t5">JOURDAIN</span> (<i>apercevant Dorimène
-et Dorante</i>). Ah, ah! voici justement <i>le reste de notre écu</i>! Je ne vois que chagrins de tous côtés.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Expression figurée, prise du change des monnaies. Voici
-le reste de notre écu! c’est-à-dire, voici qui complète notre
-infortune.</p>
-
-<p class="item" id="item_E"><span class="pagenum" id="Page_137">137</span>
-EFFICACE, substantif féminin:</p>
-
-<p class="cit">On n’ignore pas qu’une louange, en grec, est d’<i>une merveilleuse efficace</i>
-à la tête d’un livre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> des Précieuses ridicules.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Il est trop heureux d’être fou, pour éprouver l’<i>efficace</i> et la douceur des
-remèdes que vous avez si judicieusement ordonnés.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p><i>L’efficace</i>, pour <i>l’efficacité</i>, commençait déjà, en 1669, à
-devenir un terme suranné; mais il a d’autant meilleure grâce
-dans la bouche d’un personnage grave et doctoral.</p>
-
-<p>Il faut observer qu’il y a dix ans entre les <i>Précieuses ridicules</i>
-et <i>Monsieur de Pourceaugnac</i> (1659-1669.)</p>
-
-<p class="item">EFFRÉNÉ: <span class="t5">PROPOS EFFRÉNÉS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Comment! il vient d’avoir l’audace</div>
-<div class="verse8">De me fermer la porte au nez,</div>
-<div class="verse8">Et de joindre encor la menace</div>
-<div class="verse8">A mille <i>propos effrénés</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Puisqu’on dit bien <i>une langue sans frein</i>, pourquoi ne dirait-on
-pas aussi <i>des propos effrénés</i>? La métaphore est la
-même. Mais on ne saurait approuver <i>des traits effrontés</i> (<i><ins id="cor_16" title="Tartuffe">Tartufe</ins></i>,
-II. 2); des épigrammes, des coups de langue, peuvent
-s’appeler des <i>traits</i>, parce que l’effet de l’un comme de l’autre
-est de blesser, de piquer; mais des <i>traits</i> n’ont pas de <i>front</i>.
-Il y a incohérence, incompatibilité d’images. C’est Dorine qui
-est <i>effrontée</i>.</p>
-
-<p class="item" id="effroi">EFFROI, au sens actif. Voyez <a href="#plein_d_effroi"><span class="t5">PLEIN
-D’EFFROI</span></a>.</p>
-
-<p class="item">ÉGARER (SE) <span class="t5">DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je m’étois par hasard <i>égaré d’un frère et de</i> tous ceux de notre suite.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<p>Les Italiens disent de même <i lang="it" xml:lang="it">smarrito della via</i>.</p>
-
-<p>J’observe que l’on disait aussi <i>égarer quelqu’un</i>, au même
-sens que <i>s’égarer de quelqu’un</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Considerant les mouvements du chien........ à la queste de son maistre
-<i>qu’il a esgaré</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne</span>, II. 13.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire dont il s’est égaré.</p>
-
-<p>Nicot ne donne que la forme <i>s’égarer d’avec</i>: «L’enfant
-<i>s’est esgaré d’avec son père</i>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_138">138</span>
-Ménage dérive <i>égarer</i> de je ne sais quel <i lang="la" xml:lang="la">varare</i>, qu’il traduit
-par <i>traverser</i>. <i>Égarer</i>, <i>garer</i>, <i>garder</i>, <i>garir</i> (auj. <i>guérir</i>), <i>guérite</i>,
-<i>garantir</i>, tous ces mots descendent de l’allemand, <i lang="de" xml:lang="de">bewahren</i>
-(en anglais <i lang="en" xml:lang="en">beware</i>), en passant par la basse latinité,
-d’où le <i>w</i> se changeait, pour le français, en <i>gu</i> ou <i>g</i> dur.
-<i lang="de" xml:lang="de">Werdung</i>, <i>guerdon</i>;&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Wantus</i>, <i>guant</i>
-(gant);&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Wardia</i>, <i>garde</i>;&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Wadium</i>,
-<i>gage</i>;&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Wallia</i>, <i>Gaule</i>;&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Warenna</i>
-(<i lang="la" xml:lang="la">ubi animalia custodiuntur</i>), <i>garenne</i>; etc., etc.</p>
-
-<p><i>Guérite</i> ou <i>garite</i> signifiait une route à l’écart, un sentier détourné,
-par où l’on cherchait un refuge devant l’ennemi, <i lang="de" xml:lang="de">sich
-bewahren</i>, à <i>se garer</i> ou à <i>se garir</i>. De là cette vieille expression,
-<i>enfiler la guérite</i>, c’est-à-dire, fuir, chercher un asile dans la
-fuite. De même <i>s’égarer</i>, c’est se jeter dans ce petit chemin
-perdu, hors de la vue et de la poursuite.</p>
-
-<p>On voit d’un même coup d’œil comment se rattachent à
-cette famille l’exclamation <i>gare!</i> qui n’est que l’impératif du
-verbe <i>se garer</i>: se garer des chevaux, des voitures; et le
-substantif féminin <i>gare</i>; une <i>gare</i> pour les bateaux, la <i>gare</i>
-d’un chemin de fer. L’enchaînement des idées est donc celui-ci:
-protection, fuite, écart, égarement.</p>
-
-<p class="item">ÉGAYER <span class="t5">SA DEXTÉRITÉ</span>, la faire jouer, en faire parade:</p>
-
-<p class="cit">Mais la princesse a voulu <i>égayer sa dextérité</i>, et de son dard, qu’elle lui
-a lancé un peu mal à propos.... etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item">ÉLEVER <span class="t5">SES PAROLES</span>, élever la voix:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Plus haut que les acteurs <i>élevant ses paroles</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item"><i>ÉLISION.</i></p>
-
-<p><span class="smcap">Oui</span>, ne faisant pas élision:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et son cœur est épris des grâces d’Henriette.</div>
-<div class="verse">&mdash;Quoi! de ma <i>fille?</i></div>
-<div class="verse-5">&mdash;<i>Oui</i>, Clitandre en est charmé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>L’hiatus n’est pas en cet endroit plus choquant que dans
-cet autre, où la règle du moins n’a pas à se plaindre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces gens vous <i>aiment?&mdash;Oui</i>, de toute leur puissance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 3.)</div>
-
-<p>Le repos fortement marqué fait disparaître l’hiatus. Quand
-ce repos est moindre, Molière ne manque pas d’élider:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_139">139</span>
-<div class="verse">Notre sœur est folle, oui!&mdash;Cela croît tous les jours.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>Sans élision:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, ma <i>mère?&mdash;Oui</i>, vous. Faites la sotte un peu!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 6.)</div>
-
-<p><span class="smcap">Ouais</span>:</p>
-
-<p class="cit">Hé non! mon <i>père.&mdash;Ouais!</i> qu’est-ce donc que ceci?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p>L’hiatus dans ces passages est moins sensible à l’oreille que
-dans une foule d’autres, où il est plus réel, quoique dissimulé
-à l’œil par l’orthographe. Ainsi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Aucun, hors moi, dans la maison</div>
-<div class="verse">N’a droit de <i>commander.&mdash;Oui</i>, vous avez raison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p>Cela est très-légitime; mais on interdirait: <i>il m’a commandé,
-oui.....</i>, qui est pour l’oreille absolument la même
-chose. Un des pires inconvénients de la versification moderne,
-c’est que les règles en ont été faites pour le plaisir des yeux,
-sans égard de celui de l’oreille. C’était précisément le contraire
-dans l’ancienne poésie française. Aussi les vers modernes,
-avec leur apparence de politesse et de rigidité, sont-ils
-remplis d’hiatus et de fautes contre la mesure. C’est ce que
-j’ai essayé de développer dans mon essai <i>sur les variations du
-langage français</i>, p. 177.</p>
-
-<p class="item">ELLÉBORE, raison, bon sens:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous le voyez, sans moi vous y seriez encore;</div>
-<div class="verse">Et vous aviez besoin de mon peu d’<i>ellébore</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p>Sur cette expression <i>mon peu d’ellébore</i>, voyez <a href="#peu"><span class="t5">PEU</span></a> pour <i>un
-peu</i>.</p>
-
-<p class="item"><i>ELLIPSE:</i></p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">D’UN VERBE DÉJA EXPRIMÉ</span>, et qui, répété, serait
-aux mêmes temps, nombre et personne que devant:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hé bien! vous le pouvez, <i>et prendre</i> votre temps.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 2.)</div>
-
-<p>Et vous pouvez prendre votre temps.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, <i>toute mon amie</i>, elle est, et je la nomme,</div>
-<div class="verse">Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Toute mon amie <i>qu’elle est</i>, elle est, etc....</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisse-t-il te confondre, <i>et celui qui</i> t’envoie!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Et confondre celui, etc. Confondre toi et celui...</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_140">140</span>
-&mdash;<span class="t4">D’UN VERBE DÉJA EXPRIMÉ</span>, qui, répété, serait
-à une autre personne, à un autre nombre ou à un autre
-temps:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous vous moquez de moi, Léandre, <i>ou lui de vous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Ou lui <i>se moque</i> de vous.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! vous ne pouvez pas trop tôt me l’accorder (le pardon),</div>
-<div class="verse">Ni moi sur cette peur trop tôt le demander.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Ni moi <i>je ne peux.....</i></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il parle d’Isabelle, et vous de Léonor.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>Et <i>vous parlez</i> de Léonor.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne veux point ici faire le capitan,</div>
-<div class="verse">Mais on m’a vu soldat <i>avant que courtisan</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 10.)</div>
-
-<p>Avant que <i>de me voir</i> courtisan.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous <i>attendez</i> un frère, et <i>Léon son vrai maître</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p>Vous attendez un frère, et le royaume de Léon <i>attend</i> son
-vrai maître.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je suis</i> le misérable, <i>et toi</i> le fortuné.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p><i>Tu es</i> le fortuné.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisque vous n’êtes pas en des liens si doux</div>
-<div class="verse">Pour <i>trouver</i> tout en moi, comme <i>moi</i> tout en vous...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 7.)</div>
-
-<p>Comme <i>je trouve</i> tout en vous.</p>
-
-<p class="cit">Et comme ses lumières <i>sont</i> fort petites, <i>et son sens</i> le plus borné du
-monde.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Et <i>que</i> son sens <i>est</i> le plus borné du monde.</p>
-
-<p>Ces sortes d’ellipses sont très-favorables à la rapidité du
-langage, mais la grammaire les repousse. Bossuet en use fréquemment:</p>
-
-<p class="cit">«Au point du jour, lorsque l’esprit <i>est</i> le plus net <i>et les pensées le plus
-pures</i>, ils lisoient, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Histoire universelle">Hist. un.</abbr></i> III<sup>e</sup> p. §
-<span class="t5">III</span>.)</div>
-
-<p>Et <i>que</i> les pensées <i>sont</i> le plus pures.</p>
-
-<p class="cit">«Le roi de Babylone <i>fut</i> tué, et <i>les Assyriens mis en déroute</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> § <span class="t5">IV</span>.)</div>
-
-<p>Et les Assyriens <i>furent</i> mis en déroute.</p>
-
-<p class="cit">«M. Arnauld <i>mériteroit</i> l’approbation de la Sorbonne, <i>et moi</i>, la censure
-de l’Académie.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 3<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_141">141</span>
-Et moi je mériterais.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">D’UN VERBE NON EXPRIMÉ</span>, mais que la pensée
-supplée facilement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. Ton maître t’a chargé</div>
-<div class="verse">De me saluer?&mdash;Oui.&mdash;Je lui suis obligé:</div>
-<div class="verse"><i>Va, que</i> je lui souhaite une joie infinie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Va, <i>dis-lui</i> que, etc.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, mon père m’en parle, <i>et qu’il est revenu</i>,</div>
-<div class="verse">Comme s’il devoit m’être entièrement connu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p><i>Et me dit</i> qu’il est revenu.</p>
-
-<p class="cit">«Ils ont demandé avec instance que s’il y avoit quelque docteur qui les
-y eût vues (les cinq propositions), il voulût les montrer: <i>que</i> c’étoit une
-chose si facile, qu’elle ne pouvoit être refusée.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">D’UN SUBSTANTIF OU D’UN ADJECTIF</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sur lui, quoiqu’aux yeux il montrât beau semblant,</div>
-<div class="verse"><i>Petit Jean de Gaveau</i> ne montoit qu’en tremblant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>Gaveau était le nom du marchand de chevaux, petit Jean
-était son fils ou son valet: le petit Jean de chez Gaveau,
-comme dans la Comtesse d’Escarbagnas:&mdash;Voilà <i>Jeannot de
-monsieur le conseiller</i> qui vous demande, madame. (Sc. 12.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Comme <i>à de mes amis</i>, il faut que je le chante</div>
-<div class="verse">Certain air que j’ai fait de petite courante.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 5.)</div>
-
-<p>Comme à <i>l’un</i> de mes amis.</p>
-
-<p class="cit">Ressouvenez-vous que, hors d’ici, <i>je ne dois plus qu’à mon honneur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> III. 5.)</div>
-
-<p>Je ne dois plus <i>rien</i> qu’à mon honneur.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">D’UN PRONOM PERSONNEL</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est donc ainsi qu’<i>absent</i> vous m’avez obéi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>Moi absent, tandis que j’étais absent, <i lang="la" xml:lang="la">me absente</i>.</p>
-
-<p>La tournure en elle-même n’a rien de blâmable; au contraire,
-elle s’accorde bien avec la passion qui transporte Arnolphe;
-seulement il est fâcheux que le mot <i>absent</i> soit placé, de manière
-à faire équivoque: d’après les règles et les usages de la
-grammaire, le sens serait, <i>vous absent</i>, <i>tandis que vous étiez
-absent</i>; et c’est <i>moi absent</i>, <i>en mon absence</i>. Il faut que l’intelligence
-de l’auditeur supplée à l’inexactitude de l’expression.</p>
-
-<p class="item" id="eluder"><span class="pagenum" id="Page_142">142</span>
-ÉLUDER <span class="t5">QUELQU’UN DE</span>...., c’est-à-dire, à l’aide, au
-moyen de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’éludois un chacun d’un deuil</i> si vraisemblable,</div>
-<div class="verse">Que les plus clairvoyants l’auroient cru véritable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>Cet exemple se rapporte à <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a>, employé pour marquer la
-cause ou la manière.</p>
-
-<p class="item">EMBÉGUINÉ, coiffé, métaphoriquement:</p>
-
-<p class="cit">Ce beau monsieur le comte, dont vous êtes <i>embéguiné</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Est-il possible que vous serez toujours <i>embéguiné de vos apothicaires et
-de vos médecins</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="embuche">EMBUCHE; <span class="t5">METTRE EN EMBUCHE</span>, en embuscade:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Va-t’en faire venir ceux que je viens de dire,</div>
-<div class="verse">Pour <i>les mettre en embûche</i> au lieu que je désire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 5.)</div>
-
-<p>Je ferai remarquer qu’on prononce aujourd’hui <i>embûche</i> et
-<i>embusquer</i>; Nicot ne donne que <i>embuscher</i>. La racine est <i>bois</i>,
-«car, dit Nicot, les embusches et telles surprinses se font
-communement dedans le bois.»</p>
-
-<p>Regnard s’est servi de <i>rembûcher</i>, pour dire faire rentrer
-dans sa cachette:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MERLIN.</div>
-<div class="verse">«.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- Qu’il vous souvienne</div>
-<div class="verse">«Qu’un jour, étant chez vous, par malheur la garenne</div>
-<div class="verse">«S’ouvrit, et qu’aussitôt on vit tous vos garçons</div>
-<div class="verse">«S’armer habilement de broches, de bâtons;</div>
-<div class="verse">«Et qu’ils eurent grand’peine, avec cet air si brave,</div>
-<div class="verse">«A faire <i>rembûcher</i> au fond de votre cave</div>
-<div class="verse">«Et dans votre grenier tous les lapins fuyards,</div>
-<div class="verse">«Qu’on voyoit dans la rue abondamment épars.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Bal.</i> 2.)</div>
-
-<p class="item" id="emmaigrir">EMMAIGRIR:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, jaloux! Dieu m’en garde, et d’être assez badin</div>
-<div class="verse">Pour m’aller <i>emmaigrir</i> avec un tel chagrin!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p><i>Emmaigrir</i> et non <i>amaigrir</i>, comme portent les éditions
-modernes. <i>Emmegrir</i> est dans l’édition faite sous les yeux de
-Molière.</p>
-
-<p>Et c’est la forme primitive du mot:</p>
-
-<p class="cit">«E dist al bacheler: Qu’espelt (<i lang="la" xml:lang="la">quid spectat</i>)
-que tu es si deshaitez e si <i>emmegriz</i>?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 162.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_143">143</span>
-«Et dit au jeune homme: D’où vient que tu es si défait et
-si amaigri?»</p>
-
-<p>Nos pères ont composé avec <i>en</i> quantité de verbes, entre
-autres ceux qui marquent le passage progressif d’un état dans un autre: <i>embellir</i>, <i>enlaidir</i>,
-<i>emmaladir</i><a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>,
-<i>engraisser</i>, <i>emmaigrir</i>, etc., c’est-à-dire, devenir de plus en plus beau, laid,
-gras, maigre; tomber malade.</p>
-
-<p>Mais comme la notation <i>en</i> sonnait <i>an</i>, d’où vient qu’on a
-écrit et prononcé <i>anemi</i>, <i>fame</i>, <i>solanel</i>, les mots figurés, <i>ennemi</i>,
-<i>femme</i>, <i>solennel</i>, on a de même prononcé, et par suite
-écrit, <i>amaigrir</i>, <i>agrandir</i>, pour <i>emmaigrir</i>, <i>engrandir</i>; certains
-mots ont conservé leur syllabe initiale <i>en</i>; d’autres ont
-totalement péri, par exemple, <i>emmaladir</i>, au lieu de quoi il
-nous faut dire <i>tomber malade</i>; d’autres enfin ont conservé la
-double forme, comme <i>ennoblir</i> et <i>anoblir</i>, à chacune desquelles
-les grammairiens sont parvenus à fixer une nuance
-particulière, d’abord toute de fantaisie, puis adoptée, et maintenant
-consacrée par l’usage.</p>
-
-<p>Les grammairiens obtiendront peut-être un jour ce résultat
-pour <i>maigrir</i> et <i>amaigrir</i>. Déjà, dans un <i>Traité des synonymes</i>,
-je lis sur ces deux verbes: «Nul doute que la particule initiale
-du second ne vienne du latin <i lang="la" xml:lang="la">ad</i>......... <i>Maigrir</i> est toujours
-neutre et intransitif; au contraire, <i>amaigrir</i> se prend d’ordinaire
-dans le sens actif; au lieu <i>d’énoncer simplement le fait,
-il le fait comprendre davantage, il le montre s’accomplissant
-dans un objet</i>, etc.»<a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</p>
-
-<p>J’avoue que je ne saisis pas la distinction que l’auteur s’évertue
-à établir. Le résumé le plus clair de ce long paragraphe,
-c’est que <i>maigrir</i> est <i>intransitif</i>, et <i>amaigrir</i>, <i>représentatif</i>.
-<i lang="la" xml:lang="la">Sunt verba et voces.</i> Les faiseurs de synonymes sont les
-<span class="pagenum" id="Page_144">144</span>
-premiers hommes du monde pour trouver un mot à des énigmes
-qui n’en ont pas.</p>
-
-<p>Je reviens à la distinction d’<i>anoblir</i> et <i>ennoblir</i>, dont on
-veut que le premier soit pour le sens propre, et le second pour
-le sens métaphorique. C’est là, dis-je, une distinction toute
-chimérique. Montaigne se sert d’<i>anoblir</i> au figuré:</p>
-
-<p class="cit">«Les lois prennent leur auctorité de la possession et de l’usage: il est dangereux de les ramener à leur
-naissance<a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>; elles grossissent et
-s’<i>anoblissent</i> en roulant, comme nos rivières.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 12.)</div>
-
-<p>Nicot ne connaît pas <i>anoblir</i>, mais seulement <i>ennoblir</i>. Il n’y
-avait qu’une prononciation; on l’a notée par deux orthographes;
-puis les gens qui font gloire et métier de raffiner sur les
-mots, ont voulu assigner à chaque orthographe sa valeur à part.</p>
-
-<p>Le plus simple bon sens indique que toujours l’acception
-figurée est venue à la suite de l’acception propre: pourquoi
-donc où l’origine est commune voulez-vous prescrire des
-formes différentes?</p>
-
-<p>L’étymologie d’<i>ennoblir</i> est <i lang="la" xml:lang="la">in</i> et <i lang="la" xml:lang="la">nobilitare</i>,
-sans conteste. Et <i>anoblir</i>, d’où viendra-t-il? De <i lang="la" xml:lang="la">ad</i> et
-<i lang="la" xml:lang="la">nobilitare</i>, sans doute, parce que <i lang="la" xml:lang="la">ad</i> est plus métaphorique que
-<i lang="la" xml:lang="la">in</i>? Belles finesses!</p>
-
-<p>Dufresny, au contraire, se sert d’<i>ennoblir</i> dans le sens
-propre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Mais ici j’ai de plus un grade que j’ai pris</div>
-<div class="verse">«Avec feu mon mari, doyen de ce bailliage.</div>
-<div class="verse">«C’est ainsi que je vins m’<i>ennoblir</i> au village;</div>
-<div class="verse">«Bonne noblesse au fond, etc.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Coquette de village.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>La distinction d’<i>anoblir</i> et <i>ennoblir</i> est toute récente. Le
-Dictionnaire de l’Académie, de 1718, ne donnait encore qu’<i>ennoblir</i>,
-avec cette définition: «Rendre plus considérable, plus
-noble, plus illustre.» Trévoux (1740) met les deux formes,
-mais seulement comme différence d’orthographe, et en attribuant
-à chacune les deux valeurs:&mdash;«<span class="smcap">Anoblir</span> se dit figurément
-en parlant du langage: <i>Anoblir son style</i>. (<i>D’Ablancourt.</i>)»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_145">145</span>
-Et au mot <span class="t5">ENNOBLIR</span>:&mdash;«On distingue ordinairement trois
-degrés de noblesse: l’<i>ennobli</i>, qui acquiert le premier la noblesse;
-le noble, qui naît de l’<i>ennobli</i>; l’écuyer ou le gentilhomme,
-qui est au troisième degré. (<i>Le P. Menestrier.</i>)»</p>
-
-<p class="item">ÉMOUVOIR <span class="t5">UN DÉBAT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Souffrez qu’on vous appelle</div>
-<div class="verse">Pour être entre nous deux juge d’une querelle,</div>
-<div class="verse">D’un <i>débat qu’ont ému</i> nos divers sentiments</div>
-<div class="verse">Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="empaumer">EMPAUMER <span class="t5">L’ESPRIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vois qu’il a, le traître, <i>empaumé son esprit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Métaphore prise du jeu de paume. Empaumer la balle, c’est
-la saisir bien juste au milieu de la paume de la main, ou de la
-raquette qui remplace la main; ce qui donne moyen de la renvoyer
-avec le plus de puissance et d’avantage possible.</p>
-
-<p>La racine est <i lang="la" xml:lang="la">palma</i>, syncope du grec παλάμη, paume de la
-main. Nos pères, ne voulant jamais articuler deux consonnes
-consécutives, changeaient <i>al</i> en <i>au</i>. Cette règle primitive de
-formation ou de transformation fut oubliée dès le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle;
-aussi avons-nous aujourd’hui les mots <i>palme</i>, <i>palmé</i>, <i>palmipède</i>.</p>
-
-<p>Nos pères avaient fait le verbe <i>paumoier</i>, que nous avons
-laissé perdre, et que <i>manier</i> remplace bien faiblement.</p>
-
-<p class="item">EMPÊCHER absolument, dans le sens d’arrêter, embarrasser:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, j’ai juré sa mort; rien ne peut <i>m’empêcher</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 21.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais aux hommes par trop vous êtes accrochées,</div>
-<div class="verse">Et vous seriez, ma foi, toutes bien <i>empêchées</i></div>
-<div class="verse8">Si le diable les prenait tous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Dis-lui que je suis <i>empêché</i>, et qu’il revienne une autre fois.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 13)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je suis bien <i>empêché</i>: la vérité me presse,</div>
-<div class="verse">«Le crime est avéré; lui-même le confesse.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Les Plaideurs.</i> III. 3.)</div>
-
-<p>Les Latins employaient de même <i lang="la" xml:lang="la">impeditus</i> au figuré.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EMPÊCHER QUE</span> sans <i>ne</i>. (voyez à
-<a href="#item_N"><span class="t5">NE</span> <i>supprimé</i></a>.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_146">146</span>
-EMPLOIS; <span class="t5">FAIRE SES EMPLOIS DE QUELQUE CHOSE</span>,
-en faire son occupation favorite:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que <i>je fasse</i> enfin <i>mes plus fréquents emplois</i></div>
-<div class="verse"><i>De parcourir</i> nos monts, nos plaines et nos bois.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item">EMPLOYÉ; <span class="t5">C’EST BIEN EMPLOYÉ</span>, espèce d’adage:</p>
-
-<p class="cit">Poussez, c’est moi qui vous le dis; <i>ce sera bien employé</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p>Ce sera un effort bien employé, ce sera bien fait.</p>
-
-<p class="item" id="emporter">EMPORTER, au sens figuré:</p>
-
-<p class="cit">Monsieur, cette dernière (abomination) <i>m’emporte</i>, et je ne puis m’empêcher
-de parler.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 2.)</div>
-
-<p>Métaphore tirée de la balance, quand un plateau emporte
-l’autre.</p>
-
-<p class="item" id="en">EN, archaïsme de prononciation pour <i>on</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARTINE.</div>
-<div class="verse-5">Hélas! l’<i>en</i> dit bien vrai:</div>
-<div class="verse">Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.</div>
-<div class="verse-9">.... Ce que j’ai?</div>
-<div class="verse">&mdash;Oui.&mdash;J’ai que l’<i>en</i> me donne aujourd’hui mon congé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Cette confusion de formes, occasionnée par l’analogie des
-sons, était originairement permanente dans le meilleur langage.</p>
-
-<p class="cit">«Et tenoit l’<i>en</i> que le dit arcevesque avoit ung dyable privé qu’il appeloit
-<i>Toret</i>, par lequel il disoit toutes choses que l’<i>en</i> lui demandoit......
-Maugier cheit en la mer, et si se noya que l’<i>en</i> ne le peut sauver.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Chronique des Normands">Chr. de Norm.</abbr></i>, dans le <i>Recueil des
-historiens des Gaules</i>. XI. 338.)</div>
-
-<p>Les exemples en sont trop communs pour s’arrêter à les recueillir;
-mais il est intéressant d’observer que cette forme, aujourd’hui
-reléguée chez le peuple, était encore, au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle,
-en usage à la cour et chez les mieux parlants. Dans l’aînée de
-toutes les grammaires françaises, celle que Palsgrave écrivit en
-anglais pour la sœur de Henri VIII (1530), on voit constamment
-<i>l’en</i> figurer à côté de <i>l’on</i>:</p>
-
-<p>«Au singulier, dit Palsgrave, le pronom personnel a huit
-formes: <i>je</i>, <i>tu</i>, <i>il</i>, <i>elle</i>, <i>l’en</i>, <i>l’on</i> ou <i>on</i>, et <i>se</i>.
-Exemple: <i>l’en</i>, <i>l’on</i> ou <i>on parlera</i>, etc.» (Fol. 34 <i>verso</i>.) «Annotations pour
-savoir quand on doit employer <i>l’en</i>, <i>l’on</i> ou <i>on</i>..... <i>L’en</i>, <i>l’on</i>
-ou <i>on</i>, peult estre bien joyeux.» (Fol. 102 <i>verso</i>.)</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_147">147</span>
-J’ai eu ailleurs l’occasion de montrer que François I<sup>er</sup> disait
-et écrivait: <i>j’avons</i>, <i>j’allons</i>. D’où l’on voit que ces formes,
-considérées comme des vices de la rusticité, sont nées au Louvre,
-et sont descendues de la bouche des rois dans celle des
-paysans.</p>
-
-<p class="ti" id="en_syllepse">&mdash;<span class="t4">EN</span>, préposition, représentant par syllepse le pluriel
-d’un substantif qui n’a figuré dans la phrase qu’au
-singulier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Comme l’amour ici ne m’offre <i>aucun plaisir</i>,</div>
-<div class="verse">Je m’<i>en</i> veux faire au moins <i>qui soient</i> d’autre nature;</div>
-<div class="verse">Et je vais égayer mon sérieux loisir.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Je veux me faire <i>des plaisirs</i> qui soient.....</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span> sans rapport grammatical:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je ne suis pas homme à gober le morceau,</div>
-<div class="verse">Et laisser le champ libre aux yeux d’un damoiseau.</div>
-<div class="verse"><i>J’en veux rompre le cours.</i></div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Rompre le cours de quoi? Des yeux du damoiseau? Des
-yeux n’ont point de cours. Cet <i>en</i> figure par syllepse avec l’idée
-d’<i>intrigue</i>, qu’ont fait naître les premiers vers.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span> pour <i>avec</i>, <i>de</i>: <span class="t5">ASSAISONNER EN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il n’y a rien qu’on ne fasse avaler, lorsqu’on l’assaisonne <i>en</i> louanges.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span> pour <i>à</i>; <span class="t5">S’ALLIER EN</span>:</p>
-
-<p class="cit">J’aurois bien mieux fait, tout riche que je suis, de <i>m’allier en bonne et
-franche paysannerie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span>, comme, en qualité de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Autrement qu’<i>en tuteur</i> sa personne me touche.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je puis sans rougir faire un aveu si doux</div>
-<div class="verse">A celui que déjà je regarde <i>en époux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je la regarde <i>en femme</i>, aux termes qu’elle en est.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Je la regarde comme ma femme.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Touchez à monsieur dans la main,</div>
-<div class="verse">Et le considérez désormais, dans votre âme,</div>
-<div class="verse"><i>En homme</i> dont je veux que vous soyez la femme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_148">148</span>
-Cette locution n’a de remarquable que la façon dont Molière
-l’a placée. Clitandre agit <i>en homme qui</i> vous aime; c’est la manière
-de parler toute naturelle: <i>en homme</i> se rapporte au sujet
-<i>Clitandre</i>. Le sens et la grammaire sont d’accord.</p>
-
-<p>Mais: <i>ma fille</i>, considérez monsieur <i>en homme dont.....</i>, <i>en
-homme</i> ne se rapporte plus du tout au sujet, et semble prêter
-à une équivoque, comme si l’on disait: <i>Madame</i>, considérez
-ce malheur <i>en homme</i> courageux, c’est-à-dire, comme si vous
-étiez un homme courageux.</p>
-
-<p>Cette équivoque est ici impossible, et le sens saute aux yeux;
-mais enfin j’ai cru qu’il y avait matière à une observation, par
-rapport à la rigueur de l’exactitude grammaticale.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span>, à la manière de: <span class="t5">EN DIABLE</span>,
-voyez <a href="#diable"><span class="t5">DIABLE</span></a>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span> surabondant; <span class="t5">EN ÊTRE DE MÊME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est très-naturel, et j’<i>en suis bien de même</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Hé oui, la qualité! la raison <i>en</i> est belle!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Ah! ah! tu t’<i>en</i> avises,</div>
-<div class="verse8">Traître, <i>de</i> l’approcher de nous!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>de vous</i>, cher compère, il <i>en</i> est autrement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>De vous</i>, dans ce dernier exemple, est pour <i>quant à vous</i>,
-<i lang="la" xml:lang="la">de te</i>: quant à vous, il en est autrement. On ne peut donc pas
-dire que <i>en</i> y fasse un double emploi réel.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quels inconvénients auroient pu <i>s’en ensuivre</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Molière suivait ici la règle et l’usage de son temps.</p>
-
-<p>Le grammairien la Touche, dans son <i>Art de bien parler
-français</i>, dit, à l’article du verbe <i>s’ensuivre</i>: «Dans les temps
-composés, on met toujours la particule <i>en</i> devant l’auxiliaire
-<i>être</i>:&mdash;Ce qui <i>s’en</i> est <i>ensuivi</i>; les procédures qui s’<i>en</i> étaient
-<i>ensuivies</i>.» (T. II, p. 204.)</p>
-
-<p>Nos pères composaient avec <i>en</i> tous les verbes qui expriment
-une idée de mouvement, soit progrès, dérangement,
-métamorphose:&mdash;<i>S’ensauver</i>, <i>s’enpartir</i>, <i>s’endormir</i>, <i>s’entourner</i>,
-<i>s’enaller</i>, <i>s’enrepentir</i>, etc., etc. On disait de même
-activement, <i>enoindre</i>, <i>enamer</i>, <i>enappeler</i>, <i>ensuivre</i>, etc., dont
-les simples sont aujourd’hui seuls usités:</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_149">149</span>
-«Je n’ignore pas les lois de la nostre (politesse); j’aime à les
-<i>ensuivre</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span>)</div>
-
-<p>Ces verbes se construisaient encore avec la préposition <i>en</i>,
-même au commencement du 18<sup>e</sup> siècle. Fontenelle, dans l’<i>Histoire
-des oracles</i>: «Voyons ce qui s’<i>en</i> est <i>ensuivi</i>;» et l’abbé
-d’Olivet, dans sa <i>Prosodie</i>: «<i>De là</i> il <i>s’ensuit</i>...;» ce que
-M. Landais, avec sa confiance intrépide et accoutumée, ne manque
-pas d’appeler un solécisme, à cause, dit-il, de la répétition
-vicieuse des deux <i>en</i>.</p>
-
-<p>Il n’y a pas là de répétition vicieuse, ni de solécisme, non
-plus que lorsque nous disons d’un homme épris d’une femme:
-il <i>en</i> est <i>enflammé</i>; il <i>en</i> est <i>ensorcelé</i>;&mdash;vous avez ouvert la
-cage de ces oiseaux; il s’<i>en</i> est <i>envolé</i> deux.</p>
-
-<p><i>Ensuivre</i>, traduction d’<i lang="la" xml:lang="la">insequi</i>, comme <i>poursuivre</i> de
-<i lang="la" xml:lang="la">persequi</i>, est dans Nicot et dans Trévoux. Le dimanche <i>ensuivant</i>,
-pour <i>le dimanche suivant</i>, est du style de procédure.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Le lendemain, ne fut tenu, pour cause,</div>
-<div class="verse10">«Aucun chapitre; et <i>le jour ensuivant</i>,</div>
-<div class="verse10">«Tout aussi peu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Psautier.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#emmaigrir"><span class="t5">EMMAIGRIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span> <i>supprimé</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu <i>n’es pas</i> où tu crois. En vain tu files doux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous montrerai bien.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
-.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;</div>
-<div class="verse">Qu’on <i>n’est pas</i> où l’on croit, en me faisant injure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Sosie croit être dans le palais d’Amphitryon, Orgon croit
-être chez soi; et ni l’un ni l’autre ne s’abuse par cette croyance.
-Mais il s’agit ici d’un point moral, et non du lieu physique:
-c’est pourquoi je pense qu’il n’est pas permis de supprimer
-cet <i>en</i>, qui marque la différence des deux locutions <i>être quelque
-part</i> et <i>en être à.....</i></p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span>, relatif à un nom de personne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est pourquoi dépêchons, et cherche dans ta tête</div>
-<div class="verse">Les moyens les plus prompts d’<i>en</i> faire ma conquête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>De faire que Célie soit ma conquête.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_150">150</span>
-<div class="verse">Le plus parfait objet dont je serois charmé</div>
-<div class="verse">N’auroit pas mon amour, n’<i>en</i> étant point aimé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, si je n’en étais pas aimé.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#participe_present"><span class="t5">PARTICIPE PRÉSENT</span></a>, pour <i>si</i> suivi d’un
-conditionnel.)</p>
-
-<p>Arnolphe dit d’Agnès:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je l’aurai fait passer chez moi dès son enfance,</div>
-<div class="verse">Et j’<i>en</i> aurai chéri la plus tendre espérance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>L’espérance d’Agnès, c’est-à-dire que donnait Agnès.</p>
-
-<p class="cit">Ce n’est là qu’une ébauche du personnage; et, pour <i>en</i> achever le portrait,
-il faudroit bien d’autres coups de pinceau....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Mes justes soupçons chaque jour avoient beau me parler, j’<i>en</i> rejetois la
-voix qui vous rendoit criminel.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allons, cédons au sort dans mon affliction;</div>
-<div class="verse">Suivons-<i>en</i> aujourd’hui l’aveugle fantaisie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Le sort est personnifié dans cet exemple, comme les soupçons
-dans le précédent.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tandis qu’au milieu des <ins id="cor_7" title="boétiques">béotiques</ins> plaines</div>
-<div class="verse6">Amphitryon son époux</div>
-<div class="verse6">Commande aux troupes thébaines,</div>
-<div class="verse">Il <i>en</i> a pris la forme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> prol.)</div>
-
-<p>Jupiter a pris la forme d’Amphitryon.</p>
-
-<p class="ti" id="en_et_verbe">&mdash;<span class="t4">EN</span>, construit avec un verbe, avec
-<span class="t4">ALLER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut que ce soit elle, avec une parole</div>
-<div class="verse">Qui trouve le moyen de les faire <i>en aller</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Vous ne voulez pas <i>faire en aller</i> cet homme-là?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 2.)</div>
-
-<p>L’usage est fort ancien de supprimer le pronom réfléchi:</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a> et <a href="#pronom_reflechi"><span class="t5">PRONOM
-RÉFLÉCHI</span></a>.)</p>
-
-<p>Ne devrait-on pas écrire tout d’un mot <i>enaller</i>, comme <i>enflammer</i>,
-<i>s’envoler</i>, <i>s’enfuir</i>, et tous les composés avec <i>en</i>?</p>
-
-<p>Pourquoi la tmèse est-elle prescrite au participe passé de ce
-verbe, tandis qu’elle est défendue dans les analogues? Pourquoi
-faut-il absolument dire <i>il s’en est allé</i>, et ne peut-on dire
-<i>il s’en est volé</i>, <i>il s’en est flammé</i>?</p>
-
-<p>Le peuple dit toujours: <i>il s’est enallé</i>.</p>
-
-<p>Le livre des <i>Rois</i> tantôt fait la tmèse, et tantôt non.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_151">151</span>
-Ce qui a placé ce verbe dans une catégorie particulière,
-c’est peut-être l’irrégularité de ses formes à certains temps.</p>
-
-<p>On trouve, dès l’origine de la langue, <i>en aller</i> avec ou sans
-le pronom réfléchi:</p>
-
-<p class="cit">«A tant Samuel s’enturnad, e en Gabaa Benjamin <i>s’enalad</i>, e li altre
-<i>enalerent</i> od Saul.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 44.)</div>
-
-<p>On rencontre, à l’impératif, <i>en va</i>, sans le pronom, et
-<i>va-t-en</i>, avec le pronom:</p>
-
-<p class="cit">«Pur co, <i>enva</i> e oci e destrui Amalech.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 53.)</div>
-
-<p class="cit">«Truvad Cisnee, ki cusins fu Moysi, e bonement li dist: <i>Vat en</i> d’ici.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibidem.</i>)</div>
-
-<p class="ti" id="en_aller">&mdash;<span class="t4">EN (S’) ALLER</span>, pour <i>aller</i> simplement.
-Molière affectionne la première forme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, notaire royal.&mdash;De plus, homme d’honneur.</div>
-<div class="verse">&mdash;Cela <i>s’en va sans dire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Le commissaire viendra bientôt, et l’on <i>s’en va</i> vous mettre en lieu où
-l’on me répondra de vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> III. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais son valet m’a dit qu’il <i>s’en alloit</i> descendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>devoir</i>; <span class="t5">EN DEVOIR A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il ne vous <i>en doit rien</i>, madame, en dureté de cœur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Princ. d’Él.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>donner</i> et <i>jouer</i>; <span class="t5">EN DONNER D’UNE</span>, et <span class="t5">EN
-JOUER D’UNE AUTRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Bon, bon! tu voudrois bien ici <i>m’en donner d’une</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour toi premièrement, puis pour ce bon apôtre,</div>
-<div class="verse">Qui veut <i>m’en donner d’une, et m’en jouer d’une autre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Le mot de l’ellipse paraît être le substantif <i>bourde</i> ou plutôt
-<i>bourle</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#bourle"><span class="t5">BOURLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>être</i>; <span class="t5">EN ÊTRE JUSQU’A</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, <i>j’en suis</i> souvent <i>jusqu’à verser des larmes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché</i>, I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>payer</i>:</p>
-
-<p class="cit">Non, en conscience, vous <i>en payerez</i> cela.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_152">152</span>
-&mdash;Avec <i>planter</i>; <span class="t5">EN PLANTER A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais les tours rusés et les subtiles trames</div>
-<div class="verse">Dont, pour <i>nous en planter</i>, savent user les femmes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>En</i> figure ici le mot <i>cornes</i>, qu’on laisse de côté par bienséance
-et discrétion.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>pouvoir</i>; <span class="t5">N’EN POUVOIR MAIS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6">.... Ayant de la manière</div>
-<div class="verse">Sur ce qui <i>n’en peut mais</i> déchargé sa colère.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-ce que <i>j’en puis mais</i>? Lui seul en est la cause.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p><i>Mais</i> est le latin <i lang="la" xml:lang="la">magis</i>, qu’on prononçait, dans l’origine,
-en deux syllabes: <i>ma-his</i>, l’aspiration remplaçant le <i>g</i> du
-latin. <i>Mais</i> signifie donc <i>plus</i>, <i>davantage</i>; et <i>je n’en puis
-mais</i>, <i lang="la" xml:lang="la">non possum magis</i>, c’est-à-dire, je n’en puis rien, pas
-plus que vous ne voyez.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN POUVOIR QUE DIRE</span>, locution elliptique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Beaucoup d’honnêtes gens <i>en pourroient bien que dire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Pourraient bien avoir ou savoir que dire de cela.</p>
-
-<p><i>Que</i> représente ici <i lang="la" xml:lang="la">quod</i>, comme dans cette locution: <i>faire
-que sage</i>; c’est faire ce que fait le sage.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN</span>, construit avec un substantif ou un adverbe;
-<span class="smcap">en Alger</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il va vous emmener votre fils <i>en Alger</i>.&mdash;On t’emmène esclave <i>en
-Alger</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 11.)</div>
-
-<p>Cette façon de parler est née de l’horreur de nos pères pour
-l’hiatus, même en prose. <i>A Alger</i>, leur paraissait intolérable.
-En pareil cas, ils appelaient à leur secours les consonnes euphoniques,
-dont l’<i>n</i> était une des principales, et disaient:
-Aller <span class="t5">A</span>(<i>n</i>) Alger. L’identité de prononciation a fait écrire par
-<i>e</i>, <i>en Alger</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je serai marié, si l’on veut, <i>en Alger</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i><abbr title="Le Menteur">Le Ment.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Aujourd’hui, que l’euphonie de notre langue a été détruite
-par l’intrusion des habitudes étrangères, tous les journaux
-<span class="pagenum" id="Page_153">153</span>
-écrivent, et l’on prononce, <i>à Alger</i>. Cela s’appelle un perfectionnement
-logique.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN-BAS</span>, <span class="t5">EN-HAUT</span>, considérés comme substantifs,
-et recevant encore devant eux la préposition <i>en</i>:</p>
-
-<p class="cit">Qu’est ceci? vous avez mis les fleurs <i>en en-bas</i>?&mdash;Vous ne m’aviez pas
-dit que vous les vouliez <i>en en-haut</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p>Nicot écrit d’un seul mot <i>embas</i>, <i>enhault</i>. Perrault, parlant
-de la feuille d’arbre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Lorsque l’hiver répand sa neige et ses frimas,</div>
-<div class="verse">«Elle quitte sa tige, et descend <i>en en-bas</i>.»</div>
-</div>
-
-<p>«Ce mot, en de certaines occasions, doit être regardé
-comme substantif, car on lui donne une préposition.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN DÉPIT QUE</span>..... Voyez <a href="#depit"><span class="t5">DÉPIT</span></a>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN LA PLACE DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qui des rois, hélas! heureux petit moineau,</div>
-<div class="verse8">Ne voudrait être <i>en</i> votre place!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="encanailler">ENCANAILLER (S’), néologisme en 1663:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Climène</span> (<i>précieuse</i>).&mdash;..... Le siècle <i>s’encanaille</i>
-furieusement!</p>
-
-<p class="citrep"><span class="smcap">Élise.</span>&mdash;Celui-là est joli encore, <i>s’encanaille</i>! Est-ce vous qui
-l’avez inventé, madame?</p>
-
-<p class="citrep"><span class="smcap">Climène.</span>&mdash;Hé!</p>
-
-<p class="citrep"><span class="smcap">Élise.</span>&mdash;Je m’en suis bien doutée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des f.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p>Il paraît que ce mot fit un établissement rapide, car il est dans
-Furetière (1684), et sans observation.</p>
-
-<p><i>S’enducailler</i>, que Chamfort avait fait par représailles, n’a
-pas eu le même bonheur, sans doute parce qu’il était moins
-nécessaire.</p>
-
-<p class="item" id="encens">ENCENS, au pluriel; <span class="t5">DES ENCENS</span>, des hommages,
-des louanges:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet empire, que tient la raison sur les sens,</div>
-<div class="verse">Ne fait pas renoncer aux douceurs <i>des encens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Aux encens</i> qu’elle donne à son héros d’esprit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,</div>
-<div class="verse">Qu’un auteur qui partout va gueuser <i>des encens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_154">154</span>
-ENCHÈRE; <span class="t5">PORTER LA FOLLE ENCHÈRE DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous pourriez bien <i>porter la folle enchère de tous les autres</i>, et vous
-n’avez point de père gentilhomme.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p><i>Porter la folle enchère</i>, c’est couvrir à soi seul les mises de
-tous les autres enchérisseurs, demeurer seul responsable et
-payer pour tout le monde, et un peu encore au delà.</p>
-
-<p class="item" id="enclouure">ENCLOUURE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De l’argent, dites-vous: ah! voilà <i>l’enclouure</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="cit">On a deviné l’<i>enclouure</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>L’<i>enclouure</i> est, au propre, la plaie secrète d’un cheval que
-le maréchal a piqué jusqu’au vif en le ferrant, et qui fait
-boîter la bête. Comme il est très-difficile de reconnaître au dehors
-lequel des clous perce trop avant, on est quelquefois
-obligé de dessoler entièrement le cheval.</p>
-
-<p>De là, le sens figuré de cette expression: <i>deviner l’enclouure</i>.</p>
-
-<p>Nicot ne donne que <i>enclouer</i>, d’où il paraîtrait que le substantif
-est plus moderne; mais on le rencontre dès le <span class="t5">XIII</span><sup>e</sup> siècle:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Li rois qui payens asseure</div>
-<div class="verse">«Panse bien cette <i>encloeure</i> (enclouvéure).»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Complainte de Constantinoble</i>, p. 29.)</div>
-
-<p class="item" id="encore">ENCORE QUE, quoique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5"><i>Encor que</i> son retour</div>
-<div class="verse">En un grand embarras jette ici mon amour....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Les Italiens disent de même <i lang="la" xml:lang="la">ancora che</i>.</p>
-
-<p class="cit">«<i>Encore qu’</i>ils soient fort opposés à ceux qui commettent des crimes...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 8<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>La Fontaine affectionne cette expression; elle revient très-souvent
-aussi dans les <i>Provinciales</i>.</p>
-
-<p><i>Encore que</i>, pour la construction, est autre que <i>quoique</i>. <i>Quoi</i>
-n’est pas un adverbe, c’est un pronom neutre à l’accusatif; on
-ne devrait donc, à la rigueur, l’employer que devant un verbe
-dont il pût recevoir l’action: <i>quoi que</i> vous disiez; <i>quoi qu’il</i>
-fasse. Ainsi l’on ne devrait pas dire: <i>quoi qu’ils</i> soient opposés,
-parce que rien ici ne gouverne <i>quoi</i>. En latin: <i lang="la" xml:lang="la">quod cumque
-agas</i>, et <i lang="la" xml:lang="la">quamvis sint oppositi</i>. Il faut, en français, prendre
-<span class="pagenum" id="Page_155">155</span>
-l’autre expression, <i>encore que</i>. C’est par abus et par oubli de
-la valeur des mots qu’on a laissé <i>quoique</i> passer pour adverbe,
-et en cette qualité usurper indistinctement toutes les positions,
-au point d’étouffer comme inutile l’autre forme.</p>
-
-<p class="item" id="endiabler">ENDIABLER (S’) <span class="t5">A</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">Chacun <i>s’est endiablé à me croire</i> médecin.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item">ENFLÉ <span class="t5">D’UNE NOUVELLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et quand je puis venir, <i>enflé d’une nouvelle</i>,</div>
-<div class="verse">Donner à son repos une atteinte mortelle,</div>
-<div class="verse">C’est lors que plus il m’aime.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item">ENFONCÉ, par métaphore comme <i>plongé</i>: <span class="t5">ENFONCÉ
-DANS LA COUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est <i>fort enfoncé dans la cour</i>; c’est tout dit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item">ENGAGÉ <span class="t5">DE PAROLE AVEC QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’étois, par les doux nœuds d’une amour mutuelle,</div>
-<div class="verse"><i>Engagé de parole avecque cette belle</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="engagement">ENGAGEMENT, condition d’être engagé:</p>
-
-<p class="cit"><i>L’engagement</i> ne compatit point avec mon humeur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="engendrer">ENGENDRER la <span class="t5">MÉLANCOLIE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Allons, morbleu! il ne faut point <i>engendrer de mélancolie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ENGENDRER (S’)</span>, se donner un gendre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma foi, je <i>m’engendrois</i> d’une belle manière!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Que vous serez bien <i>engendré</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Remarquez que dans <i>gendre</i>, <i>engendrer</i>, le <i>d</i> est euphonique,
-attiré entre l’<i>n</i> et l’<i>r</i>, qui se trouvent rapprochés après la syncope
-du mot latin: <i lang="la" xml:lang="la">gen(era)re</i>, <i lang="la" xml:lang="la">gen(e)rum</i>. C’est ainsi que
-<i>Vendres</i> représente <i lang="la" xml:lang="la">Veneris</i>, dans le nom de <i>Port-Vendres</i>,
-<i lang="la" xml:lang="la">portus Ven(e)ris</i>. Les Grecs disaient de même ἀνδρός pour ἀνρός,
-syncope d’ἀνερός.</p>
-
-<p><i>Nr</i> attirait le <i>d</i> intermédiaire; <i>ml</i> attirait le <i>b</i>. De <i lang="la" xml:lang="la">humilem</i>,
-on fit d’abord <i lang="la" xml:lang="la">humele</i>, qui se lit dans les plus anciens textes;
-puis, par syncope, <i>humle</i>; et enfin <i>humble</i>.</p>
-
-<p>Les lois de l’euphonie sont les mêmes en tout temps comme
-<span class="pagenum" id="Page_156">156</span>
-en tous lieux; seulement elles sont mieux obéies par les peuples
-naissants que par les peuples vieillis. Il semble que, chez
-les derniers, la langue soit devenue plus souple à proportion
-que l’oreille devenait plus dure.</p>
-
-<p class="item" id="enger">ENGER. Voyez <a href="#anger"><span class="t5">ANGER</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="engloutir">ENGLOUTIR <span class="t5">LE CŒUR</span>:</p>
-
-<p class="cit">Pouas! vous <i>m’engloutissez le cœur</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="engrosser">ENGROSSER:</p>
-
-<p class="cit">N’a-t-il pas fallu que votre père ait <i>engrossé</i> votre mère pour vous faire?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Ce mot ne serait plus souffert sur la scène, à cause du progrès des mœurs.</p>
-
-<p class="item" id="ennuyer">ENNUYER (S’); <span class="t5">JE M’ENNUIE</span>, <span class="t5">IL M’ENNUIE</span>,
-absolument, sans complément; et <span class="t5">IL M’ENNUIE DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Lorsque j’étois aux champs, n’a-t-il point fait de pluie?</div>
-<div class="verse">&mdash;Non.&mdash;<i>Vous ennuyoit-il?</i>&mdash;Jamais <i>je ne m’ennuie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Il vous ennuyoit</i> d’être maître chez vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Molière, pour ce verbe, a mis en présence l’ancienne locution
-et la nouvelle; l’ancienne, qui est la seule logique: <i>il
-m’ennuie</i>, comme <span lang="la" xml:lang="la"><i>tædet</i>, <i>pœnitet</i></span>; et la moderne, aujourd’hui
-seule usitée: <i>je m’ennuie</i>, comme <i>je me repens</i>, quoique la
-forme réfléchie n’ait ici aucun sens, puisque l’on n’ennuie ni
-ne repent soi-même. Mais l’usage!...</p>
-
-<p>Il faut, au surplus, observer que <i>se repentir</i> était usité dès
-le <span class="t5">XII</span><sup>e</sup> siècle:</p>
-
-<p class="cit">«Deu <i>se repenti</i> que ont fait rei Saul.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 54.)</div>
-
-<p>Et la glose marginale:</p>
-
-<p class="cit">«Deu ne <i>se</i> puet pas <i>repentir</i> de chose qu’il face.»</p>
-
-<p class="cit">«Il n’est pas huem ki <i>se repente</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 57.)</div>
-
-<p>On trouve à côté de cette forme réfléchie la forme impersonnelle.</p>
-
-<p class="cit">«Ore, dit Dieu, ore <i>m’enrepent</i> que fait ai Saul rei sur Israel.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 54.)</div>
-
-<p>Il m’enrepent, <i lang="la" xml:lang="la">me pœnitet</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_157">157</span>
-ENQUÊTER <span class="t5">(S’) DE</span>, <i>s’enquérir</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ils ne <i>s’enquêtent</i> point <i>de cela</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p><i>Quester</i>, par syncope de <i lang="la" xml:lang="la">quæs(i)tare</i>. <i lang="la" xml:lang="la">Quærere</i>
-a donné <i>querir</i>.</p>
-
-<p class="item" id="enrager">ENRAGER <span class="t5">QUE</span>, à cause que:</p>
-
-<p class="cit"><i>J’enrage que</i> mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait étudier dans
-toutes les sciences, quand j’étois jeune.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. gent.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item">ENROUILLÉ. Voyez <a href="#savoir_enrouille"><span class="t5">SAVOIR ENROUILLÉ</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="ensevelir">ENSEVELIR (S’) <span class="t5">DANS UNE PASSION</span>:</p>
-
-<p class="cit">La belle chose que de..... <i>s’ensevelir</i> pour toujours <i>dans une passion</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Molière a dit de même <i>s’enterrer dans un mari</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#enterrer"><span class="t5">ENTERRER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="ensuite">ENSUITE <span class="t5">DE</span>...</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il voudroit vous prier <i>ensuite de l’instance</i></div>
-<div class="verse">D’excuser de tantôt son trop de violence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>On devrait écrire séparément <i>en suite de</i>, par suite de.</p>
-
-<p class="cit">&mdash;«<i>En suite des</i> premiers compliments.&mdash;<i>En suite de</i> tant de veilles.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 370 et 377.)</div>
-
-<p class="cit">..... «Une réponse exacte, <i>en suite de laquelle</i> je crois que vous n’aurez
-pas envie de continuer cette sorte d’accusation.</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> 11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Filiutius n’avoit garde de laisser les confesseurs dans cette peine: c’est
-pourquoi, <i>en suite de ces paroles</i>, il leur donne cette méthode facile
-pour en sortir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(10<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Cette locution est très-fréquente dans Pascal.</p>
-
-<p class="item" id="entendre">ENTENDRE (<span class="t5">L’</span>), mis absolument, comme on dirait
-<i>s’y entendre</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je pensois faire bien.&mdash;Oui! c’étoit fort <i>l’entendre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Le français, surtout celui du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, a une foule de
-locutions où l’article s’emploie ainsi sans relation grammaticale,
-et par rapport à un substantif sous-entendu, dont l’idée, bien
-que vague, est assez claire.</p>
-
-<p class="item" id="enterrer">ENTERRER, figurément; <span class="t5">S’ENTERRER DANS UN MARI</span>:</p>
-
-<p class="cit">Mon dessein n’est pas..... de <i>m’enterrer toute vive dans un mari</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_158">158</span>
-<i>S’enterrer dans un mari</i>, comme <i>s’ensevelir dans une passion</i>.
-(Voyez <a href="#ensevelir"><span class="t5">ENSEVELIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">ENTÊTEMENT, en bonne part, passion obstinée:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’aime la poésie <i>avec entêtement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="enthousiasme">ENTHOUSIASME, à peu près dans le sens de <i>frénésie</i>:</p>
-
-<p class="cit">Mais voyez quel diable d’<i>enthousiasme</i> il leur prend de me venir chanter
-aux oreilles comme cela!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Prologue de la Princesse d’Élide">Prol. de la Pr. d’Él.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="item">ENTICHÉ:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous en êtes un peu dans votre âme <i>entiché</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Ce mot remonte à l’origine de la langue.</p>
-
-<p class="cit">«Sathanas se elevad encuntre Israel, e <i>enticha</i> David que il feist anumbrer
-ces de Israel e ces de Juda.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 215.)</div>
-
-<p><span lang="la" xml:lang="la"><i>Taxa</i>, <i>taxare aliquem.</i></span> D’où <i>teche</i>, <i>techer</i>, ou <i>tache</i>,
-<i>tacher</i>. <i>Entacher</i>, <i>enticher</i>, <i>tacher</i>, <i>tasser</i> et <i>taxer</i>, ont la même
-origine: <i lang="la" xml:lang="la">taxare</i>. Mais la date relative de leur naissance se révèle
-par leur forme matérielle.</p>
-
-<p class="item" id="entrecouper">ENTRECOUPER (S’) <span class="t5">DE QUESTIONS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ensuite, s’il vous plaît?&mdash;<i>Nous nous entrecoupâmes</i></div>
-<div class="verse"><i>De mille questions</i> qui nous pouvoient toucher.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="entremettre">ENTREMETTRE (S’) <span class="t5">DE</span>....:</p>
-
-<p class="cit">Ah, ah! c’est toi, Frosine? Que viens-tu faire ici?&mdash;Ce que je fais partout
-ailleurs: <i>m’entremettre d’affaires</i>, me rendre serviable aux gens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Locution qui remonte à l’origine de la langue:</p>
-
-<p class="cit">«Saül aveit osted de la terre ces ki <i>s’entremeteient d’enchantement e de
-sorcerie</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 108.)</div>
-
-<p class="item" id="entrer">ENTRER, construit avec divers substantifs. <span class="t5">ENTRER
-DEDANS L’ÉTONNEMENT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="verse"><i>N’entrez pas</i> tout à fait <i>dedans l’étonnement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ENTRER DANS LES MOUVEMENTS D’UN CŒUR</span>, s’y
-associer:</p>
-
-<p class="cit">C’est que <i>tu n’entres point dans tous les mouvements
-D’un cœur</i>, hélas! rempli de tendres sentiments.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_159">159</span>
-&mdash;<span class="t4">ENTRER EN DÉSESPOIR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’accord que son père a conclu pour ce soir</div>
-<div class="verse">La fait à tous moments <i>entrer en désespoir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN UNE HUMEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’entre en une humeur noire</i>, en un chagrin profond,</div>
-<div class="verse">Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>J’entre en une vénération</i> qui me transit de respect envers ceux qu’il
-(Dieu) me semble avoir choisis pour ses élus.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 344.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Colette <i>entra dans des peurs</i> nonpareilles.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Berceau.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Car, mes pères, puisque vous m’obligez d’<i>entrer dans ce discours</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ENTRER SOUS DES LIENS</span>, se marier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce n’est pas à mon cœur qu’il faut que je défère</div>
-<div class="verse8">Pour <i>entrer sous de tels liens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="entriguet">ENTRIGUET. Voyez <a href="#intriguet"><span class="t5">INTRIGUET</span></a>.</p>
-
-<p class="item">ENTRIPAILLÉ:</p>
-
-<p class="cit">Un roi, morbleu, qui soit <i>entripaillé</i> comme il faut.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="item" id="envers">ENVERS, préposition, construite avec un verbe:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="verse">Je vois qu’<i>envers</i> mon frère on tâche à me <i>noircir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#vers"><span class="t5">VERS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">ENVERS <span class="t5">DU BON SENS</span>, substantivement:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="verse"><i>Un envers du bon sens</i>, un jugement à gauche.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="item" id="envies">ENVIES, au pluriel:</p>
-
-<p class="cit">J’en avois pour moi <i>toutes les envies du monde</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="envoyer">ENVOYER <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, l’envoyer chercher:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Armande, prenez soin <i>d’envoyer au notaire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour dresser le contrat <i>elle envoie au notaire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ibidem">Ib.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="item">ÉPARGNE <span class="t5">DE BOUCHE</span>, pour <i>sobriété</i>:</p>
-
-<p class="cit">Premièrement, elle est nourrie et élevée dans une grande <i>épargne de
-bouche</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_160">160</span>
-ÉPAULER <span class="t5">DE SES LOUANGES</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est bien la moindre chose que nous devions faire que d’<i>épauler de nos
-louanges</i> le vengeur de nos intérêts.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p class="item">ÉPÉE <span class="t5">DE CHEVET</span>, métaphoriquement:</p>
-
-<p class="cit">Toujours parler d’argent! voilà leur <i>épée de chevet</i>, de l’argent!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>L’épée accrochée au chevet du lit est l’arme sur laquelle on
-saute tout d’abord, pour se défendre d’une surprise nocturne.</p>
-
-<p class="item">ÉPIDERME, féminin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La beauté du visage est un frêle ornement,</div>
-<div class="verse">Une fleur passagère, un éclat d’un moment,</div>
-<div class="verse">Et qui n’est attaché qu’<i>à la simple épiderme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p>L’Académie fait ce mot masculin. Il est vrai que δέρμα est
-neutre en grec, et que nos médecins ont fait <i>derme</i> masculin.
-Mais <i>derme</i> est un terme scientifique récent; <i>épiderme</i> est ancien,
-et du commun usage; et comme il réveille l’idée de <i>la
-peau</i>, il paraissait plus naturel qu’il fût aussi féminin.</p>
-
-<p class="item">ÉPINES; <span class="t5">AVOIR L’ESPRIT SUR DES ÉPINES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>N’ayez point</i> pour ce fait <i>l’esprit sur des épines</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p>On ne comprend pas que des épines matérielles puissent piquer
-l’esprit, qui est immatériel.</p>
-
-<p class="item">ÉPOUSE:</p>
-
-<p class="pers">DON JUAN.</p>
-
-<p class="cit">Comment se porte madame Dimanche, <i>votre épouse</i>?.... C’est une
-brave <i>femme</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Il est vraisemblable que don Juan emploie ici ce mot <i>épouse</i>
-par moquerie des gens d’état, comme M. Dimanche, qui
-trouvent <i>ma femme</i> une expression trop basse, et croient <i>mon
-épouse</i> un terme bien plus digne et relevé.</p>
-
-<p>Et, comme pour mieux faire ressortir cette emphase ironique,
-don Juan, en homme sûr de son aristocratie, ajoute tout de
-suite cette expression familière: <i>C’est une brave femme</i>.</p>
-
-<p>Madame Jacob, revendeuse à la toilette et sœur de M. Turcaret,
-parlant à une baronne, n’a garde non plus de dire <i>mon
-mari</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_161">161</span>
-«Il fait bien pis, le dénaturé qu’il est! il m’a défendu l’entrée de sa
-maison, et il n’a pas le cœur d’employer <i>mon époux</i>!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Turcaret.</i> IV. 12.)</div>
-
-<p class="item">ÉPOUSER <span class="t5">LES INQUIÉTUDES DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Le mien (mon maître) me fait ici <i>épouser ses inquiétudes</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 1.)</div>
-
-<p>Molière dit, dans le même sens, <i>prendre la vengeance, le
-courroux de quelqu’un</i>. (Voyez <a href="#prendre"><span class="t5">PRENDRE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">ÉPOUSTER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui-dà, très-volontiers, je <i>l’épousterai bien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Molière a contracté par licence le futur d’<i>épousseter</i>, consultant
-la prononciation plutôt que la grammaire.</p>
-
-<p class="item">ÉPURÉ <span class="t5">DU COMMERCE DES SENS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il n’a laissé dans mon cœur, pour vous, qu’<i>une flamme épurée de tout le
-commerce des sens</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="escampativos">ESCAMPATIVOS, mot espagnol ou de forme espagnole,
-<i>des échappées</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ah! je vous y prends donc, madame ma femme! et vous faites des <i>escampativos</i>
-pendant que je dors!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="escoffion">ESCOFFION, bonnet de femme, cornette:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’abord leurs <i>escoffions</i> ont volé par la place.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<p>La racine est l’italien <i lang="it" xml:lang="it">scuffia</i>, devant lequel on ajoute l’<i>é</i>,
-comme dans <i>éponge</i>, <i>esprit</i>, et tous les mots qui commencent
-par ces deux consonnes <i>st</i>, <i>sp</i>, <i>sq</i>, pour éviter d’articuler la
-première.</p>
-
-<p>Au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, la reine de Navarre écrit, ou plutôt ses éditeurs
-lui font écrire, <i>scofion</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Un lit de toile fort desliée... et la dame seule dedans, avec son <i>scofion</i>
-et chemise, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Heptaméron</i>, <i>nouv.</i> 14.)</div>
-
-<p class="item">ESPÉRANCE <span class="t5">(L’) DE QUELQU’UN</span>, l’espérance ou les
-espérances qu’il donne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je l’aurai fait passer chez moi dès son enfance,</div>
-<div class="verse">Et j’<i>en</i> aurai chéri <i>la plus tendre espérance</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Je me serai complu dans les espérances que donnait Agnès.
-Cette expression est embarrassée et peu claire.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_162">162</span>
-ESPÉRER A, espérer dans:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>j’espère aux bontés</i> qu’une autre aura pour moi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>«J’espère dans les bontés.» (Voyez <a href="#au_et_aux"><span class="t5">AU</span>,
-<span class="t5">AUX</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="esprit">ESPRIT <span class="t5">CHAUSSÉ A REBOURS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout ce que vous avez été durant vos jours,</div>
-<div class="verse">C’est-à-dire un <i>esprit chaussé tout à rebours</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE ÉCLATER UN ESPRIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne suis point d’humeur à vouloir contre vous</div>
-<div class="verse"><i>Faire éclater</i>, madame, <i>un esprit</i> fort jaloux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p class="item" id="essayer">ESSAYER A, suivi d’un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-ce donc que par là vous voulez <i>essayer</i></div>
-<div class="verse"><i>A réparer</i> l’accueil dont je vous ai fait plainte?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’ose maintenant vous conjurer, madame,</div>
-<div class="verse">De ne point <i>essayer à rappeler</i> un cœur</div>
-<div class="verse">Résolu de mourir dans cette douce ardeur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="essuyer">ESSUYER, subir; <span class="t5">ESSUYER LA BARBARIE</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots, que <i>d’essuyer</i>
-sur des compositions <i>la barbarie</i> d’un stupide.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LA CERVELLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On n’a point à louer les vers de messieurs tels,</div>
-<div class="verse">A donner de l’encens à madame une telle,</div>
-<div class="verse">Et de nos francs marquis <i>essuyer la cervelle</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#cervelle"><span class="t5">CERVELLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">UN COMBAT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne m’étonne pas; au <i>combat</i> que <i>j’essuie</i>,</div>
-<div class="verse">De voir prendre à monsieur la thèse qu’il appuie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">UNE CONVERSATION</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces conversations ne font que m’ennuyer,</div>
-<div class="verse">Et c’est trop que vouloir me les faire <i>essuyer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="est">EST <i>après un pluriel</i>. Voyez <a href="#c_est"><span class="t5">C’EST</span></a>
-<i>après un pluriel</i>.</p>
-
-<p class="item" id="est-ce">EST-CE.... <span class="t5">OU SI</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>est-ce</i> un coup bien sûr que votre seigneurie</div>
-<div class="verse">Soit désenamourée? <i>ou si</i> c’est raillerie?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_163">163</span>
-De grâce, <i>est-ce</i> pour rire, <i>ou si</i> tous deux vous extravaguez, de vouloir
-que je sois médecin?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item">EST-CE PAS, pour <i>n’est-ce pas</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Lubin.</span> Il aura un pied de nez avec sa jalousie, <i>est-ce pas</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">Georg. Dand.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#item_N"><span class="t5">NE</span></a> <i>supprimé dans une forme interrogative</i>.)</p>
-
-<p class="item">EST-IL DE (un substantif), est-il quelque:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Est-il</i> pour nous, ma sœur, <i>de</i> plus rude disgrâce?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Marmontel a dit pareillement dans <i>le Sylvain</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse5">«<i>Est-il de puissance</i></div>
-<div class="verse5">«Qui rompe ces nœuds?»</div>
-</div>
-
-<p class="item" id="estime">ESTIME, comme les mots <i>ressentiment</i>, <i>heur</i>, <i>succès</i>,
-recevant une épithète qui en détermine l’acception
-favorable ou défavorable:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est de mon jugement avoir <i>mauvaise estime</i>,</div>
-<div class="verse">Que douter si j’approuve un choix si légitime.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ESTIME DE</span>, comme <i>réputation de</i>; <span class="t5">ÊTRE EN ESTIME
-D’HOMME D’HONNEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En quelle <i>estime</i> est-il, mon frère, auprès de vous?</div>
-<div class="verse">&mdash;<i>D’homme d’honneur, d’esprit, de cœur et de conduite.</i></div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ESTIME</span> au sens passif, pour l’estime qu’on inspire.
-Voyez <a href="#mon_estime"><span class="t5">MON ESTIME</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="estoc">ESTOC; <span class="t5">PARLER D’ESTOC ET DE TAILLE</span>, au hasard:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’importe, <i>parlons-en et d’estoc et de taille</i>,</div>
-<div class="verse7">Comme oculaire témoin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Par allusion à cette expression, <i>frapper d’estoc et de taille</i>,
-désespérément, comme l’on peut.</p>
-
-<p>L’<i>estoc</i> est la pointe de l’épée, ou l’épée elle-même, longue
-et pointue. La racine est <i lang="la" xml:lang="la">stocum</i>, avec l’<i>e</i> initial, comme dans
-tous les mots commençant en latin par <i>st</i>, <i>sp</i>.</p>
-
-<p>Voyez Du Cange, aux mots <span lang="la" xml:lang="la"><i>Stocum</i>, <i>Stochus</i></span> et
-<i lang="la" xml:lang="la">Estoquum</i>.</p>
-
-<p>L’expression <i>d’estoc et de taille</i> remonte très-haut, car on
-la trouve dans les chartes du moyen âge:</p>
-
-<p class="cit" lang="la"><span class="pagenum" id="Page_164">164</span>
-«Diversis vulneribus <i>tam de taillo quam de stoquo</i> vulnerare dicuntur.»</p>
-
-<div class="citsrc" lang="la" xml:lang="la">(Ap. Cang. in <i>stoquum litt. rem.</i> ann. 1364.)</div>
-
-<p>D’<i>estoc</i> vient le verbe <i>estoquer</i> (<i>étoquer</i>), encore usité en Picardie.
-<i>Toquer</i>, dont se sert le peuple, paraît plutôt abrégé
-<i>d’étoquer</i>, que formé sur l’onomatopée de <i>toc</i>.</p>
-
-<p>Le radical de cette famille de mots est l’allemand <i lang="de" xml:lang="de">stock</i>,
-canne, bâton; anglais, <i lang="en" xml:lang="en">stick</i>; latin, <i lang="la" xml:lang="la">stocum</i>; italien,
-<i lang="it" xml:lang="it">stocco</i>; espagnol, <span lang="es" xml:lang="es"><i>estoque</i>, <i>estoquear</i></span>;
-français, <i>estoc</i>, <i>estoquer</i>.</p>
-
-<p class="item">ÉTAGE <span class="t5">DE VERTU</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est <i>un haut étage de vertu</i> que cette pleine insensibilité où ils veulent
-faire monter notre âme.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="item">ÉTAT, façon de se vêtir, comme l’on dit aujourd’hui
-<i>la mise</i>; <span class="t5">PORTER UN ÉTAT</span>:</p>
-
-<p class="cit">Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir <i>l’état</i> que vous <i>portez</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE ÉTAT DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Dis à ta maîtresse</div>
-<div class="verse">Qu’avecque ses écrits elle me laisse en paix,</div>
-<div class="verse">Et que voilà <i>l’état</i>, infâme, <i>que j’en fais</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle m’a répondu, tenant son quant-à-soi:</div>
-<div class="verse">Va, va, <i>je fais état de lui comme de toi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il connoîtra <i>l’état que l’on fait de ses feux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Afin de lui faire connoître</div>
-<div class="verse"><i>Quel grand état je fais de ses nobles avis</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE ÉTAT DE</span> (un infinitif), compter sur, être
-certain de....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sinon, <i>faites état de m’arracher</i> le jour,</div>
-<div class="verse">Plutôt que de m’ôter l’objet de mon amour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Pascal a dit, <i>faire état que</i>, comme <i>compter que</i>:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Faites état que</i> jamais les Pères, les papes, les conciles....... n’ont
-parlé de cette sorte.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 3<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="et_le_reste">ET LE RESTE; c’était la traduction consacrée d’<i>et
-cætera</i>, qu’on met aujourd’hui sans scrupule en latin:</p>
-
-<p class="cit">Je ne manque point de livres qui m’auroient fourni tout ce qu’on peut
-dire de savant sur la tragédie et la comédie, l’étymologie de toutes deux,
-leur origine, leur définition, <i>et le reste</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface des Précieuses ridicules">Préf. des Préc. rid.</abbr></i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_165">165</span>
-<div class="verse8">«Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,</div>
-<div class="verse8">«Bon souper, bon gîte, <i>et le reste</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Les deux <abbr title="Pigeons">Pig.</abbr></i>)</div>
-
-<p>C’est-à-dire: bon souper, bon gîte, <i lang="la" xml:lang="la">et cætera</i>. Les commentateurs,
-qui entendent finesse à tout et sont toujours prêts à
-enrichir leur auteur, ont supposé que la Fontaine avait créé
-cette expression pour faire, en termes chastes, allusion aux
-mœurs amoureuses de ses héros: sur quoi ils lui ont donné de
-grandes louanges. L’intention peut y être, mais ce ne serait
-qu’une application d’une façon de parler usuelle.</p>
-
-<p class="item" id="etonne">ÉTONNÉ QUE:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je fus étonné que</i>, deux jours après, il me montra toute l’affaire exécutée...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface de la Critique de l’École des femmes">Préf. de la Crit.
-de l’Éc. des Fem.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item">ÊTRE pour <i>aller</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>nous fûmes</i> coucher sur le pays exprès,</div>
-<div class="verse">C’est-à-dire, mon cher, en fin fond de forêts.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">A peine <i>ai-je été</i> les voir trois ou quatre fois, depuis que nous sommes à
-Paris.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">Et en Hollande, où <i>vous fûtes</i> ensuite?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LUCAS</span>. Il se relevit sur ses pieds, et <i>s’en fut</i> jouer à la fossette.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Toutes mes études <i>n’ont été</i> que jusqu’en sixième.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On servit. Tête à tête ensemble nous soupâmes,</div>
-<div class="verse">Et, le soupé fini, <i>nous fûmes</i> nous coucher.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je lui ai défendu de bouger, à moins que <i>j’y fusse</i> moi-même.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Pascal fait le même usage du verbe <i>être</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Je le quittai après cette instruction; et, bien glorieux de savoir le nœud
-de l’affaire, <i>je fus trouver</i> M. N***...»</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Et, de peur de l’oublier, <i>je fus</i> promptement retrouver mon janséniste.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE A MÊME DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Afin de m’appuyer de bons secours..... et d’<i>être à même des consultations
-et des ordonnances</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>C’est être dans la chose même, au centre de la chose dont
-il s’agit; par conséquent aussi bien placé que possible pour en
-contenter son désir.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_166">166</span>
-On dit <i>être à même</i>, ou <i>à même de</i>, avec ou sans complément:</p>
-
-<p class="cit">«On demanda, à un philosophe que l’on surprist <i>à mesmes</i>, ce qu’il faisoit.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 12.)</div>
-
-<p>Que l’on surprit au milieu de l’action.</p>
-
-<p>La version des Rois dit <i>en meime</i>, suivi du substantif auquel
-s’accorde <i>même</i>:</p>
-
-<p class="cit" id="err_3">«E cumandad à ses fils que il à sa mort fust enseveliz
-<i>en meime le sepulchre</i> u li <ins title="bom">bons</ins> huem fud enseveliz.»</p>
-
-<div class="citsrc">(P. 290.)</div>
-
-<p>Il commanda qu’on l’ensevelît <i>à même le sépulcre</i>, c’est-à-dire
-dans le même sépulcre où, etc.</p>
-
-<p><i>A même</i> est donc une sorte d’adverbe composé, du moins
-on l’emploie comme tel; mais il est hors de doute que c’est au
-fond l’adjectif <i>même</i>, avec l’ellipse du substantif.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE APRÈS QUELQUE CHOSE</span>, c’est-à-dire, être
-occupé à cette chose:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On est venu lui dire, et par mon artifice,</div>
-<div class="verse">Que les ouvriers qui <i>sont après son édifice</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE CONTENT DE QUELQUE CHOSE</span>, y consentir
-volontiers:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">ASCAGNE.</div>
-<div class="verse">Ayez-le donc<a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>,
-et lors, nous expliquant nos vœux,</div>
-<div class="verse">Nous verrons qui tiendra mieux parole des deux.</div>
-<div class="pers">VALÈRE.</div>
-<div class="verse">Adieu, <i>j’en suis content</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, cette condition me plaît, je l’accepte.</p>
-
-<p class="ti" id="etre_de">&mdash;<span class="t4">ÊTRE DE</span>, être à la place de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais enfin, <i>si j’étois de mon fils</i> son époux,</div>
-<div class="verse">Je vous prierois bien fort de n’entrer point chez nous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#etre_que_de"><span class="t5">ÊTRE QUE DE</span></a>...)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Faire partie de, être compris dans...:</p>
-
-<p class="cit">Mais, monsieur, cela <i>seroit-il de la permission</i> que vous m’avez donnée,
-si je vous disois... etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE DE CONCERT</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Soyons de concert</i> auprès des malades.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_167">167</span>
-&mdash;<span class="t4">ÊTRE EN MAIN POUR FAIRE QUELQUE CHOSE</span>; être
-en situation avantageuse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MORON.</div>
-<div class="verse">Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause:</div>
-<div class="verse"><i>Je serai mieux en main</i> pour vous conter la chose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti" id="etre_pour">&mdash;<span class="t4">ÊTRE POUR</span> (un infinitif); être fait pour, de nature
-à...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ce seroit pour monter</i> à des sommes très-hautes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Nous ne sommes que pour leur plaire</i> (aux grands).</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Impromptu">Impr.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisque vous y donnez dans ces vices du temps,</div>
-<div class="verse">Morbleu! <i>vous n’êtes pas pour être</i> de mes gens.</div>
-</div>
-
-<p><i>Être</i>, ou n’<i>être pas pour être</i>, est une expression manifestement
-trop négligée; mais Molière ne la créait pas, et il était
-directeur de troupe, souvent pressé par le temps et par l’ordre
-du roi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je crois qu’un ami chaud, et de ma qualité,</div>
-<div class="verse"><i>N’est pas</i> assurément <i>pour être</i> rejeté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le sentiment d’autrui <i>n’est</i> jamais <i>pour lui plaire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les choses <i>ne sont plus pour traîner</i> en longueur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisque <i>vous n’êtes point</i> en des liens si doux</div>
-<div class="verse"><i>Pour trouver</i> tout en moi, comme moi tout en vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je ne suis pas pour</i> être en ces lieux importun.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pareil déguisement <i>seroit pour ne rien faire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah, juste ciel! cela se peut-il demander?</div>
-<div class="verse10">Et <i>n’est-ce pas pour mettre à bout</i> une âme?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Lui auroit-on appris qui je suis? et <i>serois-tu pour me trahir</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Elle sera charmée de votre haut-de-chausse attaché avec des aiguillettes:
-<i>c’est pour la rendre</i> folle de vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Ses contrôles perpétuels..... <i>ne sont rien que pour vous gratter</i> et vous
-faire sa cour.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Il y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela <i>n’est pas pour
-durer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Je suis homme pour serrer le bouton</i> à qui que ce puisse être.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Si le galant est chez moi, <i>ce seroit pour avoir raison</i> aux yeux du père
-et de la mère.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 8.)</div>
-
-<p class="cit">S’il vous demeure quelque chose sur le cœur, <i>je suis pour vous répondre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 11.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_168">168</span>
-<i>Je ne suis pas pour recevoir</i> avec sévérité les ouvertures que vous pourriez
-me faire de votre cœur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Si Anaxarque a pu vous offenser, <i>j’étois pour vous en faire justice</i> moi-même.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De tels attachements, ô ciel! <i>sont pour vous plaire!</i></div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Suis-je pour</i> la chasser sans cause légitime?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p>Cette locution, qui paraît abrégée de <i>être fait pour</i>, était
-usuelle au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle et auparavant. Montaigne dit que Socrate,
-dans une déroute d’armée, se retirait avec fierté:</p>
-
-<p class="cit">«Regardant tantost les uns, tantost les aultres, amis et ennemis, d’une façon
-qui encourageoit les uns, et signifioit aux aultres qu’<i>il estoit pour vendre</i>
-bien cher son sang et sa vie à qui essayeroit de la luy oster.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«S’il me vient quelque bon hasard</div>
-<div class="verse8">«De par vous, songez que <i>je suis</i></div>
-<div class="verse8">«<i>Pour le reconnoistre</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Nouveau Pathelin.</i>)</div>
-
-<p class="ti" id="etre_que_de">&mdash;<span class="t4">ÊTRE QUE DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi? Voyez <i>ce que c’est que du monde</i> aujourd’hui!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Rien n’était si facile que de mettre: ce que c’est que <i>le</i>
-monde; mais tout le piquant de l’expression s’en va avec le
-vieux gallicisme.</p>
-
-<p>Molière paraît s’être ici rappelé ce début de la satire de
-Regnier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Voyez <i>que c’est du monde</i> et des choses humaines!</div>
-<div class="verse">«Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Mauvais Giste.</i>)</div>
-
-<p class="cit"><i>Si j’étois que de vous</i>, je lui achèterois dès aujourd’hui une belle garniture
-de diamants.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#du"><span class="t5">DU</span></a> représentant <i>que le</i>.)</p>
-
-<p class="cit">Vous ferez ce qu’il vous plaira; mais <i>si j’étois que de vous</i>, je fuirois les
-procès.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne souffrirois point, <i>si j’étois que de vous</i>,</div>
-<div class="verse">Que jamais d’Henriette il pût être l’époux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p><i>Que</i> est en français la traduction de <i lang="la" xml:lang="la">quod</i>.
-<i lang="la" xml:lang="la">Si essem quod de te</i> (sous-entendu <i lang="la" xml:lang="la">est</i>),
-si j’étais ce qui est de vous.</p>
-
-<p>Le <i>que</i>, dans cette locution, est donc nécessaire, et ne peut
-en être supprimé que par ellipse.</p>
-
-<p class="cit"><i>Si j’étois que de vous</i>, mon fils, je ne la forcerois point à se marier.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_169">169</span>
-<i>Si j’étois que des médecins</i>, je me vengerois de son impertinence.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 14.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà un bras que je me ferois couper tout à l’heure <i>si j’étois que de
-vous</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 3.)</div>
-
-<p>(Voyez p. 166, <a href="#etre_de"><span class="t5">ÊTRE DE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE SUR QUELQU’UN</span>, être sur son propos, s’occuper
-de lui:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-9">Ma foi,</div>
-<div class="verse">Demande: <i>nous étions</i> tout à l’heure <i>sur toi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE</span> ou <span class="t5">EN ÊTRE SUR UNE MATIÈRE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Sur quoi en étiez-vous</i>, mesdames, lorsque je vous ai interrompues?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 5.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Vous êtes là sur une matière</i> qui depuis quatre jours fait presque l’entretien
-de toutes les maisons de Paris.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Nous sommes ici sur une matière</i> que je serai bien aise que nous poussions.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE UN HOMME A</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Albert <i>n’est pas un homme à vous refuser</i> rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="etroit">ÉTROIT, au sens figuré; <span class="t5">ÉTROITES FAVEURS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je serois un fou, de prétendre plus rien</div>
-<div class="verse">Aux <i>étroites faveurs</i> qu’il a de cette belle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="et_si">ET SI, et cependant:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre,</div>
-<div class="verse"><i>Et si</i> plus je l’écoute, et moins je puis l’entendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p class="cit">Vous me semblez toute mélancolique: qu’avez-vous, madame Jourdain?&mdash;J’ai
-la tête plus grosse que le poing, <i>et si</i> elle n’est pas enflée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><i>Et si</i> paraît être tout simplement l’<i lang="la" xml:lang="la">etsi</i> latin, <i>quoique</i>, écrit
-en deux mots par erreur, et à cause d’une trompeuse analogie.</p>
-
-<p class="item" id="et-tant-moins">ET-TANT-MOINS; <i>l’</i><span class="t5">ET-TANT-MOINS</span>, substantif
-composé, comme <i>le quant-à-soi</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LUBIN.</span>&mdash;Claudine, je t’en prie, sur l’<i>et-tant-moins</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire que ce soit une avance à rabattre plus tard.</p>
-
-<p class="item">ÉTUDIER <span class="t5">DANS UN ART, UNE SCIENCE</span>:</p>
-
-<p class="cit">J’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait <i>étudier dans
-toutes les sciences</i> quand j’étois jeune!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="eux_autres">EUX AUTRES:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il s’est fait un grand vol; par qui? L’on n’en sait rien:</div>
-<div class="verse"><i>Eux autres</i> rarement passent pour gens de bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_170">170</span>
-EXACT; <span class="t5">UN ESPION D’EXACTE VUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux, pour <i>espion</i> qui soit <i>d’exacte vue</i>,</div>
-<div class="verse">Prendre le savetier du coin de notre rue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p>Pascal a dit de même, <i>une réponse exacte</i>.</p>
-
-<p class="cit">«J’espère que vous y verrez, mes pères, <i>une réponse exacte</i>, et dans
-peu de temps.»</p>
-
-<div class="citsrc">(11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p><i>Exacte</i> est ici au sens de <i>rigoureuse</i>, <i>qui n’omet rien</i>.</p>
-
-<p>Aujourd’hui, une réponse exacte signifierait celle qui arrive
-à l’heure précise, qui serait ponctuelle. C’est dans ce sens que
-l’on dit <i>répondre exactement</i>:&mdash;Je lui écris toutes les semaines,
-et il me répond <i>exactement</i>.</p>
-
-<p class="item" id="excellent">EXCELLENT; <span class="t5">LE PLUS EXCELLENT</span>:</p>
-
-<p class="cit">J’aurois voulu faire voir........ que <i>les plus excellentes choses</i> sont
-sujettes à être copiées par de mauvais singes...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> des Précieuses ridicules.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="exciter">EXCITER <span class="t5">UNE DOULEUR A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, dans cette <i>douleur</i> que l’amitié <i>m’excite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#datif"><span class="t5">DATIF DE PERTE OU DE PROFIT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="excuser">EXCUSER <span class="t5">A QUELQU’UN</span>....., auprès de quelqu’un:</p>
-
-<p class="cit">Ne viens point <i>m’excuser</i> l’action de cette infidèle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EXCUSER QUELQU’UN SUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">... <i>Vous m’excuserez sur</i> l’humaine foiblesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je vous excusai</i> fort <i>sur</i> votre intention.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="excuses">EXCUSES; <span class="t5">FAIRE LES EXCUSES DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ne m’oblige point à <i>faire les excuses de ta froideur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="expression">EXPRESSION; <span class="t5">DES EXPRESSIONS</span>, en parlant du mérite
-d’une peinture:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dis-nous quel feu divin, dans tes fécondes veilles,</div>
-<div class="verse">De tes <i>expressions</i> enfante les merveilles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val-de-Grâce.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De ses <i>expressions</i> les touchantes beautés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="expulser">EXPULSER <span class="t5">LE SUPERFLU DE LA BOISSON</span>. Voyez
- <a href="#superflu"><span class="t5">SUPERFLU</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="item_F">FACHER; <span class="t5">SE FACHER</span> dans le sens de <i>s’affliger</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ne vous fâchez point tant</i>, ma très-chère madame.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_171">171</span>
-FACHERIE, dans le même sens:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En tout cas, ce qui peut m’ôter ma <i>fâcherie</i>,</div>
-<div class="verse">C’est que je ne suis pas seul de ma confrérie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je m’en sens le cœur tout gros de <i>fâcherie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le beau sujet de <i>fâcherie</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="facile">FACILE A (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">... De véritables gens de bien... <i>faciles à recevoir les impressions</i>
-qu’on veut leur donner.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="item">FAÇON; <span class="t5">DE LA FAÇON</span>, ainsi, de la sorte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On se riroit de vous, Alceste, tout de bon,</div>
-<div class="verse">Si l’on vous entendoit parler <i>de la façon</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>De la façon que</i>, avec un verbe, se trouve dans Pascal:</p>
-
-<p class="cit">«Il semble, <i>de la façon que vous parlez</i>, que la vérité dépende de notre
-volonté!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i> 8<sup>e</sup> <i>lettre</i>.)</div>
-
-<p>Et dans Corneille, <i>de la manière que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>De la manière</i> enfin <i>qu’</i>avec toi j’ai vécu,</div>
-<div class="verse">«Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Cinna.</i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="faconnier">FAÇONNIER, <span class="t5">FAÇONNIÈRE</span>, adjectif pris substantivement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">... La plus grande <i>façonnière</i> du monde.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des f.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De tous vos <i>façonniers</i> on n’est point les esclaves.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p><i>Façon</i> est le diminutif de <i>face</i>. La finale <i>on</i>, qui est augmentative
-en italien, est diminutive en français: <i>Beste</i>, <i>bestion</i>;
-<i>lutin</i>, <i>luiton</i>; <i>pied</i>, <i>peton</i>; <i>gars</i>, <i>garson</i>; <i>poupe</i> (du latin
-<i lang="la" xml:lang="la">pupa</i>), <i>poupon</i>; <i>Jeanne</i>, <i>Jeanneton</i>, <i>Pierron</i>, <i>Suzon</i>, etc.</p>
-
-<p>Les <i>façons</i>, par conséquent, sont de petites mines.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#grimaciers"><span class="t5">GRIMACIERS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="faible">FAIBLE, substantif, <span class="t5">LE FAIBLE DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que votre langage <i>à mon foible</i> s’ajuste.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>C’est le point faible, et non la faiblesse.</p>
-
-<p>Le <i>faible</i> continue à être en usage dans cette locution:
-Prendre quelqu’un par son faible.</p>
-
-<p class="item" id="faillir">FAILLIR <span class="t5">A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ne me l’a-t-il pas dit?&mdash;Oui, oui, il ne manquera pas <i>d’y faillir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_172">172</span>
-Aujourd’hui qu’on a retranché, ou à peu près, le verbe
-<i>faillir</i>, comme suranné, il faudrait dire: Il ne manquera
-pas d’y manquer. Voilà l’avantage de supprimer les synonymes.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#faut"><span class="t5">FAUT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="faim">FAIM, désir; <span class="t5">AVOIR FAIM, GRAND’FAIM</span> de....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je n’ai pas grande faim de mort</i> ni de blessure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Cette locution est demeurée de fréquent usage en Picardie;
-elle est dans Montaigne:</p>
-
-<p class="cit">«Il n’est rien qui nous jecte tant aux perils qu’une <i>faim</i> inconsidérée de
-nous en mettre hors.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Il <i>a grand faim de se combattre</i> contre Annibal.&mdash;Quand il luy viendra
-<i>faim de vomir</i>.&mdash;Il <i>avait faim de l’avoir</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Nicot.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="faire">FAIRE, pour <i>dire</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">AGNÈS.</div>
-<div class="verse">Moi, j’ai blessé quelqu’un? <i>fis-je</i> tout étonnée...</div>
-<div class="verse">Hé! mon Dieu, ma surprise est, <i>fis-je</i>, sans seconde...</div>
-<div class="verse">Oui, <i>fit-elle</i>, vos yeux pour donner le trépas...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Cet archaïsme remonte à l’origine de la langue.</p>
-
-<p>Le livre des <i>Rois</i>, traduit au <span class="t5">XI</span><sup>e</sup> siècle, en fait constamment
-usage, non-seulement pour <i lang="la" xml:lang="la">inquit</i>, mais aussi pour <i lang="la" xml:lang="la">dixit</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Vien t’en, <i>fist</i> Jonathas.... <i>fist</i> Jonathas: à els irrum...»</p>
-
-<div class="citsrc">(p. 46.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Fist</i> li poples à Saul: Comment! si murrad Jonathas?»</p>
-
-<div class="citsrc">(p. 51.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Fist</i> li prestres: Pernez de Deu conseil.»</p>
-
-<div class="citsrc">(p. 50.)</div>
-
-<p>Voltaire l’a souvent employé pour donner à son style une
-teinte de naïveté ironique.</p>
-
-<p>Mais comment le verbe <i>faire</i> s’est-il, dès l’origine de la
-langue, substitué au verbe <i>dire</i>? Cette substitution n’est pas
-réelle: elle n’est qu’apparente.</p>
-
-<p>Par suite des habitudes de syncope et des lois de la transmutation
-des voyelles, il est arrivé que des formes rapprochées
-en latin ont produit, en français, des formes identiques.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Dicere</i> a donné <i>dire</i>, <i>di(ce)re</i>.</p>
-
-<p><i>Desi(de)rare</i>, <i>de(si)rare</i>, <i>dire</i> aussi.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#dire"><span class="t5">DIRE</span></a>, <span class="t5">TROUVER QUELQU’UN A DIRE</span>.)</p>
-
-<p>Pareillement, de <i lang="la" xml:lang="la">f&#x103;cere</i>, <i>fere</i>, et de <i lang="la" xml:lang="la">f&#x101;ri</i>,
-<i>faire</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_173">173</span>
-L’oreille les confondait, la plume ne tarda pas à les confondre;
-et les deux formes sont encore mêlées dans l’orthographe
-moderne: <i>Je f<span class="t5">A</span>is</i>, <i>je f<span class="t5">E</span>rai</i>,
-<i>f<span class="t5">E</span>sant</i> ou <i>f<span class="t5">A</span>isant</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE</span>, remplaçant dans ses temps, nombres et
-personnes, un verbe précédemment exprimé, et qu’il
-faudrait répéter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! que j’ai de dépit, que la loi n’autorise</div>
-<div class="verse">A changer de mari comme <i>on fait</i> de chemise!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je risque plus du mien que tu ne <i>fais</i> du tien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 22.)</div>
-
-<p class="cit">Puisque me voilà éveillé, il faut que j’éveille les autres, et que je les
-tourmente comme on m’a <i>fait</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Prologue de la Princesse d’Élide">Prol. de la Pr. d’Él.</abbr></i> sc. 2.)</div>
-
-<p>Comme on m’a tourmenté.</p>
-
-<p class="cit">On vous aime autant en un quart d’heure qu’on <i>feroit</i> une autre en six
-mois.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il l’appelle son frère, et l’aime, dans son âme,</div>
-<div class="verse">Cent fois plus qu’il ne <i>fait</i> mère, fils, fille et femme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Le nom du grand Condé est un nom trop glorieux pour le traiter
-comme on <i>fait</i> tous les autres noms.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> d’Amphitryon.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel <i>fait</i> les
-mouches.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 4)</div>
-
-<p>Les Anglais emploient absolument au même usage leur verbe
-<i lang="en" xml:lang="en">do</i>, <i>faire</i>, qui n’est autre que le saxon <i lang="de" xml:lang="de">thun</i>.
-Par exemple, dans cette phrase: «<span lang="en" xml:lang="en">He <i>loves</i> not plays as thou <i>dost</i>,
-Antony.</span>» (<abbr title="Shakespeare"><span class="smcap">Shaksp.</span></abbr> <abbr title="Julius Cæsar"><i>Jul. Cæs.</i></abbr>)
-«Il n’<i>aime</i> pas la comédie comme <i>tu fais</i>, Antoine.» <i lang="en" xml:lang="en">Dost</i> remplace
-<i lang="en" xml:lang="en">lovest</i>, par une tournure toute française.
-J’ai montré ailleurs<a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>
-que <i lang="en" xml:lang="en">how do you do</i>, est aussi une formule française traduite avec des mots saxons.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE</span>, représentant l’idée exprimée par une phrase
-ou une demi-phrase:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">VALÈRE.</span> Je vous proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu
-que vous me laissiez celui que j’ai.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">HARPAGON.</span> <i>Non ferai</i>, de par tous les diables!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire: je ne te laisserai pas celui que tu as, à la charge
-par toi de ne prétendre rien aux autres.</p>
-
-<p>On disait, <i>si ferai</i>, aussi bien que <i>non ferai</i>.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_174">174</span>
-&mdash;<span class="t4">FAIRE</span> (un substantif), être la cause, l’objet, le
-but de....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Non, non, vous pouvez bien,</div>
-<div class="verse">Puisque <i>vous le faisiez</i>, rompre notre entretien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, je veux bien qu’on sache, et j’en dois être crue,</div>
-<div class="verse">Que le sort offre ici deux objets à ma vue</div>
-<div class="verse">Qui, m’inspirant pour eux différents sentiments,</div>
-<div class="verse">De mon cœur agité <i>font tous les mouvements</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="cit">Elle <i>fait tous mes soins, tous mes désirs, toute ma joie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE</span>, suivi d’un adverbe, produire un effet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces deux adverbes joints <i>font admirablement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE</span>, représenter, dépeindre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, las! il <i>le fait</i>, lui, si rempli de
- plaisirs<a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>,</div>
-<div class="verse">Que de se marier il donne des désirs.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti" id="feindre_simul">&mdash;<span class="t4">FAIRE</span>, simuler, feindre:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je ferai</i> le vengeur des intérêts du ciel.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave</div>
-<div class="verse">Qu’il a gagné votre âme en <i>faisant votre esclave</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit">M’engager à <i>faire l’amant</i> de la maîtresse du logis, c’est.... etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p>C’est ainsi qu’on l’emploie en parlant des rôles de théâtre:
-Molière <i>faisait</i> Sganarelle; il <i>faisait</i> aussi les rois et les personnages
-nobles; il <i>faisait</i> don Garcie, et il y fut sifflé à double
-titre, comme auteur et comme acteur.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE A QUELQUE CHOSE</span>, y contribuer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Même, si cela <i>fait à votre allégement</i>,</div>
-<div class="verse">J’avouerai qu’à lui seul en est toute la faute.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE BESOIN</span>, être nécessaire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quand nous <i>faisons besoin</i>, nous autres misérables,</div>
-<div class="verse">Nous sommes les chéris et les incomparables.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">S’il vous <i>faisoit besoin</i>, mon bras est tout à vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="ti" id="faire_contre"><span class="pagenum" id="Page_175">175</span>
-&mdash;<span class="t4">FAIRE CONTRE QUELQU’UN</span>, agir contre ses intérêts:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens,</div>
-<div class="verse">Et <i>nous faisons contre eux</i> à leur être indulgents.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#faire_pour"><span class="t5">FAIRE POUR QUELQU’UN</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE DE</span> (un substantif), traiter, en agir avec:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et tout homme bien sage</div>
-<div class="verse">Doit <i>faire des habits</i> ainsi que <i>du langage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je voudrois bien qu’<i>on fît de la coquetterie</i></div>
-<div class="verse">Comme <i>de la guipure et de la broderie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE DU</span>...., prendre le rôle de...., <span class="t5">FAIRE DE
-SON DRÔLE</span>:</p>
-
-<p class="cit">J’ai bravé ses armes assez longtemps (de l’amour), et <i>fait de mon drôle</i>
-comme un autre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">J’ai ouï dire, moi, que vous aviez été autrefois un bon compagnon
-parmi les femmes; que vous <i>faisiez de votre drôle</i> avec les plus galantes de
-ce temps-là....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Faire du roy, faire du capitaine, <span lang="la" xml:lang="la">pro rege se gerere, imperatorias
-partes sumere</span>. Faire du liperquam</i>, se montrer le grand gouverneur.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Nicot.</span>)</div>
-
-<p><i>Faire</i>, dans ces locutions, se rapporte au sens de <i>feindre</i>,
-<i>simuler</i>. (Voyez <a href="#feindre_simul">p. 174</a>.) Le <i>de</i>, marque du génitif, suppose
-une ellipse: faire (le rôle) du roi; faire (le rôle) du liperquam.</p>
-
-<p>Ce mot <i>liperquam</i>, qui est une corruption de <i>luy per quem</i>
-(sous-entendu <i lang="la" xml:lang="la">omnia geruntur</i>), ou plutôt qui est la notation
-fidèle de la manière dont on prononçait ces mots latins au
-moyen âge, paraît renfermer l’origine du mot <i>péquin</i>. Un <i>péquin</i>,
-ou un <i>per quem</i>, est un fat qui tranche de l’important,
-qui <i>se monstre le grand gouverneur</i>, qui fait du <i>liperquan</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <i>des Variations du langage français</i>, p. 414.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE DES DISCOURS, UN DESSEIN, DES CRIS; FAIRE
-PLAINTE, FAIRE ÉCLAT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tous ces signes sont vains: <i>quels discours as-tu faits</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Je quitterois le <i>dessein que j’ai fait</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. forc.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="cit">Tu vois, Toinette, <i>les desseins</i> violents que l’on <i>fait</i> sur lui (sur son
-cœur)!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_176">176</span>
-<div class="verse">Comment, bourreau, tu <i>fais des cris</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">J’ai peine à comprendre sur quoi</div>
-<div class="verse">Vous fondez <i>les discours</i> que je vous entends <i>faire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-ce donc que par là vous voulez essayer</div>
-<div class="verse">A réparer l’accueil dont je vous ai <i>fait plainte</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">La plus rare vertu</div>
-<div class="verse">Qui puisse <i>faire éclat</i> sous un sort abattu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE EN</span>..., agir en:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il sait faire obéir les plus grands de l’État,</div>
-<div class="verse">Et je trouve qu’<i>il fait en digne potentat</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’avois mangé de l’ail, et <i>fis en homme sage</i></div>
-<div class="verse">De détourner un peu mon haleine de toi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN FAIRE A QUELQU’UN POUR</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’en suis pour mon honneur; mais à toi, qui me l’ôtes,</div>
-<div class="verse"><i>Je t’en ferai</i> du moins <i>pour</i> un bras ou deux côtes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p>Je t’en donnerai pour un bras ou deux côtes.&mdash;C’est-à-dire,
-il t’en coûtera un bras ou deux côtes.</p>
-
-<p>Cette expression est empruntée au langage technique du
-commerce, où l’on dit: <i>Faites</i>-moi de cette marchandise pour
-telle somme.&mdash;On n’en <i>fait</i> pas pour ce prix.</p>
-
-<p class="cit">«Le marchand <i>fit</i> son chantre mille écus, et son grammairien trois mille.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="ti" id="faire_le_fin">&mdash;<span class="t4">FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE</span>, c’est-à-dire relativement
-à quelque chose, <i lang="la" xml:lang="la">de aliqua re</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Mais, <i>je ne t’en fais pas le fin</i>,</div>
-<div class="verse10">Nous avions bu de je ne sais quel vin</div>
-<div class="verse">Qui m’a fait oublier tout ce que j’ai pu faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IL FAIT</span>, impersonnel, construit avec l’adjectif <i>sûr</i>,
-comme avec l’adjectif <i>bon</i>, <i>beau</i>, <i>clair</i>, etc.:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Il ne fait pas bien sûr</i>, à vous le trancher net,</div>
-<div class="verse">D’épouser une fille en dépit qu’elle en ait.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti" id="faire_faux_bond">&mdash;<span class="t4">FAIRE FAUX BOND A L’HONNEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais il faut qu’<i>à l’honneur</i> elle <i>fasse faux bond</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_177">177</span>
-&mdash;<span class="t4">FAIRE FORCE A</span> (un substantif), forcer, contraindre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois,</div>
-<div class="verse"><i>Faire force à l’amour</i> qui m’impose des lois.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE GALANTERIE DE</span> (un infinitif). Voyez
-<a href="#galanterie"><span class="t5">GALANTERIE</span></a>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE LA COMÉDIE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ne voulez-vous point, un de ces jours, venir voir avec elle <i>le ballet et la
-comédie</i> que l’on <i>fait</i> chez le roi?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE LES HONNEURS DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Faisons bien les honneurs</i> au moins <i>de notre esprit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE MÉTIER ET MARCHANDISE DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,</div>
-<div class="verse"><i>Font de dévotion métier et marchandise</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE FAIRE LES DOUCEURS D’UNE INNOCENTE VIE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, de cette union de tendresse suivie,</div>
-<div class="verse"><i>Se faire les douceurs d’une innocente vie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE PARAITRE (SE)</span>, se montrer:</p>
-
-<p class="cit">La douceur de sa voix a voulu <i>se faire paroître</i> dans un air tout charmant
-qu’elle a daigné chanter.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti" id="faire_pour">&mdash;<span class="t4">FAIRE POUR QUELQU’UN</span>, agir pour lui, le protéger:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dieu <i>fera pour les siens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>C’est ce qui fait pour vous</i>; et sur ces conséquences</div>
-<div class="verse">Votre amour doit fonder de grandes espérances.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#faire_contre"><span class="t5">FAIRE CONTRE QUELQU’UN</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE SCRUPULE</span>, causer du scrupule:</p>
-
-<p class="cit">Ce nom (de gentilhomme) <i>ne fait aucun scrupule</i> à prendre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="ti" id="faire_semblant">&mdash;<span class="t4">FAIRE SEMBLANT QUE</span>....:</p>
-
-<p class="cit">Profitons de la leçon si nous pouvons, sans <i>faire semblant qu’on</i> parle à
-nous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="ti" id="faire_son_pouvoir">&mdash;<span class="t4">FAIRE SON POUVOIR</span>, faire son possible:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Faites votre pouvoir</i>, et nous ferons le nôtre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>C’était l’expression du temps:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_178">178</span>
-<div class="verse">«J’ai fait mon pouvoir, sire, et n’ai rien obtenu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille</span>, <i>Le Cid</i>. I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE UNE BOURLE</span> (<i>bourle</i>, de l’italien
-<i lang="it" xml:lang="it">burla</i>, moquerie):</p>
-
-<p class="cit">.... Une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans une
-<i>bourle</i> que je veux <i>faire</i> à notre ridicule.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 14.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#bourle"><span class="t5">BOURLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE UNE VENGEANCE DE QUELQU’UN</span>; en tirer
-vengeance:</p>
-
-<p class="cit">Et je prétends <i>faire de lui une vengeance exemplaire</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item">FAIT A (un infinitif), habitué à....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Car les femmes y sont <i>faites à coqueter</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="fait">FAIT, substantif; <span class="t5">C’EST UN ÉTRANGE FAIT QUE</span>....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>C’est un étrange fait que</i>, avec tant de lumières,</div>
-<div class="verse">Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE FAIT DE QUELQU’UN</span>; tout ce qui le concerne,
-sa conduite, sa fortune, etc....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout son <i>fait</i>, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je crains fort pour mon <i>fait</i> quelque chose approchant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Bienheureux qui a <i>tout son fait</i> bien placé!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>Dans La Fontaine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le malheureux, n’osant presque répondre,</div>
-<div class="verse">«Court au magot, et dit: C’est <i>tout mon fait</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Paysan qui a offensé son seigneur.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DIRE SON FAIT A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il me donna un soufflet, mais <i>je lui dis bien son fait</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="fallant">FALLANT, participe présent de <i>falloir</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>lui fallant</i> un pic, je sortis hors d’effroi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 2.)</div>
-
-<p>Comme il lui fallait un pique. Le participe abrège singulièrement,
-et mériterait pour cela seul d’être en usage.</p>
-
-<p class="item" id="fallot">FALLOT, plaisant, grotesque; <span class="t5">TRAIT FALLOT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Sans ce trait <i>fallot</i>,</div>
-<div class="verse">Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_179">179</span>
-<div class="verse">«.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. Hé quoi, plaisant <i>fallot</i>,</div>
-<div class="verse">«Vous parlerez toujours, et je ne dirai mot?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Th. Corneille</span>, <i>Jodelet prince</i>.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Là, par quelque chanson <i>fallote</i>,</div>
-<div class="verse8">«Nous célébrerons la vertu</div>
-<div class="verse8">«Qu’on tire de ce bois tortu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">St.-Amand.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Falot</i> se prend aussi pour un muguet, compagnon de village:&mdash;<i>Un
-gentil falot</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Nicot.</span>)</div>
-
-<p>Au sens propre, le substantif <i>falot</i> est très-ancien dans
-notre langue, où il est venu de la basse latinité. Dans les actes
-de Minutius Félix (<i>ap. Baron. ad ann. 303</i>), on trouve déjà
-<i lang="la" xml:lang="la">cereofalum</i>, un falot de cire; et dans une charte de l’évêché
-d’Amiens, en 1240, <i lang="la" xml:lang="la">falæ</i> signifie les torches employées aux
-enterrements.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Falæ</i> était traduit <i>failles</i> en français:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Et des murs toutes les entrailles</div>
-<div class="verse8">«Portent brandons et mettent <i>failles</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> d’Athis et Prophil.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>Failles</i> emportent et brandons;</div>
-<div class="verse8">«Tot en resplent (<i>resplendit</i>) la regions.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de la Guerre de Troie.</i>)</div>
-
-<p>De <i>faille</i> ou <i>fale</i>, le diminutif <i>falot</i>.</p>
-
-<p><i>Falot</i> se trouve dans Albert Mussato, de Padoue, qui écrivait,
-au commencement du <span class="t5">XIV</span><sup>e</sup> siècle, la chronique des gestes
-d’Henri VI: «Soudain ils voient briller, au sommet de la Gorgone,
-une sorte de signal par le feu, qu’ils appellent <i>falot</i>:
-<i lang="la" xml:lang="la">quod ipsi falo nuncupabant</i>.»&mdash;Sur quoi Nicolas Villani
-fait une note pour expliquer ce que c’est qu’un <i>falot</i>, et il
-dérive ce mot du grec φαλὸς, dérivé lui-même du verbe φάλω,
-<i>briller</i>.</p>
-
-<p>Il est à remarquer que ceux dont il est question, et que désigne
-le mot <i>ipsi</i>, ce sont les Padouans. <i>Falot</i>, ou plutôt <i lang="it" xml:lang="it">falo</i>,
-était donc, vers 1300, un terme italien. On le retrouve en effet
-dans la chronique de Modène: «<span lang="la" xml:lang="la">Et ex hoc facti fuerunt magni
-<i>falo</i> mutinæ.</span>»</p>
-
-<div class="citsrcts">(Ap. <span class="smcap">Muratori</span>, t. 15.)</div>
-
-<p><span lang="it" xml:lang="it"><i>Fallodia</i>, <i>fallogia</i></span>, dans les chroniques italiennes du moyen
-âge, sont des illuminations.</p>
-
-<p>J’ai insisté sur l’origine de ce mot, parce qu’il a causé beaucoup
-<span class="pagenum" id="Page_180">180</span>
-de tortures aux érudits; on peut voir dans Trévoux les
-peines qu’ils se sont données pour tirer falot du saxon <i>bal</i>, ou
-du chaldéen <i>lappid</i>, changé en <i>peled</i>, qui se serait à son tour
-transformé en <i>falot</i>.</p>
-
-<p>Le passage du sens propre au sens métaphorique ne peut
-arrêter personne. Il est tout naturel de comparer un homme
-gai, facétieux, folâtre, à une flamme qui joue sous le vent.
-Les Latins disaient, par une figure pareille, <i lang="la" xml:lang="la">igniculi ingenii</i>
-(<i>Quintilien</i>).</p>
-
-<p>(Voyez Du Cange aux mots <span lang="la" xml:lang="la"><i>Falo</i>, <i>Phalæ</i>, <i>Fallodia</i></span>.)</p>
-
-<p class="item" id="fameux">FAMEUX, au sens de <i>considérable</i>, <i>important</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et me donner le temps qui sera nécessaire</div>
-<div class="verse">Pour tâcher de finir cette <i>fameuse affaire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, je suis don Alphonse; et mon sort conservé</div>
-<div class="verse">Est un <i>fameux effet</i> de l’amitié sincère</div>
-<div class="verse">Qui fut entre son prince et le roi notre père.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ce <i>fameux secret</i> vient d’être dévoilé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 6.)</div>
-
-<p>Cet emploi de <i>fameux</i>, qui paraît avoir été du style noble
-du temps de Molière, est aujourd’hui une des formes triviales
-du langage du peuple.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! faut-il que pour moi vous renonciez, seigneur,</div>
-<div class="verse8">A cette royale constance</div>
-<div class="verse">Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur,</div>
-<div class="verse8">Une <i>fameuse expérience</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> II. 1.)</div>
-
-<p><i>Royale constance</i>, <i>fameuse expérience</i>, laissent trop voir la
-précipitation de l’écrivain.</p>
-
-<p class="item" id="fanfan">FANFAN, terme de tendresse et de mignardise:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, ma pauvre <i>fanfan</i>, pouponne de mon âme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p>C’est la dernière syllabe du mot <i>enfant</i>, redoublée, à l’imitation
-des enfants eux-mêmes.</p>
-
-<p class="item" id="fanfaronnerie">FANFARONNERIE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">C’est pure <i>fanfaronnerie</i></div>
-<div class="verse">De vouloir profiter de la poltronnerie</div>
-<div class="verse">De ceux qu’attaque notre bras.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>La <i>fanfaronnade</i> est l’expression de la <i>fanfaronnerie</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_181">181</span>
-FATRAS au pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et se charger l’esprit d’un ténébreux butin</div>
-<div class="verse">De <i>tous les vieux fatras</i> qui traînent dans les livres.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="faut">FAUT, de <i>faillir</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- Le cœur me <i>faut</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>De même de <i>défaillir</i>, <i>défaut</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Que si la frayeur nous saisit de sorte que le sang se glace si fort que
-tout le corps tombe en défaillance, l’âme <i>défaut</i> en même temps.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Connaissance de Dieu.</i> p. 115.)</div>
-
-<p>Dans l’édition in-12, imprimée en 1846 chez MM. Didot,
-l’éditeur a mis: «l’âme <i>semble s’affaiblir</i>.» De pareilles corrections
-sont de véritables sacriléges. Comment n’a-t-on pas
-vu l’intention de ce rapprochement entre les mots <i>défaillance</i>
-et <i>défaillir</i>? comment, à cette expression énergique <i>l’âme
-défaut</i>, a-t-on osé substituer cette misérable et lâche expression,
-<i>semble s’affaiblir</i>? comment enfin se trouve-t-il des mains
-qui osent toucher à Bossuet, et mutiler sa pensée?</p>
-
-<p class="item" id="faute">FAUTE, absence, manque; <span class="t5">IL VIENT FAUTE DE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>S’il vient faute de vous</i>, mon fils, je ne veux plus rester au monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="faux">FAUX, dans le sens de <i>méchant</i>, <i>félon</i>, <i>déloyal</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais le <i>faux animal</i>, sans en prendre d’alarmes,</div>
-<div class="verse">Est venu droit à moi, qui ne lui disois rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="faux_bond">FAUX BOND. Voyez <a href="#faire_faux_bond"><span class="t5">FAIRE FAUX BOND</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="faux_monnoyeurs">FAUX MONNOYEURS <span class="t5">EN DÉVOTION</span>:</p>
-
-<p class="cit">..... Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance,
-toutes les friponneries couvertes de ces <i>faux monnoyeurs en dévotion</i>....</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="faveur">FAVEUR, ressource, protection:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Afin que pour nier, en cas de quelque enquête,</div>
-<div class="verse">J’eusse d’un faux-fuyant <i>la faveur</i> toute prête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>On dit encore tous les jours <i>à la faveur de</i>: il a nié, <i>à la faveur</i>
-d’un faux-fuyant.</p>
-
-<p class="item">FAVEURS ÉTROITES. Voyez <a href="#etroit"><span class="t5">ÉTROIT</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="feindre_a"><span class="pagenum" id="Page_182">182</span>
-FEINDRE A (un infinitif), hésiter à.....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Tu feignois à sortir</i> de ton déguisement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous ne devez point <i>feindre à me le faire voir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Nous feignions à vous aborder</i>, de peur de vous interrompre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti" id="feindre_de">&mdash;<span class="t4">FEINDRE DE</span> (un infinitif), même sens:</p>
-
-<p class="cit">Ainsi, monsieur, <i>je ne feindrai point de vous dire</i> que l’offense que
-nous cherchons à venger..... etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<p>Je ne feindrai pas de dire, de faire, c’est-à-dire, je dirai,
-je ferai réellement, sincèrement.</p>
-
-<p class="cit"><i>Nous ne feignons point de mettre</i> tout en usage.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Je ne feindrai point de vous dire</i> que le hasard nous a fait connoître il
-y a six jours.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FEINDRE</span>, suivi d’un infinitif sans préposition,
-hésiter, comme <i>feindre à</i>, et <i>feindre de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Feindre s’ouvrir à moi</i>, dont vous avez connu</div>
-<div class="verse">Dans tous vos intérêts l’esprit si retenu!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>La reine de Navarre construit pareillement <i>feindre</i> avec un
-infinitif, sans préposition intermédiaire:</p>
-
-<p class="cit">«Le seigneur de Bonnivet, pour luy arracher son secret, <i>feignit luy dire</i>
-le sien.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Heptaméron">Heptam.</abbr></i>, nouvelle 14.)</div>
-
-<p>La vieille langue employait <i>se faindre</i>, pour exprimer s’épargner
-à quelque chose, ne faire que le semblant de.....</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Ne <i>se</i> doit pas <i>faindre</i> de luy aider.....»</div>
-<div class="verse10">«De luy aider ne <i>se</i> va pas <i>faignant</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ogier.</i> V. 9632 et 9638.)</div>
-
-<p>Nicot dit: «<span class="smcap">Se faindre</span>, <span lang="la" xml:lang="la"><i>parcere labori</i>,
-<i>remittere</i>, <i>summittere</i></span>. Sans se faindre,
-<i lang="la" xml:lang="la">sedulo</i>.&mdash;<span class="smcap">Se faindre</span>,
-<i lang="la" xml:lang="la">prævaricari</i>. Tu te fains à jouer; <i lang="la" xml:lang="la">non bona fide ludis</i>.»</p>
-
-<p>Montaigne emploie <i>se feindre</i> absolument, pour <i>feindre</i>,
-comme <i>se jouer</i>, pour <i>jouer</i>; <i>se mourir</i>, pour <i>mourir</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Pour revenir à sa clemence (de César), nous en avons plusieurs naïfs
-exemples au temps de sa domination, lorsque, toutes choses estant reduictes
-en sa main, il n’avoit plus à <i>se feindre</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> II. 33.)</div>
-
-<p class="item" id="femme">FEMME <span class="t5">DE BIEN</span>, recevant comme un adjectif la
-marque du comparatif:</p>
-
-<p class="cit">Croyez-moi, celles qui font tant de façons n’en sont pas estimées <i>plus
-femmes de bien</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="ferme"><span class="pagenum" id="Page_183">183</span>
-FERME, adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous me parlez bien <i>ferme!</i> et cette suffisance...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allons, <i>ferme!</i> poussez, mes bons amis de cour!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#premier_que"><span class="t5">PREMIER QUE</span></a>,
-<a href="#franc"><span class="t5">FRANC</span></a>, <a href="#net"><span class="t5">NET</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="fermer">FERMER, métaphoriquement; <span class="t5">FERMER LES MOYENS DE</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est que vous voyez bien que <i>tous les moyens</i> vous en sont <i>fermés</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Vous en sont interdits. (Voyez <a href="#ouvrir"><span class="t5">OUVRIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">FÉRU, blessé, de <i>férir</i>, archaïsme, dans le sens restreint
-de <i>rendre amoureux</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Peut-être en avez-vous déjà <i>féru</i> quelqu’une?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="festiner">FESTINER <span class="t5">QUELQU’UN</span>, lui offrir un festin:</p>
-
-<p class="cit">C’est ainsi que vous <i>festinez les dames</i> en mon absence!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="feu">FEU, invariable:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je tiens de <i>feu ma femme</i>, et je me sens comme elle</div>
-<div class="verse">Pour les désirs d’autrui beaucoup d’humanité.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on dit qu’autrefois <i>feu Bélise</i>, sa mère...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>Furetière qualifie ce terme <i>substantif</i>, et il lui donne, comme
-à un adjectif, un féminin: le <i>feu</i> roi, la <i>feue</i> reine. Il nous apprend
-même que les notaires de province usent du pluriel <i>furent</i>,
-en parlant de deux personnes conjointes et décédées, ce
-qui, ajoute-t-il, marque que ce mot vient de <i lang="la" xml:lang="la">fuit</i>
-et de <i lang="la" xml:lang="la">fuerunt</i>. C’est une raison pour maintenir <i>feu</i> invariable. Dans le temps
-que la notation <i>eu</i> sonnait <i>u</i>, l’on prononçait <i>fu</i> mon père,
-<i>fu</i> ma mère (<i>fut</i> mon père, <i>fut</i> ma mère); l’ignorance des
-origines a laissé s’introduire, à la suite d’une mauvaise orthographe,
-une mauvaise prononciation qui a prévalu; en sorte
-qu’aujourd’hui cette espèce de prétérit-adverbe est transformé
-en un véritable adjectif.</p>
-
-<p>Nicot dérive <i>feu</i> de <i lang="la" xml:lang="la">defunctus</i>, et le qualifie adjectif; puis il
-ajoute: «Aussi le pourrait-on extraire de cette tierce personne
-<i>fuit</i>..... comme <i>feut</i> signifiant en ce sens <i>a esté</i> ou <i>fut</i>, c’est-à-dire,
-a vescu et n’est plus.»</p>
-
-<p>C’est la bonne étymologie.</p>
-
-<p class="item" id="feu_substantif">FEU <span class="t5">QUI SE RÉSOUT EN ARDEUR DE COURROUX</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout son <i>feu se résout en ardeur de courroux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 8.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_184">184</span>
-FIEFFÉ, <span class="t5">FOU FIEFFÉ</span>:</p>
-
-<p class="cit">Peste du fou <i>fieffé</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>Fieffé</i> est celui à qui l’on a donné un fief, ce qui suppose
-un homme en son genre excellant par-dessus ses confrères.
-Cette locution se rapporte aux mœurs du moyen âge. Aujourd’hui
-qu’il n’y a plus de fiefs, mais des brevets d’invention,
-on dirait, par une expression tout à fait correspondante: un
-fou breveté.</p>
-
-<p class="item" id="fier">FIER, adjectif; <span class="t5">ÊTRE FIER A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oh! qu’elles <i>nous</i> sont bien <i>fières</i> par notre faute!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="fievre">FIÈVRE <span class="t5">QUARTAINE (VOTRE)</span>......., sorte de serment
-elliptique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">... Si vous y manquez, <i>votre fièvre quartaine</i>!....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>Si vous y manquez, vous consentez à être pris de la fièvre
-quartaine; jurez sur votre fièvre quartaine.</p>
-
-<p>C’est aussi une espèce d’exclamation imprécatoire: Que la
-fièvre quartaine te serre! ta fièvre quartaine!</p>
-
-<p>Dans l’explication entre le prêtre et le pelletier, joués par
-Pathelin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE PREBSTRE.</div>
-<div class="verse8">«Je ne le congnois nullement.</div>
-<div class="verse8">«Il m’a dit que presentement</div>
-<div class="verse8">«Vous confesse, et que payerez</div>
-<div class="verse8">«Tres-bien, et si me baillerez</div>
-<div class="verse8">«Argent, pour dire une douzaine</div>
-<div class="verse8">«De messes.</div>
-<div class="pers">LE PELLETIER.</div>
-<div class="verse-5"><i>Sa fiebvre quartaine!</i>»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le <abbr title="nouveau">nouv.</abbr> Pathelin.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE PREBSTRE.</div>
-<div class="verse8">«Vuyde dehors, fol insensé,</div>
-<div class="verse8">«Car il est temps que tu t’en partes.</div>
-<div class="pers">LE PELLETIER:</div>
-<div class="verse8">«Et je feray, <i>tes fiebvres quartes</i>!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="figure">FIGURE, dans le sens restreint de <i>forme</i>. Molière a
-dit, en ce sens, <i>la figure du visage</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure</div>
-<div class="verse"><i>Des visages humains</i> offusque <i>la figure</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_185">185</span>
-Offusque la forme des visages humains.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR LA FIGURE DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous laisse à penser si, dans la nuit obscure,</div>
-<div class="verse">J’ai <i>d’un vrai trépassé</i> su <i>tenir la figure</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p>Cette acception de <i>figure</i> se rapporte à celle de <span class="t5">FIGURER</span>.
-(Voyez <a href="#figurer">ce mot</a>.)</p>
-
-<p class="item" id="figurer">FIGURER, se rapportant à tout l’extérieur, à la
-<i>configuration</i>, en quelque sorte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voici monsieur Dubois plaisamment <i>figuré</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="cit">.... Une vieille tante qui.... <i>nous figure</i> tous les hommes comme des
-diables qu’il faut fuir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="filer">FILER <span class="t5">DOUX</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu n’es pas où tu crois; en vain tu <i>files doux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p><i>Doux</i> est adverbial, comme <i>franc</i>, <i>ferme</i>, <i>net</i>, <i>clair</i>, <i>soudain</i>,
-etc., dans des locutions analogues.</p>
-
-<p class="item" id="filet">FILET, diminutif de <i>fil</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il semble, à vous entendre, que monsieur Purgon tienne dans ses mains
-<i>le filet de vos jours</i>, et que, d’autorité suprême, il vous l’allonge ou le
-raccourcisse comme il lui plaît.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Trévoux indique encore <i>filet</i> comme diminutif de <i>fil</i>, <i lang="la" xml:lang="la">tenue
-filum</i>; et Regnier décrivant le costume de son pédant:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Les Alpes en jurant lui grimpoient au collet,</div>
-<div class="verse">«Et la Savoy, plus bas, ne pend qu’à un <i>filet</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> X.)</div>
-
-<p class="item" id="fille">FILLE <span class="t5">A SECRET</span>, capable de garder un secret:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ascagne, je suis <i>fille à secret</i>, Dieu merci.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="fillole">FILLOLE, filleule, archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il n’a pas aperçu Jeannette ma <i>fillole</i>,</div>
-<div class="verse">Laquelle m’a tout dit, parole pour parole.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Nicot dit: «filleul ou fillol.»</p>
-
-<p>Vaugelas déclare que <i>fillol</i> pour <i>filleul</i>, c’est très-mal parler.
-Pourquoi, puisque la racine est <i lang="la" xml:lang="la">filiolus</i>? L’usage, dira-t-on?
-A la bonne heure, si l’on pose en principe que l’usage ne saurait
-avoir tort.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_186">186</span>
-FIN. Voyez <a href="#faire_le_fin"><span class="t5">FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE</span></a> (p. 176).</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FIN FOND</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et nous fûmes coucher sur le pays exprès,</div>
-<div class="verse">C’est-à-dire, mon cher, en <i>fin fond</i> de forêts.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p><i>Fin</i>, dans l’ancienne langue, se joignait comme affixe à un
-substantif ou à un adjectif, pour lui donner la forme superlative.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«De lermes sont lor vis moilliez,</div>
-<div class="verse8">«Sourdant de <i>fin cueur</i> amoureus.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de Coucy.</i> v. 6176.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«La dame estoit si <i>fine bele</i>,</div>
-<div class="verse8">«Que n’avoit dame ne pucele</div>
-<div class="verse8">«Ens el païs qui l’ataindist.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> v. 150.)</div>
-
-<p>On dit, en certains pays vignobles, que du vin est <i>fin clair</i>.
-Il nous reste encore, dans l’usage commun, <i>fin fond</i>, et <i>fine
-fleur</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Près de Rouen, pays de sapience,</div>
-<div class="verse10">«Gens pesant l’air, <i>fine fleur</i> de Normands.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le Remède.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Nous mourons de <i>fine famine</i>,»</div>
-</div>
-
-<p>dit Guillemette à Pathelin. Et plus loin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Vous en estes <i>un fin droict maistre</i>.» (de tromperie.)</div>
-</div>
-
-<p class="item" id="flaireur">FLAIREUR <span class="t5">DE CUISINE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Impudent <i>flaireur de cuisine</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item">FLÉCHIR <span class="t5">AU TEMPS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut <i>fléchir au temps</i> sans obstination.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Molière eût mis aussi bien <i>céder au temps</i>; mais <i>fléchir au
-temps</i> fait une image bien plus vive et poétique.</p>
-
-<p class="item" id="foin">FOIN! exclamation:</p>
-
-<p>Ce mot n’a que la forme de commun avec <i>foin</i>, <i lang="la" xml:lang="la">fœnum</i>.</p>
-
-<p>On rencontre fréquemment, dans Plaute et dans Térence,
-l’exclamation <i lang="la" xml:lang="la">phu!</i> (en grec φεῦ), exprimant tantôt le dégoût,
-tantôt l’admiration: <i>peste</i>, <i>oh oh</i>, <i>diantre!</i> Ce <i lang="la" xml:lang="la">phu</i> est devenu
-en français <i>foin</i>, par le changement de l’<i>u</i> en <i>oi</i>, comme <span lang="la" xml:lang="la"><i>pungere</i>,
-<i>ungere</i></span>, <i>poindre</i>, <i>oindre</i>. Il s’emploie sans complément
-ou avec un complément:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Foin!</i> que n’ai-je avec moi pris mon porte respect!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«<i>Foin du loup et de sa race!</i>»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Chevreau, la Chèvre et le Loup.</i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_187">187</span>
-Foin ou fi sur le loup&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">phu de lupo</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Adieu donc. <i>Fi du plaisir</i></div>
-<div class="verse7">«Que la crainte peut corrompre!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Fables.</i> I. 9.)</div>
-
-<p class="item">FOND D’AME, substantif; <span class="t5">UN FOND D’AME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et n’est-ce pas sans doute un crime punissable,</div>
-<div class="verse">De gâter méchamment ce <i>fond d’âme</i> admirable?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="fondante">FONDANTE <span class="t5">EN LARMES</span>:</p>
-
-<p class="cit">Une jeune fille toute <i>fondante en larmes</i>, la plus belle et la plus touchante
-qu’on puisse jamais voir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>M. Auger veut qu’ici <i>fondant</i> soit un participe présent, et
-non un adjectif verbal, attendu le complément indirect <i>en
-larmes</i>. La raison ne paraît pas convaincante. On dit bien:
-cette jeune fille est <i>charmante de grâces</i>. Le complément ne fait
-donc rien à l’affaire; mais le féminin <i>toute</i>, qui précède <i>fondante</i>,
-y fait beaucoup, et détermine au second mot le caractère
-d’adjectif. Cette femme est <i>toute riante de santé</i>, ou bien
-<i>toute fondante en larmes</i>; il est clair qu’il s’agit d’un état,
-d’une manière d’être, et non pas d’une action.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#part_pres_var"><span class="t5">PARTICIPE PRÉSENT</span></a> <i>variable</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="fonder">FONDER <span class="t5">SUR QUELQUE CHOSE</span>, absolument:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tant de méchants placets, monsieur, sont présentés,</div>
-<div class="verse">Qu’ils étouffent les bons; et l’espoir où <i>je fonde</i></div>
-<div class="verse">Est qu’on donne le mien quand le prince est sans monde.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 2.)</div>
-
-<p>L’espoir où je <i>me</i> fonde. (Voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="force">FORCE, adverbe; <span class="t5">FORCE GENS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voir cajoler sa femme, et n’en témoigner rien,</div>
-<div class="verse">Se pratique aujourd’hui par <i>force gens</i> de bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p>Nicot: «Force, <i lang="la" xml:lang="la">id est copia</i>: il luy est allé <i>force gens</i> au
-devant.&mdash;Lieux où il y a <i>force arbres</i>.»</p>
-
-<p>Cette locution est trop commune pour qu’il en faille rapporter
-des exemples. Je me contenterai d’observer que le mot
-<i>force</i> doit être porté sur la liste des substantifs que l’usage a
-transformés en adverbes dans certains cas donnés, comme
-<i>pas</i>, <i>point</i>, <i>trop</i> (qui est une ancienne forme de <i>troupe</i>), <i>rien</i>,
-<i>mot</i> ou <i>motus</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_188">188</span>
-FORCER, vaincre en luttant; <span class="t5">FORCER UN MALHEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il m’échappe! ô <i>malheur qui ne se peut forcer</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p>L’emploi de <i>forcer</i> est ici le même que dans cette locution:
-<i>forcer un lièvre</i>.</p>
-
-<p class="item" id="forfanterie">FORFANTERIE <span class="t5">D’UN ART</span>, vanité d’un art qui se
-vante:</p>
-
-<p class="cit">Sans découvrir encore au peuple,...... <i>la forfanterie de notre art</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Les Italiens disent <i lang="it" xml:lang="it">un furfante</i>; mais, au rebours de ce qu’affirme
-Nicot, ce n’est pas d’eux que nous avons emprunté <i>forfant</i>
-ni <i>forfanterie</i>, car les racines de ces mots sont exclusivement
-françaises. <i>Forfanterie</i> est pour <i>forvanterie</i>. <i>For</i>, en
-composition, signifie tantôt <i>hors</i>, comme dans <i>forligner</i>, <i>forclore</i>,
-<i>forbannir</i>, <i>forban</i>, etc., tantôt <i>mal</i>, parce que le mal
-résulte de l’excès qui franchit les limites. Ainsi <i>forfaire</i>, <i>forsenné</i>,
-<i>forconseiller</i>, <i>forjuger</i>, <i>formarier</i> et <i>formariage</i> (mariage
-contre la loi et la coutume), <i>formener</i> (malmener), etc. <i>Se
-forfanter</i>, c’est se vanter au delà de la vérité, se vanter à faux;
-et c’est de nous que les Italiens l’ont emprunté.</p>
-
-<p class="item" id="forger">FORGER <span class="t5">UN AMUSEMENT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Votre feinte douceur <i>forge un amusement</i>,</div>
-<div class="verse">Pour divertir l’effet de mon ressentiment.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#divertir"><span class="t5">DIVERTIR</span></a> et
-<a href="#amusement"><span class="t5">AMUSER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="forligner">FORLIGNER DE:</p>
-
-<p class="cit">Jour de Dieu! je l’étranglerois de mes propres mains, s’il falloit qu’elle
-<i>forlignât de l’honnêteté de sa mère</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p><i>Fors-ligner</i>, c’est sortir hors de la ligne droite, <i>se dévier</i>,
-comme on parlait jadis.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#forfanterie"><span class="t5">FORFANTERIE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="former">FORMER <span class="t5">DES SENTIMENTS</span>, comme <i>former des vœux</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>je ne forme point</i> d’assez beaux <i>sentiments</i></div>
-<div class="verse">Pour.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="fort_en_gueule">FORT EN GUEULE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MADAME PERNELLE:</div>
-<div class="verse">..... Vous êtes, m’amie, une fille suivante</div>
-<div class="verse">Un peu trop <i>forte en gueule</i>, et très-impertinente.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_189">189</span>
-&mdash;<span class="t4">FORTE PASSION</span>, passion dominante:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ta <i>forte passion</i> est d’être brave et leste.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="fortune">FORTUNE, au sens du latin <i>fortuna</i>, la destinée,
-dans ce vers d’Horace:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><span lang="la" xml:lang="la"><i>Fortunam</i> Priami cantabo, et nobile bellum.</span></div>
-</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">..... Elle est de vous (cette lettre), suffit: même <i>fortune</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dépit. am.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Le capitaine de ce vaisseau, touché de <i>ma fortune</i>, prit amitié pour moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voyons quelle <i>fortune</i> en ce jour peut m’attendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Comme on trouve écrit dans le ciel jusqu’aux plus petites particularités
-de la <i>fortune</i> du moindre des hommes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>La <i>fortune</i> d’un homme, pour signifier sa richesse, l’ensemble
-de son avoir, est une acception toute moderne, qui ne
-se rencontre point dans Molière.</p>
-
-<p>Un homme <i>fortuné</i> n’est point un homme riche, mais un
-homme favorisé du sort. On peut être le plus <i>fortuné</i> des mortels,
-et très-pauvre en même temps.</p>
-
-<p><i>Avoir de la fortune</i>, ne signifie donc réellement autre chose
-que avoir la chance heureuse, <i>fortune</i> se prenant pour <i>bonne
-fortune</i>, comme <i>heur</i> pour <i>bon heur</i>; <i>succès</i> pour <i>heureux succès</i>,
-etc.</p>
-
-<p>Arnolphe demande à Horace:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous est-il point encore arrivé de <i>fortune</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, d’aventure galante.</p>
-
-<p>«Tu portes César et sa fortune.» Il serait ridicule d’entendre:
-Tu portes César et ses trésors.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAR FORTUNE</span>, par hasard:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je l’avois sous mes pieds rencontré <i>par fortune</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p>La Fontaine dit <i>de fortune</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Comme elle disoit ces mots,</div>
-<div class="verse7">«Le loup, <i>de fortune</i>, passe.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Chèvre, le Chevreau et le Loup.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="fortunes">FORTUNES, au pluriel, même sens:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">..... Nous parlions des <i>fortunes d’</i>Horace.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_190">190</span>
-<div class="verse10">«Quant au surplus des <i>fortunes</i> humaines,</div>
-<div class="verse10">Les biens, les maux, les plaisirs et les peines...»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Belphégor.</i>)</div>
-
-<p>Les Anglais ont retenu ce sens: <i lang="en" xml:lang="en">the fortunes of Nigel</i>, sont
-<i>les aventures</i> de Nigel.</p>
-
-<p>Horace dit aussi, au pluriel:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">«Si dicentis erunt <i>fortunis</i> absona dicta....»</div>
-</div>
-
-<p>Si le langage ne convient pas à la position du personnage, à
-sa fortune, ou à ses fortunes.</p>
-
-<p class="item" id="foudre">FOUDRE <span class="t5">PUNISSEUR</span>. Voyez
-<a href="#punisseur"><span class="t5">PUNISSEUR</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="fourber">FOURBER <span class="t5">QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">&mdash;Vous vous êtes accordés, Scapin, vous et mon fils, pour <i>me fourber</i>.</p>
-
-<p class="cit">&mdash;Ma foi, monsieur, si Scapin <i>vous fourbe</i>, je m’en lave les mains.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="fourbissime">FOURBISSIME:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mascarille est un fourbe, et fourbe <i>fourbissime</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>La forme en <i>issime</i> fut naturellement la forme primitive de
-notre superlatif. La traduction des <i>Rois</i>, la chanson de Roland,
-saint Bernard, l’emploient constamment; d’ordinaire elle est
-contractée en <i>isme</i>: <i>saintisme</i>, <i>grandisme</i>, <i>altisme</i>, <i>cherisme</i>,
-etc., y sont pour <i>saintissime</i>, <i>grandissime</i>, etc. On disait
-même <i>bonisme</i>, et non <i>optime</i>, formé de <i>bon</i>, par analogie.</p>
-
-<p>C’est donc à tort que le P. Bouhours (<i>Entretiens d’Ariste et
-Eugène</i>) prétend ces superlatifs contraires au génie de notre
-langue.</p>
-
-<p>En 1607, Malherbe, dans ses lettres, se sert fréquemment de
-<i>grandissime</i>; et Perrot d’Ablancourt, dans sa traduction de César:
-«Il y avait un <i>grandissime</i> nombre de villes.» Mais on les
-en a repris l’un et l’autre. Par conséquent, c’est du commencement
-du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle qu’il faut dater dans notre langue la déchéance
-de l’ancienne forme latine, et l’emploi exclusif de <i>très</i>
-pour marquer le superlatif.</p>
-
-<p>Les Latins, outre la forme en <i lang="la" xml:lang="la">issimus</i>, formaient aussi le
-superlatif par le mot <i>ter</i>, soit séparé, soit en composition. Ils
-avaient emprunté cela des Grecs, qui disaient τρισόλβιος,
-τρισευδαίμων, τρισκατάρατος, etc.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_191">191</span>
-Plaute dit de même, <span lang="la" xml:lang="la"><i>trifur</i>, <i>triveneficus</i>, <i>tricerberus</i></span>.</p>
-
-<p>Et Virgile: «<span lang="la" xml:lang="la">O <i>ter</i> quaterque <i>beati</i>!</span>»</p>
-
-<p><i>Très-docte</i>, en français, est donc comme <i lang="la" xml:lang="la">tridoctus</i>, et nous
-avons eu, à l’instar des Latins, deux manières de former les
-superlatifs; seulement la forme grecque, chez les Latins la
-moins usitée, a fini par l’emporter chez nous, et par étouffer
-complétement la forme latine.</p>
-
-<p class="item" id="fournir">FOURNIR A, suffire à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma foi, me trouvant las pour ne pouvoir <i>fournir</i></div>
-<div class="verse"><i>Aux différents emplois</i> où Jupiter m’engage......</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> <abbr title="Prologue">Prol.</abbr>)</div>
-
-<p class="item" id="frais">FRAIS; <span class="t5">PRENDRE LE FRAIS</span>, c’est-à-dire, choisir
-l’heure du frais, le soir ou le matin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour arriver ici, mon père <i>a pris le frais</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="franc">FRANC, adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous parle <i>un peu franc</i>; mais c’est là mon humeur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous dirai <i>tout franc</i> que c’est avec justice.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est de presser <i>tout franc</i>, et sans nulle chicane,</div>
-<div class="verse">L’union de Valère avecque Marianne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous dirai <i>tout franc</i> que cette maladie,</div>
-<div class="verse">Partout où vous allez, donne la comédie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>Tout franchement</i>, comme <i>tout net</i> est pour <i>tout nettement</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#premier_que"><span class="t5">PREMIER QUE</span></a>,
-<a href="#ferme"><span class="t5">FERME</span></a>, <a href="#net"><span class="t5">NET</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">FRÉQUENTER <span class="t5">CHEZ QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sans doute; et je le vois qui <i>fréquente chez nous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Les Latins employaient <i lang="la" xml:lang="la">frequentare</i> sans <i lang="la" xml:lang="la">apud</i>,
-comme aujourd’hui nous faisons. Dans Cicéron: <i lang="la" xml:lang="la">Qui domum
-meam frequentant</i>, ceux qui fréquentent ma maison; et dans Phèdre:
-<i lang="la" xml:lang="la">Aras frequentas</i>, tu fréquentes les autels.</p>
-
-<p class="item" id="fricasser">FRICASSER, métaphoriquement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARINETTE.</div>
-<div class="verse">Moi, je te chercherois! Ma foi, <i>l’on t’en fricasse</i>,</div>
-<div class="verse">Des filles comme nous!.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p>Observez que c’est Marinette qui parle.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_192">192</span>
-FRIPERIE; <span class="t5">NOTRE FRIPERIE</span>, notre personne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Gare une irruption sur <i>notre friperie</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>C’est un valet qui parle.</p>
-
-<p class="item" id="frotter">FROTTER SON NEZ <span class="t5">AUPRÈS DE LA COLÈRE DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">GROS-RENÉ.</div>
-<div class="verse">Viens, viens <i>frotter ton nez auprès de ma colère</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="fuir">FUIR DE (un infinitif), comme éviter de....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si votre âme les suit, et <i>fuit d’être coquette</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Il ne <i>fuit</i> rien tant tous les jours que <i>d’exercer</i> les merveilleux talents
-qu’il a eus du ciel pour la médecine.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p>C’est le <i lang="la" xml:lang="la">fuge quærere</i> d’Horace.</p>
-
-<p><i>De</i>, dans l’expression française, est la marque de l’ablatif
-employé dans ce vers de Virgile:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">Quanquam animus meminisse horret, <i>luctuque refugit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Æneid.</i> II.)</div>
-
-<p>«Mon esprit recule d’horreur à ces images de deuil, et <i>fuit
-de s’en souvenir</i>.»</p>
-
-<p class="cit">&mdash;«J’ay monstré, en la conduite de ma vie et de mes entreprinses, que
-j’ay plustost <i>fuy</i> qu’aultrement <i>d’enjamber</i> par dessus le degré de fortune
-auquel Dieu logea ma naissance.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> III. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="fuligines">FULIGINES, terme technique:</p>
-
-<p class="cit">Beaucoup de <i>fuligines</i> épaisses et crasses, etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="furieux">FURIEUX, dans le sens d’<i>extrême</i>:</p>
-
-<p class="cit">Voilà <i>une furieuse imprudence</i>, que de nous envoyer querir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="item" id="fuseaux">FUSEAUX; <span class="t5">FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX</span>. Voyez
-<a href="#bruire"><span class="t5">BRUIRE</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="futurs"><i>FUTURS</i> (<span class="t5"><i>DEUX</i></span>), <i>commandés l’un par l’autre</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce ne <i>sera</i> pas là qu’il <i>viendra</i> la chercher.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>Cette symétrie des temps, empruntée du latin, est aussi négligée
-au <span class="t5">XIX</span><sup>e</sup> siècle qu’elle était soigneusement observée au
-<span class="t5">XVII</span><sup>e</sup>. On dirait aujourd’hui sans scrupule: Ce n’<i>est</i> pas là
-qu’il <i>viendra</i>.</p>
-
-<p class="cit"><i>Je reviendrai</i> voir sur le soir en quel état elle <i>sera</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Et non: en quel état elle <i>est</i>.</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_193">193</span>
-Lorsqu’on me <i>trouvera</i> morte, il n’y aura personne qui mette en doute
-que ce ne soit vous qui <i>m’aurez</i> tuée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Et non: <i>qui m’avez</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai des raisons à faire approuver ma conduite,</div>
-<div class="verse">Et <i>je connoîtrai</i> bien si vous <i>l’aurez</i> instruite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p>Cette symétrie des temps s’observait aussi pour le conditionnel.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#conditionnels"><span class="t5">CONDITIONNELS</span></a>.) (<span class="t5">DEUX.</span>)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Futur</span> suivi d’un présent de l’indicatif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ce ne sera point</i> vous que je leur <i>sacrifie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 5.)</div>
-
-<p>L’exigence du mètre, et la nécessité de rimer à <i>philosophie</i>,
-ont apparemment ici forcé la main à Molière, dont l’usage constant
-est de mettre les deux futurs, même en des cas où ils
-sont bien moins nécessaires.</p>
-
-<p class="item" id="item_G">GAGE QUE...., adverbialement, ou par une sorte
-d’ellipse pour <i>je gage que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Gage qu’</i>il se dédit.&mdash;Et moi, <i>gage que</i> non.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="gager">GAGER <span class="t5">QUELQU’UN POUR</span> (un substantif), c’est-à-dire,
-<i>en qualité de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je suis auprès de lui <i>gagé pour serviteur</i>:</div>
-<div class="verse">Vous me voudriez encor payer <i>pour précepteur</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#pour_qual"><span class="t5">POUR</span></a>, en qualité de.)</p>
-
-<p class="item" id="gagner">GAGNER; <span class="t5">GAGNER AU PIED</span>, s’enfuir:</p>
-
-<p class="cit">Ah! par ma foi, je m’en défie, et je m’en vais <i>gagner au pied</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p>La Fontaine a dit, dans le même sens, <i>gagner au haut</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
- Le galant aussitôt</div>
-<div class="verse8">«Tire ses grègues, <i>gagne au haut</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Renard et le Coq.</i>)</div>
-
-<p>Nicot et Trévoux ne donnent que <i>gagner le haut</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#haut"><span class="t5">HAUT</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GAGNER DE</span> (un infinitif), obtenir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’il n’est repentir ni suprême puissance</div>
-<div class="verse">Qui <i>gagnât</i> sur mon cœur <i>d’oublier</i> cette offense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_194">194</span>
-&mdash;<span class="t4">GAGNER LE TAILLIS</span>, fuir, s’évader:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">Tant pis!</div>
-<div class="verse">J’en serai moins léger à <i>gagner le taillis</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GAGNER LES RÉSOLUTIONS</span> <i>de quelqu’un</i>, les surmonter:</p>
-
-<p class="cit">Pied à pied <i>vous gagnez mes résolutions</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 18.)</div>
-
-<p class="item" id="galant_substantif">GALANT, substantif, un nœud de rubans:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-9">Voilà</div>
-<div class="verse">Ton beau <i>galant</i> de neige, avec ta nonpareille:</div>
-<div class="verse">Il n’aura plus l’honneur d’être sur mon oreille.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="galant">GALANT, adjectif, au sens d’<i>élégant</i>, <i>distingué</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il me montra toute l’affaire, exécutée d’une manière, à la vérité, beaucoup
-plus <i>galante</i> et plus spirituelle que je ne puis faire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface de la Critique de l’École des femmes">Préf. de la Crit. de l’Éc.
-des fem.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="galanterie">GALANTERIE, <span class="t5">FAIRE GALANTERIE DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">N’a-t-il pas (Molière), ceux...... qui, le dos tourné, <i>font galanterie
-de se déchirer</i> l’un l’autre?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p>Rien n’a remplacé cette excellente expression; il faut, pour
-en rendre le sens, recourir à une longue périphrase.</p>
-
-<p class="item" id="galimatias">GALIMATIAS au pluriel:</p>
-
-<p class="cit">Mon Dieu, prince, je ne donne point dans <i>tous ces galimatias</i> où donnent
-la plupart des femmes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="garant">GARANT; <span class="t5">ÊTRE GARANT DE QUELQUE CHOSE</span>, en fournir
-la garantie, la preuve:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, je lui couperois sur-le-champ les oreilles,</div>
-<div class="verse">S’il <i>n’étoit pas garant</i> de tout ce qu’il m’a dit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="gard">GARD’, en style familier, pour garde:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6">Dieu te <i>gard’</i>, Cléanthis!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="garde">GARDE; <span class="t5">SE DONNER DE GARDE DE....</span> Voyez à
-<a href="#se_donner_de_garde"><span class="t5">DONNER</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="garder">GARDER <span class="t5">DE</span> (un infinitif), se garder de, prendre
-garde de:</p>
-
-<p class="cit">Mon Dieu, Éraste, <i>gardons</i> d’être surpris.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_195">195</span>
-<div class="verse">Rentrez donc, et surtout <i>gardez de babiller</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Rentrez dans la maison, et <i>gardez de rien dire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Gardez de vous tromper!</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">Georg. D.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p>Molière emploie indifféremment, et selon le besoin de la circonstance,
-<i>garder</i> ou <i>se garder de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et surtout <i>gardez-vous de la quitter</i> des yeux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti" id="garder_que">&mdash;<span class="t4">GARDER QUE</span> (sans <i>ne</i>):</p>
-
-<p class="cit"><i>Gardons bien que</i>, par nulle autre voie, <i>elle en apprenne</i> jamais rien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#se_donner_de_garde"><span class="t5">DONNER DE GARDE (SE)</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="gardien">GARDIEN, en trois syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Suis-je donc <i>gardien</i>, pour employer ce style,</div>
-<div class="verse">De la virginité des filles de la ville?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Il est probable que plus tard Molière eût écrit: Suis-je donc
-<i>le</i> gardien.....</p>
-
-<p class="item" id="gater">GATER <span class="t5">QUELQU’UN DE</span>, c’est-à-dire, à l’aide, par le
-moyen de....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux être pendu, si nous ne les verrions</div>
-<div class="verse">Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,</div>
-<div class="verse">Sans tous ces vils devoirs <i>dont</i> la plupart des hommes</div>
-<div class="verse"><i>Les gâtent</i> tous les jours, dans le siècle où nous sommes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Cette tournure se rapporte à <span class="t5">DE</span>, exprimant la cause, la manière.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GATER (SE) SUR L’EXEMPLE D’AUTRUI</span>; par l’exemple,
-d’après l’exemple d’autrui:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>ne vous gâtez pas sur l’exemple d’autrui</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="gauchir">GAUCHIR, aller à gauche; <span class="t5">GAUCHIR DE QUELQUE
-CHOSE</span>, s’en écarter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Notre sort ne dépend que de sa seule tête;</div>
-<div class="verse"><i>De ce qu’elle s’y met</i>, rien ne la fait <i>gauchir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="gaulis">GAULIS, terme technique, branche d’arbre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je pousse mon cheval et par haut et par bas,</div>
-<div class="verse">Qui plioit des <i>gaulis</i> aussi gros que le bras.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_196">196</span>
-«Les gaulis, dit Trévoux, sont, en terme de vénerie, des
-branches d’arbre qu’il faut que les veneurs plient ou détournent
-pour percer dans un bois.»</p>
-
-<p><i>Gault</i>, en vieux français, est une forêt:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Onc charpentier en bos ne sot si charpenter,</div>
-<div class="verse">«Ne mena telle noise en parfont <i>gault</i> ramé.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Renaut de Montauban.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Que florissent cil prez, e cil <ins id="cor_8" title="gautl"><i>gault</i></ins> sont foilli.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">Rom.</abbr> d’Aïe d’<abbr title="Avignon">Avig.</abbr></i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Cerchant prés et jardins et <i>gaults</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">Rom.</abbr> de la Rose.</i>)</div>
-
-<p>«<i>Gault</i> paraît venir du bas latin <i lang="la" xml:lang="la">caula</i>, d’où s’est formé
-<i>gaule</i>, par l’adoucissement du <i>c</i> en <i>g</i>. Dans un compte de 1202:
-«<span lang="la" xml:lang="la">pro perticis et <i>caulis</i>.... pro <span class="t5">L</span> <i>caulis</i></span>.»
-Pour des perches et des gaules..... pour 50 gaules.» (<span class="smcap">Du Cange</span>, au mot
-<span class="t5">CAULA</span>.)</p>
-
-<p>J’avoue que j’aimerais mieux dériver <i>gault</i> de <i lang="la" xml:lang="la">saltus</i>, et
-<i>gaule</i> de <i lang="la" xml:lang="la">caula</i>. Le <i>nom</i> propre <i>Gault de Saint-Germain</i> signifie
-<i>Bois de Saint-Germain</i>.</p>
-
-<p class="item">GAYETÉ, en trois syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je vous avouerai que cette <i>gayeté</i></div>
-<div class="verse">Surprend au dépourvu toute ma fermeté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Mais que de <i>gayeté</i> de cœur</div>
-<div class="verse">On passe aux mouvements d’une fureur extrême....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item">GENDARMÉ <span class="t5">CONTRE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet homme <i>gendarmé</i> d’abord <i>contre mon feu</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item">GÊNER (gehenner) <span class="t5">QUELQU’UN</span>, le torturer, lui faire
-violence:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et pour tout dire enfin, jaloux ou non jaloux,</div>
-<div class="verse">Mon roi sans <i>me gêner</i> peut me donner à vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p>Racine a dit de même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et le puis-je, madame? Ah, que vous me <i>gênez</i>!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Andromaque">Androm.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>Ah, que vous torturez mon cœur!</p>
-
-<p>Ce mot a perdu aujourd’hui toute l’énergie de son acception
-primitive; c’était même déjà un archaïsme dans Racine et dans
-Molière. On voit par cet exemple combien les mœurs influent
-sur le langage: à mesure que l’usage de la torture ou de la
-<span class="pagenum" id="Page_197">197</span>
-<i>gene</i> s’éloignait, la valeur du mot s’affaiblissait comme le souvenir
-de la chose. <i>Il est gêné dans ses habits</i> eût été, au
-<span class="t5">XII</span><sup>e</sup> siècle, une hyperbole violente; aujourd’hui, cela signifie
-simplement, <i>il n’y est pas à son aise</i>; c’est l’expression la plus
-douce qu’on puisse employer.</p>
-
-<p class="item">GÊNES, au pluriel, dans le sens du latin <i>gehenna</i>,
-<i>torture</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sens de son courroux des <i>gênes</i> trop cruelles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="gens">GENS masculin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma langue est impuissante, et je voudrois avoir</div>
-<div class="verse">Celle de <i>tous les gens</i> du plus exquis savoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="cit">La délicatesse est trop grande, de ne pouvoir souffrir que des <i>gens triés</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> I.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’en n’approuvant rien des ouvrages du temps,</div>
-<div class="verse">Il se met au-dessus de <i>tous</i> les autres <i>gens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’avecque le cœur d’un perfide vaurien</div>
-<div class="verse">Vous confondiez les cœurs de <i>tous les gens de bien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour <i>tous les gens de bien</i> j’ai de grandes tendresses.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Cependant noire âme insensée</div>
-<div class="verse">S’acharne au vain honneur de demeurer près d’eux,</div>
-<div class="verse">Et s’y veut contenter de la fausse pensée</div>
-<div class="verse">Qu’ont <i>tous les autres gens</i> que nous sommes heureux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Combien de <i>gens</i> font-<i>ils</i> des récits de bataille,</div>
-<div class="verse7">Dont <i>ils</i> se sont tenus loin!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti" id="gens_det">&mdash;<span class="t4">GENS</span> avec un nom de nombre déterminé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je connois des <i>gens</i> à Paris, plus de <i>quatre</i>,</div>
-<div class="verse">Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, je serois cocu?&mdash;Vous voilà bien malade!</div>
-<div class="verse"><i>Mille gens</i> le sont bien qui de rang et de nom</div>
-<div class="verse">Ne feroient avec vous nulle comparaison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Un de mes gens</i> la garde au coin de ce détour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Il y a là <i>vingt gens</i> qui sont fort assurés de n’entrer point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impr.</i> 3.)</div>
-
-<p class="cit">Et jamais il ne parut si sot que parmi <i>une demi-douzaine de gens</i> à
-qui elle avoit fait fête de lui.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Critique de l’<abbr title="École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> sc. 2.)</div>
-
-<p>A l’origine de la langue il a été souvent employé ainsi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Pour ces <i>trois gens</i> qui ont pel de beste afublée.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le dit du Buef.</i>)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_198">198</span>
-&mdash;<span class="t4">GENS DE BIEN A OUTRANCE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Toutes les grimaces étudiées de ces <i>gens de bien à outrance</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GENS DE DIFFICULTÉS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ce sont (les avocats) <i>gens de difficultés</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GENS DE NOM</span>:</p>
-
-<p class="cit">Toute mon ambition est de rendre service aux <i>gens de nom</i> et de mérite.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 11.)</div>
-
-<p class="item" id="gentillesse">GENTILLESSE, dans le sens de l’italien <i lang="it" xml:lang="it">gentilezza</i>,
-<i>noblesse</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ce sont des brutaux, ennemis de <i>la gentillesse</i> et du mérite des autres
-villes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="gloire">GLOIRE, considération personnelle, mérite:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Pourquoi voulez-vous croire</div>
-<div class="verse">Que de ce cas fortuit dépende notre <i>gloire</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est où je mets aussi <i>ma gloire</i> la plus haute.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Je mets ma gloire, je fais consister mon mérite principal à
-vous satisfaire.</p>
-
-<p class="item" id="gober">GOBER <span class="t5">LE MORCEAU</span>, se laisser prendre, duper
-tranquillement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je ne suis pas homme à <i>gober le morceau</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Métaphore prise de la pêche à la ligne.</p>
-
-<p class="item" id="goguenarderie">GOGUENARDERIE:</p>
-
-<p class="cit">Oui, mais je l’enverrois promener avec ses <i>goguenarderies</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="grace">GRACE; <span class="t5">DONNER GRACE</span>, pardonner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Et l’on <i>donne grâce</i> aisément</div>
-<div class="verse8">A ce dont on n’est pas le maître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="grais">GRAIS, Grec:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARTINE.</div>
-<div class="verse">Et, ne voulant savoir <i>le grais</i> ni le latin....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>C’est l’ancienne et légitime prononciation, comme dans
-<i>échecs</i>, <i>legs</i>. Ce passage nous montre que, du temps de Molière,
-le peuple la retenait encore.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_199">199</span>
-GRAND invariable en genre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le bal et <i>la grand bande</i>, assavoir deux musettes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous n’aurez pas <i>grand peine</i> à le suivre, je crois.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il porte une jaquette à <i>grands basques plissées</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Dans l’origine de la langue, tout adjectif dérivé d’un adjectif
-latin en <i>is</i>, <span lang="la" xml:lang="la"><i>grandis</i>, <i>qualis</i>, <i>regalis</i>,
-<i>viridis</i></span>, etc., ne changeait pas non plus en français pour le féminin.</p>
-
-<p>Il nous reste encore de cet usage, <i>grand messe</i>, <i>grand mère</i>,
-<i>grand route</i>, etc., et, dans le langage du palais, <i>lettres royaux</i>.</p>
-
-<p>C’est donc une véritable faute de mettre une apostrophe
-après <i>grand</i>, comme si l’<i>e</i> s’élidait.</p>
-
-<p>(Voyez <i>des Variations du langage français</i>, p. 226.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GRAND LATIN</span>, grand latiniste, comme on dit <i>grand
-grec</i> pour grand helléniste:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous crois <i>grand latin</i> et grand docteur juré.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GRAND SEIGNEUR (LE)</span>, pour l’<i>aristocratie</i>, <i>la noblesse</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">O l’ennuyeux conteur!</div>
-<div class="verse">Jamais on ne le voit sortir <i>du grand seigneur</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>De même <i>le marquis</i>, pour <i>la classe des marquis</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#marquis"><span class="t5">MARQUIS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="grimaciers">GRIMACIERS, hypocrites:</p>
-
-<p class="cit">Ils donnent bonnement (les hommes sincèrement vertueux) dans le
-panneau des <i>grimaciers</i>, et appuient aveuglément les singes de leurs actions.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#faconnier"><span class="t5">FAÇONNIER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="grouiller">GROUILLER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on demande l’heure, et l’on bâille vingt fois,</div>
-<div class="verse">Qu’elle <i>grouille</i> aussi peu qu’une pièce de bois.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Comme <i>grouiller</i> est devenu, l’on ne sait pourquoi, un
-terme bas, les éditeurs de 1682 ont jugé qu’il était mal séant
-dans la bouche de Célimène, et ils ont fait à Molière l’aumône
-d’une correction que les comédiens se sont empressés d’adopter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’elle <i>s’émeut autant</i> qu’une pièce de bois.</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_200">200</span>
-M. Auger observe qu’il fallait au moins mettre <i>se meut</i> ou
-<i>remue</i>, car c’est de cela qu’il s’agit, et non de <i>s’émouvoir</i>.</p>
-
-<p>Ces corrections, faites au texte d’un écrivain comme Molière,
-sont autant d’impertinences.</p>
-
-<p class="cit">Est-ce que madame Jourdain est décrépite? et la tête lui <i>grouille-t-elle</i>
-déjà?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><i>Grouiller</i> est une forme de <i>crouller</i>. La prononciation les
-confondait. <i>Crouller</i>, verbe actif ou verbe neutre, <i>trembler</i>,
-<i>agiter</i>, <i>ébranler</i>; en italien, <span lang="it" xml:lang="it"><i>crollare</i>: <i>crollare
-il capo</i></span>, <i>secouer la tête</i>: «Les fundemens des munz sunt emeuz et
-<i>crollez</i>, kar nostre sire est curuciez.» (<i>Rois</i>, p. 205.) Les fondements des
-monts sont émus et ébranlés, <i lang="la" xml:lang="la">concussa et conquassata</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Baucent l’oï, si a froncie le nez;</div>
-<div class="verse10">«<i>La teste croule</i> si a des piez houez.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La bataille d’Arlescamp.</i>)</div>
-
-<p>Baucent <i>grouille la tête</i>, secoue la tête.</p>
-
-<p>Il peut être intéressant, pour l’histoire de la langue, d’observer
-que nos pères avaient à la fois <i>crouler</i> et <i>trembler</i>, et qu’ils
-distinguaient fort bien l’un de l’autre. En voici un exemple,
-tiré du roman d’Alexandre; il s’agit des prodiges qui signalèrent
-la naissance de ce héros:</p>
-
-<p class="cit">«Dieu demonstra par signe qu’il (Alexandre) se feroyt
-cremir<a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, car l’on vit l’aer muer,
-le firmament croissir<a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>, et la
-<i>terre crouler</i>; la mer par lieus rougir, et <i>les bestes trembler</i>, et les hommes fremir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de la <abbr title="Chanson">Ch.</abbr> des Saxons.</i> p. 22.)</div>
-
-<p>Ces finesses de nuances n’indiquent pas une langue
-barbare.</p>
-
-<p class="cit">«Quand le souldich l’eut entendu, si <i>crolla la teste</i> et le regarda fellement,
-et dist: Tu has murdry!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <abbr title="Chroniques"><i>Chron.</i></abbr> II. ch. 30.)</div>
-
-<p class="item">GUÉRIR, au sens figuré:</p>
-
-<p class="pers">NICOLE.</p>
-
-<p class="cit">De quoi est-ce que tout cela <i>guérit</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>A quoi tout cela sert-il?</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_201">201</span>
-GUEUSER <span class="t5">DES ENCENS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,</div>
-<div class="verse">Qu’un auteur qui partout va <i>gueuser des encens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="gueux">GUEUX <span class="t5">COMME DES RATS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Tous ces blondins sont agréables.... mais la plupart sont <i>gueux comme
-des rats</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>L’expression complète eût été: Comme des rats d’église, qui
-n’y trouvent rien à manger. Mais, du temps de Molière, on n’osait
-pas prononcer sur le théâtre le mot <i>église</i>; quand on y était
-réduit, on disait <i>le temple</i>. (Voyez <a href="#temple"><span class="t5">TEMPLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">GUEUX D’AVIS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non de ces <i>gueux d’avis</i>, dont les prétentions</div>
-<div class="verse">Ne parlent que de vingt ou trente millions.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="guide">GUIDE, subst. féminin, comme <i>sentinelle</i>; archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>La Guide</i> des pécheurs est encore un bon livre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> I.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Elle lit saint Bernard, <i>la Guide</i> des
-pécheurs<a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Régnier.</span> <i>Macette.</i>)</div>
-
-<p><i>Guide</i>, terme technique, est resté féminin: <span class="t5">CONDUIRE A
-GRANDES GUIDES</span>.</p>
-
-<p class="item" id="guigner">GUIGNER, lorgner du coin de l’œil:</p>
-
-<p class="cit">J’ai <i>guigné</i> ceci tout le jour.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p><i>De guingois</i>, espèce d’adverbe, pour signifier <i>de côté</i>, <i>de
-travers</i>, paraît dérivé de <i>guigner</i>: <i>de guingois</i>, comme <i>de guïgois</i>.
-M<sup>me</sup> de Sévigné affectionne ce terme familier: <i>un esprit
-de guingois</i>.</p>
-
-<p class="item" id="item_H">HABILLER; <span class="t5">S’HABILLER D’UN NOM</span>:</p>
-
-<p class="cit">Le monde aujourd’hui n’est plein..... que de ces imposteurs qui....
-<i>s’habillent insolemment du premier nom illustre</i> qu’ils s’avisent de prendre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="habitude">HABITUDE <span class="t5">DU CORPS</span>, tenue, maintien,
-<i lang="la" xml:lang="la">habitus</i>:</p>
-
-<p class="cit">Cette <i>habitude du corps</i> menue, grêle, noire et velue.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_202">202</span>
-HAINE <span class="t5">POUR QUELQU’UN</span>, au lieu de <i>haine contre</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ils ont en cette ville <i>une haine effroyable pour</i> les gens de votre pays.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="hanter">HANTER <span class="t5">QUELQUE PART</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps,</div>
-<div class="verse">Ne sauroit-il souffrir qu’aucun <i>hante céans</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="hantises">HANTISES, <span class="t5">FRÉQUENTATION</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Isabelle pourroit perdre dans ces <i>hantises</i></div>
-<div class="verse">Les semences d’honneur qu’avec nous elle a prises.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>La forme primitive était <i>hant</i>, racine du verbe <i>hanter</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Sunt se nettement guardé tes vadlets, e meimement de <i>hant</i> de
-femme?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 83.)</div>
-
-<p class="item" id="hardi">HARDI, employé comme exclamation:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Là, <i>hardi!</i> tâche à faire un effort généreux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 21.)</div>
-
-<p class="item">HATÉ, pressé, urgent:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous sortions.&mdash;Il s’agit d’un fait assez <i>hâté</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="haut">HAUT, substantif; <i>un haut</i>, pour <i>une hauteur</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Sur <i>un haut</i>, vers cet endroit,</div>
-<div class="verse8">Étoit leur infanterie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#gagner"><span class="t5">GAGNER LE HAUT</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HAUT DE L’ESPRIT (DU)</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, les deux bras croisés, <i>du haut de son esprit</i></div>
-<div class="verse">Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti" id="haut_la_main">&mdash;<span class="t4">HAUT LA MAIN</span>, sans l’ombre de résistance ou de
-difficulté:</p>
-
-<p class="cit">Vous l’auriez guéri <i>haut la main</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Molière a dit aussi <i>la main haute</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La grammaire, qui sait régenter jusqu’aux rois,</div>
-<div class="verse">Et les fait, <i>la main haute</i>, obéir à ses lois!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Cette expression se rapporte à cette autre, <i>avoir la haute
-main sur...</i>; et cette dernière se trouve fréquemment dans les
-plus vieux monuments de notre langue:</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_203">203</span>
-«E la malvaise gent e les fils Belial.... <i>ourent la plus halte main envers
-Roboam</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 298.)</div>
-
-<p>On trouve aussi, <i>avant la main</i>, pour <i>haut la main</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE PELLETIER.</div>
-<div class="verse8">«Mais pensez-y, de par le diable,</div>
-<div class="verse8">«Et me payez <i>avant la main</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le <abbr title="nouveau">nouv.</abbr> Pathelin.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE PORTER HAUT</span>, être fier, orgueilleux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Détrompez-vous de grâce, et <i>portez-le moins haut</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p>Le subst. de l’ellipse paraît être <i>chef</i>: portez le chef moins
-haut.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HAUT DU JOUR</span> (le); midi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le roi vint honorer Tempé de sa présence;</div>
-<div class="verse">Il entra dans Larisse hier, <i>sur le haut du jour</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE UNE HAUTE PROFESSION DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">Ils ont trouvé moyen de surprendre des esprits qui, dans toute autre
-matière, <i>font une haute profession de ne se point laisser surprendre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(2<sup>e</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="hauteur">HAUTEUR; <span class="t5">DE HAUTEUR</span>, hautement, avec hauteur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">... Pour récompense, on s’en vient <i>de hauteur</i></div>
-<div class="verse">Me traiter de faquin, de lâche, d’imposteur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HAUTEUR D’ESTIME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cette <i>hauteur d’estime</i> où vous êtes de vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item">HÉROS D’ESPRIT:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Aux encens qu’elle donne à son <i>héros d’esprit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="heur">HEUR, bonheur; d’où vient <i>heureux</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Expliquez-vous, Ascagne, et croyez par avance</div>
-<div class="verse">Que votre <i>heur</i> est certain, s’il est en ma puissance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous épouse, Agnès; et cent fois la journée</div>
-<div class="verse">Vous devez bénir <i>l’heur</i> de votre destinée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais au moins dites-moi, madame, par quel sort</div>
-<div class="verse">Votre Clitandre a <i>l’heur</i> de vous plaire si fort.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Lorsque dans un haut rang on a <i>l’heur</i> de paroître,</div>
-<div class="verse10">Tout ce qu’on fait est toujours bel et bon.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_204">204</span>
-&mdash;<span class="t4">HEURE</span>; <span class="t5">A L’HEURE</span>, maintenant, à cette heure,
-comme dans l’italien <i lang="it" xml:lang="it">allora</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Parbleu! si grande joie <i>à l’heure</i> me transporte,</div>
-<div class="verse">Que mes jambes sur l’heure en caprioleroient,</div>
-<div class="verse">Si nous n’étions point vus de gens qui s’en riroient.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 18.)</div>
-
-<p class="item"><i>HIATUS.</i></p>
-
-<p>Nos vers sont pleins d’hiatus très-réels pour l’oreille, que
-l’on se contente de masquer aux yeux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un miracle encor qu’il ne m’ait aujourd’hui</div>
-<div class="verse">Enfermée à la <i>clef, ou</i> menée avec lui.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,</div>
-<div class="verse">Font de dévotion <i>métier et</i> marchandise.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>On en citerait de pareils par centaines dans Boileau, la
-Fontaine, Racine et Molière. Cette remarque a surtout pour
-but de montrer quelle est dans les arts la puissance de l’habitude
-et de la convention.</p>
-
-<p>Molière ne s’arrête pas à l’hiatus qui résulte de l’interjection:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un homme à grands canons est entré brusquement,</div>
-<div class="verse">En criant: <i>Holà, Ho!</i> un siége promptement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Là! là! hem, hem!</i>... écoute avec soin, je te prie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Eh! a</i>-t-on jamais vu de plus farouche esprit?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 4)</div>
-
-<p class="item" id="hoc">HOC; <span class="t5">ÊTRE HOC</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARTINE.</div>
-<div class="verse">.... Mon congé cent fois me fût-il <i>hoc</i>,</div>
-<div class="verse">La poule ne doit point chanter avant le coq.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Le <i>hoc</i> est un jeu de cartes: «Et parce qu’en jouant ces
-sortes de cartes on a coutume de dire <i>hoc</i>, de là vient que,
-dans le discours familier, pour dire qu’une chose est assurée à
-quelqu’un, on dit: <i>Cela lui est hoc</i>.» (<i>Dictionn. de l’Acad.</i>)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Bonne chasse, dit-il, qui l’auroit à son croc!</div>
-<div class="verse">«Eh! que n’es-tu mouton, car <i>tu me serois hoc</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span>)</div>
-
-<p>Un commentateur reproduit sur ce vers l’explication ci-dessus;
-mais cette explication, tirée du jeu de cartes, n’est point
-satisfaisante; car les cartes furent inventées au <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle
-<span class="pagenum" id="Page_205">205</span>
-seulement, et dès le <span class="t5">XI</span><sup>e</sup> le mot <i>hoc</i> entrait dans une locution
-analogue à <i>être hoc</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Respundi David: Ci est la lance le rei. Vienge un vadlet, <i>pur hoc</i>
-si l’emport.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 105.)</div>
-
-<p>Tous ceux qui ont tenté d’expliquer cette locution sont
-partis de ce point que <i>hoc</i> était un mot latin, le neutre du pronom
-<i>hic</i>.</p>
-
-<p>Mais c’est une erreur: <i>hoc</i> est un mot français, un mot de
-la vieille langue, où il signifie <i>un croc</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Un <i>hoc</i> à tanneur, de quoy l’on trait les cuirs hors de l’eaue.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettres de <abbr title="rémission">rémiss.</abbr></i> de 1369.)</div>
-
-<p>(Voyez Du Cange au mot <i lang="la" xml:lang="la">Hoccus</i>.)</p>
-
-<p>Du substantif <i>hoc</i> viennent les verbes <i>hocher</i> et <i>ahocher</i>
-(<i>hoker</i>, <i>ahoker</i>); ce dernier est le même qu’<i>accrocher</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Mes son soupelis <i>ahocha</i></div>
-<div class="verse8">«A un pel, si qu’il remest la.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Barbaz.</span> <i>Estula.</i>)</div>
-
-<p>«Mais le surplis du prêtre s’accrocha à un pieu, en sorte
-qu’il y resta.»</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Aussi com un singe <i>ahoquié</i></div>
-<div class="verse8">«A un bloquel et ataquié.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(Cité dans <span class="smcap">Du Cange</span> à <i>Hoccus</i>.)</div>
-
-<p>«Ainsi comme un singe accroché et lié à un bloc.»</p>
-
-<p>Saint-Évremond ne se doutait pas qu’il faisait rimer le mot
-avec lui-même, quand il écrivait:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Le paradis vous est <i>hoc</i>:</div>
-<div class="verse7">«Pendez le rosaire au <i>croc</i>.»</div>
-</div>
-
-<p><i>Cela m’est hoc</i> est donc une locution faite, dont le sens revient
-à: cela ne peut me manquer, cela m’est acquis aussi infailliblement
-que si je le tirais de la rivière avec un croc; j’ai
-<i>accroché</i> cela. Mon congé cent fois me fût-il <i>hoc</i>, c’est-à-dire,
-eussé-je <i>accroché</i> cent fois mon congé.&mdash;<i>Hoc</i> ou <i>croc</i>, le nom
-de l’instrument mis pour celui du butin qu’il procure.</p>
-
-<p>Voilà l’explication que j’offre de cette façon de parler, n’empêchant
-point qu’on n’en adopte une meilleure, si on la trouve
-telle; par exemple, celle de Trévoux:</p>
-
-<p>«Ce mot vient du latin <i>hoc</i>, qui en gascon veut dire <i>oui</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_206">206</span>
-ou <i lang="la" xml:lang="la">ita est</i>; de sorte qu’en disant <i>cela est hoc</i>, c’est-à-dire, <i>oui</i>
-j’y consens. Le Languedoc est nommé ainsi comme <i>langue</i> de
-<i>hoc</i>, parce qu’on y dit <i>hoc</i> pour <i>oui</i>.»</p>
-
-<p class="item" id="hommages">HOMMAGES; <span class="t5">FAIRE DES HOMMAGES</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je lui ai fait des hommages</i> soumis de tous mes vœux.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="homme">HOMME; <span class="smcap">ÊTRE HOMME QUI....</span> être un homme qui...:</p>
-
-<p class="cit"><i>Vous êtes homme qui</i> savez les maximes du point d’honneur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Je suis <i>homme qui</i> aime à m’acquitter le plus tôt que je puis.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. g.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HOMME DE</span> (un substantif):</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes <i>homme d’accommodement</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Homme de suffisance, homme de capacité.</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. forc.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item">HONNÊTES DIABLESSES:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces dragons de vertu, ces <i>honnêtes diablesses</i>,</div>
-<div class="verse">Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="honneur">HONNEUR, susceptibilité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi que sur ce sujet votre <i>honneur</i> vous inspire...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>Votre délicatesse ombrageuse, le soin de votre honneur.</p>
-
-<p>Molière emploie aussi <i>honneur</i> dans le sens général et indéterminé
-de considération personnelle. Alors il y joint une épithète
-pour fixer la nature de cet <i>honneur</i>. Il fait dire énergiquement
-à Alceste, parlant du <i>franc scélérat</i> contre lequel il
-plaide:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Son <i>misérable honneur</i> ne voit pour lui personne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Il est tout naturel qu’on dise, en parlant de soi: <i>Mon honneur</i>,
-le soin de <i>mon honneur</i>; mais appliquer ce mot à un
-tiers, et y joindre une épithète de mépris, c’est ce qui rend
-l’expression neuve et originale; et toutefois elle est si claire et
-si juste, qu’on n’y prend pas garde.</p>
-
-<p class="item" id="honte">HONTE; <span class="t5">AVOIR HONTE A</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Monsieur, vous vous moquez; <i>j’aurois honte à la prendre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_207">207</span>
-HORS DE GARDE (<span class="t5">ÊTRE</span>), métaphore prise de l’art
-de l’escrime:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Léandre pour nous nuire <i>est hors de garde</i> enfin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Tu vas <i>sortir de garde</i>, et perdre tes mesures.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille</span>, <i>Le Menteur</i>.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HORS DE PAGE</span>, au figuré, affranchi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut se relever de ce honteux partage,</div>
-<div class="verse">Et mettre hautement notre esprit <i>hors de page</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2)</div>
-
-<p>Il faut observer que cette locution affectée, parce qu’on l’applique
-à l’esprit, est mise dans la bouche de Bélise; ce qui
-équivaut à une censure.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HORS DE SENS</span>; <span class="t5">IL EST HORS DE SENS QUE</span>..., <i>il est
-invraisemblable, absurde de croire que...</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>il est hors de sens que</i> sous ces apparences</div>
-<div class="verse">Un homme pour époux se puisse supposer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Cela excède les limites du bon sens.</p>
-
-<p class="item" id="hourets">HOURETS, mauvais chiens de chasse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De ces gens qui, suivis de dix <i>hourets</i> galeux,</div>
-<div class="verse">Disent <i>ma meute</i>, et font les chasseurs merveilleux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="huchet">HUCHET, cor de chasse; Voyez
-<a href="#porteur"><span class="t5">PORTEUR DE HUCHET</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="humaniser">HUMANISER (S’) DE....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que <i>d’un peu de pitié</i> ton âme <i>s’humanise</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la manière, la cause.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">HUMANISER SON DISCOURS</span>; le mettre à la portée
-des humains:</p>
-
-<p class="cit">Ne paroissez point si savant, de grâce! <i>humanisez votre discours</i>, et
-parlez pour être entendu.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Critique de l’<abbr title="École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="item">HUMANITÉ (<span class="t5">L’</span>), le caractère d’homme, la forme humaine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Doncques, si de parler le pouvoir m’est ôté,</div>
-<div class="verse">Pour moi, j’aime autant perdre aussi <i>l’humanité</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_208">208</span>
-&mdash;<span class="t4">L’HUMANITÉ</span>, au sens philosophique:</p>
-
-<p class="cit">Va, va, je te le donne pour l’amour de <i>l’humanité</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 2.)</div>
-
-<p>Molière a devancé le <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup> siècle dans cette acception du
-mot <i>humanité</i>, que la philosophie moderne a rendue depuis si
-commune. Au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, on entendait par <i>l’humanité</i> une
-vertu analogue à la charité, mais non l’ensemble du genre
-humain, considéré philosophiquement comme une seule famille.</p>
-
-<p class="item" id="humeur">HUMEUR <span class="t5">SOUFFRANTE</span>, endurante:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Des hommes en amour d’une <i>humeur si souffrante</i>,</div>
-<div class="verse">Qu’ils vous verroient sans peine entre les bras de trente.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 4.)</div>
-
-<p>Sur ce mot <i>humeur</i>, j’observerai qu’il avait encore du temps
-de Corneille un sens qu’on a laissé perdre depuis, et qui persiste
-dans l’anglais <i lang="en" xml:lang="en">humour</i>; si bien que beaucoup de gens,
-désespérant de faire sentir toute la force et la grâce du
-mot anglais, le transportent dans notre langue comme ils
-font du mot <i lang="en" xml:lang="en">fashion</i>, qui n’est que notre <i>façon</i>, et de bien
-d’autres.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">CLITON.</div>
-<div class="verse">«Par exemple, voyez: aux traits de ce visage,</div>
-<div class="verse">«Mille dames m’ont pris pour homme de courage;</div>
-<div class="verse">«Et sitôt que je parle, on devine à demi</div>
-<div class="verse">«Que le sexe jamais ne fut mon ennemi.</div>
-<div class="pers">CLÉANDRE.</div>
-<div class="verse">«Cet homme a de l’<i>humeur</i>.</div>
-<div class="pers">DORANTE.</div>
-<div class="verse-7">C’est un vieux domestique</div>
-<div class="verse">«Qui, comme vous voyez, n’est pas mélancolique.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Suite du Menteur.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Cette remarque a échappé à Voltaire, qui en a fait de moins
-importantes.</p>
-
-<p class="item" id="hymen">HYMEN (<span class="t5">L’</span>) <span class="t5">DE</span>, c’est-à-dire, avec:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Comme il a volonté</div>
-<div class="verse">De me déterminer à <i>l’hymen d’Hippolyte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="cit">Chercher dans <i>l’hymen d’une</i> douce et sage personne la consolation de
-quelque nouvelle famille.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_209">209</span>
-<div class="verse-5">La promesse accomplie</div>
-<div class="verse">Qui me donna l’espoir de <i>l’hymen de Célie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 23.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon fils, <i>dont</i> votre fille acceptoit <i>l’hyménée</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 24.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>l’hymen d’Henriette</i> est le bien où j’aspire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="item_I">ICI AUTOUR:</p>
-
-<p class="cit">Depuis quelque temps il y a des voleurs <i>ici autour</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ICI DEDANS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vite, venez nous tendre <i>ici dedans</i> le conseiller des grâces.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p>Pour <i>ici dedans</i>, on disait, au moyen âge, <i>ci ens</i>, et plus
-tard <i>céans</i>. Aujourd’hui on ne dit plus rien du tout, car les
-tyrans de la grammaire ont proscrit <i>ici dedans</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ICI DESSOUS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai crainte <i>ici dessous</i> de quelque manigance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p><i>Ici dessous</i> comme <i>ici dedans</i>, bonnes et utiles expressions
-qui ont disparu, et qu’on n’a point remplacées.</p>
-
-<p>Ces anciennes façons de parler <i>ici dedans</i>, <i>ici dessus</i>, <i>ici dessous</i>,
-persistent en Picardie.</p>
-
-<p class="item" id="idole">IDOLE, ironiquement, <span class="t5">UNE IDOLE D’ÉPOUX</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et de n’entrevoir point de plaisirs plus touchants</div>
-<div class="verse"><i>Qu’une idole d’époux</i> et des marmots d’enfants!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="ignorant">IGNORANT <span class="t5">DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ce sont gens de difficultés (les avocats), et qui sont <i>ignorants des détours
-de la conscience</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p>C’est un latinisme: <i lang="la" xml:lang="la">inscius rei</i>.</p>
-
-<p>Nous construisons de même avec le génitif le verbe <i>ignorer</i>,
-ce que ne faisaient pas les Latins:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Monsieur l’abbé, <i>vous n’ignorez de rien</i>,</div>
-<div class="verse10">«Et ne vis onc mémoire si féconde.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">J.-B. Rousseau.</span> <abbr title="Épigrammes"><i>Épigr.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="item">IL COUTE, impersonnel, pour <i>il en coûte</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je sais ce qu’<i>il coûte</i> à de certaines gens,</div>
-<div class="verse">Pour avoir pris les leurs (leurs femmes) avec trop de talents.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="n_est_pas_que"><span class="pagenum" id="Page_210">210</span>
-IL N’EST PAS QUE...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais peut-être <i>il n’est pas que</i> vous n’ayez bien vu</div>
-<div class="verse">Ce jeune astre d’amour, de tant d’attraits pourvu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Il n’est pas (possible) que.....</p>
-
-<p>Cette manière d’employer <i>que</i> est toute latine. <i lang="la" xml:lang="la">Hoc est quod
-ad vos venio</i> (<span class="smcap">Plaute</span>), c’est cela <i>que</i> je viens à vous.</p>
-
-<p class="item" id="il_y_va">IL Y VA <span class="t5">DU MIEN</span>, <span class="t5">DU VÔTRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A déboucher la porte <i>il iroit trop du vôtre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Remercîment au Roi.</i> 1663.)</div>
-
-<p>Molière a supprimé l’<i>y</i> pour le soin de l’euphonie, ou plutôt
-cet <i>y</i> s’absorbe dans celui de <i>irait</i>. C’était originairement la
-coutume, non-seulement pour l’<i>i</i>, mais pour toute voyelle:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Seignurs baruns, <i>ki i</i> purruns enveier?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roland.</i> st. 18.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Le duc Og<i>er e</i> l’arcevesque Turpin.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> st. 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«La fame s’en prist <i>à a</i>percoivre.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Bourse pleine de sens.</i> v. 18.)</div>
-
-<p>On ne compte dans la mesure qu’un seul <i>i</i>, un seul <i>a</i>, un seul <i>e</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <i>des Variations du langage français</i>, p. 192, 193.)</p>
-
-<p><i>Le mien</i>, <i>le vôtre</i>, dans cette locution sont au neutre, signifiant
-<i>mon intérêt</i>, <i>votre intérêt</i>, ou <i>mon bien</i> et <i>le vôtre</i>,
-comme en latin <span lang="la" xml:lang="la"><i>meum</i>, <i>tuum</i>: «Nil addo <i>de meo</i></span>,»
-(<abbr title="Ciceron"><span class="smcap">Cicer</span></abbr>.) Je n’y ajoute rien <i>du mien</i>. «<span lang="la" xml:lang="la">Tetigin’
-<i>tui</i>?</span>» (<abbr title="Terence"><span class="smcap">Ter.</span></abbr>) Ai-je rien pris <i>du tien</i>?</p>
-
-<p class="item" id="il_supprime">IL <i>supprimé</i> après <i>voilà</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Eh bien! <i>ne voilà pas</i> mon enragé de maître?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ne voilà pas</i> de mes mouchards qui prennent garde à ce qu’on fait?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Ne <i>voilà pas</i> ce que je vous ai dit?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="ti" id="ils_disparates">&mdash;<span class="t4">IL</span>; deux <i>il</i> se rapportant à des sujets divers:</p>
-
-<p>L’éloge de Louis XIV, dans le v<sup>e</sup> acte de <i>Tartufe</i>, présente
-un singulier exemple de mauvais style, où l’incorrection des
-deux <i>il</i> se montre plusieurs fois. Cette tirade, si souvent reprochée
-à Molière, vaut la peine d’être examinée. Molière commence
-par dire de Louis XIV:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il donne aux gens de bien une gloire immortelle,</div>
-<div class="verse"><i>Mais</i> sans aveuglement il fait briller ce zèle;</div>
-<div class="verse">Et l’amour pour les vrais ne ferme point son cœur</div>
-<div class="verse">A tout ce que les faux doivent donner d’horreur.....</div>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_211">211</span>
-Ce <i>mais</i> et cette remarque ne semblent-ils pas dire que d’ordinaire
-l’amour de la vertu exclut la haine du vice?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’abord <i>il</i> (le roi) a percé par ses vives clartés</div>
-<div class="verse">Des replis de <i>son cœur</i> toutes ces lâchetés.</div>
-</div>
-
-<p><i>Son cœur</i> est le cœur de Tartufe.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Venant</i> vous accuser, <i>il</i> s’est trahi lui-même;</div>
-</div>
-
-<p>Le sujet change: <i>il</i> n’est plus le roi, c’est Tartufe.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, par un juste trait de l’équité suprême,</div>
-<div class="verse">S’est découvert au prince un fourbe renommé,</div>
-<div class="verse">Dont sous un autre nom <i>il</i> étoit informé.</div>
-</div>
-
-<p><i>Il</i> revient au monarque; <i>sous un autre nom</i> s’applique à
-Tartufe, et non pas à Louis XIV; c’est Tartufe qui était connu
-sous un autre nom.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté</div>
-<div class="verse"><i>Sa</i> lâche ingratitude et <i>sa</i> déloyauté.</div>
-</div>
-
-<p>On ne s’exprimerait pas autrement si c’était Louis XIV qui
-se repentît d’avoir été ingrat et déloyal envers Orgon.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A <i>ses</i> autres horreurs <i>il</i> a joint cette suite,</div>
-</div>
-
-<p>Le roi a joint cette suite, ou ce supplément, aux autres
-horreurs de Tartufe.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ne m’a jusqu’ici soumis <i>à sa conduite</i></div>
-<div class="verse"><i>Que</i> pour voir l’impudence aller jusques au bout.</div>
-</div>
-
-<p><i>Sa conduite</i>, pour dire que Tartufe commandait à l’exempt.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, de tous vos papiers, dont <i>il</i> (Tartufe) se dit le maître,</div>
-<div class="verse"><i>Il</i> (le roi) veut qu’entre vos mains je dépouille le traître.</div>
-</div>
-
-<p>Tant d’impropriété de termes, d’incorrection et de négligence,
-feraient à bon droit soupçonner que ce morceau de
-placage n’est pas de Molière. Molière en aura donné l’idée et
-confié l’exécution à quelqu’un des versificateurs de sa troupe.
-C’est ce qui expliquerait l’étrange disparate de cette tirade
-dans une pièce qui, parmi toutes celles de Molière, peut réclamer
-le prix du style.</p>
-
-<p>Enfin, si Molière a versifié lui-même ce passage, il fallait
-qu’il n’attachât guère d’importance à la matière.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’amant n’a point de part à ce transport brutal.</div>
-<div class="verse">Il a pour vous, ce cœur, pour jamais y penser,</div>
-<div class="verse8">Trop de respect, trop de tendresse:</div>
-<div class="verse">Et si de faire rien à vous pouvoir blesser</div>
-<span class="pagenum" id="Page_212">212</span>
-<div class="verse8"><i>Il</i> avoit eu la coupable foiblesse,</div>
-<div class="verse">De cent coups à vos yeux <i>il</i> voudroit le percer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Le premier <i>il</i> se rapporte au cœur; le second, à l’amant, qui
-est nommé dans la phrase précédente.</p>
-
-<p>Peut-être faudrait-il lire <i>se percer</i>; mais aucune édition ne
-le donne.</p>
-
-<p>Enfin le <i>Malade imaginaire</i> offre de fréquents exemples de
-cette incorrection:</p>
-
-<p class="cit">Tout le spectacle se passe sans qu’<i>il</i> (le berger) y donne la moindre attention.
-Mais <i>il</i> se plaint qu’<i>il</i> est trop court, parce qu’<i>en finissant il</i> se
-sépare de son adorable bergère.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Le premier <i>il</i> représente le berger; le second, le spectacle;
-et le troisième, encore le berger. <i>En finissant</i>, qui grammaticalement
-ne peut se rapporter qu’au berger, se rapporte au
-spectacle.</p>
-
-<p>On lit dans la même scène:</p>
-
-<p class="cit">Des manières de vers libres <i>tels que</i> la passion et la nécessité <i>peuvent
-faire trouver</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Il paraît qu’il faut <i>en</i> ou <i>les faire trouver</i>.</p>
-
-<p class="cit">On l’avertit que le père de la belle a conclu <i>son</i> mariage avec un autre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p><i>Son</i> ne désigne pas le mariage du père, comme la phrase le
-ferait entendre, mais celui de la belle.</p>
-
-<p>Cette pièce est de toutes celles de Molière la plus négligemment
-écrite. On y sent en quelque sorte la rapidité de l’auteur
-fuyant devant la mort, qui l’atteignit à la quatrième représentation.
-Au reste, cette faute d’employer dans la même phrase
-deux <i>il</i> relatifs à des sujets différents, se rencontre dans les
-meilleurs écrivains. En voici un exemple de Pascal:</p>
-
-<p class="cit">«Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre jugés de la disposition
-de leurs pénitents, puisqu’<i>ils</i> (les confesseurs) sont obligés de
-les croire sur leur parole, lors même qu’<i>ils</i> (les pénitents) ne donnent
-aucun signe suffisant de douleur.»</p>
-
-<div class="citsrc">(10<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Et l’on sait pourtant avec quel soin les Provinciales étaient
-travaillées! Mais nul n’est exempt de faillir, ni Pascal, ni Molière,
-ni Bossuet.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_213">213</span>
-&mdash;<span class="t4">IL</span> surabondant:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Chacun fait ici-bas la figure qu’il peut,</div>
-<div class="verse">Ma tante; et bel esprit, <i>il</i> ne l’est pas qui veut!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Cette tournure a une naïveté qui donne du piquant à l’adage.
-On se tromperait fort de prendre cet <i>il</i> pour une cheville commandée
-par la mesure.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Son cœur, pour se livrer, à peine devant moi</div>
-<div class="verse">S’est-<i>il</i> donné le temps d’en recevoir la loi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«La source de tout le mal est que <i>ceux qui</i> n’ont pas craint de tenter
-au siècle passé la réformation par le schisme, ne trouvant point de plus
-fort rempart contre leurs nouveautés que la sainte autorité de l’Église,
-<i>ils</i> ont été obligés de la renverser.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <abbr title="Oraison funèbre de la reine d’Angleterre"><i>Or. fun. de la r. d’A.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IL</span>, construit avec <i>qui</i>, dans le sens de <i>celui qui</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Il</i> est bien heureux <i>qui</i> peut avoir dix mille écus chez soi!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Corneille a dit de même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Il</i> passe pour tyran <i>quiconque</i> s’y fait maître.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Cinna.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Sur quoi voici la remarque de Voltaire: «Cet <i>il</i> était autrefois
-un tour très-heureux; la tyrannie de l’usage l’a aboli.»</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Qui</i> se contraint au monde, <i>il</i> ne vit qu’en torture.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier</span>, <abbr title="satire">sat.</abbr> XV.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et <i>qui</i> jeune n’a pas grande dévotion,</div>
-<div class="verse">«Il faut que pour le monde à le feindre <i>il</i> s’exerce.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> <abbr title="satire">sat.</abbr> XIII.)</div>
-
-<p class="cit">«Ha, ha! <i>il</i> n’a pas paire de chausses <i>qui</i> veult!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Gargantua.</i> I. 9.)</div>
-
-<p>Pathelin fait au drapier compliment sur son activité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE DRAPIER.</div>
-<div class="verse8">«Que voulez-vous? <i>il</i> faut songer</div>
-<div class="verse8">«<i>Qui</i> veult vivre, et soustenir peine.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IL N’EST QUE DE</span> (un infinitif), il n’est rien tel
-que de...:</p>
-
-<p class="cit">Ma foi, <i>il n’est que de jouer d’adresse</i> en ce monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i><abbr title="Intermède">Interm.</abbr> du Malade <abbr title="imaginaire">im.</abbr></i> sc. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IL M’ENNUIE</span>. (Voyez <a href="#ennuyer"><span class="t5">ENNUYER</span></a>)
-(s’):</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IL Y A, CE QU’IL Y A</span> (<abbr title="sous-entendu">s.-ent.</abbr> <i>à faire</i>):</p>
-
-<p class="cit">Or sus, mon fils, savez-vous <i>ce qu’il y a</i>? C’est qu’il faut songer, s’il
-vous plaît, à vous défaire de votre amour.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_214">214</span>
-ILLUSTRE; <span class="t5">UN ILLUSTRE</span> substantivement:</p>
-
-<p class="cit">Madame, voilà <i>un illustre</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item">IMBÉCILE, au sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">imbecillis</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-il rien de plus foible et de plus <i>imbécile</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p><i>Imbécile</i> ne fait qu’exprimer plus fortement, et avec une
-légère nuance de mépris, l’idée de faiblesse.</p>
-
-<p class="cit">«Taisez-vous, nature <i>imbécile</i>!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="item">IMPÉTUOSITÉ <span class="t5">DE PRÉVENTION</span>.
-(Voyez <a href="#brutalite"><span class="t5">BRUTALITÉ</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="imposer">IMPOSER, pour <i>en imposer</i>, mentir.</p>
-
-<p>Tous les grammairiens font une loi d’exprimer <i>en</i> dans ce
-sens; Molière ne le met jamais:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Jamais l’air d’un visage,</div>
-<div class="verse">Si ce qu’il dit est vrai, <i>n’imposa davantage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est bien assez pour moi qu’il m’ait désabusé</div>
-<div class="verse">De voir par quels motifs <i>tu m’avois imposé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Faites-moi pis encor: tuez-moi si <i>j’impose</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous verrez si <i>j’impose</i>, et si leur foi donnée</div>
-<div class="verse">N’avoit pas joint leurs cœurs depuis plus d’une année.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">Je ne sais pas s’il <i>impose</i>;</div>
-<div class="verse7">Mais il parle sur la chose</div>
-<div class="verse7">Comme s’il avoit raison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Hélas! à vos paroles je puis répondre ici, moi, que vous <i>n’imposez point</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«On demande s’il ne lui seroit pas plus aisé <i>d’imposer</i> à celle dont il
-est aimé, qu’à celle qui ne l’aime point.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Bruyère</span>, ch. III.)</div>
-
-<p>Tout le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle a parlé ainsi.</p>
-
-<p>«Quelques écrivains, dit Bouhours, ont voulu établir <i>imposturer</i>.
-Le public s’est contenté du verbe <i>imposer</i>, qui signifie
-la même chose: <i>vous imposez</i>; <i>il impose à tout l’univers</i>.»
-(<i>Rem. nouv.</i>)</p>
-
-<p>La Touche, qui écrivait en 1730, dit pareillement: «<i>Imposer</i>
-tout seul veut dire <i>mentir</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i>Art de bien parler françois.</i> II. p. 23.)</div>
-
-<p>La distinction entre <i>imposer</i> et <i>en imposer</i>, dont le premier
-<span class="pagenum" id="Page_215">215</span>
-se prendrait en bonne part, <i>imposer du respect</i>, et l’autre en
-mauvaise pour <i>tromper</i>, est donc une subtilité chimérique, invention
-des grammairiens de notre âge. M. N. Landais, par
-exemple, après avoir cité la phrase de la Bruyère, ajoute:
-«C’est une faute: il fallait d’<i>en imposer</i>.» M. Boniface s’y accorde.
-Mais d’où vient à M. Landais et à M. Boniface l’autorité
-sur Molière et sur la Bruyère?</p>
-
-<p>Les Latins disaient <i lang="la" xml:lang="la">imponere</i> tout seul pour signifier mentir.
-<i lang="la" xml:lang="la">Imposuit Catoni.</i> (<span class="smcap">Cicer.</span>)
-<i lang="la" xml:lang="la">Imposuit mihi caupo.</i> (<span class="smcap">Martial.</span>)
-<i lang="la" xml:lang="la">Præfectis Antigoni imposuit.</i> (<span class="smcap">Corn. Nepos.</span>)&mdash;Il a
-trompé Caton;&mdash;le cabaretier m’a dupé;&mdash;il donna le change aux lieutenants d’Antigonus.</p>
-
-<p>Quand la pythonisse d’Endor reconnut l’ombre de Samuel,
-elle s’écria vers Saül: <i lang="la" xml:lang="la">Quare imposuisti mihi?</i> Pourquoi <i>m’avez-vous
-imposé</i> par votre déguisement?» (<i>Rois</i>, I, cap. 28.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IMPOSER</span>, verbe actif, comme <span class="t5">IMPUTER</span>;
-<span class="t5">IMPOSER UNE TACHE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On ne peut <i>imposer de tache</i> à cette fille.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IMPOSER A QUELQU’UN</span>, dans le même sens:</p>
-
-<p class="cit">«Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasquez.......
-il n’est ni calomniateur ni faussaire, et vous ne vous plaignez point <i>qu’il
-lui impose</i>; au lieu que quand je représente ces mêmes sentiments de
-Vasquez, mais sans le traiter de phénix, je suis un imposteur, un faussaire,
-et un corrupteur de ses maximes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 11<sup>e</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Dans l’affaire de Carrouge et Legris, la jeune dame de Carrouge
-accusait Legris de lui avoir fait violence:</p>
-
-<p class="cit">«Jacques Legris s’excusoit trop fort, et disoit que rien n’en estoit, et
-que la dame <i>lui imposoit</i> induement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <i>Chron.</i> III. ch. 49.)</div>
-
-<p class="item" id="impressions">IMPRESSIONS:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">La jalousie a des <i>impressions</i></div>
-<div class="verse10">Dont bien souvent la force nous entraîne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="imprimer">IMPRIMER; <span class="t5">ÊTRE IMPRIMÉ DE QUELQUE CHOSE</span>, en
-garder une impression profonde, en style néologique,
-en être <i>impressionné</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et pourtant Trufaldin</div>
-<div class="verse">Est si bien <i>imprimé de ce conte badin</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_216">216</span>
-La Bruyère, dans son discours de réception à l’Académie,
-dit: «La mémoire des choses <i>dont</i> nous nous sommes vus le
-plus fortement <i>imprimés</i>.»</p>
-
-<p>(Voyez plus bas <a href="#s_imprimer"><span class="t5">S’IMPRIMER QUELQUE CHOSE</span></a>.)</p>
-
-<p>On ne voit pas pourquoi M. Auger blâme cette expression
-dans la Bruyère et dans Molière. Il prétend que «<i>Imprimé</i> se
-dit de ce qui a fait l’impression, et non de ce qui l’a reçue.»
-Qu’est-ce qui autorise cette loi? Qui est-ce qui l’a portée?
-Où? Ce sont les questions qu’on a toujours à faire aux grammairiens.</p>
-
-<p><i>Imprimer</i> a fait <i>impression</i>; <i>impression</i> a produit, de notre
-temps, <i>impressionner</i>, qui ne manquera pas d’engendrer, au
-premier jour, <i>impressionnement</i>. Pourquoi d’<i>impressionnement</i>
-ne ferait-on pas <i>impressionnementer</i>, comme d’<i>ornement</i> nous
-avons vu sortir <i>ornementer</i>? C’est ainsi qu’on <i>enrichit</i> la langue!</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">IMPRIMER DE L’AMOUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-3">Sachez donc que vos vœux sont trahis</div>
-<div class="verse">Par <i>l’amour</i> qu’une esclave <i>imprime</i> à votre fils.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p>Nous disons encore bien imprimer de la crainte, de la terreur,
-du respect: pourquoi pas de l’amour? Ce dernier sentiment
-peut être aussi vif, aussi soudain et aussi profond que
-les autres. On ne voit pas d’où naîtrait la distinction.</p>
-
-<p class="ti" id="s_imprimer">&mdash;<span class="t4">IMPRIMER (S’) QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Là, regardez-moi là durant cet entretien,</div>
-<div class="verse">Et jusqu’au moindre mot <i>imprimez-le-vous</i> bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Si l’on peut dire <i>s’imprimer quelque chose</i>, la conséquence
-rigoureuse sera qu’on puisse dire <i>être imprimé de quelque chose</i>,
-contrairement à la remarque de M. Auger, qui blâme cette façon
-de parler.</p>
-
-<p class="item" id="incliner">INCLINER <span class="t5">QUELQU’UN A</span> ou <span class="t5">VERS UNE PERSONNE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je sais encor moins comment votre cousine</div>
-<div class="verse">Peut être la personne <i>où</i> son penchant <i>l’incline</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="incommode"><span class="pagenum" id="Page_217">217</span>
-INCOMMODÉ; peu accommodé des biens de la
-fortune:</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes la grande protectrice du mérite <i>incommode</i>; et tout ce qu’il y
-a de vertueux indigents au monde va débarquer chez vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Les Amants magnifiques">Am. mag.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Revenons donc aux personnes <i>incommodees</i>, pour le soulagement desquelles
-nos pères....... assurent qu’il est permis de dérober.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 8<sup>e</sup> <i>Provinciale</i>.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#accommode"><span class="t5">ACCOMMODÉ</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">INCONGRUITÉ <span class="t5">DE BONNE CHÈRE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous y trouverez des <i>incongruités de bonne chère</i> et des barbarismes
-de bon goût.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item">INDÉFENDABLE:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLIMÈNE</span> (<i>précieuse ridicule</i>).</p>
-
-<p class="cit">Cette pièce (<i>l’École des Femmes</i>), à le bien prendre, est tout à fait <i>indéfendable</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p>Ce mot paraît un barbarisme forgé par la précieuse; Furetière
-ne le donne pas, non plus que Trévoux. Montaigne a dit:
-«La faiblesse d’une cause <i>indéfensible</i>.»</p>
-
-<p class="item"><i>INDICATIF PRÉSENT</i> après <i>que</i>, où nous mettrions
-le subjonctif:</p>
-
-<p class="cit">Vous tournez les choses d’une manière qu’il semble que <i>vous avez</i> raison.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ma foi, monsieur, voilà qui est bien fait! <i>Il semble</i> qu’il est en vie, et
-qu’il s’en va parler.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="indienne">INDIENNE, substantivement; <span class="t5">UNE INDIENNE</span>, robe
-de chambre de toile des Indes:</p>
-
-<p class="cit">Je me suis fait faire cette <i>indienne-ci</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item"><i>INFINITIF</i>, gouverné par un autre sujet que celui
-de la phrase:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Il</i> ne vous a pas faite une belle personne,</div>
-<div class="verse">Afin de mal <i>user</i> des choses qu’il vous donne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p><i>Il</i>, le ciel, ne vous a pas faite, <i>etc.</i>.... afin <i>d’user</i>..... non
-pas afin qu’<i>il</i> use, mais afin que <i>vous usiez</i>. La familiarité du
-<span class="pagenum" id="Page_218">218</span>
-dialogue semble autoriser cette légère irrégularité, surtout
-quand l’équivoque n’est pas possible.</p>
-
-<p class="cit"><i>Elle</i> (la demande) me touche assez pour <i>m’en charger</i> moi-même.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p>Pour que <i>je</i> m’en charge moi-même.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DEUX INFINITIFS</span> <i>de suite</i>:</p>
-
-<p class="cit">J’y ai déjà jeté des dispositions à ne pas <i>me souffrir</i> longtemps <i>pousser</i>
-des soupirs.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">INFINITIF ACTIF</span> avec le sens passif:</p>
-
-<p class="cit">Nous avons en main divers stratagèmes tout prêts <i>à produire</i> dans l’occasion.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, <i>à être produits</i>.</p>
-
-<p class="item" id="inflexible">INFLEXIBLE; <span class="t5">ÊTRE INFLEXIBLE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6">Si tu <i>m’es inflexible</i>,</div>
-<div class="verse6">Je m’en vais me tuer!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item">INGÉRER <span class="t5">(S’) DE QUELQUE CHOSE</span>, dans quelque chose:</p>
-
-<p class="cit">Et vous êtes un impertinent, de <i>vous ingérer des affaires d’autrui</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="instance">INSTANCE, pour renchérir sur le mot <i>soin</i>; <i>instance
-à faire quelque chose</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et notre plus grand soin, notre <i>première instance</i></div>
-<div class="verse">Doit être <i>à le nourrir</i> du suc de la science.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="instruit">INSTRUIT <span class="t5">DANS</span>, instruit de...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ce que le soldat <i>dans son devoir instruit</i></div>
-<div class="verse">Montre d’obéissance au chef qui le conduit...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="interdire">INTERDIRE (<span class="t5">S’</span>), verbe réfléchi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">Achevez de lire;</div>
-<div class="verse">Votre âme, pour ce mot, ne doit point <i>s’interdire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garc.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item">INTÉRESSER A, ayant pour sujet un nom autre
-qu’un nom de personne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5"><i>Mon devoir m’intéresse</i>,</div>
-<div class="verse">Mon père, <i>à</i> dégager bientôt votre promesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 23.)</div>
-
-<p><i>Intéresser à</i> est ici comme <i>obliger à</i>, <i>engager à</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">S’INTÉRESSER DANS QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De vos premiers progrès j’admire la vitesse,</div>
-<div class="verse">Et <i>dans l’événement</i> mon âme <i>s’intéresse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_219">219</span>
-INTERPRÉTER A, c’est-à-dire, au sens de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">Aux faux soupçons la nature est sujette,</div>
-<div class="verse">Et c’est souvent <i>à mal</i> que le bien s’<i>interprète</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je dois <i>interpréter à charitable soin</i></div>
-<div class="verse">Le désir d’embrasser ma femme?...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="intime">INTIME (<span class="t5">UN</span>), substantivement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, non; c’est <i>mon intime</i>, et sa gloire est la mienne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="item">INTRÉPIDITÉ <span class="t5">DE BONNE OPINION</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La constante hauteur de sa présomption,</div>
-<div class="verse">Cette <i>intrépidité de bonne opinion</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="intriguet">INTRIGUET; <span class="t5">GENS DE L’INTRIGUET</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Et que toute notre famille</div>
-<div class="verse6">Si proprement s’habille,</div>
-<div class="verse8">Pour être placée au sommet</div>
-<div class="verse6">De la salle où l’on met</div>
-<div class="verse6"><i>Les gens de l’intriguet</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ballet des Nations</i>, à la suite du <abbr title="Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr>)</div>
-
-<p>Les gens de la basse intrigue, les chevaliers d’industrie. Les
-anciennes éditions ont <i>entriguet</i>. Les mots latins <i lang="la" xml:lang="la">in</i> et
-<i lang="la" xml:lang="la">inter</i> faisant en français <i>en</i> et <i>entre</i>, la véritable forme du mot serait
-effectivement <i>entrigue</i>, de <i lang="la" xml:lang="la">intricare</i>; et il paraît qu’on l’a d’abord
-dit ainsi.</p>
-
-<p>Notre langue est de double formation. Dans les mots formés
-à une bonne époque, <i lang="la" xml:lang="la">in</i>, <i lang="la" xml:lang="la">inter</i> sont toujours traduits
-<i>en</i>, <i>entre</i>; dans les mots de création moderne, on a tout simplement transcrit le radical latin.</p>
-
-<p>De la première formation sont: <i>engager</i>, <i>enhardir</i>, <i>engendrer</i>,
-<i>entreprendre</i>, <i>entretenir</i>, <i>etc.</i>, <i>etc.</i></p>
-
-<p>De la seconde: <i>inventer</i>, <i>introduire</i>, <i>inspirer</i>, <i>imprimer</i>
-(jadis <i>empreindre</i>), <i>s’ingénier</i> (primitivement <i>engigner</i>), <i>intermède</i>
-(primitivement <i>entremets</i>), <i>intention</i>, substantif nouveau
-du vieux verbe <i>entendre</i>, <i>etc.</i>, <i>etc.</i></p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_220">220</span>
-<i>INVERSION.</i></p>
-
-<p class="cit">Ah! Octave, <i>est-il vrai ce que</i> Silvestre vient de dire à Nérine, que
-votre père est de retour, et qu’il veut vous marier?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 3.)</div>
-
-<p>Pour juger l’excellence et la rapidité de ce tour, il n’y a qu’à
-rétablir la construction et l’ordre grammatical ordinaires:
-«<i>Ce que</i> Silvestre vient de dire à Nérine, que votre père est
-de retour et qu’il veut vous marier, <i>est-il vrai</i>?»</p>
-
-<p>Il y a longtemps que l’esprit a saisi cette question; aussi
-quand elle arrive est-elle superflue. L’art de celui qui parle
-est de ne point se laisser devancer par la pensée de celui qui
-écoute. De là les constructions renversées, pour être naturelles.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">INVERSION DU PRONOM</span> après un subjonctif, en
-<ins id="cor_9" title="suprimant">supprimant</ins> <i>que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">Ah! tout cela n’est que trop véritable;</div>
-<div class="verse8">Et plût au ciel le <i>fût-il moins</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>L’harmonie est bien plus douce par ce tour que par la
-construction ordinaire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et plût au ciel qu’il le fût moins!</div>
-</div>
-
-<p class="item">INVITÉ <span class="t5">DE</span>....</p>
-
-<p class="cit">Ils avoient vu une galère turque, où on les avoit <i>invités d’entrer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="item_J">J’AI PEUR, en phrase incidente, pour <i>j’en ai peur</i>,
-<i>je le crains</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La défense, <i>j’ai peur</i>, sera trop tard venue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="jalousie">JALOUSIE <span class="t5">DE QUELQU’UN</span> au sujet de quelqu’un:</p>
-
-<p class="cit">Toute <i>la jalousie</i> que vous pourriez avoir conçue <i>de</i> monsieur votre
-mari.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>Molière a construit le substantif comme son adjectif: <i>jaloux
-de</i>, <i>jalousie de</i>.... Ce <i>de</i> est le latin <i lang="la" xml:lang="la">de</i>, touchant, relativement
-à.</p>
-
-<p class="item" id="jambe">JAMBE; <span class="t5">RENDRE LA JAMBE MIEUX FAITE</span>, ironiquement,
-pour exprimer qu’une chose est sans application
-utile:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">NICOLE.</span> Oui, ma foi, <i>cela vous rendroit la jambe bien mieux faite</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="je"><span class="pagenum" id="Page_221">221</span>
-JE, pronom singulier joint à un verbe au pluriel: <i>je
-sommes</i>, <i>j’avons</i>, <i>je parlons</i>, etc:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARTINE.</div>
-<div class="verse">Ce n’est point à la femme à parler, et <i>je sommes</i></div>
-<div class="verse">Pour céder le dessus en toute chose aux hommes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon Dieu, <i>je n’avons</i> point étuguié comme vous!</div>
-<div class="verse">Et <i>je parlons</i> tout droit comme on parle cheux nous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p>Pierrot, Charlotte et Mathurine, dans <i>Don Juan</i>, usent
-également de cette façon de parler, qui attire à la pauvre Martine
-cette réprimande de Bélise:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel!</div>
-<div class="verse"><i>Je</i> n’est qu’un singulier, <i>avons</i> est un pluriel.</div>
-<div class="verse">Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire?</div>
-</div>
-
-<p>Mais il est bon de savoir qu’avant de se trouver dans la
-bouche des servantes et des paysans, cette façon de parler
-avait été dans celle des savants et des princes. Henri Estienne
-en rend témoignage dans ses <i>Dialogues du langage françois italianisé</i>:&mdash;«Ce
-sont les mieux parlants qui prononcent ainsi,
-«<i>j’allons</i>, <i>je venons</i>, <i>je disnons</i>, <i>je soupons</i>.»</p>
-
-<p>Cette faute, dont il accuse les courtisans de Henri III, remonte
-beaucoup plus haut, puisqu’on lit, dans une lettre autographe
-de François I<sup>er</sup> à M. de Montmorency:</p>
-
-<p class="cit">«<i>J’avons</i> espérance qu’y fera beau tems, veu ce que disent les estoiles
-que <i>j’avons</i> eu le loysir de veoir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Lettres">Lett.</abbr> de la Reine de Navarre.</i> I. 467.)</div>
-
-<p>Il y a plus, cette locution est consignée dans la grammaire
-de Palsgrave:</p>
-
-<p class="cit">«<i lang="en" xml:lang="en">I finde in comon speche suche maners of speking</i>, je trouve dans le
-commun langage ces façons de parler...... Cependant que j’<i>irons</i> au
-marché, pour <i>nous irons</i>;&mdash;j’<i>avons</i> bien bu, pour <i>nous avons</i>;&mdash;<i>allons
-m’en</i>, de par le diable! pour <i>allons-nous-en</i>;&mdash;<i>j’allons</i> bien,
-pour <i>nous allons bien</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><span lang="en" xml:lang="en">Of the verbe</span>, folio 125 au verso.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ous"><span class="t5">OUS</span></a> et <i>des Variations du <abbr title="langage français">lang. fr.</abbr></i>, p. 290-293).</p>
-
-<p class="item" id="je_sois">JE SOIS, par exclamation; que je sois:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je sois exterminé</i> si je ne tiens parole!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="jeter">JETER <span class="t5">DES MENACES</span>, <span class="t5">DES LARMES</span>:</p>
-
-<p class="cit">Cette doña Elvire,....... dont l’âme irritée ne <i>jetoit que menaces</i> et ne
-respiroit que vengeance...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 9.)</div>
-
-<p><i>Je jette des larmes de joie.</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_222">222</span>
-&mdash;<span class="t4">JETER UN OBSTACLE</span> <i>à quelque chose</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je ne voudrois point, par des efforts trop vains,</div>
-<div class="verse"><i>Jeter le moindre obstacle à vos justes desseins</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="jeu">JEU; <span class="t5">A JEU SUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Battre un homme <i>à jeu sûr</i> n’est pas d’une belle âme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item"><i>JEU DE MOTS AFFECTÉ:</i></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ainsi mon cœur, Frosine, un peu trop foible, hélas!</div>
-<div class="verse">Se <i>rendit</i> à des soins qu’on ne lui <i>rendoit</i> pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Le <i>Dépit amoureux</i> est le second<a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>
-ouvrage de Molière, qui était encore, en ce temps-là, l’écolier des Italiens et des Espagnols.</p>
-
-<p class="item" id="jocrisse">JOCRISSE; <span class="t5">FAIRE LE JOCRISSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARTINE.</div>
-<div class="verse">Je ne l’aimerois point s’<i>il faisoit le jocrisse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et demeure les bras croisés comme <i>un jocrisse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p>Le Dictionnaire de Trévoux donne le nom de <i>Jocrisse</i> et le
-dicton populaire où il s’encadre, mais il ne révèle rien sur
-l’origine de ce personnage, qui paraît nous être venu d’Italie.</p>
-
-<p class="item" id="joindre">JOINDRE pour <i>rejoindre</i>:</p>
-
-<p class="cit">Allons vite <i>joindre</i> notre provincial.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="joint">JOINT, adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La mémoire du père à bon droit respectée,</div>
-<div class="verse"><i>Joint</i> au grand intérêt que je prends à la sœur,</div>
-<div class="verse">Veut que du moins l’on tâche à lui rendre l’honneur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des Mar.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Ce n’est pas la mémoire unie à l’intérêt; c’est la mémoire du
-père à bon droit respectée, <i>cela joint</i> à l’intérêt que..... <i>etc.</i>
-<i>Joint</i> embrasse d’une manière complexe l’idée du vers précédent.</p>
-
-<p>On disait autrefois, <i>joint que</i>, invariable: cela signifie, dit
-Furetière, <i>ajoutez-y que</i>:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Joint encore qu’</i>il falloit avoir fini bientôt, et passer rapidement dans
-un pays!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Hist. univ.</i> I. 11<sup>e</sup> part. § 5.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_223">223</span>
-Le participe <i>joint</i> a remplacé dans ces locutions le vieil adverbe
-<i>jouxte</i>, <i lang="la" xml:lang="la">juxta</i>.</p>
-
-<p class="item" id="jouer">JOUER, actif, suivi d’un nom de chose, éluder:</p>
-
-<p class="cit">Jusqu’ici vous avez <i>joué mes accusations</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Les Latins aussi ne disaient <i lang="la" xml:lang="la">ludere</i> en ce sens qu’avec un
-nom de la personne:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">«Sat me lusistis; ludite nunc alios.»</div>
-</div>
-
-<p>Cependant on trouve aussi, dans Pétrone, <i lang="la" xml:lang="la">ludere vestigia</i>,
-manquer sous le pied.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">JOUER AU PLUS SUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Pour <i>jouer au plus sûr</i>,</div>
-<div class="verse">Il faut me l’amener dans un lieu plus obscur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">JOUER (SE)</span>, mis absolument comme <i>jouer</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que veut dire ceci? <i>Nous, nous jouons</i>, je croi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="jour">JOUR, au figuré, notion, connaissance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu,</div>
-<div class="verse">Du trait qu’elle a joué <i>quelque jour soit venu</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">JOUR A</span>, facilité à:</p>
-
-<p class="cit">Je veux vous faire <i>un peu de jour à la pouvoir entretenir</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 10.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER UN JOUR</span>, <i>donner une couleur</i>, <i>considérer
-sous un aspect</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Du semblables erreurs, <i>quelque jour qu’on leur donne</i>,...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="judas">JUDAS, adjectivement, pour <i>traître</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">COVIELLE.</span> Que cela est <i>Judas</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="judiciaire">JUDICIAIRE, jugement; <span class="t5">AVOIR QUELQUE MORCEAU
-DE JUDICIAIRE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes-vous mis dans la tête que Léonard de Pourceaugnac......
-n’ait pas là-dedans quelque <i>morceau de judiciaire</i> pour se conduire?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>J’observe qu’on devrait écrire <i>morseau</i>, car ce mot est un
-diminutif de <i>mors</i>, <i>un mors de pain</i>, formé du verbe <i>mordre</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_224">224</span>
-qui faisait au participe passé <i>mors</i>, d’où <i>morceler</i> (qui serait mieux
-écrit <i>morseller</i>), et non <i>mordu</i>; comme <i>tordre</i>, <i>tors</i>, et non <i>tordu</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Adonc repartit l’espousée:</div>
-<div class="verse8">«Je ne vous ai pas <i>mors</i> aussy!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Marot.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="jugement">JUGEMENT <span class="t5">A GAUCHE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un envers du bon sens, un <i>jugement à gauche</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="item" id="jurer">JURER; <span class="t5">JURER DE QUELQUE CHOSE</span>; latinisme,
-<i lang="la" xml:lang="la">jurare de aliqua re</i>:</p>
-
-<p class="cit">Vous avez beau faire la garde: j’<i>en ai juré</i>, elle sera à nous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 9.)</div>
-
-<p class="item" id="justifier">JUSTIFIER; <span class="t5">JUSTIFIER QUELQUE CHOSE ET SE JUSTIFIER
-A QUELQU’UN SUR</span>, pour <i>auprès de quelqu’un</i>:</p>
-
-<p class="cit">C’est <i>aux vrais dévots</i> que je veux partout <i>me justifier sur</i> la conduite
-de ma comédie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Et pour <i>justifier à tout le monde</i> l’innocence de mon ouvrage.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="cit">... C’est consoler un philosophe que de <i>lui justifier ses larmes</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettre à Lamothe-Levayer</i>)<a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>.</div>
-
-<p class="cit">Votre père ne prend que trop le soin de vous <i>justifier à tout le monde</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est ainsi que notre bergère <i>se justifiait à Cérès</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Psyché.</i> II.)</div>
-
-<p class="item" id="item_L">LA, rapporté à un mot caché dans une ellipse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fût-ce mon propre frère, il me <i>la</i> payeroit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p><i>La</i> ne se rapporte grammaticalement à rien; le substantif
-sous-entendu peut être <i>dette</i>. L’usage est de dire aujourd’hui,
-au masculin ou au neutre: «Il me <i>le</i> payerait; tu me <i>le</i> payeras.»</p>
-
-<p>(Voyez des exemples analogues au mot <a href="#echapper"><span class="t5">ÉCHAPPER BELLE (L’)</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LA</span>, construit avec le verbe <i>être</i>, et représentant un
-substantif:</p>
-
-<p class="cit">Je veux être mère parce que je <i>la suis</i>, et ce seroit en vain que je ne <i>la</i>
-voudrois pas être.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Les Amants magnifiques">Am. mag.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p><i>La</i> tient la place du mot <i>mère</i>. Madame de Sévigné prétendait
-mal à propos étendre ce privilége de l’article, et mettre <i>la</i>
-<span class="pagenum" id="Page_225">225</span>
-en remplacement d’un participe: Êtes-vous <i>enrhumée?</i>&mdash;Je
-<i>la</i> suis. L’article, dans ce dernier cas, représente <i>être enrhumé</i>,
-qui n’a point de genre; par conséquent: je <i>le</i> suis.</p>
-
-<p class="item" id="la_contre">LA CONTRE, contre cela:</p>
-
-<p class="cit">On ne peut pas aller <i>là contre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Eh bien! oui; vous dit-on quelque chose <i>là contre</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Mon frère, pouvez-vous tenir <i>là contre</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 21.)</div>
-
-<p class="item" id="la_donner">LA DONNER <span class="t5">SÈCHE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, sortis de ce lieu, <i>me la donnant plus sèche</i>:</div>
-<div class="verse">Marquis, allons au cours faire voir ma calèche.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#echapper"><span class="t5">ÉCHAPPER (L’) BELLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="laidir">LAIDIR, devenir laid:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je crains fort de vous voir comme un géant grandir,</div>
-<div class="verse">Et tout votre visage affreusement <i>laidir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Nous n’avons plus que le composé <i>enlaidir</i>.</p>
-
-<p>J’observe que cette terminaison <i>ir</i>, aux verbes neutres, marquait
-une action en progrès, comme en latin <i lang="la" xml:lang="la">escere</i>: <i>grandir</i>;
-<i>laidir</i>, <i>emmaladir</i>; <i>assagir</i>, rendre sage; <i>affolir</i>, rendre fou
-(<i>affoler</i> est autre chose; c’est <i>fouler</i>, <i>blesser</i>, etc.). En termes
-de marine, <i>calmir</i> c’est être en train de se calmer: <i>la mer calmit</i>,
-<i>commence à calmir</i>.</p>
-
-<p class="item" id="laisser">LAISSER A (le verbe à l’infinitif sans préposition):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>laisse à mon devoir s’acquitter</i> de ses soins.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NE PAS LAISSER DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">Ce n’est rien, <i>ne laissons pas d’achever</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 15.)</div>
-
-<p class="cit">Je lui dis que vous n’y êtes pas, madame, et il ne veut pas <i>laisser
-d’entrer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 4.)</div>
-
-<p class="cit">Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n’entrer point, et qui <i>ne
-laissent pas de</i> se presser.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Cela choque le sens commun,</div>
-<div class="verse8">Mais cela <i>ne laisse pas d’être</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ne laissons pas d’attendre</i> le vieillard.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ils ne laisseroient pas de l’apprendre</i>, s’ils vouloient écouter les personnes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Comtesse d’<abbr title="Escarbagnas">Escarb.</abbr></i> 11.)</div>
-
-<p>Parmi nos bons écrivains, je n’en trouve pas qui aient employé
-cette autre forme de la même locution, <i>ne pas laisser
-que de</i>.</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_226">226</span>
-«Son orgueil (de Nabuchodonosor) <i>ne laissa pas</i> de revivre dans ses
-successeurs.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Hist. Univ.</i> III<sup>e</sup> part. § 4.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>L’eau ne laissa pas d’agir</i>, et de mettre en évidence les figues toutes
-crues encore et toutes vermeilles.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Cela n’importe, dit le père; <i>on ne laisse pas d’obliger</i> toujours les
-confesseurs à les croire (les pénitents).»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 10<sup>e</sup> <i>Provinc.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Je ne laissai pas de compter</i> avec plaisir l’argent que j’avois dans mes
-poches, bien que ce fût le salaire de mes assassinats.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Le Sage.</span> <i>Gil Blas.</i> II. 6.)</div>
-
-<p>Dans cette façon de parler, <i>laisser</i> représente <i>omettre</i>. On
-dit <i>omettre de</i>, et non pas <i>omettre que de</i>. Les Italiens disent pareillement:
-«<i lang="it" xml:lang="it">Egli non lascia di dire il suo parer</i>,» et non pas
-<i lang="it" xml:lang="it">non lascia che di dire</i>.</p>
-
-<p>Si cette locution nous vient d’eux, il est clair que nous
-l’avons altérée; s’ils l’ont au contraire prise de nous, c’est la
-preuve que dans l’origine le <i>que</i> n’y figurait pas.</p>
-
-<p>Thomas Corneille, dans ses notes sur Vaugelas, blâme l’introduction
-du <i>que</i> parasite dans cette façon de parler; un
-dictionnaire moderne ne laisse pas de l’autoriser, c’est celui de
-M. Napoléon Landais.</p>
-
-<p class="item" id="langue">LANGUE; <span class="t5">AVOIR DE LA LANGUE</span>, être bavard:</p>
-
-<p class="cit">C’est <i>avoir bien de la langue</i> que de ne pouvoir se taire de ses propres
-affaires!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Fourberies de Scapin">Scap.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LANGUE</span> qui <span class="t5">FAIT UN PAS DE CLERC</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce mariage est vrai?&mdash;<i>Ma langue</i> en cet endroit</div>
-<div class="verse"><i>A fait un pas de clerc</i>, dont elle s’aperçoit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Dépit <abbr title="amoureux">am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>Il faut observer que cette métaphore bouffonne est placée
-dans la bouche de Mascarille.</p>
-
-<p class="item" id="la_peste_soit">LA PESTE SOIT, telle ou telle chose. (Voyez
-<a href="#peste"><span class="t5">PESTE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="las">LAS! hélas:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Où voulez-vous courir?&mdash;<i>Las!</i> que sais-je?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Il faut observer que cet adjectif, depuis longtemps passé à
-l’état d’interjection, n’était pas primitivement immobile. Une
-femme s’écriait, <i>hé, lasse!</i> comme en latin <i lang="la" xml:lang="la">me lassam!</i> Dans
-<i>hélas</i>, l’interjection est <i>hé</i>, comme dans <i>hémi</i>: «<i>Hémi</i>, où
-arai-je recours? (<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de Coucy.</i>)» <i lang="la" xml:lang="la">Hei mihi,&mdash;hei lassum.</i></p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_227">227</span>
-LATIN pour <i>latiniste</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous êtes grand <i>latin</i> et grand docteur juré.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Dépit <abbr title="amoureux">am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>On dit de même familièrement un grand <i>grec</i>, pour <i>helléniste</i>.</p>
-
-<p class="item">LÉGER; <span class="t5">DE LÉGER</span>, légèrement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon Dieu! l’on ne doit rien croire trop <i>de léger</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p>Au <span class="t5">XII</span><sup>e</sup> siècle on disait <i>de legerie</i>, c’est-à-dire, avec légèreté.
-Roland dit à Charlemagne que ses conseillers l’ont conseillé un
-peu <i>de léger</i> sur le fait des ambassadeurs de Marsile:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Loerent vous alques <i>de legerie</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Chanson de Roland</i>, st. 14.)</div>
-
-<p><i>De léger</i> comme <i>de vrai</i>. Les Italiens disent de même <i lang="it" xml:lang="it">di
-leggiero</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LÉGER D’ÉTUDE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, de nos courtisans <i>les plus légers d’étude</i>,</div>
-<div class="verse">Elle (la fresque) a pour quelque temps fixé l’inquiétude.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val de Grâce.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="lequel">LEQUEL:</p>
-
-<p>Molière paraît avoir eu pour ce mot une antipathie si prononcée,
-il l’emploie si rarement, que j’ai pensé intéressant de
-recueillir les passages où il se trouve, et ceux ou il est visiblement
-évité.</p>
-
-<p>Les premiers sont au nombre de huit; les autres sont à peu
-près innombrables: aussi je me contenterai des principaux de
-ces derniers.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Ma bague est la marque choisie</div>
-<div class="verse">Sur <i>laquelle</i> au premier il doit livrer Célie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il n’a pas aperçu Jeannette, ma fillole,</div>
-<div class="verse"><i>Laquelle</i> a tout ouï, parole pour parole.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Car goûtez bien, de grâce,</div>
-<div class="verse">Ce raisonnement-ci, <i>lequel</i> est des plus forts.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Dépit <abbr title="amoureux">am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le malheureux tison de ta flamme secrète,</div>
-<div class="verse">Le drôle avec <i>lequel</i>...&mdash;Avec <i>lequel</i>? poursui.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="cit">J’ai appris cette nouvelle d’un paysan qu’ils ont interrogé, et <i>auquel</i> ils
-vous ont dépeint.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> II. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En vertu d’un contrat <i>duquel</i> je suis porteur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_228">228</span>
-<div class="verse">Est-ce que.....</div>
-<div class="verse">Et que du doux accueil <i>duquel</i> je m’acquittai</div>
-<div class="verse8">Votre cœur prétend à ma flamme</div>
-<div class="verse8">Ravir toute l’honnêteté?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je viens, mon fils, avant que de sortir, vous donner avis d’une chose <i>à
-laquelle</i> il faut que vous preniez garde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 10.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#lequel_evite"><span class="t5">LEQUEL</span></a> <i>évité</i>, et
-<a href="#ou"><span class="t5">OU</span></a>.)</p>
-
-<p><i>NOTA.</i> On lit dans l’<i>École des maris</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="smcap">Sganarelle</span> (sortant de l’accablement <i>dans lequel</i> il étoit plongé.)</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des Mar.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>Cette indication scénique n’est pas de Molière. On ne la
-trouve point dans les éditions de 1692 ni de 1710; mais elle se
-montre dans l’édition de 1774, chez la veuve David. P. Didot
-(1821) l’a reproduite. C’est style du <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p class="ti" id="lequel_evite">&mdash;<span class="t4">LEQUEL</span> <i>évité</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En bonne foi, ce point <i>sur quoi</i> vous me pressez....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Dépit <abbr title="amoureux">am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Le foudre punisseur</div>
-<div class="verse">Sous <i>qui</i> doit succomber un lâche ravisseur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Il eût été facile de mettre,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Sous lequel</i> doit tomber un lâche ravisseur,</div>
-</div>
-
-<p>si Molière n’avait pris à tâche d’éviter <i>lequel</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Outre que je pourrois désavouer sans blâme</div>
-<div class="verse">Ces libres vérités <i>sur quoi</i> s’ouvre mon âme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Cet hymen redoutable</div>
-<div class="verse">Pour <i>qui</i> j’aurois souffert une mort véritable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Et ce sont particulièrement ces dernières (qualités) <i>pour qui</i> je suis.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire de l’École des femmes">Ép. dédic. de l’Éc. des fem.</abbr></i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">C’est un supplice, à tous coups,</div>
-<div class="verse7">Sous <i>qui</i> cet amant expire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 9.)</div>
-
-<p class="cit">Vous avez des traits <i>à qui</i> fort peu d’autres ressemblent.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 12.)</div>
-
-<p class="cit">..... De ces galanteries ingénieuses <i>à qui</i> le vulgaire ignorant donne le
-nom de fourberies.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">L’éducation des enfants est une chose <i>à quoi</i> il faut s’attacher fortement.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_229">229</span>
-C’est la puissance paternelle, auprès <i>de qui</i> tout le mérite ne sert de
-rien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Voyez aux mots <a href="#qui"><span class="t5">QUI</span></a>, <a href="#de_qui"><span class="t5">DE
-QUI</span></a>,&mdash;<a href="#quoi"><span class="t5">QUOI</span></a>,&mdash;<a href="#ou"><span class="t5">OÙ</span></a>,&mdash;d’autres
-exemples, en grand nombre, qui ne permettent pas de douter
-que Molière n’évitât de propos délibéré l’emploi de <i>lequel</i>.
-Apparemment il réservait ce mot pour marquer le sens du latin
-<i lang="la" xml:lang="la">uter</i>, c’est-à-dire, l’alternative.</p>
-
-<p>Au surplus, la même remarque s’applique, plus ou moins
-absolue, à tous les écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle en général. C’est
-du siècle suivant que date le fréquent usage de ces formes,
-<i>duquel</i>, <i>auquel</i>, <i>par lequel</i>, <i>dans lequel</i>, <i>à la faveur duquel</i>,
-etc., etc., dont le grand siècle exprimait ordinairement
-la valeur par ce simple monosyllabe <i>où</i>.</p>
-
-<p>Les écrivains de la renaissance avaient fait abus de <i>lequel</i>,
-mais d’une autre façon, en l’employant à relier les deux parties
-d’une phrase.</p>
-
-<p class="item">LES UNS DES AUTRES:</p>
-
-<p class="cit">Nous devons parler des ouvrages <i>les uns des autres</i> avec beaucoup de
-circonspection.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p>Ici l’on voit la première partie de l’expression invariable;
-c’est la seconde qui subit l’influence de la construction: parler
-des ouvrages <i>les</i> uns <i>des</i> autres.</p>
-
-<p>Bossuet maintient l’expression entière invariable, comme un
-seul mot qui ne se modifierait point au milieu:</p>
-
-<p class="cit">«Auparavant l’on mettoit la force et la sûreté de l’empire uniquement
-dans les troupes, que l’on disposoit de manière qu’elles se prêtassent la
-main <i>les unes les autres</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i><abbr title="Histoire universelle">Hist. un.</abbr></i>
-III<sup>e</sup> p. § 6.)</div>
-
-<p>Et non: les unes <i>aux</i> autres.</p>
-
-<p class="item" id="leste">LESTE, au figuré; <span class="t5">BRAVE ET LESTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ta forte passion est d’être <i>brave et leste</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous souffrez que la vôtre aille <i>leste</i> et pimpante!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="lever">LEVER <span class="t5">UN HABIT</span>, c’est-à-dire, de quoi faire un
-habit:</p>
-
-<p class="cit">C’est que l’étoffe me sembla si belle, que j’en ai voulu <i>lever un habit</i> pour
-moi.&mdash;Oui, mais il ne falloit pas <i>le lever</i> avec le mien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_230">230</span>
-LIBERTÉS au pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma sœur, je vous demande un généreux pardon,</div>
-<div class="verse">Si de <i>mes libertés</i> j’ai taché votre nom.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="libertin">LIBERTIN:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est être <i>libertin</i> que d’avoir de bons yeux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je le soupçonne encor d’être un peu <i>libertin</i>:</div>
-<div class="verse">Je ne remarque pas qu’il hante les églises.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Laissez aux <i>libertins</i> ces sottes conséquences.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<p><i>Libertin</i>, aujourd’hui restreint à la débauche des femmes,
-signifiait dans l’origine un esprit fort, un libre penseur, et
-n’emportait pas nécessairement une idée désavantageuse.</p>
-
-<p>«Ce mot, dit Bouhours, signifie quelquefois une personne qui
-hait la contrainte, qui suit son inclination, qui vit à sa mode,
-sans s’écarter néanmoins des règles de l’honnêteté et de la
-vertu. Ainsi l’on dira d’un homme de bien qui ne sauroit se
-gêner, et qui est ennemi de tout ce qui s’appelle servitude: <i>Il
-est libertin</i>. Il n’y a pas au monde un homme plus <i>libertin</i> que
-lui. Une honnête femme dira même d’elle, jusqu’à s’en faire
-honneur: Je suis née <i>libertine</i>. <i>Libertin</i> et <i>libertine</i>, en ces endroits,
-ont un bon sens et une signification délicate.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Remarques nouvelles sur la langue françoise</i>, p. 395, édition
-de 1675.)</div>
-
-<p class="item" id="libertinage">LIBERTINAGE, indépendance d’esprit poussée jusqu’à
-la témérité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon frère, ce discours sent <i>le libertinage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Il y en a bien qui croient, mais par superstition; il y en a bien qui ne
-croient pas, mais par <i>libertinage</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 227.)</div>
-
-<p>Ainsi le libertinage était l’excès opposé à la superstition; ce
-que le néologisme dévot de la Harpe, de M<sup>me</sup> de Genlis et autres
-tels apôtres, appelait, au <span class="t5">XIX</span><sup>e</sup> siècle, <i>le philosophisme</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#libertin"><span class="t5">LIBERTIN</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="licencier">LICENCIER <span class="t5">(SE) A</span> (un infinitif), se donner licence
-jusqu’à...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Quoi! ta bouche <i>se licencie</i></div>
-<div class="verse"><i>A</i> te donner encore un nom que je défends?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_231">231</span>
-LIEU comme <i>endroit</i>:</p>
-
-<p class="cit">Vous le trouverez maintenant vers <i>ce petit lieu</i> que voilà, qui s’amuse
-à couper du bois.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="logis">LOGIS DU ROI, c’est-à-dire, donné par le roi, la
-prison:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai peur, si <i>le logis du roi</i> fait ma demeure,</div>
-<div class="verse">De m’y trouver si bien dès le premier quart d’heure,</div>
-<div class="verse">Que j’aye peine aussi d’en sortir par après.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="longueur">LONGUEUR, pour <i>durée de temps</i>, <i>lenteur</i>, <i>délais</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous pourriez éprouver, <i>sans beaucoup de longueur</i>,</div>
-<div class="verse">Si mon bras sait encor montrer quelque vigueur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la grande <i>longueur</i> de son éloignement</div>
-<div class="verse">Me le fait soupçonner de quelque changement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 2.)</div>
-
-<p class="cit">Allons donc, messieurs et mesdames, vous moquez-vous avec votre <i>longueur</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="item" id="loup-garou">LOUP-GAROU, employé comme une sorte d’adjectif
-invariable:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il a le repart brusque et <i>l’accueil loup-garou</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="lui">LUI, que nous employons au datif pour le masculin
-et le féminin, est souvent, dans Molière, remplacé par
-<i>à lui</i>, <i>à elle</i>, qui permettent de distinguer les genres:</p>
-
-<p class="cit">Venez avec moi, je vous ferai parler <i>à elle</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LUI</span>, où Molière met ordinairement <i>soi</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais il (l’amour) traîne après <i>lui</i> des troubles effroyables.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers,
-cette terre et ce ciel que voilà là-haut; et si tout cela s’est bâti <i>de lui-même</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Je pense qu’il faut dans ces deux passages <i>après soi</i> et <i>de soi-même</i>,
-comme on lit dans les passages suivants:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, madame, on s’en charge; et la chose, <i>de soi</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le choix du fils d’Oronte est glorieux, <i>de soi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="cit">La noblesse, <i>de soi</i>, est bonne.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>De lui</i>, <i>d’elle</i> feraient ici le même solécisme qu’en latin <i lang="la" xml:lang="la">per
-illum</i> au lieu de <i lang="la" xml:lang="la">per se</i>. (Voyez <a href="#soi"><span class="t5">SOI</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_232">232</span>
-LUMIÈRE; <span class="t5">PARLER AVEC LUMIÈRE</span>; c’est la même
-métaphore que parler clairement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’en veux, dans les fers où je suis prisonnière,</div>
-<div class="verse">Hasarder un (<i>avis</i>) qui <i>parle avec plus de lumière</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER DE LA LUMIÈRE DE</span>; manifester:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un cœur <i>de son penchant donne assez de lumière</i>,</div>
-<div class="verse">Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à rompre en visière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIR DES LUMIÈRES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6"><i>Ouvre</i>-nous des <i>lumières</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p><i>Lumières</i> n’est pas ici dans le sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">faces</i>, mais dans
-celui de <i>fenêtres</i>, ou toute ouverture par où la lumière s’introduit
-et la vue peut saisir une perspective. <i>Ouvrir des lumières</i>
-signifie donc, en style moderne, <i>ouvrir des jours</i>.</p>
-
-<p>La <i>lumière</i> d’un canon est une ouverture au canon.</p>
-
-<p>La vieille langue disait, par une de ces apocopes si fréquentes
-chez elle, <i>un lu</i>, pour <i>une lumière</i>, c’est-à-dire, une fenêtre.
-Le paysan picard dit encore: <i>freme ch’ lu</i>, ferme cette lumière.
-De <i>lu</i> s’est formé <i>lucarne</i>, qui est un <i>lu</i> carré.</p>
-
-<p>(Voyez au mot <a href="#carne"><span class="t5">CARNE</span></a>.)</p>
-
-<p>Chez les Latins, <i>lumina</i>, en termes d’architecture, signifie
-également des fenêtres, des jours.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PETITES LUMIÈRES</span>, au figuré, capacité étroite:</p>
-
-<p class="cit">Et comme ses <i>lumières sont fort petites</i>....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="luminaire">LUMINAIRE (<span class="t5">LE</span>) les yeux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui! je devois au dos avoir mon <i>luminaire</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="l-un">L’UN, en parlant de plus de deux:</p>
-
-<p class="cit">Je m’offre à vous mener <i>l’un de ces jours</i> à la comédie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p class="cit">Ce n’est ici qu’un bal à la hâte; mais <i>l’un de ces jours</i> nous vous en donnerons
-un dans les formes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais par ce cavalier, <i>l’un de ses plus fidèles</i>,</div>
-<div class="verse">Vous en pourrez sans doute apprendre des nouvelles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Garcie.</i> V. 5.)</div>
-
-<p>C’est mal à propos que les grammairiens ont voulu défendre
-<span class="pagenum" id="Page_233">233</span>
-d’employer l’<i>un</i> en parlant de plus de deux. Cet usage du mot
-l’<i>un</i> date de l’origine de la langue:</p>
-
-<p class="cit">«E partid son pople en <i>treis</i>, e livrad <i>l’une</i> partie à Joab,
-e l’altre à Abisaï, e la tierce à Ethaï.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 185.)</div>
-
-<p class="cit">«Sa femme commença à devenir <i>l’une</i> des plus belles femmes qui feust
-en France.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Marguerite</span>, <i><abbr title="Heptaméron">Heptam.</abbr></i>
-nouv. 15.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Voilà <i>l’un</i> des péchés où mon âme est encline.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <abbr title="Satire">Sat.</abbr> 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«<i>L’un</i> des plaisirs où plus il dépensa</div>
-<div class="verse10">«Fut la louange: Apollon l’encensa.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Belphégor.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«J’ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j’ai écrites <i>à un
-de mes amis</i> sur le sujet de votre morale, où <i>l’un des principaux points</i>
-de votre défense est que.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">L’UNE</span> par ellipse, pour <i>l’une de vous</i>, <i>l’une ou
-l’autre</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, je veux qu’il se donne à <i>l’une</i> pour époux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti" id="l_un_ni_l_autre">&mdash;<span class="t4">L’UN NI L’AUTRE</span>, pour <i>ni l’un ni l’autre</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous n’aurez <i>l’un ni l’autre</i> aucun lieu de vous plaindre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Mais, aussitôt que l’ouvrage eut paru,</div>
-<div class="verse10">«Plus n’ont voulu l’avoir fait <i>l’un ni l’autre</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Épigr. sur l’Iphigénie de Leclerc.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="item_M">MACHER <span class="t5">CE QUE L’ON A SUR LE CŒUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">M<sup>me</sup> PERNELLE.</div>
-<div class="verse">Et <i>je ne mâche point ce que j’ai sur le cœur</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Cette métaphore est empruntée des animaux ruminants: je
-ne rumine point les griefs dont j’ai à me plaindre.</p>
-
-<p class="item">MA COMMÈRE DOLENTE, expression proverbiale:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et maintenant je suis <i>ma commère dolente</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="item" id="main">MAIN; <span class="t5">LA MAIN HAUTE</span>.
-(Voyez <a href="#haut_la_main"><span class="t5">HAUT LA MAIN</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A TOUTES MAINS</span>, toujours prêt à tous les partis:</p>
-
-<p class="cit">C’est un épouseur <i>à toutes mains</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#donner_les_mains"><span class="t5">DONNER LES MAINS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="maintenir">MAINTENIR <span class="t5">QUELQU’UN</span>, absolument, le maintenir en
-joie et prospérité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le bon Dieu <i>vous maintienne</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="mal"><span class="pagenum" id="Page_234">234</span>
-MAL, adverbe joint à un adjectif. (Voyez <a href="#mal_propre"><span class="t5">MAL PROPRE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="mal_de_mort">MAL DE MORT, <span class="t5">VOULOIR MAL DE MORT A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je me veux mal de mort</i> d’être de votre race!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">MAL D’OPINION</span>, qui gît dans l’opinion:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un <i>mal d’opinion</i> ne touche que les sots.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="malepeste">MALEPESTE DE....:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Malepeste du</i> sot que je suis aujourd’hui!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>(Que la) male peste (soit) du sot...</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#peste"><span class="t5">PESTE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="malfait">MALFAIT, substantif; <span class="t5">UN MALFAIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Peux-tu me conseiller un semblable forfait,</div>
-<div class="verse">D’abandonner Lélie et prendre <i>ce malfait</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="item" id="malgre">MALGRÉ <span class="t5">QUE J’EN AIE</span> ou <span class="t5">QU’ON EN AIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">&mdash;Me voulez-vous toujours appeler de ce nom?</div>
-<div class="verse">&mdash;Ah! <i>malgré que j’en aie</i>, il me vient à la bouche.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Madame tourne les choses d’une manière si agréable, qu’il faut être de son
-sentiment <i>malgré qu’on en ait</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de L’École des femmes">Crit. de L’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p>Cet exemple n’autorise point l’emploi de <i>malgré que</i>. <i>Malgré
-que vous disiez...</i> pour <i>quoi que vous disiez</i>, sera toujours
-un solécisme. Voici la différence: dans <i>malgré qu’on en ait</i>,
-<i>mal gré</i> ou <i>mauvais gré</i> est le complément naturel et direct
-d’<i>avoir</i>. C’est une espèce d’accusatif absolu: mauvais gré, tel
-mauvais gré que vous en ayez.</p>
-
-<p>Mais cette explication n’est plus possible dans <i>malgré que
-vous disiez, fassiez...</i>, parce que <i>gré</i> ne saurait être ici le complément
-des verbes <i>faire</i>, <i>dire</i>: on ne dit pas, on ne fait pas un
-gré. Au contraire, <i>quoi</i> (<i lang="la" xml:lang="la">quid</i>) s’allie très-bien aux verbes <i>faire</i>
-et <i>dire</i>: <i>quoi que vous fassiez</i>, mot à mot <i lang="la" xml:lang="la">quid quod agas</i>.</p>
-
-<p>La faute est venue de ce qu’on a fait de <i>malgré</i> une sorte
-d’adverbe, en perdant de vue ses racines. Cela ne fût pas arrivé
-si l’on avait retenu l’usage d’écrire en deux mots <i>mal gré</i>.
-Personne ne s’est jamais avisé de dire: <i>En dépit que vous
-fassiez</i>; parce que <i>dépit</i> est resté visiblement substantif.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#depit"><span class="t5">DÉPIT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_235">235</span>
-MALHEURE (<span class="t5">A LA</span>):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et bien <i>à la malheure</i> est-il venu d’Espagne,</div>
-<div class="verse">Ce courrier que la foudre ou la grêle accompagne!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p>A la male ou mauvaise heure: <i lang="la" xml:lang="la">in malora</i>; <i lang="la" xml:lang="la">andate in malora</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Va-t-en <i>à la malheure</i>, excrément de la terre!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Lion et le Moucheron.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="malitorne">MALITORNE:</p>
-
-<p class="cit">Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand
-<i>malitorne</i> et le plus sot dadais que j’aie jamais vu.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p><i>Malitorne</i> vient sans doute de <i lang="la" xml:lang="la">male tornatus</i>:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">«Et male tornatos incudi reddere versus.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Hor.</span> <i>de Art. poet.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="mal_propre">MAL PROPRE A...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Monsieur, je suis <i>mal propre à</i> décider la chose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Les comédiens, par la crainte d’une équivoque ignoble,
-substituent <i>je suis peu propre</i>. Le sens n’est pas le même. On
-employait autrefois <i>mal</i> et <i>peu</i> à cet office avec des nuances
-différentes. <i>Mal gracieux</i>, <i>mal habile</i>, étaient des expressions
-moins fortes que <i>peu gracieux</i>, <i>peu habile</i>. Il est regrettable que
-l’on ait laissé perdre cet emploi de <i>mal</i>. La prononciation a
-soudé inséparablement l’adverbe à l’adjectif dans <i>maussade</i>
-(<i>mal sade</i>), c’est-à-dire qui est mal sérieux, d’un sérieux désagréable, déplaisant, et non
-<i>peu sérieux</i><a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</p>
-
-<p class="cit">Je me sens <i>mal propre</i> à bien exécuter ce que vous souhaitez de moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;Le galant aussitôt</div>
-<div class="verse8">«Tire ses grègues, gagne au haut,</div>
-<div class="verse8">«<i>Mal content</i> de son stratagème.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le Renard et le Coq.</i>)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_236">236</span>
-MALVERSATIONS, dans le sens étendu de désordres
-de conduite:</p>
-
-<p class="citscen"><span class="t5">GEORGE DANDIN</span> (<i>à sa femme</i>.)</p>
-
-<p class="cit">Vous avez ébloui vos parents et plâtré vos <i>malversations</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>L’Académie n’attribue à ce mot qu’une application restreinte:&mdash;«Faute
-grave commise <i>par cupidité</i> dans l’exercice d’une
-charge, d’un emploi, dans l’exécution d’un mandat.»</p>
-
-<p>L’explication de Trévoux s’accorde avec celle de l’Académie;
-ainsi Molière s’est servi d’un mot impropre, ou plutôt n’y aurait-il
-pas une intention comique dans cette impropriété même?
-Le paysan enrichi se sert du terme le plus considérable qu’il
-connaisse pour accuser sa femme, et c’est un terme de finances.</p>
-
-<p class="item">MANIÈRE; <span class="t5">D’UNE MANIÈRE QUE</span>, avec l’ellipse de
-<span class="t5">TELLE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous tournez les choses <i>d’une manière qu’il</i> semble que vous avez raison.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DES MANIÈRES</span> (des espèces) <span class="t5">DE</span>...:</p>
-
-<p class="cit">Vous n’allez entendre chanter que de la prose cadencée, ou <i>des manières
-de vers libres</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="manquement">MANQUEMENT <span class="t5">DE FOI</span>, <span class="t5">DE MÉMOIRE</span>,
-pour <i>manque</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’on s’aille former un monstre plein d’effroi</div>
-<div class="verse">De l’affront que nous fait son <i>manquement de foi</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Et n’ai-je à craindre que <i>le manquement de mémoire</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="item">MARCHÉ; <span class="t5">COURIR SUR LE MARCHÉ DES AUTRES</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">MATHURINE</span>.&mdash;Ça n’est pas biau de <i>courir su le marché des autres</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> II. 5.)</div>
-
-<p>De mettre l’enchère à ce qu’ils marchandent.</p>
-
-<p class="item" id="marcher">MARCHER <span class="t5">SUR QUELQUE CHOSE</span>, métaphoriquement,
-traiter un sujet avec circonspection:</p>
-
-<p class="cit">Mon Dieu, madame, <i>marchons là-dessus</i>, s’il vous plaît, avec beaucoup
-de retenue.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnac">C<sup>tesse</sup> d’Esc.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="item" id="marquis"><span class="pagenum" id="Page_237">237</span>
-MARQUIS; <span class="t5">LE MARQUIS</span> dans un sens général, et pour
-désigner toute une classe; <span class="t5">DONNER DANS LE MARQUIS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Vous donnez</i> furieusement dans <i>le marquis</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Vous vous jetez dans les allures des marquis.</p>
-
-<p>Molière a dit de même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jamais on ne le voit sortir <i>du grand seigneur</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="masque">MASQUE, adjectivement, dans le sens d’<i>hypocrite</i>,
-dissimulée:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>La masque</i>, encore après, lui fait civilité!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 14.)</div>
-
-<p class="cit">Ah, ah, petite <i>masque</i>, vous ne me dites pas que vous avez vu un homme
-dans la chambre de votre sœur!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 11.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">MASQUE DE FAVEUR</span>; faveur simulée qui n’a que
-l’apparence:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’un <i>masque de faveur</i> vous couvrir mes dédains!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garc.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item">MATIÈRE; <span class="t5">DES MATIÈRES DE LARMES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! Myrtil, vous avez du ciel reçu des charmes</div>
-<div class="verse">Qui nous ont préparé <i>des matières de larmes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">D’ILLUSTRES MATIÈRES A</span>....:</p>
-
-<p class="cit">Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville.... pour chercher
-d’<i>illustres matières à ma capacité</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 14.)</div>
-
-<p class="item" id="matrimonion">MATRIMONION, mot latin, <i>mariage</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quelque autre, sous l’espoir du <i>matrimonion</i>,</div>
-<div class="verse">Aurait ouvert l’oreille à la tentation.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Dépit <abbr title="amoureux">am.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>Dans l’origine, ces notations <i>om</i>, <i lang="la" xml:lang="la">um</i>, soit en latin, soit en
-français, soit au commencement ou à la fin des mots, se prononçaient
-<i>on</i>, et non pas, comme on fait aujourd’hui, <i>ome</i>.
-<i lang="la" xml:lang="la">Eum</i> se prononçait <i>eon</i>, comme on le voit par l’histoire de ce
-fanatique du moyen âge qui, entendant chanter à la messe <i lang="la" xml:lang="la">per
-eum qui venturus est</i>, s’alla persuader qu’il s’agissait de lui,
-parce qu’il s’appelait <i>Eon</i><a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>.
-On disait, au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, de l’<i>opion</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_238">238</span>
-<div class="verse10">«Lit-on du mal, c’est jubilation;</div>
-<div class="verse10">«Lit-on du bien, des mains tombe le livre,</div>
-<div class="verse10">«Qui vous endort comme bel <i>opion</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Senecé.</span>)</div>
-
-<p>Voltaire a dit encore, au <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«L’opium peut servir un sage:</div>
-<div class="verse8">«Mais, suivant mon opinion,</div>
-<div class="verse8">«Il lui faut, au lieu <i>d’opion</i>,</div>
-<div class="verse8">«Un pistolet et du courage.»</div>
-</div>
-
-<p><i>Galbanon</i>, <i>aliboron</i>, <i>rogaton</i>, <i>dicton</i>, <i>toton</i>, sont les mots
-latins <i lang="la" xml:lang="la">aliorum</i> (barbarement <span lang="la" xml:lang="la"><i>aliborum</i>),
-<i>galbanum</i>, <i>rogatum</i>, <i>dictum</i>, <i>totum</i></span> (parce que si le toton s’abat de manière à présenter
-la face où est inscrite la lettre <span class="t5">T</span>, le joueur prend la totalité des enjeux.)</p>
-
-<p>On dit indifféremment <i>factotum</i> et <i>factoton</i>, mais <i>factotum</i>
-est la prononciation moderne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;Je pense qu’en effet,</div>
-<div class="verse10">«Reprit Nuto, cela peut être cause</div>
-<div class="verse10">«Que le pater avec le <i>factoton</i></div>
-<div class="verse10">«N’auront de toi ni crainte ni soupçon.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Mazet.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="maux">MAUX; <span class="t5">DIRE TOUS LES MAUX DU MONDE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Qu’ils disent <i>tous les maux du monde</i> de mes pièces, j’en suis d’accord.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="me">ME, avec un verbe neutre, comme <i>tomber</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A qui la bourse?&mdash;Ah dieux, elle <i>m’</i>étoit <i>tombée</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p><i>Me</i> est ici au datif: <i>à moi</i>. C’est le datif que les Latins employaient
-pour exprimer soit le profit, soit la perte: <i lang="la" xml:lang="la">Exciderat
-mihi marsupium</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#datif"><span class="t5">DATIF</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="mechant">MÉCHANT, mauvais; en parlant du goût, d’un art:</p>
-
-<p class="cit">Mais peut-être, madame, que leur danse sera <i>méchante</i>?&mdash;<i>Méchante</i>
-ou non, il la faut voir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">..... Je n’ai pas si <i>méchant goût</i> que vous avez pensé.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Il ne faut point perdre de vue le sens primitif de <i>meschant</i>,
-qui n’est point celui de <span lang="la" xml:lang="la"><i>malus</i>, <i>nequam</i></span>, auquel seul il est aujourd’hui
-réduit, mais celui de <i>infortuné</i>, <i>qui a contre soi la
-chance</i>. Ce radical <i>mes</i> agit de même dans <i>mes-prix</i>, <i>mes-dire</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_239">239</span>
-<i>mes-offrir</i>, <i>mes-aventure</i>, <i>mes-estime</i>, etc. (en anglais
-<i lang="en" xml:lang="en">mis</i>: <span lang="en" xml:lang="en"><i>mistake</i>, <i>misfortune</i></span>, etc.).</p>
-
-<p><i>Meschant</i> est le participe de <i>meschoir</i>, pour <i>meschéant</i>.
-Alain Chartier oppose <i>méchant</i> à <i>heureux</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Adonc y seras-tu plus <i>meschant</i> de ce que tu cuideras y estre plus
-<i>heureux</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Alain Chartier.</span> <i>Curial.</i> p. 394.)</div>
-
-<p>Greban dit qu’à la mort de Charles VII les bergers désolés
-se rassemblaient:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Car par troupeaux s’assemblèrent ez champs,</div>
-<div class="verse10">«Criants: Ha Dieu, que ferons-nous, <i>meschants</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Épitaphe de Charles VII.</i>)</div>
-
-<p>Charles Bouille, de Saint-Quentin (1533): «<i>Meschant</i>: <span lang="la" xml:lang="la">qua
-voce abutentes Galli, virum interdum inopem, interdum
-iniquum, dolosum et <i>infelicem</i> effantur.</span>» (<i lang="la" xml:lang="la">De vitiis vulgarium
-Ling.</i>, p. 15.) Mais il n’est pas si exact quand il dérive
-<i>méchant</i> du grec μηχανή, parce que les artisans voués aux arts
-<i>mécaniques</i> sont d’ordinaire pauvres, et de pauvres deviennent
-<i>méchants</i>. C’est de l’étymologie à la façon de Ménage.</p>
-
-<p><i>Meschance</i> a été la forme primitive de <i>méchanceté</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Tu es le vray Dieu, qui <i>meschance</i></div>
-<div class="verse8">«N’aymes point, ni malignité.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Marot</span>, <i>Psaume</i> 5.)</div>
-
-<p>Ainsi un <i>méchant goût</i>, une <i>méchante danse</i>, c’est un goût,
-une danse qui ne réussissent point, qui ont la chance contraire.</p>
-
-<p class="cit">«Voilà, dit Xanthus, la pâtisserie <i>la plus méchante</i> que j’aie jamais
-mangée. Il faut brûler l’ouvrière, car elle ne fera de sa vie rien qui vaille.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="item">MÉDIRE <span class="t5">SUR QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ceux de qui la conduite offre le plus à rire</div>
-<div class="verse">Sont toujours <i>sur autrui</i> les premiers à <i>médire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>«On médit <i>de</i> quelqu’un, et non <i>sur</i> quelqu’un. C’est une légère
-faute, que Molière eût évitée en mettant:</p>
-
-<div class="poem">
- <div class="verse">«Des autres sont toujours les premiers à médire.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p>Le vers de Molière est le plus naturel du monde: celui qu’on
-propose pour le remplacer offre une inversion tout à fait forcée,
-et qui trahirait la gêne du poëte. Pourquoi ne dirait-on pas
-<span class="pagenum" id="Page_240">240</span>
-<i>médire sur</i> comme <i>médire de</i>, puisque, dans cette dernière
-forme, <i>de</i> est le latin <i>de</i>, qui signifie <i>sur</i>? On dit bien <i>malédiction
-sur lui</i>!</p>
-
-<p>Molière, en construisant le verbe comme substantif, n’a
-point ici commis de faute, même légère; et c’en est toujours
-une d’être guindé, soit en vers, soit en prose.</p>
-
-<p class="item">MÊLER pour <i>se mêler</i>:</p>
-
-<p class="cit">Faut-il le demander, et me voit-on <i>mêler</i> de rien dont je ne vienne à
-bout?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Molière, par égard pour l’euphonie, a fait servir un seul <i>me</i>
-pour les deux verbes <i>voir</i> et <i>mêler</i>.</p>
-
-<p>(Sur la suppression du pronom des verbes réfléchis, voyez
-au mot <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">MÊME, pour <i>le même</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si sa bouche dit vrai, nous avons <i>même sort</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout autre n’eût pas fait <i>même chose</i> à ma place?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">MÊME</span>, précédant son substantif comme en espagnol:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Avoir ainsi traité</div>
-<div class="verse">Et <i>la même innocence</i> et <i>la même bonté</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Seigneur, de vos soupçons l’injuste violence</div>
-<div class="verse">A <i>la même vertu</i> vient de faire une offense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Sais-tu que ce vieillard fut <i>la même</i> vertu...?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Corneille">Corn.</abbr></span> <i>Le Cid.</i>)</div>
-
-<p>L’italien a la même construction: <i lang="it" xml:lang="it">l’istessa innocenza e l’istessa
-bonta</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE MÊME DE</span>, le même que:</p>
-
-<p class="cit">Je ne suis plus <i>le même d’hier au soir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 1.)</div>
-
-<p>Je ne suis plus le don Juan d’hier au soir.</p>
-
-<p class="cit">«Le curé donc qui s’estoit logé dans <i>la mesme</i> hostellerie <i>de</i> nos comédiens...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron.</span> <i><abbr title="le Roman comique">Rom. com.</abbr></i> 1<sup>re</sup> p. ch. 14.)</div>
-
-<p><i>De</i> pour <i>que</i>, dans cette locution, est un hispanisme.</p>
-
-<p>(<span class="smcap">De même</span> pour <span class="t5">PAREIL</span>, voyez <a href="#de_meme"><span class="t5">DE
-MÊME</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_241">241</span>
-MÉNAGE; <span class="t5">VIVRE DE MÉNAGE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis!&mdash;C’est <i>vivre
-de ménage</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>La plaisanterie repose sur la double acception du mot <i>de</i>:
-vivre <i>avec</i> ménage, épargne; et vivre <i>aux dépens</i>, <i>au moyen
-de</i> son ménage, de son mobilier.</p>
-
-<p class="item" id="mener">MENER, pour <i>amener</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais ce qui vous <i>mène</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="mentir">MENTIR <span class="t5">DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, à <i>n’en point mentir</i>, il seroit des moments</div>
-<div class="verse">Où je pourrois entrer en d’autres sentiments.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, pour <i>n’en point mentir</i>, n’êtes-vous pas méchante</div>
-<div class="verse">De vous plaire à me dire une chose affligeante?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>Selon M. Auger, on ne dit point <i>mentir d’une chose</i>. Pourquoi
-pas? on dit bien <i>se taire de quelque chose</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#de"><span class="t5">DE</span></a> dans tous les sens du latin <i>de</i>.)</p>
-
-<p class="item">MÉPRIS avec un nom de nombre, comme d’une chose
-qui se compte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai souffert sous leur joug <i>cent mépris</i> différents.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Sur le radical <i>mes</i>, voyez à <a href="#mechant"><span class="t5">MÉCHANT</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="merci">MERCI <span class="t5">DE MA VIE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hé! <i>merci de ma vie</i>, il en iroit bien mieux</div>
-<div class="verse">Si tout se gouvernoit par ses ordres pieux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Trévoux dit que c’est une espèce de jurement employé par
-les femmes du peuple.</p>
-
-<p><i>Merci</i> signifie <i>grâce</i>, <i>miséricorde</i>. <i>Merci de ma vie</i> est l’opposé
-de <i>mort de ma vie</i>. C’est l’imprécation heureuse substituée
-à l’imprécation funeste, comme <i>Dieu me sauve!</i> au lieu de
-<i>Dieu me damne!</i></p>
-
-<p>L’espagnol et l’italien ont la même formule.</p>
-
-<p class="item" id="me_semble">ME SEMBLE, ce me semble:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble,</div>
-<div class="verse">Ni, qui plus est, écrit l’un à l’autre, <i>me semble</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_242">242</span>
-MESSIEURS <span class="t5">VOS PARENTS</span>, appliqué aux père et mère:</p>
-
-<p class="cit">Je vous respecte trop, vous et <i>messieurs vos parents</i>, pour être amoureux
-de vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>La bizarrerie de cette expression disparaît, si l’on réfléchit
-que <i>messieurs</i> signifie exactement <i>mes seigneurs</i>. Vos parents,
-votre père et votre mère, qui sont mes seigneurs.</p>
-
-<p class="item" id="metaphores"><i>MÉTAPHORES vicieuses, incohérentes, hasardées:</i></p>
-
-<p>Les exemples n’en sont pas rares dans Molière, à cause de
-la rapidité avec laquelle il était souvent obligé d’écrire.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">BOUCHE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dans ma bouche</i>, une nuit, cet amant trop aimable</div>
-<div class="verse">Crut rencontrer Lucile à ses vœux favorable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Ascagne veut dire qu’à la faveur de la nuit, elle se fit passer,
-auprès de Valère, pour Lucile. Tout le respect dû à Molière
-ne saurait empêcher qu’on ne rie de cet amant qui croit rencontrer
-Lucile, la nuit, dans la bouche d’Ascagne. Molière sans
-doute serait le premier à s’en moquer.</p>
-
-<p class="ti" id="ressorts">&mdash;<span class="t4">RESSORTS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fais-moi dans tes desseins entrer pour quelque chose:</div>
-<div class="verse">Mais que <i>de leurs ressorts la porte me soit close</i>,</div>
-<div class="verse">C’est ce qui fait toujours que je suis pris sans verd.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>On concevrait <i>les ressorts de la porte</i>, mais <i>la porte des ressorts</i>
-est une image absolument impossible: les ressorts n’ont
-point de porte.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne vous y fiez pas! il aura des <i>ressorts</i></div>
-<div class="verse"><i>Pour donner</i> contre vous <i>raison</i> à ses efforts.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>On ne donne pas raison avec des ressorts. Molière veut dire:
-il aura des artifices, des ressources.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POIDS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le <i>poids de sa grimace</i>, où brille <i>l’artifice</i>,</div>
-<div class="verse">Renverse le bon droit et tourne la justice.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sur moins que cela <i>le poids d’une cabale</i></div>
-<div class="verse">Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Le poids d’une cabale paraît une figure plus acceptable que
-le poids d’une grimace. (Voyez <a href="#poids"><span class="t5">POIDS</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_243">243</span>
-&mdash;<span class="t4">NŒUDS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je voudrois de bon cœur qu’on pût entre vous deux</div>
-<div class="verse">De quelque <i>ombre de paix</i> raccommoder <i>les nœuds</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Une ombre n’a point de nœuds; ainsi on ne raccommode
-pas les nœuds d’une ombre.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’hymen ne peut nous joindre, et j’abhorre <i>des nœuds</i></div>
-<div class="verse">Qui deviendroient sans doute <i>un enfer</i> pour tous deux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Comment des nœuds peuvent-ils devenir un enfer?</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AUDIENCE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et je vois sa raison</div>
-<div class="verse"><i>D’une audience avide avaler ce poison</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>On ne peut se figurer quelqu’un avalant par l’oreille. Les
-Latins, plus hardis que nous dans leurs métaphores, disaient
-bien: <i lang="la" xml:lang="la">densum humeris bibit aure vulgus</i> (<span class="smcap">Horace</span>.)
-Cette image en français paraîtrait ridicule, pour être trop violente.
-Il faut tenir compte de l’usage.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FACE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je me vis contrainte à demeurer d’accord</div>
-<div class="verse">Que l’<i>air</i> dont vous viviez vous faisoit un peu tort;</div>
-<div class="verse">Qu’il prenoit dans le monde une méchante <i>face</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>La face d’un air?</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRÊTER LES MAINS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A vous <i>prêter les mains ma tendresse</i> consent.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>On ne conçoit pas bien ce que c’est que les mains d’une tendresse,
-ni une tendresse qui prête les mains. Mais ici l’excuse
-de Molière peut être que <i>prêter les mains</i> est une locution reçue
-pour dire <i>seconder</i>, et qu’ainsi le sens particulier de chaque
-mot se perd dans le sens général de l’expression.</p>
-
-<p>La même observation se reproduit sur ce vers:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pourvu que votre <i>cœur</i> veuille <i>donner les mains</i></div>
-<div class="verse">Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>Les mains d’un cœur sont encore plus choquantes que les
-mains d’une tendresse.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_244">244</span>
-&mdash;<span class="t4">BRAS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8"><i>Un souris</i> chargé de douceurs</div>
-<div class="verse8"><i>Qui tend les bras</i> à tout le monde.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DENTS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout cet embarras <i>met mon esprit sur les dents</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Il est superflu de remarquer que les dents d’un esprit, les
-bras d’un souris, sont des images aussi forcées que les mains
-d’une tendresse ou d’un cœur.</p>
-
-<p class="sep2">Les vers suivants présentent une suite d’images
-tout à fait incohérentes. Il s’agit des ornements gothiques:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces <i>monstres odieux</i> des siècles ignorants,</div>
-<div class="verse">Que de la barbarie ont produits les <i>torrents</i>,</div>
-<div class="verse">Quand <i>leur cours, inondant</i> presque toute la terre,</div>
-<div class="verse">Fit à la politesse une mortelle guerre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val de Grâce.</i>)</div>
-
-<p>Comment les torrents de la barbarie peuvent-ils produire
-des monstres odieux dont le cours inonde la terre? Il faut
-avouer que La Bruyère n’avait pas tort d’appliquer à ce style le
-nom de galimathias; mais il avait tort d’appliquer ce jugement
-au style de Molière en général.</p>
-
-<p>Peut-être faut-il lire, au troisième vers, <i>quand son cours</i>;
-ce serait alors le cours de la barbarie, et non le cours des
-monstres. Le passage, après cette correction, n’en serait guère
-moins mauvais. Il est bien étonnant que Molière, au moment
-où il venait de donner <i>Tartufe</i> et le <i>Misanthrope</i>, pût écrire
-des vers comme ceux-là et comme les suivants:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Louis, le grand Louis, dont l’esprit souverain</div>
-<div class="verse">Ne dit rien au hasard et voit tout d’un œil sain,</div>
-<div class="verse">A <i>versé de sa bouche</i>, à ses grâces brillantes,</div>
-<div class="verse"><i>De deux précieux mots les douceurs chatouillantes</i>;</div>
-<div class="verse">Et l’on sait qu’en deux mots ce roi judicieux</div>
-<div class="verse">Fait des plus beaux travaux l’éloge glorieux.</div>
-</div>
-
-<p>Les précieuses et l’abbé Cotin ont dû se croire vengés.</p>
-
-<p>(Voyez d’autres exemples de métaphores vicieuses aux mots
-<a href="#aigreur"><span class="t5">AIGREUR</span></a>,
-<a href="#champ"><span class="t5">CHAMP</span></a>,
-<a href="#langue"><span class="t5">LANGUE</span></a>,
-<a href="#peindre"><span class="t5">PEINDRE EN ENNEMIS</span></a>,
-<a href="#ressorts"><span class="t5">RESSORTS</span></a>,
-<a href="#roidir"><span class="t5">ROIDIR</span></a>,
-<a href="#tracer"><span class="t5">TRACER</span></a>,
-<a href="#traits"><span class="t5">TRAITS</span></a>,
-<a href="#verser"><span class="t5">VERSER</span></a>,
-<a href="#visage"><span class="t5">VISAGE</span></a>, etc., etc.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_245">245</span>
-METTRE, absolument, mettre son chapeau, se
-couvrir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Mettons</i> donc sans façon.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Allons, <i>mettez</i>.&mdash;Mon Dieu, <i>mettez</i>.&mdash;<i>Mettez</i>, vous dis-je, monsieur
-Jourdain; vous êtes mon ami.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. gent.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE DESSUS</span>, même sens:</p>
-
-<p class="cit"><i>Mettez donc dessus</i>, s’il vous plaît.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p>Mettez dessus la tête.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE METTRE</span>, se vêtir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quant à <i>se mettre bien</i>, je crois, sans me flatter,</div>
-<div class="verse">Qu’on serait mal venu de me le disputer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà ce que c’est que de <i>se mettre</i> en personne de qualité!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE A</span>...., appliquer à:</p>
-
-<p class="cit">C’est une fille de ma mère nourrice que j’ai <i>mise à la chambre</i>, et elle est
-toute neuve encore.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE A BAS</span>, métaphoriquement, renverser,
-terrasser:</p>
-
-<p class="cit">C’est maintenant que je triomphe, et j’ai de quoi <i>mettre à bas</i> votre orgueil.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>George <abbr title="Dandin">D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE A BOUT UNE AME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et n’est-ce pas pour <i>mettre à bout une âme</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE A TOUTE OCCASION</span>; mettre une chose à
-toute occasion, en faire abus, la profaner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais l’amitié demande un peu plus de mystère,</div>
-<div class="verse">Et c’est assurément en profaner le nom</div>
-<div class="verse">Que de vouloir <i>le mettre à toute occasion</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE AU CABINET</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Franchement, il est bon à <i>mettre au cabinet</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>On a beaucoup disputé sur le sens de cette expression. Les
-uns veulent que ce soit: bon à serrer, loin du jour, dans les tiroirs
-d’un cabinet (sorte de meuble alors à la mode); les autres
-prennent le mot dans un sens moins délicat, et qui s’est attaché
-à ce vers, devenu proverbe. Je crois que Molière a cherché
-<span class="pagenum" id="Page_246">246</span>
-l’équivoque. Et qu’on ne dise pas que la grossièreté du second
-sens est indigne d’Alceste; Alceste est poussé à bout, et lui,
-qui ne s’est pas refusé tout à l’heure une mauvaise pointe sur
-la <i>chute</i> du sonnet, ne paraît pas homme à refuser à sa colère
-un mot à la fois dur et comique, bien que d’un comique trivial.
-C’est justement cette trivialité qui fait rire, par le contraste
-avec le rang et les manières habituelles d’Alceste.</p>
-
-<p class="ti" id="mettre_aux_yeux">&mdash;<span class="t4">METTRE AUX YEUX</span>, devant les yeux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je lui mettois aux yeux</i> comme dans notre temps</div>
-<div class="verse">Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">Me <i>mettre aux yeux</i> que le sort implacable</div>
-<div class="verse">Auprès d’elles me rend trop peu considérable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous devriez <i>leur mettre un bon exemple aux yeux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE BAS</span>, quitter, déposer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui, moi, monsieur?&mdash;Oui, vous. <i>Mettons bas</i> toute feinte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Allons donc, messieurs, <i>mettez bas</i> toute rancune.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE DANS UN DISCOURS, DANS UN PROPOS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si, pour les sots <i>discours où l’on peut être mis</i>,</div>
-<div class="verse">Il falloit renoncer à ses meilleurs amis.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et pour ne vous point <i>mettre</i> aussi <i>dans le propos</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE EN ARRIÈRE</span>, déposer, quitter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De grâce, parle, et <i>mets</i> ces mines <i>en arrière</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE EN COMPROMIS</span>, compromettre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un brave homme: il sait que les cœurs généreux</div>
-<div class="verse"><i>Ne mettent point les gens en compromis</i> pour eux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE EN MAIN</span>, confier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on m’a <i>mis en main</i> une bague à la mode</div>
-<div class="verse">Qu’après vous payerez, si cela l’accommode.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE EN MAIN QUELQU’UN A UN AUTRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, je ne ferai que <i>vous la mettre en main</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr> V.</i> 2.)</div>
-
-<p>Je ne ferai que remettre Agnès entre vos mains.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_247">247</span>
-&mdash;<span class="t4">METTRE PAR ÉCRIT</span>:</p>
-
-<p class="cit">Une autre fois <i>je mettrai mes raisonnements par écrit</i>, pour disputer avec
-vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Brossette rapporte que Boileau, dans l’épître à son jardinier,
-avait mis d’abord:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Mais non; tu te souviens qu’au village on t’a dit</div>
-<div class="verse">«Que ton maître est gagé pour <i>mettre par écrit</i></div>
-<div class="verse">«Les faits d’un roi, etc.»</div>
-</div>
-
-<p>Il changea le second vers de cette façon:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Que ton maître est <i>nommé</i> pour <i>coucher par écrit</i>.»</div>
-</div>
-
-<p>Apparemment <i>gagé</i> lui parut manquer de dignité, et <i>coucher
-par écrit</i> lui sembla une expression rustique d’un effet plus
-piquant que l’expression ordinaire, <i>mettre par écrit</i>.</p>
-
-<p class="item" id="meuble">MEUBLE, comme nous disons <i>mobilier</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vos livres éternels ne me contentent pas;</div>
-<div class="verse">Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats,</div>
-<div class="verse">Vous devriez brûler tout ce <i>meuble</i> inutile.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item">MEUBLÉ de science:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais nous voulons montrer.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Que <i>de science</i> aussi les femmes <i>sont meublées</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="mieux">MIEUX, le mieux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous verrons qui tiendra <i>mieux</i> parole des deux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est par là que son feu se peut <i>mieux</i> expliquer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#plus"><span class="t5">PLUS</span></a> pour <i>le plus</i>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DU MIEUX QUE</span> pour <i>le mieux que</i>:</p>
-
-<p class="cit">Voilà une personne..... qui aura soin pour moi de vous traiter <i>du
-mieux qu’</i>il lui sera possible.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la manière, la cause.)</p>
-
-<p class="item" id="mignon">MIGNON <span class="t5">DE COUCHETTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le voilà le beau fils, le mignon de couchette!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item">MIJAURÉE. (Voyez <a href="#pimpesouee"><span class="t5">PIMPESOUÉE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_248">248</span>
-MILLE GENS:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi! je serois cocu?&mdash;Vous voilà bien malade!</div>
-<div class="verse"><i>Mille gens</i> le sont bien....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#gens_det"><span class="t5">GENS</span></a> <i>avec un nom de nombre déterminé</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="mine">MINE; <span class="t5">AVOIR DE LA MINE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’ai de la mine</i> encore assez pour plaire aux yeux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR LA MINE DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit"><i>J’ai bien la mine</i>, pour moi, <i>de payer</i> plus cher vos folies.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE LES MINES DE SONGER A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour peu que d’y songer vous nous <i>fassiez les mines</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p><i>Faire mine de</i>, c’est <i>faire semblant de</i>. Faire mine de désirer,
-faire mine de songer à quelque chose.</p>
-
-<p><i>Faire la mine</i>, c’est bouder.</p>
-
-<p><i>Faire des mines</i>, c’est <i>minauder</i>.</p>
-
-<p>On dirait donc aujourd’hui, et mieux, je crois: pour peu
-que vous nous fassiez mine d’y songer.</p>
-
-<p>Il est vraisemblable même que Molière, en altérant l’expression
-consacrée, a cédé à la contrainte du vers.</p>
-
-<p class="item" id="minuter">MINUTER, projeter tacitement, sournoisement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je le remerciois doucement de la tête,</div>
-<div class="verse"><i>Minutant</i> à tous coups quelque retraite honnête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Minuter</i> secrètement quelque entreprise.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Vaugelas.</span>)</div>
-
-<p>Secrètement, dans cet exemple, fait pléonasme:</p>
-
-<p class="cit">«Ce marchand <i>minute</i> sa fuite, s’apprête à faire banqueroute.
-Ce mécontent <i>minute</i> quelque conspiration.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="miracle">MIRACLE; <span class="t5">JEUNE MIRACLE</span>, une jeune beauté:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui, dans nos soins communs pour ce <i>jeune miracle</i>,</div>
-<div class="verse">Aux feux de son rival portera plus d’obstacle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="mitonner">MITONNER <span class="t5">QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissants,</div>
-<div class="verse">Et cru <i>la mitonner</i> pour moi durant treize ans....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Métaphore du style le plus familier. Une soupe <i>mitonnée</i>
-<span class="pagenum" id="Page_249">249</span>
-est une soupe que l’on a longtemps et avec patience fait bouillir
-à petit feu. (Racine, <i lang="la" xml:lang="la">mitis</i>?)</p>
-
-<p class="item">MODÉRATIONS, au pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et vous nous faites voir</div>
-<div class="verse"><i>Des modérations</i> qu’on ne peut concevoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="modeste">MODESTE; <span class="t5">ÊTRE MODESTE A QUELQUE CHOSE</span>, relativement
-à quelque chose:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jamais on ne m’a vu triompher de ces bruits;</div>
-<div class="verse">J’<i>y</i> suis assez <i>modeste</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="moi">MOI, substantif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8"><i>Un moi</i> de vos ordres jaloux,</div>
-<div class="verse">Que vous avez du port envoyé vers Alcmène,</div>
-<div class="verse">Et qui de vos secrets a connoissance pleine</div>
-<div class="verse8">Comme <i>le moi</i> qui parle à vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">MOI-MÊME</span>, où nous dirions <i>lui-même</i>:</p>
-
-<p class="cit">Oui, je suis don Juan <i>moi-même</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 5.)</div>
-
-<p>Cette façon de dire paraît plus raisonnable que l’autre, puisque
-tout y est à la première personne, au lieu d’accoupler la
-première à la troisième. En effet, je suis don Juan <i>lui-même</i>,
-reviendrait à: c’est <i>moi</i> qui <i>est</i> don Juan <i>lui-même</i>.</p>
-
-<p>Au surplus, Molière s’est aussi exprimé de cette dernière
-façon:</p>
-
-<p class="cit">N’est-ce pas <i>vous</i> qui <i>se nomme</i> Sganarelle?</p>
-
-<p class="citrep">&mdash;En ce cas, <i>c’est moi</i> qui <i>se nomme</i> Sganarelle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="momon">MOMON; <span class="t5">JOUER UN MOMON</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Masques, où courez-vous? Le pourroit-on apprendre?</div>
-<div class="verse">Trufaldin, ouvrez-leur pour <i>jouer un momon</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p>Trévoux, et d’après lui le supplément du Dictionnaire de
-l’Académie, définissent le <i>momon</i>: «Défi d’un coup de dez
-qu’on fait quand on est en masque.» Cette définition ne s’applique
-pas au passage précédent ni au suivant:</p>
-
-<p class="cit">Est-ce un <i>momon</i> que vous allez <i>porter</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Le momon pouvait donc être joué et porté. L’explication de
-Borel paraît lever toute difficulté. Le momon, selon lui, était
-une sorte de pelote énorme que l’on portait dans les mascarades
-<span class="pagenum" id="Page_250">250</span>
-notables, comme si c’eût été une grosse bourse enflée
-contenant des enjeux.</p>
-
-<p>Périzonius dérive <i>momon</i> du grec μομμω; Ménage, de <i lang="la" xml:lang="la">Momus</i>,
-le bouffon des dieux; Nicot, de <i>mon mon</i>, espèce de gromellement
-que font entendre les masques, dit-il; d’autres, du
-sicilien <i>momar</i>, un fou. Personne n’a songé à l’allemand
-<i lang="de" xml:lang="de">mumme</i>, un masque; <i lang="de" xml:lang="de">mummerey</i>, mascarade;
-d’où en français <i>momerie</i>.</p>
-
-<p class="item" id="mon_estime">MON ESTIME, au sens passif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’il eût mieux valu pour moi, pour <i>mon estime</i>,</div>
-<div class="verse">Suivre les mouvements d’une peur légitime.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, pour l’estime qu’on fera de moi, dans l’intérêt
-de ma réputation. <i>Mon estime</i> est ici comme <i>mon honneur</i>.</p>
-
-<p class="item" id="monstre">MONSTRE <span class="t5">PLEIN D’EFFROI</span>.
-(Voyez <a href="#plein_d_effroi"><span class="t5">PLEIN D’EFFROI</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="montre">MONTRE, substantif féminin au sens d’<i>exposition</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Conserve à nos neveux une <i>montre</i> fidèle</div>
-<div class="verse">Des exquises beautés que tu tiens de son zèle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val-de-Grâce.</i>)</div>
-
-<p><i>Montre</i> s’employait autrefois au sens de <i>revue</i>: <i>la montre
-des soldats</i>; <i>passer à la montre</i>, c’est <i>passer à la revue</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Ainsi Richard jouit de ses amours,</div>
-<div class="verse10">«Vécut content, et fit force bons tours,</div>
-<div class="verse10">«Dont celui-ci peut <i>passer à la montre</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Richard Minutolo.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="montrer">MONTRER <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, absolument, pour <i>donner
-des leçons</i>:</p>
-
-<p class="cit">Outre le maître d’armes qui <i>me montre</i>, j’ai arrêté encore un maître de
-philosophie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne
-qu’il envoie à sa place pour <i>vous montrer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Son maître tous les jours vient pourtant <i>lui montrer</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnard.</span> <i>Le Distrait.</i>)</div>
-
-<p>Bossuet emploie de la même façon <i>enseigner</i>, comme verbe
-actif; <i>enseigner quelqu’un</i>:</p>
-
-<p class="cit">«J’ai déjà dit que ce grand Dieu <i>les enseigne</i>, et en leur donnant et en
-leur ôtant le pouvoir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre">Or. fun. d’Henr. d’A.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_251">251</span>
-&mdash;<span class="t4">MONTRER DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous buviez sur son reste, et <i>montriez d’affecter</i></div>
-<div class="verse">Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="moquer">MOQUER; <span class="t5">SE MOQUER DE</span> (un infinitif), dans le sens
-de ne pas vouloir, se mettre peu en peine de, <i lang="la" xml:lang="la">non
-curare de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je me moquerois</i> fort <i>de prendre</i> un tel époux!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je veux lui donner pour époux un homme aussi riche que sage; et la
-coquine me dit au nez qu’<i>elle se moque de le prendre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, non pas qu’elle est indifférente à le prendre ou
-non, mais qu’elle se moque de la volonté de son père de le lui
-faire prendre.</p>
-
-<p class="cit">On sait leur rendre justice (à certains maris), et l’on <i>se moque fort de les
-considérer</i> au delà de ce qu’ils méritent.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quand l’amour à vos yeux offre un choix agréable,</div>
-<div class="verse10">Jeunes beautés, laissez-vous enflammer:</div>
-<div class="verse"><i>Moquez-vous d’affecter</i> cet orgueil indomptable</div>
-<div class="verse10">Dont on vous dit qu’il est beau de s’armer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Prologue">Prol.</abbr> de la <abbr title="princesse">pr.</abbr> d’Élide.</i> I.)</div>
-
-<p class="cit">C’est que les filles bien sages et bien honnêtes comme vous <i>se moquent
-d’être obéissantes</i> et soumises aux volontés de leur père.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="morceau">MORCEAU <span class="t5">DE JUDICIAIRE</span>.
-(Voyez <a href="#judiciaire"><span class="t5">JUDICIAIRE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="morguer">MORGUER <span class="t5">QUELQU’UN</span>, le braver insolemment:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et de son large dos <i>morguant les spectateurs</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«...... tous ces vaillants, de leur valeur guerrière,</div>
-<div class="verse">«<i>Morguent la destinée</i> et gourmandent la mort.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> VI.)</div>
-
-<p class="item" id="mouche">MOUCHE; <span class="t5">LA MOUCHE MONTE A LA TÊTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ah! que vous êtes prompte!</div>
-<div class="verse"><i>La mouche</i> tout à coup <i>à la tête vous monte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p>C’est une autre forme de la locution proverbiale, <i>prendre la
-mouche</i>. On dit en italien, <i lang="it" xml:lang="it">la mosca vi salta al naso</i>.</p>
-
-<p class="item" id="moucher">MOUCHER <span class="t5">DU PIED (SE)</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">DORINE.</div>
-<div class="verse">Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la chose,</div>
-<div class="verse">N’est pas un homme, non, qui <i>se mouche du pied</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_252">252</span>
-Se moucher avec le pied était un tour d’agilité des saltimbanques.
-De là cette expression ironiquement familière en parlant
-d’un homme grave et considérable: Il ne se mouche pas
-du pied! ou, comme dit Mascarille: Il tient son quant-à-moi!</p>
-
-<p class="item" id="moustache">MOUSTACHE; <span class="t5">SUR LA MOUSTACHE</span>, à la barbe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Afin qu’un jeune fou dont elle s’amourache</div>
-<div class="verse">Me la vienne enlever jusque <i>sur la moustache</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="mouvement">MOUVEMENT; <span class="t5">DE SON MOUVEMENT</span>,
-<i lang="la" xml:lang="la">proprio motu</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">S’il s’attache à me voir, et me veut quelque bien,</div>
-<div class="verse">C’est <i>de son mouvement</i>; je ne l’y force en rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item">MYSTÈRE; <span class="t5">FAIRE GRAND MYSTÈRE</span>, c’est-à-dire,
-grand embarras de quelque chose:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Du nom de philosophe <i>elle fait grand mystère</i>,</div>
-<div class="verse">Mais elle n’en est pas pour cela moins colère.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="item_N">NE, <i>supprimé</i>; dans une formule interrogative:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De quoi te peux-tu plaindre? <i>ai-je</i> pas réussi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les querelles, procès, faim, soif et maladie,</div>
-<div class="verse"><i>Troublent-ils</i> pas assez le repos de la vie?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 17.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tu trembles de peur <i>qu’on t’ôte</i> ton galant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 22.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dis-tu</i> pas qu’on t’a dit qu’il s’appelle Valère?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">...... Valère <i>est-il</i> pas votre nom?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’amour <i>sait-il pas l’art</i> d’aiguiser les esprits?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Trouvez-vous pas</i> plaisant de voir quel personnage</div>
-<div class="verse">A joué mon jaloux dans tout ce badinage?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour dresser un contrat <i>m’a-t-on</i> pas fait venir?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>M’êtes-vous pas</i> venu querir pour votre maître?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>T’ai-je pas</i> là-dessus ouvert cent fois mon cœur?</div>
-<div class="verse">Et <i>sais-tu pas</i> pour lui jusqu’où va mon ardeur?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Pouvez-vous pas</i> y suppléer de votre esprit?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">Il aura un pied de nez avec sa jalousie, <i>est-ce pas</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Pourrois-je</i> point m’éclaircir doucement s’il y est encore?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 8.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Est-ce pas</i> vous, Clitandre?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <i>à moins que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La maîtresse ne peut abuser votre foi,</div>
-<div class="verse"><i>A moins que</i> la maîtresse <i>en</i> fasse autant de moi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_253">253</span>
-<div class="verse-4"><i>A moins que</i> Valère <i>se pende</i>,</div>
-<div class="verse">Bagatelle; son cœur ne s’assurera point.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A moins que</i> le ciel <i>fasse</i> un grand miracle en vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et moi, je ne puis vivre <i>à moins que</i> vos bontés</div>
-<div class="verse"><i>Accordent</i> un pardon à mes témérités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>On ne saurait dire que, dans ce dernier exemple, Molière ait
-cédé aux besoins de la mesure, car il ne lui en coûtait rien de
-Mettre: <i>N’accordent</i> un pardon.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et moi, je ne puis vivre <i>à moins que vous quittiez</i></div>
-<div class="verse8">Cette colère qui m’accable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on en est réduite à n’espérer plus rien,</div>
-<div class="verse"><i>A moins que l’on se jette</i> à la tête des hommes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Si cette suppression avait eu quelque importance dans la
-coutume du langage du temps, il eût été facile à Molière de
-mettre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A moins qu’on <i>ne</i> se jette à la tête des hommes.</div>
-</div>
-
-<p class="cit">Je lui ai défendu de bouger, à moins que <i>j’y fusse</i> moi-même, de peur
-de quelque fourberie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">AVANT QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Avant que vous parliez</i>, je demande instamment</div>
-<div class="verse">Que vous daigniez, seigneur, m’écouter un moment.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allons, courons <i>avant que</i> d’avec eux <i>il sorte</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Avant qu’on l’ouvrît</i> (la cédule), les amis du prince soutinrent que, etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Toutes vos fables pouvoient vous servir <i>avant qu’on sût</i> vos principes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 15<sup>e</sup>
-<i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">AVOIR PEUR QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>J’ai bien peur que</i> ses yeux <i>resserrent</i> votre chaîne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;D’abord exprimé, puis supprimé après <span class="t5">AVOIR PEUR
-QUE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>J’ai peur qu’elle ne</i> soit mal payée de son amour, que son voyage en cette
-ville <i>produise</i> peu de fruit, et que <i>vous eussiez</i> autant gagné à ne bouger
-de là.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_254">254</span>
-&mdash;Après <span class="t4">CRAINDRE QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, hélas! <i>je crains bien que j’y perde</i> mes soins.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5"><i>Je craindrois que</i> peut-être</div>
-<div class="verse">A quelques yeux suspects <i>tu me fisses</i> connoître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">..... Oui, mais qui rit d’autrui</div>
-<div class="verse">Doit <i>craindre qu’</i>à son tour <i>on rie</i> aussi de lui.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Peut-on <i>craindre que</i> des choses si généralement détestées <i>fassent</i> quelque
-impression dans les esprits?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">EMPÊCHER QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si son cœur m’est volé par ce blondin funeste,</div>
-<div class="verse"><i>J’empêcherai</i> du moins <i>qu’on s’empare</i> du reste.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p>Molière l’a exprimé ailleurs:</p>
-
-<p class="cit">Cela <i>n’empêchera pas que</i> je <i>ne</i> conserve pour vous ces sentiments d’estime.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p>Mais il l’a encore supprimé dans ce passage:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le choix qui m’est offert s’oppose à votre attente,</div>
-<div class="verse">Et peut seul <i>empêcher que</i> mon cœur <i>vous</i> contente.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p>Je crois qu’ici Molière a cédé à la contrainte de la mesure.
-Pascal exprime <i>ne</i>:</p>
-
-<p class="cit">«M. le premier président a apporté un ordre pour <i>empêcher que</i> certains
-greffiers <i>ne</i> prissent de l’argent pour cette préférence.»</p>
-
-<div class="citsrc">(18<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Au surplus, il est vraisemblable que Molière n’attachait aucune
-importance à exprimer ou retrancher le <i>ne</i>; son habitude
-paraît avoir été pour la suppression. Pascal, au contraire, est
-pour l’expression.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">DE PEUR QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>De peur que</i> ma présence encor <i>soit</i> criminelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De peur <i>qu’elle revînt</i>, fermons à clef la porte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Ailleurs Molière l’a exprimé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! Myrtil, levez-vous, <i>de peur qu’on ne</i> vous voie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">DEVANT</span> ou <span class="t5">AVANT QUE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Devant que</i> les chandelles <i>soient</i> allumées.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">GARDER QUE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Gardons bien que</i> par nulle autre voie elle <i>en</i> apprenne jamais rien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_255">255</span>
-&mdash;Après <span class="t4">MIEUX QUE</span>, précédé d’une négation:</p>
-
-<p class="cit">Je <i>ne</i> crois pas qu’on puisse <i>mieux</i> danser <i>qu’ils dansent</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Chacun demeura d’accord qu’on ne pouvoit pas <i>mieux</i> jouer <i>qu’il fit</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NE</span>, <i>exprimé</i>; après <span class="t5">NE DOUTER POINT QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, <i>je ne doute point que</i> l’hymen <i>ne</i> vous plaise.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Je ne doute point</i> que vos paroles <i>ne</i> soient sincères.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 3.)</div>
-
-<p><span class="smcap">Bossuet</span> a dit:</p>
-
-<p class="cit">«Je <i>ne</i> crois pas qu’on puisse <i>douter que</i> Ninus <i>ne</i> se soit attaché à
-l’Orient.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Histoire universelle">Hist. Un.</abbr></i> III<sup>e</sup> p. § 4.)</div>
-
-<p>Ici pourtant l’expression est différente de celle de Molière,
-en ce que le premier <i>ne</i> s’attache, non pas au verbe <i>douter</i>,
-mais au verbe <i>croire</i>. Il paraît que le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle tenait pour
-règle invariable d’exprimer <i>ne</i> après <i>douter que</i>, quel que fût
-d’ailleurs le sens de la phrase, affirmatif ou négatif. Ninus
-s’était attaché à l’Orient, je ne crois pas qu’on en puisse douter;
-c’est ce que veut dire Bossuet, et il met deux négations.
-Il me semble que dans cet exemple la seconde est de trop,
-mais on observait encore certaines lois de symétrie, tradition
-de la vieille langue, qu’aujourd’hui nous qualifions pléonasmes.</p>
-
-<p>(Voyez plus bas <a href="#ne_pleonasme"><span class="t5">NE</span></a> <i>répété par pléonasme</i>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">IL ME TARDE QUE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Il me tarde que</i> je <i>ne</i> goûte le plaisir de la voir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 10.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">PRENDRE GARDE QUE</span>....:</p>
-
-<p class="cit">On m’a chargé de <i>prendre garde que</i> personne <i>ne</i> me vît.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">NE TENIR QU’A</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il <i>ne tiendra qu’</i>à elle que nous <i>ne</i> soyons mariés ensemble.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Après <span class="t5">METTRE EN DOUTE QUE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il n’y aura personne qui <i>mette en doute que</i> ce <i>ne</i> soit vous qui m’aurez
-tuée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="ti" id="ne_pleonasme">&mdash;<span class="t4">NE</span>, <i>répété par pléonasme</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je <i>ne</i> puis pas nier qu’il <i>n’</i>y ait eu des Pères de l’Église qui ont
-<span class="pagenum" id="Page_256">256</span>
-condamné la comédie; mais on <i>ne</i> peut pas me nier aussi qu’il <i>n’</i>y en ait eu
-quelques-uns qui l’ont traitée un peu plus doucement.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Je <i>ne</i> doute point, sire, que les gens que je peins dans ma comédie <i>ne</i>
-remuent bien des ressorts auprès de Votre Majesté, et <i>ne</i> jettent dans
-leur parti....</p>
-
-<div class="citsrc">(2<sup>me</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p>On pourrait supprimer chaque fois le second <i>ne</i>; la phrase
-n’en serait pas moins claire, ni l’expression moins complète;
-mais je crois que le génie de la langue française préfère cette
-répétition, qui a une foule d’analogues: c’est <i>à</i> vous <i>à</i> parler,&mdash;c’est
-<i>à</i> vous <i>à</i> qui je m’adresse;&mdash;c’est <i>de</i> vous <i>dont</i> je
-m’occupe.&mdash;C’est <i>là où</i> vous verrez la bénignité de nos pères.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NE</span>, ni:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un mari qui n’ait pas d’autre livre que moi,</div>
-<div class="verse">Qui ne sache <i>A ne B</i>, n’en déplaise à madame.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>C’est un archaïsme. Thomas Diafoirus s’en sert également:
-«<i>Ne</i> plus <i>ne</i> moins que la fleur que les anciens nommoient héliotrope...»
-(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.) Cette forme, jadis seule en usage,
-était commode pour l’élision:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Onc n’avoit vu, <i>ne</i> lu, <i>n’ouï</i> conter....»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le Diable de <abbr title="Papefiguière">Papefig.</abbr></i>)</div>
-
-<p>On disait de même <i>se</i> pour <i>si</i>: <i>se non</i>, <i>sinon</i>. Malgré des
-réclamations réitérées, certains éditeurs de textes du moyen
-âge impriment encore avec un accent aigu <i>né</i>, <i>sé</i>, <i>qué</i>, <i>cé</i>,
-pour <i>ne</i>, <i>se</i>, <i>que</i>, <i>ce</i>; l’élision même de cet <i>e</i> n’a pu leur persuader
-qu’il n’y faut point mettre d’accent. C’est une obstination
-bien étrange!</p>
-
-<p class="item">NÉCESSITANT, nécessiteux:</p>
-
-<p class="cit">Aussi est-ce à vous seule qu’on voit avoir recours toutes les muses <i>nécessitantes</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item"><i>NÉGATION</i>; <span class="t5">DEUX NÉGATIONS REDOUBLÉES</span>. (Voy. à
-<a href="#double_negation">la fin de l’article <span class="t5">PAS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="neige">NEIGE; <span class="t5">DE NEIGE</span>, expression de mépris:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tiens, tiens, sans y chercher tant de façons, voilà</div>
-<div class="verse">Ton beau galant <i>de neige</i> avec ta nonpareille.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p>Cette expression rappelle le <i lang="la" xml:lang="la">floccifacere</i> et <i lang="la" xml:lang="la">floccipendere</i>
-des Latins.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_257">257</span>
-<div class="verse">«Ah le beau médecin <i>de neige</i> avec ses remèdes!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Destouches.</span> <i>Le Tambour nocturne.</i>)</div>
-
-<p class="item">NE M’EN PARLEZ POINT, incidemment, dans un
-sens affirmatif et laudatif:</p>
-
-<p class="cit">Il y a plaisir, <i>ne m’en parlez point</i>, à travailler pour des personnes qui
-soient capables de sentir les délicatesses de l’art.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">N’EN EST-CE PAS FAIT?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous rompons?&mdash;Oui, vraiment! Quoi? <i>n’en est-ce pas fait</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p><i>En</i>, figure ici au même titre que dans <i>c’en est fait</i>; <i>c’est fait
-de moi</i>, <i>de cela</i>.</p>
-
-<p class="item" id="attente">NE PERDRE QUE L’ATTENTE <span class="t5">DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu <i>n’en perds que l’attente</i>, et je te le promets.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>On dit dans le même sens, et avec des termes contraires: Tu
-n’y perdras rien pour attendre.</p>
-
-<p class="item" id="ne_que">NE QUE, faisant pléonasme avec <i>seulement</i>. (Voy.
-<a href="#seul"><span class="t5">SEUL</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="net">NET, adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Madame, voulez-vous que je vous parle <i>net</i>?</div>
-<div class="verse">De vos façons d’agir je suis mal satisfait.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#premier_que"><span class="t5">PREMIER QUE</span></a>,
-<a href="#ferme"><span class="t5">FERME</span></a>, <a href="#franc"><span class="t5">FRANC</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NET</span>, adjectif, au sens moral: loyal, sans détour;
-<span class="t5">AME FRANCHE ET NETTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’avouerai tout haut, <i>d’une âme franche et nette</i>.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="nez">NEZ; <span class="t5">DONNER PAR LE NEZ</span>, au figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ils nous <i>donnent</i> encore, avec leurs lois sévères,</div>
-<div class="verse8"><i>De cent sots contes par le nez</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p><i>Par</i> est ici abrégé de <i>parmi</i>; parmi le nez, au milieu du
-visage.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">C’EST POUR TON NEZ</span>, ironiquement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>C’est pour ton nez</i>, vraiment! cela ce fait ainsi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Mais <i>c’est pour leur beau nez</i>! le puits n’est pas commun;</div>
-<div class="verse">Et si j’en avois cent, ils n’en auroient pas un.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <i>Macette.</i>)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_258">258</span>
-NI, exprimé seulement au dernier terme de l’énumération:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dans ses meubles, dût-elle en avoir de l’ennui,</div>
-<div class="verse">Il ne faut écritoire, encre, papier, <i>ni plumes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Exprimé devant chaque terme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle n’a <i>ni</i> parents, <i>ni</i> support, <i>ni</i> richesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NI</span>, répété après la négation:</p>
-
-<p class="cit">Cela <i>n’est pas</i> capable, <i>ni</i> de convaincre mon esprit, <i>ni</i> d’ébranler mon
-âme.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NI</span>, <i>supprimé</i>.
-(Voyez <a href="#l_un_ni_l_autre"><span class="t5">L’UN NI L’AUTRE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="nier">NIER, dénier, refuser:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je n’ai pu <i>nier</i> au destin qui le tue</div>
-<div class="verse">Quelques moments secrets d’une si chère vue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tâcher, par des soins d’une très-longue suite,</div>
-<div class="verse">D’obtenir ce qu’on <i>nie</i> à leur peu de mérite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Imitant en vigueur les gestes des muets,</div>
-<div class="verse">Qui veulent réparer la voix que la nature</div>
-<div class="verse">Leur a voulu <i>nier</i>, ainsi qu’à la peinture.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val-de-Grâce.</i>)</div>
-
-<p>Nous n’employons plus que le composé <i>dénier</i>, et encore il
-devient rare:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Pour obtenir les vents que le ciel vous <i>dénie</i>,</div>
-<div class="verse8">«Sacrifiez Iphigénie.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Iphig.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="noircir">NOIRCIR <span class="t5">QUELQU’UN ENVERS UN AUTRE</span>. (Voyez <a href="#envers"><span class="t5">ENVERS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="nombre">NOMBRE; <span class="t5">QUELQUE NOMBRE DE</span>, pour <i>quelques</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je veux jouir, s’il vous plaît, de <i>quelque nombre de beaux jours</i> que
-m’offre la jeunesse.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="nompareil">NOMPAREIL:</p>
-
-<p class="cit">J’ai souhaité un fils avec des ardeurs <i>nompareilles</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Colette entra dans des peurs <i>nompareilles</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le Berceau.</i>)</div>
-
-<p>Boileau s’est moqué de cette expression, déjà surannée de
-son temps, aujourd’hui tout à fait hors d’usage:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Si je voulois vanter <i>un objet nompareil</i>,</div>
-<div class="verse">«Je mettrais à l’instant: Plus beau que le soleil.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> II.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_259">259</span>
-NON CONTENT, employé comme adverbe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, <i>non content</i> encor du tort que l’on me fait,</div>
-<div class="verse">Il court parmi le monde un livre abominable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p><i>Non content</i> ne se rapporte à personne, comme s’il y avait,
-par exemple, <i>nonobstant</i>...</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, <i>nonobstant</i> encor le tort que l’on me fait,</div>
-<div class="verse">Il court.....</div>
-</div>
-
-<p class="item" id="nous">NOUS, indéterminé, construit avec <i>on</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au moins, en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux</div>
-<div class="verse">Quand <i>on</i> sait qu’on n’a point d’avantage sur <i>nous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’<i>on</i> s’aille former un monstre plein d’effroi</div>
-<div class="verse">De l’affront que <i>nous</i> fait son manquement de foi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#vous"><span class="t5">VOUS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">NOUVEAUTÉS, nouvelles:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je demeure immobile à tant de <i>nouveautés</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 15.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Seigneur, ces <i>nouveautés</i> ont droit de me confondre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="nouveaux">NOUVEAUX YEUX: <span class="t5">JETER DE NOUVEAUX YEUX SUR...</span>,
-de nouveaux regards:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et mon esprit, <i>jetant de nouveaux yeux sur elle</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Un esprit qui jette de nouveaux yeux, est apparemment une
-de ces expressions qui semblaient du jargon à la Bruyère.</p>
-
-<p class="item" id="nuage">NUAGE <span class="t5">DE <ins id="cor_10" title="COUP">COUPS</ins> DE BATONS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je vois se former de loin <i>un nuage de coups de bâton</i> qui crèvera sur
-mes épaules.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin</i>, I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="item_O">OBJET par excellence, objet aimé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LA MONTAGNE.</div>
-<div class="verse">Si ce parfait amour que vous prouvez si bien</div>
-<div class="verse">Se fait vers <i>votre objet</i> un grand crime de rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>Mon objet</i>, <i>son objet</i>, <i>votre objet</i>, est une expression à l’usage
-du peuple, comme <i>mon époux</i>, <i>mon épouse</i>, pour <i>mon
-mari</i>, <i>ma femme</i>. Le ridicule s’y est attaché à cause de l’emphase.
-Aussi est-ce un valet à qui Molière prête cette façon de
-parler, Éliante ne s’exprime point comme <i>la Montagne</i>: elle
-dit, <i>l’objet aimé</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_260">260</span>
-<div class="verse">Et dans l’<i>objet aimé</i> tout lui paroît aimable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Le génie observateur de Molière recueille jusqu’aux nuances
-de vérité les plus fines et les plus fugitives. On ne le surprend
-jamais en défaut.</p>
-
-<p class="item" id="obliger">OBLIGER, absolument, dans le sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">obligare</i>,
-lier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mes plus ardents respects n’ont pu vous <i>obliger</i>;</div>
-<div class="verse">Vous avez voulu rompre: il n’y faut plus songer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OBLIGER A</span>, forcer à:</p>
-
-<p class="cit">Je me retire pour ne me voir point <i>obligée à</i> recevoir ses compliments.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 11.)</div>
-
-<p class="cit">«Quoique personne n’ignore les grandes qualités d’une reine dont l’histoire
-a rempli l’univers, je me sens <i>obligé</i> d’abord <i>à</i> les rappeler à votre
-mémoire.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <abbr title="Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre"><i>Or. fun. d’Henr. d’Angl.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="cit">«Mais je suis <i>obligé à</i> me contraindre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 8<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«C’est pourquoi on n’est pas <i>obligé à</i> s’en confesser.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> 10<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Pascal, bien qu’il paraisse préférer <i>obliger à</i>, emploie aussi
-<i>obliger de</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre juges de la disposition
-de leurs pénitents, puisqu’ils sont <i>obligés de</i> les en croire sur
-leur parole.»</p>
-
-<div class="citsrc">(10<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, <i>obliger de</i> paraît avoir été réservé pour signifier
-<i>rendre le service de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>Obligez-moi de</i> n’en rien dire.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Fables</i>, III. 6.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, rendez-moi le service de n’en rien dire; faites
-que je vous aie cette obligation.</p>
-
-<p class="cit">«Il y a des âmes basses qui se tiennent <i>obligées de tout</i>, et il y a des
-âmes vaines qui ne se tiennent <i>obligées de rien</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Saint-Évremond.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«L’abbesse lui fit réponse qu’elle et ses filles se sentoient infiniment <i>obligées
-de ses bontés</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Patru.</span>)</div>
-
-<p>Obligées par ses bontés.</p>
-
-<p class="ti" id="obliger_de">&mdash;<span class="t4">S’OBLIGER DE</span>, s’obliger à..., prendre l’engagement
-de...:</p>
-
-<p class="cit">Un fort honnête médecin..... veut <i>s’obliger de</i> me faire vivre encore
-trente années.</p>
-
-<div class="citsrc">(3<sup>e</sup> <i>Placet au Roi.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Je ne lui demandois pas tant, et je serois satisfait de lui, pourvu qu’il
-<i>s’obligeât de</i> ne me point tuer.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_261">261</span>
-&mdash;<span class="t4">S’OBLIGER QUE</span>, pour <i>à ce que</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il <i>s’obligera</i>, si vous voulez, <i>que</i> son père mourra avant qu’il soit huit
-mois.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 2. )</div>
-
-<p>Remarquez que cette locution admet le second verbe au futur
-de l’indicatif, tandis qu’avec la tournure ordinaire il le faudrait
-au présent du subjonctif: «Il s’obligera <i>à ce que</i> son
-père <i>meure</i>.» C’est par où l’autre façon, employée par Molière,
-peut être utile.</p>
-
-<p>L’analyse d’ailleurs la démontre excellente. Elle revient à
-ceci: Son père mourra avant huit mois, et à cet égard il s’obligera,
-il prendra un engagement positif. Cette forme exprime
-bien mieux la certitude du fils de la mort de son père, que si
-l’on y employait le conditionnel.</p>
-
-<p class="item">OBSCÉNITÉ, néologisme en 1663:</p>
-
-<p class="pers">ÉLISE.</p>
-
-<p class="cit">Comment dites-vous ce mot-là, madame?</p>
-
-<p class="pers">CLIMÈNE.</p>
-
-<p class="cit"><i>Obscénité</i>, madame.</p>
-
-<p class="pers">ÉLISE.</p>
-
-<p class="cit">Ah! mon Dieu, <i>obscénité</i>! Je ne sais ce que ce mot veut dire, mais je
-le trouve le plus joli du monde!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="occiseur">OCCISEUR, meurtrier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MASCARILLE.</div>
-<div class="verse">Faisons l’olibrius, l’<i>occiseur</i> d’innocents.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><i>Occiseur</i> n’a été recueilli ni dans Trévoux ni dans le supplément
-au Dictionnaire de l’Académie. Aussi paraît-il forgé
-par Mascarille, d’après le latin.</p>
-
-<p class="item">ŒIL; <span class="t5">CONDUIRE DE L’ŒIL</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je conduis de l’œil</i> toutes choses.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 11.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ŒIL CONSTANT (D’UN)</span>, sans se troubler, avec
-fermeté:</p>
-
-<p class="cit">J’attendrai <i>d’un œil constant</i> ce qu’il plaira au ciel de résoudre de moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="oi">OI rimant avec <span class="t5">È</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ho, ho! les grands talents que votre esprit <i>possède</i>!</div>
-<div class="verse">Diroit-on qu’elle y touche avec sa mine <i>froide</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_262">262</span>
-<i>Oi</i> sonnait dans l’origine <i>oué</i><a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.
-On prononçait donc <i>frouéde</i>, d’où, par allégement, <i>fréde</i>, comme on prononce encore <i>roide</i>,
-que l’on commence à écrire <i>raide</i>. C’est une inconséquence de
-prononcer, comme nous faisons, <i>froide</i> et <i>rède</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">VALÈRE.</div>
-<div class="verse">Que vient de te donner cette farouche <i>bête</i>?</div>
-<div class="pers">ERGASTE.</div>
-<div class="verse">Cette lettre, monsieur, qu’avecque cette <i>boîte</i></div>
-<div class="verse">On prétend qu’ait reçue Isabelle de vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p>On prononçait <i>bouéte</i>. Quelques textes imprimés du <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle
-l’écrivent même de la sorte, ainsi que les mots <i>vouele</i>, <i>mirouer</i>,
-etc., pour <i>voile</i>, <i>miroir</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Une tête de barbe, avec l’étoile <i>nette</i>;</div>
-<div class="verse">L’encolure d’un cygne, effilée et bien <i>droite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’abord j’appréhendai que cette ardeur <i>secrète</i></div>
-<div class="verse">Ne fût du noir esprit une surprise <i>adroite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui va là?&mdash;Hé! ma peur à chaque pas <i>s’accroist</i>!</div>
-<div class="verse8">Messieurs, ami de tout le monde.</div>
-<div class="verse8">Ah! quelle audace sans seconde</div>
-<div class="verse8">De marcher à l’heure qu’il <i>est</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Toutes ces rimes eussent été exactes au moyen âge, et même
-encore au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, lorsque Marguerite d’Angoulême, Saint-Gelais
-et les autres faisaient rimer <i>étoiles</i> et <i>demoiselles</i>, <i>paroisse</i>
-et <i>pécheresse</i>. Alors on rimait encore pour l’oreille seule;
-c’est seulement au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle que s’introduisit la coutume
-vraiment barbare de rimer pour les yeux. La prononciation de
-la syllabe <i>oi</i> avait changé; mais les poëtes ne voulurent pas
-renoncer aux anciens priviléges, et ils sacrifièrent la rime véritable
-pour garder la facilité de rimer en apparence.</p>
-
-<p class="item" id="ombrage">OMBRAGE; <span class="t5">UN OMBRAGE</span>, un soupçon, ou plutôt la
-disposition à soupçonner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Quand d’<i>un injuste ombrage</i></div>
-<div class="verse">Votre raison saura me réparer l’outrage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_263">263</span>
-&mdash;<span class="t4">OMBRAGES</span>, au pluriel, dans le même sens:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que de votre esprit <i>les ombrages</i> puissants</div>
-<div class="verse">Forcent mon innocence à convaincre vos sens...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garc.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’injustement de lui vous prenez de l’<i>ombrage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="ombre">OMBRE; <span class="t5">A L’OMBRE DE</span>, figurément, sous la protection
-de...:</p>
-
-<p class="cit">Je souhaiterois que notre mariage se pût faire <i>à l’ombre du leur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OMBRES</span>, apparences:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais aux <i>ombres du crime</i> on prête aisément foi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vos mines et vos cris aux <i>ombres d’indécence</i></div>
-<div class="verse">Que d’un mot ambigu peut avoir l’innocence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="on">ON; deux <span class="t5">ON</span> se rapportant à deux sujets différents:</p>
-
-<p>Cette faute est très-fréquente dans Molière:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au moins en pareil cas est-ce un bonheur bien doux</div>
-<div class="verse">Quand <i>on</i> sait qu’<i>on</i> n’a pas d’avantage sur nous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moins <i>on</i> mérite un bien qu’<i>on</i> nous fait espérer,</div>
-<div class="verse">Plus notre âme a de peine à pouvoir s’assurer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne sais point par où l’<i>on</i> a pu soupçonner</div>
-<div class="verse">Cette assignation qu’<i>on</i> m’avoit su donner.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’ennui qu’<i>on</i> auroit que ce nœud qu’<i>on</i> résout</div>
-<div class="verse">Vînt partager du moins un cœur que l’<i>on</i> veut tout.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p>Le premier et le dernier <i>on</i> désignent Elmire elle-même;
-l’intermédiaire se rapporte à Orgon, et au mariage qu’il a résolu
-de Marianne avec Tartufe.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais puisque l’<i>on</i> (Orgon) s’obstine à m’y vouloir réduire,</div>
-<div class="verse">Puisqu’<i>on</i> ne veut point croire à tout ce qu’<i>on</i> (Elmire) peut dire,</div>
-<div class="verse">Et qu’<i>on</i> (Orgon) veut des témoins qui soient plus convaincants,</div>
-<div class="verse">Il faut bien s’y résoudre et contenter les gens.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 5.)</div>
-
-<p>L’embarras d’Elmire, obligée de parler à double sens, peut
-servir peut-être d’excuse à cet endroit, et donner du moins à
-cette ambiguïté un air très-naturel.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-3">Que chez vous <i>on</i> vit d’étrange sorte,</div>
-<div class="verse">Et qu’<i>on</i> ne sait que trop la haine qu’<i>on</i> lui porte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<p><i>On</i> vit chez vous d’étrange sorte, et <i>je</i> ne sais que trop la
-haine que <i>vous</i> lui portez.</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_264">264</span>
-<i>On</i> n’attend pas même qu’<i>on</i> en demande (du tabac).</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse5">Veut-<i>on</i> qu’<i>on</i> rabatte,</div>
-<div class="verse5">Par des moyens doux,</div>
-<div class="verse5">Les vapeurs de rate</div>
-<div class="verse5">Qui nous minent tous?</div>
-<div class="verse5">Qu’<i>on</i> laisse Hippocrate,</div>
-<div class="verse5">Et qu’on vienne à nous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Le premier <i>on</i> désigne le malade, le second, le médecin qui
-rabat les vapeurs. Ou bien les deux <i>on</i> se rapportent tous deux
-au malade, et la phrase revient à celle-ci: <i>veut-on rabattre?</i>
-Dans ce dernier cas, la tournure est entortillée, inusitée. Molière
-ne donnait pas beaucoup d’attention au style de ces divertissements.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers,</div>
-<div class="verse">Dès qu’<i>on</i> voit qu’<i>on</i> nous mêle avec tout l’univers.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Celui qui se voit mêlé n’est pas celui qui mêle.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’eût-<i>on</i> d’autre part cent belles qualités,</div>
-<div class="verse"><i>On</i> regarde les gens par leurs méchants côtés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>La personne qui a cent belles qualités n’est pas celle qui
-regarde les gens par leurs méchants côtés. Molière a parlé plus
-correctement dans cet autre passage:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’<i>on</i> a tort ici de nourrir dans votre âme</div>
-<div class="verse">Ce grand attachement aux défauts qu’<i>on</i> y blâme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<p>Parce qu’il est possible que Célimène soit blâmée par ceux
-même qui en sa présence ont le tort de nourrir son penchant à
-la raillerie.</p>
-
-<p>Les exemples suivants sont irréprochables:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En vain de tous côtés <i>on</i> l’a voulu tourner;</div>
-<div class="verse">Hors de son sentiment <i>on</i> n’a pu l’entraîner.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et lorsque d’en mieux faire (des vers) <i>on</i> n’a pas le bonheur,</div>
-<div class="verse"><i>On</i> ne doit de rimer avoir aucune envie,</div>
-<div class="verse">Qu’<i>on</i> n’y soit condamné sur peine de la vie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>La faute reparaît dans:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais croyez-vous qu’<i>on</i> l’aime, aux choses qu’<i>on</i> peut voir?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>On</i> lève les cachets, qu’<i>on</i> ne l’aperçoit pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des
-choses qu’<i>on</i> dérobe, et je voudrois qu’<i>on</i> en eût fait pendre quelqu’un.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_265">265</span>
-<i>On</i> ne peut servir à désigner tout à la fois le voleur et le
-juge qui le fait pendre.</p>
-
-<p>Molière, parlant en prose, et pour son propre compte, commet
-cette faute; ce qui achève de montrer combien elle lui était
-familière, ou que ce n’était point alors une faute reconnue:</p>
-
-<p class="cit"><i>On</i> n’ignore pas que souvent <i>on</i> l’a détournée de son emploi (la philosophie)
-............... Mais <i>on</i> ne laisse pas pour cela
-de faire les distinctions qu’il est besoin de faire: <i>on</i> n’enveloppe point
-dans une fausse conséquence la bonté des choses que l’<i>on</i> corrompt, avec la
-malice des corrupteurs................... Et
-puisque l’<i>on</i> ne garde point cette rigueur à tant de choses dont <i>on</i> abuse
-tous les jours, <i>on</i> doit bien faire la même grâce à la comédie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Est-<i>on</i> d’une figure à faire qu’<i>on</i> se raille?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Aglaure veut dire: Suis-je d’une figure à faire qu’on se raille?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Et, pour donner toute son âme,</div>
-<div class="verse">Regarde-t-<i>on</i> quel droit <i>on</i> a de nous charmer?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Cette négligence est très-commune dans les premiers écrivains
-du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle; c’est un des progrès incontestables de
-l’époque suivante de l’avoir proscrite.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>On</i> amorce le monde avec de tels portraits;</div>
-<div class="verse">«Pour les faire surprendre on les apporte exprès:</div>
-<div class="verse">«On s’en fâche, on fait bruit, on vous les redemande;</div>
-<div class="verse">«Mais on tremble toujours de crainte qu’<i>on</i> les rende.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Corneille">Corn.</abbr></span> <i>La Suite du Menteur.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">«Si ces personnes étoient en danger d’être assassinées, s’offenseroient-elles
-de ce que <i>on</i> les avertiroit de l’embûche qu’<i>on</i> leur dresse?... S’amuseroient-elles
-à se plaindre du peu de charité qu’<i>on</i> auroit eu de découvrir
-le dessein criminel de ces assassins?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 11<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«En vérité, mes pères, voilà le moyen de vous faire croire jusqu’à ce
-qu’<i>on</i> vous réponde; mais c’est aussi le moyen de faire qu’<i>on</i> ne vous
-croie jamais plus après qu’<i>on</i> vous aura répondu.»</p>
-
-<div class="citsrc">(15<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Celui qui répond aux jésuites, et celui qui leur ajoutait foi
-jusqu’au moment de cette réponse, sont évidemment deux personnes
-différentes.</p>
-
-<p class="item" id="dirait">ON DIRAIT DE..., cela ressemble à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>l’on diroit d’</i>un tas de mouches reluisantes</div>
-<div class="verse">Qui suivent en tous lieux un doux rayon de miel.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_266">266</span>
-Ce n’est pas que le verbe <i>dire</i> s’emploie jamais pour <i>ressembler</i>.
-Cette formule <i>on dirait de</i>, correspondant au présent <i>cela
-ressemble à</i>, suppose une ellipse: On dirait (la même chose)
-de... donc, cela ressemble à...</p>
-
-<p class="item">OPÉRA, en langage de gastronome:</p>
-
-<p class="cit">... Et pour son <i>opéra</i>, d’une soupe à bouillon perlé, etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p><i>Son opéra</i> signifie ici <i>son chef-d’œuvre</i>. «Opéra, dit Bouhours,
-se prend encore pour une chose excellente et pour un chef-d’œuvre.»
-Scarron écrit: «Toutes vos lettres sont admirables!
-ce sont ce qu’on appelle <i>des opéra</i>.»</p>
-
-<p><i lang="it" xml:lang="it">Capi d’opera</i>, des <i>chefs-d’œuvre</i>.</p>
-
-<p class="item">OPÉRER, amener un résultat:</p>
-
-<p class="cit">Vous avez <i>bien opéré</i> avec ce beau monsieur le comte, dont vous êtes
-embéguiné!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">Bourg. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OPÉRER DANS QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">AGNÈS.</div>
-<div class="verse">Vous avez <i>là-dedans bien opéré</i>, vraiment!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item">OPINIATRETÉ <span class="t5">CIVILE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Vous avez une <i>civile opiniâtreté</i> qui, etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 18.)</div>
-
-<p class="item" id="ordre">ORDRE; <span class="t5">PAR ORDRE</span>, comme en latin <i lang="la" xml:lang="la">ex ordine</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Eh bien! qu’est-ce? M’as-tu tout parcouru <i>par ordre</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Des pieds à la tête, en détail.</p>
-
-<p class="item" id="ordures">ORDURES, au figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Chaque instant de ma vie est chargé de souillures;</div>
-<div class="verse">Elle n’est qu’un amas de crimes et <i>d’ordures</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p>Pascal a employé <i>ordure</i> au singulier, dans le même sens:</p>
-
-<p class="cit">«Que le cœur de l’homme est creux et plein <i>d’ordure</i>!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 175.)</div>
-
-<p><i>Ordure</i> est formé de l’ancien adjectif <i>ord</i>, qui vient lui-même
-de <i lang="la" xml:lang="la">sordidus</i>, en lui ôtant la première lettre et les deux dernières
-syllabes. Nicot donne les verbes <i>ordir</i> et <i>ordoyer</i>, qui signifient
-<i>salir</i>, <i>souiller</i>. <i>Ordir</i> est le latin <i lang="la" xml:lang="la">sordere</i>, devenu de
-verbe neutre verbe actif:</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_267">267</span>
-«Trop grande privauté et accointance d’hommes derechef engendre
-diffame, et <i>ordoye</i> la renommée des femmes très-honnestes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ancienne traduction">Anc. trad.</abbr> de</i> <span class="smcap">Boccace</span>,
-<i>Des Nobles malheureux</i>. liv. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="ou">OU, <i lang="la" xml:lang="la">ubi</i>:</p>
-
-<p>Molière paraît avoir eu une aversion décidée pour <i>lequel</i>,
-comme relatif. (Voyez <a href="#lequel"><span class="t5">LEQUEL</span></a>.) On ne rencontre presque jamais
-chez lui ces façons de parler, <i>auquel</i>, <i>par lequel</i>, <i>dans
-lequel</i>, <i>vers lequel</i>, <i>à l’aide duquel</i>, <i>au sujet desquels</i>, etc.; au
-lieu de ces détours et de ces syllabes vides, Molière emploie
-brusquement <i>où</i>.</p>
-
-<p><i>Où</i> se place chez lui toutes les fois qu’il s’agit d’exprimer la
-relation du datif ou de l’ablatif.</p>
-
-<p>A, <span class="t5">Y</span>, où, sont pour Molière trois termes corrélatifs. Toute
-phrase qui admettrait l’un, admettra les deux autres.</p>
-
-<p>Comme cet emploi de <i>où</i> est très-commode, très-vif, et tout
-à fait condamné ou perdu de nos jours, j’ai cru devoir en rassembler
-tous les exemples fournis par Molière, pour bien faire
-apprécier ce parti pris du grand écrivain, et les avantages
-qu’il en tire. La série sera un peu longue: je la divise en
-exemples dans les vers, et exemples dans la prose.</p>
-
-<p>Exemples dans les vers:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Nous avons eu querelle</div>
-<div class="verse">Sur l’hymen d’Hippolyte, <i>où</i> je le vois rebelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Je sais un sûr moyen</div>
-<div class="verse">Pour rompre cet achat, <i>où</i> tu pousses si bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais cessez, croyez-moi, de craindre pour un bien</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> je serois fâché de vous disputer rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous avez vu ce fils <i>où</i> mon espoir se fonde?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Mon âme embarrassée</div>
-<div class="verse">Ne voit que Mascarille <i>où</i> jeter sa pensée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner</div>
-<div class="verse"><i>Où</i>, de droit absolu, j’ai pouvoir d’ordonner?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-1">... Un cœur qui jamais n’a fait la moindre chose</div>
-<div class="verse">A mériter l’affront <i>où</i> ton mépris l’expose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 16.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Rien ne me reprochoit</div>
-<div class="verse">Le tendre mouvement <i>où</i> mon âme penchoit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puisque chez notre sexe, <i>où</i> l’honneur est puissant...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! souffrez, dans les maux <i>où</i> mon destin m’expose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_268">268</span>
-<div class="verse">Oui, le trépas cent fois me semble moins à craindre</div>
-<div class="verse">Que cet hymen fatal <i>où</i> l’on me veut contraindre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garc.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Entretenir ce soir cet amant sous mon nom,</div>
-<div class="verse">Par la petite rue <i>où</i> ma chambre répond.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et pour justifier cette intrigue de nuit</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> me faisoit du sang relâcher la tendresse.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Elle pourroit se plaindre</div>
-<div class="verse">Du peu de retenue <i>où</i> j’ai su me contraindre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les noces <i>où</i> j’ai dit qu’il vous faut préparer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Considérez un peu, par ce trait d’innocence,</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> l’expose d’un fou la haute impertinence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle a de certains mots <i>où</i> mon dépit redouble.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’un premier coup d’œil allume en nous les flammes</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> le ciel en naissant a destiné nos âmes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’estime <i>où</i> je vous tiens ne doit pas vous surprendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’estime plus cela que la pompe fleurie</div>
-<div class="verse">De tous ces faux brillants <i>où</i> chacun se récrie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Des vices <i>où</i> l’on voit les humains se répandre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Enfin, toute la grâce et l’accommodement</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> s’est avec effort plié son sentiment,</div>
-<div class="verse">C’est de dire, etc.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m’étonne</div>
-<div class="verse">De cette passion <i>où</i> son cœur s’abandonne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je sais encor moins comment votre cousine</div>
-<div class="verse">Peut être la personne <i>où</i> son penchant l’incline.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous promets ici d’éviter sa présence,</div>
-<div class="verse">De faire place au choix <i>où</i> vous vous résoudrez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous devez n’avoir soin que de me contenter.</div>
-<div class="verse">&mdash;C’est <i>où</i> je mets aussi ma gloire la plus haute.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fort bien! c’est un recours <i>où</i> je ne songeois pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au plus beau des portraits <i>où</i> lui-même il s’est peint.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De vos regards divins l’ineffable douceur</div>
-<div class="verse">Força la résistance <i>où</i> s’obstinoit mon cœur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-3">Il suffit qu’il se rende plus sage,</div>
-<div class="verse">Et tâche à mériter la grâce <i>où</i> je m’engage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ce sont des papiers, à ce qu’il m’a pu dire,</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> sa vie et ses biens se trouvent attachés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Aux différents emplois <i>où</i> Jupiter m’engage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> <abbr title="Prologue">Prol.</abbr>)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_269">269</span>
-<div class="verse">Si votre cœur, charmante Alcmène,</div>
-<div class="verse">Me refuse la grâce <i>où</i> j’ose recourir...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Non, il faut qu’il ait le salaire</div>
-<div class="verse">Des mots <i>où</i> tout à l’heure il s’est émancipé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Ayez, je vous prie, agréable</div>
-<div class="verse8">De venir honorer la table</div>
-<div class="verse8"><i>Où</i> vous a Sosie invités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">J’aurois mauvaise grâce</div>
-<div class="verse">De maltraiter l’asile et blesser les bontés</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> je me suis sauvé de toutes vos fiertés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et les soins <i>où</i> je vois tant de femmes sensibles</div>
-<div class="verse">Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais vous qui m’en parlez, <i>où</i> la pratiquez-vous?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’hymen d’Henriette est le bien <i>où</i> j’aspire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>. I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la pensée enfin <i>où</i> mes vœux ont souscrit....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">Cette pureté</div>
-<div class="verse"><i>Où</i> du parfait amour consiste la beauté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et madame doit être instruite par sa sœur</div>
-<div class="verse">De l’hymen <i>où</i> l’on veut qu’elle apprête son cœur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est une retraite <i>où</i> notre âme se donne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est sur le mariage <i>où</i> ma mère s’apprête</div>
-<div class="verse">Que j’ai voulu, monsieur, vous parler tête à tête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le don de votre main <i>où</i> l’on me fait prétendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-9">Deux époux!</div>
-<div class="verse">C’est trop pour la coutume.&mdash;<i>Où</i> vous arrêtez-vous?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Suivez, suivez, monsieur, le choix <i>où</i> je m’arrête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Molière a même employé <i>où</i>, rapporté à un nom de personne,
-pour <i>à qui</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ne permettez pas.......</div>
-<div class="verse">Que votre amour, qui sait quel intérêt m’anime,</div>
-<div class="verse">S’obstine à triompher d’un refus légitime,</div>
-<div class="verse">Et veuille que ce frère <i>où</i> l’on va m’exposer</div>
-<div class="verse">Commence d’être roi pour me tyranniser.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je n’en veux l’éclat que pour avoir la joie</div>
-<div class="verse">D’en couronner l’objet <i>où</i> le ciel me renvoie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Le véritable Amphitryon</div>
-<div class="verse8">Est l’Amphitryon <i>où</i> l’on dîne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><i>Où</i>, dans ce dernier exemple, est adverbe de lieu: <i>dans la
-maison de qui</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_270">270</span>
-Les Latins de même ont quelquefois employé <i lang="la" xml:lang="la">ubi</i> en relation
-avec un nom de personne: «<span lang="la" xml:lang="la">Neque nobis præter te quisquam
-fuit <i>ubi</i>.....</span>» (<span class="smcap">Cicéron</span>), pour <i lang="la" xml:lang="la">apud quem</i>.</p>
-
-<p>Exemples dans la prose:</p>
-
-<p class="cit">C’est elle (la contrainte) qui me fait passer sur des formalités <i>où</i> la bienséance
-du sexe oblige.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Est-il rien de si bas que quelques mots <i>où</i> tout le monde rit?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="cit">Eh! sans sortir de la cour, n’a-t-il pas (Molière) vingt caractères de gens
-<i>où</i> il n’a point touché?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p class="cit">Vous ne sauriez m’ordonner rien <i>où</i> je ne réponde aussitôt par une
-obéissance aveugle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Et rends à chacune les tributs <i>où</i> la nature nous oblige.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Laissons là la médecine, <i>où</i> vous ne croyez point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Une grimace nécessaire <i>où</i> je veux me contraindre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Tous les dérèglements criminels <i>où</i> m’a porté le feu d’une aveugle jeunesse.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Serait-ce quelque chose <i>où</i> je vous puisse aider?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je viens tout à l’heure de recevoir des lettres <i>par où</i> j’apprends que
-mon oncle est mort.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 11.)</div>
-
-<p class="cit">Je te pardonne ces coups de bâton, en faveur de la dignité <i>où</i> tu m’as
-élevé.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 11.)</div>
-
-<p class="cit">Vous repentez-vous de cet engagement <i>où</i> mes feux ont su vous contraindre?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">C’en est assez à mes yeux pour me justifier l’engagement <i>où</i> j’ai pu consentir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> vous ne me réduirez point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">C’est un parti <i>où</i> il n’y a point à redire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> l’on doit avoir de l’égard.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Elle n’aime ni les superbes habits, ni les riches bijoux, ni les meubles
-somptueux, <i>où</i> donnent ses pareilles avec tant de chaleur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Les alarmes d’une personne toute prête à voir le supplice <i>où</i> l’on veut
-l’attacher.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit">C’est ici une aventure <i>où</i> sans doute je ne m’attendais pas.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 11.)</div>
-
-<p class="cit">C’est un mariage <i>où</i> vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Quand je pourrois passer sur la quantité d’égards <i>où</i> notre sexe est
-obligé...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_271">271</span>
-Ce sont des suites fâcheuses <i>où</i> je n’ai garde de me commettre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 31)</div>
-
-<p class="cit">Ce ne sont point ici des choses <i>où</i> les enfants soient obligés de déférer
-aux pères.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> tu m’obliges par la soumission et le respect <i>où</i> tu te
-ranges.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je ne vois pas.... le supplice <i>où</i> vous croyez que je puisse être condamné
-pour notre engagement.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Une journée de travail <i>où</i> je ne gagne que dix sols.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Si j’avois étudié, j’aurois été songer à des choses <i>où</i> on n’a jamais
-songé.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà un coup sans doute <i>où</i> vous ne vous attendiez pas!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> je ne puis consentir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 12.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà une connoissance <i>où</i> je ne m’attendois point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> il y va de l’intérêt du prochain.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Les sentiments d’estime et de vénération <i>où</i> votre personne m’oblige.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 9.)</div>
-
-<p class="cit">Je renonce à la gloire <i>où</i> elles veulent m’élever.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Le ciel ne sauroit rien faire <i>où</i> je ne souscrive sans répugnance.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Un mariage <i>où</i> je ne me sens pas encore bien résolue.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Une aventure merveilleuse <i>où</i> personne ne s’attendoit.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Que vous arrive-t-il à tous deux <i>où</i> vous ne soyez préparés?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Je ne veux pas me donner un nom <i>où</i> d’autres en ma place croiroient
-prétendre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> je ne consentirai point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Cette feinte <i>où</i> je me force n’étant que pour vous plaire.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">Or çà, ma fille, je vais vous dire une nouvelle <i>où</i> peut-être ne vous attendez-vous
-pas.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Elle m’a expliqué vos intentions, et le dessein <i>où</i> vous êtes pour elle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 9.)</div>
-
-<p>Ces divers emplois de <i>où</i>, y compris la relation à un nom de
-personne, sont autorisés par l’usage constant des plus anciens
-monuments de notre langue:</p>
-
-<p>«<i>Où</i> aurai-je fiance?» (<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de Coucy</i>), pour à qui me fierai-je?</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_272">272</span>
-&mdash;«Karlon, le roi <i>où</i> France apent.» (<i>Les quatre fils Aymon</i>);
-à qui appartient la France.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Les fils Garin, <i>où</i> tant a de fierté.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Gérars de Viane.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Trestous li Deu <i>où</i> croient les François.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ogier le Danois.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>Où</i> pensez-vous, frère Symon?</div>
-<div class="verse8">«Je pens, fait-il, à un sermon</div>
-<div class="verse8">«Le meilleur <i>où</i> je pensasse oncques.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Rutebeuf.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Et <i>les gens</i> au monde pour la santé <i>où</i> plus il avoit de fiance
-(Charles V), c’estoit en bons maistres medecins.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <abbr title="Chroniques"><i>Chron.</i></abbr> II. ch. 70.)</div>
-
-<p>On en citerait des exemples innombrables de Montaigne, de
-Regnier, de Rabelais, etc.; il n’y a qu’à ouvrir le volume.</p>
-
-<p>En voici de Bossuet et de Pascal:</p>
-
-<p class="cit">«Les Égyptiens sont les premiers <i>où</i> l’on ait su les règles du gouvernement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <abbr title="Histoire Universelle"><i>Hist Un.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="cit">«Ils (les rois) assistoient à une prière pleine d’instruction, <i>où</i> le pontife
-prioit les dieux, etc.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Ils ont pris un si grand soin de les rétablir parmi les peuples <i>où</i> la
-barbarie les avoit fait oublier... etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Le premier de tous les peuples <i>où</i> l’on voie des bibliothèques est celui
-d’Égypte.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Si un animal faisoit par esprit ce qu’il fait par instinct, et s’il parloit
-par esprit ce qu’il parle par instinct....... il parleroit aussi bien
-pour dire des choses <i>où</i> il a plus d’affection, comme pour dire: Rongez
-cette corde qui me blesse, et <i>où</i> je ne puis atteindre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Mais pensez un peu <i>où</i> vous vous engagez.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 12<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Mais parce qu’il faut que le nom de simonie demeure, et qu’il y ait
-un sujet <i>où</i> il soit attaché...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Voilà la doctrine de Vasquez, <i>où</i> vous renvoyez vos lecteurs pour leur
-édification.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Je ne vous dirai rien cependant sur les avertissements pleins de faussetés
-scandaleuses <i>par où</i> vous finissez chaque imposture.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Les méchants desseins des molinistes, que je ne veux pas croire sur sa
-parole, et <i>où</i> je n’ai point d’intérêt.»</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Une action si grande, <i>où</i> ils tiennent la place de Dieu.»</p>
-
-<div class="citsrc">(14<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Enfin tout le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle a ainsi parlé, et une partie du
-<span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup>.
-C’est de nos jours seulement qu’on a prétendu restreindre <i>où</i>
-à marquer l’alternative ou le lieu, et qu’on a imposé ces affreuses
-<span class="pagenum" id="Page_273">273</span>
-locutions traînantes <i>par laquelle</i>, <i>dans lesquels</i>, <i>à l’aide
-desquels</i>, <i>chez lesquels</i>, <i>par rapport auxquelles</i>, etc., etc.</p>
-
-<p>Sur ces deux vers de Corneille,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et c’est je ne sais quoi d’abaissement secret</div>
-<div class="verse">«<i>Où</i> quiconque a du cœur ne descend qu’à regret,»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître">Ép.</abbr> à Ariste.</i>)</div>
-
-<p>Voltaire a eu le tort d’écrire lestement: «Cela n’est pas français.»
-Racine n’a donc pas non plus parlé français lorsqu’il
-a dit:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et voilà donc l’hymen <i>où</i> j’étois destinée?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Iphigénie.</i> III. 5.)</div>
-
-<p>et Voltaire lui-même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Pardonne à cet hymen <i>où</i> j’ai pu consentir.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Alzire.</i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«La honte <i>où</i> je descends de me justifier.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Zaïre.</i> IV. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Sais-tu l’excès d’horreur <i>où</i> je me vois livrée?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mérope.</i> IV. 4.)</div>
-
-<p>Alléguer les priviléges de la poésie est une défaite ridicule,
-qui n’a pu naître que dans un temps où l’on avait perdu le sentiment
-vrai des choses, et où le raisonnement bannissait la
-raison. Est-ce qu’un solécisme en prose peut devenir légitime
-au moyen d’une rime? Il serait absurde de le penser. On me
-permettra de répéter ici ce que j’ai déjà dit ailleurs: «Ouvrez la
-<i>Grammaire des grammaires</i>; vous allez être bien édifié! elle
-distingue <i>où</i> adverbe, <i>où</i> pronom absolu, et <i>où</i> pronom relatif
-(le pronom relatif <i lang="la" xml:lang="la">ubi</i>!). Elle permet ce dernier <i>où</i>, <i>avec un verbe
-qui marque une sorte de localité physique ou morale</i>. Mais elle
-avoue que la poésie s’en sert quelquefois en des cas où il n’y
-a pas <i>localité physique ou morale</i>.</p>
-
-<p>«C’est à ces faiseurs de galimatias double qu’est abandonnée
-la police de notre langue! Ce sont là nos instructeurs, et les
-juges en dernier ressort de Molière, de Pascal, de Bossuet,
-de tous nos grands écrivains! Il fallait effectivement moins de
-génie pour composer <i>Tartufe</i> ou les <i>Provinciales</i>, que pour
-surprendre <i>le pronom</i> où <i>dans une localité morale</i>.»</p>
-
-<p>Reprenons donc, il en est temps, une façon de parler vive,
-commode, excellente, que nous sommes en train de remplacer
-par la plus lourde et la plus insipide.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_274">274</span>
-&mdash;où, pour <i>jusqu’où</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Je ne sais qui me tient, infâme,</div>
-<div class="verse8">Que je ne t’arrache les yeux,</div>
-<div class="verse">Et ne t’apprenne <i>où</i> va le courroux d’une femme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;où, faisant pléonasme où nous mettrions <i>que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est <i>dans</i> cette allée <i>où</i> devroit être Orphise.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«C’est <i>ici où</i> je veux vous faire sentir la nécessité de nos casuistes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 7<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«C’est <i>là où</i> vous verrez la dernière bénignité de la conduite de nos pères.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> 9<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OU</span> (ou bien), pour <i>ni</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Monsieur, j’ai grande honte et demande pardon</div>
-<div class="verse">D’être sans vous connoître <i>ou</i> savoir votre nom.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OU NON</span>, transporté devant le verbe sur lequel
-porte l’alternative:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne vais point chercher, pour m’estimer heureux,</div>
-<div class="verse">Si Mascarille <i>ou non s’arrache</i> les cheveux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Ce n’est point <i>Mascarille ou non</i>, c’est <i>s’arrache ou non</i>. En
-prose, <i>ou bien</i> n’étant pas contraint par le besoin de la mesure,
-Molière eût suivi la construction ordinaire.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OU SI</span>, complément d’une interrogation par <i>il</i>,
-après une troisième personne:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon cœur <i>court-il</i> au change? <i>ou si</i> vous l’y poussez?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="ous">OUS, pour <i>vous</i>, dans le langage des paysans:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">PIERROT.</span> Je vous dis qu’<i>ous</i> vous teigniois, et qu’<i>ous</i> ne caressiez point
-nos accordées.... Testiguenne, parce qu’<i>ous</i> êtes monsieur!....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> II. 3.)</div>
-
-<p>Cette suppression du <i>v</i>, suggérée en certains cas par l’instinct
-de l’euphonie, était régulière et du bon langage dans le vieux
-français.</p>
-
-<p>Dans la Bourse pleine de sens, de Jean le Gallois d’Aubepierre
-(<span class="t5">XIII</span><sup>e</sup> siècle):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>N’avous honte?</i>&mdash;Dame, de quoi?»</div>
-</div>
-
-<p>Dans la farce de Pathelin, qui est du <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LE DRAPIER.</div>
-<div class="verse8">«Et qu’est cecy? <i>n’avous</i> pas honte?</div>
-<div class="verse8">«Par mon serment c’est trop desvé.»</div>
-<div class="verse8"><span class="pagenum" id="Page_275">275</span></div>
-<div class="pers">LE JUGE.</div>
-<div class="verse8">«Comment, vous avez la main haute!</div>
-<div class="verse8">«<i>A’vous</i> mal aux dens, maistre Pierre?»</div>
-<div class="scen"><span class="t4">MAISTRE JEHAN</span> (à Pathelin malade):</div>
-<div class="verse8">Or, dictes <i>Benedicite</i>.</div>
-<div class="pers">PATHELIN.</div>
-<div class="verse8"><i>Benedicite</i>, monseigneur.</div>
-<div class="pers">MAISTRE JEHAN.</div>
-<div class="verse8">Et voicy une grant hydeur!</div>
-<div class="verse8"><i>Sça’vous</i> réspondre <i>Dominus</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le testament de Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Et encore, au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, cette syncope était maintenue à la
-cour de François I<sup>er</sup>. La reine de Navarre l’emploie dans ses
-poésies, écrites dans le style le plus élevé du temps:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Pourquoi <i>a’vous</i> espousé l’estrangière?....</div>
-<div class="verse">«Mais qu’<i>a’vous</i> faict, voyant ma repentance?...»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Miroir de l’Ame pescheresse.</i>)</div>
-
-<p>Théodore de Bèze consacre cette apocope par une règle formelle.
-(<i lang="la" xml:lang="la">De linguæ <abbr title="francicæ">fran.</abbr> recta pronuntiatione</i>, p. 84.)</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#je"><span class="t5">JE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">OUTRÉS DE; <span class="t5">CONTES OUTRÉS D’EXTRAVAGANCE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! tu me veux donner pour des vérités, traître,</div>
-<div class="verse">Des <i>contes</i> que je vois <i>d’extravagance outrés</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="ouverture">OUVERTURE; <span class="t5">FAIRE UNE OUVERTURE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">S’il faut <i>faire</i> à la cour pour vous <i>quelque ouverture</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Bossuet dit: <i>donner ouverture à...</i></p>
-
-<p class="cit">«Le roi n’avoit point <i>donné d’ouverture</i> ni de prétexte aux excès sacriléges.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre">Or. fun. de la R. d’A.</abbr></i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ouvrir"><span class="t5">OUVRIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="ouvrier">OUVRIER DE, comme <i>ouvrier en</i>:</p>
-
-<p class="cit">On n’a guère vu d’homme qui fût plus habile <i>ouvrier de ressorts et
-d’intrigues</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>On dit de même, un artisan de troubles.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIERS</span> en deux syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On est venu lui dire, et par mon artifice,</div>
-<div class="verse">Que les <i>ouvriers</i> qui sont après son édifice....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_276">276</span>
-Primitivement l’<i>i</i>, dans toutes ces finales en <i>ier</i>, ne sonnait
-pas; il ne servait qu’à marquer l’accent fermé de l’<i>é</i>. Ainsi l’on
-prononçait <i>un sangler</i>, <i>un boucler</i>, <i>un rocher</i>, <i>un verger</i>, <i>se coucher</i>.
-Peu à peu l’on en est venu à faire entendre l’<i>i</i> dans
-quelques-uns de ces mots, sans pour cela modifier la règle de
-versification qui les concernait, et l’on s’est récrié sur la barbarie
-d’oreille de nos pères, quand il n’y avait lieu que d’admirer
-le peu de mémoire de leurs enfants. En effet, pourquoi
-dites-vous <i>un sanglier</i>, et ne dites-vous pas <i>un rochier</i>? Pourquoi
-avez-vous altéré l’orthographe de l’un, et point celle de
-l’autre? Pourquoi avez-vous introduit la disparité d’écriture
-et de prononciation entre des mots qui s’écrivaient et se prononçaient
-jadis de même?</p>
-
-<p class="item" id="ouvrir">OUVRIR; <span class="t5">OUVRIR DES IDÉES</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je le dois, sire (le succès), à l’ordre qu’elle (Votre Majesté) me donna d’y
-ajouter un caractère de fâcheux, dont elle eut la bonté de <i>m’ouvrir les idées
-elle-même</i>...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> des Fâcheux.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«La vérité qui <i>ouvre ce mystère</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIR DU SECOURS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et contre cet hymen <i>ouvre-moi du secours</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIR LES PREMIÈRES PAROLES</span>, comme <i>ouvrir
-un avis</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Au moins appuyez-moi,</div>
-<div class="verse">Pour en avoir <i>ouvert les premières paroles</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIR L’OCCASION DE</span>:</p>
-
-<p class="cit">D’autant mieux qu’ayant entrepris de vous peindre, <i>ils vous ouvroient
-l’occasion</i> de la peindre aussi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIR SES SENTIMENTS, SON INTENTION</span>, comme
-<i>ouvrir son cœur</i>:</p>
-
-<p class="cit">Non, non, ma fille; vous pouvez sans scrupule <i>m’ouvrir vos sentiments</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">C’est à quoi j’ai songé,</div>
-<div class="verse">Et je vous veux <i>ouvrir l’intention que j’ai</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">OUVRIR UN MOYEN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne me pourriez-vous point <i>ouvrir quelque moyen</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ouverture"><span class="t5">OUVERTURE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="item_P"><span class="pagenum" id="Page_277">277</span>
-PAIN BÉNIT; <span class="t5">C’EST PAIN BÉNIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est conscience à ceux qui s’assurent en nous,</div>
-<div class="verse">Mais <i>c’est pain bénit</i>, certe, à des gens comme vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire: aux gens de votre sorte, cela vient aussi naturellement
-que le pain bénit à la messe.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAIN DE RIVE</span>, terme technique de gastronomie:</p>
-
-<p class="cit">Il ne manqueroit pas de vous parler d’un <i>pain de rive</i> à biseau doré....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Pain qui, ayant été placé sur la rive, c’est-à-dire, sur le bord
-du four, n’a point touché les autres pains, et se trouve cuit et
-doré tout alentour.</p>
-
-<p class="item" id="pamer">PAMER, verbe neutre, pour <i>se pâmer</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-11">Madame,</div>
-<div class="verse">D’où vous pourroit venir... Ah bons dieux! elle pâme!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dans ses simplicités à tous coups je l’admire,</div>
-<div class="verse">Et parfois elle en dit dont <i>je pâme</i> de rire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On n’en peut plus.&mdash;<i>On pâme.</i>&mdash;On se meurt de plaisir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Sire, on <i>pâme</i> de joie ainsi que de tristesse.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Corneille"><span class="smcap">Corn.</span></abbr> <i>Le Cid.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="paquet">PAQUET, métaphoriquement au figuré, accident,
-surprise:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! le fâcheux <i>paquet</i> que nous venons d’avoir!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p class="item" id="par">PAR; <span class="t5">CONDAMNER PAR</span>, à cause de:</p>
-
-<p class="cit">J’ai ouï condamner cette comédie à de certaines gens, <i>par les mêmes
-choses</i> que j’ai vu d’autres estimer le plus.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique">Crit.</abbr> de l’École des <abbr title="femmes">fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAR</span>, par rapport à, du côté de:</p>
-
-<p class="cit">Les hommages ne sont jamais considérés <i>par</i> les choses qu’ils portent.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. dédic.</abbr> de l’École des maris.</i>)</div>
-
-<p>C’est-à-dire qu’en un présent l’intention est plus considérable
-que la valeur de l’objet offert.</p>
-
-<p>L’expression de Molière paraît obscure en cet endroit; elle
-est très-claire dans ce vers:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On regarde les gens <i>par</i> leurs méchants côtés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_278">278</span>
-&mdash;<span class="t4">PAR</span>, parmi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’abord leurs escoffions ont volé <i>par</i> la place.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<p>Parmi la place, dans le milieu de la place.</p>
-
-<p class="cit">Suivez-moi, que j’aille un peu montrer mon habit <i>par</i> la ville.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#parmi"><span class="t5">PARMI</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAR UN MALHEUR</span>, par malheur;</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et moi, <i>par un malheur</i>, je m’aperçois, madame,</div>
-<div class="verse">Que j’ai, ne vous déplaise, un corps tout comme une âme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti" id="de_par">&mdash;<span class="t4">DE PAR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Eh! <i>de par Belzébut</i>, qui vous puisse emporter!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p>L’exactitude voudrait qu’on écrivît <i>de part</i> avec un <i>t</i>: <i lang="la" xml:lang="la">ex
-parte Beelzebut</i>, de la part de Belzébut. Le rapport du génitif,
-aujourd’hui marqué par <i>de</i>, l’était primitivement par la simple
-juxtaposition. Les plus anciens textes écrivent <i>de part</i>:&mdash;«<i>De
-part</i> nostre Seigneur» (<i>Rois</i>, 144, 289, 292.)&mdash;«Samuel
-li prophetes vint à Saül <i>de part</i> Deu.» (<i>Rois</i>, 53.)</p>
-
-<p><i>De part Dieu</i>, aujourd’hui <i>pardieu</i>, opposé à <i>de part le
-diable</i> ou <i>de part Béelzebut</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#par_soi"><span class="t5">PAR SOI</span></a>, et <i>des Variations du langage français</i>, p. 410.)</p>
-
-<p class="item" id="paraguante">PARAGUANTE, de l’espagnol <i lang="es" xml:lang="es">para guantes</i>, <i>pour
-(acheter) des gants</i>; ce qu’on appelle en allemand <i lang="de" xml:lang="de">Trinkgeld</i>,
-en français <i>pour boire</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dessus l’avide espoir de quelque <i>paraguante</i>,</div>
-<div class="verse">Il n’est rien que leur art aveuglément ne tente.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="paraitre">PARAITRE <span class="t5">AUX YEUX</span> pour <i>paraître simplement</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La géante <i>paroît</i> une déesse <i>aux yeux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et les soins où je vois tant de femmes sensibles</div>
-<div class="verse">Me <i>paroissent aux yeux</i> des pauvretés horribles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE PARAÎTRE</span>, montrer, manifester:</p>
-
-<p class="cit">Nous allons tous le remercier des extrêmes bontés qu’il <i>nous fait paroître</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quels sentiments aurai-je à lui <i>faire paroître</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_279">279</span>
-<div class="verse">Mais ma discrétion <i>se veut faire paroître</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais si son amitié pour vous <i>se fait paroître</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Une amitié paraît, et ne se fait point paraître. On fait paraître
-ses sentiments, et les sentiments se font connaître.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Voltaire.</span> <abbr title="Mélanges"><i>Mél.</i></abbr> t. XXXIX, p. 226.)</div>
-
-<p>Cette critique de Voltaire ne constate que l’usage du <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup>
-siècle; mais est-ce à dire que tout ce qui s’écarte de l’usage du
-<span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup> siècle soit mauvais par cela seul? Le <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup>
-siècle, malheureusement, fut trop persuadé de la vérité de ce principe.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour en juger ainsi vous avez vos raisons;</div>
-<div class="verse">Mais vous trouverez bon qu’on en puisse avoir d’autres,</div>
-<div class="verse">Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres.</div>
-</div>
-
-<p>Voltaire croyait sans doute que cette expression, <i>se faire paraître</i>,
-était créée par Molière pour le besoin de sa rime; il se
-trompait:</p>
-
-<p class="cit">«Il y a si peu de personnes à qui Dieu <i>se fasse paroître</i> par ces coups
-extraordinaires, qu’on doit profiter de ces occasions.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 338.)</div>
-
-<p class="item">PAR APRÈS, pour <i>après</i> simplement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que j’aye peine aussi d’en sortir <i>par après</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><i>Par après</i> est la contre-partie de <i>par avant</i>, qui ne s’emploie
-plus que sous cette forme, <i>auparavant</i>.</p>
-
-<p><i>Par ainsi</i> est complétement hors d’usage.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAR DEVANT</span>, pour <i>devant</i>:</p>
-
-<p class="cit">En passant <i>par devant la chambre</i> d’Angélique, j’ai vu un jeune homme.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="parer">PARER <span class="t5">QUELQUE CHOSE</span>, s’en garantir:</p>
-
-<p class="cit">Et quand par les plus grandes précautions du monde vous aurez <i>paré
-tout cela</i>... vous serez ébahi, etc...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PARER (SE) D’UN COUP</span>, d’un malheur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour <i>se parer du coup</i>, en vain on se fatigue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">... Toutes les mesures qu’il prend pour <i>se parer du malheur qu’il craint</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! de votre poursuite on ne peut <i>se parer</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p>On dit encore <i>se remparer</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_280">280</span>
-PARLER, verbe actif; <span class="t5">PARLER QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je vous demande, <i>ce que je parle</i> avec vous, qu’est-ce que c’est?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">«Si un animal faisoit par esprit ce qu’il fait par instinct, et s’il parloit
-par esprit <i>ce qu’il parle</i> par instinct...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="ti" id="parler_cercle">&mdash;<span class="t4">PARLER CERCLE ET RUELLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, j’irois me charger d’une spirituelle</div>
-<div class="verse">Qui <i>ne parleroit rien que cercle et que ruelle</i>!...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et, sans <i>parler curé, doyen, chantre ou Sorbonne</i>...»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <abbr title="Satire">Sat.</abbr> XV.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ore ils <i>parloient soldat</i>, et ore <i>citoyen</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <abbr title="Satire">Sat.</abbr> II.)</div>
-
-<p>C’est une expression tout à fait analogue à celle du vers
-célèbre de Juvénal:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">Qui Curios simulant et <i>bacchanalia vivunt</i>.</div>
-</div>
-
-<p>(Voyez ci-dessous <a href="#vaugelas"><span class="smcap">parler Vaugelas</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PARLER</span> suivi de <i>que</i>, comme <i>dire</i>:</p>
-
-<p class="cit">Vous avez ouï <i>parler que</i> ce monsieur Oronte a une fille?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PARLER SUR-LE-CHAMP</span>, improviser:</p>
-
-<p class="cit">Vous n’allez entendre chanter que de la prose cadencée ou des manières
-de vers libres, tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à
-deux personnes qui disent les choses d’eux-mêmes, et <i>parlent sur-le-champ</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PARLER TERRE A TERRE</span>:</p>
-
-<p>Expression ridiculisée par Molière:</p>
-
-<p class="cit">Il prétend que <i>nous parlions toujours terre à terre</i>,</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p>dit M<sup>lle</sup> du Parc, qui représente une précieuse.</p>
-
-<p class="ti" id="vaugelas">&mdash;<span class="smcap">parler Vaugelas</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas,</div>
-<div class="verse">A cause qu’elle manque à <i>parler Vaugelas</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, à la mode de Vaugelas, le français de Vaugelas.
-Le mot <i>Vaugelas</i> fait ici le rôle d’un adjectif pris adverbialement,
-comme <i>grec</i>, <i>latin</i>, dans <i>parler grec</i>, <i>parler latin</i>: c’est
-<i lang="la" xml:lang="la">loqui græce, latine</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#parler_cercle"><span class="t5">PARLER CERCLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="parmi"><span class="pagenum" id="Page_281">281</span>
-PARMI, au milieu, par le milieu de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On est venu lui dire, et par mon artifice,</div>
-<div class="verse">Que les ouvriers qui sont après son édifice,</div>
-<div class="verse"><i>Parmi les fondements</i> qu’ils en jettent encor,</div>
-<div class="verse">Avoient fait par hasard rencontre d’un trésor.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Un trésor supposé,</div>
-<div class="verse">Dont <i>parmi les chemins</i> on m’a désabusé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce m’est quelque plaisir, <i>parmi tant de tristesse</i>,</div>
-<div class="verse">Que l’on me donne avis du piége qu’on me dresse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Et jamais il ne parut si sot que <i>parmi une demi-douzaine de gens</i> à qui
-elle avoit fait fête de lui.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de L’École des femmes">Crit. de L’Éc. des fem.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="cit">Vous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui
-se conserve <i>parmi le commerce du beau monde</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Impromptu">Impr.</abbr></i> I.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MORON.</div>
-<div class="verse">Et sa gueule faisoit une laide grimace,</div>
-<div class="verse">Qui <i>parmi de l’écume</i>, à qui l’osoit presser,</div>
-<div class="verse">Montroit de certains crocs.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Quelle est ton occupation <i>parmi</i> ces arbres?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ne voyez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font <i>parmi
-le monde</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Amour <abbr title="médecin">méd.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut <i>parmi le monde</i> une vertu traitable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il court <i>parmi le monde</i> un livre abominable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Et <i>parmi leurs contentions</i></div>
-<div class="verse">Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="cit">On ne demeure point tout seul, pendant une fête, à rêver <i>parmi des arbres</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Et, <i>parmi cette grande gloire</i> et ces longues prospérités que le ciel promet
-à votre union.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Parmi l’éclat du sang</i> vos yeux n’ont-ils vu qu’elle?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Mais c’est, <i>parmi tant de mérite</i>,</div>
-<div class="verse">Trop que deux cœurs pour moi, trop peu qu’un cœur pour vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 3.)</div>
-
-<p><i>Parmi</i> a pour racines <i>par</i> et <i>mi</i>, apocope de <i>milieu</i>. <i>Mi</i>,
-au moyen âge, s’employait comme substantif, pour moitié:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Et le bacon faisoit <i>par mi</i> tranchier.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> d’Ogier le Danois.</i>)</div>
-
-<p>«Il faisait couper le porc par la moitié.»</p>
-
-<p>Ainsi, sans s’arrêter aux distinctions chimériques ni aux
-<span class="pagenum" id="Page_282">282</span>
-subtilités des grammairiens, <i>parmi</i> s’emploie légitimement où
-il s’agit d’exprimer, <i>au milieu de</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#par"><span class="t5">PAR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="parole">PAROLE, <span class="t5">ÊTRE EN PAROLE QUE</span>...: être en pour-parler
-(pour convenir) que...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il <i>est</i> avec Anselme <i>en parole</i> pour vous</div>
-<div class="verse"><i>Que</i> de son Hippolyte on vous fera l’époux!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE EN PAROLE</span>, absolument, converser ensemble:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Juste ciel, qu’ils sont prompts! je les vois <i>en parole</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR DE LA PAROLE POUR TOUT LE MONDE</span>, être
-affable:</p>
-
-<p class="cit">Qu’on dise que je suis une bonne princesse, que <i>j’ai de la parole pour
-tout le monde</i>, de la chaleur pour mes amis.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item">PAR OU, pour <i>comment</i> ou <i>de quoi</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voit-on, dans les horreurs d’une telle pensée,</div>
-<div class="verse8"><i>Par où</i> jamais se consoler</div>
-<div class="verse8">Du coup dont on est menacée?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="par_soi">PAR SOI, tout seul, <i lang="la" xml:lang="la">per se</i>:</p>
-
-<p class="cit">E par soi, <i>é</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire <i>e</i> tout seul, pris à par soi (et non à <i>part</i> soi), <i>é</i>.</p>
-
-<p>Cette valeur de <i>par</i> est un débris de notre langue primitive.
-Les Latins disaient <span lang="la" xml:lang="la"><i>per me</i>, <i>per te</i></span>, dans le sens de <i>moi seul</i>,
-<i>toi seul</i>:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">«Quamvis, Scæva, satis <i>per te</i> tibi consulis, et scis...»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Horace Epître 17"><span class="smcap">Hor.</span> Ep. 17</abbr>, lib. 1)</div>
-
-<p>Et nos pères disaient, à l’imitation des Latins, <i>tout par moi</i>,
-<i>par lui</i>, <i>par eux</i>, <i>par elles</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et Felix li sains homs <i>tout par li</i> demoura.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Des Trois Chanoines.</i>)</div>
-
-<p>Demeura tout seul.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Les cloches de l’eglise, de ce soyez certains,</div>
-<div class="verse">«Sonnerent <i>tout par elles</i>, sans mettre piez ne mains.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Dit du Buef.</i>)</div>
-
-<p>On écrit mal à propos, avec un <i>t</i>, <i>à part</i>, <i>à part soi</i>. <i>Par</i>, ici,
-vient de <i lang="la" xml:lang="la">per</i>, et non de <span lang="la" xml:lang="la"><i>pars</i>, <i>partis</i></span>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_283">283</span>
-Au contraire, il faut mettre un <i>t</i> dans cette autre formule
-où l’usage moderne l’a supprimé: <i>De part le roi</i>; <i>de part Dieu</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_par"><span class="t5">DE PAR</span></a>, à l’article PAR, et <i>des Variations du langage
-français</i>, p. 407 à 411.)</p>
-
-<p class="item" id="partager">PARTAGER <span class="t5">UN SORT A QUELQU’UN</span>, le lui donner en
-partage:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne faites point languir deux amants davantage,</div>
-<div class="verse">Et nous dites <i>quel sort</i> votre cœur <i>nous partage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 6.)</div>
-
-<p><i>Partager</i> est construit ici comme le latin <span lang="la" xml:lang="la"><i>impertire</i>, <i>dispertire</i></span>
-et <i lang="la" xml:lang="la">dispertiri</i>.</p>
-
-<p class="item" id="parti">PARTI; <span class="t5">FAIRE PARTI</span>, monter un coup:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Léandre <i>fait parti</i></div>
-<div class="verse">Pour enlever Célie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="participe_present"><i>PARTICIPE PRÉSENT</i> mis au lieu de <i>si</i>, suivi
-d’un conditionnel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>trouvant</i> son argent, qu’ils lui font trop attendre,</div>
-<div class="verse">Je sais bien qu’il seroit très-ravi de la vendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Si Trufaldin trouvait son argent.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le plus parfait objet dont je serois charmé</div>
-<div class="verse">N’auroit pas mes tributs, <i>n’en étant point aimé</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Si je n’en étais pas aimé.</p>
-
-<p>Pascal se sert aussi de cette espèce de participe absolu:</p>
-
-<p class="cit">«Quand on auroit décidé qu’il faut prononcer les syllabes <i>pro chain</i>,
-qui ne voit que, <i>n’ayant point été expliquées</i>, chacun de vous voudra
-jouir de la victoire?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Ces syllabes n’ayant point été expliquées; si elles n’ont pas
-été expliquées.</p>
-
-<p class="ti" id="part_pres_var">&mdash;<span class="t4">PARTICIPE PRÉSENT</span> <i>qui s’accorde</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De ces petits pourpoints sous les bras se <i>perdants</i>,</div>
-<div class="verse">Et de ces grands collets jusqu’au nombril <i>pendants</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>On veut que <i>pendant</i> s’accorde, parce qu’il est, dit-on, <i>adjectif
-verbal</i>: une manche <i>pendante</i>; mais on commande de
-laisser <i>se perdant</i> invariable, parce qu’il est participe. Cette
-<span class="pagenum" id="Page_284">284</span>
-distinction toute moderne a bien l’air d’une chimère et d’un
-raffinement sophistique; le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle n’en avait nulle idée,
-et moins encore les siècles précédents:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si quatre mille écus de rente bien <i>venants</i>,</div>
-<div class="verse">Une grande tendresse et des soins complaisants...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De ces brutaux fieffés, qui sans raison ni suite</div>
-<div class="verse">De leurs femmes en tout contrôlent la conduite,</div>
-<div class="verse">Et, du nom de maris fièrement <i>se parants</i>,</div>
-<div class="verse">Leur rompent en visière aux yeux des soupirants.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">1<sup>er</sup> <span class="t5">MÉDECIN</span>. Cette maladie <i>procédante</i> du vice des hypocondres.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p class="cit">Pour remédier à cette pléthore <i>obturante</i>, et à cette cacochymie <i>luxuriante</i>
-par tout le corps...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">Une jeune fille toute <i>fondante</i> en larmes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Boileau, tout sévère grammairien qu’il était, a dit:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et plus loin des laquais, l’un l’autre <i>s’agaçants</i>,</div>
-<div class="verse">«Font aboyer les chiens et jurer les passants.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> VI.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Entendra les discours sur l’amour seul <i>roulants</i>,</div>
-<div class="verse">«Ces doucereux Renauds, ces insensés Rolands.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> X.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Cent mille faux zélés, le fer en main <i>courants</i>,</div>
-<div class="verse">«Allèrent attaquer leurs amis, leurs parents.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> XII.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Infâmes scélérats à sa gloire <i>aspirants</i>,</div>
-<div class="verse">«Et voleurs revêtus du nom de conquérants.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Et Racine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Les ennemis, offensés de la gloire,</div>
-<div class="verse10">«Vaincus cent fois et cent fois suppliants,</div>
-<div class="verse10">«En leur fureur de nouveau
- <i>s’oubliants</i><a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Idylle sur la Paix.</i>)</div>
-
-<p>Et Voltaire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«De deux alexandrins côte à côte <i>marchants</i>,</div>
-<div class="verse">«Que l’un est pour la rime et l’autre pour le sens.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître">Ép.</abbr> au roi de la Chine.</i>)</div>
-
-<p>Ce sont vestiges de l’ancienne langue. Dans l’origine, le participe
-présent, placé après son substantif, s’y accordait, comme
-fait encore le participe passé:</p>
-
-<p class="cit">«Les femmes et les meschines vindrent encuntre le rei Saul... <i>charolantes</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_285">285</span>
-e <i>juantes</i>, e <i>chantantes</i> que Saul out ocis mille David dis mille.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 70.)</div>
-
-<p class="cit">«Et ele descirad sa gunelle... si s’en alad <i>criante</i> e <i>plurante</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 164.)</div>
-
-<p class="cit">«Li fiz le rei entrerent, et vindrent devant le rei <i>crianz</i> e <i>pluranz</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 167.)</div>
-
-<p>Je trouve, à la vérité, un exemple du participe présent invariable
-dans le Merlin de Robert de Bouron, écrit au <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle:</p>
-
-<p class="cit">«Il voit issir fors bien cent damoiselles et plus, qui viennent <i>carolant</i>
-et <i>dansant</i> et <i>chantant</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Du Cange</span>, <i>in Charolare</i>.)</div>
-
-<p>Peut-être est-ce à cause de l’intermédiaire <i>qui viennent</i>; et
-puis sur quel manuscrit Du Cange ou ses continuateurs ont-ils
-pris ce texte?</p>
-
-<p>Ce qui est certain, c’est que Montaigne fait accorder le participe
-présent, même des auxiliaires <i>être</i> et <i>avoir</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Aulcuns <i>choisissants</i> plustost de se laisser desfaillir par faim et par
-jeusne, <i>estants</i> prins... Combien il eust esté aysé de faire son proufit
-d’ames si neufves, si affamées d’apprentissage, <i>ayants</i> pour la pluspart
-de si beaux commencements naturels!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Essais.</i> III. 6.)</div>
-
-<p>Mais, comme dans le passage de Robert de Bouron, il tient
-le participe invariable construit avec un autre verbe:</p>
-
-<p class="cit">«Ceulx qui, pour le miracle de la lueur d’ung mirouer ou d’un coulteau,
-<i>alloient eschangeant</i> une grande richesse en or et en perles.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Cette méthode de l’accord n’était pas sans avantages; par
-exemple, Montaigne dit des Espagnols qui torturèrent Guatimozin:</p>
-
-<p class="cit">«Ils le pendirent depuis, <i>ayant</i> courageusement entreprins de se deslivrer
-par armes d’une si longue captivité et subjection.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Essais</i>, III. 6.)</div>
-
-<p><i>Ayant</i>, au singulier, fait voir que la phrase se rapporte au
-cacique, et non à ses bourreaux, qui sont le sujet de la phrase.
-Si c’étaient les Espagnols qui eussent entrepris, Montaigne eût
-écrit <i>ayants</i>, avec une <i>s</i>. C’est au reste l’usage latin; voilà
-pourquoi il a passé dans notre langue: <i lang="la" xml:lang="la">Occiderunt eum luctantem
-et conantem plurima frustra</i>.</p>
-
-<p>La grammaire de Sylvius, ou Jacques Dubois, rédigée en
-latin en 1531, ne pose point de règles particulières pour le
-participe présent; mais, en conjuguant le verbe <i>avoir</i>, elle dit,
-<span class="pagenum" id="Page_286">286</span>
-p. 132:&mdash;«<span lang="la" xml:lang="la">habens, habentis</span>; haiant, <i>haiante</i>;» et dans la
-conjugaison du verbe <i>aimer</i>: «amans, aimant, <i>aimante</i>.»</p>
-
-<p>Jehan Masset, dont l’<i>Acheminement à la langue françoyse</i>
-est imprimé à la suite du dictionnaire de Nicot (1606), ne dit
-rien non plus du participe; mais, dans les modèles de conjugaison,
-il le met aussi variable. Page 15: «<i lang="la" xml:lang="la">habens</i>; masculin
-<i>ayant</i>, féminin <i>ayante</i>.»</p>
-
-<p>Le langage du palais, qui est un témoin si fidèle, fait le participe
-présent variable. Regnard, dans <i>le Joueur</i>, a reproduit
-la formule exacte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. A Margot de la Plante,</div>
-<div class="verse">«Majeure, et de ses droits <i>usante</i> et <i>jouissante</i>.»</div>
-</div>
-
-<p>En somme, on trouve que l’invariabilité absolue du participe
-présent ne s’est guère établie que dans le courant du <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup>
-siècle, et que la distinction entre ce participe et l’adjectif verbal
-est du <span class="t5">XIX</span><sup>e</sup>. Jusque-là, on ne savait ce que c’était que
-<ins id="cor_11" title="d’adjectif">l’adjectif</ins> verbal.</p>
-
-<p>Ce sont les grammairiens très-modernes qui ont enrichi
-notre langue de ces distinctions souvent insaisissables, et de ces
-difficultés de participes parfois insolubles.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PARTICIPE PRÉSENT</span> rapporté par syllepse à
-un sujet autre que le sujet de la phrase:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Je prétends, s’il vous plaît,</div>
-<div class="verse">Dût le mettre au tombeau le mal dont il vous berce,</div>
-<div class="verse">Qu’avec lui désormais vous rompiez tout commerce;</div>
-<div class="verse">Que, <i>venant</i> au logis, pour votre compliment,</div>
-<div class="verse">Vous lui fermiez au nez la porte honnêtement.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p><i>Venant au logis</i>, lorsqu’<i>il</i> viendra au logis, <i>vous</i> lui fermiez,
-etc...</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et lui <i>jetant</i>, s’il heurte, un grès par la fenêtre,</div>
-<div class="verse">L’obligiez tout de bon à ne plus y paroître.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p><i>Et lui jetant</i>: ce second participe se rapporte régulièrement
-à Agnès, et rend plus sensible l’incorrection du premier.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4"><i>N’ayant</i> ni beauté ni naissance</div>
-<div class="verse">A pouvoir mériter leur amour et leurs soins,</div>
-<div class="verse8"><i>Ils</i> nous favorisent au moins</div>
-<div class="verse8">De l’honneur de la confidence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 3.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_287">287</span>
-Aglaure veut dire à sa sœur: Comme nous n’avons ni beauté
-ni naissance, <i>ils</i>, les princes, nous favorisent...</p>
-
-<p>On peut hardiment proscrire cette tournure, parce qu’elle
-prête à l’équivoque; il semble ici que ce soient les deux princes
-qui, sans avoir ni beauté ni naissance, favorisent Aglaure et
-Cydippe...</p>
-
-<p class="item"><i>PARTICIPE ABSOLU</i>, comme en latin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin!</div>
-<div class="verse">Mais j’avois, <i>lui vivant</i>, le teint d’un chérubin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p>La plupart des exemples de l’article précédent, où l’on voit
-le participe présent employé d’une manière sujette à l’équivoque,
-peuvent se rapporter au participe absolu, que les Latins
-mettaient à l’ablatif.</p>
-
-<p class="cit">On connoîtra sans doute que, <i>n’étant autre chose qu’un poëme ingénieux</i>,...
-on ne sauroit la censurer sans injustice.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p><i>N’étant autre chose</i>, se rapporte à la comédie dont le nom
-ne se trouve pas dans cette phrase, mais seulement dans la précédente.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je l’ai vue ailleurs, où <i>m’ayant fait</i> connoître</div>
-<div class="verse">Les grands talents qu’elle a pour savoir l’avenir,</div>
-<div class="verse">Je voulois sur un point un peu l’entretenir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p><i>Je l’ai vue...</i>, <i>je voulois</i>, se rapportent à Mascarille, et
-<i>m’ayant fait connaître</i>, à <i>elle</i>, à Célie, qui n’est désignée
-qu’après. En sorte que le nominatif est changé, avant que l’auditeur
-ou le lecteur en puisse être prévenu.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais savez-vous aussi, <i>lui trouvant des appas</i>,</div>
-<div class="verse">Qu’autrement qu’en tuteur sa personne me touche...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Savez-vous, Valère, que moi, Sganarelle, lui trouvant des
-appas, sa personne me touche autrement qu’en tuteur?</p>
-
-<p>Ces tournures sont fréquentes dans Molière.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai voulu l’acheter, l’édit, expressément,</div>
-<div class="verse">Afin que d’Isabelle il soit lu hautement;</div>
-<div class="verse">Et ce sera tantôt, <i>n’étant plus occupée</i>,</div>
-<div class="verse">Le divertissement de notre après-soupée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 9.)</div>
-
-<p>Isabelle n’étant plus occupée, quand Isabelle ne sera plus
-occupée.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_288">288</span>
-<i>PARTICIPE PASSÉ</i> invariable en genre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">HIPPOLYTE.</div>
-<div class="verse">Si, lorsque mes amants sont devenus les vôtres,</div>
-<div class="verse">Un seul m’eût <i>consolé</i> de la perte des autres.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 13.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="scen"><span class="t4">ARNOLPHE</span> (<i>à Agnès</i>):</div>
-<div class="verse">L’air dont je vous ai <i>vu</i> lui jeter cette pierre...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">ELMIRE.</div>
-<div class="verse">Aurois-je pris la chose ainsi qu’on m’a <i>vu</i> faire?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p>Il ne faut pas douter que ce ne soient là des fautes de français.
-Si Corneille a fait rimer, dans le <i>Menteur</i>, ceux que le ciel
-a <i>joint</i> avec <i>point</i>, Corneille a eu tort; et tort qui voudrait s’autoriser
-là-dessus des exemples de Corneille et de Molière.</p>
-
-<p class="item" id="particulier">PARTICULIER (<span class="t5">LE</span>), substantif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Dans le particulier</i> elle oblige sans peine.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="par_trop">PAR TROP; <i>par</i> donne à <i>trop</i> la force du superlatif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu m’obliges <i>par trop</i> avec cette nouvelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Étourdi.</i> III. 8.)</div>
-
-<p>On trouve dans Térence et dans Priscien, <i lang="la" xml:lang="la">pernimium</i>.</p>
-
-<p><i>Par</i>, dans la vieille langue, se composait avec les noms, les
-verbes, les adjectifs et les adverbes, pour leur communiquer
-la valeur superlative. <i>Pardon</i> (<span lang="la" xml:lang="la">summum donum</span>); <i>paramer</i>
-(<span lang="la" xml:lang="la">peramare</span>);&mdash;<i>parhardi</i>
-(<span lang="la" xml:lang="la">peraudax</span>);&mdash;<i>partrop</i> (<span lang="la" xml:lang="la">pernimium</span>.)</p>
-
-<p><i>Trop</i> est le substantif <i>trope</i> (<i>troupe</i>), pris adverbialement
-(<span lang="la" xml:lang="la"><i>turba</i>, <i>truba</i>, <i>trupa</i></span>); comme <i>mie</i>, <i>pas</i>,
-<i>point</i>, <i>peu</i>, <i>prou</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <i>des Variations du langage français</i>, p. 235.)</p>
-
-<p class="item" id="pas">PAS, surabondant, pour nier, avec <i>aucun</i>, <i>ni</i>, <i>ne</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Autrefois j’ai connu cet honnête garçon,</div>
-<div class="verse">Et vous <i>n’</i>avez <i>pas</i> lieu d’en prendre <i>aucun</i> soupçon.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Étourdi.</i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Les bruits que j’ai faits</div>
-<div class="verse">Des visites qu’ici reçoivent vos attraits,</div>
-<div class="verse">Ne sont <i>pas</i> envers vous l’effet d’<i>aucune</i> haine.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Molière a traité <i>aucun</i> absolument comme <i>quelque</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ne</i> sont pas envers vous l’effet <i>de quelque</i> haine.</div>
-</div>
-
-<p>Et véritablement c’est la valeur de <i>aucun</i>, dérivé de <i lang="la" xml:lang="la">aliquis</i>:
-<i>alque</i>, <i>auque</i>, <i>auque un</i> (<i lang="la" xml:lang="la">aliquis unus</i>.) Ainsi le mot <i>aucun</i> est
-par lui-même affirmatif.</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_289">289</span>
-Est-il possible que ce même Sostrate, <i>qui n’a pas craint ni Brennus, ni</i>
-tous les Gaulois....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! vous avez plus faim que vous <i>ne</i> pensez <i>pas</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p id="double_negation"><i>Ne</i> est l’unique négation que possède la langue française.</p>
-
-<p>Pour l’aider en quelque sorte dans son office, on a déterminé
-un certain nombre de substantifs monosyllabes, exprimant
-des objets minimes, des quantités réduites, qui servent
-de terme de comparaison, et, construits avec <i>ne</i>, semblent
-prendre à son contact la qualité d’adverbes et de négations;
-mais il ne faut pas s’y tromper. Ces mots sont: <i>pas</i>, <i>point</i>,
-<i>rien</i>, <i>mie</i>; ce sont de vrais substantifs à l’accusatif, complément
-d’un verbe qui se place entre <i>ne</i> et son adjoint. Je <i>ne</i> dis
-<i>rien</i>; il <i>ne</i> vient <i>pas</i>; <i>ne</i> mentez
-<i>point</i><a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>.</p>
-
-<p>Maintenant il faut savoir que l’on ne donne à <i>ne</i> qu’un seul
-de ces adjoints, de ces adverbes artificiels: <i>ne pas</i>;&mdash;<i>ne point</i>;&mdash;<i>ne
-mie</i>;&mdash;<i>ne... rien</i>. La faute de Martine, dans les <i>Femmes
-savantes</i>, est de joindre à la négation deux de ces suppléments:</p>
-
-<p>«Et tous vos biaux dictons <i>ne</i> servent <i>pas</i> de <i>rien</i>.» Le <i>vice
-d’oraison</i> ne consiste donc pas à joindre <i>pas</i> avec <i>rien</i>, comme
-le prétend Philaminte, mais à joindre <i>pas</i> et <i>rien</i> avec <i>ne</i>.</p>
-
-<p>Cela est si vrai, que Molière a très-souvent fait cette réunion
-de <i>ne... pas... rien</i>. Mais alors il y a toujours deux
-verbes, l’un qui supporte l’action négative de <i>ne pas</i>; l’autre
-qui commande <i>rien</i>.</p>
-
-<p>Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d’œil
-choquer la règle posée par Molière lui-même, analysés d’après
-ce principe, n’ont plus rien que de très-régulier. On y trouvera
-partout deux verbes pour les trois mots <i>ne</i>, <i>pas</i>, <i>rien</i>,
-que la bonne Martine accumulait tous trois sur l’unique verbe
-<i>servir</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. Il la gardera bien,</div>
-<div class="verse">Et <i>je ne vois pas</i> lieu d’y <i>prétendre</i> plus <i>rien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tu <i>n’as pas</i> sujet de <i>rien appréhender</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Albert <i>n’est pas</i> un homme à vous <i>refuser rien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et mon dessein <i>n’est pas</i> de leur <i>rien opposer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_290">290</span>
-Ce <i>n’est pas</i> ma coutume que de <i>rien blâmer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous <i>n’avons pas</i> envie aussi de <i>rien savoir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Auprès de cet objet mon sort est assez doux,</div>
-<div class="verse">Pour <i>ne pas consentir</i> à <i>rien prendre</i> de vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ce n’est pas</i> mon dessein de me faire épouser par force, et de <i>rien prétendre</i>
-à un cœur qui se seroit donné.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je ne suis <i>point</i> un homme à <i>rien</i> craindre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit"><i>Il ne faut pas</i> qu’il <i>sache rien</i> de tout ceci.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Mon intention <i>n’est pas</i> de vous <i>rien déguiser</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Je <i>ne veux point</i> qu’il me <i>dise rien</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ne faites point</i> semblant <i>de rien</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2. et <i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B.
-gent.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>Dans ce dernier exemple, <i>rien</i> est visiblement un substantif
-au génitif, gouverné par un substantif qui le précède, <i>semblant</i>.
-Ne faites pas semblant de quelque chose, ou qu’il y ait quelque
-chose.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAS</span>, <i>supprimé</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, <i>je ne veux du tout</i> vous voir ni vous entendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>A l’occasion de ce vers, j’observe que <i>du tout</i>, au sens de
-<i>absolument</i>, <i>complétement</i>, ne sert plus que dans les formules
-négatives; mais que, dans l’origine, on l’employait également
-pour affirmer:</p>
-
-<p class="cit">&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Servite Domino in
-omni corde vestro.</i> «Nostre Seigneur Deu <i>del tut</i>
-(du tout) siwez, e de tut vostre quer servez.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 41.)</div>
-
-<p class="item" id="pas_substantif">PAS, substantif; <span class="t5">PAS A PAS</span>, posément:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous achèverez seule; et, <i>pas à pas</i>, tantôt</div>
-<div class="verse">Je vous expliquerai ces choses comme il faut.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAS DEVANT (LE)</span>, substantif composé, <span class="t5">PRENDRE
-LE PAS DEVANT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Du <i>pas devant</i> sur moi <i>tu prendras l’avantage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’esprit doit sur le corps prendre <i>le pas devant</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p><i>Devant</i> n’est pas ici une préposition qui ferait double emploi
-avec <i>sur</i>; <i>pas-devant</i> est un mot composé, comme qui dirait le
-<i>pas antérieur</i>. N’a-t-on pas eu tort de laisser perdre cette
-<span class="pagenum" id="Page_291">291</span>
-expression qui n’a aucun équivalent, et dont l’absence oblige à
-une périphrase?</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#perdre_les_pas"><span class="t5">PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PASSE; ÊTRE EN PASSE DE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Nous ne sommes pas encore connues, mais <i>nous sommes en passe de
-l’être</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai servi quatorze ans, et je crois <i>être en passe</i></div>
-<div class="verse"><i>De pouvoir</i> d’un tel pas me tirer avec grâce.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je crois, par le rang que me donne ma race,</div>
-<div class="verse">Qu’il est fort peu d’emplois <i>dont je ne sois en passe</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p><i>Passe</i> s’appelait autrefois, au jeu de mail et de billard, une
-porte ou arc de fer, par où la boule ou la bille devait passer.
-Le joueur assez adroit pour s’être placé le plus près de cet arc
-était <i>en passe</i>, c’est-à-dire, sur le point de passer. De là l’expression
-figurée en parlant d’un homme en mesure de réussir.
-C’est l’explication de <i>Trévoux</i>, qui cite à l’appui les vers du
-<i>Misanthrope</i>.</p>
-
-<p class="item" id="passer">PASSER; <span class="t5">FAIRE PASSER A QUELQU’UN LA PLUME PAR
-LE BEC</span>, l’attraper, le duper, sans qu’il puisse se
-plaindre:</p>
-
-<p class="cit">Nous verrons cette affaire, pendard, nous verrons cette affaire. Je ne
-prétends pas qu’on me fasse <i>passer la plume par le bec</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Pour empêcher les oisons de traverser les haies et d’entrer
-dans les jardins qu’elles entourent, on passe une plume par
-les deux ouvertures qui sont à la partie supérieure de leur bec.
-De là le proverbe <i>passer la plume par le bec</i>; de là vient aussi
-l’expression proverbiale d’<i>oison bridé</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(Note de <span class="smcap">M. Auger</span>.)</div>
-
-<p>Ainsi, passer à quelqu’un la plume par le bec, signifie le
-traiter comme un oison.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PASSER</span>, se passer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous savez que dans
- celle<a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> où <i>passa</i> mon bas âge...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_292">292</span>
-&mdash;<span class="t4">PASSER DE</span>, pour <i>sortir de</i>:</p>
-
-<p class="cit">Il y a cent choses comme cela qui <i>passent de la tête</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PASSER (SE) DE</span>, se contenter de, et non <i>se priver</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme <i>qui s’est passé</i> durant
-sa vie <i>d’une assez simple demeure</i> en veuille avoir une si magnifique
-pour quand il n’en a plus que faire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="patineurs">PATINEURS:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLAUDINE</span>.&mdash;Ah! doucement. Je n’aime pas <i>les patineurs</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>La racine de ce mot est <i>patte</i>, pour <i>main</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Les <i>patineurs</i> sont gens insupportables,</div>
-<div class="verse10">«Même aux beautés qui sont très-patinables.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Patiner</i>, manier malproprement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="patrociner">PATROCINER, du latin <i lang="la" xml:lang="la">patrocinari</i>, faire l’avocat:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Prêchez, <i>patrocinez</i> jusqu’à la Pentecôte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="payer">PAYER; <span class="t5">PAYER UN PRIX DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Non, en conscience, <i>vous en payerez cela</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAYER DE</span>, alléguer pour excuse:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tantôt <i>vous payerez de</i> quelque maladie</div>
-<div class="verse">Qui viendra tout à coup, et voudra des délais;</div>
-<div class="verse">Tantôt <i>vous payerez de</i> présages mauvais.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous nous <i>payez ici d’excuses</i> colorées.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Je le croiray volontiers, pourveu qu’il ne me <i>donne pas en payement</i>
-une doctrine beaucoup plus difficile et fantastique que n’est la chose
-mesme.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 37.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAYER POUR</span> (un substantif), payer en qualité de.
-(Voyez <a href="#gager"><span class="t5">GAGER POUR</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PAYEROIT</span>, <span class="t5">PAYEREZ</span>, de trois syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fût-ce mon propre frère, il me la <i>payeroit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tantôt vous <i>payerez</i> de quelque maladie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on m’a mis en main une bague à la mode,</div>
-<div class="verse">Qu’après vous <i>payerez</i>, si cela l’accommode.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Molière, s’il eût été d’usage alors de syncoper les mots, eût
-mis facilement <i>que vous paîrez après</i>.</p>
-
-<p class="item" id="paysanne">PAYSANNE, de trois syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la bonne <i>paysanne</i>, apprenant mon désir....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_293">293</span>
-&mdash;de quatre syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et cette <i>paysanne</i> a dit, avec franchise,</div>
-<div class="verse">Qu’en vos mains à quatre ans elle l’avoit remise.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<p class="ti" id="paysan">&mdash;<span class="t4">PAYSAN</span>, de trois syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je sais un <i>paysan</i> qu’on appeloit Gros-Pierre....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;de deux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Que le <i>paysan</i> recueille, emplissant à milliers</div>
-<div class="verse">«Greniers, granges, chartis, et caves, et celiers.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <abbr title="Satire">Sat.</abbr> XV.)</div>
-
-<p class="item" id="paysannerie">PAYSANNERIE comme <i>bourgeoisie</i>:</p>
-
-<p class="cit">J’aurois bien mieux fait...... de m’allier en bonne et franche <i>paysannerie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>L’Académie dit qu’il est peu usité.</p>
-
-<p class="item" id="pecques">PECQUES:</p>
-
-<p class="cit">A-t-on jamais vu, dis-moi, deux <i>pecques</i> provinciales faire plus les
-renchéries que celles-là?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p>Molière avait rapporté cette expression du Midi, où l’on
-dit d’un fâcheux dont on ne peut se débarrasser, que c’est un
-morceau de poix: <i lang="es" xml:lang="es">es una pegue</i>.</p>
-
-<p>A moins que <i>pecque</i> ne soit une abréviation de <i>pécore</i>, ce qui
-conviendrait mieux au sens de ce passage.</p>
-
-<p>Trévoux dit que <i>pecq</i>, en vieux français, signifiait un mauvais
-cheval. Il aurait bien dû en citer des exemples, s’il en
-connaissait: pour moi, je ne l’ai jamais vu.</p>
-
-<p class="item" id="peindre">PEINDRE <span class="t5">EN ENNEMIS</span>, c’est-à-dire, sous les traits
-d’ennemis:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et me jeter au rang de ces princes soumis,</div>
-<div class="verse">Que le titre d’amants lui <i>peint en ennemis</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Un titre qui peint ne paraît pas une métaphore heureuse.</p>
-
-<p class="item" id="peine">PEINE; <span class="t5">ÊTRE EN PEINE OÙ</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ne soyez point en peine où</i> je vous mènerai.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>De savoir où je vous mènerai.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">AVOIR PEINE A</span>, pour <i>avoir de la peine à...</i>:</p>
-
-<p class="cit">Comment! il semble que <i>vous ayez peine à</i> me reconnoître!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_294">294</span>
-«<i>J’ai peine à contempler</i> son grand cœur dans ces dernières épreuves.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <abbr title="Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre"><i>Or. fun. de la R. d’A.</i></abbr>.)</div>
-
-<p>Pascal dit pareillement <i>faire peine</i>, pour <i>faire de la peine</i>:</p>
-
-<p class="cit">«La seule comparaison que nous faisons de nous au fini <i>fait peine</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 122, 298.)</div>
-
-<p class="item" id="peinture">PEINTURE, au lieu de <i>portrait</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je n’ai pas reconnu les traits de <i>sa peinture</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p><i>Sa peinture</i> ne peut signifier que la peinture dont il est l’auteur,
-et non la peinture où il a servi de modèle.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#portrait"><span class="t5">PORTRAIT</span></a>, pour <i>peinture</i>, <i>tableau</i>.)</p>
-
-<p class="item">PÈLERIN, <span class="t5">CONNAÎTRE LE PÈLERIN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Si tu <i>connoissois le pèlerin</i>, tu trouverois la chose assez facile pour lui.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="penser">PENSER, substantif masculin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">Le seul <i>penser</i> de cette ingratitude</div>
-<div class="verse">Fait souffrir à mon âme un supplice si rude....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Ah! fasse le ciel équitable</div>
-<div class="verse8">Que ce <i>penser</i> soit véritable!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Dans l’origine, tous les infinitifs pouvaient jouer le rôle de
-substantifs, moyennant l’addition de l’article, comme tout adjectif
-pouvait faire l’office d’adverbe:</p>
-
-<p class="cit">«Tous les <i>marchers</i>, <i>toussers</i>, <i>mouchers</i>, <i>éternuers</i>, sont différents.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 213.)</div>
-
-<p>Il est évidemment impossible de substituer ici <i>démarche</i>,
-<i>toux</i>, <i>éternument</i>; et nous n’avons aucun substantif, même
-approximatif, pour dire <i>le moucher</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PENSER</span> (verbe) suivi d’un infinitif, pour <i>être
-près de</i>:</p>
-
-<p class="cit">Nous avons aussi mon neveu le chanoine, qui a <i>pensé mourir</i> de la petite
-vérole.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="pente">PENTE, penchant; <span class="t5">AVOIR PENTE A</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>La pente qu’a le prince à</i> de jaloux soupçons.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Garcie.</i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un sort trop plein de gloire à nos yeux est fragile,</div>
-<div class="verse">Et nous laisse <i>aux soupçons une pente</i> facile.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_295">295</span>
-PERDRE <span class="t5">FORTUNE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et les premières flammes</div>
-<div class="verse">S’établissent des droits si sacrés sur les âmes,</div>
-<div class="verse">Qu’il faut <i>perdre fortune</i>, et renoncer au jour,</div>
-<div class="verse">Plutôt que de brûler des feux d’un autre amour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Perdre toute fortune. <i>Fortune</i> est ici pris au sens le plus
-large du latin <i>fortuna</i>; il ne s’agit pas seulement des biens de
-la fortune, mais de tout ce qui constitue ici-bas la félicité.
-C’est en quoi l’expression <i>perdre fortune</i> diffère de <i>perdre sa
-fortune</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PERDRE L’ATTENTE</span> de quelque chose.
-(Voyez <a href="#attente"><span class="t5">NE PERDRE QUE L’ATTENTE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti" id="perdre_les_pas">&mdash;<span class="t4">PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN</span>, perdre sa trace:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il m’est, lorsque j’y pense, avantageux sans doute</div>
-<div class="verse">D’avoir <i>perdu ses pas</i> et pu manquer sa route.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PERDRE TEMPS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Monsieur, <i>j’ai perdu temps</i>, votre homme se dédit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je vais, sans <i>perdre temps</i>, y disposer Oronte.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>La Galerie du Palais.</i>)</div>
-
-<p>M. Auger blâme cette locution comme équivoque: est-ce perdre
-<i>du</i> temps, ou perdre <i>son</i> temps? La critique est bien vétilleuse,
-et l’équivoque du sens, argument spécieux auquel on recourt
-beaucoup trop souvent, n’est presque jamais à craindre.</p>
-
-<p class="item">PÉRICLITER, absolument, courir un danger, risquer:</p>
-
-<p class="cit">Mais croyez-vous, maître Simon, qu’il n’y ait rien à <i>péricliter</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Rien à risquer en faisant cette affaire? croyez-vous que je
-n’expose rien?</p>
-
-<p class="item" id="personne">PERSONNE, suivi d’un adjectif, d’un pronom ou d’un
-participe au masculin:</p>
-
-<p class="cit"><i>Personne</i> ne t’est <i>venu</i> rendre visite?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">La complaisance est trop grande, de souffrir indifféremment toutes <i>sortes</i>
-de <i>personnes</i>.&mdash;Je goûte <i>ceux</i> qui sont raisonnables, et me divertis des
-<i>extravagants</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibidem.</i>)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_296">296</span>
-Jamais je n’ai vu <i>deux personnes</i> être si <i>contents</i> l’un de l’autre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> I. 2.)</div>
-
-<p>Il s’agit d’un amant et de sa fiancée.</p>
-
-<p class="cit">Des vers tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à <i>deux
-personnes</i> qui disent les choses <i>d’eux-mêmes</i> et parlent sur-le-champ.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PERSONNE DU MONDE</span>, personne absolument:</p>
-
-<p class="cit">Quoi, cousine, personne ne t’est venu rendre visite?&mdash;<i>Personne du
-monde.</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École">Crit. de l’Éc.</abbr> des femmes.</i> 1.)</div>
-
-<p>On observera que le mot <i>personne</i> est affirmatif de soi; il sert
-ici à nier, parce que la pensée le rattache à la négation renfermée
-dans l’ellipse: personne <i>n</i>’est venu me rendre visite.</p>
-
-<p class="item"><i>PERSONNE.</i> Verbe à une autre personne que son
-sujet:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">VALÈRE</span>. Je vous demande si ce n’est pas <i>vous</i> qui <i>se nomme</i> Sganarelle.</p>
-
-<p class="citrep"><span class="t5">SGAN</span>. En ce cas, c’est <i>moi</i> qui se <i>nomme</i> Sganarelle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p>Plus loin, Molière a mis, en observant le rapport des personnes:</p>
-
-<p class="cit">Ouais! seroit-ce bien <i>moi</i> qui me <i>tromperois</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que me diriez-vous, monsieur, si c’était <i>moi</i></div>
-<div class="verse">Qui vous <i>eût</i> procuré cette bonne fortune?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Dépit <abbr title="amoureux">am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce ne seroit pas <i>moi</i> qui <i>se feroit</i> prier.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p>Racine a dit pareillement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Il ne voit dans son sort que <i>moi</i> qui <i>s’intéresse</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Britannicus.</i>)</div>
-
-<p>Les grammairiens, depuis Vaugelas, ont décidé qu’il faut toujours
-le verbe à la première personne, parce que le pronom y est.
-La raison paraît douteuse, car il y a aussi un autre verbe qui est
-placé le premier, et qui est à la troisième personne. Pourquoi
-l’accord ne se ferait-il pas aussi bien avec ce premier verbe
-qu’avec le pronom qui le suit?</p>
-
-<p>Celui qui se nomme Sganarelle, c’est moi;&mdash;celui qui vous
-a procuré cette bonne fortune, c’est moi;&mdash;celle qui se ferait
-prier, ce ne serait pas moi:&mdash;voilà comme on serait obligé de
-parler pour satisfaire la logique. Et parce que l’ordre des mots
-est renversé, le rapport des termes de l’idée change-t-il aussi?
-Non sans doute. La facilité que laissait l’usage du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle
-<span class="pagenum" id="Page_297">297</span>
-me semble donc, en principe, plus raisonnable que la loi étroite
-du <span class="t5">XIX</span><sup>e</sup>. Il est certain d’ailleurs que cette rigueur ne produirait
-pas toujours un bon effet dans l’application. Par exemple,
-il n’en coûtait pas davantage, à Racine de mettre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il ne voit dans ses pleurs que moi qui <i>m’intéresse</i>.</div>
-</div>
-
-<p>Mais la pensée ne se présente plus du tout de même. Junie
-ne veut pas dire: Moi seule je m’intéresse dans ses pleurs;
-mais: Qui est-ce qui s’intéresse dans ses pleurs?&mdash;Moi seule.
-Dans la première tournure, l’idée qui frappe d’abord, c’est la
-personne de Junie; dans la seconde, c’est l’isolement et l’abandon
-de Britannicus. L’une est propre à irriter Néron, l’autre
-à le désarmer.</p>
-
-<p>Ces délicatesses font le caractère des grands écrivains; et les
-despotes de la grammaire, avec leur précision géométrique,
-tendent à les rendre impossibles: ils matérialisent la langue.</p>
-
-<p class="item" id="peste">PESTE; <span class="t5">LA PESTE SOIT</span>, <span class="t5">LA PESTE SOIT FAIT</span>; exclamation,
-suivie du nominatif; <span class="t5">LA PESTE DE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>La peste le coquin! La peste le benêt!</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> III. 6. et V. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Peste soit le coquin</i>, de battre ainsi sa femme!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>C’est une inversion: que le coquin soit la peste, c’est-à-dire,
-soit empesté, devienne la peste elle-même.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>La peste soit fait l’homme</i> et sa chienne de face!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>La peste de ta chute</i>, empoisonneur au diable!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Peste <i>du</i> fou fieffé!&mdash;Peste <i>de</i> la carogne!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">PÉTAUD; <span class="smcap">la cour du roi Pétaud</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est tout justement <i>la cour du roi Pétaud</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Les commentateurs, avec assez d’apparence, veulent que
-ce soit la cour du roi <i>Peto</i>, du roi des mendiants, où règnent
-le désordre et la confusion. Le mot <i>pétaudière</i> confirme l’autre
-orthographe.</p>
-
-<p class="item" id="petite_oie">PETITE OIE, terme de toilette:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">MASCARILLE</span>. Que vous semble de ma <i>petite oie</i>? la trouvez-vous congruante
-à l’habit?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_298">298</span>
-«<i>Petite oye</i> est ce qu’on retranche d’une oye quand on
-l’habille pour la faire rostir, comme les pieds, les bouts d’aile,
-le cou, le foye, le gesier.» (<span class="smcap">Trévoux.</span>) C’est ce qu’on appelle
-aujourd’hui <i>un abatis</i>.</p>
-
-<p>Par une métaphore facile à comprendre, <i>petite oie</i> a désigné
-les accessoires de la toilette, plumes, rubans, dentelles, dont
-à cette époque le costume masculin était fort chargé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ne vous vendrai-je rien, monsieur? des bas de soie,</div>
-<div class="verse">«Des gants en broderie, ou quelque <i>petite oie</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>La Galerie du Palais.</i>)</div>
-
-<p><i>La petite oie</i> signifiait aussi, par une métaphore analogue,
-les plus légères faveurs de l’amour.</p>
-
-<p class="item" id="petons">PETONS, diminutif de <i>pieds</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ah! que j’en sais, belle nourrice,.... qui se tiendroient heureux de
-baiser seulement les petits bouts de vos <i>petons</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#bouchon"><span class="t5">BOUCHON</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="peu">PEU pour <i>un peu</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous le voyez: sans moi vous y seriez encore,</div>
-<div class="verse">Et vous aviez besoin de <i>mon peu d’ellébore</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p>La suivante veut dire: Vous aviez besoin de ce peu de jugement
-que m’a départi le ciel. Mais, à prendre sa phrase dans
-le sens ordinaire de cette tournure, elle dirait: Vous aviez besoin
-que j’eusse peu de jugement.</p>
-
-<p>Votre peu de foi vous a perdu.&mdash;Vous êtes perdu pour avoir
-eu trop peu de foi. C’est le sens régulier.</p>
-
-<p>Votre peu de foi vous a sauvé. C’est-à-dire, il vous a suffi
-d’un peu de foi pour être sauvé. C’est le sens exceptionnel que
-donne ici Molière à cette façon de parler. L’équivoque, sans
-compter l’usage, ne permet pas de l’admettre.</p>
-
-<p>Voltaire parle plus correctement que Molière, quand il fait
-dire à Omar:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je voulus le punir, quand <i>mon peu de lumière</i></div>
-<div class="verse">«Méconnut ce grand homme entré dans la carrière.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mahomet.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUELQUE PEU</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’en avois fait à sa mère <i>quelque peu</i> d’ouverture.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_299">299</span>
-PEUR DE, adverbialement, de peur de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">ALAIN.</div>
-<div class="verse">J’empêche, <i>peur du chat</i>, que mon moineau ne sorte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>On dit de même, mais légitimement, <i>faute de</i>, <i>crainte de</i>.&mdash;<i>Manque
-de</i>, souvent employé par Pascal, est aujourd’hui hors
-d’usage. Toutes ces locutions sont autant d’accusatifs ou d’ablatifs
-absolus. Si l’on admet les unes, il paraît inconséquent
-de rejeter les autres, d’approuver <i>faute de</i>, et de blâmer <i>peur
-de</i>. On allègue l’usage; mais, en bonne grammaire, l’usage
-nouveau ne devrait point établir de prescription définitive, surtout
-contre la logique appuyant l’ancien usage.</p>
-
-<p class="item">PEUT-ÊTRE... <span class="t5">ET QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Peut-être</i> a-t-il dans l’âme autant que moi de crainte,</div>
-<div class="verse8"><i>Et que</i> le drôle parle ainsi,</div>
-<div class="verse">Pour me cacher sa peur sous une audace feinte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="philosophe">PHILOSOPHE, adjectif comme <i>philosophique</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce chagrin <i>philosophe</i> est un peu trop sauvage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je crois qu’à la cour, aussi bien qu’à la ville,</div>
-<div class="verse">Mon flegme est <i>philosophe</i> autant que votre bile.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’il a bien découvert ici son caractère,</div>
-<div class="verse">Et que peu <i>philosophe</i> est ce qu’il vient de faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«C’étoit la partie la moins <i>philosophe</i> et la moins sérieuse de leur vie.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Le plus philosophe</i> étoit de vivre simplement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PHILOSOPHE</span>, substantif féminin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est <i>une philosophe</i> enfin; je n’en dis rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="item">PHLÉBOTOMISER, archaïsme, pour <i>saigner</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">1<sup>er</sup> MÉDECIN</span>. Je suis d’avis qu’il soit <i>phlébotomisé</i> libéralement.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="pic">PIC ou PIQUE, aux cartes:</p>
-
-<p>Molière écrit les deux:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">O la fine pratique!</div>
-<div class="verse">Un mari confident!&mdash;Taisez-vous, <i>as de pique</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dame et roi de carreau, dix et dame de <i>pique</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais lui fallant un <i>pic</i>, je sortis hors d’effroi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il ne m’en faut que deux, l’autre a besoin d’un <i>pic</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_300">300</span>
-Molière altère ici l’orthographe pour le besoin de la rime.
-<i>Pic</i>, ainsi figuré, signifie autre chose que <i>pique</i>: c’est un terme
-du jeu de piquet: <i>pic, repic et capot</i>:</p>
-
-<p class="cit">Vous allez faire <i>pic, repic et capot</i> tout ce qu’il y a de galant dans
-Paris.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Philis, contre la mort vainement on réclame:</div>
-<div class="verse">«Tôt ou tard qui s’y joue est fait <i>pic et capot</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Benserade.</span>)</div>
-
-<p class="item">PIÈCE; <span class="t5">BONNE PIÈCE</span>, ironiquement:</p>
-
-<p class="cit">Taisez-vous, <i>bonne pièce</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#bon"><span class="t5">BON</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE UNE PIÈCE</span>, jouer un tour:</p>
-
-<p class="cit">Cet homme-là est un fourbe qui m’a mis dans une maison pour se moquer
-de moi, et <i>me faire une pièce</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="cit">C’est une <i>pièce que l’on m’a faite</i>, et je n’ai aucun mal.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Ce sont des <i>pièces</i> qu’on lui fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 9.)</div>
-
-<p class="cit">«Ce ne fut pas sans la garder bonne à Ésope, qui tous les jours <i>faisoit
-de nouvelles pièces à son maître</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="pied">PIED; <span class="t5">METTRE SOUS LES PIEDS</span>, pour <i>mépriser</i>,
-<i>négliger</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes,</div>
-<div class="verse">Et <i>mettons sous nos pieds</i> les soupirs et les larmes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 18.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PIED A PIED</span>, pas à pas, petit à petit:</p>
-
-<p class="cit"><i>Pied à pied</i> vous gagnez mes résolutions.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. Gent.</abbr></i> III. 18.)</div>
-
-<p class="item" id="pilule">PILULE; <span class="t5">DORER LA PILULE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le seigneur Jupiter sait <i>dorer la pilule</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="pimpesouee">PIMPESOUÉE:</p>
-
-<p class="cit">Voilà une belle mijaurée, une <i>pimpesouée</i> bien bâtie, pour vous donner
-tant d’amour!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p>«<i>Pimpesouée</i>, femme qui montre des prétentions, avec de
-petites manières affectées et ridicules. <i>Pimpesouée</i> vient probablement
-du vieux verbe <i>pimper</i>, qui signifie <i>parer</i>, <i>attifer</i>,
-dont il nous reste <i>pimpant</i>, et du vieil adjectif <i>souef</i>, <i>souefve</i>,
-qui voulait dire <i>doux</i>, <i>agréable</i>.</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_301">301</span>
-Cette étymologie ne manque pas de vraisemblance; il ne reste
-plus qu’à trouver quelque part le vieux verbe <i>pimper</i>. J’avoue
-que, pour moi, je ne l’ai jamais rencontré; mais c’est un mot
-vraisemblable.</p>
-
-<p>Ménage veut que <i>pimpant</i> soit dit pour <i>pompant</i>. Il est certain
-qu’on disait, dans le latin du moyen âge, <i lang="la" xml:lang="la">pompare</i>, pour
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>superbire</i>, <i>gloriari</i></span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<span lang="la" xml:lang="la">Grandisonis <i>pompare</i> modis tragicoque boatu.</span>»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Sedulius.</span>)</div>
-
-<p>(Voyez Du Cange au mot <span class="t5" lang="la" xml:lang="la">POMPARE</span>.)</p>
-
-<p>Sur l’étymologie de <i>mijaurée</i>, je ne trouve rien de satisfaisant.</p>
-
-<p class="item">PIQUÉ, au figuré; <span class="t5">AVOIR L’AME PIQUÉE DE QUELQUE
-CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour mettre en mon pouvoir certaine Égyptienne</div>
-<div class="verse"><i>Dont j’ai l’âme piquée</i>, et qu’il faut que j’obtienne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="pis">PIS, au neutre, quelque chose de pis:</p>
-
-<p class="cit">La prose est <i>pis</i> que les vers.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu de Versailles.</i> 1.)</div>
-
-<p>Il s’agit de savoir, de la prose ou des vers, quel est le plus
-difficile à retenir par cœur; Molière décide que la prose est, à
-cet égard, <i>pis</i> que les vers.</p>
-
-<p><i>Pire</i> que les vers, marquerait la prééminence relative de la
-prose, ce dont il n’est pas question. <i>Pire</i> s’accorderait avec
-<i>prose</i>; <i>pis</i>, au neutre, se rapporte, à l’idée de <i>retenir par
-cœur</i>.</p>
-
-<p>C’est l’observation encore plus instinctive que raisonnée de
-ces nuances délicates qui fait l’habile écrivain.</p>
-
-<p class="item" id="plaiderie">PLAIDERIE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-3">Je verrai dans cette <i>plaiderie</i></div>
-<div class="verse">Si les hommes auront assez d’effronterie...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>La racine est <i>plaid</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Tous les jours le premier aux <i>plaids</i>, et le dernier!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Les Plaideurs.</i>)</div>
-
-<p>On ne dit plus que <i>plaidoirie</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_302">302</span>
-PLAINTE; <span class="t5">MURMURER A PLAINTE COMMUNE</span>, murmurer
-ensemble, pour le même sujet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Nous nous voyons sœurs d’infortune;</div>
-<div class="verse">Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport,</div>
-<div class="verse">Que nous pouvons mêler toutes les deux en une,</div>
-<div class="verse8">Et dans notre juste transport</div>
-<div class="verse8"><i>Murmurer à plainte commune</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>A plainte commune</i> est dit comme <i>à frais communs</i>.</p>
-
-<p class="item" id="plaisant">PLAISANT, qui plaît, agréable. Archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">AGNÈS.</div>
-<div class="verse">C’est une chose, hélas! si <i>plaisante</i> et si douce!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Le <i>plaisant</i> dialogue du <i>legislateur</i> de Platon, avecques ses concitoyens,
-fera honneur à ce passage.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">«Entre les livres simplement <i>plaisants</i>, je treuve des modernes le Decameron
-de Boccace, etc...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Ibid.</i> 10.)</div>
-
-<p><i>Livres plaisants</i>, c’est-à-dire qui n’apportent que du plaisir,
-de l’agrément, qu’on lit uniquement pour s’amuser.</p>
-
-<p class="cit">«...... Une perception soudaine et vive qui se fait d’abord en
-nous, à la présence des objets <i>plaisants</i> et fâcheux.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Connaissance de Dieu.</i>)</div>
-
-<p>On s’est permis, dans l’édition in-12 de 1846, de substituer
-«objets <i>agréables ou déplaisants</i>.» On ne saurait trop vivement
-blâmer ces témérités, qui n’iraient pas à moins qu’à
-transformer tous les dix ans les textes les plus précieux et vénérables.</p>
-
-<p class="item" id="plantureux">PLANTUREUX, archaïsme, abondant:</p>
-
-<p class="cit">Que les saignées soient fréquentes et <i>plantureuses</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p>On devrait écrire <i>plentureuses</i> par un <i>e</i>, la racine de ce
-mot étant, non pas <i>plante</i>, mais <i>plenté</i>, syncopé de <i lang="la" xml:lang="la">plenitatem</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Vous aurez du foin assez,</div>
-<div class="verse7">«Et de l’avoine <i>à plenté</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Prose de l’Asne.</i>)</div>
-
-<p>Et non <i>à planter</i>, comme je l’ai vu imprimé. Les ânes mangent
-de l’avoine, mais ils n’en plantent point; au rebours des
-hommes.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_303">303</span>
-PLATRER, métaphoriquement, dans le sens où nous
-disons aujourd’hui <i>replâtrer</i>, <i>dissimuler</i>:</p>
-
-<p class="cit">Jusqu’ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents, et <i>plâtré
-vos malversations</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux</div>
-<div class="verse">Que <i>le dehors plâtré</i> d’un zèle spécieux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Boileau se sert pareillement du substantif <i>plâtre</i>, au figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ses bons mots ont besoin de farine et de <i>plâtre</i>.»</div>
-</div>
-
-<p class="item" id="plein">PLEIN, complet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il est bien des endroits où la <i>pleine franchise</i></div>
-<div class="verse">Deviendroit ridicule, et seroit peu permise.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cette <i>pleine droiture</i> où vous vous renfermez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">C’est un haut étage de vertu que cette <i>pleine insensibilité</i> où ils veulent
-faire monter notre âme.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Que l’homme contemple donc la nature dans sa haute et <i>pleine majesté</i>!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«La promesse que J. C. nous a faite de rendre sa <i>joie pleine</i> en nous.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#a_plein"><span class="t5">A PLEIN</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti" id="plein_d_effroi">&mdash;<span class="t4">PLEIN D’EFFROI</span>, au sens actif, c’est-à-dire qui
-remplit d’effroi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’on s’aille former <i>un monstre plein d’effroi</i></div>
-<div class="verse">De l’affront que nous fait son manquement de foi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="plus">PLUS pour <i>le plus</i>, au superlatif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je vais employer mes efforts <i>plus puissants</i>,</div>
-<div class="verse">Remuer terre et ciel, m’y prendre de tous sens...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si vous leur dérobez leurs conquêtes <i>plus belles</i>,</div>
-<div class="verse">Et de tous leurs amants faites des infidèles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 13.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le remède <i>plus prompt</i> où j’ai su recourir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais ce qui <i>plus me plaît</i> d’une attente si chère...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est lors que <i>plus il m’aime</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Qui est <i>plus criminel</i> à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il
-a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n’a que faire?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Avare.</i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_304">304</span>
-«Quatre cent mille soldats qu’elle entretenoit étoient ceux de ses citoyens
-qu’elle (l’Égypte) exerçoit avec <i>plus</i> de soin.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet</span>, <i><abbr title="Histoire universelle">Hist. un.</abbr></i>
-III<sup>e</sup> partie.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Chargeant de mon débris les reliques <i>plus chères</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Bajazet.</i>)</div>
-
-<p>Cette façon de parler commençait dès lors à vieillir, et l’on
-ne tarda pas à la proscrire; mais au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, et surtout au
-moyen âge, on ne s’en faisait aucun scrupule:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«L’honneur, qui sous faux titre habite avecque nous,</div>
-<div class="verse">Qui nous ôte la vie et les plaisirs <i>plus doux</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <abbr title="Satire">Sat.</abbr> VI.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Estant là, je furète aux recoins <i>plus cachés</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Les gens du monde pour la santé où il avoit <i>plus</i> de fiance (Charles V),
-c’estoit en bons maistres medecins.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <i>Chron.</i> II. 70.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Gentis rois, dit la dame, par Deu qui maint la sus,</div>
-<div class="verse">Je vos commant la rien el monde que j’aim <i>plus</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="La Chanson">Chans.</abbr> des Saxons.</i> I. 85.)</div>
-
-<p>Je vous recommande la chose que j’aime le plus au monde.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Donez l’or et l’argent, et le vair et le gris;</div>
-<div class="verse">Car doner est la rien qui <i>plus</i> monte à haut pris.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 85.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Vous estes, fais-je, du lignage</div>
-<div class="verse8">«D’icy entour <i>plus</i> à louer.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Du lignage des environs le plus à louer.</p>
-
-<p class="item">PLUT A DIEU, suivi de l’infinitif:</p>
-
-<p class="cit"><i>Plût à Dieu l’avoir</i> tout à l’heure, devant tout le monde (le fouet),
-et savoir ce qu’on apprend au collége!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="poids">POIDS; <span class="t5">LE POIDS D’UNE GRIMACE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Le poids de sa grimace</i>, où brille l’artifice,</div>
-<div class="verse">Renverse le bon droit et tourne la justice.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#tourner_la_justice"><span class="t5">TOURNER LA JUSTICE</span></a>, et
-<a href="#metaphores"><span class="t5">MÉTAPHORES VICIEUSES</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE POIDS D’UNE CABALE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, pour moins que cela, <i>le poids d’une cabale</i></div>
-<div class="verse">Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Pascal a dit, <i>le poids de la vérité</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Il est sans doute que <i>le poids de la vérité</i> les déterminera incontinent à
-ne plus croire à vos impostures.»</p>
-
-<div class="citsrc">(15<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_305">305</span>
-La métaphore d’un poids qui détermine la balance à pencher
-à droite ou à gauche, est juste; celle d’un poids qui embarrasse
-dans un dédale, ne l’est pas.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">METTRE DU POIDS A QUELQUE CHOSE</span>, y attacher de
-l’importance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mon père est d’une humeur à consentir à tout;</div>
-<div class="verse">Mais <i>il met peu de poids</i> aux choses qu’il résout.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="point">POINT, surabondant avec <i>aucun</i>:</p>
-
-<p class="cit">On ne doit <i>point</i> songer à garder <i>aucunes</i> mesures.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 5.)</div>
-
-<p><i>Aucun</i> étant exactement synonyme de <i>quelque</i>, il n’y a pas
-ici de faute contre le génie de la langue; mais j’avoue qu’il y
-en a une contre l’usage, qui est vicieux, de considérer <i>aucun</i>
-comme renfermant une négation.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#pas"><span class="t5">PAS</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POINT D’AFFAIRES</span>, exclamation elliptique dont le
-sens est sans doute celui-ci: Point d’affaires entre nous!
-je ne vous écoute pas:</p>
-
-<p class="cit"><i>Point d’affaires!</i> je suis inexorable.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="cit">De la louange, de l’estime, de la bienveillance en paroles, et de l’amitié,
-tant qu’il vous plaira; mais de l’argent, <i>point d’affaires</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="pommader">POMMADER, faire de la pommade:</p>
-
-<p class="cit">Que font-elles?&mdash;De la pommade pour leurs lèvres.&mdash;C’est trop <i>pommadé</i>.
-Dites-leur qu’elles descendent.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p>Cet emploi du participe passé, avec <i>trop</i> et <i>assez</i>, est remarquable,
-encore que très-usuel: c’est assez bu; c’est assez
-causé; c’est trop pommadé.</p>
-
-<p class="item" id="porte">PORTE; <span class="t5">ENTRER DANS UNE PORTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Entrez dans cette porte</i>, et laissez-vous conduire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Il est incommode et fâcheux que nous soyons réduits à un
-seul mot pour exprimer l’ouverture pratiquée dans la muraille
-et la pièce de menuiserie destinée à la fermer. Les Latins
-avaient <i lang="la" xml:lang="la">porta</i> et <i lang="la" xml:lang="la">janua</i>, auxquels correspondaient, dans notre
-<span class="pagenum" id="Page_306">306</span>
-vieille langue, <i>porte</i> et <i>huis</i><a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>.
-Mais depuis qu’on a banni le second, il faut bien que l’autre fasse un double service, et désigne
-à la fois les deux choses contraires.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LA PORTE DES RESSORTS</span>.
-(Voyez <a href="#ressorts"><span class="t5">RESSORTS</span></a> à l’article
-<a href="#metaphores"><span class="t5">MÉTAPHORES VICIEUSES</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="porte-respect">PORTE-RESPECT:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Foin! que n’ai-je avec moi pris mon <i>porte-respect</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p>Je ne sais trop ce qu’entend Lélie par ce terme, si ce n’est
-un bâton; mais comment la défense d’un bâton est-elle regrettable
-à qui porte deux pistolets et une épée?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais vienne qui voudra contre notre personne:</div>
-<div class="verse">J’ai deux bons pistolets, et mon épée est bonne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="porter">PORTER, pour <i>porter en soi, avec soi</i>:</p>
-
-<p class="cit">Un dieu <i>qui porte les excuses</i> de tout ce qu’il fait: l’Amour.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PORTER DU CRIME DANS</span>..., en mettre où il n’y
-en a pas:</p>
-
-<p class="cit">Il n’y a chose si innocente où les hommes ne puissent <i>porter du crime</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PORTER DU SCANDALE</span>, causer, entraîner du
-scandale:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Après son action, qui n’eut jamais d’égale,</div>
-<div class="verse">Le commerce entre nous <i>porteroit du scandale</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PORTER UN AIR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et partout <i>porte un air</i> qui saute aux yeux d’abord.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce monsieur Loyal <i>porte un air</i> bien déloyal!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="porteur">PORTEUR <span class="t5">DE HUCHET</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dieu préserve, en chassant, toute sage personne</div>
-<div class="verse">D’un <i>porteur de huchet</i> qui mal à propos sonne!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>Le huchet est un petit cor de chasseur ou de postillon, qui
-sert à <i>hucher</i> (appeler) les chiens.</p>
-
-<p class="item" id="portrait"><span class="pagenum" id="Page_307">307</span>
-PORTRAIT, pour <i>peinture</i>, <i>tableau</i>, <span class="t5">LE PORTRAIT
-D’UN COMBAT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je dois aux yeux d’Alcmène <i>un portrait</i> militaire</div>
-<div class="verse"><i>Du grand combat</i> qui met nos ennemis à bas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#peinture"><span class="t5">PEINTURE</span></a> pour <i>portrait</i>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PORTRAIT D’UN CŒUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Nous allons en tous lieux</div>
-<div class="verse">Montrer <i>de votre cœur le portrait glorieux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="possible">POSSIBLE, adverbe, peut-être:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Son heure doit venir, et c’est à vous, <i>possible</i>,</div>
-<div class="verse">Qu’est réservé l’honneur de la rendre sensible.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>Primitivement tous les adjectifs s’employaient aussi comme
-adverbes; notre langue en a conservé de nombreux exemples:
-<i>voir clair</i>; <i>frapper fort</i>; <i>tenir ferme</i>; <i>partir soudain</i>, etc. Il
-n’y a aucune raison pour que <i>possible</i> soit exclu de ce privilége.
-La Fontaine l’y maintenait:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Ils ne cédoient à pas une nonnain</div>
-<div class="verse10">«Dans le désir de faire que madame</div>
-<div class="verse10">«Ne fût honteuse, ou bien n’eût dans son âme</div>
-<div class="verse10">«Tel récipé, <i>possible</i>, à contre-cœur.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>L’Abbesse malade.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Deux ou trois de ses officiers et autant de femmes se promenoient à
-cinq cents pas d’elle, et s’entretenoient <i>possible</i> de leur amour.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Amours de Psyché.</i> liv. II.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Possible</i> personne qu’elle n’étoit descendue sous cette voûte depuis
-qu’on l’avoit bâtie.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POSSIBLE QUE</span>, peut-être que...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Possible que</i>, malgré la cure qu’elle essaie,</div>
-<div class="verse">Mon âme saignera longtemps de cette plaie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="poste">POSTE:</p>
-
-<p>«Poste aussi, avec une diction possessive (un pronom possessif),
-signifie <i>façon</i>, <i>manière</i>, <i>volonté</i>, <i>guise</i>, comme: Il est
-fait <i>à ma poste</i>; il luy a aposté ou baillé des tesmoins faits <i>à sa
-poste</i>.</p>
-
-<p>«Et quand il n’est joinct à telles particules possessives, il
-signifie <i>pourpensé</i>, <i>attiltré</i>, comme: cela est faict <i>à poste</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Nicot.</span>)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_308">308</span>
-<span class="t5">TOINETTE</span>. J’avois songé en moi-même que ç’auroit été une bonne affaire
-de pouvoir introduire ici un médecin <i>à notre poste</i>, pour le dégoûter
-de son monsieur Purgon.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">«Que Martial retrousse Venus <i>à sa poste</i>, il n’arrive pas à la faire paroistre
-si entiere.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«Un valet qui les escrivit soubs moy pensa faire un grand butin de
-m’en desrober plusieurs pieces choisies <i>à sa poste</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> II. 37.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Dieu fasse paix au gentil Arioste,</div>
-<div class="verse10">«Et daigne aussi mettre en lieu de repos</div>
-<div class="verse10">«Jean la Fontaine, auteur fait <i>à la poste</i></div>
-<div class="verse10">«Du Ferrarois, adoptant ses bons mots.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Senecé.</span> <i>Camille.</i>)</div>
-
-<p>A la guise, sur le modèle, dans le goût de l’Arioste.</p>
-
-<p>Les Italiens disent aussi <i lang="it" xml:lang="it">a mia posta</i>, et, sans pronom possessif,
-<i lang="it" xml:lang="it">alla posta</i>, <i lang="it" xml:lang="it">apposta</i>:</p>
-
-<div class="poem" lang="it" xml:lang="it">
-<div class="verse8">«Ha la bocca fatta <i>apposta</i></div>
-<div class="verse8">«Pel servizio della posta.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Duo de Guglielmi.</i>)</div>
-
-<p>Il a la bouche faite <i>à poste</i> pour le service de la poste.</p>
-
-<p>On pourrait croire que nous leur avons emprunté cette expression;
-mais elle existait dans notre langue depuis un temps
-bien reculé, avec des acceptions diverses. <i>Posta</i>, dans les actes
-du moyen âge, signifie une station, un lieu désigné, <i>un poste</i>,
-et <i>volonté</i>, <i>gré</i>, <i>convenance</i>.</p>
-
-<p>Dans les ordonnances du roi Jean (1355), on trouve <i>faire
-fausse poste</i>, pour <i>aposter</i>, qui alors n’était pas encore créé.
-Il s’agit des revues de troupes, où l’on faisait figurer de faux
-soldats, des hommes <i>apostés</i>, des soldats <i>postiches</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Nous avons ordené et ordenons que nul <i>ne face fausse
-poste</i>, sur peine de perdre chevaux et hernois..... avons ordené
-et ordenons, pour eschiver les <i>fausses postes</i>.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ap.</i> <span class="smcap"><abbr title="du Cange">Cang.</abbr></span> in <i>Posta</i>.)</div>
-
-<p><i>Postiquer</i>, <i>postiqueur</i>, c’était, au sens propre, courir la poste,
-postillon; au figuré, fourber, intriguer; un intrigant.</p>
-
-<p><i>Le poste</i> d’un couvent, d’un collége, était le coureur, le
-messager de la maison.</p>
-
-<p>De cette famille il nous reste <i>la poste</i>; <i>poster</i>, <i>aposter</i>; et
-<i>postiche</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_309">309</span>
-POSTURE (position), soit en bonne, soit en mauvaise
-part:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un placet, monsieur, que je voudrois vous lire,</div>
-<div class="verse">Et que, dans la <i>posture</i> où vous met votre emploi,</div>
-<div class="verse">J’ose vous conjurer de présenter au roi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un duel met les gens en mauvaise <i>posture</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mes affaires y sont en fort bonne <i>posture</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="pot">POT; <span class="t5">TOURNER AUTOUR DU POT</span>:</p>
-
-<p class="cit">A quoi bon tant barguigner, et tant <i>tourner autour du pot</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p>Cette métaphore est du style de Pourceaugnac et de Petit-Jean:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«... Eh! faut-il tant <i>tourner autour du pot</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Les Plaideurs.</i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POTS CASSÉS</span>; <span class="t5">PAYER LES POTS CASSÉS DE QUELQUE
-CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Un cordonnier, en faisant les souliers, ne sauroit gâter un morceau de
-cuir qu’il n’en <i>paye les pots cassés</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 1.)</div>
-
-<p>Cette expression proverbiale fait allusion à un jeu usité au
-moyen âge parmi les enfants. Ce jeu consistait à faire circuler
-rapidement, de proche en proche, un pot qu’il fallait élever en
-l’air avant de le transmettre à son voisin. Il se trouvait quelque
-maladroit qui le laissait tomber, et celui-là payait les pots
-cassés.</p>
-
-<p>Menot parle de ce jeu:</p>
-
-<p class="cit">«Le diable et le monde font comme les enfants qui jouent à la balle ou
-au <i>pot cassé</i>: ils se le passent de main en main; un des joueurs le lève
-bien haut et le laisse tomber, et le pot vole en
-éclats<a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.»</p>
-
-<p class="item" id="potage">POTAGE; <span class="t5">POUR TOUT POTAGE</span>, au sens figuré, uniquement:</p>
-
-<p class="cit">Vous n’êtes, <i>pour tout potage</i>, qu’un faquin de cuisinier.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p>La Fontaine s’est servi, dans cette locution, du mot <i>besogne</i>
-au lieu de <i>potage</i>. Le renard invite à dîner <i>madame la cigogne</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_310">310</span>
-<div class="verse8">«Le galant, <i>pour toute besogne</i>,</div>
-<div class="verse">Avoit un brouet clair; il vivoit chichement.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Renard et la Cigogne.</i>)</div>
-
-<p>Ailleurs il dit, <i>pour tout mets</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le renard dit au loup: Notre cher, <i>pour tout mets</i></div>
-<div class="verse">J’ai souvent un vieux coq ou de maigres poulets.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Loup et le Renard.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="poule">POULE <span class="t5">LAITÉE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Avec leur ton de <i>poule laitée</i>, et leurs trois petits brins de barbe relevés
-en barbe de chat!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>«On dit, pour se moquer d’un lâche, d’un sot qui se mêle du
-ménage des femmes; que c’est une <i>poule mouillée</i>, une <i>poule
-laitée</i>, un <i>tâte-poules</i>.»</p>
-
-<div class="citsrct">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="pour">POUR, faisant l’office de <i>seulement</i>:</p>
-
-<p class="cit">On nous fait voir que Jupiter n’a pas aimé <i>pour</i> une fois.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On est faite d’un air, je pense, à pouvoir dire</div>
-<div class="verse">Qu’on n’a pas <i>pour</i> un cœur soumis à son empire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Pourquoi ces façons de parler sont-elles tout à fait hors d’usage,
-et cependant maintient-on encore <i>pour</i> dans <ins id="cor_12" title="cette cette">cette</ins>
-locution: Cela peut passer <i>pour une fois</i>, c’est-à-dire, une fois
-seulement? Ce sont là des inconséquences que les écrivains devraient
-tâcher d’empêcher, ou de corriger.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUR</span>, au point de, jusqu’à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma foi, me trouvant las <i>pour</i> ne pouvoir fournir</div>
-<div class="verse">Aux différents emplois où Jupiter m’engage....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="ti" id="pour_qual">&mdash;<span class="t4">POUR</span>, en qualité de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je suis auprès de lui gagé <i>pour serviteur</i>;</div>
-<div class="verse">Me voudriez-vous encor gager <i>pour précepteur</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="cit">Et vous l’avez connu <i>pour gentilhomme</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p>Cet emploi de <i>pour</i> est encore usuel dans cette phrase, par
-exemple: Prendre <i>pour</i> domestique. Connaître <i>pour</i> gentilhomme,
-gager <i>pour</i> précepteur, ne sont guère que des applications
-du même principe. Ce qui appauvrit les langues, c’est
-justement de restreindre la valeur générale d’un mot à quelques
-formules particulières. Molière, non plus que Bossuet,
-<span class="pagenum" id="Page_311">311</span>
-ne se laisse jamais garrotter dans ces entraves, et c’est là peut-être
-le caractère essentiel de leur langue, et ce qui lui donne
-tant d’ampleur.</p>
-
-<p>Les Espagnols emploient de même <i lang="es" xml:lang="es">por</i> devant un adjectif.
-Tirso de Molina intitule une de ses pièces: «<span lang="es" xml:lang="es">El condemnado
-<i>por desconfiado</i>.</span>» <i>Le damné pour déconfès</i>, pour être mort
-sans confession, en qualité de déconfès.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUR</span> (un infinitif) marquant, non le but, mais
-la cause, comme <i>parce que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Trahir mes sentiments, et, <i>pour être en vos mains</i>,</div>
-<div class="verse">D’un masque de faveur vous couvrir mes dédains!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p><i>Parce que je suis en vos mains</i>, et non <i>afin d’être en vos
-mains</i>.</p>
-
-<p class="cit">Je hais ces cœurs pusillanimes, qui, <i>pour trop prévoir</i> les suites des
-choses, n’osent rien entreprendre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Parce qu’ils prévoient trop.</p>
-
-<p class="cit">Tous les désordres, toutes les guerres n’arrivent que <i>pour n’apprendre
-pas</i> la musique.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i>)</div>
-
-<p><i>Parce qu’on</i> n’apprend pas, et non, <i>afin de ne</i> pas apprendre.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est <i>pour nous attacher</i> à trop de bienséance</div>
-<div class="verse">Qu’aucun amant, ma sœur, à nous ne veut venir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p><i>Parce que nous nous attachons</i>, et non, <i>afin de nous attacher</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je ne fuis sa main que <i>pour le trop chérir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">On ne s’avise point de défendre la médecine <i>pour avoir été bannie
-de Rome</i>, ni la philosophie <i>pour avoir été condamnée publiquement dans
-Athènes</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p><i>Parce qu’elle</i> a été bannie, <i>parce qu’elle</i> a été condamnée.</p>
-
-<p>Pascal dit de même:</p>
-
-<p class="cit">«La durée de notre vie n’est-elle pas également et infiniment éloignée
-de l’éternité <i>pour</i> durer dix ans davantage?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 298.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire: Notre vie, parce qu’elle aura duré dix ans de
-plus ou de moins, ne sera-t-elle pas toujours aussi éloignée de
-l’éternité? Ce tour, dans Pascal, me paraît un peu obscur,
-peut-être à cause de la désuétude.</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_312">312</span>
-«Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos juments entendent
-de si loin nos chevaux hennir, et conçoivent <i>pour les entendre</i>?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUR</span>, uni à l’auxiliaire <i>être</i>.
-(Voyez <a href="#etre_pour"><span class="t5">ÊTRE POUR</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUR L’AMOUR DE</span>, en mauvaise part:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que tous ces jeunes fous me paroissent fâcheux!</div>
-<div class="verse">Je me suis dérobée au bal <i>pour l’amour d’eux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUR CERTAIN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tous les bruits de Léon annoncent <i>pour certain</i></div>
-<div class="verse">Qu’à la comtesse Ignès il va donner la main.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUR CE QUI EST DE CELA</span>, sans relation à rien, et
-en forme d’exclamation, comme <i>en vérité</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Pour ce qui est de cela</i>, la jalousie est une étrange chose!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="pourquoi">POURQUOI..., <span class="t5">ET QUE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">GEORGETTE.</div>
-<div class="verse">Oui; mais <i>pourquoi</i> chacun n’en fait-il pas de même,</div>
-<div class="verse"><i>Et que</i> nous en voyons qui paroissent joyeux</div>
-<div class="verse">Lorsque leurs femmes sont avec les beaux monsieux?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Le second vers répond à cette tournure: <i>et comment se fait-il
-que...</i> Rien n’est plus naturel que ce changement subit de construction
-au milieu d’une phrase, comme rien n’est plus fréquent
-dans le discours familier.</p>
-
-<p>Néanmoins, ce qui peut passer dans la bouche de Georgette
-n’est-il pas trop abandonné sous la plume de Voltaire commentant
-Corneille?</p>
-
-<p class="cit">&mdash;«Pourquoi dit-on <i>prêter l’oreille</i>, <span class="t5">ET QUE</span> <i>prêter les yeux</i> n’est pas
-français?»</p>
-
-<div class="citsrc">(Sur le vers 27, sc. V, act. 3, de <i>Rodogune</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="poursuivre">POURSUIVRE A, continuer à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il ne faut que <i>poursuivre à garder le silence</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="pour_un_peu">POUR UN PEU, pour un moment:</p>
-
-<p class="cit">Souffrez que j’interrompe <i>pour un peu</i> la répétition.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="pour_voir">POUR VOIR, adverbialement:</p>
-
-<p class="cit">Ayez recours, <i>pour voir</i>, à tous les détours des amants.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="pousser"><span class="pagenum" id="Page_313">313</span>
-POUSSER, absolument, insister:</p>
-
-<p class="cit"><i>Pousse</i>, mon cher marquis, <i>pousse</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Critique de l’École des <abbr title="femmes">fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Poussez</i>, c’est moi qui vous le dis.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUSSER LES CHOSES</span>:</p>
-
-<p class="cit">N’allez point <i>pousser les choses</i> dans les dernières violences du pouvoir
-paternel.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà, mon gendre, comme il faut <i>pousser les choses</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p class="cit">«Mais, mon père, qui voudroit <i>pousser cela</i> vous embarrasseroit.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 9<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUSSER QUELQU’UN</span>, au sens moral; le pousser à
-bout:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vraiment <i>vous me poussez</i>; et, contre mon envie,</div>
-<div class="verse">Votre présomption veut que je l’humilie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Vous me poussez!</i>&mdash;Bonhomme, allez garder vos foins.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Les Plaideurs.</i> I. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUSSER DES CONCERTS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6"><i>Poussons</i> à sa mémoire</div>
-<div class="verse6"><i>Des concerts</i> si touchants,</div>
-<div class="verse6">Que du haut de sa gloire</div>
-<div class="verse6">Il<a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>
-écoute nos chants.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> 6<sup>e</sup> <i>intermède</i>.)</div>
-
-<p>Corneille a dit <i>pousser des harmonies</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Des flûtes au troisième<a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>,
- au dernier des hautbois,</div>
-<div class="verse">«Qui tour à tour en l’air <i>poussoient des harmonies</i></div>
-<div class="verse">«Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le <abbr title="Menteur">Ment.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Et Pascal, <i>pousser des imprécations</i>:</p>
-
-<p class="cit">«D’où vient, disent-ils, qu’on <i>pousse tant d’imprécations</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(3<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUSSER LA SATIRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les rieurs sont pour vous, madame, c’est tout dire;</div>
-<div class="verse">Et vous pouvez <i>pousser contre moi la satire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUSSER</span> les tendres sentiments,&mdash;l’amusement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il nous feroit beau voir, attachés face à face,</div>
-<div class="verse8"><i>Pousser les tendres sentiments</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Amphitryon, c’est trop <i>pousser l’amusement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_314">314</span>
-&mdash;<span class="t4">POUSSER SA CHANCE, SA FORTUNE, SON BIDET</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’avois beau m’en défendre, il a <i>poussé sa chance</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Elle se rend à sa poursuite: il <i>pousse sa fortune</i>; le voilà surpris avec
-elle par ses parents.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moquez-vous des sermons d’un vieux barbon de père;</div>
-<div class="verse"><i>Poussez votre bidet</i>, vous dis-je, et laissez faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUSSER UNE MATIÈRE</span>, creuser un sujet:</p>
-
-<p class="cit">Nous sommes ici <i>sur une matière</i> que je serai bien aise que nous <i>poussions</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="item" id="pousseuses">POUSSEUSES <span class="t5">DE TENDRESSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Héroïnes du temps, mesdames les savantes,</div>
-<div class="verse"><i>Pousseuses de tendresse</i> et de beaux sentiments...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#pousser"><span class="t5">POUSSER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="pouvoir">POUVOIR, verbe; <span class="t5">IL NE SE PEUT QUE NE</span>...:</p>
-
-<p class="cit"><i>Il ne se peut donc pas que tu ne sois</i> bien à ton aise?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 2.)</div>
-
-<p>Pacuvius et Lucrèce ont dit <i lang="la" xml:lang="la">potestur</i>, au passif. <i lang="la" xml:lang="la">Non potestur
-quin</i> traduirait exactement <i>il ne se peut que ne</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#il_n_est_pas_que"><span class="t5">QUE</span></a> dans cette formule
-<span class="t5">IL N’EST PAS QUE</span>, p. 333.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUVOIR MAIS</span>, sans exprimer <i>en</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sur la tentation ai-je quelque crédit,</div>
-<div class="verse">Et <i>puis-je mais</i>, chétif, si le cœur leur en dit?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p><i>Mais</i> conserve dans cette locution le sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">magis</i>. <i>Je
-n’en puis mais</i>, je ne puis davantage de cela, c’est-à-dire,
-touchant cela, <i lang="la" xml:lang="la">de hoc</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">POUVOIR</span>; substantif.
-(Voyez <a href="#faire_son_pouvoir"><span class="t5">FAIRE SON POUVOIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="pratique">PRATIQUE, manière de se conduire, intrigue, sourdes
-menées:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">O la fine <i>pratique</i>!</div>
-<div class="verse">Un mari confident!&mdash;Taisez-vous, as de pique.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Rentrez, pour n’ouïr point cette <i>pratique</i> infâme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dans un petit couvent, loin de toute <i>pratique</i>,</div>
-<div class="verse">Je la fis élever selon ma politique.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ses <i>pratiques</i>, je crois, ne vous sont pas nouvelles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_315">315</span>
-PRATIQUER <span class="t5">DES AMES</span>, les travailler par des intrigues:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il a tenté Léon, et ses fidèles trames</div>
-<div class="verse">Des grands comme du peuple ont <i>pratiqué les âmes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Garcie.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item">PRÉALABLE; <span class="t5">AU PRÉALABLE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je ne prétends point qu’il se marie, qu’<i>au préalable</i> il n’ait satisfait à la
-médecine.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item">PRÉCIEUSE, substantif. Molière prend toujours ce
-mot en mauvaise part:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voyez comme raisonne et répond la vilaine!</div>
-<div class="verse">Peste! <i>une précieuse</i> en diroit-elle plus?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p>On voit que Molière avait déterminé de ruiner ce titre; mais
-il n’y va point brusquement; il garde quelque ménagement
-pour l’opinion publique, au moyen d’une distinction que tantôt
-il rappelle, tantôt il a soin d’oublier:</p>
-
-<p class="cit">Est-ce qu’il y a une personne qui soit plus véritablement ce qu’on appelle
-<i>précieuse, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="cit">Le bel assemblage que ce seroit d’une <i>précieuse</i> et d’un turlupin!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Et cette dernière précieuse se trouve être «la plus grande
-façonnière du monde,» une femme d’un ridicule accompli dans
-ses manières comme dans son langage.</p>
-
-<p>Molière avait porté le premier coup aux précieuses en 1659;
-il revient à la charge quatre ans après: la <i>Critique de l’École
-des femmes</i> est de 1663.</p>
-
-<p class="item">PRÉCIPITÉ <span class="t5">D’UN ESPOIR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! madame, faut-il me voir <i>précipité</i></div>
-<div class="verse"><i>De l’espoir glorieux</i> dont je m’étois flatté?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="premier">PREMIER; <span class="t5">QUI PREMIER</span>, qui le premier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Maudit soit <i>qui premier</i> trouva l’invention</div>
-<div class="verse">De s’affliger l’esprit de cette vision!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p>Latinisme: <span lang="la" xml:lang="la">qui primus</span>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Nous verrons, volage bergere,</div>
-<div class="verse8">«<i>Qui premier</i> s’en repentira!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Desportes.</span>)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_316">316</span>
-<i>Premier</i> s’employait aussi adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Tout ce en Bretagne apparut</div>
-<div class="verse8">Quand <i>premier</i> la guerre y esmeut,</div>
-<div class="verse8">L’an 300 quarante et un mil,</div>
-<div class="verse8">Le derrain jour du mois d’apvril.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Chronique de Guillaume">Chron. de Guill.</abbr> de Saint-André.</i> v. 104.)</div>
-
-<p>Quand premièrement, pour la première fois.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Dieu <i>tout premier</i>, puis père et mère, honore.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pybrac.</span>)</div>
-
-<p>(Voyez plus bas <a href="#premier_que"><span class="t5">PREMIER QUE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE PREMIER</span>, le premier venu:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Ma bague est la marque choisie</div>
-<div class="verse">Sur laquelle <i>au premier</i> il doit livrer Célie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p>Il semblerait qu’il s’agit de deux personnages, le premier et
-le second. La gêne de l’expression est trop visible.</p>
-
-<p class="ti" id="premier_que">&mdash;<span class="t4">PREMIER QUE</span>, avant, ou avant que:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et là, <i>premier que lui</i> si nous faisons la prise,</div>
-<div class="verse">Il aura fait pour nous les frais de l’entreprise.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Premier que</i> d’avoir mal, ils trouvent le remède.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Malherbe.</span>)</div>
-
-<p>Trévoux cite ce dernier exemple et les suivants: «Il étoit
-au monde <i>premier que</i> vous fussiez né.&mdash;Un moine n’oseroit
-sortir <i>que premier</i> il n’en ait demandé la permission.&mdash;En ce
-sens il vieillit.» (1740.)</p>
-
-<p>Dans l’origine, tous les adjectifs s’employaient adverbialement
-sans changer de forme: partir soudain; voir clair; tenir
-ferme; courir vite; parler net, haut, fort. Dans toutes ces locutions
-et les semblables, l’adjectif joue le rôle de l’adverbe.
-Ce privilége de l’adjectif subsiste encore en allemand et en anglais.</p>
-
-<p><i>Premier</i> pour <i>premièrement</i> était donc une locution très-régulière
-et très-correcte. Quant à l’adjonction du <i>que</i>, <i>premier
-que</i>, pour <i>premièrement que</i>, elle est justifiée par cette réflexion
-fort simple, que <i>premier</i> marque une comparaison, est un véritable
-comparatif; il est donc naturel qu’il en ait la construction
-et l’attribut.</p>
-
-<p>(Voyez aux mots <a href="#ferme"><span class="t5">FERME</span></a>, <a href="#franc"><span class="t5">FRANC</span></a>,
-<a href="#net"><span class="t5">NET</span></a>, <a href="#possible"><span class="t5">POSSIBLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="prendre"><span class="pagenum" id="Page_317">317</span>
-PRENDRE, choisir, préférer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ai-je l’éclat ou le secret à <i>prendre</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">LE PRENDRE A</span> (un substantif), s’en rapporter à...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Si vous le voulez prendre aux usages</i> du mot,</div>
-<div class="verse">L’alliance est plus grande entre pédant et sot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE PRENDRE A</span> (un infinitif), s’y prendre pour:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Voyons d’un esprit adouci</div>
-<div class="verse">Comment <i>vous vous prendrez à soutenir</i> ceci.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE A TÉMOIN SI</span>...:</p>
-
-<p class="cit">Je <i>prends à témoin</i> le prince votre père <i>si</i> ce n’est pas vous que j’ai demandée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>(Afin qu’il dise) si ce n’est pas vous... etc.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE CRÉANCE EN QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tâchez, comme <i>il prend en vous grande créance</i>,</div>
-<div class="verse">De le dissuader de cette autre alliance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE DROIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je serois encore à nommer le vainqueur,</div>
-<div class="verse">Si le mérite seul <i>prenoit droit</i> sur un cœur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cependant apprenez, prince, à vous mieux armer</div>
-<div class="verse">Contre ce qui <i>prend droit</i> de vous trop alarmer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est ce qui chez vous <i>prend droit</i> de m’amener.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! qu’il est bien peu vrai que ce qu’on doit aimer,</div>
-<div class="verse">Aussitôt qu’on le voit, <i>prend droit</i> de nous charmer!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Il est très-assuré, sire, qu’il ne faut plus que je songe à faire des comédies,
-si les tartufes ont l’avantage; qu’ils <i>prendront droit</i> par là de me persécuter
-plus que jamais.....</p>
-
-<div class="citsrc">(2<sup>e</sup> <i>Placet au Roi</i>.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE EN MAIN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Tous les magistrats sont intéressés à <i>prendre cette affaire en main</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE FOI SUR</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je n’ai point <i>pris foi sur ces méchantes langues</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_318">318</span>
-&mdash;<span class="t4">PRENDRE GARDE A</span> (un infinitif):</p>
-
-<p>C’est donner toute son attention à faire l’action marquée
-par cet infinitif:</p>
-
-<p class="cit"><i>Prenez bien garde</i>, vous, <i>à vous déhancher</i> comme il faut, et <i>à faire
-bien des façons</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p><i>Prenez garde de</i> marquerait le contraire, et le soin d’éviter.</p>
-
-<p>Les Latins avaient de même <i lang="la" xml:lang="la">vereor ut</i> et <i lang="la" xml:lang="la">vereor ne</i>.</p>
-
-<p>Pascal dit <i>prendre garde que</i>, comme <i>observer</i>, <i>remarquer
-que</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Les valets peuvent faire en conscience de certains messages fâcheux;
-n’avez-vous pas <i>pris garde que</i> c’étoit seulement en détournant leur intention
-du mal, etc.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(7<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE INTÉRÊT EN QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’est-ce que cette instance a dû vous faire entendre,</div>
-<div class="verse">Que l’<i>intérêt qu’en vous l’on s’avise de prendre</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un ami qui m’est joint d’une amitié fort tendre,</div>
-<div class="verse">Et qui sait l’<i>intérêt</i> qu’<i>en</i> vous j’ai lieu de <i>prendre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE LA VENGEANCE DE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour m’ouvrir une voie <i>à prendre la vengeance</i></div>
-<div class="verse"><i>De</i> son hypocrisie et de son insolence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;absolument pour <i>épouser la querelle</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Loin d’être les premiers à <i>prendre ma vengeance</i>,</div>
-<div class="verse">Eux-mêmes font obstacle à mon ressentiment.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Et vous devez, en raisonnable époux,</div>
-<div class="verse">Être pour moi contre elle, et <i>prendre mon courroux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE LE FRAIS</span>, choisir l’heure du frais:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour arriver ici, mon père <i>a pris le frais</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE LE PIED DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">De peur que, sur votre foiblesse, il ne <i>prenne le pied de vous mener</i>
-comme un enfant.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE LOI DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il seroit beau vraiment qu’on le vît aujourd’hui</div>
-<div class="verse"><i>Prendre loi</i> de qui doit la recevoir de lui!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_319">319</span>
-&mdash;<span class="t4">PRENDRE PAR LES ENTRAILLES</span>, au figuré, parlant
-de l’effet des ouvrages de l’esprit:</p>
-
-<p class="cit">Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui <i>nous prennent par les entrailles</i>,
-et ne cherchons point des raisonnements pour nous empêcher d’avoir
-du plaisir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE PEINE A</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">Tant pis encore de <i>prendre peine à dire des sottises</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE PLAISIR DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Car le ciel <i>a trop pris plaisir de m’affliger</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Je <i>prends plaisir d’être seule</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">Je pense qu’<i>il ne prend pas plaisir de</i> nous voir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRENDRE SOIN A</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est un étrange fait du <i>soin que vous prenez</i>,</div>
-<div class="verse"><i>A me venir</i> toujours <i>jeter</i> mon âge au nez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti" id="prendre_visee">&mdash;<span class="t4">PRENDRE VISÉE QUELQUE PART</span>, diriger là son attention
-et ses efforts:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle est sage, elle m’aime, et votre amour l’outrage.</div>
-<div class="verse"><i>Prenez visée</i> ailleurs, et troussez-moi bagage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE PRENDRE A QUELQUE CHOSE</span>, c’est-à-dire, <i>s’y
-prendre pour la faire</i>:</p>
-
-<p class="cit">Elle <i>se prend</i> d’un air le plus charmant du monde <i>aux choses</i> qu’elle
-fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE PRENDRE A QUELQU’UN DE</span>, s’en prendre à lui,
-l’en accuser:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est ainsi qu’<i>aux flatteurs</i> on doit partout <i>se prendre</i></div>
-<div class="verse">Des vices où l’on voit les humains se répandre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="preposition"><i>PRÉPOSITION supprimée</i>, où l’usage moderne est de
-la répéter, soit devant un nom, soit devant un infinitif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. On sait bien que Célie</div>
-<div class="verse">A causé des désirs <i>à</i> Léandre <i>et Lélie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 13.)</div>
-
-<p>Nous dirions: à Léandre et à Lélie.</p>
-
-<p>Il n’y a dans Molière qu’un second exemple pareil à celui-ci,
-<span class="pagenum" id="Page_320">320</span>
-c’est-à-dire, où la préposition soit supprimée devant un substantif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La peste soit <i>de</i> l’homme <i>et sa chienne de face</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Et de sa chienne de face.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour de l’esprit, j’en ai sans doute, et du bon goût</div>
-<div class="verse"><i>A</i> juger sans étude et raisonner de tout;</div>
-<div class="verse"><i>A</i> faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,</div>
-<div class="verse">Figure de savant sur les bancs d’un théâtre;</div>
-<div class="verse"><i>Y décider</i> en chef, et faire du fracas</div>
-<div class="verse">A tous les beaux endroits qui méritent des <i>ah</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p><i>A y décider.</i></p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires,</div>
-<div class="verse"><i>A</i> brûler constamment pour des beautés sévères;</div>
-<div class="verse"><i>A</i> languir à leurs pieds <i>et souffrir</i> leurs rigueurs;</div>
-<div class="verse"><i>A</i> chercher le secours des soupirs et des pleurs,</div>
-<div class="verse"><i>Et tâcher</i>, par des soins d’une très-longue suite,</div>
-<div class="verse">D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Et <i>à</i> souffrir, et <i>à</i> tâcher.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On n’a point <i>à</i> louer les vers de messieurs tels,</div>
-<div class="verse"><i>A donner</i> de l’encens à madame une telle,</div>
-<div class="verse">Et de nos francs marquis <i>essuyer</i> la cervelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 7.)</div>
-
-<p><i>A essuyer</i> la cervelle de nos marquis.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous apprendrez, maroufle, à rire à nos dépens,</div>
-<div class="verse">Et sans aucun respect <i>faire</i> cocus les gens!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 8.)</div>
-
-<p><i>A faire</i> cocus les gens.</p>
-
-<p class="cit">Comme si j’étois femme <i>à violer</i> la foi que j’ai donnée à un mari, <i>et m’éloigner</i>
-jamais de la vertu que mes parents m’ont enseignée!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le remède plus prompt où j’ai su recourir,</div>
-<div class="verse">C’est <i>de</i> pousser ma pointe <i>et dire</i> en diligence</div>
-<div class="verse">A notre vieux patron toute la manigance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Trouves-tu beau, dis-moi, <i>de</i> diffamer ma fille,</div>
-<div class="verse"><i>Et faire</i> un tel scandale à toute une famille?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Loin <i>d’</i>assurer une âme, <i>et lui fournir</i> des armes....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Peux-tu me conseiller un semblable forfait,</div>
-<div class="verse"><i>D’</i>abandonner Lélie <i>et prendre</i> ce malfait?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et les plus prompts moyens de gagner leur faveur,</div>
-<div class="verse">C’est <i>de</i> flatter toujours le foible de leur cœur,</div>
-<div class="verse"><i>D’</i>applaudir en aveugle à ce qu’ils veulent faire,</div>
-<div class="verse"><i>Et n’appuyer</i> jamais ce qui peut leur déplaire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_321">321</span>
-<div class="verse">Et voulez-vous, charmé de ses rares mérites,</div>
-<div class="verse">M’obliger <i>à</i> l’aimer, <i>et souffrir</i> ses visites?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">En quelle impatience</div>
-<div class="verse">Suis-je <i>de</i> voir mon frère <i>et lui conter</i> sa chance!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je ne suis pas homme <i>à</i> gober le morceau,</div>
-<div class="verse"><i>Et laisser</i> le champ libre aux yeux d’un damoiseau.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Il ne veut obtenir</div>
-<div class="verse">Que le bien <i>de</i> vous voir <i>et vous entretenir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Employons ce temps <i>à répéter</i> notre affaire, <i>et voir</i> la manière dont il faut
-jouer les choses.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est <i>de</i> ne plus souffrir qu’Alceste vous prétende;</div>
-<div class="verse"><i>De</i> le sacrifier, madame, à mon amour;</div>
-<div class="verse">Et de chez vous enfin <i>le bannir</i> sans retour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous promets ici d’éviter sa présence,</div>
-<div class="verse"><i>De</i> faire place au choix où vous vous résoudrez,</div>
-<div class="verse"><i>Et ne souffrir</i> ses vœux que quand vous le voudrez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais mon secours pourra lui donner les moyens</div>
-<div class="verse"><i>De</i> sortir d’embarras <i>et rentrer</i> dans ses biens.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour m’ouvrir une voie <i>à</i> prendre la vengeance</div>
-<div class="verse">De son hypocrisie et de son insolence,</div>
-<div class="verse"><i>A</i> détromper un père, <i>et lui mettre</i> en plein jour</div>
-<div class="verse">L’âme d’un scélérat qui vous parle d’amour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce seroit mériter qu’il me la vînt ravir (l’occasion),</div>
-<div class="verse">Que <i>de</i> l’avoir en main, <i>et ne m’en pas servir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un ordre <i>de</i> vider d’ici, vous et les vôtres,</div>
-<div class="verse"><i>Mettre</i> vos meubles hors, <i>et faire</i> place à d’autres.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p class="cit">On sait qu’une épître dédicatoire dit tout ce qu’il lui plaît, et qu’un auteur
-est en pouvoir d’aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer
-de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu’il a la liberté
-<i>de</i> s’y donner autant qu’il veut l’honneur de leur estime, <i>et se faire</i> des
-protecteurs qui n’ont jamais songé à l’être.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Épître dédicatoire">Ép. déd.</abbr> d’Amphitryon.</i>)</div>
-
-<p>Cette tournure est ici d’autant plus remarquable, que l’épître
-est écrite avec un soin particulier, comme adressée au
-prince de Condé, aussi fin connaisseur dans les choses d’esprit
-que grand capitaine.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence</div>
-<div class="verse10">Que <i>de</i> chanter <i>et m’étourdir</i> ainsi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_322">322</span>
-Il me prend des tentations <i>d’</i>accommoder son visage à la compote, <i>et le</i>
-mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’aime bien mieux, pour moi, qu’en épluchant ses herbes</div>
-<div class="verse">Elle accommode mal les noms avec les verbes,</div>
-<div class="verse">Et redise cent fois un bas ou méchant mot,</div>
-<div class="verse">Que <i>de</i> brûler ma viande, <i>ou saler</i> trop mon pot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes,</div>
-<div class="verse">De cette indigne classe où nous rangent les hommes,</div>
-<div class="verse"><i>De</i> borner nos talents à des futilités,</div>
-<div class="verse"><i>Et nous fermer la porte</i> aux sublimes clartés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire,</div>
-<div class="verse">Que <i>de</i> leur arracher ce qu’ils ont de vulgaire,</div>
-<div class="verse"><i>Et vouloir</i> les réduire à cette pureté.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 2.)</div>
-
-<p>La multiplicité de ces exemples, tant en vers qu’en prose,
-fait assez voir que Molière, en supprimant en poésie la préposition
-une fois exprimée, ne cédait pas à la contrainte de la
-mesure; il suit la coutume de tous les écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle.
-Je n’en apporterai qu’un exemple; il est de la Fontaine, et
-curieux à cause de la longueur de la période, et du nombre de
-verbes devant lesquels il faut suppléer le <i>de</i> mis au commencement.</p>
-
-<p class="cit">«Ésope, pour toute punition, lui recommanda <i>d’</i>honorer les dieux et
-son prince; <i>se rendre</i> terrible à ses ennemis, facile et commode aux autres;
-<i>bien traiter</i> sa femme, sans pourtant lui confier son secret; <i>parler
-peu, et chasser</i> de chez soi les babillards; <i>ne se point laisser abattre</i> au
-malheur; <i>avoir soin</i> du lendemain....... surtout <i>n’être point envieux</i>
-du bonheur ni de la vertu d’autrui.......»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="prescrit">PRESCRIT, fixé, déterminé d’avance, et non pas
-<i>ordonné</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pensez-vous qu’à choisir de deux choses <i>prescrites</i>,</div>
-<div class="verse">Je n’aimasse pas mieux être ce que vous dites.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>C’est le sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">præscriptus</i>, écrit d’avance.</p>
-
-<p class="item"><i>PRÉSENT DU SUBJONCTIF</i>, en relation avec
-l’imparfait:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Seroit-ce</i> quelque chose où je vous <i>puisse</i> aider?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Ici l’imparfait <i>serait-ce</i> est une forme convenue pour représenter
-<span class="pagenum" id="Page_323">323</span>
-le présent <i>est-ce</i>: <i>Est-ce</i> quelque chose où je vous puisse
-aider? Ainsi, la correspondance des temps n’est réellement pas
-troublée.</p>
-
-<p class="item" id="presser">PRESSER <span class="t5">QUELQU’UN D’UNE COURTOISIE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Toute <i>la courtoisie</i> enfin <i>dont je vous presse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item">PRÊT A, près de, sur le point de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous vois <i>prêt</i>, monsieur, <i>à</i> tomber en foiblesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 11.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Si c’est vous offenser,</div>
-<div class="verse">Mon offense envers vous n’est pas <i>prête à</i> cesser.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRÊT DE</span>, disposé à, sur le point de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ajoute que ma mort</div>
-<div class="verse">Est <i>prête d’expier</i> l’erreur de ce transport.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Molière, en ce sens, a dit deux fois <i>prêt à</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le voilà <i>prêt à faire</i> en tout vos volontés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 8.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que me sert d’aimer comme je fais, hélas!</div>
-<div class="verse">Si vous êtes si <i>prête à ne le croire pas</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 3.)</div>
-
-<p>Mais son habitude est <i>prêt de</i>:</p>
-
-<p class="cit">Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis <i>tout
-prêt de mourir</i> pour vous en venger.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous n’avez qu’à parler, je suis <i>prêt d’obéir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Et il n’y a pas quatre mois encore, qu’étant <i>toute prête d’être mariée</i>,
-elle rompit tout net le mariage....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Je suis <i>prêt de</i> soutenir cette vérité contre qui que ce soit.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Est-il l’heure de revenir chez soi quand le jour est <i>prêt de</i> paroître?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p>Quelques éditions modernes ont imprimé ici <i>près de</i>; cette
-correction, ou plutôt cette infidélité, est impossible dans les
-exemples qui précèdent.</p>
-
-<p>Tous les grands écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle ont employé <i>prêt
-de</i> pour <i>disposé à</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Qu’on rappelle mon fils, qu’il vienne se défendre;</div>
-<div class="verse">«Qu’il vienne me parler, je suis <i>prêt de l’entendre</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Phèdre.</i> V. 5.)</div>
-
-<p>Le bon usage donnait même la préférence à <i>prêt de</i>: «Lorsque
-<i>prêt</i> signifie <i>sur le point</i>, <i>prêt de</i> est beaucoup meilleur.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Bouhours</span>, <abbr title="Remarques nouvelles sur la langue françoise"><i>Rem. nouv.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="cit">«Elle estoit <i>preste d’accoucher</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Scarron.</span> <i><abbr title="le Roman comique">Rom. com.</abbr></i> I. 13.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_324">324</span>
-«Je le vis tout <i>prest d’abandonner</i> son bucéphale, pour marcher à pied
-à la teste des fantassins.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">St.-Évremond.</span> <abbr title="Conversation du maréchal d’Hocquincourt avec le Père Canaye"><i>Conv. du P. Canaye.</i></abbr> éd. de Barbin, 1697.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LA SERRE.</div>
-<div class="verse">«Es-tu si <i>prêt d’écrire</i>?</div>
-<div class="pers">CASSAIGNE.</div>
-<div class="verse-6">Es-tu las d’imprimer?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Boileau.</span>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Dites un mot, seigneur, soldats et matelots</div>
-<div class="verse">«Seront <i>prêts</i> avec vous <i>de traverser</i> les flots.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Crébillon.</span> <i>Electre.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie, est encore
-<i>prêt de suivre</i> les consuls.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Vertoy.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Ils coururent chez un de ses oncles où il s’étoit retiré, et d’où il étoit
-<i>prêt de sortir</i> pour aller se battre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Fléchier.</span> <i>Les Grands Jours</i>, p. 194.)</div>
-
-<p class="cit">«Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d’amour, toute <i>prête de réparer</i>
-cette faute si son mari le souhaitoit, et quand même il ne le souhaiteroit
-pas.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Psyché.</i> l. 1.)</div>
-
-<p>C’est <i lang="la" xml:lang="la">paratus de</i> au lieu de <i lang="la" xml:lang="la">paratus ad</i>. La première forme
-était celle qu’avait choisie le moyen âge:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«S’il y est, il sera tout <i>prest</i></div>
-<div class="verse8">«<i>De vous payer</i> à la raison.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le <abbr title="Nouveau">Nouv.</abbr> Pathelin.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Ouy, mon amy, je suis <i>prest</i></div>
-<div class="verse8">«<i>De vous despescher</i> vistement.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Je suis <i>tout prest de recevoir</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Les grammairiens modernes reconnaissent l’emploi de <i>prêt
-de</i> dans tous les écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, et, en le tolérant
-comme un archaïsme, ils s’avisent d’une distinction subtile
-autant qu’elle est chimérique: <i>Prêt de</i>, disent-ils, s’employait
-pour <i>disposé à</i>, mais non jamais pour signifier <i>sur le point
-de</i>, car il fallait toujours alors mettre l’adverbe <i>près de</i>.</p>
-
-<p>On voit par les exemples de Molière la vanité de cette règle.
-<i>Ma mort est prête d’expier ce transport</i>;&mdash;<i>étant toute prête
-d’être mariée....</i>;&mdash;<i>le jour est prêt de paroître</i>; ne sont pas des
-phrases où l’on puisse substituer <i>disposé à</i>.</p>
-
-<p>La distinction rigoureuse et constante entre l’adverbe <i>près</i>
-(<i lang="la" xml:lang="la">presso</i>) et l’adjectif <i>prêt</i> (<i lang="la" xml:lang="la">paratus</i>) paraît
-être venue tard: c’est un des résultats heureux, je crois, de l’analyse moderne.
-Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l’oreille
-<span class="pagenum" id="Page_325">325</span>
-identifie; et quant aux compléments <i>à</i> ou <i>de</i>, comme ils s’employaient
-sans cesse et correctement l’un pour l’autre, ils ne
-pouvaient qu’entretenir la confusion, loin de l’empêcher.</p>
-
-<p class="item">PRÊTE-JEAN:</p>
-
-<p>C’est ainsi que Molière écrit, et non <i>prêtre Jean</i>, personnage
-qui est appelé, dans les chroniques latines, <i lang="la" xml:lang="la">presbyter
-Joannes</i>, et <i lang="la" xml:lang="la">pretiosus Joannes</i>. J. Scaliger était pour le dernier.</p>
-
-<p class="cit">Ce qui s’agite dans les conseils du <i>prête-Jean</i> ou du Grand Mogol.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Comtesse d’<abbr title="Escarbagnac">Escarb.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">«On appela d’abord <i>prêtre Jean</i> un prince tartare qui combattit
-Gengis. Des religieux envoyés auprès de lui prétendirent
-qu’ils l’avaient converti, l’avaient nommé <i>Jean</i> au baptême,
-et même lui avaient conféré le sacerdoce: de là cette qualification
-de <i>prêtre Jean</i>, qui est devenue depuis, <i>on ne sait pourquoi</i>,
-celle d’un prince nègre, moitié chrétien schismatique et
-moitié juif. C’est de ce dernier qu’il est question ici.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p>Voici à présent l’explication de Trévoux:</p>
-
-<p>«<i>Prestre Jean.</i> On appelle ainsi l’empereur des Abyssins,
-parce que autrefois les princes de ce pays étoient réellement
-prestres, et que le mot <i>Jean</i>, en leur langue, veut dire <i>Roi</i>.</p>
-
-<p>«..... Le nom de <i>prestre Jean</i> est tout à fait inconnu en Éthiopie;
-et cette erreur vient de ce que ceux d’une province où ce
-prince réside souvent, quand ils lui veulent demander quelque
-chose, crient <i>Jean coi</i>, c’est-à-dire, <i>mon roi</i>.»</p>
-
-<p>C’est le cas de s’écrier aussi, avec le bonhomme Trufaldin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Oh! oh! qui des deux croire?</div>
-<div class="verse">Ce discours au premier est fort contradictoire.</div>
-</div>
-
-<p>Ceux qui voudront en lire davantage sur le <i>prêtre</i> ou <i>prête
-Jean</i>, peuvent consulter Du Cange au mot <i lang="la" xml:lang="la">Presbyter Joannes</i>.</p>
-
-<p class="item">PRÉTENDRE <span class="t5">QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est inutilement qu’<i>il prétend done Elvire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Donnez-en à mon cœur <i>les preuves qu’il prétend</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! si vous l’épousez, elle pourra <i>prétendre</i></div>
-<div class="verse"><i>Les mêmes libertés</i> que fille on lui voit prendre?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_326">326</span>
-<div class="verse">Et par de prompts transports donne un signe éclatant</div>
-<div class="verse">De l’estime qu’il fait de <i>celle qu’il prétend</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la preuve après tout que je vous en demande,</div>
-<div class="verse">C’est de ne plus souffrir qu’Alceste <i>vous prétende</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces deux nymphes, Myrtil, à la fois <i>te prétendent</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Toutes vos poursuites auprès d’une personne <i>que je prétends</i> pour moi.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Molière a dit aussi <span class="t5">PRÉTENDRE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il ne <i>prétend à vous</i> qu’en tout bien et en tout honneur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Et <span class="t5">PRÉTENDRE SUR QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, madame? Et <i>sur quoi</i> pourrois-je en rien <i>prétendre</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">A CE QUE JE PRÉTENDS</span>, j’espère:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous n’y montez pas<a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>,
- <i>à ce que je prétends</i>,</div>
-<div class="verse">Pour être libertine et prendre du bon temps.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item">PRÊTER <span class="t5">LA MAIN A</span>...:</p>
-
-<p class="cit">Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de <i>prêter la main</i>,
-comme vous faites, aux sottises de mon mari.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez au mot <a href="#donner"><span class="t5">DONNER</span></a>, <a href="#donner_les_mains"><span class="t5">DONNER LA MAIN</span></a>
-ou <span class="t5">LES MAINS</span>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PRÊTER LE COLLET</span>, soutenir une lutte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je vous prêterai le collet</i> en tout genre d’érudition.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="item">PRÉTEXTE A (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Henriette, entre nous, est un amusement,</div>
-<div class="verse">Un voile ingénieux, <i>un prétexte</i>, mon frère,</div>
-<div class="verse"><i>A couvrir</i> d’autres feux dont je sais le mystère.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="prier">PRIER <span class="t5">D’UNE FÊTE</span>, y inviter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pressez vite le jour de la cérémonie;</div>
-<div class="verse">J’y prends part, et déjà moi-même <i>je m’en prie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> V. 8.)</div>
-
-<p class="item">PRINCIPAUTÉ; <span class="t5">SA PRINCIPAUTÉ</span>, comme <i>sa majesté</i>,
-<i>son altesse</i>, ou bien sa qualité de prince:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">MORON.</span> Je l’ai trouvé un peu impertinent, n’en déplaise à <i>sa principauté</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Princ. d’Él.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="prises">PRISES; <span class="t5">EN ÊTRE AUX PRISES</span>, être près d’en venir
-aux prises:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Souvent <i>nous en étions aux prises</i>;</div>
-<div class="verse">Et vous ne croiriez point de combien de sottises....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_327">327</span>
-PRODUIRE <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, lui montrer, lui présenter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! deux Amphitryons ici <i>nous sont produits</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voici l’homme qui meurt du désir de vous voir.</div>
-<div class="verse">En <i>vous le produisant</i>, je ne crains point le blâme</div>
-<div class="verse">D’avoir admis chez vous un profane, madame.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE PRODUIRE</span>, se montrer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah, ah! cette impudente ose encor <i>se produire</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="promener">PROMENER, verbe neutre, sans le pronom réfléchi:</p>
-
-<p class="cit">Qu’on me laisse ici <i>promener</i> toute seule.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Sur la suppression du pronom, voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">PROMENER QUELQU’UN SUR</span>.... au figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Ma jalousie à tout propos</div>
-<div class="verse8"><i>Me promène sur ma disgrâce</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Ramène ma pensée sur ma disgrâce.</p>
-
-<p class="item" id="promettre">PROMETTRE, assurer:</p>
-
-<p class="cit">Je vous <i>promets</i> que je ne saurois les donner à moins.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. l.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="pronom"><i>PRONOM DE LA PREMIÈRE PERSONNE</i>,
-construit avec un verbe à la troisième:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et que me diriez-vous, monsieur, si c’étoit <i>moi</i></div>
-<div class="verse">Qui vous <i>eût</i> procuré cette bonne fortune?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Cette tournure ne choque pas, parce que <i>eût</i> figure avec
-<i>c’était</i>, et non pas avec <i>moi</i>. Au reste, Molière a donné cela au
-besoin de la mesure, car, deux vers plus loin, il rentre dans
-la forme ordinaire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est <i>moi</i>, vous dis-je, <i>moi</i>, dont le patron le sait,</div>
-<div class="verse">Et qui vous <i>ai</i> produit ce favorable effet.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 7.)</div>
-
-<p>Molière a employé encore ailleurs cette discordance de personnes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce ne seroit pas <i>moi</i> qui <i>se feroit</i> prier.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 2.)</div>
-
-<p class="cit">En ce cas, c’est <i>moi</i> qui <i>se nomme</i> Sganarelle.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Nous</i> chercherons partout à trouver à redire,</div>
-<div class="verse">Et <i>ne verrons</i> que nous qui <i>sachent</i> bien écrire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>Molière mettait ici le verbe en accord avec le pronom relatif,
-<span class="pagenum" id="Page_328">328</span>
-qui désigne en effet la 3<sup>e</sup> personne. L’usage prescrit absolument
-aujourd’hui le verbe à la 1<sup>re</sup> personne, <i>qui sachions</i>. Au
-surplus, comme la mesure eût été la même, on est induit à
-penser que du temps de Molière la règle n’était pas encore
-fixée sur ce point.</p>
-
-<p class="item" id="pronom_reflechi"><i>PRONOM RÉFLÉCHI</i>, supprimé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les mauvais traitements qu’il me faut endurer</div>
-<div class="verse">Pour jamais de la cour me feroient <i>retirer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je ne feindrai point de vous dire que le hasard <i>nous a fait connoître</i> il
-y a six jours.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p>Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition <i>nous a
-fait nous connoître; me feroient me retirer</i>. Il pouvait dire,
-<i>nous a fait connoître l’un à l’autre</i>; mais il a pensé que la rapidité
-de l’expression ne faisait ici rien perdre à la clarté, et
-pour un dialogue était assez correcte.</p>
-
-<p>J’observe que les bons écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle n’expriment
-jamais qu’une fois le pronom personnel, quand la tournure de
-la phrase et l’emploi d’un verbe réfléchi sembleraient, comme
-ici, exiger qu’il fût exprimé deux fois.</p>
-
-<p class="item"><i>PRONOM RELATIF</i>, séparé de son substantif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et j’ai des <i>gens</i> en main <i>que</i> j’emploierai pour vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tandis que <i>Célimène</i> en ses liens s’amuse,</div>
-<div class="verse"><i>De qui</i> l’humeur coquette et l’esprit médisant</div>
-<div class="verse">Semblent donner si fort dans les mœurs d’à présent.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Ce tour est si fréquent dans Molière et dans tous les écrivains
-du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, qu’il a paru superflu d’en rassembler ici
-d’autres exemples.</p>
-
-<p class="item" id="propos">PROPOS; <span class="t5">METTRE DANS LE PROPOS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, pour ne vous point <i>mettre</i> aussi <i>dans le propos</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="propre">PROPRE, au sens d’<i>élégant</i>, <i>paré</i>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">DORANTE</span>. Comment, monsieur Jourdain, vous voilà le plus <i>propre</i> du
-monde!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="prou">PROU, adverbe, beaucoup; archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai <i>prou</i> de ma frayeur en cette conjecture.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_329">329</span>
-<i>Prou</i>, par apocope de <i>proufit</i> (<i>profit</i>). En italien, <i>pro</i> n’est
-que substantif: <i lang="it" xml:lang="it">Buon pro vi faccia.</i>&mdash;Bon prou vous fasse.</p>
-
-<p>La <i>Civilité puérile et honnête</i> apprenait aux enfants à dire à
-leurs père et mère, après les grâces, <i>prouface</i>, c’est-à-dire,
-<i>bon prou vous fasse</i>; que ce repas vous profite.</p>
-
-<p>En français, <i>prou</i> fait aussi l’office d’adverbe, comme ces
-autres substantifs monosyllabes, <i>pas</i>, <i>point</i>, <i>mie</i>, <i>trop</i>, <i>rien</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#pas"><span class="t5">PAS</span></a>; <a href="#rien"><span class="t5">RIEN</span></a>.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«L’un jura foi de roi, l’autre foi de hibou,</div>
-<div class="verse">«Qu’ils ne se goberoient leurs petits <i>peu ni prou</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>L’Aigle et le Hibou.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="prunes">PRUNES; <span class="t5">POUR DES PRUNES</span>, pour rien:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLIMÈNE</span>. Ce <i>le</i>, où elle s’arrête, n’est pas mis <i>pour des prunes</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p>Molière prête à Climène cette trivialité, pour faire un contraste
-plaisant avec le superbe néologisme de cette précieuse,
-et l’importance qu’elle attache à ce <i>le</i>.</p>
-
-<p>La même intention paraît dans Sganarelle, qui, interrogé au
-plus fort de son chagrin, répond:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si je suis affligé, ce n’est pas <i>pour des prunes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">ARNOLPHE.</div>
-<div class="verse">Diantre, <i>ce ne sont pas des prunes</i> que cela!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="publier">PUBLIER <span class="t5">POUR</span> (un adjectif), faire passer publiquement
-pour...:</p>
-
-<p class="cit">Et que direz-vous de la marquise Araminte, qui <i>la publie partout
-pour épouvantable</i>? (la comédie de <i>l’École des femmes</i>).</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item" id="puer">PUER <span class="t5">SON ANCIENNETÉ</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">... Ah! <i>sollicitude</i> à mon oreille est rude;</div>
-<div class="verse">Il <i>put</i> étrangement son ancienneté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>Ce présent se dérive de la forme <i>puir</i>, qui est la primitive;
-<i>puer</i> est moderne. «C’est <i>puir</i> que sentir bon.» (<span class="smcap">Montaigne.</span>)</p>
-
-<p>«<span class="smcap">Puer</span> ou <span class="t5">PUÏR</span>, verbe neutre. L’Académie ne parle que de
-<i>puer</i>, et point du tout de <i>puir</i>. Danet en parle comme l’Académie;
-mais Richelet, aussi bien que Furetière, les admet tous
-<span class="pagenum" id="Page_330">330</span>
-deux, en disant que ce sont deux verbes défectueux; que
-<i>puïr</i> ne se dit point à l’infinitif, mais seulement <i>puer</i>, et qu’ils
-empruntent l’un de l’autre quelques temps. Quoi qu’il en soit,
-on ne conjugue point <i>je pue</i>, ni <i>je puïs</i>, comme il semble qu’on
-devroit conjuguer; mais <i>je pus</i>, <i>tu pus</i>, <i>il put</i>.»
-(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</p>
-
-<p>L’exemple tiré de Montaigne, auquel on en pourrait ajouter
-mille autres, prouve l’erreur de Richelet et de Furetière
-quant à l’infinitif <i>puïr</i>: ils ont pris pour défectueux deux verbes
-très-complets chacun de sa part, mais différents d’âge. Les
-dernières lignes de Trévoux prouvent qu’en 1740 la forme
-moderne n’avait pas encore supplanté l’ancienne complétement,
-et que <i>puïr</i> subsistait toujours dans le présent de l’indicatif.
-A plus forte raison, en 1672 Molière ne pouvait-il
-écrire, comme le mettent certaines éditions: «Il <i>pue</i> étrangement.....»
-(Voyez <a href="#sentir"><span class="t5">SENTIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="punisseur">PUNISSEUR; <span class="t5">FOUDRE PUNISSEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il ne veut le montrer qu’en tête d’une armée,</div>
-<div class="verse">Et tout prêt à lancer <i>le foudre punisseur</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="punition">PUNITION; <span class="t5">FAIRE LA PUNITION DE</span>... <span class="t5">SUR</span>...:</p>
-
-<p class="cit">Ils <i>en feront sur votre personne toute la punition</i> que leur pourront offrir
-et les poursuites de la justice, et la chaleur de leur ressentiment.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>Molière dit de même, <i>faire la justice</i> d’un crime.</p>
-
-<p class="item" id="purger">PURGER <span class="t5">(SE) DE SA MAGNIFICENCE</span>, l’expliquer, la
-justifier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’autre, <i>pour se purger de sa magnificence</i>,</div>
-<div class="verse">Dit qu’elle gagne au jeu l’argent qu’elle dépense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SE PURGER D’UNE IMPOSTURE</span>, en démontrer la
-fausseté:</p>
-
-<p class="cit">Votre Majesté juge bien elle-même...... quel intérêt j’ai enfin à <i>me
-purger de leur imposture</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="item_Q">QUAND... <span class="t5">ET QUE</span>...:</p>
-
-<p class="cit">Enfin, <i>quand</i> il (le ciel) exposeroit à mes yeux un miracle d’esprit, d’adresse
-et de beauté, <i>et que</i> cette personne m’aimeroit avec toutes les tendresses
-imaginables; je vous l’avoue franchement, je ne l’aimerois pas.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_331">331</span>
-Oui, <i>quand</i> Alexandre seroit ici, <i>et que</i> ce seroit votre amant......</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 12.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Quand</i> un homme nous auroit ruinés, estropiés, brûlé nos maisons,
-tué notre père, <i>et qu’</i>il se disposeroit encore à nous assassiner...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 14<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Cette tournure paraît lâche et incorrecte. On observera dans
-la phrase de Pascal une autre négligence, c’est le même <i>nous</i>
-servant à la fois comme accusatif et comme datif: <i>nous</i> aurait
-ruinés, <i>nous</i> aurait tué notre père.</p>
-
-<p class="item">QUANT-A-MOI, substantif.
-(Voyez <a href="#tenir_quant_a_moi"><span class="t5">TENIR SON QUANT-A-MOI</span></a>).</p>
-
-<p class="item" id="quasi">QUASI, presque:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Figurez-vous donc que Télèbe,</div>
-<div class="verse7">Madame, est de ce côté.</div>
-<div class="verse8">C’est une ville, en vérité,</div>
-<div class="verse8">Aussi grande <i>quasi</i> que Thèbe.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Ce mot a joui d’une grande faveur jusqu’à la fin du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup>
-siècle:</p>
-
-<p class="cit">«Nous sommes <i>quasi</i> en tout iniques juges de leurs actions (des femmes).»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">«....... Notre grande méthode (de diriger l’intention), dont l’importance
-est telle, que j’oserois <i>quasi</i> la comparer à la doctrine de la probabilité.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 7<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Je ne me laisse pas emporter aux haines publiques, que je sais estre
-<i>quasi</i> toujours injustes.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Voiture.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«L’amour n’a <i>quasi</i> jamais bien establi son pouvoir qu’après avoir ruiné
-celui de nostre raison.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">St.-Évremond.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Le mot <i>quasi</i> n’est pas mauvais, et il ne faut faire nul scrupule de s’en
-servir, surtout dans les discours de longue haleine.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Patru.</span>)</div>
-
-<p>Là commencent les retours: Vaugelas, Ménage, Bouhours,
-Thomas Corneille, ont condamné <i>quasi</i>, les uns plus sévèrement,
-les autres moins; les plus indulgents ne l’ont toléré que
-par pitié.</p>
-
-<p>Le temps a donné gain de cause à Vaugelas, qui le proscrivait
-net, et le chassait du <i>beau langage</i>.</p>
-
-<p class="item" id="que"><span class="pagenum" id="Page_332">332</span>
-QUE.</p>
-
-<p>Ce mot est entré dans la langue française pour y représenter
-1<sup>o</sup> l’adverbe latin <i lang="la" xml:lang="la">quòd</i>;</p>
-
-<p>2<sup>o</sup> Les accusatifs du pronom relatif <i>qui</i>, <span lang="la" xml:lang="la"><i>quæ</i>, <i>quod</i></span>, et le
-neutre <i lang="la" xml:lang="la">quid</i>;</p>
-
-<p>3<sup>o</sup> L’<ins id="cor_13" title="adverve">adverbe</ins> <i lang="la" xml:lang="la">quàm</i> dans les formules
-de comparaison: plus pieux que vous, <span lang="la" xml:lang="la">magis pius <i>quàm</i> tu</span>.</p>
-
-<p>Enfin, il figure dans quelques autres locutions qui ne sont
-point prises du latin, et sont des idiotismes de notre langue.</p>
-
-<p>Molière nous fournit des exemples de ces divers emplois de
-<span class="t5">QUE</span>; nous allons les rapporter dans l’ordre où ils viennent
-d’être mentionnés.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span> (<i lang="la" xml:lang="la">quòd</i>), entre deux verbes,
-tous deux à l’indicatif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! madame, <i>il suffit</i>, pour me rendre croyable,</div>
-<div class="verse"><i>Que</i> ce qu’on vous promet <i>doit</i> être inviolable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Est-il</i> possible <i>que</i> toujours <i>j’aurai</i> du dessous avec elle?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 13.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Est-il</i> possible <i>que vous serez</i> toujours embéguiné de vos apothicaires et
-de vos médecins?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>L’idée du second verbe énonce un fait certain, c’est pourquoi
-on met l’indicatif. Le doute, ou plutôt l’exclamation, s’exprime
-dans l’autre partie de la phrase. Vous serez toujours
-embéguiné des médecins;&mdash;j’aurai toujours du dessous avec
-elle;&mdash;cela est-il possible?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Croyez-vous qu’</i>il <i>suffit</i> d’être sorti de moi?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Corneille"><span class="smcap">Corn.</span></abbr> <i>Le Menteur.</i>)</div>
-
-<p>Il suffit d’être sorti de moi.&mdash;Le croyez-vous? La première
-proposition paraît incontestable à Dorante.</p>
-
-<p>Montaigne, parlant du nouveau monde, se sert de la même
-tournure:</p>
-
-<p class="cit">«Bien <i>crains-je que</i> nous luy <i>aurons</i> très fort hasté sa ruine par nostre
-contagion, et <i>que nous luy aurons</i> bien cher vendu nos opinions et nos
-arts!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 6.)</div>
-
-<p>Observez que dans tous ces exemples le premier verbe est
-au présent de l’indicatif, et le second au futur.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_333">333</span>
-&mdash;<span class="t4">QUE</span> pour <i>de ce que</i>, répondant au latin <i lang="la" xml:lang="la">quòd</i>, adverbe;
-<span class="t5">S’OFFENSER QUE</span> (suivi d’un autre verbe):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Et cet arrêt suprême</div>
-<div class="verse">Doit m’être assez touchant pour ne pas <i>s’offenser</i></div>
-<div class="verse"><i>Que</i> mon cœur par deux fois <i>le fasse répéter</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="cit">Vous aurez la consolation <i>qu’elle</i> sera morte dans les formes.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p><span lang="la" xml:lang="la">Hoc erit tibi solamen <i>quòd</i>.....</span> Cette consolation (savoir) que
-elle sera morte... etc.</p>
-
-<p class="cit">Voilà qui m’étonne, <i>qu’en</i> ce pays-ci les formes de la justice ne soient
-point observées.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p>La Fontaine a dit, par la même tournure, <i>prier que</i> et <i>menacer
-que</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Quelques voyageurs <i>le prièrent</i>, au nom de Jupiter hospitalier, <i>qu’il
-leur enseignât</i> le chemin qui conduisoit à la ville....... Ésope <i>le menaça
-que</i> ses mauvais traitements <i>seroient sus</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p>Cette construction est très-commode, et abrége un long détour;
-mais elle ne paraît pas admissible hors du dialogue ou du
-style familier.</p>
-
-<p class="ti" id="il_n_est_pas_que">&mdash;<span class="t4">QUE</span> dans cette formule,
-<span class="t4">IL N’EST PAS QUE</span>; c’est-à-dire, <i>pas possible que</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Il n’est pas que</i> vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p>Le comte de Foix, dit Froissart, fit mourir dans des supplices
-horribles quinze de ses serviteurs:</p>
-
-<p class="cit">«Et la raison que il y mist et mettoit estoit telle: que <i>il ne pouvoit estre
-que</i> ils ne sceussent de ses secrets.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart</span>, liv. III.)</div>
-
-<p>Les Latins ont de même employé <i lang="la" xml:lang="la">quòd</i> et <i lang="la" xml:lang="la">quin</i>.
-«<span lang="la" xml:lang="la">Hoc est <i>quòd</i> ad vos venio.</span>» (<span class="smcap">Plaute</span>.)
-C’est cela <i>que</i> je viens à vous.&mdash;«<span lang="la" xml:lang="la">Non
-possum <i>quin</i> exclamem</span>.» (<span class="smcap">Cicéron.</span>) Je ne peux <i>que</i> je
-ne m’écrie.</p>
-
-<p>(Voy. <a href="#pouvoir"><span class="smcap">Pouvoir</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span>, ouvrant une formule de souhait (en latin
-<span class="t5" lang="la" xml:lang="la">QUOD UTINAM</span>, Salluste.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Que</i> puissiez vous avoir toutes choses prospères!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_334">334</span>
-<div class="verse"><i>Que</i> maudit soit l’amour, et les filles maudites</div>
-<div class="verse">Qui veulent en tâter, puis font les chatemites!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 4)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le pauvre homme! Allons vite en dresser un écrit,</div>
-<div class="verse">Et <i>que puisse</i> l’envie en crever de dépit!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Cette locution s’explique par l’ellipse: <i>Je souhaite</i>, <i>je prie
-Dieu que</i>.... etc.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QU’AINSI NE SOIT</span>, espèce de formule oratoire au
-commencement d’une phrase, comme le <i lang="la" xml:lang="la">verum enimvero</i>
-de Cicéron (déjà surannée du temps de Molière):</p>
-
-<p class="pers">1<sup>er</sup> MÉDECIN.</p>
-
-<p class="cit"><i>Qu’ainsi ne soit</i>: pour diagnostique incontestable de ce que je dis.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span> pour <i>à ce que</i>, dans ces formules, <span class="t5">QUE JE CROIS</span>,
-<span class="t5">QUE JE PENSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous n’avez pas été sans doute la première,</div>
-<div class="verse">Et vous ne serez pas, <i>que je crois</i>, la dernière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Vous devez, <i>que je croi</i>,</div>
-<div class="verse">En savoir un peu plus de nouvelles que moi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">On aura, <i>que je pense</i>,</div>
-<div class="verse">Grande joie à me voir après dix jours d’absence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Parbleu! vous êtes fou, mon frère, <i>que je croi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous n’aurez, <i>que je crois</i>, rien à me repartir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Vous n’êtes pas d’ici, <i>que je crois</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je n’ai pas besoin, <i>que je pense</i>, de lui recommander de la faire agréable.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je m’y suis pris, <i>que je crois</i>, de toutes les tendres manières dont un
-amant se peut servir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>L’usage a prévalu de supprimer dans ces formules le <i>que</i>
-comme surabondant.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE JE SACHE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il n’est point de destin plus cruel, <i>que je sache</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Traduction rigoureuse de la formule latine <i lang="la" xml:lang="la">quod sciam</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span> répondant au neutre <i lang="la" xml:lang="la">quod</i>, dans
-<span class="t5">N’AVOIR QUE FAIRE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Et vous êtes un sot de venir vous fourrer <i>où vous n’avez que</i> faire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_335">335</span>
-Je n’ai <i>que</i> faire de votre aide.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je n’ai <i>que</i> faire de vos dons.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="ti" id="que_ablatif">&mdash;<span class="t4">QUE</span> répondant à l’ablatif du
-<i lang="la" xml:lang="la">qui</i> relatif latin, où, auquel, dans lequel, par où:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’argent dans notre bourse entre agréablement;</div>
-<div class="verse">Mais <i>le terme</i> venu <i>que</i> nous devons le rendre,</div>
-<div class="verse">C’est lors que les douleurs commencent à nous prendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Las! <i>en l’état qu’</i>il est, comment vous contenter?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A l’heure que</i> je parle, un jeune Égyptien,</div>
-<div class="verse">Qui n’est pas noir pourtant.......</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’abord il a si bien chargé sur les recors,</div>
-<div class="verse">Qui sont gens d’ordinaire à craindre pour leur corps,</div>
-<div class="verse">Qu’<i>à l’heure que je parle</i> ils sont encore en fuite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je la regarde en femme, <i>aux termes qu’</i>elle en est.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Je regarde les choses <i>du côté qu’</i>on me les montre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="cit"><i>De la façon qu’</i>elle a parlé, tout ce qu’elle en a fait a été sans dessein.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 16.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On se défend d’abord; mais, <i>de l’air qu’on s’y prend</i>,</div>
-<div class="verse">On fait entendre assez que notre cœur se rend.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Est-il possible, notre gendre, qu’il n’y ait pas moyen de vous instruire
-<i>de la manière qu’</i>il faut vivre parmi les personnes de qualité?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p lang="la" xml:lang="la"><i>Quo modo</i> vivendum sit.</p>
-
-<p class="cit">Nous voilà au temps, m’a-t-il dit, <i>que</i> je dois partir pour l’armée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Et l’on vous a su prendre <i>par l’endroit seul que</i> vous êtes prenable.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p>M. Auger fait ici la remarque suivante:</p>
-
-<p>«<i>Prendre</i> et <i>prenable</i>, appartenant à deux propositions distinctes,
-devraient avoir chacun leur complément indirect, et
-ils n’en ont qu’un à eux deux. C’est là qu’est la faute. Il faudrait:
-On a su vous prendre <i>par l’endroit seul par lequel</i>....»</p>
-
-<p>Je sais bien que M. Auger est avec l’usage, au moins l’usage
-moderne, et Molière hors de cet usage; mais je ne crains
-pas de dire: Tant pis pour l’usage moderne! Qui ne voit l’immense
-avantage de ce rapide monosyllabe <i>que</i> sur cette lourde
-et pesante tournure, <i>par l’endroit par lequel</i>?</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_336">336</span>
-La raison alléguée par M. Auger en faveur de l’usage ne
-vaut rien. Qu’importe en effet que <i>prendre</i> et <i>prenable</i> n’aient
-pour eux deux qu’un seul complément, s’ils le gouvernent tous
-deux de même? <i>Prendre par</i> un endroit; <i>prenable par</i> un endroit.
-Et où prend-il lui-même cette loi, qu’il faut deux compléments
-lorsqu’il y a deux propositions distinctes? Enfin, peut-on
-dire qu’il y ait ici deux propositions distinctes? Ce sont là
-toutes arguties de grammairien. Pour faire voir la légitimité
-de la construction de Molière au point de vue de la logique,
-il n’y a qu’à traduire sa phrase en latin:&mdash;<i lang="la" xml:lang="la">Captus es quo loco
-capi poteras</i>.&mdash;Le <i>que</i> n’est aussi exprimé qu’une fois.</p>
-
-<p>Voici un tableau qui fera comprendre, mieux que tous les
-raisonnements subtils, le jeu de ces relatifs <span class="t5">QUI</span>, <span class="t5">QUE</span>,
-<span class="t5">QUOI</span>. J’en puise les éléments dans la grammaire de Jehan Masset,
-imprimée à la suite du dictionnaire de Nicot (1606.)</p>
-
-<p><span class="smcap">Qui</span>, nominatif de tout genre et de tout nombre:</p>
-
-<table class="fixl" summary="Exemples de l’emploi de QUI">
-<tr>
- <td class="tdlk" rowspan="4">Exemples:</td>
- <td class="gt gl gb" rowspan="4">&nbsp;</td>
- <td class="tdlk">Le père</td>
- <td class="gt gr gb" rowspan="4">&nbsp;</td>
- <td class="tdlk" rowspan="4"><span class="t5">QUI</span> vous aiment.</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlk">La mère</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlk">Les pères</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlk">Les mères</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p><span class="smcap">Que</span>, accusatif de tout genre et de tout nombre:</p>
-
-<table class="fixl" summary="Exemples de l’emploi de QUE">
-<tr>
- <td class="tdlk" rowspan="2">Exemples:</td>
- <td class="gt gl gb" rowspan="2">&nbsp;</td>
- <td class="tdlk">Le père, la mère</td>
- <td class="gt gr gb" rowspan="2">&nbsp;</td>
- <td class="tdlk" rowspan="2"><span class="t5">QUE</span> vous aimez.</td>
-</tr>
-<tr>
- <td class="tdlk">Les pères, les mères</td>
-</tr>
-</table>
-
-<p><span class="smcap">Que</span> sert aussi pour les neutres <i lang="la" xml:lang="la">quid</i> et
-<i lang="la" xml:lang="la">quod</i>. <i>Que</i> dites-vous? (<span lang="la" xml:lang="la"><i>quid</i> dicis?</span>)
-Ce <i>que</i> je sais (<span lang="la" xml:lang="la"><i>quod</i> scio</span>).</p>
-
-<p><span class="smcap">Quoi</span>, accusatif neutre.&mdash;<i>Quoi</i> voyant, ou <i>ce que</i> voyant.....
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>quod</i> cum videret</span>.&mdash;<i>Quoi que</i> vous disiez, littéralement en
-latin du moyen âge, <i lang="la" xml:lang="la">quid quod dicas</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>De la façon enfin qu’</i>avec toi j’ai vécu,</div>
-<div class="verse">«Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Corneille"><span class="smcap">Corn.</span></abbr> <i>Cinna.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>Au temps que</i> les bêtes parloient.....»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Le jour suivant, que</i> les vapeurs de Bacchus furent dissipées, Xantus
-fut extrêmement surpris de ne plus trouver son anneau.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_337">337</span>
-«Un jour viendra <i>que</i> votre méchanceté ne trouvera point de retraite
-sûre, non pas même dans les temples.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p>Un jour viendra <i>dans lequel</i>.</p>
-
-<p class="ti" id="que_ne">&mdash;<span class="t4">QUE</span>, suivi de <i>ne</i>, répondant au latin
-<i lang="la" xml:lang="la">quin</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">quin</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">quominus</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et ce bien, par la fraude entré dans ma maison,</div>
-<div class="verse">N’en sera point tiré <i>que</i> dans cette sortie</div>
-<div class="verse">Il <i>n’</i>entraîne du mien la meilleure partie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Entrez dans cette porte,</div>
-<div class="verse">Et sans bruit ayez l’œil <i>que</i> personne <i>n’</i>en sorte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Afin que personne, pour empêcher que personne n’en sorte.</p>
-
-<p class="cit">Il n’avouera jamais qu’il est médecin,..... <i>que</i> vous <i>ne</i> preniez chacun
-un bâton.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p><span lang="la" xml:lang="la"><i>Quin</i> baculum sumas</span>: A moins que vous ne preniez un bâton.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Je ne sais qui me tient, infâme,</div>
-<div class="verse8"><i>Que</i> je <i>ne</i> t’arrache les yeux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p lang="la" xml:lang="la"><i>Quin</i> oculos tibi eripiam.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Passe, mon pauvre ami, crois-moi,</div>
-<div class="verse8"><i>Que</i> quelqu’un ici <i>ne</i> t’écoute.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Sors vite, <i>que</i> je <i>ne</i> t’assomme.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Allez vite, <i>qu’</i>il <i>ne</i> nous voie ensemble.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">NE POUVOIR QUE... NE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Dans le fond, je suis de votre sentiment, et <i>vous ne pouvez pas que</i> vous
-<i>n’</i>ayez raison.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p>«<span lang="la" xml:lang="la">Non possum quin exclamem.</span>» (<span class="smcap">Cicer.</span>) Je ne puis que
-je ne m’écrie; je ne puis m’empêcher de m’écrier.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span>, répondant au latin <span lang="la" xml:lang="la"><i>quàm</i>,
-<i>præterquàm</i>, <i>nisi</i></span>, excepté, sinon:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais quoi! que feras-tu <i>que</i> de l’eau toute claire?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Ont-elles répondu <i>que</i> oui et non à tout ce que nous avons pu leur dire?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Précieuses ridicules">Préc. rid.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p class="cit">Où trouver, sire, une protection <i>qu’</i>au lieu où je la viens chercher? et
-qui puis-je solliciter..... <i>que</i> la source de la puissance et de l’autorité?</p>
-
-<div class="citsrc">(2<sup>e</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="cit">Je vous crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi <i>que</i> ce qui
-peut être permis par l’honneur et la bienséance.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_338">338</span>
-Descendons-nous tous deux <i>que</i> de bonne bourgeoisie?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="cit">«Je l’ai suivi (Planude), sans retrancher de ce qu’il a dit d’Ésope <i>que</i> ce
-qui m’a semblé trop puéril.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span> répondant au latin <i>cum</i>, lorsque, tandis que:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il aime quelquefois sans qu’il le sache bien,</div>
-<div class="verse">Et croit aimer aussi, parfois <i>qu’</i>il n’en est rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Tandis qu’il n’en est rien.</p>
-
-<p class="cit">Comment voudriez-vous qu’ils traînassent un carrosse, <i>qu’</i>ils ne peuvent
-pas se traîner eux-mêmes?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Lorsqu’ils ne peuvent pas.</p>
-
-<p class="cit">Où me réduisez-vous, <i>que</i> de me renvoyer à ce que voudront permettre,
-etc....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Lorsque vous me renvoyez.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">Et la raison bien souvent les pardonne,</div>
-<div class="verse"><i>Que</i> l’honneur et l’amour ne les pardonnent pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span> <i>elliptique</i>; tel que, ou, adverbialement, tellement
-que, de telle sorte que:</p>
-
-<p class="cit">Je suis dans une colère, <i>que</i> je ne me sens pas!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p>Telle, que je ne me sens pas.</p>
-
-<p class="cit">J’ai une tendresse pour mes chevaux, <i>qu’</i>il me semble que c’est moi-même.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Telle, qu’il me semble....</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Suis-je faite d’un air, à votre jugement,</div>
-<div class="verse"><i>Que</i> mon mérite au sien doive céder la place?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>D’un tel air que mon mérite, etc.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous me le parez<a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> tous deux <i>d’une manière,</i></div>
-<div class="verse"><i>Qu’</i>on ne peut rien offrir qui soit plus précieux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="cit">«Nous ne laissâmes pas toutefois de délier l’homme et la femme, que la
-crainte tenoit saisis <i>à un point qu’</i>ils n’avoient pas la force de nous remercier.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Gil Blas.</i> liv. V. ch. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On lève des cachets, <i>qu’</i>on ne l’aperçoit pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>De telle sorte que l’on ne l’aperçoit pas.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_339">339</span>
-<div class="verse-6">Souvent on se marie,</div>
-<div class="verse"><i>Qu’</i>on s’en repent après tout le temps de sa vie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p>Tellement, de telle façon que l’on s’en repent.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span>, relatif après <i>ce que</i>:</p>
-
-<p class="cit">Bon! voilà <i>ce qu’</i>il nous faut <i>qu’</i>un compliment de créancier.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Don Juan.</i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ET QUE</span>... en relation avec <i>en</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">J’<i>en</i> suis persuadé,</div>
-<div class="verse"><i>Et que</i> de votre appui je serai secondé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p class="ti" id="que_diable">&mdash;<span class="t4">QUE DIABLE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Que diable</i> est-ce là? Les gens de ce pays-ci sont-ils insensés?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 12.)</div>
-
-<p>Il faut écrire <i>quel diable</i>, qu’on prononçait <i>queu diable</i>, et
-qu’on a fini par écrire <i>que diable</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#diable"><span class="t5">DIABLE</span></a>.)</p>
-
-<p class="cit">Si vous n’êtes pas malade, <i>que diable</i> ne le dites-vous donc!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 9.)</div>
-
-<p>Dans cette construction, <i>que</i> répond au latin <i lang="la" xml:lang="la">cur</i>. Pourquoi
-(diable!) ne le dites-vous donc? La véritable ponctuation serait
-d’isoler le mot <i>diable</i>: Que, diable! ne le dites-vous? <span lang="la" xml:lang="la"><i>Quin</i>,
-ædepol, illud, aperis</span>? (Voyez, p. 337, <a href="#que_ne"><span class="t5">QUE</span></a> suivi de <i>ne</i>.)</p>
-
-<p>On pourrait encore expliquer <i>que diable</i> ne le dites-vous,
-<i>quel diable</i> ne le dites-vous? c’est-à-dire, quel diable vous
-empêche de le dire? Ce serait une de ces constructions interrompues
-dont il y a des exemples dans toutes les langues, et
-surtout dans la nôtre.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE NE</span>, après <i>tarder</i>:</p>
-
-<p class="cit">Adieu; <i>il me tarde</i> déjà <i>que je n’</i>aie des habits raisonnables, pour quitter
-vite ces guenilles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE NON PAS</span>, après <i>aimer mieux</i>:</p>
-
-<p class="cit">Et tout ce que vous m’avez dit, je l’aime bien mieux une feinte <i>que non
-pas</i> une vérité.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE... QUI</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est vous, si quelque erreur n’abuse ici mes yeux,</div>
-<div class="verse"><i>Qu’</i>on m’a dit <i>qui</i> vivez inconnu dans ces lieux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_340">340</span>
-<div class="verse">Mais, pour guérir le mal <i>qu’</i>il dit <i>qui</i> le possède,</div>
-<div class="verse">N’a-t-il pas exigé de vous d’autre remède?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous verrons si c’est moi <i>que</i> vous voudrez <i>qui</i> sorte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et c’est toi <i>que</i> l’on veut <i>qui</i> choisisses des deux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je la recevrai comme un essai de l’amitié <i>que</i> je veux <i>qui</i> soit entre nous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 16.)</div>
-
-<p class="cit">Mon Dieu, Scapin, fais-nous un peu ce récit <i>qu’</i>on m’a dit <i>qui</i> est si
-plaisant.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>Ce gallicisme n’est pas élégant, mais il peut souvent être
-commode; c’est pourquoi il a été employé par de bons écrivains
-dans le style familier:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Et que pourra faire un époux</div>
-<div class="verse">«<i>Que</i> vous voulez <i>qui</i> soit nuit et jour avec vous?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le Mal marié.</i>)</div>
-
-<p>Ce tour, proscrit par la délicatesse raffinée des modernes,
-était encore d’usage au <span class="t5">XVIII</span><sup>e</sup> siècle; Voltaire lui-même ne fait
-point difficulté de s’en servir:</p>
-
-<p class="cit">«Voici cette épître de Corneille, <i>qu’</i>on prétend <i>qui</i> lui attira tant
-d’ennemis.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Commentaire sur l’Épître">Comment. sur l’Ép.</abbr> à Ariste.</i>)</div>
-
-<p>Si l’on essaye d’exprimer la même idée en termes différents,
-on verra ce que la tournure de Molière et de Voltaire offre d’avantageux.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUE</span> construit avec un adjectif, dans le sens où les
-Espagnols disent <span lang="es" xml:lang="es"><i>por</i>; <i>por grandes que sean los reyes...</i></span>
-c’est-à-dire, encore que les rois soient grands, ou quels
-grands que soient les rois:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma crainte toutefois n’est pas trop dissipée;</div>
-<div class="verse">Et, <i>doux que soit le mal</i>, je crains d’être trompée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 22.)</div>
-
-<p>Cette locution est elliptique; c’est comme s’il y avait, <i>et, quel doux que soit le
-mal</i><a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>. Pour l’euphonie et la
-rapidité, on avait fini par omettre <i>quel</i>; mais dans l’origine il était exprimé.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#quel"><span class="t5">QUEL</span></a> pour <i>tel.... que</i>, p. 341.)</p>
-
-<p>On doit regretter que ce tour élégant et concis n’ait pas été
-conservé, au lieu de ce pénible et raboteux <i>quelque... que</i>.</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_341">341</span>
-&mdash;<span class="t4">QUE</span> pour <i>ce que</i>, archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voilà, voilà <i>que c’est</i> de ne pas voir Jeannette,</div>
-<div class="verse">Et d’avoir en tout temps une langue indiscrète.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#etre_que_de"><span class="t5">ÊTRE QUE DE</span></a>,
-<a href="#si_que_de"><span class="t5">SI</span> (un adjectif) <span class="t5">QUE DE</span></a>,
-<a href="#si_peu"><span class="t5">SI PEU... QUE DE</span></a>... etc.,
-et <a href="#enrager"><span class="t5">ENRAGER QUE</span></a>,&mdash;<a href="#etonne"><span class="t5">ÉTONNÉ
- QUE</span></a>,&mdash;<a href="#faire_semblant"><span class="t5">FAIRE SEMBLANT
- QUE</span></a>,&mdash;<a href="#garder_que"><span class="t5">GARDER QUE</span></a>, etc.)</p>
-
-<p class="item" id="quel">QUEL, pour <i>tel... que</i>:</p>
-
-<p class="cit">Allez, allez, vous pourrez avoir avec eux (les médecins) <i>quel</i> mal il vous
-plaira.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p>Les grammairiens sont unanimes à déclarer que c’est là <i>une
-faute grave</i>. Ils veulent: <i>tel</i> mal <i>qu’</i>il vous plaira.</p>
-
-<p>Chez les Latins, <i lang="la" xml:lang="la">talis</i> et <i lang="la" xml:lang="la">qualis</i> étaient corrélatifs,
-ou se substituaient l’un à l’autre. Par exemple: <span lang="la" xml:lang="la"><i>talis</i> pater, <i>qualis</i>
-filius</span>; ou bien: <span lang="la" xml:lang="la"><i>qualis</i> pater, <i>talis</i> filius</span>.</p>
-
-<p>Le peuple s’obstine à dire: Prenez <i>lequel que</i> vous voudrez;
-venez à <i>quelle</i> heure <i>qu’</i>il vous plaira. C’est la tradition de
-l’ancienne langue:</p>
-
-<p class="cit">«Parole a David, si lui dis que il elise de treis choses <i>quele que</i> il volt
-mielz que je li face.</p>
-
-<p class="cit">«E li prophetes vint al rei, si li dist issi de part nostre seignur, e ruvad
-(<span lang="la" xml:lang="la">rogavit</span>) que il eleist
-(qu’il choisît, élisît) <i>quel</i> membre <i>que</i> il volsist.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 217.)</div>
-
-<p>Supprimez par euphonie le <i>que</i> relatif, vous avez la locution
-de Molière: Le prophète pria David de choisir <i>quel</i>
-membre il voudrait que Dieu frappât.</p>
-
-<p>Mais au lieu de supprimer ce <i>que</i> relatif, qui déjà n’était pas
-indispensable, l’usage moderne le redouble, et dit, avec une harmonie
-réellement barbare, <i>quelque... que</i>.</p>
-
-<p>(Voyez l’article suivant.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUEL</span> (un adj. ou un subst.) <span class="t5">QUE</span>, pour <i>quelque...
-que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En <i>quel</i> lieu <i>que</i> ce soit, je veux suivre tes pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 4.)</div>
-
-<p>C’est la véritable locution française, la seule qui ait du sens,
-et qu’autorisent les origines de la langue.</p>
-
-<p class="cit">«E Deu guardad David, <i>quel</i> part <i>qu’</i>il alast.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 148.)</div>
-
-<p class="cit">«E <i>quel</i> part <i>qu’</i>il (Saül) se turnout, ses adversaires surmontout.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 52.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_342">342</span>
-«De <i>quel</i> forfait <i>que</i> home out fait en cel tens.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Loix de Guillaume le <abbr title="Conquerant">Conquer.</abbr></i>)</div>
-
-<p><i>Quelque</i> forfait <i>que</i> l’on ait commis en ce temps, l’église y
-est un asile.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«<i>Quel</i> deul <i>que</i> j’en doie soufrir.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Roman">R.</abbr> de Coucy.</i> v. 6151.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Je m’en vois, dame! a Dieu le creatour,</div>
-<div class="verse10">Comant vo cors, en <i>quel</i> lieu <i>ke</i> je soie.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Chanson du sire de Coucy</i>, dans le roman, vers 7413.)</div>
-
-<p>Les Anglais égorgent par surprise les Danois établis à Londres;
-des jeunes gens nobles, montés sur une nacelle, échappent
-à cette boucherie:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Emmi se colent par Tamise,</div>
-<div class="verse8">«Ne lor nut tant nord est ne bise,</div>
-<div class="verse8">«Qu’en Danemarche n’arrivassent,</div>
-<div class="verse8">«<i>Queu</i> mer orrible <i>qu’</i>il trovassent.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Benoist de S.-More.</i> <i>Chronique</i>, v. 27550.)</div>
-
-<p>Le vent ne leur nuisit pas tellement qu’ils n’arrivassent en
-Danemark, <i>quelle</i> horrible mer <i>qu’</i>ils trouvassent.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«En <i>quel</i> oncques liu <i>que</i> je soie.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Violette</i>, p. 44.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Avis li fu qu .<span class="t5">I</span>. angle de par Dieu li disoit</div>
-<div class="verse">«Qu’aler lessast Flourence <i>quel</i> part <i>que</i> ele voudroit.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le dit de Flourence de Rome.</i>)</div>
-
-<p>Froissart parlant de la cour du comte de Foix:</p>
-
-<p class="cit">«Nouvelles de <i>quel</i> royaume ni (et) de <i>quel</i> pays <i>que</i>
-ce feust là dedans on y apprenoit.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Chroniques">Chron.</abbr></i> liv. III.)</div>
-
-<p><i>Quelque... que</i> est une locution dont il est impossible de
-rendre compte; elle échappe à toute analyse par son absurdité.
-Pourquoi ces deux <i>que</i> l’un sur l’autre, et <i>quel</i> invariable? Il
-appartenait à Molière de maintenir au milieu du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle la
-forme primitive.</p>
-
-<p>Il serait bien à souhaiter qu’on reprît l’ancien usage, et qu’on
-purgeât notre langue de cet affreux <i>quelque... que</i>.</p>
-
-<p>Nous avons vu Froissart, à la fin du <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle, employer encore
-la vraie locution. A la même époque, je trouve déjà la mauvaise
-forme installée dans un chef-d’œuvre, dans la farce de
-Pathelin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">A moy mesme pour <i>quelque</i> chose</div>
-<div class="verse8"><i>Que</i> je te die ne propose........</div>
-<span class="pagenum" id="Page_343">343</span>
-<div class="verse8">Dictes hardiment que j’affole</div>
-<div class="verse8">Se je dis huy aultre parole</div>
-<div class="verse8">A vous n’a quelque aultre personne,</div>
-<div class="verse8">Pour <i>quelque</i> mot <i>que</i> l’en me sonne,</div>
-<div class="verse8">Fors Bée que vous m’avez aprins.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Ainsi, dès la fin du <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle, les deux locutions étaient en
-présence, et luttaient. Selon la marche des choses d’ici-bas, la
-pire devait l’emporter, et son triomphe ne se fit pas attendre.
-Le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, tant ses ardeurs de grec, de latin, d’italien et
-d’espagnol lui brouillaient la cervelle, n’entendait plus rien
-du tout à la première langue française; je ne suis donc pas
-surpris de voir la forme <i>quelque que</i> mentionnée seule, et
-consacrée comme une règle dans la grammaire de Palsgrave
-(1530); c’est au folio 114 (<i>recto</i>), où l’auteur expose que
-l’on emploie indifféremment <i>quelque</i> et <i>quelconque</i>. Voici ses
-exemples:</p>
-
-<p class="cit">«<i>Quelconque</i> ou <i>quelque</i> excusation <i>que</i> vous alleguez, elle ne vous servira
-de rien.»</p>
-
-<p class="cit">«<i>Quelques</i> dieux, ou <i>quelconques</i> dieux <i>que</i> ils soient.»</p>
-
-<p class="cit">«O deesse specieuse, <i>quelque</i> tu soies, si m’engarderay à faire à aultruy
-<i>mencion quel conques</i>.»</p>
-
-<p>Ces exemples sont pris dans quelque traduction du latin, faite
-par un célèbre écrivain de l’époque.</p>
-
-<p>Vous observerez que Palsgrave recommande bien surtout de
-ne jamais faire accorder <i>quel</i> dans <i>quelque</i> ni <i>quelconque</i>. Si l’on
-trouve parfois dans les livres <i>quelle que</i>, <i>quelsconques</i> ou <i>quellesconques</i>,
-c’est, dit-il, par une grosse méprise des imprimeurs:
-«<span lang="en" xml:lang="en">that was done by the errour of the printers.</span>» Il fait de cette invariabilité
-une règle formelle, que l’âge suivant, avec son inconséquence
-ordinaire, a gardée pour <i>quelconque</i>, et violée pour
-<i>quelque</i>. Nous écrivons: une femme <i>quelconque</i>, sans faire accorder
-<i>quel</i>, et en le faisant accorder: <i>quelle que</i> soit cette femme.
-Notre grammaire moderne ressemble à un écheveau mêlé.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUELQUE SOT</span>, locution elliptique:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">LÉLIE.</div>
-<div class="verse">Tu te vas emporter d’un courroux sans égal.</div>
-<span class="pagenum" id="Page_344">344</span>
-<div class="pers">MASCARILLE.</div>
-<div class="verse">Moi, monsieur? <i>quelque sot!</i> la colère fait mal.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, quelque sot s’emporterait; mais moi, non!</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Certes je t’y guettois!&mdash;<i>Quelque sotte</i>, ma foi!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>Quelque sotte y serait prise; mais non pas moi!</p>
-
-<p class="cit">Hé, <i>quelque sot!</i> je vous vois venir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item">QUÊTE, recherche; <span class="t5">LA QUÊTE DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si bien qu’à <i>votre quête</i> ayant perdu mes peines...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<p>A votre recherche.</p>
-
-<p>C’est le sens primitif du mot: <i>la quête du S. Graal</i>.</p>
-
-<p class="item" id="qui">QUI, se rapportant à un nom de chose, au lieu de <i>lequel</i>,
-que Molière et ses contemporains paraissent avoir
-évité autant que possible:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai conçu, digéré, produit un stratagème</div>
-<div class="verse">Devant <i>qui</i> tous les tiens, dont tu fais tant de cas,</div>
-<div class="verse">Doivent sans contredit mettre pavillon bas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et pourvu que tes soins, <i>en qui</i> je me repose...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et contre cet assaut je sais un coup fourré,</div>
-<div class="verse">Par <i>qui</i> je veux qu’il soit de lui-même enferré.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et de ces blonds cheveux, <i>de qui</i> la vaste enflure</div>
-<div class="verse">Des visages humains offusque la figure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux une coiffure, en dépit de la mode,</div>
-<div class="verse">Sous <i>qui</i> toute ma tête ait un abri commode.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">O trois ou quatre fois béni soit cet édit</div>
-<div class="verse">Par <i>qui</i> des vêtements le luxe est interdit!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 9.)</div>
-
-<p>Ce n’est pas que Molière ait sacrifié au besoin de la mesure:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, oui, votre mérite, <i>à qui</i> chacun se rend....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Il ne lui en eût pas coûté davantage de mettre <i>auquel</i>, si ce
-terme eût été alors plus juste et plus conforme à l’usage.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous donner une main contre <i>qui</i> l’on enrage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Cette liberté pour <i>qui</i> j’avois des tendresses si grandes...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Princ. d’Él.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Une de ces injures pour <i>qui</i> un honnête homme doit périr.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit">C’est un art (l’hypocrisie) <i>de qui</i> l’imposture est toujours respectée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_345">345</span>
-<div class="verse">L’honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs</div>
-<div class="verse">Par <i>qui</i> vous débauchez ainsi les jeunes cœurs?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais les gens comme nous brûlent d’un feu discret,</div>
-<div class="verse">Avec <i>qui</i> pour toujours on est sûr du secret.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p><i>Qui</i> se rapporte à <i>feu</i>, et non pas à <i>gens</i>: avec lequel feu.</p>
-
-<p class="cit">N’oublie rien..... de ces caresses touchantes <i>à qui</i> je suis persuadé
-qu’on ne sauroit rien refuser.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De grâce, souffrez-moi, par un peu de bonté,</div>
-<div class="verse">Des bassesses <i>à qui</i> vous devez la clarté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti" id="qui_relatif">&mdash;<span class="t4">QUI</span> <i>relatif</i>, séparé de son sujet:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">Sans ce trait falot,</div>
-<div class="verse"><i>Un homme</i> l’emmenoit, <i>qui</i> s’est trouvé fort sot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! sans doute, <i>un amour</i> a peu de violence,</div>
-<div class="verse"><i>Qu’</i>est capable d’éteindre une si foible offense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La tête d’une femme est comme une <i>girouette</i></div>
-<div class="verse">Au haut d’une maison, <i>qui</i> tourne au premier vent.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Ibidem">Ib.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’allez point présenter <i>un espoir</i> à mon cœur,</div>
-<div class="verse"><i>Qu’</i>il recevroit peut-être avec trop de douceur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous perdons des <i>moments</i> en bagatelles pures,</div>
-<div class="verse"><i>Qu’</i>il faudroit employer à prendre des mesures.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Il me faut aussi <i>un cheval</i> pour monter mon valet, <i>qui</i> me coûtera bien
-trente pistoles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 8.)</div>
-
-<p>C’est le cheval qui coûtera trente pistoles, et non le valet.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous avez <i>notre mère</i> en exemple à vos yeux,</div>
-<div class="verse"><i>Que</i> du nom de savante on honore en tous lieux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Nos pères</i> sur ce point étoient gens bien sensés,</div>
-<div class="verse"><i>Qui</i> disoient qu’une femme en sait toujours assez...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 7.)</div>
-
-<p>Cette construction était une des plus usitées:</p>
-
-<p class="cit">«On ne parloit qu’avec transport de <i>la bonté</i> de cette princesse, <i>qui</i>,
-malgré les divisions trop ordinaires dans les cours, lui gagna d’abord
-tous les esprits.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <abbr title="Oraison funèbre de la duchesse d’Orléans"><i>Or. fun. de la duch. d’Orl.</i></abbr>)</div>
-
-<p><i>Qui</i> ne se rapporte pas à la princesse, mais à sa bonté, qui
-lui gagnait tous les esprits.</p>
-
-<p class="cit">«Il a eu raison d’interdire <i>un prêtre</i> pour toute sa vie, <i>qui</i>, pour se défendre,
-avoit tué un voleur d’un coup de pierre.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 14<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Votre père Alby fit <i>un livre sanglant</i> contre lui (le curé de St.-Nizier
-de Lyon), <i>que</i> vous vendites vous-même, dans votre propre église, le jour
-de l’Assomption.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Idem">Id.</abbr></i> 15<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_346">346</span>
-&mdash;<span class="t4">QUI</span>, répété disjonctivement pour <i>celui-ci</i>, <i>celui-là</i>:</p>
-
-<p class="cit">Ils n’ont pas manqué de dire que cela procédoit <i>qui</i> du cerveau, <i>qui</i> des
-entrailles, <i>qui</i> de la rate, <i>qui</i> du foie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«<i>Qui</i> lance un pain, un plat, une assiette, un couteau;</div>
-<div class="verse">«<i>Qui</i> pour une rondache empoigne un escabeau.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <i>Le Festin.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="quitter">QUITTER <span class="t5">SA PART A</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La mienne (ma main), quoiqu’aux yeux elle semble moins forte,</div>
-<div class="verse"><i>N’en quitte pas sa part à le bien étriller</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">JE LE QUITTE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ho! poussez. <i>Je le quitte</i>, et ne raisonne plus.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Oh! <i>je le quitte</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Ah! <i>je le quitte</i> maintenant, et je n’y vois plus de remède.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 13.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, je donne quittance du surplus; j’en ai assez,
-j’y renonce. <i>Le</i> est ici au neutre, sans relation grammaticale.</p>
-
-<p class="cit">«La police feminine a un train mystérieux; il fault <i>le leur quitter</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 5.)</div>
-
-<p>Le leur abandonner, ne s’en point mêler.</p>
-
-<p class="cit">«Mon père, lui dis-je, <i>je le quitte</i>, si cela est.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 7<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QUITTER A QUELQU’UN LA PLACE, LA PARTIE</span>, la
-lui abandonner:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ma présence le chasse,</div>
-<div class="verse">Et je ferai bien mieux de <i>lui quitter la place</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mettez dans vos discours un peu de modestie,</div>
-<div class="verse">Ou je vais sur-le-champ <i>vous quitter la partie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">&mdash;«Adrian l’empereur, débattant avecques le philosophe Favorinus de
-l’interpretation de quelque mot, Favorinus <i>luy en quitta bientost la victoire</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Montaigne">Mont.</abbr></span> III. 7.)</div>
-
-<p>On disait aussi <i>quitter quelqu’un de quelque chose</i>.</p>
-
-<p>Le baron de la Crasse, de Raymond Poisson, se vante de
-son talent à jouer la comédie; et pour en donner sur-le-champ
-un échantillon:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Autrefois j’ai joué dans les fureurs d’Oreste:</div>
-<div class="verse">«Tiens, tiens, voilà le coup...&mdash;<i>Nous vous quittons du reste.</i>»</div>
-</div>
-
-<p>Et le pelletier vantant ses fourrures à Patelin:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_347">347</span>
-<div class="verse8">«N’en payez ne denier ne maille,</div>
-<div class="verse8">«Se vous en trouvez qui les vaille;</div>
-<div class="verse8">«<i>Je vous en quitte</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le <abbr title="Nouveau">Nouv.</abbr> Pathelin.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="quoi">QUOI, adjectif neutre, pour <i>lequel</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le grand secret pour <i>quoi</i> je vous ai tant cherché.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce n’est pas le bonheur après <i>quoi</i> je soupire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Ces disputes d’âges, <i>sur quoi</i> nous voyons tant de folles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voici de petits vers pour de jeunes amants,</div>
-<div class="verse"><i>Sur quoi</i> je voudrois bien avoir vos sentiments.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">.... La dissection d’une femme, <i>sur quoi</i> je dois raisonner.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Il est remarquable avec quel soin Molière fuit ce mot <i>lequel</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#lequel"><span class="t5">LEQUEL</span></a> évité.)</p>
-
-<p>«Selon Vaugelas, <i>quoi</i>, pronom relatif, est d’un usage fort
-élégant et fort commode pour suppléer au pronom <i>lequel</i> en
-tout genre et en tout nombre. Et de ces deux locutions: le plus
-grand vice <i>à quoi</i> il est sujet, ou bien <i>auquel</i> il est sujet, il
-préférait la première.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p>Vaugelas ne faisait ici que réduire en maxime l’usage de son
-temps. Pascal aime beaucoup à se servir de <i>quoi</i>:</p>
-
-<p class="cit">«C’est donc la pensée qui fait l’être de l’homme, et sans <i>quoi</i> on ne le
-peut concevoir.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i> p. 43.)</div>
-
-<p class="cit">«Elles tiennent de la tige sauvage sur <i>quoi</i> elles sont entées.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 153.)</div>
-
-<p class="cit">«Une base constante <i>sur quoi</i> nous puissions édifier.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 296.)</div>
-
-<p class="cit">«Je manque à faire plusieurs choses <i>à quoi</i> je suis obligé.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 355.)</div>
-
-<p class="item" id="item_R">RACCROCHER (<span class="t5">SE</span>), absolument:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet homme me rompt tout!&mdash;Oui, mais cela n’est rien;</div>
-<div class="verse">Et de <i>vous raccrocher</i> vous trouverez moyen.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="rage">RAGE; <span class="t5">FAIRE RAGE</span>, faire l’impossible:</p>
-
-<p class="cit">Notre maître Simon.... dit qu’<i>il a fait rage</i> pour vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Ou au pluriel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">C’est un drôle qui <i>fait des rages</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_348">348</span>
-RAGOUT, figurément:</p>
-
-<p class="cit">Je voudrois bien savoir <i>quel ragoût il y a</i> à eux?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Un amant aiguilleté <i>sera pour elle un ragoût</i> merveilleux.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Cette métaphore est mise dans la bouche de Frosine.</p>
-
-<p class="item" id="raison">RAISON; <span class="t5">LA RAISON</span>, pour <i>la justice</i>, <i>ce qui est raisonnable</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je pense, Dieu merci, qu’on vaut son prix comme elles;</div>
-<div class="verse">Que, pour se faire honneur d’un cœur comme le mien,</div>
-<div class="verse">Ce n’est pas <i>la raison</i> qu’il ne leur coûte rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Nous en usons honnêtement, et nous nous contentons de <i>la raison</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RAISON EN DÉBAUCHE</span>, c’est-à-dire, égarée comme
-on l’est par la débauche:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Une raison</i> malade, et toujours <i>en débauche</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">FAIRE RAISON</span>, venger équitablement:</p>
-
-<p class="cit">Une bonne potence <i>me fera raison</i> de ton audace.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p><i>Faire raison</i>, dans le langage bachique, tenir tête à un buveur
-qui vous provoque:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Tous trois burent d’autant: l’ânier et le grison</div>
-<div class="verse8"><i>Firent</i> à l’éponge <i>raison</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>L’Ane chargé d’éponges.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="raisonnant">RAISONNANT, adjectif, raisonneur:</p>
-
-<p class="cit">Je vous trouve aujourd’hui bien <i>raisonnante</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="rajuster">RAJUSTER (<span class="t5">SE</span>), se raccommoder:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ils goûtent le plaisir de <i>s’être rajustés</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="ramasser">RAMASSER <span class="t5">(SE) EN SOI-MÊME</span>, au sens moral:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Lorsque, <i>me ramassant tout entier en moi-même</i>,</div>
-<div class="verse">J’ai conçu, digéré, produit un stratagème...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="cit">«Je prie Dieu, lorsque je sens que je m’engage dans ces prévoyances,
-de me renfermer dans mes limites; <i>je me ramasse dans moi-même</i>, et je
-trouve que je manque à faire plusieurs choses..... etc.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 67.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_349">349</span>
-RAMENTEVOIR, archaïsme, remettre en l’esprit,
-rappeler:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne <i>ramentevons rien</i>, et réparons l’offense.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p>Le présent de l’indicatif est <i>je ramentois</i>, <i>tu ramentois</i>, etc.</p>
-
-<p class="cit">«Ceste opinion me <i>ramentoit</i> l’experience que nous avons.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 12.)</div>
-
-<p>Les racines sont <i lang="la" xml:lang="la">ad mentem habere</i>, précédées du <i>re</i> itératif.</p>
-
-<p>«Ménage le tire de <i>ramentaire</i>.» (<span class="smcap">Trévoux.</span>) Mais d’où
-tire-t-on <i>ramentaire</i>, et où le trouve-t-on?</p>
-
-<p class="item" id="ranger">RANGER <span class="t5">QUELQU’UN</span>, avec ou sans complément
-indirect:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut avec vigueur <i>ranger les jeunes gens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Et que je ne sache pas trouver le moyen de <i>te ranger à ton devoir</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Ne vous mettez pas en peine: <i>je la rangerai bien</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RANGER AU DESTIN</span>, réduire au destin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>ne me rangez pas à l’indigne destin</i></div>
-<div class="verse">De me voir le rival de monsieur Trissotin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="rapatriage">RAPATRIAGE et <span class="t5">RAPATRIER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Veux-tu qu’à leur exemple ici</div>
-<div class="verse">Nous fassions entre nous un peu de paix aussi,</div>
-<div class="verse8">Quelque petit <i>rapatriage</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour couper tout chemin à nous <i>rapatrier</i>,</div>
-<div class="verse">Il faut rompre la paille.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="rapporter">RAPPORTER; <span class="t5">SE RAPPORTER</span>, pour <i>s’en rapporter</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je veux bien aussi <i>me rapporter</i> à toi, maître Jacques, de notre différend.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="rate">RATE; <span class="t5">DÉCHARGER SA RATE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Il faut qu’enfin j’éclate,</div>
-<div class="verse">Que je lève le masque et <i>décharge ma rate</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="rebours">REBOURS; <span class="t5">CHAUSSÉ A REBOURS</span>, métaphoriquement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tout ce que vous avez été durant vos jours,</div>
-<div class="verse">C’est-à-dire, un esprit <i>chaussé tout à rebours</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p><i>Rebours</i> est un substantif comme <i>revers</i>; aussi dit-on, <i>au rebours
-de...</i> <i>A rebours</i> est une sorte d’adverbe composé, et, en
-cette qualité, ne reçoit point de complément.</p>
-
-<p><i>Rebours</i> était aussi un adjectif, faisant au féminin <i>rebourse</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_350">350</span>
-<div class="verse8">«Madame, je vous remercie</div>
-<div class="verse8">«De m’avoir esté si <i>rebourse</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Marot.</span>)</div>
-
-<p>De m’avoir été si farouche, si intraitable.</p>
-
-<p>Enfin il y avait le verbe <i>rebourser</i>, qui existe encore sous la
-forme <i>rebrousser</i>; et je ne doute même pas qu’on ne l’ait toujours
-prononcé de la sorte, comme on a toujours dit <i>du fromage</i>
-et des <i>brebis</i>, lorsqu’on écrivait <i>du formage</i> et des <i>berbis</i>,
-à cause de <i lang="la" xml:lang="la">forma</i> et <i lang="la" xml:lang="la">verveces</i>. On a fini par transposer sur le
-papier l’<i>r</i> qu’on transposait dans la prononciation, pour éviter
-la double consonne. Ce point est développé dans les <i>Variations
-du langage français</i>, p. 30.</p>
-
-<p>Mais <i>rebourser</i> ou <i>rebrousser</i>, d’où vient-il?</p>
-
-<p>Je conjecture que l’<i>r</i> y est parasite, comme on en a des
-exemples dans plusieurs mots<a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>;
-et que <i>rebrousser</i> est le même que <i>reboucher</i>, qui signifie, dans la vieille langue, <i>émousser</i>, au
-propre et au figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Puisse être à ta grandeur le destin si propice,</div>
-<div class="verse">«Que ton cœur de leurs traits <i>rebouche</i> la malice!»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span>)</div>
-
-<p>Que ton cœur émousse leurs traits; que leurs traits <i>rebroussent</i>
-sur ton cœur.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Rechignée estoit, et froncé</div>
-<div class="verse8">«Avoit le nez et <i>rebourcé</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roman de la Rose.</i>)</div>
-
-<p>Elle avait le nez rebroussé et comme émoussé.</p>
-
-<p>Il peut être curieux d’observer que cette métaphore de la
-bouche, appliquée au tranchant de l’acier ou à la pointe d’une
-flèche, nous vient des Grecs:</p>
-
-<p>Στόμα, bouche et tranchant du fer; στομόω, ouvrir la bouche
-et tremper le fer; στόμωμα et στόμωσις, ouverture de
-bouche, trempe de fer, le fil d’une lame tranchante.</p>
-
-<p>Le sens propre et le figuré se trouvent réunis dans ces vers
-d’Œdipe à Créon:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Τὸ σὸν δ’ ἀφῖκται δεῦρ’ ὑπόβλητον στόμα,</div>
-<div class="verse">πολλὴν ἔχον στόμωσιν.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Οἰδίπους ἐπὶ Κολωνόν">Οἰδ. ἐπὶ Κολ.</abbr> v. 828.)</div>
-
-<p>«Et tu viens ici avec ta <i>langue</i> bien <i>affilée</i>.....»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_351">351</span>
-Les outils qui n’avaient plus de taillant étaient autrefois des
-outils sans bouche, des outils <i>rebouchés</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Kar <i>rebuchie</i> furent lur hustils de fer.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 44.)</div>
-
-<p>Un outil <i>rebouché</i> rebrousse, et en rebroussant il va <i>à rebours</i>.</p>
-
-<p class="item" id="recevoir">RECEVOIR, pour <i>souffrir</i>:</p>
-
-<p class="cit">Cela ne <i>reçoit</i> point <i>de contradiction</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ne voulant point céder, ni <i>recevoir l’ennui</i></div>
-<div class="verse">Qu’il me pût estimer moins civile que lui.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Quoi donc! <i>recevrai-je la confusion</i>....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 9.)</div>
-
-<p class="item" id="reconnu">RECONNU <span class="t5">DE (ÊTRE)</span>..... pour <i>récompensé</i>:</p>
-
-<p class="cit">Voilà qui est étrange, et <i>tu es bien mal reconnu de tes soins</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="reculer">RECULER <span class="t5">A QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Dès demain?&mdash;Par pudeur tu feins d’<i>y reculer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 15.)</div>
-
-<p class="cit">Hé bien, oui, puisqu’il veut te choisir pour juge, <i>je n’y recule point</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item">RÉDUIT; <span class="t5">AME RÉDUITE</span>, soumise, résignée à son
-sort, comme on dit <i>réduire un cheval</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il faut jouer d’adresse, et, d’une <i>âme réduite</i>,</div>
-<div class="verse">Corriger le hasard par la bonne conduite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RÉDUIT EN UN SORT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que vous fussiez <i>réduite en un sort</i> misérable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item">RÉGAL, au sens propre, fête, plaisir:</p>
-
-<p class="cit">D’où vient qu’il n’est pas venu à la promenade?&mdash;Il a quelque chose
-dans la tête qui l’empêche de prendre plaisir <i>à tous ces beaux régals</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DONNER UN RÉGAL</span>:</p>
-
-<p class="cit">Il m’a demandé si vous aviez témoigné grande joie au magnifique <i>régal
-que l’on vous a donné</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_352">352</span>
-&mdash;<span class="t4">RÉGALS</span>, au sens figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et la plus glorieuse (estime) a <i>des régals peu chers</i>,</div>
-<div class="verse">Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#cher"><span class="t5">CHER</span></a>.)</p>
-
-<p>Il faut avouer que cette expression, <i>a des régals peu chers</i>,
-manque de naturel, et laisse trop voir le besoin de préparer une
-rime à <i>univers</i>; nouvelle preuve que Molière commençait par
-faire son second vers. (Voyez <a href="#chevilles"><span class="t5">CHEVILLES</span></a>.)</p>
-
-<p class="cit">«Une estime glorieuse est chère, mais elle n’a point des régals
-chers. Il fallait dire <i>des plaisirs peu chers</i>, ou plutôt tourner
-autrement la phrase. On dit, dans le style bas: <i>cela est un
-régal pour moi</i>; mais non pas <i>il a des régals pour moi</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Voltaire.</span>)</div>
-
-<p class="item">RÉGALE, substantif féminin:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais quoi! partir ainsi d’une façon brutale,</div>
-<div class="verse">Sans me dire un seul mot de douceur pour <i>régale</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>La racine est <i>gale</i>, en italien <i lang="it" xml:lang="it">gala</i>.
-(Voyez p. 352, <a href="#regaler"><span class="t5">RÉGALER D’UNE PEINE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="regaler">RÉGALER <span class="t5">QUELQU’UN D’UN BON VISAGE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Je vous recommande surtout de <i>régaler d’un bon visage</i> cette personne-là.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RÉGALER D’UNE PEINE</span>, indemniser de cette peine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Mais, pour vous régaler</div>
-<div class="verse">Du souci qui pour elle ici vous inquiète,</div>
-<div class="verse">Elle vous fait présent de cette cassolette.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 13.)</div>
-
-<p><i>Régaler</i> est la forme itérative de <i>galer</i>, qui signifiait se réjouir,
-prendre du bon temps; ce qu’on dit en italien <i lang="it" xml:lang="it">far gala</i>.
-Nous avions aussi en français le substantif <i>gale</i>, racine de <i>régal</i>.
-<i>Mener gale</i>, ou <i>galer</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Lesquieulx respondirent qu’ils danceroient et meneroient <i>grant gale</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettres de rémission de 1380.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Icelle femme dit à son mary: Vous ne faites que aler par pays, et <i>galer</i>
-par les tavernes..... Le suppliant s’en ala jouer et esbattre à la taverne,
-où il demoura buvant, mengeant et <i>menant gale</i> avec les aultres.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Lettres de <abbr title="rémission">rém.</abbr></i> de 1409.)</div>
-
-<p>(Voyez Du Cange, au mot <i lang="la" xml:lang="la">Galare</i>.)</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_353">353</span>
-<i>Galer</i> était aussi un verbe actif; <i>galer quelqu’un</i>, <i>le faire
-danser</i>, <i>le réjouir</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Çà, là, <i>galons-le</i> en enfant de bon lieu.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Diable de <abbr title="Papefiguière">Papefig.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="regarder">REGARDER; <span class="t5">NE REGARDER RIEN</span>, ne regarder à rien:</p>
-
-<p class="cit">Pour moi, <i>je ne regarde rien</i> quand il faut servir un ami.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="regards">REGARDS <span class="t5">CHARGÉS DE LANGUEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur,</div>
-<div class="verse">Et ces fixes <i>regards, si chargés de langueur</i>,</div>
-<div class="verse">Disent beaucoup sans doute à des gens de mon âge.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">RÉGLER <span class="t5">A</span>... régler sur, d’après:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que sur cette conduite à son aise l’on glose;</div>
-<div class="verse">Chacun <i>règle la sienne au but</i> qu’il se propose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le douaire <i>se règle au bien</i> qu’on nous apporte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous savez mieux que moi qu’<i>aux volontés des cieux</i>,</div>
-<div class="verse8">Seigneur, il faut <i>régler</i> les nôtres.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="regrets">REGRETS; <span class="t5">FAIRE DES REGRETS</span>, comme <i>faire des cris</i>:</p>
-
-<p class="cit">Nous voyons une vieille femme mourante, assistée d’une servante qui <i>faisoit
-des regrets</i>....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item">RÉGULARITÉS, comme <i>règles</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je traiterai, monsieur, méthodiquement, et dans toutes les <i>régularités</i> de
-notre art.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<p class="item"><i>RELATION au sens particulier d’un mot employé
-dans une locution faite:</i></p>
-
-<p class="cit"><i>Ayons un cœur dont</i> nous soyons les maîtres.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Qu’avez-vous fait pour <i>être gentilhomme</i>? Croyez-vous qu’il suffise d’<i>en</i>
-porter le nom et les armes?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 6.)</div>
-
-<p>Corneille, à qui Molière a emprunté la pensée et presque
-l’expression de ce passage, a mis le verbe à l’indicatif après
-<i>que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Croyez-vous qu’<i>il suffit</i> d’être sorti de moi?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le <abbr title="Menteur">Ment.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_354">354</span>
-RELEVÉ; de fortune relevée:</p>
-
-<p class="cit">Elle n’a pas toujours été si <i>relevée</i> que la voilà!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="item" id="remener">REMENER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Remenez</i>-moi chez nous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Et non pas <i>ramenez-moi</i>, comme on parle aujourd’hui. Le
-simple est <i>menez-moi</i>, et non <i>amenez-moi</i>.</p>
-
-<p><i>Raconter</i>, <i>rapporter</i>, et plusieurs autres, sont dans le même
-cas que <i>ramener</i>; c’était autrefois <i>reconter</i>, <i>reporter</i>, etc.</p>
-
-<p class="cit">«Si i alad, e <i>remenad</i> ses serfs.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 232.)</div>
-
-<p class="cit">«Et li poples <i>recontad</i> que li reis ço e ço durreit a celi ki l’ociereit.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 64.)</div>
-
-<p class="item" id="remercier">REMERCIER <span class="t5">L’AVANTAGE</span>, rendre grâce à l’avantage:</p>
-
-<p class="cit">Certes, il peut <i>remercier l’avantage</i> qu’il a de vous appartenir.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="remettre">REMETTRE (<span class="t5">SE</span>), verbe actif, pour <i>reconnaître</i>, <i>se
-rappeler</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Vous ne vous remettez point mon visage?</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Vous ne vous remettez pas tout cela?</i>&mdash;Excusez-moi, <i>je me le remets</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="remontrer">REMONTRER <span class="t5">A QUELQU’UN</span>, lui en remontrer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que les jeunes enfants <i>remontrent aux vieillards</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="remplacer">REMPLACER <span class="t5">DE QUELQUE CHOSE</span>, avec quelque
-chose, par quelque chose:</p>
-
-<p class="cit">Elle a suivi le mauvais exemple de celles qui, étant sur le retour de
-l’âge, veulent <i>remplacer de quelque chose</i> ce qu’elles voient qu’elles perdent.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item">RENCHÉRI, adjectif, prude, austère:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Vous avez dans le monde un bruit</div>
-<div class="verse8">De n’être pas si <i>renchérie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="item" id="rendre">RENDRE (<span class="t5">SE</span>) construit avec un adjectif, se montrer,
-devenir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Bon! voyons si son feu <i>se rend opiniâtre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Je les dauberai tant en toutes rencontres, qu’à la fin ils <i>se rendront
-sages</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_355">355</span>
-<div class="verse">Il <i>se rend complaisant</i> à tout ce qu’elle dit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, Damis, il suffit qu’il <i>se rende plus sage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle <i>se rendra sage</i>; allons, laissons-la faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENDRE DES CIVILITÉS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Mais du moins sois complaisante aux <i>civilités qu’on te rend</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENDRE DES DEHORS</span>, observer les bienséances:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais quand on est du monde, il faut bien que l’on <i>rende</i></div>
-<div class="verse"><i>Quelques dehors civils</i> que l’usage demande.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENDRE GRACE SUR QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et le mari benêt, sans songer à quel jeu,</div>
-<div class="verse"><i>Sur</i> les gains qu’elle fait <i>rend des grâces</i> à Dieu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENDRE INSTRUIT</span>, instruire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous me direz: Pourquoi cette narration?</div>
-<div class="verse">C’est pour vous <i>rendre instruit</i> de ma précaution.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>L’emploi de ce tour est fréquent dans Bossuet: «Plusieurs,
-dans la crainte d’être trop faciles, <i>se rendent inflexibles</i> à la
-raison.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Oraison <abbr title="funèbre">fun.</abbr> de la duchesse d’Orléans.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENDRE OBÉISSANCE A QUELQU’UN</span>, lui obéir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous vous avons <i>rendu</i>, monsieur, <i>obéissance</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="renfort">RENFORT <span class="t5">DE POTAGE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">NICOLE.</span> J’ai encore ouï dire, madame, qu’il a pris aujourd’hui, <i>pour
-renfort de potage</i>, un maître de philosophie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>«Le peuple dit d’un écornifleur, que c’est un <i>renfort-potage</i>.»</p>
-
-<div class="citsrct">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p>Cette figure est naturellement de la rhétorique de Nicole,
-qui est cuisinière.</p>
-
-<p class="item" id="rengainer">RENGAINER <span class="t5">UN COMPLIMENT</span>:</p>
-
-<p class="cit">Hé! monsieur, <i>rengaînez ce compliment</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p>Cette expression existait avant Molière:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Le compliment fut court, le maire <i>le rengaîne</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Senecé.</span>)</div>
-
-<p>Pascal a dit <span class="t5">RENGAîNER</span> absolument, pour cesser d’attaquer,
-abandonner une manœuvre, une intrigue commencée:</p>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_356">356</span>
-«On <i>rengaîna</i>, et promptement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pensées.</i>)<a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a></div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENGAÎNER UNE NOUVELLE</span>:</p>
-
-<p class="citscen"><span class="t5">CLITIDAS</span> (<i>bouffon</i>.)</p>
-
-<p class="cit">Puisque cela vous incommode, <i>je rengaîne ma nouvelle</i>, et m’en retourne
-droit comme je suis venu.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="item">RENGRÉGEMENT, archaïsme:</p>
-
-<p class="cit"><i>Rengrégement de mal</i>, surcroît de désespoir!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>La racine de ce mot est l’ancien comparatif de <i>grand</i>, <i>greignour</i>.
-Il y avait aussi le verbe <i>rengréger</i> (<i>re-en-greger</i>.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Chacun rendit par là sa douleur <i>rengrégée</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>La Matrone d’Éphèse.</i>)</div>
-
-<p><i>Rengrégement</i>, <i>rengréger</i>, n’ont point d’équivalents dans la
-langue moderne. <i>Accroître</i>, <i>empirer</i>, remplacent mal le verbe;
-<i>accroissement</i> est plus faible et moins harmonieux que <i>rengrégement</i>;
-<i>empirement</i>, bien qu’il se trouve dans Montaigne, n’est
-pas français, et <i>agrandissement</i> blesserait l’usage dans cette
-acception, <i>un agrandissement de chagrin</i>.</p>
-
-<p class="item" id="rentrer">RENTRER <span class="t5">AU DEVOIR</span>, dans le devoir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour <i>rentrer au devoir</i> je change de langage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RENTRER DANS SON AME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Rappelle tous tes sens, <i>rentre bien dans ton âme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item">REPAITRE, verbe neutre, manger:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">&mdash;Mais, seigneur Trufaldin, songez-vous que peut-être</div>
-<div class="verse">Ce monsieur l’étranger a besoin de <i>repaître</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">REPAÎTRE</span>, verbe actif, pris au sens figuré:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour souffrir qu’un valet <i>de chansons me repaisse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item">RÉPANDRE, distribuer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le <i>répandre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RÉPANDRE (SE) DANS LES VICES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est ainsi qu’aux flatteurs on doit partout se prendre</div>
-<div class="verse">Des <i>vices où</i> l’on voit les humains <i>se répandre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_357">357</span>
-RÉPARER, restituer, rendre, et construit de même
-avec le datif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux jusqu’au trépas incessamment pleurer</div>
-<div class="verse">Ce que tout l’univers ne peut <i>me réparer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="repart">REPART, substantif masculin, repartie:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il a le <i>repart</i> brusque et l’accueil loup-garou.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item">RÉPONSE DE... réponse à...:</p>
-
-<p class="cit">J’attends avec un peu d’espérance respectueuse la réponse <i>de mon placet</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(3<sup>e</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="reproche">REPROCHE, tache, sujet de reproche:</p>
-
-<p class="cit">Si je ne suis pas né noble, au moins suis-je d’une race où il n’y a point
-de <i>reproche</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item">RÉPRÉHENSION, dans le sens de <i>réprimande</i>, mais
-d’une nuance moins forte:</p>
-
-<p class="cit">On souffre aisément des <i>répréhensions</i>, mais on ne souffre pas la raillerie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p>On dit <i>reprendre</i> et <i>répréhensible</i>; pourquoi ne dirait-on pas
-<i>répréhension</i>, comme l’on dit <i>comprendre</i>, <i>compréhensible</i>,
-<i>compréhension</i>?</p>
-
-<p class="item">RÉPUGNANCE <span class="t5">AVEC (AVOIR)</span>, se mal accorder avec,
-répugner à:</p>
-
-<p class="cit">Une passion...... dont tous les désordres <i>ont tant de répugnance avec
-la gloire de votre sexe</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item">RÉPUGNER; <span class="t5">LE TEMPS RÉPUGNE A</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">M. CARITIDÈS.</div>
-<div class="verse">Monsieur, <i>le temps répugne à l’honneur de vous voir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 2.)</div>
-
-<p>Bien que M. Caritidès s’exprime en général correctement, il
-est probable que Molière a l’intention de lui prêter ici une expression
-ridicule par le pédantisme.</p>
-
-<p class="item">REQUÉRIR, querir de nouveau:</p>
-
-<p class="cit">Va, va vite <i>requérir</i> mon fils.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 11.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_358">358</span>
-RÉSOUDRE; <span class="t5">SE RÉSOUDRE DE</span> (un infinitif), se résoudre
-à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sus, sans plus de discours, <i>résous-toi de me suivre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-8">Il faut attendre</div>
-<div class="verse">Quel parti de lui-même <i>il résoudra de prendre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La haine que pour vous <i>il se résout d’avoir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Je serois fâché d’être ingrat, mais <i>je me résoudrois</i> plutôt <i>de l’être que
-d’aimer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="respirer">RESPIRER <span class="t5">LE JOUR</span>, latinisme, vivre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je n’entreprendrai point de dire à votre amour</div>
-<div class="verse">Si done Ignès est morte, ou <i>respire le jour</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="ressentiment">RESSENTIMENT, en bonne part, sentiment profond,
-reconnaissance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais apprenez.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse">Que je garde aux ardeurs, aux soins qu’il me fait voir,</div>
-<div class="verse">Tout le <i>ressentiment</i> qu’une âme puisse avoir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Madame, je viens... vous témoigner avec transport le <i>ressentiment</i> où
-je suis des bontés surprenantes dont vous daignez favoriser le plus soumis
-de vos captifs.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Je n’ai point connu qu’elle ait dans l’âme aucun <i>ressentiment</i> de mon
-ardeur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="t5">ARISTIONE.</span> En vérité, ma fille, vous êtes bien obligée à ces princes, et
-vous ne sauriez assez reconnoître tous les soins qu’ils prennent pour vous.</p>
-
-<p class="citrep"><span class="t5">ÉRIPHILE.</span> J’en ai, madame, tout le <i>ressentiment</i> qu’il est possible.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que je vous
-embrasse pour vous témoigner mon <i>ressentiment</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 21.)</div>
-
-<p>Ce mot, dont l’usage a déterminé l’acception en mauvaise
-part, ne signifiait jadis que <i>sentiment</i> avec plus de force, comme
-le <i>ressouvenir</i> exprime un souvenir qui date de plus loin.</p>
-
-<p class="item" id="ressentir">RESSENTIR <span class="t5">(SE) D’UNE OFFENSE</span>, la sentir vivement:</p>
-
-<p class="cit">Une offense <i>dont</i> nous devons toutes <i>nous ressentir</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="ressort">RESSORT qu’on ne <i>comprend</i> pas, et qui <i>sème</i> un
-embarras:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, c’est elle, en un mot, dont l’adresse subtile,</div>
-<div class="verse">La nuit, reçut ta foi sous le nom de Lucile,</div>
-<span class="pagenum" id="Page_359">359</span>
-<div class="verse">Et qui, par ce <i>ressort qu’on ne comprenoit pas</i>,</div>
-<div class="verse"><i>A semé</i> parmi vous <i>un si grand embarras</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<p>Il faut avouer que ce passage, et quelques autres pareils, justifieraient
-l’accusation de jargon et de galimatias portée par
-la Bruyère contre Molière, s’il était loyal ou seulement permis
-de caractériser le style d’un écrivain d’après quelques taches
-perdues au milieu de beautés excellentes.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#metaphores"><span class="t5">MÉTAPHORES VICIEUSES</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="ressouvenir">RESSOUVENIR; <span class="t5">SE RESSOUVENIR</span>, <i>pour se souvenir</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De cet exemple-ci <i>ressouvenez-vous</i> bien;</div>
-<div class="verse">Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 24.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ressouvenez-vous</i> que, hors d’ici, je ne dois plus qu’à mon honneur.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Ah! je suis médecin sans contredit. Je l’avois oublié, mais <i>je m’en ressouviens</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Attendez qu’on vous en demande plus d’une fois, et <i>vous ressouvenez</i> de
-porter toujours beaucoup d’eau.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Laissez-moi faire: je viens de me <i>ressouvenir</i> d’une de mes amies qui sera
-notre fait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Vous ne vous ressouvenez pas que</i> j’ai eu le bonheur de boire avec vous,
-je ne sais combien de fois?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p>Molière emploie partout <i>se ressouvenir</i>, au lieu de <i>se souvenir</i>.
-C’est la même prédilection que pour <i>s’en aller</i> au lieu <i>d’aller</i>;
-par exemple: il <i>s’en va</i> faire jour.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#en_aller"><span class="t5">EN</span></a> construit avec <span class="t5">ALLER</span>.)</p>
-
-<p class="item" id="reste">RESTE; <span class="t5">DONNER SON RESTE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Monsieur est frais émoulu du collége: il <i>vous donnera toujours votre
-reste</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>Métaphore empruntée au jeu, où le plus fort, sûr de triompher,
-est toujours en mesure d’offrir à l’autre de jouer son
-reste.</p>
-
-<p class="item" id="retater">RETATER <span class="t5">QUELQU’UN SUR</span>.... figurément comme
-<i>sonder</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux <i>la retâter sur ce fâcheux mystère</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="retenir">RETENIR <span class="t5">EN BALANCE</span>, comme <i>tenir en balance</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, rien <i>n’a retenu</i> son esprit <i>en balance</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_360">360</span>
-RÉTIF <span class="t5">A</span> (un substantif):</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes <i>rétive aux remèdes</i>, mais nous saurons vous soumettre à la
-raison.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="retirer">RETIRER, se retirer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les mauvais traitements qu’il me faut endurer</div>
-<div class="verse">Pour jamais de la cour me feroient <i>retirer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Retirez-vous d’ici, ou je vous en ferai <i>retirer</i> d’une autre manière.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<p>Molière a supprimé la seconde fois le pronom réfléchi, pour
-n’avoir pas à mettre deux <i>me</i> ou deux <i>vous</i>, dont le rapprochement
-eût alourdi sa phrase: <i>me</i> feraient <i>me</i> retirer; je
-<i>vous</i> ferai <i>vous</i> retirer. (Voyez <a href="#pronom_reflechi"><span class="t5">PRONOM RÉFLÉCHI</span></a>
-<i>supprimé</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="retrancher">RETRANCHER (un substantif) <span class="t5">A</span>, pour <i>borner</i>, <i>réduire
-à</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Je retranche mon chagrin aux appréhensions</i> du blâme qu’on pourra me
-donner.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">RÉUSSIR, sans impliquer l’idée de bon ou de mauvais
-succès:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et comme ton ami, quoi qu’il en <i>réussisse</i>,</div>
-<div class="verse">Je te viens contre tous faire offre de service.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voyons ce qui pourra de ceci <i>réussir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>M. Auger blâme cet emploi de <i>réussir</i> pour <i>résulter</i>, en se
-fondant sur l’usage. Il paraît se tromper. On dit: une réussite
-bonne ou mauvaise; pourquoi le verbe n’aurait-il pas la même
-ampleur de sens que son substantif? <i>Il a bien réussi</i>, <i>il a mal
-réussi</i>, personne ne songeait à blâmer cette manière de s’exprimer;
-preuve que <i>réussir</i> n’emporte pas nécessairement l’idée
-d’heureux succès. Il reçoit souvent et très-bien cette dernière
-valeur, mais c’est par extension de sens. Il en est de même des
-mots <i>heur</i>, <i>succès</i>, <i>fortune</i>, <i>ressentiment</i>, qui sont indifférents
-par eux-mêmes et indéterminés.</p>
-
-<p class="item" id="revenir">REVENIR <span class="t5">AU CŒUR</span>, au sens figuré:</p>
-
-<p class="cit">Ces coups de bâton <i>me reviennent au cœur</i>; je ne les saurois digérer.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item">RÉVÉRENCE; <span class="t5">PARLANT PAR RÉVÉRENCE</span> pris adverbialement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce damoiseau, <i>parlant par révérence</i>,</div>
-<div class="verse">Me fait cocu, madame, avec toute licence.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_361">361</span>
-&mdash;<span class="t4">RÉVÉRENCE PARLER</span>, comme <i>parlant par révérence</i>:</p>
-
-<p class="cit">.... Que j’ai mon haut-de-chausses tout troué par derrière, et qu’on
-me voit, <i>révérence parler</i>....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="revers">REVERS <span class="t5">DE SATIRE</span>, un revirement, un retour de
-satire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pourtant je n’ai jamais affecté de le dire;</div>
-<div class="verse">Car enfin il faut craindre un <i>revers de satire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="revouloir">REVOULOIR:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais si mon cœur encor <i>revouloit</i> sa prison?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="rhabiller">RHABILLER, figurément rajuster, couvrir, déguiser:</p>
-
-<p class="cit">Combien crois-tu que j’en connoisse qui, par ce stratagème (l’hypocrisie),
-ont <i>rhabillé</i> adroitement les désordres de leur jeunesse.....?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="ridicule">RIDICULE, substantif; <span class="t5">UN RIDICULE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on m’en a parlé comme d’<i>un ridicule</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Ne voyez-vous pas bien que c’est <i>un ridicule</i> qu’il fait parler?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="cit">La constance n’est bonne que pour <i>des ridicules</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Parbleu, je viens du Louvre, où Cléonte, au levé,</div>
-<div class="verse">Madame, a bien paru <i>ridicule</i> achevé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Dans une bourde que je veux faire à <i>notre ridicule</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 14.)</div>
-
-<p class="item" id="rien">RIEN, mot positif; quelque chose:</p>
-
-<p class="cit">..... Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu’un gentilhomme
-sache <i>rien</i> faire.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 10.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, qui ne veut pas qu’un gentilhomme sache faire
-quelque chose.</p>
-
-<p class="cit">Il ne sera pas dit que je ne serve <i>de rien</i> dans cette affaire-là.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>Que je n’y serve de quelque chose.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pourquoi consentiez-vous à <i>rien</i> prendre de lui?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>A prendre quelque chose.</p>
-
-<p class="cit">Allons, vous dis-je, <i>il n’y a rien à balancer</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p>Il n’y a chose à balancer, il n’y a pas à balancer.</p>
-
-<p>C’est le sens conforme à l’étymologie <i lang="la" xml:lang="la">rem</i>. (Voy. <abbr title="des Variations du langage français"><i>des Var. du
-lang. fr.</i></abbr>, p. 500.)</p>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_362">362</span>
-&mdash;<span class="t4">RIEN</span>, négatif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sa morale, faite à mépriser le bien,</div>
-<div class="verse">Sur l’aigreur de sa bile <i>opère comme rien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p>C’est que la négation est ici renfermée dans l’ellipse: sa morale
-opère comme rien (<i>n’</i>opère), comme chose qui n’opère pas.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RIEN</span>, surabondant, <span class="t5">NE FAIRE RIEN QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre,</div>
-<div class="verse">Bien loin d’y prendre part, <i>n’en ont rien fait que rire</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p>N’en ont fait chose ou autre chose que rire.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RIEN MOINS</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ma comédie n’est <i>rien moins</i> que ce qu’on veut qu’elle soit.</p>
-
-<div class="citsrc">(1<sup>er</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p>Elle est tout, plutôt que ce qu’on veut qu’elle soit. Et les ennemis
-de Molière soutenaient qu’elle n’était <i>rien de moins</i> que
-ce qu’ils disaient.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Un pédant qu’à tout coup votre femme apostrophe</div>
-<div class="verse">Du nom de bel esprit et de grand philosophe,</div>
-<div class="verse">D’homme qu’en vers galants jamais on n’égala,</div>
-<div class="verse">Et qui n’est, comme on sait, <i>rien moins que tout cela</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p>Il n’est <i>rien moins</i> qu’homme d’esprit, c’est-à-dire qu’il ne
-l’est pas du tout.&mdash;Homme d’esprit? il n’est rien moins que
-cela; il est tout, plus que cela. S’il l’était, il faudrait dire: Il
-n’est <i>rien de moins</i> qu’homme d’esprit.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RIEN QU’A</span>; <span class="t5">N’AVOIR RIEN QU’A DIRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Monsieur, <i>vous n’avez rien qu’à dire</i>:</div>
-<div class="verse">Je mentirai, si vous voulez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Expression elliptique: vous n’avez rien (à faire) qu’à dire,
-qu’à parler; il suffira d’un mot de vous.</p>
-
-<p class="item" id="rire">RIRE <span class="t5">A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On l’accueille, on <i>lui rit</i>, partout il s’insinue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">RIRE A SON MÉRITE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet indolent état de confiance extrême,</div>
-<div class="verse">Qui le rend en tout temps si content de soi-même,</div>
-<div class="verse">Qui fait qu’<i>à son mérite</i> incessamment <i>il rit</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_363">363</span>
-RISÉE, rire. (Voyez <a href="#eclats"><span class="t5">ÉCLAT DE RISÉE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="robins">ROBINS, gens en robe, terme de mépris:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">O les plaisants <i>robins</i>, qui pensent me surprendre!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p>Trufaldin s’adresse à une troupe de masques en dominos.</p>
-
-<p class="item" id="roideur">ROIDEUR <span class="t5">DE CONFIANCE</span>.
-(Voyez <a href="#brutalite"><span class="t5">BRUTALITÉ</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="roidir">ROIDIR; <span class="t5">SE ROIDIR CONTRE UN CHEMIN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours <i>se roidissent
-contre le droit chemin de la raison</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> I. 8.)</div>
-
-<p>Cette métaphore représente le chemin de la raison comme
-escarpé et difficile à gravir.</p>
-
-<p class="item" id="rompre">ROMPRE, interrompre, empêcher; <span class="t5">ROMPRE UN
-ACHAT, DES ATTENTES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Je sais un sûr moyen</div>
-<div class="verse">Pour <i>rompre cet achat</i> où tu pousses si bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 10.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne m’étonne pas si <i>je romps tes attentes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ROMPRE L’ORDRE COMMUN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il <i>rompt l’ordre commun</i>, et devance le temps.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ROMPRE TOUT A QUELQU’UN</span>, traverser toutes ses
-entreprises:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet homme <i>me rompt tout</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ROMPRE UN DÉPART, UN DESSEIN, UNE PENSÉE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle vint me prier de souffrir que sa flamme</div>
-<div class="verse">Puisse <i>rompre un départ</i> qui lui perceroit l’âme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous avez bien vu que j’ai fait mes efforts</div>
-<div class="verse">Pour <i>rompre son dessein</i> et calmer ses transports.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="cit">J’en suis fâché, car cela <i>rompt une pensée</i> qui m’étoit venue dans l’esprit.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ROMPRE LA PAILLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour couper tout chemin à nous rapatrier,</div>
-<div class="verse">Il faut <i>rompre la paille</i>. Une paille rompue</div>
-<div class="verse">Rend entre gens d’honneur une affaire conclue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p>Sur l’emploi d’un fétu de paille comme symbole, voyez Du
-Cange, aux mots <span lang="la" xml:lang="la"><i>festuca</i>, <i>infestucare</i>, <i>exfestucare</i></span>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_364">364</span>
-ROUGE; <span class="t5">UN ROUGE</span>, substantif, une rougeur:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Au visage sur l’heure <i>un rouge</i> m’est monté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Fâcheux">Fâch.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="rudanier">RUDANIER:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LUBIN.</span> Adieu, beauté <i>rudanière</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>La première édition écrit en deux mots <i>rude asnière</i>.</p>
-
-<p>«Terme populaire qui se dit des gens grossiers, qui rabrouent
-fortement les autres. Il est composé de <i>rude</i> et <i>ânier</i>,
-comme qui dirait un ânier qui est trop rude à ses ânes.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="ruer">RUER, verbe actif, prenant un régime:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! je devois du moins lui jeter son chapeau,</div>
-<div class="verse"><i>Lui ruer quelque pierre</i>, ou crotter son manteau.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p>On dirait ces vers composés tout exprès pour nous faire
-comprendre la différence entre <i>jeter</i> et <i>ruer</i>, et notre misère
-d’être aujourd’hui réduits exclusivement au premier. On <i>jetait</i>
-à quelqu’un son chapeau à bas, mais on lui <i>ruait</i> une pierre.</p>
-
-<p>Cette nuance existait dès l’origine de la langue. Absalon
-percé par Joab, les soldats du parti de David décrochent son
-cadavre de l’arbre:</p>
-
-<p class="cit">«Pois <i>ruerent</i> Absalon en une grant fosse de cele lande, e <i>jeterent</i>
-pierres sur lui.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 187.)</div>
-
-<p>Ils <i>ruèrent</i> le cadavre du fils rebelle avec passion, et <i>jetèrent</i>
-avec indifférence des pierres dessus pour le couvrir.</p>
-
-<p>Plus loin, Joab assiége Abelmacha. Une <i>sage dame</i> vient
-parlementer aux créneaux, et, voyant qu’il ne s’agit que de livrer
-le révolté Siba, dit au capitaine:</p>
-
-<p class="cit">«Nus vus frum <i>ruer son chief</i> aval del mur.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 200.)</div>
-
-<p>Nous dirions sans énergie: jeter sa tête du haut des murailles.</p>
-
-<p class="item" id="item_S">SABOULER:</p>
-
-<p class="cit">Comme vous me <i>saboulez</i> la tête avec vos mains pesantes!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="sages_prouesses">SAGES PROUESSES, prouesses de vertu:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ces honnêtes diablesses</div>
-<div class="verse">Se retranchant toujours sur leurs <i>sages prouesses</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_365">365</span>
-SAISIR <span class="t5">LES GENS PAR LEURS PAROLES</span>, les prendre au
-mot:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je suis homme à <i>saisir les gens par leurs paroles</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des f.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="saison">SAISON; temps, moment:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">En une autre <i>saison</i>, cette naïveté</div>
-<div class="verse">Dont vous accompagnez votre crédulité,</div>
-<div class="verse">Anselme, me seroit un charmant badinage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">........ Ce n’est pas <i>la saison</i></div>
-<div class="verse">De m’expliquer, vous dis-je.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La lettre que je dis a donc été remise;</div>
-<div class="verse">Mais sais-tu bien comment? En <i>saison</i> si bien prise,</div>
-<div class="verse">Que le porteur m’a dit que, sans ce trait falot,</div>
-<div class="verse">Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Remettons ce discours pour une autre <i>saison</i>;</div>
-<div class="verse">Monsieur n’y trouveroit ni rime ni raison.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p><i>Saison</i> pour temps était fort usité au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Soit; mais il est <i>saison</i> que nous allions au temple.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Corneille"><span class="smcap">Corn.</span></abbr> <i>Le Menteur.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Un homme entre les deux âges,</div>
-<div class="verse7">«Et tirant sur le grison,</div>
-<div class="verse7">«Jugea qu’il étoit <i>saison</i></div>
-<div class="verse7">«De songer au mariage.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>L’Homme entre deux âges.</i>)</div>
-
-<p>L’usage a maintenu <i>hors de saison</i> pour <i>déplacé</i>, <i>mal à
-propos</i>.</p>
-
-<p class="item" id="salir">SALIR <span class="t5">L’IMAGINATION</span>, expression nouvelle en 1663,
-et raillée par Molière:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLIMÈNE</span> (<i>précieuse ridicule</i>). Peut-on, ayant de la vertu, trouver de l’agrément
-dans une pièce qui tient sans cesse la pudeur en alarme, et <i>salit</i>
-à tout moment l’<i>imagination</i>?</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">ÉLISE.</span> Les jolies façons de parler que voilà!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="item" id="sanglier">SANGLIER, dissyllabe:</p>
-
-<p>Partout, dans la <i>Princesse d’Élide</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Où pourrai-je éviter ce <i>sanglier</i> redoutable?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai donc vu ce <i>sanglier</i>, qui par nos gens chassé.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fuir devant un <i>sanglier</i>, ayant de quoi l’abattre!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez la remarque sur le mot <a href="#ouvrier"><span class="t5">OUVRIER</span></a>, p. 276.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_366">366</span>
-SANS QUE (l’indicatif), archaïsme, pour <i>si</i> (un
-substantif) <i>ne</i>, suivi du conditionnel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Sans que</i> mon bon génie au-devant <i>m’a poussé</i>,</div>
-<div class="verse">Déjà tout mon bonheur eût été renversé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 11.)</div>
-
-<p><i>Si</i> mon bon génie <i>ne m’eût</i> poussé au-devant...</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«<i>Sans que je crains</i> de commettre Géronte,</div>
-<div class="verse10">«Je poserois tantôt un si bon guet,</div>
-<div class="verse10">«Qu’il seroit pris ainsi qu’au trébuchet.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>La Confidente sans le savoir.</i>)</div>
-
-<p>Sans cette circonstance, savoir, que je crains, etc. Sans
-cette circonstance, que mon bon génie m’a poussé au-devant....
-On doit regretter la perte de cette ellipse, pleine de naturel et
-de vivacité. Aujourd’hui l’on serait obligé de dire: <i>Si je ne
-craignois de commettre Géronte</i>, <i>si mon bon génie ne m’eût
-poussé au-devant</i>. Quand il n’existe qu’une seule tournure pour
-exprimer les choses, la prose encore s’en accommode, étant
-tout à fait libre de ses allures; mais, par la suppression des
-doubles formes et de certains idiotismes, c’est la poésie
-qu’on ruine, ou, si l’on veut, l’art de la versification.</p>
-
-<p class="item" id="satisfaire">SATISFAIRE A:</p>
-
-<p class="cit">Je ne prétends point qu’il se marie, qu’au préalable il n’ait <i>satisfait à
-la médecine</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="cit">«Notre grand Hurtado de Mendoza, dit le père, <i>vous y satisfera</i> sur
-l’heure.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal</span>, 7<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="savantas">SAVANTAS:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et des gens comme vous devroient fuir l’entretien</div>
-<div class="verse">De tous ces <i>savantas</i> qui ne sont bons à rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 3.)</div>
-
-<p>«Injure gasconne. Le baron de Fæneste se moquoit de tous
-les <i>savantas</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Furetière.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="savoir_enrouille">SAVOIR <span class="t5">ENROUILLÉ</span>:</p>
-
-<p class="cit">On s’y fait (à la cour) une manière d’esprit qui, sans comparaison, juge
-plus finement des choses que tout le <i>savoir enrouillé</i> des pédants.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des f.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_367">367</span>
-&mdash;<span class="t4">NOUS SAVONS CE QUE NOUS SAVONS</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">SGANARELLE.</span> Il suffit que <i>nous savons ce que nous savons</i>, et que tu fus
-bien heureuse de me trouver.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Formule de réticence du style familier; espèce de dicton
-populaire. (Voyez <a href="#suffit"><span class="t5">SUFFIT QUE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SAVOIR QUELQU’UN</span>, connaître quelqu’un:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je sais un paysan</i> qu’on appeloit Gros-Pierre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SAVOIR SA COUR</span>:</p>
-
-<p class="cit">Laissez-moi faire: je suis homme qui <i>sais ma cour</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="scandale">SCANDALE, au sens d’affront, esclandre; <span class="t5">FAIRE UN
-SCANDALE A QUELQU’UN</span>, lui faire un esclandre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille,</div>
-<div class="verse">Et <i>faire un tel scandale à toute une famille</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p><i>Scandale</i>, outre le sens qu’il porte aujourd’hui, avait encore
-celui d’<i>outrage</i>. Nicot cite, au mot <i>Scandaliser</i>, cette explication
-de Budée: «Le peuple exprime quelquefois, par <i>scandaliser
-quelqu’un</i>, ce que les gens bien élevés rendent par <i>reprocher
-à quelqu’un une faute</i>.» Le Dictionnaire de l’Académie
-de 1694 consacre les deux acceptions de <i>scandale</i> et <i>scandaliser</i>;
-Trévoux les maintient encore en 1740.</p>
-
-<p><i>Scandale</i> est de formation moderne, c’est-à-dire, du <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle,
-lorsque l’oreille ne craignait plus les doubles consonnes.
-Le moyen âge avait tiré de <i>scandalum</i>, <i>esclande</i>, qu’on prononçait
-<i>éclande</i>, et qui persiste sous cette forme <i>esclandre</i>.
-L’usage s’est chargé d’attribuer à chacun de ces deux mots
-une nuance de signification qui rend l’un et l’autre utile; mais
-c’est une occasion de remarquer: 1<sup>o</sup> qu’en augmentant le nombre
-des mots, il a fallu restreindre leur signification, et faire
-aux nouveaux un apanage aux dépens des anciens; 2<sup>o</sup> que,
-selon les époques où ils ont passé dans notre langue, les mots
-latins ont subi l’empire d’une loi différente. De <span lang="la" xml:lang="la"><i>spatium</i>, <i>spongium</i>,
-<i>spiritus</i></span>, le moyen âge avait fait les substantifs <i>espace</i>,
-<i>esponge</i>, <i>esprit</i> (l’<i>s</i> ne sonnant point); plus tard, après la
-perte de la tradition primitive, et sous l’influence du pédantisme
-de la renaissance, on créa les adjectifs <i>spacieux</i>, <i>spongieux</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_368">368</span>
-<i>spirituel</i>, qui serrent de plus près la forme latine. Au
-lieu de <i>spirituel</i>, le moyen âge disait <i>espiritable</i>.</p>
-
-<p>On peut à ce signe reconnaître tout d’abord si tel mot français
-est antérieur ou postérieur à la renaissance, car le moyen
-âge n’en avait pas un seul qui commençât par deux consonnes
-consécutives<a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>.</p>
-
-<p class="item" id="se_jouer">SE JOUER, sans complément, pour <i>jouer</i>:</p>
-
-<p class="cit">On n’est point capable de <i>se jouer</i> longtemps, lorsqu’on a dans l’esprit
-une passion aussi sérieuse.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<p>On disait, avec ou sans la forme réfléchie, <i>jouer</i>, ou <i>se jouer</i>,
-comme <i>combattre</i>, ou <i>se combattre</i>; <i>fuir</i>, <i>dormir</i>, <i>dîner</i>, <i>mourir</i>,
-ou <i>se fuir</i>, <i>se dormir</i>, <i>se dîner</i>, <i>se mourir</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="se_mettre">SE METTRE <span class="t5">SUR L’HOMME D’IMPORTANCE</span>, sur le ton
-ou sur le pied d’homme d’importance:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je veux <i>me mettre un peu sur l’homme d’importance</i>,</div>
-<div class="verse">Et jouir quelque temps de votre impatience.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="se_ous">SE... <span class="t5">NOUS</span>, corrélatifs:</p>
-
-<p class="cit"><i>Se</i> dépouiller entre les mains d’un homme qui ne <i>nous</i> touche de rien.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="secours">SECOURS, au singulier, les auxiliaires:</p>
-
-<p class="cit">Ah, tête! ah, ventre! que ne le trouvé-je tout à l’heure <i>avec tout son
-secours</i>! que ne paroît-il à mes yeux au milieu de trente personnes!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="semblant">SEMBLANT <span class="t5">DE RIEN (FAIRE, NE PAS FAIRE)</span>. Voyez à la
-fin de l’article <a href="#double_negation"><span class="t5">PAS</span></a>.</p>
-
-<p class="item" id="sembler">SEMBLER DE (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quand il m’a dit ces mots, il m’a <i>semblé d’entendre</i>:</div>
-<div class="verse">Va-t’<i>en</i> vite chercher un licou pour te pendre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Pourquoi cette préposition? <i>Commencer de</i> est, par euphonie,
-pour <i>commencer à</i>, afin d’éviter quelque hiatus; mais <i>sembler</i>
-se construit avec un second verbe, sans préposition intermédiaire.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_369">369</span>
-Cependant c’est encore la raison d’euphonie qui lui a donné
-celle-ci; ou, pour mieux dire, il n’y a pas réellement de préposition:
-il n’y a qu’un <i>d</i> euphonique, vestige de la prononciation
-primitive. Ce <i>d</i> ou <i>t</i> final armait autrefois toutes les terminaisons
-en <i>é</i>, soit des substantifs, soit du participe, comme
-on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur les plus anciens
-monuments de notre langue. «J’ai peche<i>d</i> à lui seul,» qu’on
-lit dans saint Bernard, est comme «il m’a semble<i>d</i> entendre.»</p>
-
-<p>Que l’oreille ait ensuite causé l’erreur de la main, et qu’on
-ait écrit: il me semble <i>de</i> voir, <i>d’</i>entendre, c’est ce qui est arrivé
-mainte autre fois. Par exemple, lorsqu’on a mis: Il y en a
-<i>d’aucuns</i>, pour il y en a<i>d</i> aucuns;&mdash;Ma <i>tante</i> pour ma<i>t</i> ante;
-<i>Ante</i>, d’<i lang="la" xml:lang="la">amita</i>, conservé dans l’anglais <i lang="en" xml:lang="en">aunt</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#d_euphonique"><span class="t5">D</span> euphonique</a>.)</p>
-
-<p class="item" id="semences">SEMENCES, figurément, principes; <span class="t5">SEMENCES D’HONNEUR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Isabelle pourroit perdre dans ces hantises</div>
-<div class="verse">Les <i>semences d’honneur</i> qu’avec nous elle a prises.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="semondre">SEMONDRE, exhorter par un sermon, un avis:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De peur que cet objet qui le rend hypocondre</div>
-<div class="verse">A faire un vilain coup ne me l’allât <i>semondre</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>M. Auger dérive <i>semondre</i> de <i lang="la" xml:lang="la">submonere</i>, à tort, selon moi.
-Il a pris cette étymologie dans Nicot, où il aurait fallu la laisser
-cachée.</p>
-
-<p>La racine de <i>semondre</i> me paraît être <i lang="la" xml:lang="la">sermo</i>; <i>semondre</i> serait
-alors une forme primitive de <i>sermonner</i>. L’<i>r</i> s’éteignait dans
-la prononciation, pour éviter deux consonnes consécutives:
-<i>sermonner</i>, <i>semoner</i>, <i>semonre</i>, enfin <i>semondre</i>, avec un <i>d</i> euphonique,
-comme dans <i>pondre</i> tiré de <i lang="la" xml:lang="la">ponere</i>, dans <i>moudre</i>, de
-<i lang="la" xml:lang="la">molere</i> (<i>moul(d)re</i>). Si l’on veut que <i>semondre</i> vienne de
-<i lang="la" xml:lang="la">monere</i>, il faudra expliquer d’où vient la syllabe initiale <i>se</i>. On ne peut
-admettre qu’elle représente le latin <i lang="la" xml:lang="la">sub</i>; il n’y en aurait pas
-d’autre exemple.</p>
-
-<p>On trouve dans Nicot <span class="t5">SEMONNEUR</span>, <span lang="la" xml:lang="la"><i>vocator</i>,
-<i>monitor</i></span>; n’est-ce pas le même mot que <span class="t5">SERMONNEUR</span>? Celui qui fait des
-<i>sermons</i> et celui qui donne des <i>semonces</i>, n’est-ce pas tout un?</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_370">370</span>
-Nous doutons, et nous soumettons nos doutes aux doctes capables
-de les dissiper.</p>
-
-<p class="item">S’EN RETOURNER, avec la tmèse de <i>en</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Et, dès devant l’aurore,</div>
-<div class="verse8">Vous <i>vous en</i> êtes <i>retourné</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#en_et_verbe"><span class="t5">EN</span> construit avec un verbe</a>, p. 150.)</p>
-
-<p class="item" id="sens">SENS, au pluriel; le sens, la signification:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et les <i>sens imparfaits</i> de cet écrit funeste</div>
-<div class="verse">Pour s’expliquer à moi n’ont pas besoin du reste.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>Les sens imparfaits d’un écrit funeste qui n’ont pas besoin
-du reste pour s’expliquer, c’est là sans doute ce que la Bruyère
-appelait du jargon, et il n’y a pas moyen d’y contredire. Hormis
-quelques fragments, comme la scène de jalousie du <span class="t5">IV</span><sup>e</sup> acte,
-cette malheureuse pièce de Don Garcie est entièrement de ce
-style. Molière, pour cette fois, était sorti de son domaine habituel,
-la vérité, et il ne pouvait pas mettre un style vrai sur un
-sujet faux et romanesque.</p>
-
-<p class="item" id="sensible">SENSIBLE, clair, intelligible, qui tombe sous le sens:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Mon malheur m’est visible,</div>
-<div class="verse">Et mon amour en vain voudroit me l’obscurcir;</div>
-<div class="verse">Mais le détail encor ne m’en est pas <i>sensible</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="sentiments">SENTIMENTS <span class="t5">OUVERTS</span>; <span class="t5">PARLER A SENTIMENTS
-OUVERTS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je crois, <i>à parler à sentiments ouverts</i>,</div>
-<div class="verse8">Que nous ne nous en devons guères.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon Prologue">Amph. prol.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="sentir">SENTIR, construit avec un pronom possessif, suivi
-d’un substantif; <span class="t5">SENTIR SON BIEN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A l’heure que je parle, un jeune Égyptien,</div>
-<div class="verse">Qui n’est pas noir pourtant et <i>sent assez son bien</i>,</div>
-<div class="verse">Arrive, accompagné d’une vieille fort hâve.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 9.)</div>
-
-<p><i>Bien</i>, dans cette locution, signifie <i>bonne</i> extraction; sentir
-son bien né, son homme bien né:</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SENTIR SON VIEILLARD, SON HOMME QUI</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cela <i>sent son vieillard</i> qui, pour en faire accroire,</div>
-<div class="verse">Cache ses cheveux blancs d’une perruque noire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_371">371</span>
-Votre conseil <i>sent son homme</i> qui a envie de se défaire de sa marchandise.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Mon languaige françois est altéré, et en la prononciation et ailleurs,
-par la barbarie de mon creu. Je ne veis jamais homme des contrées de
-deçà qui ne <i>sentist</i> bien evidemment <i>son ramage</i>, et qui ne bleceast les
-aureilles pures françoises.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> II. 17.)</div>
-
-<p class="cit">«Il y a trop de somptuosité à votre habit: cela <i>ne sent pas sa criminelle</i>
-assez repentante.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Psyché.</i> II.)</div>
-
-<p class="cit">«Cybèle est vieille, Junon de mauvaise humeur; Cérès <i>sent sa divinité
-de province</i>, et n’a nullement l’air de cour.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Idem ibidem"><span class="smcap">Id.</span> <i>Ibid.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SENTIR LE BATON</span>, impersonnel:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est <i>qu’il sent le bâton</i> du côté que voilà.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SENTIR (SE)</span>, avoir la conscience de son être:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Petit serpent que j’ai réchauffé dans mon sein,</div>
-<div class="verse">Et qui dès qu’il <i>se sent</i>, par une humeur ingrate,</div>
-<div class="verse">Cherche à faire du mal à celui qui le flatte!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="serrer">SERRER, verbe actif, en parlant d’une maladie,
-peste, fièvre, etc:</p>
-
-<p class="cit">Que la fièvre quartaine puisse <i>serrer bien fort</i> le bourreau de tailleur!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#fievre"><span class="t5">FIÈVRE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="servir">SERVIR <span class="t5">SUR TABLE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">GALOPIN.</span> Madame, on a <i>servi sur table</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 8.)</div>
-
-<p>C’était l’expression consacrée:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ainsi dit Gilotin, et ce ministre sage</div>
-<div class="verse">«<i>Sur table</i> au même instant fait <i>servir</i> le potage.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Boileau.</span> <i>Le Lutrin.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SERVIR DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et voilà <i>de quoi sert</i> un sage directeur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’un fait beaucoup de bruit qui <i>ne lui sert de guères</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Dans cette façon de parler, <span class="t5">NE SERVIR DE RIEN</span>,
-on usait d’une inversion au participe passé:</p>
-
-<p class="cit">Tout cela <i>n’a de rien servi</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe</i> et 2<sup>e</sup> <i>Placet au roi</i>.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_372">372</span>
-SES, pluriel, précédant deux substantifs au singulier:</p>
-
-<p class="cit">Chacun, à <i>ses péril et fortune</i>, peut croire tout ce qu’il lui plaît.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p>Cette façon de parler est tout à fait conforme à l’ancienne
-langue. Aussi je ne crois pas que la vraie locution soit: <i>à ses
-risques et périls</i>, mais <i>à ses risque et péril</i>, au singulier.</p>
-
-<p class="item" id="seul">SEUL, faisant pléonasme avec <i>ne que</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Notre sort <i>ne dépend que</i> de sa <i>seule</i> tête.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Mais j’entends que la mienne</div>
-<div class="verse">Vive à ma fantaisie, et non pas à la sienne;</div>
-<div class="verse">Que d’une serge honnête elle ait son vêtement,</div>
-<div class="verse">Et <i>ne</i> porte le noir <i>qu’</i>aux bons jours <i>seulement</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce <i>n’est qu’</i>après moi <i>seul</i> que son âme respire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je <i>n’ai seulement qu’</i>à vous dire deux mots.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Ce n’est que la seule</i> considération que j’ai pour monsieur votre père.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Ce n’est qu’à l’esprit seul</i> que vont tous les transports.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p>Ce tour, qu’on appellerait aujourd’hui un pléonasme, est
-très-familier aux écrivains du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle:</p>
-
-<p class="cit">«Le roi son mari lui a donné jusqu’à la mort ce bel éloge, qu’il <i>n’</i>y
-avoit <i>que le seul</i> point de la religion où leurs cœurs fussent désunis.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Or. f. de la r. d’A.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="si_substantif">SI, pris substantivement; <span class="t5">UN SI</span>, une condition:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces protestations ne coûtent pas grand’chose,</div>
-<div class="verse">Alors qu’à leur effet <i>un pareil si</i> s’oppose.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable;</div>
-<div class="verse">Mais <i>par tel si</i>, qu’au lieu qu’on obéit au diable</div>
-<div class="verse8">Quand il a fait ce plaisir-là,</div>
-<div class="verse">A tes commandements le diable obéira.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>La Chose impossible.</i>)</div>
-
-<p>Cette locution est très-fréquente dans les poëtes du <span class="t5">XIII</span><sup>e</sup> siècle:
-Le comte de Forest, le fanfaron Lisiard, se vante de faire
-en moins de huit jours la conquête de la belle Euriant, à condition
-qu’elle ne sera de rien prévenue:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Et <i>par si</i> qu’on ne li voist dire.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Gibert de Montreuil.</span> <i>La Violette.</i> p. 17.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_373">373</span>
-Par tel <i>si</i> qu’on n’aille le lui dire, la mettre sur ses gardes.</p>
-
-<p>Il est très-important d’observer que nos pères avaient <i>se</i> et
-<i>si</i>; <i>se</i> exprimait seul un sens dubitatif, et venait du latin <i lang="la" xml:lang="la">si</i>;
-au contraire, <i>si</i> n’était jamais dubitatif, aussi venait-il de <i lang="la" xml:lang="la">sic</i>.
-Cette distinction est essentielle pour l’intelligence de certains
-archaïsmes.</p>
-
-<p>Plus loin, Lisiard propose à Gérard un défi; Gérard l’accepte,
-mais en dicte les conditions, et les soumet à la demoiselle
-affligée qu’il s’agit de venger:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Et <i>par si</i> soit fait li recors,</div>
-<div class="verse8">S’il me puet ocire et conquerre,</div>
-<div class="verse8">Que vous et toute vostre terre</div>
-<div class="verse8">Serez à son comandement;</div>
-<div class="verse8">Et se je le conquiers, ensement.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Violette.</i> p. 84.)</div>
-
-<p>«Et soit fait notre accord par tel <i>si</i>, que s’il me peut tuer
-et conquérir, vous lui appartiendrez avec toute votre terre; et
-de même, si c’est moi qui le conquiers.»</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SI</span> (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>), toutefois;
-<span class="t5">ET SI</span>, et pourtant, et encore:</p>
-
-<p class="cit">J’ai la tête plus grosse que le poing, <i>et si</i> elle n’est pas enflée.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SI FAUT-IL</span>, encore faut-il:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">MORON.</span> <i>Si faut-il</i> tenter toute chose, et éprouver si son âme est entièrement
-insensible.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Si faut-il bien</i> pourtant trouver quelque moyen.... pour attraper notre
-brutal.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«On m’a pourvu d’un cœur peu content de soi-même,</div>
-<div class="verse">«Inquiet, et fécond en nouvelles amours:</div>
-<div class="verse">«Il aime à s’engager, mais non pas pour toujours;</div>
-<div class="verse">«<i>Si faut-il</i> une fois brûler d’un feu durable.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Elég.</i> III.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SI... COMME</span> (<i lang="la" xml:lang="la">sic ut</i>):</p>
-
-<p class="cit">Je vous félicite, vous, d’avoir une femme <i>si</i> belle, <i>si</i> sage, <i>si</i> bien faite,
-<i>comme</i> elle est.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 4.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Sic pulchra ut est.</i></p>
-
-<p><i>Comme</i>, dans l’origine, était le complément naturel de <i>si</i>,
-<i>aussi</i>, <i>tant</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Li reis jurad: <i>Si</i> veirement <i>cume</i> Deus vit, David ne murrad.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 74.)</div>
-
-<p class="cit">«Ki, entre tute ta gent, est <i>si</i> fidel <i>cume</i> David vostre gendre est?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 87.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_374">374</span>
-Ou sans séparation, <i>sicume</i> (italien, <i lang="it" xml:lang="it">siccome</i>):</p>
-
-<p class="cit">«E fud a curt <i>sicume</i> il out ested devant.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 74.)</div>
-
-<p><i>Comme</i> se construisait de même avec <i>tel</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Deus te face <i>tel</i> merci <i>cume</i> tu m’as mustred ici.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 95.)</div>
-
-<p class="cit">«Vous voulez vous guérir de l’infidélité, et vous en demandez les remèdes?
-Apprenez-les de ceux qui ont été <i>tels comme vous</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 272.)</div>
-
-<p><i>Comme</i> suppléait <i>que</i>, au grand avantage de l’euphonie:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Peut-être que tu mens <i>aussi bien comme</i> lui.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>Le Menteur.</i> IV. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Qu’il fasse <i>autant</i> pour soi <i>comme</i> je fais pour lui.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Polyeucte.</i> III. 3.)</div>
-
-<p>Sur quoi Voltaire dit: «Ce vers est un solécisme; on dit
-<i>autant que</i>, et non pas <i>autant comme</i>.» Mais pourquoi pas?
-L’usage? Il était du temps de Corneille en faveur d’<i>autant
-comme</i>. La logique? C’est un pur latinisme. Les Latins faisaient
-donc aussi un solécisme, de dire:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">Haud <i>ita</i> vitam agerent <i>ut</i> nunc plerumque <i>videmus</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Lucrèce.</span> III.)</div>
-
-<p>Il est fâcheux que Voltaire ait appuyé une réforme sans motif,
-qui appauvrit la langue, surtout celle des poëtes, et envieillit
-les écrivains faits pour rester modèles. J’ai dit que
-l’emploi de <i>comme</i> relatif avait jadis pour soi l’autorité de
-l’usage; voici en preuve quelques exemples:</p>
-
-<p>Marot demandant une haquenée à François I<sup>er</sup>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«Savez comment Marot l’acceptera?</div>
-<div class="verse10">«<i>D’aussi</i> bon cueur <i>comme</i> la sienne il donne</div>
-<div class="verse10">«Au fin premier qui la demandera.»</div>
-<div class="verse10">«Ma foi seule, <i>aussi</i> pure et belle</div>
-<div class="verse10">«<i>Comme</i> le sujet en est beau.....»</div>
-<div class="verse">«Il n’est rien de <i>si</i> beau <i>comme</i> Calixte est belle.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Malherbe.</span>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Tant qu’a duré la guerre, on m’a vu constamment</div>
-<div class="verse">«<i>Aussi</i> bon citoyen <i>comme</i> parfait amant.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>Horace.</i>)</div>
-
-<p>Mais tout à coup cette façon de parler a déplu aux grammairiens-jurés
-de la fin du <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle: ils l’ont réprouvée d’un
-commun accord. Ménage donne pour raison qu’«elle n’est pas
-naturelle.» (<i>Obs.</i> p. 348.) La nature est ici invoquée bien à
-propos! Mais est-il prouvé que ce mot <i>que</i> soit plus rapproché
-<span class="pagenum" id="Page_375">375</span>
-de la nature que le mot <i>comme</i>? Est-il sûr que l’usage consacré
-par une longue suite de siècles, appuyé sur la logique,
-sur l’étymologie, et fortifié par l’exemple des meilleurs écrivains,
-doive céder au caprice de trois ou quatre pédants sans
-autorité que celle qu’ils s’arrogent avec insolence? Cela n’est
-pas naturel non plus, et pourtant, hélas! cela se voit tous les jours.</p>
-
-<p><i>Comme</i>, à la place de <i>que</i>, est un archaïsme qui a de la grâce
-et de la naïveté:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Catin veut espouser Martin;</div>
-<div class="verse8">«C’est une très-fine femelle!</div>
-<div class="verse8">«Martin ne veut pas de Catin:</div>
-<div class="verse8">«Je le trouve <i>aussi</i> fin <i>comme</i> elle.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Marot.</span>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SI</span> dubitatif (<i>si</i>),... <span class="t5">ET QUE</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>S’il</i> ne vous suffit pas de toute l’assurance</div>
-<div class="verse">Que vous peuvent donner mon cœur et ma puissance,</div>
-<div class="verse"><i>Et que</i> de votre esprit les ombrages puissants</div>
-<div class="verse">Forcent mon innocence à convaincre vos sens...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Ce seroit une chose plaisante <i>si</i> les malades guérissoient, <i>et qu’</i>on m’en
-vînt remercier!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Si</i> Babylone eût pu croire qu’elle eût été périssable comme toutes les
-choses humaines, <i>et que</i> une confiance insensée ne l’eût pas jetée dans
-l’aveuglement.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i><abbr title="Histoire universelle">Hist. un.</abbr></i>
-III<sup>e</sup> p.)</div>
-
-<p class="ti" id="si_utrum">&mdash;<span class="t4">SI</span>, répondant au latin <span lang="la" xml:lang="la"><i>an</i>,
-<i>utrum</i></span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je suis <i>en suspens si</i>, pour me l’acquérir,</div>
-<div class="verse">Aux extrêmes moyens je ne dois point courir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Je suis <i>dans l’incertitude si</i> je dois me battre avec mon homme, ou bien
-le faire assassiner.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 13.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SI C’ÉTAIT QUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>si c’étoit qu’</i>à moi la chose pût tenir...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="ti" id="si_que_de">&mdash;<span class="t4">SI</span> (un adjectif) <span class="t5">QUE DE</span>
-(<i lang="la" xml:lang="la">adeò... ut...</i>); tant ou tellement... que de...:</p>
-
-<p class="cit">Et j’ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui fut <i>si considéré</i> en son
-temps <i>que d’</i>avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage
-d’outre-mer.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="cit">S’il étoit <i>si hardi que de</i> me déclarer son amour, il perdroit pour jamais
-ma présence et mon estime.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Ouais! je ne croyois pas que ma fille fût <i>si habile que de</i> chanter ainsi à
-livre ouvert.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_376">376</span>
-«Celui-ci le paya d’ingratitude, et fut <i>si méchant que d’oser</i> souiller le
-lit de son bienfaiteur.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="item">SIÈCLE <span class="t5">D’AUJOURD’HUI (AU)</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est une chose rare <i>au siècle d’aujourd’hui</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="singulier">SINGULIER; <span class="t5">SINGULIER A</span>, particulier à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cette fermeté d’âme, <i>à vous si singulière</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>«On dit d’une chose qu’elle est <i>particulière à quelqu’un</i>,
-mais non pas qu’elle <i>lui est singulière</i>.» (<span class="smcap">M. Auger.</span>)</p>
-
-<p>Et pourquoi ne le dirait-on pas? On dit bien <i>singulier</i>, sans
-complément, pour <i>particulier</i>. M. Auger n’a rien repris à ces
-vers:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et je ne veux aussi, pour grâce <i>singulière</i>,</div>
-<div class="verse">Que montrer à vos yeux mon âme tout entière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p><i>Grâce singulière</i> est pourtant bien là pour <i>grâce particulière</i>.
-Si on laisse au mot <i>singulier</i> le sens de <i lang="la" xml:lang="la">singularis</i> dans un cas,
-pourquoi ne pas le lui laisser dans l’autre? Pourquoi le permettre
-sans complément et le défendre, avec un complément?</p>
-
-<p>En général, on critique beaucoup trop par cette formule:
-<i>cela ne se dit pas</i>. Ce qu’il faut montrer, c’est que cela ne doit
-pas, ne peut pas se dire, surtout quand cela a été dit par des
-gens comme Molière, Pascal ou Bossuet.</p>
-
-<p class="item"><i>SINGULIER</i> (verbe au) après un nombre pluriel:</p>
-
-<p class="cit">Quatre ou cinq mille écus <i>est</i> un denier considérable.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et deux ans, dans le sexe, <i>est</i> une grande avance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#c_est"><span class="t5">C’EST</span> ou <span class="t5">EST</span></a> en accord avec un pluriel,
-et <a href="#ce_sont"><span class="t5">CE SONT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="si_peu">SI PEU <span class="t5">QUE DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<p class="cit">Vous êtes-vous mis dans la tête qu’un homme de soixante-trois ans....
-considère <i>si peu</i> sa fille <i>que de la marier</i> avec un homme qui a ce que
-vous savez?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#si_que_de"><span class="t5">SI</span> (un adjectif) <span class="t5">QUE DE</span></a>, p. 375.)</p>
-
-<p class="item" id="siquenilles">SIQUENILLES (<i>sic</i> dans l’édition originale; Ribou,
-1669), souquenilles:</p>
-
-<p class="cit">Quitterons-nous nos <i>siquenilles</i>, monsieur?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item">SITUÉ; <span class="t5">AME BIEN SITUÉE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, non, il n’est point d’âme un peu <i>bien située</i></div>
-<div class="verse">Qui veuille d’une estime ainsi prostituée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_377">377</span>
-L’expression est insolite; cependant nous disons chaque jour,
-avec l’autorité de l’usage: Avoir le cœur <i>bien placé</i>. C’est la
-même figure.</p>
-
-<p class="item">SŒURS <span class="t5">D’INFORTUNE</span>, comme <i>frères d’armes</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Nous nous voyons <i>sœurs d’infortune</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="soi">SOI, où l’usage moderne emploie <i>lui</i>, <i>elle</i>, <i>eux</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Bien que de vous mon cœur ne prenne point de loi,</div>
-<div class="verse">Et ne doive en ces lieux aucun compte qu’à <i>soi</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est une fille à nous, que, sous un don de foi,</div>
-<div class="verse">Un Valère a séduite et fait entrer chez <i>soi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Apud se</i>, et non <i lang="la" xml:lang="la">apud illum</i>.</p>
-
-<p>Agnès, dit Horace,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">N’a plus voulu songer à retourner chez <i>soi</i>,</div>
-<div class="verse">Et de tout son destin s’est commise à ma foi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous dis que mon fils n’a rien fait de plus sage</div>
-<div class="verse">Qu’en recueillant chez <i>soi</i> ce dévot personnage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Toi, Sosie?&mdash;Oui, Sosie; et si quelqu’un s’y joue,</div>
-<div class="verse8">Il peut bien prendre garde à <i>soi</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ne voyez-vous pas qu’il tire à <i>soi</i> toute la nourriture, et qu’il empêche
-ce côté-là de profiter?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Cet indolent état de confiance extrême,</div>
-<div class="verse">Qui le rend en tout temps si content de <i>soi-même</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce sont choses, <i>de soi</i>, qui sont belles et bonnes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le savoir garde <i>en soi</i> son mérite éminent.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il n’est pour le vrai sage aucun revers funeste;</div>
-<div class="verse">Et, perdant toute chose, à <i>soi-même</i> il se reste.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 4.)</div>
-
-<p>Tout le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle a ainsi parlé. Les grammairiens se sont
-perdus en distinctions et en subtilités pour régler quand il fallait
-<i>soi</i>, et quand <i>lui</i>. Tout cela est chimérique. Les grands écrivains
-du temps de Louis XIV se sont guidés bien plus sûrement
-sur un seul point: partout où le latin mettrait <i lang="la" xml:lang="la">se</i>, ils ont
-mis <i>soi</i>,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Qu’il fasse autant pour <i>soi</i> comme je fais pour lui.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>Polyeucte.</i> III. 8.)</div>
-
-<p lang="la" xml:lang="la"><i>Pro se ipso</i>, et non <i>pro illo</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Mais il se craint, dit-il, <i>soi-même</i> plus que tous.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i><abbr title="Andromaque">Androm.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Timet se ipsum.</i></p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_378">378</span>
-<div class="verse">«Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après <i>soi</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> <i>Phèdre.</i>)</div>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Post se</i>, et non <i lang="la" xml:lang="la">post illum</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Mais souvent un auteur, qui se flatte et qui s’aime,</div>
-<div class="verse">«Méconnoît ses défauts et s’ignore <i>soi-même</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Boileau.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Il n’ouvre la bouche que pour répondre...... Il crache presque sur
-<i>soi</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Bruyère.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Idoménée, revenant à <i>soi</i>, remercia ses amis.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Fénelon.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Tant de profanations que les armes traînent après <i>soi</i>!»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Massillon.</span>)</div>
-
-<p class="cit">«Dieux immortels, dit-elle en <i>soi-même</i>, est-ce donc ainsi que sont
-faits les monstres?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Psyché.</i> I.)</div>
-
-<p>On voit qu’il n’est pas besoin de tant raffiner, à la suite de
-Vaugelas, d’Olivet et les modernes.</p>
-
-<p class="item" id="soient">SOIENT, monosyllabe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et votre front, je crois, veut que du mariage</div>
-<div class="verse">Les cornes <i>soient</i> chez vous l’infaillible apanage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Qu’ils <i>soient</i> comme la poudre et la paille légère</div>
-<div class="verse8">«Que le vent chasse devant lui.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Racine.</span> <i>Esther.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="sois-je">SOIS-JE, dans une formule de souhait:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2"><i>Sois-je</i> du ciel écrasé si je mens!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Forme excellente, au lieu de <i>puissé-je être</i>.</p>
-
-<p class="item" id="solecismes">SOLÉCISMES <span class="t5">EN CONDUITE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le moindre <i>solécisme</i>, en parlant, vous irrite;</div>
-<div class="verse">Mais vous en faites, vous, d’étranges <i>en conduite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="solliciter">SOLLICITER DE QUELQUE CHOSE:</p>
-
-<p class="cit">J’ai cru faire assez de fuir l’engagement <i>dont j’étois sollicitée</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="cit">Ne me refusez point la grâce <i>dont je vous sollicite</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="son">SON, <span class="t5">SA</span>, <span class="t5">SES</span>, se rapportant à un autre mot que le
-sujet de la phrase:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne puis vous celer que ma fille Célie</div>
-<div class="verse">Dès longtemps par moi-même est promise à Lélie,</div>
-<div class="verse">Et que, riche en vertus, <i>son retour</i> aujourd’hui</div>
-<div class="verse">M’empêche d’agréer un autre époux que lui.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 24.)</div>
-
-<p><i>Son retour</i>, c’est le retour de Lélie; <i>riche en vertus</i> se rapporte
-<span class="pagenum" id="Page_379">379</span>
-aussi à Lélie, quoique la construction de la phrase semble appliquer
-ces mots au retour. Il n’y a pas moyen d’excuser cette
-faute, source d’équivoques.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jusqu’ici don Louis, qui vit à <i>sa prudence</i></div>
-</div>
-
-<p>(La prudence de don Louis.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Par le feu roi mourant commettre <i>son enfance</i>,</div>
-</div>
-
-<p>(L’enfance de don Alphonse.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A caché <i>ses destins</i> aux yeux de tout l’État...</div>
-</div>
-
-<p>(Les destins d’Alphonse.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et bien que le tyran, depuis <i>sa lâche audace</i>,</div>
-</div>
-
-<p>(L’audace du tyran.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’ait souvent demandé pour lui rendre <i>sa place</i>,</div>
-</div>
-
-<p>(La place d’Alphonse.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jamais <i>son zèle ardent</i> n’a pris de sûreté</div>
-</div>
-
-<p>(Le zèle d’Alphonse.)</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">A l’appât dangereux de <i>sa fausse équité</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>(La fausse équité du tyran.)</p>
-
-<p>Il est difficile d’écrire avec plus de négligence.</p>
-
-<p>On dit bien <i>la surveillance de l’État</i>, mais non <i>les yeux de
-l’État</i>. L’État est une abstraction, une idée complexe, qui ne
-saurait être personnifiée jusqu’à prendre des yeux ni des
-oreilles.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SON</span>, <span class="t5">SA</span>, rapportés à un nom de chose:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LYSIDAS</span> (<i>parlant de sa pièce</i>). Tous ceux qui étoient là doivent venir
-à <i>sa</i> première représentation.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SON</span> avec <i>sentir</i>.
-(Voyez <a href="#sentir"><span class="t5">SENTIR</span></a>, p. 370.)</p>
-
-<p class="item" id="songer">SONGER, actif, pour <i>imaginer</i>, <i>méditer</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">C’est une foible ruse;</div>
-<div class="verse">J’en <i>songeois une</i>...&mdash;Et quelle?&mdash;Elle n’iroit pas bien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">J’avois <i>songé une comédie</i> où il y auroit eu un poëte, etc...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 1.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_380">380</span>
-&mdash;<span class="t4">SONGER DE</span> (un infinitif); songer à:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’ils s’étoient promis une foi mutuelle,</div>
-<div class="verse">Avant qu’il eût <i>songé de poursuivre</i> Isabelle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p>(Voyez p. 99, <a href="#de_a"><span class="t5">DE</span> remplaçant <span class="t5">A</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="sont">SONT pour font, en style d’arithmétique:</p>
-
-<p class="cit">Je crois que deux et deux <i>sont</i> quatre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>L’édition d’Amsterdam a corrigé, selon sa coutume, et mis
-<i>font</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SONT-CE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Sont-ce</i> encore des bergers?&mdash;C’est ce qu’il vous plaira.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Sont-ce</i> des vers que vous lui voulez écrire?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Sont-ce</i> des visions que je me mets en tête?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ce_sont"><span class="t5">CE SONT</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">SORTILÉGE; <span class="t5">DONNER UN SORTILÉGE A QUELQU’UN</span>,
-lui jeter un sort:</p>
-
-<p class="cit">C’est <i>un sortilége qu’il lui a donné</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> III. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="sortir">SORTIR <span class="t5">HORS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tenez, voyez ce mot, et <i>sortez hors</i> de doute.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais lui fallant un pic, je <i>sortis hors</i> d’effroi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="sot">SOT, terme adouci pour exprimer ce qu’ailleurs
-Molière appelle crûment un cocu:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elles font la sottise, et nous sommes les <i>sots</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle? Elle n’en fera qu’un <i>sot</i>, je vous l’assure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Épouser une sotte est pour n’être point <i>sot</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Il veut à toute force être au nombre des <i>sots</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>La Coupe enchantée.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOT</span>, passionné au point d’en perdre le sens:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si bien donc?&mdash;Si bien donc qu’elle est <i>sotte</i> de vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">ÊTRE SOT APRÈS QUELQU’UN</span>, en être assotté:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARINETTE.</div>
-<div class="verse">Que Marinette <i>est sotte après son Gros-René</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_381">381</span>
-SOUCIER, verbe actif, comme <i>affliger</i>, <i>chagriner</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hé! je crois que cela foiblement <i>vous soucie</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi</div>
-<div class="verse8">«Me fasse peur, ni <i>me soucie</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Le Lion et le Moucheron.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="souffrir">SOUFFRIR, absolument; <span class="t5">SOUFFRIR DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ciel! faut-il que le rang, dont on veut tout couvrir,</div>
-<div class="verse"><i>De cent sortes de sots</i> nous oblige à <i>souffrir</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUFFRIR QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">De grâce, <i>souffrez-moi</i>, par un peu de bonté,</div>
-<div class="verse"><i>Des bassesses</i> à qui vous devez la clarté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Mais le père Lemoine a apporté une modération à cette permission générale;
-car <i>il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 9<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item">SOUFFRIR <span class="t5">A QUELQU’UN DE</span> (un infinitif), lui permettre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. .&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;. <i>Souffrez à mon amour</i></div>
-<div class="verse"><i>De</i> vous revoir, madame, avant la fin du jour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Si votre cœur me considère</div>
-<div class="verse">Assez pour <i>me souffrir de disposer de vous</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 3.)</div>
-
-<p><i>Me</i> est ici au datif, et non à l’accusatif.</p>
-
-<p class="item">SOUPÇON; <span class="t5">HORS DE SOUPÇON</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On ne reçoit plus rien qui soit <i>hors de soupçon</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Qui soit à l’abri du soupçon, qui ne soit suspect.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUPÇONS DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ce n’est pas d’aujourd’hui, Nicole, que j’ai conçu des soupçons <i>de</i>
-mon mari.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Molière dit <i>soupçons de quelqu’un</i>, comme <i>l’hymen</i>, <i>la vengeance</i>,
-<i>la jalousie de quelqu’un</i>, c’est-à-dire, relativement à
-quelqu’un.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUPÇON ENTRE DEUX PERSONNES</span>, qui porte sur
-deux personnes:</p>
-
-<div class="cit">Cela ne vous offense point: <i>il ne tombe entre lui et vous aucun soupçon</i>
-de ressemblance.</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_382">382</span>
-SOUPÇONNER, suspecter:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On <i>soupçonne</i> aisément un sort tout plein de gloire;</div>
-<div class="verse">Et l’on veut en jouir avant que de le croire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="sous">SOUS, au lieu de <i>par</i> ou <i>avec</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Enfin je l’ai fait fuir, et, <i>sous ce traitement</i>,</div>
-<div class="verse">De beaucoup d’actions il a reçu la peine.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Ne prétendez pas vous sauver <i>sous</i> cette imposture.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUS COULEUR</span>, sous prétexte:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Anselme, instruit de l’artifice,</div>
-<div class="verse">M’a repris maintenant tout ce qu’il nous prêtoit,</div>
-<div class="verse"><i>Sous couleur</i> de changer de l’or que l’on doutoit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#couleur"><span class="t5">COULEUR</span></a> et <a href="#colore"><span class="t5">COLORÉ</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUS DES LIENS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La fille qu’autrefois de l’aimable Angélique,</div>
-<div class="verse"><i>Sous des liens</i> secrets, eut le seigneur Enrique.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce n’est pas à mon cœur qu’il faut que je défère,</div>
-<div class="verse8">Pour entrer <i>sous de tels liens</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Psyché.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUS DES SOINS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ris des noirs accès où je vous envisage,</div>
-<div class="verse">Et crois voir en nous deux, <i>sous mêmes soins nourris</i>,</div>
-<div class="verse">Ces deux frères que peint l’École des maris.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>L’idée de protection, enfermée dans le verbe <i>nourrir</i>, sauve
-cette métaphore:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse">«Parva <i>sub</i> ingenti matris se subjicit <i>umbra</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Virg.</span>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUS L’APPAT DE</span>..., sous le prétexte de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Ce marchand déguisé,</div>
-<div class="verse">Introduit <i>sous l’appât</i> d’un conte supposé:</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUS SA MOUSTACHE</span>:</p>
-
-<p class="cit">On n’est point bien aise de voir, <i>sous sa moustache</i>, cajoler hardiment sa
-femme ou sa maîtresse.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 14.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SOUS TANT DE VRAISEMBLANCE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! le premier transport d’un amour qu’on abuse</div>
-<div class="verse"><i>Sous tant de vraisemblance</i> est indigne d’excuse!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_383">383</span>
-&mdash;<span class="t4">SOUS UN DON DE FOI</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est une fille à nous, que, <i>sous un don de foi</i>,</div>
-<div class="verse">Un Valère a séduite et fait entrer chez soi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Dans toutes ces locutions, <i>sur</i> serait aussi bien venu que <i>sous</i>.
-Molière, pour l’emploi de l’un et de l’autre, paraît n’avoir
-suivi que le hasard, et l’usage l’y autorisait. (Voyez au mot
-<a href="#sur_peine_de"><span class="t5">SUR</span></a>, où l’origine de cette confusion est exposée.)</p>
-
-<p class="item" id="soutenir">SOUTENIR <span class="t5">LE COURROUX</span>, y persévérer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour vouloir <i>soutenir le courroux</i> qu’on me donne,</div>
-<div class="verse8">Mon cœur a trop su me trahir.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="spirituelle">SPIRITUELLE, substantif; <span class="t5">UNE SPIRITUELLE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Moi, j’irois me charger d’<i>une spirituelle</i></div>
-<div class="verse">Qui ne parleroit rien que cercle et que ruelle?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ridicule"><span class="t5">RIDICULE</span></a>, substantif.)</p>
-
-<p class="item" id="subjonctif"><i>SUBJONCTIF</i> qui en commande un autre, dans
-une place où nous mettrions aujourd’hui l’<i>indicatif</i>:</p>
-
-<p class="cit"><i>J’aurois</i> assez d’adresse pour faire accroire à votre père que ce <i>seroit</i>
-une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant;
-qu’elle <i>seroit</i> éperdument amoureuse de lui, et <i>souhaiteroit</i> de se voir sa
-femme.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> IV. 11)</div>
-
-<p>Il est clair qu’en effet la forme conditionnelle est la meilleure
-dans tout ce passage, qui n’expose qu’une hypothèse.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Construit avec un présent de l’indicatif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que vient de te donner cette farouche bête?</div>
-<div class="verse">&mdash;Cette lettre, monsieur, qu’avecque cette boète</div>
-<div class="verse"><i>On prétend</i> qu’<i>ait</i> reçue Isabelle de vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 8.)</div>
-
-<p>On dirait en style moderne: on prétend qu’<i>a</i> reçue. Il est
-manifeste que le conditionnel est plus juste, puisqu’il s’agit
-encore ici d’une hypothèse.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#conditionnels"><span class="t5">CONDITIONNELS</span></a>,
-<a href="#futurs"><span class="t5">FUTURS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">SUCCÉDER, arriver, réussir, <i lang="la" xml:lang="la">contingere</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quelque chose de bon nous pourra <i>succéder</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces maximes, un temps, leur peuvent <i>succéder</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_384">384</span>
-SUCCÈS, issue d’une affaire, dans le sens du latin
-<i lang="la" xml:lang="la">exitus</i>, sans impliquer l’idée de bien ni de mal:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce qu’on <i>voit</i> de <i>succès</i> peut bien persuader</div>
-<div class="verse">Qu’ils ne sont pas encor fort près de s’accorder.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 12.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’en viens d’entendre ici le <i>succès merveilleux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 15.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Adieu; nous en saurons le <i>succès</i> dans ce jour.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Daignez, je vous conjure,</div>
-<div class="verse">Attendre le <i>succès</i> qu’aura cette aventure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hé bien! ce beau <i>succès</i> que tu devois produire?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous vous tromperez.&mdash;Soit. J’en veux voir le <i>succès</i>.</div>
-<div class="verse">&mdash;Mais...&mdash;J’aurai le plaisir de perdre mon procès.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item">SUCRÉE (<span class="t5">FAIRE LA</span>), faire la prude, la renchérie:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle <i>fait la sucrée</i>, et veut passer pour prude.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="cit">&mdash;Qui, moi?&mdash;Oui; vous <i>ne faites point tant la sucrée</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="suffisance">SUFFISANCE, en bonne part; <span class="t5">HOMME DE SUFFISANCE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>Homme de suffisance</i>, homme de capacité.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p>Dans le <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, <i>suffisant</i> et <i>suffisance</i> se prenaient en
-bonne part, au sens de <i>qui suffit à quelque chose</i>. Voici les
-exemples que donne Furetière: «Le roi a des ministres qui sont
-d’une grande <i>suffisance</i>, d’une grande capacité, d’une grande
-pénétration.» Et au mot <span class="t5">SUFFISANT</span>: «Se dit d’un grand mérite
-et de la sotte présomption. Le roi cherche des gens qui
-soient <i>suffisants</i>, et capables de remplir les prélatures et les
-grandes charges.»</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUFFISANT DE</span> (un infinitif), qui suffit; qui suffit
-à, capable de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Bon Dieu! que de discours!</div>
-<div class="verse">Rien n’est-il <i>suffisant d’en arrêter</i> le cours?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je me déchargerai d’un faix que je dédaigne,</div>
-<div class="verse">«<i>Suffisant de crever</i> un mulet de Sardaigne.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span> <i><abbr title="Satires">Sat.</abbr></i> VI.)</div>
-
-<p class="item" id="suffit">SUFFIT QUE, suivi d’un verbe à l’indicatif:</p>
-
-<p class="cit"><i>Il suffit que nous savons</i> ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse
-de me trouver.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Nous savons ce que nous savons, cela suffit, c’est en dire
-<span class="pagenum" id="Page_385">385</span>
-assez. <i>Il suffit que nous sachions</i> présenterait un sens tout
-autre.</p>
-
-<p class="item" id="suite">SUITE; <span class="t5">EN SUITE DE</span>.
-(Voyez <a href="#ensuite"><span class="t5">ENSUITE DE</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUITE</span>, développement:</p>
-
-<p>Don Alphonse dit à dona Elvire, qui vient de réciter trente-cinq
-vers sans interruption:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai de votre discours assez souffert <i>la suite</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">D’UNE LONGUE SUITE</span>, très-suivi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et tâcher, par des soins <i>d’une très-longue suite</i>,</div>
-<div class="verse">D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUITE</span>, conséquence:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Un avis <i>dont la suite</i></div>
-<div class="verse">Vous réduit au parti d’une soudaine fuite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Les <i>suites</i> de ce mot, quand je les envisage,</div>
-<div class="verse">Me font voir un mari, des enfants, un ménage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="suivre">SUIVRE <span class="t5">LE COURROUX DE QUELQU’UN</span>, s’y associer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Assembler des amis qui <i>suivent mon courroux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUIVRE QUELQU’UN AU DESSEIN DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Bon.&mdash;Et moi, pour <i>vous suivre au dessein de tout rendre</i>....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Pour vous imiter dans ce dessein.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUIVRE SA POINTE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Quel diable d’étourdi, qui <i>suit toujours sa pointe</i>!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item"><i>SUJET</i> à la première personne, et le verbe à la troisième.
-(Voyez <a href="#pronom"><span class="t5">PRONOM</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><i>SUJET SOUS-ENTENDU</i> autre que le sujet exprimé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle vous diroit bien qu’elle vous trouve bon,</div>
-<div class="verse">Et qu’<i>elle</i> n’est point d’âge à <i>lui donner</i> ce nom.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p><i>Elle</i> n’est point d’âge à ce qu’<i>on</i> puisse lui donner.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_386">386</span>
-Le besoin de brièveté, joint à la clarté de l’expression, paraît
-plus que suffisant à excuser cette légère inexactitude.</p>
-
-<p class="item" id="superflu">SUPERFLU <span class="t5">DE LA BOISSON (LE)</span>, périphrase qui s’entend
-de reste:</p>
-
-<p class="cit">Je m’étois amusé dans votre cour à expulser <i>le superflu de la boisson</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="support">SUPPORT, dans le sens moral; appui:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle n’a ni parent, ni <i>support</i>, ni richesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">L’éclat d’une fortune en mille biens féconde</div>
-<div class="verse">Fera connoître à tous que je suis ton <i>support</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 11.)</div>
-
-<p class="item" id="supporter">SUPPORTER <span class="t5">QUELQU’UN DANS</span>, comme nous disons
-<i>soutenir dans</i>:</p>
-
-<p class="cit">Nous ne sommes point gens à <i>la supporter dans</i> de mauvaises actions.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="suppression">SUPPRESSION; <span class="t5">A MA SUPPRESSION</span>, en me supprimant,
-m’excluant:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>A ma suppression</i> il s’est ancré chez elle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>Comme on dit <i>à mon profit</i>, <i>à mon dam</i>.</p>
-
-<p>Bossuet a dit: «<i>Au grand malheur</i> des hommes ingrats.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre">Or. fun. de la R. d’A.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="sur_le_fier">SUR LE FIER; <span class="t5">SE TENIR SUR LE FIER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais puisque <i>sur le fier vous vous tenez</i> si bien.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="sur_peine_de">SUR PEINE <span class="t5">DE</span>, sous peine de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On ne doit de rimer avoir aucune envie,</div>
-<div class="verse">Qu’on n’y soit condamné <i>sur peine</i> de la vie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Mais à condition......... que vous n’en ouvrirez la bouche à personne
-du monde, <i>sur peine de la vie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">«Madame, qui de tous poins veoit le seigneur de Saintré à combattre
-meu et desliberé, feloneusement luy dist: Sire de Saintré, nous voulons
-et vous commandons, <i>sur peine</i> d’encourir nostre indignacion, que incontinent
-tous deux vous desarmez.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Petit Jehan de Saintré.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Les seigneurs du Carthage, voyants que leur pays se despeuploit peu
-à peu, feirent desfense expresse, <i>sur peine de mort</i>, que nul n’eust plus
-à aller par là.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> I. 30.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_387">387</span>
-«Si mon fils a jamais des enfants, je veux qu’ils étudient au collége de
-Clermont, <i>sur peine</i> d’être déshérités.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">St.-Évremond.</span> <abbr title="Conversation du maréchal d’Hocquincourt avec le Père Canaye"><i>Convers. du P. Canaye.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="cit">«Est-ce un article de foi qu’il faille croire, <i>sur peine</i> de damnation?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 18<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>On écrivait originairement <i>sor</i> et <i>soz</i>; quand la consonne
-finale était muette, comme l’<i>o</i> sonnait le plus souvent <i>ou</i>, la
-prononciation confondait pour l’oreille <i>sour</i> et <i>souz</i>; de là l’emploi
-indifférent de l’un ou de l’autre dans certaines locutions
-consacrées, comme <i>sur peine</i> et <i>sous peine</i>.</p>
-
-<p>(Voyez <abbr title="des Variations du langage français"><i>des Var. du lang. fr.</i></abbr>, p. 430.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUR LE PIED DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et veulent, <i>sur le pied de nous être fidèles</i>,</div>
-<div class="verse">Que nous soyons tenus à tout endurer d’elles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>Sous prétexte qu’elles nous sont fidèles; s’appuyant sur ce
-qu’elles nous sont fidèles.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">SUR UN SEMBLANT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! <i>sur un beau semblant</i> de ferveur si touchante...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Mauvaise leçon. L’édition originale de 1669 porte: sous <i>un
-beau semblant</i>. (voy. la <a href="#Page_III">Préface</a>.)</p>
-
-<p class="item" id="surprendre">SURPRENDRE <span class="t5">AU DÉPOURVU</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais je vous avouerai que cette gayeté</div>
-<div class="verse"><i>Surprend au dépourvu</i> toute ma fermeté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="item">SURSÉANCE; <span class="t5">FAIRE SURSÉANCE A</span>... surseoir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et jusques à demain <i>je ferai surséance</i></div>
-<div class="verse"><i>A l’exécution</i>, monsieur, de l’ordonnance.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="sus">SUS; <span class="t5">SUS DONC</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui? <i>Sus donc</i>, préparez vos jambes à bien faire.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p><i>Sus</i> n’est autre chose que <i>sur</i>. La consonne finale étant inarticulée
-dans l’origine, il arrivait souvent que l’écriture notât
-une consonne pour une autre. <i>Courir sus à quelqu’un</i>, c’est
-courir sur quelqu’un; mais <i>sur</i>, dans la première de ces locutions,
-est aujourd’hui employé comme adverbe; il est préposition
-dans la seconde. <i>Sus, sus</i>, c’est-à-dire, Allons, debout!</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_388">388</span>
-Mais pourquoi n’a-t-on pas dit <i>courir sus à quelqu’un</i>? l’euphonie
-y trouvait aussi bien son compte. Voyez, à l’article
-<a href="#chaise"><span class="t5">CHAISE</span></a>, ce qui est dit du zézayement parisien.</p>
-
-<p><span class="smcap">Nicot</span>: «<span class="smcap">Sus</span> ou <span class="t5">SUR</span>,
-<i lang="la" xml:lang="la">super</i>.»</p>
-
-<p>Le langage de la jurisprudence a conservé <i>susanner</i>, qui est
-une autre prononciation de <i>suranner</i>, réduit lui-même aujourd’hui
-à son participe passé.</p>
-
-<p class="cit">«Une prise de corps ne se <i>susanne</i> jamais.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">De Laurière.</span>)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, ne perd pas sa vertu, faute d’avoir été exécutée
-dans l’année; ne se <i>suranne</i> pas, <i lang="la" xml:lang="la">non antiquatur</i>.</p>
-
-<p>Vous observerez que les Latins employaient déjà <i lang="la" xml:lang="la">sus</i> pour
-<i lang="la" xml:lang="la">super</i> en composition. <i lang="la" xml:lang="la">Suspendere</i> est pour
-<i lang="la" xml:lang="la">superpendere</i>.</p>
-
-<p class="item" id="suspens">SUSPENS SI (<span class="t5">ÊTRE EN</span>)...:
-(Voyez <a href="#si_utrum"><span class="t5">SI</span></a> répondant au
-latin <span lang="la" xml:lang="la"><i>an</i>, <i>utrùm</i></span>.)</p>
-
-<p class="item"><i>SYLLEPSE</i> qui suppose un nominatif non exprimé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">Cet arrêt suprême,</div>
-<div class="verse">Qui décide du sort de mon amour extrême,</div>
-<div class="verse">Doit m’être assez touchant <i>pour ne pas s’offenser</i></div>
-<div class="verse">Que mon cœur par deux fois le fasse répéter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p><i>Pour ne pas s’offenser</i>, c’est-à-dire <i>pour qu’</i><span class="t5">ON</span> <i>ne s’offense
-pas</i>. Le sujet de la phrase est <i>l’arrêt</i>; ce n’est point l’arrêt qui
-s’offensera, c’est Sganarelle.</p>
-
-<p>Il semble que, quand le sens est aussi évident, on peut dans
-un dialogue familier, et pour l’amour de la concision, tolérer
-ces inexactitudes, et laisser dormir la rigueur de certaines lois
-grammaticales.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">D. PÈDRE.</span> Et, cette nuit encore, on est venu chanter sous nos fenêtres.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">ISIDORE.</span> Il est vrai. La musique <i>en</i> étoit admirable!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 7.)</div>
-
-<p><i>En</i> se rapporte à l’idée de <i>concert</i>, <i>sérénade</i>, éveillée par la
-phrase précédente, où pourtant ce mot ne se trouve pas, ni
-aucun semblable.</p>
-
-<p class="cit">Ah! <i>les menuets</i> sont ma danse, et je veux que vous me <i>le</i> voyiez danser.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>Que vous me voyiez danser <i>le menuet</i>.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_389">389</span>
-Racine a dit, par un tour semblable:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Entre <i>le pauvre</i> et vous vous prendrez Dieu pour juge;</div>
-<div class="verse">«Vous souvenant, mon fils, que, caché sons ce lin,</div>
-<div class="verse">«Comme <i>eux</i> vous fûtes pauvre, et comme <i>eux</i> orphelin.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Athalie.</i> IV. 4.)</div>
-
-<p>(Voyez, p. 147, <a href="#en_syllepse"><span class="t5">EN</span></a> par syllepse.)</p>
-
-<p class="item"><i>SYMÉTRIE DES TEMPS.</i> (Voyez aux mots <a href="#conditionnels"><span class="t5">CONDITIONNELS</span></a>,
-<a href="#subjonctif"><span class="t5">SUBJONCTIF</span></a>, et <a href="#futurs"><span class="t5">FUTURS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><i>T</i> <span class="t5">EUPHONIQUE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voilà-<i>t</i>-il pas monsieur qui ricane déjà?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Nos anciens eussent écrit <i>voilat il pas</i>, ou bien <i>voila il pas</i>,
-laissant à l’usage le soin d’indiquer la consonne euphonique.</p>
-
-<p>La seconde manière était celle du <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle; mais Théodore
-de Bèze nous avertit de prononcer un <i>t</i> intercalaire:&mdash;«Cette
-lettre offre une particularité curieuse, c’est qu’on la prononce
-là où elle n’est pas écrite. Vous voyez écrit <i>parle il</i>, et
-vous prononcez, en intercalant le <i>t</i>, <i>parle til</i>. On écrira <i>va il</i>,
-<i>ira il</i>, <i>parlera il</i>, et l’on prononcera <i>va til</i>, <i>ira til</i>, <i>parlera
-til</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i lang="la" xml:lang="la"><abbr title="De Francicae Linguae recta pronuntiatione">De
-fr. ling. rect. pron.</abbr></i> p. 36.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ainsi, n’ayant au cœur nul dessein pour Clitandre,</div>
-<div class="verse">Que vous importe-<i>t</i>-il qu’on y puisse prétendre?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Va, va-<i>t’</i>en faire amende honorable au Parnasse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="item_T">TABLER, tenir table:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, pleins de joie, allez <i>tabler</i> jusqu’à demain.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="tacher">TACHER <span class="t5">A</span> (un infinitif), tâcher de:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La mémoire du père, à bon droit respectée,</div>
-<div class="verse">Joint au grand intérêt que je prends à la sœur,</div>
-<div class="verse">Veut que du moins l’on <i>tâche à lui rendre</i> l’honneur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Tâchons à modérer</i> notre ressentiment.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que votre esprit un peu <i>tâche à se rappeler</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Il suffit qu’il se rende plus sage,</div>
-<div class="verse">Et <i>tâche à mériter</i> la grâce où je m’engage.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vois qu’envers mon frère on <i>tâche à me noircir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 7.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_390">390</span>
-TAIRE <span class="t5">(SE) DE QUELQUE CHOSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">C’est bien la moindre chose que je vous doive..., que de <i>me taire</i> devant
-vous <i>d’une personne</i> que vous connoissez.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit">C’est avoir bien de la langue, que de ne pouvoir <i>se taire de ses propres
-affaires</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Je <i>m’en tais</i>, et ne veux leur causer nul ennui.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Le Geai paré des plumes du Paon.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Dame, si vous faictes nulle mention de celle avenue, vous serez
-deshonorée. <i>Taisez-vous-en</i>, et je <i>m’en tairai</i> aussi pour vostre honneur.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Froissart.</span> <i>Chron.</i> III. ch. 49.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de"><span class="t5">DE</span></a> répondant au latin <i lang="la" xml:lang="la">de</i>, touchant;
-et <a href="#mentir"><span class="t5">MENTIR</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="tant">TANT devant un adjectif, pour <i>si</i>, <i>tellement</i>:</p>
-
-<p class="cit">Voilà une malade qui n’est pas <i>tant dégoûtante</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Elle n’est point <i>tant sotte</i>, ma foi, et je la trouve assez passable.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> I. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TANT DE</span> (un substantif), <span class="t5">QUE DE</span> (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qui donc est le coquin qui prend <i>tant de licence</i></div>
-<div class="verse-2"><i>Que de chanter</i> et m’étourdir ainsi?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="tarare">TARARE!</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">GEORGE DANDIN.</span> Je te donnerai....</p>
-
-<p class="citrep"><span class="t5">LUBIN.</span> <i>Tarare!...</i></p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p>L’emploi de ce mot paraît remonter très-haut dans les origines
-de notre langue. <i>Tarare</i> serait une tradition de <i>taratara</i>,
-parole dépourvue de sens, espèce d’onomatopée pour exprimer
-le son émis d’une bouche qui ne peut articuler. «La peste lui
-avait ôté la parole; au lieu de parler il sifflait, et, voulant crier,
-ne faisait entendre que <i>taratara</i>» (ou <i>tarare</i>).</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Vie de St. Augustin.</i> <span class="smcap">Du Cange</span>, in <i>Taratara</i>.)</div>
-
-<p class="item" id="tartufier">TARTUFIER:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">Non, vous serez, ma foi, <i>tartufiée</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>Ce verbe, de la création de Molière, n’a point passé dans la
-langue commune, comme <i>tartufe</i> et <i>tartuferie</i>.</p>
-
-<p>Molière a composé de même <i>désosier</i> et <i>désamphitryonner</i>.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_391">391</span>
-TATÉ, tâtonné, cherché; <span class="t5">DES TRAITS NON TATÉS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Une main prompte à suivre un beau feu qui la guide,</div>
-<div class="verse">Et dont, comme un éclair, la justesse rapide</div>
-<div class="verse">Répande dans ses fonds, à grands <i>traits non tâtés</i>,</div>
-<div class="verse">De ses expressions les touchantes beautés.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>La Gloire du Val-de-Grâce.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">EN TATER</span>, mis absolument, avec un sens elliptique,
-mais sans relation grammaticale:</p>
-
-<p class="cit">Voilà ce que c’est d’avoir causé. <i>Vous n’en tâterez plus</i>, et je vous
-laisse sur la bonne bouche.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="taxer">TAXER <span class="t5">DE</span> (un infinitif), comme <i>accuser de</i>:</p>
-
-<p class="cit">Je m’offre à vous y servir, puisqu’<i>il m’en a déjà taxée</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p class="item">TEMPÉRAMENT, dans le sens du latin <i lang="la" xml:lang="la">temperare</i>,
-modérer, ménager, régler:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous ne gardez en rien les doux <i>tempéraments</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>Dans la vieille langue, on disait <i>tremper une harpe</i>; c’était,
-avec l’<i>r</i> transposée, <i>temprer</i>, <i>tempérer</i> cette harpe, l’accorder,
-<i lang="la" xml:lang="la">temperare</i>. Dans Ovide: «<span lang="la" xml:lang="la">Temperare citharam nervis.</span>» On
-accorde les pianos par <i>tempérament</i>, c’est-à-dire, en tempérant
-les quintes, qui, dans les instruments à clavier, ne peuvent
-s’accorder avec une rigueur mathématique, puisque le bémol
-s’y confond avec le dièze.</p>
-
-<p><i>Tempérament</i>, dans le vers de Molière, exprime la même
-idée.</p>
-
-<p class="item" id="temple">TEMPLE.</p>
-
-<p>On n’osait pas, au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle, faire prononcer sur le théâtre
-le mot <i>église</i>: c’eût été regardé comme une profanation. On
-se servait du mot païen:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous promets ma foi ...&mdash;Quoi?&mdash;Que vous n’êtes pas</div>
-<div class="verse">Au <i>temple</i>, au cours, chez vous, ni dans la grande place.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Soit; mais il est saison que nous allions <i>au temple</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>Le Menteur.</i>)</div>
-
-<p class="item" id="temps"><span class="pagenum" id="Page_392">392</span>
-TEMPS; <span class="t5">LE BON TEMPS</span>; ironiquement, l’âge d’or:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">Pour une jeune déesse,</div>
-<div class="verse7">Vous êtes bien <i>du bon temps</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p>Dit Mercure à la Nuit.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">UN TEMPS</span>, adverbe; quelque temps:</p>
-
-<p class="cit">Je souffrirai <i>un temps</i>, mais j’en viendrai à bout.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p class="item" id="tendre">TENDRE, verbe neutre; <span class="t5">TENDRE A</span>, <i lang="la" xml:lang="la">tendere ad</i>, se
-diriger vers...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8"><i>Où tend</i> Mascarille à cette heure?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p>Molière emploie ici au sens propre une expression qui se dit
-tous les jours au sens figuré: Où tend cette conduite? où tend
-ce discours? Si on le dit bien au figuré, à plus forte raison est-il
-permis de le dire au propre, puisque l’image suppose toujours
-la réalité, et le sens étendu le sens restreint.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENDRE</span>, adjectif; substantivement, <span class="t5">LE TENDRE DE
-L’AME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est me faire une plaie <i>au plus tendre de l’âme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENDRE A</span> (un substantif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette</div>
-<div class="verse">Friande de l’intrigue, et <i>tendre à la fleurette</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous êtes donc bien <i>tendre à la tentation</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="tenir">TENIR; <span class="t5">EN TENIR</span>, être pris, être attrapé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Quoi, peste? le baiser!</div>
-<div class="verse">Ah! <i>j’en tiens</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il <i>en tient</i>, le bonhomme, avec tout son phébus,</div>
-<div class="verse">Et je n’en voudrois pas <i>tenir</i> cent bons écus.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p><i>Il en tient</i> signifie <i>il est attrapé</i>. Je ne voudrais pas <i>en tenir</i>
-cent écus, c’est-à-dire, je ne voudrais pas, au lieu de cette aventure,
-tenir cent écus; je ne la donnerais pas pour cent écus.
-<i>En</i> joue ici le même rôle que dans cette locution: Combien <i>en</i>
-voulez-vous?&mdash;Je n’<i>en</i> voudrais pas tenir ou recevoir cent
-écus. Dans l’une et l’autre formule, <i>en</i> marque l’échange.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_393">393</span>
-Sganarelle, plus loin, exprime la même idée en d’autres
-termes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Allez, mon frère aîné, cela vous sied fort bien!</div>
-<div class="verse">Et je ne voudrois pas, pour vingt bonnes pistoles,</div>
-<div class="verse">Que vous n’eussiez ce fruit de vos maximes folles.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="t5">SGANARELLE.</span> Je ne voudrois pas <i>en tenir dix pistoles</i>! Hé bien, monsieur?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 6.)</div>
-
-<p>Hé bien, monsieur, votre incrédulité est-elle assez confondue?
-Je ne voudrais pas, pour dix pistoles, que la statue
-n’eût baissé la tête.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR</span>, retenir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Je ne sais qui me <i>tient</i>, infâme,</div>
-<div class="verse8">Que je ne t’arrache les yeux!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR</span>, verbe actif, estimer, juger:</p>
-
-<p class="cit">On <i>la tenoit morte</i> il y avoit déjà six heures.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p>On la tenait pour morte.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Fort bien.&mdash;Et <i>je vous tiens mon véritable père</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-4">Je <i>le tiendrois</i> fort misérable,</div>
-<div class="verse">S’il ne quittoit jamais sa mine redoutable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="cit">Je n’ignore pas qu’à cause de votre noblesse <i>vous me tenez</i> fort au-dessous
-de vous.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="cit">«Je <i>tiens</i> impossible de connoître les parties sans connoître le tout.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 300.)</div>
-
-<p class="cit">«On a véritablement recueilli les vies de ces deux grands hommes (Homère
-et Ésope), mais la plupart des savants <i>les tiennent toutes deux fabuleuses</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR A</span> (un substantif), même sens:</p>
-
-<p class="cit">Il n’y a personne sans doute qui ne <i>tint à beaucoup de gloire</i> de toucher
-à un tel ouvrage.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 12.)</div>
-
-<p class="cit">«Le magistrat, <i>tenant à mépris et irrévérence</i> cette réponse, le fit mener
-en prison.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Vie d’Ésope.</i>)</div>
-
-<p>Molière a dit, par la même tournure, <i>être à mépris</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et toi, pour te montrer que <i>tu m’es à mépris</i>,</div>
-<div class="verse">Voilà ton demi-cent d’épingles de Paris.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 4.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_394">394</span>
-&mdash;<span class="t4">TENIR (SE) A QUELQUE CHOSE</span>, pour <i>s’en tenir</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes,</div>
-<div class="verse">Tant que <i>vous vous tiendrez aux muets interprètes</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR AU CUL ET AUX CHAUSSES</span>, c’est empoigner
-solidement; métaphore triviale que Molière met dans la
-bouche de maître Jacques:</p>
-
-<p class="cit">On n’est pas plus ravi que de <i>vous tenir au cul et aux chausses</i>, et de
-faire sans cesse des contes de votre lésine.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR DES CHARGES</span>, les occuper:</p>
-
-<p class="cit">Je suis né de parents sans doute qui <i>ont tenu des charges</i> honorables.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR DES PAROLES</span>, comme <i>tenir un discours</i>, <i>un
-propos</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je vous trouve fort bon de <i>tenir ces paroles</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Qui ose <i>tenir ces paroles</i>? Je crois connoître cette voix.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR LA CAMPAGNE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Nous nous voyons obligés, mon frère et moi, à <i>tenir la campagne</i> pour
-une de ces fâcheuses affaires qui..., etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">«Lui (Napoléon), bravant tous les dangers,</div>
-<div class="verse10">«Semblait <i>tenir seul la campagne</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Béranger.</span>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR SA FOI</span>, comme on dit <i>tenir sa parole</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Valère a votre foi: <i>la tiendrez-vous</i>, ou non?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<p class="ti" id="tenir_quant_a_moi">&mdash;<span class="t4">TENIR SON QUANT-A-MOI</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Elle m’a répondu, <i>tenant son quant-à-moi</i>:</div>
-<div class="verse">Va, va, je fais état de lui comme de toi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="cit">«Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide
-et l’indifférente, elle me recherche; si elle <i>se tient sur son quant-à-moi</i>, je
-vas au-devant.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Psyché.</i> II.)</div>
-
-<p>«Dans les phrases à la troisième personne, comme celle-ci,
-on dit aussi, et avec plus de raison peut-être, <i>quant-à-soi</i>: il
-a tenu son <i>quant-à-soi</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts"><span class="smcap">M. Auger.</span></div>
-
-<p>Du moment que ce groupe de mots ne forme plus qu’un
-substantif composé, les éléments doivent en être fixes et invariables.
-Il semble qu’on doit adopter <i>quant-à-moi</i>, comme ont
-<span class="pagenum" id="Page_395">395</span>
-fait Molière et la Fontaine; car on ne pourrait pas dire: <i>je
-garde mon quant-à-soi</i>, tandis qu’on dira bien: <i>il garde son
-quant-à-moi</i>.</p>
-
-<p>A propos de cette locution <i>quant à moi</i>, signifiant quant à ce
-qui me regarde, Ménage déclare qu’elle n’est plus <i>du bel usage</i>.
-«M. de Vaugelas, dit-il, permet <i>quant à nous</i>, <i>quant à vous</i>, et
-condamne seulement <i>quant à moi</i>. Je suis plus sévère: toutes ces
-façons de parler ont vieilli, et ne sont plus du bel usage.»</p>
-
-<p>Rien n’est plus propre que cette observation de Ménage à faire
-voir combien, dans les études grammaticales de ce temps-là, le
-caprice tenait lieu de raison. En effet, quelle raison pouvait
-avoir Vaugelas de permettre <i>quant à nous</i> et d’interdire <i>quant à
-moi</i>? Où prenait-il le prétexte de cette distinction? Il fallait qu’il
-fût bien sûr de l’autorité de son nom pour oser rendre de semblables
-arrêts! Au reste, la docilité du public se chargeait de
-justifier la tyrannie de Vaugelas. Ménage du moins était plus
-conséquent, qui supprimait tout.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TENIR UN EMPIRE</span>, le posséder, en être investi:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Cet empire</i> que <i>tient</i> la raison sur nos sens</div>
-<div class="verse">Ne ferme point notre âme aux douceurs des encens.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="termes">TERMES; <span class="t5">EN ÊTRE AUX TERMES DE</span>:</p>
-
-<p class="cit">La chose <i>en est aux termes de</i> n’en plus faire de secret.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item">TIRÉ, forcé:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et toutes vos raisons, monsieur, sont trop <i>tirées</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>Par abréviation, pour <i>tiré par les cheveux</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Il y a (dans l’Ancien Testament) des figures qui ont pu tromper les
-Juifs, et qui semblent un peu <i>tirées par les cheveux</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> <i>Pensées.</i> p. 177.)</div>
-
-<p>Port-Royal, par révérence du beau langage, a substitué:
-<i>peu naturelles</i>.</p>
-
-<p class="item" id="tirer">TIRER, attirer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces</div>
-<div class="verse">Qui pour <i>tirer</i> les cœurs ont d’incroyables forces.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TIRER</span>, prendre son chemin; métaphore prise du
-cheval, qui tire à droite ou à gauche:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Tirez</i> de cette part; et vous, <i>tirez</i> de l’autre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_396">396</span>
-&mdash;<span class="t4">TIRER SA POUDRE AUX MOINEAUX</span>, perdre sa peine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Croyez-moi, c’est <i>tirer votre poudre aux moineaux</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TIRER SES CHAUSSES</span>, s’enfuir:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Donnez-moi vitement quelques coups de bâton,</div>
-<div class="verse">Et me laissez <i>tirer mes chausses</i> sans murmure.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MORON.</div>
-<div class="verse">Il m’a fallu <i>tirer mes chausses</i> au plus vite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>La Fontaine dit, d’une manière moins triviale, <i>tirer ses grègues</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">«Le galant aussitôt</div>
-<div class="verse8">«<i>Tire ses grègues</i>, gagne au haut,</div>
-<div class="verse8">«Mal content de son stratagème.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Coq et le Renard.</i>)</div>
-
-<p>Les <i>grègues</i> étaient une espèce particulière de chausses à la
-mode grecque. Le moyen âge écrivait et prononçait <i>segretaire</i>;
-nous prononçons <i>segond</i> tout en écrivant <i>second</i>, par égard
-pour l’étymologie <i lang="la" xml:lang="la">secundus</i>; nous écrivons et prononçons <i>cigogne</i>,
-qui vient de <i lang="la" xml:lang="la">ciconia</i>; et nous articulons aussi durement
-que possible le féminin de <i>grec</i>, <i>grecque</i>. Ce sont les effets du
-temps et du progrès.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TIRER UNE AFFAIRE DE LA BOUCHE DE QUELQU’UN</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je pense qu’il vaut mieux que <i>de sa propre bouche</i></div>
-<div class="verse"><i>Je tire</i> avec douceur <i>l’affaire</i> qui me touche.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>Je tire le détail de l’affaire. La pensée va toujours à l’économie
-des paroles, surtout la pensée d’un homme agité par la
-passion, comme est Arnolphe.</p>
-
-<p class="item" id="tomber">TOMBER <span class="t5">DANS L’EXEMPLE</span>, en venir aux exemples:</p>
-
-<p class="cit">Et, pour <i>tomber dans l’exemple</i>, il y avoit l’autre jour des femmes....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Critique de l’<abbr title="École des femmesc">Éc. des fem.</abbr></i> 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOMBER DANS UNE MALADIE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Monsieur, j’ai une fille qui est <i>tombée dans une étrange maladie</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> II. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="ton">TON, métaphoriquement, joint à <i>frapper</i>, pris au
-propre:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse6"><i>Il frappe un ton plus fort!</i></div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>Comme on dirait: il chante un ton plus haut.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_397">397</span>
-TORRENT <span class="t5">EFFRÉNÉ</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-2">C’est battre l’eau, de prétendre arrêter</div>
-<div class="verse">Ce <i>torrent effréné</i>, qui de tes artifices</div>
-<div class="verse">Renverse en un moment les plus beaux édifices.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>Peut-on dire un <i>torrent effréné</i>? Le frein se met à la bouche;
-un torrent peut-il recevoir un frein? Racine a bien dit:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Celui qui met un <i>frein</i> à la fureur des flots...;»</div>
-</div>
-
-<p class="noind">mais il y a le mot <i>fureur</i> qui sauve l’excès de la métaphore
-en la préparant, puisque la fureur est le propre des êtres
-animés.</p>
-
-<p class="item" id="touchant">TOUCHANT A..., important pour...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Et cet arrêt suprême,</div>
-<div class="verse">Qui décide du sort de mon amour extrême,</div>
-<div class="verse">Doit <i>m’être assez touchant</i> pour ne pas s’offenser</div>
-<div class="verse">Que mon cœur par deux fois le fasse répéter.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 14.)</div>
-
-<p class="item" id="toucher">TOUCHER, métaphoriquement, parlant des ouvrages
-d’esprit:</p>
-
-<p class="cit">La tragédie sans doute est quelque chose de beau quand elle est bien
-<i>touchée</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUCHER DE RIEN (NE)</span>:</p>
-
-<p class="cit">Se dépouiller..... entre les mains d’un homme qui ne nous <i>touche de
-rien</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="tour">TOUR <span class="t5">DE BABYLONE</span>.
-(Voyez <a href="#item_B"><span class="t5">BABYLONE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="tourner">TOURNER, pour <i>se tourner</i>:</p>
-
-<p class="cit">Aussi mon cœur d’ores en avant <i>tournera-t-il</i> toujours vers les astres
-resplendissants de vos yeux adorables.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="ti" id="tourner_la_justice">&mdash;<span class="t4">TOURNER LA JUSTICE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le poids de sa grimace, où brille l’artifice,</div>
-<div class="verse">Renverse le bon droit et <i>tourne la justice</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p>«L’expression <i>tourne la justice</i> n’est pas juste. On tourne la
-roue de fortune, on tourne une chose, un esprit même, à un
-sens; mais <i>tourner la justice</i> ne peut signifier <i>séduire</i>, <i>corrompre
-la justice</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Voltaire.</span>)</div>
-
-<p>Cette remarque paraît sévère. Pourquoi ne dirait-on pas
-<span class="pagenum" id="Page_398">398</span>
-<i>tourner</i> pour <i>retourner</i>, <i>détourner</i>? <i>Tourner le visage</i>, <i>tourner
-la tête</i>, <i>tourner le dos</i>, c’est <i>retourner</i> ou <i>détourner</i> le dos, la
-tête, le visage. De même <i>tourner la justice</i>, c’est la détourner
-de son cours naturel.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOURNER UNE AME</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ainsi que je voudrai, <i>je tournerai cette âme</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="tout">TOUT, invariable devant un adjectif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais enfin je connus, ô beauté <i>tout aimable</i>,</div>
-<div class="verse">Que cette passion peut n’être point coupable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, traitant de mépris les sens et la matière,</div>
-<div class="verse">A l’esprit, comme nous, donnez-vous <i>tout</i> entière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">«Je crains que cette censure... ne donne, à ceux qui en sauront
-l’histoire, une impression <i>tout opposée</i> à la conclusion.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p><i>Tout</i> signifie ici <i>tout à fait</i>. Il est donc adverbe. Molière cependant
-l’a fait quelquefois adjectif, s’ajustant en cela aux inconséquences
-de l’usage.</p>
-
-<p>On remarquera que, dans tous ces exemples, l’adjectif uni à
-<i>tout</i> commence par une voyelle, en sorte que si l’on écrivait
-<i>toute</i>, il y aurait élision. Il a dépendu de l’imprimeur de supprimer
-l’<i>e</i> de <i>toute</i>, et ces textes ne sont pas des preuves irrécusables
-pour l’invariabilité; au lieu que pour le cas contraire
-ils ne peuvent avoir été falsifiés.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#tout_var"><span class="t5">TOUT</span></a>, variable.)</p>
-
-<p class="ti" id="tout_var">&mdash;<span class="t4">TOUT</span>, <i>variable</i> devant un adjectif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La fourbe a de l’esprit, la sotte est <i>toute bonne</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, <i>toute</i> mon amie, elle est, et je la nomme,</div>
-<div class="verse">Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 7.)</div>
-
-<p class="cit">«Ils y en ont trouvé de <i>toutes contraires</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 1<sup>re</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p>Des propositions tout à fait contraires aux cinq attribuées à
-Jansénius.</p>
-
-<p class="cit">«La Grèce, <i>toute polie</i> et <i>toute sage</i> qu’elle étoit...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <i>Hist. univ.</i>)</div>
-
-<p>Il est manifeste que dans ces exemples <i>tout</i> représente <i>tout
-à fait</i>; il devrait donc être invariable comme l’adverbe dont il
-<span class="pagenum" id="Page_399">399</span>
-tient la place. Cependant il ne l’est pas, soit à cause de l’euphonie
-à qui tout cède, soit par un autre motif, ou peut-être par
-une pure inconséquence. Quoi qu’il en soit, les grammairiens,
-bien empêchés par l’usage, ont posé à cet égard une plaisante
-règle: <i>Tout</i>, disent-ils, mis pour <i>tout à fait</i>, est adverbe devant
-les adjectifs féminins <i>commençant par une voyelle</i>, et, au contraire,
-il devient adjectif devant les adjectifs <i>commençant par
-une consonne</i>.</p>
-
-<p>C’est-à-dire, pour parler vrai, que dans le premier cas on
-profite de l’élision pour escamoter sur le papier l’<i>e</i> final de
-<i>toute</i>, par exemple, <i>tout aimable</i>, <i>tout entière</i>, <i>tout opposée</i>.
-Cela passe, parce que l’oreille n’a rien à y réclamer; mais réellement
-il y a toujours accord.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT</span>, invariable devant un nom de ville:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">C’est moi qui suit Sosie, et <i>tout Thèbes</i> l’avoue.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Vous parlez devant un homme à qui <i>tout Naples</i> est connu.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>Tout Smyrne</i> ne parloit que d’elle.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Bruyère.</span>)</div>
-
-<p>Les Italiens observent la même règle: <span lang="it" xml:lang="it"><i>tutto Napoli</i>, <i>tutto
-Siviglia</i></span>:</p>
-
-<div class="poem" lang="it" xml:lang="it">
-<div class="verse6">«<i>Tutto Siviglia</i></div>
-<div class="verse6">«Conosce Bartolo.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i lang="it" xml:lang="it">Le Nozze di Figaro.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT</span>, <span class="t5">TOUTE</span>, adjectif, avec le sens de l’adverbe
-latin <i lang="la" xml:lang="la">totidem</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce sont <i>toutes</i> façons dont je n’ai pas besoin.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ces visites, ces bals, ces conversations,</div>
-<div class="verse">Sont du malin esprit <i>toutes inventions</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUTE-BONTÉ</span>, comme <i>toute-puissance</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que le ciel à jamais, par sa <i>toute-bonté</i>,</div>
-<div class="verse">Et de l’âme et du corps vous donne la santé!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT CE QUE... SONT</span>:</p>
-
-<p class="cit">On m’a montré la pièce; et comme <i>tout ce qu’il y a d’agréable sont</i> effectivement
-des idées qui ont été prises de Molière.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Impromptu.</i> 3.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ce_que_sont"><span class="t5">CE QUE... SONT</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT DE BON</span>, pour tout de bon, sérieusement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais j’aime <i>tout de bon</i> l’adorable Henriette.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="pagenum" id="Page_400">400</span>
-«Je ne le disois pas <i>tout de bon</i>, repartit le père; mais parlons plus sérieusement.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 8<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«<i>Tout de bon</i>, mes pères, il seroit aisé de vous tourner là-dessus en
-ridicule.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="Idem">Id.</abbr></span> 12<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT DOUX</span>, adverbe, comme <i>tout doucement</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant,</div>
-<div class="verse">Et je m’en veux <i>tout doux</i> éclaircir avec elle.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT D’UN TEMPS</span>, en même temps:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Bonsoir; car <i>tout d’un temps</i> je vais me renfermer.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT MAINTENANT</span>, subitement, à l’instant même:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Il m’est dans la pensée</div>
-<div class="verse">Venu <i>tout maintenant</i> une affaire pressée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TOUT VIEUX</span>, sans ajouter <i>qu’il est</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le bonhomme, <i>tout vieux</i>, chérit fort la lumière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>De même, dans le <i>Misanthrope</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, <i>toute mon amie</i>, elle est, et je la nomme,</div>
-<div class="verse">Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>Sur ce passage, voici la remarque de Voltaire:</p>
-
-<p>«Il faut dire <i>toute mon amie qu’elle est</i>, et non pas <i>toute mon
-amie elle est</i>.»</p>
-
-<p>«<i>Et je la nomme</i>; cet <i>et</i> est de trop. <i>Je la nomme</i> est vicieux;
-le terme propre est <i>je la déclare</i>; on ne peut nommer
-qu’un nom: je <i>le nomme</i> grand, vertueux, barbare; je <i>le déclare</i>
-indigne de mon amitié.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i>Mélanges.</i> T. III. p. 228.)</div>
-
-<p>Il est manifeste que Voltaire n’a pas saisi le sens de ce passage.
-Il a supposé une inversion très-dure, et compris: Elle est
-toute, c’est-à-dire, tout à fait, mon amie, et je la nomme indigne
-d’asservir, etc.; tandis que le sens véritable est celui-ci:
-Toute mon amie qu’elle est, elle est (et je ne crains pas de la
-nommer, et je le dis tout haut), elle est indigne, etc.</p>
-
-<p>Il est probable que Voltaire avait sous les yeux un texte mal
-ponctué:</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_401">401</span>
-<div class="verse">Oui, toute mon amie elle est; et je la nomme</div>
-<div class="verse">Indigne d’asservir, etc....<a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.</div>
-</div>
-
-<p>C’est ce qui a causé son erreur, qu’un peu de réflexion eût
-promptement dissipée. Il est bien fâcheux que Voltaire eût si
-peu de patience, et qu’il ait mis tant de précipitation à condamner
-des hommes comme Corneille et Molière. On l’accuse de
-perfidie calculée envers le premier; je suis persuadé qu’il n’est
-coupable que de légèreté et d’impétuosité dans sa critique: mais
-c’est déjà beaucoup trop quand on est Voltaire, et qu’on juge
-Corneille devant l’Europe attentive.</p>
-
-<p class="item" id="tracer">TRACER <span class="t5">L’IMAGE DES CHANSONS</span>, danser aux chansons:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">Et <i>tracez</i> sur les herbettes</div>
-<div class="verse7"><i>L’image de vos chansons</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> 3<sup>e</sup> <i>intermède</i>.)</div>
-
-<p>Métaphore outrée. On sait comment la parodie de Benserade
-en faisait ressortir le ridicule:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse7">«Et tracez sur les herbettes</div>
-<div class="verse7">L’image de vos <i>chaussons</i>.»</div>
-</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#metaphores"><span class="t5">MÉTAPHORES VICIEUSES</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="traduire">TRADUIRE <span class="t5">EN RIDICULE (SE)</span>:</p>
-
-<p class="cit">J’enrage de voir de ces gens qui <i>se traduisent en ridicule</i> malgré leur
-qualité.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Critique de l’École des femmes">Crit. de l’Éc. des fem.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item" id="trahir">TRAHIR <span class="t5">SON AME</span>:</p>
-
-<p>Non pas dans le sens où l’on dit <i>trahir sa pensée</i>, c’est-à-dire
-la révéler involontairement; mais, au contraire, dans le
-sens de la contraindre, la contenir, lorsqu’elle voudrait s’échapper;
-véritable trahison contre la nature et la vérité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Morbleu! c’est une chose indigne, lâche, infâme,</div>
-<div class="verse">De s’abaisser ainsi jusqu’à <i>trahir son âme</i>!</div>
-<div class="verse">Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,</div>
-<div class="verse">Je m’irois de regret pendre tout à l’instant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="trainer">TRAINER, entraîner:</p>
-
-<p class="cit">Don Juan, l’endurcissement au péché <i>traîne</i> une mort funeste!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> V. 6.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_402">402</span>
-TRAIT, atteinte; <span class="t5">DONNER LE PREMIER TRAIT</span>, figurément:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je m’en vais là-dedans <i>donner le premier trait</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, entamer l’affaire.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TRAIT</span>, épigramme, parole mordante. Orgon dit à
-Dorine:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Te tairas-tu, serpent, dont les <i>traits effrontés</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p>Premièrement, un serpent ne lance point de traits; ensuite
-des traits n’ont point de front, par conséquent ne peuvent être
-effrontés. C’est Dorine qui est un serpent et une effrontée, et
-dont les mots sont autant de traits. Ces trois expressions, qui
-sont justes prises séparément, fondues en une seule métaphore
-sont fausses, à cause de l’incohérence des images, qui devraient
-former un ensemble.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">JOUER UN TRAIT</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu</div>
-<div class="verse"><i>Du trait qu’elle a joué</i> quelque jour soit venu.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous avez eu peur de le désavouer</div>
-<div class="verse">Du <i>trait</i> qu’à ce pauvre homme il a voulu <i>jouer</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TRAIT D’AVENTURE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! fortune, ce <i>trait d’aventure</i> propice</div>
-<div class="verse">Répare tous les maux que m’a faits ton caprice.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> V. 2.)</div>
-
-<p>«Molière dit souvent <i>jouer un trait</i> et <i>faire un tour</i>. L’usage
-actuel est inverse; on dit communément <i>faire un trait</i> et <i>jouer
-un tour</i>.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">M. Auger.</span>)</div>
-
-<p class="ti" id="traits">&mdash;<span class="t4">TRAITS</span>, traits de plume, l’écriture:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jetez ici les yeux et connoissez vos <i>traits</i>:</div>
-<div class="verse">Ce billet découvert suffit pour vous confondre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p>Et reconnaissez votre écriture.</p>
-
-<p class="item" id="traiter">TRAITER, mis absolument comme <i>agir</i>, <i>se conduire</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">On détruiroit par là, <i>traitant de bonne foi</i>,</div>
-<div class="verse">Ce grand aveuglement où chacun est de soi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_403">403</span>
-Bossuet dit fréquemment <i>traiter avec quelqu’un</i>, pour avoir
-des relations avec quelqu’un:</p>
-
-<p class="cit">«Sous un visage riant........... elle cachoit un sérieux dont ceux
-qui <i>traitoient avec elle</i> étoient surpris.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Oraison funèbre de la duchesse d’Orléans">Or. f. de la duch. d’Orl.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Quand quelqu’un <i>traitoit avec elle</i>, il sembloit qu’elle eût oublié son
-rang.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TRAITER DE MÉPRIS, D’ÉGALITÉ</span>, avec mépris, avec
-égalité:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, <i>traitant de mépris</i> les sens et la matière,</div>
-<div class="verse">A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Ils sont insupportables avec <i>les impertinentes égalités dont ils traitent</i>
-les gens.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 11.)</div>
-
-<p>Cette façon de parler me paraît de celles qu’il n’est pas bon
-de prendre à Molière.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la cause, la manière.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TRAITER DU HAUT EN BAS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Ces honnêtes diablesses,</div>
-<div class="verse">Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses,</div>
-<div class="verse">Qui, pour un petit tort qu’elles ne nous font pas,</div>
-<div class="verse">Prennent droit de <i>traiter les gens du haut en bas</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la manière, la cause.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TRAITER LES CHOSES DANS LA DOUCEUR</span>:</p>
-
-<p class="cit">Mais nous sommes personnes à <i>traiter les choses dans la douceur</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. forc.</abbr></i> 16.)</div>
-
-<p class="item" id="trancher">TRANCHER <span class="t5">AVEC QUELQU’UN</span>, en finir tout net
-avec lui:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Car, <i>tranchant avec moi</i> par ces termes exprès.....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">TRANCHER SON DISCOURS D’UN APOPHTHEGME</span>:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">PANCRACE.</span> <i>Tranchez-moi votre discours d’un apophthegme</i> à la laconienne.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_404">404</span>
-Soyez bref, supprimez les longs discours au moyen d’un
-apophthegme laconique.</p>
-
-<p class="item">TRAVAILLÉ DE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>De quel démon</i> est donc leur âme <i>travaillée</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Êtes-vous <i>travaillé de la lycanthropie</i>?»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Regnier.</span>)</div>
-
-<p class="item" id="travaux">TRAVAUX <span class="t5">D’UN VOYAGE</span>, pour <i>les fatigues</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-7">Ce sensible outrage,</div>
-<div class="verse">Se mêlant aux <i>travaux d’un assez long voyage</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 10.)</div>
-
-<p class="item" id="tredame">TREDAME! par apocope, Notre-Dame!</p>
-
-<p class="cit"><i>Tredame</i>, monsieur, est-ce que madame Jourdain est décrépite?...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="treuve">TREUVE, archaïsme, pour <i>trouve</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais, encore une fois, la joie où je vous <i>treuve</i></div>
-<div class="verse">M’expose à la rigueur d’une trop rude épreuve.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Non, l’ardeur que je sens pour cette jeune veuve</div>
-<div class="verse">Ne ferme point mon âme aux défauts qu’on lui <i>treuve</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Il était de règle, dans l’origine de la langue, que tout verbe
-ayant à l’infinitif la diphthongue <i>ou</i>, la changeait en <i>eu</i> à l’indicatif.&mdash;<i>Mouvoir</i>,
-<i>mourir</i>, <i>pouvoir</i>, <i>couvrir</i>, <i>secourir</i>, <i>se douloir</i>,
-etc., faisaient à l’indicatif <i>je meus</i>, <i>je meurs</i>, <i>je peux</i>, <i>je
-cueuvre</i>, <i>je sequeurs</i>, <i>je me deuls</i>, etc.</p>
-
-<p>Je n’ai jamais vu, dans les monuments primitifs de notre langue,
-d’exemple de l’infinitif <i>treuver</i>; c’est toujours <i>trover</i>, <i>trouver</i>.
-(Voy. <abbr title="des Variations du langage français"><i>des Var. du lang. fr.</i></abbr>, p. 179.)</p>
-
-<p>Au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, que déjà les traditions originelles commençaient
-à se perdre, on rencontre quelquefois <i>treuver</i>. Olivier de
-Serres, par exemple, n’emploie pas d’autre forme; mais
-elle est évidemment déduite, par erreur, de celle du présent.
-C’est ainsi que, de la forme contractée <i>ci-gît</i>, certains lexicographes
-modernes ont conclu l’infinitif <span class="t5">GIR</span>, au lieu de <span class="t5">GÉSIR</span>.</p>
-
-<p>(Voyez le <abbr title="Dictionnaire">Dict.</abbr> de M. N. Landais.)</p>
-
-<p class="item" id="tribouiller">TRIBOUILLER, patois, agiter, secouer violemment:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">LUBIN.</span>&mdash;Je me sens tout <i>tribouiller</i> le cœur quand je te regarde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_405">405</span>
-Racines, <i>brouiller</i> et <i>tri</i>, pour <i>tres</i>, communiquant la force
-du superlatif au verbe ou au nom avec lequel il se compose.</p>
-
-<p><i>Tribouiller</i>, <i>tribouilleur</i>, ont été jadis des mots d’un français
-très-correct:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Tapez, trompez, tourmentez, trondelez,</div>
-<div class="verse">«Brisez, riflez, tempestez, <i>triboulez</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(Cités dans <span class="smcap">Borel</span>.)</div>
-
-<p class="item" id="tributs">TRIBUTS, tribut d’hommages:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le plus parfait objet dont je serois charmé</div>
-<div class="verse">N’auroit pas <i>mes tributs</i>, n’en étant point aimé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="triompher">TRIOMPHER <span class="t5">DE QUELQUE CHOSE</span>, à l’occasion de
-quelque chose:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Jamais on ne m’a vu <i>triompher de ces bruits</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et, d’autre part aussi, sa charmante moitié</div>
-<div class="verse8">«<i>Triomphoit d’être inconsolable</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Fontaine.</span> <i>Joconde.</i>)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#de_maniere"><span class="t5">DE</span></a> exprimant la manière, la cause.)</p>
-
-<p class="cit">Vous <i>ne triompherez pas</i>, comme vous le pensez, <i>de</i> votre infidélité.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 10.)</div>
-
-<p>C’est-à-dire, votre indifférence ne vous procurera pas le
-triomphe que vous espérez. Mais cette phrase, dans les usages
-de la langue moderne, signifierait: vous ne surmonterez pas
-votre infidélité, vous ne pourrez la vaincre, en triompher.</p>
-
-<p>Probablement l’équivoque de cette locution est ce qui a déterminé
-à l’abandonner.</p>
-
-<p>On disait aussi <i>triompher sur</i>, c’est-à-dire <i>au sujet de</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Ils <i>triomphoient</i> encor <i>sur cette maladie</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap"><abbr title="La Fontaine">La Font.</abbr></span> <i>Les Médecins.</i>)</div>
-
-<p class="cit">«Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond, qui <i>triomphe sur
-cette matière</i>...»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 10<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="item" id="triquetrac">TRIQUETRAC, onomatopée; <span class="t5">UN TRIQUETRAC DE
-PIEDS</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Puis, outre tout cela, vous faisiez sous la table</div>
-<div class="verse">Un bruit, un <i>triquetrac de pieds</i> insupportable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p>Le nom du jeu de <i>trictrac</i> n’a pas d’autre origine.</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_406">406</span>
-TROP DE (<span class="t5">LE</span>), substantivement:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Il s’en est peu fallu que durant mon absence</div>
-<div class="verse">On ne m’ait attrapé par <i>son trop d’innocence</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Dorante, arrêtons-nous; <i>le trop de promenade</i></div>
-<div class="verse">«Me mettroit hors d’haleine et me feroit malade.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<abbr title="Corneille"><span class="smcap">Corn.</span></abbr> <i>Le Menteur.</i> II. 5.)</div>
-
-<p>Ce n’est que restituer à <i>trop</i> sa qualité originelle: <span lang="la" xml:lang="la"><i>turba</i>,
-<i>truba</i></span>, ou <i lang="la" xml:lang="la">trupa</i>; <i>troupe</i> ou <i>trop</i>; puis on l’a employé adverbialement
-comme <i>mie</i>, <i>pas</i>, <i>point</i>, <i>goutte</i>, etc.</p>
-
-<p class="item">TROUBLÉ <span class="t5">D’ESPRIT</span>, expression moins forte que
-<i>aliéné</i>:</p>
-
-<p class="cit">C’est moi, monsieur, qui vous ai envoyé parler les jours passés pour un
-parent un peu <i>troublé d’esprit</i>...</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="trousser">TROUSSER <span class="t5">BAGAGE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Prenez visée ailleurs, et <i>troussez-moi bagage</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des maris">Éc. des mar.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p><i>Trousser</i>, dans sa primitive acception, signifie <i>charger</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«D’or e d’argent quatre cens muls <i>trussez</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Roland.</i> st. 9.)</div>
-
-<p>Quatre cents mulets <i>troussés</i> d’or et d’argent.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">«De sul le fer fust un mulet <i>trusset</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> st. 227.)</div>
-
-<p>Du seul fer de cette lance on eût <i>troussé</i> un mulet.</p>
-
-<p><i>Trousser en malle</i>, c’est charger à la façon d’une malle, en
-guise de malle.</p>
-
-<p><i>Trousser bagage</i>, c’est charger son bagage pour déménager,
-décamper.</p>
-
-<p><i>Bagage</i> est la réunion, l’ensemble des <i>bagues</i>. <i>Bagues</i> sont
-les meubles, vêtements, ustensiles, etc.</p>
-
-<p><span class="smcap" lang="la" xml:lang="la">Baga</span>, dans le latin du moyen âge, un coffre, un sac. Les
-Anglais appellent encore <i lang="en" xml:lang="en">bag-pipe</i> (tuyau à sac), une musette, à
-cause de son sac plein de vent. On disait <i>baguer</i> et <i>débaguer</i>,
-pour <i>garnir</i> et <i>dévaliser</i>. (Voyez <span class="smcap">Du Cange</span>, au mot <i lang="la" xml:lang="la">Baga</i>.)</p>
-
-<p class="item" id="trouver">TROUVER <span class="t5">QUELQU’UN A DIRE</span>.
-(Voyez <a href="#dire"><span class="t5">DIRE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="turquerie">TURQUERIE:</p>
-
-<p class="cit">Il est turc là-dessus, mais d’une <i>turquerie</i> à désespérer tout le monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="item_U"><span class="pagenum" id="Page_407">407</span>
-UN CHACUN, archaïsme, chacun:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Un chacun</i> est chaussé de son opinion.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><span class="t5">D. LOUIS.</span> Leur gloire est un flambeau qui éclaire, aux yeux d’<i>un
-chacun</i>, la honte de vos actions.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà par sa mort <i>un chacun</i> satisfait.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hautement d’<i>un chacun</i> elles blâment la vie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="un_petit">UN PETIT, pour <i>un peu</i>, archaïsme:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’avez-vous? Vous grondez, ce me semble, <i>un petit</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">J’ai, devant notre porte,</div>
-<div class="verse">En moi-même voulu répéter <i>un petit</i>,</div>
-<div class="verse8">Sur quel ton et de quelle sorte</div>
-<div class="verse">Je ferois du combat un glorieux récit.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p><i>Peu</i>, qu’on dérive habituellement de <i lang="la" xml:lang="la">parum</i>, me semble n’être
-que la première syllabe de <i>petit</i>, comme <i>mi</i> de <i>milieu</i>, <i>prou</i>
-de <i>profit</i>, etc., etc. <i>Un petit</i> ne serait alors que l’expression
-complète, au lieu de l’expression abrégée.</p>
-
-<p class="item" id="un_peu">UN PEU construit avec <span class="t5">BEAUCOUP</span>, <span class="t5">BIEN</span>,
-<span class="t5">DOUCEMENT</span>:</p>
-
-<p class="cit">Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez <i>un peu beaucoup</i>
-de mon père?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> III. 22.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je trouve <i>un peu bien prompt</i> le dessein où vous êtes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">La déclaration est tout à fait galante;</div>
-<div class="verse">Mais elle est, à vrai dire, <i>un peu bien surprenante</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà une petite menotte qui est <i>un peu bien rude</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 3.)</div>
-
-<p class="cit">Cela m’est sorti <i>un peu bien vite</i> de la bouche.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Hé! là, là, madame la Nuit,</div>
-<div class="verse8"><i>Un peu doucement</i>, je vous prie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="cit">«Depuis qu’elles (les femmes) sont du tout rendues à la mercy de nostre
-foy et constance, elles sont <i>un peu bien hazardées</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Montaigne.</span> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">UN PEU PLUS FORT QUE JEU</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires,</div>
-<div class="verse"><i>Un peu plus fort que jeu</i> n’ait poussé les affaires.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Un peu plus fort que les règles du jeu ne le permettaient.</p>
-
-<p class="item" id="un_temps">UN TEMPS. (Voyez <a href="#temps"><span class="t5">TEMPS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_408">408</span>
-UN, <span class="t5">UNE</span>, <i>supprimé</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">O ciel! <i>c’est miniature</i>;</div>
-<div class="verse">Et voilà d’un bel homme une vive peinture!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Tu vois si <i>c’est mensonge</i>, et j’en suis fort ravie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> 22.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">UN</span>, répété surabondamment:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Une</i> action d’<i>un</i> homme à fort petit cerveau.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et l’on sait ce que c’est qu’<i>un</i> courroux d’<i>un</i> amant.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ceux qui me connoîtront n’auront pas la pensée</div>
-<div class="verse">Que ce soit <i>un</i> effet d’<i>une</i> âme intéressée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 1.)</div>
-
-<p class="cit">Plus, <i>une</i> peau d’<i>un</i> lézard de trois pieds et demi, remplie de foin.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p>On dirait aujourd’hui une action d’homme;&mdash;un courroux
-d’amant;&mdash;l’effet d’une âme:&mdash;une peau de lézard.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">UN</span>, surabondant devant <i>le plus</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que deux nymphes, d’<i>un</i> rang <i>le plus haut</i> du pays,</div>
-<div class="verse">Disputent à se faire un époux de mon fils.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> I. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Voilà une belle merveille que de faire bonne chère avec de l’argent!
-C’est <i>une</i> chose <i>la</i> plus aisée du monde!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Avare">L’Av.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="cit">Je suis dans <i>une confusion la plus grande</i> du monde, de voir une personne
-de votre qualité..., etc.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="cit">«Une si illustre princesse ne paroîtra dans ce discours que comme <i>un
-exemple le plus grand</i> qu’on se puisse proposer.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Bossuet.</span> <abbr title="Oraison funèbre de la duchesse d’Orléans"><i>Or. fun. de la duch. d’Or.</i></abbr>)</div>
-
-<p class="item" id="item_V">VACHE; <span class="t5">LA VACHE EST A NOUS</span>, sorte d’adage:</p>
-
-<p class="cit">S’il ne tient qu’à battre, <i>la vache est à nous</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Médecin malgré lui">Méd. m. lui</abbr>.</i> I. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VACHE A LAIT</span>, figurément:</p>
-
-<p class="cit">Cet homme-là fait de vous une <i>vache à lait</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 4.)</div>
-
-<p class="item" id="vaillantises">VAILLANTISES:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Que je vais m’en donner, et me mettre en bon train</div>
-<div class="verse8">De raconter nos <i>vaillantises</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="valoir">VALOIR QUE, suivi d’un verbe au subjonctif:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et vous <i>ne valez pas que l’on vous considère</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le choix est glorieux, et <i>vaut bien qu’on l’écoute</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je veux bien que</i> de moi <i>l’on fasse</i> plus de cas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_409">409</span>
-VASTE DISGRACE:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Par où pourrois-je, hélas! dans ma <i>vaste disgrâce</i>,</div>
-<div class="verse">Vers vous de quelque plainte autoriser l’audace?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="venez-y-voir">VENEZ-Y-VOIR, substantivement; <span class="t5">UN VENEZ-Y-VOIR</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">D’un panache de cerf sur le front me pourvoir,</div>
-<div class="verse">Hélas, voilà vraiment <i>un beau venez-y-voir</i>!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="item" id="venir">VENIR, impersonnel; <span class="t5">IL VIENT FAUTE DE</span>:</p>
-
-<p class="cit"><i>S’il vient faute de vous</i>, mon fils, je ne veux plus rester au monde.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Malade imaginaire">Mal. im.</abbr></i> I. 9.)</div>
-
-<p class="item" id="ventre">VENTRE; <span class="t5">AVOIR DANS LE VENTRE</span>..., en parlant du
-temps qui reste à vivre:</p>
-
-<p class="cit">C’est un homme qui mourra avant qu’il soit peu, et qui <i>n’a tout au plus
-que six mois dans le ventre</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Mariage forcé">Mar. for.</abbr></i> 12.)</div>
-
-<p class="item" id="venue">VENUE, substantif; <span class="t5">UNE VENUE DE COUPS DE BATON</span>:</p>
-
-<p class="cit">Tu vas courir risque de t’attirer <i>une venue de coups de bâton</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Scapin.</i> III. 1.)</div>
-
-<p>«On dit proverbialement qu’un homme <i>en a eu d’une venue</i>,
-pour dire qu’il a fait quelque perte, qu’il a été obligé de faire
-quelque dépense.»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<span class="smcap">Trévoux.</span>)</div>
-
-<p><i>Venue</i>, dans la phrase de Molière, est au sens de <i>récolte</i>,
-<i>bonne récolte</i>, parce que le grain de l’année est bien venu. Nicot,
-au mot <i>venir</i>, donne pour exemples: «Grande <i>venue</i> de brebis
-et abondante, <i lang="la" xml:lang="la">bonus proventus</i>.»</p>
-
-<p><i>Venue</i> pour <i>bonne venue</i>, <i>ample venue</i>, comme <i>heur</i>, <i>succès</i>,
-<i>fortune</i>, pour <i>bon heur</i>, <i>bon succès</i>, <i>bonne fortune</i>.</p>
-
-<p>Une <i>volée</i> de coups de bâton; métaphore prise des oiseaux
-qui voyagent par troupe: une <i>volée</i> de perdreaux, une <i>volée</i> de
-pigeons, etc. Trévoux cite cet exemple: «Il vint une <i>volée</i> de
-cailles dans le désert, qui réjouit fort les Israélites, dégoûtés de
-la manne.»</p>
-
-<p class="item">VÊPRE; <span class="t5">LE BON VÊPRE</span>, archaïsme, le bon soir:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">M. BOBINET.</span>&mdash;Je donne <i>le bon vêpre</i> à toute l’honorable compagnie.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 17.)</div>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_410">410</span>
-<i>Vespre</i>, contracté de <i lang="la" xml:lang="la">vesp(e)ra</i>, le soir. On disait aussi <i>la
-vesprée</i>.</p>
-
-<p class="cit">«Venir <i>sur le vespre</i>;&mdash;préparez pour <i>le vespre</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Nicot.</span>)</div>
-
-<p class="item"><i>VERBE RÉFLÉCHI</i> perd son pronom étant précédé d’un autre verbe:</p>
-
-<p class="cit">Faites-la <i>ressouvenir</i> qu’il faut se rendre de bonne heure dans le bois de
-Diane.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p class="cit">Qu’on me laisse ici <i>promener</i> toute seule.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 6.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#arreter"><span class="t5">ARRÊTER</span></a>, et <a href="#pronom_reflechi"><span class="t5">PRONOM
-RÉFLÉCHI</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">VÉRITABLE; véridique, sincère:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous en tenons tous deux, si l’autre est <i>véritable</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dépit. am.</abbr></i> I. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai monté pour vous dire, et d’<i>un cœur véritable</i>,</div>
-<div class="verse">Que j’ai conçu pour vous une estime incroyable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>C’est l’ancienne valeur du mot.</p>
-
-<p class="cit">«Longarine n’a point accoutumé de celer la vérité, soit contre homme
-ou contre femme.&mdash;Puisque vous m’estimez si <i>véritable</i>, dit Longarine.....»</p>
-
-<div class="citsrc">(La <abbr title="Reine de Navarre"><span class="smcap">R. de Nav.</span></abbr> <i>Heptaméron</i>, nouvelle 14.)</div>
-
-<p class="cit">«Mais, mon père, si le diable ne répond pas la vérité, car il n’est
-guère plus <i>véritable</i> que l’astrologie, il faudra donc que le devin restitue,
-par la même raison?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Pascal.</span> 8<sup>e</sup> <i><abbr title="Provinciale">Prov.</abbr></i>)</div>
-
-<p class="cit">«Si elles (les précieuses) sont coquettes, je n’en dirai rien; car je fais
-profession d’être un auteur <i>fort véritable</i>, et point médisant.»</p>
-
-<div class="citsrc">(Mlle <span class="smcap">de Montpensier</span>, <i>Portrait des Précieuses</i>.)</div>
-
-<p class="item">VÉRITÉ; <span class="t5">DIRE VÉRITÉ</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si je vous faisois voir qu’on vous <i>dit vérité</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<p class="item" id="vers">VERS, pour <i>envers</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">J’ai tardé trop longtemps</div>
-<div class="verse">A m’acquitter <i>vers toi</i> d’une telle promesse.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! madame, excusez un amant misérable,</div>
-<div class="verse">Qu’un sort prodigieux a fait <i>vers vous</i> coupable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Garcie">D. Garcie.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Par où pourrois-je, hélas! dans ma vaste disgrâce,</div>
-<div class="verse"><i>Vers vous</i> de quelque plainte autoriser l’audace?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;Ah! gardez de me faire un outrage,</div>
-<div class="verse">Et de vous hasarder à dire que <i>vers moi</i></div>
-<div class="verse">Un cœur dont j’ai fait cas ait pu manquer de foi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 5.)</div>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_411">411</span>
-<div class="verse">Votre flamme <i>vers moi</i> ne vous rend pas coupable.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i>)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Si ce parfait amour que vous prouvez si bien</div>
-<div class="verse">Se fait <i>vers</i> votre objet un grand crime de rien.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et pouvez-vous le voir sans demeurer confuse</div>
-<div class="verse">Du crime dont <i>vers</i> moi son style vous accuse?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ce monarque, en un mot, a <i>vers</i> vous détesté</div>
-<div class="verse">Sa lâche ingratitude et sa déloyauté.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, c’est lui qui sans doute est criminel <i>vers vous</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p class="cit">Je trouve une espèce d’injustice bien grande à me montrer ingrate <i>vers</i>
-l’un ou <i>vers</i> l’autre.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> III. 1.)</div>
-
-<p>On pourrait supposer, à ne considérer que quelques exemples,
-que Molière a fait céder l’exactitude de l’expression à la
-mesure. Il n’en est rien, puisqu’il emploie <i>vers</i> dans la prose,
-où rien ne le contraignait, et dans des vers, où l’élision lui
-permettait l’une ou l’autre forme à son choix.</p>
-
-<p><i>Vers</i> est la plus ancienne. <i>Envers</i> et <i>devers</i> sont venus ensuite.
-Le livre des <i>Rois</i> emploie constamment <i>vers</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Si hom peche <i>vers</i> altre, a Deu se purrad acorder, e s’il peche <i>vers</i>
-Deu, ki purrad pur lui preier?»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 8.)</div>
-
-<p class="cit">«Pur co que la guerre <i>vers</i> les enemis Deu
- maintenist<a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 71.)</div>
-
-<p>Beaumanoir ne connaît que la forme <i>vers</i>:</p>
-
-<p class="cit">«Li baillis qui est deboneres <i>vers</i> les malfesans.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Coutumes de Beauvoisis">Cout. de Beauv.</abbr></i> I. p. 18.)</div>
-
-<p class="cit">«Li baillis qui <i>vers</i> tos est fel et cruels.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 19.)</div>
-
-<p>Racine a dit encore:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«Et m’acquitter <i>vers</i> vous de mes respects profonds.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Bajazet.</i> III. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">«La libéralité <i>vers</i> le pays natal.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Corneille.</span> <i>Cinna.</i> II. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="vers_louange">VERS <span class="t5">A LA LOUANGE DE QUELQU’UN</span>, ironiquement,
-et par antiphrase:</p>
-
-<p class="cit">Nous avons entendu votre galant entretien, et <i>les beaux vers à ma
-louange</i> que vous avez dits l’un et l’autre!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p class="item" id="vers_blancs"><span class="pagenum" id="Page_412">412</span>
-<i>VERS BLANCS:</i></p>
-
-<p>Tous les commentateurs ont remarqué, l’un après l’autre,
-que le début du <i>Sicilien</i> est en vers blancs d’inégale mesure:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Il fait noir comme dans un four;</div>
-<div class="verse">Le ciel s’est habillé ce soir en Scaramouche,</div>
-<div class="verse8">Et je ne vois pas une étoile</div>
-<div class="verse8">Qui montre le bout de son nez.</div>
-<div class="verse">Triste condition que celle d’un esclave... <i>etc.</i></div>
-</div>
-
-<p>Ils auraient pu ajouter que la remarque s’applique à toute
-la pièce, et à beaucoup d’autres de Molière. En effet, la prose
-de Molière est souvent remplie de vers non rimés, au point qu’il
-est difficile de ne pas reconnaître là un parti pris, ou une nature
-pourvue d’un instinct du rhythme vraiment extraordinaire.</p>
-
-<p>Et ce qui semble confirmer le premier soupçon, c’est la différence
-qui se montre d’une pièce à une autre. Par exemple,
-le <i>Festin de Pierre</i>, qui est de la plus belle prose de Molière,
-et qui par l’élévation des pensées, en plusieurs parties, semblait
-appeler la versification, le <i>Festin de Pierre</i> n’en présente que
-des traces fort rares, qui ne valent pas qu’on en tienne compte.</p>
-
-<p>Il en est de même de la <i>Critique de l’École des femmes</i>: on
-sent que Molière s’y est surveillé. Au contraire, L’<i>Avare</i> est
-presque tout en vers libres, comme <i>Amphitryon</i>. L’auteur n’a
-pas eu le temps d’y attacher les rimes, mais la mesure y est
-déjà<a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>.</p>
-
-<p>Il n’y a qu’à ouvrir au hasard:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">VALÈRE.</div>
-<div class="verse8">Vous voyez comme je m’y prends,</div>
-<div class="verse8">Et les adroites complaisances</div>
-<div class="verse8">Qu’il m’a fallu mettre en usage</div>
-<div class="verse8">Pour m’introduire à son service;</div>
-<div class="verse8">Sous quel masque de sympathie</div>
-<div class="verse8">Et de rapports de sentiments</div>
-<div class="verse8">Je me déguise pour lui plaire,</div>
-<div class="verse8">Et quel personnage je joue</div>
-<div class="verse6">Tous les jours avec lui,</div>
-<span class="pagenum" id="Page_413">413</span>
-<div class="verse8">Afin d’acquérir sa tendresse.</div>
-<div class="verse8">J’y fais des progrès admirables! etc.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(I. 1.)</div>
-
-<p>Transportons-nous ailleurs:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">CLÉANTE.</div>
-<div class="verse9">Il est vrai que mon père, madame,</div>
-<div class="verse8">Ne peut pas faire un plus beau choix,</div>
-<div class="verse10">Et que ce m’est une sensible joie</div>
-<div class="verse6">Que l’honneur de vous voir;</div>
-<div class="verse6">Mais, avec tout cela,</div>
-<div class="verse8">Je ne vous assurerai point</div>
-<div class="verse6">Que je me réjouis</div>
-<div class="verse8">Du dessein où vous pourriez être</div>
-<div class="verse8">De devenir ma belle-mère;</div>
-<div class="verse8">Le compliment, je vous l’avoue,</div>
-<div class="verse8">Est trop difficile pour moi;</div>
-<div class="verse8">Et c’est un titre, s’il vous plaît,</div>
-<div class="verse8">Que je ne vous souhaite point.</div>
-<div class="verse8">Ce discours paroîtra brutal</div>
-<div class="verse6">Aux yeux de quelques-uns;</div>
-<div class="verse6">Mais je suis assuré</div>
-<div class="verse6">Que vous serez personne</div>
-<div class="verse8">A le prendre comme il faudra;</div>
-<div class="verse6">Que c’est un mariage,</div>
-<div class="verse5">(Madame),</div>
-<div class="verse8">Où vous vous imaginez bien</div>
-<div class="verse5">Que je dois avoir</div>
-<div class="verse5">De la répugnance;</div>
-<div class="verse">Que vous n’ignorez pas, sachant ce que je suis,</div>
-<div class="verse8">Comme il choque mes intérêts,</div>
-<div class="verse">Et que vous voulez bien enfin que je vous dise.... etc.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(III. 11.)</div>
-
-<p>C’est à peine si, de loin en loin, un mot vient déranger le
-rhythme.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">MARIANNE.</div>
-<div class="verse8">Mais que voulez-vous que je fasse?</div>
-<div class="verse">Quand je pourrois passer sur quantité d’égards</div>
-<div class="verse8">Où notre sexe est obligé,</div>
-<div class="verse8">J’ai de la considération</div>
-<div class="verse4">Pour ma mère.</div>
-<div class="verse8">Elle m’a toujours élevée</div>
-<span class="pagenum" id="Page_414">414</span>
-<div class="verse8">Avec une tendresse extrême,</div>
-<div class="verse8">Et je ne saurois me résoudre</div>
-<div class="verse8">A lui donner du déplaisir.</div>
-<div class="verse8">Faites, agissez auprès d’elle;</div>
-<div class="verse">Employez tous vos soins à gagner son esprit;</div>
-<div class="verse6">Vous pouvez faire et dire</div>
-<div class="verse6">Tout ce que vous voudrez.</div>
-<div class="verse7">Faites, agissez auprès d’elle;</div>
-<div class="verse6">Je veux bien consentir</div>
-<div class="verse8">A lui faire un aveu moi-même</div>
-<div class="verse8">De tout ce que je sens pour vous.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(IV. 1.)</div>
-
-<p>Est-il possible, est-il vraisemblable que le hasard produise
-de pareils résultats? Qui pourra le croire, s’il manque de goût,
-ne manquera pas de foi.</p>
-
-<p>Je me borne à ces trois échantillons. La lecture de la pièce
-entière, à ce point de vue, convaincra, je pense, les plus incrédules.</p>
-
-<p>Les farces de Molière, comme <i>Pourceaugnac</i>, les <i>Fourberies
-de Scapin</i>, la <i>Comtesse d’Escarbagnas</i>, même le <i>Bourgeois gentilhomme</i>,
-semblent écrites dans un autre système, et, comme
-destinées à rester en prose, ne renferment presque point de
-vers. Mais il s’en rencontre beaucoup dans <i>George Dandin</i>;
-ce qui porterait à croire que, dans la pensée de Molière, la
-forme sous laquelle cette pièce est parvenue n’était point sa
-forme définitive.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">GEORGE DANDIN.</div>
-<div class="verse8">Ah! qu’une femme demoiselle</div>
-<div class="verse6">Est une étrange affaire!</div>
-<div class="verse6">Et que mon mariage</div>
-<div class="verse8">Est une leçon bien parlante</div>
-<div class="verse">A tous les paysans qui veulent s’élever</div>
-<div class="verse8">Au-dessus de leur condition,</div>
-<div class="verse8">Et s’allier, comme j’ai fait,</div>
-<div class="verse8">A la maison d’un gentilhomme!</div>
-<div class="verse8">.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.
-.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.&nbsp;.</div>
-<div class="verse6">Et j’aurois bien mieux fait,</div>
-<div class="verse6">Tout riche que je suis,</div>
-<div class="verse">De m’allier en bonne et franche
- paysannerie<a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>,</div>
-<div class="verse"><span class="pagenum" id="Page_415">415</span></div>
-<div class="verse6">Que de prendre une femme</div>
-<div class="verse8">Qui se tient au-dessus de moi,</div>
-<div class="verse8">S’offense de porter mon nom,</div>
-<div class="verse8">Et pense qu’avec tout mon bien</div>
-<div class="verse8">Je n’ai pas assez acheté</div>
-<div class="verse8">La qualité de son mari.</div>
-<div class="verse8">George Dandin, George Dandin,</div>
-<div class="verse8">Vous avez fait une sottise..., etc.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(I. 1.)</div>
-
-<p>La leçon donnée dans George Dandin valait la peine d’être
-présentée en vers, autant que celle qui résulte de l’<i>École des
-femmes</i> et de l’<i>École des maris</i>. Celle-ci eût été l’<i>École des
-bourgeois</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Si c’étoit une paysanne,</div>
-<div class="verse">Vous auriez maintenant toutes vos coudées franches</div>
-<div class="verse8">A vous en faire la justice</div>
-<div class="verse6">A bons coups de bâton.</div>
-<div class="verse">Mais vous avez voulu tâter de la noblesse,</div>
-<div class="verse">Et il vous ennuyoit d’être maître chez vous.</div>
-<div class="verse8">Ah! j’enrage de tout mon cœur!</div>
-<div class="verse">Et je me donnerois volontiers des soufflets!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>Dirigé dans ce sens, un examen attentif et délicat du style
-de Molière conduirait peut-être à des inductions intéressantes
-sur la manière de travailler de ce grand génie, et sur les intentions
-que la mort ne lui a point permis de réaliser.</p>
-
-<p>Vaugelas le premier s’est avisé de signaler, comme un grand
-défaut, les vers que le hasard seul, et non l’intention de l’écrivain,
-a répandus dans la prose. La pratique de presque tous
-nos grands auteurs condamne l’opinion de Vaugelas. Les orateurs
-grecs et les Latins rencontraient souvent des ïambes tout
-faits sans les chercher. Il y a des alexandrins dans la prose de
-Cicéron, dans Tacite et dans Tite-Live. Il s’est glissé des vers
-dans la traduction des Psaumes de David et jusque dans les formules
-du droit romain<a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>. Et Ménage remarque
-assez plaisamment
-<span class="pagenum" id="Page_416">416</span>
-que Vaugelas s’est pris lui-même dans sa propre sentence,
-en écrivant, du mot <i>sériosité</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Ne nous hâtons pas de le dire,</div>
-<div class="verse8">Et moins encore de l’écrire:</div>
-<div class="verse8">Laissons faire les plus hardis,</div>
-<div class="verse8">Qui nous frayeront le chemin.</div>
-</div>
-
-<p>Il est certain que l’affectation d’écrire en vers blancs, telle
-qu’on la voit dans les <i>Incas</i>, par exemple, serait une chose insupportable.
-En cela, comme en tout, c’est le goût qui décide
-et marque la limite.</p>
-
-<p class="item" id="verser">VERSER <span class="t5">LA RÉCOMPENSE D’UNE ACTION</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Pour montrer que son cœur sait, quand moins on y pense,</div>
-<div class="verse"><i>D’une bonne action verser la récompense</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 7.)</div>
-
-<p>Un cœur qui verse la récompense d’une bonne action ne
-paraît pas d’un style digne de Molière.</p>
-
-<p>(Voyez l’examen de tout ce passage à l’article <a href="#ils_disparates"><span class="t5">IL</span></a>, p. 210.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VERSER L’HONNEUR D’UN EMPLOI</span>:</p>
-
-<p class="cit">Madame, vous avez cent personnes dans votre cour sur qui vous pourriez
-mieux <i>verser l’honneur d’un tel emploi</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Amants magnifiques">Am. magn.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<p>L’usage qui permet de <i>déverser l’outrage</i>, <i>l’ignominie</i> sur
-quelqu’un; de <i>verser</i> sur lui <i>des faveurs</i>, ne permet pas de
-<i>verser un honneur</i> ni <i>des honneurs</i>.</p>
-
-<p class="item" id="vertu">VERTU, efficacité:</p>
-
-<p class="cit">Le théâtre a une grande <i>vertu</i> pour la correction.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VERTU</span>, dans le sens plus large du <i lang="it" xml:lang="it">virtù</i> italien:
-le mérite, la bravoure:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Plus l’obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire;</div>
-<div class="verse">Et les difficultés dont on est combattu</div>
-<div class="verse">Sont les dames d’atour qui parent <i>la vertu</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 11.)</div>
-
-<p class="item">VÊTIR <span class="t5">UNE FIGURE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Adieu; je vais là-bas dans ma commission</div>
-<div class="verse">Dépouiller promptement la forme de Mercure,</div>
-<div class="verse7">Pour y <i>vêtir la figure</i></div>
-<div class="verse7">Du valet d’Amphitryon.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> prol.)</div>
-
-<p class="item"><span class="pagenum" id="Page_417">417</span>
-VIDER, verbe neutre, dans le sens de <i>sortir</i>; <span class="t5">VIDER
-D’UN LIEU</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">M. LOYAL.</div>
-<div class="verse-5">Monsieur, sans passion,</div>
-<div class="verse">Ce n’est rien seulement qu’une sommation,</div>
-<div class="verse">Un ordre de <i>vider d’ici</i> vous et les vôtres.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 4.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«<i>Vuyde dehors</i>, fol insensé;</div>
-<div class="verse8">Car il est temps que tu t’en partes.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Le Nouveau Pathelin.</i>)</div>
-
-<p>Montaigne l’emploie activement, dans la réponse des sauvages
-américains aux Espagnols:</p>
-
-<p class="cit">«Ainsi, qu’ils se despeschassent promptement de <i>vuider leur terre</i>.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Essais.</i> III. 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VIDER</span>, v. actif, figurément, au sens de <i lang="la" xml:lang="la">purgare</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Adieu; <i>videz</i> sans moi tout ce que vous aurez.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Fâcheux.</i> III. 4.)</div>
-
-<p>Videz tous vos différends.</p>
-
-<p>On disait <i>vider un procès</i>, <i>vider une cause</i>, <i>vider toutes les
-difficultés</i>, <i>vider ses intérêts</i>.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-3">Laissez-moi, madame, je vous prie,</div>
-<div class="verse"><i>Vider mes intérêts</i> moi-même là-dessus.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 6.)</div>
-
-<p class="item" id="vin">VIN <span class="t5">A FAIRE FÊTE</span>, digne d’être bu dans une fête:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Était-ce <i>un vin à faire fête</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> III. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="visage">VISAGE, au figuré, en parlant des actions:</p>
-
-<p class="cit">Cet amas d’actions indignes, dont on a peine, devant le monde, d’adoucir
-le mauvais <i>visage</i>.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 6.)</div>
-
-<p>Le visage d’une action est une métaphore qui ne saurait être
-admise aujourd’hui, mais qui paraît l’avoir été autrefois; car
-Montaigne a dit <i>le visage d’une entreprise</i>. C’est en parlant du
-dessein qu’il a formé d’écrire ses Essais:</p>
-
-<p class="cit">«Si l’estrangeté ne me saulve et la nouvelleté, qui ont accoustumé de
-donner prix aux choses, je ne sors jamais à mon honneur de cette sotte
-entreprinse; mais elle est si fantastique, et a <i>un visage</i> si esloingné de l’usage
-commun, que cela luy pourra donner passage.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Essais.</i> II. 8.)</div>
-
-<p>Cela montre qu’il faut être très-circonspect à condamner
-Molière, lors même qu’il paraît le plus clairement avoir tort.
-<span class="pagenum" id="Page_418">418</span>
-Ce tort, tout réel, peut n’être pas le sien, mais celui de
-ses contemporains, ou de ses prédécesseurs les plus dignes de
-servir de modèles.</p>
-
-<p class="item">VISÉE; <span class="t5">METTRE SA VISÉE A</span>...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Votre <i>visée</i> au moins n’est pas <i>mise à Clitandre</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">J’ai grand regret, monsieur, de voir qu’à vos <i>visées</i></div>
-<div class="verse">Les choses ne soient pas tout à fait disposées.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> IV. 6.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#prendre_visee"><span class="t5">PRENDRE VISÉE</span></a>.)</p>
-
-<p class="item">VISIÈRE; <span class="t5">ROMPRE EN VISIÈRE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je n’y puis plus tenir, j’enrage; et mon dessein</div>
-<div class="verse">Est de <i>rompre en visière</i> à tout le genre humain.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Qu’un cœur de son penchant donne assez de lumière,</div>
-<div class="verse">Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à <i>rompre en visière</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="visions">VISIONS, idées folles, rêves:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et dans vos <i>visions</i> savez-vous, s’il vous plaît,</div>
-<div class="verse">Que j’ai pour Henriette un autre époux tout prêt?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> IV. 2.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VISIONS CORNUES</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">Peut-être sans raison</div>
-<div class="verse">Me suis-je en tête mis ces <i>visions cornues</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 13.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-6">«Égaré dans les nues,</div>
-<div class="verse">«Me lasser à chercher des <i>visions cornues</i>.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Boileau.</span>)</div>
-
-<p>Des visions effrayantes ou simplement chimériques; mais,
-dans la bouche du pauvre Sganarelle, l’expression de <i>visions
-cornues</i> a une double portée.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VISIONS DE NOBLESSE</span>:</p>
-
-<p class="cit">Ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les <i>visions
-de noblesse et de galanterie</i> qu’il est allé se mette en tête.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="item" id="voici_venir">VOICI VENIR:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais <i>les voici venir</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> V. 14.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Voici venir</i> Ascagne.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> V. 8.)</div>
-
-<p><i>Voici</i> est pour <i>vois ici</i>: vois ici venir Ascagne. On disait au
-pluriel <i>veez-ci</i>, voyez ici. L’union intime des deux racines a
-depuis fait perdre de vue le sens de la première; <i>voici</i> n’est plus
-<span class="pagenum" id="Page_419">419</span>
-qu’un adverbe invariable. Messieurs, <i>voici</i> le roi, si l’on se
-reporte au sens exact de ces mots, est absurde: il faudrait dire,
-Messieurs, <i>vez-ci</i> le roi: (voyez-le ici.)</p>
-
-<p><i>Vécy</i> est resté, chez les paysans et dans quelques provinces,
-comme une forme corrompue de <i>voici</i>, et aussi invariable.</p>
-
-<p class="item">VOILA <span class="t5">QUE C’EST</span>, pour <i>ce que c’est</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Voilà, <i>voilà que c’est</i> de ne pas voir Jeannette.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VOILA, NE VOILA PAS</span>, pour <i>ne voilà-t-il pas</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Eh bien! <i>ne voilà pas</i> de vos emportements!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> V. 1.)</div>
-
-<p class="cit"><i>Voilà pas</i> le coup de langue!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Bourgeois gentilhomme">B. gent.</abbr></i> III. 12.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#il_supprime"><span class="t5">IL</span></a> supprimé après <span class="t5">VOILA</span>.)</p>
-
-<p class="item" id="voir_a">VOIR A (un infinitif):</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Parlons à votre femme, et <i>voyons à la rendre</i></div>
-<div class="verse">Favorable....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VOIR DE</span> (un infinitif), elliptiquement, voir, chercher
-le moyen de...:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Parlons à cœur ouvert, et <i>voyons d’arrêter</i>...</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VOIR PARLER</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous à qui j’ai tant <i>vu parler</i> de son mérite.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="voudriez">VOUDRIEZ, <i>dissyllabe</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse-5">Monsieur votre père</div>
-<div class="verse">Est un autre vilain qui ne vous laisse pas,</div>
-<div class="verse">Comme vous <i>voudriez</i> bien, manier ses ducats.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="L’Étourdi">L’Ét.</abbr></i> I. 2.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous me <i>voudriez</i> encor payer pour précepteur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> I. 9.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous êtes généreux, vous ne le <i>voudriez</i> pas.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> V. 9.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#sanglier"><span class="t5">SANGLIER</span></a>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VOUDRIEZ</span>, en trois syllabes:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Hé quoi! vous <i>voudriez</i>, Valère, injustement....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> II. 2.)</div>
-
-<p class="item" id="vouloir">VOULOIR <span class="t5">(SE) MAL</span>, ou <span class="t5">MAL DE MORT DE QUELQUE
-CHOSE</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Laissez, <i>je me veux mal de mon trop de foiblesse</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse"><i>Je me veux mal de mort d’être</i> de votre race.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> II. 7.)</div>
-
-<p class="item" id="vous"><span class="pagenum" id="Page_420">420</span>
-VOUS, indéfini et général comme <i>soi</i>, en relation
-avec <span class="t5">ON</span>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ah! que pour ses enfants un père a de foiblesse!</div>
-<div class="verse">Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse?</div>
-<div class="verse">Et ne se sent-on pas certains mouvements doux,</div>
-<div class="verse">Quand <i>on</i> vient à songer que cela sort de <i>vous</i>?</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Mélicerte.</i> II. 5.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#nous"><span class="t5">NOUS</span></a>.)</p>
-
-<p class="item" id="voyent">VOYENT, dissyllabe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et <i>voyent</i> mettre à fin la contrainte où vous êtes.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 7.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#payer"><span class="t5">PAYENT</span></a>, <a href="#paysan"><span class="t5">PAYSAN</span></a>,
-<a href="#sanglier"><span class="t5">SANGLIER</span></a>, <a href="#voudriez"><span class="t5">VOUDRIEZ</span></a>, etc.)</p>
-
-<p class="item" id="vrai">VRAI; <span class="t5">DE VRAI</span>, <i>véritablement</i>, comme <i>de léger</i>,
-<i>légèrement</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Le ciel défend, <i>de vrai</i>, certains contentements.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> IV. 5.)</div>
-
-<p class="item" id="vue">VUE <span class="t5">DE PAYS (A)</span>:</p>
-
-<p class="cit">Non pas; mais, <i>à vue de pays</i>, je connois à peu près le train des choses.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 1.)</div>
-
-<p>Au premier coup d’œil jeté sur l’ensemble des choses.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">VUES DE LA LUMIÈRE</span>, l’aspect, le jour, en parlant
-d’une peinture:</p>
-
-<p class="cit">Voici le lieu le plus avantageux, et qui reçoit le mieux <i>les vues favorables
-de la lumière</i> que nous cherchons.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Sicilien.</i> 12.)</div>
-
-<p class="item" id="item_Y">Y.</p>
-
-<p>L’emploi de <i>y</i>, dans Molière, est fort étendu. C’est le terme
-corrélatif de <i>à</i>, <i>lui</i>, <i>leur</i>, qu’il s’agisse de choses ou de personnes.</p>
-
-<p><span class="t5">Y</span> représente également <i>dans</i> et <i>avec</i>.</p>
-
-<p><span class="t5">Y</span> se construit encore avec un verbe, et souvent représente
-elliptiquement l’idée exprimée par une phrase.</p>
-
-<p>(Voyez <a href="#ou"><span class="t5">OÙ</span></a>.)</p>
-
-<p><span class="t5">Y</span> en relation avec un nom de personne ou de chose, pour <i>à</i>,
-<i>lui</i>, <i>leur</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Quoi! Lucile n’est pas sous des liens secrets</div>
-<div class="verse">A mon maître?&mdash;Non, traître, et n’<i>y</i> sera jamais.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> III. 8.)</div>
-
-<p>A Lucile.</p>
-
-<div class="poem">
-<span class="pagenum" id="Page_421">421</span>
-<div class="verse">Ils comptent les défauts pour des perfections,</div>
-<div class="verse">Et savent <i>y</i> donner de favorables noms.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> II. 5.)</div>
-
-<p>Aux défauts.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Ils ne manquent jamais de saisir promptement</div>
-<div class="verse">L’apparente lueur du moindre attachement,</div>
-<div class="verse">D’en semer la nouvelle avec beaucoup de joie,</div>
-<div class="verse">Et d’<i>y</i> donner le tour qu’ils veulent qu’on <i>y</i> croie.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p>Aux lueurs d’attachement.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je ne distingue rien en celui qui m’offense;</div>
-<div class="verse10">Tout <i>y</i> devient l’objet de mon courroux.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>Tout en lui devient, etc:</p>
-
-<p class="cit">Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et <i>y</i> promettre
-de la correspondance!</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 3.)</div>
-
-<p>A l’amour du damoiseau. Nous dirions aujourd’hui: et lui
-promettre.</p>
-
-<p class="cit">C’est la belle Julie, la véritable cause de mon retardement; et si je
-voulois <i>y</i> donner une excuse galante.....</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Comtesse d’Escarbagnas">Comtesse d’Esc.</abbr></i> 1.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Oui, oui, je te renvoie à l’auteur des Satires.</div>
-<div class="verse">&mdash;Je t’<i>y</i> renvoie aussi.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y</span> représentant <i>avec</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je romps avecque vous, et j’<i>y</i> romps pour jamais.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Dépit amoureux">Dép. am.</abbr></i> IV. 3.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vivez, vivez contente, et bravez ma mémoire</div>
-<div class="verse">Avec le digne époux qui vous comble de gloire.</div>
-<div class="verse">&mdash;Oui, traître, j’<i>y</i> veux vivre.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 20.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y</span> répondant à <i>en</i>, <i>dans</i>, <i>à</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et, pour se bien conduire en ces difficultés,</div>
-<div class="verse">Il <i>y</i> faut, comme en tout, fuir les extrémités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’École des femmes">Éc. des fem.</abbr></i> IV. 8.)</div>
-
-<p class="cit">Je veux vous <i>y</i> servir, et vous épargner des soins inutiles.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> III. 4.)</div>
-
-<p class="cit">Il faut toujours garder de grandes formalités, quoi qu’il puisse arriver.&mdash;Pour
-moi, j’<i>y</i> suis sévère en diable.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="l’Amour médecin">Am. méd.</abbr></i> II. 3.)</div>
-
-<p>A garder de grandes formalités.</p>
-
-<p class="cit">Comment, mon gendre, vous en êtes encore là-dessus?&mdash;Oui, j’<i>y</i>
-suis, et jamais je n’eus tant sujet d’<i>y</i> être.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 9.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_422">422</span>
-&mdash;<span class="t4">Y</span> corrélatif d’un verbe:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Je me vois, ma cousine, ici persécutée</div>
-<div class="verse">Par des gens dont l’humeur <i>y</i> paroît concertée.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="le Misanthrope">Mis.</abbr></i> V. 3.)</div>
-
-<p>Concertée à me persécuter.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y</span>, à cela, sur ce point:</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">CLITANDRE.</span> Promettez-moi donc que je pourrai vous parler cette
-nuit.</p>
-
-<p class="cit"><span class="t5">ANGÉLIQUE.</span> J’<i>y</i> ferai mes efforts.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> II. 10.)</div>
-
-<p>Je ferai mes efforts à ce que vous puissiez me parler cette
-nuit.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous me haïssez donc?&mdash;J’<i>y</i> fais tout mon effort.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Amphitryon">Amph.</abbr></i> II. 6.)</div>
-
-<p>A vous haïr.</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Vous devez éclaircir toute cette aventure.</div>
-<div class="verse">&mdash;Allons, vous <i>y</i> pourrez seconder mon effort.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> III. 4.)</div>
-
-<p>A éclaircir cette aventure.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y</span> rapporté au sens de toute une phrase:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="pers">HENRIETTE.</div>
-<div class="verse">Je me trouve fort bien, ma mère, d’être bête;</div>
-<div class="verse">Et j’aime mieux n’avoir que de communs propos,</div>
-<div class="verse">Que de me tourmenter à dire de beaux mots.</div>
-<div class="pers">PHILAMINTE.</div>
-<div class="verse">Oui; mais j’<i>y</i> suis blessée, et ce n’est pas mon compte.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="les Femmes savantes">Fem. sav.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p>Je suis blessée à ce que vous soyez dans cette opinion.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y</span> redondant avec <i>où</i>:</p>
-
-<p class="cit">C’est une chose <i>où</i> il <i>y</i> va de l’intérêt du prochain.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Pourceaugnac">Pourc.</abbr></i> II. 4.)</div>
-
-<p>Molière n’a pas cru qu’on pût altérer cette forme, <i>il y va</i>, et
-mettre <i>il va</i>.</p>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>en</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Nous vous <i>y</i> surprenons, <i>en</i> faute contre nous!</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 6.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y</span> avec <i>contredire</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Accablez-moi de noms encor plus détestés,</div>
-<div class="verse"><i>Je n’y contredis point</i>; je les ai mérités.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Tartufe">Tart.</abbr></i> III. 6.)</div>
-
-<p class="ti"><span class="pagenum" id="Page_423">423</span>
-&mdash;Avec <i>marchander</i>:</p>
-
-<p class="cit">Si j’étois en sa place, je n’<i>y</i> marchanderois point.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 7.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;Avec <i>s’en aller</i>:</p>
-
-<p class="cit">Laissez-moi faire, je m’<i>y</i> en vais moi-même.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> IV. 11.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#ou">où</a>, dont toutes les constructions correspondent dans
-Molière à celle de <span class="t5">Y</span>.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">Y A</span>, pour <i>il y a</i>:</p>
-
-<p class="cit">Et quels avantages, madame, puisque madame <i>y a</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> I. 4.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">QU’IL Y A</span>, surabondant:</p>
-
-<p class="cit">Et pensez-vous qu’on soit capable d’aimer de certains maris <i>qu’il y a</i>?</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="George Dandin">G. D.</abbr></i> III. 5.)</div>
-
-<p>De certains maris comme il en existe au monde.</p>
-
-<p>Cette locution était jadis du commun usage:</p>
-
-<p class="cit">«Ainsy beaucoup de femmes <i>qu’il y a</i> se desbattent avec leurs maris
-quand ils leur veulent oster l’affeterie, la braveté, et la despense.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">La Boétie</span>, <i>Trad. de Plutarque</i>, p. 281.)</div>
-
-<p class="item" id="yeux">YEUX; <span class="t5">METTRE AUX YEUX</span>, mettre devant les yeux,
-représenter, remontrer:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Mais votre conscience et le soin de votre âme</div>
-<div class="verse">Vous devroient <i>mettre aux yeux</i> que ma femme est ma femme.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Sganarelle">Sgan.</abbr></i> 21.)</div>
-
-<p>(Voyez <a href="#mettre_aux_yeux"><span class="t5">METTRE AUX YEUX</span></a>, p. 246.)</p>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">DE NOUVEAUX YEUX</span>, de nouveaux regards:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et mon esprit, jetant <i>de nouveaux yeux</i> sur elle....</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="la Princesse d’Élide">Pr. d’Él.</abbr></i> I. 1.)</div>
-
-<p class="ti">&mdash;<span class="t4">YEUX DE L’AME</span>, figurément:</p>
-
-<p class="cit">Il m’est venu des scrupules, madame; et j’ai ouvert <i>les yeux de l’âme</i>
-sur ce que je faisois.</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Don Juan">D. Juan</abbr>.</i> I. 3.)</div>
-
-</div>
-
-<div class="npage">
-
-<hr class="dbl" />
-
-<h2 id="Page_425">LETTRE<br />
-<span class="t6">A</span><br />
-<span class="t4">MONSIEUR A. FIRMIN DIDOT,</span><br />
-<span class="t6">SUR QUELQUES POINTS</span><br />
-<span class="t5">DE PHILOLOGIE FRANÇAISE.</span></h2>
-
-<div class="figcenter">
-<img src="images/filet-172.jpg" alt="" title="" width="172" height="12" />
-</div>
-
-<p class="addr"><span class="smcap">Monsieur et cher éditeur</span>,</p>
-
-<p>Le livre <i>Des variations du langage français</i>, que j’ai publié
-chez vous il y a quelques mois, a été vivement attaqué
-dans la <i>Bibliothèque de l’École des chartes</i>, également sortie
-de vos presses.</p>
-
-<p>Si ces attaques n’atteignaient que mon amour-propre, je
-ne répondrais pas une syllabe; mais l’intérêt de la science s’y
-trouve et mêlé et compromis; il s’agit surtout d’un point de
-grammaire curieux et fondamental: dès lors je suis tenu de
-défendre ce que je crois la vérité. Cette considération vous
-fera, j’espère, excuser l’étendue de cette lettre, qui eût pris
-bien d’autres développements encore, si j’eusse voulu suivre
-la critique pas à pas, et la combattre à toute occasion. Il suffira
-de toucher quelques détails saillants; on jugera du reste par
-analogie.</p>
-
-<p class="sep2">J’ai refusé de reconnaître, par rapport à l’étude de la vieille
-langue dans ses monuments, l’importance exagérée qu’on a
-faite aux patois sous le nom pompeux de <i>dialectes</i>. J’ai dit:
-Il y avait un centre du royaume, une langue française constituée;
-les écrivains de la province visaient tous à écrire la
-<span class="pagenum" id="Page_426">426</span>
-langue du centre. S’il en est autrement, qu’on me montre dans
-ces écrivains les expressions en dehors de la langue commune,
-caractéristiques de tel ou tel dialecte. Bien entendu, je n’accepte
-pas comme autant de mots à part les différences d’orthographe
-qui se rencontrent souvent dans la même page d’un
-manuscrit.</p>
-
-<p>Mais comme un élève de l’École des chartes, feu M. Fallot,
-d’estimable et regrettable mémoire, a laissé un gros volume
-sur ces dialectes, dont il a plus que personne préconisé l’importance,
-il fallait bien <i>a priori</i> que mon opinion fût erronée,
-absurde, monstrueuse et révoltante. Après toutes les vaines
-déclamations possibles, M. Guessard en vient enfin à m’opposer
-le témoignage d’un texte.</p>
-
-<p>Je laisse parler mon adversaire:</p>
-
-<p>«Que le trouvère fît <i>parfois</i> effort pour écrire en français
-de France, et qu’il y réussît tant bien que mal, c’est possible;
-mais qu’il le voulût toujours, ou que toujours il y
-parvînt, <i>ce n’est pas vrai</i><a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>.</p>
-
-<p>«Voyez plutôt ce qui arriva au trouvère Quenes de
-Béthune<a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>,
-ce grand seigneur poëte et guerrier, qui mieux
-<span class="pagenum" id="Page_427">427</span>
-que tout autre pouvait s’instruire du beau langage. Il était
-Artésien, comme l’indique son nom, et il composait en artésien
-ou en picard; ce qui était tout un. Vers l’an 1180, il
-vint à la cour de France, où la régente Alix de Champagne,
-et le jeune prince son fils, qui depuis régna sous le nom de
-Philippe-Auguste, lui exprimèrent le désir d’entendre quelqu’une
-de ses chansons. Quenes de Béthune récita donc des
-vers très-intelligibles pour ses auditeurs, <i>mais fortement
-empreints d’un cachet picard</i>; aussi fut-il raillé par les seigneurs
-de France, repris par la reine et par son fils:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">Mon <i>langage</i> ont blasmé li François</div>
-<div class="verse10">Et mes chançons, oyant les Champenois,</div>
-<div class="verse10">Et la comtesse encoir (dont plus me poise).</div>
-<div class="verse10">La roïne ne fit pas que cortoise</div>
-<div class="verse10">Qui me reprist, elle et ses fiex li rois:</div>
-<div class="verse10">Encor ne soit ma <i>parole</i> françoise,</div>
-<div class="verse10">Si la puet on bien entendre en françois;</div>
-<div class="verse10">Ne cil ne sont bien appris ne cortois</div>
-<div class="verse10">Qui m’ont repris se j’ai dit <i>mot d’Artois</i>,</div>
-<div class="verse10">Car je ne fus pas norriz a Pontoise<a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>.»</div>
-</div>
-
-<p>Voilà le passage fondamental, unique, dont on argumente
-pour prouver l’emploi des dialectes dans la littérature.</p>
-
-<p>Il est facile de répondre à M. Guessard.</p>
-
-<p>Observez d’abord qu’il s’agit ici d’une pièce <i>récitée</i>, et non
-de vers <i>écrits</i>. La distinction est essentielle.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_428">428</span>
-Que le premier venu, en lisant ce couplet, comprenne qu’il
-est question des <i>mots</i>, c’est une erreur excusable: il est étranger
-à ces études, et habitué à la précision de notre langue moderne.
-Mais que M. Guessard s’y trompe, c’est ce que je ne
-saurais expliquer, s’il n’était bien connu que la passion fait
-arme et ressource de tout. Lorsque Quenes de Béthune dit
-qu’on a raillé <i>sa parole, son langage</i>, il entend sa prononciation,
-son accent picard. Au douzième siècle, ces mots <i>accent</i>,
-<i>prononciation</i>, n’étaient point encore dans la langue; il fallait,
-pour en rendre la pensée, se servir d’équivalents approximatifs.
-<i>J’ai dit mot d’Artois</i> signifie: j’ai parlé à la mode du pays
-d’Artois; cette dernière expression représente exactement l’équivoque
-de l’autre: <i>j’ai parlé</i>, s’agit-il des mots que vous
-avez employés, ou de votre manière de les prononcer?</p>
-
-<p>Ces deux vers, où les mots soulignés par M. Guessard semblent
-renfermer ma condamnation,</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Encor ne soit ma parole <i>françoise</i>,</div>
-<div class="verse">Si la puet on bien entendre en <i>françois</i>,</div>
-</div>
-
-<p class="noind">signifient, selon M. Guessard: Encore que je parle picard,
-les Français peuvent bien me comprendre.</p>
-
-<p>Et, selon moi: Encore que je récite avec un accent de province,
-on peut me comprendre parfaitement dans l’Ile de
-France; ou, en d’autres termes: Comme je parle d’ailleurs bon
-français, mon mauvais accent n’empêche pas qu’on ne me
-comprenne très-bien à Paris.</p>
-
-<p>Ainsi ce passage établit précisément la pureté du style de
-Quenes de Béthune. M. Guessard, croyant me perdre sans retour,
-a fait comparaître un témoin dont la déposition m’absout
-et le condamne.</p>
-
-<p>M. Guessard peut m’en croire: je sais assez le picard pour
-lui attester 1<sup>o</sup> que ni les poésies de Quenes de Béthune, ni
-celles d’Eustache d’Amiens, ni celles de tous les trouvères de
-la Picardie et de l’Artois, ne sont écrites dans ce dialecte,
-puisque dialecte il y a; 2<sup>o</sup> que des poésies picardes, surtout
-récitées, défieraient l’intelligence de tous les Français, sans en
-excepter M. Guessard lui-même. La Picardie a fourni, au
-<span class="pagenum" id="Page_429">429</span>
-moyen âge, un nombre de trouvères très-considérable: tous
-ont écrit en <i>français</i>, Quenes de Béthune comme les autres.
-Au surplus, ses poésies sont là: que M. Guessard ait la bonté
-de m’y montrer du picard, ou de m’expliquer en quoi consiste
-le <i>cachet picard</i> des vers de Quenes de Béthune, si ce
-n’est pas dans l’<i>accent parlé</i>.</p>
-
-<p>La Picardie n’est pas si loin de l’Ile de France, pour qu’un
-grand seigneur, qui faisait des lettres sa principale occupation,
-ne parvînt pas, malgré ses efforts, à posséder à fond le français
-littéraire. Aujourd’hui même que notre langue est bien
-autrement fixée et vétilleuse qu’au moyen âge, la critique
-pourrait signaler des provincialismes dans des vers composés
-à Bordeaux ou à Strasbourg; mais on n’en rirait pas. Ce qui
-ferait rire inévitablement, ce serait l’accent gascon ou alsacien
-du déclamateur; et si les vers étaient d’ailleurs purement
-écrits, le poëte aurait le droit de s’écrier, comme Quenes de
-Béthune: Vous n’êtes ni justes ni polis: ce n’est pas ma faute
-si je n’ai pas été nourri près de Pontoise. On peut exiger d’un
-écrivain qu’il sache le français, mais non qu’il soit exempt de
-l’accent de sa province. Ce qui est indélébile, ce n’est pas
-l’ignorance, c’est l’accent natal.</p>
-
-<p>Je maintiens que voilà le sens du passage de Quenes de Béthune;
-pour l’entendre différemment, il faut y apporter toute
-la bonne volonté de M. Guessard.</p>
-
-<p>Une dernière observation: M. Guessard place l’anecdote de
-Quenes de Béthune vers 1180. C’est le plus tard possible,
-puisque Philippe-Auguste parvint à la couronne en 1180, et
-qu’à l’époque de la visite du trouvère il était encore sous la
-tutelle de la régente. Il n’avait donc pas quinze ans. Je crois
-qu’à cet âge les petits princes du douzième siècle n’étaient
-pas si grands puristes, et n’auraient pas remarqué, dans une
-pièce de vers français, un ou deux termes sentant la province.
-Mais un accent provincial frappe d’abord les enfants comme les
-grandes personnes; et le petit Philippe dut s’en amuser aussi
-bien que sa mère Alix, peu renommée, du reste, entre les savantes
-et les beaux esprits de son temps.</p>
-
-<p>Je crois, sauf erreur, que M. Guessard aurait bien fait d’y
-<span class="pagenum" id="Page_430">430</span>
-regarder à deux fois avant de me crier, de sa grosse voix, <span class="smcap">Ce
-n’est pas vrai</span>! car je lui répondrai, comme Quenes de Béthune:
-Vous n’êtes ni juste ni poli.</p>
-
-<p>La question des <i>dialectes</i> demeure donc, jusqu’à nouvel
-ordre, un système, sans autre appui que des théories arbitraires.
-L’étai emprunté à Quenes de Béthune ne vaut rien; on fera
-bien d’en chercher un plus solide.</p>
-
-<p>Passons à un autre point, dont M. Guessard fait le point
-capital.</p>
-
-<p class="sep2">J’avais posé ce principe pour la prononciation du moyen
-âge: «Dans aucun cas l’on ne faisait sentir deux consonnes
-consécutives, soit au commencement, soit au milieu d’un
-mot, soit l’une à la fin d’un mot, et l’autre au commencement
-du mot suivant.»</p>
-
-<p>J’avais été conduit à cette règle par la comparaison des vieux
-textes. Il me sembla rencontrer un dernier vestige de cette
-loi primitive dans un écrit de Théodore de Bèze sur la prononciation
-du français, traité en latin publié en 1584, c’est-à-dire
-fort avant dans la renaissance, et par conséquent fort
-loin de l’époque où ma règle aurait été en vigueur. Voici ce
-passage: <i lang="la" xml:lang="la">Curandum etiam ne qua (littera) putide et duriter
-sonet, imo ut omnes molliter et quasi negligenter efferantur,
-omnem pronuntiationis asperitatem usque adeo refugiente
-francica lingua, ut, exceptis</i> cc, <i lang="la" xml:lang="la">ut</i> accès (<i lang="la" xml:lang="la">accessus</i>), mm
-<i lang="la" xml:lang="la">ut</i> somme, nn <i lang="la" xml:lang="la">ut annus</i>, rr <i lang="la" xml:lang="la">ut</i>
-terre, <span class="t5" lang="la">NULLAM GEMINATAM CONSONANTEM PRONUNTIET</span>.</p>
-
-<p>On prétendit que j’avais fait sur le texte de Th. de Bèze <i>un
-incroyable contre-sens</i>; que <i lang="la" xml:lang="la">geminatam consonantem</i> signifiait,
-non pas deux consonnes consécutives quelconques,
-comme je l’avais entendu, mais seulement deux consonnes
-consécutives jumelles, la même consonne redoublée.</p>
-
-<p>On en concluait que la règle de M. Génin était fausse, imaginaire;
-qu’elle n’avait jamais existé. On alla même plus loin:
-on soutint que le principe était <i>d’une absurdité manifeste</i>:&mdash;«Le
-<span class="pagenum" id="Page_431">431</span>
-contre-sens de M. Génin, disait-on, est vraiment incroyable!
-Plein de confiance dans une traduction signée par
-un professeur de faculté, je me suis mis l’esprit à la torture
-pour m’expliquer comment Th. de Bèze avait pu écrire
-une pareille règle, etc., etc.» Je répondis sommairement,
-par une lettre insérée dans la <i>Revue indépendante</i>, du 10
-avril 1846. Un second article de la <i>Bibliothèque de l’École
-des chartes</i> rend nécessaire une seconde réponse. Je la ferai
-plus explicite; et, pour mettre le lecteur mieux à même d’en
-suivre l’argumentation, je reproduis ici les principaux passages
-de ma première lettre:</p>
-
-<p>«Je consens, disais-je, à examiner un des points attaqués
-par la <i>Bibliothèque de l’École des Chartes</i>. Je choisis le plus
-important, de l’aveu du critique lui-même. C’est la règle de
-ne prononcer jamais deux consonnes consécutives (sauf les liquides),
-que j’ai donnée comme la clef de voûte de tout le système
-d’orthographe et de prononciation de nos ancêtres.&mdash;«Elle
-est, dit mon adversaire, elle est en réalité la clef de voûte,
-non de la prononciation de nos ancêtres, mais du système
-de M. Génin; et, par conséquent, si je la fais fléchir, tout
-le système tombera, sans que j’aie besoin de le prendre pièce
-à pièce.»</p>
-
-<p>«J’accepte de bon cœur le défi, à condition, bien entendu,
-que, réciproquement, si l’on ne fait pas fléchir la clef de voûte,
-mon système entier subsistera, sans que j’aie besoin non plus
-de le défendre pièce à pièce.</p>
-
-<p>«Ainsi la discussion de ce point capital me dispensera de
-toute autre, et je veux bien qu’on juge par cet échantillon de
-la valeur de tout le reste, tant pour l’attaque que pour la
-défense.</p>
-
-<p>«S’il était vrai que j’eusse commis sur le texte de Th. de
-Bèze <i>un incroyable contre-sens</i>, il ne s’ensuivrait pas encore
-que j’eusse posé une règle fausse et imaginaire; car cette
-règle, je ne l’ai point empruntée à Théod. de Bèze. Tout
-au plus aurais-je invoqué à l’appui de mon principe une <ins id="cor_14" title="auto-torité">autorité</ins>
-illusoire; mais il resterait toujours à établir que ce
-principe, étranger à Th. de Bèze, est lui-même une illusion.
-<span class="pagenum" id="Page_432">432</span>
-Mon critique l’affirme de sa propre autorité. Il croit, en m’ôtant
-Th. de Bèze, m’avoir enlevé toute ressource, m’avoir
-ruiné, mis à sec. Erreur!</p>
-
-<p>«Depuis la publication de mon livre, il m’est venu entre
-les mains plusieurs ouvrages rares, que je n’avais pu consulter
-plus tôt. De ce nombre est la grammaire de Jean Palsgrave,
-l’aînée de toutes les grammaires françaises. Ce Jean
-Palsgrave était Anglais de naissance, mais il avait longtemps
-vécu à Paris, où il avait même pris ses degrés. Chargé, comme
-le plus habile de son temps, d’enseigner le français à
-la sœur de Henri VIII, veuve de Louis XII, remariée au
-duc de Norfolck, il composa sa grammaire sur le plan de
-la grammaire du célèbre Théodore de Gaza. Ce livre, qui n’a
-pas moins de 900 pages in-folio, est rédigé en anglais, avec
-un titre en français et une dédicace à Henri VIII (Londres,
-1530); il est doublement précieux par le savoir exact et minutieux
-de l’auteur, et par l’abondance des exemples, toujours
-puisés dans les meilleurs écrivains, Jean Lemaire, Alain
-Chartier, l’évêque d’Angoulême, etc., etc. Palsgrave débute
-par un Traité fort détaillé de la prononciation: or voici ce
-que j’y ai lu, je le confesse, avec la vive satisfaction d’un
-homme qui, ayant deviné une énigme difficile, s’assure, par
-le numéro suivant de son journal, qu’il avait rencontré juste.</p>
-
-<p>«Les Français, dans leur prononciation, s’appliquent à trois
-choses qu’ils recherchent principalement: 1<sup>o</sup> l’harmonie du
-langage; 2<sup>o</sup> la brièveté et la rapidité en articulant leurs
-mots; 3<sup>o</sup> enfin, de donner à chaque mot sur lequel ils appuient
-son articulation la plus distincte.</p>
-
-<p>(<i>Ici un long développement du premier point.</i>)</p>
-
-<hr class="light" />
-
-<p>«Maintenant, sur le second point, qui est la brièveté et la
-rapidité du discours, quel que soit le nombre des consonnes
-écrites pour garder la véritable orthographe, ils tiennent
-tant à faire ouïr toutes leurs voyelles et leurs diphthongues,
-que, <i>entre deux voyelles</i> (soit réunies dans un même
-mot, soit partagées entre deux mots qui se suivent), <i>ils
-n’articulent jamais qu’une consonne à la fois; en sorte que
-<span class="pagenum" id="Page_433">433</span>
-si deux consonnes différentes, c’est-à-dire</i>, <span class="t5">N’ÉTANT PAS
-TOUTES DEUX DE MÊME NATURE</span>, <i>se rencontrent entre deux
-voyelles, ils laissent toujours la première
-inarticulée</i><a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.»</p>
-
-<p>«Y a-t-il rien de plus positif? Comprenez-vous bien qu’il
-est question là des consonnes consécutives en général, et non
-des jumelles en particulier? <i lang="en" xml:lang="en">Nat beyng both of one sorte?</i>
-Comprenez-vous enfin ce que c’est que la <i lang="la" xml:lang="la">geminata consonans</i>
-de Th. de Bèze<a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>?
-Comprenez-vous que cette règle abexisté, que je ne l’ai pas tirée de mon imagination? Cette
-règle impossible, monstrueuse, absurde, sur laquelle vous
-demandez qu’on juge tout mon livre; cette règle que j’avais
-posée pour le douzième siècle, la voilà encore dans un grammairien
-du commencement du seizième, antérieur de soixante-quatre
-ans à Th. de Bèze! En vérité, quand j’aurais chargé
-ce bonhomme Jean Palsgrave de plaider ma cause, il n’eût
-pu s’en acquitter mieux. Il a deviné, trois siècles d’avance, la
-chicane que me fait aujourd’hui l’École des chartes, et s’est
-donné la peine d’y répondre de manière à ne laisser aucune
-ressource à la mauvaise foi la plus subtile. Je mets son vénérable
-<span class="pagenum" id="Page_434">434</span>
-texte au bas de la page, afin que monsieur le chartrier,
-grand éplucheur de textes, puisse s’assurer si je n’y ai
-pas fait quelque incroyable contre-sens, et si je n’ai pas, encore
-cette fois, pris le contre-pied de la pensée, comme il déclare
-que c’est ma coutume habituelle.</p>
-
-<p>«Qu’il vienne à présent m’alléguer qu’à la fin du seizième
-siècle on articulait, dans certains mots, les consonnes consécutives:
-que me fait cela? ce n’est point mon affaire; ou plutôt,
-si vraiment ce l’est, puisque j’ai dit que le seizième siècle
-avait perdu la tradition de l’ancien langage. Il va chercher
-dans Pierre Fabri ou Lefebvre une phrase dont il prétend
-m’accabler, en prouvant que, dès 1534, on prononçait des
-consonnes consécutives.&mdash;«Il est, dit Fabri, un barbare de
-rude langage à ouïr, qui s’appelle <i>Cacephaton</i> ou
-<i>Clipsis</i><a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>,
-comme <i>gros</i>, <i>gris</i>, <i>gras</i>, <i>grant</i> et <i>croc</i>, <i>cric</i>, <i>crac</i>; et <i>évangélistes</i>,
-<i>stalle</i>, <i>stille</i>...» Premièrement, il s’agit là d’un assemblage
-cherché de consonnances étranges; et ensuite Fabri
-lui-même déclare ce langage <i>barbare</i>; donc ce n’est pas le langage
-ordinaire. Les vieux grammairiens rangent ce <i>Cacephaton</i>
-parmi les figures de mots: quel rapport d’un trope ridicule
-avec la prononciation? C’est bien de l’érudition perdue.</p>
-
-<p>&mdash;«Après avoir cité une règle qui n’a jamais existé, l’auteur
-en cite une autre qui n’a aucun rapport à la question. En
-effet, il s’agit de prouver qu’on n’a jamais prononcé deux
-consonnes de suite; et M. Génin s’évertue à établir qu’au
-seizième siècle on n’en prononçait pas trois, ce qui serait
-encore contestable.»</p>
-
-<p>«Il s’agit de prouver qu’on ne prononçait pas les <i>consonnes
-consécutives</i>; et après avoir montré qu’on n’en prononçait pas
-deux, je montre qu’on n’en prononçait pas trois. Si nous
-avions des groupes de quatre et de cinq consonnes, j’aurais
-eu à les examiner à leur tour. C’est être, assurément, dans
-la question; et il faut tout le parti pris de mon critique pour
-déclarer que cela n’y a nul rapport.</p>
-
-<p>«Çà, maître Jehan Palsgrave, avancez de nouveau; car
-<span class="pagenum" id="Page_435">435</span>
-c’est vous, aussi bien que moi, qui êtes en cause, vous qui,
-après avoir parlé des doubles consonnes consécutives, avez
-aussi battu la campagne en parlant tout de suite des triples
-consonnes. Cette coïncidence est vraiment merveilleuse! mais
-la découverte si à propos de ce volume ne l’est pas moins. O
-bon Palsgrave, sans vous j’étais perdu! l’École des chartes
-me foudroyait!... Je reprends la citation au dernier mot où
-je l’ai laissée:&mdash;«Et si trois consonnes sont rassemblées,
-ils (les Français) en laissent toujours les deux premières
-inarticulées, ne faisant, je le répète, aucune différence si
-ces consonnes sont ainsi groupées toutes dans un seul mot,
-ou réparties entre des mots qui se suivent; car souvent leurs
-mots se terminent par deux consonnes, à cause du retranchement
-de la dernière voyelle du mot latin: par exemple,
-<i>corps</i>, <i>temps</i>, etc.<a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>»</p>
-
-<p>«Palsgrave ajoute que cette distinction entre les consonnes
-purement étymologiques qu’on éteint et celles qu’on doit faire
-sonner, est la grande difficulté pour les Anglais: <i lang="en" xml:lang="en">hath semed
-unto us of our nation a thyng of so great difficulty</i>.</p>
-
-<p>«Monsieur mon contradicteur trouve-t-il encore contestable
-cette proposition, qu’on ne prononçait pas trois consonnes
-consécutives?</p>
-
-<p>«Quant à n’en prononcer qu’une sur deux, admettra-t-il
-enfin cette monstruosité, qui lui a mis l’esprit à la torture?
-«Je me suis mis l’esprit <i>à la torture</i> pour m’expliquer comment
-Th. de Bèze avait pu écrire une pareille règle, et en
-quel sens il fallait l’entendre; car, de la prendre à la lettre,
-<i>je n’en voyais pas le moyen!</i>» J’espère qu’il en voit le
-moyen à cette heure? En général, il répète souvent: <i>Je ne
-puis m’imaginer, je ne puis comprendre</i>; il prend cela pour
-un argument irrésistible!</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_436">436</span>
-«Voilà comment ce fort Samson fait fléchir les clefs de
-voûte. Je le prie de recevoir mes remercîments: un principe
-fondamental, qui pour moi n’était pas douteux, mais qui peut-être
-pouvait le sembler à d’autres, croyant le renverser, il
-m’a fourni l’occasion d’y revenir, et de le mettre, j’espère,
-au-dessus de toute contestation.</p>
-
-<p>«De toutes les prétentions, la plus folle serait celle de plaire
-à tout le monde. Je ne vise pas si haut: je me contente de
-l’assentiment des meilleurs juges, <i lang="la" xml:lang="la">principibus placuisse viris</i>.
-S’agit-il de l’érudition? Quels noms plus imposants que
-ceux de MM. Victor le Clerc, Naudet, Littré, Augustin
-Thierry? Parlez-vous de cet heureux instinct, de ce génie de
-la langue qui éclate si vivement dans la Fontaine et dans
-Molière? Où le trouver plus complet et plus profond que dans
-notre Béranger? Quels plus illustres suffrages serait-il possible
-d’ambitionner? Et quand on les a réunis, est-on bien
-à plaindre d’avoir manqué celui de M. Guessard?</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et qu’importe à mes vers que Perrault les admire?»</div>
-</div>
-
-<p class="sep2">Telle fut en abrégé ma réponse au premier article de
-M. Guessard; voici maintenant ma réponse au second:</p>
-
-<p>Le procès continue sur la <i lang="la" xml:lang="la">geminata consonans</i> de Th. de
-Bèze. Je suis obligé de défendre jusqu’au bout ma traduction,
-puisque M. Guessard fait dépendre de ce mot l’estime de tout
-mon ouvrage, et que j’ai accepté son défi. Au surplus, je
-vous dirai, en passant, que M. Guessard n’a pas son pareil
-pour trouver de ces alternatives. Son esprit net et concis aime
-à réduire toutes les questions à deux termes. Vous en verrez
-plus d’un exemple dans cette réponse. J’avais, dans la première,
-cru tirer autorité de quelques suffrages imposants, tels que
-ceux de MM. Augustin Thierry, Victor le Clerc, Naudet, Littré,
-Béranger; mais me voilà bien loin de compte! M. Guessard
-exige, pour se rendre, «un arrêt en bonne forme,» signé de
-ces messieurs; il dresse, le plus sérieusement du monde, un formulaire
-en trois articles, dont le dernier doit attester «qu’<i>une
-<span class="pagenum" id="Page_437">437</span>
-seule</i> des assertions de mon livre <i>est restée debout</i>, après
-l’examen que M. Guessard en a fait.» J’irai présenter ce formulaire
-à la signature des illustres juges par moi invoqués;
-et si je ne le rapporte à M. Guessard, revêtu de toutes les
-formalités authentiques, je suis déclaré vaincu aux yeux du
-monde savant (page 362).</p>
-
-<p>M. Guessard a bonne opinion des effets de sa dialectique;
-mais on ne voit pas où il prend le droit d’exiger des certificats
-de ses erreurs. S’il n’y veut pas croire à moins, d’autres
-ne seront pas si difficiles. Ne nous dérangeons pas, et ne dérangeons
-personne, pour si peu.</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Geminata consonans</i>, voilà donc la grande énigme. Est-ce,
-au sens le plus large, deux consonnes consécutives? ou bien,
-dans un sens beaucoup plus restreint, la même consonne redoublée?
-Je défends la première interprétation, qui contient la
-seconde, puisque les consonnes redoublées sont consécutives;
-M. Guessard soutient la seconde, qui exclut la première. L’un
-de nous fait un contre-sens, mais lequel des deux?</p>
-
-<p>Avant tout, je dois reconnaître à M. Guessard un merveilleux
-talent pour embrouiller les questions les plus nettes, dissimuler
-les parties d’un texte qui lui nuisent, et mettre en
-relief, au contraire, celles qui paraissent le servir. Au nom
-de la logique, il assemble d’épais nuages; et puis, quand tout
-est noir partout, quand on n’y voit plus goutte, il s’écrie, du
-ton le plus naturel et le plus persuadé: <i>Est-ce clair?</i>...
-<i>Est-ce encore clair?</i>... Le pauvre lecteur serait bien tenté
-de lui répondre: Ma foi, non! Mais tant d’assurance intimide;
-on se dit: Apparemment que c’est bien clair pour les
-gens au fait de la matière. Allons, accordons-lui ce point, et
-suivons. On avance, et il vous conduit de l’analogie dans
-l’amphibologie, de l’amphibologie dans la battologie, de la
-battologie dans la tautologie et la macrologie: de la macrologie
-à la périssologie il n’y a qu’un pas; la périssologie
-mène infailliblement à l’acyrologie, qui produit la cacologie,
-d’où vous tombez dans la céphalalgie, et de la céphalalgie dans
-un profond sommeil, pendant lequel M. Guessard chante
-victoire tout à son aise!</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_438">438</span>
-Voyons toutefois qui sera le plus habile, lui à condenser
-le brouillard, ou moi à le dissiper.</p>
-
-<p>J’ai aussi la prétention de m’appuyer sur la logique pour
-déterminer le sens de l’expression <i lang="la" xml:lang="la">geminata consonans</i>. Le
-passage où elle se trouve est complété, éclairci jusqu’à l’évidence
-par un autre passage voisin du premier. Il paraît que
-M. Guessard n’avait pas aperçu ce second passage. Je le lui
-ai mis sous les yeux dans ma réponse, et pour cette fois j’ose
-affirmer qu’il l’a très-bien vu et en a compris la portée; car
-sa réplique n’en souffle mot. Il bat la campagne à côté. Puisque
-cette partie de mon argumentation l’embarrasse, je vais
-la reprendre.</p>
-
-<p>C’est à la page 9 que Th. de Bèze explique l’euphonie du
-parler français, par l’attention de ne prononcer <i lang="la" xml:lang="la">nullam geminatam
-consonantem</i>.</p>
-
-<p>A la page 10, il revient sur ce caractère général de notre
-langue<a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>.</p>
-
-<p>«La prononciation des Français, mobile et rapide comme
-leur génie, ne se heurte jamais au concours des consonnes,
-ni ne s’attarde guère sur des voyelles longues. Une consonne
-finit-elle un mot? elle se lie à la voyelle initiale du mot
-suivant, si bien qu’une phrase entière glisse comme un mot
-unique.»</p>
-
-<p>Ces deux passages évidemment se rapportent à la même
-idée, et renferment le vrai sens de <i lang="la" xml:lang="la">geminata consonans</i>. Il
-s’agit de les expliquer en les conciliant.</p>
-
-<p>J’ai fait observer que les consonnes jumelles sont très-coulantes,
-et sont toujours placées au cœur des mots. J’ai demandé
-comment l’extinction de ces jumelles pouvait favoriser
-la liaison d’un mot à un autre.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_439">439</span>
-Au contraire, que les consonnes consécutives, autres que
-jumelles, sont très-dures, munissent ordinairement les extrémités
-des mots, et, si on les veut articuler toutes, hérissent la
-phrase d’aspérités, et font un obstacle considérable à la liaison
-de ses éléments.</p>
-
-<p>M. Guessard veut qu’il ne soit question que des consonnes
-jumelles. Je l’ai prié d’accorder son interprétation avec le
-texte <i>complet</i>, de m’aplanir ces difficultés. Il garde le silence.</p>
-
-<p>Examinons, ai-je dit ensuite, la logique des idées de Bèze,
-et leur enchaînement, en prenant le sens de mon adversaire:
-le français est si antipathique à toute rudesse de prononciation,
-qu’il n’articule jamais les consonnes jumelles (<i>qui sont
-très-douces</i>); mais il a grand soin d’articuler les autres consécutives,
-comme <i>st</i>, <i>sp</i> (<i>qui sont très-rudes</i>); d’où il résulte
-que la prononciation des Français est pleine de mollesse,
-et que dans leur bouche une phrase entière glisse comme un
-seul mot.</p>
-
-<p>Profond silence de M. Guessard.</p>
-
-<p>Il se contente de dire, en termes vagues: «M. Génin sue
-sang et eau à défendre un contre-sens.» (Page 357.) Non,
-je ne sue ni sang ni eau; je cite en entier un texte que vous
-aviez tronqué. Je vous dis d’un grand sang-froid que votre
-sens mène à l’absurde. Que me répondez-vous?</p>
-
-<p>Au lieu de me répondre, il cherche à opérer une diversion,
-et à me faire paraître dans la position fâcheuse où lui-même
-se sent arrêté. Voici comme il s’y prend: il va chercher un
-passage où Bèze avertit que <i>ct</i>, à l’intérieur des mots, se prononce
-entièrement. Ce sont là, dit M. Guessard, des consonnes
-consécutives, ou jamais; donc elles n’étaient pas muettes.&mdash;«Voilà
-cet illustre savant, qui pose une règle, qui en excepte
-quatre cas, ni plus ni moins, et qui, vingt pages plus
-loin, dans un petit livre de quarante-deux feuillets seulement,
-oublie sa règle et ses quatre exceptions, pour se
-contredire lui-même, en m’apprenant que <i>ct</i> se prononce entièrement!....
-Mais alors votre illustre savant n’est plus
-qu’un illustre radoteur, ou bien c’est vous qui ne l’avez pas
-<span class="pagenum" id="Page_440">440</span>
-compris, et qui me le rendez tel. Il n’y a pas de milieu entre
-ces deux propositions, et le choix n’est pas douteux. Sortez
-de là: <span class="t5">JE VOUS EN DÉFIE RÉSOLUMENT</span>!....»(Page 358.)</p>
-
-<p>M. Guessard prend toujours des tons incroyables pour les
-choses les plus simples du monde: <i>Je vous en défie résolûment!</i>
-On dirait un paladin de Charlemagne! <i>Résolûment</i> est superbe!
-Comment n’être pas convaincu par <i>résolûment</i>?</p>
-
-<p>Oui, Bèze remarque que <i>b</i> se prononce dans <i>absent</i>, <i>obsèques</i>,
-<i>objet</i>; que <i>ct</i> sonne pleinement dans <i>acte</i>, <i>actif</i>,
-<i>affection</i>, <i>détracteur</i>; que <i>st</i>, <i>sp</i> se prononcent quelquefois
-en double, et plus souvent en simple. Et puis, vous prétendez
-que c’est là un argument en votre faveur? Vous n’y songez
-pas. Quelle est la règle générale, selon vous? Que les consécutives
-ne s’éteignaient jamais. Alors pourquoi Bèze relève-t-il
-des mots où elles ne s’éteignent pas? Qu’y a-t-il là d’extraordinaire?
-Nous sommes dans la règle. Ah! si la règle était
-ce que j’ai dit, de ne prononcer pas les consonnes consécutives,
-la remarque de Bèze serait toute naturelle; mais ici,
-ce qu’il aurait fallu signaler, au contraire, ce seraient des
-mots où ces consécutives non jumelles se seraient éteintes,
-car c’est seulement alors que votre règle eût été violée.</p>
-
-<p>Voilà votre thèse, et voici la mienne, dans laquelle je résume
-et concilie tout ce qu’a dit Th. de Bèze.</p>
-
-<p>Il est de règle, pour obtenir une prononciation molle et
-coulante, de ne point faire sentir deux consonnes consécutives.</p>
-
-<p>Nous en exceptons quatre cas de consonnes jumelles; <i>ct</i>, <i>à
-l’intérieur des mots</i>, et quelques autres, comme le <i>b</i> dans
-<i>absent</i>, <i>objet</i>, <i>obsèques</i>.</p>
-
-<p>Toute l’argumentation diffuse de M. Guessard repose sur
-ce que Bèze n’a point réuni sous sa règle tous les cas d’exception,
-et n’a mentionné d’abord que les jumelles. Bèze ne peut
-avoir signalé plus loin d’autres exceptions, ou bien il se serait
-rendu coupable d’oubli de ses propres paroles, de contradiction,
-de radotage. Mais les gros mots ne prouvent rien, et
-nous avons déjà vu que le fort de M. Guessard est de poser des
-alternatives qui n’en sont pas, des dilemmes ouverts de toutes
-<span class="pagenum" id="Page_441">441</span>
-parts. C’est alors que, dans la joie de son cœur, il s’écrie:
-<i>Sortez de là, je vous en défie résolûment!</i>...</p>
-
-<p>Je l’ai dit et redit à satiété: au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, la tradition du
-langage primitif est considérablement altérée: on n’y peut
-plus recueillir que des vestiges et des débris. On avait oublié
-les anciennes règles du <span class="t5">XII</span><sup>e</sup> siècle. Les vieux mots restaient
-sous l’empire du vieil usage; mais les mots nouveaux, qui
-s’introduisaient en foule, entraient avec la marque de l’usage
-nouveau. Les grammairiens se transmettaient encore l’ancienne
-règle; mais ils étaient obligés d’y signaler des exceptions à chaque
-pas. Leur procédé, à cet égard, est empirique. Tel mot se
-dit ainsi.&mdash;Pourquoi?&mdash;Il se dit ainsi; n’en demandez pas
-davantage.&mdash;Mais cela semble contredire une règle que vous
-venez de poser.&mdash;Que voulez-vous que je vous dise? Je suis le
-greffier de l’usage.</p>
-
-<p>En voici un pourtant qui a mis un pied hors de ce cercle
-étroit; c’est Jacques Dubois (d’Amiens), qui, sous le nom de Sylvius,
-imprimait sa Grammaire chez Robert Estienne en 1531.
-Il avertit que «<i>s</i> devant <i>t</i> et quelques autres consonnes se prononce
-rarement en plein dans le corps des mots; on l’obscurcit
-ou la supprime, pour la rapidité du langage.» Et, tout de
-suite, il cite des mots exceptionnels où <i>st</i> sonne en plein:
-<i>domestique</i>, <i>fantastique</i>, <i>organiste</i>, <i>évangéliste</i>, etc...;
-«probablement, ajoute-t-il, parce que ces mots ont été depuis
-peu puisés par les doctes aux sources grecques et
-latines<a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>.»</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_442">442</span>
-Voilà la raison bien simple de ces exceptions. Si Th. de Bèze
-ne la donne pas, Sylvius supplée à Th. de Bèze. On prononçait
-avec les deux consonnes <i>objet</i>, <i>absent</i>, <i>obsèques</i>, <i>détracteur</i>,
-<i>action</i>, parce que c’étaient des mots nouveaux.</p>
-
-<p>Observez un point essentiel dans le passage de Bèze invoqué
-par M. Guessard: <i>ct</i>, y est-il dit, sonne pleinement <i>dans
-le corps des mots</i>; c’est assez dire qu’aux extrémités il ne
-sonnait pas. Ainsi le <i>c</i> s’entendait dans <i>affection</i>, <i>détracteur</i>,
-mais non à la fin de <i>subject</i>, <i>object</i>. Cette <i lang="la" xml:lang="la">geminata consonans</i>
-eût empêché la liaison des mots. On ne disait pas <i>un
-objecte divin</i>, mais on disait, comme aujourd’hui, <i>objet divin</i>,
-sans faire soupçonner ni le <i>c</i> ni le <i>t</i>. Sur trois consonnes
-consécutives, on effaçait les deux premières. Leur rôle se
-bornait à ouvrir le son de l’<i>e</i> précédent, comme s’il y eût eu
-<i>objait</i>.</p>
-
-<p>On voit combien il importe, dans les exemples que l’on crée
-pour rendre une théorie sensible par l’application, de n’admettre
-que des mots contemporains de la règle. C’est un soin
-que M. Guessard, soit hasard ou calcul, néglige toujours: il
-puise sans scrupule dans la langue du <span class="t5">XIX</span><sup>e</sup> siècle des exemples
-qu’il soumet aux lois du <span class="t5">XII</span><sup>e</sup>, et ne manque pas de trouver
-l’effet ridicule. Il ne peut se persuader qu’on ait jamais prononcé,
-sous Henri III, <i>teme</i> et <i>pete</i> pour <i>terme</i> et <i>perte</i>; <i>tenir</i>
-pour <i>ternir</i>, <i>la chateté</i> pour <i>la chasteté</i>, un <i>âtrologue</i>, etc.
-Mais ces mots <i>terme,</i> <i>perte</i>, <i>ternir</i>, <i>chasteté</i>, <i>astrologue</i>,
-les avez-vous jamais rencontrés dans un texte du <span class="t5">XIII</span><sup>e</sup> siècle?
-S’ils sont entrés dans la langue après la désuétude de l’ancienne
-règle et sous l’empire de la règle nouvelle, qui était
-l’opposé de l’autre, quel argument pouvez-vous en tirer par
-rapport à un principe qui concerne le moyen âge exclusivement?
-C’est là pourtant l’artifice le plus habituel de M. Guessard.
-<span class="pagenum" id="Page_443">443</span>
-Qu’on y regarde, et l’on verra que les trois quarts de ses
-objections seraient réduites à néant par cette distinction bien
-simple de l’âge des mots. Si cette tactique fait briller l’esprit
-de M. Guessard, c’est aux dépens de sa loyauté.</p>
-
-<p>Au <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> siècle, deux systèmes étaient en présence, l’ancien
-et le moderne. C’est ce que les grammairiens constatent par
-leurs règles et leurs exceptions. J’ai invoqué subsidiairement
-les règles pour constater le règne de l’ancien système avant le
-<span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle; M. Guessard s’appuie des exceptions du
-<span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle pour soutenir que le système moderne a toujours régné seul.</p>
-
-<p>Dans l’intervalle écoulé depuis mon ouvrage et la critique
-de M. Guessard, j’ai découvert, chez un grammairien du
-commencement du <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, ma règle des consonnes
-consécutives, mais formelle, précise, ne laissant pas la
-moindre prise aux distinctions, aux mille arguties de mon adversaire.
-J’ai cité Palsgrave: à Palsgrave M. Guessard oppose
-Fabri. Qu’est-ce que c’est que Fabri? C’est l’auteur d’un
-<i>grant et vray art de plaine rhetorique</i>, «qu’il écrivait» (notez
-ces mots) «à la fin du <span class="t5">XV</span><sup>e</sup> ou au commencement du
-<span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle.»
-C’est le même Fabri qui avait fourni à M. Guessard ce
-triste argument du <i>Cacephaton</i>, dont il est (je l’en loue) si
-confus qu’il n’ose pas y revenir. Eh bien! voyons votre Fabri;
-que dit-il?</p>
-
-<p>&mdash;«Le lecteur a pu le voir dans mon précédent article: <i>st</i>
-se profère après <i>a</i>, comme <i>astuce</i>, <i>astrologue</i>, <i>astrolabe</i>;
-après <i>i</i>, comme <i>histoire</i>, etc.... On ne disait donc pas <i>âtrologue</i>,
-<i>châteté</i>, etc.; par conséquent Palsgrave et Fabri se
-contredisent, juste à la même époque, sur la même question!»
-(P. 260.)</p>
-
-<p>M. Guessard ajoute que, dans le doute, il aime mieux s’en
-rapporter au témoin français qu’à l’anglais.</p>
-
-<p>L’autorité comparative de ces deux écrivains diffère autant
-que leurs matières. L’un écrivait <i>ex professo</i> sur la grammaire;
-l’autre ne traite que la rhétorique. C’est seulement à
-propos de la rime que Fabri écrit, sur la prononciation de l’<i>s</i>
-devant le <i>t</i>, quatre lignes sans profondeur comme sans portée.
-Il remarque que tantôt l’<i>s</i> est articulée et tantôt ne l’est pas.
-<span class="pagenum" id="Page_444">444</span>
-Il cite une vingtaine d’exemples pour et contre, et recommande,
-pour bien rimer, de consulter l’usage. Voilà ce que
-M. Guessard présente comme un témoignage grave sur la
-question des consonnes consécutives. Je récuse Fabri, non pas
-comme curé, ni même comme Normand, mais comme faux
-témoin<a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>.</p>
-
-<p>Après avoir nié la justesse de ce rapprochement, je dirai à
-M. Guessard qu’il n’y a entre Fabri, Palsgrave et Sylvius,
-aucune contradiction. Palsgrave a posé la règle générale;
-Sylvius en a donné le motif; Fabri n’a rien donné, que quelques
-faits bruts, avec cette note, que, «dans les mots orthographiés
-par art, les doubles consonnans tantost se proferent,
-tantost s’escripvent et ne se proferent point.» Palsgrave a-t-il
-méconnu les exceptions à sa règle générale? Il les a si peu
-méconnues qu’il a pris la peine d’en dresser un catalogue complet,
-spécialement pour le groupe <i>st</i><a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>.
-Cette prétendue <span class="pagenum" id="Page_445">445</span>
-contradiction n’est donc aussi qu’un fantôme évoqué par M. Guessard,
-qui abuse un peu de son talent de magicien.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_446">446</span>
-Venons à la dernière fin de non-recevoir de M. Guessard
-contre Palsgrave. C’est que Palsgrave était Anglais.&mdash;Fort
-bien! Vous le récusez.&mdash;«J’aurais moi-même produit le passage
-de Palsgrave.....»&mdash;Vous l’admettez donc?..... Vous
-comprenez, lecteur: il l’admettra s’il trouve jour à le tourner
-contre moi. Alors Palsgrave sera un savant nourri en France,
-gradué en l’université de Paris, le plus habile maître de français
-que le roi Henri VIII ait pu rencontrer pour sa sœur
-enfin, une autorité irrécusable. Autrement, ce ne sera qu’un
-Anglais, et on l’immolera au bonhomme Fabri sur l’autel du
-<i>Cacephaton</i>. M. Guessard tient d’une main le couteau, et de
-l’autre l’encensoir: <i lang="la" xml:lang="la">in utrumque paratus</i>. Mais laissons-le
-poursuivre son propos:&mdash;«J’aurais moi-même produit ce
-passage de Palsgrave, et <i>d’autres qui en donnent le vrai sens
-et la portée</i>, si j’avais eu l’exemplaire.»&mdash;Cela sent un peu
-son Gascon: vous ne savez pas ce qu’il y a dans Palsgrave,
-et vous vous vantez de le mettre en contradiction avec lui-même!&mdash;«J’opposerai
-Palsgrave à Palsgrave. Dès aujourd’hui
-cela me serait possible, rien qu’à l’aide des textes cités
-par M. Génin.»&mdash;Voyons donc! Faites.&mdash;«Mais je ne
-veux pas être incomplet.»&mdash;Cela vaudrait toujours mieux
-que de rester muet.&mdash;«Il suffit d’ailleurs, pour ma thèse, de
-lui avoir opposé Fabri et le bon sens.»&mdash;Vous ne m’avez
-pas opposé Fabri, car cette opposition n’est qu’illusoire; vous
-ne m’avez pas opposé le bon sens, car lorsque je vous montre
-que votre manière d’interpréter le passage mène droit à l’absurde,
-vous ne répondez rien.</p>
-
-<p>Une preuve réellement curieuse de l’aveuglement obstiné
-de mon adversaire, c’est qu’il m’apporte, comme argument
-décisif en sa faveur, un texte que j’ignorais, et que je ne dois
-pas négliger de recueillir. Le lecteur jugera de quel côté
-ce texte fait pencher la balance.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_447">447</span>
-«Si un mot finit par une consonne, et que le mot suivant
-commence aussi par une consonne (sans aucun intermédiaire,
-s’entend), la consonne finale du premier mot <i>est toujours
-effacée dans le langage</i>, ce qui donne beaucoup de grâce
-et de légèreté. Mais on est tenu d’écrire ces consonnes.....
-Devant <i>t</i>, <i>l</i>, <i>m</i><a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>,
-l’<i>s</i>, encore qu’elle soit écrite, <i>ne sonne
-presque jamais</i>. Par exemple: <i>mon host</i>, prononcez <i>mon
-ôte</i>.&mdash;Ung enfant <i>masle</i>, prononcez <i>enfant malle</i>; dans
-ce dernier cas, on double l’<i>l</i> pour remplacer l’<i>s</i>, qui se mange.
-On écrit <i>abysme</i> avec une <i>s</i>, et l’on prononce sans <i>s</i>, <i>abîme</i>.
-Toutes ces règles sont sujettes à beaucoup d’exceptions et
-de commentaires; il y faut beaucoup d’étude.» (<i>Docum.
-inéd. sur l’hist. de France. Relations des ambassadeurs vénitiens</i>,
-t. II, p. 586.)</p>
-
-<p>Cette pièce est de 1577. Rapprochez ce que dit ici Jérôme
-Lippomano, ou son secrétaire, de la règle donnée en 1530 par
-Jean Palsgrave; joignez-y le témoignage de Sylvius, et dites
-si le sens de Th. de Bèze peut être un moment douteux.</p>
-
-<p>Mais M. Guessard est inébranlable:&mdash;«Vous soutenez avec
-Palsgrave qu’en 1530 on n’articulait jamais qu’une consonne
-sur deux; moi je soutiens le contraire contre vous, et au besoin
-contre Palsgrave (il n’est plus aussi sûr que tout à l’heure
-de mettre Palsgrave de son côté). Je le soutiens avec Fabri.»
-(P. 359).</p>
-
-<p>Dites donc que vous le soutenez tout seul et contre tout le
-monde, et contre l’évidence.</p>
-
-<p>Au surplus, il y a dans cette dernière phrase de M. Guessard
-une finesse que je ne veux pas laisser aller inaperçue. «Vous
-soutenez que, <i>en 1530</i>, on n’articulait <i>jamais</i> deux consonnes
-de suite.» Un moment, s’il vous plaît! Je n’ai dit
-cela nulle part. Vous falsifiez ma proposition en y glissant la
-date de 1530. J’ai posé le principe pour le moyen âge, pour
-le <span class="t5">XII</span><sup>e</sup> siècle, si vous voulez une date. J’ai eu bien soin au contraire
-de mettre à part le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, comme époque d’altération,
-<span class="pagenum" id="Page_448">448</span>
-d’ignorance même des lois primitives. Si j’ai cité les paroles
-de Bèze, c’est comme vestige de l’ancienne tradition. Je
-vous ai toujours reproché de vouloir attirer le débat sur le
-<span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, et l’y fixer. Je vous ai dit qu’il n’y avait aucune
-bonne foi à me représenter comme empruntant ma règle à Th.
-de Bèze (p. 11 de ma réponse). J’ai signalé la perfidie de votre
-manœuvre, lorsqu’il s’agit du moyen âge, de faire tout dépendre
-du témoignage d’un écrivain qui touche au <span class="t5">XVII</span><sup>e</sup> siècle.
-Vous n’avez pas laissé de continuer:&mdash;«M. Génin, <i>à l’entendre</i>,
-a voulu prouver ce principe pour le <span class="t5">XII</span><sup>e</sup> siècle, et non
-pour le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup>.» A m’entendre ou à ne m’entendre pas, c’est
-ainsi; et pour peu que j’eusse du style matamore, je pourrais à
-mon tour vous <i>défier résolûment</i> d’élever là-dessus l’ombre
-d’un doute.&mdash;«Ce qui ne l’empêche pas d’invoquer encore un grammairien qui écrivait en
-1530<a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>.»&mdash;Et s’il n’y en a pas
-de plus ancien, qui voulez-vous donc que j’invoque en fait
-d’autorité dogmatique, puisque vous en demandez? Je vous
-cite le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle, par surabondance de droit; et il se trouve à
-présent que, battu par la logique, vous l’êtes encore par toutes
-les autorités, même du <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle. Vous le sentez, et vous
-vous préparez un petit faux-fuyant par cette phrase: «Vous
-soutenez <i>qu’en 1530</i> on ne prononçait <i>jamais</i> deux consonnes
-de suite.» Vraiment, vous auriez trop beau jeu à me
-prouver qu’on les prononçait quelquefois <i>en 1530</i>. Mais ce
-n’est point là la question, et je ne vous laisserai pas nous donner
-le change en feignant de le prendre. A d’autres, Monsieur,
-à d’autres! J’ai fait la guerre contre les Jésuites.</p>
-
-<p>Ce que vous avez à établir par preuves bonnes et loyales,
-ce n’est pas qu’au <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle il y avait diversité, c’est que
-ma règle «<i>n’a jamais existé</i>,» et qu’elle est «<i>d’une absurdité
-manifeste</i>.» C’est là votre thèse: ne reculez pas.</p>
-
-<p>Réflexion faite, l’autorité de Palsgrave a paru inquiétante
-à M. Guessard; et, ne comptant pas trop sur ces passages
-contradictoires dont il se vante par anticipation, il a jugé plus
-prudent de l’atténuer pour le moyen âge, tout en l’admettant
-pour le <span class="t5">XVI</span><sup>e</sup> siècle: «L’observation de Palsgrave,
-<span class="pagenum" id="Page_449">449</span>
-<i>généralement vraie pour le temps où elle a été écrite</i>, le devient
-beaucoup moins si on la reporte à trois ou quatre siècles en
-arrière.»&mdash;C’est bientôt dit; mais où est la preuve? Le critique
-espère se sauver ici à la faveur du vague de l’expression.
-Ce qu’il veut dire, le voici nettement: Eh bien! soit: il se
-peut, après tout, qu’au seizième siècle on ne prononçât pas
-deux consonnes consécutives; mais plus on s’enfoncera dans
-le passé, moins cette règle sera juste. En d’autres termes,
-M. Guessard affirme que plus notre langue vieillit, plus elle
-tend à s’amollir, et à se dépouiller de consonnes. Cela ne mérite
-pas qu’on y réponde.</p>
-
-<p>Dire, au contraire, que par les influences extérieures notre
-langage va chaque jour se durcissant et se chargeant de consonnes,
-c’est émettre une vérité si vulgaire qu’elle en est triviale.
-On ne manque jamais aujourd’hui à prononcer les consonnes
-consécutives<a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>. En sorte que, pour appliquer le
-raisonnement par induction, on dira: La règle actuelle est
-d’articuler les consonnes consécutives; au seizième siècle,
-on ne les articulait que la moitié ou le quart du temps, et <ins id="cor_15" title="seu-ment">seulement</ins>
-dans les mots nouveaux; donc, <i>plus on recule</i> vers l’origine
-de la langue, <i>moins</i> ces consonnes devaient être prononcées.
-Mais M. Guessard, qui a une logique à lui tout seul,
-conclut au contraire: <i>plus</i> elles étaient prononcées.</p>
-
-<p>Prenez le chemin que vous voudrez, le raisonnement, les
-faits, l’autorité des grammairiens, vous arrivez toujours au
-même résultat, savoir: que ma règle est juste, et que j’ai
-donné le vrai sens de Théodore de Bèze. Et quand je dis que
-M. Guessard a fait un contre-sens, il a beau me crier sa démonstration
-favorite: <span class="smcap">Ce n’est pas vrai</span>! (p. 358); s’il ne
-veut pas avouer son erreur, parce qu’il est désagréable de
-s’être trompé si arrogamment, cela ne l’empêchera pas d’en
-être convaincu aux yeux de tout lecteur impartial.</p>
-
-<p><span class="pagenum" id="Page_450">450</span>
-Ce second article de M. Guessard se compose surtout d’observations
-détachées en forme de glossaire. Il est beaucoup
-plus long que le premier; et pour peu qu’il fallût établir sur
-chaque article une controverse pareille à celle qu’a soulevée
-le mot <i>geminata</i>, vous sentez où cela nous mènerait! Deux
-ou trois échantillons suffisent à faire voir avec quelle légèreté
-(non pas de style!), avec quelle témérité passionnée M. Guessard
-se lance dans la contradiction<a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>.
-A tout prendre, j’en suis humilié; car enfin, je croyais valoir la peine qu’on y fît
-un peu plus de façon.</p>
-
-<p>J’ai fait venir <i>âge</i> de la forme ancienne <i>aé</i>, qui touche à
-<i>ætas</i>. Il faut voir là-dessus l’érudition et les dédains de mon
-critique! Je passe sa dissertation, d’après Robert Estienne,
-pour venir au vrai point:&mdash;«Quant à la forme <i>eage</i> qu’on
-écrivait aussi <i>aage</i>, elle suppose un mot de basse latinité,
-comme <i lang="la" xml:lang="la">ætagium</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">aagium</i>. Je ne trouve ni l’un ni l’autre
-dans Du Cange, mais j’y rencontre <i lang="la" xml:lang="la">aagiatus</i>, qui implique
-<i lang="la" xml:lang="la">aagium</i>.» (P. 291.)</p>
-
-<p>Voilà donc sur quoi l’on me condamne en termes si durs:
-<i>âge</i> ne vient pas d’<i>aé</i>, mais d’<i lang="la" xml:lang="la">aagium</i>, qu’à la vérité l’on ne
-rencontre nulle part, mais <i>qui a dû exister</i>, puisqu’on trouve
-<i lang="la" xml:lang="la">aagiatus</i>. La raison est admirable!</p>
-
-<p><i lang="la" xml:lang="la">Aagiatus</i>, que Du Cange cite dans un acte du temps de
-Charles V, c’est-à-dire de la fin du quatorzième siècle, est
-la traduction du français <i>aagié</i>, et Du Cange lui-même en
-avertit. Comme les actes publics, jusqu’à l’ordonnance de
-Villers-Cotterets (1539), se faisaient en latin, on y rencontre
-à chaque instant des mots de la langue vulgaire, qui n’ont
-que la terminaison latine. On trouve aussi dans le Glossaire
-de Du Cange, <i>grossus</i>, <i>blancus</i>, <i>blancheria</i>, <i>borgnus</i>, <i>avantagium</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_451">451</span>
-et une infinité d’autres semblables. Prétendre en conclure
-que ces mots ont existé les premiers, et ont donné naissance
-aux mots français correspondants, serait se moquer du
-monde, et c’est ce que fait M. Guessard: c’est avec un aplomb
-imperturbable qu’il donne la copie pour le modèle, le mot
-calqué pour le prototype. Pour croire à son <i lang="la" xml:lang="la">aagium</i>, j’attendrai
-qu’il nous donne de meilleures preuves qu’<i lang="la" xml:lang="la">aagiatus</i>, et,
-en attendant, je garderai mon étymologie du mot <i>âgé</i> par <i>aé</i>.</p>
-
-<p>«<i>Port</i> signifie <i>défilé</i>, et non <i>porte d’un défilé</i>, comme l’a
-traduit M. Génin.... <i>Port</i> a ici le même sens que <i lang="es" xml:lang="es">puerto</i> en
-espagnol, et l’un et l’autre ont pour racine commune, non
-pas <i lang="la" xml:lang="la">porta</i>, mais <i lang="la" xml:lang="la">portus</i>, <i>un port</i>, qui est en effet
-une sorte de défilé.» (P. 342.)</p>
-
-<p>Si M. Guessard eût pris la peine d’ouvrir Du Cange, il se
-fût convaincu à peu de frais de la fausseté de sa critique. Il y
-eût vu <i>pors</i> traduit en latin par <span lang="la" xml:lang="la"><i>portæ</i>; <i>portæ</i>,
-<i>angustiæ itinerum</i></span>; et en grec par <i>pylaï</i>; il se fût assuré que Jornandès
-et Othon de Frisingue emploient constamment ces expressions,
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>portas caspias</i>, <i>armenicas</i>, <i>cilicas</i>; <i>porta mœsia</i></span>; que les
-<i>pors d’Espagne</i> sont, dans Roger de Hoveden, <i lang="la" xml:lang="la">portæ hispaniæ</i>;
-qu’ainsi l’expression se tire de l’analogie d’un défilé avec
-une <i>porte</i>, et non avec un <i>port</i>. Le dictionnaire espagnol-italien
-de Franciosini explique nettement que <i lang="es" xml:lang="es">puerto</i> est un passage
-étroit entre deux montagnes, <i lang="it" xml:lang="it">una strettezza o passo
-chiuso tra un monte e l’altro</i>.</p>
-
-<p>Au reste, que <i>port</i> vienne de <i lang="la" xml:lang="la">porta</i> ou de <i lang="la" xml:lang="la">portus</i>,
-cela n’importait guère; mais M. Guessard ne voulait rien perdre de ce
-qui pouvait ressembler à une critique. Il ramasse jusqu’aux
-miettes, et puis à la fin il se donne des airs de me faire grâce:
-«Voilà <i>une faible partie des observations</i> auxquelles ce livre
-a paru donner lieu.»&mdash;Cela me rappelle ce bon M. Gail, qui,
-au frontispice de ses livres, imprimait avec une exactitude rigoureuse
-la liste de ses titres et dignités: cela ne faisait guère
-moins de vingt lignes; et puis quand il avait tout passé en revue,
-quand il avait épuisé la nomenclature des académies françaises
-et étrangères, des sociétés savantes, des cordons, croix
-et distinctions de toute espèce, il mettait, <i>etc., etc., etc...</i> J’avais
-<span class="pagenum" id="Page_452">452</span>
-trouvé le premier article de M. Guessard un peu long, et je
-l’avais dit ingénument. Le second dépasse le premier, et on lit
-à l’avant-dernière page: «M. Génin me reproche d’être trop
-long; M. Génin est un <i>ingrat</i>: il me devrait <i>des remercîments</i>
-pour n’avoir fait que la moitié de la besogne qu’il a
-taillée à la critique.» Comment trouvez-vous ce trait final
-d’une diatribe de cent trente-sept pages? C’est la meilleure
-plaisanterie du recueil.</p>
-
-<p>J’avais demandé d’où vient que l’Académie, contrairement
-à l’usage primitif et à la logique, a consacré le mot <i>fort</i> invariable
-dans cette locution: <i>se faire fort</i> (<abbr title="des Variations du langage français"><i>des Var. du lang.
-fr.</i></abbr>, p. 369).</p>
-
-<p>«Cet article a tout lieu de surprendre dans la bouche de
-M. Génin. Il raisonne là comme un de ces grammairiens de
-profession qu’il aime tant à railler, et l’occasion était belle
-de donner à l’Académie une leçon d’ancien français. M. Génin
-aurait pu dire: L’Académie veut que <i>fort</i> soit invariable,
-mais elle ne sait pas pourquoi. Moi, je vais vous l’expliquer.
-C’est encore un archaïsme: jadis tous les adjectifs,
-comme <i>grand</i>, <i>fort</i>, <i>vert</i>, n’avaient qu’une seule et même
-forme pour le masculin et le féminin, comme en latin
-<span lang="la" xml:lang="la"><i>grandis</i>, <i>fortis</i>, <i>viridis</i></span>.»</p>
-
-<p>Il est vrai que je n’ai point pris le ton de cette prosopopée
-avantageuse ordonnée par l’impérieux M. Guessard: <span class="t5">MOI</span>, <i>je
-vais vous expliquer</i>...! J’ai des habitudes moins altières. Mais,
-sans ouvrir une si grande bouche, j’ai dans mon ouvrage exposé
-cette théorie des adjectifs sur les mots <i>grand</i>, <i>fort</i>, <i>vert</i>,
-et plus complétement que ne fait ici M. Guessard<a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>.
-J’y montre comment l’adjectif, invariable en genre, ne l’était qu’à
-la condition de précéder immédiatement son substantif. Qu’ainsi
-l’on disait: «Moult y ot <i>grant noise</i> et
-<i>grant presse</i>;» et: «Or
-fut au lit <i>grande</i> la <i>noise</i>,» à cause de l’article interposé;
-qu’on disait une <i>grant cave</i>, et: «Saül trouva une cave
-<i>grande</i>.»</p>
-
-<p>Or, quand on dit <i>cette femme se fait fort pour son mari</i>,
-<span class="pagenum" id="Page_453">453</span>
-l’adjectif <i>fort</i> suit son substantif <i>femme</i>; donc il doit varier.
-Guillemette, après avoir récité à son mari, <i>l’Avocat
-Patelin</i>, la fable du renard happant le fromage du corbeau,
-ajoute:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">Ainsi est-il, <i>je m’en fais forte</i>,</div>
-<div class="verse8">De ce drap vous l’avez happé</div>
-<div class="verse8">Par blasonner, et attrapé.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Pathelin</i>.)</div>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse8">«Nous nous faisons <i>fortes</i> pour luy.»</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>Petit Jehan de Saintré.</i>)</div>
-
-<p>Les exemples cités par M. Guessard lui-même confirment
-la règle que j’ai posée, et qui reste debout, quoique M. Guessard
-ait affirmé, au début de sa diatribe, que <i>pas une</i> de ces
-règles ne pourrait lui résister.&mdash;«D’une <i>fort fievre</i> dont il
-avoit esté menacé.» (<i>Recueil des histor. de France</i>, III, 284.)&mdash;«Deux
-<i>citez</i> des plus <i>forz</i> de soz le ciel.»
-(<span class="smcap">Villehardouin</span>)<a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>.</p>
-
-<p>M. Guessard propose donc ici une fausse application du
-principe, et réclame comme à faire ce que j’ai fait et au delà.
-Je ne puis supposer qu’il n’ait pas lu mon livre; par conséquent
-il n’ignorait pas la distinction que j’ai établie; puisqu’il
-ne la combat pas, il l’admet: alors que signifient et l’étonnement
-qu’il affecte, et sa manière de résoudre la difficulté
-par une erreur?</p>
-
-<p>Ce passage n’est pas le seul qui réduisît M. Guessard à l’alternative
-fâcheuse de s’avouer étourdi ou de mauvaise foi. Si
-j’avais seulement la moitié de sa témérité, je n’hésiterais pas
-à lui soutenir qu’il n’a pas lu ce qu’il critique; et les preuves
-à l’appui de cette assertion ne me manqueraient pas, car il
-me pose souvent comme invincibles des objections que j’avais
-prévues et résolues d’avance.</p>
-
-<p>Par exemple, sur le mot <i>rien</i>. J’ai mis en principe que cet
-adverbe, affirmatif en soi, n’avait de valeur négative qu’en
-<span class="pagenum" id="Page_454">454</span>
-vertu d’une négation adjointe. Que fait M. Guessard? Il m’allègue
-des exemples où <i>rien</i> nie évidemment, sans être accompagné
-d’aucune négation exprimée; cela semble péremptoire:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Et sa morale, faite à mépriser le bien,</div>
-<div class="verse">Sur l’aigreur de sa bile opère comme <i>rien</i>.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<span class="smcap">Molière</span>.)</div>
-
-<p>Mais ici, et dans une foule de cas semblables, la négation
-est enfermée dans l’ellipse, sans laquelle il est impossible d’analyser
-la phrase, ni même d’entendre la pensée: Sa morale
-opère comme <i>rien n’opère</i>.</p>
-
-<p>Est-il venu quelqu’un?&mdash;<i>Personne</i>. Voyez-vous beaucoup
-de monde?&mdash;<i>Ame qui vive</i>. Il serait trop plaisant qu’on vînt
-soutenir que <i>personne</i>, <i>âme</i>, sont des mots négatifs par eux-mêmes,
-sous prétexte qu’ils servent à nier sans l’addition de
-<i>ne</i>. <i>Ne</i> est dans l’ellipse: il <i>n</i>’est venu <i>personne</i>; je <i>ne</i> vois
-<i>âme</i> qui vive. La vivacité du dialogue fait que l’on court aux
-derniers mots; mais grammaticalement les premiers sont toujours
-supposés.</p>
-
-<p>Autre exemple:&mdash;Ce critique a-t-il de la bonne foi?&mdash;<i>Guère</i>.
-Tout le monde comprend cela: il <i>n</i>’en a <i>guère</i>; c’est
-évident! Bien que la négation soit encore dans l’ellipse, personne
-ne s’y trompera, et n’ira comprendre que le critique a
-beaucoup de bonne foi.</p>
-
-<p>Tout cela est bien expliqué aux pages 504 à 505 de mon
-livre; mais M. Guessard, cette fois encore, n’a point voulu
-voir. Seulement il montre un moment cette explication comme
-de lui, et comme une conjecture possible de son antagoniste;
-et il se hâte de déclarer «qu’il serait <i>prodigieux</i> de sous-entendre
-dans une phrase négative ce qui lui donne précisément
-sa force négative, à savoir la négation.» (Page 345.)
-Dans une phrase complète, soit; dans une elliptique, non;
-et voilà toute la finesse: elle n’est pas grande! Si cela est
-<i>prodigieux</i>, il faut que M. Guessard se résigne à ce prodige,
-ou à soutenir que <i>personne</i> et <i>âme</i> sont des négations.</p>
-
-<p>Par une autre malice aussi ingénieuse, il affecte de
-<span class="pagenum" id="Page_455">455</span>
-confondre dans ses exemples <i>rien</i>, adverbe, avec <i>un rien</i>, substantif,
-afin de les soumettre à une loi commune. Sa discussion
-est un mélange d’éléments hétérogènes, qui déroutent
-le lecteur peu habitué, et l’entraînent d’un principe faux à
-une conséquence fausse. Une autre encore de ses adresses,
-est de réfuter en termes généraux ce qu’il ne pourrait attaquer
-d’une manière directe et de front, en citant le texte.
-Quoi de plus simple que ce que je viens de dire sur la négation
-tantôt exprimée, tantôt elliptique? Un enfant le saisirait.
-Aussi M. Guessard s’est-il bien gardé de le reproduire!
-il n’aurait pas ensuite pu brouiller quatre pages sur <i>rien</i>. Voici
-donc comment il s’exprime:</p>
-
-<p>«C’est une chose curieuse que de considérer <i>les artifices
-d’analyse</i> auxquels M. Génin se livre, <i>les subterfuges</i>, <i>les
-faux-fuyants</i> où il s’engage pour échapper à l’évidence qui
-le poursuit, et surtout pour se donner le plaisir de fustiger
-l’Académie.» (Page 344.)</p>
-
-<p>Me voilà réfuté sans avoir été cité. Tous ces artifices d’analyse,
-ces subterfuges, ces faux-fuyants, vous avez vu à quoi
-cela se réduit. Et comme M. Guessard ne peut supposer dans
-autrui moins que le mensonge, et le mensonge dans des vues
-odieuses, il prend sur lui d’affirmer que je m’efforce d’<i>échapper
-à l’évidence qui me poursuit</i>; et pourquoi? Pour <i>me
-donner le plaisir de fustiger l’Académie</i>! M. Guessard estime
-bien haut le plaisir de fustiger!</p>
-
-<p>C’est qu’il faut savoir que M. Guessard a résolu de se faire
-accepter pour le vengeur de l’Académie, et de réduire en
-poudre les censures que j’ai osé porter contre la dernière édition
-du célèbre Dictionnaire<a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>.
-A voir le zèle singulier qu’il apporte dans cette tâche, on croirait volontiers que toute sa
-<span class="pagenum" id="Page_456">456</span>
-polémique n’a été entreprise que pour en venir là. Si ce zèle
-est sincère, s’il est pur de toute vue intéressée, je n’ai, sauf les
-conclusions grammaticales, rien à y reprendre. Mais jusqu’ici,
-je l’avoue, je n’ai pas cru que l’excès de générosité fût le défaut
-de M. Guessard. Comment donc M. Guessard, habituellement
-si farouche, si ardent à mordre, devient-il tout à coup
-si doux, si indulgent, si tendre, quand il s’agit de l’Académie?
-Comment tout son fiel s’est-il changé en miel? Quelle
-ardeur à défendre les choses les moins défendables, par
-exemple: <i>rien</i>, donné pour adverbe de négation! S’il eût
-trouvé cette erreur dans mon livre, eût-il amoncelé cinq
-pages d’arguments pour la défendre? J’en doute fort. «M. Génin
-rit de l’Académie! L’académie aurait beau jeu pour <i>renvoyer
-la balle</i> à son aristarque!..... L’Académie pourrait
-rendre à M. Génin <i>la monnaie de sa pièce</i>!» (P. 332 et 335.)
-Comme on reconnaît dans ces nobles métaphores le langage
-exalté de la passion! C’est que M. Guessard peut bien plaisanter
-quand il ne s’agit que de la science; mais blesser l’Académie,
-c’est le blesser lui-même à l’endroit le plus sensible;
-alors il s’irrite, il s’indigne, il s’échauffe jusqu’à la prosopopée,
-sa figure favorite. Voici comme il fait parler l’Académie, se
-justifiant d’avoir reçu <i>mie</i> substantif tronqué, pour
-<i>amie</i><a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>:</p>
-
-<p>&mdash;«Jugez un peu de son embarras! L’infortuné jeune homme
-eût été capable de le confondre avec <i>mie de pain</i>; et si par
-ma faute il était tombé dans une telle erreur, il n’aurait pas
-eu assez de tout son esprit pour me railler; dans son dépit,
-Monsieur, il eût encore emprunté le vôtre; et alors c’eût été
-fait de moi! on eût bientôt lu, sur le monument élevé à ma
-mémoire: Ci-gît l’Académie française, morte des traits d’esprit
-que lui décochèrent un jour M. Génin et un jeune Prussien.
-Priez pour elle!» (P. 333.)</p>
-
-<p>Je ne pense pas que l’Académie se reconnaisse à ce langage.
-Elle sera touchée, comme elle doit l’être, de la protection
-<span class="pagenum" id="Page_457">457</span>
-que lui accorde M. Guessard; mais je suis bien trompé, si
-jamais elle lui donne chez elle la charge d’orateur. Si elle
-couronne quelque chose de M. Guessard, ce ne sera pas ce
-discours-là<a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>.</p>
-
-<p>Mon adversaire a manqué d’art, sinon d’artifice, dans son
-procédé. Sa manœuvre est trop à découvert; les tons de son
-tableau sont trop crus et trop heurtés; il a trop négligé les
-ombres et les voiles, <i lang="la" xml:lang="la">partes velare tegendas</i>. Le contraste perpétuel
-qu’il a soin d’établir sous les yeux de l’Académie entre
-sa conduite et la mienne, entre mes censures et ses apologies,
-pourra choquer la délicatesse de ceux-là même qui se sont
-montrés offensés de mes critiques. M. Guessard s’alarme avec
-trop de faste d’un danger qui n’a point d’apparence; il s’empresse
-trop de jeter des cris de détresse et de voler au secours.
-Il voudrait faire croire que l’Académie a peur de moi, et <i>par
-conséquent</i> besoin de lui. C’est se faire de fête où l’on n’est
-point nécessaire, et l’Académie est assez forte toute seule. Apparemment
-M. Guessard trouve dans son rôle de grands sujets
-d’espérance: je ne vois dans le mien aucun sujet d’inquiétude.
-Ainsi nous avons tous deux bonne confiance en l’Académie,
-mais par des motifs diamétralement opposés. En cet endroit,
-si l’on me trouve obscur, c’est que j’aime mieux manquer de
-clarté que de pudeur. Avant peu, l’on connaîtra le secret de
-cette polémique, et l’on pourra dignement apprécier le bon
-<span class="pagenum" id="Page_458">458</span>
-goût, l’élévation d’âme qui a combiné cette défense de l’Académie
-auprès de ces attaques contre mon ouvrage. Je ne sais
-quel en sera le dernier succès; je sais seulement qu’en certaines
-circonstances données, les flatteries me sembleraient plus injurieuses
-que les censures. Les raisons de M. Guessard en
-faveur de l’Académie se présentent avec une négligence qui
-provoque l’attaque par l’appât d’une victoire aisée. Le piége
-est bien grossier! Je l’ai vu, je le méprise, et je passe.</p>
-
-<p>La lecture de cette immense diatribe m’a pourtant appris
-quelque chose dont, je l’avoue, je ne me doutais pas: c’est
-que je n’ai pas fait mon livre; je l’ai pillé de tous côtés. Si
-j’en crois la formidable mémoire de mon critique, il n’est
-personne parmi les vivants ou les morts qui n’ait à revendiquer
-son bien dans ce que je croyais mon ouvrage. M. Raynouard,
-M. Ampère, M. Paulin Paris, M. Francis Wey,
-M. Francisque Michel, M. Guessard lui-même (<i lang="la" xml:lang="la">proh pudor!</i>),
-Robert Estienne, Fabry, Roquefort, Du Cange, l’<i>inappréciable
-Du Cange</i> (Du Cange n’attendait plus que cette épithète
-de M. Guessard), tous ces noms ne forment pas la
-moitié de la litanie des savants dépouillés par mes larcins:
-larcin est le mot, car M. Guessard ne suppose jamais qu’on
-ne sache point par cœur ses écrits et ceux de ses amis; il n’admet
-pas de rencontre fortuite, ce sont toujours des vols prémédités:
-or, il ne reçoit dans un livre de philologie que des
-idées toutes neuves, absolument inédites; ou bien, chaque
-fois qu’on passe devant une idée précédemment effleurée ou
-entrevue par un autre, il faut tirer son chapeau et rendre
-hommage. C’est ainsi qu’on en use dans les coteries du jour:&mdash;Je
-suis redevable de ce mot au savant M. un tel, dont l’inépuisable
-érudition égale l’obligeance infatigable. Je le prie de
-recevoir ici mes remercîments.&mdash;Le lendemain, M. un
-tel fait imprimer à son tour, et n’oublie pas de mettre
-en note dans le bel endroit:&mdash;Je saisis cette occasion
-d’offrir le tribut de ma reconnaissance publique à mon savant
-ami M. tel autre, dont les vastes lumières sont d’un
-si grand secours à tous ceux qui s’occupent de ces questions.&mdash;La
-France s’honore de ses travaux!&mdash;l’étranger nous l’envie!
-<span class="pagenum" id="Page_459">459</span>
-etc., etc. C’est ainsi qu’à propos de tout et de rien, d’un
-manuscrit indiqué, d’une syllabe restituée, d’une virgule rectifiée,
-on sonne des fanfares mutuelles, on se fait connaître
-réciproquement, on se tient, on se pousse, on arrive à quelque
-chose, ne fût-ce qu’à la croix d’honneur; on obtient le
-grand résultat, le résultat unique qui se poursuive aujourd’hui,
-et n’importe par quel chemin: paraître, faire du bruit,
-être quelqu’un, <i lang="la" xml:lang="la">esse aliquis!</i></p>
-
-<p>Nous avons continuellement sous les yeux la scène de
-Trissotin et Vadius: ils n’en ont retranché que la fin; ils ne
-déposent plus l’encensoir pour se gourmer et se prendre aux
-cheveux; l’art de donner le coup de poing et le croc-en-jambe
-ne s’exerce plus qu’envers les membres d’une coterie
-adverse; et, naturellement, qui n’appartient à aucune les a
-toutes contre soi.</p>
-
-<p>De même que dans les salles d’escrime chaque maître
-bretteur a sa botte secrète et favorite, de même ici j’observe
-que cette accusation de plagiat paraît être la botte secrète, le
-moyen victorieux de M. Guessard. Voici la formule fondamentale
-mise à nu: Ce qui est de vous est détestable; ce qui est
-bon n’est pas de vous. Lorsque M. Ampère publia son <i>Histoire
-de la formation de la langue française</i>, le même M. Guessard
-précipita sur ce livre son avalanche de petites critiques pointues,
-nébuleuses, douteuses, entortillées, auxquelles le lecteur a
-plus tôt fait de se rendre sans conviction que de les examiner
-à la loupe, avec la certitude de plusieurs migraines. Ce n’est
-point faire un grand compliment à M. Ampère que de répéter
-ici que sa science est hors de doute. Écoutez cependant
-M. Guessard:</p>
-
-<p>«L’ouvrage de M. Ampère <i>n’est pas original, il s’en faut!</i>
-Il ne l’est ni dans la théorie générale, ni dans les détails. M. Ampère
-<i>a emprunté son système sur la formation des langues
-néo-latines à Scipion Maffei</i>, l’a habillé d’un surtout indo-européen,
-et l’a présenté au lecteur ainsi déguisé. A côté de
-ce système s’élevait celui de <i>M. Raynouard</i>; M. Ampère l’a
-attaqué et renversé <i>avec les armes de M. Fauriel</i>...»</p>
-
-<p>Le reste de ce long passage constitue M. Ampère débiteur
-<span class="pagenum" id="Page_460">460</span>
-de M. Dietz, de M. Schlegel, de M. Orell, de M. Lewis; et
-quand il est à bout de noms propres, M. Guessard fait arriver
-les complaisants <i>et cætera</i> de M. Gail, qui du moins ne les
-employait, lui, qu’à se louer, et non pas à diffamer les autres.</p>
-
-<p>Un petit détail entre mille, pour faire apprécier la méthode
-et la sincérité de M. Guessard. M. Ampère n’a pas cru devoir
-reconnaître aux dialectes l’importance que leur attribuait le
-livre de Fallot, en quoi je suis parfaitement de son avis; de
-sorte que M. Ampère, ni moi, ne nous en sommes point occupés.
-M. Guessard trouva que c’était une impardonnable
-lacune dans M. Ampère.&mdash;«Une grande question et neuve,
-celle des dialectes, offrait à l’historien de la langue française
-l’occasion de déployer toute sa sagacité philologique; mais
-il n’existait sur ce sujet qu’un livre, un seul, imparfait,
-inexact même. L’analyser était imprudent; (pourquoi?)
-pour le refaire il fallait du temps, <i>et le reste</i>. M. Ampère a
-nié l’importance du problème, et par là il s’est évité de le
-résoudre.» (<i><abbr title="Bibliothèque de l’École">Bibliot. de l’Éc.</abbr> des chartes</i>, octobre 1831,
-p. 100.)</p>
-
-<p>Maintenant il s’agit de blâmer le même tort chez moi, et surtout
-de l’aggraver le plus possible:</p>
-
-<p>«Tout autre que M. Génin, qui aurait pris pour sujet l’histoire
-de la formation de la langue française, <i>aurait pu, sans
-trop d’inconvénient, négliger les dialectes</i>; cette négligence
-n’était pas permise dans un livre sur la prononciation.»
-(<i><abbr title="Bibliothèque de l’École">Biblioth. de l’Éc.</abbr> des chartes</i>, janvier 1846, p. 198.)</p>
-
-<p>Ainsi, en 1841, M. Guessard déclare le péché de M. Ampère
-irrémissible: Négliger les dialectes dans une <i>histoire de
-la formation de la langue</i>! ô ciel!.....</p>
-
-<p>En 1846, je comparais à mon tour au tribunal de la pénitence.
-Aussitôt M. Ampère se trouve innocent, et l’anathème
-passe de sa tête sur la mienne: On pourrait sans inconvénient
-négliger les dialectes dans une <i>histoire de la formation de la
-langue</i>; mais dans les <i>Variations du langage français</i>, c’est
-impardonnable.</p>
-
-<p>Cela ressemble un peu à la casuistique des révérends pères
-Jésuites, qui prisent si haut dans leur journal l’esprit charmant
-<span class="pagenum" id="Page_461">461</span>
-et la vaste érudition de M. Guessard. Comme eux, M. Guessard
-a ses principes de rechange, selon les temps et les gens; ce système
-n’est pas moins commode en critique qu’en morale, et je
-ne suis pas surpris que cette théologie prête la main à cette
-philologie: ce sont des sœurs qui s’embrassent: <i lang="la" xml:lang="la">geminata
-consonans</i>.</p>
-
-<p>On vient de voir comment M. Guessard juge une moitié du
-livre de M. Ampère, la moitié d’emprunt; quant à l’autre partie,
-celle qui appartient en propre à l’auteur, écoutez le ton
-dogmatique de M. Guessard, présidant du haut de son tribunal
-infaillible:</p>
-
-<p>&mdash;«Je vois un mauvais système mal appliqué, au fond;
-dans la forme, nul enchaînement, nulle suite, nul ordre rigoureux.
-Beaucoup de lecture et d’acquit, mais peu ou point
-d’intelligence directe du sujet. Du métier, de la science, <i>si
-l’on veut</i>, mais point d’études mûres et profondes sur les faits
-(<i>des études mûres et profondes!</i>); <i>des généralisations
-indiscrètes</i><a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>;
-trop de détails puérils ou faux.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i><abbr title="Bibliothèque de l’École des Chartes">Bibl.
-de l’Éc. des ch.</abbr>, octobre</i> 1841, p. 101.)</div>
-
-<p>En d’autres termes: Ce qui est de vous est détestable; ce
-qui est bon n’est pas de vous.</p>
-
-<p>M. Guessard a-t-il, comme il y visait, détruit le livre de
-M. Ampère? Pas le moins du monde.</p>
-
-<p>Dans les citations précédentes, substituez mon nom à celui
-de M. Ampère, vous aurez la critique que M. Guessard a faite
-de mon livre, la seule apparemment qu’il sache faire. Quand
-M. Guessard publiera des travaux philologiques, ces travaux
-seront tous <i lang="it" xml:lang="it">di prima intenzione</i>; il ne s’appuiera sur rien ni
-sur personne; il tirera tout de son imagination et de son génie.
-Mais quand en publiera-t-il? quand luira ce grand jour?
-<span class="pagenum" id="Page_462">462</span>
-Gare qu’on ne puisse appliquer trop justement à M. Guessard
-l’épigramme de J. B. Rousseau:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse10">Petits auteurs d’un fort mauvais journal,</div>
-<div class="verse10">Pour Dieu, tâchez d’écrire un peu moins mal,</div>
-<div class="verse10">Ou taisez-vous sur les écrits des autres.</div>
-<div class="verse10">Vous vous tuez à chercher dans les nôtres</div>
-<div class="verse10">De quoi blâmer, et l’y trouvez très-bien;</div>
-<div class="verse10">Nous, au rebours, nous cherchons dans les vôtres</div>
-<div class="verse10">De quoi louer, et nous n’y trouvons rien.</div>
-</div>
-
-<p class="sep2">J’avais déclaré ne travailler que pour la recherche de la vérité;
-M. Guessard m’exhorte à ne travailler désormais que pour
-l’argent, parce que la vérité, dit-il, me fuira toujours. Je ne
-crois pas plus à cet oracle qu’aux autres sortis de la même
-bouche, et je renvoie le conseil à son auteur, qui seul de nous
-deux est digne de le suivre, ayant été capable de le donner.</p>
-
-<p>Veuillez recevoir, Monsieur et cher Éditeur, l’assurance de
-mes sentiments les plus distingués et affectueux.</p>
-
-<p class="date">Paris, le 30 octobre 1846.</p>
-
-<p class="sign"><span class="sright"><span class="smcap">F. Génin</span>,</span><br />
-<span class="t5">Professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg.</span></p>
-
-<p class="sep2"><i>P. S.</i> On vient de me montrer, dans un journal
-<i>religieux</i><a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>,
-deux articles où je suis diffamé, travesti, calomnié,
-insulté, <i>etc.</i>, pour la plus grande gloire de M. Guessard et de
-saint Ignace de Loyola. Depuis la publication de mes <i>Jésuites</i>,
-l’<i>Univers</i> s’efforce charitablement d’appeler sur moi les rigueurs
-du pouvoir; depuis notre concours sur la langue de
-Molière, M. Guessard sollicitait <i>discrètement</i> contre mes travaux
-le ressentiment de l’Académie; tous deux travaillent à
-me perdre dans l’opinion publique. Aimable concert! pieuse
-collaboration! association honnête et morale! M. Guessard
-<span class="pagenum" id="Page_463">463</span>
-connaît sans doute l’écrivain anonyme qui le porte aux nues, et reproduit
-si affectueusement ses doctrines et ses objections contre
-mon livre (sans dire un mot de mes réponses). Pour moi,
-je ne le connais ni ne veux le connaître. Je vois seulement que
-M. Guessard a pour soi l’<i>Univers</i>; mais comme c’est l’<i>Univers</i>
-qui loge rue du Vieux-Colombier, n<sup>o</sup> 29, je ne m’en inquiète
-guère: j’ai depuis longtemps renoncé à l’espoir d’être canonisé
-par les jésuites; au contraire, je suis ravi de voir les opinions
-de M. Guessard soutenues par la Société de Jésus: d’une et
-d’autre part l’orthodoxie me semble égale, et j’espère que
-les deux causes, unies dans la défense, ne seront point séparées
-dans le succès définitif.</p>
-
-</div>
-
-<div class="npage">
-
- <div class="footnotes">
-
-<h3>NOTES</h3>
-
-<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a>
-«Un point sur lequel je m’exprimerai avec une entière assurance,
-parce qu’il est un pur objet de patience et d’exactitude, c’est la correction
-du texte.......... J’ai suivi ces éditions originales avec une exactitude
-scrupuleuse.» (<i>Avertissement</i>, p. XVIII et XXII).</p>
-
-<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a>
-Cette pièce est fort rare; la bibliothèque du Roi ne la possède pas.
-Je dois à l’obligeance de M. A. F. Didot d’avoir pu faire cette vérification,
-et beaucoup d’autres non moins importantes.</p>
-
-<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a>
-De la bibliothèque de M. A. F. Didot.</p>
-
-<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a>
-On n’a point la date positive de la naissance de Molière, mais on a
-l’acte de mariage de ses père et mère, du 27 avril 1621. Tous les anciens
-biographes de Molière le font naître, par une erreur manifeste, en 1620
-ou 1621. Il est probable qu’il fut baptisé le jour même de sa naissance;
-s’il en était autrement, l’acte de baptême l’indiquerait, selon l’usage
-constant du dix-septième siècle.</p>
-
-<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a>
-<i>Les Précieuses ridicules</i> sont de 1659; <i>les Femmes savantes</i>,
-de 1672. Molière mourut au commencement de 1673.</p>
-
-<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a>
-<i>Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière</i>, dans le <i>Mercure</i> de
-mai 1740.</p>
-
-<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a>
-Acte III, scène 9.</p>
-
-<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a>
-Le roi fut représenté par le duc de Créquy, premier gentilhomme
-de la chambre, ambassadeur à Rome; madame de Choiseul, maréchale
-du Plessis, représenta madame Henriette. L’acte est du 28 février 1664;
-il est rapporté dans l’<i>Histoire de la vie et des ouvrages de Molière</i>, par
-M. J. Taschereau, 3<sup>e</sup> édit., p. 237.</p>
-
-<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a>
-<i>Mémoires</i> de l’abbé Morellet, <span class="t5">II</span>, 271.</p>
-
-<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a>
-Acte IV, scène 3.</p>
-
-<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a>
-<i>Cours de littérature dramatique</i>, tome <span class="t5">III</span>, page 90.</p>
-
-<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a>
-Racine, arrivant d’Uzès, vint soumettre à Molière son premier essai
-de tragédie, <i>Théagène et Chariclée</i>; Molière lui donna cent louis, et le
-sujet de <i>la Thébaïde</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a>
-Voyez dans <i>le Lexique</i> l’article <a href="#ils_disparates"><span class="t5">IL</span></a>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a>
-Lettre de Fénelon à Louis XIV, p. 32, éd. de M. Renouard.</p>
-
-<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a>
-<i>Sermon</i> pour le septième dimanche après Pâques.</p>
-
-<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a>
-<i>Télémaque</i>, livre <span class="t5">XVIII</span>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a>
-<span class="smcap">D’Alembert</span>, <i>Eloge de Fénelon</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a>
-On publia en trois volumes le récit de cette plaisanterie, sous le
-titre d’<i>Histoire comique du mandarinat de l’abbé de Saint-Martin</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a>
-Grandménil, qui jouait Harpagon au naturel, trouvait aussi la pièce
-fort bonne: il y avait pourtant remarqué une faute.&mdash;Laquelle? C’est au
-sujet du diamant qu’au nom de son père Éraste fait accepter à Élise.
-Plus tard, au dénoûment, le mariage d’Harpagon est rompu, c’est Éraste
-qui épouse Élise, et il n’est plus question de ce diamant! Harpagon devrait
-le réclamer.&mdash;L’art a beau être habile, la nature garde toujours sa
-supériorité.</p>
-
-<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a>
-Grimarest, <i>Vie de Molière</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a>
-<i>Mémoires sur la vie et les ouvrages de Molière.</i></p>
-
-<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a>
-Voltaire, lettre à Chamfort, du 27 septembre 1769. Harlay de
-Champvallon mourut à Conflans en août 1695, <i>assisté</i> de M<sup>me</sup> de Lesdiguières,
-comme plus tard le régent, de la duchesse de Phalaris.</p>
-
-<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a>
-Louis, filleul du roi, né en 1664, l’année de la première apparition
-de <i>Tartufe</i>;&mdash;Esprit-Madeleine, née le 4 août 1665, qui fut madame
-de Montalant;&mdash;et Jean-Baptiste-Armand, né en septembre 1672, l’année
-des <i>Femmes savantes</i>, cinq mois avant la mort de son père. Cet enfant,
-fruit d’un raccommodement tardif, ne vécut qu’un mois.</p>
-
-<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a>
-Voyez M. J. Taschereau, <i>Histoire de la vie et des ouvrages de Molière</i>,
-page 55, 3<sup>e</sup> édition.</p>
-
-<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a>
-<i>Zélinde</i>, ou <i>la véritable critique de l’École des femmes</i>, acte I<sup>er</sup>,
-scène 7.&mdash;<i>La Guerre comique</i> ou <i>la Défense de l’École des femmes</i>, par
-le sieur de Lacroix (1664), se compose d’un dialogue entre Apollon et
-Momus, suivi de quatre <i>Disputes</i>. Dans la dernière dispute on voit figurer
-le personnage de la Rancune, du <i>Roman comique</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a>
-Voyez l’article <a href="#vers_blancs"><i>VERS BLANCS</i></a>, du Lexique.</p>
-
-<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a>
-Cette expression semble bizarre, surtout au moment où la Bruyère
-se glorifie de la <i>netteté</i> de son discours. Comment peut-on réduire le
-<i>style</i>, qui est un terme général, à <i>la phrase</i>, qui est un terme particulier?
-Le contraire se comprendrait mieux: on ramena la phrase au style français.
-C’est ce qu’a voulu dire la Bruyère.</p>
-
-<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a>
-Voyez les articles <a href="#metaphores"><span class="t5">MÉTAPHORES VICIEUSES</span></a>;
-<a href="#ils_disparates"><span class="t5">IL</span></a>; <a href="#on"><span class="t5">ON</span></a>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a>
-Mais aussi voyez, au milieu de ses erreurs, quand il rencontre un
-filon de vérité, comment il en tire parti! La scène de jalousie de <i>Don
-Garcie</i> a passé dans <i>le Misanthrope</i>, où elle brille.</p>
-
-<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a>
-Aussi l’historien de la société, c’est-à-dire, le panégyriste des <i>Précieuses</i>,
-met-il sans hésiter la Bruyère fort au-dessus de Molière: «Supérieur
-à Molière par l’étendue, la profondeur, la diversité, la sagacité,
-la moralité de ses observations, il est son émule dans l’art d’écrire et
-de décrire; et son talent de peindre est si parfait, qu’il n’a pas besoin
-de comédien pour vous imprimer dans l’esprit la figure et le mouvement
-de ses personnages.»</p>
-
-<div class="citsrct">(<i><abbr title="Histoire de la société polie">Hist. de la soc. pol.</abbr></i> p. 414, 415.)</div>
-
-<p>On ne discute pas de tels jugements, encore moins les combat-on; il
-suffit de les exposer. Pour avoir osé écrire celui-là, il faut que M. R. ait
-trouvé de grands rapports entre son propre talent et celui de la Bruyère.</p>
-
-<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a>
-Voyez ce curieux morceau dans le tome <span class="t5">XI</span> des <i>Œuvres de Bossuet</i>,
-in-quarto.</p>
-
-<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a>
-L’incertitude de Bossuet était-elle sincère? Était-il si mal instruit de
-ce qui concernait la personne et les œuvres de Molière? Molière n’a point
-fait de <i>Médecin par force</i>; Bossuet ignorait-il le titre du <i>Médecin malgré
-lui</i>?</p>
-
-<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a>
-<span class="smcap">Fléchier</span>, <i>Mémoires sur les Grands Jours</i> de 1665.</p>
-
-<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a>
-Voyez <i>le Conservateur</i>, avril 1758.</p>
-
-<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a></p>
-
-<div class="poemfn">
-<div class="verse">Despréaux sans argent, crotté jusqu’à l’échine,</div>
-<div class="verse">S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine;</div>
-<div class="verse">Son Turlupin l’assiste, et, jouant de son nez,</div>
-<div class="verse">Chez le sot campagnard gagne de bons dîners, etc.....</div>
-</div>
-
-<p>Ce même Cotin fit contre son ancien ami Ménage une satire intitulée
-<i>la Ménagerie</i>. On voit qu’il ne se contentait pas d’être un méchant poëte;
-il était encore un méchant homme.</p>
-
-<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a>
-M. Rœderer met toujours <i>Cottin</i> par deux <i>t</i>. Il défigure le nom de
-son héros, comme ceux de <i>la Fare</i> et de <i>Roberval</i>, qu’il écrit <i>Lafarre</i>,
-et <i>Robervalle</i>. Ce sont de petits détails, mais non pas sans importance dans
-un livre qui prétend surtout tirer sa valeur de l’exactitude parfaite des
-petits détails.</p>
-
-<p class="fnf">En voici de plus essentiels:</p>
-
-<p class="fnf">M. Rœderer (p. 195) fait la Fontaine plus jeune que Molière, dont il
-place la naissance en 1620. L’acte de naissance authentique de Molière,
-publié en 1821, prouve que Molière est né en 1622, et donne raison à
-Bret, qui avait indiqué cette date. Ainsi Molière était d’un an plus jeune
-que la Fontaine.</p>
-
-<p class="fnf">(P. 28.) Il ne devrait plus être permis de répéter le conte du génie de
-la Fontaine, éveillé en sursaut à vingt-six ans par la lecture d’une ode
-de Malherbe. L’ouvrage de M. Walckenaer, fort antérieur à celui de
-M. Rœderer, a démontré la fausseté de cette historiette.</p>
-
-<p class="fnf">M. Rœderer donne comme un fait notoire et au-dessus de tout examen la
-représentation des <i>Précieuses ridicules</i> en province en 1654, c’est-à-dire,
-cinq ans avant la représentation à Paris. Il affirme, sans aucune preuve,
-que cette comédie fut jouée à Béziers, durant les états de Provence. C’est
-là, dit-il, un fait <i>indubitable</i> que personne n’a jamais contredit. Il a été
-contredit par Somaise, par de Visé, par les frères Parfaict, et après eux par
-Bret et par M. Taschereau. Il est surtout démenti de la manière la plus
-formelle par le registre de la Comédie, écrit de la main de la Grange,
-où il est dit, page 3, que <i>l’Étourdi</i> et <i>le Dépit</i> avaient été joués en
-province, et, page 12, que <i>les Précieuses</i> étaient <i>une pièce nouvelle</i>; et
-la Grange, qui y créa le rôle de Jodelet, a répété ce témoignage dans
-son édition des œuvres de Molière: «En 1659, M. de Molière <span class="smcap">fit</span> <i>les
-Précieuses ridicules</i>.»</p>
-
-<p class="fnf">Ces preuves avaient été rassemblées dans l’estimable travail de M. Taschereau,
-que M. Rœderer qualifie d’<i>absurde</i> et d’<i>odieux</i>, parce qu’il
-contrarie son système sur <i>les Précieuses</i>. Il eût mieux fait de le lire que
-de l’injurier.</p>
-
-<p class="fnf">Enfin, M. Rœderer (p. 10) combat l’opinion de ceux qui attribuent à
-Molière, à Racine, à Boileau, et aux écrivains de leur temps, le perfectionnement
-de la langue française; et, parmi les auteurs à qui il attribue
-réellement ce mérite, et qui écrivaient, dit-il, longtemps avant le
-siècle de Louis XIV, il cite madame de Sévigné entre Regnier, Corneille
-et Malherbe.</p>
-
-<p class="fnf">D’abord, ni la langue de Malherbe et de Regnier, ni même la langue
-de Corneille, n’est celle de Racine et de Boileau.</p>
-
-<p class="fnf">Ensuite le recueil des lettres de madame de Sévigné ne commence qu’en
-1671. Il est vrai que nous n’avons pas toute sa correspondance; mais
-il faut être aussi prévenu et aussi intrépide que M. Rœderer pour se faire
-un argument de ces lettres perdues, dont on ignore et le nombre et la
-date: «<i>Une multitude d’autres</i> sont perdues. On pourrait assurer, <i>sans les
-connaître</i>, que ce sont les plus curieuses, les plus variées, les plus
-charmantes.» Tout est possible à M. Rœderer, hormis de dissimuler
-sa passion. A chaque page de son livre on reconnaît l’homme qui discute
-avec un parti pris, et ne se fait aucun scrupule d’altérer, de mutiler l’histoire,
-pour la plier à ses idées.</p>
-
-<p class="fnf">Quant à dire que Cathos et Madelon sont «des bourgeoises <i>presque
-canailles</i>;» que Tallemant parle de madame de Sablé «comme d’une
-intrigante fieffée et d’une <i>insigne catin</i> (p. 240); ces expressions et beaucoup
-d’autres pareilles, semblent indiquer que l’auteur n’était pas né pour
-être l’historien de la société polie.</p>
-
-<p class="fnf">Au reste, cette prétendue histoire de la société polie se résume en trois
-points: éloge de l’hôtel de Rambouillet; invectives contre Molière; amours
-de Louis XIV avec M<sup>lle</sup> de la Vallière, M<sup>me</sup> de Montespan, M<sup>me</sup> de Maintenon,
-M<sup>me</sup> de Ludre, M<sup>me</sup> de Gramont et M<sup>lle</sup> de Fontanges. Sur
-trente-sept chapitres, les intrigues galantes de Louis XIV en remplissent
-treize, qui font plus de la moitié du volume. L’auteur prétend que «le
-triomphe de M<sup>me</sup> de Maintenon est celui de la société polie.»&mdash;«On sait,
-dit-il, que le mariage de M<sup>me</sup> de Maintenon fut une longue partie d’échecs,
-où la veuve Scarron fit son adversaire mat en avançant opiniâtrement la religion.»
-M. Rœderer disserte là-dessus en docteur qui aurait pris ses degrés
-dans les cours d’amour, et son style cette fois est tout à fait digne de
-l’hôtel de Rambouillet: «La main du roi fut sollicitée par la religion en
-faveur de l’amour; l’amour l’aurait peut-être donnée sans elle, et elle
-ne l’aurait pas donnée sans lui.» (P. 464.) L’abbé Cotin ou l’abbé de
-Pure n’eût pas rencontré mieux.</p>
-
-<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a>
-La vie de Molière a été souvent écrite. Parmi ses historiens, les plus
-célèbres sont Grimarest et Voltaire; c’est la source où sont allés puiser
-tous les autres. Le livre de Grimarest a l’avantage d’être le plus rapproché
-des faits qu’il expose; mais il manque de critique et de style. L’écrit de
-Voltaire fourmille d’inexactitudes et de négligences; il n’est digne ni de
-Voltaire ni de Molière. L’auteur, travaillant pour obliger un libraire, attachait
-à son œuvre une importance fort médiocre: il comptait en rejeter
-la responsabilité, et s’évader par l’anonyme. Mais Voltaire aurait dû se
-rendre plus de justice, et sentir que tout lui serait possible en littérature,
-hormis de se cacher. Dans ces derniers temps, des découvertes importantes,
-dues en partie à M. de Beffara, ont révélé des faits jusqu’ici inconnus, et
-mis à même de rectifier des erreurs graves. En sorte que, pour l’abondance
-des renseignements comme pour la sûreté de la critique, rien n’approche
-du travail de M. Jules Taschereau, <i>Histoire de la vie et des ouvrages de
-Molière</i>, souvent cité dans cette notice. C’est un monument durable, élevé
-par une main habile et pieuse à la gloire du père de la comédie
-française.</p>
-
-<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a>
-De <i>caimant</i> il nous reste <i>quémander</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a>
-Les effets de l’amour.</p>
-
-<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a>
-Le cocuage.</p>
-
-<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a>
-La règle relative au <i>c</i> s’appliquait au <i>g</i>, qui n’est qu’un adoucissement du <i>c</i>. Apparemment,
-sans l’aspiration interposée, le <i>g</i> de <i>Galeatto</i> se fût prononcé comme celui
-de <i lang="it" xml:lang="it">girare</i>, <i lang="it" xml:lang="it">gelare</i>, au lieu d’être tenu dur comme dans
-<i lang="it" xml:lang="it">ghiaccia</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a>
-Sur les anciennes monnaies d’Espagne, Ferdinand et Isabelle sont représentés
-face à face.</p>
-
-<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a>
-<i>Des variations du <abbr title="langage français">lang. fr.</abbr></i>, p. 46, 47.</p>
-
-<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a>
-<i>Synonymes français</i>, par M. B. Lafaye, p. 600.</p>
-
-<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a>
-La forme <i>comme</i> (<i>cume</i>) se rencontre seule dans les <i>Rois</i>. <i>Comment</i> est postérieur,
-et aura été formé pour l’euphonie.</p>
-
-<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a>
-<i>Si</i> gouvernait le subjonctif devant l’imparfait, comme en latin.</p>
-
-<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a>
-Cocus.</p>
-
-<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a>
-Ou <i lang="la" xml:lang="la">depoculassere</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a>
-<i>Des Synonymes français</i>, par M. B. Lafaye.</p>
-
-<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a>
-<i>Résumé de toutes les grammaires</i>, par N. Landais.</p>
-
-<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a>
-«Le enfançunet que David out engendred de la femme Urie, <i>enmaladid</i> e fut
-desesperez. (<i>Rois</i>, 160.) Si l’amad tant forment qu’il <i>enmaladid</i>
-(<i>Rois</i>, 162.) Mes sires me
-guerpi, pur co que ier e avant ier <i>enmaladi</i>. (<i>Rois</i> 115.)»</p>
-
-<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a>
-<i>Traité des Synonymes</i>, par M. B. Lafaye. Mon dessein n’est nullement de faire de
-la peine à l’auteur de ce travail consciencieux. Je désire montrer seulement combien
-il est utile de connaître l’ancienne langue pour étudier la langue moderne. S’il eût
-consulté la vieille langue, M. B. L. n’eût point dit que <i>amaigrir</i> renfermait la préposition
-<i lang="la" xml:lang="la">ad</i>, et l’erreur du point de départ ne se fût pas répandue sur toute la route.</p>
-
-<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a>
-Les lois civiles et politiques, s’entend; car quant aux lois de la grammaire et du
-langage, on ne saurait trop en examiner et maintenir l’origine.</p>
-
-<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a>
-Le consentement d’un autre.</p>
-
-<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a>
-<abbr title="Des variations du langage français"><i>Des Variat. du lang. fr.</i></abbr>, p. 375.</p>
-
-<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a>
-Le mariage.</p>
-
-<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a>
-<i>Cremir</i>, craindre, de <i lang="la" xml:lang="la">tremere</i>, pour <i>tremir</i>. <i>Cremir</i> est devenu
-<i>craindre</i>, le <i>c</i> continuant à remplacer le <i>t</i>; car il semble qu’on dût dire <i>traindre</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a>
-Craquer.</p>
-
-<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a>
-Ouvrage ascétique, composé en espagnol par le père Louis de Grenade.</p>
-
-<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a>
-Suivant l’opinion reçue et l’ordre adopté. Je crois, après un mûr examen, que ce
-fut le premier. L’<i>Étourdi</i> et le <i>Dépit</i> ayant été composés en province, on n’a pu en
-savoir la chronologie très-authentique. Il est certain que l’<i>Étourdi</i>, par rapport à
-la conception comme par rapport au style, montra un progrès immense sur le <i>Dépit</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a>
-En lui envoyant un sonnet sur la mort du jeune Lamothe-Levayer.</p>
-
-<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a>
-<i>Sade</i> marquait un sérieux doux, une contenance réservée avec grâce. Plusieurs
-écrivains du XV<sup>e</sup> siècle ont pris <i>sade</i> et son diminutif <i>sadinet</i> pour <i>gentil</i>, <i>agréable</i>. Les
-Anglais, entraînant l’exagération du mot dans le sens opposé, ont gardé <i lang="en" xml:lang="en">sad</i> pour signifier
-<i>triste</i>. Le sens primitif était intermédiaire. «<i>Sadde</i>, dit Palsgrave (en 1530),
-<span lang="en" xml:lang="en">discrete; <i>sadde</i>, full of gravity</span>.» (<i>Fol. 94 verso.</i>)</p>
-
-<p class="fnf"><i>Sade</i> paraît venir de <i lang="la" xml:lang="la">sedatus</i>, et en exprime parfaitement le sens.
-Borel dérive <i>maussade</i> de <i lang="la" xml:lang="la">male satus</i>; c’est une étymologie à la façon de Ménage,
-qui se contente de quelques lettres communes ou analogues pour conclure la filiation. Si <i>maussade</i> vient
-de <i lang="la" xml:lang="la">male satus</i>, <i>sade</i> tout seul signifiera donc <i lang="la" xml:lang="la">satus</i>?
-Borel n’y a pas réfléchi.</p>
-
-<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a>
-Il se donna pour le fils de Dieu, et gagna des partisans, à l’aide desquels il envahissait
-les monastères et en chassait les moines. Pour arrêter cette espèce d’hérésie
-ridicule, il ne fallut rien de moins qu’un concile tenu à Reims, et présidé par le
-pape en personne. Cela se passait en 1148.</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i>Cf. d’Argentré</i>.)</div>
-
-<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a>
-J’ai développé ce point dans les <i>Variations du lang. fr.</i>, p. 177, 301 et suivantes.</p>
-
-<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a>
-Cette pièce est de 1685, Phèdre est de 1677; ainsi Racine avait composé tous ses
-ouvrages, hormis <i>Esther</i> et <i>Athalie</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a>
-Si <i>mentir</i> n’est plus en français un verbe actif, il l’était en latin, et cela revient
-au même. <i lang="la" xml:lang="la">Mentior at si quid....</i> (<span class="smcap">Hor.</span> <i>sat.</i>)</p>
-
-<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a>
-Dans la maison.</p>
-
-<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a>
-On les confondait souvent dans l’usage; mais enfin <i>huis</i>, d’après sa racine
-<i lang="la" xml:lang="la">uscire</i>, <i>sortir</i>, marquait <i>l’ouverture</i> qu’on fermait
-avec la <i>porte</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a>
-«<span lang="la" xml:lang="la">Diabolus et mundus faciunt sicut faciunt pueri ludentes ad pilam vel ad potum
-fractum: dant illum de manu in manum; elevabit quis potum alte, et cadere dimittet,
-et sic frangetur.</span>»</p>
-
-<div class="citsrcts">(<i lang="la" xml:lang="la">Sermones</i>, fol. 15.)</div>
-
-<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a>
-Le soleil, c’est-à-dire Louis XIV.</p>
-
-<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a>
-Bateau.</p>
-
-<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a>
-Au rang de femme.</p>
-
-<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a>
-Le choix qu’ils font d’elle.</p>
-
-<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a>
-Sur cette tmèse de <i>quel... que</i>, seule forme usitée au moyen âge, et corrompue par
-l’ignorance de l’âge suivant, voyez <abbr title="des Variations du langage français"><i>des Var. du lang. fr.</i></abbr>, p. 419, 420, 421.</p>
-
-<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a>
-Chartre, registre, esclandre, chaufferette (chauffrette), de <span lang="la" xml:lang="la"><i>charta</i>,
-<i>regestum</i>, <i>scandalum</i>, <i>chaufeta</i></span>, qui est dans Du Cange.</p>
-
-<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a>
-M. Cousin a omis d’indiquer la page où se trouve cette phrase, citée dans son
-vocabulaire de Pascal, au mot <i>Rengaîner</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a>
-Les liquides ne comptent que pour demi-consonnes, comme, <i>plein</i>, <i>prendre</i>, etc.</p>
-
-<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a>
-C’est effectivement ainsi que le vers est ponctué dans la citation.</p>
-
-<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a>
-<i>Envers</i> et <i>devers</i> se rencontrent déjà dans le livre des Rois:</p>
-
-<p class="cit">«Ore l’aparceif ke felenie n’ad en mei, ne crime <i>envers</i> tei.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Rois.</i> p. 95.)</div>
-
-<p class="cit">(Jéroboam) «pis que nuls ki devant lui out ested
-<i>devers</i> N. S. uverad.»</p>
-
-<div class="citsrc">(<i>Ibid.</i> p. 309.)</div>
-
-<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a>
-«Si Molière ne versifia pas L’<i>Avare</i>, c’est qu’il n’en eut pas le temps.»
-(<span class="smcap">La Harpe</span>).</p>
-
-<p class="fnf">La Harpe ici, comme souvent ailleurs, n’est que l’écho de l’opinion de Voltaire,
-exprimée dans les <i>Questions encyclopédiques</i> à l’article <i>Art dramatique; comédie</i>.</p>
-
-<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a>
-<i>Paysannerie</i> de quatre syllabes, comme <i>paysan</i>, de deux. C’est encore ainsi que l’on
-prononce partout en Bretagne.</p>
-
-<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a>
-Les <i>Annales</i> de Tacite débutent par un hexamètre: «<span lang="la" xml:lang="la">Urbem Romam a principio
-reges habuere.</span>» Le <i>Miserere</i> finit par un pentamètre:</p>
-
-<div class="poem" lang="la" xml:lang="la">
-<div class="verse-2">Imponent super altare tuum vitulos.</div>
-<div class="verse10">Semper in obscuris quod minimum est sequimur.</div>
-</div>
-
-<div class="citsrc">(<i>De regulis juris.</i>)</div>
-
-<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a>
-<i>Parfois</i> est bon, comme <i>c’est possible</i>. Lisez, au lieu de <i>parfois</i>,
-<i>toujours</i>, et au lieu de <i>c’est possible</i>, <i>c’est certain</i>, en attendant que
-M. Guessard fournisse <i>une</i> preuve du contraire. Un démenti n’en est pas
-une, si grossier qu’il soit.</p>
-
-<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a>
-M. Guessard écrit toujours <i>Quènes de Béthune</i>, avec un accent grave
-sur l’<i>e</i>, ce qui force à prononcer <i>caine</i> de Béthune. La vraie prononciation
-est <i>cane</i> de Béthune (comme <i>femme</i>, <i>fame</i>); et lorsqu’on rencontre
-ce mot écrit en une syllabe <i>quens</i>, <i>cuens</i>, il faut prononcer <i>can</i>. Les
-Italiens disent de même: <span lang="it" xml:lang="it"><i>can-grande</i>, <i>can-francesco</i>;
-<i>facino-cane</i>; <i>can della scala</i></span>. C’est un titre de dignité répondant à celui de bailli.
-Ce radical <i>can</i> appartient à la langue tartare, où il signifie <i>roi</i>, <i>prince</i>, <i>chef</i>:
-le grand <i>khan</i> de Tartarie commandait aux <i>khans</i> inférieurs; <i>Gengis-khan</i>.
-Les Huns et les Avares ont laissé chez nous ce curieux vestige de leur
-passage en Europe, au <span class="t5">V</span><sup>e</sup> siècle: les chroniqueurs latins du moyen âge
-ont traduit <i>khan</i> par <span lang="la" xml:lang="la"><i>canis</i>, <i>caganus</i>, <i>canesius</i>:
-«Rex Tartarorum, qui et <i>magnus canis</i> dicitur.</span>» (Chron. Nangii,
-ann. 1299.)&mdash;«<span lang="la" xml:lang="la">Rex Avarorum, quem sua lingua <i>cacanum</i>
-appellant.</span>» (<span class="smcap">Paul Warnefried</span>, <i>de Gest.
-Langob.</i> IV, 39); «<span lang="la" xml:lang="la">constituerunt <i>canesios</i>,
-id est baillivos, qui justitiam facerent.» (Magister <span class="smcap">Rogerius</span>,
-ap. <span class="smcap">Cang.</span> in <i>Caganus</i>.</span>) De là est venu le
-français <i>quens</i>, l’italien <i lang="it" xml:lang="it">can</i>, et peut-être l’anglais
-<i lang="en" xml:lang="en">can</i>, et peut-être l’anglais <i lang="en" xml:lang="en">king</i>.</p>
-
-<p class="fnf">On voit, par cet exemple, de quelle importance est la recherche et le
-maintien de la prononciation véritable. Ce travail offre déjà bien assez
-de difficultés, sans y en ajouter encore comme à plaisir. Je me suis élevé
-souvent contre cette barbare manie d’introduire des accents dans les vieux
-textes: l’unique résultat possible est d’égarer le lecteur philologue, et
-d’effacer les dernières traces d’étymologie. Il serait si simple et raisonnable
-d’imprimer les manuscrits comme ils sont! Mais précisément par ce
-motif il est à craindre qu’on ne l’obtienne jamais des savants éditeurs.
-On vient encore de publier <i>la Mort de Garin</i>, où les mots <i>que</i>, <i>ce</i>, <i>ne</i>,
-sont figurés <i>qué</i>, <i>cé</i>, <i>né</i>, même lorsque l’e s’élide. Il faut bien être possédé
-de la fureur des accents!</p>
-
-<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a>
-<i><abbr title="Bibliothèque de l'École">Bibliot. de l’Éc.</abbr> des chartes</i>, t. II (1846), p. 192.</p>
-
-<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a>
-<span lang="en" xml:lang="en">The Frenche men in theyr pronunciation do chefly regard and
-cover thre thynges: to be armonious in theyr spekyng; to be brefe and
-sodayne in sounding of theyr wordes, avoyding all maner of harshnesse in
-theyr pronunciation; and thirdly, to gyve every worde that they abyde
-and reste upon theyr most audible sounde....</span></p>
-
-<p class="fnf" lang="en" xml:lang="en">And now touching the second point whiche is to be brefe, <i>etc.</i>... what
-consonantes soever they write in any worde for the kepyng of trewe orthographie,
-yet so moche covyt they in reding or spekyng to have all theyr
-vowelles and diphthongues clerly herde, that betweene two vowelles
-(whether they chaunce in one worde alone, or as one worde fortuneth to
-folowe after an other), they never sounde but one consonant at ones, in
-so moche that if two different consonantes, that is to say, <i>nat beyng both
-of one sorte</i> come together betweene two vowelles, <i>they leve first of them
-unsounded</i>.</p>
-
-<div class="citsrcts"><span class="smcap">Palsgrave.</span> <i>Introd.</i> (non paginée).</div>
-
-<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a>
-Pour peu que mon critique eût été de bonne foi, aurait-il pu s’y
-tromper en lisant ce que Bèze écrit dix lignes plus loin de la prononciation
-des Français, qu’elle est <span class="t5" lang="la" xml:lang="la">NULLO CONSONANTIUM CONCURSU CONFRAGOSA</span>?
-D’où vient que ce texte que j’avais traduit, il a pris soin dans sa citation
-de l’écarter?</p>
-
-<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a>
-Apparemment il faut lire <i>Eclipsis</i>. Je cite d’après mon adversaire.</p>
-
-<p lang="en"><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a>
-And if the thre consonantes come together, they ever leve two of the
-first unsounded, putting here, as I have said, no difference whether the
-consonantes thus come together in one worde alone, or the wordes do
-folowe one another; for many tymes theyr wordes ende in two consonantes,
-bycause they take awaye the last vowell of the latine tong, as <i>corps</i>, <i>temps</i>.</p>
-
-<div class="citsrcts"><abbr title="Idem, ibidem"><span class="smcap">Id.</span>, <i>ibid.</i></abbr></div>
-
-<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a>
-<span lang="la" xml:lang="la">Francorum enim ut ingenia valde mobilia sunt, ita quoque pronuntiatio
-celerrima est, <i>nullo consonantium concursu confragosa</i>, paucissimis
-longis syllabis retardata.... consonantibus (si dictionem aliquam
-terminarint) sic cohærentibus cum proximis vocibus a vocali incipientibus,
-<i>ut integra interdum sententia haud secus quant si unicum esset vocabulum
-efferatur</i>. (<i>De recta Linguæ francicæ pronunt.</i>)</span></p>
-
-<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a>
-«<span lang="la" xml:lang="la"><i>S</i> ante <i>t</i> et alias quasdam consonantes in media dictione raro ad
-plenum sed tantum tenuiter sonamus, et pronuntiando vel elidimus vel
-obscuramus, ad sermonis brevitatem.... Quem (sibilum) in quibusdam
-perfecte cum Græcis et Latinis servamus, ut</span> <i>domestique</i>, <i>phantastique</i>,
-<i>scholastique</i>.... <span lang="la" xml:lang="la">etc., forte quod hæc haud ita pridem a doctis in usum
-Gallorum ex fonte vel græco vel latino invecta sunt.</span>» (Sylvius, p. 7.)</p>
-
-<p class="fnf">Pendant que je tiens Sylvius, je ne le laisserai point aller sans en tirer
-un autre témoignage. J’ai mis en principe que la consonne finale d’un mot
-était muette, et se réservait à sonner sur la voyelle initiale du mot suivant.
-(<abbr title="des Variations du langage français">Des Var.</abbr>, p. 41.) C’était la conséquence rigoureuse de la règle des consonnes
-consécutives. M. Guessard, qui a nié la première règle, nie également
-la seconde. Je lui ai montré la première écrite dans Palsgrave; voici
-la seconde dans Sylvius:</p>
-
-<p class="fnf" lang="la" xml:lang="la">«In fine quoque dictionis nec illam (<i>s</i>) nec cæteras consonantes eadem
-de causa (ad sermonis brevitatem) ad plenum sonamus; <i>scribimus tantum</i>,
-nisi aut vocalis sequetur, aut finis clausulæ sit, etc.» (P. 7.)</p>
-
-<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a>
-Il était natif de Rouen, et curé de Meray. M. Guessard tire même
-de cette circonstance une allusion bien fine et bien malicieuse: «Mais,
-va dire M. Génin, que m’importe Fabri, un homme inconnu, un clerc,
-<i>un curé</i>? (car Fabri fut curé!)» (P. 203.) Cette épigramme dénonciatrice
-sent furieusement les bureaux de l’<i>Univers</i>, où M. Guessard compte des
-partisans et des admirateurs si chauds. Il est zélé pour eux, ils sont zélés
-pour lui; rien de plus juste.</p>
-
-<p class="fnf">(Voyez le <i>post-scriptum</i> de cette lettre).</p>
-
-<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a>
-Voici ce catalogue de Palsgrave: c’est un document inestimable dans
-la question qui nous occupe.</p>
-
-<p class="cent"><span class="smcap">Chapitre</span> XIV du 1<sup>er</sup> livre.</p>
-
-<p class="fnf">«Mots qui articulent distinctement leur <i>s</i> dans les syllabes médiantes,
-contrairement aux règles générales ci-dessus énoncées<a name="FNanchor_A" id="FNanchor_A" href="#Footnote_A" class="fnanchor">[A]</a>:</p>
-
-<p class="t4"><a name="Footnote_A" id="Footnote_A" href="#FNanchor_A"><span class="label">[A]</span></a>
-Cap. XIII. <span lang="en" xml:lang="en">The wordes whiche sounde their <i>s</i>
-distinctely, comyng in the meane syllables, contrarie to the generall rules above rehersed.
-(The fyrst Boke, Fol. XIV.)</span></p>
-
-<table summary="Liste de mots contenant un s articulé">
-<tr>
- <td class="tdm"><ul class="lsoff">
- <li>apostat</li>
- <li>astrologie</li>
- <li>aspirer</li>
- <li>agreste</li>
- <li>assister</li>
- <li>aspic</li>
- <li>administrer</li>
- <li>asteure</li>
- <li>astruser</li>
- <li>astuce</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>bastille</li>
- <li>bastillon</li>
- <li>bastiller</li>
- <li>bestialité</li>
- <li>bistocquer</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>cabestan</li>
- <li>chaste</li>
- <li>consistoire</li>
- <li>constant</li>
- <li>conspirer</li>
- <li>constellation</li>
- <li>consterner</li>
- <li>constituer</li>
- <li>construire</li>
- <li>circumspection</li>
- <li>custode</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>désister</li>
- <li>désespérer</li>
- <li>destinée</li>
- <li>destruction (mais non pas <i>destruire</i>)</li>
- <li>détestable</li>
- <li>digestion</li>
- <li>digeste</li>
- <li>discorder</li>
- <li>discret</li>
- <li>discuter</li>
- <li>dispenser</li>
- <li><table class="fix0" summary="alignement">
- <tr>
- <td class="tdn">disparser</td>
- <td class="gt gr gb" rowspan="2">&nbsp;</td>
- <td rowspan="2">&nbsp;(<i>sic</i>)</td>
- </tr>
- <tr>
- <td class="tdn">disparer</td>
- </tr>
- </table></li>
- <li>disposer</li>
- </ul></td>
- <td class="tdm"><ul class="lsoff">
- <li>disputer</li>
- <li>distincter (<i>sic</i>)</li>
- <li>distance</li>
- <li>distinguer</li>
- <li>distraire</li>
- <li>distribuer</li>
- <li>domestique</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>escabeau</li>
- <li>esclave</li>
- <li>escorpion</li>
- <li>espécial</li>
- <li>espèce</li>
- <li>espagne</li>
- <li>espérer</li>
- <li>espirit</li>
- <li>estimer</li>
- <li>estomaquer</li>
- <li>estradiot</li>
- <li>existence</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>fastidieux</li>
- <li>(festival)</li>
- <li>festivité (mais non <i>feste</i>)</li>
- <li>frisque</li>
- <li>frustrer</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>histoire</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>illustrer</li>
- <li>indistret (<i>sic</i>)</li>
- <li>industrie</li>
- <li>instruire</li>
- <li>instance</li>
- <li>instant</li>
- <li>instituer</li>
- <li>instrument</li>
- <li>investiguer</li>
- <li>investiture (mais ni le verbe <i>vestir</i> ni <i>vestement</i>)</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>majesté</li>
- </ul></td>
- <td class="tdm"><ul class="lsoff">
- <li>miste</li>
- <li>mistère</li>
- <li>mission</li>
- <li>molester</li>
- <li>monastère</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>«Je n’en trouve point dans les mots qui commencent par <i>n</i>»</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>obstant</li>
- <li>obstination</li>
- <li>obscurcir</li>
- <li>offusquer</li>
- <li>ostenter</li>
- <li>ostruce</li>
- <li>obstacle</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>peste</li>
- <li>pestilence</li>
- <li>perspicacité</li>
- <li>postérieur</li>
- <li>prosterner</li>
- <li>postille</li>
- <li>prédestiner</li>
- <li>prospérer</li>
- <li>pronostiquer</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>questionner</li>
- <li>questueux</li>
- <li>question</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>recrastiner</li>
- <li>resister</li>
- <li>restituer</li>
- <li>robuste</li>
- <li>rustre</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>sinistre</li>
- <li>substance</li>
- <li>substencacle (<i>sic</i>)</li>
- <li>&mdash;</li>
- <li>testament</li>
- <li>triste.</li>
- </ul></td>
-</tr>
-</table>
-
-<p>Voilà donc une liste de cent neuf mots qui étaient de formation récente
-en 1530, ou qui en très-petit nombre, comme <i>festival</i>, <i>espirit</i>, venus
-du fond de la langue, subissaient la loi de la mode et des lettres modernes.
-On en remarquera dans le nombre qui n’ont pas vécu, par exemple,
-<i>astruser</i>, <i>estradiot</i>, <i>frisque</i>, <i>miste</i>, <i>ostenter</i>,
-<i>questueux</i>, <i>recrastiner</i>;&mdash;d’autres qui se sont modifiés,
-comme <i>especial</i>, <i>escorpion</i>, à qui l’on a ôté l’<i>e</i> initial,
-cachet de leur antique origine;&mdash;d’autres, enfin, qui suivent
-une loi différente de celle qui régit leur racine, par exemple, <i>destruction</i>
-avec l’<i>s</i>, quoiqu’on prononçât <i>détruire</i> sans <i>s</i>; <i>fête</i>
-et <i>festivité</i>; <i>vêtir</i>, <i>vêtement</i> et <i>investiture</i>.
-Les uns étaient les types anciens, résistant à la mode; les autres,
-les dérivés frappés au coin de l’époque. C’est pourquoi j’ai tant insisté
-dans mon livre sur la nécessité d’avoir l’acte de naissance de chaque mot.</p>
-
-<p class="fnf">Palsgrave a fait le même travail sur chaque consonne de l’alphabet,
-mais aucune n’approche de l’<i>s</i> pour le nombre des exceptions. Les autres
-en présentent environ trois ou quatre exemples chacune.</p>
-
-<p class="fnf">Après cela on ne peut accuser Palsgrave d’ignorance ni de contradiction.
-S’il a posé et maintenu sa règle générale, <i>On ne prononce jamais deux
-consonnes consécutives</i>,» c’est qu’il avait pour le faire de bonnes raisons;
-c’est qu’en présence de deux usages contraires, il savait bien, lui, versé
-dans le commerce des savants de son âge, Alain Chartier, Jean Lemaire,
-l’évêque d’Angoulême, distinguer la tradition ancienne de l’innovation, le
-principe originel du principe de la renaissance.</p>
-
-<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a>
-L’imprimé porte «devant <i>li</i>, <i>lo</i>, <i>o</i>, <i>m</i>,» ce qui n’offre point de
-sens. J’ai rétabli le texte à l’aide des exemples.</p>
-
-<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a>
-P. 259.</p>
-
-<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a>
-La preuve en est qu’on a pris le parti de les chasser de l’écriture
-dans tous les mots où la tradition trop continue ne permettait pas au langage
-de les recevoir.</p>
-
-<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a>
-On ne doit rien avancer que sur de bonnes raisons, mais il en faut
-deux fois plus pour contredire. Celui qui affirme n’est tenu que d’avoir
-de quoi fonder sa conviction; celui qui contredit doit avoir en outre de
-quoi renverser celle de l’autre. Un pareil nombre de raisons opposées ne
-produirait que l’équilibre.</p>
-
-<p class="fnf">Il y a souvent des raisons philosophiques de contredire; mais il ne paraît
-pas y en avoir jamais de contredire de parti pris.</p>
-
-<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a>
-Voy. <abbr title="des Variations du langage français"><i>des Var. du lang. fr.</i></abbr>, p. 226 et suiv.</p>
-
-<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a>
-On se tromperait de croire que, dans ce second exemple, l’adjectif suit
-son substantif; il faut tenir compte de l’ellipse: deux citez des plus <i>forz
-citez</i> de France.</p>
-
-<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a>
-Un des moyens de M. Guessard pour innocenter l’Académie consiste
-à dire que son dictionnaire <i>est un almanach</i>. «Il fallait négliger les vieilles
-expressions (celles de Molière) dans un almanach de la langue. Le Dictionnaire
-de l’Académie, tel qu’il a été conçu et exécuté, est cet almanach.»
-(P. 314.) C’est le cas de lui citer deux vers des <i>Ménechmes</i>:</p>
-
-<div class="poem">
-<div class="verse">Monsieur, une autre fois, ou bien ne parlez pas,</div>
-<div class="verse">Ou prenez, s’il vous plaît, de meilleurs almanachs.</div>
-</div>
-
-<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a>
-Je ne lui reprochais pas l’admission de ce mot, mais de n’y avoir
-pas joint un avertissement. J’avais supposé un jeune étranger cherchant
-inutilement dans le Dictionnaire de l’Académie certains mots de Molière.</p>
-
-<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a>
-M. Guessard et moi concourions alors pour le prix sur la langue de
-Molière. L’Académie l’a partagé entre nous deux; mais les amis et admirateurs
-de M. Guessard écrivent, dans l’<i>Univers</i>, qu’une fausse couleur de
-voltairianisme répandue dans mes écrits «a trompé le goût émoussé de
-quelques vieillards, et qu’ainsi s’expliquent les récents succès de
-M. Génin à l’Académie française.» (L’<i>Univers</i> du 24 octobre 1846.)</p>
-
-<p class="fnf">C’est de la part des amis de M. Guessard un vote de confiance contre
-moi, car je ne suppose pas que l’Académie ait communiqué mon manuscrit
-aux abbés de l’<i>Univers</i>. Mais je le publie, et ils pourront désormais me déchirer
-sans trahir l’excès de leur passion par l’excès de leur maladresse. Si
-mon travail resserré en un volume est incomplet, il sera complété par la
-publication de celui de M. Guessard, bien autrement important, puisque,
-au su de tout le monde, le manuscrit ne formait pas moins de <i>dix volumes
-in-folio</i>. (Note écrite au mois d’octobre.)</p>
-
-<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a>
-C’est aussi le principal grief de M. Guessard contre mon ouvrage.
-M. Guessard paraît nourrir des prétentions extrêmes au titre de personnage
-discret; c’est pour y arriver qu’il écrit des articles de 137 pages, ayant soin
-d’avertir, il est vrai, que ce n’est là qu’une faible partie de ce qu’il a sur
-le cœur.</p>
-
-<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a>
-L’<i>Univers</i> du 24 et du 25 octobre 1846.</p>
-
- </div>
-
-</div>
-
-<div class="npage" id="au_lecteur">
-
- <div class="tnote" id="note">
-
-<p class="cent t3">Au lecteur.</p>
-
-<p>Ce livre électronique reproduit intégralement le texte original,
-et l'orthographe d'origine a été conservée. Seules quelques
-erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées. <span class="screenonly">Ces corrections sont soulignées
-en <ins title="orthographe initiale">pointillé</ins>. Positionnez la
-souris sur le mot souligné pour voir l’orthographe initiale.</span>
-<span class="handonly">La liste de ces corrections se trouve ci-après.</span></p>
-
-<p>Également les corrections de <a href="#Page_LXXXIX">l’Errata</a> ont
-été effectuées, la ponctuation a été corrigée par endroits, et les accents manquants
-sur les E majuscules ont été rétablis.</p>
-
-<p>Les notes ont été renumérotées de 1 à 104 et placées à la fin du texte.</p>
-
- <div class="handonly">
-
-<p class="cent t3">Corrections.</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_1">Page XL</a>: «dix-hutième» remplacé par «dix-huitième»
-(comédies du dix-huitième siècle).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_20">Page 10</a>: «apetiser» remplacé par «apetisser»
-(comme dans <i>alentir</i>, <i>apetisser</i>, <i>agrandir</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_17">Page 29</a>: «courrons» remplacé par «courons» (Allons,
-courons <i>avant que</i> d’avec eux).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_2">Page 35</a>: «<i>bragain</i>» remplacé par <i>bargain</i>»
-(racine <i>bargain</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_3">Page 51</a>: «<i>n</i>» remplacé par «<i>a</i>»
-(du simple <i>c</i> devant <i>o</i> et <i>a</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_4">Page 55</a>: «chapitre» remplacé par «chapitres»
-(j’ai maints chapitres <i>vus</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_5">Page 61</a>: «Tartuffe» remplacé par «Tartufe»
-(<i><abbr title="Préface">Préf.</abbr> de Tartufe.</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_19">Page 83</a>: «constrastar» remplacé par «contrastar»
-(Les Italiens disent <i>contrastar</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_6">Page 106</a>: «duisez» remplacé par «disez»
-(<i>vous disez</i> et <i>vous contredisez</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_18">Page 114</a>: «Georges» remplacé par «George»
-(George Dandin finit par <i>avoir le dessous</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_16">Page 137</a>: «Tartuffe» remplacé par «Tartufe»:
-<i>des traits effrontés</i> (<i>Tartufe.</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_7">Page 150</a>: «boétiques» remplacé par «béotiques»
-(Et tandis qu’au milieu des béotiques plaines).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_8">Page 196</a>: «<i>gautl</i>» remplacé par «<i>gault</i>»
-(e cil <i>gault</i> sont foilli).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_9">Page 220</a>: «suprimant» remplacé par «supprimant»
-(après un subjonctif, en supprimant <i>que</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_10">Page 259</a>: «COUP» remplacé par «COUPS»
-(NUAGE <span class="t5">DE COUPS DE BATONS</span>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_11">Page 286</a>: «d’adjectif» remplacé par «l’adjectif»
-(ce que c’était que l’adjectif verbal).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_12">Page 310</a>: «cette cette» remplacé par «cette»
-(dans cette locution).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_13">Page 332</a>: «adverve» remplacé par «adverbe»
-(3<sup>o</sup> L’adverbe <i lang="la" xml:lang="la">quàm</i>).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_14">Page 431</a>: «auto-torité» remplacé par «autorité»
-(une autorité illusoire).</p>
-
-<p class="hang"><a href="#cor_15">Page 449</a>: «seu-ment» remplacé par «seulement»
-(et seulement dans les mots nouveaux).</p>
-
- </div>
-
- </div>
-
-</div>
-
-<hr class="full" />
-
-
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-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Lexique comparé de la langue d
- Molière et des écrivains du , by François Génin
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LEXIQUE COMPARÉ DE LA LANGUE ***
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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-
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-date contact information can be found at the Foundation's web site and
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
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